Théorie du genre: Attention, un angélisme peut en cacher un autre (No sex differences, please, we’re socialists)

18 février, 2014
http://awhitecarousel.com/wp-content/uploads/2010/12/Botticelli-Nativity-783x1024.jpghttp://www.scientificamerican.com/sciam/cache/file/FE1E5E58-463F-4EBE-96F1A6CF2AF8F6B9_article.jpg?AC963A la résurrection des morts, les hommes ne prendront point de femmes, ni les femmes de maris, mais ils seront comme les anges dans les cieux. Jésus (Marc 12: 25)
S’ils se taisent, les pierres crieront! Jésus (Luc 19 : 40)
Par la bouche des enfants et de ceux qui sont à la mamelle Tu as fondé ta gloire, pour confondre tes adversaires, Pour imposer silence à l’ennemi et au vindicatif. Psaumes 8:2
N’avez-vous jamais lu ces paroles: Tu as tiré des louanges de la bouche des enfants et de ceux qui sont à la mamelle? Jesus (Matthieu 21:16)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
L’inauguration majestueuse de l’ère "post-chrétienne" est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en "radicalisant" le souci des victimes dans un sens antichrétien. René Girard
On a commencé avec la déconstruction du langage et on finit avec la déconstruction de l’être humain dans le laboratoire. (…) Elle est proposée par les mêmes qui d’un côté veulent prolonger la vie indéfiniment et nous disent de l’autre que le monde est surpeuplé. René Girard
L’esprit des Lumières a récupéré le Salut pour le transformer en progrès en le laïcisant. En ce sens, il a repris le christianisme, mais il l’a perverti en le dépouillant de la transcendance, ce qui change tout : le processus devient impatient et matérialiste. Mais on ne peut certainement pas dire que l’esprit des Lumières a évincé le christianisme en l’avalant. Les seules Lumières qui aient tenté d’évincer la religion sont les Lumières françaises (ni les Lumières américaines, ni les Lumières écossaises, n’en ont fait autant, au contraire). Ensuite parce qu’après les déceptions de la première modernité, on aperçoit clairement que le progrès est corrélé à l’espérance, ou alors n’est plus. Privées de transcendance, les Lumières françaises cessent de croire au progrès et se résignent au temps circulaire : c’est-à-dire qu’elles s’éteignent. Nous sauverons les libertés démocratiques si nous cessons de transformer l’émancipation des Lumières en religion intolérante et inquisitoriale. Pour l’instant, la folie du consensus traduit un despotisme technocratique. Chantal Delsol
À l’époque, et notamment aux États-Unis, on lit ce texte comme un pamphlet anti-stalinien et un roman désenchanté sur les dérives inéluctables de la révolution. Or, il est tout à fait intéressant de voir qu’Orwell conteste très explicitement cette lecture, qui est encore largement répandue aujourd’hui. Le propos du livre, précise-t-il, consiste avant tout à mettre en lumière ce fait inattendu que les idées totalitaires naissent très souvent chez des intellectuels. 1984, c’est, au fond, le rêve secret des intellectuels de gauche britanniques !… (…) Quand on pense à 1984,  on pense d’abord à Big Brother, au télécran, aux procédures de contrôle – et c’est, bien entendu, parfaitement légitime. Mais le cœur du livre, ce sont avant tout les mécanismes intellectuels à l’œuvre dans ces procédures. (…) Bref, le totalitarisme, selon Orwell, ce n’est pas seulement la police et le contrôle, c’est d’abord l’ambition de former les consciences et de façonner les corps. Et ce fantasme est bien, selon lui, un fantasme d’intellectuel. (…) Ceux que dénonce Orwell, ce sont les intellectuels cyniques ou ceux qu’on appelle les « compagnons de route », tous ceux qui, par fascination du pouvoir, trahissent leur fonction consistant d’abord à réfléchir à partir des faits qu’on a sous les yeux. (…) Si Winston s’accroche à des vérités apparemment insignifiantes comme « 2+2=4 » ou « L’eau est mouillée », c’est parce que le totalitarisme vise justement à couper les individus de cette expérience ordinaire, de ce qu’on peut vérifier par soi-même, et qui constitue le socle de notre rapport au monde et aux autres. Ce que visent les mécanismes totalitaires, c’est l’introduction d’un écran de mots et d’images entre les individus et cette expérience du sens commun. Et il s’agit bien là d’un projet qui mobilise des intellectuels. (…) C’est aussi pourquoi je pense qu’on a tort de rabattre le propos de 1984 sur celui tenu, par exemple, par Huxley dans Le Meilleur des mondes, où il s’agit essentiellement d’une dénonciation des risques que nous font courir le progrès des technologies. Il me semble que ce que dit Orwell, c’est que les progrès technologiques ne suffisent pas pour établir un régime policier. Un tel régime suppose aussi certains mécanismes qui sont très souvent pensés et voulus par des intellectuels. (…) Parce qu’en traitant les faits de manière désinvolte on supprime toute forme d’expérience personnelle sur laquelle s’appuyer ; et on laisse alors libre cours aux purs rapports de forces et de langage, ce qui est l’assurance de voir les plus puissants et les plus habiles triompher au détriment de tous les autres. Jean-Jacques Rosat
Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation. Déclaration universelle des droits de l‘homme (Article 2, 1948)
La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée. Constitution de la république française (Article 1, 1958)
L’inscription du terme "race", dans l’article même qui dispose des valeurs fondamentales de la République, est inadmissible même dans une "phrase qui a pour objet de lui dénier toute portée". Proposition de loi du groupe socialiste (Assemblée nationale, nov. 2004)
Oui [je suis favorable à l’ouverture de la procréation médicale assistée (PMA) aux couples de lesbiennes], je l’ai dit. Aux conditions d’âge bien sûr. Je suis très précis là-dessus. Il faut que ce soit un projet parental. Et je suis aussi très soucieux du respect de l’anonymat du don des gamètes. En revanche, je suis hostile à la gestation pour autrui, la GPA. François Hollande (Têtu, 27 février 2012)
Le Parti socialiste s’engage pour garantir l’égalité des droits et construire l’égalité réelle, sans discrimination de genre ou d’orientation sexuelle, • Tous les citoyennes et c itoyens, tous les couples, toutes les familles, doivent pouvoir avoir accès aux même droits, êtres reconnus et protégés par les mêmes institutions. Il s’agit de défendre nos principes républicains et de garantir l’égalité au sein de notre société • Nous ouvrirons le mariage à tous les couples et renforcerons le Pacs (concernant notamment les congés pour évènements familiaux, la protection sociale complémentaire, le droit au séjour, l’enregistrement à la mairie). • Nous ouvrirons l’adoption aux couples de même sexe et l’assistance médicale à la procréation à toutes les femmes , sans condition de couple ou d’infertilité. • Nous reconnaîtrons aux homosexuels le droit de donner leur sang. • Nous affirmons qu’il revient à chaque personne de déterminer son identité de genre . • Nous formerons tous les acteurs éducatifs pour éviter les stéréotypes et les assignations de genre. Tract du parti socialiste
Les questions dites « de société » sont pour moi tout aussi importantes que les questions économiques ou sociales. Elles mettent en lumière les valeurs que nous portons (la liberté, l’égalité, la solidarité, la laïcité, etc.) et les réponses que nous y apportons doivent donner du sens au « vivre ensemble » apaisé et optimiste que nous appelons de nos voeux. Le thème principal de ma campagne est clair : donner une priorité à la jeunesse. Or, cette jeunesse pour laquelle je souhaite mobiliser l’action publique est aussi celle qui aborde le plus simplement et avec la plus grande ouverture les questions de genre parmi lesquelles se trouvent les questions LGBT. Pour en venir au fond de votre demande et avant d’entrer dans le détail des propositions qui sont déjà très largement intégrées au projet du Parti socialiste (notamment grâce aux amendements portés par votre association), je vais m’attacher à vous indiquer la méthode de travail qui sera la mienne et le planning de mise en œuvre de ces propositions. En préambule, je ne cacherai pas que j’ai un réel désaccord avec l’une d’elles : l’autorisation encadrée de la gestation pour autrui (GPA). De nombreuses associations féministes s’opposent à cette légalisation de la GPA et leurs arguments portant sur la marchandisation et l’instrumentalisation du corps humain m’ont convaincu. S’agissant de vos autres propositions, celles-ci se décomposent, me semble-t- il, en deux groupes : celles qui relèvent d’une évolution législative et celles qui nécessitent de simples changements réglementaires ou la mise en œuvre de politiques publiques. Pour ce qui est des évolutions législatives, sur le fondement des propositions de loi déposées par le groupe socialiste dès 2006 (et dont j’étais le premier signataire au nom de tous les socialistes), plusieurs textes seront proposés au 5 vote du Parlement dans le courant de l’année 2012. Ces textes permettront, notamment, l’ouverture du mariage aux couples de même sexe et la possibilité d’adopter pour tous. Ils seront complétés par l’ouverture de l’assistance médicale à la procréation (AMP) à toutes les femmes. Un dernier ensemble de dispositions viendront traduire notre vision moderne et ouverte de la famille en re – connaissant le statut des beaux-parents. Quant au PaCS, il sera amélioré. Un autre texte sera présenté dans le courant de l’année 2013 pour faciliter le parcours de vie des personnes trans. Enfin, après avoir évalué l’efficacité et la pertinence du dispositif actuel de « Défenseur des droits », nous mettrons en place une Autorité indépendante chargée de lutter contre les discriminations et de promouvoir l’égalité. François Hollande
Introduire, dès la maternelle, des séances consacrées à la mixité et au respect hommes/femmes 190 Proposition UMP. Le premier objectif de la promotion de l’égalité des sexes et du respect hommes/femmes dès la maternelle est d’amener les enfants à se sentir autorisés à adopter des conduites non stéréotypées. Il faut aider les filles et les garçons à percevoir positivement leur genre et celui du sexe opposé. Le second objectif est d’accroître les capacités des enfants à résoudre de façon non violente et coopérative des conflits qui mettent en cause l’appartenance à l’un ou l’autre sexe ainsi que de promouvoir le respect entre les hommes et les femmes. Agir sur une population jeune reste en effet le meilleur moyen d’endiguer la naissance de comportements inacceptables chez les adolescents puis chez les adultes. Tract UMP
Je n’ai jamais défendu la théorie du genre. Nous avons, en 2009, revu l’organisation et le contenu des programmes, notamment de SVT, et nous avons effectivement travaillé sur l’égalité hommes-femmes. C’était la première étape de ce que le gouvernement est en train de vouloir faire aujourd’hui. Luc Chatel
Après les attaques de Jean-François Copé le 9 février au sujet d’un ouvrage intitulé Tous à poil et recommandé selon lui aux enseignants des classes de primaire, Vincent Peillon a fait venir la presse à la dernière minute dans son ministère ce 10 février pour riposter. Son argumentaire tient en deux points : 1) il n’a rien à redire sur le contenu de cet ouvrage et 2) le livre n’est de toutes façons que la recommandation d’une lointaine association ardéchoise. Factuellement, le ministre a raison. Tous à poil fait partie d’une liste de 92 albums jeunesse recommandés par L’Atelier des Merveilles, association du Teil, en Ardèche, qui établit ces listes avec des familles depuis 2009. Le livre en question a été ajouté en 2012. Les missions départementales aux droits des femmes et à l’égalité ont soutenu la création de cette liste qui a fini par être diffusée par le Centre régional de documentation pédagogique de l’Académie de Grenoble. Comme l’indique Vincent Peillon, les listes diffusées par ce centre font office de recommandations que les enseignants sont libres de suivre, ou pas. Mais la présentation du ministre ne va pas jusqu’au bout. Vincent Peillon semble en effet vouloir cantonner à un niveau local, et presque anecdotique, ce qui a été récemment diffusé à une échelle nationale via les ABCD de l’égalité. Ces derniers, qui proposent des ressources aux enseignants pour mieux appréhender les inégalités filles-garçons dès la maternelle, reprennent les bibliographies diffusées par six académies. Celle de l’Ardèche avec Tous à Poil en fait partie, au milieu de six autres listes tout aussi fournies. On peut concrètement trouver un lien vers cette liste dans la rubrique "outils pédagogiques" du site des ABCD de l’égalité – décrit comme le site de référence par le gouvernement – en se rendant dans la sous-partie "littérature jeunesse". Le Lab Europe 1
"Tous à poil" ou "Papa porte une robe", ne relèvent pas de l’imaginaire et du fantasmatique mais du "modèle identificatoire" proche, c’est-à-dire du personnage réel, auquel l’enfant peut s’identifier et ces livres sont justement conçus pour que le phénomène du « modèle identificatoire » y soit puissant, sous couvert de rigolade bien entendu. Les objectifs sous-jacents sont bien sûr l’abattage de la barrière des générations, donc la négation d’une certaine forme d’autorité honnie du gauchiste libéral, dans le fait de se retrouver tous à poil. Mais au second degré, figure aussi une forme de « sexualité » dont les enfants ne seraient pas exclus puisqu’eux aussi sont « à poil », ce qui relève de ce qu’on appelle « l’implicite » et dans lequel l’enfant est poussé à imaginer qu’il « est » ce qu’il n’est pas et qu’il « fait » ce qu’il ne fait pas en réalité. (…) Et quand « papa » porte une robe, c’est bien de manière possible dans la tête de l’enfant, c’est « mon » papa et peut-être que ce sera moi aussi quand je serai grand : je porterai une robe. Ou même, « mais alors, si je grandis, je risque moi aussi de porter une robe », d’où le trouble. L’implicite est dans l’incertitude créée dans l’idée que l’on se fait de devenir un garçon ou une fille et surtout la conviction d’avoir le choix de devenir un garçon ou une fille, choix que nous n’avons pas en réalité. (…) Ces livres ne sont évidemment que l’un des aspects de l’offensive libérale-libertaire, il ne faut pas les brûler puisque ce faisant ce serait la dictature politico-policière classique bien connue, qui ne vaut pas mieux que l’autre, mais on n’est pas obligé de les acheter et de les lire à ses enfants. Pierre Duriot
Chez Judith Butler, la grande théoricienne du gender, la définition du genre est une construction sociale et culturelle au service de cette domination. Son livre, traduit en 2005 en français, s’intitule Trouble dans le genre, pour un féminisme de la subversion. Judith Butler affirme vouloir penser ensemble « le féminisme et la subversion de l’identité ». En d’autres termes, elle entreprend de définir une politique féministe qui ne soit pas fondée sur l’identité féminine et précise, dans son introduction, son objectif : déstabiliser « l’hétérosexualité obligatoire » pour repenser l’organisation sociale selon les modèles homosexuels et transsexuels. L’hétérosexualité sert la domination de l’homme. Il faut y mettre fin en supprimant les concepts d’homme et de femme et imposer un nouveau genre fondé sur les orientations sexuelles et non sur l’identité sexuelle : « Les femmes ne seraient pas opprimées s’il n’existait pas un concept de femme. » Le deuxième point d’appui de la théorie, c’est l’opposition entre nature et culture. La société de la personne capable de créer des relations avec son semblable est remplacée par la société de l’individu qui se choisit ses vérités, ses intérêts et ses plaisirs. L’individu postmoderne doit se créer lui-même. C’est son droit le plus fondamental : « le droit à être moi ». Or la nature lui impose d’être homme ou femme. Accepter cette dictature, c’est refuser d’être libre. Se considérer comme homme ou femme, c’est refuser de se construire soi-même. Et pour la femme, c’est refuser de s’affranchir de la domination de l’homme. Ainsi, l’individu serait mieux caractérisé par son orientation sexuelle choisie que par son identité sexuelle comme donnée biologique, donc de nature. On entrevoit aisément les conséquences de cette idéologie pour notre vie sociale. Après avoir déconstruit la différence sexuelle, il est nécessaire de déconstruire le couple, la famille et la reproduction. Pour les gender feminists, le couple doit être choisi. La famille fondée sur le mariage monogamique, comme survivance de la domination de l’hétérosexualité, devient polymorphe (bi, pluri, homo, monoparentalité…). La filiation se décline : filiation biologique, intentionnelle, juridique, sociale. L’individu fait son choix dans ce grand marché libertaire. Et enfin, la reproduction doit évoluer. Les techniques permettent une reproduction asexuée (AMP, mères porteuses, utérus artificiel…) et les révisions des lois de bioéthique sont une opportunité pour obtenir satisfaction. Dans ce grand bouleversement, la loi enregistre les revendications individuelles et crée de nouveaux droits arbitraires et déconnectés du bien commun et de la stabilité de notre communauté humaine. Elisabeth Montfort
"Les mères produisent des recettes biologiques différentes pour un garçon et pour une fille », a expliqué Katie Hinde, une biologiste de l’Université de Harvard. Des études sur des humains, des singes et d’autres mammifères ont révélé une variété de différences dans le contenu du lait et la quantité produite. Ainsies petits garçons ont du lait plus riche en graisse et en protéines donc énergétique tandis que les petites filles obtiennent de plus grande quantités de lait. Plusieurs théories ont été avancées pour expliquer ce phénomène, a relevé Katie Hinde lors d’une présentation à la conférence annuelle de l’Association américaine pour l’avancement de la science (AAAS) réunie à Chicago du 13 au 17 février. Chez les singes rhésus par exemple, la femelle a tendance à produire plus de calcium dans son lait destiné à des progénitures femelles qui héritent du statut social de leur mère. « Cela permet aux mères de donner plus de lait à leurs filles ce qui va permettre d’accélerer leur développement pour commencer à se reproduire plus jeune », a expliqué la biologiste de l’évolution. Les mâles n’ont pas besoin de parvenir à la maturité sexuelle aussi vite que les femelles car leur seule limite sur la fréquence de leur reproduction dépend du nombre de femelles qu’ils peuvent conquérir. Les femelles chez les singes sont nourries au lait maternel plus longtemps que les mâles qui passent plus de temps à jouer et qui ont de ce fait besoin d’un lait plus énergétique. Mais on ne sait pas vraiment encore pourquoi chez les humains les mères produisent des laits différents pour leur nourrissons selon leur sexe, admet la scientifique. Il y a des indications montrant que tout est déjà programmé quand le bébé est encore dans le ventre de sa mère. AFP
Les garçons se développent plus vite que les filles, et ce, dès le début de la grossesse. Les médecins spécialistes des fécondations in vitro sont souvent capables de deviner si l’embryon sera mâle ou femelle rien qu’en se basant sur le nombre de divisions cellulaires qui se sont produites en un certain nombre d’heures depuis la fécondation: les embryons mâles ont un métabolisme plus élevé, qui accélère le début de leur croissance et la multiplication des cellules. L’évolution semble avoir favorisé cette croissance plus rapide afin que les embryons mâles passent la période critique de la différenciation testiculaire avant que les œstrogènes de leur mère, dont les niveaux grimpent régulièrement au début de la grossesse, ne perturbent le développement de leur appareil uro-génital. Conséquence de leur développement plus rapide, les garçons sont plus grands, plus lourds et physiquement plus vigoureux que les filles au moment de la naissance – avec des crânes plus épais et, oui, des cerveaux plus gros. Si les corps des garçons grandissent et grossissent plus vite, ceux des filles mûrissent plus rapidement. Et cette différence se traduit par un avantage net en faveur des fœtus féminins à la fin de la grossesse. Selon la plupart des critères de mesure, les filles sont plus capables de relever le défi de la vie en dehors de l’utérus ; les garçons sont davantage vulnérables à tout un éventail de maladies, de problèmes cognitifs et comportementaux, et même à la mort, à la fin de la grossesse et après l’accouchement. (…) Quand une femme enceinte fait une fausse couche, il est environ 30 % plus probable que le fœtus était celui d’un garçon. Les garçons ont aussi environ 7 % de chances de plus que les filles de naître prématurément. Même les garçons nés à terme courent davantage de risques que les filles. Le taux de mortalité infantile global, aux Etats-Unis, est 22% plus élevé chez les garçons que chez les filles. (…) Tous ces facteurs expliquent comment le surplus d’embryons mâles conçus à la fécondation diminue peu à peu, jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un nombre de fœtus masculins presque égal à celui des fœtus de filles. Après la naissance, néanmoins, la vulnérabilité des garçons reste un thème dominant du début de leur croissance. Ils risquent davantage que les filles de succomber à un nombre impressionnant de problèmes physiques et mentaux. Cela fait d’eux, par bien des aspects, le sexe le plus difficile à élever au début de l’enfance. (…) Deux études récentes – une sur les jolis petits vervets, l’autre sur les singes rhésus -ont révélé que les mâles et les femelles se différenciaient comme les garçons et les filles en matière de choix de jouets. La première étude, menée à l’université de Californie à Los Angeles (UCLA) par Gerianne Alexander et Melissa Hines, s’est penchée sur les préférences de vervets âgés de 1 an pour divers jouets humains conventionnels. Les mâles consacrèrent davantage de temps à manipuler la balle ou la petite voiture de police qu’aux autres jouets, tandis que les femelles préférèrent une poupée de chiffon et, plus mystérieusement, une casserole rouge. Cependant, les deux sexes passèrent autant de temps à examiner deux jouets unisexes (un chien en peluche et un livre d’images). Les résultats sont similaires dans l’étude des singes rhésus menée au Centre Yerkes de recherche sur les primates de l’université Emory. Dans les deux études, les singes ignoraient sans aucun doute le sens du concept de «jouet de garçon ou de jouet de fille». Aussi, ces résultats donnent bien à penser que ces préférences ont quelque chose d’inné. Les garçons, plus actifs, sont peut-être davantage séduits par les objets mobiles qu’ils peuvent manipuler et contrôler en utilisant leur corps. Les filles trouvent peut-être les poupées plus plaisantes parce qu’elles ont davantage propension à nouer des liens avec les personnes de leur entourage, voire, parce qu’elles ont une attitude véritablement instinctive pour les bébés. (…) L’attirance des femelles vervets pour les bébés pourrait aussi expliquer leur intérêt bien étrange pour la casserole de l’étude. Il se trouve simplement que le rouge de cette casserole était proche de celui de la peau des nourrissons vervets. Lise Eliot
Il est tout simplement aberrant de nier les preuves que, dans l’espèce humaine comme dans toutes les autres espèces, les différences génétiques entre mâles et femelles entraînent des différences moléculaires, cellulaires, physiologiques, et comportementales. Principalement, un gène localisé sur le chromosome Y entraîne la synthèse d’en moyenne sept fois plus de testostérone chez les hommes que chez les femmes. Or, comme chez les autres vertébrés, cette molécule possède des récepteurs dans le cerveau, qui, lorsqu’ils sont activés par la testostérone, influencent d’une part la construction du cerveau (au cours du développement embryonnaire mais aussi post-natal), et d’autre part le comportement (préférences, décisions, réactions, interactions sociales, performances cognitives, etc., à tous les âges de la vie). Sachant cela, il paraît indispensable de comprendre pourquoi et comment l’évolution a conduit à de telles différences, c’est-à-dire quelles sont les pressions sélectives qui ont façonné et maintenu ces différences au cours de l’histoire évolutive. Ceux qui nient ces faits, et donc rejettent leurs explications, le font pour des raisons idéologiques et affectives – non-scientifiques. Charlotte Faurie
La position qui consiste à dire que les différences entre les cerveaux d’hommes et de femmes est uniquement d’origine culturelle est fondée sur une idéologie, mais elle est reprise en boucle par les médias, car elle est décrétée politiquement correcte. Étant donné que, chez tous les animaux étudiés, la différence est très forte entre les cerveaux mâles et femelles, pour des raisons génétiques, il faudrait proposer un mécanisme particulier expliquant pourquoi et comment cette différence s’est effacée dans la lignée conduisant à l’espèce humaine. À ma connaissance, il n’en existe aucun de crédible, parce qu’aucun n’a été proposé. Les cerveaux sont biologiquement différents vu que les forces sélectives agissant sur les mâles et sur les femelles ne sont pas les mêmes, ce qui fait que les comportements sélectionnés depuis des centaines de millions d’années sont, eux aussi, différents. Les contraintes et les enjeux liés à la reproduction des hommes et des femmes sont aussi différents, dans tous les groupes culturels connus. À la naissance, les nouveaux nés garçons et filles ont déjà des comportements différents, donc des cerveaux biologiquement différents. Évidemment, l’environnement familial et social va aussi contribuer à augmenter ou atténuer ces différences, et le résultat sera une différence aux bases biologiques et culturelles. L’égalité sociale entre hommes et femmes peut évidemment se construire sans nier des différences biologiques, y compris dans les cerveaux. Ignorer ou nier une contribution biologique est une aberration, l’aveuglement idéologique ne peut conduire à rien de bon. Michel Raymond
Enfin, niveau éducation, Faurie et Raymond sont d’accord pour dire que "l’évolution et la biologie évolutive, y compris en ce qui concerne l’espèce humaine, doivent être enseignées dès le collège, afin de donner aux élèves des outils adéquats pour une véritable compréhension du monde biologique, de la même façon qu’on leur propose la gravité pour comprendre le monde physique". Et en ce sens, ils s’inscrivent dans la droite ligne du prix Nobel François Jacob, pour qui "cela simplifierait beaucoup la compréhension des enfants si l’on commençait l’étude du monde vivant par l’étude de l’évolution". Peggy Sastre

Attention: un obscurantisme peut en cacher un autre !

A l’heure où, entre deux concubinats et interviews à Têtu, notre Marieur pour tous en chef en oublie jusqu’à ses (premières) promesses de campagne en faveur de la PMA …

Et où, après avoir projeté d’introduire la théorie du genre en maternelle puis l’avoir effectivement introduite au lycée avec la controverse que l’on a déjà oubliée, le précédent gouvernement sarkozyste se défend un peu trop fort d’avoir lancé "la première étape de ce que le gouvernement est en train de vouloir faire aujourd’hui" …

Pendant qu’après avoir appelé ses recteurs à "s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités" via au besoin l’intervention à l’école d’associations homosexuelles ou même prôné la dépenalisation du cannabis,  l’actuel ministre de l’Education annonce contre toute évidence qu’un livre appelant à mettre à poil la maitresse et d’autres représentants de l’autorité ne figure pas sur les listes de son ministère …

Que, du côté de la recherche, le lait même dès le sein maternel et la bouche des enfants crie la vérité de la différentiation sexuelle …

Et que, sous prétexte de mauvaises fréquentations supposées avec la sociobiologie et l’antiféminisme, la psychologie évolutionnaire, c’est-à-dire  l’application de la théorie de l’évolution aux comportements humains, a tant de mal à se faire accepter en France …

Comment ne pas voir …

Derrière ces nouvelles byzantineries sur le sexe des anges et ce nouvel iconoclasme contre les "images stéréotypées" …

Et à l’instar de ces idées chrétiennes devenues folles contre lesquelles nous avait averti dès avant Orwell l’un des plus grands prophètes de notre monde moderne …

Le totalitarisme bien-pensant de nos nouveaux faiseurs d’anges …

Qui après avoir nié les différences raciales (pardon: ethniques jusque dans la… Constitution !) et l’antisémitisme (voire la présence juive !) en France …

Voudraient à présent faire ici-bas pour les différences sexuelles ce qu’un plus prudent christianisme avait réservé au ciel ?

Les neurones ont-ils un sexe ?

Sophie Roquelle

Le Figaro

20/08/2011

Les meilleurs extraits du livre événement de la neurobiologiste Lise Eliot , Cerveau rose, cerveau bleu (Robert Laffont).

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Garçons et filles sont différents. Cette donnée, évidente pour toutes les générations qui nous ont précédés, fait aujourd’hui l’effet d’une révélation étonnante à de nombreux parents. Nous qui avons été élevés dans l’idée de l’égalité des sexes, nous considérons ou nous espérons, à tout le moins, que les différences entre les sexes ne sont pas innées, mais fabriquées par la société. Nous nous côtoyons sans difficulté entre personnes des deux sexes, nous échangeons nos points de vue aussi bien sur le sport que sur la cuisine et nous sommes joyeusement en compétition les uns avec les autres sur nos lieux de travail en faisant constamment semblant de considérer qu’hommes et femmes sont plus ou moins identiques. Jusqu’à ce que nous ayons à notre tour des enfants et que les différences entre les sexes deviennent impossibles à ignorer! (…)

Oui, garçons et filles sont différents. Ils ont des centres d’intérêt différents, des niveaux d’activité différents, des seuils sensoriels différents, des forces physiques différentes, des styles relationnels différents, des capacités de concentration différentes et des aptitudes intellectuelles différentes ! Les différences ne sont pas quantitativement très importantes et, dans de nombreux cas, bien plus modestes que celles, parfois énormes, qui existent entre hommes et femmes adultes. Les petits garçons pleurent, les petites filles tapent et donnent des coups de pied. Mais les différences s’additionnent -et c’est cela qui provoque l’apparition de certaines statistiques alarmantes qui influencent notre façon de penser l’éducation des enfants. (…) Ces différences entre les sexes ont de réelles conséquences et posent d’énormes défis aux parents. Comment soutenir aussi bien nos fils que nos filles, les protéger et continuer de les traiter de manière équitable, alors que leurs besoins sont manifestement si différents?

Déjà, dans le ventre de la mère…

Les tests de grossesse vendus dans le commerce sont excellents, mais ils ne sont pas encore capables d’annoncer le sexe du futur bébé. Cette limitation est en partie due au fait que plus on est tôt dans la grossesse, moins il est possible de différencier les fœtus. Les bébés des deux sexes sont identiques pendant les six premières semaines de leur développement intra-utérin. Le processus de différenciation sexuelle s’enclenche vers le milieu du premier trimestre, mais il n’apparaît pas clairement à l’échographie avant la fin du troisième mois (au plus tôt). Les fœtus prennent leur temps pour révéler leurs organes génitaux au monde extérieur. Et à l’intérieur de leurs toutes petites têtes, la différenciation est encore plus lente.

Cependant, il y a des différences qui s’impriment dans le cerveau, et sans doute dans l’esprit, avant la naissance. Vous ne pouvez ni les voir à l’échographie ni les entendre dans les battements de cœur du fœtus, mais elles sont bien là: garçons et filles sont influencés dans l’utérus par différents gènes et différentes hormones qui leur sont propres. (…)

Parmi toutes ces influences, celle que les chercheurs connaissent le mieux est celle de la testostérone, la célébrissime hormone stéroïde contre laquelle les mères adorent se lamenter quand elles surprennent leurs fils à se pourchasser à travers la maison ou à se bagarrer trop près de la table basse du salon.

Les parents, en général, ne savent pas à quel point la testostérone intervient tôt dans le développement de leur enfant. La première poussée de testotérone démarre six semaines après la conception, pour se terminer avant la fin du second trimestre. Ensuite, et jusqu’au moment de la naissance, le niveau de testostrérone des garçons n’est guère différent de celui des filles. Une autre poussée survient alors, plus modeste que la première, qui s’étend sur les six premiers mois de la vie. En tout état de cause, la brève période de quatre mois, avant la naissance, durant laquelle les fœtus sont exposés à la testostérone, suffit à les masculiniser entre les jambes et, dans une certaine mesure, dans leurs cerveaux embryonnaires. (…)

Les garçons se développent plus vite que les filles, et ce, dès le début de la grossesse. Les médecins spécialistes des fécondations in vitro sont souvent capables de deviner si l’embryon sera mâle ou femelle rien qu’en se basant sur le nombre de divisions cellulaires qui se sont produites en un certain nombre d’heures depuis la fécondation: les embryons mâles ont un métabolisme plus élevé, qui accélère le début de leur croissance et la multiplication des cellules. L’évolution semble avoir favorisé cette croissance plus rapide afin que les embryons mâles passent la période critique de la différenciation testiculaire avant que les œstrogènes de leur mère, dont les niveaux grimpent régulièrement au début de la grossesse, ne perturbent le développement de leur appareil uro-génital. Conséquence de leur développement plus rapide, les garçons sont plus grands, plus lourds et physiquement plus vigoureux que les filles au moment de la naissance – avec des crânes plus épais et, oui, des cerveaux plus gros.

Si les corps des garçons grandissent et grossissent plus vite, ceux des filles mûrissent plus rapidement. Et cette différence se traduit par un avantage net en faveur des fœtus féminins à la fin de la grossesse. Selon la plupart des critères de mesure, les filles sont plus capables de relever le défi de la vie en dehors de l’utérus ; les garçons sont davantage vulnérables à tout un éventail de maladies, de problèmes cognitifs et comportementaux, et même à la mort, à la fin de la grossesse et après l’accouchement. (…)

Quand une femme enceinte fait une fausse couche, il est environ 30 % plus probable que le fœtus était celui d’un garçon. Les garçons ont aussi environ 7 % de chances de plus que les filles de naître prématurément. Même les garçons nés à terme courent davantage de risques que les filles. Le taux de mortalité infantile global, aux Etats-Unis, est 22% plus élevé chez les garçons que chez les filles. (…)

Tous ces facteurs expliquent comment le surplus d’embryons mâles conçus à la fécondation diminue peu à peu, jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un nombre de fœtus masculins presque égal à celui des fœtus de filles. Après la naissance, néanmoins, la vulnérabilité des garçons reste un thème dominant du début de leur croissance. Ils risquent davantage que les filles de succomber à un nombre impressionnant de problèmes physiques et mentaux. Cela fait d’eux, par bien des aspects, le sexe le plus difficile à élever au début de l’enfance.

A la naissance: si semblables… et si différents

Comme les chatons, les nouveau-nés se ressemblent à peu près tous. (…). N’empêche, il existe quelques différences entre les sexes, constantes et fiables, qui influencent sans doute réellement le démarrage de chaque garçon et de chaque fille dans la vie. Les bébés filles devancent les garçons par le nombre de gestes qu’elles produisent. En moyenne, elles commencent quelques semaines avant eux à pointer du doigt, à saluer de la main et à lever les bras vers les adultes pour être soulevées. Mais là encore, leur avantage est assez réduit: dans une importante étude suédoise, il est apparu que les filles de 18 mois produisaient… 5% de gestes en plus que les garçons. D’un autre côté, les gestes ne sont pas tout à fait les mêmes. Certains des gestes des bébés sont déjà marqués sexuellement: les filles de 8 à 16 mois ont davantage tendance à imiter les comportements parentaux (par exemple, elles étreignent ou bercent leurs poupées); les garçons de la même tranche d’âge font le geste de lire un journal, de conduire une voiture ou de donner des coups de marteau.

Après les gestes vient la prononciation des mots, premiers outils d’expression verbale des bébés. Les filles conservent leur modeste avancée, tout au long de la petite enfance, pour produire en moyenne trois cents mots à l’âge de 22 mois, tandis que les garçons atteignent ce seuil à 23 ou 24 mois.

Passé l’âge de 2 ans, les enfants commencent à parler pour de bon. Ils se mettent à associer les mots en petites phrases simples telles que Maman maison, Encore lait ou Aller parc. Là encore, les filles prennent la tête: huit mots consécutifs d’un souffle, à deux ans et demi, contre environ six mots pour les garçons. Et à l’émergence des phrases grammaticalement justes, celles des filles sont plus longues et plus complexes que celles des garçons – une différence qui se maintient durant toute la période préscolaire. (…)

Les écarts entre garçons et filles se creusent énormément entre 2 et 6 ans -et certains sont plus marqués à cette période qu’à aucun autre moment de la vie. Les coupables ne sont pas les hormones, puisque les gonades des enfants se sont calmées et resteront tranquilles jusqu’à la puberté. Mais il est vrai, comme nous l’avons vu, que certaines influences génétiques et hormonales pré et postnatales ont projeté les enfants sur des trajectoires légèrement différentes. Longtemps avant qu’ils n’entrent en contact avec notre culture très codifiée entre masculin et féminin, leurs cerveaux sont préparés à ne pas réagir tout à fait de la même manière à certains aspects de notre environnement. Et une fois le processus amorcé, ils s’épanouissent selon un modèle rose ou bleu qui caractérisera de bien des façons la suite de leur développement. (…)

Jouets: Barbie vs camion-benne

La plupart des parents ont des récits (…) sur les activités ludiques «typiques de leur sexe» de leurs très jeunes enfants. Et les recherches confirment que cette différence est remarquablement universelle. Qu’ils grandissent aux Etats-Unis, en Europe, au Japon et probablement n’importe où dans le monde, les garçons de 2 à 5 ans choisissent à une écrasante majorité le camion, la petite voiture, le ballon ou tout autre jouet « masculin » quand on leur offre le choix entre ces objets et une poupée. Les fillettes du même âge sélectionnent la poupée, les ustensiles de cuisine ou le nécessaire à maquillage (surtout si l’un de ces jouets est rose). (…) «Il doit y avoir un gène de la bagnole sur le chromosome Y!» Voilà comment de nombreux parents expliquent le fait indéniable, universel. (…)

Bien sûr, ni les camions ni les poupées n’existaient il y a cent mille ans, quand le génome humain s’est stabilisé sur la séquence qu’il a aujourd’hui. Mais il ne paraît pas absurde de croire que certaines propriétés intrinsèques des jouets «garçons» et des jouets «filles» séduisent profondément, et différemment, les garçons et les filles.

L’argument contraire, c’est que non, non, trois fois non, il n’y a strictement rien d’inné à tout cela. C’est nous, les parents, qui imbibons les enfants de ces préférences à travers les choix que nous faisons très consciemment quand nous leur achetons des jouets et à travers les présupposés inconscients sur les garçons et les filles. Cette théorie de la prééminence de l’acquis sur l’inné, des facteurs culturels sur la nature, n’a plus autant la cote qu’il y a quelques décennies, notamment parce qu’elle est contredite par les tentatives des parents pour intéresser leurs fils aux poupées et leurs filles aux camions. Mais la vérité est quelque part entre les deux idées: les préférences des garçons et des filles pour telle ou telle sorte de jouets sont clairement biaisées par certaines tendances innées, mais elles sont amplifiées par divers facteurs sociaux au premier chef desquels la prise de conscience qui s’impose à l’enfant qu’il est un garçon ou une fille. (…)

Deux études récentes – une sur les jolis petits vervets, l’autre sur les singes rhésus -ont révélé que les mâles et les femelles se différenciaient comme les garçons et les filles en matière de choix de jouets. La première étude, menée à l’université de Californie à Los Angeles (UCLA) par Gerianne Alexander et Melissa Hines, s’est penchée sur les préférences de vervets âgés de 1 an pour divers jouets humains conventionnels. Les mâles consacrèrent davantage de temps à manipuler la balle ou la petite voiture de police qu’aux autres jouets, tandis que les femelles préférèrent une poupée de chiffon et, plus mystérieusement, une casserole rouge. Cependant, les deux sexes passèrent autant de temps à examiner deux jouets unisexes (un chien en peluche et un livre d’images). Les résultats sont similaires dans l’étude des singes rhésus menée au Centre Yerkes de recherche sur les primates de l’université Emory. Dans les deux études, les singes ignoraient sans aucun doute le sens du concept de «jouet de garçon ou de jouet de fille». Aussi, ces résultats donnent bien à penser que ces préférences ont quelque chose d’inné.

Les garçons, plus actifs, sont peut-être davantage séduits par les objets mobiles qu’ils peuvent manipuler et contrôler en utilisant leur corps. Les filles trouvent peut-être les poupées plus plaisantes parce qu’elles ont davantage propension à nouer des liens avec les personnes de leur entourage, voire, parce qu’elles ont une attitude véritablement instinctive pour les bébés. (…) L’attirance des femelles vervets pour les bébés pourrait aussi expliquer leur intérêt bien étrange pour la casserole de l’étude. Il se trouve simplement que le rouge de cette casserole était proche de celui de la peau des nourrissons vervets. (…)

L’école: elles écrivent, ils comptent

S’ils insistent parfois pour porter des robes bien roses ou des jeans bien bleus pour l’école, ils ont beaucoup de choses en commun une fois en classe. Oui, les filles sont plus précoces sur le plan verbal. Mais en réalité, il s’agit là d’une des différences entre les sexes les moins importantes: elle se traduit par un simple écart de deux points de QI avant 6 ans et elle diminue beaucoup au cours des premières années du primaire (sans aucun doute parce que les enfants se mettent tous à parler énormément une fois qu’ils sont scolarisés). En d’autres termes, il y a des tas de petits garçons très loquaces. Et s’il est vrai que davantage de garçons que de filles ont des difficultés à apprendre à lire, il ne faut pas en conclure que tous les garçons peineront dans ce domaine ou, pis, qu’aucune fille n’a besoin d’aide supplémentaire pour apprendre à s’exprimer ou à lire. En outre, les filles ne sont pas en avance dans toutes les mesures de l’aptitude verbale. Pour le vocabulaire, en particulier, on n’observe pas de différence entre les sexes à partir de l’âge de 6 ans, en tout cas, et pendant toutes les années qui suivent.

Les garçons ont l’avantage dans d’autres domaines. Dès le primaire, ils ont des résultats un peu supérieurs aux tests d’aptitudes visio-spatiales et ils distancent de plus en plus les filles tout au long de l’enfance et de l’adolescence. Ils sont également tout aussi bons, sinon meilleurs qu’elles en maths. (…) En maths et en sciences, à vrai dire, les filles démarrent tout à fait du bon pied. Au début du primaire, elles connaissent leurs nombres et savent compter aussi bien que les garçons. Les filles et les femmes sont même meilleures que les garçons et les hommes en calcul mental. Au bout du compte, pourtant, ce sont les garçons qui obtiennent les meilleurs résultats dans la plupart des examens de mathématiques, dont ceux de géométrie, de mesures, de probabilités et pour les très redoutés «problèmes».

Considérons les données des tests d’évaluation passés par des centaines de milliers d’élèves américains. Les filles ont des résultats inférieurs à ceux des garçons, en maths comme en sciences, dans les classes de CM1 et de quatrième quoique la différence (deux à trois points) soit considérablement moindre que la différence, au désavantage des garçons, relevée aux tests de lecture et d’écriture. Les filles sont encore un peu plus en retard en terminale. A cet âge, cependant, il est encourageant de constater que les écarts se sont réduits presque de moitié par rapport à ce qu’ils étaient il y a dix ou vingt ans.

Ne pleure pas, mon fils!

A vrai dire (…), les garçons seraient plutôt plus émotifs que les filles: les nouveau-nés sont plus irritables, ils pleurent plus tôt s’ils ont un problème et ils sont moins faciles à consoler que les nouveau-nées. Les choses s’égalisent assez vite, mais, comme le savent tous les parents de garçons, ceux-ci manifestent beaucoup, beaucoup leurs émotions. Pour eux comme pour les filles, le début de la vie est un méli-mélo de périodes de bonne humeur et de chutes dans la déprime la plus noire, de crises de colère et de sourires exubérants, sans oublier les poignantes déclarations d’amour qu’ils adressent à leurs parents, leurs frères et sœurs et leurs animaux domestiques. Les visages des garçons, comme ceux des filles, sont très, très expressifs (voilà pourquoi les parents aiment tellement les photographier). Arrivés à l’âge de 4 ou 5 ans, les garçons pleurent peut-être un peu moins que les filles, mais ils versent encore bien assez de larmes pour vous donner envie de les prendre dans vos bras, de les bercer et de faire tout votre possible pour les réconforter.

Si les garçons éprouvent sans l’ombre d’un doute les mêmes émotions que les filles, ils apprennent cependant bien vite à ne pas les montrer. Le cliché du mâle stoïque est assez juste – en apparence, du moins. Les hommes adultes manifestent effectivement moins d’expressions faciales, ils pleurent moins et, de manière générale, ils dissimulent leurs sentiments davantage que les femmes. Mais cela ne signifie pas qu’ils ne ressentent rien, bien au contraire! Dans les études en laboratoire, les hommes réagissent d’ailleurs plus intensément que les femmes aux stimuli émotionnels frappants comme le visionnage d’un film violent ou la peur de recevoir une décharge électrique. Le truc, c’est que leurs réactions sont essentiellement internes: dans les situations émotionnellement troublantes, ils connaissent de plus fortes accélérations de leur rythme cardiaque, de plus fortes élévations de leur pression artérielle et davantage de suées que les femmes. Mais leurs émotions, même si elles sont moins visibles en surface, sont tout aussi puissantes que celles des femmes.» (…)

Les intertitres sont de la rédaction.

Cerveau rose, cerveau bleu. Les neurones ont-ils un sexe?, de Lise Eliot, Robert Laffont, 504p., 22€.

Voir aussi:

Pourquoi la théorie de l’évolution de Darwin est-elle autant détestée ?

Peggy Sastre

Le Nouvel Observateur

12-06-2012

LE PLUS. Les comportements des femmes sont-ils différents de ceux des hommes pour des raisons génétiques ? Le décryptage de la vie humaine par Darwin est bien une révolution, selon Peggy Sastre, auteur de "No Sex" et "Ex utero". Ceux qui la critiquent peuvent aussi mal comprendre ou sous-estimer son importance.

Édité et parrainé par Mélissa Bounoua

La théorie darwinienne de l’évolution est l’une des plus importantes découvertes de tous les temps et peut se résumer en quatre propositions fondamentales :

1. Il existe une compétition entre les individus car les ressources de leur environnement sont limitées et les organismes produisent en général plus d’individus qu’il ne peut en survivre.

2. Il existe une variabilité interindividuelle au sein de chaque population. Certaines de ces variations sont héréditaires.

3. Il existe, dans un environnement donné, un avantage adaptatif ("fitness") associé à certaines variations, certains individus étant en conséquence plus efficaces ("fittest") que d’autres dans la lutte pour la survie et la reproduction.

4. En vertu des deux premières propositions, les individus porteurs de traits avantageux se reproduisent plus que les autres et transmettent leurs traits héritables à leur descendance. La population se trouve donc graduellement modifiée au fil des générations. Ce processus est appelé sélection naturelle, l’adaptation en est la conséquence.

À côté d’autres révolutions scientifiques (Copernic, Galilée, Newton ou Einstein), la force de Darwin est double : d’une part, c’est la vie et l’homme qu’il décrypte, pas des lois abstraites d’organisation de la matière et, d’autre part, sa théorie répond d’un seul mouvement à la question du "pourquoi" (l’adaptation) et à celle du "comment" (la sélection).

Mais l’idée darwinienne est peut-être l’un des paradigmes scientifiques les plus détestés de tous les temps, ne serait-ce que par tout le mal qu’elle fait et a fait aux religions. En France, tout particulièrement, elle est aussi l’une des plus sous-estimées, mal connues et mal comprises. Je ne compte plus les fois où, en essayant de l’exposer et de l’utiliser, on m’a répondu des trucs du genre "ce n’est qu’une théorie, rien ne la prouve", "on ne peut pas l’appliquer aux humains", "c’est juste un gros délire anglo-saxon", "en voilà des idées odieuses qui justifient l’extermination des plus faibles, on va tous finir dans un stade avec un numéro sur le bras à ce rythme-là !", etc.

Le royaume pourri de Darwin ?

Dernièrement, je suis ainsi tombée sur trois articles qui, bien que très différents dans leur forme comme dans leurs attendus, véhiculaient, globalement, le message selon lequel il y aurait quelque chose de fondamentalement pourri au royaume de Darwin :

- Le premier (le plus "sérieux"), publié sur un jeune blog qui se donne comme mission, somme toute honorable, d’être une sorte d’observatoire critique de la vulgarisation scientifique, mettait en garde contre les travers supposés de la "psychologie évolutionniste", "discipline idéologiquement suspecte du fait de ses accointances avec la sociobiologie et l’antiféminisme" [1] ;

- Le second, rédigé par Mona Chollet en réponse au dernier livre de Nancy Huston (sur lequel je reviendrai bientôt), voyait dans l’application de la théorie de l’évolution aux comportements humains en général, et sexuels en particulier, des "thèses réactionnaires et indigentes" ;

- Enfin, le troisième, écrit par Agnès Giard, n’y allait pas par quatre chemins : pour elle, toutes ces histoires ne sont qu’une "théorie douteuse, voire foireuse". On aura bien saisi : avant même de tenter de le comprendre, le dangereux Darwin, il faut s’en méfier, voire s’en détourner.

Un peu lasse d’avoir à combattre ces idées reçues (pour parler poliment) avec mes petits bras d’autodidacte, j’ai voulu m’entretenir avec quelques spécialistes estampillés "officiels" pour voir si la situation était réellement aussi désespérée qu’elle m’en avait l’air, ou si c’était, encore une fois, mon esprit malade qui me jouait des tours.

Pour couper l’herbe sous le pied de ceux pour qui la théorie de l’évolution et la France sont incompatibles (j’en suis parfois, je l’avoue, quand je suis très très énervée), je me suis orientée vers Michel Raymond, directeur de recherche au CNRS, responsable d’une équipe de recherche en biologie évolutive humaine à l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier [2]. Au sein de son laboratoire, j’ai aussi posé quelques questions à Charlotte Faurie, spécialiste, entre autres, de l’évolution de la latéralité dans les populations humaines.

Pour eux, la situation commence tout juste à se débloquer, en particulier depuis 2009, la fameuse "année Darwin", qui célébrait les deux cents ans de sa naissance et les cent cinquante ans de la première édition de "De l’origine des espèces".

Mais pour autant, m’ont-ils expliqué, "les mécanismes qui sous-tendent l’évolution sont généralement mal connus, peu enseignés, et mal vulgarisés. Souvent caricaturé, le principe de la sélection naturelle est aussi parfois rejeté pour des raisons idéologiques. Il est pourtant nécessaire de s’accommoder des règles qui régissent le monde, puisque nos opinions ne les changeront pas. Ainsi, si l’on projette d’aller sur la Lune, quelles que soient nos opinions personnelles, il est prudent de ne pas s’inventer sa propre la loi de la gravité. Il en est de même en biologie. La compréhension du monde vivant passe par la connaissance des règles de l’évolution, et la sélection naturelle est l’une d’elles, la seule qui puisse rendre compte des adaptations du vivant et de l’existence d’organes complexes."

Et l’espèce humaine ? Elle n’y échappe évidemment pas : "la culture humaine ne fait pas sortir notre espèce du large champ de l’évolution", poursuivent Faurie et Raymond. Certes, "l’espèce humaine a des spécificités, comme un langage extrêmement développé et une culture complexe", mais "de nombreuses espèces animales possèdent une culture, parfois pas si rudimentaire que cela et, là encore, la sélection naturelle est indispensable pour en comprendre l’évolution".

Des blocages idéologiques et institutionnels

C’est pourtant ce genre de mantra – que l’humain super complexe échappe à l’évolution, d’aucuns disent même que l’humain n’évolue plus – qu’on se ressasse ici ou là, et en particulier dans les articles mentionnés ci-dessus. Pour Faurie et Raymond, cela s’explique par des "blocages, d’ordre idéologique et institutionnel. Les sciences sociales, au XXe siècle, ont défendu et construit des paradigmes scientifiques fondés essentiellement sur des déterminants purement environnementaux. Les effets biologiques dans les comportements étaient inconcevables (et restent inconcevables pour certains). Évidemment, la position opposée – tout s’explique biologiquement – est aussi extrême et fausse."

Selon les chercheurs, "le véritable problème est que la culture humaine est étudiée dans nos institutions comme une particularité qui échappe aux règles du vivant, particulièrement en France : les universités de sciences humaines ont des campus séparés des autres, cette séparation se retrouve également au sein du CNRS… Comme un dualisme conforté de façon institutionnelle. Mais rien ne vient appuyer scientifiquement une telle séparation. Au contraire, on sait maintenant que ce sont les interactions entre la biologie et la culture qui ont façonné ce que nous sommes, des interactions très fortes : chaque changement d’un côté modifiant les sélections de l’autre, qui en retour change la trajectoire initiale, et ainsi de suite. Les exemples sont de plus en plus nombreux. Avec cette coupure institutionnelle, on est mal équipé pour aborder sereinement ce genre d’interaction."

Blocage d’entre les blocages : les différences sexuelles. Pour Charlotte Faurie, ce sujet fait même "l’objet d’un obscurantisme ahurissant" :

"Il est tout simplement aberrant de nier les preuves que, dans l’espèce humaine comme dans toutes les autres espèces, les différences génétiques entre mâles et femelles entraînent des différences moléculaires, cellulaires, physiologiques, et comportementales. Principalement, un gène localisé sur le chromosome Y entraîne la synthèse d’en moyenne sept fois plus de testostérone chez les hommes que chez les femmes. Or, comme chez les autres vertébrés, cette molécule possède des récepteurs dans le cerveau, qui, lorsqu’ils sont activés par la testostérone, influencent d’une part la construction du cerveau (au cours du développement embryonnaire mais aussi post-natal), et d’autre part le comportement (préférences, décisions, réactions, interactions sociales, performances cognitives, etc., à tous les âges de la vie). Sachant cela, il paraît indispensable de comprendre pourquoi et comment l’évolution a conduit à de telles différences, c’est-à-dire quelles sont les pressions sélectives qui ont façonné et maintenu ces différences au cours de l’histoire évolutive. Ceux qui nient ces faits, et donc rejettent leurs explications, le font pour des raisons idéologiques et affectives – non-scientifiques."

Ce que Michel Raymond confirme :

"La position qui consiste à dire que les différences entre les cerveaux d’hommes et de femmes est uniquement d’origine culturelle est fondée sur une idéologie, mais elle est reprise en boucle par les médias, car elle est décrétée politiquement correcte. Étant donné que, chez tous les animaux étudiés, la différence est très forte entre les cerveaux mâles et femelles, pour des raisons génétiques, il faudrait proposer un mécanisme particulier expliquant pourquoi et comment cette différence s’est effacée dans la lignée conduisant à l’espèce humaine.

À ma connaissance, il n’en existe aucun de crédible, parce qu’aucun n’a été proposé. Les cerveaux sont biologiquement différents vu que les forces sélectives agissant sur les mâles et sur les femelles ne sont pas les mêmes, ce qui fait que les comportements sélectionnés depuis des centaines de millions d’années sont, eux aussi, différents. Les contraintes et les enjeux liés à la reproduction des hommes et des femmes sont aussi différents, dans tous les groupes culturels connus. À la naissance, les nouveaux nés garçons et filles ont déjà des comportements différents, donc des cerveaux biologiquement différents.

Évidemment, l’environnement familial et social va aussi contribuer à augmenter ou atténuer ces différences, et le résultat sera une différence aux bases biologiques et culturelles. L’égalité sociale entre hommes et femmes peut évidemment se construire sans nier des différences biologiques, y compris dans les cerveaux. Ignorer ou nier une contribution biologique est une aberration, l’aveuglement idéologique ne peut conduire à rien de bon."

Comment pourrait-on s’en sortir ?

Encore, et toujours, les meilleurs ennemis de l’obscurantisme sont l’éducation et l’information. Pour Charlotte Faurie, la vulgarisation doit être mise avant tout entre les mains des chercheurs, qui devraient "être incités à une implication dans des actions de vulgarisation, par une valorisation de ce travail par le CNRS et les universités (actuellement c’est plutôt considéré comme un loisir et/ou une perte de temps, qui doit être fait en dehors du temps de travail)".

Quant aux journalistes, c’est en étroite collaboration avec les universitaires qu’ils devraient travailler, sans se contenter de "passer un coup de fil de dix minutes à un chercheur avant d’écrire à la va-vite et de publier sans relecture un article sur une question scientifique".

Enfin, niveau éducation, Faurie et Raymond sont d’accord pour dire que "l’évolution et la biologie évolutive, y compris en ce qui concerne l’espèce humaine, doivent être enseignées dès le collège, afin de donner aux élèves des outils adéquats pour une véritable compréhension du monde biologique, de la même façon qu’on leur propose la gravité pour comprendre le monde physique". Et en ce sens, ils s’inscrivent dans la droite ligne du prix Nobel François Jacob, pour qui "cela simplifierait beaucoup la compréhension des enfants si l’on commençait l’étude du monde vivant par l’étude de l’évolution".

Il ne reste plus qu’à mettre tout cela en œuvre. Est-ce vraiment difficile ?

—-

[1] C’est ici une spécialité française et très signifiante que de souvent choisir des suffixes (-isme, -iste) marquant une couleur idéologique et politique (parle-t-on de physique quantiste?) pour mentionner les disciplines scientifiques nées avec Darwin. Pour ma part, j’insisterai toujours pour l’emploi de formules neutres comme "évolutionnaire" (la traduction est d’ailleurs plus fidèle à l’anglais "evolutionary") ou "évolutif".

[2] Auteur, entre autres, de deux ouvrages de vulgarisation bien malins dont je ne saurais que trop vous conseiller la lecture.

Voir également:

Le lait maternel s’adapte au sexe du bébé

Les Echos

15/02/14

Les mères produisent un lait différent selon qu’elles donnent naissance à un garçon ou à une fille, selon une étude britannique.

Il n’est pas rose ou bleu en fonction du sexe, mais sa constitution diffère : le lait des mères n’est pas le même selon qu’elles donnent naissance à un garçon ou à une fille, révèle une recherche publiée vendredi. « Les mères produisent des recettes biologiques différentes pour un garçon et pour une fille », a expliqué Katie Hinde, une biologiste de l’Université de Harvard. Des études sur des humains, des singes et d’autres mammifères ont révélé une variété de différences dans le contenu du lait et la quantité produite.

Ainsi les petits garçons ont du lait plus riche en graisse et en protéines donc énergétique tandis que les petites filles obtiennent de plus grande quantités de lait. Plusieurs théories ont été avancées pour expliquer ce phénomène, a relevé Katie Hinde lors d’une présentation à la conférence annuelle de l’Association américaine pour l’avancement de la science (AAAS) réunie à Chicago du 13 au 17 février.

Accélerer le développement

Chez les singes rhésus par exemple, la femelle a tendance à produire plus de calcium dans son lait destiné à des progénitures femelles qui héritent du statut social de leur mère. « Cela permet aux mères de donner plus de lait à leurs filles ce qui va permettre d’accélerer leur développement pour commencer à se reproduire plus jeune », a expliqué la biologiste de l’évolution.

Les mâles n’ont pas besoin de parvenir à la maturité sexuelle aussi vite que les femelles car leur seule limite sur la fréquence de leur reproduction dépend du nombre de femelles qu’ils peuvent conquérir. Les femelles chez les singes sont nourries au lait maternel plus longtemps que les mâles qui passent plus de temps à jouer et qui ont de ce fait besoin d’un lait plus énergétique.

Mais on ne sait pas vraiment encore pourquoi chez les humains les mères produisent des laits différents pour leur nourrissons selon leur sexe, admet la scientifique. Il y a des indications montrant que tout est déjà programmé quand le bébé est encore dans le ventre de sa mère.

Améliorer le lait maternisé

Une étude de Katie Hinde publiée la semaine dernière montre que le sexe du foetus influence la production de lait des vaches longtemps après la séparation de leurs veaux, le plus souvent dans les heures après avoir mis bas. Cette recherche menée sur 1,49 million de vaches a montré qu’au cours de deux cycles de lactation de 305 jours, elles ont produite en moyenne 445 kilos en plus de lait quand elles donnaient naissances à des femelles comparativement à des mâles. Ces chercheurs n’ont pas non plus constaté de différences dans le contenu de protéines ou de graisse dans le lait produit pour une progéniture femelle ou mâle.

Comprendre les différences dans le lait maternel humain et l’impact sur le développement de l’enfant pourrait aider à améliorer les formules de lait pour enfant destinées aux mères n’allaitant pas. « Si la valeur nutritionnelle du lait maternel est bien reproduite dans les formules, les facteurs favorisant l’immunité du nourrisson ainsi que les signaux hormonaux sont absents », a expliqué la chercheuse.

Pouvoir mieux comprendre comment le lait est « personnalisé » selon chaque enfant permettrait également d’aider les hôpitaux à trouver du lait provenant du sein donné pour aider à mieux nourrir des enfants malades et nés prématurément, a-t-elle ajouté.

source AFP

Voir encore:

La subversion de l’identité

Elizabeth Montfort

Valeurs actuelles

03 février 2011

Avec la théorie du gender, une véritable déferlante s’abat sur la France et l’Europe, dans une indifférence quasi générale. En juin dernier, l’IEP de Paris annonçait un enseignement obligatoire sur les gender studies pour septembre 2011. Début janvier, l’IUFM de Nice organisait un colloque sur “Filles et garçons au sein de l’institution scolaire” avec une place de choix pour ces études.

Cette théorie née aux États-Unis s’est développée dans les années 1990. Mais c’est vraiment la 4e conférence mondiale sur les femmes, organisée par l’Onu en 1995, qui a imposé ce concept dans le vocabulaire international, largement relayé au Parlement européen. Cette théorie est une véritable révolution anthropologique dont l’objectif est de repenser les rapports homme-femme à partir d’une déconstruction de leur identité. Ce mouvement succède à deux courants féministes : l’égalitarisme où la femme prend comme modèle l’homme pour s’affranchir de sa domination, et le différentialisme qui exalte les différences entre les sexes au mépris de ce qui est commun, c’est la revendication des droits de la femme et la guerre des sexes. Ces deux courants avaient encore un aspect pratique car leur but était d’obtenir par la loi l’égalité des droits (droit de vote, égalité salariale…).

Avec la théorie du gender, un nouveau courant idéologique apparaît. Une partie des féministes radicales, notamment dans leur composante lesbienne, ne sont pas satisfaites de l’égalité des sexes et de la parité. Pour elles, l’égalité et la parité sont un leurre car elles supposent une distinction entre les sexes, synonyme d’inégalité et de la domination de l’homme sur la femme. Leur féminisme s’inspire d’un mélange de néomarxisme, de structuralisme et d’existentialisme : d’une part, la dialectique dominants-dominés ; d’autre part, la déconstruction des stéréotypes imposés par la culture. Admettre la différence des sexes, c’est admettre la complémentarité des sexes, la domination patriarcale, donc l’oppression et l’aliénation de la femme.

Chez Judith Butler, la grande théoricienne du gender, la définition du genre est une construction sociale et culturelle au service de cette domination. Son livre, traduit en 2005 en français, s’intitule Trouble dans le genre, pour un féminisme de la subversion. Judith Butler affirme vouloir penser ensemble « le féminisme et la subversion de l’identité ». En d’autres termes, elle entreprend de définir une politique féministe qui ne soit pas fondée sur l’identité féminine et précise, dans son introduction, son objectif : déstabiliser « l’hétérosexualité obligatoire » pour repenser l’organisation sociale selon les modèles homosexuels et transsexuels. L’hétérosexualité sert la domination de l’homme. Il faut y mettre fin en supprimant les concepts d’homme et de femme et imposer un nouveau genre fondé sur les orientations sexuelles et non sur l’identité sexuelle : « Les femmes ne seraient pas opprimées s’il n’existait pas un concept de femme. »

Le deuxième point d’appui de la théorie, c’est l’opposition entre nature et culture. La société de la personne capable de créer des relations avec son semblable est remplacée par la société de l’individu qui se choisit ses vérités, ses intérêts et ses plaisirs. L’individu postmoderne doit se créer lui-même. C’est son droit le plus fondamental : « le droit à être moi ». Or la nature lui impose d’être homme ou femme. Accepter cette dictature, c’est refuser d’être libre. Se considérer comme homme ou femme, c’est refuser de se construire soi-même. Et pour la femme, c’est refuser de s’affranchir de la domination de l’homme. Ainsi, l’individu serait mieux caractérisé par son orientation sexuelle choisie que par son identité sexuelle comme donnée biologique, donc de nature.

On entrevoit aisément les conséquences de cette idéologie pour notre vie sociale. Après avoir déconstruit la différence sexuelle, il est nécessaire de déconstruire le couple, la famille et la reproduction. Pour les gender feminists, le couple doit être choisi. La famille fondée sur le mariage monogamique, comme survivance de la domination de l’hétérosexualité, devient polymorphe (bi, pluri, homo, monoparentalité…). La filiation se décline : filiation biologique, intentionnelle, juridique, sociale. L’individu fait son choix dans ce grand marché libertaire. Et enfin, la reproduction doit évoluer. Les techniques permettent une reproduction asexuée (AMP, mères porteuses, utérus artificiel…) et les révisions des lois de bioéthique sont une opportunité pour obtenir satisfaction. Dans ce grand bouleversement, la loi enregistre les revendications individuelles et crée de nouveaux droits arbitraires et déconnectés du bien commun et de la stabilité de notre communauté humaine.

Il est urgent de réagir. C’est la mission que s’est donnée l’Alliance pour un nouveau féminisme européen : analyser et informer pour construire une société pacifiée, fondée sur le respect et la coopération plutôt que sur la rivalité et la compétition. Il s’agit bien de nouveaux rapports entre les hommes et les femmes, égaux en droits et d’une égale dignité.

Elizabeth Montfort, ancien député européen, présidente de l’Alliance pour un nouveau féminisme européen

Voir par ailleurs:

Boys and Girls May Get Different Breast Milk

Milk composition differs based on a baby’s sex and a mother’s wealth

Marissa Fessenden

Scientific American

Nov 13, 2012

mother with babies, breast milk, breastfeeding

Thomas Fuchs

Mother’s milk may be the first food, but it is not created equal. In humans and other mammals, researchers have found that milk composition changes depending on the infant’s gender and on whether conditions are good or bad. Understanding those differences can give scientists insights into human evolution.

Researchers at Michigan State University and other institutions found that among 72 mothers in rural Kenya, women with sons generally gave richer milk (2.8 percent fat compared with 0.6 percent for daughters).* Poor women, however, favored daughters with creamier milk (2.6 versus 2.3 percent). These findings, published in the American Journal of Physical Anthropology in September, echo previous work that showed milk composition varying with infant gender in gray seals and red deer and with infant gender and the mother’s condition in rhesus macaques. The new study also follows findings that affluent, well-nourished moms in Massachusetts produced more energy-dense milk for male infants.

Together the studies provide support for a 40-year-old theory in evolutionary biology. The Trivers-Willard hypothesis states that natural selection favors parental investment in daughters when times are hard and in sons when times are easy. The imbalance should be greatest in polygamous societies, in which men can father offspring with multiple wives, such as the Kenyan villages. In those societies, a son can grow to be a strong, popular male with many wives and children, or he can end up with neither. Well-off parents who can afford to invest in sons should do so because their gamble could give them many grandchildren. Conversely, poor parents should not heavily invest in sons because it is unlikely to pay off—their offspring start at the bottom of the socioeconomic ladder. For those families, daughters are a safer bet because as long as they survive to adulthood, they are likely to produce young.

The new study is “exciting and enthralling,” says Robert Trivers, an evolutionary biologist at Rutgers University and co-author of the hypothesis, who was not involved in the recent work. “It is a Trivers-Willard effect I wouldn’t have the guts to predict.”

Even beyond fat and protein, other milk components might vary in humans, says Katie Hinde, an assistant professor in human evolutionary biology at Harvard University. She has found higher levels of cortisol, a hormone that regulates metabolism, in rhesus macaque milk for male infants. Her work shows that milk differences could change infant behavior and might affect growth and development. “Only half the story is what the mom’s producing,” Hinde says. “The other [half] is how the infant uses the milk.” These findings could have implications for formula, which could be tweaked to optimize development for both boys and girls.

Voir aussi:

Le livre jeunesse "Tous à poil" est-il recommandé aux enseignants ? La présentation tronquée de Vincent Peillon

Delphine Legouté

Le Lab/Europe 1

10/02/14

Il le soutient mais ne veut pas en endosser la responsabilité. Après les attaques de Jean-François Copé le 9 février au sujet d’un ouvrage intitulé Tous à poil et recommandé selon lui aux enseignants des classes de primaire, Vincent Peillon a fait venir la presse à la dernière minute dans son ministère ce 10 février pour riposter.

Son argumentaire tient en deux points : 1) il n’a rien à redire sur le contenu de cet ouvrage et 2) le livre n’est de toutes façons que la recommandation d’une lointaine association ardéchoise.

Le ministre de l’Education nationale prend en effet toutes ses distances avec Tous à poil en le décrivant ainsi :

Il y a un livre recommandé par une association de lecture de la Drôme et de l’Ardèche, dans une liste d’une centaine d’ouvrages pour enfants qui existe depuis des années. (…)

Il y a beaucoup de parents dans cette association. (…)

Ce sont des associations qui justement cherchent à développer la lecture, font un travail avec les enfants et les parents et recommandent un certain nombre d’ouvrages.

Ces livres sont des livres d’éditeur dont on peut faire un usage pédagogique, ensuite c’est au libre choix des enseignants de le faire ou pas.

Et ajoute :

Si on commence à faire ça sur l’ensemble de ce que les associations de parents ou de lectures peuvent faire en France, on va partir dans une inquisition qui sera tout à fait regrettable.

Factuellement, le ministre a raison. Tous à poil fait partie d’une liste de 92 albums jeunesse recommandés par L’Atelier des Merveilles, association du Teil, en Ardèche, qui établit ces listes avec des familles depuis 2009. Le livre en question a été ajouté en 2012.

Les missions départementales aux droits des femmes et à l’égalité ont soutenu la création de cette liste qui a fini par être diffusée par le Centre régional de documentation pédagogique de l’Académie de Grenoble.

Comme l’indique Vincent Peillon, les listes diffusées par ce centre font office de recommandations que les enseignants sont libres de suivre, ou pas.

Mais la présentation du ministre ne va pas jusqu’au bout. Vincent Peillon semble en effet vouloir cantonner à un niveau local, et presque anecdotique, ce qui a été récemment diffusé à une échelle nationale via les ABCD de l’égalité.

Ces derniers, qui proposent des ressources aux enseignants pour mieux appréhender les inégalités filles-garçons dès la maternelle, reprennent les bibliographies diffusées par six académies.

Celle de l’Ardèche avec Tous à Poil en fait partie, au milieu de six autres listes tout aussi fournies. On peut concrètement trouver un lien vers cette liste dans la rubrique "outils pédagogiques" du site des ABCD de l’égalité – décrit comme le site de référence par le gouvernement – en se rendant dans la sous-partie "littérature jeunesse".

Notons que, le nom de domaine ayant migré, le lien n’est plus valide sur le site officiel. Voici la nouvelle adresse de la bibliographie qui se présente ainsi :

Bref, comme le relève Le Monde, Tous à poil n’est présent sur aucune liste de livres officiellement proposés aux enseignants et la constitution de la liste est particulièrement singulière puisqu’elle a été réalisée par les parents d’élève d’une association. En revanche, l’ouvrage a bien été promu sur un site institutionnel national à la faveur des ABCD de l’égalité.

Interrogé à ce sujet par le Lab ce 10 février, Vincent Peillon n’a pas caché la promotion par les ABCD de l’égalité de cette liste d’une "association de lecture dans la Drôme et l’Ardèche".

Il a tenu à préciser que ces programmes n’étaient pas nouveaux et que les remettre en question serait néfaste pour le travail sur les stéréotypes :

- Le Lab : Reconnaissez-vous que cet ouvrage est recommandé, parmi d’autres, par le site des ABCD de l’égalité ?

- Vincent Peillon : Absolument. C’était d’ailleurs en 2009 déjà une recommandation des personnes qui travaillent à la lutte contre les stéréotypes.

Il ne faudrait pas que l’on mette en question– car c’est ce qui se cache derrière tout ça – la nécessité de faire un travail entre les hommes et les femmes. Ce n’est pas nier les différences mais au contraire les reconnaître et considérer qu’elles ne doivent pas empêcher certains d’avoir accès à un certain nombre de métiers.

Sans rentrer dans le débat sur le contenu de l’ouvrage (en quoi montrer des dessins de personnes se déshabillant à des enfants est-il un problème, en fait ?), l’information donnée par Jean-François Copé le 9 février sur RTL n’est donc pas factuellement inexacte. Amplifiée mais pas inexacte. Tous à poil fait bien partie des livres que les ABCD de l’égalité voient d’un bon œil et conseillent aux enseignants qui seraient intéressés.

Une première pour l’UMP qui multiplie depuis quelques jours les fausses rumeurs telle que l’existence d’un document promouvant la théorie du genre que le gouvernement voudrait cacher (document pourtant diffusé dans un premier temps par l’UMP au pouvoir) ou la diffusion de films à des enfants de primaire montrant des scènes de sexe entre personnes homosexuelles, affirmation intégralement fausse.

Voir enfin:

François Hollande à TÊTU: "Les libertés, elles s’arrachent toujours"

ÉVÉNEMENT. A une semaine du second tout de l’élection présidentielle, TÊTU.com* publie l’nterview accordée par François Hollande au magazine TÊTU le mois dernier.

Propos recueillis pour le numéro d’avril du magazine TÊTU, mis en vente le 21 mars 2012.

TÊTU : Le 23 février dernier, un auditeur de France Inter vous a interpellé pour savoir s’il pourrait se marier avec son compagnon d’ici à la fin de l’année. Quel sera votre calendrier concernant l’ouverture aux homosexuels du mariage et de l’adoption ?

Au plus tard au printemps 2013. _ Pourquoi cette date  ? Parce que je sais que les premiers mois de la session parlementaire vont être essentiellement consacrés aux éléments de programmation financière, donc je préfère être honnête  : si on veut un bon débat, mieux vaut qu’il puisse commencer au début de l’année 2013 et se terminer au printemps. Le printemps, ce n’est pas une mauvaise saison pour se marier  ! [Sourire.]

Lors des primaires socialistes, vous aviez confié «  en off  » lors d’une interview à Libération  : «  Attention, ce ne sera pas simple de faire passer ces textes.  »

Oui, et je continue de le dire. Vous avez vu ce qu’a dit le candidat sortant dans Le Figaro Magazine  ?

Si l’on songe que la droite n’a jamais accepté le pacs durant de nombreuses années…

Concevoir qu’elle accepte maintenant facilement le mariage pour les homosexuels, c’est une vue de l’esprit.

Aucune loi de conquête n’a été arrachée sans combat parlementaire mais aussi citoyen, et c’est bien qu’il en soit ainsi. Les libertés, elles s’arrachent toujours.

Vous escomptez donc que ce projet rassemble au-delà d’une majorité de gauche  ?

Je le souhaite  ! Pour le pacs, à part quelques parlementaires courageux, dont madame Bachelot, nous n’avions eu guère de soutien.

Après, des regrets ont été exprimés, y compris de la part de Nicolas Sarkozy, qui en a fait le reproche à ses propres amis. Je n’ai pas le sentiment qu’il soit aujourd’hui dans la même philosophie…

La droite est très offensive sur le sujet, mais en même temps 63 % des Français soutiennent l’ouverture du mariage aux couples de même sexe. On peut se demander si ce ne sont pas les responsables politiques qui sont en retard par rapport aux évolutions de la société…

Ça peut arriver que la politique soit en retard par rapport à la société. L’inverse aussi. Mais il y a des minorités qui sont très agissantes.

Il y a des forces culturelles, spirituelles, qui vont également se mettre en mouvement.

Regardez ce qui se passe en Espagne avec la volonté du gouvernement conservateur de Mariano Rajoy de revenir sur la loi du gouvernement Zapatero qui a ouvert le mariage.

Mais je ne redoute rien, dès lors qu’il y a une volonté, la nôtre, et une compréhension affichée par une majorité de Français.

C’est un droit reconnu par de nombreux pays européens, nous ferons donc cette évolution tranquillement. Avec le souci de convaincre et de faire avancer la société française.

Nicolas Sarkozy justifie son opposition à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe au nom, dit-il, des « valeurs », et il expliquait dans Le Figaro

Magazine que  : « En ces temps troublés où notre société a besoin de repères, je ne crois pas qu’il faille brouiller l’image de cette institution sociale qu’est le mariage.  » Que vous inspirent ces propos  ?

Le mariage, au contraire, sera consacré s’il est ouvert à tous. Il sera même renforcé  ! Ceux qui sont attachés au mariage doivent se féliciter de voir que des couples homosexuels comme hétérosexuels se battent pour qu’il soit ouvert à tous.

Actuellement à l’Assemblée nationale, il n’y a qu’un seul député ouvertement gay, Franck Riester, de l’UMP, qui a fait son coming out récemment. On n’en compte aucun dans les rangs de gauche. Comment l’expliquez-vous  ?

Bertrand Delanoë avait fait ce choix avant sa première candidature à la mairie de Paris…

Mais Bertrand Delanoë reste un peu seul…

Je me souviens aussi qu’André Labarrère [ancien maire de Pau, décédé en 2006] l’avait fait, et avec quel fracas  ! [Sourire.] Après, c’est une affaire personnelle.

C’est une décision personnelle, mais ne dépend-elle pas, aussi, du climat dans lequel les élus ou les militants évoluent dans leur famille politique  ?

Oui, mais au PS, cette question n’a jamais fait débat… Et n’a jamais conduit à préférer une candidature plutôt qu’une autre.

Globalement, ne trouvez-vous pas que les partis politiques français ont des difficultés pour intégrer les minorités, les différences  ?

Cela a pu être vrai. Ça l’est beaucoup moins aujourd’hui.

À gauche, les partis sont tout à fait conscients que la société est diverse et que c’est un facteur de richesse.

Au sujet des débats sur le pacs puis le mariage, beaucoup de militants se sont mobilisés qui n’étaient pas homosexuels, et c’est très bien.

De la même manière, le combat pour le pacs est venu de groupes réunis au nom de l’idée républicaine d’égalité.

Il ne faut surtout pas réduire le mariage ouvert à tous à une revendication portée par les seuls homosexuels.

Plusieurs enquêtes montrent que jusqu’à 20 % des gays et lesbiennes seraient prêts à voter pour Marine Le Pen…

Cette intention peut surprendre. Mais cela vaut pour tous les citoyens. Pourquoi y a-t-il des Français qui ont le sentiment d’être abandonnés, délaissés, méprisés, stigmatisés, discriminés, et qui ont envie d’un cri de colère en le poussant de la pire des façons à mes yeux  ?

Et ne pensez-vous pas que certains partis réactionnaires développent des discours démagogiques et clivants en direction des gays et des lesbiennes, en agitant notamment la peur de l’islam  ?

En Europe du Nord, la crainte d’un islam fondamentaliste ouvertement hostile aux libertés a pu conduire certains vers des votes extrémistes.

Il y a eu cette instrumentalisation.

Aux homosexuels qui, ici, peuvent avoir la même crainte, je dis que c’est la laïcité qui les protégera. Je fais de la laïcité un élément majeur de mon projet.

La laïcité, c’est à la fois la liberté de conscience, la liberté religieuse et la garantie de la liberté  : liberté de vie personnelle, égalité homme-femme et orientation sexuelle pleinement assumée.

Je ne lâcherai rien là-dessus. Sinon, cela ferait effectivement le jeu d’une extrême droite qui a toujours stigmatisé les homosexuels, une extrême droite qui les a moqués, les a parfois pourchassés. Ce serait un comble que, pour être protégé d’une dérive fondamentaliste, on se réfugie dans une dérive antirépublicaine.

Êtes-vous favorable à l’ouverture de la procréation médicale assistée (PMA) aux couples de lesbiennes  ?

Oui, je l’ai dit. Aux conditions d’âge, bien sûr. Je suis très précis là-dessus. Il faut que ce soit un projet parental.

Et je suis aussi très soucieux du respect de l’anonymat du don des gamètes. En revanche, je suis hostile à la gestation pour autrui, la GPA.

Seriez-vous néanmoins favorable à la reconnaissance des enfants nés par GPA à l’étranger  ?

Vous imaginez bien que si j’ouvrais cette question-là, ça pourrait être finalement une facilité donnée à la gestation pour autrui. Et seul compte le droit de l’enfant.

Justement, des enfants nés ainsi se retrouvent actuellement en difficulté…

Je sais bien, et donc ce débat devra avoir lieu, mais il ne doit en aucun cas être considéré comme une façon d’accepter la marchandisation du corps.

Sur un autre point important, concernant le droit des personnes trans, quelles sont vos propositions ?

Je connais ce problème, des détresses immenses et parfois des suicides m’ont été signalés. Il faut également lutter contre cette discrimination-là.

Je suis pour la rectification de l’état civil lorsqu’il y a eu changement de sexe. Et également pour l’accès aux soins.

C’est-à-dire forcément une chirurgie  ?

Pas nécessairement. C’est un processus qui peut, dans certaines hypothèses, être distinct du parcours médical accompagnant la transition vers l’autre sexe. C’est le sens des recommandations du Conseil de l’Europe notamment.

Et des expertises psychologiques  ?

Oui. Ensuite, sur l’accès aux soins – car beaucoup de trans s’engagent dans un parcours médicalisé –, la situation actuelle n’est pas satisfaisante. Il conviendra de la corriger.

Êtes-vous pour un remboursement par la Sécurité sociale ?

Pour partie. Il n’y a pas de raison de donner une gratuité totale à ce qui est un choix individuel.

Quelles sont, au-delà des incantations, vos propositions concrètes pour lutter contre l’homophobie  ?

Les grands principes comptent, déjà. D’abord commençons par l’école, car c’est là aussi que beaucoup se joue et que des personnes homosexuelles peuvent toute leur vie durant porter un fardeau fait d’humiliations, de mépris, de méconnaissances.

À quel âge pensez-vous que cela doit commencer  ?

Au collège, parce que c’est à ce moment-là que ces questions se posent pour les adolescents.

Le dessin animé Le Baiser de la Lune, qui mettait en scène une histoire d’amour entre deux poissons de même sexe et était destiné aux classes de primaire, avait déclenché une polémique…

Oui, je me souviens. Je veux rétablir la formation des enseignants.

C’est très important qu’ils puissent savoir, aussi bien en primaire qu’au second degré, ce qu’il est possible de dire aux enfants.

On ne parle pas de la même manière à un enfant en primaire, où la connotation sexuelle n’est pas du tout présente, qu’en secondaire, où elle commence à apparaître.

C’est une forme à la fois d’enseignement de la réalité, et en même temps de pédagogie qui appelle de la sensibilité.

Les clichés, les insultes homophobes commencent très jeune, bien avant la sexualité…

Oui, c’est vrai. La lutte contre les clichés peut commencer très vite.

Il y aussi la situation dans le monde du travail qui doit être améliorée.

Le rôle des syndicats, des assistantes sociales et des médecins du travail, est très important.

Face à la polémique menée par la Droite populaire et des associations catholiques contre l’introduction des questions de genre dans les manuels scolaires de classe de première, le ministre Luc Chatel a tenu bon.

C’est bien qu’il ait tenu. C’était une offensive très idéologique, car elle niait même le fait qu’il existe des genres  ! Donc, poursuivons ce mouvement de sensibilisation avec tous les moyens utiles.

Vous avez fait de la jeunesse un des axes centraux de votre campagne. Que proposez-vous pour améliorer l’autonomie des jeunes adultes  ?

Des enquêtes ont démontré une surreprésentation des jeunes LGBT dans les populations en errance…

Effectivement, parfois des ruptures familiales peuvent avoir lieu beaucoup plus tôt encore que pour d’autres jeunes.

Et la recherche de logement devient la première préoccupation, car c’est une difficulté de plus pour une personne seule ou vivant en couple homosexuel.

Je suis favorable à un système de mutualisation des cautions, de façon que de plus en plus de jeunes ne puissent pas être empêchés de fonder un couple ou d’accéder à l’autonomie.

Deuxièmement, je souhaite que les jeunes puissent rentrer plus tôt dans l’emploi, c’est mon idée de «  contrat de génération  ».

Qu’il puisse y avoir, entre un senior et un jeune, une transmission d’expérience, et un soutien à l’employeur qui permettra à un jeune de rentrer dans le monde du travail en bénéficiant d’un CDI.

Enfin, je suis pour des parcours d’insertion, des systèmes de bourse, des contrats d’autonomie, qui puissent ouvrir des formations à ces jeunes.

Enfin, je suis très préoccupé par la déscolarisation de certains qui partent très tôt de chez leurs parents.

C’est la raison pour laquelle j’ai pris l’engagement qu’aucun jeune entre 16 et 18 ans ne se retrouve sans solution.

Le service civique peut en fournir une, par exemple. Que les jeunes ne se retrouvent pas dans la rue et dans la désespérance.

L’éducation sexuelle reste focalisée sur la reproduction. N’est-ce pas réducteur ?

L’éducation aux risques est une absolue nécessité. Elle a été relâchée ces dernières années. Le sida se diffuse encore, notamment chez les homosexuels. Malheureusement, l’idée que le fléau a été enrayé fait qu’il y a plus d’imprudences. Nous devons donner les éléments qui permettent à chacun d’avoir sa sexualité sans se faire contaminer un jour. Il y a toujours eu une réticence des pouvoirs publics en France à faire des campagnes de prévention VIH ciblées sur les populations homos… Je ne partage pas cette réticence qui peut être fondée sur de bons motifs de non discrimination… Mais dès lors que le risque est plus grand dans les populations homosexuelles masculines, mieux vaut le dire, parce que des jeunes peuvent l’ignorer encore.

Est-ce que vous imposeriez aux médecins généralistes l’utilisation des tests de dépistage rapides  ? Que prévoyez-vous concernant une possible généralisation de ces tests, comme en Espagne dans les pharmacies  ? Et troisièmement, allez-vous appliquer le «  plan sida  » proposé par Roselyne Bachelot, qui a promis un financement de 1,08 milliard d’euros, vu les circonstances budgétaires ?

En matière de prévention, le rôle des associations est déterminant. Je veux saluer ici tout ce qu’engagent Act Up, Aides, Sida Info Service…

Car ce sont elles qui permettent aujourd’hui de diffuser le dépistage, de donner l’information et d’accueillir. Le dépistage doit être généralisé. J’ai participé à une opération de cars de dépistage – c’était Aides qui l’organisait –, qui se rendaient au plus près de la vie des Français pour leur proposer ce test qui est très simple. À chaque fois qu’il y a une inquiétude, mieux vaut aller faire le test que de continuer à porter cette interrogation. Enfin, je suis attentif à certaines populations qui sont plus exposées, les personnes dans les prisons, où il est nécessaire de renforcer les dispositifs de dépistage, et les populations migrantes, notamment les sans-papiers qui, par crainte de se faire connaître, peuvent ne pas se faire dépister ou soigner. Je suis pour le retour de l’aide médicale d’État, l’AME, qui nous permettra, nous citoyens français ou résidents réguliers, d’être protégés plutôt que d’être exposés.

La situation aux Antilles vous paraît-elle préoccupante  ? Oui, à plus d’un titre  : 60 % des jeunes au chômage, vie chère, violence qui s’est aggravée dans les régions d’outre-mer, et encore des préjugés nombreux par rapport aux orientations sexuelles.

Vous évoquez l’AME, quelles seront vos priorités concernant la politique de santé  ? Comptez-vous abolir les franchises médicales  ? Je suis conscient que nous devons maîtriser les comptes publics et sociaux, et en même temps, l’hôpital public doit être renforcé dans ses missions. La médecine de ville doit mieux travailler à la fois avec l’hôpital et avec les autres professions de santé. Il est légitime de mieux rémunérer les médecins. Sur les franchises, nous en discuterons car nous avons plusieurs problèmes à régler  : problèmes de dépassement d’honoraires, les mutuelles qui ont été taxées, les franchises, le prix des médicaments…

Au niveau international, quels sont vos engagements pour faciliter l’accès aux traitements dans les pays pauvres ?

Je suis favorable aux médicaments génériques. Nous avons besoin d’une politique internationale sur ce sujet.

Nous sommes tous concernés, quand un virus se développe dans une partie de la planète, nous finissons par être touchés.

Autre point important, la dépénalisation de l’homosexualité dans tous les pays du monde, c’est un enjeu essentiel en matière des droits de la personne.

Que pensez-vous de la proposition du Premier ministre britannique David Cameron de conditionner l’aide au développement au respect de tous les droits humains, y compris le respect des minorités LGBT  ?

C’est un bon principe. Là encore, ça dépasse les frontières nationales et idéologiques.

Sans mettre en cause les règles de chacun de ces pays, car en définitive, nous ne leur demandons rien d’autre que de lever une pénalisation qui est tout à fait inadmissible puisqu’elle est fondée sur la négation d’une liberté. Nous devons être fermes sur ce principe-là.

Y aura-t-il une action diplomatique à l’ONU, comme l’ont fait Nicolas Sarkozy et Rama Yade  ?

Nous n’aurons pas de mal à aller plus loin que ce qu’a fait Nicolas Sarkozy. Ce qu’il a commencé et pas terminé, nous l’amplifierons et j’espère que nous l’achèverons jusqu’à essayer de faire voter une résolution.

Au printemps dernier, Arnaud Montebourg nous expliquait qu’il ne faisait pas «  de l’identification des questions sociétales l’enjeu majeur de l’élection présidentielle  », sa priorité étant «  d’apporter de nouvelles propositions pour transformer l’économie  ». Séparer ces enjeux n’est-ce pas en réalité une erreur  ?

Moi, je suis pour le progrès. Pour qu’une élection présidentielle puisse faire avancer la France. Puisque nous sommes confrontés à un choix, que cela soit celui qui nous donne la fierté de vivre ensemble, c’est mon ambition.

Qu’au bout de cinq ans, nous soyons encore plus fiers d’être Français que nous ne le sommes aujourd’hui.

Comment y parvenir  ? D’abord en permettant à tous nos concitoyens de travailler, d’être autonomes, de pouvoir accéder à de meilleures conditions au logement, d’être mieux soignés.

Et le progrès, c’est aussi vivre en plus grande liberté, en plus grande sécurité, en plus grande sûreté, en harmonie. Et parmi ces progrès, il y a la reconnaissance de droits qui peuvent être une meilleure protection à l’égard d’un certain nombre de risques, que cela soit des risques sanitaires ou de violence. Je disais combien la laïcité et la liberté devaient être protégées, ce qui suppose de lutter contre toutes violences.

Une société avance globalement. Les plus belles périodes de notre histoire sont celles où les conquêtes ont été multiples  : économiques, sociales, sociétales.

Je veux remettre le pays en mouvement pour que chacun se sente partie prenante. Les Français n’accepteront pas tout ce que je proposerai, mais dès lors qu’ils verront le but, qui est l’harmonie, la réconciliation, le rassemblement, ils y participeront.

* Têtu, le site du magazine gay ( sic).

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Reignier.

En librairie à partir du 8 septembre.


Piranhas: Attention, un mythe peut en cacher un autre ! (Blame it on the man who gave the world the Teddy bear !)

30 décembre, 2013
http://www.arte.tv/sites/fr/olivierpere/files/2013/04/piranha_poster_02.jpghttp://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/22/TR_Buckskin_Tiffany_Knife.jpg
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/1/1f/Tr-bigstick-cartoon.JPG/743px-Tr-bigstick-cartoon.JPG
Teddybear cartoon

Teddybear cartoon (Photo credit: Wikipedia)

A child can play with a bear like a doll – but a lot of children are not keen on dolls and if you are a boy you can play with it because it’s like a grizzly bear. Daniel Agnew (Christie’s)
Parle doucement et porte un gros bâton et tu iras loin. Proverbe africain 
They are the most ferocious fish in the world. Even the most formidable fish, the sharks or the barracudas, usually attack things smaller than themselves. But the piranhas habitually attack things much larger than themselves. They will snap a finger off a hand incautiously trailed in the water; they mutilate swimmers—in every river town in Paraguay there are men who have been thus mutilated; they will rend and devour alive any wounded man or beast; for blood in the water excites them to madness. They will tear wounded wild fowl to pieces; and bite off the tails of big fish as they grow exhausted when fighting after being hooked. But the piranha is a short, deep-bodied fish, with a blunt face and a heavily undershot or projecting lower jaw which gapes widely. The razor-edged teeth are wedge-shaped like a shark’s, and the jaw muscles possess great power. The rabid, furious snaps drive the teeth through flesh and bone. The head with its short muzzle, staring malignant eyes, and gaping, cruelly armed jaws, is the embodiment of evil ferocity; and the actions of the fish exactly match its looks. I never witnessed an exhibition of such impotent, savage fury as was shown by the piranhas as they flapped on deck. When fresh from the water and thrown on the boards they uttered an extraordinary squealing sound. As they flapped about they bit with vicious eagerness at whatever presented itself. One of them flapped into a cloth and seized it with a bulldog grip. Another grasped one of its fellows; another snapped at a piece of wood, and left the teeth-marks deep therein. They are the pests of the waters, and it is necessary to be exceedingly cautious about either swimming or wading where they are found. If cattle are driven into, or of their own accord enter, the water, they are commonly not molested; but if by chance some unusually big or ferocious specimen of these fearsome fishes does bite an animal—taking off part of an ear, or perhaps of a teat from the udder of a cow—the blood brings up every member of the ravenous throng which is anywhere near, and unless the attacked animal can immediately make its escape from the water it is devoured alive. Theodore Roosevelt
C’est en 1903 qu’apparaît le nom célèbre de l’ours en peluche : Teddy Bear, surnom repris dans de nombreux pays.Ce nom lui vient du président des États-Unis Theodore Roosevelt, qui était surnommé « Teddy » et qui était un grand amateur de chasse. Une anecdote raconte qu’un incident survint lors d’une chasse à l’ours dans le Mississippi en 1902 : des chasseurs acculèrent un ourson afin de satisfaire les cartouches du président, qui était bredouille depuis plusieurs jours. Roosevelt, outré, jugeant l’acte anti-sportif, refusa de tuer l’animal3,4. Cette histoire fut vite immortalisée : l’expression « Teddy’s Bear » a immédiatement été utilisée dans les caricatures de la presse, notamment par Clifford Berryman dans le Washington Post. Deux émigrants russes de Brooklyn, Rose et Morris Michtom créèrent puis commercialisèrent dès 1903, à partir des dessins publiés dans la presse, un ours en peluche qu’ils baptiseront Teddy3, avec la permission du président : le nom de « Teddy bear » se retrouve sur tous les ours de la production de Michtom. Les Michtom sont alors connus comme les premiers fabricants d’ours articulés en mohair; ils créeront ensuite leur entreprise « Ideal Novelty and Toy Co ». La vogue des Teddy’s Bear continuera, inspirant même des chansons comme « Teddy Bear’s Picnic », composée par John W. Bratton et chantée par Jimmy Kennedy. Wikipedia
Feeling old? Tired? There is something found around these parts that a lot of people say can help. Men in their retirement years eat it, start new families and swear by it. So do childless women, who drink it and give birth. Found in the Peruvian rain forests, the demand for it is phenomenal. But it isn’t some pharmaceutical corporation’s answer to Viagra, the impotence drug, nor is it available at a corner drugstore. In fact, an Amazonian witch doctor here must be consulted for a prescription. It’s piranha. The bitter-tasting flesh of the fish that have devoured so many villains in jungle B-movies is hailed here as the cure for problems dealing with fertility, virility, even baldness. It is said to be the ultimate aphrodisiac. "The power of the meat can cure many things," said Flor, a Peruvian witch doctor who specializes in concoctions based on piranha meat. "It is one of the strongest medicines the world has known." The scientific community, of course, scoffs at the anecdotal claims of the supporters of piranha-based cures. The meat, they say, is acidic, sometimes toxic and utterly without medicinal powers. "These claims about the power of the piranha fish meat have been around for a very long time, and there has never been any scientific evidence to support it," said Celso Pardo, the dean of a Lima pharmacological institute. "People see an aggressive, macho animal, and they say, `I want to be more like that.’ " Eric J. Lyman
Certaines tribus d’Amérique du Sud vénèrent le piranha depuis plusieurs siècles car il représente la force et la peur. Il y a environ 500 ans, les colons européens sont arrivés dans ces contrées, ils ont trouvé des piranhas et, au vu de leur dentition, ils ont tout naturellement redouté cet animal. De plus, ils ont entendu auprès de certaines tribus les récits mythiques à propos du piranha… Il n’en fallait pas plus pour que naisse une légende qui perdure encore aujourd’hui. A cette époque, rappelons que les marins pensaient que les baleines dévoraient les embarcations, que l’océan était terminé par un gouffre, etc. La science a aujourd’hui invalidé la plupart de ces mythes mais par ignorance, certaines de ces légendes perdurent encore. Le mythe des piranhas en fait partie ! Pour commencer, il faut savoir qu’il n’y a eu qu’une seule attaque mortelle envers les hommes de la part des piranhas. C’était en 1870, le Brésil était alors en guerre contre le Paraguay. Des soldats blessés, saignant parfois abondamment ont essayé de franchir le Rio Paraguay mais ils seront dévorés vivants… Il n’y a pas eu d’autres attaques vérifiées de piranhas ayant entraînées morts d’hommes. Par contre, le piranha aime les cadavres et s’attaque donc à tous les corps tombés ou jetés dans l’eau mais ils ne sont pas la cause du décès qui est souvent une noyade ou un meurtre. La réputation de tueur d’hommes est donc infondée ! Même s’il mord de temps à autre un pêcheur qui se lave les mains dans l’eau, ce poisson n’est donc pas une menace pour l’homme d’autant plus que son aire de répartition abrite des créatures bien plus redoutables comme les caïmans, les candirus, les raies venimeuses, les anguilles électriques, etc. (…) Comment expliquer cette persistance ? Pendant toute la durée d’exploration du continent sud américain (que l’on va considérer comme ayant commencée il y a 500 ans et terminée il y a un siècle) les aventuriers ont bien souvent étoffé leurs récits de balivernes pour faire sensations. Un aventurier en Afrique ne pouvait être pris au sérieux à son retour s’il n’avait pas combattu un lion et bien les piranhas étaient l’étape incontournable de l’Amazonie. Il est bien plus glorieux d’avoir traversé des étendues d’eau infestées de monstres sanguinaires que de simples poissons blancs. Les aventuriers n’ont donc pas hésité à exagérer la nature de ce poisson pour se magnifier. La légende avait donc traversé l’Atlantique pour arriver en Europe. Des personnes ont tout de suite compris l’intérêt financier qu’il y avait dans ce poisson tueur et ont contribué à en faire un monstre aux yeux du public. La littérature a répandu encore un peu plus cette idée tant les livres présentant les piranhas comme très dangereux sont encore nombreux. Puis est apparu le cinéma qui a lui aussi exploité le filon en faisant des films d’horreur sur le sujet. (…) Et enfin, plus proche de nous, la littérature aquariophile a classé ce poisson à part car dangereux et mangeant du coeur de boeuf régulièrement (alors que la plupart le digère très mal). Les vendeurs aquariophiles jouent encore un grand rôle puisque certains d’entre eux mettent une pancarte « Piranha – féroce et cannibale » sur les bacs de vente. A leur décharge, il convient de préciser que la majorité des personnes mordues par des piranhas sont des vendeurs, les conditions de vente, à savoir un petit aquarium surpeuplé sans décors pour se réfugier conduisant parfois les piranhas à mordre, faute de pouvoir fuir. Entre les livres aquariophiles réputés sérieux qui continuent de mentir sur ce poisson, les commerçants qui ont compris depuis bien longtemps que le sensationnel fait vendre et certains médias peu scrupuleux qui recherchent le spectacle quitte à affabuler ou a en rajouter un peu, il est vrai que rien n’est fait pour rétablir la vérité. Mais nous sommes les premiers responsables car nous préférons majoritairement continuer de croire qu’il s’agit d’un poisson exceptionnel plutôt que d’un poisson guère plus dangereux qu’un autre, le fantastique est tellement plus intéressant que le banal ! Pirahnas.fr

Attention: un mythe peut en cacher un autre !

Au lendemain d’une nouvelle attaque de piranhas en Argentine qui a vu une soixantaine de blessés …

Qui se souvient que la si féroce mais largement surfaite réputation de ce prétendu "poisson tueur" d’Amérique latine …

Nous vient en fait du même homme qui bien que grand explorateur et chasseur amateur de proverbes africains qui décéda de fièvres tropicales contractées en Amazonie …

Avait auparavant donné au monde, au grand bonheur de tant de petits garçons frustrés de ne pouvoir jouer à la poupée trop féminine,… le terrible grizzli en peluche ?

Piranha Attack! As 70 Christmas Day bathers are savaged, the truth about the fish with a bite more powerful than a T-rex

Bathers were attacked on the Rambla Catalunya beach in Argentina

Among revellers cooling off in 100-degree heat were 20 children, who were injured in the frenzied attack

Guy Walters

30 December 2013

The seven-year-old girl was just one of thousands in the water of the mighty River Parana on the afternoon of Christmas Day last week. For residents of the central Argentine city of Rosario, the festive season most certainly does not involve eating mince pies and drinking eggnog before sleeping it off in front of a fire. Instead, with the mercury hitting a sticky 100 degrees, most are keener to cool off than to gorge themselves. The best place for a dip is the city’s Rambla Catalunya, a mile-long stretch of sandy beach on South America’s second largest river. With bars, restaurants and fun fairs, the beach is a major attraction and last Wednesday was no exception. Tens of thousands had gathered to enjoy the holiday. Many took the opportunity to swim or paddle in the river.

That afternoon, as the little girl splashed up to her waist in the waters, everything seemed quite normal. Then, she suddenly felt a tugging at the little finger of her left hand. Instinctively, she pulled away, but the tugging grew more powerful. And then came a searing pain that caused her to cry out. She looked down at her finger, but all she could see was a trail of blood leaking into the dark water. As she ran for the shore, her screams startled the sunbathers. The top part of the girl’s finger had been completely torn away. There could be no doubt what had happened. The girl had been attacked by one of man’s most feared creatures — the deadly piranha fish. Word quickly spread up and down the Rambla Catalunya. Lifeguards ordered people to stay out of the water but, tragically, the heat was so intense and the atmosphere so jubilant that people continued to swim. What happened next was like a scene from a horror film.

That afternoon, some 70 people – around 20 of them children – were savaged by shoals of the razor-toothed fish. Those who were attacked had chunks of their naked and exposed flesh ripped away. They emerged from the waters with agonising wounds dripping blood onto the white sand. Deep cuts were reported on scores of fingers, ankles and toes. One injury resulted in an amputation. Pictures taken in the local hospital show one man with the whole underside of one toe missing. The attack was the most serious in the city since 2008, when 40 swimmers were hurt and, while mercifully no one was killed, the story made headlines around the world. There is something about this sinister fish that preys on our imaginations. Along with great white sharks, wolves, pythons and crocodiles, the piranha is the stuff of nightmares. Ever since Boy’s Own adventure stories described game hunters and explorers being devoured after daring to swim in piranha-infested waters, we have been taught that the piranha is one of the deadliest predators on the planet.

Most of us can create a horrific mental image of falling into a river – and being stripped to the bone in two minutes by a boiling shoal of flesh-eating fish. Just such a fate was memorably portrayed in the James Bond film You Only Live Twice, when the evil Blofeld dispatched Helga Brandt into a tank of piranhas for her failure to kill Bond. Although not as great a horror movie staple as the great white shark – immortalised in the Jaws films – our fascination with the piranha has made for box office success. Since 1978, there have been at least six films starring the piranha. The most recent was last year’s Piranha 3D. No wonder Londoners were alarmed when a piranha was discovered in the Thames in 2004. Experts stressed that the fish had in all likelihood been thrown away by a collector of rare fish, and further reassured anxious Londoners that the water of the Thames is far too cold to sustain these creatures.

Yet despite their awesome power, scientists insist piranhas are not the malicious predators the films would have you believe. They tend to attack humans only if trapped or hungry. So who is to blame for our fear of this fish? It is none other than Theodore Roosevelt, the 26th president of the U.S. In 1914, he published a travel book Through The Brazilian Wilderness, in which he described how piranhas could eat entire animals, such as cattle, alive. ‘They are the most ferocious fish in the world,’ Roosevelt wrote. ‘The head with its short muzzle, staring malignant eyes, and gaping, cruelly armed jaws, is the embodiment of evil ferocity; and the actions of the fish exactly match its looks.’ Roosevelt’s book was read by many, and the piranha entered into the public consciousness as one of mankind’s most vicious foes. However, what Roosevelt was not told was that the piranha attack he had witnessed on a cow was staged. For the benefit of the former president, the Brazilians had trapped hundreds of piranhas in a netted-off stretch of the river and had then starved them for days. This created the ideal conditions. When Roosevelt arrived, a sick old cow was led into the water, with its udder slit to release blood to further encourage an attack. Trapped, starving, and excited by blood, the piranhas did their job all too well. Rumours of deadly South American fish had been known since the time of the Spanish Conquistadors, who reported they were often attacked when they forded rivers.

In the 19th century, naturalist and explorer Alexander von Humboldt insisted the piranha was one of the continent’s greatest dangers. What sets them apart from other fish are their terrifying sharp teeth, tightly packed into highly muscular jaws. Relative to its size – they grow up to ten inches long – a piranha has a more powerful bite than that of a Tyrannosaurus Rex. Recently, scientists measured the bite force of the black piranha at 320 newtons, which is nearly three times greater than that exerted by an American alligator. That is more than enough to rip off a finger. What is disturbing is that these attacks are becoming more frequent. In November 2011, 15 swimmers were bitten by piranhas in the River Paraguay in western Brazil. One, 22-year-old Elson de Campos Pinto, recalled how he suddenly felt an agonising pain in his foot. ‘I saw that I had lost the tip of my toe,’ he said. ‘I took off running out of the river, afraid that I would be further attacked because of the blood. I’m not going back in for a long time.’ One local fisherman talked of catching some of the fish in his nets and often seeing blood on the banks. Despite relying on the river for his livelihood, Hildegard Galeno Alves said: ‘I would never even think of going in there.’

In Bolivia the following month, a drunk 18-year-old fisherman jumped out of his canoe, and was seized by a shoal of piranhas. Although he managed to get out of the water, he bled to death. Last year, a five-year-old Brazilian girl is said to have been attacked and killed in the water by a shoal of the fish. After the feeding frenzy in Argentina last week, Carlos Vacarezza, a local expert, said that the Christmas Day attack was ‘exceptional and unlikely to be repeated’. ‘What happened has no logical explanation,’ he told a local radio station. ‘In this area, the water flows too fast to create the warm and stagnant conditions where the fish are comfortable.’ While some observers claimed the piranha were attracted by debris left by fishermen, the only explanation Mr Vacarezza could suggest was that one of the fish had been injured – and the shoal had descended to eat it. Some of the human bathers simply got in the way. Certainly, cannibalism among piranhas is common, and larger, more aggressive fish will take a bite out of smaller rivals. The Christmas Day attack alone would have been enough to terrify most of us. But there have been more since.

On Boxing Day, in the town of Posadas, 600 miles up the River Parana (the name, although it sounds like that of the fish, actually translates as ‘big as the sea’) to the north-east, five children and teenagers were attacked by piranhas. All had to be treated in hospital. And then, on Friday, back at the Rambla Catalunya in Rosario, another attack took place. At four o’clock in the afternoon, a ten-year-old boy was bitten on his right hand, and he too had to be taken to hospital. The experts may like to reassure us that piranha attacks on humans are rare, but are they right? Perhaps the truth about the dreaded piranha may be closer to the horror movies after all.

Voir aussi:

La légende du poisson tueur

Emmanuel

Piranhas.fr

Le piranha a une réputation de poisson tueur, de nombreux livres le présentent comme étant un redoutable danger pour l’homme. Qu’en est il réellement ?

Il est difficile de répondre avec certitude à cette question. On peut cependant avancer quelques pistes…

Certaines tribus d’Amérique du Sud vénèrent le piranha depuis plusieurs siècles car il représente la force et la peur. Il y a environ 500 ans, les colons européens sont arrivés dans ces contrées, ils ont trouvé des piranhas et, au vu de leur dentition, ils ont tout naturellement redouté cet animal. De plus, ils ont entendu auprès de certaines tribus les récits mythiques à propos du piranha… Il n’en fallait pas plus pour que naisse une légende qui perdure encore aujourd’hui. A cette époque, rappelons que les marins pensaient que les baleines dévoraient les embarcations, que l’océan était terminé par un gouffre, etc. La science a aujourd’hui invalidé la plupart de ces mythes mais par ignorance, certaines de ces légendes perdurent encore. Le mythe des piranhas en fait partie !

Pour commencer, il faut savoir qu’il n’y a eu qu’une seule attaque mortelle envers les hommes de la part des piranhas. C’était en 1870, le Brésil était alors en guerre contre le Paraguay. Des soldats blessés, saignant parfois abondamment ont essayé de franchir le Rio Paraguay mais ils seront dévorés vivants… Il n’y a pas eu d’autres attaques vérifiées de piranhas ayant entraînées morts d’hommes. Par contre, le piranha aime les cadavres et s’attaque donc à tous les corps tombés ou jetés dans l’eau mais ils ne sont pas la cause du décès qui est souvent une noyade ou un meurtre. La réputation de tueur d’hommes est donc infondée ! Même s’il mord de temps à autre un pêcheur qui se lave les mains dans l’eau, ce poisson n’est donc pas une menace pour l’homme d’autant plus que son aire de répartition abrite des créatures bien plus redoutables comme les caïmans, les candirus, les raies venimeuses, les anguilles électriques, etc. N’en concluez pas cependant que ce poisson est un ange car il serait risqué de traverser une pièce d’eau isolée infestée de ces créatures en période sèche, et encore, ce n’est même pas sûr car dans la plaine de l’Orénoque par exemple, les cabiais en bonne santé (sorte de cobaye de la taille d’un cochon) traversent sans être jamais inquiétés ces pièces d’eau.

Comment expliquer cette persistance ? Pendant toute la durée d’exploration du continent sud américain (que l’on va considérer comme ayant commencée il y a 500 ans et terminée il y a un siècle) les aventuriers ont bien souvent étoffé leurs récits de balivernes pour faire sensations. Un aventurier en Afrique ne pouvait être pris au sérieux à son retour s’il n’avait pas combattu un lion et bien les piranhas étaient l’étape incontournable de l’Amazonie. Il est bien plus glorieux d’avoir traversé des étendues d’eau infestées de monstres sanguinaires que de simples poissons blancs. Les aventuriers n’ont donc pas hésité à exagérer la nature de ce poisson pour se magnifier. La légende avait donc traversé l’Atlantique pour arriver en Europe. Des personnes ont tout de suite compris l’intérêt financier qu’il y avait dans ce poisson tueur et ont contribué à en faire un monstre aux yeux du public. La littérature a répandu encore un peu plus cette idée tant les livres présentant les piranhas comme très dangereux sont encore nombreux. Puis est apparu le cinéma qui a lui aussi exploité le filon en faisant des films d’horreur sur le sujet. On peut citer la sortie récente du film « piranha 3D » d’alexandre Aja qui raconte l’histoire de piranhas retenus dans un lac souterrain depuis la préhistoire qu’un séisme libère. Ces films / navets sont apparus dans les années 1950. Dans Piranhas 2: Flying killer, les piranhas sont marins, volent et agressent les humains hors de l’eau. Dans Megapiranha, ce sont des piranhas géants qui engloutissent des navires…

Et enfin, plus proche de nous, la littérature aquariophile a classé ce poisson à part car dangereux et mangeant du coeur de boeuf régulièrement (alors que la plupart le digère très mal). Les vendeurs aquariophiles jouent encore un grand rôle puisque certains d’entre eux mettent une pancarte « Piranha – féroce et cannibale » sur les bacs de vente. A leur décharge, il convient de préciser que la majorité des personnes mordues par des piranhas sont des vendeurs, les conditions de vente, à savoir un petit aquarium surpeuplé sans décors pour se réfugier conduisant parfois les piranhas à mordre, faute de pouvoir fuir.

Entre les livres aquariophiles réputés sérieux qui continuent de mentir sur ce poisson, les commerçants qui ont compris depuis bien longtemps que le sensationnel fait vendre et certains médias peu scrupuleux qui recherchent le spectacle quitte à affabuler ou a en rajouter un peu, il est vrai que rien n’est fait pour rétablir la vérité. Mais nous sommes les premiers responsables car nous préférons majoritairement continuer de croire qu’il s’agit d’un poisson exceptionnel plutôt que d’un poisson guère plus dangereux qu’un autre, le fantastique est tellement plus intéressant que le banal !

De plus, sur les forums de discussions, il est encore fréquent que des personnes n’ayant jamais maintenu ni même vu de piranhas répondent à des sujets ayant trait à ce poisson en mettant par exemple en garde son propriétaire ! Ce genre de comportements est malheureusement celui de toute les discussions, aussi bien sur internet qu’au quotidien mais dans le cas du piranha, elle contribue à véhiculer une image aussi erronée que stupide. Il existe pourtant de la littérature sérieuse (un peu) et quelques reportages télévisés qui présentent la véritable nature de ce poisson. Certains aquariophiles ayant maintenu des piranhas en aquariums convaincus de leur férocité, sont déçus de leur timidité en captivité. Ils avancent qu’ils sont bien plus dangereux et agressifs en bancs dans la nature. C’est en réalité l’inverse, les piranhas sont plus agressifs dans nos bacs car, stressés et pris au piège par leur prison de verre, ils sont parfois capables de mordre alors qu’ils auraient fui dans leur milieu naturel.

Pour terminer et pour tenter de rétablir la vérité : un pêcheur sud-Américain vous le dira : le piranha n’est pas dangereux dans l’eau. Par contre, un piranha qui s’agite au fond d’une pirogue et claque de la mâchoire frénétiquement après avoir été péché peut sectionner un orteil ! Méfiez vous donc quand même de ces animaux. Ce ne sont pas des monstres, mais la mâchoire est puissante et un accident peut arriver.

Can piranhas really strip a cow to the bone in under a minute?

Julia Layton.

When Theodore Roosevelt went on a hunting expedition in Brazil in 1913, he got his money’s worth. Standing on the bank of the Amazon River, he watched piranhas attack a cow with shocking ferocity. It was a classic scene: water boiling with frenzied piranhas and blood, and after about a minute or two, a skeleton floating to the suddenly calm surface.

Roosevelt was horrified, and he wrote quite a bit about the vicious creatures in his 1914 book, "Through the Brazilian Wilderness." He recounted the stories of townspeople who had been eaten alive, and others who’d lost body parts to piranhas while bathing in the river. "They are the most ferocious fish in the world," Roosevelt announced to the world. "hey will snap a finger off a hand incautiously trailed in the water; they mutilate swimmers — in every river town in Paraguay there are men who have been thus mutilated; they will rend and devour alive any wounded man or beast; for blood in the water excites th­em to madness"

The legend of the piranha had begun.

Hollywood picked it up from there with the 1978 horror flick "Piranha" ("When flesh-eating piranhas are accidentally released into a summer resort’s rivers, the guests become their next meal"), 1981′s "Piranha II: The Spawning," and a remake of the original B-movie that came out in 2010 [sources: IMDb, Movie Insider]. The killer piranha has made the gory jump into the 21st century.

But is the vicious reputation deserved? Roosevelt witnessed the now-famous cow stripping incident in Brazil, where piranhas live in especially high numbers. Howev­er, they’re native to and pretty common all along South America’s Amazon River — from Argentina to Colombia. So are South American bovines a regular meal for these ferocious fish? And why are there cows hanging out in the Amazon River?

Setting aside the account of a former U.S. president, piranhas stripping a cow — or a human — to the bone in less than a minute is a tough sell. How would that even be possible for a bunch of 10-inch, 3-pound fish?

Let’s find out.­

Tooth Fish

The name “piranha” is derived from the Tupi Indian language, native to Brazil. It’s a combination of the Tupi word pira, or “fish,” and ranha, meaning “tooth."

The History of the Teddy Bear

Marianne Clay

Teddy bear & friends

2002

Today we can hardly imagine a world without that eager listener, confidante, and loyal friend, the teddy bear. But the teddy bear has not always been with us. In fact, the teddy bear did not make its entrance until late in 1902. Then, in one of life’s unexplainable synchronicities, the teddy bear appeared in the same year in two different parts of the world: Germany and the United States.

The History of the Teddy Bear

Drawing the Line in Mississippi by Clifford Berryman: This cartoon is believed to have triggered the teddy bear craze in the U.S.

The Early Years

In America, the teddy bear, according to tradition, got its start with a cartoon. The cartoon, drawn by Clifford Berryman and titled "Drawing the Line in Mississippi," showed President Theodore Roosevelt refusing to shoot a baby bear. According to this often told tale, Roosevelt had traveled to Mississippi to help settle a border dispute between that state and Louisiana, and his hosts, wanting to please this avid hunter, took him bear hunting. The hunting was so poor that someone finally captured a bear and invited Roosevelt to shoot. Roosevelt’s refusal to fire at such a helpless target inspired Berryman to draw his cartoon with its play on the two ways Roosevelt was drawing a line—settling a border dispute and refusing to shoot a captive animal.

The cartoon appeared in a panel of cartoons drawn by Cliffored Berryman in The Washington Post on November 16, 1902. It caused an immediate sensation and was reprinted widely. Apparently this cartoon even inspired Morris and Rose Michtom of Brooklyn, New York, to make a bear in honor of the president’s actions. The Michtoms named their bear "Teddy’s Bear" and placed it in the window of their candy and stationery store. Instead of looking fierce and standing on all four paws like previous toy bears, the Michtoms’ bear looked sweet, innocent, and upright, like the bear in Berryman’s cartoon. Perhaps that’s why "Teddy’s Bear" made a hit with the buying public. In fact, the demand was so strong that the Michtoms, with the help of a wholesale firm called Butler Brothers, founded the first teddy bear manufacturer in the United States, the Ideal Novelty and Toy Company.

The History of the Teddy Bear

Made in the early days of teddy bear history, this 1904 Steiff hugs an early Steiff polar bear.

Meanwhile, across the ocean in Germany, Richard Steiff was working for his aunt, Margarete Steiff, in her stuffed toy business. Richard, a former art student, often visited the Stuttgart Zoo to sketch animals, particularly the bear cubs. In 1902, the same year the Michtoms made "Teddy’s Bear," the Steiff firm made a prototype of a toy bear based on Richard’s designs.

Though both the Michtoms and Steiff were working on bears at the same time, certainly neither knew, at a time of poor transatlantic communication, about the other’s creation. Besides, the Michtoms’ bear resembled the wide-eyed cub in the Berryman cartoon, while the Steiff bear, with its humped back and long snout, looked more like a real bear cub.

A few months later, in March 1903, at the Leipzig Toy Fair, Steiff introduced its first bear—Baer 55PB. The European buyers showed little interest, but an American toy buyer, who was aware of the growing interest in "Teddy’s bears" in the States, ordered 3000. In America, people were beginning to get teddy bear fever, and Steiff was in the right place at the right time.

The History of the Teddy Bear

This 16-inch Steiff was made about 1908 and comes from the collection of teddy bear artist Audie Sison.

The Teddy Bear Craze

By 1906, the teddy bear craze was in full swing in the United States. The excitement probably compared to the frenzy for Cabbage Patch dolls in the 1980s and Beanie Babies in the 1990s. Society ladies carried their teddies everywhere, and children had their pictures taken with their teddy bears. President Roosevelt, after using a bear as a mascot in his re-election bid, was serving his second term. Seymour Eaton, an educator and a newspaper columnist, was writing a series of children’s books about the adventures of The Roosevelt Bears, and another American, composer J.K. Bratton, wrote "The Teddy Bear Two Step." That song would become, with the addition of words, "The Teddy Bear’s Picnic."

Meanwhile, American manufacturers were turning out bears in all colors and all kinds, from teddy bears on roller skates to teddy bears with electric eyes. "Teddy bear," without the apostrophe and the s, became the accepted term for this plush bruin, first appearing in print in the October 1906 issue of Playthings Magazine. Even Steiff, a German company, adopted the name for its bears.

Steiff and Ideal were no longer the only players in the teddy bear business. In America, dozens of competitors sprang up. Almost all of these very early companies didn’t last, with the notable exception of the Gund Manufacturing Corporation. Gund made its first bears in 1906 and is still making bears today.

American teddy bear companies faced stiff competition from all the teddy bears imported from Germany, and many of the U.S. companies didn’t last long. In Germany, toymaking was an old and established industry, and many German firms, such as Bing, Schuco, and Hermann, joined with Steiff in making fine teddy bears.

In England, The J.K. Farnell & Co. got its start; in fact, the original Winnie the Pooh was a Farnell bear Christopher Robin Milne received as a first birthday present from his mother in 1921. Five years later, his father, A.A. Milne, would begin to publish the Winnie-the-Pooh books about his son Christopher’s adventures with his bear and his other stuffed animals. Today you can see the original toys that inspired the Winnie-the-Pooh books on permanent display in the Central Children’s Room of the Donnell Branch of the New York Public Library in New York City, while the Pooh books themselves are as popular as ever.

The History of the Teddy Bear

Made around 1929, this 9-inch mechanical duck by the German company of Bing was wound by a key.

More Great Years: The 1920s – 1940s

With the exception of the four years when World War I raged in Europe, the next 25 years were kind to the teddy bear. Mass production had not yet taken over the teddy bear world, and people still preferred to buy high quality, hand-finished teddy bears.

Because World War I interrupted the flow of teddy bears from Germany, new teddy bear industries developed outside Germany. Chad Valley, Chiltern, and Dean’s joined Farnell in England; Pintel and Fadap were begun in France, and Joy Toys in Australia. The bears themselves changed, too. Boot-button eyes were replaced by glass, and excelsior stuffing was replaced by a softer alternative, kapok.

The United States was relatively untouched by the war, and its teddy bear industry continued to grow. For example, the Knickerbocker Toy Company got its start in 1920 and continues to make teddy bears today. Nine years later, though, the U.S. was hit by the Depression, and most teddy bear companies were hurt by the financial crisis. After 1929, many American companies either found cheaper ways to produce bears, or they closed.

The History of the Teddy Bear

This 12-inch Schuco bear is called a yes/no bear, because this bear from the 1930s shakes his head no or nods yes, depending on how you move his tail.

In the 1920s and 30s, musical bears and mechanical bears were very popular, and they were produced all over the world. Perhaps the most noteworthy manufacturers of these novelty bears were Schuco and Bing. These two German companies made bears that walked, danced, played ball, and even turned somersaults.

But the outbreak of World War II in 1939 stopped the fun. Instead of making teddy bears, the world’s workers and factories were needed for the war effort. Some companies closed and never reopened.

The History of the Teddy Bear

Made about 1970, this 20-inch bear from the German company of Fechter wears its orignal ribbon.

The Lean Years: The 1950s – 1970s

While traditional teddy bear companies had always prided themselves on quality hand-finishing and had always used natural fibers to make their bears, all that changed after World War II. Fueled by a desire for washable toys, synthetic fibers were all the rage in the post-War years. Buyers liked the idea of washable toys, so bears were made from nylon or acrylic plush, and had plastic eyes and foam rubber stuffing.

While traditional teddy bear companies could adapt to this change in materials, they were not prepared to compete against the flood of much cheaper, mass-produced teddy bears coming from eastern Asia. Even the old, well-established companies were hurt by the onslaught of inexpensive teddy bears from the Far East.

The Teddy Bear’s Comeback: The Present

Strangely enough, the comeback of the teddy after years of mass-production was triggered, not by a bear maker, but by an actor. On television, British actor Peter Bull openly expressed his love for teddy bears and his belief in the teddy bear’s importance in the emotional life of adults. After receiving 2000 letters in response to his public confession, Peter realized he wasn’t alone. In 1969, inspired by this response, he wrote a book about his lifelong affection for teddy bears, Bear with Me, later called The Teddy Bear Book. His book struck an emotional chord in thousands who also believed in the importance of teddy bears. Without intending to, Bull created an ideal climate for the teddy bear’s resurgence. The teddy bear began to regain its popularity, not so much as a children’s toy, but as a collectible for adults.

The History of the Teddy Bear

Jenni, an 18-inch bear, was made by British teddy artist Elizabeth Lloyd.

In 1974, Beverly Port, an American dollmaker who also loved making teddy bears, dared to take a teddy bear she made to a doll show. At the show, she presented Theodore B. Bear holding the hand of one of her dolls. The next year, Beverly presented a slide show she had created about teddy bears for the United Federation of Doll Clubs. That show quickly became a sensation. Other people, first in the United States and then all over world, caught Beverly’s affection for the teddy bear. They, too, began applying their talents to designing and making teddy bears. One by one, and by hand, teddy bear artistry was born with Beverly, who coined the term "teddy bear artist," often cited as the mother of teddy bear artistry. Today thousands of teddy bears artists, often working from their homes all over the world, create soft sculpture teddy bear art for eager collectors.

Artist bears also set the stage for a new kind of manufactured bear, the artist-designed manufactured bear. Today artist-designed manufactured bears are offered by Ganz, Gund, Dean’s, Knickerbocker, Grisly Spielwaren, and others; all offer collectors the opportunity to own artist-designed bears that cost less due to mass production.

The History of the Teddy Bear

American teddy bear artist Heather Stanley made 14-inch Simon.

This increased appreciation for the teddy bear as an adult collectible has also increased the value of antique teddy bears, the hand-finished, high-quality teddy bears manufactured in the first decades of the 20th century. In the 1970s and 1980s, these old, manufactured teddy bears began showing up in antique doll and toy auctions, and they began winning higher and higher bids. Today the current record price for one teddy bear, Teddy Girl by Steiff, is $176,000; that bear was sold at Christie’s auction house in 1994.

So what’s next for the teddy bear? Certainly our love affair with the teddy bear shows no signs of abating.

In 1999, in just the United States, collectors purchased $441 million worth of teddy bears. Certainly, as we begin our journey through a new century, we certainly need the teddy bear’s gift of uncondtional acceptance, love, and reassurance more than ever.

Voir aussi:

History of the Teddy Bear

Teddy Roosevelt and the Teddy Bear

Mary Bellis

Theodore (Teddy) Roosevelt, the 26th president of the United States, is the person responsible for giving the teddy bear his name. On November 14, 1902, Roosevelt was helping settle a border dispute between Mississippi and Louisiana. During his spare time he attended a bear hunt in Mississippi. During the hunt, Roosevelt came upon a wounded young bear and ordered the mercy killing of the animal. The Washington Post ran a editorial cartoon created by the political cartoonist Clifford K. Berryman that illustrated the event. The cartoon was called "Drawing the Line in Mississippi" and depicted both state line dispute and the bear hunt. At first Berryman drew the bear as a fierce animal, the bear had just killed a hunting dog. Later, Berryman redrew the bear to make it a cuddly cub. The cartoon and the story it told became popular and within a year, the cartoon bear became a toy for children called the teddy bear.

Who made the first toy bear called teddy bear?

Well, there are several stories, below is the most popular one:

Morris Michtom made the first official toy bear called the teddy bear. Michtom owned a small novelty and candy store in Brooklyn, New York. His wife Rose was making toy bears for sale in their store. Michtom sent Roosevelt a bear and asked permission to use the teddy bear name. Roosevelt said yes. Michtom and a company called Butler Brothers, began to mass-produce the teddy bear. Within a year Michtom started his own company called the Ideal Novelty and Toy Company.

However, the truth is that no one is sure who made the first teddy bear, please read the resources to the right and below for more information on other origins.

Voir également:

Holt Collier Guiding Roosevelt through the Mississippi Canebreaks

Minor Ferris Buchanan

When Holt Collier was chosen to guide President Theodore Roosevelt on the now famous bear hunt of 1902, he was a legend in Mississippi. He had cut roads into the wilderness and was known to have killed in excess of 3,000 bear.

Theodore Roosevelt had become a noted hunter by founding the Boone & Crockett Club and hunting almost all types of American game including grizzly bear, buffalo and pronghorn sheep. One trophy that eluded him was the Louisiana Black Bear. He desperately wanted to experience the thrill of the mounted bear chase. Though Roosevelt and his company had immeasurable finances and manpower, almost every aspect of the hunt was the responsibility of the uneducated 56-year-old Collier. He found a site on the banks of the Little Sunflower River in Sharkey County, about 15 miles west of the Smedes Station, a small farming platform.

Through the Mississippi towns of Tunica, Dundee, Lula, Clarksdale, Bobo, Alligator, Hushpuckena, Mound Bayou, Cleveland, Leland, Estill, Panther Burn, Nitta Yuma, Anguilla and Rolling Fork, the train carried Roosevelt and his entourage the maximum speed of 70 miles per hour.

At Smedes Station, several hundred spectators greeted the President. Almost all were children and grandchildren of slaves. Holt was immediately impressed by the man and his manner. Roosevelt was short but seemed palpably massive being a full 200 pounds of muscle. According to Collier, the President introduced himself by walking straight to him with his hand extended. “He say, ‘So dis is Holt, de guide. I hyar you’s er great bear hunter.’”

The party set out immediately on a field road that took them four miles through the plantation. A second four-mile stretch took them under an open forest carpeted with a knee-high briar tangle. The towering forest of virgin oak, ash and cypress was majestic. Then came the long stretch of Coon Bayou, a mud gully which attracted all types of wild game. On the other side of the bayou, lay the primal Delta swamp with briars and thickets 30 feet high and knit so tightly that the passage had been cut through like a tunnel.

The camp was pitched on the west bank of the Little Sunflower River, described then a fast- flowing, mud-banked stream of clear water. Between the tents, in the center of an open space, was a great cypress log, against which the camp fire was built. Dogs were everywhere. Someone had brought a large rustic armchair which was named the ‘Throne’. The President was an imposing figure in it. Roosevelt announced that in the woods he was to be addressed only as ‘Colonel’.

Roosevelt wanted to participate in the chase, but his demands for a shot on the first day and the timidity of his hosts condemned him to a stationary blind. He was placed to have a clear shot when the bear, driven by Holt’s pack of about 40 dogs, would emerge from the cane.

Roosevelt and companion Huger Foote waited on the stand all morning. The sounds of the dogs faded and increased in intensity as Holt’s pursuit ranged great distances in the canebrakes. After mid- afternoon the hunters broke for camp to have a late lunch.

Collier was annoyed that the stand had been abandoned. “That was eight o’clock in the mornin” when I hit the woods an’ roused my bear where I knowed I’d fin him. Den me an’ dat bear had a time, fightin’ an’ chargin’ an’ tryin’ to make him take a tree. Big ole bear but he wouldn’t climb nary tree. I could have killed him a thousand times. I sweated myself to death in that canebrake. So did the bear. By keeping between the bear and the river I knew he’d sholy make for that water hole where I left the Cunnel.

After a while the bear started that way and popped out of the gap where I said he’d go. But I didn’t hear a shot, and that pestered me….It sholy pervoked me because I’d promised the President to bring him a bear to that log, and there he was.”

At the very spot Holt had planned for the kill, the bear went to bay on the Holt Collier dogs. Collier was in a dilemma. He had been given specific orders to save the bear for Roosevelt, who was not to be found, and he had to protect the dogs from the deadly beast.

Holt dismounted, shouting at the bear. He quickly approached the bear with his rifle in his left hand and the lariat in his right. A rider rushed to camp for the President.

The dogs and the bear fought in a ferocious chorus. It wasn’t until the bear rose to his full height that Holt noticed his prize dog caught in the beast’s mighty death grip. He clubbed the rifle and leaped into the battle. He shouted again, and swung the stock of his gun through an arc that landed at the base of the bear’s skull. The bear was shaken, but he rose up, released the lifeless dog and stood a head higher than Holt. With the barrel of his rifle bent and useless, Collier had only one option. He positioned himself beside the raging animal, put his foot between the bear’s legs, and dropped the lariat over his neck. The injured bear was soon tied to a nearby willow tree.

Minutes later Roosevelt and Foote arrived. Roosevelt dismounted, ran into the water, and though everybody urged him to kill the bear, he declared that he would not shoot an animal tied to a tree. Roosevelt was in awe of the feat he was witness to.

For the entire hunt, Holt Collier was the center of attention. Sitting apart, he spoke simply and fearlessly, unmindful of any difference in social status from the powerful men about him. He told the story of his life, how he had killed white men and had gone unscathed, how he had met Union soldiers in hand-to-hand conflict, and how he fought off a band of vigilantes. His background and experience held the President’s imagination as he told stories of his years as a slave, his service as a Confederate scout, and his many years hunting bear.

The press had a field day with the story. Headlines and cartoons depicted the President as having been unprepared by satisfying his appetite. The story about the President being out-played by a lowly guide invited ridicule. The account of Holt Collier’s heroic efforts received detailed coverage.

At the conclusion of the hunt, Roosevelt declared that Holt Collier “ was the best guide and hunter he’d ever seen”, and that “before he is three years older, he will go back to the Little Sunflower, and, with Holt Collier as his only guide, will chase bears until he comes up with one and kills it, running free before the dogs.”

Clifford Kennedy Berryman ran two editorial cartoons of the incident on the front page of The Washington Post. The cute bear cub he drew immediately became a popular Roosevelt mascot. Morris Michtom saw the Berryman cartoon and designed a toy bear. He called it ‘Teddy’s Bear.’ His success selling the toys for a dollar and fifty cents resulted in formation of the Ideal Toy Corporation in 1903. When Michtom died in July 1938, the company was selling more than 100,000 bears each year.

This article is a condensed version of excerpts from the biography of Holt Collier by Minor Ferris Buchannan.

Voir encore:

TR’s Wild Side

As a Rough Rider in the Spanish-American War, Theodore Roosevelt’s attention to nature and love of animals were much in evidence, characteristics that would later help form his strong conservationist platform as president

Douglas Brinkley

American Heritage

Fall 2009

ON JUNE 3, 1898, 39 days into the Spanish-American War, Theodore Roosevelt and his Rough Riders arrived in Florida by train, assigned to the U.S. transport Yucatan. But the departure date from Tampa Bay for Cuba kept changing. Just a month earlier, the 39-year-old Teddy had quit his job as assistant secretary of the Navy, taken command of the 1,250-man 1st Volunteer Cavalry Regiment along with Leonard Wood, and began a mobilization to dislodge the Spanish from Cuba.

Roosevelt worried that if the ship didn’t leave soon, his men’s livers weren’t going to withstand all the booze they were consuming. The first day was incredibly humid, with a hot, glassy atmosphere and scant wind. Anxious for war, Teddy was unperturbed by the omnipresent swarms of chiggers and sandflies. To kill time he studied Florida’s botany, learning to distinguish lignum-vitae (holywood) trees from blue beech and ironwood at a glance.

The very word wild had a smelling-salt-like effect on Theodore Roosevelt. As a Harvard undergraduate he had studied nature from a scientific perspective, full of rigor and objectivity. To Roosevelt wilderness hunting and bird-watching were the ideal bootcamps for a military career. By studying how grizzly bears tracked their prey, he developed warrior skills. First-rate soldiers were best made in America, he believed, by learning to live in the wild. If a soldier understood how to read a meadowlark call or crow squawk, then his chances of battlefield survival were enhanced. An alertness to all things wild was, in Roosevelt’s eyes, a prerequisite for excelling in modern society. Success would fall upon the individual who could outfox a blizzard or survive a heat wave.

Roosevelt possessed in spades the qualities that Harvard naturalist Edward 0. Wilson has called “biophilia”: the desire to affiliate with other forms of life, the same impulse that lifts the heart at a sudden vision of a glorious valley, a red-rock canyon, or a loon scooting across a mud bog at dusk. Wilson suggests that, at heart, humans want to be touched by nature in their daily lives. His hypothesis offers a key to understanding why Roosevelt as president would add over 234 million acres to the public domain between 1901 and 1909. He responded both scientifically and emotively to wilderness. The shopworn academic debate over whether Roosevelt was a preservationist or a conservationist is really moot. He was both, and a passionate hunter to boot, too many sided and paradoxical to be pigeonholed. Even within the crucible of the Spanish-American War, Roosevelt managed to acquire exotic pets and to write about the Cuban environment, actions that provide valuable insight into Roosevelt’s developing conservationist attitudes.

While waiting to ship out, he studied the waterfowl along the wharf front and marshy inlets: ibis, herons, and double-crested cormorants, among scores of others. Beneath his cavalry boots on the Tampa beaches were sunrise tellin, wide-mouthed purpura, ground coral, bay mud, and tiny pebbles mixed with barnacles and periwinkles. Writing to his friend Henry Cabot Lodge, he turned quasi geobiologist, evoking Florida’s semitropical sun, palm trees, shark-infested shallows, and sandy beaches much like those on the French Riviera. The Gulf of Mexico, the ninth-largest body of water in the world, interested Roosevelt to no end.

Spending those days in Tampa Bay, various conservation historians believe, later influenced Roosevelt’s creation of federal bird sanctuaries along Florida’s coasts. What Roosevelt learned from being stationed on the Gulf Coast was that the market hunters were having a bad effect on Florida’s ecosystem, including the Everglades, Indian River, Lake Okeechobee, and the Ten Thousand Islands. The previous year, his friend the New York-based ornithologist Frank M. Chapman had warned him that tricolor herons and snowy egrets were being slaughtered for their feathers. Now huge mounds were heaped around the Tampa harbor, bird carcasses piled 20 or 30 yards high to rot in the sun. If the slaughter wasn’t stopped, the crowded, beautiful roosts of Florida would vanish and their inhabitants would go the way of the passenger pigeon, the ivory-billed woodpecker, and the Labrador duck.

Even as he shaped his regiment for combat, Roosevelt retained his fascination with animals, an aspect that distinguishes his war memoir The Rough Riders from all other accounts of the 1898 Cuban campaign. And in his 1913 autobiography Roosevelt presented his theory about the role of pets in sustaining morale. Compared with his accounts of military tactics and the toll of yellow fever, such passages can seem frivolous, but they do offer a valuable perspective on Roosevelt as a war leader and as a person.

Largely due to Roosevelt, the 1st Volunteer Cavalry Regiment took three animal mascots with them, all the way from basic training in San Antonio through their port stay in Tampa Bay. For starters, there was a young mountain lion, Josephine, given by trooper Charles Green of Arizona. Roosevelt spent as much time around the cougar cub as he could. Although he wrote in The Rough Riders that Josephine had an “infernal temper,” he adored everything about her: her sand-colored coat, dark rounded ears, white muzzle, and piercing blue eyes, which turned brown as she matured. Eventually Josephine would weigh at least 90 pounds and be able to pull down a 750-pound elk with her powerful jaws. The New York Times reported that she “rejoiced” when her name was uttered and was beloved by all the men. But one time she got loose, climbed into bed with a soldier, and began playfully chewing on his toes. Roosevelt later chuckled in The Rough Riders that “he fled into the darkness with yells, much more unnerved than he would have been by the arrival of any number of Spaniards.”

Another steadfast comrade from the wild was a New Mexican golden eagle nicknamed “Teddy” in Colonel Roosevelt’s honor. Roosevelt loved to watch these raptors swooping down to pluck a snake or other prey, and he even learned the art of falconry, wearing leather gloves and calling his namesake back to camp after it had gone hunting. “The eagle was let loose and not only walked at will up and down the company streets, but also at times flew wherever he wished,” Roosevelt recalled.

Josephine and Teddy had to be left behind in Tampa, but a “jolly dog” named Cuba and owned by Cpl. Cade C. Jackson of Troop A from Flagstaff, Arizona, did accompany the Rough Riders. Having dirty gray, poodle-like fur and the personality of a Yorkie, the little dog could be easily scooped up with the swipe of a hand. (One story, in fact, claims that Jackson had stolen Cuba just so from a railcar.) Frisky as a dog could be, Cuba accompanied the regiment “through all the vicissitudes of the campaign.” Aboard the Yucatan, Roosevelt asked a Pawnee friend to draw Cuba—who ran “everywhere round the ship, and now and then howls when the band plays”—for his daughter Ethel. Perhaps because Roosevelt was so comfortable with the trio of animals—knowing how to feed the eagle mice and to scratch Josephine behind the ears—the mascots added a compelling dimension to the press coverage of the Rough Riders. But even if TR did use the mascots to play to the cameras, they were part and parcel of his lifelong need to be associated with animals.

When the Yucatan finally set sail on June 13, Roosevelt was nearly giddy with joy at escaping Tampa. As the 49 vessels in the convoy steamed south in three columns, he noted that the Florida Keys area was “a sapphire sea, wind-rippled, under an almost cloudless sky” When he first caught sight of the shoreline of Santiago Bay, waves beating in diagonals, he wrote to his sister Corinne that “All day we have steamed close to the Cuban Coast, high barren looking mountains rising abruptly from the shore, and at a distance looking much like those of Montana. We are well within the tropics, and at night the Southern Cross shows low above the Horizon; it seems strange to see it in the same sky with the Dipper.”

At both San Antonio and Tampa Bay, his two horses Rain-in-the-Face and Texas practically never left his side. With Vitagraph motion picture technicians filming the Rough Riders wading ashore, a trooper was ordered to bring his steeds safely onto the beach. Alas, a huge wave broke over Rain-in-the-Face. Unable to burst free from his harness, he inhaled seawater and drowned. For the only time during the war Roosevelt went berserk, “snorting like a bull,” as Albert Smith of Vitagraph recalled, “split[ting] the air with one blasphemy after another.” As the other horses were brought ashore, Roosevelt kept shouting “Stop that god-damned animal torture!” every time saltwater got in a mare’s face.

On June 23 the Rough Riders debarked at the fishing village of Siboney about seven miles west of Daiquiri, behind Gen. Henry Ware Lawton’s 2nd Division and Gen. William Shafter’s 5th Corps. The soldiers took ashore blanket rolls, pup tents, mess kits, and weaponry, but no one thought to give them any insect repellent. There was no wind, and they felt on fire. The tangled jungles and chaparral of Cuba, particularly in early summer, were breeding grounds for flies that now swarmed the camps. Cuba also boasted 100 varieties of ants, including strange stinging ones that seemed to come from a different world. Unafraid of the soldiers, little crouching chameleons with coffin-shaped heads changed color from bright green to dark brown, depending on the foliage they rested on. “Here there are lots of funny little lizards that run about in the dusty roads very fast,” Roosevelt wrote to his daughter Ethel, “and then stand still with their heads up.”

Roosevelt’s letters crackle with the kind of martial detail also found in Stephen Crane’s 1895 Civil War novel The Red Badge of Courage. Yet they’re also crowded with natural history, with observations about the “jungle-lined banks,” “great open woods of palms,” “mango trees,” “vultures wheeling overhead by hundreds,” and even a whole command “so weakened and shattered as to be ripe for dying like rotten sheep.” There was a strange confluence in Cuba between Roosevelt and the genius loci, as he constantly sought to conjure up nature as a way to increase his personal power.

Both in Roosevelt’s correspondence and his war memoir, the land crab is everywhere, its predatory omnipresence almost the central metaphor of his Cuban campaign. Carcinologists had noted that the local species, Gecarcinus lateralis, commonly known as the blackback, Bermuda, or red land crab, leaves the tropical forests each spring to mate in the sea. It made for an eerie spectacle all along Cuba’s northern coast as these misshapen creatures, many with only one giant claw, crawled out of the forests across roads and beaches to reach the water. Swollen with eggs, the female red land crabs nevertheless made their journey to incubate in the Caribbean Sea, traveling five to six miles a day over every obstacle imaginable. Roosevelt noted that they avoided the sun’s glare, often struggling to shade just like wounded soldiers. While basically land creatures, these burrowing red crabs—their abalone-like shells thick with gaudy dark rainbow swirls—still had gills, so they needed to stay cool and moist. “The woods are full of land crabs, some of which are almost as big as rabbits,” Roosevelt wrote to Corinne. “When things grew quiet they slowly gathered in gruesome rings around the fallen.”

For the first time as an adult, Roosevelt was in the tropics. The very density of vegetation he encountered was daunting, the white herons often standing out against the greenery like tombstones. He now knew how Charles Darwin must have felt in the Galapagos and Tahiti. Cuba’s red land crabs were his tortoises or finches; everything about them spoke of evolution. Unlike the stone crabs of Maine, these red crabs weren’t particularly good-tasting. Still, with supplies sparse, the soldiers smashed them with rocks, discarded the shells, and mixed the meat into their hardtack, calling the dish “deviled crab.” Although the crabs were not dangerous, many Rough Riders were jarred awake at night by their formidable pincers. And they were persistent—a buddy would shake them scurrying away from the bedroll, only to find them back a short while later.

In The Rough Riders, Roosevelt vividly described the timeworn, brush-covered flats in the island village of Daiquiri on which the regiment camped one evening, on one side the jungle, on the other a stagnant malarial pool fringed with palm trees. After they stormed Santiago, many of his troops, a third of whom had served in the Civil War, lay wounded in ditches while flies buzzed around them. Sometimes after an American died, villagers would strip the corpse of all its equipment. Humans could be scavengers, too. Roosevelt turned to avian and crustacean imagery to convey the horrors of death. “No man was allowed to drop out to help the wounded,” he lamented. “It was hard to leave them there in the jungle, where they might not be found again until the vultures and the land-crabs came, but war is a grim game and there was no choice.”

Ever since Roosevelt had discovered Darwin’s writings as a boy growing up in New York City, analyzing species and subspecies characteristics became a daily habit. In his 1895 essay on “Social Evolution,” published in the North American Review, he offered a parable about when the dictates of natural selection superseded love of wildlife. “Even the most enthusiastic naturalist,” he wrote, “if attacked by a man-eating shark, would be much more interested in evading or repelling the attack than in determining the specific relations of the shark.” By this criterion, Roosevelt was a dual success in Cuba. He not only thwarted the Spanish sharks but managed to make detailed diary notes regarding vultures and crabs, which he planned to use in his memoir of the war.

What he would call his “crowded hour” occurred on July 1, 1898, when, on horseback, he led the Rough Riders (plus elements of the 9th and 10th Regiments of regulars, African American “buffalo soldiers,” and other units) up Kettle Hill near San Juan Hill in the battle of San Juan Heights. Once the escarpment was captured, Roosevelt, now on foot, killed a Spaniard with a pistol that had been recovered from the sunken Maine. Roosevelt later said that the charge surpassed all the other highlights of his life. Somewhat creepily, it was reported, Roosevelt had beamed through the blood, mutilation, horror, and death, always flashing a wide grin as he blazed into the enemy. Whether he was ordering up artillery support, helping men cope with the prostrating heat, finding canned tomatoes to fuel the troops, encouraging Cuban insurgentes , or miraculously procuring a huge bag of beans, he was always on top of the situation, doing whatever was humanly possible to help his men avoid both yellow fever and unnecessary enemy fire. There was no arguing about it: Colonel Roosevelt had distinguished himself at Las Guasimas, San Juan, and Santiago (although the journalists did inflate his heroics to make better copy).

By the Fourth of July, Roosevelt had become a home-front legend, the most beloved hero produced in what the soon-to¬be secretary of state John Hay called “a splendid little war.” With the fall of San Juan Heights and the Spanish fleet destroyed, Santiago itself soon surrendered. The war was practically over. The stirring exploits of Colonel Roosevelt were published all over the United States, turning him overnight into the kind of epic leader he had always dreamed of being.

But the hardships Roosevelt had suffered were real. Supplies like eggs, meat, sugar, and jerky were nonexistent. Hardtack biscuits—the soldiers’ staple—had bred hideous little worms. Just to stay alive, the Rough Riders began frying mangoes. Worse still, the 100°F heat caused serious de hydration. Then there was the ghastly toll from tropical diseases. Diarrhea and dysentery struck the outfit. Fatigue became the norm. So many Rough Riders were dying from yellow fever and malaria that Roosevelt eventually asked the War Department to bring the regiment home to the Maine coast. On August 14 the Rough Riders, following a brief stopover in Miami, arrived at Montauk Point at the tip of Long Island (not Maine) and were placed in quarantine for six weeks.

In hard, good health, taut and fit, his face tanned, and his hair crew-cut, Roosevelt was living out his boyhood fantasy of being a war hero. He had endured the vicissitudes of combat with commendable grit, and now it was all glory. Something in the American wilderness experience, Roosevelt believed, including his long stints of hunting in the Badlands and Bighorns in the 1880s, had given him an edge over the Spaniards. The same with the Rough Riders, who hailed from the Southwest—Arizona, New Mexico, Oklahoma, and Indian Territory. Not a single Rough Rider got cold feet or shrank back.

Roosevelt believed that the American fighting spirit would only continue as long as outdoorsmen didn’t get lazy and rest on their laurels. Slowly he was developing an underlying doctrine that he would call “the strenuous life.” The majestic open spaces of western America, such as the Red River Valley, the Guadalupe Mountains, the Black Mesa, the Sangre de Cristo Range, the Prescott Valley, and the Big Chino Wash, had hardened his men into the kind of self-reliance Emerson had invoked in his writings. Wouldn’t Rough Riders make terrific forest rangers? Didn’t the wildlife protection movement need no-nonsense men in uniform to stop poaching in federal parks? “In all the world there could be no better material for soldiers than that offered by these grim hunters of the mountains, these wild rough riders of the plains,” enthused Roosevelt.

While the Rough Riders recuperated under yellow-fever watch at Montauk, New York’s Republican Party was urging Roosevelt to run for governor that fall. As he contemplated his political future, everybody clamoring to shake his hand, he found respite watching the pervasive raccoons and white-tailed deer of Montauk. There was even Nantucket juneberry along the sandplains to study. One hundred years later, to honor the Rough Riders’ residence at Camp Wikoff in 1898, Montauk named a 1,157-acre wilderness area Roosevelt County Park.

In August the New York Times ran a feature story about Josephine, reporting that the colonel might raise the big cat at Oyster Bay. But his wife, Edith, put a stop to that plan, and Josephine was carted off to tour the West as a circus attraction. Unfortunately, she got loose or was stolen in Chicago and was never seen again.

The eventual fate of Teddy the golden eagle was just as disappointing. Quite sensibly, Roosevelt had given him to the Central Park Zoo, where he became a popular tourist attraction, but he was killed by two bald eagles put into his cage to keep him company. The body of the regiment’s mascot was shipped to Frank Chapman at the American Museum of Natural History to be stuffed.

Cuba the dog’s story, at least, had a happy ending. Discharged from quarantine, Corporal Jackson headed back to his home in Flagstaff and gave the celebrity terrier to Sam Black, a former Arizona Territory Ranger, with whose family he lived for 16 years in the lap of luxury. When Cuba died of natural causes, he was given a proper military funeral.

On August 20, 1898, Colonel Roosevelt was allowed to leave quarantine to return to his Oyster Bay home at Sagamore Hill for five days. By the time he got there, a groundswell of support had arisen for his gubernatorial candidacy. All around Oyster Bay, he was greeted with shouts of “Teddy!” (which he hated) and “Welcome, Colonel!” (which he loved). “I would rather have led this regiment,” Roosevelt wrote a friend, “than be Governor of New York three times.”

Cleverly, Roosevelt had kept diaries in Cuba, jotting down exact dialogue and stream-of-consciousness impressions. His editor at Charles Scribner’s Sons, Robert Bridges, worried that if Roosevelt ran for governor the war memoir they’d been discussing would have to be put on hold. “Not at all,” Roosevelt assured him. “You shall have the various chapters in the time promised.”

Once back at Camp Wikoff, Roosevelt wandered Montauk Point, care taking his golden eagle and taking little Cuba on walks. Roosevelt seemed like a changed man, disconcertingly calm, studying the undercarriage of wigeon ducks as they flew overhead. Sometimes, particularly when reporters were around, he rode his horse up and down the beach. By having “driven the Spaniard from the New World,” Roosevelt could relax— the burden of family cowardice and the shadow of his father’s hiring of a surrogate for his Civil War service had passed away forever. With nothing more to prove, he could excel as a powerful politician, soapbox expansionist, true-blue reformer, naturalist, and conservationist.

On September 13 a bugle called, and the surviving Rough Riders dutifully fell into formation. In front of them was a card table with a blanket draped over a bulky object. The 1st Volunteer Cavalry had a parting gift for their humane and courageous colonel. Eventually the blanket was lifted to reveal an 1895 bronze sculpture by Frederic Remington, Bronco Buster. (A cowboy was the western term for a cattle driver, while a bronco buster broke wild horses to the saddle.) Tears welled up in Roosevelt’s eyes, his voice choked, and he stroked the steed’s mane as if it were real. “I would have been most deeply touched if the officers had given me this testimonial, but coming from you, my men, I appreciate it tenfold,” Roosevelt said. The Rough Riders had found the best gift possible. It summed up Theodore Roosevelt well: a fearless cowboy, stirrup flying free, determined to tame a wild stallion by putting the spurs to it, a quirt in his right hand, and the reins gripped in the other. A Remington cast of the Bronco Buster now sits prominently in the White House Oval Office for President Barack Obama to appreciate.

The 42-year-old Roosevelt took more than just a Remington bronze to the White House in September 1901; his wilderness values and philosophy came with him, along with his saddle bag. Besides continuing to collect myriad White House pets, Roosevelt used his executive power to save such national heirlooms as the Grand Canyon, Crater Lake, Devils Tower, Mesa Verde, and the Dry Tortugas. On July 1, 1908, to help commemorate his “crowded hour” of battle at Santiago, President Roosevelt created 45 new national forests scattered throughout 11 western states. He also initiated many innovative protocols for range management, wildfire control, land planning, recreation, hydrology, and soil science throughout the American West. It was exactly a decade since his moment of military glory. His “crowded hour” 10 years later put much of the Rocky Mountains and the Pacific Northwest beyond the lumberman’s ax. Adding to the conservationist theme, TR hired as forest rangers men who had served with him in combat. These ex-Rough Riders now protected wild America from ruin under the banner of Rooseveltian conservationism.

What particularly worried President Roosevelt at the dawn of the 20th century was that citizens of New York, Philadelphia, and Boston could not understand the splendor of the American West. “To lose the chance to see frigate birds soaring in circles above the storm,” Roosevelt wrote, “or a file of pelicans winging their way homeward across the crimson afterglow of the sunset, or a myriad of terns flashing in the bright light of midday as they hover in the shifting maze above the beach—why the loss is like the loss of a gallery of masterpieces of the artists of old time.”

Adapted by the author from The Wilderness Warrior: Theodore Roosevelt and the Crusade for America , published by HarperCollins, © 2009

The truth about piranha attacks

Practical fishing

Piranhas aren’t the man-eaters folklore would suggest; you’re much more likely to lose a toe, according to the results of a new survey of piranha attacks in Suriname.

Humans are much more likely to be bitten when piranhas are removed from the water when fishing than they are while bathing in the water, the study claims.

"Many human deaths attributed to piranhas are probably cases of scavenging on drowned or otherwise already dead persons", says Jan Mol of the University of Suriname, who has just published the results of a study on human attacks by piranha.

"In 15 years of field work in Suriname, often wading for hours through ‘piranha-infested’ streams and catching piranhas with hook and line while bathing in the river, I was never injured by free-swimming piranhas.

"Piranhas are usually more dangerous out of the water than in it and most bites occur on shore or in boats when removing a piranha from a gillnet or hook, or when a ‘loose’ piranha is flopping about and snapping its jaws."

Other studies have come to similar conclusions, but Mol suggests that under some situations the risk of piranha attack is very real.

"In the low-water season, when hungry fishes become concentrated in pools, some piranha species may be dangerous to any animal or human that enters the water."

Serrasalmus rhombeusMol studied Serrasalmus rhombeus attacks at three locations in Suriname; the villages of Donderkamp and Corneiskondre on the Wayombo River and a recreation park at Overbridge on the Suriname River.

Dozens of people had been attacked at each location, with most injuries resulting in bites to the heel, soles of the feet and toes.

More serious deeper wounds were also inflicted to the legs, arms and body. Some bites were so severe that the fish completely removed the toes, including the phalange bone.

Reader Mike Rizzo suffered this bite from his rhombeus last year. Full story

The recovery of toe phalanges, complete with human flesh and bits of toenail, identified the culprits as Serrasalmus rhombeus, one of the largest and most aggressive piranhas.

"Individuals of this species tend to remain several weeks at one site and this may explain why the respective piranhas were caught at exactly the same spot after their attacks on bathers", says Mol.

"Also, characteristics of wounds of victims from Overbridge resembled bite marks previously documented as caused by S. rhombeus. Furthermore, no Surinamese freshwater fish other than a piranha could be responsible for the injuries reported here."

None of the three locations surveyed had reported any human deaths due to piranha attacks.

Two epileptic bathers whose badly mutilated bodies were retrieved from the water are believed to have suffered seizures and then been scavenged by the fish.

Villagers interviewed by Mol claimed that piranha attacks in the small villages were unheard of until the population of the village began to rise in 1990.

When the human population peaked, the number of piranha attacks increased.

Feeding, not defenceWhile piranha attacks in other areas have been attributed to attacks by breeding piranhas defending their eggs and fry, Mol believes this is not the case in Suriname.

"In Surinamese rivers most of the reproductive activity of S. rhombeus occurred in the long rainy season of April to July, while most piranha attacks in Overbridge and Donderkamp occurred during the low-water (dry) season of September to November.

"Nevertheless, there is a small possibility that some individual piranhas were reproducing and guarding their spawn and/or spawning sites out of the main season."

The sites not only lacked stereotypical spawning sites for the species, but the surveys revealed only sexually immature juvenile piranhas, so Mol believes that the attacks stem from feeding behaviour, not the defence of offspring.

How to avoid being eaten1. Piranhas are only found in certain rivers in the Amazon basin. Avoid swimming in South America, unless you have to. If you must bathe there, fill a bucket and wash on land. But look out for Centromochus!

Voir enfin:

Safety in numbers? Shoaling behaviour of the Amazonian red-bellied piranha

Helder Queiroz1 and Anne E Magurran2,*

Biology letters

2005 May 10

Abstract

Red-bellied piranha (Pygocentrus nattereri) shoals have a fearsome reputation. However, the variety and abundance of piranha predators in the flooded forests of the Amazon in which they live indicate that an important reason for shoal formation may be predator defence. Experiments using wild-caught piranhas supported the hypothesis that individual perception of risk, as revealed by elevated ventilatory frequency (opercular rate), is greater in small shoals. Moreover, exposure to a simulated predator attack by a model cormorant demonstrated that resting opercular rates are regained more quickly by piranhas in shoals of eight than they are in shoals of two. Together, these results show that shoaling has a cover-seeking function in this species.

1. Introduction

It is now well established that individual animals accrue significant anti-predator advantages by grouping with conspecifics; for example, in flocks of birds and schools of fishes (Elgar 1989; Magurran 1990; Pitcher & Parrish 1993; Cresswell 1994). However, although the protective properties of groups have been comprehensively investigated (Krause & Ruxton 2002), the individual decisions on which these advantages rest are much less well understood (Tien et al. 2004). Hamilton (1971) proposed that individuals take advantage of the cover provided by other group members to reduce their ‘domain of danger’. The prerequisite for cover-seeking behaviour is a heightened perception of risk by singletons or members of small groups.

Few species have attracted greater notoriety than the red-bellied piranha, Pygocentrus nattereri (Schulte 1988). The species is popularly believed to be a dangerous pack-hunting fish. However, a recent investigation of the red-bellied piranha found no support for cooperative hunting and suggested that an important function of shoaling behaviour in the species is defence against predation (Magurran & Queiroz 2003). This assertion is supported by the observation that, in the flooded forests of the Brazilian Amazon in which we work, piranhas are regularly predated by river dolphins, caiman, aquatic birds and large piscivorous fishes (Bannerman 2001).

Here, we test the hypothesis that piranha shoaling is a form of cover seeking. We make two predictions: first, that fishes will feel safer in larger groups—as indicated by a reduction in their physiological stress response; second, that fishes in larger shoals will recover more quickly from a simulated predator attack. We use ventilatory frequency (opercular beat rate) as our measure of fearfulness. Previous work has demonstrated that opercular rate increases in fishes under predation risk; for example, in the presence of alarm substance (Pfeiffer 1962) or in response to a predator model (Metcalfe et al. 1987; Hawkins et al. 2004). Ventilatory frequency is thought to rise in anticipation of predator evasion (Barreto et al. 2003), even in the absence of prior locomotory activity.

2. Methods

(a) Experiment 1: safety in numbers

We tested the prediction that piranhas perceive larger shoals as safer by measuring the opercular rate of fish as singletons and in shoals of two, four and eight individuals. The investigation took place at Flutuante Arapaima in the Mamirauá Reserve, Amazonas, Brazil. Piranhas are abundant in the flooded forest that comprises the reserve. Our study was conducted during the high‐water season in July 2004.

Fish were collected between 12 and 24 h before testing and held in an underwater cage in their natural habitat so that stress levels were minimized. Trials were conducted in sets of four to ensure comparability of handling, time of day and so on. The order in which the four shoal sizes were tested within a set was varied across the 12 replicates in the experiment. Water was changed regularly. Oxygen levels, which were frequently monitored, did not fall below natural levels. At the beginning of a trial, a shoal of fish was gently placed in the test tank and allowed to settle for 10 min. A focal individual was then selected and its opercular rate measured for 5 successive minutes. Focal individuals, which could be identified by small variations in fin morphology, were chosen haphazardly. Using a single focal individual per group size ensured that the same number of observations was collected in each treatment. The tank was screened to avoid disturbance and all fish were observed from above. We selected the median of the five records of opercular rate per minute for our analysis. Afterwards, all fish were removed and measured, before being returned to the wild. With minor exceptions to make up shoal sizes (less than 2% of cases), fish were not reused. The mean (± s.d.) fork length of fish was 15.5±2.09 cm.

(b) Experiment 2: response to predator ‘attack’

We exposed piranhas in shoals of two and eight to a simulated attack from a realistic model cormorant, to test the prediction that larger groups regain their previous ventilatory rate faster than smaller groups. The olivaceous cormorant, Phalacrocorax olivaceus, is an important predator of piranhas at Mamirauá (H. Queiroz and A. E. Magurran, personal observation). During each trial, the 75 cm-long model swooped from its perch and splashed into the water in the test tank (60×15×60 cm3 with water 20 cm deep). The model was then immediately removed. We recorded the opercular rate of a focal individual for five successive minutes after the attack. These values were contrasted with baseline opercular rate for the same focal individual, which had been measured for 1 min before the presentation of the model. There were 10 replicates per shoal size. No piranhas were tested more than once and different individuals were used in experiments 1 and 2.

3. Results

(a) Experiment 1: safety in numbers

Our first experiment revealed a marked reduction in opercular rate with increasing group size (figure 1). A repeated‐measures ANOVA on the untransformed data confirmed that the decline within sets was significant (F3,33=12.67, p<0.001). Post hoc analysis using the Bonferroni–Dunn test showed that there was no significant difference (p>0.05) in opercular rate between singletons and groups of two, nor between groups of four and eight. The opercular rate in shoals of eight was 25% lower than for singletons. Overall, there was no relationship between the size of the focal individual and its opercular rate (F1,46=0.005, p=0.94).

Opercular rate (per minute) of the focal individual as a proportion of the singleton’s opercular rate (indicated by the line through unity) in a set of four tests. Mean value (± s.e.) is shown.

(b) Experiment 2: response to predator ‘attack’

The second experiment took advantage of the observation that focal individuals in shoals of eight have a lower opercular rate than do individuals in shoals of two. Piranhas in both shoal sizes reacted vigorously to the predator model. Experiment 1 had shown that there was no trend in opercular rate over 5 min for groups of two and eight in the absence of direct threat: one sample t-test of slope coefficients of the relationship between opercular rate and time: shoal of two t11=0.254, p=0.80; shoal of eight t11=1.338, p=0.21. By contrast, opercular rates in was experiment, 2 increased dramatically following the presentation of the model (figure 2). We detected a significant difference between shoal sizes in response (repeated‐measures ANOVA on proportion data: F1,18=11.2, p=0.004) and a significant interaction between shoal size and time after presentation (F4,72=4.77, p=0.002), indicating that the pattern of recovery also differed (figure 2). Opercular rates returned to the baseline levels more rapidly in the larger shoals.

Mean opercular rate (± s.e.) of the focal individual in shoals of two and eight, in the 5 min period following predator attack, as a proportion of its baseline value (indicated by the line through unity). Diamond symbols represent …

4. Discussion

The popular image of red-bellied piranhas portrays them as more feared than fearful. However, the results of our investigation are consistent with an anti-predator function for shoaling in the species. We found that opercular rate, which typically increases under risk (Metcalfe et al. 1987; Barreto et al. 2003), and may be indicative of a fish’s preparedness to flee (Hawkins et al. 2004), was lower in larger groups, even in the absence of an overt predation threat. Furthermore, after a simulated attack, opercular rate remained elevated for longer in the smaller shoals. Because the size of red-bellied piranha shoals at Mamirauá ranges from fewer than 10 to about 100 (H. Queiroz and A. E. Magurran, personal observation), the grouping advantages detected in this experiment are applicable to fishes in the wild. Our study not only casts new light on the behaviour of a charismatic, though poorly researched species, but also reveals how a fish’s perception of risk is affected by shoal size.

In the flooded forest at Mamirauá, shoals of fishes (including piranhas) are constantly under risk of attack. A large body of literature attests to the many anti-predator advantages enjoyed by larger groups (Krause & Ruxton 2002). In addition to increased vigilance, there are benefits related to dilution and predator confusion. The probability that a predator will successfully capture a fish declines with shoal size (Neill & Cullen 1974). For these reasons fishes seek cover by placing themselves next to other individuals (Williams 1964; Hamilton 1971; Williams 1992). Previously, we showed that large, reproductively mature piranhas position themselves in the centre of a shoal, and take fewer risks than smaller, immature individuals during foraging (Magurran & Queiroz 2003). The present study strengthens the conclusion that individual piranhas join shoals to reduce their risk of capture. In our study, we examined fish that had no cover from the simulated predation attack. However, piranha shoals may occur in the flooded forest itself as well as in open water in Mamirauá lake, and it is probable that they use the cover provided by submerged branches to evade predators. It would be interesting to determine whether the benefits of shoaling as a cover-seeking device reduce in the presence of physical cover to shelter in.

Time devoted to predator avoidance is time lost from other activities such as foraging. This trade-off can be optimized by resuming previous behaviour as soon as possible after the threat has abated (Krause & Ruxton 2002). For this reason, membership of a larger shoal provides advantages over and above the differences in baseline ventilation frequency. Because higher opercular rate is associated with higher metabolic rate (Shelton 1970; Olson 1998), piranhas in smaller shoals probably also experience greater oxygen requirements. Physiological costs could be particularly significant in this habitat as the flooded forest is seasonally affected by low levels of dissolved oxygen, a result of high rates of decomposition (Henderson et al. 1998). Periodic mass fish kills are a natural phenomenon here (Henderson et al. 1998). Individual mysids (Euphasia superba) consume less oxygen in larger swarms than in small groups (Ritz 2000), even when performing escape responses (Ritz et al. 2001). Our results point towards a similar benefit in piranhas.

Acknowledgements

The authors acknowledge the Royal Society, Mamirauá Institute and the following people without whom our fieldwork would not have been possible: Dalvino and Jonas Costa collected fishes, Divina and Luzia dos Santos maintained the field laboratory and Danielle Cavalcante and Carlos Maciel helped in the pilot study. Two referees made insightful comments on the paper.

References

Bannerman M. Instituto de Desenvolvimento Sustenável Mamirauá; Tefé, Brazil: 2001. Mamirauá: a guide to the natural history of the Amazon flooded forest.

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Williams G.C. Oxford University Press; 1992. Natural selection: domains, levels and challenges.

2. Piranha attacks are greatest during the dry season when water levels are lowest and the fish breed, resulting in thousands of hungry young piranhas in the water.

3. Human attacks are most common in areas where human densities are highest in the water, such as popular swimming spots.

4. Noise and splashing attracts piranhas, so try to avoid making a commotion while you’re taking a dip. Piranha most commonly attack children for this reason.

5. If you’re a menstruating woman, don’t swim in the water, as any leaking blood may attract piranhas. In Amerindian villages, women in menstruation are not allowed to bathe for this reason, says Mol.

6. Don’t throw dead fish, offal or other food into the water. Piranhas are not strictly carnivorous, so any food in the water might attract them into the area.

7. Piranha attacks are not isolated incidents. If you spot any signs erected by locals saying "Warning Piranhas", it’s probably sensible to avoid bathing there.

For more information see the paper: Mol JH (2006) – Attacks on humans by the piranha Serrasalmus rhombeus in Suriname. Studies on Neotropical Fauna and Environment, December 2006; 41(3): 189-195.

Voir enfin:

This article originally appeared in Piranha meat: It can take a bite out of what ails you © 1998 Houston Chronicle Houston Chronicle Publishing Company Division (“The Chronicle”), © 1985 – 2002 Hearst Newspapers Partnership, L.P. All rights reserved. By ERIC J. LYMAN Special to the Chronicle PUCALLPA, Peru — Feeling old? Tired? There is something found around these parts that a lot of people say can help. Men in their retirement years eat it, start new families and swear by it. So do childless women, who drink it and give birth. Found in the Peruvian rain forests, the demand for it is phenomenal. But it isn’t some pharmaceutical corporation’s answer to Viagra, the impotence drug, nor is it available at a corner drugstore. In fact, an Amazonian witch doctor here must be consulted for a prescription. It’s piranha. The bitter-tasting flesh of the fish that have devoured so many villains in jungle B-movies is hailed here as the cure for problems dealing with fertility, virility, even baldness. It is said to be the ultimate aphrodisiac. "The power of the meat can cure many things," said Flor, a Peruvian witch doctor who specializes in concoctions based on piranha meat. "It is one of the strongest medicines the world has known." The scientific community, of course, scoffs at the anecdotal claims of the supporters of piranha-based cures. The meat, they say, is acidic, sometimes toxic and utterly without medicinal powers. "These claims about the power of the piranha fish meat have been around for a very long time, and there has never been any scientific evidence to support it," said Celso Pardo, the dean of a Lima pharmacological institute. "People see an aggressive, macho animal, and they say, `I want to be more like that.’ " Such disparaging words do not faze the supporters of the bony fish. Piranha fisherman Miguel Socorro, for example, said his father had been sterile before eating piranha and fathering Socorro and his two siblings. Maria Luisa Quepo, a childless woman near Pulcallpa, gave birth to twins when she was in her 40s after drinking a piranha-based brew. And the mayor of a nearby village, a widower in his 60s, started a second family with the help of the fish. Countless couples here say they’ve used the seductive powers of the piranha to spice up otherwise unimaginative marriages. "The people helped by the fish don’t need proof from scientists," said the witch doctor, Flor, whose name means "flower" in Spanish. Catching a piranha isn’t easy. The best fishermen start early in the morning by pouring buckets of blood around their boats to attract the fish, which gather with such ferocity that the water near the boat seems to be boiling. The fishermen slap the waters with their fishing poles to mimic the splashing sounds of an animal in distress — something that excites the piranha even more. Then they they drop in multipronged hooks baited with chunks of red meat. The piranha just nibble at the meat, but a slight tug at the hook-lines tells the fisherman to jerk the hooks upward, something as likely to snag the fish in the gills or tails as in the mouths, since the piranha do not allow hooks past their razor-sharp teeth. "The process is difficult, but a good fisherman can catch 12 or 15 piranhas before the sun gets too hot," said Socorro, the fisherman. The piranhas sell for a little less than $1 each to witch doctors like Flor, meaning a successful fisherman can make the average weekly wage near Pulcallpa of $16 or so in a little more than a day of fishing. Flor charges about $4.25 for most of his signature brews, which use one or two fish each. "This is one of the most profitable businesses a man can get into near here," Socorro said proudly. Some of the region’s piranha trading takes place at a fish market just outside Pulcallpa. On one edge of the market, away from the tables and mats where more traditional fish are bought and sold, a handful of fishermen and buyers go over the day’s piranha catch. Large black-bellied fish are generally worth a little less and are in highest demand by artisans, who make necklaces from the larger- than-normal jaws and teeth to sell to tourists. The meat from a red-bellied piranha, by contrast, is considered potent and is snapped up by healers. Meat from a baby piranha is thought to start working quicker; pregnant piranhas are used to solve fertility-related problems. According to Flor, medicinal uses of the piranha go back generations, though he said that he personally "discovered" the formulas he uses to make some of his most potent potions. "Medicine in the jungle is always changing, always becoming better, always discovering new cures and powers," Flor said. "The things we can’t cure are only because we haven’t figured out how yet." But Pardo, the pharmacist, said any power claimed to reside in the fish is purely psychological. "If there’s any effect at all, it’s due to somebody being convinced it will work," he said, "and then it does." "That’s not such a bad thing," he added, "just as long as people don’t take it too seriously and start hailing it as the next great miracle cure." Or the next new impotence drug. Whoever is right, the witch doctor or the pharmacist, it makes no difference to people like Quepo, the formerly childless woman who gave birth to twins when she was 43 — a miracle she attributes to piranha. "I don’t understand science, and I don’t know why it works, but it does," she said. "Before I took the medicine, my husband and I were alone. Now, thank God, we have two little children." After 5-hour trip into jungle, I’m at home with witch doctor The route to the home of the witch doctor known as Flor is long and difficult, but it doesn’t discourage visitors. Inside his wooden hut, a sweaty five hours by dugout canoe and foot from the Amazon jungle city of Pucallpa, Flor brews his mysterious potions and medicines for an average of three "clients" a day. "People," he said plainly, "they want what I have." They want it for dozens of reasons. Flor boasts cures for maladies ranging from infertility to baldness, from alcoholism to poor night vision. During a recent visit, Flor told me he could cure me of whatever ailed me. `"You have all your hair," he said, stroking his chin. "Any fertility problems?" I told him I was single, but he wasn’t deterred. "Do you have problems shooting an arrow straight?" he asked, a little more desperate. "Do you make too much noise when you walk through the jungle? Do your feet sweat when you sleep?" Flor wasn’t what I thought an Amazon witch doctor would be. He wasn’t dressed in bright robes, his face wasn’t painted in cryptic patterns. In fact, he was virtually indistinguishable from the 60 or so people in the nearby village of Nuevo Destino — Spanish for New Destiny — with his earth-tone clothes and high, Indian cheekbones. His Spanish was fairly articulate, given that it wasn’t his native language. The Shapibo Indian language is spoken by most people in the area. The route to his hut included a maze of minor river tributaries — some of which had to be blazed by breaking off or slipping under branches from fast-growing Amazon trees — and then a muddy, hourlong walk along an overgrown path. Flor’s hut, on the southern edge of Nuevo Destino, looks as if it grew out of the land around it. Weeds sprouted between the unevenly spaced floor and the wooden-and-palm-thatched roof seemed to absorb the tube of smoke rising up from the flame Flor used to heat the potion he was making for me. The brew he concocted for me included an ounce or two of piranha meat along with a ground-up mixture twigs, herbs, powders and some drops from an odd assortment of bottles that Flor kept on a shelf with the skull of a huge Caiman. The gritty potion tasted bitter, but Flor and my guide urged me to drink it down as they chatted in Shapibo. After I took a few hesitant sips, Flor took the clay pot back and smiled a toothless smile. He declared me almost cured. Of what? I asked Flor and my guide. They looked at me as if I should have perhaps asked for a cure for being dimwitted. A few seconds passed, and Flor spoke slowly. "You will find love," he said, "within 30 days." That time has nearly passed, but I haven’t given up hope. –By Eric J. Lyman July 17, 1998 – Page C-1

Voir enfin:

Theodore Roosevelt explorateur

Positivisme et mythe de la frontière dans l’expediçao cientifica Roosevelt-Rondon au Mato Grosso et en Amazonie (1913-1914)

Armelle Enders

Revue d’histoire d’Outremer. Explorations, colonisations, indépendances, Paris, t.85 (1998), n° 318, p.83-104.

Nuevo Mundo

14/02/2005

Résumé

De décembre 1913 à la fin d’avril 1914, l’ancien président des Etats-Unis Theodore Roosevelt dirige une expédition scientifique à l’intérieur des Etats brésiliens du Mato Grosso et d’Amazonie. Le but principal de celle-ci consiste à reconnaître environ 700 km du cours d’un fleuve considéré comme "inconnu", lequel reçoit le nom de "Roosevelt" au terme d’un voyage périlleux. La logistique de l’expédition est assurée par le gouvernement brésilien, représenté par le colonel Cândido Mariano Rondon, célèbre par ses explorations dans l’intérieur du pays et sa politique à l’égard des Amérindiens. A son retour dans l’hémisphère nord, Theodore Roosevelt met sa notoriété au service de sa propre légende, mais aussi de la propagande des missions militaires brésiliennes et des apports de celles-ci à l’extension de la Civilisation à travers la forêt vierge.

1Dans les années 1910, l’Amérique du Sud en général et le Brésil en particulier sont des destinations qu’empruntent un nombre croissant de personnalités. Ainsi, Anatole France, Clemenceau, Jaurès, s’arrêtent à Rio de Janeiro et São Paulo en 1910 et 1911, et, l’ancien président des Etats-Unis Theodore Roosevelt débarque le 21 octobre 1913 à Rio de Janeiro, où il inaugure une tournée de conférences et de visites qui doivent ensuite le mener à Montevidéo, Buenos Aires, et Santiago du Chili, conformément à un programme bien rôdé par les visiteurs étrangers. L’originalité du passage de Theodore Roosevelt (1858-1919) au Brésil réside dans dans la seconde partie de son voyage, beaucoup moins classique, qui commence le 12 décembre 1913 sur la frontière fluviale qui sépare le Paraguay du Brésil pour s’achever le 30 avril de l’année suivante à Manaus.

2Entre-temps, l’ancien président et son équipe de savants américains ont été confiés aux soins du colonel Cândido Maria da Silva Rondon (1865-1958) et les mondanités ont cédé la place à l’Expédition Scientifique Roosevelt-Rondon, dont l’objectif avoué consistait à parcourir plusieurs milliers de kilomètres dans des conditions périlleuses, collecter des spécimens de la faune locale, et, surtout, reconnaître le cours d’un fleuve oublié des cartographes depuis plusieurs siècles. Ne sachant trop s’il se jetait dans le Guaporé ou s’il s’écoulait en direction du Madeira, Rondon l’avait appelé "fleuve du Doute" (Rio da Dúvida), lors d’une reconnaissance effectuée dans la région en 1909. Sur les instances du gouvernement brésilien, il le rebaptise "Roosevelt" pour conclure glorieusement l’exploration. C’est ce nom, ou parfois celui de "rio Teodoro", que l’on lit toujours sur les cartes du Mato Grosso actuel.

1 "Roosevelt a débarqué à Manaus sur une civière, à l’abri des regards. Cf Esther de Viveiros, Rondon (…)

3Le tribut payé pour cet hommage est cependant élevé : tous les membres de l’expédition ont souffert de la faim et des fièvres, trois porteurs ont trouvé la mort, Kermit Roosevelt, le fils du président, a échappé de peu à la noyade, et, c’est un Roosevelt considérablement amaigri, fiévreux et blessé, qui est discrètement débarqué au petit matin à Manaus1. Ces souffrances ne sont même pas récompensées par l’admiration générale. L’exploit du chef des Rough Riders est immédiatement accueilli par un mélange d’éloges qui saluent l’exploit et de persiflages qui ironisent sur la validité de sa "découverte". On peut donc se demander si les dangereuses tribulations de Theodore Roosevelt dans la jungle amazonienne ne répondaient pas à quelque dessein de la diplomatie brésilienne et si elles n’ont pas profité principalement à un groupe de militaires brésiliens, adeptes du positivisme et de la conquête des marches de leur pays et de leurs habitants.

"Que vient faire M. Roosevelt au Brésil ?"2

2 Titre du journal carioca Correio da Manhã, le 22 octobre 1913.

3 Roosevelt, Theodore, Through the Brazilian Wilderness, New York, Charles Scribner’s sons, 1914, et S (…)

4La minceur des apports scientifiques de l’Expedição Científica Roosevelt-Rondon ont fait classer celle-ci au chapitre mineur des activités cynégético-naturalistes de "TR". Pourtant, le titre retenu pour le récit de voyage que l’ancien président publie dès son retour à New York chez Scribner’s Sons, Through the Brazilian Wilderness, suggère qu’il souhaite se placer dans le sillage de son compatriote Stanley, auteur d’une exploration remarquée du fleuve Congo à la fin des années 1870, exploration qu’il avait relatée dans un ouvrage intitulé Through the Dark Continent3.

4 Correio da Manhã, 20 octobre 1913.

5Lors de l’arrivée à Rio de l’homme d’Etat, le quotidien d’opposition carioca Correio da Manhã retrace brièvement les étapes biographiques de Roosevelt, présenté, à grand renfort de mots anglais, comme un "ancien cowboy qui a fait la guerre aux Indiens au Far-west", un "homme politique, écrivain, sportsman, soldat, globe-trotter"4.

6Depuis ses débuts en politique, Theodore Roosevelt a en effet alterné et cumulé les rôles. S’il n’a pas "fait la guerre aux Indiens", il s’est pris effectivement pris de passion pour le "far west" quelques années avant la fermeture de la "Frontière". Le mot cowboy est souvent utilisé par les les milieux politiques et intellectuels brésiliens pour désigner le président américain avec une condescendance tout aristocratique, sans savoir que Roosevelt est, précisément, un des inventeurs du cowboy.

5 Miller, Nathan, Theodore Roosevelt, a life, New York, Quill/WilliamMorrow, 1992; et surtout, Ricard, (…)

6 Frederick J. Turner s’était rendu célèbre en prononçant à Chicago en 1893 une conférence intitulée " (…)

7Au début des années 1880, Roosevelt, qui appartient à l’aristocratie new yorkaise la plus traditionnelle, se singularise en achetant un ranch dans le Dakota où il réside de longs mois5. Cette expérience est déterminante pour l’intellectuel qui découvre dans les grandes plaines ce qu’il perçoit comme l’essence de la nation américaine, la progression héroïque de la civilisation, la naissance d’un peuple dans la lutte contre des conditions hostiles. Il théorise ensuite cette expérience, avant Frederick J. Turner6, en publiant entre 1889 et 1896 une histoire de la conquête de l’Ouest, The winning of the West, qui obtient un gros succès et formule les clichés et les stéréotypes d’une mythologie naissante. Le dandy souffreteux et policé, diplômé de Harvard et de Columbia, rentre à New York transformé en pionnier viril, chantre de l’énergie et des vertus de l’Amérique profonde.

7 Sa seule prestation à l’Instituto Histórico Geográfico Brasileiro, par exemple, lui est payée 2000 $ (…)

8Depuis son départ de la Maison Blanche, qu’il a occupée de 1901 à 1909, la reconnaissance internationale de Theodore Roosevelt croît de manière inversement proportionnelle à sa fortune politique. En 1912, il n’obtient pas l’investiture républicaine pour l’élection présidentielle, il se présente à la tête d’une dissidence "progressiste", mais est battu par le démocrate Wilson qu’il honnit particulièrement. En revanche, les sociétés savantes et les académies du monde entier invitent volontiers le prix Nobel de la Paix de 1910, l’essayiste dévoreur de livres, l’amateur éclairé des sciences naturelles qu’est Theodore Roosevelt, et lui permettent ainsi de conforter ses revenus7.

9De l’Expédition scientifique Roosevelt-Rondon, "TR" peut escompter un regain d’admiration sur le plan politique intérieur et rappeler à l’opinion américaine qu’à cinquante-cinq ans, le colonel des Rough Riders possède toujours la vigueur du temps où il était le plus jeune président de l’histoire des Etats-Unis.

8 Cf. Ricard, Serge, "Theodore Roosevelt et l’avènement de la présidence médiatique aux Etats-Unis", V (…)

9 Correio da Manhã, 24 octobre 1913.

10 Correio da Manhã, 22 octobre 1913.

11 Zahm, J.A., (H.J. Mozans), Through South America’s southland with an account of the Roosevelt Scient (…)

10Expert dans l’art de manœuvrer la presse8, celui-ci prend soin de se faire surprendre par des journalistes à Rio, le doigt pointé sur les cartes de la Brazilian wilderness , alors qu’il s’entretient avec deux collaborateurs de Rondon9. Le Correio da Manhã rapporte ainsi ses propos : "M. Roosevelt a l’intention d’organiser des collections de plantes et d’animaux des Tropiques, y compris des insectes, et emportera, comme il le pourra, les dépouilles de la bataille qu’il va engager contre…l’inconnu. Il destine une part de ses collections (celle du lion) aux musées nord-américains, et l’autre, au Museu Nacional et à celui du Pará"10. Il y a sans doute, dans le voyage à travers le Brésil central, la volonté américaine de marquer le continent de son sceau scientifique. Dans le récit qu’il consacre à la tournée sud-américaine de Roosevelt, le père Zahm, familier de l’Amérique andine, se vante d’avoir pressé le président d’ouvrir la piste aux savants américains : "En comparaison avec les merveilleux résultats des explorateurs allemands, nos hommes de science américains n’ont pas accompli grand’chose dans l’intérieur des régions equinoxiales ; et il semble que si M. Roosevelt pouvait être convaincu de pénétrer le territoire peu connu du Mato Grosso et de l’Amazonie, il stimulerait ses compatriotes à consacrer plus de temps qu’auparavant à l’exploration des régions vastes et inconnues drainées par les eaux de l’Amazone et de l’Orénoque"11. Le titre du livre du père Zahm reste d’ailleurs fidèle au projet qui consistait à mettre sur pied une Roosevelt Scientific Expedition et fait disparaître Rondon du haut de l’affiche.

Sous la protection de Cândido Rondon

11Il y a lieu de croire, d’autre part, que les autorités brésiliennes n’ont pas promené sans dessein l’homme du Big stick, l’auteur du corollaire à la Doctrine Monroe, dans des régions que leurs diplomates et leurs militaires considèrent comme extrêmement sensibles et à propos desquelles ces derniers se sont toujours montrés particulièrement chatouilleux. Au-delà des enjeux diplomatiques évidents, qui visent à consolider le soutien des Etats-Unis d’Amérique aux Etats-Unis du Brésil en cas de litige sur la souveraineté de ceux-ci dans le bassin amazonien, un groupe de militaires positivistes trouve dans le passage de Roosevelt dans leur pays une occasion de promouvoir à l’étranger une facette particulière de la modernité brésilienne. L’illustre touriste ne témoignera pas seulement des réussites du Brésil littoral, de l’assainissement et de l’embellissement récents de la capitale fédérale, des travaux spectaculaires menés par le docteur Vital Brazil au Butantã, l’Institut ophidien de São Paulo, – étapes obligées des visiteurs de marque -, il verra aussi comment les Brésiliens participent à l’extension de la Civilisation dans des contrées sauvages et arriérées.

12 Lettre de Frank Harper, secrétaire de T.Roosevelt, au ministre des Relations Extérieures, Arquivo do (…)

13 Roosevelt,Theodore, Mes chasses en Afrique, Paris, Hachette, 1910.

12Le montage de l’expédition est due en grande partie au ministre brésilien des Relations Extérieures, Lauro Müller (1863-1926). Le projet initial de Roosevelt était plus modeste que la tournure prise ultérieurement par les événements, comme en témoigne la lettre détaillée adressée par l’ancien président aux autorités brésiliennes12. Roosevelt, qui a été invité par le Museo Social de Buenos Aires, est décidé à profiter de cette occasion pour parcourir l’intérieur du continent sud-américain, de l’estuaire de La Plata à Caracas, en suivant les voies fluviales des bassins du Paraguay et de l’Amazone. Pour ce faire, il sollicite du gouvernement brésilien la logistique nécessaire à ce voyage très aventureux à travers des régions à peine reliées au télégraphe en ce début du XXe siècle. Roosevelt entend être accompagné de quelques ornithologues de l’American Museum of Natural History de New York, comme il s’était entouré de naturalistes du Smithsonian Institute lors de son safari est-africain de 190913.

14 Roosevelt, Theodore, Through the Brazilian wilderness, New York, Charles Scribner’s sons, 1914, p. 8 (…)

15 Fausto, Boris (éd.), História Geral da Civilização Brasileira, III, 2, São Paulo, Difel, 1985, 3e ed (…)

16 Amado, Luiz Cervo, et Bueno, Clodoaldo, História da política exterior do Brasil, São Paulo,1992.

13Lauro Müller profite de l’aubaine pour donner à cette visite privée un retentissement important, couvrir Roosevelt d’hommages et faire connaître le Brésil à l’étranger14. Il avait succédé en 1912 au Palais Itamarati (le Quai d’Orsay brésilien) au baron de Rio Branco (1845-1912) qui avait occupé le poste pendant dix ans et marqué pour longtemps la diplomatie brésilienne. Premier ministre des affaires étrangères à s’être rendu en voyage officiel aux Etats-Unis15, Lauro Müller restait fidèle à l’héritage de Rio Branco qui privilégiait l’alliance avec la grande république du Nord16.

14Rio Branco devait son immense prestige à l’efficacité de ses méthodes qui avaient permis d’agrandir pacifiquement le territoire brésilien et d’en faire reconnaître internationalement la plupart des frontières. Ainsi, en 1900, Rio Branco parvient à un arrangement avec la France à propos de l’Amapá, il obtient de la Bolivie la cession de l’Acre (1903), règle les problèmes frontaliers avec la Grande-Bretagne (1904), le Vénézuela (1905), les Pays-Bas (1906), la Colombie (1907) et le Pérou (1909). Lorsque les positions semblent inconciliables, Rio Branco recourt à l’arbitrage international.

17 Cité dans Amado, Luiz Cervo, et Bueno, Clodoaldo, op.cit., p.171-172. Voir aussi, des mêmes auteurs, (…)

15Comme le Brésil est l’Etat du continent américain qui possède le plus de frontières avec des puissances européennes, l’impérialisme de celles-ci, qui achèvent de se partager l’Afrique, paraît bien plus menaçant à Rio Branco que les appétits nord-américains. Rio Branco redoute en effet que les Européens n’imposent au bassin de l’Amazone le régime de liberté de navigation et de commerce en vigueur dans le bassin conventionnel du Congo depuis la Conférence de Berlin. L’alliance privilégiée du Brésil avec les Etats-Unis, l’accueil favorable réservé au Corollaire Roosevelt de la Doctrine de Monroe (1904), ont pour but principal de préserver la souveraineté brésilienne en Amazonie, car, écrit Rio Branco, "si jamais les Etats-Unis invitaient des Etats européens à exploiter des terres en Amérique du Sud et à imposer la liberté complète de l’Amazonie, ils refuseraient difficilement l’invitation"17.

18 Sur les conceptions de Theodore Roosevelt, cf Ricard, Serge, op.cit.

16Le discours que prononce Roosevelt devant l’Instituto Histórico e Geográfico Brasileiro, en présence de Lauro Müller, à Rio en octobre 1913, fait écho aux paroles du baron de Rio Branco. Toute l’œuvre d’écrivain et d’homme politique de Theodore Roosevelt fait de l’expansion coloniale la victoire de la civilisation sur la barbarie, l’apanage des peuples forts, une sorte de darwinisme des peuples qui condamne les plus faibles à la disparition18. Cette tâche est l’affaire des Européens en Afrique et dans une partie de l’Asie. Par la Conquête de l’Ouest, les Etats-Unis ont accompli chez eux leur œuvre de Progrès et reçu de l’Histoire et de leur destin singulier une mission civilisatrice identique à celle exercée par la Grande-Bretagne et la France. La mise en valeur de territoires sauvages est même, pour Roosevelt, une condition de la sécurité. La "mission civilisatrice" justifie pleinement dans les années 1910, du point de vue du droit international, l’intervention d’une puissance tutélaire dans les régions considérées comme sauvage. Inversement, les puissances tutélaires qui faillissent à leur mission sont affaiblies sur la scène internationale, et même, encourent la déchéance de leurs droits. Roosevelt aborde ce thème dans les discours qu’il prononce à Rio en octobre 1913 : "Ici, en Amérique, les nations civilisées ne doivent pas craindre de grandes invasions militaires, pas plus que nous ne devons redouter l’existence de vastes territoires peuplés de sauvages qu’il incombe aux nations civilisées de contrôler et qui, à moins qu’ils ne tombent sous la tutelle d’une nation civilisée et préparée pour cela, deviendront facilement dans ces conditions la propriété d’une autre nation". Plus loin, l’allusion se précise :

19 Discours prononcé à l’Instituto Histórico e Geográfico Brasileiro, le 24 octobre 1913, Revista do IH (…)

20 Roosevelt indique qu’il a été prévenu de la nouvelle dimension prise par son voyage en arrivant à Ri (…)

17"Il y a une doctrine cardinale sur laquelle nous sommes tous d’accord qui est que l’Amérique ne doit pas être traitée comme un champ de nouvelles colonisations ou d’agrandissement territorial de la part de toute puissance du Vieux Monde"19. C’est là la version civilisatrice du "corollaire Roosevelt". Il appartient aux nations du continent américain de faire avancer leur propre "Frontière" de colonisation, de lancer leurs pionniers à l’assaut d’une nature vierge et d’une Humanité barbare, comme les Etats-Unis l’ont accompli avant eux, faute de quoi, les appétits s’aiguiseront et la paix du continent sera menacée. Dans une telle perspective, l’idée de l’Expedição Científica Roosevelt-Rondon , qui remplace in extremis la Colonel Roosevelt’s South American Expedition for the American Museum of Natural History20, est un coup de génie de Lauro Müller.

21 Le parallèle entre les deux hommes peut être poursuivi quarante ans après l’Expédition. A la fin des (…)

18Ce dernier ne se contente pas de faciliter le voyage des Américains dans une zone considérée comme stratégique, mais les fait encadrer par des militaires brésiliens fort patriotes. Pour la parfaite symétrie de l’expédition, l’institution new-yorkaise a pour pendant brésilien le Museu Nacional de Rio de Janeiro, et, le prestigieux colonel Roosevelt a pour homologue le colonel Cândido Mariano da Silva Rondon21. Personne, en effet, n’était plus qualifié que Rondon pour faire valoir les capacités du gouvernement brésilien à mettre en valeur les sertões du Mato Grosso et la selva amazonienne, ni ne pouvait saisir mieux que lui l’opportunité d’attirer sur son œuvre les feux de la grande presse américaine et la renommée internationale de Theodore Roosevelt.

22 Lettre à Henry Cabot Lodge, sur le fleuve Paraguay, 12 décembre 1913, Selection from the corresponde (…)

23 Ricardo, Cassiano, Marcha para o Oeste. A influência da "Bandeira" na formação social e política do (…)

19Né en 1865 à Mimoso, dans l’immense province du Mato Grosso, Rondon compte des aïeules Borôro et Terena du côté de sa mère. C’est d’ailleurs par cette particularité qu’il est présenté à Roosevelt qui pense avoir affaire à un "full blooded Indian"22. Orphelin et pauvre, Rondon s’engage dans l’Armée brésilienne et réussit à entrer à l’Ecole Militaire de Praia Vermelha à Rio de Janeiro, où il rencontre la brillante génération d’officiers gagnés aux idées positivistes par le professeur de mathématiques Benjamin Constant Botelho de Magalhães. Il y fait notamment la connaissance d’Euclides da Cunha, l’auteur de Os Sertões, publié en 1902, et de Lauro Müller. Comme ses camarades, Rondon participe à la Proclamation de la République mais ne quitte pas la carrière d’ingénieur militaire pour la politique comme Lauro Müller, qui représente pendant de nombreuses années son Etat du Santa Catarina au Congrès fédéral, fait une belle carrière ministérielle et appartient aux noms que l’on cite au moment des successions présidentielles. Lauro Müller avait conservé de la sympathie pour les idéaux colonisateurs de ses compagnons de jeunesse. En 1891, c’est lui qui rapporte l’article de la constitution qui prévoit le transfert de la capitale fédérale sur le plateau central du Brésil23.

24 Viveiros, Esther de, Rondon conta sua vida, Rio de Janeiro, Livraria São José, 1958, p.107.

25 Lima, Antônio Carlos de Souza, O santo soldado. Pacificador, bandeirante, amansador de Indios, civil (…)

20Toute sa vie, Rondon révère la mémoire et l’influence de Benjamin Constant Botelho de Magalhães (mort en 1891), au point de donner à sa première fille le nom de la fille de Benjamin Constant (Aracy) et d’appeler son fils Benjamin24. Un de ses compagnons et héritiers spirituels, n’est autre qu’Amílcar Botelho de Magalhães, neveu du grand homme25.

26 Viveiros, Esther de, op. cit. p.68 et sq.

27 Viveiros, Esther de, op. cit. p.107.

21Formé à l’astronomie, Rondon est envoyé en 1890 dans son Mato Grosso natal pour servir la Commision des Lignes télégraphiques Stratégiques de Cuiabá à l’Araguaia, confiée au major Ernesto Gomes Carneiro 26. L’extension du réseau de communication dans les régions frontalières du Paraguay et de la Bolivie obéissait d’abord à des considérations géopolitiques. La guerre contre le Paraguay un quart de siècle plus tôt, les disputes territoriales récurrentes avec les voisins, prouvaient suffisamment la nécessité de rappeler la souveraineté brésilienne sur ses marches peu peuplées et de raccourcir le voyage des informations entre le centre et les périphéries. A la fin du siècle dernier, on met au bas mot trois semaines à rallier le Mato Grosso depuis Rio de Janeiro. En 1892, Rondon met même trois mois à rejoindre Cuiabá après une route particulièrement semée d’embûches, de quarantaines et de contre-temps27.

22Sur le terrain, l’installation de la ligne à travers la forêt prend une tout autre dimension. Pour faire passer le télégraphe, il faut reconnaître des régions peu ou mal cartographiées, procéder à des relevés topographiques, rencontrer les populations de l’intérieur, des fazendeiros isolés et des Indiens misérables et exploités, se frotter aux Indiens réputés bravos, que l’on dit aussi nus, féroces et anthropophages que ceux que rencontra Hans Staden au XVIe siècle. L’euphorie missionnaire et civilisatrice gagne ces officiers progressistes que sont Gomes Carneiro et Cândido Rondon. Ils rêvent de chemins de fer, de colonisation, d’incorporation pacifique des aborigènes dans l’ensemble national.

28 Viveiros, Esther de, op. cit. p.227.

23Après la mort de Gomes Carneiro, Rondon dirige la "Commission des lignes télégraphiques stratégiques de Cuiabá à Corumbá", toujours au Mato Grosso (1 746 km de ligne), puis de 1906 à 1915, la "Commission des lignes télégraphiques stratégiques du Mato Grosso à l’Amazonie". Sous la présidence d’Afonso Pena (1906-1909), le projet ambitieux de Rondon trouve un écho au sommet de l’Etat : "les travaux de reconnaissance et de relevés géographiques, l’étude des richesses minérales, de la constitution du sol, du climat, des forêts, des fleuves, avanceraient au même pas que les travaux de construction de la ligne télégraphique, du tracé des voies de pénétration, du lancement des futurs centres de peuplement, de l’installation des premières exploitations agricoles et des premiers fermes d’élevage"28.

29 Luiz Antônio Simas, O Evangelho segundo os jacobinos. Floriano Peixoto e o mito do salvador da repúb (…)

30 Série Amílcar Botelho de Magalhães, Casa Benjamin Constant, 903.09 a 958.07.30.

24Dans l’intervalle, Rondon a ajouté à ses convictions philosophiques positivistes une foi vibrante dans la religion de l’Humanité qu’il observe scrupuleusement en plein sertão en procédant chaque dimanche à la lecture publique du Catéchisme comtiste. Ce fait est suffisamment remarquable pour être souligné. Si les idées d’Auguste Comte s’étaient en effet répandues parmi les "Cadets" de l’Ecole militaire, principalement à travers l’enseignement de Benjamin Constant Botelho de Magalhães, les dérives religieuses de la doctrine, le culte de l’Humanité, de Clotilde de Vaux et des saints positivistes, séduisaient peu les ingénieurs et les soldats, qui se montraient plus enclins à transformer leur pays qu’à assister aux "conférences" dominicales célébrées par les Apôtres. L’Apostolat, chef du positivisme religieux, considérait la plupart des militaires comme "hétérodoxes"29. Rondon, en revanche, est un modèle d’orthodoxie et son exemple favorisera quelques conversions autour de lui. Ses séjours à Rio sont marqués par la fréquention assidue de l’Eglise positiviste et il adopte, dans sa correspondance personnelle, le calendrier de ses coreligionnaires. Ainsi un faire-part de la famille Rondon annonce-t-il un heureux événement daté du 16 de Shakespeare 115 (25 septembre 1903), d’après le calendrier positiviste30.

31 Le décret du 14 janvier 1890 instituait 9 fêtes nationales dont le sens est expliqué dans un ouvrage (…)

25Les rites du Positivisme religieux consiste essentiellement en la commémoration de dates et de figures qui sont censées représenter les grandes étapes du Progrès humain. Le gouvernement provisoire (novembre 1889-février 1891) avait d’ailleurs accordé à l’Apôtre de la religion de l’Humanité et à ses sectateurs un calendrier de fêtes civiques conformes à leurs vœux31.

32 La correspondance de Júlio Caetano Horta Barbosa, membre de la Commission Rondon, atteste de ces eff (…)

26Ainsi la route de Rondon est-elle jalonnée d’hommages et de pieuses pensées aux dates anniversaires de son histoire personnelle, de celle de son pays et de l’Humanité. Les premières stations télégraphiques inaugurées avec Gomes Carneiro portait les noms de "Benjamin Constant"(Botelho de Magalhães), "Floriano","Demétrio Ribeiro", les héros des radicaux de la République. Laissé à sa propre intiative, Rondon se livre parfois à une véritable course contre la montre afin d’ouvrir ses stations pour les fêtes nationales : le 21 avril, jour de l’exécution de Tiradentes, le 7 septembre, celui de l’Indépendance du Brésil, le 15 novembre, anniversaire de la Proclamation de la République, le 31 décembre, fête de l’Humanité. Il étrenne toujours la ligne par des télégrammes envoyés aux autorités, mais aussi à Miguel Lemos et Raimundo Teixeira, directeurs de l’Apostolat de l’Eglise Positiviste du Brésil32.

33 Cité par Gagliardi, José Mauro, O índigena e a República, São Paulo, Hucitec, 1989, p.56.

27La caractéristique que Rondon veut retenir de son action dans les sertões est son approche nouvelle et pacifique des Indiens. Nul doute que son positivisme ne vienne fournir des arguments rationnels à son esprit de justice. L’Eglise positiviste du Brésil était une des rares institutions nationales à avoir manifesté de l’intérêt bienveillant pour la question indienne. Lors de l’instauration du régime républicain, l’Apôtre avait proposé que la nouvelle Constitution distingue entre les "Etats Occidentaux brésiliens", formés de la population issue de la fusion des "trois races" européenne, africaine et amérindienne, et les "Etats Américains Brésiliens", "empiriquement confédérés" et "constitués des hordes fétichistes éparses sur le territoire de toute la République"33, dont la sécurité et l’intégrité seraient garanties par le gouvernement fédéral.

28La doctrine positiviste en matière indigène reposait sur l’idée d’une dette contractée par les Européens envers les premiers et légitimes occupants du pays, décimés par les maladies, assassinés au cours des guerres, spoliés de leurs terres. Sans doute, selon cette conception, les aborigènes se trouvaient à un stade primitif de l’Humanité et se débattaient dans les ténèbres du fétichisme, mais rien de congénital ne leur interdisait d’accéder à la civilisation. Il fallait guider leur évolution vers l’âge scientifique de manière à leur épargner un passage inutile par la phase théocratique dont l’Occident se sortait à peine.

34 Cf. José Bonifácio de Andrada e Silva, Apontamentos para a civilisação dos Indios bravos do Império (…)

35 Viveiros, Esther de, op. cit. , p.365.

29Rondon prend donc la défense concrète des Indiens opprimés, s’efforce de faire délimiter leurs terres et veut persuader ses concitoyens que l’Indien n’est pas un obstacle au Progrès, qu’il est travailleur et astucieux. Il associe donc les Borôro et les Pareci, sous la direction de leurs propres chefs, aux travaux de la ligne télégraphique. La commémoration du 7 septembre fait l’objet d’un soin particulier dans la mesure où ce jour rappelle le souvenir de José Bonifácio de Andrada e Silva, passé à la postérité comme le père de l’indépendance brésilienne mais aussi comme un ardent défenseur des Indiens34. José Bonifácio est honoré d’une sorte de temple rustique et donne son nom à une station télégraphique où le drapeau brésilien est hissé par une petite indienne nhambiquara35.

36 Lima, Antônio Carlos de Souza cite longuement ce texte qui a fourni le titre de son livre sur le SPI (…)

37 Viveiros, Esther de, op. cit. , p.241.

30L’extension de la ligne vers l’Amazonie, à travers des régions délaissées depuis longtemps par les Blancs, suppose la transformation de la mission en véritable expédition ainsi qu’un renforcement de la méthode indienne de Rondon. Sur les rives du fleuve Juruena, à quarante-huit jours de marche de Diamantino, la dernière bourgade traversée, commence en effet le domaine des Nhambiquara, considérés comme hostiles. Des volées de flèches suivent immédiatement les premiers contacts entre les explorateurs et les habitants des lieux. C’est là que prend corps la doctrine de conquête pacifique de l’intérieur, que Rondon résume par une déclaration de principe : "Mourir s’il le faut, tuer, jamais" et compare à un vaste et patient "siège de paix" ("cerco de paz")36. Aux Nhambiquara méfiants, il montre la pureté de ses intentions à distance en semant sur son chemin des présents, surtout des pièces de tissu et des machettes qu’il définit comme la "livre sterling du sertão"37 et qui doivent achever de les convaincre de la supériorité technologique de leurs visiteurs.

38 C’est la date retenue par le calendrier positiviste, bien que, selon la chronologie admise, la flott (…)

39 Viveiros, Esther de, op. cit. p.314.

40 O Paiz, 2 décembre 1913.

41 Lima, Antônio Carlos de Souza, Um grande cerco de paz…, op.cit., p.121.

31Rondon assimile symboliquement son œuvre à celle des "découvreurs" de l’Amérique. La troisième expédition, celle qui l’entraîne de Tapirapoan au fleuve Madeira, s’élance le 3 mai 1909, jour qui commémore la découverte du Brésil par Pedro Álvares Cabral38. Rondon file plusieurs fois la métaphore en décrivant sans originalité un "nouveau monde, plein de merveilles"39 . Dans un moment critique, il exhorte ses hommes à suivre l’exemple de Christophe Colomb. Le colonel Rondon pense ainsi rééditer la découverte de l’Amérique en effaçant le péché originel des souffrances infligées aux Indiens. Le journal carioca O Paiz, proche du gouvernement et des amis de Rondon, synthétise le rôle national de Rondon en même temps qu’il diffuse sa légende : "En découvrant de nouvelles terres, de nouveaux trésors aux confins des sertões du Goiás, en triomphant de tous les obstacles de la nature brute, parfois hostile, il ne se contente pas de signer des conquêtes pour la Patrie et pour la Science (…) : il fonde à l’intérieur de la Patrie une véritable nation"40. C’est bien d’ailleurs ce qu’entendent les positivistes à travers la politique indienne : poursuivre la "formation du peuple brésilien"41.

42 Lima, Antônio Carlos de Souza, Um grande cerco de paz…, op.cit., p.132.

43 Lima, Antônio Carlos de Souza, Um grande cerco de paz…, op.cit., passim et p.209 et suivantes.

32Conformément à toute une tradition, née de la politique du marquis de Pombal au XVIIIe siècle, réinterprétée par le romantisme brésilien et réactivée par l’Apostolat positiviste, la figure de l’Indien exprime à la fois l’être historique et le corps géographique de la Nation. En même temps qu’il incarne un vestige archéologique du Brésil d’avant le Brésil, du Brésil inconscient à lui-même, il personnifie ses frontières et se fait le gardien naturel de ses richesses42. Cette seconde représentation sert d’argument pour défendre l’existence toujours menacée de la Commission Rondon par ceux qui voient d’un mauvais œil les deniers publics se perdre dans la forêt ou qui veulent freiner l’intrusion d’une bande de soldats positivistes, mandatés par le gouvernement central, dans les affaires (surtout foncières) des Etats de la Fédération. Contre ses ennemis, Rondon compte sur le réseau de ses coreligionnaires et sur l’opinion publique qui s’est enflammée pour ses premiers exploits43.

44 Viveiros, Esther de, op. cit. , p.596

33Les positivistes ne constituent pas en effet une grande force capable de peser dans le jeu politique de la République des Etats-Unis du Brésil, – exception faite du Rio Grande do Sul -, et leur influence s’exerce à travers une poignée de fidèles et dans des secteurs particuliers. Les présidences de Nilo Peçanha (1909-1910) et du maréchal Hermes da Fonseca (1910-1914) témoignent de la sympathie pour les positivistes et les activités de la Commission Rondon. Le 7 septembre 1910 est créé le Serviço de Proteção aos Indios e de Localização de Trabalhadores Nacionais (SPILTN), qui dépend du tout nouveau Ministère de l’Agriculture, de l’Industrie et du Commerce (MAIC). Un descendant de José Bonifácio de Andrada e Silva assiste à la cérémonie inaugurale44. Cândido Rondon, qui avait servi dans les années 1880 sous les ordres de Hermes da Fonseca, en est le directeur plus symbolique que réel puisqu’il retourne, dès 1911, aux œuvres de la Commission des lignes télégraphiques stratégiques. C’est là que le trouve le télégramme de Lauro Müller lui confiant Theodore Roosevelt.

Portrait de Roosevelt en Stanley

45 Lima, Antônio Carlos de Souza, Um grande cerco de paz…., op. cit. p.123.

46 Certaines ont d’ailleurs été publiées : Conferências realizadas nos dias 5, 7 e 9 de outubro de 1915 (…)

47 Les archives de l’escritório central de Rondon se trouvent en grande partie au Fort de Copacabana. V (…)

48 Série Amílcar Botelho de Magalhães, Casa Benjamin Constant, pasta 3.

34Cândido Rondon est la vitrine idéale du Brésil civilisateur. Rondon est, de plus, en bon positiviste, un pédagogue hors pair. Comme l’a noté l’anthropologue Antônio Carlos de Sousa Lima, chez les positivistes religieux, tout est rite et tout rite est fondamentalement pédagogique45. Rondon est passé maître dans la mise en scène de sa vie et de son action. Ses séjours à Rio, entre deux expéditions dans les sertões, sont l’occasion de conférences publiques46, agrémentées de projections de films. Le cœur névralgique de la Commission des lignes télégraphiques stratégiques, le bureau central (escritório central47), comprend un service cinématographique depuis 191248. Le major Luiz Thomaz, cinéaste attaché à la Commission, suit aussi les pas de l’Expédition Roosevelt avec son matériel "Lumière Tropical" et en tire un documentaire.

49 Roosevelt, Theodore,Through the Brazilian …, op.cit., New York, Scribner, 1914, p.104.

50 Ibidem, p.100.

35Le trajet prévu par Rondon à travers son royaume est une véritable exposition coloniale in situ et comporte trois parties distinctes qui font parcourir en sens inverse aux Américains les phases successives de la progression vers l’Ouest. La première, qui conduit l’Expédition de Corumbá à São Luís de Cáceres, correspond à la zone pionnière. L’itinéraire est effectué par la voie fluviale. Il est ponctué d’étapes dans des fazendas accueillantes, de réceptions officielles, de parties de chasse et de détours touristiques. Roosevelt se retrouve en terrain connu. Ainsi compare-t-il le maître de la fazenda São João et son fils "au meilleur type des ranchmen et planteurs américains, de ces ranchmen et planteurs adeptes de sports audacieux et virils, qui sont des hommes d’affaires, et qui fournissent aussi à l’Etat des fonctionnaires compétents et fidèles"49. Il peut rêver à son aise sur l’avenir radieux de la région et affirmer que "cette région intérieure du Brésil, y compris l’Etat du Mato Grosso (…) est une région saine, excellemment adaptée la colonisation (settlement) ; des voies ferrées la pénétreront rapidement, et alors, on assistera à son développement étonnant "50.

51 Ibidem, p.129.

36A partir de São Luís de Cáceres s’ouvrent la seconde phase du voyage et, comme le signale Roosevelt, le rideau sur la "scène des explorations du colonel Rondon", que l’Expédition sillonne pendant trente-sept jours avec un important convoi muletier51. TR peut admirer les lignes télégraphiques, les stations fondées par Rondon, comparables aux "stations de civilisation" implantées le long de la progression européenne en Afrique à la fin du XIXe siècle, et fait sien le futur mirifique que Rondon projette pour le plateau central du Brésil. De retour aux États-Unis, l’ancien président américain se chargera de diffuser l’épopée dans l’hémisphère nord en résumant longuement les travaux de la Commission Rondon :

52 Ibidem, p.212.

53 Rondon, Cândido Mariano da Silva, Expedição Roosevelt-Rondon, Rio de Janeiro, Typ. do "Jornal do Com (…)

37"Ce pays et les régions adjacentes, qui forment l’intérieur profond du Brésil occidental, alimenteront surement un jour une importante population industrielle ; dont l’arrivée sera accélérée, (…) si les anticipations du colonel Rondon sur le développement de l’extraction minière, surtout de l’or, se réalisent. De toute façon, la région deviendra une patrie saine pour une population considérable d’éleveurs et d’agriculteurs. Surtout, les nombreux rapides, avec leurs multiples cascades, dont certaines d’une hauteur et d’un débit importants, pour la croissance d’un nombre de gros centres industriels, reliés entre eux par les chemins de fer ainsi qu’à la côte atlantique et aux vallées du Paraguay, du Madeira et de l’Amazone, et qui commerceront avec les régions basses riches, chaudes et alluviales qui entourent ce territoire élevé"52. Signe de l’art consommé de Rondon pour la pédagogie ou la propagande, on sent plus d’une fois son influence dans les informations contenues dans Through Brazilian Wilderness qui, pour une bonne part, a été écrit au cours de l’Expédition53.

54 Ibidem.

38La troisième étape de la descente progressive dans la wilderness commence le 27 février avec la reconnaissance du Rio da Dúvida en canot. Il s’agit désormais d’exploration et Roosevelt prend soin de rappeler que Rondon et ses hommes sont les fondateurs de l’"école brésilienne" de cette discipline54.

55 Rondon, Cândido Mariano da Silva, op.cit…, p.76.

39Après avoir observé les réalisations de la Commission Rondon, Roosevelt peut la voir à l’œuvre dans son défrichement de la wilderness. Pendant quarante-huit jours, la partie inconnue des 1 409 km de méandres et des accidents du Rio da Dúvida sont l’objet de relevés effectués souvent dans des conditions périlleuses. Les cours d’eau rencontrés sont solennellement baptisés par Rondon du nom de "Kermit", le fils du président qui a failli disparaître dans les flots du Dúvida, de "Taunay", auteur brésilien que les deux Roosevelt ont lu, "Cardozo", d’après un compagnon de Rondon, et enfin de "Roosevelt", conformément aux ordres de Lauro Müller qui voulait rendre ainsi un hommage à la "grande République du Nord" en la personne de son ancien président55. Le 15 avril, l’Expédition aperçoit les premières habitations de seringueiros amazoniens : le Rio Roosevelt est un affluent du Madeira et porte en aval le nom de "Castanho".

56 Série Amílcar Botelho de Magalhães, Casa Benjamin Constant, pasta 3.

57 Article "Rondon", dans Abreu, Alzira de, et Beloch, Israel (éd.), Dicionário biográfico-histórico Br (…)

40Pendant que Rondon retourne à ses travaux, Theodore Roosevelt s’en va divulguer les résultats de l’Expédition, chanter la gloire de son guide de par le monde et ses plus prestigieuses institutions savantes et montrer au public new yorkais les films réalisés par la Commission Rondon56. Cândido Rondon est honoré par la Société de Géographie de New York en 1914 du "Prix Livingstone"57, tandis que Roosevelt place la descente du fleuve qui porte désormais son nom dans la continuité des grandes explorations africaines du siècle passé. L’Amérique du Sud est présentée comme le nouveau "Dark continent" dont il faut dessiner la carte. C’est le sens du rapport qu’il présente le 6 juin 1914, un mois et demi après sa sortie de la Brazilian wilderness, dans le temple des explorateurs, la Royal Geographical Society de Londres, avec d’autant plus de force que les détracteurs sont nombreux.

58 A Epoca, 29 avril 1914.

59 Ibidem, passim.

41Un ingénieur brésilien, Inácio Moerbeck, n’attend même pas l’arrivée de l’expédition à Manaus pour affirmer dans la presse que le "Dúvida" est l’Aripuanã, affluent du Madeira, fréquenté par tout ce que la région compte de seringueiros et autres ramasseurs des drogas amazoniennes58. On fait la fine bouche sur le "rio Roosevelt", dont les cours supérieur et inférieur avaient déjà été rejoints par la "civilisation" et sur les relevés incomplets rapportés par une expédition malmenée par les éléments et que le président était pressé d’achever59.

42Le colonel Roosevelt se défend en affirmant qu’il a bien été le premier "civilisé" à descendre le cours moyen du Dúvida et à le "porter sur la carte" (put it on the map). Il ne lésine pas sur les références illustres devant les membres de la Royal Geographical Society :

60 Roosevelt, Theodore, "A journey in central Brazil", The Geographical Journal, n°2, février 1915, vol (…)

43"Laissez-moi définir ce que je veux dire quand je dis que nous avons porté ce fleuve sur la carte. J’utilise cette expression comme on le dirait, toute proportion gardée, en décrivant ce qu’ont fait Speke et Grant, et Baker, pour le cours supérieur du Nil. Le fleuve que nous avons descendu figure maintenant sur la carte au même sens que le Nil Victoria et le Nil Blanc l’ont été pendant des décennies après leur découverte et situation par les trois hommes que j’ai mentionnés. Depuis le temps de Ptolémée, les grands lacs du Nil supérieur était vaguement connus ; mais ils ont été "portés sur la carte" par Speke et Baker, et le relevé actuel n’a été fait que bien des années plus tard. Les sources du Niger et du Congo étaient connues bien avant qu’on sache où et comment leurs eaux s’écoulaient vers l’océan ; mais ils n’ont été portés sur la carte que lorsque leur cours furent, non relevés, mais situés par un certain nombre d’observations astronomiques quand les explorateurs les ont réellement parcourus ; Le "Columbia" fut "porté sur la carte" par Lewis et Clarke, bien que son embouchure ait été déjà connue, et qu’on n’ait pas procédé à son relevé avant bien longtemps"60.

61 Mille, Pierre, Au Congo belge, Paris, A.Colin, 1899.

62 "A journey in central Brazil : discussion", The Geographical Journal, n°2, février 1915, vol.XLV, p. (…)

44Les comparaisons entre le Brésil amazonien et l’Afrique équatoriale sont fréquentes à la Belle Epoque et fonctionnent dans les deux sens. Le journaliste français Pierre Mille ouvre par exemple son recueil d’articles contre l’Etat Indépendant du Congo sur les similitudes entre les deux pays61. Le président de la Royal Geographical Society ne modère pas l’emphase de Roosevelt à propos d’une haute Amazonie qui serait la dernière terre à conquérir par le peuple des cartographes, et l’intronise comme un nouveau Stanley. Il souhaite seulement que les Américains n’appliquent pas la doctrine de Monroe dans le domaine des explorations62.

63 Roosevelt, Theodore, Mes chasses en Afrique, Paris, Hachette, 1910, p.231.

64 A propos de l’équipe nord-américaine : "In its composition ours was a typical American expedition. (…)

45Cette remarque malicieuse met en lumière un des enjeux de l’Expédition Roosevelt-Rondon. A travers elle, les Américains du Nord et du Sud ont voulu montrer leur participation au mouvement d’expansion qui, depuis le milieu du XIXe siècle, étend la civilisation européenne à travers le monde. Ils ont voulu témoigner de la vocation civilisatrice de leur nation respective, et par conséquent, de la modernité et de la vocation de celle-ci à la puissance. Ils ont voulu, surtout, s’approprier leur continent. En 1909, l’Américain Peary avait atteint le pôle Nord sur un bateau appelé "Roosevelt" et proclamé "le pôle est à nous"63. De même, dans les sertões du Mato Grosso, les drapeaux brésiliens et américains accompagnent les pas de l’Expédition dont les membres sont décrits par Roosevelt comme la synthèse de leur peuple respectif64.

65 Cité par Leitão, C. de Melo, História das expedições científicas no Brasil, São Paulo, Cia editora N (…)

46Du côté brésilien, Roquette Pinto propose en 1915 que, de même que Cecil Rhodes avait laissé son nom à la Rhodésie, la région située entre les fleuves Juruena et Madeira porte le nom de "Rondônia"65. Ce sera chose faite en 1956.

66 Rondon, Cândido Mariano da Silva, op.cit…, p.121.

67 Ibidem, p.121.

47La "découverte", en assurant la prise de possession scientifique et symbolique du monde, suscite logiquement des polémiques. La plus significative naît à Lisbonne où Ernesto de Vasconcelos, secrétaire perpétuel de la Société de Géographie, conteste précisément les "découvertes" de l’Expédition Roosevelt-Rondon. Vasconcelos exhibe à cette fin la carte de la "Nova Luzitânia" de 1798 et attribue la première descente de l’Aripuanã au capitaine de frégate Antônio Pires da Silva Pontes, au nom de Sa Majesté le roi du Portugal66. C’est Rondon cette fois qui engage le fer et se charge de ridiculiser ce qu’il considère comme des contorsions cartographiques.67.

Les années quarante et la nouvelle actualité de l’Expedição Científica Rondon-Roosevelt

48En Europe et aux Etats-Unis où le temps des explorations est passé et où la guerre fait rage, l’Expédition Roosevelt-Rondon sombre dans l’oubli. L’ancien président meurt en janvier 1919. Son fleuve éponyme qui, comme il avait pu l’éprouver, était loin d’être une voie de pénétration du Brésil central, restait livré à ses enchevêtrements de lianes et de cataractes. Lauro Müller, d’origine allemande, fut pour sa part contraint de quitter l’Itamarati au moment où le Brésil choisit le camp des Alliés en 1917.

68 Lima, Antônio Carlos de Souza, Um grande cerco de paz…, op.cit., p.139.

49Cândido Rondon achève sa carrière active à la fin de la Première République qu’il sert sans faille. La "Révolution de 1930" provoque sa disgrâce et sa retraite, mais le Serviço de Proteção aos Indios e de Localização de Trabalhadores Nacionais reste aux mains d’ingénieurs militaires positivistes sans solution de continuité jusqu’au milieu des années cinquante68.

69 Viveiros, Esther de, op.cit., annexes.

50Cette éclipse dure peu et Rondon est réintégré au Panthéon national sous l’Estado novo (1937-1945). Cette seconde vie héroïque naît du projet idéologique et de la politique d’exaltation nationale que promeut le gouvernement présidé par Getúlio Vargas. La grandeur du Brésil passe par la mise en valeur de ses régions périphériques. Or, qui incarne mieux que Rondon la "Marche vers l’Ouest" que lance l’Estado Novo en 1939 ? Cette année-là, Rondon reçoit de l’Instituto Histórico e Geográfico Brasileiro et des mains du ministres des Relations Extérieures Oswaldo Aranha, le titre inédit de "civilisateur des sertões"69. En 1940, Getúlio Vargas est le premier président brésilien à se rendre dans l’extrême ouest du pays et à visiter les Indiens Karajá sur l’île de Bananal.

51Les explorations redeviennent un thème fort en vogue dans l’édition brésilienne. Une História das expedições científicas no Brasil est publiée en 1941. Rondon fait l’objet d’innombrables hagiographies qui insistent sur son œuvre conquérante : Rondon, o bandeirante do século XX (1941), Rondon. A conquista do deserto brasileiro (1942), Rondon. Uma relíquia da Pátria (1942). En 1943 enfin, trente ans après sa publication aux Etats-Unis, Through the Brazilian Wilderness devient en portugais, Nas Selvas do Brasil, et est édité sous les auspices du ministère de l’Agriculture. Il paraît aussi en 1944 dans la collection Brasiliana de la Companhia Editora Nacional, sous le titre Através do sertão do Brasil.

52Une préface du ministre de l’Agriculture Apolônio Sales précède en 1943 le récit de Theodore Roosevelt pour en affirmer la double actualité. L’Expédition Roosevelt semble préfigurer la conjoncture des années 1940. Le Brésil s’est rapproché des Etats-Unis de Franklin D. Roosevelt et a déclaré la guerre à l’Axe. Theodore Roosevelt devient sous la plume du ministre le parangon des vertus nord-américaines : courageux, fait pour l’aventure, dévoué aux causes universelles, passionné de progrès scientifique. Tel était Roosevelt l’Ancien, ami du Brésil, tel est son neveu Roosevelt le Jeune, qui a rencontré Getúlio Vargas à Natal en janvier 1943.

70 Préface à Nas Selvas do Brasil, Rio de Janeiro, Serviço de informação agrícola, Ministério da Agricu (…)

71 Roosevelt, Theodore, Through the Brazilian…, op. cit., p.324.

53Le diagnostic porté par Theodore Roosevelt sur les sertões du Mato Grosso vient à l’appui de la "Marche vers l’Ouest". "On dirait, écrit le ministre, que le grand homme d’Etat américain a prévu ce qu’aujourd’hui le président Vargas, avec une vision des nécessités sociales du pays qui n’est pas moindre, est en train de d’indiquer comme remède à la désorganisation de notre agriculture et à la pénurie qui règne en souveraine dans la plupart des régions agricoles du Brésil"70. Le lecteur est invité à s’inspirer de la leçon morale contenue dans le livre que Roosevelt terminait par une méditation sur la fin mondiale de la "Frontière" et le rôle des "pionniers" brésiliens : "ces hommes (…) et ceux qui, comme eux, partout sur la frontière entre la civilisation et l’état sauvage au Brésil, joue à présent le rôle qu’ont joué nos coureurs de bois quand ils entreprirent, voilà un siècle, la conquête du grand bassin du Mississipi ; le rôle joué par les Boers depuis environ un siècle en Afrique du Sud, et par les Canadiens, quand il y a moins de cinquante ans, ils commencèrent à prendre possession de leur Nord-Ouest. On répète que maintenant la "Dernière Frontière" se trouve au Canada ou en Afrique et qu’elle a presque disparu. On trouve cette frontière sur une bien plus grande échelle au Brésil – un pays grand comme l’Europe ou les Etats-Unis -, des décennies s’écouleront avant qu’elle ne disparaisse""71.

72 Ricardo, Cassiano, Marcha para o Oeste. A influência da "Bandeira"na formação social e política do B (…)

73 Les bandeiras, composées de bandeirantes, sont les expéditions qui, du XVIe au XVIIIe siècles, parta (…)

54La mythologie hautement rooseveltienne de la Frontière est récupérée par l’Estado Novo et brésilianisée par l’écrivain ultra nationaliste Cassiano Ricardo. Son livre, Marcha para Oeste, publié pour la première fois en 1940, a pour sous-titre "l’influence de la Bandeira dans la formation sociale et politique du Brésil", dans une référence évidente à Turner72. Cassiano Ricardo passe toute l’histoire de son pays au crible du bandeirantismo. Les bandeirantes 73sont selon lui à l’origine de l’Etat, de la fondation des villes, du métissage, de la démocratie raciale, mais le bandeirantismo n’est pas un phénomène circonscrit dans le temps, c’est l’essence même de la nation brésilienne. Rondon est ainsi le type même du bandeirante moderne et Theodore Roosevelt lui a apporté son concours.

55L’Expedição Científica Rondon-Roosevelt a finalement rempli sa mission, qui consistait à donner, au Brésil même, la plus brillante justification aux entreprises contestées de la Commission Rondon, et à servir le prestige national dans l’hémisphère nord. Quant à Theodore Roosevelt, il avait trouvé au Brésil ce que l’Afrique coloniale lui avait refusé quelques années plus tôt. Le voyage organisé par les militaires brésiliens conjuguait ses deux imaginaires, celui de la Frontière, dont il avait vécu la fin aux Etats-Unis, et celui des explorations européennes du siècle précédent, que lui inspirait la nature tropicale et équatoriale des régions traversées.

56Cette vision s’accorde en grande partie à celle de Rondon avec lequel il partage la même passion contradictoire pour la wilderness et pour sa conquête par la civilisation technicienne. L’expansion méthodique du Progrès à l’intérieur du continent, telle qu’elle est exprimée dans Through the Brazilian Wilderness, frappe par son caractère anachronique et imaginaire. La poussée vers l’Ouest appuyée sur le chemin de fer, le mythe de la Frontière, même sommairement nationalisé sous la forme du bandeirantismo, a peu à voir avec le bourgeonnement désordonné de "fronts pionniers", suscités par quelques cultures spéculatives, qui ont caractérisé la construction de l’espace brésilien. Elle avait l’avantage de s’inscrire dans une conception évolutive de l’histoire, de promettre un futur à une nation qui se voyait comme inachevée, de lui fournir un modèle américain, plausible et épique.

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Notas

1"Roosevelt a débarqué à Manaus sur une civière, à l’abri des regards. Cf Esther de Viveiros, Rondon conta sua vida, Rio de Janeiro, Livraria São José, 1958, p.422.

2Titre du journal carioca Correio da Manhã, le 22 octobre 1913.

3Roosevelt, Theodore, Through the Brazilian Wilderness, New York, Charles Scribner’s sons, 1914, et Stanley, Henry Morton, Through the Dark Continent : Or the Sources of the Nile Around the Great Lakes of Equatorial Africa and down the Livingstone River to the Atlantic Ocean, 1878. Les souvenirs d’Afrique de Roosevelt s’appellent sobrement African Game trails (1910).

4Correio da Manhã, 20 octobre 1913.

5Miller, Nathan, Theodore Roosevelt, a life, New York, Quill/WilliamMorrow, 1992; et surtout, Ricard, Serge, Theodore Roosevelt : principes et pratique d’une politique étrangère, Aix-en-Provence, Presses universitaires de provence Aix-Marseille I, 1991.

6Frederick J. Turner s’était rendu célèbre en prononçant à Chicago en 1893 une conférence intitulée "The significance of the Frontier in the American history". Cette analyse, devenue classique, faisait de l’expérience historique de la "Frontière" le creuset de la nation et de la démocratie américaines.

7Sa seule prestation à l’Instituto Histórico Geográfico Brasileiro, par exemple, lui est payée 2000 $ d’avance (Arquivo do Itamarati, lata 214, 3642-3643), ce qui est considérable quand on songe que le salaire du président des Etats-Unis au début du XXe siècle s’élevait à 50 000 $ par an, celui de vice-président à 8 000 $ annuels, cf Miller, Nathan, op.cit., p.334 et 360. Amílcar Botelho de Magalhães rapporte que l’on disait que Roosevelt touchait 1 $ par mot de son récit de voyage ! Rondon, uma reliquia da Pátria, Curitiba,Guaíra, 1942, p.175.

8Cf. Ricard, Serge, "Theodore Roosevelt et l’avènement de la présidence médiatique aux Etats-Unis", Vingtième siècle. Revue d’histoire, n°51, juillet-septembre 1996, p.15-26.

9Correio da Manhã, 24 octobre 1913.

10Correio da Manhã, 22 octobre 1913.

11Zahm, J.A., (H.J. Mozans), Through South America’s southland with an account of the Roosevelt Scientific Expedition to South America, New York, Appleton & Cy, 1916, p.5.

12Lettre de Frank Harper, secrétaire de T.Roosevelt, au ministre des Relations Extérieures, Arquivo do Itamarati, lata 214, 3642-3643, s.d.

13Roosevelt,Theodore, Mes chasses en Afrique, Paris, Hachette, 1910.

14Roosevelt, Theodore, Through the Brazilian wilderness, New York, Charles Scribner’s sons, 1914, p. 8.

15Fausto, Boris (éd.), História Geral da Civilização Brasileira, III, 2, São Paulo, Difel, 1985, 3e ed., p.381.

16Amado, Luiz Cervo, et Bueno, Clodoaldo, História da política exterior do Brasil, São Paulo,1992.

17Cité dans Amado, Luiz Cervo, et Bueno, Clodoaldo, op.cit., p.171-172. Voir aussi, des mêmes auteurs, A política externa brasileira, 1822-1985, São Paulo, Ática, 1986.

18Sur les conceptions de Theodore Roosevelt, cf Ricard, Serge, op.cit.

19Discours prononcé à l’Instituto Histórico e Geográfico Brasileiro, le 24 octobre 1913, Revista do IHGB, vol.128, t.76, parte II, p.679. Le discours a été publié aussi dans la presse quotidienne de Rio.

20Roosevelt indique qu’il a été prévenu de la nouvelle dimension prise par son voyage en arrivant à Rio, op.cit…, p.182.

21Le parallèle entre les deux hommes peut être poursuivi quarante ans après l’Expédition. A la fin des années cinquante, les admirateurs de Rondon se lancent (en vain) dans une campagne destinée à lui faire obtenir le prix Nobel de la Paix. TR avait été le premier Américain à recevoir cette récompense, toute catégorie confondue, en 1906.

22Lettre à Henry Cabot Lodge, sur le fleuve Paraguay, 12 décembre 1913, Selection from the correspondence of Theodore Roosevelt and Henry Cabot Lodge, New York, 1925, p.443.

23Ricardo, Cassiano, Marcha para o Oeste. A influência da "Bandeira" na formação social e política do Brasil, Rio de Janeiro, José Olympio, 1970, 4e éd., p.627.

24Viveiros, Esther de, Rondon conta sua vida, Rio de Janeiro, Livraria São José, 1958, p.107.

25Lima, Antônio Carlos de Souza, O santo soldado. Pacificador, bandeirante, amansador de Indios, civilizador dos sertões, apóstolo da humanidade. Uma leitura de Rondon conta sua vida de Esther de Viveiros, Museu Nacional, programa de Pós-graduação em antropologia social, comunicação n°21, 1990, p.20.

26Viveiros, Esther de, op. cit. p.68 et sq.

27Viveiros, Esther de, op. cit. p.107.

28Viveiros, Esther de, op. cit. p.227.

29Luiz Antônio Simas, O Evangelho segundo os jacobinos. Floriano Peixoto e o mito do salvador da república brasileira, mestrado, UFRJ, 1994, p.32.

30Série Amílcar Botelho de Magalhães, Casa Benjamin Constant, 903.09 a 958.07.30.

31Le décret du 14 janvier 1890 instituait 9 fêtes nationales dont le sens est expliqué dans un ouvrage recommandé à la jeunesse brésilienne : Rodrigo Octavio, Festas nacionais, Rio de Janeiro, Livraria Francisco Alves, 1893.

32La correspondance de Júlio Caetano Horta Barbosa, membre de la Commission Rondon, atteste de ces efforrts; CPDOC, HB 08 08 23.

33Cité par Gagliardi, José Mauro, O índigena e a República, São Paulo, Hucitec, 1989, p.56.

34Cf. José Bonifácio de Andrada e Silva, Apontamentos para a civilisação dos Indios bravos do Império do Brasil, 1823.

35Viveiros, Esther de, op. cit. , p.365.

36Lima, Antônio Carlos de Souza cite longuement ce texte qui a fourni le titre de son livre sur le SPITLN : Um grande cerco de paz. Poder tutelar, indianidade e formação do Estado no Brasil, Petrópolis, Vozes, 1995, p.130.

37Viveiros, Esther de, op. cit. , p.241.

38C’est la date retenue par le calendrier positiviste, bien que, selon la chronologie admise, la flotte de Cabral ait aperçu la terre le 22 avril 1500, célébré la "première messe" le 26, et appareillé vers les Indes le 2 mai.

39Viveiros, Esther de, op. cit. p.314.

40O Paiz, 2 décembre 1913.

41Lima, Antônio Carlos de Souza, Um grande cerco de paz…, op.cit., p.121.

42Lima, Antônio Carlos de Souza, Um grande cerco de paz…, op.cit., p.132.

43Lima, Antônio Carlos de Souza, Um grande cerco de paz…, op.cit., passim et p.209 et suivantes.

44Viveiros, Esther de, op. cit. , p.596

45Lima, Antônio Carlos de Souza, Um grande cerco de paz…., op. cit. p.123.

46Certaines ont d’ailleurs été publiées : Conferências realizadas nos dias 5, 7 e 9 de outubro de 1915 no Teatro Phenix de Rio de Janeiro, sobre os trabalhos da Expedição Roosevelt e da Commissão Telegráficas, Rio de Janeiro, Typ. do Jornal do commercio, 1916.

47Les archives de l’escritório central de Rondon se trouvent en grande partie au Fort de Copacabana. Voir aussi Os Indios em arquivos do Rio de Janeiro, Rio de Janeiro, UERJ, 2 vol., 1995 et 1996.

48Série Amílcar Botelho de Magalhães, Casa Benjamin Constant, pasta 3.

49Roosevelt, Theodore,Through the Brazilian …, op.cit., New York, Scribner, 1914, p.104.

50Ibidem, p.100.

51Ibidem, p.129.

52Ibidem, p.212.

53Rondon, Cândido Mariano da Silva, Expedição Roosevelt-Rondon, Rio de Janeiro, Typ. do "Jornal do Comércio", 1916, p.39.

54Ibidem.

55Rondon, Cândido Mariano da Silva, op.cit…, p.76.

56Série Amílcar Botelho de Magalhães, Casa Benjamin Constant, pasta 3.

57Article "Rondon", dans Abreu, Alzira de, et Beloch, Israel (éd.), Dicionário biográfico-histórico Brasileiro, 1930-1983, Rio de Janeiro, FGV/CPDOC, 1983.

58A Epoca, 29 avril 1914.

59Ibidem, passim.

60Roosevelt, Theodore, "A journey in central Brazil", The Geographical Journal, n°2, février 1915, vol.XLV, p.105-106.

61Mille, Pierre, Au Congo belge, Paris, A.Colin, 1899.

62"A journey in central Brazil : discussion", The Geographical Journal, n°2, février 1915, vol.XLV, p.109.

63Roosevelt, Theodore, Mes chasses en Afrique, Paris, Hachette, 1910, p.231.

64A propos de l’équipe nord-américaine : "In its composition ours was a typical American expedition. Kermit and I were of the old revolutionary stock, and in our veins ran about every strain of blood that there was on this side of the water during colonial times. (…) We were as varied in religious creed as in ethnic origin", Roosevelt, Theodore, Through the Brazilian …, op.cit., p.5.

65Cité par Leitão, C. de Melo, História das expedições científicas no Brasil, São Paulo, Cia editora Nacional, 1941, p.340.

66Rondon, Cândido Mariano da Silva, op.cit…, p.121.

67Ibidem, p.121.

68Lima, Antônio Carlos de Souza, Um grande cerco de paz…, op.cit., p.139.

69Viveiros, Esther de, op.cit., annexes.

70Préface à Nas Selvas do Brasil, Rio de Janeiro, Serviço de informação agrícola, Ministério da Agricultura, 1943.

71Roosevelt, Theodore, Through the Brazilian…, op. cit., p.324.

72Ricardo, Cassiano, Marcha para o Oeste. A influência da "Bandeira"na formação social e política do Brasil, Rio de Janeiro, José Olympio, 1970, 4e éd. Cf "The significance of the Frontier in the American history" de F.J. Turner, ainsi que les nombreuses variantes qu’il a lui-même écrit sur ce thème.

73Les bandeiras, composées de bandeirantes, sont les expéditions qui, du XVIe au XVIIIe siècles, partaient de São Paulo pour capturer des esclaves indiens dans l’intérieur du continent. Au début du XXe siècle, les historiens paulistas font des bandeirantes les créateurs de l’espace national.

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Referencia electrónica

Armelle Enders, « Theodore Roosevelt explorateur », Nuevo Mundo Mundos Nuevos [En línea], BAC – Biblioteca de Autores del Centro, Enders, Armelle, Puesto en línea el 14 febrero 2005, consultado el 30 diciembre 2013. URL : http://nuevomundo.revues.org/607 ; DOI : 10.4000/nuevomundo.607

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Armelle Enders

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Laurent Vidal, De Nova Lisboa à Brasília. L’invention d’une capitale, XIXe-XXe siècle, Paris, IHEAL éditions, 2002, 344 pp. [Texto integral]

Publicado en Nuevo Mundo Mundos Nuevos, Reseñas y ensayos historiográficos


‘Gravity’: C’est une histoire de renaissance (Behind the technical wonders, a good old redemption story ?)

25 octobre, 2013
http://www.aceshowbiz.com/images/still/gravity-poster01.jpghttp://jcdurbant.files.wordpress.com/2013/10/a93af-gravity_bullock_2-crop-promovar-mediumlarge.jpg?w=450&h=253En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu. Jésus (Jean 3: 3)
Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Jésus (Jean 15: 13)
Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie. Pascal
Le service religieux mené par le nouvel archevêque de Cantorbéry, Mg Justin Welby, a été on ne peut plus traditionnel. Elizabeth II est le gouverneur suprême de l’Eglise d’Angleterre, la religion officielle. L’héritier au trône, le prince Charles, entend couper ce cordon ombilical paradoxal dans un pays largement déchristianisé et dans une société multiculturelle où les confessions catholique, musulmane et bouddhiste ont le vent en poupe. William, lui, fortement marqué par l’influence de la reine, est ouvertement hostile à la défense de "toutes les croyances", réforme préconisée par le prince de Galles. Le choix des hymnes ou la teneur des sermons lors du baptême du prince George ont témoigné de cet attachement à la ligne religieuse la plus rigoriste. Le Monde
L’espace qu’on voit dans le film est aussi le miroir d’un espace intérieur. Le personnage dérive dans le vide intersidéral, victime de sa propre inertie. Il est dans sa bulle, fermé à toute communication. C’est la situation d’une personne isolée, qui pourrait être seule, quelque part dans une ville, et qui affronte l’adversité. C’est une histoire de renaissance. Des spectateurs y ont vu des sous-entendus spirituels. D’autres des sous-entendus médicaux et organiques. Pourquoi pas… J’y ai vu des sous-entendus biologiques. C’est aussi sur l’espèce humaine, avec la référence à Darwin, à la fin, lorsqu’elle sort de l’eau comme un amphibien, puis se lève sur ses jambes. Avec Jonas, on a pris plaisir à ouvrir le champs des possibles, en matière d’interprétations et d’imaginaire. Nous ne voulions pas dicter un point de vue unique. Alfonso Cuarón
A travers l’histoire de cette renaissance unique, Alfonso Cuarón radicalise et perfectionne le propos de ses Fils de l’homme. Avec Gravity, c’est encore à l’humanité entière que s’en prend le cinéaste, filmant une renaissance anthropologique en butte à la technologie. Comme le Titanic de James Cameron en son temps, Gravity est un film-époque à grand spectacle, centré sur un moyen de transport, incarnation d’un monde hors de contrôle. Les similitudes scénaristiques sont évidentes : il s’agit de regagner la terre ferme, et c’est la femme qui guide le film, sauvée par le sacrifice et la force morale de l’homme. (…) notre héroïne tente de réparer une station spatiale, mais est prise de nausées annonçant déjà une sorte de mal du pays (la terre, la pesanteur). Le plan s’étire jusqu’à ce que les débris percutent les astronautes, et suit leur déroute dans un détraquage des mouvements et des sens. Car les machines, une à une, deviennent folles et meurtrières, explosent, prennent feu : la technologie, écran entre l’homme et son humanité, abandonne celui-ci. Ainsi, le film qui est saturé par la technique en écrit aussi simultanément la condamnation. L’avarie de la navette spatiale oblige à une ingéniosité primaire et perdue. Le propulseur de Matt Kowalski (permettant d’avancer dans l’espace) n’a plus de carburant. Il faudra le remplacer par un extincteur, que l’ingéniosité transforme en propulseur de fortune. Lorsque l’héroïne parvient enfin à s’introduire dans une navette, elle se retrouve face à des centaines de boutons en chinois. (…) Dans Gravity, le salut passe par des navettes de tous pays (chinoises et internationales), montrant que le combat en solitaire de l’astronaute pour la survie est un combat de l’humanité entière, comme portée par cette première femme. Tandis que Ryan Stone (le nom est éloquent) travaille à son retour sur Terre, la mise en scène vertigineuse tend à se réguler enfin. Retrouver la pesanteur, c’est prendre conscience de sa corporéité, pour l’astronaute comme pour la mise en scène. Le salut du film dépend de sa capacité à se défaire de sa technicité. Pour voir enfin la caméra se poser dans un final épuré, il faudra que l’héroïne retrouve le contact du sol, et redécouvre, pas après pas, son humanité. Louis Séguin
During this final sequence, there appear at least two explicitly religious scenes: Aboard the Russian Soyuz, an Orthodox ikon above the spacecraft’s “dashboard”; on the Chinese Shenzhou, a statue of Buddha in the same location. Significantly, these religious images are featured on board the two spacecraft that play salvific roles. (The parallel figure we see aboard the crippled American space shuttle is a figurine of Marvin the Martian – the buffoonish cartoon alien bent on universal domination. Commentary, perhaps?) When Stone finally reaches Earth, her capsule sinks to the bottom of a shallow lagoon. She must swim to the surface and pull herself, alone (rescue crews haven’t had arrived yet) onto the shore of an Edenic landscape. Climbing onto land, unused to the eponymous “gravity,” she needs a moment to learn to walk again – the baptismal and rebirth motifs of her redemption story here fitting perfectly into the actual consequences of spaceflight. Throughout, Stone is always just a hair’s breadth away from becoming just another piece of cold debris floating through the vast, silent, beautiful cosmos. Vast distances and loneliness are ubiquitous, emphasized by the fact that Clooney and Bullock are the only actors ever seen alive in the entire movie. In one moment, Stone almost acquiesces to the “truth” of this empty loneliness, but through submission to a seeming act of revelation and a prayer, she manages to keep her life and is saved. But as is Hollywood’s usual way, this saving faith is generic, grounded in eclectic religious symbols – not really faith in anything in particular. To be sure, this kind of ambiguity is often found in good literature. Anything more than hints and suggestions can descend quickly into heavy-handed sermonizing rather than good storytelling. Yet Stone’s discovery of the need for faith calls for the effort to ground that faith in something solid. In the grandest scheme of things, Stone’s position marooned in space is really not that different than ours, sailing through the same vast space, albeit in our case on the Earth. Death is nevertheless a possibility at any moment. So what is this faith that finally saves? A delusional assertion of self in a fundamentally meaningless cosmos? A feel-good, eclectic spirituality? Or, to take a hint from the film’s respect for hard scientific fact, could there be a faith actually based in solid truth? These questions aren’t answered in Gravity. But one thing the film makes clear, amidst its impressive visuals and exacting accuracy: for man, lost in the cosmos, to really live requires more than technical and scientific fact. It takes a faith and a hope that come from beyond us. Michael Baruzzini
More than that film (and more than “Hugo” or “How to Train Your Dragon” or any other high-quality recent specimens), “Gravity” treats 3-D as essential to the information it wants to share. The reason for that is summed up in the title, which names an obvious missing element. Nothing in the movie — not hand tools or chess pieces, human bodies or cruise-ship-size space stations — rests within a stable vertical or horizontal plane. Neither does the movie itself, which in a little more than 90 minutes rewrites the rules of cinema as we have known them. But maybe not quite all of them, come to think of it. The script is, at times, weighed down by some heavy screenwriting clichés. Some are minor, like the fuel gauge that reads full until the glass is tapped, causing the arrow to drop. More cringe-inducing is the tragic back story stapled to Stone, a doctor on her first trip into orbit. We would care about her even without the haunting memory of a dead child, who inspires a maudlin monologue and a flight of orchestral bathos in Steven Price’s otherwise canny and haunting score. I will confess that the first time I saw “Gravity,” I found its talkiness annoying. Not just Ms. Bullock’s perky-anxious soliloquizing, but also Mr. Clooney’s gruff, regular-guy wisecracking. Doesn’t Stone say her favorite thing about space is the silence? But a second viewing changed my mind a bit. It’s not that the dialogue improved — it will not be anyone’s favorite part of the movie — but rather that its relation to that silence became clearer. Stone and Kowalski jabber on, to themselves and each other and to Houston “in the blind,” partly to keep the terror of their situation at bay, to fight the overwhelming sense of how tiny and insignificant they are in the cosmos. This assertion of identity is ridiculous and also, for that very reason, affecting. For all of Mr. Cuarón’s formal wizardry and pictorial grandeur, he is a humanist at heart. Much as “Gravity” revels in the giddy, scary thrill of weightlessness, it is, finally, about the longing to be pulled back down onto the crowded, watery sphere where life is tedious, complicated, sad and possible. The NYT
The overall villain in the movie is not a human and not even the eponymous gravity. Not directly, at least: The true antagonist is orbital mechanics. It comes into play when the satellite debris first swarms past the astronauts and rears its Newtonian head again and again throughout the movie when the astronauts make their way to the ISS and then push on to the Chinese space station Tiangong. The thing is, well … this won’t work. The problem is that most folks think of space as just having no gravity, so you can jet off to wherever you need to go by aiming yourself at your target and pushing off, like someone sliding on ice. But it doesn’t work that way. The reason is that there is gravity in orbit! The Earth’s. And objects orbiting the Earth are moving at high velocity, many kilometers per second, to stay in orbit. If you want to get from Point A to Point B you can’t just be at the right place at the right time; you need to match velocities as well. If the two objects are in different orbits, that gets a lot harder. Orbital velocity depends on altitude, so objects at different heights move at vastly different speeds, adding up to many hundreds if not thousands of kilometers per hour. The orbits can be tilted with respect to one another, making it hard to match direction. The shapes of the orbits can be different, too, again complicating a rendezvous.
Another significant plot point happens when Clooney and Bullock reach ISS. Still attached by a tether, they have a hard time finding a grip on the station to stop themselves. Eventually, Bullock’s leg gets tangled in the parachute shroud line from the Soyuz escape capsule. Its hold is tenuous, and she struggles to hold on to Clooney as he is pulled away from her. As her leg starts to slip, Clooney unclips his tether and falls away to his doom, saving her in the process. Except, well, not so much. The thing is, they very clearly show that when Bullock’s leg got tangled up in the shroud line, both her and Clooney’s velocity relative to the space station was zero. They had stopped. On Earth, if one person is hanging by a rope and holding on to a second person, yeah, gravity is pulling them both down, the upper person bearing the weight of the lower one. If the upper person lets go, the other falls away. But in orbit, they’re in free-fall. Gravity wasn’t pulling Clooney away from Bullock; there were essentially no forces on him at all, so he had no weight for Bullock to bear! All she had to do was give the tether a gentle tug and Clooney would’ve been safely pulled toward her. Literally an ounce of force applied for a few seconds would’ve been enough. They could’ve both then used the shroud lines to pull themselves to the station. This is a case where our “common sense” doesn’t work, because we live immersed in gravity, pulled toward the center of the Earth, supported by the ground. In space, things are different. During that scene, knowing what I know, all I could do was scream in my head “CLOONEY DOESN’T HAVE TO DIE!” but it was to no avail. My publicly admitted man-crush on Clooney plus my not-so-inner physics nerd made that scene hard to watch. Phil Plait
Le syndrome de Kessler est un scénario envisagé en 1978 par le consultant de la NASA Donald J. Kessler (en), dans lequel le volume des débris spatiaux en orbite basse atteint un seuil au-dessus duquel les objets en orbite sont fréquemment heurtés par des débris, augmentant du même coup et de façon exponentielle le nombre des débris et la probabilité des impacts. Au delà d’un certain seuil, un tel scénario rendrait quasi-impossible l’exploration spatiale et même l’utilisation des satellites artificiels pour plusieurs générations. Le syndrome de Kessler est un exemple de réaction en chaîne. Les vitesses relatives des objets en orbite peuvent dépasser 10 km/s. Tout impact à de telles vitesses entre deux objets de taille appréciable (de quelques centimètres ou décimètres) crée un nuage de débris à trajectoires aléatoires, dispersant l’énergie cinétique de la collision, qui sont autant de projectiles susceptibles de provoquer d’autres collisions. Lors d’une collision majeure mettant en cause un gros satellite comme la station orbitale, la quantité de débris pourrait rendre les orbites basses totalement impraticables. Cependant, plus on est à basse altitude (où la densité de ces débris devrait être la plus forte), plus l’atmosphère résiduelle subsiste, ce qui freine les débris et provoque leur entrée dans l’atmosphère. La densité des débris à basse orbite est donc plus faible que prévue. Les orbites les plus denses sont ainsi comprises entre 800 et 1 200 km. Wikipedia
Aujourd’hui, ces "écolos" spatiaux sont plus écoutés. Précisément depuis 2007, quand les Chinois ont amorcé une réaction en chaîne en tirant sur un de leurs satellites pour prouver leurs capacités spatiales militaires. L’opération a engendré 3 000 débris spatiaux et enclenché le "syndrome de Kessler", du nom d’un chercheur de la NASA qui, à la fin des années 1970, avait prédit que l’accumulation d’engins spatiaux et les collisions qui en résulteraient immanquablement allaient produire toujours plus de débris. Après la "démonstration" chinoise, les Américains ont répliqué en 2008 en abattant au missile un de leurs satellites en orbite basse, mais plus proprement – tous les débris sont désormais retombés. Ce n’est pas le cas de ceux produits en 2009 par la collision accidentelle entre un satellite de la constellation Iridium et un satellite russe Cosmos désactivé. Les 2 000 débris produits se sont ajoutés aux 170 millions d’objets de plus de 1 millimètre en orbite, dont 20 000, d’une taille supérieure à 10 cm, peuvent faire l’objet d’une surveillance depuis la Terre. Le pouvoir de destruction de ces bolides croisant à plusieurs kilomètres par seconde est potentiellement dévastateur pour les activités spatiales. Le Monde

Attention: un baptême peut en cacher un autre !

Icone russe, bouddha chinois, Marvin le Martien, sacrifice christique, lagon édénique, glaise adamique …

A l’heure où, contre les visées multiculturelles du Prince Charles, les jeunes parents du prince George retrouvent la tradition du baptême chrétien …

Pendant qu’oubliant son passé génocidaire, l’Europe envisage d’interdire la circoncision

Comment ne pas être touché comme le rappelle la critique d’un site catholique américain …

Au-delà de la magnificence des images de l’espace et de notre bonne vielle Terre comme de la haletante histoire de survie ….

Et malgré les quelques invraisemblances techniques (l’apparente inutilité du sacrifice de Kowalsky, les larmes flottantes, les problèmes d’orbites) …

A laquelle nous convie le film du réalisateur mexican Alfonso Cuarón (‘Gravity’) …

Par la sensation de l’incroyable fragilité de l’existence humaine dans l’effrayant mais encombré silence des espaces intersidéraux …

Mais aussi par cette autre image baptismale, c’est-à-dire à la fois de mort et ressurection …

D’une héroïne un temps tentée par le suicide après le double naufrage de la perte de sa fille et de ses partenaires astronautes  …

Mais redécouvrant, via le sacrifice et l’inspiration de son partenaire, la prière pour enfin réémerger à la fin des eaux d’un lagon édénique …

Et retrouver à la fois le plaisir du toucher de notre glaise originale …

Et du réapprentissage, pour cette nouvelle première femme et première Eve, de la marche dans notre bonne vieille gravité ?

Faith in Space: A Review of “Gravity”

Michael Baruzzini

The Catholic thing

09 October 2013

The film Gravity just opened to box-office success, telling a story about astronauts Ryan Stone (Sandra Bullock) and Matt Kowalski (George Clooney) who are stranded in space after satellite debris destroys their space shuttle. Cut off from contact with Earth (voice of Ed Harris, in a nod to his roles in The Right Stuff and Apollo 13), the two must try to survive. Spoilers, be warned, ahead.

Is this movie science fiction? It certainly has the feel of a science-fiction story. Its greatest achievement, however, is its stark realism, in particular the beautiful and realistic visuals. All of the spacecraft, the technology, and (with one major exception) the events that happen are real spacecraft and technologies, accurately portrayed. None of the elements are “speculative.” Gravity is not science fiction, but a disaster film set in the world of present-day spaceflight.

One area where realism is almost entirely sacrificed, and understandably so, is in the depiction of distances between objects orbiting Earth. There is no way that the characters could have managed to fly from the space shuttle docked to the Hubble Space Telescope, to the International Space Station, and to Shenzhou as they do in the movie. Each of these orbits at different altitudes and inclinations. It’s like making a film in which someone survives the Titanic by just swimming to shore.

Still, for dramatic purposes, belief may be suspended, and the plot is straightforward: a sequence of effect-packed events the protagonists must endure to survive. Like all action movies, the characters are given emotional backgrounds with “issues” that must be worked through: In this case, Stone’s tendency towards despair and passivity in the face of tragic events. The drama is sometimes a bit overwrought and just shy of contrived. But it hints at a religion-friendly perspective.

Stone lost her four-year-old daughter in a freak playground accident, and has coped by engaging only with her work, remaining distant and aloof otherwise. After the disaster and subsequent loss of Kowalski, she is the sole survivor and is prepared to give up. Having made her way aboard a crippled Soyuz capsule, Stone mourns the fact that she has never learned to pray, in part because she has never really believed in anything. She shuts off the oxygen to the cabin and prepares to die.

Suddenly, the lost Kowalski reappears outside, climbs aboard the capsule, and gives her a humorous pep talk, encouraging her to keep trying. He also reminds her that the Soyuz’ landing engines still have fuel, possibly enough to get her to the Chinese space station. (A science aside: Stone could have survived the brief exposure to the vacuum that she encounters in this scene when Kowalski opens the hatch, but not without consequences, and the fact that she’s just fine is a clue that something isn’t quite right about what follows.)

Who or what is Kowalski in this scene? The film is properly ambiguous. Is he a figment of Stone’s oxygen-deprived brain? Kowalski himself, communicating from beyond the grave? An angel? In any case, his message works. Stone awakes to find herself alone, turns the oxygen back on, and follows Kowalski’s suggestion to find the Chinese station, which is rapidly deorbiting, but still has a Shenzou capsule available.

During this final sequence, there appear at least two explicitly religious scenes: Aboard the Russian Soyuz, an Orthodox ikon above the spacecraft’s “dashboard”; on the Chinese Shenzhou, a statue of Buddha in the same location. Significantly, these religious images are featured on board the two spacecraft that play salvific roles. (The parallel figure we see aboard the crippled American space shuttle is a figurine of Marvin the Martian – the buffoonish cartoon alien bent on universal domination. Commentary, perhaps?)

When Stone finally reaches Earth, her capsule sinks to the bottom of a shallow lagoon. She must swim to the surface and pull herself, alone (rescue crews haven’t had arrived yet) onto the shore of an Edenic landscape. Climbing onto land, unused to the eponymous “gravity,” she needs a moment to learn to walk again – the baptismal and rebirth motifs of her redemption story here fitting perfectly into the actual consequences of spaceflight.

Throughout, Stone is always just a hair’s breadth away from becoming just another piece of cold debris floating through the vast, silent, beautiful cosmos. Vast distances and loneliness are ubiquitous, emphasized by the fact that Clooney and Bullock are the only actors ever seen alive in the entire movie. In one moment, Stone almost acquiesces to the “truth” of this empty loneliness, but through submission to a seeming act of revelation and a prayer, she manages to keep her life and is saved.

But as is Hollywood’s usual way, this saving faith is generic, grounded in eclectic religious symbols – not really faith in anything in particular. To be sure, this kind of ambiguity is often found in good literature. Anything more than hints and suggestions can descend quickly into heavy-handed sermonizing rather than good storytelling. Yet Stone’s discovery of the need for faith calls for the effort to ground that faith in something solid.

In the grandest scheme of things, Stone’s position marooned in space is really not that different than ours, sailing through the same vast space, albeit in our case on the Earth. Death is nevertheless a possibility at any moment. So what is this faith that finally saves? A delusional assertion of self in a fundamentally meaningless cosmos? A feel-good, eclectic spirituality? Or, to take a hint from the film’s respect for hard scientific fact, could there be a faith actually based in solid truth?

These questions aren’t answered in Gravity. But one thing the film makes clear, amidst its impressive visuals and exacting accuracy: for man, lost in the cosmos, to really live requires more than technical and scientific fact. It takes a faith and a hope that come from beyond us.

Michael Baruzzini is a freelance science writer and editor who writes for Catholic and science publications, including Crisis, First Things, Touchstone, Sky & Telescope, The American Spectator, and elsewhere. He is also the creator of

CatholicScience.com, which offers online scisnce curriculum resources for Catholic students.

Voir aussi:

Alfonso Cuarón : “ ‘Gravity’, c’est une histoire de renaissance”

Entretien | Comment arriver à la prouesse technique de la vraisemblance et du réalisme à l’écran ? Le réalisateur mexicain Alfonso Cuarón raconte sa conquête de l’espace.

Télérama

18/10/2013

Propos recueillis par Jacques Morice

Drôle de zèbre, cet Alfonso Cuarón. Un cinéaste mexicain, résolument éclectique, qui a grandi à Mexico et fait ses classes aux Etats-Unis, à la télévision. En 2001, il décroche la timballe grâce à Y tu mama tambien, une comédie sensible tournée au Mexique, avec Gael Garcia Bernal. Suivent Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban (2004) et Les Fils de l’homme (2006), film d’anticipation glaçant et original autour d’une Angleterre aux abois, devenue dictature policière. Aujourd’hui, Alfonso Cuarón a décroché la Lune. Space-movie au réalisme stupéfiant, Gravity nous emmène, nous immerge surtout, au cœur du vide intersidéral, tout là-haut, aux portes du néant, d’une possible renaissance aussi. Rencontre avec son chef de mission.

[Attention, Alfonso Cuarón dévoile certains éléments-clés du film dans cet entretien.]

Autant de contemplation que d’action, priorité aux plans-séquence, économie de dialogues, un seul personnage à la moitié du film : vouliez-vous défier les lois d’Hollywood ?

Je ne pense pas à Hollywood, ni à transgresser ou calculer quoi que ce soit. Je sais qu’en France, vous pensez beaucoup à catégoriser, à définir ce qui est commercial ou non. Je pense pour ma part simplement en terme de cinéma. Et je suis toujours confiant vis-à-vis du public en me disant qu’il partage la même attente de cinéma que moi. Lorsque j’ai commencé à travailler le scénario avec mon fils, Jonas, ce dernier tenait à une chose : que le film nous cloue à notre fauteuil. Il fallait pour cela un suspense maximal, une tension maintenue de bout en bout. Le scénario était lui-même très dense. C’était ce que les studios appellent un « page-turner », un objet impossible à lâcher. Cela aide à convaincre les producteurs. Tant que la structure est bonne, on peut la remplir à sa guise de toutes sortes d’éléments… Ce que nous voulions, c’était suivre la journée d’un personnage confronté à des montagnes russes émotionnelles. Et que tout un chacun puisse s’identifier. L’important était que les thèmes soient signifiés par des métaphores visuelles, pas par la rhétorique. Eviter la rhétorique, c’était le leitmotiv de mon fils.

N’est-ce pas insolite d’écrire avec son fils ?

J’ai travaillé avec lui comme avec n’importe quel autre scénariste. Mais je tiens à lui rendre hommage, car son énergie m’a souvent inspiré. Il est très pragmatique, plus direct que moi. C’est lui qui m’a incité à retrancher une partie des dialogues, à aller vers des sensations et des sentiments primitifs, à profiter d’une certaine liberté visuelle, métaphorique. Nous avions deux modèles pour ce film, que nous avons évoqués dès le premier jour. Pas du tout des space-movies : il s’agit d’Un Condamné à mort s’est échappé, de Robert Bresson (1956) et de Duel, de Spielberg (1971). Ces deux films ont en commun de suivre un personnage comme en temps réel, avec deux tons complètement différents. Celui de Bresson est dépouillé et contemplatif. Celui de Spielberg correspond davantage à une approche de film d’action. Mais les deux ont des résonances existentielles. Métaphysiques chez Bresson, plus prosaïques chez Spielberg, où le personnage combat une étrange force du mal, un démon qui est presque en lui. La fin de Gravity se rapproche de celle du Condamné à mort s’est échappé. L’héroïne se lève et marche. On ne sait pas ce qui va lui arriver ensuite, si elle ne va pas être de nouveau bloquée. L’important, c’est qu’elle ait échappé au pire, au cours de cette journée.

Atteindre un tel réalisme dans l’action suppose paradoxalement de recourir à pas mal d’effets spéciaux. Jusqu’où êtes-vous allé dans l’avancée technologique ?

La technologie, les effets spéciaux, tout cela, ce n’est qu’un moyen, pas une fin. Il ne faut jamais l’oublier. Les deux objectifs étaient ici d’honorer les lois de la pesanteur et de paraître réaliste à l’image. Or, tout était rendu compliqué par le choix des plans-séquences, auxquels je tenais beaucoup. Moi-même, je ne suis pas du tout une personne technophile. Je sais à peine envoyer des courriels et faire des recherches sur Google… Et pourtant, je me suis retrouvé à orchestrer une caméra-robot, le travail de marionnettistes, l’animation informatique et infographique, et le dispositif révolutionnaire de la « Light Box » [un cube creux éclairé de minuscules lampes LED, dans lequel était enfermée Sandra Bullock]. J’étais en charge avec Emmanuel Lubezki, le directeur de la photo, et Tim Webber, responsable des effets spéciaux, de superviser tout ça. Nous étions sans doute les seuls à comprendre de quoi il s’agissait ! Car chacun avait une tâche qualifiée, très spécifique, sans savoir forcément à quoi elle était destinée dans l’ensemble.

Combien de temps a réclamé la réalisation de ce film ?

Quatre ans et demi. Car on a tâtonné avant de trouver, de développer ces nouvelles technologies et de les combiner. Toute l’animation était faite avant de démarrer le tournage. Ensuite, il a fallu faire tout coïncider : l’animation, l’éclairage, le tournage de l’action.

De quoi êtes-vous le plus fier ?

De la performance de Sandra Bullock. C’était un véritable exercice d’abstraction pour cela. Elle a joué dans la « Light Box », sans repères, sans avoir de retour. C’était comme une chorégraphie, avec des mouvements très rythmés, très cadencés… Sinon, il y a une séquence que j’aime tout particulièrement et que les gens n’ont pas forcément relevé, à la différence du plan du début ou de celui où la main de Georges Clooney lâche celle de Bullock : c’est le moment où Sandra Bullock est dans la capsule Soyouz. Elle entend et parle soudain à cet homme sur la Terre, mais dont elle ne comprend pas la langue. Elle pleure, se résigne à mourir, s’assoupit. Georges Clooney réapparait, prodigue ses conseils. Puis repart. Elle se fait alors violence, s’efforce de relancer la machine. Tout cela, c’est un seul et unique plan séquence ! On a d’ailleurs fait un court-métrage, qui a été montré à Venise, sur le contrechamp de cette action : le point de vue de celui qui est sur Terre. On y voit la personne qui parle : un Inuit, au fin fond du Groenland.

Le lointain et le proche, la pesanteur et l’apesanteur, l’infiniment grand et l’infiniment petit… Les extrêmes se rejoignent souvent dans votre film.

Absolument. L’espace qu’on voit dans le film est aussi le miroir d’un espace intérieur. Le personnage dérive dans le vide intersidéral, victime de sa propre inertie. Il est dans sa bulle, fermé à toute communication. C’est la situation d’une personne isolée, qui pourrait être seule, quelque part dans une ville, et qui affronte l’adversité. C’est une histoire de renaissance. Des spectateurs y ont vu des sous-entendus spirituels. D’autres des sous-entendus médicaux et organiques. Pourquoi pas… J’y ai vu des sous-entendus biologiques. C’est aussi sur l’espèce humaine, avec la référence à Darwin, à la fin, lorsqu’elle sort de l’eau comme un amphibien, puis se lève sur ses jambes. Avec Jonas, on a pris plaisir à ouvrir le champs des possibles, en matière d’interprétations et d’imaginaire. Nous ne voulions pas dicter un point de vue unique.

La Nasa a t-elle été consultée ?

Elle n’était pas impliquée, en tant qu’institution. Car il y a trop de casse pour elle, dans le film ! Mais on a fait appel à plusieurs astronautes ayant travaillé pour la NASA, et qui ont servi de consultants. D’autres, qui ont vu le film depuis, comme Jean-François Clervoy, sont très supporters. Et pour cause : ils s’y retrouvent totalement, car ce qu’on montre est fidèle à la réalité. On peut ne pas aimer le film, mais je pense qu’il y a deux choses sur lesquelles on est irréprochable : c’est le respect des lois de la physique et la véracité des outils technologiques employés.

Quel sera votre prochain film ?

J’ai commencé un autre scénario avec mon fils, mais ce « salaud » est très occupé en ce moment, puisqu’il tourne son film, Désert, avec Gael Garcia Bernal. Il va donc falloir que je patiente…

Gravity

On a marché sur la Terre

Louis Séguin

Transfuge

Un homme, une femme, le vide infini : Gravity est une variation dépouillée sur le film-catastrophe version spatiale. Ou comment reconquérir la pesanteur et renaître.

Hollywood est encore capable d’émerveiller, de créer des images vierges, de faire naître les émotions d’une première fois. Alfonso Cuarón s’offre avec Gravity un tour dans l’espace et en rapporte un blockbuster d’une légèreté de nageur. Ryan Stone (Sandra Bullock) et Matt Kowalski (George Clooney), astronautes en mission spatiale, sont attaqués de plein fouet par des débris de satellite en orbite. S’ensuit un programme de film catastrophe assez classique : retrouver la Terre par tous les moyens et, en l’occurrence, la pesanteur du titre. Premier tour de force : l’économie scénaristique confine à l’épure. On ne verra d’ailleurs que les deux personnages cités, si l’on omet un troisième tôt disparu. La solitude des naufragés célestes est comme démultipliée par la beauté effrayante du paysage, la Terre bleue brillant au milieu d’une infinie étendue de sombre et d’oubli, aux reflets intermittents de lumière crue.

Si le film procure bien des sensations inédites, la première fois est aussi son sujet. Il s’agit, en effet, de filmer une venue au monde. Le sens dramatique (le retour sur terre) se double rapidement de son sens métaphorique et courant, et Gravity exploite à fond l’imagerie de la (re)naissance. On voit ainsi l’astronaute Ryan Stone en position foetale, confrontée à un silence utérin, et devant (au sortir de son oeuf) rapprendre à marcher, comme un nouveau-né, comme un premier homme. Le foetus de 2001 se rappelle à la mémoire du spectateur. Gravity s’ancre ainsi dans la lignée des grands films utilisant l’espace comme une terre vierge, ou plutôt comme une absence de terre, et donc de passé, de ce qui éloigne l’homme de son état de nature.

Car, à travers l’histoire de cette renaissance unique, Alfonso Cuarón radicalise et perfectionne le propos de ses Fils de l’homme. Avec Gravity, c’est encore à l’humanité entière que s’en prend le cinéaste, filmant une renaissance anthropologique en butte à la technologie. Comme le Titanic de James Cameron en son temps, Gravity est un film-époque à grand spectacle, centré sur un moyen de transport, incarnation d’un monde hors de contrôle. Les similitudes scénaristiques sont évidentes : il s’agit de regagner la terre ferme, et c’est la femme qui guide le film, sauvée par le sacrifice et la force morale de l’homme. Mais alors que Titanic était un paquebot lourd comme le siècle, et induisait une mise en scène d’artillerie lourde, l’expédition Gravity marque le règne de la technologie numérique, qui brille de ses plus beaux feux grâce à la caméra virtuose d’Alfonso Cuarón. Elle non plus ne pèse pas, mais virevolte dans les airs et les images de synthèse. Elle caresse les personnages comme un doigt effleure une tablette tactile. La mise en scène dans l’espace, prouesse incomparable du cinéaste, rend compte, notamment dans son plan séquence initial d’un quart d’heure, d’une fluidité (technologique) que l’accident dérègle. Dans cette ouverture, notre héroïne tente de réparer une station spatiale, mais est prise de nausées annonçant déjà une sorte de mal du pays (la terre, la pesanteur). Le plan s’étire jusqu’à ce que les débris percutent les astronautes, et suit leur déroute dans un détraquage des mouvements et des sens. Car les machines, une à une, deviennent folles et meurtrières, explosent, prennent feu : la technologie, écran entre l’homme et son humanité, abandonne celui-ci. Ainsi, le film qui est saturé par la technique en écrit aussi simultanément la condamnation. L’avarie de la navette spatiale oblige à une ingéniosité primaire et perdue. Le propulseur de Matt Kowalski (permettant d’avancer dans l’espace) n’a plus de carburant. Il faudra le remplacer par un extincteur, que l’ingéniosité transforme en propulseur de fortune. Lorsque l’héroïne parvient enfin à s’introduire dans une navette, elle se retrouve face à des centaines de boutons en chinois. Le Titanic, monde miniature, emportait dans son naufrage la lutte des classes. Dans Gravity, le salut passe par des navettes de tous pays (chinoises et internationales), montrant que le combat en solitaire de l’astronaute pour la survie est un combat de l’humanité entière, comme portée par cette première femme. Tandis que Ryan Stone (le nom est éloquent) travaille à son retour sur Terre, la mise en scène vertigineuse tend à se réguler enfin. Retrouver la pesanteur, c’est prendre conscience de sa corporéité, pour l’astronaute comme pour la mise en scène. Le salut du film dépend de sa capacité à se défaire de sa technicité. Pour voir enfin la caméra se poser dans un final épuré, il faudra que l’héroïne retrouve le contact du sol, et redécouvre, pas après pas, son humanité.

Between Earth and Heaven

A. O. Scott

The New York Times

October 3, 2013

“Life in space is impossible.” That stark statement of scientific fact is one of the first things to appear on screen in “Gravity,” but before long, it is contradicted, or at least complicated. As our eyes (from behind 3-D glasses) adjust to the vast darkness, illuminated by streaks of sunlight refracted through the Earth’s atmosphere, we detect movement that is recognizably human and hear familiar voices. Those tiny figures bouncing around on that floating contraption — it looks like a mobile suspended from a child’s bedroom ceiling — are people. Scientists. Astronauts. Movie stars. (Sandra Bullock and George Clooney in spacesuits, as Mission Specialist Ryan Stone and Mission Commander Matt Kowalski; Ed Harris, unseen and unnamed, as “Houston” down below).

The defiance of impossibility is this movie’s theme and its reason for being. But the main challenge facing the director, Alfonso Cuarón (who wrote the script with his son Jonás), is not visualizing the unimaginable so much as overcoming the audience’s assumption that we’ve seen it all before. After more than 50 years, space travel has lost some of its luster, and movies are partly to blame for our jadedness. It has been a long time since a filmmaker conjured the awe of “2001: A Space Odyssey” or the terror of “Alien” or captured afresh the spooky wonder of a trip outside our native atmosphere.

Mr. Cuarón succeeds by tethering almost unfathomably complex techniques — both digital and analog — to a simple narrative. “Gravity” is less a science-fiction spectacle than a Jack London tale in orbit. The usual genre baggage has been jettisoned: there are no predatory extraterrestrials, no pompous flights of allegory, no extravagant pseudo-epic gestures. Instead, there is a swift and buoyant story of the struggle for survival in terrible, rapidly changing circumstances. Cosmic questions about our place in the universe are not so much avoided as subordinated to more pressing practical concerns. How do you outrun a storm of debris? Launch a landing module without fuel? Decipher an instruction manual in Russian or Chinese?

It has recently been observed that not all of the film’s answers to these questions are strictly accurate. The course that Stone and Kowalski plot from the Hubble Space Telescope to the International Space Station would apparently not be feasible in real life. (On the other hand, I was relieved to learn that a fire extinguisher really can serve as a makeshift zero-G jetpack. Not a spoiler, just a word to the wise.) Surely, though, the standard for a movie like this one is not realism but coherence. Every true outlaw has a code. The laws of physics are no exception, and Mr. Cuarón violates them with ingenious and exuberant rigor.

The accidental explosion of a communications satellite silences Houston and, what’s worse, sends a blizzard of shrapnel hurtling toward the astronauts. Quite a bit goes wrong. Straps connecting astronauts to the relative security of their spacecraft are severed. Parachute lines foul engines. Fires break out inside vessels, and stuff outside is smashed to pieces. Not everyone survives. All of it — terrifyingly and marvelously — evades summary and confounds expectations. You have to see it to believe it.

And what you see (through the exquisitely observant lenses of the great cinematographer Emmanuel Lubezki) defies easy description. Stone and Kowalski’s orbital path is perched between the inky infinite and the green, cloud-swept face of home. The perspective is dazzling and jarring, and Mr. Cuarón allows a few moments of quiet, contemplative beauty to punctuate the busy, desperate activity of staying alive. Kowalski, generally an irreverent joker, pauses to savor the sun over the Ganges, and you may find yourself picking out other geographical details. Look, there’s Italy, and the Nile Valley. These reference points are as unsettling as they are reassuring, because they are glimpsed from a vantage point that is newly and profoundly alien.

That sense of estrangement owes a lot to Mr. Cuarón’s use of 3-D, which surpasses even what James Cameron accomplished in the flight sequences of “Avatar.” More than that film (and more than “Hugo” or “How to Train Your Dragon” or any other high-quality recent specimens), “Gravity” treats 3-D as essential to the information it wants to share. The reason for that is summed up in the title, which names an obvious missing element. Nothing in the movie — not hand tools or chess pieces, human bodies or cruise-ship-size space stations — rests within a stable vertical or horizontal plane. Neither does the movie itself, which in a little more than 90 minutes rewrites the rules of cinema as we have known them.

But maybe not quite all of them, come to think of it. The script is, at times, weighed down by some heavy screenwriting clichés. Some are minor, like the fuel gauge that reads full until the glass is tapped, causing the arrow to drop. More cringe-inducing is the tragic back story stapled to Stone, a doctor on her first trip into orbit. We would care about her even without the haunting memory of a dead child, who inspires a maudlin monologue and a flight of orchestral bathos in Steven Price’s otherwise canny and haunting score.

I will confess that the first time I saw “Gravity,” I found its talkiness annoying. Not just Ms. Bullock’s perky-anxious soliloquizing, but also Mr. Clooney’s gruff, regular-guy wisecracking. Doesn’t Stone say her favorite thing about space is the silence?

But a second viewing changed my mind a bit. It’s not that the dialogue improved — it will not be anyone’s favorite part of the movie — but rather that its relation to that silence became clearer. Stone and Kowalski jabber on, to themselves and each other and to Houston “in the blind,” partly to keep the terror of their situation at bay, to fight the overwhelming sense of how tiny and insignificant they are in the cosmos.

This assertion of identity is ridiculous and also, for that very reason, affecting. For all of Mr. Cuarón’s formal wizardry and pictorial grandeur, he is a humanist at heart. Much as “Gravity” revels in the giddy, scary thrill of weightlessness, it is, finally, about the longing to be pulled back down onto the crowded, watery sphere where life is tedious, complicated, sad and possible.

“Gravity” is rated PG-13 (Parents strongly cautioned). Existential terror and the salty language it provokes.

Gravity

Opens on Friday.

Directed by Alfonso Cuarón; written by Alfonso Cuarón and Jonás Cuarón; director of photography, Emmanuel Lubezki; edited by Alfonso Cuarón and Mark Sanger; music by Steven Price; production design by Andy Nicholson; costumes by Jany Temime; visual effects by Tim Webber; produced by Alfonso Cuarón and David Heyman; released by Warner Brothers Pictures. Running time: 1 hour 31 minutes.

WITH: Sandra Bullock (Ryan Stone), George Clooney (Matt Kowalski) and Ed Harris (Voice of Houston).

Bad Astronomy Movie Review: Gravity

Phil Plait

Phil Plait writes Slate’s Bad Astronomy blog and is an astronomer, public speaker, science evangelizer, and author of Death from the Skies! Follow him on Twitter.

Slate

Let’s get this out of the way immediately, so there’s no confusion: The movie Gravity (which opens today) is incredible. It was intense, it was tense, it was thrilling. Go see it. In fact—and I can’t believe I’m writing this—go see it immediately, and if you can, watch it in 3-D. I loved it.

But that love is not without its (minor) reservations. While I can wholeheartedly recommend it—I spent much of it literally on the edge of my seat—there were some things that, as a world-class nitpicky übernerd, I must point out. But I’ll note up front that nothing I whinge about below will detract from the experience of the movie itself. Seriously. It sets the bar for what movies can look like now. Go see it.

What follows below are spoilers, so fairly warned be thee, says I. Let me add that this is not your standard movie review; if you want thematic dissection and all that, then go read my colleague Dana Steven’s piece on Slate. With me, you get science analysis.

Plot Boiler

The plot of the movie can be summed up pretty briefly. Sandra Bullock and George Clooney portray astronauts orbiting the Earth on a routine extravehicular activity mission when a call comes from NASA: A Russian missile has destroyed a satellite, and the debris is headed their way at several kilometers per second. Before they can return to their Shuttle Orbiter, the shrapnel flies past, destroying the spacecraft and killing the crew. Clooney and Bullock make their way to the International Space Station, which is also damaged. Clooney is out of fuel in his Manned Maneuvering Unit and sacrifices himself to save Bullock. She uses a Russian Soyuz berthed to the ISS to get to the Chinese space station, where she finds a re-entry rocket capable of getting her back to Earth. But will she make it?

I won’t spoil the very end for you, because it was very well done. I’ll note that this is pretty much it for the plot—it’s thin, but you probably won’t notice.

That’s because the graphics really are all that. I mean, seriously: The special effects are superb. I generally shy away from movies that are all effects and no plot, but the immersive directing coupled with flawless effects—especially with the 3-D—was so compelling that I honestly felt the simple plot was not a concern as the movie unfolded. The drama and urgency were so riveting that I was essentially living in the moment, just experiencing the movie.

Dork Star

Still. There were some distractions in the form of scientific missteps. I’ll go over a few below, but I want to make myself very clear: My days of nitpicking a movie’s errors to death just because I can are behind me. The story lives or dies on the story, not whatever shortcuts it may need to take to move that story along, as long as those shortcuts don’t leap out and bite you on the nose. The plot of Gravity, unfortunately, does rely on some pivotal science boo-boos, but I understand sacrifices have to be made sometimes for the sake of the movie itself—without them, there’s no movie at all. And I’m far more willing to be forgiving when it’s clear a huge effort was made to get as much right as possible, which is obviously what director Alfonso Cuarón did (an interview at Collect Space confirms all this). The attention to some details was staggering.

So, let me push my glasses up my nose, hike up my flood pants, and blow my nose stentoriously. Let’s get to the glavin.

Orbital Mechanical Breakdown

The overall villain in the movie is not a human and not even the eponymous gravity. Not directly, at least: The true antagonist is orbital mechanics. It comes into play when the satellite debris first swarms past the astronauts and rears its Newtonian head again and again throughout the movie when the astronauts make their way to the ISS and then push on to the Chinese space station Tiangong.

The thing is, well … this won’t work. The problem is that most folks think of space as just having no gravity, so you can jet off to wherever you need to go by aiming yourself at your target and pushing off, like someone sliding on ice. But it doesn’t work that way.

The reason is that there is gravity in orbit! The Earth’s. And objects orbiting the Earth are moving at high velocity, many kilometers per second, to stay in orbit. If you want to get from Point A to Point B you can’t just be at the right place at the right time; you need to match velocities as well. If the two objects are in different orbits, that gets a lot harder. Orbital velocity depends on altitude, so objects at different heights move at vastly different speeds, adding up to many hundreds if not thousands of kilometers per hour. The orbits can be tilted with respect to one another, making it hard to match direction. The shapes of the orbits can be different, too, again complicating a rendezvous.

And in fact, Hubble and the ISS have very different orbits; Hubble orbits the Earth roughly 200 kilometers (125 miles) higher up than the station. A rough calculation shows it orbits about 110 meters per second slower, then—250 miles per hour. Clooney would have a pretty hard time putting the pedal to the metal to get up to that kind of speed in his Manned Maneuvering Unit. (The “jet pack” he has in the movie—I’ll note the MMU is a real device but has nowhere near that kind of oomph; it can only accelerate one person to about 25 meters per second, and remember Clooney was dragging Bullock along for the ride as well.)

Also, the two objects have orbits tipped at wildly different angles (Hubble is 28.5 degrees, while ISS is at 51.6 degrees). Think of it this way: Two cars can be going at the same speed, but if they are at an angle to each other, jumping from one to another is hard, especially if one’s heading east while the other is heading northeast (and you have to jump off an overpass at the same time). At a relative speed of 250 mph, that’s suicide.

Same for Tiangong: The orbital height of the Chinese station is about the same as that of ISS, but the orbits are inclined by about 10 degrees. Matching orbits using just the soft landing rockets on the Soyuz (again, a real thing!) wouldn’t work.

But to be clear, without these plot points, we’d have no movie. It’s fun to think about afterward, but during the movie I’m OK with it.

Let It Go, Man

Another significant plot point happens when Clooney and Bullock reach ISS. Still attached by a tether, they have a hard time finding a grip on the station to stop themselves. Eventually, Bullock’s leg gets tangled in the parachute shroud line from the Soyuz escape capsule. Its hold is tenuous, and she struggles to hold on to Clooney as he is pulled away from her. As her leg starts to slip, Clooney unclips his tether and falls away to his doom, saving her in the process.

Except, well, not so much. The thing is, they very clearly show that when Bullock’s leg got tangled up in the shroud line, both her and Clooney’s velocity relative to the space station was zero. They had stopped.

On Earth, if one person is hanging by a rope and holding on to a second person, yeah, gravity is pulling them both down, the upper person bearing the weight of the lower one. If the upper person lets go, the other falls away. But in orbit, they’re in free-fall. Gravity wasn’t pulling Clooney away from Bullock; there were essentially no forces on him at all, so he had no weight for Bullock to bear! All she had to do was give the tether a gentle tug and Clooney would’ve been safely pulled toward her. Literally an ounce of force applied for a few seconds would’ve been enough. They could’ve both then used the shroud lines to pull themselves to the station.

This is a case where our “common sense” doesn’t work, because we live immersed in gravity, pulled toward the center of the Earth, supported by the ground. In space, things are different. During that scene, knowing what I know, all I could do was scream in my head “CLOONEY DOESN’T HAVE TO DIE!” but it was to no avail. My publicly admitted man-crush on Clooney plus my not-so-inner physics nerd made that scene hard to watch.

Ad Absurdum

Of course, there were lots of other things, most too trivial to spend time on.

We see the bodies of the dead shuttle crew, frozen, when in reality that would take hours to happen. (Think about it: How long does it take a steak to even get frost on it when you put it in the freezer?)

When Bullock’s decelerating in Earth’s atmosphere, her helmet is still floating in the capsule, when there would’ve been a healthy force pinning it to the back wall.

Her antics using the fire extinguisher to match velocities with Tiangong were probably impossible; holding it too far from her center of mass meant it would’ve sent her rapidly tumbling every time she used it—plus she had to face away from the station, making it impossible to see her target while she was thrusting. (On the other hand, her not bracing herself to put out the fire and subsequently flying around was a great touch.)

The cascade effect of orbital debris slamming into other satellites and making more debris is correct, but the debris will stay on roughly the same orbit it started on. That means the satellites making the debris would have to have orbits that intersect that of Hubble and ISS, and that sort of thing is specifically avoided in real life, for this very reason.

Speaking of which, I’m not sure shrapnel hitting the robot arm would cause it to go flying and spinning off. The impact is very high speed, and I’m not sure much momentum would transfer from the debris to the arm. Hypervelocity impacts are difficult to predict, though, and I could be wrong here.

But again, this is all really nitpicky. And the movie got so much right. The sets were spot-on: the cramped Soyuz; the long, narrow ISS corridors; the appearance of essentially all the space hardware. I’ll note it was important to the plot that the Chinese Shenzhou re-entry vehicle was similar in design to the Soyuz, and in real life it is. When she hit the button to separate the crew module from the forward and rear modules, I practically cheered. That was accurate, and very cool.

And the scenery, well, wow. And how about this: I noticed pretty quickly that the stars were portrayed accurately! I saw the Pleiades float by, next to the horns of Taurus, and a glimpse of Orion. Other constellations came into view as well. Happily, this means Neil Tyson won’t have to confront Cuarón.

I can’t leave you without mentioning this, too: Ed Harris was the voice of Mission Control. Talk about a nice touch: He played Flight Director Gene Kranz in Apollo 13. When I saw his name in the credits, my heart grew three sizes.

Dénouement

Obviously, there’s a lot to love and a lot to gnaw over in this movie. But the bottom line is clear: Go see this flick. The science errors won’t bug you, and if they do, you need to pull your head out of your assumptions of what a movie should be. As a demonstration of craftsmanship, and as a viewing experience, Gravity is astonishing. I loved it, and I’ll be going to see it again.

A final note: If this massive verbiage spewing wasn’t enough for you, lots of other people have reviewed the movie as well. I won’t vouch for how accurate their reviews are, but you may enjoy reading them.

How realistic is "Gravity"?

Jean-Luc Margot

UCLA

2013 Sep 28

From the production notes

Gravity is a 2013 American 3D film co-written, co-produced, co-edited and directed by Alfonso Cuarón. The film stars Sandra Bullock and George Clooney as surviving astronauts in a damaged space shuttle.

Medical engineer Dr. Ryan Stone is on her first Space Shuttle mission accompanied by veteran astronaut Matt Kowalsky, who is commanding his final expedition. During a spacewalk, debris from a satellite crashes into the space shuttle Explorer, leaving it mostly destroyed, and stranding them in space with limited air. Without means of communication with Earth, they must cooperate to survive.

Overall impression

There are many things to like about the movie, including an engaging story of adversity and survival, brilliant performances by talented actors, high-quality sound and 3D imagery, and full immersion in a superb space simulator. The film makers based their story on realistic premises and clearly made an attempt to conform to many physical principles.

Realism of movie premises

The plot is based on a space shuttle mission to repair the Hubble Space Telescope (HST) (there have been five such servicing missions).

The plot invokes the voluntary destruction of an artificial satellite (China did this in 2007, and the USA did this in 2008).

The destruction of the satellite generates thousands of pieces of orbital debris (the Chinese event did this).

The risk of orbital debris colliding with spacecraft is very real (this is a significant concern actively studied by federal agencies).

Realism of movie physics

The following physical principles were honored to a large extent:

Sound does not propagate in space.

Drops of liquid are spherical, not teardrop-shape, in a weightless environment.

Conservation of momentum (but see below for exceptions). When Stone and Kowalsky collide with each other, they bounce off each other with appropriate velocities.

Lighting that obeys the laws of optics (reflection/refraction/absorption).

Appropriate orbital period (~90 min) for orbital height (~560 km) of Hubble Space Telescope.

Realism of oceans/landmasses.

Inaccuracies

There are some minor inaccuracies in the movie:

Tools for space instrumentation are very carefully calibrated to provide the correct amount of torque. An astronaut would not screw parts together with her bare hands.

Electronics are sensitive to radiation and would normally be carefully protected in a chassis, not exposed to the space environment.

The movie places the space shuttle, the HST, and the International Space Station (ISS) in an orbit at 600 km above the surface of the Earth. While that is approximately correct for the HST, the ISS orbits at a height of 370 km above the surface of the Earth.

Exaggerations

There are some instances in which the movie exaggerates or departs from reality, but that is probably needed at some level to sustain the narrative:

Many of the maneuvers during space walks are executed much too fast (approaches would purposefully be very gentle in reality).

Communication blackouts were much more severe and extended than they would be in reality.

The diffusion of the cloud of orbital debris was much more rapid than it would be in reality (it would take weeks, months, or years, depending on the mass-to-area ratio and altitude of the debris).

Collision scenes have much more devastating consequences in the movie than would be expected from the impact of pieces of orbital debris.

Problematic scene

Perhaps the most unrealistic scene in the movie occurs when the space shuttle starts to roll rapidly as a result of a collision with orbital debris. It would take the entire (undestroyed) satellite (about 1,000 kg) to hit the wing of the shuttle at the most favorable location (the tip) with a relative velocity of about 1 km/s to produce that much rotation (assuming that the shuttle remained structurally intact after that impact, which is in itself rather unlikely). Any piece of debris would be much lighter and would travel at much smaller relative velocity, so the effect on the shuttle would be nowhere near what is portrayed in the movie. It would puncture the structure for sure, but it would not dramatically affect the spin state of the shuttle.

Conclusion

There are a few inaccuracies and exaggerations in "Gravity", but the movie premises are sound and many physical principles are honored, which greatly enhances the quality of the movie experience. I highly recommend the movie. Short of watching actual astronaut footage, this is as close to space as you are likely to get in the next few years. It may even prompt you to investigate the promise of space tourism.

CNN interview

The above thoughts were condensed into a 2-minute CNN video.

Contact:

Jean-Luc Margot

Dept. of Earth, Planetary, and Space Sciences

Dept. of Physics and Astronomy

University of California, Los Angeles

595 Charles Young Drive East

5642 Geology Building

Los Angeles, CA 90095

310 206 8345

jlm@ess.ucla.edu

Astrophysicist Neil deGrasse Tyson Fact-Checks Gravity on Twitter

Angela Watercutter

Wired

10.07.13

Director Alfonso Cuarón’s film Gravity just had an amazing weekend, raking in a record-breaking $55.6 million at the box office. There was just one little snag: Beloved astrophysicist Neil deGrasse Tyson showed up on social media to poke some scientific holes in the story about astronauts stranded in space.

The internet’s favorite astrophysicist took to Twitter last night with a string of fact-checks of Cuarón’s film, questioning everything from why the movie’s space debris orbited from East to West to why the hair on Sandra Bullock’s head didn’t float as freely as it should have in the weightlessness of space.

“The film #Gravity should be renamed ‘Zero Gravity,’” wrote Tyson, who will be hosting the Fox documentary Cosmos: A Spacetime Odyssey next year. His other nitpicks, which he called “Mysteries of #Gravity,” included why “satellite communications were disrupted at 230 mi up, but communications satellites orbit 100x higher” and “how Hubble (350mi up) ISS (230mi up) & a Chinese Space Station are all in sight lines of one another.” Tyson did, however, give the film credit for drawing attention to the very real Kessler syndrome (aka the problem caused by all the debris floating in space that causes Gravity’s big bang) by tweeting “the film #Gravity depicts a scenario of catastrophic satellite destruction that can actually happen.” (Check out more of Tyson’s tweets above.)

Last year, the astrophysicist offered a similar critique for Titanic, which he took to task for misplacing the stars above Rose’s head near the end of the film.

“Neil deGrasse Tyson sent me quite a snarky email saying that, at that time of year, in that position in the Atlantic in 1912, when Rose is lying on the piece of driftwood and staring up at the stars, that is not the star field she would have seen,” director James Cameron said after reshooting to correct the mistake. It seems as though it would be difficult for Cuarón to reshoot to correct the issues Tyson brought up, but it’ll be interesting to see if he responds to the critique.

Of course, as soon as Tyson’s tweets began hitting the web, many users responded to remind him that, Gravity is, in fact, just a movie. “Quick. Someone tell @neiltyson what science fiction means,” read one @ reply. Another reminded the vocal science advocate that “for all it’s bullshit I bet Gravity creates some future NASA staffers in a generation.”

But in the end, even Tyson was won over by the film. “My tweets hardly ever convey opinion,” he said in another tweet. “Mostly perspectives on the world. But if you must know, I enjoyed #Gravity very much.”

La pollution spatiale risque d’entraver l’activité orbitale

Hervé Morin

LE MONDE SCIENCE ET TECHNO

25.04.2013

L’orbite géostationnaire (35 785 km) est moins peuplée. La majorité des objets excentrés au-dessus de l’hémisphère Nord sont d’origine russe.

Il y a quelques années, c’était un peu une réunion entre initiés. Aujourd’hui, elle rassemble 350 chercheurs venus de trente pays." Christophe Bonnal, expert senior à la direction technique du Centre national des études spatiales (CNES), se réjouit du succès de la 6e conférence européenne sur les débris spatiaux, qui s’est tenue du 22 au 25 avril à Darmstadt (Allemagne) sous l’égide de l’Agence spatiale européenne (ESA).

Les spécialistes des débris spatiaux ont en effet longtemps été vus comme des empêcheurs de lancer en rond fusées et satellites : ils insistaient sur la nécessité de prévoir la fin de vie des engins, de les purger pour éviter les explosions intempestives et d’assurer leur bonne retombée sur Terre, pour éviter de polluer notre banlieue spatiale. Une règle dite "des 25 ans" prévoyant une désorbitation en fin de vie a bien été admise, mais elle n’est pas toujours respectée : ces contraintes sont synonymes de surcoûts pour les industriels et les opérateurs.

"ÉCOLOS" SPATIAUX

Aujourd’hui, ces "écolos" spatiaux sont plus écoutés. Précisément depuis 2007, quand les Chinois ont amorcé une réaction en chaîne en tirant sur un de leurs satellites pour prouver leurs capacités spatiales militaires. L’opération a engendré 3 000 débris spatiaux et enclenché le "syndrome de Kessler", du nom d’un chercheur de la NASA qui, à la fin des années 1970, avait prédit que l’accumulation d’engins spatiaux et les collisions qui en résulteraient immanquablement allaient produire toujours plus de débris.

Après la "démonstration" chinoise, les Américains ont répliqué en 2008 en abattant au missile un de leurs satellites en orbite basse, mais plus proprement – tous les débris sont désormais retombés. Ce n’est pas le cas de ceux produits en 2009 par la collision accidentelle entre un satellite de la constellation Iridium et un satellite russe Cosmos désactivé. Les 2 000 débris produits se sont ajoutés aux 170 millions d’objets de plus de 1 millimètre en orbite, dont 20 000, d’une taille supérieure à 10 cm, peuvent faire l’objet d’une surveillance depuis la Terre. Le pouvoir de destruction de ces bolides croisant à plusieurs kilomètres par seconde est potentiellement dévastateur pour les activités spatiales.

"ACCÉLÉRATION DE LA PRISE DE CONSCIENCE"

Ces dernières années, les agences spatiales ont fait tourner divers modèles pour apprécier la vitesse de multiplication prévisible de ces débris au fil des accidents. "Ces modèles convergent vers la nécessité d’aller chercher cinq à dix gros objets par an dès aujourd’hui pour pouvoir continuer à exploiter l’espace, note Christophe Bonnal. Si rien n’est fait, entre 2050 et 2100, l’orbite basse, en particulier entre 700 et 1 100 km d’altitude, la plus utile, ne sera plus accessible." Les "études de survivabilité" indique-t-il, montrent que pour Spot 5, par exemple, la probabilité de perte de la mission est de 5 %. Quel taux les Etats et les industriels sont-ils prêts à tolérer avant d’agir ?

Un paramètre économique est déjà à l’oeuvre : la multiplication des alertes et des manoeuvres d’évitement pour échapper à la course fatale de "zombies" incontrôlés, coûteuses en carburant et en durée de vie des satellites. "Cela a accéléré la prise de conscience", note Luisa Innocenti, chef du Clean Space Office de l’ESA.

MISSION D’ÉBOUAGE SPATIAL

Ce bureau a lancé un programme de recherche pour les prochaines années, avec 30 millions d’euros investis en 2013-2014. Un montant "significatif", indique Luisa Innocenti, même si les investissements militaires américains, à travers la Darpa, l’agence de financement de la recherche et développement de l’armée américaine, sont bien plus ambitieux.

"L’idée, à ce stade, est de préparer un dossier technique et programmatique qui serait adopté par les Etats membres en 2015", explique-t-elle. C’est-à-dire de décider quelles technologies développer, pour quelles cibles – satellites gros ou petits, étages de fusées -, avant de décider d’un investissement beaucoup plus conséquent pour une mission d’ébouage spatial qui ne verrait pas le jour avant 2020. "Cela n’a jamais été fait, il ne faut pas rêver, ce n’est pas pour demain", relève-t-elle.

Pour l’ESA, le péril principal vient de son satellite Envisat, lancé en 2002. Depuis avril 2012, ses 8 tonnes sont hors contrôle à 800 km d’altitude, après une perte de contact irrémédiable. Impossible de l’autodésorbiter proprement, ou même d’éviter un accident, alors que l’année précédant sa mort il avait fait l’objet de plus de 60 alertes anticollision. Entre 2009 et 2011, il avait dû effectuer neuf manoeuvres d’évitement, contre trois seulement auparavant, un signe tangible de la mise en branle du syndrome de Kessler.

UN ÉNORME MARCHÉ

Envisat peut donc se désintégrer d’un instant à l’autre. Mais c’est aussi le cas de nombre de gros objets avec lesquels l’Europe n’a rien à voir, fait-on valoir à l’ESA. A raison : dans son dernier bulletin, le Bureau du programme des débris spatiaux de la NASA indique que l’ESA ne totalise que 88 satellites et restes de fusées en orbite parmi les 16 649 suivis par le réseau de surveillance spatial américain. Les plus gros pollueurs sont d’abord la Russie (6 257), les Etats-Unis (4 938), la Chine (3 752), et la France (498).

A Darmstadt, face à l’ampleur des enjeux techniques et financiers, Christophe Bonnal a "prôné la coopération internationale". Le CNES anime ainsi deux consortiums publics-privés sur le sujet, au sein desquels les grands industriels du secteur sont fort actifs. Car le nettoyage spatial, très onéreux – le désorbitage d’Envisat se chiffrera en centaines de millions d’euros – sera aussi un énorme marché.

Les ingénieurs rivalisent donc d’idées pour traiter les débris. Les plus petits pourraient être déroutés par des tirs laser. Les plus gros seraient la proie de satellites chasseurs armés d’un bras, d’un harpon, d’un grappin ou d’un filet. Des kits de désorbitation dotés de petits moteurs, de ballons ou de fils conducteurs ralentissant leur course seraient couplés aux débris pour les attirer dans la haute atmosphère, où ils se consumeraient. Mais aucune de ces techniques, si ingénieuse fût-elle, n’a encore été testée in situ.

L’ingénierie juridique et financière suscitée par les débris spatiaux n’est pas moins inventive. Qui est responsable et comptable des débris ? Qui blâmer en cas de suraccident pendant une intervention ? Qui paiera ? Les Etats ou les opérateurs spatiaux, sur leurs fonds propres ou à travers une taxe pollueur-payeur ? Qui la collecterait ? Autant de questions encore sans réponse.

Le satellite espion qui embarrasse les Etats-Unis

 J.B.

Le Figaro avec AFP

15/02/2008

Dans un scénario digne d’Hollywood, Washington a ordonné la destruction de l’engin qui menace de s’écraser sur Terre. Raison officielle : le risque de pollution.

Les Etats-Unis ont décidé d’abattre avec un missile un satellite espion devenu incontrôlable et qui devait s’écraser sur Terre avec des réservoirs remplis d’une substance toxique. Le satellite en question pèse 1,1 tonne environ. Il a décroché de son orbite voici plusieurs semaines.

L’annonce de cette destruction a été faite jeudi par le conseiller adjoint à la Sécurité nationale James Jeffries. Selon ce dernier, le président George W. Bush «a ordonné au département de la Défense de procéder à l’interception» du missile. La décision a été prise en raison du risque pour la vie humaine de la rentrée dans l’atmosphère terrestre de ce satellite encore porteur de près de 500 kilos d’un carburant toxique appelé hydrazine. L’hydrazine est une substance chimique hautement toxique est le carburant de choix pour les moteurs des satellites classiques. Extrêmement irritante, elle attaque le système nerveux central et peut être mortelle à forte dose. Heureusement, elle se dégrade rapidement sous l’effet de la chaleur et des rayons ultra-violets, relève un rapport de l’agence française de sécurité INERIS.

Le missile, qui sera tiré sur le satellite depuis un bâtiment de la marine américaine, «est conçu évidemment pour d’autres missions mais nous avons conclu que nous pourrions reconfigurer à la fois le missile et les autres systèmes associés, de façon réversible et juste pour effectuer le tir», a précisé le conseiller à la sécurité. Les autorités américaines n’ont encore fourni aucune estimation sur la date de la destruction du satellite.

Des satellites placés en basse orbite

Les Etats-Unis disposent du réseau de satellites espions le plus dense au monde. Les caractéristiques de ces satellites, dont le prix unitaire dépasse le milliard de dollars, sont couvertes par le secret-défense. Pour répondre aux besoins des militaires, les satellites espions sont amenés à faire de fréquentes corrections d’orbite, ce qui implique des réserves d’énergie plus importantes que pour la plupart des engins civils spatiaux. Les satellites espions sont placés en orbite basse afin de détecter le plus de détails possibles à la surface de notre planète.

Plusieurs satellites espions sont déjà sortis de leurs orbites au cours de ces dernières années. En février 1983 notamment, un satellite espion russe (Cosmos 1402), s’était désintégré dans l’atmosphère en au dessus de l’océan Indien, mais des traces du plutonium qu’il contenait avaient été détectées jusque que dans la neige tombée sur l’Arkansas, au sud des Etats-Unis.

PHOTOS. "Gravity": pourquoi le film est un véritable choc visuel

Alexis Ferenczi

Le HuffPost

23/10/2013

CINÉMA – Non Gravity n’a pas été tourné dans l’espace. La question malicieuse posée à Alfonso Cuaron en conférence de presse n’est pas anodine. Le thriller galactique qui fait de Sandra Bullock et George Clooney les seuls survivants d’un accident dévastateur au beau milieu de l’espace interpelle par sa beauté plastique.

Le film qui sort en France ce mercredi 23 octobre a déjà remporté la bataille du coeur. Conquis, critiques, cinéastes et personnels navigants de la NASA ont unanimement salué ce premier candidat sérieux aux prochains Oscars. Gravity est le résultat d’une longue et minutieuse gestation dont voici quelques détails.

Bande-annonce:

Richard Branson et son Virgin Galactic peuvent aller se rhabiller. Pour le Hollywood Reporter, Gravity est "sensationnel et donne l’impression d’être dans l’espace plus que nous ne le pourrons jamais". Visuellement époustouflant et en 3D, le film détonne par son réalisme, se parant d’atours qu’on ne trouve que dans les documentaires léchés de National Geographic.

Caméra en apesanteur

Son réalisateur, Alfonso Cuaron, explique avoir délibérément cherché ce cachet, convaincu de l’intérêt d’utiliser des images de synthèses après avoir vu Avatar en 2009 – le film de James Cameron sert depuis de point de comparaison en termes de box-office.

L’intense odyssée spatiale, écrite par le cinéaste mexicain et son fils, multiplie les prouesses techniques, des longs plans-séquences aux chorégraphies spatiales, en passant par la reproduction visuelle de l’état d’apesanteur, techniquement impossible à reproduire sur Terre.

Interrogé par Isabelle Regnier dans Le Monde, le cinéaste mexicain décrit les transformations apportées à la caméra pour obtenir ces images renforcées par la 3D: "Nous voulions donner aux spectateurs l’impression qu’ils flottaient avec les personnages. Nous avons soumis aux principes de la micro-gravité non seulement les acteurs, mais aussi la caméra qui porte le point de vue du spectateur."

"En rotation permanente, elle avait sa propre inertie. Nous l’avons programmée pour qu’elle se comporte comme si elle flottait dans l’espace, délestée de son poids, ne bougeant qu’en raison des mouvements et des impulsions de l’opérateur."

Parmi les plans proposés, le spectateur passe de l’intérieur du casque de chacun des cosmonautes à l’extérieur, dans l’espace intersidéral. Le réalisateur réussit ainsi à recréer les sensations d’étouffement et l’angoisse ressentis par les protagonistes.

Simulation

"Cela a été le plus grand défi", déclarait Cuaron lors d’une récente conférence de presse à Beverly Hills à propos de cette dérive des corps. "Quand nous imaginions la chorégraphie, nos cerveaux fonctionnaient du point de vue de la gravité, en termes de poids et d’horizon. Nous avons dû tout réapprendre car c’était complètement contre-intuitif".

Le cinéaste y est parvenu en mêlant prises de vue réelles et effets spéciaux conçus par ordinateur, notamment pour les combinaisons spatiales, soulignant ne jamais avoir filmé sur fond vert mais toujours avec une image de la Terre.

Pour donner l’impression que les acteurs se déplaçaient en apesanteur -sans donner l’impression qu’ils étaient équipés de harnais, comme c’est normalement le cas- les techniciens ont créé une plateforme depuis laquelle des marionnettistes faisaient bouger et "flotter" Sandra Bullock et George Clooney.

Le directeur de la photographie, le Mexicain Emmanuel Lubezki, a pour sa part créé une "boîte de lumière" dont les parois internes étaient couvertes de milliers de petites ampoules LED pour simuler les étoiles.

Unanimité

À quelques rares exceptions, le spectacle est salué comme une réussite. Côté cinéma, le film fait consensus. Quentin Tarantino l’a glissé dans sa liste des meilleurs films de 2013 alors que James Cameron, le papa d’Avatar, l’a décrit comme le "meilleur film tourné dans l’espace de tous les temps".

Voir aussi:

"Gravity" : le somptueux enfer céleste d’Alfonso Cuaron

♥♥ Guillaume Loison

Le Nouvel Observateur

22 octobre 2013

Le cinéaste réussit un thriller saisissant mais manque (de peu) le chef d’oeuvre.

"A couper le souffle", "Allo Houston, on tient un chef d’œuvre", "Epoustouflant" on en passe et des meilleurs. "Gravity" ce futur aspirateur à oscars qui a-t-on lu, va bouleverser dans les mois à venir l’ADN du blockbuster de série, mérite-il une telle déferlante de louanges, un si chatoyant gratin de mots clé à faire se pâmer les pythies du référencement Google ? La question mérite en guise en réponse un bon vieux "oui et non" des familles, moins explosif et glamour on vous le concède que la succession de catastrophes spatiales qu’affrontent George Clooney et Sandra Bullock dans le film d’Alfonso Cuaron, astronautes en rade de navette, et privés en sus, d’un contact radio avec la terre.

Pourquoi oui ? D’abord pour la beauté graphique qui frappe dès la première image de "Gravity" : du noir profond de l’espace aux structures métalliques des équipements de la NASA qui se découpent sur les rondeurs gracieuses d’une terre écrasante mais lointaine, le film remporte haut la main le défi d’un hypra-réalisme nimbé de merveilleux. Le récit a beau basculer rapidement dans le survival pur et dur, rien ne vient perturber cet équilibre gracieux entre terreur cotonneuse, sidération et ébahissements charriés par le cosmos. Cette réussite n’est pas seulement plastique, Cuaron concoctant un traité de mise en scène proche de la perfection : ses mouvements d’appareils prodigieux, sa manière alerte de passer d’un point de vue général aux visions terrifiées de Bullock dans son scaphandre (et tout cela au sein d’un même plan séquence !) attestent d’une science aiguisée, rarement vue à ce niveau, des lois de la physique appliquées à l’art du grand spectacle hollywoodien.

Comment cadrer l’espace, générer de la vitesse, exploiter au maximum les potentialités de la 3D, articuler des mouvements régis par l’apesanteur, injecter de la sensualité dans la quintessence de la froideur et du néant, autant de questions que "Gravity" pose et résout avec une insolente dextérité. Le tout en insufflant une amplitude incroyable à un scénario qui filmé par un tâcheron honnête laisserait voir sa nature profonde : celle d’une série B maligne mais gentiment aberrante où l’on envisage sans problème de visiter en quelques heures (et en majeure partie à la "nage") tout ce que la stratosphère compte de stations spatiales…

Qu’est ce qui empêche alors "Gravity" de prétendre au chef d’œuvre ? Pas ce côté super série B en tout cas, bien au contraire, mais la propension de Cuaron à une patapouferie consubstantielle à sa virtuosité technique, qu’on retrouve hélas aux entournures du film. On se souvenait du pompiérisme politique de lycéen lyrique qui polluait la réussite du "Fils de l’homme" son long métragee précédent qui du même coup, glissait du côté d’un sous Barjavel, alors que le cinéaste visait Orwell. Ici, c’est le spectre d’un mélo dégoulinant lardée d’une poignées de considérations philosophico-new age (proférées par une Sandra Bullock parfois à la lisière de la becassinerie) qui lubrifient à gros bouillons la mécanique infernale d’un récit pourtant dévolu à l’âpreté la plus totale. Conséquence : ces relents de niaisierie un peu lourdingues détournent "Gravity" sur le terrain plus convenu, mais paradoxalement plus carnavalesque (et nettement moins exigeant) du film à oscars.

On vous donne un exemple. En préambule, Cuaron rappelle que l’espace est dénué du moindre son pour cause d’absence d’oxygène. On se dit alors qu’il s’agit pour lui d’un enjeu de mise en scène (faire du silence une pièce maitresse de thriller), relevé notamment par Kubrick dans "2001", d’une annonce pour le spectateur qu’il s’évertuera à honorer. Et pourtant, le cinéaste fait l’inverse, dillue les subtilités de sa bande sonore (chocs et autres commotions étouffées que perçoit Bullock emmitoufflée dans sa combinaison) en nappant l’action d’une musique assourdissante bourrée de flonflons. Fort heureusement, ces travers ne gâchent pas tout, mais ils lestent assez "Gravity" pour l’empêcher d’atteindre le firmament des blockbusters. Mais du sixième ciel, la vue reste néanmoins imprenable.

Voir également:

Gravity : pourquoi le film est un chef-d’oeuvre

Hervé Ratel

Sciences et Avenir

22-10-2013

Étourdissant, original, d’une maestria sans faille, le dernier film d’Alfonso Cuarón convoque le meilleur du cinéma d’action à taille humaine.

AVENTURE HUMAINE. Depuis combien de temps, Hollywood ne nous avait-il pas proposé un film à grand spectacle sans robots géants, extraterrestres belliqueux ou super-héros tout puissants ? Jusqu’à quand est-il besoin de remonter pour avoir un blockbuster qui raconte une simple aventure humaine dans laquelle l’émotion ne se retrouve pas emportée par un déluge d’actions sans queue ni tête et une débauche d’explosions défiant toute logique ?

La mémoire du spectateur aurait peut-être besoin de revenir à l’alpha et l’oméga du film d’action moderne, aux « Dents de la mer » de Steven Spielberg quatre décennies plus tôt. Des hommes, l’océan, un requin, pour une fable ontologique qui plaçait l’humain face à ses peurs les plus ancestrales, confronté à ses propres démons intérieurs fut-ce via l’artifice d’un squale géant. Basique et diablement efficace. Aujourd’hui, le réalisateur mexicain Alfonso Cuarón, déjà responsable de l’un des meilleurs films d’anticipation de ces dix dernières années, « les fils de l’homme », tente le pari fou, en ces temps de surenchère pyrotechnique, de revenir à la matrice du genre. Deux astronautes, l’espace infini, des débris spatiaux mortels.

Et c’est tout bonnement grandiose, probablement le plus beau spectacle que vous pourrez voir au cinéma cette année. Un film qui redonne ses lettres de noblesse à l’expérience incomparable de la salle obscure par la grâce d’une 3D immersive et d’une bande son qui décoiffe.

DÉBRIS SPATIAUX. L’histoire démarre 598 kilomètres au-dessus de la surface de la Terre au moment où l’équipage d’une navette Explorer est en train de réparer le télescope spatial Hubble. George Clooney en vieux routard de l’espace assiste une experte en ingénierie médicale dans sa première mission spatiale interprétée par Sandra Bullock qui trouve là son plus beau rôle. Le drame ne tarde pas à arriver sous la forme d’une pluie torrentielle de débris spatiaux issus de la destruction d’un satellite russe. Désormais, il va s’agir pour les deux astronautes de survivre.

Simplement survivre, en même temps que de trouver en eux des raisons de le faire quand tout espoir semble perdu.

HUIT-CLOS. Dans ce huis-clos où l’action se déroule paradoxalement dans l’espace le plus grand qu’il se puisse trouver, le réalisateur mexicain déploie une réalisation en totale osmose avec son propos. Car Alfonso Cuarón ne se contente pas de défricher un terrain de jeu totalement neuf pour le cinéma, il en redéfinit également les règles. Jetant aux orties la grammaire classique en vigueur depuis un siècle, il réinvente un langage pour sa caméra. Entrées et sorties de champ, travellings, panoramiques, champs-contre champs, dramaturgie en trois actes, tout cela n’a plus cours dans l’espace et n’a plus aucune raison d’être.

Révolution sur le fond, dans la forme, les prochains films hollywoodiens vont nous paraître bien fades… « Gravity » vous laissera la tête dans les étoiles, le coeur en apesanteur. Chef-d’oeuvre.

Voir encore:

C’est quoi, la singularité de "Gravity" ?

Aurélien Ferenczi

Cinécure

Télérama

Le 23/10/2013

Qu’est-ce qui n’a pas encore été dit sur Gravity, d’Alfonso Cuarón ? Peut-être simplement que c’est un petit film, une expédition cinématographique courte mais intense, qui déjoue – David Heyman l’expliquait bien hier dans Libération – les codes du grand spectacle hollywoodien d’aujourd’hui, qui doit sans cesse caracoler et tonitruer. Le fait est qu’un film intimiste, quoique singulier, peut provoquer chez son spectateur une impression plus forte que, disons, un combat de nains et de hobbits contre des goblins déchaînés, saisi par un caméraman épileptique, Howard Shore à pleine puissance dans les bafles. Voir des films est désormais un passe-temps presque banalisé. Il faut un plus pour que s’impose durablement le désir de voir un titre plutôt qu’un autre : soit la promesse de trois heures d’hyperréalisme (Adèle, es-tu là ?), ou une expérience plus singulière encore, et c’est celle-ci qu’offre Gravity.

Même si le son Atmos en met plein les oreilles, même si la 3D abolit les bordures de l’écran – merci Alfonso, j’ai bien vu le film au Pathé Wepler – la singularité de Gravity est à mes yeux de mêler avancées technologiques remarquables et classicisme total du récit. Y aura-t-il assez d’oxygène dans la combinaison ? Assez de carburant dans la capsule ? De temps avant le retour des débris tueurs ? Seront-ils tous assez habiles pour accrocher l’élément de métal qui saura faire freiner les corps propulsés dans l’espace ? Super dur de s’arrêter, là-haut… Ces questions simples, basiques, rivent l’attention du spectateur : aussi vieilles que le cinéma, elles participent à 50% au moins du sentiment d’immersion qu’augmentent relief et spatialisation sonore. Et même davantage encore. Car peut-être la technologie ne sert-elle qu’à augmenter l’empathie pour les personnages – donc le suspense. Apesanteur aidant, Gravity est l’un des rares films où le spectateur est quasiment dans la position de ceux qu’ils voient à l’écran.

Gravity est-il un film de science-fiction ? Techniquement, je dirais que non. Tout ce qui s’y passe pourrait, je crois, se passer vraiment dans un cas similaire de panique dans l’espace. La métaphysique n’intéresse pas Cuaron et c’est son droit. Il nous épargne même panthéisme, déisme, mysticisme – je n’ose imaginer comment Malick aurait boursouflé Gravity (oups, cette phrase ne va pas me faire que des amis). On n’échappe pas à une certaine sensiblerie (c’est ma réserve , avec une musique que je juge un peu superfétatoire), mais rien de l’habituelle religiosité attendue dans le cinéma américain. L’espace est-il la métaphore du monde virtuel ? Je me pose la question. Plus de carburant, plus de transmission : c’est un peu comme une batterie à plat, la 3G qui fout le camp, la livebox qui crame et vous laisse à votre solitude réelle. Cuaron nous dit vers la fin qu’il faut goûter au plaisir du concret – l’eau, la terre. Mais on a bien compris auparavant qu’il était super dangereux de traverser une autoroute de l’information sans regarder longuement des deux côtés…

P-S : Le premier qui dit du mal de Sandra Bullock, qui parle de chirurgie esthétique ou quoi que ce soit, je l’anéantis. Sandra est juste parfaite dans Gravity.


Religion/neurones miroirs: Comme le Père m’a aimé (Keeping God real is what’s hard)

19 octobre, 2013
Photo : AS THE FATHER HATH LOVED ME (keeping God real is what’s hard)The moment I wake up before I put on my make up I say a little prayer for you ... I run for the bus dear, while riding I think of us dear I say a little prayer for you ... At work I just take time and all through my coffee break time I say a little prayer for you ... Aretha Franklinhttp://www.youtube.com/watch?v=fgahyfSGpVYBut it's so hard loving you ...The Beatles  http://www.youtube.com/watch?v=GB7Syh_iY84It may be the devil or it may be the Lord but you’re gonna have to serve somebody.Bob Dylan http://www.youtube.com/watch?v=9AWgnsYECLohttp://www.youtube.com/watch?v=BLFNTBcPNfQAs the Father hath loved me, so have I loved you (...) This is my commandment, that ye love one another, as I have loved you ...Jesus (John 15: 9-12)For my yoke is easy, and my burden is light.Jesus (Matthew 11: 38)Jack (...)  set aside an hour and a half each day for this. He’d spend the first 40 minutes or so relaxing and clearing his mind. Then he visualized a fox (he liked foxes). After four weeks, he started to feel the fox’s presence, and to have feelings he thought were the fox’s.(...) For a while he was intensely involved with her, and said it felt more wonderful than falling in love with a girl. Then he stopped spending all that time meditating — and the fox went away. It turned out she was fragile. (...) The mere fact that people like Jack find it intuitively possible to have invisible companions who talk back to them supports the claim that the idea of an invisible agent is basic to our psyche. But Jack’s story also makes it clear that experiencing an invisible companion as truly present — especially as an adult — takes work: constant concentration, a state that resembles prayer.It may seem paradoxical, but this very difficulty may be why evangelical churches emphasize a personal, intimate God. While the idea of God may be intuitively plausible — just as there are no atheists in foxholes, there are atheists who have prayed for parking spots — belief can be brittle. Indeed, churches that rely on a relatively impersonal God (like mainstream Protestant denominations) have seen their congregations dwindle over the last 50 years. To experience God as walking by your side, in conversation with you, is hard. Evangelical pastors often preach as if they are teaching people how to keep God constantly in mind, because it is so easy not to pray, to let God’s presence slip away. But when it works, people experience God as alive.Secular liberals sometimes take evolutionary psychology to mean that believing in God is the lazy option. But many churchgoers will tell you that keeping God real is what’s hard. http://www.nytimes.com/2013/10/15/opinion/luhrmann-conjuring-up-our-own-gods.html?_r=0The essence of this mechanism — called the mirror mechanism — is the following: each time an individual observes another individual performing an action, a set of neurons that encode that action is activated in the observer’s cortical motor system. The mirrormechanism was originally discovered in the ventral premotor cortex of the macaque monkey ... Single-neuron recordings showed that this area contains neurons — mirror neurons — that discharge both when a monkey executes a specific motor act and when it observes another individual performing the same motor act. Mirror neurons do not fire in response to a simple presentation of objects, including food. Most of them do not respond or respond only weakly to the observation of the experimenter performing a motor act (for example, grasping) without a target object.There is convincing evidence that an action observation–action execution mirror circuit also exists in humans. This evidence comes from brain imaging, transcranial magnetic stimulation (TMS), electroencephalography (eeG) and magnetoencephalography (MeG) studies. The crucial issue concerning the parieto-frontal mirror neurons is their role in cognition. If this mirror mechanism is fundamental to understanding actions and intentions, the classical view — that the motor system has a role only in movement generation — has to be rejected and replaced by the view that the motor system is also one of the major players in cognitive functions. Further evidence of goal encoding by the parieto-frontal mirror circuit was obtained in an fMRI experiment in which two aplasic individuals, born without arms and hands, and control volunteers were asked to watch video clips showing hand actions. All participants also performed actions with their feet, mouth and, in the case of controls, hands. The results showed that the parieto-frontal mirror circuit of aplasic individuals that was active during movements of the feet and mouth was also recruited by the observation of hand motor acts that they have never executed but the motor goals of which they could achieve using their feet or mouth. The issue of whether the human parieto-frontal mirror network encodes motor goals was also addressed by fMRI and TMS studies investigating the activation of motor areas in subjects listening to action-related sounds. Hearing and categorizing animal vocalizations preferentially activated the middle portion of the superior temporal gyri bilaterally (a region that is not related to motor act coding), whereas hearing and categorizing sounds of tools that were manipulated by hands activated the parieto-frontal mirror circuit. Similarly, it was shown that listening to the sound of hand and mouth motor acts activated the parieto-frontal mirror network. This activation was somatotopically organized in the left premotor cortex and was congruent with the motor somatotopy of hand and mouth actions.In support of this view, two studies showed that the meaning of the motor acts of other individuals could be understood in the absence of visual information describing them. In one study, monkeys heard the sounds of a motor act (such as ripping a piece of paper) without seeing it; in the other study, the monkeys knew that behind a screen was an object and saw the experimenter’s hand disappear behind the screen, but they could not see any hand–object interaction. The results showed that in both experiments F5 mirror neurons in the monkeys fired in the absence of visual information describing the motor act of the experimenter. The neuronal activation therefore underpinned the comprehension of the goal of the motor act of the other individual, regardless of the sensory information that described that motor action.There is no doubt that, in some cases, understanding the motor behaviour of others might require a mechanism different from mirroring. A typical example is the capacity of humans to recognize the actions of animals that do not belong to the human motor repertoire and cannot be captured by a motor generalization. The evidence for a non-mirror mechanism in action recognition was provided by an fMRI study in which volunteers were presented with video clips showing motor acts that did or did not belong to the human motor repertoire. Although all volunteers recognized the observed motor acts regardless of whether or not they belonged to their own motor repertoire, no activation of parieto-frontal mirror areas was found in response to acts that did not belong to their motor repertoire (for example, a dog barking). The areas that became active in such cases were occipital visual and STS areas. By contrast, the sight of motor acts that were within the motor repertoire of the observer (for example, a dog biting) recruited the parieto-frontal mirror network.Finally, there is evidence that the mirror mechanism, possibly located in this case in the fronto-mesial areas, also has a role in setting up an anticipatory representation of the motor behaviour of another individual. It has been shown that the ‘Bereitschaftspotential’, an electrophysiological marker of the readiness to act, occurs not only when an individual actively performs a motor act, but also when the nature and the onset time of an upcoming action performed by another individual is predictable on the basis of a visual cue.Such motor-based understanding seems to be a primary way in which individuals relate to one another, as shown by its presence not only in humans and monkeys, but also in evolutionarily distant species, such as swamp sparrows and zebra finches.Saxophone playing has been used as an example to show that the mirror view of action understanding is “untenable”: no motor competence is required to understand that someone is playing a saxophone. This is true, but such competence leads to a different understanding of saxophone playing. The non-motor-based understanding implies a mere semantic knowledge of what a saxophone is for, whereas the motor experience allows an individual to understand what saxophone playing really means — that is, it provides a musical knowledge ‘from the inside’Furthermore, this mechanism indicates the existence of a profound natural link between individuals that is crucial for establishing inter-individual interactions. Finally, preliminary evidence suggests that the impairment of this natural link may be one of the causes of the striking inability of people with autism to relate to other individuals.http://www.cogsci.ucsd.edu/~pineda/COGS260Mirroring/readings/Rizzolatti_NatureRevNeurosci10.pdfhttp://www.ted.com/talks/vs_ramachandran_the_neurons_that_shaped_civilization.htmlhttp://jcdurbant.wordpress.com/2013/07/18/mimetisme-qui-sassemble-se-ressemble-what-if-it-was-flocks-that-made-birds-of-a-feather/Photo : HOW MUCH MORE YOUR FATHER IN HEAVEN (Shabbat Shalom to all !) If ye then, being evil, know how to give good gifts unto your children, how much more shall your Father which is in heaven give good things to them that ask him?Jesus (Matthew 7: 11)Samuel (Joshua Reynolds, 1776)Photo : TRAIN UP A CHILD IN THE WAY HE SHOULD GO (the costs of dumbing down our children's meals but also of trusting your man too much with the food shopping - even the French know that !)Train up a child in the way he should go: and when he is old, he will not depart from it.Proverbs 22: 6Honour thy father and thy mother: that thy days may be long upon the land which the Lord thy God giveth thee.Exodus 20: 12'If children were eating what their parents eat - and, like the French, eating round the table - then we wouldn't have the iron deficiency problem we have. If they sat together there are less chances of the kids manipulating the parent over food.'It may be tempting for tired, pressurised parents to resort to the easier option - to avoid the time it takes to sit with a child and develop healthy eating habits.'But research has shown the nutritional intake and growth rate of children between the ages of 2 and 12 can have a profound influence on their susceptibility to obesity and chronic diseases in later years.'The food you feed your children now does not only influence their weight and health in the short-term, it can adversely affect their health in the future.' Dr Colin Michie (chair of the Royal College of Paediatrics and Child Health's nutrition committee)Getting fathers to do the food shopping pushes the budget up by hundreds of pounds a year. On average, men who do the food shopping spend an extra £235 a year, or £1,175 every five years, largely because they tend not to plan meals before they set out and so are more susceptible to impulse buys.http://www.dailymail.co.uk/news/article-2319770/Healthiest-children-eat-parents.html#ixzz2SRFgcPcnComme le Père m’a aimé, je vous ai aussi aimés. (…) Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. Jésus (Matthieu 15: 9-12)
Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l’un, et aimera l’autre; ou il s’attachera à l’un, et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon. Jésus (Matthieu 6: 24)
Car mon joug est doux, et mon fardeau léger. Jesus (Matthieu 11: 38)
The moment I wake up before i put on my make up I say a little prayer for you … I run for the bus dear, while riding I think of us dear I say a little prayer for you … At work I just take time and all through my coffee break time I say a little prayer for you … Aretha Franklin
But it’s so hard loving you … The Beatles
It may be the devil or it may be the Lord but you’re gonna have to serve somebody. Bob Dylan
Jack (…)  set aside an hour and a half each day for this. He’d spend the first 40 minutes or so relaxing and clearing his mind. Then he visualized a fox (he liked foxes). After four weeks, he started to feel the fox’s presence, and to have feelings he thought were the fox’s.(…) For a while he was intensely involved with her, and said it felt more wonderful than falling in love with a girl. Then he stopped spending all that time meditating — and the fox went away. It turned out she was fragile. (…) The mere fact that people like Jack find it intuitively possible to have invisible companions who talk back to them supports the claim that the idea of an invisible agent is basic to our psyche. But Jack’s story also makes it clear that experiencing an invisible companion as truly present — especially as an adult — takes work: constant concentration, a state that resembles prayer. It may seem paradoxical, but this very difficulty may be why evangelical churches emphasize a personal, intimate God. While the idea of God may be intuitively plausible — just as there are no atheists in foxholes, there are atheists who have prayed for parking spots — belief can be brittle. Indeed, churches that rely on a relatively impersonal God (like mainstream Protestant denominations) have seen their congregations dwindle over the last 50 years. To experience God as walking by your side, in conversation with you, is hard. Evangelical pastors often preach as if they are teaching people how to keep God constantly in mind, because it is so easy not to pray, to let God’s presence slip away. But when it works, people experience God as alive. Secular liberals sometimes take evolutionary psychology to mean that believing in God is the lazy option. But many churchgoers will tell you that keeping God real is what’s hard. T. M. Luhrmann
The essence of this mechanism — called the mirror mechanism — is the following: each time an individual observes another individual performing an action, a set of neurons that encode that action is activated in the observer’s cortical motor system. (…) The mirrormechanism was originally discovered in the ventral premotor cortex of the macaque monkey … Single-neuron recordings showed that this area contains neurons — mirror neurons — that discharge both when a monkey executes a specific motor act and when it observes another individual performing the same motor act. Mirror neurons do not fire in response to a simple presentation of objects, including food. Most of them do not respond or respond only weakly to the observation of the experimenter performing a motor act (for example, grasping) without a target object. (…) There is convincing evidence that an action observation–action execution mirror circuit also exists in humans. This evidence comes from brain imaging, transcranial magnetic stimulation (TMS), electroencephalography (eeG) and magnetoencephalography (MeG) studies. (…) The crucial issue concerning the parieto-frontal mirror neurons is their role in cognition. If this mirror mechanism is fundamental to understanding actions and intentions, the classical view — that the motor system has a role only in movement generation — has to be rejected and replaced by the view that the motor system is also one of the major players in cognitive functions. (…) Further evidence of goal encoding by the parieto-frontal mirror circuit was obtained in an fMRI experiment in which two aplasic individuals, born without arms and hands, and control volunteers were asked to watch video clips showing hand actions. All participants also performed actions with their feet, mouth and, in the case of controls, hands. The results showed that the parieto-frontal mirror circuit of aplasic individuals that was active during movements of the feet and mouth was also recruited by the observation of hand motor acts that they have never executed but the motor goals of which they could achieve using their feet or mouth. The issue of whether the human parieto-frontal mirror network encodes motor goals was also addressed by fMRI and TMS studies investigating the activation of motor areas in subjects listening to action-related sounds. Hearing and categorizing animal vocalizations preferentially activated the middle portion of the superior temporal gyri bilaterally (a region that is not related to motor act coding), whereas hearing and categorizing sounds of tools that were manipulated by hands activated the parieto-frontal mirror circuit. Similarly, it was shown that listening to the sound of hand and mouth motor acts activated the parieto-frontal mirror network. This activation was somatotopically organized in the left premotor cortex and was congruent with the motor somatotopy of hand and mouth actions. (…) In support of this view, two studies showed that the meaning of the motor acts of other individuals could be understood in the absence of visual information describing them. In one study, monkeys heard the sounds of a motor act (such as ripping a piece of paper) without seeing it; in the other study, the monkeys knew that behind a screen was an object and saw the experimenter’s hand disappear behind the screen, but they could not see any hand–object interaction. The results showed that in both experiments F5 mirror neurons in the monkeys fired in the absence of visual information describing the motor act of the experimenter. The neuronal activation therefore underpinned the comprehension of the goal of the motor act of the other individual, regardless of the sensory information that described that motor action. (…) There is no doubt that, in some cases, understanding the motor behaviour of others might require a mechanism different from mirroring. A typical example is the capacity of humans to recognize the actions of animals that do not belong to the human motor repertoire and cannot be captured by a motor generalization. The evidence for a non-mirror mechanism in action recognition was provided by an fMRI study in which volunteers were presented with video clips showing motor acts that did or did not belong to the human motor repertoire. Although all volunteers recognized the observed motor acts regardless of whether or not they belonged to their own motor repertoire, no activation of parieto-frontal mirror areas was found in response to acts that did not belong to their motor repertoire (for example, a dog barking). The areas that became active in such cases were occipital visual and STS areas. By contrast, the sight of motor acts that were within the motor repertoire of the observer (for example, a dog biting) recruited the parieto-frontal mirror network. (…) Finally, there is evidence that the mirror mechanism, possibly located in this case in the fronto-mesial areas, also has a role in setting up an anticipatory representation of the motor behaviour of another individual. It has been shown that the ‘Bereitschaftspotential’, an electrophysiological marker of the readiness to act, occurs not only when an individual actively performs a motor act, but also when the nature and the onset time of an upcoming action performed by another individual is predictable on the basis of a visual cue. (…) Such motor-based understanding seems to be a primary way in which individuals relate to one another, as shown by its presence not only in humans and monkeys, but also in evolutionarily distant species, such as swamp sparrows and zebra finches. (…) Saxophone playing has been used as an example to show that the mirror view of action understanding is “untenable”: no motor competence is required to understand that someone is playing a saxophone. This is true, but such competence leads to a different understanding of saxophone playing. The non-motor-based understanding implies a mere semantic knowledge of what a saxophone is for, whereas the motor experience allows an individual to understand what saxophone playing really means — that is, it provides a musical knowledge ‘from the inside’ (…) Furthermore, this mechanism indicates the existence of a profound natural link between individuals that is crucial for establishing inter-individual interactions. Finally, preliminary evidence suggests that the impairment of this natural link may be one of the causes of the striking inability of people with autism to relate to other individuals.  Giacomo Rizzolatti and Corrado Sinigaglia

A l’heure où nos savants font la fine bouche (mais c’est aussi leur boulot et comme ça que la science avance) devant l’une des découvertes peut-être les plus révolutionnaires du siècle …

A savoir celle des neurones miroirs

Sans lesquels, des primates aux humains mais aussi aux oiseaux,  tant l’apprentissage que l’emphatie ne seraient possibles …

Comment ne pas voir avec ce récent article de l’anthropologue de Stanford T.M. Luhrman et le cas particulier de la religion …

L’importance, comme pour l’amour (voir Aretha Franklin) et comme le Christ lui-même l’a montré, de l’imitation active …

Pour initier une relation avec Dieu …

Mais, aussi et surtout comme par exemple la brillante mais brève période born again d’un chanteur comme Bob Dylan l’a si spectaculairement montré …

Pour l’entretenir et la maintenir …

Conjuring Up Our Own Gods

T. M. Luhrmann

The New York Times

October 14, 2013

BIG SUR, Calif. — “AMERICANS are obsessed with the supernatural,” Jeffrey J. Kripal, a scholar of religion, told me here at Esalen, an institute dedicated to the idea that “we are all capable of the extraordinary.”

Surveys support this. In 2011, an Associated Press poll found that 8 in 10 Americans believed in angels — even 4 in 10 people who never went to church. In 2009 the Pew Research Center reported that 1 in 5 Americans experienced ghosts and 1 in 7 had consulted a psychic. In 2005, Gallup found that 3 out of 4 Americans believed in something paranormal, and that 4 in 10 said that houses could be haunted.

One interpretation of these data is that belief in the supernatural is hard-wired. Scholars like the anthropologist Pascal Boyer, author of “Religion Explained: The Evolutionary Origin of Religious Thought,” and the psychologist Justin L. Barrett, author of “Why Would Anyone Believe in God?” argue that the fear that one would be eaten by a lion, or killed by a man who wanted your stuff, shaped the way our minds evolved. Our hunter-gatherer ancestors were more likely to survive if they interpreted ambiguous noise as the sound of a predator. Most of the time it was the wind, of course, but if there really was danger, the people who worried about it were more likely to live.

That inclination to search for an agent has evolved into an intuition that an invisible agent, or god, may be there. (You can argue this theory from different theological positions. Mr. Boyer is an atheist, and treats religion as a mistake. Mr. Barrett is an evangelical Christian, who thinks that God’s hand steered evolution.)

However, intuitive plausibility is one thing, and measured, sober faith is another. These are the two kinds of thinking that the Nobel laureate Daniel Kahneman, author of “Thinking, Fast and Slow,” calls “system one” (quick intuitions) and “system two” ( deliberative judgment). When we’re scared in the dark, we populate the world with ghosts. When we consider in full daylight whether the ghosts were real — ah, that is another matter.

Consider how some people attempt to make what can only be imagined feel real. They do this by trying to create thought-forms, or imagined creatures, called tulpas. Their human creators are trying to imagine so vividly that the tulpas start to seem as if they can speak and act on their own. The term entered Western literature in 1929, through the explorer Alexandra David-Néel’s “Magic and Mystery in Tibet.” She wrote that Tibetan monks created tulpas as a spiritual discipline during intense meditation. The Internet has been a boon for tulpa practice, with dozens of sites with instructions on creating one.

Jack, a young man I interviewed, decided to make a tulpa when he was in college. He set aside an hour and a half each day for this. He’d spend the first 40 minutes or so relaxing and clearing his mind. Then he visualized a fox (he liked foxes). After four weeks, he started to feel the fox’s presence, and to have feelings he thought were the fox’s.

Finally, after a chemistry exam, he felt that she spoke to him. “I heard, clear as day, ‘Well, how did you do?’ ” he recalled. For a while he was intensely involved with her, and said it felt more wonderful than falling in love with a girl.

Then he stopped spending all that time meditating — and the fox went away. It turned out she was fragile. He says she comes back, sometimes unexpectedly, when he practices. She calms him down.

The mere fact that people like Jack find it intuitively possible to have invisible companions who talk back to them supports the claim that the idea of an invisible agent is basic to our psyche. But Jack’s story also makes it clear that experiencing an invisible companion as truly present — especially as an adult — takes work: constant concentration, a state that resembles prayer.

It may seem paradoxical, but this very difficulty may be why evangelical churches emphasize a personal, intimate God. While the idea of God may be intuitively plausible — just as there are no atheists in foxholes, there are atheists who have prayed for parking spots — belief can be brittle. Indeed, churches that rely on a relatively impersonal God (like mainstream Protestant denominations) have seen their congregations dwindle over the last 50 years.

To experience God as walking by your side, in conversation with you, is hard. Evangelical pastors often preach as if they are teaching people how to keep God constantly in mind, because it is so easy not to pray, to let God’s presence slip away. But when it works, people experience God as alive.

Secular liberals sometimes take evolutionary psychology to mean that believing in God is the lazy option. But many churchgoers will tell you that keeping God real is what’s hard.

T. M. Luhrmann, an anthropologist at Stanford, is a contributing opinion writer.

Voir aussi:

What’s So Special about Mirror Neurons?

Ben Thomas

Scientific American

November 6, 2012

In the early 1990s, a team of neuroscientists at the University of Parma made a surprising discovery: Certain groups of neurons in the brains of macaque monkeys fired not only when a monkey performed an action – grabbing an apple out of a box, for instance – but also when the monkey watched someone else performing that action; and even when the monkey heard someone performing the action in another room.

In short, even though these “mirror neurons” were part of the brain’s motor system, they seemed to be correlated not with specific movements, but with specific goals.

Over the next few decades, this “action understanding” theory of mirror neurons blossomed into a wide range of promising speculations. Since most of us think of goals as more abstract than movements, mirror neurons confront us with the distinct possibility that those everyday categories may be missing crucial pieces of the puzzle – thus, some scientists propose that mirror neurons might be involved in feelings of empathy, while others think these cells may play central roles in human abilities like speech.

Some doctors even say they’ve discovered new treatments for mental disorders by reexamining diseases through the mirror neuron lens. For instance, UCLA’s Marco Iacoboni and others have put forth what Iacoboni called the “broken mirror hypothesis” of autism – the idea that malfunctioning mirror neurons are likely responsible for the lack of empathy and theory of mind found in severely autistic people.

Ever since these theories’ earliest days, though, sharp criticism has descended on the claims they make. If it turns out that mirror neurons play only auxiliary roles – and not central ones – in action understanding, as many opponents of these claims contend, we may be looking in entirely the wrong place for causes of autism and speech disorders. We could be ignoring potential cures by focusing on a hypothesis that’s grown too popular for its own good.

And through it all, the mirror neuron field continues to attract new inquisitive minds. September 2012 marked the first-ever Mirror Neurons: New Frontiers Summit in Erice, Sicily, where researchers championing all sides of the debate gathered to share their findings and hash out their differences.

In the wake of the Summit, I caught up with some of the world’s top mirror neuron experts, and asked them to bring me up to date on their latest findings, debates, and discussions. Their insights paint a more subtle, nuanced picture of mirror neurons’ role than anyone originally suspected.

Can mirror neurons understand?

There’s something strange about the range of actions mirror neurons respond to. They don’t respond to pantomimes, or to meaningless gestures, or to random animal sounds. They seem specially tuned to respond to actions with clear goals – whether those actions are perceived through sight, sound, or any other sensory pathway.

This realization led the discoverers of mirror neurons to put forth what they call the “action understanding” hypothesis – that mirror neurons are the neural basis for our ability to understand others’ actions. On this hypothesis rests a kingdom: If it’s true, Iacoboni may be right that we can treat autism and speech disorders by repairing the human mirror neuron system. But this kingdom’s borders have fallen under relentless attack since its very earliest days.

One of the first scientists to question the “action understanding” hypothesis was UC Irvine’s Greg Hickok. Though Hickok doesn’t dispute the existence of mirror neurons, he’s highly skeptical about their supposed central role in empathy, speech, autism and understanding – and he’s spent the past 10 years publishing research regarding those doubts.

The question of whether mirror neurons allow us to understand movement gestures, Hickok explains, is only one of the “action understanding” school’s unsupported claims – researchers who argue for a mirror neuron-centric model of speech comprehension also bear the burden of proving their claim that the motor system is involved in representing the meaning of action-related language.

What the “action understanding” school originally claimed, Hickok says, was that mirror neurons provide the neural mechanism for attaching meanings to motor actions – but in recent years, many of those same researchers have been leaning away from that claim, and toward the contention that mirror neurons themselves actually encode the meanings of actions. And both of these claims, according to Hickok, remain unsupported by hard evidence.

“Iacoboni and the other ‘action understanding’ supporters are conflating two logically independent questions,” Hickok explains. “Their original claim was that mirror neurons provide the mechanism for attaching meaning to actions like hand and speech gestures. But the second question – which they conflate with the first – is whether the meanings of actions are coded in motor systems.” In other words, before we can say for sure whether mirror neurons are necessary for understanding others’ actions, we first need to establish whether these neurons associate actions with their meanings, code the meanings themselves, or neither.

“It could be that mirror neurons facilitate your understanding a reaching movement,” Hickok adds, “but don’t themselves represent the semantics of the concept ‘reach’ generally.” In short, even if mirror neurons do enable your brain to access the concept ‘reach,’ that doesn’t mean they themselves are the neurons that encode that concept.

Over the years, Hickok has led several dozen studies that find dissociations between motor control and conceptual understanding. If he’s right, and mirror neurons help code movements but not semantic concepts of them, researchers may be looking for the causes of autism and speech disorders in areas that merely reflect, rather than produce, the symptoms – like picking trash out of a creek while ignoring the garbage dump upstream.

Take patients with Broca’s aphasia, for instance. These patients, who’ve suffered severe damage to the motor areas of their brain’s left hemisphere, have major trouble joining words into coherent phrases. Ask a person with Broca’s aphasia about the last time he visited the hospital, and he’ll say something like, “hospital… and ah… Wednesday… Wednesday, nine o’clock… and oh… Thursday… ten o’clock, ah doctors.” Even so, a patient with Broca’s aphasia can still understand sentences he hears others say. “If the neural system supporting speech production were critical to speech recognition,” Hickok says, “Broca’s aphasia should not exist.”

To use a more familiar example, babies – and, arguably, even dogs – clearly understand the meanings of many words without having the motor ability to say them. By the same token, we can understand the meaning of a verb like “echolocate” without having any understanding of how to perform it.

Thus, Hickok says, “hearing the word ‘kiss’ activates motor lip systems not because you need lips to understand the action,” but because your previous experiences with the word “kiss” are associated with movements involved in kissing. Mirror neurons, then, don’t encode the meaning of the word “kiss” itself; they simply happen to fall downstream of that understanding in your brain’s river of associations.

What all this implies, Hickok says, is that “action understanding is clearly not a function of the motor system.” If we want to find the neural correlates of understanding itself, Hickok suggests, we should concentrate our search upstream from the motor cortex, in brain regions like the superior temporal sulcus (STS), which plays a central role in our ability to associate objects with goals – to decide, in other words, what an action or object is “for.”

Not everyone’s thrilled by this line of argument, though. “When one looks at the data,” Iacoboni says, “true examples of dissociation between action understanding and action production are very rare.” Action understanding doesn’t always require motor-cortex activity, he agrees; but in many instances, mirror neurons do indeed appear to be crucial for it.

For example, patients with damaged motor cortices seem to have trouble placing photos of people’s actions in chronological order – though they have no trouble ordering photos of, say, a falling ball. Cases like these, Iacoboni says, argue strongly for mirror neurons’ importance in understanding the intentions of other people’s actions. This means, he says, that the concepts of “action” and “understanding” need to be integrated into a single model of mirror neuron function – not picked further apart.

But action execution and action understanding fall apart naturally, Hickok contends. “This is evident in the fact that the inability to produce speech following brain damage or in developmental speech disorders, for example, does not cause speech recognition deficits. It is also plainly evident in the fact that we can understand actions that we can’t perform, such as fly, slither, or coil.”

As you may have noticed by now, a specter that’s even harder to pin down lurks throughout this whole debate: We have no empirical rubric for action understanding; no experiment that can tell us for sure whether it’s happening – because there’s no real agreement about what exactly “understanding” is. It’s a weirdly recursive question: Understanding implies meaning; and so far, neither Hickok nor his opponents have been able to pin down what “meaning” means in neurological terms. “The fact is, we don’t know exactly how semantic understanding is achieved neurally,” Hickok says. “I certainly don’t know.”

Does association mean understanding?

It doesn’t always take a brand-new discovery to shake up an old debate – sometimes what’s needed is a new way of seeing the data. In the mirror neuron debate, that fresh approach comes courtesy of Cecilia Heyes, a professor of psychology at Oxford’s All Souls College. At the 2012 New Frontiers Summit, Heyes presented her case for an altogether different approach to studying mirror neuron function. The really important question, she says, isn’t whether mirror neurons encode understanding, but whether they qualify as a special class of neuron at all.

Mirror neurons, in Heyes’ view, aren’t evolved specifically “for” understanding, imitation, or any other purpose – rather, they’re simply ordinary motor-cortex neurons that happen to take on special roles as we learn to associate motor actions with sounds, feelings, goals and so on. “Special-purpose mechanisms can be forged by evolution or by learning,” Heyes says – and if we can figure out what makes certain neurons, but not others, take on mirror properties in the first place, we’ll be in a much better position to examine what they’re up to.

As for the question of whether mirror neurons “do” meaning, association, or both, Heyes thinks it may boil down to how we choose to define “meaning” and “understanding.” “I don’t think it’s right to contrast meaning and association,” she says. “In principle, mirror neurons could be a product of associative learning and help us to understand the meaning of actions.” But before we can find that out with a lab experiment, she adds, supporters and defenders of the “action understanding” hypothesis will need to explain what exactly it is that they’re claiming or denying, so we know what we’re looking for.

Hickok, for his part, says Heyes’ hypothesis actually supports his argument that mirror neurons don’t constitute the basis of action understanding – after all, he explains, if mirror neurons associate incoming stimuli with motor responses, why does the concept of “understanding” need to enter the picture at all? “The mirror neuron system links sensory stimuli to the motor system for the control of action,” he says. “It’s a system that acts reflexively and adaptively.” So as far as describing mirror neurons’ function in terms of sensory-motor association, Hickok says, Heyes is right on the money.

While Iacoboni also agrees that Heyes’ hypothesis is reasonable, he cautions that mirror neurons are still a special kind of associative cell: One that’s specialized for action-oriented associations. “Why should mirror neurons respond to specific actions,” Iacobini asks, “if they’re just learning visuomotor associations?” Why, in other words, do they respond not to just any action-related stimulus, but only to actions that have goals?

And it’s on this question of goal-orientedness – and what it implies about the human mind – that the views of Hickok, Heyes, and the Parma school all diverge once again.

Does empathy depend on mirror neurons?

No matter whose side of the debate you’re on, Vittorio Gallese cuts an imposing figure. One of the original discoverers of macaque mirror neurons – and a father of the “action understanding” theory – Gallese has spent the past three decades vigorously defending the centrality of mirror neurons in our ability to know what others’ actions are “for.”

“The data strongly suggest that mirror neurons map between an observer’s goals and the acting animal’s motor goals,” Gallese says. These neurons fire in relation to the goal of grasping, he explains, whether it’s performed by a hand, a pincer, or another tool; whether it’s performed by oneself or another individual; whether the other’s movement is seen or merely heard. The only common factor in all these events, Gallese says, is the goal they aim to achieve.

Gallese actually agrees with Hickok that understanding can take place without mirror neuron activation. However, he notes, “only through the activation of mirror neurons can we grasp the meaning of others’ behavior from within.” In other words, mirror neurons enable us to understand other people’s actions in terms of our own movements and goals – to empathize with them.

Hickok will have none of it. Gallese, he says, is trying to quietly slip out of his original hypothesis that mirror neurons associate meanings with actions, and into a more evasive “claim that they allow ‘understanding from the inside,’ whatever that means.”

Gallese has an answer at the ready: If not in mirror neurons, then where else should we look for action understanding? Surely not in the STS, as Hickok advocates. “Evidence demonstrates that only the motor system – not the STS – can generalize a motor goal independently from the effector accomplishing it,” Gallese says: When it comes to directly mapping others’ motor goals against our own, mirror neurons are still the only serious contenders in town. That kind of perceptual mapping, says Gallese, is what he means by “understanding from the inside.” More work is necessary, he acknowledges, to establish the exact nature of this kind of understanding – but nevertheless, its dependence on mirror neurons is clear.

Iacoboni is somewhat less sanguine. “Admittedly, it is very difficult to obtain empirical evidence that unequivocally proves this hypothesis,” he says – though he’s quick to add that “both imaging and neurological evidence are compellingly consistent with it.” The evidence is also consistent, he adds, with the idea that mirror neuron function is significantly altered in people on the autism spectrum of disorders (ASD) – implying a correlation between autism and “broken” mirror neurons.

That may be so, Heyes interjects – but ASD is too complex a range of disorders to lay at the feet of a single malfunctioning neuron system. “Iacoboni doesn’t ask,” she says, “whether atypical mirror mechanism activity generates – rather than merely accompanies – autism spectrum disorders.” If, as Hickok contends, mirror neurons lie far downstream in the process of action understanding, this abnormal mirror-neuron activation may simply be another symptom of autism, rather than its cause.

Gallese agrees – partially. “It is very unlikely that autism can be simply equated to a mere malfunctioning of the mirror neuron mechanism,” he says – but nevertheless, “many of the social cognitive impairments manifested by ASD individuals might be rooted in their incapacity to organize and directly grasp the intrinsic goal-related organization of motor behavior.” Mirror neurons map others’ motor goals to our own; autistic individuals have trouble grasping others’ goals; therefore, Gallese argues, some kind of correlation clearly exists.

But there’s an even more serious problem with this line of reasoning, says Morton Ann Gernsbacher, a prominent autism researcher at the University of Wisconsin-Madison. “It has been repeatedly demonstrated,” Gernsbacher says, “that autistic persons of all ages have no difficulty understanding the intention of other people’s actions.” Not only that – decades of research have also shown that autistic people can perform imitation tasks as well as or better than non-autistic participants, and that they can be highly responsive to imitation by others.

And so, once again, we come back to the question of what kind of understanding it is that we’re talking about here: Can people with autism really be said to “understand” an action they can’t readily imitate it? Gernsbacher says that, obviously, the answer’s yes. Gallese would argue that this isn’t “understanding from the inside,” but a more abstract kind.

Iacoboni, as usual, takes a more integrative view: “Current theories of empathy suggest a multilayer functional structure, with a core layer of automatic responses to reproduce the affective states of others. Mirror neurons are likely cellular candidates for the core layer of empathy.” And it’s that core layer of empathy, Iacobini says, that likely lies at the root of true action understanding.

In the final analysis, the one conclusion that’s emerged loud and clear from all these debates is that mirror neurons aren’t the end-all of understanding, empathy, autism, or any other brain function. The closer we examine the parts these neurons play, the more we find ourselves peering between the cracks of these mental processes – watching them unravel into threads that run throughout the brain. It may very well turn out that “meaning” and “understanding” aren’t single processes at all, but tangled webs of processes involving motor emulation, abstract cognition, and other emotional and instinctual components whose roles we’re only beginning to guess.

After decades of research, these strange cells continue to astound and confound us – not only with their unique abilities, but with the hidden complexity to which they may provide a key. But, as so often happens in neuroscience, we may end up having to pick the lock before we understand exactly how the key fits into it.

About the Author: Ben Thomas is an author, journalist, inventor and independent researcher who studies consciousness and the brain. A lifelong lover of all things mysterious and unexplained, he weaves tales from the frontiers of science into videos, podcasts and unique multimedia events. Lots more of his work is available at http://the-connectome.com. Follow on Twitter @theconnectome.

Voir également:

The functional role of the parieto-frontal mirror circuit: interpretations and misinterpretations

Giacomo Rizzolatti*and Corrado Sinigaglia

Abstract

The parieto-frontal cortical circuit that is active during action observation is the circuit with mirror properties that has been most extensively studied. Yet, there remains controversy on its role in social cognition and its contribution to understanding the actions and intentions of other individuals. Recent studies in monkeys and humans have shed light on what the parieto-frontal cortical circuit encodes and its possible functional relevance for cognition. We conclude that, although there are several mechanisms through which one can understand the behaviour of other individuals, the parieto-frontal mechanism is the only one that allows an individual to understand the action of others ‘from the inside’ and gives the observer a first-person grasp of the motor goals and intentions of other individuals.

One of the most intriguing and exciting developments in neuroscience in recent years has been the discovery of a mechanism that unifies action perception and action execution 1–3 . The essence of this mechanism — called the mirror mechanism — is the following: each time an individual observes another individual performing an action, a set of neurons that encode that action is activated in the observer’s cortical motor system. The mirror mechanism is present in many cortical areas and brain centres of birds, monkeys and humans. The basic functions of these areas and centres vary con – siderably, from song production to the organization of goal-directed motor acts , to emotional processes. Thus, like other basic mechanisms (for example, excitatory postsynaptic potentials), the functional role of the mir – ror mechanism depends on its anatomical location, with its function ranging from recognition of the song of conspecifics in birds 4,5 to empathy in humans 6 . The aim of this article is not to review the vast literature on the mirror mechanism, but to focus on one spe – cific circuit endowed with mirror properties: the parieto- frontal action observation–action execution circuit. The reason for this choice is twofold. First, the proposed interpretation of the function of the parieto-frontal circuit as a mechanism that enables individuals to under – stand the actions and intentions of others ( mirror-based action understanding ) represented a paradigm shift in the classical view that these cognitive functions depend on higher-level mental processes. Second, mostly as a reaction to this new perspective, there have been attempts to interpret the functions of the action observation–action execution circuit in a way that minimizes or even denies its role in cognition. For these reasons, a review of the data on the mirror mechanism in the action observation–action execution network seems timely and necessary. In this Review, we examine first what the parieto-frontal action observation–action execution circuit encodes in monkeys and humans and then discuss its possible func – tional relevance for cognition. After examining different views on these issues, we conclude that the parieto-fron – tal mechanism allows an individual to understand the actions of another individual ‘from the inside’ and gives the observing individual a first-person grasp of the motor goals and intentions of another individual. The parieto-frontal mirror network The monkey parieto-frontal network. The mirror mechanism was originally discovered in the ventral premotor cortex of the macaque monkey (area F5) 1–3 . Single-neuron recordings showed that this area contains neurons — mirror neurons — that discharge both when a monkey executes a specific motor act and when it observes another individual performing the same motor act. Mirror neurons do not fire in response to a simple presentation of objects, including food. Most of them do not respond or respond only weakly to the observation of the experimenter performing a motor act (for example, grasping) without a target object 7 . Area F5 has recently been divided into three sectors: F5c, F5p and F5a 8–9 (FIG. 1) . Mirror neurons were originally recorded in the cortical convexity that corre – sponds to F5c 1–3 . However, functional MRI (fMRI) data showed that the other two areas also respond to observing a grasping action 8 . Mirror neurons are also present in the rostral part of the inferior parietal lobule (I pl ), particularly in area p FG 10 – 12 and the anterior intraparietal area (AI p ) 9,13 (FIG. 1) . Both these areas are heavily connected with F5: p FG mostly with F5c, and the AI p with F5a 14 . Both area p FG and the AI p receive higher-order visual infor – mation from the cortex located inside the superior temporal sulcus (STS) 13 – 14 . STS areas, like mirror areas, encode bio – logical motion, but they lack motor properties. They are therefore not part of the mirror system in a strict sense. The AI p also receives connections from the middle temporal gyrus 15 . This input could provide the mirror areas with information concerning object identity. Finally, area F5 is connected with area F6 — the pre- supplementary motor area (pre-SMA) — and with the prefrontal cortex (area 46) 16 . The prefrontal cortex is also richly connected with the AI p 16 . The frontal inputs con – trol the selection of self-generated and stimulus-driven actions according to the intentions of the agent 17 . It was recently shown that, in addition to areas p FG and AI p , two other areas of the parietal lobe contain mirror neurons: the lateral intraparietal area and the ventral intraparietal area. The mirror properties of neurons in these areas are not the focus of this Review but are briefly discussed in BOX 1 . The human parieto-frontal network. There is convinc – ing evidence that an action observation–action execu – tion mirror circuit also exists in humans. This evidence comes from brain imaging, transcranial magnetic stimulation (TMS), electroencephalography ( ee G) and magnetoencephalography (M e G) studies. Brain imaging studies have shown that, as in the mon – key, this action observation–action execution mirror cir – cuit is formed by two main regions: the inferior section of the precentral gyrus plus the posterior part of the inferior frontal gyrus; and the inferior parietal lobule, includ – ing the cortex located inside the intraparietal sulcus 18 . Additional cortical areas (such as the dorsal premotor cor – tex and the superior parietal lobule) have also been occa – sionally found to be active during action observation and execution 19–21 . Although it is possible that their activation is due to a mirror mechanism, it is equally possible that it reflects motor preparation. In support of this interpreta – tion are single-neuron data from monkeys showing that these areas are involved in covert motor preparation 22–23 . As for the superior parietal lobule, although its activation is typically absent in studies in which the experimenters use distal motor acts as visual stimuli, it is prominent when volunteers observe proximal arm movements that are directed to a particular location in space 24 . Single-subject fMRI analyses have recently provided evidence that other cortical areas (for example, the pri – mary and secondary somatosensory cortices and the middle temporal cortex) also become active during action observation and action execution 21 . It has been suggested 21 that these activations outside of the ‘classi – cal’ mirror areas are caused by additional mechanisms (for example, internal models) that are triggered by the mirror mechanism. These activations would enrich the information about the actions of other individuals that the mirror mechanism provides. A tale of two populations. Some authors have recently argued that the activation of the same areas during action observation and action execution is not suffi – cient to prove the existence of the mirror mechanism in humans 25 . Instead, they have suggested that, in humans, motor areas have distinct, segregated populations of vis – ual and motor neurons, the visual neurons discharging during action observation and the motor neurons during action execution. They proposed to use the ‘repetition– suppression’ technique — that is, a technique based on the progressive reduction of a physiological response to repeated stimuli to prove this point 25 . If mirror neurons exist in humans, they should ‘adapt’ when the observa – tion of a motor act is followed by the execution of that motor act, and vice versa . The ‘adaptation’ effects are, in general, difficult to interpret 26 . Adaptation occurs at the synaptic level and should therefore be present only when information repeatedly reaches a neuron through the same or largely common pathways 27 . This input commonality is typically absent when mirror neurons are activated during action observation and execution. During action observation, the input to the parieto-frontal circuit arrives from higher- order visual areas (for example, the STS) 16 whereas, during voluntary movement, it mostly comes from the frontal lobes 17 . The results of adaptation experiments therefore depend on the design of the experimental paradigm and on the stimuli used. These considerations could explain why the results of repetition–suppression experiments have been contradictory. Although some authors found evidence of the mirror mechanism in the parietal 28 or the frontal nodes 29 , others obtained negative results 30–31 . Regardless of the empirical data that may help to define some properties of the parieto-frontal mirror mechanism, the logic of the two-population story is flawed. Assuming that neurons in motor areas respond – ing to action observation are merely visual neurons implies that motor areas contain a large number of ‘dis – placed’ visual neurons and that these neurons do not communicate with their ‘neighbour’ motor neurons. Both these assumptions are hard to reconcile with what is known about the organization of the cerebral cortex. Most importantly, TMS studies have shown a clear con – gruence between the observed motor act and the acti – vated motor representation 32–36 . Thus, if higher-order sensory information describing a motor act reaches motor neurons that encode that same motor act, these motor neurons are mirror neurons by definition. Humans do not differ from monkeys in this respect. What do parieto-frontal mirror neurons encode? Evidence for goal coding in monkeys. The crucial issue concerning the parieto-frontal mirror neurons is their role in cognition. If this mirror mechanism is fundamental to understanding actions and intentions, the classical view — that the motor system has a role only in movement generation — has to be rejected and replaced by the view that the motor system is also one of the major players in cognitive functions. To address this fundamental issue, a preliminary problem must first be solved: what do the parieto-frontal mirror neurons encode when they discharge in response to the observation of the actions of others? A way to solve this problem is to examine what mir – ror neurons encode when they discharge during motor behaviour. w hat is recorded in single-neuron studies during both action execution and observation are action potentials — that is, neuronal output. Thus, having deter – mined what neurons encode during the execution of an agent’s own motor act, one also knows what they encode when they are triggered by the agent’s observation of a motor behaviour of others. e arly experiments on area F5 found that most of the motor neurons in this area encode motor acts (that is, goal-related movements, such as grasping) rather than movements (that is, body-part displacements without a specific goal, such as finger flexion) 3 7 –38 . A recent study provided compelling evidence that this is the case 39 . This study describes single-neuron recordings from monkeys that were trained to grasp objects using two types of pliers: normal pliers, which require typical grasping movements of the hand, and ‘reverse’ pliers, which require hand move – ments executed in the reverse order (that is, first closing and then opening the fingers). The results showed that F5 neurons discharged during the same phase of grasp – ing in both conditions, regardless of whether this involved opening or closing of the hand (FIG. 2) . The functional properties of I pl motor neurons are similar to those of F5 neurons: the goal of the executed motor acts is the parameter that is encoded by I pl neurons that fire during the execution of motor acts 11,40 – 42 . The mirror neurons in F5 and I pl do not differ in their motor properties from parieto-frontal motor neu – rons that do not have visual properties 1–3 . Thus, when they fire in response to motor act observation, they send information about the goal of the observed motor acts. This information can be encoded with different degrees of generality: some mirror neurons (strictly congruent mir – ror neurons) fire when the observed and executed motor acts are the same (for example, grasping with precision grip), whereas other mirror neurons (broadly congruent mirror neurons) fire when the observed motor act has the same goal as the executed motor act (for example, grasp – ing), but can be achieved in a different way (for example, with both precision and whole-hand grips) 43–44 . Recently, a single-neuron study investigated the effect of the spatial relationships between an agent and an observer, comparing F5 mirror neuron responses to motor acts performed near the monkey (in the peripersonal space) or outside its reach (in the extra – personal space) 45 (FIG. 3) . The results showed that many F5 mirror neurons were differentially modulated by the location of the observed motor act. Some neurons were selective for actions executed in the monkey’s peripersonal space, whereas others were selective for stimuli in the extrapersonal space. These findings indicate that mirror neurons may encode the goal of the motor acts of another individual in an observer-centred spatial framework, thus providing the observer with crucial information for organizing their own future behaviour in cooperation or competition with the observed individuals. Goal and single-movement coding in humans. In accordance with early findings 46–49 , a series of new fMRI studies provided strong evidence that the human parieto- frontal mirror circuit encodes the goal of observed motor acts. Volunteers were instructed to observe video clips in which either a human or a robot arm grasped objects 50 . Despite differences in shape and kinematics between the human and robot arms, the parieto-frontal mirror circuit was activated in both conditions. Another group extended these results by investigating cortical activation in response to the observation of motor acts performed by a human hand, a robot hand or a tool 51 . Here, bilat – eral activation of a mirror network formed by intra – parietal and ventral premotor cortex occured, regardless of the effector. In addition, the observation of tool actions produced a specific activation of a rostral sector of the left anterior supramarginal gyrus, suggesting that this sector specifically evolved for tool use. Further evidence of goal encoding by the parieto- frontal mirror circuit was obtained in an fMRI experi – ment in which two aplasic individuals, born without arms and hands, and control volunteers were asked to watch video clips showing hand actions 52 . All partici – pants also performed actions with their feet, mouth and, in the case of controls, hands. The results showed that the parieto-frontal mirror circuit of aplasic individuals that was active during movements of the feet and mouth was also recruited by the observation of hand motor acts that they have never executed but the motor goals of which they could achieve using their feet or mouth. The issue of whether the human parieto-frontal mir – ror network encodes motor goals was also addressed by fMRI and TMS studies investigating the activation of motor areas in subjects listening to action-related sounds. Hearing and categorizing animal vocalizations preferentially activated the middle portion of the supe – rior temporal gyri bilaterally (a region that is not related to motor act coding), whereas hearing and categoriz – ing sounds of tools that were manipulated by hands activated the parieto-frontal mirror circuit 53 . Similarly, it was shown that listening to the sound of hand and mouth motor acts activated the parieto-frontal mirror network 54 . This activation was somatotopically organ – ized in the left premotor cortex and was congruent with the motor somatotopy of hand and mouth actions. u nlike in monkeys, the parieto-frontal mirror circuit of humans also becomes active during the observation of individual movements 55–56 . The initial evidence for this mechanism was based on TMS experiments which indi – cated that the observation of the movements of others results in an activation of the muscles involved in the execution of those movements 32–36 . Additional support comes from ee G and M e G studies showing that the observation of movements without a goal desynchronizes the rhythms recorded from motor areas 5 7 –64 . Recently, it was shown that mirror coding might depend on the content of the observed behaviour. Motor evoked potentials (M ep s) in response to TMS were recorded from the right opponens pollicis (O p ) muscle in participants observing an experimenter either open – ing and closing normal and reverse pliers or using them to grasp objects 65 . The observation of tool movements (that is, opening and closing the pliers without grasping anything) activated a cortical representation of the hand movements involved in the observed motor behaviour. By contrast, the observation of the tool grasping action activated a cortical representation of the observed motor goal , irrespective of the individual movements and the order of movements required to achieve it. Together, these findings show that the human parieto-frontal mirror network encodes both motor acts and movements. Understanding the actions of others Cognitive functions of the parieto-frontal network: evidence and criticisms. w hy should the motor sys – tem encode the goal of actions performed by others? From the discovery of mirror neurons, the interpreta – tion of this finding was that they allow the observer to understand directly the goal of the actions of others 1–3 : observing actions performed by another individual elic – its a motor activation in the brain of the observer similar to that which occurs when the observer plans their own actions, and the similarity between these two activations allows the observer to understand the actions of others without needing inferential processing 43–44 . In support of this view, two studies showed that the meaning of the motor acts of other individuals could be understood in the absence of visual information describing them. In one study, monkeys heard the sounds of a motor act (such as ripping a piece of paper) without seeing it 66 ; in the other study, the monkeys knew that behind a screen was an object and saw the experimenter’s hand disappear behind the screen, but they could not see any hand–object interaction 67 . The results showed that in both experiments F5 mirror neu – rons in the monkeys fired in the absence of visual infor – mation describing the motor act of the experimenter. The neuronal activation therefore underpinned the comprehension of the goal of the motor act of the other individual, regardless of the sensory information that described that motor act. This interpretation of the function of the parieto-frontal mirror mechanism has been challenged with objections and alternative proposals 68–71 . A key criticism has been advanced by Csibra 69 . He argued that the interpretation of mirror neuron function in terms of action understanding contains a “tension” between “the claim that the mirror mechanism reflects nothing else but faithful duplication of the observed action” and “the claim that mirroring rep – resents high-level interpretation of the observed action”. In other words, if mirror activity represents a copy of the observed motor act, it is not sufficiently general to capture the goal of that motor act; conversely, if it is sufficiently general for goal understanding, it cannot be interpreted in terms of a direct matching mechanism between sensory and motor representations (see also R EFS 70,71 ). In the earlier studies on the mirror mechanism, it was indeed not clearly specified that the parieto-frontal mirror mechanism in humans is involved in two kinds of sensory–motor transformation — one mapping the observed movements onto the observer’s own motor representation of those movements (movement mirror – ing), the other mapping the goal of the observed motor act onto the observer’s own motor representation of that motor act (goal mirroring), as described above. By match – ing individual movements, mirror processing provides a representation of body part movements that might serve various functions (for example, imitation), but is devoid of any specific cognitive importance per se . By contrast, through matching the goal of the observed motor act with a motor act that has the same goal, the observer is able to understand what the agent is doing. This is true not only for the mirror neurons that are broadly congru – ent but also for those that are strictly congruent, because these neurons also do not encode the elementary aspects of a movement (for example, its kinematics), but respond to the goal of the observed motor acts 44,56 . Typically, authors who play down or even deny the importance of the motor system for cognitive functions suggest that goal understanding is primarily due to cortical activation in the STS. This region, as described in a series of fundamental studies in monkeys 72,73 , is involved in the visual analysis of the actions of others. Several fMRI studies showed a similar role for the STS in humans (see R EFS 74,75 for a review). There is little doubt that STS neurons have an impor – tant role in encoding the behaviour of others. However, it is unlikely that the STS by itself mediates the processing of action understanding, relegating the parieto-frontal mir – ror network to an ancillary role in this function 65 : among the neurons in various areas that become active during action observation, only those that can encode the goal of the motor behaviour of another individual with the great – est degree of generality can be considered to be crucial for action understanding, and the available evidence shows that this capacity for generalization characterizes the parieto- frontal mirror neurons rather than STS cells. Indeed, pari – eto-frontal mirror neurons encode the goal of observed motor acts regardless of whether they are performed with the mouth, the hand or even with tools. Although STS neurons may encode some types of motor act, goal gener – alization such as is achieved by the parieto-frontal mirror neurons seems to be absent in the STS 72,73 . Most importantly, there are theoretical reasons why STS neurons are unlikely to encode actions with the same degree of generality as parieto-frontal mirror neurons. If an STS neuron selectively encodes the visual features of a given hand action (for example, grasping), it is unclear how this neuron would also be able to encode selectively the visual features of a mouth performing the same motor act. One could postulate an associa – tion process similar to that described for the temporal lobe 76,77 . However, in the STS, the association would be between spatio-temporally adjacent visual representa – tions of body part movements and not between visual representations of the same motor goal achieved by different effectors. By contrast, parieto-frontal mirror neurons — owing to their motor nature and the fact that they encode the goal of motor acts — can be trig – gered by different visual stimuli (for example, hand and mouth actions) that have a common goal (for example, grasping). Only the presence of a ‘motor scaffold’ that provides the goal-related aspects of observed actions can allow this generalization; such generalization cannot be achieved by mere visual association. A recent study provides empirical evidence in favour of this point 78 . The study was based on a TMS adaptation paradigm 79 . p articipants were presented with ‘adapta – tion-inducing’ movies of a hand or foot acting on vari – ous objects and asked to respond as quickly as possible to a picture of a motor act similar to that of the movie. TMS pulses were delivered over the ventral premotor cortex bilaterally, over the left I pl and over the left STS. The results showed that the delivery of TMS over both premotor and I pl cortices shortened the reaction times to ‘adapted’ motor acts regardless of which effector performed the observed motor act; by contrast, TMS stimulation of the STS shortened the reaction times to ‘adapted’ motor acts only if the same effector executed the act in the movie and in the test picture. Understanding actions from the inside. Another argu – ment against the role of mirror neurons in action under – standing is that there are several behavioural instances in which individuals understand the actions of others even if they are unable to perform them. For example, macaques can react to the observation of humans mak – ing the gesture of throwing objects overhand towards them 80 . It was proposed that, although monkeys never throw objects overhand, they could nevertheless under – stand the action they saw because they analysed the vari – ous visual elements of the observed actions and applied some form of inferential reasoning . However, this argument would only be valid if the parieto-frontal mirror mechanism consisted solely of strictly congruent mirror neurons. As the authors of the study themselves recognize 80 , the capacity of broadly congruent mirror neurons to generalize the goal of motor acts might account for the observed phenome – non. Given that broadly congruent mirror neurons may generalize from a hand action to actions performed with tools, even when they are as bizarre as reverse pliers, it is plausible that they could equally generalize from one type of throwing to another. There is no doubt that, in some cases, understanding the motor behaviour of others might require a mechanism different from mirroring. A typical example is the capacity of humans to recognize the actions of animals that do not belong to the human motor repertoire and cannot be captured by a motor generalization. e vidence for a non- mirror mechanism in action recognition was provided by an fMRI study in which volunteers were presented with video clips showing motor acts that did or did not belong to the human motor repertoire 81 . Although all volunteers recognized the observed motor acts regardless of whether or not they belonged to their own motor repertoire, no activation of parieto-frontal mirror areas was found in response to acts that did not belong to their motor reper – toire (for example, a dog barking). The areas that became active in such cases were occipital visual and STS areas. By contrast, the sight of motor acts that were within the motor repertoire of the observer (for example, a dog biting) recruited the parieto-frontal mirror network. These data indicate that the recognition of the motor behaviour of others can rely on the mere processing of its visual aspects. This processing is similar to that performed by the ‘ventral stream’ areas for the recogni – tion of inanimate objects. It allows the labelling of the observed behaviour, but does not provide the observer with cues that are necessary for a real understanding of the conveyed message (for example, the communica – tive intent of the barking dog). By contrast, when the observed action impinges on the motor system through the mirror mechanism, that action is not only visu – ally labelled but also understood, because the motor epresentation of its goal is shared by the observer and the agent. In other words, the observed action is under – stood from the inside as a motor possibility and not just from the outside as a mere visual experience (BOX 2) . Understanding motor intentions of others From motor goals to motor intentions. The properties of parieto-frontal mirror neurons described above indicate that their activity reflects what is going on in the ‘here and now’. However, there is evidence that parietal and frontal mirror neurons are involved in encoding not only the observed motor acts but also the entire action of which the observed motor act is part. Monkeys were trained to grasp objects with two different motor inten – tions: to place them into a container or to bring them to their mouth 11 . After training, motor neurons in the I pl that encode grasping were studied in the two set-ups. The results showed that the majority of these neurons discharged with an intensity that varied according to the action in which the motor act was embedded (‘action- constrained motor neurons’). This finding implies that the I pl contains ‘chains’ of neurons in which each neuron encodes a given motor act and is linked to oth – ers that are selective for another specific motor act. Together, they encode a specific action (for example, grasping for eating). A striking result of this study was that many of these action-constrained motor neurons have mirror proper – ties. w hen tested in the two set-ups described above, the majority of these neurons were differently activated depending on the action to which the observed motor act belonged (‘action-constrained mirror neurons’). This finding indicates that, in addition to describing what the observed individual is doing (for example, grasping), I pl mirror neurons also help the observer to explain why the individual is performing the action, owing to chained organization in the I pl . That is, I pl mirror neurons ena – ble the observer to recognize the agent’s motor intention. A recent study demonstrated that action-constrained neurons are also present in area F5 ( REF . 82) . The compar – ison of F5 and I pl (specifically area p FG) mirror neuron properties revealed no clear differences in their capacity to encode the motor intentions of others. e vidence that the parieto-frontal mirror circuit in humans is also involved in intention encoding was first provided by an fMRI experiment consisting of three conditions 83 . In the first (the ‘context condition’) the vol – unteers saw a photo of some objects arranged as for an ongoing breakfast or arranged as though the breakfast had just finished; in the second (the ‘action condition’), the volunteers saw a photo of a hand grasping a mug without any context; in the third (the ‘intention condition’) they saw photos showing the same hand actions within the two contexts. In this condition, the context provided clues for understanding the intention of the motor act. The results showed that the intention condition induced a stronger activation than the other two conditions in the caudal inferior frontal gyrus of the right hemisphere. An activation of the right parieto-frontal mirror cir – cuit during intention understanding was also described in a repetition–suppression fMRI experiment 84 . p articipants were presented with movies showing motor actions (for example, pushing or pulling a lid) that could lead to the same or to different outcomes (for example, opening or closing a box). The results showed that the responses in the right I pl and right inferior frontal cortex were ‘suppressed’ when participants saw movies of motor actions that had the same outcome, regard – less of the individual movements involved. Responses in these regions were not influenced by the kinematics parameters of the observed motor action. Brain imaging experiments allow the cortical sub – strate of a given function to be located, but they do not give information about the mechanism underlying the function. Cattaneo and colleagues tested whether the understanding of motor intention in humans might be based on the ‘chain mechanism’ described in the monkey 85 . p articipants were asked to grasp a piece of food and eat it or to grasp a piece of food and place it in a container. In another condition, they had to observe an experimenter performing the same actions. In both the execution and the observation condition, the electromyographic activity of the mylohyoid muscle — a muscle involved in mouth opening — was recorded. Both the execution and the observation of the eating action produced a marked increase of mylohyoid muscle activity as early as the ‘reaching’ phase, whereas no mylohyoid muscle activ – ity was recorded during the execution and the observa – tion of the placing action. This indicates that, as soon as the action starts, the entire motor programme for a given action is activated. Interestingly, the observers also seem to have a motor copy of this programme. This ‘intrusion’ allows them to predict what action the agent is going to execute from the first observed motor act and thus to understand the agent’s motor intention. Finally, there is evidence that the mirror mechanism, possibly located in this case in the fronto-mesial areas, also has a role in setting up an anticipatory representation of the motor behaviour of another individual. It has been shown that the ‘Bereitschaftspotential’, an electrophysio – logical marker of the readiness to act 86 , occurs not only when an individual actively performs a motor act, but also when the nature and the onset time of an upcoming action performed by another individual is predictable on the basis of a visual cue 87 . Mirroring intentions and inferring reasons. The studies reviewed above indicate that the parieto-frontal mirror network may subserve the understanding of the motor intention underlying the actions of others. This capacity represents a functional property of the parieto-frontal mirror network that further distinguishes it from those of visual areas. Indeed, it is difficult to imagine how motor intention understanding could be based on visual processing alone, including visual processing that is car – ried out in higher-order visual areas such as the STS. It is true that some STS neurons are selective for a sequence of stimuli. For example, in contrast to classical visual neu – rons that respond to a specific static stimulus, some STS neurons respond to the static view of a body only when this stimulus occurs after a certain movement (for exam – ple, walk and stop) 88 . However, despite this fascinating property, these neurons do not give information about the agent’s motor intention: they describe a given motor act according to a previous motor behaviour, but they do not provide information about the motor intention underlying that motor act. This does not mean that the parieto-frontal mirror mechanism mediates all varieties of intention under – standing. Intention understanding is a multi-layer process involving different levels of action representation, from the motor intention that drives a given chain of motor acts to the propositional attitudes (beliefs, desires and so on) that — at least in humans — can be assumed to explain the observed behaviour in terms of its plausible psychological reasons. w e provide an example to clarify this point. Mary is interacting with an object (for example, a cup). According to how she is grasping the cup, we can understand why she is doing it (for example, to drink from it or to move it). This kind of understanding can be mediated by the parieto-frontal mirror mechanism by virtue of its motor chain organization. However, the mirror mechanism is not able to provide us with the reasons that might underlie the motor intention of Mary (for example, she grasped the cup to drink from it because she was thirsty or because she wanted some caffeine, or she did it to please her friends). u nderstanding the reasons behind an agent’s motor inten – tion requires additional inferential processes 89–91 . Recent empirical data confirmed these considera – tions. They showed that, although the parieto-frontal mirror mechanism is active in all conditions in which the motor task has to be directly understood, when vol – unteers were required to judge the reasons behind the observed actions, there was an activation of a sector of the anterior cingulate cortex and of other areas of the so-called ‘mentalizing network’ 92 . Activation of the same network was also shown in a study that investigated unu – sual actions performed in implausible versus plausible contexts 93 , as well as in a study on the neural basis of reason inference in non-stereotypical actions 94 . As there are different levels of action representation, there should be diverse neural mechanisms subserv – ing these different levels of intention understanding. u nderstanding motor intention relies on the parieto- frontal mirror mechanism and the motor chain organi – zation of the cortical motor system. u nderstanding the reason behind motor intention seems to be localized in cortical areas — the temporal parietal junction and a part of the anterior cingulate gyrus — that have not as yet been shown to have mirror properties. There have been theoretical attempts to integrate these two ways of understanding the intentions of others 95–96 . n onetheless, unlike for the mirror mechanism, there are currently no neurophysiological data that can explain how the ‘mental – izing network’ might work. Conclusions The mirror mechanism is a neurophysiological find – ing that has raised considerable interest over the past few years. It provides a basic mechanism that unifies action production and action observation, allowing the understanding of the actions of others from the inside. Such motor-based understanding seems to be a pri – mary way in which individuals relate to one another, as shown by its presence not only in humans and mon – keys, but also in evolutionarily distant species, such as swamp sparrows 4 and zebra finches 5 . Furthermore, this mechanism indicates the existence of a profound natural link between individuals that is crucial for establishing inter-individual interactions. Finally, preliminary evidence suggests that the impairment of this natural link may be one of the causes of the strik – ing inability of people with autism to relate to other individuals (BOX 3) .


Prix Nobel: Cherchez la femme (Lise Meitner: Looking back at the woman who would not be a bomb)

9 octobre, 2013
http://hollywoodrevue.files.wordpress.com/2011/03/bombshellposter.jpg?w=450&h=526Photo : CHERCHEZ LA FEMME (Physics Nobels: Looking back at the woman who would not be a bomb)We see a shy, introverted girl -- handsome but not beautiful -- blossom into an aggressive researcher. Physics was her life; Sime found no evidence that Meitner was ever involved in a romantic relationship. “I will have nothing to do with a bomb.”Lise Meitner While professional jealousies only threatened to keep Marie Curie from receiving the Nobel Prize, they succeeded in denying Meitner the same recognition. With her name missing from the key experimental paper on nuclear fission (previously Meitner and Hahn always shared the credit on their joint efforts), Hahn alone received the 1944 prize for chemistry. Sime shines an insightful spotlight on the politics of science through this biography -- how the idealistic quest for scientific knowledge can be sullied by a scientist's obsessive watch over citations and credit. It is thus surprising to discover that Meitner remained loyal to Hahn throughout this turmoil. In fact, horrified by the bomb, fission's offspring, she had mixed feelings about being linked in any way to its creation. With the discovery of the neutron in the early 1930s, the scientific community began to speculate that it might be possible to create elements heavier than uranium in the lab. A race to confirm this began between Ernest Rutherford in Britain, Irene Joliot-Curie in France, Enrico Fermi in Italy and the Meitner-Hahn team in Berlin. The teams knew the winner would likely be honored with a Nobel Prize.http://www.washingtonpost.com/wp-srv/style/longterm/books/reviews/lisemeitner.htmhttp://www.wired.com/thisdayintech/2010/02/0211lise-meitner-publishes-nuclear-fission/all/We see a shy, introverted girl — handsome but not beautiful — blossom into an aggressive researcher. Physics was her life; Sime found no evidence that Meitner was ever involved in a romantic relationship. The Washington post
I will have nothing to do with a bomb. Lise Meitner
While professional jealousies only threatened to keep Marie Curie from receiving the Nobel Prize, they succeeded in denying Meitner the same recognition. With her name missing from the key experimental paper on nuclear fission (previously Meitner and Hahn always shared the credit on their joint efforts), Hahn alone received the 1944 prize for chemistry. Sime shines an insightful spotlight on the politics of science through this biography — how the idealistic quest for scientific knowledge can be sullied by a scientist’s obsessive watch over citations and credit. It is thus surprising to discover that Meitner remained loyal to Hahn throughout this turmoil. In fact, horrified by the bomb, fission’s offspring, she had mixed feelings about being linked in any way to its creation. WP
With the discovery of the neutron in the early 1930s, the scientific community began to speculate that it might be possible to create elements heavier than uranium in the lab. A race to confirm this began between Ernest Rutherford in Britain, Irene Joliot-Curie in France, Enrico Fermi in Italy and the Meitner-Hahn team in Berlin. The teams knew the winner would likely be honored with a Nobel Prize. Wired

Attention: un prix Nobel peut en cacher un autre !

Alors qu’après la série des Miss qui vient de finir, les hommes entament leur saison de prix de beauté à eux …
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Retour 75 ans après le prix Nobel de la bourde de Fermi
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Et sans parler, d’Arafat à Gore et Obama, des innombrables erreurs de casting de la fondation de l’inventeur de la dynamite …
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Sur un autre prix volé que, après son homologue britannique et contrairement à la double lauréate polonaise qui venait "briser des ménages français", n’aura jamais la physicienne autrichienne Lise Meitner

The Woman Behind the Bomb

Marcia Bartusiak

The Washington Post

March 17, 1996

In the history of modern physics there are names that perpetually resonate: Ernest Rutherford and Niels Bohr for unveiling the secrets of atomic structure, Erwin Schroedinger and Werner Heisenberg for establishing the rules of the quantum game, and Albert Einstein for recognizing that mass is frozen energy. In this company the name Lise Meitner has diminished to a footnote.

Yet in her day she had a reputation as one of Germany’s best experimentalists. Einstein fondly referred to her as "our Marie Curie." Meitner’s perceptive realization that atomic nuclei can be split in half was the first step in a cascading set of discoveries that would relentlessly lead to the atomic bomb. But, in the midst of these revelations, Meitner had to flee from Nazi Germany, which cut her off from her laboratory and colleagues. While this exile saved her life, it cost her the Nobel Prize and a prominent niche in many annals of physics.

Fortunately, attention is gradually being refocused on this remarkable woman. Richard Rhodes devoted an appreciable section in The Making of the Atomic Bomb to Meitner’s work on nuclear fission. And now Ruth Lewin Sime, a chemist at Sacramento City College, has written the definitive scientific biography of Meitner, a riveting and masterful account of a scientist’s steadfast devotion to physics. Sims blends the science and history with seamless ease. Even though decades have passed since the collapse of the Third Reich, Sime’s extensive research offers fresh insights on the devastating legacy of Nazism’s distortion of the scientific truth.

Born in Vienna in 1878, Meitner was one of eight children; her father was among the first group of Jewish men to practice law in Austria. As with Curie (but rare for a woman at the turn of the century), the intellectual atmosphere that surrounded Meitner as a child nurtured her scientific proclivity. Only the second woman to obtain a doctoral degree in physics at the University of Vienna, she was soon drawn into the novel study of radioactivity.

In 1907 she moved to Berlin, the mecca of theoretical physics, where she was introduced to Einstein and Max Planck, the father of the quantum. More important, she met Otto Hahn, who became her closest collaborator and a valued friend. They were an interdisciplinary yin and yang: Hahn, the chemist, Meitner,the physicist. While he was methodical, she was bold. Together, in 1917, they discovered a new element, protactinium.

Despite the terrible gender discriminations of the time (especially in Germany), Meitner’s deft abilities could not be ignored. By 1917, still in her thirties, she was given her own physics section in the prestigious Kaiser Wilhelm Institute for Chemistry. In 1934 she convinced Hahn to join with her once again to investigate the very heart of the atom, its nucleus, and seek elements beyond uranium, then the heaviest atom known.

By bombarding uranium with neutron particles, the two researchers encountered a nightmarish jumble of radioactive species that could not be easily identified. For four long years, Hahn, the expert chemist, carefully separated and processed the radioactive materials; Meitner’s job was to explain the nuclear processes going on. Sime, so obviously at home with the periodic table of the chemical elements, dissects each and every one of Hahn and Meitner’s experiments to a degree that only a specialist can follow. Newcomers to this material would have been helped by some simple diagrams of atomic structure and an introductory overview of nuclear physics. Yet it is through such detail that the reader comes to appreciate Meitner’s originality of thought and creativity at the laboratory bench. We see a shy, introverted girl — handsome but not beautiful — blossom into an aggressive researcher. Physics was her life; Sime found no evidence that Meitner was ever involved in a romantic relationship.

Throughout these years Hitler was casting his long, dark shadow upon Europe. Sime’s engrossing narrative shows how easy it was for so-called "good" Germans to rationalize their compromises and look the other way. Dismissed from teaching, her name suppressed, Meitner hung on without protest, nervously hoping that the unpleasantness would be temporary. Although of Jewish descent, she had been baptized a Protestant and loved her country.

But as restrictions on "non-Aryan" academics tightened, Meitner at last slipped across the border with only a small valise carrying a few summer clothes. She was 59. Her mind as vigorous as ever, she continued to advise Hahn through letters from Sweden, which became her new home.

A breakthrough in their work came at the end of 1938, just months after Meitner fled Germany. At Meitner’s direction from afar, Hahn and his assistant Fritz Strassmann more closely analyzed the byproducts of the neutron-bombardment experiments. To their amazement, the elements weren’t heavier than uranium, but lighter. "Perhaps you can come up with some sort of fantastic explanation," Hahn wrote Meitner. "We knew ourselves that [uranium] can’t actually burst apart into [barium]."Within days, collaborating with her nephew Otto Robert Frisch, also a noted physicist, she worked out a theoretical model of nuclear fission.

Hahn published the chemical evidence for fission without listing Meitner as a co-author, a move she understood given the tinderbox that was Nazi Germany. In The Making of the Atomic Bomb Rhodes wrote that Hahn had always hoped to add Meitner’s name to this historic paper; Sime tells a different story. She builds a strong case that Hahn was distancing himself from his longtime collaborator even before Meitner escaped. More tragic was Hahn’s conduct after the war; he maintained the fiction (or convinced himself) that his chemical experiments verifying fission had never been inspired or guided by Meitner. And, over the years, this version of the tale lived on. Meitner, Hahn’s equal partner at the Institute for 30 years, came to be mistakenly known as his junior assistant.

While professional jealousies only threatened to keep Marie Currie from receiving the Nobel Prize, they succeeded in denying Meitner the same recognition. With her name missing from the key experimental paper on nuclear fission (previously Meitner and Hahn always shared the credit on their joint efforts), Hahn alone received the 1944 prize for chemistry. Sime shines an insightful spotlight on the politics of science through this biography — how the idealistic quest for scientific knowledge can be sullied by a scientist’s obsessive watch over citations and credit. It is thus surprising to discover that Meitner remained loyal to Hahn throughout this turmoil. In fact, horrified by the bomb, fission’s offspring, she had mixed feelings about being linked in any way to its creation.

But there is a happy ending yet. Though denied the coveted Nobel, Meitner will be rewarded with far more durable fame: a permanent abode on the periodic table. In 1994 an international commission agreed that element 109, artificially created in Germany by slamming bismuth with iron ions, will be named "meitnerium."

Marcia Bartusiak regularly writes on astronomy and physics. The author of "Thursday’s Universe" and "Through a Universe Darkly," she is an adjunct professor of science journalism at Boston University.

Voir aussi:

Feb, 11, 1939: Lise Meitner, ‘Our Madame Curie’

Beverly Hanly

Wired

February 11, 2010

1939: Austrian-born physicist Lise Meitner publishes her discovery that atomic nuclei split during some uranium reactions. Her research will be overlooked by the Nobel committee when it awards a prize for the work.

Meitner is a prominent example of a woman whose gender put her in the back seat when the top prize was given. The political climate in Nazi Germany contributed to her obscurity — as a Jew, she had to flee the country to survive, but leaving cost her the chance to publish with her colleagues. Plain old scientific jealousy also played a part in who got credit for discoveries that led to splitting the atom and, ultimately, the atomic bomb and nuclear power.

Other honors would come late in life to Meitner. Einstein even called her “our Marie Curie.”

Meitner was born in Austria in 1878 to Jewish parents. Women were not allowed to attend institutions of higher learning in those days, so she had to study privately to earn a doctoral degree in physics in 1905 at the University of Vienna. Meitner was only the second woman to do so.

She went to Berlin, where she met Einstein and attended lectures by Max Planck. Planck had previously refused to teach women, but after a year, she became his assistant and teamed up with chemist Otto Hahn. They discovered several new isotopes, and in 1909 she presented two papers on beta radiation.

When Meitner and Hahn moved to the new Kaiser Wilhelm Institute in Berlin in 1912, she worked unpaid in Hahn’s department of Radiochemistry. She got a paid position at the institute in 1913, only after being offered an assistant professorship in Prague. She was given her own physics section at the prestigious academy in 1917.

She and Hahn were a productive team. They discovered the first long-lived isotope of the element protactinium. Meitner isolated the cause of the emission from atomic surfaces of electrons with “signature” energies in 1923, but the French scientist Pierre Auger made the same discovery independently in 1925 and his name was attached to the phenomenon. It’s been known thereafter as the “Auger effect.”

With the discovery of the neutron in the early 1930s, the scientific community began to speculate that it might be possible to create elements heavier than uranium in the lab. A race to confirm this began between Ernest Rutherford in Britain, Irene Joliot-Curie in France, Enrico Fermi in Italy and the Meitner-Hahn team in Berlin. The teams knew the winner would likely be honored with a Nobel Prize.

When Adolf Hitler came to power in 1933, Meitner was acting director of the Institute for Chemistry. Her Austrian citizenship protected her, but other Jewish scientists — including her nephew Otto Frisch, Fritz Haber, Leó Szilárd and many others — lost their posts and most left Germany.

Meitner buried herself in her work, but when Austria was annexed by the Nazi regime, she had to flee. Dutch physicists helped her escape to Holland in July 1938. She was 59 when she landed in Sweden, where she worked with Niels Bohr and corresponded with Hahn and other German scientists. Later that year, she met Hahn secretly in Copenhagen to plan a new series of experiments.

Now, it gets tricky. Hahn performed the experiments that isolated the evidence for nuclear fission, finding that neutron bombardment produced elements that were lighter than uranium. But he was mystified by those results.

“Perhaps you can come up with some sort of fantastic explanation,” Hahn wrote Meitner. “We knew ourselves that [uranium] can’t actually burst apart into [barium].”

Meitner and Frisch quickly came up with a theory that explained nuclear fission, resolving Hahn’s key problem. “Hahn published the chemical evidence for fission without listing Meitner as a co-author,” writes The Washington Post in a review of a Meitner biography. “[It was] a move she understood, given the tinderbox that was Nazi Germany.”

A letter from Bohr documents her inspiration in December 1938. Although some historians say that Hahn hoped he would be able to add her name later, others report that he maintained the fiction that Meitner functioned as a junior assistant. Whatever his intention, her insights were key to his discoveries — and to the developments in radioactivity and nuclear processes that changed the world.

Meitner and Frisch made other key discoveries. They explained why no stable elements beyond uranium existed naturally. And she was the first to see that Einstein’s E = mc2 explained the source of the tremendous releases of energy in atomic decay, by the conversion of the mass into energy.

The aunt and nephew coined the term “nuclear fission” when they published “Disintegration of Uranium by Neutrons: A New Type of Nuclear Reaction” in the journal Nature on Feb. 11, 1939. Instrumental as they were in the discovery (.pdf), they were still overlooked when it came to awarding the 1944 Nobel Prize in Chemistry. It was Hahn alone who received the prize.

Meitner’s realization that nuclear fission made possible a chain reaction of huge explosive power had meanwhile galvanized members of the scientific community to act. Knowing German scientists had the knowledge, Leo Szilard, Edward Teller and Eugene Wigner convinced Albert Einstein to use his celebrity and warn President Franklin D. Roosevelt. The result was the Manhattan Project.

Meitner was invited to work on the Manhattan project at Los Alamos, but categorically declined: “I will have nothing to do with a bomb.”

Refusing to move back to Germany, even when it was safe for her to do so, she worked in Stockholm doing research into her late 80s. She conducted atomic research, including work on R1, Sweden’s first nuclear reactor.

Meitner received many awards later in her lifetime. Element 109, meitnerium, is named in her honor, and her picture appeared on an Austrian stamp. She received many honorary doctorates and lectured at Princeton, Harvard and other U.S. universities. In 1946, she was named “Woman of the Year” by the National Press Club at a dinner with President Harry Truman.

The German Physics Society gave her the Max Planck Medal in 1949. Hahn, Meitner and Fritz Strassmann won the Enrico Fermi Award in 1966.

Meitner died in 1968, a few weeks shy of her 90th birthday. She had mixed feelings about being associated with work that led to the A-bomb, so perhaps the fact that her role in discovering nuclear fission was not widely known is a kind of blessing.

Voir également:

Il y a 75 ans, le Nobel de physique récompensait… une incroyable erreur

Passeur de sciences

Pierre Barthélémy

6 octobre 2013

Lundi 7 octobre s’ouvre la grande parade annuelle des prix Nobel, avec la catégorie "physiologie ou médecine". Suivront la physique (le 8 octobre), la chimie (le 9), la paix (le 11), les sciences économiques (le 14) et la littérature à une date qui n’est pas encore déterminée. 2013 est l’occasion d’un curieux anniversaire puisqu’on fête cette année les 75 ans de ce qu’on peut appeler le prix Nobel de l’erreur et ce dans le domaine qui est censé être le plus précis de tous ceux que cette récompense recouvre, à savoir la physique.

En 1938, c’est l’immense chercheur italien Enrico Fermi qui reçoit la distinction suprême pour, je cite, "sa découverte de nouveaux éléments radioactifs, développés par l’irradiation des neutrons, et sa découverte à ce propos des réactions de noyaux, effectuées au moyen des neutrons lents". Le communiqué explicite cette découverte ainsi : “Fermi a en effet réussi à produire deux nouveaux éléments, dont les numéros d’ordre sont 93 et 94, éléments auxquels il a donné le nom d’ausénium et d’hespérium.” Seulement voilà, d’ausénium et d’hespérium il n’y avait en réalité point dans l’expérience du savant transalpin. Fermi s’était trompé dans son interprétation et il avait néanmoins eu le prix Nobel pour la découverte de deux éléments imaginaires…

Pour comprendre cette erreur, il faut replonger dans les années 1930, ère des pionniers du noyau atomique. L’histoire illustre à merveille la manière dont la science se trompe, se corrige et, ce faisant, s’améliore. Que fait Enrico Fermi dans l’expérience qui lui vaut ce Nobel, relatée en 1934 dans Nature ? A l’époque, on ne connaît pas d’élément chimique dont le noyau contienne davantage de protons que l’uranium (92) et le chercheur italien se demande s’il est possible de synthétiser des éléments plus lourds. Son idée est de profiter de la radioactivité bêta qu’il vient de modéliser et grâce à laquelle un neutron peut se transformer en proton (ou le contraire). Pour son expérience, Fermi part de l’idée qu’en bombardant de neutrons des noyaux d’uranium, ceux-ci vont finir par absorber un neutron qui, sous l’effet la radioactivité bêta, se transformera en proton. Le noyau aura finalement gagné un proton, ce qui aura "transmuté" l’uranium à 92 protons en élément nouveau à 93 protons (que Fermi appellera ausénium). Après une nouvelle étape, celui-ci se métamorphosera en élément à 94 protons (nommé hespérium). La difficulté de l’expérience consiste à détecter la présence de ces nouveaux éléments. Fermi ne les identifie pas chimiquement : il se contente de constater que l’expérience produit deux "choses" radioactives dont les caractéristiques sont inconnues. Pour lui, c’est la preuve, certes indirecte, mais la preuve quand même, qu’il a synthétisé deux nouveaux éléments.

Comme l’explique Martin Quack, chercheur à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich, dans l’article qu’il a récemment consacré à cette histoire (publié par Angewandte Chemie International Edition), Enrico Fermi est au départ plutôt prudent dans sa formulation. Mais les années passant et rien ne venant contredire cette interprétation, cette prudence s’estompe et l’on considère le résultat comme acquis, d’autant que la stature scientifique de l’Italien est immense. La chimiste allemande Ida Noddack tente bien d’avancer que le niveau de preuve n’est pas suffisant, mais personne ne tient vraiment compte de ses objections. Un magnifique cas d’école de l’aveuglement des experts.

Tout se précipite à la fin 1938, comme dans un thriller scientifique où le temps se condense et s’accélère. Le 12 décembre, Enrico Fermi reçoit à Stockholm son prix Nobel des mains du roi de Suède. Il en profite pour fuir aux Etats-Unis, la situation de son épouse, qui est juive, étant de plus en plus précaire dans l’Italie mussolinienne. Une semaine plus tard, le 19, le chimiste allemand Otto Hahn, qui a, avec Fritz Strassmann, reproduit l’expérience de Fermi, envoie ses résultats à sa consœur Lise Meitner : les produits de l’expérience ne sont pas des éléments superlourds. Au contraire, cela ressemble à des isotopes inconnus d’éléments plus légers, notamment du baryum (56 protons). Mais comment diable de l’uranium peut-il donner du baryum ? Pendant les vacances de Noël, Lise Meitner discute avec son neveu, Otto Frisch de la possibilité théorique qu’un noyau d’uranium se brise pour donner des noyaux plus légers. Ils écrivent un article en ce sens qui sera publié en février 1939. Ce qu’avait réalisé Enrico Fermi sans le comprendre, c’était la première expérience de fission nucléaire !

Le coupable était dans l’uranium. Le minerai naturel d’uranium contient deux isotopes de cet élément. Le premier, l’uranium 238 (92 protons + 146 neutrons) est de très loin le plus courant puisqu’il représente plus de 99 % du minerai. Le second, l’uranium 235 (92 protons + 143 neutrons) est beaucoup plus rare (0,7 %) au point qu’on peut le considérer comme une impureté. C’est lui qui est fissile et que l’on emploie dans de nombreux réacteurs nucléaires. Et c’est aussi lui qui se trouvait dans la bombe atomique d’Hiroshima. Dans l’expérience de Fermi, le bombardement de neutrons n’a, contrairement à ce qu’espérait le savant italien, rien fait aux atomes d’uranium 238. En revanche, il a provoqué la fission des noyaux d’uranium 235. Les produits nouveaux qu’a détectés l’Italien étaient des produits de fission, des éléments plus légers, inconnus sous cette forme radioactive, comme le baryum 140.

Enrico Fermi méritait sans doute un Nobel et il est dommage qu’il l’ait reçu pour une expérience mal interprétée et pas assez approfondie. Dès qu’il apprit la découverte de Hahn et Strassmann, début 1939, il modifia son discours de réception du prix pour intégrer ce nouveau résultat, preuve d’une grande honnêteté intellectuelle. Les deux chercheurs allemands reçurent le Nobel de chimie 1944 pour la fission nucléaire (Lise Meitner étant scandaleusement oubliée dans l’histoire) et, d’une certaine manière, pour avoir corrigé l’erreur de Fermi. Ce dernier réalisa, en collaboration avec Leo Szilard, la première pile atomique en 1942, c’est-à-dire la première réaction nucléaire en chaîne contrôlée de l’histoire. Et, bien sûr, Fermi travailla pour le projet Manhattan qui mena à la bombe atomique. Quant aux éléments 93 et 94, le neptunium et le plutonium, ils furent bel et bien produits selon le processus qu’avait prévu Fermi. En 1951, on donna donc de nouveau un prix Nobel (de chimie) à ceux qui les avaient mis en évidence, mais cette fois-ci pour de vrai : Glenn Seaborg et Edwin McMillan.

Trois-quarts de siècle après le Nobel de l’erreur, l’histoire vient rappeler que la science a deux versants inséparables, le côté créatif et le côté critique. Comme le souligne Martin Quack dans son article, "la composante créative s’engage dans de nouvelles idées et dans des avenues inexplorées (…). Elle se vend bien grâce au terme chic de "nouveau". Cependant, la composante critique est tout aussi importante que la composante créative. Elle interroge le résultat "nouveau", soumettant ses faiblesses à une critique sévère, répétant et testant les résultats dans de longues enquêtes impliquant un dur labeur. Souvent elle rejette ou corrige le résultat original et mène parfois à une découverte encore plus frappante." Vérifier les résultats des autres a des airs austères et tristes de police scientifique mais conduit parfois à la révolution.


Mimétisme: Qui s’assemble se ressemble (What if it was flocks that made birds of a feather ?)

18 juillet, 2013

http://www.fubiz.net/wp-content/uploads/2009/02/babeltalesscreamingdreamers.jpghttp://www.ethanham.com/blog/uploaded_images/CommunicatingCommunity-731129.jpghttp://www.v1gallery.com/artistimage/image/588/BABELTALES.MemoryLane.jpg?1237219558Il leur dit: Allez! Ils sortirent, et entrèrent dans les pourceaux. Et voici, tout le troupeau se précipita des pentes escarpées dans la mer, et ils périrent dans les eaux. Matthieu 8: 31-32
Ils se retirèrent un à un, depuis les plus âgés jusqu’aux derniers. Jean 8: 9
Comme le Père m’a aimé, je vous ai aussi aimés. Demeurez dans mon amour. Jésus (Jean 15: 9)
Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de coeur; et vous trouverez du repos pour vos âmes.Car mon joug est doux, et mon fardeau léger. Jésus (Matthieu 11: 28-30)
Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l’un, et aimera l’autre; ou il s’attachera à l’un, et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon. Jésus (Matthieu 6: 24)
Si donc nous maintenons notre premier principe, à savoir que nos gardiens, dispensés de tous les autres métiers, doivent être les artisans tout dévoués de l’indépendance de la cité, et négliger ce qui n’y porte point, il faut qu’ils ne fassent et n’imitent rien d’autre ; s’ils imitent, que ce soient les qualités qu’il leur convient d’acquérir dès l’enfance : le courage, la tempérance, la sainteté, la libéralité et les autres vertus du même genre ; mais la bassesse, ils ne doivent ni la pratiquer ni savoir habilement l’imiter, non plus qu’aucun des autres vices, de peur que de l’imitation ils ne recueillent le fruit de la réalité. Ou bien n’as-tu pas remarqué que l’imitation, si depuis l’enfance on persévère à la cultiver, se fixe dans les habitudes et devient une seconde nature pour le corps, la voix et l’esprit ? Certainement, répondit-il. Nous ne souffrirons donc pas, repris-je, que ceux dont nous prétendons prendre soin et qui doivent devenir des hommes vertueux, imitent, eux qui sont des hommes, une femme jeune ou vieille, injuriant son mari, rivalisant avec les dieux et se glorifiant de son bonheur, ou se trouvant dans le malheur, dans le deuil et dans les larmes ; à plus forte raison n’admettrons-nous pas qu’ils l’imitent malade, amoureuse ou en mal d’enfant. Non, certes, dit-il. Ni qu’ils imitent les esclaves, mâles ou femelles, dans leurs actions serviles. Cela non plus. Ni, ce semble, les hommes méchants et lâches qui font le contraire de ce que nous disions tout à l’heure, qui se rabaissent et se raillent les uns les autres, et tiennent des propos honteux, soit dans l’ivresse, soit de sang-froid ; ni toutes les fautes dont se rendent coupables de pareilles gens, en actes et en paroles, envers eux-mêmes et envers les autres. Je pense qu’il ne faut pas non plus les habituer à contrefaire le langage et la conduite des fous; car il faut connaître les fous et les méchants, hommes et femmes, mais ne rien faire de ce qu’ils font et ne pas les imiter. Cela est très vrai, dit-il. Quoi donc? poursuivis-je, imiteront-ils les forgerons, les autres artisans, les rameurs qui font avancer les trirèmes, les maîtres d’équipage, et tout ce qui se rapporte à ces métiers ? Et comment, répliqua-t-il, le leur permettrait-on, puisqu’ils n’auront même pas le droit de s’occuper d’aucun de ces métiers ? Et le hennissement des chevaux, le mugissement des taureaux, le murmure des rivières, le fracas de la mer, le tonnerre et tous les bruits du même genre, les imiteront-ils ? Non, répondit-il, car il leur est interdit d’être fous et d’imiter les fous. Platon
Nous sommes automates dans les trois quarts de nos actions. Leibniz
Qu’est‑ce que nos principes naturels, sinon nos principes accoutumés ? Et dans les enfants, ceux qu’ils ont reçus de la coutume de leurs pères, comme la chasse dans les animaux ? Une différente coutume en donnera d’autres principes naturels. Cela se voit par expérience. Pascal
C’est la coutume…. qui fait tant de chrétiens ; c’est elle qui fait les Turcs, les païens, les métiers, les soldats. Pascal 
C’est être superstitieux de mettre son espérance dans les formalités, mais c’est être superbe de ne vouloir s’y soumettre. (…) Il faut que l’extérieur soit joint à l’intérieur pour obtenir de Dieu; c’est-à-dire que l’on se mette à genoux, prie des lèvres, etc., afin que l’homme orgueilleux qui n’a voulu se soumettre à Dieu soit maintenant soumis à la créature. Attendre de cet extérieur le secours est être superstitieux; ne vouloir pas le joindre à l’intérieur est être superbe. (…) Les autres religions, comme les païennes, sont plus populaires, car elles sont en extérieur, mais elles ne sont pas pour les gens habiles. Une religion purement intellectuelle serait plus proportionnée aux habiles, mais elle ne servirait pas au peuple. La seule religion chrétienne est proportionnée à tous, étant mêlée d’extérieur et d’intérieur. Elle élève le peuple à l’intérieur, et abaisse les superbes à l’extérieur, et n’est pas parfaite sans les deux, car il faut que le peuple entende l’esprit de la lettre et que les habiles soumettent leur esprit à la lettre. (…) Car il ne faut pas se méconnaître, nous sommes automate autant qu’esprit. Et de là vient que l’instrument par lequel la persuasion se fait n’est pas la seule démonstration. Combien y a(-t-) il peu de choses démontrées? Les preuves ne convainquent que l’esprit, la coutume fait nos preuves les plus fortes et les plus rues. Elle incline l’automate qui entraîne l’esprit sans qu’il y pense. Qui a démontré qu’il sera demain jour et que nous mourrons, et qu’y a(-t-)il de plus cru? C’est donc la coutume qui nous en persuade. C’est elle qui fait tant de chrétiens, c’est elle qui fait les Turcs, les païens, les métiers, les soldats, etc. Il y a la foi reçue dans le baptême de plus aux chrétiens qu’aux païens. Enfin il faut avoir recours à elle quand une fois l’esprit a vu où est la vérité afin de nous abreuver et nous teindre de cette créance qui nous échappe à toute heure, car d’en avoir toujours les preuves présentes c’est trop d’affaire. Il faut acquérir une créance plus facile qui est celle de l’habitude qui sans violence, sans art, sans argument nous fait croire les choses et incline toutes nos puissances à cette croyance, en sorte que notre âme y tombe naturellement. Quand on ne croit que par la force de la conviction et que l’automate est incliné à croire le contraire ce n’est pas assez. Il faut donc faire croire nos deux pièces, l’esprit par les raisons qu’il suffit d’avoir vues une fois en sa vie et l’automate par la coutume, et en ne lui permettant pas de s’incliner au contraire. Inclina cor meum deus. La raison agit avec lenteur et avec tant de vues sur tant de principes, lesquels il faut qu’ils soient toujours présents, qu’à toute heure elle s’assoupit ou s’égare manque d’avoir tous ses principes présents. Le sentiment n’agit pas ainsi; il agit en un instant et toujours est prêt à agir. Il faut donc mettre notre foi dans le sentiment, autrement elle sera toujours vacillante. Pascal
Si un homme ne marche pas au pas de ses camarades, c’est qu’il entend le son d’un autre tambour. Thoreau
Il nous arriverait, si nous savions mieux analyser nos amours, de voir que souvent les femmes ne nous plaisent qu’à cause du contrepoids d’hommes à qui nous avons à les disputer (…) ce contrepoids supprimé, le charme de la femme tombe. On en a un exemple dans l’homme qui, sentant s’affaiblir son goùt pour la femme qu’il aime, applique spontanément les règles qu’il a dégagées, et pour être sûr qu’il ne cesse pas d’aimer la femme, la met dans un milieu dangereux où il faut la protéger chaque jour. Proust
On ne peut pas observer les Dix commandments si on vit au sein d’une société qui ne les respecte pas. Un soldat doit porter l’uniforme et vivre à la caserne. Celui qui veut servir Dieu doit arborer les insignes de Dieu et s’écarter de ceux qui ne se soucient que d’eux-mêmes. La barbe, les papillottes, le châle de prière, les franges rituelles – tout cela fait partie de l’uniforme d’un juif. Ce sont les signes extérieurs de son appartenance au monde de Dieu, pas aux bas-fonds. Herz Dovid Grein (ombres sur l’Hudson, Isaac Bashevis Singer, 1957)
Pénétrez dans une demeure de paysan et regardez son mobilier : depuis sa fourchette et son verre jusqu’à sa chemise, depuis ses chenets jusqu’à sa lampe, depuis sa hache jusqu’à son fusil, il n’est pas un de ses meubles, de ses vêtements ou de ses instruments, qui, avant de descendre jusqu’à sa chaumière, n’ait commencé par être un objet de luxe à l’usage des rois ou des chefs guerriers, ou ecclésiastiques, puis des seigneurs, puis des bourgeois, puis des propriétaires voisins. Faites parler ce paysan : vous ne trouverez pas en lui une notion de droit, d’agriculture, de politique ou d’arithmétique, pas un sentiment de famille ou de patriotisme, pas un vouloir, pas un désir, qui n’ait été à l’origine une découverte ou une initiative singulière, propagée des hauteurs sociales, graduelle­ment, jusqu’à son bas-fonds. Tarde (1890)
I see Babel Tales as both musical and as a musical. A musical in the sense that it seems everyone in the images has stopped what they are doing to participate in some predetermined choreography – to tell a story, although perhaps it is one, which cannot be fully understood. They are musical in the sense that every person is like an instrument, they all have different sounds, but because they are all more or less performing the same actions, it’s as if they are playing a song together. These songs or stories are, in a way, a meta-story looking into the chaos of the mass of people; the mass of stories is exiting in one city. This fascination of mine comes from films where peoples’ paths cross in serendipitous or clandestine ways, particularly Short Cuts by Robert Altman and Magnolia by Paul Thomas Anderson. I am trying to show another way of finding commonalities between people, outside race or religion or any sort of predefined background. Where does the individual end and the group begin? And how do you define human behavior if this line is blurred? I think the answers lie somewhere when coincidences are too symbolic to be true, in magical points in time, or Cartier-Bresson’s decisive moment, where randomness always has a place where it clicks. Peter Frunch
Le phénomène est déjà fabuleux en soi. Imaginez un peu : il suffit que vous me regardiez faire une série de gestes simples – remplir un verre d’eau, le porter à mes lèvres, boire -, pour que dans votre cerveau les mêmes zones s’allument, de la même façon que dans mon cerveau à moi, qui accomplis réellement l’action. C’est d’une importance fondamentale pour la psychologie. D’abord, cela rend compte du fait que vous m’avez identifié comme un être humain : si un bras de levier mécanique avait soulevé le verre, votre cerveau n’aurait pas bougé. Il a reflété ce que j’étais en train de faire uniquement parce que je suis humain. Ensuite, cela explique l’empathie. Comme vous comprenez ce que je fais, vous pouvez entrer en empathie avec moi. Vous vous dites : « S’il se sert de l’eau et qu’il boit, c’est qu’il a soif. » Vous comprenez mon intention, donc mon désir. Plus encore : que vous le vouliez ou pas, votre cerveau se met en état de vous faire faire la même chose, de vous donner la même envie. Si je baille, il est très probable que vos neurones miroir vont vous faire bailler – parce que ça n’entraîne aucune conséquence – et que vous allez rire avec moi si je ris, parce que l’empathie va vous y pousser. Cette disposition du cerveau à imiter ce qu’il voit faire explique ainsi l’apprentissage. Mais aussi… la rivalité. Car si ce qu’il voit faire consiste à s’approprier un objet, il souhaite immédiatement faire la même chose, et donc, il devient rival de celui qui s’est approprié l’objet avant lui ! (…) C’est la vérification expérimentale de la théorie du « désir mimétique » de René Girard ! Voilà une théorie basée au départ sur l’analyse de grands textes romanesques, émise par un chercheur en littérature comparée, qui trouve une confirmation neuroscientifique parfaitement objective, du vivant même de celui qui l’a conçue. Un cas unique dans l’histoire des sciences ! (…) Notre désir est toujours mimétique, c’est-à-dire inspiré par, ou copié sur, le désir de l’autre. L’autre me désigne l’objet de mon désir, il devient donc à la fois mon modèle et mon rival. De cette rivalité naît la violence, évacuée collectivement dans le sacré, par le biais de la victime émissaire. À partir de ces hypothèses, Girard et moi avons travaillé pendant des décennies à élargir le champ du désir mimétique à ses applications en psychologie et en psychiatrie. En 1981, dans Un mime nommé désir, je montrais que cette théorie permet de comprendre des phénomènes étranges tels que la possession – négative ou positive -, l’envoûtement, l’hystérie, l’hypnose… L’hypnotiseur, par exemple, en prenant possession, par la suggestion, du désir de l’autre, fait disparaître le moi, qui s’évanouit littéralement. Et surgit un nouveau moi, un nouveau désir qui est celui de l’hypnotiseur. (…)  et ce qui est formidable, c’est que ce nouveau « moi » apparaît avec tous ses attributs : une nouvelle conscience, une nouvelle mémoire, un nouveau langage et des nouvelles sensations. Si l’hypnotiseur dit : « Il fait chaud » bien qu’il fasse frais, le nouveau moi prend ces sensations suggérées au pied de la lettre : il sent vraiment la chaleur et se déshabille. (…) On comprend que la théorie du désir mimétique ait suscité de nombreux détracteurs : difficile d’accepter que notre désir ne soit pas original, mais copié sur celui d’un autre. Pr Jean-Michel Oughourlian
Les neurones miroirs sont des neurones qui s’activent, non seulement lorsqu’un individu exécute lui-même une action, mais aussi lorsqu’il regarde un congénère exécuter la même action. On peut dire en quelque sorte que les neurones dans le cerveau de celui/celle qui observe imitent les neurones de la personne observée; de là le qualitatif ‘miroir’ (mirror neurons). C’est un groupe de neurologues italiens, sous la direction de Giacomo Rizzolati (1996), qui a fait cette découverte sur des macaques. Les chercheurs ont remarqué – par hasard – que des neurones (dans la zone F5 du cortex prémoteur) qui étaient activés quand un singe effectuait un mouvement avec but précis (par exemple: saisir un objet) étaient aussi activés quand le même singe observait simplement ce mouvement chez un autre singe ou chez le chercheur, qui donnait l’exemple. Il existe donc dans le cerveau des primates un lien direct entre action et observation. Cette découverte s’est faite d’abord chez des singes, mais l’existence et l’importance des neurones miroirs pour les humains a été confirmée. Dans une recherche toute récente supervisé par Hugo Théoret (Université de Montréal), Shirley Fecteau a montré que le mécanisme des neurones miroirs est actif dans le cerveau immature des petits enfants et que les réseaux de neurones miroirs continuent de se développer dans les stades ultérieurs de l’enfance. Il faut ajouter ici que les savants s’accordent pour dire que ces réseaux sont non seulement plus développés chez les adultes (comparé aux enfants), mais qu’ils sont considérablement plus évolués chez les hommes en général comparé aux autres primates. Simon De Keukelaere
Faut-il se méfier de l’influence d’un ou d’une ami(e) obèse sur sa ligne ? Une étude américaine publiée, jeudi 26 juillet, dans la très sérieuse revue médicale New England Journal of Medecine, semble accréditer cette idée. Ainsi, le risque pour une personne de devenir obèse augmente de 57 % si il ou elle a un(e) ami(e) devenu(e) obèse. Si ce proche est du même sexe, la probabilité grimpe à 71 % et pour les hommes à 100 %. Las, s’il s’agit de son meilleur ami, le risque s’envole à 171 % ! Frères et soeurs représentent, eux, un risque accru de 40 % et les conjoint(e)s de 37 %. Le Monde
"Les gens qui sont entourés par beaucoup de gens heureux (…) ont plus de chance d’être heureux dans le futur. Les statistiques montrent que ces groupes heureux sont bien le résultat de la contagion du bonheur et non seulement d’une tendance de ces individus à se rapprocher d’individus similaires," précisent les chercheurs. Les chances de bonheur augmentent de 8 % en cas de cohabitation avec un conjoint heureux, de 14 % si un proche parent heureux vit dans le voisinage, et même de 34 % en cas de voisins joyeux. Ces recherches "sont une raison supplémentaire de concevoir le bonheur, comme la santé, comme un phénomène collectif" expliquent-ils. Le Monde
Si le chant possède bien des vertus (lutte contre le stress, amélioration des capacités respiratoires), cet art quand il est pratiqué en groupe cache encore quelques mystères. Des scientifiques suédois viennent pourtant de révéler que lorsque plusieurs personnes chantent à l’unisson, leurs battements de cœur se synchronisent. En effet, non seulement les différentes voix d’une chorale s’harmonisent mais également ses pulsations du cœur. En prenant le pouls des participants de 15 chorales différentes, ils ont remarqué que leur rythme cardiaque s’accélérait ou ralentissait à la même vitesse. (…) Les recherches ont prouvé en outre que plus le morceau est structuré en différentes parties, plus les battements s’harmonisent. L’effet est encore plus visible quand le morceau choisi repose sur une rythmique lente. (…) Cette découverte rappelle ainsi la pratique du yoga dans lequel le contrôle de la respiration et son harmonisation joue un rôle important. Le HuffPost
Prier contre la maladie d’Alzheimer n’est pas seulement un acte de foi, mais peut être un geste thérapeutique. Selon une étude menée conjointement en Israël et aux États-Unis avec un financement de l’Institut national de la santé américain, la prière constitue un antidote très efficace qui permettrait de réduire de moitié chez les femmes les risques de contracter la maladie d’Alzheimer ou d’être victimes de pertes de mémoire et de démence «légères». Le Figaro
Revenons pour ce faire à notre précédent exemple du cri chez le bébé et observons tout d’abord que sa persistance dans le temps aura d’autant plus de chance de se produire que d’autres bébés se trouveront à proximité. C’est le phénomène bien connu de contagion du cri qui s’observe régulièrement lorsque plusieurs bébés sont rassemblés dans un même espace : pouponnière, crèche, etc. Dans un tel cadre, la hantise des soignants ou des éducateurs est que par ses cris, un bébé mette en émoi tout le groupe car le concert de cris peut alors durer de longues heures avant que la fatigue ne reprenne le dessus et permette un retour au calme toujours précaire. Remarquons que la hantise des responsables de ces tout petits hommes est exactement la même que celle de nos responsables politiques. Depuis la Révolution, ceux-ci ont bien compris que leur pire ennemi étaient les foules humaines solidarisées (prises en masse) dans un même élan acquis par imitation réciproque. Au XIXe siècle, les premières psychologies sociales (cf. Tarde, Le Bon, Sighele, Baldwin, etc.) répondent avant tout au besoin de comprendre (et de contrôler) ces « foules délinquantes » qui renversent l’ordre établi et font les révolutions. Toutes vont converger vers cet aspect fondamental de la psyché humaine qu’est l’imitation. Au XXe siècle, les mouvements fascistes en tireront d’ailleurs de très puissantes stratégies de manipulation des masses. (…) Tels des bébés qui, portés par l’imitation réciproque, se solidarisent dans un cri unanime et se canalisent donc les uns les autres vers une même activité à laquelle ils s’adonnent avec frénésie, de tout leur être, nous sommes dans quasiment tous les aspects de nos vies des êtres soumis aux normes des groupes et des communautés auxquels nous pensons appartenir, en particulier, celles de la société occidentale individualiste qui nous formate à l’idée que nous sommes des êtres rationnels, indépendants, autonomes, doués de libre-arbitre et donc rebelles à toutes les formes d’influence sociale. (…) Les meilleurs amis du monde sont souvent ceux qui, au travers d’un progressif « accordage » de leurs représentations, de leurs goûts et de leurs affects en viennent à être des « alter ego » l’un pour l’autre. Bien sûr, aucun ne cessera de voir ce qui le différencie de l’autre, mais leur proximité, et plus exactement leur similitude sur un grand nombre de points n’échappera pas à l’observateur extérieur. Cette logique d’accrochage automatique des cycles de l’habitude permet de comprendre l’omniprésence des phénomènes du genre il bâille, je bâille, il tousse, je tousse, il boit, j’ai soif, il mange, ça me donne faim, il regarde ici ou là, je regarde ici et là, il a peur, j’angoisse, il est serein, je suis rassuré, etc. (…) Que les choses soient claires : la soumission aux normes n’est jamais qu’un panurgisme, une imitation de la dynamique du troupeau auquel nous pensons appartenir. Manipulations et propagandes n’existent que parce que nous sommes toujours-déjà portés à l’imitation et au suivisme. Luc-Laurent Salvador

Et si c’était plutôt: qui s’assemble se ressemble ?

Conversation, combat, danse, amour, cris du bébé, baillements, toux, sourires, (fous) rires, chants, prières, prise alimentaire, obésité, anorexie/boulimie, rythmes respiratoire et cardiaque, mentruation (du latin mensis « mois", proche du grec mene "lune"), hystérie collective …

Alors qu’avec le dernier exemple en date du chant en groupe qui mène à l’harmonisation des rythmes cardiaques …

Mais aussi après les neurones-miroirs, les "bâtiments qui tombent malades", les choix politiques ou amoureux, les "orientations sexuelles", les bienfaits (ou méfaits) de la pratique religieuse ou parareligieuse (yoga, méditation), le bonheur, les épidémies de suicides,  attentats-suicides, divorces, émeutes

Pendant que sur la scène politique et aux cris d’allah akbar, le prétendu "printemps arabe" continue son inexorable et explosive progression …

La science comme l’actualité démontrent chaque jour un peu plus les effets de contagion dont, pour le meilleur comme pour le pire, sont faits les moindres de nos affects, émotions et comportements …

Comment ne pas voir le psychologue social Luc-Laurent Salvador …

Après Platon, Tarde et Girard …

Mais aussi contre la fiction moderne et occidentale de l’individualisme naturel et spontané (et de la commode et rassurante contre-fiction de la propagande et de la manipulation comme corruption de celui-ci) …

Et des bébés en crèche aux casseurs en meute ou aux fidèles assemblés …

Comme des simples amis ou amoureux en conversation aux ennemis ou combattants en lutte …

La formidable machine mimétique ou « machine à imiter » que nous sommes finalement tous ?

Théorie de la mimesis générale

Luc-Laurent Salvador
Agoravox
8 février 2013

Dans ce cinquième volet de notre introduction à la psychologie synthétique (cf. 1, 2, 3, 4), nous abordons la partie peut-être la plus fascinante de la psychologie humaine, à savoir, notre tendance à l’imitation. Bien connue depuis Platon, qui parlait de mimesis, elle n’a cessé depuis de faire l’objet d’un formidable déni au travers duquel nous tentons de croire en la vision romantique de l’être humain libre et indépendant dans ses désirs, ses choix et ses actes. De Spinoza à René Girard en passant par Tarde, Le Bon ou même Freud, nombre d’auteurs ont traité de l’imitation et de ses effets de contagion, mentale et comportementale, auxquels aucun aspect de l’humain n’échappe. Nul mécanisme explicatif de l’imitation n’a cependant fait l’objet d’un consensus. Nous allons nous tenir au plus ancien d’entre-eux, la réaction circulaire, qui n’est au fond qu’une formulation savante de l’habitude et dont le principe peut se retrouver dans chacun des mécanismes qui ont ensuite été proposés. Cette notion présentée dans le précédent article nous permettra de comprendre que si l’Homme est bien un être d’habitudes (postulat unique de la psychologie synthétique), alors, il est avant toute chose, une « machine à imiter ».

La première fois que j’ai présenté dans un cadre scientifique l’hypothèse selon laquelle l’humain serait une sorte de machine mimétique constamment portée à l’imitation, un auditeur malicieux m’a lancé « et quand on fait l’amour, on imite » ?

Si on pense que l’imitation c’est faire le perroquet, le mouton de panurge ou, au mieux, le bon élève, on pourrait voir là une objection sérieuse. Car lorsqu’ on fait l’amour, on est au plus près de soi-même, on se sent dans la pure spontanéité et certainement pas dans un quelconque suivisme.

Toutefois, réfléchissons, un couple qui fait l’amour, c’est quand même bien deux personnes qui tendent à maximiser leur similitude puisqu’elles sont … :

  • venues sur le même lieu
  • venues là au même moment
  • tôt ou tard, pareillement nues
  • toutes les deux dans le même contact peau à peau ; souvent elles sont lèvres à lèvres et, par hypothèse, sexe à sexe
  • toutes deux à se plonger dans le regard l’une de l’autre
  • toutes deux avec une respiration synchrone
  • toutes les deux à entretenir des mouvements de la zone pelvienne sur un même rythme, donc de manière synchrone.

Il apparaît donc que, par une imitation réciproque de tous les instants principalement affirmée dans l’accordage des rythmes, ces deux personnes en sont venues à se ressembler autant qu’il est possible et cela constitue, à mon sens, un parfait exemple d’imitation.

La seule différence remarquable qui persiste entre ces deux êtres, c’est celle des sexes — du moins pour un couple hétérosexuel. Mais là encore, le concave n’est-il pas une imitation en creux du convexe et inversement ? La serrure n’est-elle pas une reproduction en creux de la clé et inversement ?

Cette ressemblance active des partenaires fait leur unité et on peut même dire leur harmonie car on peut se faire à l’idée qu’elles se sont progressivement accordées un peu comme le feraient deux magnifiques instruments de musique disposés à jouer une symphonie proprement céleste.

Aussi étrange que cela puisse paraître, cet accordage est, toutes choses égales par ailleurs, le même que celui opéré par deux personnes en conversation ou deux personnes qui se battent. Les interlocuteurs ou les protagonistes se calent en effet sur les mêmes rythmes (ceux du tour de paroles ou du « coup pour coup ») et en viennent à se ressembler étrangement dans leur attitudes, leurs comportements, leurs émotions, etc.

Selon le psychosociologue Gabriel Tarde, toutes les interactions humaines seraient mimétiques d’une manière ou d’une autre. Autrement dit, l’imitation serait omniprésente et constituerait ni plus ni moins que « le fait social élémentaire ». Nous avons beaucoup de peine à imaginer la généralité et la puissance de ce processus, mais Tarde nous offre de remarquables illustrations… :

« Pénétrez dans une demeure de paysan et regardez son mobilier : depuis sa fourchette et son verre jusqu’à sa chemise, depuis ses chenets jusqu’à sa lampe, depuis sa hache jusqu’à son fusil, il n’est pas un de ses meubles, de ses vêtements ou de ses instruments, qui, avant de descendre jusqu’à sa chaumière, n’ait commencé par être un objet de luxe à l’usage des rois ou des chefs guerriers, ou ecclésiastiques, puis des seigneurs, puis des bourgeois, puis des propriétaires voisins. Faites parler ce paysan : vous ne trouverez pas en lui une notion de droit, d’agriculture, de politique ou d’arithmétique, pas un sentiment de famille ou de patriotisme, pas un vouloir, pas un désir, qui n’ait été à l’origine une découverte ou une initiative singulière, propagée des hauteurs sociales, graduelle­ment, jusqu’à son bas-fonds. » Tarde, Philosophie pénale, 1890 p. 39

Cette généralité du fait mimétique, quoi que nous en pensions, nous, — individus civilisés, libres et indépendants du XXIe siècle — n’y sommes pas étrangers, loin s’en faut

Que cela nous plaise ou non, nous prenons modèles, ici et là, d’un bout à l’autre de nos vies. Deux cas sont possibles : soit nous aimons être « tendance », suivre les modes, au gré des vents médiatiques, publicitaires et propagandistes, soit nous pensons résister à cela… en suivant d’autres modèles plus conservateurs, avec des valeurs et une culture que nous avons précédemment intériorisées — c’est-à-dire imitées — et auxquelles nous restons fidèles en les reproduisant avec constance.

Autrement dit, que nous ayons l’habitude du changement ou celle de la constance, nous sommes toujours dans l’habitude de l’imitation.

Au final, toute la différence entre ces deux extrêmes tient aux rythmes auxquels nous nous « accordons » aux autres : soit ils sont rapides et rendent le changement manifeste, soit ils sont lents et nous semblont alors cultiver la constance alors que, dans un cas comme dans l’autre, nous suivons le rythme et donc, nous imitons.

Comme le disait excellement le poète Thoreau : « si un homme ne marche pas au pas de ses camarades, c’est qu’il entend le son d’un autre tambour ». Comprenons qu’ à chaque instant, l’homme « reproduit » quelque chose, il imite donc. Ce qui n’enlève rien au fait qu’il puisse avoir sa propre manière de marcher. Disons le clairement une bonne fois pour toutes : la différence n’annule pas la ressemblance. Une reproduction peut être originale en amenant des variations ou des différences, elle n’en reste pas moins une reproduction.

Ceci étant, comment comprendre la généralité du fait mimétique, comment l’expliquer ?

Ainsi que je l’ai déjà suggéré plusieurs fois, si on considère l’habitude, comme étant (1) d’une absolue généralité et (2) une véritable « machine à imiter », l’omniprésence des phénomènes d’imitation cesse d’être un mystère.

C’est cette hypothèse que nous allons à présent explorer, l’objectif étant de comprendre comment il se pourrait faire que l’imitation soit le produit logique, nécessaire, automatique de l’habitude, c’est-à-dire, résulte inévitablement du fonctionnement des cycles perception-action ou des réactions circulaires dont nous sommes constitués.

Revenons pour ce faire à notre précédent exemple du cri chez le bébé et observons tout d’abord que sa persistance dans le temps aura d’autant plus de chance de se produire que d’autres bébés se trouveront à proximité. C’est le phénomène bien connu de contagion du cri qui s’observe régulièrement lorsque plusieurs bébés sont rassemblés dans un même espace : pouponnière, crèche, etc.

Dans un tel cadre, la hantise des soignants ou des éducateurs est que par ses cris, un bébé mette en émoi tout le groupe car le concert de cris peut alors durer de longues heures avant que la fatigue ne reprenne le dessus et permette un retour au calme toujours précaire.

Remarquons que la hantise des responsables de ces tout petits hommes est exactement la même que celle de nos responsables politiques. Depuis la Révolution, ceux-ci ont bien compris que leur pire ennemi étaient les foules humaines solidarisées (prises en masse) dans un même élan acquis par imitation réciproque.

Au XIXe siècle, les premières psychologies sociales (cf. Tarde, Le Bon, Sighele, Baldwin, etc.) répondent avant tout au besoin de comprendre (et de contrôler) ces « foules délinquantes » qui renversent l’ordre établi et font les révolutions. Toutes vont converger vers cet aspect fondamental de la psyché humaine qu’est l’imitation. Au XXe siècle, les mouvements fascistes en tireront d’ailleurs de très puissantes stratégies de manipulation des masses [1].

Notons que si on a beaucoup glosé sur la manipulation, c’est d’abord pour préserver l’idéal romantique du sujet en tant qu’être autonome dont le désir est absolument libre et absolument propre à sa personne ; c’est ensuite pour mieux masquer le fait que, le panurgisme étant ce qu’il est, le mensonge des dirigeants à l’égard du peuple a toujours été la norme et que nos « démocraties » capitalistes et consuméristes n’ont fait, en somme, qu’industrialiser une propagande (cf. The century of self) qui a été de toutes les époques.

Celle que nous connaissons actuellement a été d’autant plus efficace que tel un phare projettant dans nos esprits aveuglés le mythe de l’individu libre et autonome, elle a ipso facto produit la matrice d’une modernité dont elle se voudrait, autant que possible, absente.

Nous croyons mordicus en notre autonomie et notre libre-arbitre, nous les posons en principe explicatif de nos actes et, cette habitude de pensée, présente au plus intime de notre expérience quotidienne, structure automatiquement cette dernière de manière à se perpétuer indéfiniment, comme toute habitude digne de ce nom.

Autrement dit, si vous pensez vivre dans une société moderne, démocratique constituée d’individus libres et indépendants, il est clair que vous êtes vous-même victime de cette propagande née au XXe siècle. Vous pratiquez le même « grégarisme individualiste » que les Monty Python ont brillamment tourné en dérision dans cette séquence du savoureux film « La Vie de Brian ».

Tels des bébés qui, portés par l’imitation réciproque, se solidarisent dans un cri unanime et se canalisent donc les uns les autres vers une même activité à laquelle ils s’adonnent avec frénésie, de tout leur être, nous sommes dans quasiment tous les aspects de nos vies des êtres soumis aux normes des groupes et des communautés auxquels nous pensons appartenir, en particulier, celles de la société occidentale individualiste qui nous formate à l’idée que nous sommes des êtres rationnels, indépendants, autonomes, doués de libre-arbitre et donc rebelles à toutes les formes d’influence sociale.

Que les choses soient claires : la soumission aux normes n’est jamais qu’un panurgisme, une imitation de la dynamique du troupeau auquel nous pensons appartenir. Manipulations et propagandes n’existent que parce que nous sommes toujours-déjà portés à l’imitation et au suivisme. C’est pourquoi, avant de nous intéresser aux premières, il importe de comprendre la tendance à l’imitation.

D’où vient cette mimesis dont la puissance est telle que Platon allait jusqu’à nous prévenir de ne pas imiter ni la femme heureuse ou malheureuse, ni les esclaves, ni les méchants, ni les fous, ni « le hennissement des chevaux, le mugissement des taureaux, le murmure des rivières, le fracas de la mer, le tonnerre et tous les bruits du même genre… » (République 395d – 396b) ?

Platon nous met d’emblée sur la piste d’une affinité entre imitation et habitude qui est à présent bien connue :

« …n’as-tu pas remarqué que l’imitation, si depuis l’enfance on persévère à la cultiver, se fixe dans les habitudes et devient une seconde nature pour le corps, la voix et l’esprit ? » (République 395d – 396b)

C’est une évidence, l’imitation mène à la formation d’habitudes, bonnes ou mauvaises. Elle a donc constitué, depuis toujours, la base première de l’éducation. Mais cela ne suffit pas. Pour comprendre la généralité de l’imitation il importe que l’inverse soit vrai, à savoir, que l’habitude elle-même suscite l’imitation.

Le fait est que l’habitude est déjà un mécanisme de reproduction de comportements passés : les nôtres. Ne pourrait-elle aussi nous porter à la reproduction de comportements semblables, donc de comportements manifestés par nos semblables ?

C’est précisément ce que nous allons pouvoir constater. Pour cela, revenons à l’exemple de la réaction circulaire de cri du bébé qui est illustrée ci-dessous par la Figure 1. Pour résumer très vite, disons que cette réaction produit un cri qui est justement le stimulus qui la déclenche, l’entretient ou la stimule de sorte qu’elle ne cesse de se… reproduire.

Son mécanisme, excessivement simple, est constitué d’un simple lien sensori-(idéo)-moteur qui relie le percept à l’action motrice, faisant que l’actualité du premier amène la réalisation de la seconde.

En effet, à l’audition d’un stimulus, c’est-à-dire, d’un cri, la réaction circulaire qui le perçoit et le reconnaît comme semblable au sien va s’activer et reproduire le cri en question. Elle reproduit donc à nouveau « le stimulus qui la déclenche, l’entretient ou la stimule » et, dès lors, l’action consistant à crier va logiquement suivre, grâce le lien idéomoteur. La boucle est bouclée et peut se perpétuer ad libitum.

Ce modèle en cycle perception-action nous donne donc une explication très simple et immédiate du phénomène d’imitation : rien ne ressemblant plus à un cri de bébé qu’un autre cri de bébé, il est aisé de comprendre que le cri d’un quelconque bébé pourra stimuler la réaction circulaire de cri de n’importe quel autre bébé et souvent même de plusieurs autres. Ceci est illustré par la Figure 2.

En assimilant le cri de l’autre au sien propre, le bébé qui active sa réaction circulaire imite bel et bien son congénère puisqu’il reproduit son comportement en criant à son tour. Ce faisant, il renforce le stimulus et très vite les deux bébés crient de concert, produisant en chœur un signal plus puissant, plus stable qui entraînera progressivement tous les bébés alentours, même les plus sereins.

La phase clé de ce mécanisme mimétique est l’assimilation, c’est-à-dire, le fait qu’un individu perçoive le comportement de son congénère comme semblable au sien. C’est seulement parce que le bébé B assimile le cri de A au sien que cette perception peut enchaîner mécaniquement sur la production du même comportement, un cri, via le lien sensori-idéo-moteur constitutif de son habitude.

Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’une fois l’assimilation opérée, l’imitation suit automatiquement — sauf si un effort volontaire nous porte à inhiber ce comportement. Cette mécanicité de l’imitation peut déranger, mais elle ne peut nous surprendre dès lors qu’on la sait adossée à l’habitude, LE mécanisme automatique par excellence.

Considérons à présent ce qui se passe lorsque notre écosystème d’habitudes se trouve en présence d’une autre personne et donc d’un autre écosystème d’habitudes.

La chose est très simple : partout où les habitudes de l’un pourront assimiler les habitudes de l’autres, elles se verront activées et si rien ne vient les inhiber, il y aura reproduction, donc imitation, le plus souvent en toute inconscience.

Les meilleurs amis du monde sont souvent ceux qui, au travers d’un progressif « accordage » de leurs représentations, de leurs goûts et de leurs affects en viennent à être des « alter ego » l’un pour l’autre. Bien sûr, aucun ne cessera de voir ce qui le différencie de l’autre, mais leur proximité, et plus exactement leur similitude sur un grand nombre de points n’échappera pas à l’observateur extérieur.

Cette logique d’accrochage automatique des cycles de l’habitude permet de comprendre l’omniprésence des phénomènes du genre il bâille, je bâille, il tousse, je tousse, il boit, j’ai soif, il mange, ça me donne faim, il regarde ici ou là, je regarde ici et là, il a peur, j’angoisse, il est serein, je suis rassuré, etc.

C’est mathématique : si nous n’avons pas de raison d’inhiber, nous imitons, d’autant plus que nous nous sentons proches (semblables) des personnes avec qui nous sommes en interaction.

Lorsque deux personnes sont engagées dans une conversation amicale le simple fait de changer de posture d’une manière ou d’une autre — comme croiser ou décroiser les bras ou les jambes — augmente considérablement les chances que l’interlocuteur fasse de même car (a) non seulement il n’a concrètement aucune raison d’inhiber ce comportement mais (b) il a, au contraire, toutes les bonnnes raisons de le faire vu que l’impact en est très positif : c’est en effet le meilleur moyen de montrer une empathie « sincère », le fait que l’on est « en phase » avec le locuteur.

Même si nous n’en prenons généralement pas conscience, nous percevons et nous aimons que notre interlocuteur vienne se synchroniser avec nos rythmes, jusques et y compris le rythme respiratoire. Qui n’aime se sentir en accord, « accordé » et donc approuvé ?

Cet accrochage des rythme est d’ailleurs devenu la technique de manipulation de base de la PNL. Car celui à qui nous disons « oui » par notre attitude, celui que, manifestement, nous suivons, sera par la suite mimétiquement porté à nous dire « oui » lui aussi, il nous suivra beaucoup plus facilement. Cette imitation réciproque est ainsi un « accrochage » au sens propre car il y a alors moyen de « tirer » la personne concernée dans la direction souhaitée.

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En résumé, le modèle en réaction circulaire met en lumière ce grand secret de l’habitude qu’est sa tendance mimétique. L’habitude est un processus de reproduction qui, parce qu’il s’appuie sur une phase d’assimilation, ne peut pas ne pas être mimétique puisqu’il y a toujours moyen d’assimiler un semblable à soi et dès lors, la machinerie de reproduction de l’habitude ne pourra manquer de s’activer à une occasion ou une autre.

L’imitation a ainsi toutes raisons d’être aussi générale que l’habitude et c’est précisément ce qui n’a cessé d’être observé [2]. Non pas seulement au niveau du bâillement [3] mais dans absolument tous les registres de comportements.

Ceci est, bien sûr, davantage une annonce qu’un constat argumenté. Il conviendrait d’indiquer le lien qu’entretient précisément chaque domaine psychologique avec l’imitation. Il serait encore plus important d’expliquer comment et pourquoi l’imitation est tellement générale qu’elle concerne la biologie, la chimie et la physique — d’où le titre de cet article. Tout cela sera développé dans le prochain article car il est temps de donner une conclusion provisoire et donc, de revenir à la question de l’autisme.

Conclusion

Nous venons de faire l’hypothèse que tous les phénomènes de « contagion » comportementale ou mentale que nous connaissons peuvent se comprendre comme résultant d’une tendance mimétique inhérente au mécanisme de l’habitude.

En concevant celle-ci comme une réaction circulaire ou un cycle perception-action qui se ferme sur lui-même et tend donc à se répèter indéfiniment en assimilant le produit de sa propre activité, nous comprenons aisément que cette dernière pourra être déclenchée, entretenue ou stimulée si le cycle en question assimile pareillement le produit de l’activité d’un de ses semblables.

L’habitude et l’imitation dépendraient donc toutes deux de ce processus clé qu’est l’assimilation, c’est-à-dire, le fait de reconnaître deux formes comme semblables ; ce qu’en informatique et en sciences cognitives on désigne souvent par le terme anglais de « pattern matching ».

Ce constat devient particulièrement intéressant lorsque l’on sait que la plupart des animaux sont dotés d’une certaine capacité à reconnaître leur semblables. Et cela pour… :

  1. la reconnaissance, l’attachement et la relation du nouveau-né aux parents nourriciers (et réciproquement)
  2. la reconnaissance, l’attachement et toutes les formes de relation aux congénères tellement importantes pour les espèces sociales.
  3. la reconnaissance de l’autre en tant que possible partenaire sexuel

Ceci est, bien sûr, tout spécialement vrai pour le petit de l’Homme qui, dès la naissance, sait reconnaître et les formes et les mouvements humains. Ainsi, en voyant le dessin d’un visage, même très schématique, le bébé reconnaît un semblable, il se sent en sécurité et se met à sourire.

Ceci étant, demandons-nous ce qui se passerait pour un bébé qui, pour quelque raison que ce soit, ne serait pas capable de reconnaître la forme humaine, sa propre forme, et serait donc incapable de s’assimiler les êtres qui l’entourent ?

Mon hypothèse est que ce serait tout le tableau de l’autisme qui en découlerait. Comme je ne peux argumenter à présent, je vais me contenter d’illustrer ce que peut donner un déficit d’assimilation en citant Donna Williams, elle-même autiste et auteur d’un livre remarquable : « Nobody Nowhere » traduit en français sous le titre « Si on me touche, je n’existe plus ». Voici ce qu’elle écrivait :

« Je me rappelle mon premier rêve — ou du moins, c’est le premier dont je me rappelle. Je me déplaçais dans du blanc, sans aucun objet, juste du blanc. Des points lumineux de couleur duveteuse m’entouraient de toute part. Je passais à travers eux et ils passaient à travers moi. C’était le genre de choses qui me faisaient rire. Ce rêve est venu avant tous les autres où il y avait de la merde, des gens ou des monstres et certainement bien avant que je remarque la différence entre les trois. » (p. 3) (tr. auct.) C’est moi qui souligne

Au travers de ce rêve Donna Williams nous oriente directement vers la problématique de l’assimilation. C’est cette piste que nous tenterons de suivre dans le prochain article.


[1] Cf. le livre de Serge Moscovici (1985) L’ère des foules qui est très informatif sous ce rapport.

[3] cf. le moche et cependant très riche site baillement.com

Voir aussi:

Les chanteurs harmonisent leur rythme cardiaque quand ils pratiquent en groupe
Le HuffPost
Baptiste Piroja-Pattarone
11/07/2013

SANTÉ – Si le chant possède bien des vertus (lutte contre le stress, amélioration des capacités respiratoires), cet art quand il est pratiqué en groupe cache encore quelques mystères. Des scientifiques suédois viennent pourtant de révéler que lorsque plusieurs personnes chantent à l’unisson, leurs battements de cœur se synchronisent.

En effet, non seulement les différentes voix d’une chorale s’harmonisent mais également ses pulsations du cœur. En prenant le pouls des participants de 15 chorales différentes, ils ont remarqué que leur rythme cardiaque s’accélérait ou ralentissait à la même vitesse.

Inspirant, retenant leur souffle et expirant au même moment, les choristes coordonnent leur respiration sur le même tempo. "La pulsation s’accélère quand vous inspirez et ralentit quand vous expirez", explique le Dr Bjorn Vickhoff avant d’ajouter que "lorsque vous chantez, vous êtes en train d’expirer alors le rythme cardiaque augmente".

Les recherches ont prouvé en outre que plus le morceau est structuré en différentes parties, plus les battements s’harmonisent. L’effet est encore plus visible quand le morceau choisi repose sur une rythmique lente.

"Quand vous soufflez, vous activez le nerf vague (un nerf très important qui régule la digestion, la fréquence cardiaque) qui part du tronc cérébral jusqu’au cœur. Et quand celui-ci est activé, le cœur bat moins vite", explique le docteur. Cette découverte rappelle ainsi la pratique du yoga dans lequel le contrôle de la respiration et son harmonisation joue un rôle important.

Voir également:

La prière, une arme contre Alzheimer

Le Figaro

Marc Henry

26/07/2012

La prière régulière réduirait de 50 % le risque de souffrir de la maladie, selon une étude en Israël.

Prier contre la maladie d’Alzheimer n’est pas seulement un acte de foi, mais peut être un geste thérapeutique. Selon une étude menée conjointement en Israël et aux États-Unis avec un financement de l’Institut national de la santé américain, la prière constitue un antidote très efficace qui permettrait de réduire de moitié chez les femmes les risques de contracter la maladie d’Alzheimer ou d’être victimes de pertes de mémoire et de démence «légères». L’étude, lancée en 2003 auprès d’un échantillon de 892 Arabes israéliens âgés de plus de 65 ans, a été présentée récemment lors d’un colloque sur la maladie d’Alzheimer en Israël.

Le Pr Rivka Inzelberg, de la faculté de médecine de Tel-Aviv, qui a supervisé l’enquête, a précisé au quotidien israélien Haaretz «que, dans l’échantillon choisi, 60 % des femmes priaient cinq fois par jour, comme le veut la coutume musulmane, tandis que 40 % ne priaient que de façon irrégulière». «Nous avons constaté, dix ans après le début de l’étude, que les femmes pratiquantes du premier groupe (celles qui priaient cinq fois par jour) avaient 50 % de chances de moins de développer des problèmes de mémoire ou la maladie d’Alzheimer que les femmes du deuxième groupe», a ajouté la spécialiste. La prière, selon l’étude, a également une influence deux fois plus importante que l’éducation pour protéger les femmes contre cette dégénérescence cérébrale. «La prière est une coutume qui nécessite un investissement de la pensée, c’est sans doute l’activité intellectuelle liée à la prière qui pourrait constituer un facteur de protection ralentissant le développement de la maladie d’Alzheimer», a ajouté le Pr Rivka Inzelberg. Les tests n’ont pas été effectués parmi les hommes de ce groupe dans la mesure où le pourcentage de ceux qui ne priaient pas n’était que de 10 %, un taux insuffisant d’un point de vue statistique pour aboutir à des conclusions fiables. L’enquête a également permis de confirmer que la probabilité de souffrir de la maladie d’Alzheimer est deux fois plus importante chez les femmes que chez les hommes.

Parmi les autres facteurs de risque de présenter une démence de type Alzheimer, les chercheurs ont également retrouvé dans ce travail l’hypertension, le diabète, l’excès de graisses dans le sang et plus globalement les antécédents de maladies cardio-vasculaires.

Les bienfaits de la cannelle

Détail important, ces conclusions ne sont pas les premières à établir un lien entre pratiques religieuses ou spirituelles et santé. En 2005, des recherches effectuées en Israël avaient permis de constater que les activités spirituelles ont tendance à ralentir le processus de dépendance provoqué par la maladie d’Alzheimer. Une autre étude, menée sur un tout autre sujet, aussi en Israël, avait conclu que le taux de mortalité parmi les enfants était inférieur au sein des communautés très pratiquantes que parmi la population laïque.

Par ailleurs, le Pr Michael Ovadia, de l’université de Tel-Aviv, a réussi récemment à isoler une substance extraite de la cannelle qui freinerait le développement de la maladie d’Alzheimer. «L’avantage évident est que la cannelle n’est pas un médicament, mais un produit naturel n’ayant aucun effet secondaire», a affirmé le Pr Ovadia. Des expérimentations ont été entreprises sur des souris. Pour le moment, toutefois, il n’a pas encore été possible de produire à large échelle la molécule aux vertus curatives. Seule certitude, le marché est énorme avec 70.000 personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer en Israël et plus d’une vingtaine de millions dans le monde, selon les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé. En France, la maladie concerne 850.000 personnes. Les stratégies de prévention basées sur la pratique d’activités intellectuelles, sur le lien social et l’exercice physique ne doivent pas être négligées.

Voir aussi:

La prière, qu’est-ce que c’est?

Sans être une thérapie en tant que telle, il est indéniable que la prière peut avoir de véritables effets thérapeutiques, au-delà des connotations spirituelles ou religieuses. On peut affirmer au moins 2 choses sur la prière, lorsqu’on la considère comme une « modalité thérapeutique » :

  • Elle a des effets positifs observables et mesurables sur la santé.
  • On ne comprend pas bien quels sont les mécanismes qui entraînent ces effets.

Bien sûr, ces affirmations exigent certaines nuances. Les études sur les effets spécifiques de la prière sont relativement peu nombreuses, mais certaines ont démontré des résultats positifs. Les données actuelles semblent donc prometteuses et justifient la poursuite des recherches. Mais elles ne sont toutefois pas suffisamment concluantes pour faire accéder la prière au rang de « traitement médical »1-6.

Beaucoup de chercheurs sceptiques affirmaient toutefois, jusqu’à tout récemment, qu’en l’absence d’explication rationnelle permettant de comprendre comment agirait la prière, on avait affaire au mieux à des effets placebos, au pire à des fraudes7. Ce point de vue prévaut toutefois de moins en moins. En effet, plusieurs hypothèses sont désormais étudiées sérieusement; elles vont de la théorie quantique à la psychoneuroimmunologie (approches corps-esprit) en passant par la réponse de relaxation et même l’intervention « d’entités spirituelles » (voir plus loin).

Les scientifiques sont toutefois peu enclins à envisager des explications qui fassent appel à des notions comme la spiritualité ou la transcendance. Sans nier l’existence de tels phénomènes, ni même leur influence réelle sur la santé, ils préfèrent généralement exclure ces notions de leurs champs d’investigation.

En ce qui concerne la pratique religieuse, les données sont plus concluantes. De nombreuses synthèses d’études et des méta-analyses établissent un lien clair entre la pratique religieuse et la santé. Cela a d’ailleurs mené à la création d’un nouveau champ d’études, l’épidémiologie de la religion. Ainsi, 2 études8,9 ayant porté sur des dizaines de milliers d’Américains ont établi un lien clair entre la pratique religieuse et l’espérance de vie. Les chercheurs ont constaté que les gens qui ne s’adonnaient à aucune pratique religieuse avaient presque 2 fois plus de risques de mourir dans les 8 prochaines années que ceux qui pratiquaient plus d’une fois par semaine. Et l’espérance de vie à l’âge de 20 ans de ces pratiquants était supérieure de 7 ½ ans à celle des non-pratiquants.

Les chercheurs se demandent toutefois dans quelle mesure ces bénéfices sont attribuables à la pratique religieuse comme telle, ou au mode de vie « santé » qui y est souvent associé10. En effet, les personnes qui ont une vie religieuse active auraient plus tendance à manger des fruits et des légumes, à bien déjeuner, à faire de l’exercice, à dormir au moins 7 heures par nuit et à porter la ceinture de sécurité11. Ils auraient aussi moins de comportements à risque en ce qui concerne le tabagisme, la consommation d’alcool et la sexualité, par exemple12.

De plus, la pratique religieuse permet souvent de nourrir des relations sociales, ce qui est un facteur propice à la santé. Enfin, certains chercheurs ont émis l’hypothèse que la religion et la spiritualité, en donnant un sens à la vie et en procurant un sentiment de maîtrise accru, permettraient d’affronter plus efficacement le stress, la maladie et les difficultés13,14.

De quoi parle-t-on?

La prière – et tout ce qui touche à la spiritualité – est un sujet délicat où se mêlent des éléments culturels et sociaux, moraux et éthiques, aussi bien que religieux et scientifiques. Dans ce contexte, il peut être utile de préciser le sens de quelques termes.

  • La prière. Elle peut se définir comme une communication ou une ouverture au sacré, à la transcendance, à un aspect non matériel et universel qui dépasse l’existence individuelle. La prière peut se pratiquer à l’intérieur d’un cadre religieux ou non.
    On distingue 2 catégories principales de prière. La première consiste à diriger des paroles ou des pensées (de paix ou de guérison, par exemple) vers soi-même ou vers d’autres personnes. On peut la qualifier de prière personnelle. La seconde, la prière par intercession, fait spécifiquement appel à une puissance extérieure – Dieu, Bouddha, l’Univers – qu’on prie d’intervenir.
  • La spiritualité. Elle implique la croyance en des forces plus grandes que soi, actives dans tout l’Univers, ainsi que l’intuition d’une unité et d’une interdépendance avec tout ce qui existe. Elle débouche souvent sur le développement de valeurs personnelles, comme la compassion, l’altruisme et la paix intérieure. Tout comme la prière, la spiritualité peut être associée ou non à une pratique religieuse15.
  • La religiosité. Elle consiste à adhérer aux croyances et aux pratiques d’une religion organisée tandis que la spiritualité est plutôt une quête de sens ou d’une relation personnelle avec une puissance supérieure. La plupart des études scientifiques portant sur la guérison « spirituelle » étudient les liens entre la santé et la pratique religieuse (la fréquence de la prière, la participation aux offices religieux, etc.) parce que la religiosité est plus facile à mesurer objectivement que la spiritualité2.
Quelques chiffres révélateurs (dans la population américaine)16-20

  • 82 % des personnes croient aux vertus thérapeutiques de la prière.
  • 73 % croient que de prier pour les autres peut avoir un effet guérisseur.
  • 69 % des personnes qui prient à cause d’un problème médical spécifique estiment que la prière est très efficace.
  • 64 % croient que les médecins devraient prier pour les patients qui le leur demandent.
  • 45 % ont eu recours à la prière quand ils ont connu des problèmes de santé en 2002, contre 35 % en 1997, et 25 % en 1991.
  • 45 % disent que la religion influencerait leurs décisions médicales en cas de maladie sérieuse.
  • 94 % estiment que les médecins devraient discuter des croyances religieuses de leurs patients gravement malades, ce qui, en pratique, est bien loin d’être le cas.

Les effets observables de la prière

Plusieurs synthèses de recherches et méta-analyses2,7,21 ainsi que 2 études épidémiologiques portant chacune sur près de 4 000 personnes sur une période de 6 ans28,51 tendent à démontrer un lien direct entre la pratique spirituelle (personnelle ou dans un cadre formel) d’une part, et une meilleure santé ou une plus grande longévité d’autre part.

Selon le Dr Larry Dossey, un des chercheurs les plus réputés du domaine, les conclusions des recherches ne font aucun doute : la religion et la spiritualité sont excellentes autant pour la santé en général que pour des problèmes particuliers, comme les troubles cardiaques, l’hypertension, le cancer, les problèmes digestifs, etc.1

En ce qui concerne les vertus de la prière en particulier, plusieurs synthèses d’études2-4,7,22,23 concluent que, malgré beaucoup d’imperfections méthodologiques, elles tendraient à démontrer les effets bénéfiques de la prière pour certaines maladies6, dont les problèmes cardiaques (voir Applications thérapeutiques).

Beaucoup d’experts demeurent sceptiques devant ces résultats. C’est notamment le cas du Dr Richard Sloan24, psychiatre et professeur à l’Université Columbia de New York. Selon lui, les études sur la prière par intercession manquent de rigueur et présentent d’importantes lacunes méthodologiques. De plus, il considère que la médecine outrepasse sa sphère d’activité quand elle se mêle de spiritualité. Même s’il admet que, pour beaucoup de personnes, la religion apporte un réconfort quand la maladie frappe, cela ne signifie pas pour autant que la médecine devrait considérer les pratiques religieuses comme un traitement complémentaire25.

C’est également l’avis du professeur en philosophie Derek Turner, pour qui le fait d’étudier la prière à distance, comme s’il s’agissait d’un médicament, est un non-sens éthique et méthodologique26. Il déplore que plusieurs études sur le sujet aient été conduites sans l’obtention du consentement éclairé des participants faisant ainsi abstraction du droit fondamental des gens de se retirer de tels projets. Cet auteur soulève également de nombreuses questions comme le fait que rien n’empêche les participants de recevoir des prières de leurs proches ou que les groupes de prière ne décident de prier également pour les participants du groupe témoin. Il termine en mentionnant que les études portant sur la prière à distance ne font, finalement, que reproduire les tensions ancestrales entre science et religion.

De possibles effets négatifs

La pratique de la religion pourrait aussi avoir des effets pervers. Voici quelques-unes des conclusions auxquelles en sont venus des chercheurs, après avoir recensé les études à ce sujet27.

  • La culpabilité vis-à-vis de la religion, l’incapacité de se conformer à ce qu’elle demande ou les peurs qu’elle suscite parfois peuvent contribuer à la maladie.
  • La guérison « par la foi », si elle cause le rejet des traitements médicaux, peut entraîner de graves conséquences allant jusqu’à la mort.
  • Des problèmes de dépression ont été associés à une pratique religieuse extrinsèque (lorsque la religion est surtout considérée comme utilitaire et comporte un Dieu extérieur à la fois tout puissant, mais aussi despotique, ou qu’on peut blâmer dans l’adversité).
  • Les relations interpersonnelles négatives et les critiques subies dans un cadre religieux accroîtraient aussi les risques de dépression.
  • Chez les personnes âgées ou gravement malades, les doutes et les conflits intérieurs au sujet de la foi sont liés à une augmentation significative du risque de mortalité.

Les mécanismes d’explication

Des facteurs psychosociaux ou l’effet placebo peuvent expliquer certains des effets de la pratique religieuse. Ce n’est toutefois pas le cas pour la prière par intercession. Selon le Dr Dale Matthews3, dans le cas des études à double insu sur la prière à distance, même quand on élimine toutes les variables confondantes (l’âge, l’état de santé préalable, les facteurs sociaux, etc.), les conclusions demeurent et ne peuvent pas être expliquées uniquement par la science classique. Rien dans la science médicale actuelle ne peut expliquer pourquoi des gens pour qui on a prié obtiendraient des résultats différents des autres. Ces différences ne pourraient être attribuables qu’à une force « surnaturelle » ou alors à un type « d’énergie » dont on ne connaît pas encore la nature.

Le Dr Harold Koenig, qui a publié plusieurs études sur la prière et la religiosité10,12,21,28, admet qu’on peut être tenté de croire que leurs conséquences sur la santé ne dépendent pas que du soutien social, du mode de vie ou de l’effet méditatif. Il y aurait « autre chose ». Les croyants diront que c’est l’intervention de Dieu. Les scientifiques diront qu’il s’agit de quelque chose qu’on ne peut pas expliquer pour le moment2. Voici certaines des hypothèses qui se profilent à l’horizon.

La psychoneuroimmunologie. Cette science, qui a vu le jour il y a tout juste 25 ans (voir la fiche Approches corps-esprit), étudie l’interdépendance entre le corps et l’esprit, entre la biologie et les pensées… Déjà en 200029, des chercheurs affirmaient, à partir d’une recension de recherches expérimentales et cliniques, qu’il était désormais certain que le corps et l’esprit s’influencent mutuellement que ce soit pour tendre vers la santé ou la maladie. D’autre part, il est reconnu scientifiquement qu’en dirigeant des pensées avec une intention précise, on peut jouer sur des systèmes aléatoires simples, même si les effets mesurés sont très faibles22.

Selon certains chercheurs, si on pouvait démontrer que des pensées dirigées intentionnellement – peu importe la distance – avaient une influence sur la guérison, cela impliquerait que les êtres humains sont beaucoup plus reliés entre eux et responsables les uns des autres qu’on ne l’aurait cru jusqu’à présent. Si ces liens existent, proviennent-ils de Dieu, de la conscience, de l’amour, des électrons ou d’une combinaison de tout cela? Des recherches futures y répondront peut-être…30

La physique quantique. La physique moderne explique que tout objet - un crayon ou une maison - peut être vu comme un amas de particules en mouvement contenant en réalité une infime quantité de « matière ». Ce qui donne leur forme, leur « matérialité », aux objets provient bien plus du mouvement rapide de leurs particules – de leur « énergie » - que de leur « matière ». La médecine moderne commence à imaginer qu’il puisse en être de même des organismes vivants qu’on pourrait décrire en tant qu’entités énergétiques.

De plus, la physique quantique a constaté que des particules subatomiques qui ont été en contact entre elles et qui sont ensuite séparées demeurent « en lien ». Un changement dans une particule est instantanément reproduit dans l’autre particule, même si elle se trouve à des milliers de kilomètres. C’est ce qu’on appelle la non-localité.

Se pourrait-il qu’un phénomène semblable se produise dans la pensée et explique le fonctionnement de la prière à distance? C’est la question sur laquelle se penchent actuellement certains scientifiques1,31,32.

L’effet méditatif et la réponse de relaxation. Une synthèse de recherches15 a confirmé que le fait de réciter des prières ou de s’adonner à des pratiques spirituelles induit un état de relaxation semblable à celui qui est procuré par la méditation. Cela stimule les fonctions neurologiques, endocrines, immunitaires et cardiovasculaires.

À la fin des années 1960, le Dr Herbert Benson, directeur émérite du Benson-Henry Institute for Mind Body Medicine, a constaté que la répétition de mouvements, de sons, de phrases ou de mots (comme dans le cas de la prière) crée un ensemble de réactions métaboliques et émotives. Parmi celles-ci, l’activation de certaines zones du cerveau, la diminution du rythme cardiaque et de la pression sanguine, et une quiétude généralisée33. Il a nommé ce phénomène la réponse de relaxation en opposition à la « réponse au stress » qui, elle, provoque une augmentation du rythme cardiaque, une montée d’adrénaline, plus de tension musculaire, etc. Cela pourrait expliquer en partie les bienfaits de la prière sur la santé. Selon le Dr Benson, l’état de bien-être et « d’unité » qui résulte d’une séance de prière pourra être interprété, encore une fois, comme une connexion divine par les croyants, et comme un simple attribut du cerveau par les non-croyants.

Mentionnons également qu’une autre étude34 a permis de constater que la récitation traditionnelle du rosaire (l’Ave Maria en latin) et du mantra yogique om-mani-padme-om entraînent tous deux un ajustement de la respiration à 6 cycles par minute. Des chercheurs ont constaté que ce rythme est particulièrement bénéfique pour les fonctions cardiovasculaires et respiratoires, l’oxygénation du sang et la résistance à l’effort. Ils émettent l’hypothèse que les rythmes des prières et des mantras ont été choisis parce qu’ils permettaient de se synchroniser avec certains rythmes bienfaisants inhérents à la physiologie humaine.

Et Dieu dans tout ça?

Il y a quelques années, par l’intermédiaire de la revue Archives of Internal Medicine de l’American Medical Association, plusieurs spécialistes se sont penchés sur l’opportunité de tenir compte d’une dimension « divine » dans les recherches scientifiques sur la prière35. Certains considèrent que la prière implique une relation directe entre les humains et une réalité transcendante, hors du cadre de la nature, et que, par conséquent, la science - qui étudie la nature - ne devrait pas s’en préoccuper.

D’autres affirment que, si la prière fait intervenir un élément « divin », doté de sa sagesse et de ses intentions propres, la science, ne pouvant contrôler cette « variable », devrait se retirer de ce champ d’investigation.

Un autre point de vue est qu’il serait souhaitable que la science et la médecine reconnaissent beaucoup plus l’importance de la religion et de la spiritualité sur la santé, même si elles ne peuvent appliquer la méthode scientifique aux recherches sur la prière.

Différentes traditions spirituelles, comme le bouddhisme et l’anthroposophie (voir la fiche Médecine anthroposophique), proposent un tout autre point de vue. Selon elles, on devrait inclure la science matérielle, telle que nous la connaissons actuellement, à l’intérieur du domaine plus vaste d’une véritable « science spirituelle ». Cette science inclusive serait dotée d’outils de mesure allant au-delà de nos 5 sens, de façon à inclure les phénomènes de l’esprit dans ses recherches.

Les médecins devraient-ils parler de spiritualité avec leurs patients?

Même si, selon des sondages américains, plus de 80 % des gens croient que la prière ou un contact avec Dieu peut avoir un effet thérapeutique, et que près de 70 % des médecins disent que les patients leur font des demandes de nature religieuse en phase terminale, seulement 10 % des médecins s’informeraient des pratiques ou des croyances spirituelles de leurs patients1.

À cet égard, une étude a conclu qu’en fonction des données scientifiques qui établissent un lien entre la pratique religieuse et la santé, et du besoin d’établir un contact plus humain entre les médecins et leurs patients, il est important pour les praticiens de la santé d’aborder les questions de religion et de spiritualité avec leurs patients de façon respectueuse, avec intégrité et dignité3. C’est d’ailleurs ce que réclament de plus en plus les patients, qui y voient entre autres une façon d’humaniser les soins.

Un chercheur australien, après s’être penché à fond sur la question en 200736, a conclu que :

  • Les plus récentes études démontrent l’importance d’inclure dans la pratique clinique les préoccupations spirituelles et religieuses des patients. Sinon, on risque de passer à côté d’éléments déterminants pour leur guérison et leur bien-être.
  • Quand ils se préoccupent de la dimension spirituelle de leur patient, les intervenants de la santé démontrent leur intérêt pour la personne toute entière. Cela peut améliorer la relation patient-intervenant et ainsi accroître l’effet des traitements.
  • Les professionnels de la santé ne devraient toutefois pas « prescrire » de pratiques religieuses ou faire la promotion de leurs propres croyances. Pour des consultations en profondeur, ils devraient pouvoir diriger leurs patients vers les personnes-ressources appropriées.
  • Les médecins pourraient inclure, dans le bilan de santé de leurs patients, des questions pour connaître leur histoire « spirituelle ». Voici les 4 questions proposées par un comité de l’American College of Physicians (le Collège des médecins américain).
    - Est-ce que la foi, la religion ou la spiritualité sont importantes pour vous?
    - Ont-elles été importantes à d’autres moments de votre vie?
    - Y a-t-il quelqu’un avec qui vous pouvez parler de ces questions?
    - Aimeriez-vous aborder ces questions avec quelqu’un?

Applications thérapeutiques de la prière

De nombreuses études se sont penchées sur les liens entre la spiritualité et la santé. Elles peuvent être divisées en 2 catégories principales. D’une part, les études sur la pratique religieuse, incluant la fréquentation de l’église, la prière personnelle, la méditation spirituelle et la lecture et l’étude de livres sacrés comme la Bible37,52. D’autre part, celles qui évaluent la prière par intercession, c’est-à-dire demander à Dieu, à l’Univers ou à une puissance supérieure d’intervenir en faveur d’un individu ou d’un patient7.

Pratique religieuse

Efficace Augmenter l’espérance de vie. Le lien entre l’implication religieuse et le taux de mortalité a fait l’objet d’une revue publiée en 20048. Les auteurs ont conclu qu’il existe un lien clair entre ces deux variables au sein de la population américaine. Le mécanisme par lequel l’implication religieuse influencerait la mortalité comprendrait des éléments comme l’intégration et le soutien social, la régulation sociale (normes à propos des drogues ou de l’alcool et de certains comportements, par exemple) ainsi que la disponibilité de ressources psychologiques.

Efficace Mieux réagir devant des situations stressantes. En 2005, dans une méta-analyse regroupant 49 études48, des chercheurs ont tenté de savoir si la présence de la religion dans la vie des gens pouvait avoir une influence sur leur capacité à affronter des situations stressantes. Les résultats indiquent que, lorsque la religion est vue « positivement » (je fais partie d’un grand tout spirituel, Dieu est un partenaire qui m’aide et me pardonne…), cela permet effectivement de combattre le stress de façon significativement plus efficace. Par contre, une vision « négative » de la religion (Dieu me guette et pourrait me punir, existe-t-Il vraiment…) entraîne à l’opposé une amplification des conséquences néfastes du stress, comme l’anxiété et la dépression.

En 2010, une étude aléatoire, réalisée auprès de 111 étudiants universitaires, avait pour objectif d’évaluer les changements de niveau de stress lors d’une entrevue de 4 minutes53. Au milieu de l’entrevue, ils devaient, pour se détendre, soit lire un texte neutre, un texte d’automotivation ou une prière. Les résultats ont montré qu’une plus grande réduction de stress a été observée chez les groupes automotivation et prière que chez le groupe témoin (texte neutre). Mais il n’y a pas eu de différence significative entre le groupe prière et le groupe automotivation.

Efficace Favoriser la bonne santé mentale. Dans les années 2006 à 2008, des revues de la littérature scientifique ont étudié le lien entre la religiosité et la santé mentale10,54,55. La majorité des études s’accordent sur le fait qu’une implication religieuse importante est positivement associée à des indicateurs de bien-être psychologique (satisfaction face à sa vie, bonheur, etc.) ainsi qu’à une moindre incidence de dépression, de pensées et comportements suicidaires, et d’abus ou de consommation d’alcool et de drogues. De plus, cet effet positif serait davantage marqué chez les personnes aux prises avec des situations stressantes. Les auteurs exposent également des théories pouvant expliquer cette association positive, par exemple le fait que la plupart des religions prônent des comportements et des styles de vie sains ou encore fournissent un soutien social et psychologique accessible en cas de besoin.

Efficace Promouvoir des comportements sains chez les adolescents. Une revue systématique (en 2006) regroupant 43 études s’est penchée sur l’association entre la religiosité/spiritualité des adolescents et les attitudes et comportements propices à favoriser une bonne santé49 : exercices, saines habitudes alimentaires, sommeil suffisant, pratiques sexuelles saines, etc. Plus de 3 études sur 4 ont conclu qu’il existait un lien entre la santé et la religiosité/spiritualité.

Efficacité incertaine Améliorer la qualité de vie en cas de cancer. Le lien entre la religiosité/spiritualité et le cancer a fait l’objet d’une revue systématique en 2006 dans laquelle 17 études ont été retenues50. De ce nombre, 7 ont conclu que la religiosité améliorerait l’adaptation à long terme à la maladie. Elle favoriserait entre autres le maintien de l’estime de soi et d’un sens et un but à la vie, ainsi que le bien-être émotionnel et l’espoir en l’avenir. Par contre, 7 études n’ont montré aucun lien significatif de cet ordre. Les 3 autres ont conclu que la religiosité pouvait même être néfaste lorsqu’un individu devait combattre contre le cancer. Selon les auteurs, pour le moment, aucune conclusion ferme ne peut être tirée au sujet du lien entre religiosité et l’adaptation au cancer.

Efficacité incertaine Atténuer les symptômes de la ménopause. En 2009, une enquête canadienne sur l’utilisation des médecines alternatives et complémentaires, réalisée auprès de femmes ménopausées, a été publiée56. Quatre-vingt-onze pour cent des femmes ont rapporté avoir utilisé une thérapie alternative et complémentaire, parmi lesquelles, 35,7 % utilisaient la prière pour soulager leurs symptômes de ménopause. Les auteurs ont observé que les thérapies considérées comme les plus efficaces par les utilisatrices étaient la prière et la spiritualité (73,2 %), la relaxation (71,0 %), le counseling (66,4 %) et le toucher thérapeutique ainsi que le Reiki (66,0 %).

Efficacité incertaine Améliorer la survie des personnes atteintes du VIH. Pendant 3 ans, 901 personnes atteintes du VIH ont été suivies afin de documenter l’utilisation des thérapies corps-esprit et spirituelles57. Les chercheurs ont constaté une association entre les activités spirituelles, comme la prière, la méditation et la visualisation et une amélioration du taux de survie. Cette relation était plus marquée chez les patients qui étaient moins gravement atteints par la maladie.

Prière par intercession

Efficacité incertaine Atténuer les problèmes de santé en général. Une revue de la littérature scientifique, comprenant uniquement des études cliniques aléatoires, a été publiée en 2009 à ce sujet6. Les auteurs jugent qu’on ne peut tirer de conclusions fiables de ces études, dont la plupart présentent des résultats équivoques. Ils constatent toutefois que, pour la fertilisation in vitro38, la prière pourrait avoir montré un certain effet positif (voir plus loin). Ils concluent tout de même que les résultats accumulés jusqu’à présent sont suffisamment intéressants pour justifier de continuer la recherche.

Efficacité incertaine Réduire les complications des chirurgies cardiaques. Quatre études cliniques aléatoires d’envergure ont évalué l’influence de la prière auprès de patients souffrant de problèmes cardiaques. Les 2 premières ont révélé des résultats positifs. Dans les 2 autres, la prière n’a montré aucun effet bénéfique. La quatrième étude a même fait état de résultats négatifs dans le cas où les gens savaient qu’on priait pour eux.

La première, publiée en 1988, comprenait 393 patients devant subir une chirurgie cardiaque39. Des chrétiens qui ne les connaissaient pas ont prié quotidiennement pour la moitié d’entre eux jusqu’à leur sortie de l’hôpital. Les participants du groupe prière ont eu besoin de moins d’assistance ventilatoire, d’antibiotiques et de diurétiques à la suite de l’opération en comparaison avec le groupe témoin.

La seconde étude, publiée en 199940, s’est penchée sur l’effet de la prière sur l’état général et la durée du séjour de patients cardiaques hospitalisés. Des 990 patients, 466 ont fait l’objet de prières quotidiennes durant 4 semaines. Les résultats ont favorisé le groupe prière pour un ensemble de paramètres comme l’hypotension, l’utilisation d’antibiotiques, les saignements gastro-intestinaux, etc. (appelés les scores MAHI-CCU). Cependant, aucune différence concernant la durée de séjour n’a été observée.

La troisième étude, publiée en 2001, a vérifié l’effet de la prière sur la progression de la maladie cardiovasculaire à la suite du congé de 799 patients d’une unité coronarienne5. Des volontaires ont prié pour la moitié d’entre eux, au moins 1 fois par semaine, durant 26 semaines. La prière n’a eu d’effet significatif sur aucun des éléments étudiés : taux de mortalité, arrêts cardiaques subséquents, réhospitalisations, visites à l’urgence liées à la maladie et nombre de revascularisations coronariennes.

Enfin, la quatrième étude, réalisée en 2006 et à laquelle ont participé 6 hôpitaux, a évalué l’effet de la prière sur 1 802 patients devant subir une chirurgie de déviation de l’artère coronaire41. Les participants ont été attribués au hasard à l’un des 3 groupes suivants :

  • ceux qui ne reçoivent pas la prière, mais ne savent pas s’ils la reçoivent ou non;
  • ceux qui reçoivent la prière, mais ne savent pas s’ils la reçoivent ou non;
  • ceux qui reçoivent la prière, et savent qu’ils la reçoivent.

Les prières ont été effectuées par des chrétiens pendant 14 jours. Les taux de complications postopératoires, de survenue d’événements majeurs ou de mortalité sont demeurés les mêmes, que l’on ait prié ou non pour les patients. Par contre, les gens qui étaient certains de recevoir la prière, et qui la recevaient effectivement, ont présenté un taux de complication de près de 10 % plus élevé que les autres. Les causes de ce phénomène sont loin d’être claires. Des auteurs42,43 ont émis l’hypothèse que les gens pourraient moins bien prendre la responsabilité de leur guérison lorsqu’ils savent que l’on prie pour eux. Des chercheurs ont fait le même constat dans une étude concernant les alcooliques44.

Efficacité incertaine Aider rétroactivement à soigner des personnes infectées. Un essai clinique aléatoire publié en 2001, et pour le moins inusité, a porté sur l’effet que la prière pourrait avoir sur des événements déjà passés45. Dans ce cas, il s’agissait des conséquences sur une hospitalisation consécutive à une infection sanguine. Ainsi, en 2000, 3 393 patients ayant eu infection sanguine entre 1990 et 1996 ont été séparés aléatoirement en 2 groupes : un groupe témoin (sans prière) et un groupe recevant a posteriori de la prière à distance. Les prières étaient effectuées par une personne demandant le bien-être et la récupération complète pour tout le groupe. Les résultats indiquent que la durée du séjour hospitalier et de la fièvre a été significativement moins longue pour le groupe de personnes pour lesquelles on allait prier des années plus tard, que pour les autres.

Inutile de dire que ces résultats, qui semblent défier la raison, ont suscité une grande controverse dans les milieux scientifiques et médicaux46,47. Une controverse qui ne semble pas prête d’être résolue.

Efficacité incertaine Améliorer la fertilisation in vitro. Une étude publiée en 2001 a évalué l’effet de la prière sur le taux de grossesse auprès de 219 femmes traitées par fertilisation in vitro38. Cette étude était multicentrique, les investigateurs provenant des États-Unis, les participants de la Corée, et les groupes de prière du Canada, d’Australie et des États-Unis. Les résultats indiquent que les taux d’implantation des embryons tout comme les taux de grossesse ont été significativement supérieurs dans le groupe prière. Les auteurs ont conclu que ces résultats étaient encourageants, mais ont précisé qu’ils n’étaient encore que préliminaires.

Prière – Références

Note : les liens hypertextes menant vers d’autres sites ne sont pas mis à jour de façon continue. Il est possible qu’un lien devienne introuvable. Veuillez alors utiliser les outils de recherche pour retrouver l’information désirée.

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Voir par ailleurs en anglais:

Choir singers ‘synchronise their heartbeats’
Rebecca Morelle
BBC World Service
9 July 2013

Choir singers not only harmonise their voices, they also synchronise their heartbeats, a study suggests.

Researchers in Sweden monitored the heart rates of singers as they performed a variety of choral works.

They found that as the members sang in unison, their pulses began to speed up and slow down at the same rate.

Writing in the journal Frontiers in Psychology, the scientists believe the synchrony occurs because the singers coordinate their breathing.

Dr Bjorn Vickhoff, from the Sahlgrenska Academy at Gothenburg University in Sweden, said: "The pulse goes down when you exhale and when you inhale it goes up.

"So when you are singing, you are singing on the air when you are exhaling so the heart rate would go down. And between the phrases you have to inhale and the pulse will go up.

"If this is so then heart rate would follow the structure of the song or the phrases, and this is what we measured and this is what we confirmed."

Sing from the heart

The scientists studied 15 choir members as they performed different types of songs.

When you exhale you activate the vagus nerve… that goes form the brain stem to the heart”

Dr Bjorn Vickhoff Gothenburg University

They found that the more structured the work, the more the singers’ heart rates increased or decreased together.

Slow chants, for example, produced the most synchrony.

The researchers also found that choral singing had the overall effect of slowing the heart rate.

This, they said, was another effect of the controlled breathing.

Dr Vickhoff explained: "When you exhale you activate the vagus nerve, we think, that goes from the brain stem to the heart. And when that is activated the heart beats slower."

The researchers now want to investigate whether singing could have an impact on our health.

"There have been studies on yoga breathing, which is very close to this, and also on guided breathing and they have seen long-terms effects on blood pressure… and they have seen that you can bring down your blood pressure.

"We speculate that it is possible singing could also be beneficial."

Voir encore:

Music ‘releases mood-enhancing chemical in the brain’
Sonya McGilchrist
BBC News
9 January 2011

Music releases a chemical in the brain that has a key role in setting good moods, a study has suggested.

The study, reported in Nature Neuroscience, found that the chemical was released at moments of peak enjoyment.

Researchers from McGill University in Montreal said it was the first time that the chemical – called dopamine – had been tested in response to music.

Dopamine increases in response to other stimuli such as food and money.

It is known to produce a feel-good state in response to certain tangible stimulants – from eating sweets to taking cocaine.

Dopamine is also associated with less tangible stimuli – such as being in love.

In this study, levels of dopamine were found to be up to 9% higher when volunteers were listening to music they enjoyed.

The report authors say it’s significant in proving that humans obtain pleasure from music – an abstract reward – that is comparable with the pleasure obtained from more basic biological stimuli.

Music psychologist, Dr Vicky Williamson from Goldsmiths College, University of London welcomed the paper. She said the research didn’t answer why music was so important to humans – but proved that it was.

"This paper shows that music is inextricably linked with our deepest reward systems."

Musical ‘frisson’

The study involved scanning the brains of eight volunteers over three sessions, using two different types of scan.
Continue reading the main story
“Start Quote

This paper shows that music is inextricably linked with our deepest reward systems”

Dr Vicky Williamson Goldsmiths College, University of London

The relatively small sample had been narrowed down from an initial group of 217 people.

This was because the participants had to experience "chills" consistently, to the same piece of music, without diminishing on multiple listening or in different environments.

A type of nuclear medicine imaging called a PET scan was used for two sessions. For one session, volunteers listened to music that they highly enjoyed and during the other, they listened to music that they were neutral about.

In the third session the music alternated between enjoyed and neutral, while a functional magnetic resonance imaging, or fMRI scan was made.

Data gathered from the two different types of scans was then analysed and researchers were able to estimate dopamine release.

Dopamine transmission was higher when the participants were listening to music they enjoyed.
Consistent chills

A key element of the study was to measure the release of dopamine, when the participants were feeling their highest emotional response to the music.

To achieve this, researchers marked when participants felt a shiver down the spine of the sort that many people feel in response to a favourite piece of music.

This "chill" or "musical frisson" pinpointed when the volunteers were feeling maxim pleasure.

The scans showed increased endogenous dopamine transmission when the participants felt a "chill". Conversely, when they were listening to music which did not produce a "chill", less dopamine was released.

What is dopamine?

Dopamine is a common neurotransmitter in the brain. It is released in response to rewarding human activity and is linked to reinforcement and motivation – these include activities that are biologically significant such as eating and sex

Dr Robert Zatorre said: "We needed to be sure that we could find people who experienced chills very consistently and reliably.

"That is because once we put them in the scanner, if they did not get chills then we would have nothing to measure.

"The other factor that was important is that we wanted to eliminate any potential confound from verbal associations, so we used only instrumental music.

"This also eliminated many of the original sample of people because the music they brought in that gave them chills had lyrics."


Bac philosophie 2013: Plus Ponce Pilate que moi tu meurs ! (From Plato’s cave to Descartes’s wax and Bergson’s iron bar, Schrödinger’s cat to Putnam’s twin earth and Williams’ s thick ethical concepts: it’s splitting the baby, stupid !)

21 juin, 2013
http://www.kenstout.net/cautionary/images/platos-cave.jpghttp://www.paintinghere.org/UploadPic/Salvador%20Dali/big/clock%20melting%20clocks.jpghttp://www.terminartors.com/files/artworks/6/2/3/62374/Conti_Norberto-Schrodinger_s_cat_I.jpgLe roi dit: Coupez en deux l’enfant qui vit, et donnez-en la moitié à l’une et la moitié à l’autre. Alors la femme dont le fils était vivant sentit ses entrailles s’émouvoir pour son fils, et elle dit au roi: Ah! mon seigneur, donnez-lui l’enfant qui vit, et ne le faites point mourir. Jugement de Salomon (I Rois 3: 25-26)
Qu’est-ce que la vérité? (…) Je ne trouve aucun crime en lui. Mais, comme c’est parmi vous une coutume que je vous relâche quelqu’un à la fête de Pâque, voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs? Pilate (Jean 18: 38-39)
Figure-toi des hommes dans une demeure souterraine, en forme de caverne, ayant sur toute sa largeur une entrée ouverte à la lumière. Ces hommes sont là depuis leur enfance, les jambes et le cou enchaînés, de sorte qu’ils ne peuvent bouger ni voir ailleurs que devant eux, la chaîne les empêchant de tourner la tête. La lumière leur vient d’un feu allumé sur une hauteur, au loin derrière eux. Entre le feu et les prisonniers passe une route élevée. Imagine que le long de cette route est construit un petit mur, pareil aux cloisons que les montreurs de marionnettes dressent devant eux, et au-dessus desquelles ils font voir leurs merveilles.(…) Penses-tu que dans une telle situation ils n’aient jamais vu autre chose d’eux mêmes et de leurs voisins que les ombres projetées par le feu sur la paroi de la caverne qui leur fait face ? (…) Mais, dans ces conditions, s’ils pouvaient se parler les uns aux autres, ne penses-tu pas qu’ils croiraient nommer les objets réels eux-mêmes en nommant ce qu’ils voient ? (…) Considère maintenant ce qui leur arrivera naturellement si on les délivre de leurs chaînes et qu’on les guérisse de leur ignorance. Qu’on détache l’un de ces prisonniers, qu’on le force à se dresser immédiatement, à tourner le cou, à marcher, à lever les yeux vers la lumière. En faisant tous ces mouvements il souffrira, et l’éblouissement l’empêchera de distinguer ces objets dont tout à l’heure il voyait les ombres. Que crois-tu donc qu’il répondra si quelqu’un vient lui dire qu’il n’a vu jusqu’alors que de vains fantômes, mais qu’à présent, plus près de la réalité et tourné vers des objets plus réels, il voit plus juste ? Si, enfin, en lui montrant chacune des choses qui passent, on l’oblige, à force de questions, à dire ce que c’est, ne penses-tu pas qu’il sera embarrassé, et que les ombres qu’il voyait tout à l’heure lui paraîtront plus vraies que les objets qu’on lui montre maintenant ? (…) Imagine encore que cet homme redescende dans la caverne et aille s’asseoir à son ancienne place. N’aura-t-il pas les yeux aveuglés par les ténèbres en venant brusquement du plein soleil ? (…) Et s’il lui faut entrer de nouveau en compétition, pour juger ces ombres, avec les prisonniers qui n’ont point quitté leurs chaînes, dans le moment où sa vue est encore confuse et avant que [517a] ses yeux se soient remis (puisque l’accoutumance à l’obscurité demandera un certain temps), ne va-t-on pas rire à ses dépens, et ne diront-ils pas qu’étant allé là-haut il en est revenu avec la vue ruinée, de sorte que ce n’est même pas la peine d’essayer d’y monter ? Et si quelqu’un tente de les délier et de les conduire en haut, et qu’ils puissent le tenir en leurs mains et tuer, ne le tueront-ils pas ? Platon
Prenons pour exemple ce morceau de cire qui vient d’être tiré de la ruche : il n’a pas encore perdu la douceur du miel qu’il contenait, il retient encore quelque chose de l’odeur des feurs dont il a été recueilli sa fgure, sa couleur, sa grandeur sont apparentes il est dur, il est froid, on le touche, et si vous le frappez, il rendra quelque son. Enfn toutes les choses qui peuvent faire distinctement connaître un corps se rencontrent en celui-ci. Mais voici que, pendant que je parle, on l’approche du feu ce qui y restait de saveur s’exhale, l’odeur s’évanouit, sa couleur se change, sa fgure se perd, sa grandeur augmente, il devient liquide, il s’échauffe, à peine le peut-on toucher, et quoiqu’on le frappe, il ne rendra plus aucun son. La même cire demeure-t-elle après ce changement ? Il faut avouer qu’elle demeure et personne ne le peut nier. Qu’est-ce donc que l’on connaissait en ce morceau de cire avec tant de distinction ? Certes ce ne peut être rien de ce que j’ai remarqué par l’entremise des sens, puisque toutes les choses qui tombaient sous le goût, ou l’odorat, ou la vue, ou l’attouchement ou l’ouïe, se trouvent changées, et cependant la même cire demeure. Mais (…) éloignant toutes les choses qui n’appartiennent point à la cire, voyons ce qui reste. Certes il ne demeure rien que quelque chose d’étendu, de fexible et de muable. Or qu’est-ce que cela, fexible et muable ? N’est-ce pas que j’imagine que celle cire étant ronde est capable de devenir carrée, et de passer du carré en une figure triangulaire? Puisque je la conçois capable de recevoir une infnité de semblables changements et ne saurais néanmoins parcourir cette infinité par mon imagination ; il faut donc que je tombe d’accord, que je ne saurais pas même concevoir par l’imagination ce que c’est que cette cire, et qu’il n’y a que mon entendement seul qui le conçoive (…). Or quelle est cette cire qui ne peut être conçue que par l’entendement ou l’esprit ? Certes c’est la même que je vois, que je touche, que j’imagine, et la même que je connaissais dés le commencement. Mais ce qui est à remarquer, sa perception, ou bien l’action par laquelle on l’aperçoit n’est point une vision, ni un attouchement, ni une imagination, et ne l’a jamais été, quoiqu’il semblât ainsi auparavant, mais seulement une inspection de l’esprit, laquelle peut être imparfaite et confuse, comme elle était auparavant, ou bien claire et distincte, comme elle est à présent, selon que mon attention se porte plus ou moins aux choses qui sont en elle et dont elle est composée (…). Je juge et ainsi je comprends, par la seule puissance de juger qui réside en mon esprit, ce que je croyais voir de mes yeux.” Descartes (Méditations métaphysiques , seconde méditation, 1641)
La première signification donc de "Vrai" et de "Faux" semble avoir tiré son origine des récits ; et l’on a dit vrai un récit quand le fait raconté était réellement arrivé ; faux, quand le fait raconté n’était arrivé nulle part. Plus tard les Philosophes ont employé le mot pour désigner l’accord ou le non-accord d’une idée avec son objet ; ainsi, l’on appelle Idée Vraie celle qui montre une chose comme elle est en elle – même ; Fausse celle qui montre une chose autrement qu’elle n’est en réalité. Les idées ne sont pas autre chose en effet que des récits ou des histoires de la nature dans l’esprit. Et de là on en est venu à désigner de même par métaphore des choses inertes ; ainsi quand nous disions de l’or vrai ou de l’or faux, comme si l’or qui nous est présenté racontait quelque chose sur lui – même, ce qui est ou n’est pas en lui.  Spinoza (Pensées métaphysiques, 1663)
Qu’est-ce qu’un jugement vrai ? Nous appelons vraie l’affirmation qui concorde avec la réalité. Mais en quoi peut consister cette concordance ? Nous aimons à y voir quelque chose comme la ressemblance du portrait au modèle : l’affirmation vraie serait celle qui copierait la réalité. Réfléchissons-y cependant : nous verrons que c’est seulement dans des cas rares, exceptionnels, que cette définition du vrai trouve son application. Ce qui est réel, c’est tel ou tel fait déterminé s’accomplissant en tel ou tel point de l’espace et du temps, c’est du singulier, c’est du changeant. Au contraire, la plupart de nos affirmations sont générales et impliquent une certaine stabilité de leur objet. Prenons une vérité aussi voisine que possible de l’expérience, celle-ci par exemple : « la chaleur dilate les corps ». De quoi pourrait-elle bien être la copie ? Il est possible, en un certain sens, de copier la dilatation d’un corps déterminé à des moments déterminés, en la photographiant dans ses diverses phases. Même, par métaphore, je puis encore dire que l’affirmation « cette barre de fer se dilate » est la copie de ce qui se passe quand j’assiste à la dilatation de la barre de fer. Mais une vérité qui s’applique à tous les corps, sans concerner spécialement aucun de ceux que j’ai vus, ne copie rien, ne reproduit rien. Bergson (La pensée et le mouvant, 1934)
Vous pouvez couper la tarte comme vous voulez, la signification n’est pas juste dans la tête. Hilary Putnam
L’expérience du chat de Schrödinger fut imaginée en 1935 par le physicien Erwin Schrödinger, afin de mettre en évidence des lacunes supposées de l’interprétation de Copenhague de la physique quantique, et particulièrement mettre en évidence le problème de la mesure. (…) Erwin Schrödinger a imaginé une expérience dans laquelle un chat est enfermé dans une boîte avec un dispositif qui tue l’animal dès qu’il détecte la désintégration d’un atome d’un corps radioactif ; par exemple : un détecteur de radioactivité type Geiger, relié à un interrupteur provoquant la chute d’un marteau cassant une fiole de poison — Schrödinger proposait de l’acide cyanhydrique, qui peut être enfermé sous forme liquide dans un flacon sous pression et se vaporiser, devenant un gaz mortel, une fois le flacon brisé. Si les probabilités indiquent qu’une désintégration a une chance sur deux d’avoir eu lieu au bout d’une minute, la mécanique quantique indique que, tant que l’observation n’est pas faite, l’atome est simultanément dans deux états (intact/désintégré). Or le mécanisme imaginé par Erwin Schrödinger lie l’état du chat (mort ou vivant) à l’état des particules radioactives, de sorte que le chat serait simultanément dans deux états (l’état mort et l’état vivant), jusqu’à ce que l’ouverture de la boîte (l’observation) déclenche le choix entre les deux états. Du coup, on ne peut absolument pas dire si le chat est mort ou non au bout d’une minute. La difficulté principale tient donc dans le fait que si l’on est généralement prêt à accepter ce genre de situation pour une particule, l’esprit refuse d’accepter facilement une situation qui semble aussi peu naturelle quand il s’agit d’un sujet plus familier comme un chat. Wikipedia
L’expérience de la Terre jumelle est une expérience de pensée proposée par le philosophe américain Hilary Putnam en 1975, qui la qualifie de « science-fiction », dans le cadre d’une réflexion sur le concept de signification (ou « vouloir-dire », traduction de l’allemand « Bedeutung »). Elle a été formulée dans un article intitulé The meaning of "meaning" (La signification de « signification ») 1 Elle fait partie aujourd’hui de la théorie dite d’externalisme sémantique, qui considère que les significations (« Bedeutung ») ne dépendent pas exclusivement des états mentaux du locuteur. Cela revient à réfuter le caractère essentiellement privé de la signification : on peut utiliser un terme sans en connaître parfaitement l’extension. Après avoir exposé l’expérience de la Terre jumelle, Putnam donne en effet un autre exemple : je peux utiliser le terme « aluminium », ou « orme », sans avoir une idée précise de son extension, par exemple si je ne sais pas le distinguer clairement et distinctement du terme de « molybdène » ou de « hêtre ». Toutefois, cela n’implique pas que l’extension du terme en question soit parfaitement déterminé : un métallurgiste, ou un garde forestier, saura distinguer l’aluminium du molybdène, ou un hêtre d’un orme. Il y a donc une « division du travail linguistique » : la signification des mots n’est pas fixée dans l’ego des individus, mais dans la communauté linguistique prise dans son ensemble. L’ambition de Putnam, à travers cette expérience de pensée, était de montrer que l’extension (ou référence, ou dénotation) d’un terme n’est pas déterminée entièrement par les états psychologiques du locuteur (« les significations ne sont pas dans la tête »). Il s’agissait ainsi d’une critique de la théorie descriptive de la signification. Depuis, des philosophes, comme Tyler Burge par exemple, ont proposé différentes variantes de cette expérience. Wikipedia
Dans The Collapse of the Fact/Value Dichotomy (2002; traduit en 2004), Putnam s’attaque à la dichotomie fait-valeur, fondatrice du projet du Cercle de Vienne et très présente dans Language, Truth, and Logic (1936) d’Alfred Ayer, sans pour autant souscrire aux thèses plutôt relativistes soutenues par Richard Rorty dans Objectivisme, relativisme et vérité (1994). Si Putnam critique l’émotivisme d’Ayer d’une part, et l’intuitionnisme de G.E. Moore d’autre part, il maintient toutefois la distinction fait-valeurs. D’une part, il affirme qu’on ne peut distinguer entre des concepts factuels et des concepts axiologiques, mais seulement entre des fonctions descriptives et prescriptives des concepts. Il s’appuie pour cela sur les « concepts éthiques épais » (thick ethical concepts), qui mêlent fonction descriptive et prescriptive. La cruauté illustre ces concepts qui ne peuvent être classés ni parmi les jugements de faits exclusifs, ni parmi les jugements de valeurs exclusifs. C’est un concept éthique épais qui possède simultanément une fonction descriptive et prescriptive. À propos de ces concepts, Putnam rejette la solution de R.M. Hare, visant à départager contenu descriptif et contenu prescriptif. Il adopte enfin une position pragmatiste inspirée par John Dewey, afin de pouvoir obtenir une relative objectivité en éthique. Wikipedia
"Qu’est-ce que la vérité ?" C’est la question de Ponce Pilate, qu’il est de bon ton, depuis Nietzsche, de juger d’autant plus profonde qu’elle serait sans réponse possible. Que la question fût posée par le chef d’une armée d’occupation – juste avant qu’il se lave les mains pendant qu’on crucifie un innocent – devrait pourtant nous inciter à davantage de vigilance. S’il n’y a pas de vérité, ou si l’on ne peut pas du tout la connaître, quelle différence entre un coupable et un innocent, entre un procès et une mascarade, entre un juste et un escroc ? Non que la vérité, certes, suffise à rendre la justice ! Il y faut aussi une loi, des principes, des valeurs… Mais quelle justice sans vérité ? Ainsi la question revient toujours. Qu’on ne connaisse jamais toute la vérité, c’est une évidence. Cela n’empêche pas de dire ce qu’elle est, ou plutôt cela suppose qu’on en soit capable. Comment saurait-on, autrement, qu’on ne la connaît pas toute ? Une définition au moins nominale de la vérité est nécessaire, sans laquelle toute définition serait impossible ou sans portée. Mais cette définition, à son tour, n’est concevable que par une certaine expérience que nous avons, en nous, de ce que Spinoza appellera « la norme de l’idée vraie donnée ». Si nous ne savions pas du tout ce qu’est le vrai, comment pourrions-nous le chercher, comment saurions-nous, même, ce qu’est une erreur ? Ce n’est pas seulement la justice qui serait impossible. Les sciences le seraient tout autant, et la philosophie. Ce serait le triomphe des ignorants, des sophistes et des négationnistes. André Comte-Sponvillle
(Hamlet de Shalespeare) C’est une pièce policière. Au coeur de l’intrigue, il y a un secret qu’on révèle lentement. Mais y a-t-il plus grand secret que la vérité ? La littérature est toujours une expédition vers la vérité. (…) Mais en réalité (…) la vérité est ce dont chaque homme a besoin pour vivre et que pourtant il ne peut devoir ni acheter à personne. Chacun doit la produire du fond de lui-même, faute de quoi il périt. La vie sans la vérité est impossible. Peut-être que la vérité, c’est la vie elle-même. Kafka
La vérité biblique sur le penchant universel à la violence a été tenue à l’écart par un puissant processus de refoulement. (…) La vérité fut reportée sur les juifs, sur Adam et la génération de la fin du monde. (…) La représentation théologique de l’adoucissement de la colère de Dieu par l’acte d’expiation du Fils constituait un compromis entre les assertions du Nouveau Testament sur l’amour divin sans limites et celles sur les fantasmes présents en chacun. (…) Même si la vérité biblique a été de nouveau  obscurcie sur de nombreux points, (…) dénaturée en partie, elle n’a jamais été totalement falsifiée par les Églises. Elle a traversé l’histoire et agit comme un levain. Même l’Aufklärung critique contre le christianisme qui a pris ses armes et les prend toujours en grande partie dans le sombre arsenal de l’histoire de l’Eglise, n’a jamais pu se détacher entièrement de l’inspiration chrétienne véritable, et par des détours embrouillés et compliqués, elle a porté la critique originelle des prophètes dans les domaines sans cesse nouveaux de l’existence humaine. Les critiques d’un Kant, d’un Feuerbach, d’un Marx, d’un Nietzsche et d’un Freud – pour ne prendre que quelques uns parmi les plus importants – se situent dans une dépendance non dite par rapport à l’impulsion prophétique. Raymund Schwager
On apprend aux enfants qu’on a cessé de chasser les sorcières parce que la science s’est imposée aux hommes. Alors que c’est le contraire: la science s’est imposée aux hommes parce que, pour des raisons morales, religieuses, on a cessé de chasser les sorcières. (…) Si on a assez d’esclaves, comme dans la république d’Aristote, pour pousser les charrettes ou même pour jouer les baudets, pourquoi voulez-vous qu’on se casse la tête à inventer le camion à moteur? René Girard
Il y a deux grandes attitudes à mon avis dans l’histoire humaine, il y a celle de la mythologie qui s’efforce de dissimuler la violence, car, en dernière analyse, c’est sur la violence injuste que les communautés humaines reposent. (…) Cette attitude est trop universelle pour être condamnée. C’est l’attitude d’ailleurs des plus grands philosophes grecs et en particulier de Platon, qui condamne Homère et tous les poètes parce qu’ils se permettent de décrire dans leurs oeuvres les violences attribuées par les mythes aux dieux de la cité. Le grand philosophe voit dans cette audacieuse révélation une source de désordre, un péril majeur pour toute la société. Cette attitude est certainement l’attitude religieuse la plus répandue, la plus normale, la plus naturelle à l’homme et, de nos jours, elle est plus universelle que jamais, car les croyants modernisés, aussi bien les chrétiens que les juifs, l’ont au moins partiellement adoptée. L’autre attitude est beaucoup plus rare et elle est même unique au monde. Elle est réservée tout entière aux grands moments de l’inspiration biblique et chrétienne. Elle consiste non pas à pudiquement dissimuler mais, au contraire, à révéler la violence dans toute son injustice et son mensonge, partout où il est possible de la repérer. C’est l’attitude du Livre de Job et c’est l’attitude des Evangiles. C’est la plus audacieuse des deux et, à mon avis, c’est la plus grande. C’est l’attitude qui nous a permis de découvrir l’innocence de la plupart des victimes que même les hommes les plus religieux, au cours de leur histoire, n’ont jamais cessé de massacrer et de persécuter. C’est là qu’est l’inspiration commune au judaïsme et au christianisme, et c’est la clef, il faut l’espérer, de leur réconciliation future. C’est la tendance héroïque à mettre la vérité au-dessus même de l’ordre social. René Girard
Il me semblait que la définition traditionnelle de la Passion en termes de sacrifice fournissait des arguments supplémentaires à ceux qui voulaient assimiler le christianisme à une religion archaïque , et je l’ai longtemps rejetée. (…) Je voulais seulement dissiper chez les non-chrétiens et, de nos jours, chez les chrétiens eux-mêmes, l’équivoque entretenue par l’ambivalence du terme de "sacrifice". Ce souci reste légitime à mes yeux mais il ne faut pas l’absolutiser. (…) le recours au même mot pour les deux types de sacrifice, si trompeur qu’il soit à un premier niveau, suggère, il me semble, quelque chose d’essentiel, à savoir l’unité paradoxale du religieux d’un bout à l’autre de l’histoire humaine. (…) Plus les extrêmes sont éloignés l’un de l’autre et plus leur union en un même mot, paradoxalement, suggère un au-delà de l’opposition. Le jugement de Salomon suggère cet au-delà. (…) Nous disons très bien nous-mêmes que la seconde femme sacrifie la rivalité à son enfant, alors que la première acceptait de sacrifier l’enfant à sa rivalité. Ce que dit le texte, c’est qu’on ne peut renoncer au sacrifice première manière, qui est sacrifice d’autrui, violence contre l’autre, qu’en assumant le risque du sacrifice deuxième manière, le sacrifice du Christ qui meurt pour ses amis. Le recours au même mot coupe court à l’illusion d’un terrain neutre complètement étranger à la violence. 
Il convient de voir dans les Ecritures judéo-chrétiennes la première révélation complète du pouvoir structurant de la victimisation dans les religions païennes ; quant au problème de la valeur anthropologique de ces Ecritures, il peut et doit être étudié comme un problème purement scientifique, la question étant de savoir si, oui ou non, les mythes deviennent intelligibles, comme je le crois, dès lors qu’on les interprète comme les traces plus ou moins lointaines d’épisodes de persécution mal compris. (…) Ma conclusion est que, dans notre monde, la démythification tire sa force de la Bible. Réponse inacceptable pour ceux qui pensent que tout ce qui risque de placer la Bible sous un jour favorable ne saurait être pris au sérieux par les vrais chercheurs, car il ne peut s’agir que d’une approche religieuse – et donc irrationnelle – qui n’a strictement aucune valeur du point de vue de l’anthropologie. (…) Et pourtant, y a-t-il quelque chose qui soit plus naturel aux chercheurs que de traiter des textes similaires de façon similaire, ne serait-ce que pour voir ce que cela donne ? Un tabou inaperçu pèse sur ce type d’étude comparative. Les tabous les plus forts sont toujours invisibles. Comme tous les tabous puissants, celui-ci est antireligieux, c’est-à-dire, au fond, de nature religieuse. A partir de la Renaissance, les intellectuels modernes ont remplacé les Ecritures judéo-chrétiennes par les cultures anciennes. Puis, l’humanisme de Rousseau et de ses successeurs a glorifié à l’excès les cultures primitives et s’est également détourné de la Bible. Si la lecture que je propose est acceptée, notre vieux système de valeurs universitaires, fondé sur l’élévation des cultures non bibliques aux dépens de la Bible, va devenir indéfendable. Il deviendra clair que le véritable travail de démythification marche avec la mythologie, mais pas avec la Bible, car la Bible elle-même fait déjà ce travail. La Bible en est même l’inventeur : elle a été la première à remplacer la structure victimaire de la mythologie par un thème de victimisation qui révèle le mensonge de la mythologie. René Girard

Et si, derrière les interminables coupages de cheveux en quatre dénommés philosophie, on ne retrouvait pas toujours la même et multi-millénaire histoire de coupage de bébés en deux ?

Caverne de Platon, cire de Descartes, barre de fer de Bergson, chat quantique de Schrödinger, Terre jumelle de Putnam, concepts éthiques épais de Wiliams …

A l’heure où l’une des plus brillantes astronautes de sa génération voit sa nomination au poste de vice-commandante des forces spatiales américaines bloquée pour avoir exercé son droit de clémence dans un cas apparemment aberrant de "contact sexuel non sollicité" …

Comment ne pas voir, avec cette énième question-bateau du jugement vrai au bac de philosophie de cette année, cet étrange et long effort de la philosophie pour évacuer ce qu’avait déjà révélé bien avant nos "expériences de pensée" et nos "simulateurs de décision pratique ou conceptuelle" il y a plus de trois mille ans le fameux jugement de Salomon …

A savoir l’inévitable présence de la violence au coeur du processus de la parole de vérité ?

Mais comment ne pas voir aussi, ultime violence bien illustrée par les corrigés proposés, ce tabou et cette évacuation même du texte par lequel la révélation est arrivée …

A savoir la Bible elle-même ?

Le jugement de Salomon

La violence au coeur du processus de la parole de vérité

Etienne Duval

Salomon était un homme jeune lorsqu’il succéda à David pour devenir roi d’Israël. Il était un peu inquiet de son manque d’expérience et manifestait une réelle humilité. Or, au début de son règne, il eut un grand rêve qui le mit en présence de Dieu lui-même. Yahvé lui dit : " Demande-moi ce que je dois te donner ". Comment répondre à une pareille question ? Il commence par faire l’éloge de son père et exprime son peu d’aptitude pour les affaires publiques. " Donne à ton serviteur, dit-il, un cœur plein de jugement, pour gouverner ton peuple, pour discerner entre le bien et le mal, car qui pourrait gouverner ton peuple qui est si grand ? " Dieu ne s’attendait pas à une telle réponse. Il se montre satisfait par cette sagesse naissante, heureux qu’il n’ait pas d’abord demandé de grandes richesses, une longue vie et la victoire sur ses ennemis. Son esprit étant bien disposé, il lui promet de lui accorder ce qu’il demande : " Voici que je fais ce que tu as dit. Je te donne un cœur sage et intelligent comme personne ne l’a eu avant toi et comme personne l’aura après toi ". Là-dessus, Salomon se réveille. Ce n’était qu’un rêve, mais ce rêve révélait son désir profond qui allait traverser toute sa vie. Il pense alors que Yahvé s’est servi de ce songe pour le mettre à l’unisson de son propre désir. Sans attendre il offre au Seigneur des holocaustes et des sacrifices de communion et convie pour un grand banquet tous ses serviteurs.

" Dieu donna à Salomon une sagesse et une intelligence extrêmement grandes et un cœur aussi vaste que le sable qui est au bord de la mer. Sa sagesse fut plus grande que celle de tous les fils de l’Orient et de toute l’Egypte… On vint de tous les peuples pour l’entendre. " Le jugement de Salomon, un des joyaux de la littérature mondiale, est là pour en témoigner.

Le Jugement de Salomon

Deux prostituées vinrent vers le roi et se tinrent devant lui.

L’une des femmes dit : " S’il te plaît, Monseigneur !

Moi et cette femme, nous habitons la même maison

Et j’ai eu un enfant alors qu’elle était dans la maison.

Il est arrivé que le troisième jour, après ma délivrance,

Cette femme aussi a eu un enfant.

Nous étions ensemble.

Il n’y avait pas d’étranger dans la maison,

Rien que nous deux dans la maison.

Or le fils de cette femme est mort une nuit

Parce qu’elle s’était couchée sur lui.

Elle se leva au milieu de la nuit,

Prit mon fils d’à côté de moi, pendant que ta servante dormait.

Elle le mit sur son sein et son fils mort elle le mit sur mon sein.

Je me levai pour allaiter mon fils,

Et voici qu’il était mort !

Mais, au matin, je l’examinai,

Et voici que ce n’était pas mon fils que j’avais enfanté ! "

Alors, l’autre femme dit : " Ce n’est pas vrai !

Ton fils est celui qui est mort et mon fils est celui qui est vivant ! "

Elles se disputaient devant le roi qui prononça :

" Celle-ci dit : " Voici mon fils et c’est ton fils qui est mort ! "

Celle-là dit : " Ce n’est pas vrai !

Ton fils est celui qui est mort et mon fils est celui qui est vivant ! "

" Apportez-moi une épée, " ordonne le roi.

Et on apporta l’épée devant le roi, qui dit :

" Partagez l’enfant vivant en deux

et donnez la moitié à l’une et la moitié à l’autre. "

Alors la femme dont le fils était vivant s’adressa au roi,

Car sa pitié s’était enflammée pour son fils et elle dit :

" S’il te plaît Monseigneur !

qu’on lui donne l’enfant, qu’on ne le tue pas ! "

Mais celle-là disait :

" Il ne sera ni à moi ni à toi, partagez ! "

Alors le roi prit la parole et dit :

" Donnez l’enfant à la première, ne le tuez pas.

C’est elle la mère ! "

Tout Israël apprit le jugement qu’avait rendu le roi.

Ils révérèrent le roi car ils virent

Qu’il y avait en lui une sagesse divine pour rendre la justice.

(Bible de Jérusalem, I Rois, 3, 16-28))

La structure du récit

L’ange du jugement de Chagall

http://www.chagall-posters.com/chagall-posters3.html

La structure du récit

1. Accusation de la première femme

La première prostituée a eu un enfant, la seconde aussi, mais son enfant est mort. Celle-ci, pendant la nuit, a échangé l’enfant mort contre l’enfant vivant.

2. La seconde femme récuse l’accusation de la première

Pour elle, l’enfant de la première femme est mort et le sien est vivant.

3. Une confusion qui pose question

Comment séparer la vérité du mensonge ?

4. L’épée qui va trancher

Elle doit partager l’enfant en deux pour en donner la moitié à chacune

5. La première femme arrête l’épée

Elle préfère être séparée de son enfant plutôt que de le voir partagé : il vaut mieux le donner à la seconde femme sans le tuer.

6. La seconde femme préfère voir l’enfant partagé pour que chacune est sa part

Il ne sera ni à l’une ni à l’autre

7. Le passage de l’épée à la parole

Salomon prend la parole pour trancher et sortir de la confusion

8. Au lieu de partager, donner l’enfant tout entier à la première femme

C’est elle, la mère

9. Reconnaissance publique de la sagesse divine de Salomon

Israël apprend, il révère le roi car il reconnaît en lui une sagesse divine.

Nous avons ici toutes les étapes d’un procès : l’accusation, la défense, la question à éclaircir, le processus de manifestation de la vérité, le jugement et la reconnaissance publique de la validité du jugement. Mais ce qui retient l’attention, c’est le processus symbolique suivi pour la manifestation de la vérité, avec, à la fin, le passage de l’épée à la parole.

L’éclairage du texte par les images

La bouche de la vérité

http://www.azureva.com/italie/mags/rome/rome-bouche-de-la-verite.php3

L’éclairage du texte par les images

1. L’enfant étouffé et l’enfant arraché

La femme à qui on arrache son enfant

2. L’obstination de la seconde femme à nier les faits

3. Les deux femmes en conflit

La confusion entre la vérité et le mensonge

4. L’épée qui doit trancher

Au départ elle est une menace, qui vise le partage en deux de l’enfant

5. La femme attachée à la vie de l’enfant

Sa peur pour la vie de l’enfant et le renoncement à la possession

6. La femme enfermée dans la mort

Elle veut finalement la mort de l’enfant vivant

7. Le passage de l’épée à la parole

Le roi prend l’épée comme on prend la parole. La parole qui sépare comme l’épée

8. La parole du roi qui tranche

Elle sépare les deux femmes, et sépare mensonge et vérité

9. Israël plein de révérence pour la sagesse du roi

Il reconnaît en lui la sagesse divine

Les images soulignent la dynamique de l’évolution intérieure des différents personnages, qui va conduire à la manifestation de la vérité et au jugement. Le peuple lui-même est impliqué comme témoin puisqu’il donne son approbation. Seule la seconde femme, enfermée dans la mort, ne bouge pas. Peut-être la séparation qu’opère le jugement entre les deux prostituées pourra-t-il lui permettre d’évoluer.

La signalétique ou les paroles du texte

Confusion

La signalétique ou les paroles du texte

1. L’accusation

S’il te plaît, Monseigneur, moi et cette femme, nous habitons la même maison. Et j’ai eu un enfant alors qu’elle était dans la maison. Il est arrivé que le troisième jour, après ma délivrance, cette femme aussi a eu un enfant. Nous étions ensemble. Il n’y avait plus d’étranger à la maison. Or le fils de cette femme est mort une nuit parce qu’elle s’était couchée sur lui. Elle se leva au milieu de la nuit, prit mon enfant d’à côté de moi, pendant que ta servante dormait. Elle le mit sur son sein et son fils mort, elle mit sur mon sein. Je me levai pour allaiter mon fils, et voici qu’il était mort ! Mais, au matin, je l’examinai, et voici que ce n’était pas mon fils que j’avais enfanté !

2. L’accusation récusée

Ton fils est celui qui est mort et mon fils est celui qui est vivant !

3. Le résumé de la situation par Salomon

Celle-ci dit : " Voici mon fils et c’est ton fils qui est mort ". Celle-là dit : " Ce n’est pas vrai ! Ton fils est celui qui est mort et mon fils est celui qui est vivant ! "

4. L’ordre d’apporter une épée

Apportez-moi une épée… Partagez l’enfant vivant en deux et donnez la moitié à l’une et la moitié à l’autre.

5. La première femme veut arrêter l’épée qui va partager l’enfant

S’il te plaît, Monseigneur ! Qu’on lui donne l’enfant, qu’on ne le tue pas !

6. La seconde femme veut que l’épée partage l’enfant

Il ne sera ni à moi ni à toi, partagez !

7. Le jugement

Donnez l’enfant à la première, ne le tuez pas. C’est elle la mère !

D’emblée, on remarque que la première femme est dans la parole alors que la seconde ne l’est pas : les explications de celle-ci sont très brèves et s’enferment dans la négation. Par ailleurs la première prostituée formule l’accusation avec une très grande précision et souligne ce qui est en jeu : la confusion dans laquelle se trouve la première femme. Elle habite la même maison, a un enfant trois jours après son amie, se couche sur son bébé comme si elle s’identifiait à lui au point qu’elle l’entraîne dans la mort et finalement pense que l’enfant de l’autre est aussi le sien. La confusion ici apparaît comme un facteur de mort. Tout est déjà dit, mais Salomon veut avoir la confirmation de la vérité qu’il perçoit, par la parole de chacune des deux femmes. C’est pourquoi il utilise le stratagème de l’épée comme une provocation pour que la vérité s’exprime.

La violence au coeur du processus de la parole de vérité

Deux jeunes femmes vivent de la prostitution. Elles habitent la même maison, partagent leurs repas quand elles sont disponibles et parfois même leur argent pour faire face aux dépenses communes. Elles ont l’une pour l’autre une amitié sincère, qui donne un peu de cohérence à leur existence morcelée. Chez elles, tout se ressemble : les habits, les goûts esthétiques, la manière de parler, les histoires qu’elles racontent. La seconde, il est vrai, a tendance à imiter sa compagne si bien que son mimétisme tend à accroître encore la promiscuité dans laquelle elles vivent. Finalement leur relation est marquée par la fusion et la confusion. On les prend parfois pour deux sœurs jumelles. Elles ont de la peine à savoir ce qui est propre à l’une et ce qui appartient à l’autre. Souvent, elles manifestent de grands épanchements de sentiments mais elles finissent par éprouver des tiraillements qui dégénèrent en conflits.

L’enfant échangé pendant la nuit

La première a accouché d’un garçon qu’elle adore. Est-ce par un hasard de circonstances ou par une subtile imitation, la seconde a accouché trois jours après. Elle manifeste une très grande joie, en dépit des difficultés que va entraîner cet événement pour le travail quotidien. Il est vrai qu’elle a peu d’expérience, et elle ne sait pas mettre la distance nécessaire entre elle et sa progéniture. L’enfant continue à faire partie d’elle-même, comme s’il était encore dans son ventre. Ce soir là, elle l’a mis sur son sein, puis elle s’est endormie. Sans s’en rendre compte, elle s’est retournée : le jeune garçon a subi tout le poids de son corps. Il est mort étouffé. A son réveil, la femme s’aperçoit du désastre : elle est affolée, ne sait que faire, se dit que son enfant ne peut pas être mort. Alors, dans son égarement, elle le porte sur le sein de l’autre femme et prend pour elle le garçon qui respire normalement. Elle n’a pas fait de bruit. La nuit continue, comme si de rien n’était, son paisible déroutement.

La coupable ne reconnaît pas son forfait

Lorsque l’amie se réveille, elle se lève gaiement pour allaiter son enfant. Mais l’enfant s’est raidi et ne porte plus la vie. La femme le regarde, l’examine avec une attention infinie : elle ne reconnaît pas son garçon. Ses cheveux sont plus longs, plus foncés et les taches de rousseur qu’elle avait remarquées sur son front ont mystérieusement disparu. Aussitôt elle comprend le stratagème et vient interpeller sa compagne qui tarde à se lever. L’amie ne veut rien entendre. Sa réponse est brève et sur la défensive. Manifestement elle n’est pas dans la parole, car, dans sa vie, l’autre n’a pas de prise. Comment pourrait-elle parler, en dehors d’un bavardage répétitif, si elle ignore l’altérité ? Le sens lui échappe et elle semble encore incapable de porter un jugement de vérité. Pour elle, les choses ne sont pas si claires, en tout cas beaucoup moins claires que pour le lecteur lui-même. Ce qui est à l’autre lui appartient aussi. Et elle ne peut imaginer que son enfant soit mort. Donc le sien est celui qui est vivant. D’ailleurs, elle n’est pas prête à affronter la mort. Elle doit l’esquiver à tout prix.

La confusion ou le conflit pour le même enfant

La première femme ne peut en rester là : elle en appelle au roi Salomon, qui a une réputation de grande sagesse. La seconde est d’accord pour faire entendre sa vérité. Le roi se laisse émouvoir et demande aux deux plaignantes de se présenter devant son tribunal avec l’enfant vivant. Il les entend alors l’une après l’autre. Chacune a sa version, ce qui ne permet pas de trancher. Les voyant dans la confusion et le conflit, il a vite fait de résumer la situation. Celle-ci dit : " Voici mon fils et c’est ton fils qui est mort ! " Celle-là dit : " Ce n’est pas vrai ! Ton fils est celui qui est mort et mon fils est celui qui est vivant ! " Il a une intuition : il se dit que seule la vraie mère ne peut pas mentir. Il faut trouver un stratagème pour qu’elle puisse se dévoiler. Il pense alors au recours à la violence, dont la vocation la plus saine est de séparer pour introduire une clarté nouvelle.

La menace de l’épée

Salomon imagine une mise en scène. Les femmes seront, avec lui, les actrices d’une pièce de théâtre qu’elles viennent d’ébaucher. Il faudra aller jusqu’au bout pour arriver au dénouement. Il demande qu’on lui apporte une épée. Un serviteur arrive avec l’arme qu’il a sortie de son fourreau. Ceux qui assistent au procès se demandent quelle idée le roi a derrière la tête ; il n’a pas la réputation d’un bourreau. Ils ont pourtant un mouvement de recul lorsqu’il ordonne de partager l’enfant vivant en deux et d’en donner la moitié à l’une et la moitié à l’autre. Le serviteur hésite, regarde Salomon qui reste impassible.

L’interruption du processus de la violence

Lorsque l’épée se lève, la première femme l’arrête. L’interruption de la violence meurtrière fait partie du processus imaginé par Salomon. Et lorsqu’on dit interruption, il s’agit bien d’interrompre et non d’arrêter. Le roi sait qu’il faut détourner l’épée de son objet premier pour lui faire jouer un autre rôle. Cela, la femme ne le sait pas. Elle est engagée dans un jeu qu’elle ne maîtrise pas et dont seul Salomon connaît les règles. Mais elle joue son rôle à merveille.

La symbolisation de la violence

En arrêtant l’épée, la femme dont la pitié s’était enflammée pour son fils interpelle le roi : S’il te plaît Monseigneur ! Qu’on lui donne l’enfant, qu’on ne le tue pas ! Mais l’autre s’exclame : Il ne sera ni à moi ni à toi, partagez ! Dans le premier cas, c’est l’amour maternel qui s’exprime en vérité. Dans le second, c’est la volonté de n’être pas séparée de son amie : si, en effet, celle-ci est la mère de l’enfant vivant, elles ne seront plus dans la même situation et entreront dans la différence séparatrice. Or cela lui paraît impossible.

Ce qui vient de se passer c’est la symbolisation de la violence elle-même. Il s’agissait de détourner la force de mort de sa trajectoire première pour en faire une alliée de la force de vie, figurée par l’amour maternel. Autrement dit la symbolisation de la violence consiste à lui redonner sa véritable fonction, qui consiste à promouvoir la vie. Elle permet ainsi d’entrer dans l’alliance de la vie et de la mort.

La violence symbolisée promeut la vie en séparant

Un léger sourire traverse maintenant le visage de Salomon comme si la lumière venait de faire son entrée dans son esprit. Il ordonne alors à son serviteur de remettre l’arme dans son fourreau. L’épée a déjà tranché. Elle a séparé le mensonge et la vérité, la mère et son enfant vivant, les deux femmes, les deux mères, l’enfant vivant et l’enfant mort. La vie peut désormais poursuivre son élan, plus forte que jamais.

La violence symbolisée donne naissance à la parole de vérité

La symbolisation de la violence a donc permis de révéler la vérité. Il appartient maintenant à la parole du juge de dire ce que la violence a révélé. C’est donc elle qui prend le relais. Donnez l’enfant à la première, ne le tuez pas. C’est elle la mère ! En fait, la parole de vérité n’est pas seulement un dire : elle est remise en ordre ou plus directement organisation d’un ordre créateur. Nous sommes tout près de la Parole divine, qui sépare la lumière et les ténèbres, les eaux d’avec les eaux, la mer et la terre…

La soumission à la Loi d’amour, au fondement du processus de la parole de vérité

Il appartient maintenant à Israël de porter le jugement définitif. Il voit en Salomon une sagesse divine pour rendre la justice. Or la sagesse divine n’est pas d’abord une expression de l’intelligence : elle prend sa source dans le cœur de Dieu comme l’avaient déjà souligné les sages égyptiens. Autrement dit, elle est le fruit de l’amour. C’est donc parce qu’il se soumet à une Loi d’amour, que Salomon, peut, à sa façon, réinventer le processus de la parole de vérité, qui intègre la violence.

Voir également:

Qu’est-ce que la vérité ?

André Comte-Sponvillle

-Le Monde des Religions n°33

1 janvier 2009

« Qu’est-ce que la vérité ? » C’est la question de Ponce Pilate, qu’il est de bon ton, depuis Nietzsche, de juger d’autant plus profonde qu’elle serait sans réponse possible. Que la question fût posée par le chef d’une armée d’occupation – juste avant qu’il se lave les mains pendant qu’on crucifie un innocent – devrait pourtant nous inciter à davantage de vigilance. S’il n’y a pas de vérité, ou si l’on ne peut pas du tout la connaître, quelle différence entre un coupable et un innocent, entre un procès et une mascarade, entre un juste et un escroc ? Non que la vérité, certes, suffise à rendre la justice ! Il y faut aussi une loi, des principes, des valeurs… Mais quelle justice sans vérité ? Ainsi la question revient toujours.

Qu’on ne connaisse jamais toute la vérité, c’est une évidence. Cela n’empêche pas de dire ce qu’elle est, ou plutôt cela suppose qu’on en soit capable. Comment saurait-on, autrement, qu’on ne la connaît pas toute ? Une définition au moins nominale de la vérité est nécessaire, sans laquelle toute définition serait impossible ou sans portée. Mais cette définition, à son tour, n’est concevable que par une certaine expérience que nous avons, en nous, de ce que Spinoza appellera « la norme de l’idée vraie donnée ». Si nous ne savions pas du tout ce qu’est le vrai, comment pourrions-nous le chercher, comment saurions-nous, même, ce qu’est une erreur ? Ce n’est pas seulement la justice qui serait impossible. Les sciences le seraient tout autant, et la philosophie. Ce serait le triomphe des ignorants, des sophistes et des négationnistes.

Qu’est-ce que la vérité ? Inutile, ici, de chercher l’originalité. Les Grecs connaissaient déjà la réponse, bien avant que Pilate ne fasse semblant de se poser la question. Par exemple Épicure : « Est vrai ce qui est comme on le dit être ; est faux ce qui n’est pas comme on le dit être. » C’était comprendre que la vérité est dans l’être (veritas essendi, diront les scolastiques) avant d’être dans la connaissance (veritas cognoscendi), et ne se trouve dans celle-ci qu’à la condition de correspondre, au moins en partie, à celui-là. « La vérité consiste en l’être », dira Descartes, ou dans l’adéquation à ce qui est.

C’est ce que j’illustrerais volontiers par une définition encore plus simple : la vérité, c’est ce que Dieu connaît, s’il existe. On remarquera que ma définition ne dépend aucunement de l’existence de Dieu. C’est ce qui fait sa force. Elle est fondée sur une hypothèse (celle d’un dieu omniscient), mais n’est elle-même nullement hypothétique : ni l’extension ni la compréhension du concept de vérité ne varient en fonction de l’existence ou non de ce dieu qui sert, mais comme simple hypothèse, à le définir. Que Dieu existe ou pas, qu’est-ce que cela change à la vérité de ce qui est ou fut ? Rien : Dreyfus n’en sera pas moins innocent, ni ses juges moins coupables. Les athées le savent bien, s’ils sont rationalistes. C’est ce qui les distingue de Nietzsche ou de Ponce Pilate.

Une conséquence importante de cette définition, c’est que connaissance et vérité ne sont identiques qu’en Dieu, s’il existe. Pour nous, simples mortels, elles sont à jamais deux, et irréductibles l’une à l’autre. C’est ce qui interdit de prétendre connaître toute la vérité, comme de prétendre qu’elle n’existe pas – car il n’y aurait rien, alors, dont on puisse dire qu’on l’ignore, ni qu’on le cherche. Par quoi le doute reste fidèle à la vérité qu’il suppose, aussi sûrement que le mensonge la trahit.

Il faudrait autrement donner raison à Ponce Pilate, et renoncer à défendre les innocents.

André Comte-Sponville est philosophe. Parmi ses ouvrages, Petit traité des grandes vertus (PUF, 1995) et L’Esprit de l’athéisme (Albin Michel, 2006).

Voir encore:

Putnam et la critique de la dichotomie fait/valeur

Antoine Corriveau-Dussault, Université Laval

Phares

Volume 7, 2007

Introduction

Les positivistes logiques défendent la distinction fait/valeur sur la base de leur division tripartite des énoncés[1]. Les énoncés se répartissent selon eux en trois classes : les énoncés analytiques, les énoncés synthétiques, et les énoncés vides de sens. Les énoncés analytiques sont ceux qui sont vrais en vertu de leur seule signification (par exemple les énoncés tautologiques comme « Tous les célibataires sont non-mariés »). Les énoncés synthétiques sont les énoncés empiriques, c’est-à-dire ceux pour lesquels une méthode de vérification expérimentale peut être imaginée. Les énoncés qui n’entrent pas dans ces deux classes sont considérés vides de sens[2]. C’est le cas principalement des énoncés éthiques et métaphysiques. Ces énoncés n’étant ni tautologiques, ni vérifiables empiriquement, ils sont rejetés comme du non-sens. C’est ce qui conduit les positivistes à opposer faits et valeurs. Selon eux, les faits sont du domaine de la science, et sont objectifs parce qu’ils constituent des descriptions du monde tel qu’il est dont l’exactitude peut être vérifiée empiriquement. À l’opposé, les valeurs sont du domaine de l’éthique (et de l’esthétique), et sont subjectives parce qu’elles sont des prescriptions de comment le monde devrait être qui ne réfèrent à rien de vérifiable empiriquement. L’opposition fait/valeur constitue donc, depuis le positivisme logique, le principal argument en faveur du subjectivisme moral[3].

Quiconque voulant défendre la possibilité d’une certaine objectivité en éthique est confronté à cette opposition. Deux types de stratégies sont habituellement employées pour concilier l’opposition fait/valeur avec la possibilité d’une objectivité en éthique. La première est celle de montrer qu’il est possible de déduire des jugements de valeur à partir de jugements de fait. C’est par exemple ce que tente Searle dans l’article « How to Deduce Ought From Is »[4]. La seconde est celle de montrer que les jugements de valeur peuvent être réduits à des jugements de fait d’un certain type (jugements de fait psychologiques, utilitaristes, sociologiques, etc.). C’est ce genre de réduction de l’éthique à des énoncés « naturels » que critique G.E. Moore sous l’étiquette sophisme naturalisme. L’objet de cet exposé n’est toutefois pas d’approfondir ces deux types de stratégies et leurs critiques. Nous nous intéresserons plutôt à un autre type de stratégie employée en regard de l’opposition fait/valeur pour ramener l’objectivité en éthique. Cette stratégie est développée par Hilary Putnam dans The Collapse of the Fact/Value Dichotomy[5] et dans quelques-uns de ses ouvrages antérieurs. Elle consiste à contester la légitimité de l’opposition fait/valeur elle-même. Selon Putnam, faits et valeurs ne sont pas aussi opposés que les positivistes logiques ne le prétendent. Sa démarche consiste à montrer que les positivistes exagèrent le fossé qui sépare faits et valeurs. Pour lui, ces derniers transforment une simple distinction en véritable dichotomie. Putnam est donc clair sur cette nuance : il n’en a pas contre une distinction, mais contre une dichotomie fait/valeur. Il argumente donc pour montrer qu’il n’y a pas d’opposition stricte entre faits et valeurs. Les faits et les valeurs sont selon lui imbriqués.

Un premier problème est toutefois que Putnam n’est pas assez explicite sur la différence qu’il veut marquer entre distinction et dichotomie. Cela a pour conséquence qu’il est difficile de cerner quel type de distinction entre faits et valeurs il considère acceptable, et quel type il considère être trop dichotomique. Pouvons-nous encore après les arguments de Putnam décrier comme fallacieuse toute tentative d’inférer le devoir-être à partir de l’être ? Pouvons-nous toujours exiger comme Max Weber que la science soit neutre par rapport aux valeurs ? Un second problème est que Putnam ne précise pas quand son argumentation vise plus directement la dichotomie fait/valeur et quand elle vise d’abord le subjectivisme moral. Putnam semble à mon avis souvent traiter ces deux questions indistinctement. Or, dans l’introduction de The Collapse, il présente sa démarche comme critiquant d’abord la dichotomie fait/valeur afin de ramener ensuite, sur la base de cette critique, l’objectivité en éthique[6]. Sa critique de la dichotomie fait/valeur se veut donc, selon ce qu’il pose en introduction, une prémisse à sa critique du subjectivisme moral. La tendance de Putnam à traiter les deux questions indistinctement a pour conséquence qu’il est difficile de saisir en quoi sa critique de la dichotomie fait/valeur constitue une prémisse à sa critique du subjectivisme moral. Le but du présent article est de répondre autant que possible à ces problèmes d’ambiguïté. Ce que je me propose de faire est donc d’exposer et d’analyser l’argumentation de Putnam afin de dégager comment elle a prise sur ces deux questions. J’analyserai ainsi les arguments de Putnam en précisant d’abord quelles limites ils imposent à l’application de la distinction fait/valeur pour ne pas qu’elle devienne dichotomique, et ensuite en quoi ils sont efficaces à montrer l’objectivité de l’éthique.

De manière très générale, l’argumentation de Putnam consiste à atténuer le fossé entre faits et valeurs, d’abord en montrant que la science est fondée sur des valeurs (les valeurs « épistémiques »), et ensuite en remarquant que certains concepts ont en même temps les caractéristiques principales des jugements de valeur et celles des jugements de fait. En montrant que la science est fondée sur des valeurs, Putnam met en évidence que les jugements de fait qu’elle prononce ne sont pas neutres par rapport aux valeurs. En remarquant que certains concepts ont en même temps les caractéristiques principales des faits et celles des valeurs, Putnam identifie certains concepts qui ne sont pas classables dans une opposition stricte entre faits et valeurs. La principale conséquence que tire Putnam de ces remarques est que l’on ne peut plus opposer faits et valeurs comme le font les positivistes quant à leur rapport à l’objectivité. Si les jugements de fait sont fondés sur des jugements de valeur, alors le subjectivisme des valeurs s’applique aussi aux faits. Il faut donc selon Putnam revoir l’idée que nous nous faisons de l’objectivité, car sinon nous devrons conclure que l’objectivité est impossible.

Son argumentation se divise selon moi en trois arguments. D’abord, l’argument des valeurs épistémiques par lequel Putnam montre que la science présuppose des valeurs. Ensuite l’argument des concepts éthiques épais, par lequel Putnam montre qu’il existe certains concepts qui ont en même temps les principales caractéristiques des faits et celles des valeurs. Et finalement, l’argument de la conception pragmatiste de l’objectivité par lequel Putnam évite le subjectivisme. Je découperai donc mon exposé et mon analyse de l’argumentation de Putnam en ces trois arguments, et j’évaluerai la prise qu’a chacun, d’abord sur la dichotomie fait/valeur et ensuite sur le subjectivisme moral.

1. L’argument des valeurs épistémiques

a) Exposé de l’argument

L’argument des valeurs épistémiques consiste à montrer que la science présuppose des valeurs. Cet argument se veut une sorte de réfutation par l’absurde. Si la science est fondée sur des valeurs et si les valeurs sont subjectives, alors, la science est elle aussi subjective.

Pour montrer que la science présuppose des valeurs, Putnam rappelle d’abord les amendements apportés à l’empirisme logique par Carnap et Quine. Carnap, confronté à la présence dans les théories scientifiques d’énoncés à propos d’inobservables comme les électrons, s’est résolu à assouplir le critère de vérifiabilité empirique. Dorénavant, ce ne seraient plus les énoncés individuels qui devraient pouvoir être validés empiriquement, mais les théories prises comme des touts unifiés[7]. Dès lors, des énoncés non-empiriques pourraient être acceptés dans les théories scientifiques en tant que « termes théoriques » si des énoncés empiriques pouvaient en être déduits. Il serait alors justifié de faire intervenir certains termes théoriques dans les théories s’ils permettaient à la théorie de prédire plus efficacement les phénomènes empiriques auxquels elle s’intéresse. Carnap maintenait tout de même une distinction marquée entre les termes empiriques et les termes théoriques.

La critique par Quine de la dichotomie analytique/synthétique a toutefois affaibli cette distinction. Les positivistes assimilaient analytique à conventionnel et synthétique à factuel. La critique de Quine consiste à remarquer que de nombreux énoncés ne sont pas nettement classables dans l’une ou l’autre de ces catégories. Par exemple, il est difficile de déterminer si le principe de conservation de l’énergie est factuel ou conventionnel. En fait, selon Quine, le factuel et le conventionnel ne sont pas nettement distincts dans les théories, ils se confondent[8]. Les jugements de fait d’une théorie dépendent des conventions propres à cette théorie et vice versa. Il n’y a donc pas de fait brut purement empirique. Tout jugement de fait présuppose les concepts propres à la perspective dans laquelle la théorie s’inscrit. Les conventions contenues dans une théorie sont confirmées par le succès empirique de la théorie, mais ce succès empirique est lui-même mesuré sur la base de ces mêmes conventions. Il n’y a donc pas de validation empirique ultime et décisive.

Après l’assouplissement du critère de vérifiabilité empirique par Carnap, l’empirique avait encore le dernier mot. Une théorie était valide si les énoncés empiriques que l’on pouvait en déduire étaient conformes à la « réalité empirique ». Toutefois, avec la critique de la dichotomie analytique/synthétique par Quine, une telle validation n’est plus possible. Les énoncés empiriques formulés par les théories présupposent les concepts propres à cette théorie. L’empirique ne peut donc pas servir à valider ces concepts. Pour pouvoir par exemple affirmer qu’il y a des chaises dans la salle où je me trouve, je dois déjà maîtriser les concepts de « salle » et de « chaise ». Mon expérience empirique me confirmant qu’il y a des chaises dans la salle présuppose déjà ces concepts. Elle ne peut donc pas servir à justifier ces concepts comme un découpage adéquat du donné empirique.

Les amendements de Quine et Carnap montrent donc qu’il n’y a pas de fait brut et que les jugements de fait présupposent toujours des concepts et des théories. Selon Putnam qui s’inspire ici du philosophe-économiste Vivian Walsh, en amendant leur épistémologie de la sorte, les positivistes logiques ouvrent la porte à ce que la science présuppose des valeurs[9]. Si les jugements de fait présupposent des concepts, pourquoi ne pourraient-ils pas aussi présupposer des valeurs ? Putnam attire alors l’attention sur les valeurs de cohérence, de plausibilité, de raisonnabilité et de simplicité, qui selon lui sont au fondement de nos théories scientifiques. Selon Putnam, une fois abandonnée l’idée de fait brut validant nos théories, nous devons, pour expliquer ce qui motive en science le choix d’une théorie plutôt qu’une autre, nous en remettre à ces valeurs qu’il appelle « épistémiques ». Une théorie est jugée meilleure qu’une autre non pas parce qu’elle est plus conforme à l’empirique, mais parce qu’elle nous semble plus cohérente, plus plausible, plus raisonnable, plus simple, etc. Évidemment, les positivistes logiques ont voulu éviter cette conclusion. Toutefois, aucune de leurs tentatives pour l’éviter n’a été fructueuse selon Putnam. Ni la « straight rule of induction » de Reichenbach, ni l’approche par algorithme de Carnap, ni le falsificationnisme de Popper ne résolvent adéquatement le problème[10]. Pour Putnam, nos théories scientifiques présupposent des valeurs. Il confirme cette idée en rappelant que la communauté scientifique a favorisé la théorie d’Einstein à celle de Whitehead cinquante ans avant que ne soit imaginée une expérience pouvant les vérifier. Les raisons pour lesquelles la théorie d’Einstein a été jugée meilleure que sa rivale à l’époque étaient qu’Einstein proposait une théorie plus simple et plus conservatrice. Sa théorie ne remettait pas en cause la conception admise de la conservation du mouvement[11]. Les valeurs de simplicité et de conservatisme sont donc à l’origine du choix de la communauté scientifique.

La prise en compte des valeurs épistémiques a pour Putnam un impact important sur la dichotomie fait/valeur. Elle atténue le fossé qui les sépare en montrant que l’un est fondé sur l’autre. Elle a aussi pour conséquence que tous les arguments habituellement employés pour défendre le subjectivisme moral s’appliquent aussi aux faits et à la science.

b) Analyse de l’argument

Impact de l’argument sur la dichotomie fait/valeur

Ce que l’argument des valeurs épistémiques montre, c’est que les faits présupposent des valeurs. Le type d’imbrication auquel il conduit est donc d’ordre logique : l’un est fondé sur l’autre. Cet argument maintient toutefois une distinction entre faits et valeurs. Pour qu’il soit sensé d’affirmer que les faits sont fondés sur des valeurs, il faut de façon évidente que faits et valeurs soient distincts. Ainsi, pour que son argument fonctionne, Putnam doit maintenir une certaine distinction entre les deux. Cela ne pose pas vraiment problème puisque comme nous l’avons noté, il n’en a pas contre une distinction entre faits et valeurs, mais seulement contre une dichotomie. Ce que nous devons donc identifier dans cet argument, c’est quelle(s) limite(s) il impose à l’application de la distinction fait/valeur pour qu’elle ne devienne pas dichotomique. L’argument n’impose qu’une seule limite. Habituellement, la principale conséquence tirée de la dichotomie fait/valeur est le subjectivisme des valeurs. Comme les faits sont validés empiriquement et les valeurs ne peuvent pas l’être, alors les faits sont considérés objectifs et les valeurs subjectives. L’argument des valeurs épistémiques annule cette conséquence. Puisque les faits sont fondés sur des valeurs, si les valeurs sont subjectives, alors les faits le sont aussi. Putnam nous demande donc de cesser d’associer objectif à descriptif. L’argument place ainsi faits et valeurs sur un pied d’égalité quant à leur rapport à l’objectivité. La limite qu’impose l’argument à l’application de la distinction fait/valeur est donc qu’il ne faut pas tirer de cette distinction la conséquence que faits et valeurs ont un rapport différent à l’objectivité.

Efficacité de l’argument à montrer l’objectivité de l’éthique

Strictement parlant, l’argument ne conduit pas à montrer l’objectivité des valeurs. Au contraire, il élargit plutôt aux faits le subjectivisme des valeurs. À la lumière de cet argument, descriptifs et prescriptifs se révèlent donc tous deux subjectifs. Nous verrons plus loin que Putnam renverse cette situation avec son troisième argument qui propose une conception pragmatiste de l’objectivité.

2. L’argument des concepts éthiques épais

a) Exposé de l’argument

L’argument des concepts éthiques épais consiste à montrer que de nombreux concepts employés dans les discussions éthiques réelles défient la dichotomie fait/valeur.

Selon Putnam, il y a dans le langage de nombreux concepts qui sont à la fois descriptifs et prescriptifs. Ils jouent donc à la fois le rôle habituellement associé aux faits et celui habituellement associé aux valeurs. Putnam donne l’exemple d’un concept comme « cruel ». Ce concept éthique sert selon lui à la fois à évaluer et à décrire. Lorsque par exemple un historien qualifie un empereur romain de cruel, cela nous donne une certaine idée du type de comportement de l’empereur. Le concept « cruel » véhicule donc un certain contenu descriptif. Toutefois, si un parent qualifie le professeur de son enfant de cruel, cela constitue de façon évidente une critique du comportement du professeur. Il n’a pas besoin de préciser ensuite qu’il désapprouve ce comportement. « Cruel » véhicule donc aussi une certaine force évaluative. Un concept comme « cruel » ne peut donc pas être classé dans une dichotomie étanche entre faits et valeurs puisqu’il joue ces deux rôles. Selon Putnam, de nombreux concepts défient de cette manière la dichotomie fait/valeur. Il appelle ces concepts « concepts éthiques épais » (thick ethical concepts), empruntant l’expression de Bernard Williams[12].

Ces concepts remettent en cause la forme que donnent les non-cognitivistes au syllogisme pratique. Selon ces derniers, le syllogisme pratique comporte une majeure prescriptive et une mineure descriptive. C’est seulement parce que la composante prescriptive est présente dans l’une des deux prémisses que la conclusion peut légitimement être prescriptive[13]. Le syllogisme pratique doit donc avoir la forme suivante :

M : « Il ne faut pas tuer d’être humain » (prémisse prescriptive)

m : « La peine de mort tue des être humains » (prémisse descriptive)

C : « Il ne faut donc pas pratiquer la peine de mort » (conclusion prescriptive)

Les concepts éthiques épais contredisent ce modèle. Comme certains prédicats sont à la fois prescriptifs et descriptifs, il semble possible pour Putnam de tirer une conclusion prescriptive à partir d’une seule prémisse. Dans l’exemple du professeur cruel, la forme de l’argument serait donc :

m : « Le professeur est cruel » (prémisse prescriptive-descriptive)

C : « Il est donc un mauvais professeur » (conclusion prescriptive)

Un prédicat comme « cruel », bien qu’il comporte un contenu descriptif, contient donc déjà tout ce qu’il faut pour conduire à une conclusion prescriptive.

Cela contredit aussi un des principaux arguments des non-cognitivistes en faveur de la dichotomie fait/valeur. Une formulation contemporaine de cet argument est celle de John Mackie selon laquelle les jugements de valeurs n’ont pas de contenu cognitif, puisque, comme ils ne décrivent rien qui puisse être connu empiriquement, s’ils en avaient un, ils seraient alors ontologiquement bizarres (ontologically queer)[14]. Les concepts éthiques épais répondent à cet argument en montrant comment un certain contenu cognitif peut être attribué aux énoncés éthiques sans que ces derniers soient ontologiquement bizarres. La cruauté d’une action peut être décrite. Un énoncé à propos de la cruauté d’une action n’est donc pas ontologiquement bizarre, puisqu’il porte sur quelque chose qui peut être décrit[15].

Les non-cognitivistes ont bien sûr tenté de nier l’existence des concepts éthiques épais. Putnam rapporte et critique trois types de tentatives. D’abord, celle d’en faire de purs jugements de valeur, qu’il retrouve chez Hume. Ensuite, celle d’en faire de purs jugements de fait, qu’il retrace chez Hare pour certains concepts. Puis, celle de les séparer en deux composantes (descriptive et prescriptive), qu’il retrouve aussi chez Hare, mais pour d’autres concepts. Il serait malheureusement trop fastidieux de présenter ici ces trois tentatives et leurs critiques. Je discuterai donc seulement de la troisième, car cela sera pertinent pour l’analyse que je ferai ensuite de l’argument.

Selon Hare, « cruel » peut être factorisé en une composante descriptive : « faire souffrir profondément », et une composante évaluative : « action qui est mauvaise ». Cette factorisation ne fonctionne pas selon Putnam, car elle suscite des relations de synonymie tordues. Si l’on retranche de « cruel » sa force évaluative, son sens descriptif ne reste pas intact. Faire souffrir profondément n’est pas nécessairement cruel. Par exemple amputer à froid la jambe d’un patient atteint de gangrène n’était pas quelque chose de cruel avant la découverte de l’anesthésie[16]. L’idée de cruauté sous-entend que l’action est commise dans un contexte où elle est injustifiée. Elle contient donc intrinsèquement une évaluation. Il est impossible de lui extraire sa force évaluative sans altérer son sens.

Les aspects descriptifs et prescriptifs des concepts éthiques épais sont indissociables selon Putnam. Les concepts éthiques épais sont donc inclassables dans une dichotomie stricte entre faits et valeurs.

b) Analyse de l’argument

Impact de l’argument sur la dichotomie fait/valeur

L’idée générale de l’argument des concepts éthiques épais est d’observer que la majorité des jugements de valeur prononcés dans nos discussions éthiques sont soudés à des descriptions. Ainsi, contrairement à l’argument précédent, qui supposait une assez forte distinction entre fait et valeur pour que l’un puisse être fondé sur l’autre, ce dernier argument semble, pour sa part, rendre plus floue la ligne qui sépare faits et valeurs. En effet, l’idée d’une distinction fait/valeur est d’affirmer que les faits constituent des descriptions du monde tel qu’il est, alors que les valeurs sont des évaluations ou des prescriptions quant à comment le monde devrait être. Or, l’argument des concepts éthiques épais montre qu’un grand nombre de concepts servent en même temps à décrire et à prescrire. Cela implique donc qu’il y a un grand nombre de concepts pour lesquels la dichotomie fait/valeur ne s’applique pas.

Cependant, il ne faut pas conclure de l’argument davantage qu’il ne le permet. Strictement parlant, l’argument montre bien que la distinction fait/valeur n’est pas étanche. Toutefois, il le fait en préservant en arrière scène une distinction entre descriptif et prescriptif. Ce que l’argument montre en effet, c’est que plusieurs concepts jouent à la fois le rôle de décrire et celui de prescrire. De façon évidente, il a donc besoin pour ce faire de maintenir une distinction entre les deux rôles que sont décrire et prescrire. Ce qu’il montre, c’est qu’entre les faits qui sont purement descriptifs et les valeurs qui sont purement prescriptives, il existe des concepts hybrides qui sont à la fois descriptifs et prescriptifs. La distinction entre décrire et prescrire comme deux rôles que peuvent jouer les concepts reste donc intacte. L’argument maintient donc implicitement une distinction parente de la distinction fait/valeur : la distinction descriptif/prescriptif. Pour bien saisir la portée de l’argument, il est par conséquent indispensable de différencier d’un côté la distinction fait/valeur qui tente d’opposer deux types de concepts, et la distinction descriptif/prescriptif qui oppose deux rôles que peuvent jouer les concepts. Il est possible de distinguer ces deux rôles sans prétendre qu’ils donnent lieu à deux types exclusifs de concepts. Dans cette perspective, il n’est pas nécessaire de pouvoir isoler les composantes descriptives et prescriptives des concepts éthiques épais, comme le tentent (en vain selon Putnam) les non-cognitivistes avec la théorie des deux composantes, pour maintenir une distinction entre descriptif et prescriptif. Ces deux rôles peuvent être distingués même s’ils sont soudés dans certains concepts. Ce que l’argument montre, ce n’est pas que la distinction descriptif/prescriptif est illégitime, mais simplement que ce n’est pas parce qu’un concept a pour rôle de décrire qu’il ne peut pas avoir en même temps pour rôle de prescrire.

Cette idée de distinction entre deux rôles que peuvent jouer les concepts peut être précisée à l’aide de la distinction établie par John R. Searle entre deux directions de l’ajustement[17]. Pour développer cette distinction, Searle s’inspire d’un exemple d’abord présenté par Elizabeth Anscombe dans L’Intention[18]. L’exemple nous demande d’imaginer une situation où un homme se rend au supermarché avec en main une liste d’emplettes remise par sa femme. L’homme, à son insu, est suivi par un détective qui l’observe et note tout ce qu’il achète. Évidemment, quand l’homme aura terminé ses emplettes, s’il a bien observé les consignes de sa femme et si le détective a été assez minutieux, l’homme et le détective auront tous deux la même liste. Searle remarque toutefois que leurs listes ne jouent pas le même rôle. La liste de l’homme a pour rôle de faire en sorte que le monde s’ajuste à la liste (c’est-à-dire, que les articles dans le panier soient conformes à ceux qui sont listés), alors que la liste du détective a la fonction inverse de faire en sorte que la liste s’ajuste au monde (c’est-à-dire, que les articles listés soient conformes à ceux qui sont mis dans le panier). Il devient manifeste que la distinction entre ces deux rôles est incontournable lorsque l’on observe ce qui constitue une « erreur » dans chacun des deux cas. Dans le cas de la liste de l’homme, il y a erreur si l’homme n’achète pas les bons articles, c’est-à-dire, s’il ne parvient pas à faire en sorte que le monde s’ajuste correctement à la liste. Inversement, dans le cas de la liste du détective, il y a erreur si le détective ne note pas les bons articles, c’est-à-dire, s’il ne parvient pas à faire en sorte que la liste s’ajuste correctement au monde.

Searle tire de cet exemple sa célèbre distinction entre deux directions de l’ajustement. La liste du détective a la direction de l’ajustement langage-monde, alors que la liste de l’homme a la direction de l’ajustement monde-langage. Searle classe dans la direction langage-monde les déclarations, les descriptions, les assertions et les explications; et dans la direction monde-langage les requêtes, les commandes, les souhaits et les promesses[19]. Ce classement que fait Searle recoupe presque exactement la distinction classique entre descriptif et prescriptif. Searle arrive toutefois à cette distinction par une analyse des actes de langages et non pas par une théorie de la vérifiabilité empirique des énoncés (comme les positivistes). De plus, Searle ne se prononce pas quant au rapport à l’objectivité de chacune des deux directions, ni sur la possibilité que certains concepts aient les deux directions en même temps. Cette formulation de la distinction descriptif/prescriptif en termes de direction de l’ajustement est donc compatible avec l’analyse que nous avons faite jusqu’à présent des arguments de Putnam[20].

En somme, l’argument des concepts éthiques épais montre que les concepts employés dans nos énoncés peuvent jouer les deux rôles que sont décrire et prescrire. L’argument montre par le fait même que l’éthique ne concerne pas seulement le prescriptif, puisqu’il observe qu’un grand nombre de concepts éthiques possèdent un contenu descriptif. Cela n’a toutefois pas pour conséquence de montrer que décrire et prescrire ne sont pas distincts, puisque l’argument doit distinguer ces deux rôles pour pouvoir montrer que plusieurs concepts les jouent tous les deux. L’argument impose toutefois une limite importante à l’application de la distinction fait/valeur puisqu’il montre que ces deux types ne sont pas exclusifs. Il existe entre les purs faits et les pures valeurs des concepts hybrides qui sont à la fois descriptifs et prescriptifs. L’imbrication à laquelle conduit l’argument est donc d’ordre sémantique : certains concepts servent en même temps à signifier une description et une prescription.

Efficacité de l’argument à montrer l’objectivité de l’éthique

À première vue, en montrant que plusieurs jugements de valeur possèdent un contenu descriptif, l’argument des concepts éthiques épais peut apparaître comme un argument efficace en faveur de l’objectivité de l’éthique. Toutefois, rappelons-nous que l’argument précédent (celui des valeurs épistémiques) avait pour principale conséquence de dissocier objectif de descriptif. Ces deux idées ainsi dissociées, l’argument des concepts éthiques épais se trouve donc impuissant à montrer l’objectivité des valeurs. En d’autres termes, si, comme l’argument des valeurs épistémiques le montre, les faits et les descriptions ne sont pas plus objectifs que les valeurs, alors, montrer que certains concepts éthiques sont descriptifs ne montre d’aucune manière leur objectivité. Par conséquent, l’argument des concepts éthiques épais, puisqu’il ne discute que du caractère descriptif de l’éthique, n’a aucune prise sur la question de l’objectivité des valeurs. Nous verrons toutefois plus loin que le propos de Putnam présente une certaine ambivalence sur ce point, qui crée une certaine tension dans son argumentation.

3. L’argument de la conception pragmatiste de l’objectivité

a) Exposé de l’argument

Nous avons remarqué qu’au terme du premier argument de Putnam (celui des valeurs épistémiques), son argumentation semblait davantage conduire au subjectivisme de la science qu’à l’objectivité de l’éthique. C’est ce troisième argument, celui de la conception pragmatiste de l’objectivité, qui renverse cette situation. La manœuvre générale de l’argument est de tracer une voie médiane entre le relativisme et la conception habituelle que nous avons de l’objectivité. Il trace cette voie médiane en s’inspirant des pragmatistes américains classiques.

L’objectivité non-métaphysique

Sur la question de l’objectivité, Putnam est en vif débat avec Richard Rorty. Toutefois, contrairement à ce que suggèrent les choix terminologiques de l’un et de l’autre, Putnam et Rorty défendent des positions très semblables sur cette question. Il est donc judicieux de présenter la position de Putnam en contraste avec celle de Rorty. Le point sur lequel Putnam et Rorty sont d’accord, c’est le rejet de l’objectivité au sens classique du terme. Nous ne pouvons jamais, ni pour Rorty, ni pour Putnam, nous abstraire complètement de l’influence de notre culture pour envisager le monde tel qu’il est indépendamment de toute perspective. Pour Putnam, comme nous l’avons vu, étant donné que toute perception présuppose des concepts et des valeurs, notre appréhension du monde n’est jamais brute. Putnam, autant que Rorty, rejette donc comme chimérique la notion classique d’objectivité qui prétend que notre connaissance peut atteindre quelque chose comme le « point de vue de Dieu ». Ce sur quoi les positions de Putnam et de Rorty diffèrent, c’est sur ce qui reste une fois que l’on rejette cette notion classique d’objectivité. Pour Rorty, il ne reste que la « solidarité »[21]. Selon lui, la fixation de la croyance[22] ne peut jamais résulter d’autre chose que d’un ethnocentrisme délibéré. Nous partageons avec les membres de notre communauté d’appartenance un certain nombre de croyances et de valeurs. Nous sommes donc solidaires avec nos pairs culturels dans notre foi en ces croyances et dans notre engagement à défendre ces valeurs. Rorty abandonne donc complètement l’idée d’objectivité. Nous croyons que la science occidentale est meilleure que les croyances magiques des tribus aborigènes simplement parce que notre culture nous y incite.

Putnam ne partage pas cette conclusion. Selon lui, l’échec de la notion classique d’objectivité ne conduit pas au relativisme. Ce que cet échec montre, c’est simplement que la notion classique d’objectivité ne fonctionne pas. Cette notion classique, trop exigeante parce qu’elle demande qu’une connaissance puisse être en conformité parfaite avec la chose en soi, peut toutefois être remplacée par une notion plus souple. Putnam oppose donc la notion classique d’objectivité qu’il qualifie péjorativement de métaphysique à une notion non-métaphysique d’objectivité. La conception classique définit l’objectivité comme la correspondance de la pensée à un objet extérieur à elle.

Cette exigence est trop forte. Pour croire que les objets auxquels réfère sa pensée existent réellement dans le monde, le sujet humain ordinaire, qui n’est pas troublé par des interrogations métaphysiques, n’a pas besoin de croire que sa pensée décrit le monde tel qu’il est réellement au sens métaphysique[23]. Il nous faut donc, selon Putnam, renouer avec un « réalisme du sens commun » et nous défaire des fantasmes métaphysiques véhiculés par la tradition philosophique. Nous pouvons très bien croire que, pour ce que cela implique dans notre vie concrète, nos idées décrivent (bien que partiellement) les objets tels qu’ils existent dans le monde. Valider un énoncé comme « il y a des chaises dans la salle » n’engage à rien au plan métaphysique. Si nous nous trouvons dans la salle en question et que nous voyons qu’il y a bien des chaises, nous sommes dans des conditions suffisamment bonnes pour valider l’énoncé. Évidemment nous pouvons, à un niveau métaphysique de réflexion, nous demander si la salle et les chaises existent réellement en tant que salle et chaises. Il est probable qu’elles ne soient qu’une construction de notre pensée. Cependant, au niveau non-métaphysique où nous employons les concepts de salle et de chaise, cette existence métaphysique n’est pas en cause. Ce que l’énoncé « il y a des chaises dans la salle » affirme, c’est que dans un univers conceptuel où la réalité est découpée en salles et en chaises, il est vrai d’affirmer qu’il y a des chaises dans la salle. La question de l’existence métaphysique de la salle et des chaises indépendamment de ces concepts n’a donc aucune pertinence.

Putnam fait remarquer que même le relativisme, par exemple celui de Rorty, doit adhérer à ce réalisme du sens commun. Pour affirmer que la vérité dépend du point de vue de chacun, le relativisme doit inévitablement croire que nous pouvons connaître et comprendre ce qu’autrui pense[24]. Un relativisme qui nie ce réalisme du sens commun est donc auto-réfutant. C’est par conséquent la notion métaphysique classique d’objectivité qui doit être abandonnée. L’idée d’objectivité elle-même doit être maintenue.

L’impossibilité d’abandonner la notion d’objectivité renverse donc la conclusion de l’argument des valeurs épistémiques. Puisqu’une notion minimale d’objectivité est indispensable, le constat que les faits présupposent des valeurs ne peut pas conduire à la conclusion que tout est subjectif, comme le suggérait l’argument des valeurs épistémiques. Selon Putnam, ce à quoi ce constat conduit est plutôt que l’objectivité doit exister hors de la science. Le savoir scientifique doit présupposer un savoir non-scientifique[25]. Putnam préfère toutefois appeler ce savoir « a-scientifique » pour insister sur le fait qu’il n’est pas opposé à la science, mais plutôt complémentaire. Nous devons donc reconnaître l’objectivité de ce savoir a-scientifique pour fonder l’objectivité de la science. Même le positivisme logique présuppose cette objectivité a-scientifique puisque ses tenants n’ont jamais réussi à démontrer scientifiquement la validité de leur principe de vérifiabilité empirique. Le constat que la science présuppose des valeurs n’est donc pas un argument en faveur du subjectivisme de la science. Il nous oblige plutôt à reconnaître que le champ de l’objectivité dépasse la science.

L’objectivité pragmatiste

Pour comprendre la conception de l’objectivité présentée par Putnam, il est nécessaire de rappeler quelques particularités du pragmatisme américain. Dans le pragmatisme américain, toute démarche cognitive passe par l’enquête. Nous apprenons par expérience. Il ne s’agit toutefois pas d’un empirisme de l’objet postulant des objets fixes et une pensée-réceptacle qui en reçoit les images. Les pragmatistes ont une conception héraclitéenne du cosmos. Le monde est selon eux en perpétuel changement, et c’est ce qui menace la stabilité de notre savoir. Il est toujours possible qu’une connaissance admise même depuis des siècles soit contredite par une situation nouvelle. Il n’y a donc pas de vérité définitive, mais seulement des croyances suffisamment justifiées. C’est pourquoi certains pragmatistes refusent d’employer le terme « vérité », et préfèrent plutôt parler d’« assertabilité garantie ». Les pragmatistes ont donc une conception faillibiliste du savoir (notre savoir est faillible et voué à être remplacé par un meilleur éventuellement). C’est lorsqu’un problème imprévu vient perturber la stabilité de nos croyances que le processus de l’enquête se met en marche.

Il n’y a toutefois pas de méthode précise et unique selon laquelle mener l’enquête. Par l’enquête, nous cherchons, par les moyens que nous jugeons appropriés dans la situation où nous nous trouvons, à rétablir la stabilité de nos croyances. Nous le faisons en remplaçant certaines de nos croyances par des nouvelles. Ces nouvelles croyances rétablissent la stabilité en solutionnant le problème qui était venu la perturber. Nos croyances sont donc pour les pragmatistes des « solutions appropriées à des situations problématiques ». Nous ne les adoptons que dans la mesure où notre désir de rétablir la stabilité nous y oblige. Il n’est donc jamais question pour les pragmatistes de remettre en cause une croyance qui ne pose aucun problème.

Les pragmatistes évitent de cette manière le scepticisme. Le sceptique est celui qui prétend douter de tout. Pour un pragmatiste, douter de tout est impossible puisque nous ne doutons sincèrement de nos croyances que lorsque la situation dans laquelle nous nous trouvons nous y oblige. Il n’y a pas de doute méthodique. Pour les pragmatistes, le doute doit autant être justifié que la croyance.

Les pragmatistes défendent donc une position médiane entre l’objectivisme classique, qui prétend que nous pouvons connaître les objets indépendamment de toute perspective, et le scepticisme (ou subjectivisme) qui nie complètement notre pouvoir de connaître. Pour un pragmatiste, nous ne pouvons pas nous abstraire de notre perspective, mais cela ne nous empêche pas de construire un savoir et de le justifier. Même si la justification ne transcende jamais la perspective dans laquelle nous nous trouvons, cela ne pose pas problème puisque, comme le doute doit autant être justifié que la croyance, l’idée de douter intégralement de notre perspective n’a pas de sens. En réalité, à moins d’une situation extrême qui entrerait en contradiction avec la totalité de nos croyances, lorsque nous cherchons à savoir si une croyance est justifiée, ce que nous voulons savoir c’est si elle est justifiée dans notre perspective. Nous sous-entendons jusqu’à preuve du contraire qu’elle est la bonne. Pour les pragmatistes, l’objectif et le subjectif ne sont donc pas opposés. Le fait que la justification que nous donnons à nos croyances dépende irrémédiablement de notre perspective (subjective ou intersubjective) n’empêche pas que cette justification soit objective.

Dans le domaine des valeurs

Putnam s’inspire de Dewey pour expliquer comment nous atteignons l’objectivité dans le domaine des valeurs. Selon Dewey, l’objectivité des valeurs s’atteint par la critique de nos évaluations. Par cette critique, nous passons du simplement valorisé à l’objectivement valable[26]. Toutefois, comme Putnam l’anticipe, se pose alors le problème du critère à appliquer pour que la critique soit fondée. Pour Putnam, le jugement rationnel ne peut être formalisé. Il n’a donc pas l’intention de donner un critère précis et définitif sur lequel la critique de nos évaluations doit être fondée. Il donne tout de même quelques pistes de réponses, toujours en s’inspirant de Dewey. Pour Dewey, il faut conduire l’enquête sur les valeurs de la même manière que n’importe quelle enquête. Putnam précise trois caractéristiques principales de la conception pragmatiste de l’enquête. D’abord, il rappelle que l’idée cartésienne de table rase, ou de point de départ vierge en matière de pensée, est irréaliste. Lorsque nous raisonnons afin de solutionner une situation problématique, nous faisons toujours appel à un stock de faits et de valeurs que nous ne remettons pas en question. Nous les tenons pour acquis dans notre raisonnement. C’est dans ce stock que nous puisons les critères nécessaires à notre critique. Ensuite, Putnam note qu’il n’y a pas de critère fixe et universel selon lequel mener notre critique que la philosophie puisse nous prescrire. Le critère à appliquer dépend de la situation dans laquelle nous nous trouvons et des intérêts qui motivent notre démarche. Finalement, il remarque que s’il n’y a pas de critère fixe prescrivant comment mener l’enquête, nous pouvons tout de même nous laisser guider par ce que nous avons appris dans nos enquêtes passées. Ainsi, nous n’avons pas besoin, selon Putnam, de critère fixe orientant notre critique pour que cette critique mène à l’objectivité.

Une objectivité sans objet ?

Définie ainsi par la critique, l’objectivité dont nous parle Putnam n’a à la limite pas besoin d’avoir d’objet. Rappelons-nous, Putnam dissocie objectif et descriptif. Par conséquent, ce n’est pas parce que l’éthique ne réfère à aucun objet empirique, comme le remarquent les positivistes logiques (après G.E. Moore), qu’elle ne peut pas être objective. Toutefois, lorsque Putnam critique les deux approches objectivistes en morale dont il veut se dissocier, il semble accorder un rôle capital aux concepts éthiques épais, et donc à la référence à l’objet qu’ils permettent grâce à leur contenu descriptif.

D’abord, lorsqu’il critique l’intuitionnisme de Moore, il montre comment nous n’avons pas besoin de postuler comme ce dernier une propriété non-naturelle du bien que nous appréhenderions par une faculté spéciale. Il considère cette propriété non-naturelle du bien comme objet métaphysique platonicien ontologiquement inutile. Nous n’avons pas besoin d’en postuler l’existence pour que nos énoncés moraux aient une référence à l’objet, puisque selon lui les concepts éthiques épais suffisent à le permettre[27]. Lorsque j’affirme « X est cruel », mon énoncé a, comme nous l’avons vu, un contenu descriptif. Le prédicat « cruel » suffit par conséquent à donner à mon énoncé une référence à l’objet. Putnam se dissocie donc de l’intuitionnisme en montrant comment une objectivité avec objet de l’éthique est possible sans les « inflations métaphysiques »[28] caractéristiques de l’intuitionnisme.

Ensuite, lorsqu’il critique l’approche intersubjective d’Habermas, il insiste sur le fait que le respect des normes de l’éthique de la discussion ne suffit pas à conduire les interlocuteurs à un consensus en faveur de ce qui est véritablement moralement justifié. Il se peut que les interlocuteurs de la discussion soient tous obtus, c’est-à-dire que des nuances indispensables pour bien juger la situation leur échappent irrémédiablement. Or, être obtus selon Putnam, c’est justement ne pas maîtriser les concepts éthiques épais[29]. Aiguiser notre jugement moral équivaut pour lui à parfaire notre maîtrise des concepts éthiques épais. Ainsi, lorsque Putnam insiste sur le fait que les normes procédurales de l’éthique de la discussion ne suffisent pas à fonder l’objectivité morale, il le fait en soulignant que, en plus de ces normes, les descriptions contenues dans les concepts éthiques épais doivent aussi guider notre jugement. Il s’oppose donc aussi à la conception d’Habermas en proposant une objectivité morale avec objet.

Putnam rappelle toutefois que l’éthique ne concerne pas seulement les concepts éthiques épais, mais aussi les concepts éthiques minces, c’est-à-dire les concepts traditionnels de l’éthique (le bien, le devoir, le devoir-être, la vertu, etc.). Ces concepts sont de pures évaluations et n’ont pas de contenu descriptif comme les concepts éthiques épais. Par conséquent, les énoncés qui en sont composés n’ont pas de référence à l’objet[30]. Putnam admet tout de même la possibilité qu’ils soient objectifs[31]. Il défend cette possibilité sur la base du rejet pragmatiste du doute méthodique. Selon lui, nous ne sommes jamais dans la situation hypothétique décrite par les non-cognitivistes où notre système d’évaluations est intégralement remis en cause. Nous avons toujours un stock d’évaluations tenues pour acquises dont nous pouvons nous servir pour justifier celles que nous remettons en question. Nous n’avons donc jamais besoin de remonter à une prémisse évaluative fondamentale et indubitable qui justifierait l’intégralité de notre système d’évaluations de manière absolue[32]. Nous n’avons besoin que de pouvoir justifier nos évaluations nouvelles sur la base d’évaluations que nous tenons pour acquises. Putnam évite de cette manière le relativisme dans le cas des concepts éthiques minces non pas en rejetant l’idée des non-cognitivistes que toute conclusion évaluative requiert une prémisse évaluative, mais plutôt en rejetant leur idée que l’objectivité exige l’atteinte d’une prémisse fondamentale indubitable. Il y a donc pour Putnam une objectivité possible dans le domaine des pures évaluations. Il défend donc aussi une certaine objectivité sans objet de l’éthique[33].

b) Analyse de l’argument

Impact de l’argument sur la dichotomie fait/valeur

L’argument de la conception pragmatiste de l’objectivité n’ajoute rien aux conclusions des deux arguments précédents quant au type de distinction fait/valeur non-dichotomique qui est admis par Putnam. Après l’argument des concepts éthiques épais, nous pouvions toujours distinguer descriptif et prescriptif comme deux rôles que peuvent jouer les concepts, mais nous ne pouvions plus tirer de ces deux rôles deux types exclusifs de concepts. L’argument de la conception pragmatiste de l’objectivité maintient cette situation. Il n’ajoute aucune nouvelle limite à l’application de la distinction fait/valeur, et n’aborde que la question de l’objectivité de l’éthique.

Efficacité de l’argument à montrer l’objectivité de l’éthique

La conception de l’objectivité défendue par Putnam peut sembler insatisfaisante. En concédant que notre savoir est irrémédiablement teinté par la perspective dans laquelle nous nous trouvons, Putnam peut sembler concéder aux subjectivistes l’essentiel de leur position. Putnam prétend toutefois, comme nous l’avons vu, que ce n’est pas le cas puisque selon sa conception, contrairement à celle des subjectivistes, les croyances peuvent être justifiées (même s’il ne s’agit pas d’une justification absolue). Je laisserai en suspens la question de savoir si la conception de l’objectivité que propose Putnam est satisfaisante. Je rappelle que l’objet de cet article n’est pas de juger de la valeur des arguments de Putnam, mais plutôt de répondre à certaines ambiguïtés quant aux conclusions auxquelles ils conduisent. L’argument de la conception pragmatiste de l’objectivité conduit à la conclusion que Putnam cherchait à établir. Il renverse la conclusion de l’argument des valeurs épistémiques en montrant que l’objectivité n’équivaut pas à la vérifiabilité empirique (une conception restreinte de la référence à l’objet) et qu’elle dépasse le champ de la science. Dans la conception pragmatiste de l’objectivité que propose Putnam, les faits et les valeurs peuvent être objectifs.

Conclusion

Les analyses que nous avons faites nous permettent de préciser quel type de distinction fait/valeur reste légitime après les arguments de Putnam, et comment ces arguments ont prise sur la dichotomie fait/valeur et le subjectivisme moral.

Nous avons identifié deux limites que l’argumentation de Putnam impose à l’application de la distinction fait/valeur. D’abord, il ne faut pas chercher à distinguer faits et valeurs quant à leur rapport à l’objectivité. Dans la conception pragmatiste de l’objectivité proposée par Putnam, autant les jugements de valeur que les jugements de fait peuvent prétendre à l’objectivité. Ensuite, il ne faut pas envisager faits et valeurs comme deux types exclusifs de concepts. Il peut y avoir des concepts (les concepts éthiques épais) qui servent à la fois à décrire et à prescrire. Ces deux rôles que peuvent jouer les concepts n’engendrent donc pas deux types exclusifs de concepts.

Nous avons aussi précisé comment les arguments de Putnam avaient prise sur la dichotomie fait/valeur et le subjectivisme moral. L’argument des concepts éthiques épais critique la dichotomie fait/valeur en montrant que faits et valeurs ne sont pas deux types exclusifs dans lesquels peuvent être classés tous les concepts. Les arguments des valeurs épistémiques et de la conception pragmatiste de l’objectivité rétablissent l’objectivité de l’éthique et montrent que faits et valeurs sont égaux quant à leur rapport à l’objectivité, et que cela nous oblige à reconnaître que l’objectivité dépasse le champ de la science.

Reste maintenant à clarifier en quoi la critique que fait Putnam de la dichotomie fait/valeur constitue dans son argumentation, comme il l’annonce en introduction, une prémisse à sa critique du subjectivisme moral. Avec la conception pragmatiste de l’objectivité qu’il développe, et son idée que l’objectivité dans le domaine des valeurs est atteinte par la critique, Putnam n’aurait en réalité pas besoin de critiquer la dichotomie fait/valeur pour montrer l’objectivité de l’éthique. Si l’objectivité dans le domaine des valeurs se définit par la critique, qu’il y ait ou non des concepts éthiques épais qui donnent à l’éthique un contenu descriptif et une référence à l’objet, cela ne change rien. Même si l’éthique n’avait aucune part descriptive, rien ne nous empêcherait de critiquer nos valeurs, comme Putnam le suggère, pour passer du valorisé à l’objectivement valable. Nous pourrions alors quand même atteindre l’objectivité en éthique. L’argument des concepts éthiques épais par lequel Putnam établit que l’opposition fait/valeur n’est pas étanche semble donc inutile.

En d’autres termes, pour que l’argument des concepts éthiques épais constitue, comme l’annonce Putnam en introduction, une prémisse à sa critique du subjectivisme moral, il faudrait que ce dernier maintienne l’idée des positivistes qu’il rejette, selon laquelle l’objectivité est impossible sans rapport descriptif à l’objet. Il semble donc y avoir une tension dans l’argumentation de Putnam. En même temps qu’il cherche à dissocier objectif et descriptif, Putnam présente sa démonstration que l’éthique a un contenu descriptif comme une prémisse à sa défense de l’objectivité de l’éthique. Or, cette démonstration du contenu descriptif de l’éthique ne peut constituer une telle prémisse que dans la mesure où l’objectivité est impossible sans description, ce que Putnam conteste. Putnam est donc en contradiction avec lui-même lorsqu’il voit un lien de dépendance entre sa critique de la dichotomie fait/valeur et sa critique du subjectivisme moral. La seule manière d’expliquer cette tension dans l’argumentation de Putnam me semble être qu’il reste malgré lui captif de la manière positiviste de poser le problème de l’objectivité de l’éthique, même si pourtant il cherche à rompre avec elle.

1. Hume, considéré par plusieurs comme le premier défenseur explicite de l’opposition fait/valeur, défend cette opposition sur la base d’arguments similaires, bien que les termes kantiens « analytique » et « synthétique » soient absents de son texte. L’épistémologie des positivistes, de laquelle dépend leur défense d’une opposition marquée entre faits et valeurs, est d’ailleurs inspirée de Hume, sous l’influence du philosophe-physicien Mach qui adhérait à une conception résolument humienne de la connaissance. Cf. A. Janik et S. Toulmin, Wittgenstein, Vienne et la Modernité, Paris, Presses Universitaires de France, 1978, chapitre 5.

2. Pour les positivistes, il n’y a pas, comme pour Kant, de jugements synthétiques a priori.

3. Cf. A.J. Ayer, Language, Truth and Logic, New York, Dover Publication, 1952, chapitre 6.

4. John R. Searle, « How to derive ‘ought’ from ‘is’ » dans W.D. Hudson (dir.), The Is/Ought Question, Londres, The Macmillan Press, 1979, pp. 120-133.

5. Hilary Putnam, The Collapse of the Fact/Value Dichotomy, Cambridge, Harvard University Press, 2002.

6. Ibid., p. 1.

7. Ibid., p. 23.

8. Ibid., pp. 12-13.

9. Ibid., p. 30.

10. Ibid., chap. 8.

11. Ibid., p. 152.

12. B. Williams, Ethics and the Limits of Philosophy, Londres, Fontana, 1985. Selon Stanford Encyclopedia of Philosophy, cette expression viendrait d’abord du sociologue Clifford Geertz (The Interpretation of Cultures, New York, Basic Books, 1973), qui l’emprunterait lui-même à Gilbert Ryle (« The Thinker of Thoughts : What is ‘Le Penseur’ Doing ? », dans Collected Papers, vol. II, Londres, Hutchinson, 1971, pp. 480-496.

13. R.M. Hare, The Language of Morals, Oxford, Oxford University Press, 1952, p. 28.

14. J.L. Mackie, Inventing Right and Wrong, chap. 9.

15. Putnam, The Collapse of the Fact/Value Dichotomy, p. 109.

16. Ibid., p. 38.

17. Searle, Expression and Meaning, Cambridge, Cambridge University Press, 1997, chapitre 1.

18. G.E.M. Anscombe, L’Intention, Paris, Gallimard, 2002, pp. 106-108.

19. Searle, Op. cit., p. 4.

20. De plus, Putnam évoque lui-même l’idée d’une distinction descriptif/prescriptif comme deux types d’actes de langage. Cf. Putnam, Raison, Vérité et Histoire, p. 156 et p. 232, et Id., Ethics Without Ontology, pp. 73-74.

21. Richard Rorty, Objectivisme, relativisme et vérité, Paris, Presses Universitaires de France, 1994, chapitre 1.

22. Dans le pragmatisme américain, l’expression « fixation de la croyance » désigne le moment où une croyance est justifiée de manière suffisante pour être admise comme valide.

23. Putnam, The Collapse of the Fact/Value Dichotomy, p. 100.

24. Ibid., p. 143.

25. Id., « Pragmatism and nonscientific knowledge » dans Pragmatism and Realism, Londres, Routledge, 2002, chapitre 2.

26. Id., The Collapse of the Fact/Value Dichotomy, p. 103 et suivantes.

27. Ibid., p. 128.

28. Putnam qualifie l’intuitionisme de Moore de « métaphysique inflationniste » (inflationnary metaphysics) dans Ethics Without Ontology, p. 17.

29. Putnam, The Collapse of the Fact/Value Dichotomy, pp. 127-128.

30. Id., Ethics Without Ontology, p. 67.

31. Ibid., p. 73.

32. Ibid., pp. 77-78.

33. Dans Ethics Without Ontology, Putnam défend la possibilité d’une telle objectivité en montrant que la logique et les mathématiques sont objectifs sans référer à des objets. Cf. Putnam, Ethics Without Ontology, Part 1, Lecture 3.

Voir de plus:

Bac Philo 2013, séries S, commentaire d’un texte de Bergson

Robin

18 Juin 2013

Henri Bergson, Henri Bergson, né le 18 octobre 1859 à Paris où il est mort le 4 janvier 1941, est un philosophe français. Il a publié quatre principaux ouvrages : d’abord en 1889, l’Essai sur les données immédiates de la conscience, ensuite Matière et mémoire en 1896, puis L’Évolution créatrice en 1907, et enfin Les Deux Sources de la morale et de la religion en 1932. Il a obtenu le prix Nobel de littérature en 1927.

"Qu’est-ce qu’un jugement vrai ? Nous appelons vraie l’affirmation qui concorde avec la réalité. Mais en quoi peut consister cette concordance ? Nous aimons à y voir quelque chose comme la ressemblance du portrait au modèle : l’affirmation vraie serait celle qui copierait la réalité. Réfléchissons-y cependant : nous verrons que c’est seulement dans des cas rares, exceptionnels, que cette définition du vrai trouve son application. Ce qui est réel, c’est tel ou tel fait déterminé s’accomplissant en tel ou tel point de l’espace et du temps, c’est du singulier, c’est du changeant. Au contraire, la plupart de nos affirmations sont générales et impliquent une certaine stabilité de leur objet. Prenons une vérité aussi voisine que possible de l’expérience, celle-ci par exemple : « la chaleur dilate les corps ». De quoi pourrait-elle bien être la copie ? Il est possible, en un certain sens, de copier la dilatation d’un corps déterminé à des moments déterminés, en la photographiant dans ses diverses phases. Même, par métaphore, je puis encore dire que l’affirmation « cette barre de fer se dilate » est la copie de ce qui se passe quand j’assiste à la dilatation de la barre de fer. Mais une vérité qui s’applique à tous les corps, sans concerner spécialement aucun de ceux que j’ai vus, ne copie rien, ne reproduit rien."

(Bergson, La Pensée et le Mouvant)

Il fallait vous poser les questions suivantes :

1) Quelle est la thèse développée dans ce texte ?

2) Quelle est la définition courante du vrai ? Appliquez cette définition sur un exemple (souvenez-vous du début de votre cours sur la vérité et de la définition de la vérité comme "adéquation de la chose et de l’esprit", du réel et du jugement").

3) Bergson admet-il cette définition ?

4) Quelle critique lui fait-il ?

5) Qu’est-ce que le "réel" pour Bergson ?

6) Expliquer "c’est du singulier, c’est du changeant". A quoi peut-on opposer ces deux termes ? (quel est le contraire de "singulier", quel est le contraire de "changeant")

7) Quelle exemple de vérité Bergson donne-t-il ?

8) Expliquez "même par métaphore". Que veut dire Bergson ? Relevez et expliquez le mot "copie".

9) Quelle conception de la vérité se dessine-t-elle dans ce texte ? A quelle conception s’oppose-t-elle ?

La thèse développée par Bergson n’apparaît pas explicitement, elle doit être déduite de la critique de la conception classique de la vérité comme adéquation de la chose et du jugement, du réel et de l’esprit. Une affirmation vraie n’est pas une copie de la réalité, ou seulement dans des cas exceptionnels car il n’y a que du singulier et du changeant.

Pour Thomas d’Aquin, par exemple, la vérité est l’adéquation du réel et de l’esprit, de la chose et de l’objet (adequatio rei et intellectus). Prenons par exemple la proposition : "Il pleut". Soit il pleut réellement et alors mon affirmation est vraie, conforme au réel, soit il ne pleut pas et alors mon affirmation est fausse : c’est une erreur, une illusion ou un mensonge.

Bergson précise que nous "aimons" à voir dans le jugement vrai quelque chose comme la ressemblance du portrait au modèle. Le mot "aimer" suggère que cette attitude n’a rien de rationnel, qu’elle est de l’ordre de l’opinion (de la doxa), plutôt que le fruit d’un véritable raisonnement. L’affirmation vraie serait celle qui "copierait" la réalité" : l’emploi du conditionnel indique que Bergson ne souscrit pas à cette conception de la vérité comme copie du réel.

Pour Bergson, cette définition de la vérité comme "copie" ne s’applique qu’à des cas exceptionnels, par exemple celui que nous avons pris ("il pleut"/"il ne pleut pas"). En effet cette affirmation porte sur un événement singulier et changeant : il pleut maintenant, mais dans dix minutes, la pluie s’arrêtera de tomber.

Mais "la plupart de nos affirmations sont générales et impliquent une certaine stabilité de l’objet". Bergson refuse cette conception de la vérité. Pour lui, la vérité ne réside pas dans la généralité et la stabilité car il n’y a que des événements singuliers, rien ne demeure semblable à lui-même, tout est en mouvement, les "étants" passent sans cesse d’un état à l’autre. La conception habituelle de la vérité dénature le réel. Nous cherchons à nous approprier le réel en le saisissant dans le concept, mais pour "saisir" le réel, nous sommes obligés de généraliser et de stabiliser, d’en faire tout autre chose que ce qu’il est vraiment. En définissant la vérité comme adéquation de la pensée et du réel, du réel et du jugement, et ramenant le réel au concept, nous manquons la vérité car nous manquons le réel lui-même qui se caractérise par la singularité et le mouvement.

Bergson donne comme exemple une vérité "aussi voisine que possible de l’expérience", c’est-à-dire un phénomène que l’on peut observer réellement la dilatation des corps, et non, par exemple, la gravitation. "la chaleur dilate les corps". Bergson se demande de quoi cette affirmation pourrait être la copie, autrement dit, à quel phénomène "réel" elle "correspond". On pourrait mettre ce phénomène en évidence en le photographiant, c’est-à-dire en le stabilisant dans le temps et dans l’espace, chaque cliché témoignerait ainsi d’un état de la barre de fer en un instant t, t’, t"… Mais qu’avons-nous fait en photographiant la barre de fer ? Nous avons transformé le temps (la durée) en espace et nous avons manqué par conséquent la réalité du phénomène de dilatation qui se produit dans la durée. Bergson explique dans La Pensée et le mouvant, l’œuvre d’où est extrait ce texte, que la science "spatialise" la durée. L’affirmation "la barre de fer se dilate" est une métaphore du réel et non le réel lui-même, une façon de parler et non une façon d’être.

La dernière phrase du texte : "Mais une vérité qui s’applique à tous les corps, sans concerner spécialement aucun de ceux que j’ai vus, ne copie rien, ne reproduit rien." porte sur la singularité du réel. Pour Bergson, il n’y a que des événements singuliers. L’affirmation : "Les barres de fer se dilatent", ou encore l’expression de cette "vérité" dans une loi scientifique exprimée dans une formule mathématique, applicable à tous les corps ne copie rien, ne reproduit rien, puisqu’elle s’applique à toutes les barres de fer en général et à aucune en particulier. Bergson veut dire ici que la science ne copie pas le réel, mais qu’elle le construit.

Un jugement vrai n’est donc pas une simple copie de la réalité. Le réel pour Bergson a deux caractères : la singularité et le changement, alors que la plupart de nos jugements sont généraux et impliquent une stabilité de l’objet. Bergson conteste implicitement l’idée que la science, puisqu’il n’y de science que de l’universel, constituerait le seul et unique critère de la vérité et nous invite à chercher, au-delà du jugement une manière d’appréhender le réel sans le dénaturer, d’aller "aux choses mêmes" dans leur singularité jaillisssante… Il nomme cette faculté "l’intuition".

Le corrigé en Philosophie sujet 3, Bac S 

L’Etudiant

L’auteur examine la question de la définition d’un jugement vrai. Si la réponse à cette question semble satisfaisante comme adéquation de la vérité à la réalité, il n’en reste pas moins difficile à comprendre que cette adéquation n’est pas à penser comme le rapport d’une copie à son modèle. La vérité ne copie pas la réalité affirme Bergson, ce qui met en question la définition du vrai. L’auteur appuie son argumentation sur l’opposition entre le réel singulier et changeant et les jugements sur la réalité qui, à l’inverse, sont généraux et stables. C’est par un exemple tiré d’une vérité physicienne qu’il illustre sa thèse en montrant qu’une vérité scientifique n’est pas la copie de ce qui se passe en fait, dans la réalité. Si la définition traditionnelle est par là même remise en question, qu’est-ce que la vérité, quel est son rapport à la réalité ?

I. Qu’est-ce qu’un jugement vrai ?

D’après la définition classique de la vérité, un jugement est vrai lorsqu’il s’accorde avec la réalité. En ce sens la vérité est toujours un jugement sur les choses et, par le biais du langage, c’est une concordance entre la réalité et ce que nous en disons. Or Bergson s’interroge sur cette concordance en montrant qu’il ne s’agit pas d’un rapport de la copie à la réalité. Si tel était le cas, il y aurait une adéquation approximative car la copie est un dégradé de son modèle ; la vérité serait alors une convention, un pâle reflet (au sens Platonicien) de ce qui est. D’où la nécessité de définir la réalité indépendamment de ce qui en est dit, de toute représentation

II. L’opposition entre vérité générale et réalité particulière

Le réel est singulier, il s’agit du réel dont nous avons affaire, de la perception sensible, qui est changeant et surtout subjectif. C’est notre perception sensible qui nous permet de l’appréhender mais qu’en est-il de la représentation que nous voulons exprimer par un jugement, par le langage ? La plupart de nos affirmations sont générales car on suppose que ce dont on parle ne change pas, que l’objet de notre jugement est relativement stable. D’autre part, on suppose que nos jugements sont universels, c’est-à-dire peuvent être partagés par tous.

III. L’expérience montre que la vérité n’est pas une copie de la réalité

Bergson illustre sa thèse par un exemple qui montre que le jugement vrai n’est pas une copie de l’expérience sensible. « la chaleur dilate les corps » est une proposition générale qui utilise des notions qui ne viennent pas de la ressemblance avec la réalité sensible qu’elle pense et permet de penser. Cette proposition vaut pour tous les corps en faisant abstraction des cas particuliers et des changements qui peuvent advenir (pensons au morceau de cire de Descartes). Ainsi l’affirmation selon laquelle la vérité est une copie de la réalité est contestable. Car la vérité est un discours, elle dit quelque chose de la réalité, quelque chose de stable et d’universel alors même que le réel est variable et singulier.

L’intérêt de ce texte est qu’il nous renvoie à la condition même du discours vrai mais aussi de l’activité de penser. En effet, notre esprit ne copie pas des réalités données dans l’expérience mais il est lui-même la condition de possibilité de saisir la vérité. C’est le sens du célèbre texte de Platon « l’allégorie de la caverne » qui souligne que le monde sensible (le monde de la caverne) en lui-même n’est pas vrai mais que c’est par la pensée que se constitue le véritable discours (logos = la raison) permettant la vérité. Cependant, Platon perçoit ce rapport entre le monde sensible et le monde des Idées comme une véritable imitation, une copie de la véritable réalité intelligible. Bergson insiste sur l’opposition entre le monde réel et le jugement de l’esprit en montrant toutefois qu’il y a une différence qui ne se réduit pas à la représentation. Nous parvenons à des vérités par les jugements de la raison, c’est à dire par la construction de propositions,de concepts qui ne copient pas l’expérience sensible. La raison et le langage, désignés en grec par le même mot, LOGOS sont les conditions même de notre accès à la vérité c’est-à-dire à la connaissance de la réalité.

Voir encore:

The Brilliant Wisdom of King Solomon

Baruch C. Cohen

July 10, 1998

The Book of Kings [Melachim 1 3:12] states that Israel’s great King Solomon was twelve years old when God promised him that he would be granted great wisdom. He turned out to be the wisest man ever to live. As an illustration of the fulfillment of this blessing of wisdom, the Book of Kings reports the following account of a case that was brought before King Solomon’s court in Jerusalem.

Two women came to King Solomon and stood before him. One woman (#1) said: "My Lord, this woman and I dwell in the same house, and I gave birth to a child while with her in the house. On the third day after I gave birth, she also gave birth. We live together; there is no outsider with us in the house; only the two of us were there. The son of this woman died during the night because she lay upon him. She arose during the night and took my son from my side while I was asleep, and lay him in her bosom, and her dead son she laid in my bosom. when I got up in the morning to nurse my son, behold, he was dead! But when I observed him (later on) in the morning, I realized that he was not my son to whom I had given birth!"

The other woman (#2) replied: "It is not so! My son is the live one and your son is the dead one!"

The first woman (#1) responded: "It is not so! Your son is the dead one and my son is the living one!"

They argued before King Solomon.

King Solomon said: "this woman (#2) claims ‘My son is the live one and your son is the dead one, ‘and this woman (#1) claims ‘Your son is the dead one and my son is the living one!"‘

King Solomon said, "Bring me a sword!" So they brought a sword before the King. The King said, "Cut the living child in two, and give half to one and half to the other"

The woman (#2) turned to the King, because her compassion was aroused for her son, and said: "Please my Lord, give her the living child and do not kill it!"

But the other woman (#1) said: "Neither mine nor yours shall he be. Cut!"

The King spoke up and said: "Give her (#2) the living child, and do not kill it, for she is his mother!" All of Israel heard the judgment that the King had judged. They had great awe for the King, for they saw that the wisdom of God was within him to do justice. [I Melachim 3:16 - 27]. The woman was rightfully awarded custody of her son.

It should be noted, that King Solomon’s was the first major recorded and published decision in the history of legal jurisprudence, and I believe that with the help of the commentaries, one can begin to appreciate the magnificent depth of his wisdom.

OBSERVATIONS

Some say that King Solomon truly knew who was the real mother as soon as he saw the two women. This was the nature of the special divine wisdom that God gave him. As King Solomon was able to understand the speech of the animals and the birds, so he could see the truth in someone’s face. His knowledge was of Divine origin. It was infallible.

According to the Abarbanel and Metzudas David, King Solomon studied the countenance of each woman as they presented their claims and counter-claims, and by means of his penetrating and heavenly wisdom, understood which of the two women was telling the truth.

Still, to prove this to the people, he had to demonstrate it in a way that everyone would acknowledge. Perhaps that is why he pretended not to know who said what, and repeated their arguments in reverse order, by repeating Woman #2′s argument first, and Woman #1′s argument second.

He even pretended to apply the well-known law of dividing disputed property. If two people come to court holding on to the ends of a piece of clothing, and each claims it to be his, the court divides it and gives each one half. King Solomon seemed to pretend to be ignorant of the many complicated details of this law, and to think that it applied to babies as well, which would have been ridiculously simpleminded. No judge would ever make such a foolish mistake. Yet, he succeeded in convincing the two women that he was serious.

Nonetheless, he was careful not to let the trick go too far. He specifically commanded his servants to bring the sword to him, not to give it to one of the guards. They too, were no doubt fooled and he did not want them to divide the baby before he had a chance to stop them. In fact, the King’s ministers said "Woe to you Oh Land, whose king is but a boy!" They thought "what has God done to us to give us such a king? How long will we have to suffer with such foolish judgments?" But afterwards, when they saw the women’s reactions they knew that he had recently received Divine inspiration and rejoiced saying "Happy are you, oh Land, whose king is a free man!" – i.e., one who studies Torah (Koheles – Ecclesiastes 10:16-17).

King Solomon’s trick succeeded. The imposter revealed herself by her heartless cruelty. After all, no mother would have let her own child be killed just to spite another woman.

But how could King Solomon have been sure the other woman would not also have mercy on the child? Wouldn’t most people break down in such a situation and relinquish their claims? What sort of person would want to be responsible for the death of an innocent child, even if it were not her own?

Perhaps this was an aspect of the depth of King Solomon’s insight – he knew that no normal mother lies on her own child and crushes him in her sleep. Babies always sleep with their mothers and fathers, yet this never happens, for perhaps God implants within a human being an innate sensitivity that prevents her from doing such a thing. A woman who lies on her child must be lacking basic human feeling, and such a person would certainly have no mercy on the child of another. According to the Abarbanel, perhaps such a woman developed a blood lust and possessed a cruel desire to see another life snuffed out.

And what of the compassionate one? Was it not possible that she was acting cunningly to impress the King with a false sense of motherly commiseration?

WHO HAD THE BETTER ARGUMENT?

Notwithstanding the outcome, many believe that Woman #1 still made a convincing and persuasive argument. She made it clear that there were no witnesses because they lived alone. Perhaps she suspected that Solomon would be able to tell how old the baby was and identify the mother. According to the Radak and the Metsudas David, her argument was bolstered by the claim that no one else knew the identities of the babies, nor had one been sick, that the neighbors might remember whose baby it was. When she first got up, it was still dark. She could not recognize the baby, so she did not suspect that it was not hers. All she knew was that it was dead. But when it got light, she saw it and realized what had happened. She asserted that her baby boy was born three days earlier, and therefore there was some reliable distinction available.

Woman #2 had only a brief presentation and did not claim to have any proof. She simply said that the child was hers. All she did was state her case.

Based on the first round of oral arguments, it would appear that Woman #1 had the better claim, and that she was the real mother.

It is noteworthy, that the women did not bring the corpse of the dead child for further identification. Perhaps the child was buried already, or its features were already changed making recognition difficult.

SUBTLE TRUTHS BEGIN TO UNRAVEL

Yet, as the women’s dispute continued, their respective positions seemed to change ever so slightly. There was something disturbing and disingenuous about the way in which Woman #1 continued arguing her case, in that she subsequently seemed less concerned with having a live child and focused more on the other having the dead one. The fact that she mentioned the dead child first, in itself, was an indication of this ("It is not so! Your son is the dead one and my son is the living one!").

Woman #2, by contrast, always spoke of her own son first ("No. my son is the living one and your son is the dead one"). It seemed as if her heart was with her son. She spoke out of love and was apparently heartbroken at the thought of potentially losing her child.

According to the Devorim Rabah, King Solomon then repeated the arguments of both women, verbatim, without adding anything, making sure that he properly understood the arguments of both sides, listening carefully, and if there was anything that he misunderstood, the women had an opportunity to correct him.

ODD DEVELOPMENTS IN THE STORY

King Solomon’s wisdom surely gave him the insight to foresee that the real mother (#2) would recoil in terror when she heard of his intention to kill the infant, nevertheless, could his wisdom have possibly predicted the liar (#1)’s response – to comply with this grotesque compromise?

Second, the woman who was lying (#1) was initially interested in taking the living child for herself, otherwise she never would have asserted such a bold and aggressive claim.

As soon as the real mother offered to let the liar keep the child in order to spare its life, the liar should have accepted the real mother offer’s and kept the child. She could have played up her victory by saying: "Aha! She admits that the baby was truly mine all along! She is a kidnapper but not a murderer. The baby is mine." Instead, she did something totally unpredictable. She refused saying "Neither mine nor yours shall he be. Cut."

I have always wondered what made her suddenly lose interest in having the child for herself?

A brilliant and original answer to these questions is offered by Rabbi Mordechai Kornfeld of

Har Nof Jerusalem, of the Shmayisroel Torah Network (www.shemayisroel.co.il), who cited two 13th century commentators: Rav Yehoshua Ibn Shu’ib in his Drasha for Parshas Mishpatim, and Rav Menachem HaMeiri in his commentary to Yevamos 17a; and another 14th century commentator, the author of Shemen Rokeach and Sha’arHachazokas. They believe that in order to understand the real story behind King Solomon’s decision, an understanding of the laws of Yibbum is necessary.

THE LAWS OF YIBBUM.

The Torah describes the practice of Yibbum in the Parsha of Ki Setzei (Devarim 25:5,7,9):

"If there are brothers, and one of them dies without children, the wife of the deceased man may not marry out to another man. Her brother-in-law (her deceased husband’s brother) must marry her and thus perform Yibbum on her … If the man does not want to marry her, she shall approach the elders and declare ‘My brother-in-law refuses to establish his brother’s name in Israel; he does not consent to perform Yibbum on me’

… Then she shall approach him in the presence of the elders and remove his shoe from his foot, and spit in front of him and proclaim "Such should be done to a man who would not build up his brother’s house!"

Yibbum is a Halachic rite which must be performed when a man who has a living brother dies childless. If this uncommon situation occurs, the widow must not remarry unless one of two actions are taken – either she must marry the brother of the deceased or she must be released from the obligation of marrying her brother-in-law by having him perform the Chalitzah ("removing" of the shoe) ceremony.

It is obviously uncomfortable for a woman to be trapped in this situation, wherein she would be subject to the will of another man. Her brother-in-law may not be locatable, compliant or appealing.

There are several fundamental laws concerning the childless nature of the deceased and the age of the bother that control whether Yibbum applies:

LAWS CONCERNING THE CHILDLESS NATURE OF THE DECEASED

1. Rule #1: The man must die childless. According to the Talmud Yevamos 87b, Dying childless includes instances where a man once had children, but these children were already dead at the time of his own death.

2. Rule #2: Grandchildren: According to the Talmud Yevamos 70a, if the deceased man has no living children but he does have living grandchildren, he is not considered to be childless, and therefore, there is no Yibbum obligation.

3. Rule #3: Offspring: According to Talmud Yevamos 11 lb and Shabbos 136a, if the deceased left behind any offspring at all, there is no Yibbum – even if the offspring is only one day old. Even if the offspring is still a viable fetus at the time of the husband’s death, its mother is exempted from being bound to the living brother. If the fetus is a stillborn or is aborted, or dies, or is killed before it lived for thirty days, it is not considered to have ever been a viable offspring, and Yibbum would be required.

LAWS CONCERNING THE AGE OF THE DECEASED’S BROTHER

4. Rule #4: Brother-In-Law: According to the Talmud Yevamos 17b, the widow is obligated to marry her deceased husband’s brother. If the deceased husband does not leave a living brother, his wife is free to marry whoever she pleases.

5. Rule #5: Minor: According to the Talmud Yevamos 1 05b, if the brother of the deceased is a minor, the widow is still bound to him, and does not have the option of freeing herself through Chalitzah since a minor lacks capacity to perform the ceremony. Instead she must wait until the brother reaches the age of majority (Bar Mitzvah 13) in order for him to render Chalitzah at that time. Only then may she remarry. According to the Talmud Niddah 45a if she wants to marry him, she must wait until he reaches 9 years of age.

APPLICATION & CONCLUSION

We now return to King Solomon’s judgment.

The Midrash (Koheles Rabah 10:16) tells us that the reason both of these women were so desperate to have the living child declared theirs was that they were both potential Yevamos (widows subject to Yibbum). Neither of the two had any other offspring. Whoever would be judged to be the childless woman would not only lose the infant, but would also be trapped in the unpleasant status of Yevamah, being dependent upon her brother-in-law’s good will.

The Midrash (Yalknt Shimoni 2:175) asserts that the husbands of the two women were father and son, making the two women, mother-in-law and daughter-in-law to each other.

According to the Meiri in his commentary to Yevamos 17a, the two Midrashim may be complementing each other – thanks to our 5-rule Yibbum analysis.

The two women – mother-in-law and daughter-in-law – had just lost their husbands, and needed a live child to exempt them from the status of a Yevamah. Both women gave birth to babies. However, these two babies were still less than 30 days old at the time that one of them died. The mother of the dead child would therefore be subject to the laws of Yibbum (Rule #3). This was the lying mother’s motivation for taking the other woman’s child.

If it were the mother-in-law’s child who had died, she would have no incentive to kidnap her daughter-in-law’s child. Even though her son (the deceased husband of her daughter-in-law) had passed away before her own husband had, and therefore he would not exempt her from Yibbum (Rule #1), nevertheless, she would be exempt from Yibbum for another reason. The living child was her son’s child, and a grandchild exempts one from Yibbum (Rule #2).

Only the daughter-in-law had the motive to lie and try to claim that the child was hers. If it was her baby who had died within 30 days of its birth, leaving her childless, she would have been bound to her husband’s brother as a Yevamah (Rule #4) – and that brother would have been -none other than the living baby (who was in fact her mother-in-law’s child – i.e., her deceased husband’s bother)! Since her brother-in-law was a newborn, the daughter-in-law would have had to wait 13 years before this baby would be able to perform Chalitzah on her and free her to remarry (Rule #5).

King Solomon realized all of this and suspected that since the only one with a strong motive to lie was the daughter-in-law, the child must really belong to the mother-in-law.

Perhaps this also explains why King Solomon ordered that the child be cut in half.

If the remaining child were to be killed, this too would free the daughter-in-law from her Yevamah status – since the living baby was her only brother-in-law (Rule #3). From the daughter-in-law’s perspective, in fact, killing the child would result in a better solution for her. By just kidnaping the child she might have convinced the earthly court that she was not a Yevamah. However, she herself would know that the child was not really hers and that she really was not permitted to remarry, until Chalitzah was performed. By having the baby killed, though, she would truthfully be released from the bonds of Yibbum.

This is the reason the daughter-in-law suddenly lost interest in keeping the child when she saw that King Solomon was ready to cut the child in half. This would serve her interests even more if she took the child for herself. Therefore she insisted: "Cut!"

Young King Solomon guessed that this would be the woman’s reaction. By tricking her into making a seemingly ludicrous statement, he revealed her true motives and that she was lying.

This is why, "All of Israel heard the judgment that the King had judged. They had great awe for the King, for they saw that the wisdom of God was within him to do justice."

Respectfully,

BARUCH C. COHEN

FOOTNOTES

Baruch C. Cohen’s practice includes all aspects of creditors’ and debtors’ rights, corporate reorganizations, personal bankruptcies, and all types of bankruptcy litigation in state, federal and bankruptcy courts.

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DISCLAIMER

Voir enfin:

Gen. Helms and the Senator’s ‘Hold’

An Air Force commander exercised her discretion in a sexual-assault case. Now her career is being blocked by Sen. Claire McCaskill. Why?

James Taranto

WSJ

June 17, 2013

Lt. Gen. Susan Helms is a pioneering woman who finds her career stalled because of a war on men—a political campaign against sexual assault in the military that shows signs of becoming an effort to criminalize male sexuality.

Gen. Helms is a 1980 graduate of the Air Force Academy who became an astronaut in 1990. She was a crewman on four space-shuttle missions and a passenger on two, traveling to the International Space Station and back 51⁄2 months later. Two days after arriving at the station in 2001, she, along with fellow astronaut Jim Voss, conducted history’s longest spacewalk—8 hours, 56 minutes—to work on a docking device.

In March, President Obama nominated Gen. Helms to serve as vice commander of the Air Force Space Command. But Sen. Claire McCaskill, a Missouri Democrat who sits on the Armed Services Committee, has placed a "permanent hold" on the nomination.

At issue is the general’s decision in February 2012 to grant clemency to an officer under her command. Capt. Matthew Herrera had been convicted by a court-martial of aggravated sexual assault. Ms. McCaskill said earlier this month that the clemency decision "sent a damaging message to survivors of sexual assault who are seeking justice in the military justice system."

To describe the accuser in the Herrera case as a "survivor" is more than a little histrionic. The trial was a he-said/she-said dispute between Capt. Herrera and a female second lieutenant about a drunken October 2009 sexual advance in the back seat of a moving car. The accuser testified that she fell asleep, then awoke to find her pants undone and Capt. Herrera touching her genitals. He testified that she was awake, undid her own pants, and responded to his touching by resting her head on his shoulder.

Two other officers were present—the designated driver and a front-seat passenger, both lieutenants—but neither noticed the hanky-panky. Thus on the central questions of initiation and consent, it was her word against his.

On several other disputed points, however, the driver, Lt. Michelle Dickinson, corroborated Capt. Herrera’s testimony and contradicted his accuser’s.

Capt. Herrera testified that he and the accuser had flirted earlier in the evening; she denied it. Lt. Dickinson agreed with him. The accuser testified that she had told Lt. Dickinson before getting into the car that she found Capt. Herrera "kind of creepy" and didn’t want to share the back seat with him; Lt. Dickinson testified that she had said no such thing. And the accuser denied ever resting her head on Capt. Herrera’s shoulder (although she acknowledged putting it in his lap). Lt. Dickinson testified that at one point during the trip, she looked back and saw the accuser asleep with her head on Capt. Herrera’s shoulder.

In addition, the accuser exchanged text messages with Capt. Herrera after the incident. She initially claimed to have done so only a "couple times" but changed her testimony after logs of the text traffic revealed there were 116 messages, 51 of them sent by her.

Based on all this, Gen. Helms concluded that the defendant was a more reliable witness than the accuser, and that prosecutors had failed to prove beyond a reasonable doubt that Capt. Herrera did not reasonably believe the accuser had consented. He did not escape punishment: Gen. Helms accepted a reduced plea of guilty to an "indecent act." Capt. Herrera was thereby spared the lifelong stigma of being listed on a sex-offender registry—but not of involuntary discharge from the service, which took effect in December.

"Immediately after this incident, there was no indication by any party that a sexual assault had taken place," Gen. Helms wrote in a Feb. 24, 2012, memo explaining her decision. "The time delay between the event and the court-martial was approximately two years, and none of the witnesses, including the accused and the [alleged] victim, knew for at least a year that a court-martial would be convened for it."

In the interim, another servicewoman, Staff Sgt. Jennifer Robinson, had come forward to accuse Capt. Herrera of sexual assault. In her case, the incident had occurred in his bedroom, where she voluntarily accompanied him. The court-martial acquitted him of that charge on the ground that she had consented. (Sgt. Robinson, who has since been promoted to technical sergeant, revealed her identity in a March interview with the Air Force Times.)

It’s fair to say that Capt. Herrera seems to have a tendency toward sexual recklessness. Perhaps that makes him unsuitable to serve as an officer in the U.S. Air Force. But his accusers acted recklessly too. The presumption that reckless men are criminals while reckless women are victims makes a mockery of any notion that the sexes are equal.

More important, Sen. McCaskill’s blocking of Gen. Helms’s nomination makes a mockery of basic principles of justice. As the general observed in her memo: "Capt Herrera’s conviction should not rest on [the accuser's] view of her victimization, but on the law and convincing evidence, consistent with the standards afforded any American who finds him/herself on trial for a crime of this severity."

On Friday the House passed a defense bill that would strip commanders of the authority to grant clemency. That would be a mistake. The Herrera case demonstrates that the authority offers crucial protection for the accused.

Military officers and lawmakers alike swear an oath to "support and defend the Constitution of the United States." In the case of Matthew Herrera, Gen. Helms lived up to that commitment. Will Sen. McCaskill?

Mr. Taranto, a member of the Journal’s editorial board, writes the Best of the Web Today column for WSJ.com.


Catastrophes: Le Déluge ferait de Dieu le plus grand tueur de masse de l’histoire (The Flood would make God the biggest mass murderer in history)

21 mai, 2013
http://uploads6.wikipaintings.org/images/agostino-carracci/the-flood.jpg
 
http://i.i.com.com/cnwk.1d/i/tim2/2013/05/20/tornado03_1_620x350.jpghttp://freebeacon.com/wp-content/uploads/2013/05/BKvJyWACcAA7ATK.png-large-540x309.pnghttp://sinhlredlight.files.wordpress.com/2013/05/oklahoma-tornado.jpg?w=610&h=364
Et l’Éternel dit: J’exterminerai de la face de la terre l’homme que j’ai créé, depuis l’homme jusqu’au bétail, aux reptiles, et aux oiseaux du ciel; car je me repens de les avoir faits. Genèse 6: 7
Je suis l’Éternel, et il n’y en a point d’autre. Je forme la lumière, et je crée les ténèbres, Je donne la prospérité, et je crée l’adversité; Moi, l’Éternel, je fais toutes ces choses. Esaïe 45: 6-7
Comment un homme aurait-il raison contre Dieu? “Ami” de Job (25: 4-6)
Suis-je vraiment intègre? Je ne saurais le dire (…) Que m’importe, après tout! C’est pourquoi j’ose dire: «Dieu détruit aussi bien l’innocent que l’impie.» Quand survient un fléau qui tue soudainement, Dieu se rit des épreuves qui atteignent les justes. (…) Et si ce n’est pas lui, alors, qui est-ce donc? Job (9: 21-24)
Ses disciples lui firent cette question: Rabbi, qui a péché, cet homme ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle? Jésus répondit: Ce n’est pas que lui ou ses parents aient péché. Jean 9: 2-3
Quelques personnes qui se trouvaient là racontaient à Jésus ce qui était arrivé à des Galiléens dont Pilate avait mêlé le sang avec celui de leurs sacrifices. Il leur répondit: Croyez-vous que ces Galiléens fussent de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, parce qu’ils ont souffert de la sorte? (…) Ou bien, ces dix-huit personnes sur qui est tombée la tour de Siloé et qu’elle a tuées, croyez-vous qu’elles fussent plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem? Non, je vous le dis. Jésus (Luc 13: 1-5)
Après Auschwitz, nous pouvons affirmer, plus résolument que jamais auparavant, qu’une divinité toute-puissante ou bien ne serait pas toute bonne, ou bien resterait entièrement incompréhensible (dans son gouvernement du monde, qui seul nous permet de la saisir). Mais si Dieu, d’une certaine manière et à un certain degré, doit être intelligible (et nous sommes obligés de nous y tenir), alors il faut que sa bonté soit compatible avec l’existence du mal, et il n’en va de la sorte que s’il n’est pas tout-puissant. C’est alors seulement que nous pouvons maintenir qu’il est compréhensible et bon, malgré le mal qu’il y a dans le monde. Hans Jonas
C’est comme une fête foraine, les jeux avec les pinces… Le monde est atroce, mais il y a bien pire : c’est Dieu. On ne peut pas comprendre Haïti. On ne peut même pas dire que Dieu est méchant, aucun méchant n’aurait fait cela. Christian Boltanski
Huit cents ressortissants européens combattent actuellement le régime de Bachar el-Assad en Syrie, selon les estimations d’un diplomate de l’Union européenne (UE), confirmées par un dirigeant de l’opposition. Certains ont rejoint le groupe djihadiste Jabhat al-Nosra, classé terroriste par les États-Unis, qui vient de prêter allégeance à al-Qaida. Jamais autant d’habitants du Vieux Continent n’ont afflué en aussi grand nombre sur une période aussi courte – un peu plus d’une année – pour livrer la «guerre sainte» à un régime qui réprime de manière sanglante ses opposants et que l’Europe elle-même combat depuis deux ans. Parmi ces 800 Européens figurent une centaine de Français ou de Franco-Syriens, 50 à 70 Belges, une centaine de Britanniques, de nombreux Allemands, notamment d’origine turque, des Irlandais, des Kosovars, des Danois. Bref pratiquement tous les pays européens sont concernés. (…) Le retour de jeunes, radicalisés au contact de vieux briscards du djihad, est la hantise des services de sécurité européens. Certains auront acquis un savoir-faire qui peut servir à perpétrer des opérations terroristes dans leur pays d’origine. Mais la justice pourra-t-elle criminaliser leurs voyages en Syrie, dont le régime est dénoncé par les capitales européennes? En outre, des binationaux figurent parmi ces candidats au djihad. «Il est difficile de leur dénier le droit d’aller résister à un pouvoir qui massacre sa population», soulignait récemment le juge antiterroriste Marc Trévidic. Le Figaro
These great tragedies and collective punishments that are wiping out villages, towns, cities and even entire countries, are Allah’s punishments of the people of these countries, even if they are Muslims. We know that at these resorts, which unfortunately exist in Islamic and other countries in South Asia, and especially at Christmas, fornication and sexual perversion of all kinds are rampant. The fact that it happened at this particular time is a sign from Allah. It happened at Christmas, when fornicators and corrupt people from all over the world come to commit fornication and sexual perversion. That’s when this tragedy took place, striking them all and destroyed everything. It turned the land into wasteland, where only the cries of the ravens are heard. I say this is a great sign and punishment on which Muslims should reflect. All that’s left for us to do is to ask for forgiveness We must atone for our sins, and for the acts of the stupid people among us and improve our condition. We must fight fornication, homosexuality, usury, fight the corruption on the face of the earth, and the disregard of the lives of protected people. Sheik Fawzan Al-Fawzan (member of the Senior Council of Clerics, Saudi Arabia’s highest religious body and professor at the Al-Imam University)
When we try, however inadequately, to see things from God’s viewpoint rather than our own, things become quite different. There is suddenly nothing unfair about the deaths of any one of us, no matter what the circumstances. God is the sovereign Judge who is totally holy (1 John 1:5). It would therefore be impossible to overstate His utter abhorrence of even the slightest sin. From His perspective, it would be totally lawful and just to wipe out all of us, in whatever fashion. But God is also merciful and loving (2 Peter 3:9), and longsuffering. In the most profound display of mercy and grace imaginable, He stepped into our shoes as a man, God the Son. He came to suffer and die, not in some sort of ooey-gooey martyrdom, but so that His righteous anger against sin could be appeased and the penalty paid for those who place their trust in Jesus Christ and receive His free gift—forgiveness of their sin and admission into God’s family—by faith. (…) A skeptic at one of my talks said publicly that  the Flood would make God “the biggest mass murderer in history.” But murder is defined as the unlawful killing of innocent human life. First, from God’s perspective post-Fall, there is no such thing as an “innocent human”. And second, the concept of murder presupposes a universal law that such things are wrong, which can only be so if there is a Lawgiver, which the skeptic was trying to deny. As Creator, God has decreed that it is unlawful for a human being to take another human’s life, but the Judge of all the earth does not Himself do wrong when He takes a life, which in a very real sense happens whenever any of us die, regardless of what is called the “proximate” cause (whether tsunami, heart attack or even suicide). Carl Wieland

Attention: un tueur de masse peut en cacher un autre !

Au lendemain du passage d’une des plus dévastatrices tornades de l’histoire récente américaine …

Où l’on ne peut s’empêcher de penser aux familles des dizaines de victimes dont nombre d’enfants dans leurs écoles hélas sans abris

Pendant que chez nous un Heidegerrien s’éclate au nom du contre-printemps arabe en plein Notre-Dame et qu’au Levant nos futurs cavaliers de l’Apocalypse font leurs classes façon brigades internationales dans une réédition jihadiste de la guerre d’Espagne …

Comment ne pas repenser  aux inanités qui avaient été prononcées suite au tsunami de 2005 …

Et ne pas être révolté devant l’aberration d’un certain discours littéraliste de fondamentalistes chrétiens ou musulmans ….

Qui passant complètement à côté de l’apport spécifique du récit biblique par rapport aux textes manifestement mythiques et babyloniens dont il s’inspire …

A savoir la perspective monothéiste et éthique mais aussi par voie de conséquence l’attribution à ladite divinité de l’origine du bien comme du mal: le dieu qui punit est aussi celui qui sauve) …

En arrive, à l’instar des prétendus amis de Job, à justifier l’injustifiable, faisant de Dieu le plus grand tueur de masse de l’histoire ?

Waves of sadness

Tsunami terror raises age-old questions

Carl Wieland

CMI–Australia

30 December 2004

Compared to seeing a plane plunge into a skyscraper, the first amateur video shots showing a surge of brown water overpowering the blue of a resort pool didn’t seem to rate high on the scale of horror.

But as the images kept pouring in and the estimated death toll kept rising, into the six figures even, it became apparent that the Asian tsunami disaster makes 9/11 seem tame by comparison.

Of course, 9/11 was triggered by the deliberate actions of people, whereas the tsunami disaster is in quite a different category. No human action, nor any failure to act, caused this Indian Ocean catastrophe.

The killer waves were set off by a massive undersea earthquake, apparently the result of slippage of tectonic plates after years of pent-up strain. Some coastlines are estimated to have moved as much as 20 meters (65 ft.).1 An earthquake of magnitude 9, like this one, sounds “almost twice as bad” as a more common one of magnitude 5; but the Richter scale is an logarithmic one. That means a “9” is really 10,000 times as violent as a “5”. [In fact, this refers only to the wave amplitude. The energy involved is actually a million times greater.] The giant quake shook the world with the force of millions of Hiroshima-size atomic bombs. Sensitive instruments were said to have picked up an effect on the earth’s rotation; the globe was described as “ringing like a bell” afterwards.

Philosophers refer to the problem of “natural evil”—people suffering and dying from things that have no apparent link to “human evil”—or even human carelessness. So much seemingly senseless sorrow and loss, regardless of the cause, inevitably raises the same sorts of questions about God, death and suffering as 9/11 did. Namely, regardless of whether people or “natural disaster” are the cause, if God is all-powerful and loving, why does He allow it?

In earlier times, insurance jargon for such an event, especially one for which adjectives like “biblical” or “near-biblical” have been applied by newspapers to its scale of tragedy, would have been “an act of God”. In our more secular, evolutionized times, reports have generally used terms such as “nature’s fury” or “Mother Nature’s wrath”. But does God just sit back and “let things happen”? I.e., is “nature” independent of God? That would have the advantage for the Christian of removing some of the responsibility for natural disasters, but would it be a biblical view of God?

If He is who He says He is, the sovereign of the universe—the One who is continually upholding the entire cosmos with the Word of His power—there are implications for events such as this. I suggest that when I let go of a compressed spring and watch it cavort in seeming randomness as it releases its stored energy, it is, despite appearances, not something that “just happens” without the involvement of God. (I would submit that reflection on the meaning of God’s sovereignty leads to the conclusion that God is either in everything, or He is in nothing.)

Similarly, as the tectonic plates off Sumatra slipped past one another and released their huge amount of pent-up power, this (and the titanic consequences for so many) was not something that just “happened”, independent of God. Just as it is not mere happenstance when the sparrow falls from the sky (Matthew 10:29).

But that does not mean that it was a “supernatural” or miraculous event. The sparrow falling can be described in terms of “natural” laws like gravity, but God is “in it” totally, completely. (As has been said before, “natural law” describes God’s “normative” way of operating within this universe. Miracles refer to his non-normative operation.)

Equally, the combinations of genes as sperm meets egg follow the (from our viewpoint) random laws of chance. Thus, if a couple with a certain mix of genes were to have enough children, one could predict that ¾ would be brown-eyed, the remaining ¼ blue, for example—just as determined by the laws of chance. But it would be a gross caricature of God if we were to imagine Him to be uninvolved in the inherited makeup of an individual. Hopefully, not many readers will think that God is helplessly dependent on the outcome of a genetic lottery when it comes to our own abilities and predispositions, both positive and negative. But if we try to avoid God’s responsibility for the killer tsunami, and pass the event off as “natural” (read “truly random”) then we are doing the same thing—we have reduced God, the all-powerful Creator God who created countless galaxies in the blink of an eye, to a helpless or impotent bystander.

To put God at the helm of events, while thoroughly biblical, raises disturbing questions, of course, in the face of the Indian Ocean nightmare. The immense unfairness of it all, for one thing. Poor villagers, already facing enormous handicaps in their ordinary lives, battered emotionally and physically beyond belief. Young children, brutally torn out of their mother’s arms and suffocated by water. But before raging at the unfairness of it all, and at God, we would do well to “zoom out” and look at the bigger picture.

Each day, some hundreds of thousands of people die. We see this as somehow “natural”, yet humanly speaking, what’s fair about that, either? In fact, what’s “fair” about any death? If God prevented all deaths except the death of one solitary person, that one death would also be “unfair”—perhaps even more so.

So the question becomes much bigger; not just “why 9/11” or “why the tsunami tragedy”—it becomes one of “why is there any death and suffering at all?” And it has to be faced squarely by Christians, since we claim to have the answers to the true meaning of life, the universe and everything.

But how can one even begin to give a Christian answer, one with biblical integrity, without taking Genesis history seriously?2 That history tells of the creation of a once-good world, in which death and suffering are not “natural” at all, but are intruders. They occur because of humanity’s rebellion against its maker (Genesis 3). But if fossils formed over millions of years, which so many Christians just blithely accept as “fact”, then that wipes out the Fall as an answer to evil, especially “natural evil”. Because the fossils show the existence of things like death, bloodshed and suffering. So if these were there millions of years ago, they must have been there before man, and hence before sin. This is the rock against which old-age compromises inevitably founder. This is also the reason why the age of things is not some obscure academic debate that Christians can put in the “too-hard-for-now” basket. Because it strikes to the heart of the hugest questions of all in relation to the nature of God, sin, evil, death; questions at the very core of Christian belief (or reasons given for nonbelief, for that matter).

The tsunami and the Flood

The superquake that set off the recent Asian tsunami disaster is believed to have resulted from the sudden slippage of two tectonic plates in the earth’s crust. The most prominent theory today concerning the mechanism of the Genesis Flood is that of Catastrophic Plate Tectonics (CPT). Its chief proponent is leading creationary scientist Dr. John Baumgardner. Dr. Baumgardner, who recently retired after years of service at Los Alamos National Laboratories, is also a world-renowned expert on plate tectonics (involving the current models of the mechanics and dynamics of the earth’s crust). He rejects the millions of years normally associated with plate tectonics and its corollary, “continental drift”, and points to ample scientific evidence to support the view that the movements of continents, for instance, had to have happened relatively quickly. (See The Creation Answers Book, Chapter 11.) Watching the results of a relatively minor (though horrific in its consequences) slippage of two plates against each other, it’s not hard to imagine some of the forces which would have been unleashed at the time of Noah’s Flood—CPT has the entire ocean floor recycled in a matter of weeks. No wonder the Bible has a special Hebrew word (mabbul, different from the ordinary word for “flood”) which it reserves exclusively for the Flood, the cataclysm in the days of Noah that destroyed the earth and is responsible for vast amounts of sedimentary and fossil-bearing layers. Incidentally, Korean naval architects showed that the Ark could have withstood waves 4–5 times taller than this tsunami (only about 20 feet or 6 metres high) see Safety investigation of Noah’s Ark in a seaway.

When we try, however inadequately, to see things from God’s viewpoint rather than our own, things become quite different. There is suddenly nothing unfair about the deaths of any one of us, no matter what the circumstances. God is the sovereign Judge who is totally holy (1 John 1:5). It would therefore be impossible to overstate His utter abhorrence of even the slightest sin. From His perspective, it would be totally lawful and just to wipe out all of us, in whatever fashion.3

But God is also merciful and loving (2 Peter 3:9), and longsuffering. In the most profound display of mercy and grace imaginable, He stepped into our shoes as a man, God the Son. He came to suffer and die, not in some sort of ooey-gooey martyrdom, but so that His righteous anger against sin could be appeased and the penalty paid for those who place their trust in Jesus Christ and receive His free gift—forgiveness of their sin and admission into God’s family—by faith.

There are daily reminders of His Curse on all creation all around us. When they are punctuated by horrifically sad concentrated bursts such as this recent disaster, we are doubly reminded of the awfulness of sin. Does knowing the answers to the “big picture” make us callous to suffering? Far from it. We are moved even more by compassion, just as the Lord Jesus was when He lived among us. Because of Jesus, Christians—those who take the Bible as the Word of God, and know Jesus Christ as the Creator incarnate—will tend to be at the forefront of digging into their pockets to help alleviate the agony. Let me explain how I can say this with confident hope.

A World Vision representative once told me confidentially that it is conservative, Bible-believing churches and Christians who are far and away the most generous givers to that organisation’s efforts to help people in poor countries.4 That makes sense, of course; God’s Word commands us to do good to all men. But if one did not believe the Bible to be really, truly true, there would be a shortage of strong motivating factors to sacrifice heavily for others. Whereas (if I may be forgiven a modest adjustment of the magnificent words of the great missionary, C.T. Studd): “If (since) Christ is God and died for me [i.e., the Bible is really, truly, totally true], then nothing I can do in obedience to Him can ever be too much”.

Addendum (01/04/05)—further resources on our website

Why is there Death and Suffering?—by Ken Ham and Jonathan Sarfati

Why Would a Loving God Allow Suffering

How can you help?

While Creation Ministries International (formerly Answers in Genesis) is not involved directly in any disaster relief efforts, we recognize that many of our readers might want to help. May we recommend that you participate through your local church or a mission agency with which you are familiar. If you are interested in other Christian ministries, please take a look at http://www.gospelcom.net/content/disaster. To participate with the world wide efforts, you can do a google search on “christian tsunami relief.”

References and notes

Even higher figures have been mooted. Some experts have suggested that much of the movement may have been horizontal, not vertical, however.

Incidentally, despite various challenges by unbelievers, there is no burden of explanation on the Christian as to why particular things happened. E.g., why certain people or groups of people died when others did not. As discussed here, a “natural” disaster, despite being totally God’s activity, will (in the absence of the miraculous or non-normative activity of God) follow a pattern that looks “random”. I.e., it will obey the natural laws that describe God’s normative activity. So there is no need to feel philosophically intimidated by reports of a Christian dying while the Hindu next to him is spared, for example. When the Tower of Siloam collapsed and killed people (Luke 13:4-5), Jesus made it plain that they did not die because they were “more sinful” than those who were spared. For more (admittedly inadequate) thoughts on apparent randomness and God’s actions, see my discussion in the book Walking Through Shadows on “butterfly effects” and the “cockroach that killed Princess Diana”.

A skeptic at one of my talks said publicly that the Flood would make God “the biggest mass murderer in history.” But murder is defined as the unlawful killing of innocent human life. First, from God’s perspective post-Fall, there is no such thing as an “innocent human”. And second, the concept of murder presupposes a universal law that such things are wrong, which can only be so if there is a Lawgiver, which the skeptic was trying to deny. As Creator, God has decreed that it is unlawful for a human being to take another human’s life, but the Judge of all the earth does not Himself do wrong when He takes a life, which in a very real sense happens whenever any of us die, regardless of what is called the “proximate” cause (whether tsunami, heart attack or even suicide).

Liberal Christians (i.e., those who take alarming liberties with biblical truths) talk a lot about social justice and helping poor countries—all noble concepts, of course. But in practice, although keen to see laws passed to take money from others, they are as a group less enthusiastic about dipping into their own pockets.

Tsunami Timeline (most recent first)

1/20/05 – 8:00 am — the death toll continues to rise — 225,000 now believed dead throughout the region. Billions of dollars and other forms of aid are pouring in. The UN is spearheading a number of projects, including a world-wide tsunami warning system.

1/4/05 — 1:54 pm — over $2 billion has been donated by governments around the world. An additional $520 million is coming in from private donations.

12/30/04 — 2:30 pm — official estimates top 116,000 dead.

12/30/04 — Indonesian officials change the estimated deaths from 45,000 to 79,940.

12/27/04 — by late Monday official estimates are set at 26,000 dead.

12/26/04 — 10:58 am — only 500 are assumed dead.

12/26/04 — 10:43 am — the tsunami hits Sri Lanka, South India, Indonesia, Malaysia, Thailand and Bangladesh

12/26/04 — 10:30 am — a 15 foot (5 m) wave hits Sumatra.

12/26/04 — shortly after 7:00 am — a number of aftershocks and subsequent earthquakes are registered by tracking stations around the world.

12/26/04 (Sunday) — 12:00 am GMT, 8:00 am Sri Lanka an undersea earthquake measuring 8.9 on the Richter scale shakes the area 160 km off shore.

The tsunami and the Flood

The superquake that set off the recent Asian tsunami disaster is believed to have resulted from the sudden slippage of two tectonic plates in the earth’s crust. The most prominent theory today concerning the mechanism of the Genesis Flood is that of Catastrophic Plate Tectonics (CPT). Its chief proponent is leading creationary scientist Dr. John Baumgardner. Dr. Baumgardner, who recently retired after years of service at Los Alamos National Laboratories, is also a world-renowned expert on plate tectonics (involving the current models of the mechanics and dynamics of the earth’s crust). He rejects the millions of years normally associated with plate tectonics and its corollary, “continental drift”, and points to ample scientific evidence to support the view that the movements of continents, for instance, had to have happened relatively quickly. (See The Creation Answers Book, Chapter 11.) Watching the results of a relatively minor (though horrific in its consequences) slippage of two plates against each other, it’s not hard to imagine some of the forces which would have been unleashed at the time of Noah’s Flood—CPT has the entire ocean floor recycled in a matter of weeks. No wonder the Bible has a special Hebrew word (mabbul, different from the ordinary word for “flood”) which it reserves exclusively for the Flood, the cataclysm in the days of Noah that destroyed the earth and is responsible for vast amounts of sedimentary and fossil-bearing layers. Incidentally, Korean naval architects showed that the Ark could have withstood waves 4–5 times taller than this tsunami (only about 20 feet or 6 metres high) see Safety investigation of Noah’s Ark in a seaway.

Voir encore:

Conspiracy Theories Surrounding the Tsunami: It was a Punishment from Allah for Celebrating Christmas and Other Sins; It was Caused by the U.S., Israel, India

Special Dispatch No. 842

MEMRI

January 7, 2005

Following practically all international events of importance, conspiracy theories are raised in the Arab and Muslim worlds. This occurred most recently following the Asian tsunami. Some of these conspiracy theories focused, as they often do, on allegations that it was a plot by the U.S. and Israel. Others speculated that the tsunami was a divine punishment for sins, including that of celebrating Christmas. The following are speeches and articles which appeared in the Arab media raising conspiracy theories about the cause of the tsunami; more will be posted on the MEMRI TV Project website (www.memritv.org) in the coming days:

Palestinian Friday Sermon by Sheik Mudeiris: The Tsunami is Allah’s Revenge at Bangkok Corruption

The following are excerpts from a Friday mosque sermon aired on Palestinian Authority TV by Sheik Ibrahim Mudeiris, which was recorded and translated by the MEMRI TV Monitor Project:

" What happened there, in South-East Asia … we ask God to have mercy upon all the martyrs – for he who dies by drowning is a martyr. We ask God to have mercy upon all the Muslims who died there. Allah willing, they are martyrs. But, don’t you think that the wrath of the earth and the wrath of the sea should make us reflect? Tens of thousands dead, and many predict that the number will be in the hundreds of thousands. We ask God for forgiveness. When oppression and corruption increase, the law of equilibrium applies. I can see in your eyes that you are wondering what the ‘universal law of equilibrium’ is. This law is a divine law. If people are remiss in implementing God’s law and in being zealous and vengeful for His sake, Allah sets his soldiers in action to take revenge.

"The oppression and corruption caused by America and the Jews have increased. Have you heard of these beaches that are called ‘tourists’ paradise?’ You have all probably heard of Bangkok. We read about it, and knew it as the center of corruption on the face of this earth. Over there, there are Zionist and American investments. Over there they bring Muslims and others to prostitution. Over there, there are beaches, which they dubbed ‘tourists’ paradise,’ while only a few meters away, the locals live in hell on earth. They cannot make ends meet, while a few meters away there is a paradise, ‘tourists’ paradise.’

"Do you want the earth to turn a blind eye to the corrupt oppressors? Do you want the sea… Do you want the sea to lower its waves in the face of corruption that it sees with its own eyes?! No, the zero hour has come."[1]

Advisor to Saudi Arabia’s Justice Minister: The Nations were Destroyed for Lying, Sinning, and being Infidels

Ibrahim Al-Bashar, an advisor to Saudi Arabia’s Justice Minister, argued on the Saudi Arabian/UAE Al-Majd TV channel that the sins of the affected countries caused the tsunami:

"Whoever reads the Koran, given by the Maker of the World, can see how these nations were destroyed. There is one reason: they lied, they sinned, and [they] were infidels. Whoever studies the Koran can see this is the result…

"Some intellectuals, philosophers, and journalists – may Allah show them the straight path – say this is the wrath of nature. Whoever is angry must have a soul and a brain in order to act out his anger. Does the earth have a brain and a body with a soul? They talk about the wrath of nature, or else they claim that what happened was due to a fissure in the depths of the earth, which the earth’s crust could not bear. They connect cosmic matters.

"But who is the one that cracked it, split it, and commanded it to quake?! Why don’t we ask that question? Who is the one that sent the wind? Who sent the floods? But they tell you that it was due to the ebb and tide, and that the barometric depressions are to blame. Who commanded them to do so?

"These countries, in which these things occurred – don’t they refrain from adopting Allah’s law, which is a form of heresy? Man-made laws have been chosen over Allah’s law, which has been deemed unsuitable to judge people?! Whoever does not act according to Allah’s law is a heretic, that’s what Allah said in the Koran. Don’t these countries have witchcraft, sorcery, deceitfulness, and abomination?"[2]

Saudi Professor Sheikh Fawzan Al-Fawzan: Allah Punishes for Homosexuality and Fornication at Christmas

The following are excerpts from an interview on Saudi/UAE’s Al-Majd TV with Sheikh Fawzan Al-Fawzan, a professor at the Al-Imam University, which was recorded and translated by the MEMRI TV Monitor Project:

"These great tragedies and collective punishments that are wiping out villages, towns, cities, and even entire countries, are Allah’s punishments of the people of these countries, even if they are Muslims.

"Some of our forefathers said that if there is usury and fornication in a certain village, Allah permits its destruction. We know that at these resorts, which unfortunately exist in Islamic and other countries in South Asia, and especially at Christmas, fornication and sexual perversion of all kinds are rampant. The fact that it happened at this particular time is a sign from Allah. It happened at Christmas, when fornicators and corrupt people from all over the world come to commit fornication and sexual perversion. That’s when this tragedy took place, striking them all and destroyed everything. It turned the land into wasteland, where only the cries of the ravens are heard. I say this is a great sign and punishment on which Muslims should reflect.

"All that’s left for us to do is to ask for forgiveness. We must atone for our sins, and for the acts of the stupid people among us and improve our condition. We must fight fornication, homosexuality, usury, fight the corruption on the face of the earth, and the disregard of the lives of protected people."[3]

Saudi Cleric Muhammad Al-Munajjid: Allah Finished Off the Richter Scale in Revenge of Infidel Criminals

The following are excerpts from an interview on Saudi/UAE’s Al-Majd TV with Saudi cleric Muhammad Al-Munajjid, which was recorded and translated by the MEMRI TV Monitor Project:

"The problem is that the [Christian] holidays are accompanied by forbidden things, by immorality, abomination, adultery, alcohol, drunken dancing, and … and revelry. A belly dancer costs 2500 pounds per minute and a singer costs 50,000 pounds per hour, and they hop from one hotel to another from night to dawn. Then he spends the entire night defying Allah.

"Haven’t they learned the lesson from what Allah wreaked upon the coast of Asia, during the celebration of these forbidden? At the height of immorality, Allah took vengeance on these criminals.

"Those celebrating spent what they call ‘New Year’s Eve’ in vacation resorts, pubs, and hotels. Allah struck them with an earthquake. He finished off the Richter scale. All nine levels gone. Tens of thousands dead.

"It was said that they were tourists on New Year’s vacation who went to the crowded coral islands for the holiday period, and then they were struck by this earthquake, caused by the Almighty Lord of the worlds. He showed them His wrath and His strength. He showed them His vengeance. Is there anyone learning the lesson? Is it impossible that we will be struck like them? Why do we go their way? Why do we want to be like them, with their holidays, their forbidden things, and their heresy?"[4]

Egyptian Nationalist Weekly: U.S.-Israel-India Nuclear Testing May have Caused Asian Tsunami; The Goal: Testing how to Liquidate Humanity

The Egyptian nationalist weekly Al-Usbu’ has published an investigation by correspondent Mahmoud Bakri, titled "Humanity in Danger," claiming that the earthquake and tsunami in Asia may have resulted from joint nuclear testing by the U.S., Israel, and India. The following are excerpts from the article:

"Was [the earthquake] caused by American, Israeli, and Indian nuclear testing on ‘the day of horror?’ Why did the ‘Ring of Fire’ explode?

"… According to researchers’ estimates, there are two possible [explanations] for what happened. The first is a natural, divine move, because the region is in the ‘Ring of Fire,’ a region subject to this destructive type of earthquakes.

" The second possibility is that it was some kind of human intervention that destabilized the tectonic plates, an intervention that is caused only in nuclear experiments and explosions. What strengthens this direction [of thought] are the tectonic plates [under] Indian soil [ sic ], since in the recent few months, India conducted over seven nuclear tests to strengthen its nuclear program against the Pakistani [nuclear program].

"[Various] reports have proven that the tectonic plates in India and Australia collided with the tectonic plates of Europe and Asia. [It has also been proven] that India recently obtained high[-level] nuclear technology, and a number of Israeli nuclear experts and several American research centers were [involved in preparing this].

"The three most recent tests appeared to be genuine American and Israeli preparations to act together with India to test a way to liquidate humanity. In the[ir] most recent test, they began destroying entire cities over extensive areas. Although the nuclear explosions were carried out in desert lands, tens of thousands of kilometers away from populated areas, they had a direct effect on these areas.

"Since 1992, many research [institutes] monitoring earthquakes across the world, such as the International Center for the [Study] of Earthquakes [sic] in Britain and in Turkey and other countries, [indicated] the importance of no nuclear testing in the ‘Ring of Fire,’ where the most recent earthquake struck, because this region is thought to be one of the most geologically active regions over millions of years. Thus, the international centers have always classified it as one of the most dangerous regions [and] likely to shift at any given moment, even without human interference.

"But the scientific reports stated that there had been nuclear activity in this region – particularly after America’s recent decision to rely largely on the Australian desert – part of which is inside the ‘Ring of Fire’ – for its secret nuclear testing.

"Similarly, many international reports spoke of joint Indian-Israeli nuclear activity. Moreover, only this year Arab and Islamic countries intervened more than three times in the U.S. to stop this joint nuclear activity.

"Nevertheless, although so far it has not been proven that secret Indian-Israeli nuclear testing is what caused the destructive earthquake, there is evidence that the recent nuclear tests, the exchange of nuclear experts between India and Israel, and the American pressure on Pakistan regarding its nuclear cooperation with Asian and Islamic countries [by providing India with advanced nuclear technology in an attempt to stop Pakistani activity] – all these pose a big question mark regarding the causes of the severe earthquake in Asia.

"Scientific studies prove that there is increasing nuclear activity under the waters of the oceans and seas … and that America is the first country in the world responsible for this activity. This raises an enormous question mark… What is puzzling is that all the previous earthquakes did not cause such great destruction [as this one], particularly [in light of the fact that] the earthquake’s center was some 40 kilometers under the seabed of the Indian Ocean.

"One of the American researchers, Merrills Kinsey,[5]pointed out an important fact in the scientific report that he prepared after the last disaster, which is that the center of an earthquake that took place some 40 kilometers under the ocean floor could not have caused such destruction unless nuclear testing had been conducted close to the tectonic plates in these countries, or unless several days previously there had been [nuclear] activity that caused these plates to shift and collide – which constitutes a danger to all humanity, not only to the inhabitants of these countries…"[6]

[1]Palestinian Authority TV, December 31, 2005. To view the clip, visit http://memritv.org/Search.asp?ACT=S9&P1=451.

[2]Al-Majd TV (Saudi Arabia/UAE), January 5, 2005. To view the clip, visit http://memritv.org/Search.asp?ACT=S9&P1=462.

[3]Al-Majd TV (Saudi Arabia/UAE), December 31, 2004. To view the clip, visit http://memritv.org/Search.asp?ACT=S9&P1=459.

[4]Al-Majd TV (Saudi Arabia/UAE), January 1, 2005. To view the clip, visit http://memritv.org/Search.asp?ACT=S9&P1=452.

[5]The name was not identified by MEMRI.

[6]Al-Usbu’ (Egypt), January 1, 2005.

Voir encore:

Powerlessness of God?

A Critical Appraisal of Hans Jonas’s Idea of God after Auschwitz

Hans Hermann Henrix

I. On the truth of authentic and fictional texts

Among the Jewish contributions that echo the abysmal terror of Auschwitz and express the horror of the Shoah, many touching and authentic reports are found. To those who are driven by the question of how, in the face of the reality of Auschwitz, we can think and talk about God at all, texts exploring the existence and the perception of God in view of the events of the Shoah take on a definitive importance for their life and faith. One person’s heart and mind may have been indelibly branded by Elie Wiesel’s story in which the boy Pipel, during his protracted death at the gallows on the Auschwitz roll-call square, asks "Where is God?"1 Another may turn again to a text such as "Jossel Son of Jossel Rackower of Tarnopol Talks to God," that "beautiful and true text, as true as only fiction can be," presented as a document reporting on the final hours of resistance in the Warsaw Ghetto.2

A third person, fearing perhaps to be touched too closely by such fictional witnesses to the struggle for God and looking instead to the theoretical/intellectual debate, may turn to Emil Fackenheim’s "commanding voice of Auschwitz"3– a text that, by keeping an equilibrium between theodicy and anthropodicy, wants to transmit to the Jewish people the call issuing from Auschwitz for a new, eleventh commandment: namely, to protect and maintain the Jewish people and the Jewish faith, so as not to give Hitler a posthumous victory.

II. Hans Jonas – a Jewish voice in dark times

Does "The Idea of God After Auschwitz" by Hans Jonas (1903-1993)4 also belong among these texts? The author understands his contribution to be "a Jewish voice in dark times." Not mincing words, he calls his lecture "a piece of undisguisedly speculative theology." (p.7) It is theology in the garb of a theodicy, and theodicy not so much as a question but as an answer, an answer that seems to exonerate God from being responsible for the evil in the world, and thus for Auschwitz. Maybe it is this character of his contribution that has attracted considerable appreciation for Hans Jonas’s lecture within German-language Christian theology and philosophy5 – a kind of attention that Christian theology has only very hesitantly given to the other Jewish voices mentioned.6 What then is special about his "idea of God after Auschwitz"?

Anyone who approaches Hans Jonas’s thought by way of his works on the philosophy of nature and technology as well as on ethics7 would not in the first instance expect to find an interest in theology and the history of religion, since his philosophical work seems to breathe a pronounced scepticism in respect of the idea of God, which he considers in the context of modern nihilism. His ethics has a causal horizon that does not seem to have a place for God.8 And yet, the God-question has never let go of him. This became apparent to the German-speaking public when in his expression of thanks on receiving the Dr. Leopold Lucas Award from the Faculty of Protestant Theology at Tübingen University in 1984, he chose to speak on the "The Idea of God After Auschwitz," a line of thought that he presented again later that year before a large audience at the Munich Assembly of German Catholics. During the final years of his life, he frequently revisited the tension between the nihilistic scepticism in his philosophical works on the one hand and his continued interest in the question of God on the other.9

The theme for his Tübingen speech of thanks "pressed" itself on him "irresistibly" because Jonas’s mother and the mother of the donor of the award had shared the fate of being murdered at Auschwitz. He chose the topic in "fear and trembling," since it had existential depth: "I believe I owed it to those shadows, not to deny them some sort of answer to their long faded-away cries to a mute God" (7). The screams of the murdered souls still echo in the lament of the survivor, expressed in the phrase "a mute God." Hans Jonas’s answer to the faded-away cries of the murdered drives a profoundly human and existential wedge into the philosophical/theological rock face. This context of real-life history must be kept in mind whenever his deliberations take on a speculative hue that might seem to be removed from everything human.

"What is it that Auschwitz has added to the measure of the fearsome and horrible misdeeds that human beings could perpetrate on other human beings, and ever have perpetrated?" (10) This is the question that Auschwitz has provoked in Hans Jonas. He answers it in an indirect manner, by explaining that traditional answers do not apply to the question of God any longer. The idea of the Shoah as something that God has visited on the disloyal people of the covenant is of no more help to him in explaining the Shoah than the idea, first formulated in the age of the Maccabees, of the witness of the suffering one, the martyr, who by his sacrifice and the giving of his life strengthens the promise of redemption by the coming Messiah. In accordance with this, even the "sanctifying of the name" (kiddush-hashem) in medieval martyr-piety is not longer of any use. "Auschwitz, devouring even the innocent children, knew nothing of all this…. Not a trace of human nobility was left to those who were destined to undergo the "final solution," not a trace of it was recognizable in the figures of those ghostly skeletons who survived long enough to see the camp liberated" (12f.). For Jews, who consider this life the arena of God’s creation, revelation, and redemption, God is the guardian of this arena, the Lord of history. Thus Auschwitz, to the believing Jew, calls into question "the entire traditional idea of God." It adds to the Jewish notion of history "a new dimension that has never existed before, something that the inherited theological categories cannot cope with" (14). This is the preface, the prologue to the credo of Hans Jonas, who does not want to give up the idea of God. He can also express the preliminary sketch of his credo, which despite everything still reckons with the existence of God, in another way:

"The notion of ‘the Lord of history’ will have to be given up" – this is the anticipated outcome of his credo (14). By employing the twin perspectives of theology and philosophy of religion, Jonas asks, as it were, under what conditions a history could be possible in which something like Auschwitz could happen. From his point of view, a God ruling history and interfering in its course of events "with a mighty hand and an outstretched arm" is not one of the conditions of possibility of a history containing the fact of the Shoah. Jonas sees the relationship of God to history in a different light. To think of God in view of Auschwitz means to him that we already have to think differently of God the Creator. This notion of God the Creator Jonas proceeds to delineate in a way "that makes it possible to articulate the experience of Auschwitz in a theological sense."10 In order to develop the idea of God on a transcendental level, Hans Jonas turns to a "self-conceived myth." (15)

III. Hans Jonas’s self-conceived myth and its theological significance

In the beginning, for unknowable reasons, the ground of being, or the divine, chose to give itself over to the chance and risk and endless variety of becoming. And wholly so: entering into the adventure of space and time, the deity held back nothing of itself – no uncommitted or unimpaired part remained to direct, correct, and ultimately guarantee the roundabout working out of its destiny in the creation. On this unconditional immanence the modern temper insists. It is its courage or despair, in any case its bitter honesty, to take our being-in-the-world seriously: to view the world as left to itself, its laws as brooking no interference, and the rigour of our belonging to it as not softened by an extramundane providence. Our myth demands the same for God’s being-in-the-world. Not, however, in the sense of a pantheistic immanence…. But rather, in order that the world might be, and be for itself, God renounced his own being, divesting himself of his deity – to receive it back from the Odyssey of time laden with the chance harvest of unforeseeable temporal experience; transfigured, or possibly even disfigured, by it. In such self-forfeiture of divine integrity for the sake of an unprejudiced becoming, no other foreknowledge can be admitted than that of possibilities which cosmic being offers in its own terms. To these conditions God committed his cause, effacing himself for the sake of the world. (15-17)

Jonas traces the fate of God’s effacing himself into the world through the course of time. He conceives of this course of time in an evolutionary manner. In the aeons before life begins to stir, the world does not yet harbour any danger to the God abandoning himself to it. This danger only begins to accrue when biological evolution becomes ever more multifarious and intensive: Eternity gathers strength, "filling little by little with the contents of self-affirmation, and for the first time now the awakening God can say that the creation is good" (18). Along with life, however, there arose death; mortality thus became the price to pay for a higher kind of existence, which out of the momentum of its evolutionary development produces the human being. The arrival of the human being also has its price, that is to say, God will have to pay the price now for his cause "possibly going wrong" (20), as the innocence of life now "has given way to the task of responsibility under the disjunction of good and evil. To the promise and risk of this agency, the divine cause, revealed at last, henceforth finds itself committed: and its issue trembles in the balance. The image of God … passes into the precarious trust of human beings, to be completed, saved, or spoiled by what they will do to themselves and the world." (23) God’s fate is accomplished within a context of worrying and hopeful observing, accompanying, and tracking human activities, or rather, as Jonas himself puts it: Transcendence "from now on accompanies (human) actions with baited breath, hoping and wooing, rejoicing and sorrowing, with satisfaction and disappointment, and, as I would like to believe, making itself felt to humanity, without however intervening in the dynamics of that scene of mundane activities." (23f.)

Hans Jonas’s myth has originality, rhetorical power, and speculative strength. His preferred means of expression is imagery. We at once begin to notice the wealth of consequences for the traditionally accepted notion of God arising from this scheme. As he himself admits, Jonas became aware of this only gradually. And he feels himself obliged to "link" his scheme "in a responsible way with the tradition of Jewish religious thought." (24)

His myth speaks implicitly of a suffering God as well as a developing and a caring God. The biblical "idea of divine majesty" (26) only at first sight contradicts the notion of the suffering God, for the Hebrew Bible is certainly capable of describing quite eloquently the grief, remorse, and disappointment God experiences with regard to humans and in particular with regard to his chosen people. The thought of a becoming God may run counter to the idea emanating from classical Greek philosophy and introduced into the theological teaching of the attributes and its claim of the unchangeability of God; but as far as Jonas is concerned, it in inherent "in the sheer fact" that God "is affected by what happens in the world, and that ‘being affected’ means being altered, being in a changed situation. So that if in fact God has any kind of relationship to the world … then by virtue of this alone, the Eternal has become ‘temporized’" (28f.). The notion of a caring God then defines more closely this "temporization" of God: "That God takes care of and cares for his creatures belongs among the most familiar tenets of Jewish faith" (31).11

Up to this point Hans Jonas considers his myth compatible with the Jewish theological tradition. He admits to incompatibility with it, though, at the point where he feels compelled to negate God’s omnipotence. "In our speculative venture, the most critical point is reached when we have to say: He is not an omnipotent God! For the sake of our image of God and our whole relationship to the divine, we cannot maintain the time-honored (medieval) doctrine of absolute, unlimited divine power" (33). His negation of divine omnipotence at this early stage, before coming to the problem of Auschwitz, Jonas derives from problems inherent in the concept of omnipotence. Thus he argues on the level of logical thought that omnipotence, as "absolute auto-potency," in its solitude was in no position to exert power on anything. It was a power without resistance, and hence without power (33f.). Theologically, he formulates it as follows: "We can have divine omnipotence together with divine goodness only at the price of complete divine inscrutability…. More generally speaking, the three attributes … absolute goodness, absolute power, and understandability, stand in such a relationship that any combination of two of them excludes the third."12

To deny the qualities of goodness and understandability to God would mean to destroy his divinity and to state an idea of God quite unacceptable "according to Jewish norms." Therefore the notion of omnipotence, already seen to be dubious, must be relinquished.

Doing away with the omnipotence of God could however, Jonas believes, still be expressed theologically "within the continuity of the Jewish heritage," for this limitation of divine power might be interpreted as "a concession made by God … which he could revoke whenever he felt like it." (40) Here we have the idea of a self-chosen, retractable limitation of God’s power. This self-limitation of God, however, does not satisfy Jonas, for it would leave incomprehensible what has actually happened in history. Auschwitz would not have been confronted theologically; God would be conceived of without taking Auschwitz into account. For in Jonas’s view a freely chosen self-limitation of God with regard to his own power that could be revoked at any time would allow us "to expect that the good Lord might now and again break his self-imposed rule of exercising extreme restraint in imposing his power, and might intervene with a miraculous rescue. But no such miracle occurred; throughout the years of the Auschwitz slaughter, God remained silent. The miracles that occurred were the work of human beings alone: the acts of bravery of those individual, mostly nameless "righteous among the nations" who did not shrink from even the ultimate sacrifice to rescue others, to relieve their suffering, and even, if there was no alternative, to share in the fate of Israel. … But God remained silent. At this point I say: He did not interfere not because he did not wish to, but because he was not able to." (41f.)

Jonas now can simultaneously think of Auschwitz and God only at the price of foregoing talk of a God with "a strong hand and an outstretched arm." In view of Auschwitz, one must posit "the powerlessness of God" with regard to physical events. God, however, not only opts for this powerlessness in the course of history, but wills it into creation itself. Already creation out of nothing was by itself an act of self-restriction, "a self-limitation that allows for the existence and autonomy of a world. Creation itself was the act of an absolute sovereignty that for the sake of the existence of self-determined finiteness agreed no longer to be absolute." (45)

Jonas finds a clue for his speculative venture of formulating his concept of God and the Creator in this manner in the "highly original and quite unorthodox speculations" of the Jewish Kabbalah surrounding the idea of zimzum. The divine zimzum as a form of "contraction, a retreat, a form of self-imposed moderation" is a precondition for the creation of the world. "In order to create space for the world to exist … the Eternal One had to withdraw into himself, thus creating emptiness, the void in which and from which he could create the world. Without this withdrawal into himself there could be nothing else outside of God." (46)13

Jonas is able to support his myth of God renouncing his power with reference to the medieval idea of zimzum, while at the same time revising it. In zimzum, as the Kabbalah understands it, God retains his sovereignty vis-à-vis a creation that has become possible. In this context he remains a sovereign counterpart to the world; his contraction and withdrawal is only partial. Jonas, however, postulates a total contraction, a contraction not towards a void, but towards an unconditional immanence (cf. 16): Infinity in terms of its power empties itself "as a whole into finiteness" and in this way hands itself over to the latter." (46) God retains nothing that remains untouched and immune (cf.16). This, however, raises the question: "Does this leave any room for a relationship to God?" Transcendence seems entirely steeped in and dissolved into immanence. Whether transcendence emerges once more from immanence is, paradoxically enough, up to the decision of human beings. For this is the sense in which Hans Jonas answers the question he himself has raised: "Having given himself wholly to the becoming world, God has no more to give, it is our turn now to give to him." This is what humans do, whenever they take care that God must not regret having created the world. Hans Jonas is of the opinion that "this could well be the secret of the unknown "thirty-six righteous ones" who, according to Jewish teaching, the world will never be without, in order to safeguard its continued existence." (47)14 Jonas counts on the possibility that further "righteous ones" have existed even "in our times," and so in Auschwitz as well; in this context he remembers "the righteous among the nations" whom he has mentioned before, who in the abyss of the Shoah gave their lives for Israel. In the thirty-six righteous ones, a transcendence wholly hidden in immanence manifests itself as "holiness," a holiness that "is capable of offsetting immeasurable guilt, of settling the debt run up by a whole generation, and of saving the peace of the invisible realm."(48) Auschwitz, in Jonas’s thought, is the place where the notion of a God who has restricted himself fails; it is also the place where, from the ashes of this failed notion of God, God’s inscrutable transcendence appears in the form of holiness in the figures of the righteous one. Here his self-conceived myth is transformed into existential thought.

IV. An appraisal of Hans Jonas’s understanding of God

The myth Hans Jonas has created is a moving and challenging proposal. He weighs the traditional manner of speaking of God. In the face of the Shoah he wishes to speak of God. And he does this with pointed reference to the modern problematic of theodicy: any talk of God’s kindness and omnipotence is tested in the face of Auschwitz and in relation to the demand for understandability in God. The understandability of God is a guiding principle for Jonas. It is in the face of this criterion that talk of God has to prove itself. This is where it has its forensic element, based on reason.15 Although Jonas does not demand a thoroughgoing intelligibility, he nevertheless insists on the requirement "that we be able to understand God, not entirely of course, but to some extent…. If God, however, is to be understandable (in certain ways and to a certain extent) – and this is something we must adhere to – then his goodness must be compatible with the existence of evil, which it can only be if he is not omnipotent." (38f.)

Jonas finds his principle of understandability quite centrally anchored in Jewish tradition: "a deus absconditus, a hidden God (not to speak of an absurd God), is a deeply un-Jewish notion." (38) That this is somewhat controversial, however, within Jewish thought, is evident in any understanding of Jewish faith that orients itself to the testing of Abraham, i.e. God’s demand that he sacrifice his son Isaac. Thus Michael Wyschogrod can state that "Jewish belief … from the very beginning is a belief that God can do what is incomprehensible in human terms," and with a view to Auschwitz he adds: "In our day and age this includes the belief that despite Auschwitz, God will fulfil his promise to redeem Israel and the world. Am I able to grasp how this is possible? No."16

This Jewish position refuses to accept the modern variant of theodicy, since it does not consider valid a judging of God-talk before the tribunal of reason. Jonas, however, following his basic principle of understandability, opts for a discourse within the context of the modern problem of theodicy. For what he has to say, he is quite well able to find the appropriate Jewish words,17 and is capable also of transmitting his ideas in the traditional categories of Jewish thought, even though he describes them as "self-invented" (15), that is to say, developed in his own name and at his own risk. He is well aware of this. And by his own acknowledgment, he deviates "rather decisively from the most ancient Jewish teaching" (42).18 Does that mean, then, that he finds himself even more removed from Christian teaching? The Christian reader should not be too quick to jump to conclusions on this point. Rather, such a reader is left with an ambiguous impression of closeness and difference at the same time. One is tempted to associate the impression of closeness with what Hans Urs von Balthasar calls "formal Christology"19, whereas the difference may consist in his theodicy being a "Christology without Christ."

As to associating Jonas’s myth with the term "formal Christology," one finds a basis for this in his own writings. More than twenty years before his Tübingen word of thanks, Jonas had outlined his myth for the first time in a lecture on "Immortality and Our Contemporary Existence"20 and had submitted this idea to his teacher and colleague Rudolf Bultmann. In the enjoining correspondence with his colleague21, Jonas depicts the adventure of God of getting involved in the world and its history by using a Christian notion, and in conversing with his Christian partner he does not shy away from speaking of a "total incarnation" or of the "full risk" or "sacrifice of the incarnation." He even tolerated his myth being labeled a "non-trinitarian myth of incarnation." Knowing of such characterizations, Jonas twenty years later warned his Tübingen audience against getting the terminology of his own myth mixed up with the Christian connotations implied in it: "It [his myth] does not, like the Christian expression ‘the suffering God,’ speak of a unique act in which the Deity, at a certain moment in time and for the express purpose of the redemption of humanity, send part of itself into a certain situation characterized by suffering. Rather, in his view the almost incarnate relationship of God to the world had been a relationship full of suffering on the part of God "from creation onwards." (25) Yet the fact that he had to warn of confusing them and had to make a clear distinction between them, points to the closeness of the two notions.

A further indication of the closeness of Jonas’s thought to Christian theology in this point, a closeness that of course implies neither congruence nor agreement, is seen in the fact that also on the Christian side, the classical idea of God has entered a critical stage, and that this crisis of the Christian theistic understanding of God is, above all, a crisis of the idea of divine power.22 Dogmatics, which had been shaped by Hellenistic philosophy, has rediscovered the "human" features in the biblical image of God, not least on the basis of contemporary experience, as with Hans Jonas (cf. 41f.). God’s predicates of compassion and the ability to experience pain are again increasingly emphasized in Christian theology. Such developments, however, lead to new interpretations of God’s omnipotence as the power of God’s love. Even before Hans Jonas spoke up, Jürgen Moltmann, quite significantly, interpreted the role of God’s power of creation in terms of the Jewish kabbalistic notion of zimzum, and postulated that a kind of self-limitation of the omnipotent and ubiquitous God had preceded the act of creation: "God creates … by means of and through withdrawing from creation." The power of creation had to be considered "a self-humiliation of God towards his own impotence," "a work of divine humility and equally a divine form of self-communion. When God acts as Creator, he acts upon himself. His actions are founded in his passion."23 In the context of the theology of Creation, Jonas’s concept also forces Eberhard Jüngel to specify the notion of the original beginning "in terms of divine self-limitation."24 Thus these Christian theologians and Hans Jonas are equally inspired by the kabbalistic idea of zimzum as a point of reference for interpreting the myth of creation.

Such closeness is not restricted to the idea of God’s power of creation and God the Creator alone. It also arises from considering the Christian understanding of divine power in relation to history. According to the myth established by Jonas, God attends human activities "with baited breath, hoping and wooing" (23), and for "the period of the world proceeding on its way," i.e., as long as history lasts, he has "foregone all power of intervention in the physical course of mundane events." God responds "to the impact of such mundane events on his own being … not by a show of ‘mighty hand and outstretched arm,’ … but by the mutely penetrating wooing of his unachieved aim" (42). There is a school of Christian theology that likewise interprets the attitude of the powerful God towards history and the actions of humans in terms analogous to this idea of God’s "wooing." American process theology, which thinks of God, by virtue of his being a loving God, as sensitive, vulnerable, even dependent, aims to modify the idea of the omnipotence of God towards the notion that "God executes his power only in terms of his wooing humans and desiring to convince them, without being able to guarantee success. Thus God, in his love towards the world he created, runs a daring risk."25

One need not agree with the controversial theological assumptions and conclusions of process theology to be able to understand from a Christian viewpoint the intervention of God and his power in history under the image of divine wooing. Johannes B. Brantschen, for instance, finds it possible, in connection with the New Testament parable of the Prodigal Son (Luke 15), to speak of God’s omnipotence as the coexistence of power and the powerlessness of love, and to interpret it in the following way: "This is the unprecedented event: God, the sovereign Lord of Heaven and Earth, begs for our love, but the almighty Father is powerless, as long as we humans do not answer the call of his obliging love from our very heart – for love without freedom is nothing but a piece of rigid iron. This powerlessness of love we experience today as the silence of God, or perhaps better, the discretion of God. God is discrete, at times even frighteningly discrete. … However, God in his discrete love has put enough light into his signs to be discovered by those who search for him. God takes us seriously. He is discrete, because he loves us. That is the divine delicacy. … God suffers as long as his love is not appreciated … This waiting is God’s way of experiencing pain."26

Brantschen formulates his thoughts with special reference to the individual’s experience of illness and suffering, rather than vis-a-vis Auschwitz. That gives a somewhat parenetic and pastoral touch to his words and can lead to the aesthetic realm. Interestingly, Rudolf Bultmann asked Jonas the critical question of whether his myth might not remain "in the realm of aesthetics," and whether his idea of God in the last resort might not be "an aesthetic concept."27 In his reply, Hans Jonas insists that God’s committing his fate to human beings demands of the latter not an aesthetic, but an ethical response.28 And yet one has to ask Jonas whether his depiction of God’s response to what is happening in the world as an "intense but mute wooing" does not remain too firmly imbedded in the area of aesthetic judgement, which has the character not of a demand, but a request. "Time is the waiting of God, who begs for our love," Simone Weil once said. Emmanuel Levinas, when confronted with this statement, at once put in a correction, by adding: "[Time is the waiting of God] who commands our love."29 Instead of God’s wooing, his command; instead of an aesthetic "enticement," an ethical summons before the tribunal of never ending responsibility.

Another question arises from the coordination of immanence and transcendence of God in Hans Jonas’s myth. If the divine basis of all existence retains no unaffected and immune "part" of itself, but entirely and unconditionally melts into immanence, then God’s transcendence not only becomes unknowable epistemologically, but also dissolves ontologically. The total immanence of transcendence, when taken with radical seriousness, is in the last resort a lonely kind of immanence, in which an intense but mute wooing of transcendence cannot take place any longer, nor can an uprising, an epiphany of transcendence be expected. Christian theology responds to the intellectual difficulties of Jonas’s myth with the Incarnation, understood on a Trinitarian basis: the Son enters history and the world, while the Father who sends out his Son in the Spirit continues to be God as a counterpart to the world.30 A formal Christology lacking the figure of Christ along the lines of Hans Jonas’s myth will hardly be able to solve the intellectual problem involved in the coordination of transcendence and immanence.31 Not all Jewish descendence or kenosis theology, though, is affected by this objection. The classical Jewish teaching about God’s bending down to humans refers to the God who is "seated on high" being enthroned in the heights" and "looks far down on the earth, and raises the poor from the dust" (cf. Psalm 113:6f.). Post-biblical tradition urges: "Wherever you find the greatness of the Holy One, praised be He, you will also find his humbleness. This is written in the Torah, is repeated in the words of the Prophets, and returns in the Writings for the third time" (bMeg 31a). The link between the descending God and the God of the heights is inseparable, so that transcendence does not dissolve into immanence.

The theoretical/intellectual problem in the myth of Hans Jonas of not being able to find one’s way out of the contradiction between total immanence and a nevertheless maintained transcendence, returns on the level of his more existentialist mode of expression. On the one hand, Jonas states regarding Auschwitz "no miraculous rescue happened; throughout the years of the fury at Auschwitz, God kept silent," while on the other hand, he continues, "the miracles that occurred were the work of human beings alone: [they were] the acts of those individual, often unknown ‘righteous among the nations’ who did not shun even the ultimate sacrifice." (41) Jonas now says of these righteous among the nations that "their hidden holiness is capable of making up for immeasurable guilt." (48) Yet must not the holiness of the righteous in the context of Jonas’s mythological manner of speaking be understood as the salvation of God’s own cause, arising from the innermost essence of divine existence (cf. 23f.), as an echo of his intense but mute wooing, indeed, as the very manner of his being present, of his speaking? Looked at from the vantage point of Jonas’s own assumptions, would it not then be God himself speaking in the holiness of the righteous? And would we not then confront the tension between the absence of miracles and the simultaneous occurring of miracles, the tension between God being silent and yet speaking through the holiness of the righteous?

Finally, we will consider the contribution of Hans Jonas’s proposal to theodicy. His concept of God presents a powerless God, a defenseless God – a figure whom Christian theology has every reason to think about. In an exchange with E. Levinas about this question, Bishop Klaus Hemmerle spoke most impressively about God’s defenselessness, which in a process of self-denial reaches the point where he can do nothing but ask humans for their love. To this Levinas replied: "Such defenselessness in this situation, however, costs many suffering human lives. Can we speak in such a manner? We are not involved in a disputation on God’s capacity to sympathize with those who suffer. I don’t understand this notion of ‘defenselessness’ today, after Auschwitz. After what happened at Auschwitz, it sometimes seems to me to mean that the good Lord is asking for a kind of love that holds no element of promise. That is how I think of it: the meaning of Auschwitz is a form of suffering and of believing quite without any promise in return. That is to say: tout-à-fait gratuit. But then I say to myself: it costs too much – not to the good Lord, but to humankind. That is my critique, my lack of understanding with regard to the idea of defenselessness. This powerless kenosis has cost humanity all too dearly."32

If Levinas’s objection is a Jewish critique of the Christian understanding of divine self-renunciation in Jesus Christ, it also touches Jonas’s own myth of God relinquishing himself towards immanence. Here as well, God has undergone a powerless kenosis which "costs humanity all too dearly." The price of the truth of Jonas’s myth appears to be too high. The objection that God’s powerless kenosis costs human beings too much moves toward an understanding which – here going beyond Levinas – contains the promise of justice even to those who perished at Auschwitz. Suing for such justice means to make room for the "lamenting human complaint to God about the horrors occurring in his creation." This is the whole point of the question of theodicy, as Johann Baptist Metz so insistently keeps asking it.33 And in this respect, Jonas’s scheme seems oppressive, and lacking in any form of promise. His call for God-talk to appear before the bar of understandability and be challenged by this-worldly history leads to forsaking the idea of God’s omnipotence and leaves a total absence of promise to those who have suffered in the past and to the dead of the Shoah.34

Do we really have to forsake talking about the omnipotence of God? Must we indeed renounce the yearning for a powerful God? Do those who at Auschwitz proved to be the righteous ones, the saints of the Shoah, tell us that what they longed for, namely, the omnipotence of God, must – according to another statement of Emmanuel Levinas – in the very yearning for it "remain apart, must appear holy as something worthy of desire – close, yet separate"? God’s omnipotence awakens our yearning for it, calls into being a move towards it, and yet at the very moment when that divine omnipotence is most urgently needed, it seems to yield place to the other person, to the neighbor, in a kind of responsibility that can go as far – and with the saints of the Shoah has indeed done so – as substituting oneself for the other person. This would seem to be the omnipotence of God remaining apart to the point of its very absence. It would seem to be an "intrigue" of the omnipotent God, entrusting my fellow human to me. This "intrigue" of God would be a kind of self-limitation that calls us into unlimited responsibility for our fellow human beings.35

The notion of God’s omnipotence and the yearning contained in it36 must pass the acid test of the ethical demand. This is where it finds its real meaning for each respective present; it will not let us avoid this test. Therein one could see the prospective meaning of any talk of God’s omnipotence; this could be its ethical content. At the same time, such talk contains a dimension of "going beyond" that is of particular relevance to those who cannot be reached by my responsible action in each present moment: to the suffering and the dead of history. Beyond its, so to speak, prospective meaning, the word of God’s omnipotence is a cry for God’s saving power, appealing to him to be effective and powerful for those who suffered and died. One could speak of a commemorating and an appealing meaning of talk of God’s omnipotence. Talking about God without appealing to him, and without any promise for the dead of history and the Shoah, is challenged by the question of theodicy, as it is pointedly formulated by Johann Baptist Metz. Such a challenge is also pertinent to Hans Jonas’s concept.

Conclusion

As insistently as we have sought a note of hope for the dead of Auschwitz in Hans Jonas’s concept of God, and as seriously as the question of the dissolution of God as the counterpart to humans (and thus the continuing possibility of prayer) must be directed to Jonas’s myth and its theological explication, it is equally appropriate to mention that Jonas accompanies his theoretical exposition with a very personal confession. This confession is clearly a move onto a different level of human expression, while still representing Hans Jonas the person. His concept breathes the pathos of candidness; he seeks understandability to be able to go on living. This seeking reflects the integrity and autonomy of Hans Jonas as a human being, one who at the same time can be quite humble. The answer he gives in his myth to the question of Job "is opposed to that put in the Book of Job, which looks to the omnipotence of the Creator God, while mine posits his renunciation of power." To Jonas, both answers constitute "praise," their countermovement being held together by what they have in common. Of his "poor word" of praise he would like to hope "that it would not be excluded from what Goethe in his ‘Vermächtnis altpersischen Glaubens’ (Legacy of Ancient Persian Belief) expresses as follows: ‘And all that stammers praise to the Supreme / in circle by circle there gathered does seem’" (48f.). This is a personal avowal of faith in a God who is on high, who is a counterpart, and thus is praiseworthy. This must be pointed out so that the critique directed at Jonas’s intellectual scheme not be extended to a critique of Jonas as a person.

By creating his myth, Hans Jonas has echoed the faded screams of his mother, who was murdered at Auschwitz. From the standpoint of Auschwitz, he has directed his question to God, in a speculative gesture as it were. The appraisal of his urgent proposal attempted here follows him in this speculative gesture, on the level of thought and argumentation. What Jonas says about his own scheme is even more true of this appraisal: "All this is mere stammering" (48). Stammering it has been in its agreement with Jonas and in its questioning of him. The agreement revealed characteristics that Jonas’s scheme has in common with contemporary Christian theology. The questioning presented possible objections from outside as well as examining the inner coherence of Jonas’s understanding of God. Our appraisal did not see its task as that of submitting a definitive alternative scheme. Nor was it bent on attempting to make sense of the events of Auschwitz. Like Hans Jonas himself, our appraisal also does not wish to forsake the idea of God. Indeed, it does not wish to forsake the idea of a powerful God; it wants to acknowledge the yearning for an omnipotent God. This is a yearning that cannot avoid the acid test of ethical demands, and is challenged not to seek solace for oneself, but to live in hope for others.

Notes

E. Wiesel, Die Nacht zu begraben, Elischa, Eßlingen o. J., 93f.

So E. Levinas, Die Tora mehr zu lieben als Gott (1955), in: E. Levinas, Schwierige Freiheit. Versuch über das Judentum, Frankfurt a.M. 1992, 109-113, who presents the most impressive interpretation of this text. Other interpretations: U. Bohn, Thora in der Grenzsituation, in: P. von der Osten-Sacken (ed.), Treue zur Thora. FS Günther Harder, Berlin 1977, 124-134; P. Lenhardt/P. von der Osten-Sacken, Rabbi Akiva, Berlin 1987, 332ff; H. Luibl, Wenn der Herr sein Gesicht von den Betenden abwendet. Zu Zwi Kolitz: „Jossel Rackower spricht zu Gott", in: Orientierung 52 (1988) 5-8. The German translation of this text itself was published in: Almanach für Literatur und Theologie 2, Wuppertal 1986, 19-28; M. Stöhr (ed.), Erinnern – nicht vergessen, München 1979, 107-118; P. von der Osten-Sacken (ed.), Das Ostjudentum, Berlin 1981, 161-168; Judaica 39 (1983) 211-220. Compare the attempt of a strophic transliteration of R. Brandstaetter, in: K. Wolff (ed.), Hiob 1943. Ein Requiem für das Warschauer Getto, Berlin 1983, 274-276.

The Commanding Voice of Auschwitz (1970), in: E. L. Fackenheim, God’s Presence in History. Jewish Affirmations and Philosophical Reflections, New York 1970, 67-98. Fackenheim has repeated his position in further publications: Encounters between Judaism and Modern Philosophy, New York 1973; The Jewish Return to History, New York 1978; To Mend the World, New York 1982; The Jewish Bible after Auschwitz. A Re-reading, New York 1990; Jewish-Christian Relations after the Holocaust. Toward Post-Holocaust Theological Thought, Chicago 1996; Was ist Judentum? Eine Deutung für die Gegenwart, Berlin 1999. Literature on Fackenheim: B. Dupuy, Un theologien juif de l’Holocauste, Emil Fackenheim, in: Foi et Vie 73. No. 4 (1974) 11-21; E.Z. Charry, Jewish Holocaust Theology. An Assessment, in: JES 18 (1981) 128-139; S. Lubarsky, Ethics and Theodicy. Tensions in Emil Fackenheim’s Thought, in: Encounter 44 (1983) 59-72; M.J. Morgan, The Jewish Thought of Emil Fackenheim. A Reader, Detroit 1987; G. Niekamp, Christologie nach Auschwitz, Freiburg 1994, 131-135.

The text of H. Jonas was published: H. Jonas, Der Gottesbegriff nach Auschwitz. Eine jüdische Stimme (suhrkamp taschenbuch 1516), Frankfurt 1987 (the pages in the ongoing text of this manuscript are of this edition); other publications of the text in: O. Hofius (ed.), Reflexionen finsterer Zeit. Zwei Vorträge von Fritz Stern und Hans Jonas, Tübingen 1984, 61-86; Von Gott reden in Auschwitz?, in: Zentralkomitee der deutschen Katholiken (ed.), Dem Leben trauen, weil Gott es mit uns lebt. 88. Deutscher Katholikentag vom 4. bis 8. Juli 1984 in München. Dokumentation, Paderborn 1984, 235-246 and: Hans Jonas, Philosophische Untersuchungen und metaphysische Vermutungen, Frankfurt 1992, 190-208. A french translation: Le Concept de Dieu après Auschwitz. Une voix juive. Suivi d’un essai de Catherine Chalier, Paris 1994.

E. Jüngel, Gottes ursprüngliches Anfangen als schöpferische Selbstbegrenzung. Ein Beitrag zum Gespräch mit Hans Jonas über den »Gottesbegriff nach Auschwitz«, in: H. Deuser u.a. (eds.), Gottes Zukunft -Zukunft der Welt (FS Jürgen Moltmann), München 1986, 265-275; W. Oelmüller, Hans Jonas. Mythos – Gnosis – Prinzip Verantwortung, in: StZ 113 (1988) 343-351; Marcus Braybrooke, Time to meet. Towards a deeper relationship between Jews and Christians, London/Philadelphia 1990, 123ff.; H. Kreß, Philosophische Theologie im Horizont des neuzeitlichen Nihilismus. Philosophie und Gottesgedanke bei Wilhelm Weischedel und Hans Jonas, in: ZThK 88 (1991), 101-120; H. Küng, Das Judentum, München/Zürich 1991 714ff; W. Oelmüller (ed.), Worüber man nicht schweigen kann. Neue Diskussionen zur Theodizeefrage, München 1992, passim; W. Groß/H.J. Kuschel, »Ich schaffe Finsternis und Unheil!« Ist Gott verantwortlich für das Übel?, Mainz 1992, 170-175; C. Thoma, Das Messiasprojekt. Theologie jüdisch-christlicher Begegnung, Augsburg 1994, 394ff; G. Schiwy, Abschied vom allmächtigen Gott, München 1995, 10ff, 36f.,76-85, 92-98, u.ö.; G. Greshake, Der dreieine Gott. Eine trinitarische Theologie, Freiburg 1997, 279ff.; K.-H. Menke, in: H. Wagner (ed.), Mit Gott streiten. Neue Zugänge zum Theodizee-Problem, Freiburg 1998, 125ff.; V. Lenzen, Jüdisches Leben und Sterben im Namen Gottes. Studien über die Heiligung des göttlichen Namens (Kiddusch-HaSchem), München/Zürich 2000 (2. Auflage), 140ff. u.a.

Cf. R. McAfee Brown, Elie Wiesel. Zeuge für die Menschheit, Freiburg 1990; W. Groß/ K.-J. Kuschel, ibidem (Footnote 5), 135-153; E. Schuster/R. Boschert-Kimmig (eds.), Trotzdem hoffen. Mit Johann Baptist Metz und Elie Wiesel im Gespräch, Mainz 1993; R. Boschki, Der Schrei. Gott und Mensch im Werk von Elie Wiesel, Mainz 1994; G. Langenhorst, Hiob unser Zeitgenosse. Die literarische Hiob-Rezeption im 20. Jahrhundert als theologische Herausforderung, Mainz 1994, passim.

H. Jonas, Das Prinzip Verantwortung. Versuch einer Ethik für die technologische Zivilisation, Frankfurt 1979, 21984. The main stations of his work are indicated by: Der Begriff der Gnosis, Göttingen 1930; Augustin und das paulinische Freiheitsproblem, Göttingen 1930, 21965; Gnosis und spätantiker Geist. Zwei Teile, Göttingen 1934, 21954 und 1954, 21993; The Phenomenon of Life: Toward a Philosophical Biology, New York 1963; Organismus und Freiheit. Ansätze zu einer philosophischen Biologie, Göttingen 1973; Technik, Medizin und Ethik. Zur Praxis des Prinzips Verantwortung, Frankfurt 1985. Compare the ongoing reception of Jonas’s work: W. Fasching, article „Jonas, Hans", in: Biographisch-Bibliographisches Kirchenlexion, Band XV (1998), 723-733; C. Albert, article „Jonas, Hans", in: B. Lutz (ed.), Die großen Philosophen des 20. Jahrhunderts. Biographisches Lexikon, München 1999 and the informations of the Hans Jonas-Centre Berlin in: http://www.fu-berlin.de/~boehler/Jonas-Zentrum.

So H. Kreß, ibidem (Footnote 5), 109ff and similarly W. Lesch, Ethische Argumentation im jüdischen Kontext. Zum Verständnis von Ethik bei Emmanuel Levinas und Hans Jonas, in: FZPhTh 38 (1991) 443~69, 464. Compare the own statement of Jonas in: H. Koelbl, Jüdische Portraits. Photographien und Interviews, Frankfurt 1989, 120-123, 123.

Cf. the articles in: »Philosophische Untersuchungen« (footnote 4).

E. Jüngel, ibidem (footnote 5), 269.

Compare the statements of the Jewish traditional literature only in: P. Kuhn, Gottes Selbsterniedrigung in der Theologie der Rabbinen, München 1968; A.M. Goldberg, Untersuchungen über die Vorstellung der Schekhinah in der frühen rabbinischen Literatur, München 1972; P. Kuhn, Gottes Trauer und Klage in der rabbinischen Überlieferung, Leiden 1978; H. Ernst, Rabbinische Traditionen über Gottes Nähe und Gottes Leid, in: C. Thoma/M. Wyschogrod (eds.), Das Reden vom einen Gott bei Juden und Christen, Berlin 1984, 157-177, C. Thoma/ S. Lauer, Die Gleichnisse der Rabbinen. Erster und zweiter Teil, Bern 1986 and 1992; E.E. Urbach, The Sages. Their Concepts and Beliefs, Cambridge, Mass. 1987, 37-79; M.E. Lodahl, Shekhinah/Spirit. Divine Presence in Jewish and Christian Religion, New York/ Mahwah 1992; C. Thoma, Messiasprojekt (footnote 5), 78ff, 409ff u.ö.

In the Middle Ages the Jewish discussion of the possibility to mediate the three attributes of God reflected the mediation of the omnipotencce, goodness and providence; compare the study of B.S. Kogan, »Sorgt Gott sich wirklich?« – Saadja Gaon, Juda Halevi und Maimonides über das Problem des Bösen, in: H.H. Henrix (ed.), Unter dem Bogen des Bundes, Aachen 1981, 47-73. See as an example of the early Christian discussion of the issue only: Laktanz, Vom Zorne Gottes (Texte zur Forschung 4), Darmstadt 21971, 45ff.

Jonas follows to: G. Scholem, Die jüdische Mystik in ihren Hauptströmungen, Frankfurt/M. 1967, 285ff; idem, Über einige Begriffe des Judentums, Frankfurt 1970, 53-89 (= Schöpfung aus Nichts und Selbstbeschränkung Gottes). Cf. idem, Art. »Kabbalah«, in: Encyclopaedia Judaica XI (Jerusalem 41978), 489-653, 588-597 and M. Fritz, A Midrash: The Self-Limitation of God, in: JES 22 (1985) 703-714.

Cf. to this motif: G. Scholem, Die 36 verborgenen Gerechten in der jüdischen Tradition, in: idem., Judaica, Frankfurt 1968, 216-225; article »Lamed Vav Zaddikim«, in: Encyclopaedia Judaica X (Jerusalem 41978), 1367f.

C.-F. Geyer requires the „tribunal of reason" in his studies on the history of the discernable concept of theodicy, in: W. Oelmüller (ed.), Worüber man nicht schweigen kann (Footnote 5), 209-242. His position is critized by G. Neuhaus, Theodizee – Abbruch oder Anstoß des Glaubens?, Freiburg 1993, 144ff; cf. also the discussion in: H. Wagner (ed.), Mit Gott streiten. Neue Zugänge zum Theodizee-Problem (QD 169), Freiburg 1998.

M. Wyschogrod, Gott – ein Gott der Erlösung, in: M. Brocke/H. Jochum, ibidem (Footnote 2), 178-194, 185. See also V. Lenzen, ibidem (Footnote 5), 141.

So in reception of F. Rosenzweig and his reflection of the question in what sense his »Star of Redemption« is a Jewish book: Das neue Denken (1925), in: idem, Zweistromland (= Franz Rosenzweig, Der Mensch und sein Werk. Gesammelte Schriften III), Dordrecht 1984, 139-161,155.

A. Goldberg, Ist Gott allmächtig? Was die Rabbinen Hans Jonas antworten könnten, in: Judaica 47 (1991) 51-58 critized the absolute renunciation of the divine power; the rabbinical understanding of the concept of God’s power could accept a partial renunciation and preserved the possibility of the divine judgement. Interpretating Is. 45,7 and its daily recitation in the morning prayer Goldberg argued: »He, who claims that only the good can come from God, denies one of the few dogmas of Judaism» (56). The provocation of the biblical speech of God as the creator of the light and darkness is reflected by: W. Groß/ K.J. Kuschel, ibidem (Footnote 5) and M. Görg, Der un-heile Gott. Die Bibel im Bann der Gewalt, Düsseldorf 1995.

H.U. von Balthasar spoke on Israel as »a formal Christology« in his booklet on Buber: Einsame Zwiesprache. Martin Buber und das Christentum, Köln/ Olten 1958, 83. But he develops unsufficiently the affirmative dimension of such a caracterization; this is critized by: H.H. Henrix, »Israel ist seinem Wesen nach formale Christologie«. Die Bedeutung H.U. von Balthasars für F.-W. Marquardts Christologie, in: BThZ 9 (1993) 135-153.

H. Jonas, Zwischen Nichts und Ewigkeit. Drei Aufsätze zur Lehre vom Menschen. Göttingen 1963, 44-62, 55ff.

Ibidem, 63-72; Jonas’s using of the term of incarnation: 68.69.70.71.

The concept of omnipotence – long generations a firm component of the Christian teaching of the divine attributes – is marginalized in contemporary dogmatics; compare only: Mysterium Salutis. Volumes 1 to 5 and the supplement, Einsiedeln/ Zürich/ Köln 1965-1981; Lexikon der katholischen Dogmatik, Freiburg 1987; P. Eicher (ed.), Neue Summe Theologie. Bände 1 und 2, Düsseldorf 1992. But see also J. Auer, Gott – der Eine und Dreieine (Kleine Katholische Dogmatik II), Regensburg 1978, 422-431 and the discussion of O. John, Die Allmachtsprädikation in einer christlichen Gottesrede nach Auschwitz, in: E. Schillebeeckx (ed.), Mystik und Politik. Theologie im Ringen um Geschichte und Gesellschaft (FS Johann Baptist Metz), Mainz 1988, 202-218 and Th. Pröpper, article »Allmacht Gottes», in: 3LThK Bd. 1 (1993), 412-417.

J. Moltmann, Trinität und Reich Gottes. Zur Gotteslehre, München 1980, 124f.

E. Jüngel, ibidem (Footnote 5), 271. But compare the striking criticism of this reflection by H. Küng, ibidem (Footnote 5), 717ff.

So after H. Vorgrimler, Theologische Gotteslehre, Düsseldorf 1985, 150ff.

J.B. Brantschen, Die Macht und Ohnmacht der Liebe. Randglossen zum dogmatischen Satz: Gott ist veränderlich, in: FZPhTh 27 (1980) 224-246, 238f. Cf. also G. Neuhaus, ibidem (footnote 15), 264ff and H. Fronhofen, Ist der christliche Gott allmächtig?, in: StZ 117 (1992) 519-528, 523.

R. Bultmann, in: H. Jonas, Zwischen Nichts und Ewigkeit, ibidem (footnote 20), 66f

H. Jonas, ibidem, 70f.

So the manuscript of the dialogue on the Judaism and Christianity in the thinking of Franz Rosenzweig which was published in a shortened version: Judentum und Christentum nach Franz Rodsenzweig. Ein Gespräch, in: G. Fuchs/H.H. Henrix (eds.), Zeitgewinn. Messianisches Denken nach Franz Rosenzweig, Frankfurt 1987, 163-183.

Similarly the criticism of E. Jüngel, ibidem (Footnote 5), 272f and W. Oelmüller, Hans Jonas, ibidem (Footnote 5), 346.

Compare the literature according to the footnote 11 and: W. Orbach, The four Faces of God: Toward a Theology of Powerlessness, in: Judaism 32 (1983) 236-247; E. Levinas, Judaïsme et Kénose, in: Archivi di Filisofia LIII (1985) Nr.2-3 (Ebraismo. Ellenismo. Cristianesimo), 13-28 and R. Neudecker, Die vielen Gesichter des einen Gottes, München 1989, 69-105.

In. G. Fuchs/H.H. Henrix, ibidem, (footnote 29), 170.

J.B. Metz, Theologie als Theodizee?, in: W. Oelmüller (ed.), Theodizee – Gott vor Gericht?, München 1990, 103-118; Plädoyer für mehr Theodizee-Empfindlichkeit in der Theologie, in: W. Oelmüller (ed.), Worüber man nicht schweigen kann (footnote 5), 125-137; Die Rede von Gott angesichts der Leidensgeschichte der Welt, in: StZ 117 (1992) 311-320; Karl Rahners Ringen um die theologische Ehre des Menschen, in: StZ (1994) 383-393 (quotation there: 391); Religion und Politik auf dem Boden der Moderne, Frankfurt 1996; Gottesgedächtnis im Zeitalter kultureller Amnesie, in: Th. Faulhaber/B. Stubenrauch (eds.), Wenn Gott verloren geht. Die Zukunft des Glaubens in der säkularisierten Gesellschaft (QD 174), Freiburg 1998, 108-115.

Strangely enough the momentum of the lack of any form of promise to the victims of the history is faded out by G. Schiwy’s plea for the »discharge of the almighty» (Footnote 5).

See the idea of an »intrigue« of God – here in our context applied on the idea of the divine omnipotencce – by E. Levinas: Gott und die Philosophie, in: B. Casper (ed.), Gott nennen. Phänomenologische Zugänge, Freiburg/München 1981, 81-123, 104ff.

This in nearness to thoughts of H. Küng, ibidem (footnote 5), 731ff and O. John, ibidem (footnote 22).


Juifs utiles: J’ai été allemand à un tel point que je ne m’en rends vraiment compte qu’aujourd’hui (Fritz Haber: From provincial Jewish boy to Zyklon B, the tragedy of the German Jew)

12 mai, 2013
http://www.danielcharles.us/haberweb/habercover.jpgDans sa dernière signification, l’émancipation juive consiste à émanciper l’humanité du judaïsme. Marx
Déposséder un peuple de l’homme qu’il célèbre comme le plus grand de ses fils est une tâche sans agrément et qu’on n’accomplit pas d’un cœur léger, surtout quand on appartient soi-même à ce peuple.  Freud
J’ai été allemand à un tel point que je ne m’en rends vraiment compte qu’aujourd’hui. Fritz Haber
Sans notre militarisme la civilisation allemande serait anéantie. (…) [Ceux] qui ne craignent pas d’exciter des mongols et des nègres contre la race blanche, offrant ainsi au monde civilisé le spectacle le plus honteux qu’on puisse imaginer, sont certainement les derniers qui aient le droit de prétendre au rôle de défenseurs de la civilisation européenne. Appel au monde civilisé (manifeste signé par 93 personnalités du monde culturel dont Fritz Haber, Wilhelm Roentgen (physique, 1901), Emil Fischer (chimie, 1902), Philipp Lenard (physique, 1905), Paul Ehrlich (médecine, 1908), Wilhelm Ostwald (chimie, 1909), Wilhelm Wien (physique, 1911), Richard Willstätter (futur Nobel de chimie 1915), Max Planck (futur Nobel de physique, 1918) et Walther Nernst (futur Nobel de chimie, 1920)
 Si la science ne peut se passer des Juifs, nous nous passerons de la science l’espace de quelques années.  Hitler
Haber’s life was the tragedy of the German Jew – the tragedy of unrequited love. Einstein
Le XXe siècle aurait pu être celui de l’Allemagne. Raymond Aron
Hitler est mon meilleur ami, il secoue l’arbre, je recueille les pommes ? directeur de l’Institute of Fine Arts (New York)
On mesure la performance de ce pays avec ce chiffre : de 1901 à 1932, de la création du Prix Nobel à l’arrivée au pouvoir de Hitler, l’Allemagne avait eu 35 lauréats, la majorité écrasante en physique, chimie et médecine. Arkan Simaan

Juif converti au luthérisme, prix Nobel de chimie, bienfaiteur de l’humanité (via la synthèse de l’ammoniac et la production d’engrais) mais aussi producteur de gaz de combat pour la première guerre mondiale comme du tristement célèbre  Zyklon B. des camps d’extermination nazis de la Deuxième guerre mondiale …

Suite à notre récent billet sur Hannah Arendt

Retour, avec l’exemple de Fritz Haber, sur cette sous-catégorie des juifs utiles ou Schutzejude, à savoir ces scientifiques juifs convertis qui pousseront la volonté d’intégration jusqu’à confondre christianisme et germanisme et contribueront ainsi indirectement à la destruction de leur propre peuple …

Le paradoxe de la science : Fritz Haber

Arkan Simaan

29 mai 2009

NOTE: Article paru dans les Cahiers rationalistes, n° 579, novembre-décembre 2005. Des versions légèrement modifiées et/ou réduites ont été publiées par le Bulletion de l’Union des physiciens et par Science et pseudo-sciences. Une traduction en portugais a été faite pour la Sociedade Portuguesa de Química.

Le lecteur peut trouver des compléments à cet article dans une autre section de mon blog: Échange de courrier sur Fritz Haber

Résumé

Fritz Haber, prix Nobel de chimie 1918, doit sa gloire à la synthèse de l’ammoniac à partir de l’azote atmosphérique, donc à la solution du problème des engrais. Mais il est aussi l’initiateur de la guerre chimique et l’inventeur du funeste Zyklon B.

Fritz Jacob Haber naît en 1868 à Breslau (aujourd’hui Wroclaw), ville appartenant alors à la Prusse. Trois ans après, l’Allemagne s’unifie après une victoire militaire éclatante contre la France. Le père de Fritz, Siegfried, juif non pratiquant, importateur d’indigo naturel, possède un commerce de colorants, activité que l’unification rendra florissante, et dont l’Allemagne aura bientôt le monopole. Une imposante industrie chimique se développe en effet dans la nation, fondée sur les immenses réserves de charbon, et exploitant la distillation de la houille.

Le père de Fritz Haber élève son fils avec une sévérité spartiate. Soulignons qu’en Prusse les éducations rigoureuses sont réputées vertueuses, on valorise la sévérité, la discipline, l’armée et le nationalisme : le patriotisme sert en effet de ciment pour la cohésion du pays. Malgré l’unification, subsistent encore les différends régionaux et religieux qui ont souvent couvert de sang les pages de son histoire. Dieu, Patrie et Science deviendra bientôt le nouveau credo de Guillaume II. Voici comment ce kaiser félicitera Wilhelm Röntgen de sa découverte des Rayons X (1896) : “Je loue Dieu de ce nouveau triomphe de la science pour notre patrie allemande.”

Fritz Haber commence ses études dans un prestigieux Gymnasium de Breslau et, comme c’était alors l’usage, il suit une formation universitaire en plusieurs centres, dont les Universités de Berlin et de Heidelberg : il obtiendra en 1891 un doctorat en chimie organique. Les universités allemandes sont alors étroitement associées aux industries chimiques de pointe, particulièrement celles de médicaments et de colorants. Tout substance nouvelle créée dans les usines est immédiatement analysée dans les laboratoires universitaires. Et vice-versa : ces derniers livrent des brevets aux industriels pour d’autres composés de synthèse. Le personnel scientifique aussi emprunte cette route à double sens, passant des industries aux universités. Le nombre de savants est donc immense : l’Allemagne compte onze fois plus de chimistes que la France, par exemple.

Après ses études, Fritz Haber rejoint l’entreprise paternelle. Il s’engage cependant dans une transaction commerciale imprudente, enfonçant son père dans les difficultés. C’est donc sans peine que Siegfried voit son fils s’en aller vers la carrière académique. Mais si un universitaire ne brevette pas une invention intéressante, sa rémunération est incertaine : seuls les professeurs titulaires jouissent d’une paie correcte et régulière. Les autres, aussi bien les professeurs assistants que les associés, dépendent des élèves qu’ils recrutent.

La conversion

En 1892, Fritz Haber abjure le judaïsme et devient luthérien. Même si les conversions restent minoritaires dans la communauté, de nombreux juifs adoptent le christianisme dans l’espoir d’une promotion : le baptême leur permet en effet de postuler aux emplois réservés aux chrétiens dans l’armée et la fonction publique. Mais le succès de l’opération n’est pas garanti : on n’oublie jamais l’origine des individus. Ainsi, en 1900, Haber convoite une chaire de professeur titulaire à l’Institut Technique de Karlsruhe, où il enseigne en qualité d’associé. Mais on l’écarte en raison de ses ascendances juives. Deux ans après, il postule à l’Université de Vienne. Mais les préjugés ne s’arrêtent pas aux frontières : malgré un premier avis favorable, sa candidature sera rejetée parce qu’il est “juif baptisé”.

Il faut aussi voir dans la conversion de Haber une volonté d’intégration, sentiment répandu parmi certains juifs. Influencés par la culture allemande, ils ne respectent plus les règles alimentaires de la communauté et se sentent plus proches des usages chrétiens que des pratiques juives orthodoxes. Imprégné de littérature, de musique et de philosophie allemandes, Fritz Haber en est le parfait exemple. Confondant christianisme et germanisme, il devient patriote jusqu’à la caricature : le patriotisme devient même sa nouvelle religion. Il ne critique jamais publiquement le gouvernement, quelle que soit la politique suivie. Peu avant sa mort, en quittant l’Allemagne nazie, il exprimera ce regret : “J’ai été allemand à un tel point que je ne m’en rends vraiment compte qu’aujourd’hui.”

Le mariage

En 1901, Fritz Haber épouse Clara Immerwahr, juive convertie et titulaire d’un doctorat de chimie, le premier – paraît-il – décerné à une femme à l’Université de Breslau. Dix mois après le mariage, elle accouche d’un fils à la suite d’une grossesse problématique. La carrière de cette femme déterminée qui sut combattre les préjugés pour obtenir son diplôme sera anéantie : sous l’ombre du mari, elle n’arrivera jamais à se frayer une place au soleil. “Ce qui reste de moi, a-t-elle confié à un ami en 1909, me remplit de la plus profonde insatisfaction. (…) La faute en revient à la suffocante personne de Fritz (…) tout être qui n’est pas encore plus égoïste et grossier que lui part en éclats.” Clara assure parfois la traduction en anglais des écrits de son mari.

Á cette époque, Fritz Haber développe des œuvres d’intérêt chimique : en 1898, il édite un manuel plaidant pour une association industrie-université et élucide la réduction électrochimique du nitrobenzène. En 1904, il explique l’équilibre quinone-hydroquinone et invente avec Max Cremer l’électrode en verre pour mesurer l’acidité d’une solution. Il publie l’année suivante un ouvrage important pour la recherche et l’enseignement de la thermodynamique.

Le spectre de la famine mondiale

Comment nourrir la population mondiale qui enfle ? Voici l’un des problèmes des gouvernements européens à la fin du XIXe siècle.

Il s’agit en fait de la vieille question malthusienne. Un siècle plus tôt, l’Anglais Thomas Robert Malthus avait en effet pronostiqué un sombre avenir pour l’humanité si la population devait croître plus vite que la nourriture. Elle n’aura d’autre alternative, disait-il, que la famine ou la guerre pour rétablir l’équilibre. En 1898, cette préoccupation apparaît dans un discours de William Crookes, président de la British Association for the Advancement of Science : il annonce la catastrophe alimentaire pour les prochaines décennies. L’augmentation de la population, dit-il, dépasse largement la capacité de moisson des États-Unis et de la Russie, principaux producteurs de blé, qui devront cesser leurs exportations pour subvenir à leurs besoins. L’Angleterre, importatrice de céréale, est particulièrement vulnérable, continue-t-il, car “la première arme dans une guerre ce sont les aliments”. Plaidant pour une intensification de la culture de blé, Crookes demande : où trouver les engrais azotés ? Inutile de compter sur le nitrate sud-américain, le guano [1] et le salpêtre du Chili [2], car leurs gisements s’épuisent à vue d’œil. En effet, ces produits ne servent pas seulement à fabriquer des engrais mais aussi des explosifs. La seule solution, dit le savant, consiste à produire le nitrate à partir de l’ammoniac, prélevant l’azote dans l’atmosphère, réserve inépuisable.

Bien entendu, les hommes d’affaires londoniens n’avaient nullement attendu cette intervention alarmiste pour comprendre l’importance du nitrate sud-américain. Plus particulièrement ceux qui avaient fait du commerce lucratif avec John Thomas North, le “roi du salpêtre”. Ce dernier avait eu en effet la mainmise sur le salpêtre du Chili presque jusqu’à sa mort, survenue deux ans avant le discours de Crookes. North avait été le grand bénéficiaire de la Guerre du Pacifique (1879-1883), conflit au cours duquel le Chili avait dépecé la Bolivie et le Pérou, confisqué leurs gisements de nitrate (qui s’appellera désormais “salpêtre du Chili”) et confié ensuite leur exploitation à North, qui devint ainsi l’un des plus riches Anglais. En effet, le guano et le salpêtre du Chili ne servaient pas seulement aux engrais, mais aussi – et surtout – à la fabrication d’explosifs.

Si le discours de Sir William Crookes n’apporte aucune information nouvelle pour les milieux d’affaires, elle illustre en revanche l’acuité de la crise du nitrate : le salpêtre du Chili s’épuise à vue d’œil, son prix va même grimper de 25% entre 1902 et 1904. En revanche, la conférence de Crookes rend écho dans les milieux savants qui commencent aussitôt à réfléchir sur une manière de fixer l’azote atmosphérique sous forme d’ammoniac.

Synthèse de l’ammoniac

Sur le terrain des études scientifiques, les Allemands sont particulièrement avantagés, leur pays ayant déjà résolu le lancinant problème des recherches, le financement. Encouragés par le gouvernement, banquiers et industriels agissent de concert : les industriels achètent des brevets, engagent des savants talentueux et les banquiers fournissent les fonds. Il se forme ainsi un complexe académico-industriel-bancaire d’une redoutable efficacité.

Un des premiers chimistes à trouver une synthèse de l’ammoniac est Friedrich Wilhelm Ostwald, futur Nobel de chimie (1909). Il propose vers 1900 une réaction catalysée par le fer à la BASF (Badische Anilin und Soda Fabrik). Chargés d’analyser la faisabilité industrielle du procédé, Carl Bosch et Alwin Mittash, deux chimistes de l’entreprise, émettent un avis négatif car ils n’arrivent pas à reproduire les résultats annoncés. Sur ces entrefaites, le Français Henri Le Chatelier essaie lui aussi de réaliser cette réaction. Mais il abandonne les recherches en 1901, à la suite d’une explosion dans son laboratoire. Plus tard, il déplorera ainsi cette décision : “Ce fut le plus grand aveuglement de ma vie.”

En 1904, Haber et l’Anglais Robert Le Rossignol tombent sur une synthèse encourageante vers 200°C et 200 atmosphères. Malgré de telles conditions, inédites jusque-là en laboratoire, la réaction reste lente. Pour l’accélérer, ils essayent divers catalyseurs et trouvent, par hasard, l’osmium, métal très rare. En 1908 Haber présente à la BASF un montage donnant 100 centimètres cubes d’ammoniac liquide à l’heure. Une rude négociation s’engage entre lui et la société qui, par précaution, achète la totalité de l’osmium disponible sur le marché : celui qui détient l’osmium, détient la clef du procédé. Simultanément, Carl Bosch et Alwin Mittasch, sans limitation de crédit, testent d’autres catalyseurs possibles.

Voyant le temps passer, Haber informe ses interlocuteurs que la Hoechst s’intéresse désormais à sa méthode. L’aiguillon est efficace : la BASF lui offre illico une participation aux bénéfices et une rente annuelle de 6.000 marks, le double de son salaire. Cependant, quelques mois après, Haber rencontre le banquier et président d’Auer, Léopold Koppel, juif converti qui deviendra son ami. Haber communique donc à la BASF qu’il va accepter la direction des recherches d’Auer pour un salaire à “six chiffres”. Bluff ou pas, cette annonce inquiète la BASF. Même si elle possède déjà le brevet, elle regarde d’un œil noir cette collaboration, d’autant plus que Carl Bosch rencontre de sérieuses difficultés pour viabiliser industriellement le procédé de Haber. La BASF porte donc le salaire du savant à 23.000 marks. En outre, elle autorise Haber à travailler pour Auer à la seule condition qu’il s’engage à proposer préalablement à la BASF toute nouvelle recherche qu’il pourrait envisager de faire.

Les années avant la Guerre

Léopold Koppel est un mécène. En 1905, il avait mis sur pied la Fondation Koppel, à l’image de l’Institution d’Andrew Carnegie, philanthrope américain qui avait grandement favorisé la science de son pays. Lorsque l’empereur allemand envisage en 1910 de fonder l’Institut Kaiser Wilhelm, organisme semi-public pour drainer des fonds privés vers la recherche, il s’adresse naturellement à Koppel. Enthousiasmé, ce dernier conseille au kaiser de confier l’Institut Kaiser Wilhelm de Physico-chimie et d’Électrochimie à Fritz Haber. En 1911, Haber vient donc s’établir à Berlin, où il fréquentera les plus importants personnages d’Allemagne, à commencer par l’empereur, et exercera une influence décisive sur la vie scientifique. Douce vengeance pour celui qui avait enduré maintes humiliations avant de devenir professeur titulaire à Institut Technique de Karlsruhe (1906).

Haber sera bientôt consulté au sujet de l’envoi de Max Planck et Walther Nernst à Zurich pour inviter Albert Einstein à venir en Allemagne. Le père de la relativité, qui deviendra un grand ami de Haber, s’installera à Berlin en 1913, l’année même où la première usine de production d’ammoniac voit le jour. Il a fallu en effet quatre années de dur labeur à Carl Bosch pour vaincre les difficultés. Le chemin qui mène un procédé de laboratoire vers la production industrielle est semé d’embûches. Secondé par des centaines de collaborateurs, il avait testé environ 20.000 composés avant de trouver le catalyseur idéal de la réaction. [3] Bosch dut ensuite construire des compresseurs gigantesques capables de fonctionner jour et nuit. Cette prouesse industrielle sera récompensée par un prix Nobel en 1931, qu’il partagera avec Friedrich Bergius. Carl Bosch a si profondément transformé la méthode initiale de Haber que l’on parle de “procédé Haber-Bosch”. Manquant de modestie, il aurait provoqué la fureur de Haber en parlant ainsi de son usine : “Il n’y a plus rien de Haber ici”.

La première usine ouvre ses portes quelques mois seulement avant la Première Guerre mondiale avec une production journalière de trois à cinq tonnes de nitrate, matière première indispensable pour les explosifs. En 1918, elle dépassera 300.000 tonnes annuelles, quantité supérieure aux importations d’avant-guerre. Sans cela, les Allemands auraient été défaits avant 1916 en raison du blocus anglais.

Haber pendant la guerre

Le 28 juin 1914, l’archiduc François-Ferdinand d’Autriche tombe à Sarajevo sous les balles d’un partisan de la cause serbe. Un mois après, éclate la guerre : l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie d’un côté, la France, la Grande Bretagne et la Russie de l’autre commencent les combats. Dans une ambiance d’enthousiasme, la population de Berlin applaudit son armée lorsqu’elle viole les frontières de la Belgique neutre en août. Devant la cause de la Patrie, les dissensions s’estompent y compris lorsque les troupes massacrent une partie de la population de Louvain, soulevant l’indignation en France et en Angleterre. En revanche, en Allemagne, le gotha intellectuel lance un lamentable “Appel au monde civilisé”. Ce manifeste signé (parfois sans lecture préalable) par 93 personnalités du monde culturel affirme : “Sans notre militarisme la civilisation allemande serait anéantie”. Qualifiant de “juste” la punition que les soldats allemands “se sont vus forcés d’infliger aux bandits” de Louvain, les signataires écrivent ces mots : “[Ceux] qui ne craignent pas d’exciter des mongols et des nègres contre la race blanche [4], offrant ainsi au monde civilisé le spectacle le plus honteux qu’on puisse imaginer, sont certainement les derniers qui aient le droit de prétendre au rôle de défenseurs de la civilisation européenne.” En bas du manifeste figurent plusieurs prix Nobel ou futurs lauréats : en plus de Fritz Haber, Wilhelm Roentgen (physique, 1901), Emil Fischer (chimie, 1902), Philipp Lenard (physique, 1905), Paul Ehrlich (médecine, 1908), Wilhelm Ostwald (chimie, 1909), Wilhelm Wien (physique, 1911), Richard Willstätter (futur Nobel de chimie 1915), Max Planck (futur Nobel de physique, 1918) et Walther Nernst (futur Nobel de chimie, 1920).

Signalons que quelques savants, dont Einstein qui n’a pas encore de notoriété, signent un contre-manifeste et que le nationalisme est virulent aussi dans les autres pays, par exemple en France, où l’on vient juste d’abattre Jean Jaurès.

L’arme chimique

Dès les premières batailles, les généraux allemands savent que la victoire sur le front occidental sera difficile. Ce qui aurait dû être une promenade pour les troupes du Kaiser, devient en fait une guerre de tranchées, où les soldats s’embourbent. Le chef d’état major, Erich von Falkenhayn, charge donc Walther Nernst d’une recherche sur les gaz irritants et lacrymogènes pour obliger les soldats alliés à quitter leurs positions. Nernst échoue, et Fritz Haber s’offre pour prendre sa suite.

Il s’agit cependant d’une question délicate : deux traités signés à la Haye (en 1899 et en 1907) proscrivaient formellement l’usage des gaz de combat. Le premier texte stipulait que “les puissances signataires s’accordent pour s’abstenir d’utiliser tout projectile dont le seul but est la diffusion de gaz asphyxiant ou délétère”, et le deuxième interdisait l’usage des poisons et des armes toxiques dans la guerre. Les gaz irritants et lacrymogènes faiblement concentrés (donc non mortels) seraient-ils également prohibés? Quoi qu’il en soit, les Français les utilisent les premiers avec un résultat plus que médiocre. L’armée allemande exploitera bientôt ce geste pour justifier ses recherches, qui avaient en réalité été envisagées bien avant l’action française.

Toutefois, les recherches de Haber se révèlent difficiles. En décembre, une explosion dans son laboratoire tue le chimiste Otto Sackur et, le mois suivant, des obus chargés de lacrymogènes se révèlent inefficaces. Falkenhayn prend donc la responsabilité de franchir un cap, d’utiliser des poisons. Pour faciliter le travail de Haber, le kaiser intervient personnellement pour l’élever au grade de capitaine, contre les vœux de la hiérarchie militaire. Bien que ce soit un titre sans commandement, Haber jubile : cette récompense sans précédent pour un savant né juif le remplit de fierté.

Le chlore devient la pièce maîtresse de l’opération car il peut être produit en abondance par l’industrie des colorants. Gaz lourd, il ne s’envole que lentement lorsqu’il est répandu sur le sol, donnant ainsi le temps au vent de l’emporter vers la cible choisie. Falkenhayn comprend vite l’intérêt de cette procédure qui contourne l’interdiction de l’usage de “projectiles”. Y a-t-il quelqu’un d’assez stupide pour ne pas voir qu’un produit versé par terre n’est pas transporté par projectile ?

Haber organise aussitôt une équipe avec Walther Nernst et quelques futurs Nobel, parmi eux James Franck (physique, 1925), Gustave Hertz (physique, 1925) et Otto Hahn (chimie, 1944). Signalons aussi Carl Duisberg, directeur de la puissante Bayer, qui met au service de la cause l’appareil productif de l’entreprise. En revanche, Haber essuie le refus de Max Born et d’Emil Fisher. “Du fond de mon cœur patriotique, je vous souhaite l’échec”, dit ce dernier à Haber en faisant ce pronostic : “Après les Allemands, les autres feront de même.” [5]

Langemarck (près de la ville belge d’Ypres) est choisie pour le premier essai en avril 1915. Sous la surveillance personnelle de Haber, les Allemands enterrent, la nuit, des centaines de fûts, environ 170 tonnes de chlore, sur une ligne de 6 kilomètres : il indique précisément les emplacements pour les enfouir. Pendant plusieurs jours, Haber attend que le vent souffle dans le bon sens. Et à la bonne vitesse. Si elle est trop forte, le poison se disperse sans avoir le temps d’agir ; si elle est trop faible, les assaillants s’exposent au retour possible d’effluves dangereux. L’attaque ne survient donc que le 22 avril, alors que Falkenhayn, impatient, avait déjà retiré une partie de ses troupes, affaiblissant ainsi le potentiel offensif allemand.

Aussitôt ouverts, les fûts dégagent un nuage verdâtre qui dérive sur les troupes françaises, où se trouvent beaucoup d’Algériens. L’effet est terrible : le poison corrode la bouche, les yeux et les bronches. Asphyxiés, les hommes, deux mains à la gorge, sortent des tranchées crachant du sang. D’autres, aveuglés, sautent à petit pas, tombent et agonisent dans la souffrance. Les soldats qui vont au secours des malades sont fauchés par les mitrailleuses. Pas étonnant donc que les fantassins abandonnent leurs positions, ouvrant ainsi une brèche sur le front. Les Allemands avancent alors sur les tranchées désertées : le sort de la guerre peut basculer. Les troupes que Falkenhayn avait retirées font maintenant défaut. De plus, comme des arroseurs arrosés, les Allemands tombent dans leur propre piège : il reste du chlore dans les dépressions du terrain. Ceci les conduit à reporter leur attaque, permettant aux Alliés de s’organiser. Dès le lendemain, ces derniers vont opposer une résistance farouche, et, le 24 avril, les Allemands ouvrent d’autres fûts de chlore, cette fois-ci sur l’armée anglaise, fortement composée de Canadiens. Mais l’effet de surprise est passé. Lorsque la bataille se termine le 27 avril, les Alliés ont déjà repris une partie du terrain perdu. Leurs pertes sont cependant lourdes : 15.000 blessés, 5.000 morts (notons que certains historiens divisent ces chiffres parfois par dix.)

Ce crime de guerre qui va souiller à jamais le nom de Fritz Haber, aura une terrible répercussion chez lui. A la suite d’une violente altercation (où se mêlent également, semble-t-il, des questions de jalousie), sa femme, indignée, se suicide dans la nuit du premier mai avec le pistolet de son mari. Réveillé par la détonation, terrorisé par la scène, son fils de quatorze ans trouve sa mère moribonde dans une flaque de sang. Dès que le jour se lève, Fritz Haber part sur le front de l’est.

En 1917, Haber se marie avec Charlotte Nathan, qui lui donnera deux enfants, dont Ludwig, historien des sciences spécialisé dans l’arme chimique. À l’époque de son mariage, le savant se trouvait à la tête d’une Fondation destinée aux armes nouvelles, c’est-à-dire aux poisons de combat, fonction qu’il remplira consciencieusement jusqu’à la fin de la guerre : il dirigera environ 200 chercheurs. “L’État Major a rencontré en mon père – dira son fils Ludwig – un organisateur énergique, déterminé, et peut-être même sans scrupule.” Haber met au point des engins pour utiliser des gaz encore plus mortifères que le chlore, comme le phosgène et l’ypérite [7]. Il n’oubliera pas non plus de plaider pour l’accroissement de la production d’ammoniac, produit fondamental pour la guerre mais aussi pour ses finances.

Avec le recul, on sait que la guerre chimique n’a pas donné la victoire à l’Allemagne. Fischer avait raison : en peu de temps, les belligérants s’arrosaient mutuellement de gaz vénéneux.

Haber après la guerre

Novembre 1918 : le régime impérial s’écroule et la République est proclamée. Recherché comme criminel de guerre, Haber s’enfuit en Suisse, dont il obtient la nationalité, privilège réservé aux gens fortunés. En novembre 1919, on lui octroie le Nobel attaché à l’année 1918, ce qui provoque un tollé dans le monde. Obligée de s’expliquer, la Commission d’attribution du Nobel assure qu’elle récompense uniquement l’inventeur de la synthèse de l’ammoniac, grâce à laquelle on combat la faim dans le monde. En effet, le procédé Haber-Bosch permet de nourrir aujourd’hui au moins deux milliards d’individus.

Ce débat affecte profondément Haber qui souffre déjà de la défaite de son pays. Dans son esprit, les gaz avaient un but humanitaire car ils visaient à raccourcir la durée de la guerre. De plus, il reprend l’argument par lequel l’ambassadeur américain avait refusé de signer la Convention de la Haye (1899) : une arme chimique qui étouffe quatre cent hommes n’est pas plus inhumaine qu’une torpille qui coule un bateau, chargeant l’eau d’étouffer quatre cent passagers. Avec cet argument cynique, Haber refuse de voir que les gazés ne meurent pas tous, que les survivants traîneront à jamais des souffrances psychologiques et physiques.

Les poursuites contre Haber sont rapidement abandonnées car les puissances coloniales ne souhaitent pas jeter un discrédit excessif sur cette arme. En effet, dès 1919, les Anglais bombardent l’Afghanistan d’ypérite et les Espagnols vont arroser en 1923 le Rif marocain de gaz moutarde, avec la bénédiction des Anglais qui veulent contrer l’influence française en Afrique du Nord. Plus important encore, les connaissances et l’expérience de Haber sont maintenant convoitées partout. Par exemple, au début des années 1920, l’URSS et l’Espagne l’invitent à monter des usines d’armes chimiques dans leurs pays. Ne voulant pas y aller, Haber confie ces missions à Hugo Stoltzenberg, père de Dietrich Stoltzenberg (un biographe de Haber) qui fait cette révélation à partir de documents privés.

Aussitôt qu’il peut, Haber rentre en Allemagne, reprend ses fonctions et transforme son institut en un centre international de recherches important. Il se donne pour but de sauver son pays de l’effondrement économique. Rêve mégalomaniaque ? Non, dit-il. N’a-t-il pas déjà sauvé l’Allemagne auparavant avec la synthèse de l’ammoniac ? Sa nouvelle idée consiste à payer les lourdes réparations de guerre en retirant l’or de la mer. En 1923 notamment il entreprend une campagne d’extraction, mais le projet se révèle économiquement désastreux. [8]

Au niveau de ses recherches, Haber continue à développer après-guerre des poisons chimiques avec l’excuse de combattre les nuisibles des silos, les rongeurs et les insectes. Toutefois, derrière cette façade, son équipe fabrique en secret des armes chimiques. Pour éviter que l’Allemagne ne soit devancée par les autres nations, il met au point le Zyklon B. Peut-il alors se douter que ce composé funeste sera utilisé dans les camps d’extermination de la Seconde Guerre mondiale? Peut-il même imaginer que plusieurs de ses familiers et amis en seront victimes?

Le nazisme

Dans la décennie 1920 la vie de Haber est perturbée par une perte d’argent et par le divorce avec sa deuxième femme. Il ne voit donc pas vraiment la montée du nazisme dans les milieux culturels. S’il la voit, il la minimise.

Pourtant les agressions commencent dès l’automne 1920. Deux Prix Nobel de physique, Philipp Lenard et Johannes Stark s’en prennent à la relativité d’Einstein sous prétexte qu’elle blesse le bon sens. D’ailleurs, ils vont rapidement la dénoncer comme “fraude juive”, accusation qui sera reprise par les hitlériens.

En 1924, l’offensive raciste se rapproche de Haber : son meilleur ami, Richard Willstätter (Nobel de chimie 1915), démissionne avec fracas de son poste. Indigné par les raisons du refus d’un professeur juif par le corps enseignant de l’université de Munich, il quitte pour toujours son laboratoire. Le séjour de Willstätter avait en effet toujours été pénible dans cette université. Le roi Ludwig de Bavière n’avait-il pas admonesté ainsi son ministre en 1915 en signant sa nomination au poste de professeur : “C’est la dernière fois que j’autoriserai le recrutement d’un juif”?

Contrairement à Einstein, Haber ne participe pas au combat contre le national-socialisme montant. Lorsque Hitler arrive au pouvoir en janvier 1933, Einstein est à Pasadena et Haber au Cap Ferrat. Alors qu’Einstein attaque aussitôt le nouveau régime, Haber rejoint tranquillement son poste, prenant le chemin inverse de nombreux intellectuels : plus de 100 savants de haut rang, parmi eux de nombreux prix Nobel, quittent le pays en 1933. Sans précédent dans l’histoire, cette hémorragie intellectuelle ne pouvait qu’affaiblir l’Allemagne. En 1979, Raymond Aron a fait cette remarque à Fritz Stern : “Le XXe siècle aurait pu être celui de l’Allemagne.”. On mesure la performance de ce pays avec ce chiffre : de 1901 à 1932, de la création du Prix Nobel à l’arrivée au pouvoir de Hitler, l’Allemagne avait eu 35 lauréats, la majorité écrasante en physique, chimie et médecine.

Au-delà des hommes de science, la fuite des cerveaux atteint aussi les milieux littéraires et artistiques, comme le dramaturge Bertolt Brecht qui cherche d’abord refuge au Danemark et, ensuite, en Finlande, les cinéastes Fritz Lang, Max Ophuls en France, etc. Ces lieux d’exil sont toutefois atypiques, les transfuges choisissant pour la plupart de traverser l’Atlantique dès le début de la fuite. Le directeur de l’Institute of Fine Arts (New York), n’a-t-il pas déclaré : “Hitler est mon meilleur ami, il secoue l’arbre, je recueille les pommes” ?

La fin

Peu après l’incendie du Reichstag (25 février 1933), Hitler déclenche une féroce répression sur les communistes, puis sur les démocrates, les socialistes, les syndicalistes, les homosexuels et les groupes ethniques ou religieux comme les tziganes et les juifs. Un décret visant à arianiser l’administration exige la démission des juifs. Il prévoit cependant une exception pour les vétérans de guerre, catégorie où se trouvent Fritz Haber et James Franck : ils peuvent rester à leur poste, mais doivent démettre leurs subordonnés juifs, baptisés ou pas.

Estimant qu’il ne pourrait jamais se regarder dans une glace s’il acceptait une telle ignominie, James Franck démissionne immédiatement. En avril, il écrit à Haber “qu’il n’acceptera jamais cette miette de charité que le gouvernement offre aux vétérans de guerre de race juive”. Faisant allusion aux atermoiements de Haber, il ajoute : “Je respecte et je comprends la position de ceux qui veulent rester à leurs postes aujourd’hui, mais il faut aussi qu’il y ait des personnes comme moi.” Ébranlé, Haber présente aussi sa démission à compter…du premier octobre. Il se dirige vers Cambridge mais, ne supportant pas le climat anglais, il part vers Bâle, où il décède en janvier 1934.

Quel sentiment doit-on avoir à l’égard de Fritz Haber ? Admiration pour le savant ou mépris pour l’homme sans scrupules ? A partir de son exemple, il faudrait éviter de condamner une science, la chimie, ou d’accabler les prix Nobel de la discipline, parmi lesquels on trouve la remarquable Marie Curie. Or, Fritz Haber est un cas à part. Non seulement il a échoué dans sa volonté de lier intégration et patriotisme, mais il illustre parfaitement le paradoxe de la science : toute recherche peut être à la fois source de progrès ou de malheur. Le même homme qui a inventé la synthèse de l’ammoniac a utilisé ses connaissances pour produire des gaz de combat. Qu’y a-t-il de mieux pour finir ce texte sinon ces mots de Rabelais : «science sans conscience n’est que ruine de l’âme.»

Notes

[1] “Guano”, mot d’origine quechua, signifie “fiente d’oiseau”. Accumulé en grande quantité sur les côtes du Pérou et du nord du Chili, ce produit est constitué essentiellement de sels ammoniacaux, d’acide urique, d’oxalate de calcium, etc. Les Incas l’auraient, paraît-il, déjà utilisé en agriculture.

[2]Le salpêtre du Chili est le nitrate de sodium.

[3]Le catalyseur était le fer en poudre mélangé à des petites quantités d’oxydes d’aluminium, de calcium et de potassium.

[4] Il s’agit d’une allusion aux soldats recrutés par la France et l’Angleterre dans leurs colonies.

[5] En réalité, Fischer finira par collaborer à une fondation dirigée par Haber. A la fin de la guerre, il se suicidera, chagriné par la perte de ses fils au front, mais aussi, probablement, par sa participation à l’effort de guerre chimique.

[6] Hermann, le fils de Clara et de Fritz Haber restera traumatisé. En 1947, il se suicidera aussi aux Etats-Unis, acte imité plus tard par sa propre fille.

[7] L’ypérite ou “gaz moutarde” a pour formule ClCH2CH2SCH2CH2Cl. D’abord utilisé en 1917 à Ypres (d’où son nom), ce gaz extrêmement toxique aurait été synthétisé pour la première fois en 1860 (certains parlent de 1822). Pour se protéger, les soldats doivent non seulement porter des masques mais aussi des vêtements imperméables, ce qui gêne leurs mouvements. Utilisé par les deux belligérants, il est l’un des plus importants gaz de combat de la Première Guerre mondiale. Un certain Adolf Hitler a laissé le récit d’une attaque à l’ypérite en 1918 (alors qu’il était caporal) qui lui a probablement fait perdre la vue pendant plusieurs jours.

[8] Ces recherches s’échelonnent de 1921 à 1927. Haber tablait sur environ 6 mg d’or par tonne d’eau de mer. Il n’en a trouvé que 0,004 mg, c’est-à-dire moins d’un millième de ce qu’il espérait.

Bibliographie très sommaire:

GORAN Morris, The Story of Fritz Haber, University of Oklahoma Press, 1967.

LEPICK Olivier, La grande guerre chimique : 1914-1918, Presses Universitaires de France, Paris, 1998.

Nobel Lectures, Chemistry 1901-1921, Elsevier Publishing Company, Amsterdam, 1966 (disponible sur Internet: http://nobelprize.org/chemistry/laureates/1918/haber-bio.html.

PERUTZ Max “ Le Cabinet du Dr. Fritz Haber ”, La Recherche n° 297, décembre 1997.

STERN Fritz, Einstein’s German World, Allen Lane, The Penguin Press, London, 2000.

STOLTZENBERG Dietrich, Fritz Haber: Chemist, Nobel Laureate, German, Jew : A Biography, Heritage Press, 2004.

Voir aussi:

Fritz Haber: Jewish chemist whose work led to Zyklon B

Chris Bowlby

BBC Radio 4

11 April 2011

It has been claimed that as many as two out of five humans on the planet today owe their existence to the discoveries made by one brilliant German chemist.

Yet this is the same chemist denounced by young German students today as a "murderer".

No-one personifies better than Fritz Haber the debate over science’s capacity for good and evil.

And there is more to his dramatic life even than this. For Haber personifies too the tragedy of a Jew desperate to be a patriotic German, whose life was destroyed after the Nazis came to power.

And in the cruellest of all the ironies, his work was developed under the Nazis to create the gas used to murder millions in the Holocaust – including his relatives.

Fritz Haber was born in 1868 in Breslau, in what is now Poland.

As a young man he was bursting with ambition. "We only want one limit, the limit of our own ability," he wrote.

He went to study chemistry in Berlin – the ideal formula, he hoped, for transforming a provincial Jewish boy into a successful German.

Historian Fritz Stern, whose parents were close friends of Haber, says he was "ambitious but also vulnerable".

It was an exhilarating time, as Germany, newly unified under the Kaiser, powered ahead with scientific research at the forefront.

But anti-Semitism also grew as the century drew to a close, which preyed on Haber’s mind despite his decision to convert to Christianity.

‘Bread from air’

The breakthrough that made his name answered one of the great challenges of the time – feeding growing populations.

Crops needed better supplies of nitrogen to produce more food. Previously this had been supplied in a limited and laborious way by ships full of bird droppings or nitrates mined in South America.

But in 1909 Haber found a way of synthesising ammonia for fertiliser from nitrogen and hydrogen.

Working with Carl Bosch, an engineer from the chemical company BASF, the Haber-Bosch process was born, making it possible to create huge amounts of fertiliser.

It seemed miraculous, described as creating "bread from air".

The fertiliser went on to be used on a large scale, bringing about a huge increase in crop yields, and practically banishing the fear of famine in large parts of the world.

One observer describes it as "the most important technological invention of the 20th Century".

Poison gas

But the process was also highly useful for the military in making explosives.

And when World War I broke out soon afterwards, Haber – now working for the Kaiser’s research institute in Berlin – was desperate to prove his patriotism.

He began experimenting with chlorine gas which, he said, would shorten the war.

The first attack using his methods was at Ypres in 1915. Haber was promoted to captain in the German army – but on the night he celebrated promotion in his villa in Berlin, his wife committed suicide.

Clara Immerwahr, a trained chemist, had become increasingly frustrated with her life at home looking after their son, and with the military direction of her husband’s research.

Haber rushed back to the front, apparently unmoved. But in a letter soon afterwards he wrote: "I hear in my heart the words that the poor woman once said… I see her head emerging from between orders and telegrams, and I suffer."

By the end of the war he had re-married, but his reputation was as uncertain as ever. Awarded the Nobel Prize for his work on ammonia, he also feared arrest as a war criminal for his poison gas research.

In the new Germany of the Weimar Republic, Haber continued to strive patriotically, with characteristic self-confidence.

The country faced huge reparations payments. Haber claimed he could extract gold from seawater to pay off the debts – but this time there was no miraculous breakthrough.

‘Jews not allowed’

By the early 1930s he could see vicious anti-Semitism spreading around him, and his claim to be a German patriot was no protection.

"In early 1933", his daughter Eva told me, "he went to his institute. There was the porter, who said: ‘The Jew Haber is not allowed in here.’"

Haber resigned, devastated, went briefly into exile, and died of a heart attack in 1934.

Despite the significance of his discoveries he remains much less well known than his friend and colleague Albert Einstein – perhaps because his reputation is so disputed.

It was not just the poison gas. There was one other area of research in the 1920s in which Haber and his colleagues were successful: developing pesticide gases.

Of Haber’s legacies, this was the bitterest. For this research was later developed into the Zyklon process, used by the Nazis to murder millions in their death camps, including his own extended family.

His godson, historian Fritz Stern, says we must remember Haber "in all his complexity". He was a man of "scientific greatness, deeply cultivated".

But in an "excess of patriotism" he invented gas warfare, which "has come to define… the unspeakable horror of the First World War".

And as for his tortured relationship with Germany, Einstein concluded: "Haber’s life was the tragedy of the German Jew – the tragedy of unrequited love."

You can hear Chris Bowlby’s The Chemist of Life and Death on BBC Radio 4 on Tuesday 12 April at 2100 BST and again on Wednesday 13 April at 1630. You can also listen on the iPlayer.