Criminalité: Cachez cette religion que je ne saurai voir ! (Crime mystery of the century: Why don’t people turn to crime when times are tough ?)

11 décembre, 2013
http://mjcdn.motherjones.com/preset_51/381in_lead_a_630.jpghttp://prawfsblawg.blogs.com/.a/6a00d8341c6a7953ef0192ab9019c0970d-800wihttp://www.motherjones.com/files/blog_crime_baseline_lead_1.jpg
http://www.gasworks.org.uk/photos/large/471px-Hausbuch_Wolfegg_12r_Jupiter_LR.jpghttp://www.strangenotions.com/wp-content/uploads/Americas-Blessings.jpghttp://www.independent.org/images/books-hires/victory_of_reason_hirez.jpgNe croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison.  Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Quand les hommes se diront: Paix et sécurité! c’est alors que tout d’un coup fondra sur eux la perdition. Paul (lettre aux Thessaloniciens 5: 3)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ. Paul
Les mondes anciens étaient comparables entre eux, le nôtre est vraiment unique. Sa supériorité dans tous les domaines est tellement écrasante, tellement évidente que, paradoxalement, il est interdit d’en faire état. René Girard
On apprend aux enfants qu’on a cessé de chasser les sorcières parce que la science s’est imposée aux hommes. Alors que c’est le contraire: la science s’est imposée aux hommes parce que, pour des raisons morales, religieuses, on a cessé de chasser les sorcières. René Girard
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la «victime inconnue», comme on dirait aujourd’hui le «soldat inconnu». (….) le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. (…) il faut distinguer deux choses. Il y a d’abord le texte chrétien qui pénètre lentement dans la conscience des hommes. Et puis il y a la façon dont les hommes l’interprètent. De ce point de vue, il est évident que le Moyen Age n’interprétait pas le christianisme comme nous. Mais nous ne pouvons pas leur en faire le reproche. Pas plus que nous pouvons faire le reproche aux Polynésiens d’avoir été cannibales. Parce que cela fait partie d’un développement historique.(…)  Mais, s’il est très bien de compatir au sort des malheureux, il faut aussi reconnaître que nous vivons dans la meilleure société que le monde ait jamais connue. Nous connaissons une amélioration du social qui dure depuis le haut Moyen Age. Et notre souci des victimes, pris dans son ensemble comme réalité, n’a pas d’équivalent dans l’histoire des sociétés humaines. (…) On ne peut donc pas supprimer les possibilités positives de cet univers : nous sommes toujours plus libres, du bien et du mal. C’est ce qui fait que notre époque est loin d’être terne, ennuyeuse ou désenchantée. Elle est à mon avis extraordinairement mouvementée, tragique, émouvante et intéressante à vivre. C’est-à-dire toujours ouverte sur les extrêmes du bien et du mal. René Girard
Jusqu’à présent, les textes de l’Apocalypse faisaient rire. Tout l’effort de la pensée moderne a été de séparer le culturel du naturel. La science consiste à montrer que les phénomènes culturels ne sont pas naturels et qu’on se trompe forcément si on mélange les tremblements de terre et les rumeurs de guerre, comme le fait le texte de l’Apocalypse. Mais, tout à coup, la science prend conscience que les activités de l’homme sont en train de détruire la nature. C’est la science qui revient à l’Apocalypse. René Girard
La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
Religious Americans are more law abiding, have superior mental and physical health, are far more generous vis-à-vis charities, have much better family life, are more successful, and religious couples even have more satisfactory sex lives! The biggest by far has to do with the criminal justice system. If all Americans committed crimes at the same level as those who do not attend religious services, the costs of the criminal justice system would about double to, perhaps, $2 trillion annually. Rodney Stark
Les efforts des policiers dans les quartiers chauds de New York et de Los Angeles sont louables et ont contribué à améliorer la qualité de vie des résidants. Mais ces changements n’expliquent pas tout. Ceux qui y voient une réponse définitive font fausse route. Si la baisse s’expliquait par des changements dans le fonctionnement de la police dans les grandes villes, alors pourquoi observe-t-on une diminution du crime de façon uniforme, partout aux États-Unis? (…)  l’Occident au complet – et notamment le Canada – a connu une baisse du taux de criminalité au cours des 20 dernières années. L’internet, les cellulaires et les jeux vidéo ne peuvent expliquer la baisse, car les crimes ont commencé à chuter de façon uniforme dans les années 90, avant que ces inventions ne prennent leur envol. Et, pour la première fois depuis les années 70, le taux d’incarcération a commencé à baisser aux États-Unis, en 2007. Jumelé avec une hausse spectaculaire du chômage, cela aurait dû créer un mélange explosif. La réalité, c’est que nous n’avons pas de théorie qui puisse expliquer le phénomène. Pour l’instant, c’est un mystère. Frank E. Zimring (Berkeley)
If we eliminated every microgram of lead from the planet, we’d still have plenty of crime. So here’s a way to think about it. If you take a look at violent crime rates in America, you’d expect to see a sort of baseline level of crime. That level will depend on lots of things: poverty, drugs, guns, race, family structure, etc. But starting in the mid-60s, we saw an enormous rise in crime, well above any sensible sort of baseline. Then, in the 90s, we saw an equally enormous decline. (…) Most likely, the reason for this lies with all the usual suspects. But then … there’s the huge crime wave that lasted nearly 50 years from start to finish. That’s the part the lead hypothesis aims to explain. And the reason we need an explanation is simple: the usual suspects simply don’t seem to do a very good job of accounting for a gigantic, temporary rise and fall in violent crime rates. Within the criminology community, literally no one predicted the huge decline in crime that began in the early 90s. Their focus was on all the usual sociological causes, and they had no reason to think those were going to suddenly improve. And they were right. For the most part, they didn’t improve. It’s true that the crack epidemic of the 80s burned out, but no one really knows the underlying reason for that. Policing tactics changed in some places, but crime dropped everywhere, so that’s not a very compelling explanation either. Aside from that, poverty didn’t change much, and neither did race or guns or demographics or the number of broken familes or anything else. The truth is that there’s just not a good conventional explanation for both the huge rise and the huge fall in crime of the past half century. That’s one of the reasons the lead hypothesis deserves such serious consideration. Not only does it fit the data well and make sense based on what we know about the neurological effects of lead. It’s also just about the only good explanation we’ve got. Other factors are still important, and they probably explain rises and falls in the baseline rate of crime. But lead is the best explanation we have for the rest of it. Kevin Drum (Mother Jones)
The key factor is the demographic factor. Generally speaking, the people who go out and kill other people are males between the ages of 16 and 30. Samuel Huntington
Surprisingly, some sociologists think civilization is simply getting less violent and more civilized, Greenberg said. That theory was first proposed by German sociologist Norbert Elias in his book The Civilizing Process. Elias wrote that interpersonal violence had been in decline since the Middle Ages, a statement historians now accept. Elias said that for divine monarchs, like Louis XIV of France, their worth was more measured by their ability at witty badinage and manners than swordsmanship. This more civilized tendency spread to the European middle class and finally, in the nineteenth century, to the working classes. Joel N. Shurkin
At the deepest level, many of these shifts, taken together, suggest that crime in the United States is falling—even through the greatest economic downturn since the Great Depression—because of a big improvement in the culture. The cultural argument may strike some as vague, but writers have relied on it in the past to explain both the Great Depression’s fall in crime and the explosion of crime during the sixties. In the first period, on this view, people took self-control seriously; in the second, self-expression—at society’s cost—became more prevalent. It is a plausible case. Culture creates a problem for social scientists like me, however. We do not know how to study it in a way that produces hard numbers and testable theories. Culture is the realm of novelists and biographers, not of data-driven social scientists. But we can take some comfort, perhaps, in reflecting that identifying the likely causes of the crime decline is even more important than precisely measuring it. James Q. Wilson
Personal violent crime began declining in Western nations as early as the sixteenth century. While this research has emphasized violent crimes, similar processes may hold for crime more generally. Perhaps the rising crime rate from World War II through the early 1990s was simply a small spike that temporarily obscured a much longer downward trend. This long historical sweep may offer little solace to those confronted by crime today, but the encouraging long-term trend suggests explanations with deep roots. Eisner points to subtle shifts in parenting occurring over a long time span; Pinker suggests greater interdependence and broadened circles of people with whom we can empathize. Both draw on classic sociological work by Emile Durkheim and Norbert Elias, who attributed historical changes in crime and social disorder to changes in the relation between individuals and society. The centuries-long crime story is perhaps best explained by the gradual development of formal and informal social controls on our behavior. (…) U.S. homicide rates are more than double those of Canada, Japan, and much of Europe. Nevertheless, the U.S. crime picture has improved markedly, with significant across-the-board drops in violent and property offenses. Moreover, as Baumer points out, even behaviors like drinking, drug use, and risky sex are declining, especially among young people. We cannot explain such a sharp decline without reference to the social institutions, conditions, and practices shaping crime and its control. In particular, social scientists point to punishment, policing, opportunities, economics, demography, and history, though there is little consensus about the relative contribution of each. Further disentangling each factor’s unique contribution is a worthy endeavor, but it should not obscure a fundamental point: it is their entanglement in our social world that reduces crime.  (…) More than 90% of the “Part I” crimes reported to the police involve some kind of financial gain. The relationship between crime and the economy is more complicated than the simple idea that people “turn to crime” when times are tough, though. Contrary to popular expectations, for example, both victimizations and official crime showed especially steep declines from 2007 to 2009, when unemployment rates soared. Robbery, burglary, and household theft victimizations had been falling by a rate of about 4% per year from 1993-2006, but fell by an average of 6 to 7% per year during the Great Recession. This is not because crime is unrelated to economic conditions, but because crime is related to so many other things. For example, when people have less disposable income, they may spend more time in the relative safety of their home and less time in riskier places like bars. As noted above regarding opportunities, another reason crime rates are likely to drop when cash-strapped residents stay home at night in front of a television or computer screen is that their mere presence can help prevent burglary and theft. Chris Uggen and Suzy McElrath
[Dans] le cas de l’Estonie (…)  depuis 1995, les homicides ont chuté de 70 %, les vols de voitures de presque autant. Mais ce petit État postsoviétique n’est pas une exception. Dans les pays développés, la même tendance s’observe. Aux États-Unis, la chute a commencé en 1991 ; en Grande-Bretagne, autour de 1995. En France, la baisse date de 2001. Au Canada également ainsi que dans plusieurs pays d’Europe. (…) sur le cas américain, le plus impressionnant. La criminalité urbaine avait atteint des sommets au début des années 1990. Certains voyaient New York ou Los Angeles comme des jungles urbaines aux mains d’une faune de dealers, mafieux, proxénètes et squatters.
 Puis, contrairement aux prévisions, un véritable miracle s’est produit. La criminalité s’est mise à chuter à partir des années 1990. Globalement, elle a baissé d’un tiers dans les grandes villes, mais dans certains cas, elle a chuté de plus de 50 % ! À New York, le cas le plus spectaculaire, la criminalité a été divisée par quatre (- 78 %) entre le milieu des années 1990 et les années 2000. Sciences Humaines
Que vous soyez spécialiste de la question ou pas, vous avez sans doute déjà entendu cette théorie: quand les temps sont durs, la criminalité augmente. Pourtant, malgré une croissance économique stagnante et un chômage élevé, la criminalité a baissé dans la plupart des pays riches au cours de la dernière décennie. (…) Comment expliquer cette tendance générale qu’un rapide coup d’œil aux statistiques des Nations unies suffit à vérifier? Si la démographie est sans doute un facteur (la population vieillit, alors que ce sont les hommes de 16 ans à 24 ans qui commettent la plupart des crimes), The Economist souligne qu’elle ne peut pas expliquer à elle seule la baisse spectaculaire d’un certain type de criminalité dans des villes comme New York, Los Angeles ou Londres. D’autres hypothèses, comme l’augmentation du nombre de prisonniers, sont difficiles à prouver: si la population carcérale a doublé en Grande-Bretagne, en Australie et aux Etats-Unis, elle a diminué au Canada et aux Pays-Bas, pays qui ont aussi connu une baisse de la criminalité. (…) Le Guardian expliquait quand à lui en avril dernier que certains autres éléments concrets, comme de meilleurs antivols sur les voitures ou des portes et serrures plus résistantes rendaient les atteintes aux biens plus difficiles aujourd’hui. La technologie, qu’il s’agisse des tests d’ADN, de la localisation par téléphone portable ou des caméras de surveillance, a augmenté le risque de se faire prendre. Selon The Economist, l’explication la plus convaincante est plus simple encore. La police fait mieux son travail: "Une combinaison du fait que les policiers parlent aux habitants des quartiers où ils travaillent et du ciblage intensif des endroits mal famés a transformé la manière dont les rues sont protégées." Si le poids de chaque facteur reste impossible à déterminer, la majorité des experts semblent aujourd’hui s’accorder sur un point: l’augmentation de la criminalité qui a eu lieu un peu partout entre les années 1950 et les années 1980 ressemble de plus en plus à une anomalie de l’histoire. Slate

Attention: une explication peut en cacher une autre !

A l’heure où, avec la France d’une gauche qui s’était une spécialité de le critiquer et une Amérique émasculée par son Carter noir, l’Europe semble enfin se décider à reprendre en Afrique le rôle plus que nécessaire de gendarme du monde

Et où, profitant d’une grève de la police et à l’instar des nouveaux barbares du sud et de l’est qui déferlent sur nos côtes et nos villes, les pillards mettent l’Argentine en coupe réglée …

Pendant que pour défendre leurs damnés de la terre, nos belles âmes de la culture de l’excuse continuent inlassablement à nous seriner avec l’accroissement des inégalités et la violence et le racisme de la répression policière …

Et que pour expliquer l’incroyable baisse de la criminalité (vols de voitures, cambriolages et atteintes aux personnes: homicides, coups et blessures) que connaissent actuellement les Etats-Unis (divisée par deux en une seule génération !) et tout particulièrement leur première ville (de  2 245 homicides en 1990 à  414 l’an dernier et… zéro le 26 novembre 2012 !),  la bible de la bonne conscience de gauche Mother Jones nous ressort l’argument de la baisse du plomb dans l’essence et les peintures …

Comment, derrière l’ensemble des hypothèses qui, du vieillissement de la population à l’amélioration des mesures de protection (alarmes et surveillance, puces électroniques antivol) et de l’action policière (doublement du taux d’incarcération; meilleure utilisation des forces de police: quadrillages ciblés, concentration sur "points chauds", contrôles systématiques) ont toutes à peu près été examinées et ont probablement plus ou moins contribué au résultat général …

Ne pas se réjouir de voir nos sociologues s’intéresser enfin à un phénomène originellement mis à jour par le sociologue allemand Norbert Elias

A savoir le "processus de civilisation", c’est-à-dire une sorte de domestication des pulsions qui vit dans les sociétés occidentales et à partir du XVIe siècle, sur fond de la centralisation des sociétés avec l’institution d’un monopole étatique central de la violence, l’intériorisation par les individus de normes sociétales progressivement plus civilisées ?

Mais, devant l’indéniable origine occidentale d’un phénomène désormais en voie de mondialisation accélérée, comment non plus ne pas s’étonner de l’aveuglement continué des mêmes sociologues …

Face à  l’origine, comme le rappelle inlassablement notre René Girard national, tout aussi indéniablement judéo-chrétienne du phénomène ?

Mais ce non seulement, comme l’a bien montré le sociologue Rodney Stark, au niveau de la pacification de la société par les idées et les adeptes du judéo-christianisme …

Mais aussi, en même temps de par la libération/dislocation des anciens cadres sociétaux qu’il permet/provoque, au niveau même du déclenchement de la crise généralisée que connaissent actuellement nos sociétés occidentales et par contagion désormais la planète entière ?

D’où aussi, comme semblent l’oublier tant les apologistes du christianisme que nos pour le coup bien trop optimistes sociologues et en attestent les récents épisodes d’extrême brutalisation de deux guerres mondiales et plusieurs génocides comme les pages (plus besoin pour cela des textes apocalyptiques de nos bibles) de nos journaux quotidiennement …

Son hélas inévitable pendant, à savoir tant l’extrême fragilité de ladite pacification que la possibilité proprement apocalyptique de son issue finale …

Mystery Of New York’s Falling Crime Rate Remains Unsolved

Are we just becoming more civilized?

Joel N. Shurkin

Inside Science News Service

Feb 13 2013

(ISNS) — In the last 15 years, something dramatic has happened in New York City: the crime rate has dropped precipitously, making the city — where crime once was of epic proportions — the safest major city in America.

How that happened is a matter of considerable controversy, with popular theories ranging from fiercer policing, to abortion, lead paint, and computer-assisted crime prevention programs.

David Greenberg, a sociologist at New York University, believes none of the theories stand up on their own. It could be all or none of the above, he said.

It could also be that Western civilization is just becoming more civilized and less violent, and it is finally showing up in the statistics, even with recent mass shootings in the United States.

Crime rates have fallen in most of the Western world as well as most American cities, but what has happened in New York City, with a population of 8 million, is extraordinary. The rate of violent crime began to decrease in the 1980s, before jumping in the 1990s when crack cocaine made it to the streets in many cities. Then it sank and has continued to do so.

In 1990, there were 2,245 murders in the city. Last year the number was 414, the lowest since police began keeping reliable records.

In one remarkable day, Nov. 26, 2012, there was not a single murder, stabbing or shooting reported in the nation’s largest city, possibly the only time that happened since New York was a small Dutch colony.

"The analysis for homicide showed that rates dropped in every precinct although more in some than in others," Greenberg wrote in an article published in Justice Quarterly about the current trend. The same is true for other violent crimes, including robberies and assaults.

Greenberg said experts typically offer two common explanations. One is that in 1994 the New York Police Department installed CompStat, a computer program that tracks crime and allows police departments to manage personnel better. Another is the "broken windows" theory: police rigidly enforce misdemeanor crimes in an attempt to change the culture. Essentially, the police department believed that cracking down on offenses from prostitution to begging and excessive noise could help suppress felony crime. Either way, the NYPD takes credit.

For CompStat, the crime rate had already begun dropping when the software was installed. Greenberg also failed to find a causal relationship between an increase in misdemeanor charges and the overall crime rate.

Other theories also have been proposed. Steven Levitt and Steven Dubner, in the book "Freakonomics," proposed the increase in legal abortions was a factor. There were fewer young males, the demographic sector most responsible for crime. Malcolm Gladwell, in the book "The Tipping Point," said the increased police activity was just the last factor that ended an epidemic already ebbing. Both theories are highly controversial.

Another theory credits removal of lead from gasoline and paint. Lead causes brain damage and could account for some criminal activity so when lead was removed from gasoline and paint, fewer children were affected.

Greenberg said the evidence to support all those theories is weak.

So what is the answer?

Surprisingly, some sociologists think civilization is simply getting less violent and more civilized, Greenberg said.

That theory was first proposed by German sociologist Norbert Elias in his book The Civilizing Process. Elias wrote that interpersonal violence had been in decline since the Middle Ages, a statement historians now accept.

Elias said that for divine monarchs, like Louis XIV of France, their worth was more measured by their ability at witty badinage and manners than swordsmanship. This more civilized tendency spread to the European middle class and finally, in the nineteenth century, to the working classes.

The decrease also could be partly due to immigration to the city, an influx of people who may be particularly motivated to avoid legal trouble, especially if they are undocumented or because they are determined to make good lives for themselves, Greenberg said.

Then what caused the decline?

"I don’t know," Greenberg said.

Andrew Karmen, a sociologist at John Jay College of Criminal Justice in New York agreed.

"People and organizations claimed credit and think they know the reason for the crime drop, but the evidence is insufficient," Karmen said.

Crime also went down across America and in Europe where no one followed the NYPD tactics, said Karmen, who wrote a book on the subject, " New York Murder Mystery: The True Story Behind the Crime Crash of the 1990s."

Karmen agrees that the flow of immigration could be one reason, with the city’s population "refreshing" regularly. Another possibility, frequently ignored, is that New York is a college town. The City University of New York system alone enrolls 250,000 undergraduates and they are a substantial—and generally peaceful—portion of the young population.

Karmen said solving the mystery is important.

"If we don’t know why the crime rate went down, we won’t know what to do when it goes back up," Karmen said.

Joel Shurkin is a freelance writer based in Baltimore. He is the author of nine books on science and the history of science, and has taught science journalism at Stanford University, UC Santa Cruz and the University of Alaska Fairbanks.

Voir aussi:

Hard Times, Fewer Crimes

The economic downturn has not led to more crime—contrary to the experts’ predictions. So what explains the disconnect? Big changes in American culture, says James Q. Wilson.

James Q. Wilson

The Wall Street Journal

May 28, 2011

When the FBI announced last week that violent crime in the U.S. had reached a 40-year low in 2010, many criminologists were perplexed. It had been a dismal year economically, and the standard view in the field, echoed for decades by the media, is that unemployment and poverty are strongly linked to crime. The argument is straightforward: When less legal work is available, more illegal "work" takes place.

The economist Gary Becker of the University of Chicago, a Nobel laureate, gave the standard view its classic formulation in the 1960s. He argued that crime is a rational act, committed when the criminal’s "expected utility" exceeds that of using his time and other resources in pursuit of alternative activities, such as leisure or legitimate work. Observation may appear to bear this theory out. After all, neighborhoods with elevated crime rates tend to be those where poverty and unemployment are high as well.

But there have long been difficulties with the notion that unemployment causes crime. For one thing, the 1960s, a period of rising crime, had essentially the same unemployment rate as the late 1990s and early 2000s, a period when crime fell. And during the Great Depression, when unemployment hit 25%, the crime rate in many cities went down. Among the explanations offered for this puzzle is that unemployment and poverty were so common during the Great Depression that families became closer, devoted themselves to mutual support, and kept young people, who might be more inclined to criminal behavior, under constant adult supervision. These days, because many families are weaker and children are more independent, we would not see the same effect, so certain criminologists continue to suggest that a 1% increase in the unemployment rate should produce as much as a 2% increase in property-crime rates.

Yet when the recent recession struck, that didn’t happen. As the national unemployment rate doubled from around 5% to nearly 10%, the property-crime rate, far from spiking, fell significantly. For 2009, the Federal Bureau of Investigation reported an 8% drop in the nationwide robbery rate and a 17% reduction in the auto-theft rate from the previous year. Big-city reports show the same thing. Between 2008 and 2010, New York City experienced a 4% decline in the robbery rate and a 10% fall in the burglary rate. Boston, Chicago and Los Angeles witnessed similar declines.

Some scholars argue that the unemployment rate is too crude a measure of economic frustration to prove the connection between unemployment and crime, since it estimates only the percentage of the labor force that is looking for work and hasn’t found it. But other economic indicators tell much the same story. The labor-force participation rate lets us determine the percentage of the labor force that is neither working nor looking for work—individuals who are, in effect, detached from the labor force. These people should be especially vulnerable to criminal inclinations, if the bad-economy-leads-to-crime theory holds. In 2008, though, even as crime was falling, only about half of men aged 16 to 24 (who are disproportionately likely to commit crimes) were in the labor force, down from over two-thirds in 1988, and a comparable decline took place among African-American men (who are also disproportionately likely to commit crimes).

The University of Michigan’s Consumer Sentiment Index offers another way to assess the link between the economy and crime. This measure rests on thousands of interviews asking people how their financial situations have changed over the last year, how they think the economy will do during the next year, and about their plans for buying durable goods. The index measures the way people feel, rather than the objective conditions they face. It has proved to be a very good predictor of stock-market behavior and, for a while, of the crime rate, which tended to climb when people lost confidence. When the index collapsed in 2009 and 2010, the stock market predictably went down with it—but this time, the crime rate went down, too.

So we have little reason to ascribe the recent crime decline to jobs, the labor market or consumer sentiment. The question remains: Why is the crime rate falling?

One obvious answer is that many more people are in prison than in the past. Experts differ on the size of the effect, but I think that William Spelman and Steven Levitt have it about right in believing that greater incarceration can explain about one-quarter or more of the crime decline. Yes, many thoughtful observers think that we put too many offenders in prison for too long. For some criminals, such as low-level drug dealers and former inmates returned to prison for parole violations, that may be so. But it’s true nevertheless that when prisoners are kept off the street, they can attack only one another, not you or your family.

Imprisonment’s crime-reduction effect helps to explain why the burglary, car-theft and robbery rates are lower in the U.S. than in England. The difference results not from the willingness to send convicted offenders to prison, which is about the same in both countries, but in how long America keeps them behind bars. For the same offense, you will spend more time in prison here than in England. Still, prison can’t be the sole reason for the recent crime drop in this country: Canada has seen roughly the same decline in crime, but its imprisonment rate has been relatively flat for at least two decades.

Another possible reason for reduced crime is that potential victims may have become better at protecting themselves by equipping their homes with burglar alarms, putting extra locks on their cars and moving into safer buildings or even safer neighborhoods. We have only the faintest idea, however, about how common these trends are or what effects on crime they may have.

Policing has become more disciplined over the last two decades; these days, it tends to be driven by the desire to reduce crime, rather than simply to maximize arrests, and that shift has reduced crime rates. One of the most important innovations is what has been called hot-spot policing. The great majority of crimes tend to occur in the same places. Put active police resources in those areas instead of telling officers to drive around waiting for 911 calls, and you can bring down crime. The hot-spot idea helped to increase the effectiveness of the New York Police Department’s Compstat program, which uses computerized maps to pinpoint where crime is taking place and enables police chiefs to hold precinct captains responsible for targeting those areas.

Researchers continue to test and refine hot-spot policing. After analyzing data from over 7,000 police arrivals at various locations in Minneapolis, the criminologists Lawrence Sherman and David Weisburd showed that for every minute an officer spent at a spot, the length of time without a crime there after the officer departed went up—until the officer had been gone for more than 15 minutes. After that, the crime rate went up. The police can make the best use of their time by staying at a hot spot for a while, moving on, and returning after 15 minutes.

Some cities now use a computer-based system for mapping traffic accidents and crime rates. They have noticed that the two measures tend to coincide: Where there are more accidents, there is more crime. In Shawnee, Kan., the police spent a lot more time in the 4% of the city where one-third of the crime occurred: Burglaries fell there by 60% (even though in the city as a whole they fell by only 8%), and traffic accidents went down by 17%.

There may also be a medical reason for the decline in crime. For decades, doctors have known that children with lots of lead in their blood are much more likely to be aggressive, violent and delinquent. In 1974, the Environmental Protection Agency required oil companies to stop putting lead in gasoline. At the same time, lead in paint was banned for any new home (though old buildings still have lead paint, which children can absorb).

Tests have shown that the amount of lead in Americans’ blood fell by four-fifths between 1975 and 1991. A 2007 study by the economist Jessica Wolpaw Reyes contended that the reduction in gasoline lead produced more than half of the decline in violent crime during the 1990s in the U.S. and might bring about greater declines in the future. Another economist, Rick Nevin, has made the same argument for other nations.

Another shift that has probably helped to bring down crime is the decrease in heavy cocaine use in many states. Measuring cocaine use is no easy matter; one has to infer it from interviews or from hospital-admission rates. Between 1992 and 2009, the number of admissions for cocaine or crack use fell by nearly two-thirds. In 1999, 9.8% of 12th-grade students said that they had tried cocaine; by 2010, that figure had fallen to 5.5%.

What we really need to know, though, is not how many people tried coke but how many are heavy users. Casual users who regard coke as a party drug are probably less likely to commit serious crimes than heavy users who may resort to theft and violence to feed their craving. But a study by Jonathan Caulkins at Carnegie Mellon University found that the total demand for cocaine dropped between 1988 and 2010, with a sharp decline among both light and heavy users.

Blacks still constitute the core of America’s crime problem. But the African-American crime rate, too, has been falling, probably because of the same non-economic factors behind falling crime in general: imprisonment, policing, environmental changes and less cocaine abuse.

Knowing the exact crime rate of any ethnic or racial group isn’t easy, since most crimes don’t result in arrest or conviction, and those that do may be an unrepresentative fraction of all crimes. Nevertheless, we do know the racial characteristics of those who have been arrested for crimes, and they show that the number of blacks arrested has been falling. Barry Latzer of the John Jay College of Criminal Justice has demonstrated that between 1980 and 2005, arrests of blacks for homicide and other violent crimes fell by about half nationwide.

It’s also suggestive that in the five New York City precincts where the population is at least 80% black, the murder rate fell by 78% between 1990 and 2000. In the black neighborhoods of Chicago, burglary fell by 52%, robbery by 62%, and homicide by 33% between 1991 and 2003. A skeptic might retort that all these seeming gains were merely the result of police officers’ giving up and no longer recording crimes in black neighborhoods. But opinion surveys in Chicago show that, among blacks, fear of crime was cut in half during the same period.

One can cite further evidence of a turnaround in black crime. Researchers at the federal Office of Juvenile Justice and Delinquency Prevention found that in 1980, arrests of young blacks outnumbered arrests of whites more than six to one. By 2002, the gap had been closed to just under four to one.

Drug use among blacks has changed even more dramatically than it has among the population as a whole. As Mr. Latzer points out—and his argument is confirmed by a study by Bruce D. Johnson, Andrew Golub and Eloise Dunlap—among 13,000 people arrested in Manhattan between 1987 and 1997, a disproportionate number of whom were black, those born between 1948 and 1969 were heavily involved with crack cocaine, but those born after 1969 used very little crack and instead smoked marijuana.

The reason was simple: The younger African-Americans had known many people who used crack and other hard drugs and wound up in prisons, hospitals and morgues. The risks of using marijuana were far less serious. This shift in drug use, if the New York City experience is borne out in other locations, can help to explain the fall in black inner-city crime rates after the early 1990s.

John Donohue and Steven Levitt have advanced an additional explanation for the reduction in black crime: the legalization of abortion, which resulted in black children’s never being born into circumstances that would have made them likelier to become criminals. I have ignored that explanation because it remains a strongly contested finding, challenged by two economists at the Federal Reserve Bank of Boston and by various academics.

At the deepest level, many of these shifts, taken together, suggest that crime in the United States is falling—even through the greatest economic downturn since the Great Depression—because of a big improvement in the culture. The cultural argument may strike some as vague, but writers have relied on it in the past to explain both the Great Depression’s fall in crime and the explosion of crime during the sixties. In the first period, on this view, people took self-control seriously; in the second, self-expression—at society’s cost—became more prevalent. It is a plausible case.

Culture creates a problem for social scientists like me, however. We do not know how to study it in a way that produces hard numbers and testable theories. Culture is the realm of novelists and biographers, not of data-driven social scientists. But we can take some comfort, perhaps, in reflecting that identifying the likely causes of the crime decline is even more important than precisely measuring it.

—Mr. Wilson is a senior fellow at the Clough Center at Boston College and taught previously at Harvard, UCLA and Pepperdine. His many books include "The Moral Sense," "Bureaucracy," and "Thinking About Crime." This essay is adapted from the forthcoming issue of City Journal, published by the Manhattan Institute.

Voir également:

Six Social Sources of the U.S. Crime Drop

Chris Uggen and Suzy McElrath

The Society pages

Feb 4, 2013

Chris Uggen

Chris Uggen is a sociologist and criminologist at the University of Minnesota. He believes that good science can light the way to a more just and safer world. He is co-editor of The Society Pages.

Suzy

Suzy McElrath is in the sociology program at the University of Minnesota. She studies the sociology of law and criminology, with a focus on mass atrocity, transitional justice, collective memory, and gender violence.

Each year, when the federal government releases new crime statistics, reporters seek out crime experts to help interpret the numbers. But following three decades of climbing crime rates, the downward trend of the past two decades has left even the experts searching for answers. Crime dropped under Democrats like Bill Clinton and Barack Obama and when Republicans like George W. Bush were in charge. Crime dropped during times of peace and times of war, in the boom times of the late 1990s and in the Great Recession era from 2007 to 2009. In recent years, both criminologists and the public have been baffled by the improving crime situation—especially when many other social indicators looked so bleak.

But social scientists are starting to make sense of the big U.S. crime drop. At least among many of the “street” crimes reported by police and victims, today’s crime rate is roughly half what it was just two decades ago. This isn’t because people are twice as nice. Rather, the reasons behind the crime drop involve everything from an aging population to better policing to the rising ubiquity of cell phones. There’s no single “smoking gun” that can account for the drop: both formal social controls, such as police and prisons, and broader shifts in the population and economy play a part. That is, the main drivers are all social. Crime is less likely these days because of incremental changes in our social lives and interaction with others, including shifts in our institutions, technologies, and cultural practices. Before unpacking these social sources of the crime drop, we need to look a little more closely at its timing and variation across offenses, from auto theft to murder.

Dropping Like a Stone

It might not feel as though the United States is appreciably safer, but both violent and property crimes have dropped steadily and substantially for nearly twenty years. Whether looking to “official” crime (reported to the police) or victimization surveys, the story is the same—both violent and property crimes have dropped like a stone. While crime rose throughout much of the 1960s and ‘70s, most of today’s college freshmen have not experienced a significant rise in the crime rate over the course of their lives.

For all the talk about crime rates (technically, the number of offenses divided by the number of people or households in a given place and time to adjust for population changes), we only have good information about trends for a limited set of offenses—street crimes like murder, rape, robbery, aggravated assault, burglary, theft, auto theft, and arson. Criminologists generally look to two sources of data to measure these crimes, the “official statistics” reported to the police and compiled as “Part I” offenses in the FBI’s Uniform Crime Reports (UCR) and reports from crime victims in the large-scale annual National Crime Victimization Survey (NCVS). The official statistics are invaluable for understanding changes over time, because the reports have been consistently collected from almost every U.S. jurisdiction over several decades. The victimization data are also invaluable, because they help account for the “dark figure” of crime—offenses that go unreported to the police and are thus missing from the official statistics. Although both speak to the wellbeing of citizens and their sense of public safety, they do not necessarily show us the whole crime picture (they omit, for example, most white-collar crime and corporate malfeasance). Nevertheless, when victimization data tell the same story as police statistics, criminologists are generally confident that the trend is real rather than a “blip” or a mirage.

First, let’s look at the “Part I” crime rate according to the official FBI statistics. Property crimes like burglary and theft are much more common than violent crimes such as rape and robbery (as shown by the larger numbers on the left axis relative to the right axis). Both were clearly rising from the 1960s to about 1980. After some fluctuation in the 1970s and ‘80s, both rates of reported violence and property crime fell precipitously in 1991. Since then, official statistics show drops of about 49% and 43%, respectively. The sustained drop-off looks even more remarkable when compared to the earlier climb. Official 2011 statistics show offense rates on par with levels last seen in the 1960s for property crimes and in the early ‘70s for violent crime.

The federal government began taking victimization surveys from a nationally representative sample of households in the 1970s. The victimization picture is clouded by recall errors and other survey methodology challenges, but it’s less distorted by unreported crime than the official statistics. Because the survey was re-designed in 1992, we show only the trend in property and violent victimizations from 1993 onward.

Like the official statistics, the victimization data also show a broad-based and long-term crime decline, though there is some evidence of a slight uptick by 2011. There is a drop in violent victimizations through 2009 and a drop in property victimizations through 2010 (apart from a slight rise in 2006 that followed a change in survey methodology). Over this time, violent victimizations fell by 55% (from approximately 50 per 1,000 persons age 12 or older in 1993 to 23 per 1,000 in 2011). Property crimes fell by 57% (from 319 per 1,000 households in 1993 to 139 per 1,000 households in 2011). In both cases, the victim data suggest that the crime drop may be even larger than that suggested by the official statistics.

It isn’t just one type of crime that fell. All seven of the “Part I” offenses reported in the police statistics and the closest corresponding victimization offenses declined by at least 35% from 1993 to 2011. Although the specific offense categories are not directly comparable, similar types of crimes dropped in both the official statistics and the victimization data. For example, the steepest drops occurred for motor vehicle theft, which fell by 62% in official statistics and 74% in the victimization data. Taken together, this provides firm evidence that the crime drop is real, long-lasting, and broad in scope.

Six Social Sources

The big crime drop implies that either fewer people are participating in crime or that those who do participate are committing crime less frequently. But a society’s rate of crime is not a simple aggregation of the number of “crime-prone” individuals with particular psychological or biological characteristics. Under the right or, more precisely, the wrong social conditions, we are all prone to commit criminal acts. Communities therefore attempt to organize social life in ways that make crime less likely. While we often associate crime with institutions such as the police or courts, anything that alters patterns of human interaction can drive the crime rate up or down. This includes the technology in our cars, the places we go for entertainment, and the medical advances affecting reproduction and aging.

The idea that crime is social rather than individual is a prominent theme in much of the best new research. The crime drop partly reflects the work of institutions that are explicitly designed to increase social control, but it also reflects changes in other institutions designed to perform different societal functions.

Scholars have yet to neatly partition the unique contribution of the six social sources of the crime drop, but we can summarize current thinking about their likely impact.

Formal Social Control and Criminal Opportunities

Punishment

Punishment. No discussion of recent U.S. crime trends would be complete without considering our nation’s prison population, which increased from 241,000 in 1975 to 773,000 in 1990 to over 1.6 million in 2010. Because incarceration rose so rapidly, it is tempting to attribute the lion’s share of the crime drop to the incapacitating effects of prison. But if this were the case, as law professor Franklin Zimring points out, we should have seen an earlier crime drop (when incarceration first boomed in the 1970s). Instead, since crime is closely tied to the demography of the life course, new cohorts of potential offenders are always replacing those removed via incarceration. Moreover, many criminologists believe that prisons are actually criminogenic in the long-run, strengthening criminal ties and disrupting non-criminal opportunities when inmates are released.

In one of the most sophisticated studies of the effect of imprisonment on crime, sociologist Bruce Western estimates that roughly nine-tenths of the crime drop during the 1990s would have occurred without any changes in imprisonment. Economist Steven Levitt attributes up to one-third of the total decline to incarceration. Rising rates of imprisonment thus account for at least some of the crime drop in the 1990s and 2000s, with scholars attributing anywhere from 10 to 30% of the decline to America’s incarceration boom.

Policing

Policing. Both public and private policing strategies have changed considerably over the past several decades, as have the technologies available to law enforcement. Zimring and others conclude that “cops matter,” especially in explaining New York City’s crime decline. More specifically, criminologists David Weisburd and Cody Telep identify targeted policing of high-crime “hot spots,” gun crimes, and high-rate offenders, as well as proactive problem-oriented policing and the use of DNA evidence as police practices that reduce crime. In contrast, they find little evidence for the effectiveness of policing tactics like random preventive patrol, follow-up visits in domestic violence cases, and Drug Abuse Resistance Education (the DARE program).

While Levitt is skeptical about the role of new policing strategies, he attributes a portion of the 1990s crime drop to increases in the number of officers on the street. Because of the criminogenic effects of prison, scholars such as economist Steven Durlauf and criminologist Daniel Nagin propose shifting a greater share of criminal justice funding in policing. Effective law enforcement is part of the picture, says criminologist John MacDonald, but he also argues that public-private security partnerships such as targeted “business improvement districts” have helped to sustain the decline. The unique contribution of policing to the current crime drop is likely significant, but limited—accounting for perhaps 10 to 20% of the overall decline. Moreover, the effectiveness of the formal social controls provided by police depends, in large part, on support from informal social controls provided by families and communities.

Opportunities

Opportunities. Apart from changes in prisons and policing, the opportunities for crime have changed rapidly and dramatically since the 1990s. Technology isn’t an obvious social source of the crime drop, but people have been connecting in fundamentally different ways in the past two decades, altering the risks and rewards of criminal behavior. When it comes to “target hardening” (crime prevention through environmental design), simple changes can make an enormous difference. Recall that the biggest drop among all crime categories was in auto theft—in the United States and around the world, new technologies like car immobilizers, alarms, and central locking and tracking devices have effectively reduced this crime.

More generally, surveillance provides guardianship over ourselves and our property. It may even deter others from acting against us. With regard to a now-common technology, economists Jonathan Klick and Thomas Stratmann and criminologist John MacDonald point to the amazing proliferation of cell phones. They argue that cells increase surveillance and a would-be offender’s risk of apprehension, which affects the perceived costs of crime. Many potential victims now have easy access to a camera and are within a few finger-swipes of a call to 9-1-1. In a follow-up interview with the authors about his research, MacDonald said that the crime drop is “driven in part by target hardening, in part by consumer technological shifts, and in part by the movement of people’s nighttime activities back to the house.” In sum, where we spend our time and who is watching us likely plays a big role in the recent crime decline.

Of course, efforts to constrain criminal opportunities can also constrain non-criminal activities—and while most of us welcome the declining crime rates that accompany greater surveillance, we are far more ambivalent about being watched ourselves. As criminologist Eric Baumer explained to the authors, “not only are we spending more time off the streets and on a computer, but we are being watched or otherwise connected to some form of ‘social control’ pretty constantly when we are out and about.” It is difficult to quantify how myriad small changes in criminal opportunities affected the crime drop, but their combined contribution may be on a par with that of formal policing or prisons.

Social Trends and Institutional Change

Economics

Economics. More than 90% of the “Part I” crimes reported to the police involve some kind of financial gain. The relationship between crime and the economy is more complicated than the simple idea that people “turn to crime” when times are tough, though. Contrary to popular expectations, for example, both victimizations and official crime showed especially steep declines from 2007 to 2009, when unemployment rates soared. Robbery, burglary, and household theft victimizations had been falling by a rate of about 4% per year from 1993-2006, but fell by an average of 6 to 7% per year during the Great Recession.

This is not because crime is unrelated to economic conditions, but because crime is related to so many other things. For example, when people have less disposable income, they may spend more time in the relative safety of their home and less time in riskier places like bars. As noted above regarding opportunities, another reason crime rates are likely to drop when cash-strapped residents stay home at night in front of a television or computer screen is that their mere presence can help prevent burglary and theft.

Criminologists Richard Rosenfeld and Robert Fornango suggest that consumer confidence and the perception of economic hardship may account for as much as one-third of the recent reduction in robbery and property crime. Nevertheless, while economic recessions and consumer sentiment are likely to play some role, they cannot account for the long and steady declines shown in the charts above—boom or bust, crime rates have been dropping for twenty years. For this reason, most criminologists attribute only a small share of the crime drop to economic conditions.

Demography

Demography. Crime, it seems, is largely a young man’s game. For most offenses, crime and arrests peak in the late teen years and early twenties, declining quickly thereafter. During the 1960s and 1970s, the large number of teens and young adults in the Baby Boom cohort drove crime rates higher. In societies that are growing older, such as the contemporary United States, there are simply fewer of the young men who make up the majority of criminal offenders and victims. Due to these life course processes, the age and gender composition of a society is an underlying factor that structures its rate of crime.

An influx of new immigrants might also be contributing to lower crime rates. According to research by sociologist Robert Sampson and his colleagues, immigration can be “protective” against crime, with first-generation immigrants being significantly less likely to commit violence than third-generation Americans, after adjusting for personal and neighborhood characteristics.

While criminologists estimate that demographic changes can account for perhaps 10% of the recent crime drop, these factors are changing too slowly to explain why crime was essentially halved within the course of a single generation.

Social Dynamics

Longer-term Social Dynamics. Drawing back the historical curtain on U.S. crime rates puts the recent drop in perspective. So argued historian Eric Monkkonen, who showed that the urban homicide rates of the nineteenth and early twentieth centuries were on a par with the “peak” rates observed in the early 1990s. In fact, historical evidence amassed by scholars including psychologist Steven Pinker and historical criminologist Manuel Eisner convincingly shows that personal violent crime began declining in Western nations as early as the sixteenth century. While this research has emphasized violent crimes, similar processes may hold for crime more generally. Perhaps the rising crime rate from World War II through the early 1990s was simply a small spike that temporarily obscured a much longer downward trend.

This long historical sweep may offer little solace to those confronted by crime today, but the encouraging long-term trend suggests explanations with deep roots. Eisner points to subtle shifts in parenting occurring over a long time span; Pinker suggests greater interdependence and broadened circles of people with whom we can empathize. Both draw on classic sociological work by Emile Durkheim and Norbert Elias, who attributed historical changes in crime and social disorder to changes in the relation between individuals and society. The centuries-long crime story is perhaps best explained by the gradual development of formal and informal social controls on our behavior. In this light, Baumer argues that we should at least think more expansively about the contemporary crime drop. We cannot say for certain where the crime rate will be in five years, but if we had to bet where the crime rate would be in one hundred years, we could be reasonably confident it’d be measurably lower than it is today.

Room for Improvement

Criminologists almost universally acknowledge a sizeable crime drop over the last twenty years. This does not mean that everyone’s neighborhood became safer or that crime in the United States is low relative to other industrialized nations. In fact, U.S. homicide rates are more than double those of Canada, Japan, and much of Europe. Nevertheless, the U.S. crime picture has improved markedly, with significant across-the-board drops in violent and property offenses. Moreover, as Baumer points out, even behaviors like drinking, drug use, and risky sex are declining, especially among young people.

We cannot explain such a sharp decline without reference to the social institutions, conditions, and practices shaping crime and its control. In particular, social scientists point to punishment, policing, opportunities, economics, demography, and history, though there is little consensus about the relative contribution of each. Further disentangling each factor’s unique contribution is a worthy endeavor, but it should not obscure a fundamental point: it is their entanglement in our social world that reduces crime.

Recommended Reading

Eric P. Baumer and Kevin Wolff. Forthcoming. “Evaluating the Contemporary Crime Drop(s) in America, New York City, and Many Other Places,” Justice Quarterly. An up-to-the-minute appraisal of explanations for local, national, and global crime trends.

Manuel Eisner. 2003. “Long-Term Historical Trends in Violent Crime,” Crime and Justice. A rich treatment of the decline in European homicide rates from the 16th to 20th centuries.

Steven D. Levitt. 2004. “Understanding Why Crime Fell in the 1990s: Four Factors that Explain the Decline and Six that Do Not,” Journal of Economic Perspectives. A systematic appraisal of explanations for the crime decline by the renowned economist and Freakonomics author.

Eric H. Monkkonen. 2002. “Homicide in New York, Los Angeles, and Chicago,” The Journal of Criminal Law and Criminology. A careful historical examination of homicide in the 19th and 20th centuries.

Franklin E. Zimring. 2007. The Great American Crime Decline. A well-written and thoroughgoing account of the U.S. crime drop.

- See more at: http://thesocietypages.org/papers/crime-drop/#sthash.craHnp8m.dpuf

Voir encore:

America’s falling crime rate

Good news is no news

Americans are committing fewer crimes, though nobody seems to know quite why

Jun 2nd 2011

INTUITIVE theories are often easier to believe in than to prove. For instance: conventional wisdom says that the crime rate should rise during a recession. When people are out of work and out of money, the thinking goes, they turn to crime. But the evidence backing this theory is at best equivocal. There seem to be some links between crime and economic conditions, but they are neither as direct nor clear as one might assume. Crime rose during the Roaring Twenties then fell in the Depression. America’s economy expanded and crime rates rose in the 1960s. Rates fell throughout the 1990s, when America’s economy was healthy, but they kept falling during the recession in the early 2000s (see chart).

And during the current downturn, the unemployment rate rose as the crime rate fell. Between 2008 and 2009 violent crime fell by 5.3% and property crime by 4.6%; between 2009 and 2010, according to the preliminary Uniform Crime Report released by the FBI on May 23rd, violent crime fell by another 5.5% and property crime by 2.8%. Robberies—precisely the crime one might expect to rise during tough economic times—fell by 9.5% between 2009 to 2010. The decline in violent crimes was sharpest in small towns, where the rate dropped by more than 25%, and among regions sharpest in the South, which saw a 7.5% decline. Only two cities with more than 1m people—San Antonio and New York—saw their crime rates rise. And some perspective is warranted there: in 1991 around 2,200 people were murdered in New York. Last year just 536 were. Overall, America’s violent-crime rate is at its lowest level in around 40 years, and its murder rate at its lowest in almost 50.

According to the social scientists, this was not supposed to happen. In 1995 James Wilson, who came up with the “broken windows” theory of crime prevention widely credited with making New York safer, warned that by 2000 there would be “30,000 more young muggers, killers and thieves than we have now. Get ready.” One year later John DiLulio, another political scientist who studies crime, warned of a wave of “juvenile super-predators” wreaking havoc by 2010. Yet even as they wrote, the violent-crime rate had already begun to fall. Except for a bit of a rise from 2004 to 2006, it has fallen every year since 1991.

Although nobody predicted the striking decline in crime during the 1990s, in hindsight theories explaining it abound. Some give credit to smarter police tactics: particularly quantitative methods and “broken windows” policing. Others point to the increased availability of legal abortion in the 1970s, resulting in fewer children born to teenage, unwed and poor mothers: precisely the sorts of children who commit crimes at high rates during adolescence. There is also the waning of violence associated with the crack market, and the increased incarceration rate, which keeps more criminals off the street for longer (though at tremendous cost).

Although these factors explain the drop since the late 1980s, they do not explain the sharp drop in the past two years. For that Al Blumstein, a criminologist who heads the National Consortium on Violence Research, posits an “Obama effect”, in which the election of America’s first black president inspires a significant number of young black men away from violence. And indeed between 2008 and 2009, the numbers of blacks arrested for murder and robbery each declined by over 2%, though this theory has more narrative than evidentiary appeal.

Another theory concerns lead. Exposure to lead in childhood has been linked to aggression and criminal behaviour in adults. Jessica Wolpaw Reyes, an economist at Amherst College, argues that the decline in American children’s exposure to lead since it was phased out of gasoline in the 1970s and removed almost entirely by 1985, accounts for much of the decline in violent crime in the 1990s. It may account for even more, as more of America’s unleaded children enter adolescence and their early 20s. And then there are those perennial bogeymen, video games and the internet, affordable forms of entertainment that keep people inside, and away from real crime and drugs.

Voir de même:

America’s Real Criminal Element: Lead

New research finds Pb is the hidden villain behind violent crime, lower IQs, and even the ADHD epidemic. And fixing the problem is a lot cheaper than doing nothing.

Kevin Drum

Mother Jones

Jan. 3, 2013

When Rudy Giuliani ran for mayor of New York City in 1993, he campaigned on a platform of bringing down crime and making the city safe again. It was a comfortable position for a former federal prosecutor with a tough-guy image, but it was more than mere posturing. Since 1960, rape rates had nearly quadrupled, murder had quintupled, and robbery had grown fourteenfold. New Yorkers felt like they lived in a city under siege.

Throughout the campaign, Giuliani embraced a theory of crime fighting called "broken windows," popularized a decade earlier by James Q. Wilson and George L. Kelling in an influential article in The Atlantic. [8] "If a window in a building is broken and is left unrepaired," they observed, "all the rest of the windows will soon be broken." So too, tolerance of small crimes would create a vicious cycle ending with entire neighborhoods turning into war zones. But if you cracked down on small crimes, bigger crimes would drop as well.

Giuliani won the election, and he made good on his crime-fighting promises by selecting Boston police chief Bill Bratton as the NYPD’s new commissioner. Bratton had made his reputation as head of the New York City Transit Police, where he aggressively applied broken-windows policing to turnstile jumpers and vagrants in subway stations. With Giuliani’s eager support, he began applying the same lessons to the entire city, going after panhandlers, drunks, drug pushers, and the city’s hated squeegee men. And more: He decentralized police operations and gave precinct commanders more control, keeping them accountable with a pioneering system called CompStat that tracked crime hot spots in real time.

The results were dramatic. In 1996, the New York Times reported [9] that crime had plunged for the third straight year, the sharpest drop since the end of Prohibition. Since 1993, rape rates had dropped 17 percent, assault 27 percent, robbery 42 percent, and murder an astonishing 49 percent. Giuliani was on his way to becoming America’s Mayor and Bratton was on the cover of Time. It was a remarkable public policy victory.

But even more remarkable is what happened next. Shortly after Bratton’s star turn, political scientist John DiIulio warned that the echo of the baby boom would soon produce a demographic bulge of millions of young males that he famously dubbed "juvenile super-predators [10]." Other criminologists nodded along. But even though the demographic bulge came right on schedule, crime continued to drop. And drop. And drop. By 2010, violent crime rates in New York City had plunged 75 percent from their peak in the early ’90s.

All in all, it seemed to be a story with a happy ending, a triumph for Wilson and Kelling’s theory and Giuliani and Bratton’s practice. And yet, doubts remained. For one thing, violent crime actually peaked in New York City in 1990, four years before the Giuliani-Bratton era. By the time they took office, it had already dropped 12 percent.

The PB Effect

What happens when you expose a generation of kids to high lead levels? Crime and teen pregnancy data two decades later tell a startling story.

Second, and far more puzzling, it’s not just New York that has seen a big drop in crime. In city after city, violent crime peaked in the early ’90s and then began a steady and spectacular decline. Washington, DC, didn’t have either Giuliani or Bratton, but its violent crime rate has dropped 58 percent since its peak. Dallas’ has fallen 70 percent. Newark: 74 percent. Los Angeles: 78 percent.

There must be more going on here than just a change in policing tactics in one city. But what?

There are, it turns out, plenty of theories. When I started research for this story, I worked my way through a pair of thick [11] criminology tomes [12]. One chapter regaled me with the "exciting possibility" that it’s mostly a matter of economics: Crime goes down when the economy is booming and goes up when it’s in a slump. Unfortunately, the theory doesn’t seem to hold water—for example, crime rates have continued to drop recently despite our prolonged downturn.

Another chapter suggested that crime drops in big cities were mostly a reflection of the crack epidemic of the ’80s finally burning itself out. A trio of authors identified three major "drug eras" in New York City, the first dominated by heroin, which produced limited violence, and the second by crack, which generated spectacular levels of it. In the early ’90s, these researchers proposed, the children of CrackGen switched to marijuana, choosing a less violent and more law-abiding lifestyle. As they did, crime rates in New York and other cities went down.

Another chapter told a story of demographics: As the number of young men increases, so does crime. Unfortunately for this theory, the number of young men increased during the ’90s, but crime dropped anyway.

There were chapters in my tomes on the effect of prison expansion. On guns and gun control. On family. On race. On parole and probation. On the raw number of police officers. It seemed as if everyone had a pet theory. In 1999, economist Steven Levitt, later famous as the coauthor of Freakonomics, teamed up with John Donohue to suggest that crime dropped because of Roe v. Wade [13]; legalized abortion, they argued, led to fewer unwanted babies, which meant fewer maladjusted and violent young men two decades later.

But there’s a problem common to all of these theories: It’s hard to tease out actual proof. Maybe the end of the crack epidemic contributed to a decline in inner-city crime, but then again, maybe it was really the effect of increased incarceration, more cops on the beat, broken-windows policing, and a rise in abortion rates 20 years earlier. After all, they all happened at the same time.

To address this problem, the field of econometrics gives researchers an enormous toolbox of sophisticated statistical techniques. But, notes statistician and conservative commentator Jim Manzi in his recent book Uncontrolled [14], econometrics consistently fails to explain most of the variation in crime rates. After reviewing 122 known field tests, Manzi found that only 20 percent demonstrated positive results for specific crime-fighting strategies, and none of those positive results were replicated in follow-up studies.

Did Lead Make You Dumber?

Even low levels have a significant effect.

So we’re back to square one. More prisons might help control crime, more cops might help, and better policing might help. But the evidence is thin for any of these as the main cause. What are we missing?

Experts often suggest that crime resembles an epidemic. But what kind? Karl Smith, a professor of public economics and government at the University of North Carolina-Chapel Hill, has a good rule of thumb for categorizing epidemics [15]: If it spreads along lines of communication, he says, the cause is information. Think Bieber Fever. If it travels along major transportation routes, the cause is microbial. Think influenza. If it spreads out like a fan, the cause is an insect. Think malaria. But if it’s everywhere, all at once—as both the rise of crime in the ’60s and ’70s and the fall of crime in the ’90s seemed to be—the cause is a molecule.

A molecule? That sounds crazy. What molecule could be responsible for a steep and sudden decline in violent crime?

Well, here’s one possibility: Pb(CH2CH3)4.

In 1994, Rick Nevin was a consultant working for the US Department of Housing and Urban Development on the costs and benefits of removing lead paint from old houses. This has been a topic of intense study because of the growing body of research linking lead exposure in small children with a whole raft of complications later in life, including lower IQ, hyperactivity, behavioral problems, and learning disabilities.

But as Nevin was working on that assignment, his client suggested they might be missing something. A recent study had suggested a link between childhood lead exposure and juvenile delinquency later on. Maybe reducing lead exposure had an effect on violent crime too?

That tip took Nevin in a different direction. The biggest source of lead in the postwar era, it turns out, wasn’t paint. It was leaded gasoline. And if you chart the rise and fall of atmospheric lead caused by the rise and fall of leaded gasoline consumption, you get a pretty simple upside-down U: Lead emissions from tailpipes rose steadily from the early ’40s through the early ’70s, nearly quadrupling over that period. Then, as unleaded gasoline began to replace leaded gasoline, emissions plummeted.

Gasoline lead may explain as much as 90 percent of the rise and fall of violent crime over the past half century.

Intriguingly, violent crime rates followed the same upside-down U pattern. The only thing different was the time period: Crime rates rose dramatically in the ’60s through the ’80s, and then began dropping steadily starting in the early ’90s. The two curves looked eerily identical, but were offset by about 20 years.

So Nevin dove in further, digging up detailed data on lead emissions and crime rates to see if the similarity of the curves was as good as it seemed. It turned out to be even better: In a 2000 paper [16] (PDF) he concluded that if you add a lag time of 23 years, lead emissions from automobiles explain 90 percent of the variation in violent crime in America. Toddlers who ingested high levels of lead in the ’40s and ’50s really were more likely to become violent criminals in the ’60s, ’70s, and ’80s.

And with that we have our molecule: tetraethyl lead, the gasoline additive invented by General Motors in the 1920s to prevent knocking and pinging in high-performance engines. As auto sales boomed after World War II, and drivers in powerful new cars increasingly asked service station attendants to "fill ‘er up with ethyl," they were unwittingly creating a crime wave two decades later.

It was an exciting conjecture, and it prompted an immediate wave of…nothing. Nevin’s paper was almost completely ignored, and in one sense it’s easy to see why—Nevin is an economist, not a criminologist, and his paper was published in Environmental Research, not a journal with a big readership in the criminology community. What’s more, a single correlation between two curves isn’t all that impressive, econometrically speaking. Sales of vinyl LPs rose in the postwar period too, and then declined in the ’80s and ’90s. Lots of things follow a pattern like that. So no matter how good the fit, if you only have a single correlation it might just be a coincidence. You need to do something more to establish causality.

As it turns out, however, a few hundred miles north someone was doing just that. In the late ’90s, Jessica Wolpaw Reyes was a graduate student at Harvard casting around for a dissertation topic that eventually became a study she published in 2007 as a public health policy professor at Amherst. "I learned about lead because I was pregnant and living in old housing in Harvard Square," she told me, and after attending a talk where future Freakonomics star Levitt outlined his abortion/crime theory, she started thinking about lead and crime. Although the association seemed plausible, she wanted to find out whether increased lead exposure caused increases in crime. But how?

In states where consumption of leaded gasoline declined slowly, crime declined slowly. Where it declined quickly, crime declined quickly.

The answer, it turned out, involved "several months of cold calling" to find lead emissions data at the state level. During the ’70s and ’80s, the introduction of the catalytic converter, combined with increasingly stringent Environmental Protection Agency rules, steadily reduced the amount of leaded gasoline used in America, but Reyes discovered that this reduction wasn’t uniform. In fact, use of leaded gasoline varied widely among states, and this gave Reyes the opening she needed. If childhood lead exposure really did produce criminal behavior in adults, you’d expect that in states where consumption of leaded gasoline declined slowly, crime would decline slowly too. Conversely, in states where it declined quickly, crime would decline quickly. And that’s exactly what she found [17].

Meanwhile, Nevin had kept busy as well, and in 2007 he published a new paper looking at crime trends around the world [18] (PDF). This way, he could make sure the close match he’d found between the lead curve and the crime curve wasn’t just a coincidence. Sure, maybe the real culprit in the United States was something else happening at the exact same time, but what are the odds of that same something happening at several different times in several different countries?

Nevin collected lead data and crime data for Australia and found a close match. Ditto for Canada. And Great Britain and Finland and France and Italy and New Zealand and West Germany. Every time, the two curves fit each other astonishingly well. When I spoke to Nevin about this, I asked him if he had ever found a country that didn’t fit the theory. "No," he replied. "Not one."

Just this year, Tulane University researcher Howard Mielke published a paper [19] with demographer Sammy Zahran on the correlation of lead and crime at the city level. They studied six US cities that had both good crime data and good lead data going back to the ’50s, and they found a good fit in every single one. In fact, Mielke has even studied lead concentrations at the neighborhood level in New Orleans and shared his maps with the local police. "When they overlay them with crime maps," he told me, "they realize they match up."

Location, Location, Location

In New Orleans, lead levels can vary dramatically from one neighborhood to the next—and the poorest neighborhoods tend to be the worst hit.

Maps by Karen Minot

Put all this together and you have an astonishing body of evidence. We now have studies at the international level, the national level, the state level, the city level, and even the individual level. Groups of children have been followed from the womb to adulthood, and higher childhood blood lead levels are consistently associated with higher adult arrest rates for violent crimes [20]. All of these studies tell the same story: Gasoline lead is responsible for a good share of the rise and fall of violent crime over the past half century.

When differences of atmospheric lead density between big and small cities largely went away, so did the difference in murder rates.

Like many good theories, the gasoline lead hypothesis helps explain some things we might not have realized even needed explaining. For example, murder rates have always been higher in big cities than in towns and small cities. We’re so used to this that it seems unsurprising, but Nevin points out that it might actually have a surprising explanation—because big cities have lots of cars in a small area, they also had high densities of atmospheric lead during the postwar era. But as lead levels in gasoline decreased, the differences between big and small cities largely went away. And guess what? The difference in murder rates went away too. Today, homicide rates are similar in cities of all sizes [21]. It may be that violent crime isn’t an inevitable consequence of being a big city after all.

The gasoline lead story has another virtue too: It’s the only hypothesis that persuasively explains both the rise of crime in the ’60s and ’70s and its fall beginning in the ’90s. Two other theories—the baby boom demographic bulge and the drug explosion of the ’60s—at least have the potential to explain both, but neither one fully fits the known data. Only gasoline lead, with its dramatic rise and fall following World War II, can explain the equally dramatic rise and fall in violent crime.

If econometric studies were all there were to the story of lead, you’d be justified in remaining skeptical no matter how good the statistics look. Even when researchers do their best—controlling for economic growth, welfare payments, race, income, education level, and everything else they can think of—it’s always possible that something they haven’t thought of is still lurking in the background. But there’s another reason to take the lead hypothesis seriously, and it might be the most compelling one of all: Neurological research is demonstrating that lead’s effects are even more appalling, more permanent, and appear at far lower levels than we ever thought. For starters, it turns out that childhood lead exposure at nearly any level can seriously and permanently reduce IQ. Blood lead levels are measured in micrograms per deciliter, and levels once believed safe—65 μg/dL, then 25, then 15, then 10—are now known to cause serious damage. The EPA now says [22] flatly that there is "no demonstrated safe concentration of lead in blood," and it turns out that even levels under 10 μg/dL can reduce IQ by as much as seven points. An estimated 2.5 percent of children nationwide have lead levels above 5 μg/dL.

Is there lead in your house? [2]

Is There Lead in Your House? [2]

But we now know that lead’s effects go far beyond just IQ. Not only does lead promote apoptosis, or cell death, in the brain, but the element is also chemically similar to calcium. When it settles in cerebral tissue, it prevents calcium ions from doing their job, something that causes physical damage to the developing brain that persists into adulthood.

Only in the last few years have we begun to understand exactly what effects this has. A team of researchers at the University of Cincinnati has been following a group of 300 children for more than 30 years and recently performed a series of MRI scans that highlighted the neurological differences between subjects who had high and low exposure to lead during early childhood.

High childhood exposure damages a part of the brain linked to aggression control and "executive functions." And the impact turns out to be greater among boys.

One set of scans [23] found that lead exposure is linked to production of the brain’s white matter—primarily a substance called myelin, which forms an insulating sheath around the connections between neurons. Lead exposure degrades both the formation and structure of myelin, and when this happens, says Kim Dietrich, one of the leaders of the imaging studies, "neurons are not communicating effectively." Put simply, the network connections within the brain become both slower and less coordinated.

A second study [24] found that high exposure to lead during childhood was linked to a permanent loss of gray matter in the prefrontal cortex—a part of the brain associated with aggression control as well as what psychologists call "executive functions": emotional regulation, impulse control, attention, verbal reasoning, and mental flexibility. One way to understand this, says Kim Cecil, another member of the Cincinnati team, is that lead affects precisely the areas of the brain "that make us most human."

So lead is a double whammy: It impairs specific parts of the brain responsible for executive functions and it impairs the communication channels between these parts of the brain. For children like the ones in the Cincinnati study, who were mostly inner-city kids with plenty of strikes against them already, lead exposure was, in Cecil’s words, an "additional kick in the gut." And one more thing: Although both sexes are affected by lead, the neurological impact turns out to be greater among boys than girls.

Other recent [25] studies link [26] even minuscule blood lead levels with attention deficit/hyperactivity disorder. Even at concentrations well below those usually considered safe—levels still common today—lead increases the odds of kids developing ADHD.

In other words, as Reyes summarized the evidence in her paper, even moderately high levels of lead exposure are associated with aggressivity, impulsivity, ADHD, and lower IQ. And right there, you’ve practically defined the profile of a violent young offender.

Needless to say, not every child exposed to lead is destined for a life of crime. Everyone over the age of 40 was probably exposed to too much lead during childhood, and most of us suffered nothing more than a few points of IQ loss. But there were plenty of kids already on the margin, and millions of those kids were pushed over the edge from being merely slow or disruptive to becoming part of a nationwide epidemic of violent crime. Once you understand that, it all becomes blindingly obvious. Of course massive lead exposure among children of the postwar era led to larger numbers of violent criminals in the ’60s and beyond. And of course when that lead was removed in the ’70s and ’80s, the children of that generation lost those artificially heightened violent tendencies.

Police chiefs "want to think what they do on a daily basis matters," says a public health expert. "And it does." But maybe not as much as they think.

But if all of this solves one mystery, it shines a high-powered klieg light on another: Why has the lead/crime connection been almost completely ignored in the criminology community? In the two big books I mentioned earlier, one has no mention of lead at all and the other has a grand total of two passing references. Nevin calls it "exasperating" that crime researchers haven’t seriously engaged with lead, and Reyes told me that although the public health community was interested in her paper, criminologists have largely been AWOL. When I asked Sammy Zahran about the reaction to his paper with Howard Mielke on correlations between lead and crime at the city level, he just sighed. "I don’t think criminologists have even read it," he said. All of this jibes with my own reporting. Before he died last year, James Q. Wilson—father of the broken-windows theory, and the dean of the criminology community—had begun to accept that lead probably played a meaningful role in the crime drop of the ’90s. But he was apparently an outlier. None of the criminology experts I contacted showed any interest in the lead hypothesis at all.

Why not? Mark Kleiman [27], a public policy professor at the University of California-Los Angeles who has studied promising methods of controlling crime, suggests that because criminologists are basically sociologists, they look for sociological explanations, not medical ones. My own sense is that interest groups probably play a crucial role: Political conservatives want to blame the social upheaval of the ’60s for the rise in crime that followed. Police unions have reasons for crediting its decline to an increase in the number of cops. Prison guards like the idea that increased incarceration is the answer. Drug warriors want the story to be about drug policy. If the actual answer turns out to be lead poisoning, they all lose a big pillar of support for their pet issue. And while lead abatement could be big business for contractors and builders, for some reason their trade groups have never taken it seriously.

More generally, we all have a deep stake in affirming the power of deliberate human action. When Reyes once presented her results to a conference of police chiefs, it was, unsurprisingly, a tough sell. "They want to think that what they do on a daily basis matters," she says. "And it does." But it may not matter as much as they think.

So is this all just an interesting history lesson? After all, leaded gasoline has been banned since 1996, so even if it had a major impact on violent crime during the 20th century, there’s nothing more to be done on that front. Right?

Wrong. As it turns out, tetraethyl lead is like a zombie that refuses to die. Our cars may be lead-free today, but they spent more than 50 years spewing lead from their tailpipes, and all that lead had to go somewhere. And it did: It settled permanently into the soil that we walk on, grow our food in, and let our kids play around.

That’s especially true in the inner cores of big cities, which had the highest density of automobile traffic. Mielke has been studying lead in soil for years, focusing most of his attention on his hometown of New Orleans, and he’s measured 10 separate census tracts there with lead levels over 1,000 parts per million.

To get a sense of what this means, you have to look at how soil levels of lead typically correlate with blood levels, which are what really matter. Mielke has studied this in New Orleans [28], and it turns out that the numbers go up very fast even at low levels. Children who live in neighborhoods with a soil level of 100 ppm have average blood lead concentrations of 3.8 μg/dL—a level that’s only barely tolerable. At 500 ppm, blood levels go up to 5.9 μg/dL, and at 1,000 ppm they go up to 7.5 μg/dL. These levels are high enough to do serious damage.

"I know people who have moved into gentrified neighborhoods and immediately renovate everything. They create huge hazards for their kids."

Mielke’s partner, Sammy Zahran, walked me through a lengthy—and hair-raising—presentation about the effect that all that old gasoline lead continues to have in New Orleans. The very first slide describes the basic problem: Lead in soil doesn’t stay in the soil. Every summer, like clockwork, as the weather dries up, all that lead gets kicked back into the atmosphere in a process called resuspension. The zombie lead is back to haunt us.

Mark Laidlaw, a doctoral student who has worked with Mielke, explains how this works [29]: People and pets track lead dust from soil into houses, where it’s ingested by small children via hand-to-mouth contact. Ditto for lead dust generated by old paint inside houses. This dust cocktail is where most lead exposure today comes from.

Paint hasn’t played a big role in our story so far, but that’s only because it didn’t play a big role in the rise of crime in the postwar era and its subsequent fall. Unlike gasoline lead, lead paint was a fairly uniform problem during this period, producing higher overall lead levels, especially in inner cities, but not changing radically over time. (It’s a different story with the first part of the 20th century, when use of lead paint did rise and then fall somewhat dramatically. Sure enough, murder rates rose and fell in tandem.)

And just like gasoline lead, a lot of that lead in old housing is still around. Lead paint chips flaking off of walls are one obvious source of lead exposure, but an even bigger one, says Rick Nevin, are old windows. Their friction surfaces generate lots of dust as they’re opened and closed. (Other sources—lead pipes and solder, leaded fuel used in private aviation, and lead smelters—account for far less.)

We know that the cost of all this lead is staggering, not just in lower IQs, delayed development, and other health problems, but in increased rates of violent crime as well. So why has it been so hard to get it taken seriously?

There are several reasons. One of them was put bluntly by Herbert Needleman, one of the pioneers of research into the effect of lead on behavior. A few years ago, a reporter from the Baltimore City Paper asked him why so little progress had been made recently on combating the lead-poisoning problem. "Number one," he said without hesitation [30], "it’s a black problem." But it turns out that this is an outdated idea. Although it’s true that lead poisoning affects low-income neighborhoods disproportionately, it affects plenty of middle-class and rich neighborhoods as well. "It’s not just a poor-inner-city-kid problem anymore," Nevin says. "I know people who have moved into gentrified neighborhoods and immediately renovate everything. And they create huge hazards for their kids."

Tamara Rubin, who lives in a middle-class neighborhood in Portland, Oregon, learned this the hard way when two of her children developed lead poisoning after some routine home improvement in 2005. A few years later, Rubin started the Lead Safe America Foundation [31], which advocates for lead abatement and lead testing. Her message: If you live in an old neighborhood or an old house, get tested. And if you renovate, do it safely.

Another reason that lead doesn’t get the attention it deserves is that too many people think the problem was solved years ago. They don’t realize how much lead is still hanging around, and they don’t understand just how much it costs us.

It’s difficult to put firm numbers to the costs and benefits of lead abatement. But for a rough idea, let’s start with the two biggest costs. Nevin estimates that there are perhaps 16 million pre-1960 houses with lead-painted windows, and replacing them all would cost something like $10 billion per year over 20 years. Soil cleanup in the hardest-hit urban neighborhoods is tougher to get a handle on, with estimates ranging from $2 to $36 per square foot. A rough extrapolation from Mielke’s estimate to clean up New Orleans suggests that a nationwide program might cost another $10 billion per year.

We can either get rid of the remaining lead, or we can wait 20 years and then lock up all the kids who’ve turned into criminals.

So in round numbers that’s about $20 billion per year for two decades. But the benefits would be huge. Let’s just take a look at the two biggest ones. By Mielke and Zahran’s estimates, [32] if we adopted the soil standard of a country like Norway (roughly 100 ppm or less), it would bring about $30 billion in annual returns from the cognitive benefits alone (higher IQs, and the resulting higher lifetime earnings). Cleaning up old windows might double this. And violent crime reduction would be an even bigger benefit. Estimates here are even more difficult, but Mark Kleiman suggests that a 10 percent drop in crime—a goal that seems reasonable if we get serious about cleaning up the last of our lead problem—could produce benefits as high as $150 billion per year.

Put this all together and the benefits of lead cleanup could be in the neighborhood of $200 billion per year. In other words, an annual investment of $20 billion for 20 years could produce returns of 10-to-1 every single year for decades to come. Those are returns that Wall Street hedge funds can only dream of.

Memo to Deficit Hawks: Get the Lead Out

Lead abatement isn’t cheap, but the return on investment is mind-blowing.

There’s a flip side to this too. At the same time that we should reassess the low level of attention we pay to the remaining hazards from lead, we should probably also reassess the high level of attention we’re giving to other policies. Chief among these is the prison-building boom that started in the mid-’70s. As crime scholar William Spelman wrote a few years ago, states have "doubled their prison populations, then doubled them again, increasing their costs by more than $20 billion per year"—money that could have been usefully spent on a lot of other things. And while some scholars conclude that the prison boom had an effect on crime, recent research suggests that rising incarceration rates suffer from diminishing returns: Putting more criminals behind bars is useful up to a point, but beyond that we’re just locking up more people without having any real impact on crime. What’s more, if it’s true that lead exposure accounts for a big part of the crime decline that we formerly credited to prison expansion and other policies, those diminishing returns might be even more dramatic than we believe. We probably overshot on prison construction years ago; one doubling might have been enough. Not only should we stop adding prison capacity, but we might be better off returning to the incarceration rates we reached in the mid-’80s.

So this is the choice before us: We can either attack crime at its root by getting rid of the remaining lead in our environment, or we can continue our current policy of waiting 20 years and then locking up all the lead-poisoned kids who have turned into criminals. There’s always an excuse not to spend more money on a policy as tedious-sounding as lead abatement—budgets are tight, and research on a problem as complex as crime will never be definitive—but the association between lead and crime has, in recent years, become pretty overwhelming. If you gave me the choice, right now, of spending $20 billion less on prisons and cops and spending $20 billion more on getting rid of lead, I’d take the deal in a heartbeat. Not only would solving our lead problem do more than any prison to reduce our crime problem, it would produce smarter, better-adjusted kids in the bargain. There’s nothing partisan about this, nothing that should appeal more to one group than another. It’s just common sense. Cleaning up the rest of the lead that remains in our environment could turn out to be the cheapest, most effective crime prevention tool we have. And we could start doing it tomorrow.

Support for this story was provided by a grant from the Puffin Foundation Investigative Journalism Project.

Source URL: http://www.motherjones.com/environment/2013/01/lead-crime-link-gasoline

Links:

[1] http://www.motherjones.com/environment/2013/01/lead-crime-link-gasoline

[2] http://www.motherjones.com/environment/2013/01/lead-poisoning-house-pipes-soil-paint

[3] http://www.motherjones.com/environment/2012/12/soil-lead-researcher-howard-mielke

[4] http://www.motherjones.com/blue-marble/2013/01/lead-shooting-ranges-osha

[5] http://www.motherjones.com/kevin-drum/2013/01/does-lead-paint-produce-more-crime-too

[6] http://www.motherjones.com/kevin-drum/2012/08/lead-in-tap-water

[7] http://www.motherjones.com/topics/lead-and-crime

[8] http://www.theatlantic.com/magazine/archive/1982/03/broken-windows/304465/

[9] http://www.nytimes.com/1996/12/20/nyregion/new-york-crime-rate-plummets-to-levels-not-seen-in-30-years.html?pagewanted=all&src=pm

[10] http://www.city-journal.org/html/6_2_my_black.html

[11] http://www.powells.com/biblio/61-9780521681483-1

[12] http://www.powells.com/biblio?isbn=0195399358

[13] http://www.slate.com/articles/news_and_politics/dialogues/features/1999/does_abortion_prevent_crime/_2.html

[14] http://www.powells.com/biblio/64-9780465023240-0

[15] http://modeledbehavior.com/2012/01/08/on-lead/

[16] http://www.ricknevin.com/uploads/Nevin_2000_Env_Res_Author_Manuscript.pdf

[17] http://www.nber.org/papers/w13097

[18] http://pic.plover.com/Nevin/Nevin2007.pdf

[19] http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0160412012000566

[20] http://www.plosmedicine.org/article/info:doi/10.1371/journal.pmed.0050101

[21] http://bjs.ojp.usdoj.gov/content/homicide/city.cfm

[22] https://www.motherjones.com/documents/531159-americas-children-and-the-environment-epa#document/p42/a84512

[23] http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2789851/

[24] http://www.plosmedicine.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pmed.0050112

[25] http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2810427/

[26] http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/17185283

[27] http://publicaffairs.ucla.edu/mark-ar-kleiman

[28] http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S004896970700842X

[29] http://urbanleadpoisoning.com

[30] http://www2.citypaper.com/news/story.asp?id=9738

[31] http://www.leadsafeamerica.org/leadsafeamerica.org/Home.html

[32] http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0048969710012672

Voir aussi:

Lead and Crime: Baselines vs. Crime Waves

Kevin Drum

Mother Jones

Jan. 10, 2013

Whenever you write about a complicated subject, you struggle with how best to explain things. In the end, you always hope you got your point across in a way that sinks in, but you’re never quite sure. And one of the things I’m not sure I explained well in my piece about the link between lead and violent crime [1] is precisely how important the effect of lead on crime is. After all, the causes of crime are varied and complex. Surely lead isn’t the whole answer?

It’s not, and I don’t want anyone to come away from my article thinking that. If we eliminated every microgram of lead from the planet, we’d still have plenty of crime. So here’s a way to think about it. If you take a look at violent crime rates in America, you’d expect to see a sort of baseline level of crime. That level will depend on lots of things: poverty, drugs, guns, race, family structure, etc. But starting in the mid-60s, we saw an enormous rise in crime, well above any sensible sort of baseline. Then, in the 90s, we saw an equally enormous decline. The chart below illustrates this. (The numbers themselves aren’t precise, so don’t take them too seriously. I’m just trying to illustrate a point.)

The baseline crime rate is the light red portion at the bottom. It goes up and down a bit over time, but also—and I’m guessing here—shows a steady, modest rise since the 60s. Most likely, the reason for this lies with all the usual suspects.

But then, in dark red, there’s the huge crime wave that lasted nearly 50 years from start to finish. That’s the part the lead hypothesis aims to explain. And the reason we need an explanation is simple: the usual suspects simply don’t seem to do a very good job of accounting for a gigantic, temporary rise and fall in violent crime rates. Within the criminology community, literally no one predicted the huge decline in crime that began in the early 90s. Their focus was on all the usual sociological causes, and they had no reason to think those were going to suddenly improve.

And they were right. For the most part, they didn’t improve. It’s true that the crack epidemic of the 80s burned out, but no one really knows the underlying reason for that. Policing tactics changed in some places, but crime dropped everywhere, so that’s not a very compelling explanation either. Aside from that, poverty didn’t change much, and neither did race or guns or demographics or the number of broken familes or anything else.

The truth is that there’s just not a good conventional explanation for both the huge rise and the huge fall in crime of the past half century. That’s one of the reasons the lead hypothesis deserves such serious consideration. Not only does it fit the data well and make sense based on what we know about the neurological effects of lead. It’s also just about the only good explanation we’ve got. Other factors are still important, and they probably explain rises and falls in the baseline rate of crime. But lead is the best explanation we have for the rest of it.

Source URL: http://www.motherjones.com/kevin-drum/2013/01/lead-and-crime-baselines-vs-crime-waves

Links:

[1] http://www.motherjones.com/environment/2013/01/lead-crime-link-gasoline

Voir enfin:

From the Archives: Is Lead Really the Main Cause of Violent Crime?

No. But it is the main cause of the great crime wave of 1965-2010.

Kevin Drum

Mother Jones

Aug. 13, 2013

Maybe it’s just coincidence, but over the past week I’ve suddenly gotten a flurry of new responses to my January piece about lead and crime. [1] Roughly speaking, they’re mostly complaints that crime has lots of causes, and it’s a mistake to claim that lead is preeminently important. I understand where this criticism comes from, but here’s the thing: I agree with it. That’s why it’s important to understand exactly what the lead hypothesis claims to explain: not all crime, but only the specific crime wave of 1965-2010. (In America, anyway. The dates vary in other regions of the world.) So because this has cropped up again, I’m going to reproduce a post [2] I wrote shortly after the article came out. Of all the things I didn’t explain well enough in the original piece, this is the one I most wish I had illustrated more clearly.

Whenever you write about a complicated subject, you struggle with how best to explain things. In the end, you always hope you got your point across in a way that sinks in, but you’re never quite sure. And one of the things I’m not sure I explained well in my piece about the link between lead and violent crime [3] is precisely how important the effect of lead on crime is. After all, the causes of crime are varied and complex. Surely lead isn’t the whole answer?

It’s not, and I don’t want anyone to come away from my article thinking that. If we eliminated every microgram of lead from the planet, we’d still have plenty of crime. So here’s a way to think about it. If you take a look at violent crime rates in America, you’d expect to see a sort of baseline level of crime. That level will depend on lots of things: poverty, drugs, guns, race, family structure, etc. But starting in the mid-60s, we saw an enormous rise in crime, well above any sensible sort of baseline. Then, in the 90s, we saw an equally enormous decline. The chart below illustrates this. (The numbers themselves aren’t precise, so don’t take them too seriously. I’m just trying to illustrate a point.)

The baseline crime rate is the light red portion at the bottom. It goes up and down a bit over time, but also—and I’m guessing here—shows a steady, modest rise since the 60s. Most likely, the reason for this lies with all the usual suspects.

But then, in dark red, there’s the huge crime wave that lasted nearly 50 years from start to finish. That’s the part the lead hypothesis aims to explain. And the reason we need an explanation is simple: the usual suspects simply don’t seem to do a very good job of accounting for a gigantic, temporary rise and fall in violent crime rates. Within the criminology community, literally no one predicted the huge decline in crime that began in the early 90s. Their focus was on all the usual sociological causes, and they had no reason to think those were going to suddenly improve.

And they were right. For the most part, they didn’t improve. It’s true that the crack epidemic of the 80s burned out, but no one really knows the underlying reason for that. Policing tactics changed in some places, but crime dropped everywhere, so that’s not a very compelling explanation either. Aside from that, poverty didn’t change much, and neither did race or guns or demographics or the number of broken familes or anything else.

The truth is that there’s just not a good conventional explanation for both the huge rise and the huge fall in crime of the past half century. That’s one of the reasons the lead hypothesis deserves such serious consideration. Not only does it fit the data well and make sense based on what we know about the neurological effects of lead. It’s also just about the only good explanation we’ve got. Other factors are still important, and they probably explain rises and falls in the baseline rate of crime. But lead is the best explanation we have for the rest of it.

Links:

[1] http://www.motherjones.com/environment/2012/11/criminal-element

[2] http://www.motherjones.com/kevin-drum/2013/01/lead-and-crime-baselines-vs-crime-waves

[3] http://www.motherjones.com/environment/2013/01/lead-crime-link-gasoline

Voir par ailleurs:

http://www.scienceshumaines.com/pourquoi-la-criminalite-chute_fr_31470.html

Pourquoi la criminalité chute

Achille Weinberg

Sciences humaines

03/10/2013

Mensuel N° 253 – novembre 2013

Comment expliquer le déclin de la criminalité constaté depuis quinze ans dans beaucoup de grands pays occidentaux ? Les spécialistes émettent plusieurs hypothèses.

Pour celui qui écoute régulièrement l’actualité, entendre dire que la criminalité chute est pour le moins surprenant. Que dites-vous ? La criminalité chute ? Et la série de meurtres à Marseille ? Et les bijouteries ou bureaux de tabac dévalisés ? Et les vols de portables ou de sacs dans le métro ? Précisons donc de quoi l’on parle.

La chute de la criminalité dont il est question ici est un constat massif qui concerne les principaux pays occidentaux sur une période de plus quinze ans. Le constat est assez unanime chez les spécialistes, mais les causes restent très disputées. The Economist a consacré sa couverture à cette énigme en juillet 2013.

Une tendance de fond

L’article commence par livrer quelques chiffres impressionnants. Pour frapper les esprits, le cas de l’Estonie est mis en avant : depuis 1995, les homicides ont chuté de 70 %, les vols de voitures de presque autant. Mais ce petit État postsoviétique n’est pas une exception. Dans les pays développés, la même tendance s’observe. Aux États-Unis, la chute a commencé en 1991 ; en Grande-Bretagne, autour de 1995. En France, la baisse date de 2001. Au Canada également ainsi que dans plusieurs pays d’Europe. Mais de quels crimes parle-t-on ? Un tableau l’illustre : principalement des vols (vols de voitures, cambriolages) et des atteintes aux personnes (homicides, coups et blessures).

Arrêtons-nous sur le cas américain, le plus impressionnant. La criminalité urbaine avait atteint des sommets au début des années 1990. Certains voyaient New York ou Los Angeles comme des jungles urbaines aux mains d’une faune de dealers, mafieux, proxénètes et squatters.

Puis, contrairement aux prévisions, un véritable miracle s’est produit. La criminalité s’est mise à chuter à partir des années 1990. Globalement, elle a baissé d’un tiers dans les grandes villes, mais dans certains cas, elle a chuté de plus de 50 % ! À New York, le cas le plus spectaculaire, la criminalité a été divisée par quatre (- 78 %) entre le milieu des années 1990 et les années 2000 (encadré ci-dessous) ! Que s’est-il donc passé ?

Où sont passés les délinquants ?

Les explications des experts ne manquent pas.

• Le travail de la police. La première explication qui vient à l’esprit est celle de l’action policière. Dans les grandes villes, des politiques offensives de reprise en main de la situation ont été menées. L’intervention policière a été déterminante. Pour certains criminologues, la criminalité a baissé parce qu’une partie des délinquants est désormais sous les verrous ! Aux États-Unis, le nombre de prisonniers a doublé dans les vingt dernières années. En Grande-Bretagne et en Australie aussi. Le message serait donc clair : la répression paye. Sauf que cette théorie répressive ne marche pas partout. Aux Pays-Bas et au Canada, la criminalité a également chuté alors que le nombre de prisonniers n’a pas augmenté et qu’il n’y a pas eu de mobilisation générale de la police. À New York, le taux d’incarcération est beaucoup moins important qu’à Los Angeles ou Chicago et les résultats se révèlent bien meilleurs ! Il faut donc trouver d’autres explications que la seule action policière.

• Une baisse démographique ? Certains experts ont avancé un argument démographique : le vieillissement de la population. Il y a moins de jeunes donc moins de délinquants. Steven Levitt a même soutenu dans son best-seller Freakonomics que l’avortement, dans les années 1970, avait été un facteur déterminant : dans les milieux les plus défavorisés où se recrutent le plus de délinquants, on fait désormais moins d’enfants.

Cependant, ce facteur démographique a lui aussi été contesté. À Londres et dans nombre de villes américaines, le taux de jeunes n’a pas diminué de façon significative alors que la criminalité s’est effondrée. C’est peut-être alors que les jeunes sont désormais scolarisés plus longtemps, donc mieux éduqués ? L’économiste Jessica Wolpaw Reyes a inventé une théorie pour le moins étonnante : la rénovation du plomb dans l’essence serait l’explication du déclin de la violence. En somme, moins de plomb entraîne moins de débiles (par saturnisme) donc moins de délinquants !

• La fin de l’« épidémie de crack ». Un autre phénomène semble avoir compté : la chute de la consommation du crack (un dérivé de la cocaïne). Cette drogue avait fait des ravages durant les années 1980 : elle exacerbait non seulement la guerre des gangs, mais poussait les drogués à commettre de nombreux délits pour se payer leur dose. L’épidémie de crack a commencé à baisser aux États-Unis au début des années 1990, et cette chute épouse celle de la criminalité. Cela ne veut pas dire que la consommation de drogue diminue globalement, mais elle est moins criminogène. Les « junkies » des années 1980 sont moins nombreux et la drogue a changé de nature.

• Les alarmes et la surveillance. Si les atteintes aux biens baissent, c’est, selon le criminologue néerlandais Jan Van Dijk, parce qu’il est moins facile de voler : magasins, entreprises, habitations, automobiles sont équipés de dispositifs de surveillance de plus en plus nombreux et sophistiqués. La chute spectaculaire des vols de voitures est incontestablement liée aux alarmes et aux puces électroniques antivol dont elles sont équipées. En revanche, les « vols à la tire » de portefeuilles et de téléphones portables ont explosé, même s’ils font l’objet de beaucoup moins de plaintes.

• Retour de la croissance. La dynamique de croissance qui a marqué les États-Unis et la Grande-Bretagne dans les années 1990-2000 a également été évoquée. Mais dans ce cas, la crise depuis 2008 aurait dû s’accompagner d’une flambée de la criminalité dans les pays les plus touchés par la crise. Cela n’a pas été le cas. The Economist plaide pour une convergence de facteurs tout en reconnaissant qu’au final, la chute de la criminalité reste à la fois une sorte de petit miracle et une énigme non résolue.

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Le cas new-yorkais

À fin des années 1980, le taux de criminalité a atteint des pics à New York. C’est alors que fut élu le républicain Rudolf Giuliani (1994-2001). Il décida de chasser de la ville criminels,
 prostituées, SDF…
La présence policière fut renforcée, des actions commandos mises en place, une politique de contrôle systématique imposée à la population. Entre 1993 et 1998, le nombre annuel de 
meurtres a été divisé
par trois, la délinquance ordinaire a chuté. 
Certains ont parlé d’un véritable miracle et proposé que le « peace maker » R. Giuliani soit lauréat du prix Nobel de la paix : grâce à lui, des milliers de vies et de victimes potentielles ont été épargnées.

Les experts criminologues sont plus dubitatifs. Dans son livre The City That Became Safe (2012), Franklin M. Zimring, criminologue à Chicago, avance deux idées clés. Le rôle de la police a été décisif. F.M. Zimring n’hésite pas à le dire et à se démarquer des positions habituelles des criminologues prompts à considérer que seules les politiques sociales peuvent durablement venir à bout de la criminalité. Selon l’auteur, la chute de la criminalité
à New York s’est effectuée à niveau socio-économique équivalent. C’est donc bien l’action de la police qui a été déterminante.

Pour autant, ce n’est pas la politique de « tolérance zéro » qui a payé. À New York, le nombre de criminels mis sous les verrous a moins augmenté qu’ailleurs (20 % dans les années 1990-2000). L’action principale de la police a consisté à déminer le terrain par des quadrillages ciblés, concentrés sur des points chauds, accompagnés de contrôles systématiques (procédures de « stop and frisk ») : arrestations, fouilles, harcèlement des criminels ont abouti à nettoyer une à une les zones de trafics et d’agressions.

Achille Weinberg

Voir aussi:

États-Unis: le crime à son plus bas niveau

À New York, le changement a été radical. Au début des années 90, 700 000 crimes étaient rapportés chaque année. L’an dernier, moins de 105 000 crimes ont été signalés aux autorités.

Nicolas Bérubé

La Presse

15 juillet 2012

(Los Angeles) Durant des années, un gardien armé était posté jour et nuit devant les ateliers remplis d’outils spécialisés du Los Angeles Department of Water and Power, rue Hoover. Puis, un matin, le gardien n’était plus là.

«Ça fait deux ou trois ans de cela, se souvient Carlos Mendes, propriétaire d’une petite boutique d’antiquités, en face. La protection intensive, ça fait partie d’une autre époque. Aujourd’hui, le quartier est beaucoup plus sûr.»

La nuit, M. Mendes avait l’habitude de s’endormir au son des rotors d’hélicoptères de la police de Los Angeles (LAPD), qui patrouillaient dans le secteur. «Maintenant, les jeunes familles achètent des maisons par ici et font des rénovations. Les gens se promènent le soir. C’est un changement radical.»

Ce qui se passe rue Hoover n’est pas un cas isolé. Les actes de violence et les crimes sont à leur plus bas niveau en 40 ans aux États-Unis, selon les données du gouvernement fédéral.

À Los Angeles, le nombre de crimes chute chaque année depuis 10 ans. L’an dernier, 298 homicides ont été commis sur le territoire du LAPD. Au milieu des années 90, plus de 1200 meurtres étaient enregistrés annuellement. Tout ça, dans une ville dont la population croit constamment.

Même les quartiers durs ont vu la violence diminuer. Compton, par exemple, a connu 17 meurtres en 2011, une baisse de 60 % par rapport à 2007.

À New York, le changement a aussi été radical. Au début des années 90, 700 000 crimes étaient rapportés chaque année. L’an dernier, moins de 105 000 crimes ont été signalés aux autorités.

Qu’est-ce qui a changé? George Tita, professeur au département de criminologie de l’Université de la Californie à Irvine, dit être surpris de voir la violence et la criminalité baisser, et ce, malgré la hausse du taux de chômage.

«Le nombre d’Américains qui vivent dans la pauvreté a augmenté depuis la crise financière de 2008, dit-il en entrevue avec La Presse. Le stress, la frustration, le manque de revenus: tout ça semble laisser présager une hausse de la criminalité. Or, le contraire s’est produit.»

Les experts ont cité plusieurs causes possibles, allant de la fin de l’épidémie de crack des années 90 à la hausse du niveau d’incarcération, ce qui garde les criminels loin de la rue.

Pour M. Tita, ces facteurs jouent un rôle, tout comme l’émergence de l’internet et des téléphones cellulaires.

«Avant, les vendeurs de drogue occupaient les coins de rue, ce qui créait un climat d’intimidation. Aujourd’hui, ils correspondent avec leurs clients par messages texte.»

Les jeunes hommes – groupe traditionnellement responsable d’une partie importante des crimes – passent aussi plus de temps à l’intérieur.

«La violence survient quand il y a des jeunes qui n’ont rien à faire, dit M. Tita. Depuis quelques années, les jeunes sont sur Facebook ou devant des jeux vidéo. Ils trainent moins dans la rue.»

La passion du moment

Dans un récent entretien au réseau NPR, l’ancien chef de la police de New York et de Los Angeles, William Bratton, a dit qu’il faut d’abord remercier la police pour la baisse de la criminalité.

Sous sa supervision, la police de New York et de Los Angeles a commencé à travailler sur les crimes dits «liés à la qualité de vie». Les gens qui sautaient les tourniquets dans le métro, par exemple, ou les petits revendeurs de drogue qui opéraient impunément au coin des rues.

«En contrôlant les comportements, la police a, dans les faits, lancé le message que la loi est là pour être respectée, a-t-il dit. Une personne est prise dans la passion du moment et décide de commettre un crime. C’est ici que la police entre en jeu. La police est là pour contrôler les comportements.»

Frank E. Zimring n’y croit pas. Professeur de droit à l’Université Berkeley et auteur de plusieurs livres sur la violence dans la société américaine, M. Zimring est l’un des experts les plus souvent cités en matière de prévention de la criminalité aux États-Unis.

Les efforts des policiers dans les quartiers chauds de New York et de Los Angeles sont louables et ont contribué à améliorer la qualité de vie des résidants, note-t-il. «Mais ces changements n’expliquent pas tout. Ceux qui y voient une réponse définitive font fausse route», explique-t-il en entrevue téléphonique.

Si la baisse s’expliquait par des changements dans le fonctionnement de la police dans les grandes villes, alors pourquoi observe-t-on une diminution du crime de façon uniforme, partout aux États-Unis? demande-t-il.

M. Zimring fait remarquer que l’Occident au complet – et notamment le Canada – a connu une baisse du taux de criminalité au cours des 20 dernières années.

«L’internet, les cellulaires et les jeux vidéo ne peuvent expliquer la baisse, car les crimes ont commencé à chuter de façon uniforme dans les années 90, avant que ces inventions ne prennent leur envol», dit-il.

Et, pour la première fois depuis les années 70, le taux d’incarcération a commencé à baisser aux États-Unis, en 2007. Jumelé avec une hausse spectaculaire du chômage, cela aurait dû créer un mélange explosif, note M. Zimring.

Voir également:

ÉTATS-UNIS

Mais pourquoi la criminalité baisse ?

Malgré la récession, les crimes et délits sont en net recul. Les spécialistes se creusent les méninges pour expliquer le phénomène.

The Economist

traduction Courrier international

23 juin 2011

Voilà qui semble une évidence : en période de récession, le taux de criminalité augmente. Pourtant, depuis le début de la crise financière, la hausse du taux de chômage s’est accompagnée d’une baisse du taux de criminalité. Entre 2008 et 2009, les crimes avec violence ont reculé de 5,3 % et les infractions contre les biens de 4,6 %. La baisse s’est poursuivie de 2009 à 2010, avec une diminution de 5,5 % et 2,8 % respectivement. Le vol qualifié (une infraction que l’on pourrait s’attendre à voir se multiplier en temps de crise) a même reculé de 9,5 % entre 2009 et 2010. D’une manière générale, les crimes avec violence sont à leur niveau le plus bas depuis quarante ans et les homicides à leur niveau le plus bas depuis cinquante ans.

A en croire les spécialistes, cela n’aurait pas dû se produire. James Wilson, l’auteur de la fameuse théorie du “carreau cassé” en matière de prévention de la délinquance [selon laquelle il faut réparer immédiatement toute dégradation sous peine de les voir se multiplier] avait annoncé en 1995 que le pays compterait en l’an 2000 “30 000 jeunes agresseurs, meurtriers et voleurs de plus qu’aujourd’hui”. Un an plus tard, le politologue John DiLulio mettait en garde contre un raz-de-marée d’“adolescents superprédateurs” qui, à l’horizon 2010, allaient semer le chaos. Pourtant, au moment même où ils formalisaient leurs prédictions, la criminalité avait déjà commencé à baisser et, hormis une légère hausse entre 2004 et 2006, elle n’a cessé de reculer depuis 1991.

Si personne n’avait prévu la baisse spectaculaire de la délinquance des années 1990, les théories pour l’expliquer rétrospectivement abondent. Certains l’attribuent à l’amélioration des stratégies policières. D’autres mettent en avant l’accès de plus en plus large à l’avortement, qui a permis de diminuer les naissances d’enfants de mères adolescentes, célibataires et pauvres – ceux, en d’autres termes, qui ont le plus de risques de sombrer dans la délinquance à l’adolescence. Parmi les autres facteurs avancés figurent le déclin des violences liées au trafic de crack et l’augmentation du taux d’incarcération.

Mais si ces facteurs peuvent expliquer la baisse de la criminalité depuis la fin des années 1980, ils ne disent rien de sa chute spectaculaire au cours des deux dernières années. Pour cela, le criminologue Al Blumstein, qui dirige le National Consortium on Violence Research (NCOVR), avance un “effet Obama” : l’élection du premier président noir de l’histoire des Etats-Unis aurait éloigné de la violence un nombre important de jeunes Noirs. De fait, entre 2008 et 2009, le nombre de Noirs arrêtés pour homicide ou vol a reculé de 2 %. Une autre hypothèse pointe du doigt le plomb. En effet, des liens ont été mis en évidence entre exposition au plomb dans l’enfance et comportement délinquant à l’âge adulte. Jessica Wolpaw Reyes, économiste au Amherst College, estime que la moindre exposition des petits Américains au plomb explique pour une bonne part la diminution des crimes violents dans les années 1990. D’autres enfin mettent en cause ces éternels épouvantails que sont les jeux vidéo et Internet, arguant qu’ils permettent de maintenir les individus à l’intérieur de leur foyer et donc de les tenir éloignés du crime et des drogues.

Voir enfin:

La criminalité continue de baisser dans les pays riches malgré la crise

Grégoire Fleurot

Slate

22 juillet 2013

Que vous soyez spécialiste de la question ou pas, vous avez sans doute déjà entendu cette théorie: quand les temps sont durs, la criminalité augmente. Pourtant, malgré une croissance économique stagnante et un chômage élevé, la criminalité a baissé dans la plupart des pays riches au cours de la dernière décennie.

L’hebdomadaire britannique The Economist s’est intéressé dans un long article à cette tendance plutôt contre-intuitive qui a commencé en 1991 aux Etats-Unis, autour de 1995 en Grande-Bretagne et en 2001 en France pour les atteintes aux biens.

Comment expliquer cette tendance générale qu’un rapide coup d’œil aux statistiques des Nations unies suffit à vérifier? Si la démographie est sans doute un facteur (la population vieillit, alors que ce sont les hommes de 16 ans à 24 ans qui commettent la plupart des crimes), The Economiste souligne qu’elle ne peut pas expliquer à elle seule la baisse spectaculaire d’un certain type de criminalité dans des villes comme New York, Los Angeles ou Londres.

D’autres hypothèses, comme l’augmentation du nombre de prisonniers, sont difficiles à prouver: si la population carcérale a doublé en Grande-Bretagne, en Australie et aux Etats-Unis, elle a diminués au Canada et aux Pays-Bas, pays qui ont aussi connu une baisse de la criminalité.

Le blog de «factchecking» de la chaîne britannique Channel 4 s’est également posé la question, alors que les autorités viennent d’annoncer une nouvelle baisse de la criminalité malgré des réductions budgétaires significatives, et rappelle que «la plupart des experts concluent que les causes du crime sont si complexes que les changements économiques seuls ne l’emportent pas forcément sur d’autres facteurs».

Le Guardian expliquait quand à lui en avril dernier que certains autres éléments concrets, comme de meilleurs antivols sur les voitures ou des portes et serrures plus résistantes rendaient les atteintes aux biens plus difficiles aujourd’hui. La technologie, qu’il s’agisse des tests d’ADN, de la localisation par téléphone portable ou des caméras de surveillance, a augmenté le risque de se faire prendre.

Selon The Economist, l’explication la plus convaincante est plus simple encore. La police fait mieux son travail:

«Une combinaison du fait que les policiers parlent aux habitants des quartiers où ils travaillent et du ciblage intensif des endroits mal famés a transformé la manière dont les rues sont protégées.»

Si le poids de chaque facteur reste impossible à déterminer, la majorité des experts semblent aujourd’hui s’accorder sur un point: l’augmentation de la criminalité qui a eu lieu un peu partout entre les années 1950 et les années 1980 ressemble de plus en plus à une anomalie de l’histoire.


Diversité: L’enfer, c’est les autres, mais j’ai besoin des oeufs ! (Hell is other people, but I need the eggs ! – How diversity is eating away at trust)

1 décembre, 2013
http://consumertraveler.com/wp-content/uploads/In-God-.jpghttp://edge.liveleak.com/80281E/ll_a_s/2013/Oct/23/LiveLeak-dot-com-f83_1382554898-USHasSpent37TrillionOnWelfareOverPast5Yearsprev.jpg?d5e8cc8eccfb6039332f41f6249e92b06c91b4db65f5e99818badf93454dddd05891&ec_rate=230Mais, quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre? Jésus (Luc 18: 8)
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10: 34-36)
Je pensais à cette vieille blague, vous savez, ce-ce-ce type va chez un psychiatre et dit : « Doc, euh, mon frère est fou. Il se prend pour un poulet. » Et, euh, le docteur dit : « Et bien, pourquoi ne le faites-vous pas enfermer ? » Et le type dit : « J’aimerais bien, mais j’ai besoin des œufs. » Et bien, je crois que c’est ce que je ressens au sujet des relations. Vous savez, elles sont totalement irrationnelles et folles et absurdes et… mais, euh, je crois qu’on continue parce que, euh, la plupart d’entre nous ont besoin des œufs…  Woody Allen
Nous venons de terminer le cinquième exercice depuis que le président Obama a pris ses fonctions. Durant ces cinq années, le gouvernement fédéral a dépensé un total de 3,7  mille milliard de dollars pour environ 80 programmes sous condition de ressources différents contre la pauvreté et de protection sociale. La caractéristique commune des programmes d’aide sous condition de ressources est qu’ils sont gradués par apport au revenu d’une personne et que, contrairement aux programmes tels que la sécurité sociale ou l’assurance-maladie, ils sont un avantage gratuit sans aucune contribution du bénéficiaire. La somme énorme dépensée pourl’assistance sous condition de ressources est près de cinq fois supérieure au montant combiné consacré à la NASA et à l’éducation et à tous les projets de transport de compétence fédérale au cours de cette époque. (3,7 mille milliards de dollars n’est pas encore la totalité du montant dépensé pour le soutien fédéral de la pauvreté, les États membres contribuant pour plus de 200 milliards de dollars chaque année à ce lien fédéral, principalement sous forme de soins de santé gratuits à faible revenu.) Parce que le budget de l’aide sociale est tellement fragmenté — les coupons alimentaires ne sont qu’un des 15 programmes fédéraux qui fournissent une aide alimentaire, cela rend le contrôle efficace presque impossible, tout en masquant l’étendue tant aux contribuables qu’aux législateurs. Par exemple, il est plus facile pour les législateurs opposés aux réformes de s’opposer à des économies de coupons alimentaires en occultant le fait qu’un ménage qui reçoit des coupons alimentaires a souvent simultanément  droit à une myriade de programmes d’aide fédéraux y compris l’assistance de trésorerie, les logements subventionnés, les soins médicaux gratuits, la garde d’enfants gratuite et l’assistance énergétique à la maison. Commission sénatoriale du Budget
"Il est temps que l’Amérique comprenne que beaucoup des plus grandes disparités de la nation, de l’éducation à la pauvreté et à l’espérance de vie sont de plus en plus liées à la position de classe économique, » a déclaré William Julius Wilson, professeur de Harvard spécialiste des questions raciales et de la pauvreté. Il note par ailleurs que, malgré la persistance des difficultés économiques, les minorités sont plus optimistes quant à l’avenir après l’élection d’Obama, ce qui n’est pas les blancs qui se débattait. « Il y a la possibilité réelle que l’aliénation blanche va augmenter si des mesures ne sont pas prises pour mettre en évidence et lutter contre l’inégalité sur un large front, » a dit Ted Wilson. Parfois appelé "les pauvres invisibles" par les démographes, les blancs à faible revenu sont généralement dispersés dans les banlieues, mais aussi les petites villes rurales, où plus de 60% des pauvres sont blancs. Concentrés dans les Appalaches à l’est, ils sont également nombreux dans le Midwest industriel et  à travers le cœur de l’Amérique, du Missouri, de l’Arkansas et de l’Oklahoma jusqu’aux grandes plaines. Plus de 19 millions de blancs sont tombésen dessous du seuil de pauvreté de 23 021 $ pour une famille de quatre, représentant plus de 41 % de la nation démunis, près du double le nombre de pauvres noirs. CS monitor
"L’enfer c’est les autres" a été toujours mal compris. On a cru que je voulais dire par là que nos rapports avec les autres étaient toujours empoisonnés, que c’était toujours des rapports infernaux. Or, c’est tout autre chose que je veux dire. Je veux dire que si les rapports avec autrui sont tordus, viciés, alors l’autre ne peut être que l’enfer. Pourquoi ? Parce que les autres sont, au fond, ce qu’il y a de plus important en nous-mêmes, pour notre propre connaissance de nous-mêmes. Quand nous pensons sur nous, quand nous essayons de nous connaître, au fond nous usons des connaissances que les autres ont déjà sur nous, nous nous jugeons avec les moyens que les autres ont, nous ont donné, de nous juger. Quoi que je dise sur moi, toujours le jugement d’autrui entre dedans. Quoi que je sente de moi, le jugement d’autrui entre dedans. Ce qui veut dire que, si mes rapports sont mauvais, je me mets dans la totale dépendance d’autrui et alors, en effet, je suis en enfer. Et il existe une quantité de gens dans le monde qui sont en enfer parce qu’ils dépendent trop du jugement d’autrui. Mais cela ne veut nullement dire qu’on ne puisse avoir d’autres rapports avec les autres, ça marque simplement l’importance capitale de tous les autres pour chacun de nous. Sartre
Chacun se croit seul en enfer et c’est cela l’enfer. René Girard
De toutes les menaces qui pèsent sur nous, la plus redoutable, nous le savons, la seule réelle, c’est nous-mêmes. René Girard
Ce ne sont pas les différences qui provoquent les conflits mais leur effacement. René Girard
Aucun nombre de bombes atomiques ne pourra endiguer le raz de marée constitué par les millions d’êtres humains qui partiront un jour de la partie méridionale et pauvre du monde, pour faire irruption dans les espaces relativement ouverts du riche hémisphère septentrional, en quête de survie. Boumediene (mars 1974)
Un jour, des millions d’hommes quitteront le sud pour aller dans le nord. Et ils n’iront pas là-bas en tant qu’amis. Parce qu’ils iront là-bas pour le conquérir. Et ils le conquerront avec leurs fils. Le ventre de nos femmes nous donnera la victoire. Houari Boumediene (ONU, 10.04.74)
Nous avons 50 millions de musulmans en Europe. Il y a des signes qui attestent qu’Allah nous accordera une grande victoire en Europe, sans épée, sans conquête. Les 50 millions de musulmans d’Europe feront de cette dernière un continent musulman. Allah mobilise la Turquie, nation musulmane, et va permettre son entrée dans l’Union Européenne. Il y aura alors 100 millions de musulmans en Europe. L’Albanie est dans l’Union européenne, c’est un pays musulman. La Bosnie est dans l’Union européenne, c’est un pays musulman. 50% de ses citoyens sont musulmans. L’Europe est dans une fâcheuse posture. Et il en est de même de l’Amérique. Elles [les nations occidentales] devraient accepter de devenir musulmanes avec le temps ou bien de déclarer la guerre aux musulmans. Kadhafi (10.04.06) 
Et si Raspail, avec "Le Camp des Saints", n’était ni un prophète ni un romancier visionnaire, mais simplement un implacable historien de notre futur? Jean Cau
Le 17 février 2001, un cargo vétuste s’échouait volontairement sur les rochers côtiers, non loin de Saint-Raphaël. À son bord, un millier d’immigrants kurdes, dont près de la moitié étaient des enfants. « Cette pointe rocheuse faisait partie de mon paysage. Certes, ils n’étaient pas un million, ainsi que je les avais imaginés, à bord d’une armada hors d’âge, mais ils n’en avaient pas moins débarqué chez moi, en plein décor du Camp des saints, pour y jouer l’acte I. Le rapport radio de l’hélicoptère de la gendarmerie diffusé par l’AFP semble extrait, mot pour mot, des trois premiers paragraphes du livre. La presse souligna la coïncidence, laquelle apparut, à certains, et à moi, comme ne relevant pas du seul hasard. Jean Raspail
Qu’est-ce que Big Other ? C’est le produit de la mauvaise conscience occidentale soigneusement entretenue, avec piqûres de rappel à la repentance pour nos fautes et nos crimes supposés –  et de l’humanisme de l’altérité, cette sacralisation de l’Autre, particulièrement quand il s’oppose à notre culture et à nos traditions. Perversion de la charité chrétienne, Big Other a le monopole du Vrai et du Bien et ne tolère pas de voix discordante. Jean Raspail
Ce qui m’a frappé, c’est le contraste entre les opinions exprimées à titre privé et celles tenues publiquement. Double langage et double conscience… À mes yeux, il n’y a pire lâcheté que celle devant la faiblesse, que la peur d’opposer la légitimité de la force à l’illégitimité de la violence. Jean Raspail
La véritable cible du roman, ce ne sont pas les hordes d’immigrants sauvages du tiers-monde, mais les élites, politiques, religieuses, médiatiques, intellectuelles, du pays qui, par lâcheté devant la faiblesse, trahissent leurs racines, leurs traditions et les valeurs de leur civilisation. En fourriers d’une apocalypse dont ils seront les premières victimes. Chantre des causes dé sespérées et des peuples en voie de disparition, comme son œuvre ultérieure en témoigne, Jean Raspail a, dans ce grand livre d’anticipation, incité non pas à la haine et à la discrimination, mais à la lucidité et au courage. Dans deux générations, on saura si la réalité avait imité la fiction. Bruno de Cessole
Délinquants itinérants issus des gens du voyage ou «petites mains» pilotées à distance par des mafias des pays de l’Est, ces bandes de cambrioleurs ignorant les frontières n’hésitent plus à couvrir des centaines de kilomètres lors de raids nocturnes pour repérer puis investir des demeures isolées. En quelques années, les «voleurs dans la loi» géorgiens sont devenus les «aristocrates» de la discipline. Organisés de façon quasi militaire et placés sous la férule de lieutenants, ces «Rappetout» venus du froid écument avec méthode les territoires les plus «giboyeux» du pays, notamment dans le Grand Ouest, les régions Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d’Azur ou encore Languedoc-Roussillon. Selon une estimation récente, la valeur marchande de leur colossal butin frise les 200.000 euros par semaine. Continuant à se propager dans les grandes villes, le fléau gangrène à une vitesse étourdissante les campagnes et les petites agglomérations: entre 2007 et 2012, le nombre de villas et résidences «visitées» en zone gendarmerie a bondi de 65 %. Soit 35.361 faits constatés de plus en cinq ans. En plein cœur du département de la Marne, où les cambriolages ont flambé de 47 % en un an, des clans albanais retranchés près de Tirana ont dépêché des «soldats» pour piller des maisons de campagne situées dans des villages jusque-là préservés tels que Livry-Louvercy, aux Petites-Loges ou encore à Gueux. Le Figaro
Le tout virtuel ne marche pas. Si les solutions pour travailler à distance existent, rien ne remplace le contact humain nécessaire au bon fonctionnement d’une entreprise. A la longue, communiquer uniquement par mail ou par téléphone devient pénible. Gauthier Toulemonde
En présence de la diversité, nous nous replions sur nous-mêmes. Nous agissons comme des tortues. L’effet de la diversité est pire que ce qui avait été imaginé. Et ce n’est pas seulement que nous ne faisons plus confiance à ceux qui ne sont pas comme nous. Dans les communautés diverses, nous ne faisons plus confiance à ceux qui nous ressemblent. Robert Putnam
Page appelle ça le "paradoxe de diversité." Il pense que les effets à la fois positifs et négatifs de la diversité peuvent coexister dans les communautés, mais qu’il doit y avoir une limite." Si l’investissement civique tombe trop bas, il est facile d’imaginer que les effets positifs de la diversité puissent tout aussi bien commencer à s’affaiblir. Michael Jonas
Americans don’t trust each other anymore. We’re not talking about the loss of faith in big institutions such as the government, the church or Wall Street, which fluctuates with events. For four decades, a gut-level ingredient of democracy — trust in the other fellow — has been quietly draining away. These days, only one-third of Americans say most people can be trusted. Half felt that way in 1972, when the General Social Survey first asked the question. Forty years later, a record high of nearly two-thirds say “you can’t be too careful” in dealing with people. (…) Does it matter that Americans are suspicious of one another? Yes, say worried political and social scientists. What’s known as “social trust” brings good things. A society where it’s easier to compromise or make a deal. Where people are willing to work with those who are different from them for the common good. Where trust appears to promote economic growth. Distrust, on the other hand, seems to encourage corruption. At the least, it diverts energy to counting change, drawing up 100-page legal contracts and building gated communities. Even the rancor and gridlock in politics might stem from the effects of an increasingly distrustful citizenry, said April K. Clark, a Purdue University political scientist and public opinion researcher. “It’s like the rules of the game,” Clark said. “When trust is low, the way we react and behave with each other becomes less civil.” (…) There’s no single explanation for Americans’ loss of trust. The best-known analysis comes from “Bowling Alone” author Robert Putnam’s nearly two decades of studying the United States’ declining “social capital,” including trust. Putnam says Americans have abandoned their bowling leagues and Elks lodges to stay home and watch TV. Less socializing and fewer community meetings make people less trustful than the “long civic generation” that came of age during the Depression and World War II. Connie Cass

A l’heure où même les plus démagogiques de nos dirigeants atteignent des sommets d’impopularité …

Et où, attirés par le grand festin de l’Etat-tout-Providence, les réfugiés économiques du Tiers-Monde comme les nouveaux barbares de l’est déferlent par vagues entières sur nos côtes et nos villes …

Pendant que, par manque de contact humain, un chef d’entreprise français, pourtant armé des dernières technologies numériques et d’un sacré sens de l’auto-promotion, se voit contraint après 40 jours à peine de mettre un terme à son expérience de Robinson virtuel …

Comment ne pas voir avec les résultats d’une grande enquête américaine sur les modes de vie …

Que contre les prédictions les plus naïves ou les plus roublardes de nos hérauts de la diversité …

Mais conformément aux prévisions des plus lucides de nos sociologues ou, accessoirement, de nos propres Evangiles …

Ce n’est pas nécessairement, derrière les spectaculaires et indéniables prodiges de nos nouvelles technologies, à plus de paix et d’harmonie que va aboutir le formidable rassemblement de population – proprement inouï dans l’Histoire de l’humanité – que nous connaissons actuellement …

Mais bien, très probablement, à des niveaux de conflit dont nous n’avons pas encore idée ?

In God we trust, maybe, but not each other

Connie Cass

WASHINGTON (AP) — You can take our word for it. Americans don’t trust each other anymore.

We’re not talking about the loss of faith in big institutions such as the government, the church or Wall Street, which fluctuates with events. For four decades, a gut-level ingredient of democracy — trust in the other fellow — has been quietly draining away.

These days, only one-third of Americans say most people can be trusted. Half felt that way in 1972, when the General Social Survey first asked the question.

Forty years later, a record high of nearly two-thirds say “you can’t be too careful” in dealing with people.

An AP-GfK poll conducted last month found that Americans are suspicious of each other in everyday encounters. Less than one-third expressed a lot of trust in clerks who swipe their credit cards, drivers on the road, or people they meet when traveling.

“I’m leery of everybody,” said Bart Murawski, 27, of Albany, N.Y. “Caution is always a factor.”

Does it matter that Americans are suspicious of one another? Yes, say worried political and social scientists.

What’s known as “social trust” brings good things.

A society where it’s easier to compromise or make a deal. Where people are willing to work with those who are different from them for the common good. Where trust appears to promote economic growth.

Distrust, on the other hand, seems to encourage corruption. At the least, it diverts energy to counting change, drawing up 100-page legal contracts and building gated communities.

Even the rancor and gridlock in politics might stem from the effects of an increasingly distrustful citizenry, said April K. Clark, a Purdue University political scientist and public opinion researcher.

“It’s like the rules of the game,” Clark said. “When trust is low, the way we react and behave with each other becomes less civil.”

There’s no easy fix.

In fact, some studies suggest it’s too late for most Americans alive today to become more trusting. That research says the basis for a person’s lifetime trust levels is set by his or her mid-twenties and unlikely to change, other than in some unifying crucible such as a world war.

People do get a little more trusting as they age. But beginning with the baby boomers, each generation has started off adulthood less trusting than those who came before them.

The best hope for creating a more trusting nation may be figuring out how to inspire today’s youth, perhaps united by their high-tech gadgets, to trust the way previous generations did in simpler times.

There are still trusters around to set an example.

Pennsylvania farmer Dennis Hess is one. He runs an unattended farm stand on the honor system.

Customers pick out their produce, tally their bills and drop the money into a slot, making change from an unlocked cashbox. Both regulars and tourists en route to nearby Lititz, Pa., stop for asparagus in spring, corn in summer and, as the weather turns cold, long-neck pumpkins for Thanksgiving pies.

“When people from New York or New Jersey come up,” said Hess, 60, “they are amazed that this kind of thing is done anymore.”

Hess has updated the old ways with technology. He added a video camera a few years back, to help catch people who drive off without paying or raid the cashbox. But he says there isn’t enough theft to undermine his trust in human nature.

“I’ll say 99 and a half percent of the people are honest,” said Hess, who’s operated the produce stand for two decades.

There’s no single explanation for Americans’ loss of trust.

The best-known analysis comes from “Bowling Alone” author Robert Putnam’s nearly two decades of studying the United States’ declining “social capital,” including trust.

Putnam says Americans have abandoned their bowling leagues and Elks lodges to stay home and watch TV. Less socializing and fewer community meetings make people less trustful than the “long civic generation” that came of age during the Depression and World War II.

University of Maryland Professor Eric Uslaner, who studies politics and trust, puts the blame elsewhere: economic inequality.

Trust has declined as the gap between the nation’s rich and poor gapes ever wider, Uslaner says, and more and more Americans feel shut out. They’ve lost their sense of a shared fate. Tellingly, trust rises with wealth.

“People who believe the world is a good place and it’s going to get better and you can help make it better, they will be trusting,” Uslaner said. “If you believe it’s dark and driven by outside forces you can’t control, you will be a mistruster.”

African-Americans consistently have expressed far less faith in “most people” than the white majority does. Racism, discrimination and a high rate of poverty destroy trust.

Nearly 8 in 10 African-Americans, in the 2012 survey conducted by NORC at the University of Chicago with principal funding from the National Science Foundation, felt that “you can’t be too careful.” That figure has held remarkably steady across the 25 GSS surveys since 1972.

The decline in the nation’s overall trust quotient was driven by changing attitudes among whites.

It’s possible that people today are indeed less deserving of trust than Americans in the past, perhaps because of a decline in moral values.

“I think people are acting more on their greed,” said Murawski, a computer specialist who says he has witnessed scams and rip-offs. “Everybody wants a comfortable lifestyle, but what are you going to do for it? Where do you draw the line?”

Ethical behavior such as lying and cheating are difficult to document over the decades. It’s worth noting that the early, most trusting years of the GSS poll coincided with Watergate and the Vietnam War. Trust dropped off in the more stable 1980s.

Crime rates fell in the 1990s and 2000s, and still Americans grew less trusting. Many social scientists blame 24-hour news coverage of distant violence for skewing people’s perceptions of crime.

Can anything bring trust back?

Uslaner and Clark don’t see much hope anytime soon.

Thomas Sander, executive director of the Saguaro Seminar launched by Putnam, believes the trust deficit is “eminently fixable” if Americans strive to rebuild community and civic life, perhaps by harnessing technology.

After all, the Internet can widen the circle of acquaintances who might help you find a job. Email makes it easier for clubs to plan face-to-face meetings. Googling someone turns up information that used to come via the community grapevine.

But hackers and viruses and hateful posts eat away at trust. And sitting home watching YouTube means less time out meeting others.

“A lot of it depends on whether we can find ways to get people using technology to connect and be more civically involved,” Sander said.

“The fate of Americans’ trust,” he said, “is in our own hands.”

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Associated Press Director of Polling Jennifer Agiesta and AP News Survey Specialist Dennis Junius contributed to this report.

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Online:

AP-GfK Poll: http://www.ap-gfkpoll.com

General Social Survey: http://www3.norc.org/GSS+Website

Voir aussi:

L’exil du patron Robinson sur une île déserte touche à sa fin

Isabelle de Foucaud

le Figaro

18/11/2013

Gauthier Toulemonde est parti 40 jours sur une île de l’archipel indonésien pour démontrer que le télétravail n’est plus une utopie avec les technologies de communication.

Gauthier Toulemonde, qui a décidé de passer 40 jours sur une île au large de l’Indonésie pour tester des conditions «extrêmes» de télétravail, a pu gérer son entreprise sans encombre. Il sera de retour en France d’ici à la fin de la semaine.

Gauthier Toulemonde prépare ses valises avec le sentiment du devoir accompli. Il doit quitter mardi son île déserte de l’archipel indonésien, longue de 700 mètres, large de 500 et située à cinq heures de bateau du village le plus proche, sur laquelle il vient de passer 40 jours dans des conditions extrêmes. «J’appréhende le retour à la vie moderne après cette longue période de solitude. Je ne sais plus ce que c’est de prendre le métro ou d’être coincé dans les embouteillages», confie-t-il au figaro.fr par téléphone satellitaire ce lundi, à la veille de son départ.

A 54 ans, l’entrepreneur de Saint-André-lez-Lille (Nord), qui a partagé son expérience sur un blog, ne voulait pas seulement réaliser un «rêve d’enfant» en montant cette expédition à la Robinson Crusoé. Certes, il a passé ce séjour dans l’isolement total, mais ultra connecté. Un ordinateur, une tablette numérique et deux téléphones satellitaires alimentés par des panneaux solaires étaient du voyage. «Mon but était de démontrer que je pouvais continuer à gérer mon entreprise à distance, grâce aux nouvelles technologies», explique Gauthier Toulemonde , propriétaire de la société Timbropresse qui publie le mensuel Timbres magazine, et par ailleurs rédacteur en chef de L’Activité immobilière.

Un pari réussi. «Nous avons bouclé, avec mon équipe à distance, chaque magazine dans les délais et avec les mêmes contenus et paginations que d’habitude», se réjouit-il, en assurant avoir assumé sans encombre l’ensemble de ses responsabilités. Choix des sujets, attribution aux journalistes et pigistes, réalisation d’interviews et lancement des pages en production … «Les communications étaient réduites a minima et je privilégiais les échanges par mail plutôt que par téléphone satellitaire, ces appels étant beaucoup plus coûteux.» Le patron Robinson est parti avec un budget de «moins de 10.000 euros», sans sponsor, et s’est fixé comme limite stricte 20 euros de frais Internet par jour.

Les limites du «tout virtuel»

Autre complication: le décalage horaire de six heures (en plus) qui a considérablement rallongé les journées de Gauthier Toulemonde afin qu’il puisse «croiser» un minimum sa dizaine de salariés en France. «Lorsque je prenais du retard sur la rédaction d’un article, en revanche, ce décalage devenait un sérieux avantage pour moi en me donnant un peu plus de temps.»

Si les solutions pour travailler à distance existent et fonctionnent, rien ne remplace le contact humain nécessaire au bon fonctionnement d’une entreprise

Des délais souvent bienvenus alors que ce chef d’entreprise – parti quand même avec des rations de survie de pâtes et de riz – devait en plus assurer sa subsistance en pêchant, chassant ou cueillant des végétaux dès 5 heures du matin. Le tout dans un environnement dominé par des rats, serpents et varans. «Ma plus grande crainte était de perdre ma connexion», confie cependant l’aventurier. Parti en pleine saison des pluies, il a subi des intempéries qui l’ont parfois fait vivre pendant quelques jours sur ses réserves d’énergie.

Ces frayeurs ont-elles refroidi l’enthousiasme de l’entrepreneur pour le télétravail? «Le tout virtuel ne marche pas. Si les solutions pour travailler à distance existent, rien ne remplace le contact humain nécessaire au bon fonctionnement d’une entreprise», conclut Gauthier Toulemonde, en confiant au passage qu’«à la longue, communiquer uniquement par mail ou par téléphone devient pénible».

Voir encore:

Real-life Robinson Crusoe who decided to run his Paris business from a remote Indonesian island goes home after being put off by the snakes, spiders and sky-high phone bills

Gauthier Toulemonde, 54, moved to a 700×500-metre island for 40 days

He scavenged for vegetables and fish, and ‘detoxed from modern life’

Only companion was a ‘rented’ dog that scared off wildlife for him

Says lack of human contact and fear of losing web signal was unbearable

Mia De Graaf

The Daily Mail

 30 November 2013

A French businessman who realised his childhood dream to relocate to a desert island has been driven home by wild Indonesian creatures and unaffordable phone bills.

Gauthier Toulemonde, 54, had been getting increasingly frustrated with his stagnant life commuting from Lille to Paris every day to his office job as a publicist.

Last Christmas, the sorry sight of distinctly un-merry Parisians lugging presents through the station compelled him to finally take a leap.

Deserted: Gauthier Toulemonde, 54, relocated his work as a publicist to one of Indonesia’s 17,000 islands

Deserted: Gauthier Toulemonde, 54, relocated his work as a publicist to one of Indonesia’s 17,000 islands

Moving to one of Indonesia’s 17,000 islands like Robinson Crusoe moved to Trinidad, Mr Toulemonde ‘detoxed from modern life’ by scavenging for food, being in touch with nature, and having little to no contact with other human beings.

His only companion was Gecko, a dog borrowed from a Chinese woman, to scare off the wildlife.

He told The Guardian he wanted to be the first ‘Web Robinson’ to persuade French people to abandon the tiring, demoralising commute and work remotely.

He added: ‘I found myself in Gare Saint Lazare in Paris just before Christmas watching the continuous stream of people passing by.

Idyllic: He was bound by Indonesian law to keep the exact location of the 700×500-metre island a secret

Idyllic: He was bound by Indonesian law to keep the exact location of the 700×500-metre island a secret

‘Web Robinson': Toulemonde filmed his experiment testing if it was possible to work this far from the office

‘Web Robinson': Toulemonde filmed his experiment testing if it was possible to work this far from the office

‘They had this sad look on their faces, even though they were carrying Christmas presents. It had long seemed to me absurd this travelling back and forth to offices.

‘My idea of going away had been growing for a while, but it was on that day, I decided to leave.’

It took him six months – and numerous run-ins with the Indonesian government – to find the perfect uninhabited island for a six-week trial run. Although he managed to persuade officials to let him go, he was ordered by law not to reveal the exact location of the hideaway, that is just 700-by-500 metres.

Finally, in October he set off – with just a tent, four solar panels, a phone, a laptop, rice and pasta for supplies.

Guard dog: Gecko, a dog he borrowed from a Chinese woman, helped scare off the wildlife

Guard dog: Gecko, a dog he borrowed from a Chinese woman, helped scare off the wildlife

Isolated: Toulemonde was banned from revealing the exact location of the uninhabited island

Isolated: Toulemonde was banned from stating the exact location of the uninhabited island in the Indian Ocean

Every day he woke at 5am and went to bed at midnight.

He would scavenge for vegetables on the island and fish in the sea before simply reclining to ‘detox from modern life’.

‘Those days, for me it was like being in quarantine,’ he told Le Figaro.

‘I used the time as a detox from modern life.’

He told Paris Match: ‘What gave me most joy was living – stripped bare – in the closest possible contact with nature. Every day was magical.’

However, it was not stress-free: his company had to publish two editions of Stamps Magazine.

Snakes: Toulemonde was surrounded by Indonesia’s wildlife ranging from small snakes to giant pythons

Snakes: Toulemonde was surrounded by Indonesia’s wildlife ranging from small snakes to giant pythons

Rats: He said living on the island with pests such as rats for any more than 40 days would be too much to handle

Rats: He said living on the island with pests such as rats for any more than 40 days would be too much to handle

Diary: He wrote a blog and made videos tracking his progress. He admitted he won’t go out again

Diary: He wrote a blog and made videos tracking his progress. He admitted he won’t go out again

He allowed himself 20 euros a day for internet to email his employees – and abandoned extortionate phone calls early on.

But after completing his trial, Mr Toulemonde has conceded that he cannot do it forever.

Although he claims the ‘telecommuting’ experiment was a success, he told French broadcasters My TF1 News that the snakes and rats were intolerable – and fear of losing Internet connection was even worse.

The biggest challenge was lack of human contact.

He said: ‘Telecommuting really works but doing everything virtually has its limits. Working from distance might be doable, but nothing can replace human contact.’

Voir par ailleurs:

Exclusive: Signs of declining economic security

Hope Yen

Jul. 28, 2013

ECONOMIC INSECURITY

Chart shows cumulative economic insecurity by age; 2c x 4 inches; 96.3 mm x 101 mm;

WASHINGTON (AP) — Four out of 5 U.S. adults struggle with joblessness, near poverty or reliance on welfare for at least parts of their lives, a sign of deteriorating economic security and an elusive American dream.

Survey data exclusive to The Associated Press points to an increasingly globalized U.S. economy, the widening gap between rich and poor and loss of good-paying manufacturing jobs as reasons for the trend.

The findings come as President Barack Obama tries to renew his administration’s emphasis on the economy, saying in recent speeches that his highest priority is to "rebuild ladders of opportunity" and reverse income inequality.

Hardship is particularly on the rise among whites, based on several measures. Pessimism among that racial group about their families’ economic futures has climbed to the highest point since at least 1987. In the most recent AP-GfK poll, 63 percent of whites called the economy "poor."

"I think it’s going to get worse," said Irene Salyers, 52, of Buchanan County, Va., a declining coal region in Appalachia. Married and divorced three times, Salyers now helps run a fruit and vegetable stand with her boyfriend, but it doesn’t generate much income. They live mostly off government disability checks.

"If you do try to go apply for a job, they’re not hiring people, and they’re not paying that much to even go to work," she said. Children, she said, have "nothing better to do than to get on drugs."

While racial and ethnic minorities are more likely to live in poverty, race disparities in the poverty rate have narrowed substantially since the 1970s, census data show. Economic insecurity among whites also is more pervasive than is shown in government data, engulfing more than 76 percent of white adults by the time they turn 60, according to a new economic gauge being published next year by the Oxford University Press.

The gauge defines "economic insecurity" as experiencing unemployment at some point in their working lives, or a year or more of reliance on government aid such as food stamps or income below 150 percent of the poverty line. Measured across all races, the risk of economic insecurity rises to 79 percent.

"It’s time that America comes to understand that many of the nation’s biggest disparities, from education and life expectancy to poverty, are increasingly due to economic class position," said William Julius Wilson, a Harvard professor who specializes in race and poverty.

He noted that despite continuing economic difficulties, minorities have more optimism about the future after Obama’s election, while struggling whites do not.

"There is the real possibility that white alienation will increase if steps are not taken to highlight and address inequality on a broad front," Wilson said.

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Sometimes termed "the invisible poor" by demographers, lower-income whites are generally dispersed in suburbs as well as small rural towns, where more than 60 percent of the poor are white. Concentrated in Appalachia in the East, they are also numerous in the industrial Midwest and spread across America’s heartland, from Missouri, Arkansas and Oklahoma up through the Great Plains.

More than 19 million whites fall below the poverty line of $23,021 for a family of four, accounting for more than 41 percent of the nation’s destitute, nearly double the number of poor blacks.

Still, while census figures provide an official measure of poverty, they’re only a temporary snapshot. The numbers don’t capture the makeup of those who cycle in and out of poverty at different points in their lives. They may be suburbanites, for example, or the working poor or the laid off.

In 2011 that snapshot showed 12.6 percent of adults in their prime working-age years of 25-60 lived in poverty. But measured in terms of a person’s lifetime risk, a much higher number — 4 in 10 adults — falls into poverty for at least a year of their lives.

The risks of poverty also have been increasing in recent decades, particularly among people ages 35-55, coinciding with widening income inequality. For instance, people ages 35-45 had a 17 percent risk of encountering poverty during the 1969-1989 time period; that risk increased to 23 percent during the 1989-2009 period. For those ages 45-55, the risk of poverty jumped from 11.8 percent to 17.7 percent.

By race, nonwhites still have a higher risk of being economically insecure, at 90 percent. But compared with the official poverty rate, some of the biggest jumps under the newer measure are among whites, with more than 76 percent enduring periods of joblessness, life on welfare or near-poverty.

By 2030, based on the current trend of widening income inequality, close to 85 percent of all working-age adults in the U.S. will experience bouts of economic insecurity.

"Poverty is no longer an issue of ‘them’, it’s an issue of ‘us’," says Mark Rank, a professor at Washington University in St. Louis who calculated the numbers. "Only when poverty is thought of as a mainstream event, rather than a fringe experience that just affects blacks and Hispanics, can we really begin to build broader support for programs that lift people in need."

Rank’s analysis is supplemented with figures provided by Tom Hirschl, a professor at Cornell University; John Iceland, a sociology professor at Penn State University; the University of New Hampshire’s Carsey Institute; the Census Bureau; and the Population Reference Bureau.

Among the findings:

—For the first time since 1975, the number of white single-mother households who were living in poverty with children surpassed or equaled black ones in the past decade, spurred by job losses and faster rates of out-of-wedlock births among whites. White single-mother families in poverty stood at nearly 1.5 million in 2011, comparable to the number for blacks. Hispanic single-mother families in poverty trailed at 1.2 million.

—The share of children living in high-poverty neighborhoods — those with poverty rates of 30 percent or more — has increased to 1 in 10, putting them at higher risk of teen pregnancy or dropping out of school. Non-Hispanic whites accounted for 17 percent of the child population in such neighborhoods, up from 13 percent in 2000, even though the overall proportion of white children in the U.S. has been declining.

The share of black children in high-poverty neighborhoods dropped sharply, from 43 percent to 37 percent, while the share of Latino children ticked higher, from 38 to 39 percent.

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Going back to the 1980s, never have whites been so pessimistic about their futures, according to the General Social Survey, which is conducted by NORC at the University of Chicago. Just 45 percent say their family will have a good chance of improving their economic position based on the way things are in America.

The divide is especially evident among those whites who self-identify as working class: 49 percent say they think their children will do better than them, compared with 67 percent of non-whites who consider themselves working class.

In November, Obama won the votes of just 36 percent of those noncollege whites, the worst performance of any Democratic nominee among that group since 1984.

Some Democratic analysts have urged renewed efforts to bring working-class whites into the political fold, calling them a potential "decisive swing voter group" if minority and youth turnout level off in future elections.

"They don’t trust big government, but it doesn’t mean they want no government," says Republican pollster Ed Goeas, who agrees that working-class whites will remain an important electoral group. "They feel that politicians are giving attention to other people and not them."

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AP Director of Polling Jennifer Agiesta, News Survey Specialist Dennis Junius and AP writer Debra McCown in Buchanan County, Va., contributed to this report.

Voir aussi:

Report: U.S. Spent $3.7 Trillion on Welfare Over Last 5 Years

Dutch King: Say Goodbye to Welfare State

AMSTERDAM September 17, 2013 (AP)

Toby Sterling Associated Press

King Willem-Alexander delivered a message to the Dutch people from the government Tuesday in a nationally televised address: the welfare state of the 20th century is gone.

In its place a "participation society" is emerging, in which people must take responsibility for their own future and create their own social and financial safety nets, with less help from the national government.

The king traveled past waving fans in an ornate horse-drawn carriage to the 13th-century Hall of Knights in The Hague for the monarch’s traditional annual address on the day the government presents its budget for the coming year. It was Willem-Alexander’s first appearance on the national stage since former Queen Beatrix abdicated in April and he ascended to the throne.

"The shift to a ‘participation society’ is especially visible in social security and long-term care," the king said, reading out to lawmakers a speech written for him by Prime Minister Mark Rutte’s government.

"The classic welfare state of the second half of the 20th century in these areas in particular brought forth arrangements that are unsustainable in their current form."

Rutte may be hoping that the pomp and ceremony surrounding the king and his popular wife, Queen Maxima, will provide a diversion from the gloomy reality of a budget full of unpopular new spending cuts he revealed later in the day.

A series of recent polls have shown that confidence in Rutte’s government is at record low levels, and that most Dutch people — along with labor unions, employers’ associations and many economists — believe the Cabinet’s austerity policies are at least partially to blame as the Dutch economy has worsened even as recoveries are underway in neighboring Germany, France and Britain.

After several consecutive years of government spending cuts, the Dutch economy is expected to have shrunk by more than 1 percent in 2013, and the agency is forecasting growth of just 0.5 percent next year.

"The necessary reforms take time and demand perseverance," the king said. But they will "lay the basis for creating jobs and restoring confidence."

Willem-Alexander said that nowadays, people expect and "want to make their own choices, to arrange their own lives, and take care of each other."

The ‘participation society’ has been on its way for some time: benefits such as unemployment compensation and subsidies on health care have been regularly pruned for the past decade. The retirement age has been raised to 67.

The king said Tuesday some costs for the care of the elderly, for youth services, and for job retraining after layoffs will now be pushed back to the local level, in order to make them better tailored to local circumstances.

The monarchy was not immune to cost-cutting and Willem-Alexander’s salary will be cut from around 825,000 euros ($1.1 million) this year to 817,000 euros in 2014. Maintaining the Royal House — castles, parades and all — costs the government around 40 million euros annually.

A review of the government’s budget by the country’s independent analysis agency showed that the deficit will widen in 2014 to 3.3 percent of GDP despite the new spending cuts intended to reduce it.

Eurozone rules specify that countries must keep their deficit below 3 percent, and Rutte has been among the most prominent of European leaders, along with Germany’s Angela Merkel, in insisting that Southern European countries attempt to meet that target.

Among other measures, the government announced 2,300 new military job cuts. That follows a 2011 decision to cut 12,000 jobs — one out of every six defense employees — between 2012 and 2015.

However, the government said Tuesday it has decided once and for all not to abandon the U.S.-led "Joint Strike Fighter" program to develop new military aircraft. The program has suffered cost overruns and created divisions within Rutte’s governing coalition.

A debate over the budget later this week will be crucial for the future of the coalition, as it does not command a majority in the upper house, and it must seek help from opposition parties to have the budget approved.

Challenged as to whether his Cabinet may be facing a crisis, Rutte insisted in an interview with national broadcaster NOS on Tuesday that he ultimately will find support for the budget.

"At crucial moments, the opposition is willing to do its share," he said.

Geert Wilders, whose far right Freedom Party currently tops popularity polls, called Rutte’s budget the equivalent of "kicking the country while it’s down."

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History suggests that era of entitlements is nearly over

Michael Barone

The Examiner

January 11, 2013

It’s often good fun and sometimes revealing to divide American history into distinct periods of uniform length. In working on my forthcoming book on American migrations, internal and immigrant, it occurred to me that you could do this using the American-sounding interval of 76 years, just a few years more than the biblical lifespan of three score and ten.

It was 76 years from Washington’s First Inaugural in 1789 to Lincoln’s Second Inaugural in 1865. It was 76 years from the surrender at Appomattox Courthouse in 1865 to the attack at Pearl Harbor in 1941.

Going backward, it was 76 years from the First Inaugural in 1789 to the Treaty of Utrecht in 1713, which settled one of the British-French colonial wars. And going 76 years back from Utrecht takes you to 1637, when the Virginia and Massachusetts Bay colonies were just getting organized.

As for our times, we are now 71 years away from Pearl Harbor. The current 76-year interval ends in December 2017.

Each of these 76-year periods can be depicted as a distinct unit. In the Colonial years up to 1713, very small numbers of colonists established separate cultures that have persisted to our times.

The story is brilliantly told in David Hackett Fischer’s "Albion’s Seed." For a more downbeat version, read the recent "The Barbarous Years" by the nonagenarian Bernard Bailyn.

From 1713 to 1789, the Colonies were peopled by much larger numbers of motley and often involuntary settlers — slaves, indentured servants, the unruly Scots-Irish on the Appalachian frontier.

For how this society became dissatisfied with the Colonial status quo, read Bailyn’s "The Ideological Origins of the American Revolution."

From 1789 to 1865, Americans sought their manifest destiny by expanding across the continent. They made great technological advances but were faced with the irreconcilable issue of slavery in the territories.

For dueling accounts of the period, read the pro-Andrew Jackson Democrat Sean Wilentz’s "The Rise of American Democracy" and the pro-Henry Clay Whig Daniel Walker Howe’s "What Hath God Wrought." Both are sparklingly written and full of offbeat insights and brilliant apercus.

The 1865-to-1941 period saw a vast efflorescence of market capitalism, European immigration and rising standards of living. For descriptions of how economic change reshaped the nation and its government, read Morton Keller’s "Affairs of State" and "Regulating a New Society."

The 70-plus years since 1941 have seen a vast increase in the welfare safety net and governance by cooperation among big units — big government, big business, big labor — that began in the New Deal and gained steam in and after World War II. I immodestly offer my own "Our Country: The Shaping of America from Roosevelt to Reagan."

The original arrangements in each 76-year period became unworkable and unraveled toward its end. Eighteenth-century Americans rejected the Colonial status quo and launched a revolution, then established a constitutional republic.

Nineteenth-century Americans went to war over expansion of slavery. Early-20th-century Americans grappled with the collapse of the private-sector economy in the Depression of the 1930s.

We are seeing something like this again today. The welfare state arrangements that once seemed solid are on the path to unsustainability.

Entitlement programs — Social Security, Medicare, Medicaid — are threatening to gobble up the whole government and much of the private sector, as well.

Lifetime employment by one big company represented by one big union is a thing of the past. People who counted on corporate or public-sector pensions are seeing them default.

Looking back, we are as far away in time today from victory in World War II in 1945 as Americans were at the time of the Dred Scott decision from the First Inaugural.

We are as far away in time today from passage of the Social Security in 1935 as Americans then were from the launching of post-Civil War Reconstruction.

Nevertheless our current president and most politicians of his party seem determined to continue the current welfare state arrangements — historian Walter Russell Mead calls this the blue-state model — into the indefinite future.

Some leaders of the other party are advancing ideas for adapting a system that worked reasonably well in an industrial age dominated by seemingly eternal big units into something that can prove workable in an information age experiencing continual change and upheaval wrought by innovations in the market economy.

The current 76-year period is nearing its end. What will come next?

Michael Barone,The Examiner’s senior political analyst, can be contacted at mbarone@washingtonexaminer.com

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America’s Fourth Revolution: The Coming Collapse of the Entitlement Society-and How We Will Survive It

James Piereson

The United States has been shaped by three far-reaching political revolutions: Jefferson’s “revolution of 1800,” the Civil War, and the New Deal. Each of these upheavals concluded with lasting institutional and cultural adjustments that set the stage for new phases of political and economic development. Are we on the verge of a new upheaval, a “fourth revolution” that will reshape U.S. politics for decades to come? There are signs to suggest that we are.

America’s Fourth Revolution describes the political upheaval that will overtake the United States over the next decade as a consequence of economic stagnation, the growth of government, and the exhaustion of post-war arrangements that formerly underpinned American prosperity and power. The inter-connected challenges of public debt, the retirement of the "baby boom" generation, and slow economic growth have reached a point where they can no longer be addressed by incremental adjustments in taxes and spending, but will require profound changes in the role of government in American life. At the same time, the widening gulf between the two political parties and the entrenched power of interest groups will make it difficult to negotiate the changes needed to renew the system.

America’s Fourth Revolution places this impending upheaval in historical context by reminding readers that Americans have faced and overcome similar challenges in the past and that they seem to resolve their deepest problems in relatively brief but intense periods of political conflict. In contrast to other books which claim that the United States is in decline, America’s Fourth Revolution argues that Americans will struggle over the next decade to form a governing coalition that will guide the nation on a path of renewed dynamism and prosperity.

Voir enfin:

L’enfer c’est les autres

1964 et 1970

L’existentialisme athée

par Jean-Paul Sartre

Extrait du CD « Huis clos » et de « L’Existentialisme est un humanisme »

* * *

L’enfer, c’est les autres [1]

Quand on écrit une pièce, il y a toujours des causes occasionnelles et des soucis profonds. La cause occasionnelle c’est que, au moment où j’ai écrit Huis clos, vers 1943 et début 44, j’avais trois amis et je voulais qu’ils jouent une pièce, une pièce de moi, sans avantager aucun d’eux. C’est-à-dire, je voulais qu’ils restent ensemble tout le temps sur la scène. Parce que je me disais que s’il y en a un qui s’en va, il pensera que les autres ont un meilleur rôle au moment où il s’en va. Je voulais donc les garder ensemble. Et je me suis dit, comment peut-on mettre ensemble trois personnes sans jamais en faire sortir l’une d’elles et les garder sur la scène jusqu’au bout, comme pour l’éternité. C’est là que m’est venue l’idée de les mettre en enfer et de les faire chacun le bourreau des deux autres. Telle est la cause occasionnelle. Par la suite, d’ailleurs, je dois dire, ces trois amis n’ont pas joué la pièce, et comme vous le savez, c’est Michel Vitold, Tania Balachova et Gaby Sylvia qui l’ont jouée.

Mais il y avait à ce moment-là des soucis plus généraux et j’ai voulu exprimer autre chose dans la pièce que, simplement, ce que l’occasion me donnait. J’ai voulu dire « l’enfer c’est les autres ». Mais « l’enfer c’est les autres » a été toujours mal compris. On a cru que je voulais dire par là que nos rapports avec les autres étaient toujours empoisonnés, que c’était toujours des rapports infernaux. Or, c’est tout autre chose que je veux dire. Je veux dire que si les rapports avec autrui sont tordus, viciés, alors l’autre ne peut être que l’enfer. Pourquoi ? Parce que les autres sont, au fond, ce qu’il y a de plus important en nous-mêmes, pour notre propre connaissance de nous-mêmes. Quand nous pensons sur nous, quand nous essayons de nous connaître, au fond nous usons des connaissances que les autres ont déjà sur nous, nous nous jugeons avec les moyens que les autres ont, nous ont donné, de nous juger. Quoi que je dise sur moi, toujours le jugement d’autrui entre dedans. Quoi que je sente de moi, le jugement d’autrui entre dedans. Ce qui veut dire que, si mes rapports sont mauvais, je me mets dans la totale dépendance d’autrui et alors, en effet, je suis en enfer. Et il existe une quantité de gens dans le monde qui sont en enfer parce qu’ils dépendent trop du jugement d’autrui. Mais cela ne veut nullement dire qu’on ne puisse avoir d’autres rapports avec les autres, ça marque simplement l’importance capitale de tous les autres pour chacun de nous.

Deuxième chose que je voudrais dire, c’est que ces gens ne sont pas semblables à nous. Les trois personnes que vous entendrez dans Huis clos ne nous ressemblent pas en ceci que nous sommes tous vivants et qu’ils sont morts. Bien entendu, ici, « morts » symbolise quelque chose. Ce que j’ai voulu indiquer, c’est précisément que beaucoup de gens sont encroûtés dans une série d’habitudes, de coutumes, qu’ils ont sur eux des jugements dont ils souffrent mais qu’ils ne cherchent même pas à changer. Et que ces gens-là sont comme morts, en ce sens qu’ils ne peuvent pas briser le cadre de leurs soucis, de leurs préoccupations et de leurs coutumes et qu’ils restent ainsi victimes souvent des jugements que l’on a portés sur eux.

À partir de là, il est bien évident qu’ils sont lâches ou méchants. Par exemple, s’ils ont commencé à être lâches, rien ne vient changer le fait qu’ils étaient lâches. C’est pour cela qu’ils sont morts, c’est pour cela, c’est une manière de dire que c’est une « mort vivante » que d’être entouré par le souci perpétuel de jugements et d’actions que l’on ne veut pas changer.

De sorte que, en vérité, comme nous sommes vivants, j’ai voulu montrer, par l’absurde, l’importance, chez nous, de la liberté, c’est-à-dire l’importance de changer les actes par d’autres actes. Quel que soit le cercle d’enfer dans lequel nous vivons, je pense que nous sommes libres de le briser. Et si les gens ne le brisent pas, c’est encore librement qu’ils y restent. De sorte qu’ils se mettent librement en enfer.

Vous voyez donc que « rapport avec les autres », « encroûtement » et « liberté », liberté comme l’autre face à peine suggérée, ce sont les trois thèmes de la pièce.

Je voudrais qu’on se le rappelle quand vous entendrez dire… « L’enfer c’est les autres ».

Je tiens à ajouter, en terminant, qu’il m’est arrivé en 1944, à la première représentation, un très rare bonheur, très rare pour les auteurs dramatiques : c’est que les personnages ont été incarnés de telle manière par les trois acteurs, et aussi par Chauffard, le valet d’enfer, qui l’a toujours jouée depuis, que je ne puis plus me représenter mes propres imaginations autrement que sous les traits de Michel Vitold, Gaby Sylvia, de Tania Balachova et de Chauffard. Depuis, la pièce a été rejouée par d’autres acteurs, et je tiens en particulier à dire que j’ai vu Christiane Lenier, quand elle l’a jouée, et que j’ai admiré quelle excellente Inès elle a été.

L’existence précède l’essence [2]

Est-ce qu’au fond, ce qui fait peur, dans la doctrine que je vais essayer de vous exposer, ce n’est pas le fait qu’elle laisse une possibilité de choix à l’homme ? Pour le savoir, il faut que nous revoyions la question sur un plan strictement philosophique.

Qu’est-ce qu’on appelle existentialisme ? La plupart des gens qui utilisent ce mot seraient bien embarrassés pour le justifier, puisque aujourd’hui [1945], que c’est devenu une mode, on déclare volontiers qu’un musicien ou qu’un peintre est existentialiste. Un échotier de Clartés signe l’Existentialiste ; et au fond le mot a pris aujourd’hui une telle largeur et une telle extension qu’il ne signifie plus rien du tout. Il semble que, faute de doctrine d’avant-garde analogue au surréalisme, les gens avides de scandale et de mouvement s’adressent à cette philosophie, qui ne peut d’ailleurs rien leur apporter dans ce domaine ; en réalité c’est la doctrine la moins scandaleuse, la plus austère ; elle est strictement destinée aux techniciens et aux philosophes. Pourtant, elle peut se définir facilement. Ce qui rend les choses compliquées, c’est qu’il y a deux espèces d’existentialistes : les premiers, qui sont chrétiens, et parmi lesquels je rangerai Jaspers et Gabriel Marcel, de confession catholique ; et, d’autre part, les existentialistes athées parmi lesquels il faut ranger Heidegger, et aussi les existentialistes français et moi-même. Ce qu’ils ont en commun, c’est simplement le fait qu’ils estiment que l’existence précède l’essence, ou, si vous voulez, qu’il faut partir de la subjectivité. Que faut-il au juste entendre par là ? Lorsqu’on considère un objet fabriqué, comme par exemple un livre ou un coupe-papier, cet objet a été fabriqué par un artisan qui s’est inspiré d’un concept ; il s’est référé au concept de coupe-papier, et également à une technique de production préalable qui fait partie du concept, et qui est au fond une recette. Ainsi, le coupe-papier est à la fois un objet qui se produit d’une certaine manière et qui, d’autre part, a une utilité définie, et on ne peut pas supposer un homme qui produirait un coupe-papier sans savoir à quoi l’objet va servir. Nous dirons donc que, pour le coupe-papier, l’essence — c’est-à-dire l’ensemble des recettes et des qualités qui permettent de le produire et de le définir — précède l’existence ; et ainsi la présence, en face de moi, de tel coupe-papier ou de tel livre est déterminée. Nous avons donc là une vision technique du monde, dans laquelle on peut dire que la production précède l’existence.

Lorsque nous concevons un Dieu créateur, ce Dieu est assimilé la plupart du temps à un artisan supérieur ; et quelle que soit la doctrine que nous considérions, qu’il s’agisse d’une doctrine comme celle de Descartes ou de la doctrine de Leibniz, nous admettons toujours que la volonté suit plus ou moins l’entendement, ou tout au moins l’accompagne, et que Dieu, lorsqu’il crée, sait précisément ce qu’il crée. Ainsi, le concept d’homme, dans l’esprit de Dieu, est assimilable au concept de coupe-papier dans l’esprit de l’industriel ; et Dieu produit l’homme suivant des techniques et une conception, exactement comme l’artisan fabrique un coupe-papier suivant une définition et une technique. Ainsi l’homme individuel réalise un certain concept qui est dans l’entendement divin. Au XVIIIe siècle, dans l’athéisme des philosophes, la notion de Dieu est supprimée, mais non pas pour autant l’idée que l’essence précède l’existence. Cette idée, nous la retrouvons un peu partout : nous la retrouvons chez Diderot, chez Voltaire, et même chez Kant. L’homme est possesseur d’une nature humaine ; cette nature humaine, qui est le concept humain, se retrouve chez tous les hommes, ce qui signifie que chaque homme est un exemple particulier d’un concept universel, l’homme ; chez Kant, il résulte de cette universalité que l’homme des bois, l’homme de la nature, comme le bourgeois sont astreints à la même définition et possèdent les mêmes qualités de base. Ainsi, là encore, l’essence d’homme précède cette existence historique que nous rencontrons dans la nature.

L’existentialisme athée, que je représente, est plus cohérent. Il déclare que si Dieu n’existe pas, il y a au moins un être chez qui l’existence précède l’essence, un être qui existe avant de pouvoir être défini par aucun concept et que cet être c’est l’homme ou, comme dit Heidegger, la réalité humaine. Qu’est-ce que signifie ici que l’existence précède l’essence ? Cela signifie que l’homme existe d’abord, se rencontre, surgit dans le monde, et qu’il se définit après.

L’homme, tel que le conçoit l’existentialiste, s’il n’est pas définissable, c’est qu’il n’est d’abord rien. Il ne sera qu’ensuite, et il sera tel qu’il se sera fait. Ainsi, il n’y a pas de nature humaine, puisqu’il n’y a pas de Dieu pour la concevoir. L’homme est seulement, non seulement tel qu’il se conçoit, mais tel qu’il se veut, et comme il se conçoit après l’existence, comme il se veut après cet élan vers l’existence ; l’homme n’est rien d’autre que ce qu’il se fait. Tel est le premier principe de l’existentialisme.

C’est aussi ce qu’on appelle la subjectivité, et que l’on nous reproche sous ce nom même. Mais que voulons-nous dire par là, sinon que l’homme a une plus grande dignité que la pierre ou que la table ? Car nous voulons dire que l’homme existe d’abord, c’est-à-dire que l’homme est d’abord ce qui se jette vers un avenir, et ce qui est conscient de se projeter dans l’avenir. L’homme est d’abord un projet qui se vit subjectivement, au lieu d’être une mousse, une pourriture ou un chou-fleur ; rien n’existe préalablement à ce projet ; rien n’est au ciel intelligible, et l’homme sera d’abord ce qu’il aura projeté d’être. Non pas ce qu’il voudra être. Car ce que nous entendons ordinairement par vouloir, c’est une décision consciente, et qui est pour la plupart d’entre nous postérieure à ce qu’il s’est fait lui-même. Je peux vouloir adhérer à un parti, écrire un livre, me marier, tout cela n’est qu’une manifestation d’un choix plus originel, plus spontané que ce qu’on appelle volonté. Mais si vraiment l’existence précède l’essence, l’homme est responsable de ce qu’il est. Ainsi, la première démarche de l’existentialisme est de mettre tout homme en possession de ce qu’il est et de faire reposer sur lui la responsabilité totale de son existence.

Ma volonté engage l’humanité entière [3]

Ainsi, notre responsabilité est beaucoup plus grande que nous ne pourrions le supposer, car elle engage l’humanité entière. Si je suis ouvrier, et si je choisis d’adhérer à un syndicat chrétien plutôt que d’être communiste, si, par cette adhésion, je veux indiquer que la résignation est au fond la solution qui convient à l’homme, que le royaume de l’homme n’est pas sur la terre, je n’engage pas seulement mon cas : je veux être résigné pour tous, par conséquent ma démarche a engagé l’humanité tout entière. Et si je veux, fait plus individuel, me marier, avoir des enfants, même si ce mariage dépend uniquement de ma situation, ou de ma passion, ou de mon désir, par là j’engage non seulement moi-même, mais l’humanité tout entière sur la voie de la monogamie. Ainsi je suis responsable pour moi-même et pour tous, et je crée une certaine image de l’homme que je choisis ; en me choisissant, je choisis l’homme.

L’angoisse et la mauvaise foi [4]

Ceci nous permet de comprendre ce que recouvrent des mots un peu grandiloquents comme angoisse, délaissement, désespoir. Comme vous allez voir, c’est extrêmement simple. D’abord, qu’entend-on par angoisse ? L’existentialiste déclare volontiers que l’homme est angoisse. Cela signifie ceci : l’homme qui s’engage et qui se rend compte qu’il est non seulement celui qu’il choisit d’être, mais encore un législateur choisissant en même temps que soi l’humanité entière, ne saurait échapper au sentiment de sa totale et profonde responsabilité. Certes, beaucoup de gens ne sont pas anxieux ; mais nous prétendons qu’ils se masquent leur angoisse, qu’ils la fuient ; certainement, beaucoup de gens croient en agissant n’engager qu’eux-mêmes, et lorsqu’on leur dit : « mais si tout le monde faisait comme ça ? » ils haussent les épaules et répondent : « tout le monde ne fait pas comme ça. » Mais en vérité, on doit toujours se demander : qu’arriverait-il si tout le monde en faisait autant ? Et on n’échappe à cette pensée inquiétante que par une sorte de mauvaise foi. Celui qui ment et qui s’excuse en déclarant : tout le monde ne fait pas comme ça, est quelqu’un qui est mal à l’aise avec sa conscience, car le fait de mentir implique une valeur universelle attribuée au mensonge. Même lorsqu’elle se masque l’angoisse apparaît. C’est cette angoisse que Kierkegaard appelait l’angoisse d’Abraham.

Vous connaissez l’histoire : Un ange a ordonné à Abraham de sacrifier son fils : tout va bien si c’est vraiment un ange qui est venu et qui a dit : tu es Abraham, tu sacrifieras ton fils. Mais chacun peut se demander, d’abord, est-ce que c’est bien un ange, et est-ce que je suis bien Abraham ? Qu’est-ce qui me le prouve ? Il y avait une folle qui avait des hallucinations : on lui parlait par téléphone et on lui donnait des ordres. Le médecin lui demanda : « Mais qui est-ce qui vous parle ? » Elle répondit : « Il dit que c’est Dieu. » Et qu’est-ce qui lui prouvait, en effet, que c’était Dieu ? Si un ange vient à moi, qu’est-ce qui prouve que c’est un ange ? Et si j’entends des voix, qu’est-ce qui prouve qu’elles viennent du ciel et non de l’enfer, ou d’un subconscient, ou d’un état pathologique ? Qui prouve qu’elles s’adressent à moi ? Qui prouve que je suis bien désigné pour imposer ma conception de l’homme et mon choix à l’humanité ? Je ne trouverai jamais aucune preuve, aucun signe pour m’en convaincre. Si une voix s’adresse à moi, c’est toujours moi qui déciderai que cette voix est la voix de l’ange ; si je considère que tel acte est bon, c’est moi qui choisirai de dire que cet acte est bon plutôt que mauvais. Rien ne me désigne pour être Abraham, et pourtant je suis obligé à chaque instant de faire des actes exemplaires. Tout se passe comme si, pour tout homme, toute l’humanité avait les yeux fixés sur ce qu’il fait et se réglait sur ce qu’il fait. Et chaque homme doit se dire : suis-je bien celui qui a le droit d’agir de telle sorte que l’humanité se règle sur mes actes ? Et s’il ne se dit pas cela, c’est qu’il se masque l’angoisse. Il ne s’agit pas là d’une angoisse qui conduirait au quiétisme, à l’inaction. Il s’agit d’une angoisse simple, que tous ceux qui ont eu des responsabilités connaissent. Lorsque, par exemple, un chef militaire prend la responsabilité d’une attaque et envoie un certain nombre d’hommes à la mort, il choisit de le faire, et au fond il choisit seul. Sans doute il y a des ordres qui viennent d’en haut, mais ils sont trop larges et une interprétation s’impose, qui vient de lui, et de cette interprétation dépend la vie de dix ou quatorze ou vingt hommes. Il ne peut pas ne pas avoir, dans la décision qu’il prend, une certaine angoisse.

Tous les chefs connaissent cette angoisse. Cela ne les empêche pas d’agir, au contraire, c’est la condition même de leur action ; car cela suppose qu’ils envisagent une pluralité de possibilités, et lorsqu’ils en choisissent une, ils se rendent compte qu’elle n’a de valeur que parce qu’elle est choisie. Et cette sorte d’angoisse, qui est celle que décrit l’existentialisme, nous verrons qu’elle s’explique en outre par une responsabilité directe vis-à-vis des autres hommes qu’elle engage. Elle n’est pas un rideau qui nous séparerait de l’action, mais elle fait partie de l’action même.

L’homme est condamné à être libre [5]

Et lorsqu’on parle de délaissement, expression chère à Heidegger, nous voulons dire seulement que Dieu n’existe pas, et qu’il faut en tirer jusqu’au bout les conséquences. L’existentialiste est très opposé à un certain type de morale laïque qui voudrait supprimer Dieu avec le moins de frais possible.

Lorsque, vers 1880, des professeurs français essayèrent de constituer une morale laïque, ils dirent à peu près ceci : Dieu est une hypothèse inutile et coûteuse, nous la supprimons, mais il est nécessaire cependant, pour qu’il y ait une morale, une société, un monde policé, que certaines valeurs soient prises au sérieux et considérées comme existant a priori ; il faut qu’il soit obligatoire a priori d’être honnête, de ne pas mentir, de ne pas battre sa femme, de faire des enfants, etc., etc.. Nous allons donc faire un petit travail qui permettra de montrer que ces valeurs existent tout de même, inscrites dans un ciel intelligible, bien que, par ailleurs, Dieu n’existe pas. Autrement dit, et c’est, je crois, la tendance de tout ce qu’on appelle en France le radicalisme, rien ne sera changé si Dieu n’existe pas ; nous retrouverons les mêmes normes d’honnêteté, de progrès, d’humanisme, et nous aurons fait de Dieu une hypothèse périmée qui mourra tranquillement et d’elle-même.

L’existentialiste, au contraire, pense qu’il est très gênant que Dieu n’existe pas, car avec lui disparaît toute possibilité de trouver des valeurs dans un ciel intelligible ; il ne peut plus y avoir de bien a priori, puisqu’il n’y a pas de conscience infinie et parfaite pour le penser ; il n’est écrit nulle part que le bien existe, qu’il faut être honnête, qu’il ne faut pas mentir, puisque précisément nous sommes sur un plan où il y a seulement des hommes. Dostoïevsky avait écrit : « Si Dieu n’existait pas, tout serait permis. » C’est là le point de départ de l’existentialisme. En effet, tout est permis si Dieu n’existe pas, et par conséquent l’homme est délaissé, parce qu’il ne trouve ni en lui, ni hors de lui une possibilité de s’accrocher. Il ne trouve d’abord pas d’excuses. Si, en effet, l’existence précède l’essence, on ne pourra jamais expliquer par référence à une nature humaine donnée et figée ; autrement dit, il n’y a pas de déterminisme, l’homme est libre, l’homme est liberté. Si, d’autre part, Dieu n’existe pas, nous ne trouvons pas en face de nous des valeurs ou des ordres qui légitimeront notre conduite. Ainsi, nous n’avons ni derrière nous, ni devant nous, dans le domaine lumineux des valeurs, des justifications ou des excuses. Nous sommes seuls, sans excuses. C’est ce que j’exprimerai en disant que l’homme est condamné à être libre. Condamné, parce qu’il ne s’est pas créé lui-même, et par ailleurs cependant libre, parce qu’une fois jeté dans le monde, il est responsable de tout ce qu’il fait.

L’existentialiste ne croit pas à la puissance de la passion. Il ne pensera jamais qu’une belle passion est un torrent dévastateur qui conduit fatalement l’homme à certains actes, et qui, par conséquent, est une excuse. Il pense que l’homme est responsable de sa passion. L’existentialiste ne pensera pas non plus que l’homme peut trouver un secours dans un signe donné, sur terre, qui l’orientera ; car il pense que l’homme déchiffre lui-même le signe comme il lui plaît. Il pense donc que l’homme, sans aucun appui et sans aucun secours, est condamné à chaque instant à inventer l’homme.

Le désespoir [6]

Quant au désespoir, cette expression a un sens extrêmement simple. Elle veut dire que nous nous bornerons à compter sur ce qui dépend de notre volonté, ou sur l’ensemble des probabilités qui rendent notre action possible.

Quand on veut quelque chose, il y a toujours des éléments probables. Je puis compter sur la venue d’un ami. Cet ami vient en chemin de fer ou en tramway ; cela suppose que le chemin de fer arrivera à l’heure dite, ou que le tramway ne déraillera pas. Je reste dans le domaine des possibilités ; mais il ne s’agit de compter sur les possibles que dans la mesure stricte où notre action comporte l’ensemble de ces possibles. À partir du moment où les possibilités que je considère ne sont pas rigoureusement engagées par mon action, je dois m’en désintéresser, parce qu’aucun Dieu, aucun dessein ne peut adapter le monde et ses possibles à ma volonté. Au fond, quand Descartes disait : « Se vaincre plutôt soi-même que le monde », il voulait dire la même chose : agir sans espoir.

[1] Extrait audio et texte de Jean-Paul Sartre, Huis clos, Groupe Frémeaux Colombini SAS © 2010 (La Librairie Sonore en accord avec Moshé Naïm Emen © 1964 et Gallimard © 2004, ancien exploitant).

[2] Jean-Paul Sartre, L’Existentialisme est un humanisme, Éditions Nagel © 1970, pages 15 à 24.

Extrait audio de Luc Ferry, Mythologie, Frémeaux & Associés © 2010, CD2-[8], L’invention de la liberté, 0:07 à 3:34.

[3] Ibid. pages 26 et 27.

[4] Ibid. pages 27 à 33.

[5] Ibid. pages 33 à 38.

[6] Ibid. pages 49 à 51.

Philo5…

… à quelle source choisissez-vous d’alimenter votre esprit?


Columbus Day/521e: Au commencement le Monde entier était Amérique (There was no "Europe" before 1492: How Columbus discovered Europe)

15 octobre, 2013
http://libcom.org/files/images/history/Indians.jpghttp://jcdurbant.files.wordpress.com/2013/10/9d7d3-columbus.gif?w=450&h=553Ainsi au commencement le Monde entier était Amérique, et plus que ce ne l’est maintenant; car nulle part on ne connaissait de chose telle que l’Argent. Trouvez quelque chose ayant son Usage et sa Valeur parmi ses Voisins, et vous verrez le même Homme commencer rapidement à agrandir ses Possessions. John Locke
Hey Americans! Feeling uncomfortable with Columbus Day? You are cordially invited to celebrate Canadian Thanksgiving. Stephanie Carvin (University of Ottawa)
America, as it appears in these famous words from the Two Treatises of Government, is John Locke’s political Genesis. For Locke, America is the beginning of civilization, to the extent that it reveals civil society’s natural origins. But Locke’s vision of the new world is a ‘beginning’ for the old world, in a different, although equally profound, sense. Steeped in the colonial zeal of his patron, the Earl of Shaftesbury, John Locke saw America as the second Garden of Eden; a new beginning for England should she manage to defend her claims In the American continent against those of the Indians and other European powers. America, like the world described in the original Genesis, is England’s second chance at paradise, providing the colonial masters of the old world, with a land full of all the promise known in that first Idyllic state. America thus represents for Locke and his readers a two-sided Genesis, a place to find both the origins of their past and the promise of their future. It is the role of America and Its native inhabitants In Locke’s political theory which has been previously overlooked in scholarship on the Two Treatises. Given the number of specific references In this work to America, and Locke’s lifelong Involvement In the colonization of the new world, it Is Indeed surprising that so little has been written on the subject. The oversight is Important for without considering Locke’s use of  America and its inhabitants in light of the collection of American ‘travelogues’ within his own personal library and the political needs of Shaftesbury’s colonial enterprise in Carolina, an important aspect of the Two Treaties will be missed. This thesis will argue that Locke’s Two treatises of Government were a defense of England’s colonial policy in the new world against the counterclaims of the Indians and other European powers to the continent. In particular, it will be shown that the famous chapter on property, which contains most of the references to to American Indians in the Two treatises, was written to justify the dispossession of the American Indians of their land, through a vigorous defense of England’s ‘superior’ claims to proprietorship. Morag Barbara Arneil
Columbus’s voyages caused almost as much change in Europe as in the Americas. This is the other half of the vast process historians now call the Columbian exchange. Crops, animals, ideas, and diseases began to cross the oceans regularly. Perhaps the most far-reaching impact of Columbus’s findings was on European Christianity. In 1492 all of Europe was in the grip of the Catholic Church. As Larousse puts it, before America, "Europe was virtually incapable of self-criticism." After America, Europe’s religious uniformity was ruptured. For how were these new peoples to be explained? They were not mentioned in the Bible. The Indians simply did not fit within orthodox Christianity’s explanation of the moral universe. Moreover, unlike the Muslims, who might be written off as "damned infidels," Indians had not rejected Christianity, they had just never encountered it. Were they doomed to hell? Even the animals of America posed a religious challenge. According to the Bible, at the dawn of creation all animals lived in the Garden of Eden. Later, two of each species entered Noah’s ark and ended up on Mt. Ararat. Since Eden and Mt. Ararat were both in the Middle East, where could these new American species have come from? Such questions shook orthodox Catholicism and contributed to the Protestant Reformation, which began in 1517. Politically, nations like the Arawaks-without monarchs, without much hierarchy-stunned Europeans. In 1516 Thomas More’s Utopia, based on an account of the Incan empire in Peru, challenged European social organization by suggesting a radically different and superior alternative. Other social philosophers seized upon the Indians as living examples of Europe’s primordial past, which is what John Locke meant by the phrase "In the beginning, all the world was America." Depending upon their political persuasion, some Europeans glorified Indian nations as examples of simpler, better societies, from which European civilization had devolved, while others maligned the Indian societies as primitive and underdeveloped. In either case, from Montaigne, Montesquieu, and Rousseau down to Marx and Engels, European philosophers’ concepts of the good society were transformed by ideas from America. America fascinated the masses as well as the elite. In The Tempest, Shakespeare noted this universal curiosity: "They will not give a doit to relieve a lambe beggar, they will lay out ten to see a dead Indian." Europe’s fascination with the Americas was directly responsible, in fact, for a rise in European self-consciousness. From the beginning America was perceived as an "opposite" to Europe in ways that even Africa never had been. In a sense, there was no "Europe" before 1492. People were simply Tuscan, French, and the like. Now Europeans began to see similarities among themselves, at least as contrasted with Native Americans. For that matter, there were no "white" people in Europe before 1492. With the transatlantic slave trade, first Indian, then African, Europeans increasingly saw "white" as a race and race as an important human characteristic. James W. Loewen

Attention: une découverte peut en cacher une autre !

En ce 521e anniversaire de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb

Qui, politiquement correct oblige, se voit accuser de tous les maux de la terre …

Et où nos amis canadiens en profitent discrètement pour fêter leur Thanksgiving

Retour sur l’autre découverte que rendit possible celle de Colomb avec ses inexplicables "Indiens" et ce nouveau jardin d’Eden extra-biblique …

Mais aussi l’immensité des nouveaux espaces ouverts qui inspirera à Locke sa fameuse définition de la propriété

A savoir au-delà naturellement de la justification des visées coloniales de son employeur le comte de Shaftesbury

L’autodécouverte, par l’Europe elle-même, de sa propre identité …

Essai sur la véritable Origine, l’Étendue et la Fin du Gouvernement Civil.

John Locke

Chapitre V

De la Propriété.

25. Que nous considérions la Raison naturelle, qui nous dit que les Hommes, à la naissance, ont droit à la Conservation de soi, et donc au Boire et au Manger, et à ces autres choses que la Nature procure pour leur Subsistance; ou la Révélation, qui nous représente ces Concessions que Dieu a faites du Monde à Adam, et Noé, et ses Fils, il est très clair, que Dieu, comme le dit le Roi David, Ps. CXV. xvi. a donné la Terre aux Enfants des Hommes, l’a donnée à l’Humanité en commun. Mais ceci étant supposé, il subsiste pour certains une très grande difficulté, comment quiconque pourrait-il jamais devenir Propriétaire de quoi que ce soit: je ne me bornerai pas à répondre que s’il est difficile de comprendre la Propriété, dans l’hypothèse que Dieu donna le Monde à Adam et à sa Postérité en commun; il est impossible que qui que ce soit, sauf un Monarque universel, devienne Propriétaire, dans l’hypothèse que Dieu donna le Monde à Adam et à ses Héritiers dans l’ordre de Succession. Mais je tâcherai de montrer comment les Hommes ont pu devenir Propriétaires de parties différentes de ce que Dieu donna à l’Humanité en commun, et ceci sans Contrat exprès de tous les Usagers.

26. Dieu, qui a donné le Monde aux Hommes en commun, leur a aussi raison donnée pour l’utiliser au mieux et à la commodité de la Vie. La Terre, et tout ce qui s’y trouve, est donnée aux Hommes pour le Soutien et le Confort de leur existence. Et bien que tous les Fruits qu’elle produit naturellement, et toutes les Bêtes qu’elle nourrit, appartiennent à l’Humanité en commun, en tant qu’ils sont produits par la main spontanée de la Nature; et bien que personne n’ait à l’origine de Domination privée, à l’exclusion du reste de l’Humanité, sur n’importe lequel d’entre eux, en tant qu’ils sont dans leur état naturel: cependant, donnés pour être utilisés par les Hommes, il doit nécessairement y avoir un moyen ou un autre de les approprier avant qu’ils ne puissent servir ou bénéficier à qui que ce soit. Les Fruits, ou le Gibier, qui nourrissent l’Indien sauvage, ne connaissant point la Clôture et encore Tenancier en commun, doivent être à lui et tellement à lui, c’est-à-dire partie de lui-même, que personne ne peut plus y avoir droit, avant de pouvoir lui être d’aucun bien pour le Soutien de sa Vie.

27. Bien que la Terre, et toutes les Créatures inférieures soient communes à tous les Hommes, cependant chacun d’eux est Propriétaire de sa propre Personne. Sur elle nul n’a de Droit sauf lui-même. On peut dire que le Labeur de son Corps, et l’Ouvrage de ses mains sont proprement à lui. A tout objet, donc, qu’il tire de l’État où la Nature l’a procuré et laissé, il a mêlé son Travail, et joint quelque chose qui est son bien, et le fait par là sa Propriété. En le retirant de l’état commun où la Nature l’a placé, ce Travail lui a annexé quelque chose, qui exclut les autres Hommes du droit d’usage. Car, Propriété incontestable de celui qui le fournit, personne d’autre ne peut avoir droit à ce à quoi il est désormais joint, du moins là où il en reste assez, et d’aussi bonne qualité, en commun pour d’autres.

28. Celui qui se nourrit de Glands ramassés sous un Chêne, ou de Pommes cueillies sur l’Arbre dans les Bois, se les est certainement appropriés. On ne peut nier qu’ils ne soient à lui. Je demande alors, à partir de quand? Au moment où il les a digérés? mangés? fait bouillir? ramenés chez lui? ou ramassés? Il est évident que rien ne le pourrait, si les cueillir d’abord ne le faisait. Ce travail les a mis à part de ceux qui sont en commun. Il leur a ajouté quelque chose de plus que ce qu’avait fait la Nature, la commune Mère de tout; et ainsi ils sont devenus son droit privé. Et dira-t-on qu’il n’avait point droit aux Glands ou aux Pommes qu’il s’est ainsi appropriés, parce qu’il n’avait pas le consentement de toute l’Humanité pour les faire siens? Était-ce donc un Vol que de supposer à lui ce qui appartenait à tous en Commun? S’il fallait un tel consentement, l’Homme serait mort de faim, nonobstant l’Abondance que Dieu lui a donnée. On voit dans les Communaux, qui le restent par Contrat, que c’est le fait de prendre une partie de ce qui est commun et de la retirer de l’état où la Nature la laisse, qui fait naître la Propriété; sans laquelle le Communal n’ait d’aucune utilité. Et prendre telle ou telle partie ne dépend pas du consentement exprès de tous les Usagers. Ainsi l’Herbe que mon Cheval a broutée; la Tourbe que mon Serviteur a découpée; et le Minerai que j’ai extrait n’importe où je partage avec d’autres un droit d’usage, deviennent ma Propriété, sans assignation ni consentement de quiconque. Le travail qui était mien, en les retirant de cet état commun où ils étaient, y a fixé ma Propriété.

29. S’il fallait un consentement explicite de tous les Usagers à tous ceux qui s’approprient une partie de ce qui est donné en commun, Enfants ou Serviteurs ne pourraient pas couper la Viande que leur Père ou leur Maître leur a fourni en commun, sans leur assigner de part en particulier. Bien que l’Eau à la Fontaine soit à tout le monde, qui peut douter que dans le Pichet elle ne soit qu’à celui qui l’a tirée? Son travail l’a retirée des mains de la Nature, où elle était en commun et appartenait également à tous ses Enfants, et l’a par là appropriée à lui-même.

30. Ainsi cette Loi de la raison fait du Cerf le bien de l’Indien qui l’a tué; il est permis que les biens auxquels il a appliqué son travail soient à lui, bien qu’auparavant chacun en eût le droit d’usage. Et parmi ceux qui passent pour la partie Policée de l’Humanité, qui ont fait et multiplié les Lois positives pour déterminer la Propriété, ce Droit de la Nature originel pour faire naître la Propriété, dans ce qui était auparavant en commun, a encore cours; c’est en vertu de lui que le Poisson capturé dans l’Océan, ce grand Communal encore subsistant de l’Humanité; ou l’Ambre gris qui y est pris, deviennent par le Travail, qui les retire de l’état commun où la Nature les laissait, la Propriété de celui qui s’en donne la peine. Et même parmi nous, la Hase, que l’on court, est pensée comme lui appartenant par son poursuivant au cours de la Chasse. Puisqu’étant une Bête qui passe encore pour commune, et n’est Possession privée de Personne; quiconque a employé autant de travail à quoi que ce soit, que la débusquer et la poursuivre, l’a retirée par là de l’état de Nature où elle était commune, et a fait naître une Propriété.

31. On objectera peut-être à ceci, Que si cueillir des Glands, ou d’autres Fruits de la Terre, &c. donne droit à eux, alors n’importe qui peut accaparer autant qu’il veut. A quoi je Réponds, Non. Le même Droit de la Nature, qui nous donne par ce moyen la Propriété, limite également cette Propriété aussi. Dieu nous a donné toutes choses richement, 1 Tim. vi. 17. est la Voix de Raison confirmée par l’Inspiration. Mais jusqu’où nous l’a-t-il donné? Pour jouir. Autant que quelqu’un peut en utiliser en faveur de la vie avant qu’il ne se gâte; autant il peut y fixer une Propriété par son travail. Tout ce qui est au-delà, est plus que sa part, et appartient à autrui. Dieu n’a rien créé pour que l’Homme le gâte ou le détruise. Et ainsi vu l’abondance des Vivres naturels qu’il y avait longtemps dans le Monde, le peu de consommateurs, et la petitesse de la fraction des vivres sur lesquels l’industrie d’un Individu pouvait s’étendre et qu’elle pouvait accaparer au détriment d’autrui; surtout s’il restait dans les limites mises par la raison à ce qui pouvait lui servir; Querelles ou Litiges sur la Propriété ainsi établie n’avaient donc guère de place.

32. Mais l’objet principal de Propriété n’étant pas maintenant les Fruits de la Terre, ni les Bêtes qui y subsistent, mais la Terre elle-même; comme ce qui englobe et comporte tout le reste: je pense qu’il est évident, que la Propriété en ce qui la concerne s’acquière aussi comme la précédente. Autant de Terres qu’un Homme Laboure, Plante, Améliore, Cultive, et dont il peut utiliser le Produit, autant est sa Propriété. Par son Travail il les enclôt, pour ainsi dire, du Communal. Et cela n’invalidera pas son droit de dire que Tout autre y a un Titre égal, et qu’il ne peut donc approprier, enclore, sans le Consentement de tous ses Co-Usagers, de toute l’Humanité. Dieu, quand il donna le Monde en commun à toute l’Humanité, commanda aussi à l’Homme de travailler, et l’Indigence de son État le lui imposa. Dieu et sa Raison lui commandaient de soumettre la Terre, c’est-à-dire de l’améliorer en faveur de la Vie, et ce faisant d’y dépenser quelque chose qui était son bien, son travail. Celui qui, Obéissant à ce Commandement de Dieu, en soumettait, labourait et ensemençait une partie, lui annexait ainsi quelque chose qui était sa Propriété, à laquelle autrui n’avait point de Titre, ni ne pouvait lui prendre sans lui léser.

33. Et cette appropriation d’une parcelle de Terre, moyennant son amélioration, ne nuisait à personne, puisqu’il y en avait encore assez, et d’aussi bonne; et plus que ne pouvait utiliser celui qui était encore dépourvu. Si bien qu’en effet, il ne restait jamais moins aux autres de la clôture pour soi. Car celui qui laisse autant qu’un autre peut utiliser, fait comme s’il ne prenait rien. Personne ne pouvait s’estimer lésé par ce qu’un autre buvait, même s’il s’agissait d’une bonne Gorgée, si toute une Rivière de la même Eau lui restait pour étancher sa Soif. Et il en est exactement de même pour la Terre, là où, comme de l’Eau, il y en a assez.

34. Dieu donna le Monde aux Hommes en Commun; mais puisqu’il le leur donna pour leur bien, et pour les plus grandes Commodités de la Vie qu’ils étaient capables d’en tirer, on ne peut supposer que ce fût pour qu’il restât toujours en commun et non cultivé. Il le donna à l’usage de l’Industrieux et du Rationnel (et le Travail devait être son Titre); non à la Fantaisie ou à la Cupidité du Querelleur et du Chicaneur. Celui qui en avait d’aussi bon pour l’améliorer que ce qui était déjà pris, n’avait pas à se plaindre, ne devait pas se mêler de ce qui était déjà amélioré par le Travail d’un autre: S’il le faisait, il est évident qu’il voulait profiter de la Peine d’autrui, à laquelle il n’avait point droit, et non du Sol que Dieu lui avait donné à travailler en commun avec les autres, et dont il restait d’aussi bonne qualité que ce qui était déjà possédé, et plus qu’il ne savait en faire, ou que son Industrie pouvait attraper.

35. Il est vrai, dans la Terre qui est commune en Angleterre, ou ailleurs, où il y a une Abondance de Gens sous Gouvernement, qui ont Monnaie et Commerce, personne ne peut enclore ou approprier quelque partie que ce soit, sans le consentement de tous ses Co-Usagers: parce qu’elle est laissée en commun par Contrat, c’est-à-dire par le Droit foncier, qui ne doit pas être violé. Et, si elle est Commune, relativement à certains, elle ne l’est pas à toute l’Humanité; mais elle est la co-propriété de telle Contrée, ou de telle Paroisse. En outre, le restant, après une telle clôture, ne serait pas aussi bon au reste des Usagers que ne l’était le tout, quand ils pouvaient tous l’utiliser: alors qu’au commencement et au premier peuplement du grand Communal du Monde, il en était tout autrement. La Loi sous laquelle était l’Homme, était plutôt pour l’appropriation. Dieu Commandait, et ses Besoins le forçaient au travail. C’était sa Propriété qu’on ne pouvait lui prendre partout où il l’avait fixée. Et de là nous voyons que soumettre ou cultiver la Terre, et avoir la Domination, vont ensemble. L’un donnait Titre à l’autre. Si bien que Dieu, en commandant de soumettre, donnait Pouvoir d’approprier. Et la Condition de la Vie Humaine, qui nécessite Labeur et Matières à travailler, introduit nécessairement les Possessions privées.

36. La Nature a bien établi la mesure de la Propriété, par l’étendue du Travail humain, et la Commodité de la Vie humaine: il n’y avait personne dont Travail pût soumettre ou approprier tout: ni la Jouissance consommer plus qu’une petite partie; si bien que personne ne pouvait, par ce moyen, empiéter sur le droit d’autrui, ou acquérir, pour lui, une Propriété aux dépens de son Voisin, qui trouverait encore place pour une Possession aussi bonne, et aussi grande (après que l’autre a pris la sienne) qu’avant son appropriation. Cette mesure limitait la Possession de chacun à une Proportion très modérée, et telle qu’il pouvait s’approprier, sans Léser qui que ce soit aux Premiers Ages du Monde, quand les Hommes risquaient plus de se perdre, en s’écartant de leur Compagnie, dans les alors vastes Déserts de la Terre, que d’être empêchés de s’établir par manque de place. Et la même mesure vaut encore, sans nuire à qui que ce soit, aussi plein que le Monde paraisse. Car, si un Homme, ou une Famille, dans l’état où ils étaient au premier peuplement du Monde par les Enfants d’Adam, ou de Noé, s’établissait dans quelque endroit vacant d’Amérique situé à l’intérieur des terres, nous verrions que les Possessions qu’il pourrait se constituer, en fonction des mesures que nous avons données, ne seraient pas très grandes, et que, même aujourd’hui, elles ne nuiraient pas au reste de l’Humanité, ou ne lui donnerait pas de raison de se plaindre, ou de s’estimer lésé par l’Usurpation de cet Homme, quoique la Race humaine se soit maintenant disséminée aux quatre coins du Monde, et surpasse infiniment le petit nombre qu’elle était au commencement. Bien plus, l’étendue du Sol vaut si peu, sans travail, que j’ai entendu dire qu’en Espagne même, on peut être autorisé à labourer, semer et moissonner, sans être inquiété, sur une Terre à laquelle l’on n’a d’autre Titre que l’usage qu’on en fait. Mais qu’au contraire les Habitants s’estiment obligés par celui dont l’Industrie sur une Terre négligée, et donc vaine, a accru le fonds de Grains, dont ils avaient besoin. Mais quoi qu’il en soit de ceci, je ne m’y appuierai point; Voici ce que j’ose affirmer hardiment, la même Règle de Propriété, (à savoir) que chacun devait avoir autant qu’il pouvait utiliser, subsisterait encore dans le Monde, sans gêner personne, puisqu’il y a assez de Terres dans le Monde pour suffire au double d’Habitants, si l’Invention de l’Argent, et la Convention tacite des Hommes pour lui mettre une valeur, n’avaient introduit (par Consentement) des Possessions plus grandes, et Droit à celles-ci; je vais bientôt montrer plus en détail comment cela s’est fait.

37. Il est certain, Qu’au commencement, avant que le désir d’avoir plus que les Hommes n’avaient besoin, n’eût modifié la valeur intrinsèque des choses, qui ne dépend que de leur utilité pour la Vie humaine; ou n’eût convenu qu’un petit morceau de Métal jaune, qui se conserverait sans s’user ni s’altérer, vaudrait un grand morceau de Viande ou tout un tas de Grains; quoique les Hommes eussent chacun Droit de s’approprier, par leur Travail, autant de choses de la Nature qu’ils pouvaient utiliser: ce ne pouvait cependant pas être beaucoup, ni nuire à autrui, là où ceux qui utiliseraient la même Industrie en trouvaient encore tout aussi abondamment. J’ajoute, que celui qui s’approprie de la Terre par son travail, ne diminue pas mais accroît le fonds commun de l’humanité. Car les vivres servant au soutien de la vie humaine, qui sont produits par acre de terre enclose et cultivée, représentent (sans exagération) dix fois plus que ceux rendus par acre de Terre, d’une égale richesse, restant vaine en commun. Et donc on peut vraiment dire de celui qui enclôt la Terre et obtient de dix acres une plus grande abondance de commodités de la vie que celle qu’il pourrait avoir de cent laissées à la Nature, qu’il donne quatre-vingt-dix acres à l’Humanité. Car son travail le pourvoit maintenant de vivres tirés de dix acres, qui n’étaient le produit que de cent restant en commun. J’ai évalué ici très bas la terre amélioration en n’envisageant son produit que dans le rapport de dix à un, alors qu’il est beaucoup plus près de cent à un. Car franchement, mille acres dans les bois sauvages et dans les terres vaines incultes d’Amérique laissées à la Nature, sans aucune amélioration, labour ou culture, rendraient-ils aux habitants nécessiteux et miséreux autant de commodités de la vie que ne le font dix acres de terres d’égale fertilité dans le Devonshire où elles sont bien cultivées?

Avant l’appropriation des Terres, quiconque cueillait autant de Fruits sauvages, tuait, capturait ou domestiquait autant de Bêtes qu’il pouvait; quiconque employait sa Peine sur n’importe lequel des Produits spontanés de la Nature, à le modifier d’une façon ou d’une autre, à partir de l’état que lui donne la Nature, en y plaçant quoi que ce soit de son Travail, en devenait Propriétaire: Mais s’il périssait, en sa Possession, sans leur bonne et due utilisation; si les Fruits pourrissaient, ou le Gibier se putréfiait avant qu’il n’ait pu les consommer, il enfreignait le Droit coutumier de la Nature, et s’exposait à châtiment; il envahissait la part de son Voisin, car il n’avait point Droit, au-delà de ce que son Usage en demandait, et ils pouvaient servir à le pourvoir des Commodités de la Vie.

38. Les mêmes mesures gouvernaient également la Possession de la Terre: Tout ce qu’il labourait et moissonnait, mettait en réserve et employait avant que cela ne se perdît, lui appartenait en propre; tout ce qu’il clôturait, pouvait nourrir, et employer, Bétail et Produit, était aussi à lui. Mais si l’Herbe de son Enclos pourrissait sur le Sol, ou si les Fruits de son plantage s’abîmaient sans être cueillis, et mis en réserve, cette partie de la Terre, nonobstant sa clôture, devait encore être tenue pour Terre Vaine, et pouvait être Possession de n’importe qui d’autre. Ainsi, au commencement, Caïn pouvait prendre autant de Sol qu’il pouvait en labourer, et dont il pouvait faire sa propre Terre, et cependant en laisser assez aux moutons d’Abel pour y paître; un petit nombre d’Acres servait à leurs deux Possessions. Mais à mesure que les Familles s’accroissaient, et que l’Industrie augmentait leur Fonds, leurs Possessions s’étendaient avec leur besoin; mais c’était communément sans aucune propriété permanente du sol qu’elles utilisaient, jusqu’à ce qu’elles se fussent unies, établies ensemble, et qu’elles eussent construit des Cités, et donc que, par consentement, elles en vinrent à fixer les limites de leurs Territoires distincts, à convenir de leurs frontières avec leurs Voisins, et par des Lois internes, à établir les Propriétés des membres de la même Société. Car l’on voit, dans cette partie du Monde habitée en premier, et donc susceptible d’être la mieux peuplée, même en des temps aussi éloignés que celui d’Abraham, qu’elles erraient avec leur petit et gros Bétail, qui était leur substance, librement partout; et qu’il en était ainsi d’Abraham, dans un Pays où il était Étranger. D’où il ressort, qu’au moins une grande partie de la Terre restait en commun; que les Habitants ni ne l’évaluaient, ni n’en revendiquaient la Propriété sur plus qu’ils ne pouvaient utiliser. Mais quand il n’y avait pas au même endroit assez de place pour que leurs Troupeaux paissent ensemble, par consentement, comme le firent Abraham et Lot, Genèse xiii. 5. ils séparaient et étendaient leur pâture, où cela leur convenait le mieux. Et c’est ce qui fit qu’Esaü quitta son Père et son Frère, et s’établit dans la Montagne de Séïr, Gen. xxxvi. 6.

39. Et ainsi, sans prêter de Domination et de propriété privées à Adam, sur le Monde entier, à l’exclusion de tous les autres Hommes, ce qui ne peut être prouvé, ni être à l’origine de la propriété de qui que ce soit; mais en supposant le Monde donné comme ce le fut aux Enfants des Hommes en commun, on voit comment le travail pouvait faire des Hommes des titres distincts à des parcelles différentes, pour leurs usages privés; où il ne pouvait y avoir d’incertitude juridique, ni de place pour les différends.

40. Et il n’est pas aussi étrange que peut-être a priori il paraît, que la Propriété du travail puisse l’emporter sur la Communauté de la Terre. Car c’est en effet le Travail qui met la différence de valeur sur toute chose; et, quiconque s’interroge sur la différence entre un Acre de Terre plantée en Tabac ou en Sucre, ensemencée en Blé ou en Orge; et un Acre de la même Terre restant en commun, sans Culture, trouvera que l’amélioration du travail fait de loin la plus grande partie de la valeur. Je pense que ce ne sera en faire une Évaluer très modeste que de dire, que 9/10 des Produits de la Terre utiles à la Vie humaine sont les effets du Travail: bien plus, si l’on veut correctement estimer les choses à leur stade final, et calculer les différentes Dépenses qu’elles nécessitent, ce qui en elles est dû purement à la Nature, et ce qui l’est au travail, on trouvera que dans la plupart d’entre elles 99/100 sont à mettre intégralement au compte du travail.

41. Il n’y en a pas démonstration plus claire, que les diverses Nations Américaines, riches en Terre, et pauvres dans tous les Conforts de la Vie; qui, quoique la Nature les ait pourvues aussi libéralement que n’importe quel autre peuple des matières de l’Abondance, c’est-à-dire d’un Sol fécond, apte à produire copieusement, ce qui pourrait servir de nourriture, vêtement, et contentement; n’ont pas, faute de l’améliorer par le travail, la centième partie des Commodités dont nous jouissons: Et le Roi d’un vaste Territoire fécond là-bas se nourrit, se loge et s’habille plus mal qu’un Journalier en Angleterre.

42. Pour rendre ceci un peu plus clair, il suffit de suivre quelques uns des Vivres ordinaires, dans leurs différentes étapes, avant leur stade final, et de voir combien ils reçoivent de leur valeur de l’Industrie Humaine. Pain, Vin et Drap sont d’un usage quotidien, et de grande abondance, cependant nonobstant, Glands, Eau et Feuilles, ou Peaux constitueraient notre Pain, notre Boisson et notre Vêtement, si le travail ne nous fournissait pas de ces Denrées plus utiles. Car tout ce que le Pain vaut de plus que les Glands, le Vin que l’Eau, et le Drap ou la Soie que les Feuilles, les Peaux ou la Mousse, est intégralement dû au travail et à l’industrie. Les uns étant la Nourriture et le Vêtement dont la Nature inassistée nous pourvoit; les autres les vivres que notre industrie et nos peines nous préparent, quiconque calculera de combien la valeur de ceux-ci excède la valeur de ceux-là, verra alors combien le travail fait de loin la plus grande partie de la valeur des choses, dont nous jouissons en ce Monde: Et le sol qui produit les matières, doit à peine y être compté, comme toute autre partie, ou au plus que comme une infime partie; Si infime que, même parmi nous, la Terre totalement laissée à la Nature, que n’améliorent pas les Pâture, Labours, ou Plantage est appelée, comme elle l’est en effet, vaine; et l’on trouvera que son profit se monte à presque rien. Ceci montre, combien le nombre des hommes doit être préféré à la grandeur des dominations, et que l’accroissement des terres et leur bon emploi sont le grand art de gouvernement. Et le Prince qui sera assez sage et divin pour établir des lois libérales pour assurer protection et donner encouragement à l’honnête industrie humaine contre l’oppression du pouvoir et l’étroitesse partisane deviendra vite trop fort pour ses Voisins. Mais c’est là une parenthèse. Revenons à notre propos.

43. Un Acre de Terre qui rend ici Vingt Boisseaux de Blé, et un autre en Amérique, qui, identiquement Cultivé, en rendrait autant, ont sans doute la même Valeur naturelle, intrinsèque. Mais cependant le Bienfait que l’Humanité retire de l’un, en un an, vaut 5 l. et de l’autre probablement pas un Penny, si tout le Rapport qu’un Indien en tire était évalué, et vendu ici; du moins, à vrai dire, pas 1/1000. C’est donc le Travail qui met la plus grande partie de la Valeur sur la Terre, sans lequel elle vaudrait à peine quelque chose: c’est à lui que l’on doit la plus grande partie de tous ses Produits utiles: car tout ce que la Paille, le Son, le Pain, de cet Acre de Blé, valent de plus que le Produit d’un Acre d’aussi bonne Terre, qui reste vaine, est intégralement l’Effet du Travail. Car ce ne sont pas simplement la Peine du Laboureur, le Labeur du Moissonneur et du Batteur, et la Sueur du Boulanger, qui doivent être comptés dans le Pain que nous mangeons; le Travail de ceux qui ont dressé les Boeufs, qui ont extrait et travaillé le Fer et les Pierres, qui ont abattu et façonné le Bois employé pour la Charrue, le Moulin, le Four, ou n’importe lequel des innombrables Ustensiles requis pour ce Blé, depuis son existence de semence à semer jusqu’à celle sous forme de Pain, tous doivent être imputés au Travail et reçus comme un effet de celui-ci: La Nature et la Terre n’ont fourni que les Matières en elles-mêmes presque sans valeur. Combien étrange serait le Catalogue des choses fournies et utilisées par l’Industrie pour chaque Miche de Pain avant son stade final, si nous pouvions en suivre la trace: Fer, Arbres, Cuir, Écorce, Bois, Pierre, Briques, Charbons, Glu, Drap, Teintures, Poix, Goudron, Mâts, Cordes, et toutes les Matières utilisées dans le Navire qui a apporté n’importe laquelle des Denrées employées par n’importe lequel des Ouvriers, à n’importe quel stade de l’Ouvrage, toutes Matières dont il serait presque impossible, du moins trop long, de faire le compte.

44. D’après tout ceci il est évident que, quoique les choses de la Nature soient données en commun, cependant l’Homme (en étant Maître de lui-même, et Propriétaire de sa propre Personne, ainsi que des actions ou du Travail de celle-ci) avait en soi le grand Fondement de la Propriété; et ce qui formait la plus grande partie de ce qu’il appliquait au Soutien ou au Confort de son existence, quand l’Invention et les Arts eurent amélioré les commodités de la Vie, était parfaitement son bien propre, et n’appartenait pas en commun à autrui.

45. Ainsi le Travail, au Commencement, donnait-il un Droit de Propriété, partout où quiconque se plaisait à l’employer, sur ce qui était en commun, qui resta, longtemps, la partie de loin la plus grande, et est encore plus que l’Humanité n’en utilise. Au début, les Hommes, pour la plupart, se contentaient de ce que la Nature inassistée Offrait à leurs Nécessités: et bien que par la suite, dans les parties du Monde (où l’accroissement des Gens et du Fonds, avec l’Usage de l’Argent) avait rendu la Terre rare et ce faisant de quelque Valeur, les diverses Communautés eussent établi les Frontières de leurs Territoires distincts, et par des Lois internes réglementé les Propriétés des Individus de leur Société, et qu’ainsi, par Contrat et Convention, elles eussent établi la Propriété engendrée par le Travail et l’Industrie; et par des Alliances, conclues entre plusieurs États et Royaumes, niant expressément ou tacitement toute Revendication et Droit sur la Terre en Possession d’autrui, elles eussent, par Consentement commun, renoncé à prétendre au Droit d’usage naturel, qu’elles avaient à l’origine sur ces Pays, et qu’ainsi, par convention positive, elles eussent établi une Propriété parmi elles, sur des Parties et Parcelles distinctes de la Terre: néanmoins il subsiste encore de vastes Étendues de Terre à découvrir, (dont les Habitants n’ont pas rejoints le reste de l’Humanité, dans le consentement à l’Usage de son Argent commun) qui restent vaines, et surpassent ce qu’en font les Gens qui y habitent, ou ce qu’ils peuvent en utiliser, et donc qui restent encore en commun. Quoique ceci puisse à peine exister dans la partie de l’Humanité qui a consenti à l’usage de l’Argent.

46. La plus grande partie des choses réellement utiles à la Vie humaine, et dont la nécessité de subsister fit s’occuper les premiers Usagers du Monde, comme elle le fait maintenant aux Américains, sont généralement des choses de brève durée; qui, si elles ne sont pas utilisées, s’altéreront et périront d’elles-mêmes: L’Or, l’Argent, et les Diamants sont choses, auxquelles la Fantaisie ou la Convention ont mis de la Valeur, plus que l’Usage réel, et le Soutien nécessaire de la Vie. Maintenant de toutes ces choses que la Nature a fournies en commun, chacun avait Droit (comme il a été dit) à autant qu’il pouvait utiliser, et était Propriétaire de tout ce qu’il pouvait effectuer avec son Travail: tout ce à quoi son Industrie pouvait s’appliquer, dont elle pouvait modifier l’État dans lequel la Nature l’avait mis, était à lui. Quiconque cueillait Cent Boisseaux de Glands ou de Pommes, en avait donc la Propriété; ils étaient ses Biens dès qu’il les avait cueillis. Il devait seulement veiller à les utiliser avant qu’ils ne se perdissent; sinon il prenait plus que sa part et volait autrui. Et c’était d’ailleurs aussi stupide que malhonnête que d’amasser plus qu’il n’en pouvait en utiliser. S’il en donnait une fraction à n’importe qui d’autre, de sorte qu’elle ne pérît point inutilement en sa Possession, c’était aussi en faire usage. Et si aussi il troquait des Prunes qui auraient pourri en une Semaine, contre des Noix qui pouvaient rester bonnes à manger pendant toute une Année, il ne lésait point; il ne gaspillait pas le Fonds commun; ne détruisait aucune part de la portion de Biens appartenant à autrui, tant que rien ne périssait dans ses mains inutilement. Derechef, s’il voulait donner ses Noix contre un morceau de Métal dont la couleur plaisait; ou échanger son Mouton contre des Coquillages, ou de la Laine contre un Caillou brillant ou un Diamant, et les conserver toute sa Vie, il n’usurpait pas le Droit d’autrui, il pouvait entasser autant de ces choses durables qu’il voulait; le dépassement des limites de sa juste Propriété ne résidant pas dans la grandeur de sa Possession, mais dans ce que quelque chose y périsse inutilement.

47. Et ainsi vint l’usage de l’Argent, quelque chose durable que les Hommes pouvaient conserver sans qu’il se perdît, et que par mutuel consentement ils pouvaient accepter en échange des Choses nécessaires à la Vie vraiment utiles, mais périssables.

48. Et comme les degrés différents d’Industrie tendaient à donner aux Hommes des Possessions en Proportions différentes, cette Invention de l’Argent leur donna l’occasion de continuer à les agrandir. Car soit une Ile, coupée de tout Commerce avec le reste du Monde, où ne vivraient qu’une centaine de Familles, mais où il y aurait Moutons, Chevaux et Vaches, et d’autres Animaux utiles, des Fruits sains, et assez de Terres à Blé pour cent mille fois autant, mais rien qui soit, du fait de sa Généralité ou de sa Périssabilité, propre à occuper la place de l’Argent: Quelle raison quelqu’un pourrait-il y avoir d’agrandir ses Possessions au-delà de l’usage de sa Famille, et d’un approvisionnement abondant pour sa Consommation soit en produits sa propre Industrie, soit en produits qu’il pourrait troquer contre des Denrées pareillement utiles et périssables avec d’autres? Là où il n’y a rien à la fois de durable et de rare, et d’une valeur qui fasse qu’on l’amasse, on ne tendra pas à agrandir ses Possessions de Terre, si riche et si libre qu’elle fût. Car je vous le demande, Que vaudraient pour quelqu’un Dix Mille ou Cent Mille Acres d’excellente Terre, déjà cultivée, et également bien pourvue en Bétail, au milieu des Parties de l’Amérique à l’intérieur des terres, sans l’espoir de Commercer avec d’autres Parties du Monde, de tirer de l’Argent de la Vente du Produit? Enclore ne vaudrait pas la peine, et nous le verrions restituer au Communal sauvage de la Nature, tout ce qui dépasserait les Commodités de la Vie qu’il en pourrait tirer pour lui et sa Famille.

49. Ainsi au commencement le Monde entier était Amérique, et plus que ce ne l’est maintenant; car nulle part on ne connaissait de chose telle que l’Argent. Trouvez quelque chose ayant son Usage et sa Valeur parmi ses Voisins, et vous verrez le même Homme commencer rapidement à agrandir ses Possessions.

50. Mais puisque l’Or et l’Argent, peu utiles à la Vie humaine proportionnellement à la Nourriture, au Vêtement et au Transport, ne tiennent leur valeur que du consentement des Hommes dont le Travail fait cependant, en grande partie, la mesure, il est évident que les Hommes ont convenu d’une Possession disproportionnée et inégale de la Terre, quand ils ont par un consentement tacite et volontaire inventé la façon, dont un homme peut honnêtement posséder plus de terres qu’il ne peut lui-même en utiliser de produit, en recevant en échange du surplus, de l’Or et de l’Argent, ces métaux qui, ne se perdant ni ne s’altérant dans les mains du possesseur, peuvent être amassés sans léser qui que ce soit. Ce partage des choses, dans une inégalité des possessions privées, les hommes l’ont rendu réalisable hors des limites de la Société, et sans contrat, uniquement en mettant une valeur à l’or et sur l’argent et en convenant tacitement d’utiliser l’Argent. Car dans les Gouvernements les Lois règlent le droit de propriété, et des constitutions positives déterminent la possession de la Terre.

51. Et ainsi je pense qu’il est très facile de concevoir, sans aucune difficulté, comment le Travail a pu d’abord faire naître un titre de Propriété sur les choses communes de la Nature, et comment le dépenser pour notre usage le limitait. Si bien qu’il ne pouvait y avoir de sujet de différend sur le Titre, ni d’incertitude sur la grandeur de la Possession qu’il donnait. Droit et Commodité allaient de pair; car comme un Homme avait Droit à tout ce sur quoi il pouvait employer son Travail, il n’avait point la tentation de travailler pour plus qu’il pouvait utiliser. Il n’y avait pas place pour Controverse sur le Titre, ni pour Empiétement sur le Droit d’autrui; la Portion qu’un Homme se taillait se voyait aisément; et il lui était aussi inutile que malhonnête de s’en tailler une trop grande, ou de prendre plus qu’il n’avait besoin.

Columbus, the Indians and the ‘discovery’ of America

Howard Zinn on the "discovery" of America, the treatment of the native population and how it was justified as "progress".

Arawak men and women, naked, tawny, and full of wonder, emerged from their villages onto the island’s beaches and swam out to get a closer look at the strange big boat. When Columbus and his sailors came ashore, carrying swords, speaking oddly, the Arawaks ran to greet them, brought them food, water, gifts. He later wrote of this in his log:

They … brought us parrots and balls of cotton and spears and many other things, which they exchanged for the glass beads and hawks’ bells. They willingly traded everything they owned… . They were well-built, with good bodies and handsome features…. They do not bear arms, and do not know them, for I showed them a sword, they took it by the edge and cut themselves out of ignorance. They have no iron. Their spears are made of cane… . They would make fine servants…. With fifty men we could subjugate them all and make them do whatever we want.

These Arawaks of the Bahama Islands were much like Indians on the mainland, who were remarkable (European observers were to say again and again) for their hospitality, their belief in sharing. These traits did not stand out in the Europe of the Renaissance, dominated as it was by the religion of popes, the government of kings, the frenzy for money that marked Western civilization and its first messenger to the Americas, Christopher Columbus.

Columbus wrote:

As soon as I arrived in the Indies, on the first Island which I found, I took some of the natives by force in order that they might learn and might give me information of whatever there is in these parts.

The information that Columbus wanted most was: Where is the gold? He had persuaded the king and queen of Spain to finance an expedition to the lands, the wealth, he expected would be on the other side of the Atlantic-the Indies and Asia, gold and spices. For, like other informed people of his time, he knew the world was round and he could sail west in order to get to the Far East.

Spain was recently unified, one of the new modern nation-states, like France, England, and Portugal. Its population, mostly poor peasants, worked for the nobility, who were 2 percent of the population and owned 95 percent of the land. Spain had tied itself to the Catholic Church, expelled all the Jews, driven out the Moors. Like other states of the modern world, Spain sought gold, which was becoming the new mark of wealth, more useful than land because it could buy anything.

There was gold in Asia, it was thought, and certainly silks and spices, for Marco Polo and others had brought back marvelous things from their overland expeditions centuries before. Now that the Turks had conquered Constantinople and the eastern Mediterranean, and controlled the land routes to Asia, a sea route was needed. Portuguese sailors were working their way around the southern tip of Africa. Spain decided to gamble on a long sail across an unknown ocean.

In return for bringing back gold and spices, they promised Columbus 10 percent of the profits, governorship over new-found lands, and the fame that would go with a new tide: Admiral of the Ocean Sea. He was a merchant’s clerk from the Italian city of Genoa, part-time weaver (the son of a skilled weaver), and expert sailor. He set out with three sailing ships, the largest of which was the Santa Maria, perhaps 100 feet long, and thirty-nine crew members.

Columbus would never have made it to Asia, which was thousands of miles farther away than he had calculated, imagining a smaller world. He would have been doomed by that great expanse of sea. But he was lucky. One-fourth of the way there he came upon an unknown, uncharted land that lay between Europe and Asia-the Americas. It was early October 1492, and thirty-three days since he and his crew had left the Canary Islands, off the Atlantic coast of Africa. Now they saw branches and sticks floating in the water. They saw flocks of birds.

These were signs of land. Then, on October 12, a sailor called Rodrigo saw the early morning moon shining on white sands, and cried out. It was an island in the Bahamas, the Caribbean sea. The first man to sight land was supposed to get a yearly pension of 10,000 maravedis for life, but Rodrigo never got it. Columbus claimed he had seen a light the evening before. He got the reward.

So, approaching land, they were met by the Arawak Indians, who swam out to greet them. The Arawaks lived in village communes, had a developed agriculture of corn, yams, cassava. They could spin and weave, but they had no horses or work animals. They had no iron, but they wore tiny gold ornaments in their ears.

This was to have enormous consequences: it led Columbus to take some of them aboard ship as prisoners because he insisted that they guide him to the source of the gold. He then sailed to what is now Cuba, then to Hispaniola (the island which today consists of Haiti and the Dominican Republic). There, bits of visible gold in the rivers, and a gold mask presented to Columbus by a local Indian chief, led to wild visions of gold fields.

On Hispaniola, out of timbers from the Santa Maria, which had run aground, Columbus built a fort, the first European military base in the Western Hemisphere. He called it Navidad (Christmas) and left thirty-nine crewmembers there, with instructions to find and store the gold. He took more Indian prisoners and put them aboard his two remaining ships. At one part of the island he got into a fight with Indians who refused to trade as many bows and arrows as he and his men wanted. Two were run through with swords and bled to death. Then the Nina and the Pinta set sail for the Azores and Spain. When the weather turned cold, the Indian prisoners began to die.

Columbus’s report to the Court in Madrid was extravagant. He insisted he had reached Asia (it was Cuba) and an island off the coast of China (Hispaniola). His descriptions were part fact, part fiction:

Hispaniola is a miracle. Mountains and hills, plains and pastures, are both fertile and beautiful … the harbors are unbelievably good and there are many wide rivers of which the majority contain gold. . . . There are many spices, and great mines of gold and other metals….

The Indians, Columbus reported, "are so naive and so free with their possessions that no one who has not witnessed them would believe it. When you ask for something they have, they never say no. To the contrary, they offer to share with anyone…." He concluded his report by asking for a little help from their Majesties, and in return he would bring them from his next voyage "as much gold as they need … and as many slaves as they ask." He was full of religious talk: "Thus the eternal God, our Lord, gives victory to those who follow His way over apparent impossibilities."

Because of Columbus’s exaggerated report and promises, his second expedition was given seventeen ships and more than twelve hundred men. The aim was clear: slaves and gold. They went from island to island in the Caribbean, taking Indians as captives. But as word spread of the Europeans’ intent they found more and more empty villages. On Haiti, they found that the sailors left behind at Fort Navidad had been killed in a battle with the Indians, after they had roamed the island in gangs looking for gold, taking women and children as slaves for sex and labor.

Now, from his base on Haiti, Columbus sent expedition after expedition into the interior. They found no gold fields, but had to fill up the ships returning to Spain with some kind of dividend. In the year 1495, they went on a great slave raid, rounded up fifteen hundred Arawak men, women, and children, put them in pens guarded by Spaniards and dogs, then picked the five hundred best specimens to load onto ships. Of those five hundred, two hundred died en route. The rest arrived alive in Spain and were put up for sale by the archdeacon of the town, who reported that, although the slaves were "naked as the day they were born," they showed "no more embarrassment than animals." Columbus later wrote: "Let us in the name of the Holy Trinity go on sending all the slaves that can be sold."

But too many of the slaves died in captivity. And so Columbus, desperate to pay back dividends to those who had invested, had to make good his promise to fill the ships with gold. In the province of Cicao on Haiti, where he and his men imagined huge gold fields to exist, they ordered all persons fourteen years or older to collect a certain quantity of gold every three months. When they brought it, they were given copper tokens to hang around their necks. Indians found without a copper token had their hands cut off and bled to death.

The Indians had been given an impossible task. The only gold around was bits of dust garnered from the streams. So they fled, were hunted down with dogs, and were killed.

Trying to put together an army of resistance, the Arawaks faced Spaniards who had armor, muskets, swords, horses. When the Spaniards took prisoners they hanged them or burned them to death. Among the Arawaks, mass suicides began, with cassava poison. Infants were killed to save them from the Spaniards. In two years, through murder, mutilation, or suicide, half of the 250,000 Indians on Haiti were dead.

When it became clear that there was no gold left, the Indians were taken as slave labor on huge estates, known later as encomiendas. They were worked at a ferocious pace, and died by the thousands. By the year 1515, there were perhaps fifty thousand Indians left. By 1550, there were five hundred. A report of the year 1650 shows none of the original Arawaks or their descendants left on the island.

The chief source-and, on many matters the only source-of information about what happened on the islands after Columbus came is Bartolome de las Casas, who, as a young priest, participated in the conquest of Cuba. For a time he owned a plantation on which Indian slaves worked, but he gave that up and became a vehement critic of Spanish cruelty. Las Casas transcribed Columbus’s journal and, in his fifties, began a multivolume History of the Indies. In it, he describes the Indians. They are agile, he says, and can swim long distances, especially the women. They are not completely peaceful, because they do battle from time to time with other tribes, but their casualties seem small, and they fight when they are individually moved to do so because of some grievance, not on the orders of captains or kings.

Women in Indian society were treated so well as to startle the Spaniards. Las Casas describes sex relations:

Marriage laws are non-existent men and women alike choose their mates and leave them as they please, without offense, jealousy or anger. They multiply in great abundance; pregnant women work to the last minute and give birth almost painlessly; up the next day, they bathe in the river and are as clean and healthy as before giving birth. If they tire of their men, they give themselves abortions with herbs that force stillbirths, covering their shameful parts with leaves or cotton cloth; although on the whole, Indian men and women look upon total nakedness with as much casualness as we look upon a man’s head or at his hands.

The Indians, Las Casas says, have no religion, at least no temples. They live in

large communal bell-shaped buildings, housing up to 600 people at one time … made of very strong wood and roofed with palm leaves…. They prize bird feathers of various colors, beads made of fishbones, and green and white stones with which they adorn their ears and lips, but they put no value on gold and other precious things. They lack all manner of commerce, neither buying nor selling, and rely exclusively on their natural environment for maintenance. They are extremely generous with their possessions and by the same token covet the possessions of then; friends and expect the same degree of liberality. …

In Book Two of his History of the Indies, Las Casas (who at first urged replacing Indians by black slaves, thinking they were stronger and would survive, but later relented when he saw the effects on blacks) tells about the treatment of the Indians by the Spaniards. It is a unique account and deserves to be quoted at length:

Endless testimonies . .. prove the mild and pacific temperament of the natives…. But our work was to exasperate, ravage, kill, mangle and destroy; small wonder, then, if they tried to kill one of us now and then…. The admiral, it is true, was blind as those who came after him, and he was so anxious to please the King that he committed irreparable crimes against the Indians….

Las Casas tells how the Spaniards "grew more conceited every day" and after a while refused to walk any distance. They "rode the backs of Indians if they were in a hurry" or were carried on hammocks by Indians running in relays. "In this case they also had Indians carry large leaves to shade them from the sun and others to fan them with goose wings."

Total control led to total cruelty. The Spaniards "thought nothing of knifing Indians by tens and twenties and of cutting slices off them to test the sharpness of their blades." Las Casas tells how "two of these so-called Christians met two Indian boys one day, each carrying a parrot; they took the parrots and for fun beheaded the boys."

The Indians’ attempts to defend themselves failed. And when they ran off into the hills they were found and killed. So, Las Casas reports, "they suffered and died in the mines and other labors in desperate silence, knowing not a soul in the world to whom they could turn for help." He describes their work in the mines:

… mountains are stripped from top to bottom and bottom to top a thousand times; they dig, split rocks, move stones, and carry dirt on then: backs to wash it in the rivers, while those who wash gold stay in the water all the time with their backs bent so constantly it breaks them; and when water invades the mines, the most arduous task of all is to dry the mines by scooping up pansful of water and throwing it up outside….

After each six or eight months’ work in the mines, which was the time required of each crew to dig enough gold for melting, up to a third of the men died.

While the men were sent many miles away to the mines, the wives remained to work the soil, forced into the excruciating job of digging and making thousands of hills for cassava plants.

Thus husbands and wives were together only once every eight or ten months and when they met they were so exhausted and depressed on both sides … they ceased to procreate. As for the newly born, they died early because their mothers, overworked and famished, had no milk to nurse them, and for this reason, while I was in Cuba, 7000 children died in three months. Some mothers even drowned their babies from sheer desperation…. hi this way, husbands died in the mines, wives died at work, and children died from lack of milk . .. and in a short time this land which was so great, so powerful and fertile … was depopulated. … My eyes have seen these acts so foreign to human nature, and now I tremble as I write. …

When he arrived on Hispaniola in 1508, Las Casas says, "there were 60,000 people living on this island, including the Indians; so that from 1494 to 1508, over three million people had perished from war, slavery, and the mines. Who in future generations will believe this? I myself writing it as a knowledgeable eyewitness can hardly believe it…."

Thus began the history, five hundred years ago, of the European invasion of the Indian settlements in the Americas. That beginning, when you read Las Casas-even if his figures are exaggerations (were there 3 million Indians to begin with, as he says, or less than a million, as some historians have calculated, or 8 million as others now believe?)-is conquest, slavery, death. When we read the history books given to children in the United States, it all starts with heroic adventure-there is no bloodshed-and Columbus Day is a celebration.

Past the elementary and high schools, there are only occasional hints of something else. Samuel Eliot Morison, the Harvard historian, was the most distinguished writer on Columbus, the author of a multivolume biography, and was himself a sailor who retraced Columbus’s route across the Atlantic. In his popular book Christopher Columbus, Mariner, written in 1954, he tells about the enslavement and the killing: "The cruel policy initiated by Columbus and pursued by his successors resulted in complete genocide."

That is on one page, buried halfway into the telling of a grand romance. In the book’s last paragraph, Morison sums up his view of Columbus:

He had his faults and his defects, but they were largely the defects of the qualities that made him great-his indomitable will, his superb faith in God and in his own mission as the Christ-bearer to lands beyond the seas, his stubborn persistence despite neglect, poverty and discouragement. But there was no flaw, no dark side to the most outstanding and essential of all his qualities-his seamanship.

One can lie outright about the past. Or one can omit facts which might lead to unacceptable conclusions. Morison does neither. He refuses to lie about Columbus. He does not omit the story of mass murder; indeed he describes it with the harshest word one can use: genocide.

But he does something else-he mentions the truth quickly and goes on to other things more important to him. Outright lying or quiet omission takes the risk of discovery which, when made, might arouse the reader to rebel against the writer. To state the facts, however, and then to bury them in a mass of other information is to say to the reader with a certain infectious calm: yes, mass murder took place, but it’s not that important-it should weigh very little in our final judgments; it should affect very little what we do in the world.

It is not that the historian can avoid emphasis of some facts and not of others. This is as natural to him as to the mapmaker, who, in order to produce a usable drawing for practical purposes, must first flatten and distort the shape of the earth, then choose out of the bewildering mass of geographic information those things needed for the purpose of this or that particular map.

My argument cannot be against selection, simplification, emphasis, which are inevitable for both cartographers and historians. But the map-maker’s distortion is a technical necessity for a common purpose shared by all people who need maps. The historian’s distortion is more than technical, it is ideological; it is released into a world of contending interests, where any chosen emphasis supports (whether the historian means to or not) some kind of interest, whether economic or political or racial or national or sexual.

Furthermore, this ideological interest is not openly expressed in the way a mapmaker’s technical interest is obvious ("This is a Mercator projection for long-range navigation-for short-range, you’d better use a different projection"). No, it is presented as if all readers of history had a common interest which historians serve to the best of their ability. This is not intentional deception; the historian has been trained in a society in which education and knowledge are put forward as technical problems of excellence and not as tools for contending social classes, races, nations.

To emphasize the heroism of Columbus and his successors as navigators and discoverers, and to de-emphasize their genocide, is not a technical necessity but an ideological choice. It serves- unwittingly-to justify what was done. My point is not that we must, in telling history, accuse, judge, condemn Columbus in absentia. It is too late for that; it would be a useless scholarly exercise in morality. But the easy acceptance of atrocities as a deplorable but necessary price to pay for progress (Hiroshima and Vietnam, to save Western civilization; Kronstadt and Hungary, to save socialism; nuclear proliferation, to save us all)-that is still with us. One reason these atrocities are still with us is that we have learned to bury them in a mass of other facts, as radioactive wastes are buried in containers in the earth. We have learned to give them exactly the same proportion of attention that teachers and writers often give them in the most respectable of classrooms and textbooks. This learned sense of moral proportion, coming from the apparent objectivity of the scholar, is accepted more easily than when it comes from politicians at press conferences. It is therefore more deadly.

The treatment of heroes (Columbus) and their victims (the Arawaks)-the quiet acceptance of conquest and murder in the name of progress-is only one aspect of a certain approach to history, in which the past is told from the point of view of governments, conquerors, diplomats, leaders. It is as if they, like Columbus, deserve universal acceptance, as if they-the Founding Fathers, Jackson, Lincoln, Wilson, Roosevelt, Kennedy, the leading members of Congress, the famous Justices of the Supreme Court-represent the nation as a whole. The pretense is that there really is such a thing as "the United States," subject to occasional conflicts and quarrels, but fundamentally a community of people with common interests. It is as if there really is a "national interest" represented in the Constitution, in territorial expansion, in the laws passed by Congress, the decisions of the courts, the development of capitalism, the culture of education and the mass media.

"History is the memory of states," wrote Henry Kissinger in his first book, A World Restored, in which he proceeded to tell the history of nineteenth-century Europe from the viewpoint of the leaders of Austria and England, ignoring the millions who suffered from those statesmen’s policies. From his standpoint, the "peace" that Europe had before the French Revolution was "restored" by the diplomacy of a few national leaders. But for factory workers in England, farmers in France, colored people in Asia and Africa, women and children everywhere except in the upper classes, it was a world of conquest, violence, hunger, exploitation-a world not restored but disintegrated.

My viewpoint, in telling the history of the United States, is different: that we must not accept the memory of states as our own. Nations are not communities and never have been, The history of any country, presented as the history of a family, conceals fierce conflicts of interest (sometimes exploding, most often repressed) between conquerors and conquered, masters and slaves, capitalists and workers, dominators and dominated in race and sex. And in such a world of conflict, a world of victims and executioners, it is the job of thinking people, as Albert Camus suggested, not to be on the side of the executioners.

Thus, in that inevitable taking of sides which comes from selection and emphasis in history, I prefer to try to tell the story of the discovery of America from the viewpoint of the Arawaks, of the Constitution from the standpoint of the slaves, of Andrew Jackson as seen by the Cherokees, of the Civil War as seen by the New York Irish, of the Mexican war as seen by the deserting soldiers of Scott’s army, of the rise of industrialism as seen by the young women in the Lowell textile mills, of the Spanish-American war as seen by the Cubans, the conquest of the Philippines as seen by black soldiers on Luzon, the Gilded Age as seen by southern farmers, the First World War as seen by socialists, the Second World War as seen by pacifists, the New Deal as seen by blacks in Harlem, the postwar American empire as seen by peons in Latin America. And so on, to the limited extent that any one person, however he or she strains, can "see" history from the standpoint of others.

My point is not to grieve for the victims and denounce the executioners. Those tears, that anger, cast into the past, deplete our moral energy for the present. And the lines are not always clear. In the long run, the oppressor is also a victim. In the short run (and so far, human history has consisted only of short runs), the victims, themselves desperate and tainted with the culture that oppresses them, turn on other victims.

Still, understanding the complexities, this book will be skeptical of governments and their attempts, through politics and culture, to ensnare ordinary people in a giant web of nationhood pretending to a common interest. I will try not to overlook the cruelties that victims inflict on one another as they are jammed together in the boxcars of the system. I don’t want to romanticize them. But I do remember (in rough paraphrase) a statement I once read: "The cry of the poor is not always just, but if you don’t listen to it, you will never know what justice is."

I don’t want to invent victories for people’s movements. But to think that history-writing must aim simply to recapitulate the failures that dominate the past is to make historians collaborators in an endless cycle of defeat. If history is to be creative, to anticipate a possible future without denying the past, it should, I believe, emphasize new possibilities by disclosing those hidden episodes of the past when, even if in brief flashes, people showed their ability to resist, to join together, occasionally to win. I am supposing, or perhaps only hoping, that our future may be found in the past’s fugitive moments of compassion rather than in its solid centuries of warfare.

That, being as blunt as I can, is my approach to the history of the United States. The reader may as well know that before going on.

What Columbus did to the Arawaks of the Bahamas, Cortes did to the Aztecs of Mexico, Pizarro to the Incas of Peru, and the English settlers of Virginia and Massachusetts to the Powhatans and the Pequots.

The Aztec civilization of Mexico came out of the heritage of Mayan, Zapotec, and Toltec cultures. It built enormous constructions from stone tools and human labor, developed a writing system and a priesthood. It also engaged in (let us not overlook this) the ritual killing of thousands of people as sacrifices to the gods. The cruelty of the Aztecs, however, did not erase a certain innocence, and when a Spanish armada appeared at Vera Cruz, and a bearded white man came ashore, with strange beasts (horses), clad in iron, it was thought that he was the legendary Aztec man-god who had died three hundred years before, with the promise to return-the mysterious Quetzalcoatl. And so they welcomed him, with munificent hospitality.

That was Hernando Cortes, come from Spain with an expedition financed by merchants and landowners and blessed by the deputies of God, with one obsessive goal: to find gold. In the mind of Montezuma, the king of the Aztecs, there must have been a certain doubt about whether Cortes was indeed Quetzalcoatl, because he sent a hundred runners to Cortes, bearing enormous treasures, gold and silver wrought into objects of fantastic beauty, but at the same time begging him to go back. (The painter Durer a few years later described what he saw just arrived in Spain from that expedition-a sun of gold, a moon of silver, worth a fortune.)

Cortes then began his march of death from town to town, using deception, turning Aztec against Aztec, killing with the kind of deliberateness that accompanies a strategy-to paralyze the will of the population by a sudden frightful deed. And so, in Cholulu, he invited the headmen of the Cholula nation to the square. And when they came, with thousands of unarmed retainers, Cortes’s small army of Spaniards, posted around the square with cannon, armed with crossbows, mounted on horses, massacred them, down to the last man. Then they looted the city and moved on. When their cavalcade of murder was over they were in Mexico City, Montezuma was dead, and the Aztec civilization, shattered, was in the hands of the Spaniards.

All this is told in the Spaniards’ own accounts.

In Peru, that other Spanish conquistador Pizarro, used the same tactics, and for the same reasons- the frenzy in the early capitalist states of Europe for gold, for slaves, for products of the soil, to pay the bondholders and stockholders of the expeditions, to finance the monarchical bureaucracies rising in Western Europe, to spur the growth of the new money economy rising out of feudalism, to participate in what Karl Marx would later call "the primitive accumulation of capital." These were the violent beginnings of an intricate system of technology, business, politics, and culture that would dominate the world for the next five centuries.

In the North American English colonies, the pattern was set early, as Columbus had set it in the islands of the Bahamas. In 1585, before there was any permanent English settlement in Virginia, Richard Grenville landed there with seven ships. The Indians he met were hospitable, but when one of them stole a small silver cup, Grenville sacked and burned the whole Indian village.

Jamestown itself was set up inside the territory of an Indian confederacy, led by the chief, Powhatan. Powhatan watched the English settle on his people’s land, but did not attack, maintaining a posture of coolness. When the English were going through their "starving time" in the winter of 1610, some of them ran off to join the Indians, where they would at least be fed. When the summer came, the governor of the colony sent a messenger to ask Powhatan to return the runaways, whereupon Powhatan, according to the English account, replied with "noe other than prowde and disdaynefull Answers." Some soldiers were therefore sent out "to take Revenge." They fell upon an Indian settlement, killed fifteen or sixteen Indians, burned the houses, cut down the corn growing around the village, took the queen of the tribe and her children into boats, then ended up throwing the children overboard "and shoteinge owit their Braynes in the water." The queen was later taken off and stabbed to death.

Twelve years later, the Indians, alarmed as the English settlements kept growing in numbers, apparently decided to try to wipe them out for good. They went on a rampage and massacred 347 men, women, and children. From then on it was total war.

Not able to enslave the Indians, and not able to live with them, the English decided to exterminate them. Edmund Morgan writes, in his history of early Virginia, American Slavery, American Freedom:

Since the Indians were better woodsmen than the English and virtually impossible to track down, the method was to feign peaceful intentions, let them settle down and plant their com wherever they chose, and then, just before harvest, fall upon them, killing as many as possible and burning the corn… . Within two or three years of the massacre the English had avenged the deaths of that day many times over.

In that first year of the white man in Virginia, 1607, Powhatan had addressed a plea to John Smith that turned out prophetic. How authentic it is may be in doubt, but it is so much like so many Indian statements that it may be taken as, if not the rough letter of that first plea, the exact spirit of it:

I have seen two generations of my people the…. I know the difference between peace and war better than any man in my country. I am now grown old, and must the soon; my authority must descend to my brothers, Opitehapan, Opechancanough and Catatough-then to my two sisters, and then to my two daughters-I wish them to know as much as I do, and that your love to them may be like mine to you. Why will you take by force what you may have quietly by love? Why will you destroy us who supply you with food? What can you get by war? We can hide our provisions and run into the woods; then you will starve for wronging your friends. Why are you jealous of us? We are unarmed, and willing to give you what you ask, if you come in a friendly manner, and not so simple as not to know that it is much better to eat good meat, sleep comfortably, live quietly with my wives and children, laugh and be merry with the English, and trade for their copper and hatchets, than to run away from them, and to lie cold in the woods, feed on acorns, roots and such trash, and be so hunted that I can neither eat nor sleep. In these wars, my men must sit up watching, and if a twig break, they all cry out "Here comes Captain Smith!" So I must end my miserable life. Take away your guns and swords, the cause of all our jealousy, or you may all die in the same manner.

When the Pilgrims came to New England they too were coming not to vacant land but to territory inhabited by tribes of Indians. The governor of the Massachusetts Bay Colony, John Winthrop, created the excuse to take Indian land by declaring the area legally a "vacuum." The Indians, he said, had not "subdued" the land, and therefore had only a "natural" right to it, but not a "civil right." A "natural right" did not have legal standing.

The Puritans also appealed to the Bible, Psalms 2:8: "Ask of me, and I shall give thee, the heathen for thine inheritance, and the uttermost parts of the earth for thy possession." And to justify their use of force to take the land, they cited Romans 13:2: "Whosoever therefore resisteth the power, resisteth the ordinance of God: and they that resist shall receive to themselves damnation."

The Puritans lived in uneasy truce with the Pequot Indians, who occupied what is now southern Connecticut and Rhode Island. But they wanted them out of the way; they wanted their land. And they seemed to want also to establish their rule firmly over Connecticut settlers in that area. The murder of a white trader, Indian-kidnaper, and troublemaker became an excuse to make war on the Pequots in 1636.

A punitive expedition left Boston to attack the NarraganseIt Indians on Block Island, who were lumped with the Pequots. As Governor Winthrop wrote:

They had commission to pat to death the men of Block Island, but to spare the women and children, and to bring them away, and to take possession of the island; and from thence to go to the Pequods to demand the murderers of Captain Stone and other English, and one thousand fathom of wampum for damages, etc. and some of their children as hostages, which if they should refuse, they were to obtain it by force.

The English landed and killed some Indians, but the rest hid in the thick forests of the island and the English went from one deserted village to the next, destroying crops. Then they sailed back to the mainland and raided Pequot villages along the coast, destroying crops again. One of the officers of that expedition, in his account, gives some insight into the Pequots they encountered: "The Indians spying of us came running in multitudes along the water side, crying, What cheer, Englishmen, what cheer, what do you come for? They not thinking we intended war, went on cheerfully… -"

So, the war with the Pequots began. Massacres took place on both sides. The English developed a tactic of warfare used earlier by Cortes and later, in the twentieth century, even more systematically: deliberate attacks on noncombatants for the purpose of terrorizing the enemy. This is ethno historian Francis Jennings’s interpretation of Captain John Mason’s attack on a Pequot village on the Mystic River near Long Island Sound: "Mason proposed to avoid attacking Pequot warriors, which would have overtaxed his unseasoned, unreliable troops. Battle, as such, was not his purpose. Battle is only one of the ways to destroy an enemy’s will to fight. Massacre can accomplish the same end with less risk, and Mason had determined that massacre would be his objective."

So the English set fire to the wigwams of the village. By their own account: "The Captain also said, We must Burn Them; and immediately stepping into the Wigwam … brought out a Fire Brand, and putting it into the Matts with which they were covered, set the Wigwams on Fire." William Bradford, in his History of the Plymouth Plantation written at the time, describes John Mason’s raid on the Pequot village:

Those that scaped the fire were slaine with the sword; some hewed to peeces, others rune throw with their rapiers, so as they were quickly dispatchte, and very few escaped. It was conceived they thus destroyed about 400 at this time. It was a fearful sight to see them thus frying in the fyer, and the streams of blood quenching the same, and horrible was the stincke and sente there of, but the victory seemed a sweete sacrifice, and they gave the prayers thereof to God, who had wrought so wonderfully for them, thus to inclose their enemise in their hands, and give them so speedy a victory over so proud and insulting an enimie.

As Dr. Cotton Mather, Puritan theologian, put it: "It was supposed that no less than 600 Pequot souls were brought down to hell that day."

The war continued. Indian tribes were used against one another, and never seemed able to join together in fighting the English. Jennings sums up:

The terror was very real among the Indians, but in rime they came to meditate upon its foundations. They drew three lessons from the Pequot War: (1) that the Englishmen’s most solemn pledge would be broken whenever obligation conflicted with advantage; (2) that the English way of war had no limit of scruple or mercy; and (3) that weapons of Indian making were almost useless against weapons of European manufacture. These lessons the Indians took to heart.

A footnote in Virgil Vogel’s book This Land Was Ours (1972) says: "The official figure on the number of Pequots now in Connecticut is twenty-one persons."

Forty years after the Pequot War, Puritans and Indians fought again. This time it was the Wampanoags, occupying the south shore of Massachusetts Bay, who were in the way and also beginning to trade some of their land to people outside the Massachusetts Bay Colony. Their chief, Massasoit, was dead. His son Wamsutta had been killed by Englishmen, and Wamsuttas brother Metacom (later to be called King Philip by the English) became chief. The English found their excuse, a murder which they attributed to Metacom, and they began a war of conquest against the Wampanoags, a war to take their land. They were clearly the aggressors, but claimed they attacked for preventive purposes. As Roger Williams, more friendly to the Indians than most, put it: "All men of conscience or prudence ply to windward, to maintain their wars to be defensive."

Jennings says the elite of the Puritans wanted the war; the ordinary white Englishman did not want it and often refused to fight. The Indians certainly did not want war, but they matched atrocity with atrocity. When it was over, in 1676, the English had won, but their resources were drained; they had lost six hundred men. Three thousand Indians were dead, including Metacom himself. Yet the Indian raids did not stop.

For a while, the English tried softer tactics. But ultimately, it was back to annihilation. The Indian population of 10 million that lived north of Mexico when Columbus came would ultimately be reduced to less than a million. Huge numbers of Indians would the from diseases introduced by the whites. A Dutch traveler in New Netherland wrote in 1656 that "the Indians … affirm, that before the arrival of the Christians, and before the smallpox broke out amongst them, they were ten times as numerous as they now are, and that their population had been melted down by this disease, whereof nine-tenths of them have died." When the English first settled Martha’s Vineyard in 1642, the Wampanoags there numbered perhaps three thousand. There were no wars on that island, but by 1764, only 313 Indians were left there. Similarly, Block Island Indians numbered perhaps 1,200 to 1,500 in 1662, and by 1774 were reduced to fifty-one.

Behind the English invasion of North America, behind their massacre of Indians, their deception, their brutality, was that special powerful drive born in civilizations based on private property. It was a morally ambiguous drive; the need for space, for land, was a real human need. But in conditions of scarcity, in a barbarous epoch of history ruled by competition, this human need was transformed into the murder of whole peoples. Roger Williams said it was

a depraved appetite after the great vanities, dreams and shadows of this vanishing life, great portions of land, land in this wilderness, as if men were in as great necessity and danger for want of great portions of land, as poor, hungry, thirsty seamen have, after a sick and stormy, a long and starving passage. This is one of the gods of New England, which the living and most high Eternal will destroy and famish.

Was all this bloodshed and deceit-from Columbus to Cortes, Pizarro, the Puritans-a necessity for the human race to progress from savagery to civilization? Was Morison right in burying the story of genocide inside a more important story of human progress? Perhaps a persuasive argument can be made-as it was made by Stalin when he killed peasants for industrial progress in the Soviet Union, as it was made by Churchill explaining the bombings of Dresden and Hamburg, and Truman explaining Hiroshima. But how can the judgment be made if the benefits and losses cannot be balanced because the losses are either unmentioned or mentioned quickly?

That quick disposal might be acceptable ("Unfortunate, yes, but it had to be done") to the middle and upper classes of the conquering and "advanced" countries. But is it acceptable to the poor of Asia, Africa, Latin America, or to the prisoners in Soviet labor camps, or the blacks in urban ghettos, or the Indians on reservations-to the victims of that progress which benefits a privileged minority in the world? Was it acceptable (or just inescapable?) to the miners and railroaders of America, the factory hands, the men and women who died by the hundreds of thousands from accidents or sickness, where they worked or where they lived-casualties of progress? And even the privileged minority-must it not reconsider, with that practicality which even privilege cannot abolish, the value of its privileges, when they become threatened by the anger of the sacrificed, whether in organized rebellion, unorganized riot, or simply those brutal individual acts of desperation labeled crimes by law and the state?

If there are necessary sacrifices to be made for human progress, is it not essential to hold to the principle that those to be sacrificed must make the decision themselves? We can all decide to give up something of ours, but do we have the right to throw into the pyre the children of others, or even our own children, for a progress which is not nearly as clear or present as sickness or health, life or death?

What did people in Spain get out of all that death and brutality visited on the Indians of the Americas? For a brief period in history, there was the glory of a Spanish Empire in the Western Hemisphere. As Hans Koning sums it up in his book Columbus: His Enterprise:

For all the gold and silver stolen and shipped to Spain did not make the Spanish people richer. It gave their kings an edge in the balance of power for a time, a chance to hire more mercenary soldiers for their wars. They ended up losing those wars anyway, and all that was left was a deadly inflation, a starving population, the rich richer, the poor poorer, and a ruined peasant class.

Beyond all that, how certain are we that what was destroyed was inferior? Who were these people who came out on the beach and swam to bring presents to Columbus and his crew, who watched Cortes and Pizarro ride through their countryside, who peered out of the forests at the first white settlers of Virginia and Massachusetts?

Columbus called them Indians, because he miscalculated the size of the earth. In this book we too call them Indians, with some reluctance, because it happens too often that people are saddled with names given them by their conquerors.

And yet, there is some reason to call them Indians, because they did come, perhaps 25,000 years ago, from Asia, across the land bridge of the Bering Straits (later to disappear under water) to Alaska. Then they moved southward, seeking warmth and land, in a trek lasting thousands of years that took them into North America, then Central and South America. In Nicaragua, Brazil, and Ecuador their petrified footprints can still be seen, along with the print of bison, who disappeared about five thousand years ago, so they must have reached South America at least that far back

Widely dispersed over the great land mass of the Americas, they numbered approximately 75 million people by the rime Columbus came, perhaps 25 million in North America. Responding to the different environments of soil and climate, they developed hundreds of different tribal cultures, perhaps two thousand different languages. They perfected the art of agriculture, and figured out how to grow maize (corn), which cannot grow by itself and must be planted, cultivated, fertilized, harvested, husked, shelled. They ingeniously developed a variety of other vegetables and fruits, as well as peanuts and chocolate and tobacco and rubber.

On their own, the Indians were engaged in the great agricultural revolution that other peoples in Asia, Europe, Africa were going through about the same time.

While many of the tribes remained nomadic hunters and food gatherers in wandering, egalitarian communes, others began to live in more settled communities where there was more food, larger populations, more divisions of labor among men and women, more surplus to feed chiefs and priests, more leisure time for artistic and social work, for building houses. About a thousand years before Christ, while comparable constructions were going on in Egypt and Mesopotamia, the Zuni and Hopi Indians of what is now New Mexico had begun to build villages consisting of large terraced buildings, nestled in among cliffs and mountains for protection from enemies, with hundreds of rooms in each village. Before the arrival of the European explorers, they were using irrigation canals, dams, were doing ceramics, weaving baskets, making cloth out of cotton.

By the time of Christ and Julius Caesar, there had developed in the Ohio River Valley a culture of so-called Moundbuilders, Indians who constructed thousands of enormous sculptures out of earth, sometimes in the shapes of huge humans, birds, or serpents, sometimes as burial sites, sometimes as fortifications. One of them was 3 1/2 miles long, enclosing 100 acres. These Moundbuilders seem to have been part of a complex trading system of ornaments and weapons from as far off as the Great Lakes, the Far West, and the Gulf of Mexico.

About A.D. 500, as this Moundbuilder culture of the Ohio Valley was beginning to decline, another culture was developing westward, in the valley of the Mississippi, centered on what is now St. Louis. It had an advanced agriculture, included thousands of villages, and also built huge earthen mounds as burial and ceremonial places near a vast Indian metropolis that may have had thirty thousand people. The largest mound was 100 feet high, with a rectangular base larger than that of the Great Pyramid of Egypt. In the city, known as Cahokia, were toolmakers, hide dressers, potters, jewelry makers, weavers, salt makers, copper engravers, and magnificent ceramists. One funeral blanket was made of twelve thousand shell beads.

From the Adirondacks to the Great Lakes, in what is now Pennsylvania and upper New York, lived the most powerful of the northeastern tribes, the League of the Iroquois, which included the Mohawks (People of the Flint), Oneidas (People of the Stone), Onondagas (People of the Mountain), Cayugas (People at the Landing), and Senecas (Great Hill People), thousands of people bound together by a common Iroquois language.

In the vision of the Mohawk chief Iliawatha, the legendary Dekaniwidah spoke to the Iroquois: "We bind ourselves together by taking hold of each other’s hands so firmly and forming a circle so strong that if a tree should fall upon it, it could not shake nor break it, so that our people and grandchildren shall remain in the circle in security, peace and happiness."

In the villages of the Iroquois, land was owned in common and worked in common. Hunting was done together, and the catch was divided among the members of the village. Houses were considered common property and were shared by several families. The concept of private ownership of land and homes was foreign to the Iroquois. A French Jesuit priest who encountered them in the 1650s wrote: "No poorhouses are needed among them, because they are neither mendicants nor paupers.. . . Their kindness, humanity and courtesy not only makes them liberal with what they have, but causes them to possess hardly anything except in common."

Women were important and respected in Iroquois society. Families were matrilineal. That is, the family line went down through the female members, whose husbands joined the family, while sons who married then joined their wives’ families. Each extended family lived in a "long house." When a woman wanted a divorce, she set her husband’s things outside the door.

Families were grouped in clans, and a dozen or more clans might make up a village. The senior women in the village named the men who represented the clans at village and tribal councils. They also named the forty-nine chiefs who were the ruling council for the Five Nation confederacy of the Iroquois. The women attended clan meetings, stood behind the circle of men who spoke and voted, and removed the men from office if they strayed too far from the wishes of the women.

The women tended the crops and took general charge of village affairs while the men were always hunting or fishing. And since they supplied the moccasins and food for warring expeditions, they had some control over military matters. As Gary B. Nash notes in his fascinating study of early America, Red, White, and Black: "Thus power was shared between the sexes and the European idea of male dominancy and female subordination in all things was conspicuously absent in Iroquois society."

Children in Iroquois society, while taught the cultural heritage of their people and solidarity with the tribe, were also taught to be independent, not to submit to overbearing authority. They were taught equality in status and the sharing of possessions. The Iroquois did not use harsh punishment on children; they did not insist on early weaning or early toilet training, hut gradually allowed the child to learn self-care.

All of this was in sharp contrast to European values as brought over by the first colonists, a society of rich and poor, controlled by priests, by governors, by male heads of families. For example, the pastor of the Pilgrim colony, John Robinson, thus advised his parishioners how to deal with their children: "And surely there is in all children … a stubbornness, and stoutness of mind arising from natural pride, which must, in the first place, be broken and beaten down; that so the foundation of their education being laid in humility and tractableness, other virtues may, in their time, be built thereon."

Gary Nash describes Iroquois culture:

No laws and ordinances, sheriffs and constables, judges and juries, or courts or jails-the apparatus of authority in European societies-were to be found in the northeast woodlands prior to European arrival. Yet boundaries of acceptable behavior were firmly set. Though priding themselves on the autonomous individual, the Iroquois maintained a strict sense of right and wrong…. He who stole another’s food or acted invalourously in war was "shamed" by his people and ostracized from their company until he had atoned for his actions and demonstrated to their satisfaction that he had morally purified himself.

Not only the Iroquois but other Indian tribes behaved the same way. In 1635, Maryland Indians responded to the governor’s demand that if any of them lolled an Englishman, the guilty one should be delivered up for punishment according to English law. The Indians said:

It is the manner amongst us Indians, that if any such accident happen, wee doe redeeme the life of a man that is so slaine, with a 100 armes length of Beades and since that you are heere strangers, and come into our Countrey, you should rather conform yourselves to the Customes of our Countrey, than impose yours upon us….

So, Columbus and his successors were not coming into an empty wilderness, but into a world which in some places was as densely populated as Europe itself, where the culture was complex, where human relations were more egalitarian than in Europe, and where the relations among men, women, children, and nature were more beautifully worked out than perhaps any place in the world.

They were people without a written language, but with their own laws, their poetry, their history kept in memory and passed on, in an oral vocabulary more complex than Europe’s, accompanied by song, dance, and ceremonial drama. They paid careful attention to the development of personality, intensity of will, independence and flexibility, passion and potency, to their partnership with one another and with nature.

John Collier, an American scholar who lived among Indians in the 1920s and 1930s in the American Southwest, said of their spirit: "Could we make it our own, there would be an eternally inexhaustible earth and a forever lasting peace."

Perhaps there is some romantic mythology in that. But the evidence from European travelers in the sixteenth, seventeenth, and eighteenth centuries, put together recently by an American specialist on Indian life, William Brandon, is overwhelmingly supportive of much of that "myth." Even allowing for the imperfection of myths, it is enough to make us question, for that time and ours, the excuse of progress in the annihilation of races, and the telling of history from the standpoint of the conquerors and leaders of Western civilization.


Nankin/160e: C’est les Occidentaux et leur maudite religion, imbécile ! (I came not to send peace: Looking back at one of the worst civil wars in history)

19 mars, 2013
http://thebrightestman.wikispaces.com/file/view/China_imperialism_cartoon.jpg/52470429/343x494/China_imperialism_cartoon.jpgNe croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus
Un des grands problèmes de la Russie – et plus encore de la Chine – est que, contrairement aux camps de concentration hitlériens, les leurs n’ont jamais été libérés et qu’il n’y a eu aucun tribunal de Nuremberg pour juger les crimes commis. Thérèse Delpech
Il est malheureux que le Moyen-Orient ait rencontré pour la première fois la modernité occidentale à travers les échos de la Révolution française. Progressistes, égalitaristes et opposés à l’Eglise, Robespierre et les jacobins étaient des héros à même d’inspirer les radicaux arabes. Les modèles ultérieurs — Italie mussolinienne, Allemagne nazie, Union soviétique — furent encore plus désastreux. Ce qui rend l’entreprise terroriste des islamistes aussi dangereuse, ce n’est pas tant la haine religieuse qu’ils puisent dans des textes anciens — souvent au prix de distorsions grossières —, mais la synthèse qu’ils font entre fanatisme religieux et idéologie moderne. Ian Buruma et Avishai Margalit
On the eve of Operation Iraqi Freedom—the first bombs fell on March 19—well over 70% of the American public supported upending the Saddam regime. The temptation to depict the war as George W. Bush’s and Dick Cheney’s is convenient but utterly false. This was a war waged with congressional authorization, with the endorsement of popular acceptance, and with the sanction of more than a dozen United Nations Security Council resolutions calling for Iraq’s disarmament. Fouad Ajami
Les Israéliens ont eu leur propre guerre civile en 1948, bien qu’elle n’ait duré que dix minutes. L’artillerie du premier ministre de l’époque David Ben-Gourion a coulé le transporteur d’armes Altalena avec le futur premier ministre Menachem Begin à son bord. L’Altalena appartenait au groupe d’opposition Irgun, qui a alors placé ses forces armées sous le commandement de Ben Gourion. Spengler
Le mouvement Taiping n’est pas fondamentalement différent des mouvements millénaristes d’Afrique, d’Océanie ou d’autres régions où s’exerce au XIXe et au XXe siècle la domination de l’Occident chrétien. Jacques Chesnaux

C’est les Occidentaux et leur maudite religion des droits de l’homme, imbécile !

Après l’Angleterre (9 ans, 100 000 morts), les Etats-Unis (4 ans, 600 000 morts),  la Suisse (1 mois, 100 morts), Israël (10 minutes, zéro morts) …

Secte puritaine christiano-confucéenne anti-manchous, rebelles aux cheveux longs, communisme avant l’heure (partage des terres, mise en commun des biens de base, prohibition opium, tabac et alcool), émancipation des femmes, renonciation à la polygamie, l’esclavage ou au bandage des pieds, millénarisme ("Royaume céleste de la Grande Paix"), occupation de 600 villes et de 11 provinces sur 18, 11 ans, 20 millions de morts …

Retour, en ce 160e anniversaire de la prise de Nankin et avec le site Hérodote, sur l’une des pires guerres civiles de l’histoire …

Et au moment où, avec le 10e anniversaire du lancement de l’Opération Liberté pour l’Irak, nos belles âmes vont nous ressortir les couplets habituels sur les dizaines de milliers de victimes (pardon: centaines) de la "guerre de Bush" …

Sur la première guerre civile chinoise dite Révolte des Taiping

Qui, en près de douze ans et avant les dizaines de millions de morts des Lénine-Staline-Mao-Pol Pot du siècle suivant, fera deux fois plus de victimes que la Première Guerre mondiale …

Et sera, comme souvent, à la fois inspirée et arrêtée par les Occidentaux et leur maudite religion

19 mars 1853

Prise de Nankin par les Taiping

Le 19 mars 1853, une troupe de «rebelles aux cheveux longs» aux ordres d’un certain Hung Xiuquan s’emparent de Nankin, la prestigieuse capitale de la Chine du sud, sur le fleuve Yang Tsé Kiang.

Leur révolte va se solder par 20 millions de victimes (deux fois les pertes de la Première Guerre mondiale) sur un total d’environ 330 millions de Chinois. Tout cela pour déboucher sur une nouvelle intervention des Occidentaux !

Joseph Savès.

Hérodote

Communistes avant l’heure

Les rebelles doivent leur surnom à ce qu’ils rejettent le port de la natte imposé par les empereurs de la dynastie Tsin.

Indignés par l’abaissement de la cour impériale face aux «Barbares roux» (les Occidentaux), ils veulent installer à la tête du pays une dynastie chinoise au lieu de ces empereurs originaires de Mandchourie, une région à moitié barbare. Par la même occasion, ils veulent instaurer en Chine une société plus juste et plus égalitaire, fondée sur un partage des terres, l’émancipation des femmes…. Ils prônent la renonciation à la polygamie, à l’esclavage ou encore à la vieille coutume de bander les pieds des Chinoises.

Des illuminés à l’oeuvre

Les rebelles appartiennent à la secte Taiping (ou T’ai P’ing), ou secte de la Grande pureté. Ils sont guidés par une personnalité étrange autant que puissante, Hung Xiuquan.

Hung Xiuquan est le fils d’un paysan du Kwangsi, une province arriérée et montagneuse de l’ouest de Canton. Il a échoué aux examens pour devenir mandarin (énarque en quelque sorte). Mais il s’est consolé de son échec en entrant dans une secte protestante et en tirant de la Bible la conviction qu’il est… le frère de Jésus-Christ. Il échafaude ainsi un curieux syncrétisme du christianisme et de la doctrine traditionnelle de Confucius. Et il promet à ses disciples l’avènement d’un «Royaume céleste de la Grande Paix» destiné à durer mille ans.

Après la prise de Nankin, devenue capitale provisoire de leur royaume, les Taiping s’immiscent dans toutes les provinces de l’Empire du Milieu (ainsi se dénomme la Chine) et font vaciller le trône de l’empereur. Ils occupent jusqu’à 600 villes et onze provinces sur les dix-huit que compte l’empire chinois. Le 30 octobre 1853, ils atteignent Tientsin et menacent même Pékin, où réside l’empereur.

On pourrait s’attendre à l’émergence d’une nouvelle dynastie conformément à une vieille tradition de l’Histoire chinoise. C’est compter sans les Français et les Anglais, qui vont sauver les Mandchous, mais au prix d’une nouvelle humiliation, la «Seconde guerre de l’opium», conclue par la convention de Pékin (24 octobre 1860)…

Les Occidentaux restaurent l’ordre mandchou

Énivré par ses succès, Hung Xiuquan commet l’erreur de menacer Shanghai, le grand port marchand de la Chine centrale, où sont établis un grand nombre de négociants européens. Ceux-ci recrutent dès 1856 un corps de volontaires européens et américains pour protéger leur centre d’affaires.

Sous le commandement des Américains Ward et Burgevine, ces officiers constituent une armée de 5000 combattants chinois. Sous le nom mérité d’«Armée toujours victorieuse», la troupe s’illustre avec succès contre les rebelles et repousse leurs assauts sur Shanghai.

Après que l’empereur mandchou ait renouvelé son allégeance aux Occidentaux par un nouveau «traité inégal», le 24 octobre 1860, les Anglais apportent leur concours à la dynastie Qing. C’est ainsi que l’«Armée toujours victorieuse» est autorisée à s’allier à l’armée impériale, elle-même sous le commandement d’un énergique fonctionnaire chinois, Li Hong-tchang.

En 1862, suite à la mort de Ward, Li Hong-tchang obtient des Britanniques de le remplacer par l’un de leurs meilleurs officiers, le capitaine Charles Gordon (29 ans) qui ne tardera pas à accéder au grade de lieutenant-colonel.

Face à cette coalition improbable mais dotée de chefs énergiques et d’un armement moderne, les Taiping ne font pas le poids. Eux-mêmes ne disposent que d’un armement traditionnel et sont conduits par des chefs incompétents et qui n’hésitent pas à s’entretuer. Aussi cèdent-ils peu à peu du terrain.

Le 11 mai 1864, la prise de la citadelle de Changchow par le commandant Gordon consacre la fin de leur résistance. Le 19 juillet 1864, Nankin est reprise par l’armée impériale. Les rebelles sont massacrés tandis que leur chef se suicide… en avalant de l’or. 100.000 rebelles sont passés au fil de l’épée.

Voir aussi:

LE MILLÉNARISME DES TAIPING

Eugène P. BOARDMANN, « Millenary aspects of the Taiping rébellion (1851-64) » dans Sylvia Thrupp, éd. Millennid Dreams in Action. Essays in comparative study, La Haye, Mouton & Cô, 1962, pp. 70-80.

I l était parfaitement normal que les organisateurs de la Conférence de Chicago sur les mouvements millénaristes (1), même s’ils étaient tenus de faire un choix et de se limiter à quelques cas typiques, y aient inclus la révolution Taiping en Chine. Cet extraordinaire épisode, qui fascina les Occidentaux de l’époque et tout particulièrement les missions protestantes, vit pendant plus de douze ans (1851-1864) des provinces entières de Chine centrale échapper à l’autorité impériale et proclamer l’avènement d’un « Royaume céleste de la Grande Paix » (Tai-ping Tian-guo) dont l’idéologie était un curieux mélange de christianisme et de cultes paysans chinois primitifs.

M. Boardman, auteur d’une thèse fort intéressante sur Les éléments chrétiens dans la religion Taiping, s’est efforcé ici de réexaminer ce problème, par rapport au phénomène du millénarisme. Acceptant les trois termes de la définition du millénarisme donnée par Norman Cohn (salut collectif, terrestre et imminent) il pense que le millénarisme Taiping était certainement collectif et terrestre, mais non imminent au sens religieux du terme ; les Taiping luttèrent avec acharnement pour une victoire politique et militaire qui n’avait rien d’assuré. Il souligne aussi le souci de purification personnelle des Taiping, tant par le baptême que par un rituel approprié, et leur sens du péché (au nom duquel ils dénonçaient comme pécheurs leurs adversaires des armées impériales). Il montre comment leur religion combine des éléments de millénarisme traditionnel chinois (le terme de Grande Paix, Tai-ping, évoque un vieux thème politico-religieux chinois, un rêve très ancien), et des éléments chrétiens ; ceux-ci, pense M. Boardman, étaient d’ailleurs sélectionnés dans un souci d’efficacité politique : on adopte le décalogue, qui fournit une excellente base pour assurer la discipline morale des troupes, on se réclame du Christ, dont le chef des Taiping s’est proclamé frère cadet, on promet le pardon des péchés (dont ne bénéficieront pas les Impériaux), mais on néglige les paraboles, le sermon sur la montagne et quantité d’autres éléments du Nouveau Testament.

Il nous semble pourtant que, même dans les brèves limites qui lui étaient imposées, l’auteur aurait pu pousser plus loin l’analyse et l’effort d’explication. Sa description des aspects religieux du mouvement Taiping est satisfaisante,

(1) Cf. Arch., 9, 1960, p. 105, et Arch. , 15, n« 227. 122

Voir enfin:

Taiping rebellion

Encyclopedia britannica

Under the Taipings, the Chinese language was simplified, and equality between men and women was decreed. All property was to be held in common, and equal distribution of the land according to a primitive form of communism was planned. Some Western-educated Taiping leaders even proposed the development of industry and the building of a Taiping democracy. The Ch’ing dynasty was so weakened by the rebellion that it never again was able to establish an effective hold over the country. Both the Chinese Communists and the Chinese Nationalists trace their origin to the Taipings.

The Taiping Rebellion changed the face of China. Every revolution that it inspired brought the country closer and closer to the rest of the world. Although the Taipings had heard neither of Karl Marx nor of Communism, they shared many of the same ideals. The Heavenly Kingdom of the Taipings is not so distant from the commune-oriented Marxist utopia. The Taiping leaders had attempted to establish a caste-free society based on egalitarian precepts. They did carry out this primitive Communism. Land was evenly distributed. Slavery and the sale of women was outlawed, as were foot-binding, prostitution, arranged marriages and polygamy. The Taipings were strongly against opium, alcohol, and tobacco. In short, the Communist Revolution may have been but a realization of an underground movement in China which began in the mid eighteen-hundreds.

The Taiping Rebellion played a significant role in ending China’s isolationist outlook. The Nian Rebellion, Boxer Rebellion, and the Communist Revolution all stem from the emotions and ideas which emerged from the Taiping vision. The influx of strange, new things had started in China an unsettling movement, away from the old ways of the ancestors and into the Western sphere of influence. The attempts of the Taipings to end this unrest and to reinstate a golden era are similar in many points to the Communist attempts in the same direction. After the Taiping Rebellion, China would never again be a realm unto herself. With the failure of the Taiping movement, the age of the emperors was finished.

The Taiping movement itself was a product of the clash between the East and the West which took place in the nineteenth century. The people of China, on the verge of joining the forming world community, took refuge briefly in their unique blend of traditional culture and modern idealism. For a time they fended off the foreigners, the weak Emperors, the crowding countries and strange cultures with this faith. When the Taiping Rebellion was crushed, the Chinese once again fled to an idealistic society, listening eagerly to the promises of Mao and Communism. In each of these cases, there was an inherent wish to return to the golden age of China, when the only threat to the unity of their lives was nature itself. The Taiping Rebellionwas a reaction against progress, more importantly against change. That action continues to mold the current events in China, a sign that the people, not the central authority, can control the future of China.


Manif pour tous: Quelle condescendance de nos élites et bobos parisiens? (Ordinary France’s last desperate stand against Parisian bobo decadent chic?)

15 janvier, 2013
Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait point Dieu et qui n’avait d’égard pour personne. Il y avait aussi dans cette ville une veuve qui venait lui dire: Fais-moi justice de ma partie adverse. Pendant longtemps il refusa. Mais ensuite il dit en lui-même: Quoique je ne craigne point Dieu et que je n’aie d’égard pour personne, néanmoins, parce que cette veuve m’importune, je lui ferai justice, afin qu’elle ne vienne pas sans cesse me rompre la tête. Le Seigneur ajouta: Entendez ce que dit le juge inique. Et Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus, qui crient à lui jour et nuit, et tardera-t-il à leur égard? Je vous le dis, il leur fera promptement justice. Mais, quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre? Jésus (Luc 18: 1-9)
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Le mariage semblait voué à disparaître il y a trois décennies ; le voilà au centre de la politique française, avec le projet de légalisation du «mariage pour tous» par la France. (…) Les médias français dénoncent à l’envi une société archaïque et discriminatoire. La révolte gronde dans les cafés et les salons parisiens… Sommes-nous à la veille de Mai-68 ? Non, en 2012, mais ceux qui contestent l’ordre établi sont les mêmes, en un peu plus grisonnants. Dénoncent-ils la catastrophe climatique ? L’incurie des dirigeants européens face à l’explosion de la misère et des inégalités ?… Non, l’affaire est beaucoup plus grave. Elle concerne le droit des homosexuels à se marier devant le maire. Ceux qui ironisaient, il y a quarante ans, sur le mariage «petit-bourgeois» plaident aujourd’hui en faveur de son extension aux homosexuels. Il s’agit de remédier à la souffrance de quelques couples qui ne supportent pas de ne pas «graver leur nom au bas d’un parchemin» (Brassens). Regrettons qu’il n’y ait plus un Molière pour les traiter comme il convient. Hérodote
Dites à un écologiste que vous voulez manger des fraises en hiver, il vous objectera, avec raison, que votre demande n’est pas raisonnable, que vous devez respecter les lois de la nature et que l’homme se condamne en ne les respectant pas. Parlez-lui de semences transgéniques, il vous expliquera tous les dangers de ces manipulations génétiques des espèces végétales. Mais dites-lui que vous voulez avoir un enfant avec une personne du même sexe que vous, il ne trouvera rien à redire: c’est naturel! Gérard Horny
Le projet tel qu’il est conçu est profondément mal pensé et c’est en cela qu’il est dangereux. En effet, l’objectif n’est pas l’union de gens du même sexe, ni de la reconnaissance sociale de l’homosexualité, ni même de laïcité comme ce fut évoqué un temps mais plutôt de créer une nouvelle structure filiation entre un enfant et deux hommes ou deux femmes qui composent le foyer dans lequel il sera élevé. La question essentielle qui n’est jamais posé dans ce débat est de savoir si la société est prête à voir son système de filiation généalogique, pour l’instant complètement sexué et cela depuis toujours, être remplacé par un filiation totalement artificielle basée sur les volontés individuelles.Or le débat dans la manière dont il est abordé ne peut pas prendre en compte cette problématique puisque tous les arguments tournent autour de l’homosexualité et l’homophobie qui sont en fait des questions réglées puisque l’homosexualité est légale et l’homophobie condamnée. Ce que l’on ne sait pas c’est si le fait d’élever des enfants au sein d’une filiation absolument pas crédible pour l’enfant, qui sera tout à fait conscient qu’il n’est pas issu biologiquement de deux femmes ou de deux hommes, posera des problèmes identitaires ou pas. Il faudrait peut-être se poser cette question avant de légiférer. Pour faire un parallèle, il suffit de se rappeler de l’insémination artificielle à propos de laquelle on a allègrement cru que l’on pouvait priver un enfant de ses origines. Conclusion, la situation actuelle nous montre bien qu’il existe de nombreux contentieux d’enfants qui réclament de savoir qui sont les êtres dont ils sont les descendants et je ne vois pas au nom de quoi nous leur refusons ce droit. Le sens que doivent prendre les lois est celui du bien-être des enfants et de la simplification de leur rapport à leurs parents, non pas de tout compliquer et de créer des silences. Il suffit de se pencher sur la structure du projet pour comprendre qu’il n’aborde pas les bonnes questions. Sur les vingt pages qui constituent le projet de loi, une seule est consacrée au mariage, les trois suivantes sont consacrées à l’adoption et tout le reste à la neutralisation des termes sexués. Est-il vraiment cohérent de faire disparaitre les termes de « père » et de « mère » pour ne laisser la place qu’aux « parents », de supprimer le « mari » et la « femme » pour n’avoir plus que des époux. Nous sommes là au cœur d’une question complexe qui mérite une réflexion juridique, sociale et idéologique profonde et non pas simplement de d’agir vite sans réfléchir pour satisfaire à des questions politiciennes. Apporter une réponse simpliste à une question complexe n’est jamais une bonne solution. Il ne s’agit pas simplement de savoir si un couple homosexuel peut convoler ou pas. Jean-René Binet
La société ne se construit pas sur l’accord précaire d’individus libres et éclairés : sans être économiste ni juriste, on peut prévoir que la dérégulation du mariage et de l’adoption fragilisera l’une des dernières institutions qui résistent un tant soit peu à l’individualisme triomphant. Sur ce point comme sur bien d’autres, la gauche française fait la part belle à l’idéologie libérale, beaucoup plus présentable médiatiquement lorsqu’elle se drape dans le langage des droits de l’homme et du progressisme sociétal. J’ajouterai que la mutation du mariage en « mariage pour tous » ainsi que la transformation du père et de la mère en « parent 1 » et « parent 2 » sur les livrets de famille écrivent un chapitre supplémentaire de la guerre contre le sens. Pour les sociaux-libéraux qui nous gouvernent – mais on pourrait en dire autant de leurs devanciers libéraux-conservateurs, adeptes de la dérégulation à la carte – il n’y a plus ni homme, ni femme, ni citoyens. À l’ère de la politique managériale et de la théorie des genres, nous ne sommes plus que des administrés et des machines désirantes avides de reconnaissance légale : mes ancêtres ont souffert, je dois donc disposer du statut légal de victime, ma sexualité ne me permet pas d’attendre un enfant par les voies naturelles, la loi et la science doivent donc pallier à cette insuffisance ! Cette inflation des désirs, qui doivent urgemment être traduits en loi, dissout le bien commun, donc la démocratie, dans la concurrence des volontés individuelles. Je serai curieux de savoir ce qu’un Rousseau, théoricien de la volonté générale et du contrat social, dont on connaît le peu d’appétence pour ses propres enfants, penserait de la dérive actuelle. Quant à la stratégie du gouvernement qui consiste à masquer son impuissance économique et sociale derrière le paravent sociétal, celle-ci est si manifeste qu’il n’est pas nécessaire de s’y attarder. Je remarquerai simplement que les principaux hiérarques du PS ne se donnent même plus la peine de croire à la lutte des classes ou à la possibilité de « changer la vie » hors des mairies et des registres d’état civil. De ce point de vue, l’imposture sémantique du « mariage pour tous » est paradoxalement salutaire ! Daoud Boughezala
Vous, président de la République, qui n’êtes même pas marié à votre âge, ayez le courage de vos opinions ! Ces chaînes conjugales que vous avez toujours refusées pour vous-même – malgré de belles occasions ! -, ne les étendez pas arbitrairement aux catégories de la population jusqu’alors préservées par la loi. En tant qu’homme de progrès, allez jusqu’au bout de votre logique émancipatrice en abolissant pour tous cette institution contraignante et hors d’âge ! Basile de Koch
Cependant, du strict point de vue d’Hermogène, on peut se demander pourquoi s’arrêter subitement au « tous » ? Loin de nous l’idée de vociférer avec les intégristes de tout poil et d’assimiler ce « mariage pour tous » à d’éventuelles perversions criminelles, comme l’inceste et la pédophilie. D’abord parce qu’à vicieux, vicieux et demi et qu’il nous semble apercevoir autant de vices chez les Femen que de vertus absentes chez les séides de Civitas qui les coursent, trouvant peut-être quelque plaisir infâme à poursuivre des femmes nues… Mais le « mariage pour tous » est encore par trop réactionnaire ! Marier un père et sa fille, ou un père et son fils, c’est encore unir deux êtres humains, c’est toujours limiter, donc exclure. Or, à l’orée des progrès de la cybernétique et du clonage, quand des poupées gonflables remplacent esthétiquement la femme de base, le « mariage pour tous » apparaît déjà comme un concept daté. Ne réservons pas le monopole des droits à l’humain, sous prétexte de ce vieux préjugé chrétien qui nous intime que lui seul aurait une âme, et étendons donc la justice aux inanimés. Aussi nous espérons que lors de la prochaine campagne présidentielle, François Hollande trouvera l’audace nécessaire pour inscrire à son programme un mariage plus égalitaire et plus révolutionnaire que le mariage pour tous : le « mariage pour tout ». J’aurai ainsi le loisir d’épouser mon ordinateur avec lequel je passe beaucoup de temps sans oser m’avouer ce que je ressens pour lui pendant que le joyeux président de Civitas pourra s’unir à une tente… Rémi Lélian
Hollande peut choisir de passer en force, ce qu’il fera certainement si le nombre estimé des manifestants est inférieur à 500 000. Mais l’image de la présence massive dans la rue de cette France modérée, des villes moyennes et petites faisant entendre sa voix dans une capitale dominée par les élites et les bobos devrait le faire réfléchir. Mieux vaut une promesse électorale mise au placard qu’un divorce avec cette petite France des familles qui n’aime pas être bousculée dans le peu de certitudes qui lui reste. Luc Rosenzweig (ancien journaliste du Monde)
Des centaines de milliers de personnes ont donc marché pour rien, sinon le plaisir de constater qu’on est loin d’être le seul de son avis. L’analyse socio-politique de ce mouvement incite en effet les responsables socialistes à ne pas s’affoler : l’immense majorité de ceux qui étaient au Champ de mars n’ont pas voté et ne voteront pas à gauche dans un avenir prévisible. Une manif de 200 000 personnes composée, mettons de 2/3 de gens de droite et d’un 1/3 de gens de gauche affichés comme tels dans un défilé aurait été beaucoup plus préoccupante pour le pouvoir. De plus, la majorité des gens, selon les sondages, estiment qu’on parle trop de ce sujet au regard des autres problèmes auxquels notre pays doit faire face. Il sera donc difficile aux anti-mariage gay de maintenir la pression en dépit de l’incontestable réussite, en termes quantitatifs et qualitatifs, de la manifestation. Alors que les journalistes de la presse favorable au projet de loi (c’est-à-dire la quasi-totalité des grands médias) étaient à l’affût du moindre dérapage homophobe, il n’ont eu à se mettre sous la dent qu’un misérable point Godwin lâché par l’un des porte-parole, homosexuel, du mouvement. La loi sera donc adoptée, et vraisemblablement maintenue en cas d’alternance, comme cela a été le cas en Espagne. Dans quelques mois ou dans quelques années, on se sera aperçu que cette loi n’aura pas ébranlé les fondements anthropologiques de notre société, et que la seule modification notable sera celle de la couverture, par les magazines people, des aventures sexuelles et conjugales des stars du show bizz et du sport ayant fait usage de cette nouvelle loi. Un exemple est là pour démontrer cette capacité de résistance des sociétés aux lubies législatives des « progressistes » autoproclamés : celle de la loi sur les noms de famille du 18 juin 2003, permettant de choisir, pour la famille et les enfants d’un couple le nom du père ou de la mère ou encore les deux noms accolés des géniteurs. L’usage a montré que dans 99% des cas le nom du père restait celui de l’unité familiale, et que cela n’est pas près de changer. Et demain, même la mairie du IVème arrondissement de la capitale continuera à unir presqu’exclusivement des hommes et des femmes, pendant que les gays alentours feront bien autre chose que de penser popote et layettes. Luc Rosenzweig
La France catholico-conservatrice avait pris possession de la rue. Elle existe cette part de France, elle est capable de se mobiliser — la preuve est fournie — dès lors qu’elle considère l’une de ses valeurs essentielles — la famille traditionnelle en l’occasion — remise en cause par le Président de la République, son gouvernement et la gauche. Le plus marquant ? Elle n’éprouve pas le moindre doute, cette part de France ; aucun argument d’aucune sorte, aucune réflexion, aucune analyse divergente ou dissidente n’entame sa conviction sur l’organisation de la famille et du mariage ou sa perception, trop souvent diabolisée, de l’homosexualité. Bien sûr elle dérange, cette France-là ! Elle dérange d’ailleurs jusqu’aux responsables politiques de droite qui, pour la plupart d’entre eux, ont choisi depuis bien longtemps de parier sur la « modernité ». Elle dérange, répétons-le, mais il n’y a pas d’autre choix que d’en tenir compte ; non pas de lui céder, mais d’être capable de l’écouter, de s’évertuer à un travail pédagogique envers cette France-là, même si elle est refermée sur elle même. Ce travail pédagogique, même Francois Hollande et les siens y sont contraints.(…) Évoquons enfin l’homophobie. Il n’y eut apparemment pas de dérapage homophobe tout au long de cet immense cortège. Tant mieux, c’était une exigence et une marque de respect minimum. Et pourtant… C’est bien la question de l’homosexualité, plus précisément encore le malaise envers l’homosexualité, qui viennent de ressurgir plein pot. Convenons-en : c’est navrant. Marianne

Quelle condescendance de nos élites et bobos parisiens …

Les mêmes qui "ironisaient, il y a quarante ans, sur le mariage «petit-bourgeois» et plaident aujourd’hui en faveur de son extension aux homosexuels" …

Les rigolos comme hélas les plus lucides, faisant mine d’ignorer les millions qui, de nombre de psys à ceux qui n’ont pu trouver le temps ou le courage de joindre l’acte à la parole, n’en pensent pas moins …

Pour cette France des villes moyennes et petites qui a réussi,  on ne sait trop comment, à conserver le peu de modération qui nous reste …

Et qui contrainte de monter à Paris et descendre dans la rue sans, en ces temps où l’homophobie n’a jamais été autant condamnée et au grand regret apparemment de  nos journaleux avides de croustillant et de sensations fortes, dérapages homophobes …

Se verra, selon toute probabilité et après les dernières autorités morales (les églises et les psys), balayée elle aussi dans quelques semaines par la démagogie ambiante des apprentis-sorciers et maitres de la navigation à vue et du doigt mouillé qui, des deux côtés de l’Atlantique, nous servent actuellement de dirigeants …

Quelle rue ? Quelle France ?

Marianne

14 Janvier 201

Le chiffre exact n’a aucune importance. Qu’il y ait eu hier dans les rues de Paris, 400 000 manifestants contre le mariage gay (chiffre de la police) ou 800 000 marcheurs (estimation des organisateurs), cela ne change rien à l’affaire. La manifestation fut incontestablement impressionnante. À ce titre, trois réflexions ou remarques.

1. Il suffisait d’observer les manifestants, de les écouter, de les interroger — ce à quoi je me suis astreint — pour se convaincre que la France catholico-conservatrice avait pris possession de la rue. Elle existe cette part de France, elle est capable de se mobiliser — la preuve est fournie — dès lors qu’elle considère l’une de ses valeurs essentielles — la famille traditionnelle en l’occasion — remise en cause par le Président de la République, son gouvernement et la gauche.

Le plus marquant ? Elle n’éprouve pas le moindre doute, cette part de France ; aucun argument d’aucune sorte, aucune réflexion, aucune analyse divergente ou dissidente n’entame sa conviction sur l’organisation de la famille et du mariage ou sa perception, trop souvent diabolisée, de l’homosexualité.

Bien sûr elle dérange, cette France-là ! Elle dérange d’ailleurs jusqu’aux responsables politiques de droite qui, pour la plupart d’entre eux, ont choisi depuis bien longtemps de parier sur la « modernité ».

Elle dérange, répétons-le, mais il n’y a pas d’autre choix que d’en tenir compte ; non pas de lui céder, mais d’être capable de l’écouter, de s’évertuer à un travail pédagogique envers cette France-là, même si elle est refermée sur elle même. Ce travail pédagogique, même Francois Hollande et les siens y sont contraints.

2. L’exigence d’un referendum portée par quelques responsables politiques UMP, notamment Nathalie Kocziusko-Morizet et Laurent Wauquiez, n’est évidemment qu’un piège grossier. Il est parfois utile, même à droite, d’avoir (un peu) de mémoire. Imaginons qu’en 1974, le président Valery Giscard d’Estaing, le premier ministre Jacques Chirac et le ministre de la Santé Simone Veil aient décidé de soumettre à referendum la loi sur l’interruption volontaire de grossesse. C’eut été une folie, la certitude d’une longue bataille culturelle, philosophique, historique d’une violence inouïe. Prés de quatre décennies plus tard, même cause, même effet. Il va de soi que le pouvoir politique, quel qu’il soit, doit avoir le courage de proposer, de défendre et surtout de faire passer un texte de loi, celui-là en l’occurrence.

3. Évoquons enfin l’homophobie. Il n’y eut apparemment pas de dérapage homophobe tout au long de cet immense cortège. Tant mieux, c’était une exigence et une marque de respect minimum. Et pourtant…

C’est bien la question de l’homosexualité, plus précisément encore le malaise envers l’homosexualité, qui viennent de ressurgir plein pot. Convenons-en : c’est navrant.

Voir aussi:

Mariage homosexuel : simple évolution des moeurs ou changement civilisationnel profond ?

Ce dimanche à partir de 13 heures a lieu la "Manifestation pour tous", qui rassemble dans les rues de Paris les opposants au mariage homosexuel, qui divise la société française. Le débat parlementaire qui débutera le 29 janvier marquera-t-il le début d’une nouvelle ère sociétale ?

Les temps changent

13 janvier 2013

Atlantico : Malgré une désaffection des Français pour le mariage, le débat sur le mariage gay a mis en évidence l’importance qu’ils attachent à cette institution. Que représente-il sur le plan social et juridique ?

Eric Fassin : Certes, le mariage n’est plus ce qu’il a été, du fait de la banalisation de la sexualité préconjugale mais aussi des naissances hors-mariage (plus d’un enfant sur deux). Il n’empêche : le mariage entraîne des droits et des devoirs ; et il continue de fonctionner comme une norme, dans la mesure où il engage l’État.

Or, que signifie la fermeture du mariage aux couples de même sexe ? C’est le principe symbolique qui institue la hiérarchie des sexualités, soit l’idée que l’hétérosexualité, c’est mieux, et l’homosexualité, c’est moins bien. Autrement dit, l’hétérosexisme d’État légitime l’homophobie ordinaire. Reste qu’en France, les résistances à l’égalité des droits portent moins sur la conjugalité que sur les enfants – adoption et PMA: aux Etats-Unis, la sacralisation porte sur le mariage ; en France, sur la filiation. Tout se passe comme si on voulait la soustraire aux logiques démocratiques.

Jean-René Binet : Le mariage est aujourd’hui, et l’a toujours été, un acte fondateur d’une famille, d’une filiation et d’obligations réciproques entre les époux. Il met en place les conditions essentielles visant à assurer la possibilité d’un accueil favorable pour les enfants : fidélité respective, cohabitation, entraide, assistance mais aussi une certaine cohésion du patrimoine. Tout est articulé autour de la meilleure manière d’élever les enfants car c’est bien cela la véritable fonction du mariage depuis sa création. La plus vieille institution humaine du monde n’a pas pour but de donner le droit d’avoir des enfants comme on a souvent tendance à le penser mais sert à les éduquer sur la durée et dans la stabilité. Les enfants humains ont besoin de cette logique à la différence du monde animal dans lequel l’apprentissage est court et peut être assuré par le groupe ou la tribu. S’il y a un tel engouement de la part des français dans le débat sur le mariage pour tous, c’est justement parce qu’ils sentent bien que ce qui se cache derrière ce problème va bien plus loin que ce simple questions de mariage, d’amour et de sexualité. La véritable problématique est la structure de la filiation et de la transmission au sein de notre société.

Daoud Boughezala : Il est légitime de se poser cette question à l’heure où un mariage sur trois se conclut par un divorce – voire un sur deux dans l’agglomération parisienne – et que les « unions libres » et les familles monoparentales fleurissent. Je pense que les débats sur le « mariage pour tous » ont révélé la puissance symbolique d’une institution que l’on jugeait désuète. En fait, la force du mariage réside moins dans sa pérennité – qui peut aujourd’hui être certain de se marier pour la vie ?- que dans ses bases anthropologiques.

Rappelons que le mariage est l’union d’un homme et d’une femme, indépendamment de leurs pratiques sexuelles (depuis l’Antiquité, des homosexuels se marient) dans le but de procréer. Si tous les mariages ne donnent pas naissance à des enfants, tant s’en faut, l’infécondité reste une cause de résiliation reconnue par le Code civil. C’est dire si le mariage est consubstantiellement lié à la parentalité : d’ailleurs, le projet de loi du gouvernement entend généraliser le mariage ET l’adoption. Tout en dénaturalisant ces deux notions : sous couvert d’égalité, on voudrait faire du mariage et de l’enfant des droits-créances, disponibles à tout un chacun.

Or, la société ne se construit pas sur l’accord précaire d’individus libres et éclairés : sans être économiste ni juriste, on peut prévoir que la dérégulation du mariage et de l’adoption fragilisera l’une des dernières institutions qui résistent un tant soit peu à l’individualisme triomphant. Sur ce point comme sur bien d’autres, la gauche française fait la part belle à l’idéologie libérale, beaucoup plus présentable médiatiquement lorsqu’elle se drape dans le langage des droits de l’homme et du progressisme sociétal.

J’ajouterai que la mutation du mariage en « mariage pour tous » ainsi que la transformation du père et de la mère en « parent 1 » et « parent 2 » sur les livrets de famille écrivent un chapitre supplémentaire de la guerre contre le sens. Pour les sociaux-libéraux qui nous gouvernent – mais on pourrait en dire autant de leurs devanciers libéraux-conservateurs, adeptes de la dérégulation à la carte – il n’y a plus ni homme, ni femme, ni citoyens. À l’ère de la politique managériale et de la théorie des genres, nous ne sommes plus que des administrés et des machines désirantes avides de reconnaissance légale : mes ancêtres ont souffert, je dois donc disposer du statut légal de victime, ma sexualité ne me permet pas d’attendre un enfant par les voies naturelles, la loi et la science doivent donc pallier à cette insuffisance ! Cette inflation des désirs, qui doivent urgemment être traduits en loi, dissout le bien commun, donc la démocratie, dans la concurrence des volontés individuelles. Je serai curieux de savoir ce qu’un Rousseau, théoricien de la volonté générale et du contrat social, dont on connaît le peu d’appétence pour ses propres enfants, penserait de la dérive actuelle.

Quant à la stratégie du gouvernement qui consiste à masquer son impuissance économique et sociale derrière le paravent sociétal, celle-ci est si manifeste qu’il n’est pas nécessaire de s’y attarder. Je remarquerai simplement que les principaux hiérarques du PS ne se donnent même plus la peine de croire à la lutte des classes ou à la possibilité de « changer la vie » hors des mairies et des registres d’état civil. De ce point de vue, l’imposture sémantique du « mariage pour tous » est paradoxalement salutaire !

La société française a-t-elle connu dans son histoire des changements d’une telle ampleur ou est-ce le premier (loi de 1905, instauration du code civil napoléonien ou autres )? Va-t-elle au contraire l’absorber sans difficulté ?

Daoud Boughezala : Avec un zeste de cynisme, je dirais que cette réforme ne fait qu’entériner des évolutions sociétales fort préoccupantes : l’éclatement de la famille, la dislocation des liens communautaires, la perte de la transmission du capital culturel au profit des seuls capitaux sociaux et économiques – le patrimoine et le réseau, aisément monnayables sur le marché de l’emploi-, l’abandon de l’éducation parentale au nom de l’enfant-roi et de la soi-disant expertise des thérapeutes spécialisés, etc. Comme ne le cessent de le répéter ses défenseurs, ce texte de loi accompagne le mouvement de la société, et c’est bien le problème ! Je ne suis pas Cassandre ou Jérémie pour savoir comment la société intégrera ces changements, dont on ne connaît d’ailleurs pas la limite : on nous promet d’élargir la Procréation Médicalement Assistée dans un second projet de loi, ce qui poserait de sérieuses questions bioéthiques sur lesquels nous reviendrons.

À quelques encablures de la France, un petit pays a généralisé le mariage, l’adoption et même la Gestation pour Autrui depuis de nombreuses années. La Belgique annonce peut-être le futur de la France, une société d’individus atomisés où tout est dérégulé, des flux migratoires à l’institution familiale. Malgré tous les outils légaux mis à leur disposition, les homosexuels belges ne sont pas plus heureux qu’ailleurs. Ils subissent le poids du chômage, de l’exclusion et de la pauvreté sans que les PMA, GPA et autres mariages universels – qu’ils boudent allègrement- ne les consolent.

À la différence du code napoléonien ou de la loi de 1905, je crois que le projet actuel, s’il est adopté, ne sera pas prescriptif. Le politique n’a plus cette capacité d’entraînement, il se contente d’enregistrer ou d’accélérer les mutations sociétales de ce qui était la nation France. Mais le pessimisme de la raison ne doit pas empêcher l’optimisme de la volonté ! Il est heureux qu’une grande partie des Français refuse la mise au pas du mariage et de la famille, au point de peut-être faire plier le gouvernement.

Eric Fassin : Les conservateurs sont un peu comme les millénaristes qui annoncent la fin du monde – sauf qu’ils l’annoncent à répétition, comme avant la loi Naquet de 1884 sur le divorce. Sans remonter si loin, rappelons-nous les batailles sur la contraception en 1967 ou l’avortement en 1975. En 1999, pour le Pacs, on nous annonçait la fin du monde. Or, c’était seulement la fin d’un monde.

Qui demande encore l’abolition du Pacs ? Aucun des onze États dans le monde qui ont ouvert le mariage n’a fait marche arrière. Parions que, quand la droite retrouvera le pouvoir, elle ne reviendra pas sur cette réforme. La société se polarise aujourd’hui dans le feu de la controverse politique : dans les sondages, l’écart est maximal entre électeurs de droite et de gauche. Mais une fois la loi adoptée, le clivage s’estompera.

Jean-René Binet : Pour être honnête, il est complexe de savoir si cette « révolution sociétale » comme l’a qualifiée la garde des sceaux, va pouvoir être absorbée ou pas. Le fait est que la société française a connu d’autres grands changements sur le plan juridique et idéologique et elle s’en est toujours relevée et nous en sommes la preuve. La question pourtant n’est pas de savoir si la France va pouvoir s’adapter ou pas, elle est de savoir si cette loi va améliorer la vie des Français ou la complexifier. Quand le législateur réfléchit à une réforme aussi profonde que celle du mariage pour tous, il doit le faire sur la base certaine d’une amélioration des conditions de vie, du progrès, or ce n’est pas le cas dans le cas dans le projet proposé par le gouvernement socialiste. Celui s’appuie en réalité sur des arguments indigents et peu étoffés et non pas sur la volonté d’un véritable progrès.

L’instauration du mariage pour tous tel qu’il est proposé par le gouvernement socialiste implique-t-il des risques pour la famille au sens juridique et social telle que nous la percevons ? Quelles sont les dérives possibles (Marchandisation des enfants, perte de la filiation et du suivi généalogique, déstructuration sociale) ?

Daoud Boughezala : Sans père ni mère ni repères, il est certain que la construction subjective de l’enfant ne part pas sur les meilleures bases. Le pédiatre Aldo Naouri évoque une « expérimentation sur le vivant », c’est ce que nous nous apprêtons à réaliser aux dépens de nos enfants. On me rétorquera à raison qu’il vaut mieux être élevé par un couple d’homosexuel(le)s aimants que par les époux Dutroux ou Fourniret. Je n’en doute pas ! Mais, comme le mariage, les notions de père et de mère structurent le futur adulte, y compris lorsque l’un des deux référents est absent. Bernard Poignant, le maire socialiste de Quimper, a courageusement décrit le désarroi qui était le sien lorsqu’il avait dû se construire en l’absence de son père disparu.

Au-delà du mariage et de l’adoption, si un second texte venait à élargir le recours à la Procréation Médicalement Assistée, nous entrerions dans un nouveau régime familial et bioéthique. Précisons que 50 000 enfants naissent chaque année en France grâce aux méthodes de la PMA, principalement par insémination artificielle et fécondation in vitro. Bruno Le Roux, chef du groupe PS à l’Assemblée, n’entend donc pas légaliser pas la PMA mais en déréguler l’accès afin de permettre à un nombre croissant d’individus de « générer » artificiellement des enfants.. Aujourd’hui, l’utilisation de la PMA est soumise à de strictes contraintes légales (constat médical d’une infertilité, que les demandeurs soient en âge de procréer, etc.). Encore une fois, l’enfant n’est ni un droit opposable, ni un bien échangeable ou monnayable !

C’est ce que stipulent les lois bioéthiques (1994, 2004, 2011) en s’appuyant sur les principes d’indisponibilité du corps et des personnes et de non-marchandisation. Ces principes ont connu des fortunes diverses à travers les jurisprudences successives mais n’en demeurent pas moins des bornes éthiques fondamentales. En jouant avec la PMA et a fortiori la Gestation Pour Autrui, que l’entrepreneur du luxe Pierre Bergé nous presse d’adopter, nous bousculerions les frontières de la bioéthique. La GPA constituerait le stade suprême de la désinstitutionalisation : la mère porteuse réduite à son ventre pouvant légitimement revendiquer la maternité de l’enfant, au même titre que la donneuse d’ovule… Je vous laisse imaginer les possibles conflits entre les différents « parents » d’un enfant tourneboulé par les conditions filandreuses de sa naissance.

Vous parliez de « marchandisation ». C’est un enjeu essentiel à l’heure où l’on voudrait faire naître les enfants dans des éprouvettes suivant des critères physiques choisis sur catalogue. Un marché mondial de l’enfant existe hélas déjà dans le domaine de l’adoption, il serait désastreux de l’élargir par les moyens de la médecine et de l’eugénique. A ceux qui en doutent encore, je recommande la lecture du Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley. Est-ce vraiment l’avenir que nous aimerions léguer à nos enfants ?

Jean-René Binet : Le projet tel qu’il est conçu est profondément mal pensé et c’est en cela qu’il est dangereux. En effet, l’objectif n’est pas l’union de gens du même sexe, ni de la reconnaissance sociale de l’homosexualité, ni même de laïcité comme ce fut évoqué un temps mais plutôt de créer une nouvelle structure filiation entre un enfant et deux hommes ou deux femmes qui composent le foyer dans lequel il sera élevé. La question essentielle qui n’est jamais posé dans ce débat est de savoir si la société est prête à voir son système de filiation généalogique, pour l’instant complètement sexué et cela depuis toujours, être remplacé par un filiation totalement artificielle basée sur les volontés individuelles.

Or le débat dans la manière dont il est abordé ne peut pas prendre en compte cette problématique puisque tous les arguments tournent autour de l’homosexualité et l’homophobie qui sont en fait des questions réglées puisque l’homosexualité est légale et l’homophobie condamnée. Ce que l’on ne sait pas c’est si le fait d’élever des enfants au sein d’une filiation absolument pas crédible pour l’enfant, qui sera tout à fait conscient qu’il n’est pas issu biologiquement de deux femmes ou de deux hommes, posera des problèmes identitaires ou pas. Il faudrait peut-être se poser cette question avant de légiférer. Pour faire un parallèle, il suffit de se rappeler de l’insémination artificielle à propos de laquelle on a allègrement cru que l’on pouvait priver un enfant de ses origines. Conclusion, la situation actuelle nous montre bien qu’il existe de nombreux contentieux d’enfants qui réclament de savoir qui sont les êtres dont ils sont les descendants et je ne vois pas au nom de quoi nous leur refusons ce droit. Le sens que doivent prendre les lois est celui du bien-être des enfants et de la simplification de leur rapport à leurs parents, non pas de tout compliquer et de créer des silences. Il suffit de se pencher sur la structure du projet pour comprendre qu’il n’aborde pas les bonnes questions. Sur les vingt pages qui constituent le projet de loi, une seule est consacrée au mariage, les trois suivantes sont consacrées à l’adoption et tout le reste à la neutralisation des termes sexués. Est-il vraiment cohérent de faire disparaitre les termes de « père » et de « mère » pour ne laisser la place qu’aux « parents », de supprimer le « mari » et la « femme » pour n’avoir plus que des époux. Nous sommes là au cœur d’une question complexe qui mérite une réflexion juridique, sociale et idéologique profonde et non pas simplement de d’agir vite sans réfléchir pour satisfaire à des questions politiciennes. Apporter une réponse simpliste à une question complexe n’est jamais une bonne solution. Il ne s’agit pas simplement de savoir si un couple homosexuel peut convoler ou pas.

Eric Fassin : Pourquoi les risques de marchandisation seraient-ils plus grands, en matière d’adoption ou de PMA, si les parents sont de même sexe ? Ce qui est frappant, dans le débat actuel, c’est que les inquiétudes prétendument anthropologiques s’accompagnent d’un grand ethnocentrisme : il suffit d’aller chez nos voisins belges ou espagnols pour voir qu’il ne se passe rien de tel. Le monde sera structuré autrement, et non déstructuré… Les normes changent, elles ne disparaissent pas pour autant !

Voir également:

À quoi sert le mariage ?

Hérodote

Novembre 2012

Le mariage semblait voué à disparaître il y a trois décennies ; le voilà au centre de la politique française, avec le projet de légalisation du «mariage pour tous» par la France

Pour en finir avec un enjeu symbolique quelque peu ridicule, Joseph Savès émet le souhait que la loi laïque ne reconnaisse plus que des «unions civiles» et abandonne le mot même de «mariage». Celui-ci ne devrait plus désigner qu’un rituel religieux et sans contenu juridique…

Les médias français dénoncent à l’envi une société archaïque et discriminatoire. La révolte gronde dans les cafés et les salons parisiens… Sommes-nous à la veille de Mai-68 ? Non, en 2012, mais ceux qui contestent l’ordre établi sont les mêmes, en un peu plus grisonnants.

Dénoncent-ils la catastrophe climatique ? L’incurie des dirigeants européens face à l’explosion de la misère et des inégalités ?… Non, l’affaire est beaucoup plus grave. Elle concerne le droit des homosexuels à se marier devant le maire.

Ceux qui ironisaient, il y a quarante ans, sur le mariage «petit-bourgeois» plaident aujourd’hui en faveur de son extension aux homosexuels. Il s’agit de remédier à la souffrance de quelques couples qui ne supportent pas de ne pas «graver leur nom au bas d’un parchemin» (Brassens). Regrettons qu’il n’y ait plus un Molière pour les traiter comme il convient.

Mais l’affaire n’est pas seulement risible. Ainsi qu’en conviennent historiens et anthropologues de tous bords, «on ne trouve pas, dans l’histoire, d’union homosexuelle et homoparentale institutionnalisée» (*).

N’est-il pas dangereux, dans ces conditions, de jouer les apprentis-sorciers avec une institution, la famille, qui a traversé les millénaires et les civilisations? Rappelons simplement que le mariage n’a pas été établi pour consacrer l’amour de deux êtres (on n’a pas besoin d’une reconnaissance sociale pour s’aimer et vivre ensemble) mais pour assurer une protection juridique aux enfants appelés à naître de cette union et garantir leur droit à hériter.

D’autres l’ont fait, pourquoi pas nous ?

On se rassure en se disant que d’autres pays, et non des moindres, ont franchi le pas et officialisé le mariage entre personnes du même sexe : le Canada, la Norvège, la Suède, plusieurs États des États-Unis et même la ville de Mexico, l’Argentine et l’Espagne catholiques.

De fait, les États à l’écoute des homosexuels («gay-friendly») sont circonscrits aux populations européennes : l’Europe occidentale elle-même, l’Amérique du Nord, l’Autralie et la Nouvelle-Zélande ainsi que les pays du cône sud-américain (Argentine, Uruguay, Brésil). Seule exception : l’Afrique du Sud, encore fortement influencée par le droit anglo-saxon. Au total, moins d’un milliard de personnes soit 15% de la population mondiale.

Face à ce bloc «progressiste» (mais en décroissance démographique), on trouve la quasi-totalité des pays d’Afrique noire et des pays majoritairement musulmans, plus ou moins hostiles à l’homosexualité. Huit d’entre eux punissent de mort l’homosexualité : l’Arabie séoudite, l’Afghanistan, l’Iran, la Mauritanie, le Nigeria, la Somalie, le Soudan et le Quatar, «ami» de la France. Les autres pays, comme la Turquie, l’Inde, la Russie ou le Japon, évitent généralement d’aborder le sujet de l’homosexualité sur la place publique.

Ganymède et l’Aigle (Chastworth House, Londres)

Homo philie, homo phobie

L’homosexualité est aussi vieille que l’humanité et ses pratiquants, quoique minoritaires et souvent victimes de violences et d’exclusion, ont toujours participé à la vie sociale. L’anthropologue Maurice Godelier évoque des sociétés primitives qui inscrivent la cohabitation homosexuelle parmi les rites de passage de l’enfance à l’âge adulte…

Autres temps, autres moeurs : à l’image de Zeus, qui s’était transformé en aigle pour séduire le jeune Ganymède, les notables grecs et romains n’avaient pas de honte à partager la couche d’un garçon pourvu qu’il fut impubère. Mais cette forme de pédophilie a été plus tard condamnée, de même que les relations entre adultes du même sexe, sous l’effet du puritanisme stoïcien (et païen).

Au Moyen Âge, la «sodomie» (ainsi qualifiait-on l’homosexualité avant que le mot ne soit inventé en 1869) est inscrite parmi les péchés graves. Elle est parfois sanctionnée, le plus souvent tolérée, selon que domine dans l’Église le courant rigoriste ou le courant optimiste, ainsi que le rappelle l’historien Michel Rouche, dans un passionnant livre d’entretiens avec le journaliste Benoît de Sagazan : Petite histoire du couple et de la sexualité (CLD, 2008).

Il Doppio ritratto, par Giorgione (vers 1502), VeniseAu XVIIe siècle, les «libertins» de la cour de Louis XIV attestent de l’influence que pouvaient avoir les homosexuels au pied du trône. Plus près de nous, le juriste Cambacérès, l’académicien Julien Green, les philosophes Roland Barthes et Michel Foucault et le Prix Nobel André Gide… montrent qu’elle n’était pas un obstacle à l’ascension sociale et aux honneurs publics.

Si l’Église officielle qualifie encore de péché l’onanisme et la sodomie, on ne saurait comparer cette condamnation morale aux sanctions pénales qui frappent les homosexuels dans tous les pays musulmans comme dans la plupart des pays d’Afrique noire et d’Asie.

On a fait beaucoup de cas de la loi française de 1942, abrogée en 1982, établissant à 21 ans au lieu de 15 la majorité en matière de relations homosexuelles. Avouons qu’on a connu pire en matière de persécution.

Une régression intellectuelle

Le romancier Benoît Duteurtre écrit dans Le Nouvel Observateur (20 septembre 21012) : «L’aspiration des militants homosexuels à la famille et au mariage est une formidable régression intellectuelle par rapport aux enjeux de la libération sexuelle. Après avoir revendiqué la liberté absolue, on en est à vouloir parodier le mariage, ce vieux rituel d’inspiration religieuse auquel les hétérosexuels eux-mêmes ne croient plus guère, vu qu’ils s’empressent généralement de divorcer !»

Le romancier juge «amusant de voir certains militants s’exciter contre l’Église, qui devrait, à son tour, accepter le mariage gay – comme s’il fallait à tout prix obtenir la reconnaissance du clergé qui ne fait pourtant que jouer son rôle de force morale archaïque».

Pour lui, «la modernité, c’est évidemment le pacs, qui laisse de côté tout cet héritage et qu’on pourrait fort bien se contenter d’améliorer. Mais les groupes de pression, engagés dans la surenchère, semblent confondre l’égalité et le pastiche. Beaucoup d’homos se contrefichent du mariage comme de l’adoption, mais il est vrai que cette soif de normalité enchante certaines personnes qui ont l’impression de les voir rentrer dans le rang».

Communautarisme

Les organisations homosexuelles sont en flèche dans le développement du communautarisme en Occident et c’est là un phénomène nouveau. Le philosophe Roland Barthes l’avait entrevu dans les années 1970. Homosexuel épanoui et discret, il s’inquiétait déjà à cette époque d’un activisme qui pouvait porter atteinte à son intimité et à sa liberté.

Si l’on met à part une petite minorité d’individus exclusivement orientés vers les personnes de leur sexe, l’homosexualité était jusqu’à ces dernières décennies une pratique occasionnelle qui se conjuguait avec des relations hétérosexuelles plus conventionnelles. Elle est devenue aujourd’hui un critère d’appartenance et chacun est sommé de se définir comme homo ou hétéro.

En 1973, dans Les valseuses de Bertrand Blier, les héros pratiquaient sans complexe une sexualité débridée tant homo qu’hétérosexuelle. En 2000, dans la comédie de Francis Veber Le placard, le héros devait choisir son camp. Entre ces deux dates s’est imposé le principe d’enfermement communautaire. Aujourd’hui, signe des temps, Hollywood multiplie les comédies sur les jeunes gens qui seraient tentés de franchir la nouvelle barrière invisible (*).

L’«outing» par lequel les activistes homosexuels dénoncent quiconque voudrait protéger son jardin secret nous renvoie aux pratiques inquisitoriales ou, au mieux, à une forme inédite de «puritanisme inversé» qui impose à chacun d’afficher son statut. Militants homosexuels et vedettes du showbiz conjuguent leurs efforts pour abattre le mur opaque et bienfaisant qui séparait naguère sentiments privés et vie publique.

Ainsi s’avancent des lendemains radieux où chacun sera sommé de se justifier de ses penchants sexuels, de ses pensées et de ses sentiments ainsi que de choisir sa «communauté», face à un Big Brother omniprésent et omnipotent.

Libertarisme

Derrière le «mariage pour tous» et son corollaire, le droit d’avoir des enfants à tout prix (gestation par autrui ou adoption sur le marché international), l’idée se profile que la Loi n’aurait plus pour objet de protéger les faibles (enfants, pauvres…) contre les abus des puissants mais devrait se mettre au service de ces derniers pour lever les ultimes obstacles à leurs désirs.

Pourquoi pas ? dès lors que l’accomplissement de ces désirs ne lèse personne, argumente tel philosophe.

Plus réservé, le psycho-sociologue Jean-Claude Liaudet voit dans ce chamboulement une ruse du néolibéralisme pour intégrer à la société marchande des domaines qui lui échappent encore (*). Il annonce des lendemains radieux où les pauvres du tiers monde et du quart monde seront invités, au nom de la Liberté, à faire commerce de leurs organes, de leur sperme, de leurs ovules et de leurs bébés pour la plus grande satisfaction des bourgeois occidentaux.

Joseph Savès

Le mariage pour quoi faire?

Le terme «mariage» recouvre trois significations très différentes. C’est d’abord un contrat civil entre un homme et une femme, qui assure à l’épouse et aux enfants à naître une protection juridique et des garanties en matière de succession. C’est aussi un engagement religieux, sans effet juridique ou civil, qui tient aux convictions de chacun. C’est enfin un moment festif qui permet à un couple d’exprimer leur amour devant leurs parents et leurs amis.

Les deux dernières significations ne concernent en rien le législateur et, au moment où les organisations homosexuelles réclament le droit au mariage civil, on peut se demander à quoi sert encore celui-ci. Au terme d’un processus législatif qui a aligné les droits des enfants «naturels» sur ceux des enfants légitimes, le mariage civil n’apporte plus guère de droits particuliers. C’est si vrai que de plus en plus de couples élèvent leurs enfants sans se soucier de passer devant le maire.

À défaut d’abolir le mariage civil, le législateur pourrait changer son nom pour celui d’«union civile» et laisser le mot mariage au vocabulaire religieux. L’«union civile» se présenterait dès lors comme un pacte civil de solidarité – pacs – amélioré, ouvert à tous les couples, avec quelques aménagements fiscaux concernant la pension de réversion et l’héritage ainsi que l’adoption.

Mais avant toute chose, il importerait d’abroger l’article 433-21 du code pénal par lequel l’État français interdit aux prêtres, pasteurs et rabbins de marier un couple qui n’est pas au préalable passé devant le maire. Ainsi continueront de s’unir civilement ceux qui le veulent, les autres faisant de leur union une affaire purement privée.

Archaïque, l’article 433-21 remonte à la volonté du Premier Consul Napoléon Bonaparte d’enlever l’état civil au clergé. Son abrogation serait conforme au principe de laïcité et à la loi de séparation des Églises et de l’État. On ne voit pas bien en effet pourquoi l’État laïc se préoccupe de conventions d’ordre privé comme le mariage religieux dès lors qu’elles n’ont aucune implication civile ou juridique.

Voir enfin:

French families march against gay marriage

Adam Sage, Paris

The Australian

January 15, 2013

PARIS was submerged by demonstrators of an unusual kind yesterday as hundreds of thousands of conservative, middle-class people protested against President Francois Hollande’s plan to authorise gay marriage.

In place of the trade unionists who regularly march through the capital were ordinary families, often from the Roman Catholic provinces, proclaiming their opposition to what they describe as an attack on family values.

Organisers said there were 800,000 protesters but police put the figure at 340,000. The truth was somewhere in between, according to seasoned observers, but there was no disputing that this was one of the biggest demonstrations in Paris in recent years and the most significant challenge to Mr Hollande since his arrival in power in May.

The Socialist leader who had promised to unite the French is being accused of driving a wedge between modern urban communities at ease with homosexuality and traditionalists bewildered at the pace of social change.

Opinion polls show that 52 per cent of voters approve the proposal to legalise same-sex marriages but a similar proportion oppose a plan to allow gay couples to adopt children, included in the bill that is due to go before parliament on January 29.

Demonstrators arrived in 900 coaches and seven trains from across France, many prodded into action by their priests. They converged on the Champs de Mars, by the Eiffel Tower, which was a sea of pink and blue flags, the colours of the anti-gay marriage movement.

Their figurehead was Virginie Merle, 50, a Catholic comic who uses the stage name Frigide Barjot (which translates roughly as Frigid Nutter).

She said that the plan would signal an end to traditional French life with the words "father" and "mother" replaced by "parent A" and "parent B" in the family law code. "If fathers and mothers disappear from our law books, what is going to be the effect on our psychology?" she said. "Francois Hollande must listen to us and suspend this bill."

Many protesters said their main argument was not so much with the legalisation of gay marriage as with the authorisation for homosexuals to adopt.

Vincent Marci, 28, from Bordeaux, said: "Children need a father and a mother to be properly brought up. That is what nature wanted. Why change it?" The government said there would be no U-turns despite the protest. Mr Hollande appears to be ready to back down over a proposal to make infertility treatment available to lesbian couples but Marisol Touraine, the Social Affairs Minister, said that he would press on with gay marriage.

The role of the Catholic Church was the focus of controversy. Bishops did not organise the protest but it was clear that they had been pulling the strings behind the scenes. Cardinal Philippe Barbarin, the Archbishop of Lyon, said: "Parliament has decided to change the meaning of the word ‘marriage’. For the people, it is a very violent thing to do."


Santé/Etats-Unis: Live fast, die young (It’s the 7-eleven 1.2 liter Super big gulp, stupid!)

10 janvier, 2013
Il n’y a pas de deuxième acte dans les vies américaines. F. Scott Fitzgerald
I wanna live fast, die young and leave a beautiful corpse. Pretty Boy Romano (Knock on any door, 1949)
They say we can’t be livin’ like this for the rest of our lives But we gon’ be livin’ like this for the rest of tonight And you know they gon’ be bangin’ this shit for the rest of our lives So live fast and die young. Rick Ross
If there’s a God then He’s calling me back home. This barrel never felt so good next to my dome. It’s cold & I’d rather die than live alone. Freddy E
Inévitablement, nous considérons la société comme un lieu de conspiration qui engloutit le frère que beaucoup d’entre nous ont des raisons de respecter dans la vie privée, et qui impose à sa place un mâle monstrueux, à la voix tonitruante, au poing dur, qui, d’une façon puérile, inscrit dans le sol des signes à la craie, ces lignes de démarcation mystiques entre lesquelles sont fixés, rigides, séparés, artificiels, les êtres humains. Ces lieux où, paré d’or et de pourpre, décoré de plumes comme un sauvage, il poursuit ses rites mystiques et jouit des plaisirs suspects du pouvoir et de la domination, tandis que nous, »ses« femmes, nous sommes enfermées dans la maison de famille sans qu’il nous soit permis de participer à aucune des nombreuses sociétés dont est composée sa société. Virginia Woolf (1938)
Le privilège masculin est aussi un piège et il trouve sa contrepartie  dans la tension et la contention permanentes, parfois poussées jusqu’à l’absurde, qu’impose à chaque homme le devoir d’affirmer en toute circonstance sa virilité. (…) Tout concourt ainsi à faire de l’idéal impossible de virilité le principe d’une immense vulnérabilité. C’est elle qui conduit, paradoxalement, à l’investissement, parfois forcené, dans tous les jeux de violence masculins, tels dans nos sociétés les sports, et tout spécialement ceux qui sont les mieux faits pour produire les signes visibles de la masculinité, et pour manifester et aussi éprouver les qualités dites viriles, comme les sports de combat. Pierre Bourdieu (1998)

Les Etats-Unis seraient-ils victimes de leur testostérone?

Mortalité infantile et faible poids à la naissance, blessures et homicides, grossesses précoces et infections sexuellement transmissibles, VIH et sida, décès liés à la drogue, obésité et diabète, maladies du cœur, maladie pulmonaire chronique, handicaps …

Live fast die young, Fast and furious, Super Big Gulp, James Dean, Janet Joplin, Jimmy Hendrix, Tupac Shakur …

Y a-t-il un critère sanitaire dans lequel le chef de file du Monde libre et incarnation vivante de tous nos rêves de vitesse et d’excès en tous genres n’est pas dépassé par le reste de ses partenaires? (leurs moindres décès liés au cancer apparaissant même comme la triste contrepartie d’une longévité réduite?)

Comme l’indique le dernier rapport en date des Académies des sciences américaines, être, à l’instar de ces hommes qui comme tout récemment le jeune rappeur Freddy-E paient de leur vie plus courte leur privilège viril, constamment à la pointe de la liberté et de l’innovation et donc aussi de l’excès pour ce véritable laboratoire que sont devenus les Etats-Unis pour la planète n’est non seulement pas gratuit mais semble se payer très cher en vies plus courtes et en santé moins bonne …

Americans Have Worse Health Than People in Other High-Income Countries; Health Disadvantage Is Pervasive Across Age and Socio-Economic Groups

National Academies

Jan. 9, 2013

On average, Americans die sooner and experience higher rates of disease and injury than people in other high-income countries, says a new report from the National Research Council and Institute of Medicine. The report finds that this health disadvantage exists at all ages from birth to age 75 and that even advantaged Americans — those who have health insurance, college educations, higher incomes, and healthy behaviors — appear to be sicker than their peers in other rich nations.

"We were struck by the gravity of these findings," said Steven H. Woolf, professor of family medicine at Virginia Commonwealth University in Richmond and chair of the panel that wrote the report. "Americans are dying and suffering at rates that we know are unnecessary because people in other high-income countries are living longer lives and enjoying better health. What concerns our panel is why, for decades, we have been slipping behind."

The report is the first comprehensive look at multiple diseases, injuries, and behaviors across the entire life span, comparing the United States with 16 peer nations — affluent democracies that include Australia, Canada, Japan, and many western European countries. Among these countries, the U.S. is at or near the bottom in nine key areas of health: infant mortality and low birth weight; injuries and homicides; teenage pregnancies and sexually transmitted infections; prevalence of HIV and AIDS; drug-related deaths; obesity and diabetes; heart disease; chronic lung disease; and disability.

Many of these health conditions disproportionately affect children and adolescents, the report says. For decades, the U.S. has had the highest infant mortality rate of any high-income country, and it also ranks poorly on premature birth and the proportion of children who live to age 5. U.S. adolescents have higher rates of death from traffic accidents and homicide, the highest rates of teenage pregnancy, and are more likely to acquire sexually transmitted infections. Nearly two-thirds of the difference in life expectancy between males in the U.S. and these other countries can be attributed to deaths before age 50.

These findings build on a 2011 Research Council report that documented a growing mortality gap among Americans over age 50. "It’s a tragedy. Our report found that an equally large, if not larger, disadvantage exists among younger Americans," Woolf said. "I don’t think most parents know that, on average, infants, children, and adolescents in the U.S. die younger and have greater rates of illness and injury than youth in other countries."

The panel did find that the U.S. outperforms its peers in some areas of health and health-related behavior. People in the U.S. over age 75 live longer, and Americans have lower death rates from stroke and cancer, better control of blood pressure and cholesterol levels, and lower rates of smoking.

Root Causes

This health disadvantage exists even though the U.S. spends more per capita on health care than any other nation. Although documented flaws in the health care system may contribute to poorer health, the panel concluded that many factors are responsible for the nation’s health disadvantage.

The report examines the role of underlying social values and public policies in understanding why the U.S. is outranked by other nations on both health outcomes and the conditions that affect health. For example, Americans are more likely to engage in certain unhealthy behaviors, from heavy caloric intake to behaviors that increase the risk of fatal injuries, the report says. The U.S. has relatively high rates of poverty and income inequality and is lagging behind other countries in the education of young people.

However, the panel’s research suggests that the U.S. health disadvantage is not solely a reflection of the serious health disadvantages that are concentrated in the U.S. among poor or uninsured people or ethnic and racial minorities. Americans still fare worse than people in other countries even when the analysis is limited to non-Hispanic whites and people with relatively high incomes and health insurance, nonsmokers, or people who are not obese.

The report recommends an intensified effort to pursue established national health objectives. It calls for a comprehensive outreach campaign to alert the American public about the U.S. health disadvantage and to stimulate a national discussion about its implications. In parallel, it recommends data collection and research to better understand the factors responsible for the U.S. disadvantage and potential solutions, including lessons that can be learned from other countries.

"Research is important, but we should not wait for more data before taking action, because we already know what to do. If we fail to act, the disadvantage will continue to worsen and our children will face shorter lives and greater rates of illness than their peers in other rich nations," Woolf said.

Voir aussi:

Report Brief

Released:

1/9/2013

U.S. Health in International Perspective: Shorter Lives, Poorer Health

The United States is among the wealthiest nations in the world, but it is far from the healthiest. Although Americans’ life expectancy and health have improved over the past century, these gains have lagged behind those in other high-income countries. This health disadvantage prevails even though the United States spends far more per person on health care than any other nation. To gain a better understanding of this problem, the National Institutes of Health (NIH) asked the National Research Council and the Institute of Medicine to convene a panel of experts to investigate potential reasons for the U.S. health disadvantage and to assess its larger implications. The panel’s findings are detailed in its report, U.S. Health in International Perspective: Shorter Lives, Poorer Health.

A Pervasive Pattern of Shorter Lives and Poorer Health

The report examines the nature and strength of the research evidence on life expectancy and health in the United States, comparing U.S. data with statistics from 16 “peer” countries—other high-income democracies in western Europe, as well as Canada, Australia, and Japan. (See Table.) The panel relied on the most current data, and it also examined historical trend data beginning in the 1970s; most statistics in the report are from the late 1990s through 2008. The panel was struck by the gravity of its findings. For many years, Americans have been dying at younger ages than people in almost all other highincome countries. This disadvantage has been getting worse for three decades, especially among women. Not only are their lives shorter, but Americans also have a longstanding pattern of poorer health that is strikingly consistent and pervasive over the life course—at birth, during childhood and adolescence, for young and middle-aged adults, and for older adults.

The U.S. health disadvantage spans many types of illness and injury. When compared with the average of peer countries, Americans as a group fare worse in at least nine health areas:

infant mortality and low birth weight

injuries and homicides

adolescent pregnancy and sexually transmitted infections

HIV and AIDS

drug-related deaths

obesity and diabetes

heart disease

chronic lung disease

disability

Many of these conditions have a particularly profound effect on young people, reducing the odds that Americans will live to age 50. And for those who reach age 50, these conditions contribute to poorer health and greater illness later in life.

The United States does enjoy a few health advantages when compared with peer countries, including lower cancer death rates and greater control of blood pressure and cholesterol levels. Americans who reach age 75 can expect to live longer than people in the peer countries. With these exceptions, however, other high-income countries outrank the United States on most measures of health.

The U.S. health disadvantage cannot be fully explained by the health disparities that exist among people who are uninsured or poor, as important as these issues are. Several studies are now suggesting that even advantaged Americans— those who are white, insured, college-educated, or upper income—are in worse health than similar individuals in other countries.

Why Are Americans So Unhealthy?

The panel’s inquiry found multiple likely explanations for the U.S. health disadvantage:

Health systems. Unlike its peer countries, the United States has a relatively large uninsured population and more limited access to primary care. Americans are more likely to find their health care inaccessible or unaffordable and to report lapses in the quality and safety of care outside of hospitals.

Health behaviors. Although Americans are currently less likely to smoke and may drink alcohol less heavily than people in peer countries, they consume the most calories per person, have higher rates of drug abuse, are less likely to use seat belts, are involved in more traffic accidents that involve alcohol, and are more likely to use firearms in acts of violence.

Social and economic conditions. Although the income of Americans is higher on average than in other countries, the United States also has higher levels of poverty (especially child poverty) and income inequality and lower rates of social mobility. Other countries are outpacing the United States in the education of young people, which also affects health. And Americans benefit less from safety net programs that can buffer the negative health effects of poverty and other social disadvantages.

Physical environments. U.S. communities and the built environment are more likely than those in peer countries to be designed around automobiles, and this may discourage physical activity and contribute to obesity.

Voir encore:

What’s in a name?

Christopher David Hanson

Live fast, die young and have a good-looking corpse”,

The first quote has been slightly rearranged over the years. It comes from a 1949 movie called Knock on Any Door, starring Humphrey Bogart as a liberal-minded lawyer trying to save a young hoodlum accused of murder.

The hoodlum, Pretty Boy Romano, was played by John Derek who was, indeed, one of the best- looking actors who ever stood before a camera. The exact phrase, as he said it in the movie, was: “I wanna live fast, die young and leave a beautiful corpse.”

A radical solution for avoiding a mid-life crisis is to avoid mid-life. One interpretation of this solution was first suggested to the cinema-going public in 1949 when the phrase ‘Live fast, die young and leave a good-looking corpse’ was spoken by actor John Derek in the film Knock on Any Door, which also starred Humphrey Bogart and was directed by Nicholas Ray1. Ray went on to direct James Dean, who, curiously, is widely admired for having accidentally adopted John Derek’s advice.

The Scheme

The solution has three parts. First, it is suggested, you must ‘Live fast’. ‘Living fast’ is not specifically defined, but it generally involves having a very good time. On achieving this first step, you consequently increase the chances of achieving the second step, which is to ‘die young’. Having died young, the chances of achieving the third step are based on two main factors. The perceived beauty of the participant and the manner of the death. A very good looking person who drinks 10 bottles of champagne and then falls several hundred feet from an air-borne balloon will achieve the first two aims, but is unlikely to achieve the third.

Advantages

The purported advantages of the scheme are that those engaging in it get to go to lots of parties and, at the same time, will avoid having to think about what to do with the extra years we get allocated after the age of thirty. These advantages, of course, largely depend on succeeding with all three steps.

While living fast increases the chances of dying young, it does not actually guarantee that such an event will occur. Some practitioners find that having hit the ground running with masses of parties, alcohol and high speed car chases, they simply fail to achieve step two. In many cases, these unfortunate people grow old in a confused and bewildered state, as it wasn’t really supposed to happen, and now they have the added problem of looking a bit foolish. Those who actually achieve step two are generally considered to be a little bit more cool than those that don’t.

If step two is achieved, the utility of step three to the practitioner is somewhat questionable. Human beings consider many things to be ‘good looking’, but few would add corpses to their list. While one might gain pleasure from having their flowers or pets admired as beautiful, the chances of gaining such pleasure with one’s own corpse are severely limited. It is perhaps for these reasons, that, in the spread of the phrase through the collective consciousness of late-20th Century humanity, step three has been quietly laid to one side, and the phrase is more widely known in its short form: ‘Live fast, die young’.

Popularity

Unsurprisingly, the scheme has not widely caught on. The main reason is that it faces stiff competition from an alternative theory of living, namely: ‘Live slow, die as old as possible’. This is universally popular. The vast majority of humanity chooses to go to parties at moderately spaced intervals, and to fill the intervening time with activities such as going to the office and lounging around watching television. While this entails the consequence of having to think about what to do with the extra years before dying, most people arrive at the swift solution that they should carry on pretty much as they did before. The benefits of living in this manner are that it allows you to get a few more holidays in, rent more videos and eat more dinners than you otherwise might have done.

Examples

Of those that actually practised the advice, James Dean is perhaps the most famous. He also achieves something that demonstrates a curious anomaly which seems to affect most practitioners of the scheme: The more glamorous and fast the life, the more absurd the death. James Dean lived just off Times Square, hung out with Elizabeth Taylor and Richard Burton, had wild times with Marlon Brando and invented a whole new way of smoking. Then he made a road safety commercial and was killed when he drove his Porsche at high speed into a Ford Sedan. The Sedan was being driven by a man called Mr Turnupseed. Dean died at 24. Mr Turnupseed survived the crash and lived to be 632.

Another example: Jim Morrison was frontman to a massively successful rock band (The Doors), toured all over, had lots of wild parties, and lots of wild groupies, did crazy things on and off stage, drank every drink under the sun and wandered around deserts – before getting heroin confused with cocaine and then deciding to have a bath.

But perhaps the greatest exponent of the practice was someone who managed to achieve the advice approximately 2300 years before it was actually given. In this sense, as well as others, Alexander the Great was well ahead of his time. He hung out with Aristotle, put down a Thracian rebellion, and built a massive empire all the way from Macedonia to India. He almost certainly had a few laughs along the way, but this was before he wandered into a swamp and was bitten by a mosquito. He died of malaria at 32.

Conclusion

The expression ‘Live fast, die young and leave a good looking corpse’ advocates something hardly anyone does and makes little practical sense. Yet part of it has become one of the most widely-known phrases in the western world. ‘A stitch in time saves nine’ it is not. It should also be noted that John Derek himself spectacularly failed to live up to his own advice. He married actress Bo Derek and lived for 62 years.


Diplomatie: C’est avec les beaux sentiments qu’on fait de la mauvaise diplomatie (If you treat him like a statesman, he’ll be one)

12 décembre, 2012
C’est avec les beaux sentiments qu’on fait de la mauvaise littérature. André Gide
Dans l’expression ‘gouvernement islamique’, pourquoi jeter d’emblée la suspicion sur l’adjectif ‘islamique’ ? Le mot ‘gouvernement’ suffit, à lui seul, à éveiller la vigilance. Foucault (dec. 1978)
Khomeini est une sorte de figure à la Gandhi. William Sullivan (ambassadeur américain à Téhéran)
Khomeini (…) n’est pas un ‘mujahid fou", mais un homme d’une intégrité et d’une honnêteté impeccables. James Bill (conseiller de Carter, Newsweek, February 12, 1979)
Supposer que l’Ayatollah Khomeiny est un dissimulateur est presque iconcevable. Son style politique est d’exprimer son point de vue réel d’une manière provocante  et sans concession. Peu importe les conséquences. Il a peu d’incitations pour devenir brusquement sournois pour flatter l’opinion publique américaine. Ainsi, le dépeindre comme fanatique, réactionnaire et porteur de préjugés bruts apparait heureusement et certainement faux. Aussi, ce qui est encourageant, c’est que son entourage de proches conseillers est uniformément composé d’individus modérés et progressistes. (…) En dépit de ces turbulences, beaucoup d’Iraniens non religieux parlent de cette période comme l’heure de gloire de l’Islam. Après avoir créé un nouveau modèle de révolution populaire fondée, pour l’essentiel, sur les tactiques nonviolentes, l’Iran pourrait bien finalement nous fournir le modèle de gouvernance humaine dont ont désespérément besoin  les pays du tiers-monde. Richard Falk (universitaire de Princeton et conseiller de Carter, « Trusting Khomeini », NYT, February 16, 1979)
Nombre des déclarations [de l'Iran] sont certes répréhensibles, mais elles ne constituent pas une incitation au génocide. Personne ne les a mises en oeuvre. Kenneth Roth (président de Human Rights Watch)
L’ex-otage britannique au Liban, Terry Waite, a effectué une visite à Beyrouth la semaine dernière, 25 ans après son enlèvement par le Jihad islamique, un groupe pro-iranien proche du Hezbollah, rapportait dimanche un journaliste du Sunday Telegraph qui l’a accompagné durant son voyage. (…) Au cours de sa visite, M. Waite, 73 ans, s’est réuni lundi dernier avec le responsable des relations internationales au sein du Hezbollah, Ammar Moussawi, pour des "discussions de réconciliation". La réunion a duré près de deux heures. Il a affirmé au journal britannique avoir demandé au parti islamiste libanais d’aider les réfugiés chrétiens syriens qui ont fui les violences dans leur pays. Terry Waite est un ancien émissaire du chef de l’Église anglicane de l’époque, Robert Runcie. Il a été enlevé au Liban en 1987 alors qu’il tentait de négocier la libération de quatre otages occidentaux. Accusé d’être un espion, il a été détenu par le Jihad islamique pendant 1 760 jours avant d’être libéré en 1991. (…) Au cours de sa réunion avec M. Moussawi, le Britannique s’est montré très critique vis-à-vis des soulèvements en cours dans le monde arabe, dénonçant l’islamisation des révolutions. "Le Printemps arabe s’est transformé en un pouvoir d’oppression et non de liberté", a-t-il dit au responsable du Hezbollah qui l’a en retour qualifié de "grand homme". L’Orient du jour
Lors de la crise des missiles de Cuba, les États-Unis n’ont pas été confrontés à Cuba, mais à l’Union Soviétique. Israël n’a pas été confronté à Gaza, mais à l’Iran. Michael B. Oren (ambassadeur israélien aux États-Unis et historien militaire)
Même pour les normes de l’Afrique des années 1990, le RUF avait mis la barre très haut pour la brutalité. Ses soldats étaient principalement des enfants enlevés à leurs parents, nourris à la cocaïne et aux amphétamines. Son financement provenait des diamants du sang. Il s’était fait une véritable réputation pour l’amputations des membres de ses victimes. Ses campagnes militaires portaient des noms comme "tout doit disparaitre". En janvier 1999, six mois avant le témoignage de Mme Rice du Sénat, le RUF fit le siège de la capitale, Freetown. "Le RUF a incendié des maisons avec leurs occupants toujours à l’intérieur, découpé à la machette les membres ou arraché les yeux au couteau de ses victimes, violé les enfants et abattu de nombreuses personnes dans la rue, » a écrit Ryan Lizza dans The New Republic. "En trois semaines, le RUF tué quelques 6 000 personnes, principalement des civils." Que faire avec un tel groupe? L’Administration Clinton a eu une idée. Amorcer un processus de paix. Il n’a pas semblé  faire problème que Sankoh était manifestement irrécupérable et probablement psychotique. Ni qu’il avait violé les accords antérieurs pour mettre fin à la guerre. « Si vous traitez Sankoh comme un homme d’État, il le deviendra", telle était la théorie opératoire au Département d’Etat, selon un membre du personnel du Congrès cité par M. Lizza. Au lieu de traiter Sankoh comme une partie du problème, sinon le problème lui-même, le Département allait le traiter comme faisant partie de la solution. Un représentant du RUF fut donc invité à Washington pour des entretiens. Jesse Jackson fut nommé au poste d’envoyé spécial du président Clinton. (…) Un mois plus tard, les voeux de Mme Ricefurent exaucés avec la signature de l’Accord de paix de Lomé. C’était un incroyable Il s’agissait d’un document. Au nom de la réconciliation, les combattants du RUF furent amnistiés. Sankoh devint vice-président de la Sierra Leone. Pour adoucir l’affaire, il était également chargé de la commission chargée de surveiller le commerce des diamants du pays. Tout cela fut imposé au Président Kabbah. En septembre 1999, Mme Rice salua les efforts de"pratiques" du pasteur Jackson, de l’ambassadeur américain Joe Melrose "et de beaucoup d’autres" pour avoir contribué à la signature de l’accord de Lomé. Pendant des mois par la suite, Mme Rice célèbra les accords à chaque occasion. le pasteur Jackson, dit-elle, avait « joué un rôle particulièrement important, » comme l’avait fait Howard Jeter, son adjoint au Département. Lors d’une séance de questions-réponses avec des journalistes africains le 16 février 2000, elle défendit la participation de Sankoh au gouvernement, notant que "il y a plusieurs cas où des accords de paix dans le monde ont envisagé la conversion de mouvements rebelles en partis politiques". Qui plus est, les États-Unis étaient même prêts à donner un coup de main à Sankoh, pourvu qu’il se tienne bien. "Parmi les institutions de gouvernement que nous sommes prêts à aider," dit-elle, "il y a bien sûr la Commission des ressources quel dirige M. Sankoh." Bien entendu. Trois mois plus tard, le RUF prenait 500 casques bleus des Nations Unies en otage et menaçait à nouveau Freetown. L’Accord de Lomé était devenu lettre morte. Bret Stephens
La croissance économique qui a suivi la révolution était agitée et insoutenable, note Gaidar, reprenant un thème de son ouvrage précédent, "L’effondrement d’un Empire". Dans "Russie: une vision à long terme," il se tourne rapidement vers les mois qui ont suivi l’effondrement soviétique, citant les notes de service catastrophiques sur la famine imminente et la désintégration sociale qui s’entassaient sur son bureau en novembre 1991. Il réfute plusieurs idées sur ce qui s’est passé à cette époque, y compris l’affirmation fausse que la réforme économique avait provoqué la crise – i.e., que la stabilisation monétaire, la privatisation et la libéralisation des prix avaient entraîné une chute catastrophique de production. Une telle revendication, pour Gaidar, vient du fait de regarder le problème du mauvaise côté. L’argent soviétique n’était pas de l’argent réel, tout comme la production soviétique n’était pas de la vraie production. L’économie avait créé des produits et services dont personne ne voulait, par l’intermédiaire de processus qui détruisaient la valeur au lieu de le créer. L’arrêt des fausses incitations à produire ne pouvait que provoquerque l’effondrement de la production enregistrée. La réforme était nécessaire parce que les dirigeants soviétiques avaient hérité d’une crise qui menaçait l’existence même du pays. Gaidar conclut en évaluant les dirigeants actuels de la Russie. "Il n’est pas difficile d’être populaire et avoir un soutien politique", écrit-il, "lorsque vous disposez de dix années de croissance du revenu réel à 10 pour cent par an". Mais cette époque est révolue. Le régime doit maintenant choisir entre répression ("tentant mais suicidaire") et ce qu’il appelle "la libéralisation réglementée". En particulier, il soutient que la Russie doit rétablir la liberté d’expression, ouvrir son processus de prise de décision, instituer un système judiciaire indépendant et mener une "guerre contre la corruption". Taiwan, l’Espagne et le Chili sont pour lui des exemples à suivre. Edward Lucas
Reuel Marc Gerecht, de la Fondation pour la défense des démocraties et Brian Katulis du Center for American Progress soutenaient "Plutôt des islamistes élus que des dictateurs » (…) Katulis a accusé les dictatures d’encourager « les sortes d’idéologies » qui ont conduit au 9/11 et Gerecht a insisté que ce sont les juntes militaires, pas les islamistes, qui sont généralement « le véritable danger. … Le seul moyen d’obtenir un ordre plus libéral au Moyen-Orient, c’est par l’intermédiaire des électeurs croyants" qui portent les islamistes au pouvoir. Katulis a soutenu que les islamistes élus changent et deviennent moins idéologiques et plus pragmatiques ; que pris dans la mélée de la politique au jour le jour ils évoluent pour se concentrer sur les « besoins fondamentaux », tels que la sécurité et l’emploi.(…) En seulement trois mois, Morsi a montré qu’il aspire à des pouvoirs dictatoriaux supérieurs à ceux de Moubarak et que son règne laisse présager une encore plus grande calamité pour l’Égypte que Moubarak. Il a parfaitement justifié notre point de vue à Jasser et à moi qu’il vaut mieux des dictateurs que des islamistes élus. Comme je l’ai indiqué au cours du débat, les Occidentaux doivent fermer avec détermination la porte aux dictateurs idéologiques comme les islamistes tout en faisant pression sur les dictateurs avides pour qu’ils fassent place à la société civile. Telle est la la seule porte de sortie de ce faux choix entre deux formes de tyrannie. Daniel Pipes

A l’heure où, avec les missiles de Gaza, la révolution iranienne vient pour la énième fois de confirmer tout le potentiel qu’avait laissé escomter il y a plus de 40 ans son lancement franco-américain sur les fronts baptismaux  …

Et où, de l’ONU à l’ex-otage du Hezbollah Terry Waite, la même bien-pensance occidentale est repartie pour un tour avec l’adoubement d’organisations qui continuent à appeler à l’annihilation d’un de leurs voisins …

Comment ne pas être attendri avec l’islamologue Daniel Pipes commentant la nouvelle expérience en cours et en direct de l’Egypte

Par la confondante et indéfectible constance avec laquelle les belles âmes qui nous gouvernent …

Continuent à ignorer pour la diplomatie la leçon de Gide sur la littérature ?

Better Dictators than Elected Islamists

Daniel Pipes

The Washington Times

December 11, 2012

Washington Times title: "Islamists are worse than dictators"

Who is worse, President Mohamed Morsi, the elected Islamist seeking to apply Islamic law in Egypt, or President Husni Mubarak, the former dictator ousted for trying to start a dynasty? More broadly will a liberal, democratic order more likely emerge under Islamist ideologues who prevail through the ballot box or from greedy dictators with no particular agenda beyond their own survival and power?

Morsi’s recent actions provide an answer, establishing that Islamists are yet worse than dictators.

This issue came up in an interesting debate for Intelligence Squared U.S. in early October when Reuel Marc Gerecht of the Foundation for the Defense of Democracies and Brian Katulis of the Center for American Progress argued "Better elected Islamists than dictators," while Zuhdi Jasser of the American Islamic Forum for Democracy and I argued the counter-argument. Well, no one really argued "for" anyone. The other team did not endorse Islamists, we certainly did not celebrate dictators. The issue, rather, was which sort of ruler is the lesser of two evils, and can be cudgeled to democracy.

Katulis blamed dictatorships for fostering "the sorts of ideologies" that led to 9/11 and Gerecht insisted that military juntas, not Islamists, generally are "the real danger. … The only way you’re going to get a more liberal order in the Middle East is through people of faith" who vote Islamists into office. Katulis argued that elected Islamists change and morph, becoming less ideological and more practical; they evolve in response to the rough and tumble of politics to focus on "basic needs" such as security and jobs.

President Mohamed Morsi meeting with Australia’s Prime Minister Julie Gillard in Sept. 2012.

In Iraq, Gerecht professed to find that "a tidal wave of people who were once hard core Islamists who … have become pretty profound democrats, if not liberals." As for Egypt, he noted approvingly but inaccurately that "The Muslim Brotherhood is having serious internal debates because they haven’t figured out how to handle [their success]. That’s what we want. We want them to fight it out."

Jasser and I replied to this catalogue of inaccuracies (military juntas led to 9/11?) and wishful thinking (true believers will compromise on their goals? a tidal wave of Iraqi Islamists became liberals?) by stating first that ideologues are "dictators on steroids" who don’t moderate upon reaching power but dig themselves in, building foundations to remain indefinitely in office. Second, ideologues neglect the very issues that our opponents stressed – security and jobs – in favor of implementing Islamic laws. Greedy dictators, in contrast, short on ideology and vision, do not have a vision of society and so can be convinced to move toward economic development, personal freedoms, an open political process, and rule of law (for example, South Korea).

Lo and behold, Morsi and the Muslim Brotherhood have followed exactly our script. Since taking power in August, Morsi (1) sidelined the military, then focused on entrenching and expanding their supremacy, most notably by issuing a series of orders on Nov. 22 that arrogated autocratic powers to him and spreading Zionist conspiracy theories about his opponents. He then (2) rammed through an Islamist-oriented constitution on Nov. 30 and called a snap referendum on it Dec. 15. Consumed with these two tasks, he virtually ignored the myriad issues afflicting Egypt, especially the looming economic crisis and the lack of funds to pay for imported food.

Morsi’s power grab stimulated anti-Islamist Egyptians to join forces as the "National Salvation Front" and confront Islamists in the most violent street clashes in six decades, forcing him partially to retreat from his Nov.22 orders. Ironically, after deftly sidelining the military in August, Morsi’s overreach created circumstances that returned ultimate authority to the generals, who can intervene for or against him. By choosing Islamist sympathizers as top officers and offering the military enhanced privileges in the proposed constitution, he has in all likelihood won their support. Martial law appears likely next.

In just three months, Morsi has shown that he aspires to dictatorial powers greater than Mubarak’s and that his rule portends to be an even greater calamity for Egypt than was Mubarak’s. He has neatly vindicated Jasser’s and my point: better dictators than elected Islamists. As I noted in the debate, Westerners should slam the door hard on ideological dictators like Islamists while pressuring greedy dictators to allow civil society. That offers the only exit from the false choice of two forms of tyranny.

Mr. Pipes (www.DanielPipes.org) is president of the Middle East Forum.

Voir aussi:

The Other Susan Rice File

How to embrace psychotic murderers and alienate a continent.

Bret Stephens

The WSJ

December 11, 2012

The trouble with a newspaper column lies in the word limit. Last week, I wrote about some of Susan Rice’s diplomatic misadventures in Africa during her years in the Clinton administration: Rwanda, Ethiopia, the Democratic Republic of Congo. But there wasn’t enough space to get to them all.

And Sierra Leone deserves a column of its own.

On June 8, 1999, before the Senate Foreign Relations Committee, Ms. Rice, then the assistant secretary of state for African affairs, delivered testimony on a range of issues, and little Sierra Leone was high on the list. An elected civilian government led by a former British barrister named Ahmad Kabbah had been under siege for years by a rebel group known as the Revolutionary United Front, led by a Libyan-trained guerrilla named Foday Sankoh. Events were coming to a head.

Even by the standards of Africa in the 1990s, the RUF set a high bar for brutality. Its soldiers were mostly children, abducted from their parents, fed on a diet of cocaine and speed. Its funding came from blood diamonds. It was internationally famous for chopping off the limbs of its victims. Its military campaigns bore such names as "Operation No Living Thing."

In January 1999, six months before Ms. Rice’s Senate testimony, the RUF laid siege to the capital city of Freetown. "The RUF burned down houses with their occupants still inside, hacked off limbs, gouged out eyes with knives, raped children, and gunned down scores of people in the street," wrote Ryan Lizza in the New Republic. "In three weeks, the RUF killed some 6,000 people, mostly civilians."

What to do with a group like this? The Clinton administration had an idea. Initiate a peace process.

It didn’t seem to matter that Sankoh was demonstrably evil and probably psychotic. It didn’t seem to matter, either, that he had violated previous agreements to end the war. "If you treat Sankoh like a statesman, he’ll be one," was the operative theory at the State Department, according to one congressional staffer cited by Mr. Lizza. Instead of treating Sankoh as part of the problem, if not the problem itself, State would treat him as part of the solution. An RUF representative was invited to Washington for talks. Jesse Jackson was appointed to the position of President Clinton’s special envoy.

It would be tempting to blame Rev. Jackson for the debacle that would soon follow. But as Ms. Rice was keen to insist in her Senate testimony that June, it was the Africa hands at the State Department who were doing most of the heavy lifting.

"It’s been through active U.S. diplomacy behind the scenes," she explained. "It hasn’t gotten a great deal of press coverage, that we and others saw the rebels and the government of Sierra Leone come to the negotiating table just a couple of weeks ago, in the context of a negotiated cease-fire, in which the United States played an important role."

A month later, Ms. Rice got her wish with the signing of the Lomé Peace Accord. It was an extraordinary document. In the name of reconciliation, RUF fighters were given amnesty. Sankoh was made Sierra Leone’s vice president. To sweeten the deal, he was also put in charge of the commission overseeing the country’s diamond trade. All this was foisted on President Kabbah.

In September 1999, Ms. Rice praised the "hands-on efforts" of Rev. Jackson, U.S. Ambassador Joe Melrose "and many others" for helping bring about the Lomé agreement.

For months thereafter, Ms. Rice cheered the accords at every opportunity. Rev. Jackson, she said, had "played a particularly valuable role," as had Howard Jeter, her deputy at State. In a Feb. 16, 2000, Q&A session with African journalists, she defended Sankoh’s participation in the government, noting that "there are many instances where peace agreements around the world have contemplated rebel movements converting themselves into political parties."

What was more, the U.S. was even prepared to lend Sankoh a helping hand, provided he behaved himself. "Among the institutions of government that we are prepared to assist," she said, "is of course the Commission on Resources which Mr. Sankoh heads."

Of course.

Three months later, the RUF took 500 U.N. peacekeepers as hostages and was again threatening Freetown. Lomé had become a dead letter. The State Department sought to send Rev. Jackson again to the region, but he was so detested that his trip had to be canceled. The U.N.’s Kofi Annan begged for Britain’s help. Tony Blair obliged him.

"Over a number of weeks," Mr. Blair recalls in his memoirs, British troops "did indeed sort out the RUF. . . . The RUF leader Foday Sankoh was arrested, and during the following months there was a buildup of the international presence, a collapse of the rebels and over time a program of comprehensive disarmament. . . . The country’s democracy was saved."

Today Mr. Blair is a national hero in Sierra Leone. As for Ms. Rice and the administration she represented, history will deliver its own verdict.

Voir également:

Dancing Around Genocide

David Feith

The WSJ

December 5, 2012

Is promoting genocide a human-rights violation? You might think that’s an easy question. But it isn’t at Human Rights Watch, where a bitter debate is raging over how to describe Iran’s calls for the destruction of Israel. The infighting reveals a peculiar standard regarding dictatorships and human rights and especially the Jewish state.

Human Rights Watch is the George Soros-funded operation that has outsize influence in governments, newsrooms and classrooms world-wide. Some at the nonprofit want to denounce Iran’s regime for inciting genocide. "Sitting still while Iran claims a ‘justification to kill all Jews and annihilate Israel’ . . . is a position unworthy of our great organization," Sid Sheinberg, the group’s vice chairman, wrote to colleagues in a recent email.

But Executive Director Kenneth Roth, who runs the nonprofit, strenuously disagrees.

Asked in 2010 about Iranian President Mahmoud Ahmadinejad’s statement that Israel "must be wiped off the map," Mr. Roth suggested that the Iranian president has been misunderstood. "There was a real question as to whether he actually said that," Mr. Roth told The New Republic, because the Persian language lacks an idiom for wiping off the map. Then again, Mr. Ahmadinejad’s own English-language website translated his words that way, and the main alternative translation— "eliminated from the pages of history"—is no more benign. Nor is Mr. Ahmadinejad an outlier in the regime. Iran’s top military officer declared earlier this year that "the Iranian nation is standing for its cause that is the full annihilation of Israel."

Mr. Roth’s main claim is legalistic: Iran’s rhetoric doesn’t qualify as "incitement"—which is illegal under the United Nations Genocide Convention of 1948—but amounts merely to "advocacy," which is legal.

"The theory" to which Human Rights Watch subscribes, he has written in internal emails, "is that in the case of advocacy, however hateful, there is time to dissuade—to rebut speech with speech— whereas in the case of incitement, the action being urged is so imminently connected to the speech in question that there is no time to dissuade. Incitement must be suppressed because it is tantamount to action."

Mr. Roth added in another email: "Many of [Iran's] statements are certainly reprehensible, but they are not incitement to genocide. No one has acted on them."

Really? What about the officials, soldiers and scientists behind Iran’s nuclear program? Mostafa Ahmadi Roshan was a senior nuclear scientist until his death in a car explosion this year. His widow afterward boasted: "Mostafa’s ultimate goal was the annihilation of Israel."

Hezbollah, the Lebanese terror group founded by the Tehran regime, is also unabashed about its motivations. Then there’s Hamas, the Tehran-backed Palestinian terror group whose founding charter declares that "Israel will exist and will continue to exist until Islam will obliterate it, just as it obliterated others before it."

If building nuclear weapons and deploying Hezbollah and Hamas aren’t "action" in Mr. Roth’s view, what is? "Incitement to genocide did occur in Rwanda," he has written to colleagues. "Radio Milles Collines identified the locations of Tutsis and directed organized gangs to hunt them down, which they promptly did, in real time."

So if genocidal talk isn’t causing genocidal action in "real time," Human Rights Watch must sit on its hands. That approach seems to miss the purpose of both the Genocide Convention—to stop genocide before it happens, not simply litigate it afterward—and of human-rights activism generally.

For decades Human Rights Watch has done brave reporting behind the Iron Curtain, in Saddam Hussein’s Iraq, communist China and other dark corners. Yet its silence on Iran’s genocidal rhetoric fits a pattern toward Israel.

Mr. Roth, when asked to comment for this article, said that a Human Rights Watch committee may review Iran’s rhetoric, but in his view Tehran isn’t inciting genocide and claims to the contrary are "part of an effort to beat the war drums against Iran." In other words, Tehran will continue to call for Israel’s obliteration—and Human Rights Watch will continue to sit back and watch.

Mr. Feith is an assistant editorial features editor at the Journal

Voir de plus:

Democracy Promotion or Islamist Promotion?
Bruce Thornton
Frontpage Magazine

December 12, 2012

The hope that democracy would bloom in Egypt following our collusion in removing Hosni Mubarak looks more and more delusional every day. Even our foreign policy wishful thinkers are no longer peddling the canard that the Islamist Muslim Brotherhood is “secular” and “moderate,” thus proving that Muslims devoted to the global expansion of Islam and illiberal Sharia law can be liberal democrats friendly to our interests. But despite being mugged by the Islamist reality, too many democracy promoters in the West still refuse to acknowledge that the Iranian Revolution, not the American Revolution, is the likely model for the so-called “Arab Spring.”

The latest moves by president Mohammed Morsi to aggrandize Muslim Brotherhood power in Egypt would not surprise anyone even casually familiar with that organization’s aims and ideology. But even those presumably in the know still cling to the Western narrative predicated on Western assumptions. For example, New York Times Cairo bureau chief David Kirkpatrick recently said, “The Brotherhood, they’re politicians. They are not violent by nature, and they have over the last couple of decades evolved more and more into a moderate — conservative but religious, but moderate — regular old political force.” It takes just such a massive failure of imagination to ignore the illiberal and Islamist implications of Morsi’s recent autocratic behavior, which is consistent with nearly 90 years of Muslim Brotherhood jihadist goals like “the Koran is our law” and “death for the sake of Allah is the highest of our aspirations.” Is that not an aim “violent by nature”? What other global “regular old political force” endorses such illiberal aspirations? Like many Westerners, Kirkpatrick confuses pragmatism for moderation.

And don’t be fooled by the fact that Morsi’s November 22 decree insulating his actions from judicial review has been partially rescinded. The decree already has served its purpose. The Islamist-dominated assembly has finished writing the new constitution that enshrines Sharia law, and a referendum on it will be held on Saturday. Ominously, Morsi has deployed the army as “security,” giving it the right to arrest civilians. As the Wall Street Journal reports, “If voters pass the constitution on Saturday, it could give Islamists a nearly free hand to redraft the architecture of Egypt’s nascent democracy.” Andrew McCarthy last week quoted Morsi adviser Khairat al-Shater to give us a hint at what purpose that new constitutional structure would serve: “to subjugate people to God on earth” and “to organize our life and the lives of the people on the basis of Islam,” which is “our main and overall mission as Muslim Brothers.” As for Kirkpatrick’s old-fashioned pol Morsi, Freedom Center Shillman Fellow Raymond Ibrahim recently reported that a Muslim Brotherhood official said on Egyptian television that “Supreme Guide” Muhammed Badie “rules Morsi.” If true, this means an Egyptian government hostile to Israel and supportive of the terrorist gang Hamas, which like Badie explicitly endorses genocide, and committed to the “Grand Jihad” of subverting Western civilization from within.

But what about the protesters in Tahrir Square? Don’t they represent a significant liberal opposition to an Iran-like state arising in Egypt? We will know after Saturday, when a postponement of the referendum, or a result rejecting the constitution, will demonstrate that the thousands protesting in Cairo we see on the news represent the preferences of 83 million Egyptians we don’t see. But as Andrew Bostom reports, research by Vote Compass Egypt suggests that 70% of Egyptians will vote for a constitution that legalizes religious intolerance and ignores fundamental human rights, an outcome consistent with several years of polling in Egypt that consistently has found widespread support for Sharia law. Perhaps that’s why the liberals are trying to postpone the vote and are calling for a boycott. They understand that “democracy” understood only as popular sovereignty will lead to illiberal and tyrannical results. If you don’t believe them, listen to influential cleric Sheik Yasser Borhami, who said of the new constitution, “This constitution has more complete restraints on rights than ever existed before in any Egyptian constitution. This will not be a democracy that can allow what God forbids, or forbid what God allows.”

Meanwhile, another venue of revolution against a brutal dictator, Syria, also looks more and more likely to result in chaos favorable not to liberal democracy, but to the Muslim Brotherhood and the more explicitly jihadist gangs fighting against Assad. According to the New York Times, the al-Qaeda franchise Al-Nusra Front “has become one of the uprising’s most effective fighting forces” since “its fighters, a small minority of the rebels, have the boldness and skill to storm fortified positions and lead other battalions to capture military bases and oil fields. As their successes mount, they gather more weapons and attract more fighters.” Other Islamist groups were recently seen in a video leading a sing-along extolling terrorism, the destruction of the World Trade Center, and the Taliban. More frightening still, another video has surfaced that — assuming it’s authentic — shows the Free Syrian Army killing rabbits with some sort of poison gas.

But don’t worry, the new “opposition alliance” endorsed by France and the US is lead by Moaz al–Khatib. As J.E. Dyer reports, Khatib is “a Muslim Brotherhood member with a history of anti-Semitic, anti-Western statements, who has castigated as ‘revisionists’ fellow Muslims (like Alawites) whose beliefs differ on the margins, and who believes that the bombing of Israelis is ‘evidence of God’s justice.’” Yet despite all the signs that, as Frontpage’s Daniel Greenfield wrote recently, “Syria is coming down to a race between the Iranian allied Syrian government, the Muslim Brotherhood and Al Qaeda,” according to the London Sunday Times, “The United States is launching a covert operation to send weapons to Syrian rebels for the first time,” including “mortars, rocket-propelled grenades and anti-tank missiles.” Some of the weapons come from “the stockpiles of Muammar Gaddafi” and “include SA-7 missiles, which can be used to shoot down aircraft.” It’s looking more and more like a reprise of the debacle in Libya, where US military power was used to arm and empower jihadist gangs like the one that assassinated 4 Americans in Benghazi.

So this is what ten years of democracy promotion in the Middle East have brought us: illiberal states increasingly dominated by unstable mixtures of jihadist terrorists and more tactically savvy Islamists like the Muslim Brotherhood who both share the goal of creating some version of Iran’s Islamic government. In short, we will have colluded in creating states hostile to our interests and security, and those of our closest ally in the region, Israel. Such are the fruits of foreign policy wishful thinking.

 

Voir enfin:

Shock Therapy’s Unsung Hero

Edward Lucas

The WSJ

December 11, 2012

The causes of modern economic growth are one great mystery, the sources of Russia’s plight another. Only someone with the intellectual ambition of Yegor Gaidar would try to penetrate both mysteries in a single volume.

Gaidar was for two decades one of the most important intellectual forces in Russia. As deputy prime minister he launched the country’s sprint to a market economy in November 1991, amid the ruins of the Soviet system. Personally austere and intellectually rigorous, he despised the corruption and cronyism that took root in Russia in the 1990s. But he was still more disillusioned by the authoritarian course plotted by Vladimir Putin after he became president in 2000. Gaidar died in 2009, at age 53.

"Russia: A Long View" synthesizes this remarkable man’s thinking about economics, history and politics. It ranges from the puzzles of slowing GDP per capita in the agrarian societies of the Neolithic Age to the quirks of alcohol consumption in 19th-century Germany. It is an uncompromising tombstone of a book, first published in Russia in 2005 but only posthumously in English, in an exemplary translation by Antonina W. Bouis.

Despite its Russo-centric title, Anders Åslund, the Swedish economist, describes "Russia: A Long View," in the book’s foreword, as one of the best single-volume economic histories of the world ever written.

It opens with a survey of Marxist analysis of economic growth. Gaidar has some sympathy for Karl Marx himself, who in Gaidar’s view saw the weaknesses in his own theories more clearly than his followers did. But he blasts the Marxist simplicities that surrounded much Soviet-era thinking about economic development—in particular the Marxian assumption that economies conform to "the iron laws of history." Far from obeying iron laws, Gaidar says, modern economies find themselves subject to "an incomplete, continuing process of dynamic transformations without precedent in world history."

Having established his theoretical framework, Gaidar turns to the root causes of Russia’s backwardness. He places special emphasis on the eclipse of the self-governing medieval republic of Novgorod in northern Russia, a polity akin, he says, to Italy’s then-thriving city-states.

When Novgorod was subjugated by Moscow in the 15th century, becoming part of Russia’s vast feudal apparatus, Russia became separated "culturally, religiously, politically and ideologically from the center of innovation that Western Europe was rapidly becoming." Whereas elements of a "taxpayers’ based democracy" were becoming entrenched in Europe, Russia’s system was of the "Eastern despotic type," based on maximizing the resources that the state could extract from the peasant population.

In the years before the Russian Revolution, Gaidar argues, the country was beginning to shed the burden of its past, with urbanization and fast economic growth narrowing the gap with Europe. But communist economics brought a sharply different course, marked by the state ownership of property, the bureaucratic allocation of resources, forced industrialization, militarism and ruthless political repression.

The economic growth that followed the revolution was fitful and unsustainable, Gaidar notes, recapitulating a theme of his earlier book, "Collapse of an Empire." In "Russia: A Long View," he turns quickly to the months after the Soviet collapse, citing the graphic memorandums about impending famine and social breakdown that piled up on his desk in November 1991. He rebuts several ideas about what happened at that time, including the bogus claim that economic reform caused the crisis—i.e., that price liberalization, monetary stabilization and privatization resulted in a catastrophic fall in output.

Such a claim, Gaidar says, comes from viewing the problem the wrong way round. Soviet money wasn’t real money, just as Soviet output wasn’t real production. The economy created goods and services that nobody wanted via processes that destroyed value rather than creating it. Ending phony incentives to produce was bound to send recorded output crashing down. Reform was necessary because the Soviet leadership had bequeathed a crisis that threatened the country’s very existence.

Gaidar concludes by assessing Russia’s current leadership. "It is not hard to be popular and have political support," he writes, "when you have ten years of growth of real income at 10 percent a year." But that era is over. The regime must now choose between repression ("tempting but suicidal") and what he calls "regulated liberalization."

In particular, he argues that Russia needs to restore freedom of speech, open up its process of decision- making, institute an independent judiciary and wage a "war on corruption." Taiwan, Spain and Chile, he says, offer examples of how to do it. It would be a task worthy of Gaidar’s own talents, if only he were around to offer them.

Mr. Lucas is the author of "Deception," a new book on Russian espionage, and "The New Cold War: Putin’s Russia and the Threat to the West."

Voir enfin:


Poésie/Keats: Cette étrange capacité négative que Shakespeare possédait à un degré énorme … (Solomon in all his glory was not arrayed like one of these)

11 octobre, 2012
Vous avez appris qu’il a été dit: Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Jésus (Mt 5: 43-45)
Ne vend-on pas deux passereaux pour un sou? Cependant, il n’en tombe pas un à terre sans la volonté de votre Père. Et même les cheveux de votre tête sont tous comptés. Ne craignez donc point: vous valez plus que beaucoup de passereaux. Jésus (Matthieu. 10: 29-31)
Considérez comment croissent les lis: ils ne travaillent ni ne filent; cependant je vous dis que Salomon même, dans toute sa gloire, n’a pas été vêtu comme l’un d’eux. Si Dieu revêt ainsi l’herbe qui est aujourd’hui dans les champs et qui demain sera jetée au four, à combien plus forte raison ne vous vêtira-t-il pas, gens de peu de foi? Jésus (Luc 12: 27-28)
Je rêve presque que nous soyons des papillons n’ayant à vivre que trois jours d’été. Avec vous, ces trois jours seraient plus plaisants que cinquante années d’une vie ordinaire. John Keats
Je vis une Dame par la prairie, elle était belle — une fille des fées, ses cheveux étaient longs, ses pas légers, et ses yeux étaient fous. (…) Et sûrement son étrange langage disait : « Je t’aime fidèlement. (…) Je vis aussi des rois pâles, et des princes pâles, des guerriers pâles, tous pâles comme la mort ; — Ils me criaient : « La Belle Dame sans merci t’a pris dans ses rets. Keats
J’ai été frappé tout d’un coup de la qualité essentielle à la formation d’un Homme d’Art accompli particulièrement en Littérature et que Shakespeare possédait à un degré énorme – je veux dire la Capacité Négative, je veux dire celle de demeurer au sein des incertitudes, des Mystères, des doutes, sans s’acharner à chercher le fait et la raison. John Keats
La poésie doit nous frapper comme l’expression, par mots, des plus hautes pensées, et nous paraître presque une réminiscence. John Keats (27 févr. 1818)
Un poème doit se comprendre à travers les sens. L’intérêt de plonger dans un lac n’est pas de nager immédiatement jusqu’au rivage ; c’est d’être dans le lac, se prélasser dans la sensation de l’eau. On ne théorise pas un lac. C’est une expérience au-delà de la pensée. La poésie apaise et enhardit l’âme pour accepter le mystère. Keats
Rien ne semblait lui échapper, ni le chant d’un oiseau, ni la réponse en sourdine du sous-bois ou de la haie, ni le bruissement de quelque animal, ni les variations des lumières vertes et brunes et des ombres furtives, ni les mouvements du vent – la façon exacte que celui-ci avait d’attraper certaines fleurs et plantes élancées – ni la pérégrination des nuages ; ni même les traits et les gestes des trimardeurs de passage, la couleur des cheveux d’une femme, le sourire d’un visage d’enfant, l’animalité furtive, sous le déguisement d’humanité chez nombre de vagabonds, ni même les chapeaux, les vêtements, les souliers, partout où ceux-ci véhiculaient la moindre indication quant à la personnalité du porteur. Joseph Severn
Il semble que M. Keats est mort à Rome où il s’était retiré pour se rétablir des conséquences que la rupture d’un vaisseau sanguin avait eues sur sa santé. Il n’est pas impossible que sa mort prématurée ait été provoquée par les soins qu’il prodiguait à son jeune frère, lui aussi décédé ; l’attention qu’il portait à l’invalide était fiévreuse et infatigable au point que ses amis voyaient clairement que sa santé pâtissait de cet effort. Cela a pu être une cause, mais je ne crois pas que ce soit la seule. On se souviendra que Keats a subi, il y a deux ans, un traitement brutal de la critique (…), qui de l’avis des esprits sensibles et élégants, s’est rendue odieuse par son empressement grossier à céder aux appétits pervers du commérage et de la foire aux scandales. Jusqu’à quel point il fut affecté par le sort que lui réservèrent ces journalistes, je ne peux le dire. (…) Il est réellement douloureux de voir l’ardeur d’un esprit enthousiaste et confiant ainsi livré au rire monstrueux d’une meute brutale, aux piques et aux baïonnettes de mercenaires de la littérature. Si M. Grifford tire une quelconque satisfaction de savoir à quel point il a contribué à la douleur d’un esprit généreux, je pourrai lui être agréable en l’informant que Keats a passé une nuit entière à parler avec amertume du traitement injuste qu’il a connu. Charles Cowden Clarke
He goes on to say "the simple imaginative Mind may have its rewards in the repetitions of its own silent workings coming continually on the Spirit with a fine Suddenness" – a remark that contains more of the psychology of productive thought than many treatises. (…) Ultimately there are two philosophies. One of them accepts life and experience in all its uncertainty, mystery doubt and half knowledge and turns that experience unto itself  to deepen and deepen its own qualities  – to imagination and art. This is the philosophy of Shakespeare and Keats. John Dewey
Le poème est un creuset où sont portés à l’incandescence les objets d’étonnement et de plénitude jusqu’à ce qu’ils révèlent la lumière dont ils étaient seulement soupçonnés d’être porteurs. Jean Roudaut
Les lettres de Keats constituent la plus riche et la plus émouvante correspondance laissée par un écrivain anglais du siècle dernier. On y suit pas à pas l’évolution d’un esprit qui mûrissait avec une rapidité exceptionnelle et multipliait les confidences, non tant (sauf les déchirants cris d’amour et de jalousie de la fin de sa vie) sur lui-même ou sur la composition de ses œuvres que sur le sens de la poésie. Chez le poète, il voulait tout d’abord une réceptivité totale, une ouverture presque indolente aux impressions de la nature et du monde extérieur. Dans une lettre du 27 octobre 1818, Keats énonce que le vrai poète n’a aucune identité ; il n’est rien et il est tout, un caméléon. Un an plus tôt déjà, il avait, à propos de Shakespeare, dénommé " capacité négative " ("négative capability"), ce don de séjourner dans le mystère et le doute sans se soucier de poursuivre faits ou raison. Son culte des sensations, souvent proclamé, l’est moins des seules jouissances de goût ou de parfum (cependant fort intenses chez lui) que de ces intuitions de l’imagination qui ne reposent sur rien de rationnel. Il tenait en outre l’intensité comme l’apanage, et peut-être la marque, du génie. Après quelque profusion trop décorative, dans ses œuvres de jeunesse, des maniérismes et des langueurs prodiguées, Keats en vint très vite à répudier tout didactisme, tout excès de couleur ou de génante présence du poète (lettre du 3 févr. 1818). " La poésie doit nous frapper comme l’expression, par mots, des plus hautes pensées, et nous paraître presque une réminiscence " (27 févr. 1818). Dans les meilleurs de ses vers, le poète si jeune encore élimine toute rhétorique, toute virtuosité verbale comme celle de Byron ou de Swinburne, les prosaïsmes qu’avait recherchés ou consentis Wordsworth, et même une certaine mollesse qui affaiblit parfois Shelley. Il y a dans les odes et dans Hyperion , aussi bien que dans une dizaine de sonnets, une densité, une concentration explosive, et un toucher infaillible pour réaliser l’adéquation juste et pleine entre l’émotion ou la pensée et l’expression. Car il y a une pensée personnelle et profonde chez Keats, comme chez Goethe, Baudelaire, Mallarmé ou Rilke. Il a vécu le rêve romantique d’évasion vers la Grèce, terre de la beauté, mais surtout de la mythologie, qui animait la nature, et des dieux païens, chers à Keats qui ne fut jamais touché par le puritanisme, par le christianisme ou même par le spiritualisme platonicien. Dans une très belle lettre du 3 mai 1818, il a parlé du passage graduel d’une demeure de la pensée juvénile à d’autres logis moins radieux, dans lesquels on sent la présence de la misère humaine et on porte ce que Wordsworth appelait " le fardeau du mystère ". Il imagina un moment les Grecs comme un peuple serein, content de vivre pour la beauté. Pourtant il aperçut plus vite que Chénier ou Schiller ce qu’avait de partiel cette idéalisation. À la fin de sa vie, révisant son Hyperion , il dépeignait un temple dont seuls peuvent gravir l’escalier " ceux pour qui les misères du monde sont misère, et ne leur laissent nul repos ". À celle qu’il aimait jusqu’à la torture, il confessait éprouver en son cœur les souffrances qu’Hamlet aimant Ophélie avait dû ressentir, malgré ses sarcasmes. Comme Rimbaud, en trois ou quatre années, Keats concentra l’expérience de plusieurs existences et atteignit une perfection artistique si riche de vie, de variété, si infaillible dans ses réussites que bien des critiques de son pays ont répété le mot de Matthew Arnold : " Il est, avec Shakespeare, au premier rang des poètes." Ultima8team
Il n’y a que l’Occident chrétien qui ait jamais trouvé la perspective et ce réalisme photographique dont on dit tant de mal: c’est également lui qui inventé les caméras. (…) Un chercheur qui travaille dans ce domaine me faisait remarquer que, dans le trompe l’oeil occidental, tous les objets sont déformés d’après les mêmes principes par rapport à la lumière et à l’espace: c’est l’équivalent pictural du Dieu qui fait briller son soleil et tomber sa pluie sur les justes comme sur les injustes. On cesse de représenter en grand les gens importants socialement et en petit les autres. C’est l’égalité absolue dans la perception. René Girard 
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la “victime inconnue”, comme on dirait aujourd’hui le “soldat inconnu”. Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard

Tombé à l’occasion de recherches sur le grand poète romantique anglais John Keats et sa célèbre "Belle dame sans merci" …

Sur cette "capacité négative" qu’il décrivait comme "qualité essentielle à la formation d’un Homme d’Art accompli" et que Shakespeare possédait à un degré énorme"….

A savoir celle de "demeurer au sein des incertitudes, des Mystères, des doutes, sans s’acharner à chercher le fait et la raison" …

Qui, dans sa réaction même contre un certain scientisme issu de l’Age des Lumières, a fait largement la singularité et le succès de la civilisation comme de la science occidentales …

Et frappé par l’étrange ressemblance, malgré toutes les dénégations de ses praticiens les plus dévoués,  de cette sorte d‘"équivalent poétique du Dieu qui fait briller son soleil et tomber sa pluie sur les justes comme sur les injustes" et revêt les lys des champs de parures que n’avait pas "Salomon même, dans toute sa gloire"

A l’Evangile dont il est issu et dont il tient tant à se distinguer ...

KEATS, John

Keats, issu d’un milieu londonien très humble, menacé très tôt par la tuberculose, disparut avant sa vingt-sixième année. Il s’était voué très jeune au culte de la beauté. Il salua les Grecs, qu’il ne connaissait que par des traductions, comme ses inspirateurs et sut faire revivre leur mythologie. Plus tard, Milton fut son modèle. Il redonna une vie originale à la poésie narrative, et ses fragments épiques constituent l’une des très rares réussites romantiques dans le genre si périlleux de l’épopée. Surtout, dans plusieurs sonnets et dans cinq ou six grandes odes, Keats réalisa une œuvre d’une plénitude et d’une perfection qui le placent non loin de Shakespeare. Sa gloire n’a plus été mise en question après sa mort, alors qu’il avait été méconnu ou méprisé de son vivant.

Sa courte et tragique existence, sa maîtrise de la forme et l’incroyable maturité de ses idées sur la poésie exprimées dans ses lettres – qui ont fasciné nombre de modernes – font de lui le génie le plus précoce de toute la littérature anglaise, comparable (mais très différent d’eux) à Mozart ou à Rimbaud.

1. Des brumes de Londres à la lumière hellénique

À la différence de ses deux aînés, Wordsworth et Coleridge, qui appartenaient à la classe bourgeoise et venaient de l’Angleterre provinciale, de Byron et de Shelley, tous deux aristocrates, élèves des " public schools ", de Cambridge et d’Oxford, John Keats était londonien, pauvre, le fils aîné d’un palefrenier qui mourut en 1804 d’une chute de cheval. Sa mère semble avoir été une femme de caractère gai, affectueuse, très attachée à son premier enfant. Le second fils, George, émigra plus tard aux États-Unis, le troisième, Tom, mourut en 1818, ce dont John eut un immense chagrin. Une jeune sœur, Frances, née en 1803, s’efforça de comprendre son frère et correspondit avec la fiancée de celui-ci, alors qu’il se mourait de tuberculose en Italie.

L’argent manquait pour envoyer l’enfant à l’une des écoles renommées de l’Angleterre ; il reçut néanmoins une éducation convenable dans une petite école d’Enfield tenue par un pasteur, y apprit le latin, ne sut jamais le grec, mais semble déjà s’être passionné pour la mythologie hellénique à travers des dictionnaires illustrés. En 1813, il commença des études de médecine, s’en lassa au bout d’un an et demi, ne ressentant nul attrait pour la dissection. Il avait alors près de vingt ans et la lecture de La Reine des fées de Spenser lui avait révélé sa passion pour la poésie. Il se lia d’amitié avec un cercle littéraire à idées politiques avancées pour l’époque, un peu vulgaire de sensibilité et d’expression, dont l’animateur était Leigh Hunt. Shelley, qui plus tard aida financièrement Leigh Hunt, apparaissait quelquefois parmi eux ; mais, peut-être en raison de leur origine sociale différente, Keats et Shelley ne se prirent pas alors d’une vive sympathie mutuelle. Byron se montra encore plus dédaigneux du poète " cockney " qu’il croyait voir en Keats.

Dès sa vingt et unième année, Keats écrivit l’un des plus parfaits sonnets de la littérature anglaise, sur sa découverte de la traduction d’Homère par Chapman. Il y comparait son émotion devant ce monde merveilleux de la Grèce primitive, rendu par un poète élisabéthain, à celle d’Hernán Cortés et de ses compagnons apercevant le Pacifique : " Muets, sur un pic à Darién. " Il traduisit dans d’autres sonnets son émerveillement à la visite des marbres du Parthénon que lord Elgin avait rapportés d’Athènes. Une note de joie intense en présence de la nature et des légendes de la chevalerie médiévale aussi bien que de la Grèce résonne dans le premier volume de Keats, Early Poems (1817). Le plus long poème de ce recueil juvénile Sleep and Poetry (Sommeil et poésie ), ne traite guère du sommeil, thème favori des poètes anglais, sinon comme prétexte à des visions de rêve, mais affirme un credo poétique opposé à Boileau, à Pope, à tout classicisme aride. " Ce que l’imagination saisit comme beauté doit être la vérité ", affirmera plus tard dans l’une de ses lettres ce jeune poète qui louera l’imagination avec plus de ferveur encore que Coleridge.

Les maîtres de Keats étaient alors Spenser, les lyriques du XVIe siècle et Shakespeare, qu’il lut et médita en voyageant dans l’île de Wight, et plus tard encore. La sensualité de quelques poèmes de Shakespeare (Vénus et Adonis ) et de Marlowe (Héro et Léandre ) séduisait en Keats l’adorateur de la sensation. " Ô qu’on me donne une vie de sensation plutôt qu’une vie de pensée ! " s’écriera-t-il dans une lettre de novembre 1817. Il s’agissait non d’une sensualité tournée vers le morbide ou l’érotisme, mais d’une prise de possession du concret par tout son être et du refus de penser et de raisonner selon des cadres empruntés. Vers 1819, il se tourna davantage vers Milton, dont le ton et la diction sont trop sensibles dans certains vers d’Hyperion dont la grandiose froideur est lassante. Il admira Dante dans la traduction de H. F. Cary et certains poèmes de Wordsworth. Mais le reste de la littérature européenne le toucha peu. Il rêva des Grecs et les imagina plus qu’il ne les lut.

2. Les grandes œuvres

Assez vite, Keats comprit que la poésie familière prônée par Leigh Hunt ne convenait pas à son génie. Dans la grisaille de l’hiver londonien et la torpeur de la vie politique et intellectuelle, hostile au romantisme de Shelley et au scandale soulevé par Byron, il rêva de légendes mythologiques et de la beauté des cultes païens. " Une chose de beauté est une joie éternelle " est le premier vers du long poème Endymion (1818). La déesse Séléné descend la nuit embrasser sur le mont Latmos son amoureux endormi : Endymion. La passion de l’éphèbe ainsi aimé de la lune est celle de l’âme humaine pour la beauté entrevue en songe. Le poème est trop long, trop décoratif et " alexandrin ", trop dépourvu d’intérêt humain ; il n’eut guère, et ne pouvait avoir, de succès. Mais son ouverture, le grandiose " Hymne à Pan " dit à une fête en l’honneur de ce dieu, et, au livre IV, les strophes musicales d’Au chagrin (To Sorrow ), chantées par une vierge indienne, sont admirables. Dans une courte et modeste préface, le poète disait son espoir de n’avoir pas trop terni l’éclat de la splendide mythologie des Grecs et son désir de revenir une fois encore à ce passé.

Il entreprit en 1818 un voyage à pied dans l’est et le nord de la Grande-Bretagne, voyage qui devait être fatal pour sa santé. Les revues le prenaient à parti avec férocité, selon leur tactique qui était de barrer la route aux innovations littéraires. Keats ne mourut pas, trois ans plus tard, de ces attaques, comme on le dit alors, mais il fut ulcéré de tant d’incompréhension et de mauvaise foi. " Je crois que je compterai après ma mort parmi les poètes de l’Angleterre ", osait-il avouer à un correspondant en octobre 1818. Il était attiré par un besoin de tendresse féminine et de passion qui enflammât son imagination autant que ses sens. Une Mrs. Isabella Jones fut à cette époque (1818-1819) aimée de lui et peut-être lui suggéra le thème de La Veille de la Sainte-Agnès (The Eve of St. Agnes ). Il conçut une passion plus violente et peut-être mal payée de retour pour une jeune fille, Fanny Brawne, qui ne comprit qu’à demi l’exaspération sensuelle de ce poète miné par la consomption, mais promit de l’épouser. Les lettres d’amour et souvent de supplication adressées par Keats à la jeune fille, coquette sans doute et déconcertée plus que cruelle, publiées après sa mort, choquèrent la pudibonderie de certains critiques victoriens. Leur pathétique est cependant déchirant. C’est sous le stimulant de cet amour qu’en 1819 le poète composa, coup sur coup, des œuvres de longue haleine et de grande ambition, et ses odes les plus célèbres.

Isabelle, ou le Pot de basilic (Isabella ) écrit pendant l’hiver de 1818, est un poème narratif en strophes de huit vers, qui reprend une histoire tragique du Décaméron de Boccace. Deux frères, ayant découvert l’amour de leur sœur Isabelle pour leur valet, Lorenzo, assassinent l’amant. Le fantôme du mort apparaît à la jeune fille et lui révèle où il est enterré. Elle creuse l’endroit dit, coupe la tête du mort et l’enfouit sous une plante, un basilic qu’elle arrose de ses pleurs. L’histoire est contée avec passion et grâce, et les personnages sont tracés avec vivacité. La Veille de la Sainte-Agnès , en strophes dites " spensériennes " (neuf vers, dont le dernier, plus long, est une sorte d’alexandrin), est un pur chef-d’œuvre de concision, de puissance évocatrice, de merveilleux jamais forcé. Deux amoureux séparés comme Roméo et Juliette sont réunis en un rendez-vous délicat. Un fragment, La Veille de la Saint-Marc , exerça une séduction enchanteresse sur les poètes préraphaélites du milieu du XIXe siècle, D. G. Rossetti et W. Morris. Lamia ne suscite plus cette atmosphère médiévale, mais est encore un long conte en vers où perce le secret de la fascination qu’exerçait alors Fanny Brawne sur Keats. Une femme-serpent ravit dans ses enchantements un jeune Grec de Corinthe ; cette magicienne ne peut cependant le faire entièrement croire à leur bonheur ; le rêve ou le charme est rompu par le froid regard scrutateur de l’homme. Le conte est plus proche du réel, plus touché par quelque mélancolie, et saisissant dans quelques-uns de ses épisodes.

La plus audacieuse entreprise de Keats, toujours pendant cette année 1819 d’une extraordinaire fécondité, fut un poème inspiré à la fois par la mythologie ou la théogonie grecques et par la gravité majestueuse de Milton, Hyperion. Le contraste entre cette forme sévère et sculpturale, mais parfois génante par son rappel du Paradis perdu , et le sujet (la lutte des dieux grecs avec les titans, la défaite du dieu solaire Hyperion par Apollon) prive le poème épique de l’unité d’impression qu’on voudrait ressentir. Keats l’abandonna après le début du troisième chant, revint ensuite à une nouvelle version d’une beauté plus humaine ou plus moderne. Il montre dans ce fragment d’épopée " digne d’Eschyle ", comme en convint Byron après la mort du jeune poète, une juste intuition du sens profond de la mythologie grecque, avec son ruissellement de divinités successivement détrônées, et une maîtrise rare du vers blanc. Le discours d’Oceanus au chant II est parmi les morceaux les plus chargés de sens moral et philosophique de la poésie romantique européenne.

3. Les odes et derniers sonnets

Sans doute les œuvres épiques et narratives de Keats souffrent-elles de la désaffection que les modernes ressentent pour les longs poèmes, forcément inégaux. De beaucoup la partie la plus lue et la plus admirée de l’œuvre de Keats est la série de grandes odes qu’il composa en 1818-1819. Rien en effet ne les égale en Angleterre ou même en France et en Allemagne, en dehors de quelques odes de Shelley et de certains hymnes de Novalis et de Hölderlin.

Quatre de ces odes furent écrites avec une rapidité peu commune en mai 1819 : Ode to a Nightingale , Ode on a Grecian Urn , Ode on Melancholy , Ode on Indolence. L’Ode to Autumn fut composée en octobre de la même année. Le 3 mai de l’année précédente, Keats avait incorporé dans une lettre à un ami, J. H. Reynolds, un poème de quatorze vers qu’il donnait comme le fragment d’une Ode à Maia , mère d’Hermès, en fait un morceau achevé et d’une rare splendeur. L’Ode à un rossignol , la plus longue et la plus dramatique, est tout entière un mouvement vers la mort, appelée et désirée par le poète tandis qu’il écoute, dans un décor de printemps voluptueux, le chant de l’oiseau qui, lui, n’était pas fait pour mourir : toujours son chant a consolé grands et pauvres, et la Ruth biblique, exilée parmi les blés étrangers. L’Ode sur une urne grecque , avec sa célèbre identification de la vérité avec la beauté lue comme le message offert par les peintures de ce vase antique, évoque la supériorité de l’art, durable et triomphant des années, sur la vie inquiète et éphémère. L’Ode sur la mélancolie est plus douloureuse, car celle-ci, comme chez Lucrèce, apparaît au sein même des plaisirs les plus délicieux : la dernière strophe en est grave et profonde. L’Ode sur l’indolence est moins harmonieuse de structure et dit le plaisir de s’abandonner parfois à une langueur voluptueusement passive. L’Ode à Psyché , la dernière en date des déesses acceptées par le panthéon hellénique, est plus somptueuse et caressante ; elle montre en Keats l’adorateur des divinités païennes, dont il promet, dans la strophe finale, de se faire le chantre et le prêtre. Sa beauté troublante et tremblante de sensualité sera goûtée par les poètes britanniques de l’art pour l’art qui exclut morale et religion. Enfin l’Ode à l’automne , plus sereine, dont le moi du poète est absent, évoque la félicité d’un paradis d’où l’angoisse de la mort et la turbulence de la vie sont bannies. C’est peut-être le poème le plus parfait de la langue anglaise.

4. Mort et résurrection

À cette extraordinaire floraison succéda, en 1820, une année douloureuse. Keats avait vu lentement mourir de tuberculose son frère Tom en décembre 1818. Un peu plus d’un an après, il se sut atteint de la même maladie. Il avait, dans un poème de jeunesse, demandé dix ans de carrière poétique pour s’élever au rang qu’il espérait être le sien ; cela ne devait pas lui être accordé. Son amour mêlé de brûlante ardeur et d’amère insatisfaction le rongeait. Il avait symboliquement crié sa détresse de se savoir ainsi miné par un amour dont jamais il ne jouirait, dans sa splendide ballade La Belle Dame sans merci (1819) ; le titre seul provenait d’Alain Chartier, le poème est une merveille d’art évocateur et d’images étranges et prenantes, sur un chevalier captif d’une femme-vampire. De plus en plus attristé, le poète écrivit l’un des sonnets les plus tragiques, et les plus parfaits, de la poésie anglaise, " Eclatante étoile, puissé-je comme toi être fixé en repos ! " Il appelle à lui la mort, et voudrait qu’elle le surprît embrassant son amante. Il ne pouvait plus ébaucher de projet d’avenir.

Il entreprit, avec un peintre de ses amis, Joseph Severn, qui l’assista jusqu’au dernier jour, le long voyage par mer vers la Méditerranée, Rome et Naples, angoissé de laisser la jeune femme désirée. Il analysait lucidement les degrés de ce mal qui pourrissait ses organes. " Je sens les fleurs pousser sur moi ", disait-il ; et dans l’amertume de son cœur, il demanda que sur sa tombe fût écrit en anglais : " Ci-gît un homme dont le nom fut écrit sur l’eau. " Son modeste logis était à Rome, près des escaliers de Trinità dei Monti, sur la place d’Espagne ; la maison est aujourd’hui le musée Keats-Shelley. Shelley en effet, dès l’été de 1820, avait écrit à Keats pour l’inviter à le rejoindre en Italie, à Pise. Keats avait refusé, par une lettre un peu sèche, conseillant à son aîné de trois ans plus de concentration et de densité dans son art. Shelley ne s’en vexa point. Dès qu’il apprit la mort de Keats à Rome, il écrivit la plus grandiose élégie jamais consacrée par un poète à un autre poète, Adonaïs , tribut au génie de Keats arrêté dans sa floraison et anticipation du sort réservé à Shelley lui-même, qui voulait être enterré dans le même cimetière protestant de Rome ; il le fut en effet dix-huit mois plus tard.

Il fallut une dizaine d’années pour qu’enfin la jeunesse des universités britanniques, à Cambridge d’abord, puis à Oxford, revendiquât pour Keats et pour Shelley une place parmi les vrais poètes. Monckton Milnes, devenu plus tard lord Houghton, se consacra à cette réhabilitation. Le jeune Tennyson, né en 1809, admira l’art de Keats dès 1832-1833. Les préraphaélites (Rossetti, Morris) se proclamèrent ses disciples. Swinburne admira son hellénisme, son paganisme poétique, son culte éperdu de la beauté, et surtout l’accent mis sur le sensuel, alors que la littérature victorienne se croyait tenue de proposer un message moral optimiste. Depuis, la gloire de Keats n’a jamais plus été mise en question. Elle brille, hors des pays de langue anglaise, surtout parmi les connaisseurs, car la traduction la déflore. Nul poète anglais n’est plus récité, plus aimé.

5. Un poète et une poétique

Les lettres de Keats constituent la plus riche et la plus émouvante correspondance laissée par un écrivain anglais du siècle dernier. On y suit pas à pas l’évolution d’un esprit qui mûrissait avec une rapidité exceptionnelle et multipliait les confidences, non tant (sauf les déchirants cris d’amour et de jalousie de la fin de sa vie) sur lui-même ou sur la composition de ses œuvres que sur le sens de la poésie. Chez le poète, il voulait tout d’abord une réceptivité totale, une ouverture presque indolente aux impressions de la nature et du monde extérieur. Dans une lettre du 27 octobre 1818, Keats énonce que le vrai poète n’a aucune identité ; il n’est rien et il est tout, un caméléon. Un an plus tôt déjà, il avait, à propos de Shakespeare, dénommé " capacité négative " (" négative capability "), ce don de séjourner dans le mystère et le doute sans se soucier de poursuivre faits ou raison. Son culte des sensations, souvent proclamé, l’est moins des seules jouissances de goût ou de parfum (cependant fort intenses chez lui) que de ces intuitions de l’imagination qui ne reposent sur rien de rationnel.

Il tenait en outre l’intensité comme l’apanage, et peut-être la marque, du génie. Après quelque profusion trop décorative, dans ses œuvres de jeunesse, des maniérismes et des langueurs prodiguées, Keats en vint très vite à répudier tout didactisme, tout excès de couleur ou de génante présence du poète (lettre du 3 févr. 1818). " La poésie doit nous frapper comme l’expression, par mots, des plus hautes pensées, et nous paraître presque une réminiscence " (27 févr. 1818). Dans les meilleurs de ses vers, le poète si jeune encore élimine toute rhétorique, toute virtuosité verbale comme celle de Byron ou de Swinburne, les prosaïsmes qu’avait recherchés ou consentis Wordsworth, et même une certaine mollesse qui affaiblit parfois Shelley. Il y a dans les odes et dans Hyperion , aussi bien que dans une dizaine de sonnets, une densité, une concentration explosive, et un toucher infaillible pour réaliser l’adéquation juste et pleine entre l’émotion ou la pensée et l’expression.

Car il y a une pensée personnelle et profonde chez Keats, comme chez Goethe, Baudelaire, Mallarmé ou Rilke. Il a vécu le rêve romantique d’évasion vers la Grèce, terre de la beauté, mais surtout de la mythologie, qui animait la nature, et des dieux païens, chers à Keats qui ne fut jamais touché par le puritanisme, par le christianisme ou même par le spiritualisme platonicien. Dans une très belle lettre du 3 mai 1818, il a parlé du passage graduel d’une demeure de la pensée juvénile à d’autres logis moins radieux, dans lesquels on sent la présence de la misère humaine et on porte ce que Wordsworth appelait " le fardeau du mystère ". Il imagina un moment les Grecs comme un peuple serein, content de vivre pour la beauté. Pourtant il aperçut plus vite que Chénier ou Schiller ce qu’avait de partiel cette idéalisation. À la fin de sa vie, révisant son Hyperion , il dépeignait un temple dont seuls peuvent gravir l’escalier " ceux pour qui les misères du monde sont misère, et ne leur laissent nul repos ". À celle qu’il aimait jusqu’à la torture, il confessait éprouver en son cœur les souffrances qu’Hamlet aimant Ophélie avait dû ressentir, malgré ses sarcasmes. Comme Rimbaud, en trois ou quatre années, Keats concentra l’expérience de plusieurs existences et atteignit une perfection artistique si riche de vie, de variété, si infaillible dans ses réussites que bien des critiques de son pays ont répété le mot de Matthew Arnold : " Il est, avec Shakespeare, au premier rang des poètes. "

Voir aussi:

Ne me Keats pas

Didier Péron

Libération

6 janvier 2010

En 1990, dans Un ange à ma table, la cinéaste néo-zélandaise Jane Campion retraçait dans son deuxième long métrage la vie chaotique de sa compatriote, l’écrivain Janet Frame (1924-2004) : diagnostiquée à tort comme schizophrène et internée pendant près d’une dizaine d’années en hôpital psychiatrique où après de nombreux électrochocs, elle réchappait de peu à la lobotomie. Aujourd’hui, avec Bright Star, elle poursuit ce dialogue entre biographie tourmentée et création littéraire en évoquant l’amour passionné (mais chaste) entre le poète John Keats (1795-1821) et sa voisine Fanny Brawne, dans l’Angleterre des années 1820.

De nombreuses similitudes entre Frame et Keats frappent d’emblée en dépit de leurs éloignements historique, géographique et esthétique. D’abord, ils viennent de milieux sociaux qui ne les prédestinent pas à la carrière littéraire : Frame était née dans une famille ouvrière (père cheminot, mère femme de ménage), le père de Keats tenait une écurie de louage. Ensuite, ils sont très tôt frappés par le malheur en cascade : Janet Frame est traumatisée par la mort de deux de ses sœurs, l’une et l’autre noyées au cours d’accidents successifs . John Keats connaît le deuil dès l’enfance, il n’a que 8 ans quand son père meurt d’un accident de cheval, 14 ans quand sa mère est emportée par la tuberculose. Il sera ensuite confronté, comme on le voit dans le film, à la maladie identique d’un de ses frères, Thomas, qui expire en crachant le sang à l’âge canonique de 19 ans. D’emblée s’instaure, donc, dans les deux films un double rapport d’adversité et d’héroïsme, face aux hiérarchies sociales défavorisantes et aux assauts d’un destin catastrophique.

Bien qu’elle s’appuie sur la biographie de Keats écrite par Andrew Motion (non traduite en français), la cinéaste a composé un scénario original qui donne une part plus grande à Fanny Brawne qu’au poète. Du moins, c’est par son regard de fille moderne (ou tentant de l’être), issue d’une famille relativement aisée de la banlieue de Londres, se piquant de mode et fabriquant elle-même ses extravagants robes et chapeaux, que la cinéaste approche, comme en marchant sur des œufs, le mystère de la création. De manière significative, l’acte d’écrire lui-même n’est jamais véritablement représenté, ou alors sous la forme comique d’une séance de travail qui allait à peine commencer et que la jeune fille, désinvolte, peu sensible a priori aux muses poétiques, interrompt par ses intrusions intempestives ou ses questions déplacées.

La première mention de Fanny Brawne dans la correspondance de Keats, en décembre 1818, n’est d’ailleurs pas très flatteuse : «Elle se conduit de manière épouvantable, s’emballant à tout bout de champs, traitant les gens de tous les noms au point que je me suis obligé à la qualifier de "pimbêche".» Pourtant, les liens se resserrent rapidement, Fanny est séduite par la douceur du jeune homme ; lui est conquis par sa fraîcheur et sa liberté d’esprit. Un an plus tard, alors qu’il se trouve sur l’île de Wight en voyage, il lui envoie une dizaine de lettres-poèmes, témoignages d’un amour brûlant : «Je rêve que nous soyons des papillons n’ayant à vivre que trois jours d’été. Avec vous, ces trois jours seraient plus plaisants que cinquante années d’une vie ordinaire.»

«Cockney». En octobre 1819, les deux jeunes gens se fiancent en secret, mais le mariage n’est pas envisageable selon les codes de l’époque. Car Keats n’a pas d’argent, il ne peut donc prétendre demander la main de Fanny. Campion décrit très bien ce mélange étrange de libéralisme moral, qui voit par exemple la mère de Fanny ne pas chercher à violemment séparer une union qu’elle jugerait socialement inappropriée (même si elle le dit et le répète), et de rigidité des codes sociaux anglais dominée par un sentiment aristocratique puissant. Ainsi, dimension que le film ne traite pas pour le coup, dès la parution de ses premiers poèmes, Keats est jugé avec mépris comme le rejeton dégénéré des quartiers «cockney», roturier sans éducation et usant de licences poétiques «indécentes». Lord Byron qui est, à l’époque avec Shelley, le représentant d’une jeunesse dorée, héritière de fortunes familiales et formée dans les meilleures universités, qualifiera d’ailleurs la poésie de Keats de «masturbation mentale». Le romantisme anglais contient donc sui generis la forte polarité sociale anglaise et s’élabore dans deux creusets de nature fort distincte : d’un côté de belles âmes sans souci matériel soignant leur mal de vivre au gré de grands voyages orientaux ; de l’autre, un orphelin désargenté, autodidacte des lettres, s’inscrivant à une formation de chirurgien dans l’un des quartiers les plus populaires de Londres, près du Guy’s Hospital, et payant son loyer en faisant des pansements.

Campion est quand même plus intéressée par la guerre des sexes que par la lutte des classes. Elle évoque la pauvreté de Keats, mais c’est surtout la littérature comme sport masculin qu’elle représente au premier chef. Ainsi le personnage de Charles Brown est-il chargé de toutes les caractéristiques d’une virilité coupable. Si Keats est maladif et androgyne (un genre de rock star british qui ne demande qu’à éclore), Brown est l’homme en pleine santé, à grosse voix et barbe, essayant d’empêcher la donzelle Fanny Brawne de distraire son protégé des geysers de son propre génie. L’amitié poétique est ainsi perçue comme une homosexualité qui ne dit pas son nom.

Linceul. Bien que nous assistions en somme à l’émergence du romantisme, Jane Campion ne cherche jamais ici à courir sur les lignes de crête qui jalonnent cette histoire – drame personnel, confrontation littéraire souvent acerbe, passion contrariée, jalousie, dépression et exaltation… -, elle se tient à dessein sur un chemin de contrebas où le tumulte ne parvient qu’amorti, filtré. C’est une passion courte pour une vie brève, mais perçue à pas lents et feutrés. Le couple central lui-même, interprété par deux acteurs délicieusement séduisants (Ben Whishaw et Abbie Cornish), se détache presque en creux sur une toile où le fond (paysages, accessoires, costumes…) et surtout les seconds rôles (incroyable silhouette des jeunes frères et sœurs de Fanny, pittoresque de la coterie campagnarde entourant Keats…) sont traités avec des reliefs plus soutenus.

Fanny et John sont pour ainsi dire des personnages préposthumes qui ne trouveront d’épaisseurs et de raison d’être qu’une fois glissés dans le linceul d’une mort embellissante. Les deux amants étant le plus souvent éloignés, ils ne restent à filmer pour la jeune fille en fleur que le fétichisme d’un corps masculin qui ne se donne véritablement qu’à travers des lettres déchirantes, des lambeaux de phrases tombées d’une bouche d’or, très vite barbouillée du sang artériel de la tuberculose qui le tuera à 25 ans :«La poésie de la terre ne s’arrête jamais», «Astre étincelant, que ne suis-je comme toi, immuable ?», «Quel est donc ce cortège qui s’avance en vue du sacrifice ?». Extrêmement composé, le film – qui a, selon le vœu de Jane Campion, la forme d’une «ballade», c’est-à-dire procédant par strophes, rythmes internes et ellipses – parvient à procurer le vertige d’une poésie qui s’invente au présent.

Si, après la projection, les larmes séchées, l’on veut en savoir plus sur Keats, on peut lire sa poésie (notamment dans un recueil de poche chez Gallimard), ainsi que la riche étude à la fois biographique et critique que lui a consacrée Christian La Cassagnère, sous le titre John Keats, les terres perdues (éd. Aden). Il nous éclaire sur un des nombreux aspects que le film laisse de côté, à savoir le souci du jeune homme non de compter fleurette ou de dire son malaise, mais d’affronter le mythe à travers les modèles écrasants de Shakespeare et de John Milton. Les longs textes – tels qu’Endymion ou l’inachevé Hyperion, tableau grandiose des Titans égarés, sans puissance, dans une vallée obscure – témoigne d’une ambition artistique que le film tend sans doute à minorer. Hyperion résume aussi le fond mélancolique d’un artiste qui ne connaîtra jamais la gloire auquel il avait désespérément aspiré jusqu’à son dernier soupir, «un poème sur l’essence tragique de l’homme», écrit La Cassagnère. «A travers le récit de la chute des dieux, Keats représente un être qui a pour destin de se constituer comme sujet dans une perte qui le laisse déshérité.»

Bright Star de Jane Campion avec Abbie Cornish, Ben Whishaw, Paul Schneider, Kerry Fox… 1 h 59.

Voir encore:

Bright Star: Campion’s Film About the Life and Love of Keats

Poets.org

A portrait of love and loss, Jane Campion’s film Bright Star chronicles the tragic love affair between John Keats and his neighbor, Fanny Brawne, throughout the years in which Keats wrote several of the most celebrated poems of the Romantic period. Told from Brawne’s perspective on the romance, the film not only reveals the evolution of their young love, but traces Brawne’s introduction and immersion into Keats’s world of poetry, beginning with apathy and ending with passionate involvement.

Though at the time the lovers meet in 1818 Keats has already established himself in the literary world, his career does not afford him the financial means to marry. Knowing this, Brawne’s interaction with Keats is limited, so she injects herself into his life by feigning an interest in poetry.

One of the most intimate early scenes of the relationship takes place over an impromptu poetry lesson, though Keats is suspicious of Brawne. When she asks for an introduction concerning "the craft of poetry," Keats dismisses the notion: "Poetic craft is a carcass, a sham. If poetry doesn’t come as naturally as leaves to a tree, then it better not come at all."

As the conversation continues, however, Brawne earns Keats’s trust, and he offers a more useful explanation: "A poem needs understanding through the senses. The point of diving in a lake is not immediately to swim to the shore; it’s to be in the lake, to luxuriate in the sensation of water. You do not work the lake out. It is an experience beyond thought. Poetry soothes and emboldens the soul to accept mystery."

From that point on, Brawne develops an obsession with poetry—mostly Keats’s own poems—and occasionally recites favorite verses from memory. It is through Brawne that much of the poetry of the film reveals itself, either from her memory, or read to her by Keats.

Poems excerpted in the film include the book-length sequence Endymion, "When I Have Fears that I May Cease to Be," "The Eve of St. Agnes, section XXIII, [Out went the taper as she hurried in]," "Ode to a Nightingale," "La Belle Dame Sans Merci," and the title poem, "Bright Star," which Campion depicts as having been written with Brawne as Keats’s muse, though the historical evidence is inconclusive.

As Andrew Motion notes in Keats: A Biography (which Campion credits as having inspired the film), there are two parallels between the poem and Brawne: the first is found in one of Keats’s love letters to Brawne ("I will imagine you Venus tonight and pray, pray, pray to your star like a Heathen. Your’s ever, fair Star."), and the second is the fact that in 1819 she transcribed the poem in a book by Dante which Keats had given her. There are, however, poems that were definitely written to Brawne ("The day is gone…" and "I cry your mercy…"), and Motion points out that their form resembles that of the title poem.

Another of Keats’s works unmistakably written for Brawne is the poem "To Fanny," the last known poem written by Keats. In it, the poet addresses doubts and suspicions about Fanny—a turn at the end of Keats’s life that Campion understandably leaves out of the film entirely.

"['To Fanny'] begins with a desperate challenge to the advice that [Keats] should avoid writing," explains Motion, "describing ‘verse’ as an illness which ‘Physician Nature’ must cure by bleeding."

Though Campion’s film excludes any mention of Keat’s suspicions, Motion explains how the handwritten manuscript of Keats’s final poem offers "touching evidence" of the state the poet was in when he wrote it: "Initially large and wild, with several letters hastily unformed, Keats’s handwriting eventually slackens and splays. He was obviously worn out. The fact that it was the last poem he wrote makes this all the more moving."

Voir enfin:

Enjoying "La Belle Dame Sans Merci", by John Keats

Ed Friedlander, M.D.

This pursued through volumes might take us no further than this, that with a great poet the sense of Beauty overcomes every other consideration, or rather obliterates all consideration.

– Keats (Dec. 21, 1817)

I’m a physician and medical school teacher in real life. I’ve liked Keats since I was in high school. Generally I enjoy the classics because they say what most of us have thought, but much more clearly.

The real John Keats is far more interesting than the languid aesthete of popular myth. Keats was born in 1795, the son of a stable attendant. As a young teen, he was extroverted, scrappy, and liked fistfighting. In 1810 he became an apprentice to an apothecary-surgeon, and in 1815 he went to medical school at Guy’s Hospital in London. In 1816, although he could have been licensed to prepare and sell medicines, he chose to devote his life entirely to writing poetry.

In 1818, Keats took a walking tour of the north of England and Scotland, and nursed his brother Tom during his fatal episode of tuberculosis.

By 1819, Keats realized that he, too, had tuberculosis. If you believe that most adult TB is from reactivation of a childhood infection, then he probably caught it from his mother. If you believe (as I do) that primary progressive TB is common, then he may well have caught it from Tom. Or it could have come from anybody. TB was common in Keats’s era.

Despite his illness and his financial difficulties, Keats wrote a tremendous amount of great poetry during 1819, including "La Belle Dame Sans Merci".

On Feb. 3, 1820, Keats went to bed feverish and feeling very ill. He coughed, and noticed blood on the sheet. His friend Charles Brown looked at the blood with him. Keats said, "I know the color of that blood; it is arterial blood. I cannot be deceived. That drop of blood is my death warrant." (Actually, TB is more likely to invade veins than arteries, but the blood that gets coughed up turns equally red the instant it contacts oxygen in the airways. The physicians of Keats’s era confused brown, altered blood with "venous blood", and fresh red blood with "arterial blood".) Later that night he had massive hemoptysis.

Seeking a climate that might help him recover, he left England for Italy in 1820, where he died of his tuberculosis on Feb. 23, 1821. His asked that his epitaph read, "Here lies one whose name was writ in water."

Percy Shelley, in "Adonais", for his own political reasons, claimed falsely that bad reviews of Keats’s poems (Blackwoods, 1817) had caused Keats’s death. Charles Brown referred to Keats’s "enemies" on Keats’s tombstone to get back at those who had cared for him during his final illness. And so began the nonsense about Keats, the great poet of sensuality and beauty, being a sissy and a crybaby.

There is actually much of the modern rock-and-roll star in Keats. His lyrics make sense, he tried hard to preserve his health, and he found beauty in the simplest things rather than in drugs (which were available in his era) or wild behavior. But in giving in totally to the experiences and sensations of the moment, without reasoning everything out, Keats could have been any of a host of present-day radical rockers.

O for a Life of Sensations rather than of Thoughts! It is a "Vision in the form of Youth" a shadow of reality to come and this consideration has further convinced me… that we shall enjoy ourselves here after having what we called happiness on Earth repeated in a finer tone and so repeated. And yet such a fate can only befall those who delight in Sensation rather than hunger as you do after Truth.

– Keats to Benjamin Bailey, Nov. 22, 1817

If you are curious to learn more about Keats, you’ll find he was tough, resilient, and likeable.

"La Belle Dame Sans Merci" exists in two versions. The first was the original one penned by Keats on April 21, 1819. The second was altered (probably at the suggestion of Leigh Hunt, and you might decide mostly for the worse) for its publication in Hunt’s Indicator on May 20, 1819.

Manuscript

I

Oh what can ail thee, knight-at-arms,

Alone and palely loitering?

The sedge has withered from the lake,

And no birds sing.

II

Oh what can ail thee, knight-at-arms,

So haggard and so woe-begone?

The squirrel’s granary is full,

And the harvest’s done.

III

I see a lily on thy brow,

With anguish moist and fever-dew,

And on thy cheeks a fading rose

Fast withereth too.

IV

I met a lady in the meads,

Full beautiful – a faery’s child,

Her hair was long, her foot was light,

And her eyes were wild.

V

I made a garland for her head,

And bracelets too, and fragrant zone;

She looked at me as she did love,

And made sweet moan.

VI

I set her on my pacing steed,

And nothing else saw all day long,

For sidelong would she bend, and sing

A faery’s song.

VII

She found me roots of relish sweet,

And honey wild, and manna-dew,

And sure in language strange she said -

‘I love thee true’.

VIII

She took me to her elfin grot,

And there she wept and sighed full sore,

And there I shut her wild wild eyes

With kisses four.

IX

And there she lulled me asleep

And there I dreamed – Ah! woe betide! -

The latest dream I ever dreamt

On the cold hill side.

X

I saw pale kings and princes too,

Pale warriors, death-pale were they all;

They cried – ‘La Belle Dame sans Merci

Hath thee in thrall!’

XI

I saw their starved lips in the gloam,

With horrid warning gaped wide,

And I awoke and found me here,

On the cold hill’s side.

XII

And this is why I sojourn here

Alone and palely loitering,

Though the sedge is withered from the lake,

And no birds sing.

Published

I

Ah, what can ail thee, wretched wight,

Alone and palely loitering?

The sedge is wither’d from the lake,

And no birds sing.

II

Ah, what can ail thee, wretched wight,

So haggard and so woe-begone?

The squirrel’s granary is full,

And the harvest’s done.

III

I see a lily on thy brow,

With anguish moist and fever dew;

And on thy cheek a fading rose

Fast withereth too.

IV

I met a lady in the meads,

Full beautiful – a faery’s child;

Her hair was long, her foot was light,

And her eyes were wild.

V

I set her on my pacing steed,

And nothing else saw all day long,

For sideways would she lean, and sing

A faery’s song.

VI

I made a garland for her head,

And bracelets too, and fragrant zone;

She look’d at me as she did love,

And made sweet moan.

VII

She found me roots of relish sweet,

And honey wild, and manna dew;

And sure in language strange she said -

‘I love thee true.’

VIII

She took me to her elfin grot,

And there she gazed, and sighed deep,

And there I shut her wild wild eyes

So kiss’d to sleep.

IX

And there we slumber’d on the moss,

And there I dream’d – Ah! woe betide!

The latest dream I ever dream’d

On the cold hill side.

X

I saw pale kings, and princes too,

Pale warriors, death-pale were they all;

They cried – ‘La Belle Dame sans Merci

Hath thee in thrall!’

XI

I saw their starved lips in the gloam,

With horrid warning gaped wide,

And I awoke, and found me here

On the cold hill side.

XII

And this is why I sojourn here,

Alone and palely loitering,

Though the sedge is wither’d from the lake,

And no birds sing.

The Story

The poet meets a knight by a woodland lake in late autumn. The man has been there for a long time, and is evidently dying.

The knight says he met a beautiful, wild-looking woman in a meadow. He visited with her, and decked her with flowers. She did not speak, but looked and sighed as if she loved him. He gave her his horse to ride, and he walked beside them. He saw nothing but her, because she leaned over in his face and sang a mysterious song. She spoke a language he could not understand, but he was confident she said she loved him. He kissed her to sleep, and fell asleep himself.

He dreamed of a host of kings, princes, and warriors, all pale as death. They shouted a terrible warning — they were the woman’s slaves. And now he was her slave, too.

Awakening, the woman was gone, and the knight was left on the cold hillside.

Notes

"La Belle Dame Sans Merci" means "the beautiful woman without mercy." It’s the title of an old French court poem by Alain Chartier. ("Merci" in today’s French is of course "thank you".) Keats probably knew a current translation which was supposed to be by Chaucer. In Keats’s "Eve of Saint Agnes", the lover sings this old song as he is awakening his beloved.

"Wight" is an archaic name for a person. Like most people, I prefer "knight at arms" to "wretched wight", and obviously the illustrators of the poem did, too. ("Until I met her, I was a man of action!")

"Sedge" is any of several grassy marsh plants which can dominate a wet meadow.

"Fever dew" is the sweat (diaphoresis) of sickness. Keats originally wrote "death’s lily" and "death’s rose", and he refers to the flush and the pallor of illness. If the poet can actually see the normal red color leaving the cheeks of the knight, then the knight must be going rapidly into shock, i.e., the poet has come across the knight right as he is dying, and is recording his last words. (The knight is too enwrapped in his own experience to notice.)

Medieval fairies (dwellers in the realm of faerie) were usually human-sized, though Shakespeare’s Midsummer Night’s Dream allowed them (by negative capability) to be sometimes-diminutive.

"Sidelong" means sideways. A "fragrant zone" is a flower belt. "Elfin" means "pertaining to the elves", or the fairy world. A "grot" is of course a grotto. "Betide" means "happen", and "woe betide" is a more romantical version of the contemporary expression "—- happens". "Gloam" means gloom. A "thrall" is an abject slave.

The Poem’s Inspiration

Keats had a voluminous correspondence, and we can reconstruct the events surrounding the writing of "La Belle Dame Sans Merci". He wrote the poem on April 21, 1819. It appears in the course of a letter to his brother George, usually numbered 123. You may enjoy looking this up to see how he changed the poem even while he was writing it.

At the time, Keats was very upset over a hoax that had been played on his brother Tom, who was deceived in a romantic liaison. He was also undecided about whether to enter into a relationship with Fanny Brawne, who he loved but whose friends disapproved of the possible match with Keats.

Shortly before the poem was written, Keats recorded a dream in which he met a beautiful woman in a magic place which turned out to be filled with pallid, enslaved lovers.

Just before the poem was written, Keats had read Spenser’s account of the false Florimel, in which an enchantress impersonates a heroine to her boyfriend, and then vanishes.

All these experiences probably went into the making of this powerful lyric.

In the letter, Keats followed the poem with a chuckle.

Why four kisses — you will way — why four? Because I wish to restrain the headlong impetuosity of my Muse — she would have fain said "score" without hurting the rhyme — but we must temper the imagination as the critics say with judgment. I was obliged to choose an even number that both eyes might have fair play: and to speak truly I think two apiece quite sufficient. Suppose I had said seven; there would have been three and a half apiece — a very awkward affair — and well got out of on my side –

Keats’s Themes

John Keats’s major works do not focus on religion, ethics, morals, or politics. He mostly just writes about sensations and experiencing the richness of life.

In his On Melancholy, Keats suggests that if you want to write sad poetry, don’t try to dull your senses, but focus on intense experience (not even always pleasant — peonies are nice, being b_tched out by your girlfriend isn’t), and remember that all things are transient. Only a poet can really savor the sadness of that insight.

In Lamia, a magic female snake falls in love with a young man, and transforms by magic into a woman. They live together in joy, until a well-intentioned scholar ruins the lovers’ happiness by pointing out that it’s a deception. Until the magic spell is broken by the voice of reason and science, they are both sublimely happy. It invites comparison with "La Belle Dame Sans Merci".

Richard Dawkins took a line from "Lamia" for the title of his book, Unweaving the Rainbow, against the familiar (romantic?) complaints that studying nature (as it really is) makes you less appreciative of the world’s beauty. (I agree with Dawkins. I haven’t found that being scientific spoils anybody’s appreciation of beauty. — Ed.)

In On a Grecian Urn, Keats admires a moment of beauty held forever in a work of art. The eternal moment, rather than the stream of discursive, rational thought, led Keats to conclude, "Beauty is truth, truth beauty — that is all you know, or ever need to know."

To a Nightingale recounts Keats’s being enraptured (by a singing bird) out of his everyday reality. He stopped thinking and reasoning for a while, and after the experience was over, he wondered which state of consciousness was the real one and which was the dream.

To Autumn is richly sensual, and contrasts the joys of autumn to the more-poetized joys of spring. Keats was dying at the time, and as in "La Belle Dame Sans Merci", Keats is probably describing, on one level, his own final illness — a time of completion, consummation, and peace.

Ask your instructor about Keats’s "pleasure thermometer". The pleasure of nature and music gives way to the pleasure of sexuality and romance which in turn give way to the pleasure of visionary dreaming.

What’s It All About?

Keats focuses on how experiencing beauty gives meaning and value to life. In "La Belle Dame Sans Merci", Keats seems to be telling us about something that may have happened, or may happen someday, to you.

You discover something that you think you really like. You don’t really understand it, but you’re sure it’s the best thing that’s ever happened to you. You are thrilled. You focus on it. You give in to the beauty and richness and pleasure, and let it overwhelm you.

Then the pleasure is gone. Far more than a normal letdown, the experience has left you crippled emotionally. At least for a while, you don’t talk about regretting the experience. And it remains an important part of who you feel that you are.

Drug addiction (cocaine, heroin, alcohol) is what comes to my mind first. We’ve all known addicts who’ve tasted the pleasures, then suffered the health, emotional, and personal consequences. Yet I’ve been struck by how hard it is to rehabilitate these people, even when hope seems to be gone. They prefer to stagnate.

Vampires were starting to appear in literature around Keats’s time, and the enchantress of "La Belle Dame Sans Merci" is one of a long tradition of supernatural beings who have charmed mortals into spiritual slavery. Bram Stoker’s "Dracula" got much of its bite from the sexuality and seductiveness of the vampire lord.

Anyone who has seen or read "Coraline" can explore whether the "Beldame", who offers love and then imprisons her victims, is related to Keats’s "Belle Dame". Explore the origins of the word in folklore. The theme of "Coraline" seems to be that if parents do not give attention to, and attend to the emotional needs of, their children… then other people will. And they will be the wrong people.

Failed romantic relationships (ended romances, marriages with the love gone) account for an astonishing number of suicides. Rather than giving up and moving on, men and women find themselves disabled, but not expressing sorrow that the relationship occurred.

Ideologies bring enormous excitement and happiness to new believers. They offer camaraderie and the thrill of thinking that you are intellectually and morally superior and about to change the world for the better. Members of both the Goofy Right and the Goofy Left seemed very happy on my college campus, and I’ve seen the satisfaction that participation in ideological movements brings people ever since. People who leave these movements (finding out that the movements are founded on lies) are often profoundly saddened and lonely.

Religious emotionalism can have an enormous impact, and some lives are permanently changed for the better at revivals. But some people who have come upon a faith commitment emotionally find themselves devastated when the emotions fade, and become unable to function even at their old level.

The Vilia is a Celtic woodland spirit, celebrated by Lehar and Ross in a love song from "The Merry Widow", 1905. The song itself was popular during the 1950’s. The song deals with a common human experience — never being able to recover the first ardor of love. The show itself celebrates that people CAN find love again.

There once was a VIlia, a witch of the wood,

A hunter beheld her alone as she stood,

The spell of her beauty upon him was laid;

He looked and he longed for the magical maid!

For a sudden tremor ran,

Right through the love bwildered man,

And he sighed as a hapless lover can.

Vilia, O Vilia! the witch of the wood!

Would I not die for you, dear, if I could?

Vilia, O Vilia, my love and my bride,

Softly and sadly he sighed.

The wood maiden smiled and no answer she gave,

But beckoned him into the shade of the cave,

He never had known such a rapturous bliss,

No maiden of mortals so sweetly can kiss!

As before her feet he lay,

She vanished in the wood away,

And he called vainly till his dying day!

Vilia, O Vilia, my love and my bride!

Softly and sadly he sighed, Sadly he sighed, "Vilia."

Vilia — organ chorded version

Vilia — Chet Atkins, jazzier guitar version

Beauty itself, fully appreciated (as only a poet can), must by its impermanence devastate a person. Or so wrote Keats in his "To Melancholy", where the souls of poets hang as "cloudy trophies" in the shrine of Melancholy.

My experience has been more in keeping with Blake’s: "He who kisses a joy as it flies / Lives in eternity’s sunrise."

Keats praised Shakespeare’s "negative capability". If I understand the passage correctly, he’s referring to the lack of unambiguous messages in Shakespeare’s works. Instead of preaching or moralizing, Shakespeare’s works mirror life, and let the reader take away his or her own conclusions.

In "La Belle Dame Sans Merci" Keats is letting the reader decide whether the knight’s experience was worth it. Keats (the master of negative capability) records no reply to the dying knight.

For Discussion

What do people mean by "romanticism"? Some common features of works from the movement are:

simple language;

medieval subject matter;

supernatural subject matter;

emphasis on beauty, emotion, and sensuality;

emphasis on unreason.

In the middle ages, ballads were popular songs that told stories. Keats has imitated the ballad form, and you can find more ballads in the library.

Why did Keats choose this meter for his poem? The short-footed final lines of each stanza come as a bit of a surprise, and because of the spondees, they take as long to recite as the other lines. Their sudden slowness reminds me of the knight’s loss.

Unless you choose to use your own "negative capability", try to figure out the story. Is the woman a wicked temptress, trying to destroy men for caprice or sheer cruelty? Or are her tactics her way of defending her life and/or the people of her supernatural nation? Or is she, too, unable to fully join with mortal men, and as sad and frustrated as the men whose lives she has touched? Does the knight stay by the lake because he sees no further purpose in living, or because his experience has redefined him as a person, or because he expects the woman to return? What happened to his horse? Is the knight a ghost?

Why did Keats start the poem as he did? He paints a late-autumn scene ("the squirrel’s granary is full"). Is this setting the scene, or using nature to mirror a knight’s condition? Is there perhaps a more sinister / magical reason that the sedge is withering, or that no birds are singing? (Rachel Carson is said to have chosen the title "Silent Spring" — which correctly made the public aware of the danger that widespread DDT use had on the health of birds — after remembering this poem.)

Conservatives have suggested that the enchantress in the poem is a nature-cult that leads to demonic possession. Be this as it may, what is the fascination of the supposed supernatural and magical? Do you know anybody who has had a good and/or a bad experience with something like this?

To include this page in a bibliography, you may use this format: Friedlander ER (1999) Enjoying "La Belle Dame Sans Merci" by John Keats Retrieved Dec. 25, 2003 from http://www.pathguy.com/lbdsm.htm

For Modern Language Association sticklers, the name of the site itself is "The Pathology Guy" and the Sponsoring Institution or Organization is Ed Friedlander MD.

Links sedge; courtesy of a cranberry company

Keats

Keats Biography

Yahoo on John Keats

Keats

Keats

Negative Capability

http://www.john-keats.com

Thomas of Erceldoune (Thomas the Rhymer) was another mortal who was taken by the fairies to their realm where they live in prosperity, peace, and delight — as Satan’s cattle.

U. Florida drawings of sedges, etc.

"English Teaching Life" has evidently used this page to instruct people who are learning the language. I am very pleased by this, and commend Jan as a teacher

The Vale of Soul Making

There’s something else.

As I’ve mentioned, Keats does not deal with conventional religion in his poems. In several of his private letters, he explicitly stated that he did not believe in Christianity, or in any of the other received faiths of his era.

As he faced death, it’s clear that Keats did struggle to find meaning in life. And in the same letter (123) that contains the original of "La Belle Dame Sans Merci", Keats gives his answer.

The common cognomen of this world among the misguided and superstitious is "a vale of tears" from which we are to be redeemed by a certain arbitrary interposition of God and taken to Heaven. What a little circumscribed straightened notion!

Call the world, if you please, "the Vale of Soul Making". Then you will find out the use of the world….

There may be intelligences or sparks of the divinity in millions — but they are not Souls till they acquire identities, till each one is personally itself.

Intelligences are atoms of perception — they know and they see and they are pure, in short they are God. How then are Souls to be made? How then are these sparks which are God to have identity given them — so as ever to possess a bliss peculiar to each one’s individual existence. How, but in the medium of a world like this?

This point I sincerely wish to consider, because I think it a grander system of salvation than the Christian religion — or rather it is a system of Spirit Creation…

I can scarcely express what I but dimly perceive — and yet I think I perceive it — that you may judge the more clearly I will put it in the most homely form possible. I will call the world a school instituted for the purpose of teaching little children to read. I will call the human heart the hornbook used in that school. And I will call the child able to read, the soul made from that school and its hornbook.

Do you not see how necessary a world of pains and troubles is to school an intelligence and make it a soul? A place where the heart must feel and suffer in a thousand diverse ways….

As various as the lives of men are — so various become their souls, and thus does God make individual beings, souls, identical souls of the sparks of his own essence.

This appears to me a faint sketch of a system of salvation which does not affront our reason and humanity…

Keats believed that we begin as identical bits of God, and acquire individuality only by life-defining emotional experiences. By doing this, we prepare ourselves for happiness in the afterlife.

You may decide for yourself (or exercise negative capability) about whether you will believe Keats. But it’s significant that this most intimate explanation of the personal philosophy behind his work follows a powerful lyric about emotional devastation.

If Keats’s philosophy is correct, then any intense experience — even letting your life rot away after a failed relationship, or enduring the agony of heroin withdrawal, or dying young of tuberculosis — is precious. (Perhaps Keats, medically trained and knowing he had been massively exposed, was foreseeing his own from TB — he would have been pale and sweaty and unable to move easily.) Each goes into making you into a unique being.

The idea is as radical as it sounds. And if you stay alert, you’ll encounter similar ideas again and again, in some of the most surprising places.

Diotima

He who from these ascending under the influence of true love, begins to perceive that beauty, is not far from the end. And the true order of going, or being led by another, to the things of love, is to begin from the beauties of earth and mount upwards for the sake of that other beauty, using these as steps only, and from one going on to two, and from two to all fair forms, and from fair forms to fair practices, and from fair practices to fair notions, until from fair notions he arrives at the notion of absolute beauty, and at last knows what the essence of beauty is.

Monty Python’s "The Meaning of Life"

In the universe, there are many energy fields which we cannot normally perceive. Some energies have a spiritual source, which act upon a person’s soul. The soul does not exist ab initio, as orthodox Christianity teaches. It has to be brought into existence by a process of guided self-observation. However, this is rarely achieved, owing to man’s unique ability to be distracted from spiritual matters by everyday trivia.

Planescape — adventure gaming based on philosophies of life, where the Sensate faction lives out Keats’s ideals.

Dean Koontz, "Intensity"

Mr. Vess is not sure if there is such a thing as the immortal soul, but he is unshakably certain that if souls exist, we are not born with them in the same way that we are born with eyes and ears. He believes that the soul, if real, accretes in the same manner as a coral reef grows from the deposit of countless millions of calcareous skeletons secreted by marine polyp. We build the reef of the soul, however, not from dead polyps but from steadily accreted sensations through the course of a lifetime. In Vess’s considered opinion, if one wishes to have a formidable soul — or any soul at all — one must open oneself to every possible sensation, plunge into the bottomless ocean of sensory stimuli that is our world, and experience with no consideration of good or bad, right or wrong, with no fear but only fortitude.

I’m an MD, a pathologist in Kansas City, a mainstream Christian. a modernist, a skydiver, an adventure gamer, the world’s busiest free internet physician, and a man who still enjoys books and ideas.

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Brown University, Department of English — my home base, 1969-1973.

More of my stuff:

Antony & Cleopatra — just getting started

The Book of Thel

Hamlet

Julian of Norwich

King Lear

The Lady of Shalott

A Midsummer Night’s Dream

Macbeth

Moby Dick

Oedipus the King

Prometheus Bound

Romeo and Juliet — just a short note

The Knight’s Tale

The Seven Against Thebes

The Tyger

Timbuctoo

Twelfth Night

I do not possess Keats’s negative capability. You get over a failed relationship by making a conscious decision to do so. I want to grab the horseman in the poem and yell, "Cowboy up!" or something. I suspect most visitors to this page would want to do exactly the same thing.

If I don’t share Keats’s focus on beauty and sensation over everything else, I do appreciate him for his insights into the human heart.

Teens: Stay away from drugs, work yourself extremely hard in class or at your trade, play sports if and only if you like it, and get out of abusive relationships by any means. If the grown-ups who support you are "difficult", act like you love them even if you’re not sure that you do. It’ll help you and them. The best thing anybody can say about you is, "That kid likes to work too hard and isn’t taking it easy like other young people." Health and friendship.

Like Keats, I had tuberculosis in 1978-82. It was memorable. I’m grateful to modern, reality-based science for my cure.


Livres: Attention, une apocalypse peut en cacher une autre (Behold, your house is left unto you desolate)

21 février, 2012
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus
Vous entendrez parler de guerres et de bruits de guerres: gardez-vous d’être troublés, car il faut que ces choses arrivent. Mais ce ne sera pas encore la fin. Une nation s’élèvera contre une nation, et un royaume contre un royaume, et il y aura, en divers lieux, des famines et des tremblements de terre.Tout cela ne sera que le commencement des douleurs. Alors on vous livrera aux tourments, et l’on vous fera mourir; et vous serez haïs de toutes les nations, à cause de mon nom. Jésus
Voici, votre maison vous sera laissée déserte. Jésus
Ce sont les enjeux ! Pour faire un monde où chaque enfant de Dieu puisse vivre, ou entrer dans l’obscurité, nous devons soit nous aimer l’un l’autre, soit mourir. Lyndon Johnson (1964)
La mondialisation engendre une fragilité qui se répercute en cascade tout en diminuant la volatilité et en créant une apparence de stabilité. En d’autres termes, la mondialisation produit des Cygnes Noirs foudroyants. Nous n’avons jamais vécu sous la menace d’un effondrement général. Jusqu’à présent, les institutions financières ont fusionné, donnant naissance à un nombre plus restreint de très grandes banques. Maintenant, les banques sont pratiquement toutes liées entre elles. Ainsi l’écologie financière est-elle en train d’enfler pour former des banques bureaucratiques gigantesques, incestueuses (souvent « gaussianisées » en termes d’évaluation des risques) – la chute de l’une entraîne celle de toutes les autres. La concentration accrue des banques semble avoir pour effet de rendre les crises financières moins probables, mais quand elles se produisent, c’est à une échelle plus globale et elles nous frappent très cruellement. Nous sommes passés d’une écologie diversifiée de petites banques, avec différentes politiques de prêt, à un ensemble plus homogène de sociétés qui se ressemblent toutes. Certes, nous enregistrons maintenant moins d’échecs, mais quand ils se produisent… Cette pensée me fait frémir. Je reformule mon idée : nous allons avoir moins de crises, mais elles seront plus graves. Plus un événement est rare, moins nous connaissons les chances qu’il a de se produire. Autrement dit, nous en savons toujours moins sur les possibilités qu’une crise a de survenir. Nassim Taleb
L’Apocalypse fut un écrit de circonstance, destiné à réconforter les chrétiens par temps de persécution et à prédire la ruine de l’ "Antéchrist", Néron actuellement régnant et dans son acmé. Il se promenait en Grèce, tout près de Patmos, lorsque Jean mettait par écrit sa prophétie, dans les années 66-67 de notre ère. On s’explique que ce livre, appelé à circuler sous le manteau, fut rédigé dans un langage symbolique et même chiffré. Wikipedia
C’est un problème universel. Notre réseau [l'ONG Portes ouvertes affiliée au réseau international Open Doors] évalue à 400 000 le nombre de chrétiens soumis à des restrictions de libertés. Cela va de la discrimination jusqu’à la persécution. La Corée du Nord illustre la situation extrême : sur 400 000 croyants, 70 000 sont enfermés dans des camps de travail. Lorsque j’ai commencé à travailler sur le sujet il y a 25 ans, nous entendions rarement parler de personnes tuées à cause de leur foi. Nous travaillions alors principalement en Europe de l’est, dans les régimes du Rideau de fer. Aujourd’hui, les persécutions sont devenues très violentes et nous voyons régulièrement des attaques comme dimanche au Nigéria, où des tueries visent directement les chrétiens. Chaque année, nous réalisons un index de persécution dans lequel nous répertorions les pays où les chrétiens sont le plus persécuté. Depuis une dizaine d’années, la Corée du Nord reste le pays où il y a le moins de libertés pour les croyants. Si l’on découvre que vous croyez en Dieu, sans même envisager d’aller dans une église, vous êtes interné dans un camp où l’on vous fera travailler jusqu’à la mort. Il existe quatre églises à Pyongyang qui ne sont là que pour assurer la propagande du régime auprès des touristes. (…) L’islam radical est le premier grand persécuteur de l’Eglise. Dans des pays comme l’Iran, l’Irak, l’Afghanistan, le Nigéria, le Moyen-Orient en général, les chrétiens sont souvent la cible de persécution de la part des extrémistes. Il est particulièrement difficile pour un musulman de se convertir au christianisme. Les convertis subissent une pression énorme de la part de leurs familles, des autorités religieuses locales et parfois même de l’Etat. Cette discrimination s’applique aussi à des courants chrétiens vieux comme le monde. C’est le cas des coptes en Egypte qui subissent pressions et violences. L’autre grand persécuteur de l’Eglise, c’est le communisme. Il considère que la religion est l’opium qui endort le peuple et vise à libérer la société de toute religion. Je passe le cas de la Corée du Nord où le communisme a dérivé en un culte à la personnalité du chef de l’Etat. Dans d’autres pays communistes comme le Vietnam, la Chine ou Cuba, il y a toujours des discriminations contre l’Eglise. Ce ne sont plus les persécutions d’il y a vingt ou trente ans mais le manque de liberté reste manifeste. En Chine, les églises qui refusent de se soumettre au contrôle officiel de l’Etat, sont soumises à des arrestations et des pressions. Les limites sont strictes et toute sortie de ce cadre est dangereuse. Pékin cherche des moyens de contrôler les chrétiens. Des événements comme les Jeux olympiques ou la foire internationale ont été utilisés pour reprocher leur taille à certaines églises. Ils ont peur d’une Eglise indépendante et libre. Michel Varton
La prophétie de malheur est faite pour éviter qu’elle ne se réalise; et se gausser ultérieurement d’éventuels sonneurs d’alarme en leur rappelant que le pire ne s’est pas réalisé serait le comble de l’injustice: il se peut que leur impair soit leur mérite. Hans Jonas
Pourquoi l’activisme contre les OGM de Greenpeace est-il quasi absent aux États-Unis (où se concentrent 50 % des cultures OGM) et si virulent en Europe (où la culture des OGM est marginale) ? (…) Le mensonge a changé de camp. Du pouvoir politique et des industriels, il a gagné […] le contre-pouvoir. Jean-Claude Jaillette
 Interdire le DDT a tué plus de personnes qu’Hitler. Personnage d’un roman de  Michael Crichton (State of Fear, 2004)
Plus la guerre froide s’éloigne, plus le nombre de conflits diminue. (…) il n’y a eu ainsi en 2010 que 15 conflits d’ampleur significative, tous internes. (…)  Grosso modo, le nombre de conflits d’importance a diminué de 60% depuis la fin de la guerre froide (…) outre le fait que les guerres sont plutôt moins meurtrières, en moyenne, qu’elles ne l’étaient jusque dans les années 1960, cette réduction trouve sa source essentiellement dans la diminution spectaculaire du nombre de guerres civiles. La fin des conflits indirects entre l’Est et l’Ouest, l’intervention croissante des organisations internationales et des médiateurs externes, et dans une certaine mesure le développement économique et social des États, sont les causes principales de cette tendance. S’y ajoutent sans doute (…) des évolutions démographiques favorables. Bruno Tertrais
Imaginez que [Fukushima] se soit produit dans un pays non-développé: le nombre de morts aurait été de 200 000. Le développement et la croissance nous protègent des catastrophes naturelles. Bruno Tertrais
Longtemps, les divinités représentèrent le lieu de cette extériorité. Les sociétés modernes ont voulu s’en affranchir: mais cette désacralisation peut nous laisser sans protection aucune face à notre violence et nous mener à la catastrophe finale. Jean-Pierre Dupuy
Nous vivons à la fois dans le meilleur et le pire des mondes. Les progrès de l’humanité sont réels. Nos lois sont meilleures et nous nous tuons moins les uns les autres. En même temps, nous ne voulons pas voir notre responsabilité dans les menaces et les possibilités de destruction qui pèsent sur nous. René Girard
Les événements qui se déroulent sous nos yeux sont à la fois naturels et culturels, c’est-à-dire qu’ils sont apocalyptiques. Jusqu’à présent, les textes de l’Apocalypse faisaient rire. Tout l’effort de la pensée moderne a été de séparer le culturel du naturel. La science consiste à montrer que les phénomènes culturels ne sont pas naturels et qu’on se trompe forcément si on mélange les tremblements de terre et les rumeurs de guerre, comme le fait le texte de l’Apocalypse. Mais, tout à coup, la science prend conscience que les activités de l’homme sont en train de détruire la nature. C’est la science qui revient à l’Apocalypse. René Girard
La religion doit être historicisée : elle fait des hommes des êtres qui restent toujours violents mais qui deviennent plus subtils, moins spectaculaires, moins proches de la bête et des formes sacrificielles comme le sacrifice humain. Il se pourrait qu’il y ait un christianisme historique qui soit une nécessité historique. Après deux mille ans de christianisme historique, il semble que nous soyons aujourd’hui à une période charnière – soit qui ouvre sur l’Apocalypse directement, soit qui nous prépare une période de compréhension plus grande et de trahison plus subtile du christianisme.
Oui, pour moi l’Apocalypse c’est la fin de l’histoire. (…) L’Apocalypse, c’est l’arrivée du royaume de Dieu. Mais on peut penser qu’il y a des « petites ou des demi-apocalypses » ou des crises c’est-à-dire des périodes intermédiaires… (…) Il faut prendre très au sérieux les textes apocalyptiques. Nous ne savons pas si nous sommes à la fin du monde, mais nous sommes dans une période-charnière. Je pense que toutes les grandes expériences chrétiennes des époques-charnières sont inévitablement apocalyptiques dans la mesure où elles rencontrent l’incompréhension des hommes et le fait que cette incompréhension d’une certaine manière est toujours fatale. Je dis qu’elle est toujours fatale, mais en même temps elle ne l’est jamais parce que Dieu reprend toujours les choses et toujours pardonne. 
 Je me souviens d’un journal dans lequel il y avait deux articles juxtaposés. Le premier se moquait de l’Apocalypse d’une certaine façon ; le second était aussi apocalyptique que possible. Le contact de ces deux textes qui se faisaient face et qui dans le même temps se donnaient comme n’ayant aucun rapport l’un avec l’autre avait quelque chose de fascinant. 
Nous sommes encore proches de cette période des grandes expositions internationales qui regardait de façon utopique la mondialisation comme l’Exposition de Londres – la « Fameuse » dont parle Dostoievski, les expositions de Paris… Plus on s’approche de la vraie mondialisation plus on s’aperçoit que la non-différence ce n’est pas du tout la paix parmi les hommes mais ce peut être la rivalité mimétique la plus extravagante. On était encore dans cette idée selon laquelle on vivait dans le même monde : on n’est plus séparé par rien de ce qui séparait les hommes auparavant donc c’est forcément le paradis. Ce que voulait la Révolution française. Après la nuit du 4 août, plus de problème ! 
L’Amérique connaît bien cela. Il est évident que la non-différence de classe ne tarit pas les rivalités mais les excite à mort avec tout ce qu’il y a de bon et de mortel dans ce phénomène. (…)  il n’y a plus de sacrifice et donc les hommes sont exposés à la violence et il n’y a plus que deux choix : soit on préfère subir la violence soit on cherche à l’infliger à autrui. Le Christ veut nous dire entre autres choses : il vaut mieux subir la violence (c’est le sacrifice de soi) que de l’infliger à autrui. Si Dieu refuse le sacrifice, il est évident qu’il nous demande la non-violence qui empêchera l’Apocalypse.
La rivalité est présente dès l’origine. C’est ce que découvre aujourd’hui la science expérimentale : elle découvre qu’il y a imitation dès l’origine de l’humanité, dans son existence et son organisation. L’imitation est fondamentale dans les premiers mouvements réflexes de l’être humain. (…) La théorie mimétique ne veut pas se présenter comme une philosophie qui ferait le tour de l’homme. Elle tend simplement à dire qu’il y a toujours assez de rivalité mimétique dans une société pour tout troubler et pour obliger à procéder à un sacrifice. Mais cela ne veut pas dire que tout le monde est coupable au même titre. Il est bien évident que dans notre société les gens sont très forts pour éviter la rivalité mimétique non seulement instinctivement mais très délibérément : il y a tout un art d’éviter la rivalité mimétique qui au fond est l’art de vivre ensemble. Et cela est absolument indispensable.
Quant à la question du progrès, ce dernier n’est pas forcément fatal parce que les hommes y contribuent eux-mêmes. Je reconnais qu’il peut y avoir une régression.  
Je crois qu’il y a un double mouvement. Il ne faut pas oublier qu’il y a aussi une société de la peur. Beaucoup de gens considèrent que la violence augmente dans notre univers. Les deux mouvements se chevauchent. 
il y a eu des gestes de prudence extraordinaires, puisque Kroutchev n’a pas maintenu à Cuba les bombes atomiques. Il y a, dans ce geste, quelque chose de décisif. Ce fut le seul moment effrayant pour les hommes d’Etat eux-mêmes. Aujourd’hui nous savons qu’il y a des pays qui essaient par tous les moyens de se procurer ces armes et nous savons aussi qu’ils sont bien décidés à les utiliser. On a donc encore franchi un palier. René Girard

Attention: une apocalypse peut en cacher une autre!

Sida, vache folle, bug de l’an 2000, grippe aviaire, 11/9, Irak, crise financière, grippe H1N111/9, Fukushima  …

Alors qu’avec le premier président nobélisé avant l’heure qui devait nous délivrer du bellicisme du cowboy Bush, l’exécution extrajudiciaire des djihadistes est passée dans l’indifférence la plus totale mais avec une redoutable efficacité à l’échelle quasi-industrielle de la robotisation et bientôt peut-être de l’automatisation  …

Et qu’un an après le véritable tsunami de révélations de documents secrets (pas moins de 750 000!) qui devait enfin contraindre à la transparence totale le chef de ligne du Monde libre et qui n’a réussi en fait qu’à lui permettre d’améliorer le secret de ses procédures de transmission d’informations, l’autobiographie non autorisée du hacker fou de  WikiLeaks peine à trouver preneur …

Pendant qu’en "terre d’islam" ou communiste, on persécute ou massacre allégrement du chrétien et qu’en une France qui cède à nouveau face à l’hystérie collective anti-OGM, on peut se voir exclu de son parti pour avoir osé rappeler l’inavouable secret de polichinelle historique de la supériorité de la civilisation judéo-chrétienne …

Comment ne pas s’émerveiller de l’incroyable résilience de ce monde qui enchaine les tsunamis sanitaires, miltaires, financiers ou mêmes nucléaires et qui loin des apocalypses annoncées par ses détracteurs habituels, ressort à chaque fois plus fort?

 Et, avec le dernier livre du spécialiste du désarmement Bruno Tertrais, en conclure qu’effectivement "l’Apocalypse n’est pas pour demain"?

A condition de ne voir dans le terme que son acception de catastrophe, lui qui, en ce Ier siècle où le "Royaume" annoncé par le Christ se faisait attendre et où, dénoncés comme "asociaux" et "ennemis du genre humain",  ses fidèles se voyaient confrontés à la plus sauvage des persécutions, avait le culot, dans son langage fleuri et codé (inversant et subvertissant à la fois  le bestiaire de ces têtes de monstre installées à l’entrée des villes pour les protéger des esprits maléfiques), de "lever le voile" (c’est le sens étymologique, on le sait, du terme grec) sur les envers monstrueux du mythe de la "Ville éternelle" et la certitude d’une alors bien improbable chute d’un système impérialiste et esclavagiste au faite de sa gloire, drainant non seulement à son seul profit la richesse et la force de travail de l’ensemble du monde connu mais poussant l’arrogance jusqu’à réclamer pour ses maitres le statut de dieux vivants …

Et à moins, comme le rappelle souvent l’anthropologue René Girard, qu’entre "petites ou demi-apocalypses" ou "crises" ou "périodes intermédiaires" et loin des rêves de châtiment final des fondamentalistes comme des timidités des chrétiens ordinaires qui n’osent plus en parler, l’Apocalypse tant annoncée ne soit pas celle qu’on croit?

Et surtout  qu’après les coups de folie de nos Hitler, Staline ou Mao comme les gestes de prudence extraordinaires de nos Kroutchev, nous risquions d’oublier qu’ "il y a toujours assez de rivalité mimétique dans une société pour tout troubler et pour obliger à procéder à un sacrifice".

Et que, dans un monde chaque jour un peu plus dépouillé de ses ressources sacrificielles où nations, langues, religions, vieux interdits sont peu à peu écrasés par le rouleau compresseur de la modernité, "la non-différence ce n’est pas du tout la paix parmi les hommes mais ce peut être la rivalité mimétique la plus extravagante", la non-différence  ne tari[ssan]t pas les rivalités mais les excit[ant] à mort avec tout ce qu’il y a de bon et de mortel dans ce phénomène" …

2011 : toujours moins de guerres…

Le centre de recherches sur les conflits de l’université d’Uppsala (Uppsala Conflict Data Program, UDPC) vient de publier, à l’été 2011, son analyse de la conflictualité pour l’année calendaire précédente. Très attendue tous les ans, et reprise par le rapport annuel du SIPRI (SIPRI Yearbook 2011), cette analyse confirme la tendance très nette observée depuis maintenant vingt ans : plus la guerre froide s’éloigne, plus le nombre de conflits diminue. Selon l’UDPC, il n’y a eu ainsi en 2010 que 15 conflits d’ampleur significative, tous internes.

L’analyse de la tendance sur la longue durée n’est pas aisée, car au cours des vingt dernières années l’UDPC a changé par deux fois de méthodologie, en 1999 et en 2007 (diverses définitions de ce qu’est un «conflit armé d’importance», major armed conflict). Le déclin de la conflictualité ne serait-il donc qu’un artefact statistique? Non. La consultation des archives électroniques de l’UDPC permet de reconstruire des séries de longue durée à partir des trois méthodologies différences (ante 1999, 1999-2007, et post 2007). Le résultat est très net : quels que soient les critères adoptés, la tendance est la même. Grosso modo, le nombre de conflits d’importance a diminué de 60% depuis la fin de la guerre froide, comme le montre le graphique ci-dessous (qui couvre les années 1989-2009):

Il ne s’agit pas de l’effet de technologies plus destructrices (les guerres seraient plus intenses et donc plus brèves, ce qui affecterait le nombre de conflits en cours par an). Car, outre le fait que les guerres sont plutôt moins meurtrières, en moyenne, qu’elles ne l’étaient jusque dans les années 1960, cette réduction trouve sa source essentiellement dans la diminution spectaculaire du nombre de guerres civiles. La fin des conflits indirects entre l’Est et l’Ouest, l’intervention croissante des organisations internationales et des médiateurs externes, et dans une certaine mesure le développement économique et social des États, sont les causes principales de cette tendance. S’y ajoutent sans doute –on y reviendra dans un prochain billet – des évolutions démographiques favorables.

Voir aussi:

Entretien avec René Girard Laurent Linneuil – Abbé de Tanoüarn Nouvelle revue CERTITUDES – n°16

On ne présente plus René Girard aux lecteurs de Certitudes. Cet anthropologue français vivant aux Etats-unis propose une extraordinaire grille de lecture des mythes archaïques, dont, selon lui, nous dépendons encore aujourd’hui et dont seul l’Evangile nous délivre efficacement. D’après lui, toute la culture humaine provient d’un meurtre primitif, dont il attribue le processus au diable. Nous avons eu la chance, Laurent Linneuil et moi, de pouvoir discuter à bâtons rompus durant deux heures, avec ce penseur original et profond… dont l’apport risque de révolutionner non seulement les sciences humaines mais la philosophie et même, vous le verrez, la théologie. Il s’est plié, avec une extraordinaire bonne grâce au feu roulant de nos questions… (GT)

Certitudes : René Girard, le fait d’avoir intitulé votre livre Les origines de la culture était-ce un souhait de réorienter le commentaire de votre œuvre vers un aspect méconnu, l’aspect fondateur de la violence ?

René Girard : Oui, l’aspect fondateur de la violence est mal compris, mal perçu. En anglais, on parle de titre programmatique c’est-à-dire un titre qui sert le public. Mais auparavant, j’ai toujours eu des titres plutôt « sensationnels », mais cela ne marche plus du tout…

C : Et donc pour ce livre, vous avez pris un titre moins scandaleux et plus classique qui symbolise l’ensemble de votre recherche. N’est-ce pas aussi une façon de répondre à l’une des accusations qui est souvent faite à votre pensée d’être exagérément pessimiste ?

R.G : Il s’agit ici d’un titre programmatique qui d’une certaine manière apparaît plus explicatif que les autres. Pour le fait qu’il symbolise l’ensemble de mon œuvre, on a déjà dit cela de mon dernier livre Je vois Satan tomber comme l’éclair … Mais « Je vois Satan tomber comme l’éclair » est une parole très ambiguë parce qu’où tombe-t-il ? Sur la terre…Et c’est le moment où justement il fait le plus de mal en tombant sur la terre. Il devient libre de faire ce qu’il veut ; c’est donc une parole souvent interprétée dans un sens apocalyptique. C’est l’annonce de la fin de Satan bien sûr mais non pas sa fin immédiate dans la mesure où il est libéré. Il y a aussi le symbolisme de la ligature – si j’ose dire – de Satan et de sa libération.

« Il cria : Mort ! – les poings tendus vers l’ombre vide. Ce mot plus tard fut homme et s’appela Caïn. Il tombait. » ( Victor Hugo) La Fin de Satan

C : Alors Satan est libéré quand il est dans les liens de la culture…

R.G : En effet. Est-ce que cela signifie que Satan n’est plus tenu ? Souvenez-vous du texte où il est dit que « c’est par Belzébuth que tu expulses le démon » et Jésus répond : « Si ce n’est pas par Belzébuth mais par Dieu que j’expulse le démon, etc. ». L’idée que « c’est par Belzébuth que tu expulses le démon » est très profonde : bien des interlocuteurs de Jésus affirment qu’il y a une expulsion du démon qui se fait par Satan. Il s’agit ici de l’expulsion de la culture. Mais dans le judaïsme de l’époque il se pratique des sacrifices ; comment celui-ci interprète-il ces sacrifices ? Je suis sûr qu’il y a des prophètes, très soupçonneux à l’égard de ces sacrifices, qui demandent à ce qu’ils cessent et disent que Dieu est contre tout cela. Et je pense que cet aspect a été minimisé.

C : Et c’est la raison pour laquelle vous dites dans Quand ces choses commenceront que Satan c’est l’ordre…

R.G : Satan, jusqu’à un certain point, c’est l’ordre culturel dans ce qu’il a de violent. Mais il faut se méfier : cela ne signifie pas que l’on peut condamner cet ordre parce que de toute façon le mouvement sacrificiel va vers toujours moins de violence. Et il est bien évident, s’il est vrai comme je le dis que la violence est en quelque sorte fatale dans l’humanité qui ne pourrait pas s’organiser s’il n’y avait pas de sacrifice, que les sacrifices sont nécessaires et acceptés par Dieu. On peut se référer à des paroles évangéliques telles que : « Si Dieu vous a permis de répudier votre femme… ». Dieu a fait des concessions dans le judaïsme classique qui ne sont plus là dans le christianisme dans la mesure où le principe sacrificiel est révélé.

C : A partir du moment où le meurtre fondateur débouche sur le sacrifice et que l’on s’éloigne du meurtre original le sacrifice tend à se transformer en rite, en institution de moins en moins violente ?

R.G : Le sacrifice s’institutionnalise par le changement de la victime – j’admire ce que dit Kierkegaard du sacrifice d’Abraham. Le sens principal est donc historique : c’est le passage du sacrifice humain au sacrifice animal qui représente un progrès immense et que le judaïsme est le seul à interpréter dans le sacrifice d’Isaac. Le seul à le symboliser dans une grande scène qui est une des premières scènes de l’Ancien Testament. Il ne faut pas oublier ce dont ce texte tient compte et dont la tradition n’a pas assez tenu compte : tout l’Ancien Testament se situe dans le contexte du sacrifice du premier né. Rattacher le christianisme au sacrifice du premier né est absurde, mais derrière le judaïsme se trouve ce qu’il y a dans toutes les civilisations moyen-orientales, en particulier chez les Phéniciens : le sacrifice des enfants. Lorsque Flaubert le représente dans Salambo, Sainte-Beuve avait bien tort de se moquer de lui parce que ce dont parle Flaubert est très réel. Les chercheurs ont découvert dans les cimetières de Carthage des tombes qui étaient des mélanges d’animaux à demi-brulés et d’enfants à la naissance à demi-brulés. Il a beaucoup été reproché à Flaubert la scène du dieu Moloch où les parents carthaginois jettent leurs enfants dans la fournaise. Or, les dernières recherches lui donnent raison contre Sainte-Beuve. En définitive, c’est le romancier qui a raison : cette scène est l’un des éléments les plus terrifiants et magnifiques de Salambo. La mode intellectuelle de ces dernières années selon laquelle la violence a été inventée par le monde occidental à l’époque du colonialisme est une véritable absurdité et les archéologues n’en ont pas tenu compte. Aux Etats-Unis, des programmes de recherche se mettent en place notamment sur les Mayas. Ces derniers ont souvent été considérés comme des « anti-Aztèques » : ils n’auraient pas pratiqué de sacrifices humains. Pourtant, dès que l’on fait la moindre fouille, on découvre des choses extraordinaires : chez les Mayas, il y a des kilomètres carrés de villes enfouies. C’est une population formidable avec de nombreux temples et les traces du sacrifice humain y sont partout : des crânes de petits-enfants mêlés à des crânes d’animaux.

C : Ce qui est assez surprenant dans votre relecture de la Bible c’est qu’en plaçant la violence au cœur des rapports humains comme vous le faites, on vous sent presque tentés de déplacer le péché originel d’Adam et Eve à Caïn et Abel…

R.G : C’est une très bonne observation. Les scènes d’Adam et Eve renvoient précisément au désir mimétique : Eve reçoit le désir du serpent et Adam le reçoit d’Eve et lorsque Dieu pose la question par la suite, on refait la même chaîne à l’envers. Adam dit « c’est elle » et Eve dit « C’est le serpent ». D’ailleurs, le serpent est vraiment le premier responsable puisqu’il est plus puni par Dieu que n’importe qui. Mais la première conséquence de cet acte c’est Caïn et Abel. Et le fait que l’un soit la cause de l’autre n’est pas très développé. Adam et Eve, c’est la rivalité mimétique, c’est le désir mimétique qui se communique de l’un à l’autre et par la suite, la guerre des frères ennemis et la fondation de la communauté. Ce qu’il y a de plus frappant dans l’histoire de Caïn et Abel c’est que le texte nous dit : la première société fut fondée par Caïn mais il n’est pas dit comment. En réalité, l’acte fondateur c’est le meurtre d’Abel. Est-ce clair pour les exégètes ? Je ne le crois pas.

C : Vous montrez en effet que c’est le meurtre qui fonde l’interdiction du meurtre…

R.G : Bien sûr. Il y a d’ailleurs un article de Josep Fornari qui porte sur ce que l’on appelait au XIX° siècle, le caïnisme. Des écrivains comme Nerval, de tradition ésotérique, se sont beaucoup intéressés à ce sujet dans lequel ils voyaient souvent un « diabolisme littéraire » mais en même temps quelque chose de très fécond. On ne sait jamais ce que c’est précisément parce que les critiques littéraires qui en parlent n’approfondissent jamais. Il y a des textes de Nerval qui font allusion au caïnisme, c’est-à-dire aux aspects ésotériques et noirs du romantisme dans le religieux. Des écrivains comme Joseph de Maistre y ont été sensibles. Ils ont influencé ensuite des penseurs comme René Guénon. Je n’appartiens pas, bien sûr, à ce courant, mais le terme de « caïnisme » m’intéresse parce que c’est l’idée d’insister sur le caractère meurtrier de l’homme. Nerval adorait l’ésotérisme, mais en même temps il ne menait pas trop loin ses recherches. Le caïnisme était chez lui plus poétique qu’érudit. Mais je m’interroge pour savoir à quoi cela correspond vraiment sur le plan de la pensée : quelle définition claire donner du caïnisme ?

C : L’exégèse classique, dans la lecture d’Adam et Eve, insiste sur le péché d’orgueil et vous déplacez cette lecture sur le plan du désir mimétique…

R.G : Il est facile de trouver les textes évangéliques sur le fait que Satan est meurtrier depuis le commencement : « Vous êtes du diable, votre père. Il était homicide dès le commencement » (St Jean, 8, 44). Dans ce chapitre 8 de Saint Jean qui donne à voir le début de la culture, il est donc dit : « Vous vous croyez les fils de Dieu, mais vous êtes très évidemment les fils de Satan puisque vous ne savez même pas de quoi il retourne. Vous vous croyez fils de Dieu dans une suite naturelle sans vous douter que vous restez dans le sacrifice. » Mais ces textes ne sont jamais vraiment lus. Que reproche saint Jean aux Juifs ? En quoi se distingue-t-il du judaïsme orthodoxe dans ce reproche… ? Voilà de vraies questions…

C : Il reproche aux Juifs de valoriser leur filiation établie…

R.G : Oui, sans voir leur propre violence, sans voir le péché originel d’une certaine façon. « Notre père, c’est Abraham. » Jésus leur dit : « Si vous étiez enfants d’Abraham, vous feriez les œuvres d’Abraham ». (St Jean, 8, 39). Or, c’est la vérité qui rend libre. Cela amène à montrer comment le péché originel, même s’il n’est pas question de le définir, est lié à la violence et au religieux tel qu’il est dans les religions archaïques ou dans le christianisme déformé par l’archaïsme dont il ne parvient pas à triompher totalement dans l’Histoire. Je me garderais bien de définir le péché originel.

C : Mais ce qui paraît très étonnant c’est le fait que dans la Bible on ne connaisse pas la raison pour laquelle Abel est préféré à Caïn…

R.G : Il y a peut-être, paradoxalement, une raison qui est visible dans l’islam. Abel est celui qui sacrifie des animaux et nous sommes au stade : Abel n’a pas envie de tuer son frère peut-être parce qu’il sacrifie des animaux et Caïn, c’est l’agriculteur. Et là, il n’y a pas de sacrifices d’animaux. Caïn n’a pas d’autre moyen d’expulser la violence que de tuer son frère. Il y a des textes tout à fait extraordinaires dans le Coran qui disent que l’animal envoyé par Dieu à Abraham pour épargner Isaac est le même animal qui est tué par Abel pour l’empêcher de tuer son frère. Cela est fascinant et montre que le Coran n’est pas insignifiant sur le plan biblique. C’est très métaphorique mais d’une puissance incomparable. Cela me frappe profondément. Vous avez des scènes très comparables dans l’Odyssée, ce qui est extraordinaire. Celles du Cyclope. Comment échappe-t-on au Cyclope ? En se mettant sous la bête. Et de la même manière qu’Isaac tâte la peau de son fils pour reconnaître, croit-il, Jacob alors qu’il y a une peau d’animal, le Cyclope tâte l’animal et voit qu’il n’y a pas l’homme qu’il cherche et qu’il voudrait tuer. Il apparaît donc que dans l’Odyssée l’animal sauve l’homme. D’une certaine manière, le troupeau de bêtes du Cyclope est ce qui sauve. On retrouve la même chose dans les Mille et une nuits, beaucoup plus tard, dans le monde de l’islam et cette partie de l’histoire du Cyclope disparaît, elle n’est plus nécessaire, elle ne joue plus un rôle. Mais dans l’Odyssée il y a une intuition sacrificielle tout-à-fait remarquable.

C : Vous avez dit que cet aspect dénonciateur du meurtre fondateur dans le discours de Jésus avait été assez mal compris – on y voit souvent de l’antisémitisme. Pour quelle raison l’avènement du christianisme, s’il a été si mal compris, n’a-t-il pas provoqué un déchaînement de la rivalité mimétique ?

R.G : On peut dire que cela aboutit à des déchaînements de rivalité mimétique, d’opposition de frères ennemis. La principale opposition de frères ennemis dans l’Histoire, c’est bien les juifs et les chrétiens. Mais le premier christianisme est dominé par l’Epître aux Romains qui dit : la faute des juifs est très réelle, mais elle est votre salut. N’allez surtout pas vous vanter vous chrétiens. Vous avez été greffés grâce à la faute des juifs. On voit l’idée que les chrétiens pourraient se révéler tout aussi indignes de la Révélation chrétienne que les juifs se sont révélés indignes de leur révélation. Je crois profondément que c’est là qu’il faut chercher le fondement de la théologie contemporaine. Le livre de Mgr Lustiger, La Promesse, est admirable notamment ce qu’il dit sur le massacre des Innocents et la Shoah. Il faut reconnaître que le christianisme n’a pas à se vanter. Les chrétiens héritent de Saint Paul et des Evangiles de la même façon que les Juifs héritaient de la Genèse et du Lévitique et de toute la Loi. Mais ils n’ont pas compris cela puisqu’ils ont continué à se battre et à mépriser les Juifs.

C : Ils ont continué à être dans l’ordre sacrificiel. Mais la Chrétienté n’est-elle pas alors une contradiction dans les termes ? Une société chrétienne est-elle possible ? Les chrétiens ne sont-ils pas toujours des contestataires de l’ordre et de Satan et donc des marginaux ?

R.G : Oui, ils ont recréé de l’ordre sacrificiel. Ce qui est historiquement fatal et je dirais même nécessaire. Un passage trop brusque aurait été impossible et impensable. Nous avons eu deux mille ans d’histoire et cela est fondamental. Mon travail a un rapport avec la théologie, mais il a aussi un rapport avec la science moderne en ceci qu’il historicise tout. Il montre que la religion doit être historicisée : elle fait des hommes des êtres qui restent toujours violents mais qui deviennent plus subtils, moins spectaculaires, moins proches de la bête et des formes sacrificielles comme le sacrifice humain. Il se pourrait qu’il y ait un christianisme historique qui soit une nécessité historique. Après deux mille ans de christianisme historique, il semble que nous soyons aujourd’hui à une période charnière – soit qui ouvre sur l’Apocalypse directement, soit qui nous prépare une période de compréhension plus grande et de trahison plus subtile du christianisme. Nous ne pouvons pas fermer l’histoire et nous n’en avons pas le droit.

C : L’Apocalypse pour vous, c’est la fin de l’histoire…

R.G : Oui, pour moi l’Apocalypse c’est la fin de l’histoire. J’ai une vision aussi traditionnelle que possible. L’Apocalypse, c’est l’arrivée du royaume de Dieu. Mais on peut penser qu’il y a des « petites ou des demi-apocalypses » ou des crises c’est-à-dire des périodes intermédiaires…

C : Et vous ne croyez pas à la post-histoire de Philippe Murray ?

R.G : Je l’apprécie beaucoup. Mais je suis sans doute un chrétien plus classique malgré mon historicisme. Il faut prendre très au sérieux les textes apocalyptiques. Nous ne savons pas si nous sommes à la fin du monde, mais nous sommes dans une période-charnière. Je pense que toutes les grandes expériences chrétiennes des époques-charnières sont inévitablement apocalyptiques dans la mesure où elles rencontrent l’incompréhension des hommes et le fait que cette incompréhension d’une certaine manière est toujours fatale. Je dis qu’elle est toujours fatale, mais en même temps elle ne l’est jamais parce que Dieu reprend toujours les choses et toujours pardonne.

C : Comment envisagez-vous la mondialisation du point de vue de votre système ? La mondialisation ne serait-elle pas une répétition de l’Apocalypse ou de la post-histoire ? La mondialisation n’est-ce pas d’abord Babel puisque l’on revient au début de la Genèse et puis l’Apocalypse du fait de la disparition des nations ?

R.G : Oui, il n’y a plus que des forces contraires qui transcendent toute distinction tribale, nationale…

C : Avec une sorte de mondialisation de l’ordre sans possibilité de nouveau recours à la béquille sacrificielle…

R.G : Le principe apocalyptique définit ce que vous avez dit. Dès qu’il y a non possibilité de recours ou même moindre recours, celui qui vit le christianisme d’une façon intense sent ceci. Donc, même s’il se trompe, il considère toujours la fin toute proche et l’expérience devient apocalyptique.

C : Et en même temps nous sommes dans une situation historique inédite où d’une part la béquille sacrificielle serait tombée, et d’autre part, on a supprimé toutes les barrières à la rivalité mimétique…

R.G : Je suis entièrement d’accord avec vous. Je me souviens d’un journal dans lequel il y avait deux articles juxtaposés. Le premier se moquait de l’Apocalypse d’une certaine façon ; le second était aussi apocalyptique que possible. Le contact de ces deux textes qui se faisaient face et qui dans le même temps se donnaient comme n’ayant aucun rapport l’un avec l’autre avait quelque chose de fascinant.

C : Dans votre essai Celui par qui le scandale arrive, on a l’impression que vous envisagez l’idée d’une société non sacrificielle qui pourrait être la plus violente possible dans une sorte d’égalitarisme qui produit le conflit plutôt qu’il ne l’alimente.

R.G : Nous sommes encore proches de cette période des grandes expositions internationales qui regardait de façon utopique la mondialisation comme l’Exposition de Londres – la « Fameuse » dont parle Dostoievski, les expositions de Paris… Plus on s’approche de la vraie mondialisation plus on s’aperçoit que la non-différence ce n’est pas du tout la paix parmi les hommes mais ce peut être la rivalité mimétique la plus extravagante. On était encore dans cette idée selon laquelle on vivait dans le même monde :on n’est plus séparé par rien de ce qui séparait les hommes auparavant donc c’est forcément le paradis. Ce que voulait la Révolution française. Après la nuit du 4 août, plus de problème ! (rires).

C : Cela est vrai sur le plan mondial comme sur le plan interne des sociétés puisqu’il y existe pour les deux de l’égalitarisme qui masque les différences nécessaires.

R.G : L’Amérique connaît bien cela. Il est évident que la non-différence de classe ne tarit pas les rivalités mais les excite à mort avec tout ce qu’il y a de bon et de mortel dans ce phénomène.

« Mahomet s’est établi en tuant ; JÉSUS-CHRIST en faisant tuer les siens. Mahomet en défendant de lire ; JÉSUS-CHRIST en ordonnant de lire. Enfin cela est si contraire, que si Mahomet a pis la voie de réussir humainement, JÉSUS-CHRIST a pris celle de périr humainement. Et au lieu de conclure, que puisque Mahomet a réussi, JÉSUS-CHRIST a bien pu réussir ; il faut dire, que puisque Mahomet a réussi, le Christianisme devait périr, s’il n’eût été soutenu par une force toute divine » Pascal Pensées

C : On remarque un facteur inédit qui est celui de la confrontation de notre société avec une religion qui, elle, n’éprouve aucune répulsion pour la violence. Cette religion, c’est l’islam. Vous réfléchissez en outre beaucoup sur les Veda pour marquer ainsi le caractère universel de votre pensée et l’islam finalement y reste encore un peu marginal…

R.G : Ce sont là des circonstances tout à fait accidentelles. J’ai essayé de lire certaines traductions du Coran, mais elles sont assez rébarbatives. Le livre d’André Chouraqui, Le Coran, m’est un peu tombé des mains ! (rires). Sans le contact avec la langue arabe, la tache est difficile. Il y a deux importantes traductions du Coran : celle de Denise Masson et une plus ancienne rééditée récemment chez Payot : celle d’Edouard Montet. Les différences entre ces traductions sont énormes et l’on n’a pas les moyens d’arbitrer.

C : Les traductions de différentes sourates que donne Anne-Marie Delcambre dans son ouvrage L’islam des interdits montrent clairement comment il y a une légitimité de la violence dans l’Islam principalement dans l’affrontement avec les « Infidèles ». Il se pose ici un défi dont on ne voit pas très bien comment l’Occident peut y répondre…Mais on peut penser à l’idée d’une réforme de l’Islam, idée soutenue par des penseurs comme René Guénon et aujourd’hui par de nombreux musulmans comme Dalil Boubakeur …

R.G : L’Occident peut-il encore y répondre sur le plan spirituel ? Il y a une interprétation de ce qui se passe actuellement selon laquelle nous vivons les avatars de la modernisation de l’Islam. Cette thèse est peut-être vraie, mais quand est-ce que se réalisera cette réforme ? Combien d’années faudra-t-il attendre ?

C : Le problème est que cet Islam se détacherait probablement de ses sources idéologiques. Or le Coran semble difficilement transposable dans une autre perspective.

R.G : C’est toute la difficulté de l’interprétation. La question de la vocalisation est ici essentielle. L’arabe est une langue consonantique comme l’hébreu et si l’on vocalise en araméen, on trouve des traductions différentes. Je ne sais pas comment les spécialistes réagissent à cela. Mais il y a quelque chose d’intéressant dans le fait que la critique historique devienne d’un coup une espèce d’arme. Elle s’en ait pris au christianisme. Il y a donc un bon usage de la critique historique.

Le sens du sacrifice chrétien

C : Pouvez-vous développer les raisons profondes qui ont fait qu’après avoir récusé au terme de « sacrifice » tout usage chrétien, vous disiez dans votre dernier livre ne pas pouvoir vous en passer ? Il est donc important de conserver le terme « sacrifice » dans son usage chrétien en ayant conscience que c’est le contraire du sacrifice archaïque.

R.G : Il y a une histoire à ceci. C’est un théologien allemand, le Père Schweiger, qui m’a conduit à accepter le terme de sacrifice dans son sens chrétien. Je lui ai rendu service pour la rivalité mimétique mais l’utilisation chrétienne de cette notion et de l’idée d’une violence fondatrice nous sont venues ensembles et son ouvrage est paru au même moment que le mien. Donc sur certains points, il devrait être considéré comme le fondateur de la théorie au même titre que moi. Il a essayé pendant plusieurs années de convaincre les théologiens allemands. Les théologiens allemands sont fondamentalement divisés en deux groupes : l’un protestant, l’autre plus bavarois et catholique. Il a réussi à les intéresser à cette thèse et je me suis rendu à leur rassemblement cet été. C’est la première fois que ce groupe de théologiens m’invite à parler de mes thèses. Mais ils ne sont plus ce qu’ils étaient.

C : Vous voulez dire qu’ils n’ont plus la même puissance de travail ?

R.G : Les théologiens allemands dominaient la réflexion dans ce domaine. Et maintenant ce sont les théologiens américains qui dominent. Ils ont de grandes personnalités mais aussi des « farceurs » dont certains alimentent Prieur et Mordillat. Ce que je pense, – dans Des choses cachées depuis la fondation du monde j’essaye de créer une plage non sacrificielle – c’est qu’il y a deux types de sacrifice. Si l’on se fonde, par exemple, sur le jugement de Salomon, on distingue : le sacrifice de soi et le sacrifice de l’autre. Eprouver le désir de parler sans « sacrifice » c’est dire qu’il y a un lieu où l’on peut se situer qui est purement scientifique et qui est étranger à toutes les formes de sacrifice. Donc il y a une objectivité scientifique au sens traditionnel. Nier cette objectivité, c’est dire : « non pas du tout, on est toujours dans une forme de religieux ou dans une autre : il faut se sacrifier soi-même ». D’ailleurs, c’est le Père Schweiger qui énonce cette thèse selon laquelle il faut une conversion personnelle pour comprendre le désir mimétique. Une conversion qui n’est pas nécessairement chrétienne… En tout cas, il faut être capable de se reconnaître coupable de désir mimétique. Et cela, je crois, est essentiel.

C : Vous voulez dire que le sacrifice c’est la conversion, quelle qu’elle soit, chrétienne ou non…

R.G : Le passage du sacrifice de l’autre au sacrifice de soi, c’est la conversion. La preuve, dans les Evangiles, c’est le rapport extrêmement proche qui n’est pas souvent perçu entre la première conversion chrétienne qui est la reconversion de Pierre après son reniement et puis la conversion de Paul, marquée par la parole de Jésus « Pourquoi me persécutes-tu ? ». Quel que soit celui que l’on persécute c’est toujours Jésus que l’on persécute. L’absence de lieu non sacrificiel où l’on pourrait s’installer pour rédiger une science du religieux, qui n’aurait aucun rapport avec lui, est une utopie rationaliste. Autrement dit il n’y a que le religieux chrétien qui lise vraiment de façon scientifique le religieux non chrétien.

C : En défendant le sacrifice chrétien vous défendez le religieux chrétien contre l’idée d’un christianisme qui serait pure foi, sans religion ?

R.G : Oui, d’un christianisme sans religion, ce christianisme irréligieux que l’on voit très bien apparaître dans les attaques contre Mel Gibson qui sont en réalité des attaques contre la Passion elle-même. Des journalistes étaient présents à la sortie des premières séances du film à New-York. Et certains spectateurs disaient : « Mais nous avons changé tout cela, la Passion n’a plus la même importance qu’avant… ». C’était un révélateur prodigieux d’un certain courant dans le christianisme aujourd’hui. Il me semble que le débat sur Mel Gibson – en mettant entre parenthèses les mérites ou les démérites du film – était un débat sur l’importance de la Passion, sur la centralité de la Passion ou non.

C : Et en même temps ce film montrait bien ( par les reproches qui lui étaient faits d’être trop violent) à quel point vous avez raison en disant que le discours dénonciateur de la violence du Christ n’a pas été compris. Depuis le moment où vous avez commencé à écrire Des choses cachées depuis la fondation du monde, n’étiez-vous pas gênés par la crainte d’apparaître comme un apologiste de la religion chrétienne ?

R.G : Les personnes qui reprochent à Gibson cette violence sont celles qui d’habitude ne s’inquiètent absolument pas de la violence au cinéma ou bien en font quelque chose de bon : une victoire pour la liberté, pour la modernité. Le livre accepte un peu d’apparaître comme une apologie de la religion chrétienne. Il cherche ce lieu sacrificiel dont je n’avais pas conscience à l’époque. Cela c’est le Père Schweiger qui me l’a montré. Il y a des erreurs grossières comme l’attaque contre l’Epître aux Hébreux qui est ridicule. Il y a des éléments sur la Passion notamment dans l’Epître aux Hébreux qui me paraissent absolument essentiels par exemple l’usage qui est fait du psaume 40 : « Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation…Donc j’ai dit : Voici, je viens ». Que signifie ce « donc » ? Il veut dire : « Tu n’a voulu ni sacrifice ni oblation » donc il n’y a plus de sacrifice et donc les hommes sont exposés à la violence et il n’y a plus que deux choix : soit on préfère subir la violence soit on cherche à l’infliger à autrui. Le Christ veut nous dire entre autres choses : il vaut mieux subir la violence (c’est le sacrifice de soi) que de l’infliger à autrui. Si Dieu refuse le sacrifice, il est évident qu’il nous demande la non-violence qui empêchera l’Apocalypse.

C : Le Christ nous demande alors un sacrifice intérieur…

R.G : Oui, un sacrifice intérieur ou sacrifice de soi : « Voici que Je viens pour faire sa volonté ». Il faut faire référence à la bonne prostituée, dans le Jugement de Salomon que j’évoquais trop rapidement tout à l’heure : elle préfère lâcher l’enfant, elle donc est la vraie mère.

C : Vous allez jusqu’au bout d’une défense d’un christianisme augustinien finalement… L’amour don contre l’amour passion…

R.G : Augustin voit vraiment le christianisme et la mort du Christ comme l’essentiel de toute la culture. D’une certaine façon il associe Caïn et Abel et tous ces meurtres à la Passion ; il voit qu’il y a un rapport. A la fin de la Cité de Dieu, il y a des textes extraordinaires sur ce thème, mais qui me paraissent pourtant incomplets. Il y a à la fois le penseur chrétien très puissant et aussi un homme qui considère la civilisation antique de façon très inhabituelle aujourd’hui.

C : Dans Quand ces choses commenceront, livre d’entretien mené par Michel Tréguer, vous allez très loin et vous parlez de Saint Augustin en affirmant : « Tout ce que j’ai dit est dans Saint Augustin… ».

R.G : C’était une boutade de ma part mais j’y crois d’une certaine façon. On découvre dans son œuvre des éléments extraordinaires pour la définition du désir mimétique. Il y a cette formule – que je cite dans ce livre – des deux nourrissons lesquels sont déjà en pleine rivalité parce qu’ils rivalisent pour le sein de la nourrice. Cela est un peu mythique : ces deux nourrissons ne sont pas capables de comprendre que le sein de la nourrice peut s’épuiser. Mais il s’agit d’une image formidable du désir de toute l’humanité et du fait que la rivalité est présente dès l’origine. C’est ce que découvre aujourd’hui la science expérimentale : elle découvre qu’il y a imitation dès l’origine de l’humanité, dans son existence et son organisation. L’imitation est fondamentale dans les premiers mouvements réflexes de l’être humain.

C : A partir du moment où vous placez la violence au cœur de l’homme, vous n’êtes pas dans un univers irénique et hellénique.

R.G : On peut dire que cet univers irénique n’est là que partiellement chez Platon. Il a une inquiétude, une angoisse devant le mimétique. Derrida dit très justement que l’on ne peut pas systématiser le mimétique chez Platon. Il y a chez lui des contradictions qui sont insolubles. Il a ses inquiétudes devant le mimétique ou devant le fait que les hommes doivent l’éviter comme la peste. Ce qui est passionnant et absolument incompréhensible. Mais si vous regardez les interdits primitifs, les interdits mimétiques, ils sont là. Je crois que Platon est encore en contact avec des éléments du passé, qui sont présents chez les présocratiques mais qui ne le sont plus chez Aristote. Aristote est imitateur de Platon mais on a totalement changé de monde sur le plan culturel : l’alexandrin est ce qui est moderne par rapport à l’univers de la démocratie athénienne.

C : Par delà la violence des rapports humains et la rivalité mimétique n’y-a-t’il pas un désir naturel chez l’homme de vivre en société, paisiblement, en pantouflard ? Cela ne vous semble-t-il pas contradictoire avec votre thèse ?

R.G : Absolument pas. La théorie mimétique ne veut pas se présenter comme une philosophie qui ferait le tour de l’homme. Elle tend simplement à dire qu’il y a toujours assez de rivalité mimétique dans une société pour tout troubler et pour obliger à procéder à un sacrifice. Mais cela ne veut pas dire que tout le monde est coupable au même titre. Il est bien évident que dans notre société les gens sont très forts pour éviter la rivalité mimétique non seulement instinctivement mais très délibérément : il y a tout un art d’éviter la rivalité mimétique qui au fond est l’art de vivre ensemble. Et cela est absolument indispensable.

C : Dans votre dernier livre Les origines de la culture vous insistez beaucoup sur le darwinisme et volontairement vous proposez un épigraphe darwinien à chaque chapitre. Vous semblez en tirer l’idée d’un progrès fatal de l’homme…

R.G : C’est Pierpaolo Antonello qui a fait cela. Personnellement je voulais les enlever. Quant à la question du progrès, ce dernier n’est pas forcément fatal parce que les hommes y contribuent eux-mêmes. Je reconnais qu’il peut y avoir une régression. On peut penser que l’Islam est soutenu par le Coran mais quant aux islamistes « frénétiques » il est bien évident que le Coran n’a guère été interprété dans cette voie si ce n’est peut-être par la fameuse secte des assassins. Oui, il peut y avoir une régression.

C : Ce qui est très frappant, notamment dans Quand ces choses commenceront, au sein même de cette ambiance augustinienne pessimiste c’est votre optimisme foncier, votre idée qu’il y aura toujours un chemin vers le mieux. C’est sans doute la rivalité mimétique qui a pu égarer Augustin dans ses polémiques…

R.G : Mais c’est vrai aussi chez Augustin… Henri Marrou disait qu’il faudrait toujours renoncer à choisir le moment le plus polémique d’Augustin pour le définir en entier. Et si l’on regarde les textes sur la grâce qui ne sont pas dans la querelle avec Pélage, on peut se constituer un Augustin beaucoup plus modéré. La rivalité mimétique est une chose sans quoi il serait très difficile d’écrire. C’est elle qui soutient l’écrivain dans ses efforts. (rires)

La violence est au cœur de l’homme

C : Le christianisme continue à imprégner à contrecœur la société moderne. Vous êtes finalement proche de Chesterton qui parlait de « l’idée chrétienne devenue folle ». Vous affirmez que le message victimaire du christianisme imprègne la vie contemporaine et en même temps on a l’impression d’une perte complète de toute conscience de la violence. C’est très paradoxal.

R.G : Je crois qu’il y a un double mouvement. Il ne faut pas oublier qu’il y a aussi une société de la peur. Beaucoup de gens considèrent que la violence augmente dans notre univers. Les deux mouvements se chevauchent. Le catholicisme en France ou le « para-catholicisme » anglais de la première moitié du XX°siècle connaissent une espèce d’explosions de talents dans la période de l’entre-deux-guerres, que l’on ne retrouve plus aujourd’hui. Je sais que vous n’êtes pas tendres avec Maritain. Il y a des choses un peu plates dans son œuvre, mais il y a aussi des éléments absolument admirables. Des ouvrages comme Le songe de Descartes ou Les trois réformateurs sont marqués par une veine polémique qui disparaît par la suite parce qu’il est devenu presque trop officiel.

C : On constate un phénomène d’inconscience contemporaine vis-à-vis de la violence. Nos contemporains ont certes peur de la violence, mais ils en ont conscience comme une force extérieure notamment sous la forme du terrorisme. Il semble que nos contemporains aient totalement perdu le message chrétien qui enseigne que la violence est au cœur de l’homme, une violence qui nous menace et que l’on ne peut pas expulser de nous-mêmes.

R.G : Oui, on se sent toujours victime d’une violence autre. Il faudrait étudier le mimétisme sur le plan le plus fondamental qui est la réciprocité entre les hommes. Entre les animaux, il n’y a pas de réciprocité : même lorsqu’ils se battent, ils ne se regardent pas. Dans la première histoire du Livre de la jungle, les animaux ne peuvent pas soutenir le regard de Mowgli, l’enfant-loup. L’animal ne voit rien dans ses yeux qui ne retienne son regard. Ce n’est pas du tout le triomphe de l’homme sur l’animal malgré ce qu’en fait Kipling, conformément à une vision dix-neuvièmiste de l’humanisme triomphant. Dans ce livre toutes les histoires se terminent par des meurtres collectifs, derrière lesquels se cachent des mythes indiens très anciens. Ce qui m’interroge c’est cette réciprocité qui subsiste chez l’homme. Si vous avez un bon rapport avec quelqu’un, vous êtes dans la réciprocité, mais très vite la violence peut s’élever entre vous. Lorsque je vous tends la main et que vous ne la prenez pas, s’il n’y a pas réciprocité, immédiatement la main qui s’est offerte se retirera. C’est-à-dire qu’elle imitera la violence de l’autre. Le rapport de violence est un rapport de réciprocité tout comme le rapport donnant-donnant. Mais c’est un rapport de réciprocité très difficile à modifier dans le sens du retour à une bonne réciprocité. En revanche, rien n’est plus facile de passer de la bonne à la mauvaise réciprocité. Dès que les hommes ne se traitent pas bien mutuellement, ils ont l’impression que la violence vient de l’autre et, dans leur idée, eux ne font jamais que rendre à l’autre la même chose. C’est dire à l’autre : j’ai compris ce que tu veux me dire et je me conduis avec toi de semblable manière. Et pour être bien sûr que l’autre comprendra on surenchérit. L’autre va donc interpréter cela comme une agression. On peut très bien montrer ici qu’au niveau le plus élémentaire il y a toujours incompréhension de l’un par l’autre. L’escalade peut grimper sans que personne n’ait jamais conscience d’y contribuer lui-même.

C : Cependant on a vécu pendant cinquante ans sous une doctrine stratégique nucléaire qui prévoyait justement une escalade de violence…

R.G : Certainement. Mais dans ce cas précis il y a eu des gestes de prudence extraordinaires, puisque Kroutchev n’a pas maintenu à Cuba les bombes atomiques. Il y a, dans ce geste, quelque chose de décisif. Ce fut le seul moment effrayant pour les hommes d’Etat eux-mêmes. Aujourd’hui nous savons qu’il y a des pays qui essaient par tous les moyens de se procurer ces armes et nous savons aussi qu’ils sont bien décidés à les utiliser. On a donc encore franchi un pallier.

C : Une autre traduction de cette perversion des idées chrétiennes c’est le concept de victime. Dans notre société les victimes sont partout et cette surenchère victimaire est finalement devenue le moyen d’agresser l’autre. On se sert de ce que l’on sait de la personne pour dire : « je suis ta victime donc tu es un bourreau ».

R.G : Oui mais il faut aussi reconnaître que derrière cet abus du victimaire il y a un usage légitime. Nous sommes la seule société qui s’intéresse aux victimes en tranquillité. Et ça c’est une supériorité extraordinaire.

C : Vous le développiez bien dans Quand ces choses commenceront : la victimisation comme arme, comme violence…

R.G : Je crois que le moment décisif en Occident est l’invention de l’hôpital. Les primitifs s’occupent de leurs propres morts. Ce qu’il y a de caractéristique dans l’hôpital c’est bien le fait de s’occuper de tout le monde. C’est l’hôtel-Dieu donc c’est la charité. Et c’est visiblement une invention du Moyen-Age. Tout ce qu’il y a de bon dans notre société peut faire l’objet d’abus. Lorsque Voltaire a écrit Candide, il cherchait un contre-exemple, une société supérieure à l’Occident, mais il ne l’a pas trouvée. C’est la raison pour laquelle il s’est tourné vers cet Eldorado qui, en fait, n’existe pas. Il avait lui-même écrit des poèmes comme le Mondain – « Ah quel bon temps que ce siècle de fers ! ». Son idée principale est que la société moderne était la meilleure de toutes. C’était pour embêter les dames de son salon qui parlaient de Leibniz au lieu de parler de lui comme elles auraient dû le faire…(rires) Voltaire a une conscience de la rivalité mimétique tout à fait extraordinaire. Dans Candide, il y a ce personnage, Pococuranté, qui possède tout. Noble vénitien, il reçoit Candide et son serviteur Martin et méprise toutes ses richesses (chap. 25). Il a de nombreux tableaux, mais il ne les regarde plus. Par ailleurs, il affirme que les sots admirent tout dans l’œuvre d’un grand auteur ; lui, il n’aime que ce qui est à son usage. Lorsqu’ils prennent congé de ce Vénitien, Candide dit à son serviteur Martin : « voilà le plus heureux des hommes car il est au-dessus de tout ce qu’il possède ». Il veut paraître supérieur à toutes ses possessions et, au fond, il cultive une forme de désir.

C : Il y a un dernier thème que vous abordez, celui de la vérité, de la vérificabilité. Derrière ce thème de la vérité se cache celui de la figuralité : tout est figure du vrai…. Dans La voix méconnue du réel, vous proposez l’idée d’une vérité à laquelle on n’échappe pas, celle de la théorie mimétique, qui d’une certaine façon est au-dessus des preuves que l’on peut donner pour ou contre…

R.G : Le vrai problème est celui de la vérité scientifique. Popper m’oppose toujours la « vérifiabilité ». Il m’assure que ma thèse n’est pas vérifiable. Je lui réponds que la thèse de l’évolution ne l’est pas non plus indubitablement. D’autre part, il y a toutes sortes de choses dont nous sommes certains. C’est la direction que je prends maintenant. C’est ce que l’on nomme en anglais le « common knowledge », le savoir commun. Aujourd’hui vous n’avez pas besoin d’expliquer que les sorcières ne sont pas coupables, malgré la chasse aux sorcières du 15ème siècle. Il s’agit là de « common knowledge » dans la mesure où personne ne vous réfutera car cela va de soi, cela est évident. La question est de savoir si ce « common knowledge » fait partie de la science. Je réponds : oui mais c’est une science tellement certaine qu’elle n’a pas à se démontrer, une science qui a trop de vérifications qui sont là possibles pour qu’il soit nécessaire d’en épuiser la liste.

C : Notre revue s’appelle Certitudes : c’est un clin d’œil au penseur italien Vico, qui développe la théorie du « certum ». Le certum n’est pas le « verum ». Vico est d’une certaine manière, un anthropologue, il est passionné par la latinité dans toutes ses manifestations historiques. Votre éloquence fait penser à Vico. Le propos de Vico n’est pas philosophique. Sa théorie de la « science nouvelle » décrit une science qui est en opposition à celle de Descartes et en cela elle est nouvelle. Descartes, lui, prétendait au« verum » donc à une science de l’objet. Et vous dites : « Nous sommes toujours inclus dans la science fondamentale que nous développons donc ce n’est pas une vérité objective mais une vérité totale qui nous enveloppe… ».

R.G : L’idée selon laquelle on ne peut arriver au « certum » à partir des textes est une idée constamment démentie par l’existence du système judiciaire, du système de la preuve. La question est de savoir à partir de quel moment on est vraiment dans le « certum ». Dans l’anthropologie il n’y a pas de vérification immédiate puisque tout est indirect. Tout est lié à la multiplication des indices donc c’est bien une attitude scientifique. Le travail de l’ethnologue nécessite cette multiplication d’indices indirects.

C : Vous avez osé intituler l’un de vos livres : la voix méconnue du réel. Comment ce texte sur le réel et sur la vérité a-t-il été reçu ?

R.G : La voix méconnue du réel c’est le titre choisi par la traductrice. Je trouve cette traduction très bonne, mais certains la contestent. C’est tout le problème des traductions de l’anglais au français. C’est sur le mot « réel » que l’on conteste la traduction. La traduction devient impossible à cause des ressemblances entre les deux langues. C’est la question des « faux-amis ». Des termes traduits en apparence parfaitement n’ont pas de sens dans une langue, mais sont très compréhensibles dans l’autre.

C : Le fait d’avoir enseigné et publié aux Etats-Unis vous a-t-il donné une liberté de recherche et de pensée supplémentaire par rapport à ce qui se serait passé si vous étiez restés en France ? Le préjugé antireligieux était-il moins fort là-bas ?

R.G : C’est ma seule expérience anthropologique ! ( rires ). Non, le préjugé est exactement le même. Mais les proportions en chiffres sont différentes. Par exemple, l’Eglise « modernisée » a réussi à « décatholiciser » nombre de gens. Les catholiques rassemblent soixante-dix millions de personnes aux Etats-Unis. J’y suis arrivé avant le Concile et il y avait alors 75 % de pratiquants. Cela représentait beaucoup plus que toute l’Europe. Aujourd’hui on compte 30 % de pratiquants ce qui reste encore très supérieur à l’Europe. Les fondamentalistes ne sont pas les fous-furieux tels que les médias les montrent ici. Les traiter de « fondamentalistes » est d’ailleurs excessif. Ils sont attachés à l’éducation des enfants. Ils se méfient des cours de « sex education » qui ont lieu dans certaines écoles, ce qui est parfaitement légitime. Certes, les milieux les plus nationalistes récupèrent leurs votes, mais d’une certaine manière tous les partis ont une part de responsabilité. Les églises protestantes sont d’ailleurs dans un état de décomposition plus grand que l’Eglise catholique.

C : Justement, quelle est la situation des églises protestantes, des baptistes par exemple ?

R.G : Ce problème est assez complexe. Les baptistes ont toujours été un peu fondamentalistes. Il y a de nombreux pratiquants dans cette branche du protestantisme. Il y a ce qu’on appelle les « grandes dénominations » qui comprennent les épiscopaliens ( anglicans version internationale), les presbytériens d’origine écossaise et les méthodistes ainsi que les quakers. Beaucoup de ces Eglises notamment presbytériennes, souvent très rigoureuses ont connu une certaine évolution vers un relâchement de la Foi. Ainsi parler de Dieu aujourd’hui dans ces Eglises cela paraît un peu impoli…! ( rires ) Elles sont devenues des sortes de clubs humanitaires.

C : Vous dites avec une force extraordinaire que la religion est mère de tout…

R.G : Je pense qu’elle l’est. Ce qui fait la force du catholicisme américain ce sont les protestants qui se convertissent au catholicisme. Si vous leur dites que le catholicisme est en train lui aussi de se décomposer, ils vous répondent : « Oui, mais le catholicisme est la seule Eglise qui a une chance de survivre et de vivre. »

« Le débat sur le film de Mel Gibson est en réalité un débat sur la Passion elle-même »

C : Ils doivent être d’autant plus désolés de l’affadissement du catholicisme…Quelle a été, par exemple, la réaction de la hiérarchie catholique devant la Passion du Christ ?

R.G : De nombreux protestants ont affirmé sur plusieurs chaînes de télévision : « ce film montre à quel point nous avons supprimé toute imagerie ». Il y a donc eu parfois de très heureuses réactions de la part de protestants. Pour ce qui est de la hiérarchie catholique, une déclaration des évêques disait : « Nous n’avons pas d’avis ». Ils ont affirmé qu’ils ne jugeaient pas Mel Gibson, que son engagement était plutôt bon en soi mais que le film pouvait être très mal compris, comme un film justifiant la violence. Cela est vraiment faux. Le film ne justifie pas la violence. Aux Etats-Unis, nous avons une chaîne de télévision catholique qui s’appelle « The Eternal Word Television Network » (EWTN) : le réseau de télévision de la Parole éternelle. C’est magnifique ! (rires). C’est Mother Angelica qui en est la directrice. Ils disent la Messe, ils récitent le chapelet plusieurs fois par jour et les émissions culturelles sont souvent de qualité et ne sont pas la répétition interminable de celles diffusées par les autres médias.

C : En France, il y a la chaîne KTO lancée depuis trois ans. Elle s’apprêtait à défendre le film, mais, très liée à l’épiscopat, ce dernier lui a demandé de mettre un bémol dans ses analyses…

R.G : Une journaliste de KTO m’a interrogé. Je revenais à ce moment-là des Etats-Unis et j’étais donc un peu fatigué. J’ai compris tout de suite qu’elle souhaitait me lancer contre le film de Mel Gibson. Alors cela m’a réveillé ! (rires).

René Girard : “Le christianisme est le seul à désigner le caractère mimétique de la violence”

 La  Croix

11-08-2008

Cinquième commandement : « Tu ne commettras pas de meurtre. » (Ex 20, 13)

LE DECALOGUE (5/10) René Girard, de l’Académie française

La Croix : Quel sens donnez-vous au commandement : « Tu ne tueras point » ?

René Girard : Les religions archaïques se fondaient sur l’appel au meurtre et les sacrifices rituels pour résoudre le problème de la violence en rétablissant l’unité de la communauté contre une victime. C’est ce que j’ai appelé le phénomène du bouc émissaire. Lorsque ce meurtre réussit, la victime acquiert un prestige considérable, les boucs émissaires sont divinisés, à cause de leur vertu réconciliatrice. Les religions archaïques sont fondées sur l’illusion que ces boucs émissaires sont des dieux parce qu’ils installent une certaine paix entre les hommes. C’est cette paix que l’on renouvelle en immolant des victimes humaines ou animales délibérément choisies à cet effet. Le commandement de la Bible rompt catégoriquement avec cette pratique. Le christianisme nous apprend que c’est une illusion, une ruse que nous employons avec nous-mêmes. Toutes les grandes scènes de la Bible vont dans le sens de l’abolition ou de la diminution de la violence contre l’homme, à l’instar du non-sacrifice d’Isaac dans l’ancien testament, remplacé au dernier moment par un bélier. Dans la passion du Christ, c’est exactement l’inverse, le meurtre religieux est pour la première fois catégoriquement rejeté. Le Christ s’offre comme victime pour révéler la vérité aux hommes. Au lieu de sacrifier autrui – l’attitude normale des hommes –, le Christ s’offre comme victime pour se révéler aux hommes tel qu’il est, c’est-à-dire totalement étranger à la violence.

L’Ancien Testament et les Évangiles sont-ils les seuls textes fondateurs à condamner le meurtre et la vengeance ?

Je pense qu’ils sont les seuls à condamner le meurtre religieux. La condamnation du meurtre dans la Déclaration des droits de l’homme n’est pas une invention de l’humanisme occidental mais une invention chrétienne. L’humanisme s’est montré encore plus impuissant que le christianisme à la mettre en œuvre puisque nous sommes placés aujourd’hui dans un univers qui risque à chaque instant de se détruire lui-même.

L’interdit chrétien n’a pas empêché les croisades, les guerres de religion, les guerres mondiales et les génocides. Comment expliquez-vous cet échec ?

Le christianisme n’a pas eu raison du péché originel. Le péché originel, cela veut dire que l’homme est disposé au péché, qu’il est très difficile de vivre sans se heurter à son voisin, sans désirer la même chose que lui, sans devenir son rival. Des découvertes récentes en neurologie montrent que l’imitation est première et le moyen essentiel de l’apprentissage chez le nouveau-né. Nous ne pouvons échapper au mimétisme qu’en en comprenant les lois : seule la compréhension des dangers de l’imitation nous permet de penser une authentique identification à l’autre. Dès que nous imitons le modèle de nos désirs, nous désirons la même chose que lui. Cette rivalité mimétique est la cause principale et fondamentale de la violence entre les hommes. Le christianisme est le seul à désigner ce désir mimétique. Si l’homme est meurtrier, c’est parce qu’il a le meurtre en lui et qu’il y a quelque chose qui s’appelle le péché originel. Le péché originel, c’est Caïn et Abel, la rivalité qui engendre le meurtre.

Le monde globalisé d’aujourd’hui est-il prêt à entendre le message chrétien de réconciliation et de renonciation à la violence ?

La vérité devient aujourd’hui plus éclatante même si très peu d’individus se convertissent. Notre civilisation est plus créatrice et puissante que jamais mais aussi plus fragile et plus menacée car elle ne dispose plus du garde-fou du religieux archaïque. Au nom du désir de bien-être et du progrès, les hommes produisent les moyens de s’autodétruire. Notre monde est menacé et il est totalement impuissant à prendre des mesures pour éviter les périls les plus immédiats comme le réchauffement climatique, les manipulations génétiques ou la prolifération nucléaire.

Le terrorisme islamique est-il une nouvelle étape de la montée des extrêmes, un retour de l’archaïque ?

La montée aux extrêmes se sert de l’islamisme. Le terrorisme remplace la guerre qui redevient une entreprise privée sur laquelle les États n’ont plus de contrôle. La guerre n’est plus contenue par des règles institutionnelles qui en limitaient la durée et les effets. Plus l’homme est capable de produire la violence, plus il la produit. Nous sommes aujourd’hui menacés d’un vol de l’arme atomique par des individus qui n’hésiteront pas à s’en servir. La possession des moyens de destruction les plus perfectionnés est un signe du retour de l’archaïque. L’islam a tenté de réguler la violence à travers sa forte capacité d’organisation et le monde islamique ne se confond pas avec un déchaînement de la violence auquel nous serions étrangers. Pour autant, je pense que le christianisme a une vision plus profonde de la violence. Dans la Passion, la crucifixion du Christ révèle la violence. C’est la révélation du meurtre fondateur, le résultat du mécanisme victimaire et c’est Jésus qui rend cela visible en subissant cette violence injuste et en l’exposant aux regards de tous, en la privant ainsi de sa puissance fondatrice.

Pour renoncer à la violence, l’homme doit-il renoncer au désir ?

Le christianisme dit que l’homme doit désirer Dieu. Aujourd’hui, les individus intelligents et ambitieux semblent tournés vers l’accroissement de la puissance et la répétition des erreurs du passé. Les textes apocalyptiques des Évangiles annoncent précisément que les hommes succomberont à leur propre violence. C’est la fin du monde permise par les hommes. Le paradoxe, c’est que l’humanité soit plus sceptique que jamais à une époque où elle sait qu’elle a tous les moyens de se détruire. De leur côté, les chrétiens interprètent souvent le christianisme comme une simple philosophie optimiste et, sous prétexte de rassurer, n’en donnent qu’une version édulcorée. Il vaudrait mieux alerter les gens et réveiller les consciences endormies plutôt que de nier les dangers. Nous vivons à la fois dans le meilleur et le pire des mondes. Les progrès de l’humanité sont réels. Nos lois sont meilleures et nous nous tuons moins les uns les autres. En même temps, nous ne voulons pas voir notre responsabilité dans les menaces et les possibilités de destruction qui pèsent sur nous. Les textes chrétiens, en particulier les textes apocalyptiques, collent de façon étonnante à la réalité présente, à savoir une confusion entre les désastres causés par la nature et les désastres causés par les hommes, une confusion entre le naturel et l’artificiel. Dans le cyclone qui a dévasté La Nouvelle-Orléans, on ne pouvait plus distinguer la responsabilité de la nature de celle des hommes.

Il n’est pas trop tard pour bien faire ?

Nous arrivons dans un monde où nous nous trouverons placés devant l’alternative chrétienne, le royaume de Dieu ou la destruction totale, la réconciliation ou rien. Les hommes cherchent des échappatoires pour ne pas voir ce qui s’impose à eux, pour ne pas être pacifiques, pour ne pas rencontrer l’autre. Le christianisme est la seule utopie qui dise la vérité sur cette situation. Ou bien les hommes la réaliseront en renonçant à la violence, ou bien ils s’autodétruiront. Ce sera la violence absolue ou la paix.

Recueilli par François d’ALANÇON

Voir également:

textes de l’Apocalypse …

L’Apocalypse a commencé Antoine Nouis et Jean-Luc Mouton Réforme 31 juillet 2008

Mondialement connu pour sa théorie mimétique, René Girard se définit lui-même comme un anthropologue de la violence et du religieux.

Il analyse et commente ici l’actualité sombre du monde à la lumière de son dernier livre inspiré par la lecture de Clausewitz.

La pensée de René Girard, en apparence limpide, se révèle cependant complexe car paradoxale et radicalement différente des courants dominants. Encensé ou vivement contesté, René Girard fait débat aujourd’hui, notamment en raison de ses convictions chrétiennes.

Il vient pour l’heure de publier en français Achever Clausewitz (éd. Carnets Nord, 365p., 22 euros), un livre d’entretiens consacré à Carl von Clausewitz (1780-1831), stratège prussien, auteur du De la guerre. On se souvient de sa formule : « La guerre est la -continuation de la politique par d’autres moyens. » Loin de contenir la violence, la politique court derrière la guerre : les moyens guerriers sont devenus des fins. « Achever Clausewitz », c’est lever un tabou : celui qui nous empêchait de voir que l’Apocalypse a commencé. Car la violence des hommes, échappant à tout contrôle, menace aujourd’hui la planète entière.

Même s’il est un peu troublant et fort peu réconfortant de commencer une nouvelle année par une réflexion aussi pessimiste, il faut bien aussi tenter de regarder le monde en face. Nous avons atteint un point, rappelle avec force René Girard, où la disparition de l’espèce humaine devient possible – disparition qui est déjà annoncée dans la Bible – si l’homme ne renonce pas à la violence et à la rivalité.

Vous évoquez dans votre livre, en citant Clausewitz, une « montée aux extrêmes ». Pour vous, l’Apocalypse a déjà commencé…

Je pense qu’il est nécessaire de dire aujourd’hui la vérité en premier lieu sur les phénomènes liés à la dégradation de l’environnement. La fonte, par exemple, des glaces du Groenland est un phénomène très alarmant. Tous les Etats le savent. C’est un enjeu vital aujourd’hui. Les événements qui se déroulent sous nos yeux sont à la fois naturels et culturels, c’est-à-dire qu’ils sont apocalyptiques. Jusqu’à présent, les textes de l’Apocalypse faisaient rire. Tout l’effort de la pensée moderne a été de séparer le culturel du naturel. La science consiste à montrer que les phénomènes culturels ne sont pas naturels et qu’on se trompe forcément si on mélange les tremblements de terre et les rumeurs de guerre, comme le fait le texte de l’Apocalypse. Mais, tout à coup, la science prend conscience que les activités de l’homme sont en train de détruire la nature. C’est la science qui revient à l’Apocalypse.

Cette réalité-là m’impressionne profondément. Depuis trois cents ans, la science a plaidé le contraire pour retomber aujourd’hui sur cette découverte très scientifiquement au moment où on s’y attend le moins. Autrement dit, la pensée apocalyptique n’est plus folle, elle est en train d’entrer dans la vie quotidienne. Si un ouragan de plus touche La Nouvelle-Orléans dans les prochains mois, la question des liens entre ces phénomènes et les activités humaines se reposera. Lorsque l’Apocalypse mélange les deux, c’est une opération qui, sur le plan intellectuel aujourd’hui, a un intérêt prodigieux que même les chrétiens ne veulent pas voir. Ces derniers n’osent pas parler de l’Apocalypse. Des formes de pensée que nous pensions dépassées sont en train de revenir… et ce sont des formes de pensée évangéliques. Ce qui nous paraissait archaïque revient parmi nous sur les ailes de la science. Nos contemporains ne sont pas encore prêts à entendre ces paroles, mais ils vont bientôt l’être.

Pourquoi liez-vous la montée en puissance de la violence avec celle des températures à la surface du globe ?

Il existe un lien direct. Je définis la violence par la rivalité. Dans le monde actuel, beaucoup de choses correspondent au climat des grands textes apocalyptiques du Nouveau Testament, en particulier Matthieu et Marc. Il y est fait mention du phénomène principal du mimétisme, qui est la lutte des doubles : ville contre ville, province contre province… Ce sont toujours les doubles qui se battent et leur bagarre n’a aucun sens puisque c’est la même chose des deux côtés. Aujourd’hui, il ne semble rien de plus urgent à la Chine que de rattraper les Etats-Unis sur tous les plans et en particulier sur le nombre d’autoroutes ou la production de véhicules automobiles. Vous imaginez les conséquences ? Il est bien évident que la production économique et les performances des entreprises mettent en jeu la rivalité. Clausewitz le disait déjà en 1820 : il n’y a rien qui ressemble plus à la guerre que le commerce. Souvent les chrétiens s’arrêtent à une interprétation eschatologique des textes de l’Apocalypse. Il s’agirait d’un événement supranaturel… Rien n’est plus faux ! Au chapitre 16 de Matthieu, les juifs demandent à Jésus un signe. « Mais, vous savez les lire, les signes, leur répond-t-il. Vous regardez la couleur du ciel le soir et vous savez deviner le temps qu’il fera demain. » Autrement dit, l’Apocalypse, c’est naturel. L’Apocalypse n’est pas du tout divine. Ce sont les hommes qui font l’Apocalypse. Il existe aujourd’hui un moment de chambardement qui m’intéresse au plus haut point.

S’il existe une consonance entre l’évolution du monde et les textes de la Bible, quel message nous donnent-ils pour nous guider ? Ils nous avertissent contre notre violence. Ils nous disent : il faut s’en occuper. Mais ils ne disent pas que c’est Dieu qui intervient dans la montée des eaux ou dans la perte des glaces au pôle Nord. Les grands dirigeants du monde en sont cependant encore à se demander qui aura le droit d’extraire prioritairement le pétrole de cette région du Pôle ! Ce qui, évidemment, ne peut qu’accentuer les risques pour la planète. Là résident le comique et le tragique de notre temps. La bonne manière d’écouter ces textes est de faire nôtre cette inquiétude, elle n’est pas celle de Dieu. Nous en sommes seuls la cause. Nous avons mal utilisé nos pouvoirs et nous continuons de le faire. Nous lisons tout à l’envers.

Le développement continu des armements va dans le même sens, de même que les manipulations biologiques dont les hommes tireront on ne sait encore quelle nouvelle puissance pour guerroyer. Etant donné ce que les hommes ont été capables de faire jusqu’ici, peut-on vraiment leur faire confiance ? Cette folie de l’homme est prévue, annoncée par les Evangiles. Dieu n’en est aucunement responsable. Dans ces conditions, je ne vois pas de tâche plus importante que de rappeler sans cesse le réalisme de la révélation et des textes apocalyptiques. Mais même l’Eglise ne s’y réfère plus jamais.

Vous avez une vision très pessimiste de l’Histoire…

Savez-vous qu’il est courant de professer une vision optimiste à mesure que se multiplient les dangers ? Les Etats sont capables de voir un problème à la fois, et sur le court terme. Mais si on prend tous les problèmes qui assaillent notre époque en même temps, n’est-ce pas monstrueux ? Mieux, l’avenir du monde semble totalement désespéré. Et pourtant, c’est bien de cela qu’il faut s’occuper. Si on a envie que nos petits-enfants puissent vivre sur une terre où ils puissent se tenir debout. Ceux qui tentent d’avertir les hommes d’aujourd’hui arrivent dans une atmosphère totalement athée. Les hommes de notre temps n’arrivent pas à percevoir l’importance et le sens de ces textes apocalyptiques de la Bible. L’Apocalypse, c’est la durée, si ces temps n’avaient pas été abrégés, il n’y aurait plus un seul adorateur du Dieu unique. Dans les grands textes des Evangiles synoptiques, ces temps sont longs et nous y sommes pleinement entrés. Je ne suis pas pessimiste, au fond. J’attends, comme tout chrétien, l’avènement du Royaume de Dieu.

A partir de votre analyse, quelle parole recommandez-vous aux Eglises ?

Il faut d’abord que les uns et les autres lisent le chapitre 24 de Matthieu, le chapitre 13 de Marc et çà et là quelques passages dans l’Evangile de Luc ! Mais comment comprendre ces passages ? Pour moi, l’homme est foncièrement en rivalité et violent. Il entraîne un désordre de toute la communauté qui finit par un phénomène de bouc émissaire. Dans le christianisme, le phénomène du bouc émissaire ne peut plus se produire parce qu’on le comprend trop bien. Pour qu’un phénomène de bouc émissaire se produise, il faut croire que la victime est coupable. Donc avoir un bouc émissaire, c’est ne pas savoir qu’on l’a. Et, par conséquent, savoir qu’on l’a, c’est être privé de moyens sacrificiels d’arrêter la violence. Nous sommes dans cette situation-là, donc nous sommes confrontés à notre propre violence et la seule solution, c’est celle qui est là, dans le christianisme – qui vient en premier lieu d’ailleurs, bien avant toutes choses –, c’est-à-dire l’offre du Royaume et la non-représaille universelle. La logique est parfaite. De ce point de vue, je ne peux que souhaiter aux uns et autres de se tourner vers le Christ. Je ne suis qu’un chrétien très classique, au fond…

Et que dire aux autorités politiques ?

Qu’il faut tout faire pour interrompre ces processus sans fin qui nous mènent à la destruction totale. C’est-à-dire qu’il faut accepter des mesures qui sont encore impensables aujourd’hui. Diminuer la production, s’il le faut, pour sauver la planète. Nombre d’Américains rattachés au camp républicain estiment que tous ces discours apocalyptiques n’ont pour but que les empêcher de gagner tout l’argent qu’ils méritent. Les conséquences de cette insouciance sont une réelle menace pour l’humanité. Le problème est que les responsables politiques qui tiendraient un tel langage de vérité ne sont pas éligibles. Qui peut attirer les suffrages de ses concitoyens en prônant une politique de restriction dans tous les domaines ou prétendre supprimer les automobiles ? Comment déplaire à l’opinion publique et annoncer de nouvelles mauvaises ? Sans doute, l’évolution de notre planète va devenir telle que des mesures très dures et difficiles s’imposeront. Reste que la démocratie n’est pas armée pour faire face à une situation d’urgence. Nous sommes bien dans une perspective apocalyptique.

La peur, comme le suggère Hans Jonas, ne pourrait-elle pas créer cependant les conditions d’une remise en question ? La peur est pédagogique jusqu’à un certain point. Le sera-t-elle suffisamment ? Cela me paraît fort douteux. Il faut continuer à dire aux opinions publiques que tout finira mal, sans cela vous ne les réveillerez jamais. L’annonce de l’Apocalypse, c’est avant tout le seul discours qui puisse contribuer à sauver le monde. Le problème des responsables est de se situer toujours dans le court terme. Le fondement du religieux, sur le plan social et politique, apparaît à l’inverse comme la pensée de la continuité, le souci de l’avenir. Les discours des religions et celui du christianisme rappellent toutes les traditions qui demandent à être maintenues, la famille par exemple. Traditions qui ont pour fonction de maîtriser la temporalité qui nous échappe. Donc, le religieux est d’une certaine manière conservateur.

Seriez-vous d’accord avec l’affirmation selon laquelle « le christianisme serait la religion de la sortie de la religion » ?

Ceux qui l’évoquent, comme Marcel Gauchet, le disent d’une façon athée, humaniste, la fin du religieux d’une manière post-hégélienne. Alors que je dis de mon côté que c’est la fonction du christianisme depuis le début. Le christianisme n’est pas une religion comme les autres. Les religions ont des dieux, des règles, des doctrines… Le christianisme ne nous apprend pas qui est Dieu, ou plutôt, si nous le savons, ce n’est qu’à travers le Christ. Parce que la mort du Christ nous a appris ce que sont les religions en révélant le mécanisme sacrificiel qui les fonde. La prédication du Christ est la seule à avoir dévoilé l’origine violente de l’humanité et sa perpétuation culturelle. L’échec de la prédication et la Passion, qui sacrifie le plus innocent de tous, ouvrent la voie à la lente connaissance de la méconnaissance du mécanisme victimaire.

Je défends depuis de longues années l’idée que cette révélation du mécanisme de la violence, du sacrifice, est inscrite dans le texte même des Evangiles. La question est : « Mais pourquoi existe-t-il des religions ? ». A mon sens, parce que l’on s’imagine que la victime est vraiment responsable et peut donc provoquer la réconciliation. En réalité, ce phénomène purement victimaire pourrait se passer sur n’importe qui. Le Christ, justement, n’est pas n’importe qui parce qu’il accepte cette mort pour faire connaître aux hommes ce qu’est réellement le religieux. Cette fonction du Christ donne au christianisme une place qui lui permet même d’approuver l’antireligion moderne dans ce qu’elle a de vrai.

L’apparition des fondamentalismes ne serait-elle pas une manière de réintroduire de la religion ?

Oui et non. Le fondamentalisme est avant tout un combattant du religieux. Les fondamentalistes sont dans le même mouvement que des athées qui sont partisans de telle ou telle idéologie. Généralement, les fondamentalistes que l’on rencontre aux Etats-Unis sont plutôt ignorants, mais voudraient bien qu’on les laisse tranquilles et que l’on ne les attaque pas systématiquement sur leurs convictions contre le mariage homosexuel. Convictions qu’ils considèrent conformes à leur lecture traditionnelle de la Bible. Ils sont en réalité minoritaires et ne dominent en rien l’Amérique. Pourtant, j’adresse aux fondamentalistes un reproche fondamental : ils attribuent à Dieu, ou à des phénomènes surnaturels, ce qui revient en réalité aux hommes. C’est pour cette raison qu’ils sont absurdes et non pour leurs convictions que l’on a coutume de qualifier de rétrogrades.

A propos du sacrifice, comment comprendre le sacrifice de ces terroristes qui donnent leur vie pour ôter celle d’autres vivants ?

Nous ne savons pas. Nous sommes devant une culture de mort qui nous échappe. Le 11 septembre 2001 a été le début d’une nouvelle phase. Le terrorisme actuel reste à penser. On ne comprend toujours pas ce qu’est un terroriste prêt à mourir pour tuer des Américains, des Israéliens ou des Irakiens. La nouveauté par rapport à l’héroïsme occidental est qu’il s’agit d’imposer la souffrance et la mort, au besoin en les subissant soi-même. Cette « montée aux extrêmes » de la violence sort de notre univers.

Je crois que nous sommes attachés à la vie d’une manière qui ne nous permet pas d’y accéder. Le terrorisme nous dépasse, on a l’impression de ne plus pouvoir réfléchir. C’est une menace, du fait même que l’on ne comprend pas. On ne peut pas négocier. Et encore moins faire la guerre contre le terrorisme sans même savoir où sont les terroristes, s’ils existent, s’ils ont envie de négocier…

Les Américains ont commis l’erreur de « déclarer la guerre » à Al-Qaida alors qu’on ne sait même pas si Al-Qaida existe. Le président Bush a réagi avec son instinct d’Américain, comme s’il s’agissait d’un adversaire habituel. Il s’est lourdement trompé. Il pensait répondre à une attente. Mais sans réflexion. Il savait que l’Amérique attendait de l’action. D’où la guerre d’Irak… Une bêtise absolue ! L’ère des guerres est finie : désormais, la guerre est partout. Nous sommes entrés dans l’ère du passage à l’acte universel. Il n’y a plus de politique intelligente. Nous sommes près de la fin.

Vous situez le Christ au cœur de l’histoire de l’humanité, mais quelle place accordez-vous aux autres religions ?

Les autres religions sont nécessaires pour l’arrivée au christianisme. L’éducation de l’homme est faite par le religieux. Les religions non chrétiennes sont nécessaires à un certain stade de l’humanité. Elles ont permis ce passage de l’animalité jusqu’à l’homme. Mais le christianisme met fin à ces religions et nous place devant l’Apocalypse.

Le sacrifice, par exemple, personne ne peut le définir parce que c’est trop évident. Il s’agit d’une violence de substitution, nécessaire pour passer la colère des hommes. Le nom chrétien du péché capital est bien la colère, plus que le ressentiment. Le péché originel, c’est la violence, ou plutôt l’ensemble, orgueil, colère et violence. L’islam, de son côté, ne dit rien contre la violence. Il l’accepte parfois comme un des véhicules de la révélation de Dieu. Il n’y a de devoir du chrétien de conquérir quoi que ce soit par la violence. D’une certaine manière, l’islam est une idéologie religieuse qui reste plongée dans l’archaïsme. Il en va différemment du judaïsme. Dans la Bible, on trouve les premiers textes religieux où la victime est innocente. L’histoire de Joseph, par exemple, on sent bien qu’elle va vers le christianisme, elle est tout entière prophétique, au sens chrétien du terme. Précisément parce qu’elle fait de la victime la victime de ses frères. L’histoire commence par une sorte de lynchage, et ce lynchage, c’est celui de l’innocent et non pas du coupable… Déjà l’histoire du Christ.

Que répondez-vous à ceux qui, à l’exemple du philosophe Michel Onfray, considèrent que ce sont les religions qui sont sources de violences et de guerres ?

Ce sont des penseurs qui en sont encore à Auguste Comte. Un homme qui considérait que le religieux était essentiellement une réponse à la question des origines de l’univers. Le bon sauvage sous le ciel étoilé qui médite sur l’univers et se demande d’où cela vient… La religion archaïque n’a strictement rien à voir avec ce genre de préoccupation.

Pour ce qui est de la violence, sachez qu’à toutes les époques on tue au nom de ce qui importe alors. Au moment de la féodalité, on estimait que la justice royale permettrait une paix universelle. A partir des rois on a cru que les querelles dynastiques étaient à l’origine des guerres. Quand on en arrive à la république, Clausewitz voit très bien que celle-ci produit une mobilisation du peuple pour la guerre, qui jusqu’alors était le fait des princes. L’origine de la violence sera toujours cherchée ailleurs, on désignera toujours la chose la plus importante du moment… Alors que c’est l’homme, bien entendu, qui est à la source de toute violence.

Vous considérez cependant le christianisme comme une religion rejetée, sinon méprisée, aujourd’hui…

Le christianisme est radicalement méprisé. Et il est le seul dans ce cas. Il est méprisé particulièrement en Europe parce qu’il faut se défendre contre lui. Il annonce que les hommes sont violents, c’est lui qui vient troubler notre tranquillité archaïque. Le christianisme n’est pas reçu, en réalité, parce qu’il n’est pas compris. Il faut en revenir au texte et au message évangélique…

Démarche protestante, s’il en est…

Savez-vous que les catholiques ont toujours pensé que j’étais protestant ? A dire vrai, protestantisme, catholicisme…, cela n’a pas grande importance à mes yeux. Les catholiques sont aussi influencés par les protestants que les protestants peuvent l’être par les catholiques. La remarque est évidente pour ce qui est des Etats-Unis. Les protestants comprennent la valeur de l’unité. Les intellectuels, en particulier, regardent beaucoup plus aujourd’hui ce qui se passe dans l’Eglise catholique. Il se trouve que de nombreuses conversions au catholicisme ont lieu en ce moment aux Etats-Unis. Il faut dire que la vie intellectuelle dans les universités américaines est dominée par des figures catholiques. Les White Anglo-Saxons Protestants sont toujours, de leur côté, plus attirés par le business. C’est peut-être le souci de la parole d’autorité, de la parole qui se fait entendre dans le monde, qui questionne aujourd’hui la pensée américaine. D’où peut-être cette attirance nouvelle pour l’universalité du catholicisme.

Le tragique serait-il pour vous le dernier mot de l’Histoire ?

Le tragique en grec, c’est le mot trogos. C’est la mort de cette victime qui finalement réconcilie. Donc, c’est aussi la catharsis. La tragédie grecque elle-même ne fait que répéter la naissance du religieux. C’est la mort de la victime qui ramène la paix en amenant la purification de la violence. La mort de la victime ramène la paix. La tragédie respecte le schéma de la religion archaïque. Reste quand même une incertitude sur la vérité de la culpabilité de la victime. Cela va dans le sens du christianisme. Mais accepter la vérité du christianisme, c’est se débarrasser du tragique, c’est l’au-delà du tragique. Nous ne savons pas ce dont il s’agit réellement. Mais nous savons pourtant que l’Apocalypse, ce n’est pas triste, dans la mesure où si on arrive vraiment à elle, on commence à passer à autre chose. Les chapitres apocalyptiques des Evangiles annoncent cela, mais ne sont pas pour autant un happy end. La providence, c’est toujours une attente, l’Apocalypse, c’est sûr.

Reste que nous ne sommes pas appelés à la peur, mais à la confiance…

« N’ayez pas peur. » Cette parole apocalyptique se trouve dans l’Evangile. Cela ne va pas être facile, ni plaisant, mais le Christ nous dit : « Ne vous en faites pas ! » Il faut continuer jusqu’au bout, comme si de rien n’était. La vocation de l’humanité continue. Penser vraiment l’Apocalypse, c’est penser la tragédie des temps qui viennent dans une lumière chrétienne qui est fondamentalement optimiste. Ce n’est pas la fin de tout, mais l’arrivée du Royaume de Dieu. Royaume de Dieu dont nous n’avons aucune explication. Mais qu’importe, puisqu’il se rapproche de nous.

Présentation de l’éditeur

Comment ne pas être inquiet? Chaque jour, de mauvaises nouvelles sont assenées sur l’état de la planète, celui de notre civilisation ou sur notre santé. Et nous sommes abreuvés de prévisions catastrophistes. La population mondiale s’accroît trop vite; les ressources naturelles vont s’épuiser rapidement; le climat va se détériorer gravement ; les produits chimiques affectent notre santé ; le modèle capitaliste s’effondre ; le temps de la suprématie occidentale est terminé; les grandes épidémies vont revenir ; le djihadisme menace les fondements de notre civilisation; la prolifération des armes de destruction massive est incontrôlable… Sans compter que le terrorisme nucléaire n’est pas loin. Les gouvernements, les institutions internationales, les ONG et les experts ont tous une part de responsabilité dans cette politique de la peur, nombreux d’ailleurs sont ceux qui en bénéficient. Et si la planète allait bien mieux qu’on ne le croit ? Et si l’avenir de l’humanité était beaucoup moins sombre qu’on ne le dit ? Les prophètes de malheur ont beaucoup de succès, mais il s’avère qu’ils ont toujours eu tort. À l’encontre des idées reçues, Bruno Tertrais propose ici une autre lecture du monde, qui met l’accent sur des faits souvent ignorés et sur les incertitudes qui entachent les prévisions catastrophistes. En s’appuyant sur les dernières statistiques, en procédant à une analyse rigoureuse des faits et à un décryptage des études scientifiques les plus pointues, L’Apocalypse n’est pas pour demain met la compréhension des grands problèmes contemporains à la portée de tous. Ce livre est une véritable invitation à retrouver une vision plus sereine de nos sociétés et de leur avenir, et à croire au progrès au sens noble du terme – c’est-à-dire à l’amélioration de la condition humaine.

Notes de lecture

L’apocalypse n’est pas pour demain. Pour en finir avec le catastrophisme

Bruno Tertrais, Paris, Denoël, 2011, 277 p.

Yves Gounin

IRIS

« La planète et l’humanité vont bien mieux qu’on ne le croit (…) l’avenir est beaucoup moins sombre qu’on ne le dit » (p. 10). En défendant une vision plus sereine de nos sociétés et de leur avenir, Bruno Tertrais est politiquement incorrect. En refusant de céder au catastrophisme ambiant et en questionnant la pertinence du principe de précaution en passe d’être érigé en dogme, il fait aussi preuve de courage.

L’heure, dit-il, est aux Cassandres. Quand on ne prédit pas la fin du monde, on annonce la fin de notre planète, le réchauffement climatique, l’extinction des ressources énergétiques, le tarissement de la biodiversité, la multiplication des catastrophes naturelles… L’heure est à la peur et au soupçon. La médecine, la technologie, la chimie, qui permirent longtemps l’amélioration de la condition humaine sont désormais tenues en suspicion. On prête les plus noirs desseins aux firmes pharmaceutiques, aux grands groupes pétroliers, aux géants de l’agroalimentaire. L’avenir n’est plus source d’espoir, mais au contraire d’angoisse. Si la génération de nos parents croyait encore dans le progrès, nous aspirons tout au mieux à léguer à nos enfants la Terre dans le même état que celui dans lequel nous l’avons trouvée. La société construite sur ces principes est « craintive (…), minée par le sentiment de vulnérabilité, obsédée par le risque zéro » (p. 75).

Battant en brèche quelques idées reçues, B. Tertrais montre que nous n’avons jamais dans l’Histoire été aussi bien nourris, soignés, éduqués et protégés.

Il dénonce surtout l’idéologie environnementaliste et ses sombres prédictions, qui sous-estiment les capacités d’adaptation des ressources humaines. Ainsi de l’idée d’une Terre « finie » qui repose sur une vision statique des ressources et ignore que le prix constitue un facteur d’ajustement extraordinaire. Qu’il s’agisse de la surpopulation, de la déforestation, du manque d’eau, des pluies acides ou du trou dans la couche d’ozone, B. Tertrais montre, qu’à rebours d’une vision conservationniste qui relève du fétichisme de la Nature, ces problèmes dont la réalité scientifique n’est pas toujours certaine peuvent être appréhendés sans verser dans le catastrophisme.

C’est au réchauffement climatique qu’il consacre les plus longs développements. Il procède à une relecture attentive des rapports du GIEC pour en stigmatiser les erreurs méthodologiques et les résumés biaisés. Sans doute, admet-il, le climat se réchauffe mais il insiste sur les incertitudes qui entourent les causes de ce réchauffement. Surtout, dit-il, l’ampleur du réchauffement prévisible est exagéré et ses conséquences potentielles dramatisées. A titre d’exemple, le réchauffement climatique devrait permettre d’étendre les surfaces agricoles (en permettant l’exploitation des immenses pergélisols du nord du Canada et de la Sibérie) et d’augmenter leur rendement.

Mais jamais B. Tertrais n’est-il plus convaincant que lorsqu’il évoque les soi-disant « nouvelles menaces » géopolitiques du siècle naissant. Il souligne combien la fin de la Guerre froide a conduit à une pacification de la planète et à une diminution des risques. On a certes, depuis le 11-Septembre, érigé le fondamentalisme islamiste en nouvel Ennemi. Mais il a raison de rappeler l’échec de l’islamisme politique et l’impasse du terrorisme al-qaidiste. Et si la suprématie américaine sera relativisée par l’émergence de nouvelles puissances, la marginalisation du modèle occidental n’est pas pour demain.

On peut certes questionner la légitimité de B. Tertrais, expert des questions militaires et stratégiques, à mettre en cause certaines vérités scientifiques tenues pour acquises dans le domaine de l’écologie ou de la climatologie. Son réquisitoire, par son systématisme, verse parfois dans les excès qu’il dénonce : il est tout autant caricatural d’affirmer que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes que d’annoncer la Fin du Monde.

Pour autant, le livre de B. Tertrais a le mérite de souligner les dangers du catastrophisme ambiant, ses dérives autoritaristes, son coût exorbitant, sa philosophie délétère et de promouvoir, au contraire, un progressisme éclairé et confiant dans la capacité humaine à résoudre les défis sanitaires et environnementaux.

L’apocalypse n’est pas pour demain

L’Apocalypse n’est pas pour demain. Pour en finir avec le catastrophisme
.
 Bruno Tertrais
, Denoël, 2011, 288 p., 20 €.

Thierry Jobard

« Le pessimisme est d’humeur, l’optimisme est de volonté », a dit le philosophe Alain. Face à la tendance pessimiste dominante, Bruno Tertrais entend réagir contre ce qu’il juge être des lieux communs du catastrophisme : peurs sanitaires, crainte face à l’épuisement des ressources naturelles, panique du réchauffement climatique, déclin annoncé de l’Occident, nouvelles menaces de guerre et de terrorisme…
Dans le sens commun, il y a souvent confusion entre différence de nature et différence de degré. Cette disposition incite les gens à adopter des jugements tranchés, qui vont à l’opposé d’un pragmatisme expérimental qui a pourtant fait ses preuves. Ainsi, un produit alimentaire ou pharmaceutique est rarement intégralement bon ou complètement mauvais : c’est son dosage qui importe. Pour qu’une étude soit valable, il est indispensable de pouvoir la réitérer pour la confirmer. Or, bien souvent, c’est le dernier résultat en date qui fait foi, induit des mesures instantanées, avant d’être très souvent remis en cause. Ainsi, si l’on admet qu’un réchauffement climatique est en cours, aucune étude ne peut à ce jour faire vraiment la part entre facteur cyclique naturel et facteur anthropique. Et si chaque étude peut être contredite par la suivante, mieux menée, plus complète, comment établir un jugement fiable sur la réalité ? Parmi les multiples sources d’information, lesquelles sont à privilégier ? C’est ce brouillage permanent de l’information qui provoque les réflexes de repli sur la vision la plus sombre possible de l’avenir. Or, selon l’auteur, plutôt que de batailles de chiffres, les citoyens ont besoin d’un peu plus de méthode pour apprécier la situation.

Bruno Tertrais Le progressiste

La peur n’est pas bonne conseillère mais elle rapporte gros. C’est pour aller contre ce «marché de la peur» que le politologue Bruno Tertrais publie L’apocalypse n’est pas pour demain, avec ce sous-titre encore plus explicite : Pour en finir avec le catastrophisme. «Depuis vingt-cinq ans, écrit-il, c’est un déferlement d’inquiétudes», accéléré par internet. Certaines sont justifiées, d’autres « irrationnelles ». Dans l’ordre chronologique (et sans exhaustivité) : le sida, les pluies acides, les pesticides, le trou de la couche d’ozone, les migrations de l’Est, l’islamisation, la vache folle, le bug de l’an 2000, les OGM, le djihadisme, l’anthrax, le sras, le réchauffement climatique, la grippe aviaire, la crise financière, la grippe H1N1… L’auteur, spécialiste de la dissuasion nucléaire, rappelle que les apocalypses promises hier ne se sont jamais matérialisées et démonte une à une ces nouvelles terreurs. Sur le réchauffement climatique, il prend à contre-pied les théories du Giec et appelle à la plus grande prudence concernant les mesures de réduction du CO2, certains écologistes allant jusqu’à prôner la limitation des naissances ! La tragédie japonaise et sa crise nucléaire ne le font pas varier d’un pouce : «Imaginez que cela se soit produit dans un pays non-développé: le nombre de morts aurait été de 200000, répond Bruno Tertrais.Le développement et la croissance nous protègent des catastrophes naturelles.»

L’apocalypse n’est pas pour demain, publié le 11avril chez Denoël, 240p., 19€.


Religion/France: Attention, un indigène peut en cacher un autre (Reverse Fidei Donum : After the Polish plumber, will the African priest save France from impending doom ?)

22 juin, 2011
Mais, quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre? Jésus
Cette affaire est très grave, car la directive Bolkestein permet à un plombier polonais ou à un architecte estonien de proposer ses services en France, au salaire et avec les règles de protection sociale de leur pays d’origine. Sur les 11 millions de personnes actives dans les services, un million d’emplois sont menacés par cette directive. Il s’agit d’un démantèlement de notre modèle économique et social. Philippe De Villiers
Ces dernières années, la reproduction de villes européennes est devenue un sport national en Chine, avec l’inauguration, entre autres en 2005, de Chengdu British Town, calquée sur la ville anglaise de Dorchester. Direct matin
Pour des touristes, ce sont peut-être des œuvres d’art. Pour nous, ce sont des monuments à la gloire de Dieu, et ils doivent le rester. Richard Czurylo (prêtre d’un petit village autrichien)
Si dans les enquêtes PISA, dans tous les pays concernés, on enlève finalement les enfants issus de l’immigration, on n’a pas du tout les mêmes résultats. Marie Reynier (rectrice de l’académie d’Orléans-Tours)
Certains ont raconté à la police qu’ils sont pourchassés dans leur pays. Ils ont si bien préparé leur histoire qu’elle est entrée dans leur ventre – même un détecteur de mensonges ne peut découvrir la vérité. Amidou (patron de cybercafé camerounais, Hong Kong)
Terre de tradition anticléricale, le Limousin (Corrèze, Creuse, Haute-Vienne) est un quasi-désert religieux. Aujourd’hui, la présence cléricale y est maintenue par des prêtres venus d’ailleurs : Europe de l’Est, Vietnam et, surtout, Afrique. Le père Auguste Coly, sénégalais, exerce dans les paroisses des beaux quartiers de Limoges. La paroisse Saint-Jean-Baptiste, que dessert le père Barthélemy Binia depuis Pierre-Buffière (1 200 habitants, chef-lieu de canton), englobe quinze «clochers». D’autres sont venus du Congo-Brazzaville, du Bénin ou du Burkina Faso. Entre planification des messes quotidiennes, baptêmes, obsèques, organisation de la catéchèse, ces prêtres sillonnent leur territoire à raison de plusieurs centaines de kilomètres par mois. Le Monde magazine
En Afrique, les églises débordent, ici elles sont presque vides ; en Afrique, leur fréquentation est jeune, ici elle est âgée. Là-bas, les messes sont joyeuses et débordantes de mouvement; ici, elles sont silencieuses, les gens ne les chantent pas et pour nous elles sont tristes. (…) Ici, vous ouvrez la messe par la contrition et l’imploration. En Afrique, on l’ouvre par la joie et la jubilation devant la beauté du monde. (…) C’est vrai que le pays et la famille me manquent ; mais j’ai des amitiés ici. Et puis, il y a du boulot. Barthélemy Binia (prêtre centrafricain)
Le statut de prêtre «Fidei Donum» (don de la foi) a été créé par une encyclique du pape Pie XII, le 21 avril 1957, pour ouvrir aux prêtres diocésains les «appels de la mission», jusqu’alors confiés à des ordres missionnaires spécialisés, aujourd’hui en manque d’effectifs. Les départs sont conclus pour trois ans renouvelables, par accords entre l’évêché d’origine et l’évêché de destination. A la promulgation de l’encyclique, 950 prêtres français sont partis en Afrique et en Amérique latine. Depuis, l’effondrement du nombre des ordinations a inversé la situation. Pour 165 prêtres français qui officient à l’étranger, 1 472 prêtres étrangers officient en France (avril 2010), soit 13 % de l’effectif national du clergé paroissial. Ils sont venus d’Afrique (793), d’Europe de l’Est (316), d’Asie (222), d’Amérique latine (104), du Moyen-Orient (37). Parfois, ces prêtres d’ailleurs emportent avec eux leurs habitudes, leurs rites. Le «rite congolais», par exemple, est né de «l’inculturation » de la liturgie catholique en Afrique, c’est-à-dire de l’adaptation de l’Evangile dans les cultures populaires. Il se caractérise par l’importance de la musique, des danses et par la transformation de l’homélie en échanges de paroles – les «palabres » – entre le prêtre officiant et les fidèles. Il modifie aussi le déroulement de la messe et célèbre les ancêtres au même titre que les saints. Un office peut durer jusqu’à trois heures et plus. Ce rituel est apparu spontanément et progressivement à partir de l’indépendance du Congo belge, en 1960. Il a été peu à peu formalisé, sous l’influence du cardinal Joseph-Albert Malula (1917- 12989), évêque de Kinshasa, et reconnu licite par le Vatican en 1998. (…) Barthélemy Binia, originaire de RDC, réfute le terme d’«animisme » et préfère parler de «religion traditionnelle». Et puis, il s’amuse : «Le Limousin a lui aussi ses pratiques animistes. Quand je suis arrivé ici, j’ai été stupéfait de voir des gens qui ne mettent jamais les pieds à l’église venir me demander d’aller bénir leurs fontaines», sourit-il. Les «bonnes f o n t a i n e s » – près de 300 recensées en Limousin – sont réputées guérisseuses, chacune pour une pathologie identifiée, et visibles dans le paysage par l’accumulation de vêtements accrochés en ex-voto dans les branchages alentour. Le père Barthélémy Binia s’est étonné, aussi, le jour où un paroissien lui a offert un couteau, de l’entendre lui réclamer en échange une pièce de monnaie parce que le don d’un couteau, «ça coupe l’amitié !». Le Monde magazine

Après le plombier polonais … le curé congolais ? Et après la cuisine et la tauromachie, va-t-il falloir, pour la sauver, inscrire la religion chrétienne en France au Patrimoine de l’UNESCO?

A l’heure où certaines de nos chères têtes blondes accourent de la planète entière pour accéder au rare privilège de passer leur bac en voile

Et où une rectrice d’Académie se voit contrainte d’abjurer pour avoir dit la vérité sur le lien évident entre la part d’enfants issus de l’immigration et la baisse du système éducatif français dans les enquêtes internationales …

Pendant que, dépopulation oblige, nos amis et maitres es contrefaçons chinois se démènent pour sauver de l’extinction nos villages pittoresques   …

Retour, avec Le Monde magazine, sur, déchristinaisation oblige, ces Africains qui après le bâtiment, l’enlèvement des ordures et le gardiennage, tentent de ressusciter un nouveau secteur en perdition de l’économie de la Fille ainée de l’Eglise … les paroisses de nos villes et villages !

Clocher. Dans le coeur rural de la France, des prêtres congolais, sénégalais ou burkinabés assurent les offices des paroisses désertées par leurs pairs français et souvent par leurs ouailles. Rencontre avec ces nouveaux propagateurs de la foi.

Missionnaires africains chez les indigènes limousins

Georges Châtain

Le Monde Magazine

Le père Barthélemy Binia, curé à Pierre- Buffière (87), s’amuse en relisant Tintin au Congo. «C’est avec les aventures de Tintin que j’ai appris le français. C’est vrai que nous autres, Congolais, n’y sommes pas gâtés, mais il n’y a pas de quoi en faire un plat. C’était le regard de l’Europe coloniale, l’histoire est comme ça.» Terre de tradition anticléricale, le Limousin (Corrèze, Creuse, Haute-Vienne) est un quasi-désert religieux. Aujourd’hui, la présence cléricale y est maintenue par des prêtres venus d’ailleurs : Europe de l’Est, Vietnam et, surtout, Afrique. Le père Auguste Coly, sénégalais, exerce dans les paroisses des beaux quartiers de Limoges. La paroisse Saint-Jean-Baptiste, que dessert le père Barthélemy Binia depuis Pierre-Buffière (1 200 habitants, chef-lieu de canton), englobe quinze «clochers». D’autres sont venus du Congo-Brazzaville, du Bénin ou du Burkina Faso. Entre planification des messes quotidiennes, baptêmes, obsèques, organisation de la catéchèse, ces prêtres sillonnent leur territoire à raison de plusieurs centaines de kilomètres par mois. Ils sont des personnages familiers de la vie sociale rurale et villageoise. «Il m’arrive même d’être invité aux repas de chasse», confesse Barthélemy Binia.

«Je suis arrivé en septembre 1997, raconte Auguste Coly. Je m’étais rendu en France dans le cadre d’échanges intercatholiques et j’avais appris que l’épiscopat français peinait à trouver des renforts saisonniers pendant les vacances. Je suis venu pour un ou deux mois, et puis, vous voyez, je suis toujours là.» Il a commencé dans une commune rurale du Quercy avant d’être nommé à Limoges en 2007. Barthélemy Binia, ordonné prêtre en 1971, a lui d’abord été secrétaire de l’évêque de Kinshasa, avant de choisir la vie missionnaire en 1989. D’abord au Cameroun. Puis «en 2005, j’ai pris une année sabbatique en France. J’étais en contact avec l’évêque de Limoges, très en prise avec l’Eglise africaine. J’ai effectué plusieurs remplacements et j’ai décidé de rester. C’est comme ça qu’en 2006 je suis devenu limousin». Barthélémy Binia ne se souvient que d’un jeune couple qui a refusé d’être marié par un Noir. «Il n’était pas question de les forcer, mais pas question non plus de céder devant ce genre de refus. Ils n’ont donc pas été mariés par un prêtre, mais par un diacre », explique-t-il. Les souvenirs d’Auguste Coly sont plus sympathiques : «Pour ma première célébration, l’église était pleine. Plusieurs villageois m’avaient apporté des champignons et des fromages, deux produits inconnus et plutôt repoussants pour un Sénégalais. Et puis cela s’est renouvelé, et je ne pouvais pas refuser des dons aussi gentiment offerts. Alors j’ai appris à aimer les champignons et le fromage.» L’effet de surprise, aux dires de Barthélemy Binia, a plutôt concerné les arrivants : «En Afrique, les églises débordent, ici elles sont presque vides ; en Afrique, leur fréquentation est jeune, ici elle est âgée. Là-bas, les messes sont joyeuses et débordantes de mouvement; ici, elles sont silencieuses, les gens ne les chantent pas et pour nous elles sont tristes.» Alors, il a décidé d’inoculer à ses célébrations un peu de l’esprit des pratiques de chez lui qui bouscule l’ordonnance et la componction de la messe. «Ici, vous ouvrez la messe par la contrition et l’imploration. En Afrique, on l’ouvre par la joie et la jubilation devant la beauté du monde.» Musicien, il chante, fait chanter et met dans ses offices une verve qui a d’abord surpris, puis séduit. A Limoges, Auguste Coly a lui aussi donné une coloration nouvelle à ses célébrations: «Je l’ai fait naturellement, sans bien m’en rendre compte. En Afrique, nous aimons animer la messe.»

N’y a-t-il pas pour autant des coups de nostalgie et des envies de retour au pays ? «C’est la famille qui manque, bien sûr, répond Auguste Coly. Je téléphone tous les dimanches.» Mais il aimerait rester encore au moins trois ou quatre ans, pour terminer, parallèlement à son ministère, un doctorat sur «le rôle des associations de parents dans la politique éducative». Barthélemy Binia, lui, est partagé : «C’est vrai que le pays et la famille me manquent ; mais j’ai des amitiés ici. Et puis, il y a du boulot.»

Voir aussi:

«Fidei Donum», la carrière des prêtres en CDD

Georges Châtain

Le Monde Magazine

Le statut de prêtre «Fidei Donum» (don de la foi) a été créé par une encyclique du pape Pie XII, le 21 avril 1957, pour ouvrir aux prêtres diocésains les «appels de la mission», jusqu’alors confiés à des ordres missionnaires spécialisés, aujourd’hui en manque d’effectifs. Les départs sont conclus pour trois ans renouvelables, par accords entre l’évêché d’origine et l’évêché de destination. A la promulgation de l’encyclique, 950 prêtres français sont partis en Afrique et en Amérique latine.

Depuis, l’effondrement du nombre des ordinations a inversé la situation. Pour 165 prêtres français qui officient à l’étranger, 1 472 prêtres étrangers officient en France (avril 2010), soit 13 % de l’effectif national du clergé paroissial. Ils sont venus d’Afrique (793), d’Europe de l’Est (316), d’Asie (222), d’Amérique latine (104), du Moyen-Orient (37). Parfois, ces prêtres d’ailleurs emportent avec eux leurs habitudes, leurs rites. Le «rite congolais», par exemple, est né de «l’inculturation » de la liturgie catholique en Afrique, c’est-à-dire de l’adaptation de l’Evangile dans les cultures populaires. Il se caractérise par l’importance de la musique, des danses et par la transformation de l’homélie en échan ges de paroles – les «palabres » – entre le prêtre officiant et les fidèles. Il modifie aussi le déroulement de la messe et célèbre les ancêtres au même titre que les saints. Un office peut durer jusqu’à trois heures et plus. Ce rituel est apparu spontanément et progressivement à partir de l’indépendance du Congo belge, en 1960. Il a été peu à peu formalisé, sous l’influence du cardinal Joseph-Albert Malula (1917- 12989), évêque de Kinshasa, et reconnu licite par le Vatican en 1998.

Barthélemy Binia, originaire de RDC, réfute le terme d’«animisme » et préfère parler de «religion traditionnelle». Et puis, il s’amuse : «Le Limousin a lui aussi ses pratiques animistes. Quand je suis arrivé ici, j’ai été stupéfait de voir des gens qui ne mettent jamais les pieds à l’église venir me demander d’aller bénir leurs fontaines», sourit-il. Les «bonnes f o n t a i n e s » – près de 300 recensées en Limousin – sont réputées guérisseuses, chacune pour une pathologie identifiée, et visibles dans le paysage par l’accumulation de vêtements accrochés en ex-voto dans les branchages alentour. Le père Barthélémy Binia s’est étonné, aussi, le jour où un paroissien lui a offert un couteau, de l’entendre lui réclamer en échange une pièce de monnaie parce que le don d’un couteau, «ça coupe l’amitié !».

Les candidates voilées peuvent passer le bac

Pierre Teiller

Le Figaro

18/06/2010

Une enseignante agacée par une consigne qui rappelle que des candidates voilées ont le droit de passer l’examen.

Coup de colère d’une professeure de lettres dans un établissement public. Elle s’apprêtait comme chaque année à faire passer les épreuves de français du bac dans un lycée de l’Oise.

En milieu de semaine, elle assiste à une réunion technique préalable aux examens du baccalauréat. Comme elle, les examinateurs sont convoqués pour connaître les modalités, s’accorder sur des barèmes de notation. Du classique. Mais, lors de cette rencontre, le représentant de l’académie d’Amiens croit bon cette année de préciser le comportement à adopter si une candidate arrive voilée. «Elle sera acceptée, dit-il, mais devra soulever son voile pour que vous puissiez vérifier son identité. Ensuite, elle sera autorisée à remettre son voile pour toute la durée de l’examen.»

De quoi agacer l’enseignante qui estime que «cette directive de l’académie d’Amiens va à l’encontre de l’oral de français pour lequel l’expression et l’engagement physique du candidat sont très importants». Si le cas se présentait, l’enseignante l’assure, elle refuserait d’entendre le candidat : «On ne peut pas refuser le voile dans le cadre de l’enseignement tout au long de l’année scolaire et l’autoriser lors du passage du baccalauréat. Pour moi, c’est hypocrite», s’insurge-t-elle.

Pourtant, si la loi interdit bel et bien le voile dans les établissements scolaires, c’est uniquement durant le temps scolaire, dans le cadre strict de l’école. Pas durant les examens.

Un porte-parole de l’académie d’Amiens justifie les conseils donnés aux correcteurs. «Nous adoptons les consignes aux populations qui sont susceptibles de se présenter. Par ailleurs, il faut faire la différence, souligne-t-elle, entre une candidate libre et une candidate scolarisée de façon classique durant l’année. Ces dernières connaissent les règles et ne décident pas de revêtir leur voile le jour de l’examen. En revanche, le cas peut se produire avec une jeune fille suivant les cours à distance du Cned.» Même son de cloche dans les Vosges où quelques cas ont été recensés sans qu’ils ne posent problème. Comme ailleurs dans l’Hexagone, les candidates qui se sont présentées voilées aux épreuves du baccalauréat suivaient généralement leur scolarité par correspondance.

Une façon pour elles d’étudier tout en restant chez elles et de ne pas avoir à retirer leur voile comme elles y seraient contraintes durant des cours dispensés dans les établissements scolaires.

Au ministère de l’Éducation nationale, on affirme d’ailleurs ne pas avoir connaissance de l’ampleur du phénomène et de conflits qui seraient nés à ce sujet. «Nous ne comptabilisons pas les cas qui, de toute façon, sont rares et conformes à la loi.»


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