Classements internationaux: La France brille par ses absences (France’s conspicuous absences in world rankings)

1 novembre, 2009
Where's France?Nos sociétés ont essayé de réagir, avec le communisme, contre la misère et l’inégalité. (…) Mais le libéralisme est lui aussi dangereux et conduira aux mêmes excès. C’est pourquoi on cherche une solution intermédiaire, qui se situe entre le communisme et le libéralisme. (…) Je suis convaincu que le libéralisme est voué au même échec que le communisme, et qu’il conduira aux mêmes excès. L’un comme l’autre sont des perversions de la pensée humaine. (…) Je ne crois pas au libéralisme qui est, à mon avis, une forme de déviance. Jacques Chirac (“L’inconnu de l’Elysée”, Pierre Péan, 2007)
Je n’en peux plus de vivre aux Etats-Unis mais je refuse d’en partir. Michael Moore
Le droit des nations à l’ “autodetermination” ne s’applique qu’aux sociétés libres ou aux sociétés cherchant à établir la liberté;il ne s’applique pas aux dictatures.(…) que la nation soit asservie par la force, comme en Russie soviétique, ou par vote, comme l’ Allemagne nazie. (…) Les dictatures sont des nations hors-la-loi. Toute nation libre avait le droit d’envahir l’Allemagne nazie et, aujourd’hui, a le droit d’envahir la Russie soviétique, Cuba ou n’importe quel autre enclos d’esclaves. Ayn Rand (née Alissa Rosenbaum, philosophe russo-américaine ayant connu de près le bolchévisme, 1964)
Les 10 critères pris en compte sont l’originalité des idées, leur potentiel de mise en œuvre pratique, la qualité de leur présentation orale et écrite, la loyauté et l’implication des partisans à ces idées, la prise en compte de la réalité du monde des affaires, le rayonnement international, le sérieux des recherches, l’impact sur les méthodes de management, les impacts décisionnels. The Thinkers 50
Quand la France brille… par ses absences!
.
Aucun français au classement des intellectuels les plus influents du monde des affaires (41 anglo-saxons sur 50), aucune université française dans les 75 premières universités mondiales en économie (55 sur 100 pour les seuls Etats-Unis), aucune en informatique …

Alors que, contre les potions socialisantes du Prince de Sang-Mêlé et au moment où Michael Moore envisage de demander l’asile politique en France, la pensée anti-collectiviste d’Ayn Rand semble retrouver une seconde jeunesse …

Confirmation, avec les classements de Shanghaï et des Thinkers 50, de la terre natale de Sartre et Chirac comme patrie incontournable des déshérités et des damnés de la terre …

Aucun français au classement des intellectuels les plus influents du monde des affaires
Yacine Kellib
Novapresse
25.10.2009

Selon le palmarès “The Thinkers” le professeur de stratégie d’entreprises Coimbatore Krishnarao Prahalad serait l’intellectuel le plus influent du monde des affaires.

Le palmarès des gourous de l’économie, The Thinkers 50, est dominé une nouvelle fois par le professeur de stratégie d’entreprises d’origine indienne Coimbatore Krishnarao Prahalad. En 2007, il avait déjà remporté la tête de ce classement, qui paraît tous les 2 ans depuis 2001.

Diplômé d’Harvard et professeur à la Ross School of Business dans le Michigan (Etats-Unis), Coimbatore Krishnarao Prahalad est mondialement reconnu pour plusieurs ouvrages d’économie. Il a notamment rédigé un essai sur le business et la pauvreté, et coécrit avec Gary Hamel le bestseller « La conquête du futur », sur la stratégie et la concurrence. CK – Prahalad est né dans la ville de Coimbatore dans le Tamil Nadu. Il a étudié la physique à l’Université de Madras (Chennai).

Le numéro deux est un journaliste du Washington Post et du New Yorker: Malcolm Gladwell. Quant à la troisième place, elle est attribuée à Paul Krugman, professeur à l’université de Princeton et prix Nobel d’économie.

D’autres personnalités figurent dans le classement, comme Bill Gates (7e), le chef d’entreprise indien Ratan Tata (12e), le patron d’Apple Steve Jobs (4e), et le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz (22e).

Certains, en revanche, ont disparu du palmarès, comme l’ex patron de la Réserve fédérale américaine Alan Greenspan, Al Gore ou encore Donald Trump.

Yacine Kellib

Voir aussi:

Les 50 penseurs les plus influents sur le monde des affaires

1. C.K. Prahalad (déjà 1er en 2007)

2. Malcolm Gladwell (18)

3. Paul Krugman (-)

4. Steve Jobs (29)

5. Chan Kim et Renée Mauborgne (6)

6. Muhammad Yunus (-)

7. Bill Gates (2)

8. Richard Branson (9)

9. Philip Kotler (11)

10. Gary Hamel (5)

11. Michael Porter (4)

12. Ratan Tata (-)

13. Ram Charan (22)

14. Marshall Goldsmith (34)

15. S (Kris) Gopalakhrishnan (-)

16. Howard Gardner (39)

17. Jim Collins (10)

18. Lynda Gratton (19)

19. Tom Peters (7)

20. Jack Welch (8)

21. Eric Schmidt (-)

22. Joseph Stiglitz (-)

23. Kjell Nordsröm & Jonas Ridderstrale (13)

24. Vijay Govindarajan (23)

25. Marcus Buckingham (38)

26. Richard d’Aveni (46)

27. Rosabeth Moss Kanter (28)

28. Clayton Christensen (25)

29. Stephen Covey (15)

30. Thomas Friedman (26)

31. David Ulrich (42)

32. Roger Martin (-)

33. Henry Mintzberg (16)

34. Daniel Goleman (37)

35. Chris Anderson (-)

36. Warren Bennis (24)

37. Robert Kaplan et David Norton (12)

38. Jeff Immelt (31)

39. Don Tapscott (-)

40. Nasim Nicholas Taleb (-)

41. John Kotter (30)

42. Niall Ferguson (-)

43. Charles Handy (14)

44. Rakesh Khurana (45)

45. Manfred Kets De Vries (-)

46. Tammy Erickson (-)

47. Costas Markides (44)

48. Barbara Kellerman (-)

49. Rob Goffee et Gareth Jones (32)

50. Jimmy Wales (-)

Source : The Thinkers 2009. Ce palmarès est établi tous les 2 ans (entre parenthèses, le classement précédent).

Voir également:

Classement de Shanghai : suprématie des universités américaines, les françaises à la traîne
Julien Pompey
Les Echos
30/10/09

Les Etats-Unis dominent une nouvelle fois le classement des 100 premières universités dans le monde, avec 55 établissements présents. Contre seulement 3 pour la France.

Les classements des grandes écoles et universités se suivent, se multiplient… mais se ressemblent. Après les palmarès du “Financial Times” et de “The Economist”, la septième édition du classement de Shanghai, réalisée par l’Université des Communications de Shanghai et censée constituer la référence internationale en la matière, démontre une nouvelle fois l’hyperdomination américaine. Les Etats-Unis trustant 55 places sur 100.

L’indétrônable Harvard arrive une nouvelle fois en tête, une position que l’université américaine occupe depuis 2003. Suivent Stanford et Berkeley, soit le même trio de tête que l’année dernière. Cambridge et le Massachusetts Institue of Technology (MIT) complètent le top 5.

Dix-sept universités américaines sont dans les 19 premières de ce classement. Seules les universités britanniques de Cambridge (4e) et d’Oxford (10e) parviennent à se glisser parmi les dix meilleurs établissements mondiaux, aux côtés de facultés toutes américaines. Le premier établissement d’Europe continental, le Swiss Institute of Technology, n’arrive qu’au 24e rang, en progression d’une place.
Léger mieux des universités françaises

De leur côté, les universités françaises font toujours pâle figure. La première est l’Université Pierre et Marie Curie (Paris VI), qui n’atteint que le 40e rang, malgré un gain de deux places cette année et après en avoir perdu trois en 2008. Les deux autres universités françaises du classement des 100 meilleurs établissements sont l’Université de Paris Sud (Paris XI) au 43e rang (+6 places), ex æquo avec l’Université de Copenhague, et l’Ecole normale supérieure (ENS), à la 70e place (+3 places).

Avec ces trois institutions figurant dans le célèbre top 100, la France retrouve sa sixième place au niveau des nations, une place qu’elle avait perdue en 2008. Mais elle est à égalité avec l’Australie, la Suisse et la Suède.

Paris Sud, 6e en mathématiques

L’édition 2009 du classement de Shanghaï innove en proposant également des classements spécifiques pour les mathématiques, l’informatique, la chimie, la physique et la gestion. Des matières dans lesquelles les universités françaises s’en tirent plus qu’honorablement. C’est notamment le cas en mathématiques, où Paris-Sud se hisse à la sixième place d’un classement dominé par Princeton, Berkeley et Harvard. Paris VI (7e), Paris Dauphine (35e), l’ENS (47e) s’installent dans le top 50 devant Polytechnique, Rennes-I et Strasbourg.

En physique, Paris-Sud pointe à la 19e place, loin derrière Harvard. L’ENS (34e), Grenoble et Paris VI complètent le palmarès. En chimie, Strasbourg, première université française, s’installe à la 15e place d’un classement lui aussi écrasé par Harvard. En gestion, apparaissent à la 40e place l’Insead, une école de commerce internationale installée à Fontainebleau, et Toulouse I entre les 76e et 100e places. Enfin, en informatique, aucune université hexagonale ne se classe dans les 100 meilleures universités, Stanford et le MIT dominant ce classement.
Une méthodologie contestée

Publié depuis 2003 par l’université Jiao Tong, ce classement est très contesté en raison de sa méthodologie. A tel point qu’il est ignoré dans certains pays. Ce palmarès s’appuie sur les performances académiques ou de recherche, les articles parus dans certaines publications scientifiques comme “Nature” ou “Science”, le nombre de prix Nobel, de médailles Fields, de citations de chercheurs et autres récompenses prestigieuses de plus de 2.000 universités dans le monde. Des critères centrés sur la recherche et non la formation, que contestent fortement certains pays, la France en tête, qui estiment qu’ils favorisent de facto les universités américaines.

Le physicien français Albert Fert, prix Nobel 2007, déplore ainsi que la méthode de Shanghaï “désavantage les universités françaises” en partageant les points obtenus entre l’université et les organismes associés.

La ministre de l’Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, préconise la création d’un classement propre aux universités européennes pour “montrer la qualité de la formation” des établissements européens. Un classement qu’elle veut opposer en “référence” aux palmarès existants, et qui sera en fait une “cartographie” par disciplines, conçue notamment comme une aide aux étudiants pour leur choix d’inscription.

Voir enfin:

Ayn Rand’s Revenge
Adam Kirsch
NYT
October 29, 2009

A specter is haunting the Republican Party — the specter of John Galt. In Ayn Rand’s libertarian epic “Atlas Shrugged,” Galt, an inventor disgusted by creeping American collectivism, leads the country’s capitalists on a retributive strike. “We have granted you everything you demanded of us, we who had always been the givers, but have only now understood it,” Galt lectures the “looters” and “moochers” who make up the populace. “We have no demands to present you, no terms to bargain about, no compromise to reach. You have nothing to offer us. We do not need you.”

“Atlas Shrugged” was published 52 years ago, but in the Obama era, Rand’s angry message is more resonant than ever before. Sales of the book have reportedly spiked. At “tea parties” and other conservative protests, alongside the Obama-as-Joker signs, you will find placards reading “Atlas Shrugs” and “Ayn Rand Was Right.” Not long after the inauguration, as right-wing pundits like Glenn Beck were invoking Rand and issuing warnings of incipient socialism, Representative John Campbell, Republican of California, told a reporter that the prospect of rising taxes and government regulation meant “people are starting to feel like we’re living through the scenario that happened in ‘Atlas Shrugged.’ ”

Rand’s style of vehement individualism has never been universally popular among conservatives — back in 1957, Whittaker Chambers denounced the “wickedness” of “Atlas Shrugged” in National Review — and Rand still has her critics on the right today. But it can often seem, as Jonathan Chait, a senior editor at The New Republic recently observed, that “Rand is everywhere in this right-wing mood.” And while it’s not hard to understand Rand’s revenge-fantasy appeal to those on the right, would-be Galts ought to hear the story Anne C. Heller has to tell in her dramatic and very timely biography, “Ayn Rand and the World She Made.”

For one thing, it is far more interesting than anything in Rand’s novels. That is because Heller is dealing with a human being, and one with more than her share of human failings and contradictions — “gallant, driven, brilliant, brash, cruel . . . and ultimately self-destructive,” as Heller puts it. The characters Rand created, on the other hand — like Galt or Howard Roark, the architect hero of “The Fountainhead” — are abstract principles set to moving and talking.

This is at once the failure and the making of Rand’s fiction. The plotting and characterization in her books may be vulgar and unbelievable, just as one would expect from the middling Hollywood writer she once was ; but her message, while not necessarily more sophisticated, is magnified by the power of its absolute sincerity. It is the message that turned her, from the publication of “Atlas Shrugged” in 1957 until her death in 1982, into the leader of a kind of sect. (This season, another Rand book, by the academic historian Jennifer Burns, is aptly titled “Goddess of the Market: Ayn Rand and the American Right.”) Even today, Rand’s books sell hundreds of thousands of copies a year. Heller reports that in a poll in the early ’90s, sponsored by the Library of Congress and the Book of the Month Club, “Americans named ‘Atlas Shrugged’ the book that had most influenced their lives,” second only to the Bible.

Rand’s particular intellectual contribution, the thing that makes her so popular and so American, is the way she managed to mass market elitism — to convince so many people, especially young people, that they could be geniuses without being in any concrete way distinguished. Or, rather, that they could distinguish themselves by the ardor of their commitment to Rand’s teaching. The very form of her novels makes the same point: they are as cartoonish and sexed-up as any best seller, yet they are constantly suggesting that the reader who appreciates them is one of the elect.

Heller maintains an appropriately critical perspective on her subject — she writes that she is “a strong admirer, albeit one with many questions and reservations” — while allowing the reader to understand the power of Rand’s conviction and her odd charisma. Rand labored for more than two years on Galt’s radio address near the end of “Atlas Shrugged” — a long paean to capitalism, individualism and selfishness that makes Gordon Gekko’s “Greed is good” sound like the Sermon on the Mount. “At one point, she stayed inside the apartment, working for 33 days in a row,” Heller writes. She kept going on amphetamines and willpower; the writing, she said, was a “drops-of-water-in-a-desert kind of torture.” Nor would Rand, sooner than any other desert prophet, allow her message to be trifled with. When Bennett Cerf, a head of Random House, begged her to cut Galt’s speech, Rand replied with what Heller calls “a comment that became publishing legend”: “Would you cut the Bible?” One can imagine what Cerf thought — he had already told Rand plainly, “I find your political philosophy abhorrent” — but the strange thing is that Rand’s grandiosity turned out to be perfectly justified.

In fact, any editor certainly would cut the Bible, if an agent submitted it as a new work of fiction. But Cerf offered Rand an alternative: if she gave up 7 cents per copy in royalties, she could have the extra paper needed to print Galt’s oration. That she agreed is a sign of the great contradiction that haunts her writing and especially her life. Politically, Rand was committed to the idea that capitalism is the best form of social organization invented or conceivable. This was, perhaps, an understandable reaction against her childhood experience of Communism. Born in 1905 as Alissa Rosenbaum to a Jewish family in St. Petersburg, she was 12 when the Bolsheviks seized power, and she endured the ensuing years of civil war, hunger and oppression. By 1926, when she came to live with relatives in the United States and changed her name, she had become a relentless enemy of every variety of what she denounced as “collectivism,” from Soviet Communism to the New Deal. Even Republicans weren’t immune: after Wendell Willkie’s defeat in 1940, Rand helped to found an organization called Associated Ex-Willkie Workers Against Willkie, berating the candidate as “the guiltiest man of any for destroying America, more guilty than Roosevelt.”

Yet while Rand took to wearing a dollar-sign pin to advertise her love of capitalism, Heller makes clear that the author had no real affection for dollars themselves. Giving up her royalties to preserve her vision is something that no genuine capitalist, and few popular novelists, would have done. It is the act of an intellectual, of someone who believes that ideas matter more than lucre. In fact, as Heller shows, Rand had no more reverence for the actual businessmen she met than most intellectuals do. The problem was that, according to her own theories, the executives were supposed to be as creative and admirable as any artist or thinker. They were part of the fraternity of the gifted, whose strike, in “Atlas Shrugged,” brings the world to its knees.

Rand’s inclusion of businessmen in the ranks of the Übermenschen helps to explain her appeal to free-marketeers — including Alan Greenspan — but it is not convincing. At bottom, her individualism owed much more to Nietsche than to Adam Smith, though Rand, typically, denied any influence, saying only that Nietzsche beat me to all my ideas. But “Thus Spoke Zarathustra” never sold a quarter of a million copies a year.

Rand’s potent message could lead to intoxication and even to madness, as the second half of her life showed. In 1949, Rand was living with her husband, a mild-mannered former actor named Frank O’Connor, in Southern California, in a Richard Neutra house. Then she got a fan letter from a 19-year-old college freshman named Nathan Blumenthal and invited him to visit. Rand, whose books are full of masterful, sexually dominating heroes, quickly fell in love with this confused boy, whom she decided was the “intellectual heir” she had been waiting for.

The decades of psychodrama that followed read, in Heller’s excellent account, like “Phèdre” rewritten by Edward Albee. When Blumenthal, who changed his name to Nathaniel Branden, moved to New York, Rand followed him; she inserted herself into her protégé’s love life, urging him to marry his girlfriend; then Rand began to sleep with Branden, insisting that both their spouses be kept fully apprised of what was going on. Heller shows how the Brandens formed the nucleus of a growing group of young Rand followers, a herd of individualists who nicknamed themselves “the Collective” — ironically, but not ironically enough, for they began to display the frightening group-think of a true cult. One journalist Heller refers to wondered how Rand “charmed so many young people into quoting John Galt as religiously as ‘clergymen quote Matthew, Mark, Luke and John.’

Inevitably, it all ended up in tears when branden fell in love with a young actress and was expelled from Rand’s circle forever. That he went on to write several best-selling books of popular psychology “and earned the appellation ‘father of the self-esteem movement’ ” is the kind of finishing touch that makes truth stranger than fiction. For if there is one thing Rand’s life shows, it is the power, and peril, of unjustified self-esteem.

Adam Kirsch is a senior editor at The New Republic and a columnist for Tablet Magazine. He is the author, most recently, of “Benjamin Disraeli.”


Bilan Bush: L’histoire jugera (History will show that George W Bush was right)

24 janvier, 2009
Bush at Ground zeroL’histoire montrera qu’en commun avec le reste de son administration, le gouvernement britannique, les propres généraux de Saddam, les agences de renseignement françaises, chinoises, israéliennes et russes, et naturellement la SIS et la CIA, tout le monde supposait qu’un dictateur meurtrier ne détruit pas volontairement l’arsenal d’ADM qu’il a employé contre son propre peuple. Et s’il le fait, il n’expulse pas alors les inspecteurs de l’ONU en recherchant la preuve, comme il l’a fait en 1998 et encore en 2001. Andrew Roberts

Chirac 70% – Bush 30%!

A l’heure où nos médias n’ont pas de mots assez doux pour un beau parleur et maitre-illusioniste d’autant plus acharné à marquer sa différence avec son prédécesseur qu’il en a repris, ultime et involontaire hommage, la plupart des approches quand ce n’est pas le personnel …

Et où (cherchez l’erreur!) la cote de notre Chirac national explose …

Retour, avec une excellente tribune libre de l’historien britannique Andrew Roberts (merci one Swiss roll), sur le bilan de l’éternel repoussoir de la scène politique mondiale à qui les 70% de notre
escroc national semblent tout à coup redonner comme une étrange aura …

History will show that George W Bush was right
Andrew Roberts
Telegraph
15 Jan 2009

The American lady who called to see if I would appear on her radio programme was specific. “We’re setting up a debate,” she said sweetly, “and we want to know from your perspective as a historian whether George W Bush was the worst president of the 20th century, or might he be the worst president in American history?”

“I think he’s a good president,” I told her, which seemed to dumbfound her, and wreck my chances of appearing on her show.

In the avalanche of abuse and ridicule that we are witnessing in the media assessments of President Bush’s legacy, there are factors that need to be borne in mind if we are to come to a judgment that is not warped by the kind of partisan hysteria that has characterised this issue on both sides of the Atlantic.

The first is that history, by looking at the key facts rather than being distracted by the loud ambient noise of the 24-hour news cycle, will probably hand down a far more positive judgment on Mr Bush’s presidency than the immediate, knee-jerk loathing of the American and European elites.

At the time of 9/11, which will forever rightly be regarded as the defining moment of the presidency, history will look in vain for anyone predicting that the Americans murdered that day would be the very last ones to die at the hands of Islamic fundamentalist terrorists in the US from that day to this.

The decisions taken by Mr Bush in the immediate aftermath of that ghastly moment will be pored over by historians for the rest of our lifetimes. One thing they will doubtless conclude is that the measures he took to lock down America’s borders, scrutinise travellers to and from the United States, eavesdrop upon terrorist suspects, work closely with international intelligence agencies and take the war to the enemy has foiled dozens, perhaps scores of would-be murderous attacks on America. There are Americans alive today who would not be if it had not been for the passing of the Patriot Act. There are 3,000 people who would have died in the August 2005 airline conspiracy if it had not been for the superb inter-agency co-operation demanded by Bush after 9/11.

The next factor that will be seen in its proper historical context in years to come will be the true reasons for invading Afghanistan in October 2001 and Iraq in April 2003. The conspiracy theories believed by many (generally, but not always) stupid people – that it was “all about oil”, or the securing of contracts for the US-based Halliburton corporation, etc – will slip into the obscurity from which they should never have emerged had it not been for comedian-filmmakers such as Michael Moore.

Instead, the obvious fact that there was a good case for invading Iraq based on 14 spurned UN resolutions, massive human rights abuses and unfinished business following the interrupted invasion of 1991 will be recalled.

Similarly, the cold light of history will absolve Bush of the worst conspiracy-theory accusation: that he knew there were no WMDs in Iraq. History will show that, in common with the rest of his administration, the British Government, Saddam’s own generals, the French, Chinese, Israeli and Russian intelligence agencies, and of course SIS and the CIA, everyone assumed that a murderous dictator does not voluntarily destroy the WMD arsenal he has used against his own people. And if he does, he does not then expel the UN weapons inspectorate looking for proof of it, as he did in 1998 and again in 2001.

Mr Bush assumed that the Coalition forces would find mass graves, torture chambers, evidence for the gross abuse of the UN’s food-for-oil programme, but also WMDs. He was right about each but the last, and history will place him in the mainstream of Western, Eastern and Arab thinking on the matter.

History will probably, assuming it is researched and written objectively, congratulate Mr Bush on the fact that whereas in 2000 Libya was an active and vicious member of what he was accurately to describe as an “axis of evil” of rogue states willing to employ terrorism to gain its ends, four years later Colonel Gaddafi’s WMD programme was sitting behind glass in a museum in Oakridge, Tennessee.

With his characteristic openness and at times almost self-defeating honesty, Mr Bush has been the first to acknowledge his mistakes – for example, tardiness over Hurricane Katrina – but there are some he made not because he was a ranting Right-winger, but because he was too keen to win bipartisan support. The invasion of Iraq should probably have taken place months earlier, but was held up by the attempt to find support from UN security council members, such as Jacques Chirac’s France, that had ties to Iraq and hostility towards the Anglo-Americans.

History will also take Mr Bush’s verbal fumbling into account, reminding us that Ronald Reagan also mis-spoke regularly, but was still a fine president. The first MBA president, who had a higher grade-point average at Yale than John Kerry, Mr Bush’s supposed lack of intellect will be seen to be a myth once the papers in his Presidential Library in the Southern Methodist University in Dallas are available.

Films such as Oliver Stone’s W, which portray him as a spitting, oafish frat boy who eats with his mouth open and is rude to servants, will be revealed by the diaries and correspondence of those around him to be absurd travesties, of this charming, interesting, beautifully mannered history buff who, were he not the most powerful man in the world, would be a fine person to have as a pal.

Instead of Al Franken, history will listen to Bob Geldof praising Mr Bush’s efforts over Aids and malaria in Africa; or to Manmohan Singh, the prime minister of India, who told him last week: “The people of India deeply love you.” And certainly to the women of Afghanistan thanking him for saving them from Taliban abuse, degradation and tyranny.

When Abu Ghraib is mentioned, history will remind us that it was the Bush Administration that imprisoned those responsible for the horrors. When water-boarding is brought up, we will see that it was only used on three suspects, one of whom was Khalid Sheikh Mohammed, al-Qaeda’s chief of operational planning, who divulged vast amounts of information that saved hundreds of innocent lives. When extraordinary renditions are queried, historians will ask how else the world’s most dangerous terrorists should have been transported. On scheduled flights?

The credit crunch, brought on by the Democrats in Congress insisting upon home ownership for credit-unworthy people, will initially be blamed on Bush, but the perspective of time will show that the problems at Fannie Mae and Freddie Mac started with the deregulation of the Clinton era. Instead Bush’s very un-ideological but vast rescue package of $700 billion (£480 billion) might well be seen as lessening the impact of the squeeze, and putting America in position to be the first country out of recession, helped along by his huge tax-cut packages since 2000.

Sneered at for being “simplistic” in his reaction to 9/11, Bush’s visceral responses to the attacks of a fascistic, totalitarian death cult will be seen as having been substantially the right ones.

Mistakes are made in every war, but when virtually the entire military, diplomatic and political establishment in the West opposed it, Bush insisted on the surge in Iraq that has been seen to have brought the war around, and set Iraq on the right path. Today its GDP is 30 per cent higher than under Saddam, and it is free of a brutal dictator and his rapist sons.

The number of American troops killed during the eight years of the War against Terror has been fewer than those slain capturing two islands in the Second World War, and in Britain we have lost fewer soldiers than on a normal weekend on the Western Front. As for civilians, there have been fewer Iraqis killed since the invasion than in 20 conflicts since the Second World War.

Iraq has been a victory for the US-led coalition, a fact that the Bush-haters will have to deal with when perspective finally – perhaps years from now – lends objectivity to this fine man’s record.

Andrew Roberts’s ‘Masters and Commanders: How Roosevelt, Churchill, Marshall and Alanbrooke Won the War in the West’ is published by Penguin

Voir aussi:

History Will Remember Bush Well
Iraq looks good compared to the Korea that Harry Truman left behind.
Marc A. Thiessen
The WSJ
January 19, 2009
In August 1951, with a little more than a year left to Harry S. Truman’s presidency, historian Henry Steele Commager published an essay in Look magazine with this prediction: “By all normal standards, [Truman's] Administration has been one of almost . . . unparalleled success . . . the verdict of history will not be the same as the verdict of contemporary critics.”

At the time, Truman’s popularity hovered in the low 20s and most Americans considered his presidency a failure. Look’s editors even published a note declaring “doubts” about “whether history will accord Harry S. Truman as generous a place as Professor Commager assigns him.” History eventually sided with Commager.

Today, President George W. Bush leaves office with approval ratings only slightly higher than Truman’s. And I will make this prediction: The verdict of history on the Bush presidency will not be the same as the verdict of contemporary critics.

While Mr. Bush made mistakes during his time in office, like Truman he racked up a record of unparalleled success that will be increasingly appreciated in the years to come.

Like Truman at the start of the Cold War, Mr. Bush set our nation’s course at the start of a new and unprecedented war. And like Truman, he responded by laying out a clear doctrine to guide America through the conflict. Mr. Bush created the institutions necessary to prevail in this struggle. He created the Department of Homeland Security and a new director of national intelligence. He transformed the FBI and the Justice Department to fight terror. He established new military commands. And he transformed NATO from a defensive alliance into an expeditionary alliance that is now leading the fight in Afghanistan.

Mr. Bush signed the Patriot Act, breaking down the walls between intelligence and law enforcement. He created a terrorist surveillance program. He directed the CIA to detain and question captured terrorist leaders. He drove al Qaeda from its Afghan sanctuary and put America on the offensive. As a result, more than seven years have passed since 9/11 without another attack on our soil. That’s an achievement few thought possible when the rubble of the World Trade Center was still burning.

Like Truman in Korea, Mr. Bush imperfectly fought an unpopular war in Iraq. Yet just as most Americans now see our success in Korea as essential to our victory in the Cold War, it will one day be clear that our success in Iraq was essential to our victory in the war on terror. And the success Mr. Bush delivered in Iraq is far more complete than the stalemate that endures on the Korean Peninsula.

As Mr. Bush leaves office, Iraq is a unified and free country, and our enemies there have suffered a devastating defeat. If his successor does not squander that victory, a free Iraq will one day be to the Middle East what a free South Korea has been to Asia.

Like Truman, Mr. Bush made a first, failed attempt to solve difficult domestic challenges. Truman failed to get Congress to approve national health insurance for the elderly. But two decades later, President Lyndon Johnson invited Truman to join him as he signed legislation creating Medicare.

Similarly, Mr. Bush failed to get Congress to pass immigration and Social Security reforms. But years from now, Congress will have to act on these issues. When it does, I predict a future president will invite Mr. Bush to watch as the reforms are signed into law.

When President Truman left office, his fellow liberals blamed him for handing the White House to the Republicans. Today, Truman is a liberal icon.

Similarly, many conservatives who are angry with Mr. Bush today will take a better view of his presidency with the passage of time. While he took actions that dispirited some conservatives — from bailing out the auto industry to taking North Korea off of the list of state sponsors of terror — Mr. Bush did more to advance conservative priorities than any other president.

Mr. Bush enacted sweeping tax cuts. And he has the best record on judges of any Republican president — his appointments of Chief Justice John Roberts and Justice Samuel Alito will be judged favorably over time compared to Justices Anthony Kennedy, Sandra Day O’Connor, David Souter and John Paul Stevens (all put on the high court by Republican presidents). Mr. Bush enacted free-trade agreements with 17 nations, more than any president in history. He created Health Savings Accounts — the most important free-market health-care reform in a generation. And he defeated Democratic efforts to use the State Children’s Health Insurance Program (Schip) to nationalize health care.

Mr. Bush won a Supreme Court ruling declaring school vouchers constitutional and enacted the nation’s first school-choice program in the District of Columbia. He has been the most pro-life president in history, securing passage of the Born-Alive Infants Protection Act, the Unborn Victims of Violence Act, and the Partial-Birth Abortion Ban Act. He refused to fund the destruction of human embryos for research — and was vindicated by the scientific breakthroughs that followed.

Mr. Bush increased defense spending by nearly 73%, the largest increase since the Truman administration. He unsigned the International Criminal Court treaty, withdrew from the Anti-Ballistic Missile Treaty, and fulfilled Ronald Reagan’s promise to deploy defenses against ballistic missiles. This is a conservative record without parallel.

In his final months, Mr. Bush confronted a challenge Truman never faced — a massive financial crisis. It is hard for many Americans to appreciate the magnitude of the economic collapse the president averted. But history will show that Mr. Bush’s actions in the fall of 2008 rescued our economy and saved our financial system.

Mr. Bush often told his staff that a president’s job is not to chase popularity, but to do what is right. His insistence in following this philosophy is why he has low approval ratings, and why he has been a great president. Mr. Bush has led a history-making presidency and, like Truman, history will be kinder to our 43rd president than the polls indicate as he leaves office.

Mr. Thiessen was chief speechwriter for President George W. Bush.


Présidentielle américaine: Quelle personne respectable veut risquer d’être considérée comme raciste ou ennemi du changement? (What respectable person wants to risk being considered a racist or an enemy of change?)

17 octobre, 2008
Obama lawn sign
Souvenez-vous de ces deux mots: New Hampshire ! J’ai déjà été dans cette position, où nous étions les favoris et la presse a commencé à perdre la tête et nous avons pris une raclée. Obama
C’est une décision personnelle. Seuls moi même et le bouton que je vais pousser connaîtront la réponse. Joe Wurzelbacher
Pour la plupart des Américains, il n’y a rien de plus terrifiant que la perspective d’être qualifié de raciste. Cela est plus effrayant que l’inondation ou la famine, les attaques terroristes ou les bactéries mangeuses de chair. Pour certains, c’est encore plus effrayant que l’incertitude alimentaire. Le politiquement correct a appris aux gens à mentir aux sondeurs pour ne pas avoir à expliquer pourquoi ils ne voteront pas pour l’Afro-Américain. Ann Coulter
Quelle personne respectable veut risquer d’être considérée comme raciste, belliciste, fan du Président Bush ou ennemi du changement ? Beaucoup de gens biens aimeraient bie voir un noir président, ou même un Démocrate président, mais ne veulent pas Barack Obama. Père Jonathan Morris

Et si le chantage au racisme de nos belles âmes des médias se retournait contre ses instigateurs?

Leaders républicains locaux qui hésitent à s’afficher pro-McCain, crainte diffuse des sympathisants du sénateur arizonien de se déclarer pro-républicain, obscure peur de mettre des panneaux McCain sur sa pelouse …

A l’heure où, niant l’évidence d’un magistral ultime débat du candidat républicain, nos médias et à peu près tout le monde se gargarisent de l’avance apparemment irrattrapable de leur poulain démocrate …

Autant de signes que, derrière tant de sondages démocrates prétendument au zénith et malgré les fraudes qui s’accumulent, quelque chose est peut-être en train de se jouer dans cette élection à nulle autre pareille.

Et peut-être nouvelle (et inquiétante, du point de vue démocrate) confirmation, par un père catholique du site de Fox news, de la pression invisible mais réelle qui semble retenir nombre d’électeurs américains de dire ouvertement que dans le secret de l’isoloir le 4 novembre ils ne voteront pas Obama …

Extraits :

De Seattle à San Diego, de Burlington, Vermont à New York City, de la Nouvelle-Orléans auTexas et aux villes du Midwest comme Cleveland, j’entends des confessions à voix basse d’un péché terrible: “Père, je ne vais pas voter pour Obama.”

Il y a huit ans en 2000 et il y a quatre ans en 2004 les pelouses des voisins de mes parents dans l’Ohio était plein de panneaux politiques. Pour tous les deux panneaux de « Gore » ou de « Kerry » il y avait au moins deux panneaux pour « Bush ». Et il y avait beaucoup, beaucoup de panneaux, je vous assure. Plus aujourd’hui. Quand j’ai demandé la raison aux militants locaux de McCain de Summit County, ils ont répondu rapidement : nous allons de porte en porte, les gens nous font un clin d’œil d’approbation, et puis refusent de nous permettre de placer un panneau sur leur pelouse. Un nombre significatif d’électeurs préfèrent apparemment McCain, mais ne veulent pas montrer leur désapprobation d’Obama.

Why This Election Will Be Close: Hushed Confessions
Father Jonathan Morris
Fox news
October 16th, 2008

In recent weeks I have spent a good amount of time crisscrossing the country.

Something very unusual is taking place.

From Seattle to San Diego, from Burlington, Vermont to New York City, from New Orleans to Texas and Midwest towns like Cleveland, I am hearing hushed admissions of a terrible sin: “Father, I’m not going to vote for Obama.”

Then I look at the polls. Nationally and in battleground States, Senator Obama is thrashing Senator McCain.

So what gives?

Pollsters would tell me it’s all very simple. Anecdotal evidence, like my experience on the road, isn’t really evidence at all. It is not trustworthy because it is not scientific. The divergence between what people are telling me and the polling data must be that I run in closed circles. People of like minds talk to me; the others don’t.

Very logical…unless…unless people don’t want their neighbors (or pollsters) to know they aren’t voting for Obama.

So, are we talking here about the “Bradley Effect”, that well-documented racist phenomenon of people telling pollsters one thing and then doing the opposite in the voting booth simply because the candidate is black?

No. I am referring to something else — the fear of talking to pollsters, or to your neighbor, or to anyone else about not wanting to vote for Barack Obama because of what he stands for.

Do you have doubts? How would you like to get up in front of a crowded theater in a mixed neighborhood and say you are going to vote for McCain? What respectable person wants to risk being considered a racist or a war monger or a fan of President Bush or an enemy of change? Many good people would like to see a black man as our president, or even a Democrat to be our president, but don’t want Barack Obama.

Yes, this race is different in a way that defies the scientific nature of polls. Do you remember the hushed admissions? Why do people feel obliged to speak quietly? Will these people agree to talk to a pollster? I don’t think so. I wouldn’t.

Eight years ago in 2000 and four years ago in 2004 my parents’ Ohio neighborhood was filled with political yard signs. For every two “Gore” or “Kerry” signs there were at least two “Bush” signs. And there were many, many signs, I assure you. Not so today. When I asked local McCain workers in Summit County the reason, they answered quickly: we go to the doors, people wink at us in approval, and then refuse to allow us to place a sign in their yard. A significant number of voters may prefer McCain, but don’t want to show their disapproval of Obama.

What will this mean on November 4th? I don’t know for sure. I do think the election will be closer than the polls suggest.

And I think it all has much more to do with Obama, the candidate, and his plans to “spread the wealth,” nominate very liberal federal judges and bow to Planned Parenthood, than with his ethnicity.

What say you?

God bless,

Father Jonathan

Father Jonathan Morris is author of the new book, “The Promise: God’s Purpose and Plan for when Life Hurts.” For more information click here.


Election américaine: Ces conservateurs qui hésitent à voter McCain (What’s the matter with Indiana?)

10 octobre, 2008
Ivy league bitternessVous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme dans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Obama
J’ai entendu plein de raisons pour lesquelles des votants pourraient refuser de le soutenir, mais j’ai rarement entendu la race. David Von Drehle

“Leaders locaux qui hésitent à s’afficher pro-McCain”, “candidat qui ne fera pas le plein des voix républicaines”, “candidature à la vice-présidence qui fait pouffer les libéraux du monde entier”, “électeurs ayant du mal à digérer le fameux commentaire sur la solidité des fondamentaux de l’économie américaine” …

Enième illustration, sur le blog de deux journalistes de la Réunion partis “faire un plongeon dans l’Amérique profonde pour les dernières semaines de la campagne électorale”, de la difficulté de la position d’un candidat républicain contesté jusque dans ses propres bastions conservateurs?

Ou du véritable matraquage que fait subir à tous les électeurs, à moins d’un mois d’une élection théoriquement imperdable pour un candidat démocrate pourtant à la peine (et qui étant donné le nombre d’indécis pourrait bien être plus disputée qu’on ne le dit), une presse de plus en plus ouvertement partisane pour ledit candidat démocrate?

En tout cas, nos spécialistes des sondages ventriloques (comme notamment l’interprétation systématiquement biaisée de sondages post-débats souvent bien peu représentatifs) pourraient bien avoir la surprise de leurs vies s’ils continuent à faire l’impasse sur certains des artefacts et effets induits ou imprévus qu’ils contribuent à produire eux-mêmes.

Comme, sans parler de la hausse continue du taux de non réponse, de la réduction toujours plus réduite des échantillons (sans parler de l’exclusion de fait des non-possesseurs de téléphones fixes, les toujours plus nombreux détenteurs de mobiles mais peut-être plutôt jeunes et pro-Obama?) ou de la focalisation sur des chiffres souvent peu significatifs au regard des marges d’erreur ou du nombre encore élevé d’indécis, les comportements de sous-déclaration systématique de certains sondés.

Et notamment les sympathisants d’idées taboues ou stigmatisées (anti-immigrants ou minorités, dit “effet Bradley” aux Etats-Unis, qui, même s’il peut aussi à l’occasion s’inverser ou se retourner, peut également produire ses propres effets sur… les sondeurs eux-mêmes qui tentent de le prendre en compte!) mais aussi les partisans de candidats diabolisés (ici le candidat républicain – dont le statut de franc-tireur contredit justement l’image qu’on lui accole de Bush II – comme chez nous il y a quelques années les Le Pen ou les Sarkozy).

D’où la surévaluation induite du ou des candidats du camp opposé (à nouveau ici un candidat démocrate chouchou des médias comme auparavant chez nous un Bayrou ou une Royal) qui, à l’instar du vote protestataire ou de plaisir chez nous en 2002 et 2007 ou là-bas en 2000 ou 2004 pour Gore ou Kerry (déclaré gagnant, on s’en souvient, par les sondages de sortie d’urnes!), pourrait bien aussi à nouveau (avec l’ultime vengeance des “ploucs amers qui s’accrochent aux armes à feu ou à la religion”)… se retourner contre eux!

A moins qu’il ne faille se résigner à la justice immanente qui voudrait que ceux qui, contrairement à ce qui nous est quotidiennement rabaché, ont tant contribué à la crise que traverse actuellement la finance (mais – McCain n’avait à nouveau probablement pas tort – pas nécessairement l’économie) américaine et le monde soient maintenant chargés de la gérer?

Au risque bien sûr, que ne peuvent ignorer les véritables amis de l’Amérique qui connaissent les vraies responsabilités de ceux qu’on nous présente maintenant comme des sauveurs, que les remèdes proposés ne se révèlent encore pires que le mal …

Ces conservateurs qui hésitent à voter McCain

Tout se perd ma bonne dame ! Y compris les fondamentaux du conservatisme qui ont si souvent réussi au parti républicain. Si McCain perdait l’Indiana, ce serait une sacrée surprise. Mais cela ne voudrait pas pour autant dire que les Hoosiers (habitants de l’Indiana) aient basculé dans le camp libéral (au sens philosophique du terme).

Bushmademedem

Les récents sondages montrent que la compétition est serrée et que McCain ne dispose que d’un très léger avantage dans cet Etat qu’aucun candidat démocrate n’a remporté depuis Lyndon B. Johnson en 1964. Il y a une semaine, les sondeurs de South Ben Tribune et WSBT recensaient 46% de personnes interrogées déterminées à glisser un bulletin pour le candidat républicain contre 45% pour Barack Obama, avec une marge d’erreur affichée de 4 points.

Sur le terrain, tant à Bloomington la libérale que dans les villages environnants conservateurs, les panneaux de John McCain sont plutôt rares par rapport à ceux de son jeune rival. Bien sûr, la machine de campagne du grand vieux parti —c’est ainsi que se désigne le parti républicain : Grand Old Party (GOP)— a volontairement fait des économies de moyens sur ce territoire. Mais les leaders locaux, ceux qui concourent le même jour pour les fauteuils de représentants au congrès, conseillers, juges, percepteurs, etc., font évidemment campagne sur leur propre nom et restent plus discrets pour s’afficher pro-McCain. Quant à revendiquer l’héritage du président sortant George W. Bush, n’en parlons même pas…

Nous nous sommes arrêtés à Hendricksville, à une quinzaine de kilomètres à l’ouest de Bloomington. Deux églises, une en bois et une en béton, marquent l’entrée et la sortie du village. Entre elles, des maisons modestes mais coquettes, se lovent au fond d’immenses jardins. La route principale suit la courbe douce du vallon. Les chevaux, paisibles, regardent passer les voitures.

Le coin ne déborde pas d’activités économiques, c’est le moins qu’on puisse dire. Les habitants admettent volontiers faire partie d’une communauté conservatrice. McCain arrivera largement en tête ici mais il ne fera pas pour autant le plein des voix républicaines à ce que nous laisse entendre la patronne de l’unique restaurant du village.

McCain est certes encore considéré comme le candidat des valeurs conservatrices (anti-avortement, liberté de posséder une arme, bannissement du mariage entre homosexuels…) par rapport à Obama. Mais la crise économique, qui s’étend et inquiète, est devenue la principale occupation de bien des électeurs. Ceux-ci, tout conservateurs qu’ils puissent être, ont du mal à digérer le fameux commentaire du sénateur de l’Arizona qui avait imprudemment estimé que les fondamentaux de l’économie américaine étaient bons alors que Wall Street s’effondrait et que le chômage progressait.

Même les plus conservateurs, ceux pour lesquels les questions sociales priment sur l’économie, ne font pas une confiance absolue à John McCain. Par exemple, celui-ci propose aujourd’hui l’annulation de l’arrêt de 1973, Roe contre Wade, qui rend anticonstitutionnelle toute loi anti-avortement. Il en était pourtant un supporter en 1999. Aussi, même le pasteur du village se dit dégoûté et hésite à voter pour le candidat McCain.

Finalement, la candidature à la vice-présidence de Sarah Palin, qui fait pouffer les libéraux du monde entier à cause de ses gaffes à répétition, pourrait bien avoir, malgré tout, l’effet escompté sur les couches les plus conservatrices de l’électorat. Elle, au moins, est sans ambiguïté sur ces questions-là.


Election américaine: Les vacances de M. Obama (The candidate’s off to the beach)

21 août, 2008

Hawaii postcardL’Histoire ne prend décidément pas de vacances.

Chute jusqu’à 12 points parmi ses plus forts soutiens (femmes démocrates, urbains, jeunes), chute de 11 points parmi les électeurs décisifs (catholiques) …

La rare fermeté du sénateur McCain face à la flagrante violation du territoire d’un état indépendant par l’ex-kagébiste de Moscou et aux “vacances” du candidat des munichois et coqueluche des médias commencerait-elle à faire réfléchir les électeurs américains?

Do Obama’s Sinking Poll Numbers Signal History Repeating for Democrats?
John Zogby and Paul Lomeo
Zogby international August 20, 2008

As the Democrats head into their convention, should they be singing the Eurythmics 1985 hit “Here Comes That Sinking Feeling”?

Just as party leaders pack their bags for Denver, our latest Reuters/Zogby poll finds their nominee in some trouble, as Republican John McCain has taken a five-point lead over Barack Obama. That is a 12-point reversal from the survey we took for Reuters in July. Interestingly, Obama’s margins among what had been his strongest demographic groups dropped by as much as 12 points. These include Democrats, women, city dwellers and younger voters – those ages 25-34. Also, Obama has lost his lead among the swing Catholic vote, dropping 11 points to McCain over a month.

What is happening is all too familiar to Democrats. McCain is using the Karl Rove playbook, attacking Obama’s perceived strengths, notably his mass appeal and freshness. Democrats hoped that eight years of a failed Bush presidency (80% in our latest survey said the nation was on the wrong track) so diminished the GOP brand that “going negative” would not work again for the Republicans.

In the end, it may not. Negative campaigning did not work on either side of the aisle in the primaries and caucuses. However, clearly McCain has been the aggressor for the past month, seeing an opportunity to define Obama for General Election voters before Obama could define himself. At times, it has seemed like he has been the only one throwing any punches, especially with Obama on vacation in Hawaii.

The adulation of European crowds on Obama’s overseas trip seems to have helped McCain with conservatives. They distrust Europeans and actually had the opportunity to imagine a liberal Democrat in the role of President – and didn’t like the thought. Meanwhile, Obama’s attempts at flexibility on issues dear to liberals and young voters (Iraq and FISA) may have dampened their enthusiasm.

Choosing August for a vacation proved inopportune for Obama. August has been cruel to Democrats in the past. That is the month when Jimmy Carter, Mike Dukakis and John Kerry all went down in the polls.

As much as voters may prefer the Democrats on most issues, McCain is winning the contest of defining who has the character and personality that swing voters expect in a President. Obama appeals to the mind. McCain goes for the gut.

McCain’s war record and well-established image as a maverick Republican make it tough for Obama to assail McCain the man. Obama’s rhetoric this week shows he recognizes that his issues appeal must become more aggressive and emotional. With 48% of our poll respondents citing the economy as the most important issue, Obama is hitting hard at the GOP record on job losses. He clearly has work to do. Our Reuters/Zogby poll released Wednesday shows more voters trust McCain to deal effectively with economic issues.

Obama must convince voters that he is on their side. While it may be difficult to measure, race complicates that task with white voters, especially older people. Some believe that McCain has already injected racial innuendo into the campaign. The non-partisan David Gergen said on ABC: ” . . . as a native of the south, I can tell you, when you see this Charlton Heston ad, ‘The One,’ that’s code for, ‘he’s uppity, he ought to stay in his place.’ ” Obama partisans also saw race as the subtext of two McCain ads: one that featured Brittany Spears and Paris Hilton, and another that showed several young white women praising Obama.

But when Obama responded to these ads by saying McCain was trying to frighten voters, and adding that he did not look like other Presidents on dollar bills, voters judged Obama negatively and felt he was the one bringing race into the campaign.

It may happen that independent expenditure groups – those so-called “527s” – will raise the racial ante. If they do, Obama may be forced to follow the model set by Jackie Robinson, who ignored taunts in order to succeed as Major League baseball’s first African-American.

His vice-presidential pick and the convention now give Obama the opportunity to restore his image as an agent of positive change who would inspire the nation to act. It will be a tall order. But let’s not forget – it was the electric Obama speech at the Democratic convention four years ago that got this whole presidential campaign started in the first place.

Paul Lomeo is a senior writer with Zogby International, and for many years worked in public affairs on labor and reproductive rights issues.


Présidentielle: Dans la série victimes des sondages, demandez Ségolène!

9 mai, 2007
Sondages référendum 2005Le temps des sondages n’est pas celui de l’élection. Dominique Strauss-Kahn
Je ne recherche pas l’impopularité comme une sorte de décoration. Mais c’est quelquefois le prix que doit payer un dirigeant. Le coût de ses convictions. Tony Blair

Rocard en 81, Delors puis Balladur en 95, Jospin en 2002, la liste est longue des “victimes des sondages”.

Et, comme le rappelait déjà un article prémonitoire du Figaro il y a un an pour “l’effet Ségolène”, nombreux sont les espoirs décus et les dangers de “bulle” présentés par les sondages.

D’autant que cette impression est confirmée par la journaliste du Monde Raphaelle Bacqué (auteure, avec sa collègue Ariane Chemin, d’un livre à paraitre aujourd’hui sur la campagne de la candidate socialiste: “La femme fatale”, déjà menacé de poursuites, pour atteinte à la vie privée, par Royal et Hollande) dans un débat en ligne, où il apparaît que la candidate PS semble avoir été, comme Lionel Jospin avant elle, victime d’une trop grande foi dans les sondages.

Conforté par des années de relativement bons indices de popularité et assuré par les sondages unanimes (mais aussi toutes les élections précédentes et la sortie des affaires judiciaires de l’ex-maire de Paris) d’une place au second tour, le Premier Ministre avait, on s’en souvient, largement encouragé la dangereuse multiplication (comme autant de réservoirs de voix pour le dit second tour) des candidatures à gauche.

Mais si cette fois le PS évita bien ce risque de dispersion et profita à fond du réflexe du vote utile, il ne s’en laissa pas moins (ou du moins ses militants) imposer sa candidate par l’opinion, via une série de sondages qui suivirent un premier sondage du magazine “Elle” (IFOP) en janvier 2006.

Soit près d’un an et demi avant le scrutin et donc à un moment où, on le sait, les opinions n’étant pas encore mobilisées, de tels résultats sont largement fictifs (59 % de Français disaient alors être prêts à voter pour elle).

Puis, confortée par lesdits sondages (qui la faisaient règulièrement prendre l’avantage sur son rival de droite mais avec des écarts statistiquement insignifiants (du fait des marges d’erreur) et entourée de spécialistes des sondages, de sociologie et de marketing auxquels on doit probablement l’idée des “forums participatifs” (inspirés vraisemblablement des “panels qualitatifs” de consommateurs du marketing ou des “focus groups” américains), la candidate elle-même semble s’être coupée de plus en plus de l’expérience de son propre parti et des experts en politique ou d’économie qui auraient pu donner, face à la formidable machine de guerre que s’était construit pendant des années le candidat de l’UMP, plus de crédibilité à son projet.

Même s’il est vrai que les divisions internes dudit parti et le refus de faire un choix clair, pendant les cinq années qui avaient suivi la déroute de Jospin, entre son aile socio-démocrate et son aile dure rendaient la tâche particulièrement difficile, face à nouveau au formidable travail de rénovaton idéologique et politique que Sarkozy avait, malgré la résistance des chirakiens, réussi à imposer à son parti.

Mais on pourrait probablement en dire autant de l’artefact sondagio-médiatique d’un François Bayrou qui, lancé par des questions d’instituts de sondage elles aussi largement fictives sur son éventuelle victoire à un bien hypothétique 2e tour, eut vite fait, quand les choses sérieuses commencèrent et qu’il se fut bien coupé de ses soutiens à l’intérieur de son propre parti, de se dégonfler comme un soufflé trop vite levé pour se retrouver aujourd’hui bien seul …

Elle s’est beaucoup appuyée sur les sondages, sur des analyses sociologiques. Il y avait ainsi auprès d’elle un sémiologue, Alain Mergier, auteur d’un livre remarqué, Le Descenseur social, qui a été l’un des architectes de sa campagne et notamment du thème qui est devenu un gimmick : le “donnant/donnant”. Elle a aussi beaucoup compté sur les conseils de la publicitaire Natalie Rastoin, experte en marketing, qui lui a notamment imaginé cette campagne, et enfin sur Sophie Bouchet-Petersen, une très imaginative conseillère. Mais cela ne suffit pas. Face à la désorganisation, se sont ensuite greffés Jean-Pierre Chevènement, qui a beaucoup appuyé le côté autoritaire et nationaliste de Ségolène Royal, et, à l’inverse de Bernard-Henri Lévy, qui l’a aidé dans ses interventions médiatiques. Mais cela ne suffit pas à élaborer une ligne. Elle n’avait pas d’experts véritables pour bâtir sa politique fiscale, notamment, ou même pour élaborer sa critique en demi-teinte des 35 heures. Du coup, elle a souvent donné le sentiment de pointer avec justesse les problèmes, mais de ne pas suivre derrière, de ne pas proposer de solutions ou d’analyses plus étayées.

Raphaëlle Bacqué : “Ségolène Royal doit réfléchir à ses erreurs et corriger ses propres défauts si elle veut réussir en 2012…”
LEMONDE.FR | 07.05.07 |

L’intégralité du débat avec Dans un chat au Monde.fr, mercredi 9 mai, Raphaëlle Bacqué, grand reporter au “Monde” et co-auteur avec Ariane Chemin, grand reporter au même quotidien, revient sur les raisons de la défaites de Ségolène Royal, à l’occasion de la parution prochaine d’un ouvrage sur la campagne de la candidate socialiste., mercredi 9 mai, à 9 h 30.

XX : Que pensez-vous de son discours du 22 avril au soir ? N’a-t-elle pas aussi perdu là ?

Raphaëlle Bacqué : Le discours du 22 avril au soir était mal préparé et mal dit. Etonnamment, alors que Nicolas Sarkozy avait préparé son discours de soir de premier tour depuis la veille, Ségolène Royal s’y est attelée trop tard, avec ses conseillères Sophie Bouchet-Petersen et Natalie Rastoin. Cependant, si l’on regarde les résultats eux-mêmes, le retard de Mme Royal était déjà important : plus de cinq points. Ce discours n’a sans doute pas convaincu, mais elle avait déjà un gros handicap à rattraper.

PITCH : Est-il vrai que Ségolène Royal ait décidé de se porter à la candidature en réaction à une infidélité amoureuse de François Hollande ?

Raphaëlle Bacqué : Ségolène Royal a toujours eu une ambition politique, bien légitime, et une vraie popularité. Mais elle s’était jusque-là souvent effacée devant son compagnon, en tout cas pour ce qui concerne la présidentielle. Ce que nous racontons, dans notre enquête, c’est qu’en effet un conflit conjugal, comme il en existe dans beaucoup de couples, l’a d’une certaine façon libérée de ses réserves d’antan. Déçue sur le plan privé, elle a choisi de partir à la bataille sans plus se préoccuper de François Hollande mais aussi en faisant un constat : elle était plus populaire que lui, et il n’avait pas su rénover le PS malgré l’aspiration des militants et des électeurs socialistes.

sanchomill : Je suis belge et ici, nous avons été sidérés par le très piètre niveau général de la candidate socialiste, tant sur la forme que sur le fond. Utiliser le mot “incompétence” à son égard ne choque d’ailleurs aucun de mes compatriotes, homme ou femme. L’erreur du PS n’a-t-elle pas été de promouvoir une candidate surfant sur un effet de mode retombé comme un soufflé, plutôt qu’un candidat ayant la stature et la compétence d’un véritable chef d’Etat ?

Raphaëlle Bacqué : Il y avait un problème évident de leadership au PS : personne au fond ne s’imposait. Ni le premier secrétaire François Hollande, ni Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius ou Jack Lang. Ségolène Royal a donc représenté la nouveauté. Je ne parlerais pas d’incompétence en ce qui la concerne, mais la réalité évidente, que nous montrons par mille détails dans notre enquête, est qu’elle n’était pas prête. Peu expérimentée (elle n’avait occupé que des ministères “sociétaux”, famille, éducation, environnement), très mal préparée et partie sans aucun doute trop tard. J’ajoute qu’elle a fait une très grosse erreur stratégique en ne réconciliant pas son camp. En voulant maintenir le PS à l’écart de sa campagne, elle s’est privée de compétences et d’expériences qui l’auraient pourtant grandement aidée dans une compétition de haut niveau comme la présidentielle.

Corto35 : Est-ce que la campagne de Ségolène Royal s’est réellement faite contre l’appareil du Parti socialiste ?

Raphaëlle Bacqué : Oui. Elle a, dans la primaire, rallié la plupart des cadres du PS, notamment les patrons des grandes fédérations. Mais ensuite, elle a sans cesse voulu maintenir le PS à l’écart. Non seulement elle s’est passée de l’apport que pouvait représenter un Strauss-Kahn, qui, sur les questions économiques notamment, aurait pu lui apporter une aide et une légitimité, mais elle a écarté tous les experts du PS. C’est aussi pour cela que la querelle du couple Hollande-Royal a eu de graves conséquences politiques. Ils auraient dû être imbattable : lui à la tête du parti, elle candidate. Au lieu de cela, on a vu deux équipes en incessante compétition. Je n’ai jamais entendu de mots plus durs sur Hollande que dans l’équipe de Ségolène Royal et réciproquement.

Thierry34 : Pensez-vous que Mme Royal va remplacer M. Hollande à la tête du PS ? Pensez-vous qu’elle devrait le faire ?

Raphaëlle Bacqué : C’est une partie difficile qui se joue. Car si elle reste contestée par les “éléphants”, ces derniers restent eux-mêmes relativement impopulaires. Elle est donc difficile à contourner. Dimanche soir, son conseiller Julien Dray affirmait qu’elle voulait prendre le parti. Si c’est le cas, elle va trouver face à elle des adversaires coriaces, dont Hollande lui-même. Elle ne dispose pour sa part d’aucun courant. Elle peut en revanche choisir d’incarner l’opposition à l’Assemblée nationale et, encore une fois, de contourner le parti en restant l’opposante dans les médias. Une chose est certaine, cette bataille politique prend un tour particulier du fait du désaccord politique profond entre Royal et Hollande. Hollande veut préserver le parti et sa propre position à sa tête. Elle veut poursuivre sur sa lancée et être la candidate en 2012…

climacus : Depuis janvier, tous les sondages donnaient la candidate battue. Pourquoi rien de significatif n’a-t-il été tenté pour relancer la campagne ?

Raphaëlle Bacqué : Elle a fait effectivement plusieurs erreurs stratégiques. D’abord, elle a sous-estimé la percée de Bayrou et n’a pas voulu voir que s’il montait dans les sondages, c’est aussi parce que le doute sur elle n’était pas levé. Elle a toujours renvoyé les critiques à la misogynie, ce qui était assez habile mais lui a interdit de les prendre en compte. Elle ne voulait pas non plus faire ce qui ressortait pourtant de toutes les enquêtes qualitatives : rappeler Dominique Strauss-Kahn pour incarner au moins le pôle économique de sa campagne. Enfin, elle a cru ardemment à sa victoire et n’a compris que très tard que c’était perdu.

HERO : Y a-t-il eu oui ou non des pressions de la part des proches de Ségolène Royal sur les journalistes pour que sa vie privée ne soit pas évoquée par les médias avant l’élection présidentielle ?

Raphaëlle Bacqué : C’est un sujet passablement tabou en France et tous les médias, d’une certaine façon, n’abordent qu’avec réticence cette question, même lorsque cela a d’évidentes implications politiques. Ce que nous racontons, c’est qu’il y a eu effectivement des pressions très directes sur un hebdomadaire. Le fils aîné de Ségolène Royal, Thomas Hollande, puis son frère Gérard Royal, ancien agent des services secrets, sont directement intervenu auprès de la direction de ce magazine pour faire déplacer une journaliste.

monzul : Pour ma part, l’amateurisme de l’équipe de Mme Royal était flagrant par rapport à celle de l’UMP dans le reportage de M. Moati. Ce n’est qu’un reportage, mais les approximations de Mme Royal lors du débat et tout au long de sa campage l’ont prouvé. Qu’en pensez-vous ?

Raphaëlle Bacqué : C’est tout à fait vrai. Ségolène Royal avait pourtant compris beaucoup de choses sur l’évolution de la société, elle avait fait venir autour d’elle une armée de sociologues et de sondeurs qui l’ont sans cesse renseignée sur l’état de l’opinion. Mais elle n’avait pas une équipe expérimentée sur l’économie (notamment après le départ fracassant d’Eric Besson), et surtout sur la présidentielle. La désorganisation de l’équipe de campagne aura été un fait majeur. Interviews annulées, déplacements improvisés, des centaines de demandes de rendez-vous laissées en souffrance. Face à l’organisation implacable de l’UMP de Sarkozy, le contraste était saisissant.

Julien_Paris : Mme Bacqué, Ségolène Royal a-t-elle prononcé le mot ” défaite ” depuis dimanche 20 heures ? Si la réponse est non, ne pensez-vous pas que les raisons de sa chute sont son incapacité à reconnaître ses faiblesses et encore plus ses échecs ?

luigi04 : Sa réaction après la défaite (aucune autocritique) et son attitude durant la campagne ne démontrent-elles pas chez Ségolène une incapacité à prendre en compte la réalité, ce qui la discrédite quant à un rôle de premier plan dans le futur ?

Raphaëlle Bacqué : Je crois qu’il s’agit là aussi d’une tactique. Le soir du second tour, cette façon un peu surréaliste de faire la “fête” de la défaite a d’une certaine façon tué dans l’œuf les critiques. Lors de la réunion des dirigeants du parti, mardi, cela a été la même chose. Il a fallu un bon moment de discussion pour savoir si on allait prononcer le mot de défaite. Mais sa façon toute personnelle de ne pas reconnaître les erreurs est aussi une façon efficace de se protéger psychologiquement. Sans doute, un peu plus tard, faudra-t-il qu’elle fasse la véritable analyse de ses propres erreurs. Si elle ne fait pas cette analyse, elle risque fort de ne pas être mieux préparée pour la suite.

mm : Vous dites : “elle a écarté tous les experts”. Sur qui s’appuyait-elle donc ? Peut-on faire une campagne présidentielle sans experts ?

Raphaëlle Bacqué : Elle s’est beaucoup appuyée sur les sondages, sur des analyses sociologiques. Il y avait ainsi auprès d’elle un sémiologue, Alain Mergier, auteur d’un livre remarqué, Le Descenseur social, qui a été l’un des architectes de sa campagne et notamment du thème qui est devenu un gimmick : le “donnant/donnant”. Elle a aussi beaucoup compté sur les conseils de la publicitaire Natalie Rastoin, experte en marketing, qui lui a notamment imaginé cette campagne, et enfin sur Sophie Bouchet-Petersen, une très imaginative conseillère. Mais cela ne suffit pas. Face à la désorganisation, se sont ensuite greffés Jean-Pierre Chevènement, qui a beaucoup appuyé le côté autoritaire et nationaliste de Ségolène Royal, et, à l’inverse de Bernard-Henri Lévy, qui l’a aidé dans ses interventions médiatiques. Mais cela ne suffit pas à élaborer une ligne. Elle n’avait pas d’experts véritables pour bâtir sa politique fiscale, notamment, ou même pour élaborer sa critique en demi-teinte des 35 heures. Du coup, elle a souvent donné le sentiment de pointer avec justesse les problèmes, mais de ne pas suivre derrière, de ne pas proposer de solutions ou d’analyses plus étayées.

mt : N’y a-t-il rien eu de positif dans cette campagne ? Qu’a-t-elle réussi ?

Raphaëlle Bacqué : Bien sûr que si ! D’abord, elle a ré-intéressé l’électorat de gauche, lui a redonné de l’espoir et c’est beaucoup. Dans ces meetings, une vraie ferveur s’est souvent exprimée que l’on n’avait pas vue depuis François Mitterrand. Son absence de tabou politique, notamment dans l’entre-deux-tours, lors de sa tentative d’ouverture au centre, aura fait progresser le PS dans sa réflexion sur les alliances et son tournant éventuel vers la social-démocratie. Enfin, elle a montré qu’une femme pouvait arriver au deuxième tour de la présidentielle en France. De ce point de vue, c’est une petite révolution

mikelou : Ségolène Royal n’est-elle pas plus proche de Bayrou que du PS ?

Raphaëlle Bacqué : Non, je ne dirais pas cela. Elle a beaucoup de références, notamment sur l’économie et les services publics, qui sont très typiquement de gauche. Mais c’est le PS tout entier qui doit s’interroger sur ses alliances et sa ligne. Avec un PC qui disparaît et une extrême gauche affaiblie, doit-il encore courir sur sa gauche ? Doit-il prendre le chemin de la social-démocratie comme les autres socialistes européens ? Enfin, Bayrou est-il capable d’accepter une alliance qui le priverait de sa propre aventure personnelle ? C’est cette recomposition politique qui va être passionnante, ces prochaines années, à gauche. Au fond, Sarkozy a réussi à la mener à droite, la gauche doit le faire à son tour.

parajanov : Comment résoudre le problème de légitimité évidente au PS depuis le départ de Jospin ?

Raphaëlle Bacqué : L’idée de faire des primaires était une réponse possible et intelligente. Mais ces primaires sont venues trop tard. Le PS doit choisir son candidat trois ou quatre ans avant l’échéance, puis tout le PS doit se mettre à travailler derrière lui. Il faut aussi susciter une nouvelle génération d’élus, faire émerger des personnalités différentes. Il faut enfin rassembler son camp. Mitterrand détestait Rocard et se méfiait de Delors. Mais en 1981, il les avait placés tous deux sur ces affiches de campagne…

Ségotose : A votre avis, comment Ségolène Royal va-t-elle réagir à votre ouvrage ? Quel est, selon vous, son avenir politique ?

Raphaëlle Bacqué : Elle réagira mal, probablement, car elle a voulu maintenir le secret sur sa campagne et notre enquête s’attache à lever une part de ce secret. Notre enquête est pourtant très nuancée, car nous pensons franchement qu’il y avait beaucoup d’intuitions intéressantes et une formidable volonté. Sur son avenir politique, je ne doute pas qu’elle en ait un. Elle est populaire, elle est tenace. Mais elle doit vraiment réfléchir à ses erreurs et corriger ses propres défauts de caractère notamment. Elle va aussi avoir fort à faire avec des adversaires qui la haïssent au sein même du parti et qu’elle n’a pas ménagés. Mais après tout, elle peut parfaitement réussir en 2012…
Modéré par Gaïdz Minassian

Voir aussi :

En matière d’espoirs déçus, l’ancien premier ministre est une sorte de précurseur. Un an avant l’élection présidentielle de 1981, il apparaissait comme le candidat du Parti socialiste. Il n’était pas encore candidat, mais les sondages le croyaient déjà élu. Jeunesse, nouveauté, accessibilité, enthousiasme – pour toutes ces qualités, les médias se l’arrachaient. Et renvoyaient François Mitterrand au statut peu enviable de candidat du passé. Il a suffi d’une déclaration de candidature ratée en direct de Conflans-Sainte-Honorine, un 19 octobre 1980, pour que le PS commence à douter, que Mitterrand se réveille et que Rocard cède la place au premier secrétaire. Lequel allait être élu, comme on le sait, le 10 mai suivant.

L’«effet Ségolène» en apesanteur dans la bulle des sondages précoces
L’analyse de Myriam Levy
Le Figaro
Le 16 mai 2006

Pour commencer, jouons un peu aux devinettes. Tentons d’identifier de qui l’on parle dans les propos suivants. Il y est question d’une personnalité – nous l’appellerons «X» – «que la majorité de ses concitoyens souhaitent voir postuler à la présidence». La phrase débute ainsi : «On nous a certes avertis que les sondages d’opinion sont approximatifs ou versatiles. Sans doute. Mais ceux-là sont têtus. La courbe ne dévie guère, les conclusions se recoupent. On a susurré à nos naïves oreilles que la technique n’est pas innocente, ni exempte de souterraines manipulations. Peut-être… Mais nous observons que M. Y. et M. Z, pour ne citer que les membres les moins obscurs du personnel majoritaire, ne se hissent point en tête du hit-parade.» Et voici comment elle se poursuit : «Cela nous incite à penser que l’effet «X» existe bel et bien. Cette première constatation en appelle une autre, apparemment déroutante : loin de se réjouir de l’ascension d’un des siens, l’appareil du Parti socialiste met le drapeau en berne et, pour un peu, se plaindrait que l’ennemi le trahit.»

Vous avez perdu : ces lignes n’ont pas été écrites récemment et Ségolène Royal n’est pas madame «X». Ces lignes sont extraites d’un livre publié au printemps 1980 aux Editions Grasset par Patrick Rotman et Hervé Hamon sous le titre L’Effet Rocard. Elles devraient inciter à traiter aujourd’hui encore les sondages avec prudence.

En matière d’espoirs déçus, l’ancien premier ministre est une sorte de précurseur. Un an avant l’élection présidentielle de 1981, il apparaissait comme le candidat du Parti socialiste. Il n’était pas encore candidat, mais les sondages le croyaient déjà élu. Jeunesse, nouveauté, accessibilité, enthousiasme – pour toutes ces qualités, les médias se l’arrachaient. Et renvoyaient François Mitterrand au statut peu enviable de candidat du passé. Il a suffi d’une déclaration de candidature ratée en direct de Conflans-Sainte-Honorine, un 19 octobre 1980, pour que le PS commence à douter, que Mitterrand se réveille et que Rocard cède la place au premier secrétaire. Lequel allait être élu, comme on le sait, le 10 mai suivant.

Dans la catégorie «victime des sondages», d’autres ont suivi. C’est probablement lors de la campagne en vue de la présidentielle de 1995 que le phénomène a atteint son paroxysme. Vous souvenez-vous de Jacques Delors ? Comme aujourd’hui pour Lionel Jospin, la presse scrutait la moindre de ses déclarations, persuadée que celui qui était encore président de la Commission européenne se présenterait à la magistrature suprême. En août 1994, il avait beau dire que son rêve était d’«aller en février à la montagne avec sa femme», personne ne le croyait. Ségolène Royal, à qui la dernière édition du New York Times magazine consacre un dossier de six pages intitulé «la Femme», se souvient certainement que personne ne croyait non plus le deloriste François Hollande, alors président du Club Témoin, lorsqu’il disait, à Lorient le 28 août : «Delors pourrait renoncer : pourquoi voudrait-il être la victime expiatoire d’une gauche qui ne l’a jamais adoré ?»

Aujourd’hui, entend-on Mme Royal lorsqu’elle répète : «Si je suis la mieux placée, je ne reculerai pas devant mes responsabilités» ? Est-ce à dire qu’elle n’est prête à se lancer dans ce combat que si elle est sûre de gagner ? En tout cas, début décembre 1994, selon la Sofres, 84% des Français étaient sûrs que Jacques Delors se présenterait. Comme quoi, tout le monde peut se tromper… Et ne pas être rancunier : même après son retrait, sa «cote d’avenir», selon le même institut, continue de monter pour atteindre, en avril 1995, un maximum de 71% de personnes souhaitant le voir jouer un rôle important dans les mois qui viennent, au moment même du scrutin auquel il a renoncé à participer cinq mois plus tôt.

Avant même que Delors ait disparu du paysage, un autre prétendant se hisse tout en haut des sondages : Edouard Balladur. Au point que Jérôme Jaffré, alors directeur de la Sofres, affirme dans Le Monde que son élection est «comme déjà faite». Partisan de Jacques Chirac, Philippe Séguin dénonce alors cette campagne dans un discours prononcé à Bondy : «Arrêtez donc de croire qu’il va y avoir une élection présidentielle.» Et il ajoute : «Le vainqueur a déjà été désigné. Proclamé. Fêté. Encensé. Adulé. Il est élu. Il n’y a pas à le choisir, il y a à le célébrer. Ça n’est plus la peine de vous déranger. Circulez, y a rien à voir.»

Il est dommage qu’à l’époque Jérôme Jaffré ne nous ait pas révélé ce qu’il devait dire au lendemain de l’élection de Jacques Chirac, lors d’un séminaire de l’Institut national des études démographiques (Ined) consacré aux enquêtes d’intentions de vote en France et en Grande-Bretagne : «L’indécision a été exceptionnelle, puisque le nombre d’hésitants entre Chirac et Balladur s’est pratiquement maintenu de janvier à la veille de l’élection (baisse de 3 millions d’électeurs à 2,5 millions)».

Et s’il fallait compléter la liste des victimes du trompe-l’oeil des sondages précoces, on pourrait bien sûr y ajouter Lionel Jospin, qui, le 3 mai 2001, était donné gagnant au deuxième tour par 52 à 48 contre Jacques Chirac dans un sondage BVA pour Paris-Match. Enfin, pour que le tableau soit complet, n’oublions pas qu’un an avant le référendum de 2005, la Constitution européenne, disaient les sondages, serait adoptée avec un score plébiscitaire. Entre-temps, il s’était écoulé cette période toute faite de surprises qu’on appelle campagne électorale, dont on dit qu’elle ne peut pas faire élire un mauvais candidat mais qu’elle peut fort bien en faire battre un bon.

* Journaliste au service politique du Figaro.

Voir aussi:

J’ai été frappée par le degré extraordinaire de désorganisation du dispositif de Ségolène Royal. Au « 282 », son QG, régnait une parfaite anarchie : personne n’était au courant de ce que faisait la candidate, ni du reste son voisin de bureau ; parmi les membres de son staff, personne n’avait l’expérience d’une campagne présidentielle, à part celle, lointaine, de Jean-Louis Bianco. Quant aux jeunes de la ségosphère, ils faisaient preuve d’une absence complète de culture politique. Dans ces conditions, ne pas avoir su ou voulu de réconciliation avec un état-major socialiste expérimenté et aguerri apparaît comme une erreur incompréhensible. Vue de près, l’impréparation de la candidate et de sa campagne étaient saisissantes, surtout par contraste avec les dix années de préparation méthodique de Nicolas Sarkozy.

Le secret de Ségolène
Le Point
09/05/2007 – Propos recueillis par Fabien Roland-Levy – Rubrique coordonnée par Valérie Peiffer -

À peine, la campagne terminée, Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin évoquent, dans « La femme fatale » (1), les secrets politiques et intimes de la folle aventure de Ségolène Royal. Raphaëlle Bacqué raconte.
Lepoint.fr : Au terme de votre enquête, qu’avez-vous découvert sur les coulisses de la campagne de Ségolène Royal ?

Raphaëlle Bacqué : J’ai été frappée par le degré extraordinaire de désorganisation du dispositif de Ségolène Royal. Au « 282 », son QG, régnait une parfaite anarchie : personne n’était au courant de ce que faisait la candidate, ni du reste son voisin de bureau ; parmi les membres de son staff, personne n’avait l’expérience d’une campagne présidentielle, à part celle, lointaine, de Jean-Louis Bianco. Quant aux jeunes de la ségosphère, ils faisaient preuve d’une absence complète de culture politique. Dans ces conditions, ne pas avoir su ou voulu de réconciliation avec un état-major socialiste expérimenté et aguerri apparaît comme une erreur incompréhensible.
Vue de près, l’impréparation de la candidate et de sa campagne étaient saisissantes, surtout par contraste avec les dix années de préparation méthodique de Nicolas Sarkozy.

Qu’avez-vous découvert sur la psychologie de la candidate ?

On ne s’est pas rendu compte de l’extérieur du degré de méfiance et de violence au sein du couple Royal-Hollande et entre leurs entourages. Ségolène et François se dissimulaient leurs stratégies respectives, comme de vrais adversaires politiques.

Pourquoi les commentateurs n’ont-ils pas relaté ces dysfonctionnements avant la défaite du second tour ?

Beaucoup d’observateurs ont été des aveugles consentants. Ils espéraient depuis longtemps un renouvellement de la vie politique. L’irruption de Ségolène les a comblés. Songez que, la semaine dernière encore, beaucoup la donnaient victorieuse du débat avec Sarkozy ! Quant à ceux qui regardaient les choses avec lucidité, sans doute étaient-ils intimidés par les procès en misogynie de la candidate.

Votre livre évoque entre Ségolène Royal et François Hollande une « querelle intime », un « conflit conjugal ». Les responsables socialistes que vous citez évoquent des « problèmes de couple ». Que pensez-vous de la thèse qui a circulé dans le microcosme : elle aurait été candidate par vengeance sentimentale ?

Disons plutôt que c’est pour la raison que vous évoquez qu’elle s’est sentie autorisée à être candidate, au détriment de son compagnon. Mais l’ambition était là depuis longtemps. Quoi qu’il en soit, ce conflit privé a pesé singulièrement dans un épisode capital de notre vie publique. Nous racontons dans le livre comment Ségolène Royal a fait intervenir des proches auprès d’un grand média pour tenter d’écarter une journaliste cause de ses tourments. Il est étonnant que la campagne ait été marquée par les problèmes de couple des deux finalistes ! Mais voilà, en France, la presse ne sait pas comment parler de ces choses-là…
(1) Albin-Michel, 18 euros. En vente le 9 mai.
Voir enfin :

Inscrit dans les résultats du premier tour, son échec arithmétique est la conséquence d’une défaite culturelle. Et d’une déculottée idéologique. Nicolas Sarkozy a gagné dans les têtes avant de triompher dans les urnes. Depuis 2002, il s’est imposé en référence incontournable, quasi unique, du débat public. Cinq années durant, ce sont ses actes place Beauvau et ses mots scandés depuis la présidence de l’UMP qui ont donné le ton. Tous, à droite comme à gauche, se sont positionnés par rapport à lui, à ses projets, à ses provocations. Certains de ses opposants ont même commis l’erreur de prétendre faire du scrutin élyséen un référendum sur sa personne.

La gauche en déroute identitaire
Elle n’a pas su se rénover à l’image d’une droite sarkozysée depuis 2002.
Par Renaud DELY
Libération
Le 7 mai 2007

Gauche, année zéro. Pour expliquer la sévère défaite subie hier, nombr e de voix vont s’élever, à gauche, pour faire le procès de la candidate, fustiger ses erreurs, ou pointer une stratégie erratique. Dominique Strauss-Kahn déjà pris la tête de ce choeur-là. Il n’a pas tardé à dénoncer la «très grave défaite» d’un camp «qui n’a toujours pas fait sa rénovation», en une sorte d’écho lointain à l’envolée de Michel Rocard contre une «certaine gauche archaïque» au soir des législatives de 1978.
Les fidèles de Ségolène Royal leur répliqueront en désignant tous ceux qui, au sein du PS, n’ont jamais reconnu sa légitimité et n’ont eu de cesse de la faire chuter pour ménager leurs médiocres intérêts futurs. Tous auront raison. Mais aucune de ces explications ne permet de mesurer l’ampleur de la crise d’identité de la gauche. Inscrit dans les résultats du premier tour, son échec arithmétique est la conséquence d’une défaite culturelle. Et d’une déculottée idéologique. Nicolas Sarkozy a gagné dans les têtes avant de triompher dans les urnes. Depuis 2002, il s’est imposé en référence incontournable, quasi unique, du débat public. Cinq années durant, ce sont ses actes place Beauvau et ses mots scandés depuis la présidence de l’UMP qui ont donné le ton. Tous, à droite comme à gauche, se sont positionnés par rapport à lui, à ses projets, à ses provocations. Certains de ses opposants ont même commis l’erreur de prétendre faire du scrutin élyséen un référendum sur sa personne. La lente «sarkozysation des esprits» qu’il avait menée au préalable lui assurait la victoire.
Pour la peaufiner, le candidat UMP a placé la joute électorale sur le terrain de valeurs qu’il pensait devenues dominantes. Il a fait de son sacre annoncé la revanche d’une droite «décomplexée» soucieuse de «liquider» l’héritage de Mai 68, un dessein qu’il a décliné hier en prônant la réhabilitation de l’ «effort», de l’ «autorité», et de la «fierté de la France». La droitisation de la société française n’est plus une hypothèse. Avec l’avènement de cette droite sarkozyenne inspirée des modèles espagnol ou italien, c’est une réalité criante. Certes, sous la Ve République, la gauche n’a remporté qu’exceptionnellement une majorité absolue de suffrages. Et il est vrai que Royal fut à la mode. C’est même parce que, du printemps 2006 à la mi-janvier 2007, de nombreux sondages en faisaient la seule capable de battre Sarkozy que les militants PS l’ont plébiscitée. Ce triomphe n’était qu’illusion d’optique. Il reposait sur des bases trop fragiles. Il y a deux ans, nul n’imaginait, à part peut-être l’intéressée, que Royal figurerait au second tour. Par la faute, notamment, du vrai faux-retrait de Jospin, la gauche n’avait pas fait l’expertise des causes du naufrage du 21 avril 2002. DSK a raison: il est temps qu’à l’instar de ses homologues européennes, elle s’attelle enfin à sa «rénovation». Royal l’a entamée dans l’urgence, souvent contre l’avis des siens, au fil d’une campagne tumulteuse. C’est parce qu’elle entend achever cette oeuvre qu’elle a semblé donner dès hier soir rendez-vous en 2012.

Et aussi:

« La force tranquille» (1981) avait fait causer; «Génération Mitterrand»(1988) tout autant, sinon plus. On n’en était qu’aux mises en bouche d’une authenttique révolution. Des formules toutes faites et refaites jusqu’à plus soif de banalité, de consternants truismes qui n’ont même pas le charme d’une «brève de comptoir», Ségo en a usé des kilos, alors même qu’elle n’était que candidate à la candidature. Il y a eu, très vite, le «désir d’avenir», puis le répétitif «ordre juste», mais aussi la promesse de «tirer la France vers le haut», et la volonté de «permettre à chacun de construire sa propre vie». Sans préjudice de cet époustouflant slogan: «Le progrès pour tous et le respect pour chacun”. Deux misanthropes à deux doigts du suicide exceptés, qui est contre?

Le pis est que ces bouleversifiantes expressions n’ont pas un instant été imaginées par la candidate, ni même par l’un ou l’autre de ses collaborateurs politiques. Elles sont le fait, dans un ouvrage intitulé «Le Descendeur social (2)”, d’un dénommé Alain Mergier, socio-sémiologue qui n’en demandait peut-être pas tant, un garçon qui s’est un peu fait connaître — dans quelques cercles choisis tout de même — pour avoir, paraît-il, été dans les tout premiers à prédire un second tour Chirac-Le Pen en 2002 et un «non» massif au référendum européen d’avril 2005. Pour le tsunami, on hésite…
C’est ainsi : Ségolène aime à se réapproprier de «justes»paroles et pas seulement celles de Mergier d’ailleurs. Avec l’aide de son amie et conseillère («à titre gracieux») Nathalie Rastoin, patronne, pour la France, de la maison de pub américaine Ogilvy, notre amie, pour alimenter sa conscience et sa connaissance des besoins et sentiments profonds du pays, procède à la manière de tous les instituts de sondage: à leur façon, ses «débats participatifs»(les participants, des militants et sympathisants de base, étaient conviés à s’exprimer sur différents sujets de société, tels que la délinquance, l’éducation, etc.) ne sont rien d’autre que des «réunions qualitatives» de consommateurs.

Ségolène Royal, reine de la com’
Le blog Médias
03.04.2007
Ségolène Royal manie avec dextérité la communication et les sondages. Et cela ne date pas d’hier: on se souvient encore des photos de Match dans sa chambre à la maternité. Quant à ses «débats participatifs», ne ressemblent-ils pas à de banales «réunions qualitatives» de consommateurs?

Un texte de Patrice Lestrohan pour la revue Médias n°12

De quel grand politique nécessairement génial, cet aphorisme confondant et trop méconnu: «La communication doit précéder l’action et parfois même s’y substituer!(1)»? Histoire de vous épargner de fastidieuses recherches,on vous fournit tout de suite la réponse: du candidat à la présidentielle 2007 Nicolas Sarkozy, voilà très exactement quatorze ans, quelques jours après son entrée au ministère du Budget dans le gouvernement Balladur et devant les membres de son cabinet. Il aura été entendu au-delà de toute espérance, et d’abord au-delà de son propre camp. Même s’il apparaît cruel de le souligner, pour mener sa propre campagne, la candidate socialiste Ségolène Royal pourrait bien avoir adopté cette commode ligne de conduite. Jusqu’à plus ample informé, officiellement issu de la synthèse d’une foultitude de «débats participatifs», son «projet présidentiel», son programme politique si l’on préfère, ce qu’elle se propose en tout cas de mettre en œuvre, aura suivi de longs mois son propre lancement électoral, son «auto-mise» sur orbite, d’excellents sondages aidant. Si ce n’est pas placer la com’ avant et même à la place de «l’action»… Le procédé (à défaut de jacter de quelque chose, jactons pour jacter) l’aura amenée à friser des sommets d’ar- rogance creuse, type, au meeting de Toulon de la mi- janvier: «Je suis la candidate de la vérité et de la parole», forte et historique sentence qui eut le don de déchaîner l’ironie du chroniqueur télé du Monde. Légitimement. À cette date, Ségo, porte-flambeau de la Vérité, noie totalement le poisson sur les trente- cinq heures.
« La force tranquille» (1981) avait fait causer; «Génération Mitterrand»(1988) tout autant, sinon plus. On n’en était qu’aux mises en bouche d’une authenttique révolution. Des formules toutes faites et refaites jusqu’à plus soif de banalité, de consternants truismes qui n’ont même pas le charme d’une «brève de comptoir», Ségo en a usé des kilos, alors même qu’elle n’était que candidate à la candidature. Il y a eu, très vite, le «désir d’avenir», puis le répétitif «ordre juste», mais aussi la promesse de «tirer la France vers le haut», et la volonté de «permettre à chacun de construire sa propre vie». Sans préjudice de cet époustouflant slogan: «Le progrès pour tous et le respect pour chacun”. Deux misanthropes à deux doigts du suicide exceptés, qui est contre?

Le pis est que ces bouleversifiantes expressions n’ont pas un instant été imaginées par la candidate, ni même par l’un ou l’autre de ses collaborateurs politiques. Elles sont le fait, dans un ouvrage intitulé «Le Descendeur social (2)”, d’un dénommé Alain Mergier, socio-sémiologue qui n’en demandait peut-être pas tant, un garçon qui s’est un peu fait connaître — dans quelques cercles choisis tout de même — pour avoir, paraît-il, été dans les tout premiers à prédire un second tour Chirac-Le Pen en 2002 et un «non» massif au référendum européen d’avril 2005. Pour le tsunami, on hésite…
C’est ainsi : Ségolène aime à se réapproprier de «justes»paroles et pas seulement celles de Mergier d’ailleurs.
Avec l’aide de son amie et conseillère («à titre gracieux») Nathalie Rastoin, patronne, pour la France, de la maison de pub américaine Ogilvy, notre amie, pour alimenter sa conscience et sa connaissance des besoins et sentiments profonds du pays, procède à la manière de tous les instituts de sondage: à leur façon, ses «débats participatifs»(les participants, des militants et sympathisants de base, étaient conviés à s’exprimer sur différents sujets de société, tels que la délinquance, l’éducation, etc.) ne sont rien d’autre que des «réunions qualitatives» de consommateurs. La manière est assez peu jauressienne, mais on aura garde de s’en étonner. Entre-temps, Sarko qui, après tout, ne fonctionne pas de manière si différente, a intégré le grand ancêtre dans le patrimoine UMP. Ségolène croit de longue date à la com’. Et même à la com’ pour la com’ : poser pour poser, se montrer pour se montrer. Ce que Catherine Deneuve ni aucune autre fameuse actrice française ne s’est jamais risquée à autoriser, Ségo l’a osé: ouvrir, dans une maternité, sa chambre de postparturiente à des photographes de
Match. Ministre déléguée, sous Jospin, à la petite enfance, elle entraîne leurs collègues de magazines féminins dans l’appartement familial. Et directement dans la salle de jeux de ses propres enfants. Élue, un peu plus tard, présidente du conseil régional de Poitou- Charentes, elle accorde la plus extrême attention à la fonction de directeur de la communication. La plus extrême et la plus tatillonne aussi. Une ex du cabinet Lang au ministère de la Culture ne tiendra pas plus de six mois dans la fonction. La pression de la patronne est trop forte. Elle a pourtant de quoi se diluer. Même si elle dispose de correspondants pas trop hostiles au Monde comme à L’Obset à France Info, Ségo ne cultive pas avec les journalistes les liens de complicité un peu ostensibles où se complaît un Sarko. Elle n’en tutoie qu’un strict minimum et n’est pas de l’école «petite tape sur l’épaule» et encore moins sur le ventre, manifestation publiquement réservée au premier secrétaire et compagnon François Hollande. Ce qui ne dissuade pas de vouloir gérer au mieux la meute, d’autant plus déchaînée que pour assurer une «couv’» de magazine, le sujet est au moins aussi vendeur que les francs-maçons ou la dernière hausse de l’immobilier. À son QG du boulevard Saint-Germain, la candidate dispose de deux attachés de presse personnels, cepedant que le député socialiste Julien Dray coordonne tant bien que mal les différents porte-parole officiels.
Tous les observateurs en conviennent, il n’est à la vérité qu’une seule dircom’ de Ségolène : Ségolène elle-même, vedette et impresario de la vedette à soi toute seule. A l’état-major électoral, nul ne pprendrait sur lui de répondre pour la candidate à l’invitation d’une chaîne, par exemple. Seuls avis autorisés en la matière, hors cadres et en comité restreint, sur ce type de sujets comme sur de plus faussement futiles (le maquillage à choisir par exemple): celui de l’indispensable Nathalie rastoin, encore elle, et celui de l’autre fidèle, Mère Joseph de l’impétrante, l’ex-trotskyste recentrée Sophie Bouchet-Petersen.

On vout voit venir : si le dispositif est tellement rôdé, la principale interessée tellement vigilante, comment peut-il se produire des couacs, façon Muraille (ou Duraille) de Chine (mal répéter le premier slogan inscrit sur les tee-shirts vendus à proximité, quand on est à ce point soucieux de bien communiquer…). Dangereu débat qui prête à des hypothèses audacieuses. Une supposition de la com’, ce ne soit ni la culture, ni la sensibilité, ni l’expérience, ni même l’intuition. Et que ça en soit peut-être même l’inverse?
Retour à des protagonistes de droite. Au Premier ministre Chirac de la première cohabitation qui lui reprochait “une mauvaise communication”, son dircom’ Denis Baudouin, lui-même ex-porte-parole de Pompidou, répliquait : “Fais-moi une bonne politique et je te ferai une bonne communication.” C’est un “fondamental” qui n’est paut-être pas totalement infondé.

1. Justement exhumé par le journaliste William Emmanuel dans son “Nicolas Sarkozy, la fringale du pouvoir” (Flammarion).
2. ” L’Age d’or des vaseux communicants”, par Didier Hassoux, Le Canard enchaîné, 13 décembre 2006.


Présidentielle: Comment nos sondeurs contribuent inévitablement à la volatilité qu’ils mesurent

13 avril, 2007
What elections are forLa vérité ne se décide pas au vote majoritaire. Doug Gwyn
Le fait même de poser une question peut inventer un résultat car elle fait appel à l’imaginaire du sondé qui n’y avait pas encore réfléchi. Alain Garrigou

Loin de vouloir faire des sondages (ou des sondeurs) les bouc émissaires de qui ou de quoi que ce soit (lesquels, dans un système démocratique font, on le sait, partie du droit incompressible à l’information), il n’en semble pas moins important de prendre conscience d’un certain nombre de limites de l’exercice.

Et même, comme le rappelle cet intéressant commentaire de l’universitaire Alain Garrigou dans Le Monde d’hier, de toute une série d’artefacts et d’effets induits ou inattendus.

Peur de se tromper après la mésaventure de 2002 de la part des sondeurs, sous-déclaration systématique des sondés, notamment les sympathisants de candidats diabolisés (Le Pen, Sarkozy?, d’où la surévaluation induite d’un plus neutre Bayrou ou Sarkozy à nouveau?) ou les futurs abstentionnistes, dopage artificiel des chiffres d’un candidat (la fameuse question sur les très hypothétiques duels avec Bayrou au second tour) et partant… des ventes de journaux et sondages!

Inflation de sondages en période électorale qui servent de vitrines pour imposer la notoriété des instituts pour les études de marché qui constituent l’essentiel de leurs revenus (comme d’accroches pour rédacteurs en chef en panne de sujets et de lecteurs), mais aussi suite à l’arrivée de nouveaux commanditaires (Internet) …

Hausse continue du taux de non réponse suite justement à l’inflation des sondages (notamment commerciaux: les incessantes études de marché du type portes-fenêtres) …

Autant de paramètres et d’effets induits qui finissent par menacer sérieusement la représentatitivité politique des échantillons (réduits de plus en plus, en gros, à ceux qui acceptent de répondre).

Et amènent à une focalisation sur les chiffres (y compris au-delà de la virgule, ce qui n’a plus du tout aucun sens, sans parler des habituels 3% de marges d’erreur).

Comme sur l’opinion aux dépens du débat réel sur les programmes.

Avec ainsi par exemple un PS qui était si sûr de lui en 2002 (avec certes, il faut le rappeler, quelque raison face au délinquant multirécidiviste qui avait alors tous les juges du pays aux fesses) qu’il avait, avec les résultats que l’on sait, parrainé ses concurrents!

Mais aussi, du côté des électeurs (les plus informés), augmentation du vote stratégique, qui, comme le vote protestataire ou de plaisir de 2002, pourrait bien aussi à nouveau… se retourner contre eux?

Morceaux choisis:

même les sondages “sortie des urnes” – effectués après le vote – sont faux. Les électeurs continuent de sous-déclarer leur vote.

dire qu’il peut changer d’avis ou qu’il se décidera dans l’isoloir est une façon, pour le sondé, de ne pas vraiment dire pour qui il veut voter.

Les sondeurs ne veulent pas le dire, mais entre les gens qui ne sont pas chez eux et ceux qui refusent de répondre, il faut passer 10 appels pour avoir un entretien complet, selon les gens qui ont travaillé dans les centres de téléphonie. Une estimation proche des statistiques aux Etats-Unis, où le taux de non-réponse est de 85 %.

Le problème, quand le refus de répondre augmente, est qu’à un moment les échantillons ne sont plus représentatifs politiquement, même s’ils le sont socio-démographiquement. Il n’est pas prouvé que le champ des orientations politiques des gens qui acceptent de répondre est le même que celui des gens qui refusent de répondre.

Le grand piège, c’est qu’on passe complètement à côté d’une campagne de débat et d’argumentation. Le temps qu’on passe à scruter le positionnement de chacun dans les sondages, c’est du temps qu’on ne passe pas à penser au rôle du président et autres questions.

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Le mensonge de l’antiaméricanisme (Fouad Ajami)

24 juin, 2006

US flag burningA l’occasion de la publication d’un énième sondage international sur la mauvaise image des Etats-Unis dans le monde, retour sur la magistrale déconstruction de ce type de sondages et surtout des utilisations politiques dont ils sont le prétexte qu’avait fait il y a deux ans le grand spécialiste libano-américain du Moyen-Orient Fouad Ajami.

D’ailleurs, devant un tel unanimisme, d’un bout de la planète à l’autre, on peut se demander, comme disait Bebel pour l’antisémitisme, si l’antiaméricanisme n’est pas devenu à son tour… “le socialisme des imbéciles” ?

Extraits:

il n’y a jamais eu de sympathie à dilapider. L’anti-américanisme était déjà enraciné dans la psyché mondiale – réaction brutale contre une nation qui apporte le modernisme à ceux qui le veulent mais qui aussi le craignent et le méprisent.

Les sondeurs d’opinion ont mis en avant des tableaux pour légitimer une légende populaire : ce ne sont pas les Américains que les gens haïssent à l’étranger, mais les Etats-Unis ! Mais ce sont quand même des Américains qui sont tombés sous les coups du terrorisme, le 11 septembre 2001, et c’est à propos des Américains et de leurs actions, et du type d’ordre social et politique qu’ils défendent, que des récits sordides courent à Karachi et à Athènes, au Caire et à Paris. On ne peut professer de l’amitié envers les Américains et en même temps attribuer les plus noirs desseins à leur patrie.

Apporter le modernisme à ceux qui le veulent mais, en même temps, s’insurgent contre lui, représenter et incarner tant de choses que le monde désire et craint – tel est le fardeau américain. Les Etats-Unis se prêtent à des interprétations contradictoires. Pour les Européens, et pour les Français en particulier, amoureux de leur laïcité, les Etats-Unis sont religieux à l’excès, au point d’en être presque embarrassants, tant leur culture est imprégnée de symbolisme sacré. Dans le monde islamique, le fardeau est exactement inverse: là, les Etats-Unis scandalisent les dévots.

Tant de peuples ont les Etats-Unis dans la peau. Leur fureur est curieusement dérivée de cette même attraction. Le destin d’une civilisation à l’ombre portée tellement immense, est d’être à la fois imitée et mal aimée. Les Etats-Unis sont voués à figurer dans la politique – et dans l’imagination – des étrangers même quand les Américains croient (à juste titre) ne pas être impliqués dans les affaires d’autres pays.

Il est très difficile de comprendre le mécanisme de la haine, parce qu’on finit par recourir à la logique. Mais essayer de comprendre cela par la logique revient à mesurer une distance en kilogrammes… Ceux [qui critiquent] sont des jaloux. Pour eux, la vie est un fardeau insupportable. Le modernisme est la seule issue. Mais le modernisme effraye. Il signifie que nous devons affronter la compétition. Il signifie que nous ne pouvons pas tout expliquer par des théories de conspiration.

Le modernisme s’accompagne des Juifs. Ils en ont été les vecteurs et les bénéficiaires, et ils l’ont payé cher. Aujourd’hui, les Juifs jouent un rôle spécial dans la vie publique et dans la culture des Etats-Unis, et l’antiaméricanisme va de pair avec l’antisémitisme. Dans le monde islamique, et aussi dans certains cercles européens, la puissance des Etats-Unis est considérée comme asservie à l’influence juive. Les néo-conservateurs avaient répondu : présent pour sauver les Bosniaques et les Kosovars (musulmans), mais les réactionnaires des pays musulmans ne l’avaient pas remarqué. Cette lecture n’est rien d’autre qu’une version modernisée de la vision du monde du faux infâme que constituent les Protocoles des Sages de Sion. Mais cette vision des choses est celle d’hommes et de femmes qui insistent sur leur identification au monde moderne.

On a fait grand cas de la sympathie pour les Etats-Unis, exprimée par les Français immédiatement après les attaques du 11 septembre, telle qu’incarnée dans le fameux éditorial du rédacteur en chef du Monde, Jean-Marie Colombani, «Nous sommes tous Américains». On a également fait grand cas de la rapidité avec laquelle les Etats-Unis ont dilapidé ce capital de sympathie dans les mois qui ont suivi. Mais même la tribune de Colombani, écrite en un jour aussi brûlant, n’était pas le pur message de sympathie que suggère son titre. Même ce jour-là, Colombani écrivit que les Etats-Unis récoltaient la tempête que leur avait attirée leur «cynisme» ; il ressassait l’accusation éculée selon laquelle Osama ben Laden avait été créé et nourri par les services secrets des Etats-Unis.

Colombani rétracta rapidement le peu de sympathie qu’il avait exprimé quand, en décembre 2001, il revint avec une lettre ouverte à «nos amis américains» et, peu après, avec un petit livre, Tous Américains ? Le monde après le 11 septembre 2001. Àlors, déjà, la sympathie s’était dissipée, et le ton était celui d’un jugement et d’une désapprobation agressifs. Il n’y avait rien à admirer chez les Etats-Unis de Colombani, qui s’étaient moqués du monde et avaient été indifférents à la primauté de la loi. Colombani décrivait la république des Etats-Unis comme une entreprise chrétienne fondamentaliste, ses magistrats, comme trop profondément attachés à la peine de mort, sa police comme cruelle envers sa population noire. Une république de ce genre ne pouvait pas entreprendre une campagne contre l’islamisme avec bonne conscience. On ne peut pas, écrivait Colombani, se battre contre les Talibans et, en même temps, essayer d’introduire des prières dans ses écoles ; on ne peut pas s’efforcer de réformer l’Arabie saoudite et, en même temps, refuser d’enseigner le darwinisme dans les écoles de la «Bible Belt»; on ne peut pas non plus dénoncer les exigences de la sharia (loi islamique) et, en même temps, refuser de mettre hors la loi la peine de mort. Sans aucun doute, ajoute-t-il, les Etats-Unis ne peuvent pas se battre contre les Talibans avant de se battre contre la bigoterie qui fait des ravages au cœur même des Etats-Unis. En réalité, les Etats-Unis n’avaient pas épuisé le capital de sympathie de Colombani ; jamais, depuis le début, le journaliste n’avait éprouvé cette sympathie.

La jalousie envers la puissance des Etats-Unis et leur universalisme est la passion principale de la vie intellectuelle française. Ce n’est pas «essentiellement Bush» qui a retourné la France contre les Etats-Unis. L’ancien ministre des affaires étrangères socialiste, Hubert Védrine, avait la même tendance antiaméricaine que son successeur, le grandiloquent et creux Dominique de Villepin. C’est Védrine, il faut le rappeler, qui, à la fin des années 1990, avait surnommé les Etats-Unis «hyper-puissance». Il l’avait fait avant la guerre contre le terrorisme, avant la guerre en Irak. Il l’avait fait sur la toile de fond d’un ordre international plus préoccupé d’économie et de marchés que de puissance militaire.

Son successeur donna au ressentiment de la France des prétentions hautement morales. A un certain moment, Villepin apparut même évasif sur le point de savoir s’il préférait une victoire des Etats-Unis ou de l’Irak dans l’affrontement entre le régime de Saddam Hussein et celui des Etats-Unis. L’antiaméricanisme laisse libre cours au fantasme français de grandeur passée, et permet aux enfants musulmans non désirés de la France des exigences à l’égard de la vie politique d’un pays qui ne sait pas quoi faire d’eux.

Dominique Moïsi racontait récemment l’histoire d’un simple paysan qui était mélancolique devant la chute de la statue de Saddam Hussein, le 9 avril, sur la place Firdos de Bagdad. La France s’était opposée à cette guerre, mais ce Français exprimait un sentiment de frustration de ce que son pays était resté en dehors de cette histoire grisante de libération politique. Une société comme la France, avec son histoire révolutionnaire, aurait dû aider à renverser la tyrannie à Bagdad, mais elle n’en fit rien. Au lieu de cela, un câble attaché à un tank des Etats-Unis avait renversé la statue, provoquant le délire de la foule. La nouvelle histoire en train de s’écrire était clairement une création américaine (et britannique).

La fausseté de l’anti-américanisme

Fouad Ajami

Les sondeurs d’opinion font état d’une augmentation de l’anti-américanisme dans le monde entier. Les Etats-Unis, suggèrent-ils, ont dilapidé, par leur unilatéralisme arrogant, la sympathie générale qui avait suivi les attaques terroristes du 11 septembre. À dire vrai, il n’y a jamais eu de sympathie à dilapider. L’anti-américanisme était déjà enraciné dans la psyché mondiale – réaction brutale contre une nation qui apporte le modernisme à ceux qui le veulent mais qui aussi le craignent et le méprisent.

« L’Amérique est partout », observa un jour le romancier italien Ignazio Silone. Elle est à Karachi et à Paris, à Jakarta et à Bruxelles. Une idée d’Amérique, un fantasme d’Amérique plane sur des pays éloignés. Et partout, on trouve aussi un anti-américanisme obligatoire, une couverture et une apologie pour l’envoûtement que les Etats-Unis exercent sur des peuples et des lieux éloignés. Sur les terres enflammées du monde musulman et de sa périphérie, les ambassades des Etats-Unis et leur destin de ces dernières années témoignent de la dualité [de la perception] des Etats-Unis : à la fois Satan et sauveur. Les ambassades visées par les maîtres de la terreur et par les jusqu’au-boutistes sont assiégées par des gens à la recherche d’un visa, rêvant du pays doré et séducteur. Si seulement la foule de Téhéran, qui offre son chant rythmé mais fatigué «marg bar amrika» (mort à l’Amérique), le pensait vraiment ! Mais c’est de visas et de cartes vertes, de maisons entourées de pelouses et du monde ‘glamour’ de Los Angeles, loin des mollahs et de leur tyrannie culturelle, que la foule rêve vraiment. La frénésie avec laquelle les islamistes radicaux se battent contre les ordres de déportation du territoire des Etats-Unis – redoutant la perspective de retourner à Amman, à Beyrouth et au Caire – révèle le mensonge de l’anti-américanisme qui souffle à travers les pays musulmans.

Le monde se répand en injures contre les Etats-Unis, mais embrasse leur protection, leurs potins et leurs modes. Regardez un débat sur la chaîne satellitaire, farouchement anti-américaine, Al-Jazira, et vous assisterez à une parodie des méthodes et techniques américaines se déployant sur l’écran de télévision. Le journaliste en gilet pare-balles, irrévérencieux et décontracté, avec Kaboul ou Bagdad en arrière-plan, adopte une attitude mise au point dans le pays dont les péchés et les folies font l’objet de sa chronique.

À Doha, au Qatar, le cheikh Yusuf al-Qaradawi, sans doute le religieux le plus influent de l’Islam sunnite, prononce une khutba, sermon du vendredi, à la mosquée Omar ibn al-Khattab, non loin du quartier-général du commandement central des Etats-Unis. C’est le 13 juin 2003. Le grand sujet du jour abordé par le religieux est l’arrogance des Etats-Unis et la cruauté de la guerre qu’ils ont déclenchée en Irak. Ce religieux, d’origine égyptienne, politicien jusqu’au bout des ongles, maîtrisant pleinement son art et la sensibilité de ses adeptes, est particulièrement agité pendant son sermon. Une opération et une convalescence l’ont tenu éloigné de sa chaire pendant trois mois, période pendant laquelle il y a eu une grande guerre dans le monde arabe, qui a renversé le régime de Saddam Hussein en Irak, avec une rapidité et une efficacité remarquables. Les Etats-Unis «agissaient comme un dieu sur terre», dit al-Qaradawi à ses fidèles. En Irak, les Etats-Unis s’étaient érigés en juge et en jury. La puissance d’invasion a eu beau utiliser le langage de la libération et de l’esprit éclairé, cette invasion de l’Irak a été une version XXIe siècle de ce qui était arrivé à Bagdad, au milieu du XIIIe siècle, en 1258 pour être exact, quand Bagdad, la ville de l’étude et de la culture, avait été saccagée par les Mongols.

Le prédicateur avait ses thèmes, mais beaucoup de l’Amérique était passé dans son art. Examinons son site Web, Qaradawi.net, où le croyant peut cliquer et lire ses fatwas (édits religieux) – de l’arabe entremêlé de texte html – sur tous les aspects de la vie moderne, depuis la vie dans des pays non-islamiques jusqu’à la possibilité d’acheter des maisons avec hypothèque pour satisfaire les caprices des dirigeants arabes qui ont capitulé devant la puissance des Etats-Unis. Ou encore, que dire de son attitude à propos de la télévision ? Al-Qaradawi est une star médiatique, et Al-Jazira a diffusé un programme immensément populaire de son cru. Cette forme d’art est sans aucun doute redevable aux «télévangélistes» américains, vu que rien, dans l’éducation traditionnelle reçue par le cheikh à l’université d’Al-Azhar, au Caire, ne l’a préparé à cette religion câblée et portable. Et puis, il y a aussi les enfants du prédicateur : une de ses filles est entrée à l’University du Texas, où elle a obtenu une maîtrise en biologie, un de ses fils est titulaire d’un doctorat de l’University of Central Florida, à Orlando, et un autre a entrepris, à l’American University du Caire, les études pour l’obtention du diplôme américain par excellence qu’est le MBA. Al-Qaradawi personnifie l’anti-américanisme comme le revers de la médaille de l’américanisation.

Une nouvelle orthodoxie

Dernièrement, les sondeurs d’opinion ont apporté des nouvelles et des chiffres sur l’antiaméricanisme dans le monde entier. Les rapports sont unilatéraux et extrêmement alarmistes. En juin dernier, le Pew Research Center for the People and the Press publiait un sondage d’opinion réalisé dans 20 pays et dans les territoires palestiniens, qui témoignait d’une animosité croissante envers les Etats-Unis. Le même mois, la BBC brandissait un sondage similaire qui incluait 10 pays et les Etats-Unis. En surface, l’antiaméricanisme est un fleuve débordant de ses rives. En Indonésie, les Etats-Unis sont réputés comme étant plus dangereux que Al-Qaida. En Jordanie, en Russie, en Corée du Sud et au Brésil, les Etats-Unis sont considérés comme plus dangereux que l’Iran, «État-voyou» des mollahs.

Inutile d’aller si loin de chez nous uniquement pour dénombrer les chats au Zanzibar. Ces réactions à l’égard des Etats-Unis ne sont ni surprenantes, ni sérieuses. Les sondeurs d’opinion et ceux qui ont brandi leurs conclusions voient, dans ces résultats, une sorte de verdict concernant les Etats-Unis eux-mêmes – et la performance de la présidence Bush en politique étrangère –, mais les résultats pourraient se lire comme une mesure rudimentaire et, à vrai dire, limitée de la mauvaise humeur dans certains endroits instables de la planète. Les sondeurs d’opinion ont mis en avant des tableaux pour légitimer une légende populaire : ce ne sont pas les Américains que les gens haïssent à l’étranger, mais les Etats-Unis ! Mais ce sont quand même des Américains qui sont tombés sous les coups du terrorisme, le 11 septembre 2001, et c’est à propos des Américains et de leurs actions, et du type d’ordre social et politique qu’ils défendent, que des récits sordides courent à Karachi et à Athènes, au Caire et à Paris. On ne peut professer de l’amitié envers les Américains et en même temps attribuer les plus noirs desseins à leur patrie.

Les sondeurs d’opinion du Pew ont ignoré la Grèce, où la haine des Etats-Unis est maintenant un facteur déterminant de la vie politique. Les Etats-Unis ont offensé la Grèce en sauvant les Bosniaques et les Kosovars. Puis, les mêmes Grecs, qui ont salué la conquête de Srebrenica par les Serbes en 1995 et le massacre en masse de Musulmans qui y a été perpétré, se sont rapidement dits scandalisés par la campagne militaire des Etats-Unis en Iraq. Dans un sondage d’opinion grec, les Américains figuraient, aux côtés des Albanais, des Tziganes et des Turcs, parmi les peuples les plus méprisés.

Takis Michas, un écrivain grec courageux, qui garde un œil sur la mentalité de son pays, fait remonter ce nouvel antiaméricanisme à l’Église orthodoxe elle-même. Une histoire de solitude vertueuse et harcelée et d’aliénation du christianisme occidental a toujours fait partie intégrante de la psyché grecque ; la fusion de l’Église et de la nation est naturelle dans la conception grecque du monde. Dans les années 1990, les guerres yougoslaves ont donné libre cours à ce sentiment. L’Église sanctionna et alimenta la croyance selon laquelle les Etats-Unis étaient Satan qui voulait à tout prix détruire la «vraie foi», explique Takis Michas, et qui soutenait la Turquie et les Musulmans dans les Balkans. Une idéologie néo-orthodoxe se répandit, qui découpait la foi en tranches et simplifiait l’histoire. Là où les Églises balkaniques – qu’elles soient bulgares ou serbes – s’étaient constituées en rébellion contre l’hégémonie du clergé grec, la nouvelle histoire voua un culte à la fidélité de la Grèce envers ses «frères» orthodoxes. Des unités paramilitaires grecques combattirent aux côtés des Serbes de Bosnie dans le Corps Drina, sous le commandement du criminel de guerre inculpé, le général Ratko Mladic. Le drapeau grec fut hissé sur les ruines de l’église orthodoxe de Srebrenica quand cette ville condamnée tomba. Les crimes de guerre serbes ne provoquèrent aucun sentiment d’indignation en Grèce ; bien au contraire, la sympathie pour la Serbie et l’identification avec ses buts et ses méthodes de guerre ne connurent pas de limite.

Au-delà des guerres yougoslaves, la vision du monde néo-orthodoxe rendit sacré l’ethno-nationalisme de la Grèce, tissant un récit des persécutions helléniques par les Etats-Unis, en tant que porte-drapeau de l’Occident. La Grèce fait partie de l’OTAN et de l’Union européenne (UE), mais un vieux schisme – celui de la revendication de l’orthodoxie orientale contre le monde latin – a plus de puissance et une plus profonde résonance. Dans la ‘vulgate’ de l’antiaméricanisme grec, cette animosité résulte du soutien des Etats-Unis à la junte qui dirigea le pays de 1967 à 1974. Cette fureur plus profonde permet aux mécontents de glisser sur le rôle joué par les Etats-Unis dans la défense et la réhabilitation de la Grèce après la Seconde Guerre mondiale. De plus, elle leur permet de passer sous silence la bouée de sauvetage qu’a représentée l’émigration pour des quantités phénoménales de Grecs, qui figurent parmi les communautés les plus prospères des Etats-Unis.

La Grèce aime l’idée de son «occidentalité» – un lieu et une civilisation où se termine l’Occident et où un autre monde étranger (l’Islam) commence. Mais une culture politique empreinte de nationalisme religieux a isolé la Grèce des courants plus larges du libéralisme occidental. Le mince vernis moderne utilisé pour décorer l’antiaméricanisme grec n’est qu’un faux-semblant. La maladie est ici, paradoxalement, une variante grecque de ce qui se passe dans le monde musulman : une culture politique agressive qui se sert de la foi comme d’une arme politique, une abdication de la responsabilité politique envers son propre milieu, et la recherche de «démons» étrangers».

De crainte d’être battus par leurs rivaux grecs détestés, les Turcs expriment maintenant le même antiaméricanisme. C’est un sentiment curieux chez les Turcs, étant donné leur pragmatisme. Ils n’ont aucun penchant pour la kyrielle de griefs qui légitime l’antiaméricanisme en France ou dans l’intelligentsia du monde en voie de développement. Dans les années 1920, Mustafa Kemal Atatürk donna à la Turquie un rêve de modernité et la volonté de se débrouiller seule, en orientant son pays vers l’Occident, l’éloignant des pays arabo-musulmans du sud et de l’est. Mais le rêve séculier et moderniste de la Turquie s’est fissuré, et étrangement, le vent de l’antiaméricanisme, qui vient des pays arabes, ainsi que de Bruxelles et de Berlin, s’engouffre dans ces fissures.

La vilolence des protestations turques contre les Etats-Unis, dans les mois qui ont précédé la guerre en Irak, révéla une pathologie particulière. Ce fut, parfois, la nature imitant l’art. Dans les rues, les manifestants brûlaient des drapeaux américains, en apparence, dans l’espoir que les Européens (c’est-à-dire les ‘vrais’ Européens) introduiraient finalement la Turquie et les Turcs dans leur bercail. La présence des Etats-Unis sur les terres turques avait été légère, et les Américains avaient été les plus ardents défenseurs de l’entrée de la Turquie – qui le désirait tant – dans l’Union européenne. Mais soudain, cette relation, qui avait si bien servi les Turcs, ne les intéressait plus désormais. Quand les islamistes «modérés» (chose qui n’existe pas, comme on devrait le comprendre maintenant) se révoltèrent contre la Pax Americana, les séculiers regardèrent ailleurs et autorisèrent ce nouvel antiaméricanisme. Les sondeurs d’opinion qui s’adressèrent aux Turcs trouvèrent un peuple en détresse, avec une économie dans les cordes, et un régime politique contraint d’affronter un monde qu’il connaissait mal, loin des certitudes simples du kémalisme, mais sans nouveaux instruments ni boussole politiques. Les Turcs réaliseront bientôt qu’aucune dose d’antiaméricanisme ne convaincra les gardiens de l’Europe de les laisser entrer.

NOUS ETIONS TOUS AMÉRICAINS

L’introduction du rapport Pew donne le ton de l’étude toute entière. La guerre en Iraq, soutient-il, «a élargi la faille entre les Américains et les Européens de l’Ouest» et «enflammé encore davantage le monde musulman». Les implications sont claires : les Etats-Unis étaient dans une meilleure situation avant «l’unilatéralisme» de Bush. Dans leur hubris [démesure], les Etats-Unis auraient provoqué cet antiaméricanisme. Telles sont les utilisations politiques de ce nouveau sondage.

Mais ces sentiments prévalent depuis longtemps en Jordanie, en Égypte et en France. Durant les années 1990, personne, en Égypte, ne parlait favorablement des Etats-Unis. C’est à cette époque que les islamistes égyptiens prirent la route de Hambourg et de Kandahar, pour tramer une horrible conspiration contre les Etats-Unis. Et c’est dans les années 1990, pendant la ruée sur la Bourse, quand les prophètes de la globalisation prêchaient le triomphe du modèle économique des Etats-Unis sur les versions protectionnistes du marché dans des pays comme la France, que l’anti-américanisme devint l’idéologie incontestée de la vie publique française. Les Américains étaient des barbares, ils constituaient une menace pour la cuisine française et pour leur chère langue. Les fonds de pension américains acquéraient leurs actions et les spéculateurs de Wall Street en raflaient les gains. Les Etats-Unis emprisonnaient bien trop de gens et exécutaient trop de criminels. Toutes ces opinions se développèrent au cours d’une décennie où les Américains sont aujourd’hui censés avoir été aimés et incontestés sur les rivages étrangers.

On a fait grand cas de la sympathie pour les Etats-Unis, exprimée par les Français immédiatement après les attaques du 11 septembre, telle qu’incarnée dans le fameux éditorial du rédacteur en chef du Monde, Jean-Marie Colombani, «Nous sommes tous Américains». On a également fait grand cas de la rapidité avec laquelle les Etats-Unis ont dilapidé ce capital de sympathie dans les mois qui ont suivi. Mais même la rubrique de Colombani, écrite en un jour aussi brûlant, n’était pas le pur message de sympathie que suggère son titre. Même ce jour-là, Colombani écrivit que les Etats-Unis récoltaient la tempête que leur avait attirée leur «cynisme» ; il ressassait l’accusation éculée selon laquelle Osama ben Laden avait été créé et nourri par les services secrets des Etats-Unis.

Colombani rétracta rapidement le peu de sympathie qu’il avait exprimé quand, en décembre 2001, il revint avec une lettre ouverte à «nos amis américains» et, peu après, avec un petit livre, Tous Américains ? Le monde après le 11 septembre 2001. Àlors, déjà, la sympathie s’était dissipée, et le ton était celui d’un jugement et d’une désapprobation agressifs. Il n’y avait rien à admirer chez les Etats-Unis de Colombani, qui s’étaient moqués du monde et avaient été indifférents à la primauté de la loi. Colombani décrivait la république des Etats-Unis comme une entreprise chrétienne fondamentaliste, ses magistrats, comme trop profondément attachés à la peine de mort, sa police comme cruelle envers sa population noire. Une république de ce genre ne pouvait pas entreprendre une campagne contre l’islamisme avec bonne conscience. On ne peut pas, écrivait Colombani, se battre contre les Talibans et, en même temps, essayer d’introduire des prières dans ses écoles ; on ne peut pas s’efforcer de réformer l’Arabie saoudite et, en même temps, refuser d’enseigner le darwinisme dans les écoles de la «Bible Belt»; on ne peut pas non plus dénoncer les exigences de la sharia (loi islamique) et, en même temps, refuser de mettre hors la loi la peine de mort. Sans aucun doute, ajoute-t-il, les Etats-Unis ne peuvent pas se battre contre les Talibans avant de se battre contre la bigoterie qui fait des ravages au cœur même des Etats-Unis. En réalité, les Etats-Unis n’avaient pas épuisé le capital de sympathie de Colombani ; jamais, depuis le début, le journaliste n’avait éprouvé cette sympathie.

Colombani était loin d’être le seul intellectuel français à éprouver de l’hostilité envers les Etats-Unis. Le 3 novembre 2001, l’écrivain et expert Jean Baudrillard se laissait aller à l’expression d’une pensée d’un cynisme stupéfiant. Il voyait dans les auteurs des attaques du 11 septembre les exécutants de ses rêves et des rêves d’autres comme lui. Il attribuait à ces attaques une sorte de mandat universel : «Comme nous avons rêvé de cet événement! écrivait-il. Et comme le monde entier sans exception a rêvé de cet événement! Car personne ne peut s’empêcher de rêver de la destruction d’une puissance qui est devenue hégémonique… C’est eux [les terroristes] qui ont agi, mais c’est nous qui avons voulu leur acte.» [1]. Précaution et fausse sympathie mises à part, Baudrillard voyait dans les terribles attaques contre les Etats-Unis un «objet de désir». Les terroristes avaient su exploiter une «complicité profonde», sachant parfaitement bien qu’ils réalisaient les aspirations cachées d’autres, opprimés par l’autorité et la puissance des Etats-Unis. Pour lui, la moralité du type de celle des Etats-Unis était une imposture, et le terrorisme dont ils avaient été la cible était une réponse légitime aux injustices de la «globalisation».

Dans le paysage intellectuel de son pays, Baudrillard n’était pas un solitaire. Tout au long des années 1990, une lutte avait fait rage, opposant la globalisation, dirigée par les Etats-Unis – (avec ses dépenses gouvernementales peu élevées : un axe Wall Street–Secrétariat au trésor, tricheur et sans pitié, ardent partisan d’une plus grande discipline du marché et d’horaires de travail relativement longs pour les ouvriers) -, à la politique économique protectionniste de la France. La priorité que les Etats-Unis donnaient à la liberté [d'entreprise] livrait une féroce bataille à l’engagement français en faveur de la justice.

Pour garder la sympathie de la France, et celle du Monde, les Etats-Unis auraient dû tendre l’autre joue aux meurtriers de Al-Qaida, épargner les Talibans et entrer dans un dialogue culturel de haut niveau avec le monde musulman. Mais qui a besoin d’un taux élevé d’approbation à Marseille ? La jalousie envers la puissance des Etats-Unis et leur universalisme est la passion principale de la vie intellectuelle française. Ce n’est pas «essentiellement Bush» qui a retourné la France contre les Etats-Unis. L’ancien ministre des affaires étrangères socialiste, Hubert Védrine, avait la même tendance antiaméricaine que son successeur, le grandiloquent et creux Dominique de Villepin. C’est Védrine, il faut le rappeler, qui, à la fin des années 1990, avait surnommé les Etats-Unis «hyper-puissance». Il l’avait fait avant la guerre contre le terrorisme, avant la guerre en Iraq. Il l’avait fait sur la toile de fond d’un ordre international plus préoccupé d’économie et de marchés que de puissance militaire. Contrairement à son successeur, Védrine avait au moins l’honnêteté de reconnaître qu’il n’y avait rien d’extraordinaire dans la façon dont les Etats-Unis exerçaient leur puissance à l’étranger, ou dans la réponse de la France à cette primauté. La France, observait-il, aurait pu également être aussi dominatrice si elle avait le poids et les moyens des Etats-Unis.

Son successeur donna au ressentiment de la France des prétentions hautement morales. A un certain moment, Villepin apparut même évasif sur le point de savoir s’il préférait une victoire des Etats-Unis ou de l’Iraq dans l’affrontement entre le régime de Saddam Hussein et celui des Etats-Unis. L’antiaméricanisme laisse libre cours au fantasme français de grandeur passée, et permet aux enfants musulmans non désirés de la France des exigences à l’égard de la vie politique d’un pays qui ne sait pas quoi faire d’eux.

LE FARDEAU DE LA MODERNITÉ

Apporter le modernisme à ceux qui le veulent mais, en même temps, s’insurgent contre lui, représenter et incarner tant de choses que le monde désire et craint – tel est le fardeau américain. Les Etats-Unis se prêtent à des interprétations contradictoires. Pour les Européens, et pour les Français en particulier, amoureux de leur laïcité (sécularisme), les Etats-Unis sont religieux à l’excès, au point d’en être presque embarrassants, tant leur culture est imprégnée de symbolisme sacré. Dans le monde islamique, le fardeau est exactement inverse: là, les Etats-Unis scandalisent les dévots. Leur message représente rien moins qu’un affront aux gens pieux et une tentation pour les jeunes, crédules et impressionnables. Selon le sondage de la BBC, en juin, 78% des Français interrogés définissent les Etats-Unis comme un pays «religieux», alors qu’à peine 10% des Jordaniens leur décernent ce label. Religieux pour les partisans de la laïcité, infidèles pour les dévots – telle est la manière dont les Etats-Unis sont perçus dans les pays étrangers.

Tant de peuples ont les Etats-Unis dans la peau. Leur fureur est curieusement dérivée de cette même attraction. Prenons le cas du royaume saoudien, un pays où l’antiaméricanisme est virulent. Les Etats-Unis ont aidé à inventer le monde saoudien moderne. La Arabian American Oil Company – qui est pratiquement un État dans l’État – tira l’enclave désertique de son insularité, lui donna des compétences et la fit entrer dans le XXe siècle. Tout au fond de l’antiaméricanisme de l’Arabie saoudite d’aujourd’hui, un observateur peut facilement discerner la dépendance de l’élite saoudienne de sa relation avec les Etats-Unis. C’est à l’image des faubourgs et des agglomérations urbaines des Etats-Unis que les villes saoudiennes sont dessinées. C’est sur les campus de Harvard, de Princeton et de Stanford que l’élite dirigeante est formée et éduquée.

Après le 11 septembre 2001, les élites saoudiennes ont pris peur à la pensée que leurs liens avec les Etats-Unis pourraient être ébranlés et que leur monde serait relégué à ce qu’ils ont chez eux. Des éléments américains ont été adoptés avec ardeur par une portion influente de la société saoudienne. Pour beaucoup, c’était l’Amérique qu’ils trouvaient lorsqu’il étaient détachés de leur maison, de leur famille et de prohibitions séculaires. Aujourd’hui, une sortie à Riyad est moins un voyage au désert qu’au centre commercial et chez Starbucks.

Au milieu d’une tirade antiaméricaine sur les attitudes des Etats-Unis, un universitaire de Riyad était tout heureux de me faire savoir que son fils cadet, né aux Etats-Unis, avait soudain déclaré ne plus vouloir fréquenter les MacDonalds, à cause du soutien des Etats-Unis à Israël. Le message était plaintif et peu convaincant ; la résolution donnée pour justifier le boycott avait toutes les chances de ne pas tenir la route. Le destin d’une civilisation à l’ombre portée tellement immense, est d’être à la fois imitée et mal aimée. Les Etats-Unis sont voués à figurer dans la politique – et dans l’imagination – des étrangers même quand les Américains croient (à juste titre) ne pas être impliqués dans les affaires d’autres pays.

Dans une série de remarques à l’astuce lancinante faites au New Yorker, dans les jours qui suivirent les attaques terroristes du 11 septembre, le dramaturge égyptien Ali Salem – un esprit libre, en conflit avec la classe intellectuelle de son pays, et un non-conformiste qui a voyagé en Israël, écrit sur le séjour qu’il y fit et sur son acceptation de ce pays – a pénétré au cœur du phénomène antiaméricain. Il pensait sans aucun doute à la réaction de son pays à l’égard des Etats-Unis, mais ce qu’il dit est valable bien au-delà de l’Égypte.

Les gens disent que les Américains sont arrogants, mais ce n’est pas vrai. Les Américains profitent de la vie, ils sont fiers de leur existence, et ils se vantent de leurs inventions merveilleuses, qui ont rendu la vie tellement plus facile et commode. Il est très difficile de comprendre le mécanisme de la haine, parce qu’on finit par recourir à la logique. Mais essayer de comprendre cela par la logique revient à mesurer une distance en kilogrammes… Ceux [qui critiquent] sont des jaloux. Pour eux, la vie est un fardeau insupportable. Le modernisme est la seule issue. Mais le modernisme effraye. Il signifie que nous devons affronter la compétition. Il signifie que nous ne pouvons pas tout expliquer par des théories de conspiration. Bernard Shaw l’a très bien dit, vous le savez. Dans la préface de «Sainte Jeanne d’Arc», il affirme que la seule raison pour laquelle Jeanne d’Arc fut brûlée, c’est parce qu’elle était douée. Le talent suscite l’envie dans les cœurs de ceux qui n’en ont pas.

Ce type de jalousie ne peut être calmé. Par exemple, il n’y a pas moyen de faire démordre les Jordaniens de leur antiaméricanisme. Dans le sondage de la BBC, 71% des Jordaniens pensaient que les Etats-Unis étaient plus dangereux pour le monde que Al-Qaida. Mais la Jordanie a été l’un des rares bénéficiaires, aux plans politique et économique, d’un accord de libre [échange] commercial avec les Etats-Unis, privilège qu’ils n’accordent qu’à une poignée de nations. Un nouveau monarque, le roi Abdallah II, ayant accédé au trône, l’accord de libre échange commercial était un investissement de la Pax Americana sur son règne et sur la modération de son régime. Mais ce marché avec la dynastie hachémite n’a pas influencé la classe intellectuelle ni n’a fait évoluer les masses jordaniennes. Sur les questions irakienne et palestinienne, depuis plus d’une génération, les Jordaniens n’ont rien trouvé d’aimable à dire à propos des Etats-Unis. Si l’on considère la Jordanie sous l’angle des rapports de bon voisinage, le royaume est bienveillant et indulgent, mais la vie politique y est étouffante et tendue.
S’agissant des Etats-Unis, les Jordaniens se sont souvent adressés à leurs dirigeants pour exprimer leur insatisfaction de la qualité de la vie publique et des performance de l’économie du pays. Un sondeur d’opinion qui s’aventure en Jordanie doit comprendre l’humeur du pays, cerné par la pauvreté et éclipsé par des puissances qui disposent de davantage de ressources, tout autour de lui : l’Iraq à l’est, Israël à l’ouest, et la Syrie et l’Arabie saoudite à l’horizon. La Jordanie s’est toujours sentie déshéritée. La trinité Dieu-pays-roi fait qu’une bonne partie de la vie politique du pays échappe à tout examen et à toute discussion. L’antiaméricanisme émane de cette situation politique et se confond avec elle.

Le modernisme s’accompagne des Juifs. Ils en ont été les vecteurs et les bénéficiaires, et ils l’ont payé cher. Ils ont été taxés de cosmopolitisme : l’historien Isaac Deutscher avait raison quand il disait que les autres peuples ont des racines, mais que les Juifs ont des jambes. Aujourd’hui, les Juifs jouent un rôle spécial dans la vie publique et dans la culture des Etats-Unis, et l’antiaméricanisme va de pair avec l’antisémitisme. Dans le monde islamique, et aussi dans certains cercles européens, la puissance des Etats-Unis est considérée comme asservie à l’influence juive. Il suffit de voir, par exemple, l’obsession des médias arabes basés à Londres concernant les origines des néo-conservateurs – comme l’ancien président du Defense Policy Board, Richard Perle et le vice-secrétaire à la défense Paul Wolfowitz – dans l’élaboration de la politique étrangère des Etats-Unis. Les néo-conservateurs avaient répondu : présent pour sauver les Bosniaques et les Kosovars (musulmans), mais les réactionnaires des pays musulmans ne l’avaient pas remarqué. Selon ce commentaire arabe, si les Etats-Unis étaient laissés à eux-mêmes, ils seraient impartiaux et ils en viendraient à une approche équilibrée du monde arabo-musulman. Cette lecture n’est rien d’autre qu’une version modernisée de la vision du monde du faux infâme que constituent les Protocoles des Sages de Sion. Mais cette vision des choses est celle d’hommes et de femmes qui insistent sur leur identification au monde moderne.

Il y a un siècle, dans une nouvelle intitulée «Jeunesse», le grand auteur britannique Joseph Conrad saisit, dans son style incomparable, le tumulte qui s’élève lorsqu’un monde moderne s’oppose à de plus anciennes civilisations et trouble leur paix. Dans le récit, Marlowe, double littéraire et voix de Conrad, parle de la frénésie [qui anime ceux qui] se jettent sur l’Orient et le perturbent. «Et alors, avant que je puisse ouvrir la bouche, l’Orient me parla, mais c’était avec une voix occidentale. Un torrent de mots se répandait dans le silence énigmatique, fatidique, des mots étrangers, chargés de colère, mêlés de mots, et même des phrases entières en bon anglais, chose moins étrange mais encore plus surprenant. La voix jurait et maudissait avec violence ; elle trouait la paix solennelle de la baie d’une volée d’injures. Elle commença par me traiter de porc…»

Aujourd’hui, les Etats-Unis apportent les troubles de la modernité dans des lieux antiques – en Orient et dans des régions de l’ancienne Europe. Il y a, chez les Etats-Unis, énergie et force. Et il y a de la résistance et du ressentiment – et aussi de l’émulation – dans des régions plus anciennes, accrochées à la délicate recherche d’équilibre des Etats-Unis, plus jeunes, qui ne se contentent pas encore de faire la paix avec les peines, les limitations et les tyrannies traditionnelles. L’interprète sensible de son pays, qu’est le Français Dominique Moïsi, racontait récemment l’histoire d’un simple paysan qui était mélancolique devant la chute de la statue de Saddam Hussein, le 9 avril, sur la place Firdos de Bagdad. La France s’était opposée à cette guerre, mais ce Français exprimait un sentiment de frustration de ce que son pays était resté en dehors de cette histoire grisante de libération politique. Une société comme la France, avec son histoire révolutionnaire, aurait dû aider à renverser la tyrannie à Bagdad, mais elle n’en fit rien. Au lieu de cela, un câble attaché à un tank des Etats-Unis avait renversé la statue, provoquant le délire de la foule. La nouvelle histoire en train de s’écrire était clairement une création américaine (et britannique). Ce sont des soldats de Burlington dans le Vermont, de Linden dans le New Jersey, et de Bon Aqua dans le Tennessee – je mentionne nommément ces villes parce qu’elles sont les villes natales de trois soldats qui ont été tués dans la guerre d’Irak – qui ont traversé le désert pour écrire cette nouvelle histoire et en payer le prix.

Les Etats-Unis ne doivent pas se soucier des états d’âme et d’sprit dans les pays étrangers. Si les Allemands veulent utiliser l’antiaméricanisme pour s’absoudre – eux et leurs parents – des grands crimes de la deuxième Guerre mondiale, ils le feront, quoi que disent ou fassent les Etats-Unis. Si les Musulmans croient vraiment que leur long hiver de déclin est la faute des Etats-Unis, aucune campagne de diplomatie publique ne les délivrera de cette incohérence. À l’âge de la Pax Americana, il est écrit, décrété par le destin, ou maktoub (comme diraient les Arabes) que les comploteurs et les prêcheurs se lèveront contre les Etats-Unis – avec des phrases entières en bon argot américain.

Fouad Ajami *

* Fouad Ajami est professeur titulaire de la chaire Majid Khadduri à la School of Advanced International Studies de la Johns Hopkins University. Il contribue à l’édition du U.S. News & World Report.

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Note de la Rédaction d’upjf.org

[1] Ce passage choquant figure dans les 4ème et 5ème alinéas du texte de l’article, qu’on trouve mis en ligne sur pas mal de sites Web, dont, entre autres :
www.egs.edu/faculty/baudrillard/baudrillard-the-spirit-of-terrorism-french.html;
www.homme-moderne.org/societe/philo/baudril/espriter.html;
www.patricksimon.com/esprit%20du%20terrorisme.pdf;
www.dmi.ubi.pt/Modernismo/Jean.htm;
humanities.psydeshow.org/political/baudrillard.htm;
www.mafhoum.com/press2/72P9.htm;
textz.gnutenberg.net/textz/baudrillard_jean_l-esprit_du_terrorisme.txt).

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Traduction française de Claude Detienne, revue et corrigée par Menahem Macina, pour upjf.org.

Voir aussi le texte original:

The Falseness of Anti-Americanism
Foreign Report
Sep.Oct. 2003

Pollsters report rising anti-Americanism worldwide. The United States, they imply, squandered global sympathy after the September 11 terrorist attacks through its arrogant unilateralism. In truth, there was never any sympathy to squander. Anti-Americanism was already entrenched in the world’s psyche—a backlash against a nation that comes bearing modernism to those who want it but who also fear and despise it.

By Fouad Ajami

“America is everywhere,” Italian novelist Ignazio Silone once observed. It is in Karachi and Paris, in Jakarta and Brussels. An idea of it, a fantasy of it, hovers over distant lands. And everywhere there is also an obligatory anti-Americanism, a cover and an apology for the spell the United States casts over distant peoples and places. In the burning grounds of the Muslim world and on its periphery, U.S. embassies and their fate in recent years bear witness to a duality of the United States as Satan and redeemer. The embassies targeted by the masters of terror and by the diehards are besieged by visa-seekers dreaming of the golden, seductive country. If only the crowd in Tehran offering its tired rhythmic chant “marg bar amrika” (“death to America”) really meant it! It is of visas and green cards and houses with lawns and of the glamorous world of Los Angeles, far away from the mullahs and their cultural tyranny, that the crowd really dreams. The frenzy with which radical Islamists battle against deportation orders from U.S. soil— dreading the prospect of returning to Amman and Beirut and Cairo— reveals the lie of anti-Americanism that blows through Muslim lands.

The world rails against the United States, yet embraces its protection, its gossip, and its hipness. Tune into a talk show on the stridently anti-American satellite channel Al-Jazeera, and you’ll behold a parody of American ways and techniques unfolding on the television screen. That reporter in the flak jacket, irreverent and cool against the Kabul or Baghdad background, borrows a form perfected in the country whose sins and follies that reporter has come to chronicle.

In Doha, Qatar, Sheik Yusuf al-Qaradawi, arguably Sunni Islam’s most influential cleric, at Omar ibn al-Khattab Mosque, a short distance away from the headquarters of the U.S. Central Command, delivers a khutba, a Friday sermon. The date is June 13, 2003. The cleric’s big theme of the day is the arrogance of the United States and the cruelty of the war it unleashed on Iraq. This cleric, Egyptian born, political to his fingertips, and in full mastery of his craft and of the sensibility of his followers, is particularly agitated in his sermon. Surgery and a period of recovery have kept him away from his pulpit for three months, during which time there has been a big war in the Arab world that toppled Saddam Hussein’s regime in Iraq with stunning speed and effectiveness. The United States was “acting like a god on earth,” al-Qaradawi told the faithful. In Iraq, the United States had appointed itself judge and jury. The invading power may have used the language of liberation and enlightenment, but this invasion of Iraq was a 21st-century version of what had befallen Baghdad in the middle years of the 13th century, in 1258 to be exact, when Baghdad, the city of learning and culture, was sacked by the Mongols.

The preacher had his themes, but a great deal of the United States had gone into the preacher’s art: Consider his Web site, Qaradawi.net, where the faithful can click and read his fatwas (religious edicts)— the Arabic interwoven with html text— about all matters of modern life, from living in non-Islamic lands to the permissibility of buying houses on mortgage to the follies of Arab rulers who have surrendered to U.S. power. Or what about his way with television? He is a star of the medium, and Al-Jazeera carried an immensely popular program of his. That art form owes a debt, no doubt, to the American “televangelists,” as nothing in the sheik’s traditional education at Al Azhar University in Cairo prepared him for this wired, portable religion. And then there are the preacher’s children: One of his daughters had made her way to the University of Texas where she received a master’s degree in biology, a son had earned a Ph.D. from the University of Central Florida in Orlando, and yet another son had embarked on that quintessential American degree, an MBA at the American University in Cairo. Al-Qaradawi embodies anti-Americanism as the flip side of Americanization.

A NEW ORTHODOXY
Of late, pollsters have come bearing news and numbers of anti-Americanism the world over. The reports are one dimensional and filled with panic. This past June, the Pew Research Center for the People and the Press published a survey of public opinion in 20 countries and the Palestinian territories that indicated a growing animus toward the United States. In the same month, the BBC came forth with a similar survey that included 10 countries and the United States. On the surface of it, anti-Americanism is a river overflowing its banks. In Indonesia, the United States is deemed more dangerous than al Qaeda. In Jordan, Russia, South Korea, and Brazil, the United States is thought to be more dangerous than Iran, the “rogue state” of the mullahs.

There is no need to go so far away from home only to count the cats in Zanzibar. These responses to the United States are neither surprising nor profound. The pollsters, and those who have been brandishing their findings, see in these results some verdict on the United States itself— and on the performance abroad of the Bush presidency— but the findings could be read as a crude, admittedly limited, measure of the foul temper in some unsettled places. The pollsters have flaunted spreadsheets to legitimize a popular legend: It is not Americans that people abroad hate, but the United States! Yet it was Americans who fell to terrorism on September 11, 2001, and it is of Americans and their deeds, and the kind of social and political order they maintain, that sordid tales are told in Karachi and Athens and Cairo and Paris. You can’t profess kindness toward Americans while attributing the darkest of motives to their homeland.

The Pew pollsters ignored Greece, where hatred of the United States is now a defining feature of political life. The United States offended Greece by rescuing Bosnians and Kosovars. Then, the same Greeks who hailed the Serbian conquest of Srebrenica in 1995 and the mass slaughter of the Muslims there were quick to summon up outrage over the U.S. military campaign in Iraq. In one Greek public opinion survey, Americans were ranked among Albanians, Gypsies, and Turks as the most despised peoples.

Takis Michas, a courageous Greek writer with an eye for his country’s temperament, traces this new anti-Americanism to the Orthodox Church itself. A narrative of virtuous and embattled solitude and alienation from Western Christendom has always been integral to the Greek psyche; a fusion of church and nation is natural to the Greek worldview. In the 1990s, the Yugoslav wars gave this sentiment a free run. The church sanctioned and fed the belief that the United States was Satan, bent on destroying the “True Faith,” Michas explains, and shoring up Turkey and the Muslims in the Balkans. A neo-Orthodox ideology took hold, slicing through faith and simplifying history. Where the Balkan churches— be they the Bulgars or the Serbs— had been formed in rebellion against the hegemony of the Greek priesthood, the new history made a fetish of the fidelity of Greece to its Orthodox “brethren.” Greek paramilitary units fought alongside Bosnian Serbs as part of the Drina Corps under the command of indicted war criminal Gen. Ratko Mladic. The Greek flag was hoisted over the ruins of Srebenica’s Orthodox church when the doomed city fell. Serbian war crimes elicited no sense of outrage in Greece; quite to the contrary, sympathy for Serbia and the identification with its war aims and methods were limitless.

Beyond the Yugoslav wars, the neo-Orthodox worldview sanctified the ethnonationalism of Greece, spinning a narrative of Hellenic persecution at the hands of the United States as the standard-bearer of the West. Greece is part of NATO and of the European Union (EU), but an old schism— that of Eastern Orthodoxy’s claim against the Latin world— has greater power and a deeper resonance. In the banal narrative of Greek anti-Americanism, this animosity emerges from U.S. support for the junta that reigned over the country from 1967 to 1974. This deeper fury enables the aggrieved to glide over the role the United States played in the defense and rehabilitation of Greece after World War II. Furthermore, it enables them to overlook the lifeline that migration offered to untold numbers of Greeks who are among the United States’ most prosperous communities.

Greece loves the idea of its “Westernness”— a place and a culture where the West ends, and some other alien world (Islam) begins. But the political culture of religious nationalism has isolated Greece from the wider currents of Western liberalism. What little modern veneer is used to dress up Greece’s anti-Americanism is a pretense. The malady here is, paradoxically, a Greek variant of what plays out in the world of Islam: a belligerent political culture sharpening faith as a political weapon, an abdication of political responsibility for one’s own world, and a search for foreign “devils.”

Lest they be trumped by their hated Greek rivals, the Turks now give voice to the same anti-Americanism. It is a peculiar sentiment among the Turks, given their pragmatism. They are not prone to the cluster of grievances that empower anti-Americanism in France or among the intelligentsia of the developing world. In the 1920s, Mustafa Kemal Ataturk gave Turkey a dream of modernity and self-help by pointing his country westward, distancing it from the Arab-Muslim lands to its south and east. But the secular, modernist dream in Turkey has fractured, and oddly, anti-Americanism blows through the cracks from the Arab lands and from Brussels and Berlin.

The fury of the Turkish protests against the United States in the months prior to the war in Iraq exhibited a pathology all its own. It was, at times, nature imitating art: The protesters in the streets burned American flags in the apparent hope that Europeans (real Europeans, that is) would finally take Turkey and the Turks into the fold. The U.S. presence had been benign in Turkish lands, and Americans had been Turkey’s staunchest advocates for coveted membership in the EU. But suddenly this relationship that served Turkey so well was no longer good enough. As the “soft” Islamists (there is no such thing, we ought to understand by now) revolted against Pax Americana, the secularists averted their gaze and let stand this new anti-Americanism. The pollsters calling on the Turks found a people in distress, their economy on the ropes, and their polity in an unfamiliar world beyond the simple certainties of Kemalism, yet without new political tools and compass. No dosage of anti-Americanism, the Turks will soon realize, will take Turkey past the gatekeepers of Europe.

WE WERE ALL AMERICANS
The introduction of the Pew report sets the tone for the entire study. The war in Iraq, it argues,”has widened the rift between Americans and Western Europeans” and “further inflamed the Muslim world.” The implications are clear: The United States was better off before Bush’s “unilateralism.” The United States, in its hubris, summoned up this anti-Americanism. Those are the political usages of this new survey.

But these sentiments have long prevailed in Jordan, Egypt, and France. During the 1990s, no one said good things about the United States in Egypt. It was then that the Islamist children of Egypt took to the road, to Hamburg and Kandahar, to hatch a horrific conspiracy against the United States. And it was in the 1990s, during the fabled stock market run, when the prophets of globalization preached the triumph of the U.S. economic model over the protected versions of the market in places such as France, when anti-Americanism became the uncontested ideology of French public life. Americans were barbarous, a threat to French cuisine and their beloved language. U.S. pension funds were acquiring their assets and Wall Street speculators were raiding their savings. The United States incarcerated far too many people and executed too many criminals. All these views thrived during a decade when Americans are now told they were loved and uncontested on foreign shores.

Much has been made of the sympathy that the French expressed for the United States immediately after the September 11 attacks, as embodied by the famous editorial of Le Monde’s publisher Jean-Marie Colombani, “Nous Sommes Tous Américains” (“We are all Americans”). And much has been made of the speed with which the United States presumably squandered that sympathy in the months that followed. But even Colombani’s column, written on so searing a day, was not the unalloyed message of sympathy suggested by the title. Even on that very day, Colombani wrote of the United States reaping the whirlwind of its “cynicism”; he recycled the hackneyed charge that Osama bin Laden had been created and nurtured by U.S. intelligence agencies.

Colombani quickly retracted what little sympathy he had expressed when, in December of 2001, he was back with an open letter to “our American friends” and soon thereafter with a short book, Tous Américains? le monde après le 11 septembre 2001 (All Americans? The World After September 11, 2001). By now the sympathy had drained, and the tone was one of belligerent judgment and disapproval. There was nothing to admire in Colombani’s United States, which had run roughshod in the world and had been indifferent to the rule of law. Colombani described the U.S. republic as a fundamentalist Christian enterprise, its magistrates too deeply attached to the death penalty, its police cruel to its black population. A republic of this sort could not in good conscience undertake a campaign against Islamism. One can’t, Colombani writes, battle the Taliban while trying to introduce prayers in one’s own schools; one can’t strive to reform Saudi Arabia while refusing to teach Darwinism in the schools of the Bible Belt; and one can’t denounce the demands of the sharia (Islamic law) while refusing to outlaw the death penalty. Doubtless, he adds, the United States can’t do battle with the Taliban before doing battle against the bigotry that ravages the depths of the United States itself. The United States had not squandered Colombani’s sympathy; he never had that sympathy in the first place.

Colombani was hardly alone in the French intellectual class in his enmity toward the United States. On November 3, 2001, in Le Monde, the writer and pundit Jean Baudrillard permitted himself a thought of stunning cynicism. He saw the perpetrators of September 11 acting out his own dreams and the dreams of others like him. He gave those attacks a sort of universal warrant: “How we have dreamt of this event,” he wrote, “how all the world without exception dreamt of this event, for no one can avoid dreaming of the destruction of a power that has become hegemonic . . . . It is they who acted, but we who wanted the deed.” Casting caution and false sympathy aside, Baudrillard saw the terrible attacks on the United States as an “object of desire.” The terrorists had been able to draw on a “deep complicity,” knowing perfectly well that they were acting out the hidden yearnings of others oppressed by the United States’ order and power. To him, morality of the U.S. variety is a sham, and the terrorism directed against it is a legitimate response to the inequities of “globalization.”

In his country’s intellectual landscape, Baudrillard was no loner. A struggle had raged throughout the 1990s, pitting U.S.-led globalization (with its low government expenditures, a “cheap” and merciless Wall Street-Treasury Department axis keen on greater discipline in the market, and relatively long working hours on the part of labor) against France’s protectionist political economy. The primacy the United States assigned to liberty waged a pitched battle against the French commitment to equity.

To maintain France’s sympathy, and that of Le Monde, the United States would have had to turn the other cheek to the murderers of al Qaeda, spare the Taliban, and engage the Muslim world in some high civilizational dialogue. But who needs high approval ratings in Marseille? Envy of U.S. power, and of the United States’ universalism, is the ruling passion of French intellectual life. It is not “mostly Bush” that turned France against the United States. The former Socialist foreign minister, Hubert Védrine, was given to the same anti-Americanism that moves his successor, the bombastic and vain Dominique de Villepin. It was Védrine, it should be recalled, who in the late 1990s had dubbed the United States a “hyperpower.” He had done so before the war on terrorism, before the war on Iraq. He had done it against the background of an international order more concerned with economics and markets than with military power. In contrast to his successor, Védrine at least had the honesty to acknowledge that there was nothing unusual about the way the United States wielded its power abroad, or about France’s response to that primacy. France, too, he observed, might have been equally overbearing if it possessed the United States’ weight and assets.

His successor gave France’s resentment highly moral claims. Villepin appeared evasive, at one point, on whether he wished to see a U.S. or an Iraqi victory in the standoff between Saddam Hussein’s regime and the United States. Anti-Americanism indulges France’s fantasy of past greatness and splendor and gives France’s unwanted Muslim children a claim on the political life of a country that knows not what to do with them.

THE BURDEN OF MODERNITY
To come bearing modernism to those who want it but who rail against it at the same time, to represent and embody so much of what the world yearns for and fears— that is the American burden. The United States lends itself to contradictory interpretations. To the Europeans, and to the French in particular, who are enamored of their laïcisme (secularism), the United States is unduly religious, almost embarrassingly so, its culture suffused with sacred symbolism. In the Islamic world, the burden is precisely the opposite: There, the United States scandalizes the devout, its message represents nothing short of an affront to the pious and a temptation to the gullible and the impressionable young. According to the June BBC survey, 78 percent of French polled identified the United States as a “religious” country, while only 10 percent of Jordanians endowed it with that label. Religious to the secularists, faithless to the devout— such is the way the United States is seen in foreign lands.

So many populations have the United States under their skin. Their rage is oddly derived from that very same attraction. Consider the Saudi realm, a place where anti-Americanism is fierce. The United States helped invent the modern Saudi world. The Arabian American Oil Company— for all practical purposes a state within a state— pulled the desert enclave out of its insularity, gave it skills, and ushered it into the 20th century. Deep inside the anti-Americanism of today’s Saudi Arabia, an observer can easily discern the dependence of the Saudi elite on their U.S. connection. It is in the image of the United States’ suburbs and urban sprawl that Saudi cities are designed. It is on the campuses of Harvard, Princeton, and Stanford that the ruling elite are formed and educated.

After September 11, 2001, the Saudi elite panicked that their ties to the United States might be shattered and that their world would be consigned to what they have at home. Fragments of the United States have been eagerly embraced by an influential segment of Saudi society. For many, the United States was what they encountered when they were free from home and family and age-old prohibitions. Today, an outing in Riyadh is less a journey to the desert than to the mall and to Starbucks.
An academic in Riyadh, in the midst of an anti-American tirade about all policies American, was keen to let me know that his young son, born in the United States, had suddenly declared he no longer wanted to patronize McDonald’s because of the United States’ support of Israel. The message was plaintive and unpersuasive; the resolve behind that “boycott” was sure to crack. A culture that casts so long a shadow is fated to be emulated and resented at the same time. The United States is destined to be in the politics— and imagination— of strangers even when the country (accurately) believes it is not implicated in the affairs of other lands.

In a hauntingly astute set of remarks made to the New Yorker in the days that followed the terrorism of September 11, the Egyptian playwright Ali Salem— a free spirit at odds with the intellectual class in his country and a maverick who journeyed to Israel and wrote of his time there and of his acceptance of that country— went to the heart of the anti-American phenomenon. He was thinking of his own country’s reaction to the United States, no doubt, but what he says clearly goes beyond Egypt:

People say that Americans are arrogant, but it’s not true. Americans enjoy life and they are proud of their lives, and they are boastful of their wonderful inventions that have made life so much easier and more convenient. It’s very difficult to understand the machinery of hatred, because you wind up resorting to logic, but trying to understand this with logic is like measuring distance in kilograms….These are people who are envious. To them, life is an unbearable burden. Modernism is the only way out. But modernism is frightening. It means we have to compete. It means we can’t explain everything away with conspiracy theories. Bernard Shaw said it best, you know. In the preface to ‘St. Joan,’ he said Joan of Arc was burned not for any reason except that she was talented. Talent gives rise to jealousy in the hearts of the untalented.

This kind of envy cannot be attenuated. Jordanians, for instance, cannot be talked out of their anti-Americanism. In the BBC survey, 71 percent of Jordanians thought the United States was more dangerous to the world than al Qaeda. But Jordan has been the rare political and economic recipient of a U.S. free trade agreement, a privilege the United States shares only with a handful of nations. A new monarch, King Abdullah II, came to power, and the free trade agreement was an investment that Pax Americana made in his reign and in the moderation of his regime. But this bargain with the Hashemite dynasty has not swayed the intellectual class, nor has it made headway among the Jordanian masses. On Iraq and on matters Palestinian, for more than a generation now, Jordanians have not had a kind thing to say about the United States. In the scheme of Jordan’s neighborhood, the realm is benign and forgiving, but the political life is restrictive and tight. When talking about the United States, Jordanians have often been talking to their rulers, expressing their dissatisfaction with the quality of the country’s public life and economic performance. A pollster venturing to Jordan must understand the country’s temper, hemmed in by poverty and overshadowed by more resourceful powers all around it: Iraq to the east, Israel to the west, and Syria and Saudi Arabia over the horizon. A sense of disinheritance has always hung over Jordan. The trinity of God, country, and king puts much of the political life of the land beyond scrutiny and discussion. The anti-Americanism emanates from, and merges with, this political condition.

With modernism come the Jews. They have been its bearers and beneficiaries, and they have paid dearly for it. They have been taxed with cosmopolitanism: The historian Isaac Deutscher had it right when he said that other people have roots, but the Jews have legs. Today the Jews have a singular role in U.S. public life and culture, and anti-Americanism is tethered to anti-Semitism. In the Islamic world, and in some European circles as well, U.S. power is seen as the handmaiden of Jewish influence. Witness, for instance, the London-based Arab media’s obsession with the presumed ascendancy of the neoconservatives— such as former chairman of the Defense Policy Board Richard Perle and Deputy Secretary of Defense Paul Wolfowitz— in the making of U.S. foreign policy. The neocons had been there for the rescue of the (Muslim) Bosnians and Kosovars, but the reactionaries in Muslim lands had not taken notice of that. Left to itself, the United States would be fair-minded, this Arab commentary maintains, and it would arrive at a balanced approach to the Arab-Islamic world. This narrative is nothing less than a modernized version of the worldview of that infamous forgery, The Protocols of the Learned Elders of Zion. But it is put forth by men and women who insist on their oneness with the modern world.

A century ago, in a short-story called “Youth,” the great British author Joseph Conrad captured in his incomparable way the disturbance that is heard when a modern world pushes against older cultures and disturbs their peace. In the telling, Marlowe, Conrad’s literary double and voice, speaks of the frenzy of coming upon and disturbing the East. “And then, before I could open my lips, the East spoke to me, but it was in a Western voice. A torrent of words was poured into the enigmatical, the fateful silence; outlandish, angry words mixed with words and even whole sentences of good English, less strange but even more surprising. The voice swore and cursed violently; it riddled the solemn peace of the bay by a volley of abuse. It began by calling me Pig . . . .”

Today, the United States carries the disturbance of the modern to older places— to the east and to the intermediate zones in Europe. There is energy in the United States, and there is force. And there is resistance and resentment— and emulation— in older places affixed on the delicate balancing act of a younger United States not yet content to make its peace with traditional pains and limitations and tyrannies. That sensitive French interpreter of his country, Dominique Moïsi, recently told of a simple countryman of his who was wistful when Saddam Hussein’s statue fell on April 9 in Baghdad’s Firdos Square. France opposed this war, but this Frenchman expressed a sense of diminishment that his country had sat out this stirring story of political liberation. A society like France with a revolutionary history should have had a hand in toppling the tyranny in Baghdad, but it didn’t. Instead, a cable attached to a U.S. tank had pulled down the statue, to the delirium of the crowd. The new history being made was a distinctly American (and British) creation. It was soldiers from Burlington, Vermont, and Linden, New Jersey, and Bon Aqua, Tennessee— I single out those towns because they are the hometowns of three soldiers who were killed in the Iraq war— who raced through the desert making this new history and paying for it.

The United States need not worry about hearts and minds in foreign lands. If Germans wish to use anti-Americanism to absolve themselves and their parents of the great crimes of World War II, they will do it regardless of what the United States says and does. If Muslims truly believe that their long winter of decline is the fault of the United States, no campaign of public diplomacy shall deliver them from that incoherence. In the age of Pax Americana, it is written, fated, or maktoob (as the Arabs would say) that the plotters and preachers shall rail against the United States— in whole sentences of good American slang.

Fouad Ajami is the Majid Khadduri professor at Johns Hopkins University’s School of Advanced International Studies and a contributing editor at U.S. News & World Report.


Tout fout vraiment le camp: Même les Palestiniens ne font plus recette en France! (Palestinian support ‘crashes’ in Europe)

6 juin, 2006
Genetpalestinian_1Maïddanek, Belsen, Auschwitz, Mauthausen, Dora. Je tire mon chapeau. Jean Genet

Tout fout vraiment le camp: même les Palestiniens ne feraient plus recette en France!

Les élites françaises seraient-elles en train de se réveiller ?*

D’après une enquête américaine reprise par le Jerusalem Post (merci Ludovic), l’image des Palestiniens serait en train de s’effondrer… y compris dans le pays de Genet !

Faut dire qu’avec la décision aussi soudaine qu’inattendue de Sharon de se retirer de Gaza et le choix ultérieur desdits Palestiniens de l’irrédentisme du Hamas, il devenait difficile de continuer à maintenir la fiction de l’intransigeance israélienne face à la bonne volonté palestinienne.

Sans compter que l’attitude de plus en plus menaçante des mouvements islamistes sur le territoire européen et français ne doit plus guère rassurer que… les habituelles majorettes de la palestinolâtrie.

Mais alors, les Européens (Français compris!) ne risquent-ils pas, comme les Américains avant eux, de s’apercevoir un jour qu’ils ont plus en commun avec la seule véritable démocratie du Moyen-Orient qu’avec les derniers avatars présumés des damnés de la terre chers à Jean-Paul et Simone … ?


Three years ago, the conflict was perceived “in a post-colonial framework.” There was a sense “that Europe could cancel out its own colonial history by taking the ‘right’ side” – the Palestinian side. Yasser
Arafat was viewed as “an anti-colonial, liberation leader.” The US was
seen as a global imperial power, and the fact that it was backing Israel only added to the “instinctive” sense of the Palestinians as victims. France, with the largest Muslim population – moreover an entirely Arab Muslim population – with the direct experience of Algeria and the most anti-US positions, was most prey to this mindset. Today, by contrast, the Europeans “are focused on fundamentalist Islam and its impact on them. The Europeans were now asking themselves “who is the moderate in this conflict, and who is the extremist? And suddenly it is the Palestinians who may be the extremists, or who are allied with extremists who threaten Europe’s own society.” An increasing proportion of Europeans are concluding that “maybe the Palestinians are not the colonialist victims” after all.

Palestinian support ‘crashes’ in Europe
David Horovitz
THE JERUSALEM POST
Jun. 3, 2006

New public opinion surveys conducted among “opinion elites” in Europe show that support for the Palestinians has fallen precipitously, according to a leading international pollster, Stan Greenberg, who has been briefing Israeli leaders on his findings in the past few days. There has not necessarily been “a rush to Israel” but there has been a “crash” in backing for the Palestinians, he noted.

Greenberg, a key pollster for president Clinton who also worked with former Israeli prime minister Ehud Barak, conducted the surveys for the Israel Project, a US-based non-profit organization devoted to educating the press and the public about Israel.

Greenberg told The Jerusalem Post that the shifts in attitudes reflected in the surveys were so dramatic that he “redid” some of the polls to ensure there had been no error.

He singled out France as the country where attitudes had changed most dramatically. Three years ago, 60 percent of French respondents said they took a side in the Israeli-Palestinian conflict, and of that 60%, four out of five backed the Palestinians. Today, by contrast, 60% of French respondents did not take a side in the conflict, and support for the Palestinians had dropped by half among those who did express a preference.

Greenberg said the figures were still being finalized, and so did not go into further details. But shifts such as these, he said, represented “an incredible pace of change,” with significant consequences.

Until recently, he said, “It was hard for Israel to communicate its interests in its own name” in Europe. “It was hard for Israel to be heard. Nowadays, it is heard on its own interests, such as Iran and Hamas.” Much of the “old sense of hostility,” had dissipated, he said.

At the root of the change, said Greenberg, was a fundamental remaking in Europe of the “framework” through which the Israeli-Palestinian conflict is viewed.

Three years ago, he said, the conflict was perceived “in a post-colonial framework.”

There was a sense “that Europe could cancel out its own colonial history by taking the ‘right’ side” – the Palestinian side. Yasser Arafat was viewed as “an anti-colonial, liberation leader.” The US was seen as a global imperial power, added Greenberg, and the fact that it was backing Israel only added to the “instinctive” sense of the Palestinians as victims.

France, with the largest Muslim population – moreover an entirely Arab Muslim population – with the direct experience of Algeria and the most anti-US positions, was most prey to this mindset.

Today, by contrast, the Europeans “are focused on fundamentalist Islam and its impact on them,” he said. The Europeans were now asking themselves “who is the moderate in this conflict, and who is the extremist? And suddenly it is the Palestinians who may be the extremists, or who are allied with extremists who threaten Europe’s own society.”

An increasing proportion of Europeans are concluding that “maybe the Palestinians are not the colonialist victims” after all.

Furthermore, the pollster said, the question of which side held “absolute,” uncompromising positions had also shifted – to Israel’s benefit. The sea-change in attitudes, he said, had been accelerated by the fact that former prime minister Ariel Sharon, who had been widely regarded as an ideological “absolutist,” had surprised Europe with his disengagement initiative. And at about the same time, the Palestinians had chosen the “absolutists” of Hamas as their leadership.

An opinion poll for the Israel Project among “opinion elites” in the US released last month found that 80% believed that US should not fund the Palestinian Authority until its Hamas-led government renounced violence, recognized Israel and ended terrorism, 93% said Palestinian leaders must end the culture of hate that encourages children to become suicide bombers and 78% had a favorable view of Israeli Prime Minister Ehud Olmert’s “realignment” plan. Asked if they considered themselves supporters of Israel or supporters of the Palestinians, 58% in that survey said they backed Israel, while 10% said they supported the Palestinians. Another 33% said they supported neither side, were undecided or didn’t know.

* Reste plus qu’à prévenir… Esther Benbassa!