Bigorexie: Les garçons ont trouvé leur anorexie à eux (Bigorexia: a new lost generation of angry young men ready to die for the perfect beach body)

14 juillet, 2014

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Certes, il était sûr qu’on s’intéressait un jour à nouveau à l’art de la faim, mais cela ne pouvait consoler ceux qui étaient en vie. Franz Kafka
Pourquoi l’anorexie frappe-t-elle certaines femmes plus que d’autres ? Les individus sont plus ou moins rivalitaires, il n’en va pas autrement dans le cas de la minceur que dans d’autres domaines. Les femmes anorexiques veulent être championnes de leur catégorie. C’est pareil dans le monde de la finance. La différence, c’est que le désir d’être plus riche que les autres n’apparaît pas comme pathologique. Par contre, le désir d’être plus mince, s’il est poussé à l’extrême, a des effets funestes visibles sur le plan physique.(…) Le résultat final est tragique dans les cas extrêmes, mais cela ne doit pas nous faire perdre de vue le fait que l’obsession de la minceur caractérise toute notre culture, ce n’est nullement quelque chose qui distingue ces jeunes filles. L’impératif qui pousse ces femmes à se laisser mourir de faim vient de toute la société. C’est un impératif unanime. De ce point de vue, donc, c’est organisé comme un sacrifice. (…) L’étape critique est atteinte quand la compétition se nourrit exclusivement d’elle-même, oubliant ses objectifs initiaux. Les femmes anorexiques ne s’intéressent pas du tout aux hommes; tout comme ces hommes, elles concourent entre elles, simplement pour la compétition elle-même. (…) Nous vivons dans un monde où manger trop et ne pas manger assez sont deux moyens opposés mais inséparables de faire face à l’impératif de minceur qui domine l’imaginaire collectif. La plupart d’entre nous oscillent, la vie durant, entre des formes atténuées de ces deux pathologies. (…° Nous vivons à une époque où les actions les plus saines comme les plus malsaines peuvent avoir la même motivation. La véritable raison pour laquelle beaucoup de jeunes gens, et particulièrement de jeunes femmes, rejoignent de nos jours le banc des fumeurs, ou n’arrêtent pas de fumer, malgré les recommandations des pouvoirs publics, c’est la crainte de prendre du poids, une crainte que ces mêmes pouvoirs publics, curieusement, s’évertuent à encourager et à renforcer.

Nos péchés sont inscrits dans notre chair et nous devons les expier jusqu’à la dernière calorie, à travers une privation plus sévère qu’aucune religion n’en a jamais imposé à ses adeptes.(…) Il y a une grande ironie dans le fait que le processus moderne d’éradication de la religion en produit d’innombrables caricatures. On nous dit souvent que nos problèmes sont dus à notre incapacité à nous débarrasser de notre tradition religieuse mais ce n’est pas vrai. Ils sont enracinés dans la débâcle de cette tradition, qui est nécessairement suivie par la réapparition, dans des habits modernes, de divinités plus anciennes et plus féroces nées du processus mimétique.

Quand les riches s’habituent à leur richesse, la simple consommation ostentatoire perd de son attrait et les nouveaux riches se métamorphosent en anciens riches. Ils considèrent ce changement comme le summum du raffinement culturel et font de leur mieux pour le rendre aussi visible que la consommation qu’ils pratiquaient auparavant. C’est à ce moment-là qu’ils inventent la non-consommation ostentatoire, qui paraît, en surface, rompre avec l’attitude qu’elle supplante mais qui n’est, au fond, qu’une surenchère mimétique du même processus.

Dans notre société la non-consommation ostentatoire est présente dans bien des domaines, dans l’habillement par exemple. Les jeans déchirés, le blouson trop large, le pantalon baggy, le refus de s’apprêter sont des formes de non-consommation ostentatoire. La lecture politiquement correcte de ce phénomène est que les jeunes gens riches se sentent coupables en raison de leur pouvoir d’achat supérieur ; ils désirent, si ce n’est être pauvres, du moins le paraitre. Cette interprétation est trop idéaliste. Le vrai but est une indifférence calculée à l’égard des vêtements, un rejet ostentatoire de l’ostentation. Plus nous sommes riches en fait, moins nous pouvons nous permettre de nous montrer grossièrement matérialistes car nous entrons dans une hiérarchie de jeux compétitifs qui deviennent toujours plus subtils à mesure que l’escalade progresse. A la fin, ce processus peut aboutir à un rejet total de la compétition, ce qui peut être, même si ce n’est pas toujours le cas, la plus intense des compétitions.

La rivalité s’intensifie à mesure que le nombre d’imitateurs augmente.(…) Mais il est peu probable qu’un de nos contemporains égale jamais L’Artiste de la faim de Franz Kafka. Pour comprendre cette nouvelle, il faut savoir qu’au XIXe et au début du XXe siècle, on exhibait dans les foires et les cirques ce qu’on appelait des "squelettes vivants" et des "artistes du jeûne". Sortes d’hybrides entre monstres et champions sportifs qui se vantaient tous d’avoir battu les records précédents d’émaciation.

René Girard
In the 1930s, men’s nipples were just as provocative, shameful, and taboo as women’s are now, and men were protesting in much the same way. In 1930, four men went topless to Coney Island and were arrested. In 1935, a flash mob of topless men descended upon Atlantic City, 42 of whom were arrested. Men fought and they were heard, changing not only laws but social consciousness. And by 1936, men’s bare chests were accepted as the norm. So why is it that 80 years later women can’t seem to achieve the same for their chests? Scout Willis
By the early 1900s men’s bathing suits had become more streamlined but still covered much of the body. In 1916 beaches on Chicago’s Lake Michigan required men’s bathing costumes to be cut no lower on the chest than the armpits. Bathing suit bottoms had to have a "skirt effect" or a long shirt had to be worn over the suit. The bottoms themselves could be no more than four inches above the knee. A possible alternative was flannel knee pants with a belt and fly front worn with a vest. Failure to obey these rules could result in arrest for indecent exposure. Such modest styles began to change during the 1930s. The invention of a rubberized thread called lycra made a new type of snug-fitting bathing suit possible, and a "nude look" came into fashion on beaches everywhere, with tight, one-piece suits that looked glamorous and made swimming easier. However, men still wanted to swim and relax on beaches bare-chested. In 1933 a men’s suit called "the topper" was introduced with a removable tank top that allowed daring men to expose their chests when they wished. That same year the BVD company, which made men’s underwear, introduced a line of men’s swimwear designed by Olympic swimming champion Johnny Weismuller (1904–1984). The new BVD suit was a tight-fitting one piece with a top made of a series of thin straps that exposed much of the chest, while still remaining within the law. In the summer of 1936 a male "no shirt movement" led many men to protest the chest-covering requirements. Although topless men were banned from beaches from Atlantic City, New Jersey, to Galveston, Texas, the men eventually swayed the legislature, and by 1937 it was legal for men to appear in public wearing only swim trunks. Since that time men’s swimwear styles have changed little. Into the twenty-first century swim trunks have been either loose-fitting shorts in a "boxer" style or the tighter fitting "brief" style. Fashion encyclopedia
Baring your beer belly is off the menu in Southend this summer, as visitors to the Adventure Island funfair are being told to please keep their clothes on. The park’s new ‘Wear Your Shirt’ rule will be enforced no matter how high the temperatures rise, and has been inspired by similiar dress codes used in U.S. theme parks which urge men to stay covered up in a bid to maintain family-friendly standards. A spokesman for the park said: ‘We don’t have a strict dress code as such, but would like our male customers to show some decorum. Not welcome: Funfair Adventure Island in Southend is banning bare chests this summer. In recent years, we’ve seen increasing numbers of lads and men whipping their tops off, eager to make the most of the sun – which is understandable, of course, as Southend is the warmest and driest part of the UK. ‘That’s absolutely fine in the right environment, but we try very hard to be a family-focused business and not everybody is a fan of bare chests. ‘We simply want to make sure that Adventure Island maintains its status as the best place to bring the whole family for a fun, safe, reasonably-priced great day out.’ Have some decorum: Marc Miller, managing director, has instructed signs to be posted around the park Signs are now being put up around the park and security staff will politely challenge individuals who have removed their tops and ask them to put them back on again. Those who refuse will be asked to leave. Mr Miller added: ‘Of course, we don’t want people to think we’re introducing a nightclub-style policy of no jeans or trainers. There definitely won’t be Adventure Island fashion police criticising people for wearing double denim combinations, spots with stripes or inappropriate shades of purple.  ‘We’ll simply point out that if you want to pose semi-naked, then Southend has miles of glorious beaches on which to do that.’ Daily Mail
Les savants américains ont fait une découverte surprenante. Pour se sentir heureux il faut être sûr que votre vie intime est meilleure et plus régulière que celle de vos voisins. (…) Les spécialistes ont analysé les données d’une grande recherche, menée depuis 1972. On a étudié l’information de la recherche reçue en 1993-2006 où 15 386 personnes ont pris part. Les personnes interrogées devaient apprécier l’état de leur âme (très heureux, assez heureux, malheureux). Les savants ont pris en considération les facteurs du bonheur : l’âge, la santé et la situation familiale. Les plus heureuses étaient les personnes qui avaient le sexe au moins 2-3 fois par mois. Leur état du bonheur était de 33% plus haut que chez ceux qui n’avaient pas le sexe depuis un an. Plus régulières étaient les relations intimes chez les personnes interrogées, plus heureuses elles étaient dans leur vie. Avoir des relations sexuelles 3 fois par semaine, une personne augmente le niveau de son bonheur de 55%. Les experts assurent que le sexe peut nous rendre plus heureux, mais la pensée que nous avons plus de relations sexuelles que nos amis, nos collègues et nos voisins nous réjouit d’avantage. Top rencontres
Here’s a little trick I use in my training, it may be of use to you. Pretend there is a crowd of thousands watching you, and if you pull out as many reps or pull the weight that you hope (say 200kg deadlift 3 reps) you win a million dollars, and actually believe in your mind that it is true. Watch yourself push harder for reasons that I cannot explain. Try it in your sets tonight. When you think you can’t even push a single more rep out, picture this in your mind and you will push out. Or even up the stakes, pretend a gunman is pointing a gun at someone you love and you MUST complete the reps or push the weight to let them live. That’s seriously the lengths I go to in my workouts, sets, and reps, to push myself as hard as possible. It’s as much of a mind game as a physical one. Zyzz Shreddedshian
À l’occasion de la Semaine nationale de sensibilisation aux troubles alimentaires, Mme Noël remarque que depuis deux ans, le phénomène de l’anorexie, qui affecte surtout les femmes, a maintenant son pendant masculin avec le développement de la bigorexie. Ce comportement incite les hommes à vouloir développer démesurément leur musculature afin de diminuer l’apport graisseux de leur corps. La consommation de diurétiques, laxatifs et autres produits présents dans les cas d’anorexie se traduit par la consommation de protéines, produits anabolisants circulant dans les gymnases. «C’est un phénomène nouveau, une mode dont on parle peu parce que les jeunes hommes parlent peu», explique Mme Noël. Pourtant, selon Mme Noël, les conséquences de la bigorexie sont aussi nocives ou sinon pires puisque l’abus de consommation de protéines disponibles sur l’internet peut avoir des impacts permanents sur les systèmes immunitaire et reproductif des jeunes hommes. La Presse
‘I am increasingly seeing a new breed of extremely narcissistic, under-fathered adolescent male," says the psychologist Michael Carr-Gregg. "He is beset with rigid, inflexible thinking, has no respect for authority, little exposure to tradition or ritual and has few, if any, skills in anger management." For teenage boys, violence has become a "sport", says Father Chris Riley, the founder of Youth Off the Streets. The latest "game", he says, is for groups of men to board trains and see how severely they can bash a lone commuter before he can escape at the next stop. Experts say this culture of anger and casual violence is the result of a toxic confluence of factors, among them increasing alcohol intake, the breakdown of the family unit, the normalisation of violence in popular culture and a show-off culture fostered by social networking. There is a typical profile of a violent teenager, says Professor Paul Mazerolle, the director of the Violence Research and Prevention Program at Griffith University. He often has an absent father or a violent one. He mimics those traits or adopts his idea of masculinity from Hollywood and from his peers. He is often disengaged from school or work. He feels he has little to contribute to society. He is disconnected from the structures that might lead him away from violence. "They’re connected differently now," Mazerolle says. "They might not be as connected to their neighbours but they are connected to 600 people on Facebook. If you don’t know your neighbours, you’re less likely to care if you blast your music loudly until 2am." Two other factors have become part of the mix. One is black-market guns. "The difference between a serious assault and a homicide is often access to a weapon," Mazerolle says. The other is a growing emphasis on fitness and working out, influenced by the subculture of amateur bodybuilding dubbed "aesthetics" by its poster boy, the late Eastwood entrepreneur Aziz "Zyzz" Shavershian. Zyzz, with 300,000 Facebook "fans", died last year after an apparent heart attack in a Bangkok sauna. Seizures of steroids and hormones increased 106 per cent in 2010-11 on the previous year, the Australian Crime Commission’s data show. Anecdotal evidence suggests the burgeoning industry has fostered "roid rage", as scores of pumped-up, amped-up men roam night-time hotspots. Carr-Gregg says the frontal cortex, which controls impulsiveness, develops fully in males only in their late 20s. "His body and physical strength have outgrown his brain. "He has feasted from an early age on a diet of violence as entertainment … he has an armoury of communication aids, which enable him to maintain 24/7 contact with similarly disaffected peers who are bonded by a fondness for, and access to, disinhibiting drugs and the money to pay for them." On top of this swirling mix is alcohol consumption. More than half of boys aged 15 to 17 drink alcohol and the proportion of 12- to 15-year-olds drinking at risky levels has doubled since 1990. A recent study by the Australian Institute of Criminology found the median number of standard drinks consumed by young men arrested for assault on a Friday or Saturday night was 22. Alcohol increases bravado and distorts perceptions. The tiniest thing, such as a spilt drink or a purposeful glance, can set a man off. Sydney Morning Herald
The recent death of a 22-year-old amateur Sydney bodybuilder has put the spotlight on a sub-culture that places emphasis on getting bigger at all costs – and experts warn the problem is affecting more young men than previously thought. Facebook sensation Aziz ‘Zyzz’ Sergeyevich Shavershian suffered a fatal heart attack in a Thai sauna last week. He gained a Facebook following of more than 80,000 fans, gaining popularity through workout videos posted on YouTube. Sydney University researcher and psychologist Stuart Murray said he believed instances of muscle dysmorphia, or “bigorexia,” are increasing and that the use of image-enhancing drugs is becoming the norm. “Steroid use is definitely on the rise but there isn’t enough research being done into this growing problem. I’m one of only two or three researchers in Australia working on this,” he said. Surry Hills Police Crime Prevention Officer Constable Craig Parkinson said that steroid use and dealing often flew under the radar and it wasn’t as easily detected as drugs like cocaine or ecstasy. “Recent reports in the media have highlighted the dangers of steroid use,” Constable Parkinson said. “The death of an otherwise fit, young Australian in Thailand has been related to steroid use and illustrates the negative effects of these supposed ‘performance enhancing’ drugs.” “Although customs have reported an increase in seizures of the drug, its use is somewhat understated. The dangers are real and potentially lethal.” Last month a man jumped four floors out of a Bondi apartment window when police knocked on his door. He was found in possession of steroids, illegal drugs and weapons. Mr Murray described bigorexia as “the pathological pursuit of muscularity”. “The thing with bigorexia is that people who suffer from it see it as a good thing. They will get anxiety if they can’t make it to the gym on a particular day, and they see that as a positive, the fact that they’re so committed,” he said. Mr Murray was particularly concerned with a rise in popularity of clenbuterol. The drug is used to treat asthma in horses, but gym junkies and even women looking to slim down are using it to shed fat and build muscle. “We don’t know too much about it because its popularity has only grown in the last five to ten years,” he said. And the quest for the perfect beach body isn’t just restricted to drugs that enhance the muscles. An unregulated tanning drug named Melanotan is increasing in popularity. It is injected into the skin, but the NSW Health Department has warned that it is a largely unknown substance and unlicensed for use in Australia. ABC
Back in the day when men’s chests were considered "erotically neutral" (to quote the English writer Mark Simpson), blokes could be casual or even blase about their torsos, no matter what shape they were in.
Shirtlessness can still be casual or blase, or – for want of a better word – ‘innocent’. But shirtlessness can also be a form of showcasing. And it seems that the more a guy has to showcase, the more likely he’ll be to wander about topless, and the further he’ll stray from the beach. But how far is too far? If the respondents to the vox pop on page 25 are any indication, everyone has their own view on that, showing that male toplessness runs its own jagged faultline through our community norms. The issue would seem almost entirely inconsequential, but the level of interest shown in steroid use and the Zyzz story suggests that the shirtless dudes on our streets are the visible tip of an iceberg; an iceberg that is probably bigger, and more destructive, than many of us realise. David Mills

 Anorexie, boulimie, bigorexie, anorexie athlétique, orthorexie, hyperphagie boulimique, prégorexie, dysmorphophobie  …

Au lendemain d’un mois de Coupe du monde de football et au début d’un nouveau Tour de France cycliste où l’on a pu et peut encore admirer, grâce on ne sait plus à quelles potions miracle et jusqu’aux morsures, les prouesses proprement surhumaines de nos nouveaux gladiateurs …

Mais aussi où, avec l’horrible lynchage à mort, sous prétexte de vengeance pour l’enlèvement et assassinat de trois jeunes Israéliens, d’un jeune Palestinien par une bande de supporters d’un club de football israélien, l’on a pu voir jusqu’où pouvait mener parmi nos jeunes l’addiction à la violence gratuite …

Pendant que, dernière marotte en date de nos stars désoeuvrées, c’est aux seins nus en plein centre-ville que se vouent nos nouvelles féministes …

Alors que se confirment la dimension addictive de l’exposition au soleil ou la part mimétique de la satisfaction sexuelle

Et qu’à coup de néologismes, nos spécialistes de la médecine ou de la psychiatrie multiplient les fausses explications …

Comment ne pas voir, dans cette sorte d’anorexie inversée qu’est la bigorexie, autre chose qu’une énième variation principalement masculine de ces conduites mimétiques bien mises au jour par René Girard dont l’anorexie était jusqu’à présent la forme plutôt féminine ?

Surtout, comme en témoigne le véritable culte dont, jusqu’à son décès récent en Thaïlande (suite à la prise d’anabolisants ?), était l’objet sur les réseaux sociaux cet Australien d’origine kurde Zyzz Shreddedshian

Quand ces conduites se greffent non seulement sur l’évidente dimension compétitive de la musculation et du sport …

Mais s’accompagnent souvent, comme on l’a vu récemment en Australie, d’une fascination pour les armes à feu et la violence gratuite ?

Sydney’s newest sport – beat someone senseless or kill them for the heck of it
Violent, disconnected young men have become part of the city’s culture.
Rachel Olding
Sunday Morning Herald
July 28, 2012

IT TOOK a single punch to spur a city into action, but the blow to Thomas Kelly was far from a one-off.

The man accused of murdering Kelly, 18-year-old Kieran Loveridge, allegedly assaulted three other strangers in Kings Cross on the night of July 7. When he appeared in court last week, a 17-year-old friend shoulder-charged a cameraman, knocking him unconscious.

On Monday, it emerged that Loveridge’s cousin stands accused of a 2010 rampage that began with the bashing of a grandmother and ended with the stabbing death of a teenager. At a committal hearing it was alleged Corrie Loveridge told his friends he "wanted to stab and kill someone tonight".

Across Sydney, it is an increasingly familiar story.

This week’s police media alerts included a 19-year-old and a 20-year-old arrested for stabbing a man in Campbelltown, a 20-year-old man arrested for assaulting a police officer in Cronulla, a teenager stabbed at a Parramatta bus stop and a 22-year-old man arrested for assaulting a 19-year-old man and headbutting a 21-year-old woman outside a pub in Windsor.

Why are some young men so angry? Psychologists speak of a lost generation of teenage boys with little engagement or purpose in life and a worryingly blase attitude to violence and authority.

Police took legal action against one in 10 18-year-old men last year, a slight increase on previous years. Crime rates have declined in almost every category over the past decade, but assaults remain stable or rising slightly. It is estimated two-thirds of assaults go unreported.

"I am increasingly seeing a new breed of extremely narcissistic, under-fathered adolescent male," says the psychologist Michael Carr-Gregg. "He is beset with rigid, inflexible thinking, has no respect for authority, little exposure to tradition or ritual and has few, if any, skills in anger management."

For teenage boys, violence has become a "sport", says Father Chris Riley, the founder of Youth Off the Streets. The latest "game", he says, is for groups of men to board trains and see how severely they can bash a lone commuter before he can escape at the next stop.

Experts say this culture of anger and casual violence is the result of a toxic confluence of factors, among them increasing alcohol intake, the breakdown of the family unit, the normalisation of violence in popular culture and a show-off culture fostered by social networking.

There is a typical profile of a violent teenager, says Professor Paul Mazerolle, the director of the Violence Research and Prevention Program at Griffith University.

He often has an absent father or a violent one. He mimics those traits or adopts his idea of masculinity from Hollywood and from his peers. He is often disengaged from school or work. He feels he has little to contribute to society. He is disconnected from the structures that might lead him away from violence.

"They’re connected differently now," Mazerolle says. "They might not be as connected to their neighbours but they are connected to 600 people on Facebook. If you don’t know your neighbours, you’re less likely to care if you blast your music loudly until 2am."

Two other factors have become part of the mix. One is black-market guns. "The difference between a serious assault and a homicide is often access to a weapon," Mazerolle says.

The other is a growing emphasis on fitness and working out, influenced by the subculture of amateur bodybuilding dubbed "aesthetics" by its poster boy, the late Eastwood entrepreneur Aziz "Zyzz" Shavershian. Zyzz, with 300,000 Facebook "fans", died last year after an apparent heart attack in a Bangkok sauna.

Seizures of steroids and hormones increased 106 per cent in 2010-11 on the previous year, the Australian Crime Commission’s data show. Anecdotal evidence suggests the burgeoning industry has fostered "roid rage", as scores of pumped-up, amped-up men roam night-time hotspots.

Carr-Gregg says the frontal cortex, which controls impulsiveness, develops fully in males only in their late 20s. "His body and physical strength have outgrown his brain.

"He has feasted from an early age on a diet of violence as entertainment … he has an armoury of communication aids, which enable him to maintain 24/7 contact with similarly disaffected peers who are bonded by a fondness for, and access to, disinhibiting drugs and the money to pay for them."

On top of this swirling mix is alcohol consumption. More than half of boys aged 15 to 17 drink alcohol and the proportion of 12- to 15-year-olds drinking at risky levels has doubled since 1990.

A recent study by the Australian Institute of Criminology found the median number of standard drinks consumed by young men arrested for assault on a Friday or Saturday night was 22.

Alcohol increases bravado and distorts perceptions. The tiniest thing, such as a spilt drink or a purposeful glance, can set a man off.

For one 19-year-old who spoke to the Herald, it was being refused entry on a bus because he was drunk. He turned around and put his fist through a glass shopfront in Ryde.

"It was just a f–k you to the driver," he said. "It was complete drunk idiocy."

A criminal lawyer, William Vahl, says alcohol is involved in 98 per cent of his young clients’ assault cases. "The link is blatant," he says. "Without alcohol, a lot of criminal lawyers would be out of a job."

Writing on The Conversation website this week, a University of Western Sydney criminologist, Stephen Tomsen, said the crackdown on licensed venues in Kings Cross in the wake of Mr Kelly’s death would do little to curb "the monoculture of aggressive heavy drinking in a night-time economy".

Father Riley believes a mix of early intervention and service provision can work. He says when Youth Off the Streets built a $7.4 million drop-in centre in Macquarie Fields, the crime rate fell by 40 per cent. "I wish I’d gotten to this kid [Loveridge] sooner. All kids want is a connection. When you connect a kid you can turn them around."

It will come as cold comfort for the parents of Thomas Kelly, who continue to turn on the bedside lamp in their son’s empty bedroom every night.

Voir aussi:

Young men dying for the perfect beach body
Alex Cauchi
Wentworth Courier
18 Aug 2011

The recent death of a 22-year-old amateur Sydney bodybuilder has put the spotlight on a sub-culture that places emphasis on getting bigger at all costs – and experts warn the problem is affecting more young men than previously thought.

Facebook sensation Aziz ‘Zyzz’ Sergeyevich Shavershian suffered a fatal heart attack in a Thai sauna last week. He gained a Facebook following of more than 80,000 fans, gaining popularity through workout videos posted on YouTube.

Sydney University researcher and psychologist Stuart Murray said he believed instances of muscle dysmorphia, or “bigorexia,” are increasing and that the use of image-enhancing drugs is becoming the norm.

“Steroid use is definitely on the rise but there isn’t enough research being done into this growing problem. I’m one of only two or three researchers in Australia working on this,” he said.

Surry Hills Police Crime Prevention Officer Constable Craig Parkinson said that steroid use and dealing often flew under the radar and it wasn’t as easily detected as drugs like cocaine or ecstasy.

“Recent reports in the media have highlighted the dangers of steroid use,” Constable Parkinson said.

“The death of an otherwise fit, young Australian in Thailand has been related to steroid use and illustrates the negative effects of these supposed ‘performance enhancing’ drugs.”

“Although customs have reported an increase in seizures of the drug, its use is somewhat understated. The dangers are real and potentially lethal.”

Last month a man jumped four floors out of a Bondi apartment window when police knocked on his door. He was found in possession of steroids, illegal drugs and weapons.

Mr Murray described bigorexia as “the pathological pursuit of muscularity”.

“The thing with bigorexia is that people who suffer from it see it as a good thing. They will get anxiety if they can’t make it to the gym on a particular day, and they see that as a positive, the fact that they’re so committed,” he said.

Mr Murray was particularly concerned with a rise in popularity of clenbuterol.

The drug is used to treat asthma in horses, but gym junkies and even women looking to slim down are using it to shed fat and build muscle.

“We don’t know too much about it because its popularity has only grown in the last five to ten years,” he said.

And the quest for the perfect beach body isn’t just restricted to drugs that enhance the muscles.

An unregulated tanning drug named Melanotan is increasing in popularity. It is injected into the skin, but the NSW Health Department has warned that it is a largely unknown substance and unlicensed for use in Australia.

CLENBUTEROL
Known as “clen”, it’s unique in that it has both anabolic and catabolic properties. Used to treat asthma in horses, it builds muscle but also burns body fat. It’s a stimulant that has a similar effect on the body as amphetamines. It places increased strain on the heart and can leave users with tachycardia, or heart palpations and prevent them from sleeping. Increasingly being used by women to shed weight. Available in liquid or gel form. Can cost between $150-$250 for 100ml.

ANABOLIC STEROIDS
Increases protein synthesis within the body’s cells. Primary dangers are cardiac related. Can cause the heart muscle to grow too big, leading to congestive heart failure, heart attacks, and sudden cardiac death. Users can also develop gynecomastia or “man boobs”. Sold in injectable liquid or tablet form. Can cost between $150-$250 for 10ml in various forms such as Sustagen 250, Deca-Durabolin or Trenabol.

HUMAN GROWTH HORMONE (HGH)
A substance that can be attained by prescription, HGH increases testosterone production but can provoke growth in a wide range of body tissue, not just muscles. Is more difficult to obtain than steroids and is more expensive. Users pay around $400 for 10ml.

MELANOTAN
An unregulated tanning product that is injected into the skin. Is available from drug dealers and online. Side effects include increased number of dark moles on the skin, suppressed appetite and nausea. Costs $20 for 0.1ml.

Voir encore:

Generation V buff, but not so pretty after dark
Jordan Baker
The Sydney Morning Herald
September 2, 2011

If plastic Six Million Dollar Man met plastic Wolverine in a dark alley, there’s no doubt who’d come off best. While they both have super-human powers, Wolverine has the distinct advantage of rolling off the production line almost 40 years later than Steve Austin.

By today’s standards, the Six Million Dollar Man action figure is a weed. His stomach is flat, his muscle definition non-existent and there’s no inverted pyramid to speak of. The Wolverine figure, however, has arms bigger than his legs, trapeziuses like wings and shoulders three times wider than his waist. If it came down to size, plastic Wolverine wouldn’t even need his famous claws to tear plastic Six Million Dollar Man apart.

Action figures show just how much the ideal male body has changed in the past 40 years. In the 1970s, it was athletic and lean; now, it’s all about size and definition. A figure like plastic Wolverine’s figure is almost impossible to achieve naturally, but with easier and cheaper access to steroids and growth hormones, it’s possible for even the skinniest man to become "big" and "ripped", if he’s willing to risk his health.

The problem for the rest of us is that the risks he takes with his health have underrated flow-on effects in the community.

The most obvious is aggression. We’ve all read the stories about violence in Sydney on Saturday nights, which is usually blamed on alcohol, illegal drugs, and, this week, cage fighting. But there’s another factor at play, and that’s steroids. Illegal steroid and growth hormone use is booming in Sydney, and if you take a pack of young men who are not only drunk, but irritable from the steroids and puffed up with the bravado of newly minted muscles, you put a flame to a tinderbox.

Customs seized more than twice as many steroids and growth hormones in the year to July 10 than they did in 2004-05. They are cheaper and more accessible than ever before, so their use is more widespread and therefore more acceptable. Buying steroids used to involve a visit to a creepy bikie dealer, but they’re now available from a guy at the gym, over the internet or from a mate. Internet forums offer tips on how best to use different cycles of steroids to get the right look, and users share tips and admire each other’s bodies. It’s the male equivalent of pro-anorexia websites.

This isn’t news to anyone who trains regularly at a gym in Sydney, or knows young men dedicated to the body beautiful. "At the place I train, every day I hear someone talking about what cycle of steroids they’re on," says one male gym-goer. "No one is trying to hide it. It used to be very hush-hush, but now no one cares who knows."

It’s easy to spot them. They’re the ones parading in shirtless packs at music festivals or down George Street on Saturday nights, often mixing their cocktail of steroids with booze, illegal drugs and Viagra. Or they’re the guys on the doors at nightclubs telling these packs of men that they can’t come in. When these two clash, it’s explosive.

Most guys taking steroids go through two stages. The first is the bulking phase, where they pile on as much muscle as possible by using human growth hormone and testosterone. If they train hard, they can put on 15 to 20 kilograms of muscle. Then, they start a "cutting cycle", taking drugs like Anavar and Stanozolol to lose body fat without losing muscles, thereby getting that "ripped", or defined, look. A course of testosterone costs $500-$600. Unfortunately, steroids and growth hormones do much more than create muscle or cut fat. According to the Australian Institute of Criminology, they can increase aggression and irritability, and prompt mood swings, paranoia and depression. They cause hair loss, acne, liver problems, insomnia and high cholesterol. The possession, use and supply of steroids, other than by prescription, is illegal throughout Australia.

Guys are putting themselves through this physical torture for the same reason that young women starve themselves. They’re insecure about the way they look; they think girls find muscles attractive; and they compare their bodies with their friends’. But a Chesty Bonds-style bulge is as impossible an ideal for most young men as Kate Moss’s figure is for most young women, so they can only achieve it through artificial means.

A poignant example of how steroids can improve a young man’s confidence is a chap known as Zyzz, a 22-year-old bodybuilder who died of a heart attack during a holiday in Thailand recently. Zyzz was an inspiration to young Australian bodybuilders, having transformed himself from a skinny kid to a "ripped" Adonis. Zyzz emphatically denied his physique was due to steroids after his older brother, Said, 25, a trainer at a Fitness First gym, was found in possession of an anabolic steroid during a police raid (he pleaded guilty and was fined $479). Zyzz’s mother said his heart attack was due to an undiagnosed heart condition. But a spokesman for Sydney Hotshots, which employed him as a stripper, told the Herald Zyzz was a lovely guy, "aside from the steroids".

The lingo on Zyzz’s fan sites gives an insight into why young men want enormous muscles. They "aquire [sic] aesthetics". They "mire" (admire) each other. They feel "jelly" (jealous) of each other’s physiques. After Zyzz died, one fan wrote: "Zyzz changed by life, I’ve never met him. But, when my life was hard and I felt like there was nowhere left to go, Zyzz showed me a new world, showed me that we are what we put into life, and that you can change yourself into whatever you wish to be."

Only a small percentage of the young men out in Sydney on Saturday night will be on steroids. But only a small percentage get involved in fights, too, and I’d wager there’s a fair crossover. I don’t have a solution; tackling steroid abuse is no easier than tackling the causes of dangerous dieting among young women, or stopping illegal drug use (although random drug tests for security guards by external testers would be a good start).

But it’s an under-acknowledged factor in debates about social violence in Sydney. It’s worth being mindful that the reasons are complex, and that it’s a good idea to avoid packs of muscled men on a Saturday night out.

Voir encore:

Un petit (t)rail ?
Bigorexie : le sport crée des junkies presque comme les autres
Sébastien Billard | Journaliste
Rue 89
10/11/2011

Alain est suivi depuis sept mois par un psychiatre pour soigner sa dépendance. Il a commencé à courir il y a une quinzaine d’années et a fini par ne plus pouvoir s’arrêter.

Que ressentait-il ? Un irrépressible besoin de course quotidien et une véritable sensation de manque lorsqu’il n’était pas assouvi.

« J’enchaînais près de 25 heures de footing par semaine. Et cela me procurait un bien fou. Mais il m’en fallait toujours plus. »

Ce cadre dans une société de télécommunication, âgé de 44 ans, raconte son agenda à l’époque de son addiction.

« J’organisais mon emploi du temps professionnel et familial de façon à me dégager des moments libres pour courir. Le sport dominait mon quotidien. »

Alain n’est pas un cas isolé. Si aucune donnée sur le nombre de personnes « addict » au sport n’existe, de l’avis de nombreux spécialistes, cette dépendance a fait une forte irruption dans les centres d’addictologie depuis le début des années 2000, au même titre que d’autres addictions dites « sans substance », comme les jeux d’argent ou les jeux vidéo.
Une dépendance psychologique

Selon la définition donnée par le Centre d’études et de recherche en psychopathologie de Toulouse (CERPP), l’addiction au sport est :

« Un besoin irrépressible et compulsif de pratiquer régulièrement et intensivement une ou plusieurs activités physiques et sportives en vue d’obtenir des gratifications immédiates et ce malgré des conséquences négatives à long terme sur la santé physique, psychologique et sociale. »

Addiction dite « sans substance », la dépendance au sport est loin de pouvoir s’expliquer par la seule libération par le cerveau d’endorphines, sources de bien-être pour l’athlète, comme l’explique le psychiatre Dan Véléa :

« La dimension psychologique de cette dépendance est essentielle. Bien plus importante que sa dimension biochimique. On ne peut pas définir un individu comme “ addict ” en fonction du nombre d’heures qu’il consacre à son sport.

C’est davantage le rapport à l’activité physique en question qui pose problème. Quand faire du sport devient une obsession, il y a dépendance. »

Une pathologie longtemps jugée « positive »

Méconnue, la dépendance au sport a même longtemps été considérée comme une pathologie « positive » par le corps médical. Introduite par le psychiatre américain William Glasser dans les années 70, cette dénomination avait pour objectif de la distinguer des addictions classiques comme la toxicomanie. Dan Véléa :

« C’est une addiction silencieuse, plus difficile à faire reconnaître car davantage acceptée par la société. Pratiquer un sport est valorisé et valorisant.

Or, on sait aujourd’hui que cette dépendance occasionne chez l’individu des souffrances aussi désastreuses qu’une addiction “ classique ”. »

Etat dépressif en cas de sevrage, comportement « jusqu’au-boutiste » occasionnant des blessures graves voire irréversibles, délaissement de la vie familiale et professionnelle conduisant parfois à des divorces et à des pertes d’emploi, les souffrances physiques et psychologiques sont souvent extrêmes, comme le confirme Alain :

« C’est une sorte de tunnel. Vous vous isolez de vos proches sans vraiment vous en rendre compte. Mes heures de courses augmentaient et dans le même temps, j’en consacrais de moins en moins à mes proches, à mon travail.

Le plus difficile, c’était quand je me blessais. J’éprouvais une vraie sensation de manque, je devenais irritable. Lorsque que cette indisponibilité se prolongeait, j’étais en détresse, proche d’un état dépressif. »

Toujours plus fort malgré la douleur

L’addiction conduit surtout ces athlètes à aller toujours plus loin, toujours plus fort malgré la douleur et les blessures, souligne Isabelle Müller, psychiatre au centre d’accompagnement et de prévention pour les sportifs de Bordeaux (CREPS) :

« A force de repousser leurs limites, ils arrivent à une phase d’épuisement total. Une de mes patientes continuait à faire du vélo malgré une fracture au pied…

Ce besoin d’aller encore plus loin en pousse même certains à prendre des risques importants pour leur santé en ayant parfois recours à des produits dopants pour tenir le coup. »

Chez les sportifs professionnels, la prise de conscience survient souvent au moment de la retraite sportive. L’arrêt du jour au lendemain d’une activité physique intense laisse apparaître une véritable dépendance. Pour les sportifs amateurs, ce sont souvent les proches qui donnent le signal d’alarme.

Particulièrement touchés, les sportifs pratiquant une activité d’endurance ou obéissant à des séances d’entraînement très stéréotypées comme le vélo, la course à pied ou le culturisme. Mais la dépendance à l’activité physique touche des profils très hétérogènes : hommes, femmes, sportifs amateurs, sportifs professionnels, de tous les âges, de toutes les classes sociales.
« Ca touche souvent des personnes rigides »

Seule constante, tous cherchent à valoriser leur image à travers le sport. Pratiquer une activité physique avec excès est un moyen pour eux d’augmenter leur estime d’eux-mêmes, de combler un vide affectif et/ou de modifier leur apparence corporelle. Isabelle Müller :

« Cette addiction touche souvent des personnes rigides, perfectionnistes. Elles se surinvestissent dans cette activité, le plus souvent pour faire face à un stress, à une image d’elles-mêmes qui ne les satisfait pas »

L’addiction est ainsi le produit d’une composante sociale très forte. Une réponse, souvent, à la culture de la performance, aux sollicitations compétitives ou aux insatisfactions récurrentes de la vie sociale.

L’athlète recherche sans cesse un idéal de perfection et d’harmonie dans l’espoir d’en tirer une reconnaissance individuelle et sociale. Le sport apparaît dès lors comme une réponse aux différentes anxiétés rencontrées.

Les troubles de l’image jouent un rôle essentiel dans le développement de cette pathologie, dans une société où le poids de l’esthétique est grandissant. Ces troubles les conduisent le plus souvent à éprouver un fort besoin à prendre toujours plus de masse corporelle afin de se façonner une silhouette parfaite. C’est ce que l’on nomme la bigorexie (par opposition à l’anorexie), qui n’est qu’une facette de l’addiction.
Les cas de rechute sont courants

Pour sortir de l’addiction, le travail est souvent long et nécessite des mois, voire parfois même des années, comme le rappelle Isabelle Müller :

« Il est très difficile d’en sortir et les cas de rechute sont courants. Il faut mener un long travail psychologique pour faire prendre conscience aux patients des dommages que cette pathologie occasionne, les rassurer sur leur image, les aider à gérer leur stress autrement. »

Suivi depuis de longs mois par un psychiatre, Alain lui ne court plus ou presque plus, le temps de retrouver un équilibre dans sa vie familiale et professionnelle.

« Les premiers mois ont été très compliqués. Pénibles. Après avoir arrêté, j’ai connu la dépression. Il est difficile de prendre conscience que l’on est bel et bien malade. C’est quelque chose de très dur à accepter. »

Si beaucoup de personnes se voient dans l’obligation d’abandonner à jamais toute pratique sportive afin d’éviter une rechute, Alain espère, quant à lui, parvenir à recourir régulièrement un jour. Mais de façon beaucoup plus mesurée.

Voir par ailleurs:

Le BRONZAGE peut-il devenir une addiction?

24-06-2014

Prendre un bain de soleil procure un certain bien-être. Au-delà de la sensation de chaleur et de détente, ces chercheurs de Harvard soutenus par les US National Institutes of Health montrent que le bronzage aurait aussi une dimension addictive. Leur étude tente d’expliquer pourquoi, malgré tous ses risques avérés, l’exposition de son corps aux U.V. artificiels ou solaires pour bronzer reste un objectif rituel pour des millions de personnes. Est-ce à des fins purement esthétiques, dans un curieux esprit autodestructeur ou encore une véritable addiction ? Réponse, sur l’animal, dans la revue Cell.

Les chercheurs de la Harvard Medical School avec des scientifiques de la Melanoma Research Alliance, de la US-Israel Binational Science Foundation ont exposé des souris rasées à la lumière UV, 5 jours par semaine pendant 6 semaines. Ce modèle d’exposition était équivalent à 20 à 30 minutes d’exposition pour une personne à la peau claire, au soleil de Floride, durant l’été.

Préférence esthétique ou dépendance biologique ? Les chercheurs constatent ici sur la souris, à la suite de cette exposition, l’animal présente des niveaux augmentés de certaines substances chimiques dans le corps. Or ces substances sont déjà connues pour déclencher un sentiment d’euphorie, comparable, écrivent les auteurs, à celui ressenti avec la prise d’un opiacé. Mais ce n’est pas tout, l’animal montre également une plus forte tolérance à la douleur.

En cause des endorphines bêta ou hormones du bien-être : Lorsque les chercheurs transforment ces souris modèles pour supprimer toute production d’endomorphines bêta, ces effets disparaissent. Des résultats qui suggèrent que ces endorphines naturelles, « dynamisées » par l’exposition aux UV sont à l’origine des effets d’euphorie. Ainsi, lorsque la peau est exposée aux U.V., une protéine, la pro-opiomélanocortine (ou POMC) est décomposée en petits peptides. L’un de ces peptides est une hormone qui stimule les mélanocytes, un autre est une endorphine bêta, un opioïde naturel de l’organisme. Comme tout opioïde, il se lie à des récepteurs opioïdes, entraînant un soulagement de la douleur mais va renforcer un circuit de récompense qui sous-tend la dépendance. Ainsi, ici, les chercheurs constatent que les souris exposées montrent une augmentation de la tolérance aux opiacés, nécessitant des doses beaucoup plus élevées de morphine.

Cette étude chez l’animal montre donc comment une exposition régulière aux U.V. entraîne une augmentation de la production d’opioïdes naturels, induisant une augmentation des seuils de douleur et des signes de la dépendance et de tolérance aux opiacés. Cependant les auteurs notent aussi que les souris, contrairement aux humains sont des animaux nocturnes. Ces effets de l’exposition aux UV pourraient donc tout à fait avoir un tout autre effet sur l’Homme.

Voir aussi:

De quoi dépend la satisfaction sexuelle ?

Top rencontres

10/062013

Les savants américains ont fait une découverte surprenante. Pour se sentir heureux il faut être sûr que votre vie intime est meilleure et plus régulière que celle de vos voisins.

Il existe une opinion que le manque d’argent, l’absence d’immobilier ou de vêtements de marque, la solitude rendent la personne malheureuse. Néanmoins, les savants américains affirment que le sexe est le facteur principal du bonheur. Il suffit d’apprendre que votre vie intime est plus régulière que celle des voisins et le niveau du bonheur augmente.

Les spécialistes ont analysé les données d’une grande recherche, menée depuis 1972. On a étudié l’information de la recherche reçue en 1993-2006 où 15 386 personnes ont pris part. Les personnes interrogées devaient apprécier l’état de leur âme (très heureux, assez heureux, malheureux). Les savants ont pris en considération les facteurs du bonheur : l’âge, la santé et la situation familiale. Les plus heureuses étaient les personnes qui avaient le sexe au moins 2-3 fois par mois. Leur état du bonheur était de 33% plus haut que chez ceux qui n’avaient pas le sexe depuis un an. Plus régulières étaient les relations intimes chez les personnes interrogées, plus heureuses elles étaient dans leur vie. Avoir des relations sexuelles 3 fois par semaine, une personne augmente le niveau de son bonheur de 55%. Les experts assurent que le sexe peut nous rendre plus heureux, mais la pensée que nous avons plus de relations sexuelles que nos amis, nos collègues et nos voisins nous réjouit d’avantage.

Voir enfin:

Dossier : corps, sport et dépendance
Le sport aide à se forger son identité, car il peut apporter à un individu les certitudes qui lui manquent. Toutefois, quand la pratique sportive est excessive et l’image du corps obsessionnelle, le sport plaisir risque de devenir addiction sportive.

Stéphane Abadie

L’auteur
Stéphane ABADIE est doctorant à l’ufr-staps de Nancy et fait partie de l’équipe accorps – lhsp – umr7117 – Archives Poincaré – cnrs.

Mens sana in corpore sano. Un esprit sain dans un corps sain. Cette citation extraite des Satires de Juvénal (vers 60 à 128) prône la complémentarité du corps et de l’esprit, et souligne le rôle du sport dans la santé. Les activités physiques s’adressent au corps dans toutes ses dimensions : physiques, physiologiques, psychologiques. Mode de défoulement, moyen de se ressourcer, outil de bien-être, de satisfaction ou au contraire de mise en danger (potentiel ou réel) et de souffrance, ces pratiques émergent d’une volonté de répondre à un besoin ou de satisfaire un désir. Quel est ce besoin ? D’où vient-il ? Pourquoi un individu accepte-t-il des entraînements toujours plus longs, toujours plus fréquents, toujours plus intenses, où l’épuisement et la douleur finissent par avoir raison de son acharnement ?

Après avoir examiné comment se forge l’image du corps e d’où vient le besoin de pratique sportive, nous verrons comment le sport plaisir se transforme parfois en sport passion, comment l’investissement peut alors devenir surinvestissement. Et quand le sportif surinvestit sa pratique, c’est que bien souvent il en est devenu dépendant : le sport est sa drogue. Tel un drogué, il a besoin de pratiquer sans cesse. Il pense, mange, dort pour son sport. Et lorsqu’il est dans l’impossibilité de pratiquer, certains symptômes de manque risquent d’apparaître.

Quel est le rapport des sportifs à leur corps ? Le corps, l’image du corps et les représentations que l’on s’en fait ont connu de nombreux bouleversements au cours de l’histoire de l’humanité. Durant la Grèce antique, le corps était considéré comme objet de toute puissance. Cette belle forme, ce cadre esthétique impitoyable trouve toute son essence dans ce qu’on nomme l’idéal platonicien. Puis la morphologie des individus s’est imposée comme une carte indiquant au reste de la société l’appartenance de l’individu à tel ou tel groupe social. La représentation du corps a évolué au cours de l’histoire, mais elle évolue aussi chez chaque individu au fil de sa construction et de sa maturation. Entre la vie prénatale et la vie adulte, l’idée que l’on se fait de son corps connaît de réelles révolutions : nous apprenons peu à peu à l’identifier et à l’habiter.

Le corps a trois fonctions : le corps des besoins, le corps des désirs, le corps des symboles. Le corps des besoins, c’est le corps matériel, avec ses exigences élémentaires automatiques : respirer, manger, boire, uriner, etc. Le corps du désir, érogène ou libidinal, organise les fantasmes. Le corps du symbole participe aux échanges avec le monde extérieur, agit sur la scène sociale, s’engage dans un langage. Il condense les exigences du corps des besoins et du corps des désirs, les soumet à la censure, à la raison. Il est l’expression de l’individu avec ses caractéristiques propres, mais aussi de l’espèce avec ses traits universels.

Les compétitions et les entraînements sont souvent considérés comme des rites initiatiques. Ils permettraient aux athlètes d’intégrer progressivement le monde des sportifs. La transformation lente du corps en machine à performance, le passage d’une division à une autre, les différentes formes d’investissement de la pratique sont autant d’étapes qui classent, hiérarchisent et intègrent les individus dans cette microsociété. Pourquoi le jeune sportif cherche-t-il à s’intégrer dans ce nouveau groupe de référence ? Pourquoi a-t-il la sensation de faire lui-même partie de ces « êtres d’exception » que sont les sportifs…
Selon la psychiatre et psychanalyste Annie Birraux, le jeune a besoin de consolider son narcissisme – l’amour qu’un individu a pour lui-même – dans un groupe : cela l’aide à renforcer sonidentité précaire et à traverser cette phase de transition qu’est l’adolescence. Les idéaux du groupe remplacent les idéaux familiaux, constituant une prothèse substitutive. C’est une des raisons pour lesquelles les images du corps véhiculées par les médias ont toujours un impact sur les idéaux du corps que le jeune se construit. Cet impact est variable, mais inévitable.

Au cours de l’adolescence, le jeune est tiraillé entre la peur de perdre son corps infantile (souvent source de satisfactions narcissiques) et l’acceptation de sa sexualité. Face à cette perte du corps infantile, et, afin d’intégrer une image de soi sur le plan psychique et corporel, l’adolescent doit répondre à un besoin de contrôle et de réappropriation de son corps. L’investissement de la pratique sportive est pour certains une réponse aux questions liées à la puberté et aux modifications corporelles qui l’accompagnent : l’armure musculaire – le néocorps – que se forge l’adolescent est utilisée comme une arme pour combattre les angoisses des changements pubertaires. En tentant d’abandonner rapidement son corps infantile, l’adolescent cherche à fuir l’ensemble des questions et des angoisses qui s’en raccrochent.

La pratique sportive donne une justification objective à l’étrangeté de ce nouveau corps : l’évolution de l’enveloppe corporelle n’est plus vécue comme monstrueuse, mais au contraire comme quelque chose de désiré et de contrôlé. La sensation d’une toute puissance retrouvée permet de renforcer le narcissisme de l’individu, indispensable à son équilibre identitaire. Quand le sport plaisir devient sport passion Dès lors, le pas est vite franchi entre une pratique sportive limitée – dont le but est le défoulement et une hygiène de santé – et une pratique sportive excessive, pour laquelle l’enjeu principal serait l’équilibre somato-psychique, et qui pourrait ouvrir la porte à une dépendance vis-à-vis du sport. Les études scientifiques américaines faites à la fin des années 1970 et au début des années 1980 furent les premières à évoquer l’existence de dépendances physiologiques et de dépendances comportementales, quel que soit l’objet de l’addiction. Qu’en est-il des dépendances à la pratique sportive ? Sont-elles physiologiques ? Psychologiques ? Ont- elles une double appartenance ?
Plusieurs études montrent que les comportements de dépendance à la pratique physique sontà la fois physiologiques et psychiques. L’exercice physique serait accompagné de la libération d’une hormone, la bêta-endorphine. Cette hormone, sécrétée spontanément par l’organisme, a des effets analgésiques et aurait aussi des effets euphorisants, qui seraient la cause de la dépendance. La dépendance à l’exercice physique serait un processus contraignant un individu à pratiquer son sport malgré les obstacles ; des symptômes physiques et psychologiques surviendraient à l’arrêt de l’exercice.

Ainsi, la dépendance sportive s’appuie, d’une part, sur l’impérieuse nécessité (la compulsion) de pratiquer son sport et la mise en place de symptômes somatiques lors de l’arrêt de la pratique (le manque). Cette addiction n’est pas différente des autres. Prenons un exemple : un individu plutôt sédentaire s’engage dans un premier temps dans un programme de course à pied. À la suite des premières séances, cette pratique est souvent vécue
comme une expérience désagréable avec, par exemple, un essoufflement marqué, des nausées, des douleurs musculaires (crampes, courbatures). Progressivement, la distance de course s’accroît pour passer de un à quatre kilomètres par jour. Puis la perception de l’effort change progressivement jusqu’à devenir positive, en s’accompagnant notamment d’une baisse du sentiment d’anxiété et d’une hausse de l’estime de soi. L’individu parcourt différentes étapes qui conduisent à l’investissement, voire au surinvestissement de la pratique sportive.

Mais la dépendance sportive fait aussi partie des addictions comportementales. Comme pour d’autres comportements addictifs, elle commence par des excès, par la recherche de sensations de plaisir et de désinhibition qui aboutit à l’installation d’un besoin irrépressible et, dans certains cas, des signes de sevrage. Pour certains sportifs, la répétition des entraînements, l’accoutumance du corps au mouvement, la ritualisation et la répétition obsessionnelle des gestes peuvent prendre une dimension d’addiction au geste. Ces sportifs ressentent la nécessité de remplir un vide de la pensée ou un vide affectif. En résulte ce besoin compulsif qui se manifeste souvent par la nécessité de pratiquer sans relâche son sport, de contrôler sans cesse son image dans la glace et dans le regard des autres. Cette conduite addictive est nommée bigorexie.

Cette conduite comportementale repose, d’une part, sur une perte de la maîtrise de soi et, d’autre part, sur le besoin de répétitions compulsives. La notion de répétition est inhérente à la pratique sportive intensive. L’athlète multiplie sans relâche ses entraînements : c’est le prix à payer pour augmenter ses performances. Au cours de ces nombreux entraînements, l’athlète doit s’accoutumer à un autre visage de la répétition, celui de la douleur, car le corps en travail est aussi souvent un corps en souffrance. En effet les modalités de l’entraînement et de la performance de haut niveau reposent sur le dépassement de soi, révélé par l’apparition de la douleur. La répétition fait partie des incontournables de la pratique physique intensive, que ce soit au niveau de la douleur ou du mouvement. Cette répétition autorise l’individu à s’extraire dans un état second, « hors conscience », caractérisé par une hyperconcentration sur le geste efficace, d’où est bannie toute subjectivité. L’entraînement est avant tout la recherche de gestes automatisés qui réduisent les temps de réaction de l’athlète.

Aujourd’hui, le comportement de dépendance à la pratique sportive n’est pas inhérent à un niveau de pratique, à un âge ou à un sexe, mais elle est bien l’apanage d’une qualité singulière d’investissement. En d’autres termes, la dépendance à la pratique sportive toucherait aussi bien les sportifs de haut niveau que les pratiquants de loisir, puisqu’elle dépend avant tout de la place de cette pratique dans la vie du sujet.

Perturbation du sentiment esthétique de soi

Outre les difficultés de la construction identitaire, la fragilité à la dépendance, un vide affectif qu’il faut combler, il existerait une autre cause possible d’addiction à la pratique sportive : la dysmorphophobie, c’est-à-dire la peur obsessionnelle d’être ou de devenir laid. Les sujets atteints de ce type de psychopathologie souffrent de troubles obsessionnels de l’image du corps. Ils ont une image déformée et déformante de leur propre corps. Cette vision imaginaire de ce « mauvais corps » s’accompagne d’une peur illégitime de se voir rejeter socialement. Les sujets développent des pratiques rituelles compulsives pour couvrir leur(s) défaut(s). Ils peuvent rester un temps considérable en face d’un miroir pour tenter de se rassurer, mais l’effet est souvent inverse. Pour faire face à l’émergence de telles angoisses, ces personnes n’hésitent pas à recourir à des conduites à risque, où le respect du corps et de son intégrité est régulièrement mis en jeu : conduites addictives, chirurgie plastique par exemple.

Outre la dysmorphophobie, il existe aussi la dysmorphesthésie. D’après la classification internationale des troubles mentaux de l’Organisation mondiale de la santé, les dysmorphesthésies sont des troubles hypocondriaques : « C’est une préoccupation durable concernant l’apparence physique. » La dysmorphesthésie enrichit la définition de la dysmorphophobie en incluant la notion d’esthétique corporelle ; elle nous renvoie le regard de l’autre. C’est dans cette trilogie – image du corps, idéal du moi et construction de l’identité – que viendrait se nourrir la peur du rejet social. Aussi nommée obsession de l’image corporelle, la dysmorphophobie regroupe plusieurs états psychologiques dont le corps est l’objet. Les malades atteints de dysmorphophobie sont persuadés qu’une partie de leur corps est déformée et ont peur d’impressionner défavorablement leur entourage. La disgrâce du corps (tout ou partie) est généralement légère, voire imaginaire, mais elle a pourtant des conséquences notables : elle est source d’angoisse, perturbe la vie personnelle, sociale et professionnelle. Cette psychopathologie peut être causée par une mauvaise perception de son image corporelle, l’écart entre cette image et son idéal du moi étant trop important. La dysmorphophobie commence souvent après les remaniements psychologiques de l’adolescence.

Au lieu de disparaître comme c’est généralement le cas, les interrogations sur le corps se renforcent et envahissent de façon plus ou moins obsédante les pensées du sujet. Il en garde longtemps le secret avec un sentiment de honte. D’un point de vue psychopathologique, il s’agit d’une perturbation du sentiment esthétique de l’image de soi qui oblige le sujet à s’interroger sur son identité esthétique et, par conséquent, sur son narcissisme. La perturbation du sentiment esthétique de l’image de soi est souvent précoce. Une distorsion, une carence lors des différentes étapes de l’élaboration de ce sentiment esthétique qui participe à l’élaboration et au maintien du narcissisme, et par voie de conséquence à l’élaboration de l’identité, peuvent altérer durablement la perception et la représentation de sa propre apparence. La crainte d’une dysmorphie corporelle va des préoccupations normales pour son apparence physique jusqu’aux idées délirantes. L’une des principales caractéristiques de la pratique sportive réside dans le travail du corps à partir d’un corps au travail. La période dite d’affûtage est un condensé de ce type d’approche. Au cours de ce temps particulier, le sportif se trouve être en hypervigilance vis-à-vis de son corps. Il y supprime les quelques masses grasses restantes, contrôle et rééquilibre les forces. Il réoriente ses mobilisations corporelles dans l’espace et dans le temps en fonction des perceptions ressenties lors des derniers entraînements. En résumé, telle une formule 1, le sportif écoute, contrôle et paramètre son corps afin d’optimiser ses performances. L’ensemble des séances de travail, qui se succèdent tout au long de la saison, permettent à l’athlète de mieux comprendre ses modalités de fonctionnement face à l’exercice, de jauger de façon relativement précise la qualité et la quantité de temps de récupération dont il a besoin en fonction de l’intensité des entraînements. L’entraînement sportif offre à l’individu une voie particulière vers la découverte de ses
limites, physiques et/ou psychologiques, ce qui permet une meilleure appropriation de son corps.

La pratique sportive entraîne une modification de la morphologie de l’athlète. Même si elle n’est pas toujours spectaculaire, elle n’en reste pas moins une réalité. L’image du corps sculpté a une conno- tation positive dans nos sociétés où le paraître est, pour beaucoup, d’une importance capitale. Selon Maurice Corcos, qui dirige le Département de psychiatrie de l’Institut mutualiste Montsouris, à Paris, « Nous pouvons nous demander comment s’organise aujourd’hui un sujet en regard d’une société qui attribue une importance croissante à la valorisation narcissique au détriment de la relation à l’autre, qui cultive la performance et la réussite au détriment de la recherche intérieure ? Il nous semble en effet que s’est développée, en grande partie, une société donnant priorité aux images, au détriment de la mise en mots et en récits, où l’apparence et l’acquisition des choses sont volontiers promues ».

Avoir un corps parfait ou ne plus exister

Comme nous l’avons évoqué, l’adolescence est une période de bouleversement des assises identitaires et structurantes de l’individu. Les changements pubertaires s’accompagnent d’une réémergence de tout un ensemble de pulsions, venant ébranler l’équilibre du corps et de l’esprit. Suivant les individus, cette fragilisation peut être source d’angoisse, d’état dépressif, de fragilisation narcissique, etc. La pratique sportive peut proposer une réponse satisfaisante à ces attentes. Pour surmonter les difficultés et pouvoir se construire une identité, les athlètes s’investissent totalement dans leur pratique. Malheureusement cette construction identitaire fonctionne tant que les performances sportives et les capacités physiques, réelles ou symboliques, restent satisfaisantes. Les athlètes se contraignent à l’excellence sportive, et les moindres signes de défaillance ou de faiblesse, la prise de
poids, par exemple, sont souvent vécus comme annonciateurs d’une fin imminente. Grâce à son rôle particulier dans la construction identitaire de certains sportifs, l’exercice physique leur apparaît souvent comme une source de satisfaction. Ce statut les pousse à un investissement total. Pour certains de ces athlètes, force est de constater que leur identité propre se résume au seul objet sportif. Comme pour toutes les addictions, le sevrage est difficile, et près d’un tiers des sportifs de haut niveau est contraint de subir une cure de désintoxication après l’arrêt de leur pratique sportive.

Ainsi, le geste sportif performant permet à l’athlète de se construire l’image du corps à laquelle il aspire. Les sensations de force et de puissance, gage de performance se transforment, pour certains, en sensation d’existence : ils n’existent que par leur performance sportive. Face à cette construction identitaire particulière, les sportifs se trouvent dans l’obligation de continuer toujours et encore leur pratique, sans laquelle le spectre d’une perte identitaire et, par conséquent, celui d’une mort symbolique ressurgissent. Leur corps étant le baromètre de leur niveau d’expertise, l’image du corps devient une obsession.

Entre l’enfance et la fin de l’adolescence, le narcissisme – l’amour qu’un individu a pour lui-même – évolue. La pédiatre et psychanalyste Françoise Dolto identifiait trois stades : le narcissisme primordial, le narcissisme primaire et le narcissisme secondaire. Le narcissisme primordial est lié à la rupture du cordon ombilical, au moment où le nouveau-né acquiert son autonomie respiratoire, olfactive, fonctionnelle. Le narcissisme primaire résulte de l’expérience du miroir qui révèle à l’enfant son visage. Cette expérience du miroir coïncide avec la découverte du corps sexué. C’est le moment où l’enfant investit toute sa libido sur lui-même. L’interdit de l’inceste, source d’un narcissisme secondaire, impose la maîtrise des pulsions sexuelles. À ce stade, l’enfant doit maîtriser ses désirs et faire la différence entre penser et agir. Le besoin que ressent l’adolescent d’appartenir à un groupe résulte aussi d’une nécessité d’ancrage affectif face à un complexe œdipien qui ressurgit. L’intégration dans un groupe de référence lui permet de retrouver les sentiments de sécurité et d’amour qu’il a connus quand il était enfant.

L’adolescence est-elle un moment spécifique du développement de l’enfant, inscrit dans la continuité du développement ? S’agit-il davantage d’un processus de maturation en rupture avec les étapes antérieures, qui remettrait en cause l’ensemble des assises antérieures ? Avant d’être à l’âge de la rébellion, l’adolescence est surtout une phase dans la vie de tout individu. L’adolescence se juxtapose généralement à un autre temps fort du passage de l’enfance à l’âge adulte : la puberté. Durant cette phase, le corps « enfantin » connaît des bouleversements physiques et physiologiques. Tous ces changements, souvent vécus comme brutaux, soulèvent chez les adolescents des questions d’identité. Les remaniements qui vont devoir être opérés seront centrés sur la relation à autrui et sur la relation à son propre corps. Les changements pubertaires rendent l’inceste théoriquement
réalisable, de sorte que l’adolescent, afin de se protéger de ses pulsions, rompt avec les points d’identification antérieurs, avec les assises narcissiques de l’enfance. L’adolescent doit donc réinvestir ses pulsions, notamment sexuelles, sur d’autres objets, lesquels acquièrent une place particulière dans le travail de construction identitaire de l’adolescent.

Que ce soient les objets culturels ou un groupe de copains, tous ces objets médiateurs constituent des sources importantes d’identification en miroir, d’identification narcissique. Au cours de cette période de doute et d’interrogations, les adolescents se dirigent naturellement vers des personnes qui répondent aux exigences de leur propre idéal. La rencontre avec un autre soi-même, hétérosexuel et non incestueux, permet de réduire momentanément au silence les résurgences pulsionnelles. Les modifications morphologiques qui surviennent à la puberté bouleversent profondément la relation aux autres et l’image que l’adolescent a de lui-même. L’évolution de son corps et les nouvelles potentialités sexuelles qui en découlent engendrent souvent peurs ou angoisses. Elles entraînent parfois les adolescents vers des troubles du comportement et/ou des troubles psychologiques, tels que l’anorexie, la boulimie ou certaines formes de dysmorphophobies (le sujet est persuadé que son corps présente des difformités).


Crime d’honneur/Elif Shafak : A ceux qui entendent et à ceux qui voient (Turkish writer takes on honor killings)

21 juin, 2014
http://www.reorientmag.com/wp-content/uploads/2012/10/Honour-Elif-Shafak1.jpghttps://fbcdn-sphotos-d-a.akamaihd.net/hphotos-ak-xap1/t1.0-9/p320x320/10384106_4354564079331_5132324409277895332_n.jpghttp://extranet.editis.com/it-yonixweb/IMAGES/118/P3/9782264060525.jpg

Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. Camus

Le passé est encore là – simplement, il est inégalement réparti. D’après  William Gibson
Aussi loin qu’il se souvienne, il s’est toujours perçu comme le prince de la maison et sa mère comme celle qui, de façon contestable, le mettait en valeur, était sa protectrice inquiète. J. M. Coetzee (Scènes de la vie d’un jeune garçon)
Quand j’avais sept ans, nous vivions dans une maison de verre. Un de nos voisins, un tailleur de talent, battait souvent sa femme. Le soir, on écoutait les pleurs, les cris, les insultes. Le matin, on vaquait à nos occupations habituelles. Tout le voisinage prétendait n’avoir rien entendu, n’avoir rien vu. Ce roman est dédié à ceux qui entendent et à ceux qui voient. Elif Shafak (Crime d’honneur, exergue)
Ma mère est morte deux fois. Je me suis promis de ne pas permettre qu’on oublie son histoire, mais je n’ai jamais trouvé le temps, la volonté ou le courage de la coucher par écrit. Jusqu’à récemment, je veux dire. (…) Il fallait pourtant que je raconte cette histoire, ne serait-ce qu’à une personne. Il fallait que je l’envoie dans un coin de l’univers où elle pourrait flotter librement, loin de nous. Je la devais à maman, cette liberté. (…) C’est ainsi que, dans le pays où naquirent Destinée-Rose et Assez-Belle, « honneur » était plus qu’un mot. C’était aussi un nom. On pouvait le donner à un enfant, à condition que ce soit un garçon. Les hommes avaient de l’honneur – les vieillards, ceux dans la force de l’âge, même les écoliers, si jeunes que, si on leur appuyait sur le nez, il en sortirait du lait. Les femmes n’avaient pas d’honneur. Elles étaient marquées par la honte. Comme tout le monde le savait, « Honte » était un bien mauvais nom à porter. (…) Son silence le déroutait. Et si elle n’était pas vierge ? Comment pourrait-il vivre avec cette interrogation le reste de sa vie ? Que penserait son frère Tariq quand il apprendrait qu’il s’était trouvé une femme souillée – la réplique exacte de leur mère ? (…) Ce serait une des nombreuses ironies de la vie de Pembe, que ce qu’elle détestait le plus dans la bouche de sa mère, elle allait le répéter à sa fille Esma, mot pour mot, des années plus tard, en Angleterre. Elif Shafak (Crime d’honneur, extrait)
Pourquoi Iskander Tobrak, seize ans, fils aîné et chef d’une famille mi-turque mi-kurde depuis le départ de son père, Adem, a-t-il, en 1978, poignardé à mort sa mère, Pembe ? C’est la question toujours aussi douloureuse que se pose, quatorze ans après les faits et alors qu’elle part chercher Iskander à sa sortie de prison, Esma, sa soeur. Pour tenter d’y répondre, elle doit remonter à leurs propres origines, dans un petit village des bords de l’Euphrate. Pembe et Jamila, son identique jumelle, y sont nées en 1945. Selon leur père, quel que soit le malheur infligé à l’une, elles étaient vouées à souffrir ensemble, et donc deux fois plus… Venu d’Istanbul, le jeune Adem Tobrak s’éprit follement de Jamila, mais celle-ci ayant été, quelques mois plus tôt, enlevée, et sa virginité étant, de ce fait, contestée, il ne put l’épouser et se rabattit sur Pembe. Cette dernière accepta et suivit son mari à Istanbul puis en Grande-Bretagne où, malgré la naissance de trois enfants, la vie du couple ne tarda pas à partir à vau-l’eau… Un roman superbe et bouleversant. L’Actualité littéraire
It’s usually the father, brother or first male cousin who is charged with the actual shooting or stabbing, (but not) the mother who lures the girl home. The religion has failed to address this as a problem and failed to seriously work to abolish it as un-Islamic. Phyllis Chesler
I think that as women we’re strong enough now to not only acknowledge our racism, our class bias and our homophobia but our sexism. The coming generation, and second-wave feminists as well, can acknowledge that women, like men, are aggressive and, like men, are as close to the apes as the angels. Our lived realities have never conformed to the feminist view that women are morally superior to men, are compassionate, nurturing, maternal and also very valiant under siege. This is a myth. (…) Women don’t have to be better than anyone else to deserve human rights. Our failure to look at our own sexism lost us a few inches in our ability to change history in our lifetime. The first thing we do is acknowledge what the truth is, and then we have to not have double standards. We have to try not to use gossip to get rid of a rival, we have to try not to slander the next woman because we’re jealous that she’s pretty or that she got a scholarship. I think we have to learn some of the rules of engagement that men are good at. Women coerce dreadful conformity from each other. I would like us to embrace diversity. Then we could have a more viable, serious feminist movement. (…) Because the stereotypes of women have been so used to justify our subordination and since it was a heady moment in history to suddenly come together with other women in quantum numbers around issues of women’s freedom and human rights, it took a while before each of us in turn started looking at how we treated each other. The unacknowledged aggression and cruelty and sexism among women in general — and that includes feminists — is what drove many an early activist out of what was a real movement. (…) I think it gets worse when it’s women only. Men are happy in a middle-distance ground toward all others. They don’t take anything too personally, and they don’t have to get right into your face, into your business, into your life. Women need to do that. Women, the minute they meet another woman, it’s: she’s going to be my fairy godmother, my best friend, the mother I never had. And when that’s not the case we say, "well, she’s the evil stepmother." (…) I do have a chapter that says if you have a situation that is male-dominated with a few token women, women will not like each other, they will be particularly vicious in how they compete and keep other women down and out. We can’t say how women as a group would behave if overnight they had all the positions that men now have. (…) It helps to understand that in these non-Western countries where you have mothers-in-law dousing daughters-in-law with kerosene for their dowries and we say "how shocking," we have a version here. You have here mothers who think their daughters have to be thin, their daughters have to be pretty and their daughters need to have plastic surgery and their daughters have to focus mainly on the outward appearance and not on inner strength or inner self. It’s not genital mutilation but it’s ultimately a concern with outward appearance for the sake of marriageability.(…) I’m thinking back to the civil rights era and the faces of white mothers who did not want little black children to integrate schools. What should we say about those women who joined the Ku Klux Klan or the Nazi party? You have a lot of women groaning under the yoke of oppression. Nevertheless, there are women who warm the beds and are the partners of men who create orphans. Women are best at collaborating with men who run the world because then we can buy pretty trinkets and have safe homes and nests for ourselves.(…) Women are silenced not because men beat up on us but because we don’t want to be shunned by our little cliques. That applies to all age groups. That’s one of the reasons that women are so conformist and so indirect: we end up sabotaging her rather than risking the loss of her intimate companionship. Women stealing each other’s lovers and spouses and jobs is pandemic. Phyllis Chesler
Les crimes d’honneur sont des actes de violence, le plus souvent des meurtres, commis par les membres masculins d’une famille à l’encontre de ses membres féminins, lorsqu’ils sont perçus comme cause de déshonneur pour la famille tout entière. Une femme peut être la cible d’individus au sein de sa propre famille pour des motifs divers, comprenant : le refus de participer à un mariage arrangé, le refus des faveurs sexuelles, la tentative de divorce — que ce soit dans le cadre de la violence conjugale exercée par son mari ou dans un contexte avéré d’adultère. La simple interprétation selon laquelle son comportement a « déshonoré » sa famille est suffisante pour enclencher une représaille. Human Rights Watch
En général, en Occident, le crime d’honneur varie en fonction de la géographie. Peu coutumier de nos jours dans les régions du Nord, il devient plus intense en descendant vers le Sud (sociétés méditerranéennes et/ou musulmanes, etc..) où les codes d’honneur propres à telle ou telle société traditionnelle ont conservé plus d’importance. C’est ainsi que la vengeance par la justice privée, plus connue sous le nom de vendetta fait partie de la culture de certains groupes ethniques qui se situent dans les Balkans (notamment les régions peuplées d’albanophones), en Turquie (Anatolie, Kurdistan, etc..), le sud de l’Italie et les îles de la Méditerranée (Corse, Sardaigne, Sicile, Crète). Avec l’immigration musulmane (notamment pakistanaise, turque/kurde et arabe), les crimes d’honneur sont réapparus en Europe. En Italie, en 2006, Hina Saleem (it), une jeune pakistanaise de 21 ans, est assassinée à Sarezzo (Lombardie) par ses parents et des membres de sa famille qui n’acceptaient pas sa relation avec un Italien et sa vie jugée "trop occidentale"10. Hina s’était également opposée à un mariage arrangé. Toujours en Italie, en 2009, Sanaa Dafani, une jeune marocaine de 18 ans résidant avec sa famille à Pordenone (N.-E.), est égorgée par son père qui lui reprochait d’être "trop occidentale" et d’avoir une relation avec un Italien11. Il sera condamné définitivement à 30 ans de prison en 201212. En 2010 à Modène (Italie), un pakistanais, aidé de son fils, "punit" à coups de barre d’acier et de pierre son épouse et sa fille qui refusaient un mariage arrangé. La mère succombera à ses blessures13. En Allemagne, en 2005, Hatun Sürücü, une jeune Allemande d’origine turque, est tuée à Berlin par son frère pour « s’être comportée comme une Allemande »14. En Belgique, en 2007, Sadia Sheikh, une pakistanaise de 20 ans, est assassinée à Charleroi (Région wallonne) par des membres de sa famille pour avoir refusé un mariage arrangé15. Aux Pays-Bas, la police estime que treize meurtres ont été commis en 2009 au nom de l’honneur16. En Grande-Bretagne, l’association IKWRO (Iranian and Kurdish Women’s Rights Organisation)) a recensé 2823 agressions (séquestrations, coups, brûlures, homicides) commises en 2010 contre des femmes sous prétexte de "venger l’honneur d’une famille". Wikipedia
Les crimes d’honneur ne sont pas réservés aux provinces reculées du Pakistan, de la Turquie ou de l’Inde. En Europe occidentale aussi, des jeunes femmes sont torturées et tuées par des membres de leur famille à cause de leurs fréquentations, de leur façon de s’habiller ou de leur refus de se soumettre à un mariage forcé. En clair, parce que leur attitude laisse planer un doute sur leur virginité. C’est le constat de la fondation suisse Surgir, spécialisée dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Très prudent dans sa volonté de ne "stigmatiser" aucune communauté, le rapport publié par Surgir établit un lien direct entre ces assassinats et l’immigration, tout en soulignant que, "majoritairement pratiqué au sein des communautés musulmanes, le crime d’honneur l’est aussi par les communautés sikhs, hindoues et chrétiennes". Entre 15 000 et 20 000 femmes sont tuées chaque année dans le monde, selon les estimations des organisations non gouvernementales, par un cousin, un frère ou un père craignant l’opprobre de la communauté. "Plus qu’un permis de tuer, c’est un devoir de tuer", écrit Surgir, qui note que "le déshonneur [d'une fille] est une menace d’exclusion sociale pour toute la famille élargie". Dans le cas de communautés immigrées, la crainte de l’assimilation peut renforcer ce besoin de protéger le groupe, alors que le mariage mixte et l’émancipation des jeunes générations sont perçus comme des menaces. Aucune statistique précise n’existe sur le sujet et la loi du silence est de mise dans les familles. Les chiffres avancés par la fondation reposent sur des estimations policières, quand celles-ci distinguent violences domestiques et violences liées à l’honneur, et sur l’étude de coupures de presse. Aux Pays-Bas, la police estime que treize meurtres ont été commis en 2009 au nom de l’honneur ; au Royaume-Uni, une douzaine de cas sont recensés chaque année ; en Allemagne, soixante-douze jeunes filles ont été tuées en dix ans ; en France, depuis 1993, une dizaine de cas ont été évoqués dans les médias, en grande majorité dans les communautés indiennes, pakistanaises, sri-lankaises, kurdes et turques. (…) La fondation Surgir appelle les autres Etats européens à prendre des mesures – le code pénal italien prévoit notamment une réduction de la peine pour les crimes commis sur fond de "traditions culturelles" – tout en soulignant qu’un durcissement des législations entraîne systématiquement une hausse des suicides maquillés et pousse les familles à désigner un meurtrier mineur qui sera moins sévèrement jugé. Le Monde

Attention: un crime peut en cacher un autre !

Alors qu’après la prestigieuse Oxford Union (assimilée à un vulgaire bureau des étudiants) l’an dernier

Et sous couvert de la neutralité du titre anglais et le refus de toute identification nationale de l’auteure ou de ses personnages …

(réduisant à de simples sorties-cinéma les rencontres, nécessairement clandestines dans les cinémas les plus excentrés du Londres des années 70 et d’ailleurs payées au prix fort du matricide, d"une héroïne kurde abandonnée par son mari et d’un restaurateur multiculturel d’origine grecque) …

C’est la tragique héroïne d’un roman anglo-turc que la cuvée du bac d’anglais 2014 assassine à nouveau …

Pendant qu’avec le retour des djihadistes en Irak suite au départ précipité du Munichois en chef de la Maison Blanche, les belles âmes qui avaient hurlé contre Bush et regretté Saddam nous ressortent leurs arguments les plus éculés contre la démocratisation d’une des régions les plus arriérées de la planète …

Comment ne pas voir cet étrange aveuglement, politiquement correct oblige, d’une Europe et d’un Occident d’ordinaire si prompts à dénoncer les moindres manquements aux droits de ces nouveaux damnés de la terre que sont devenus les immigrés …

Sur ces crimes dits d’honneur qui, avec l’afflux d’immigrants et comme le rappelait il y a quelques années Le Monde, ne sont plus  "réservés aux provinces reculées du Pakistan, de la Turquie ou de l’Inde" …

Et qui, devant le durcissement des législations, se voient même maquillés en suicides ou attribués à des meurtriers mineurs susceptibles d’être jugés moins sévèrement ?

Et comment ne pas saluer, par contraste, la véritable plongée que nous offre  la romancière turque fille d’un philosophe et d’une diplomate Elif Shafak dans ce passé encore "là mais inégalement réparti" …

Ce monde qui nous était devenu inconnu …

Où, via l’éducation qu’elles prodiguent à leurs fils et filles, les victimes elles-mêmes font partie de la reproduction de leur propre victimisation …

Et qui, avec l’immigration et à l’instar de certaines maladies que l’on croyait disparues, fait pourtant son retour en force chez nous ?

Q & A With Elif Shafak

Penguin Q & A with Elif Safak, author of Honour

What is your new book about?

Honour is about a family, mother-son relationship and how we, knowingly or unknowingly, hurt the people we love most. This is the story of a half-Turkish, half-Kurdish family in London in the late 1970s.

What or who inspired it?

Life.

What was the biggest challenge, writing it?

The central character, Iskender, is a young man obsessed with the notion of honour to the extent that he becomes a murderer. It was a challenge for me to put myself in his shoes, to build empathy for this extremely macho character, but it was important. Without understanding boys/men like Iskender we cannot discuss, let alone solve, honour killings.

What did you want to achieve with your book?

I wanted to tell a story, that has always been my primary aim, whatever the subject. I love giving a voice to characters who are kept in the margins, left unheard in life.

What do you hope for your book?

I hope it will connect readers from different backgrounds and lifestyles, I hope it will speak to their hearts and transcend cultural ghettoes.

Are there any parts of it that have special personal significance to you?

My novels are not autobiographical. In other words, my starting point is not myself. I find writing about myself rather boring. What I am more interested in is being other people, discovering other world and universes.

Do you have a favourite character or one you really enjoyed writing?

I don’t have a favourite character, as I feel and love each and every character along the way, even the side characters, even the ones who look troubled. However I must say Yunus, the family’s younger son has a special place in my heart. Imagining him, being him, was an inspiring journey.

What do you see as the major themes in your book?

Love and freedom. There cannot be love without freedom. And there is no honour in murder.

What made you set it in London?

My novel travels to different cities and locations, like all of my novels do. There are scenes in a Kurdish village, Istanbul, but London has been central. I love this city. I love the multicultural blending here, which is different than anywhere else. But I also wanted to say if honour-related attacks are happening even here, and they are, then that means they can happen anywhere.

Did the title come instantly to you or did you labour over it?

The title had a journey of its own. In Turkey the novel is called Iskender, which means Alexander. However I could not name it Alexander in English as people would have thought it was a novel about Alexander the Great. So instead of focusing on a character I focused on the theme and chose Honour. It is being translated into many languages and as it travels from one country to another book jackets change. In Italy they also changed the name because the word Honour in Italian recalls the mafia, and the novel has nothing to do with the mafia. So my Italian publisher Rizzoli and I chose another title: The House of Four Winds, which is the name of the Kurdish village in the novel.

To whom have you dedicated the book and why?

This book is dedicated to people who see, people who hear, people who care. And why I did that? Well the answer is in this little story I wrote at the opening page…

Who do you think will enjoy your book?

I don’t have a specific audience. Very different people read my work and I cherish that. I sincerely hope people who love stories and the art of storytelling will enjoy it, that’s what matters.

Do you have a special spot for writing at home? (If so, describe it)

I don’t have writing rituals or specific places for that. I write at home but I also write in crowded cafes, restaurants, trains stations, airports, always on the move.

Do you like silence or music playing while you’re writing?

I don’t like silence at all. I cannot write in silence. There has to be the sounds of life, music, the sounds coming from the street, rain cars and all of that. Istanbul is a very noisy city. I am used to writing in chaos and noise.

When did you start writing?

At the age of eight, but that’s not because I wanted to be a writer. I didn’t even know there was such a possibility. I fell in love with words and stories. I was a lonely kid and on my own most of the time. Books were my best friends, they were the gates unto other worlds, and they still are.

Did you always want to become an author?

The desire to become an author came to me later, when I was 17 or 18, and it was crystallised in my early twenties. So first there was the love of writing, the love of stories and only much later the desire to become an author. I have a writer inside me and an author inside me. They are different personalities. Most of the time they get along but sometimes they quarrel and disagree.

Tell us a bit about your childhood?

I was raised by a single mother, an independent minded, feminist divorcee. That was a bit unusual in 1970s Turkey. I was also raised by my Grandma for a while and she was a very different woman, she was a healer and an oral storyteller. To this day I love combining the two worlds, the two women.

If you’ve had other jobs outside of writing, what were they?

I contribute regularly to a major newspaper in Turkey, I write twice a week and I also write op-ed pieces for papers around the world. I am a political scientist by training, I teach creative writing too.

Describe yourself in three words?

Storyteller, nomad, freethinker.

What star sign are you and are you typical of it?

I am a Scorpio and like many Scorpio’s I am inward-looking and love to sabotage myself.

What three things do you dislike?

Hate speech, xenophobia, gender discrimination.

What three things do you like?

Connections, creativity, compassion.

Have you a family, partner or are you single?

I am a mother of two and a terrible wife in addition to being a writer.

Voir aussi:

Honour by Elif Shafak – review
A fierce tale of tradition in Muslim culture
Maureen Freely
The Guardian
20 April 2012

Elif Shafak begins her new novel with a dedication containing a dark and portentous anecdote: when she was seven years old, she lived next door to a tailor who was in the habit of beating his wife. "In the evenings, we listened to the shouts, the cries, the swearing. In the morning, we went on with our lives as usual. The entire neighbourhood pretended not to have heard, not to have seen."

Honour
by Elif Shafak

Tell us what you think: Star-rate and review this book

Having dedicated her book to "those who hear, those who see", Shafak hands over to Esma Toprak, a London-bred Turkish Kurd, as she prepares to set off for Shrewsbury Prison to collect her brother, who has just served a 14-year term for murder. It is implied, but not confirmed, that his victim was their mother. Esma admits to having thought often about killing her brother in revenge. And yet she plans to welcome him back into the house she now shares with her husband and two daughters.

This is the cloud that hangs over the next 300-odd pages, as Esma offers up fragments of family history, beginning with her mother’s birth in a village near the Euphrates. She describes a world where women as well as men enforce an honour code that results in the social death of men who fail to act like men, and the actual death of several female relatives. When her family migrates to Istanbul, and then to London in the early 1970s, they take that code with them, but as they grow accustomed to life in the west it becomes less a system of social regulation than a compulsion they can neither control nor understand.

Adem, the father, falls in love with an exotic dancer. Disgraced, he drifts away. Iskender, the eldest son, is left unprotected and is brutally bullied before forming his own gang and doing much worse to others. His views on masculinity are further sharpened by the neighbourhood’s fledgling radicals and he has one rule for his English girlfriend and another for Pembe, his mother. Tradition dictates that he is now the head of the household, and even though she does not like him controlling her, she nevertheless defers to him, going out of her way to convey her approval for her "sultan".

Running in parallel with this all-too-familiar tragedy is another story. Even in that village near the Euphrates, where mothers grieve at the birth of each new daughter, women wield considerable social powers, although they are inclined to express them through dreams, premonitions, and potions. They also impart a gentler Islamic tradition of mercy and compassion, encouraging an imaginative engagement with both tradition and the modern world. Pembe longs to travel, and she has her wish. Her twin sister Jamila stays behind to become the region’s fabled Virgin Midwife, travelling fearlessly through territories controlled by bandits, trusting her fate to God’s hands. When a dream signals that her twin is in danger, Jamila has no trouble finding the people who can get her to London without proper documentation. The two younger Toprak children show a similar independence of thought as they struggle to resolve the contradictions that have brought their family down.

Shafak is an extremely popular novelist in Turkey, particularly loved by young, educated and newly independent women who appreciate her fusion of feminism and Sufism, her disarmingly quirky characters and the artful twists and turns of her epic romances. Born in Strasbourg to a diplomat mother, educated in Europe, the United States and Turkey, she writes some books in her native Turkish and others (like this one) in English. In everything she writes, she sets out to dissolve what she regards as false narratives. In this one, it’s the story of the "honour killing" as we know it from those shock headlines. The book calls to mind The Color Purple in the fierceness of its engagement with male violence and its determination to see its characters to a better place. But Shafak is closer to Isabel Allende in spirit, confidence and charm. Her portrayal of Muslim cultures, both traditional and globalising, is as hopeful as it is politically sophisticated. This alone should gain her the world audience she has long deserved.

• Maureen Freely’s Enlightenment is published by Marion Boyars.

Voir également:

Les crimes d’honneur, une réalité européenne
Benoît Vitkine
Le Monde
15.11.2011

Les crimes d’honneur ne sont pas réservés aux provinces reculées du Pakistan, de la Turquie ou de l’Inde. En Europe occidentale aussi, des jeunes femmes sont torturées et tuées par des membres de leur famille à cause de leurs fréquentations, de leur façon de s’habiller ou de leur refus de se soumettre à un mariage forcé. En clair, parce que leur attitude laisse planer un doute sur leur virginité.

C’est le constat de la fondation suisse Surgir, spécialisée dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Très prudent dans sa volonté de ne "stigmatiser" aucune communauté, le rapport publié par Surgir établit un lien direct entre ces assassinats et l’immigration, tout en soulignant que, "majoritairement pratiqué au sein des communautés musulmanes, le crime d’honneur l’est aussi par les communautés sikhs, hindoues et chrétiennes".

Entre 15 000 et 20 000 femmes sont tuées chaque année dans le monde, selon les estimations des organisations non gouvernementales, par un cousin, un frère ou un père craignant l’opprobre de la communauté. "Plus qu’un permis de tuer, c’est un devoir de tuer", écrit Surgir, qui note que "le déshonneur [d'une fille] est une menace d’exclusion sociale pour toute la famille élargie". Dans le cas de communautés immigrées, la crainte de l’assimilation peut renforcer ce besoin de protéger le groupe, alors que le mariage mixte et l’émancipation des jeunes générations sont perçus comme des menaces.

Aucune statistique précise n’existe sur le sujet et la loi du silence est de mise dans les familles. Les chiffres avancés par la fondation reposent sur des estimations policières, quand celles-ci distinguent violences domestiques et violences liées à l’honneur, et sur l’étude de coupures de presse. Aux Pays-Bas, la police estime que treize meurtres ont été commis en 2009 au nom de l’honneur ; au Royaume-Uni, une douzaine de cas sont recensés chaque année ; en Allemagne, soixante-douze jeunes filles ont été tuées en dix ans ; en France, depuis 1993, une dizaine de cas ont été évoqués dans les médias, en grande majorité dans les communautés indiennes, pakistanaises, sri-lankaises, kurdes et turques.

"PRÉTENDU" HONNEUR

Le rapport évoque plusieurs cas enregistrés chaque année en Suède, en Suisse ou en Italie. En octobre 2010, par exemple, à Modène, une Pakistanaise de 20 ans et sa mère de 46 ans se sont opposées au mariage arrangé prévu pour la jeune femme : le père et le fils ont tué la mère à coups de barre de fer et blessé grièvement la jeune fille.

Le Parlement européen et le Conseil de l’Europe ont avancé pour la première fois en 2003 des recommandations d’ordre général. Mais seuls les Pays-Bas et le Royaume-Uni ont adopté un dispositif complet, alliant prévention auprès des associations d’immigrés, protection des témoins, formation des policiers et création d’unités spéciales. Dans les textes britanniques, le mot "honneur" est, à la demande explicite du gouvernement, précédé de la mention "so called" ("prétendu").

La fondation Surgir appelle les autres Etats européens à prendre des mesures – le code pénal italien prévoit notamment une réduction de la peine pour les crimes commis sur fond de "traditions culturelles" – tout en soulignant qu’un durcissement des législations entraîne systématiquement une hausse des suicides maquillés et pousse les familles à désigner un meurtrier mineur qui sera moins sévèrement jugé.

Voir encore:

Les «crimes d’honneur» augmentent au Royaume-Uni
Chloé Woitier
Le Figaro
03/12/2011

Banaz Mahmod, 20 ans, a été violée, torturée, étranglée puis brûlée sur ordre de son père et de son oncle en 2006 car elle fréquentait un garçon. Son meurtre avait choqué le Royaume-Uni.

Une association a recensé près de 3000 victimes de «crimes d’honneur» dans le pays en 2010. Les plaintes déposées à la police ont doublé en un an dans certaines zones, dont Londres.

Battues, séquestrées, mutilées, aspergées à l’acide ou tuées pour avoir porté atteinte à l’honneur de leur famille. Cette réalité a été vécue en 2010 par près de 3000 jeunes femmes résidant en Grande-Bretagne, selon une étude parue par l’Organisation pour le droit des femmes iraniennes et kurdes (Ikwro). Dans la seule capitale de Londres, ces «crimes d’honneur» ont doublé en un an, avec près de 500 cas.

Les données, collectées pour la première fois dans le pays, ont été obtenues par l’association grâce au Freedom of Information Act, une loi promulguée en 2000 par le gouvernement de Tony Blair qui permet à tout citoyen d’avoir accès à un très grand nombre de documents administratifs. Ikwro a ainsi envoyé une demande à l’ensemble des forces de police afin de connaître le nombre de violences qui ont été perpétrées l’an passé au nom de «l’honneur».

Le total, estimé à 2823 incidents, peut selon l’association être augmenté d’au moins 500 cas, 13 unités de police sur 52 n’ayant pas répondu à la demande. Dans certaines zones, les cas recensés ont doublé en un an. Ikwro estime également que ces chiffres sont sous-estimés, de nombreuses victimes n’osant pas porter plainte par peur de représailles.
«Un problème sérieux qui touche des milliers de personnes»

Pour l’association, la très grande majorité des femmes victimes de ces violences proviennent de familles originaires du sous-continent indien, d’Europe de l’Est et du Moyen-Orient. «Elles résistent de plus en plus aux atteintes à leur liberté, comme un mariage forcé décidé par leur famille. De fait, elles sont plus exposées aux violences», explique au Guardian Fionnuala Ni Mhurchu, responsable de la campagne d’Ikwro. «Ces chiffres sont importants car ils prouvent qu’il ne s’agit pas d’un phénomène isolé. C’est au contraire un problème sérieux qui touche des milliers de personnes chaque année, dont un certain nombre subit de très importantes violences avant de porter plainte.»

Ces femmes subissent le courroux de leur famille parce qu’elles ont un petit ami, ont refusé un mariage arrangé, ont été violées, ou parlent simplement à des hommes. D’autres sont victimes de violences car elles sont homosexuelles, se maquillent, ou s’habillent à l’occidentale. «Les coupables de ces crimes sont considérés comme des héros dans leur communauté parce qu’ils ont défendu l’honneur de leur famille et la réputation de la communauté»,a expliqué la directrice de l’Ikwro, Dina Nammi, sur la BBC.

L’association, forte de ces données, réclame que les autorités britanniques se donnent les moyens de lutter contre les «crimes d’honneur». Un porte-parole du ministère britannique de l’Intérieur a assuré que le gouvernement était «déterminé à mettre fin» à ces pratiques. Le Royaume-Uni est en effet avec les Pays-Bas le seul pays d’Europe à avoir élaboré une politique complète en la matière selon un rapport de la fondation suisse Surgir. La police britannique s’est ainsi dotée d’unités spéciales, tandis que tous les policiers du pays sont formés depuis 2009 à reconnaître les signes de violence liées à l’honneur. Des sites d’informations destinées aux jeunes filles ont également été mis en ligne pour inciter les victimes à porter plainte contre leur famille. Il n’existe pas de politique similaire en France.

Voir de même:

Meurtre de Banaz Mahmod en Grande-Bretagne : de nouvelles révélations ajoutent à l’horreur de ce "crime d’honneur"
Daily Mail
4 septembre 2007

De nouveaux détails concernant l’affaire Banaz Mahmod viennent d’être révélés sur les dernières heures de la jeune femme kurde assassinée par sa famille pour être tombée amoureuse du mauvais garçon. Ces détails ajoutent encore un peu plus dans le pathétique d’une affaire qui émeut toute l’Angleterre. Banaz Mahmod, 20 ans, a été violée et frappée à coups de pieds pendant deux heures avant d’être étranglée par une cordelette. Mohamad Hama, âgé de 30 ans avait été reconnu coupable du meurtre. Il avait été recruté par le père de Banaz (52 ans), et par Ari, le frère de celui-ci (51 ans), eux aussi reconnus coupables du meurtre. Les détails terrifiants du meurtre sont parvenus au public après que Hama ait été secrètement enregistré en train de parler à un de ses compagnons de cellule. Il a admis avoir "frappé" et "baisé" Banaz, qui a été soumise à des actes sexuels dégradant. Dans cet enregistrement, on peut entendre Hama et son ami rire de bon coeur pendant qu’il décrit comme il l’a tuée chez elle à Mitcham, dans le sud de Londres, avec Ari Mahmod pour "superviseur" des opérations. Les meurtriers, puisque deux autres suspects se sont enfuis en Irak, pensaient que Banaz serait seule chez elle. Hama déclare : "Ari (l’oncle) avait dit qu’il n’y avait personne d’autre. Mais il y avait quelqu’un d’autre : sa soeur (Biza). Le bâtard nous avait menti". Au sujet du meurtre, il déclare "Je jure sur Allah que ça a pris plus de deux heures. Son âme et sa vie ne voulaient pas partir. Selon le meurtrier, Banaz avait été garottée pendant cinq minutes, mais il a fallu encore une demi-heure avant qu’elle ne meure. "Le cordon était fin et l’âme ne voulait pas partir comme ça. Nous ne pouvions pas l’enlever, ça a pris en tout et pour tout cinq minutes pour l’étrangler. Je l’ai frappé à coups de pieds sur le cou pour faire sortir son âme. Elle était complètement à poil, sans rien sur elle" Le corps de Banaz a été mis dans une valise et enterrée dans un jardin à Birmingham, où on l’a retrouvée trois mois plus tard.

Voir par ailleurs:

‘Honor killings’ in USA raise concerns
Oren Dorell
USA TODAY
11/30/2009

Muslim immigrant men have been accused of six "honor killings" in the United States in the past two years, prompting concerns that the Muslim community and police need to do more to stop such crimes.

"There is broad support and acceptance of this idea in Islam, and we’re going to see it more and more in the United States," says Robert Spencer, who has trained FBI and military authorities on Islam and founded Jihad Watch, which monitors radical Islam.

Honor killings are generally defined as murders of women by relatives who claim the victim brought shame to the family. Thousands of such killings have occurred in Muslim countries such as Egypt, Jordan, Pakistan and Palestinian territories, according to the World Health Organization.

Some clerics and even lawmakers in these countries have said families have the right to commit honor killings as a way of maintaining values, according to an analysis by Yotam Feldner in the journal Middle East Quarterly.

In the USA, police allege the latest "honor killing" was that of Noor Almaleki, 20, who died Nov. 2 after she and her boyfriend’s mother were run over in a Peoria, Ariz., parking lot. Prosecutors charged Almaleki’s father, Faleh Almaleki, with murder, saying the Iraqi immigrant was upset that his daughter rejected a husband she married in Iraq and moved in with an American.

"By his own admission, this was an intentional act, and the reason was that his daughter had brought shame on him and his family," says Maricopa County prosecutor Stephanie Low, according to The Arizona Republic.

Many Muslim leaders in the USA say that Islam does not promote honor killings and that the practice stems from sexism and tribal behavior that predates the religion.

"You’re always going to get problems with chauvinism and suppressing vulnerable populations and gender discrimination," says Salam Al-Marayati, executive director of the Muslim Public Affairs Council.

Not all agree. Zuhdi Jasser says some Muslim communities have failed to spell out how Islam deals with issues that can lead to violence.

"How should young adult women be treated who want to assimilate more than their parents want them to assimilate?" asks Jasser, founder of the American Islamic Forum for Democracy, which advocates a separation of mosque and state. "How does an imam treat a woman who comes in and says she wants a divorce … or how to deal with your daughter that got pregnant, and she’s in high school?"

Phyllis Chesler, who wrote about honor killings in her book Woman’s Inhumanity to Woman, says police need to focus on the crimes’ co-conspirators if they wish to reverse the trend. Before 2008, there were six honor killings in the USA in the previous 18 years, according to her research.

"It’s usually the father, brother or first male cousin who is charged with the actual shooting or stabbing, (but not) the mother who lures the girl home," Chesler says. "The religion has failed to address this as a problem and failed to seriously work to abolish it as un-Islamic."

Jasser says his community needs to address how to treat young women who want to assimilate. "Until we have women’s liberation … we’re going to see these things increase."

Voir encore:

Q&A; Women Are Nurturing? How About Cruel, Especially to One Another
The New York Times
August 24, 2002

Phyllis Chesler is a feminist psychotherapist, author of several books about women and the founder of the Association for Women in Psychology. In her latest book, "Woman’s Inhumanity to Woman" (Thunder’s Mouth Press/Nation Books, 2002) she explores the often cruel relationships between women. Felicia R. Lee spoke with her.

There have been several books in the past year about how women and girls treat one another badly. Why is this topic receiving so much attention now?

I began working on this 20 years ago so I think I anticipated the curve. Had I published it sooner I would not have been able to back it up with the extraordinary research that has only begun to gather steam in the last 10 to 15 years.

The media are now willing, for whatever reason, to pay attention to the subject. I think that as women we’re strong enough now to not only acknowledge our racism, our class bias and our homophobia but our sexism. The coming generation, and second-wave feminists as well, can acknowledge that women, like men, are aggressive and, like men, are as close to the apes as the angels. Our lived realities have never conformed to the feminist view that women are morally superior to men, are compassionate, nurturing, maternal and also very valiant under siege. This is a myth.

You are known as a radical feminist who has written extensively about how the courts and the medical system mistreat women. Are you afraid that this book will be used against women?

Women don’t have to be better than anyone else to deserve human rights. Our failure to look at our own sexism lost us a few inches in our ability to change history in our lifetime. The first thing we do is acknowledge what the truth is, and then we have to not have double standards. We have to try not to use gossip to get rid of a rival, we have to try not to slander the next woman because we’re jealous that she’s pretty or that she got a scholarship. I think we have to learn some of the rules of engagement that men are good at.

Women coerce dreadful conformity from each other. I would like us to embrace diversity. Then we could have a more viable, serious feminist movement.

Why did so many feminists make the mistake of believing in what you call the myth of female superiority?

Because the stereotypes of women have been so used to justify our subordination and since it was a heady moment in history to suddenly come together with other women in quantum numbers around issues of women’s freedom and human rights, it took a while before each of us in turn started looking at how we treated each other. The unacknowledged aggression and cruelty and sexism among women in general — and that includes feminists — is what drove many an early activist out of what was a real movement.

Isn’t there conflict and psychological warfare in any social justice movement or workplace?

I think it gets worse when it’s women only. Men are happy in a middle-distance ground toward all others. They don’t take anything too personally, and they don’t have to get right into your face, into your business, into your life. Women need to do that. Women, the minute they meet another woman, it’s: she’s going to be my fairy godmother, my best friend, the mother I never had. And when that’s not the case we say, "well, she’s the evil stepmother."

We don’t serve ourselves so well with our depth-charged levels of capacity for intimacy because then we can only be close to a small group. We can’t command a nation-state.

Isn’t that just an extension of arguments that have created glass-ceilings in workplaces?

No. I think the conclusion is not that women should be kept barefoot and pregnant and at home because they have no executive capacity. The conclusion is that there is something about the workplace that is deadly to all living things and men adapt more.

I do have a chapter that says if you have a situation that is male-dominated with a few token women, women will not like each other, they will be particularly vicious in how they compete and keep other women down and out. We can’t say how women as a group would behave if overnight they had all the positions that men now have.

The cruelty you document ranges from mothers-in-law burning their daughters-in-law because of dowry disagreements to women stealing each other’s boyfriends. Can it all really be lumped together?

It helps to understand that in these non-Western countries where you have mothers-in-law dousing daughters-in-law with kerosene for their dowries and we say "how shocking," we have a version here. You have here mothers who think their daughters have to be thin, their daughters have to be pretty and their daughters need to have plastic surgery and their daughters have to focus mainly on the outward appearance and not on inner strength or inner self. It’s not genital mutilation but it’s ultimately a concern with outward appearance for the sake of marriageability.

Although you note that women don’t have as much power as men, you view them as equally culpable for many of society’s ills.

I’m thinking back to the civil rights era and the faces of white mothers who did not want little black children to integrate schools. What should we say about those women who joined the Ku Klux Klan or the Nazi party? You have a lot of women groaning under the yoke of oppression. Nevertheless, there are women who warm the beds and are the partners of men who create orphans. Women are best at collaborating with men who run the world because then we can buy pretty trinkets and have safe homes and nests for ourselves.

You say that women are the ones who police and monitor one another and silence dissent.

Women are silenced not because men beat up on us but because we don’t want to be shunned by our little cliques. That applies to all age groups. That’s one of the reasons that women are so conformist and so indirect: we end up sabotaging her rather than risking the loss of her intimate companionship. Women stealing each other’s lovers and spouses and jobs is pandemic.

Voir aussi:

Banaz: An ‘honour’ killing
November 3, 2012 "Honour" based violence (HBV), Blog 1

Artist and activist Deeyah explains the motivation behind her documentary film Banaz: A love story which features IKWRO. A shortened version of this documentary was shown on ITV on 31st October.

Deeyah writes:

I grew up in a community where honour is a form of social currency which is a source of concern from the moment we are born. ‘Honour’ can be the most sought after, protected and prized asset that defines the status and reputation of a family within their community. This burden weighs most heavily upon women’s behaviour. This collective sense of honour and shame has for centuries confined our movement, freedom of choice and restricted our autonomy. You cannot be who you are, you cannot express your needs, hopes and opinions as an individual if they are in conflict with the greater good and reputation of the family, the community, the collective. If you grow up in a community defined by these patriarchal concepts of honour and social structures these are the parameters you are expected to live by. This is true for my own life and experiences.

Autonomy, is not acceptable and can be punished by a variety of consequences from abuse, threats, intimidation, exclusion by the group, violence of which the most extreme manifestation is taking someone’s life; murdering someone in the name of ‘honour’. This is something that has interested me through much of my life especially because of my own experiences of meeting resistance and opposition for my expression and life choices which at the time strayed from the acceptable moral norms afforded to women of my background and I understand what it is like when people want to silence your voice. I have addressed these honour concepts in various forms through the years but I have always wanted to do more, especially about the most extreme form of guarding this “honour” known as honour killings. The medium I felt would allow me the room to explore this topic most in-depth is the documentary film format.

This is why I set out, almost 4 years ago, to make a documentary film about honour killings. My intent was to shed light on this topic and to learn about through reviewing an extensive list of cases across Europe that could help us to understand the extent of this issue and its existence within the European and American diaspora. The purpose of this project being to create a film that would serve primarily to educate and inform, and to help us understand the issue better and to consider what can be done to prevent or reduce these crimes. As I started researching and delving further into various cases, I came across the story of Banaz Mahmod. I realized that this case would best illustrate the constructs of honour, the lack of understanding around this topic in the Western world, and the severe need to do more across social, political and community lines. As a result, Banaz’ story has become the anchor for the topic in the film and shows the lessons needed to be learned from her tragic death.

Banaz Mahmod’s life was marked by betrayal. As a child she underwent FGM at the hands of her grandmother. At age 17 she was married off to a man she had met only once in order to strengthen family alliances. In her marriage she was abused, beaten, raped and forced to endure isolation. At age 19, she left her husband and returned to her family home hoping for safety and security, only to be betrayed again: first by the British authorities who didn’t take her pleas for help seriously when she suspected she was in danger, then by her family, who took her disobedience as an unforgivable act. At age 20 she disappeared and was never heard from again until she was discovered buried under a patio, wedged in a fetal position inside a muddy suitcase— a victim of so-called ‘Honour’ Killing.

After her death, Banaz found another family in the unlikeliest of places: the Metropolitan Police. It took Detective Chief Inspector Caroline Goode and her team five years to find and prosecute the perpetrators of this brutal crime, which included her father, uncle and a male cousin. This case spanned two continents and resulted in the only extradition from Iraq by Britain in modern history. In death, Banaz found a family willing to do whatever it took to protect her memory.

Banaz’s life and murder is just one among thousands of stories around the world where families chose to obey their community and peer pressure instead of honouring their duty to love and protect their children. Through Banaz’s story, which covers many of the classic patterns of Honour Crimes and oppression, we explore the broader topic of honour killings that is becoming particularly prevalent within diaspora communities in Europe and the US. 3000 honour crimes were reported in the UK alone in 2010. Despite these staggering figures being considered the “tip of the iceberg”, many young women, like Banaz, are let down by officials in the West because of their lack of understanding and training in identifying the signs of an honour crime as well as for fear of upsetting cultural sensitivities—and at times from a sense of a general apathy surrounding violence against minority community women. Honour Killings are an ongoing genocide where the murders of women and girls are considered ‘justified’ for the protection of a a family’s reputation. Although , for Banaz, justice did eventually prevail, she was still found dead in a suitcase.

Caroline’s extraordinary dedication shows that effective action can be taken, and that a new benchmark for detection can be set.

During the process of making this film, there were two points that stood out as particular needs that I could concretely do something about. The first, was to create a place where people interested in the subject and in need of information about honour violence could go to find out more. The second, was to create a place where the victims, whose families intended to erase them from the world, could be remembered. So I created The Honour-Based Violence Awareness Network (HBVA) and the Memini Memorial initiatives in collaboration with volunteers and experts from around the world.

During the process of making the film I found that after exhaustively searching the web for information on the subject, my need for research and data was unfulfilled. I continued interviewing experts in the field, ranging from policy makers to NGOs, activists, police officers and legal professionals and realised that they also shared my frustration at the lack of accessible and comprehensive information about Honour Based Violence. During these interviews, I quickly became aware that Honour Based Violence is little understood in the West–with alarming consequences. We know that Honour Based Violence is far more widespread than current figures indicate because it is under-reported, under-researched and under-documented; and therefore, easily misunderstood, overlooked and mis-recognised. I found this absolutely unacceptable. As a result I developed the Honour Based Violence Awareness Network (HBVA).

In collaboration with international experts, HBVA is an international digital resource centre working to advance understanding and awareness of Honour Killings and Honour Based Violence through research, training and information for professionals; teachers, health workers, social services, police, politicians, and others who may encounter individuals at risk. HBVA builds and promotes a network of experts, activists, and NGOs from around the world, establishing international partnerships to facilitate greater collaboration and education. HBVA draws on the expertise of its international partners, collaborators and experts from Pakistan, Iraq, UK, Netherlands, Sweden, Germany, India, Norway, Denmark, Bangladesh, Jordan, Palestine, France. Some of the esteemed HBVA experts are Unni Wikan, Asma Jahangir, Yakin Erturk, Rana Husseini, Serap Cileli, Ayse Onal, Yanar Mohammad, Dr. Shahrzad Mojab, Aruna Papp, Hina Jilani, Dr. Tahira S. Khan, Sara Hossain. WWW.HBV-AWARENESS.COM

Additionally, born as a result of this film project, is WWW.MEMINI.CO. Memini is an online remembrance initiative set up to ensure that the stories of victims of honour killings are told, defying the intent of those who wanted to erase them. Our personal and community silence allows these violent expressions of honour to survive and is what makes these murders possible in the first place. Memini is a small and humble step towards ending that silence.

Although the story of Banaz is filled with so much darkness, Detective Chief Inspector Caroline Goode shows us what can be achieved if we just simply care. Caroline went above and beyond the call of duty, going to the ends of the earth to find justice for Banaz–not just to fulfill her obligation as a police officer, but from feeling duty bound and seeing Banaz with a mother’s eyes and feeling with a mother’s heart.. I am grateful to have found Caroline and Banaz through this journey. For me, Caroline’s dedication and integrity, her compassion and her professionalism, represents the highest expression of truly honourable behaviour. The core lesson I have learned is that there is hope, but more has to be done – and I am committed to doing what I can, however small the action. I believe one thing we can do is to remember the victims. I believe if their own blood relatives discarded, betrayed, exterminated and forgot them, then we should adopt these girls as our own children, our own sisters, our own mothers and as fellow human beings. We will mourn, we will remember, we will honour their memory and we will not forget!

If we worry about offending communities by criticising honour killings, then we are complicit in the perpetuation of violence and abuse, in the restriction of women’s lives. Our silence provides the soil for this oppression and violence to thrive. It is not racist to protest against honour killings. We have a duty to stand up for individual human rights for all people, not for just men and not just for groups. We shall not sacrifice the lives of ethnic minority women for the sake of so-called political correctness.

I’d rather hurt feelings than see women die because of our fear, apathy and silence. We need to stand in solidarity. In order to create change we need to care. We need authorities, decision makers and politicians to provide the same protections and robust actions for women of ethnic minority communities affected by honour based violence and oppression as they would for any other crimes in any other part of society. It is not acceptable to shy away from abuses happening against women in some communities for fears of being labelled racist or insensitive– the very notion of turning a blind eye or walking on egg shells and avoiding to protect basic human rights of some women because they are of a certain ethnic background is not only fatal, but represents true racism.

We cannot continue to allow this slaughter of women in the name of culture, in the name of religion, in the name of tradition and in the name of political correctness. If we allow this to continue, we are betraying not only Banaz but thousands of other women and girls in her situation. Surely we should do all we can to protect all individuals in our societies regardless of skin colour, cultural heritage or gender, without fear?

We must challenge these paradigms in every way we can. Centuries old mindsets, entrenched gender roles and power relations will take time to change, but we can make a real and immediate difference in challenging the lack of awareness, the lack of political will, the lack of sufficient training and understanding when it comes to front line people who can help individuals at risk. This includes police, doctors, nurses, school teachers, social services and so on. At the very least the ignorance of authorities and lack of their understanding and training in European countries should not be a contributing factor in the continuing abuse of thousands of women (and men). We can not allow it to be the reason why these young people continue to suffer in silence because they fear they won’t be understood and won’t get the help they need.

Banaz is among the people who dared to ask for help; the majority of young people at risk of the various forms of honour based violence may not come forward at all.

All of the honour killings I researched are horrifying, heartbreaking and devastating, and no one case felt any less sad and tragic than any other. The reason I ended up choosing the story of Banaz was not because of the horror but because of the love. Banaz’s story was different in my eyes from most other stories because there was love in spite of the hatred she faced in her life, after death there were people who loved her and cared about her, one of whom was the most unexpected person I could have imagined, a police officer, of all people, DCI Caroline Goode. The other was Banaz’s sister Bekhal, who sacrificed her own safety and peace of mind for the sake of her love for her sister and her need to honour her memory through achieving justice. I have the greatest respect for Bekhal, her courage and determination defines true honour for me.

I was most saddened, from the very beginning of this project, to see how absent Banaz was from her own story. Normally a biographical film will feature family members, friends, and other people who knew the person sharing their love, their memories and thoughts about the person who has died, showing home videos and photographs and the other mementoes of loving relationships. In this film that was just not the case at all. The only person in the film speaking about Banaz and who had known Banaz when she was alive was her sister. Everyone else in the film came to know Banaz after she had passed away. We even put out calls in local newspapers and reached out through facebook and other social media to find anyone who would have known her and would be willing to share their memories of her, but no one came forward. This hurt my heart until I came across the footage of Banaz herself, showing us the suffocating reality of her life. Watching this tape for the first time was one of the most painful experiences of my life. I had spent three and a half years working on this documentary, learning everything I could about this young women’s life — and her death, and we were in the final editing process, and then suddenly here she was present on this tape. No one else would come forward to speak about her, but here she was herself in the final momemts of the process of making this film. It was a harrowing experience to finally be able to hear and see her tell her own story.

I found it excruciatingly sad to see her and at the same time I felt so glad and privileged to finally get a chance to see her and hear her. No one listened to her in her life, so the least we can do is listen to her now.

As a society we have let down Banaz, and as her community we have let her down, so the least we can now paying her the respect to listen to her and to learn from her experiences, and to honour Banaz we through addressing this issue with complete honesty and courage.

I deeply regret the fact that it took her death for people to start the process of learning more about this problem, although measures have been taken to improve the understanding around this, in my personal opinion, reflected in the research I have done, there is a very long way to go before we can adequately understand, protect and support women at risk. We don’t need empty slogans or lip service; we need real effective action on this issue. Living in Western societies, we need our lives as “brown” women to matter as much as any white British, Norwegian, French, German, Swedish, American, European or any other woman and fellow human being.

It feels surreal but deeply satisfying to finally stand at the point of completion. It has been a very long, hard and emotionally difficult process. It is my first film ever, and I feel proud to have had the opportunity to work on a project like this, and honoured to get to tell the story of such remarkable women such as Banaz, Bekhal and Caroline.

One of the things that has been very moving about this project is that, every single person who has been involved with the film has done so out of love for Banaz and for this project, and I have a deep feeling of gratitude for everyone who took part..Even though I did not have the budget to make a film like this, the time and commitment of my team made it possible — not only have people worked for significantly reduced rates, but often they have also worked for free. For example, the master musician Dr. Subramaniam contributed a soundtrack for the film because he believed in the project and wanted to contribute even though I was unable to pay him his usual fees. The entire process of this film has been like this and I have nothing but gratitude for the hard work, care and passion of everyone involved.

The tragic story of Banaz Mahmod: she fell in love at 19, so her family killed her
Fiona Barton
Daily Mail
12 June 2007

As one of five daughters in a strictly-traditional Kurdish family, Banaz Mahmod’s future was ordained whether she liked it or not.

She was kept away from Western influences, entered an arranged marriage at the age of 16 with a member of her clan and was expected to fulfil the role of subservient wife and mother.

But Banaz, a bright, pretty 19-year-old, fell in love with another man.

And for that, she was murdered by her father, uncle and a group of family friends. The very people who should have protected her from harm plotted her killing, garrotted her with a bootlace, stuffed her body in a suitcase and buried her under a freezer.

Banaz’s crime was to "dishonour" her father, Mahmod Mahmod, an asylum seeker from Iraqi Kurdistan, by leaving her abusive marriage and choosing her own boyfriend – a man from a different Kurdish clan.

Her punishment was discussed at a family "council of war" attended by her father, uncle Ari and other members of the clan. In the living room of a suburban semi in Mitcham, South London, it was decided that this young woman’s life was to be snuffed out so that her family would not be shamed in the eyes of the community.

Banaz was only ten when she came to Britain with her father, who had served in the Iraqi army, her mother Behya, brother Bahman and sisters Beza, Bekhal, Payman and Giaband.

The family, who came from the mountainous and rural Mirawaldy area, close to the Iranian border, were escaping Saddam Hussein’s regime and were granted asylum.

But Banaz’s move to a western country changed nothing about the life she was made to lead.

She had met her husband-tobe only three times before her wedding day, once on her father’s allotment. He was ill-educated and old-fashioned but her family described him as ‘the David Beckham of husbands’.

The teenage bride, who was taken to live in the West Midlands, was to tell local police in September 2005 that she had been raped at least six times and routinely beaten by her husband.

In one assault, she claimed, one of her teeth was almost knocked out because she called him by his first name in public.

To leave the arranged marriage would have brought dishonour on the Mahmod family and Banaz’s parents apparently preferred their child to suffer abuse rather than be shamed.

But after two years of marriage, she insisted on returning home to seek sanctuary. It was there, at a family party in the late summer of 2005, that she met Rahmat Sulemani.

For the first time in her blighted existence, Banaz fell in love. She was besotted with Rahmat, 28, calling him ‘my prince’ and sending endless loving text messages. Her father and uncle Ari were furious; the young woman was not yet formally divorced by her husband and her boyfriend was neither from their clan nor religious. More importantly, perhaps, he had not been chosen by her family.

Mahmod became enraged when his daughter refused to give up her boyfriend and talked of being in love.

The threat to family honour was immense and made worse by the fact that Banaz’s elder sister, Bekhal, had already brought "shame" on the family by moving out of the house at the age of 15, to escape her father’s violence.

Bekhal’s defiance meant that Mahmod lost status in the community because he was seen to

have failed to control his women and his younger brother Ari, a wealthy entrepreneur who ran a money transfer business, took over as head of the family.

It was he who telephoned Banaz on December 1, 2005 to tell her to end the affair with Rahmat or face the consequences.

The following day, Ari called a council of war to plan her murder and the disposal of her body. She was secretly warned by her mother that the lives of her and her boyfriend were in danger, and she went to Mitcham Police Station to report the death threat. But she was so terrified of her family’s reaction that she asked police to take no action and refused to move to a refuge.

The next day, an officer called at the family home but Banaz would not let him in.

She believed that her mother would protect her from harm but as an insurance against her disappearance, went back to the police station a week later to make a full statement, naming the men she believed would kill her.

One of the men was Mohamad Hama, who has admitted murder and two of the others named fled back to Iraq after the killing. On New Year’s Eve 2005, she was lured to her grandmother’s house in nearby Wimbledon for a meeting with her father and uncle to sort out her divorce.

When her father appeared wearing surgical gloves, ready to kill her, she ran out barefoot, broke a window to get into a neighbour’s house and then ran to a nearby cafe, covered in blood from cuts to her hands and screaming: "They’re trying to kill me".

The officers who attended the scene and accompanied Banaz to hospital did not believe her story.

However, the distressed and injured victim was able to give her own testimony about the attack to the jury in a short video recorded on Rahmat’s mobile phone at St George’s Hospital, Tooting.

The terrified lovers pretended they had parted but they continued to meet in secret. Tragically, they were spotted together in Brixton on January 21 and the Mahmods were informed.

Mohamad Hama and three other men tried to kidnap Rahmat and, when his friends intervened, told him he would be killed later.

When he phoned to warn Banaz, she went to the police and said she would co- operate in bringing charges against her family and other members of the community.

The policewoman who saw Banaz tried to persuade her to go into a hostel or safe house but she thought she would be safe at home because her mother was there.

On January 24, Banaz was left on her own at the family house and her assassins, Hama and two associates, were alerted.

The full details of what happened to her are still not known but two of the suspects, Omar Hussein and Mohammed Ali, who fled back to Iraq after the killing, are said to have boasted that Banaz was raped before she was strangled, "to show her disrespect".

There followed a "massively challenging" investigation into her disappearance by detectives, fearing the worst. The family’s appalling crime was finally exposed when, three months after she went missing, Banaz’s remains were found, with the bootlace still around her neck.

The discovery of her body provoked no emotion in her father and uncle. Even at her funeral, the only tears were from Banaz’s brother.

"She had a small life," a detective on the case said. "There is no headstone on her grave, nothing there to mark her existence."

Yesterday, her devastated boyfriend, who has been given a new identity by the Home Office under the witness protection programme, said: "Banaz was my first love. She meant the world to me."

The dead girl’s older sister, Bekhal, urged other women in the same position as her and her sister to seek help before it is too late.

Even today she continues to fear for her life, lives at a secret address and never goes out without wearing a long black veil that covers her entire body and face apart from her eyes.

She strongly rejected the suggestion that Banaz had brought "shame" on her Kurdish family by falling in love with a man they did not approve of, saying her sister simply wanted to live her own life.

"There’s a lot of evil people out there. They might be your own blood, they might be a stranger to you, but they are evil.

"They come over here, thinking they can still carry on the same life and make people carry on how they want them to live life."

Asked what was in her father’s mind on the day that Banaz died, Bekhal replied: "All I can say is devilishness. How can somebody think that kind of thing and actually do it to your own flesh and blood? It’s disgusting."

Bekhal says she is scared whenever she sees somebody from the same background as her.

"I watch my back 24/7."

Voir de plus:

‘They’re following me': chilling words of girl who was ‘honour killing’ victim
The murder of Banaz Mahmod by her family in 2006 shocked the country. A documentary now tells her story
Tracy McVeigh
The Observer
22 September 2012

On police videotape, a 19-year-old girl named those she believed had intended to kill her. They would try again, she said. "People are following me, still they are following me. At any time, if anything happens to me, it’s them," she told the officers calmly. "Now I have given my statement," she asked an officer, "what can you do for me?"

The answer was very little. Banaz Mahmod went back to her family in Mitcham, south London. Three months later she disappeared. It was several months before her raped and strangled body was found and four years before all those responsible for killing her were tracked down and jailed. Her father and uncle planned her death because the teenager had first walked out of a violent and sexually abusive arranged marriage, and later had fallen in love with someone else.

Now a documentary is to be premiered at the Raindance film festival, which opens this week, that includes for the first time some of the recordings made both by Banaz herself in the runup to her murder and the videotapes of some of the five visits she made to police to report the danger she felt herself to be in and name, before the event, her murderers. She told how her husband was "very strict. Like it was 50 years ago."

"When he raped me it was like I was his shoe that he could wear whenever he wanted to. I didn’t know if this was normal in my culture, or here. I was 17." Her family were furious when she finally left him.

The so-called honour killing of Banaz, who was murdered on 24 January 2006, shocked not only the country but also the police team, who faced a daunting task in bringing her killers to justice. They faced an investigation within an Iraqi Kurdish community, many of whom believed Banaz had deserved her fate for bringing shame on her father – a former soldier who fled Saddam Hussein and had sought asylum in the UK with his wife and five daughters. Mahmod Mahmod and his brother, Ari, were jailed for life for their part in the murder in 2007, but two other men involved fled to Iraq and were extradited back before being jailed for life in 2010.

Detective Chief Inspector Caroline Goode, who won a Queen’s Award for her dedicated efforts in getting justice for Banaz, said she found the case harrowing. In most cases police get justice after a murder for the family. "In this case the family had no interest whatsoever in the investigation. It was an absolute outrage that this girl was missing and nobody cared."

The film also shows the continuing effects of the killing, with both Banaz’s boyfriend and her sister, Bekhal, still living in hiding and in fear. Bekhal has put her own life at risk by her decision to give evidence against her family in court. She now "watches her back 24/7".

Remembering her sister, she tells the film-makers: "She was a very calm and quiet person. She loved to see people happy and didn’t like arguments, she didn’t like people raising their voices, she hated it. She just wanted a happy life, she just wanted a family."

The film, Banaz: A Love Story, was made by the former pop star and now music producer and film-maker Deeyah. Norwegian-born, but of Punjabi and Pashtun heritage, Deeyah has herself been subject to honour-related abuse and her singing career was marred by endless death threats that, in part, led to her giving up touring. The story of Banaz, who died because she just wanted to be an ordinary British teenager, she said, struck an immediate chord with her.

"Despite the horror, what emerges is a story of love," said Deeyah. "What has upset me greatly from the very beginning of this project is how absent Banaz was from her own story. Whenever you see a film about someone who has passed you will always have family, friends, people who knew the person, sharing their love, their memories and thoughts about the person who has died; they have home videos, photos. That was just not the case here at all. The only person speaking for Banaz who had known her alive was her sister. Other than that, everyone else in the film came to know Banaz after she had died."

A search for other witnesses to her life proved fruitless. "We tried to find anyone who would have known her, no one came forward," said Deeyah. "Then I came across the videotape with Banaz herself, telling us what her suffocating reality was like. Watching this tape for the first time was among the most difficult things I have ever experienced. I had spent three-and-a-half years working on this film, learning everything I could about this young woman’s life and her death, we were in the final editing process and suddenly here she was, when no one else would come forward to speak about her.

"I found it excruciatingly sad to see her and at the same time I felt so glad to finally get a chance to see her and hear her. No one listened to her in her life. As a society we let down Banaz, as her community we let her down. I am sorry she had to die for people to start learning more about this problem, although measures have been taken to improve the understanding around this.

"There is a very long way to go before we can adequately understand, protect and support women at risk. We don’t need empty slogans or lip service, we need real concise action on this issue. Living in western societies, we need our lives as ‘brown’ women to matter as much as any fellow human being."

Voir enfin:

Crime d’honneur -Elif Shafak
Patrice
Cultura
le 28/04/2013

Roman sensible et émouvant d’une auteure turque adulée dans son pays, Crime d’honneur tisse les relations complexes d’une famille écartelée entre sa culture traditionnelle et le désir d’émancipation né du passage à l’occident.
Un village près de l’Euphrate, dans un monde patriarcal où l’honneur des hommes est la valeur suprême. Là, une femme qui implore Allah pour la naissance d’un fils après avoir mis au monde six filles voit sa requête ignorée. Ce seront deux filles de plus : Pembe et Jamila, jumelles aux caractères aussi dissemblables que leurs destins. L’une se marie avec le Turc Adem et part vivre avec lui à Londres, dans un pays hostile et providentiel. L’autre se retire dans une cabane isolée et devient la sage-femme vierge. C’est Pembe, la voyageuse, qui réalisera le rêve maternel en accouchant en Angleterre d’un fils : Iskender, aîné de la fratrie, sultan, petit dieu. Mais les amours contrariés pèsent de tout leur poids dans les malheurs à venir. Car amoureux de Jamila, Adem a dû se résoudre à épouser Pembe qu’il n’aimera jamais et quittera. Le champ est libre pour mettre l’honneur à l’épreuve, car chacun sait chez les kurdes que les femmes ne peuvent apporter que la honte. Et qu’en l’absence du mari, c’est sur le fils, aussi jeune soit-il, que pèse la responsabilité de défendre, par tous les moyens, l’honneur du clan.

EXTRAIT

ESMA Londres, septembre 1992

Ma mère est morte deux fois. Je me suis promis de ne pas permettre qu’on oublie son histoire, mais je n’ai jamais trouvé le temps, la volonté ou le courage de la coucher par écrit. Jusqu’à récemment, je veux dire. Je ne crois pas être en mesure de devenir un véritable écrivain, et ça n’a plus d’importance. J’ai atteint un âge qui me met davantage en paix avec mes limites et mes échecs. Il fallait pourtant que je raconte cette histoire, ne serait-ce qu’à une personne. Il fallait que je l’envoie dans un coin de l’univers où elle pourrait flotter librement, loin de nous. Je la devais à maman, cette liberté. Et il fallait que je termine cette année. Avant qu’il soit libéré de prison.
Dans quelques heures, je retirerai du feu le halva au sésame, je le mettrai à refroidir près de l’évier et j’embrasserai mon époux, feignant de ne pas remarquer l’inquiétude dans ses yeux. Je quitterai alors la maison avec mes jumelles – sept ans, nées à quatre minutes d’intervalle – pour les conduire à une fête d’anniversaire. Elles se disputeront en chemin et, pour une fois, je ne les gronderai pas. Elles se demanderont s’il y aura un clown, à la fête, ou mieux : un magicien.
– Comme Harry Houdini, suggérerai-je.
– Harry Wou-quoi ?
– Woudini, elle a dit, idiote !
– C’est qui, maman ?
Ça me fera mal. Une douleur de piqûre d’abeille. Pas grand-chose en surface, mais une brûlure tenace à l’intérieur. Je me rendrai compte, comme à tant d’occasions, qu’elles ne connaissent rien de l’histoire de la famille, parce que je leur en ai raconté si peu. Un jour, quand elles seront prêtes. Quand je serai prête.
Après avoir déposé les petites, je bavarderai un moment avec les autres mères. Je rappellerai à l’hôtesse qu’une de mes filles est allergique aux noix et que, comme il est difficile de distinguer les jumelles, il vaut mieux les garder à l’œil toutes les deux, et s’assurer que ni l’une ni l’autre n’ingère d’aliments contenant des noix, y compris le gâteau d’anniversaire. C’est un peu injuste pour mon autre fille, mais entre jumelles ça arrive parfois – l’injustice, je veux dire.
Je retournerai alors à ma voiture, une Austin Montego que mon mari et moi conduisons à tour de rôle. La route de Londres à Shrewsbury prend trois heures et demie. Il est possible que je doive faire le plein d’essence juste avant Birmingham. J’écouterai la radio. Ça m’aidera à chasser les fantômes, la musique.
Bien des fois, j’ai envisagé de le tuer. J’ai élaboré des plans complexes mettant en action un pistolet, du poison, voire un couteau à cran d’arrêt – une justice poétique, en quelque sorte. J’ai même pensé lui pardonner, tout à fait, en toute sincérité. En fin de compte, je n’ai rien accompli.
*
En arrivant à Shrewsbury, je laisserai la voiture devant la gare et je parcourrai à pied en cinq minutes la distance me séparant du sinistre bâtiment de la prison. Je ferai les cent pas sur le trottoir ou je m’adosserai au mur, face au portail, pour attendre qu’il sorte. Je ne sais pas combien de temps ça prendra. Je ne sais pas non plus comment il réagira en me voyant. Je ne l’ai pas revu depuis plus d’un an. Au début, je lui rendais visite régulièrement mais, alors qu’approchait le jour de sa libération, j’ai cessé de venir.
À un moment, le lourd battant s’ouvrira et il sortira. Il lèvera le regard vers le ciel couvert, lui qui a perdu l’habitude d’une aussi vaste étendue au-dessus de lui, en quatorze années d’incarcération. Je l’imagine plissant les yeux pour se protéger de la lumière du jour, comme une créature de la nuit. Pendant ce temps, je ne bougerai pas, je compterai jusqu’à dix, ou cent, ou trois mille. On ne s’embrassera pas. On ne se serrera pas la main. Un hochement de tête et un salut murmuré de nos voix fluettes et étranglées. Arrivé à la gare, il sautera dans la voiture. Je serai surprise de constater qu’il est toujours musclé. C’est encore un jeune homme, après tout.
S’il veut une cigarette, je ne m’y opposerai pas, bien que j’en déteste l’odeur et que je ne laisse mon mari fumer ni dans la voiture ni à la maison. Je roulerai à travers la campagne anglaise, entre des prairies paisibles et des champs cultivés. Il m’interrogera sur mes filles. Je lui dirai qu’elles sont en bonne santé, qu’elles grandissent vite. Il sourira comme s’il avait la moindre idée de ce que c’est d’être parent. Je ne lui poserai aucune question en retour.
J’aurai apporté une cassette pour la route. « Les plus grands succès d’ABBA » – toutes les chansons que ma mère aimait fredonner en cousant, en faisant la cuisine ou le ménage : Take a Chance on Me, Mamma Mia !, Dancing Queen, The Name of the Game… Parce qu’elle nous regardera, j’en suis certaine. Les mères ne montent pas au paradis, quand elles meurent. Elles obtiennent la permission de Dieu de rester un peu plus longtemps dans les parages pour veiller sur leurs enfants, quoi qu’il se soit passé entre eux au cours de leurs brèves vies mortelles.
De retour à Londres, on gagnera Barnsbury Square et je chercherai une place de stationnement en grognant. Il se mettra à pleuvoir – des petites gouttes cristallines – et je réussirai à me garer. Je me demande s’il me dira en riant que j’ai la conduite typique des femmes au volant. Il l’aurait fait, jadis.
On se dirigera ensemble vers la maison, dans la rue silencieuse et lumineuse devant et derrière nous. Pendant un court instant, je comparerai ce qui nous entoure à notre maison de Hackney, celle de Lavender Grove, et je n’en reviendrai pas de trouver tout si différent, désormais – combien le temps a progressé, alors même que nous ne progressions pas !
Une fois à l’intérieur, on retirera nos chaussures et on enfilera des pantoufles, une paire de charentaises anthracite pour lui, empruntée à mon mari, et pour moi des mules bordeaux à pompon. Son visage se crispera en les voyant. Pour l’apaiser, je lui dirai qu’elles sont un cadeau de mes filles. Il se détendra en comprenant que ce ne sont pas les siennes à elle, que la ressemblance n’est que pure coïncidence.
Depuis la porte, il me regardera faire du thé, que je lui servirai sans lait mais avec beaucoup de sucre, à condition que la prison n’ait pas changé ses habitudes. Puis je sortirai le halva au sésame. On s’assoira tous les deux près de la fenêtre, nos tasses et nos assiettes à la main, comme des étrangers polis observant la pluie sur les jonquilles du jardin. Il me complimentera sur mes talents de cuisinière et me confiera que le halva au sésame lui a manqué, tout en refusant d’en reprendre. Je lui dirai que je respecte la recette de maman à la lettre, mais que jamais il n’est aussi bon que le sien. Ça le fera taire. On se regardera dans les yeux, dans un silence lourd. Puis il s’excusera, prétextera de la fatigue pour demander à aller se reposer, si c’est possible. Je le conduirai à sa chambre et je refermerai lentement la porte.
Je le laisserai là. Dans une pièce de ma maison. Ni loin ni trop près. Je le confinerai entre ces quatre murs, entre la haine et l’amour, sentiments que je ne peux m’empêcher d’éprouver, piégés dans une boîte au fond de mon cœur.
C’est mon frère.
Lui, un meurtrier.

EXTRAIT BAC :

Together they focused on the film.

Pembe watched The Kid with wide-open eyes, the look of surprise on her countenance deepening with each scene. When Chaplin found an abandoned baby in a rubbish bin, and raised him like his own son, she smiled with appreciation. When the child flung stones at the neighbours’ windows so that the tramp–disguised as a glazier–could fix them and earn some money, she chuckled. When social services took the boy away, her eyes welled up with tears.

And, finally, as father and son were reunited, her face lit up with contentment, and a trace of something that Elias took to be melancholy. So absorbed did she seem in the film that he felt a twinge of resentment. What a funny thing it was to be jealous of Charlie Chaplin. Elias observed her as she unpinned her hair, and then pinned it back. He caught a whiff of jasmine and rose, a heady, charming mixture. Only minutes before the film came to an end, he found the nerve to reach out for her fingers, feeling like a teenager on his first date. To his relief, she didn’t move her hand away. They sat still–two sculptures carved out of the dark, both scared of making a move that would disrupt the tenderness of the moment.

When the lights came back on, it took them a few seconds to grow accustomed to real life. Quickly, he took out a notepad and wrote down the name of another cinema in another part of the town. “Next week, same day, same time, will you come?”
“Yes”, she faltered. Before he’d found a chance to say anything else, Pembe leaped to her feet and headed towards the exit, running away from him and everything that had taken place between them, or would have taken place, had they been different people.

She held in her palm the name of the place they were to meet next time, grasping it tightly, as if it were the key to a magic world, a key she would use right now were it in her power to decide. And so it began. They started to meet every Friday at the same time, and occasionally on other afternoons. They frequented the Phoenix more than any other place, but they also met at several other cinemas, all far-away from their home, all unpopular.
[. . .]
In time he found out more things about her, pieces of a jigsaw puzzle that he would complete only long after she had gone.
[..]
Slowly he was beginning to make sense of the situation. This unfathomable, almost enigmatic attraction that he felt for her, a woman so alien to the life he had led, was like a childhood memory coming back.

Elif Shafak, Honour, 2012

Voir par ailleurs:

Bac 2013: shocking confusion à l’épreuve d’anglais
Marie Caroline Missir
L’Express
20/06/2013

Les concepteurs du sujet d’anglais LV1 se seraient risqués à comparer le prestigieux ‘"Oxford Union" avec une vulgaire association étudiante…

Lorsque le journaliste anglais Peter Gumbel a découvert le sujet d’anglais première langue du bac 2013, son sang n’a fait qu’un tour. Les concepteurs du sujet auraient confondu "Oxford Union", prestigieux cercle de discussion et de débats bien connu Outre-manche, avec l"‘Oxford’s Student Union", l’équivalent du bureau des élèves. Shocking!

Le texte sur lequel devaient en effet plancher les lycéens est tiré d’une oeuvre de Jeffrey Archer, First Among Equal. Le récit en question met en scène un jeune homme très ambitieux, et qui pourrait, selon sa mère, aspirer à présider le prestigieux "Oxford Union". A partir de la lecture de ce texte, les élèves sont alors invités à disserter en imaginant le discours de campagne de Simon, le héros de Archer, pour devenir président "of the University’s Student Union", soit l’association des étudiants d’Oxford…rien à voir avec l’Oxford Union, évoquée dans le texte du sujet! "Cette confusion, absolument incroyable pour un examen tel que le bac exigerait que l’épreuve soit annulée!", estime-t-il.

Pour l’Inspection générale d’anglais, il n’y a aucune erreur dans ce sujet. "Dans le texte de compréhension, il est en effet fait référence à la prestigieuse société de réflexion et de débats Oxford Union. Il est vraisemblable que relativement peu de candidats la connaissent. L’un des sujets d’expression proposés au choix du candidat envisage une autre situation: le personnage du texte décide d’être candidat à la présidence de the University’s Student Union. Pour éviter toute confusion, Oxford n’est pas mentionné. Les candidats sont invités à tenir compte de ce qu’ils connaissent du personnage pour l’imaginer dans une situation différente du texte", justifie l’inspection. Much Ado about nothing donc, comme dirait Sheakespeare.

Peter Gumbel est l’auteur de "Elite Academy, La France malade de ses grandes écoles", Denoël, 2013.

COMPLEMENT:

Honor’ Killings: A New Kind of American Tragedy
A new kind of American tragedy is taking place in a Brooklyn Federal Courthouse.
Dr. Phyllis Chesler
Breitbart
30 Jun 2014

Both the defendant, standing trial for conspiracy to commit murder abroad in Pakistan, and the main witness against him, his daughter Amina, wept when they first saw each other. Amina’s extended family stared at her with hostility. As she testified, Amina paused, hesitated, and sobbed. She and her father had been very close until he decided that she had become too “Americanized.”

This Pakistani-American father of five, a widower, worked seven days a week driving a cab in order to support his children; this included sending his daughter, Amina, to Brooklyn College.

This is a successful American immigrant story—and yet, it is also a unique and unprecedented story as well, one which demands that Western law prevail over murderously misogynistic tribal honor codes.

At some point, Mohammad Ajmal Choudry sent Amina to Pakistan so that she might re-connect with her “roots”—but he had her held hostage there for three years. During that time, Amina, an American citizen, was forced into an arranged marriage, ostensibly to her first cousin, who probably expected this marriage to lead to his American citizenship. Such arranged marriages, and arranged specifically for this purpose, are routine. They are also factors in a number of high profile honor killing cases in the United States, Canada, and Europe.

For example, the Texas born and raised Said sisters, Aminah and Sarah, refused to marry Egyptian men as their Egyptian cab-driver father Yasir wanted them to do and he killed them for it. Canadian-Indian, Jaswinder Kaur, refused to marry the man her mother had chosen for her and instead married someone she loved. Her widowed mother and maternal uncle had her killed in India. They have been fighting extradition from Canada for more than a decade.

Amina, who grew up in New York from the time she was nine years old, did not want to be held hostage to this marriage. Indeed, Amina had found a man whom she loved and wished to marry.

Plucky Americanized Amina fled the arranged marriage within a month. With the help of a relative, the U.S. State Department, and ultimately, the Department of Homeland Security, Amina left Pakistan and went into hiding in the United States.

She had to. Her father had threatened to kill her if she did not return to her husband, give up her boyfriend, or return to her father. Mohammad may have pledged Amina’s hand without her knowledge, long, long ago.

A female relative’s sexual and reproductive activities are assets that belong to her father’s family, her tribe, her religion. They are not seen as individual rights.

Acting as if one is “free” to choose whom to marry and whom not to marry means that a woman has become too Westernized, or, in Amina’s case, too “Americanized.” This is a capital crime.

From Mohammad’s point of view, his beloved daughter had betrayed and dishonored him. She had “un-manned” him before his family. The desire to marry whom you want or to leave a violent marriage are viewed as filthy and selfish desires. Many Muslims in the Arab and Muslim world; Hindus and Muslims in India; and Muslims and, to a lesser extent, Sikhs in the West share this view and accordingly, perpetrate “honor killings.”

I do not like this phrase. An honor killing is dishonorable and it is also murder, plain and simple. It is a form of human sacrifice. It is also femicide–although sometimes boys and men are also murdered. I would like to call them “horror” murders.

American federal statutes have allowed prosecutors to charge and convict American citizens and residents while they are in the United States for having committed crimes abroad. This includes conspiracy to commit murder, incite terrorism, launder money, engage in racketeering, etc.

What did Mohammad Choudry do? According to the Indictment filed in United States District Court/the Eastern District of New York on September 20, 2013, Choudry “knowingly and intentionally conspired” to commit one or more murders. He contacted and wired money to at least four conspirators in Pakistan, including some relatives. Since Amina would not come out of hiding, their job was to murder the father and sister of Amina’s boyfriend. And they did just that. An eyewitness “observed Choudry’s brother standing over the victims, holding a gun and desecrating the bodies.”

The murders were committed in Pakistan “between January 2013 and February 2013.” Mohammad Ajmal Choudry was arrested in New York on February 25, 2013. The trial began last week, in June, 2014. Amina testified that her father vowed to kill her and every member of her new lover’s family if she did not do the right thing.

The price of love or of freedom for Amina—and for other women in her position–is very high. She will have no family of origin. If she ever weakens and tries to seek them out, she risks being killed by one of her siblings, uncles, or cousins. After all, Amina entrapped her father on the phone by allowing him to death threaten her and others.

I have published three studies about honor killing and am at work on a fourth such study. I have also written countless articles about this subject and submitted affidavits in cases where girls and women have fled honor killing families and are seeking political asylum.

I am beginning to think that, like female genital mutilation, honor murder is so entrenched a custom that, in addition to prevention and prosecution,  (at least in the West), what may be required is this: People may need to be taught courage, the art of resisting tribal barbarism. Families need to learn to go against tradition, withstand ostracism and mockery, withstand being cut off by their families and villages—for the sake of their daughters.

One fear that a “dishonored” family has is that they will not be able to marry off their other daughters or sons. Perhaps educating a pool of potential marriage mates into understanding that murder is not “honorable;” that daughters’ lives are valuable, that such horror murders are not religiously sanctioned (if indeed, that is the case), and that enacting tribal honor codes are high crimes in the West.

The Choudry trial continues today in Brooklyn. Stay tuned for breaking news.


Publicité: On oublie toujours que le prophète sort du rang des prêtres (Would Manet be today in the advertising business ? Looking back at original Mad man David Ogilvy)

12 juin, 2014
http://french.chass.utoronto.ca/fcs195/photos/DejeunerAGACooker.jpghttp://samwaterfall.com/wp-content/uploads/2012/04/Man-in-the-Hathaway-Shirt.jpghttp://cdn.sandstormdesign.com/sites/default/files/1ss01.jpghttp://jcdurbant.files.wordpress.com/2014/06/c091e-scan0014_5.jpg?w=505&h=854http://www.adweek.com/files/uploads/FEA-Ogilvy-02-2011.jpghttp://37.media.tumblr.com/tumblr_ln411kz8mm1qz5eb5o1_400.jpghttp://blog.lab42.com/wp-content/uploads/2012/04/Screen-shot-2012-04-16-at-11.45.01-AM.png

Dans la presse, seules les publicités disent la vérité. Thomas Jefferson
Si je devais recommencer ma vie à zéro, je crois que je choisirais la publicité plus que presque n’importe quel autre domaine. L’élévation générale des normes de la civilisation moderne dans l’ensemble des groupes de personnes qui constituent notre société au cours du demi-siècle passé aurait été impossible sans la diffusion de la connaissance de normes plus élevées par le biais de la publicité. Franklin D Roosevelt (discours à la Fédération américaine des publicitaires, NY, 1931)
La publicité, c’est la plus grande forme d’art du XXe siècle. Marshall Mc Luhan
Advertising is the art of convincing people to spend money they don’t have for something they don’t need. Will Rogers
Advertising lets us know how things ought to be. Michael Schudson
It is worth recognizing that the advertising man in some respects is as much a brain alterer as is the brain surgeon, but his tools and instruments are different. Advertising Age (1957)
Ours is the first age in which many thousands of the best trained minds have made it a full-time business to get inside the collective public mind … to get inside in order to manipulate, exploit, and control. Marshall McLuhan (1951)
La publicité la plus habile ne cherche pas à nous convaincre qu’un produit est excellent mais qu’il est désiré par les Autres. René Girard
Si les révolutions symboliques sont particulièrement difficiles à comprendre, surtout lorsqu’elles sont réussies, c’est parce que le plus difficile est de comprendre ce qui semble aller de soi, dans la mesure où la révolution symbolique produit les structures à travers lesquelles nous la percevons. Autrement dit, à la façon des grandes révolutions religieuses, une révolution symbolique bouleverse des structures cognitives et parfois, dans une certaine mesure, des structures sociales. Elle impose, dès lors que ‘elle réussit, de nouvelles structures cognitives qui, du fait qu’elles se généralisent, qu’elles se diffusent, qu’elles habitent l’ensemble des sujets percevants d’un univers social, deviennent imperceptibles. Pierre Bourdieu
Manet a deux propriétés uniques [...] : premièrement, il a rassemblé des choses qui avaient été séparées, et […] c’est une des propriétés universelles des grands fondateurs. […] Et, deuxième propriété, il pousse à la limite les propriétés de chacun de ces éléments constitutifs de l’assemblage qu’il fabrique. Donc, il y a systématicité et passage à la limite. Pierre Bourdieu
Au fond, Manet, Flaubert, Heidegger, pourraient être considérés respectivement, si on voulait faire un palmarès, comme le plus peintre des peintres, le plus écrivain des écrivains et le plus philosophe des philosophes.(…) Dans le cas de Flaubert et de Manet, je pense que ce sont des personnages qui doivent être considérés comme des fondateurs de champs. Je prends l’exemple de Manet qui est le plus net. On avait une peinture académique, des peintres d’Etat, des peintres fonctionnaires qui étaient à la peinture ce que les professeurs de philosophie sont à la philosophie – sans méchanceté -, c’est à dire des gens qui avaient une carrière de peintres, qui étaient recrutés par des concours, qui avaient des classes préparatoires avec les mêmes procédures de bizutage, de nivellement, d’abrutissement et de sélection. Et puis un personnage, Manet, arrive ; il est passé par ces écoles. Ca, c’est extrêmement important ; c’est une chose que Weber dit en passant dans son livre sur le judaïsme antique : on oublie toujours que le prophète sort du rang des prêtres ; le Grand Hérésiarque est un prophète qui va dire dans la rue ce qui se dit normalement dans l’univers des docteurs. Manet est dans ce cas ; il est l’élève de Couture ; c’est un peintre semi-académique ; et il commence déjà à faire des histoires dans l’atelier de Couture ; il critique la manière de faire asseoir les modèles ; il critique les poses antiques, il critique tout ça… Puis, il commence à faire une chose extraordinaire – comme un premier collé du concours de l’Ecole Normale qui se mettrait à contester l’Ecole Normale – : au lieu d’intérioriser la sanction sous la forme de la malédiction – chose que nous connaissons bien dans le milieu universitaire -, il conteste l’univers et il le défie sur son propre terrain. C’est le problème de l’hérésiarque, le chef de sectes qui affronte l’église et lui oppose un nouveau principe de légitimation, un nouveau goût. Le problème est de se demander comment ce goût apparaît : qu’est-ce qu’il y a dans son capital, sa famille, son origine, et surtout son univers social de relations, ses amis, etc. (…) l’univers des amis de Manet, l’univers des amis de la femme de Manet qui étaient pianistes et qui jouaient du Schuman, ce qui était l’avant-garde à l’époque. Je cherche à résoudre une question tout à fait fondamentale ; celui qui saute hors de l’institution universitaire ou les institutions académiques saute dans le vide. J’ai évoqué le drame du premier collé tout à l’heure parce que beaucoup des auditeurs ont au moins une connaissance indirecte de cette expérience. Le problème du premier collé, c’est qu’il ne peut même pas penser à contester l’institution qui l’a collé ; ça ne lui vient même pas à l’esprit ; et s’il y pense, il se trouve jeté dans le néant. Manet en est là : « Si je ne fais pas de la peinture académique, est-ce que je ne cesse pas d’exister ? ». Il faut avoir du culot pour résister à l’excommunication. Pour résoudre ce problème là, Il faut comprendre ce que Manet avait comme ressources qu’on appellerait psychologiques mais qui en fait ont des bases sociales : ses amis, ses relations artistiques, etc. Voilà le travail que je fais. Je vais au plus individuel du plus individuel : la particularité de Manet, à savoir ses rapports avec ses parents, ses amis, le rôle des femmes dans ses relations… et en même temps à l’étude de l’espace dans lequel il se situait pour comprendre le commencement de l’art moderne. (…) Manet institue l’univers dans lequel plus personne ne peut dire qui est peintre, ce qu’est le peintre comme il faut. Pour employer un grand mot, un monde social intégré, c’est à dire celui que régissait l’Académie est un monde dans lequel il y a un nomos, c’est à dire une loi fondamentale et un principe de division. Le mot grec « nomos » vient du verbe « nemo » qui veut dire diviser, partager. Une des choses que nous acquérons à travers la socialisation, ce sont des principes de division qui sont en même temps des principes de vision : masculin/féminin, humide/sec, chaud/froid, etc. Un monde bien intégré, académique dit qui est peintre et qui ne l’est pas ; l’Etat dit que c’est un peintre parce qu’il est certifié peintre. Du jour où Manet fait son coup, plus personne ne peut dire qui est peintre. Autrement dit, on passe du nomos à l’anomie, c’est à dire à un univers dans lequel tout le monde est légitimé à lutter à propos de la légitimité. Plus personne ne peut dire qu’il est peintre sans trouver quelqu’un qui contestera sa légitimité de peintre. Et le champ scientifique est de ce type, c’est un univers dans lequel il est question de la légitimité mais il y a lutte à propos de la légitimité. Un sociologue peut toujours être contesté dans son identité de sociologue. Plus le champ avance, plus son capital spécifique s’accumule, plus, pour contester la légitimité d’un peintre, il faut avoir du capital spécifique de peintre. Apparemment, les mises en forme de contestation radicale, par exemple les peintres conceptuels d’aujourd’hui qui apparemment mettent en question la peinture doivent avoir une formidable connaissance de la peinture pour mettre en question adéquatement, picturalement la peinture et non pas comme l’iconoclaste primaire. L’iconoclasme spécifique accompli par un artiste suppose une maîtrise virtuose du champ artistique. Ce sont des paradoxes mais qui apparaissent à partir du moment où il y a un champ. La naïveté qui consiste à dire « Il peint comme mon fils » est typique de quelqu’un qui ne sait pas ce qu’est un champ. Un autre exemple est celui du douanier Rousseau qui était naïf mais le naïf n’apparaît que quand il y a un champ – de même que le naïf religieux n’apparaît que quand il y a un champ religieux… C’est quelqu’un qui devient peintre pour les autres. C’est Picasso, Apollinaire, etc. qui ont fait du douanier Rousseau un peintre en le pensant à partir du champ de la peinture. Mais lui-même ne savait pas ce qu’il faisait. L’opposé du douanier Rousseau, c’est Duchamp qui est le premier à avoir maîtrisé de manière quasi parfaite – ce qui ne veut pas dire consciente – les lois du champ artistique et le premier à avoir joué de toutes les ressources que donne cette institutionnalisation de l’anomie. Pierre Bourdieu
Il faut qu’il y ait un jeu et une règle du jeu pratique. Un champ ressemble beaucoup à un jeu mais une des différences majeures étant que le champ est un lieu où il y une loi fondamentale, des règles mais il n’y a personne qui dit les règles comme pour un sport, une fédération… Et finalement, il y a des régularités immanentes à un champ, des sanctions, des censures, des récompenses sans que tout ça ait été institué. Le champ artistique, par exemple, a la particularité d’être le moins institutionnalisé de tous les champs. Par exemple, il y a relativement peu d’instances de consécration. Cela dit, il y a champ quand on est obligé de se plier – sans même procéder à une opération consciente – à un ensemble de lois de fonctionnement de l’univers. Prenons dans le champ philosophique l’exemple d’Heidegger avec ses idées nazies ; être antisémite deviendra être antikantien. Ce qui est intéressant, c’est cette espèce d’alchimie que le champ impose : ayant à dire des choses nazies, si je veux les dire de telle manière que je sois reconnu comme philosophe, je dois les transfigurer au point que la question de savoir si Heidegger était nazi ou pas n’a aucun sens. Il est certain qu’il était nazi mais ce qui est intéressant, c’est de voir comment il a dit des choses nazies dans un langage ontologique. Pierre Bourdieu
In the modern world of business, it is useless to be a creative, original thinker unless you can also sell what you create. David Ogilvy
"DÉJEUNER SUR L’HERBE by Édouard Manet (1832-1883). Manet was born in Paris and entered Courbet’s studio at the age of 19. Though his independence infuriated his master and his pictures were constantly rejected by the Salon, he soon gathered a group of painters around him, Whistler and Fantin-Latour among them. In 1863, when Napoleon III ordered the establishment of a Salon des Refusés, Manet’s «Déjeuner sur l’herbe», which afterwards exercised a tremendous influence on Cézanne, was its scandal and success. It is reproduced by permission from the painting in the Louvre.» This picture caused a public scandal when it was first exhibited in 1863. Actually, of course, it was people’s conservatism that was outraged—not their moral or aesthetic sensibilities. With an idealised dryad substituted for the artist’s model and a classically naked Bacchus and Silenus for these rather overdressed picnickers, the group would probably have been hailed as a masterpiece. The real offence of the picture was that it stood for something new: and at that time whatever was new was certain to be opposed. Later in the century scientific innovations, such as the first telephones and motor cars, were attacked with the same conservative fury. Nowadays, fortunately, we are better tuned to progress. Eight years ago, for instance, when the revolutionary Aga Cooker was introduced, people were quick to appreciate its advantages: its cream and chromium cleanliness; guaranteed maximum fuel consumption; readiness for work by day and night and gift of meeting cooks three-quarters of the way. Already this cooker has brought a new reign of comfort and good temper to more than twenty thousand kitchens.» Publicité pour les cuisinières Aga (David Ogilvy)
This is my first advertisement and it embarrasses me to reproduce it. No headline, no promise, no information about the product. Certainly, nobody had ever shown a nude in an advertisement before, but, in this case, it was irrelevant to the product—a cooking stove. David Ogilvy
“At 60 miles an hour the loudest noise in this new Rolls-Royce comes from the electric clock What makes Rolls-Royce the best car in the world? “There is really no magic about it- it is merely patient attention to detail,” says an eminent Rolls-Royce engineer. 1. “At 60 miles an hour the loudest noise comes from the electric clock,” reports the Technical Editor of THE MOTOR. Three mufflers tune out sound frequencies – acoustically. 2. Every Rolls-Royce engine is run for seven hours at full throttle before installation, and each car is test driven for hundreds of miles 3. The Rolls-Royce is designed as an owner-driven car. It is eighteen inches shorter than the largest domestic cars. 4. The car has power steering, power brakes and automatic gear-shift. It is very easy to drive and to park. No chauffeur required. 5. The finished car spends a week in the final test-shop, being fine-tuned. Here it is subjected to 98 separate ordeals. For example, the engineers use a stethoscope to listen for axle-whine. 6. The Rolls-Royce is guaranteed for three years. With a new network of dealers and parts-depots from Coast to coast, service is no problem. 7. The Rolls-Royce radiator has never changed, except that when Sir Henry Royce died in 1933 the monogram RR was changed from red to black. 8. The coachwork is given five coats of primer paint, and hand rubbed between each coat, before nine coats of finishing paint go on. 9. By moving a switch on the steering column, you can adjust the shock-absorbers to suit road conditions. 10. A picnic table, veneered in French walnut, slides out from under the dash. Two more swing out behind the front seats. 11. You can get such optional extras as an Espresso coffee-making machine, a dictating machine, a bed, hot and cold water for washing, an electric razor or a telephone. 12. There are three separate systems of power brakes, two hydraulic and one mechanical. Damage to one will not affect the others. The Rolls-Royce is a very safe car- and also a very lively car. It cruises serenely at eighty-five. Top speed is in excess of 100 m.p.h. 13. The Bentley is made by Rolls-Royce. Except for the radiators, they are identical motor cars, manufactured by the same engineers in the same works. People who feel diffident about driving a Rolls-Royce can buy a Bentley. PRICE. The Rolls-Royce illustrated in this advertisement – f.o.b. principal ports of entry – costs $13,995. If you would like the rewarding experience of driving a Rolls-Royce or Bentley, write or telephone to one of the dealers listed on opposite page. Rolls Royce Inc., 10 Rockefeller Plaza, New York 20, N.Y. Circle 5-1144. Rolls Royce ad (The New Yorker, May 31, 1958)
I didn’t write that headline. It’s a quotation from an article which appeared about 20 years before in an English automobile magazine." David Ogilvy
The man from Schweppes is here Meet Commander Edward Whitehead, Schweppesman Extraordinary from London, England, where the house of Schweppes has been a great institution since 1794. Commander Whitehead has come to these United States to make sure that every drop of Schweppes Quinine Water bottled here has the original flavor which has long made Schweppes the only mixer for and authentic Gin-and-Tonic. He imports the original Schweppes elixir, and the secret of Schweppes unique carbonation is locked in his brief case. “Schweppervescence, ” says the Commander, “lasts the whole drink through. ” It took Schweppes almost a hundred years to bring the flavor of their Quinine Water to its present bittersweet perfection. But it will take you only thirty seconds to mix it with ice and gin in a high ball glass. Then, gentle reader, you will bless the day you read these words. P.S. If your favorite store or bar doesn’t yet have Schweppes, drop a card to us and we’ll make the proper arrangements. Address Schweppes, 30 East 60th Street, New York City Schweppes ad (David Ogilvy, The New Yorker, June 6, 1953)
One-quarter cleansing cream – Dove creams your skin while you wash. Slogan (Doove ad, David Ogilvy, 1955)
"The consumer is not a moron; she is your wife. David Ogilvy
When I write an advertisement, I don’t want you to tell me that you find it ‘creative.’ I want you to find it so interesting that you buy the product. David Ogilvy
The only sound one can hear in the new Pierce-Arrows is the ticking of the electric clock. Pierce-Arrow (Time, February 27, 1933)
“There is a yawning chasm between you generalists and we directs. We directs belong to a different world. Your gods are not our gods.
“You generalists pride yourselves on being creative – whatever that awful word means. You cultivate the mystique of creativity. Some of you are pretentious poseurs. You are the glamour boys and girls of the advertising community. You regard advertising as an art form – and expect your clients to finance expressions of your genius. We directs do not regard advertising as an art form. Our clients don’t give a damn whether we win awards at Cannes. They pay us to sell their products. Nothing else.
“You must be the most seductive salesmen in the world if you can persuade hard headed clients to pay for your kind of advertising. When sales go up, you claim credit for it. When sales go down, you blame the product. We in direct response know exactly to the penny how many products we sell with each of our advertisements. Your favourite music is the applause of your fellow art directors and copywriters. Our favourite music is the ring of the cash register.
You generalists use short copy. We use long copy. Experience has taught us that short copy doesn’t sell. In our headlines, we promise the consumer a benefit. You generalists don’t think it is creative.
You have never had to live with the discipline of knowing the results of your advertising. We pack our advertisements and letters with information about the product. We have found out we have to – if we want to sell anything.”
David Ogilvy, the ad executive who dreamed up the eye-patch wearing "man in the Hathaway shirt" and many other iconic advertising campaigns (…) In a career that spanned five decades, (…) created one of the biggest ad agencies in the world and helped alter the landscape of American advertising. And while it would be impossible to gauge the impact his campaigns had on sales, his work created many images that are well-known in households worldwide. He is credited, along with William Bernbach, with introducing what was then a novel idea: that consumers could be considered as intelligent as, say, advertising people, and approached with a soft sell through print, radio and television. His ads, for everything from Schweppes to Rolls-Royce, helped start the creative revolution of the 1960’s. The ads were in marked contrast to the droning, repetitious style of those they supplanted. The NYT
Every viral video has a backstory—and most also have their critics too. One video, by U.K. content creation agency Purplefeather, has been a continual hit on social media for its message of compassion and empathy. It’s a well-executed emotional story showing that words used wisely are powerful, and can be used for the power of good. Running at 1:48 it does this remarkably well. The video has also drawn the critics. The story portrays an anecdote usually attributed to advertising legend David Ogilvy, known as the original Mad Man. It’s about a blind man begging with a sign that reads, “I’m blind. Please help.” The man is largely ignored until one day, a man stops, picks up his sign, adds a few words, and carries on. From that point, on the blind man’s cup fills easily with money. What was changed? The deft copywriter had edited the sign to read: “It’s spring and I’m blind. Please help.” In the video version, the copywriter doesn’t edit the text, but she turns over the blind man’s sign to write her own: “It’s a beautiful day and I can’t see it.” From a copywriter’s perspective, this version offends the sensibilities of anyone who has suffered an editor’s heavy pen and breaks a key rule of advertising. The hapless blind man’s words aren’t edited, they’re replaced; and the important call to action “please help” is deleted. From the blind man’s perspective, a stranger’s show of compassion—call it pro bono consulting—is what made the difference. Cindy Drukier

Manet serait-il devenu un virtuose de la publicité aujourd’hui ?

Quatrième fils chétif d’un universitaire écossais excentrique devenu courtier puis ruiné par la déclaration de la première Guerre mondiale, frère cadet d’un employé de la plus grande agence de publicité de Londres, boursier recalé d’Oxford, chassé d’Angleterre par la Grande Dépression, apprenti dans les cuisines d’un grand hôtel parisien, représentant de commerce et vendeur virtuose de cuisinières de luxe, publicitaire et auteur d’un manuel de vente considéré comme la bible dans son domaine, découverte de l’Amérique et de la publicité scientifique, chercheur dans le fameux institut de sondage Gallup, agent secret, cultivateur de tabac dans le pays Amish, créateur de la plus grande agence de publicité du monde, victime d’un rachat hostile, châtelain en France et mari d’une troisième femme de 20 ans sa cadette,  tableau (dénudé, s’il vous plait !) de Manet et caractéristiques techniques d’une cuisinière), mystérieux baron officier au cache-oeil et liste de vertus des chemises Hathaway, mère de famille à l’épicerie du village avec ses enfants et 19 raisons d’acheter une Rolls égrenées par un ingénieur) …

En ces temps où, pouvoir des mots oblige, la nouvelle patronne d’un parti xénophobe se voit définitivement contrainte de tuer à la fois le père et le langage du père …

Et où sous la pression de ces maitres des mots que sont devenus les publicitaires, les penchants tant craints nos ancêtres sont devenus aujourdh’ui de véritables devoirs civiques (la sacro-sainte préservation des emplois) …

Pendant que pour percer dans le monde de l’art nombre de femmes en sont encore réduites à se dénuder

Et qu’avec l’internet et une vidéo de 90 secondes vue en quelques jours des millions de fois, une agence de publicité peut à la fois toucher et faire réfléchir audit pouvoir des mots …

Tout en faisant ou refaisant sa réputation sur le dos presque littéralement des sans-abris …

Comment ne pas repenser justement à celui qui avait lancé ladite histoire mais aussi l’histoire même de la publicité moderne …

L"apôtre de l’image de marque" et  légendaire publicitaire écossais-américain David Ogilvy ?

Et comment ne pas voir en ce véritable publicitaire des publicitaires (qui s’était justement choisi, pour lancer sa première pub, le révolutionnaire "Déjeuner sur l’herbe" de Manet) ce que Bourdieu appelait les "propriétés universelles des grands fondateurs" …

A savoir de ceux qui poussent la transformation d’un champ jusqu’à en rendre impossible la perception même  …

Et qui, dans son cas précis, en se choisissant certes au départ le créneau du luxe et sur fond d’une indéniable montée du niveau général d’instruction de la population, cet art unique de "rassembler des choses qui avaient été séparées" (mystique et information, marketing direct et créativité) et, entre Manet et cuisinières ou baron à cache-oeil et chemises de luxe, de les "pousser à la limite" ?

Quand Ogilvy transforme les SDF en homme-sandwichs (ou comment faire du neuf avec du vieux)
Les SDF seraient-ils devenus la façon la plus rentable de faire du buzz à bas prix ?
Sophie Gourion
Toutalego
lundi 16 avril 2012
En mars dernier, une agence de communication britannique avait fait grand bruit en équipant des sans-abris de bornes wifi lors d’un festival. Repartis dans la ville pour donner un accès au réseau internet 4G aux participants, ces volontaires étaient identifiables grâce à leur t-shirt ("Je suis Clarence, borne 4G") et localisables sur Google maps. Chacun pouvait donc avoir accès à une connexion d’excellente qualité pour un prix dérisoire et l’ensemble des profits était reversé aux "SDF-antenne". Pour Bartle Bogle Hegarty, il s’agissait simplement de moderniser le concept du SDF vendeur de journaux rédigés par les sans-abris:
« Combien de fois voit-on quelqu’un acheter un journal, pour finalement le laisser au sans-abri? (…) Pourtant, le modèle n’est pas cassé en soi. C’est seulement le produit qui est archaïque », pouvait-on lire sur le blog de l’agence. Une opération qui a suscité de nombreuses réactions négatives. John Bird, co-fondateur de The Big issue, publication d’origine britannique rédigée par des journalistes professionnels mais vendue par des sans abris, a ainsi déclaré à la BBC:
« Si tout ce que Bartle Bogle Hegarty fait est de transformer ces personnes en antenne en leur demandant de rester immobile, alors ils sont simplement en train de traiter les sans-abri de la même manière que les Victoriens l’ont fait quand ils leur ont demandé de tenir des affiches. »
Mais après les SDF utilisés comme vulgaire objets de consommation, l’agence Ogilvy va encore plus loin en les utilisant comme panneau publicitaire.
Dans une vidéo trouvée ce jour sur Twitter, l’agence s’achète une bonne conscience à peu de frais sur le dos des SDF : le spot commence par de jolies images de Paris suivies par un portrait d’un SDF déclarant « les rêves, j’en ai plus, les rêves je laisse ça aux autres ». La voix off explique ensuite que certaines agences aident les associations de SDF mais qu’aucune d’entre elles ne les aide directement. Mais ça, c’était avant Ogilvy : « we are proud to announce 18 new clients ». Les 18 « clients en question » sont 18 SDF dont les visages défilent façon mosaïque. Changement de décor et de musique, on quitte les violons pour une ambiance plus rythmée : gros plan sur les créatifs de l’agence qui jouent du stylo et manipulent des bouts de carton pour pondre des affiches originales pour leurs nouveaux amis SDF. Et les résultats ne se font pas attendre : les pièces tombent à gogo et les sans-abris ont retrouvé le sourire. Conclusion « sans dépenser un euro, nous avons permis à Michel de s’acheter une part de pizza, à Bernard de s’offrir un café, à Robert de se doucher » (et à l’agence de s’offrir un bon coup de buzz). Les SDF sont retournés à la rue mais ils auront eu une belle leçon de marketing, qui nourrit l’esprit, à défaut de remplir le ventre.
Les créatifs d’Ogilvy, quant à eux, ont retrouvé leur bureau, l’esprit apaisé et le cœur léger.
Comble du cynisme…
On va me répondre que les agences ne sont pas des philanthropes et que l’initiative est intéressante car elle est créative. Créative vraiment ? L’année dernière, une vidéo développée par l’agence Purple Feather intitulée « power of words » reprenait la même thématique : une jeune femme change la pancarte d’un aveugle qui n’arrive pas à récolter un euro et écrit « C’est le printemps et je ne le verrai jamais ». Succès assuré pour le sans-abri : les pièces pleuvent. La vidéo a été vue plus de 13 800 000 fois ! Sauf que cette vidéo était elle-même la copie d’un court métrage espagnol primé à Cannes en 2008 « The Story of a sign » ! Scénario identique à part le sexe de la personne qui change la pancarte.
Plus récemment, un groupe de créatifs espagnols a développé un projet intitulé « dreaming the same ». Le concept : réecrire les pancartes des SDF afin d’attirer l’attention du public.
En faisant quelques recherches, j’ai trouvé que l’histoire du SDF et de la pancarte était initialement une histoire racontée par David Ogilvy, fondateur de l’agence du même nom…celle-là même qui la récupère aujourd’hui pour faire le buzz en suivant à la lettre les préceptes de son créateur « Si vous avez la chance d’écrire une bonne annonce, répétez-la jusqu’à ce qu’elle cesse de vendre ». Dont acte.
Voir aussi:
Dreaming The Same
Duncan Macleod
The Inspiration romm
January 20, 2012A group of creatives in Spain have developed “Dreaming the Same”, a creative project inspired by David Ogilvy, drawing attention to the sad reality of people whose poverty has led them to begging on the streets. The international project, online at dreamingthesame.org, invites people to use cardboard signs with creative messages to offer a helping hand to people living in extreme poverty, and raise awareness in the general public.Dreaming The SameThe Dreaming The Same project began with The Family Business, a group of students from Complot Escuela de Creativos in Barcelona who were convinced that creativity can offer more than just a tool to sell products and create brands. The project took on global dimensions as the team opened it up to anyone who wanted to develop their creativity by helping others. The participant’s task was simple. Design a cardboard sign with a creative copy that would invite the reader to reflect. They then had to give it to a person of their choice and film the entire process. Over two months two hundred people subscribed to the website and numerous videos were received from cities all over the world.

The Dreaming The Same project was developed at The Family Business by Leticia Rita, Pablo Madrazo, Enrique Santos and Besay Fernández. The team met while at Complot’s Course of Integrated Creative Advertising.

Inspiration for the project comes primarily from a story attributed to advertising genius David Ogilvy. During one of his morning walks to work at Ogilvy & Mather in New York City, David Ogilvy encountered a man begging with a sign around his neck. The sign read: “I am blind,” and, as evidenced by his nearly empty cup, the man was not doing very well. Ogilvy removed the man’s sign from around his neck, pulled out a marker and changed the sign to read, “It is spring and I am blind.” He hung the sign back around the beggar’s neck and went on his way. On his way home he was pleased to notice the beggar had a full cup.

Mexican film director Alonso Alvarez Barreda used the story in “Historia de un Letero” (The Story of a Sign), a short film which the Best Short Film Award at Cannes in 2008.

Purple Feather, an agency in Glasgow, went viral in 2010 (over 12 million views) with their version of Barreda’s film, “The Power of Words”, in which a woman produces new copy for a blind man’s sign.

Voir également:
Blind Man Video Shows Power of Words, And Draws Critics (+Video)
Cindy Drukier
Epoch Times
November 3, 2013Every viral video has a backstory—and most also have their critics too. One video, by U.K. content creation agency Purplefeather, has been a continual hit on social media for its message of compassion and empathy. It’s a well-executed emotional story showing that words used wisely are powerful, and can be used for the power of good. Running at 1:48 it does this remarkably well.The video has also drawn the critics. The story portrays an anecdote usually attributed to advertising legend David Ogilvy, known as the original Mad Man. It’s about a blind man begging with a sign that reads, “I’m blind. Please help.” The man is largely ignored until one day, a man stops, picks up his sign, adds a few words, and carries on. From that point, on the blind man’s cup fills easily with money. What was changed? The deft copywriter had edited the sign to read: “It’s spring and I’m blind. Please help.”In the video version, the copywriter doesn’t edit the text, but she turns over the blind man’s sign to write her own: “It’s a beautiful day and I can’t see it.” From a copywriter’s perspective, this version offends the sensibilities of anyone who has suffered an editor’s heavy pen and breaks a key rule of advertising. The hapless blind man’s words aren’t edited, they’re replaced; and the important call to action “please help” is deleted.From the blind man’s perspective, a stranger’s show of compassion—call it pro bono consulting—is what made the difference.
Voir de plus:
I’m blind. Please leave my sign alone.BlindThere’s an old story, usually attributed to David Ogilvy, about a copywriter whose daily walk to work takes him past a blind beggar on a street corner. His sign reads, “I’M BLIND. PLEASE HELP.” Every day, the beggar is largely ignored by the passers-by. One sunny morning, the copywriter stops, takes out a marker pen and scribbles three words on the sign, then moves on. From that day, the blind man’s cup is stuffed with notes and overflowing with change. The copywriter has adapted the sign to read: “IT’S SPRING AND I’M BLIND. PLEASE HELP.”It’s a lovely story, which has been making copywriters feel good about themselves ever since (and possibly making blind people feel somewhat patronised). It’s usually quoted in the context of how important the ‘emotive sell’ is when pushing the latest commercial message into the minds of unwitting consumers, which is what copywriters generally do when they’re not being selfless superheroes.Anyway, I mention this because a video version of the story has recently gone viral, attracting 6 million hits on YouTube. It’s a promotional video for online agency Purplefeather, titled ‘The Power of Words’. But, regrettably, the story isn’t quite the same. It’s been what you might charitably call ‘adapted’, or less charitably call ‘unforgivably mutilated’.You can watch the video yourself if you want to add to the viewing figures, but suffice to say the key moment comes at the end, when the copywriter (a woman this time) takes to the sign with a marker pen. This time though, instead of elegantly adapting the existing text, she turns the sign over and writes: “IT’S A BEAUTIFUL DAY AND I CAN’T SEE IT.”This is seriously what she writes.The copywriter ignores the existing text written by the hapless blind man, and writes her own line on the reverse, thereby removing any of the wit and charm of the original story.But she goes further by spelling out what was implicit in the original line. “IT’S SPRING AND I’M BLIND’ is a spare statement of fact that leaves the reader to fill in the emotional gap. This is where it gets its power. “IT’S A BEAUTIFUL DAY AND I CAN’T SEE IT” is the same line rewritten by the Ronseal copywriting team. In fact, it doesn’t even have that level of disarming directness, because the writer has forgotten to include the call to action. Without the ‘Please help’, it’s all a bit pointless.And there’s another problem. What if it isn’t a beautiful day? What if it’s raining tomorrow, or in a couple of hours? Ogilvy thought of this – ‘spring’ is nicely open-ended (although you have to hope he adapted the sign come summer). Does this new copywriter have a stack of signs covering various weather conditions? “IT’S DRIZZLING SLIGHTLY AND I CAN’T SEE IT.” “IT WAS NICE A MINUTE AGO BUT HAS SINCE CLOUDED OVER A BIT AND I CAN’T SEE IT." (If you watch the video, you can see it appears to be a grey and damp day, even though the woman copywriter is bizarrely wearing sunglasses. Almost makes you wonder which of them is blind.)It’s testament to the power of the original story that this bastardised version nevertheless retains enough impact to garner 6 million hits. But it’s also disheartening. We copywriters only have a limited supply of industry folklore to keep us going. If you’re going to use this story to make your agency promo, at least get the line right. Redrafting David Ogilvy isn’t something to undertake lightly, especially when your video is all about the power of words.Anyway, if I ever fall on hard times, I’ve already planned my sign, which, if nothing else, should raise a smile from the odd passing copywriter – “IT’S SPRING AND I’M BLIND DRUNK. PLEASE HELP.”I just hope that woman doesn’t come along and change it.
Voir encore:

Ogilvy’s Famous Rolls Royce Ad – Another Look
Jeff Sexton
Grokdotcom
August 3rd, 2009

Did you know that Ogilvy was not the first to use the “electric clock” comparison in a headline?

Pierce Rolls ComparisonI came across this bit o’ trivia while writing my post on Ogilvy’s preferred ad layout. I found it written up by Robert Rosenthal at Freaking Marketing, who had done the detective work to find and scan in this Pierce-Arrow ad that ran about 25 years before Ogilvy’s Rolls Royce campaign.

If you consider yourself a student of advertising, you’ll want to read Robert’s entire post to get all the historical details, but any copywriter should find it worthwhile to compare the two headlines and analyze the improvements Ogilvy made to his version.
First, let’s look at the two headlines

So here are the two headlines for comparison:

The only sound one can hear in the new Pierce-Arrows is the ticking of the electric clock

vs.

“At 60 miles an hour the loudest noise in this new Rolls Royce comes from the ticking of its electric clock.”

Why the Ogilvy Headline was far more powerful

1) Specificity: The Ogilvy ad gives an actual speed. Not only are specifics always more believable than generalities, but in this case, the specific speed makes the reader think that an actual test was conducted to determine this fact. By comparison, the Pierce-Arrows ad reads like hype.

2) Quote marks: The quotation marks around the Rolls Royce headline indicate to the casual reader, scanning the page, that this was a remark made by someone, perhaps by a tester or engineer. And indeed, the subdeck and first bullet point confirm that this is the case. Again, the Pierce-Arrow headline has none of this credibility-building substantiation.

3) Believability of the claim itself: Notice the change from “only sound” to “loudest noise.” For the reader, conjuring up a mental image of driving in a car in which the electric clock is actually louder than the engine is relatively easy, whereas the mind rejects the idea of a moving car making absolutely no noise except for that of the clock. Consequently, the Pierce-Arrow ad practically provokes skepticism and dismissal from the reader.

4) Words fat with emotional associations: the difference between sound and noise may seem subtle, but the emotional connotations are miles apart. Sound could be anything, and all else being equal, the word alone usually has positive associations. Noise, on the other hand, is a nuisance. Tell me I won’t hear a sound in a car, and I’ll think you’re exaggerating or speaking figuratively – would anybody even want to drive in the kind of sensory deprivation chamber that that would require? But tell me that the loudest noise in the car comes from a ticking lock, and I’ll want to experience the serenity of such an exquisitely engineered car/cabin that is capable of nullifying the unpleasant noises and nuisances of the road.
Why the Ogilvy Ad was far more modern

In some ways, my comparison is simply not fair since the Pierce-Arrow ad hails from a far less cynical age than the Rolls Royce Ad. One could suppose that back in the days of the Pierce-Arrow ad, “yeah, sure” and “prove it” probably weren’t the automatic responses to any advertising claim that they are today.

But the transition in audience attitudes wasn’t instantaneous. In fact, you can already see the need for proof and substantiation by the time Ogilvy’s ad rolls around. That’s why the Rolls Royce ad:

Includes engineering and expert testimonials or quotes.
Provides no less than 12 bullet points of factual copy – facts proving the extreme quality, engineering, and attention to detail that goes into making a Rolls Royce
Openly states the price of the car without dancing around the subject.

How to apply this to the Web

If you are an online copywriter here’s what you need to ask yourself:

1) Are you doing the research that Ogilvy did in order to come up with powerful headlines? And once you have that angle of approach, are you anywhere near as careful with your wordsmithing?

2) More importantly, do you think the public has grown any less cynical since the time of that Rolls Royce ad?

3) Most importantly, are you providing more substantiated copy, proof, and pricing information than Ogilvy’s Rolls Royce ad does? Or are you providing less?

Voir par ailleurs:

David Ogilvy confessé par les « cahiers » : un entretien à New York
Les Cahiers de la publicité. N°11, pp. 14-18.

Il a un teint boucané et des yeux surprenants, d’un bleu de porcelaine. Le vieux veston en tweed, avachi et confortable, est très britannique; le toupet de cheveux aussi. David Ogilvy paraît trente-huit, quarante ans. Il traverse son long bureau d’un pas juvénile, vient crayonner, sur le marbre de la table à thé, quelques inscriptions subversives à propos de Madison Avenue. Il ne parle pas de la fameuse Rolls, frappée de ses armoiries, mais de la bicyclette sur laquelle il parcourt les routes françaises, en été. Il pose des questions apparemment innocentes sur l’indépendance des revues professionnelles, par exemple, et rit de très bon coeur. Voici le personnage étrange et séduisant qui a introduit dans l’univers publicitaire une petite Comédie humaine, composée de personnages étranges et séduisants, délicieusement snobs, en qui il déclare s’être dépeint avec complaisance. Ayez du Schweppes aussi dans le bar de votre Rolls », nous conseille, de sa part, du fond de sa barbe distinguée, le Commander Whitehead. En lisant les réponses faites ci-dessous par Ogilvy, vous reconnaît sans peine l’exquise insolence du ton.

Le gentilhomme écossais, créateur d’une petite agence toute neuve, met un bandeau sur l’oil d’un gentilhomme autrichien pris comme mannequin et voici lancées, à la fois, les chemises Hathaway et l’agence Ogilvy (Ogilvy, Benson & Mather). Ceci se passait il y a une quinzaine d’années, pas plus. De nombreux personnages ogilviens se sont succédés depuis, porte-paroles de la K.LM., de Shell, du Tou risme américain, de Rolls-Royce, de Porto-Rico, etc.; le concepteur Ogilvy, ex-cuisinier au Majestic, ex-vendeur au porte-à-porte, est devenu un chef d’entreprise prospère, et les techniques que lui et les siens mettent en uvre sont diverses, comme il convient à des vendeurs de produits divers; mais en présence du personnage Ogilvy, on ne peut se défendre de penser qu’il joue (supérieurement) à se regarder dans le miroir des magazines. « Ce que je fais faire au baron Wrangel Vhomme au bandeau sur Vtl c’est, dit-il en substance, ce que j’aime ou aimerais faire moi-même : jouer du hautbois, barrer un yacht, etc. *

Mais il ne faut jamais se hâter de dire à propos de lui ; c Voilà la clef. » David Ogilvy est une maison avec beaucoup de portes. Excentrique et puritain, philanthrope et snob, cynique et sentimental, il invite à toutes les antithèses. Sauf une : il est toujours intelligent.

Cahier de la publicité

Pourquoi avez-vous écrit votre livre?

David Ogilvy

La vraie raison est enfouie dans mon subconscient, mais je peux vous en donner d’autres.
a) J’espérais que ce livre pourrait contribuer à amener de nou veaux clients à mon agence. J’aime l’idée que des prospects paient cinq dollars pour avoir le privilège de lire une < présentation » une de plus.
b) J’espérais que ce livre pourrait faire comprendre à mes clients actuels que j’en sais plus qu’eux sur la publicité et ainsi, les décourager de discuter avec moi. J’ai peu de goût pour la discussion.
c) J’espérais que ce livre pourrait donner à quelques jeunes hommes et jeunes femmes, ayant de l’ambition et de la personnalité, l’idée de venir me demander du travail.
M. C.

d) J’espérais que ce livre pourrait me rendre célèbre. Je suis friand de célébrité.
c) J’espérais que ce livre pourrait apprendre à ma propre équipe présente et future à mieux travailler. Toutes ces espérances se sont en partie réalisées.
C. P. :
Avez-vous écrit votre livre avec plaisir?
D. O.:
Oui! Je l’ai écrit pendant mes vacances, en été, le soir, après avoir passé la journée sur la plage. Assis à mon bureau, la plume à la main, j’éclatais de rire à tout bout de champ; et quand ma femme demand aitàprofiterdecette«sibonnehistoire»,jen’avaisqu’àluilire les dernières lignes… Vous comprenez, le premier jet était horrible mentindiscret, rempli d’anecdotes désopilantes à propos de mes clients. J’en ai censuré un bon nombre avant de donner le manuscrit à l’éditeur.
J’avais passé bien des années à rédiger des textes publicitaires, c’est-à-dire des textes courts. Maintenant, il fallait donner de l’am pleur à mon style. J’ai trouvé cela assez difficile. Dans son état final, le livre est sans doute encore un peu laconique. Au moins, il est court! On le lit en peu de temps.
C. P.:
Espérez-vous que les publicitaires suivront vos conseils?
D. O.:
Oui. J’aimerais bien que tous les publicitaires du monde suivent mes conseils. Cela ferait de moi le Grand-Prêtre de ma profession.
J’ai toujours envié le Pape.
C. P.:
Pensez-vous que les publicitaires en général sont capables d’ap prendre?
D. O.:
Non. La plupart sont trop stupides pour reconnaître la simple VERITE quand ils la rencontrent. Les petits esprits aiment la complication.
16
C. P.:
Si vous aviez à « vendre > votre livre, quelle serait la « promesse de bénéfice »? (1)
D. O.:
Je dirais : « Lisez mon livre et vous ferez de l’argent, vous aussi. »
C. P.:
Comment réformer la publicité? Et qui doit s’en charger?
D. O.:
Des réformes? en voici.
a) Interdire l’affichage. Il rend les villes et les campagnes hideuses.
b) Donner au consommateur des faits; s’abstenir de lui donner de l’air chaud.
c) Ne pas rougir d’avoir bon goût en toute occasion.
d) Interdire l’interruption des programmes sérieux par la publi cité(à la radio et à la télévision).
c) Cesser toute publicité pour les cigarettes, parce qu’elles tuent.
Qui devrait se charger de ces réformes? J’aimerais bien que ce
soit nous, publicitaires. Mais nous ne le faisons pas. Alors, au gouver nement de faire le pas et de nous protéger contre nous-mêmes.
C. P.:
Peut-on enseigner la « créativité » (pardon pour ce terme bar bare), et si oui, comment?
D. O.:
Si un homme est né sans imagination ni talent, personne ne lui en donnera. Mais j’ai pu apprendre à des c créatifs » l’art de rendre leurs inventions utilisables. Et certains animateurs je pense en particulier à Bill Bernbach ont réussi à créer chez eux une atmo sphère qui libère les élans créateurs de chacun. Une entreprise spé cialisée dans la création a besoin de dirigeants inspirés.
C. P.:
Les agences sont-elles nécessaires?
(1) Il s’agit du bénéfice promis au consommateur s’il achète le produit, objet de la publicité. Terme du vocabulaire ogilvien.
17
D. O.:
Oui, elles sont encore nécessaires, Dieu merci. Il n’y a pas beau coup de rédacteurs ou de maquettistes qui aient envie de travailler chez l’annonceur : l’ambiance « usine » les embête. Cela dit, je crois qu’au cours des dix prochaines années, les clients auront tendance à reprendre directement sous leur coupe la plupart des activités de marketing, laissant aux agences les activités de création. Cela évitera ces duplications d’efforts, qui causent aujourd’hui tant de frictions
et qui gaspillent tant d’argent.
C. P.:
Où, quand, comment, combien de temps travaillez-vous lorsque vous concevez une campagne?
D. O.:
Je passe toutes mes heures de bureau en réunions et coups de téléphone. Je ne peux lire ou écrire que chez moi, le soir, et pendant les week-ends.
A l’âge de cinquante-trois ans, je commence à me rendre compte qu’il ne faut pas veiller trop tard. Plus jeune, je restais à mon bureau longtemps après minuit, cinq jours par semaine. Maintenant, je travaille à la maison, tous les jours, une heure ou deux avant le breakfast.
Quelquefois, je n’arrive pas à « sortir » une idée. Mais j’ai mis au point deux remèdes pour venir à bout de cet inconvénient : écouter
des disques (surtout Haendel et Mozart) et boire beaucoup de vin (surtout du Bordeaux rouge).
Il y a dix ans, notre agence était une toute petite agence. Nous avions quinze campagnes en cours, dont quatorze de moi. Aujourd’hui nous menons cinquante campagnes, rien que pour notre bureau de New York et une seule est de moi. Nous avons cinquante rédact eurs, cinquante maquettistes : beaucoup d’entre eux sont plus forts que moi.
Pour vous dire toute la vérité, je suis bien moins fertile qu’autref oisC.’est peut-être l’âge. Ou la paresse. Ou la fonction directoriale, qui m’accapare de plus en plus…
18

Voir aussi:

http://lannigan.org/images_archive/Ogilvy_and_Mather_Advertisement.jpg

How to Create Advertising that Sells
by David Ogilvy

Ogilvy & Mather has created over $1,480,000,000 worth of advertising, and spent $4,900,000 tracking the results.

Here, with all the dogmatism of brevity, are 38 of the things we have learned.

1. The most important decision. We have learned that the effect of your advertising on your sales depends more on this decision than on any other: How should you position your product?

Should you position SCHWEPPES as a soft drink—or as a mixer?

Should you position DOVE as a product for dry skin or as a product which gets hands really clean?

The results of your campaign depend less on how we write your advertising than on how your product is positioned. It follows that positioning should be decided before the advertising is created.

Research can help. Look before you leap.

2. Large promise. The second most important decision is this: what should you promise the customer? A promise is not a claim, or a theme, or a slogan. It is a benefit for the consumer.

It pays to promise a benefit which is unique and competitive. And the product must deliver the benefit you promise.

Most advertising promises nothing. It is doomed to fail in the marketplace.

"Promise, large promise, is the soul of an advertisement"—said Samuel Johnson.

3. Brand image. Every advertisement should contribute to the complex symbol which is the brand image. Ninety-five percent of all advertising is created ad hoc. Most products lack any consistent image from one year to another.

The manufacturer who dedicates his advertising to building the most sharply defined personality for his brand gets the largest share of the market.

4. Big ideas. Unless your advertising is built on a BIG IDEA it will pass like a ship in the night.

It takes a BIG IDEA to jolt the consumer out of his indifference—to make him notice your advertising, remember it and take action.

Big ideas are usually simple ideas. Said Charles Kettering, the great General Motors inventor: "This problem, when solved, will be simple."

BIG SIMPLE IDEAS are not easy to come by. They require genius—and midnight oil. A truly big one can be continued for twenty years—like our Eye patch for Hathaway shirts.

5. A first-class ticket. It pays to give most products an image of quality—a first-class ticket.

Ogilvy & Mather has been conspicuously successful in doing this—for Pepperidge, Hathaway, Mercedes-Benz, Schweppes, Dove and others.

If your advertising looks ugly, consumers will conclude that your product is shoddy, and they will be less likely to buy it.

6. Don’t be a bore. Nobody was ever bored into buying a product. Yet most advertising is impersonal, detached, cold—and dull.

It pays to involve the customer.

Talk to her like a human being. Charm her. Make her hungry. Get her to participate.

7. Innovate. Start trends—instead of following them. Advertising which follows a fashionable fad, or is imitative, is seldom successful

It pays to innovate, to blaze new trails. But innovation is risky unless you pre-test your innovation with consumers. Look before you leap.

8. Be suspicious of awards. The pursuit of creative awards seduces creative people from the pursuit of sales.

We have been unable to establish any correlation whatever between awards and sales.

At Ogilvy & Mather we now give an annual award for the campaign which contributes the most to sales.

Successful advertising sells the product without drawing attention to itself. It rivets the consumer’s attention on the product

Make the product the hero of your advertising.

9. Psychological segmentation. Any good agency knows how to position products for demographic segments of the market—for men, for young children, for farmers in the South, etc.

But Ogilvy & Mather has learned that it often pays to position products for psychological segments of the market.

Our Mercedes-Benz advertising is positioned to fit nonconformists who scoff at "status symbols" and reject flimflam appeals to snobbery.

10. Don’t bury news. It is easier to interest the consumer in a product when it is new than at any other point in its life. Many copywriters have a fatal instinct for burying news. This is why most advertising for new products fails to exploit the opportunity that genuine news provides.

It pays to launch your new product with a loud BOOM-BOOM.

11. Go the whole hog. Most advertising campaigns are too complicated. They reflect a long list of marketing objectives. They embrace the divergent views of too many executives. By attempting too many things, they achieve nothing.

It pays to boil down your strategy to one simple promise—and go the whole hog in delivering that promise.
What works best in television

12.Testimonials: Avoid irrelevant celebrities. Testimonial commercials arc almost always successful—if you make them credible.

Either celebrities or real people can be effective. But avoid irrelevant celebrities whose fame has no natural connection with your product or your customers. Irrelevant celebrities steal attention from your product.

13.Problem-solution (don’t cheat!) You set up a problem that the consumer recognizes.

Then you show how your product can solve that problem.

And you prove the solution.

This technique has always been above average in sales results, and it still is. But don’t use it unless you can do so without cheating; the consumer isn’t a moron, she is your wife.

14. Visual demonstrations. If they are honest, visual demonstrations are generally effective in the marketplace.

It pays to visualize your promise. It saves time. It drives the promise home. It is memorable.

15. Slice of life. These playlets are corny, and most copywriters detest them. But they have sold a lot of merchandise, and are still selling.

16. Avoid logorrhea. Make your pictures tell the story. What you show is more important than what you say.

Many commercials drown the viewer in a torrent of words. We call that logorrhea (rhymes with diarrhoea).

We have created some great commercials without words.

17. On-camera voice. Commercials using on-camera voice do significantly better than commercials using voice-over.

18. Musical backgrounds. Most commercials use musical backgrounds. However, on the average, musical backgrounds reduce recall of your commercial. Very few creative people accept this.

But we never heard of an agency using musical background under a new business presentation.

19. Stand-ups. The stand-up pitch can be effective, if it is delivered with straightforward honesty.

20. Burr of singularity. The average consumer now sees 20,000 commercials a year; poor dear.

Most of them slide off her memory like water off a duck’s back.

Give your commercials a flourish of singularity, a burr that will stick in the consumer’s mind. One such burr is the MNEMONIC DEVICE, or relevant symbol—like the crowns in our commercials for Imperial Margarine.

21. Animation & cartoons. Less than five percent of television commercials use cartoons or animation. They are less persuasive than live commercials.

The consumer cannot identify herself with the character in the cartoon. And cartoons do not invite belief.

However, Carson/Roberts, our partners in Los Angeles, tell us that animation can be helpful when you are talking to children.

They should know—they have addressed more than six hundred commercials to children.

22. Salvage commercials. Many commercials which test poorly can be salvaged.

The faults revealed by the test can be corrected. We have doubled the effectiveness of a commercial simply by re-editing it

23. Factual vs. emotional. Factual commercials tend to be more effective than emotional commercials.

However, Ogilvy & Mather has made some emotional commercials which have been successful in the marketplace. Among these are our campaigns for Maxwell House Coffee and Hershey’s Milk Chocolate.

24. Grabbers. We have found that commercials with an exciting opening hold their audience at a higher level than commercials which begin quietly.
What works best in print

25. Headlines. On the average, five times as many people read the headline as read the body

It follows that, if you don’t sell the product in your headline, you have wasted 80 percent of your money. That is why most Ogilvy & Mather headlines include the brand name and the promise.

26. Benefit in headlines. Headlines that promise a benefit sell more than those that don’t.

27. News in headlines. Time after time, we have found that it pays to inject genuine news into headlines.

The consumer is always on the lookout for new products, or new improvements in an old product, or new ways to use an old product.

Economists—even Russian economists—approve of this. They call it "informative" advertising. So do consumers.

28. Simple headlines. Your headline should telegraph what you want to say—in simple language. Readers do not stop to decipher the meaning of obscure headlines.

29. How many words in a headline? In headline tests conducted with the cooperation of a big department store, it was found that headlines of ten words or longer sold more goods than short headlines.

In terms of recall headlines between eight and ten words are most effective.

In mail-order advertising, headlines between six and twelve words get the most coupon returns.

On the average, long headlines sell more merchandise than short ones—headlines like our

"At 60 miles an hour, the loudest noise in this new Rolls-Royce comes from the electric clock."

30. Localize headlines. In Local advertising it pays to include the name of the city in your headline.

31. Select your prospects. When you advertise a product which is consumed only by a special group, it pays to "flag" that group in your headline -MOTHERS, BED-WETTERS, GOING TO EUROPE?

32. Yes, people read long copy. Readership falls off rapidly up to fifty words, but drops very little between fifty and five hundred words. (This page contains 1909 words, and you are reading it.)

Ogilvy & Mather has used long copy—with notable success—for Mercedes-Benz, Cessna Citation, Merrill Lynch and Shell gasoline.

"The more you tell, the more you sell."

33. Story appeal in picture. Ogilvy & Mather has gotten notable results with photographs which suggest a story. The reader glances at the photograph and asks himself, "What goes on here?" Then he reads the copy to find out.

Harold Rudolph called this magic element "story appeal." The more of it you inject into your photograph, the more people look at your advertisement.

It is easier said than done.

34. Before & after. Before and After advertisements are somewhat above average in attention value.

Any form of "visualized contrast" seems to work well.

35. Photographs vs. artwork. Ogilvy & Mather has found that photographs work belter than drawings—almost invariably.

They attract more readers, generate more appetite appeal, are more believable, are better remembered, pull more coupons, and sell more merchandise.

36. Use captions to sell. On the average, twice as many people read the captions under photographs as read the body copy.

It follows that you should never use a photograph without putting a caption under it; and each caption should be a miniature advertisement for the product—complete with brand name and promise.

37. Editorial layouts. Ogilvy & Mather has had more success with editorial layouts than with. "addy" layouts.

Editorial layouts get higher readership than conventional advertisements.

38. Repeat your winners. Scores of great advertisements have been discarded before they have begun to pay off.

Readership can actually increase with repetition—up to five repetitions.

Is this all we know?

These findings apply to most categories of products. But not to all.

Ogilvy & Mather has developed a separate and specialized body of knowledge on what makes for success in advertising food products, tourist destinations, proprietary medicines, children’s products and other classifications.

But this special information is revealed only to the clients of Ogilvy & Mather.

2 East 48th Street, New York, N.Y. 10017

 Voir encore:

The Theory and Practice of Selling the Aga Cooker
by David Ogilvy—June, 1935
Issued by Aga Heat Limited

"The perfect Aga Salesman combines the tenacity of the bulldog with the manners of the spaniel".
An AGA Cooker Sales Training Manual
FOREWARD

We may divide modern industry into three interdependent parts: design, manufacture, and selling. The Aga, designed by Dr. Dalen and manufactured by master English steel and iron founders, demands a high standard of selling.

Selling includes advertising, sales literature and personal contact. Of these, personal contact with the prospective purchasers is the last link in the chain between Dalen and John Bull. It might be the strongest.

In Great Britain, there are twelve million households. One million of these own motor cars. Only ten thousand own Aga Cookers. No household which can afford a motor car can afford to be without an Aga. They must be hunted out and their interest in Aga roused by personal sales argument. Only by personal contact can you judge whether a household is Aga-worthy. Only a salesman can get the order. Press advertising and sales literature is intended to facilitate your work and not to do it for you. You can use sales literature as one weapon in your armoury. People are impressed by what they hear far more than by what they read. They must be talked to about Aga, by you. Only an insignificant percentage will go to shops and ask you to tell them. In the immortal words of Henry Ford, "solicit by personal visitation."

Unfortunately householders do not hold "At Homes " for salesmen. Nor is there any inevitably successful method of getting into their houses. If you have never called on householders as a salesman it will not take you long to find out that there are hundreds of other people doing the same thing. In some towns it is not unusual for as many as twenty salesmen to call at a house in one day. Few, if any, of them get in. Orders have been given to the maid to keep salesmen out at al costs. But there are ways of getting in and only be constant experiment will you be able to develop what is for you the best technique. There are certain universal rules. Dress quietly and shave well. Do not wear a bowler hat. Go to the back door (most salesmen go to the front door, a manoeuvre always resented by maid and mistress alike). Always find out beforehand the name of the householder. Be as polite as you know how. Never lose your temper. Tell the person who opens the door frankly and briefly what you have come for’ it will get her on your side. Never on any account get in on false pretences. Study the best time of day for calling; between 12 and 2PM you will not be welcome, whereas a call at an unorthodox time of day – after supper in the summer for instance – will often succeed. Never "do" a whole street consecutively. If you must carry sales literature, use an expensive looking brief case which cannot be mistaken for a bag of samples. Some salesmen make their first call without any literature at all, a plan which has much to commend it. In general, study the methods of you competitors and do the exact opposite.

Find out all you can about your prospects before you call on them’ their general living conditions, wealth, profession, hobbies, friends and so on. Every hour spent in this kind of research will help you impress your prospect.

Salesmen are only too often unpopular people in Aga-worthy houses.. Show straight away that you are not of the so-called canvasser variety. Never bully, get into an argument, show resentment, or lose your temper. Do not talk about "your husband" – "Mr. Smith" is less impertinent. Never talk down or show superior knowledge. Never appeal to a prospect’s pity because the more prosperous you appear the more she is likely to be impressed with you and to believe in you and your Aga. The worst fault a salesman can commit is to be a bore. Foster any attempt to talk about other things; the longer you stay the better you get to know the prospect, and the more you will be trusted. Pretend to be vastly interested in any subject the prospect shows an interest in. The more she talks the better, and if you can make her laugh you are several points up. If she argues a lot, do not give the impression of knowing all the answers by heart and always being one up on her. She will think you are too smart by half, and mistrust your integrity. Find out as soon as possible in the conversation how much she already knows about Aga; it will give you the correct angle of approach. Perhaps the most important thing of all is to avoid standardisation in your sales talk. If you find yourself on fine day saying the same things to a bishop and a trapezist, you are done for.

When the prospect tries to bring the interview to a close, go gracefully. It can only hurt to be kicked out. Learn to recognise a really valid reason for the prospect being unable to order (there are mighty few such reasons). With these reservations you cannot be too tenacious or too persevering. The good salesman combines the tenacity of a bull dog with the manners of a spaniel. If you have any charm, ooze it.

The more prospects you talk to, the more sales you expose yourself to, the more orders you will get. But never mistake the quantity of calls for quality of salesmanship.

Quality of salesmanship involves energy, time and knowledge of the product. We cannot contribute to the first two. The object of these notes is to help you to the third – abetter knowledge of the Aga. And although many of the sales arguments expended here are already well known to all experience Aga salesmen, this manual must contain at least some hints which will prove interesting and helpful to everybody. Selling does not materially differ from military campaigning, and we may analyse it under two main headings, ATTACK and DEFENCE.

The attack is the positive task of stimulating the prospect to want an Aga more than anything in the world. The defence is the negative task of removing obstacles which seem to the prospect to lie between her and her dearest wish. Never get manoeuvred into a permanent defence; it will become a retreat. Defence must be developed as quickly as possible into counter attack. Positive argument is more persuasive than negative argument.
ATTACK
1. General Statement

most people have heard something about the Aga Cooker. They vaguely believe it to involve some new method of cooking. They may have heard that it works on the principle of "heat storage". Heat storage is the oldest known form of cooking. Aborigines bake their hedgehogs in the ashes of a dying fire. The baker’s brick oven has been in use for centuries and is known by most women to be traditionally the perfect oven. The hay-box came into its own during the War. But the Aga is not just a glorified hay-box with a fire inside, or a baker’s oven put in a polished case of chromium-plat and vitreous enamel. It is the result of applying contemporary scientific knowledge of combustion, metallurgy, and nutrition to the accumulated kitchen sense of centuries.

The Aga was invited by Dr. Gustaf Dalen of Stockholm. A scientist of little distinction, he has actually won the Nobel Prices (approximate value £ 5,000).

And Dr. Dalen is that rare thing, a front rank scientist who actually applies his knowledge to inventions of material and immediate benefit to mankind. Before inventing the Aga he had perfected a system of lights for lighthouses and buoys, which has been adopted throughout the world, and which at this very moment is saving the lives of sailors on some rocky coast on the other side of the world: just as the Aga is now cooking luncheon for at least one hundred thousand British people. The everyday influence of Dr. Dalen may justly be compared to that of Signor Marconi.

For nine years the Aga has been tested and improved in detail, at huge cost, until to-day it is perhaps the perfect cooker. For five years it has been in use in our British kitchens. For four years it has been made in Britain by a British company.

When the inventor built his wife a house, he looked for, but could not find, a cooker which was capable of every cooking method-baking, boiling, braising, frying, grilling, toasting, stewing, roasting, steaming and simmering. He demanded that his cooker should be able to do all these things to perfection. As a scientist even more as a husband he was appalled by the enormous waste of heat apparent in the ordinary type of cooker. He saw that however efficient a cooker could be made, so long as the human factor in the heat control remained, that cooker could never be economical. If he could cut out the human factor in heat control he would give to the world and to his wife their most economical cooker. So Dr. Dalen produced the Aga. It is the only cooker in the world with a fixed invariable fuel consumption, guaranteed by its inventor, its manufacturers, its salesmen, its users and eve coal merchants to burn less than £4 worth of fuel in a year.

Having got some preliminary remarks of this kind off your chest, find out as quickly as possible which of the particular sales arguments that follow is most likely to appeal to your audience, and give that argument appropriate emphasis. Stock-brokers will appreciate No. 2. Doctors will understand No. 9. Cooks will be won over with No. 5. Only on rare occasions will you have the opportunity of getting through all twelve arguments.
2. Economy

The Aga is the only cooker in the world with a guaranteed maximum fuel consumption. It is guaranteed to burn less than £4 of fuel a year. This figure can be expressed as £1 a quarter, 6/8 a month, 1/6 a week, 11/2 a day or one-fifth of a penny per hour. Different prospects are impressed most by different statements of time and price, but the majority will easily remember £4 a year. (These figures refer to the standard model only).

Very few people believe you the first time they hear this claim. Bring testimonials to your support. The most electrifying proof of the truth of you claim is to offer to make yourself personally responsible for keeping the prospect in fuel in return for a fixed annual payment of £4. If you add confidentially that the transaction will show you a profit, the prospect will prefer to buy her own fuel. Stress the fact that no cook can make her Aga burn more fuel than this, however stupid, extravagant or careless she may be, or however much she may cook. If more fuel is consumed, it is being stolen, and the police should be called immediately.

Avoid like the plague any reference to fuel consumption in terms of tons. Tons are less memorable than £s and discussion of weights and measures in English conversation invariably leads to argument, competitive exaggeration, disbelieve, and bad temper. It is vitally essential to make every prospect believe your fuel consumption claim, even if she disbelieves everything else you say. On the whole, however, you will not find incredulity a serious obstacle in selling the Aga; after all, it is all true, and if you believe it yourself you will find that, like the Apostles, you will be believed by other people.

Next find out how much the prospect in spending in fuel consumption, making it appear that your estimate is charitable on the low side. Some prospects know the fuel consumption for the whole house, but very few indeed know how exactly what proportion is accounted for by the kitchen. The tactic is the assume an air of objective omniscience and to tell her that the kitchen accounts for at least 80 per cent of the fuel in most houses, but that in her house it may only burn 70 per cent of the total.

Having arrived by some means or another at an agreed figure for the fuel consumption of the present cooker, you proceed to finance. You let the wild can out of the bag and tell her the price. If you have painted the Aga in sufficiently glowing colours she will have been led up to believe that the price will be actually higher than it is. Without apologising for the price, rush on to prove that the Aga is a first-class investment which first pays for itself out of the money it saves in fuel, and then continues to pay dividends ad infinitum. If the prospect will invest capital in the Aga she will receive dividends on a scale unheard of on the Stock Exchange.

Suggest that the Aga can be bought by hire-purchase and that it will pay its own instalments. Money which has hitherto gone to coal merchants, the Gas Company, or the Electricity undertaking, can simply be diverted for a year or two until the Aga is paid for. Then one find day the prospect wakes up and finds herself handsomely in pocket. There are houses where a Christmas Party is given every year out of Aga’s fuel saving. It can be thus be shown that the Aga need cost nothing to buy.

The following tables will implement your thesis. Carry them about with you in the form you can show to prospects.

THE NEW STANDARD AGA COOKER costs £47 10S. Add from £5 for Delivery and Erection. Total Cost, £52 10S. Fuel Cost, 4 per annum.

H.P. terms for 4 years: Initial payment, £5 10s, followed by:

48 monthly payments $1 S2 plus 6/8 for fuel
£1 11s. 8d. a month, or 7/6 a week
12 quarterly payments £3 15s. plus £1 for fuel
£4 15s a quarter

MODEL 21 AGA COOKER costs £78. Add from £5 10S for Delivery and Erection. Total Cost, £83 10S. Fuel cost £5 per anum

H.P. Terms for 3 years: Initial payment, £5 10s, followed by:

36 monthly payments of £2 12s, 10d plus 8/4 for fuel
£3 28. 2d a month
12 quarterly payments of £4;0s 1d. plus 25/- for fuel
£9 5s 1d a quarter

NOTE:—For fuel consumptions smaller than those shown the fuel saving is so small as to be hardly worth using as a major argument. You have barked up the wrong tree. Change gracefully to another argument, without giving the impression that any wind has gone out of your sails.
3. Always Ready

You cannot surprise an Aga. It is always on its toes, ready for immediate use at any time of the day or night. It is difficult for a cook or housewife who has not known to Aga to realise exactly what this will mean to her. Tell her she can come down in the middle of the night and roast a goose, or even refill her hot water bottle. On Sunday evenings when all the bread in the house is as stale as Old Harry, she need only pop the stale loaf into the oven for two to three minutes and abracadabra ! – a hot crunch loaf of new bread. Hot breakfast may be given to the wretched visitor who has to start back to London at zero hour on Monday morning. Only after the Aga has been installed will the prospect realise the real significance of the "Always Ready" advantage, and the first time she returns from an all-day picnic to a hot cooker she will have reason to bless you. More than 90 per cent of the Aga users who have written to us and the other Aga organizations throughout the world tell us that the best feature of the Cooker is that it is always ready. (Although it is the actual user who can best express an unbiased opinion of the Aga, the value of testimonials is generally exaggerated. People are not much impressed by them unless they happen to know something about the people who wrote them).

"Always Ready" is a feature of cardinal importance which runs like a silver thread through every description of the Aga.
4. Cleanliness

Cleanliness with which may be coupled beauty, is a virtue sometimes better appreciated by the prospect than by the salesman. The woman who does the work in a house spends more time on cleaning that on anything else. Vacuum cleaners, carpet sweepers, soap, dusters, aprons, brushes and mops are bought to remove dirt. Anything calculated to remove one of the major causes of dirt in a house is immediately appreciated by all women. The Aga is innately clean-as clean as the shining vitreous enamel on its front. It will save £s in kitchen redecoration, and every £ saved annually represents the interest on capital investment of £20

Ladies can cook a dinner on the Aga in evening dress. Doctors will agree that it is so clean that it would not look out of place in the sterilising room of an operating theatre.

Like motor cars, women, hats and houses, cookers sell on their look, and there can be no denying that the Aga is more beautiful, modern-looking and "functional" than any other cooker. If your prospect has not seen an Aga she will never come to hanker for it until she has seen it. Fix it.

Appeal to the prospect’s house-proudness. She must be made to want the most hygienic cooker and to have her kitchen a model kitchen. If you are selling to schools or nursing homes point out tactfully the sales value to them of having a model kitchen. Schools and nursing homes revolve round their kitchens, and most of them know it.

An occasional flowery phrase is called for to allow your enthusiasm full scope in describing the beauty and cleanliness of the Aga. Think some up and produce them extempore.
Cookery

It is hopeless to try and sell a single Aga unless you know something about cookery and appear to know more than you actually do. It is not simply a question of knowing which part of the Aga bakes and which simmers. You must be able to talk to cooks and housewives on their own ground. Most of the women who buy cookers are cooks themselves by necessity, profession, or hobby, and if you can talk food with them you have at your finger-tips a ready made topic of common interest which will open many doors and more hearts. And bear this in mind, that the more you know about cookery the more you will enjoy your own meals.

THE BOILING PLATE–I have heard the Aga is good for slow cooking, but can it cook fast?" You will hear this objection a hundred times a week. Forestall it every time. The Boiling Plate is far and away faster than any gas ring or electric hotplate. It is about as fast as the red part of a coal fire. If you are demonstrating, show how quickly water boils and how violently it goes on boiling. A hearty display of clouds of steam, lid rattling and boiling over should dispel this slowness inhibition once and for all. Nevertheless you will sometimes run across prospects who can quote chapter and verse for the Aga being too slow. With such people it will pay you to admit with a confidence-winning show of frankness that the old type cooker did indeed lose speed when the lids had been up for a prolonged period; how different, you will say, is the new cooker, which recuperates as fast as it loses heat and whose boiling plate is always as hot as blazes.

If you do not yourself believe that the Aga is the fastest cooker, spit on the boiler plate. Such an exhibition of bouncing, dancing and globular antics will convince you.

The heat of the Boiling Plate is even all over. Food does not stick, as it does when a saucepan rests on top of unequally impinging gas flames.

Aga grilling should be featured, particularly to men, who are almost always interested in this if in no other method of cooking; it is the only culinary operation they ever see and understand. Expatiate on the theme that the Aga grills almost as well as an open charcoal or coke grill. The process is described in the utensil catalogue and by Ambrose Heath.

THE SIMMERING PLATE. The point of importance with regard to the Simmering plate is not to admit for one moment the proposition that to cook on it cools the oven. In point of fact the oven will cook if the Simmering Plate is used to excess, but the prospect would be unduly alarmed were you to tell her this in so many words; your conscience can be salved by the safe knowledge that when she becomes an owner the Cooking Oven will make the use of the Simmering Plate largely superfluous.

It is possible, you will tell the prospect, to keep three saucepans simmering for all eternity on the Simmering Plate. They can never boil over. However, too much emphasis must not be laid on the virtues of the Simmering Plate, or it will detract from the culinary sensation you hope to make with the Cooking Oven.

THE ROASTING OVEN. Learn to recognise vegetarians on sight. It is painful indeed to gush over roasting and grilling to a drooping face which has not enjoyed the pleasures of a beefsteak for years.

Before you open the top oven door, either actually or by description, forestall the inevitable observation that it "looks very small." It is an optical illusion due to the solid shape of the Aga. Measured in cubic inches the top oven compares very favourably with other ovens. It is deep from back to front-roughly the shape of a sucking pig. Demonstrate with exaggerated groping how far back the oven goes. It will take a 20-lb turkey, a 22-lb. roast of beef, or four legs of lamb. The turkey introduces the subject of Christmas dinner and this can be made an opportunity for digression into the realm of good food.

Every cubic inch of space in the oven can be utilised because the heat is even all over. This is very far from being the case with other cookers, where the gas flames dry and scorch food placed too close to them, or the hot flue passes over one side of the oven and leaves the other side as cold as an iceberg. Furthermore the temperature of the oven does not vary with unexpected rapidity as it does in an electric oven, whose walls are not so thick and whose insulation is not so thorough. Cakes and joints for this reason do not require such careful watching in the Aga Oven. Joints never require basting.

The Roasting Oven closely resembles an old-fashioned brick baker’s oven, which all knowledgeable cooks will admit is second only to a spit for roasting. Indeed in one respect the Aga Oven is even better than a baker’s oven: it does not have to be heated up. That reduces time spent in the kitchen and brings you to a most important talking point: the Aga makes you cook. The housewife who uses an ordinary cooker and who is busy in the house all day, tends to save time as much as possible over cooking by choosing those dishes which she can cook in a few minutes, without wasting time in heating up her oven. The result is an excess of expensive cutlets, sausages, eggs, and worst of all, tinned food. With the Aga oven such dishes as gratins, pies, tarts, joints, and patties come into their own. These dishes are better eating and far cheaper. In this way the Aga stimulates its owners to more and better cooking.

Joints roasted in the Aga do not shrink. The reason for this is that the actual walls of the oven hold sufficiently large quantities of heat to insure that the joint quickly reaches a temperature where the correct carapace or crust is formed, and the natural juices are sealed inside. Result: meat which is incomparably juicy, tasty, evenly roasted all through, and beautifully coloured on the outside. Cold Aga joints are a sight more welcome than ordinary cold meat. The budgetary saving brought about by the absence of shrinkage is so great that you can safely count on 10 per cent off the butcher’s bill.

Baking interests most women more than roasting. Without beating around the bush, tell the prospect that pastry baking, bread baking and cake baking are star turns. A tart will come out evenly golden all over. Every little cake on a tray will be the same uniform colour. Home-made bread comes into its own in the baker-poisoned household. Most women are subject to baking fits, and the ability to give this idiosyncrasy full rein may be enlarged upon at some length.

The top shelf of the oven is good for browning gratins, etc.

Forestall the question: "How do you regulate the temperature?" It will be in the prospects mind long before you finish eulogising the oven, and if you can attack the subject before it is thrown in your teeth you will have a tactical advantage. One of the greatest virtues of the Aga is that the temperature control is fully automatic, so that the cook can forget it entirely. In boiling, or in the case of marmalade by soaking the peel and pulp with the water all night. Meringues, the first cousins of custard and mayonnaise, present no difficulty. The cooking oven will do them to perfection at any time of the day or night. National dishes such as Haggis, Irish Stew and Sauerkraut are child’s play.

In a nut-shell the Aga enables a housewife to provide those dishes whose excellence is due to the cooking they receive instead of to the expensiveness of the ingredients they contain. Economy and good food all along the line.

THE HOT WATER TANK. Go into an old-fashioned kitchen at two o’clock in the afternoon and ten to one you will see a kettle boiling away sleepily for tea at half-past four, when the water will be dead and stale. Now imagine an 80-pint kettle which never quite boils, which remains perfectly fresh, and which is ready and fit all round the clock for tea, vegetables, hot-water bottles, washing up, and even to come to the rescue on those fearful occasions when the domestic hot-water system breaks down. Paint a picture of Colonel Blimp wallowing in a hip bath while hoards of apologetic kitchen maids carry cans from the Aga tank to float him to heights of political epigram. In humbler houses the tank makes it possible to do without the independent boiler in hot weather, or when a caretaker is alone in the house.. Needless to say, the tank is most important in those houses where there are invalids.

Some prospects will pretend that their domestic hot water system provides all the kitchen requirements. Point out to them the superior advantage of having the hot water actually on the cooker under the cook’s hand, and invite them to admit that they would be horrified to hear of hot water from the house system being used for cooking or tea.

The tank must be filled daily. A tap from the main placed immediately above the opening only costs a few shillings to fix and saves fetching and carrying. If the cook forgets to fill the tank, it cannot run dry. And even if it could nothing would happen. In 15,000 cases there has never been an accident. To the prospect who is irretrievably nervous about bursting boilers you can only offer to erect the Aga without a tank; go on to say that the construction of the tank, with the business tap half way up, renders it incapable of being emptied. When the cook finds the tap running dry she will fill up, safe in the knowledge that five gallons still remain below tap level.

Every time cold water is poured in it falls to the bottom and the hot water comes up to the top. In this way you never have to wait for hot water and the water is always fresh.

The tank is imbecile-proof.
6. Appeal to Cooks

If there is a cook in the house, she is bound to have the casting vote over a new cooker. Butter her up. Never go above her head. Before the sale and afterwards as a user a cook can be your bitterest enemy or your best friend’ she can poison a whole district or act as your secret representative. The Aga will mean for her an extra hour in bed, and a kitchen as clean as a drawing-room. Every cook who knows the Aga can get a good job at any time; but be careful how you tell her this.. The Aga is cool to work at and will not burn her face. It will be reliable and will never let her down. She will be able to bake rolls and scones before breakfast. She will not have to scrub the kitchen floor so frequently. In a big house do not make the unpardonable error of attributing to the cook the dirty work done by the kitchenmaid. All kitchenmaids love the Aga, at any rate until they are dismissed as superfluous; even then they can get a better job as cook in an Aga house.

Do not lead the cook to suppose that she will have to relearn her job.
7. Appeal to Men

When selling to men who employ a staff or whose wives do their cooking, make a discreet appeal to their humane instincts. The Aga takes the slavery out of the kitchen work. It dos not cook the cook. It civilises live in the kitchen. It can be to women what their motor car is to men. And compare prices. If you can work on this appeal to a man’s better nature and combine it with an appeal to his pocket and his belly, you cannot fail to secure an order. Contentment in a house spreads from the cook outwards, and a discontented cook will turn a house into a bedlam of grumbling. All men pray for peace below stairs and a house which runs on oiled wheels; the Aga goes to the heart of the problem.
8. Appeal to Special Classes.

Children can be given the run of the Aga kitchen for making coffee and so on. There is no danger of burning, electric shocks, gassing or explosion. The blind will like to hear that Dr. Dalen is himself blind. Cooks will like to hear that Ambrose Heat himself uses an Aga. Doctors will admire your perspicacity if you tell them that Sir Farquhar Buzzard and Sir Humphrey Rolleston are doctor-users, and if a case keeps them long after the normal hour for dinner they will get an unspoilt meal on their return to an Aga house. There is no end to the special appeal Aga has for every conceivable class and profession. Think it out.
9. Kitchen and Warming and Air Conditioning

The Aga warms an average-sized kitchen even in the depths of winter, acting like a radiator of approximately 37 square feet surface area at a constant temperature of about 90 degrees F. A little heat goes a long way if it is constant. Ordinary kitchens get cold in the night. The Aga kitchen keeps warm all night. For the cook to come down first thing in the morning to a warm kitchen, and to have one room in the house always warm, are huge advantages, particularly in houses which have not got central heating.

You can reasonable claim that the Aga will warm any kitchen enough for working in, but large basement kitchens and those in country houses with stone floors and leaky windows must be provided with other heating in winter, if the staff are to use them as sitting rooms. This difficulty often solves itself, as in big houses the boiler is in the kitchen, or there is central heating, or a servants’ hall is provided (as it ought to be).

In summer the windows are left open and the Aga kitchen achieves an arctic coldness. And does it not look cool?

Magically enough, the Aga also contrives to "air-condition" the kitchen. This advantage will appeal with some force to factory owners, architects and others who understand that "air-conditioning" is the modern way of talking about keeping a room well aired. Modern cinemas, shops, and even express trains are air-conditioned. All coal-burning fires help to change the air in a room while they are burning. The Aga always burns as it pumps out foul air through the chimney and pulls fresh air into the kitchen. The Aga cook works in a fresh,, dry, warm atmosphere. The Aga kitchen is healthy and inimical to germs. In coal-range, gas, electric or oil kitchens the temperature falls every night; when cooking begins again in the morning steam condenses on the cold walls, and in time a layer of sticky dust and grime accumulates everywhere. Food mildews, cereals lose crispness, salt cakes, and the kitchen needs re-painting; the Aga kitchen is perennially cosy and knows not such abominations.
10. Summary of Miscellaneous Economies

The Aga means fuel savings, staff reduction, reduced expenditure on cleaning materials, reduction of meat shrinkage and food wastage, abolition of chimney-sweeps; painting and redecorating is unheard of; electric irons and their antics are unnecessary; raids on registry offices for new servants become a thing of the past; the house can be let or sold at any time on its kitchen; bilious attacks and doctor’s bills are halved; restaurants are seldom visited, and, as the French say; "The Aga owner eats best at home."
11. Wise-Cracking

The longer you talk to a prospect, the better, and you will not do this if you’re a bore. Pepper your talk with anecdote and jokes. Accumulate a repertoire of illustration. Above all, laugh till you cry every time the prospect makes the joke about the Aga Khan. A deadly serious demonstration is bound to fail. If you can’t make a lady laugh, you certainly cannot maker buy.
12. How it Works Briefly

The AGA Cooker works as follows: The heart of the Cooker is a mass of metal weighing about cwts.. It consists of two cylindrical barrels, one inside the other. The inner barrel forms a magazine which feeds the fire with fuel. The fire is burning at the bottom of the outer barrel. The space between the two barrels forms the flue from the fire. The magazine is charged with coke once every twelve hours, and the fire, burning continuously, heats up this mass of metal. The heat cannot escape from this unit because of the insulating packing around it. When the temperature of the mass of metal, or the heat storage unit, reaches a pre-determined point, a damper automatically reduces the draught and the fire just remains burning to restore to the unit the heat which escapes to warm the kitchen. If the AGA insulation were 100 per cent. perfect, the cooker would not warm the kitchen and the fire would go out (unless cooking were done on it).

Heat is taken from the heat storage unit by metallic conduction to the various parts of the cooker, in exactly the right quantities. Straight up to the very fast boiling plate, across to the simmering plate and the roasting oven, across and down to the lower oven. The amount of metal in each part of the cooker has been calculated so that the temperature is exactly right. By virtue of the automatic damper, or the thermostat, the temperatures are constant.

The insulating lids on top of the hot plates are for keeping heat inside when the hot plates are not in use. When cooking is in progress, these lids are open, cold things are put in the oven, and heat us used up. But as soon as the lids are shut down, the heat immediately begins to store up for the next lot of cooking. All through the night the heat is storing up for the next day’s cooking, and you know that when you come down to the cooker in the morning the temperatures of every part will be exactly the same as they have been on the previous days.
DEFENSE
1. General Advice

The ideal to aim at is to make your attack so thorough that the enemy is incapable of counter-attack, to pile up points in every round and to hand out a K.O. before the last gong; to anticipate every objection without suggesting bogies. In practice, however, you must always be faced soon or later with questions and objections which may indeed be taken as a sign that the prospect’s brain is in working order, and that she is conscientiously considering the AGA as a practical proposition for herself. Some salesmen expound their subject academically, so that at the end the prospect feels no more inclination to buy the AGA than she would to buy the planet Jupiter after a broadcast from the Astronomer Royal. A talkative prospect is a good thing. The dumb prospect is too often equally deaf.

To show that you are completely stumped on any point is fatal, for it stimulates the prospect to attack, puts you on the defensive, and, worst of all, gives the impression that you do not know your job. Know all the answers backwards without learning them by heart. Reply to objections quietly and firmly; don’t be too smart; return naturally to the attack.

If the prospect comes to trust you sufficiently, she may ask you in confidence to tell her what the crab is. Play up and tell her a crab, but be certain that what you tell her will not have the slightest adverse influence. Say, for instance, that orders are so plentiful delivery has been difficult recently, that her family’s appetite may double, that her pigs and hens will die of starvation, that she may find cooking so attractive she never does anything else, that kettles boil over as soon as her back is turned, that the cook will find time lies heavy on her hands, that the neighbours will be jealous, and that every conceivable blessing in disguise will crowd upon her. You can make a fine art of admitting crabs and scoring with them.

All the objections and answers that follow have continuations which will give you an indication of the technique of returning to the lead. They are not cast-iron rules to be learnt by heart and spouted automatically on every occasion. You will be able to develop and improve on our suggestions.
2. Detailed Objections

"It is too big for my kitchen."

Bolony always. It only looks big because it does not, like gas stoves, stand on legs. Make the objection a pretext for going into the kitchen to measure, and ton continue the conversation there. Among other advantages of selling in the kitchen is that the cook will be in earshot and you can kill two birds with one stone. Continue : There is no danger of getting burned with an Aga, so that it is possible to go right up to it. You have to give a range a very wide berth. You can sit on the Aga. It is an uncommon kind of kitchen maid in that it does not get in your way.

"I don’t like Coke."

The old-fashioned coke stove has admittedly brought coke into disrepute. But the Aga differs from the old slow combustion stove as chalk from cheese.

Continue: Coke is the cheapest fuel per heat unit. It is five times cheaper than gas at 9d. a therm, and twelve times cheaper than electric current at 1d. a unit. The heat thus costs so little that it accounts to some extent for the economy of the cooker. If you are asked why the Aga cannot be made to work electrically, that is the answer. (It is worth while knowing the exact rates at which gas and electricity are purveyed in your districts).

"I prefer turning on a tap or a switch."

Fuelling the Aga is dustproof. Show in the Catalogue how the fuel is injected. It is easier and quicker to inject coke once or twice a day than to turn switches and taps and wait for the heat.

Continue: The top oven is always hot ….

"Too much work to carry coke from coal cellar to kitchen."

Not in a super container with a good handle. It is easier to carry coke than to turn witches and taps all day long and wait for heat.

Continue: And think of all the heat you get for such infinitesimal trouble …

"Too much work to remove ashes and clinker, and think of the dust."

Combustion is so complete that the ashes do not contain any soot and are as clean as toilet powder. Ash removal with a special shovel every day or so is as simple a habit as brushing your teeth. Combustion is so steady and controlled that slag and clinker are not produced.

Continue: The combustion is complete and there is no waste. That explains why the cooker gets away with only 7-lbs of coke a day.

"Does the fire often go out ?"

The only possible causes for the fire going out is that the cook has forgotten to fill the barrel. This may happen once or twice at first, but in a few days filling becomes a habit.

Even if the fire goes out it does not much matter , as the cooker stays hot enough to cook on for at least twelve hours afterwards.

Continue: This point illustrates the heat storage principle, always ready, always on duty ….

"Is the Aga difficult to light ?"

Fantastically easy. Light it exactly like any other fire only using charcoal instead of wood for kindling. we give a lavish present of charcoal with the cooker, and this will last for many lightings. Our fitter will show you all the dodges when he comes to erect the cooker.

Continue: There are Agas which have been burning continuously for several years. There is no reason on earth why they should not go on burning for several more ….

"Does it take a terrible time to get hot when lit for cold ?"

No.. The top plates are hot in an hour or two and the ovens in two or three hours.

Continue: If you go away for a weekend you fill up with anthracite. The cooker will then burn for forty-eight hours after stoking, and will remain hot for seventy-two hours. You can prolong your weekend all Monday as well and still return to a warm kitchen …

"Will my chimney give the correct draught?"

If the old range has burnt well there is nothing to fear with the Aga.

Continue: We come along and inspect your chimney to see that everything will be in order. If we find anything wrong it is our policy to tell you so honestly and at once, so that the appropriate remedy can be applied. We find honesty in these matters pays ourselves as well as our customers. we are only too often accused of gross understatement in our advertising; we prefer to leave exaggeration to Aga users, who represent a huge army of salesmen.

"Can the Aga share a flue with an independent boiler?"

Yes. The only stipulation is that a damper must make it possible to shut off the boiler end of the flue when the boiler is out of use. This is invariably the case anyway.

Continue: We come along and inspect your kitchen and leave no stone unturned to make the installation satisfactory beforehand. This policy obviates subsequent domestic upheaval for our customers and saves ourselves money in the long run.

"Can the Aga give off unpleasant fumes?"

The flue construction makes this quite impossible; a striking manifestation of the inventor’s genius. [You will some-times come across people with unfortunate gassing experiences of closed stoves. Try to avoid the subject as it introduces the wrong atmosphere.]

Continue: The extra air inlet is also a brilliant safety device to prevent overheating in the event of the ashpit door being left open. The Aga is both fool-proof and knave-proof.

"Can the Aga make toast?"

Extremely well. If you are in a showroom toast a piece. One Aga demonstrator recently made toast for thirty school masters on one Cooker in twenty minutes, three pieces at a time. To the prospect who has positive information that her neighbour’s Aga makes toast like white tiles, admit that the old Aga was rather weak in this regard; the present Cooker is so fast that it toasts diabolically well.

Continue: Toasting an old-fashioned range was no picnic …

"Two hot plates are not enough to hold all our saucepans before elaborate meals."

The Cooking Oven holds seven saucepans and each hot plate holds three, making a total capacity of 13 saucepans.. Cooks prefer to put their saucepans away in the Cooking Oven so that they do not have to bother about them, and can concentrate on the job at hand.

Continue: The Cooking Oven cuts out rush and flurry …

"The Roasting Oven is too small."

This objection should invariably be anticipated. The answer is given under ATTACK.

"How maddening not to be able to regulate the Roasting Oven."

The answer to this objection is also given under Attack.

"Does the smell of food cooking on the Aga penetrate all over the house?"

Nothing so impolite. The ovens ventilate direct into the flue so that all cooking smells are dispersed up the chimney.

How different from ordinary ovens, which irresponsibly discharge their perfume into the kitchen.

Continue: Kitchen conditions are improved …

"I don’t believe food could cook properly in the Cooking Oven."

How dare you! Why do you think we call it a cooking oven? But keep your temper, and explain that unlike the haybox the Aga oven is heated.

Continue: Rush cooking breeds indigestion. Can your stomach cope with porridge cooked in the ordinary way? Quite so.

"My cook must have an open fire to sit by."

Agreed. But not to cook on, any more than you would cook on your drawing-room fire. Is there a servants’ hall, or an independent boiler to sit by?

Continue: The Aga kitchen is always warm, even first thing in the morning, without the bother of laying and lighting a fire..

"Can you heat radiators?"

No. There are limits, you will be surprised to hear. The Aga principle of heat conservation is the precise opposite of radiation.

Continue: The Aga is itself a radiator and you will always have one warm room in the house …

"My cooker must heat the bath water as well."

Explain that, as somebody with experience of heating engineering, you would strongly advise one heat unit for cooking and another separate unit for hot water; to combine the two units results inevitably in outrageous fuel consumption, and that kind of Victorian inefficiency which means hot bath and cold oven, or hot oven and cold bath.

Continue: The Aga is called a "Cooker." and, by heaven, that is what it is! Off you go again on the cooking advantages.

"I have heard of somebody who is dissatisfied."

Probably at second hand. These malicious reports are spread by jealous people who have not got an Aga. Express grave concern and try to find out the name and address so that you can rush away then and there to put matters right. In this way you will give the prospect a foretaste of willing service.

Continue: Do you know so-and-so, who has just put in an Aga? Go on mentioning all the satisfied owners in the district until you find someone whose name is familiar to the prospect.

"How long does it take to install?"

Generally one day for removing the old cooker or range, and one day for erecting the Aga. We do not want to do your builder out of a job; he can attend to the preparatory work.

Continue: Delivery can be obtained immediately, in spite of the flood of orders recently received. We have just installed one for so-and-so. (Mention all the recent installations in the district).

"My cook is a perfect fool. She could never manage the Aga."

Anyone who tolerates a fool in the kitchen is herself a dumb-bell. The Aga might have been designed for fools-no tricky temperature regulations to worry about, no taps or switches to remember to turn off, no temptation to suicide by self-ovening, no danger of any kind. Any idiot can contract the habits-they become almost reflex actions-of semi-automatic stoking and riddling. In two large hospitals the Aga are entirely managed by certified lunatics.

Continue: The Aga turns a second-class cook into a first-class cook, and we have a special department, run on the lines of a super domestic science school, to help users with their cooking problems and, if necessary, to instruct cooks in the elemental details of Aga management.

"I don’t want to change just at present."

If it is summer, point out how cool the Aga would make the kitchen. If it is winter, how nice it would be to have a warm kitchen.

Continue: You lose money and miss good food every day you are without an Aga. How can anybody afford not to own one?

"Improvements have been made, you admit. A better model may come out and I mean to wait and see."

A very good argument for never buy a motor car.

Improvements are in detail only and can normally be incorporated in earlier models. Honestly, you know of no new model in the offing.

Continue: He who hesitates is lost.

(It is equally true that he who is not for you is against you. Polite prospects choose this way of conveying to you that they are not "sold." Learn to recognise this gambit and begin again).

"I am only renting my present house."

The Aga is not a fixture. You can take with you when you move. We make a small charge for dismantling and re-erecting it in your new house.

Continue: A great advantage of the Aga is its simplicity so far as installation is concerned ….
3. Competitors

Try and avoid being drawn into discussing competitive makes of cooker, as it introduces a negative and defensive atmosphere. On no account sling mud-it can carry very little weight, coming from you, and it will make the prospect distrust your integrity and dislike you. The best way to tackle the problem is to find out all you possibly can about the merits, faults and sales arguments of competitors, and then keep quiet about them. Profound knowledge of other cookers will help you put your positive case for Aga more convincingly.

To the inveterate tap-fuel enthusiast – the gas and electricity maniac – argue the general superiority of solid fuel appliances in their most modern development; their safety, reliability, air-conditioning, simplicity, economy and so on. Gas and electricity are made from coal; why not cut out the intermediate processes and burn the coal itself? Coal miners love the Aga. It brings solid fuel back to pre-eminence as the cheapest, cleanest, and most labour-saving fuel. One coal mine has actually installed an Aga in its own canteen.

If you are invited to give your opinion of any particular make of cooker, damn it with faint praise.. What you leave unsaid will kill.
4. Price DEFENSE

It pays to approach this subject off your own bat and in your own time, as described here.
Sami.is.free

Voir enfin:

Pierre Bourdieu – L’iconoclasme spécifique accompli par un artiste suppose une maîtrise virtuose du champ artistique
Entretien avec l’historien Roger Chartier diffusé dans "Les chemins de la connaissance" (partie 5, 1988)

Roger Chartier : Il me semble que ton travail s’oriente dans ses derniers développements vers des voies un peu inattendues, en particulier par cette étude proposée sur Flaubert, Manet, un moment particulier de l’histoire du champ esthétique, littéraire et pictural. Est-ce que ça veut dire que c’est une manière d’essayer de se disculper par ce retour à des individualités et à un objet plus noble ? Quelqu’un qui a écrit un livre sur la distinction et qui s’est occupé d’objets aussi peu distingués que les consommations alimentaires ou les goûts les plus ordinaires, peut-être là trouverait la manière de relégitimer tout son travail en se portant vers des objets les plus légitimes. Est-ce que là tu n’es pas en train de te soumettre toi-même à un certain nombre d’analyses que tu as proposées en voulant redistinguer par l’objet et non plus par le travail ?

Pierre Bourdieu : Certains ne manqueront pas de dire que c’est associé au vieillissement et à la consécration sociale… Ce qui est d’ailleurs une loi commune au vieillissement des savants. La consécration, très souvent, s’accompagne d’un changement des objets : plus on est consacré dans un champ, plus on a le droit à des ambitions planétaires. Par exemple, les savants ont souvent une deuxième carrière en tant que philosophes. Moi, j’ai le sentiment que ce n’est pas le cas et que c’est la logique même de mon travail qui m’a amené à cette étude. A la liste que tu as donnée, on pourrait ajouter Heidegger, un autre penseur central. Au fond, Manet, Flaubert, Heidegger, pourraient être considérés respectivement, si on voulait faire un palmarès, comme le plus peintre des peintres, le plus écrivain des écrivains et le plus philosophe des philosophes. C’est la logique normale de mon travail, et en particulier la compréhension du processus de genèse d’un champ, qui m’a conduit à m’intéresser à eux. Dans le cas de Flaubert et de Manet, je pense que ce sont des personnages qui doivent être considérés comme des fondateurs de champs. Je prends l’exemple de Manet qui est le plus net. On avait une peinture académique, des peintres d’Etat, des peintres fonctionnaires qui étaient à la peinture ce que les professeurs de philosophie sont à la philosophie – sans méchanceté -, c’est à dire des gens qui avaient une carrière de peintres, qui étaient recrutés par des concours, qui avaient des classes préparatoires avec les mêmes procédures de bizutage, de nivellement, d’abrutissement et de sélection. Et puis un personnage, Manet, arrive ; il est passé par ces écoles. Ca, c’est extrêmement important ; c’est une chose que Weber dit en passant dans son livre sur le judaïsme antique : on n’oublie toujours que le prophète sort du rang des prêtres ; le Grand Hérésiarque est un prophète qui va dire dans la rue ce qui se dit normalement dans l’univers des docteurs. Manet est dans ce cas ; il est l’élève de Couture ; c’est un peintre semi-académique ; et il commence déjà à faire des histoires dans l’atelier de Couture ; il critique la manière de faire asseoir les modèles ; il critique les poses antiques, il critique tout ça… Puis, il commence à faire une chose extraordinaire – comme un premier collé du concours de l’Ecole Normale qui se mettrait à contester l’Ecole Normale – : au lieu d’intérioriser la sanction sous la forme de la malédiction – chose que nous connaissons bien dans le milieu universitaire -, il conteste l’univers et il le défie sur son propre terrain. C’est le problème de l’hérésiarque, le chef de sectes qui affronte l’église et lui oppose un nouveau principe de légitimation, un nouveau goût. Le problème est de se demander comment ce goût apparaît : qu’est-ce qu’il y a dans son capital, sa famille, son origine, et surtout son univers social de relations, ses amis, etc. Je fais un travail que bizarrement aucun historien n’avait jamais fait. Ou alors de façon plus anecdotique, j’essaie d’étudier l’univers des amis de Manet, l’univers des amis de la femme de Manet qui étaient pianistes et qui jouaient du Schuman, ce qui était l’avant-garde à l’époque. Je cherche à résoudre une question tout à fait fondamentale ; celui qui saute hors de l’institution universitaire ou les institutions académiques saute dans le vide. J’ai évoqué le drame du premier collé tout à l’heure parce que beaucoup des auditeurs ont au moins une connaissance indirecte de cette expérience. Le problème du premier collé, c’est qu’il ne peut même pas penser à contester l’institution qui l’a collé ; ça ne lui vient même pas à l’esprit ; et s’il y pense, il se trouve jeté dans le néant. Manet en est là : « Si je ne fais pas de la peinture académique, est-ce que je ne cesse pas d’exister ? ». Il faut avoir du culot pour résister à l’excommunication. Pour résoudre ce problème là, Il faut comprendre ce que Manet avait comme ressources qu’on appellerait psychologiques mais qui en fait ont des bases sociales : ses amis, ses relations artistiques, etc. Voilà le travail que je fais. Je vais au plus individuel du plus individuel : la particularité de Manet, à savoir ses rapports avec ses parents, ses amis, le rôle des femmes dans ses relations… et en même temps à l’étude de l’espace dans lequel il se situait pour comprendre le commencement de l’art moderne.

Roger Chartier : Oui, mais l’art moderne, ce n’est pas tout à fait la même chose que l’instauration d’un champ de la production picturale. La constitution globale du champ qui implique aussi les positions de ceux qui ne font pas de l’art moderne renvoie nécessairement à d’autres déterminants. Ou est-ce que tu penses que simplement le coup de tonnerre que donne Manet recompose tout un ensemble de positions pour les faire cohabiter comme des positions contradictoires et affrontées à l’intérieur de quelque chose qui est neuf et qui est justement ce champ ?

Pierre Bourdieu : Tu as tout à fait raison de me corriger. Je donnais une vision tout à fait classique du révolutionnaire exclu, isolé, etc. J’étais tout à fait mauvais. La vérité, c’est ce que tu dis. Manet institue l’univers dans lequel plus personne ne peut dire qui est peintre, ce qu’est le peintre comme il faut. Pour employer un grand mot, un monde social intégré, c’est à dire celui que régissait l’Académie est un monde dans lequel il y a un nomos, c’est à dire une loi fondamentale et un principe de division. Le mot grec « nomos » vient du verbe « nemo » qui veut dire diviser, partager. Une des choses que nous acquérons à travers la socialisation, ce sont des principes de division qui sont en même temps des principes de vision : masculin/féminin, humide/sec, chaud/froid, etc. Un monde bien intégré, académique dit qui est peintre et qui ne l’est pas ; l’Etat dit que c’est un peintre parce qu’il est certifié peintre. Du jour où Manet fait son coup, plus personne ne peut dire qui est peintre. Autrement dit, on passe du nomos à l’anomie, c’est à dire à un univers dans lequel tout le monde est légitimé à lutter à propos de la légitimité. Plus personne ne peut dire qu’il est peintre sans trouver quelqu’un qui contestera sa légitimité de peintre. Et le champ scientifique est de ce type, c’est un univers dans lequel il est question de la légitimité mais il y a lutte à propos de la légitimité. Un sociologue peut toujours être contesté dans son identité de sociologue. Plus le champ avance, plus son capital spécifique s’accumule, plus, pour contester la légitimité d’un peintre, il faut avoir du capital spécifique de peintre. Apparemment, les mises en forme de contestation radicale, par exemple les peintres conceptuels d’aujourd’hui qui apparemment mettent en question la peinture doivent avoir une formidable connaissance de la peinture pour mettre en question adéquatement, picturalement la peinture et non pas comme l’iconoclaste primaire. L’iconoclasme spécifique accompli par un artiste suppose une maîtrise virtuose du champ artistique. Ce sont des paradoxes mais qui apparaissent à partir du moment où il y a un champ. La naïveté qui consiste à dire « Il peint comme mon fils » est typique de quelqu’un qui ne sait pas ce qu’est un champ. Un autre exemple est celui du douanier Rousseau qui était naïf mais le naïf n’apparaît que quand il y a un champ – de même que le naïf religieux n’apparaît que quand il y a un champ religieux… C’est quelqu’un qui devient peintre pour les autres. C’est Picasso, Apollinaire, etc. qui ont fait du douanier Rousseau un peintre en le pensant à partir du champ de la peinture. Mais lui-même ne savait pas ce qu’il faisait. L’opposé du douanier Rousseau, c’est Duchamp qui est le premier à avoir maîtrisé de manière quasi parfaite – ce qui ne veut pas dire consciente – les lois du champ artistique et le premier à avoir joué de toutes les ressources que donne cette institutionnalisation de l’anomie.

Roger Chartier : Mais alors si on applique la même perspective sur ce qui constitue les sciences sociales, est-ce que tu dirais que la constitution d’une discipline comme discipline est l’équivalent de la constitution d’un champ tel que tu viens de le décrire pour le champ de production picturale ?

Pierre Bourdieu : Il faut qu’il y ait un jeu et une règle du jeu pratique. Un champ ressemble beaucoup à un jeu mais une des différences majeures étant que le champ est un lieu où il y une loi fondamentale, des règles mais il n’y a personne qui dit les règles comme pour un sport, une fédération… Et finalement, il y a des régularités immanentes à un champ, des sanctions, des censures, des récompenses sans que tout ça ait été institué. Le champ artistique, par exemple, a la particularité d’être le moins institutionnalisé de tous les champs. Par exemple, il y a relativement peu d’instances de consécration. Cela dit, il y a champ quand on est obligé de se plier – sans même procéder à une opération consciente – à un ensemble de lois de fonctionnement de l’univers. Prenons dans le champ philosophique l’exemple d’Heidegger avec ses idées nazies ; être antisémite deviendra être antikantien. Ce qui est intéressant, c’est cette espèce d’alchimie que le champ impose : ayant à dire des choses nazies, si je veux les dire de telle manière que je sois reconnu comme philosophe, je dois les transfigurer au point que la question de savoir si Heidegger était nazi ou pas n’a aucun sens. Il est certain qu’il était nazi mais ce qui est intéressant, c’est de voir comment il a dit des choses nazies dans un langage ontologique.

Roger Chartier : Ce que tu avances là permet de se sortir des grandes naïvetés réductionnistes. Les historiens passant d’une analyse des positions sociales, des structures sociales à une analyse des objets ou des pratiques culturelles ont pratiqué autant que d’autres une sorte de court-circuit en mettant en rapport directement la production et la position, ceci, soit à l’échelle de l’individu en mettant très mécaniquement en rapport ce qui était produit avec l’individu producteur, soit alors à l’échelle de groupes. Par exemple, beaucoup de discussions sur les formes de « culture populaire » se sont enlisées dans cette mise en rapport sans aucune médiation. Alors, je crois que l’idée de traduction, de médiation, de retravail dans une langue et dans un système qui est imposé par l’état du champ est un apport décisif. Même question que pour la perspective sur la notion d’habitus : que fait-on du champ avant le champ ? Comment peut-on essayer de repérer dans ce langage ce qui peut se dire, à un moment donné, constitué, organisé à l’intérieur d’un espace commun – même si les positions qui y sont occupées sont complètement contradictoires et antagonistes – alors même que cet espace commun n’existe pas ? Par exemple, je suis en train de faire un travail sur Molière, plus particulièrement sur George Dandin, une de ses pièces. Je crois qu’on peut dire que le théâtre au dix-septième siècle est une des manières de viser des progrès qui ensuite seront constitués avec d’autres langages, d’autres formes dans le savoir sociologique. Je crois que ce n’est pas revenir à la notion du précurseur – cette idée un peu stupide qui consiste à faire une galerie de portraits à partir de Montesquieu ou même plus haut. Cette idée n’a aucun sens. En revanche, ce qui a du sens, c’est de comprendre à travers quel type de discours, de formes peuvent se viser des objets qui ensuite seront constitués comme les objets propres du champ sociologique

Pierre Bourdieu : Oui, tout à fait. Encore une fois, il y a beaucoup de contribution dans ce que tu viens de dire. Je pourrai apporter un autre exemple à côté de celui de Molière, c’est celui du roman au dix-neuvième siècle. Communément, on dit que Balzac est le précurseur de la sociologie. En fait, pour moi, le plus sociologue des romanciers, c’est Flaubert. Cet exemple surprend souvent puisqu’il est en même temps l’inventeur du roman formel. Il y a eu, à mon avis, à tort un effort, en particulier de la part des romanciers du Nouveau Roman, pour constituer Flaubert comme inventeur du roman pur, du roman formel, sans objet, etc. En réalité, Flaubert est le plus réaliste, sociologiquement, de tous les romanciers, en particulier dans L’éducation sentimentale et en particulier, parce qu’il est formel. On peut dire exactement la même chose de Manet dont les recherches formelles étaient en même temps des recherches de réalisme. Je pense que le travail de recherche formelle dans le cas de Flaubert a été l’occasion d’une anamnèse sociale, de retour du refoulé social. Et Flaubert, à la faveur d’une recherche purement formelle, a fait un travail qui a consisté à expectorer sa propre expérience du monde social et à faire une objectivation de la classe dominante de son temps qui rivalise avec les plus belles analyses historiques. Quand j’avais fait ma première analyse de L’éducation sentimentale, je l’ai envoyée à un certain nombre d’amis, dont un philosophe qui m’a demandé si la vision de l’espace social bourgeois que propose Flaubert était sociologiquement fondée. Je pense que Flaubert n’a pas su lui-même complètement qu’il produisait cette analyse. Ce travail sur la forme était en même temps un travail sur lui-même, un travail de socio-analyse dont il produisait la vérité objective de ce qui lui faisait écrire un roman. On a dit naïvement que Flaubert s’identifie à Frédéric ; en fait, Flaubert produisait le roman d’un personnage qui occupait la même position que Flaubert dans l’espace social et qui, occupant cette position, n’arrivait pas à écrire un roman. Bon, là, on pourrait développer à l’infini ; ça poserait tous les problèmes de la fonction de la sociologie, le rôle d’anamnèse, de socioanalyse, du rapport entre le roman et le discours scientifique. Une question qui, moi, m’a beaucoup fait réfléchir : pourquoi la traduction en langage sociologique du contenu de L’éducation sentimentale révolte les amoureux de Flaubert ? Je comprends tout à fait bien cette expérience ; je pense que j’aurais été révolté, il y 20 ans, par les analyses que je propose aujourd’hui. Cela dit, ça fait réfléchir sur les formes de l’objectivation. Je pense que, selon les états du champ, les formes d’objectivation seront différentes. Je vais employer une analogie au risque de paraître compliqué. Les guerres de religion sont la forme que prennent les guerres civiles dans l’état de différenciation des champs où le champ politique n’est pas encore différencié du champ religieux. Il y a une espèce de lutte pâteuse où les guerres de paysans sont à la fois des guerres religieuses. Se demander si elles sont politiques ou religieuses est idiot : elles sont aussi politiques que possibles dans les limites d’un espace où le politique n’étant pas constitué comme tel, le seul terrain, c’est la religion. De même, je pense que Molière, comme tu l’as montré à propos de George Dandin, peut constituer une forme d’objectivation de sociologie, de rapports bourgeoisie/noblesse, de systèmes de classements, etc. Il dit le plus possible dans l’état des systèmes de censure.

Roger Chartier : Oui, dire le plus possible ou dire autrement. Là, on revient à un problème qu’on a traité, celui de l’écriture. Il semble, à travers tout ce que tu dis, qu’il y a presque comme une fascination nostalgique par rapport à cette écriture littéraire qui pourrait peut-être dire avec un impact, une force beaucoup plus grande que celle de toute écriture sociologique, même la plus achevée, la plus réussie, l’objet que tu vises. Peut-être que c’est là une question qui a trait à l’état du champ, c’est à dire, à un moment donné, lorsque le discours sociologique n’est pas constitué comme tel, la littérature – peut-être d’autres formes – occupe tout le terrain. Elle est à la fois littérature et quelque part sociologie. A partir du moment où on est dans une situation de compétition, de concurrence, de dualisme, effectivement la sociologie peut être accusée comme étant par défaut puisqu’elle ne peut pas rendre dans la langue la plus légitime, qui est celle de la littérature, des objets qui peuvent être communément visés. Et là, on a peut-être un exemple de comment un même type de discours peut changer non pas parce qu’il change lui-même mais parce que le champ dans lequel il est prononcé a lui-même changé… Sur l’identification possible, est-ce que par moments tu ne voudrais pas être Flaubert ?

Pierre Bourdieu : Oui et non. C’est évident que j’ai une certaine nostalgie. Cela dit, je pense que le fait d’être en mesure de comprendre sociologiquement les raisons pour lesquelles Flaubert n’a pu être que Flaubert – ce qui est déjà extraordinaire -, c’est à dire non sociologue alors qu’il voulait l’être, empêche de rêver d’un discours qui est un discours aliéné. Je pense que dans une certaine mesure le romancier flaubertien n’a pas pu complètement faire ce qu’il voulait faire. Il n’a pu dire ce qu’il disait sur le monde social parce qu’il le disait sur un mode tel qu’il ne se le disait pas, qu’il ne se l’avouait pas. Peut-être parce qu’il ne pouvait supporter la vérité du monde social qu’il présentait que sous une forme supportable, c’est à dire mise en forme… Les romanciers sont souvent en avance [1], par exemple, dans la compréhension des structures temporelles, dans la compréhension des structures de récits, dans la compréhension des usages du langage, etc. C’est en grande partie parce qu’étant occupés par le travail de mise en forme, ils mettent la réalité à distance ; ils touchent la réalité avec des pincettes de forme ; du coup, ils peuvent la supporter. Alors que le sociologue est insupportable parce qu’il dit les choses comme ça, sans mise en forme. La différence de forme, c’est à la fois tout et rien. Ca explique que la trans-formation que j’opère de L’éducation sentimentale en schéma, ça ne change rien et ça change tout. Et ça rend insupportable quelque chose qui était charmant parce que c’était le produit d’une dénégation et c’était re-dénié par le récepteur qui comprend tout en comprenant sans comprendre. Ca a le charme du jouet avec le feu social qui est quelque chose que personne ne veut connaître.

Roger Chartier : Oui, je crois que le rapport entre les modes d’écriture et la discipline scientifique est différent dans le cas des deux disciplines. Pour l’histoire, il est plus aisé de se mouler dans des formes de narration qui peuvent être techniquement empruntées beaucoup plus aisément à la construction littéraire, l’enjeu n’étant pas le même. En sociologie, l’enjeu, c’est la distance par rapport à l’objet lui-même.

Pierre Bourdieu : Oui, là, j’ai souvent envie de taquiner mes amis historiens qui ont un souci de l’écriture tout à fait légitime de la belle forme mais qui, je crois, souvent, s’épargnent les rudes grossièretés du concept qui sont extrêmement importantes pour faire avancer la science. Le souci du beau récit peut être très important parce il y a aussi une fonction d’évocation. Une des manières de construire un objet scientifique, c’est aussi de le faire sentir de le faire voir, de l’évoquer au sens presque micheletien – bien que je n’aime pas beaucoup ça. Evoquer une structure, c’est une des fonctions de l’historien à la différence du sociologue qui lui doit dégager l’intuition immédiate. L’historien, s’il veut parler des moines tunisiens, il va évoquer la forêt, etc. Il y a une fonction du beau style mais parfois je crois que les historiens sacrifient trop à la belle forme et dans cette mesure là, ne font pas jusqu’au bout la coupure avec l’expérience première, les adhérences esthétiques, les jouissances du rapport à l’objet.

[1] Bourdieu cite Faulkner comme "formidable romancier du discours populaire". Cet exemple se coulait mal dans le reste du propos d’où le choix de la mise en note.

  Voir par ailleurs:

Mode d’emploi du détournement
Paru initialement dans LES LÈVRES NUES N.8
(MAI 1956)
Guy-Ernest Debord / Gil J. Wolman
B I B L I O T H E Q U E ~ V I R T U E L L E

Tous les esprits un peu avertis de notre temps s’accordent sur cette évidence qu’il est devenu impossible à l’art de se soutenir comme activité supérieure, ou même comme activité de compensation à laquelle on puisse honorablement s’adonner. La cause de ce dépérissement est visiblement l’apparition de forces productives qui nécessitent d’autres rapports de production et une nouvelle pratique de la vie. Dans la phase de guerre civile où nous nous trouvons engagés, et en liaison étroite avec l’orientation que nous découvrirons pour certaines activités supérieures à venir, nous pouvons considérer que tous les moyens d’expression connus vont confluer dans un mouvement général de propagande qui doit embrasser tous les aspects, en perpétuelle interaction, de la réalité sociale.

Sur les formes et la nature même d’une propagande éducative, plusieurs opinions s’affrontent, généralement inspirées par les diverses politiques réformistes actuellement en vogue. Qu’il nous suffise de déclarer que, pour nous, sur le plan culturel comme sur le plan strictement politique, les prémisses de la révolution ne sont pas seulement mûres, elles ont commencé à pourrir. Non seulement le retour en arrière, mais la poursuite des objectifs culturels "actuels", parce qu’ils dépendent en réalité des formations idéologiques d’une société passée qui a prolongé son agonie jusqu’à ce jour, ne peuvent avoir d’efficacité que réactionnaire. L’innovation extrémiste a seule une justification historique.

Dans son ensemble, l’héritage littéraire et artistique de l’humanité doit être utilisé à des fins de propagande partisane. Il s’agit, bien entendu, de passer au-delà de toute idée de scandale. La négation de la conception bourgeoise du génie et de l’art ayant largement fait son temps, les moustaches de la Joconde ne présentent aucun caractère plus intéressant que la première version de cette peinture. Il faut maintenant suivre ce processus jusqu’à la négation de la négation. Bertold Brecht révélant, dans une interview accordée récemment à l’hebdomadaire "France-Observateur", qu’il opérait des coupures dans les classiques du théâtre pour en rendre la représentation plus heureusement éducative, est bien plus proche que Duchamp de la conséquence révolutionnaire que nous réclamons. Encore faut-il noter que, dans le cas de Brecht, ces utiles interventions sont tenues dans d’étroites limites par un respect malvenu de la culture, telle que la définit la classe dominante : ce même respect enseigné dans les écoles primaires de la bourgeoisie et dans les journaux des partis ouvriers, qui conduit les municipalités les plus rouges de la banlieue parisienne à réclamer toujours "le Cid" aux tournées du T.N.P., de préférence à "Mère Courage".

A vrai dire, il faut en finir avec toute notion de propriété personnelle en cette matière. Le surgissement d’autres nécessités rend caduques les réalisations "géniales" précédentes. Elles deviennent des obstacles, de redoutables habitudes. La question n’est pas de savoir si nous sommes ou non portés à les aimer. Nous devons passer outre.

Tous les éléments, pris n’importe où, peuvent faire l’objet de rapprochements nouveaux. Les découvertes de la poésie moderne sur la structure analogique de l’image démontrent qu’entre deux éléments, d’origines aussi étrangères qu’il est possible, un rapport s’établit toujours. S’en tenir au cadre d’un arrangement personnel des mots ne relève que de la convention. L’interférence de deux mondes sentimentaux, la mise en présence de deux expressions indépendantes, dépassent leurs éléments primitifs pour donner une organisation synthétique d’une efficacité supérieure. Tout peut servir.

Il va de soi que l’on peut non seulement corriger une oeuvre ou intéger divers fragments d’oeuvres périmées dans une nouvelle, mais encore changer le sens de ces fragments et truquer de toutes les manières que l’on jugera bonnes ce que les imbéciles s’obstinent à nommer des citations.

De tels procédés parodiques ont été souvent employés pour obtenir des effets comiques. Mais le comique met en scène une contradiction à un état donné, posé comme existant. En la circonstance, l’état de choses littéraire nous parraissant presque aussi étranger que l’âge du renne, la contradiction ne nous fait pas rire. Il faut donc concevoir un stade parodique-sérieux où l’accumulation d’éléments détournés, loin de vouloir susciter l’indignation ou le rire en se référant à la notion d’une oeuvre originale, mais marquant au contraire notre indifférence pour un original vidé de sens et oublié, s’emploierait à rendre un certain sublime.

On sait que Lautréamont s’est avancé si loin dans cette voie qu’il se trouve encore partiellement incompris par ses admirateurs les plus affichés. Malgré l’évidence du procédé appliqué dans "Poésies", particulièrement sur la base de la morale de Pascal et Vauvenargues, au langage théorique – dans lequel Lautréamont veut faire aboutir les raisonnements, par concentrations successives, à la seule maxime – on s’est étonné des révélations d’un nommé Viroux, voici trois ou quatre ans, qui empêchaient désormais les plus bornés de ne pas reconnaître dans "les Chants de Maldoror" un vaste détournement, de Buffon et d’ouvrages d’histoire naturelle entre autres. Que les prosateurs du "Figaro", comme ce Viroux lui-même, aient pu y voir une occasion de diminuer Lautréamont, et que d’autres aient cru devoir le défendre en faisant l’éloge de son insolence, voilà qui ne témoigne que de la débilité intellectuelle de vieillards des deux camps, en lutte courtoise. Un mot d’ordre comme "le Plagiat est n’ecessaire, le progrès l’implique" est encore aussi mal compris, et pour les mêmes raisons, que la phrase fameuse sur la poésie qui "doit être faite par tous".

L’oeuvre de Lautréamont – que son apparition extrêmement prématurée fait encore échapper en grande partie à une critique exacte – mis à part, les tendances au détournement que peut reconnaître une étude de l’expression contemporaine sont pour la plupart inconscientes ou occasionnelles; et, plus que dans la production esthétique finissante, c’est dans l’industrie publicitaire qu’il faudra en chercher les plus beaux exemples.

On peut d’abord définir deux catégories principales pour tous les éléments détournés, eet sans discerner si leur mise en présence s’accompagne ou non de corrections introduites dans les originaux. Ce sont les détournements mineurs, et les détournements abusifs.

Le détournement mineur est le détournement d’un élément qui n’a pas d’importance propre et qui tire donc tout son sens de la mise en présence qu’on lui fait subir. Ainsi des coupures de presse, une phrase neutre, la photographie d’un sujet quelconque.

Le détournement abusif, dit aussi détournement de proposition prémonitoire, est au contraire celui dont un élément significatif en soi fait l’objet; élément qui tirera du nouveau rapprochement une portée différente. Un slogan de Saint-Just, une séquence d’Einsenstein par exemple.

Les oeuvres détournées d’une certaine envergure se trouveront donc le plus souvent constituéees par une ou plusieurs séries de détournements abusifs-mineurs.

Plusieurs lois sur l’emploi du détournement se peuvent dès à présent établir.

C’est l’élément détourné le plus lointain qui concourt le plus vivement à l’impression d’ensemble, et non les éléments qui déterminent directement la nature de cette impression. Ainsi dans une métagraphie relative à la guerre d’Espagne la phrase au sens le plus nettement révolutionnaire est cette réclame incomplète d’une marque de rouge à lèvres : "les jolies lèvres ont du rouge". Dans une autre métagraphie ("Mort de J.H.") cent vingt-cinq petites annonces sur la vente de débits de boissons traduisent un scuicide plus visiblement que les articles de journaux qui le relatent.

Les déformations introduites dans les éléments détournés doivent tendre à se simplifier à l’extrême, la principale force d’un détournement étant fonction directe de sa reconnaissance, consciente ou trouble, par la mémoire. C’est bien connu. Notons seulement aui si cette utilisation de la mémoire implique un choix du public préalable à l’usage du détournement, ceci n’est qu’un cas particulier d’une loi générale qui régit aussi bien le détournement que tout autre mode d’action sur le monde. L’idée d’expression dans l’absolu est morte, et il ne survit momentanément qu’une singerie de cette pratique, tant que nosautres ennemis survivent.

Le détournement est d’autant moins opérant qu’il s’approche d’une réplique rationnelle. C’est le cas d’un assez grand nombre de maximes retouchées par Lautréamont. Plus le caractère rationnel de la réplique est apparent, plus elle se confond avec le banal esprit de répartie, pour lequel il s’agit également de faire servir les paroles de l’adversaire contre lui. Ceci n’est naturellement pas limité au langage parlé. C’est dans ceet ordre d’idées que nous eûmes à débattre le projet de quelques-uns de nos camarades visant à détourner une affiche antisoviétique de l’organisation fasciste "Paix et Liberté" – qui proclamait, avec vues de drapeaux occidentaux emmêlés, "l’union fait la force" – en y ajoutant la phrase "et les coalitions font la guerre".

Le détournement par simple retournement est toujours le plus immédiat et le moins efficace. Ce qui ne signifie pas qu’il ne puisse avoir un aspect progressif. Par exemple cette appellation pour une statue et un homme : "le Tigre dit Clemenceau". De même la messe noire oppose á la construcion d’une ambiance qui se fonde sur une métaphysique donnée, une construction d’ambiance dans le même cadre, en renversant les valeurs, conservées, de cette métaphysique.

Des quatre lois qui viennent d’être énoncées, la première est essentielle et s’applique universellement. Les trois autres ne valent pratiquement que pour des éléments abusifs détournés.

Les premières conséquences apparentes d’une génération du détournement, outre les pouvoirs intrinsèques de propagande qu’il détient, seront la réappropriation d’une foule de mauvais livres; la participation massive d’écrivains ignorés; la différenciation toujours plus poussée des phrases ou des oeuvres plastiques qui se trouveront être à la mode; et surtout une facilité de la production dépassant de très loin, par la quantité, la variété et la qualité, l’écriture automatique d’ennuyeuse mémoire.

Non seulement le détournement conduit à la découverte de nouveaux aspects du talent, mais encore, se heurtant de front à toutes les conventions mondaines et juridiques, il ne peut manquer d’apparaître un puissant instrument culturel au service d’une lutte de classes bien comprise. Le bon marché de ses produits est la grosse artillerie avec laquelle on bat en brêche toutes les murailles de Chine de l’intelligence. Voici un réel moyen d’enseignement artistique prolétarien, la première ébauche d’un communisme littéraire.

Les propositions et les réalisations sur le terrain du détournement se multiplient à volonté. Limitons nous pour le moment à montrer quelques possibilités concrètes à partir des divers secteurs actuels de la communication, étant bien entendu que ces divisions n’ont de valeur qu’en fonction des techniques d’aujourd’hui, et tendent toutes à disparaître au profit de synthèses supérieures, avec les progrès de ces techniques.

Outre les diverses utilisations immédiates des phrases détournées dans les affiches, le disque ou l’émission radiophonique, les deux principales applications de la prose détournée sont l’écriture métagraphique et, dans une moindre mesure, le cadre romanesque habilement perverti.

Le détournement d’une oeuvre romanesque complète est une entreprise d’un assez mince avenir, mais qui pourrait se révéler opérante dans la phase de transition. Un tel détournement gagne à s’accompagner d’illustrations en rapports non-explicites avec le texte. Malgré les difficultés que nous ne nous dissimulons pas, nous croyons qu’il est possible de parvenir à un instructif détournement psychogéographique du "Consuelo" de George Sand, qui pourrait être relancé, ainsi maquillé, sur le marché littéraire, dissimulé sous un titre anodin comme "Grande Banlieue", ou lui-même détourné comme "La Patrouille Perdue" (il serait bon de réinvestir de la sorte beaucoup de titres de films dont on ne peut plus rien tirer d’autre, faute de s’être emparé des vieilles copies avant leur destruction, ou de celles qui continuent d’abrutir la jeunesse dans les cinémathèques).

L’écriture métagraphique, aussi arriéré que soit par ailleurs le cadre plastique où elle se situe matériellement, présente un plus riche débouché à la prose détournée, comme aux autres objets ou images qui conviennent. On peut en juger par le projet, datant de 1951 et abandonné faute de moyens financiers suffisants, qui envisageait l’arrangement d’un billard électrique de telle sorte que les jeux de ses lumières et le parcours plus ou moins prévisible de ses billes servissent à une interprétation métagraphique-spaciale qui s’intitulerait "des sensations thermiques et des désirs des gens qui passent devant les grilles du musée de Cluny, une heure environ après le coucher du soleil en novembre". Depuis, bien sûr, nous savons qu’un travail situationniste-analytique ne peut progresser scientifiquement par de telles voies. Les moyens cependant restent bons pour des buts moins ambitieux.

C’est évidemment dans le cadre cinématographique que le détournement peut atteindre à sa plus grande efficacité, et sans doute, pour ceux que la chose préoccupe, à sa plus grande beauté.

Les pouvoirs du cinéma sont si étendus, et l’absence de coordination de ces pouvoirs si flagrante, que presque tous les films qui dépassent la misérable moyenne peuvent alimenter des polémiques infinies entre divers spectateurs ou critiques professionnels. Ajoutons que seul le conformisme de ces gens les empêche de trouver des charmes aussi prenants et des défauts aussi criants dans les films de dernière catégorie. Pour dissiper un peu cette risible confusion des valeurs, disons que "Naissance d’une Nation", de Griffith, est un des films les plus importants de l’histoire du cinéma par la masse des apports nouveaux qu’il représente. D’autre part, c’est un film raciste : il ne mérite donc absolument pas d’être projeté sous sa forme actuelle. Mais son interdiction pure et simple pourrait passer pour regrettable dans le domaine, secondaire mais susceptible d’un meilleur usage, du cinéma. Il vaut bien mieux le détourner dans son ensemble, sans même qu’il soit besoin de toucher au montage, à l’aide d’une bande sonore qui en ferait une puissante dénonciation des horreurs de la guerre impérialiste et des activités du Ku-Klux-Klan qui, comme on sait, se poursuivent à l’heure actuelle aux Etats-Unis.

Un tel détournement, bien modéré, n’est somme toute que l’équivalent moral des restaurations des peintures anciennes dans les musées. Mais la plupart des films ne méritent que d’être démembrés pour composer d’autres oeuvres. Evidemment, cette reconversion de séquences préexistantes n’ira pas sans le concours d’autres éléments : musicaux ou picturaux, aussi bien qu’historiques. Alors que jusqu’à présent tout truquage de l’histoire, au cinéma, s’aligne plus ou moins sur le type de bouffonnerie des reconstitutions de Guitry, on peut faire dire à Robespierre, avant son exécution : "malgré tant d’épreuves, mon expérience et la grandeur de ma tâche me font juger que tout est bien". Si la tragédie grecque, opportunément rajeunie, nous sert en cette occasion à exalter Robespierre, que l’on imagine en retour une séquence du genre néo-réaliste, devant le zinc, par exemple, d’un bar de routiers – un des camionneurs disant sérieusement à un autre : "la morale était dans les livres des philosophes, nous l’avons mise dans le gouvernement des nations". On voit ce que cette rencontre ajoute en rayonnement à la pensée de Maximilien, à celle d’une dictature du prolétariat.

La lumière du détournement se propage en ligne droite. Dans la mesure où la nouvelle architecture semble devoir commencer par un stade expérimental baroque, le complexe architectural – que nous concevons comme la construction d’un milieu ambiant dynamique en liaison avec des styles de comportement – utilisera vraisemblablement le détournement des formes architecturales connues, et en tout cas tirera parti, plastiquement et émotionnellement, de toutes sortes d’objets détournés : des grues ou des échafaudages métalliques savamment disposés prenant avantageusement la relève d’une tradition sculpturale défunte. Ceci n’est choquant que pour les pires fanatiques du jardin à la française. On se souvient que, sur ses vieux jours, d’Annunzio, cette pourriture fascisante, possédait dans son parc la proue d’un torpilleur. Ses motifs patriotiques ignorés, ce monnument ne peut qu’apparaître plaisant.

En étendant le détournement jusqu’aux réalisations de l’urbanisme, il ne serait sans doute indifférent à personne que l’on reconstituât minutieusement dans une ville tout un cartier d’une autre. L’existence, qui ne sera jamais trop déroutante, s’en verrait réellement embellie.

Les titres mêmes, comme on l’a déjà vu, sont un élément radical du détournement. Ce fait découle de deux constatations générales qui sont, d’une part, que tous les titres sont interchangeables, et d’autre part qu’ils ont une importance déterminante dans plusieurs disciplines. Tous les romans policiers de la "série noire" se ressemblent intensément, et le seul effort de renouvellement portant sur le titre suffit à leur conserver un public considérable. Dans la musique, un titre exerce toujours une grande influence, et rien ne justifie vraiment son choix. Il ne serait donc pas mauvais d’apporter une ultime correction au titre de la "Symphonie héroïque" en en faisant, par exemple, une "Symphonie Lénine".

Le titre contribue fortement à détourner l’oeuvre, mais une réaction de l’oeuvre sur le titre est inévitable. De sorte que l’on peut faire un usage étendu de titres précis empruntés à des publications scientifiques ("Biologie littorale des mers tempérées") ou militaires ("Combats de nuit des petites unités d’infanterie") ; et même de beaucoup de phrases relevées dans les illustrés enfantins ("De merveilleux paysages s’offrent à la vue des navigateurs").

Pour finir, il nous faut citer brièvement quelques aspects de ce que nous nommerons l’ultra-détournement, c’est-à-dire les tendances du détournement à s’appliquer dans la vie sociale quotidienne. Les gestes et les mots peuvent être chargés d’autres sens, et l’ont été constamment à travers l’histoire, pour des raisons pratiques. Les sociétés secrètes de l’ancienne Chine disposaient d’un grand raffinement de signes de reconnaissance, englobant la plupart des attitudes mondaines (manière de disposer des tasses ; de boire ; citations de poèmes arrêtées à des moments convenus). Le besoin d’une langue secrète, de mots de passe, est inséparable d’une tendance au jeu. L’idée-limite est que n’importe quel signe, n’importe quel vocable, est susceptible d’être converti en autre chose, voire en son contraire. Les insurgés royalistes de la Vendée, parce qu’affublés de l’immonde effigie du coeur de Jésus, s’appelaient l’Armée Rouge. Dans le domaine pourtant limité de la politique, cette expression a été complètement détournée en un siècle.

Outre le langage, il est possible de détourner par la même méthode le vêtement, avec toute l’importance affective qu’il recèle. Là aussi, nous trouvons la notion de déguisement en liaison étroite avec le jeu. Enfin, quand on en arrive à construire des situations, but final de toute notre activité, il sera loisible à tout un chacun de détourner des situations entières en en changeant délibérément telle ou telle condition déterminante.

Les procédés que nous avons sommairement traités ici ne sont pas présentés comme une intention qui nous serait propre, mais au contraire comme une pratique assez communément répandue que nous nous proposons de systématiser.

La théorie du détournement par elle-même ne nous intéresse guère. Mais nous la trouvons liée à presque tous les aspects constructifs de la période de transition présituationniste. Son enrichissement, par la pratique, apparaît donc comme nécessaire.

Nous remettons à plus tard le développement de ces thèses.


Eurovision: La deuxième gay pride du monde sort définitivement du placard (Second biggest gay pride in the world confirms its coming out with first bearded transvestite winner)

15 mai, 2014
http://img.over-blog-kiwi.com/0/20/39/77/20140514/ob_a2a19a_10366134-682350328469425-9057308200883.jpg http://kristasiegfrids.com/wp-content/uploads/2014/02/Satellite.jpeg
 
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I feel sorry for those Americans … they’ve got everything: New York, McDonald’s, Hollywood, Madonna, Tom Cruise, and Chelsea, Clinton’s daughter. But what’s all that without the Eurovision ? Nohav (character in Gotta have heart, israeli film)
Camp est un terme utilisé pour désigner un style esthétique et culturel lié au mauvais goût, mais teinté d’ironie. Le concept de camp est étroitement lié au kitsch et les choses relevant du style campy sont généralement qualifiées de campy ou cheesy ("kitsch"). Lorsque le terme est apparu, il était connoté : ostentation, exagération, affectation, théâtralité, comportement efféminé. À partir du milieu des années 1970, cependant, la définition a aussi commencé à intégrer la banalité, l’artificialité, la médiocrité, et l’ostentation si extrême qu’elle exerce un attrait perversement sophistiqué. L’écrivaine américaine Susan Sontag, dans son article Notes on “Camp” de 1964, a souligné les éléments culturels clés du camp comme l’artificialité, la frivolité, la demande naïve de la classe moyenne et les débordements causés par le choc[pas clair][réf. nécessaire]. L’esthétique camp est populaire depuis les années 1960 jusqu’à nos jours et a atteint son apogée dans les années 1970, 1980 et au début des années 1990. Le cinéma camp a été popularisé par des cinéastes comme George Kuchar (en) et Mike Kuchar (en), Andy Warhol et John Waters, principalement par Pink Flamingos et Hairspray de celui-ci. Les célébrités associées avec la culture camp[Quoi ?] incluent des drag queens comme Dame Edna Everage, Divine, RuPaul et Liberace. La culture camp[Quoi ?] s’est forgée, dans les années 1960, en tant que défense de la culture populaire contre la critique académique et élitiste. Cependant, dans les années 1980, cette culture camp a gagné en popularité, et a été récupérée par les milieux académiques et institutionnels qui ont analysé et légitimé cette culture, de manière concomitante à l’adoption des vues postmodernes dans les milieux de l’art et de la culture. Wikipedia
We’re Slavic girls
We know how to use our charming beauty
Now, shake what your mama gave ya!’ Slavic girls (Poland)
Beaucoup de gens disent: je suis homo aussi mais je n’ai pas besoin de barbe et de robe pour l’exprimer. Je peux simplement dire à ceux qui ne se rendent pas encore compte s’ils sont homo ou pas, et craignent un peu ce changement, que je ne veux pas les effrayer. Je veux juste leur montrer qu’ils peuvent être acceptés de toutes les manières. Ils ont le droit de faire ce qu’ils veulent. Conchita Wurst
J’ai créé cette femme à barbe pour montrer au monde qu’on peut faire ce qu’on veut", disait-elle lors d’une conférence de presse avant la finale de samedi."Tant qu’on ne blesse personne on peut faire ce qu’on veut de sa vie et, même si c’est cliché, on n’en a qu’une. Conchita Wurst
Cette soirée est dédiée à tous ceux qui croient à un avenir qui se construira grâce à la paix et à la liberté. (…) L’Eurovision est un projet qui célèbre la tolérance, l’acceptation et l’amour. Nous sommes l’unité, et rien ne peut nous arrêter !  Conchita Wurst
Come on #eurovision The Iraq invasion was over 10 years ago. It’s ok to vote for the #uk now!” Glen Oglaza (former political correspondent for Sky News)
There has been plenty of progressive backslapping this morning because Britain was one of the many countries to award the full 12 points to the bearded Austrian drag act Conchita Wurst in Saturday night’s Eurovision Song Contest. We showed those bigots over in Eastern Europe and Russia a thing or two, the chatterati say. Mr S hates to be a party-pooper, but he has news for you. The British public actually voted for some Polish girls in milkmaid outfits, seductively churning butter and cleaning clothes. The Polish ladies were very self-confident, if a little old fashioned: (…) The blushes of our progressive elite were spared by the suspiciously complex voting system. There is a 50/50 split between unelected and unaccountable judges and the votes of the public; Poland topped the UK’s public voting tally, but were awarded zero points by the UK overall because the unelected judges ranked Poland 25th. Can readers think of any other examples where an out of touch, unelected euro-elite have defied the will of the people? The Spectator
Tonight, tens of millions of Europeans will go to the polls to make one of the most important decisions facing the continent: who will win this year’s Eurovision Song Contest? For those who are unfamiliar with how it works, every country who is a member of the European Broadcast Union enters a song that falls into one of these categories: really camp, utterly dreadful or completely weird. Then thirty-two countries compete in the semi-finals to go through to the final, which is tonight. They are joined in the final by the “Big 5” countries who pay so much to broadcast Eurovision that if they pulled out the competition would have to be abolished (UK, Germany, France, Spain and Italy) and the host country. On Eurovision night the twenty-six finalists will all perform their songs to a studio audience of 11,000 on Eurovision Island (previously known as the Burmeister and Wain Shipyard) in Copenhagen, Denmark. At the end people get to vote for their favourite, and when the results are tallied up each country awards points ranging from 1 to 10. They then award 12 points to their favourite. When the polls open almost everyone outside the gay community will completely ignore what the song was like and vote for a country they have an affinity to. (…) In order to stem the tactical voting each country now has a jury of experts. The final result is half phone vote and half expert opinion: this injects a competitive element to it. In the days of 100 percent phone voting, anyone with an interest in psephology could predict the winner without listening to any of the songs! (…) Of course with all this tactical voting, glitter and bizarre dance routines it is easy to write off the Eurovision Song Contest as a complete joke. But there is a serious side to it. With 180 million viewers it is one of the biggest talent shows in the world and for small countries it may be the only time they get to say anything about themselves to the whole of Europe. A win at Eurovision is sought after by smaller countries because it comes with a huge public relations prize: the right to host the competition the following year. For countries that most Europeans know very little about like, for example Moldova, winning three and a half hours of prime time Saturday night television live from your country and beamed to 45 others is a seriously worthwhile prize. Andrew Walker
Il existe un lien très étroit entre l’Eurovision et le fait d’être gay. Je suis persuadé que 80 % des gens qui visitent mon site web sont gay. Je ne sais pas exactement pourquoi il y a en a tant qui aiment le Concours. Peut-être pour les mêmes raisons que tous ces gens qui détestent le foot. Peut-être parce que l’Eurovision est une compétition internationale mais sans combat : il est question de musique, c’est artistique. Et les gays sont très sensibles à l’art. Le strass et les paillettes, le glamour, ça intéresse beaucoup les gays. Musique, danse, théâtre, spectacle et compétition… Et c’est justement les ingrédients de l’Eurovision. Fan hollandais
Certains pays jouent là dessus. Tout ce qui était organisé par la délégation islandaise, en 1997 à Dublin, allait dans ce sens là. Les soirées islandaises étaient quasi officiellement gay. Le candidat anglais, l’an passé, a fait sa partie dans une boite gay en espérant mobiliser les gays par le TV voting. La candidate espagnole à Jérusalem portait une robe arc en ciel. Et il y a des choses presque subliminales dans les clips, celui des turcs par exemple. Commentateur belge
Interrogée sur le phénomène d’« homosexualisation » des fans clubs, la scrutatrice montre son embarras : tout en reconnaissant cette évolution, elle ne souhaite pas que cela soit publiquement évoqué, par crainte de ternir l’image du Concours auprès du grand public. Comme l’a bien montré Dafna Lemish, il semble que ce phénomène reste largement ignoré parmi la population hétérosexuelle : C’est comme si la culture mainstream restait aveugle face à une expression culturelle sous-jacente et pourtant si importante pour les membres de cette communauté (…) . Cet aveuglement n’est d’ailleurs pas propre à l’Eurovision : comme j’en ai eu confirmation au cours de discussions avec mes étudiants à l’Université, nombre d’entre eux sont très étonnés lorsqu’on leur apprend que le style vestimentaire ou la coupe de cheveux qu’ils ont massivement adopté renvoie à des codes valorisés par la communauté homosexuelle. Cette « homosexualisation » de l’Eurovision est perceptible sur internet et les sites de discussion, dans le discours des fans et des concurrents ou dans les commentaires télévisés : le chef de délégation n’hésite pas à qualifier le Concours et son environnement de « second biggest gay pride in the world ! » (…) En France, cette évolution a été accompagnée à la télévision par l’apparition de commentateurs revendiquant parfois ouvertement leur homosexualité. Leurs interventions sont émaillées d’allusions plus ou moins perceptibles pour le grand public (…) De manière générale, cette « homosexualisation » accompagne l’émergence des gays dans l’espace public et médiatique (…)  , depuis le milieu des années 1990 en France : on a vu apparaître des émissions et séries télévisées qui prennent pour sujet ou mettent en scène des homosexuels ; la Gay Pride est une fête célébrée et médiatisée ; plusieurs personnalités publiques, en particulier politiques, ont révélé leur homosexualité ; des mouvements actifs – notamment Act Up – ont inscrit dans l’espace public la question du sida ; la question de l’homoparentalité est devenue un enjeu de société. Et en devenant, avec la victoire de la candidate transexuelle israélienne Dana International en 1998, une caisse de résonance de l’affirmation homosexuelle, l’Eurovision a sans doute accompagné ce mouvement de publicisation : en l’occurrence, elle a pris une valeur symbolique exceptionnelle parce que la candidate, transexuelle stigmatisée par la fraction la plus religieuse et conservatrice de la population, métaphorisait les principaux enjeux de la société israélienne (la place d’Israël dans un espace géopolitique international/les conflits de valeurs entre traditionnalistes et modernistes, dont la rivalité Jérusalem vs Tel Aviv est métonymique). C’est à ce titre que la presse et le public israélien ont pu parler d’« Israeli Pride », de « fierté israélienne ». Plus généralement, l’affirmation d’une identité sexuelle traditionnellement réprouvée, dans le cadre d’un Concours assez peu à la pointe en matière de révolution esthétique et d’avant-gardisme musical et télévisuel mais qui touchait des publics nombreux et variés, prenait une valeur emblématique et pouvait être reçue favorablement par tous ceux qui à un titre ou un autre se sentaient marginalisés ou inférieurs : ce qui est le cas de bon nombre de pays au sein de l’Europe ou de minorités linguistiques ou culturelles. Et comme l’atteste le courrier reçu à l’UER, le souci d’être reconnu à sa juste valeur sur la scène européenne, d’affirmer son identité nationale et de ne pas être marginalisé, reste le principal enjeu de l’Eurovision aux yeux du public.  Philippe Le Guern

Attention: une apothéose peut en cacher une autre !

Au lendemain d’un concours de l’Eurovision qui, après l’élection il y a 16 ans de la première candidate travestie (l’Israélienne Dana International) et les baisers ou demande en mariage de même sexe (le groupe israélien PingPong, 2000 et la finnoise Krista Siegfrids, 2013), a donné au monde son premier travesti à barbe  …

Salué comme il se doit, en ces temps bénis de "mariage pour tous", "théorie du genre" et journée de la jupe pour garçons à l’école et après les huées et les sifflets de rigueur contre les candidates russes, par la plupart de nos belles âmes comme l’apothéose de la tolérance …

Comment ne pas voir, derrière les querelles byzantines et les votes tactiques entre blocs d’affinité culturelle (scandinaves, ex-yougoslaves ou ex-soviétiques) et ce qui en 58 ans est devenu un monument du "camp" (terme lui-même d’origine homosexuelle légitimé par l’intellectuelle américaine Susan Sontag correspondant à une sorte de kitsch au deuxième degré) et l’élection de l’Autrichien Thomas Neuwirth dit "Conchita Wurst" (soit "petite vulve saucisse"en espagnol et allemand) …

A la fois la confirmation et l’apothéose en fait de ce processus d’homosexualisation qu’avait repéré  le sociologue Philippe Le Guern dans une enquête il y a une dizaine d’années, d’un concours décrit par un commentateur belge comme "la deuxième gay pride du monde"  ?

Aimer l’eurovision, une faute de goût ? Une approche sociologique du fan club français de l’eurovision
Philippe Le Guern
Réseaux
2007

En France, la sociologie du goût a été particulièrement marquée par la théorie de la domination et de la distinction telle qu’elle est exposée chez Pierre Bourdieu : pour ce dernier, il existerait une relation d’homologie entre l’espace des positions sociales et l’espace des styles de vie, entre la place qu’occupe l’individu dans la hiérarchie sociale et ses goûts et pratiques culturelles. De ce point de vue, le fan fournirait un bon exemple de ces publics dominés, petit-bourgeois pour reprendre l’expression de Bourdieu, condamnés à singer le goût dominant mais sans en posséder les compétences, voués à une recherche de la distinction mais sans en posséder les moyens : multipliant les erreurs d’identification, confondant par exemple un vulgaire chanteur d’opérette avec un maître de l’opéra, le fan est décrit comme celui qui traite « des objets insignifiants comme des oeuvres d’art [1] BOURDIEU, 1979. [1] ».

Se démarquant de la théorie de la domination, plusieurs auteurs ont cherché à produire une analyse moins déterministe des publics [2] LAHIRE, 2004. [2] et des fans [3] PASQUIER, 1999 ; MAIGRET, 1995,1999. [3] : ils ont notamment montré comment les fans pouvaient apprécier simultanément des formes légitimes et illégitimes de la culture, et ont souligné l’existence d’un éclectisme culturel et parallèlement, un déclin du pouvoir distinctif de certaines pratiques, en particulier la lecture. Ils ont également indiqué comment la culture dite populaire offrait un ensemble de ressources qui permettent aux publics de construire et d’affirmer leur identité [4] LE BART, 2000 ; LE GUERN, 2002. [4] . Enfin, ils ont montré qu’en matière de pratiques culturelles, l’appartenance générationnelle et le genre sont des variables significatives au moins aussi puissantes que la position sociale ou le niveau de diplôme [5] PASQUIER, 2005. [5] .

Dans ce contexte, un objet tel que le fan club français de l’Eurovision pouvait se révéler particulièrement intéressant pour renouveler la question des mécanismes de légitimité culturelle : ses membres, comme nous le verrons presque exclusivement masculins et homosexuels, sont en effet attachés à un programme généralement qualifié de kitsch [6] On peut définir le kitsch comme un style et une attitude… [6] , de ringard ou de vulgaire [7] « Comment avec de telles chansons ringardes arrive-t-on… [7] . C’est donc la question du goût – ou plus exactement de la faute de goût – qui est ici en jeu.

Dans l’article qui va suivre, je m’intéresserai à la question suivante [8] Mes remerciements vont à Hugh Dauncey qui m’a donné… [8] : comment expliquer sociologiquement que, si tous les homosexuels ne sont bien entendu pas fans, la presque totalité des membres du fan club français de l’Eurovision sont homosexuels ? Comment expliquer leur passion pour un programme déconsidéré ? Pour comprendre le lien – qui a priori ne va pas de soi – entre le goût pour l’Eurovision et l’homosexualité, je m’appuierai sur une enquête que j’ai menée entre 2000 et 2003 : il s’agit de l’observation d’assemblées générales, de conventions du fan club français de l’Eurovision et d’entretiens formels ou informels avec une trentaine de ses membres ; la plupart de ces entretiens se sont déroulés au domicile des fans car je souhaitais avoir accès à leurs collections et voir dans quelle mesure l’Eurovision imprégnait leur quotidien. J’ai également assisté à une soirée « spécial Eurovision » dans un bar homo parisien ; j’ai pu observer le déroulement du concours durant une semaine à Copenhague ainsi que l’organisation de la sélection nationale la même année [9] Cette partie de l’enquête a été menée avec la collaboration… [9] . J’ai passé une semaine au siège de l’Union Européenne des Radios et Télévisions (UER) à Genève, notamment en compagnie de l’équipe supervisant l’organisation du Concours : j’ai notamment eu accès au courrier postal ou mail adressés par le public et archivé depuis 1998.

Je dois ajouter que j’ai à coup sûr parfois manqué la signification et la portée de situations que mon hétérosexualité – affirmée à chaque début d’entretien pour éviter toute relation de drague – rendait incompréhensible. Accepter de se faire draguer n’est certes pas indispensable pour mener à bien ce type d’enquête, mais la drague est un comportement dans lequel les homosexuels sont plus fortement ou explicitement engagés que les hétérosexuels, sans doute parce que, comme cela a été expliqué par ailleurs, « parmi toutes les sexualités, l’homosexualité masculine est sans doute celle dont le fonctionnement rappelle le plus l’image d’un marché (…), les institutions-clés de la vie homosexuelle (étant) tout d’abord les lieux de drague : bars, saunas, cinémas et restaurants spécialisés, parcs » [10] POLLAK, 1984, p. 60. [10] . D’autre part, certains de mes interlocuteurs ont sans doute cherché à en rajouter, à me provoquer, en accentuant les traits d’un univers homosexuel qui ne m’était pas familier : untel, goguenard, lascivement assis sur les genoux d’un autre, multipliait les allusions obscènes, alors que j’essayais de mener à bien l’observation d’une réunion entre fans dans une boîte homo. Ce fut lorsqu’on me proposa de descendre au sous-sol – j’imaginais qu’il s’agissait de backrooms sans en être certain et j’hésitai un instant entre la valeur des observations que je pourrais y recueillir et la crainte de sembler acquiescer à ce qui n’était pas que l’amour de la science – que je décidais d’interrompre l’observation. Ce type d’anecdote, qui fut monnaie courante, pourra faire sourire : elle montre cependant les hésitations de l’ethnographe face à un terrain complexe à investir et à cerner. Soit je considérais que les codes du monde homosexuel – mais parler de « monde homosexuel » en lui attribuant un statut d’homogénéité et d’exception a-t-il seulement un sens ? – étaient similaires à ceux du monde hétérosexuel, soit je les considérais comme totalement différents et par conséquent difficiles à appréhender : mais dans les deux cas, je risquai fort de faire fausse route en attribuant aux situations et aux individus que j’observais une cohérence qui en réalité n’existait pas ou était sans doute plus subtile. Comme tout un chacun dans les interactions les plus ordinaires de la vie quotidienne, on peut revendiquer sa couleur de peau, ses origines ethniques, son métier, etc., selon les circonstances, les opinions des interlocuteurs auxquels on a affaire, en parler ou non de façon positive, appuyer tel ou tel trait. Il en va de même avec les fans rencontrés : certains mettaient par exemple en avant leur orientation sexuelle, tandis que d’autres se refusaient à considérer leur sexualité comme un élément identitaire. Dit autrement, une des difficultés de l’enquête tenait à ce que la question du genre pouvait être surdéterminée autant que sous-déterminée : comment par exemple devais-je intégrer l’idée de « styles de vie » [11] A ce propos, voir BUSSCHER, MENDES-LEITE et PROTH,… [11] homosexuels, ou la construction d’une identité sociale homosexuelle dans mon enquête ? Plus largement, de telles questions traduisent assez bien l’embarras que j’éprouvais face au risque d’une « rationalisation de la sexualité », pour reprendre l’expression de Béjin et Pollak [12] BEJIN et POLLAK, 1977. [12] .

Néanmoins, trois éléments ont facilité mon insertion sur le terrain et mon acceptation : mon statut d’universitaire qui apportait une légitimité à leurs pratiques culturelles ; mon séjour au siège de l’Union Européenne des Radios et Télévisions (UER), dont certains espéraient tirer parti pour obtenir des documents qui compléteraient leurs collections ; mon engagement dans l’enquête, et en particulier mon déplacement à Copenhague pour assister au déroulement du Concours, qui me dota d’un « brevet de sérieux » fort utile pour la suite de l’enquête [13] J’ai raconté ailleurs comment, en d’autres circonstances,… [13] .

Un autre aspect problématique de cette enquête tenait aussi au genre de musique dont il était question : en effet, si les publications sur ce qu’on appellera par commodité « le rock », et ses publics, sont aujourd’hui bien répandues, le grand absent des travaux sur les musiques populaires est incontestablement ce qu’on range sous la catégorie « musique de variété ». La raison principale en est sans doute que, alors que le rock à la suite du jazz a acquis ses lettres de noblesse au fur et à mesure qu’il cessait de devenir l’expression de la rébellion postadolescente et que les politiques publiques le consacraient comme nouveau territoire légitime d’intervention, la variété reste considérée comme le vilain petit canard de la portée : au mieux, une musique à faire pleurer à bon compte dans les chaumières, une sorte d’équivalent du roman à l’eau de rose pour ménagères rêvant d’évasion ; au pire, la version la plus aboutie et donc idéologiquement la moins défendable de l’industrie musicale, une machine à vendre du disque et à asséner des tubes sur les radios, des tubes forcément simplistes qui puissent plaire au plus grand nombre. Cette légitimité inexistante de la variété est probablement accentuée par le fait que les valeurs qu’elle met en scène – dans les textes des chansons autant que par certains arrangements « dégoulinants » – sont l’expression d’un certain romantisme, valeur que la division sexuelle des loisirs a pendant longtemps et sans doute encore aujourd’hui attribué préférentiellement aux femmes (alors que le rock est plutôt du côté des pratiques et des représentations masculines) [14] On trouvera de nombreux échos à cette bi-partition… [14] . Il était donc tentant – pour une sociologie spontanée – de voir dans la variété et dans les chansons de l’Eurovision un genre musical en phase avec les goûts et les imaginaires féminins, et par extrapolation, homosexuels. Bien entendu, les préconceptions de ce type ne nous disent rien de la façon dont les imaginaires et les goûts dominants se structurent, et comment s’opèrent les interactions entre les différents déterminants – professionnels, relationnels, culturels, sexuels… – qui façonnent une identité. Dit autrement, existe-t-il un espace des loisirs spécifiquement homosexuel ? Et en quoi l’orientation sexuelle déterminerait-elle plus cet espace des loisirs que les autres variables ? C’est à de telles questions, particulièrement complexes, que l’observation des fans de l’Eurovision pouvait apporter un éventuel éclairage.

Enfin, je voudrais dire un mot sur les raisons qui m’ont conduit à ne publier qu’aujourd’hui des éléments d’enquête et des observations menées voici plusieurs années : il me semble en effet que, faisant cela, je ne m’éloigne pas de l’exigence réflexive que les ethnographes désignent généralement comme une des caractéristiques de leur démarche : pour qui se contente de stéréotypes sur le mode de vie homosexuels, il est facile de croire qu’on a affaire à des individus branchés, vivant dans le Marais parisien, dotés de forts revenus, bénéficiant de réseaux favorisant leur ascension sociale, et pour lesquels la drague et le sexe sont des activités prédominantes. Un ghetto, pour reprendre l’expression de Pollak, mais un ghetto doré. Or, comme ne le montrera que très partiellement cet article, il n’en allait pas ainsi pour un bon nombre de ces fans homosexuels que j’ai rencontrés, et avec certains desquels j’ai sympathisé [15] Sauf à être totalement naïf et à faire de la neutralité… [15] : plusieurs d’entre eux étaient dans des situations économiques catastrophiques, sans emplois, souffraient d’une profonde détresse liée à leur solitude, voire de dépression grave, habitaient des appartements miteux de la banlieue parisienne. Cela n’était bien entendu pas la conséquence directe de leur homosexualité, bien que leur homosexualité en les conduisant à fuir leur province pour échapper à la stigmatisation, a sans doute joué un rôle : contrairement à ce que bon nombre de ces personnes imaginaient ou espéraient, l’expérience de la capitale pouvait se révéler désenchantée. Comme sociologue mais aussi parfois comme ami, je suis devenu celui qui écoutait, celui à qui on pouvait parler de sa solitude et de son désarroi. C’est parce que je ne supportais plus le récit de ces vies de galère, et parce que j’avais le sentiment d’être coincé entre ma position d’observateur et l’affection ou l’amitié que je portais à certains, que j’ai renoncé ces dernières années à terminer cette enquête et à en publier des éléments. Toute impudique qu’elle puisse paraître, et jetant une lumière crûe sur les affects du chercheur, cette précision montre si besoin était que la neutralité axiologique n’est souvent au mieux qu’un horizon épistémologiquement régulateur, au pire une ignorance naïve de la réalité des situations d’enquête [16] Voir par exemple BIZEUL, 1998, vol. 39, n° 4, p. 751-787…. [16] .
Ce que les fans font à l’Eurovision : la diversité des engagements

Avant d’évoquer le fan club français de l’Eurovision, il est important de souligner le rôle croissant joué par les fans en général – et pas seulement les membres adhérents au fan club – dans le dispositif du Concours et auprès de ses organisateurs. Cette reconnaissance des fans est en effet un phénomène relativement récent : un entretien avec Franck Naef, responsable de l’organisation de l’Eurovision (scrutateur) de 1978 à 1993, indique qu’à cette époque les fans ne représentent pas un enjeu. Cependant, dès le milieu des années 1990, l’intérêt porté aux fans par les responsables du Concours au sein de l’UER devient visible : par exemple, dans un document interne qui définit la répartition annuelle des tâches, on voit que la scrutatrice prévoit de consacrer 8 % de son temps aux fans ; on atteint 35 % dans le cas de son assistante. Un autre signe de cette attention accordée au public en général et aux fans en particulier est la décision d’archiver le volumineux courrier adressé à l’UER. Une analyse de ce courrier montre que l’usage de l’internet est le moyen de communication le plus utilisé (neuf fois sur dix), et que cette production épistolaire est presque exclusivement masculine (neuf fois sur dix) ; ainsi, lorsque ce sont les femmes qui écrivent, c’est le plus souvent parce qu’elles souhaitent participer au Concours. Cette requête n’est cependant pas propre à la population féminine et revient dans un courrier sur cinq. La majorité des courriers sont adressés en anglais (sept fois sur dix) : ils portent généralement sur des demandes de renseignement ou de publicity matériel (gadgets, autocollants, CD…), et sont souvent très pratiques (quel est le prix du ticket d’entrée pour le prochain Concours ? Où se les procurer ? Quelle est l’adresse du fan club dans mon pays ?). La liste des participants au Concours et le titre des chansons est également une demande récurrente (deux lettres sur quatre). Dans l’ensemble, les messages sont brefs et les demandes précises. Les courriers débutent souvent par une formule rituelle – « I like ESC » ou « I am a big fan » – comme s’il s’agissait avant tout de manifester sa sincérité et sa bienveillance. De façon plus occasionnelle, ils contiennent des appréciations personnelles sur le Concours (une fois sur dix) : la plupart regrette la disparition des orchestres ou conteste des points de règlement.

Lors de mon séjour à l’UER, je note que la scrutatrice reçoit régulièrement des appels de fans :

Ca fait six fois dans la journée qu’ils m’appellent, mais il faut leur répondre quand même !

Elle m’indique également que, par manque de temps ou par ignorance, elle réoriente les demandes en direction des pays organisateurs ou des fans clubs. Certains fans peuvent devenir des interlocuteurs privilégiés de l’UER ; c’est par exemple le cas du chef de la délégation française :

Il a fait le boulot de contacter toutes les chaînes pour obtenir les droits de diffusion des extraits. Je le connais depuis 1992. Quand les résultats devenaient mauvais pour la France, il est devenu chef de délégation. Les fans sont très dépendants de lui pour obtenir des billets d’entrée,

m’explique t-elle, et je constate qu’elle le tutoie. En l’occurrence, cette « ascension sociale » [17] Depuis, ce chef de délégation est devenu coprésentateur… [17] dans l’univers du Concours suppose une affirmation permanente de son pouvoir : lors de notre première rencontre, sur le site du Concours, le chef de délégation me regarde avec défiance parce que je possède une accréditation sans être passé par lui pour l’obtenir.

Tu n’aurais pas dû, normalement, les français qui veulent être accrédités doivent passer par moi !

me dit-il sur un ton agressif. Je lui fais remarquer que je suis universitaire et non pas fan. Régnant sur une petite société de cours où les fans sont ses obligés, il veut aussitôt éviter de perdre la face et il tente aussitôt de me mettre mal à l’aise en me demandant si j’ai remarqué que :

ici, tous les fans sont homosexuels !

Tout au long du Concours, et notamment lors des conférences de presse quotidiennes – un simulacre très insipide de pseudo-interviews des différents candidats –, il cherchera à se mettre en valeur : par exemple, en déclarant à la cantonade qu’il connaît le producteur de Pascal Obispo [18] Il s’agit d’un chanteur français de variété, compositeur… [18] et qu’il peut aider tel candidat étranger à distribuer son disque en France. Cette prise de pouvoir s’est faite au prix d’une rupture (relative) avec les fans : il m’explique qu’il a quitté le fan club français et affiche son mépris pour ses anciens pairs

qui se battent pour les teasers que je veux bien leur distribuer,

qu’il qualifie de « hooligans ». Son comportement suscite des réactions ambivalentes chez les fans, à la fois envieux de sa promotion mais trop dépendants de son bon vouloir pour prendre le risque de lui déplaire. Ainsi, dans l’espace social de l’Eurovision, la hiérarchie des fans apparaît très clairement. Un des vecteurs de différenciation est la possession ou non d’une accréditation ; au moins de ce point de vue, le Concours est assez comparable au festival de Cannes avec ses trois cercles de spectateurs [19] ETHIS, 2001. [19] : il y a tout d’abord ceux qui, dans le troisième cercle, restent à l’extérieur et qui parfois n’ont même pas de billet pour assister au Concours, mais qu’on croise plusieurs jours de suite et qui séjournent tout au long de la semaine. Ceux-là ont planifié leur voyage de longue date et doivent lever quantités d’obstacles, souvent à grands frais : compte tenu de l’affluence sur le lieu du Concours, réserver un mode de transport ou un hébergement peut s’avérer particulièrement ardu. Pour ces raisons, la question de savoir dans quels pays et ville sera organisée la prochaine édition du Concours est un enjeu primordial : les villes à faible capacité d’hébergement mais aussi à la vie nocturne réduite sont redoutées. Ceux qui ont une occupation professionnelle font généralement coïncider la semaine de Concours avec une demande de congés auprès de leur employeur. Dans tous les cas, appartenir à un fan club peut faciliter les démarches : cela permet d’obtenir plus aisément une place pour assister au Concours, voire de regrouper des dépenses et d’échanger de bons tuyaux. Nombre de fans cherchent à se faire remarquer en arborant des drapeaux, des banderoles ou des tenues provocantes (vêtements aux couleurs criardes, tenues de travestis), et le spectacle est autant aux environs du stade que dans l’enceinte. S’ils s’agglutinent autour du stade où se déroulent l’Eurovision et ses préparatifs, c’est que ce lieu constitue l’épicentre du Concours et qu’il est un repère à partir duquel la journée du fan s’organise : on guette des vedettes, on s’échange des informations notamment sur les soirées organisées par chaque délégation dans une boite de nuit de la ville, on retrouve ses compères, on se livre au troc de produits dérivés.
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On éprouve aussi, face aux barrières et aux vigiles qui canalisent l’entrée, la réalité d’un monde à la fois proche et inaccessible ; cette mise à distance contribue à la croyance générale et à l’adhésion qui se cristallise autour du Concours. La distinction du deuxième et troisième cercle de spectateurs est moins aisée à établir, du moins pour le profane : une fois muni de la précieuse accréditation, on réalise cependant très vite que tous ne sont pas logés à la même enseigne. D’un seul coup d’œil, chacun peut jauger l’autre à son niveau d’accréditation, évaluer son statut et ce à quoi il a droit, les lieux auxquels il a ou non accès.
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Le cas des fans illustre bien les tentatives qui existent pour quitter le troisième cercle et obtenir un laisser passer : pour l’essentiel, il s’agit de faire usage de tactiques relationnelles. Une façon d’accéder aux coulisses du Concours consiste à obtenir une accréditation de journaliste :

A 80 %, les fans sont des pseudo-journalistes. Je ne suis pas journaliste officiel. Je fais des photos, de l’événementiel. Je connais le directeur d’un journal qui s’adresse à la communauté homo en Belgique. Il m’a permis d’avoir la carte de presse. On envoie une copie de la carte à l’organisation danoise qui l’adresse à l’UER,

témoigne un fan rencontré dans la salle de presse à Copenhague. Il ajoute qu’il a dû financer son voyage et son séjour et n’a pas de place pour la soirée du Concours :

Ici, c’est à mes frais, mais c’est mes vacances quoi !

Un fan français décrit un stratagème à peu près identique où la drague à pris une place importante :

J’ai assisté au Concours en 1996. Le président du fan club a donné mon nom au chef de délégation qui voulait me voir avant : c’est show-bizz and co ! le critère, c’est ‘ il a une belle gueule, il passe, sinon, non !’. On a diné ensemble et j’ai eu une accréditation, ça s’est joué à la triche. Il m’a dit de prendre mon appareil photo et il m’a fait passer pour un photographe de France 2. Un fan belge m’a dit ‘avec ça, tu pourras pas aller aux conférences de presse et avoir des disques’. Mais ça a marché » (30 ans, enseignant).

La motivation principale est en effet l’accès à la salle de presse : car dans les casiers des journalistes, l’organisation et les délégations distribuent chaque jour des produits dérivés, particulièrement convoités des fans parce qu’ils ne sont pas en vente, sont édités en nombre limité et constituent donc des collectors particulièrement prisés. De la même façon, à la fin d’une conférence de presse à laquelle j’assistais, j’ai pu observer des pseudo-journalistes se ruer sur les teasers distribués par un membre de l’UER. Les vrais journalistes sont d’autant plus enclins à se plaindre du comportement des fans (ils sont là pour voler du matériel), de leur manque de professionnalisme (en salle de presse, c’est n’importe quoi) et de leur attitude (les gays ont parfois un comportement outrancier) que ces derniers, en usurpateurs plus ou moins adroits, brouillent les repères du métier et accentuent du même coup l’aspect un peu dérisoire de ce type de sujet, peu prestigieux et à la limite de la presse people. Ceci permet sans doute d’expliquer, a contrario, la relative complaisance de l’UER pour accorder des accréditations et donner l’illusion de l’importance médiatique de cette manifestation, ce que résume très bien un fan-journaliste :

Quel journaliste sérieux viendrait passer une semaine en conférence de presse ?

D’ailleurs, personne ne semble être dupe :

On se connaît tous. On se revoit tous les ans. Ce sont toujours les mêmes qui posent les même questions ennuyeuses.

En résumé, l’attention accordée aux fans par l’équipe organisatrice peut s’expliquer par le sens des intérêts bien compris : d’une part, le Concours souffre d’un déficit de légitimité au sein de l’UER même si sa visibilité médiatique est incontestable ; il est considéré selon l’expression de l’un de ses responsables comme « un mal nécessaire ». Or, les fans constituent un public particulièrement actif et leur seule présence confère un statut particulier à la manifestation : lors de la sélection nationale française qui se déroulait à l’Olympia ou lors du Concours à Copenhague, j’ai pu constater que les membres des fans clubs – repérables à leurs drapeaux, à leurs accoutrements, ou vus les jours précédents déambulant en groupe – constituent une partie importante du public. Dans la salle, ce sont eux qui font le spectacle et qui créent l’ambiance. Ils contribuent également à la ritualisation de sa réception en organisant des « Eurovisions parties » où les fans revêtent les costumes des différentes nationalités et votent entre eux, en louant des salles et en visionnant en groupe le Concours sur écran géant, en organisant des quizz sur internet. Leur implication donne du sens au Concours comme le reconnaît d’ailleurs la scrutatrice

Ce sont eux qui font le Concours. Ils ont des billets réservés à chaque édition.

D’autre part, leur érudition en matière de chansons et d’Eurovision les désigne tout naturellement comme des experts auxquels l’UER et les chaînes de télévision peuvent faire appel : certains préparent les fiches des commentateurs ; d’autres servent de caisse de résonance aux appréciations du public ou assurent la promotion du Concours dans leur pays :

On a du mal à regarder ce qui se passe dans les 25 pays mais on a surtout un feed-back par les fans et internet. Les fans ont un vrai réseau. Ils sont informés souvent avant moi. Je n’ai pas encore reçu les paroles des chansons qu’ils les ont déjà (entretien avec la scrutatrice).

Enfin, l’existence d’une organisation fédérant les fans clubs des différents pays – l’OGAE (Organisation Générale des Amateurs d’Eurovision) – et relayant leur opinion grâce à internet la constitue en groupe de pression dont l’UER doit tenir compte :

Avec les fans, on a souvent des intérêts contradictoires. Ils sont attachés à la nostalgie et ne veulent pas que le Concours évolue. Conserver l’orchestre est un point d’achoppement avec les fans. Ils souhaitent également que chaque candidat chante dans la langue de son pays.

Ceci peut également expliquer pourquoi les chefs de délégation peuvent être recrutés parmi les fans, faisant alors office de médiateurs entre l’UER et le fan club.

L’homosexualisation du Concours

Interrogée sur le phénomène d’« homosexualisation » des fans clubs, la scrutatrice montre son embarras : tout en reconnaissant cette évolution, elle ne souhaite pas que cela soit publiquement évoqué, par crainte de ternir l’image du Concours auprès du grand public. Comme l’a bien montré Dafna Lemish, il semble que ce phénomène reste largement ignoré parmi la population hétérosexuelle :

C’est comme si la culture mainstream restait aveugle face à une expression culturelle sous-jacente et pourtant si importante pour les membres de cette communauté [20] LEMISH, 2004, p. 41-63. [20] .

Cet aveuglement n’est d’ailleurs pas propre à l’Eurovision : comme j’en ai eu confirmation au cours de discussions avec mes étudiants à l’Université, nombre d’entre eux sont très étonnés lorsqu’on leur apprend que le style vestimentaire ou la coupe de cheveux qu’ils ont massivement adopté renvoie à des codes valorisés par la communauté homosexuelle. Cette « homosexualisation » de l’Eurovision est perceptible sur internet et les sites de discussion, dans le discours des fans et des concurrents ou dans les commentaires télévisés : le chef de délégation n’hésite pas à qualifier le Concours et son environnement de « second biggest gay pride in the world ! » ; dans un courrier qu’il m’adresse en mai 2000, un fan hollandais (26 ans, homosexuel, travaillant dans un liquorshop, titulaire d’un lower profession education selon ses dires) souligne le succès du site qu’il a créé en août 1998, et qui a été visité par 150 000 personnes en deux ans :

Il existe un lien très étroit entre l’Eurovision et le fait d’être gay. Je suis persuadé que 80 % des gens qui visitent mon site web sont gay. Je ne sais pas exactement pourquoi il y a en a tant qui aiment le Concours. Peut-être pour les mêmes raisons que tous ces gens qui détestent le foot. Peut-être parce que l’Eurovision est une compétition internationale mais sans combat : il est question de musique, c’est artistique. Et les gays sont très sensibles à l’art. Le strass et les paillettes, le glamour, ça intéresse beaucoup les gays. Musique, danse, théâtre, spectacle et compétition… Et c’est justement les ingrédients de l’Eurovision.

En France, cette évolution a été accompagnée à la télévision par l’apparition de commentateurs revendiquant parfois ouvertement leur homosexualité. Leurs interventions sont émaillées d’allusions plus ou moins perceptibles pour le grand public :

C’est un véritable marais ici ; on n’est jamais trop aidé (trop pd) dans la vie.

La chaîne Canal + a développé des sites sur le net consacrés à l’Eurovision et à destination du public gay :

Ils sont conscients du côté fan et gay. C’est un public captif, célibataire, avec un gros pouvoir d’achat (scrutatrice).

Les candidats eux-mêmes, jugés par le public et non par un jury, semblent avoir pris conscience de l’importance de cette population, particulièrement mobilisée : au cours d’un entretien, un commentateur belge m’explique que :

Certains pays jouent là dessus. Tout ce qui était organisé par la délégation islandaise, en 1997 à Dublin, allait dans ce sens là. Les soirées islandaises étaient quasi officiellement gay. Le candidat anglais, l’an passé, a fait sa partie dans une boite gay en espérant mobiliser les gays par le TV voting. La candidate espagnole à Jérusalem portait une robe arc en ciel. Et il y a des choses presque subliminales dans les clips, celui des turcs par exemple.

De manière générale, cette « homosexualisation » accompagne l’émergence des gays dans l’espace public et médiatique [21] MARTEL, 1996. [21] , depuis le milieu des années 1990 en France : on a vu apparaître des émissions et séries télévisées qui prennent pour sujet ou mettent en scène des homosexuels ; la Gay Pride est une fête célébrée et médiatisée ; plusieurs personnalités publiques, en particulier politiques, ont révélé leur homosexualité ; des mouvements actifs – notamment Act Up – ont inscrit dans l’espace public la question du sida ; la question de l’homoparentalité est devenue un enjeu de société. Et en devenant, avec la victoire de la candidate transexuelle israélienne Dana International en 1998, une caisse de résonance de l’affirmation homosexuelle, l’Eurovision a sans doute accompagné ce mouvement de publicisation : en l’occurrence, elle a pris une valeur symbolique exceptionnelle parce que la candidate, transexuelle stigmatisée par la fraction la plus religieuse et conservatrice de la population, métaphorisait les principaux enjeux de la société israélienne (la place d’Israël dans un espace géopolitique international/les conflits de valeurs entre traditionnalistes et modernistes, dont la rivalité Jérusalem vs Tel Aviv est métonymique). C’est à ce titre que la presse et le public israélien ont pu parler d’« Israeli Pride », de « fierté israélienne ». Plus généralement, l’affirmation d’une identité sexuelle traditionnellement réprouvée, dans le cadre d’un Concours assez peu à la pointe en matière de révolution esthétique et d’avant-gardisme musical et télévisuel mais qui touchait des publics nombreux et variés, prenait une valeur emblématique et pouvait être reçue favorablement par tous ceux qui à un titre ou un autre se sentaient marginalisés ou inférieurs : ce qui est le cas de bon nombre de pays au sein de l’Europe ou de minorités linguistiques ou culturelles. Et comme l’atteste le courrier reçu à l’UER, le souci d’être reconnu à sa juste valeur sur la scène européenne, d’affirmer son identité nationale et de ne pas être marginalisé, reste le principal enjeu de l’Eurovision aux yeux du public [22] LE GUERN et LEMISH, 2004. [22] .

Il apparaît donc qu’en termes de pratiques, le Concours de l’Eurovision occupe une place particulière pour les fans : ils sont au cœur de l’événement et le vivent comme une sorte de pèlerinage ; ils peuvent enrichir leur collection d’objets dérivés ; ils rencontrent d’autres fans avec qui partager leur passion ; ces rencontre entre pairs, venant de toute l’Europe, participent du processus de socialisation et d’élaboration des identités individuelles et collectives, tant comme fans que comme homosexuels. Enfin, ils peuvent se livrer à la drague : selon un fan israélien rencontré à Copenhague,

Tous les soirs, des parties sont organisées par les délégations. La plupart des délégations sont homosexuelles et elles vont dans les clubs gays.

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De ce point de vue, l’Eurovision peut être vécue comme une expérience de socialisation, un processus de modelage des identités : en effet, si on admet qu’on ne naît pas fan [23] LE GUERN, 2002. [23] ou homosexuel [24] POLLAK, 1982,1988. [24] mais qu’on apprend à l’être, le répertoire de situations que propose l’Eurovision, qui ne se limite pas au seul Concours, fournit un cadre favorable pour tester et élaborer tout à la fois son identité de fan et d’homosexuel. Or, comme l’a bien montré Pollak, cet apprentissage passe par la reconnaissance de désirs singuliers et la découverte des lieux et façons de rencontrer des partenaires : ce qui est vrai pour les fans homosexuels qui doivent justifier de goûts (pour une musique disqualifiée : la variété) et de désirs excluants ou moqués. Ainsi, appartenir à un fan club ou se rendre à l’Eurovision peut être envisagé comme une expérience de construction de l’identité sociale du sujet en terme d’appartenance à un groupe ou à un collectif, les festivals s’apparentant à des « lieux de rencontre et de convivialité : la plupart des spectateurs savent qu’ils vont y retrouver des spectateurs comme eux [25] ETHIS, 2001, p. 160. [25] .
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Fan et homosexuel : une relation d’homologie ?

Pour comprendre qui sont les fans, il est important de repérer leurs pratiques : quels types de relations entretiennent-ils avec l’Eurovision dans leur existence quotidienne ? Comment expriment-ils et justifient-ils leurs goûts ? Comment leur passion les situe-t-elle socialement ? Pour le dire très simplement, que font-ils avec l’Eurovision ? Or, ces questions ne sont pas aussi simples qu’il y paraît : d’une part, parce que les pratiques expressives du goût sont résistantes à l’idéal compréhensif de la sociologie, quelques soient les dispositifs d’enquête retenus [26] LE GRIGNOU, 2003. [26] . D’autre part, parce que ceux qui étudient la culture populaire en général et les musiques dîtes populaires en particulier prennent la plupart du temps pour exemple le rock mais presque jamais la chanson de variété : du même coup, la réception du rock s’en est trouvée légitimée, ou du moins, le rock vient à point pour qui veut démontrer que les frontières entre l’art et la culture de masse se sont estompées. En réalité, les choses sont plus compliquées, entre autres raisons parce que ce type d’opposition binaire n’est pas conforme à la réalité, parce qu’il existe un rock esthétisant truffé de références à la musique savante et un rock résolument commercial, et parce que la culture populaire n’est elle-même pas étanche aux processus de distinction et de légitimation [27] LE GUERN, 2002. [27] qui opposent entre eux producteurs, critiques et fans. Au bout du compte, s’il existe des degrés ou des niveaux dans le populaire – et peu importe qu’ils résultent de conventions –, on voit bien que les théoriciens font plus souvent appel à Franck Zappa ou à Philipp Glass qu’aux chansons de l’Eurovision pour asseoir leur démonstration ; en définitive, comme le montre Andrew Goodwin [28] GOODWIN, 2001. [28] , c’est souvent « l’‘inauthentic’ popular culture », autrement dit la « mainstream pop » qui fait les frais de l’opération. Ce qui soulève à son tour un autre problème : comment analyser les goûts des publics populaires et la nature des plaisirs qu’ils éprouvent ? Comment redonner au sentiment, voire au sentimentalisme, son importance sans redouter de prendre le spectateur pour un idiot culturel ? Comment articuler la dimension intime de l’expérience esthétique avec son expression collective, notamment entre fans ? C’est à ces questions que nous confronte un Concours comme l’Eurovision . Pour tenter d’y répondre, je décrirai brièvement la population du fan club et ses principales caractéristiques, en m’appuyant sur des observations menées lors d’assemblées générales et des conventions du fan club et sur des entretiens avec ses membres.

Tout d’abord, la population du club est majoritairement masculine. Lors de l’assemblée générale de 2001, il y a quinze hommes pour une seule femme. Lors de la convention du 25 novembre 2002, je dénombre soixante-cinq personnes, dont neuf femmes. L’annuaire du club confirme cette prédominance du masculin. En 1995, on comptait une soixantaine de membres. Six ans plus tard, ils sont environ deux-cent-soixante-dix. Si la question n’est jamais publiquement évoquée, tous les entretiens confirment la sur-représentation des homosexuels masculins. L’attention portée à l’apparence est manifeste : tee-shirts moulants qui laissent deviner la pratique du body-building, cheveux courts et plaqués avec du gel…

Ensuite, les activités du fan club sont multiples et très comparables à celles d’autres fans clubs : édition d’un fanzine (320 exemplaires par an) et d’une lettre d’information ; mise en place d’une vidéothèque consacrée à l’Eurovision (sélections, Concours, previews, reportages) qui contient plus de 200 cassettes ; service de commandes groupées de disques et de recherche de disques rares ; organisation de meetings pour visionner les previews ou de journées à thèmes (par exemple, une spéciale années 1970) ; création d’un site internet ; démarches pour obtenir des places qui permettent aux fans d’assister aux Concours (76 demandes pour Copenhague), ce qui suppose une coopération avec les fans clubs du réseau OGAE ; organisation de concours internes au club (2 par an) et participation aux concours OGAE et second chance. Ce sont les fans clubs des pays vainqueurs qui en ont la responsabilité. Calqués sur le modèle de l’Eurovision, ils permettent cependant aux fans d’introduire des variantes, par exemple en votant pour des chansons présentées en sélection nationale mais qui n’ont pas été retenues et qui ont leur préférence. Enfin, collaborations exceptionnelles où les fans deviennent consultants sur des projets de compilations (« Eurovision, les plus belles chansons françaises » en trois cd pour les éditions du Reader’s Digest) ou de disques karaoké. En échange, les coordonnés du fan club sont mentionnées dans le livret.

Comment alors caractériser les formes de sociabilité et les interactions à l’œuvre au sein du fan club ? Tout d’abord, comme tous les fans en général, ceux de l’Eurovision font preuve d’une érudition impressionnante sur leurs sujets de prédilection. Ce savoir commun fonctionne comme un facteur de cohésion, marquant la frontière entre les insiders et les outsiders, les vrais fans et les autres. En même temps, il règle le jeu subtil des hiérarchies internes, distinguant les experts et les généralistes, les érudits et les béotiens. L’autre fait remarquable tient à la fragilité et à l’instabilité des identités individuelles et collectives : l’individu doit constamment affirmer, consolider ou négocier ses identités, en puisant dans un répertoire d’attitudes et de justifications qui lui semblent les plus adaptées selon les situations et les interlocuteurs.

J’ai pu constater ce fait à de très nombreuses reprises et je me limiterai ici à en donner de brèves illustrations : lors de la convention de novembre 2002, une des rares femmes présentes, une quarantaine d’années, toute habillée de rose, très décalée, demande un autographe à l’invitée du jour et ancienne vedette française de l’Eurovision, Catherine Ferry. Elle essuie alors les quolibets des fans présents. Je suis étonné car ces mêmes fans se dirigent eux aussi vers Ferry pour demander un autographe. L’un d’eux dit à son voisin en quittant son siège et en raillant ce qui ressemble un peu, par sa solennité, à un cérémonial liturgique :

Allez, n’aie pas honte. On dirait l’hostie !

Je comprends alors que cette femme pathétique, toute entière prise par sa passion, incarne l’image que les fans se refusent à donner d’eux-même. Marquer ses distances ou pratiquer la dérision permet de préserver une image de soi acceptable [29] Sur la relation ambivalente au légitime et à l’illégitime,… [29] : s’adressant à moi, un fan commente :

Tu as vu qu’il y avait plein de degrés de fans. Je me disais, si le monsieur de l’Université est là, il va voir de drôles de cas de fans.

Un autre fan se vante d’avoir un diplôme de 3e cycle universitaire et raille l’assemblée :

Il y en a ici qui ont dû avoir une autorisation exceptionnelle de sortie de l’hôpital psychiatrique. Sur les 65 personnes, il y en a 60 qu’on devrait interner !

Cela ne l’empêche pas d’aller à son tour demander un autographe et de m’avouer qu’il collectionne les éditions de l’Eurovision en vidéo. Au bout du compte, faire tenir ensemble ou séparément son identité de fan et d’homosexuel s’apparente à un jeu d’équilibriste. Qu’il s’agisse d’affirmer sa passion de fan ou son homosexualité, ce jeu permanent de rôle et cette distanciation par rapport à soi peuvent être lus comme une réponse à des situations potentiellement stigmatisantes. Ceci permet de comprendre les paradoxes avec lesquels les fans doivent composer. L’un d’eux, dont le comportement maniéré est ostentatoire et qui est très investi dans sa passion m’explique que :

les fans sont homos ou neu-neu. La vie de l’homo est de toute façon un peu ridicule. Il y a les fans deuxième degré, et les autres, les neu-neu, les fans du premier degré.

Un autre fan, qui ne fait pas mystère de son homosexualité, note qu’au fan club :

Il y a une catégorie d’homo spécifique. Beaucoup de folles qui aiment le déguisement, le spectacle et les paillettes. Mais moi, j’ai pas d’atomes crochus avec eux. Je fais pas gonzesse ! La première fois que je vais au fan club, je vois toutes ces folles, j’étais mal, je me croyais à une association gay !

S’il admet que « les drag queen au Concours, c’est trop », il reconnaît que c’est « un formidable terrain de chasse ». Une autre des attitudes observées consiste à surjouer en faisant la « folle ». Une des interprétations possibles de ce comportement est que la personne se soumet ainsi à la caricature qui lui semble être celle que la majorité impose à la minorité [30] POLLAK, 1982. [30] .
Observation menée lors de la convention du fan club, à Paris, le 25 novembre 2002 (extraits d’une note de terrain)

Ils sont tous homos ?!

Les fans dans la salle

78 rue Jeanne d’Arc, je suis venu avec mon amie. Salle en contrebas d’un ensemble de tours du 13e arrondissement, métro Nationale. Des rideaux de fer baissés, et de l’extérieur on ne voit rien. Volonté de discrétion ? Rien ne laisse deviner qu’un tel événement est organisé ici. La lourde porte en fer est également fermée et il faut que je m’accroupisse au niveau du dernier rideau pas totalement baissé pour être vu et obtenir l’ouverture de la porte. Sur une table, une feuille sur laquelle les arrivants doivent s’inscrire. La personne qui nous accueille (François, enseignant-chercheur en électronique à Jussieu me dit-il, insistant manifestement sur sa position sociale)

vérifie sur un listing que nous sommes bien inscrits, et nous réclame le droit d’entrée, qui normalement aurait dû être acquitté au préalable pour obtenir l’adresse de la convention. On paye 60 francs par personne. Sur la table près de l’entrée, on trouve des fiches qui serviront aux participants à jouer un peu plus tard à une sorte de pastiche du Concours de l’Eurovision.

J’apprends que la salle appartient à un parc immobilier réservé à des fonctionnaires résidant sur Paris. Elle a été gratuitement mise à la disposition des organisateurs grâce à un des membres du fan club, organisateur principal de cet événement (employé à France Télécom, il est lui-même résidant dans l’une de ces tours). Depuis maintenant deux ans, les fans ont pris l’habitude de se réunir ici, pour ce qu’ils appellent le meeting d’hiver et les previews de printemps.

La salle est sombre, les rideaux sont descendus jusqu’en bas. Tout en longueur, elle est occupée pour moitié par des rangées de bancs et de chaises presque tous occupés lorsque nous arrivons. Un autre côté de la pièce fait office de déambulatoire : le mur est décoré d’une centaine de pochettes de disques 45 tours des années 1970. Le thème de la convention porte sur les chansons de l’Eurovision dans les années 70. Je m’approche : les pochettes ne sont en réalité que des photocopies couleur et non des originaux ; « avec tous ces fans, on ne sait jamais » m’expliquera en fin de journée l’organisateur de la convention, au moment où il les retire du mur. Le décor est d’une grande austérité : murs gris-blancs et chaises plastique. Au fond de la salle, j’avise une affiche manifestement destinée à d’autres occupants du lieu, dans le cadre de l’aide aux devoirs. Je ne peux m’empêcher d’en sourire en imaginant que ces consignes puissent être adressées aux fans : « Toute sortie est définitive » ; « On ne fait pas entrer de personnes extérieures » ; « les toilettes ne sont pas un refuge »…

Le public maintenant : la salle est pleine, l’assemblée est silencieuse, nous sommes parmi les tous derniers à arriver. Ce qui frappe tout d’abord, c’est le silence et la concentration du public présent, qui écoute religieusement l’invitée surprise, en l’occurrence Catherine Ferry (une ancienne représentante française au Concours) qui raconte dans un micro sa détermination à revenir aujourd’hui vers son public. La population paraît homogène : des hommes jeunes pour la plupart, une trentaine d’années, les cheveux courts, beaucoup de tee-shirts. Je reconnais un fan avec lequel j’ai voyagé en avion lors de mon retour de Copenhague où s’est déroulé la dernière édition de l’Eurovision (30 ans, enseignant certifié d’anglais, cheveux coupés très courts, tee-shirt blanc et pantalon de cuir). Je dénombre soixante-cinq personnes, dont neuf femmes.

Le show de Catherine Ferry

La vedette du jour est entourée d’un photographe, d’un journaliste de NRJ, de sa fille âgée d’une dizaine d’années (c’est elle qui les présente à la salle : « j’ai quitté la scène pour élever ma fille à Boulogne et être tranquille ») et d’une femme dont elle explique à la cantonade qu’elle va réaliser son prochain clip. Catherine Ferry harangue la salle, met en valeur son côté « je suis encore pas mal non ? », son amour du public qui la connaît et qui l’attend – « partout on me demande encore de chanter, les gens ne m’ont pas oublié » –, sa détermination, son professionnalisme, ses anciennes amitiés dans le milieu et ses soutiens (« Daniel Balavoine, mais qui est mort maintenant »), et les raisons pour lesquelles elle a quitté jadis la scène (« élever ma fille ; la mort de Daniel »). Elle explique qu’au début, elle n’avait pas voulu faire l’Eurovision, car elle n’était pas certaine d’être libre de choisir ce qu’elle chanterait. Silence accrû dans la salle. A la fin, elle se livre à une séance de dédicaces : chacun veut y aller, on se croirait vraiment à la messe où chacun attend son tour. Puis elle s’éclipse, emportant avec elle une énorme gerbe de fleurs offerte par les fans. Je ne peux m’empêcher de penser qu’elle connaît l’importance des fans de l’Eurovision alors qu’elle tente son come-back.

Les questions posées à C. Ferry

La sono utilisée est médiocre, un micro passe dans le public, mais il n’est pas sans fil et le fil est très court : ce qui donne lieu à une plaisanterie sur le mode de l’autodérision et oblige le public à se déplacer lorsqu’il veut prendre la parole. A certains moments, le son est coupé. Au fond, on n’entend plus rien, mais personne ne proteste. Les questions portent pour l’essentiel sur ce que ça lui a fait d’être classée deuxième à l’Eurovision ou sur des aspects techniques du Concours ou des points de détail. On est entre experts de la chose.

Reste que peu de fans prennent la parole. Ceux qui osent la tutoient, sauf une jeune femme « un peu bizarre », qui dénote parmi les fans et peut sembler mentalement dérangée : lorsqu’elle prend la parole, des signes sont échangés dans la salle, on ressent de la raillerie. La jeune femme brise une sorte de consensus tacite en posant à C. Ferry des questions qui portent systématiquement sur sa prestation en 1976 et en ignorant l’actualité de la « vedette » ; érudite obsessionnelle de l’Eurovision, elle semble ne pas voir que Ferry est aussi là pour présenter ses nouveaux projets. Ferry fait pourtant tout pour ça : elle évoque la maquette de son nouveau single (pas encore signé), son amertume vis à vis des jeunettes qui tiennent le haut du pavé, de l’oubli dans lequel la tiennent les maisons de disques (« quelle erreur si on regarde Henri Salvador ! »). Elle insiste sur sa volonté d’avoir une production « dance » pour son disque mais pas techno, car « sinon on ne me reconnaîtra plus, les gens qui m’aiment ne me suivront plus ». Enfin, elle se décide à faire écouter une chanson inédite au public : silence dans la salle…

Pas dupe, mon voisin me glisse à l’oreille : « ces gens ils nous parlent toujours du prochain disque qu’ils vont se remettre à faire et on ne les revoit plus ensuite ».

Reste que cette explication identitaire est insuffisante si on ne tient pas compte de la position et des caractéristiques sociales des fans : les interviews et l’étude du fichier du fan club montrent que la plupart sont originaires de la province. Beaucoup occupent un emploi de fonctionnaire (Postes, Education Nationale, Police) et se situent dans les rangs inférieurs ou intermédiaires de l’administration. Certains occupent des professions ou ont une activité non rémunérée aux marges du show-business ou de l’artistique, dans des secteurs dénués de légitimité (magazines consacrés à la variété française ; éditeurs réalisant des compilations de chansons). Dans les faits, nombreux sont ceux pour qui le départ de la province et la venue à Paris a été rendu possible par l’obtention d’un emploi, fuir la province étant bien souvent envisagé comme la meilleure manière de régler les problèmes d’acceptation de leur homosexualité, en particulier pour ceux issus des milieux les plus modestes. Cette dimension me semble importante à souligner : dans les interviews, les fans insistent sur leur origine sociale souvent modeste et provinciale et on retrouve de nombreux traits communs dans la relation de leurs parcours. Mais le récit de leur arrivée à Paris et de leur installation dans la capitale témoigne aussi de leur difficulté à intégrer un milieu homosexuel auquel ils souhaitent se rattacher mais dont ils peinent à comprendre les codes. D’un certain point de vue, il est sans doute exact de décrire le monde homosexuel comme un marché des échanges sexuels qui contribue à abolir ou transcender les différences sociales. Cependant, dans les récits que m’en font les fans, on voit que cet univers est plus complexe et n’échappe que partiellement aux logiques de domination et distinction, défavorables à ceux qui disposent d’un capital physique ou symbolique réduit, c’est à dire les moins beaux ou les moins informés, ceux aussi qui éprouvent le plus de difficultés à s’insérer sur ce marché sexuel [31] A plusieurs reprises, des fans me font savoir que « si… [31] ; en ce sens, il apparaît très éloigné de l’image idéalisée d’une communauté homosexuelle homogène et intégratrice. A contrario, le fan club apparaît comme un lieu de sociabilité où les droits d’entrée sont inexistants et par conséquent très accessible. Ainsi, un habitué du fan club me décrit-il un nouvel arrivant en comparant leurs trajectoires respectives :

Il y avait un fan, la trentaine, il était comme moi au même âge. Un ancien provincial, à peine sorti de chez ses parents, archi couvé et qui voulait des conseils pour faire son coming-out. Moi, quand je suis arrivé à Paris, j’avais plus de contraintes, mais j’ai mis deux ans et demi à me libérer.

La place marginale qu’occupent les membres du fan club dans l’espace social homosexuel parisien est spontanément théorisée par un de ses membres :

J’ai beaucoup fréquenté le Marais depuis 1983. Je m’en lasse un peu. Je n’ai jamais rencontré des fans dans ce milieu. C’est sans doute pas dans les hautes sphères culturelles ou sociales qu’on les trouve. Ils viennent plutôt de la classe moyenne. Monsieur tout le monde, mais rassemblés par un même goût. Je lis la presse dans les bars gays mais on parle peu de l’Eurovision. On y parle plutôt des icônes gays actuelles, branchées.

Selon lui, le profil social des fans conditionne leur conception de la sexualité et du couple :

Au fan club, il y a pas mal de gens qui vivent en couple, ils sont plus stables. Il y a beaucoup de fonctionnaires. Dans les milieux branchés, c’est plus immédiat.

On voit également que, interrogés sur leur relation à la culture, les fans privilégient les pratiques domestiques (la télévision et le disque), les concerts de variété et de chanson française, le cinéma, c’est à dire des pratiques a priori peu susceptibles de procurer des profits de distinction.

Sans doute faudrait-il ici insister sur l’importance particulière de la télévision pour les fans : elle est un élément central de leur équipement domestique, comme j’ai pu le constater lorsque je me rendais à leur domicile. Sur le plan symbolique, elle occupe une place centrale dans l’évocation de leurs souvenirs de jeunesse : d’une part, elle a contribué à les ouvrir au monde extérieur. D’autre part, les témoignages des fans montrent bien comment leurs goûts se structurent durant l’enfance et pourquoi le spectacle télévisé de l’Eurovision y tient une place privilégiée : programme consensuel, il peut être vu en famille ; il faut d’ailleurs souligner ici que dans les années 1960-70, la valeur économique, sociale et symbolique du petit écran n’est pas du tout la même qu’aujourd’hui. Regarder l’Eurovision dans ce contexte peut avoir une valeur particulière et de nombreux récits de fans en témoignent : ces récits – que je ne présenterai pas ici en détail faute de place – insistent tous sur l’expérience structurante de l’Eurovision comme spectacle télévisuel qui sert de borne, de repère par rapport à leurs souvenirs de jeunesse. Pour beaucoup, s’il leur était interdit de regarder tard le soir la télévision, l’Eurovision constituait une exception notable, un temps fort dans l’agenda familial. La dimension internationale du concours est un autre élément fréquemment évoqué :

J’ai eu un coup de foudre immédiat pour cette émission. On voyageait, on entendait des langues étrangères, je sortais de ma petite vie et on a l’impression que les problèmes s’effaçaient » (homme, homosexuel, 41 ans, habite en banlieue nord de Paris et vit du RMI).

Dans ces propos, c’est en filigrane la capacité du concours à extirper les individus d’un quotidien banal et provincial jugé pesant qu’on devine. En outre, l’Eurovision offre aussi des ressources pour poser les premières interrogations sur l’orientation de leur sexualité. Plus généralement, les entretiens suggèrent que les genres musicaux sont différentiellement investis selon le sexe. Ainsi, l’Eurovision est-elle associée aux personnages féminins au sein de la famille (la sœur, la mère, la grand-mère) et la chanson de variété à l’environnement et aux valeurs féminines. C’est du moins comme cela que plusieurs fans expliquent la naissance de leur goût pour la variété :

A l’école, j’avais pas de copains. Je ne me sentais pas à ma place. A partir de la seconde, je me suis retrouvé dans un lycée mixte et je me sentais mieux. Je m’entendais mieux avec les filles. Sheila, l’Eurovision, c’était pour moi.

Sheila, elle faisait partie de la famille. C’était comme une grande sœur.

J’avais besoin de gaieté.

L’assignation au silence qui est faite à un grand nombre de fans homosexuels, au moins dans leur jeunesse, peut aussi expliquer la naissance du goût pour l’Eurovision. L’attrait pour les paillettes, les costumes est également souvent invoqué : on peut se demander jusqu’à quel point il n’y a pas ici intériorisation d’un univers et de valeurs sentimentales, selon un modèle très proche du type de rapport que les filles entretiennent avec la culture et qu’elles refoulent « vers les scènes sociales intimes » parce qu’elles « sont l’objet d’un fort discrédit [32] PASQUIER, 2005, p. 165. [32] ». Enfin, l’exemple retenu – Sheila – n’est sûrement pas un hasard : chanteuse de variété à succès dès les années 60, elle symbolise la provinciale issue d’un milieu populaire et qui, en montant à Paris, sort de l’anonymat et accède au vedettariat. D’ailleurs, tombée dans l’oubli, elle renouera avec le succès à la fin des années 90 en devenant une icône gay.

En cela, plus proche du pôle féminin, le goût pour la musique de variété – traditionnellement discréditée – constituerait une des premières expériences significatives au cours de l’enfance ou de l’adolescence, liée à la fois à la reconnaissance de sa sexualité et à la prise de conscience de la pression sociale qui s’exerce sur de tels goûts.
Conclusion

Pour expliquer cet attrait d’un public composé de fans homosexuels pour un programme a priori peu valorisant, il était tentant d’appréhender l’homosexualité comme un univers de signes et l’homosexuel comme un producteur et consommateur de signes. Exclu des codes dominants, celui-ci est continuellement à la recherche de sens, d’images (…), de significations cachées, implicites, potentielles, ambiguës, tout en étant constamment confronté à une figure négative et fantomatique de l’homosexualité qui hante toutes les représentations de la culture occidentale du XXe siècle [33] CHAMBERLAND, 1997, p. 12. [33] . Cette thèse, dominée par l’apport des théories Queer, est évidemment séduisante : d’une part, elle suggère que l’Eurovision constitue un réservoir de signes qui offrent leur signification voilée à ceux qui savent les lire ; d’autre part, elle permet à peu de frais d’expliquer le goût du kitsch par son potentiel subversif. Dit autrement, si les homosexuels apprécient à ce point l’Eurovision, ce serait en raison de leur position à la marge du social qui les incite à déconstruire les systèmes de catégories et les codes culturels. Que leurs choix se portent sur les productions culturelles les plus déconsidérées ne serait pas l’effet du hasard, mais plutôt un rappel de leur propre position de dominés au sein de la société. Transposant la critique du caractère socialement construit des sexualités au domaine des valeurs culturelles, les homosexuels jetteraient un regard neuf et subversif sur la culture : aimer l’Eurovision reviendrait alors à dénoncer le caractère socialement construit de la domination culturelle, et métaphoriquement, de l’hétérocentrisme.

De mon point de vue, si cette lecture est stimulante, elle suscite au moins deux réserves : premièrement, elle repose sur la vision idéalisée d’une communauté homosexuelle qui transcende les différences sociales. Or, l’enquête menée auprès des fans de l’Eurovision montre que la population homosexuelle n’est pas homogène et que si tous les membres du fan club sont homosexuels, tous les homosexuels ne sont pas fans. On ne peut donc pas totalement comprendre la passion qu’éprouvent certains fans si on ne le met pas en relation avec l’appartenance de classe ou la trajectoire culturelle : on le voit bien, lorsqu’ils se situent socialement et lorsqu’ils situent leurs goûts, c’est autant par rapport à l’ensemble de la société qu’en se référant à un espace déterminé par l’appartenance homosexuelle ; or, ils décrivent cet espace à la fois comme une communauté de destin mais aussi comme un espace où les formes de la domination ne sont pas absentes et où le rapport à la culture n’est pas nécessairement plus égalitaire ou moins hiérarchisé. A l’instar de ce que montre Dominique Pasquier à propos des participants aux sous-cultures, il y a ceux qui sont au centre (les amateurs de musique techno d’avant-garde qui organisent des raves entre initiés et lancent les modes vestimentaires) et ceux qui sont à la périphérie – toutes sortes d’individus, à commencer par les filles, qui adhèrent aux dimensions les moins légitimes de la sous-culture ou accomplissent un travail de stylisation incomplet [34] PASQUIER, 2005, p. 67. [34] .

Deuxièmement, la question du goût est traitée de façon réductrice, essentiellement comme une faculté de subversion des hiérarchies culturelles : je ne nie pas que les fans puissent apprécier l’Eurovision parce qu’ils décodent les significations homosexuelles inscrites dans ce programme et qu’ils en font une lecture parodique. Mais pourquoi ne pas considérer qu’ils peuvent aussi aimer avec intensité et sérieux les formes les plus commerciales ou les plus sentimentales de la culture ? Les notion d’« amour », de « passion pour », rendent très imparfaitement compte de ces situations où je me retrouvais en présence de fans manifestement cultivés, dont l’appartement était encombrés de petits cochons de toutes formes et de toutes tailles ou autres objets fétiches collectionnés, qui consacraient une pièce entière de leur appartement à des collections stupéfiantes de disques de variété par milliers, classés, archivés, accumulés depuis des années, et qui m’expliquaient ce qui les faisaient vibrer dans telle ou telle version japonaise ou israélienne d’une chanson de Sylvie Vartan ou de Sheila. Ceci devrait nous conduire à retravailler – encore et encore – ce que les sociologues des pratiques culturelles entendent lorsqu’ils prêtent en particulier aux publics populaires cette capacité d’éprouver du plaisir tout en étant capable de prendre du recul lorsque le besoin s’en fait sentir. Si l’on marque ses distances en fonction des scènes sociale sur lesquelles on apparaît tour à tour, que dire néanmoins de ce plaisir éprouvé à écouter de la variété ? Il est frappant de ce point de vue que les rares travaux sur les fans aient jusqu’ici porté sur les formes les plus nobles, les plus intellectuelles ou les plus légitimes des cultures populaires – la série Le Prisonnier [35] LE GUERN, 2002. [35] , Elvis Presley [36] SEGRE, 2003. [36] , Les Beatles [37] LE BART, 2000. [37] – alors que rien ou presque n’est dit sur les amoureux de Claude François ou de Johnny Halliday.

Enfin, dans ses analyses de la vie homosexuelle, Michael Pollak – tout en insistant sur le rôle central de la drague et du sexe dans ce qu’il décrivait comme un véritable marché des échanges homosexuels – mettait aussi l’accent sur l’influence des facteurs sociaux dans la plus ou moins grande capacité à exprimer et vivre son « destin homosexuel ». Pollak arrivait à la conclusion que les homosexuels socialement favorisés accédaient plus facilement au modèle communautaire – caractérisé par le rôle prééminent de la drague et sur une sociabilité majoritairement homosexuelle – que les homosexuels des milieux populaires pour lesquels il restait souvent un modèle inatteignable. Même si l’analyse a sensiblement évolué [38] Voir le remarquable article de ADAM, 1999. [38] – sous l’effet des modifications de la structure sociale et aussi d’une plus grande acceptation de l’homosexualité – entre le début des années 1980 et aujourd’hui, il n’en reste pas moins vrai que la position de classe continue de marquer ce destin homosexuel : on sait par exemple que l’expérience du rejet est plus fréquente pour les hommes issus ou appartenant aux milieux sociaux les moins favorisés. Et on peut être frappé par la similitude qui semble exister entre le récit d’homosexuels d’origine populaire et provinciale étudiés par Philippe Adam et les homosexuels aux trajectoires sociales proches ou identiques que j’ai moi-même interviewés et observés : L’affiliation communautaire constitue donc un véritable moyen d’exister pour l’homosexuel issu d’un milieu social modeste ayant rencontré des problèmes d’acceptation [39] Voir l’exemple de Yves, homosexuel interviewé par ADAM,… [39] , tout comme pour ces fans marqués par le rejet parental, un nombre réduit d’amis et de rares occasions de rencontres avec d’autres homosexuels, qui décident alors de venir vivre à Paris, Le fan club de l’Eurovision, parce qu’il renvoie à un fond commun de culture populaire (la chanson de variété) et parce qu’il se prête particulièrement bien à une lecture homo-référencée, peut alors constituer un de ces lieux communautaires favorisant l’expression de leur homosexualité pour des personnes aux trajectoires sociales souvent comparables. Resterait alors à voir comment, à l’échelle européenne, fonctionnent les autres fans clubs de l’Eurovision, dont plusieurs de mes observations récentes invitent à penser qu’ils sont organisés autour de noyaux durs homosexuels. Si les fans homosexuels de l’Eurovision inscrivent leur passion dans un cadre plus communautariste qu’universaliste, puisque le fan club relève plus de la sphère intime que de la sphère publique et que leurs prises de position sont inexistantes et ne rencontrent guère les grands thèmes mobilisateurs de l’agenda gay, étudier la façon dont ces fans clubs s’organisent dans un cadre supra-national pourrait apporter une contribution intéressante à une sociologie des frontières entre espaces privés et espaces publics.
– Photographie des membres du fan club (à partir d’un des premiers annuaires établi par le club sur un total de 92 fans recensés en France en 1999) <image id="im5" typeimage="tableau" typemime="image:png" xlink:href="RES_id9782746218598_2007-02d_pa01-da12_09_art09_img005.png" xlink:actuate="onRequest" xlink:title="graphique "/>
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RÉFÉRENCES

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SEGRE G. (2003), Le culte Presley, PUF.

Notes
[1]

BOURDIEU, 1979.
[2]

LAHIRE, 2004.
[3]

PASQUIER, 1999 ; MAIGRET, 1995,1999.
[4]

LE BART, 2000 ; LE GUERN, 2002.
[5]

PASQUIER, 2005.
[6]

On peut définir le kitsch comme un style et une attitude esthétique caractérisés par l’usage hétéroclite d’éléments démodés ou populaires considérés comme de mauvais goût par la culture établie et produits par l’économie industrielle. Voir GREENBERG, 1934 ; BAUDRILLARD, 1970 ; BOURDIEU, 1979.
[7]

« Comment avec de telles chansons ringardes arrive-t-on encore à susciter une certaine curiosité ? ( France Soir, 21 mai 1999) ; « La vieille dame de la chansonnette kitsch… » (Le Figaro, 31 mai 1999) ; « La sélection française pour l’Eurovision est à la musique ce que le concours des Miss France, auquel il ressemble, est à l’intelligence » ( Libération, 17 février 2000).
[8]

Mes remerciements vont à Hugh Dauncey qui m’a donné le temps et l’espace nécessaires à la rédaction de cet article, lors d’un séjour à l’Université de Newcastle. Mes remerciements vont aussi à tous les fans qui ont accepté de m’accorder de leur temps et leur confiance lors de cette enquête.
[9]

Cette partie de l’enquête a été menée avec la collaboration de Dafna Lemish, dans le cadre d’un contrat de recherche sur les médias et l’Europe.
[10]

POLLAK, 1984, p. 60.
[11]

A ce propos, voir BUSSCHER, MENDES-LEITE et PROTH, 1999, p. 24-28.
[12]

BEJIN et POLLAK, 1977.
[13]

J’ai raconté ailleurs comment, en d’autres circonstances, c’est le fait de connaître toutes les chansons et génériques des séries télévisées, qui me permit d’être adoubé au sein d’un fan club pourtant jusqu’alors peu disposé à me compter parmi les siens. LE GUERN, 2002.
[14]

On trouvera de nombreux échos à cette bi-partition des loisirs en fonction des sexes dans les différentes enquêtes menées par le DEPS sur les pratiques culturelles des Français.
[15]

Sauf à être totalement naïf et à faire de la neutralité la condition ultime de l’enquête réussie, il est évident – comme le montrent de nombreux travaux ethnographiques – que la relation enquêteur/enquêtés est le plus souvent soumise aux mêmes aléas, aux mêmes types d’interactions que n’importe quelle relation de la vie quotidienne.
[16]

Voir par exemple BIZEUL, 1998, vol. 39, n° 4, p. 751-787.
[17]

Depuis, ce chef de délégation est devenu coprésentateur d’un programme de variétés à succès à la télévision française.
[18]

Il s’agit d’un chanteur français de variété, compositeur de chansons pour de nombreux artistes à succès et lui-même gros vendeur de disques.
[19]

ETHIS, 2001.
[20]

LEMISH, 2004, p. 41-63.
[21]

MARTEL, 1996.
[22]

LE GUERN et LEMISH, 2004.
[23]

LE GUERN, 2002.
[24]

POLLAK, 1982,1988.
[25]

ETHIS, 2001, p. 160.
[26]

LE GRIGNOU, 2003.
[27]

LE GUERN, 2002.
[28]

GOODWIN, 2001.
[29]

Sur la relation ambivalente au légitime et à l’illégitime, sorte de « déchirement » de la conscience pour un même individu, voir LAHIRE, 2005.
[30]

POLLAK, 1982.
[31]

A plusieurs reprises, des fans me font savoir que « si tu n’en as pas une grande, et si tu n’es pas beau, tu souffres vraiment dans ce milieu ».
[32]

PASQUIER, 2005, p. 165.
[33]

CHAMBERLAND, 1997, p. 12.
[34]

PASQUIER, 2005, p. 67.
[35]

LE GUERN, 2002.
[36]

SEGRE, 2003.
[37]

LE BART, 2000.
[38]

Voir le remarquable article de ADAM, 1999.
[39]

Voir l’exemple de Yves, homosexuel interviewé par ADAM, op. cit. p. 65.

Voir aussi:

Top 5 des polémiques à l’Eurovision

Emilie Geffray

Le Figaro

12/05/2014

Depuis sa création en 1956, le Concours Eurovision de la chanson est régulièrement le théâtre de polémiques. TV Magazine recense dans ce Top 5 les controverses qui ont marqué cet événement.

Conchita Wurst

Avec sa robe moulante, sa longue chevelure, son rouge à lèvres flamboyant, ses faux cils et sa barbe, Conchita Wurst n’est pas passé pas inaperçu. Le candidat autrichien traversti, dont le vrai nom est Tom Neuwirth, n’a eu de cesse de créer la polémique depuis l’annonce de sa participation à l’Eurovision. En effet, quelques semaines auparavant, plusieurs pétitions avaient été lancées en Russie, en Biélorussie et en Arménie pour empêcher l’artiste de 25 ans de participer au concours ou encore que sa prestation ne soit pas diffusée à la télévision dans ces pays ce soir-là. Depuis sa victoire samedi dernier avec Rise Like a Phoenix, la polémique autour de la femme à barbe ne désenfle pas. En France, l’ex-présidente du Parti chrétien-démocrate, Christine Boutin, a vivement critiqué Conchita Wurst via Twitter: «malaise devant #conchitawurtz image d une société en perte de repère niant la réalité de la nature humaine Non à cette #Europe là». En Russie, le politicien Vladimir Jirinovski a déclaré: «Notre indignation est sans limites. C’est la fin de l’Europe. Elle est devenue dingue. Ils n’ont plus de femmes et d’hommes là-bas, mais un "ça" à la place». De son côté, le président du parti libéral-démocrate russe a ajouté: «Il y a cinquante ans, l’armée soviétique a occupé l’Autriche. La libérer a été une erreur. On aurait dû rester».

Dana International

En 1998, la candidate transsexuelle Dana International offre à Israël une troisième victoire avec la chanson Diva. Si sa modification de sexe n’a, à l’époque, pas provoqué de polémique, sa participation au concours Eurovision de la chanson a tout de même marqué les esprits. Son single lui permit de connaître un véritable succès en Europe où il s’écoula à 400.000 exemplaires. Pour les 50 ans du concours en 2005, la chanteuse faisait partie des nombreux invités. Et en 2011, Dana International s’est à nouveau représentée mais sans succès. La chanteuse a été éliminée lors de la seconde demi-finale.

Krista Siegfrid

Choisie pour représenter la Finlande à l’Eurovision 2013, Krista Siegfrid est une star dans son pays. Candidate à The Voice finlandais en 2011, la chanteuse est aussi jurée de la version junior du télécrochet. Mais c’est surtout sa participation au Concours Eurovision en 2013 que les gens retiendront le plus. Interprète de Marry Me, chanson inspirée de la crise grecque et véritable hymne au mariage homosexuel, Krista Siegfrid est devenue le fer de lance de la communauté lesbienne en donnant un baiser à une de ses danseuses à la fin de sa performance.

Ping Pong

En 2000, la prestation des représentants israéliens suscita une vive polémique. Les deux membres masculins du groupe Ping Pong n’ont pas hésité à échanger un baiser pendant le refrain de Sameyakh. À la fin du dernier couplet, le groupe a également souhaité promouvoir la paix entre leur pays et la Syrie et a ainsi brandi des drapeaux aux couleurs des deux nations en conflit.

L’Azerbaïdjan

En 2012, l’Azerbaïdjan accueilla le 57ème Concours Eurovision de la chanson. Vivement critiqué, le gouvernement a été la cible de nombreuses polémiques. Parmi elles, il a été reproché à l’État d’avoir délogé un millier d’habitants, victime d’expropriations forcées, de la capitale Bakou pour y construire le Crystal Hall afin d’y recevoir le concours. De plus, les médias présents sur place ont constaté de nombreuses atteintes aux droits de l’homme. Après une rencontre avec des militants de l’opposition, la chanteuse suédoise Loreen n’a pas hésité à prendre position: «Les droits de l’homme sont violés quotidiennement en Azerbaïdjan. On ne doit pas garder le silence face à de telles choses», suscitant un peu plus la controverse. Alors que leurs relations sont particulièrent tendues depuis plusieurs années, l’Arménie préférera se retirer du concours craignant que la sécurité de sa déléguation ne puisse pas être assurée par les autorités azerbaïdjanaises.

Notes On "Camp"
Susan Sontag
1964.
Many things in the world have not been named; and many things, even if they have been named, have never been described. One of these is the sensibility — unmistakably modern, a variant of sophistication but hardly identical with it — that goes by the cult name of "Camp."

A sensibility (as distinct from an idea) is one of the hardest things to talk about; but there are special reasons why Camp, in particular, has never been discussed. It is not a natural mode of sensibility, if there be any such. Indeed the essence of Camp is its love of the unnatural: of artifice and exaggeration. And Camp is esoteric — something of a private code, a badge of identity even, among small urban cliques. Apart from a lazy two-page sketch in Christopher Isherwood’s novel The World in the Evening (1954), it has hardly broken into print. To talk about Camp is therefore to betray it. If the betrayal can be defended, it will be for the edification it provides, or the dignity of the conflict it resolves. For myself, I plead the goal of self-edification, and the goad of a sharp conflict in my own sensibility. I am strongly drawn to Camp, and almost as strongly offended by it. That is why I want to talk about it, and why I can. For no one who wholeheartedly shares in a given sensibility can analyze it; he can only, whatever his intention, exhibit it. To name a sensibility, to draw its contours and to recount its history, requires a deep sympathy modified by revulsion.

Though I am speaking about sensibility only — and about a sensibility that, among other things, converts the serious into the frivolous — these are grave matters. Most people think of sensibility or taste as the realm of purely subjective preferences, those mysterious attractions, mainly sensual, that have not been brought under the sovereignty of reason. They allow that considerations of taste play a part in their reactions to people and to works of art. But this attitude is naïve. And even worse. To patronize the faculty of taste is to patronize oneself. For taste governs every free — as opposed to rote — human response. Nothing is more decisive. There is taste in people, visual taste, taste in emotion – and there is taste in acts, taste in morality. Intelligence, as well, is really a kind of taste: taste in ideas. (One of the facts to be reckoned with is that taste tends to develop very unevenly. It’s rare that the same person has good visual taste and good taste in people and taste in ideas.)

Taste has no system and no proofs. But there is something like a logic of taste: the consistent sensibility which underlies and gives rise to a certain taste. A sensibility is almost, but not quite, ineffable. Any sensibility which can be crammed into the mold of a system, or handled with the rough tools of proof, is no longer a sensibility at all. It has hardened into an idea . . .

To snare a sensibility in words, especially one that is alive and powerful,1 one must be tentative and nimble. The form of jottings, rather than an essay (with its claim to a linear, consecutive argument), seemed more appropriate for getting down something of this particular fugitive sensibility. It’s embarrassing to be solemn and treatise-like about Camp. One runs the risk of having, oneself, produced a very inferior piece of Camp.

These notes are for Oscar Wilde.

"One should either be a work of art, or wear a work of art."
– Phrases & Philosophies for the Use of the Young

1. To start very generally: Camp is a certain mode of aestheticism. It is one way of seeing the world as an aesthetic phenomenon. That way, the way of Camp, is not in terms of beauty, but in terms of the degree of artifice, of stylization.

2. To emphasize style is to slight content, or to introduce an attitude which is neutral with respect to content. It goes without saying that the Camp sensibility is disengaged, depoliticized — or at least apolitical.

3. Not only is there a Camp vision, a Camp way of looking at things. Camp is as well a quality discoverable in objects and the behavior of persons. There are "campy" movies, clothes, furniture, popular songs, novels, people, buildings. . . . This distinction is important. True, the Camp eye has the power to transform experience. But not everything can be seen as Camp. It’s not all in the eye of the beholder.

4. Random examples of items which are part of the canon of Camp:

Zuleika Dobson
Tiffany lamps
Scopitone films
The Brown Derby restaurant on Sunset Boulevard in LA
The Enquirer, headlines and stories
Aubrey Beardsley drawings
Swan Lake
Bellini’s operas
Visconti’s direction of Salome and ‘Tis Pity She’s a Whore
certain turn-of-the-century picture postcards
Schoedsack’s King Kong
the Cuban pop singer La Lupe
Lynn Ward’s novel in woodcuts, God’s Man
the old Flash Gordon comics
women’s clothes of the twenties (feather boas, fringed and beaded dresses, etc.)
the novels of Ronald Firbank and Ivy Compton-Burnett
stag movies seen without lust

5. Camp taste has an affinity for certain arts rather than others. Clothes, furniture, all the elements of visual décor, for instance, make up a large part of Camp. For Camp art is often decorative art, emphasizing texture, sensuous surface, and style at the expense of content. Concert music, though, because it is contentless, is rarely Camp. It offers no opportunity, say, for a contrast between silly or extravagant content and rich form. . . . Sometimes whole art forms become saturated with Camp. Classical ballet, opera, movies have seemed so for a long time. In the last two years, popular music (post rock-‘n’-roll, what the French call yé yé) has been annexed. And movie criticism (like lists of "The 10 Best Bad Movies I Have Seen") is probably the greatest popularizer of Camp taste today, because most people still go to the movies in a high-spirited and unpretentious way.

6. There is a sense in which it is correct to say: "It’s too good to be Camp." Or "too important," not marginal enough. (More on this later.) Thus, the personality and many of the works of Jean Cocteau are Camp, but not those of André Gide; the operas of Richard Strauss, but not those of Wagner; concoctions of Tin Pan Alley and Liverpool, but not jazz. Many examples of Camp are things which, from a "serious" point of view, are either bad art or kitsch. Not all, though. Not only is Camp not necessarily bad art, but some art which can be approached as Camp (example: the major films of Louis Feuillade) merits the most serious admiration and study.

"The more we study Art, the less we care for Nature."
– The Decay of Lying

7. All Camp objects, and persons, contain a large element of artifice. Nothing in nature can be campy . . . Rural Camp is still man-made, and most campy objects are urban. (Yet, they often have a serenity — or a naiveté — which is the equivalent of pastoral. A great deal of Camp suggests Empson’s phrase, "urban pastoral.")

8. Camp is a vision of the world in terms of style — but a particular kind of style. It is the love of the exaggerated, the "off," of things-being-what-they-are-not. The best example is in Art Nouveau, the most typical and fully developed Camp style. Art Nouveau objects, typically, convert one thing into something else: the lighting fixtures in the form of flowering plants, the living room which is really a grotto. A remarkable example: the Paris Métro entrances designed by Hector Guimard in the late 1890s in the shape of cast-iron orchid stalks.

9. As a taste in persons, Camp responds particularly to the markedly attenuated and to the strongly exaggerated. The androgyne is certainly one of the great images of Camp sensibility. Examples: the swooning, slim, sinuous figures of pre-Raphaelite painting and poetry; the thin, flowing, sexless bodies in Art Nouveau prints and posters, presented in relief on lamps and ashtrays; the haunting androgynous vacancy behind the perfect beauty of Greta Garbo. Here, Camp taste draws on a mostly unacknowledged truth of taste: the most refined form of sexual attractiveness (as well as the most refined form of sexual pleasure) consists in going against the grain of one’s sex. What is most beautiful in virile men is something feminine; what is most beautiful in feminine women is something masculine. . . . Allied to the Camp taste for the androgynous is something that seems quite different but isn’t: a relish for the exaggeration of sexual characteristics and personality mannerisms. For obvious reasons, the best examples that can be cited are movie stars. The corny flamboyant female-ness of Jayne Mansfield, Gina Lollobrigida, Jane Russell, Virginia Mayo; the exaggerated he-man-ness of Steve Reeves, Victor Mature. The great stylists of temperament and mannerism, like Bette Davis, Barbara Stanwyck, Tallulah Bankhead, Edwige Feuillière.

10. Camp sees everything in quotation marks. It’s not a lamp, but a "lamp"; not a woman, but a "woman." To perceive Camp in objects and persons is to understand Being-as-Playing-a-Role. It is the farthest extension, in sensibility, of the metaphor of life as theater.

11. Camp is the triumph of the epicene style. (The convertibility of "man" and "woman," "person" and "thing.") But all style, that is, artifice, is, ultimately, epicene. Life is not stylish. Neither is nature.

12. The question isn’t, "Why travesty, impersonation, theatricality?" The question is, rather, "When does travesty, impersonation, theatricality acquire the special flavor of Camp?" Why is the atmosphere of Shakespeare’s comedies (As You Like It, etc.) not epicene, while that of Der Rosenkavalier is?

13. The dividing line seems to fall in the 18th century; there the origins of Camp taste are to be found (Gothic novels, Chinoiserie, caricature, artificial ruins, and so forth.) But the relation to nature was quite different then. In the 18th century, people of taste either patronized nature (Strawberry Hill) or attempted to remake it into something artificial (Versailles). They also indefatigably patronized the past. Today’s Camp taste effaces nature, or else contradicts it outright. And the relation of Camp taste to the past is extremely sentimental.

14. A pocket history of Camp might, of course, begin farther back — with the mannerist artists like Pontormo, Rosso, and Caravaggio, or the extraordinarily theatrical painting of Georges de La Tour, or Euphuism (Lyly, etc.) in literature. Still, the soundest starting point seems to be the late 17th and early 18th century, because of that period’s extraordinary feeling for artifice, for surface, for symmetry; its taste for the picturesque and the thrilling, its elegant conventions for representing instant feeling and the total presence of character — the epigram and the rhymed couplet (in words), the flourish (in gesture and in music). The late 17th and early 18th century is the great period of Camp: Pope, Congreve, Walpole, etc, but not Swift; les précieux in France; the rococo churches of Munich; Pergolesi. Somewhat later: much of Mozart. But in the 19th century, what had been distributed throughout all of high culture now becomes a special taste; it takes on overtones of the acute, the esoteric, the perverse. Confining the story to England alone, we see Camp continuing wanly through 19th century aestheticism (Bume-Jones, Pater, Ruskin, Tennyson), emerging full-blown with the Art Nouveau movement in the visual and decorative arts, and finding its conscious ideologists in such "wits" as Wilde and Firbank.

15. Of course, to say all these things are Camp is not to argue they are simply that. A full analysis of Art Nouveau, for instance, would scarcely equate it with Camp. But such an analysis cannot ignore what in Art Nouveau allows it to be experienced as Camp. Art Nouveau is full of "content," even of a political-moral sort; it was a revolutionary movement in the arts, spurred on by a Utopian vision (somewhere between William Morris and the Bauhaus group) of an organic politics and taste. Yet there is also a feature of the Art Nouveau objects which suggests a disengaged, unserious, "aesthete’s" vision. This tells us something important about Art Nouveau — and about what the lens of Camp, which blocks out content, is.

16. Thus, the Camp sensibility is one that is alive to a double sense in which some things can be taken. But this is not the familiar split-level construction of a literal meaning, on the one hand, and a symbolic meaning, on the other. It is the difference, rather, between the thing as meaning something, anything, and the thing as pure artifice.

17. This comes out clearly in the vulgar use of the word Camp as a verb, "to camp," something that people do. To camp is a mode of seduction — one which employs flamboyant mannerisms susceptible of a double interpretation; gestures full of duplicity, with a witty meaning for cognoscenti and another, more impersonal, for outsiders. Equally and by extension, when the word becomes a noun, when a person or a thing is "a camp," a duplicity is involved. Behind the "straight" public sense in which something can be taken, one has found a private zany experience of the thing.

"To be natural is such a very difficult pose to keep up."
– An Ideal Husband

18. One must distinguish between naïve and deliberate Camp. Pure Camp is always naive. Camp which knows itself to be Camp ("camping") is usually less satisfying.

19. The pure examples of Camp are unintentional; they are dead serious. The Art Nouveau craftsman who makes a lamp with a snake coiled around it is not kidding, nor is he trying to be charming. He is saying, in all earnestness: Voilà! the Orient! Genuine Camp — for instance, the numbers devised for the Warner Brothers musicals of the early thirties (42nd Street; The Golddiggers of 1933; … of 1935; … of 1937; etc.) by Busby Berkeley — does not mean to be funny. Camping — say, the plays of Noel Coward — does. It seems unlikely that much of the traditional opera repertoire could be such satisfying Camp if the melodramatic absurdities of most opera plots had not been taken seriously by their composers. One doesn’t need to know the artist’s private intentions. The work tells all. (Compare a typical 19th century opera with Samuel Barber’s Vanessa, a piece of manufactured, calculated Camp, and the difference is clear.)

20. Probably, intending to be campy is always harmful. The perfection of Trouble in Paradise and The Maltese Falcon, among the greatest Camp movies ever made, comes from the effortless smooth way in which tone is maintained. This is not so with such famous would-be Camp films of the fifties as All About Eve and Beat the Devil. These more recent movies have their fine moments, but the first is so slick and the second so hysterical; they want so badly to be campy that they’re continually losing the beat. . . . Perhaps, though, it is not so much a question of the unintended effect versus the conscious intention, as of the delicate relation between parody and self-parody in Camp. The films of Hitchcock are a showcase for this problem. When self-parody lacks ebullience but instead reveals (even sporadically) a contempt for one’s themes and one’s materials – as in To Catch a Thief, Rear Window, North by Northwest — the results are forced and heavy-handed, rarely Camp. Successful Camp — a movie like Carné’s Drôle de Drame; the film performances of Mae West and Edward Everett Horton; portions of the Goon Show — even when it reveals self-parody, reeks of self-love.

21. So, again, Camp rests on innocence. That means Camp discloses innocence, but also, when it can, corrupts it. Objects, being objects, don’t change when they are singled out by the Camp vision. Persons, however, respond to their audiences. Persons begin "camping": Mae West, Bea Lillie, La Lupe, Tallulah Bankhead in Lifeboat, Bette Davis in All About Eve. (Persons can even be induced to camp without their knowing it. Consider the way Fellini got Anita Ekberg to parody herself in La Dolce Vita.)

22. Considered a little less strictly, Camp is either completely naive or else wholly conscious (when one plays at being campy). An example of the latter: Wilde’s epigrams themselves.

"It’s absurd to divide people into good and bad. People are either charming or tedious."
– Lady Windemere’s Fan

23. In naïve, or pure, Camp, the essential element is seriousness, a seriousness that fails. Of course, not all seriousness that fails can be redeemed as Camp. Only that which has the proper mixture of the exaggerated, the fantastic, the passionate, and the naïve.

24. When something is just bad (rather than Camp), it’s often because it is too mediocre in its ambition. The artist hasn’t attempted to do anything really outlandish. ("It’s too much," "It’s too fantastic," "It’s not to be believed," are standard phrases of Camp enthusiasm.)

25. The hallmark of Camp is the spirit of extravagance. Camp is a woman walking around in a dress made of three million feathers. Camp is the paintings of Carlo Crivelli, with their real jewels and trompe-l’oeil insects and cracks in the masonry. Camp is the outrageous aestheticism of Steinberg’s six American movies with Dietrich, all six, but especially the last, The Devil Is a Woman. . . . In Camp there is often something démesuré in the quality of the ambition, not only in the style of the work itself. Gaudí’s lurid and beautiful buildings in Barcelona are Camp not only because of their style but because they reveal — most notably in the Cathedral of the Sagrada Familia — the ambition on the part of one man to do what it takes a generation, a whole culture to accomplish.

26. Camp is art that proposes itself seriously, but cannot be taken altogether seriously because it is "too much." Titus Andronicus and Strange Interlude are almost Camp, or could be played as Camp. The public manner and rhetoric of de Gaulle, often, are pure Camp.

27. A work can come close to Camp, but not make it, because it succeeds. Eisenstein’s films are seldom Camp because, despite all exaggeration, they do succeed (dramatically) without surplus. If they were a little more "off," they could be great Camp – particularly Ivan the Terrible I & II. The same for Blake’s drawings and paintings, weird and mannered as they are. They aren’t Camp; though Art Nouveau, influenced by Blake, is.

What is extravagant in an inconsistent or an unpassionate way is not Camp. Neither can anything be Camp that does not seem to spring from an irrepressible, a virtually uncontrolled sensibility. Without passion, one gets pseudo-Camp — what is merely decorative, safe, in a word, chic. On the barren edge of Camp lie a number of attractive things: the sleek fantasies of Dali, the haute couture preciosity of Albicocco’s The Girl with the Golden Eyes. But the two things – Camp and preciosity – must not be confused.

28. Again, Camp is the attempt to do something extraordinary. But extraordinary in the sense, often, of being special, glamorous. (The curved line, the extravagant gesture.) Not extraordinary merely in the sense of effort. Ripley’s Believe-It-Or-Not items are rarely campy. These items, either natural oddities (the two-headed rooster, the eggplant in the shape of a cross) or else the products of immense labor (the man who walked from here to China on his hands, the woman who engraved the New Testament on the head of a pin), lack the visual reward – the glamour, the theatricality – that marks off certain extravagances as Camp.

29. The reason a movie like On the Beach, books like Winesburg, Ohio and For Whom the Bell Tolls are bad to the point of being laughable, but not bad to the point of being enjoyable, is that they are too dogged and pretentious. They lack fantasy. There is Camp in such bad movies as The Prodigal and Samson and Delilah, the series of Italian color spectacles featuring the super-hero Maciste, numerous Japanese science fiction films (Rodan, The Mysterians, The H-Man) because, in their relative unpretentiousness and vulgarity, they are more extreme and irresponsible in their fantasy – and therefore touching and quite enjoyable.

30. Of course, the canon of Camp can change. Time has a great deal to do with it. Time may enhance what seems simply dogged or lacking in fantasy now because we are too close to it, because it resembles too closely our own everyday fantasies, the fantastic nature of which we don’t perceive. We are better able to enjoy a fantasy as fantasy when it is not our own.

31. This is why so many of the objects prized by Camp taste are old-fashioned, out-of-date, démodé. It’s not a love of the old as such. It’s simply that the process of aging or deterioration provides the necessary detachment — or arouses a necessary sympathy. When the theme is important, and contemporary, the failure of a work of art may make us indignant. Time can change that. Time liberates the work of art from moral relevance, delivering it over to the Camp sensibility. . . . Another effect: time contracts the sphere of banality. (Banality is, strictly speaking, always a category of the contemporary.) What was banal can, with the passage of time, become fantastic. Many people who listen with delight to the style of Rudy Vallee revived by the English pop group, The Temperance Seven, would have been driven up the wall by Rudy Vallee in his heyday.

Thus, things are campy, not when they become old – but when we become less involved in them, and can enjoy, instead of be frustrated by, the failure of the attempt. But the effect of time is unpredictable. Maybe Method acting (James Dean, Rod Steiger, Warren Beatty) will seem as Camp some day as Ruby Keeler’s does now – or as Sarah Bernhardt’s does, in the films she made at the end of her career. And maybe not.

32. Camp is the glorification of "character." The statement is of no importance – except, of course, to the person (Loie Fuller, Gaudí, Cecil B. De Mille, Crivelli, de Gaulle, etc.) who makes it. What the Camp eye appreciates is the unity, the force of the person. In every move the aging Martha Graham makes she’s being Martha Graham, etc., etc. . . . This is clear in the case of the great serious idol of Camp taste, Greta Garbo. Garbo’s incompetence (at the least, lack of depth) as an actress enhances her beauty. She’s always herself.

33. What Camp taste responds to is "instant character" (this is, of course, very 18th century); and, conversely, what it is not stirred by is the sense of the development of character. Character is understood as a state of continual incandescence – a person being one, very intense thing. This attitude toward character is a key element of the theatricalization of experience embodied in the Camp sensibility. And it helps account for the fact that opera and ballet are experienced as such rich treasures of Camp, for neither of these forms can easily do justice to the complexity of human nature. Wherever there is development of character, Camp is reduced. Among operas, for example, La Traviata (which has some small development of character) is less campy than Il Trovatore (which has none).

"Life is too important a thing ever to talk seriously about it."
– Vera, or The Nihilists

34. Camp taste turns its back on the good-bad axis of ordinary aesthetic judgment. Camp doesn’t reverse things. It doesn’t argue that the good is bad, or the bad is good. What it does is to offer for art (and life) a different — a supplementary — set of standards.

35. Ordinarily we value a work of art because of the seriousness and dignity of what it achieves. We value it because it succeeds – in being what it is and, presumably, in fulfilling the intention that lies behind it. We assume a proper, that is to say, straightforward relation between intention and performance. By such standards, we appraise The Iliad, Aristophanes’ plays, The Art of the Fugue, Middlemarch, the paintings of Rembrandt, Chartres, the poetry of Donne, The Divine Comedy, Beethoven’s quartets, and – among people – Socrates, Jesus, St. Francis, Napoleon, Savonarola. In short, the pantheon of high culture: truth, beauty, and seriousness.

36. But there are other creative sensibilities besides the seriousness (both tragic and comic) of high culture and of the high style of evaluating people. And one cheats oneself, as a human being, if one has respect only for the style of high culture, whatever else one may do or feel on the sly.

For instance, there is the kind of seriousness whose trademark is anguish, cruelty, derangement. Here we do accept a disparity between intention and result. I am speaking, obviously, of a style of personal existence as well as of a style in art; but the examples had best come from art. Think of Bosch, Sade, Rimbaud, Jarry, Kafka, Artaud, think of most of the important works of art of the 20th century, that is, art whose goal is not that of creating harmonies but of overstraining the medium and introducing more and more violent, and unresolvable, subject-matter. This sensibility also insists on the principle that an oeuvre in the old sense (again, in art, but also in life) is not possible. Only "fragments" are possible. . . . Clearly, different standards apply here than to traditional high culture. Something is good not because it is achieved, but because another kind of truth about the human situation, another experience of what it is to be human – in short, another valid sensibility — is being revealed.

And third among the great creative sensibilities is Camp: the sensibility of failed seriousness, of the theatricalization of experience. Camp refuses both the harmonies of traditional seriousness, and the risks of fully identifying with extreme states of feeling.

37. The first sensibility, that of high culture, is basically moralistic. The second sensibility, that of extreme states of feeling, represented in much contemporary "avant-garde" art, gains power by a tension between moral and aesthetic passion. The third, Camp, is wholly aesthetic.

38. Camp is the consistently aesthetic experience of the world. It incarnates a victory of "style" over "content," "aesthetics" over "morality," of irony over tragedy.

39. Camp and tragedy are antitheses. There is seriousness in Camp (seriousness in the degree of the artist’s involvement) and, often, pathos. The excruciating is also one of the tonalities of Camp; it is the quality of excruciation in much of Henry James (for instance, The Europeans, The Awkward Age, The Wings of the Dove) that is responsible for the large element of Camp in his writings. But there is never, never tragedy.

40. Style is everything. Genet’s ideas, for instance, are very Camp. Genet’s statement that "the only criterion of an act is its elegance"2 is virtually interchangeable, as a statement, with Wilde’s "in matters of great importance, the vital element is not sincerity, but style." But what counts, finally, is the style in which ideas are held. The ideas about morality and politics in, say, Lady Windemere’s Fan and in Major Barbara are Camp, but not just because of the nature of the ideas themselves. It is those ideas, held in a special playful way. The Camp ideas in Our Lady of the Flowers are maintained too grimly, and the writing itself is too successfully elevated and serious, for Genet’s books to be Camp.

41. The whole point of Camp is to dethrone the serious. Camp is playful, anti-serious. More precisely, Camp involves a new, more complex relation to "the serious." One can be serious about the frivolous, frivolous about the serious.

42. One is drawn to Camp when one realizes that "sincerity" is not enough. Sincerity can be simple philistinism, intellectual narrowness.

43. The traditional means for going beyond straight seriousness – irony, satire – seem feeble today, inadequate to the culturally oversaturated medium in which contemporary sensibility is schooled. Camp introduces a new standard: artifice as an ideal, theatricality.

44. Camp proposes a comic vision of the world. But not a bitter or polemical comedy. If tragedy is an experience of hyperinvolvement, comedy is an experience of underinvolvement, of detachment.

"I adore simple pleasures, they are the last refuge of the complex."
– A Woman of No Importance

45. Detachment is the prerogative of an elite; and as the dandy is the 19th century’s surrogate for the aristocrat in matters of culture, so Camp is the modern dandyism. Camp is the answer to the problem: how to be a dandy in the age of mass culture.

46. The dandy was overbred. His posture was disdain, or else ennui. He sought rare sensations, undefiled by mass appreciation. (Models: Des Esseintes in Huysmans’ À Rebours, Marius the Epicurean, Valéry’s Monsieur Teste.) He was dedicated to "good taste."

The connoisseur of Camp has found more ingenious pleasures. Not in Latin poetry and rare wines and velvet jackets, but in the coarsest, commonest pleasures, in the arts of the masses. Mere use does not defile the objects of his pleasure, since he learns to possess them in a rare way. Camp — Dandyism in the age of mass culture — makes no distinction between the unique object and the mass-produced object. Camp taste transcends the nausea of the replica.

47. Wilde himself is a transitional figure. The man who, when he first came to London, sported a velvet beret, lace shirts, velveteen knee-breeches and black silk stockings, could never depart too far in his life from the pleasures of the old-style dandy; this conservatism is reflected in The Picture of Dorian Gray. But many of his attitudes suggest something more modern. It was Wilde who formulated an important element of the Camp sensibility — the equivalence of all objects — when he announced his intention of "living up" to his blue-and-white china, or declared that a doorknob could be as admirable as a painting. When he proclaimed the importance of the necktie, the boutonniere, the chair, Wilde was anticipating the democratic esprit of Camp.

48. The old-style dandy hated vulgarity. The new-style dandy, the lover of Camp, appreciates vulgarity. Where the dandy would be continually offended or bored, the connoisseur of Camp is continually amused, delighted. The dandy held a perfumed handkerchief to his nostrils and was liable to swoon; the connoisseur of Camp sniffs the stink and prides himself on his strong nerves.

49. It is a feat, of course. A feat goaded on, in the last analysis, by the threat of boredom. The relation between boredom and Camp taste cannot be overestimated. Camp taste is by its nature possible only in affluent societies, in societies or circles capable of experiencing the psychopathology of affluence.

"What is abnormal in Life stands in normal relations to Art. It is the only thing in Life that stands in normal relations to Art."
– A Few Maxims for the Instruction of the Over-Educated

50. Aristocracy is a position vis-à-vis culture (as well as vis-à-vis power), and the history of Camp taste is part of the history of snob taste. But since no authentic aristocrats in the old sense exist today to sponsor special tastes, who is the bearer of this taste? Answer: an improvised self-elected class, mainly homosexuals, who constitute themselves as aristocrats of taste.

51. The peculiar relation between Camp taste and homosexuality has to be explained. While it’s not true that Camp taste is homosexual taste, there is no doubt a peculiar affinity and overlap. Not all liberals are Jews, but Jews have shown a peculiar affinity for liberal and reformist causes. So, not all homosexuals have Camp taste. But homosexuals, by and large, constitute the vanguard — and the most articulate audience — of Camp. (The analogy is not frivolously chosen. Jews and homosexuals are the outstanding creative minorities in contemporary urban culture. Creative, that is, in the truest sense: they are creators of sensibilities. The two pioneering forces of modern sensibility are Jewish moral seriousness and homosexual aestheticism and irony.)

52. The reason for the flourishing of the aristocratic posture among homosexuals also seems to parallel the Jewish case. For every sensibility is self-serving to the group that promotes it. Jewish liberalism is a gesture of self-legitimization. So is Camp taste, which definitely has something propagandistic about it. Needless to say, the propaganda operates in exactly the opposite direction. The Jews pinned their hopes for integrating into modern society on promoting the moral sense. Homosexuals have pinned their integration into society on promoting the aesthetic sense. Camp is a solvent of morality. It neutralizes moral indignation, sponsors playfulness.

53. Nevertheless, even though homosexuals have been its vanguard, Camp taste is much more than homosexual taste. Obviously, its metaphor of life as theater is peculiarly suited as a justification and projection of a certain aspect of the situation of homosexuals. (The Camp insistence on not being "serious," on playing, also connects with the homosexual’s desire to remain youthful.) Yet one feels that if homosexuals hadn’t more or less invented Camp, someone else would. For the aristocratic posture with relation to culture cannot die, though it may persist only in increasingly arbitrary and ingenious ways. Camp is (to repeat) the relation to style in a time in which the adoption of style — as such — has become altogether questionable. (In the modem era, each new style, unless frankly anachronistic, has come on the scene as an anti-style.)

"One must have a heart of stone to read the death of Little Nell without laughing."
– In conversation

54. The experiences of Camp are based on the great discovery that the sensibility of high culture has no monopoly upon refinement. Camp asserts that good taste is not simply good taste; that there exists, indeed, a good taste of bad taste. (Genet talks about this in Our Lady of the Flowers.) The discovery of the good taste of bad taste can be very liberating. The man who insists on high and serious pleasures is depriving himself of pleasure; he continually restricts what he can enjoy; in the constant exercise of his good taste he will eventually price himself out of the market, so to speak. Here Camp taste supervenes upon good taste as a daring and witty hedonism. It makes the man of good taste cheerful, where before he ran the risk of being chronically frustrated. It is good for the digestion.

55. Camp taste is, above all, a mode of enjoyment, of appreciation – not judgment. Camp is generous. It wants to enjoy. It only seems like malice, cynicism. (Or, if it is cynicism, it’s not a ruthless but a sweet cynicism.) Camp taste doesn’t propose that it is in bad taste to be serious; it doesn’t sneer at someone who succeeds in being seriously dramatic. What it does is to find the success in certain passionate failures.

56. Camp taste is a kind of love, love for human nature. It relishes, rather than judges, the little triumphs and awkward intensities of "character." . . . Camp taste identifies with what it is enjoying. People who share this sensibility are not laughing at the thing they label as "a camp," they’re enjoying it. Camp is a tender feeling.

(Here, one may compare Camp with much of Pop Art, which — when it is not just Camp — embodies an attitude that is related, but still very different. Pop Art is more flat and more dry, more serious, more detached, ultimately nihilistic.)

57. Camp taste nourishes itself on the love that has gone into certain objects and personal styles. The absence of this love is the reason why such kitsch items as Peyton Place (the book) and the Tishman Building aren’t Camp.

58. The ultimate Camp statement: it’s good because it’s awful . . . Of course, one can’t always say that. Only under certain conditions, those which I’ve tried to sketch in these notes.
1 The sensibility of an era is not only its most decisive, but also its most perishable, aspect. One may capture the ideas (intellectual history) and the behavior (social history) of an epoch without ever touching upon the sensibility or taste which informed those ideas, that behavior. Rare are those historical studies — like Huizinga on the late Middle Ages, Febvre on 16th century France — which do tell us something about the sensibility of the period.

2 Sartre’s gloss on this in Saint Genet is: "Elegance is the quality of conduct which transforms the greatest amount of being into appearing."

Voir également:

Sorry, Britain didn’t vote for the Austrian ‘Bearded Lady’
Steerpike
The Spectator
11 May 2014

There has been plenty of progressive backslapping this morning because Britain was one of the many countries to award the full 12 points to the bearded Austrian drag act Conchita Wurst in Saturday night’s Eurovision Song Contest. We showed those bigots over in Eastern Europe and Russia a thing or two, the chatterati say.

Mr S hates to be a party-pooper, but he has news for you. The British public actually voted for some Polish girls in milkmaid outfits, seductively churning butter and cleaning clothes.

The Polish ladies were very self-confident, if a little old fashioned:

‘We’re Slavic girls
We know how to use our charming beauty
Now, shake what your mama gave ya!’

The blushes of our progressive elite were spared by the suspiciously complex voting system. There is a 50/50 split between unelected and unaccountable judges and the votes of the public; Poland topped the UK’s public voting tally, but were awarded zero points by the UK overall because the unelected judges ranked Poland 25th.

Can readers think of any other examples where an out of touch, unelected euro-elite have defied the will of the people?

Voir encore:

Britain Didn’t Really Vote For The Eurovision Bearded Lady: We Voted For The Hot Polish Girls
Andre Walker
12 May 2014

Ever since Conchita Wurst won the Eurovision Song Contest on Saturday, progressives in countries like Britain have been pretty smug because they gave her the full 12 points. But The Spectator reports that they have missed an important point: the British public’s favourite act was in fact Poland.

As previously explained on Breitbart London, the phone vote is combined 50/50 with the views of some faceless judges to produce the final result. The British judges put Poland 25th, which meant that they got no points at all despite topping the phone vote. To make matters worse, the judges scores are put together at the dress rehearsal the night before, meaning that there was no point in calling in for Poland by the time the voting started.

The half judge, half phone vote was brought in because people were voting for their favourite country not their favourite song. It may well be that the relatively poor Polish entry did well on the phone vote because of influxes of immigrants from the country in recent years. But whatever the reason for Poland’s unexpected win, let us not fool ourselves into saying the British public wanted Conchita to win: they did not.

In fact the British public’s favourite act was everything the progressives would hate: a group of good looking ladies in traditional clothing. Some of them did traditional dancing, whilst others used things like scrubbing boards to move in a sexually suggestive way.

The song was entitled “We Are Slavic” and was basically an in joke about how hot Slavic women are. Amusing therefore that we are now being told that Saturday’s result proves that we in the West of Europe are teaching those backward easterners a thing or two about modern equality and gender stereotypes!

Voir de même:

Glitter, Bad Costumes, Campness And Tactical Voting: Europe Goes To The Polls In Song Contest
Andre Walker
10 May 2014
Tonight, tens of millions of Europeans will go to the polls to make one of the most important decisions facing the continent: who will win this year’s Eurovision Song Contest?

For those who are unfamiliar with how it works, every country who is a member of the European Broadcast Union enters a song that falls into one of these categories: really camp, utterly dreadful or completely weird.

Then thirty-two countries compete in the semi-finals to go through to the final, which is tonight. They are joined in the final by the “Big 5” countries who pay so much to broadcast Eurovision that if they pulled out the competition would have to be abolished (UK, Germany, France, Spain and Italy) and the host country.

On Eurovision night the twenty-six finalists will all perform their songs to a studio audience of 11,000 on Eurovision Island (previously known as the Burmeister and Wain Shipyard) in Copenhagen, Denmark. At the end people get to vote for their favourite, and when the results are tallied up each country awards points ranging from 1 to 10. They then award 12 points to their favourite.

When the polls open almost everyone outside the gay community will completely ignore what the song was like and vote for a country they have an affinity to. As an example, the largest ethnic minority grouping in Germany is Turkish, and so unsurprisingly Germany often gives twelve points to Turkey.

There are two Greek Orthodox countries in the competition: Cyprus and Greece, and by some miracle they also tend to vote for each other. Then there is the famous ‘Baltic Bloc’ of Estonia, Latvia and Lithuania who also rarely give top marks to anyone but each other.

Then there is the ‘Viking Empire’: Sweden, Norway, Finland, Denmark, and Iceland. United by their cold weather, shared history, and a love of high tax on alcohol they still tend to stick together on Eurovision night.

But tactical voting cuts both ways. One of this year’s favourites to win is Aram MP3 from Armenia, his nod to dub-step music has been popular across the continent. But no matter what he does, he will not get any votes from neighbouring Azerbaijan. One year they cut the broadcast when Armenia was on, and another year Azeri police reportedly arrested and questioned everyone who called in to vote for their neighbour and rival. They lost a war with Armenia in 1994 and are still not happy about it!

Similarly, no matter how good the United Kingdom’s entry is no-one ever votes for it. It’s been years since the UK came anywhere near winning, and since the war on Iraq the country has done embarrassingly badly almost every year.

In order to stem the tactical voting each country now has a jury of experts. The final result is half phone vote and half expert opinion: this injects a competitive element to it. In the days of 100 percent phone voting, anyone with an interest in psephology could predict the winner without listening to any of the songs!

At Tuesday’s semi-final Ukraine went up against Russia and whilst both got through to the final there was no love for Russia in Copenhagen. The country is being represented by the Tolmachevy Sisters, 17-year-old twins who sing whilst bouncing up and down on alternative ends of a see-saw (yes it does look strange). When the announcement came that they had got through to the final there was audible booing by the audience, in contrast to the ecstatic support for Ukraine.

Of course with all this tactical voting, glitter and bizarre dance routines it is easy to write off the Eurovision Song Contest as a complete joke. But there is a serious side to it.

With 180 million viewers it is one of the biggest talent shows in the world and for small countries it may be the only time they get to say anything about themselves to the whole of Europe.

A win at Eurovision is sought after by smaller countries because it comes with a huge public relations prize: the right to host the competition the following year. For countries that most Europeans know very little about like, for example Moldova, winning three and a half hours of prime time Saturday night television live from your country and beamed to 45 others is a seriously worthwhile prize.

Tonight as ever the Brits will all tune in hoping that our song does not come last despite being easily the best. Sadly our hopes will probably be dashed. Europeans just don’t like us enough to support us… I hear David Cameron’s having similar problems!

P.S. In 2009 Georgia entered this song (below), shortly after part of their territory was invaded by Russia.

The song is about a boring person who gatecrashes parties and ruins the mood (something they called a ‘Put In’).

They had to pull out even though they denied the song was about the Russian President. The video is below so you can decide:

https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=LV1_s73fI-U

Voir aussi:

Trannies vs. Drag Queens: How the Gay Left is Tearing Itself Apart
Milo Yiannopoulos
12 May 2014

You’d have needed a heart of stone to resist whooping with joy when Austria’s Eurovision entry, a bearded drag queen called Conchita Wurst, snatched the tiara on Saturday night. Wurst’s version of “Rise Like A Phoenix” is what would happen if a talented Mariah Carey drag act landed a Bond theme… in other words, ethereal, theatrical perfection. But one thing it wasn’t, as some people are supposing, was a victory for “transgender acceptance”.

That’s not just because Britain didn’t, in fact, vote for her. (U.K. voters preferred the Polish girls with the big boobs and lascivious smirks.) It’s because catty, absurd, melodramatic drag queens like Wurst have next to nothing in common with transsexuals — that is, people who believe they were born with the wrong genitals — and if there’s one thing transgender campaigners can’t stand, it’s someone else hogging the limelight.

What you might not realise is that Conchita’s victory was the latest turn in a burgeoning war that threatens to rip apart the gay Left, pitting gay men in dresses against self-appointed tranny spokeswomen in a savage spectacle of back-stabbing and hair-pulling. And I’m setting my stall out now on the side of the drag queens, who stand for liberation, free expression and a glorious "fuck-you" attitude to which I think readers of this website will relate.

A few weeks ago, runaway hit RuPaul’s Drag Race, now in its sixth season, was forced to censor a weekly feature called “she-mail.” Transsexual rights campaigners said the show was perpetuating transphobia with this innocent bit of wordplay.

Once you get over the obvious, self-defeating absurdity of this ally-on-ally carping — Lefty campaigners like nothing so much as defecating where they dine — you start to realise how fundamentally unalike these two groups of people are.

It had most likely never even occurred to the producers of Drag Race that the phrase “she-mail” might be offensive. Drag queens are encouraged to be sexually and socially fearless. Self-effacing humour is central to drag culture because it’s only when you can laugh at yourself that you are able to come to terms with deep private grief. Drag performers are clowns with souls.

But that attitude is antithetical to the hair-triggered, censorious instincts of today’s trans campaigners, who see in every throwaway line about “bed-wetters in bad wigs” deep-seated fear and loathing of gender dysmorphia. The slow clapping from some transsexual campaigners on Saturday night was a thing to behold. (I should say at this point that there are plenty of normal transgender people embarrassed by the antics of those who claim to represent them.)

Many were outright disappointed with Wurst’s win — which is almost clinically absurd when you think about it. Who else in the public eye has so triumphantly disrupted gender stereotypes in recent years, and on so grand a scale? Wurst, the bearded babe who won Eurovision, ought to be celebrated as the face of the progressive, omnisexual Left. Surely only a hateful, zealous bigot would look such a gift horse in the mouth?

Witness too, the poor chap who operates the Sunday People’s Twitter account, who was forced to apologise for pointing out the obvious truth that Conchita Wurst is not a woman — a “she” — but a bearded man in a dress. The nominally “tolerant” professional offence brigade grabbed their pitchforks and started running.

There’s a perfectly respectable argument — one that some feminist campaigners make — that even post-op transsexuals aren’t really women. But with so much in the air and so much personal tragedy involved, it’s only transgender activists who assume certainty enough to persecute other people for their attitudes and lifestyle choices.

The truth is, most people don’t give a stuff about your personal struggles with sexual identity. No offence, but your private life simply isn’t that interesting. Folks are pretty relaxed these days — especially ideological allies like gays and drag queens. What people do object to is frothing, insistent demands for off-the-wall pronouns (or else!) and the angry denunciation of anyone who dares crack a joke about a subject that is — and this is an unavoidable truth — very funny in certain circumstances.

But today’s public transsexual campaigners and their journalistic shock troops… well, I don’t mean to be unkind, but they seem permanently furious and irredeemably humourless. They don’t seem to realise that if you want to garner sympathy and understanding, being angry and annoying isn’t the way to do it. It’s the self-effacing quirkiness and the charisma of drag culture that people warm to — and even admire.

Is there anything more annoying than “male feminists” policing language on the internet and bleating about “everyday sexism?” The same is true of feminist writers who have suddenly discovered that transgender people exist. With all the fervour of converts, they now go about regulating the language and lifestyles of those around them. (Feminists, like gay rights campaigners, have been struggling to find things to get angry about for nearly a decade.)

To my mind, this war is a bit like the skirmish between The X Factor and The Voice: one encourages brassy, courageous triumphs over adversity; the other panders to victimhood and special pleading. No prizes for guessing which one produces the global megastars.

Drag queens deal with their trauma in a way we can all relate to and admire. Kicked out of the house for nicking their sisters’ frocks or powdering their faces with the Chanel mum saves for special occasions, they respond with electrifying levels of defiance. Trans activists, on the other hand, claim a uniquely privileged status while denying the tolerance they demand for themselves, even to ideological allies, and making a thorough nuisance of themselves with spurious, disingenuous complaints.

You’ll forgive me for rubbing my hands together. I don’t want it to seem as though I’m enjoying what will be painful for some people. But the coming war between Left-wing rent-a-quotes (most of whom, as I say, aren’t even transsexual) demanding censorship of phrases such as “she-mail” versus the towering stilettos and opalescent lippy of the drag army is going to make for compulsive viewing.

In the blue corner, the wigs and wit of battle-hardened superstars of the stage, who will bring the most powerful weapon of all to the skirmish: white-hot, waspish ridicule. In the red corner, trans activists and their Guardian allies, banging on about pronoun use until people give them what they want, just for a quiet life.

Drag opens the world up: its humour knows no limits of taste or propriety. No subject is taboo. Trans campaigners, as we know them today, want to shut the world down: to restrict language and to punish transgressors with threats and public humiliation. Where trannies seek to oppress and police, drag culture liberates and empowers. Is it any wonder we cheer Conchita, but roll our eyes at Chelsea Manning?

Milo Yiannopoulos is the former Editor-in-Chief of the Kernel Magazine and author of the forthcoming book The Sociopaths of Silicon Valley. He tweets at @Nero

Voir enfin:

Eurovision 2014: the booing of Russia was a disgrace
Fraser Nelson
11 May 2014

Yet again, the best Eurovision entries rose to the top on the night. Sweden, the Netherlands and Austria were the bookies’ favourites before the betting started, and no amount of ‘buddy voting’ upended that. What did disappoint me was the booing of the teenaged girls representing Russia. I felt desperately sorry for the Tolmachevy twins, who had a decent song and pulled off an impressive stage performance. I can’t remember the last time I heard a Eurovision audience boo anyone; during the Iraq war in 2003, no one booed Britain. We just came last with no votes from anyone. The acrimony should be in the voting: Poland didn’t have to say ‘nul points‘ to Russia, it just happened and everyone enjoyed it.

So what explains the viciousness? Even before Russia’s moves in Ukraine, Putin’s abridgement of gay rights won him fresh enemies in the West and made him a hate figure amongst LGBT audiences. And anyone watching Eurovision last night could see that there were — how to put it? — a lot of men in that audience who had forgotten to bring their wives. But to actually boo the 17-year-old Tolmachevy twins, and boo countries who gave then 10 or 12 points, was an unedifying spectacle. There’s a difference between the Russian government and the Russian people, and the girls were there to represent the latter. They didn’t deserve the obloquy. And the Danes were wrong to have made the booing so audible.

Eurovison was broadcast to the Chinese this year — what they’d have made of it I don’t know. Perhaps they’d have seen another side to Israel, who in giving 12 points to Austria reminded the world that there is an avant-garde side to the country normally known only for conflict. A side also shown to the world in when Dana International triumphed in Birmingham in 1998. They’ll have seen a continent where a drag queen can win the world’s biggest talent contest – but not because she’s a drag queen. Austria’s Conchita Wurst had a superb melody: close your eyes, and you would have heard the best vocal performance of the evening.

And Britain? There are those who say that Britain can never win because we are on a different cultural wavelength; that we would never have chosen a drag queen in a beard to win such a contest. But if so, why did we give Conchita Wurst the full 12 points*? And why did seven million of us tune in? We have one of the best music industries in the world — we could win every year if the BBC handled this properly. Their commissars picked Molly, then dropped her in front of the world’s biggest TV audience for any musical event even though she had no experience of performing under such circumstances.

I’m not down on Molly, the song (which she wrote it herself) was our first half-decent entry for years. But the BBC can’t just pick a tune, then order people to like it. Molly’s entry peaked at a lowly no48 in the UK charts, most Brits had never heard it before last night – never mind the foreign audiences who decide these events. How can Britain field a song that Brits don’t really like? Austria, Sweden, the Netherlands all had laid on songs last night that went to no1 in their own domestic charts; songs chosen by audiences in television vote.

You win these competitions by laying on a pretty good stage performance, for a TV audience. As Austria knew, the stage performance is a clincher. That’s why Armenia went from bookies’ favourite to loser: as soon as Aram MP3 stood on stage it exposed the fact that he had no stage performance to go with his expensive video. As Camilla Long puts it in today’s Sunday Times, he looked like a recently-exhumed corpse. By no coincidence, Armenia’s entry – like Britain’s – is chosen by a state broadcaster with no competition.

Compare Molly’s rather startled performance (“look what the BBC has made me wear!” her face seemed to say) with the assurance of Sweden’s Sanna Nielsen, who a veteran of six MelodyFestival TV finals where she had failed to qualify. Molly was not given the training that the candidates from almost all other countries had: her song was good, I thought it deserved to finish in the top half. But the people she was up against were, to borrow a phrase from The History Boys, thoroughbreds — groomed for this one particular race.

Graham Norton, by the way, was a great host. My only complaint is that he could have spoken more — there was so much to send up last night. The Danes were out of their depth, the jokes were awful – at times it looked like a bad episode of Borgen. The BBC present a Eurovision. But no bureaucracy can pick pop hits. Bureaucracies don’t know the nature or the location of talent.

Britain does have talent, world-beating talent, and the BBC ought to find some for 2015. And if it can’t, then had Eurovision over to a broadcaster who can.

* My colleague Mr Steerpike points out that the British public voted for Carry On Poland, but expert jury votes put it last. The Times has today devoted a page to this. But of 25 Eurovision entries, the British public (and the jury) also put Conchita Wurst in third place (results breakdown here) and the Netherlands in 2nd place (it finished second overall). So there was a good deal of harmony between the UK public voting and the overall finishing positions of Eurovision. As so often, Eurovision’s voting system works far better than any run in Brussels for the EU.

Poland’s popularity in Britain will be in part explained by our large Polish population. Until the jury system, Germany never rated the Turkish entry highly – that changed under televoting, when there was a mechanism for Turkish immigrate in Germany to show support. It’s a fun story, but does not alter the fundamental point that Britain is plenty capable of producing a Eurovision winner if someone like Simon Fuller would take over the selection process.


Syndrome du passant: Attention, un effet de foule peut en cacher un autre (Kitty Genovese 50 years on: From Queens to Guangzhou, the Good Neighbor question reaches the ends of the earth)

3 mai, 2014
http://jcdurbant.files.wordpress.com/2014/05/6450d-kitt.gif?w=446&h=563
Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. Jésus (Matthieu 25: 40)
Un docteur de la loi (…) voulant se justifier, dit à Jésus : Et qui est mon prochain ? Jésus reprit la parole, et dit : Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba au milieu des brigands, qui le dépouillèrent, le chargèrent de coups, et s’en allèrent, le laissant à demi mort. Un sacrificateur, qui par hasard descendait par le même chemin, ayant vu cet homme, passa outre. Un Lévite, qui arriva aussi dans ce lieu, l’ayant vu, passa outre. Mais un Samaritain, qui voyageait, étant venu là, fut ému de compassion lorsqu’il le vit. Il s’approcha, et banda ses plaies, en y versant de l’huile et du vin ; puis il le mit sur sa propre monture, le conduisit à une hôtellerie, et prit soin de lui. Le lendemain, il tira deux deniers, les donna à l’hôte, et dit : Aie soin de lui, et ce que tu dépenseras de plus, je te le rendrai à mon retour. Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé au milieu des brigands ? C’est celui qui a exercé la miséricorde envers lui, répondit le docteur de la loi. Et Jésus lui dit : Va, et toi, fais de même. Jésus (Luc 10 : 25-37)
Alors les scribes et les pharisiens amenèrent une femme surprise en adultère; et, la plaçant au milieu du peuple, ils dirent à Jésus: Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Moïse, dans la loi, nous a ordonné de lapider de telles femmes: toi donc, que dis-tu? Ils disaient cela pour l’éprouver, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus, s’étant baissé, écrivait avec le doigt sur la terre. Comme ils continuaient à l’interroger, il se releva et leur dit: Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle. Et s’étant de nouveau baissé, il écrivait sur la terre. Quand ils entendirent cela, accusés par leur conscience, ils se retirèrent un à un, depuis les plus âgés jusqu’aux derniers; et Jésus resta seul avec la femme qui était là au milieu. Alors s’étant relevé, et ne voyant plus que la femme, Jésus lui dit: Femme, où sont ceux qui t’accusaient? Personne ne t’a-t-il condamnée? Elle répondit: Non, Seigneur. Et Jésus lui dit: Je ne te condamne pas non plus: va, et ne pèche plus. Jean 8: 3-11
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la "victime inconnue", comme on dirait aujourd’hui le "soldat inconnu". Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard
Of course I heard the screams. But there was nothing I could do. I was afraid. My hands were trembling. I couldn’t have dialed for an operator if I’d tried. Woman
At one point I thought maybe a girl was being raped – but if she was out alone at that hour, it served her right. Woman
That was none of my business. I attend to my own affairs. Woman
For the most part, the witnesses, crouching in darkened windows like watchers of a Late Show, looked on until the play had passed from their view.
Loudon Wainwright (Life magazine)
Yeah, there was a murder. Yeah, people heard something. You can question how a few people behaved. But this wasn’t 38 people watching a woman be slaughtered for 35 minutes and saying, ‘Oh, I don’t want to be involved.’Joseph De May Jr.
I don’t think 38 people witnessed it. I don’t know where that came from, the 38. I didn’t count 38. We only found half a dozen that saw what was going on, that we could use. I believe that many people heard the screams It could have been more than 38. And anyone that heard the screams had to know there was a vicious crime taking place. There’s no doubt in my mind about that. Charles Skoller (former assistant district attorney)
Where others might have seen them as villains, psychologists see these people as normal. Professor Takooshian
According to police reports, 62 people admitted hearing Kitty’s screams. Many of them did not see anything when they looked out their windows (or told police they hadn’t looked). But about 30 admitted seeing part of Kitty’s ordeal. What and how much they saw varied, but two things are certain: All those who went to their windows did so in response to the screams of Genovese, and many remained for a prolonged period of time. Testimony from trial witnesses confirms this, as do the contemporary press interviews. As one man (who did not testify at trial) told LIFE magazine, “I woke up about the third scream . . . I forgot the [window]screen was there and I almost put my head through it trying to get a better look. I could see people with their heads out and hear windows going up and down all along the street.” One thing even the revisionists concede is that a great number of reporters descended on Kew Gardens in the wake of the explosive Times article. This long-lost news coverage from defunct papers such as the New York Journal-American and Long Island Star-Journal, to name but two, supplements rather than contradicts the Times account. They contain many interviews and quotes, gathered while memories were fresh and consciences hurting. (…) Completely absent are any claims that anyone called the police before the single call noted at 3:50 a.m., a half-hour after all sides agree that Genovese was first attacked. Don’t believe the mythbusters. A young woman was attacked. She screamed. She wept. She cried out, “Help me. Please, if somebody doesn’t help me I am going to die.” That’s what at least one witness heard, according to a statement she gave police. Dozens of her neighbors who had good reason to know full well that a crime was in progress chose not to get involved. Even so, the stigma on Kew Gardens is the only thing worth reconsidering. The witnesses weren’t chronically hard-hearted New Yorkers who couldn’t bother with intervening while a neighbor was murdered. They were normal people hobbled by a mix of fear, self-interest and apathy. We all fail at times, and how bravely we behave varies from day to day, moment to moment. Herein lies the value in recalling the murder of Kitty Genovese in all its disturbing, depressing reality: not to engage in pointless debates about how many witnesses, but to inspire us to fail less often. Catherine Pelonero
J’en appelle à la conscience collective, en tant que représentant du ministère public, je suis inquiet de ce visage d’une société où on est capable de prendre une autre rame en laissant seule une femme face à son agresseur. Il est là l’effroi aujourd’hui…, poursuit le procureur. Se dire que dans notre société, on ne pourra pas compter sur la collectivité. Cette société m’inquiète et me questionne, c’est vraiment chacun pour soi, même dans les moments difficiles.  Mehidine Faroudj (procureur)
Parfois, il suffit de dire: "stop, arrêtez", s’approcher, faire un pas, sortir son téléphone, appeler la police. Il suffirait qu’une seule personne se Ieve dans le métro pour que les autres accompagnent. Luc Belvaux
Chacun pense que quelqu’un d’autre va intervenir. Ce qui serait simple à faire pour un témoin, c’est se tourner vers les autres témoins, et non pas aller directement vers l’agresseur. Essayer de recruter d’autres témoins pour intervenir à plusieurs. Pierre-Yves Cusset
Il y a une dilution de la responsabilité qui fait que chacun reporte sur l’autre la responsabilité d’intervenir, et n’intervient pas lui-même. Clothilde Lizion (psychologue)
La Chine, ta moralité fout le camp… Mais alors pourquoi me permets-je d’être aussi virulent, me direz-vous ? Tout simplement après ce que j’ai vu et entendu récemment au sujet d’un jeune homme, qui a porté assistance à une personne âgée qui avait chuté, et qui s’est vu traîner en justice par sa prétendue victime, qui l’a accusé de l’avoir fait chuter lui-même… hallucinant, vous exclamerez-vous, et vous aurez bien raison. Si l’on se retrouve en justice pour avoir tendu une main secourable, où va t-on ? Si l’affaire en était restée là, et ce serait déjà beaucoup, on n’en aurait peut-être plus parlé. Mais que croyez-vous qu’il arrivât ? Le jeune homme a été condamné à prendre en charge les soins de la vieille dame indigne, par un juge visiblement mal inspiré, dont le verdict a reçu une volée de bois vert de la part des internautes chinois. Vous l’aurez deviné, il s’agit de l’affaire Peng Yu. Si cette affaire était restée unique, elle serait demeurée comme une curiosité des annales judiciaires et on n’en aurait bientôt plus parlé après quelques semaines, quelques mois tout au plus. Sauf que… sauf qu’il s’avère que ce genre d’affaires s’est multiplié depuis, et que comme nous sommes à une époque de l’information, où beaucoup d’informations circulent, et plus encore si elles sont insolites ou sensationnelles, le pays tout entier l’a su. Ce qui fait que désormais, nombreux sont ceux qui hésitent à porter secours à quelqu’un en difficulté, bien que leur nature humaine, leur coeur, les porteraient naturellement à tendre la main sans réfléchir aux conséquences. Résultat pervers, un vieil homme est mort il y a quelques jours dans une rue de Wuhan après avoir fait une chute, sans que personne ne lui porte secours avant l’arrivée d’une ambulance. (…) Certains journalistes et commentateurs ont abondamment commenté cette affaire, et ils en ont tiré la conclusion que d’une part, devant la légèreté manifeste avec laquelle le premier juge s’est prononcé, il serait peut-être bon que la Cour suprême se penche sur le cas et tranche d’une façon plus équitable, plus conforme à la justice. Et j’approuve tout à fait ces commentateurs et journalistes, car cette première décision a servi d’exemple, elle a fait jurisprudence, et ce n’est pas un bon exemple, c’est le moins que l’on puisse dire, puisque depuis, plus d’une personne mal intentionnée, mais pas bête, a compris tout le parti que l’on pouvait en tirer et s’est engouffrée dans la brèche créée par ce juge qui a clairement fait preuve de légèreté et n’a pas mesuré les conséquences de sa décision. Leur deuxième idée, et là encore je les approuve pleinement, est d’appeler à l’adoption d’un texte législatif qui d’un côté protège les bons samaritains et de l’autre punisse sévèrement ceux qui se seraient livrés à une fausse accusation. Car pour eux, ces personnes pour le moins indélicates se rendent coupables d’au moins deux fautes : d’une part ils encombrent les tribunaux, déjà suffisamment chargés par des affaires autrement sérieuses, et d’autre part, agissant ainsi ils se livrent à une véritable extorsion de fonds, dans laquelle les rôles deviennent inversés et où le bon samaritain devient un coupable. Le monde à l’envers. Une fois de plus ces journalistes et commentateurs ont tout à fait raison, mais quant à moi, je rajouterais une troisième faute, et pas des moindres : ces fausses victimes, par leur plainte injustifiée, se moquent de la justice. Donc de l’Etat. Et du peuple, au nom de qui la justice est rendue. Il est donc évident qu’une loi s’impose, mais comme cela ne se fera pas du jour au lendemain, on ne peut que souhaiter que la Cour Suprême, en attendant, donne instruction aux juridictions inférieures de se montrer particulièrement vigilantes et circonspectes dans l’hypothèse où elles auraient à juger ce genre d’affaires. Faute de quoi, les personnes qui n’osent plus intervenir face à un accident risquent d’être de plus nombreuses, et que les conséquences fatales que nous avons connues à Wuhan risquent de se multiplier. Laurent Devaux

Attention: un effet de foule peut en cacher un autre !

Au lendemain de l’agression sexuelle la semaine dernière d’une jeune femme dans le métro de Lille qui a vu apparemment une dizaine de témoins refuser d’intervenir …

Comment ne pas repenser à la tristement fameuse affaire Genovese qui il y a exactement 50 ans avait tant choqué l’Amérique et mené, suite aux expériences de Darley et Latane quatre ans plus tard, à la création d’un syndrome du même nom (le syndrome Genovese dit aussi syndrome du passant) et toute une branche de la psychologie collective …

Et où, après la mise en cause morale de tout un quartier puis les tentatives plus ou moins sérieuses de relativisation, on découvrait en fait l’effet d’un mécanisme psychologique général …

A savoir que, cas particulier des phénomènes de foule bien étudiés par Le Bon et Tarde, le groupe qui par mimétisme peut conduire au lynchage ou à l’action bienfaitrice ou héroïque (le pharisien qui, suite à l’interpellation du Christ, refuse de jeter la première pierre, rompant ainsi par son exemple l’unanimité violente prête à se déchainer contre la femme adultère) peut aussi induire la plus pure passivité fasse à l’agression d’un tiers ?

Mais comment aussi ne pas s’émerveiller, à l’heure où la Chine elle-même commence à se poser la question de lois contre la non-assistance à personne en danger et même pour la protection du bon samaritain, de cette incroyable mondialisation de ce souci judéo-chrétien de la victime devenu désormais planétaire ?

The truth about Kitty Genovese
50 years after the infamous Queens murder, dangerous revisionism is rampant
Catherine Pelonero
NEW YORK DAILY NEWS
March 2, 2014

A little knowledge is a dangerous thing.

The 21st century revisionism of the iconic and infamous 1964 murder of Kitty Genovese, the young woman attacked on a street in Kew Gardens, Queens and slain in a hallway of her apartment building while her pleas for help went unanswered, gives a glaring example of this old maxim.

Indeed, little bits of knowledge about what happened the night Genovese died – a fact here, a factoid there; speculation, spin and select pieces of a larger narrative – have been variously patched together in recent years by would-be debunkers.

They have sought to transform the horrifying ordeal of this woman dying while her unresponsive neighbors failed to act into something far more sanitized than what was reported at the time. Their new-and-improved, it-really-wasn’t-so-bad-after-all version is based on a stubborn insistence that the original account was a myth invented by an overzealous reporter.

As the author of a new book on the killing, on which I devoted seven years of research and inquiry, I want people to know: Though some details of the initial story may have been incorrect, the fundamental narrative holds up to scrutiny. Genovese’s neighbors failed her, and that likely cost her her life.

Genovese’s murder gained instant notoriety and worldwide attention back in March of 1964 when The New York Times printed an article on its front page with the headline, “37 Who Saw Murder Didn’t Call the Police.” Written by reporter Martin Gansberg, who had spent two days in Kew Gardens researching the story, the article gave a detailed account (attributed to detectives and witnesses found and interviewed by Gansberg) of the harrowing final half-hour of 28-year-old Genovese’s life.

Driving home to Kew Gardens in the wee hours of March 13, 1964, Genovese had been followed by a man named Winston Moseley, a stranger, who later told police he had been driving around that night looking for a woman to kill.

Gansberg’s article recounted Moseley’s stalking and stabbing of Kitty, her screams for help, Moseley’s retreat after a neighbor yelled at him to “leave that girl alone,” and his return to hunt and kill her. The article claimed Kitty had been attacked three times over a half-hour period while 38 of her neighbors heard her screams and watched parts of her ordeal, but failed to help or call police until it was too late.

Only one of the 38 eventually called police; the other 37 did not. Emphasized was the fact that this happened not in a crime-ridden ghetto, but in a good, clean, middle class neighborhood populated by, in Gansberg’s words, “respectable, law-abiding citizens.”

It was a shocking story, horrible to contemplate in its implications of the human condition (or the inhuman condition of New Yorkers, as some saw it.) It caused a sensation. It left a mark of shame on the quiet community of Kew Gardens. Explaining the chilling collective callousness of Genovese’s neighbors would become a staple of psychology classes for decades to come.

Then, over the years, came the debunkers — attempting to turn a stain on New York City’s conscience into something far more innocuous.

The debunkers claim far fewer than 38 people saw what was happening to Kitty.

They insist that most who saw or heard didn’t understand she needed help.

Additionally, they claim some people did call the police that night, although this seems to contradict the claim that the witnesses didn’t know Genovese needed help in the first place.

My closer look at the actual existing evidence via police reports, trial transcripts (in their entirety as opposed to select bits), and, perhaps most telling of all, statements made by witnesses and residents at the time to reporters from long forgotten newspapers, suggests that rather than shedding new light on an iconic crime, so-called debunkers have instead produced a PG-13 version of the Genovese murder, edited for content — and obscuring the truth.

To be fair, there are errors in the famous New York Times article. Gansberg wrote there were three attacks, but Winston Moseley’s confession and court testimony claimed only two. This discrepancy was acknowledged by the Times in 1964 in their coverage of Moseley’s trial.

Gansberg did not fabricate an extra attack; at least two witnesses told police they thought Kitty had been assaulted an additional time. It’s also true – and this is a major point to the revisionists, the smoking gun that supposedly proves the whole story is a myth – that all 38 people did not watch for all 30 minutes. The problem with this “revelation” is that the famous Times article not only described Kitty’s final journey around to the back of her apartment building; it also included an overhead photograph with arrows showing her path.

Obviously, Genovese did not remain in view of witnesses in the front of Austin Street after she finally managed to stagger around the corner. To say that the New York Times attempted to fool people into thinking otherwise is disingenuous.

At any rate, perhaps the best response to the stubborn effort to debunk comes from one of the original case detectives who was there that morning, questioning these witnesses. He said to me: “Come on, the woman has been screaming, staggering down the street. How much do you need to see?”
error; EXP; Handout What happened here?

The origin of the number 38—which has also been hotly disputed by those seeking to unravel what they believe is a myth — falls in a gray area. Months after the publication of Gansberg’s article, New York Times editor A.M. Rosenthal wrote a short book, “Thirty-Eight Witnesses,” in which he claimed it was Police Commissioner Michael Murphy who first mentioned the number. People close to Gansberg, who passed away in 1995, say that Gansberg counted the witnesses for his article himself. At this point it is likely impossible to discern exactly where the notorious number came from.

In his book, Rosenthal also diminished Gansberg’s standing, referring to him as a “copy editor” and “new at reporting.” In doing so, Rosenthal unwittingly lent fuel to the latter-day revisionists who cite this as proof that Martin Gansberg was a cub reporter eager to make a name for himself.

In reality, Gansberg at the time was a 22-year veteran of the New York Times, neither inexperienced nor in need of a career boost. Gansberg had served as managing editor of the Times international edition. He had asked to step down from management to return to reporting, a profession he revered.

The more important point is: If anything, the number 38 is in some sense an understatement.

According to police reports, 62 people admitted hearing Kitty’s screams. Many of them did not see anything when they looked out their windows (or told police they hadn’t looked). But about 30 admitted seeing part of Kitty’s ordeal. What and how much they saw varied, but two things are certain: All those who went to their windows did so in response to the screams of Genovese, and many remained for a prolonged period of time. Testimony from trial witnesses confirms this, as do the contemporary press interviews.

As one man (who did not testify at trial) told LIFE magazine, “I woke up about the third scream . . . I forgot the [window]screen was there and I almost put my head through it trying to get a better look. I could see people with their heads out and hear windows going up and down all along the street.”

One thing even the revisionists concede is that a great number of reporters descended on Kew Gardens in the wake of the explosive Times article. This long-lost news coverage from defunct papers such as the New York Journal-American and Long Island Star-Journal, to name but two, supplements rather than contradicts the Times account. They contain many interviews and quotes, gathered while memories were fresh and consciences hurting.

“Of course I heard the screams,” one woman told the Long Island Star-Journal. “But there was nothing I could do. I was afraid. My hands were trembling. I couldn’t have dialed for an operator if I’d tried.”

Others took a defiant tack, such as the woman who told reporters from the New York Journal-American, “That was none of my business. I attend to my own affairs.”

At the chilling end of the spectrum was the man who, according to the Journal-American, said of Genovese’s screams: “At one point I thought maybe a girl was being raped – but if she was out alone at that hour, it served her right.”

Completely absent are any claims that anyone called the police before the single call noted at 3:50 a.m., a half-hour after all sides agree that Genovese was first attacked.

The first rumblings of a suggestion that maybe someone called the police after all seems to have coincided with the 20-year anniversary of the murder in 1984. By this time, most of the witnesses had died or moved away, so it was not they but their former neighbors who made blanket statements to reporters — without giving any names or specifics — that the cops had been called.

If anyone really did call the police that night, we have to wonder why none of them said so back in 1964, when Kew Gardens was crawling with reporters from rival newspapers, hounding residents for any new tidbits of information. That would have been quite the scoop.

Don’t believe the mythbusters. A young woman was attacked. She screamed. She wept. She cried out, “Help me. Please, if somebody doesn’t help me I am going to die.” That’s what at least one witness heard, according to a statement she gave police. Dozens of her neighbors who had good reason to know full well that a crime was in progress chose not to get involved.

Even so, the stigma on Kew Gardens is the only thing worth reconsidering. The witnesses weren’t chronically hard-hearted New Yorkers who couldn’t bother with intervening while a neighbor was murdered. They were normal people hobbled by a mix of fear, self-interest and apathy. We all fail at times, and how bravely we behave varies from day to day, moment to moment.

Herein lies the value in recalling the murder of Kitty Genovese in all its disturbing, depressing reality: not to engage in pointless debates about how many witnesses, but to inspire us to fail less often.

Pelonero is author of “Kitty Genovese: A True Account of a Public Murder and its Private Consequences.”

Voir aussi:

Kitty, 40 Years Later
Jim Rasenberger
NYT
February 8, 2004

KEW Gardens does not look much like the setting of an urban horror story. Nestled along the tracks of the Long Island Rail Road, 16 minutes by train from Pennsylvania Station, the Queens neighborhood is quiet and well kept, its streets shaded by tall oaks and bordered by handsome red-brick and wood-frame houses. At first glance, the surroundings appear as remote from big-city clamor as a far-flung Westchester suburb.

Forty years ago, on March 13, 1964, the picturesque tranquillity of Kew Gardens was shattered by the murder of 28-year-old Catherine Genovese, known as Kitty. The murder was grisly, but it wasn’t the particulars of the killing that became the focus of the case. It was the response of her neighbors. As Ms. Genovese screamed — "Please help me! Please help me!" — 38 witnesses did nothing to intervene, according to reports; nobody even bothered to call the police. One witness later explained himself with a phrase that has passed into infamy: "I didn’t want to get involved."

Seldom has a crime in New York City galvanized public outrage so intensely. Newspapers spread the story across the nation and as far away as Istanbul and Moscow. Clergymen and politicians decried the events, while psychologists scrambled to comprehend them.

At a time when the world seemed to be unraveling — Kennedy had been assassinated four months earlier, Harlem was on the verge of race riots, crime rates were suddenly taking off — the case quickly expanded into an all-consuming metaphor for the ills of contemporary urban life. A psychiatrist speculated that television had rendered the witnesses inactive by making them almost delusional. Other observers cited a general moral collapse of modern society.

"When you have this general sense that things are going wrong, you look for events that are going to confirm that," said Neal Gabler, author of "Life: The Movie: How Entertainment Conquered Reality." "A society in which people are indifferent to one another; a society in which no one cares; a society in which we are all atomized. Here you had a story that confirmed all of those anxieties and fears."

But for all that has been said and written about Ms. Genovese’s murder, important questions persist. Some Kew Gardens residents maintain, even now, that there were fewer than 38 witnesses and that many of them could not have seen much of the killing — in other words, that there was less cold-heartedness in Kew Gardens than has been commonly portrayed. Psychologists continue to grapple with the social implications of the neighbors’ response. And then there is the woman who occupies the tragic center of this landmark case: some of the details of Ms. Genovese’s life have tended to get lost beneath the appalling circumstances of her death.

A Peaceful Life

Kitty Genovese, the petite eldest child of an Italian-American family, grew up in Park Slope, Brooklyn. When her family moved to New Canaan, Conn., she stayed in the city and, in the spring of 1963, settled in Kew Gardens. With a roommate, Mary Ann Zielonko, she took an apartment in a two-story Tudor-style building on Austin Street, near the village, as residents referred to the central cluster of shops. Across the street rose one of the few high-rises in the neighborhood, an elegant 10-story apartment house called the Mowbray.

Tony Corrado, an 84-year-old upholsterer who has owned a small shop on Austin Street since the 1950’s, recalls the day a cheerful Ms. Genovese moved in. She knocked on his door and asked him to give her help carrying a sofa up the stairs. "That was my introduction to Kitty," Mr. Corrado said. "I remember saying, boy, gonna be a lot of wild parties up there. I thought they were airline stewardesses, which we had a lot coming in."

In fact, Ms. Genovese worked as manager at a tavern in Hollis, Queens, called Ev’s 11th Hour, and she and Ms. Zielonko lived a quiet, peaceful life over Mr. Corrado’s shop. Crime rates were still low in the spring of 1963, and many residents slept with their doors unlocked. A cat burglar had recently made the rounds, and occasionally a loud drunk stumbled out of the Old Bailey bar, but these were minor disturbances. "I used to say, gee, nothing ever happens in Kew Gardens," Mr. Corrado recalled. "And all of a sudden, this nightmare."

The nightmare struck a year after Ms. Genovese moved in. Shortly after 3 a.m. on that night in March, she was driving home from Ev’s 11th Hour. As she stopped her Fiat at a red light, she caught the eye of Winston Moseley, a business machine operator from Ozone Park. He had been cruising the streets in his white Corvair, searching for a woman to mutilate.

Mr. Moseley tailed Ms. Genovese to Kew Gardens, to the paved lot of the railroad station. When she got out of her car, he followed on foot. Ms. Genovese began to run up Austin Street, but he quickly caught up and stabbed her in the back. As she screamed, he stabbed her again, then twice more. A window opened in the Mowbray and a man’s voice called out: "Leave that girl alone!"

Mr. Moseley later told the police he was not that concerned about the voice — "I had a feeling this man would close his window and go back to sleep," he said — but he ran off upon hearing it. He moved his car to a more discreet location, changed his hat, then returned. He found Ms. Genovese collapsed in a foyer in the back of her building and finished what he’d begun on Austin Street, stabbing and slashing her repeatedly, then leaving her to die.

The Community as Villain

Kitty Genovese’s murder did not initially attract much attention from the press — The New York Times gave it four paragraphs — but 10 days later, A.M. Rosenthal, then metropolitan editor of The Times, happened to meet Police Commissioner Michael J. Murphy for lunch. Mr. Moseley had just been arrested and had confessed to the murders of both Ms. Genovese and another young woman. When the subject turned to Mr. Moseley’s double confession, Mr. Murphy, who is dead, mentioned the 38 witnesses. "Brother," he said, "that Queens story is one for the books."

As Mr. Rosenthal later recounted in his own book about the Genovese case, "Thirty-Eight Witnesses," he knew he’d just been handed a startling scoop, and he assigned it to a reporter, Martin Gansberg, that afternoon. A few days later, Mr. Gansberg, who died in 1995, filed his story, and it soon appeared on the front page.

"For more than half an hour 38 respectable, law-abiding citizens in Queens watched a killer stalk and stab a woman in three separate attacks in Kew Gardens," the article began. "Twice the sound of their voices and the sudden glow of their bedroom lights interrupted him and frightened him off. Each time he returned, sought her out and stabbed her again."

Beginning with its plain but indelible first sentence, the article suggested that 38 eyewitnesses had seen all, or at least a substantial part, of the killing; that they had "watched" it for half an hour, almost as if gaping at a performance. The Times was first to describe this horrifying spectacle, but it would soon have plenty of company. Writing in Life magazine, Loudon Wainwright put it like this: "For the most part, the witnesses, crouching in darkened windows like watchers of a Late Show, looked on until the play had passed from their view."

A pall fell over Kew Gardens in the months after the murder. "People had an impression of Kew Gardens that was unbelievable," said Charles Skoller, a Queens assistant district attorney at the time who would help prosecute the killer at his insanity trial. "The entire community was villainous."

Slowly, though, life returned to its tranquil ways in Kew Gardens. Slowly, the residents began to shake off their stigma. And slowly, some of them began to insist that the portrayal of their neighborhood had been unfair, based on exaggerated accounts by police and journalists. As Mr. Corrado said, "Kew Gardens got a bad rap."

In the years since Ms. Genovese’s death, this charge has been repeated a handful of times in newspaper articles, including a Daily News column by John Melia in 1984 and, more briefly, a 1995 account in The Times. No one, though, has ever undertaken the task of defending Kew Gardens as assiduously as Joseph De May Jr.

A More Complex View

It was never the intention of Mr. De May, a 54-year-old maritime lawyer, to spend hundreds of hours analyzing a decades-old murder. Indeed, he had little interest in the subject of Kitty Genovese’s death until two years ago. That is when he decided, as a hobby, to create a nostalgic Web site devoted to Kew Gardens, where he’d lived for almost 30 years. If he was going to delve into his neighborhood’s past, he reasoned, he’d certainly have to consider its most notorious episode.

In the end, Mr. De May’s conclusion about the murder is that, while the behavior of the witnesses was hardly beyond reproach, the common conception of exactly what occurred that night is not in fact what occurred. What did occur, he argues, is far more complex and far less damning to the residents of Kew Gardens.

"Yeah, there was a murder," Mr. De May said. "Yeah, people heard something. You can question how a few people behaved. But this wasn’t 38 people watching a woman be slaughtered for 35 minutes and saying, ‘Oh, I don’t want to be involved."’

Mr. De May began his research with the seminal Times article of March 27, 1964. "I remember reading through it, then putting it down and thinking, ‘Well, this doesn’t hang together at all,"’ he said. "And then I read it again carefully. I knew the area. I knew the crime scene because I go by there every day."

Mr. De May soon found himself poring through legal documents related to the case, scouring books and articles, and interviewing neighbors. At one point, he even ran the route of Ms. Genovese’s flight up Austin Street, timing it with a watch. He became convinced that his first impression was correct. "Here’s something that everyone thinks happened," he said, "that isn’t so."

His argument, made in full at oldkewgardens.com, boils down to two claims: that the great majority of the 38 so-called witnesses did not see any part of the actual killing; and that what most of them did see, or hear, was fleeting and vague.

To begin, he points out that there were two attacks on Kitty Genovese, not three, as The Times initially indicated. The newspaper later acknowledged the discrepancy — it was caused by confused police accounts — but three is still given as the number of attacks, recently in "The Tipping Point" by Malcolm Gladwell and "New York: An Illustrated History" by Ric Burns and James Sanders. Since the extra attack was supposed to have occurred in full view of surrounding windows, it added to an impression of callous disregard by neighbors.

Of the two attacks that did occur, the first was on Austin Street, across from the Mowbray. Contrary to what some accounts imply, Mr. De May, citing courtroom testimony, contends that this first attack must have lasted only minutes before Mr. Moseley jogged off to his car. By the time most witnesses heard the screams and made it to their windows, Mr. De May argues, they saw just a young woman walking or stumbling alone down Austin Street toward the side of her building, then vanishing around the corner.

Every bit as significant as the brevity of the first attack, Mr. De May believes, was the location of the second, more sustained attack. This occurred in a narrow foyer at the back of Ms. Genovese’s building, indoors and facing away from the Mowbray toward the railroad tracks. This is where Kitty had gone to seek safety, and where Mr. Moseley discovered her. Only one witness, a man who lived at the top of the stairs, could have seen what occurred in that foyer, Mr. De May said.

Charles Skoller, the former assistant district attorney, supports part of Mr. De May’s conclusion. "I don’t think 38 people witnessed it," said Mr. Skoller, now retired. "I don’t know where that came from, the 38. I didn’t count 38. We only found half a dozen that saw what was going on, that we could use."

But Mr. Skoller is far less willing than Mr. De May to forgive the neighbors. Even if not all saw the crime, Mr. Skoller is convinced they heard it. "I believe that many people heard the screams," he said. "It could have been more than 38. And anyone that heard the screams had to know there was a vicious crime taking place. There’s no doubt in my mind about that."

Many witnesses claimed they thought it was a lovers’ quarrel or a drunken argument spilling out of the Old Bailey. Mr. De May points out that a good number of the witnesses were elderly, and nearly all awoke from deep slumbers, their brains befogged, their windows shut to the cold. Furthermore, he raises the possibility that several witnesses did call the police after the first attack, but that their calls were ignored and never recorded.

A.M. Rosenthal, who went on to become executive editor of The Times, stands by the article he assigned to Mr. Gansberg 40 years ago, right down to the word "watched" in its opening sentence. This questioning of details, he said, is to be expected.

"In a story that gets a lot of attention, there’s always somebody who’s saying, ‘Well, that’s not really what it’s supposed to be,"’ said Mr. Rosenthal, who is retired from The Times and now writes a column for The Daily News. There may have been minor inaccuracies, he allows, but none that alter the story’s essential meaning. "There may have been 38, there may have been 39," he said, "but the whole picture, as I saw it, was very affecting."

Theory, Guilt and Loss

Nowhere was the case more affecting than among America’s psychologists. "It was monumental," said Harold Takooshian, a professor of urban psychology at Fordham University. Before the murder, he added, "nobody really had any idea why people did not help, and conversely why people did help. The psychologists were really stunned by their lack of information on this."

The first major studies prompted by the murder, conducted in the 1960’s by the psychologists Bibb Latane and John Darley, arrived at a counterintuitive conclusion: the greater the number of bystanders who view an emergency, the smaller the chance that any will intervene. People tend to feel a "diffusion of responsibility" in groups, the two concluded. Kitty Genovese would have been better off, in other words, had one witness seen or heard her attack, rather than the reputed 38.

In the years since these experiments, the study of human altruism has developed into a whole new branch of psychology, now known as prosocial behavior. "That area did not exist before," Professor Takooshian said. And, still, Ms. Genovese’s death continues to haunt the field. On March 9, Professor Takooshian will host a symposium at Fordham to revisit many of the conundrums posed by that night 40 years ago.

It is psychology that probably offers the best explanation of the issues the case raised. A raft of behavioral studies performed over the last 40 years suggests that Ms. Genovese’s neighbors reacted as they reportedly did not because they were apathetic or cold-hearted, but because they were confused, uncertain and afraid. "Where others might have seen them as villains," Professor Takooshian said, "psychologists see these people as normal."

Normal or not, many of the 38 were consumed by guilt after the crime. Others simply got fed up with the negative attention, and many of them moved away from Kew Gardens. "It was just too much for them, I guess," said Mr. Corrado, sitting in his shop, looking out over the spot where Ms. Genovese was first attacked.

Ms. Genovese’s death hit hardest, of course, among those who loved her. This includes Mary Ann Zielonko, the young woman who moved with her to Kew Gardens — and who had the grim task of identifying her remains. One of the many little-known facts about Ms. Genovese was her close relationship with Ms. Zielonko, an omission that perhaps was understandable in 1964. "She was actually my partner," said Ms. Zielonko, who now lives in Vermont. "We were lovers together. Everybody tried to hush that up."

Ms. Zielonko still becomes emotional remembering the horror of Ms. Genovese’s death, but brightens as she recalls what she cherished. "It sounds trite," she said, "but it was her smile. She had a great smile."

William Genovese, one of Kitty’s four younger siblings, offers other memories of his sister. He remembers how she would sweep into New Canaan to visit the family in her Nash Rambler, or later in her red Fiat, fresh from the city and bubbling with new ambitions and ideas. He remembers how the two of them would stay up late into the night talking about subjects as esoteric as solipsism and Einstein’s theory of relativity. "She and I had a special affinity," Mr. Genovese said.

Two years after his sister’s murder, Mr. Genovese volunteered for the Marines, a decision he attributes to his disgust with public apathy. "I became obsessed with saving people," he said. "When I got to Vietnam, I would have flashbacks of my sister all the time. I’d find myself in situations where I’d think, ‘This is a test.’ That’s the way I viewed it."

Photos: Kitty Genovese, a young bar manager who lived in Kew Gardens, Queens, was attacked late one night in March 1964 as she returned from work. After the killer, Winston Moseley, stabbed her, she fled down a path, above center. But he found her in a foyer and finished the job. (Photos by Genovese, illustration by The New York Times; Moseley, United Press International; building, Joyce Dopkeen/The New York Times)(pg. 1); Ms. Genovese died in a foyer of her apartment house, second door from the corner.; The behavior of the witnesses was the focus of the Genovese case. The Mowbray, an elegant apartment house, sits across the street from where the first attack occurred. (Photo by Edward Hausner/The New York Times, 1965); (Photo by Joyce Dopkeen/The New York Times)(pg. 9)

Jim Rasenberger’s book, "High Steel: The Daring Men Who Built the World’s Greatest Skyline," will be published in April by HarperCollins.

Voir également:

Thirty-Eight Who Saw Murder Didn’t Call the Police
Martin Gansberg
New York Times
March 27, 1964

For more than half an hour 38 respectable, law-abiding citizens in Queens watched a killer stalk and stab a woman in three separate attacks in Kew Gardens.

Twice their chatter and the sudden glow of their bedroom lights interrupted him and frightened him off. Each time he returned, sought her out, and stabbed her again. Not one person telephoned the police during the assault; one witness called after the woman was dead.

That was two weeks ago today.

Still shocked is Assistant Chief Inspector Frederick M. Lussen, in charge of the borough’s detectives and a veteran of 25 years of homicide investigations. He can give a matter-of-fact recitation on many murders. But the Kew Gardens slaying baffles him–not because it is a murder, but because the "good people" failed to call the police.

"As we have reconstructed the crime," he said, "the assailant had three chances to kill this woman during a 35-minute period. He returned twice to complete the job. If we had been called when he first attacked, the woman might not be dead now."

This is what the police say happened at 3:20 A.M. in the staid, middle-class, tree-lined Austin Street area:

Twenty-eight-year-old Catherine Genovese, who was called Kitty by almost everyone in the neighborhood, was returning home from her job as manager of a bar in Hollis. She parked her red Fiat in a lot adjacent to the Kew Gardens Long Island Railroad Station, facing Mowbray Place. Like many residents of the neighborhood, she had parked there day after day  since her arrival from Connecticut a year ago, although the railroad frowns on the practice.

She turned off the lights of her car, locked the door, and started to walk the 100 feet to the entrance of her apartment  at 82-70 Austin Street, which is in a Tudor building, with  stores in the first floor and apartments on the second.

The entrance to the apartment is in the rear of the building  because the front is rented to retail stores. At night the quiet
neigborhood is shrouded in the slumbering darkness that  marks most residential areas.

Miss Genovese noticed a man at the far end of the lot, near a  seven-story apartment house at 82-40 Austin Street. She  halted. Then, nervously, she headed up Austin Street toward  Lefferts Boulevard, where there is a call box to the 102nd Police Precinct in nearby Richmond Hill.

She got as far as a street light in front of a bookstore before the man grabbed her. She screamed. Lights went on in the 10-story apartment house at 82-67 Austin Street, which faces the bookstore. Windows slid open and voices punctuated the early-morning stillness.

Miss Genovese screamed: "Oh, my God, he stabbed me! Please help me! Please help me!"

From one of the upper windows in the apartment house, a man called down: "Let that girl alone!"

The assailant looked up at him, shrugged, and walked down Austin Street toward a white sedan parked a short distance
away. Miss Genovese struggled to her feet.

Lights went out. The killer returned to Miss Genovese, now trying to make her way around the side of the building by the
parking lot to get to her apartment. The assailant stabbed her again.

"I’m dying!" she shrieked. "I’m dying!"

Windows were opened again, and lights went on in many apartments. The assailant got into his car and drove away. Miss Genovese staggered to her feet. A city bus, 0-10, the Lefferts Boulevard line to Kennedy International Airport, passed. It was 3:35 A.M.

The assailant returned. By then, Miss Genovese had crawled to the back of the building, where the freshly painted brown
doors to the apartment house held out hope for safety. The killer tried the first door; she wasn’t there. At the second door, 82-62 Austin Street, he saw her slumped on the floor at  the foot of the stairs. He stabbed her a third time–fatally.

It was 3:50 by the time the police received their first call, from a man who was a neighbor of Miss Genovese. In two minutes they were at the scene. The neighbor, a 70-year-old woman, and another woman were the only persons on the street. Nobody else came forward.

The man explained that he had called the police after much deliberation. He had phoned a friend in Nassau County for  advice and then he had crossed the roof of the building to the  apartment of the elderly woman to get her to make the call.

"I didn’t want to get involved," he sheepishly told police.

Six days later, the police arrested Winston Moseley, a 29-year-old business machine operator, and charged him with homicide. Moseley had no previous record. He is married, has two children and owns a home at 133-19 Sutter Avenue, South Ozone Park, Queens. On Wednesday, a court committed him to Kings County Hospital for psychiatric observation.

When questioned by the police, Moseley also said he had slain Mrs. Annie May Johnson, 24, of 146-12 133d Avenue, Jamaica, on Feb. 29 and Barbara Kralik, 15, of 174-17 140th Avenue, Springfield Gardens, last July. In  the Kralik case, the police are holding Alvin L. Mitchell, who is said to have confessed to that slaying.

The police stressed how simple it would have been to have gotten in touch with them. "A phone call," said one  of the detectives, "would have done it." The police may  be reached by dialing "0" for operator or SPring 7-3100.

Today witnesses  from the   neighborhood, which is  made up of one-family  homes in the $35,000 to $60,000  range with the exception of the two  apartment houses near  the railroad  station, find it difficult to explain why  they didn’t call the police.

A housewife, knowingly if quite casually, said, "We thought it was a lovers’ quarrel." A husband and wife both said, "Frankly, we were afraid." They seemed aware of the fact that events might have been different. A distraught woman, wiping her hands in her apron, said, "I didn’t want my husband to get involved."

One couple, now willing to talk about that night, said they heard the first screams. The husband looked thoughtfully at the bookstore where the killer first grabbed Miss Genovese.

"We went to the window to see what was happening," he  said, "but the light from our bedroom made it difficult to see the street." The wife, still apprehensive, added: "I put out the light and we were able to see better."

Asked why they hadn’t called the police, she shrugged and replied: "I don’t know."

A man peeked out from a slight opening in the doorway to his  apartment and rattled off an  account of the killer’s second attack. Why hadn’t he called the police at the time? "I was tired," he said without emotion. "I went back to bed."

It was 4:25 A.M. when the ambulance arrived to take the  body of Miss Genovese. It drove off. "Then," a solemn police detective said, "the people came out."

The above reported events are true and took place on March 14, 1964.

The brutal murder of Kitty Genovese and the disturbing lack of action by her neighbors became emblematic in what many perceived as an evolving culture of violence and apathy in the United States. In fact, social scientists still debate the causes of what is now known as "the Genovese Syndrome."

Voir encore:

http://archives.lesoir.be/non-intervention-un-phenomene-de-groupe-bien-connu-pays_t-19930827-Z0756G.html

Non-intervention: un phénomène de groupe bien connu
Pays-Bas: noyade classée «sans suite»
Mark Deppennningen
Le Soir
27 août 1993

La noyade d’une jeune Marocaine de 9 ans, samedi, devant 200 personnes apathiques massées sur la berge d’un lac proche de Rotterdam (nos éditions d’hier) continue à susciter une vive émotion aux Pays-Bas, même si le parquet de Rotterdam, après avoir annoncé son intention de poursuivre les témoins passifs de la noyade, a finalement dû se résoudre à classer l’affaire «sans suite».

Les chances d’identifier des suspects sont extrêmement minces, a déclaré un porte-parole du parquet. Ces témoins, qui n’avaient pas répondu aux appels au secours lancés par une amie de la victime et n’avaient pas jugé utile, par la suite, de prêter main-forte aux pompiers, étaient susceptibles d’être poursuivis pour non-assistance à personne en danger de mort. Certains «spectateurs» s’étaient en outre livrés, durant la noyade, à des réflexions déplacées sur les immigrés clandestins et avaient tenus des propos racistes «indignes d’être répétés», selon la police.

L’apathie d’une foule face à une situation de danger a souvent été l’objet d’études psycho-sociales. Les premières études, explique le professeur de psychologie sociale Jacques Leyens (UCL), ont été menées aux États-Unis après qu’un meurtre, précédé de violences durant une demi-heure, a été commis sur une serveuse de bar. La scène s’était déroulée devant 28 témoins, massés à la fenêtre de leurs appartements. Aucun n’était intervenu ni n’avait prévenu la police. Selon le professeur Leyens, le fait pour un individu d’être confronté à une situation d’urgence alors qu’il se trouve dans une foule diminue la perception de l’urgence à intervenir. On assiste, dit-il, à un phénomène de dilution de la responsabilité. Les gens se regardent mutuellement, croyant que l’autre va intervenir. Des expériences ont ainsi été tentées, principalement aux États-Unis. Elles ont permis de constater que le même individu confronté à une situation d’urgence réagissait «normalement» lorsqu’il était seul et faisait preuve de retard à la réaction dès lors qu’il était en groupe. Par contre, ajoute le professeur Leyens, si le groupe est constitué de personnes qui se connaissent bien, les réactions des individus qui le composent sont promptes.

Selon notre interlocuteur, ce n’est pas la perception individuelle du danger que courrait éventuellement le sauveteur (se faire tuer, se noyer soi-même…) qui motiverait l’apathie des membres d’un groupe, mais bien la situation de groupe dans laquelle ils se trouvent au moment où l’événement dont ils sont les témoins se produit.

http://www.francesoir.fr/actualite/societe/etats-unis-indignation-apres-viol-collectif-d-une-adolescente-15-ans-44752.html

Etats-Unis – Indignation après le viol collectif d’une adolescente de 15 ans
Sylvain Chazot
France Soir
1/11/09

La Californie s’interroge après le viol, la semaine dernière, d’une adolescente de 15 ans sous l’œil de plusieurs témoins. Ces derniers pourraient ne pas être poursuivis par la justice.

L’affaire fait grand bruit aux Etats-Unis. Les journalistes américains s’interrogent pendant que CNN multiplie les débats entre experts. La cause de ce déchaînement médiatique ? Le viol, la semaine dernière d’une adolescente de 15 ans, dans la ville prolétaire de Richmond, en Californie. La jeune fille aurait été violée pendant deux heures et demi par plusieurs individus dans l’enceinte même de l’école Richmond High où était organisée une soirée pour les étudiants. Selon la police, dix personnes au moins auraient participé au viol de manière active.

Dimanche, six individus avaient déjà été arrêtés. L’un d’eux pourrait être relâché, faute de preuve. La plupart des garçons incriminés sont mineurs, âgés entre 15 et 19 ans. Seul l’un d’entre eux a 21 ans. Pourtant, si les charges sont retenues contre eux, ils devraient être poursuivis comme des adultes, eut égard de la gravité du crime.
Ce fait divers sordide fait d’autant plus polémique que plusieurs dizaines d’individus auraient assisté au viol sans pour autant intervenir. Certains d’entre eux auraient pris des photos avec leur téléphone portable pendant que d’autres riaient, selon la police. Aucun n’a appelé à l’aide.
Indignation collective

Tout le débat est là : en Californie, la non-assistance à personne en danger n’est pas un délit. Depuis 1999 et l’adoption du Sherrice Iverson Child Victim Protection Act, seuls les témoins de violences portées envers un enfant ont obligation d’en faire part aux autorités. La loi concerne les enfants âgés de 14 ans ou moins et ne s’applique donc pas au viol collectif de Richmond High, la jeune fille attaquée étant âgée de 15 ans. Autrement dit, les témoins du viol ne sauraient être attaqués.

Depuis plusieurs jours, les témoignages se succèdent dans les médias. On s’indigne. Comment des témoins passif d’un viol ne pourrait-ils pas être inquiétés ? Dans l’école concernée, les élèves tentent d’expliquer ce comportement lâche, rapporte le Los Angeles Times. Certains y voient la peur de représailles. Pour d’autres, les témoins ont pu penser que la fille était consentante ou qu’il s’agissait d’une sorte "d’initiation". Restent une envie populaire, relayée par les télés et journaux américains : l’extension du Sherrice Iverson Child Victim Protection Act à toutes les personnes, et non plus seulement aux enfants.

Samedi, les parents de la jeune fille ont appelé au calme. Par la voix de leur pasteur, ils ont souhaité que l’on ne "réponde à cet événement tragique en faisant la promotion de la haine ou en causant plus de violence. (…) Si vous devez exprimer votre outrage, enterrez votre haine sous des actions positives". De son côté, l’adolescente est sortie de l’hôpital après quatre jours de soins.

http://www.unpeudedroit.fr/droit-penal/edito-agression-sexuelle-dans-le-metro-lillois-retour-sur-les-consequences-penales-dune-indifference-generalisee/

Agression sexuelle dans le métro lillois : retour sur les conséquences pénales d’une indifférence généralisée
Sophie Corioland
Un peu de droit

Billet d’humeur – Agression sexuelle dans le métro lillois : retour sur les conséquences pénales d’une indifférence généralisée2…

30 minutes ! Il lui faudra 30 interminables minutes pour  parvenir à trouver une personne prête à l’aider… 30 minutes pendant lesquelles elle devra se débattre, seule, pour se défaire de son agresseur, manifestement alcoolisé, dans une rame du métro. Elle appellera au secours en vain, parviendra à s’enfuir, tentera d’arrêter plusieurs voitures avant qu’enfin un automobiliste ne s’arrête. C’est vrai, la scène n’est malheureusement pas exceptionnelle sauf que cette fois-ci, elle se déroule sous les yeux de personnes qui n’ont pas voulu voir, qui n’ont pas bougé, qui ont laissé faire dans une indifférence totale…

Ces quelques lignes pourraient faire penser à l’introduction d’un roman policier ou au scénario d’une énième série policière dont nos chaines de télé nous abreuvent … sauf que cette fois, il n’est pas question de fiction. Les faits sont bien réels. Ils se sont produits mardi soir, vers 22h30, dans une rame du métro de Lille. La victime, une jeune trentenaire qui rentrait tranquillement chez elle. L’agresseur, un jeune homme de 19 ans, ivre, qui aborde la jeune femme « pour la draguer » aurait-il dit, avant de l’agresser sexuellement3. Les indifférents, les passagers de la rame du métro, plusieurs semble-t-il, selon les caméras de vidéosurveillance.
L’infraction de non-assistance à personne en danger

Alors forcément, il y a matière à la réflexion … D’autant plus, d’ailleurs, qu’il est utile de rappeler que cette « politique de l’autruche », trouve une traduction dans notre Code pénal : la non assistance à personne en danger. La non-assistance à personne en danger est prévue par l’article 223-6 du Code pénal. Selon ce texte, « quiconque pouvait empêcher par son action immédiate, sans risque pour lui ou pour les tiers, soit un crime, soit un délit contre l’intégrité corporelle de la personne, s’abstient volontairement de le faire est puni de 5 ans d’emprisonnement et de 75000 euros d’amende. Sera puni des mêmes peines quiconque s’abstient volontairement de porter à une personne en péril l’assistance que, sans risque pour lui ou pour les tiers, il pouvait lui prêter soit pas son action personnelle, soit en provoquant un secours ». Or, en l’occurrence si les faits sont confirmés, le comportement des témoins de l’agression semble bien entrer dans les prévisions de cette incrimination et plus précisément dans celles de l’alinéa 2. Tentons de décortiquer les éléments constitutifs de cette non assistance, au regard des éléments factuels dont nous disposons, afin de voir si l’incrimination peut être envisagée4.
L’élément matériel

Au niveau de l’élément matériel, le texte suppose deux choses : une personne est en péril d’une part, et d’autre part, une autre personne ne lui porte aucune assistance alors qu’elle pouvait le faire soit en agissant directement, soit en appelant les secours.

Concernant la première composante matérielle, dans l’affaire évoquée, la victime était manifestement en danger puisqu’elle était en train de subir une agression de nature sexuelle par des attouchements répétés. Traditionnellement, la jurisprudence enseigne que peu importe la nature du péril, celui-ci pouvant résulter d’un évènement quelconque (Cass. crim., 31 mai 1949, JCP 49, II, 4945, note Magnol ; Rev sc. crim. 1949, p. 746 et s., note Hugueney. On notera d’ailleurs que dans des affaires aux faits approchants, les juges ont déjà retenu la situation de « péril ». Il en fut ainsi dans une affaire d’attentat à la pudeur (CA Bourges, 21 juin 1990 : Dr. pén. 1991, comm. 135) ou encore dans une affaire de viol (Cass. crim., 8 oct. 1997 : Bull. crim. 1997, n° 329 ; Rev. sc. crim. 1998, p. 320, obs. Y. Mayaud). A cette exigence d’existence d’un péril, la jurisprudence a ajouté une autre condition, non prévue par le texte, l’imminence du péril. Sans le caractère immédiat du péril, l’infraction de non assistance en danger n’est pas retenue (par ex. : Cass. crim., 11 avril 1964, Bull. crim. n° 113). Or, là encore la condition parait remplie. L’agression était en cours.

Deuxième composante de l’élément matériel, l’omission de porter secours. Cette omission suppose une abstention, c’est-à-dire un comportement négatif : s’abstenir de faire quelque chose que la loi nous oblige à faire. En l’occurrence, il s’agit plus précisément de l’obligation de porter assistance à une personne soit par une intervention personnelle, soit en appelant les secours, voire les deux. Les juges considèrent en effet que bien que l’intervention personnelle doive être d’abord privilégiée, la nature et les circonstances de la situation peuvent imposer le recours à un tiers, voire le cumul des deux modes d’assistance ( par ex : Cass. crim., 26 juillet 1954, Bull. crim. n° 276). Pour autant, il n’est pas question de jouer les « héros », tout est question de cas par cas. Ainsi, le fait d’avoir simplement cherché de l’aide ne suffira pas forcément s’il est établi que l’intervention personnelle était possible sans risque (Trib. corr. Aix en Provence, 27 mars 1947, D. 1947, p. 304). En outre, si obligation d’assistance il y a, celle-ci ne joue que si l’assistance est possible sans risque pour soi ou pour les tiers. Enfin, il ne s’agit nullement de ce que l’on pourrait appeler une obligation de résultat. Autrement dit, peu importe que l’assistance ait été efficace ou non (V. par ex, Cass. crim., 23 mars 1953, bull. crim. n° 104 : dans cette décision, la Cour de cassation retient que celui qui s’est abstenu en raison de la gravité des blessures de la victime de porter secours, ne peut ensuite invoquer l’inefficacité de son intervention éventuelle pour justifier son comportement et contester les poursuites).

Si l’on confronte ses exigences aux faits dont nous disposons, il y a tout lieu de penser qu’une intervention était possible : soit par plusieurs témoins, soit au moins en appelant les autorités compétentes.

L’élément moral

Au niveau de l’élément moral, le délit est intentionnel. Cela veut dire qu’il faut démontrer que l’omission de porter secours a été commise volontairement. Le raisonnement doit se faire en deux temps. Il faut d’abord prouver que la personne avait conscience du péril auquel était exposée la victime (par ex : Cass. crim., 17 févr. 1972 : Bull. crim. 1972, n° 68), faute de quoi, le délit ne saurait être retenu. Dans un second temps, il faut prouver qu’en dépit de cette connaissance, la personne n’est pas intervenue volontairement. Le plus souvent, les juges déduisent l’intention des circonstances factuelles et du comportement de l’intéressé (par ex. : Cass. crim., 23 mars 1953, JCP 53, II, 7598).

Là encore, on peut supposer que les témoins de l’agression ne pouvaient pas ignorer la situation de péril dans laquelle se trouvait la victime, cette dernière appelant au secours. Reste à savoir si les juges considéreront que leur comportement traduit leur intention de ne pas intervenir …

Pour conclure, je me permettrai simplement de reprendre les propos du Procureur de la République du tribunal correctionnel de Lille lors de ses réquisitions : « en tant que représentant du ministère public, je suis inquiet de ce visage d’une société où on est capable de prendre une autre rame en laissant seule une femme face à son agresseur. Il est là l’effroi aujourd’hui… »5. Car effectivement, c’est certainement le qualificatif approprié pour cette indifférence généralisée : effrayante…

La Chine, ta moralité fout le camp !
Laurent Devaux
Le Quotidien du peuple en ligne
08.09.2011

La Chine, ta moralité fout le camp… ce titre un peu provocateur, qui paraphrase une phrase célèbre attribuée à Mme du Barry, favorite du Roi Louis XV, à la vue de son café qui débordait, va peut-être faire bondir plus d’un lecteur. Quoique, à la réflexion…

Mais alors pourquoi me permets-je d’être aussi virulent, me direz-vous ? Tout simplement après ce que j’ai vu et entendu récemment au sujet d’un jeune homme, qui a porté assistance à une personne âgée qui avait chuté, et qui s’est vu traîner en justice par sa prétendue victime, qui l’a accusé de l’avoir fait chuter lui-même… hallucinant, vous exclamerez-vous, et vous aurez bien raison. Si l’on se retrouve en justice pour avoir tendu une main secourable, où va t-on ? Si l’affaire en était restée là, et ce serait déjà beaucoup, on n’en aurait peut-être plus parlé. Mais que croyez-vous qu’il arrivât ? Le jeune homme a été condamné à prendre en charge les soins de la vieille dame indigne, par un juge visiblement mal inspiré, dont le verdict a reçu une volée de bois vert de la part des internautes chinois. Vous l’aurez deviné, il s’agit de l’affaire Peng Yu.

Si cette affaire était restée unique, elle serait demeurée comme une curiosité des annales judiciaires et on n’en aurait bientôt plus parlé après quelques semaines, quelques mois tout au plus. Sauf que… sauf qu’il s’avère que ce genre d’affaires s’est multiplié depuis, et que comme nous sommes à une époque de l’information, où beaucoup d’informations circulent, et plus encore si elles sont insolites ou sensationnelles, le pays tout entier l’a su. Ce qui fait que désormais, nombreux sont ceux qui hésitent à porter secours à quelqu’un en difficulté, bien que leur nature humaine, leur coeur, les porteraient naturellement à tendre la main sans réfléchir aux conséquences. Résultat pervers, un vieil homme est mort il y a quelques jours dans une rue de Wuhan après avoir fait une chute, sans que personne ne lui porte secours avant l’arrivée d’une ambulance. La première réflexion que tout un chacun se fait à l’évocation d’une telle tragédie, c’est de se dire que le comportement des passants a été lâche et sans coeur, et que nous, nous ne serions certainement pas restés de glace. Lui eût-on tendu la main que ce malheureux serait peut-être encore en vie aujourd’hui, et bien évidemment on ne peut que regretter un immobilisme qui a conduit à une tragédie. Les enfants de la victime s’en sont plaints devant les caméras de télévision, et on ne peut que les comprendre. Et de fait ce genre de situation est sans doute, heureusement, très rare. Mais il faut aussi, à la réflexion, essayer de comprendre les témoins de la scène. Sachant les nombreux cas récents de victimes ingrates accusant leur sauveur, qui pouvait dire si ce vieil homme, ou sa famille, n’auraient pas fait de même ?

Et c’est là que nous touchons une partie du problème, mais à mon avis elle n’est pas unique, il y a peut-être d’autres explications.

Certains journalistes et commentateurs ont abondamment commenté cette affaire, et ils en ont tiré la conclusion que d’une part, devant la légèreté manifeste avec laquelle le premier juge s’est prononcé, il serait peut-être bon que la Cour suprême se penche sur le cas et tranche d’une façon plus équitable, plus conforme à la justice. Et j’approuve tout à fait ces commentateurs et journalistes, car cette première décision a servi d’exemple, elle a fait jurisprudence, et ce n’est pas un bon exemple, c’est le moins que l’on puisse dire, puisque depuis, plus d’une personne mal intentionnée, mais pas bête, a compris tout le parti que l’on pouvait en tirer et s’est engouffrée dans la brèche créée par ce juge qui a clairement fait preuve de légèreté et n’a pas mesuré les conséquences de sa décision.

Leur deuxième idée, et là encore je les approuve pleinement, est d’appeler à l’adoption d’un texte législatif qui d’un côté protège les bons samaritains et de l’autre punisse sévèrement ceux qui se seraient livrés à une fausse accusation. Car pour eux, ces personnes pour le moins indélicates se rendent coupables d’au moins deux fautes : d’une part ils encombrent les tribunaux, déjà suffisamment chargés par des affaires autrement sérieuses, et d’autre part, agissant ainsi ils se livrent à une véritable extorsion de fonds, dans laquelle les rôles deviennent inversés et où le bon samaritain devient un coupable. Le monde à l’envers. Une fois de plus ces journalistes et commentateurs ont tout à fait raison, mais quant à moi, je rajouterais une troisième faute, et pas des moindres : ces fausses victimes, par leur plainte injustifiée, se moquent de la justice. Donc de l’Etat. Et du peuple, au nom de qui la justice est rendue. Il est donc évident qu’une loi s’impose, mais comme cela ne se fera pas du jour au lendemain, on ne peut que souhaiter que la Cour Suprême, en attendant, donne instruction aux juridictions inférieures de se montrer particulièrement vigilantes et circonspectes dans l’hypothèse où elles auraient à juger ce genre d’affaires. Faute de quoi, les personnes qui n’osent plus intervenir face à un accident risquent d’être de plus nombreuses, et que les conséquences fatales que nous avons connues à Wuhan risquent de se multiplier.

A ce sujet, qu’il me soit permis de suggérer au législateur chinois de s’inspirer du droit français en la matière ; le Code pénal français vous rend en effet passible de sanctions si vous n’avez rien fait pour porter secours à une personne en danger, sauf à ce que vous soyez vous-même mis en danger de ce fait, mais si vous intervenez, votre responsabilité ne pourra être mise en cause. Plus simplement, la loi vous oblige à aider une personne en danger, si c’est sans risque pour vous ; si vous ne le faites pas, vous risquez d’être condamné, mais si vous le faites, rien ne pourra vous être reproché. Clair et net…

Je reviens maintenant sur le choix de mon titre : voir des personnes en difficulté secourues et se retourner contre leur sauveur, n’y a t-il pas là un vrai problème de moralité ? Plus encore, il s’avère même que certaines personnes n’avaient pour ainsi dire rien, quand elles n’ont pas elles-mêmes cherché volontairement un accrochage ou simulé, comme cette personne âgée qui, à côté de son tricycle renversé, a tenté d’accuser un chauffeur de bus innocent qui s’était porté à son secours à Rugao, dans le Jiangsu. Si je me faisais l’avocat du diable, je dirais qu’en l’état actuel de la législation chinoise, elle aurait eu tort de s’en priver ! Dame, c’était tout bénéfice pour elle… au pire, elle ne risquait rien, même en ayant accusé à tort et en s’étant moqué de la justice, et au mieux, elle y aurait gagné quelque argent. Il y a là de quoi inciter quelques personnes malhonnêtes à se livrer à des manoeuvres pour le moins douteuses, ne croyez-vous pas ? Le pire a été de voir en plus ces vieilles dames indignes se pavaner ensuite devant les caméras de télévision, versant des larmes de crocodile, toute honte bue. Proprement répugnant. Cependant, je crains que ces personnes malhonnêtes n’aient pas bien réfléchi aux conséquences de leur acte, et elles pourraient bien, un jour, en payer le prix. Car imaginez un peu… la prochaine fois qu’elles chuteront dans leur escalier ou la cour de leur résidence, il y a fort à parier que personne ne lèvera le petit doigt, et qu’à se moment là, elles s’en mordront les doigts. On serait tenté de dire « bien fait pour elles », mais ce serait par trop cruel, mais le pire est que leur acte indigne risque de porter préjudice à d’autres personnes vraiment en difficulté, et honnêtes, celles-là.

Je comprends maintenant mieux pourquoi, il y a quelque temps, alors que j’étais en voiture avec une amie chinoise et que je lui faisais remarquer qu’il y avait des personnes, d’un certain âge, attendant dangereusement au bord de la route, elle me répondit : « Méfie toi, ces gens-là cherchent volontairement un accrochage pour te soutirer de l’argent ». La secrétaire de mon ancienne patronne à l’université m’avait aussi fait la même remarque, me voyant circuler tous les jours en scooter. A l’époque, j’avais trouvé ces réflexions étonnantes et choquantes. Mais je mesure aujourd’hui combien elles étaient exactes, hélas. Et comme par un fait exprès –le hasard fait bien les choses, si je puis m’exprimer ainsi- ce matin, alors que je prenais mon bus pour le rendre au bureau, que vois-je ? En travers de la chaussée, un vélo renversé, et un homme faisant des gestes pour qu’on vienne à son secours. En d’autres temps, nul doute que les passants, le chauffeur de bus, ou moi-même, serions intervenus. Mais ce matin, personne n’a bougé, et le chauffeur de bus a soigneusement contourné cet « obstacle », qui, soit dit en passant, m’a paru fort agité et bien portant pour quelqu’un qui aurait fait une chute… de là à penser que cet individu simulait et jouait la fausse victime pour en chercher une vraie sous la forme d’un bon samaritain, il n’y avait qu’un pas.

Moralité douteuse donc… mais qu’arrive t-il donc à la Chine, pourtant pétrie depuis les temps les plus anciens de règles de respect et d’honnêté ? Sans doute faut-il y voir là un reflet de notre époque, où l’argent est le sésame suprême, sans lequel on n’est rien. Une Chine, où malgré les efforts incessants du Gouvernement, la corruption est trop présente. Et quand certains fonctionnaires donnent le mauvais exemple, comment s’étonner que leurs administrés fassent à leur tour preuve d’un comportement douteux ? Une Chine où les disparités de revenus, là aussi malgré les efforts du Gouvernement, sont de plus en plus criantes. Et quand il en est ainsi, comment s’étonner que des personnes moins favorisées, ne souhaitant pas se livrer au vol, pour lequel elles seraient punies, recourent à cet artifice tout aussi malhonnête, mais non sanctionné, pour soutirer quelqu’argent ? Le problème me parait donc plus large que l’adoption d’une simple loi, et symptomatique des problèmes que connaît la Chine aujourd’hui. Pour autant, cela ne rend aucunement excusable ces façons détestables et répugnantes d’agir de ces gens indignes se retournant contre leur sauveur.

Fait notable, il s’avère aussi que la plupart de ces « victimes » sont des personnes d’un certain âge, suffisamment respectable pour sans doute avoir reçu un fonds d’éducation confucéenne et vu il y a soixante ans les soldats de l’Armée Populaire de Libération libérer la Chine de la tyrannie du Guomindang, soldats qui étonnèrent alors le monde et suscitèrent son admiration par leur probité, leur honnêteté, leur discipline, et leur rigueur. « Ne prendre au peuple ni une aiguille, ni un fil », disait-on alors. Ces temps semblent désormais bien loin… Chine, où est passée ta moralité ?

Source: le Quotidien du Peuple en ligne

La petite Wang Yue écrasée par deux camionnettes est décédée

Wang Yue, la fillette de deux ans percutée par deux véhicules et ignorée par 18 passants, est décédée vendredi à l’hôpital, ont annoncé ses médecins.

Sa mort a provoqué une vague de chagrin dans tout le pays, l’incident ayant été suivi de près par les gens choqués par l’absence apparente de morale dans la société chinoise.

La petite Wang Yue est morte à 12h32 d’un infarctus cérébral à l’Hôpital général du commandement militaire de Guangzhou, dans la province du Guangdong (sud), selon les médecins.

Elle était dans un état critique depuis son hospitalisation vendredi dernier.

Le décès de la petite fille a été le sujet le plus évoqué de la journée sur le site de microblogging Weibo, attirant plus de 1,9 million de réactions en une heure. De nombreux microbloggueurs ont décrié l’apathie et la cruauté des chauffeurs et des passants qui ne lui sont pas venus en aide.

Le public a appris cette nouvelle le 13 octobre, grâce à une vidéo filmée par une caméra de surveillance et diffusée sur internet. La vidéo montre la fillette se faisant percutée par deux véhicules qui ont ensuite pris la fuite en la laissant en sang dans la rue étroite d’un marché de la ville de Foshan, dans le Guangdong.

La vidéo révèle également que 18 personnes sont passées à côté d’elle au cours des six minutes qui ont suivi, sans toutefois lui venir en aide. La 19e passante, une femme âgée qui ramassait des ordures, a traîné son corps hors du passage des véhicules et a crié à l’aide.

Un grand nombre d’internautes ont répondu à cette vidéo en critiquant les chauffeurs et les passants, appelant à davantage de bons Samaritains et s’engageant à porter assistance aux personnes dans le besoin.

Beaucoup de gens ont envoyé des dons pour payer les soins de la fillette. Selon les informations locales, son père avait reçu jeudi 270 100 yuans (42 468 dollars). Certains donneurs sont des petits élèves de jardins d’enfants, et d’autres sont des ressortissants chinois en Australie et en Thaïlande.

Cet incident a fait réfléchir de nombreuses personnes, qui se demandent si le développement économique rapide de la Chine a eu un effet sur l’éthique et la morale du public.

Wang Yang, gouverneur de la province du Guangdong, a indiqué lors d’une réunion provinciale de haut niveau que la tragédie devait servir de sonnette d’alarme pour toute la société et que de tels incidents ne devaient plus être tolérés.

"Nous devons regarder notre laideur intérieure avec honnêteté et faire l’examen douloureux de notre conscience", a-t-il rappelé.

Source: xinhua

Comment le bon Samaritain a occis Aristote
Olivier Klein
Nous et les autres
10 février 2012

Parmi les expériences de psychologie sociale, celle qui est rapportée par John Darley et Daniel Batson dans un article intitulé "De Jerusalem à Jericho" (1973) est sans doute une des plus stimulantes. Tout d’abord, par son inspiration: la parabole du bon Samaritain provenant de l’évangile de Luc:

"Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho et il tomba au milieu de brigands qui, après l’avoir dépouillé et roué de coups, s’en allèrent, le laissant à demi mort. Un prêtre vint à descendre par ce chemin-là ; il le vit et passa outre. Pareillement un lévite, survenant en ce lieu, le vit et passa outre. Mais un samaritain, qui était en voyage, arriva près de lui, le vit et fut pris de pitié. Il s’approcha, banda ses plaies, y versant de l’huile et du vin, puis le chargea sur sa propre monture, le mena à l’hôtellerie et prit soin de lui. Le lendemain, il tira deux deniers et les donna à l’hôtelier, en disant : "Prends soin de lui, et ce que tu auras dépensé en plus, je te le rembourserai, moi, à mon retour." Lequel de ces trois, à ton avis, s’est montré le prochain de l’homme tombé aux mains des brigands ?" Il dit : "Celui-là qui a exercé la miséricorde envers lui." Et Jésus lui dit : "Va, et toi aussi, fais de même".

Darley et Batson cherchent à reproduire cette situation expérimentalement et, là est le second intérêt de leur étude, en utilisant comme sujets 47 séminaristes, à savoir des individus qui devraient avoir souscrit aux valeurs et aux idéaux évangéliques à tel point qu’ils en aient faire leur vocation. Si quelqu’un est susceptible d’aider un homme en détresse, ce devrait précisément être eux.

Ces étudiants en théologie pensent participer à une étude sur le sentiment religieux. Après une présentation rapide du questionnaire, on leur dit qu’ils vont devoir écouter un court texte et seront ensuite invités à s’exprimer sur celui-ci. Le contenu du texte est manipulé: soit il s’agit d’un texte très général sur la vocation des prêtres, soit il s’agit de la parabole du bon samaritain telle que reproduite précédemment.

Suite à l’écoute de ce texte, on leur signale qu’ils  doivent se rendre dans un autre bâtiment. Toutefois, on manipule le temps dont ils disposent: soit ils peuvent prendre tout leur temps, soit ils doivent y aller rapidement, soit très rapidement. Le sujet s’éclipse. Alors qu’il se trouve sur l’allée qui sépare les deux bâtiments, voici le spectacle qui l’attend (je ne résiste pas au plaisir de reprendre le texte de l’article – on le croirait extrait d’un roman policier!):

"La victime (en fait un complice de l’expérimentateur) était assise, pliée en deux à travers  le passage de la porte, la tête baissée, les yeux fermés, immobiles. Alors que le sujet passait, la victime toussait à deux reprises, gardant la tête baissée. Si le sujet s’arrêtait et demandait si quelque chose n’allait pas, ou offrait de l’aide, la victime, étonnée, et presque groggy, disait: "Oh, merci [toussotement]…Non, ça va. [Pause] J’ai ces problèmes respiratoires [toussotement]…Le docteur m’a administré ces pilules et je n’en n’ai prise qu’une…Si je m’asseyais et me rereposais juste pour quelques minutes, tout irait bien…Merci pour votre aide [sourire]" (p. 104)

Une fois le sujet passé, la victime évaluait son comportement selon son degré d’aide de 0 à 4:

0 = n’a même pas remarqué que la victime était peut-être en détresse
1 = A perçu que la victime était peut-être en détresse mais n’a pas offert de l’aider.
2 = Ne s’est pas arrêté mais a aidé indirectement (par exemple en prévenant un assistant).
3 = S’est arrêté et a demandé si la victime avait besoin d’aide?
4 = Après s’être arrêtée, a insisté pour emmener la victime à l’intérieur et l’a ensuite aidée.
5 = Après s’être arrêté, refuse de quitter la victime et/ou insiste pour l’emmener en dehors du contexte de l’expérience (infirmerie, caféraria…).

On examine ensuite comment les deux variables (la lecture de la parabole et le degré de pression temporelle) influencent le comportement d’aide des séminaristes. En toute logique, la lecture de la parabole devrait favoriser le comportement d’aide et le degré d’empressement ne devrait guère interférer avec la vertu (ou la foi) de nos sujets. Or, que se passe-t-il?

Comment on le voit ci-dessus, les séminaristes sont plus susceptibles de venir en aide lorsqu’ils sont peu pressés que lorsqu’ils sont fort pressés. En fait, dans ce dernier cas, ils aperçoivent à peine que la victime a peut-être besoin d’aide. La vertu est donc fortement limitée par le chronomètre.

Par ailleurs, on constate que la lecture de la parabole a relativement peu d’effet: c’est uniquement lorsqu’ils sont peu pressés qu’elle les rend plus altruiste mais cet effet n’est pas statistiquement significatif (on ne peut pas exclure qu’il soit dû au hasard avec suffisamment de certitude).

Darley et Batson ont également mesuré différents indices de "religiosité" évaluant l’intensité de la foi des sujets et également leur vision de la religion (comme une quête, comme un moyen comme une fin en soi, etc.). Ces variables ne prédisent en rien l’aide à la victime. Comme si le fait d’aider son prochain n’avait moins de rapport avec les convictions religieuses qu’avec la vitesse d’une trotteuse…

Ces résultats suggèrent que la différence entre ceux qui aident et ceux qui n’aident pas dépend bien plus de facteurs situationnels que de leur personnalité (leur "vertu", leur "foi", etc.). A son tour, voici une expérience qui raconte une histoire, une parabole, comme la "légende" biblique. Mais c’est cette fois une parabole quelque peu désenchantée, dont on peut même être tenté de faire une lecture anticléricale (et ce serait une grosse erreur car il y a fort à parier que les "apôtres" de la générosité laïque tomberaient dans le même piège).

Et comme les paraboles, elle fait l’objet d’exégèses. Nous devons l’une des plus récentes à Ruwen Ogien, spécialiste de philosophie morale qui a récemment publié un passionnant volume intitulé L’influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine et autres questions de philosophie morale expérimentale (Grasset). Pour Ogier, cette expérience, comme d’autres études classiques en psychologie, permet d’alimenter (sinon de trancher) certaines controverses dans son domaine d’étude et en particulier la validité d’une "éthique des vertus" chère à Aristote:

"Dans ses versions les plus récentes, l’éthique des vertus repose sur l’idée qu’il existe des ‘personnalités’ tellement vertueuses qu’elles pourraient nous servir d’exemples moraux.
Pour savoir ce qu’il faut faire, il suffirait de se demander qu’aurait fait X ou Y (plutôt que Socrate ou Ghandi qu’un serial killer!).
Mais les théories psychologiques dites ‘situationnistes’ affirment que l’idée d’une ‘personnalité vertueuse’ n’a pas de signification très claire.
Ces façons de définir les gens par leur ‘personnalité" proviendrait d’une tendance plutôt irrationnelle à les juger de façon globale.
En réalité, il n’y aurait ni unité ni continuité empirique significative dans les attitudes et les conduites des gens" (p. 221)

Ogien passe en revue les arguments empiriques à l’appui de cette vision des choses. Il le met en balance avec l’existence de "Justes" qui, en dépit d’une situation qui aurait dû les conduire à se comporter comme des agents du mal, se sont rebellés et ont aidé (par exemple) des Juifs pendant l’occupation allemande. Si on souscrit à une explication situationniste pour ceux qui nuisent à autrui, il faut également en trouver une pour les autres (comme les séminaristes de l’étude précitée). Et Ogier montre qu’en fait, on peut y parvenir en soulignant que

1- Les Justes ont généralement été confrontés à un facteur situationnel puissant: une demande explicite d’aide de la part des victimes.
2 – Leur aide aide ne reflète généralement pas l’expression pleine, immédiate, et entière d’une vertu débordante. Au contraire, ils ont généralement aidé petit à petit: en rendant d’abord des services mineurs dénués de risques pour progressivement se montrer de plus en plus généreux et se dévouer totalement aux victimes. Ceci plaide à nouveau pour une explication situationnelle. Ce type d’aide fait un remarquable écho à l’escalade des sujets de l’expérience de Stanley Milgram qui délivrent des chocs de plus en plus puissants à la victime. Ces sujets n’envisageraient jamais de délivrer des chocs aussi puissants s’ils n’en n’avaient pas délivré de moins puissants préalablement. Comme si 15 volts de plus, ça ne faisait guère de différence…et par la règle des "petits pas", on arrive ainsi à l’extrémité du mal.

Voici donc comment Ogien utilise ce type de résultats pour remettre Aristote à sa place (et Jésus par la même occasion). En  attendant la prochaine exégèse de l’expérience du bon Samaritain…

La morale du croissant
Robert Maggiori
Libération
15 septembre 2011

CRITIQUE
Le bien et le mal à travers les casse-tête du philosophe Ruwen Ogien

Peu importe que ce soient des croissants ou des pains au chocolat. L’important, c’est l’arôme, l’effluve odorant qui, vers 10-11 heures, émane de la boulangerie, se répand dans la rue, les trottoirs, affole les narines et fait glouglouter le ventre. Que quelqu’un s’installe à proximité, pour quémander une cigarette, mendier quelques euros ou simplement demander un renseignement, et un autre dans un endroit anodin ou peu amène, pour faire la même chose. Une équipe de psychologues a fait l’expérience pour tester objectivement, avec force statistiques, les «comportements d’aide» : la «bonne humeur» liée à la perception de la suave odeur de pain ou de viennoiseries accroît sensiblement la gentillesse et la générosité des passants ! Voilà expliqué le titre du livre de Ruwen Ogien : l’Influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine, qui paraît aujourd’hui chez Grasset. Qu’on se rassure (ou s’inquiète) cependant : de croissants, il n’est question que dans une seule page – quand de la bonté, ou de la méchanceté, du bien et du mal, bref de morale, il est question dans les 325 autres.

«Ne pas mentir».

Vous êtes impatient d’hériter de votre oncle. Premier cas : vous allez chez lui, et vous le trouvez gisant dans la baignoire, victime d’un infarctus. Le Samu pourrait encore le sauver. Vous ne l’appelez pas. Deuxième cas : vous attendez que votre oncle traverse la rue, et vous l’écrasez avec votre voiture. Une petite enquête d’opinion montrerait sûrement que les gens (et le droit pénal aussi bien) sont plus indulgents pour celui qui laisse mourir que pour celui qui tue. Qu’il y ait ou non équivalence (l’exemple eût pu être celui du médecin qui fait une piqûre mortelle à son patient en fin de vie ou qui n’intervient pas et laisse venir l’issue mortelle) suscite néanmoins bien des débats parmi les philosophes. C’est qu’on ne voit pas les choses de la même manière, selon qu’on adopte telle ou telle conception de la morale. Si on suit, même sans le savoir, le «conséquentialisme» (dont l’option la plus connue est l’utilitarisme), c’est-à-dire si on pense que ce qui compte moralement n’est pas tant de respecter en aveugle des règles ou des contraintes («Ne pas mentir», «Ne pas traiter une personne humaine comme un simple moyen», etc.) que de faire en sorte qu’«il y ait au total le plus de bien ou le moins de mal possible dans l’univers», on ne verra pas de différence morale profonde entre tuer et laisser mourir : le résultat est le même.

Si l’on est «arétiste», c’est-à-dire ami de l’«éthique des vertus» façon Aristote, et si on estime que la morale ne concerne pas seulement le rapport aux autres mais aussi le souci de soi, la perfection personnelle, le fait de vouloir être quelqu’un de bien, probe, courageux, généreux, etc., alors on établira une différence capitale – mais qui apparaît plus psychologique que morale – entre l’horrible individu qui tue de ses mains et celui qui, «sans être particulièrement répugnant», laisse mourir quelqu’un «par calcul ou négligence». Si l’on est «déontologiste», si l’on tient, en disciple de Kant, à l’impératif catégorique du «tu dois» (ou ne dois pas), et si l’on retient qu’il existe «des contraintes absolues sur nos actions», on pointera une différence au niveau des intentions.

Il est vrai que l’intention est un marqueur moral : si un gradé oblige des pauvres militaires à faire des centaines de pompes dans la cour de la caserne, l’ordre qu’il donne ne pourra être évalué moralement que si on connaît ses intentions, soit humilier les militaires, pour son plaisir sadique, soit les préparer à une épreuve physique difficile, pour leur bien ou bénéfice. Mais dans le cas du neveu avide ? On voit bien que s’il laisse mourir ou tue, son intention est la même : se débarrasser de son oncle pour avoir l’héritage. De plus, quand on parle d’intention, on n’envisage souvent que le point de vue de l’acteur, et non de la victime. Pour un patient incurable qui veut continuer à vivre, «peu importe que les médecins interviennent pour le faire mourir ou qu’ils le laissent mourir en mettant fin aux soins qui le maintiennent en vie» : lui «ne veut ni l’un ni l’autre», et juge les actes aussi mauvais. Pour un patient incurable, qui ne veut plus vivre, peu importe que les médecins le piquent ou laissent la maladie faire son œuvre : «il veut l’un et l’autre», et, juge les actes aussi bons. Où est la différence morale ?

L’Influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine traite d’une vingtaine de problèmes, dilemmes, paradoxes et «casse-tête moraux», relevant d’une éthique «expérimentale». Ruwen Ogien les expose dans le style de la philosophie analytique anglo-saxonne, avec cette façon claire et légère, parfois ironique, de poser les hypothèses, de les démontrer une à une, de comparer la valeur des conclusions, de toujours tenir compte du point de vue contraire à celui qu’on défend. Mais qu’on ne songe pas à un ouvrage purement théorique, froid et abscons. Il est composé, répétons-le, d’études de cas, ou plutôt d’«expériences de pensée» ou de «petites fictions» inventées spécialement «pour susciter la perplexité» et peut-être mettre à l’épreuve, sinon obliger à réviser les «avis» que chacun a spontanément sur elles.

Ces «petites fictions» tournent en effet autour de thèmes auxquels personne ne peut se dire totalement indifférent : sexualité, euthanasie, avortement, assistance à personne en danger, entraide, transplantation d’organes, «clonage reproductif humain», suicide, «amélioration génétique des capacités physiques et mentales humaines», traitement des animaux, excision, blasphème, inceste… Et elles donnent tellement à réfléchir qu’on se prend à rêver qu’elles puissent être méditées par tous ceux et celles qui interviennent sur ces sujets dans l’espace public (hommes politiques, intellectuels médiatiques, journalistes…) et qui n’avancent souvent que des opinions bien légères, partisanes, dictées par des raisons tactiques ou idéologiques. Que des exemplaires gratuits de l’Influence des croissants chauds soient placés à l’entrée de l’Assemblée et du Sénat ! Il n’est cependant pas sûr que les opinion makers emboîtent le pas de Ruwen Ogien, homme réservé, timide, prompt à se mettre au dernier rang plutôt qu’en avant, mais dont le propos est au contraire provocant, plein d’audace, radical, d’un «libéralisme» (ou d’une libéralité) extrême.

Né à Hofgeismar (Allemagne), venu très tôt en France, Ruwen Ogien, directeur de recherche au CNRS, commence ses études universitaires à Tel-Aviv. C’est là qu’il découvre la philosophie analytique, lit John Rawls, et s’approche des positions, par exemple, de Thomas Nagel ou Charles Larmore. Après une année à Cambridge (1984-1985), il revient à Paris, à la Sorbonne. C’est sous la direction de Jacques Bouveresse qu’il fait sa thèse de doctorat, publiée sous le titre la Faiblesse de la volonté (PUF, 1993).

Hygiène.

Si ses premières recherches d’anthropologie sociale ont porté sur l’immigration et la pauvreté, il s’est peu à peu orienté, travaillant sur les émotions, la haine, la honte, le sexe, la pornographie, la bioéthique (proche, sur ce point, de John Harris) ou l’argent, vers ce qu’il nomme une «éthique minimale», minibombe placée sous le moralisme, le paternalisme et toutes les formes de prohibitionnisme, laquelle se caractérise par une sorte de neutralité à l’égard des diverses conceptions du Bien, et pose que nos croyances morales n’ont pas besoin de se fonder «sur un principe unique et incontestable (Dieu, la Nature, le Plaisir, les Sentiments, la Raison, ou quoi que ce soit d’autre du même genre)».

Un tel minimalisme fait en fin de compte tenir toute la morale dans deux petits (mais essentiels) impératifs, «rien de plus» : accorder la même valeur à la voix de chacun, et «ne pas nuire aux autres». Ce qui implique qu’il n’y a pas de devoirs envers soi-même, et qu’on peut mener la vie qu’on veut du moment qu’on ne porte pas tort à autrui : «Les torts qu’on se cause à soi-même, qu’on cause aux choses abstraites ou à des adultes consentants n’ont pas d’importance morale.» Il n’est certes pas simple de s’en tenir à cette éthique minimale. N’ayant aucun devoir envers moi-même, je peux évidemment me laisser aller, ne plus prendre soin de mon hygiène ou de ma santé, me laisser détruire par de néfastes addictions, céder à toutes les indignités – mais est-il certain que, me comportant ainsi, je ne nuise pas à autrui, je ne fasse pas du tort à ceux qui m’estiment ou m’aiment, et qui se sentent tristes, humiliés, blessés de me voir me dégrader de la sorte ? Ruwen Ogien, sans la mettre en jeu expressément, montre cependant, en exploitant les «petites fictions» infernales de l’Influence des croissants chauds, non seulement qu’elle est praticable mais apte à protéger des grands discours moralisateurs qui, comme disait Pascal, «se moquent de la morale».

«Est-il permis de tuer une personne pour prélever ses organes et sauver ainsi la vie de cinq autres personnes en attente de greffe ?»«Est-il permis [ce cas, et toutes ses variantes, a provoqué un véritable hourvari sur Internet, au point de créer une sorte de «tramwaylogie» !] de détourner un tramway qui risque de tuer cinq personnes vers une voie d’évitement où une seule sera écrasée ?» Est-il juste, quand quatre personnes et un chien sont sur un canot qui coulerait s’il n’était délesté, de jeter le chien à la mer ? La réponse changerait-elle si les quatre hommes étaient des nazis en fuite, coupables des crimes les plus atroces, et le chien un chien de sauvetage qui a permis à des dizaines de personnes de sauver leur vie après un tremblement de terre ? Pourquoi ? «Est-il immoral de nettoyer les toilettes avec le drapeau national ?»«L’inceste peut-il être pratiqué en toute innocence ?» Posée à «des échantillons de populations différentes par la "culture", l’origine sociale, l’âge, le sexe, la religion, etc.», cette dernière question suscite des réponses très majoritairement négatives. La fiction présentée par Ogien – Julie et son frère Mark décident de faire l’amour, elle prend déjà la pilule, lui met un préservatif, ils gardent leur union d’un soir secrète et, depuis, se sentent plus proches et bien dans leur peau – exclut certains arguments : leur enfant serait handicapé, la relation pourrait laisser un traumatisme psychologique, ou offenser la société. A quels arguments rationnels doit-on alors faire appel pour justifier la réprobation spontanée ? Le rejet de l’inceste est-il universel ? Non, «de nombreuses sociétés le tolèrent ou le recommandent (à des degrés de proximité familiale divers)». La réaction intuitive de blâme est-elle innée ? Non, les sociétés ont institué la prohibition de l’inceste pour élargir le cercle des échanges… Doit-on se contenter de «Je sais que c’est mal, mais je ne peux pas dire pourquoi» ?

Blasphème.

En réalité, la question est cachée par une autre, plus ample, qui, outre l’inceste volontaire ou d’autres relations entre adultes consentants, concernerait les actions dirigées vers soi-même (y compris le mal qu’on tient à se faire et les bizarreries qu’on veut faire subir à son corps) ou les atteintes aux «entités abstraites» (blasphème contre les dieux ou les ancêtres) : à savoir les «crimes moraux sans victimes» et les «fautes morales sans victimes». En vertu de quoi un comportement est-il jugé immoral s’il «ne cause aucun tort concret à personne» ? Est-on «permissif» si on limite «le domaine du jugement moral légitime aux fautes avec victime» et «moralisateur» si on «étend ce domaine à certaines fautes sans victime» ? On laisse deviner la position d’Ogien. Mais il est clair qu’aux yeux du «permissif» ni les relations sexuelles de tout genre entre adultes consentants, ni le blasphème, ni la consommation de nourriture impure, ni la profanation de sépultures, ni les façons «scandaleuses» de s’habiller ou de (mal)traiter son corps en le perçant, en le tatouant, en le «vendant en pièces détachées», voire en le mutilant volontairement, n’ont à être jugées «immorales» : elles peuvent être simplement contraires à des règles religieuses (variables selon les sociétés et ne touchant pas ceux qui n’ont pas de religion) ou des règles sociales (variables selon les sociétés et les époques).

On l’a dit : l’éthique expérimentale d’Ogien veut susciter la «perplexité», la critique de nos intuitions morales spontanées, la mise en cause de «politiques» qui, au nom du moralisme, et en faisant appel à des notions qui semblent intouchables, telle la «dignité humaine», freinent et rognent la liberté des personnes. Reste à savoir si une «morale minimale», appelant uniquement à «ne pas nuire à autrui», comme le voulait déjà John Stuart Mill, suffit à faire vivre une société. Les hommes, écrit Ruwen Ogien, sont «non seulement plus moraux qu’on a tendance à le dire, mais beaucoup trop moraux, c’est-à-dire beaucoup trop enclins à juger les autres, à faire la police morale, à fouiner dans la vie des gens, et à se prendre pour des saints».

Ruwen Ogien L’Influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine Grasset, 326 pp., 18,50 €.

Voir enfin:

"L’Influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine et autres questions de philosophie morale expérimentale", de Ruwen Ogien : loufoque éthique
Roger-Pol Droit
Le Monde des livres
15.09.2011

Un matin, au réveil, curieuse surprise. Non seulement il y a un inconnu dans votre lit – ce sont des choses qui arrivent -, mais il est branché dans votre dos par un réseau de tubes qui, entre vous et lui, font circuler du sang et d’autres liquides – ce qui est quand même plus rare. L’homme est un grand violoniste, un génie absolu. Il est atteint d’une maladie des reins, et vous étiez le seul organisme compatible. Ses admirateurs vous ont donc kidnappé, endormi, opéré. Vous en avez pour neuf mois. Si vous le débranchez, le violoniste mourra. Mais, après tout, vous n’avez vraiment rien demandé. En un sens, c’est même un cas de légitime défense. Si vous exigiez qu’on le débranche, seriez-vous moralement monstrueux ? Quelle que soit votre réponse, sachez qu’elle sera transposable à la question de l’avortement…

Ne vous croyez pas trop vite sorti d’affaire. En effet, si vous résolvez ce dilemme, dix-huit autres vous attendent. Celui du tramway fou, qui va écraser cinq traminots, sauf si vous déviez la machine sur une voie où ne travaille qu’un seul homme. Celui du type qui pique le parapluie d’un inconnu à la sortie du restaurant, juste parce qu’il n’a pas envie de se mouiller. Celui des adolescents, frère et soeur, qui font l’amour un soir d’été en étant sûrs de n’avoir pas d’enfant et que personne n’en saura rien. Chaque fois, les questions sont : que faire ? Au nom de quoi approuver ou condamner ? Quel genre de règles, de raisonnements et d’évidences mettez-vous en oeuvre pour vous prononcer ?

C’est échevelé, mais seulement en apparence. Ruwen Ogien, spécialiste de philosophie morale, chercheur au CNRS, auteur d’une douzaine d’essais incisifs, est un délirant méthodique. Les machineries mentales qu’il construit sont des expériences de pensée, des praticables destinés à vous faire réfléchir. Dire qu’on ne trouve jamais de violoniste branché dans son dos le matin serait donc la meilleure façon de montrer qu’on n’a rien compris. Car ce qui est réel, dans ces loufoques histoires, ce ne sont évidemment pas les circonstances, mais les problèmes qu’elles posent. Ce sont des casse-tête, mais à solutions multiples, avec presse-évidences intégré.

But du jeu : montrer que tout, en morale, peut et doit être questionné. Que les intuitions dont on se réclame ne sont jamais si claires qu’on croit ni si assurées qu’on dit. Que les doctrines se contredisent toujours, les principes parfois. Et que l’entraide et la bénévolence tiennent à peu de chose : dans un centre commercial, montre une étude savante, les gens exposés aux effluves du four du boulanger rendent significativement plus de menus services que les autres. On pourrait en tirer cette conclusion économique : ne donnez pas de croissants aux gens bons, l’odeur suffit à les moraliser. On attend l’aérosol.

L’INFLUENCE DE L’ODEUR DES CROISSANTS CHAUDS SUR LA BONTÉ HUMAINE ET AUTRES QUESTIONS DE PHILOSOPHIE MORALE EXPÉRIMENTALE de Ruwen Ogien. Grasset, 326 p., 18, 50 €.


France/US: Cachez ce rêve américain que je ne saurai voir (Protestant work ethic 101: Cadillac shamelessly celebrates American dream and enrages both espresso-sipping French and US liberals)

13 avril, 2014

http://www.washingtonpost.com/blogs/style-blog/files/2014/04/oecd.pnghttp://cdn.static-economist.com/sites/default/files/imagecache/full-width/images/2013/09/blogs/free-exchange/working_hours_picture_1_2.pnghttp://evanstonpubliclibrary.files.wordpress.com/2014/04/big-shoulders.jpg?w=398&h=530J’entends chanter l’Amérique, j’entends ses diverses chansons, Celles des ouvriers, chacun chantant la sienne joyeuse et forte comme elle doit l’être … Walt Whitman
Fier d’être le Charcutier de l’Univers, l’Outilleur, le Glaneur de Blé, l’Ouvrier du Rail et le Manutentionnaire de la Nation ... Carl Sandberg
Une bonne partie de ce que nous observons dans les relations entre la France et les Etats-Unis est le produit d’une structure de relations que l’on doit penser comme la confrontation entre deux impérialismes de l’universel. (…) La France est une sorte d’idéologie réalisée: être français, c’est se sentir en droit d’universaliser son intérêt particulier, cet intérêt particulier qui a pour particularité d’être universel. Et doublement en quelque sorte: universel en matière de politique, avec le modèle pur de la révolution universelle, universel en matière de culture, avec le modèle de chic (de Paris). On comprend que, bien que son monopole de l’universel soit fortement contesté, en particulier par les Etats-Unis, la France reste l’arbitre des élégances en matière de radical chic, comme on dit outre-Atlantique ; elle continue à donner le spectacle des jeux de l’universel, et, en particulier, de cet art de la transgression qui fait les avant-gardes politiques et/ou artistiques, de cette manière (qui se sent inimitable) de se sentir toujours au-delà, et au-delà du delà, de jouer avec virtuosité de tous les registres, difficile à accorder, de l’avant-gardisme politique et de l’avant-gardisme culturel (…) C’est dire que nombre des choses qui s’écrivent ou se disent, à propos de la France ou des USA ou de leurs rapports, sont le produit de l’affrontement entre deux impérialismes, entre un impérialisme en ascension et un impérialisme en déclin, et doivent sans doute beaucoup à des sentiments de revanche ou de ressentiment, sans qu’il soit exclu qu’une partie des réactions que l’on serait porté à classer dans l’antiaméricanisme du ressentiment puissent et doivent être comprises comme des stratégies de résistance légitime à des formes nouvelles d’impérialisme… (…) En fait, on ne peut attendre un progrès vers une culture réellement universelle – c’est-à-dire une culture faite de multiples traditions culturelles unifiées par la reconnaissance qu’elles s’accordent mutuellement – que des luttes entre les impérialismes de l’universel. Ces impérialismes, à travers les hommages plus ou moins hypocrites qu’ils doivent rendre à l’universel pour s’imposer, tendent à le faire avancer et, à tout le moins, à le constituer en recours susceptible d’être invoqué contre les impérialismes mêmes qui s’en réclament. Pierre Bourdieu
Pourquoi on travaille autant ? Pourquoi ? Pour ça ?  Pour tous ces trucs ? Dans d’autres pays, ils travaillent, ils rentrent tranquillement chez eux, ils s’arrêtent au café, ils se prennent tout le mois d’août pour les vacances. Tout le mois d’août ! Pourquoi vous êtes pas comme ça ? Pourquoi, nous, on est pas comme ça ? Parce qu’on est des croyants accros au travail. Voilà pourquoi ! Ces autres pays, ils nous prennent pour des fous et alors ? Est-ce que  les frères Wright étaient fous ? Bill Gates ? Les Paul ? Ali ?  On était fous quand on est allé sur la lune ?  Oui, parce que nous, on y est allé Et vous savez quoi ? On a trouvé ça ennuyeux. Alors on est reparti.  On a laissé une voiture là-bas avec les clés dessus. Vous savez pourquoi ? Parce qu’on est les seuls à pouvoir y retourner. Voilà pourquoi. Mais je m’éloigne du sujet. Vous voyez: c’est assez simple. On travaille dur, on crée ses propres chances et on sait que tout est possible. Quant à tous ces trucs ? C’est le bon côté de prendre que deux semaines de vacances en août. N’est-ce pas ? Publicité Cadillac
Average American employee only takes half of earned vacxation:paid time off; 61% report working while on vacation.Glassdoor survey
N’en déplaise à Louis Gallois, la croissance de la productivité horaire française est bien plus élevée que 0,8%: +1,3% en 2011 selon l’OCDE, + 1,4% selon l’Insee. Certes, en comparaison, la productivité horaire des Allemands a augmenté de 1,6% sur la même période, et de 1,5% en moyenne dans les pays de l’OCDE. Mais la productivité horaire d’un Français est parmi les plus élevée des pays industrialisés: 57,7 dollars en 2011 contre 55,3 dollars pour un Allemand et 44 dollars en moyenne dans les pays de l’OCDE. Seuls les Américains (60,3 dollars), les Norvégiens (81,5 dollars), les Néerlandais (59,8 dollars), les Luxembourgeois (78,9), les Irlandais (66,4) et les Belges (59,2) sont plus productifs. Quant à la productivité globale – la valeur ajoutée brute -, elle a augmenté de 2,7% l’an dernier, à 1789 milliards d’euros. (…) Il est toutefois faux de croire que les Français ne travaillent que 35 heures par semaine: heures supplémentaires comprises, la durée hebdomadaire de travail des salariés à temps complet était, en 2011, de 39,5 heures (52,7 heures pour les non salariés). Certes, c’est moins que les Allemands (40,4 heures en moyenne par semaine) et que l’ensemble des Européens (40,4 heures). Mais, au total en 2011, les Français ont travaillé 1475 heures selon l’OCDE, contre 1411 heures pour les Allemands! Car si l’Allemagne n’a pas réduit le temps de travail des salariés à temps plein, elle a en revanche massivement développé le temps partiel. Reste que les Français ont des marges de progression: la moyenne en zone euro est de 1573 heures de travail par an, et de 1775 heures dans l’ensemble des pays de l’OCDE. Ceux qui travaillent le plus sont les Mexicains (2250 heures par an) et les Sud-Coréens (2193 heures par an). L’Expansion
The Greeks are some of the most hardworking in the OECD, putting in over 2,000 hours a year on average. Germans, on the other hand, are comparative slackers, working about 1,400 hours each year. But German productivity is about 70% higher. Alternatively, the graph above might suggest that people who work fewer hours are more productive. (…) There are aberrations, of course. Americans are relatively productive and work relatively long hours. And within the American labour force hours worked among the rich have risen while those of the poor have fallen The Economist
A new and growing body of multidisciplinary research shows that strategic renewal — including daytime workouts, short afternoon naps, longer sleep hours, more time away from the office and longer, more frequent vacations — boosts productivity, job performance and, of course, health. In a study of nearly 400 employees, published last year, researchers found that sleeping too little — defined as less than six hours each night — was one of the best predictors of on-the-job burn-out. A recent Harvard study estimated that sleep deprivation costs American companies $63.2 billion a year in lost productivity. The Stanford researcher Cheri D. Mah found that when she got male basketball players to sleep 10 hours a night, their performances in practice dramatically improved: free-throw and three-point shooting each increased by an average of 9 percent. Daytime naps have a similar effect on performance. When night shift air traffic controllers were given 40 minutes to nap — and slept an average of 19 minutes — they performed much better on tests that measured vigilance and reaction time. Longer naps have an even more profound impact than shorter ones. Sara C. Mednick, a sleep researcher at the University of California, Riverside, found that a 60- to 90-minute nap improved memory test results as fully as did eight hours of sleep. MORE vacations are similarly beneficial. In 2006, the accounting firm Ernst & Young did an internal study of its employees and found that for each additional 10 hours of vacation employees took, their year-end performance ratings from supervisors (on a scale of one to five) improved by 8 percent. Frequent vacationers were also significantly less likely to leave the firm. (…) In the 1950s, the researchers William Dement and Nathaniel Kleitman discovered that we sleep in cycles of roughly 90 minutes, moving from light to deep sleep and back out again. They named this pattern the Basic-Rest Activity Cycle or BRAC. A decade later, Professor Kleitman discovered that this cycle recapitulates itself during our waking lives. The difference is that during the day we move from a state of alertness progressively into physiological fatigue approximately every 90 minutes. Our bodies regularly tell us to take a break, but we often override these signals and instead stoke ourselves up with caffeine, sugar and our own emergency reserves — the stress hormones adrenaline, noradrenaline and cortisol. Working in 90-minute intervals turns out to be a prescription for maximizing productivity. Professor K. Anders Ericsson and his colleagues at Florida State University have studied elite performers, including musicians, athletes, actors and chess players. In each of these fields, Dr. Ericsson found that the best performers typically practice in uninterrupted sessions that last no more than 90 minutes. The NYT
Alors que les Américains s’appauvrissent constamment depuis 2004, la tendance est inverse au Capitole où les élus sont de plus en plus riches. C’est ce que révèle une enquête publiée par le New York Times, basée sur des données du Centre pour une politique réactive (Center for Responsive Politics), et qui montre que 250 des 535 membres du Congrès américains sont millionnaires. Si l’endroit a toujours été peuplé par des personnes plutôt aisées, l’écart avec le reste du peuple n’a en revanche jamais été aussi marqué. Le revenu net médian des représentants et sénateurs culmine à 913.000 de $ (705.000 €) et ne cesse d’augmenter, quand celui des Américains dans son ensemble, continuellement en baisse, avoisine aujourd’hui les 100.000 $ (77.000 €). Plus surprenant, le revenu du Congrès a augmenté de 15% en sept ans, période durant laquelle celui des Américains les plus fortunés a pour sa part stagné. Pour tous les autres, le revenu médian a baissé de 8% pour cette même période. Si cet écart de richesse aurait pu passer inaperçu en temps normal, en pleine crise économique, il choque. Des fortunes qui dépassent les 100 millions de $. (…) Pour tenter d’expliquer comment les parlementaires font pour continuer de s’enrichir en ces temps de morosité économique, plusieurs pistes sont évoquées. Certains analystes, cités par le New York Times, estiment que c’est tout simplement parce que la politique s’adresse avant tout aux personnes aisées. Lors des élections de 2010, le coût d’une campagne victorieuse pour le Sénat s’élevait en moyenne à 10 millions de $ et à 1,4 million pour une place au sein de la Chambre des représentants. De facto, seules des personnes avec déjà des moyens conséquents sont à même de se lancer en politique. Une fois entré au Congrès, le parlementaire touche un salaire annuel de base de 174.000 $ (qui a augmenté de 10% depuis 2004, soit un peu moins que l’inflation). À ce salaire s’ajoutent plusieurs avantages auquel le citoyen lambda n’a pas accès: des primes d’ancienneté, des pensions de retraite et une sécurité sociale en or. Le Washington Post explique aussi qu’une fois en place, les sénateurs et les représentants jouissent d’un réseau et de nouveaux moyens qui leurs permettent d’augmenter leurs pécules. Les données récoltées par le Center for Responsive Politics montrent que les parlementaires feraient d’excellents résultats sur les marchés boursiers. D’après des chercheurs de l’université de Géorgie, qui ont étudié la question, ces performances seraient le fruit d’un «important avantage d’informations» dû à leurs positions. Le Figaro
Even if the clip was a bit corny and overdone, the late Paul Harvey was a masterful throaty narrator in the romantic age before the onset of America’s now ubiquitous metrosexual nasal intonation. Harvey just didn’t sound different from the present generation, but from what we suspect, he sounded different from most generations to come as well. One reason that our age cannot make a Shane, High Noon, or The Searchers is that most of our suburban Hollywood actors cannot even fake the accent of either the frontier or the tragic hero anymore. When Tommy Lee Jones and Robert Duvall go, so goes too the last link to the cinema’s Westerner. There are no more voices like Slim Pickens or Ben Johnson. (…) It was not just Harvey’s mid-20th century voice that intrigued millions, but his unapologetic praise of the farmer’s work ethic, religiosity, and family values that he implied were at the core of American greatness, and were shared by all sorts of other American originals: the truck driver, the steel worker, or waitress whom we now all praise and yet prep our children not to be. We suspect that our kids would be better off at forty for spending a summer on a tractor at fifteen, but we just can’t seem to risk the loss of a season’s computer camp or eco-camp in the bargain. (…) I suppose the images resonated in 2013 in a way that they would have seemed passé in 1950, but not just because farmers then were about 15% of the population and now make up less than 1%, and so currently earn the added intrigue accorded to vanishing in the manner of the rhino or blue whale. The commercial instead was mostly a hit because of the sharp contrast, not just with the Petronian spectacle of today’s Super Bowl extravaganza, but also with the general tenor of the times of 2013 in particular.Victor Davis Hanson
Rather than millionaires, the spot’s targeted at customers who make around $200,000 a year. They’re consumers with a "little bit of grit under their fingernails" who "pop in and out of luxury" when and how they see fit. These are people who haven’t been given anything. Every part of success they’ve achieved has been earned through hard work and hustle. . . . One of the ways they reward themselves for their hard work is through the purchase of a luxury car … Right up front, Mr. McDonough dismisses the idea the reason American work so hard is to buy "stuff." What he’s really saying is that Americans work hard because that’s what they love to do. Luxury cars and other expensive goodies are a byproduct of success; not the objective. It’s basically saying hard work creates its own luck. In order to achieve it, you just have to believe anything’s possible. You have to believe in yourself, you have to believe in possibilities. It’s really about optimism. It’s really a fundamental human truth: optimism about creating your own future. It’s not about materialism. … Cadillac does not want to "guilt" people into buying an American rather than a European luxury car. The last thing in the world we want to do is comes across as: ‘It’s your duty to buy an American car.’ I don’t think anybody wakes up wanting to hear that. . . . The strategy was really to play off the consumer insights around this notion of achievement earned through hard work and hustle — and celebrating that. Since it’s a U.S.-based spot, we used metaphors to talk about other people who received their success through hard work … Reaction is running about 3-1 in favor of the spot with the young consumer audience on YouTube. But some people are offended at the perceived workaholic message when millions of people are out work and others are just getting by. Again, that’s not what Cadillac intended … We’re not making a statement saying, ‘We want people to work hard.’ What we’re saying is that hard work has its payoffs. Find something you love to do, do it incredibly well and there’s a reward for that. Whether its personal satisfaction, whether its fulfillment, whether that’s money … Rogue found and cast Mr. McDonough in an early version of the spot that they used to pitch and ultimately win Cadillac’s $250 million creative account last year. Cadillac and Rogue later went back and remade the spot with Mr. McDonough to create the version on-air now. We just liked his attitude … [It's a dissertation on American values] Sure. But what people forget is that still just a car ad. What made Cadillac happiest is consumers recognize ELR as an electric car — although Mr. McDonough never states that explicitly. It’s sparked an interesting and thought-provoking debate. Craig Bierley
The only thing to upset the early-morning serenity was the single most obnoxious television ad ever made: the one for Cadillac, in which the life of the tiniest one per cent of the one per cent is represented as an American birthright. It’s the one with the appalling guy who high-fives his kids (without looking at them) and then ends with an anti-French flourish: “You work hard; you create your own luck. And all that stuff? That’s the upside of only taking two weeks off in August, n’est-ce pas?” The French is proudly mispronounced, but if any Francophone ad were as aggressively anti-American as this one is against the French, you’d be reading about it for weeks in the Wall Street Journal. That the French summer vacation is not a rule forced on the rich entrepreneur—who can scheme on his yacht all August if he likes—but a protection for the poor worker he employs, is not something that occurs to the Cadillac mind. (If you want to understand why the rest of the world likes to watch Americans lose, this ad explains it all.) Adam Gopnik
"There are plenty of things to celebrate about being American, but being possessed by a blind mania for working yourself into the ground, buying more stuff and mocking people in other countries just isn’t one of them. The Huffington Post
Why are we looking to Europe for guidance? They take the month of August off, there’s 14% unemployment, they’re welfare states. They sit around and they move at a leisurely pace. They can’t defend themselves. They rely on us for that. What in the world is there to model ourselves after? … Oh, man, I’ll tell you, they look at this as an assault on Europe. They look at it as an assault on sidewalk cafes, Starbucks and this kind of thing. They look at it as an assault on their lifestyle. Remember, these are the people telling us that you are liberated when you get fired. You’re liberated when you lose your job because now you don’t have to do some stupid job to have health care because the government will give it to you. You don’t have to work anymore. That’s where they come from. Yeah, you can finally go discover the inner artist in you, and you now can join the legion of great human beings who have painted. You can be one of them, not tied to some silly job … But that’s the lifestyle, that’s sophistication, you see. Sophistication is, work? I’ll do what I have to. I’m gonna really devote myself to what’s important. I’m going to go paint. Then I’m gonna go visit a museum. After I visit the museum, then I’m gonna go to the art gallery, and after I finish the art gallery, I’m gonna head over back to the espresso cafe. When I finish there I’m gonna head to the real bar and I’m gonna have a couple shots, maybe some white wine, maybe some Camembert. When I finish there, I’m then gonna go to the craft show at the local community center where I’m gonna learn how to knit and sew and knit and peel and whatever, and then I’m gonna go home and I’m gonna water my garden. And right before I go to bed, I’m gonna add to the poem I’ve been writing for the past month. Yes, I’ll work on my poetry. When I finish my poetry, I will then retire and go to bed. And when I awaken, I will get up, and I will hate the fact that the first part of my day is a job where I’m going to be exploited by some evil capitalist. But I’ll go do it anyway so that when it’s over I can stroll back to the espresso bar and maybe while I’m at the espresso bar, I’ll dream of inventing the flying car, and I’ll write it and scribble it out there on my Microsoft Surface, because I don’t want to the best, the iPad. No. And then I just repeat the cycle. I’ll go to a different museum and I’ll go see different displays, exhibits and so forth. That’s sophistication. That is what we should aspire to. All this hard-work stuff, what a crock. If you do work, by the way, if you do get sucked in, make sure you work for a nonprofit. In fact, the best thing you, make sure you run a nonprofit. That way you can really get paid for not doing anything. That way you’re not working for some enterprise devoted to the evil of profit. No, you’re working for a nonprofit. You will live off what other people give you and you will claim that you are better people, because you have not been soiled by the poisons of capitalism. There isn’t any profit or loss in what you do. You’re interested in public service. Then, when you finish that, it’s to the soup kitchen and the homeless shelter, just to look in, just to see that people are there, and you’ll feel great about yourself because you care. And then you’ll demand the rich pay higher taxes so that the soup kitchen doesn’t close … Here’s the thing about hard work. Hard work is hard — and, by the way, folks, not everybody loves their work. This commercial is an indication of what can happen if you work hard, even though you may not like it. But you know what this commercial really is? By the way, this commercial was originally not for an electric car. They made this ad about an electric car to try to soften the blow so it would offend these leftist wackos less. Rush Limbaugh

Cachez ce rêve américain que je ne saurai voir !

Alors qu’au pays aux éternels trois millions de chomeurs, un jeune entrepreneur  et l’organe de presse qui publiait sa tribune libre se voient assigner en justice pour avoir osé remettre en question les méthodes anticoncurrentielles d’une compagnie de taxis …

Et qu’à la suite d’un président du Très Grand Capital recordman toutes catégories des levées de fonds et des dépenses de campagne et avec le nouvel assouplissement des règles que vient de voter la Cour suprême, des parlementaires américains toujours plus riches vont pouvoir, démocrates en tête, s’enrichir un peu plus …

Comment s’étonner de la belle unanimité du tollé qu’a suscité, chez les têtes pensantes des deux côtés de l’Atlantique, la véritable ode au rêve américain et à l’éthique du travail qu’avait lancée Cadillac sur les petits écrans en février dernier pour vendre sa nouvelle berline ?

Où, au prix d’un double contresens confondant matérialisme et accomplissement personnel et critiquant la conversion d’une entreprise à l’écologie qui aurait dû les séduire (la berline est en fait hybride-électrique), nos professionnels de la nouvelle police de la pensée politiquement correcte se ruent comme un seul homme  sur le chiffon rouge de l’image d’une Amérique à nouveau fière d’elle-même

Dans une pub il est vrai où, contrairement à l’habile parodie qu’en a fait aussitôt après son concurrent Ford pour vendre sa propre voiture électrique (avec femme noire, comme il se doit, modèle de modestie et de bonne conscience écologique), la vénérable compagnie au nom si mythiquement français choisissait pour l’incarner un acteur blond et bien dans sa peau, étalant sans vergogne sa réussite et celle de son pays tout en taclant au passage les quatre semaines de congés payés d’un pays pourtant, du moins pour ceux qui ont la chance d’avoir un travail, des plus productifs  …

La pub anti-Français de Cadillac
Le Nouvel Observateur
11-04-2014

Le dernier spot de la marque de luxe laisse entendre que les Français sont des paresseux passant leur temps à se délecter des congés payés. Charming.

Les publicités pour voiture ne font pas toujours preuve d’une grande finesse. C’est le cas du dernier spot de Cadillac.

Tout commence sur fond de grosse maison américaine. Un homme, dénommé Nel McDonough, se tient devant la piscine, et pose une question existentielle : "Pourquoi travaillons-nous autant ?" "Pour tout ça", dit-il en traversant sa villa, "pour toutes ces choses matérielles".

"Dans d’autres pays, ils rentrent chez eux tôt, s’arrêtent au café et prennent des vacances tout le mois d’août", poursuit-il.

Ce "nous", ce sont bien sûr les Américains, et les "autres pays", la France avec ses 35 heures, ses congés payés et ses bistrots à tous les coins de rue.

Nel McDonough ne lésine sur aucun argument pour démontrer le caractère "ambitieux" et "acharné" des Américains dont les Français seraient dépourvus : Neil Armstrong et les premiers pas sur la lune, Bill Gates… Dans son costume gris des plus chics, Nel McDonough pour finir débranche son bolide électrique en déclarant que la vie, finalement, "c’est assez simple. Vous travaillez dur, vous créez vos propres chances, vous devez croire que tout est possible. Et tous ces biens ? C’est l’avantage de ne prendre que deux semaines de vacances en août".

Et de conclure par un clin d’œil "N’est-ce pas ?". En français bien sûr.

Voir aussi:

L’affligeante pub anti-française de Cadillac
La marque de General Motors propose dans un spot une vision caricaturale de Français forcément paresseux.
Marc Naimark
Slate
11/04/2014

Il est vaguement ironique qu’une marque automobile qui tire son nom du fondateur français du Fort Ponchartrain, devenu la ville de Detroit, décide de faire du French-bashing. Ah oui, ces Frogs, ces cheese-eating surrender monkeys, connus pour leur paresse, les 35 heures, la déconnexion de leurs mails professionnel à 18h et les quatre semaines passées à bronzer parmi les coquillages et crustacés en août! Quelle différence avec ces Yankees travailleurs, se délectant des heures passées à tout faire sauf ne rien faire.

C’est justement le trait de caractère qu’utilise Cadillac, la gamme de luxe de General Motors, qui tire son nom d’un certain Antoine Laumet de La Mothe, sieur de Cadillac, dans une pub télé pour son modèle ELR mettant en scène l’acteur Neil McDonough (Frères d’armes, Desperate Housewives, etc.).

Dans ce spot, McDonough se promène de sa belle piscine vers sa non moins belle villa, de la superbe cuisine de celle-ci vers son vaste salon, en nous posant une question existentielle: pourquoi travaille-t-on autant? Pour tous ces biens matériels? Pour une marque de luxe, il va de soi que la réponse, après un discours un peu erratique sur la folie américaine, sera «oui».

«N’est-ce pas?» en français dans le texte

Durant ce plaidoyer en faveur du matérialisme, McDonough oppose aux Américains «d’autres pays» (en fait, la France) où, après le boulot, on se prélasse à la terrasse d’un café, où l’on passe tout le mois d’août en vacances, où l’on sait apprécier la vie.

Ceux-là méprisent les Américains ambitieux et acharnés au travail en les traitant de fous. Mais les frères Wright, pionniers de l’aviation, n’étaient-ils pas fous? N’était-ce pas fou d’aller sur la Lune et d’y retourner plusieurs fois avant de s’en ennuyer, laissant des bagnoles là-haut, sûrs que les seuls capables d’y retourner seront des Américains (surtout, ne le dites pas aux Chinois…)?

McDonough rentre dans son dressing et ressort en costume, prêt à sortir débrancher le bolide électrique à générateur intégré garé devant sa villa, en concluant:

«Les biens matériels, c’est le bon côté de ne prendre que quinze jours de vacances.»

Avec comme conclusion, un «N’est-ce pas?» évidemment en français dans le texte.

Effort pour un monde meilleur

A la caricature du Français qui sait vivre mais qui ne connaîtra jamais le plaisir d’avoir autant de choses que l’Américain, Ford, dans une nouvelle pub qui répond à celle de Cadillac, vient d’opposer une autre vision. Le spot met en scène, non pas un acteur, mais une personne réelle, Pashon Murray, la fondatrice de Detroit Dirt, entreprise du secteur social et solidaire qui récupère les déchets pour les transformer en compost destiné aux fermes urbaines d’une Detroit dépeuplée.

Dans cette pub, calque exacte de celle de Cadillac mais pour une voiture électrique bien plus modeste, Murray propose une troisième voie: ni paresse ni obsession accumulatrice, mais l’effort pour un monde meilleur.

La pub Cadillac se voulait provocatrice et clivante. General Motors prétend que les réactions étaient largement en sa faveur, mais a néanmoins choisi de ranger ce spot au placard après l’avoir diffusé massivement lors des JO de Sotchi, au profit de spots Internet destinés à mettre en évidence les avantages d’une voiture électrique et les autres innovations luxo-technologiques de l’ELR.

Si cette pub a «marché», c’est sans doute parce qu’elle conforte des Américains qui travaillent sans relâche pour acheter des maisons plus grandes où ils ne passent que très peu de temps, pour se procurer de nouveaux objets électroniques qu’ils n’ont presque pas le temps d’utiliser, pour acheter plein de jouets à leurs enfants qu’ils ne voient jamais. Neil McDonough les rassure: ça va, c’est bien de travailler autant, vous aurez une Cadillac à la fin!

Pour les 80% d’Américains qui n’auront jamais les moyens de payer plus de 75.000 dollars une voiture, les heures sans fin, c’est pour payer les assurances santé, la garde d’enfant, un logement dans un quartier avec des écoles un peu moins pourries qu’ailleurs. Et peut-être la voiture électrique de Ford, vendue moitié moins cher que l’ELR.

Une vision d’un monde où le travail n’est ni égoïstement honni, ni égoïstement adulé, mais tout simplement une voie vers un monde meilleur. Et c’est sans doute cette vision à laquelle adhéreraient les Français, les vrais, pas les faire-valoir caricaturaux de ce spot plutôt affligeant.

Voir également:

Cadillac lance une campagne de pub « anti-France »
Romain Pomian-Bonnemaison
Terrafemina
12 avril 2014

La marque de voiture Cadillac a choisi de centrer sa dernière campagne de pub sur ce qui fait des Etats-Unis un si grand pays… surtout par rapport au « farniente » à la française. N’hésitant pas à faire passer les français pour des flemmards parce qu’il se prendraient « un mois de vacances en août », la publicité qui n’en est pas à une contradiction près – en fait presque oublier le produit qu’elle essaie de vendre. Sans vraiment faire dans la finesse.

« Dans d’autres pays, ils travaillent, reviennent à la maison en s’arrêtant au café, ils prennent leur mois d’août – en entier », répète, insondable, l’acteur Neal McDonough (Desperate Housewives, Frères d’Armes, Minority Report…). Après tout un laïus sur le matérialisme, véritable sens de l’existence (avoir une piscine, par exemple, est dépeint comme un objectif de vie suprême), la publicité se conclut par un « N’est-ce pas ? » en français dans le texte – histoire de bien souligner que les « autres pays », ça veut bien dire la France. Pour la petite histoire, le nom de l’entreprise, Cadillac, fait référence au gascon Antoine de Lamothe-Cadillac, fondateur de la ville de Détroit en 1701 – une contradiction certes vague, mais non moins intéressante.

Quel est le message de Cadillac ?

Dans le détail, les poncifs véhiculés par cette publicité sont affligeants. Comme le relève Slate, les Etats-Unis, dépeints en creux, sont des maîtres incontestés dans tous les domaines – quitte à dire de belles âneries comme sur la conquête de la Lune, où il oublie que les Russes et les Chinois ont eux aussi déposé des véhicules… Et de conclure par cette phrase pas très illuminée: « Les biens matériels, c’est le bon côté de ne prendre que quinze jours de vacances », suivi de « N’est-ce pas ? ».

Voir encore:

Ford surfe sur le bad buzz de Cadillac pour sa dernière pub

maitesavin
Meltybuzz
31/03/2014
Alors que la dernière campagne de Cadillac faisait l’objet d’un bad buzz, la marque de voiture Ford a décidé de surfer sur ce bad buzz pour le tourner à son avantage en reprenant la pub au plan près !

La parodie de Cadillac par Ford

Après le bad buzz de la pub de Cadillac, Ford a retourné la situation à son avantage. En effet, en février dernier, l’acteur Neal McDonough (Dave Williams, mari d’Edie Britt dans la saison 5 de Desperate Housewives) incarnait le rêve américain matérialiste et libéral afin de promouvoir l’ELR, la berline électrique de Cadillac. Cette campagne n’avait pas fait l’unanimité et a même été qualifiée de "cauchemar". C’est alors que Team Detroit, l’agence de pub travaillant pour la marque de voitures Ford, a décidé de prendre cette pub à contre pied. Surfant sur le bad buzz qu’elle a déclenché, elle reprend plan par plan la campagne de Cadillac remplaçant l’acteur blond par l’Afro-américaine Pashon Murray. Rien ne change sauf le discours. Cette dernière porte des bottes et un pantalon de jardin et explique son mode de vie écologique, tourné vers la Terre et les autres avec sa fondation Detroit Dirt. Contrairement à Cadillac, la jeune femme ne parle en aucun cas de sa réussite, de sa richesse en vantant la suprématie américaine et taclant les 5 semaines de congés payés français. Non, Ford a su garder un discours modeste et a bien su se servir de Cadillac pour promouvoir sa propre voiture électrique !

Voir de même:

Les Français ne sont pas assez productifs: info ou intox?

Louis Gallois estime que la productivité ne croît plus suffisamment en France. Pourtant, la France a une productivité horaire des plus élevées. Mais travaille moins d’heures que ses voisins. Décryptage.

Emilie Lévêque

L’Expansion

09/11/2012

Et si le manque de compétitivité de la France n’était pas seulement dû au coût du travail trop élevé, mais à un déficit de productivité des salariés? C’est en tout cas ce pense Louis Gallois. "Il y a un vrai problème de la productivité du travail en France", a déclaré ce vendredi sur BFM Business l’ancien patron du groupe aéronautique EADS, auteur du rapport sur la compétitivité des entreprises françaises. "La productivité horaire française reste forte, le problème, c’est qu’elle ne croît plus au rythme souhaitable", a-t-il poursuivi soulignant qu’elle augmentait à un rythme de "0,8% par an". "C’est insuffisant", pour l’industriel.

N’en déplaise à Louis Gallois, la croissance de la productivité horaire française est bien plus élevée que 0,8%: +1,3% en 2011 selon l’OCDE, + 1,4% selon l’Insee. Certes, en comparaison, la productivité horaire des Allemands a augmenté de 1,6% sur la même période, et de 1,5% en moyenne dans les pays de l’OCDE.

Mais la productivité horaire d’un Français est parmi les plus élevée des pays industrialisés: 57,7 dollars en 2011 contre 55,3 dollars pour un Allemand et 44 dollars en moyenne dans les pays de l’OCDE. Seuls les Américains (60,3 dollars), les Norvégiens (81,5 dollars), les Néerlandais (59,8 dollars), les Luxembourgeois (78,9), les Irlandais (66,4) et les Belges (59,2) sont plus productifs. Quant à la productivité globale – la valeur ajoutée brute -, elle a augmenté de 2,7% l’an dernier, à 1789 milliards d’euros.
Louis Gallois contraint de retirer ces préconisation sur le temps de travail?

Ce n’est donc peut-être pas tant un problème de productivité horaire, que dénonce Louis Gallois, mais de nombre d’heures travaillées. Parmi les nombreuses informations qui ont fuité sur ce que proposerait le rapport Gallois, il y a eu, en octobre, celle du Parisien sur la suppression des 35 heures. Le Commissariat général à l’investissement avait aussitôt démenti. Et de fait, il n’y a aucune mention à la durée du travail dans le rapport remis le 6 novembre au Premier ministre Jean-Marc Ayrault.

Etrange, car toutes les autres fuites de presse se sont révélées exactes – sur l’allègement de charges sociales de 30 milliards d’euros, sur l’exploration du gaz de schiste, etc. Louis Gallois aurait-il été contraint de retirer cette proposition de supprimer les 35 heures? C’est ce qu’il dit à demi-mots: il a été obligé "de se cantonner à un certain nombre de sujets", explique-t-il sur BFM.

Il est toutefois faux de croire que les Français ne travaillent que 35 heures par semaine: heures supplémentaires comprises, la durée hebdomadaire de travail des salariés à temps complet était, en 2011, de 39,5 heures (52,7 heures pour les non salariés). Certes, c’est moins que les Allemands (40,4 heures en moyenne par semaine) et que l’ensemble des Européens (40,4 heures). Mais, au total en 2011, les Français ont travaillé 1475 heures selon l’OCDE, contre 1411 heures pour les Allemands! Car si l’Allemagne n’a pas réduit le temps de travail des salariés à temps plein, elle a en revanche massivement développé le temps partiel.

Reste que les Français ont des marges de progression: la moyenne en zone euro est de 1573 heures de travail par an, et de 1775 heures dans l’ensemble des pays de l’OCDE. Ceux qui travaillent le plus sont les Mexicains (2250 heures par an) et les Sud-Coréens (2193 heures par an).

Voir par aussi:

Relax! You’ll Be More Productive
Tony Schwartz
February 9, 2013

THINK for a moment about your typical workday. Do you wake up tired? Check your e-mail before you get out of bed? Skip breakfast or grab something on the run that’s not particularly nutritious? Rarely get away from your desk for lunch? Run from meeting to meeting with no time in between? Find it nearly impossible to keep up with the volume of e-mail you receive? Leave work later than you’d like, and still feel compelled to check e-mail in the evenings?

More and more of us find ourselves unable to juggle overwhelming demands and maintain a seemingly unsustainable pace. Paradoxically, the best way to get more done may be to spend more time doing less. A new and growing body of multidisciplinary research shows that strategic renewal — including daytime workouts, short afternoon naps, longer sleep hours, more time away from the office and longer, more frequent vacations — boosts productivity, job performance and, of course, health.

“More, bigger, faster.” This, the ethos of the market economies since the Industrial Revolution, is grounded in a mythical and misguided assumption — that our resources are infinite.

Time is the resource on which we’ve relied to get more accomplished. When there’s more to do, we invest more hours. But time is finite, and many of us feel we’re running out, that we’re investing as many hours as we can while trying to retain some semblance of a life outside work.

Although many of us can’t increase the working hours in the day, we can measurably increase our energy. Science supplies a useful way to understand the forces at play here. Physicists understand energy as the capacity to do work. Like time, energy is finite; but unlike time, it is renewable. Taking more time off is counterintuitive for most of us. The idea is also at odds with the prevailing work ethic in most companies, where downtime is typically viewed as time wasted. More than one-third of employees, for example, eat lunch at their desks on a regular basis. More than 50 percent assume they’ll work during their vacations.

In most workplaces, rewards still accrue to those who push the hardest and most continuously over time. But that doesn’t mean they’re the most productive.

Spending more hours at work often leads to less time for sleep and insufficient sleep takes a substantial toll on performance. In a study of nearly 400 employees, published last year, researchers found that sleeping too little — defined as less than six hours each night — was one of the best predictors of on-the-job burn-out. A recent Harvard study estimated that sleep deprivation costs American companies $63.2 billion a year in lost productivity.

The Stanford researcher Cheri D. Mah found that when she got male basketball players to sleep 10 hours a night, their performances in practice dramatically improved: free-throw and three-point shooting each increased by an average of 9 percent.

Daytime naps have a similar effect on performance. When night shift air traffic controllers were given 40 minutes to nap — and slept an average of 19 minutes — they performed much better on tests that measured vigilance and reaction time.

Longer naps have an even more profound impact than shorter ones. Sara C. Mednick, a sleep researcher at the University of California, Riverside, found that a 60- to 90-minute nap improved memory test results as fully as did eight hours of sleep.

MORE vacations are similarly beneficial. In 2006, the accounting firm Ernst & Young did an internal study of its employees and found that for each additional 10 hours of vacation employees took, their year-end performance ratings from supervisors (on a scale of one to five) improved by 8 percent. Frequent vacationers were also significantly less likely to leave the firm.

As athletes understand especially well, the greater the performance demand, the greater the need for renewal. When we’re under pressure, however, most of us experience the opposite impulse: to push harder rather than rest. This may explain why a recent survey by Harris Interactive found that Americans left an average of 9.2 vacation days unused in 2012 — up from 6.2 days in 2011.

The importance of restoration is rooted in our physiology. Human beings aren’t designed to expend energy continuously. Rather, we’re meant to pulse between spending and recovering energy.

In the 1950s, the researchers William Dement and Nathaniel Kleitman discovered that we sleep in cycles of roughly 90 minutes, moving from light to deep sleep and back out again. They named this pattern the Basic-Rest Activity Cycle or BRAC. A decade later, Professor Kleitman discovered that this cycle recapitulates itself during our waking lives.

The difference is that during the day we move from a state of alertness progressively into physiological fatigue approximately every 90 minutes. Our bodies regularly tell us to take a break, but we often override these signals and instead stoke ourselves up with caffeine, sugar and our own emergency reserves — the stress hormones adrenaline, noradrenaline and cortisol.

Working in 90-minute intervals turns out to be a prescription for maximizing productivity. Professor K. Anders Ericsson and his colleagues at Florida State University have studied elite performers, including musicians, athletes, actors and chess players. In each of these fields, Dr. Ericsson found that the best performers typically practice in uninterrupted sessions that last no more than 90 minutes. They begin in the morning, take a break between sessions, and rarely work for more than four and a half hours in any given day.

“To maximize gains from long-term practice,” Dr. Ericsson concluded, “individuals must avoid exhaustion and must limit practice to an amount from which they can completely recover on a daily or weekly basis.”

I’ve systematically built these principles into the way I write. For my first three books, I sat at my desk for up 10 hours a day. Each of the books took me at least a year to write. For my two most recent books, I wrote in three uninterrupted 90-minute sessions — beginning first thing in the morning, when my energy was highest — and took a break after each one.

Along the way, I learned that it’s not how long, but how well, you renew that matters most in terms of performance. Even renewal requires practice. The more rapidly and deeply I learned to quiet my mind and relax my body, the more restored I felt afterward. For one of the breaks, I ran. This generated mental and emotional renewal, but also turned out to be a time in which some of my best ideas came to me, unbidden. Writing just four and half hours a day, I completed both books in less than six months and spent my afternoons on less demanding work.

The power of renewal was so compelling to me that I’ve created a business around it that helps a range of companies including Google, Coca-Cola, Green Mountain Coffee, the Los Angeles Police Department, Cleveland Clinic and Genentech.

Our own offices are a laboratory for the principles we teach. Renewal is central to how we work. We dedicated space to a “renewal” room in which employees can nap, meditate or relax. We have a spacious lounge where employees hang out together and snack on healthy foods we provide. We encourage workers to take renewal breaks throughout the day, and to leave the office for lunch, which we often do together. We allow people to work from home several days a week, in part so they can avoid debilitating rush-hour commutes. Our workdays end at 6 p.m. and we don’t expect anyone to answer e-mail in the evenings or on the weekends. Employees receive four weeks of vacation from their first year.

Our basic idea is that the energy employees bring to their jobs is far more important in terms of the value of their work than is the number of hours they work. By managing energy more skillfully, it’s possible to get more done, in less time, more sustainably. In a decade, no one has ever chosen to leave the company. Our secret is simple — and generally applicable. When we’re renewing, we’re truly renewing, so when we’re working, we can really work.

Tony Schwartz is the chief executive officer of The Energy Project and the author, most recently, of “Be Excellent at Anything.”

Voir également:

Cadillac Clears Up ‘Misconceptions’ About Contentious ‘Poolside’ Ad
But Expect Debate to Keep Raging After Oscar Airing
Michael McCarthy
Ad age
March 01, 2014. 31

"Why do we work so hard? For what? For this? For stuff?" asks actor Neal McDonough as he gazes out over his pool in new Cadillac’s TV commercial before delivering a dissertation on the American Dream.

With that, the actor begins the controversial 60-second spot Cadillac that will air both before and during ABC’s broadcast of the Academy Awards this Sunday night.

The "Poolside" spot created, by ad agency Rogue, is intended to serve as a "brand provocation," according to Craig Bierley, Cadillac’s advertising director. Consider it mission accomplished.

The spot for the new Cadillac ELR has provoked extreme reactions since its debut during NBC’s broadcast of the Opening Ceremony of the 2014 Sochi Winter Olympics

Fans on the political right see "Poolside" as an unapologetic ode to American values. Critics on the political left see it as Ugly American chest thumping at its worst. During a time when Americans are working harder and longer for less money, others question the spot’s perceived workaholic message.

Fox Business News contributor Jonathan Hoenig, a founding member of the Capitalistpig hedge fund, praised "Poolside" as a "tremendous" celebration of profit-seeking, productivity and, yes, enjoyment of material goods.

"Those are considered very declasse these days, very down. So here’s a wonderful ad that actually celebrates America," Mr. Hoenig said.

But Fox Business host Neil Cavuto worried "Poolside" feeds the negative perception of the richest 1% as smug, rich bastards who are contemptuous of everyone else. It also takes chutzpah for GM, a company bailed out by American taxpayers, to preach self-reliance, Mr. Cavuto wryly noted.

Other critics have attacked the spot more bluntly. The Huffington Post declared: "Cadillac made a commercial about the American Dream — and it’s a Nightmare." Wrote Carolyn Gregoire: "The luxury car company is selling a vision of the American Dream at its worst: Work yourself into the ground, take as little time off as possible, and buy expensive sh*t (specifically, a 2014 Cadillac ELR)."

Washington Post contributor Brigid Schulte "groaned" at the sight of a "middle-aged white guy" extolling the "virtues of hard work, American style," while strolling around his fancy house, pool and $75,000 electric car.
Ad Age DataCenter
11.5% Experiential marketing

U.S. revenue growth for experiential/event-marketing agencies in Ad Age’s Agency Report 2013. Check out the full report and rankings.
Learn more

Advertising Age interviewed Cadillac’s Mr. Bierley on the strong reaction to the spot. He said the spot’s been "misconstrued" by some viewers. He wanted to set the record straight. Among the misperceptions:
Craig Bierley Craig Bierley

It’s aimed at the richest 1%
Not so, says Mr. Bierley. Rather than millionaires, the spot’s targeted at customers who make around $200,000 a year. They’re consumers with a "little bit of grit under their fingernails" who "pop in and out of luxury" when and how they see fit, he said. "These are people who haven’t been given anything. Every part of success they’ve achieved has been earned through hard work and hustle. . . . One of the ways they reward themselves for their hard work is through the purchase of a luxury car," he said.

It’s about materialism
Go back and watch the beginning, said Mr. Bierley. Right up front, Mr. McDonough dismisses the idea the reason American work so hard is to buy "stuff." What he’s really saying is that Americans work hard because that’s what they love to do. Luxury cars and other expensive goodies are a byproduct of success; not the objective.

"It’s basically saying hard work creates its own luck. In order to achieve it, you just have to believe anything’s possible. You have to believe in yourself, you have to believe in possibilities. It’s really about optimism. It’s really a fundamental human truth: optimism about creating your own future. It’s not about materialism."

It’s a "Buy American" spot
That’s wrong too. Mr. McDonough references the U.S. moon landing, Bill Gates and the Wright Brothers because the ad is only designed to run in the U.S., not overseas. If "Poolside" was designed as a global ad, the references would be more global.

Cadillac does not want to "guilt" people into buying an American rather than a European luxury car, said Mr. Bierley. "The last thing in the world we want to do is comes across as: ‘It’s your duty to buy an American car.’ I don’t think anybody wakes up wanting to hear that. . . . The strategy was really to play off the consumer insights around this notion of achievement earned through hard work and hustle — and celebrating that. Since it’s a U.S.-based spot, we used metaphors to talk about other people who received their success through hard work."
Advertisement

It celebrates the USA’s workaholic culture
Reaction is running about 3-1 in favor of the spot with the young consumer audience on YouTube, said Mr. Bierley. But some people are offended at the perceived workaholic message when millions of people are out work and others are just getting by. Again, that’s not what Cadillac intended, Mr. Bierley said.

"We’re not making a statement saying, ‘We want people to work hard.’ What we’re saying is that hard work has its payoffs. Find something you love to do, do it incredibly well and there’s a reward for that. Whether its personal satisfaction, whether its fulfillment, whether that’s money."

It was created for the Olympics, when nationalism runs high
Wrong, said Mr. Bierley. Instead, Rogue found and cast Mr. McDonough in an early version of the spot that they used to pitch and ultimately win Cadillac’s $250 million creative account last year. Cadillac and Rogue later went back and remade the spot with Mr. McDonough to create the version on-air now. "We just liked his attitude," said Mr. Bierley about the character actor who’s starred on HBO’s "Band of Brothers" and other shows.

It’s a dissertation on American values
Sure, said Mr. Bierley. But what people forget is that still just a car ad. What made Cadillac happiest is consumers recognize ELR as an electric car — although Mr. McDonough never states that explicitly. "It’s sparked an interesting and thought-provoking debate," said Mr. Bierley.

Voir encore:

The Super Bowl Farmers
Victor Davis Hanson
February 13th, 2013

Chrysler’s Super Bowl Ram Truck commercial praising the American farmer was an unexpected big hit and is still being replayed around the country on talk radio. Rich Lowry and Peggy Noonan both contrasted the authenticity of that commercial fantasy with the falsity of the real event.

And why not? Even if the clip was a bit corny and overdone, the late Paul Harvey was a masterful throaty narrator in the romantic age before the onset of America’s now ubiquitous metrosexual nasal intonation. Harvey just didn’t sound different from the present generation, but from what we suspect, he sounded different from most generations to come as well. One reason that our age cannot make a Shane, High Noon, or The Searchers is that most of our suburban Hollywood actors cannot even fake the accent of either the frontier or the tragic hero anymore. When Tommy Lee Jones and Robert Duvall go, so goes too the last link to the cinema’s Westerner. There are no more voices like Slim Pickens or Ben Johnson. One of the successes of the commercial is that the photographed farmers did not speak, and left the impression of mute superiority.

It was not just Harvey’s mid-20th century voice that intrigued millions, but his unapologetic praise of the farmer’s work ethic, religiosity, and family values that he implied were at the core of American greatness, and were shared by all sorts of other American originals: the truck driver, the steel worker, or waitress whom we now all praise and yet prep our children not to be. We suspect that our kids would be better off at forty for spending a summer on a tractor at fifteen, but we just can’t seem to risk the loss of a season’s computer camp or eco-camp in the bargain.

The commercial’s platitudes were cleverly juxtaposed with grainy pictures of un-Botoxed people doing real physical work and in concert with each other, using big machines, and looking the worse for wear from it. True or not, we at least were to believe that no one in those still shots had hair plugs, bleached teeth, or faux tans in the manner of our vice president, who tries so hard to be an oh-so-authentic “Joey.” In that regard, Clint Eastwood’s resonance hinges in part on the fact that his lined and craggy face does not resemble what has happened to Sylvester Stallone’s, and he did not engage in the sort of embarrassing, obsequious fawning about George Bush that a Chris Rock or Jamie Foxx has monotonously done about Barack Obama. Americans still admire authenticity, and that too explains the later YouTube popularity of the commercial. When the Obama team released pictures of Obama “skeet shooting” or with a furrowed brow following in real time the ongoing shooting and killing in Benghazi, we knew it was all show, all Dukakis in a tank. The only thing worse than being cut off from the premodern world is faking participation in it.

I suppose the images resonated in 2013 in a way that they would have seemed passé in 1950, but not just because farmers then were about 15% of the population and now make up less than 1%, and so currently earn the added intrigue accorded to vanishing in the manner of the rhino or blue whale. The commercial instead was mostly a hit because of the sharp contrast, not just with the Petronian spectacle of today’s Super Bowl extravaganza, but also with the general tenor of the times of 2013 in particular.

Voir aussi:

Advertisers Pitching to Americans Yearning to Feel Confident Again
Jim Geraghty
National Review

March 5, 2014

Beyond the Russia and Alan Grayson news in today’s Morning Jolt . . .

Advertisers Pitching to Americans Yearning to Feel Confident Again

Take a look at three of the biggest, most-discussed television ads of the past year or so.

First, Ram Trucks’ “God Made a Farmer” ad from the Super Bowl last year:

Then the Coke ad from the Super Bowl this year:

I know there were some folks who watched the Coke ad and perceived the message, “America isn’t just for English-speakers! Embrace the polyglot, you ethnocentric hicks!” But it’s just as easy, or easier, to look at the ad and see the message that all across the globe, in every tongue, people find America, and its freedoms, cultures, and traditions beautiful.

Then the latest ad to make a splash, no pun intended, is Cadillac’s “Poolside”:

Ad Age summarizes the reaction:

“Why do we work so hard? For what? For this? For stuff?” asks actor Neal McDonough as he gazes out over his pool in new Cadillac’s TV commercial before delivering a dissertation on the American Dream.

With that, the actor begins the controversial 60-second spot Cadillac that will air both before and during ABC’s broadcast of the Academy Awards this Sunday night.

The “Poolside” spot created, by ad agency Rogue, is intended to serve as a “brand provocation,” according to Craig Bierley, Cadillac’s advertising director. Consider it mission accomplished.

Fox Business News contributor Jonathan Hoenig, a founding member of the Capitalistpig hedge fund, praised “Poolside” as a “tremendous” celebration of profit-seeking, productivity and, yes, enjoyment of material goods.

“Those are considered very declasse these days, very down. So here’s a wonderful ad that actually celebrates America,” Mr. Hoenig said.

But Fox Business host Neil Cavuto worried “Poolside” feeds the negative perception of the richest 1% as smug, rich bastards who are contemptuous of everyone else. It also takes chutzpah for GM, a company bailed out by American taxpayers, to preach self-reliance, Mr. Cavuto wryly noted.

What’s the theme tying together all three of these?

Americans desperately want to feel good about their country again.

The farmer in the Ram Trucks ad is what we think we once were, and want to still be: hard-working, reliable, honest, filled with determination and integrity. The Coke ad actually begins with a cowboy who would fit in the Ram Truck ad, but moves on to break-dancing kids, a family visiting the Grand Canyon, a big (Hispanic?) family settling in for dinner, folks wobbling at a roller rink and laughing at themselves. That ad shows that we’re warm and welcoming, close to our families, spending quality time with our kids who aren’t sitting in front of a video-game console or staring at the screen of their phone.

And then Neal McDunough — “Hey, it’s that guy from Band of Brothers and Captain America!” — comes along and stabs a needle of adrenaline and confidence into our heart. He chuckles about other countries sitting at cafes and taking August off. He walks past his kids, who are doing their homework, with one appearing to be working on a model of DNA. He explains that “we’re crazy, driven, hard-working believers,” and high-fives his younger child, who obviously has already absorbed this cheerful, confident philosophy. He’s got a gorgeous house with a pool, happy, bright kids, a good-looking wife who reads the Wall Street Journal after he does, and he looks good in a suit. He’s got spring in his step. The world is his oyster, and he says it’s America’s oyster, too, because “you work hard, you create your own luck, and you’ve got to believe anything is possible.”

We want to be that guy. Or we want to believe we could be that guy if we tried. Or perhaps put even clearer, we want to believe we have the opportunity to be that guy, whether or not we actually want to pursue that life, that house, that lifestyle, and drive that car.

UPDATE: A reader reminds me that Mike Rowe’s ad for Walmart fits in this theme as well:

Most companies test their ads extensively with focus groups. The folks in those focus groups must be bursting at the seams for a message that America can be great again. Are the potential 2016 contenders hearing this?

Liberals Outraged by Cadillac Ad
Rush Limbaugh
March 06, 2014

RUSH: Have you seen, ladies and gentlemen, the new Cadillac commercial for their new electric car? (interruption) You haven’t?  It features the actor Neal McDonough.  Do you watch Justified? (interruption) Well, Neal McDonough was in Justified two years ago.  He’s got this baby-shaped head, blue eyes, short, blond hair.  He can play the nicest next-door neighbor or the evilest villain you’ve ever found.

He is the actor in this commercial.  The left hates this commercial.  There are caustic posts on leftist websites, and even mainstream news sites, Huffing and Puffington Post. They’re outraged over the Cadillac ad!  If you’ve seen it, you might know why.

RUSH:  Let’s get to the Cadillac commercial.  There’s a headline here at the Huffing and Puffington Post.  It’s by a woman named Carolyn Gregoire, and I don’t know she pronounces it that way.  G-r-e-g-o-i-r-e, Gregoire, Gregoire. It’s probably Gregory, if I had to guess.  But anyway, headline: "Cadillac Made a Commercial About the American Dream, and it is a Nightmare."  This commercial has hit a nerve in the left that is such a teachable moment!

This commercial itself and the reaction to it by the left is all anyone needs know about what really has become of the Democrat Party and the American left.  The actor is Neal McDonough.  You’ve seen him in Justified.  He was in some other TV series that ran for four years.  I can’t think of the name of it right off the top of my head.  You’d recognize him if you saw him.  He’s playing the part here of a successful American male, who happens to own one of these new Cadillac electric cars.

RUSH: Here is the ad.  This is 43 seconds here. It’ll go by here pretty quickly and I’ll do the transcript myself when this is finished.

MCDONOUGH:  Why do we work so hard?  For what?  For this?  For stuff?  Other countries, they work, they stroll home, they stop by the cafe, they take August off.  Off.  Why aren’t you like that?  Why aren’t we like that?  Because we’re crazy, driven, hardworking believers.  Those other countries think we’re nuts.  Whatever.  Were the Wright Brothers insane?  Bill Gates? Les Paul? Ali?  Were we nuts when we pointed to the moon?  That’s right.  We went up there, and you know what we got?  Bored.  So we left.  It’s pretty simple.  You work hard, you create your own luck, and you gotta believe anything is possible.  As for all the stuff, that’s the upside of only taking two weeks off in August.  N’est-ce pas?

You don’t need stuff. You need to be the inner artiste, and while you piddle around and produce absolutely nothing, we will take care of you, and we will give you your health care while you explore your inner uselessness, and only dream about what you could be while looking at other people who are successful and instantly hating them.

RUSH: Have you seen, ladies and gentlemen, the new Cadillac commercial for their new electric car? (interruption) You haven’t? It features the actor Neal McDonough. Do you watch Justified? (interruption) Well, Neal McDonough was in Justified two years ago. He’s got this baby-shaped head, blue eyes, short, blond hair. He can play the nicest next-door neighbor or the evilest villain you’ve ever found.

He is the actor in this commercial. The left hates this commercial. There are caustic posts on leftist websites, and even mainstream news sites, Huffing and Puffington Post. They’re outraged over the Cadillac ad! If you’ve seen it, you might know why.

RUSH: Let’s get to the Cadillac commercial. There’s a headline here at the Huffing and Puffington Post. It’s by a woman named Carolyn Gregoire, and I don’t know she pronounces it that way. G-r-e-g-o-i-r-e, Gregoire, Gregoire. It’s probably Gregory, if I had to guess. But anyway, headline: "Cadillac Made a Commercial About the American Dream, and it is a Nightmare." This commercial has hit a nerve in the left that is such a teachable moment!

This commercial itself and the reaction to it by the left is all anyone needs know about what really has become of the Democrat Party and the American left. The actor is Neal McDonough. You’ve seen him in Justified. He was in some other TV series that ran for four years. I can’t think of the name of it right off the top of my head. You’d recognize him if you saw him. He’s playing the part here of a successful American male, who happens to own one of these new Cadillac electric cars.

RUSH: As for all the stuff, that’s the two weeks off in August. He also says in the ad about the moon, and we’re gonna be the first to go back. Now, the left is simply outraged because they perceived this to be an attack on Western European socialism. This is Cadillac. Remember what I’ve always told you about advertising? Advertising that works is advertising that properly, correctly takes the pulse of the people it is targeted to.

It takes the pulse of the American culture at that moment, that snapshot. So here you have Cadillac and their ad agency, and what are they using to sell this thing? The American dream, the old adages: Hard work, success, climbing the ladder. You just work hard and work hard, and you don’t think about vacations first. You think about your work. You find something you love, you go out and you do it.

And, yeah, you acquire stuff. There’s nothing wrong with acquiring stuff, and there’s nothing wrong with improving your lifestyle. The left is just livid. A pull quote from this Huffing and Puffington Post story: "a completely shameless celebration of our work-hard-buy-more culture, with a blanket dismissal of ‘other countries’ and their laziness tossed in for good measure."

One of the things that liberals love to hate about America is wrapped up in that one sentence. Let me read it to you again. The pull quote from Carolyn Gregoire, the Huffington Post says, this Cadillac ad is "a completely shameless celebration of our work-hard-buy-more culture, with a blanket dismissal of ‘other countries’ and their laziness tossed in for good measure."

If there’s one thing that this commercial misses and — well, not really. There’s a lot of Americans who can’t work anymore. There aren’t any jobs, no matter how hard you work. There are just some people that can’t find work, but Cadillac is targeting those who have jobs and are trying. You know, whatever you do, don’t feel guilty about climbing the ladder. Don’t feel guilty about improving your life.

Don’t feel guilty about wanting a Cadillac, an electric Cadillac.

Don’t feel guilty about this.

Why are we looking to Europe for guidance? They take the month of August off, there’s 14% unemployment, they’re welfare states. They sit around and they move at a leisurely pace. They can’t defend themselves. They rely on us for that. What in the world is there to model ourselves after? And the left is just loaded for bear. I’ll share with you further details from this piece. Here. Grab sound bite 18. Quickly we can squeeze it in. Here’s Robin Roberts on morning America today.

ROBERTS: Oh, my goodness. And what’s wrong with taking more than two weeks off? You’re made to be felt guilty because you’re not working hard?

RUSH: Yeah, yeah, yeah. That commercial, oh, wow! That makes you feel guilty if take more than two weeks off. That Cadillac commercial is making me feel guilty. I’m telling you, the left is afraid of that commercial. It’s such a teachable moment here.

RUSH: No. No, no, no, no. The point is, the left really is anti-American tradition. The left really does not believe in the all American dream. It’s not that they don’t even believe it; they advocate against it. That’s what this Cadillac hullabaloo illustrates and is all about. You know, we think we’re all in this together. We might have our disagreements, Democrats and Republicans, but we all want the same things. We don’t anymore.

There is not a singular American culture that’s oriented around growth and prosperity and individual achievement and success. That’s not what the Democrat Party’s about anymore. Their power base is not rooted in people like that. Their power base is rooted in the failures and victims of our society. And they are trying to create even more of them.

The enemy, as far as the Democrat Party and the American left are is concerned, the enemy are the successful, the enemy is those who are achieved. The enemy is the philosophy that undergirds the American dream. It’s called consumerism and capitalism and it’s supposedly void of any real meaning and no values. It’s just about who has more stuff and who has more money and who’s richer and all that, and they are full-fledged resentful of that.

Now, this has been building for 50 years. It didn’t just happen overnight, but to some people who are casual observers, it has happened overnight. We went from George Bush, who was a Republican for all intents and purposes as far as low-information voters are concerned, a conservative, and he won two elections. He loses, and within two years everything the country stood for is gone and finished. How did this happen? That’s what a lot of people are asking. How in the world did this happen overnight? And the answer is it hasn’t been happening overnight, or it didn’t.

It has been building for years, starting in first grade, kindergarten, all the way up through the university level, the anti-America dream speech, philosophy, the pro-Western, socialist view of things, the all-powerful state, the idea that people aren’t smart enough to take care of themselves, people aren’t capable of taking care of themselves, that people aren’t, on their own, able to make the right decisions. They not gonna spend their money right. They need people do that for them. Liberals, preferably in government, determining how people live and what decisions are made, and if they make the wrong ones, then we’ll penalize them.

It’s an amazing thing that a commercial has come along and shown this for what it is. So let me replay — and this is not the whole thing — the whole thing is 60. We cut it down to 45 seconds just for the essence, you know, brevity is the soul of wit. And this commercial literally has the left in a tizzy. I read it, folks. It’s my gig here. Show prep, I know no bounds. And I’m telling you that all over leftist blogs there is genuine rage over this. Here it is again.

MCDONOUGH: Why do we work so hard? For what? For this? For stuff? Other countries, they work, they stroll home, they stop by the cafe, they take August off. Off. Why aren’t you like that? Why aren’t we like that? Because we’re crazy, driven, hardworking believers. Those other countries think we’re nuts. Whatever. Were the Wright Brothers insane? Bill Gates? Les Paul? Ali? Were we nuts when we pointed to the moon? That’s right. We went up there, and you know what we got? Bored. So we left. It’s pretty simple. You work hard, you create your own luck, and you gotta believe anything is possible. As for all the stuff, that’s the upside of only taking two weeks off in August. N’est-ce pas?

RUSH: Oh, man, I’ll tell you, they look at this as an assault on Europe. They look at it as an assault on sidewalk cafes, Starbucks and this kind of thing. They look at it as an assault on their lifestyle. Remember, these are the people telling us that you are liberated when you get fired. You’re liberated when you lose your job because now you don’t have to do some stupid job to have health care because the government will give it to you. You don’t have to work anymore. That’s where they come from. Yeah, you can finally go discover the inner artist in you, and you now can join the legion of great human beings who have painted. You can be one of them, not tied to some silly job.

You don’t need stuff. You need to be the inner artiste, and while you piddle around and produce absolutely nothing, we will take care of you, and we will give you your health care while you explore your inner uselessness, and only dream about what you could be while looking at other people who are successful and instantly hating them. Let me read to you even more from this piece at the Huffing and Puffington Post.

"There are plenty of things to celebrate about being American, but being possessed by a blind mania for working yourself into the ground, buying more stuff and mocking people in other countries just isn’t one of them." And that’s how they view this commercial. This commercial is advocating for working yourself to death, buying a bunch of useless stuff, and making fun of other people. That’s the great sin. It’s a toss-up between working hard and making fun of other people that offends them the most. They don’t know which bothers them the most.

"So we wish we could say that Cadillac’s commercial [for it's new electric car], which debuted during the Olympics, was a joke. But no, it seems to be dead serious — a completely shameless celebration of our work-hard-buy-more culture, with a blanket dismissal of ‘other countries’ and their laziness tossed in for good measure."

Oh, I just love this. It’s so predictable, too. It’s so right on the money. People are just doing us the biggest favor by telling us exactly who they are and what they resent and what they don’t like. And what is it about hard work that bothers them? Bill Gates, I guarantee you when he was building Microsoft, it wasn’t work. It was love.

Let me use myself. I don’t look at what I do as work. I absolutely love it. I’ve always worked hard, and I absolutely love it, and I am thankful as I can be that I found what I love. I’m ecstatic I found my passion. I describe it as doing what I was born to do. I’m one of the lucky few, apparently, who found what that is, and, by the way, not an insignificant part, a way to get paid for doing it.

It’s not hard work. Well, it is, but I don’t look at it that way. It’s not arduous. I don’t get up regretting it. I don’t spend my days wringing my hands ticked off at people for what I have to do. I think every day’s an opportunity. To these people, every day’s drudgery, every day is more punishment, every day is more of an excrement sandwich. And work hard, who needs that? There’s a reason why the United States has been the lone superpower.

And, by the way, we now have a president who agrees with this take on this commercial. The American dream’s always been phony. You know why? The American dream’s been a trick. The American dream’s a trick fostered on people to get ‘em to work hard for evil corporate bosses who won’t pay them anything with this impossible result that they’re gonna make it big someday. That’s a lie. This is what the left thinks. It’s a lie put forth by corporate America, rich America, to get you to bust your butt for them while they pay you nothing. And you will die dreaming of what you never had, and, my God, you will have wasted your life in the process. And that is their outlook. You are nothing but a victim being exploited by the evil rich who are mostly white, by the way, and that’s important in this, too.

The article continues. "The opening shot shows a middle-aged man, played by the actor Neal McDonough, looking out over his backyard pool." That bugs ‘em, too. The guy has a big house. He’s got a big house, it’s in a nice neighborhood, and he’s got a pool, and it’s a built-in pool. It’s not one of these cheap balloons that you put water in. It’s a real cement pond, really ticks the left off. And he’s looking over his domain, says, "‘Why do we work so hard? For this? For stuff?’ As the ad continues, it becomes clear that the answer to this rhetorical question is actually a big fat YES." All we do is work hard for stuff.

"And it gets worse. ‘Other countries, they work,’ he says. ‘They stroll home. They stop by the cafe. They take August off. Off.'" Which they do! They take August off. They do stroll home. And when they’re not strolling, they’re driving little lawn mowers they call cars. "Then he reveals just what it is that makes Americans better than all those lazy, espresso-sipping foreigners." You just feel hate dripping from every word here? "Then he reveals just what it is that makes Americans better than all those lazy espresso-sipping foreigners," which, by the way, Carolyn I’m sure would love to be one of those lazy espresso sipping foreigners. And she may be, who knows.

But that’s the lifestyle, that’s sophistication, you see. Sophistication is, work? I’ll do what I have to. I’m gonna really devote myself to what’s important. I’m going to go paint. Then I’m gonna go visit a museum. After I visit the museum, then I’m gonna go to the art gallery, and after I finish the art gallery, I’m gonna head over back to the espresso cafe. When I finish there I’m gonna head to the real bar and I’m gonna have a couple shots, maybe some white wine, maybe some Camembert. When I finish there, I’m then gonna go to the craft show at the local community center where I’m gonna learn how to knit and sew and knit and peel and whatever, and then I’m gonna go home and I’m gonna water my garden. And right before I go to bed, I’m gonna add to the poem I’ve been writing for the past month.

Yes, I’ll work on my poetry. When I finish my poetry, I will then retire and go to bed. And when I awaken, I will get up, and I will hate the fact that the first part of my day is a job where I’m going to be exploited by some evil capitalist. But I’ll go do it anyway so that when it’s over I can stroll back to the espresso bar and maybe while I’m at the espresso bar, I’ll dream of inventing the flying car, and I’ll write it and scribble it out there on my Microsoft Surface, because I don’t want to the best, the iPad. No. And then I just repeat the cycle. I’ll go to a different museum and I’ll go see different displays, exhibits and so forth. That’s sophistication. That is what we should aspire to. All this hard-work stuff, what a crock.

If you do work, by the way, if you do get sucked in, make sure you work for a nonprofit. In fact, the best thing you, make sure you run a nonprofit. That way you can really get paid for not doing anything. That way you’re not working for some enterprise devoted to the evil of profit. No, you’re working for a nonprofit. You will live off what other people give you and you will claim that you are better people, because you have not been soiled by the poisons of capitalism. There isn’t any profit or loss in what you do. You’re interested in public service.

Then, when you finish that, it’s to the soup kitchen and the homeless shelter, just to look in, just to see that people are there, and you’ll feel great about yourself because you care. And then you’ll demand the rich pay higher taxes so that the soup kitchen doesn’t close. Oh, yes. Back to the story.

"‘Why aren’t you like that?’ he says. ‘Why aren’t we like that? Because we’re crazy, driven, hard-working believers, that’s why.’ By this point, the ad has already become little more than a parody of itself, but we had to ask: believers in what? The pursuit of ‘stuff.’ The other reason for America’s superiority, according to Cadillac? Our unrivaled space exploration program (‘We’re the only ones going back up there,’ the ad boasts). Never mind the fact that the US government is now paying Russia $70 million a pop to shuttle NASA astronauts to the International Space Station."

Hey, Ms. Gregoire, never mind that Barack Obama made NASA into a Muslim outreach department and it’s Barack Obama, your idol and hero, that makes it necessary to pay the Russians $70 million for every astronaut to the space station. By the way, with this thing in the Ukraine with the KGB vs. Obama, i.e., ACORN, what happens if Putin says, "You know what, you really ticked me off and I’m not taking you back to your space station," how we gonna get there, Ms. Gregoire? ‘Cause Obama’s shut it down. NASA’s a museum for Muslim outreach now.

"Cadillacs have long been a quintessentially American symbol of wealth and status. But as this commercial proves, no amount of wealth or status is a guarantee of good taste. Now, the luxury car company is selling a vision of the American Dream at its worst: Work yourself into the ground, take as little time off as possible, and buy expensive s- (specifically, a 2014 Cadillac ELR)."

That’s what she said. It doesn’t talk about working yourself into the ground. It’s not talking about working yourself to death, to punishment. The ad is about working yourself to prosperity and achievement and success. And they just can’t stand it, folks.

RUSH: Here’s the thing about hard work. Hard work is hard — and, by the way, folks, not everybody loves their work. This commercial is an indication of what can happen if you work hard, even though you may not like it. But you know what this commercial really is? By the way, this commercial was originally not for an electric car. They made this ad about an electric car to try to soften the blow so it would offend these leftist wackos less.

The fact that this Cadillac commercial is about an electric car doesn’t make a difference. But let me tell you what Cadillac sees. The ad tells us that people with money do not want little bitty hybrids and lawn mowers with seats on them. This ad tells us that people with money want comfortable, sexy luxury cars — and I’ll tell you what else this ad tells us. Cadillac sees the enthusiasm for the Tesla.

In California, the number one selling car of all cars is the Model S. I think it’s the Model S, but it’s some model of Tesla. They’re expensive as hell. This Cadillac is 75 grand in this ad, and Teslas are going into six figures. One of my buddies… I came back from LA. One of my buddies told me he bought one and was afraid I was gonna get mad at him. He said, "I’m not buying it ’cause I’m a wacko, Rush. I love the car. I can call up your website up in the dashboard in your car.

"I love the car — and you know, Rush, I get 175 miles a charge on it." I said, "Wow." But Cadillac sees that people with money — and that’s who they sell their cars to, people with money — have an enthusiasm for the Tesla. The Tesla is the competition for this ELV car of theirs, and it’s clear who the market is. The market that this car is made for is high achievers — and Cadillac is trying to talk to them in their native language, these high achievers, and the left just hates it.

RUSH: We’re gonna starts in Dayton, Ohio. Julie, I’m glad you called. It’s great to have you on the program. Hello.

CALLER: Thanks. I’m so happy to talk to you again.

CALLER: Thank you. We’re Home of the Wright Brothers, which was mentioned in the commercial.

RUSH: That’s right.

CALLER: Yes. Dayton, Ohio. I love this commercial. I don’t typically watch commercials because I DVR a lot of stuff, but I happened to be watching something live, so I was kind of ignoring the commercial while it was on until I heard the gentleman talk about taking a month off in August versus we take two weeks.

RUSH: Right.

CALLER: That just totally struck a chord with me. I jumped up, I backed the commercial up, and I had to replay it. I listened to that commercial over and over again, and I was just like, "Oh, my gosh. I want to go out and buy a Cadillac now."

RUSH: What do you like about? You’ve gotta get specific for me here. Obviously you had an overall favorable impression. You felt great watching it, but what hit you? What did you like about it?

CALLER: Well, I work for a pharmaceutical company, a foreign pharmaceutical company. I know that for any drug to be successful, it has to be successful in the United States, otherwise that company is not gonna do well. Americans are the hardest, hardest working, and we push and we push, and we work 40, 50, 60, 70 hours a week. We work one job, two jobs, three jobs. I mean, we work hard and we work hard for –

RUSH: I know, and it doesn’t leave me time to paint or write poetry or go to the museum.

CALLER: None at all. One of my best friends is Marcus, who I love dearly, but then my best friend Georgia, she is Greek, and when she would go over to Greece, she says, "It is so laid back." She says that they take-two-hour naps at lunchtime, and they close down work at, like, three, four o’clock, and they just don’t work as hard as Americans do.

RUSH: That’s not the right way to look at it. No, no. "They are sophisticated. They are more balanced. They have their lives in much more perspective. The Greeks, never mind that they’re broke and in debt and totally dependent on others to keep them living. The Greeks and the Spaniards and the British and the French and the Swiss? We love the Swiss, and the Danes.

We really love the Danes. They’re sophisticated. They’ve got it all figured out. They don’t work hard at all. They know that that’s not necessary. There’s no intense pressure attached to their lives. They’re able to slow down. They don’t even have to defend themselves! The United States will do that if they are ever attacked, like by the KGB. So we just don’t see the world in the right way.

John Kerry is one of these guys that thinks Western Europeans are doing it right. They’ve got the answer with their 14% unemployment. Speaking of which, you know, there’s sort of a funny story. What is this, Carla Brunei, the wife of Sarkozy, former president of France? It is Brunei, or Brunei? (interruption) Brunei. All right. Well, she was a model and an actress, and then she married the guy.

And then she couldn’t work anymore because of conflicts of interest with the government, president, and so forth. She’s actually quoted in a newspaper story today as thinking she got shafted. She thought she was marrying a guy with money, and he only makes 300 grand a year or the equivalent, and she feels like she got screwed. (interruption) Well, I know 300 grand is a lot, but not for the elites, see. That 300 grand, that’s embarrassing. For the wife of a president of a country?

Julie, I appreciate the call. Thank you.

Donald in Carpinteria, California, you’re next on the EIB Network. Hello.

CALLER: Hello, Rush. Nice to talk to you. It’s an honor, sir.

RUSH: Thank you very much, sir. Great to have you here.

CALLER: Thank you. Rush, in reference to that great ad, that great Cadillac ad, I was thinking that there’s a couple of points with that, and one being that Obama took public funds and bailed out GM. We all recall that, and then they come up and they make an ad like this that targets hardworking Americans. And it’s kind of like a slap in the face to the left, and my take is they can’t stand that. They think that GM should toe the line now because they were bailed out with public funds.

RUSH: There probably is some of that in the left’s reaction to this, that this is a government-owned company. What the hell are they doing selling something like this anyway?

CALLER: Right, and kudos to the advertising agency that would actually make an ad like this and make a pro-American, pro-work ad. And even though they took those funds, it’s kind of like, well –

RUSH: Here’s the thing about this. At the risk of sounding naive — and I am naive about a lot of things and I don’t mind people knowing that. Did you ever think — any of you — that an ad like that would be something divisive in the country? That ad is what used to be the philosophy everybody was raised by. That ad was, in fact, how everybody who wanted to be a success or wanted their kids to be a success was raised. That ad typifies distinctly, as we know, distinctly American values. And I’ll tell you, they are held in other parts of the country.

That ad is gonna ring home and true with Asians and a couple of other cultures who are also from the hard-work school of going through life and conquering it. But the idea that an ad that is as innocuous as this, this is hard work. How do we get stuff, and, yeah, there’s some people around the world that don’t. This is what American exceptionalism is. This is how we’re different. This is why people come here. That is exactly right. That ad is why people break the law to come here. And yet that ad has become something divisive in our culture now. That ad is something that is really controversial now to the left. But divisive as well.

This why I say this is a teachable moment. Look, some of you may be wondering why I’m spending so much time on it. I’ll tell you why. And it’s the same old thing. By the way, I’ve got friends who tell me I ought to change my approach. I’ll explain here in a minute. I really believe that the more people who could be taught, who would learn, be educated, what liberalism is, is the way to eventually see to it that they don’t win anymore. They’re not a majority now. They have to lie about what they believe and what they’re gonna do in order to win elections. They are not anywhere near a majority of the people of this country.

We’re being governed by a minority, and it’s simply because they have mastered the emotional, compassionate, feel-good approach to things. And they’ve made great hay out of the misconception, as they put it forth, of equality. To them it’s sameness, and anything that’s not the same is something inherently wrong with the country. And I just think this is educational. I think this is one of these great teachable moments for low-information people. Now, I have a friend who says it’s an ideological thing, it’s all good, but it’s not gonna reach everybody, Rush. People don’t want to look at things that way. Liberalism, conservative, not nearly as oriented like you are in that direction, and they’re not nearly as passionate about that.

So you gotta talk about it in terms of stupid versus smart. Instead of talking about what a big liberal Obama is, it’s just stupid what these people are doing, just plain damn dumb. And I understand the people who think that ideology is not the best way to go about educating, but it’s worked for me. I am never wrong when I predict what a liberal is gonna do, never wrong. I would never vote for one, I don’t care who. I would never vote for one. Why would anybody, is my attitude, after this, but then when you realize what they do, they’re Santa Claus. The people voting for them are not voting for them on ideology. They’re voting for ‘em on the basis of stuff.

The dirty little secret is, everybody wants stuff. It’s just that some people are happier if it’s given to them, than having to work for it. Hard work is always gonna be a tougher sell than getting gifts. But it makes for a better culture, country, and society over all. That’s what’s always been the truth, truism and the case. You what the average life span of any republic or democracy is? It’s about 200 years. So we’ve gone past ours. We’ve gone past our life expectancy. And when does every democracy end is when the public learns that they can vote themselves money from the Treasury, that is the beginning of the end. And we’re in that phase.

So the question we have is, can we arrest that and stop it before we are swallowed and destroyed by this ever-expanding mountain of debt, because that is what will do it. Don’t listen to people that tell you the debt doesn’t matter, including the people in the Republican establishment. "Ah, the debt’s the debt. It’s no different now than it was then. It may be a little bit bigger, but, hell, it’s the United States government, always good for what it owes (muttering)." At some point it all collapses and can’t sustain itself. And we have reached that point.

 Voir par ailleurs:

Taxis, VTC : les fossoyeurs de l’innovation
Opinions: Nicolas Colin s’en prend au lobby des taxis, mais surtout fustige des pouvoirs publics qui ne comprennent qu’en cédant aux lobbys de tout poil, ils creusent la tombe du redressement économique
Nicolas Colin
La Tribune
15/10/2013

Le lobby des taxis a gagné la guerre contre les VTC. Pour Nicolas Colin entrepreneur alarmé, cette affaire a révélé l’incapacité des politiques français à promouvoir l’innovation, et pourrait bien conduire à notre perte…
sur le même sujet

Tout commence comme une sorte de message à caractère informatif. Un collaborateur vient voir le patron d’Orange et lui présente une idée dont il n’est pas peu fier :

"Patron, comme nous sommes à la fois une entreprise de média et une entreprise innovante, nous pourrions consacrer une émission de télévision sur notre chaîne Orange Innovation TV aux grands patrons qui innovent dans les grandes entreprises. Ca consisterait à interviewer des dirigeants hyper-innovants et à mettre en valeur leurs innovations par rapport à celles des startups, qui nous donnent beaucoup de leçons mais dont on ne voit pas beaucoup les résultats. D’ailleurs on a déjà trouvé le titre, ça s’appellerait Les décideurs de l’innovation. On a mis au point un super générique à la Top Gun. "

Ravi, le patron d’Orange soutient cette idée :

« Mon vieux, votre idée est géniale. Je fais banco, vous avez ma carte blanche. J’ai d’ailleurs quelques idées pour les premiers invités, regardons ensemble mon carnet d’adresses pour voir à qui je dois rendre service. »
Parmi ces premiers invités figure justement Nicolas Rousselet, patron des taxis G7 (qui n’opèrent pas que des taxis d’ailleurs, mais aussi une activité de location de voitures, des activités de logistique, de stockage, etc.). Qu’il soit un invité d’une émission aussi audacieuse et disruptive que Les décideurs de l’innovation est un paradoxe : après tout, il est aujourd’hui engagé dans un vaste effort de lobbying pour contrer l’innovation dans le transport individuel de personnes en ville, dans des conditions abondamment détaillées ici ou la. Quoiqu’il en soit, dans une récente et exceptionnelle édition des Décideurs de l’innovation, Nicolas Rousselet nous expose sa vision de l’innovation.

Et à ce point du billet, mieux vaut en finir avec l’ironie : l’innovation vue par Nicolas Rousselet mérite qu’on s’y attarde tant est elle est dérisoire et erronée à peu près du début à la fin. Voici quelques extraits et mes commentaires :

« l’innovation prend deux formes : l’innovation technologique, technique et l’innovation en termes de services, de nouveaux services » (1’50?)

Eh bien non, à l’âge entrepreneurial, l’innovation ne prend qu’une seule forme, celle d’une offre nouvelle amorcée et valorisée sur un marché de masse grâce à la mise au point d’un nouveau modèle d’affaires. Les progrès technologiques sans changement de modèle d’affaires ni traction auprès de la multitude s’appellent simplement des gains de productivité… et se commoditisent en un clin d’oeil, sans permettre à l’entreprise de se différencier ;

« Pour les GPS, tout ça, là on est vraiment à la pointe, ça fait très longtemps qu’on géolocalise tous nos taxis » (3’05?)

Non non, si ça fait longtemps qu’on fait quelque chose, alors on n’est pas vraiment à la pointe. Ces derniers temps, les choses changent vite en matière de géolocalisation et de services associés ;

« Rapprocher le client du taxi, du chauffeur, nécessite de la haute technologie » (3’18?)

Pas du tout, ça nécessite tout au plus de l’amabilité de la part du chauffeur et, éventuellement, une application mobile, qui est quasiment à la portée du premier venu d’un point de vue technologique. Bien sûr, cela peut aussi nécessiter de l’innovation, c’est-à-dire un changement du modèle d’affaires : on rapproche d’autant mieux les taxis des clients qu’on fait alliance avec ces derniers, qu’ils sont ainsi incités à être actifs et donc producteurs de données. Cela, ça suppose de la confiance et ça se valorise d’autant mieux que les clients sont nombreux, bien au-delà de la clientèle premium (j’y reviendrai) ;

« Chaque filiale dans le groupe est gérée de manière autonome, indépendante, par un manager intéressé sur ses résultats » (4’12?)

Ce qui est précisément la caractéristique des entreprises non innovantes. L’innovation consiste à combiner de façon différente les composantes de l’activité de l’entreprise, quitte à ce que certaines déclinent si c’est le prix à payer pour le développement de l’entreprise tout entière. Un manager de filiale intéressé sur ses résultats fera tout pour tuer l’innovation dans sa filiale comme dans l’entreprise en général, de façon à protéger sa rente. C’est pourquoi – si du moins l’objectif est d’innover – un manager de filiale ne peut être intéressé au mieux qu’aux résultats de l’ensemble du groupe. Steve Jobs, traumatisé par sa lecture de The Innovator’s Dilemma, l’avait bien compris et mis en pratique depuis longtemps chez Apple, notamment avec la notion de unified P&L ;

« Nous avons gagné le prix de l’innovation 2010 de la chambre professionnelle du self-stockage » (5’00?)

C’est bien pratique de se créer ses petits prix de l’innovation maison pour faire croire au monde extérieur qu’on est innovant. Mais non, ça ne prend pas. L’innovation, à l’âge de la multitude, ça se mesure aux rendements d’échelle exponentiels et aux positions dominantes sur des marchés globaux. Aucune autre innovation ne contribue de manière significative au développement de l’économie française. Au contraire, le renforcement des situations de rente contribue de manière décisive à la stagnation du revenu par tête et à l’aggravation des inégalités ;

« On gère les taxis depuis pas loin de vingt ans de manière totalement numérique, avec le GPS » (6’50?)

Si les taxis étaient gérés de manière totalement numérique, ils ne s’en tiendraient pas au GPS et auraient inventé Uber avant Uber. Souvenez-vous de cette citation fameuse de The Social Network sur les frères Winklevoss :

« Nos chauffeurs de taxi sont tous des indépendants. C’est un vrai partenariat, où la qualité de service est un leitmotiv » (8’00?)

Des forums entiers sur la mauvaise expérience des taxis parisiens vécue par les touristes étrangers et les Parisiens eux-mêmes témoignent du contraire – ce qui prouve, par ailleurs, que le fait que les chauffeurs de taxi soient tous indépendants n’est pas forcément la meilleure formule pour assurer une qualité de service maximale. Comme le triomphe d’Apple nous l’a amplement démontré depuis 10 ans, l’unification de l’expérience utilisateur (ou une plateforme bien conçue, comme Amazon) sont les meilleures options pour garantir une qualité de service élevée ;

« On a lancé en décembre 2011 le club affaires premium, et là on a même un iPad mis à disposition, on a de l’eau, on a des lingettes » (8’10?)

Nous sommes tous très impressionnés, mais il n’y a pas beaucoup d’innovation dans le fait d’enrichir l’offre de service pour les seuls clients qui paient très cher leur abonnement affaires premium. La fuite vers le premium – et le délaissement corrélatif des marchés de masse – est l’un des phénomènes qui détourne les entreprises françaises de l’innovation à l’âge de la multitude – et il y a bien d’autres exemples que les taxis G7. C’est heureux que Nicolas Rousselet assume sans fard qu’il ne s’agit que de fournir aux clients que quelques lingettes et bouteilles d’eau en plus : nous sommes décidément très loin de l’innovation ;

« On voit que ça ne roule pas très bien, il y a des gros progrès à faire pour améliorer les conditions de circulation dans Paris » (8’40?)

Précisément, on ne roule pas bien dans Paris parce que trop de gens, insatisfaits du fonctionnement des transports en commun et ne pouvant s’offrir les services Affaires Premium Excellence Platine des taxis G7, choisissent de prendre leur véhicule personnel pour leurs déplacements en ville. Le développement des nouveaux modèles d’affaires autour de l’automobile en ville (auto-partage, VTC, etc.) vise en partie à dissuader les individus de prendre leur voiture et peut donc se traduire, à terme, par une décongestion de la circulation à Paris. Que les taxis G7 trouvent que les conditions actuelles sont mauvaises pour les affaires est un comble : d’abord les mauvaises conditions de circulation leur permettent de plus faire tourner le compteur (les taxis ont tout leur temps, ce sont les clients qui sont pressés) ; ensuite, les barrières réglementaires qu’ils défendent à toute force sont précisément la raison pour laquelle il est impossible d’améliorer les conditions de circulation dans cette ville de plus en plus difficile à vivre.
L’innovation doit faire bouger les lignes

Bref, comme le résume si brillamment ce journaliste particulièrement dur en interview, avec les taxis G7, « ça roule pour l’innovation ». J’ajouterai deux choses sur Nicolas Rousselet et les conditions règlementaires de l’innovation dans les transports urbains :
« Il faut que les VTC restent sur le métier pour lesquels ils ont été créés » déclarait-il au mois de juillet, cité par un article du Figaro. Wrong again : encore une fois, quand il s’agit d’innovation, l’objectif est précisément de faire bouger les lignes qui séparent les différentes activités et d’en faire la synthèse dans un nouveau modèle d’affaires, centrée autour de l’utilisateur – condition de l’alliance avec la multitude. Le déploiement d’une offre de qualité à très grande échelle est l’objectif stratégique à l’âge entrepreneurial et le seul cœur de métier des startups innovantes, comme nous le rappellent Steve Blank et Paul Graham. Ça n’a aucun sens, dans un monde où la technologie évolue en permanence et où la multitude révèle sans cesse de nouveaux besoins, de demander à une entreprise de rester sur le métier pour lequel elle a été initialement créée. On peut le faire bien sûr, mais il faut assumer alors qu’on renonce à l’innovation – moteur du développement économique, facteur de création d’emplois et de réduction des inégalités et, accessoirement, contribution décisive à l’amélioration du quotidien des consommateurs ;

Restreindre l’innovation aux clients premium, c’est empêcher son développement
On apprend aujourd’hui, dans un article du Monde, que « le délai de 15 minutes [entre la commande d'un VTC et la prise en charge] s’appliquera à tous les clients des VTC, hormis les hôtels haut de gamme et les salons professionnels ». Belle victoire de lobbying, en tous points contraire à l’intérêt général, et stupéfiante si l’on songe qu’elle a été consentie par un gouvernement de gauche. Si l’on résume la situation, les riches clients du Royal Monceau et les VIP du salon de l’automobile seront servis sans attendre ; par contre, les moins riches attendront ou prendront le bus et les entrepreneurs innovants seront noyés dans la baignoire. (Rappelons encore une fois que l’innovation de rupture arrive toujours ou presque par les activités à faibles marges sur les marchés à faible marge. Si l’on restreint les offres innovantes aux seuls clients premium, il n’y a pas la masse critique pour imposer une innovation de rupture.)

L’innovation meurt d’être mal comprise. Il n’y a pas meilleur contrepoint à la vision de Nicolas Rousselet que les rappels ci-après sur ce qu’est l’innovation, pourquoi elle est importante et comment la favoriser.

Pas d’investissements possibles

L’innovation ne peut pas prospérer en présence de verrous qui rigidifient l’économie et protègent les positions existantes. La seule existence de ces verrous, notamment législatifs et règlementaires, dissuade toute allocation du capital à des activités qui font bouger les lignes dans les secteurs concernés.

Quel intérêt d’investir dans une entreprise innovante se développant en France dans le secteur des VTC, puisque le rendement sur capital investi sera dégradé voire annulé par le verrou règlementaire qui protège la rente des taxis ? Il est beaucoup plus rentable d’allouer du capital à une entreprise américaine qui, elle, va triompher des obstacles règlementaires et conquérir un immense marché.
On tue les entreprises françaises dans l’oeuf

Dans ces conditions, les entreprises américaines prospèrent, tandis que les françaises sont littéralement empêchées de naître. Et lorsque les utilisateurs français (ou les touristes) n’en pourront plus de la mauvaise qualité du service de transport individuel de personnes à Paris et qu’ils obtiendront enfin l’abaissement de la barrière règlementaire, seules les entreprises américaines auront la qualité de service et l’infrastructure nécessaires pour prendre le marché français.

De même que quand la chronologie des médias sera enfin adaptée aux nouveaux modes de consommation des contenus cinématographiques et audiovisuels en ligne, seule Netflix, pas Canal+, sera en mesure de se déployer auprès des utilisateurs français.
L’inutile politique de soutien financier à l’innovation

Dans un cadre juridique hostile à l’innovation, on voit bien qu’une politique publique de soutien financier à l’innovation est vaine. On peut allouer tout l’argent qu’on veut à OSEO, à BPI France, à la sanctuarisation du CIR et du statut de jeune entreprise innovante, les entreprises ainsi financées ne parviennent pas à lever du capital puisque les gestionnaires de fonds identifient parfaitement les barrières juridiques à l’entrée sur les différents marchés et en déduisent qu’un investissement dans les entreprises concernées ne pourra jamais être rentable.

En présence de verrous juridiques protégeant la rente des entreprises en place, l’argent public dépensé pour soutenir l’innovation est comme de l’eau froide qu’on verserait sur une plaque chauffée à blanc : elle s’évapore instantanément.

Un problème qui se généralise

Le problème serait circonscrit si de tels verrous législatifs n’existaient que pour les VTC. Mais, loin de se cantonner à un seul secteur, ils se multiplient. Les industries créatives sont déjà affectées depuis longtemps par les entraves à l’innovation. Les hôteliers déploient un lobbying à grande échelle pour que la loi soit durcie et les protège sur trois fronts : celui des intermédiaires déjà en place sur le marché de la réservation de chambres d’hôtels ; celui de Google, qui rentre sur ce marché avec Hotel Finder ; celui d’AirBnB, qui intensifie la concurrence sur le marché de l’hébergement en faisant arriver sur le marché les chambres et habitations mises sur le marché par les particuliers.

Les libraires semblent en passe d’obtenir une interdiction de livrer gratuitement à domicile les livres commandés via les applications de vente à distance. Bref, à mesure que le numérique dévore le monde, les incendies se déclarent un peu partout et la réponse est toujours la même : on érige une barrière règlementaire qui dissuade l’allocation de capital à des activités innovantes et empêche donc à terme l’émergence de champions français dans ces secteurs.
Pour un lobby français de l’innovation

Sur tous ces dossiers, nous payons très cher l’inexistence d’un lobby français de l’innovation. Il n’est pas du tout évident qu’un tel lobby puisse exister. Aux États-Unis, il s’est constitué et il déploie sa puissance en raison d’une double anomalie : les entreprises ont le droit de financer les campagnes électorales ; et les entreprises les plus riches, dont la capitalisation boursière est la plus élevée, sont aussi les plus innovantes.

Au lobbying de ces entreprises s’ajoute celui d’une organisation, la National Venture Capital Association, qui défend les intérêts des fonds de capital-risque, y compris contre les intérêts du private equity, des banques d’affaires et des banques de dépôt.
La politique doit être favorable à l’innovation

Il n’existe rien de tel chez nous : aucune de nos plus grande entreprises n’est une entreprise innovante, une valeur de croissance comme le sont les géants californiens du numérique ; nos fonds de capital-risque sont rares, dispersés, dilués sur le front institutionnel dans l’Association française du capital investissement ; enfin, les entrepreneurs innovants comme les gestionnaires de fonds de capital-risque sont largement méconnus ou ignorés par les hauts fonctionnaires de la direction générale du Trésor, les membres des cabinets ministériels et, évidemment, les parlementaires.

Il ne peut exister qu’une seule politique publique de l’innovation. Son motif est que l’innovation est le principal facteur de la croissance et moteur du développement économique. Sa règle cardinale est que toutes les décisions de politique publique, sans exception, doivent être prises dans un sens favorable à l’innovation : en matière de financement de l’économie ; en matière de réglementation sectorielle ; en matière de fiscalité et de protection sociale. Aucune autre politique publique que celle-là ne peut être favorable à l’innovation.
Vers une économie française atrophiée et inégalitaire

Si les exceptions se multiplient, si l’innovation n’est plus qu’une priorité parmi d’autres, si l’on n’abaisse pas les barrières règlementaires à l’innovation de modèle d’affaires, alors notre destin est scellé : notre économie sera bientôt tenue exclusivement par des gens qui, bien qu’ils se prétendent décideurs de l’innovation, en sont en réalité les fossoyeurs.

Nicolas Rousselet, les taxis G7 et tous ceux qui les soutiennent au Parlement ou dans l’administration ne sont qu’un avant-gout de ce sombre avenir : bientôt, notre économie ressemblera à celle de ces pays du Tiers-Monde où l’homme le plus riche du pays, par ailleurs frère ou beau-frère du chef de l’État, a fait une immense fortune grâce à un monopole mal acquis sur l’importation des Mercedes d’occasion. Dans une telle configuration, on a tout gagné : des distorsions de marché, l’atrophie de la production locale, une valeur ajoutée réduite à néant, une croissance au ralenti et des inégalités de plus en plus insupportables.

Est-ce cela que nous voulons ? Et sinon, qu’attendons-nous pour agir ?

* Nicolas Colin est entrepreneur, co-auteur de "L’âge de la multitude" et membre de Futurbulences, de Renaissance numérique, du Club du 6 mai et de la commission « Services » du pôle de compétitivité Cap Digital

Voir aussi:

Steve Jobs Solved the Innovator’s Dilemma

James Allworth

HBR

October 24, 2011

In the lead up to today’s release of the Steve Jobs biography, there’s been an increasing stream of news surrounding its subject. As a business researcher, I was particularly interested in this recent article that referenced from his biography a list of Jobs’s favorite books. There’s one business book on this list, and it “deeply influenced” Jobs. That book is The Innovator’s Dilemma by HBS Professor Clay Christensen.

But what’s most interesting to me isn’t that The Innovator’s Dilemma was on that list. It’s that Jobs solved the conundrum.

When describing his period of exile from Apple — when John Sculley took over — Steve Jobs described one fundamental root cause of Apple’s problems. That was to let profitability outweigh passion: “My passion has been to build an enduring company where people were motivated to make great products. The products, not the profits, were the motivation. Sculley flipped these priorities to where the goal was to make money. It’s a subtle difference, but it ends up meaning everything.”

Anyone familiar with Professor Christensen’s work will quickly recognize the same causal mechanism at the heart of the Innovator’s Dilemma: the pursuit of profit. The best professional managers — doing all the right things and following all the best advice — lead their companies all the way to the top of their markets in that pursuit… only to fall straight off the edge of a cliff after getting there.

Which is exactly what had happened to Apple. A string of professional managers had led the company straight off the edge of that cliff. The fall had almost killed the company. It had 90 days working capital on hand when he took over — in other words, Apple was only three months away from bankruptcy.

When he returned, Jobs completely upended the company. There were thousands of layoffs. Scores of products were killed stone dead. He knew the company had to make money to stay alive, but he transitioned the focus of Apple away from profits. Profit was viewed as necessary, but not sufficient, to justify everything Apple did. That attitude resulted in a company that looks entirely different to almost any other modern Fortune 500 company. One striking example: there’s only one person Apple with responsibility for a profit and loss. The CFO. It’s almost the opposite of what is taught in business school. An executive who worked at both Apple and Microsoft described the differences this way: “Microsoft tries to find pockets of unrealized revenue and then figures out what to make. Apple is just the opposite: It thinks of great products, then sells them. Prototypes and demos always come before spreadsheets.”

Similarly, Apple talks a lot about its great people. But make no mistake — they are there only in service of the mission. A headhunter describes it thus: “It is a happy place in that it has true believers. People join and stay because they believe in the mission of the company.” It didn’t matter how great you were, if you couldn’t deliver to that mission — you were out. Jobs’s famous meltdowns upon his return were symptomatic of this. They might have become less frequent in recent years, but if a team couldn’t deliver a great product, they got the treatment. The exec in charge of MobileMe was replaced on the spot, in front of his entire team, after a botched launch. A former Apple product manager described Apple’s attitude like this: “You have the privilege of working for the company that’s making the coolest products in the world. Shut up and do your job, and you might get to stay.”

Everything — the business, the people — are subservient to the mission: building great products. And rather than listening to, or asking their customers what they wanted; Apple would solve problems customers didn’t know they had with products they didn’t even realize they wanted.

By taking this approach, Apple bent all the rules of disruption. To disrupt yourself, for example, Professor Christensen’s research would typically prescribe setting up a separate company that eventually goes on to defeat the parent. It’s incredibly hard to do this successfully; Dayton Dry Goods pulled it off with Target. IBM managed to do it with the transition from mainframes to PCs, by firewalling the businesses in entirely different geographies. Either way, the number of companies that have successfully managed to do it is a very, very short list. And yet Apple’s doing it to itself right now with the utmost of ease. Here’s new CEO Tim Cook, on the iPad disrupting the Mac business: “Yes, I think there is some cannibalization… the iPad team works on making their product the best. Same with the Mac team.” It’s almost unheard of to be able to manage disruption like this.

They can do it because Apple hasn’t optimized its organization to maximize profit. Instead, it has made the creation of value for customers its priority. When you do this, the fear of cannibalization or disruption of one’s self just melts away. In fact, when your mission is based around creating customer value, around creating great products, cannibalization and disruption aren’t “bad things” to be avoided. They’re things you actually strive for — because they let you improve the outcome for your customer.

When I first learned about the theory of disruption, what amazed me was its predictive power; you could look into the future with impressive clarity. And yet, there was a consistent anomaly. That one dark spot on Professor Christensen’s prescience was always his predictions on Apple. I had the opportunity to talk about it with him subsequently, and I remember him telling me: “There’s just something different about those guys. They’re freaks.” Well, he was right. With the release of Jobs’s biography, we now know for sure why. Jobs was profoundly influenced by the Innovator’s Dilemma — he saw the company he created almost die from it. When he returned to Apple, Jobs was determined to solve it. And he did. That “subtle difference” — of flipping the priorities away from profit and back to great products — took Apple from three months away from bankruptcy, to one of the most valuable and influential companies in the world.

James Allworth is the Director of Strategy for Medallia, Inc and co-author of How Will You Measure Your Life?. He has worked as a Fellow at the Forum for Growth and Innovation at Harvard Business School, at Apple, and Booz & Company. Connect with him on Twitter at @jamesallworth.

Voir enfin:

Apple’s Secret? It Tells Us What We Should Love

Roberto Verganti

January 28, 2010

At the beginning of Steve Jobs’s presentation of the iPad, a slide showed an image of God delivering its commandments, paired by a quote from The Wall Street Journal: “Last time there was this much excitement about a tablet, it had some commandments written on it.” Although a touch arrogant, this quote powerfully captures the essence of the event.

While tech experts were busy commenting on the qualities of the iPad, what struck me was the level of excitement that the event created. On Tuesday, the day before the product was unveiled, a Web search for “Apple tablet” produced more than 17 million links! On Wednesday, hordes of people attended the news conference remotely. Everyone was anxiously waiting for Apple’s interpretation of what a tablet is.

This was validation of Apple’s peculiar innovation process: Insights do not move from users to Apple but the other way around. More than Apple listening to us, it’s us who listen to Apple.

This contradicts the conventional management wisdom about innovation. In fact, one of the mantras of the past decade has been user-centered innovation: Companies should start their innovation process by getting close to users and observe them using existing products to understand their needs.

I disagree with this approach for these kinds of efforts. User-centered innovation is perfect to drive incremental innovation, but hardly generates breakthroughs. In fact, it does not question existing needs, but rather reinforces them, thanks to its powerful methods.

With the iPad Apple has not provided an answer to market needs. It has made a proposal about what could fit us and what we could love. It’s now up to us to answer whether we agree.

The iPad, of course, is not the first time Apple has taken this approach. If it had scrutinized users of early MP3 players downloading music from Napster, it would have not came out with a breakthrough system (the iPod + iTunes application + iTunes Store) based on a business model that asks people to pay for music.

Consumers don’t always swallow Apple’s notion of what they should love. In 2008, when Jobs unveiled the MacBook Air, he said “No matter how hard you look, one thing you are not gonna find in a MacBook Air is an optical drive. If you really want one, we have built one. [He showed an external CD-DVD drive] . . . But you know what? We do not think most users will miss the optical drive. We do not think they will need an optical drive.”

Apple is not alone in thumbing its nose at the notion of user-centered innovation. If Nintendo had closely observed teenagers in their basements using existing game consoles, it would have provided them with what they apparently needed: a powerful console with sophisticated 3D processing that could enable them to better immerse in a virtual world. Instead, Nintendo did not get close to users when developing the Wii. According to Shigeru Miyamoto, Nintendo’s senior marketing director, “We don’t use consumer focus groups. We got a lot of feedback from developers in the industry.” This allowed Nintendo to completely redefine the experience of game consoles.

The iPod and the Wii were outside the spectrum of possibilities of what people knew and did. But they were not outside what they could dream of and love, if only someone could propose it to them.

Firms that create radical innovations make proposals. They put forward a vision. In doing that, of course, they take greater risks. And it may even be that the iPad will not succeed. (My feeling is that its success strongly depends on developers. If they create applications specifically tailored for this device, instead of simply adapting existing applications running on notebooks, then the iPad could mark a new era in mobile computing. The potential is there, given that Apple is using the same collaborative innovation strategy devised for the iPhone.)

My 10 years of research on breakthrough innovations by companies such as Apple, Nintendo, and Alessi, which are summarized in my book Design-Driven Innovation, shows, however, that these radical proposals are not created by chance. And they do not simply come from intuition of a visionary guru. They come from a very precise process and capabilities.

Thanks to this process these companies are serial radical innovators. Their non-user-centered proposals are not dreams without a foundation. Sometimes they fail. But when they work, people love them even more than products that have been developed by scrutinizing their needs.
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Roberto Verganti is professor of the management of innovation at Politecnico di Milano and a member of the board of the European Institute for Advanced Studies in Management. He has served as an executive advisor, coach, and educator at a variety of firms, including Ferrari, Ducati, Whirlpool, Xerox, Samsung, Hewlett-Packard, Barilla, Nestlè, STMicroelectronics, and Intuit.



France: Le pays où le mensonge est roi (Lie, lie, something is sure to stick)

8 avril, 2014
zhttp://static.lexpress.fr/medias_7831/w_2000,h_870,c_crop,x_0,y_263/w_605,h_270,c_fill,g_north/ayrault-marseille-valls-taubira_4009805.jpgCeux qui peuvent vous faire croire à des absurdités peuvent vous faire commettre des atrocités. Voltaire (?)
Va ! calomnie hardiment, il en reste toujours quelque chose. Francis Bacon
Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose. Beaumarchais
Le mensonge n’est un vice que quand il fait mal. C’est une très grande vertu quand il fait du bien. Soyez donc plus vertueux que jamais. Il faut mentir comme un diable, non pas timidement, non pas pour un temps, mais hardiment et toujours. Mentez, mes amis, mentez, je vous le rendrai un jour. Voltaire (reprenant Beaumarchais qui reprenait Bacon, lettre à Thiriot du 21 octobre 1736)
Une seule injustice, un seul crime, une seule illégalité, surtout si elle est officiellement enregistrée, confirmée, une seule injure à l’humanité, une seule injure à la justice, et au droit surtout si elle est universellement, légalement, nationalement, commodément acceptée, un seul crime rompt et suffit à rompre tout le pacte social, tout le contrat social, une seule forfaiture, un seul déshonneur suffit à perdre, d’honneur, à déshonorer tout un peuple. Charles Péguy
La vérité, c’est tout simplement que le pouvoir socialiste ne tombera pas comme un fruit mûr. Et ceux qui laissent entendre que nous pouvons, c’est-à-dire nous la droite, revenir au pouvoir dans les mois qui viennent, ou même dans les deux années qui viennent se trompent, et trompent les Français. François Hollande (France inter, 1983)
Je n’ai pas, messieurs les députés, je n’ai jamais eu de compte à l’étranger, ni maintenant ni avant. Jérome Cahuzac
J’ai appris hier avec stupéfaction et colère les aveux de Jérôme Cahuzac devant les juges. Il a trompé les plus hautes autorités du pays: le chef de l’Etat, le chef du gouvernement, le Parlement et à travers lui tous les Français. (…) J’affirme ici que Jérôme Cahuzac n’a bénéficié d’aucune protection autre que celle de la présomption d’innocence et il a quitté le gouvernement à ma demande dès l’ouverture d’une information judiciaire. François Hollande (3 avril 2013)
Il s’agit d’une information judiciaire traitée par des magistrats du siège (…) Il s’agit de juges du siège indépendants sans relation avec la Chancellerie et par conséquent la réponse est très claire, je n’avais pas l’information avant. Christiane Taubira
[J'ai été informé] A l’occasion des révélations du Monde. Manuel Vals
Nous avons les preuves que le président a été parfaitement informé le 15 (…) Le 18, Edwy Plenel informe l’Elysée qu’ils ont toutes les preuves. Et Edwy Plenel est un ami personnel du président, ils ont même écrit un bouquin ensemble. (…)  je dis que le président, entre le 4 et le 18 décembre, a l’ensemble des informations lui permettant de se rendre compte que des preuves graves – selon lesquelles Jérôme Cahuzac détenait un compte en Suisse – existent.  Charles de Courson (président UDI de la commission Cahuzac)
Titulaire d’un diplôme de 3e cycle en sciences économiques, d’une licence en sociologie et d’un certificat en ethnologie afro-américaine obtenus à Paris, elle a également suivi un 3e cycle en agroalimentaire du Centre Français de la Coopération Agricole. Pendant de nombreuses années, les portraits médiatiques de la garde des Sceaux lui attribuent un, voire deux doctorat(s), en économie, en ethnologie ou en agroalimentaire, selon les sources (…) Dans son ouvrage Contre la justice laxiste (…), Philippe Bilger, ancien avocat général à la cour d’assises de Paris, laisse entendre que la garde des Sceaux ment sur son curriculum vitae : « Elle a laissé dire, et ne l’a jamais contesté dans l’espace médiatique, qu’elle avait deux doctorats, l’un en économie, l’autre en ethnologie [...]. ». Sollicité, le cabinet de Christiane Taubira, alors Garde des Sceaux, affirme que celle-ci n’a jamais dit elle-même qu’elle possédait ces diplômes et explique que ces mentions sont dues aux journalistes qui « travaillent un peu trop sur Wikipédia » (..). « À première vue, l’erreur semble venir d’une confusion entre le « troisième cycle d’économie » qu’elle a entrepris (qui pouvait conduire à l’époque à un DEA ou un DESS) et l’acquisition d’un doctorat, qui suppose d’avoir soutenu une thèse avec succès » — (Le Monde). Selon certaines enquêtes journalistiques, la ministre n’aurait pas menti (Christiane Taubira et l’intox des doctorats – Maxime Vaudano, Le Monde, 28 mars 2014 [archive] et « On a vérifié les mensonges présumés de Christiane Taubira sur son niveau de diplôme » – Europe 1).Wikipedia
Christiane Taubira : la ministre de la Justice est titulaire d’un doctorat en sciences économiques, d’une licence en sociologie et d’un certificat en ethnologie afro-américaine obtenus à Paris. Elle est également titulaire d’un doctorat d’agro-alimentaire du Centre Français de la Coopération Agricole. Orientations
La ministre n’a jamais dit qu’elle avait un doctorat, et aucun document validé par la ministre n’en fait état. La ligne de défense est donc simple : pas de doctorat certes, mais surtout pas d’affirmation de doctorat de la part de Christiane Taubira. Reste ce CV "paru sur le web" auquel le magistrat fait référence et qui se vanterait dudit doctorat en sciences économiques. Contacté par le Lab qui n’en trouvait pas trace, Philippe Bilger reconnaît qu’il n’existe pas, mais assure "avoir des informations fiables à ce sujet" : Moi, je ne l’ai pas vu ce CV. Au Lab, Philippe Bilger insiste particulièrement sur le "laisser dire" de la ministre. Selon lui, elle est surtout coupable de n’avoir jamais démenti être titulaire de ces diplômes. Il insiste particulièrement sur son passage dans Des paroles et des actes le 5 septembre 2013, révélateur selon lui de cette hypocrisie. La scène est facile à repérer puisqu’elle se déroule moins d’une minute avant le début de l’émission. David Pujadas égraine en effet les diplômes : "Vous avez un doctorat d’Economie, un doctorat d’Ethnologie, un diplôme supérieur d’Agroalimentaire." Pourtant loin "d’opiner du chef" comme l’affirme le magistrat, Christiane Taubira reste statique et fronce même les sourcils. Elle commence son intervention en disant vouloir "revenir sur le portrait", puis s’oublie dans sa réponse et n’y revient jamais. Voyez plutôt : Plus tard, alors que le journaliste lui rappelle à nouveau qu’elle a un doctorat d’économie, Christiane Taubira rétorque : Arrêtez de m’additionner des diplômes. Bref, pas de fracassant démenti mais pas de validation non plus, contrairement à ce qu’écrit le magistrat et les sites reprenant l’information. >> Quels sont les réels diplômes avancés par Christiane Taubira ? Interrogé sur les réels diplômes de la ministre, son cabinet énumère ceux présents sur son site de députée, celui inactif depuis au moins deux ans. A savoir : – un troisième cycle en économie validé, "qui serait l’équivalent d’un Master 2 aujourd’hui". (depuis la réforme LMD de 2003, le 3e cycle correspond soit à un doctorat, soit à un Master 2) ; – un troisième cycle en agro-alimentaire. Quant à la référence à la "sociologie" et à "l’ethnologie", elle correspond à des cours suivis durant ses études mais non validés, explique son cabinet. De fait, son CV ne les présente pas comme des diplômes. Notons qu’à date, Le Lab n’a pas été en mesure de vérifier si Christiane Taubira avait bien validé ses 3e cycle. Delphine Legouté
Au cabinet de la ministre, on explique que tout cela est dû aux erreurs de journalistes qui « travaillent un peu trop sur Wikipédia ». L’entourage de la garde des Sceaux jure que celle-ci n’a jamais dit elle-même qu’elle possédait ces diplômes. D’ailleurs, la notice biographique publiée sur le site du gouvernement ne comporte pas de section cursus. Ce qui est tout de même intriguant étant donné que c’est le cas de presque tous les autres ministres. A défaut de mentir, la ministre a-t-elle laissé dire ? Le cabinet fait savoir qu’il a toujours transmis au trombinoscope (sorte de Who’s Who du monde politico-médiatique français) des informations correctes (…) Le cabinet affirme que la ministre n’a pas de « press books » et ne consulte jamais sa page Wikipédia. Elle n’aurait donc jamais ressenti le besoin de corriger l’intox qui traîne donc depuis plus d’une décennie… (…) Dans son livre, Philippe Bilger note pourtant que la ministre ne reprend pas David Pujadas qui mentionne « deux doctorats » lors de son passage sur France 2, dans l’émission "Des paroles et des actes". Rémy Noyon
Christiane Taubira n’a jamais soutenu de thèse. « Elle n’a jamais communiqué là-dessus ! », s’exaspère son cabinet, navré de devoir démentir une « non-information ». En effet, aucun document officiel émanant de la ministre ne mentionne un tel cursus. Sa notice biographique sur le site du gouvernement, la ministre est présentée comme « professeur de sciences économiques ». Même chose dans le « trombinoscope du gouvernement », un document transmis chaque année à la presse, où il est simplement précisé « 3e cycle de sciences économiques ». Le fait est que ces diplômes sont mentionnés depuis plus de dix ans dans les articles que la presse lui consacre. Ainsi, Le Monde du 4 décembre 2001 lui attribuait-il « un doctorat en sciences économiques et en agroalimentaire » dans un portrait réalisé à l’occasion de sa candidature à l’élection présidentielle. Depuis son retour sur le devant de la scène, avec son arrivée au ministère de la justice en 2012, on ne compte plus les titres de presse qui ont repris cette information, de France-Soir à Europe 1 (qui lui ajoute un doctorat de « sociologie et d’ethnologie afro-américaine »), en passant par Le Figaro ou encore France-Guyane. La faute, selon son cabinet, « aux fausses informations de Wikipédia », dont elle dit ne pas être responsable. A première vue, l’erreur semble venir d’une confusion entre le « troisième cycle d’économie » qu’elle a entrepris (qui pouvait conduire à l’époque à un DEA ou un DESS) et l’acquisition d’un doctorat, qui suppose d’avoir soutenu une thèse avec succès. L’abondance de la reprise de cette information permet toutefois de se poser la question : Christiane Taubira a-t-elle profité d’un malentendu et laissé courir la fausse rumeur ? C’est la thèse soutenue par ses détracteurs, qui pointent du doigt un extrait de l’émission « Des paroles et des actes », diffusée le 5 septembre 2013 sur France 2. La ministre n’aurait pas « sourcillé » quand David Pujadas l’a présentée comme titulaire d’« un doctorat d’économie » et d’un « doctorat d’ethnologie », se rendant par là même coupable d’un mensonge par omission : Si la caméra n’est pas pointée sur son visage au moment précis où l’animateur parle de ses doctorats, Mme Taubira ne corrigera jamais clairement l’erreur au cours de l’émission. En revanche, son cabinet insiste sur deux phrases qu’elle lâche pendant sa prestation. Après la présentation erronée de David Pujadas : « Je pense que je peux revenir sur le portrait, mais oui, c’est vrai. » Quand le journaliste Jeff Wittenberg flatte ses « notions » d’économie « parce que vous avez un doctorat d’économie, donc… », elle commence sa réponse par : « Arrêtez de m’additionner des diplômes ». Maxime Vaudano (Le Monde)

pour augmenter les impôts, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault a été rapide et efficace. La fiscalité est le seul domaine sur lequel les Français ont pu mesurer concrètement les résultats de l’action gouvernementale. Et c’est le choix d’augmenter les impôts que paie aujourd’hui le gouvernement. Les millions de ménages qui ont subi le coup d’assommoir lui en veulent. Et personne ne comprend exactement où sont partis les 32 milliards de la plus forte hausse d’impôt depuis la guerre. Car elle n’est pas visible dans la réduction du trou budgétaire: le déficit 2013, après avoir été annoncé à 3% du PIB, puis à 3,7 %, puis à 4,1 %, s’établit finalement à 4,3 %. On a rarement vu une telle glissade, alors que la conjoncture ne s’est pas détériorée. Où est donc passé tout cet argent, alors que la situation économique du pays ne s’est pas améliorée ? Tout d’abord, dans les dépenses supplémentaires. Elles ont augmenté de 2% en 2013, après un 3 % en 2012. Et le ralentissement de la hausse entre ces deux années n’est pas dû à la vertu soudaine, mais à la météo financière: les taux d’intérêt ont baissé, et la charge de la dette publique en a été réduite de près de 10 %. La dépense publique n’est donc en rien « stabilisée ». L’argent s’est ensuite volatilisé conformément aux prédictions d’Arthur Laffer, un économiste américain. Ce spécialiste de la fiscalité a expliqué naguère que le rendement de l’impôt décroît avec l’augmentation du taux de prélèvement. En clair, l’animal fiscal n’est pas plus bête qu’un autre. Lorsqu’il est malmené, il développe des comportements d’évitement. Travailler moins pour payer moins, ou travailler plus, mais au noir. Ou encore s’exiler à l’étranger. C’est exactement ce qui s’est passé chez nous. Laffer ne dit pas autre chose que les paysans et leur bon sens proverbial. Si le choc fiscal n’a pas eu d’effet sur les comptes, il a en revanche fait chuter l’investissement et les perspectives du pays.La seule inversion de courbe réussie à ce jour est celle de la confiance des agents économiques, au plus bas.Il l’a dit en français mais il l’a pensé en anglais. Quand Jérôme Cahuzac a demandé pardon, on a cru entendre Bill Clinton ou Lance Amstrong …
Eric Zemmour
S’il est avéré, sans l’ombre d’un doute, qu’un ministre a menti, il doit démissionner ou il est démissionné.  Sinon, il est obligé de s’expliquer devant des commissions au Congrès qui le soumettent à la question jusqu’à ce qu’il ne reste plus une zone d’ombre. Chaque audition remet du charbon dans la machine médiatique. La Maison-Blanche ne peut pas se le permettre. Ezra Suleiman (professeur de sciences politiques à l’université de Princeton)
Après son entretien à l’Élysée avec François Hollande, Christiane Taubira a admis s’être "trompée de date". On pourrait persifler à bon droit qu’entre passer pour une incompétente ou une menteuse, la ministre a choisi la première option. Elle n’est pas la première à s’arranger avec la réalité. François Mitterrand avait, pendant le débat de la présidentielle 1988, piétiné la vérité en regardant Jacques Chirac "les yeux dans les yeux". Sophie Coignard

Mensonges effrontés et répétés (Jérome Cahuzac), usurpation de fausse identité, contre-vérités et mensonges par omission (François Hollande), contre-vérités et mensonges par omission (Christiane Taubira), contre-vérités et mensonges par omission (Manuel Valls) , mensonges par omission (Jean-Marc Ayrault) …

Après les 20 ans de mensonges du génocide rwandais …

Et les écoutes "hollandaises" dignes de la Stasi …

Retour, avec Le Point et Causeur, sur  le pays où le mensonge est roi …

Le pays où le mensonge est roi

En France, un ministre peut mentir, puis "se tromper de date". Aux États-Unis, on ne plaisante pas avec le mensonge, ni même avec les "imprécisions".
Sophie Coignard
Le Point
14.03.14

"Barack Obama a reçu hier le ministre de la Justice, Eric Holder, pour le conforter dans ses fonctions, après cinq jours de grandes turbulences. C’est la révélation par le New York Times d’une enquête sur George Bush Jr qui a tout déclenché. Les conversations téléphoniques entre l’ancien président des États-Unis et son avocat avaient fait l’objet d’écoutes judiciaires. Le ministre de la Justice a prétendu dans un premier temps l’avoir appris par la presse, puis a dû reconnaître qu’il avait été informé par son administration. Cet épisode provoque un climat de chaos à Washington, au sein de l’exécutif. Fort du soutien présidentiel, Eric Holder a réaffirmé qu’il ne démissionnerait pas."

Stop… C’est une plaisanterie. Une blague aussi grosse que les récriminations indignées de Christiane Taubira. Car à Washington, un ministre pris en flagrant délit de mensonge est écarté dans la minute. "S’il est avéré, sans l’ombre d’un doute, qu’un ministre a menti, il doit démissionner ou il est démissionné, explique Ezra Suleiman, professeur de sciences politiques à l’université de Princeton et grand connaisseur des institutions françaises et américaines. Sinon, il est obligé de s’expliquer devant des commissions au Congrès qui le soumettent à la question jusqu’à ce qu’il ne reste plus une zone d’ombre. Chaque audition remet du charbon dans la machine médiatique. La Maison-Blanche ne peut pas se le permettre."

Le Congrès américain est infiniment plus puissant que le Parlement français, et dispose de moyens sans commune mesure. Hillary Clinton en a fait l’expérience quand elle a dû répondre de l’assassinat de l’ambassadeur américain à Benghazi, en Libye, le 11 septembre 2012. Susan Rice, ambassadrice aux Nations unies, a même perdu dans cette affaire le poste de secrétaire d’État que lui réservait Barack Obama pour son second mandat. Et il ne s’agissait pas de mensonge avéré, simplement de mauvaise appréciation de la situation sur le terrain.

Trompée de date !

Après son entretien à l’Élysée avec François Hollande, Christiane Taubira a admis s’être "trompée de date". On pourrait persifler à bon droit qu’entre passer pour une incompétente ou une menteuse, la ministre a choisi la première option. Elle n’est pas la première à s’arranger avec la réalité. François Mitterrand avait, pendant le débat de la présidentielle 1988, piétiné la vérité en regardant Jacques Chirac "les yeux dans les yeux".

Ce qui sauve, paradoxalement, la ministre de la Justice au pays du mentir vrai, ce sont ses adversaires. Michèle Alliot-Marie, qui souhaite aujourd’hui avec Jean-François Copé la démission de Christiane Taubira, est assez mal placée. Ou trop bien, au contraire. Elle parle d’expérience en effet, puisque l’ancienne ministre de l’Intérieur a été poussée hors du gouvernement après avoir nié ses liaisons dangereuses avec la Tunisie de Ben Ali.

Au ministère de la Justice, où elle est passée, certains anciens occupants ont déjà rencontré des problèmes dans leurs rapports avec le réel. Rachida Dati a été accusée d’avoir bidonné son CV. Son lointain prédécesseur Pierre Arpaillange s’était, lui, illustré à l’Assemblée nationale en expliquant : "En 1989, sur 52 évadés, on en a repris 53" !

Voir aussi:

Eloge de Christiane Taubira, concise et flamboyante
Comment ose-t-on accuser la Garde des Sceaux de mensonge ?
Causeur
04 avril 2014

Le 12 mars dernier, à l’issue d’un conseil des ministres, Christiane Taubira évoquant devant des journalistes les écoutes téléphoniques dont l’ancien président de la République avait fait l’objet, déclarait fortement : « Je redis ici que je n’ai pas d’information concernant la date, la durée, le contenu des interceptions judiciaires » et, pour appuyer la véracité de ses dires, brandissait deux lettres, l’une de l’avocat général près la cour d’appel de Paris, l’autre du procureur financier, lettres dont des journalistes investigateurs, au nombre desquels Edwy Plenel ne figurait pas, montrèrent par un simple « zoom » qu’elles prouvaient exactement le contraire : le ministre avait été informé à la fois des dates (du 28 janvier au 11 février 2014) et de l’essentiel de leur contenu. Accusée de mensonge par des personnes malintentionnées et vraisemblablement racistes, elle s’en défendit en concédant toutefois qu’elle avait pu être un peu « imprécise ».

Quinze jours plus tard on apprend grâce à un autre investigateur, qui n’était toujours pas Edwy Plenel, on se demande pourquoi, que Mme Taubira, contrairement à ce qu’on peut lire depuis quinze ans dans les notices biographiques qui lui sont consacrées, y compris à la date du 4 décembre 2001 dans le « journal de référence », n’est ni docteur en économie, ni docteur en ethnologie, ni docteur en agroalimentaire. Certes, comme le précisera son cabinet, ses notices officielles font seulement état d’un cursus de « troisième cycle » et si elle n’a jamais pris la peine de démentir les fausses informations qui la concernent c’est qu’elle n’a pas de press book, qu’elle ne consulte jamais sa page Wikipédia – et ses conseillers en communication non plus, on l’imagine. Comme si la lourde charge de l’intérêt public laissait aux hommes et aux femmes politiques le loisir de se préoccuper de leur image ! C’est donc à juste titre que le « journal de référence » dénonce « l’intox des doctorats », attribuant manifestement cette « intox » non à la ministre, mais à ses détracteurs. Quant aux défenseurs de la ministre il ne fait aucun doute qu’ils sont prêts à se regarder mutuellement dans les yeux, à se tenir par la barbichette de la main gauche, à lever la main droite en disant « je le jure » et à répéter sans rire : « Oui, s’il s’était agi de Copé, de Guéant, d’Hortefeux ou de Christine Boutin, nous aurions dit exactement la même chose ».

Non seulement Christiane Taubira ne s’est pas rendue coupable d’un mensonge par omission, mais elle n’a même pas ici à confesser le péché véniel d’imprécision, comme auront pu le constater les spectateurs de l’émission Des paroles et des actes diffusée le 5 septembre 2013 sur France 2. Celle-ci commençait par un portrait de la ministre tracé par David Pujadas : « Vous avez un doctorat d’économie, un doctorat d’ethnologie, un diplôme supérieur d’agroalimentaire ». Invitée à réagir à ce portrait, le ministre déclare : « Je pense que je peux revenir sur ce portrait, mais oui, c’est vrai ». C’est pourtant clair ! Tous les spectateurs de bonne foi auront compris que « c’est vrai » se rapportait à l’ensemble du portrait à l’exclusion de la mention des diplômes tandis que « je pense que je peux revenir sur ce portrait » signifiait sans ambages : « Non, je ne suis titulaire d’aucun doctorat ». D’autant plus qu’un peu plus loin la ministre enfonçait le clou. Un autre journaliste, Jeff Wittenberg, lui ayant rappelé dans son intervention : « vous avez un doctorat d’économie », elle lui répond : « Il y a une situation – cessez de m’additionner des diplômes – il y a surtout une situation… ». Quel locuteur de langue française n’aura pas compris que « cessez de m’additionner des diplômes » signifie « Comme je l’ai dit à M. Pujadas tout à l’heure, je ne suis ni docteur en économie, ni docteur en ethnologie ». La formulation de Mme Taubira n’était pas imprécise, elle était concise, ce qui est une qualité.

Cependant la concision n’est pas la seule qualité de Christiane Taubira. Celle-ci a récemment publié aux éditions Flammarion un livre intitulé Paroles de liberté. Dans Libération, à la date du 1er avril, M. Fabrice Tassel nous donne à connaître un extrait de cet ouvrage rédigé dans un style qu’il qualifie de « flamboyant ». Jugez-en plutôt. Dénonçant la libération de la parole raciste sur Internet l’auteur écrit ceci : « Là où la bêtise peut circuler même quand le mazout de la haine et de la vulgarité lui englue les ailes, des doigts bouffis par la lâcheté flasque de l’anonymat tapaient, dans la rage de leur insignifiance, des mots qui se voulaient méchants, blessants et meurtriers ». On se demande par quel miracle ce n’est pas un « doctorat total » de littérature qui a été attribué à la ministre sur Wikipédia ou dans Le Monde. Christiane Taubira est à la fois concise et flamboyante, classique et romantique, ou, si l’on préfère, elle réunit les valeurs de l’apollinien et celles du dionysiaque. C’est une bonne nouvelle non seulement pour la justice qui doit concilier la vigueur dionysiaque du glaive et l’équilibre apollinien de la balance, mais encore pour la littérature, pour l’art et pour la philosophie.

Voir encore:

Sarkozy écouté : le cabinet de Taubira savait. Pas la ministre
Denis Demonpion
Le Nouvel Observateur
17-03-2014

"Je ne savais pas", a juré la ministre. Le pis, c’est que c’est vrai ! Sa directrice de cabinet était au courant mais n’a fait suivre l’information qu’à Matignon. Histoire d’un amateurisme coupable.

Eh bien non, Christiane Taubira n’a pas menti. N’en déplaise à Jean-François Copé, le président de l’UMP, qui hurle "à la démission". Soupçonnée par l’opposition d’avoir été informée du contenu de la procédure judiciaire ouverte le 26 février contre Nicolas Sarkozy pour un présumé trafic d’influence, la ministre de la Justice a bel et bien été tenue dans l’ignorance – par son propre cabinet ! – de l’existence du placement sur écoutes de l’ancien président. Un de ses proches assure qu’il y a eu "un bug". Le mot est juste même s’il est un peu faible pour traduire ce mélange d’amateurisme et d’improvisation dont a fait preuve la Chancellerie à cette occasion. Selon nos informations, ce n’est en effet que le mardi 11 mars au soir, après la livraison du "Canard enchaîné" daté du lendemain, que la ministre, sous le feu roulant des mises en cause, convoque une réunion de crise à la Chancellerie. Il est alors tout juste 20 heures.

Réunion d’urgence

Sous le titre "Taubira et Valls vraiment à l’écoute", l’hebdomadaire satirique affirme que la Garde des Sceaux a reçu "régulièrement un résumé du déroulé de l’enquête, comprenant une synthèse des écoutes téléphoniques". A la lecture de ces lignes, son sang ne fait qu’un tour. De fait, à cette heure, la ministre ignore encore le détail de cette affaire. Afin d’y voir plus clair et surtout de se doter d’arguments pour répliquer au procès en instrumentalisation de la justice qui lui est intenté, elle convoque six personnes. Toutes sont sommées de s’expliquer. Au premier chef, sa directrice de cabinet, Christine Maugüé. Egalement présents, ce soir-là, le directeur adjoint de cabinet François Pion, le conseiller pénal Philippe Astruc, le porte-parole Pierre Rancé, la conseillère en communication Virginie Sainte-Rose, et bien sûr le fidèle et très énigmatique conseiller spécial, Jean-François Boutet. "Celui-ci n’est pas un relais de la pensée de la Garde, observe le député radical de gauche Alain Tourret. Peut-être l’est-il dans la réflexion, mais pas dans l’action". Avocat au Conseil d’Etat, fils de Jacques Boutet, l’ancien président de TF1 et du Conseil supérieur de l’Audiovisuel, l’homme de l’ombre de la maison Taubira a surtout été longtemps été un des rouages du Parti radical de gauche dont Christiane Taubira fut la candidate lors de l’élection présidentielle de 2002.

"Un problème interne"

Interrogée par "le Nouvel Observateur", Christine Maugüé ne nie pas l’existence de cette réunion de crise tenue dans son bureau. C’est là, et là seulement, que le rapport qui fait polémique, transmis dès le 26 février au cabinet du Premier ministre, est remis en personne à la garde des Sceaux. Jusque-là, sa directrice de cabinet n’en avait rien fait. D’où le cafouillage des interventions médiatiques de Christiane Taubira, la veille en particulier dans le JT de 20 heures de TF1. Une fois le document en mains, la Garde choisira d’ailleurs de le brandir publiquement, dès le lendemain, lors d’une conférence de presse improvisée, à l’Elysée, à l’issue du conseil des ministres. "C’est un problème interne au cabinet", avoue Christine Maugüé, la voix blanche. "Je n’ai pas à répondre et je ne répondrai pas là-dessus", s’agace-t-elle avant même qu’on la relance : "Je ne répondrai plus sur les affaires", martèle-t-elle. Epiloguer sur celles-ci serait, selon elle, "gravement erroné. Point barre".

Voir encore:

Christiane Taubira et l’intox des doctorats

Maxime Vaudano

Le Monde

28.03.2014

Le magistrat Philippe Bilger accuse la garde des sceaux de s’être attribué à tort deux doctorats. Ce que réfute la ministre.

Ainsi donc, la garde des sceaux, Christiane Taubira, aurait menti sur son CV. Dans son dernier ouvrage, à paraître le 2 avril, Contre la justice laxiste (éditions de l’Archipel), le magistrat Philippe Bilger assure que Mme Taubira « a laissé dire » à tort « qu’elle avait deux doctorats », sans jamais le contester dans « l’espace médiatique ».

L’accusation, relayée dans un « confidentiel » du Nouvel Observateur du jeudi 27 mars, s’est répandue comme une traînée de poudre sur Internet, notamment sur plusieurs sites d’extrême droite.

Pourquoi c’est plutôt faux

De ces deux doctorats, en économie et en ethnologie, Philippe Bilger n’a trouvé aucune trace. Et pour cause : Christiane Taubira n’a jamais soutenu de thèse. « Elle n’a jamais communiqué là-dessus ! », s’exaspère son cabinet, navré de devoir démentir une « non-information ». En effet, aucun document officiel émanant de la ministre ne mentionne un tel cursus.

Sa notice biographique sur le site du gouvernement, la ministre est présentée comme « professeur de sciences économiques ».
Même chose dans le « trombinoscope du gouvernement », un document transmis chaque année à la presse, où il est simplement précisé « 3e cycle de sciences économiques ».

Un mensonge par omission ?

Le fait est que ces diplômes sont mentionnés depuis plus de dix ans dans les articles que la presse lui consacre. Ainsi, Le Monde du 4 décembre 2001 lui attribuait-il « un doctorat en sciences économiques et en agroalimentaire » dans un portrait réalisé à l’occasion de sa candidature à l’élection présidentielle.

"Le Monde" du 4 décembre 2001, page 12.

Depuis son retour sur le devant de la scène, avec son arrivée au ministère de la justice en 2012, on ne compte plus les titres de presse qui ont repris cette information, de France-Soir à Europe 1 (qui lui ajoute un doctorat de « sociologie et d’ethnologie afro-américaine »), en passant par Le Figaro ou encore France-Guyane.

La faute, selon son cabinet, « aux fausses informations de Wikipédia », dont elle dit ne pas être responsable. A première vue, l’erreur semble venir d’une confusion entre le « troisième cycle d’économie » qu’elle a entrepris (qui pouvait conduire à l’époque à un DEA ou un DESS) et l’acquisition d’un doctorat, qui suppose d’avoir soutenu une thèse avec succès.

L’abondance de la reprise de cette information permet toutefois de se poser la question : Christiane Taubira a-t-elle profité d’un malentendu et laissé courir la fausse rumeur ?

C’est la thèse soutenue par ses détracteurs, qui pointent du doigt un extrait de l’émission « Des paroles et des actes », diffusée le 5 septembre 2013 sur France 2. La ministre n’aurait pas « sourcillé » quand David Pujadas l’a présentée comme titulaire d’« un doctorat d’économie » et d’un « doctorat d’ethnologie », se rendant par là même coupable d’un mensonge par omission :

Si la caméra n’est pas pointée sur son visage au moment précis où l’animateur parle de ses doctorats, Mme Taubira ne corrigera jamais clairement l’erreur au cours de l’émission. En revanche, son cabinet insiste sur deux phrases qu’elle lâche pendant sa prestation.

Après la présentation erronée de David Pujadas : « Je pense que je peux revenir sur le portrait, mais oui, c’est vrai. »
Quand le journaliste Jeff Wittenberg flatte ses « notions » d’économie « parce que vous avez un doctorat d’économie, donc… », elle commence sa réponse par : « Arrêtez de m’additionner des diplômes ».

Voir enfin:

"Trop de Wikipédia"
Taubira et ses prétendus doctorats : « C’est la faute aux journalistes »
Rémi Noyon
Rue89
28/03/2014

Nouveau cafouillage en vue pour Christiane Taubira. Dans son dernier livre – « Contre la justice laxiste » –, Philippe Bilger, magistrat cabot et prolifique, laisse entendre que la garde des Sceaux ment sur son CV :

« Elle a laissé dire, et ne l’a jamais contesté dans l’espace médiatique, qu’elle avait deux doctorats, l’un en économie, l’autre en ethnologie [...].

Pourtant, de ceux-ci, pas le moindre indice, pas le plus petit début de commencement de preuve ! »

L’ancien magistrat souligne qu’il n’existe aucune trace d’une thèse soutenue par Christiane Taubira sur la base de données Theses.fr. Lorsqu’on appelle les universités concernées, on ne trouve aucune mention des supposés diplômes.

La raison en est simple : Christiane Taubira a fait un troisième cycle en économie, des études en sociologie et ethnologie et un cursus au Centre français de la coopération agricole (CFCA). Mais de thèse, point.
« Trop de Wikipédia »

Pourtant, depuis plus de dix ans, les portraits de la garde des Sceaux mentionnent ces deux diplômes. Ainsi, Le Monde du 4 décembre 2001 parle d’« un doctorat de sciences économiques et en agroalimentaire [et non en ethnologie, ndlr] » et Libération, l’année suivante, raconte comment l’étudiante de Cayenne préparait « son doctorat de sciences éco » à Assas.
Voir le document

(Fichier PDF)

Au cabinet de la ministre, on explique que tout cela est dû aux erreurs de journalistes qui « travaillent un peu trop sur Wikipédia ». L’entourage de la garde des Sceaux jure que celle-ci n’a jamais dit elle-même qu’elle possédait ces diplômes.

D’ailleurs, la notice biographique publiée sur le site du gouvernement ne comporte pas de section cursus. Ce qui est tout de même intriguant étant donné que c’est le cas de presque tous les autres ministres. A défaut de mentir, la ministre a-t-elle laissé dire ? Le cabinet fait savoir qu’il a toujours transmis au trombinoscope (sorte de Who’s Who du monde politico-médiatique français) des informations correctes (voir PDF).
« Je peux revenir sur le portrait »

Le cabinet affirme que la ministre n’a pas de « press books » et ne consulte jamais sa page Wikipédia. Elle n’aurait donc jamais ressenti le besoin de corriger l’intox qui traîne donc depuis plus d’une décennie… Cette « polémique » aurait pour but de faire croire que « Dati et Taubira, c’est la même chose ».

Dans son livre, Philippe Bilger note pourtant que la ministre ne reprend pas David Pujadas qui mentionne « deux doctorats » lors de son passage sur France 2, dans l’émission « Des paroles et des actes » :

« Au cours de l’émission “Des paroles et des actes” du jeudi 5 septembre 2013, alors que David Pujadas la présente en rappelant qu’elle est titulaire de deux doctorats, elle opine du chef sans apporter aucune précision. »

Indignation du côté de la ministre : regardez les images ! « Elle n’opine pas du tout du chef. » Effectivement, la caméra reste braquée sur Pujadas.

David Pujadas : « Soyez la bienvenue. [...] Vous avez un doctorat d’économie, un doctorat d’ethnologie, un diplôme supérieur d’agroalimentaire, vous avez été professeur d’économie [...] C’est vrai que vous vouliez abandonner la politique en 2012, juste avant d’être appelée au gouvernement ? »

Christiane Taubira : « Je pense que je peux revenir sur le portrait, mais oui, c’est vrai. »

« Je pense que je peux revenir sur le portrait. » C’est cette petite phrase, qui selon le cabinet, devait mener à un correctif, mais la ministre s’est laissé embarquer dans d’autres explications…
« Arrêtez de m’additionner des diplômes »

Quelques minutes plus tard, la question du doctorat revient sur la table :

Jeff Wittenberg : « Mais vous avez quand même des notions et plus que des notions parce que vous avez un doctorat d’économie, donc… »

Christiane Taubira : « Il y a surtout – arrêtez de m’additionner des diplômes – il y a surtout une situation. Sous l’ancien quinquennat, la dégradation des finances publiques a augmenté de 600 [sic] milliards d’euros, 600 milliards d’euros. Sur les dix dernières années, sur les dix dernières années … »

Là aussi, il fallait comprendre qu’elle rectifiait son CV. Après la confusion autour des écoutes de Nicolas Sarkozy, cette (petite) histoire fait tout de même cafouillis. Surtout à quelques jours d’un probable remaniement.

Voir enfin:

On a vérifié les mensonges présumés de Christiane Taubira sur son niveau de diplôme

Delphine Legouté

Le Lab politique

Europe 1

28 mars 2014

L’information se diffuse ce 28 mars sur les sites réactionnaires de droite, nés sous la mouvance anti-mariage homo, comme Le Salon beige ou Boulevard Voltaire : Christiane Taubira aurait menti sur ses diplômes car elle ne possède pas de doctorat.

Ces deux sites se basent sur une information délivrée dans l’ouvrage de Philippe Bilger, ancien avocat général à la cour d’assises de Paris, auteur d’un livre à paraitre le 2 avril, Contre la justice laxiste. Une information elle-même mise en avant par le Nouvel Observateur du 27 mars dans ses "téléphones rouges".

A la page 110 de cet ouvrage qui cible la politique ainsi que la personnalité de la garde des Sceaux, on comprend en effet que Christiane Taubira ment sur ses diplômes. Voici le passage :

Elle a laissé dire, et ne l’a jamais contesté dans l’espace médiatique, qu’elle avait deux doctorats, l’un en économie, l’autre en ethnologie. (…) Pourtant de ceux-ci pas le moindre indice ! Mieux elle fait tout pour que la confusion soit entretenue. Au cours de l’émission Des paroles et des Actes du jeudi 5 septembre 2013, alors que David Pujadas la présente en rappelant qu’elle est titulaire de deux doctorats, elle opine du chef, sans apporter aucune précision. Autre indice troublant : sur le site du gouvernement, une rubrique décrit le cursus, le parcours de chaque ministre. Elle est la seule pour laquelle l’article fait défaut.Dans son curriculum vitae paru sur le web n’est mentionné qu’un doctorat en sciences économiques soutenu à Paris-II Assas. Les recherches à ce sujet sur le site des thèses et au bureau des doctorats n’en confirment pas l’existence.

En reprenant un à un les seuls indices présentés par Philppe Bilger, il est cependant impossible de dire que la ministre ment sur ses diplômes.

>> Quid du CV mentionnant un doctorat ?

En réalité, il est très difficile de trouver la formation universitaire de la ministre sur le web. Si de nombreux sites d’informations la présentent comme titulaire de deux doctorats, aucun document officiel n’en fait mention. Comme le souligne Philippe Bilger, son cursus n’apparait pas sur le site du gouvernement. Mais elle n’est pas un cas à part puisque c’est vrai pour d’autres ministres, comme François Lamy.

Le seul site faisant état d’un CV détaillé est celui qu’elle possédait lorsqu’elle était députée de Guyane, qui n’existe plus aujourd’hui. Grâce au site "archive.org" on peut cependant retrouver son contenu. Christiane Taubira fait mention d’un 3e cycle en économie, d’un 3e cycle en agro-alimentaire et d’études en sociologie et ethnologie afro-américaine. Pas d’un doctorat.

Enfin, dans le trombinoscope politique, vers lequel renvoie son cabinet lorsqu’on lui demande un document officiel, il n’est fait mention que "d’un troisième cycle de sciences économiques". Toujours pas de doctorat.

Le cabinet de la ministre va dans ce sens en confirmant qu’elle n’a "jamais fait de thèse ni de doctorat", qu’il est donc normal que Philippe Bilger n’en ait pas trouvé trace :

La ministre n’a jamais dit qu’elle avait un doctorat, et aucun document validé par la ministre n’en fait état.

La ligne de défense est donc simple : pas de doctorat certes, mais surtout pas d’affirmation de doctorat de la part de Christiane Taubira.

Reste ce CV "paru sur le web" auquel le magistrat fait référence et qui se vanterait dudit doctorat en sciences économiques. Contacté par le Lab qui n’en trouvait pas trace, Philippe Bilger reconnaît qu’il n’existe pas, mais assure "avoir des informations fiables à ce sujet" :

Moi, je ne l’ai pas vu ce CV.

>> Le passage dans Des paroles et des Actes

Au Lab, Philippe Bilger insiste particulièrement sur le "laisser dire" de la ministre. Selon lui, elle est surtout coupable de n’avoir jamais démenti être titulaire de ces diplômes. Il insiste particulièrement sur son passage dans Des paroles et des actes le 5 septembre 2013, révélateur selon lui de cette hypocrisie.

La scène est facile à repérer puisqu’elle se déroule moins d’une minute avant le début de l’émission. David Pujadas égraine en effet les diplômes : "Vous avez un doctorat d’Economie, un doctorat d’Ethnologie, un diplôme supérieur d’Agroalimentaire." Pourtant loin "d’opiner du chef" comme l’affirme le magistrat, Christiane Taubira reste statique et fronce même les sourcils. Elle commence son intervention en disant vouloir "revenir sur le portrait", puis s’oublie dans sa réponse et n’y revient jamais.

Voyez plutôt :

Plus tard, alors que le journaliste lui rappelle à nouveau qu’elle a un doctorat d’économie, Christiane Taubira rétorque :

Arrêtez de m’additionner des diplômes.

Bref, pas de fracassant démenti mais pas de validation non plus, contrairement à ce qu’écrit le magistrat et les sites reprenant l’information.

>> Quels sont les réels diplômes avancés par Christiane Taubira ?

Interrogé sur les réels diplômes de la ministre, son cabinet énumère ceux présents sur son site de députée, celui inactif depuis au moins deux ans. A savoir :

- un troisième cycle en économie validé, "qui serait l’équivalent d’un Master 2 aujourd’hui". (depuis la réforme LMD de 2003, le 3e cycle correspond soit à un doctorat, soit à un Master 2) ;

- un troisième cycle en agro-alimentaire.

Quant à la référence à la "sociologie" et à "l’ethnologie", elle correspond à des cours suivis durant ses études mais non validés, explique son cabinet. De fait, son CV ne les présente pas comme des diplômes.

Notons qu’à date, Le Lab n’a pas été en mesure de vérifier si Christiane Taubira avait bien validé ses 3e cycle.


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