Nankin/160e: C’est les Occidentaux et leur maudite religion, imbécile ! (I came not to send peace: Looking back at one of the worst civil wars in history)

19 mars, 2013
http://thebrightestman.wikispaces.com/file/view/China_imperialism_cartoon.jpg/52470429/343x494/China_imperialism_cartoon.jpgNe croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus
Un des grands problèmes de la Russie – et plus encore de la Chine – est que, contrairement aux camps de concentration hitlériens, les leurs n’ont jamais été libérés et qu’il n’y a eu aucun tribunal de Nuremberg pour juger les crimes commis. Thérèse Delpech
Il est malheureux que le Moyen-Orient ait rencontré pour la première fois la modernité occidentale à travers les échos de la Révolution française. Progressistes, égalitaristes et opposés à l’Eglise, Robespierre et les jacobins étaient des héros à même d’inspirer les radicaux arabes. Les modèles ultérieurs — Italie mussolinienne, Allemagne nazie, Union soviétique — furent encore plus désastreux. Ce qui rend l’entreprise terroriste des islamistes aussi dangereuse, ce n’est pas tant la haine religieuse qu’ils puisent dans des textes anciens — souvent au prix de distorsions grossières —, mais la synthèse qu’ils font entre fanatisme religieux et idéologie moderne. Ian Buruma et Avishai Margalit
On the eve of Operation Iraqi Freedom—the first bombs fell on March 19—well over 70% of the American public supported upending the Saddam regime. The temptation to depict the war as George W. Bush’s and Dick Cheney’s is convenient but utterly false. This was a war waged with congressional authorization, with the endorsement of popular acceptance, and with the sanction of more than a dozen United Nations Security Council resolutions calling for Iraq’s disarmament. Fouad Ajami
Les Israéliens ont eu leur propre guerre civile en 1948, bien qu’elle n’ait duré que dix minutes. L’artillerie du premier ministre de l’époque David Ben-Gourion a coulé le transporteur d’armes Altalena avec le futur premier ministre Menachem Begin à son bord. L’Altalena appartenait au groupe d’opposition Irgun, qui a alors placé ses forces armées sous le commandement de Ben Gourion. Spengler
Le mouvement Taiping n’est pas fondamentalement différent des mouvements millénaristes d’Afrique, d’Océanie ou d’autres régions où s’exerce au XIXe et au XXe siècle la domination de l’Occident chrétien. Jacques Chesnaux

C’est les Occidentaux et leur maudite religion des droits de l’homme, imbécile !

Après l’Angleterre (9 ans, 100 000 morts), les Etats-Unis (4 ans, 600 000 morts),  la Suisse (1 mois, 100 morts), Israël (10 minutes, zéro morts) …

Secte puritaine christiano-confucéenne anti-manchous, rebelles aux cheveux longs, communisme avant l’heure (partage des terres, mise en commun des biens de base, prohibition opium, tabac et alcool), émancipation des femmes, renonciation à la polygamie, l’esclavage ou au bandage des pieds, millénarisme ("Royaume céleste de la Grande Paix"), occupation de 600 villes et de 11 provinces sur 18, 11 ans, 20 millions de morts …

Retour, en ce 160e anniversaire de la prise de Nankin et avec le site Hérodote, sur l’une des pires guerres civiles de l’histoire …

Et au moment où, avec le 10e anniversaire du lancement de l’Opération Liberté pour l’Irak, nos belles âmes vont nous ressortir les couplets habituels sur les dizaines de milliers de victimes (pardon: centaines) de la "guerre de Bush" …

Sur la première guerre civile chinoise dite Révolte des Taiping

Qui, en près de douze ans et avant les dizaines de millions de morts des Lénine-Staline-Mao-Pol Pot du siècle suivant, fera deux fois plus de victimes que la Première Guerre mondiale …

Et sera, comme souvent, à la fois inspirée et arrêtée par les Occidentaux et leur maudite religion

19 mars 1853

Prise de Nankin par les Taiping

Le 19 mars 1853, une troupe de «rebelles aux cheveux longs» aux ordres d’un certain Hung Xiuquan s’emparent de Nankin, la prestigieuse capitale de la Chine du sud, sur le fleuve Yang Tsé Kiang.

Leur révolte va se solder par 20 millions de victimes (deux fois les pertes de la Première Guerre mondiale) sur un total d’environ 330 millions de Chinois. Tout cela pour déboucher sur une nouvelle intervention des Occidentaux !

Joseph Savès.

Hérodote

Communistes avant l’heure

Les rebelles doivent leur surnom à ce qu’ils rejettent le port de la natte imposé par les empereurs de la dynastie Tsin.

Indignés par l’abaissement de la cour impériale face aux «Barbares roux» (les Occidentaux), ils veulent installer à la tête du pays une dynastie chinoise au lieu de ces empereurs originaires de Mandchourie, une région à moitié barbare. Par la même occasion, ils veulent instaurer en Chine une société plus juste et plus égalitaire, fondée sur un partage des terres, l’émancipation des femmes…. Ils prônent la renonciation à la polygamie, à l’esclavage ou encore à la vieille coutume de bander les pieds des Chinoises.

Des illuminés à l’oeuvre

Les rebelles appartiennent à la secte Taiping (ou T’ai P’ing), ou secte de la Grande pureté. Ils sont guidés par une personnalité étrange autant que puissante, Hung Xiuquan.

Hung Xiuquan est le fils d’un paysan du Kwangsi, une province arriérée et montagneuse de l’ouest de Canton. Il a échoué aux examens pour devenir mandarin (énarque en quelque sorte). Mais il s’est consolé de son échec en entrant dans une secte protestante et en tirant de la Bible la conviction qu’il est… le frère de Jésus-Christ. Il échafaude ainsi un curieux syncrétisme du christianisme et de la doctrine traditionnelle de Confucius. Et il promet à ses disciples l’avènement d’un «Royaume céleste de la Grande Paix» destiné à durer mille ans.

Après la prise de Nankin, devenue capitale provisoire de leur royaume, les Taiping s’immiscent dans toutes les provinces de l’Empire du Milieu (ainsi se dénomme la Chine) et font vaciller le trône de l’empereur. Ils occupent jusqu’à 600 villes et onze provinces sur les dix-huit que compte l’empire chinois. Le 30 octobre 1853, ils atteignent Tientsin et menacent même Pékin, où réside l’empereur.

On pourrait s’attendre à l’émergence d’une nouvelle dynastie conformément à une vieille tradition de l’Histoire chinoise. C’est compter sans les Français et les Anglais, qui vont sauver les Mandchous, mais au prix d’une nouvelle humiliation, la «Seconde guerre de l’opium», conclue par la convention de Pékin (24 octobre 1860)…

Les Occidentaux restaurent l’ordre mandchou

Énivré par ses succès, Hung Xiuquan commet l’erreur de menacer Shanghai, le grand port marchand de la Chine centrale, où sont établis un grand nombre de négociants européens. Ceux-ci recrutent dès 1856 un corps de volontaires européens et américains pour protéger leur centre d’affaires.

Sous le commandement des Américains Ward et Burgevine, ces officiers constituent une armée de 5000 combattants chinois. Sous le nom mérité d’«Armée toujours victorieuse», la troupe s’illustre avec succès contre les rebelles et repousse leurs assauts sur Shanghai.

Après que l’empereur mandchou ait renouvelé son allégeance aux Occidentaux par un nouveau «traité inégal», le 24 octobre 1860, les Anglais apportent leur concours à la dynastie Qing. C’est ainsi que l’«Armée toujours victorieuse» est autorisée à s’allier à l’armée impériale, elle-même sous le commandement d’un énergique fonctionnaire chinois, Li Hong-tchang.

En 1862, suite à la mort de Ward, Li Hong-tchang obtient des Britanniques de le remplacer par l’un de leurs meilleurs officiers, le capitaine Charles Gordon (29 ans) qui ne tardera pas à accéder au grade de lieutenant-colonel.

Face à cette coalition improbable mais dotée de chefs énergiques et d’un armement moderne, les Taiping ne font pas le poids. Eux-mêmes ne disposent que d’un armement traditionnel et sont conduits par des chefs incompétents et qui n’hésitent pas à s’entretuer. Aussi cèdent-ils peu à peu du terrain.

Le 11 mai 1864, la prise de la citadelle de Changchow par le commandant Gordon consacre la fin de leur résistance. Le 19 juillet 1864, Nankin est reprise par l’armée impériale. Les rebelles sont massacrés tandis que leur chef se suicide… en avalant de l’or. 100.000 rebelles sont passés au fil de l’épée.

Voir aussi:

LE MILLÉNARISME DES TAIPING

Eugène P. BOARDMANN, « Millenary aspects of the Taiping rébellion (1851-64) » dans Sylvia Thrupp, éd. Millennid Dreams in Action. Essays in comparative study, La Haye, Mouton & Cô, 1962, pp. 70-80.

I l était parfaitement normal que les organisateurs de la Conférence de Chicago sur les mouvements millénaristes (1), même s’ils étaient tenus de faire un choix et de se limiter à quelques cas typiques, y aient inclus la révolution Taiping en Chine. Cet extraordinaire épisode, qui fascina les Occidentaux de l’époque et tout particulièrement les missions protestantes, vit pendant plus de douze ans (1851-1864) des provinces entières de Chine centrale échapper à l’autorité impériale et proclamer l’avènement d’un « Royaume céleste de la Grande Paix » (Tai-ping Tian-guo) dont l’idéologie était un curieux mélange de christianisme et de cultes paysans chinois primitifs.

M. Boardman, auteur d’une thèse fort intéressante sur Les éléments chrétiens dans la religion Taiping, s’est efforcé ici de réexaminer ce problème, par rapport au phénomène du millénarisme. Acceptant les trois termes de la définition du millénarisme donnée par Norman Cohn (salut collectif, terrestre et imminent) il pense que le millénarisme Taiping était certainement collectif et terrestre, mais non imminent au sens religieux du terme ; les Taiping luttèrent avec acharnement pour une victoire politique et militaire qui n’avait rien d’assuré. Il souligne aussi le souci de purification personnelle des Taiping, tant par le baptême que par un rituel approprié, et leur sens du péché (au nom duquel ils dénonçaient comme pécheurs leurs adversaires des armées impériales). Il montre comment leur religion combine des éléments de millénarisme traditionnel chinois (le terme de Grande Paix, Tai-ping, évoque un vieux thème politico-religieux chinois, un rêve très ancien), et des éléments chrétiens ; ceux-ci, pense M. Boardman, étaient d’ailleurs sélectionnés dans un souci d’efficacité politique : on adopte le décalogue, qui fournit une excellente base pour assurer la discipline morale des troupes, on se réclame du Christ, dont le chef des Taiping s’est proclamé frère cadet, on promet le pardon des péchés (dont ne bénéficieront pas les Impériaux), mais on néglige les paraboles, le sermon sur la montagne et quantité d’autres éléments du Nouveau Testament.

Il nous semble pourtant que, même dans les brèves limites qui lui étaient imposées, l’auteur aurait pu pousser plus loin l’analyse et l’effort d’explication. Sa description des aspects religieux du mouvement Taiping est satisfaisante,

(1) Cf. Arch., 9, 1960, p. 105, et Arch. , 15, n« 227. 122

Voir enfin:

Taiping rebellion

Encyclopedia britannica

Under the Taipings, the Chinese language was simplified, and equality between men and women was decreed. All property was to be held in common, and equal distribution of the land according to a primitive form of communism was planned. Some Western-educated Taiping leaders even proposed the development of industry and the building of a Taiping democracy. The Ch’ing dynasty was so weakened by the rebellion that it never again was able to establish an effective hold over the country. Both the Chinese Communists and the Chinese Nationalists trace their origin to the Taipings.

The Taiping Rebellion changed the face of China. Every revolution that it inspired brought the country closer and closer to the rest of the world. Although the Taipings had heard neither of Karl Marx nor of Communism, they shared many of the same ideals. The Heavenly Kingdom of the Taipings is not so distant from the commune-oriented Marxist utopia. The Taiping leaders had attempted to establish a caste-free society based on egalitarian precepts. They did carry out this primitive Communism. Land was evenly distributed. Slavery and the sale of women was outlawed, as were foot-binding, prostitution, arranged marriages and polygamy. The Taipings were strongly against opium, alcohol, and tobacco. In short, the Communist Revolution may have been but a realization of an underground movement in China which began in the mid eighteen-hundreds.

The Taiping Rebellion played a significant role in ending China’s isolationist outlook. The Nian Rebellion, Boxer Rebellion, and the Communist Revolution all stem from the emotions and ideas which emerged from the Taiping vision. The influx of strange, new things had started in China an unsettling movement, away from the old ways of the ancestors and into the Western sphere of influence. The attempts of the Taipings to end this unrest and to reinstate a golden era are similar in many points to the Communist attempts in the same direction. After the Taiping Rebellion, China would never again be a realm unto herself. With the failure of the Taiping movement, the age of the emperors was finished.

The Taiping movement itself was a product of the clash between the East and the West which took place in the nineteenth century. The people of China, on the verge of joining the forming world community, took refuge briefly in their unique blend of traditional culture and modern idealism. For a time they fended off the foreigners, the weak Emperors, the crowding countries and strange cultures with this faith. When the Taiping Rebellion was crushed, the Chinese once again fled to an idealistic society, listening eagerly to the promises of Mao and Communism. In each of these cases, there was an inherent wish to return to the golden age of China, when the only threat to the unity of their lives was nature itself. The Taiping Rebellionwas a reaction against progress, more importantly against change. That action continues to mold the current events in China, a sign that the people, not the central authority, can control the future of China.


Manif pour tous: Quelle condescendance de nos élites et bobos parisiens? (Ordinary France’s last desperate stand against Parisian bobo decadent chic?)

15 janvier, 2013
Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait point Dieu et qui n’avait d’égard pour personne. Il y avait aussi dans cette ville une veuve qui venait lui dire: Fais-moi justice de ma partie adverse. Pendant longtemps il refusa. Mais ensuite il dit en lui-même: Quoique je ne craigne point Dieu et que je n’aie d’égard pour personne, néanmoins, parce que cette veuve m’importune, je lui ferai justice, afin qu’elle ne vienne pas sans cesse me rompre la tête. Le Seigneur ajouta: Entendez ce que dit le juge inique. Et Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus, qui crient à lui jour et nuit, et tardera-t-il à leur égard? Je vous le dis, il leur fera promptement justice. Mais, quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre? Jésus (Luc 18: 1-9)
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Le mariage semblait voué à disparaître il y a trois décennies ; le voilà au centre de la politique française, avec le projet de légalisation du «mariage pour tous» par la France. (…) Les médias français dénoncent à l’envi une société archaïque et discriminatoire. La révolte gronde dans les cafés et les salons parisiens… Sommes-nous à la veille de Mai-68 ? Non, en 2012, mais ceux qui contestent l’ordre établi sont les mêmes, en un peu plus grisonnants. Dénoncent-ils la catastrophe climatique ? L’incurie des dirigeants européens face à l’explosion de la misère et des inégalités ?… Non, l’affaire est beaucoup plus grave. Elle concerne le droit des homosexuels à se marier devant le maire. Ceux qui ironisaient, il y a quarante ans, sur le mariage «petit-bourgeois» plaident aujourd’hui en faveur de son extension aux homosexuels. Il s’agit de remédier à la souffrance de quelques couples qui ne supportent pas de ne pas «graver leur nom au bas d’un parchemin» (Brassens). Regrettons qu’il n’y ait plus un Molière pour les traiter comme il convient. Hérodote
Dites à un écologiste que vous voulez manger des fraises en hiver, il vous objectera, avec raison, que votre demande n’est pas raisonnable, que vous devez respecter les lois de la nature et que l’homme se condamne en ne les respectant pas. Parlez-lui de semences transgéniques, il vous expliquera tous les dangers de ces manipulations génétiques des espèces végétales. Mais dites-lui que vous voulez avoir un enfant avec une personne du même sexe que vous, il ne trouvera rien à redire: c’est naturel! Gérard Horny
Le projet tel qu’il est conçu est profondément mal pensé et c’est en cela qu’il est dangereux. En effet, l’objectif n’est pas l’union de gens du même sexe, ni de la reconnaissance sociale de l’homosexualité, ni même de laïcité comme ce fut évoqué un temps mais plutôt de créer une nouvelle structure filiation entre un enfant et deux hommes ou deux femmes qui composent le foyer dans lequel il sera élevé. La question essentielle qui n’est jamais posé dans ce débat est de savoir si la société est prête à voir son système de filiation généalogique, pour l’instant complètement sexué et cela depuis toujours, être remplacé par un filiation totalement artificielle basée sur les volontés individuelles.Or le débat dans la manière dont il est abordé ne peut pas prendre en compte cette problématique puisque tous les arguments tournent autour de l’homosexualité et l’homophobie qui sont en fait des questions réglées puisque l’homosexualité est légale et l’homophobie condamnée. Ce que l’on ne sait pas c’est si le fait d’élever des enfants au sein d’une filiation absolument pas crédible pour l’enfant, qui sera tout à fait conscient qu’il n’est pas issu biologiquement de deux femmes ou de deux hommes, posera des problèmes identitaires ou pas. Il faudrait peut-être se poser cette question avant de légiférer. Pour faire un parallèle, il suffit de se rappeler de l’insémination artificielle à propos de laquelle on a allègrement cru que l’on pouvait priver un enfant de ses origines. Conclusion, la situation actuelle nous montre bien qu’il existe de nombreux contentieux d’enfants qui réclament de savoir qui sont les êtres dont ils sont les descendants et je ne vois pas au nom de quoi nous leur refusons ce droit. Le sens que doivent prendre les lois est celui du bien-être des enfants et de la simplification de leur rapport à leurs parents, non pas de tout compliquer et de créer des silences. Il suffit de se pencher sur la structure du projet pour comprendre qu’il n’aborde pas les bonnes questions. Sur les vingt pages qui constituent le projet de loi, une seule est consacrée au mariage, les trois suivantes sont consacrées à l’adoption et tout le reste à la neutralisation des termes sexués. Est-il vraiment cohérent de faire disparaitre les termes de « père » et de « mère » pour ne laisser la place qu’aux « parents », de supprimer le « mari » et la « femme » pour n’avoir plus que des époux. Nous sommes là au cœur d’une question complexe qui mérite une réflexion juridique, sociale et idéologique profonde et non pas simplement de d’agir vite sans réfléchir pour satisfaire à des questions politiciennes. Apporter une réponse simpliste à une question complexe n’est jamais une bonne solution. Il ne s’agit pas simplement de savoir si un couple homosexuel peut convoler ou pas. Jean-René Binet
La société ne se construit pas sur l’accord précaire d’individus libres et éclairés : sans être économiste ni juriste, on peut prévoir que la dérégulation du mariage et de l’adoption fragilisera l’une des dernières institutions qui résistent un tant soit peu à l’individualisme triomphant. Sur ce point comme sur bien d’autres, la gauche française fait la part belle à l’idéologie libérale, beaucoup plus présentable médiatiquement lorsqu’elle se drape dans le langage des droits de l’homme et du progressisme sociétal. J’ajouterai que la mutation du mariage en « mariage pour tous » ainsi que la transformation du père et de la mère en « parent 1 » et « parent 2 » sur les livrets de famille écrivent un chapitre supplémentaire de la guerre contre le sens. Pour les sociaux-libéraux qui nous gouvernent – mais on pourrait en dire autant de leurs devanciers libéraux-conservateurs, adeptes de la dérégulation à la carte – il n’y a plus ni homme, ni femme, ni citoyens. À l’ère de la politique managériale et de la théorie des genres, nous ne sommes plus que des administrés et des machines désirantes avides de reconnaissance légale : mes ancêtres ont souffert, je dois donc disposer du statut légal de victime, ma sexualité ne me permet pas d’attendre un enfant par les voies naturelles, la loi et la science doivent donc pallier à cette insuffisance ! Cette inflation des désirs, qui doivent urgemment être traduits en loi, dissout le bien commun, donc la démocratie, dans la concurrence des volontés individuelles. Je serai curieux de savoir ce qu’un Rousseau, théoricien de la volonté générale et du contrat social, dont on connaît le peu d’appétence pour ses propres enfants, penserait de la dérive actuelle. Quant à la stratégie du gouvernement qui consiste à masquer son impuissance économique et sociale derrière le paravent sociétal, celle-ci est si manifeste qu’il n’est pas nécessaire de s’y attarder. Je remarquerai simplement que les principaux hiérarques du PS ne se donnent même plus la peine de croire à la lutte des classes ou à la possibilité de « changer la vie » hors des mairies et des registres d’état civil. De ce point de vue, l’imposture sémantique du « mariage pour tous » est paradoxalement salutaire ! Daoud Boughezala
Vous, président de la République, qui n’êtes même pas marié à votre âge, ayez le courage de vos opinions ! Ces chaînes conjugales que vous avez toujours refusées pour vous-même – malgré de belles occasions ! -, ne les étendez pas arbitrairement aux catégories de la population jusqu’alors préservées par la loi. En tant qu’homme de progrès, allez jusqu’au bout de votre logique émancipatrice en abolissant pour tous cette institution contraignante et hors d’âge ! Basile de Koch
Cependant, du strict point de vue d’Hermogène, on peut se demander pourquoi s’arrêter subitement au « tous » ? Loin de nous l’idée de vociférer avec les intégristes de tout poil et d’assimiler ce « mariage pour tous » à d’éventuelles perversions criminelles, comme l’inceste et la pédophilie. D’abord parce qu’à vicieux, vicieux et demi et qu’il nous semble apercevoir autant de vices chez les Femen que de vertus absentes chez les séides de Civitas qui les coursent, trouvant peut-être quelque plaisir infâme à poursuivre des femmes nues… Mais le « mariage pour tous » est encore par trop réactionnaire ! Marier un père et sa fille, ou un père et son fils, c’est encore unir deux êtres humains, c’est toujours limiter, donc exclure. Or, à l’orée des progrès de la cybernétique et du clonage, quand des poupées gonflables remplacent esthétiquement la femme de base, le « mariage pour tous » apparaît déjà comme un concept daté. Ne réservons pas le monopole des droits à l’humain, sous prétexte de ce vieux préjugé chrétien qui nous intime que lui seul aurait une âme, et étendons donc la justice aux inanimés. Aussi nous espérons que lors de la prochaine campagne présidentielle, François Hollande trouvera l’audace nécessaire pour inscrire à son programme un mariage plus égalitaire et plus révolutionnaire que le mariage pour tous : le « mariage pour tout ». J’aurai ainsi le loisir d’épouser mon ordinateur avec lequel je passe beaucoup de temps sans oser m’avouer ce que je ressens pour lui pendant que le joyeux président de Civitas pourra s’unir à une tente… Rémi Lélian
Hollande peut choisir de passer en force, ce qu’il fera certainement si le nombre estimé des manifestants est inférieur à 500 000. Mais l’image de la présence massive dans la rue de cette France modérée, des villes moyennes et petites faisant entendre sa voix dans une capitale dominée par les élites et les bobos devrait le faire réfléchir. Mieux vaut une promesse électorale mise au placard qu’un divorce avec cette petite France des familles qui n’aime pas être bousculée dans le peu de certitudes qui lui reste. Luc Rosenzweig (ancien journaliste du Monde)
Des centaines de milliers de personnes ont donc marché pour rien, sinon le plaisir de constater qu’on est loin d’être le seul de son avis. L’analyse socio-politique de ce mouvement incite en effet les responsables socialistes à ne pas s’affoler : l’immense majorité de ceux qui étaient au Champ de mars n’ont pas voté et ne voteront pas à gauche dans un avenir prévisible. Une manif de 200 000 personnes composée, mettons de 2/3 de gens de droite et d’un 1/3 de gens de gauche affichés comme tels dans un défilé aurait été beaucoup plus préoccupante pour le pouvoir. De plus, la majorité des gens, selon les sondages, estiment qu’on parle trop de ce sujet au regard des autres problèmes auxquels notre pays doit faire face. Il sera donc difficile aux anti-mariage gay de maintenir la pression en dépit de l’incontestable réussite, en termes quantitatifs et qualitatifs, de la manifestation. Alors que les journalistes de la presse favorable au projet de loi (c’est-à-dire la quasi-totalité des grands médias) étaient à l’affût du moindre dérapage homophobe, il n’ont eu à se mettre sous la dent qu’un misérable point Godwin lâché par l’un des porte-parole, homosexuel, du mouvement. La loi sera donc adoptée, et vraisemblablement maintenue en cas d’alternance, comme cela a été le cas en Espagne. Dans quelques mois ou dans quelques années, on se sera aperçu que cette loi n’aura pas ébranlé les fondements anthropologiques de notre société, et que la seule modification notable sera celle de la couverture, par les magazines people, des aventures sexuelles et conjugales des stars du show bizz et du sport ayant fait usage de cette nouvelle loi. Un exemple est là pour démontrer cette capacité de résistance des sociétés aux lubies législatives des « progressistes » autoproclamés : celle de la loi sur les noms de famille du 18 juin 2003, permettant de choisir, pour la famille et les enfants d’un couple le nom du père ou de la mère ou encore les deux noms accolés des géniteurs. L’usage a montré que dans 99% des cas le nom du père restait celui de l’unité familiale, et que cela n’est pas près de changer. Et demain, même la mairie du IVème arrondissement de la capitale continuera à unir presqu’exclusivement des hommes et des femmes, pendant que les gays alentours feront bien autre chose que de penser popote et layettes. Luc Rosenzweig
La France catholico-conservatrice avait pris possession de la rue. Elle existe cette part de France, elle est capable de se mobiliser — la preuve est fournie — dès lors qu’elle considère l’une de ses valeurs essentielles — la famille traditionnelle en l’occasion — remise en cause par le Président de la République, son gouvernement et la gauche. Le plus marquant ? Elle n’éprouve pas le moindre doute, cette part de France ; aucun argument d’aucune sorte, aucune réflexion, aucune analyse divergente ou dissidente n’entame sa conviction sur l’organisation de la famille et du mariage ou sa perception, trop souvent diabolisée, de l’homosexualité. Bien sûr elle dérange, cette France-là ! Elle dérange d’ailleurs jusqu’aux responsables politiques de droite qui, pour la plupart d’entre eux, ont choisi depuis bien longtemps de parier sur la « modernité ». Elle dérange, répétons-le, mais il n’y a pas d’autre choix que d’en tenir compte ; non pas de lui céder, mais d’être capable de l’écouter, de s’évertuer à un travail pédagogique envers cette France-là, même si elle est refermée sur elle même. Ce travail pédagogique, même Francois Hollande et les siens y sont contraints.(…) Évoquons enfin l’homophobie. Il n’y eut apparemment pas de dérapage homophobe tout au long de cet immense cortège. Tant mieux, c’était une exigence et une marque de respect minimum. Et pourtant… C’est bien la question de l’homosexualité, plus précisément encore le malaise envers l’homosexualité, qui viennent de ressurgir plein pot. Convenons-en : c’est navrant. Marianne

Quelle condescendance de nos élites et bobos parisiens …

Les mêmes qui "ironisaient, il y a quarante ans, sur le mariage «petit-bourgeois» et plaident aujourd’hui en faveur de son extension aux homosexuels" …

Les rigolos comme hélas les plus lucides, faisant mine d’ignorer les millions qui, de nombre de psys à ceux qui n’ont pu trouver le temps ou le courage de joindre l’acte à la parole, n’en pensent pas moins …

Pour cette France des villes moyennes et petites qui a réussi,  on ne sait trop comment, à conserver le peu de modération qui nous reste …

Et qui contrainte de monter à Paris et descendre dans la rue sans, en ces temps où l’homophobie n’a jamais été autant condamnée et au grand regret apparemment de  nos journaleux avides de croustillant et de sensations fortes, dérapages homophobes …

Se verra, selon toute probabilité et après les dernières autorités morales (les églises et les psys), balayée elle aussi dans quelques semaines par la démagogie ambiante des apprentis-sorciers et maitres de la navigation à vue et du doigt mouillé qui, des deux côtés de l’Atlantique, nous servent actuellement de dirigeants …

Quelle rue ? Quelle France ?

Marianne

14 Janvier 201

Le chiffre exact n’a aucune importance. Qu’il y ait eu hier dans les rues de Paris, 400 000 manifestants contre le mariage gay (chiffre de la police) ou 800 000 marcheurs (estimation des organisateurs), cela ne change rien à l’affaire. La manifestation fut incontestablement impressionnante. À ce titre, trois réflexions ou remarques.

1. Il suffisait d’observer les manifestants, de les écouter, de les interroger — ce à quoi je me suis astreint — pour se convaincre que la France catholico-conservatrice avait pris possession de la rue. Elle existe cette part de France, elle est capable de se mobiliser — la preuve est fournie — dès lors qu’elle considère l’une de ses valeurs essentielles — la famille traditionnelle en l’occasion — remise en cause par le Président de la République, son gouvernement et la gauche.

Le plus marquant ? Elle n’éprouve pas le moindre doute, cette part de France ; aucun argument d’aucune sorte, aucune réflexion, aucune analyse divergente ou dissidente n’entame sa conviction sur l’organisation de la famille et du mariage ou sa perception, trop souvent diabolisée, de l’homosexualité.

Bien sûr elle dérange, cette France-là ! Elle dérange d’ailleurs jusqu’aux responsables politiques de droite qui, pour la plupart d’entre eux, ont choisi depuis bien longtemps de parier sur la « modernité ».

Elle dérange, répétons-le, mais il n’y a pas d’autre choix que d’en tenir compte ; non pas de lui céder, mais d’être capable de l’écouter, de s’évertuer à un travail pédagogique envers cette France-là, même si elle est refermée sur elle même. Ce travail pédagogique, même Francois Hollande et les siens y sont contraints.

2. L’exigence d’un referendum portée par quelques responsables politiques UMP, notamment Nathalie Kocziusko-Morizet et Laurent Wauquiez, n’est évidemment qu’un piège grossier. Il est parfois utile, même à droite, d’avoir (un peu) de mémoire. Imaginons qu’en 1974, le président Valery Giscard d’Estaing, le premier ministre Jacques Chirac et le ministre de la Santé Simone Veil aient décidé de soumettre à referendum la loi sur l’interruption volontaire de grossesse. C’eut été une folie, la certitude d’une longue bataille culturelle, philosophique, historique d’une violence inouïe. Prés de quatre décennies plus tard, même cause, même effet. Il va de soi que le pouvoir politique, quel qu’il soit, doit avoir le courage de proposer, de défendre et surtout de faire passer un texte de loi, celui-là en l’occurrence.

3. Évoquons enfin l’homophobie. Il n’y eut apparemment pas de dérapage homophobe tout au long de cet immense cortège. Tant mieux, c’était une exigence et une marque de respect minimum. Et pourtant…

C’est bien la question de l’homosexualité, plus précisément encore le malaise envers l’homosexualité, qui viennent de ressurgir plein pot. Convenons-en : c’est navrant.

Voir aussi:

Mariage homosexuel : simple évolution des moeurs ou changement civilisationnel profond ?

Ce dimanche à partir de 13 heures a lieu la "Manifestation pour tous", qui rassemble dans les rues de Paris les opposants au mariage homosexuel, qui divise la société française. Le débat parlementaire qui débutera le 29 janvier marquera-t-il le début d’une nouvelle ère sociétale ?

Les temps changent

13 janvier 2013

Atlantico : Malgré une désaffection des Français pour le mariage, le débat sur le mariage gay a mis en évidence l’importance qu’ils attachent à cette institution. Que représente-il sur le plan social et juridique ?

Eric Fassin : Certes, le mariage n’est plus ce qu’il a été, du fait de la banalisation de la sexualité préconjugale mais aussi des naissances hors-mariage (plus d’un enfant sur deux). Il n’empêche : le mariage entraîne des droits et des devoirs ; et il continue de fonctionner comme une norme, dans la mesure où il engage l’État.

Or, que signifie la fermeture du mariage aux couples de même sexe ? C’est le principe symbolique qui institue la hiérarchie des sexualités, soit l’idée que l’hétérosexualité, c’est mieux, et l’homosexualité, c’est moins bien. Autrement dit, l’hétérosexisme d’État légitime l’homophobie ordinaire. Reste qu’en France, les résistances à l’égalité des droits portent moins sur la conjugalité que sur les enfants – adoption et PMA: aux Etats-Unis, la sacralisation porte sur le mariage ; en France, sur la filiation. Tout se passe comme si on voulait la soustraire aux logiques démocratiques.

Jean-René Binet : Le mariage est aujourd’hui, et l’a toujours été, un acte fondateur d’une famille, d’une filiation et d’obligations réciproques entre les époux. Il met en place les conditions essentielles visant à assurer la possibilité d’un accueil favorable pour les enfants : fidélité respective, cohabitation, entraide, assistance mais aussi une certaine cohésion du patrimoine. Tout est articulé autour de la meilleure manière d’élever les enfants car c’est bien cela la véritable fonction du mariage depuis sa création. La plus vieille institution humaine du monde n’a pas pour but de donner le droit d’avoir des enfants comme on a souvent tendance à le penser mais sert à les éduquer sur la durée et dans la stabilité. Les enfants humains ont besoin de cette logique à la différence du monde animal dans lequel l’apprentissage est court et peut être assuré par le groupe ou la tribu. S’il y a un tel engouement de la part des français dans le débat sur le mariage pour tous, c’est justement parce qu’ils sentent bien que ce qui se cache derrière ce problème va bien plus loin que ce simple questions de mariage, d’amour et de sexualité. La véritable problématique est la structure de la filiation et de la transmission au sein de notre société.

Daoud Boughezala : Il est légitime de se poser cette question à l’heure où un mariage sur trois se conclut par un divorce – voire un sur deux dans l’agglomération parisienne – et que les « unions libres » et les familles monoparentales fleurissent. Je pense que les débats sur le « mariage pour tous » ont révélé la puissance symbolique d’une institution que l’on jugeait désuète. En fait, la force du mariage réside moins dans sa pérennité – qui peut aujourd’hui être certain de se marier pour la vie ?- que dans ses bases anthropologiques.

Rappelons que le mariage est l’union d’un homme et d’une femme, indépendamment de leurs pratiques sexuelles (depuis l’Antiquité, des homosexuels se marient) dans le but de procréer. Si tous les mariages ne donnent pas naissance à des enfants, tant s’en faut, l’infécondité reste une cause de résiliation reconnue par le Code civil. C’est dire si le mariage est consubstantiellement lié à la parentalité : d’ailleurs, le projet de loi du gouvernement entend généraliser le mariage ET l’adoption. Tout en dénaturalisant ces deux notions : sous couvert d’égalité, on voudrait faire du mariage et de l’enfant des droits-créances, disponibles à tout un chacun.

Or, la société ne se construit pas sur l’accord précaire d’individus libres et éclairés : sans être économiste ni juriste, on peut prévoir que la dérégulation du mariage et de l’adoption fragilisera l’une des dernières institutions qui résistent un tant soit peu à l’individualisme triomphant. Sur ce point comme sur bien d’autres, la gauche française fait la part belle à l’idéologie libérale, beaucoup plus présentable médiatiquement lorsqu’elle se drape dans le langage des droits de l’homme et du progressisme sociétal.

J’ajouterai que la mutation du mariage en « mariage pour tous » ainsi que la transformation du père et de la mère en « parent 1 » et « parent 2 » sur les livrets de famille écrivent un chapitre supplémentaire de la guerre contre le sens. Pour les sociaux-libéraux qui nous gouvernent – mais on pourrait en dire autant de leurs devanciers libéraux-conservateurs, adeptes de la dérégulation à la carte – il n’y a plus ni homme, ni femme, ni citoyens. À l’ère de la politique managériale et de la théorie des genres, nous ne sommes plus que des administrés et des machines désirantes avides de reconnaissance légale : mes ancêtres ont souffert, je dois donc disposer du statut légal de victime, ma sexualité ne me permet pas d’attendre un enfant par les voies naturelles, la loi et la science doivent donc pallier à cette insuffisance ! Cette inflation des désirs, qui doivent urgemment être traduits en loi, dissout le bien commun, donc la démocratie, dans la concurrence des volontés individuelles. Je serai curieux de savoir ce qu’un Rousseau, théoricien de la volonté générale et du contrat social, dont on connaît le peu d’appétence pour ses propres enfants, penserait de la dérive actuelle.

Quant à la stratégie du gouvernement qui consiste à masquer son impuissance économique et sociale derrière le paravent sociétal, celle-ci est si manifeste qu’il n’est pas nécessaire de s’y attarder. Je remarquerai simplement que les principaux hiérarques du PS ne se donnent même plus la peine de croire à la lutte des classes ou à la possibilité de « changer la vie » hors des mairies et des registres d’état civil. De ce point de vue, l’imposture sémantique du « mariage pour tous » est paradoxalement salutaire !

La société française a-t-elle connu dans son histoire des changements d’une telle ampleur ou est-ce le premier (loi de 1905, instauration du code civil napoléonien ou autres )? Va-t-elle au contraire l’absorber sans difficulté ?

Daoud Boughezala : Avec un zeste de cynisme, je dirais que cette réforme ne fait qu’entériner des évolutions sociétales fort préoccupantes : l’éclatement de la famille, la dislocation des liens communautaires, la perte de la transmission du capital culturel au profit des seuls capitaux sociaux et économiques – le patrimoine et le réseau, aisément monnayables sur le marché de l’emploi-, l’abandon de l’éducation parentale au nom de l’enfant-roi et de la soi-disant expertise des thérapeutes spécialisés, etc. Comme ne le cessent de le répéter ses défenseurs, ce texte de loi accompagne le mouvement de la société, et c’est bien le problème ! Je ne suis pas Cassandre ou Jérémie pour savoir comment la société intégrera ces changements, dont on ne connaît d’ailleurs pas la limite : on nous promet d’élargir la Procréation Médicalement Assistée dans un second projet de loi, ce qui poserait de sérieuses questions bioéthiques sur lesquels nous reviendrons.

À quelques encablures de la France, un petit pays a généralisé le mariage, l’adoption et même la Gestation pour Autrui depuis de nombreuses années. La Belgique annonce peut-être le futur de la France, une société d’individus atomisés où tout est dérégulé, des flux migratoires à l’institution familiale. Malgré tous les outils légaux mis à leur disposition, les homosexuels belges ne sont pas plus heureux qu’ailleurs. Ils subissent le poids du chômage, de l’exclusion et de la pauvreté sans que les PMA, GPA et autres mariages universels – qu’ils boudent allègrement- ne les consolent.

À la différence du code napoléonien ou de la loi de 1905, je crois que le projet actuel, s’il est adopté, ne sera pas prescriptif. Le politique n’a plus cette capacité d’entraînement, il se contente d’enregistrer ou d’accélérer les mutations sociétales de ce qui était la nation France. Mais le pessimisme de la raison ne doit pas empêcher l’optimisme de la volonté ! Il est heureux qu’une grande partie des Français refuse la mise au pas du mariage et de la famille, au point de peut-être faire plier le gouvernement.

Eric Fassin : Les conservateurs sont un peu comme les millénaristes qui annoncent la fin du monde – sauf qu’ils l’annoncent à répétition, comme avant la loi Naquet de 1884 sur le divorce. Sans remonter si loin, rappelons-nous les batailles sur la contraception en 1967 ou l’avortement en 1975. En 1999, pour le Pacs, on nous annonçait la fin du monde. Or, c’était seulement la fin d’un monde.

Qui demande encore l’abolition du Pacs ? Aucun des onze États dans le monde qui ont ouvert le mariage n’a fait marche arrière. Parions que, quand la droite retrouvera le pouvoir, elle ne reviendra pas sur cette réforme. La société se polarise aujourd’hui dans le feu de la controverse politique : dans les sondages, l’écart est maximal entre électeurs de droite et de gauche. Mais une fois la loi adoptée, le clivage s’estompera.

Jean-René Binet : Pour être honnête, il est complexe de savoir si cette « révolution sociétale » comme l’a qualifiée la garde des sceaux, va pouvoir être absorbée ou pas. Le fait est que la société française a connu d’autres grands changements sur le plan juridique et idéologique et elle s’en est toujours relevée et nous en sommes la preuve. La question pourtant n’est pas de savoir si la France va pouvoir s’adapter ou pas, elle est de savoir si cette loi va améliorer la vie des Français ou la complexifier. Quand le législateur réfléchit à une réforme aussi profonde que celle du mariage pour tous, il doit le faire sur la base certaine d’une amélioration des conditions de vie, du progrès, or ce n’est pas le cas dans le cas dans le projet proposé par le gouvernement socialiste. Celui s’appuie en réalité sur des arguments indigents et peu étoffés et non pas sur la volonté d’un véritable progrès.

L’instauration du mariage pour tous tel qu’il est proposé par le gouvernement socialiste implique-t-il des risques pour la famille au sens juridique et social telle que nous la percevons ? Quelles sont les dérives possibles (Marchandisation des enfants, perte de la filiation et du suivi généalogique, déstructuration sociale) ?

Daoud Boughezala : Sans père ni mère ni repères, il est certain que la construction subjective de l’enfant ne part pas sur les meilleures bases. Le pédiatre Aldo Naouri évoque une « expérimentation sur le vivant », c’est ce que nous nous apprêtons à réaliser aux dépens de nos enfants. On me rétorquera à raison qu’il vaut mieux être élevé par un couple d’homosexuel(le)s aimants que par les époux Dutroux ou Fourniret. Je n’en doute pas ! Mais, comme le mariage, les notions de père et de mère structurent le futur adulte, y compris lorsque l’un des deux référents est absent. Bernard Poignant, le maire socialiste de Quimper, a courageusement décrit le désarroi qui était le sien lorsqu’il avait dû se construire en l’absence de son père disparu.

Au-delà du mariage et de l’adoption, si un second texte venait à élargir le recours à la Procréation Médicalement Assistée, nous entrerions dans un nouveau régime familial et bioéthique. Précisons que 50 000 enfants naissent chaque année en France grâce aux méthodes de la PMA, principalement par insémination artificielle et fécondation in vitro. Bruno Le Roux, chef du groupe PS à l’Assemblée, n’entend donc pas légaliser pas la PMA mais en déréguler l’accès afin de permettre à un nombre croissant d’individus de « générer » artificiellement des enfants.. Aujourd’hui, l’utilisation de la PMA est soumise à de strictes contraintes légales (constat médical d’une infertilité, que les demandeurs soient en âge de procréer, etc.). Encore une fois, l’enfant n’est ni un droit opposable, ni un bien échangeable ou monnayable !

C’est ce que stipulent les lois bioéthiques (1994, 2004, 2011) en s’appuyant sur les principes d’indisponibilité du corps et des personnes et de non-marchandisation. Ces principes ont connu des fortunes diverses à travers les jurisprudences successives mais n’en demeurent pas moins des bornes éthiques fondamentales. En jouant avec la PMA et a fortiori la Gestation Pour Autrui, que l’entrepreneur du luxe Pierre Bergé nous presse d’adopter, nous bousculerions les frontières de la bioéthique. La GPA constituerait le stade suprême de la désinstitutionalisation : la mère porteuse réduite à son ventre pouvant légitimement revendiquer la maternité de l’enfant, au même titre que la donneuse d’ovule… Je vous laisse imaginer les possibles conflits entre les différents « parents » d’un enfant tourneboulé par les conditions filandreuses de sa naissance.

Vous parliez de « marchandisation ». C’est un enjeu essentiel à l’heure où l’on voudrait faire naître les enfants dans des éprouvettes suivant des critères physiques choisis sur catalogue. Un marché mondial de l’enfant existe hélas déjà dans le domaine de l’adoption, il serait désastreux de l’élargir par les moyens de la médecine et de l’eugénique. A ceux qui en doutent encore, je recommande la lecture du Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley. Est-ce vraiment l’avenir que nous aimerions léguer à nos enfants ?

Jean-René Binet : Le projet tel qu’il est conçu est profondément mal pensé et c’est en cela qu’il est dangereux. En effet, l’objectif n’est pas l’union de gens du même sexe, ni de la reconnaissance sociale de l’homosexualité, ni même de laïcité comme ce fut évoqué un temps mais plutôt de créer une nouvelle structure filiation entre un enfant et deux hommes ou deux femmes qui composent le foyer dans lequel il sera élevé. La question essentielle qui n’est jamais posé dans ce débat est de savoir si la société est prête à voir son système de filiation généalogique, pour l’instant complètement sexué et cela depuis toujours, être remplacé par un filiation totalement artificielle basée sur les volontés individuelles.

Or le débat dans la manière dont il est abordé ne peut pas prendre en compte cette problématique puisque tous les arguments tournent autour de l’homosexualité et l’homophobie qui sont en fait des questions réglées puisque l’homosexualité est légale et l’homophobie condamnée. Ce que l’on ne sait pas c’est si le fait d’élever des enfants au sein d’une filiation absolument pas crédible pour l’enfant, qui sera tout à fait conscient qu’il n’est pas issu biologiquement de deux femmes ou de deux hommes, posera des problèmes identitaires ou pas. Il faudrait peut-être se poser cette question avant de légiférer. Pour faire un parallèle, il suffit de se rappeler de l’insémination artificielle à propos de laquelle on a allègrement cru que l’on pouvait priver un enfant de ses origines. Conclusion, la situation actuelle nous montre bien qu’il existe de nombreux contentieux d’enfants qui réclament de savoir qui sont les êtres dont ils sont les descendants et je ne vois pas au nom de quoi nous leur refusons ce droit. Le sens que doivent prendre les lois est celui du bien-être des enfants et de la simplification de leur rapport à leurs parents, non pas de tout compliquer et de créer des silences. Il suffit de se pencher sur la structure du projet pour comprendre qu’il n’aborde pas les bonnes questions. Sur les vingt pages qui constituent le projet de loi, une seule est consacrée au mariage, les trois suivantes sont consacrées à l’adoption et tout le reste à la neutralisation des termes sexués. Est-il vraiment cohérent de faire disparaitre les termes de « père » et de « mère » pour ne laisser la place qu’aux « parents », de supprimer le « mari » et la « femme » pour n’avoir plus que des époux. Nous sommes là au cœur d’une question complexe qui mérite une réflexion juridique, sociale et idéologique profonde et non pas simplement de d’agir vite sans réfléchir pour satisfaire à des questions politiciennes. Apporter une réponse simpliste à une question complexe n’est jamais une bonne solution. Il ne s’agit pas simplement de savoir si un couple homosexuel peut convoler ou pas.

Eric Fassin : Pourquoi les risques de marchandisation seraient-ils plus grands, en matière d’adoption ou de PMA, si les parents sont de même sexe ? Ce qui est frappant, dans le débat actuel, c’est que les inquiétudes prétendument anthropologiques s’accompagnent d’un grand ethnocentrisme : il suffit d’aller chez nos voisins belges ou espagnols pour voir qu’il ne se passe rien de tel. Le monde sera structuré autrement, et non déstructuré… Les normes changent, elles ne disparaissent pas pour autant !

Voir également:

À quoi sert le mariage ?

Hérodote

Novembre 2012

Le mariage semblait voué à disparaître il y a trois décennies ; le voilà au centre de la politique française, avec le projet de légalisation du «mariage pour tous» par la France

Pour en finir avec un enjeu symbolique quelque peu ridicule, Joseph Savès émet le souhait que la loi laïque ne reconnaisse plus que des «unions civiles» et abandonne le mot même de «mariage». Celui-ci ne devrait plus désigner qu’un rituel religieux et sans contenu juridique…

Les médias français dénoncent à l’envi une société archaïque et discriminatoire. La révolte gronde dans les cafés et les salons parisiens… Sommes-nous à la veille de Mai-68 ? Non, en 2012, mais ceux qui contestent l’ordre établi sont les mêmes, en un peu plus grisonnants.

Dénoncent-ils la catastrophe climatique ? L’incurie des dirigeants européens face à l’explosion de la misère et des inégalités ?… Non, l’affaire est beaucoup plus grave. Elle concerne le droit des homosexuels à se marier devant le maire.

Ceux qui ironisaient, il y a quarante ans, sur le mariage «petit-bourgeois» plaident aujourd’hui en faveur de son extension aux homosexuels. Il s’agit de remédier à la souffrance de quelques couples qui ne supportent pas de ne pas «graver leur nom au bas d’un parchemin» (Brassens). Regrettons qu’il n’y ait plus un Molière pour les traiter comme il convient.

Mais l’affaire n’est pas seulement risible. Ainsi qu’en conviennent historiens et anthropologues de tous bords, «on ne trouve pas, dans l’histoire, d’union homosexuelle et homoparentale institutionnalisée» (*).

N’est-il pas dangereux, dans ces conditions, de jouer les apprentis-sorciers avec une institution, la famille, qui a traversé les millénaires et les civilisations? Rappelons simplement que le mariage n’a pas été établi pour consacrer l’amour de deux êtres (on n’a pas besoin d’une reconnaissance sociale pour s’aimer et vivre ensemble) mais pour assurer une protection juridique aux enfants appelés à naître de cette union et garantir leur droit à hériter.

D’autres l’ont fait, pourquoi pas nous ?

On se rassure en se disant que d’autres pays, et non des moindres, ont franchi le pas et officialisé le mariage entre personnes du même sexe : le Canada, la Norvège, la Suède, plusieurs États des États-Unis et même la ville de Mexico, l’Argentine et l’Espagne catholiques.

De fait, les États à l’écoute des homosexuels («gay-friendly») sont circonscrits aux populations européennes : l’Europe occidentale elle-même, l’Amérique du Nord, l’Autralie et la Nouvelle-Zélande ainsi que les pays du cône sud-américain (Argentine, Uruguay, Brésil). Seule exception : l’Afrique du Sud, encore fortement influencée par le droit anglo-saxon. Au total, moins d’un milliard de personnes soit 15% de la population mondiale.

Face à ce bloc «progressiste» (mais en décroissance démographique), on trouve la quasi-totalité des pays d’Afrique noire et des pays majoritairement musulmans, plus ou moins hostiles à l’homosexualité. Huit d’entre eux punissent de mort l’homosexualité : l’Arabie séoudite, l’Afghanistan, l’Iran, la Mauritanie, le Nigeria, la Somalie, le Soudan et le Quatar, «ami» de la France. Les autres pays, comme la Turquie, l’Inde, la Russie ou le Japon, évitent généralement d’aborder le sujet de l’homosexualité sur la place publique.

Ganymède et l’Aigle (Chastworth House, Londres)

Homo philie, homo phobie

L’homosexualité est aussi vieille que l’humanité et ses pratiquants, quoique minoritaires et souvent victimes de violences et d’exclusion, ont toujours participé à la vie sociale. L’anthropologue Maurice Godelier évoque des sociétés primitives qui inscrivent la cohabitation homosexuelle parmi les rites de passage de l’enfance à l’âge adulte…

Autres temps, autres moeurs : à l’image de Zeus, qui s’était transformé en aigle pour séduire le jeune Ganymède, les notables grecs et romains n’avaient pas de honte à partager la couche d’un garçon pourvu qu’il fut impubère. Mais cette forme de pédophilie a été plus tard condamnée, de même que les relations entre adultes du même sexe, sous l’effet du puritanisme stoïcien (et païen).

Au Moyen Âge, la «sodomie» (ainsi qualifiait-on l’homosexualité avant que le mot ne soit inventé en 1869) est inscrite parmi les péchés graves. Elle est parfois sanctionnée, le plus souvent tolérée, selon que domine dans l’Église le courant rigoriste ou le courant optimiste, ainsi que le rappelle l’historien Michel Rouche, dans un passionnant livre d’entretiens avec le journaliste Benoît de Sagazan : Petite histoire du couple et de la sexualité (CLD, 2008).

Il Doppio ritratto, par Giorgione (vers 1502), VeniseAu XVIIe siècle, les «libertins» de la cour de Louis XIV attestent de l’influence que pouvaient avoir les homosexuels au pied du trône. Plus près de nous, le juriste Cambacérès, l’académicien Julien Green, les philosophes Roland Barthes et Michel Foucault et le Prix Nobel André Gide… montrent qu’elle n’était pas un obstacle à l’ascension sociale et aux honneurs publics.

Si l’Église officielle qualifie encore de péché l’onanisme et la sodomie, on ne saurait comparer cette condamnation morale aux sanctions pénales qui frappent les homosexuels dans tous les pays musulmans comme dans la plupart des pays d’Afrique noire et d’Asie.

On a fait beaucoup de cas de la loi française de 1942, abrogée en 1982, établissant à 21 ans au lieu de 15 la majorité en matière de relations homosexuelles. Avouons qu’on a connu pire en matière de persécution.

Une régression intellectuelle

Le romancier Benoît Duteurtre écrit dans Le Nouvel Observateur (20 septembre 21012) : «L’aspiration des militants homosexuels à la famille et au mariage est une formidable régression intellectuelle par rapport aux enjeux de la libération sexuelle. Après avoir revendiqué la liberté absolue, on en est à vouloir parodier le mariage, ce vieux rituel d’inspiration religieuse auquel les hétérosexuels eux-mêmes ne croient plus guère, vu qu’ils s’empressent généralement de divorcer !»

Le romancier juge «amusant de voir certains militants s’exciter contre l’Église, qui devrait, à son tour, accepter le mariage gay – comme s’il fallait à tout prix obtenir la reconnaissance du clergé qui ne fait pourtant que jouer son rôle de force morale archaïque».

Pour lui, «la modernité, c’est évidemment le pacs, qui laisse de côté tout cet héritage et qu’on pourrait fort bien se contenter d’améliorer. Mais les groupes de pression, engagés dans la surenchère, semblent confondre l’égalité et le pastiche. Beaucoup d’homos se contrefichent du mariage comme de l’adoption, mais il est vrai que cette soif de normalité enchante certaines personnes qui ont l’impression de les voir rentrer dans le rang».

Communautarisme

Les organisations homosexuelles sont en flèche dans le développement du communautarisme en Occident et c’est là un phénomène nouveau. Le philosophe Roland Barthes l’avait entrevu dans les années 1970. Homosexuel épanoui et discret, il s’inquiétait déjà à cette époque d’un activisme qui pouvait porter atteinte à son intimité et à sa liberté.

Si l’on met à part une petite minorité d’individus exclusivement orientés vers les personnes de leur sexe, l’homosexualité était jusqu’à ces dernières décennies une pratique occasionnelle qui se conjuguait avec des relations hétérosexuelles plus conventionnelles. Elle est devenue aujourd’hui un critère d’appartenance et chacun est sommé de se définir comme homo ou hétéro.

En 1973, dans Les valseuses de Bertrand Blier, les héros pratiquaient sans complexe une sexualité débridée tant homo qu’hétérosexuelle. En 2000, dans la comédie de Francis Veber Le placard, le héros devait choisir son camp. Entre ces deux dates s’est imposé le principe d’enfermement communautaire. Aujourd’hui, signe des temps, Hollywood multiplie les comédies sur les jeunes gens qui seraient tentés de franchir la nouvelle barrière invisible (*).

L’«outing» par lequel les activistes homosexuels dénoncent quiconque voudrait protéger son jardin secret nous renvoie aux pratiques inquisitoriales ou, au mieux, à une forme inédite de «puritanisme inversé» qui impose à chacun d’afficher son statut. Militants homosexuels et vedettes du showbiz conjuguent leurs efforts pour abattre le mur opaque et bienfaisant qui séparait naguère sentiments privés et vie publique.

Ainsi s’avancent des lendemains radieux où chacun sera sommé de se justifier de ses penchants sexuels, de ses pensées et de ses sentiments ainsi que de choisir sa «communauté», face à un Big Brother omniprésent et omnipotent.

Libertarisme

Derrière le «mariage pour tous» et son corollaire, le droit d’avoir des enfants à tout prix (gestation par autrui ou adoption sur le marché international), l’idée se profile que la Loi n’aurait plus pour objet de protéger les faibles (enfants, pauvres…) contre les abus des puissants mais devrait se mettre au service de ces derniers pour lever les ultimes obstacles à leurs désirs.

Pourquoi pas ? dès lors que l’accomplissement de ces désirs ne lèse personne, argumente tel philosophe.

Plus réservé, le psycho-sociologue Jean-Claude Liaudet voit dans ce chamboulement une ruse du néolibéralisme pour intégrer à la société marchande des domaines qui lui échappent encore (*). Il annonce des lendemains radieux où les pauvres du tiers monde et du quart monde seront invités, au nom de la Liberté, à faire commerce de leurs organes, de leur sperme, de leurs ovules et de leurs bébés pour la plus grande satisfaction des bourgeois occidentaux.

Joseph Savès

Le mariage pour quoi faire?

Le terme «mariage» recouvre trois significations très différentes. C’est d’abord un contrat civil entre un homme et une femme, qui assure à l’épouse et aux enfants à naître une protection juridique et des garanties en matière de succession. C’est aussi un engagement religieux, sans effet juridique ou civil, qui tient aux convictions de chacun. C’est enfin un moment festif qui permet à un couple d’exprimer leur amour devant leurs parents et leurs amis.

Les deux dernières significations ne concernent en rien le législateur et, au moment où les organisations homosexuelles réclament le droit au mariage civil, on peut se demander à quoi sert encore celui-ci. Au terme d’un processus législatif qui a aligné les droits des enfants «naturels» sur ceux des enfants légitimes, le mariage civil n’apporte plus guère de droits particuliers. C’est si vrai que de plus en plus de couples élèvent leurs enfants sans se soucier de passer devant le maire.

À défaut d’abolir le mariage civil, le législateur pourrait changer son nom pour celui d’«union civile» et laisser le mot mariage au vocabulaire religieux. L’«union civile» se présenterait dès lors comme un pacte civil de solidarité – pacs – amélioré, ouvert à tous les couples, avec quelques aménagements fiscaux concernant la pension de réversion et l’héritage ainsi que l’adoption.

Mais avant toute chose, il importerait d’abroger l’article 433-21 du code pénal par lequel l’État français interdit aux prêtres, pasteurs et rabbins de marier un couple qui n’est pas au préalable passé devant le maire. Ainsi continueront de s’unir civilement ceux qui le veulent, les autres faisant de leur union une affaire purement privée.

Archaïque, l’article 433-21 remonte à la volonté du Premier Consul Napoléon Bonaparte d’enlever l’état civil au clergé. Son abrogation serait conforme au principe de laïcité et à la loi de séparation des Églises et de l’État. On ne voit pas bien en effet pourquoi l’État laïc se préoccupe de conventions d’ordre privé comme le mariage religieux dès lors qu’elles n’ont aucune implication civile ou juridique.

Voir enfin:

French families march against gay marriage

Adam Sage, Paris

The Australian

January 15, 2013

PARIS was submerged by demonstrators of an unusual kind yesterday as hundreds of thousands of conservative, middle-class people protested against President Francois Hollande’s plan to authorise gay marriage.

In place of the trade unionists who regularly march through the capital were ordinary families, often from the Roman Catholic provinces, proclaiming their opposition to what they describe as an attack on family values.

Organisers said there were 800,000 protesters but police put the figure at 340,000. The truth was somewhere in between, according to seasoned observers, but there was no disputing that this was one of the biggest demonstrations in Paris in recent years and the most significant challenge to Mr Hollande since his arrival in power in May.

The Socialist leader who had promised to unite the French is being accused of driving a wedge between modern urban communities at ease with homosexuality and traditionalists bewildered at the pace of social change.

Opinion polls show that 52 per cent of voters approve the proposal to legalise same-sex marriages but a similar proportion oppose a plan to allow gay couples to adopt children, included in the bill that is due to go before parliament on January 29.

Demonstrators arrived in 900 coaches and seven trains from across France, many prodded into action by their priests. They converged on the Champs de Mars, by the Eiffel Tower, which was a sea of pink and blue flags, the colours of the anti-gay marriage movement.

Their figurehead was Virginie Merle, 50, a Catholic comic who uses the stage name Frigide Barjot (which translates roughly as Frigid Nutter).

She said that the plan would signal an end to traditional French life with the words "father" and "mother" replaced by "parent A" and "parent B" in the family law code. "If fathers and mothers disappear from our law books, what is going to be the effect on our psychology?" she said. "Francois Hollande must listen to us and suspend this bill."

Many protesters said their main argument was not so much with the legalisation of gay marriage as with the authorisation for homosexuals to adopt.

Vincent Marci, 28, from Bordeaux, said: "Children need a father and a mother to be properly brought up. That is what nature wanted. Why change it?" The government said there would be no U-turns despite the protest. Mr Hollande appears to be ready to back down over a proposal to make infertility treatment available to lesbian couples but Marisol Touraine, the Social Affairs Minister, said that he would press on with gay marriage.

The role of the Catholic Church was the focus of controversy. Bishops did not organise the protest but it was clear that they had been pulling the strings behind the scenes. Cardinal Philippe Barbarin, the Archbishop of Lyon, said: "Parliament has decided to change the meaning of the word ‘marriage’. For the people, it is a very violent thing to do."


Santé/Etats-Unis: Live fast, die young (It’s the 7-eleven 1.2 liter Super big gulp, stupid!)

10 janvier, 2013
Il n’y a pas de deuxième acte dans les vies américaines. F. Scott Fitzgerald
I wanna live fast, die young and leave a beautiful corpse. Pretty Boy Romano (Knock on any door, 1949)
They say we can’t be livin’ like this for the rest of our lives But we gon’ be livin’ like this for the rest of tonight And you know they gon’ be bangin’ this shit for the rest of our lives So live fast and die young. Rick Ross
If there’s a God then He’s calling me back home. This barrel never felt so good next to my dome. It’s cold & I’d rather die than live alone. Freddy E
Inévitablement, nous considérons la société comme un lieu de conspiration qui engloutit le frère que beaucoup d’entre nous ont des raisons de respecter dans la vie privée, et qui impose à sa place un mâle monstrueux, à la voix tonitruante, au poing dur, qui, d’une façon puérile, inscrit dans le sol des signes à la craie, ces lignes de démarcation mystiques entre lesquelles sont fixés, rigides, séparés, artificiels, les êtres humains. Ces lieux où, paré d’or et de pourpre, décoré de plumes comme un sauvage, il poursuit ses rites mystiques et jouit des plaisirs suspects du pouvoir et de la domination, tandis que nous, »ses« femmes, nous sommes enfermées dans la maison de famille sans qu’il nous soit permis de participer à aucune des nombreuses sociétés dont est composée sa société. Virginia Woolf (1938)
Le privilège masculin est aussi un piège et il trouve sa contrepartie  dans la tension et la contention permanentes, parfois poussées jusqu’à l’absurde, qu’impose à chaque homme le devoir d’affirmer en toute circonstance sa virilité. (…) Tout concourt ainsi à faire de l’idéal impossible de virilité le principe d’une immense vulnérabilité. C’est elle qui conduit, paradoxalement, à l’investissement, parfois forcené, dans tous les jeux de violence masculins, tels dans nos sociétés les sports, et tout spécialement ceux qui sont les mieux faits pour produire les signes visibles de la masculinité, et pour manifester et aussi éprouver les qualités dites viriles, comme les sports de combat. Pierre Bourdieu (1998)

Les Etats-Unis seraient-ils victimes de leur testostérone?

Mortalité infantile et faible poids à la naissance, blessures et homicides, grossesses précoces et infections sexuellement transmissibles, VIH et sida, décès liés à la drogue, obésité et diabète, maladies du cœur, maladie pulmonaire chronique, handicaps …

Live fast die young, Fast and furious, Super Big Gulp, James Dean, Janet Joplin, Jimmy Hendrix, Tupac Shakur …

Y a-t-il un critère sanitaire dans lequel le chef de file du Monde libre et incarnation vivante de tous nos rêves de vitesse et d’excès en tous genres n’est pas dépassé par le reste de ses partenaires? (leurs moindres décès liés au cancer apparaissant même comme la triste contrepartie d’une longévité réduite?)

Comme l’indique le dernier rapport en date des Académies des sciences américaines, être, à l’instar de ces hommes qui comme tout récemment le jeune rappeur Freddy-E paient de leur vie plus courte leur privilège viril, constamment à la pointe de la liberté et de l’innovation et donc aussi de l’excès pour ce véritable laboratoire que sont devenus les Etats-Unis pour la planète n’est non seulement pas gratuit mais semble se payer très cher en vies plus courtes et en santé moins bonne …

Americans Have Worse Health Than People in Other High-Income Countries; Health Disadvantage Is Pervasive Across Age and Socio-Economic Groups

National Academies

Jan. 9, 2013

On average, Americans die sooner and experience higher rates of disease and injury than people in other high-income countries, says a new report from the National Research Council and Institute of Medicine. The report finds that this health disadvantage exists at all ages from birth to age 75 and that even advantaged Americans — those who have health insurance, college educations, higher incomes, and healthy behaviors — appear to be sicker than their peers in other rich nations.

"We were struck by the gravity of these findings," said Steven H. Woolf, professor of family medicine at Virginia Commonwealth University in Richmond and chair of the panel that wrote the report. "Americans are dying and suffering at rates that we know are unnecessary because people in other high-income countries are living longer lives and enjoying better health. What concerns our panel is why, for decades, we have been slipping behind."

The report is the first comprehensive look at multiple diseases, injuries, and behaviors across the entire life span, comparing the United States with 16 peer nations — affluent democracies that include Australia, Canada, Japan, and many western European countries. Among these countries, the U.S. is at or near the bottom in nine key areas of health: infant mortality and low birth weight; injuries and homicides; teenage pregnancies and sexually transmitted infections; prevalence of HIV and AIDS; drug-related deaths; obesity and diabetes; heart disease; chronic lung disease; and disability.

Many of these health conditions disproportionately affect children and adolescents, the report says. For decades, the U.S. has had the highest infant mortality rate of any high-income country, and it also ranks poorly on premature birth and the proportion of children who live to age 5. U.S. adolescents have higher rates of death from traffic accidents and homicide, the highest rates of teenage pregnancy, and are more likely to acquire sexually transmitted infections. Nearly two-thirds of the difference in life expectancy between males in the U.S. and these other countries can be attributed to deaths before age 50.

These findings build on a 2011 Research Council report that documented a growing mortality gap among Americans over age 50. "It’s a tragedy. Our report found that an equally large, if not larger, disadvantage exists among younger Americans," Woolf said. "I don’t think most parents know that, on average, infants, children, and adolescents in the U.S. die younger and have greater rates of illness and injury than youth in other countries."

The panel did find that the U.S. outperforms its peers in some areas of health and health-related behavior. People in the U.S. over age 75 live longer, and Americans have lower death rates from stroke and cancer, better control of blood pressure and cholesterol levels, and lower rates of smoking.

Root Causes

This health disadvantage exists even though the U.S. spends more per capita on health care than any other nation. Although documented flaws in the health care system may contribute to poorer health, the panel concluded that many factors are responsible for the nation’s health disadvantage.

The report examines the role of underlying social values and public policies in understanding why the U.S. is outranked by other nations on both health outcomes and the conditions that affect health. For example, Americans are more likely to engage in certain unhealthy behaviors, from heavy caloric intake to behaviors that increase the risk of fatal injuries, the report says. The U.S. has relatively high rates of poverty and income inequality and is lagging behind other countries in the education of young people.

However, the panel’s research suggests that the U.S. health disadvantage is not solely a reflection of the serious health disadvantages that are concentrated in the U.S. among poor or uninsured people or ethnic and racial minorities. Americans still fare worse than people in other countries even when the analysis is limited to non-Hispanic whites and people with relatively high incomes and health insurance, nonsmokers, or people who are not obese.

The report recommends an intensified effort to pursue established national health objectives. It calls for a comprehensive outreach campaign to alert the American public about the U.S. health disadvantage and to stimulate a national discussion about its implications. In parallel, it recommends data collection and research to better understand the factors responsible for the U.S. disadvantage and potential solutions, including lessons that can be learned from other countries.

"Research is important, but we should not wait for more data before taking action, because we already know what to do. If we fail to act, the disadvantage will continue to worsen and our children will face shorter lives and greater rates of illness than their peers in other rich nations," Woolf said.

Voir aussi:

Report Brief

Released:

1/9/2013

U.S. Health in International Perspective: Shorter Lives, Poorer Health

The United States is among the wealthiest nations in the world, but it is far from the healthiest. Although Americans’ life expectancy and health have improved over the past century, these gains have lagged behind those in other high-income countries. This health disadvantage prevails even though the United States spends far more per person on health care than any other nation. To gain a better understanding of this problem, the National Institutes of Health (NIH) asked the National Research Council and the Institute of Medicine to convene a panel of experts to investigate potential reasons for the U.S. health disadvantage and to assess its larger implications. The panel’s findings are detailed in its report, U.S. Health in International Perspective: Shorter Lives, Poorer Health.

A Pervasive Pattern of Shorter Lives and Poorer Health

The report examines the nature and strength of the research evidence on life expectancy and health in the United States, comparing U.S. data with statistics from 16 “peer” countries—other high-income democracies in western Europe, as well as Canada, Australia, and Japan. (See Table.) The panel relied on the most current data, and it also examined historical trend data beginning in the 1970s; most statistics in the report are from the late 1990s through 2008. The panel was struck by the gravity of its findings. For many years, Americans have been dying at younger ages than people in almost all other highincome countries. This disadvantage has been getting worse for three decades, especially among women. Not only are their lives shorter, but Americans also have a longstanding pattern of poorer health that is strikingly consistent and pervasive over the life course—at birth, during childhood and adolescence, for young and middle-aged adults, and for older adults.

The U.S. health disadvantage spans many types of illness and injury. When compared with the average of peer countries, Americans as a group fare worse in at least nine health areas:

infant mortality and low birth weight

injuries and homicides

adolescent pregnancy and sexually transmitted infections

HIV and AIDS

drug-related deaths

obesity and diabetes

heart disease

chronic lung disease

disability

Many of these conditions have a particularly profound effect on young people, reducing the odds that Americans will live to age 50. And for those who reach age 50, these conditions contribute to poorer health and greater illness later in life.

The United States does enjoy a few health advantages when compared with peer countries, including lower cancer death rates and greater control of blood pressure and cholesterol levels. Americans who reach age 75 can expect to live longer than people in the peer countries. With these exceptions, however, other high-income countries outrank the United States on most measures of health.

The U.S. health disadvantage cannot be fully explained by the health disparities that exist among people who are uninsured or poor, as important as these issues are. Several studies are now suggesting that even advantaged Americans— those who are white, insured, college-educated, or upper income—are in worse health than similar individuals in other countries.

Why Are Americans So Unhealthy?

The panel’s inquiry found multiple likely explanations for the U.S. health disadvantage:

Health systems. Unlike its peer countries, the United States has a relatively large uninsured population and more limited access to primary care. Americans are more likely to find their health care inaccessible or unaffordable and to report lapses in the quality and safety of care outside of hospitals.

Health behaviors. Although Americans are currently less likely to smoke and may drink alcohol less heavily than people in peer countries, they consume the most calories per person, have higher rates of drug abuse, are less likely to use seat belts, are involved in more traffic accidents that involve alcohol, and are more likely to use firearms in acts of violence.

Social and economic conditions. Although the income of Americans is higher on average than in other countries, the United States also has higher levels of poverty (especially child poverty) and income inequality and lower rates of social mobility. Other countries are outpacing the United States in the education of young people, which also affects health. And Americans benefit less from safety net programs that can buffer the negative health effects of poverty and other social disadvantages.

Physical environments. U.S. communities and the built environment are more likely than those in peer countries to be designed around automobiles, and this may discourage physical activity and contribute to obesity.

Voir encore:

What’s in a name?

Christopher David Hanson

Live fast, die young and have a good-looking corpse”,

The first quote has been slightly rearranged over the years. It comes from a 1949 movie called Knock on Any Door, starring Humphrey Bogart as a liberal-minded lawyer trying to save a young hoodlum accused of murder.

The hoodlum, Pretty Boy Romano, was played by John Derek who was, indeed, one of the best- looking actors who ever stood before a camera. The exact phrase, as he said it in the movie, was: “I wanna live fast, die young and leave a beautiful corpse.”

A radical solution for avoiding a mid-life crisis is to avoid mid-life. One interpretation of this solution was first suggested to the cinema-going public in 1949 when the phrase ‘Live fast, die young and leave a good-looking corpse’ was spoken by actor John Derek in the film Knock on Any Door, which also starred Humphrey Bogart and was directed by Nicholas Ray1. Ray went on to direct James Dean, who, curiously, is widely admired for having accidentally adopted John Derek’s advice.

The Scheme

The solution has three parts. First, it is suggested, you must ‘Live fast’. ‘Living fast’ is not specifically defined, but it generally involves having a very good time. On achieving this first step, you consequently increase the chances of achieving the second step, which is to ‘die young’. Having died young, the chances of achieving the third step are based on two main factors. The perceived beauty of the participant and the manner of the death. A very good looking person who drinks 10 bottles of champagne and then falls several hundred feet from an air-borne balloon will achieve the first two aims, but is unlikely to achieve the third.

Advantages

The purported advantages of the scheme are that those engaging in it get to go to lots of parties and, at the same time, will avoid having to think about what to do with the extra years we get allocated after the age of thirty. These advantages, of course, largely depend on succeeding with all three steps.

While living fast increases the chances of dying young, it does not actually guarantee that such an event will occur. Some practitioners find that having hit the ground running with masses of parties, alcohol and high speed car chases, they simply fail to achieve step two. In many cases, these unfortunate people grow old in a confused and bewildered state, as it wasn’t really supposed to happen, and now they have the added problem of looking a bit foolish. Those who actually achieve step two are generally considered to be a little bit more cool than those that don’t.

If step two is achieved, the utility of step three to the practitioner is somewhat questionable. Human beings consider many things to be ‘good looking’, but few would add corpses to their list. While one might gain pleasure from having their flowers or pets admired as beautiful, the chances of gaining such pleasure with one’s own corpse are severely limited. It is perhaps for these reasons, that, in the spread of the phrase through the collective consciousness of late-20th Century humanity, step three has been quietly laid to one side, and the phrase is more widely known in its short form: ‘Live fast, die young’.

Popularity

Unsurprisingly, the scheme has not widely caught on. The main reason is that it faces stiff competition from an alternative theory of living, namely: ‘Live slow, die as old as possible’. This is universally popular. The vast majority of humanity chooses to go to parties at moderately spaced intervals, and to fill the intervening time with activities such as going to the office and lounging around watching television. While this entails the consequence of having to think about what to do with the extra years before dying, most people arrive at the swift solution that they should carry on pretty much as they did before. The benefits of living in this manner are that it allows you to get a few more holidays in, rent more videos and eat more dinners than you otherwise might have done.

Examples

Of those that actually practised the advice, James Dean is perhaps the most famous. He also achieves something that demonstrates a curious anomaly which seems to affect most practitioners of the scheme: The more glamorous and fast the life, the more absurd the death. James Dean lived just off Times Square, hung out with Elizabeth Taylor and Richard Burton, had wild times with Marlon Brando and invented a whole new way of smoking. Then he made a road safety commercial and was killed when he drove his Porsche at high speed into a Ford Sedan. The Sedan was being driven by a man called Mr Turnupseed. Dean died at 24. Mr Turnupseed survived the crash and lived to be 632.

Another example: Jim Morrison was frontman to a massively successful rock band (The Doors), toured all over, had lots of wild parties, and lots of wild groupies, did crazy things on and off stage, drank every drink under the sun and wandered around deserts – before getting heroin confused with cocaine and then deciding to have a bath.

But perhaps the greatest exponent of the practice was someone who managed to achieve the advice approximately 2300 years before it was actually given. In this sense, as well as others, Alexander the Great was well ahead of his time. He hung out with Aristotle, put down a Thracian rebellion, and built a massive empire all the way from Macedonia to India. He almost certainly had a few laughs along the way, but this was before he wandered into a swamp and was bitten by a mosquito. He died of malaria at 32.

Conclusion

The expression ‘Live fast, die young and leave a good looking corpse’ advocates something hardly anyone does and makes little practical sense. Yet part of it has become one of the most widely-known phrases in the western world. ‘A stitch in time saves nine’ it is not. It should also be noted that John Derek himself spectacularly failed to live up to his own advice. He married actress Bo Derek and lived for 62 years.


Diplomatie: C’est avec les beaux sentiments qu’on fait de la mauvaise diplomatie (If you treat him like a statesman, he’ll be one)

12 décembre, 2012
C’est avec les beaux sentiments qu’on fait de la mauvaise littérature. André Gide
Dans l’expression ‘gouvernement islamique’, pourquoi jeter d’emblée la suspicion sur l’adjectif ‘islamique’ ? Le mot ‘gouvernement’ suffit, à lui seul, à éveiller la vigilance. Foucault (dec. 1978)
Khomeini est une sorte de figure à la Gandhi. William Sullivan (ambassadeur américain à Téhéran)
Khomeini (…) n’est pas un ‘mujahid fou", mais un homme d’une intégrité et d’une honnêteté impeccables. James Bill (conseiller de Carter, Newsweek, February 12, 1979)
Supposer que l’Ayatollah Khomeiny est un dissimulateur est presque iconcevable. Son style politique est d’exprimer son point de vue réel d’une manière provocante  et sans concession. Peu importe les conséquences. Il a peu d’incitations pour devenir brusquement sournois pour flatter l’opinion publique américaine. Ainsi, le dépeindre comme fanatique, réactionnaire et porteur de préjugés bruts apparait heureusement et certainement faux. Aussi, ce qui est encourageant, c’est que son entourage de proches conseillers est uniformément composé d’individus modérés et progressistes. (…) En dépit de ces turbulences, beaucoup d’Iraniens non religieux parlent de cette période comme l’heure de gloire de l’Islam. Après avoir créé un nouveau modèle de révolution populaire fondée, pour l’essentiel, sur les tactiques nonviolentes, l’Iran pourrait bien finalement nous fournir le modèle de gouvernance humaine dont ont désespérément besoin  les pays du tiers-monde. Richard Falk (universitaire de Princeton et conseiller de Carter, « Trusting Khomeini », NYT, February 16, 1979)
Nombre des déclarations [de l'Iran] sont certes répréhensibles, mais elles ne constituent pas une incitation au génocide. Personne ne les a mises en oeuvre. Kenneth Roth (président de Human Rights Watch)
L’ex-otage britannique au Liban, Terry Waite, a effectué une visite à Beyrouth la semaine dernière, 25 ans après son enlèvement par le Jihad islamique, un groupe pro-iranien proche du Hezbollah, rapportait dimanche un journaliste du Sunday Telegraph qui l’a accompagné durant son voyage. (…) Au cours de sa visite, M. Waite, 73 ans, s’est réuni lundi dernier avec le responsable des relations internationales au sein du Hezbollah, Ammar Moussawi, pour des "discussions de réconciliation". La réunion a duré près de deux heures. Il a affirmé au journal britannique avoir demandé au parti islamiste libanais d’aider les réfugiés chrétiens syriens qui ont fui les violences dans leur pays. Terry Waite est un ancien émissaire du chef de l’Église anglicane de l’époque, Robert Runcie. Il a été enlevé au Liban en 1987 alors qu’il tentait de négocier la libération de quatre otages occidentaux. Accusé d’être un espion, il a été détenu par le Jihad islamique pendant 1 760 jours avant d’être libéré en 1991. (…) Au cours de sa réunion avec M. Moussawi, le Britannique s’est montré très critique vis-à-vis des soulèvements en cours dans le monde arabe, dénonçant l’islamisation des révolutions. "Le Printemps arabe s’est transformé en un pouvoir d’oppression et non de liberté", a-t-il dit au responsable du Hezbollah qui l’a en retour qualifié de "grand homme". L’Orient du jour
Lors de la crise des missiles de Cuba, les États-Unis n’ont pas été confrontés à Cuba, mais à l’Union Soviétique. Israël n’a pas été confronté à Gaza, mais à l’Iran. Michael B. Oren (ambassadeur israélien aux États-Unis et historien militaire)
Même pour les normes de l’Afrique des années 1990, le RUF avait mis la barre très haut pour la brutalité. Ses soldats étaient principalement des enfants enlevés à leurs parents, nourris à la cocaïne et aux amphétamines. Son financement provenait des diamants du sang. Il s’était fait une véritable réputation pour l’amputations des membres de ses victimes. Ses campagnes militaires portaient des noms comme "tout doit disparaitre". En janvier 1999, six mois avant le témoignage de Mme Rice du Sénat, le RUF fit le siège de la capitale, Freetown. "Le RUF a incendié des maisons avec leurs occupants toujours à l’intérieur, découpé à la machette les membres ou arraché les yeux au couteau de ses victimes, violé les enfants et abattu de nombreuses personnes dans la rue, » a écrit Ryan Lizza dans The New Republic. "En trois semaines, le RUF tué quelques 6 000 personnes, principalement des civils." Que faire avec un tel groupe? L’Administration Clinton a eu une idée. Amorcer un processus de paix. Il n’a pas semblé  faire problème que Sankoh était manifestement irrécupérable et probablement psychotique. Ni qu’il avait violé les accords antérieurs pour mettre fin à la guerre. « Si vous traitez Sankoh comme un homme d’État, il le deviendra", telle était la théorie opératoire au Département d’Etat, selon un membre du personnel du Congrès cité par M. Lizza. Au lieu de traiter Sankoh comme une partie du problème, sinon le problème lui-même, le Département allait le traiter comme faisant partie de la solution. Un représentant du RUF fut donc invité à Washington pour des entretiens. Jesse Jackson fut nommé au poste d’envoyé spécial du président Clinton. (…) Un mois plus tard, les voeux de Mme Ricefurent exaucés avec la signature de l’Accord de paix de Lomé. C’était un incroyable Il s’agissait d’un document. Au nom de la réconciliation, les combattants du RUF furent amnistiés. Sankoh devint vice-président de la Sierra Leone. Pour adoucir l’affaire, il était également chargé de la commission chargée de surveiller le commerce des diamants du pays. Tout cela fut imposé au Président Kabbah. En septembre 1999, Mme Rice salua les efforts de"pratiques" du pasteur Jackson, de l’ambassadeur américain Joe Melrose "et de beaucoup d’autres" pour avoir contribué à la signature de l’accord de Lomé. Pendant des mois par la suite, Mme Rice célèbra les accords à chaque occasion. le pasteur Jackson, dit-elle, avait « joué un rôle particulièrement important, » comme l’avait fait Howard Jeter, son adjoint au Département. Lors d’une séance de questions-réponses avec des journalistes africains le 16 février 2000, elle défendit la participation de Sankoh au gouvernement, notant que "il y a plusieurs cas où des accords de paix dans le monde ont envisagé la conversion de mouvements rebelles en partis politiques". Qui plus est, les États-Unis étaient même prêts à donner un coup de main à Sankoh, pourvu qu’il se tienne bien. "Parmi les institutions de gouvernement que nous sommes prêts à aider," dit-elle, "il y a bien sûr la Commission des ressources quel dirige M. Sankoh." Bien entendu. Trois mois plus tard, le RUF prenait 500 casques bleus des Nations Unies en otage et menaçait à nouveau Freetown. L’Accord de Lomé était devenu lettre morte. Bret Stephens
La croissance économique qui a suivi la révolution était agitée et insoutenable, note Gaidar, reprenant un thème de son ouvrage précédent, "L’effondrement d’un Empire". Dans "Russie: une vision à long terme," il se tourne rapidement vers les mois qui ont suivi l’effondrement soviétique, citant les notes de service catastrophiques sur la famine imminente et la désintégration sociale qui s’entassaient sur son bureau en novembre 1991. Il réfute plusieurs idées sur ce qui s’est passé à cette époque, y compris l’affirmation fausse que la réforme économique avait provoqué la crise – i.e., que la stabilisation monétaire, la privatisation et la libéralisation des prix avaient entraîné une chute catastrophique de production. Une telle revendication, pour Gaidar, vient du fait de regarder le problème du mauvaise côté. L’argent soviétique n’était pas de l’argent réel, tout comme la production soviétique n’était pas de la vraie production. L’économie avait créé des produits et services dont personne ne voulait, par l’intermédiaire de processus qui détruisaient la valeur au lieu de le créer. L’arrêt des fausses incitations à produire ne pouvait que provoquerque l’effondrement de la production enregistrée. La réforme était nécessaire parce que les dirigeants soviétiques avaient hérité d’une crise qui menaçait l’existence même du pays. Gaidar conclut en évaluant les dirigeants actuels de la Russie. "Il n’est pas difficile d’être populaire et avoir un soutien politique", écrit-il, "lorsque vous disposez de dix années de croissance du revenu réel à 10 pour cent par an". Mais cette époque est révolue. Le régime doit maintenant choisir entre répression ("tentant mais suicidaire") et ce qu’il appelle "la libéralisation réglementée". En particulier, il soutient que la Russie doit rétablir la liberté d’expression, ouvrir son processus de prise de décision, instituer un système judiciaire indépendant et mener une "guerre contre la corruption". Taiwan, l’Espagne et le Chili sont pour lui des exemples à suivre. Edward Lucas
Reuel Marc Gerecht, de la Fondation pour la défense des démocraties et Brian Katulis du Center for American Progress soutenaient "Plutôt des islamistes élus que des dictateurs » (…) Katulis a accusé les dictatures d’encourager « les sortes d’idéologies » qui ont conduit au 9/11 et Gerecht a insisté que ce sont les juntes militaires, pas les islamistes, qui sont généralement « le véritable danger. … Le seul moyen d’obtenir un ordre plus libéral au Moyen-Orient, c’est par l’intermédiaire des électeurs croyants" qui portent les islamistes au pouvoir. Katulis a soutenu que les islamistes élus changent et deviennent moins idéologiques et plus pragmatiques ; que pris dans la mélée de la politique au jour le jour ils évoluent pour se concentrer sur les « besoins fondamentaux », tels que la sécurité et l’emploi.(…) En seulement trois mois, Morsi a montré qu’il aspire à des pouvoirs dictatoriaux supérieurs à ceux de Moubarak et que son règne laisse présager une encore plus grande calamité pour l’Égypte que Moubarak. Il a parfaitement justifié notre point de vue à Jasser et à moi qu’il vaut mieux des dictateurs que des islamistes élus. Comme je l’ai indiqué au cours du débat, les Occidentaux doivent fermer avec détermination la porte aux dictateurs idéologiques comme les islamistes tout en faisant pression sur les dictateurs avides pour qu’ils fassent place à la société civile. Telle est la la seule porte de sortie de ce faux choix entre deux formes de tyrannie. Daniel Pipes

A l’heure où, avec les missiles de Gaza, la révolution iranienne vient pour la énième fois de confirmer tout le potentiel qu’avait laissé escomter il y a plus de 40 ans son lancement franco-américain sur les fronts baptismaux  …

Et où, de l’ONU à l’ex-otage du Hezbollah Terry Waite, la même bien-pensance occidentale est repartie pour un tour avec l’adoubement d’organisations qui continuent à appeler à l’annihilation d’un de leurs voisins …

Comment ne pas être attendri avec l’islamologue Daniel Pipes commentant la nouvelle expérience en cours et en direct de l’Egypte

Par la confondante et indéfectible constance avec laquelle les belles âmes qui nous gouvernent …

Continuent à ignorer pour la diplomatie la leçon de Gide sur la littérature ?

Better Dictators than Elected Islamists

Daniel Pipes

The Washington Times

December 11, 2012

Washington Times title: "Islamists are worse than dictators"

Who is worse, President Mohamed Morsi, the elected Islamist seeking to apply Islamic law in Egypt, or President Husni Mubarak, the former dictator ousted for trying to start a dynasty? More broadly will a liberal, democratic order more likely emerge under Islamist ideologues who prevail through the ballot box or from greedy dictators with no particular agenda beyond their own survival and power?

Morsi’s recent actions provide an answer, establishing that Islamists are yet worse than dictators.

This issue came up in an interesting debate for Intelligence Squared U.S. in early October when Reuel Marc Gerecht of the Foundation for the Defense of Democracies and Brian Katulis of the Center for American Progress argued "Better elected Islamists than dictators," while Zuhdi Jasser of the American Islamic Forum for Democracy and I argued the counter-argument. Well, no one really argued "for" anyone. The other team did not endorse Islamists, we certainly did not celebrate dictators. The issue, rather, was which sort of ruler is the lesser of two evils, and can be cudgeled to democracy.

Katulis blamed dictatorships for fostering "the sorts of ideologies" that led to 9/11 and Gerecht insisted that military juntas, not Islamists, generally are "the real danger. … The only way you’re going to get a more liberal order in the Middle East is through people of faith" who vote Islamists into office. Katulis argued that elected Islamists change and morph, becoming less ideological and more practical; they evolve in response to the rough and tumble of politics to focus on "basic needs" such as security and jobs.

President Mohamed Morsi meeting with Australia’s Prime Minister Julie Gillard in Sept. 2012.

In Iraq, Gerecht professed to find that "a tidal wave of people who were once hard core Islamists who … have become pretty profound democrats, if not liberals." As for Egypt, he noted approvingly but inaccurately that "The Muslim Brotherhood is having serious internal debates because they haven’t figured out how to handle [their success]. That’s what we want. We want them to fight it out."

Jasser and I replied to this catalogue of inaccuracies (military juntas led to 9/11?) and wishful thinking (true believers will compromise on their goals? a tidal wave of Iraqi Islamists became liberals?) by stating first that ideologues are "dictators on steroids" who don’t moderate upon reaching power but dig themselves in, building foundations to remain indefinitely in office. Second, ideologues neglect the very issues that our opponents stressed – security and jobs – in favor of implementing Islamic laws. Greedy dictators, in contrast, short on ideology and vision, do not have a vision of society and so can be convinced to move toward economic development, personal freedoms, an open political process, and rule of law (for example, South Korea).

Lo and behold, Morsi and the Muslim Brotherhood have followed exactly our script. Since taking power in August, Morsi (1) sidelined the military, then focused on entrenching and expanding their supremacy, most notably by issuing a series of orders on Nov. 22 that arrogated autocratic powers to him and spreading Zionist conspiracy theories about his opponents. He then (2) rammed through an Islamist-oriented constitution on Nov. 30 and called a snap referendum on it Dec. 15. Consumed with these two tasks, he virtually ignored the myriad issues afflicting Egypt, especially the looming economic crisis and the lack of funds to pay for imported food.

Morsi’s power grab stimulated anti-Islamist Egyptians to join forces as the "National Salvation Front" and confront Islamists in the most violent street clashes in six decades, forcing him partially to retreat from his Nov.22 orders. Ironically, after deftly sidelining the military in August, Morsi’s overreach created circumstances that returned ultimate authority to the generals, who can intervene for or against him. By choosing Islamist sympathizers as top officers and offering the military enhanced privileges in the proposed constitution, he has in all likelihood won their support. Martial law appears likely next.

In just three months, Morsi has shown that he aspires to dictatorial powers greater than Mubarak’s and that his rule portends to be an even greater calamity for Egypt than was Mubarak’s. He has neatly vindicated Jasser’s and my point: better dictators than elected Islamists. As I noted in the debate, Westerners should slam the door hard on ideological dictators like Islamists while pressuring greedy dictators to allow civil society. That offers the only exit from the false choice of two forms of tyranny.

Mr. Pipes (www.DanielPipes.org) is president of the Middle East Forum.

Voir aussi:

The Other Susan Rice File

How to embrace psychotic murderers and alienate a continent.

Bret Stephens

The WSJ

December 11, 2012

The trouble with a newspaper column lies in the word limit. Last week, I wrote about some of Susan Rice’s diplomatic misadventures in Africa during her years in the Clinton administration: Rwanda, Ethiopia, the Democratic Republic of Congo. But there wasn’t enough space to get to them all.

And Sierra Leone deserves a column of its own.

On June 8, 1999, before the Senate Foreign Relations Committee, Ms. Rice, then the assistant secretary of state for African affairs, delivered testimony on a range of issues, and little Sierra Leone was high on the list. An elected civilian government led by a former British barrister named Ahmad Kabbah had been under siege for years by a rebel group known as the Revolutionary United Front, led by a Libyan-trained guerrilla named Foday Sankoh. Events were coming to a head.

Even by the standards of Africa in the 1990s, the RUF set a high bar for brutality. Its soldiers were mostly children, abducted from their parents, fed on a diet of cocaine and speed. Its funding came from blood diamonds. It was internationally famous for chopping off the limbs of its victims. Its military campaigns bore such names as "Operation No Living Thing."

In January 1999, six months before Ms. Rice’s Senate testimony, the RUF laid siege to the capital city of Freetown. "The RUF burned down houses with their occupants still inside, hacked off limbs, gouged out eyes with knives, raped children, and gunned down scores of people in the street," wrote Ryan Lizza in the New Republic. "In three weeks, the RUF killed some 6,000 people, mostly civilians."

What to do with a group like this? The Clinton administration had an idea. Initiate a peace process.

It didn’t seem to matter that Sankoh was demonstrably evil and probably psychotic. It didn’t seem to matter, either, that he had violated previous agreements to end the war. "If you treat Sankoh like a statesman, he’ll be one," was the operative theory at the State Department, according to one congressional staffer cited by Mr. Lizza. Instead of treating Sankoh as part of the problem, if not the problem itself, State would treat him as part of the solution. An RUF representative was invited to Washington for talks. Jesse Jackson was appointed to the position of President Clinton’s special envoy.

It would be tempting to blame Rev. Jackson for the debacle that would soon follow. But as Ms. Rice was keen to insist in her Senate testimony that June, it was the Africa hands at the State Department who were doing most of the heavy lifting.

"It’s been through active U.S. diplomacy behind the scenes," she explained. "It hasn’t gotten a great deal of press coverage, that we and others saw the rebels and the government of Sierra Leone come to the negotiating table just a couple of weeks ago, in the context of a negotiated cease-fire, in which the United States played an important role."

A month later, Ms. Rice got her wish with the signing of the Lomé Peace Accord. It was an extraordinary document. In the name of reconciliation, RUF fighters were given amnesty. Sankoh was made Sierra Leone’s vice president. To sweeten the deal, he was also put in charge of the commission overseeing the country’s diamond trade. All this was foisted on President Kabbah.

In September 1999, Ms. Rice praised the "hands-on efforts" of Rev. Jackson, U.S. Ambassador Joe Melrose "and many others" for helping bring about the Lomé agreement.

For months thereafter, Ms. Rice cheered the accords at every opportunity. Rev. Jackson, she said, had "played a particularly valuable role," as had Howard Jeter, her deputy at State. In a Feb. 16, 2000, Q&A session with African journalists, she defended Sankoh’s participation in the government, noting that "there are many instances where peace agreements around the world have contemplated rebel movements converting themselves into political parties."

What was more, the U.S. was even prepared to lend Sankoh a helping hand, provided he behaved himself. "Among the institutions of government that we are prepared to assist," she said, "is of course the Commission on Resources which Mr. Sankoh heads."

Of course.

Three months later, the RUF took 500 U.N. peacekeepers as hostages and was again threatening Freetown. Lomé had become a dead letter. The State Department sought to send Rev. Jackson again to the region, but he was so detested that his trip had to be canceled. The U.N.’s Kofi Annan begged for Britain’s help. Tony Blair obliged him.

"Over a number of weeks," Mr. Blair recalls in his memoirs, British troops "did indeed sort out the RUF. . . . The RUF leader Foday Sankoh was arrested, and during the following months there was a buildup of the international presence, a collapse of the rebels and over time a program of comprehensive disarmament. . . . The country’s democracy was saved."

Today Mr. Blair is a national hero in Sierra Leone. As for Ms. Rice and the administration she represented, history will deliver its own verdict.

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Dancing Around Genocide

David Feith

The WSJ

December 5, 2012

Is promoting genocide a human-rights violation? You might think that’s an easy question. But it isn’t at Human Rights Watch, where a bitter debate is raging over how to describe Iran’s calls for the destruction of Israel. The infighting reveals a peculiar standard regarding dictatorships and human rights and especially the Jewish state.

Human Rights Watch is the George Soros-funded operation that has outsize influence in governments, newsrooms and classrooms world-wide. Some at the nonprofit want to denounce Iran’s regime for inciting genocide. "Sitting still while Iran claims a ‘justification to kill all Jews and annihilate Israel’ . . . is a position unworthy of our great organization," Sid Sheinberg, the group’s vice chairman, wrote to colleagues in a recent email.

But Executive Director Kenneth Roth, who runs the nonprofit, strenuously disagrees.

Asked in 2010 about Iranian President Mahmoud Ahmadinejad’s statement that Israel "must be wiped off the map," Mr. Roth suggested that the Iranian president has been misunderstood. "There was a real question as to whether he actually said that," Mr. Roth told The New Republic, because the Persian language lacks an idiom for wiping off the map. Then again, Mr. Ahmadinejad’s own English-language website translated his words that way, and the main alternative translation— "eliminated from the pages of history"—is no more benign. Nor is Mr. Ahmadinejad an outlier in the regime. Iran’s top military officer declared earlier this year that "the Iranian nation is standing for its cause that is the full annihilation of Israel."

Mr. Roth’s main claim is legalistic: Iran’s rhetoric doesn’t qualify as "incitement"—which is illegal under the United Nations Genocide Convention of 1948—but amounts merely to "advocacy," which is legal.

"The theory" to which Human Rights Watch subscribes, he has written in internal emails, "is that in the case of advocacy, however hateful, there is time to dissuade—to rebut speech with speech— whereas in the case of incitement, the action being urged is so imminently connected to the speech in question that there is no time to dissuade. Incitement must be suppressed because it is tantamount to action."

Mr. Roth added in another email: "Many of [Iran's] statements are certainly reprehensible, but they are not incitement to genocide. No one has acted on them."

Really? What about the officials, soldiers and scientists behind Iran’s nuclear program? Mostafa Ahmadi Roshan was a senior nuclear scientist until his death in a car explosion this year. His widow afterward boasted: "Mostafa’s ultimate goal was the annihilation of Israel."

Hezbollah, the Lebanese terror group founded by the Tehran regime, is also unabashed about its motivations. Then there’s Hamas, the Tehran-backed Palestinian terror group whose founding charter declares that "Israel will exist and will continue to exist until Islam will obliterate it, just as it obliterated others before it."

If building nuclear weapons and deploying Hezbollah and Hamas aren’t "action" in Mr. Roth’s view, what is? "Incitement to genocide did occur in Rwanda," he has written to colleagues. "Radio Milles Collines identified the locations of Tutsis and directed organized gangs to hunt them down, which they promptly did, in real time."

So if genocidal talk isn’t causing genocidal action in "real time," Human Rights Watch must sit on its hands. That approach seems to miss the purpose of both the Genocide Convention—to stop genocide before it happens, not simply litigate it afterward—and of human-rights activism generally.

For decades Human Rights Watch has done brave reporting behind the Iron Curtain, in Saddam Hussein’s Iraq, communist China and other dark corners. Yet its silence on Iran’s genocidal rhetoric fits a pattern toward Israel.

Mr. Roth, when asked to comment for this article, said that a Human Rights Watch committee may review Iran’s rhetoric, but in his view Tehran isn’t inciting genocide and claims to the contrary are "part of an effort to beat the war drums against Iran." In other words, Tehran will continue to call for Israel’s obliteration—and Human Rights Watch will continue to sit back and watch.

Mr. Feith is an assistant editorial features editor at the Journal

Voir de plus:

Democracy Promotion or Islamist Promotion?
Bruce Thornton
Frontpage Magazine

December 12, 2012

The hope that democracy would bloom in Egypt following our collusion in removing Hosni Mubarak looks more and more delusional every day. Even our foreign policy wishful thinkers are no longer peddling the canard that the Islamist Muslim Brotherhood is “secular” and “moderate,” thus proving that Muslims devoted to the global expansion of Islam and illiberal Sharia law can be liberal democrats friendly to our interests. But despite being mugged by the Islamist reality, too many democracy promoters in the West still refuse to acknowledge that the Iranian Revolution, not the American Revolution, is the likely model for the so-called “Arab Spring.”

The latest moves by president Mohammed Morsi to aggrandize Muslim Brotherhood power in Egypt would not surprise anyone even casually familiar with that organization’s aims and ideology. But even those presumably in the know still cling to the Western narrative predicated on Western assumptions. For example, New York Times Cairo bureau chief David Kirkpatrick recently said, “The Brotherhood, they’re politicians. They are not violent by nature, and they have over the last couple of decades evolved more and more into a moderate — conservative but religious, but moderate — regular old political force.” It takes just such a massive failure of imagination to ignore the illiberal and Islamist implications of Morsi’s recent autocratic behavior, which is consistent with nearly 90 years of Muslim Brotherhood jihadist goals like “the Koran is our law” and “death for the sake of Allah is the highest of our aspirations.” Is that not an aim “violent by nature”? What other global “regular old political force” endorses such illiberal aspirations? Like many Westerners, Kirkpatrick confuses pragmatism for moderation.

And don’t be fooled by the fact that Morsi’s November 22 decree insulating his actions from judicial review has been partially rescinded. The decree already has served its purpose. The Islamist-dominated assembly has finished writing the new constitution that enshrines Sharia law, and a referendum on it will be held on Saturday. Ominously, Morsi has deployed the army as “security,” giving it the right to arrest civilians. As the Wall Street Journal reports, “If voters pass the constitution on Saturday, it could give Islamists a nearly free hand to redraft the architecture of Egypt’s nascent democracy.” Andrew McCarthy last week quoted Morsi adviser Khairat al-Shater to give us a hint at what purpose that new constitutional structure would serve: “to subjugate people to God on earth” and “to organize our life and the lives of the people on the basis of Islam,” which is “our main and overall mission as Muslim Brothers.” As for Kirkpatrick’s old-fashioned pol Morsi, Freedom Center Shillman Fellow Raymond Ibrahim recently reported that a Muslim Brotherhood official said on Egyptian television that “Supreme Guide” Muhammed Badie “rules Morsi.” If true, this means an Egyptian government hostile to Israel and supportive of the terrorist gang Hamas, which like Badie explicitly endorses genocide, and committed to the “Grand Jihad” of subverting Western civilization from within.

But what about the protesters in Tahrir Square? Don’t they represent a significant liberal opposition to an Iran-like state arising in Egypt? We will know after Saturday, when a postponement of the referendum, or a result rejecting the constitution, will demonstrate that the thousands protesting in Cairo we see on the news represent the preferences of 83 million Egyptians we don’t see. But as Andrew Bostom reports, research by Vote Compass Egypt suggests that 70% of Egyptians will vote for a constitution that legalizes religious intolerance and ignores fundamental human rights, an outcome consistent with several years of polling in Egypt that consistently has found widespread support for Sharia law. Perhaps that’s why the liberals are trying to postpone the vote and are calling for a boycott. They understand that “democracy” understood only as popular sovereignty will lead to illiberal and tyrannical results. If you don’t believe them, listen to influential cleric Sheik Yasser Borhami, who said of the new constitution, “This constitution has more complete restraints on rights than ever existed before in any Egyptian constitution. This will not be a democracy that can allow what God forbids, or forbid what God allows.”

Meanwhile, another venue of revolution against a brutal dictator, Syria, also looks more and more likely to result in chaos favorable not to liberal democracy, but to the Muslim Brotherhood and the more explicitly jihadist gangs fighting against Assad. According to the New York Times, the al-Qaeda franchise Al-Nusra Front “has become one of the uprising’s most effective fighting forces” since “its fighters, a small minority of the rebels, have the boldness and skill to storm fortified positions and lead other battalions to capture military bases and oil fields. As their successes mount, they gather more weapons and attract more fighters.” Other Islamist groups were recently seen in a video leading a sing-along extolling terrorism, the destruction of the World Trade Center, and the Taliban. More frightening still, another video has surfaced that — assuming it’s authentic — shows the Free Syrian Army killing rabbits with some sort of poison gas.

But don’t worry, the new “opposition alliance” endorsed by France and the US is lead by Moaz al–Khatib. As J.E. Dyer reports, Khatib is “a Muslim Brotherhood member with a history of anti-Semitic, anti-Western statements, who has castigated as ‘revisionists’ fellow Muslims (like Alawites) whose beliefs differ on the margins, and who believes that the bombing of Israelis is ‘evidence of God’s justice.’” Yet despite all the signs that, as Frontpage’s Daniel Greenfield wrote recently, “Syria is coming down to a race between the Iranian allied Syrian government, the Muslim Brotherhood and Al Qaeda,” according to the London Sunday Times, “The United States is launching a covert operation to send weapons to Syrian rebels for the first time,” including “mortars, rocket-propelled grenades and anti-tank missiles.” Some of the weapons come from “the stockpiles of Muammar Gaddafi” and “include SA-7 missiles, which can be used to shoot down aircraft.” It’s looking more and more like a reprise of the debacle in Libya, where US military power was used to arm and empower jihadist gangs like the one that assassinated 4 Americans in Benghazi.

So this is what ten years of democracy promotion in the Middle East have brought us: illiberal states increasingly dominated by unstable mixtures of jihadist terrorists and more tactically savvy Islamists like the Muslim Brotherhood who both share the goal of creating some version of Iran’s Islamic government. In short, we will have colluded in creating states hostile to our interests and security, and those of our closest ally in the region, Israel. Such are the fruits of foreign policy wishful thinking.

 

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Shock Therapy’s Unsung Hero

Edward Lucas

The WSJ

December 11, 2012

The causes of modern economic growth are one great mystery, the sources of Russia’s plight another. Only someone with the intellectual ambition of Yegor Gaidar would try to penetrate both mysteries in a single volume.

Gaidar was for two decades one of the most important intellectual forces in Russia. As deputy prime minister he launched the country’s sprint to a market economy in November 1991, amid the ruins of the Soviet system. Personally austere and intellectually rigorous, he despised the corruption and cronyism that took root in Russia in the 1990s. But he was still more disillusioned by the authoritarian course plotted by Vladimir Putin after he became president in 2000. Gaidar died in 2009, at age 53.

"Russia: A Long View" synthesizes this remarkable man’s thinking about economics, history and politics. It ranges from the puzzles of slowing GDP per capita in the agrarian societies of the Neolithic Age to the quirks of alcohol consumption in 19th-century Germany. It is an uncompromising tombstone of a book, first published in Russia in 2005 but only posthumously in English, in an exemplary translation by Antonina W. Bouis.

Despite its Russo-centric title, Anders Åslund, the Swedish economist, describes "Russia: A Long View," in the book’s foreword, as one of the best single-volume economic histories of the world ever written.

It opens with a survey of Marxist analysis of economic growth. Gaidar has some sympathy for Karl Marx himself, who in Gaidar’s view saw the weaknesses in his own theories more clearly than his followers did. But he blasts the Marxist simplicities that surrounded much Soviet-era thinking about economic development—in particular the Marxian assumption that economies conform to "the iron laws of history." Far from obeying iron laws, Gaidar says, modern economies find themselves subject to "an incomplete, continuing process of dynamic transformations without precedent in world history."

Having established his theoretical framework, Gaidar turns to the root causes of Russia’s backwardness. He places special emphasis on the eclipse of the self-governing medieval republic of Novgorod in northern Russia, a polity akin, he says, to Italy’s then-thriving city-states.

When Novgorod was subjugated by Moscow in the 15th century, becoming part of Russia’s vast feudal apparatus, Russia became separated "culturally, religiously, politically and ideologically from the center of innovation that Western Europe was rapidly becoming." Whereas elements of a "taxpayers’ based democracy" were becoming entrenched in Europe, Russia’s system was of the "Eastern despotic type," based on maximizing the resources that the state could extract from the peasant population.

In the years before the Russian Revolution, Gaidar argues, the country was beginning to shed the burden of its past, with urbanization and fast economic growth narrowing the gap with Europe. But communist economics brought a sharply different course, marked by the state ownership of property, the bureaucratic allocation of resources, forced industrialization, militarism and ruthless political repression.

The economic growth that followed the revolution was fitful and unsustainable, Gaidar notes, recapitulating a theme of his earlier book, "Collapse of an Empire." In "Russia: A Long View," he turns quickly to the months after the Soviet collapse, citing the graphic memorandums about impending famine and social breakdown that piled up on his desk in November 1991. He rebuts several ideas about what happened at that time, including the bogus claim that economic reform caused the crisis—i.e., that price liberalization, monetary stabilization and privatization resulted in a catastrophic fall in output.

Such a claim, Gaidar says, comes from viewing the problem the wrong way round. Soviet money wasn’t real money, just as Soviet output wasn’t real production. The economy created goods and services that nobody wanted via processes that destroyed value rather than creating it. Ending phony incentives to produce was bound to send recorded output crashing down. Reform was necessary because the Soviet leadership had bequeathed a crisis that threatened the country’s very existence.

Gaidar concludes by assessing Russia’s current leadership. "It is not hard to be popular and have political support," he writes, "when you have ten years of growth of real income at 10 percent a year." But that era is over. The regime must now choose between repression ("tempting but suicidal") and what he calls "regulated liberalization."

In particular, he argues that Russia needs to restore freedom of speech, open up its process of decision- making, institute an independent judiciary and wage a "war on corruption." Taiwan, Spain and Chile, he says, offer examples of how to do it. It would be a task worthy of Gaidar’s own talents, if only he were around to offer them.

Mr. Lucas is the author of "Deception," a new book on Russian espionage, and "The New Cold War: Putin’s Russia and the Threat to the West."

Voir enfin:


Poésie/Keats: Cette étrange capacité négative que Shakespeare possédait à un degré énorme … (Solomon in all his glory was not arrayed like one of these)

11 octobre, 2012
Vous avez appris qu’il a été dit: Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Jésus (Mt 5: 43-45)
Ne vend-on pas deux passereaux pour un sou? Cependant, il n’en tombe pas un à terre sans la volonté de votre Père. Et même les cheveux de votre tête sont tous comptés. Ne craignez donc point: vous valez plus que beaucoup de passereaux. Jésus (Matthieu. 10: 29-31)
Considérez comment croissent les lis: ils ne travaillent ni ne filent; cependant je vous dis que Salomon même, dans toute sa gloire, n’a pas été vêtu comme l’un d’eux. Si Dieu revêt ainsi l’herbe qui est aujourd’hui dans les champs et qui demain sera jetée au four, à combien plus forte raison ne vous vêtira-t-il pas, gens de peu de foi? Jésus (Luc 12: 27-28)
Je rêve presque que nous soyons des papillons n’ayant à vivre que trois jours d’été. Avec vous, ces trois jours seraient plus plaisants que cinquante années d’une vie ordinaire. John Keats
Je vis une Dame par la prairie, elle était belle — une fille des fées, ses cheveux étaient longs, ses pas légers, et ses yeux étaient fous. (…) Et sûrement son étrange langage disait : « Je t’aime fidèlement. (…) Je vis aussi des rois pâles, et des princes pâles, des guerriers pâles, tous pâles comme la mort ; — Ils me criaient : « La Belle Dame sans merci t’a pris dans ses rets. Keats
J’ai été frappé tout d’un coup de la qualité essentielle à la formation d’un Homme d’Art accompli particulièrement en Littérature et que Shakespeare possédait à un degré énorme – je veux dire la Capacité Négative, je veux dire celle de demeurer au sein des incertitudes, des Mystères, des doutes, sans s’acharner à chercher le fait et la raison. John Keats
La poésie doit nous frapper comme l’expression, par mots, des plus hautes pensées, et nous paraître presque une réminiscence. John Keats (27 févr. 1818)
Un poème doit se comprendre à travers les sens. L’intérêt de plonger dans un lac n’est pas de nager immédiatement jusqu’au rivage ; c’est d’être dans le lac, se prélasser dans la sensation de l’eau. On ne théorise pas un lac. C’est une expérience au-delà de la pensée. La poésie apaise et enhardit l’âme pour accepter le mystère. Keats
Rien ne semblait lui échapper, ni le chant d’un oiseau, ni la réponse en sourdine du sous-bois ou de la haie, ni le bruissement de quelque animal, ni les variations des lumières vertes et brunes et des ombres furtives, ni les mouvements du vent – la façon exacte que celui-ci avait d’attraper certaines fleurs et plantes élancées – ni la pérégrination des nuages ; ni même les traits et les gestes des trimardeurs de passage, la couleur des cheveux d’une femme, le sourire d’un visage d’enfant, l’animalité furtive, sous le déguisement d’humanité chez nombre de vagabonds, ni même les chapeaux, les vêtements, les souliers, partout où ceux-ci véhiculaient la moindre indication quant à la personnalité du porteur. Joseph Severn
Il semble que M. Keats est mort à Rome où il s’était retiré pour se rétablir des conséquences que la rupture d’un vaisseau sanguin avait eues sur sa santé. Il n’est pas impossible que sa mort prématurée ait été provoquée par les soins qu’il prodiguait à son jeune frère, lui aussi décédé ; l’attention qu’il portait à l’invalide était fiévreuse et infatigable au point que ses amis voyaient clairement que sa santé pâtissait de cet effort. Cela a pu être une cause, mais je ne crois pas que ce soit la seule. On se souviendra que Keats a subi, il y a deux ans, un traitement brutal de la critique (…), qui de l’avis des esprits sensibles et élégants, s’est rendue odieuse par son empressement grossier à céder aux appétits pervers du commérage et de la foire aux scandales. Jusqu’à quel point il fut affecté par le sort que lui réservèrent ces journalistes, je ne peux le dire. (…) Il est réellement douloureux de voir l’ardeur d’un esprit enthousiaste et confiant ainsi livré au rire monstrueux d’une meute brutale, aux piques et aux baïonnettes de mercenaires de la littérature. Si M. Grifford tire une quelconque satisfaction de savoir à quel point il a contribué à la douleur d’un esprit généreux, je pourrai lui être agréable en l’informant que Keats a passé une nuit entière à parler avec amertume du traitement injuste qu’il a connu. Charles Cowden Clarke
He goes on to say "the simple imaginative Mind may have its rewards in the repetitions of its own silent workings coming continually on the Spirit with a fine Suddenness" – a remark that contains more of the psychology of productive thought than many treatises. (…) Ultimately there are two philosophies. One of them accepts life and experience in all its uncertainty, mystery doubt and half knowledge and turns that experience unto itself  to deepen and deepen its own qualities  – to imagination and art. This is the philosophy of Shakespeare and Keats. John Dewey
Le poème est un creuset où sont portés à l’incandescence les objets d’étonnement et de plénitude jusqu’à ce qu’ils révèlent la lumière dont ils étaient seulement soupçonnés d’être porteurs. Jean Roudaut
Les lettres de Keats constituent la plus riche et la plus émouvante correspondance laissée par un écrivain anglais du siècle dernier. On y suit pas à pas l’évolution d’un esprit qui mûrissait avec une rapidité exceptionnelle et multipliait les confidences, non tant (sauf les déchirants cris d’amour et de jalousie de la fin de sa vie) sur lui-même ou sur la composition de ses œuvres que sur le sens de la poésie. Chez le poète, il voulait tout d’abord une réceptivité totale, une ouverture presque indolente aux impressions de la nature et du monde extérieur. Dans une lettre du 27 octobre 1818, Keats énonce que le vrai poète n’a aucune identité ; il n’est rien et il est tout, un caméléon. Un an plus tôt déjà, il avait, à propos de Shakespeare, dénommé " capacité négative " ("négative capability"), ce don de séjourner dans le mystère et le doute sans se soucier de poursuivre faits ou raison. Son culte des sensations, souvent proclamé, l’est moins des seules jouissances de goût ou de parfum (cependant fort intenses chez lui) que de ces intuitions de l’imagination qui ne reposent sur rien de rationnel. Il tenait en outre l’intensité comme l’apanage, et peut-être la marque, du génie. Après quelque profusion trop décorative, dans ses œuvres de jeunesse, des maniérismes et des langueurs prodiguées, Keats en vint très vite à répudier tout didactisme, tout excès de couleur ou de génante présence du poète (lettre du 3 févr. 1818). " La poésie doit nous frapper comme l’expression, par mots, des plus hautes pensées, et nous paraître presque une réminiscence " (27 févr. 1818). Dans les meilleurs de ses vers, le poète si jeune encore élimine toute rhétorique, toute virtuosité verbale comme celle de Byron ou de Swinburne, les prosaïsmes qu’avait recherchés ou consentis Wordsworth, et même une certaine mollesse qui affaiblit parfois Shelley. Il y a dans les odes et dans Hyperion , aussi bien que dans une dizaine de sonnets, une densité, une concentration explosive, et un toucher infaillible pour réaliser l’adéquation juste et pleine entre l’émotion ou la pensée et l’expression. Car il y a une pensée personnelle et profonde chez Keats, comme chez Goethe, Baudelaire, Mallarmé ou Rilke. Il a vécu le rêve romantique d’évasion vers la Grèce, terre de la beauté, mais surtout de la mythologie, qui animait la nature, et des dieux païens, chers à Keats qui ne fut jamais touché par le puritanisme, par le christianisme ou même par le spiritualisme platonicien. Dans une très belle lettre du 3 mai 1818, il a parlé du passage graduel d’une demeure de la pensée juvénile à d’autres logis moins radieux, dans lesquels on sent la présence de la misère humaine et on porte ce que Wordsworth appelait " le fardeau du mystère ". Il imagina un moment les Grecs comme un peuple serein, content de vivre pour la beauté. Pourtant il aperçut plus vite que Chénier ou Schiller ce qu’avait de partiel cette idéalisation. À la fin de sa vie, révisant son Hyperion , il dépeignait un temple dont seuls peuvent gravir l’escalier " ceux pour qui les misères du monde sont misère, et ne leur laissent nul repos ". À celle qu’il aimait jusqu’à la torture, il confessait éprouver en son cœur les souffrances qu’Hamlet aimant Ophélie avait dû ressentir, malgré ses sarcasmes. Comme Rimbaud, en trois ou quatre années, Keats concentra l’expérience de plusieurs existences et atteignit une perfection artistique si riche de vie, de variété, si infaillible dans ses réussites que bien des critiques de son pays ont répété le mot de Matthew Arnold : " Il est, avec Shakespeare, au premier rang des poètes." Ultima8team
Il n’y a que l’Occident chrétien qui ait jamais trouvé la perspective et ce réalisme photographique dont on dit tant de mal: c’est également lui qui inventé les caméras. (…) Un chercheur qui travaille dans ce domaine me faisait remarquer que, dans le trompe l’oeil occidental, tous les objets sont déformés d’après les mêmes principes par rapport à la lumière et à l’espace: c’est l’équivalent pictural du Dieu qui fait briller son soleil et tomber sa pluie sur les justes comme sur les injustes. On cesse de représenter en grand les gens importants socialement et les, et en petit les autres. C’est l’égalité absolue dans la perception. René Girard 
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la “victime inconnue”, comme on dirait aujourd’hui le “soldat inconnu”. Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard

Tombé à l’occasion de recherches sur le grand poète romantique anglais John Keats et sa célèbre "Belle dame sans merci" …

Sur cette "capacité négative" qu’il décrivait comme "qualité essentielle à la formation d’un Homme d’Art accompli" et que Shakespeare possédait à un degré énorme"….

A savoir celle de "demeurer au sein des incertitudes, des Mystères, des doutes, sans s’acharner à chercher le fait et la raison" …

Qui, dans sa réaction même contre un certain scientisme issu de l’Age des Lumières, a fait largement la singularité et le succès de la civilisation comme de la science occidentales …

Et frappé par l’étrange ressemblance, malgré toutes les dénégations de ses praticiens les plus dévoués,  de cette sorte d‘"équivalent poétique du Dieu qui fait briller son soleil et tomber sa pluie sur les justes comme sur les injustes" et revêt les lys des champs de parures que n’avait pas "Salomon même, dans toute sa gloire"

A l’Evangile dont il est issu et dont il tient tant à se distinguer ...

KEATS, John

Keats, issu d’un milieu londonien très humble, menacé très tôt par la tuberculose, disparut avant sa vingt-sixième année. Il s’était voué très jeune au culte de la beauté. Il salua les Grecs, qu’il ne connaissait que par des traductions, comme ses inspirateurs et sut faire revivre leur mythologie. Plus tard, Milton fut son modèle. Il redonna une vie originale à la poésie narrative, et ses fragments épiques constituent l’une des très rares réussites romantiques dans le genre si périlleux de l’épopée. Surtout, dans plusieurs sonnets et dans cinq ou six grandes odes, Keats réalisa une œuvre d’une plénitude et d’une perfection qui le placent non loin de Shakespeare. Sa gloire n’a plus été mise en question après sa mort, alors qu’il avait été méconnu ou méprisé de son vivant.

Sa courte et tragique existence, sa maîtrise de la forme et l’incroyable maturité de ses idées sur la poésie exprimées dans ses lettres – qui ont fasciné nombre de modernes – font de lui le génie le plus précoce de toute la littérature anglaise, comparable (mais très différent d’eux) à Mozart ou à Rimbaud.

1. Des brumes de Londres à la lumière hellénique

À la différence de ses deux aînés, Wordsworth et Coleridge, qui appartenaient à la classe bourgeoise et venaient de l’Angleterre provinciale, de Byron et de Shelley, tous deux aristocrates, élèves des " public schools ", de Cambridge et d’Oxford, John Keats était londonien, pauvre, le fils aîné d’un palefrenier qui mourut en 1804 d’une chute de cheval. Sa mère semble avoir été une femme de caractère gai, affectueuse, très attachée à son premier enfant. Le second fils, George, émigra plus tard aux États-Unis, le troisième, Tom, mourut en 1818, ce dont John eut un immense chagrin. Une jeune sœur, Frances, née en 1803, s’efforça de comprendre son frère et correspondit avec la fiancée de celui-ci, alors qu’il se mourait de tuberculose en Italie.

L’argent manquait pour envoyer l’enfant à l’une des écoles renommées de l’Angleterre ; il reçut néanmoins une éducation convenable dans une petite école d’Enfield tenue par un pasteur, y apprit le latin, ne sut jamais le grec, mais semble déjà s’être passionné pour la mythologie hellénique à travers des dictionnaires illustrés. En 1813, il commença des études de médecine, s’en lassa au bout d’un an et demi, ne ressentant nul attrait pour la dissection. Il avait alors près de vingt ans et la lecture de La Reine des fées de Spenser lui avait révélé sa passion pour la poésie. Il se lia d’amitié avec un cercle littéraire à idées politiques avancées pour l’époque, un peu vulgaire de sensibilité et d’expression, dont l’animateur était Leigh Hunt. Shelley, qui plus tard aida financièrement Leigh Hunt, apparaissait quelquefois parmi eux ; mais, peut-être en raison de leur origine sociale différente, Keats et Shelley ne se prirent pas alors d’une vive sympathie mutuelle. Byron se montra encore plus dédaigneux du poète " cockney " qu’il croyait voir en Keats.

Dès sa vingt et unième année, Keats écrivit l’un des plus parfaits sonnets de la littérature anglaise, sur sa découverte de la traduction d’Homère par Chapman. Il y comparait son émotion devant ce monde merveilleux de la Grèce primitive, rendu par un poète élisabéthain, à celle d’Hernán Cortés et de ses compagnons apercevant le Pacifique : " Muets, sur un pic à Darién. " Il traduisit dans d’autres sonnets son émerveillement à la visite des marbres du Parthénon que lord Elgin avait rapportés d’Athènes. Une note de joie intense en présence de la nature et des légendes de la chevalerie médiévale aussi bien que de la Grèce résonne dans le premier volume de Keats, Early Poems (1817). Le plus long poème de ce recueil juvénile Sleep and Poetry (Sommeil et poésie ), ne traite guère du sommeil, thème favori des poètes anglais, sinon comme prétexte à des visions de rêve, mais affirme un credo poétique opposé à Boileau, à Pope, à tout classicisme aride. " Ce que l’imagination saisit comme beauté doit être la vérité ", affirmera plus tard dans l’une de ses lettres ce jeune poète qui louera l’imagination avec plus de ferveur encore que Coleridge.

Les maîtres de Keats étaient alors Spenser, les lyriques du XVIe siècle et Shakespeare, qu’il lut et médita en voyageant dans l’île de Wight, et plus tard encore. La sensualité de quelques poèmes de Shakespeare (Vénus et Adonis ) et de Marlowe (Héro et Léandre ) séduisait en Keats l’adorateur de la sensation. " Ô qu’on me donne une vie de sensation plutôt qu’une vie de pensée ! " s’écriera-t-il dans une lettre de novembre 1817. Il s’agissait non d’une sensualité tournée vers le morbide ou l’érotisme, mais d’une prise de possession du concret par tout son être et du refus de penser et de raisonner selon des cadres empruntés. Vers 1819, il se tourna davantage vers Milton, dont le ton et la diction sont trop sensibles dans certains vers d’Hyperion dont la grandiose froideur est lassante. Il admira Dante dans la traduction de H. F. Cary et certains poèmes de Wordsworth. Mais le reste de la littérature européenne le toucha peu. Il rêva des Grecs et les imagina plus qu’il ne les lut.

2. Les grandes œuvres

Assez vite, Keats comprit que la poésie familière prônée par Leigh Hunt ne convenait pas à son génie. Dans la grisaille de l’hiver londonien et la torpeur de la vie politique et intellectuelle, hostile au romantisme de Shelley et au scandale soulevé par Byron, il rêva de légendes mythologiques et de la beauté des cultes païens. " Une chose de beauté est une joie éternelle " est le premier vers du long poème Endymion (1818). La déesse Séléné descend la nuit embrasser sur le mont Latmos son amoureux endormi : Endymion. La passion de l’éphèbe ainsi aimé de la lune est celle de l’âme humaine pour la beauté entrevue en songe. Le poème est trop long, trop décoratif et " alexandrin ", trop dépourvu d’intérêt humain ; il n’eut guère, et ne pouvait avoir, de succès. Mais son ouverture, le grandiose " Hymne à Pan " dit à une fête en l’honneur de ce dieu, et, au livre IV, les strophes musicales d’Au chagrin (To Sorrow ), chantées par une vierge indienne, sont admirables. Dans une courte et modeste préface, le poète disait son espoir de n’avoir pas trop terni l’éclat de la splendide mythologie des Grecs et son désir de revenir une fois encore à ce passé.

Il entreprit en 1818 un voyage à pied dans l’est et le nord de la Grande-Bretagne, voyage qui devait être fatal pour sa santé. Les revues le prenaient à parti avec férocité, selon leur tactique qui était de barrer la route aux innovations littéraires. Keats ne mourut pas, trois ans plus tard, de ces attaques, comme on le dit alors, mais il fut ulcéré de tant d’incompréhension et de mauvaise foi. " Je crois que je compterai après ma mort parmi les poètes de l’Angleterre ", osait-il avouer à un correspondant en octobre 1818. Il était attiré par un besoin de tendresse féminine et de passion qui enflammât son imagination autant que ses sens. Une Mrs. Isabella Jones fut à cette époque (1818-1819) aimée de lui et peut-être lui suggéra le thème de La Veille de la Sainte-Agnès (The Eve of St. Agnes ). Il conçut une passion plus violente et peut-être mal payée de retour pour une jeune fille, Fanny Brawne, qui ne comprit qu’à demi l’exaspération sensuelle de ce poète miné par la consomption, mais promit de l’épouser. Les lettres d’amour et souvent de supplication adressées par Keats à la jeune fille, coquette sans doute et déconcertée plus que cruelle, publiées après sa mort, choquèrent la pudibonderie de certains critiques victoriens. Leur pathétique est cependant déchirant. C’est sous le stimulant de cet amour qu’en 1819 le poète composa, coup sur coup, des œuvres de longue haleine et de grande ambition, et ses odes les plus célèbres.

Isabelle, ou le Pot de basilic (Isabella ) écrit pendant l’hiver de 1818, est un poème narratif en strophes de huit vers, qui reprend une histoire tragique du Décaméron de Boccace. Deux frères, ayant découvert l’amour de leur sœur Isabelle pour leur valet, Lorenzo, assassinent l’amant. Le fantôme du mort apparaît à la jeune fille et lui révèle où il est enterré. Elle creuse l’endroit dit, coupe la tête du mort et l’enfouit sous une plante, un basilic qu’elle arrose de ses pleurs. L’histoire est contée avec passion et grâce, et les personnages sont tracés avec vivacité. La Veille de la Sainte-Agnès , en strophes dites " spensériennes " (neuf vers, dont le dernier, plus long, est une sorte d’alexandrin), est un pur chef-d’œuvre de concision, de puissance évocatrice, de merveilleux jamais forcé. Deux amoureux séparés comme Roméo et Juliette sont réunis en un rendez-vous délicat. Un fragment, La Veille de la Saint-Marc , exerça une séduction enchanteresse sur les poètes préraphaélites du milieu du XIXe siècle, D. G. Rossetti et W. Morris. Lamia ne suscite plus cette atmosphère médiévale, mais est encore un long conte en vers où perce le secret de la fascination qu’exerçait alors Fanny Brawne sur Keats. Une femme-serpent ravit dans ses enchantements un jeune Grec de Corinthe ; cette magicienne ne peut cependant le faire entièrement croire à leur bonheur ; le rêve ou le charme est rompu par le froid regard scrutateur de l’homme. Le conte est plus proche du réel, plus touché par quelque mélancolie, et saisissant dans quelques-uns de ses épisodes.

La plus audacieuse entreprise de Keats, toujours pendant cette année 1819 d’une extraordinaire fécondité, fut un poème inspiré à la fois par la mythologie ou la théogonie grecques et par la gravité majestueuse de Milton, Hyperion. Le contraste entre cette forme sévère et sculpturale, mais parfois génante par son rappel du Paradis perdu , et le sujet (la lutte des dieux grecs avec les titans, la défaite du dieu solaire Hyperion par Apollon) prive le poème épique de l’unité d’impression qu’on voudrait ressentir. Keats l’abandonna après le début du troisième chant, revint ensuite à une nouvelle version d’une beauté plus humaine ou plus moderne. Il montre dans ce fragment d’épopée " digne d’Eschyle ", comme en convint Byron après la mort du jeune poète, une juste intuition du sens profond de la mythologie grecque, avec son ruissellement de divinités successivement détrônées, et une maîtrise rare du vers blanc. Le discours d’Oceanus au chant II est parmi les morceaux les plus chargés de sens moral et philosophique de la poésie romantique européenne.

3. Les odes et derniers sonnets

Sans doute les œuvres épiques et narratives de Keats souffrent-elles de la désaffection que les modernes ressentent pour les longs poèmes, forcément inégaux. De beaucoup la partie la plus lue et la plus admirée de l’œuvre de Keats est la série de grandes odes qu’il composa en 1818-1819. Rien en effet ne les égale en Angleterre ou même en France et en Allemagne, en dehors de quelques odes de Shelley et de certains hymnes de Novalis et de Hölderlin.

Quatre de ces odes furent écrites avec une rapidité peu commune en mai 1819 : Ode to a Nightingale , Ode on a Grecian Urn , Ode on Melancholy , Ode on Indolence. L’Ode to Autumn fut composée en octobre de la même année. Le 3 mai de l’année précédente, Keats avait incorporé dans une lettre à un ami, J. H. Reynolds, un poème de quatorze vers qu’il donnait comme le fragment d’une Ode à Maia , mère d’Hermès, en fait un morceau achevé et d’une rare splendeur. L’Ode à un rossignol , la plus longue et la plus dramatique, est tout entière un mouvement vers la mort, appelée et désirée par le poète tandis qu’il écoute, dans un décor de printemps voluptueux, le chant de l’oiseau qui, lui, n’était pas fait pour mourir : toujours son chant a consolé grands et pauvres, et la Ruth biblique, exilée parmi les blés étrangers. L’Ode sur une urne grecque , avec sa célèbre identification de la vérité avec la beauté lue comme le message offert par les peintures de ce vase antique, évoque la supériorité de l’art, durable et triomphant des années, sur la vie inquiète et éphémère. L’Ode sur la mélancolie est plus douloureuse, car celle-ci, comme chez Lucrèce, apparaît au sein même des plaisirs les plus délicieux : la dernière strophe en est grave et profonde. L’Ode sur l’indolence est moins harmonieuse de structure et dit le plaisir de s’abandonner parfois à une langueur voluptueusement passive. L’Ode à Psyché , la dernière en date des déesses acceptées par le panthéon hellénique, est plus somptueuse et caressante ; elle montre en Keats l’adorateur des divinités païennes, dont il promet, dans la strophe finale, de se faire le chantre et le prêtre. Sa beauté troublante et tremblante de sensualité sera goûtée par les poètes britanniques de l’art pour l’art qui exclut morale et religion. Enfin l’Ode à l’automne , plus sereine, dont le moi du poète est absent, évoque la félicité d’un paradis d’où l’angoisse de la mort et la turbulence de la vie sont bannies. C’est peut-être le poème le plus parfait de la langue anglaise.

4. Mort et résurrection

À cette extraordinaire floraison succéda, en 1820, une année douloureuse. Keats avait vu lentement mourir de tuberculose son frère Tom en décembre 1818. Un peu plus d’un an après, il se sut atteint de la même maladie. Il avait, dans un poème de jeunesse, demandé dix ans de carrière poétique pour s’élever au rang qu’il espérait être le sien ; cela ne devait pas lui être accordé. Son amour mêlé de brûlante ardeur et d’amère insatisfaction le rongeait. Il avait symboliquement crié sa détresse de se savoir ainsi miné par un amour dont jamais il ne jouirait, dans sa splendide ballade La Belle Dame sans merci (1819) ; le titre seul provenait d’Alain Chartier, le poème est une merveille d’art évocateur et d’images étranges et prenantes, sur un chevalier captif d’une femme-vampire. De plus en plus attristé, le poète écrivit l’un des sonnets les plus tragiques, et les plus parfaits, de la poésie anglaise, " Eclatante étoile, puissé-je comme toi être fixé en repos ! " Il appelle à lui la mort, et voudrait qu’elle le surprît embrassant son amante. Il ne pouvait plus ébaucher de projet d’avenir.

Il entreprit, avec un peintre de ses amis, Joseph Severn, qui l’assista jusqu’au dernier jour, le long voyage par mer vers la Méditerranée, Rome et Naples, angoissé de laisser la jeune femme désirée. Il analysait lucidement les degrés de ce mal qui pourrissait ses organes. " Je sens les fleurs pousser sur moi ", disait-il ; et dans l’amertume de son cœur, il demanda que sur sa tombe fût écrit en anglais : " Ci-gît un homme dont le nom fut écrit sur l’eau. " Son modeste logis était à Rome, près des escaliers de Trinità dei Monti, sur la place d’Espagne ; la maison est aujourd’hui le musée Keats-Shelley. Shelley en effet, dès l’été de 1820, avait écrit à Keats pour l’inviter à le rejoindre en Italie, à Pise. Keats avait refusé, par une lettre un peu sèche, conseillant à son aîné de trois ans plus de concentration et de densité dans son art. Shelley ne s’en vexa point. Dès qu’il apprit la mort de Keats à Rome, il écrivit la plus grandiose élégie jamais consacrée par un poète à un autre poète, Adonaïs , tribut au génie de Keats arrêté dans sa floraison et anticipation du sort réservé à Shelley lui-même, qui voulait être enterré dans le même cimetière protestant de Rome ; il le fut en effet dix-huit mois plus tard.

Il fallut une dizaine d’années pour qu’enfin la jeunesse des universités britanniques, à Cambridge d’abord, puis à Oxford, revendiquât pour Keats et pour Shelley une place parmi les vrais poètes. Monckton Milnes, devenu plus tard lord Houghton, se consacra à cette réhabilitation. Le jeune Tennyson, né en 1809, admira l’art de Keats dès 1832-1833. Les préraphaélites (Rossetti, Morris) se proclamèrent ses disciples. Swinburne admira son hellénisme, son paganisme poétique, son culte éperdu de la beauté, et surtout l’accent mis sur le sensuel, alors que la littérature victorienne se croyait tenue de proposer un message moral optimiste. Depuis, la gloire de Keats n’a jamais plus été mise en question. Elle brille, hors des pays de langue anglaise, surtout parmi les connaisseurs, car la traduction la déflore. Nul poète anglais n’est plus récité, plus aimé.

5. Un poète et une poétique

Les lettres de Keats constituent la plus riche et la plus émouvante correspondance laissée par un écrivain anglais du siècle dernier. On y suit pas à pas l’évolution d’un esprit qui mûrissait avec une rapidité exceptionnelle et multipliait les confidences, non tant (sauf les déchirants cris d’amour et de jalousie de la fin de sa vie) sur lui-même ou sur la composition de ses œuvres que sur le sens de la poésie. Chez le poète, il voulait tout d’abord une réceptivité totale, une ouverture presque indolente aux impressions de la nature et du monde extérieur. Dans une lettre du 27 octobre 1818, Keats énonce que le vrai poète n’a aucune identité ; il n’est rien et il est tout, un caméléon. Un an plus tôt déjà, il avait, à propos de Shakespeare, dénommé " capacité négative " (" négative capability "), ce don de séjourner dans le mystère et le doute sans se soucier de poursuivre faits ou raison. Son culte des sensations, souvent proclamé, l’est moins des seules jouissances de goût ou de parfum (cependant fort intenses chez lui) que de ces intuitions de l’imagination qui ne reposent sur rien de rationnel.

Il tenait en outre l’intensité comme l’apanage, et peut-être la marque, du génie. Après quelque profusion trop décorative, dans ses œuvres de jeunesse, des maniérismes et des langueurs prodiguées, Keats en vint très vite à répudier tout didactisme, tout excès de couleur ou de génante présence du poète (lettre du 3 févr. 1818). " La poésie doit nous frapper comme l’expression, par mots, des plus hautes pensées, et nous paraître presque une réminiscence " (27 févr. 1818). Dans les meilleurs de ses vers, le poète si jeune encore élimine toute rhétorique, toute virtuosité verbale comme celle de Byron ou de Swinburne, les prosaïsmes qu’avait recherchés ou consentis Wordsworth, et même une certaine mollesse qui affaiblit parfois Shelley. Il y a dans les odes et dans Hyperion , aussi bien que dans une dizaine de sonnets, une densité, une concentration explosive, et un toucher infaillible pour réaliser l’adéquation juste et pleine entre l’émotion ou la pensée et l’expression.

Car il y a une pensée personnelle et profonde chez Keats, comme chez Goethe, Baudelaire, Mallarmé ou Rilke. Il a vécu le rêve romantique d’évasion vers la Grèce, terre de la beauté, mais surtout de la mythologie, qui animait la nature, et des dieux païens, chers à Keats qui ne fut jamais touché par le puritanisme, par le christianisme ou même par le spiritualisme platonicien. Dans une très belle lettre du 3 mai 1818, il a parlé du passage graduel d’une demeure de la pensée juvénile à d’autres logis moins radieux, dans lesquels on sent la présence de la misère humaine et on porte ce que Wordsworth appelait " le fardeau du mystère ". Il imagina un moment les Grecs comme un peuple serein, content de vivre pour la beauté. Pourtant il aperçut plus vite que Chénier ou Schiller ce qu’avait de partiel cette idéalisation. À la fin de sa vie, révisant son Hyperion , il dépeignait un temple dont seuls peuvent gravir l’escalier " ceux pour qui les misères du monde sont misère, et ne leur laissent nul repos ". À celle qu’il aimait jusqu’à la torture, il confessait éprouver en son cœur les souffrances qu’Hamlet aimant Ophélie avait dû ressentir, malgré ses sarcasmes. Comme Rimbaud, en trois ou quatre années, Keats concentra l’expérience de plusieurs existences et atteignit une perfection artistique si riche de vie, de variété, si infaillible dans ses réussites que bien des critiques de son pays ont répété le mot de Matthew Arnold : " Il est, avec Shakespeare, au premier rang des poètes. "

Voir aussi:

Ne me Keats pas

Didier Péron

Libération

6 janvier 2010

En 1990, dans Un ange à ma table, la cinéaste néo-zélandaise Jane Campion retraçait dans son deuxième long métrage la vie chaotique de sa compatriote, l’écrivain Janet Frame (1924-2004) : diagnostiquée à tort comme schizophrène et internée pendant près d’une dizaine d’années en hôpital psychiatrique où après de nombreux électrochocs, elle réchappait de peu à la lobotomie. Aujourd’hui, avec Bright Star, elle poursuit ce dialogue entre biographie tourmentée et création littéraire en évoquant l’amour passionné (mais chaste) entre le poète John Keats (1795-1821) et sa voisine Fanny Brawne, dans l’Angleterre des années 1820.

De nombreuses similitudes entre Frame et Keats frappent d’emblée en dépit de leurs éloignements historique, géographique et esthétique. D’abord, ils viennent de milieux sociaux qui ne les prédestinent pas à la carrière littéraire : Frame était née dans une famille ouvrière (père cheminot, mère femme de ménage), le père de Keats tenait une écurie de louage. Ensuite, ils sont très tôt frappés par le malheur en cascade : Janet Frame est traumatisée par la mort de deux de ses sœurs, l’une et l’autre noyées au cours d’accidents successifs . John Keats connaît le deuil dès l’enfance, il n’a que 8 ans quand son père meurt d’un accident de cheval, 14 ans quand sa mère est emportée par la tuberculose. Il sera ensuite confronté, comme on le voit dans le film, à la maladie identique d’un de ses frères, Thomas, qui expire en crachant le sang à l’âge canonique de 19 ans. D’emblée s’instaure, donc, dans les deux films un double rapport d’adversité et d’héroïsme, face aux hiérarchies sociales défavorisantes et aux assauts d’un destin catastrophique.

Bien qu’elle s’appuie sur la biographie de Keats écrite par Andrew Motion (non traduite en français), la cinéaste a composé un scénario original qui donne une part plus grande à Fanny Brawne qu’au poète. Du moins, c’est par son regard de fille moderne (ou tentant de l’être), issue d’une famille relativement aisée de la banlieue de Londres, se piquant de mode et fabriquant elle-même ses extravagants robes et chapeaux, que la cinéaste approche, comme en marchant sur des œufs, le mystère de la création. De manière significative, l’acte d’écrire lui-même n’est jamais véritablement représenté, ou alors sous la forme comique d’une séance de travail qui allait à peine commencer et que la jeune fille, désinvolte, peu sensible a priori aux muses poétiques, interrompt par ses intrusions intempestives ou ses questions déplacées.

La première mention de Fanny Brawne dans la correspondance de Keats, en décembre 1818, n’est d’ailleurs pas très flatteuse : «Elle se conduit de manière épouvantable, s’emballant à tout bout de champs, traitant les gens de tous les noms au point que je me suis obligé à la qualifier de "pimbêche".» Pourtant, les liens se resserrent rapidement, Fanny est séduite par la douceur du jeune homme ; lui est conquis par sa fraîcheur et sa liberté d’esprit. Un an plus tard, alors qu’il se trouve sur l’île de Wight en voyage, il lui envoie une dizaine de lettres-poèmes, témoignages d’un amour brûlant : «Je rêve que nous soyons des papillons n’ayant à vivre que trois jours d’été. Avec vous, ces trois jours seraient plus plaisants que cinquante années d’une vie ordinaire.»

«Cockney». En octobre 1819, les deux jeunes gens se fiancent en secret, mais le mariage n’est pas envisageable selon les codes de l’époque. Car Keats n’a pas d’argent, il ne peut donc prétendre demander la main de Fanny. Campion décrit très bien ce mélange étrange de libéralisme moral, qui voit par exemple la mère de Fanny ne pas chercher à violemment séparer une union qu’elle jugerait socialement inappropriée (même si elle le dit et le répète), et de rigidité des codes sociaux anglais dominée par un sentiment aristocratique puissant. Ainsi, dimension que le film ne traite pas pour le coup, dès la parution de ses premiers poèmes, Keats est jugé avec mépris comme le rejeton dégénéré des quartiers «cockney», roturier sans éducation et usant de licences poétiques «indécentes». Lord Byron qui est, à l’époque avec Shelley, le représentant d’une jeunesse dorée, héritière de fortunes familiales et formée dans les meilleures universités, qualifiera d’ailleurs la poésie de Keats de «masturbation mentale». Le romantisme anglais contient donc sui generis la forte polarité sociale anglaise et s’élabore dans deux creusets de nature fort distincte : d’un côté de belles âmes sans souci matériel soignant leur mal de vivre au gré de grands voyages orientaux ; de l’autre, un orphelin désargenté, autodidacte des lettres, s’inscrivant à une formation de chirurgien dans l’un des quartiers les plus populaires de Londres, près du Guy’s Hospital, et payant son loyer en faisant des pansements.

Campion est quand même plus intéressée par la guerre des sexes que par la lutte des classes. Elle évoque la pauvreté de Keats, mais c’est surtout la littérature comme sport masculin qu’elle représente au premier chef. Ainsi le personnage de Charles Brown est-il chargé de toutes les caractéristiques d’une virilité coupable. Si Keats est maladif et androgyne (un genre de rock star british qui ne demande qu’à éclore), Brown est l’homme en pleine santé, à grosse voix et barbe, essayant d’empêcher la donzelle Fanny Brawne de distraire son protégé des geysers de son propre génie. L’amitié poétique est ainsi perçue comme une homosexualité qui ne dit pas son nom.

Linceul. Bien que nous assistions en somme à l’émergence du romantisme, Jane Campion ne cherche jamais ici à courir sur les lignes de crête qui jalonnent cette histoire – drame personnel, confrontation littéraire souvent acerbe, passion contrariée, jalousie, dépression et exaltation… -, elle se tient à dessein sur un chemin de contrebas où le tumulte ne parvient qu’amorti, filtré. C’est une passion courte pour une vie brève, mais perçue à pas lents et feutrés. Le couple central lui-même, interprété par deux acteurs délicieusement séduisants (Ben Whishaw et Abbie Cornish), se détache presque en creux sur une toile où le fond (paysages, accessoires, costumes…) et surtout les seconds rôles (incroyable silhouette des jeunes frères et sœurs de Fanny, pittoresque de la coterie campagnarde entourant Keats…) sont traités avec des reliefs plus soutenus.

Fanny et John sont pour ainsi dire des personnages préposthumes qui ne trouveront d’épaisseurs et de raison d’être qu’une fois glissés dans le linceul d’une mort embellissante. Les deux amants étant le plus souvent éloignés, ils ne restent à filmer pour la jeune fille en fleur que le fétichisme d’un corps masculin qui ne se donne véritablement qu’à travers des lettres déchirantes, des lambeaux de phrases tombées d’une bouche d’or, très vite barbouillée du sang artériel de la tuberculose qui le tuera à 25 ans :«La poésie de la terre ne s’arrête jamais», «Astre étincelant, que ne suis-je comme toi, immuable ?», «Quel est donc ce cortège qui s’avance en vue du sacrifice ?». Extrêmement composé, le film – qui a, selon le vœu de Jane Campion, la forme d’une «ballade», c’est-à-dire procédant par strophes, rythmes internes et ellipses – parvient à procurer le vertige d’une poésie qui s’invente au présent.

Si, après la projection, les larmes séchées, l’on veut en savoir plus sur Keats, on peut lire sa poésie (notamment dans un recueil de poche chez Gallimard), ainsi que la riche étude à la fois biographique et critique que lui a consacrée Christian La Cassagnère, sous le titre John Keats, les terres perdues (éd. Aden). Il nous éclaire sur un des nombreux aspects que le film laisse de côté, à savoir le souci du jeune homme non de compter fleurette ou de dire son malaise, mais d’affronter le mythe à travers les modèles écrasants de Shakespeare et de John Milton. Les longs textes – tels qu’Endymion ou l’inachevé Hyperion, tableau grandiose des Titans égarés, sans puissance, dans une vallée obscure – témoigne d’une ambition artistique que le film tend sans doute à minorer. Hyperion résume aussi le fond mélancolique d’un artiste qui ne connaîtra jamais la gloire auquel il avait désespérément aspiré jusqu’à son dernier soupir, «un poème sur l’essence tragique de l’homme», écrit La Cassagnère. «A travers le récit de la chute des dieux, Keats représente un être qui a pour destin de se constituer comme sujet dans une perte qui le laisse déshérité.»

Bright Star de Jane Campion avec Abbie Cornish, Ben Whishaw, Paul Schneider, Kerry Fox… 1 h 59.

Voir encore:

Bright Star: Campion’s Film About the Life and Love of Keats

Poets.org

A portrait of love and loss, Jane Campion’s film Bright Star chronicles the tragic love affair between John Keats and his neighbor, Fanny Brawne, throughout the years in which Keats wrote several of the most celebrated poems of the Romantic period. Told from Brawne’s perspective on the romance, the film not only reveals the evolution of their young love, but traces Brawne’s introduction and immersion into Keats’s world of poetry, beginning with apathy and ending with passionate involvement.

Though at the time the lovers meet in 1818 Keats has already established himself in the literary world, his career does not afford him the financial means to marry. Knowing this, Brawne’s interaction with Keats is limited, so she injects herself into his life by feigning an interest in poetry.

One of the most intimate early scenes of the relationship takes place over an impromptu poetry lesson, though Keats is suspicious of Brawne. When she asks for an introduction concerning "the craft of poetry," Keats dismisses the notion: "Poetic craft is a carcass, a sham. If poetry doesn’t come as naturally as leaves to a tree, then it better not come at all."

As the conversation continues, however, Brawne earns Keats’s trust, and he offers a more useful explanation: "A poem needs understanding through the senses. The point of diving in a lake is not immediately to swim to the shore; it’s to be in the lake, to luxuriate in the sensation of water. You do not work the lake out. It is an experience beyond thought. Poetry soothes and emboldens the soul to accept mystery."

From that point on, Brawne develops an obsession with poetry—mostly Keats’s own poems—and occasionally recites favorite verses from memory. It is through Brawne that much of the poetry of the film reveals itself, either from her memory, or read to her by Keats.

Poems excerpted in the film include the book-length sequence Endymion, "When I Have Fears that I May Cease to Be," "The Eve of St. Agnes, section XXIII, [Out went the taper as she hurried in]," "Ode to a Nightingale," "La Belle Dame Sans Merci," and the title poem, "Bright Star," which Campion depicts as having been written with Brawne as Keats’s muse, though the historical evidence is inconclusive.

As Andrew Motion notes in Keats: A Biography (which Campion credits as having inspired the film), there are two parallels between the poem and Brawne: the first is found in one of Keats’s love letters to Brawne ("I will imagine you Venus tonight and pray, pray, pray to your star like a Heathen. Your’s ever, fair Star."), and the second is the fact that in 1819 she transcribed the poem in a book by Dante which Keats had given her. There are, however, poems that were definitely written to Brawne ("The day is gone…" and "I cry your mercy…"), and Motion points out that their form resembles that of the title poem.

Another of Keats’s works unmistakably written for Brawne is the poem "To Fanny," the last known poem written by Keats. In it, the poet addresses doubts and suspicions about Fanny—a turn at the end of Keats’s life that Campion understandably leaves out of the film entirely.

"['To Fanny'] begins with a desperate challenge to the advice that [Keats] should avoid writing," explains Motion, "describing ‘verse’ as an illness which ‘Physician Nature’ must cure by bleeding."

Though Campion’s film excludes any mention of Keat’s suspicions, Motion explains how the handwritten manuscript of Keats’s final poem offers "touching evidence" of the state the poet was in when he wrote it: "Initially large and wild, with several letters hastily unformed, Keats’s handwriting eventually slackens and splays. He was obviously worn out. The fact that it was the last poem he wrote makes this all the more moving."

Voir enfin:

Enjoying "La Belle Dame Sans Merci", by John Keats

Ed Friedlander, M.D.

This pursued through volumes might take us no further than this, that with a great poet the sense of Beauty overcomes every other consideration, or rather obliterates all consideration.

– Keats (Dec. 21, 1817)

I’m a physician and medical school teacher in real life. I’ve liked Keats since I was in high school. Generally I enjoy the classics because they say what most of us have thought, but much more clearly.

The real John Keats is far more interesting than the languid aesthete of popular myth. Keats was born in 1795, the son of a stable attendant. As a young teen, he was extroverted, scrappy, and liked fistfighting. In 1810 he became an apprentice to an apothecary-surgeon, and in 1815 he went to medical school at Guy’s Hospital in London. In 1816, although he could have been licensed to prepare and sell medicines, he chose to devote his life entirely to writing poetry.

In 1818, Keats took a walking tour of the north of England and Scotland, and nursed his brother Tom during his fatal episode of tuberculosis.

By 1819, Keats realized that he, too, had tuberculosis. If you believe that most adult TB is from reactivation of a childhood infection, then he probably caught it from his mother. If you believe (as I do) that primary progressive TB is common, then he may well have caught it from Tom. Or it could have come from anybody. TB was common in Keats’s era.

Despite his illness and his financial difficulties, Keats wrote a tremendous amount of great poetry during 1819, including "La Belle Dame Sans Merci".

On Feb. 3, 1820, Keats went to bed feverish and feeling very ill. He coughed, and noticed blood on the sheet. His friend Charles Brown looked at the blood with him. Keats said, "I know the color of that blood; it is arterial blood. I cannot be deceived. That drop of blood is my death warrant." (Actually, TB is more likely to invade veins than arteries, but the blood that gets coughed up turns equally red the instant it contacts oxygen in the airways. The physicians of Keats’s era confused brown, altered blood with "venous blood", and fresh red blood with "arterial blood".) Later that night he had massive hemoptysis.

Seeking a climate that might help him recover, he left England for Italy in 1820, where he died of his tuberculosis on Feb. 23, 1821. His asked that his epitaph read, "Here lies one whose name was writ in water."

Percy Shelley, in "Adonais", for his own political reasons, claimed falsely that bad reviews of Keats’s poems (Blackwoods, 1817) had caused Keats’s death. Charles Brown referred to Keats’s "enemies" on Keats’s tombstone to get back at those who had cared for him during his final illness. And so began the nonsense about Keats, the great poet of sensuality and beauty, being a sissy and a crybaby.

There is actually much of the modern rock-and-roll star in Keats. His lyrics make sense, he tried hard to preserve his health, and he found beauty in the simplest things rather than in drugs (which were available in his era) or wild behavior. But in giving in totally to the experiences and sensations of the moment, without reasoning everything out, Keats could have been any of a host of present-day radical rockers.

O for a Life of Sensations rather than of Thoughts! It is a "Vision in the form of Youth" a shadow of reality to come and this consideration has further convinced me… that we shall enjoy ourselves here after having what we called happiness on Earth repeated in a finer tone and so repeated. And yet such a fate can only befall those who delight in Sensation rather than hunger as you do after Truth.

– Keats to Benjamin Bailey, Nov. 22, 1817

If you are curious to learn more about Keats, you’ll find he was tough, resilient, and likeable.

"La Belle Dame Sans Merci" exists in two versions. The first was the original one penned by Keats on April 21, 1819. The second was altered (probably at the suggestion of Leigh Hunt, and you might decide mostly for the worse) for its publication in Hunt’s Indicator on May 20, 1819.

Manuscript

I

Oh what can ail thee, knight-at-arms,

Alone and palely loitering?

The sedge has withered from the lake,

And no birds sing.

II

Oh what can ail thee, knight-at-arms,

So haggard and so woe-begone?

The squirrel’s granary is full,

And the harvest’s done.

III

I see a lily on thy brow,

With anguish moist and fever-dew,

And on thy cheeks a fading rose

Fast withereth too.

IV

I met a lady in the meads,

Full beautiful – a faery’s child,

Her hair was long, her foot was light,

And her eyes were wild.

V

I made a garland for her head,

And bracelets too, and fragrant zone;

She looked at me as she did love,

And made sweet moan.

VI

I set her on my pacing steed,

And nothing else saw all day long,

For sidelong would she bend, and sing

A faery’s song.

VII

She found me roots of relish sweet,

And honey wild, and manna-dew,

And sure in language strange she said -

‘I love thee true’.

VIII

She took me to her elfin grot,

And there she wept and sighed full sore,

And there I shut her wild wild eyes

With kisses four.

IX

And there she lulled me asleep

And there I dreamed – Ah! woe betide! -

The latest dream I ever dreamt

On the cold hill side.

X

I saw pale kings and princes too,

Pale warriors, death-pale were they all;

They cried – ‘La Belle Dame sans Merci

Hath thee in thrall!’

XI

I saw their starved lips in the gloam,

With horrid warning gaped wide,

And I awoke and found me here,

On the cold hill’s side.

XII

And this is why I sojourn here

Alone and palely loitering,

Though the sedge is withered from the lake,

And no birds sing.

Published

I

Ah, what can ail thee, wretched wight,

Alone and palely loitering?

The sedge is wither’d from the lake,

And no birds sing.

II

Ah, what can ail thee, wretched wight,

So haggard and so woe-begone?

The squirrel’s granary is full,

And the harvest’s done.

III

I see a lily on thy brow,

With anguish moist and fever dew;

And on thy cheek a fading rose

Fast withereth too.

IV

I met a lady in the meads,

Full beautiful – a faery’s child;

Her hair was long, her foot was light,

And her eyes were wild.

V

I set her on my pacing steed,

And nothing else saw all day long,

For sideways would she lean, and sing

A faery’s song.

VI

I made a garland for her head,

And bracelets too, and fragrant zone;

She look’d at me as she did love,

And made sweet moan.

VII

She found me roots of relish sweet,

And honey wild, and manna dew;

And sure in language strange she said -

‘I love thee true.’

VIII

She took me to her elfin grot,

And there she gazed, and sighed deep,

And there I shut her wild wild eyes

So kiss’d to sleep.

IX

And there we slumber’d on the moss,

And there I dream’d – Ah! woe betide!

The latest dream I ever dream’d

On the cold hill side.

X

I saw pale kings, and princes too,

Pale warriors, death-pale were they all;

They cried – ‘La Belle Dame sans Merci

Hath thee in thrall!’

XI

I saw their starved lips in the gloam,

With horrid warning gaped wide,

And I awoke, and found me here

On the cold hill side.

XII

And this is why I sojourn here,

Alone and palely loitering,

Though the sedge is wither’d from the lake,

And no birds sing.

The Story

The poet meets a knight by a woodland lake in late autumn. The man has been there for a long time, and is evidently dying.

The knight says he met a beautiful, wild-looking woman in a meadow. He visited with her, and decked her with flowers. She did not speak, but looked and sighed as if she loved him. He gave her his horse to ride, and he walked beside them. He saw nothing but her, because she leaned over in his face and sang a mysterious song. She spoke a language he could not understand, but he was confident she said she loved him. He kissed her to sleep, and fell asleep himself.

He dreamed of a host of kings, princes, and warriors, all pale as death. They shouted a terrible warning — they were the woman’s slaves. And now he was her slave, too.

Awakening, the woman was gone, and the knight was left on the cold hillside.

Notes

"La Belle Dame Sans Merci" means "the beautiful woman without mercy." It’s the title of an old French court poem by Alain Chartier. ("Merci" in today’s French is of course "thank you".) Keats probably knew a current translation which was supposed to be by Chaucer. In Keats’s "Eve of Saint Agnes", the lover sings this old song as he is awakening his beloved.

"Wight" is an archaic name for a person. Like most people, I prefer "knight at arms" to "wretched wight", and obviously the illustrators of the poem did, too. ("Until I met her, I was a man of action!")

"Sedge" is any of several grassy marsh plants which can dominate a wet meadow.

"Fever dew" is the sweat (diaphoresis) of sickness. Keats originally wrote "death’s lily" and "death’s rose", and he refers to the flush and the pallor of illness. If the poet can actually see the normal red color leaving the cheeks of the knight, then the knight must be going rapidly into shock, i.e., the poet has come across the knight right as he is dying, and is recording his last words. (The knight is too enwrapped in his own experience to notice.)

Medieval fairies (dwellers in the realm of faerie) were usually human-sized, though Shakespeare’s Midsummer Night’s Dream allowed them (by negative capability) to be sometimes-diminutive.

"Sidelong" means sideways. A "fragrant zone" is a flower belt. "Elfin" means "pertaining to the elves", or the fairy world. A "grot" is of course a grotto. "Betide" means "happen", and "woe betide" is a more romantical version of the contemporary expression "—- happens". "Gloam" means gloom. A "thrall" is an abject slave.

The Poem’s Inspiration

Keats had a voluminous correspondence, and we can reconstruct the events surrounding the writing of "La Belle Dame Sans Merci". He wrote the poem on April 21, 1819. It appears in the course of a letter to his brother George, usually numbered 123. You may enjoy looking this up to see how he changed the poem even while he was writing it.

At the time, Keats was very upset over a hoax that had been played on his brother Tom, who was deceived in a romantic liaison. He was also undecided about whether to enter into a relationship with Fanny Brawne, who he loved but whose friends disapproved of the possible match with Keats.

Shortly before the poem was written, Keats recorded a dream in which he met a beautiful woman in a magic place which turned out to be filled with pallid, enslaved lovers.

Just before the poem was written, Keats had read Spenser’s account of the false Florimel, in which an enchantress impersonates a heroine to her boyfriend, and then vanishes.

All these experiences probably went into the making of this powerful lyric.

In the letter, Keats followed the poem with a chuckle.

Why four kisses — you will way — why four? Because I wish to restrain the headlong impetuosity of my Muse — she would have fain said "score" without hurting the rhyme — but we must temper the imagination as the critics say with judgment. I was obliged to choose an even number that both eyes might have fair play: and to speak truly I think two apiece quite sufficient. Suppose I had said seven; there would have been three and a half apiece — a very awkward affair — and well got out of on my side –

Keats’s Themes

John Keats’s major works do not focus on religion, ethics, morals, or politics. He mostly just writes about sensations and experiencing the richness of life.

In his On Melancholy, Keats suggests that if you want to write sad poetry, don’t try to dull your senses, but focus on intense experience (not even always pleasant — peonies are nice, being b_tched out by your girlfriend isn’t), and remember that all things are transient. Only a poet can really savor the sadness of that insight.

In Lamia, a magic female snake falls in love with a young man, and transforms by magic into a woman. They live together in joy, until a well-intentioned scholar ruins the lovers’ happiness by pointing out that it’s a deception. Until the magic spell is broken by the voice of reason and science, they are both sublimely happy. It invites comparison with "La Belle Dame Sans Merci".

Richard Dawkins took a line from "Lamia" for the title of his book, Unweaving the Rainbow, against the familiar (romantic?) complaints that studying nature (as it really is) makes you less appreciative of the world’s beauty. (I agree with Dawkins. I haven’t found that being scientific spoils anybody’s appreciation of beauty. — Ed.)

In On a Grecian Urn, Keats admires a moment of beauty held forever in a work of art. The eternal moment, rather than the stream of discursive, rational thought, led Keats to conclude, "Beauty is truth, truth beauty — that is all you know, or ever need to know."

To a Nightingale recounts Keats’s being enraptured (by a singing bird) out of his everyday reality. He stopped thinking and reasoning for a while, and after the experience was over, he wondered which state of consciousness was the real one and which was the dream.

To Autumn is richly sensual, and contrasts the joys of autumn to the more-poetized joys of spring. Keats was dying at the time, and as in "La Belle Dame Sans Merci", Keats is probably describing, on one level, his own final illness — a time of completion, consummation, and peace.

Ask your instructor about Keats’s "pleasure thermometer". The pleasure of nature and music gives way to the pleasure of sexuality and romance which in turn give way to the pleasure of visionary dreaming.

What’s It All About?

Keats focuses on how experiencing beauty gives meaning and value to life. In "La Belle Dame Sans Merci", Keats seems to be telling us about something that may have happened, or may happen someday, to you.

You discover something that you think you really like. You don’t really understand it, but you’re sure it’s the best thing that’s ever happened to you. You are thrilled. You focus on it. You give in to the beauty and richness and pleasure, and let it overwhelm you.

Then the pleasure is gone. Far more than a normal letdown, the experience has left you crippled emotionally. At least for a while, you don’t talk about regretting the experience. And it remains an important part of who you feel that you are.

Drug addiction (cocaine, heroin, alcohol) is what comes to my mind first. We’ve all known addicts who’ve tasted the pleasures, then suffered the health, emotional, and personal consequences. Yet I’ve been struck by how hard it is to rehabilitate these people, even when hope seems to be gone. They prefer to stagnate.

Vampires were starting to appear in literature around Keats’s time, and the enchantress of "La Belle Dame Sans Merci" is one of a long tradition of supernatural beings who have charmed mortals into spiritual slavery. Bram Stoker’s "Dracula" got much of its bite from the sexuality and seductiveness of the vampire lord.

Anyone who has seen or read "Coraline" can explore whether the "Beldame", who offers love and then imprisons her victims, is related to Keats’s "Belle Dame". Explore the origins of the word in folklore. The theme of "Coraline" seems to be that if parents do not give attention to, and attend to the emotional needs of, their children… then other people will. And they will be the wrong people.

Failed romantic relationships (ended romances, marriages with the love gone) account for an astonishing number of suicides. Rather than giving up and moving on, men and women find themselves disabled, but not expressing sorrow that the relationship occurred.

Ideologies bring enormous excitement and happiness to new believers. They offer camaraderie and the thrill of thinking that you are intellectually and morally superior and about to change the world for the better. Members of both the Goofy Right and the Goofy Left seemed very happy on my college campus, and I’ve seen the satisfaction that participation in ideological movements brings people ever since. People who leave these movements (finding out that the movements are founded on lies) are often profoundly saddened and lonely.

Religious emotionalism can have an enormous impact, and some lives are permanently changed for the better at revivals. But some people who have come upon a faith commitment emotionally find themselves devastated when the emotions fade, and become unable to function even at their old level.

The Vilia is a Celtic woodland spirit, celebrated by Lehar and Ross in a love song from "The Merry Widow", 1905. The song itself was popular during the 1950′s. The song deals with a common human experience — never being able to recover the first ardor of love. The show itself celebrates that people CAN find love again.

There once was a VIlia, a witch of the wood,

A hunter beheld her alone as she stood,

The spell of her beauty upon him was laid;

He looked and he longed for the magical maid!

For a sudden tremor ran,

Right through the love bwildered man,

And he sighed as a hapless lover can.

Vilia, O Vilia! the witch of the wood!

Would I not die for you, dear, if I could?

Vilia, O Vilia, my love and my bride,

Softly and sadly he sighed.

The wood maiden smiled and no answer she gave,

But beckoned him into the shade of the cave,

He never had known such a rapturous bliss,

No maiden of mortals so sweetly can kiss!

As before her feet he lay,

She vanished in the wood away,

And he called vainly till his dying day!

Vilia, O Vilia, my love and my bride!

Softly and sadly he sighed, Sadly he sighed, "Vilia."

Vilia — organ chorded version

Vilia — Chet Atkins, jazzier guitar version

Beauty itself, fully appreciated (as only a poet can), must by its impermanence devastate a person. Or so wrote Keats in his "To Melancholy", where the souls of poets hang as "cloudy trophies" in the shrine of Melancholy.

My experience has been more in keeping with Blake’s: "He who kisses a joy as it flies / Lives in eternity’s sunrise."

Keats praised Shakespeare’s "negative capability". If I understand the passage correctly, he’s referring to the lack of unambiguous messages in Shakespeare’s works. Instead of preaching or moralizing, Shakespeare’s works mirror life, and let the reader take away his or her own conclusions.

In "La Belle Dame Sans Merci" Keats is letting the reader decide whether the knight’s experience was worth it. Keats (the master of negative capability) records no reply to the dying knight.

For Discussion

What do people mean by "romanticism"? Some common features of works from the movement are:

simple language;

medieval subject matter;

supernatural subject matter;

emphasis on beauty, emotion, and sensuality;

emphasis on unreason.

In the middle ages, ballads were popular songs that told stories. Keats has imitated the ballad form, and you can find more ballads in the library.

Why did Keats choose this meter for his poem? The short-footed final lines of each stanza come as a bit of a surprise, and because of the spondees, they take as long to recite as the other lines. Their sudden slowness reminds me of the knight’s loss.

Unless you choose to use your own "negative capability", try to figure out the story. Is the woman a wicked temptress, trying to destroy men for caprice or sheer cruelty? Or are her tactics her way of defending her life and/or the people of her supernatural nation? Or is she, too, unable to fully join with mortal men, and as sad and frustrated as the men whose lives she has touched? Does the knight stay by the lake because he sees no further purpose in living, or because his experience has redefined him as a person, or because he expects the woman to return? What happened to his horse? Is the knight a ghost?

Why did Keats start the poem as he did? He paints a late-autumn scene ("the squirrel’s granary is full"). Is this setting the scene, or using nature to mirror a knight’s condition? Is there perhaps a more sinister / magical reason that the sedge is withering, or that no birds are singing? (Rachel Carson is said to have chosen the title "Silent Spring" — which correctly made the public aware of the danger that widespread DDT use had on the health of birds — after remembering this poem.)

Conservatives have suggested that the enchantress in the poem is a nature-cult that leads to demonic possession. Be this as it may, what is the fascination of the supposed supernatural and magical? Do you know anybody who has had a good and/or a bad experience with something like this?

To include this page in a bibliography, you may use this format: Friedlander ER (1999) Enjoying "La Belle Dame Sans Merci" by John Keats Retrieved Dec. 25, 2003 from http://www.pathguy.com/lbdsm.htm

For Modern Language Association sticklers, the name of the site itself is "The Pathology Guy" and the Sponsoring Institution or Organization is Ed Friedlander MD.

Links sedge; courtesy of a cranberry company

Keats

Keats Biography

Yahoo on John Keats

Keats

Keats

Negative Capability

http://www.john-keats.com

Thomas of Erceldoune (Thomas the Rhymer) was another mortal who was taken by the fairies to their realm where they live in prosperity, peace, and delight — as Satan’s cattle.

U. Florida drawings of sedges, etc.

"English Teaching Life" has evidently used this page to instruct people who are learning the language. I am very pleased by this, and commend Jan as a teacher

The Vale of Soul Making

There’s something else.

As I’ve mentioned, Keats does not deal with conventional religion in his poems. In several of his private letters, he explicitly stated that he did not believe in Christianity, or in any of the other received faiths of his era.

As he faced death, it’s clear that Keats did struggle to find meaning in life. And in the same letter (123) that contains the original of "La Belle Dame Sans Merci", Keats gives his answer.

The common cognomen of this world among the misguided and superstitious is "a vale of tears" from which we are to be redeemed by a certain arbitrary interposition of God and taken to Heaven. What a little circumscribed straightened notion!

Call the world, if you please, "the Vale of Soul Making". Then you will find out the use of the world….

There may be intelligences or sparks of the divinity in millions — but they are not Souls till they acquire identities, till each one is personally itself.

Intelligences are atoms of perception — they know and they see and they are pure, in short they are God. How then are Souls to be made? How then are these sparks which are God to have identity given them — so as ever to possess a bliss peculiar to each one’s individual existence. How, but in the medium of a world like this?

This point I sincerely wish to consider, because I think it a grander system of salvation than the Christian religion — or rather it is a system of Spirit Creation…

I can scarcely express what I but dimly perceive — and yet I think I perceive it — that you may judge the more clearly I will put it in the most homely form possible. I will call the world a school instituted for the purpose of teaching little children to read. I will call the human heart the hornbook used in that school. And I will call the child able to read, the soul made from that school and its hornbook.

Do you not see how necessary a world of pains and troubles is to school an intelligence and make it a soul? A place where the heart must feel and suffer in a thousand diverse ways….

As various as the lives of men are — so various become their souls, and thus does God make individual beings, souls, identical souls of the sparks of his own essence.

This appears to me a faint sketch of a system of salvation which does not affront our reason and humanity…

Keats believed that we begin as identical bits of God, and acquire individuality only by life-defining emotional experiences. By doing this, we prepare ourselves for happiness in the afterlife.

You may decide for yourself (or exercise negative capability) about whether you will believe Keats. But it’s significant that this most intimate explanation of the personal philosophy behind his work follows a powerful lyric about emotional devastation.

If Keats’s philosophy is correct, then any intense experience — even letting your life rot away after a failed relationship, or enduring the agony of heroin withdrawal, or dying young of tuberculosis — is precious. (Perhaps Keats, medically trained and knowing he had been massively exposed, was foreseeing his own from TB — he would have been pale and sweaty and unable to move easily.) Each goes into making you into a unique being.

The idea is as radical as it sounds. And if you stay alert, you’ll encounter similar ideas again and again, in some of the most surprising places.

Diotima

He who from these ascending under the influence of true love, begins to perceive that beauty, is not far from the end. And the true order of going, or being led by another, to the things of love, is to begin from the beauties of earth and mount upwards for the sake of that other beauty, using these as steps only, and from one going on to two, and from two to all fair forms, and from fair forms to fair practices, and from fair practices to fair notions, until from fair notions he arrives at the notion of absolute beauty, and at last knows what the essence of beauty is.

Monty Python’s "The Meaning of Life"

In the universe, there are many energy fields which we cannot normally perceive. Some energies have a spiritual source, which act upon a person’s soul. The soul does not exist ab initio, as orthodox Christianity teaches. It has to be brought into existence by a process of guided self-observation. However, this is rarely achieved, owing to man’s unique ability to be distracted from spiritual matters by everyday trivia.

Planescape — adventure gaming based on philosophies of life, where the Sensate faction lives out Keats’s ideals.

Dean Koontz, "Intensity"

Mr. Vess is not sure if there is such a thing as the immortal soul, but he is unshakably certain that if souls exist, we are not born with them in the same way that we are born with eyes and ears. He believes that the soul, if real, accretes in the same manner as a coral reef grows from the deposit of countless millions of calcareous skeletons secreted by marine polyp. We build the reef of the soul, however, not from dead polyps but from steadily accreted sensations through the course of a lifetime. In Vess’s considered opinion, if one wishes to have a formidable soul — or any soul at all — one must open oneself to every possible sensation, plunge into the bottomless ocean of sensory stimuli that is our world, and experience with no consideration of good or bad, right or wrong, with no fear but only fortitude.

I’m an MD, a pathologist in Kansas City, a mainstream Christian. a modernist, a skydiver, an adventure gamer, the world’s busiest free internet physician, and a man who still enjoys books and ideas.

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Brown University, Department of English — my home base, 1969-1973.

More of my stuff:

Antony & Cleopatra — just getting started

The Book of Thel

Hamlet

Julian of Norwich

King Lear

The Lady of Shalott

A Midsummer Night’s Dream

Macbeth

Moby Dick

Oedipus the King

Prometheus Bound

Romeo and Juliet — just a short note

The Knight’s Tale

The Seven Against Thebes

The Tyger

Timbuctoo

Twelfth Night

I do not possess Keats’s negative capability. You get over a failed relationship by making a conscious decision to do so. I want to grab the horseman in the poem and yell, "Cowboy up!" or something. I suspect most visitors to this page would want to do exactly the same thing.

If I don’t share Keats’s focus on beauty and sensation over everything else, I do appreciate him for his insights into the human heart.

Teens: Stay away from drugs, work yourself extremely hard in class or at your trade, play sports if and only if you like it, and get out of abusive relationships by any means. If the grown-ups who support you are "difficult", act like you love them even if you’re not sure that you do. It’ll help you and them. The best thing anybody can say about you is, "That kid likes to work too hard and isn’t taking it easy like other young people." Health and friendship.

Like Keats, I had tuberculosis in 1978-82. It was memorable. I’m grateful to modern, reality-based science for my cure.


Livres: Attention, une apocalypse peut en cacher une autre (Behold, your house is left unto you desolate)

21 février, 2012
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus
Vous entendrez parler de guerres et de bruits de guerres: gardez-vous d’être troublés, car il faut que ces choses arrivent. Mais ce ne sera pas encore la fin. Une nation s’élèvera contre une nation, et un royaume contre un royaume, et il y aura, en divers lieux, des famines et des tremblements de terre.Tout cela ne sera que le commencement des douleurs. Alors on vous livrera aux tourments, et l’on vous fera mourir; et vous serez haïs de toutes les nations, à cause de mon nom. Jésus
Voici, votre maison vous sera laissée déserte. Jésus
L’Apocalypse fut un écrit de circonstance, destiné à réconforter les chrétiens par temps de persécution et à prédire la ruine de l’ "Antéchrist", Néron actuellement régnant et dans son acmé. Il se promenait en Grèce, tout près de Patmos, lorsque Jean mettait par écrit sa prophétie, dans les années 66-67 de notre ère. On s’explique que ce livre, appelé à circuler sous le manteau, fut rédigé dans un langage symbolique et même chiffré. Wikipedia
C’est un problème universel. Notre réseau [l'ONG Portes ouvertes affiliée au réseau international Open Doors] évalue à 400 000 le nombre de chrétiens soumis à des restrictions de libertés. Cela va de la discrimination jusqu’à la persécution. La Corée du Nord illustre la situation extrême : sur 400 000 croyants, 70 000 sont enfermés dans des camps de travail. Lorsque j’ai commencé à travailler sur le sujet il y a 25 ans, nous entendions rarement parler de personnes tuées à cause de leur foi. Nous travaillions alors principalement en Europe de l’est, dans les régimes du Rideau de fer. Aujourd’hui, les persécutions sont devenues très violentes et nous voyons régulièrement des attaques comme dimanche au Nigéria, où des tueries visent directement les chrétiens. Chaque année, nous réalisons un index de persécution dans lequel nous répertorions les pays où les chrétiens sont le plus persécuté. Depuis une dizaine d’années, la Corée du Nord reste le pays où il y a le moins de libertés pour les croyants. Si l’on découvre que vous croyez en Dieu, sans même envisager d’aller dans une église, vous êtes interné dans un camp où l’on vous fera travailler jusqu’à la mort. Il existe quatre églises à Pyongyang qui ne sont là que pour assurer la propagande du régime auprès des touristes. (…) L’islam radical est le premier grand persécuteur de l’Eglise. Dans des pays comme l’Iran, l’Irak, l’Afghanistan, le Nigéria, le Moyen-Orient en général, les chrétiens sont souvent la cible de persécution de la part des extrémistes. Il est particulièrement difficile pour un musulman de se convertir au christianisme. Les convertis subissent une pression énorme de la part de leurs familles, des autorités religieuses locales et parfois même de l’Etat. Cette discrimination s’applique aussi à des courants chrétiens vieux comme le monde. C’est le cas des coptes en Egypte qui subissent pressions et violences. L’autre grand persécuteur de l’Eglise, c’est le communisme. Il considère que la religion est l’opium qui endort le peuple et vise à libérer la société de toute religion. Je passe le cas de la Corée du Nord où le communisme a dérivé en un culte à la personnalité du chef de l’Etat. Dans d’autres pays communistes comme le Vietnam, la Chine ou Cuba, il y a toujours des discriminations contre l’Eglise. Ce ne sont plus les persécutions d’il y a vingt ou trente ans mais le manque de liberté reste manifeste. En Chine, les églises qui refusent de se soumettre au contrôle officiel de l’Etat, sont soumises à des arrestations et des pressions. Les limites sont strictes et toute sortie de ce cadre est dangereuse. Pékin cherche des moyens de contrôler les chrétiens. Des événements comme les Jeux olympiques ou la foire internationale ont été utilisés pour reprocher leur taille à certaines églises. Ils ont peur d’une Eglise indépendante et libre. Michel Varton
La prophétie de malheur est faite pour éviter qu’elle ne se réalise; et se gausser ultérieurement d’éventuels sonneurs d’alarme en leur rappelant que le pire ne s’est pas réalisé serait le comble de l’injustice: il se peut que leur impair soit leur mérite. Hans Jonas
Pourquoi l’activisme contre les OGM de Greenpeace est-il quasi absent aux États-Unis (où se concentrent 50 % des cultures OGM) et si virulent en Europe (où la culture des OGM est marginale) ? (…) Le mensonge a changé de camp. Du pouvoir politique et des industriels, il a gagné […] le contre-pouvoir. Jean-Claude Jaillette
 Interdire le DDT a tué plus de personnes qu’Hitler. Personnage d’un roman de  Michael Crichton (State of Fear, 2004)
Plus la guerre froide s’éloigne, plus le nombre de conflits diminue. (…) il n’y a eu ainsi en 2010 que 15 conflits d’ampleur significative, tous internes. (…)  Grosso modo, le nombre de conflits d’importance a diminué de 60% depuis la fin de la guerre froide (…) outre le fait que les guerres sont plutôt moins meurtrières, en moyenne, qu’elles ne l’étaient jusque dans les années 1960, cette réduction trouve sa source essentiellement dans la diminution spectaculaire du nombre de guerres civiles. La fin des conflits indirects entre l’Est et l’Ouest, l’intervention croissante des organisations internationales et des médiateurs externes, et dans une certaine mesure le développement économique et social des États, sont les causes principales de cette tendance. S’y ajoutent sans doute (…) des évolutions démographiques favorables. Bruno Tertrais
Imaginez que [Fukushima] se soit produit dans un pays non-développé: le nombre de morts aurait été de 200 000. Le développement et la croissance nous protègent des catastrophes naturelles. Bruno Tertrais
Longtemps, les divinités représentèrent le lieu de cette extériorité. Les sociétés modernes ont voulu s’en affranchir: mais cette désacralisation peut nous laisser sans protection aucune face à notre violence et nous mener à la catastrophe finale. Jean-Pierre Dupuy
Nous vivons à la fois dans le meilleur et le pire des mondes. Les progrès de l’humanité sont réels. Nos lois sont meilleures et nous nous tuons moins les uns les autres. En même temps, nous ne voulons pas voir notre responsabilité dans les menaces et les possibilités de destruction qui pèsent sur nous. René Girard
Les événements qui se déroulent sous nos yeux sont à la fois naturels et culturels, c’est-à-dire qu’ils sont apocalyptiques. Jusqu’à présent, les textes de l’Apocalypse faisaient rire. Tout l’effort de la pensée moderne a été de séparer le culturel du naturel. La science consiste à montrer que les phénomènes culturels ne sont pas naturels et qu’on se trompe forcément si on mélange les tremblements de terre et les rumeurs de guerre, comme le fait le texte de l’Apocalypse. Mais, tout à coup, la science prend conscience que les activités de l’homme sont en train de détruire la nature. C’est la science qui revient à l’Apocalypse. René Girard
La religion doit être historicisée : elle fait des hommes des êtres qui restent toujours violents mais qui deviennent plus subtils, moins spectaculaires, moins proches de la bête et des formes sacrificielles comme le sacrifice humain. Il se pourrait qu’il y ait un christianisme historique qui soit une nécessité historique. Après deux mille ans de christianisme historique, il semble que nous soyons aujourd’hui à une période charnière – soit qui ouvre sur l’Apocalypse directement, soit qui nous prépare une période de compréhension plus grande et de trahison plus subtile du christianisme.
Oui, pour moi l’Apocalypse c’est la fin de l’histoire. (…) L’Apocalypse, c’est l’arrivée du royaume de Dieu. Mais on peut penser qu’il y a des « petites ou des demi-apocalypses » ou des crises c’est-à-dire des périodes intermédiaires… (…) Il faut prendre très au sérieux les textes apocalyptiques. Nous ne savons pas si nous sommes à la fin du monde, mais nous sommes dans une période-charnière. Je pense que toutes les grandes expériences chrétiennes des époques-charnières sont inévitablement apocalyptiques dans la mesure où elles rencontrent l’incompréhension des hommes et le fait que cette incompréhension d’une certaine manière est toujours fatale. Je dis qu’elle est toujours fatale, mais en même temps elle ne l’est jamais parce que Dieu reprend toujours les choses et toujours pardonne. 
 Je me souviens d’un journal dans lequel il y avait deux articles juxtaposés. Le premier se moquait de l’Apocalypse d’une certaine façon ; le second était aussi apocalyptique que possible. Le contact de ces deux textes qui se faisaient face et qui dans le même temps se donnaient comme n’ayant aucun rapport l’un avec l’autre avait quelque chose de fascinant. 
Nous sommes encore proches de cette période des grandes expositions internationales qui regardait de façon utopique la mondialisation comme l’Exposition de Londres – la « Fameuse » dont parle Dostoievski, les expositions de Paris… Plus on s’approche de la vraie mondialisation plus on s’aperçoit que la non-différence ce n’est pas du tout la paix parmi les hommes mais ce peut être la rivalité mimétique la plus extravagante. On était encore dans cette idée selon laquelle on vivait dans le même monde : on n’est plus séparé par rien de ce qui séparait les hommes auparavant donc c’est forcément le paradis. Ce que voulait la Révolution française. Après la nuit du 4 août, plus de problème ! 
L’Amérique connaît bien cela. Il est évident que la non-différence de classe ne tarit pas les rivalités mais les excite à mort avec tout ce qu’il y a de bon et de mortel dans ce phénomène. (…)  il n’y a plus de sacrifice et donc les hommes sont exposés à la violence et il n’y a plus que deux choix : soit on préfère subir la violence soit on cherche à l’infliger à autrui. Le Christ veut nous dire entre autres choses : il vaut mieux subir la violence (c’est le sacrifice de soi) que de l’infliger à autrui. Si Dieu refuse le sacrifice, il est évident qu’il nous demande la non-violence qui empêchera l’Apocalypse.
La rivalité est présente dès l’origine. C’est ce que découvre aujourd’hui la science expérimentale : elle découvre qu’il y a imitation dès l’origine de l’humanité, dans son existence et son organisation. L’imitation est fondamentale dans les premiers mouvements réflexes de l’être humain. (…) La théorie mimétique ne veut pas se présenter comme une philosophie qui ferait le tour de l’homme. Elle tend simplement à dire qu’il y a toujours assez de rivalité mimétique dans une société pour tout troubler et pour obliger à procéder à un sacrifice. Mais cela ne veut pas dire que tout le monde est coupable au même titre. Il est bien évident que dans notre société les gens sont très forts pour éviter la rivalité mimétique non seulement instinctivement mais très délibérément : il y a tout un art d’éviter la rivalité mimétique qui au fond est l’art de vivre ensemble. Et cela est absolument indispensable.
Quant à la question du progrès, ce dernier n’est pas forcément fatal parce que les hommes y contribuent eux-mêmes. Je reconnais qu’il peut y avoir une régression.  
Je crois qu’il y a un double mouvement. Il ne faut pas oublier qu’il y a aussi une société de la peur. Beaucoup de gens considèrent que la violence augmente dans notre univers. Les deux mouvements se chevauchent. 
il y a eu des gestes de prudence extraordinaires, puisque Kroutchev n’a pas maintenu à Cuba les bombes atomiques. Il y a, dans ce geste, quelque chose de décisif. Ce fut le seul moment effrayant pour les hommes d’Etat eux-mêmes. Aujourd’hui nous savons qu’il y a des pays qui essaient par tous les moyens de se procurer ces armes et nous savons aussi qu’ils sont bien décidés à les utiliser. On a donc encore franchi un pallier. René Girard

Attention: une apocalypse peut en cacher une autre!

Sida, vache folle, bug de l’an 2000, grippe aviaire, 11/9, Irak, crise financière, grippe H1N111/9, Fukushima  …

Alors qu’avec le premier président nobélisé avant l’heure qui devait nous délivrer du bellicisme du cowboy Bush, l’exécution extrajudiciaire des djihadistes est passée dans l’indifférence la plus totale mais avec une redoutable efficacité à l’échelle quasi-industrielle de la robotisation et bientôt peut-être de l’automatisation  …

Et qu’un an après le véritable tsunami de révélations de documents secrets (pas moins de 750 000!) qui devait enfin contraindre à la transparence totale le chef de ligne du Monde libre et qui n’a réussi en fait qu’à lui permettre d’améliorer le secret de ses procédures de transmission d’informations, l’autobiographie non autorisée du hacker fou de  WikiLeaks peine à trouver preneur …

Pendant qu’en "terre d’islam" ou communiste, on persécute ou massacre allégrement du chrétien et qu’en une France qui cède à nouveau face à l’hystérie collective anti-OGM, on peut se voir exclu de son parti pour avoir osé rappeler l’inavouable secret de polichinelle historique de la supériorité de la civilisation judéo-chrétienne …

Comment ne pas s’émerveiller de l’incroyable résilience de ce monde qui enchaine les tsunamis sanitaires, miltaires, financiers ou mêmes nucléaires et qui loin des apocalypses annoncées par ses détracteurs habituels, ressort à chaque fois plus fort?

 Et, avec le dernier livre du spécialiste du désarmement Bruno Tertrais, en conclure qu’effectivement "l’Apocalypse n’est pas pour demain"?

A condition de ne voir dans le terme que son acception de catastrophe, lui qui, en ce Ier siècle où le "Royaume" annoncé par le Christ se faisait attendre et où, dénoncés comme "asociaux" et "ennemis du genre humain",  ses fidèles se voyaient confrontés à la plus sauvage des persécutions, avait le culot, dans son langage fleuri et codé (inversant et subvertissant à la fois  le bestiaire de ces têtes de monstre installées à l’entrée des villes pour les protéger des esprits maléfiques), de "lever le voile" (c’est le sens étymologique, on le sait, du terme grec) sur les envers monstrueux du mythe de la "Ville éternelle" et la certitude d’une alors bien improbable chute d’un système impérialiste et esclavagiste au faite de sa gloire, drainant non seulement à son seul profit la richesse et la force de travail de l’ensemble du monde connu mais poussant l’arrogance jusqu’à réclamer pour ses maitres le statut de dieux vivants …

Et à moins, comme le rappelle souvent l’anthropologue René Girard, qu’entre "petites ou demi-apocalypses" ou "crises" ou "périodes intermédiaires" et loin des rêves de châtiment final des fondamentalistes comme des timidités des chrétiens ordinaires qui n’osent plus en parler, l’Apocalypse tant annoncée ne soit pas celle qu’on croit?

Et surtout  qu’après les coups de folie de nos Hitler, Staline ou Mao comme les gestes de prudence extraordinaires de nos Kroutchev, nous risquions d’oublier qu’ "il y a toujours assez de rivalité mimétique dans une société pour tout troubler et pour obliger à procéder à un sacrifice".

Et que, dans un monde chaque jour un peu plus dépouillé de ses ressources sacrificielles où nations, langues, religions, vieux interdits sont peu à peu écrasés par le rouleau compresseur de la modernité, "la non-différence ce n’est pas du tout la paix parmi les hommes mais ce peut être la rivalité mimétique la plus extravagante", la non-différence  ne tari[ssan]t pas les rivalités mais les excit[ant] à mort avec tout ce qu’il y a de bon et de mortel dans ce phénomène" …

2011 : toujours moins de guerres…

Le centre de recherches sur les conflits de l’université d’Uppsala (Uppsala Conflict Data Program, UDPC) vient de publier, à l’été 2011, son analyse de la conflictualité pour l’année calendaire précédente. Très attendue tous les ans, et reprise par le rapport annuel du SIPRI (SIPRI Yearbook 2011), cette analyse confirme la tendance très nette observée depuis maintenant vingt ans : plus la guerre froide s’éloigne, plus le nombre de conflits diminue. Selon l’UDPC, il n’y a eu ainsi en 2010 que 15 conflits d’ampleur significative, tous internes.

L’analyse de la tendance sur la longue durée n’est pas aisée, car au cours des vingt dernières années l’UDPC a changé par deux fois de méthodologie, en 1999 et en 2007 (diverses définitions de ce qu’est un «conflit armé d’importance», major armed conflict). Le déclin de la conflictualité ne serait-il donc qu’un artefact statistique? Non. La consultation des archives électroniques de l’UDPC permet de reconstruire des séries de longue durée à partir des trois méthodologies différences (ante 1999, 1999-2007, et post 2007). Le résultat est très net : quels que soient les critères adoptés, la tendance est la même. Grosso modo, le nombre de conflits d’importance a diminué de 60% depuis la fin de la guerre froide, comme le montre le graphique ci-dessous (qui couvre les années 1989-2009):

Il ne s’agit pas de l’effet de technologies plus destructrices (les guerres seraient plus intenses et donc plus brèves, ce qui affecterait le nombre de conflits en cours par an). Car, outre le fait que les guerres sont plutôt moins meurtrières, en moyenne, qu’elles ne l’étaient jusque dans les années 1960, cette réduction trouve sa source essentiellement dans la diminution spectaculaire du nombre de guerres civiles. La fin des conflits indirects entre l’Est et l’Ouest, l’intervention croissante des organisations internationales et des médiateurs externes, et dans une certaine mesure le développement économique et social des États, sont les causes principales de cette tendance. S’y ajoutent sans doute –on y reviendra dans un prochain billet – des évolutions démographiques favorables.

Voir aussi:

Entretien avec René Girard Laurent Linneuil – Abbé de Tanoüarn Nouvelle revue CERTITUDES – n°16

On ne présente plus René Girard aux lecteurs de Certitudes. Cet anthropologue français vivant aux Etats-unis propose une extraordinaire grille de lecture des mythes archaïques, dont, selon lui, nous dépendons encore aujourd’hui et dont seul l’Evangile nous délivre efficacement. D’après lui, toute la culture humaine provient d’un meurtre primitif, dont il attribue le processus au diable. Nous avons eu la chance, Laurent Linneuil et moi, de pouvoir discuter à bâtons rompus durant deux heures, avec ce penseur original et profond… dont l’apport risque de révolutionner non seulement les sciences humaines mais la philosophie et même, vous le verrez, la théologie. Il s’est plié, avec une extraordinaire bonne grâce au feu roulant de nos questions… (GT)

Certitudes : René Girard, le fait d’avoir intitulé votre livre Les origines de la culture était-ce un souhait de réorienter le commentaire de votre œuvre vers un aspect méconnu, l’aspect fondateur de la violence ?

René Girard : Oui, l’aspect fondateur de la violence est mal compris, mal perçu. En anglais, on parle de titre programmatique c’est-à-dire un titre qui sert le public. Mais auparavant, j’ai toujours eu des titres plutôt « sensationnels », mais cela ne marche plus du tout…

C : Et donc pour ce livre, vous avez pris un titre moins scandaleux et plus classique qui symbolise l’ensemble de votre recherche. N’est-ce pas aussi une façon de répondre à l’une des accusations qui est souvent faite à votre pensée d’être exagérément pessimiste ?

R.G : Il s’agit ici d’un titre programmatique qui d’une certaine manière apparaît plus explicatif que les autres. Pour le fait qu’il symbolise l’ensemble de mon œuvre, on a déjà dit cela de mon dernier livre Je vois Satan tomber comme l’éclair … Mais « Je vois Satan tomber comme l’éclair » est une parole très ambiguë parce qu’où tombe-t-il ? Sur la terre…Et c’est le moment où justement il fait le plus de mal en tombant sur la terre. Il devient libre de faire ce qu’il veut ; c’est donc une parole souvent interprétée dans un sens apocalyptique. C’est l’annonce de la fin de Satan bien sûr mais non pas sa fin immédiate dans la mesure où il est libéré. Il y a aussi le symbolisme de la ligature – si j’ose dire – de Satan et de sa libération.

« Il cria : Mort ! – les poings tendus vers l’ombre vide. Ce mot plus tard fut homme et s’appela Caïn. Il tombait. » ( Victor Hugo) La Fin de Satan

C : Alors Satan est libéré quand il est dans les liens de la culture…

R.G : En effet. Est-ce que cela signifie que Satan n’est plus tenu ? Souvenez-vous du texte où il est dit que « c’est par Belzébuth que tu expulses le démon » et Jésus répond : « Si ce n’est pas par Belzébuth mais par Dieu que j’expulse le démon, etc. ». L’idée que « c’est par Belzébuth que tu expulses le démon » est très profonde : bien des interlocuteurs de Jésus affirment qu’il y a une expulsion du démon qui se fait par Satan. Il s’agit ici de l’expulsion de la culture. Mais dans le judaïsme de l’époque il se pratique des sacrifices ; comment celui-ci interprète-il ces sacrifices ? Je suis sûr qu’il y a des prophètes, très soupçonneux à l’égard de ces sacrifices, qui demandent à ce qu’ils cessent et disent que Dieu est contre tout cela. Et je pense que cet aspect a été minimisé.

C : Et c’est la raison pour laquelle vous dites dans Quand ces choses commenceront que Satan c’est l’ordre…

R.G : Satan, jusqu’à un certain point, c’est l’ordre culturel dans ce qu’il a de violent. Mais il faut se méfier : cela ne signifie pas que l’on peut condamner cet ordre parce que de toute façon le mouvement sacrificiel va vers toujours moins de violence. Et il est bien évident, s’il est vrai comme je le dis que la violence est en quelque sorte fatale dans l’humanité qui ne pourrait pas s’organiser s’il n’y avait pas de sacrifice, que les sacrifices sont nécessaires et acceptés par Dieu. On peut se référer à des paroles évangéliques telles que : « Si Dieu vous a permis de répudier votre femme… ». Dieu a fait des concessions dans le judaïsme classique qui ne sont plus là dans le christianisme dans la mesure où le principe sacrificiel est révélé.

C : A partir du moment où le meurtre fondateur débouche sur le sacrifice et que l’on s’éloigne du meurtre original le sacrifice tend à se transformer en rite, en institution de moins en moins violente ?

R.G : Le sacrifice s’institutionnalise par le changement de la victime – j’admire ce que dit Kierkegaard du sacrifice d’Abraham. Le sens principal est donc historique : c’est le passage du sacrifice humain au sacrifice animal qui représente un progrès immense et que le judaïsme est le seul à interpréter dans le sacrifice d’Isaac. Le seul à le symboliser dans une grande scène qui est une des premières scènes de l’Ancien Testament. Il ne faut pas oublier ce dont ce texte tient compte et dont la tradition n’a pas assez tenu compte : tout l’Ancien Testament se situe dans le contexte du sacrifice du premier né. Rattacher le christianisme au sacrifice du premier né est absurde, mais derrière le judaïsme se trouve ce qu’il y a dans toutes les civilisations moyen-orientales, en particulier chez les Phéniciens : le sacrifice des enfants. Lorsque Flaubert le représente dans Salambo, Sainte-Beuve avait bien tort de se moquer de lui parce que ce dont parle Flaubert est très réel. Les chercheurs ont découvert dans les cimetières de Carthage des tombes qui étaient des mélanges d’animaux à demi-brulés et d’enfants à la naissance à demi-brulés. Il a beaucoup été reproché à Flaubert la scène du dieu Moloch où les parents carthaginois jettent leurs enfants dans la fournaise. Or, les dernières recherches lui donnent raison contre Sainte-Beuve. En définitive, c’est le romancier qui a raison : cette scène est l’un des éléments les plus terrifiants et magnifiques de Salambo. La mode intellectuelle de ces dernières années selon laquelle la violence a été inventée par le monde occidental à l’époque du colonialisme est une véritable absurdité et les archéologues n’en ont pas tenu compte. Aux Etats-Unis, des programmes de recherche se mettent en place notamment sur les Mayas. Ces derniers ont souvent été considérés comme des « anti-Aztèques » : ils n’auraient pas pratiqué de sacrifices humains. Pourtant, dès que l’on fait la moindre fouille, on découvre des choses extraordinaires : chez les Mayas, il y a des kilomètres carrés de villes enfouies. C’est une population formidable avec de nombreux temples et les traces du sacrifice humain y sont partout : des crânes de petits-enfants mêlés à des crânes d’animaux.

C : Ce qui est assez surprenant dans votre relecture de la Bible c’est qu’en plaçant la violence au cœur des rapports humains comme vous le faites, on vous sent presque tentés de déplacer le péché originel d’Adam et Eve à Caïn et Abel…

R.G : C’est une très bonne observation. Les scènes d’Adam et Eve renvoient précisément au désir mimétique : Eve reçoit le désir du serpent et Adam le reçoit d’Eve et lorsque Dieu pose la question par la suite, on refait la même chaîne à l’envers. Adam dit « c’est elle » et Eve dit « C’est le serpent ». D’ailleurs, le serpent est vraiment le premier responsable puisqu’il est plus puni par Dieu que n’importe qui. Mais la première conséquence de cet acte c’est Caïn et Abel. Et le fait que l’un soit la cause de l’autre n’est pas très développé. Adam et Eve, c’est la rivalité mimétique, c’est le désir mimétique qui se communique de l’un à l’autre et par la suite, la guerre des frères ennemis et la fondation de la communauté. Ce qu’il y a de plus frappant dans l’histoire de Caïn et Abel c’est que le texte nous dit : la première société fut fondée par Caïn mais il n’est pas dit comment. En réalité, l’acte fondateur c’est le meurtre d’Abel. Est-ce clair pour les exégètes ? Je ne le crois pas.

C : Vous montrez en effet que c’est le meurtre qui fonde l’interdiction du meurtre…

R.G : Bien sûr. Il y a d’ailleurs un article de Josep Fornari qui porte sur ce que l’on appelait au XIX° siècle, le caïnisme. Des écrivains comme Nerval, de tradition ésotérique, se sont beaucoup intéressés à ce sujet dans lequel ils voyaient souvent un « diabolisme littéraire » mais en même temps quelque chose de très fécond. On ne sait jamais ce que c’est précisément parce que les critiques littéraires qui en parlent n’approfondissent jamais. Il y a des textes de Nerval qui font allusion au caïnisme, c’est-à-dire aux aspects ésotériques et noirs du romantisme dans le religieux. Des écrivains comme Joseph de Maistre y ont été sensibles. Ils ont influencé ensuite des penseurs comme René Guénon. Je n’appartiens pas, bien sûr, à ce courant, mais le terme de « caïnisme » m’intéresse parce que c’est l’idée d’insister sur le caractère meurtrier de l’homme. Nerval adorait l’ésotérisme, mais en même temps il ne menait pas trop loin ses recherches. Le caïnisme était chez lui plus poétique qu’érudit. Mais je m’interroge pour savoir à quoi cela correspond vraiment sur le plan de la pensée : quelle définition claire donner du caïnisme ?

C : L’exégèse classique, dans la lecture d’Adam et Eve, insiste sur le péché d’orgueil et vous déplacez cette lecture sur le plan du désir mimétique…

R.G : Il est facile de trouver les textes évangéliques sur le fait que Satan est meurtrier depuis le commencement : « Vous êtes du diable, votre père. Il était homicide dès le commencement » (St Jean, 8, 44). Dans ce chapitre 8 de Saint Jean qui donne à voir le début de la culture, il est donc dit : « Vous vous croyez les fils de Dieu, mais vous êtes très évidemment les fils de Satan puisque vous ne savez même pas de quoi il retourne. Vous vous croyez fils de Dieu dans une suite naturelle sans vous douter que vous restez dans le sacrifice. » Mais ces textes ne sont jamais vraiment lus. Que reproche saint Jean aux Juifs ? En quoi se distingue-t-il du judaïsme orthodoxe dans ce reproche… ? Voilà de vraies questions…

C : Il reproche aux Juifs de valoriser leur filiation établie…

R.G : Oui, sans voir leur propre violence, sans voir le péché originel d’une certaine façon. « Notre père, c’est Abraham. » Jésus leur dit : « Si vous étiez enfants d’Abraham, vous feriez les œuvres d’Abraham ». (St Jean, 8, 39). Or, c’est la vérité qui rend libre. Cela amène à montrer comment le péché originel, même s’il n’est pas question de le définir, est lié à la violence et au religieux tel qu’il est dans les religions archaïques ou dans le christianisme déformé par l’archaïsme dont il ne parvient pas à triompher totalement dans l’Histoire. Je me garderais bien de définir le péché originel.

C : Mais ce qui paraît très étonnant c’est le fait que dans la Bible on ne connaisse pas la raison pour laquelle Abel est préféré à Caïn…

R.G : Il y a peut-être, paradoxalement, une raison qui est visible dans l’islam. Abel est celui qui sacrifie des animaux et nous sommes au stade : Abel n’a pas envie de tuer son frère peut-être parce qu’il sacrifie des animaux et Caïn, c’est l’agriculteur. Et là, il n’y a pas de sacrifices d’animaux. Caïn n’a pas d’autre moyen d’expulser la violence que de tuer son frère. Il y a des textes tout à fait extraordinaires dans le Coran qui disent que l’animal envoyé par Dieu à Abraham pour épargner Isaac est le même animal qui est tué par Abel pour l’empêcher de tuer son frère. Cela est fascinant et montre que le Coran n’est pas insignifiant sur le plan biblique. C’est très métaphorique mais d’une puissance incomparable. Cela me frappe profondément. Vous avez des scènes très comparables dans l’Odyssée, ce qui est extraordinaire. Celles du Cyclope. Comment échappe-t-on au Cyclope ? En se mettant sous la bête. Et de la même manière qu’Isaac tâte la peau de son fils pour reconnaître, croit-il, Jacob alors qu’il y a une peau d’animal, le Cyclope tâte l’animal et voit qu’il n’y a pas l’homme qu’il cherche et qu’il voudrait tuer. Il apparaît donc que dans l’Odyssée l’animal sauve l’homme. D’une certaine manière, le troupeau de bêtes du Cyclope est ce qui sauve. On retrouve la même chose dans les Mille et une nuits, beaucoup plus tard, dans le monde de l’islam et cette partie de l’histoire du Cyclope disparaît, elle n’est plus nécessaire, elle ne joue plus un rôle. Mais dans l’Odyssée il y a une intuition sacrificielle tout-à-fait remarquable.

C : Vous avez dit que cet aspect dénonciateur du meurtre fondateur dans le discours de Jésus avait été assez mal compris – on y voit souvent de l’antisémitisme. Pour quelle raison l’avènement du christianisme, s’il a été si mal compris, n’a-t-il pas provoqué un déchaînement de la rivalité mimétique ?

R.G : On peut dire que cela aboutit à des déchaînements de rivalité mimétique, d’opposition de frères ennemis. La principale opposition de frères ennemis dans l’Histoire, c’est bien les juifs et les chrétiens. Mais le premier christianisme est dominé par l’Epître aux Romains qui dit : la faute des juifs est très réelle, mais elle est votre salut. N’allez surtout pas vous vanter vous chrétiens. Vous avez été greffés grâce à la faute des juifs. On voit l’idée que les chrétiens pourraient se révéler tout aussi indignes de la Révélation chrétienne que les juifs se sont révélés indignes de leur révélation. Je crois profondément que c’est là qu’il faut chercher le fondement de la théologie contemporaine. Le livre de Mgr Lustiger, La Promesse, est admirable notamment ce qu’il dit sur le massacre des Innocents et la Shoah. Il faut reconnaître que le christianisme n’a pas à se vanter. Les chrétiens héritent de Saint Paul et des Evangiles de la même façon que les Juifs héritaient de la Genèse et du Lévitique et de toute la Loi. Mais ils n’ont pas compris cela puisqu’ils ont continué à se battre et à mépriser les Juifs.

C : Ils ont continué à être dans l’ordre sacrificiel. Mais la Chrétienté n’est-elle pas alors une contradiction dans les termes ? Une société chrétienne est-elle possible ? Les chrétiens ne sont-ils pas toujours des contestataires de l’ordre et de Satan et donc des marginaux ?

R.G : Oui, ils ont recréé de l’ordre sacrificiel. Ce qui est historiquement fatal et je dirais même nécessaire. Un passage trop brusque aurait été impossible et impensable. Nous avons eu deux mille ans d’histoire et cela est fondamental. Mon travail a un rapport avec la théologie, mais il a aussi un rapport avec la science moderne en ceci qu’il historicise tout. Il montre que la religion doit être historicisée : elle fait des hommes des êtres qui restent toujours violents mais qui deviennent plus subtils, moins spectaculaires, moins proches de la bête et des formes sacrificielles comme le sacrifice humain. Il se pourrait qu’il y ait un christianisme historique qui soit une nécessité historique. Après deux mille ans de christianisme historique, il semble que nous soyons aujourd’hui à une période charnière – soit qui ouvre sur l’Apocalypse directement, soit qui nous prépare une période de compréhension plus grande et de trahison plus subtile du christianisme. Nous ne pouvons pas fermer l’histoire et nous n’en avons pas le droit.

C : L’Apocalypse pour vous, c’est la fin de l’histoire…

R.G : Oui, pour moi l’Apocalypse c’est la fin de l’histoire. J’ai une vision aussi traditionnelle que possible. L’Apocalypse, c’est l’arrivée du royaume de Dieu. Mais on peut penser qu’il y a des « petites ou des demi-apocalypses » ou des crises c’est-à-dire des périodes intermédiaires…

C : Et vous ne croyez pas à la post-histoire de Philippe Murray ?

R.G : Je l’apprécie beaucoup. Mais je suis sans doute un chrétien plus classique malgré mon historicisme. Il faut prendre très au sérieux les textes apocalyptiques. Nous ne savons pas si nous sommes à la fin du monde, mais nous sommes dans une période-charnière. Je pense que toutes les grandes expériences chrétiennes des époques-charnières sont inévitablement apocalyptiques dans la mesure où elles rencontrent l’incompréhension des hommes et le fait que cette incompréhension d’une certaine manière est toujours fatale. Je dis qu’elle est toujours fatale, mais en même temps elle ne l’est jamais parce que Dieu reprend toujours les choses et toujours pardonne.

C : Comment envisagez-vous la mondialisation du point de vue de votre système ? La mondialisation ne serait-elle pas une répétition de l’Apocalypse ou de la post-histoire ? La mondialisation n’est-ce pas d’abord Babel puisque l’on revient au début de la Genèse et puis l’Apocalypse du fait de la disparition des nations ?

R.G : Oui, il n’y a plus que des forces contraires qui transcendent toute distinction tribale, nationale…

C : Avec une sorte de mondialisation de l’ordre sans possibilité de nouveau recours à la béquille sacrificielle…

R.G : Le principe apocalyptique définit ce que vous avez dit. Dès qu’il y a non possibilité de recours ou même moindre recours, celui qui vit le christianisme d’une façon intense sent ceci. Donc, même s’il se trompe, il considère toujours la fin toute proche et l’expérience devient apocalyptique.

C : Et en même temps nous sommes dans une situation historique inédite où d’une part la béquille sacrificielle serait tombée, et d’autre part, on a supprimé toutes les barrières à la rivalité mimétique…

R.G : Je suis entièrement d’accord avec vous. Je me souviens d’un journal dans lequel il y avait deux articles juxtaposés. Le premier se moquait de l’Apocalypse d’une certaine façon ; le second était aussi apocalyptique que possible. Le contact de ces deux textes qui se faisaient face et qui dans le même temps se donnaient comme n’ayant aucun rapport l’un avec l’autre avait quelque chose de fascinant.

C : Dans votre essai Celui par qui le scandale arrive, on a l’impression que vous envisagez l’idée d’une société non sacrificielle qui pourrait être la plus violente possible dans une sorte d’égalitarisme qui produit le conflit plutôt qu’il ne l’alimente.

R.G : Nous sommes encore proches de cette période des grandes expositions internationales qui regardait de façon utopique la mondialisation comme l’Exposition de Londres – la « Fameuse » dont parle Dostoievski, les expositions de Paris… Plus on s’approche de la vraie mondialisation plus on s’aperçoit que la non-différence ce n’est pas du tout la paix parmi les hommes mais ce peut être la rivalité mimétique la plus extravagante. On était encore dans cette idée selon laquelle on vivait dans le même monde :on n’est plus séparé par rien de ce qui séparait les hommes auparavant donc c’est forcément le paradis. Ce que voulait la Révolution française. Après la nuit du 4 août, plus de problème ! (rires).

C : Cela est vrai sur le plan mondial comme sur le plan interne des sociétés puisqu’il y existe pour les deux de l’égalitarisme qui masque les différences nécessaires.

R.G : L’Amérique connaît bien cela. Il est évident que la non-différence de classe ne tarit pas les rivalités mais les excite à mort avec tout ce qu’il y a de bon et de mortel dans ce phénomène.

« Mahomet s’est établi en tuant ; JÉSUS-CHRIST en faisant tuer les siens. Mahomet en défendant de lire ; JÉSUS-CHRIST en ordonnant de lire. Enfin cela est si contraire, que si Mahomet a pis la voie de réussir humainement, JÉSUS-CHRIST a pris celle de périr humainement. Et au lieu de conclure, que puisque Mahomet a réussi, JÉSUS-CHRIST a bien pu réussir ; il faut dire, que puisque Mahomet a réussi, le Christianisme devait périr, s’il n’eût été soutenu par une force toute divine » Pascal Pensées

C : On remarque un facteur inédit qui est celui de la confrontation de notre société avec une religion qui, elle, n’éprouve aucune répulsion pour la violence. Cette religion, c’est l’islam. Vous réfléchissez en outre beaucoup sur les Veda pour marquer ainsi le caractère universel de votre pensée et l’islam finalement y reste encore un peu marginal…

R.G : Ce sont là des circonstances tout à fait accidentelles. J’ai essayé de lire certaines traductions du Coran, mais elles sont assez rébarbatives. Le livre d’André Chouraqui, Le Coran, m’est un peu tombé des mains ! (rires). Sans le contact avec la langue arabe, la tache est difficile. Il y a deux importantes traductions du Coran : celle de Denise Masson et une plus ancienne rééditée récemment chez Payot : celle d’Edouard Montet. Les différences entre ces traductions sont énormes et l’on n’a pas les moyens d’arbitrer.

C : Les traductions de différentes sourates que donne Anne-Marie Delcambre dans son ouvrage L’islam des interdits montrent clairement comment il y a une légitimité de la violence dans l’Islam principalement dans l’affrontement avec les « Infidèles ». Il se pose ici un défi dont on ne voit pas très bien comment l’Occident peut y répondre…Mais on peut penser à l’idée d’une réforme de l’Islam, idée soutenue par des penseurs comme René Guénon et aujourd’hui par de nombreux musulmans comme Dalil Boubakeur …

R.G : L’Occident peut-il encore y répondre sur le plan spirituel ? Il y a une interprétation de ce qui se passe actuellement selon laquelle nous vivons les avatars de la modernisation de l’Islam. Cette thèse est peut-être vraie, mais quand est-ce que se réalisera cette réforme ? Combien d’années faudra-t-il attendre ?

C : Le problème est que cet Islam se détacherait probablement de ses sources idéologiques. Or le Coran semble difficilement transposable dans une autre perspective.

R.G : C’est toute la difficulté de l’interprétation. La question de la vocalisation est ici essentielle. L’arabe est une langue consonantique comme l’hébreu et si l’on vocalise en araméen, on trouve des traductions différentes. Je ne sais pas comment les spécialistes réagissent à cela. Mais il y a quelque chose d’intéressant dans le fait que la critique historique devienne d’un coup une espèce d’arme. Elle s’en ait pris au christianisme. Il y a donc un bon usage de la critique historique.

Le sens du sacrifice chrétien

C : Pouvez-vous développer les raisons profondes qui ont fait qu’après avoir récusé au terme de « sacrifice » tout usage chrétien, vous disiez dans votre dernier livre ne pas pouvoir vous en passer ? Il est donc important de conserver le terme « sacrifice » dans son usage chrétien en ayant conscience que c’est le contraire du sacrifice archaïque.

R.G : Il y a une histoire à ceci. C’est un théologien allemand, le Père Schweiger, qui m’a conduit à accepter le terme de sacrifice dans son sens chrétien. Je lui ai rendu service pour la rivalité mimétique mais l’utilisation chrétienne de cette notion et de l’idée d’une violence fondatrice nous sont venues ensembles et son ouvrage est paru au même moment que le mien. Donc sur certains points, il devrait être considéré comme le fondateur de la théorie au même titre que moi. Il a essayé pendant plusieurs années de convaincre les théologiens allemands. Les théologiens allemands sont fondamentalement divisés en deux groupes : l’un protestant, l’autre plus bavarois et catholique. Il a réussi à les intéresser à cette thèse et je me suis rendu à leur rassemblement cet été. C’est la première fois que ce groupe de théologiens m’invite à parler de mes thèses. Mais ils ne sont plus ce qu’ils étaient.

C : Vous voulez dire qu’ils n’ont plus la même puissance de travail ?

R.G : Les théologiens allemands dominaient la réflexion dans ce domaine. Et maintenant ce sont les théologiens américains qui dominent. Ils ont de grandes personnalités mais aussi des « farceurs » dont certains alimentent Prieur et Mordillat. Ce que je pense, – dans Des choses cachées depuis la fondation du monde j’essaye de créer une plage non sacrificielle – c’est qu’il y a deux types de sacrifice. Si l’on se fonde, par exemple, sur le jugement de Salomon, on distingue : le sacrifice de soi et le sacrifice de l’autre. Eprouver le désir de parler sans « sacrifice » c’est dire qu’il y a un lieu où l’on peut se situer qui est purement scientifique et qui est étranger à toutes les formes de sacrifice. Donc il y a une objectivité scientifique au sens traditionnel. Nier cette objectivité, c’est dire : « non pas du tout, on est toujours dans une forme de religieux ou dans une autre : il faut se sacrifier soi-même ». D’ailleurs, c’est le Père Schweiger qui énonce cette thèse selon laquelle il faut une conversion personnelle pour comprendre le désir mimétique. Une conversion qui n’est pas nécessairement chrétienne… En tout cas, il faut être capable de se reconnaître coupable de désir mimétique. Et cela, je crois, est essentiel.

C : Vous voulez dire que le sacrifice c’est la conversion, quelle qu’elle soit, chrétienne ou non…

R.G : Le passage du sacrifice de l’autre au sacrifice de soi, c’est la conversion. La preuve, dans les Evangiles, c’est le rapport extrêmement proche qui n’est pas souvent perçu entre la première conversion chrétienne qui est la reconversion de Pierre après son reniement et puis la conversion de Paul, marquée par la parole de Jésus « Pourquoi me persécutes-tu ? ». Quel que soit celui que l’on persécute c’est toujours Jésus que l’on persécute. L’absence de lieu non sacrificiel où l’on pourrait s’installer pour rédiger une science du religieux, qui n’aurait aucun rapport avec lui, est une utopie rationaliste. Autrement dit il n’y a que le religieux chrétien qui lise vraiment de façon scientifique le religieux non chrétien.

C : En défendant le sacrifice chrétien vous défendez le religieux chrétien contre l’idée d’un christianisme qui serait pure foi, sans religion ?

R.G : Oui, d’un christianisme sans religion, ce christianisme irréligieux que l’on voit très bien apparaître dans les attaques contre Mel Gibson qui sont en réalité des attaques contre la Passion elle-même. Des journalistes étaient présents à la sortie des premières séances du film à New-York. Et certains spectateurs disaient : « Mais nous avons changé tout cela, la Passion n’a plus la même importance qu’avant… ». C’était un révélateur prodigieux d’un certain courant dans le christianisme aujourd’hui. Il me semble que le débat sur Mel Gibson – en mettant entre parenthèses les mérites ou les démérites du film – était un débat sur l’importance de la Passion, sur la centralité de la Passion ou non.

C : Et en même temps ce film montrait bien ( par les reproches qui lui étaient faits d’être trop violent) à quel point vous avez raison en disant que le discours dénonciateur de la violence du Christ n’a pas été compris. Depuis le moment où vous avez commencé à écrire Des choses cachées depuis la fondation du monde, n’étiez-vous pas gênés par la crainte d’apparaître comme un apologiste de la religion chrétienne ?

R.G : Les personnes qui reprochent à Gibson cette violence sont celles qui d’habitude ne s’inquiètent absolument pas de la violence au cinéma ou bien en font quelque chose de bon : une victoire pour la liberté, pour la modernité. Le livre accepte un peu d’apparaître comme une apologie de la religion chrétienne. Il cherche ce lieu sacrificiel dont je n’avais pas conscience à l’époque. Cela c’est le Père Schweiger qui me l’a montré. Il y a des erreurs grossières comme l’attaque contre l’Epître aux Hébreux qui est ridicule. Il y a des éléments sur la Passion notamment dans l’Epître aux Hébreux qui me paraissent absolument essentiels par exemple l’usage qui est fait du psaume 40 : « Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation…Donc j’ai dit : Voici, je viens ». Que signifie ce « donc » ? Il veut dire : « Tu n’a voulu ni sacrifice ni oblation » donc il n’y a plus de sacrifice et donc les hommes sont exposés à la violence et il n’y a plus que deux choix : soit on préfère subir la violence soit on cherche à l’infliger à autrui. Le Christ veut nous dire entre autres choses : il vaut mieux subir la violence (c’est le sacrifice de soi) que de l’infliger à autrui. Si Dieu refuse le sacrifice, il est évident qu’il nous demande la non-violence qui empêchera l’Apocalypse.

C : Le Christ nous demande alors un sacrifice intérieur…

R.G : Oui, un sacrifice intérieur ou sacrifice de soi : « Voici que Je viens pour faire sa volonté ». Il faut faire référence à la bonne prostituée, dans le Jugement de Salomon que j’évoquais trop rapidement tout à l’heure : elle préfère lâcher l’enfant, elle donc est la vraie mère.

C : Vous allez jusqu’au bout d’une défense d’un christianisme augustinien finalement… L’amour don contre l’amour passion…

R.G : Augustin voit vraiment le christianisme et la mort du Christ comme l’essentiel de toute la culture. D’une certaine façon il associe Caïn et Abel et tous ces meurtres à la Passion ; il voit qu’il y a un rapport. A la fin de la Cité de Dieu, il y a des textes extraordinaires sur ce thème, mais qui me paraissent pourtant incomplets. Il y a à la fois le penseur chrétien très puissant et aussi un homme qui considère la civilisation antique de façon très inhabituelle aujourd’hui.

C : Dans Quand ces choses commenceront, livre d’entretien mené par Michel Tréguer, vous allez très loin et vous parlez de Saint Augustin en affirmant : « Tout ce que j’ai dit est dans Saint Augustin… ».

R.G : C’était une boutade de ma part mais j’y crois d’une certaine façon. On découvre dans son œuvre des éléments extraordinaires pour la définition du désir mimétique. Il y a cette formule – que je cite dans ce livre – des deux nourrissons lesquels sont déjà en pleine rivalité parce qu’ils rivalisent pour le sein de la nourrice. Cela est un peu mythique : ces deux nourrissons ne sont pas capables de comprendre que le sein de la nourrice peut s’épuiser. Mais il s’agit d’une image formidable du désir de toute l’humanité et du fait que la rivalité est présente dès l’origine. C’est ce que découvre aujourd’hui la science expérimentale : elle découvre qu’il y a imitation dès l’origine de l’humanité, dans son existence et son organisation. L’imitation est fondamentale dans les premiers mouvements réflexes de l’être humain.

C : A partir du moment où vous placez la violence au cœur de l’homme, vous n’êtes pas dans un univers irénique et hellénique.

R.G : On peut dire que cet univers irénique n’est là que partiellement chez Platon. Il a une inquiétude, une angoisse devant le mimétique. Derrida dit très justement que l’on ne peut pas systématiser le mimétique chez Platon. Il y a chez lui des contradictions qui sont insolubles. Il a ses inquiétudes devant le mimétique ou devant le fait que les hommes doivent l’éviter comme la peste. Ce qui est passionnant et absolument incompréhensible. Mais si vous regardez les interdits primitifs, les interdits mimétiques, ils sont là. Je crois que Platon est encore en contact avec des éléments du passé, qui sont présents chez les présocratiques mais qui ne le sont plus chez Aristote. Aristote est imitateur de Platon mais on a totalement changé de monde sur le plan culturel : l’alexandrin est ce qui est moderne par rapport à l’univers de la démocratie athénienne.

C : Par delà la violence des rapports humains et la rivalité mimétique n’y-a-t’il pas un désir naturel chez l’homme de vivre en société, paisiblement, en pantouflard ? Cela ne vous semble-t-il pas contradictoire avec votre thèse ?

R.G : Absolument pas. La théorie mimétique ne veut pas se présenter comme une philosophie qui ferait le tour de l’homme. Elle tend simplement à dire qu’il y a toujours assez de rivalité mimétique dans une société pour tout troubler et pour obliger à procéder à un sacrifice. Mais cela ne veut pas dire que tout le monde est coupable au même titre. Il est bien évident que dans notre société les gens sont très forts pour éviter la rivalité mimétique non seulement instinctivement mais très délibérément : il y a tout un art d’éviter la rivalité mimétique qui au fond est l’art de vivre ensemble. Et cela est absolument indispensable.

C : Dans votre dernier livre Les origines de la culture vous insistez beaucoup sur le darwinisme et volontairement vous proposez un épigraphe darwinien à chaque chapitre. Vous semblez en tirer l’idée d’un progrès fatal de l’homme…

R.G : C’est Pierpaolo Antonello qui a fait cela. Personnellement je voulais les enlever. Quant à la question du progrès, ce dernier n’est pas forcément fatal parce que les hommes y contribuent eux-mêmes. Je reconnais qu’il peut y avoir une régression. On peut penser que l’Islam est soutenu par le Coran mais quant aux islamistes « frénétiques » il est bien évident que le Coran n’a guère été interprété dans cette voie si ce n’est peut-être par la fameuse secte des assassins. Oui, il peut y avoir une régression.

C : Ce qui est très frappant, notamment dans Quand ces choses commenceront, au sein même de cette ambiance augustinienne pessimiste c’est votre optimisme foncier, votre idée qu’il y aura toujours un chemin vers le mieux. C’est sans doute la rivalité mimétique qui a pu égarer Augustin dans ses polémiques…

R.G : Mais c’est vrai aussi chez Augustin… Henri Marrou disait qu’il faudrait toujours renoncer à choisir le moment le plus polémique d’Augustin pour le définir en entier. Et si l’on regarde les textes sur la grâce qui ne sont pas dans la querelle avec Pélage, on peut se constituer un Augustin beaucoup plus modéré. La rivalité mimétique est une chose sans quoi il serait très difficile d’écrire. C’est elle qui soutient l’écrivain dans ses efforts. (rires)

La violence est au cœur de l’homme

C : Le christianisme continue à imprégner à contrecœur la société moderne. Vous êtes finalement proche de Chesterton qui parlait de « l’idée chrétienne devenue folle ». Vous affirmez que le message victimaire du christianisme imprègne la vie contemporaine et en même temps on a l’impression d’une perte complète de toute conscience de la violence. C’est très paradoxal.

R.G : Je crois qu’il y a un double mouvement. Il ne faut pas oublier qu’il y a aussi une société de la peur. Beaucoup de gens considèrent que la violence augmente dans notre univers. Les deux mouvements se chevauchent. Le catholicisme en France ou le « para-catholicisme » anglais de la première moitié du XX°siècle connaissent une espèce d’explosions de talents dans la période de l’entre-deux-guerres, que l’on ne retrouve plus aujourd’hui. Je sais que vous n’êtes pas tendres avec Maritain. Il y a des choses un peu plates dans son œuvre, mais il y a aussi des éléments absolument admirables. Des ouvrages comme Le songe de Descartes ou Les trois réformateurs sont marqués par une veine polémique qui disparaît par la suite parce qu’il est devenu presque trop officiel.

C : On constate un phénomène d’inconscience contemporaine vis-à-vis de la violence. Nos contemporains ont certes peur de la violence, mais ils en ont conscience comme une force extérieure notamment sous la forme du terrorisme. Il semble que nos contemporains aient totalement perdu le message chrétien qui enseigne que la violence est au cœur de l’homme, une violence qui nous menace et que l’on ne peut pas expulser de nous-mêmes.

R.G : Oui, on se sent toujours victime d’une violence autre. Il faudrait étudier le mimétisme sur le plan le plus fondamental qui est la réciprocité entre les hommes. Entre les animaux, il n’y a pas de réciprocité : même lorsqu’ils se battent, ils ne se regardent pas. Dans la première histoire du Livre de la jungle, les animaux ne peuvent pas soutenir le regard de Mowgli, l’enfant-loup. L’animal ne voit rien dans ses yeux qui ne retienne son regard. Ce n’est pas du tout le triomphe de l’homme sur l’animal malgré ce qu’en fait Kipling, conformément à une vision dix-neuvièmiste de l’humanisme triomphant. Dans ce livre toutes les histoires se terminent par des meurtres collectifs, derrière lesquels se cachent des mythes indiens très anciens. Ce qui m’interroge c’est cette réciprocité qui subsiste chez l’homme. Si vous avez un bon rapport avec quelqu’un, vous êtes dans la réciprocité, mais très vite la violence peut s’élever entre vous. Lorsque je vous tends la main et que vous ne la prenez pas, s’il n’y a pas réciprocité, immédiatement la main qui s’est offerte se retirera. C’est-à-dire qu’elle imitera la violence de l’autre. Le rapport de violence est un rapport de réciprocité tout comme le rapport donnant-donnant. Mais c’est un rapport de réciprocité très difficile à modifier dans le sens du retour à une bonne réciprocité. En revanche, rien n’est plus facile de passer de la bonne à la mauvaise réciprocité. Dès que les hommes ne se traitent pas bien mutuellement, ils ont l’impression que la violence vient de l’autre et, dans leur idée, eux ne font jamais que rendre à l’autre la même chose. C’est dire à l’autre : j’ai compris ce que tu veux me dire et je me conduis avec toi de semblable manière. Et pour être bien sûr que l’autre comprendra on surenchérit. L’autre va donc interpréter cela comme une agression. On peut très bien montrer ici qu’au niveau le plus élémentaire il y a toujours incompréhension de l’un par l’autre. L’escalade peut grimper sans que personne n’ait jamais conscience d’y contribuer lui-même.

C : Cependant on a vécu pendant cinquante ans sous une doctrine stratégique nucléaire qui prévoyait justement une escalade de violence…

R.G : Certainement. Mais dans ce cas précis il y a eu des gestes de prudence extraordinaires, puisque Kroutchev n’a pas maintenu à Cuba les bombes atomiques. Il y a, dans ce geste, quelque chose de décisif. Ce fut le seul moment effrayant pour les hommes d’Etat eux-mêmes. Aujourd’hui nous savons qu’il y a des pays qui essaient par tous les moyens de se procurer ces armes et nous savons aussi qu’ils sont bien décidés à les utiliser. On a donc encore franchi un pallier.

C : Une autre traduction de cette perversion des idées chrétiennes c’est le concept de victime. Dans notre société les victimes sont partout et cette surenchère victimaire est finalement devenue le moyen d’agresser l’autre. On se sert de ce que l’on sait de la personne pour dire : « je suis ta victime donc tu es un bourreau ».

R.G : Oui mais il faut aussi reconnaître que derrière cet abus du victimaire il y a un usage légitime. Nous sommes la seule société qui s’intéresse aux victimes en tranquillité. Et ça c’est une supériorité extraordinaire.

C : Vous le développiez bien dans Quand ces choses commenceront : la victimisation comme arme, comme violence…

R.G : Je crois que le moment décisif en Occident est l’invention de l’hôpital. Les primitifs s’occupent de leurs propres morts. Ce qu’il y a de caractéristique dans l’hôpital c’est bien le fait de s’occuper de tout le monde. C’est l’hôtel-Dieu donc c’est la charité. Et c’est visiblement une invention du Moyen-Age. Tout ce qu’il y a de bon dans notre société peut faire l’objet d’abus. Lorsque Voltaire a écrit Candide, il cherchait un contre-exemple, une société supérieure à l’Occident, mais il ne l’a pas trouvée. C’est la raison pour laquelle il s’est tourné vers cet Eldorado qui, en fait, n’existe pas. Il avait lui-même écrit des poèmes comme le Mondain – « Ah quel bon temps que ce siècle de fers ! ». Son idée principale est que la société moderne était la meilleure de toutes. C’était pour embêter les dames de son salon qui parlaient de Leibniz au lieu de parler de lui comme elles auraient dû le faire…(rires) Voltaire a une conscience de la rivalité mimétique tout à fait extraordinaire. Dans Candide, il y a ce personnage, Pococuranté, qui possède tout. Noble vénitien, il reçoit Candide et son serviteur Martin et méprise toutes ses richesses (chap. 25). Il a de nombreux tableaux, mais il ne les regarde plus. Par ailleurs, il affirme que les sots admirent tout dans l’œuvre d’un grand auteur ; lui, il n’aime que ce qui est à son usage. Lorsqu’ils prennent congé de ce Vénitien, Candide dit à son serviteur Martin : « voilà le plus heureux des hommes car il est au-dessus de tout ce qu’il possède ». Il veut paraître supérieur à toutes ses possessions et, au fond, il cultive une forme de désir.

C : Il y a un dernier thème que vous abordez, celui de la vérité, de la vérificabilité. Derrière ce thème de la vérité se cache celui de la figuralité : tout est figure du vrai…. Dans La voix méconnue du réel, vous proposez l’idée d’une vérité à laquelle on n’échappe pas, celle de la théorie mimétique, qui d’une certaine façon est au-dessus des preuves que l’on peut donner pour ou contre…

R.G : Le vrai problème est celui de la vérité scientifique. Popper m’oppose toujours la « vérifiabilité ». Il m’assure que ma thèse n’est pas vérifiable. Je lui réponds que la thèse de l’évolution ne l’est pas non plus indubitablement. D’autre part, il y a toutes sortes de choses dont nous sommes certains. C’est la direction que je prends maintenant. C’est ce que l’on nomme en anglais le « common knowledge », le savoir commun. Aujourd’hui vous n’avez pas besoin d’expliquer que les sorcières ne sont pas coupables, malgré la chasse aux sorcières du 15ème siècle. Il s’agit là de « common knowledge » dans la mesure où personne ne vous réfutera car cela va de soi, cela est évident. La question est de savoir si ce « common knowledge » fait partie de la science. Je réponds : oui mais c’est une science tellement certaine qu’elle n’a pas à se démontrer, une science qui a trop de vérifications qui sont là possibles pour qu’il soit nécessaire d’en épuiser la liste.

C : Notre revue s’appelle Certitudes : c’est un clin d’œil au penseur italien Vico, qui développe la théorie du « certum ». Le certum n’est pas le « verum ». Vico est d’une certaine manière, un anthropologue, il est passionné par la latinité dans toutes ses manifestations historiques. Votre éloquence fait penser à Vico. Le propos de Vico n’est pas philosophique. Sa théorie de la « science nouvelle » décrit une science qui est en opposition à celle de Descartes et en cela elle est nouvelle. Descartes, lui, prétendait au« verum » donc à une science de l’objet. Et vous dites : « Nous sommes toujours inclus dans la science fondamentale que nous développons donc ce n’est pas une vérité objective mais une vérité totale qui nous enveloppe… ».

R.G : L’idée selon laquelle on ne peut arriver au « certum » à partir des textes est une idée constamment démentie par l’existence du système judiciaire, du système de la preuve. La question est de savoir à partir de quel moment on est vraiment dans le « certum ». Dans l’anthropologie il n’y a pas de vérification immédiate puisque tout est indirect. Tout est lié à la multiplication des indices donc c’est bien une attitude scientifique. Le travail de l’ethnologue nécessite cette multiplication d’indices indirects.

C : Vous avez osé intituler l’un de vos livres : la voix méconnue du réel. Comment ce texte sur le réel et sur la vérité a-t-il été reçu ?

R.G : La voix méconnue du réel c’est le titre choisi par la traductrice. Je trouve cette traduction très bonne, mais certains la contestent. C’est tout le problème des traductions de l’anglais au français. C’est sur le mot « réel » que l’on conteste la traduction. La traduction devient impossible à cause des ressemblances entre les deux langues. C’est la question des « faux-amis ». Des termes traduits en apparence parfaitement n’ont pas de sens dans une langue, mais sont très compréhensibles dans l’autre.

C : Le fait d’avoir enseigné et publié aux Etats-Unis vous a-t-il donné une liberté de recherche et de pensée supplémentaire par rapport à ce qui se serait passé si vous étiez restés en France ? Le préjugé antireligieux était-il moins fort là-bas ?

R.G : C’est ma seule expérience anthropologique ! ( rires ). Non, le préjugé est exactement le même. Mais les proportions en chiffres sont différentes. Par exemple, l’Eglise « modernisée » a réussi à « décatholiciser » nombre de gens. Les catholiques rassemblent soixante-dix millions de personnes aux Etats-Unis. J’y suis arrivé avant le Concile et il y avait alors 75 % de pratiquants. Cela représentait beaucoup plus que toute l’Europe. Aujourd’hui on compte 30 % de pratiquants ce qui reste encore très supérieur à l’Europe. Les fondamentalistes ne sont pas les fous-furieux tels que les médias les montrent ici. Les traiter de « fondamentalistes » est d’ailleurs excessif. Ils sont attachés à l’éducation des enfants. Ils se méfient des cours de « sex education » qui ont lieu dans certaines écoles, ce qui est parfaitement légitime. Certes, les milieux les plus nationalistes récupèrent leurs votes, mais d’une certaine manière tous les partis ont une part de responsabilité. Les églises protestantes sont d’ailleurs dans un état de décomposition plus grand que l’Eglise catholique.

C : Justement, quelle est la situation des églises protestantes, des baptistes par exemple ?

R.G : Ce problème est assez complexe. Les baptistes ont toujours été un peu fondamentalistes. Il y a de nombreux pratiquants dans cette branche du protestantisme. Il y a ce qu’on appelle les « grandes dénominations » qui comprennent les épiscopaliens ( anglicans version internationale), les presbytériens d’origine écossaise et les méthodistes ainsi que les quakers. Beaucoup de ces Eglises notamment presbytériennes, souvent très rigoureuses ont connu une certaine évolution vers un relâchement de la Foi. Ainsi parler de Dieu aujourd’hui dans ces Eglises cela paraît un peu impoli…! ( rires ) Elles sont devenues des sortes de clubs humanitaires.

C : Vous dites avec une force extraordinaire que la religion est mère de tout…

R.G : Je pense qu’elle l’est. Ce qui fait la force du catholicisme américain ce sont les protestants qui se convertissent au catholicisme. Si vous leur dites que le catholicisme est en train lui aussi de se décomposer, ils vous répondent : « Oui, mais le catholicisme est la seule Eglise qui a une chance de survivre et de vivre. »

« Le débat sur le film de Mel Gibson est en réalité un débat sur la Passion elle-même »

C : Ils doivent être d’autant plus désolés de l’affadissement du catholicisme…Quelle a été, par exemple, la réaction de la hiérarchie catholique devant la Passion du Christ ?

R.G : De nombreux protestants ont affirmé sur plusieurs chaînes de télévision : « ce film montre à quel point nous avons supprimé toute imagerie ». Il y a donc eu parfois de très heureuses réactions de la part de protestants. Pour ce qui est de la hiérarchie catholique, une déclaration des évêques disait : « Nous n’avons pas d’avis ». Ils ont affirmé qu’ils ne jugeaient pas Mel Gibson, que son engagement était plutôt bon en soi mais que le film pouvait être très mal compris, comme un film justifiant la violence. Cela est vraiment faux. Le film ne justifie pas la violence. Aux Etats-Unis, nous avons une chaîne de télévision catholique qui s’appelle « The Eternal Word Television Network » (EWTN) : le réseau de télévision de la Parole éternelle. C’est magnifique ! (rires). C’est Mother Angelica qui en est la directrice. Ils disent la Messe, ils récitent le chapelet plusieurs fois par jour et les émissions culturelles sont souvent de qualité et ne sont pas la répétition interminable de celles diffusées par les autres médias.

C : En France, il y a la chaîne KTO lancée depuis trois ans. Elle s’apprêtait à défendre le film, mais, très liée à l’épiscopat, ce dernier lui a demandé de mettre un bémol dans ses analyses…

R.G : Une journaliste de KTO m’a interrogé. Je revenais à ce moment-là des Etats-Unis et j’étais donc un peu fatigué. J’ai compris tout de suite qu’elle souhaitait me lancer contre le film de Mel Gibson. Alors cela m’a réveillé ! (rires).

René Girard : “Le christianisme est le seul à désigner le caractère mimétique de la violence”

 La  Croix

11-08-2008

Cinquième commandement : « Tu ne commettras pas de meurtre. » (Ex 20, 13)

LE DECALOGUE (5/10) René Girard, de l’Académie française

La Croix : Quel sens donnez-vous au commandement : « Tu ne tueras point » ?

René Girard : Les religions archaïques se fondaient sur l’appel au meurtre et les sacrifices rituels pour résoudre le problème de la violence en rétablissant l’unité de la communauté contre une victime. C’est ce que j’ai appelé le phénomène du bouc émissaire. Lorsque ce meurtre réussit, la victime acquiert un prestige considérable, les boucs émissaires sont divinisés, à cause de leur vertu réconciliatrice. Les religions archaïques sont fondées sur l’illusion que ces boucs émissaires sont des dieux parce qu’ils installent une certaine paix entre les hommes. C’est cette paix que l’on renouvelle en immolant des victimes humaines ou animales délibérément choisies à cet effet. Le commandement de la Bible rompt catégoriquement avec cette pratique. Le christianisme nous apprend que c’est une illusion, une ruse que nous employons avec nous-mêmes. Toutes les grandes scènes de la Bible vont dans le sens de l’abolition ou de la diminution de la violence contre l’homme, à l’instar du non-sacrifice d’Isaac dans l’ancien testament, remplacé au dernier moment par un bélier. Dans la passion du Christ, c’est exactement l’inverse, le meurtre religieux est pour la première fois catégoriquement rejeté. Le Christ s’offre comme victime pour révéler la vérité aux hommes. Au lieu de sacrifier autrui – l’attitude normale des hommes –, le Christ s’offre comme victime pour se révéler aux hommes tel qu’il est, c’est-à-dire totalement étranger à la violence.

L’Ancien Testament et les Évangiles sont-ils les seuls textes fondateurs à condamner le meurtre et la vengeance ?

Je pense qu’ils sont les seuls à condamner le meurtre religieux. La condamnation du meurtre dans la Déclaration des droits de l’homme n’est pas une invention de l’humanisme occidental mais une invention chrétienne. L’humanisme s’est montré encore plus impuissant que le christianisme à la mettre en œuvre puisque nous sommes placés aujourd’hui dans un univers qui risque à chaque instant de se détruire lui-même.

L’interdit chrétien n’a pas empêché les croisades, les guerres de religion, les guerres mondiales et les génocides. Comment expliquez-vous cet échec ?

Le christianisme n’a pas eu raison du péché originel. Le péché originel, cela veut dire que l’homme est disposé au péché, qu’il est très difficile de vivre sans se heurter à son voisin, sans désirer la même chose que lui, sans devenir son rival. Des découvertes récentes en neurologie montrent que l’imitation est première et le moyen essentiel de l’apprentissage chez le nouveau-né. Nous ne pouvons échapper au mimétisme qu’en en comprenant les lois : seule la compréhension des dangers de l’imitation nous permet de penser une authentique identification à l’autre. Dès que nous imitons le modèle de nos désirs, nous désirons la même chose que lui. Cette rivalité mimétique est la cause principale et fondamentale de la violence entre les hommes. Le christianisme est le seul à désigner ce désir mimétique. Si l’homme est meurtrier, c’est parce qu’il a le meurtre en lui et qu’il y a quelque chose qui s’appelle le péché originel. Le péché originel, c’est Caïn et Abel, la rivalité qui engendre le meurtre.

Le monde globalisé d’aujourd’hui est-il prêt à entendre le message chrétien de réconciliation et de renonciation à la violence ?

La vérité devient aujourd’hui plus éclatante même si très peu d’individus se convertissent. Notre civilisation est plus créatrice et puissante que jamais mais aussi plus fragile et plus menacée car elle ne dispose plus du garde-fou du religieux archaïque. Au nom du désir de bien-être et du progrès, les hommes produisent les moyens de s’autodétruire. Notre monde est menacé et il est totalement impuissant à prendre des mesures pour éviter les périls les plus immédiats comme le réchauffement climatique, les manipulations génétiques ou la prolifération nucléaire.

Le terrorisme islamique est-il une nouvelle étape de la montée des extrêmes, un retour de l’archaïque ?

La montée aux extrêmes se sert de l’islamisme. Le terrorisme remplace la guerre qui redevient une entreprise privée sur laquelle les États n’ont plus de contrôle. La guerre n’est plus contenue par des règles institutionnelles qui en limitaient la durée et les effets. Plus l’homme est capable de produire la violence, plus il la produit. Nous sommes aujourd’hui menacés d’un vol de l’arme atomique par des individus qui n’hésiteront pas à s’en servir. La possession des moyens de destruction les plus perfectionnés est un signe du retour de l’archaïque. L’islam a tenté de réguler la violence à travers sa forte capacité d’organisation et le monde islamique ne se confond pas avec un déchaînement de la violence auquel nous serions étrangers. Pour autant, je pense que le christianisme a une vision plus profonde de la violence. Dans la Passion, la crucifixion du Christ révèle la violence. C’est la révélation du meurtre fondateur, le résultat du mécanisme victimaire et c’est Jésus qui rend cela visible en subissant cette violence injuste et en l’exposant aux regards de tous, en la privant ainsi de sa puissance fondatrice.

Pour renoncer à la violence, l’homme doit-il renoncer au désir ?

Le christianisme dit que l’homme doit désirer Dieu. Aujourd’hui, les individus intelligents et ambitieux semblent tournés vers l’accroissement de la puissance et la répétition des erreurs du passé. Les textes apocalyptiques des Évangiles annoncent précisément que les hommes succomberont à leur propre violence. C’est la fin du monde permise par les hommes. Le paradoxe, c’est que l’humanité soit plus sceptique que jamais à une époque où elle sait qu’elle a tous les moyens de se détruire. De leur côté, les chrétiens interprètent souvent le christianisme comme une simple philosophie optimiste et, sous prétexte de rassurer, n’en donnent qu’une version édulcorée. Il vaudrait mieux alerter les gens et réveiller les consciences endormies plutôt que de nier les dangers. Nous vivons à la fois dans le meilleur et le pire des mondes. Les progrès de l’humanité sont réels. Nos lois sont meilleures et nous nous tuons moins les uns les autres. En même temps, nous ne voulons pas voir notre responsabilité dans les menaces et les possibilités de destruction qui pèsent sur nous. Les textes chrétiens, en particulier les textes apocalyptiques, collent de façon étonnante à la réalité présente, à savoir une confusion entre les désastres causés par la nature et les désastres causés par les hommes, une confusion entre le naturel et l’artificiel. Dans le cyclone qui a dévasté La Nouvelle-Orléans, on ne pouvait plus distinguer la responsabilité de la nature de celle des hommes.

Il n’est pas trop tard pour bien faire ?

Nous arrivons dans un monde où nous nous trouverons placés devant l’alternative chrétienne, le royaume de Dieu ou la destruction totale, la réconciliation ou rien. Les hommes cherchent des échappatoires pour ne pas voir ce qui s’impose à eux, pour ne pas être pacifiques, pour ne pas rencontrer l’autre. Le christianisme est la seule utopie qui dise la vérité sur cette situation. Ou bien les hommes la réaliseront en renonçant à la violence, ou bien ils s’autodétruiront. Ce sera la violence absolue ou la paix.

Recueilli par François d’ALANÇON

Voir également:

textes de l’Apocalypse …

L’Apocalypse a commencé Antoine Nouis et Jean-Luc Mouton Réforme 31 juillet 2008

Mondialement connu pour sa théorie mimétique, René Girard se définit lui-même comme un anthropologue de la violence et du religieux.

Il analyse et commente ici l’actualité sombre du monde à la lumière de son dernier livre inspiré par la lecture de Clausewitz.

La pensée de René Girard, en apparence limpide, se révèle cependant complexe car paradoxale et radicalement différente des courants dominants. Encensé ou vivement contesté, René Girard fait débat aujourd’hui, notamment en raison de ses convictions chrétiennes.

Il vient pour l’heure de publier en français Achever Clausewitz (éd. Carnets Nord, 365p., 22 euros), un livre d’entretiens consacré à Carl von Clausewitz (1780-1831), stratège prussien, auteur du De la guerre. On se souvient de sa formule : « La guerre est la -continuation de la politique par d’autres moyens. » Loin de contenir la violence, la politique court derrière la guerre : les moyens guerriers sont devenus des fins. « Achever Clausewitz », c’est lever un tabou : celui qui nous empêchait de voir que l’Apocalypse a commencé. Car la violence des hommes, échappant à tout contrôle, menace aujourd’hui la planète entière.

Même s’il est un peu troublant et fort peu réconfortant de commencer une nouvelle année par une réflexion aussi pessimiste, il faut bien aussi tenter de regarder le monde en face. Nous avons atteint un point, rappelle avec force René Girard, où la disparition de l’espèce humaine devient possible – disparition qui est déjà annoncée dans la Bible – si l’homme ne renonce pas à la violence et à la rivalité.

Vous évoquez dans votre livre, en citant Clausewitz, une « montée aux extrêmes ». Pour vous, l’Apocalypse a déjà commencé…

Je pense qu’il est nécessaire de dire aujourd’hui la vérité en premier lieu sur les phénomènes liés à la dégradation de l’environnement. La fonte, par exemple, des glaces du Groenland est un phénomène très alarmant. Tous les Etats le savent. C’est un enjeu vital aujourd’hui. Les événements qui se déroulent sous nos yeux sont à la fois naturels et culturels, c’est-à-dire qu’ils sont apocalyptiques. Jusqu’à présent, les textes de l’Apocalypse faisaient rire. Tout l’effort de la pensée moderne a été de séparer le culturel du naturel. La science consiste à montrer que les phénomènes culturels ne sont pas naturels et qu’on se trompe forcément si on mélange les tremblements de terre et les rumeurs de guerre, comme le fait le texte de l’Apocalypse. Mais, tout à coup, la science prend conscience que les activités de l’homme sont en train de détruire la nature. C’est la science qui revient à l’Apocalypse.

Cette réalité-là m’impressionne profondément. Depuis trois cents ans, la science a plaidé le contraire pour retomber aujourd’hui sur cette découverte très scientifiquement au moment où on s’y attend le moins. Autrement dit, la pensée apocalyptique n’est plus folle, elle est en train d’entrer dans la vie quotidienne. Si un ouragan de plus touche La Nouvelle-Orléans dans les prochains mois, la question des liens entre ces phénomènes et les activités humaines se reposera. Lorsque l’Apocalypse mélange les deux, c’est une opération qui, sur le plan intellectuel aujourd’hui, a un intérêt prodigieux que même les chrétiens ne veulent pas voir. Ces derniers n’osent pas parler de l’Apocalypse. Des formes de pensée que nous pensions dépassées sont en train de revenir… et ce sont des formes de pensée évangéliques. Ce qui nous paraissait archaïque revient parmi nous sur les ailes de la science. Nos contemporains ne sont pas encore prêts à entendre ces paroles, mais ils vont bientôt l’être.

Pourquoi liez-vous la montée en puissance de la violence avec celle des températures à la surface du globe ?

Il existe un lien direct. Je définis la violence par la rivalité. Dans le monde actuel, beaucoup de choses correspondent au climat des grands textes apocalyptiques du Nouveau Testament, en particulier Matthieu et Marc. Il y est fait mention du phénomène principal du mimétisme, qui est la lutte des doubles : ville contre ville, province contre province… Ce sont toujours les doubles qui se battent et leur bagarre n’a aucun sens puisque c’est la même chose des deux côtés. Aujourd’hui, il ne semble rien de plus urgent à la Chine que de rattraper les Etats-Unis sur tous les plans et en particulier sur le nombre d’autoroutes ou la production de véhicules automobiles. Vous imaginez les conséquences ? Il est bien évident que la production économique et les performances des entreprises mettent en jeu la rivalité. Clausewitz le disait déjà en 1820 : il n’y a rien qui ressemble plus à la guerre que le commerce. Souvent les chrétiens s’arrêtent à une interprétation eschatologique des textes de l’Apocalypse. Il s’agirait d’un événement supranaturel… Rien n’est plus faux ! Au chapitre 16 de Matthieu, les juifs demandent à Jésus un signe. « Mais, vous savez les lire, les signes, leur répond-t-il. Vous regardez la couleur du ciel le soir et vous savez deviner le temps qu’il fera demain. » Autrement dit, l’Apocalypse, c’est naturel. L’Apocalypse n’est pas du tout divine. Ce sont les hommes qui font l’Apocalypse. Il existe aujourd’hui un moment de chambardement qui m’intéresse au plus haut point.

S’il existe une consonance entre l’évolution du monde et les textes de la Bible, quel message nous donnent-ils pour nous guider ? Ils nous avertissent contre notre violence. Ils nous disent : il faut s’en occuper. Mais ils ne disent pas que c’est Dieu qui intervient dans la montée des eaux ou dans la perte des glaces au pôle Nord. Les grands dirigeants du monde en sont cependant encore à se demander qui aura le droit d’extraire prioritairement le pétrole de cette région du Pôle ! Ce qui, évidemment, ne peut qu’accentuer les risques pour la planète. Là résident le comique et le tragique de notre temps. La bonne manière d’écouter ces textes est de faire nôtre cette inquiétude, elle n’est pas celle de Dieu. Nous en sommes seuls la cause. Nous avons mal utilisé nos pouvoirs et nous continuons de le faire. Nous lisons tout à l’envers.

Le développement continu des armements va dans le même sens, de même que les manipulations biologiques dont les hommes tireront on ne sait encore quelle nouvelle puissance pour guerroyer. Etant donné ce que les hommes ont été capables de faire jusqu’ici, peut-on vraiment leur faire confiance ? Cette folie de l’homme est prévue, annoncée par les Evangiles. Dieu n’en est aucunement responsable. Dans ces conditions, je ne vois pas de tâche plus importante que de rappeler sans cesse le réalisme de la révélation et des textes apocalyptiques. Mais même l’Eglise ne s’y réfère plus jamais.

Vous avez une vision très pessimiste de l’Histoire…

Savez-vous qu’il est courant de professer une vision optimiste à mesure que se multiplient les dangers ? Les Etats sont capables de voir un problème à la fois, et sur le court terme. Mais si on prend tous les problèmes qui assaillent notre époque en même temps, n’est-ce pas monstrueux ? Mieux, l’avenir du monde semble totalement désespéré. Et pourtant, c’est bien de cela qu’il faut s’occuper. Si on a envie que nos petits-enfants puissent vivre sur une terre où ils puissent se tenir debout. Ceux qui tentent d’avertir les hommes d’aujourd’hui arrivent dans une atmosphère totalement athée. Les hommes de notre temps n’arrivent pas à percevoir l’importance et le sens de ces textes apocalyptiques de la Bible. L’Apocalypse, c’est la durée, si ces temps n’avaient pas été abrégés, il n’y aurait plus un seul adorateur du Dieu unique. Dans les grands textes des Evangiles synoptiques, ces temps sont longs et nous y sommes pleinement entrés. Je ne suis pas pessimiste, au fond. J’attends, comme tout chrétien, l’avènement du Royaume de Dieu.

A partir de votre analyse, quelle parole recommandez-vous aux Eglises ?

Il faut d’abord que les uns et les autres lisent le chapitre 24 de Matthieu, le chapitre 13 de Marc et çà et là quelques passages dans l’Evangile de Luc ! Mais comment comprendre ces passages ? Pour moi, l’homme est foncièrement en rivalité et violent. Il entraîne un désordre de toute la communauté qui finit par un phénomène de bouc émissaire. Dans le christianisme, le phénomène du bouc émissaire ne peut plus se produire parce qu’on le comprend trop bien. Pour qu’un phénomène de bouc émissaire se produise, il faut croire que la victime est coupable. Donc avoir un bouc émissaire, c’est ne pas savoir qu’on l’a. Et, par conséquent, savoir qu’on l’a, c’est être privé de moyens sacrificiels d’arrêter la violence. Nous sommes dans cette situation-là, donc nous sommes confrontés à notre propre violence et la seule solution, c’est celle qui est là, dans le christianisme – qui vient en premier lieu d’ailleurs, bien avant toutes choses –, c’est-à-dire l’offre du Royaume et la non-représaille universelle. La logique est parfaite. De ce point de vue, je ne peux que souhaiter aux uns et autres de se tourner vers le Christ. Je ne suis qu’un chrétien très classique, au fond…

Et que dire aux autorités politiques ?

Qu’il faut tout faire pour interrompre ces processus sans fin qui nous mènent à la destruction totale. C’est-à-dire qu’il faut accepter des mesures qui sont encore impensables aujourd’hui. Diminuer la production, s’il le faut, pour sauver la planète. Nombre d’Américains rattachés au camp républicain estiment que tous ces discours apocalyptiques n’ont pour but que les empêcher de gagner tout l’argent qu’ils méritent. Les conséquences de cette insouciance sont une réelle menace pour l’humanité. Le problème est que les responsables politiques qui tiendraient un tel langage de vérité ne sont pas éligibles. Qui peut attirer les suffrages de ses concitoyens en prônant une politique de restriction dans tous les domaines ou prétendre supprimer les automobiles ? Comment déplaire à l’opinion publique et annoncer de nouvelles mauvaises ? Sans doute, l’évolution de notre planète va devenir telle que des mesures très dures et difficiles s’imposeront. Reste que la démocratie n’est pas armée pour faire face à une situation d’urgence. Nous sommes bien dans une perspective apocalyptique.

La peur, comme le suggère Hans Jonas, ne pourrait-elle pas créer cependant les conditions d’une remise en question ? La peur est pédagogique jusqu’à un certain point. Le sera-t-elle suffisamment ? Cela me paraît fort douteux. Il faut continuer à dire aux opinions publiques que tout finira mal, sans cela vous ne les réveillerez jamais. L’annonce de l’Apocalypse, c’est avant tout le seul discours qui puisse contribuer à sauver le monde. Le problème des responsables est de se situer toujours dans le court terme. Le fondement du religieux, sur le plan social et politique, apparaît à l’inverse comme la pensée de la continuité, le souci de l’avenir. Les discours des religions et celui du christianisme rappellent toutes les traditions qui demandent à être maintenues, la famille par exemple. Traditions qui ont pour fonction de maîtriser la temporalité qui nous échappe. Donc, le religieux est d’une certaine manière conservateur.

Seriez-vous d’accord avec l’affirmation selon laquelle « le christianisme serait la religion de la sortie de la religion » ?

Ceux qui l’évoquent, comme Marcel Gauchet, le disent d’une façon athée, humaniste, la fin du religieux d’une manière post-hégélienne. Alors que je dis de mon côté que c’est la fonction du christianisme depuis le début. Le christianisme n’est pas une religion comme les autres. Les religions ont des dieux, des règles, des doctrines… Le christianisme ne nous apprend pas qui est Dieu, ou plutôt, si nous le savons, ce n’est qu’à travers le Christ. Parce que la mort du Christ nous a appris ce que sont les religions en révélant le mécanisme sacrificiel qui les fonde. La prédication du Christ est la seule à avoir dévoilé l’origine violente de l’humanité et sa perpétuation culturelle. L’échec de la prédication et la Passion, qui sacrifie le plus innocent de tous, ouvrent la voie à la lente connaissance de la méconnaissance du mécanisme victimaire.

Je défends depuis de longues années l’idée que cette révélation du mécanisme de la violence, du sacrifice, est inscrite dans le texte même des Evangiles. La question est : « Mais pourquoi existe-t-il des religions ? ». A mon sens, parce que l’on s’imagine que la victime est vraiment responsable et peut donc provoquer la réconciliation. En réalité, ce phénomène purement victimaire pourrait se passer sur n’importe qui. Le Christ, justement, n’est pas n’importe qui parce qu’il accepte cette mort pour faire connaître aux hommes ce qu’est réellement le religieux. Cette fonction du Christ donne au christianisme une place qui lui permet même d’approuver l’antireligion moderne dans ce qu’elle a de vrai.

L’apparition des fondamentalismes ne serait-elle pas une manière de réintroduire de la religion ?

Oui et non. Le fondamentalisme est avant tout un combattant du religieux. Les fondamentalistes sont dans le même mouvement que des athées qui sont partisans de telle ou telle idéologie. Généralement, les fondamentalistes que l’on rencontre aux Etats-Unis sont plutôt ignorants, mais voudraient bien qu’on les laisse tranquilles et que l’on ne les attaque pas systématiquement sur leurs convictions contre le mariage homosexuel. Convictions qu’ils considèrent conformes à leur lecture traditionnelle de la Bible. Ils sont en réalité minoritaires et ne dominent en rien l’Amérique. Pourtant, j’adresse aux fondamentalistes un reproche fondamental : ils attribuent à Dieu, ou à des phénomènes surnaturels, ce qui revient en réalité aux hommes. C’est pour cette raison qu’ils sont absurdes et non pour leurs convictions que l’on a coutume de qualifier de rétrogrades.

A propos du sacrifice, comment comprendre le sacrifice de ces terroristes qui donnent leur vie pour ôter celle d’autres vivants ?

Nous ne savons pas. Nous sommes devant une culture de mort qui nous échappe. Le 11 septembre 2001 a été le début d’une nouvelle phase. Le terrorisme actuel reste à penser. On ne comprend toujours pas ce qu’est un terroriste prêt à mourir pour tuer des Américains, des Israéliens ou des Irakiens. La nouveauté par rapport à l’héroïsme occidental est qu’il s’agit d’imposer la souffrance et la mort, au besoin en les subissant soi-même. Cette « montée aux extrêmes » de la violence sort de notre univers.

Je crois que nous sommes attachés à la vie d’une manière qui ne nous permet pas d’y accéder. Le terrorisme nous dépasse, on a l’impression de ne plus pouvoir réfléchir. C’est une menace, du fait même que l’on ne comprend pas. On ne peut pas négocier. Et encore moins faire la guerre contre le terrorisme sans même savoir où sont les terroristes, s’ils existent, s’ils ont envie de négocier…

Les Américains ont commis l’erreur de « déclarer la guerre » à Al-Qaida alors qu’on ne sait même pas si Al-Qaida existe. Le président Bush a réagi avec son instinct d’Américain, comme s’il s’agissait d’un adversaire habituel. Il s’est lourdement trompé. Il pensait répondre à une attente. Mais sans réflexion. Il savait que l’Amérique attendait de l’action. D’où la guerre d’Irak… Une bêtise absolue ! L’ère des guerres est finie : désormais, la guerre est partout. Nous sommes entrés dans l’ère du passage à l’acte universel. Il n’y a plus de politique intelligente. Nous sommes près de la fin.

Vous situez le Christ au cœur de l’histoire de l’humanité, mais quelle place accordez-vous aux autres religions ?

Les autres religions sont nécessaires pour l’arrivée au christianisme. L’éducation de l’homme est faite par le religieux. Les religions non chrétiennes sont nécessaires à un certain stade de l’humanité. Elles ont permis ce passage de l’animalité jusqu’à l’homme. Mais le christianisme met fin à ces religions et nous place devant l’Apocalypse.

Le sacrifice, par exemple, personne ne peut le définir parce que c’est trop évident. Il s’agit d’une violence de substitution, nécessaire pour passer la colère des hommes. Le nom chrétien du péché capital est bien la colère, plus que le ressentiment. Le péché originel, c’est la violence, ou plutôt l’ensemble, orgueil, colère et violence. L’islam, de son côté, ne dit rien contre la violence. Il l’accepte parfois comme un des véhicules de la révélation de Dieu. Il n’y a de devoir du chrétien de conquérir quoi que ce soit par la violence. D’une certaine manière, l’islam est une idéologie religieuse qui reste plongée dans l’archaïsme. Il en va différemment du judaïsme. Dans la Bible, on trouve les premiers textes religieux où la victime est innocente. L’histoire de Joseph, par exemple, on sent bien qu’elle va vers le christianisme, elle est tout entière prophétique, au sens chrétien du terme. Précisément parce qu’elle fait de la victime la victime de ses frères. L’histoire commence par une sorte de lynchage, et ce lynchage, c’est celui de l’innocent et non pas du coupable… Déjà l’histoire du Christ.

Que répondez-vous à ceux qui, à l’exemple du philosophe Michel Onfray, considèrent que ce sont les religions qui sont sources de violences et de guerres ?

Ce sont des penseurs qui en sont encore à Auguste Comte. Un homme qui considérait que le religieux était essentiellement une réponse à la question des origines de l’univers. Le bon sauvage sous le ciel étoilé qui médite sur l’univers et se demande d’où cela vient… La religion archaïque n’a strictement rien à voir avec ce genre de préoccupation.

Pour ce qui est de la violence, sachez qu’à toutes les époques on tue au nom de ce qui importe alors. Au moment de la féodalité, on estimait que la justice royale permettrait une paix universelle. A partir des rois on a cru que les querelles dynastiques étaient à l’origine des guerres. Quand on en arrive à la république, Clausewitz voit très bien que celle-ci produit une mobilisation du peuple pour la guerre, qui jusqu’alors était le fait des princes. L’origine de la violence sera toujours cherchée ailleurs, on désignera toujours la chose la plus importante du moment… Alors que c’est l’homme, bien entendu, qui est à la source de toute violence.

Vous considérez cependant le christianisme comme une religion rejetée, sinon méprisée, aujourd’hui…

Le christianisme est radicalement méprisé. Et il est le seul dans ce cas. Il est méprisé particulièrement en Europe parce qu’il faut se défendre contre lui. Il annonce que les hommes sont violents, c’est lui qui vient troubler notre tranquillité archaïque. Le christianisme n’est pas reçu, en réalité, parce qu’il n’est pas compris. Il faut en revenir au texte et au message évangélique…

Démarche protestante, s’il en est…

Savez-vous que les catholiques ont toujours pensé que j’étais protestant ? A dire vrai, protestantisme, catholicisme…, cela n’a pas grande importance à mes yeux. Les catholiques sont aussi influencés par les protestants que les protestants peuvent l’être par les catholiques. La remarque est évidente pour ce qui est des Etats-Unis. Les protestants comprennent la valeur de l’unité. Les intellectuels, en particulier, regardent beaucoup plus aujourd’hui ce qui se passe dans l’Eglise catholique. Il se trouve que de nombreuses conversions au catholicisme ont lieu en ce moment aux Etats-Unis. Il faut dire que la vie intellectuelle dans les universités américaines est dominée par des figures catholiques. Les White Anglo-Saxons Protestants sont toujours, de leur côté, plus attirés par le business. C’est peut-être le souci de la parole d’autorité, de la parole qui se fait entendre dans le monde, qui questionne aujourd’hui la pensée américaine. D’où peut-être cette attirance nouvelle pour l’universalité du catholicisme.

Le tragique serait-il pour vous le dernier mot de l’Histoire ?

Le tragique en grec, c’est le mot trogos. C’est la mort de cette victime qui finalement réconcilie. Donc, c’est aussi la catharsis. La tragédie grecque elle-même ne fait que répéter la naissance du religieux. C’est la mort de la victime qui ramène la paix en amenant la purification de la violence. La mort de la victime ramène la paix. La tragédie respecte le schéma de la religion archaïque. Reste quand même une incertitude sur la vérité de la culpabilité de la victime. Cela va dans le sens du christianisme. Mais accepter la vérité du christianisme, c’est se débarrasser du tragique, c’est l’au-delà du tragique. Nous ne savons pas ce dont il s’agit réellement. Mais nous savons pourtant que l’Apocalypse, ce n’est pas triste, dans la mesure où si on arrive vraiment à elle, on commence à passer à autre chose. Les chapitres apocalyptiques des Evangiles annoncent cela, mais ne sont pas pour autant un happy end. La providence, c’est toujours une attente, l’Apocalypse, c’est sûr.

Reste que nous ne sommes pas appelés à la peur, mais à la confiance…

« N’ayez pas peur. » Cette parole apocalyptique se trouve dans l’Evangile. Cela ne va pas être facile, ni plaisant, mais le Christ nous dit : « Ne vous en faites pas ! » Il faut continuer jusqu’au bout, comme si de rien n’était. La vocation de l’humanité continue. Penser vraiment l’Apocalypse, c’est penser la tragédie des temps qui viennent dans une lumière chrétienne qui est fondamentalement optimiste. Ce n’est pas la fin de tout, mais l’arrivée du Royaume de Dieu. Royaume de Dieu dont nous n’avons aucune explication. Mais qu’importe, puisqu’il se rapproche de nous.

Présentation de l’éditeur

Comment ne pas être inquiet? Chaque jour, de mauvaises nouvelles sont assenées sur l’état de la planète, celui de notre civilisation ou sur notre santé. Et nous sommes abreuvés de prévisions catastrophistes. La population mondiale s’accroît trop vite; les ressources naturelles vont s’épuiser rapidement; le climat va se détériorer gravement ; les produits chimiques affectent notre santé ; le modèle capitaliste s’effondre ; le temps de la suprématie occidentale est terminé; les grandes épidémies vont revenir ; le djihadisme menace les fondements de notre civilisation; la prolifération des armes de destruction massive est incontrôlable… Sans compter que le terrorisme nucléaire n’est pas loin. Les gouvernements, les institutions internationales, les ONG et les experts ont tous une part de responsabilité dans cette politique de la peur, nombreux d’ailleurs sont ceux qui en bénéficient. Et si la planète allait bien mieux qu’on ne le croit ? Et si l’avenir de l’humanité était beaucoup moins sombre qu’on ne le dit ? Les prophètes de malheur ont beaucoup de succès, mais il s’avère qu’ils ont toujours eu tort. À l’encontre des idées reçues, Bruno Tertrais propose ici une autre lecture du monde, qui met l’accent sur des faits souvent ignorés et sur les incertitudes qui entachent les prévisions catastrophistes. En s’appuyant sur les dernières statistiques, en procédant à une analyse rigoureuse des faits et à un décryptage des études scientifiques les plus pointues, L’Apocalypse n’est pas pour demain met la compréhension des grands problèmes contemporains à la portée de tous. Ce livre est une véritable invitation à retrouver une vision plus sereine de nos sociétés et de leur avenir, et à croire au progrès au sens noble du terme – c’est-à-dire à l’amélioration de la condition humaine.

Notes de lecture

L’apocalypse n’est pas pour demain. Pour en finir avec le catastrophisme

Bruno Tertrais, Paris, Denoël, 2011, 277 p.

Yves Gounin

IRIS

« La planète et l’humanité vont bien mieux qu’on ne le croit (…) l’avenir est beaucoup moins sombre qu’on ne le dit » (p. 10). En défendant une vision plus sereine de nos sociétés et de leur avenir, Bruno Tertrais est politiquement incorrect. En refusant de céder au catastrophisme ambiant et en questionnant la pertinence du principe de précaution en passe d’être érigé en dogme, il fait aussi preuve de courage.

L’heure, dit-il, est aux Cassandres. Quand on ne prédit pas la fin du monde, on annonce la fin de notre planète, le réchauffement climatique, l’extinction des ressources énergétiques, le tarissement de la biodiversité, la multiplication des catastrophes naturelles… L’heure est à la peur et au soupçon. La médecine, la technologie, la chimie, qui permirent longtemps l’amélioration de la condition humaine sont désormais tenues en suspicion. On prête les plus noirs desseins aux firmes pharmaceutiques, aux grands groupes pétroliers, aux géants de l’agroalimentaire. L’avenir n’est plus source d’espoir, mais au contraire d’angoisse. Si la génération de nos parents croyait encore dans le progrès, nous aspirons tout au mieux à léguer à nos enfants la Terre dans le même état que celui dans lequel nous l’avons trouvée. La société construite sur ces principes est « craintive (…), minée par le sentiment de vulnérabilité, obsédée par le risque zéro » (p. 75).

Battant en brèche quelques idées reçues, B. Tertrais montre que nous n’avons jamais dans l’Histoire été aussi bien nourris, soignés, éduqués et protégés.

Il dénonce surtout l’idéologie environnementaliste et ses sombres prédictions, qui sous-estiment les capacités d’adaptation des ressources humaines. Ainsi de l’idée d’une Terre « finie » qui repose sur une vision statique des ressources et ignore que le prix constitue un facteur d’ajustement extraordinaire. Qu’il s’agisse de la surpopulation, de la déforestation, du manque d’eau, des pluies acides ou du trou dans la couche d’ozone, B. Tertrais montre, qu’à rebours d’une vision conservationniste qui relève du fétichisme de la Nature, ces problèmes dont la réalité scientifique n’est pas toujours certaine peuvent être appréhendés sans verser dans le catastrophisme.

C’est au réchauffement climatique qu’il consacre les plus longs développements. Il procède à une relecture attentive des rapports du GIEC pour en stigmatiser les erreurs méthodologiques et les résumés biaisés. Sans doute, admet-il, le climat se réchauffe mais il insiste sur les incertitudes qui entourent les causes de ce réchauffement. Surtout, dit-il, l’ampleur du réchauffement prévisible est exagéré et ses conséquences potentielles dramatisées. A titre d’exemple, le réchauffement climatique devrait permettre d’étendre les surfaces agricoles (en permettant l’exploitation des immenses pergélisols du nord du Canada et de la Sibérie) et d’augmenter leur rendement.

Mais jamais B. Tertrais n’est-il plus convaincant que lorsqu’il évoque les soi-disant « nouvelles menaces » géopolitiques du siècle naissant. Il souligne combien la fin de la Guerre froide a conduit à une pacification de la planète et à une diminution des risques. On a certes, depuis le 11-Septembre, érigé le fondamentalisme islamiste en nouvel Ennemi. Mais il a raison de rappeler l’échec de l’islamisme politique et l’impasse du terrorisme al-qaidiste. Et si la suprématie américaine sera relativisée par l’émergence de nouvelles puissances, la marginalisation du modèle occidental n’est pas pour demain.

On peut certes questionner la légitimité de B. Tertrais, expert des questions militaires et stratégiques, à mettre en cause certaines vérités scientifiques tenues pour acquises dans le domaine de l’écologie ou de la climatologie. Son réquisitoire, par son systématisme, verse parfois dans les excès qu’il dénonce : il est tout autant caricatural d’affirmer que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes que d’annoncer la Fin du Monde.

Pour autant, le livre de B. Tertrais a le mérite de souligner les dangers du catastrophisme ambiant, ses dérives autoritaristes, son coût exorbitant, sa philosophie délétère et de promouvoir, au contraire, un progressisme éclairé et confiant dans la capacité humaine à résoudre les défis sanitaires et environnementaux.

L’apocalypse n’est pas pour demain

L’Apocalypse n’est pas pour demain. Pour en finir avec le catastrophisme
.
 Bruno Tertrais
, Denoël, 2011, 288 p., 20 €.

Thierry Jobard

« Le pessimisme est d’humeur, l’optimisme est de volonté », a dit le philosophe Alain. Face à la tendance pessimiste dominante, Bruno Tertrais entend réagir contre ce qu’il juge être des lieux communs du catastrophisme : peurs sanitaires, crainte face à l’épuisement des ressources naturelles, panique du réchauffement climatique, déclin annoncé de l’Occident, nouvelles menaces de guerre et de terrorisme…
Dans le sens commun, il y a souvent confusion entre différence de nature et différence de degré. Cette disposition incite les gens à adopter des jugements tranchés, qui vont à l’opposé d’un pragmatisme expérimental qui a pourtant fait ses preuves. Ainsi, un produit alimentaire ou pharmaceutique est rarement intégralement bon ou complètement mauvais : c’est son dosage qui importe. Pour qu’une étude soit valable, il est indispensable de pouvoir la réitérer pour la confirmer. Or, bien souvent, c’est le dernier résultat en date qui fait foi, induit des mesures instantanées, avant d’être très souvent remis en cause. Ainsi, si l’on admet qu’un réchauffement climatique est en cours, aucune étude ne peut à ce jour faire vraiment la part entre facteur cyclique naturel et facteur anthropique. Et si chaque étude peut être contredite par la suivante, mieux menée, plus complète, comment établir un jugement fiable sur la réalité ? Parmi les multiples sources d’information, lesquelles sont à privilégier ? C’est ce brouillage permanent de l’information qui provoque les réflexes de repli sur la vision la plus sombre possible de l’avenir. Or, selon l’auteur, plutôt que de batailles de chiffres, les citoyens ont besoin d’un peu plus de méthode pour apprécier la situation.

Bruno Tertrais Le progressiste

La peur n’est pas bonne conseillère mais elle rapporte gros. C’est pour aller contre ce «marché de la peur» que le politologue Bruno Tertrais publie L’apocalypse n’est pas pour demain, avec ce sous-titre encore plus explicite : Pour en finir avec le catastrophisme. «Depuis vingt-cinq ans, écrit-il, c’est un déferlement d’inquiétudes», accéléré par internet. Certaines sont justifiées, d’autres « irrationnelles ». Dans l’ordre chronologique (et sans exhaustivité) : le sida, les pluies acides, les pesticides, le trou de la couche d’ozone, les migrations de l’Est, l’islamisation, la vache folle, le bug de l’an 2000, les OGM, le djihadisme, l’anthrax, le sras, le réchauffement climatique, la grippe aviaire, la crise financière, la grippe H1N1… L’auteur, spécialiste de la dissuasion nucléaire, rappelle que les apocalypses promises hier ne se sont jamais matérialisées et démonte une à une ces nouvelles terreurs. Sur le réchauffement climatique, il prend à contre-pied les théories du Giec et appelle à la plus grande prudence concernant les mesures de réduction du CO2, certains écologistes allant jusqu’à prôner la limitation des naissances ! La tragédie japonaise et sa crise nucléaire ne le font pas varier d’un pouce : «Imaginez que cela se soit produit dans un pays non-développé: le nombre de morts aurait été de 200000, répond Bruno Tertrais.Le développement et la croissance nous protègent des catastrophes naturelles.»

L’apocalypse n’est pas pour demain, publié le 11avril chez Denoël, 240p., 19€.


Religion/France: Attention, un indigène peut en cacher un autre (Reverse Fidei Donum : After the Polish plumber, will the African priest save France from impending doom ?)

22 juin, 2011
Mais, quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre? Jésus
Cette affaire est très grave, car la directive Bolkestein permet à un plombier polonais ou à un architecte estonien de proposer ses services en France, au salaire et avec les règles de protection sociale de leur pays d’origine. Sur les 11 millions de personnes actives dans les services, un million d’emplois sont menacés par cette directive. Il s’agit d’un démantèlement de notre modèle économique et social. Philippe De Villiers
Ces dernières années, la reproduction de villes européennes est devenue un sport national en Chine, avec l’inauguration, entre autres en 2005, de Chengdu British Town, calquée sur la ville anglaise de Dorchester. Direct matin
Pour des touristes, ce sont peut-être des œuvres d’art. Pour nous, ce sont des monuments à la gloire de Dieu, et ils doivent le rester. Richard Czurylo (prêtre d’un petit village autrichien)
Si dans les enquêtes PISA, dans tous les pays concernés, on enlève finalement les enfants issus de l’immigration, on n’a pas du tout les mêmes résultats. Marie Reynier (rectrice de l’académie d’Orléans-Tours)
Certains ont raconté à la police qu’ils sont pourchassés dans leur pays. Ils ont si bien préparé leur histoire qu’elle est entrée dans leur ventre – même un détecteur de mensonges ne peut découvrir la vérité. Amidou (patron de cybercafé camerounais, Hong Kong)
Terre de tradition anticléricale, le Limousin (Corrèze, Creuse, Haute-Vienne) est un quasi-désert religieux. Aujourd’hui, la présence cléricale y est maintenue par des prêtres venus d’ailleurs : Europe de l’Est, Vietnam et, surtout, Afrique. Le père Auguste Coly, sénégalais, exerce dans les paroisses des beaux quartiers de Limoges. La paroisse Saint-Jean-Baptiste, que dessert le père Barthélemy Binia depuis Pierre-Buffière (1 200 habitants, chef-lieu de canton), englobe quinze «clochers». D’autres sont venus du Congo-Brazzaville, du Bénin ou du Burkina Faso. Entre planification des messes quotidiennes, baptêmes, obsèques, organisation de la catéchèse, ces prêtres sillonnent leur territoire à raison de plusieurs centaines de kilomètres par mois. Le Monde magazine
En Afrique, les églises débordent, ici elles sont presque vides ; en Afrique, leur fréquentation est jeune, ici elle est âgée. Là-bas, les messes sont joyeuses et débordantes de mouvement; ici, elles sont silencieuses, les gens ne les chantent pas et pour nous elles sont tristes. (…) Ici, vous ouvrez la messe par la contrition et l’imploration. En Afrique, on l’ouvre par la joie et la jubilation devant la beauté du monde. (…) C’est vrai que le pays et la famille me manquent ; mais j’ai des amitiés ici. Et puis, il y a du boulot. Barthélemy Binia (prêtre centrafricain)
Le statut de prêtre «Fidei Donum» (don de la foi) a été créé par une encyclique du pape Pie XII, le 21 avril 1957, pour ouvrir aux prêtres diocésains les «appels de la mission», jusqu’alors confiés à des ordres missionnaires spécialisés, aujourd’hui en manque d’effectifs. Les départs sont conclus pour trois ans renouvelables, par accords entre l’évêché d’origine et l’évêché de destination. A la promulgation de l’encyclique, 950 prêtres français sont partis en Afrique et en Amérique latine. Depuis, l’effondrement du nombre des ordinations a inversé la situation. Pour 165 prêtres français qui officient à l’étranger, 1 472 prêtres étrangers officient en France (avril 2010), soit 13 % de l’effectif national du clergé paroissial. Ils sont venus d’Afrique (793), d’Europe de l’Est (316), d’Asie (222), d’Amérique latine (104), du Moyen-Orient (37). Parfois, ces prêtres d’ailleurs emportent avec eux leurs habitudes, leurs rites. Le «rite congolais», par exemple, est né de «l’inculturation » de la liturgie catholique en Afrique, c’est-à-dire de l’adaptation de l’Evangile dans les cultures populaires. Il se caractérise par l’importance de la musique, des danses et par la transformation de l’homélie en échanges de paroles – les «palabres » – entre le prêtre officiant et les fidèles. Il modifie aussi le déroulement de la messe et célèbre les ancêtres au même titre que les saints. Un office peut durer jusqu’à trois heures et plus. Ce rituel est apparu spontanément et progressivement à partir de l’indépendance du Congo belge, en 1960. Il a été peu à peu formalisé, sous l’influence du cardinal Joseph-Albert Malula (1917- 12989), évêque de Kinshasa, et reconnu licite par le Vatican en 1998. (…) Barthélemy Binia, originaire de RDC, réfute le terme d’«animisme » et préfère parler de «religion traditionnelle». Et puis, il s’amuse : «Le Limousin a lui aussi ses pratiques animistes. Quand je suis arrivé ici, j’ai été stupéfait de voir des gens qui ne mettent jamais les pieds à l’église venir me demander d’aller bénir leurs fontaines», sourit-il. Les «bonnes f o n t a i n e s » – près de 300 recensées en Limousin – sont réputées guérisseuses, chacune pour une pathologie identifiée, et visibles dans le paysage par l’accumulation de vêtements accrochés en ex-voto dans les branchages alentour. Le père Barthélémy Binia s’est étonné, aussi, le jour où un paroissien lui a offert un couteau, de l’entendre lui réclamer en échange une pièce de monnaie parce que le don d’un couteau, «ça coupe l’amitié !». Le Monde magazine

Après le plombier polonais … le curé congolais ? Et après la cuisine et la tauromachie, va-t-il falloir, pour la sauver, inscrire la religion chrétienne en France au Patrimoine de l’UNESCO?

A l’heure où certaines de nos chères têtes blondes accourent de la planète entière pour accéder au rare privilège de passer leur bac en voile

Et où une rectrice d’Académie se voit contrainte d’abjurer pour avoir dit la vérité sur le lien évident entre la part d’enfants issus de l’immigration et la baisse du système éducatif français dans les enquêtes internationales …

Pendant que, dépopulation oblige, nos amis et maitres es contrefaçons chinois se démènent pour sauver de l’extinction nos villages pittoresques   …

Retour, avec Le Monde magazine, sur, déchristinaisation oblige, ces Africains qui après le bâtiment, l’enlèvement des ordures et le gardiennage, tentent de ressusciter un nouveau secteur en perdition de l’économie de la Fille ainée de l’Eglise … les paroisses de nos villes et villages !

Clocher. Dans le coeur rural de la France, des prêtres congolais, sénégalais ou burkinabés assurent les offices des paroisses désertées par leurs pairs français et souvent par leurs ouailles. Rencontre avec ces nouveaux propagateurs de la foi.

Missionnaires africains chez les indigènes limousins

Georges Châtain

Le Monde Magazine

Le père Barthélemy Binia, curé à Pierre- Buffière (87), s’amuse en relisant Tintin au Congo. «C’est avec les aventures de Tintin que j’ai appris le français. C’est vrai que nous autres, Congolais, n’y sommes pas gâtés, mais il n’y a pas de quoi en faire un plat. C’était le regard de l’Europe coloniale, l’histoire est comme ça.» Terre de tradition anticléricale, le Limousin (Corrèze, Creuse, Haute-Vienne) est un quasi-désert religieux. Aujourd’hui, la présence cléricale y est maintenue par des prêtres venus d’ailleurs : Europe de l’Est, Vietnam et, surtout, Afrique. Le père Auguste Coly, sénégalais, exerce dans les paroisses des beaux quartiers de Limoges. La paroisse Saint-Jean-Baptiste, que dessert le père Barthélemy Binia depuis Pierre-Buffière (1 200 habitants, chef-lieu de canton), englobe quinze «clochers». D’autres sont venus du Congo-Brazzaville, du Bénin ou du Burkina Faso. Entre planification des messes quotidiennes, baptêmes, obsèques, organisation de la catéchèse, ces prêtres sillonnent leur territoire à raison de plusieurs centaines de kilomètres par mois. Ils sont des personnages familiers de la vie sociale rurale et villageoise. «Il m’arrive même d’être invité aux repas de chasse», confesse Barthélemy Binia.

«Je suis arrivé en septembre 1997, raconte Auguste Coly. Je m’étais rendu en France dans le cadre d’échanges intercatholiques et j’avais appris que l’épiscopat français peinait à trouver des renforts saisonniers pendant les vacances. Je suis venu pour un ou deux mois, et puis, vous voyez, je suis toujours là.» Il a commencé dans une commune rurale du Quercy avant d’être nommé à Limoges en 2007. Barthélemy Binia, ordonné prêtre en 1971, a lui d’abord été secrétaire de l’évêque de Kinshasa, avant de choisir la vie missionnaire en 1989. D’abord au Cameroun. Puis «en 2005, j’ai pris une année sabbatique en France. J’étais en contact avec l’évêque de Limoges, très en prise avec l’Eglise africaine. J’ai effectué plusieurs remplacements et j’ai décidé de rester. C’est comme ça qu’en 2006 je suis devenu limousin». Barthélémy Binia ne se souvient que d’un jeune couple qui a refusé d’être marié par un Noir. «Il n’était pas question de les forcer, mais pas question non plus de céder devant ce genre de refus. Ils n’ont donc pas été mariés par un prêtre, mais par un diacre », explique-t-il. Les souvenirs d’Auguste Coly sont plus sympathiques : «Pour ma première célébration, l’église était pleine. Plusieurs villageois m’avaient apporté des champignons et des fromages, deux produits inconnus et plutôt repoussants pour un Sénégalais. Et puis cela s’est renouvelé, et je ne pouvais pas refuser des dons aussi gentiment offerts. Alors j’ai appris à aimer les champignons et le fromage.» L’effet de surprise, aux dires de Barthélemy Binia, a plutôt concerné les arrivants : «En Afrique, les églises débordent, ici elles sont presque vides ; en Afrique, leur fréquentation est jeune, ici elle est âgée. Là-bas, les messes sont joyeuses et débordantes de mouvement; ici, elles sont silencieuses, les gens ne les chantent pas et pour nous elles sont tristes.» Alors, il a décidé d’inoculer à ses célébrations un peu de l’esprit des pratiques de chez lui qui bouscule l’ordonnance et la componction de la messe. «Ici, vous ouvrez la messe par la contrition et l’imploration. En Afrique, on l’ouvre par la joie et la jubilation devant la beauté du monde.» Musicien, il chante, fait chanter et met dans ses offices une verve qui a d’abord surpris, puis séduit. A Limoges, Auguste Coly a lui aussi donné une coloration nouvelle à ses célébrations: «Je l’ai fait naturellement, sans bien m’en rendre compte. En Afrique, nous aimons animer la messe.»

N’y a-t-il pas pour autant des coups de nostalgie et des envies de retour au pays ? «C’est la famille qui manque, bien sûr, répond Auguste Coly. Je téléphone tous les dimanches.» Mais il aimerait rester encore au moins trois ou quatre ans, pour terminer, parallèlement à son ministère, un doctorat sur «le rôle des associations de parents dans la politique éducative». Barthélemy Binia, lui, est partagé : «C’est vrai que le pays et la famille me manquent ; mais j’ai des amitiés ici. Et puis, il y a du boulot.»

Voir aussi:

«Fidei Donum», la carrière des prêtres en CDD

Georges Châtain

Le Monde Magazine

Le statut de prêtre «Fidei Donum» (don de la foi) a été créé par une encyclique du pape Pie XII, le 21 avril 1957, pour ouvrir aux prêtres diocésains les «appels de la mission», jusqu’alors confiés à des ordres missionnaires spécialisés, aujourd’hui en manque d’effectifs. Les départs sont conclus pour trois ans renouvelables, par accords entre l’évêché d’origine et l’évêché de destination. A la promulgation de l’encyclique, 950 prêtres français sont partis en Afrique et en Amérique latine.

Depuis, l’effondrement du nombre des ordinations a inversé la situation. Pour 165 prêtres français qui officient à l’étranger, 1 472 prêtres étrangers officient en France (avril 2010), soit 13 % de l’effectif national du clergé paroissial. Ils sont venus d’Afrique (793), d’Europe de l’Est (316), d’Asie (222), d’Amérique latine (104), du Moyen-Orient (37). Parfois, ces prêtres d’ailleurs emportent avec eux leurs habitudes, leurs rites. Le «rite congolais», par exemple, est né de «l’inculturation » de la liturgie catholique en Afrique, c’est-à-dire de l’adaptation de l’Evangile dans les cultures populaires. Il se caractérise par l’importance de la musique, des danses et par la transformation de l’homélie en échan ges de paroles – les «palabres » – entre le prêtre officiant et les fidèles. Il modifie aussi le déroulement de la messe et célèbre les ancêtres au même titre que les saints. Un office peut durer jusqu’à trois heures et plus. Ce rituel est apparu spontanément et progressivement à partir de l’indépendance du Congo belge, en 1960. Il a été peu à peu formalisé, sous l’influence du cardinal Joseph-Albert Malula (1917- 12989), évêque de Kinshasa, et reconnu licite par le Vatican en 1998.

Barthélemy Binia, originaire de RDC, réfute le terme d’«animisme » et préfère parler de «religion traditionnelle». Et puis, il s’amuse : «Le Limousin a lui aussi ses pratiques animistes. Quand je suis arrivé ici, j’ai été stupéfait de voir des gens qui ne mettent jamais les pieds à l’église venir me demander d’aller bénir leurs fontaines», sourit-il. Les «bonnes f o n t a i n e s » – près de 300 recensées en Limousin – sont réputées guérisseuses, chacune pour une pathologie identifiée, et visibles dans le paysage par l’accumulation de vêtements accrochés en ex-voto dans les branchages alentour. Le père Barthélémy Binia s’est étonné, aussi, le jour où un paroissien lui a offert un couteau, de l’entendre lui réclamer en échange une pièce de monnaie parce que le don d’un couteau, «ça coupe l’amitié !».

Les candidates voilées peuvent passer le bac

Pierre Teiller

Le Figaro

18/06/2010

Une enseignante agacée par une consigne qui rappelle que des candidates voilées ont le droit de passer l’examen.

Coup de colère d’une professeure de lettres dans un établissement public. Elle s’apprêtait comme chaque année à faire passer les épreuves de français du bac dans un lycée de l’Oise.

En milieu de semaine, elle assiste à une réunion technique préalable aux examens du baccalauréat. Comme elle, les examinateurs sont convoqués pour connaître les modalités, s’accorder sur des barèmes de notation. Du classique. Mais, lors de cette rencontre, le représentant de l’académie d’Amiens croit bon cette année de préciser le comportement à adopter si une candidate arrive voilée. «Elle sera acceptée, dit-il, mais devra soulever son voile pour que vous puissiez vérifier son identité. Ensuite, elle sera autorisée à remettre son voile pour toute la durée de l’examen.»

De quoi agacer l’enseignante qui estime que «cette directive de l’académie d’Amiens va à l’encontre de l’oral de français pour lequel l’expression et l’engagement physique du candidat sont très importants». Si le cas se présentait, l’enseignante l’assure, elle refuserait d’entendre le candidat : «On ne peut pas refuser le voile dans le cadre de l’enseignement tout au long de l’année scolaire et l’autoriser lors du passage du baccalauréat. Pour moi, c’est hypocrite», s’insurge-t-elle.

Pourtant, si la loi interdit bel et bien le voile dans les établissements scolaires, c’est uniquement durant le temps scolaire, dans le cadre strict de l’école. Pas durant les examens.

Un porte-parole de l’académie d’Amiens justifie les conseils donnés aux correcteurs. «Nous adoptons les consignes aux populations qui sont susceptibles de se présenter. Par ailleurs, il faut faire la différence, souligne-t-elle, entre une candidate libre et une candidate scolarisée de façon classique durant l’année. Ces dernières connaissent les règles et ne décident pas de revêtir leur voile le jour de l’examen. En revanche, le cas peut se produire avec une jeune fille suivant les cours à distance du Cned.» Même son de cloche dans les Vosges où quelques cas ont été recensés sans qu’ils ne posent problème. Comme ailleurs dans l’Hexagone, les candidates qui se sont présentées voilées aux épreuves du baccalauréat suivaient généralement leur scolarité par correspondance.

Une façon pour elles d’étudier tout en restant chez elles et de ne pas avoir à retirer leur voile comme elles y seraient contraintes durant des cours dispensés dans les établissements scolaires.

Au ministère de l’Éducation nationale, on affirme d’ailleurs ne pas avoir connaissance de l’ampleur du phénomène et de conflits qui seraient nés à ce sujet. «Nous ne comptabilisons pas les cas qui, de toute façon, sont rares et conformes à la loi.»


Diplomatie: Obama sera-t-il le fossoyeur en chef de l’Occident? (From ancient times the decline in courage has been considered the beginning of the end)

25 février, 2011
Who shrank the suoperpower? (NYT Mag, 2008)Il est clair qu’une civilisation qui se sent coupable de tout ce qu’elle est et fait n’aura jamais l’énergie ni la conviction nécessaires pour se défendre elle-même. JF Revel
Barack Obama serait-il secrètement suisse? Christopher Hitchens
The United States and Great Britain share a mission in the world beyond the balance of power or the simple pursuit of interest. We seek the advance of freedom and the peace that freedom brings…By advancing freedom in the greater Middle East, we help end a cycle of dictatorship  and radicalism that brings millions of people to misery and brings danger to our own people. The stakes in that region could not be higher. If the Middle East remains a place where freedom does not flourish, it will remain a place of stagnation and anger and violence for export. And as we saw in the ruins of two towers, no distance on the map will protect our lives and way of life. If the greater Middle East joins the democratic revolution that has reached much of the world, the lives of millions in that region will be bettered, and a trend of conflict and fear will be ended at its source… We must shake off decades of failed policy in the Middle East. Your nation and mine, in the past, have been willing to make a bargain, to tolerate oppression for the sake of stability. Longstanding ties often led us to overlook the faults of local elites. Yet this bargain did not bring stability or make us safe. It merely bought time, while problems festered and ideologies of violence took hold. George W. Bush (Londres, 19.11.03)
Tant que cette région sera en proie à la tyrannie, au désespoir et à la colère, elle engendrera des hommes et des mouvements qui menacent la sécurité des Américains et de leur alliés. Nous soutenons les progrès démocratiques pour une raison purement pratique : les démocraties ne soutiennent pas les terroristes et ne menacent pas le monde avec des armes de destruction massive. George W. Bush (Congrès, 04.02.04)
Le déclin du courage est peut-être le trait le plus saillant de l’Ouest aujourd’hui pour un observateur extérieur. Le monde occidental a perdu son courage civique, à la fois dans son ensemble et singulièrement, dans chaque pays, dans chaque gouvernement, dans chaque pays, et bien sûr, aux Nations Unies. Ce déclin du courage est particulièrement sensible dans la couche dirigeante et dans la couche intellectuelle dominante, d’où l’impression que le courage a déserté la société toute entière. Bien sûr, il y a encore beaucoup de courage individuel mais ce ne sont pas ces gens là qui donnent sa direction à la vie de la société. Les fonctionnaires politiques et intellectuels manifestent ce déclin, cette faiblesse, cette irrésolution dans leurs actes, leurs discours et plus encore, dans les considérations théoriques qu’ils fournissent complaisamment pour prouver que cette manière d’agir, qui fonde la politique d’un Etat sur la lâcheté et la servilité, est pragmatique, rationnelle et justifiée, à quelque hauteur intellectuelle et même morale qu’on se place. Ce déclin du courage, qui semble aller ici ou là jusqu’à la perte de toute trace de virilité, se trouve souligné avec une ironie toute particulière dans les cas où les mêmes fonctionnaires sont pris d’un accès subit de vaillance et d’intransigeance, à l’égard de gouvernements sans force, de pays faibles que personne ne soutient ou de courants condamnés par tous et manifestement incapables de rendre un seul coup. Alors que leurs langues sèchent et que leurs mains se paralysent face aux gouvernements puissants et aux forces menaçantes, face aux agresseurs et à l’Internationale de la terreur. Faut-il rappeler que le déclin du courage a toujours été considéré comme le signe avant coureur de la fin ?
Aujourd’hui la société occidentale nous révèle qu’il règne une inégalité entre la liberté d’accomplir de bonnes actions et la liberté d’en accomplir de mauvaises. Un homme d’Etat qui veut accomplir quelque chose d’éminemment constructif pour son pays doit agir avec beaucoup de précautions, avec timidité pourrait-on dire. Des milliers de critiques hâtives et irresponsables le heurtent de plein fouet à chaque instant. Il se trouve constamment exposé aux traits du Parlement, de la presse. Il doit justifier pas à pas ses décisions, comme étant bien fondées et absolument sans défauts. Et un homme exceptionnel, de grande valeur, qui aurait en tête des projets inhabituels et inattendus, n’a aucune chance de s’imposer : d’emblée on lui tendra mille pièges. De ce fait, la médiocrité triomphe sous le masque des limitations démocratiques…
Il est universellement admis que l’Ouest montre la voie au monde entier vers le développement économique réussi, même si dans les dernières années il a pu être sérieusement entamé par une inflation chaotique. Et pourtant, beaucoup d’hommes à l’Ouest ne sont pas satisfaits de la société dans laquelle ils vivent. Ils la méprisent, ou l’accusent de plus être au niveau de maturité requis par l’humanité. Et beaucoup sont amenés à glisser vers le socialisme, ce qui est une tentation fausse et dangereuse. J’espère que personne ici présent ne me suspectera de vouloir exprimer une critique du système occidental dans l’idée de suggérer le socialisme comme alternative. Non, pour avoir connu un pays où le socialisme a été mis en oeuvre, je ne prononcerai pas en faveur d’une telle alternative.
Mais si l’on me demandait si, en retour, je pourrais proposer l’Ouest, en son état actuel, comme modèle pour mon pays, il me faudrait en toute honnêteté répondre par la négative. Non, je ne prendrais pas votre société comme modèle pour la transformation de la mienne. On ne peut nier que les personnalités s’affaiblissent à l’Ouest, tandis qu’à l’Est elles ne cessent de devenir plus fermes et plus fortes. Bien sûr, une société ne peut rester dans des abîmes d’anarchie, comme c’est le cas dans mon pays. Mais il est tout aussi avilissant pour elle de rester dans un état affadi et sans âme de légalisme, comme c’est le cas de la vôtre. Après avoir souffert pendant des décennies de violence et d’oppression, l’âme humaine aspire à des choses plus élevées, plus brûlantes, plus pures que celles offertes aujourd’hui par les habitudes d’une société massifiée, forgées par l’invasion révoltante de publicités commerciales, par l’abrutissement télévisuel, et par une musique intolérable. (…) Tout cela est sensible pour de nombreux observateurs partout sur la planète. Le mode de vie occidental apparaît de moins en moins comme le modèle directeur. Il est des symptômes révélateurs par lesquels l’histoire lance des avertissements à une société menacée ou en péril. De tels avertissements sont, en l’occurrence, le déclin des arts, ou le manque de grands hommes d’Etat. Et il arrive parfois que les signes soient particulièrement concrets et explicites. Le centre de votre démocratie et de votre culture est-il privé de courant pendant quelques heures, et voilà que soudainement des foules de citoyens Américains se livrent au pillage et au grabuge. C’est que le vernis doit être bien fin, et le système social bien instable et mal en point.
Et pourtant, dans les jeunes démocraties, comme la démocratie américaine naissante, tous les droits de l’homme individuels reposaient sur la croyance que l’homme est une créature de Dieu. C’est-à-dire que la liberté était accordée à l’individu de manière conditionnelle, soumise constamment à sa responsabilité religieuse. Tel fut l’héritage du siècle passé. (…) Toutes les limitations de cette sorte s’émoussèrent en Occident, une émancipation complète survint, malgré l’héritage moral de siècles chrétiens, avec leurs prodiges de miséricorde et de sacrifice. Les Etats devinrent sans cesses plus matérialistes. L’Occident a défendu avec succès, et même surabondamment, les droits de l’homme, mais l’homme a vu complètement s’étioler la conscience de sa responsabilité devant Dieu et la société. (…) Nous avions placé trop d’espoirs dans les transformations politico-sociales, et il se révèle qu’on nous enlève ce que nous avons de plus précieux : notre vie intérieure. A l’Est, c’est la foire du Parti qui la foule aux pieds, à l’Ouest la foire du Commerce : ce qui est effrayant, ce n’est même pas le fait du monde éclaté, c’est que les principaux morceaux en soient atteints d’une maladie analogue. Soljenitsyne
Beaucoup ont vu dans les invasions de l’Afghanistan et de l’Irak autant de symboles de l’impérialisme mondial de Washington : il fallait en fait y voir les signes d’un surmenage impérialiste. (…) Le monde unipolaire a vécu et un nouvel ordre mondial apparaît déjà. Le président américain – qu’il se nomme Clinton, McCain ou Obama – ne pourra guère contrer son essor. (…) Au mieux, l’ère unipolaire sous hégémonie américaine aura duré tout au long des années 1990, même si ce fut également une décennie à la dérive. (…) Et aujourd’hui, au lieu de dominer le monde, nous nous battons (et nous perdons) face aux autres superpuissances mondiales : l’Union européenne et la Chine. (…) Pour la première fois de notre histoire, nous assistons à une bataille mondiale multipolaire mettant en jeu plusieurs civilisations. (…) Dans le monde entier, Pékin déploie par dizaines de milliers ses ingénieurs, ses travailleurs humanitaires, ses architectes de barrages hydrauliques et ses militaires en mission clandestine. (…) Tous les pays du monde qualifiés d’Etats voyous par Washington jouissent désormais d’un filet de sécurité diplomatique, économique ou stratégique grâce à la Chine. Les trois Grands sont des frères ennemis. La géopolitique du XXIe siècle ressemblera bien au 1984 d’Orwell, si ce n’est qu’au lieu de trois puissances mondiales (l’Océania, l’Eurasia et l’Estasia) nous avons trois zones découpées suivant les longitudes, dominées respectivement par l’Amérique, l’Europe et la Chine. (…) Pour saisir la rapidité du déclin américain, j’ai passé les deux dernières années à voyager dans une quarantaine de pays dans les cinq régions stratégiques de la planète, le "deuxième monde" : ces pays ne font pas partie du premier monde, le noyau de l’économie mondiale, ni de la périphérie qu’est le tiers-monde. Placés aux côtés des trois Grands, ou entre eux, les pays du deuxième monde sont ces Etats sans allégeance qui détermineront laquelle des superpuissances aura la haute main sur la géopolitique de demain. Du Venezuela au Vietnam, du Maroc à la Malaisie, les rapports mondiaux s’organiseront autour de ces trois alliances : la coalition américaine, le consensus européen ou le style consultatif à la chinoise. C’est le marché géopolitique qui décidera du meneur du XXIe siècle. (…) Alors que le moral des Chinois et des Européens s’affermit à chaque expansion de leur zone d’influence, celui des Américains s’étiole. L’UE reste peut-être fidèle aux principes des Nations unies que dominèrent jadis les Etats-Unis. Mais pour combien de temps continuera-t-elle à le faire, alors que ses propres critères sociaux dépassent largement le plus petit dénominateur commun ? Alors que l’Amérique est en train de revenir maladroitement au multilatéralisme, d’autres s’éloignent du jeu américain et jouent selon leurs propres règles.L’universalisme dont se berce l’empire américain – qui veut un monde dominé par un seul et un monde où l’idéologie libérale américaine serait le fondement de l’ordre mondial – en fait paradoxalement une superpuissance de plus en plus isolée. Tout comme il existe un marché géopolitique, il existe un marché des modèles de réussite dans lequel puise le deuxième monde, avec notamment – et ce n’est pas le moindre – le modèle chinois de croissance économique sans libéralisation politique. Ce modèle est en soi un affront à la théorie occidentale de la modernisation. Comme l’observait l’historien Arnold Toynbee il y a cinquante ans, l’impérialisme occidental a fait l’union de la planète, mais cela ne signifie pas que l’Occident soit appelé à dominer éternellement, ni matériellement ni intellectuellement.(…) L’Amérique doit accepter cette réalité et s’y adapter. Maintenir l’empire américain ne peut qu’avoir un prix toujours plus lourd en termes tant humains que financiers. Et l’Histoire nous montre que ce genre d’efforts est voué à l’échec. Parag Khanna
Cette conviction que l’hégémonie américaine touche à sa fin n’est pas née de la vulnérabilité apparue au reste du monde le 11 septembre 2001. En fait, on assiste à un affaiblissement progressif des États-Unis en tant que puissance planétaire depuis les années 70, et la riposte américaine aux attentats terroristes n’a fait qu’accélérer cette tendance. Pour comprendre pourquoi la Pax americana est sur le déclin, il faut se pencher sur la géopolitique du XXe siècle, et plus particulièrement de ces trente dernières années. On aboutit à une conclusion aussi limpide qu’indéniable : les facteurs économiques, politiques et militaires qui ont contribué à l’hégémonie de l’Amérique sont ceux-là même qui provoqueront inexorablement son déclin prochain.
Au cours de la prochaine décennie, deux possibilités s’offrent à l’Amérique : soit elle emprunte la voie des faucons, avec des conséquences négatives pour tous, mais surtout pour elle. Soit elle comprend que cette attitude est par trop néfaste. Les choix du président Bush paraissent extrêmement limités, et les États-Unis vont probablement continuer à décliner en tant que force motrice de la politique internationale. La véritable question n’est pas de savoir si la superpuissance américaine est en déclin, mais plutôt de voir si les États-Unis peuvent trouver un moyen de chuter dignement, sans trop de dommages pour la planète et pour eux-mêmes. Immanuel Wallerstein (2002)

L’Occident est-il fini ? Ou plutôt Obama en sera-t-il, à la Louis XV, le fossoyeur en chef?

Fin de l’hégémonie de l’Oncle Sam, Europe marginalisée, déclin de l’Ouest vu par le reste du monde, nouvelles ambitions de l’Asie, Occident qui pleure, l’Asie qui conquiert…, ère nouvelle Où l’on passe d’un monde unipolaire à un monde multipolaire, Comment l’Ouest a-t-il pu décliner, Washington paiera pour ses erreurs, nouvelle géographie du monde, déclin fatal de la social-démocratie, L’université américaine doit-elleencore enseigner le français, Mieux vaut le Nouveau Monde que le Vieux Continent, d’un Orient à l’autre, chute d’un empire Tant au plan géostratégique qu’économique, Washington doit s’adapter à la nouvelle réalité, Quand l’Oncle Sam dilapide ses trésors, Washington n’a plus rien à offrir à Pékin, Qui a tué le rêve américain ?, Puis vint le 11 septembre, le choc, Se priver de produits chinois, c’est épuisant (et impossible), ortrait du Yankee en touriste ordinaire, Nous revenons à notre vraie place, Surtout ne pas surestimer les Chinois, Et pourtant, l’économie reste plus forte que jamais, Six cartes pour comprendrele basculement du monde depuis la Renaissance jusquà 2050, Un si vieux continent, Usée, l’Europe ? De nombreux signes le laissent pense, Europe accrochée à son histoire, Pourquoi sommes-nous inertes face aux défis du XXIe siècle ?, La Turquie ne regarde plus à l’ouest, Jeune, espagnol et sans boulot, Pauvres, pauvres universités, Nous qui rêvions du capitalisme !, Et si l’UE était un modèle d’avenir ?, Les conquérants, Depuis l’an 2000, on ne peut plus parler de pays émergents, monde refaçonné par Pékin, Qui contrôle la production mondiale de métaux rares ?, On l’annonçait depuis les années 1970: le Brésil est enfin une grande puissance, L’Inde en pleine ascension, ardue mais prometteuse ?, Naissance d’une classe moyenne (à 5 500 euros par an), L’avenir de l’industrie automobile se joue entre Pékin et Shanghai, Une véritable puissance scientifique, Vu d’ailleurs, L’Ouest n’est plus au centre du jeu et les critiques à son égard se font toujours plus vives, Les Occidentaux n’ont rien compris !, En guerre contre la laïcité, "Ils ne veulent pas discuter avec nous!", L’homme blanc sur un piédestal, Arrogante idéologie occidentale, De la supériorité de la voie chiniose, L’avenir sera latino-américain, Vive la croissance tranquille !, Ils ont pensé le déclin de l’Occident. Ou théorisé l’émergence d’autres valeurs …     

En ce "printemps arabe", certes particulièrement problématique, qui voit, pendant qu’en Libye nos mollahs nous jouent la défense des droits de l’homme,  le prétendu chef du Monde libre faire à nouveau la démonstration de ses capacités inégalées pour les belles paroles et le surplace (ah! ces fameuses sessions, lors des votes sensibles, aux toilettes du Sénat!) …
 
Et laisse sans voix une diplomatie européenne et notamment française (sur le point apparemment de débarquer sa ministre soupçonnée à nouveau hier par Le Canard enchainé d’une tentative d’élusion, via ses parents nonagénaires, de droits de succession?) qui se retrouve, sans compter l’avènement du plus anti-américain des présidents américains, désemparée par la fin du monde unipolaire qu’elle appelait depuis si longtemps de ses voeux …

Qui, bien encore tout désemparé par le trop-plein de liberté de ses huit années en Amérique, avait néanmoins perçu ce déclin du courage et, après Tocqueville, cette fréquente tendance des sociétés démocratiques à se choisir des leaders médiocres ?
 
 LE DÉCLIN DU COURAGE
 (Extraits du discours prononcé par Alexandre Soljénitsyne, prix Nobel de littérature(1970) à Harvard le 8 juin 1978)

"Je suis très sincèrement heureux de me trouver ici parmi vous, à l’occasion du 327ème anniversaire de la fondation de cette université si ancienne et si illustre. La devise de Harvard est « VERITAS ». La vérité est rarement douce à entendre ; elle est presque toujours amère. Mon discours d’aujourd’hui contient une part de vérité ; je vous l’apporte en ami, non en adversaire.

Il y a trois ans, aux Etats-Unis, j’ai été amené à dire des choses que l’on a rejeté, qui ont paru inacceptables. Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui acquiescent à mes propos d’alors.(…)

Le déclin du courage est peut-être le trait le plus saillant de l’Ouest aujourd’hui pour un observateur extérieur. Le monde occidental a perdu son courage civique, à la fois dans son ensemble et singulièrement, dans chaque pays, dans chaque gouvernement, dans chaque pays, et bien sûr, aux Nations Unies. Ce déclin du courage est particulièrement sensible dans la couche dirigeante et dans la couche intellectuelle dominante, d’où l’impression que le courage a déserté la société toute entière. Bien sûr, il y a encore beaucoup de courage individuel mais ce ne sont pas ces gens là qui donnent sa direction à la vie de la société. Les fonctionnaires politiques et intellectuels manifestent ce déclin, cette faiblesse, cette irrésolution dans leurs actes, leurs discours et plus encore, dans les considérations théoriques qu’ils fournissent complaisamment pour prouver que cette manière d’agir, qui fonde la politique d’un Etat sur la lâcheté et la servilité, est pragmatique, rationnelle et justifiée, à quelque hauteur intellectuelle et même morale qu’on se place. Ce déclin du courage, qui semble aller ici ou là jusqu’à la perte de toute trace de virilité, se trouve souligné avec une ironie toute particulière dans les cas où les mêmes fonctionnaires sont pris d’un accès subit de vaillance et d’intransigeance, à l’égard de gouvernements sans force, de pays faibles que personne ne soutient ou de courants condamnés par tous et manifestement incapables de rendre un seul coup. Alors que leurs langues sèchent et que leurs mains se paralysent face aux gouvernements puissants et aux forces menaçantes, face aux agresseurs et à l’Internationale de la terreur. Faut-il rappeler que le déclin du courage a toujours été considéré comme le signe avant coureur de la fin ?

Quand les Etats occidentaux modernes se sont formés, fut posé comme principe que les gouvernements avaient pour vocation de servir l’homme, et que la vie de l’homme était orientée vers la liberté et la recherche du bonheur (en témoigne la déclaration américaine d’Indépendance.)Aujourd’hui, enfin, les décennies passées de progrès social et technique ont permis la réalisation de ces aspirations : un Etat assurant le bien-être général. Chaque citoyen s’est vu accorder la liberté tant désirée, et des biens matériels en quantité et en qualité propres à lui procurer, en théorie, un bonheur complet, mais un bonheur au sens appauvri du mot, tel qu’il a cours depuis ces mêmes décennies.

Au cours de cette évolution, cependant, un détail psychologique a été négligé : le désir permanent de posséder toujours plus et d’avoir une vie meilleure, et la lutte en ce sens, ont imprimé sur de nombreux visages à l’Ouest les marques de l’inquiétude et même de la dépression, bien qu’il soit courant de cacher soigneusement de tels sentiments. Cette compétition active et intense finit par dominer toute pensée humaine et n’ouvre pas le moins du monde la voie à la liberté du développement spirituel.

L’indépendance de l’individu à l’égard de nombreuses formes de pression étatique a été garantie ; la majorité des gens ont bénéficié du bien-être, à un niveau que leurs pères et leurs grands-pères n’auraient même pas imaginé ; il est devenu possible d’élever les jeunes gens selon ces idéaux, de les préparer et de les appeler à l’épanouissement physique, au bonheur, au loisir, à la possession de biens matériels, l’argent, les loisirs, vers une liberté quasi illimitée dans le choix des plaisirs. Pourquoi devrions-nous renoncer à tout cela ? Au nom de quoi devrait-on risquer sa précieuse existence pour défendre le bien commun, et tout spécialement dans le cas douteux où la sécurité de la nation aurait à être défendue dans un pays lointain ?

Même la biologie nous enseigne qu’un haut degré de confort n’est pas bon pour l’organisme. Aujourd’hui, le confort de la vie de la société occidentale commence à ôter son masque pernicieux.

La société occidentale s’est choisie l’organisation la plus appropriée à ses fins, une organisation que j’appellerais légaliste. Les limites des droits de l’homme et de ce qui est bon sont fixées par un système de lois ; ces limites sont très lâches. Les hommes à l’Ouest ont acquis une habileté considérable pour utiliser, interpréter et manipuler la loi, bien que paradoxalement les lois tendent à devenir bien trop compliquées à comprendre pour une personne moyenne sans l’aide d’un expert. Tout conflit est résolu par le recours à la lettre de la loi, qui est considérée comme le fin mot de tout. Si quelqu’un se place du point de vue légal, plus rien ne peut lui être opposé ; nul ne lui rappellera que cela pourrait n’en être pas moins illégitime. Impensable de parler de contrainte ou de renonciation à ces droits, ni de demander de sacrifice ou de geste désintéressé : cela paraîtrait absurde. On n’entend pour ainsi dire jamais parler de retenue volontaire : chacun lutte pour étendre ses droits jusqu’aux extrêmes limites des cadres légaux.

J’ai vécu toute ma vie sous un régime communiste, et je peux vous dire qu’une société sans référent légal objectif est particulièrement terrible. Mais une société basée sur la lettre de la loi, et n’allant pas plus loin, échoue à déployer à son avantage le large champ des possibilités humaines. La lettre de la loi est trop froide et formelle pour avoir une influence bénéfique sur la société. Quand la vie est tout entière tissée de relations légalistes, il s’en dégage une atmosphère de médiocrité spirituelle qui paralyse les élans les plus nobles de l’homme.

Et il sera tout simplement impossible de relever les défis de notre siècle menaçant armés des seules armes d’une structure sociale légaliste.

Aujourd’hui la société occidentale nous révèle qu’il règne une inégalité entre la liberté d’accomplir de bonnes actions et la liberté d’en accomplir de mauvaises. Un homme d’Etat qui veut accomplir quelque chose d’éminemment constructif pour son pays doit agir avec beaucoup de précautions, avec timidité pourrait-on dire. Des milliers de critiques hâtives et irresponsables le heurtent de plein fouet à chaque instant. Il se trouve constamment exposé aux traits du Parlement, de la presse. Il doit justifier pas à pas ses décisions, comme étant bien fondées et absolument sans défauts. Et un homme exceptionnel, de grande valeur, qui aurait en tête des projets inhabituels et inattendus, n’a aucune chance de s’imposer : d’emblée on lui tendra mille pièges. De ce fait, la médiocrité triomphe sous le masque des limitations démocratiques.

Il est aisé en tout lieu de saper le pouvoir administratif, et il a en fait été considérablement amoindri dans tous les pays occidentaux. La défense des droits individuels a pris de telles proportions que la société en tant que telle est désormais sans défense contre les initiatives de quelques-uns. Il est temps, à l’Ouest, de défendre non pas temps les droits de l’homme que ses devoirs.

D’un autre côté, une liberté destructrice et irresponsable s’est vue accorder un espace sans limite. Il s’avère que la société n’a plus que des défenses infimes à opposer à l’abîme de la décadence humaine, par exemple en ce qui concerne le mauvais usage de la liberté en matière de violence morale faites aux enfants, par des films tout pleins de pornographie, de crime, d’horreur. On considère que tout cela fait partie de la liberté, et peut être contrebalancé, en théorie, par le droit qu’ont ces mêmes enfants de ne pas regarder er de refuser ces spectacles. L’organisation légaliste de la vie a prouvé ainsi son incapacité à se défendre contre la corrosion du mal. (…)

L’évolution s’est faite progressivement, mais il semble qu’elle ait eu pour point de départ la bienveillante conception humaniste selon laquelle l’homme, maître du monde, ne porte en lui aucun germe de mal, et tout ce que notre existence offre de vicié est simplement le fruit de systèmes sociaux erronés qu’il importe d’amender. Et pourtant, il est bien étrange de voir que le crime n’a pas disparu à l’Ouest, alors même que les meilleurs conditions de vie sociale semblent avoir été atteintes. Le crime est même bien plus présent que dans la société soviétique, misérable et sans loi. (…)

La presse, aussi, bien sûr, jouit de la plus grande liberté. Mais pour quel usage ? (…) Quelle responsabilité s’exerce sur le journaliste, ou sur un journal, à l’encontre de son lectorat, ou de l’histoire ? S’ils ont trompé l’opinion publique en divulguant des informations erronées, ou de fausses conclusions, si même ils ont contribué à ce que des fautes soient commises au plus haut degré de l’Etat, avons-nous le souvenir d’un seul cas, où le dit journaliste ou le dit journal ait exprimé quelque regret ? Non, bien sûr, cela porterait préjudice aux ventes. De telles erreurs peut bien découler le pire pour une nation, le journaliste s’en tirera toujours. Etant donné que l’on a besoin d’une information crédible et immédiate, il devient obligatoire d’avoir recours aux conjectures, aux rumeurs, aux suppositions pour remplir les trous, et rien de tout cela ne sera jamais réfuté ; ces mensonges s’installent dans la mémoire du lecteur. Combien de jugements hâtifs, irréfléchis, superficiels et trompeurs sont ainsi émis quotidiennement, jetant le trouble chez le lecteur, et le laissant ensuite à lui-même ? La presse peut jouer le rôle d’opinion publique, ou la tromper. De la sorte, on verra des terroristes peints sous les traits de héros, des secrets d’Etat touchant à la sécurité du pays divulgués sur la place publique, ou encore des intrusions sans vergogne dans l’intimité de personnes connues, en vertu du slogan : « tout le monde a le droit de tout savoir ». Mais c’est un slogan faux, fruit d’une époque fausse ; d’une bien plus grande valeur est ce droit confisqué, le droit des hommes de ne pas savoir, de ne pas voir leur âme divine étouffée sous les ragots, les stupidités, les paroles vaines. Une personne qui mène une vie pleine de travail et de sens n’a absolument pas besoin de ce flot pesant et incessant d’information. (…) Autre chose ne manquera pas de surprendre un observateur venu de l’Est totalitaire, avec sa presse rigoureusement univoque : on découvre un courant général d’idées privilégiées au sein de la presse occidentale dans son ensemble, une sorte d’esprit du temps, fait de critères de jugement reconnus par tous, d’intérêts communs, la somme de tout cela donnant le sentiment non d’une compétition mais d’une uniformité. Il existe peut-être une liberté sans limite pour la presse, mais certainement pas pour le lecteur : les journaux ne font que transmettre avec énergie et emphase toutes ces opinions qui ne vont pas trop ouvertement contredire ce courant dominant.

Sans qu’il y ait besoin de censure, les courants de pensée, d’idées à la mode sont séparés avec soin de ceux qui ne le sont pas, et ces derniers, sans être à proprement parler interdits, n’ont que peu de chances de percer au milieu des autres ouvrages et périodiques, ou d’être relayés dans le supérieur. Vos étudiants sont libres au sens légal du terme, mais ils sont prisonniers des idoles portées aux nues par l’engouement à la mode. Sans qu’il y ait, comme à l’Est, de violence ouverte, cette sélection opérée par la mode, ce besoin de tout conformer à des modèles standards, empêchent les penseurs les plus originaux d’apporter leur contribution à la vie publique et provoquent l’apparition d’un dangereux esprit grégaire qui fait obstacle à un développement digne de ce nom. Aux Etats-Unis, il m’est arrivé de recevoir des lettres de personnes éminemment intelligentes … peut-être un professeur d’un petit collège perdu, qui aurait pu beaucoup pour le renouveau et le salut de son pays, mais le pays ne pouvait l’entendre, car les média n’allaient pas lui donner la parole. Voilà qui donne naissance à de solides préjugés de masse, à un aveuglement qui à notre époque est particulièrement dangereux. (…)

Il est universellement admis que l’Ouest montre la voie au monde entier vers le développement économique réussi, même si dans les dernières années il a pu être sérieusement entamé par une inflation chaotique. Et pourtant, beaucoup d’hommes à l’Ouest ne sont pas satisfaits de la société dans laquelle ils vivent. Ils la méprisent, ou l’accusent de plus être au niveau de maturité requis par l’humanité. Et beaucoup sont amenés à glisser vers le socialisme, ce qui est une tentation fausse et dangereuse. J’espère que personne ici présent ne me suspectera de vouloir exprimer une critique du système occidental dans l’idée de suggérer le socialisme comme alternative. Non, pour avoir connu un pays où le socialisme a été mis en oeuvre, je ne prononcerai pas en faveur d’une telle alternative. (…) Mais si l’on me demandait si, en retour, je pourrais proposer l’Ouest, en son état actuel, comme modèle pour mon pays, il me faudrait en toute honnêteté répondre par la négative. Non, je ne prendrais pas votre société comme modèle pour la transformation de la mienne. On ne peut nier que les personnalités s’affaiblissent à l’Ouest, tandis qu’à l’Est elles ne cessent de devenir plus fermes et plus fortes. Bien sûr, une société ne peut rester dans des abîmes d’anarchie, comme c’est le cas dans mon pays. Mais il est tout aussi avilissant pour elle de rester dans un état affadi et sans âme de légalisme, comme c’est le cas de la vôtre. Après avoir souffert pendant des décennies de violence et d’oppression, l’âme humaine aspire à des choses plus élevées, plus brûlantes, plus pures que celles offertes aujourd’hui par les habitudes d’une société massifiée, forgées par l’invasion révoltante de publicités commerciales, par l’abrutissement télévisuel, et par une musique intolérable.

Tout cela est sensible pour de nombreux observateurs partout sur la planète. Le mode de vie occidental apparaît de moins en moins comme le modèle directeur. Il est des symptômes révélateurs par lesquels l’histoire lance des avertissements à une société menacée ou en péril. De tels avertissements sont, en l’occurrence, le déclin des arts, ou le manque de grands hommes d’Etat. Et il arrive parfois que les signes soient particulièrement concrets et explicites. Le centre de votre démocratie et de votre culture est-il privé de courant pendant quelques heures, et voilà que soudainement des foules de citoyens Américains se livrent au pillage et au grabuge. C’est que le vernis doit être bien fin, et le système social bien instable et mal en point.

Mais le combat pour notre planète, physique et spirituel, un combat aux proportions cosmiques, n’est pas pour un futur lointain ; il a déjà commencé. Les forces du Mal ont commencé leur offensive décisive. Vous sentez déjà la pression qu’elles exercent, et pourtant, vos écrans et vos écrits sont pleins de sourires sur commande et de verres levés. Pourquoi toute cette joie ?

Comment l’Ouest a-t-il pu décliner, de son pas triomphal à sa débilité présente ? A-t-il connu dans son évolution des points de non-retour qui lui furent fatals, a-t-il perdu son chemin ? Il ne semble pas que cela soit le cas. L’Ouest a continué à avancer d’un pas ferme en adéquation avec ses intentions proclamées pour la société, main dans la main avec un progrès technologique étourdissant. Et tout soudain il s’est trouvé dans son état présent de faiblesse. Cela signifie que l’erreur doit être à la racine, à la fondation de la pensée moderne. Je parle de la vision du monde qui a prévalu en Occident à l’époque moderne. Je parle de la vision du monde qui a prévalu en Occident, née à la Renaissance, et dont les développements politiques se sont manifestés à partir des Lumières. Elle est devenue la base da la doctrine sociale et politique et pourrait être appelée l’humanisme rationaliste, ou l’autonomie humaniste : l’autonomie proclamée et pratiquée de l’homme à l’encontre de toute force supérieure à lui. On peut parler aussi d’anthropocentrisme : l’homme est vu au centre de tout.

Historiquement, il est probable que l’inflexion qui s’est produite à la Renaissance était inévitable. Le Moyen Age en était venu naturellement à l’épuisement, en raison d’une répression intolérable de la nature charnelle de l’homme en faveur de sa nature spirituelle. Mais en s’écartant de l’esprit, l’homme s’empara de tout ce qui est matériel, avec excès et sans mesure. La pensée humaniste, qui s’est proclamée notre guide, n’admettait pas l’existence d’un mal intrinsèque en l’homme, et ne voyait pas de tâche plus noble que d’atteindre le bonheur sur terre. Voilà qui engagea la civilisation occidentale moderne naissante sur la pente dangereuse de l’adoration de l’homme et de ses besoins matériels.Tout ce qui se trouvait au-delà du bien-être physique et de l’accumulation de biens matériels, tous les autres besoins humains, caractéristiques d’une nature subtile et élevée, furent rejetés hors du champ d’intérêt de l’Etat et du système social, comme si la vie n’avait pas un sens plus élevé. De la sorte, des failles furent laissées ouvertes pour que s’y engouffre le mal, et son haleine putride souffle librement aujourd’hui. Plus de liberté en soi ne résout pas le moins du monde l’intégralité des problèmes humains, et même en ajoute un certain nombre de nouveaux.

Et pourtant, dans les jeunes démocraties, comme la démocratie américaine naissante, tous les droits de l’homme individuels reposaient sur la croyance que l’homme est une créature de Dieu. C’est-à-dire que la liberté était accordée à l’individu de manière conditionnelle, soumise constamment à sa responsabilité religieuse. Tel fut l’héritage du siècle passé.

Toutes les limitations de cette sorte s’émoussèrent en Occident, une émancipation complète survint, malgré l’héritage moral de siècles chrétiens, avec leurs prodiges de miséricorde et de sacrifice. Les Etats devinrent sans cesses plus matérialistes. L’Occident a défendu avec succès, et même surabondamment, les droits de l’homme, mais l’homme a vu complètement s’étioler la conscience de sa responsabilité devant Dieu et la société. Durant ces dernières décennies, cet égoïsme juridique de la philosophie occidentale a été définitivement réalisé, et le monde se retrouve dans une cruelle crise spirituelle et dans une impasse politique. Et tous les succès techniques, y compris la conquête de l’espace, du Progrès tant célébré n’ont pas réussi à racheter la misère morale dans laquelle est tombé le XXème siècle, que personne n’aurait pu encore soupçonner au XIXème siècle.

L’humanisme dans ses développements devenant toujours plus matérialiste, il permit avec une incroyable efficacité à ses concepts d’être utilisés d’abord par le socialisme, puis par le communisme, de telle sorte que Karl Marx pût dire, en 1844, que « le communisme est un humanisme naturalisé. » Il s’est avéré que ce jugement était loin d’être faux. On voit les mêmes pierres aux fondations d’un humanisme altéré et de tout type de socialisme : un matérialisme sans frein, une libération à l’égard de la religion et de la responsabilité religieuse, une concentration des esprits sur les structures sociales avec une approche prétendument scientifique. Ce n’est pas un hasard si toutes les promesses rhétoriques du communisme sont centrées sur l’Homme, avec un grand H, et son bonheur terrestre. A première vue, il s’agit d’un rapprochement honteux : comment, il y aurait des points communs entre la pensée de l’Ouest et de l’Est aujourd’hui ? Là est la logique du développement matérialiste. (…)

Je ne pense pas au cas d’une catastrophe amenée par une guerre mondiale, et aux changements qui pourraient en résulter pour la société. Aussi longtemps que nous nous réveillerons chaque matin, sous un soleil paisible, notre vie sera inévitablement tissée de banalités quotidiennes. Mais il est une catastrophe qui pour beaucoup est déjà présente pour nous. Je veux parler du désastre d’une conscience humaniste parfaitement autonome et irréligieuse.

Elle a fait de l’homme la mesure de toutes choses sur terre, l’homme imparfait, qui n’est jamais dénué d’orgueil, d’égoïsme, d’envie, de vanité, et tant d’autres défauts. Nous payons aujourd’hui les erreurs qui n’étaient pas apparues comme telles au début de notre voyage. Sur la route qui nous a amenés de la Renaissance à nos jours, notre expérience s’est enrichie, mais nous avons perdu l’idée d’une entité supérieure qui autrefois réfrénait nos passions et notre irresponsabilité.

Nous avions placé trop d’espoirs dans les transformations politico-sociales, et il se révèle qu’on nous enlève ce que nous avons de plus précieux : notre vie intérieure. A l’Est, c’est la foire du Parti qui la foule aux pieds, à l’Ouest la foire du Commerce : ce qui est effrayant, ce n’est même pas le fait du monde éclaté, c’est que les principaux morceaux en soient atteints d’une maladie analogue. Si l’homme, comme le déclare l’humanisme, n’était né que pour le bonheur, il ne serait pas né non plus pour la mort. Mais corporellement voué à la mort, sa tâche sur cette terre n’en devient que plus spirituelle : non pas un gorgement de quotidienneté, non pas la recherche des meilleurs moyens d’acquisition, puis de joyeuse dépense des biens matériels, mais l’accomplissement d’un dur et permanent devoir, en sorte que tout le chemin de notre vie devienne l’expérience d’une élévation avant tout spirituelle : quitter cette vie en créatures plus hautes que nous n’y étions entrés.

Il est impératif que nous revoyions à la hausse l’échelle de nos valeurs humaines. Sa pauvreté actuelle est effarante. Il n’est pas possible que l’aune qui sert à mesurer de l’efficacité d’un président se limite à la question de combien d’argent l’on peut gagner, ou de la pertinence de la construction d’un gazoduc. Ce n’est que par un mouvement volontaire de modération de nos passions, sereine et acceptée par nous, que l’humanité peut s’élever au-dessus du courant de matérialisme qui emprisonne le monde.

Quand bien même nous serait épargné d’être détruits par la guerre, notre vie doit changer si elle ne veut pas périr par sa propre faute. Nous ne pouvons nous dispenser de rappeler ce qu’est fondamentalement la vie, la société. Est-ce vrai que l’homme est au-dessus de tout ? N’y a-t-il aucun esprit supérieur au-dessus de lui ? Les activités humaines et sociales peuvent-elles légitimement être réglées par la seule expansion matérielle ? A-t-on le droit de promouvoir cette expansion au détriment de l’intégrité de notre vie spirituelle ?

Si le monde ne touche pas à sa fin, il a atteint une étape décisive dans son histoire, semblable en importance au tournant qui a conduit du Moyen-âge à la Renaissance. Cela va requérir de nous un embrasement spirituel. Il nous faudra nous hisser à une nouvelle hauteur de vue, à une nouvelle conception de la vie, où notre nature physique ne sera pas maudite, comme elle a pu l’être au Moyen-âge, mais, ce qui est bien plus important, où notre être spirituel ne sera pas non plus piétiné, comme il le fut à l’ère moderne.

Notre ascension nous mène à une nouvelle étape anthropologique. Nous n’avons pas d’autre choix que de monter … toujours plus haut."

Alexandre Soljénitsyne, Le Déclin du courage, Harvard, 8 juin 1978

Voir aussi: 

 
 

L’édito de C. André & P. Thureau-Dangin
Ne pas jouer les Cassandre
Courrier international
Février-mars-avril 2011
 
Parler du "déclin de l’Occident" est toujours périlleux. On songe aussitôt à l’essai controversé de l’Allemand Oswald Spengler, qui date de 1918. On pense aussi à tous les mouvements d’extrême droite qui agitent ce chiffon rouge depuis un siècle, sous-entendant évidemment le déclin de l’homme blanc…
Aujourd’hui, la situation n’est plus exactement la même. Les pays occidentaux sont largement métissés, à commencer par la société américaine. Et le déclin est devenu palpable, tant sur le plan économique que politique. Les Etats-Unis, qui se croyaient seuls en scène dans les années 1990, se voient concurrencés par l’Asie – en particulier par la Chine et par l’Inde. L’Europe est de plus en plus marginale dans les affaires du monde. Et, dans un proche avenir, on verra aussi le plein essor du Brésil…
Dans ce hors-série, nous laissons une large place aux voix de ces pays que l’on disait émergents mais qu’il faut désormais appeler conquérants : elles nous décrivent un monde dont l’Occident n’est plus le centre.
Il ne s’agit ni de s’affliger ni de jouer les Cassandre. Mais de comprendre les enjeux et de réfléchir à cet avenir qui suscite des inquiétudes. Avec à l’esprit cette question centrale : le tournant que nous pouvons observer signifie-t-il la fin de la civilisation occidentale et de ses valeurs ou au contraire la dissémination de celles-ci dans le monde entier, comme en témoigne le printemps arabe auquel nous assistons ?
Voir également le sommaire:

Hors-série n° 2011-2 du 23.02.2011
 
• La fin de l’hégémonie de l’Oncle Sam • L’Europe marginalisée • Le déclin de l’Ouest vu par le reste du monde • Les nouvelles ambitions de l’Asie •
 
 
■ Une ère nouvelle
Où l’on passe d’un monde unipolaire à un monde multipolaire
■ La chute d’un empire
Tant au plan géostratégique qu’économique, Washington doit s’adapter à la nouvelle réalité
■ Un si vieux continent
Usée, l’Europe ? De nombreux signes le laissent penser
■ Les conquérants
Depuis l’an 2000, on ne peut plus parler de pays émergents
■ Vu d’ailleurs
L’Ouest n’est plus au centre du jeu et les critiques à son égard se font toujours plus vives

■ Portraits
Ils ont pensé le déclin de l’Occident. Ou théorisé l’émergence d’autres valeurs

■ Repères
Six cartes pour comprendre le basculement du monde depuis la Renaissance jusquà 2050

Voir par ailleurs:

Waving Goodbye to Hegemony

Parag Khanna

The NYT magazine

January 27, 2008

Turn on the TV today, and you could be forgiven for thinking it’s 1999. Democrats and Republicans are bickering about where and how to intervene, whether to do it alone or with allies and what kind of world America should lead. Democrats believe they can hit a reset button, and Republicans believe muscular moralism is the way to go. It’s as if the first decade of the 21st century didn’t happen — and almost as if history itself doesn’t happen. But the distribution of power in the world has fundamentally altered over the two presidential terms of

George W. Bush, both because of his policies and, more significant, despite them. Maybe the best way to understand how quickly history happens is to look just a bit ahead.

Hillary Clinton or John McCain or Barack Obama administration is nearing the end of its second term. America has pulled out of Iraq but has about 20,000 troops in the independent state of Kurdistan, as well as warships anchored at Bahrain and an Air Force presence in Qatar. Afghanistan is stable; Iran is nuclear. China has absorbed Taiwan and is steadily increasing its naval presence around the Pacific Rim and, from the Pakistani port of Gwadar, on the Arabian Sea. The European Union has expanded to well over 30 members and has secure oil and gas flows from North Africa, Russiaand the Caspian Sea, as well as substantial nuclear energy. America’s standing in the world remains in steady decline.

United Nations and reaffirm to the world that America can, and should, lead it to collective security and prosperity? Indeed, improvements to America’s image may or may not occur, but either way, they mean little. Condoleezza Ricehas said America has no "permanent enemies," but it has no permanent friends either. Many saw the invasions of Afghanistan and Iraq as the symbols of a global American imperialism; in fact, they were signs of imperial overstretch. Every expenditure has weakened America’s armed forces, and each assertion of power has awakened resistance in the form of terrorist networks, insurgent groups and "asymmetric" weapons like suicide bombers. America’s unipolar moment has inspired diplomatic and financial countermovements to block American bullying and construct an alternate world order. That new global order has arrived, and there is precious little Clinton or McCain or Obama could do to resist its growth.

India, lagging decades behind China in both development and strategic appetite. The Big Three make the rules — their own rules — without any one of them dominating. And the others are left to choose their suitors in this post-American world.

European Parliament, calls it "European patriotism." The Europeans play both sides, and if they do it well, they profit handsomely. It’s a trend that will outlast both President Nicolas Sarkozy of France, the self-described "friend of America," and Chancellor Angela Merkel of Germany, regardless of her visiting the Crawford ranch. It may comfort American conservatives to point out that Europe still lacks a common army; the only problem is that it doesn’t really need one. Europeans use intelligence and the police to apprehend radical Islamists, social policy to try to integrate restive Muslim populations and economic strength to incorporate the former Soviet Union and gradually subdue Russia. Each year European investment in Turkey grows as well, binding it closer to the E.U. even if it never becomes a member. And each year a new pipeline route opens transporting oil and gas from Libya, Algeria or Azerbaijan to Europe. What other superpower grows by an average of one country per year, with others waiting in line and begging to join?

Robert Kagan famously said that America hails from Mars and Europe from Venus, but in reality, Europe is more like Mercury — carrying a big wallet. The E.U.’s market is the world’s largest, European technologies more and more set the global standard and European countries give the most development assistance. And if America and China fight, the world’s money will be safely invested in European banks. Many Americans scoffed at the introduction of the euro, claiming it was an overreach that would bring the collapse of the European project. Yet today, Persian Gulf oil exporters are diversifying their currency holdings into euros, and President Mahmoud Ahmadinejad of Iran has proposed that OPEC no longer price its oil in "worthless" dollars. President Hugo Chávez of Venezuela went on to suggest euros. It doesn’t help that Congress revealed its true protectionist colors by essentially blocking the Dubai ports deal in 2006. With London taking over (again) as the world’s financial capital for stock listing, it’s no surprise that China’s new state investment fund intends to locate its main Western offices there instead of New York. Meanwhile, America’s share of global exchange reserves has dropped to 65 percent. Gisele Bündchen demands to be paid in euros, while Jay-Zdrowns in 500 euro notes in a recent video. American soft power seems on the wane even at home.

African Union like the E.U.; we offer no equivalent. Activists in the Middle East want parliamentary democracy like Europe’s, not American-style presidential strongman rule. Many of the foreign students we shunned after 9/11 are now in London and Berlin: twice as many Chinese study in Europe as in the U.S. We didn’t educate them, so we have no claims on their brains or loyalties as we have in decades past. More broadly, America controls legacy institutions few seem to want — like the International Monetary Fund— while Europe excels at building new and sophisticated ones modeled on itself. The U.S. has a hard time getting its way even when it dominates summit meetings — consider the ill-fated Free Trade Area of the Americas — let alone when it’s not even invited, as with the new East Asian Community, the region’s answer to America’s Apec.

Indonesia to Korea, no country — friend of America’s or not — wants political tension to upset economic growth. To the Western eye, it is a bizarre phenomenon: small Asian nation-states should be balancing against the rising China, but increasingly they rally toward it out of Asian cultural pride and an understanding of the historical-cultural reality of Chinese dominance. And in the former Soviet Central Asian countries — the so-called Stans — China is the new heavyweight player, its manifest destiny pushing its Han pioneers westward while pulling defunct microstates like Kyrgyzstan and Tajikistan, as well as oil-rich Kazakhstan, into its orbit. The Shanghai Cooperation Organization gathers these Central Asian strongmen together with China and Russia and may eventually become the "NATOof the East."

Pakistaneven deeper into military dependence on China? Will the next set of Arab monarchs lean East or West? The second world will shape the world’s balance of power as much as the superpowers themselves will.

Gazpromoligarchy, why is Russia not a superpower but rather the ultimate second-world swing state? For all its muscle flexing, Russia is also disappearing. Its population decline is a staggering half million citizens per year or more, meaning it will be not much larger than Turkey by 2025 or so — spread across a land so vast that it no longer even makes sense as a country. Travel across Russia today, and you’ll find, as during Soviet times, city after city of crumbling, heatless apartment blocks and neglected elderly citizens whose value to the state diminishes with distance from Moscow. The forced Siberian migrations of the Soviet era are being voluntarily reversed as children move west to more tolerable and modern climes. Filling the vacuum they have left behind are hundreds of thousands of Chinese, literally gobbling up, plundering, outright buying and more or less annexing Russia’s Far East for its timber and other natural resources. Already during the cold war it was joked that there were "no disturbances on the Sino-Finnish border," a prophecy that seems ever closer to fulfillment.

Uzbekistan. Privately, some E.U. officials say that annexing Russia is perfectly doable; it’s just a matter of time. In the coming decades, far from restoring its Soviet-era might, Russia will have to decide whether it wishes to exist peacefully as an asset to Europe or the alternative — becoming a petro-vassal of China.

Muammar el-Qaddafideclared he would abandon his country’s nuclear pursuits in 2003, was partly motivated by growing demand for energy from a close Mediterranean neighbor. But Qaddafi is not selling out. He and his advisers have astutely parceled out production sharing agreements to a balanced assortment of American, European, Chinese and other Asian oil giants. Mindful of the history of Western oil companies’ exploitation of Arabia, he — like Chávez in Venezuela and Nazarbayev in Kazakhstan — has also cleverly ratcheted up the pressure on foreigners to share more revenue with the regime by tweaking contracts, rounding numbers liberally and threatening expropriation. What I find in virtually every Arab country is not such nationalism, however, but rather a new Arabism aimed at spreading oil wealth within the Arab world rather than depositing it in the United States as in past oil booms. And as Egypt, Syria and other Arab states receive greater investment from the Persian Gulf and start spending more on their own, they, too, become increasingly important second-world players who can thwart the U.S.

International Atomic Energy Agencynegotiations drag on, the more likely it becomes that Iran will indeed be able to stay afloat without Western investment because of backing from China and from its second-world friends — without giving any ground to the West.

Samuel Huntingtoncalled the "Confucian-Islamic connection." What is more, China is pulling off the most difficult of superpower feats: simultaneously maintaining positive ties with the world’s crucial pairs of regional rivals: Venezuela and Brazil, Saudi Arabia and Iran, Kazakhstan and Uzbekistan, India and Pakistan. At this stage, Western diplomats have only mustered the wherewithal to quietly denounce Chinese aid policies and value-neutral alliances, but they are far from being able to do much of anything about them.

Karl Marxand Max Weber both chastised Far Eastern cultures for being despotic, agrarian and feudal, lacking the ingredients for organizational success. Oswald Spengler saw it differently, arguing that mankind both lives and thinks in unique cultural systems, with Western ideals neither transferable nor relevant. Today the Asian landscape still features ancient civilizations but also by far the most people and, by certain measures, the most money of any region in the world. With or without America, Asia is shaping the world’s destiny — and exposing the flaws of the grand narrative of Western civilization in the process.

global warmingis completely unmanageable by a single authority, whether the United States or the United Nations. Globalization resists centralization of almost any kind. Instead, what we see gradually happening in climate-change negotiations (as in Bali in December) — and need to see more of in the areas of preventing nuclear proliferation and rebuilding failed states — is a far greater sense of a division of labor among the Big Three, a concrete burden-sharing among them by which they are judged not by their rhetoric but the responsibilities they fulfill. The arbitrarily composed Security Council is not the place to hash out such a division of labor. Neither are any of the other multilateral bodies bogged down with weighted voting and cacophonously irrelevant voices. The big issues are for the Big Three to sort out among themselves.

Lee Kuan Yewof Singapore.

Mercosur (the South American common market), the Association of Southeast Asian Nations(Asean), the Gulf Cooperation Council in the Persian Gulf. We need high-level ambassadors at those organizations too. Taken together, this allows us to move beyond, for example, the current Millennium Challenge Account — which amounts to one-track aid packages to individual countries already going in the right direction — toward encouraging the kind of regional cooperation that can work in curbing both terrorism and poverty. Only if you think regionally can a success story have a demonstration effect. This approach will be crucial to the future of the Pentagon’s new African command. (Until last year, African relations were managed largely by European command, or Eucom, in Germany.) Suspicions of America are running high in Africa, and a country-by-country strategy would make those suspicions worse. Finally, to achieve strategic civilian-military harmonization, we have to first get the maps straight. The State Department puts the Stans in the South and Central Asia bureau, while the Pentagon puts them within the Middle-East-focused Centcom. The Chinese divide up the world the Pentagon’s way; so, too, should our own State Department.

Peace Corps10 times its present size, plus student exchanges, English-teaching programs and hands-on job training overseas — with corporate sponsorship.

That’s right. In true American fashion, we must build a diplomatic-industrial complex. Europe and China all but personify business-government collusion, so let State raise money from Wall Street as it puts together regional aid and investment packages. American foreign policy must be substantially more than what the U.S. government directs. After all, the E.U. is already the world’s largest aid donor, and China is rising in the aid arena as well. Plus, each has a larger population than the U.S., meaning deeper benches of recruits, and are not political targets in the present political atmosphere the way Americans abroad are. The secret weapon must be the American citizenry itself. American foundations and charities, not least the Gates and Ford Foundations, dwarf European counterparts in their humanitarian giving; if such private groups independently send more and more American volunteers armed with cash, good will and local knowledge to perform "diplomacy of the deed," then the public diplomacy will take care of itself.Fourth, make the global economy work for us. By resurrecting European economies, the Marshall Plan was a down payment on even greater returns in terms of purchasing American goods. For now, however, as the dollar falls, our manufacturing base declines and Americans lose control of assets to wealthier foreign funds, our scientific education, broadband access, health-care, safety and a host of other standards are all slipping down the global rankings. Given our deficits and political gridlock, the only solution is to channel global, particularly Asian, liquidity into our own public infrastructure, creating jobs and technology platforms that can keep American innovation ahead of the pack. Globalization apologizes to no one; we must stay on top of it or become its victim.

Fifth, convene a G-3 of the Big Three. But don’t set the agenda; suggest it. These are the key issues among which to make compromises and trade-offs: climate change, energy security, weapons proliferation and rogue states. Offer more Western clean technology to China in exchange for fewer weapons and lifelines for the Sudanese tyrants and the Burmese junta. And make a joint effort with the Europeans to offer massive, irresistible packages to the people of Iran, Uzbekistan and Venezuela — incentives for eventual regime change rather than fruitless sanctions. A Western change of tone could make China sweat. Superpowers have to learn to behave, too.

Taken together, all these moves could renew American competitiveness in the geopolitical marketplace — and maybe even prove our exceptionalism. We need pragmatic incremental steps like the above to deliver tangible gains to people beyond our shores, repair our reputation, maintain harmony among the Big Three, keep the second world stable and neutral and protect our common planet. Let’s hope whoever is sworn in as the next American president understands this.

Parag Khanna is a senior research fellow in the American Strategy Program of the New America Foundation. This essay is adapted from his book, "The Second World: Empires and Influence in the New Global Order," to be published by Random House in March

Voir également:

Le Déclin de l’Amérique a commencé (extraits)
Foreign Policy   

July-August 2002
 
En déclin, les États-Unis ? Rares sont ceux qui croient aujourd’hui à cette thèse. Les seuls à en être fermement convaincus sont les faucons de Washington, qui défendent avec véhémence des mesures destinées à enrayer ce déclin. Cette conviction que l’hégémonie américaine touche à sa fin n’est pas née de la vulnérabilité apparue au reste du monde le 11 septembre 2001. En fait, on assiste à un affaiblissement progressif des États-Unis en tant que puissance planétaire depuis les années 70, et la riposte américaine aux attentats terroristes n’a fait qu’accélérer cette tendance. Pour comprendre pourquoi la Pax americana est sur le déclin, il faut se pencher sur la géopolitique du XXe siècle, et plus particulièrement de ces trente dernières années. On aboutit à une conclusion aussi limpide qu’indéniable : les facteurs économiques, politiques et militaires qui ont contribué à l’hégémonie de l’Amérique sont ceux-là même qui provoqueront inexorablement son déclin prochain.
L’accession des États-Unis au statut de puissance hégémonique mondiale a résulté d’un long processus qui démarra véritablement avec la récession de 1873. C’est à cette époque que les États-Unis et l’Allemagne commencèrent à s’emparer d’une part croissante des marchés mondiaux, essentiellement au détriment de l’économie britannique, en recul constant. Ces deux pays étaient parvenus à stabiliser leur base politique – les États-Unis en réussissant à mettre un terme à la guerre civile, l’Allemagne en parachevant son unification avec la défaite de la France. De 1873 à 1914, les États-Unis et l’Allemagne devinrent les principaux producteurs dans certains secteurs clés comme l’acier, puis l’industrie automobile pour les États-Unis et la chimie pour l’Allemagne.
À en croire les manuels d’histoire, la Première Guerre mondiale a débuté en 1914 et pris fin en 1918, tandis que la seconde a duré de 1939 à 1945. Il est toutefois plus logique de considérer les deux conflits comme une seule "guerre de trente ans" entre les États-Unis et l’Allemagne, entrecoupée de trêves et de crises locales. Cette compétition pour l’hégémonie prit un tour idéologique en 1933, quand les nazis arrivèrent au pouvoir en Allemagne et entreprirent non pas d’imposer leur domination au sein du système existant, mais d’établir une sorte d’empire mondial. En réponse, les États-Unis se firent les défenseurs du libéralisme centriste et conclurent une alliance stratégique avec l’Union soviétique, ce qui rendit possible la victoire sur l’Allemagne et ses alliés.
 
La Seconde Guerre mondiale provoqua des dégâts considérables en termes d’infrastructures et de populations en Europe et en Asie, aucun pays ou presque n’ayant été épargné. La seule grande puissance industrielle à en sortir intacte, voire renforcée d’un point de vue économique, ce furent les États-Unis, qui s’empressèrent de consolider leur position.
Mais le candidat au statut de nouvelle superpuissance se heurta à des obstacles politiques. Ce n’est pas tant la création des Nations unies, en avril 1945, qui détermina les contraintes géopolitiques de la deuxième moitié du XXe siècle, mais la conférence de Yalta, qui avait réuni deux mois plus tôt le président américain Franklin D. Roosevelt, le Premier ministre britannique Winston Churchill et le dirigeant soviétique Joseph Staline. Le pacte officiel conclu à Yalta était du reste moins important que les accords officieux, tacites, dont on saisit toute la portée quand on observe le comportement des États-Unis et de l’Union soviétique dans les années qui suivirent. Quand la guerre prit fin en Europe, le 8 mai 1945, les troupes soviétiques et occidentales (autrement dit américaines, britanniques et françaises) furent déployées à des emplacements précis, essentiellement le long d’une ligne qui parcourait le centre de l’Europe et qui finit par être connue sous le nom de ligne Oder-Neisse. À l’exception de quelques déplacements mineurs, ces troupes ne bougèrent plus. Avec le recul, on comprend que lors de la conférence de Yalta, chacune des deux parties s’était engagée à laisser l’autre conserver ses positions et à ne pas la chasser de son domaine par la force. Cet accord tacite s’appliquait également à l’Asie, comme le prouvent l’occupation américaine du Japon et la partition de la Corée. D’un point de vue politique donc, Yalta était un accord visant à garantir le statu quo en vertu duquel l’Union soviétique contrôlait environ un tiers du monde, les deux autres tiers revenant aux États-Unis.
Jusqu’en 1991, Washington et Moscou coexistèrent ainsi en appliquant "l’équilibre de la terreur" de la guerre froide. Équilibre qui fut mis à rude épreuve en trois occasions : le blocus de Berlin en 1948-1949, la guerre de Corée en 1950-1953 et la crise des missiles à Cuba en 1962. Dans chacun de ces cas, on aboutit au rétablissement du statu quo. De plus, chaque fois que l’Union soviétique s’est trouvée confrontée à une crise politique concernant ses régimes satellites, l’Allemagne de l’Est en 1953, la Hongrie en 1956, la Tchécoslovaquie en 1968 et la Pologne en 1981, les États-Unis ne se livrèrent à guère plus que de la propagande, laissant, grosso modo, l’URSS agir comme bon lui semblait.
Bien sûr, cette passivité n’était pas de mise dans le domaine économique. Washington tira parti du climat de la guerre froide pour entreprendre des efforts de reconstruction massifs, d’abord en Europe de l’Ouest puis au Japon. Le raisonnement était clair: à quoi bon disposer d’une supériorité aussi écrasante en termes de productivité si le reste du monde était incapable d’assurer une demande digne de ce nom ? La reconstruction économique contribua, qui plus est, à instaurer des relations clientélistes avec les pays bénéficiaires de l’aide américaine. Le sentiment d’être redevables aux États-Unis incita ces pays à intégrer des alliances militaires et, ce qui est plus important encore, à se soumettre politiquement.

Enfin, il ne faut pas sous-estimer la composante idéologique et culturelle de l’hégémonie américaine. C’est sans doute dans la période de l’immédiat après-guerre que l’idéologie communiste connut sa plus forte popularité. On a tendance à oublier aujourd’hui les scores considérables engrangés par les communistes lors d’élections libres en Belgique, en France, en Italie, en Tchécoslovaquie et en Finlande, et le capital de sympathie dont ils bénéficiaient en Asie et dans toute l’Amérique latine. Sans parler de la Chine, de la Grèce et de l’Iran, où il n’y avait pas d’élections libres, mais où les partis communistes étaient extrêmement populaires. En réaction, les États-Unis déclenchèrent une vaste offensive anticommuniste. Rétrospectivement, il semble que cette dernière ait atteint ses objectifs : Washington a tenu son rôle de chef de file du "monde libre" avec autant de succès que l’Union soviétique tenait celui de leader du camp "progressiste" et "anti-impérialiste".

La réussite de l’Amérique en tant que puissance hégémonique de l’après-guerre portait déjà en germe son déclin. Quatre événements symboliques illustrent ce processus : la guerre du Vietnam, les révolutions de 1968, la chute du mur de Berlin en 1989 et les attentats terroristes de septembre 2001. Chacun de ces événements est venu s’ajouter au précédent pour aboutir à la situation dans laquelle se trouvent aujourd’hui les États-Unis : superpuissance unique mais dépourvue de véritable pouvoir, leader mondial que bien peu respectent et que personne ne suit, pays dérivant dangereusement au milieu d’un chaos planétaire qu’il est incapable de maîtriser.

Que fut la guerre du Vietnam ? Essentiellement, la tentative du peuple vietnamien pour mettre fin au pouvoir colonial et créer son propre État. D’un point de vue géopolitique, toutefois, cette guerre signifiait un rejet du statu quo imposé par Yalta de la part des populations dites du tiers-monde. Si le Vietnam est devenu un symbole aussi puissant, c’est parce que Washington a été assez bête pour engager toute sa puissance militaire dans le conflit, ce qui ne l’a pas empêché de perdre.

Mais le Vietnam n’a pas été qu’une défaite militaire, un camouflet cuisant pour le prestige américain. La guerre a porté un coup terrible à la domination économique des États-Unis. Le conflit fut extrêmement coûteux, et il épuisa plus ou moins les réserves d’or américaines, si abondantes depuis 1945. De plus, les États-Unis durent supporter ces dépenses au moment même où l’Europe occidentale et le Japon connaissaient une expansion économique fulgurante. C’en était fini de la supériorité économique américaine. Depuis la fin des années 60, les trois blocs ont toujours été à peu près à égalité.

Le soutien au peuple vietnamien fut l’un des éléments majeurs qui suscitèrent des révolutions un peu partout dans le monde en 1968. Mais les soixante-huitards ne condamnaient pas seulement l’hégémonie américaine, ils condamnaient aussi la collusion de l’URSS avec les États-Unis. Ils rejetaient Yalta. Cette dénonciation les poussa en toute logique à dénoncer aussi les formations politiques qui étaient étroitement liées à l’Union soviétique, autrement dit, dans la plupart des cas, les partis communistes traditionnels. Mais les révolutionnaires de 1968 s’attaquèrent aussi à d’autres composantes de la vieille gauche – les mouvements de libération dans le tiers-monde, les partis sociaux-démocrates en Europe occidentale et les démocrates du New Deal aux États-Unis –, les accusant eux aussi de collusion avec ce qu’ils englobaient sous le terme d’"impérialisme américain".

En s’en prenant également à l’entente entre Moscou et Washington et à la vieille gauche, le mouvement de 68 sapa encore un peu plus la légitimité des accords de Yalta, sur lesquels les États-Unis avaient bâti l’ordre mondial. Du même coup, cela fragilisa le statut du libéralisme centriste en tant que seule idéologie mondiale légitime. Si les révolutions de 1968 n’ont eu que très peu de conséquences politiques directes, elles ont eu en revanche des répercussions géopolitiques et intellectuelles immenses et irrévocables. Le libéralisme centriste dégringola du trône qu’il occupait depuis les révolutions européennes de 1848 et qui lui avait permis de récupérer tant les conservateurs que les radicaux. Ce faisant, la position idéologique officielle des États-Unis – à la fois antifasciste, anticommuniste et anticolonialiste – devint de moins en moins convaincante aux yeux du monde.

La crise économique mondiale des années 70 eut deux conséquences importantes pour la puissance américaine. La stagnation entraîna un effondrement du "développementalisme" – idée selon laquelle tout pays peut rattraper son retard économique si l’État prend les mesures appropriées –, qui était la base idéologique des mouvements de la vieille gauche alors au pouvoir. Un par un, ces régimes se retrouvèrent confrontés à des troubles sociaux, à la baisse du niveau de vie, à leur endettement croissant vis-à-vis des institutions financières internationales et à l’érosion de leur crédibilité. Dans les années 60, les États-Unis donnaient l’impression d’avoir su gérer la décolonisation du tiers-monde, limitant les troubles et transférant le pouvoir en douceur à des régimes développementalistes mais rarement révolutionnaires. Désormais, on assistait à une désintégration de l’ordre établi, à la montée des mécontentements, à une radicalisation des positions. Chaque fois que les États-Unis tentèrent d’intervenir, cela se solda par un échec : Liban, Grenade, Panama, Somalie.

Pendant que les États-Unis avaient la tête ailleurs, l’Union soviétique s’effondrait. Certes, Ronald Reagan avait qualifié l’Union soviétique d’"empire du mal", et, dans son emballement, il avait appelé à la destruction du mur de Berlin. Mais en fait, ce n’était que pure rhétorique, et les États-Unis ne sont assurément pour rien dans la chute de l’Union soviétique. À vrai dire, si l’URSS et son empire d’Europe de l’Est se sont effondrés, c’est autant parce que la vieille gauche avait perdu tout appui populaire que parce que Mikhaïl Gorbatchev avait entrepris de sauver son régime en liquidant Yalta et en entreprenant une libéralisation interne (perestroïka et glasnost). Gorbatchev réussit à liquider Yalta, mais pas à sauver l’Union soviétique.

Abasourdis et déconcertés par cet effondrement soudain, les États-Unis n’ont pas su en gérer les conséquences. La chute du communisme signifia aussi celle du libéralisme, faisant disparaître la seule justification idéologique de l’hégémonie américaine, une justification qui bénéficiait de l’appui tacite du prétendu adversaire du libéralisme. Cette perte de légitimité entraîna directement l’invasion par l’armée irakienne du Koweït. Jamais Saddam Hussein n’aurait osé déclencher une telle action si les accords de Yalta avaient été encore en vigueur. Avec le recul, on constate que l’intervention américaine pendant la guerre du Golfe a eu pour effet de revenir au statu quo ante. Mais une puissance hégémonique peut-elle se satisfaire d’un match nul dans un conflit avec une puissance régionale de moyenne importance ? Saddam a démontré qu’on pouvait chercher noise à Washington sans que cela porte à conséquence. Plus encore que la défaite du Vietnam, la provocation de Saddam a ulcéré la droite américaine, et plus particulièrement ceux que l’on appelle les faucons, ce qui explique qu’ils n’aient aujourd’hui qu’une idée en tête : envahir l’Irak et détruire son régime.

Puis vinrent le 11 septembre, le choc et la réaction. Quoi qu’en disent les historiens par la suite, les attentats du 11 septembre 2001 ont ébranlé comme jamais la puissance américaine. Les auteurs des attentats ne représentaient pas une grande puissance militaire. Membres d’une force non étatique, ils étaient extrêmement motivés, disposaient d’argent, de partisans dévoués et d’une base solide dans un État faible. En bref, militairement, ils n’étaient rien, mais ils ont quand même réussi un coup audacieux sur le territoire américain.

Lors de son arrivée au pouvoir en janvier 2001, George W. Bush était extrêmement critique à l’égard de la politique étrangère de l’administration Clinton. Bush et ses conseillers refusaient d’admettre – tout en le sachant parfaitement – que la voie empruntée par Clinton avait été celle de tous les présidents américains depuis Gerald Ford, y compris Ronald Reagan et Bush père. C’était aussi la ligne de l’administration Bush avant le 11 septembre. Il suffit de voir comment l’équipe de la Maison-Blanche avait géré l’incident de l’avion-espion américain abattu en Chine en avril 2001 pour comprendre que la prudence était le maître mot.

Après les attentats, Bush changea de cap. Il déclara la guerre au terrorisme, assura au peuple américain que "l’issue ne faisait aucun doute" et informa le reste du monde que désormais soit on était avec les États-Unis, soit on était contre eux. Longtemps tenus à l’écart, même par les administrations les plus conservatrices, les faucons dominaient enfin la politique américaine. Leur position est claire : les États-Unis disposent d’une supériorité militaire écrasante, et même si de nombreux dirigeants étrangers jugent peu judicieux que Washington fasse étalage de sa force, ceux-ci ne peuvent pas réagir, et ne réagiront d’ailleurs pas, si l’Amérique choisit d’imposer sa volonté aux autres. Les faucons pensent que les États-Unis doivent se comporter en puissance impériale pour deux raisons : d’une part, personne ne leur dira rien, et, d’autre part, s’ils ne font pas la démonstration de leur force, ils se retrouveront de plus en plus marginalisés.

À ce jour, la position des faucons s’exprime sur trois terrains : 1) l’offensive militaire en Afghanistan, 2) le soutien de fait apporté aux Israéliens dans leur tentative de liquidation de l’Autorité palestinienne et 3) l’invasion de l’Irak, qui en serait au stade des préparatifs. Les faucons voient dans les événements récents la preuve que l’opposition aux actions américaines, si elle est incontestable, demeure essentiellement verbale. Ni l’Europe de l’Ouest, ni la Russie, la Chine ou l’Arabie Saoudite ne semblent prêtes à rompre vraiment avec les États-Unis. Ce qui est la preuve, pour les faucons, que Washington peut effectivement agir comme bon lui semble. Ils considèrent qu’il en ira de même quand l’armée américaine envahira l’Irak, puis quand elle interviendra ailleurs dans le monde. Paradoxalement, la conception des faucons est devenue celle de la gauche internationale, qui passe son temps à hurler contre la politique américaine parce qu’elle s’imagine que Washington a de grandes chances de réussir.

Mais les interprétations des faucons sont erronées et ne feront que contribuer au déclin de leur pays, transformant ce qui était un affaiblissement progressif en une chute beaucoup plus rapide et mouvementée. Plus précisément, l’action des bellicistes va échouer pour des raisons militaires, économiques et idéologiques. Il ne fait aucun doute que la carte militaire reste l’atout majeur des États-Unis. En fait, c’est même le seul. Aujourd’hui, les États-Unis disposent des forces armées les plus impressionnantes au monde. À en croire les dernières déclarations au sujet de nouvelles technologies de défense, l’avance des Américains dans ce domaine est nettement supérieure aujourd’hui à ce qu’elle était il y a dix ans. Cela veut-il dire pour autant qu’ils peuvent envahir l’Irak, conquérir rapidement le pays et mettre en place un gouvernement ami et stable ? C’est peu probable. N’oublions pas que sur les trois guerres importantes livrées par l’armée américaine depuis 1945 (Corée, Vietnam et Golfe), l’une s’est terminée par une défaite et les deux autres par un match nul. Rien de très glorieux.

Il faut aussi tenir compte de la capacité du peuple américain à tolérer des "non-victoires". Les Américains oscillent entre une ferveur patriotique, qui conforte toujours les présidents en temps de guerre, et un profond désir isolationniste. Depuis 1945, le sentiment patriotique a régressé chaque fois que les pertes humaines ont commencé à augmenter. Pourquoi la réaction serait-elle aujourd’hui différente ? Et même si les faucons (qui sont presque toujours des civils) s’estiment indifférents à ce que pense l’opinion publique, ce n’est pas le cas des généraux, qui n’ont pas oublié le cuisant échec du Vietnam.

Et que dire du front économique ? Dans les années 80, des légions d’experts américains tenaient des discours hystériques sur le miracle économique japonais. Ils se sont calmés dans les années 90, étant donné les difficultés financières bien connues du Japon. Pourtant, après avoir surestimé les progrès japonais, les autorités américaines semblent pécher aujourd’hui par excès de confiance, comme si elles étaient convaincues que le Japon est désormais loin derrière. Or rien ne justifie vraiment un tel triomphalisme. Prenons cet extrait du New York Times, daté du 20 avril 2002 : "Un laboratoire japonais a mis au point l’ordinateur le plus rapide au monde, une machine si performante qu’elle équivaut, en puissance de calcul, à la combinaison des vingt ordinateurs américains les plus rapides et qu’elle dépasse de loin le précédent champion, une machine IBM. Cet exploit […] prouve que la course technologique, que la plupart des ingénieurs américains pensaient être en train de remporter haut la main, est loin d’être gagnée." L’article souligne ensuite que les "priorités scientifiques et technologiques ne sont pas les mêmes" dans les deux pays. La machine japonaise est conçue pour étudier les changements climatiques, les ordinateurs américains pour simuler des armes. Ce contraste résume l’une des plus anciennes réalités de l’histoire des hégémonies. La puissance dominante se concentre (à son détriment) sur le militaire, tandis que le candidat à sa succession se concentre sur l’économie, sur ce qui a toujours créé de gros bénéfices. Auparavant, cela était le cas pour les États-Unis. Pourquoi n’en irait-il pas de même pour le Japon, peut-être dans le cadre d’une alliance avec la Chine ?

Reste enfin la sphère idéologique. À l’instant présent, l’économie américaine semble relativement faible, surtout si l’on considère les dépenses militaires exorbitantes qu’implique la stratégie des faucons. De plus, Washington est toujours isolé sur le plan politique. Personne ou presque (à l’exception d’Israël) ne considère la position belliciste comme sensée ou digne d’être encouragée. Les autres pays craignent ou refusent de s’opposer directement à la Maison-Blanche, mais le simple fait qu’ils traînent les pieds suffit à faire du tort aux États-Unis. En guise de réaction, ces derniers se contentent d’imposer leurs vues avec arrogance, et l’arrogance a des effets néfastes. À force d’user de son influence, on finit par en avoir de moins en moins et on suscite un ressentiment croissant. Au cours des deux derniers siècles, les États-Unis ont amassé un capital idéologique non négligeable. Mais, ces temps-ci, ils le dilapident encore plus vite que leur excédent d’or dans les années 60.

Au cours de la prochaine décennie, deux possibilités s’offrent à l’Amérique : soit elle emprunte la voie des faucons, avec des conséquences négatives pour tous, mais surtout pour elle. Soit elle comprend que cette attitude est par trop néfaste. Les choix du président Bush paraissent extrêmement limités, et les États-Unis vont probablement continuer à décliner en tant que force motrice de la politique internationale. La véritable question n’est pas de savoir si la superpuissance américaine est en déclin, mais plutôt de voir si les États-Unis peuvent trouver un moyen de chuter dignement, sans trop de dommages pour la planète et pour eux-mêmes.

Voir aussi: 

Pax Americana is over. Challenges from Vietnam and the Balkans to the Middle East and September 11 have revealed the limits of American supremacy. Will the United States learn to fade quietly, or will U.S. conservatives resist and thereby transform a gradual decline into a rapid and dangerous fall?
Immanuel Wallerstein
Foreign Policy
July-August 2002
 
The United States in decline? Few people today would believe this assertion. The only ones who do are the U.S. hawks, who argue vociferously for policies to reverse the decline. This belief that the end of U.S. hegemony has already begun does not follow from the vulnerability that became apparent to all on September 11, 2001. In fact, the United States has been fading as a global power since the 1970s, and the U.S. response to the terrorist attacks has merely accelerated this decline. To understand why the so-called Pax Americana is on the wane requires examining the geopolitics of the 20th century, particularly of the century’s final three decades. This exercise uncovers a simple and inescapable conclusion: The economic, political, and military factors that contributed to U.S. hegemony are the same factors that will inexorably produce the coming U.S. decline.
Intro to hegemony
The rise of the United States to global hegemony was a long process that began in earnest with the world recession of 1873. At that time, the United States and Germany began to acquire an increasing share of global markets, mainly at the expense of the steadily receding British economy. Both nations had recently acquired a stable political base—the United States by successfully terminating the Civil War and Germany by achieving unification and defeating France in the Franco-Prussian War. From 1873 to 1914, the United States and Germany became the principal producers in certain leading sectors: steel and later automobiles for the United States and industrial chemicals for Germany.

The history books record that World War I broke out in 1914 and ended in 1918 and that World War II lasted from 1939 to 1945. However, it makes more sense to consider the two as a single, continuous "30 years’ war" between the United States and Germany, with truces and local conflicts scattered in between. The competition for hegemonic succession took an ideological turn in 1933, when the Nazis came to power in Germany and began their quest to transcend the global system altogether, seeking not hegemony within the current system but rather a form of global empire. Recall the Nazi slogan ein tausendjähriges Reich (a thousand-year empire). In turn, the United States assumed the role of advocate of centrist world liberalism—recall former U.S. President Franklin D. Roosevelt’s "four freedoms" (freedom of speech, of worship, from want, and from fear)—and entered into a strategic alliance with the Soviet Union, making possible the defeat of Germany and its allies.

World War II resulted in enormous destruction of infrastructure and populations throughout Eurasia, from the Atlantic to the Pacific oceans, with almost no country left unscathed. The only major industrial power in the world to emerge intact—and even greatly strengthened from an economic perspective—was the United States, which moved swiftly to consolidate its position.

But the aspiring hegemon faced some practical political obstacles. During the war, the Allied powers had agreed on the establishment of the United Nations, composed primarily of countries that had been in the coalition against the Axis powers. The organization’s critical feature was the Security Council, the only structure that could authorize the use of force. Since the U.N. Charter gave the right of veto to five powers—including the United States and the Soviet Union—the council was rendered largely toothless in practice. So it was not the founding of the United Nations in April 1945 that determined the geopolitical constraints of the second half of the 20th century but rather the Yalta meeting between Roosevelt, British Prime Minister Winston Churchill, and Soviet leader Joseph Stalin two months earlier.

The formal accords at Yalta were less important than the informal, unspoken agreements, which one can only assess by observing the behavior of the United States and the Soviet Union in the years that followed. When the war ended in Europe on May 8, 1945, Soviet and Western (that is, U.S., British, and French) troops were located in particular places—essentially, along a line in the center of Europe that came to be called the Oder-Neisse Line. Aside from a few minor adjustments, they stayed there. In hindsight, Yalta signified the agreement of both sides that they could stay there and that neither side would use force to push the other out. This tacit accord applied to Asia as well, as evinced by U.S. occupation of Japan and the division of Korea. Politically, therefore, Yalta was an agreement on the status quo in which the Soviet Union controlled about one third of the world and the United States the rest.

Washington also faced more serious military challenges. The Soviet Union had the world’s largest land forces, while the U.S. government was under domestic pressure to downsize its army, particularly by ending the draft. The United States therefore decided to assert its military strength not via land forces but through a monopoly of nuclear weapons (plus an air force capable of deploying them). This monopoly soon disappeared: By 1949, the Soviet Union had developed nuclear weapons as well. Ever since, the United States has been reduced to trying to prevent the acquisition of nuclear weapons (and chemical and biological weapons) by additional powers, an effort that, in the 21st century, does not seem terribly successful.

Until 1991, the United States and the Soviet Union coexisted in the "balance of terror" of the Cold War. This status quo was tested seriously only three times: the Berlin blockade of 1948–49, the Korean War in 1950–53, and the Cuban missile crisis of 1962. The result in each case was restoration of the status quo. Moreover, note how each time the Soviet Union faced a political crisis among its satellite regimes—East Germany in 1953, Hungary in 1956, Czechoslovakia in 1968, and Poland in 1981—the United States engaged in little more than propaganda exercises, allowing the Soviet Union to proceed largely as it deemed fit.

Of course, this passivity did not extend to the economic arena. The United States capitalized on the Cold War ambiance to launch massive economic reconstruction efforts, first in Western Europe and then in Japan (as well as in South Korea and Taiwan). The rationale was obvious: What was the point of having such overwhelming productive superiority if the rest of the world could not muster effective demand? Furthermore, economic reconstruction helped create clientelistic obligations on the part of the nations receiving U.S. aid; this sense of obligation fostered willingness to enter into military alliances and, even more important, into political subservience.

Finally, one should not underestimate the ideological and cultural component of U.S. hegemony. The immediate post-1945 period may have been the historical high point for the popularity of communist ideology. We easily forget today the large votes for Communist parties in free elections in countries such as Belgium, France, Italy, Czechoslovakia, and Finland, not to mention the support Communist parties gathered in Asia—in Vietnam, India, and Japan—and throughout Latin America. And that still leaves out areas such as China, Greece, and Iran, where free elections remained absent or constrained but where Communist parties enjoyed widespread appeal. In response, the United States sustained a massive anticommunist ideological offensive. In retrospect, this initiative appears largely successful: Washington brandished its role as the leader of the "free world" at least as effectively as the Soviet Union brandished its position as the leader of the "progressive" and "anti-imperialist" camp.

One, Two, Many Vietnams

The United States’ success as a hegemonic power in the postwar period created the conditions of the nation’s hegemonic demise. This process is captured in four symbols: the war in Vietnam, the revolutions of 1968, the fall of the Berlin Wall in 1989, and the terrorist attacks of September 2001. Each symbol built upon the prior one, culminating in the situation in which the United States currently finds itself—a lone superpower that lacks true power, a world leader nobody follows and few respect, and a nation drifting dangerously amidst a global chaos it cannot control.

What was the Vietnam War? First and foremost, it was the effort of the Vietnamese people to end colonial rule and establish their own state. The Vietnamese fought the French, the Japanese, and the Americans, and in the end the Vietnamese won—quite an achievement, actually. Geopolitically, however, the war represented a rejection of the Yalta status quo by populations then labeled as Third World. Vietnam became such a powerful symbol because Washington was foolish enough to invest its full military might in the struggle, but the United States still lost. True, the United States didn’t deploy nuclear weapons (a decision certain myopic groups on the right have long reproached), but such use would have shattered the Yalta accords and might have produced a nuclear holocaust—an outcome the United States simply could not risk.

But Vietnam was not merely a military defeat or a blight on U.S. prestige. The war dealt a major blow to the United States’ ability to remain the world’s dominant economic power. The conflict was extremely expensive and more or less used up the U.S. gold reserves that had been so plentiful since 1945. Moreover, the United States incurred these costs just as Western Europe and Japan experienced major economic upswings. These conditions ended U.S. preeminence in the global economy. Since the late 1960s, members of this triad have been nearly economic equals, each doing better than the others for certain periods but none moving far ahead.

When the revolutions of 1968 broke out around the world, support for the Vietnamese became a major rhetorical component. "One, two, many Vietnams" and "Ho, Ho, Ho Chi Minh" were chanted in many a street, not least in the United States. But the 1968ers did not merely condemn U.S. hegemony. They condemned Soviet collusion with the United States, they condemned Yalta, and they used or adapted the language of the Chinese cultural revolutionaries who divided the world into two camps—the two superpowers and the rest of the world.

The denunciation of Soviet collusion led logically to the denunciation of those national forces closely allied with the Soviet Union, which meant in most cases the traditional Communist parties. But the 1968 revolutionaries also lashed out against other components of the Old Left—national liberation movements in the Third World, social-democratic movements in Western Europe, and New Deal Democrats in the United States—accusing them, too, of collusion with what the revolutionaries generically termed "U.S. imperialism."

The attack on Soviet collusion with Washington plus the attack on the Old Left further weakened the legitimacy of the Yalta arrangements on which the United States had fashioned the world order. It also undermined the position of centrist liberalism as the lone, legitimate global ideology. The direct political consequences of the world revolutions of 1968 were minimal, but the geopolitical and intellectual repercussions were enormous and irrevocable. Centrist liberalism tumbled from the throne it had occupied since the European revolutions of 1848 and that had enabled it to co-opt conservatives and radicals alike. These ideologies returned and once again represented a real gamut of choices. Conservatives would again become conservatives, and radicals, radicals. The centrist liberals did not disappear, but they were cut down to size. And in the process, the official U.S. ideological position—antifascist, anticommunist, anticolonialist—seemed thin and unconvincing to a growing portion of the world’s populations.

The Powerless Superpower

The onset of international economic stagnation in the 1970s had two important consequences for U.S. power. First, stagnation resulted in the collapse of "developmentalism"—the notion that every nation could catch up economically if the state took appropriate action—which was the principal ideological claim of the Old Left movements then in power. One after another, these regimes faced internal disorder, declining standards of living, increasing debt dependency on international financial institutions, and eroding credibility. What had seemed in the 1960s to be the successful navigation of Third World decolonization by the United States—minimizing disruption and maximizing the smooth transfer of power to regimes that were developmentalist but scarcely revolutionary—gave way to disintegrating order, simmering discontents, and unchanneled radical temperaments. When the United States tried to intervene, it failed. In 1983, U.S. President Ronald Reagan sent troops to Lebanon to restore order. The troops were in effect forced out. He compensated by invading Grenada, a country without troops. President George H.W. Bush invaded Panama, another country without troops. But after he intervened in Somalia to restore order, the United States was in effect forced out, somewhat ignominiously. Since there was little the U.S. government could actually do to reverse the trend of declining hegemony, it chose simply to ignore this trend—a policy that prevailed from the withdrawal from Vietnam until September 11, 2001.

Meanwhile, true conservatives began to assume control of key states and interstate institutions. The neoliberal offensive of the 1980s was marked by the Thatcher and Reagan regimes and the emergence of the International Monetary Fund (IMF) as a key actor on the world scene. Where once (for more than a century) conservative forces had attempted to portray themselves as wiser liberals, now centrist liberals were compelled to argue that they were more effective conservatives. The conservative programs were clear. Domestically, conservatives tried to enact policies that would reduce the cost of labor, minimize environmental constraints on producers, and cut back on state welfare benefits. Actual successes were modest, so conservatives then moved vigorously into the international arena. The gatherings of the World Economic Forum in Davos provided a meeting ground for elites and the media. The IMF provided a club for finance ministers and central bankers. And the United States pushed for the creation of the World Trade Organization to enforce free commercial flows across the world’s frontiers.

While the United States wasn’t watching, the Soviet Union was collapsing. Yes, Ronald Reagan had dubbed the Soviet Union an "evil empire" and had used the rhetorical bombast of calling for the destruction of the Berlin Wall, but the United States didn’t really mean it and certainly was not responsible for the Soviet Union’s downfall. In truth, the Soviet Union and its East European imperial zone collapsed because of popular disillusionment with the Old Left in combination with Soviet leader Mikhail Gorbachev’s efforts to save his regime by liquidating Yalta and instituting internal liberalization (perestroika plus glasnost). Gorbachev succeeded in liquidating Yalta but not in saving the Soviet Union (although he almost did, be it said).

The United States was stunned and puzzled by the sudden collapse, uncertain how to handle the consequences. The collapse of communism in effect signified the collapse of liberalism, removing the only ideological justification behind U.S. hegemony, a justification tacitly supported by liberalism’s ostensible ideological opponent. This loss of legitimacy led directly to the Iraqi invasion of Kuwait, which Iraqi leader Saddam Hussein would never have dared had the Yalta arrangements remained in place. In retrospect, U.S. efforts in the Gulf War accomplished a truce at basically the same line of departure. But can a hegemonic power be satisfied with a tie in a war with a middling regional power? Saddam demonstrated that one could pick a fight with the United States and get away with it. Even more than the defeat in Vietnam, Saddam’s brash challenge has eaten at the innards of the U.S. right, in particular those known as the hawks, which explains the fervor of their current desire to invade Iraq and destroy its regime.

Between the Gulf War and September 11, 2001, the two major arenas of world conflict were the Balkans and the Middle East. The United States has played a major diplomatic role in both regions. Looking back, how different would the results have been had the United States assumed a completely isolationist position? In the Balkans, an economically successful multinational state (Yugoslavia) broke down, essentially into its component parts. Over 10 years, most of the resulting states have engaged in a process of ethnification, experiencing fairly brutal violence, widespread human rights violations, and outright wars. Outside intervention—in which the United States figured most prominently—brought about a truce and ended the most egregious violence, but this intervention in no way reversed the ethnification, which is now consolidated and somewhat legitimated. Would these conflicts have ended differently without U.S. involvement? The violence might have continued longer, but the basic results would probably not have been too different. The picture is even grimmer in the Middle East, where, if anything, U.S. engagement has been deeper and its failures more spectacular. In the Balkans and the Middle East alike, the United States has failed to exert its hegemonic clout effectively, not for want of will or effort but for want of real power.

The Hawks Undone

Then came September 11—the shock and the reaction. Under fire from U.S. legislators, the Central Intelligence Agency (CIA) now claims it had warned the Bush administration of possible threats. But despite the CIA’s focus on al Qaeda and the agency’s intelligence expertise, it could not foresee (and therefore, prevent) the execution of the terrorist strikes. Or so would argue CIA Director George Tenet. This testimony can hardly comfort the U.S. government or the American people. Whatever else historians may decide, the attacks of September 11, 2001, posed a major challenge to U.S. power. The persons responsible did not represent a major military power. They were members of a nonstate force, with a high degree of determination, some money, a band of dedicated followers, and a strong base in one weak state. In short, militarily, they were nothing. Yet they succeeded in a bold attack on U.S. soil.

George W. Bush came to power very critical of the Clinton administration’s handling of world affairs. Bush and his advisors did not admit—but were undoubtedly aware—that Clinton’s path had been the path of every U.S. president since Gerald Ford, including that of Ronald Reagan and George H.W. Bush. It had even been the path of the current Bush administration before September 11. One only needs to look at how Bush handled the downing of the U.S. plane off China in April 2001 to see that prudence had been the name of the game.

Following the terrorist attacks, Bush changed course, declaring war on terrorism, assuring the American people that "the outcome is certain" and informing the world that "you are either with us or against us." Long frustrated by even the most conservative U.S. administrations, the hawks finally came to dominate American policy. Their position is clear: The United States wields overwhelming military power, and even though countless foreign leaders consider it unwise for Washington to flex its military muscles, these same leaders cannot and will not do anything if the United States simply imposes its will on the rest. The hawks believe the United States should act as an imperial power for two reasons: First, the United States can get away with it. And second, if Washington doesn’t exert its force, the United States will become increasingly marginalized.

Today, this hawkish position has three expressions: the military assault in Afghanistan, the de facto support for the Israeli attempt to liquidate the Palestinian Authority, and the invasion of Iraq, which is reportedly in the military preparation stage. Less than one year after the September 2001 terrorist attacks, it is perhaps too early to assess what such strategies will accomplish. Thus far, these schemes have led to the overthrow of the Taliban in Afghanistan (without the complete dismantling of al Qaeda or the capture of its top leadership); enormous destruction in Palestine (without rendering Palestinian leader Yasir Arafat "irrelevant," as Israeli Prime Minister Ariel Sharon said he is); and heavy opposition from U.S. allies in Europe and the Middle East to plans for an invasion of Iraq.

The hawks’ reading of recent events emphasizes that opposition to U.S. actions, while serious, has remained largely verbal. Neither Western Europe nor Russia nor China nor Saudi Arabia has seemed ready to break ties in serious ways with the United States. In other words, hawks believe, Washington has indeed gotten away with it. The hawks assume a similar outcome will occur when the U.S. military actually invades Iraq and after that, when the United States exercises its authority elsewhere in the world, be it in Iran, North Korea, Colombia, or perhaps Indonesia. Ironically, the hawk reading has largely become the reading of the international left, which has been screaming about U.S. policies—mainly because they fear that the chances of U.S. success are high.

But hawk interpretations are wrong and will only contribute to the United States’ decline, transforming a gradual descent into a much more rapid and turbulent fall. Specifically, hawk approaches will fail for military, economic, and ideological reasons.

Undoubtedly, the military remains the United States’ strongest card; in fact, it is the only card. Today, the United States wields the most formidable military apparatus in the world. And if claims of new, unmatched military technologies are to be believed, the U.S. military edge over the rest of the world is considerably greater today than it was just a decade ago. But does that mean, then, that the United States can invade Iraq, conquer it rapidly, and install a friendly and stable regime? Unlikely. Bear in mind that of the three serious wars the U.S. military has fought since 1945 (Korea, Vietnam, and the Gulf War), one ended in defeat and two in draws—not exactly a glorious record.

Saddam Hussein’s army is not that of the Taliban, and his internal military control is far more coherent. A U.S. invasion would necessarily involve a serious land force, one that would have to fight its way to Baghdad and would likely suffer significant casualties. Such a force would also need staging grounds, and Saudi Arabia has made clear that it will not serve in this capacity. Would Kuwait or Turkey help out? Perhaps, if Washington calls in all its chips. Meanwhile, Saddam can be expected to deploy all weapons at his disposal, and it is precisely the U.S. government that keeps fretting over how nasty those weapons might be. The United States may twist the arms of regimes in the region, but popular sentiment clearly views the whole affair as reflecting a deep anti-Arab bias in the United States. Can such a conflict be won? The British General Staff has apparently already informed Prime Minister Tony Blair that it does not believe so.

And there is always the matter of "second fronts." Following the Gulf War, U.S. armed forces sought to prepare for the possibility of two simultaneous regional wars. After a while, the Pentagon quietly abandoned the idea as impractical and costly. But who can be sure that no potential U.S. enemies would strike when the United States appears bogged down in Iraq?

Consider, too, the question of U.S. popular tolerance of nonvictories. Americans hover between a patriotic fervor that lends support to all wartime presidents and a deep isolationist urge. Since 1945, patriotism has hit a wall whenever the death toll has risen. Why should today’s reaction differ? And even if the hawks (who are almost all civilians) feel impervious to public opinion, U.S. Army generals, burnt by Vietnam, do not.

And what about the economic front? In the 1980s, countless American analysts became hysterical over the Japanese economic miracle. They calmed down in the 1990s, given Japan’s well-publicized financial difficulties. Yet after overstating how quickly Japan was moving forward, U.S. authorities now seem to be complacent, confident that Japan lags far behind. These days, Washington seems more inclined to lecture Japanese policymakers about what they are doing wrong.

Such triumphalism hardly appears warranted. Consider the following April 20, 2002, New York Times report: "A Japanese laboratory has built the world’s fastest computer, a machine so powerful that it matches the raw processing power of the 20 fastest American computers combined and far outstrips the previous leader, an I.B.M.-built machine. The achievement … is evidence that a technology race that most American engineers thought they were winning handily is far from over." The analysis goes on to note that there are "contrasting scientific and technological priorities" in the two countries. The Japanese machine is built to analyze climatic change, but U.S. machines are designed to simulate weapons. This contrast embodies the oldest story in the history of hegemonic powers. The dominant power concentrates (to its detriment) on the military; the candidate for successor concentrates on the economy. The latter has always paid off, handsomely. It did for the United States. Why should it not pay off for Japan as well, perhaps in alliance with China?

Finally, there is the ideological sphere. Right now, the U.S. economy seems relatively weak, even more so considering the exorbitant military expenses associated with hawk strategies. Moreover, Washington remains politically isolated; virtually no one (save Israel) thinks the hawk position makes sense or is worth encouraging. Other nations are afraid or unwilling to stand up to Washington directly, but even their foot-dragging is hurting the United States.

Yet the U.S. response amounts to little more than arrogant arm-twisting. Arrogance has its own negatives. Calling in chips means leaving fewer chips for next time, and surly acquiescence breeds increasing resentment. Over the last 200 years, the United States acquired a considerable amount of ideological credit. But these days, the United States is running through this credit even faster than it ran through its gold surplus in the 1960s.

The United States faces two possibilities during the next 10 years: It can follow the hawks’ path, with negative consequences for all but especially for itself. Or it can realize that the negatives are too great. Simon Tisdall of the Guardian recently argued that even disregarding international public opinion, "the U.S. is not able to fight a successful Iraqi war by itself without incurring immense damage, not least in terms of its economic interests and its energy supply. Mr. Bush is reduced to talking tough and looking ineffectual." And if the United States still invades Iraq and is then forced to withdraw, it will look even more ineffectual.

President Bush’s options appear extremely limited, and there is little doubt that the United States will continue to decline as a decisive force in world affairs over the next decade. The real question is not whether U.S. hegemony is waning but whether the United States can devise a way to descend gracefully, with minimum damage to the world, and to itself.

Immanuel Wallerstein is a senior research scholar at Yale University and author of, most recently, The End of the World As We Know It: Social Science for the Twenty-First Century (Minneapolis: University of Minnesota Press, 1999).

 

Voir enfin:

Is Barack Obama Secretly Swiss?

The administration’s pathetic, dithering response to the Arab uprisings has been both cynical and naive.

Christopher Hitchens

Slate

Feb. 25, 2011

However meanly and grudgingly, even the new Republican speaker has now conceded that the president is Hawaiian-born and some kind of Christian. So let’s hope that’s the end of all that. A more pressing question now obtrudes itself: Is Barack Obama secretly Swiss?

Let me explain what I mean. A Middle Eastern despot now knows for sure when his time in power is well and truly up. He knows it when his bankers in Zurich or Geneva cease accepting his transfers and responding to his confidential communications and instead begin the process of "freezing" his assets and disclosing their extent and their whereabouts to investigators in his long-exploited country. And, at precisely that moment, the U.S. government also announces that it no longer recognizes the said depositor as the duly constituted head of state. Occasionally, there is a little bit of "raggedness" in the coordination. CIA Director Leon Panetta testified to Congress that Hosni Mubarak would "step down" a day before he actually did so. But the whole charm of the CIA is that its intelligence-gathering is always a few beats off when compared with widespread general knowledge. Generally, though, the White House and the State Department have their timepieces and reactions set to Swiss coordinates.

This is not merely a matter of the synchronizing of announcements. The Obama administration also behaves as if the weight of the United States in world affairs is approximately the same as that of Switzerland. We await developments. We urge caution, even restraint. We hope for the formation of an international consensus. And, just as there is something despicable about the way in which Swiss bankers change horses, so there is something contemptible about the way in which Washington has been affecting—and perhaps helping to bring about—American impotence. Except that, whereas at least the Swiss have the excuse of cynicism, American policy manages to be both cynical and naive.

This has been especially evident in the case of Libya. For weeks, the administration dithered over Egypt and calibrated its actions to the lowest and slowest common denominators, on the grounds that it was difficult to deal with a rancid old friend and ally who had outlived his usefulness. But then it became the turn of Muammar Qaddafi—an all-round stinking nuisance and moreover a long-term enemy—and the dithering began all over again. Until Wednesday Feb. 23, when the president made a few anodyne remarks that condemned "violence" in general but failed to cite Qaddafi in particular—every important statesman and stateswoman in the world had been heard from, with the exception of Obama. And his silence was hardly worth breaking. Echoing Secretary of State Hillary Clinton, who had managed a few words of her own, he stressed only that the need was for a unanimous international opinion, as if in the absence of complete unity nothing could be done, or even attempted. This would hand an automatic veto to any of Qaddafi’s remaining allies. It also underscored the impression that the opinion of the United States was no more worth hearing than that of, say, Switzerland. Secretary Clinton was then dispatched to no other destination than Geneva, where she will meet with the U.N. Human Rights Council—an absurd body that is already hopelessly tainted with Qaddafi’s membership.

By the time of Obama’s empty speech, even the notoriously lenient Arab League had suspended Libya’s participation, and several of Qaddafi’s senior diplomatic envoys had bravely defected. One of them, based in New York, had warned of the use of warplanes against civilians and called for a "no-fly zone." Others have pointed out the planes that are bringing fresh mercenaries to Qaddafi’s side. In the Mediterranean, the United States maintains its Sixth Fleet, which could ground Qaddafi’s air force without breaking a sweat. But wait! We have not yet heard from the Swiss admiralty, without whose input it would surely be imprudent to proceed.

Evidently a little sensitive to the related charges of being a) taken yet again completely by surprise, b) apparently without a policy of its own, and c) morally neuter, the Obama administration contrived to come up with an argument that maximized every form of feebleness. Were we to have taken a more robust or discernible position, it was argued, our diplomatic staff in Libya might have been endangered. In other words, we decided to behave as if they were already hostages! The governments of much less powerful nations, many with large expatriate populations as well as embassies in Libya, had already condemned Qaddafi’s criminal behavior, and the European Union had considered sanctions, but the United States (which didn’t even charter a boat for the removal of staff until Tuesday) felt obliged to act as if it were the colonel’s unwilling prisoner. I can’t immediately think of any precedent for this pathetic "doctrine," but I can easily see what a useful precedent it sets for any future rogue regime attempting to buy time. Leave us alone—don’t even raise your voice against us—or we cannot guarantee the security of your embassy. (It wouldn’t be too soon, even now, for the NATO alliance to make it plain to Qaddafi that if he even tried such a thing, he would lose his throne, and his ramshackle armed forces, and perhaps his worthless life, all in the course of one afternoon.)

Unless the administration seriously envisages a future that includes the continued private ownership of Libya and its people by Qaddafi and his terrible offspring, it’s a sheer matter of prudence and realpolitik, to say nothing of principle, to adopt a policy that makes the opposite assumption. Libya is—in point of population and geography—mainly a coastline. The United States, with or without allies, has unchallengeable power in the air and on the adjacent waters. It can produce great air lifts and sea lifts of humanitarian and medical aid, which will soon be needed anyway along the Egyptian and Tunisian borders, and which would purchase undreamed-of goodwill. It has the chance to make up for its pointless, discredited tardiness with respect to events in Cairo and Tunis. It also has a president who has shown at least the capacity to deliver great speeches on grand themes. Instead, and in the crucial and formative days in which revolutions are decided, we have had to endure the futile squawkings of a cuckoo clock.

Christopher Hitchens is a columnist for Vanity Fair and the Roger S. Mertz media fellow at the Hoover Institution.  


Diplomatie: La faute à George Bush qui a donné une mauvaise réputation à la démocratie (When all else fails, blame Bush)

6 mai, 2009
Vedrine's dream of a postAmerican worldLa France n’est pas onusienne, elle est antiaméricaine! Jean-François Revel
L’objectif prioritaire de la diplomatie française est le containment inconditionnel des Etats-Unis. Françoise Thom
Bien entendu nous n’allons rien faire. Claude Cheysson (lendemain du coup de force du général Jaruzelski, décembre 1981)
La situation est tragique mais les forces en présence au Moyen-Orient font qu’au long terme, Israël, comme autrefois les Royaumes francs, finira par disparaître. Cette région a toujours rejeté les corps étrangers. Dominique Galouzeau de Villepin (automne 2001)
On ne peut plus continuer le prosélytisme occidental comme si rien ne s’était passé. (…) un jour on se dira peut-être que les droits-de-l’hommistes n’auront pas eu plus d’influence sur la Chine que les missionnaires catholiques. Hubert Védrine (janvier 2009)

Dans notre série "on ne peut rien faire réjouissons-en nous" et "dans le doute, mettez-ça sur le dos de Bush" …

Au lendemain d’une mémorable conférence du Machin sur le racisme présidée par la Libye, Cuba et l’Iran où l’Occident a été gentiment "prié de se désoccidentaliser"

Comme d’un Forum de Doha sur la démocratie où l’ex-squatter tyrannophile de l’Elysée a porté aux nues la démocratie locale …

Et alors que (voir notre précédent billet) pendant que l’Iran se rapproche du seuil nucléaire (tout en rappelant – on est rassurés – que la charia l’interdit), l’Etat-major américain lui-même s’inquiète d’une éventuelle main basse des talibans sur la bombe pakistanaise …

Retour sur un petit joyau de realpolitikerie d’un des fleurons, avec Cheysson et Villepin, de notre Quai d’Orsay

Qui avait donné au monde, du temps où il conseillait Mitterrand, le succès que l’on sait du soutien jusqu’au bout des génocidaires rwandais

Notre célébrissime dénonciateur de "l’hyperpuissance" et champion de la "multipolarité" dont Sarkozy a si fâcheusement privé la France et le monde pour un vulgaire (ex)droit de l’hommiste …

Notre Hubert Védrine national qui, lors du lancement de la version anglaise de son dernier livre à Wahington en janvier dernier, n’en pouvait plus de voir avec le départ du père fouettard universel Bush et l’arrivée à la Maison Blanche du munichois Obama, sa prophétie enfin réalisée du "retour de l’Histoire".

A savoir l’avènement d’un monde enfin débarrassé du "monopole occidental sur l’Histoire" et surtout de l’insupportable arrogance américaine (un monde enfin "multipolaire", c’est-à-dire bientôt "post-américain") avec son incroyable prétention à imposer au reste du monde une liberté et des valeurs occidentales dont il n’a évidemment que faire …

Hubert Védrine et l’Amérique de Barack Obama
Corine Lesnes
Le Monde
15.01.09

La démocratisation est-elle « un objectif légitime » des politiques occidentales ? Cela fait onze ans que Madeleine Albright et Hubert Védrine débattent de la question. L’ex-secrétaire d’Etat américaine entend encore la voix de son homologue français, interrompant le ronron des conférences téléphoniques sur le Kosovo. « Paris demande la parole ! » Aujourd’hui, les points de vue se sont rapprochés. « Madeleine » est moins flamboyante. La faute à George Bush, dit-elle, qui a donné « une mauvaise réputation à la démocratie ». Hubert Védrine, lui, craint une coalition du monde multipolaire contre « nous, les Occidentaux », mais il voit les Etats-Unis en posture favorable pour continuer à dominer, ce dont il ne semble pas se formaliser.

Invité à Washington par la Brookings Institution et l’ambassade de France à l’occasion de la parution en anglais de son livre Continuer l’Histoire (Fayard, 2007) – sous un titre très « Star Wars » : History Strikes Back (« L’Histoire contre-attaque ») -, M. Védrine a discuté avec son ancienne homologue et livré ses réflexions sur l’état du monde à quelques jours de l’investiture, le 20 janvier, de Barack Obama. M. Védrine continue à se méfier des idéalistes. Plus que les « vieilles idées des Lumières », il pense que c’est peut-être la défense de l’environnement qui deviendra la valeur universelle de demain. Pour lui, les Occidentaux ont péché par arrogance depuis la chute de l’URSS : « On se prenait pour les maîtres du monde sur l’Olympe. On décidait de qui on sanctionne, qui on bombarde… »

Aujourd’hui, pour l’ancien ministre des affaires étrangères de Jacques Chirac et de Lionel Jospin, de 1997 à 2002, les maîtres « ne contrôlent plus vraiment le système ». Il suffit de voir « l’absence impressionnante de résultats » de la diplomatie occidentale : « On n’a même pas réussi à convaincre les Birmans » de laisser entrer l’aide humanitaire. Pour Hubert Védrine, les Occidentaux tâtonnent, s’emmêlent dans leurs priorités. « On fait pression sur un pays dont on va avoir besoin la semaine suivante pour faire pression sur un autre », souligne-t-il.

Hubert Védrine plaide pour un retour au réalisme : « On ne peut plus continuer le prosélytisme occidental comme si rien ne s’était passé. » Pour lui, le monde n’est pas encore « post-américain », selon l’expression de l’éditorialiste Fareed Zakaria, mais le « monopole occidental sur l’Histoire » est fini. Pour l’ancien ministre, « un jour on se dira peut-être que les droits-de-l’hommistes n’auront pas eu plus d’influence sur la Chine que les missionnaires catholiques ».

Le bilan « désastreux » de la politique de George Bush donne, selon Hubert Védrine, à Barack Obama une réelle marge de manoeuvre. « Tout le monde a confiance en lui, alors que personne ne sait ce qu’il pense ou ce qu’il va faire », a-t-il constaté.

Du simple fait d’avoir décrété qu’il dialoguerait avec les dictateurs, il incarne la rupture avec le dogmatisme précédent. Déjà, par le seul fait de cette proposition, Barack Obama a entraîné une discussion au sein du pouvoir iranien.

Sur le dossier israélo-palestinien, M. Védrine pense aussi que les Etats-Unis ont les moyens de « retourner la situation ». L’ancien ministre des affaires étrangères l’a dit à ses interlocuteurs : « Imaginez le rayonnement qu’aurait un président américain qui réglerait le problème palestinien. L’Amérique a cette carte. Comment peut-elle s’en priver ? » Reste la question de fond : « Devons-nous traiter avec le reste du monde ou devons-nous le changer ? » Barack Obama n’a pas encore livré le fond de sa pensée. Pour l’instant, sa priorité est de réparer.


Gaza: Qui veut mourir en martyr avec moi? (It’s OUR welfare state, stupid!)

8 janvier, 2009
Hezbollah dead baby tactics
Les Israéliens ne savent pas que le peuple palestinien a progressé dans ses recherches sur la mort. Il a développé une industrie de la mort qu’affectionnent toutes nos femmes, tous nos enfants, tous nos vieillards et tous nos combattants. Ainsi, nous avons formé un bouclier humain grâce aux femmes et aux enfants pour dire à l’ennemi sioniste que nous tenons à la mort autant qu’il tient à la vie. Fathi Hammad (responsable du Hamas, février 2008)
Maintenant, on a un Mohammed Al-Dura chaque heure. Médecin palestinien (non-islamiste)
C’est les bébés qui gagnent les guerres. Gunnar Heinsohn
Ils croient qu’ils sont opprimés en raison de leur foi islamique, mais en réalité c’est l’État-providence lui-même qui a créé cette classe de perdants. Gunnar Heinsohn
Les membres de la famille qui ont échappé à l’opération et au projet de leur “généreux” père ont confié aux médias arabes que quelques jours avant sa mort, Rayyan avait demandé plusieurs fois à ses enfants : “Qui veut mourir en martyr avec moi ?” Et les enfants auraient répondu : “Oui, papa, nous voulons tous être avec toi morts ou vifs.”
Utérus : arme secrète des « Palestiniens » – voir le slogan « Avec nos utérus, nous libérerons la Palestine » qui se réfère à l’ « arme démographique ». Lieu saint du féminisme arabo-musulman. Curieusement ignoré par les féministes occidentales, qui ne veulent la contraception que pour elles-mêmes, et, à la rigueur, le tiers-monde qui n’a pas pour devoir l’extermination d’Israël.
Camp (palestinien) : Partout ailleurs, un « camp de réfugiés » est une ville de toile faite de tentes et plantée sur la boue ou la poussière. Un « camp » de « réfugiés » palestiniens n’est pas un camp, n’a pas de tentes et n’abrite pas de réfugiés : c’est une ville en dur, avec des rues, des immeubles élevés, etc. Il abrite des Palestiniens parqués de force par leurs « frères arabes » et arnaqués par les « leaders » palestiniens. N’invoquer que le misérabilisme victimaire. Cameraman, SVP, pas trop de plans sur ces immeubles – il faut faire dans le style bidonville.
Réfugié: s’il est palestinien, caste héréditaire : on est réfugié de père en fils et de mère en fille, comme certains sont cordonniers ou serfs. Exception géopolitique unique : nul ne parle de « réfugiés » allemands (12 millions d’expulsés en 1945) ni de leurs enfants, petits-enfants et arrières petits enfants. Entretenu depuis 1948 par le contribuable occidental (UNWRA), ce qui permet de maudire ce dernier du matin au soir.
Enfants : futurs suicidés s’ils sont « palestiniens ».
Ambulance : camionnette revêtue des insignes du Croissant rouge. Elle a pour fonctions principales : (1) le transport de terroristes vers les lieux d’un attentat, (2) le transport d’armes, (3) l’exhibition télévisée (voir : CNN, BBC, France 2, etc.) au cas où elle a été atteinte par un projectile, et (4), le cas échéant, le transport des blessés (s’en procurer de faux si on n’en a pas de vrais sous la main et arriver à l’hôpital dans un vrai show son et lumière, après avoir prévenu les media susnommées). A ne jamais oublier, plus généralement, dans les mises en scène de douleur palestinienne.
Aide (arabe) : en additionnant les annonces officielles arabes annoncées à l’occasion des sommets arabes et islamiques, l’aide versée aux Palestiniens depuis 1948 se monte à 794 milliards de dollars.
Aide internationale : voir dans la Bible la manne envoyée du Ciel. Ici, le Ciel est remplacé par les ONG et organisations internationales, et permet de ne jamais se soucier des contraintes imposées par la réalité (budgets, déficits, etc.). Petit dictionnaire moyen-oriental des idées reçues (Laurent Murawiec)
 

Et si les vrais auteurs du “carnage” de Gaza,… c’était nos subventions?

Au lendemain d’un énième "carnage" dans un dépot d’armes et de munitions (pardon: une école de l’ONU à Gaza) qui apparait de plus de plus comme une opération montée de toutes pièces par les stratèges des boucliers humains du Hamas …

Retour, alors que notre caste politico-médiatique a naturellement repris ses imprécations habituelles contre Israël, sur l’un des véritables théoriciens justement de cette stratégie.

A savoir, Nizar Rayyan, le chef religieux de la branche armée du Hamas (les brigades Ezzedine al-Qassam) et l’un de leurs commandants militaires qui enseignait aussi à l’Université islamique de Gaza et avait conçu nombre d’opérations suicide dont certaines avec ses propres fils.

Et qui avait d’ailleurs prêché par l’exemple avec non seulement ses quatre femmes et ses douze enfants mais en appliquant à la lettre la stratégie des "boucliers humains" pour protéger les immeubles des raids aériens de l’armée israélienne qui consiste, après avoir été informé de l’imminence d’une frappe, à monter sur les toits avec toute sa famille!

Mais retour aussi sur ce que dénonce le démographe allemand et spécialiste du "bulge" ("excédent de jeunes mâles") Gunnar Heisohn.

A savoir le subventionnement, par l’Occident et notamment l’Europe, de cette véritable usine à chair à canon manipulée par une mafia politico-religieuse qu’est devenue Gaza (moyenne d’âge: 17 ans!).

Et qui risque d’empêcher tout règlement du conflit israélo-palestinien tant que l’on continuera à payer une population entière à surproduire des enfants et notamment des jeunes garçons qui se tournent alors vers la délinquance et le terrorisme à justification religieuse …

Nizar Rayan: stratège des "boucliers humains" du Hamas victime de sa propre stratégie
Ely Karmon
Philosémitisme
7 janvier 2009

"Le Jerusalem Post rapportait le 1er janvier qu’un des principaux responsables politiques du Hamas et chef religieux, Cheikh Nizar Rayan (photo), 52 ans, avait été tué ainsi que plusieurs autres personnes le jeudi précédent, lorsqu’un avion des forces armées avait largué une bombe sur l’immeuble de huit étages où il résidait à Jabalya. Nizar Rayan était le chef religieux de la branche armée du Hamas, les brigades Ezzedine al-Qassam, et un de leurs commandants militaires. Il enseignait à l’Université islamique de Gaza, avait été le mentor de plusieurs auteurs d’attentats suicides, accompagnait les patrouilles de combattants du Hamas et préconisait avec force la reprise des attentats-suicide en Israël.

Un communiqué publié par le bureau de presse du gouvernement israélien indique que l’immeuble où vivait Nizar Rayan servait d’entrepôt d’armes et de munitions et abritait un centre de communications du Hamas. En outre, un tunnel avait été creusé en dessous de l’immeuble et servait à l’exfiltration de militants terroristes.

Nizar Rayan avait dirigé et financé l’attentat très sophistiqué perpétré le 14 mars 2004 par deux terroristes contre le port stratégique d’Ashdod. Les deux hommes s’étaient cachés à l’intérieur d’un container à double paroi conçu spécialement pour l’opération. La police israélienne avait estimé que la véritable cible de cet attentat suicide exécuté au moyen d’un explosif très complexé à base de plastique était des réservoirs de produits chimiques dangereux, y compris le brome. En cas de réussite, l’attentat aurait provoqué beaucoup plus de victimes. Dix Israéliens périrent dans cet attentat.

C’est suite à cette attaque contre une cible stratégique que Cheikh Ahmed Yassine, chef du Hamas et responsable de douzaines d’attentats suicides à l’intérieur d’Israël, fut tué par un missile tiré par un hélicoptère de combat le 22 mars 2004.

Dans la frappe aérienne qui coûta la vie à Nizar Rayan, neuf autres personnes trouvèrent la mort, dont ses quatre femmes et quatre de ses 12 enfants. Il y eut environ 30 blessés. Selon des sources palestiniennes, sa famille avait été avertie de l’attaque, mais n’avait pas quitté les lieux.

Le site du Hamas en langue anglaise indique que c’est Nizar Rayan, qui avait, il y a deux ans, conçu la stratégie des "boucliers humains" pour protéger les immeubles des raids aériens de l’armée israélienne.

Le journal israélien Haaretz (2 janvier 2009) indique que certains immeubles visés furent épargnés car, après avoir été informés de l’imminence d’une frappe, les habitants montaient sur les toits, incitant ainsi les commandants des forces de défense israéliennes à renoncer à l’opération. Le nom de code donné par l’armée israélienne à ce type d’opération était "frapper le toit". Les résidents étaient prévenus et avaient dix minutes pour évacuer l’immeuble. Parfois l’armée procédait au lancement d’un missile relativement inoffensif sur l’angle de la toiture, sans faire de victimes mais qui permettait de disperser la foule.

Or il semble que cette fois-ci, la stratégie délibérée d’utiliser des boucliers humains n’a pas marché car Tsahal a décidé de passer outre et de bombarder l’immeuble. Le fait que sa famille ait été avertie avant l’attaque, mais ne soit pas partie, démontre le peu de considération que Rayan avait pour les victimes civiles, même lorsque celles-ci appartenaient à sa propre famille. Mais ce n’est pas la première fois qu’il sacrifiait un membre de sa famille. En octobre 2001, il avait envoyé son fils perpétrer un attentat suicide à Elei Sinaï, dans le dans Gush Katif, qui provoqua la mort de deux jeunes Israéliens.

Commentant l’attaque, le porte-parole du Hamas, Mushir al-Masri, déclara: "C’est une nouvelle escalade dans la violence. Nous prendrons toutes les précautions pour protéger les dirigeants du Hamas et empêcher d’autres victoires de l’ennemi". Dans un communiqué, le Hamas a menacé de se venger sur les soldats de Tsahal."

Article par le Dr. Ely Karmon, Senior Research Scholar à l’Institute for Counter-Terrorism au Interdisciplinary Center (IDC) à Herzliya et Senior Research Fellow à l’Institute for Policy and Strategy à l’IDC.

Voir aussi:

Les enfants comme chair à canon : l’exemple de Rayyan
Yael Ancri
Arouts 7
07/01/2009

Lorsque le chef terroriste du Hamas Nizar Rayyan a été éliminé dans une attaque de l’armée de l’Air, ses quatre femmes et onze de ses enfants sont morts avec lui. D’après ses autres enfants qui ont survécu à l’opération, la mort des petits Rayyan n’était nullement accidentelle : Rayyan père les avait entraînés à mourir avec lui en “martyrs”.

Les membres de la famille qui ont échappé à l’opération et au projet de leur “généreux” père ont confié aux médias arabes que quelques jours avant sa mort, Rayyan avait demandé plusieurs fois à ses enfants : “Qui veut mourir en martyr avec moi ?” Et les enfants auraient répondu : “Oui, papa, nous voulons tous être avec toi morts ou vifs.”

Une fille du terroriste palestinien, Wala, a affirmé que même les plus petits voulaient mourir avec leur père. “Si vous aviez demandé à ma petite sœur de quatre ans, Aisha, qui est morte dans l’attaque, elle vous aurait dit qu’elle préférait mourir en martyr”, a prétendu Wala dans une interview accordée à l’agence de presse Ma’an.

L’une des brus de Rayyan a affirmé que ce dernier lui avait également offert une chance de mourir avec la famille. Alors qu’elle était en visite dans la grande maison familiale, son beau-père lui a demandé si elle voulait mourir avec lui, ses femmes et ses enfants. Elle a accepté, mais peu après elle a quitté les lieux, juste avant le raid de Tsahal, ratant de peu son billet pour le “paradis des martyrs palestiniens”.

Il s’avère que lorsque Rayyan a offert à sa bru “l’opportunité” de mourir avec lui, il avait déjà reçu un coup de fil de Tsahal l’avertissant qu’il devait évacuer sa maison qui allait être bombardée incessamment.

Les onze enfants qui sont morts “de leur propre volonté” avec leur père étaient âgés d’un à seize ans. Un autre fils est mort plusieurs années auparavant, envoyé par son père perpétrer un attentat suicide dans la bande de Gaza. Deux Israéliens ont été tués dans l’attaque.

Rayyan était l’un des prédicateurs du Hamas et il croyait que ceux qui meurent en combattant Israël meurent en “martyrs” et vont directement au paradis. Il encourageait ses ouailles à avoir plusieurs femmes et le plus d’enfants possible pour fournir les futurs soldats de la lutte contre Israël ! Il encourageait également le Hamas à prendre le contrôle de la Judée Samarie et à perpétrer des attentats suicide à l’intérieur de la ligne verte. Toute une tradition de haine…

Voir enfin:

Maintenant, ils boivent le sang de leurs enfants
Jean Tsadik
Metula News Agency
Mercredi 07 janvier

Le renseignement israélien est formel : les dirigeants du Hamas se terrent dans un bunker situé sous l’Hôpital Shifa à Gaza city. Plus précisément encore, sous le département de médecine pour enfants.

Ismaël Hanya, le chef de la branche politique, Ahmed Jabaari, la brute béotienne, chef des brigades Ezzedine al-Qassam, et Mahmoud al-Zahar (chirurgien !), le no.2 de l’organisation islamiste à Gaza, jugent probablement que l’aile des enfants de l’hôpital est la plus sûre protection pour leurs misérables existences.

Paradoxalement, ces adeptes du terrorisme à outrance font confiance en l’humanité de l’armée israélienne, sachant pertinemment que les Hébreux ne bombarderont jamais un hôpital.

Second calcul, intégré désormais totalement dans la doctrine de combat des fondamentalistes à Gaza : si les Israéliens, malgré tout, frappent Shifa, les images des corps d’enfants palestiniens disloqués, qui s’étaleraient sur toutes les TV de la planète, constitueraient la meilleure propagande pour les Hamas.

Car ces images sont devenues, particulièrement depuis l’enclenchement de l’offensive terrestre, l’arme de prédilection du califat islamique des Frères Musulmans à Gaza. Le Califat de Gaza étant le seul territoire géré par la puissante confrérie sunnite, ayant son centre spirituel et tactique à l’Université Al-Azhar au Caire.

L’"arme humanitaire" s’appuie sur une cohorte de proto-journalistes à Gaza, tous sympathisants du mouvement intégriste, tous musulmans, qu’ils collaborent à Al-Jazeera, à la BBC ou à FR24. Tout ce que ces "confrères", le plus souvent formés à l’Ecole Va-vite (à quelques notables exceptions près), rapportent, filment, montrent et commentent, ce sont les souffrances des civils blessés ou morts, du fait, exclusivement, de l’agression barbare des Israéliens.

Ils répondent ainsi à un ordre, une injonction, une directive. Par idéologie religieuse, nationaliste ou politique, parce que c’est auxiliairement le vœu de la chaîne qui les emploie, ou, plus bêtement encore, parce que cela ne la dérange pas, ils acceptent de dévoyer notre profession pour la transformer en arme de guerre.

Et toutes les images de souffrance sont bonnes pour émouvoir le chaland occidental et déplacer les croyants dans les rues. Même qu’il y a trois jours, un médecin palestinien, ami fidèle de la Ména, écœuré, nous a signalé que le petit garçon que les télévisions montraient en boucle, alors qu’il était transporté, dans les bras de son père, dans un lit ensanglanté de Shifa, souffrait d’un furoncle au cou, qui n’avait, évidemment, rien à voir avec le conflit.

Le médecin en question, l’un des seuls qui ne soit pas sympathisant islamique à n’avoir pas été licencié lors du coup d’Etat vert de juin 2007, a terminé sa conversation téléphonique avec Sami El Soudi par la phrase suivante : "Maintenant, on a un Mohammed Al-Dura chaque heure".

Ce qui ne signifie certainement pas qu’il n’y a pas de victimes collatérales durant ce conflit, ce n’est sûrement pas ce que nous entendons dire.

Ce sur quoi nous voulons éveiller le sens de l’observation de nos lecteurs, c’est qu’il n’y a assurément pas QUE des victimes civiles lors de la Guerre de Gaza. Partant de cette constatation simple, deux autres s’imposent inévitablement : il n’y a pas de journalistes dans la Bande, mais uniquement des auxiliaires de communication du Hamas ; cela n’empêche nullement les TV occidentales de diffuser leur message, sans avertissement, en le faisant passer pour de l’information.

Le sens de l’observation dont a fait preuve notre camarade Etienne Duranier dans son article Les media ont choisi leur camp, diffusé il y a trois jours, est édifiant. Il est parvenu à étonner tous les rédacteurs de l’agence : depuis le troisième jour de Plomb fondu, aucune image en provenance de Gaza n’a montré de milicien islamiste. Ni soigné dans un hôpital, ni blessé ou mort sur le pavé, ni en faction, en défense d’une position tactique.

Selon les chiffres très conservateurs proposés par l’armée israélienne, les soldats hébreux auraient neutralisé plus de 150 miliciens durant ces dernières 24 heures. En application d’une règle proportionnelle, habituellement pertinente dans des conflits de ce genre, on dénombre entre deux et trois blessés pour chaque mort. Où sont donc passés ces morts et ces blessés ? Pas sur les écrans des publics-cibles, cela est une certitude.

Le fait que les médecins de Gaza ne présentent ni ne discutent jamais les cas des miliciens qu’ils traitent constitue également la preuve établissant qu’autant qu’exercer la médecine, ils participent en plein à la guerre contre Israël.

Il n’y a qu’un seul succès qu’Hanya et Jabaari ont remporté lors de cette confrontation militaire. Il ne se situe pas sur le champ de bataille, où leurs hommes font plutôt mauvaise figure, mais au niveau de la transformation des media audiovisuels en armes de guerre. Avec, il faut le mettre en évidence, la collaboration avenante des diffuseurs d’images.

Ceux auxquels nous avons demandé, DVD en main, de nous montrer l’image d’un seul milicien dans le matériel qu’ils ont infligé aux téléspectateurs en Europe et en Amérique n’ont pas renié les faits. Ils se sont juste montrés aussi surpris que nous l’avions été de la découverte de Duranier.

Puis, se ressaisissant, ils nous ont tous fait remarquer que, parce qu’Israël interdisait l’accès de la Bande aux journalistes en poste chez lui, ils n’avaient que les images fournies par ceux de Gaza à présenter à leur public.

Nous, bien entendu, de poser la question : est-ce que l’impossibilité de filmer un conflit dans des conditions d’objectivité implique l’obligation de montrer des images non représentatives d’icelui, tout en sachant qu’elles participent de l’effort de guerre de l’un des belligérants ?

Cette conduite aboutissant à un postulat ridicule et inconcevable pour une chaîne de télévision occidentale : parler plusieurs heures par jour, en prime time, d’une guerre entre l’armée A et l’armée B, tandis que, pour les téléspectateurs, les combattants de B, vivants, morts ou blessés, n’existent pas visuellement.

On prend A et B, on retranche B, restent les images d’hommes en armes de A, pendant Noël et Nouvel An, sur fond d’images de souffrances civiles, et sur les commentaires qui ne parlent que de cela. Comment voulez-vous, dans ces conditions, que le monde audiovisualisé ne déteste pas A ?

Il y a, à nouveau, stigmatisation coordonnée et contraire à toute déontologie d’Israël dans les media occidentaux. Il faudra se pencher sérieusement sur ce problème lorsque les armes se seront tues.

Cette situation de l’image encouragera les membres du Conseil de Sécurité à accepter, durant la réunion de cet après-midi à Manhattan, une résolution contraignante, contraire aux intérêts d’Israël et du monde libre, qui, si l’allié américain ne met pas son veto, aura sauvé la peau et le régime d’Hanya, Jabaari et Al-Zahar.

Ce serait le premier conflit perdu sur le terrain et gagné, tout de même, uniquement grâce à l’arme de la télévision.

Evidemment, c’est gravissime. Mais ce n’est toutefois pas ce qu’il y a de plus grave. Voyant l’usage qu’ils pouvaient faire du sang de leur propre peuple, les dirigeants de l’Organisation de la Résistance Islamique ont franchi un pas de plus en direction de l’horreur absolue.

On avait vu le dictateur Saddam Hussein disposer des civils aux alentours de ses installations militaires afin de dissuader les Américains et leurs amis de les prendre pour cibles.

Hanya et Jabaari vont beaucoup plus loin dans l’usage cynique qu’ils font des civils : ayant constaté l’effet des images d’enfants et de femmes ensanglantées sur l’opinion publique, la rue arabe et les diplomates, ils n’utilisent plus les civils palestiniens – dont ils ont la charge de la sécurité en leur qualité de gouvernants de Gaza – afin de dissuader les Israéliens de frapper, mais, au contraire, afin d’attirer sur eux le feu de Tsahal.

Le cas s’est vérifié hier lors du drame de l’école de filles de Fakhura, gérée par l’UNRWA, dans le camp de réfugiés de Djabalya. Nous disposons des évidences indiscutables montrant que le Hamas avait placé deux miliciens lanceurs de mortiers, les frères Imad et Hassan Abou Askar (membres du clan Abou Askar, l’un des plus importants de Gaza ville), sur le toit de la salle où s’étaient réfugiées environ 400 personnes, qui ne se sentaient plus en sécurité chez elles.

De cette position, les Abou Askar canardèrent une position des forces israéliennes, l’obligeant à répliquer ou à perdre des soldats.

On peut, à propos de cette insupportable provocation, questionner également l’attitude des responsables de l’UNRWA à Gaza, son directeur John Ging et son porte-parole, traditionnellement fielleux à l’encontre d’Israël, autant que muet sur les tirs de roquettes contre le Néguev occidental, Christopher Gunness.

L’UNRWA, l’organisme onusien d’aide aux réfugiés palestiniens, a ouvert 23 de ses écoles à Gaza-city à l’hébergement d’environ 15 000 personnes, dont les habitats se situent en zones dangereuses.

Mais l’UNRWA dispose également de 9 000 employés dans la place, et la probabilité pour qu’ils ne se soient pas aperçus de l’activité des miliciens dans l’école de Fakhura n’est tout simplement pas crédible.

On connaissait la fonction humanitaire de l’UNRWA, mais on ignorait qu’elle avait pour vocation de servir de base d’attaques contre les forces israéliennes, participant ainsi à l’effort de guerre du Hamas.

Nous ne prétendons pas que Gunness et Ging avaient la possibilité d’obliger les miliciens armés d’aller mener leur guerre ailleurs ; ce que nous affirmons, en revanche, c’est qu’ils avaient l’obligation de prévenir Tsahal, avec laquelle ils sont en contact, de la situation. Non pour aider Tsahal, mais pour prévenir le décès inexcusable d’une trentaine de civils.

L’attitude de l’UNRWA est d’autant plus inacceptable que le gouvernement d’Israël était intervenu à plusieurs reprises, directement auprès du Secrétaire général Ban-Ki moon, afin de dénoncer ce genre de collusion. Les démarches israéliennes étaient demeurées sans réponses opérationnelles en provenance de Manhattan.

Le problème tient en ce que, devant l’avance terrestre israélienne, le périmètre à partir duquel les terroristes peuvent lancer des roquettes sur les agglomérations israéliennes s’est réduit telle une peau de chagrin.

Il ne leur reste plus que le centre de Gaza, où ils sont facilement repérables par les dizaines de drones et d’hélicoptères qui sillonnent l’éther sans discontinuer.

Or le Hamas, ainsi acculé, est entré dans une phase hystérique comprenant ces sacrifices humains ainsi que des attaques-suicide contre le contingent d’intervention israélien.

Hier, l’un de ces kamikazes, bardé d’une ceinture explosive, a tenté de se jeter sur des soldats israéliens. Stoppé net dans sa course, il est mort seul. Un autre, vêtu d’un uniforme de Tsahal, a fait irruption dans une position de l’armée : il a été abattu avant de pouvoir faire usage de sa Kalachnikov.

Il y a les miliciens lanceurs de mortiers, et les terroristes, lanceurs de Qassam et de Grad. Mais ils ne disposent plus d’accès aux vergers et aux terrains vagues pour exercer leur sale besogne, alors tous se collent littéralement à d’autres écoles, quand ils ne tirent pas à partir des étages occupés des HLM de Gaza, ou depuis leur toiture plate.

J’ai eu l’occasion, hier, de visionner les films tournés par les drones et lors des attaques par les hélicoptères. Ces images ne laissent aucune place au doute : la doctrine de combat des planqués sous l’hôpital Shifa consiste à sacrifier les lanceurs de projectiles et à attirer sur les civils dont ils s’entourent le feu des missiles de Tsahal.

Ne craignons pas de l’écrire, l’horreur de la fin de l’ère des Frères Musulmans à Gaza dépasse l’intelligible. Les dirigeants du Hamas, dans une dernière tentative pour sauver leur "empire" et surtout leur peau, sacrifient intentionnellement les femmes et les enfants de Gaza au dieu Pellicule. La camera d’Al-Jazeera située à l’entrée de l’hôpital Shifa est l’autel de ce culte insensé.

Pour interrompre ce banquet de Moloch, Israël va, très rapidement, avoir à choisir entre ces trois options : 1. Passer à la phase 3 de Plomb fondu, en envoyant, aujourd’hui ou demain les divisions de réservistes envahir Gaza. 2. Lancer une opération commando dans les sous-sols de l’Hôpital Shifa ou 3. Se retirer sans avoir terminé le travail, permettant aux monstres de renaître de leurs cendres, et confiant la solution diplomatique du conflit aux islamistes turcs d’Erdogan, aux passoires égyptiennes et aux Français, dont les soldats évitent déjà toute altercation avec les Hezbollanis, là, sous les fenêtres de la rédaction.

Or nous l’avons écrit bien avant que quiconque ne parle de l’objectif réel israélien de neutralisation du Hamas : si, au terme de ce conflit, il ne reste ne serait-ce qu’un pan de Hamas debout, il se vantera d’avoir contenu Tsahal, d’avoir ainsi vaincu Israël, et il aura parfaitement raison de le faire.

De là à voir tous ceux qui ont pris part aux manifestations pro islamistes troquer leurs calicots pour des Kalachnikov, il n’y a que quelques années. Quant à ceux qui brûlent des voitures dans Paris, dont les propriétaires ne sont probablement ni israéliens ni même juifs, cela prendra même moins longtemps.


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