Droits de l’homme: Contre la dictature du vêtement, salopes de tous les pays unissez vous ! (Why can we be arrested for being naked in the street ? NY erotic photographer turns human rights activist)

23 mars, 2014
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/b/be/Duchamp_LargeGlass.jpghttp://darkroom.baltimoresun.com/wp-content/uploads/2012/08/AFP_Getty-513178632.jpgSimonehttp://comunidade.sol.pt/photos/isabel25/images/2133034/original.aspxIls se partagent mes vêtements, ils tirent au sort ma tunique. Psaumes 22: 18
Les soldats, après avoir crucifié Jésus, prirent ses vêtements, et ils en firent quatre parts, une part pour chaque soldat. Ils prirent aussi sa tunique, qui était sans couture, d’un seul tissu depuis le haut jusqu’en bas. Et ils dirent entre eux:Ne la déchirons pas, mais tirons au sort à qui elle sera. Cela arriva afin que s’accomplît cette parole de l’Écriture: Ils se sont partagé mes vêtements, Et ils ont tiré au sort ma tunique. Jean (19: 23-24)
Dans un entretien (…), Duchamp révèle que cette "mariée" est un concept qui prend sa source dans un stand de fête foraine de province : les jeunes gens devaient envoyer des projectiles sur une représentation de femme en robe de mariée afin de la déshabiller, ses atours ne tenant qu’à un fil. Wikipedia (La Mariée mise à nu par ses célibataires, même, Marcel Duchamp, 1923)
Le grand verre a été qualifié de machine d’amour, mais c’est en fait une machine de souffrance. Ses compartiments supérieurs et inférieurs sont séparés les uns des autres pour toujours par un horizon désigné comme "habits de la mariée". La mariée est suspendue, peut-être à une corde, dans une cage isolée, ou crucifiée. Les célibataires restent au-dessous, à gauche avec la seule possibilité d’une masturbation fiévreuse, angoissée. Janis Mink
J’ai résumé L’Étranger, il y a longtemps, par une phrase dont je reconnais qu’elle est très paradoxale : “Dans notre société tout homme qui ne pleure pas à l’enterrement de sa mère risque d’être condamné à mort.” Je voulais dire seulement que le héros du livre est condamné parce qu’il ne joue pas le jeu. En ce sens, il est étranger à la société où il vit, où il erre, en marge, dans les faubourgs de la vie privée, solitaire, sensuelle. (…) On ne se tromperait donc pas beaucoup en lisant, dans L’Étranger, l’histoire d’un homme qui, sans aucune attitude héroïque, accepte de mourir pour la vérité. Il m’est arrivé de dire aussi, et toujours paradoxalement, que j’avais essayé de figurer, dans mon personnage, le seul Christ que nous méritions. Camus (préface américaine à L’Etranger)
Le thème du poète maudit né dans une société marchande (…) s’est durci dans un préjugé qui finit par vouloir qu’on ne puisse être un grand artiste que contre la société de son temps, quelle qu’elle soit. Légitime à l’origine quand il affirmait qu’un artiste véritable ne pouvait composer avec le monde de l’argent, le principe est devenu faux lorsqu’on en a tiré qu’un artiste ne pouvait s’affirmer qu’en étant contre toute chose en général. Albert Camus
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude. Chesterton
Personne ne nous fera croire que l’appareil judiciaire d’un Etat moderne prend réellement pour objet l’extermination des petits bureaucrates qui s’adonnent au café au lait, aux films de Fernandel et aux passades amoureuses avec la secrétaire du patron. René Girard
Il faut se souvenir que le nazisme s’est lui-même présenté comme une lutte contre la violence: c’est en se posant en victime du traité de Versailles que Hitler a gagné son pouvoir. Et le communisme lui aussi s’est présenté comme une défense des victimes. Désormais, c’est donc seulement au nom de la lutte contre la violence qu’on peut commettre la violence. René Girard
L’inauguration majestueuse de l’ère "post-chrétienne" est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en "radicalisant" le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste , en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et "radicalise" le souci des victimes pour le paganiser. (…) Comme les Eglises chrétiennes ont pris conscience tardivement de leurs manquements à la charité, de leur connivence avec l’ordre établi, dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, elles sont particulièrement vulnérables au chantage permanent auquel le néopaganisme contemporain les soumet. René Girard
La société du spectacle, [selon] Roger Caillois qui analyse la dimension ludique dans la culture (…), c’est la dimension inoffensive de la cérémonie primitive. Autrement dit lorsqu’on est privé du mythe, les paroles sacrées qui donnent aux œuvres pouvoir sur la réalité, le rite se réduit à un ensemble réglés d’actes désormais inefficaces qui aboutissent finalement à un pur jeu, loedos. Il donne un exemple qui est extraordinaire, il dit qu’au fond les gens qui jouent au football aujourd’hui, qui lancent un ballon en l’air ne font que répéter sur un mode ludique, jocus, ou loedos, société du spectacle, les grands mythes anciens de la naissance du soleil dans les sociétés où le sacré avait encore une valeur. (…) Nous vivons sur l’idée de Malraux – l’art, c’est ce qui reste quand la religion a disparu. Jean Clair
Le gros problème des rapports entre les sexes aujourd’hui, c’est qu’il y a des contresens, de la part des hommes en particulier, sur ce que veut dire le vêtement des femmes. Beaucoup d’études consacrées aux affaires de viol ont montré que les hommes voient comme des provocations des attitudes qui sont en fait en conformité avec une mode vestimentaire. Très souvent, les femmes elles-mêmes condamnent les femmes violées au prétexte qu’" elles l’ont bien cherché ".  Pierre Bourdieu
Tout le monde dénonce les normes de silhouette imposées par les médias et elles perdurent étrangement, pourtant certains journalistes des pages société des magazines féminins sont excédés par les dossiers régime sortant systématiquement avant l’été et essaient de s’y opposer. Pourquoi? Les normes obligatoires sont de moins en moins nombreuses, tout est mis en flottement, les gens sont complètement perdus et angoissés et ils n’ont qu’une demande, surtout adressée aux médias: qu’est-ce qui est bien?, qu’est-ce qui est mal? Ou version plus soft: comment font les autres ? La plage est une usine à fabriquer le mot “normal”. C’est celui qui revient le plus fréquemment, jusqu’à la définition d’un beau sein normal. Mais la catégorie la plus intéressante est celle du “trop beau” sein (le mot a été employé), qui dans d’autres contextes a des avantages évidents, mais qui sur la plage, parce qu’il accroche trop le regard, provoque chez la personne qui le possède une moindre liberté de mouvement parce que le regard glisse moins. Cet exemple illustre la fabrication d’une norme par les gens. Ce n’est ni une norme explicite ni une norme obligatoire, on peut en sortir, mais quand on en sort, sur la plage par exemple, on subit le poids des regards. (…) Enlever le haut rend la drague plus difficile. Les hommes doivent montrer qu’ils savent se tenir. Jean-Claude Kauffmann
Nous revendiquons nos atours de filles de joie, notre propension à montrer nos genoux, nos bas résilles et nos oripeaux polissons, car la révolution se fera en talons!  Yagg (collectif de lesbiennes)
I like to wear tops that show my cleavage and show off my ladies. If that makes me a slut, then I’m a slut. Anne Watson (organiser, Australian Sex Party)
I’m proud to be a slut too, it’s all about “inner sexual confidence”.  Katherine Feeney (journaliste)
Aujourd’hui ce que nous faisons c’est SE RÉ-APPROPRIER le mot “salope”. En REPRENANT le mot salope nous lui ENLEVONS SA FORCE. Les gays ont repris le mot ‘queer’, et bravo à eux. Aujourd’hui les femmes et les hommes de Melbourne reprennent à leur compte le mot SALOPE. Leslie Cannold
While I support all efforts to challenge violence against women in all its manifestations – my blog is a witness to the global level of that violence – I hesitate to join the marching ranks. I welcome any confrontation with those who would blame the victim in rape. No woman deserves rape or invites sexual assault. I support the basic intention of the march. But I fear it has become more about the right to be ‘a slut’ than about the right to be free from violence. (…) Is it about mocking and sending up, or owning and embracing? Some organisers and supporters say it’s about reclaiming the word slut, using it as a term of empowerment for women. Some say it’s satire, a send-up, a mockery, about emptying the word of its power by making fun of it. (…) Using slut as the flagship word for this new movement puts women in danger through giving men even more license to think about women in a way that suits them, and not as targets of violence and terrible social discrimination. (…) The men chanting “We Love sluts!” don’t seem to be picking up on any satire. Why would they? Porn culture reinforces the idea that all women are sluts. Slut walks marginalise women and girls who want to protest violence against women but do not want ‘own’ or represent the word ‘slut’. I fear mainstreaming the term even further will increase harassment of women and girls because ‘slut’ will be seen as some kind of compliment. (…) The men who are responding to this message are not getting the irony at all … Men want women to be sluts and now they’re buying in. Gail Dines
As teachers who travel around the country speaking about sexual violence, pornography and feminism, we hear stories from women students who feel intense pressure to be sexually available "on demand". These students have grown up in a culture in which hypersexualized images of young women are commonplace and where hardcore porn is the major form of sex education for young men. They have been told over and over that in order to be valued in such a culture, they must look and act like sluts, while not being labeled slut because the label has dire consequences including being blamed for rape, depression, anxiety, eating disorders, and self-mutilation. Gail Dines and Wendy J Murphy
Depuis longtemps, les prostituées de rues se déguisent en pute pour bien expliquer: le rimmel, les bas-résilles, c’est moi qui vend la marchandise, j’annonce la couleur, laissez la petite secrétaire ou la mère de famille qui fait ses courses.  On savait à quoi s’en tenir.  Mais les marchands de fringues, de musique, de régimes et de cosmétiques ont su convaincre les femmes qu’être un objet était valorisant.  Et que montrer son piercing au nombril était chouette, que le string qui dépasse, la jarretière du bas auto-fixant, la bretelle de soutien-gorge était chouette et libérée.  Bref, la femme marchandise était conquérante, adulée, victorieuse. Et devenait l’étalon. Comme on imposait le voile dans d’autres pays et d’autres cultures, on imposait (moins brutalement mais plus sournoisement, certes) en modèle l’échancré, le transparent, le push-up, le moulant, le fendu, l’épilé, le siliconé. Ce sont ces fausses putes, les "salopes" médiatiques, de Madonna à Britney Spears en passant par Beyoncé qui, en vendant leur cul moulé et gigotant à longueur de vidéo clip ont promu la femme hypersexualisée, libertine et aguicheuse. Et fière de l’être.  "Dior j’adore" nous dit une bouche entr’ouverte et transpirante.  Le Perrier jaillit sur un corps bronzé, et la miss Wonderbra nous dit de la regarder dans les yeux.  La Saint Valentin, une débauche (sans jeu de mot) de peaux montrées pour vendre de la lingerie.  (…) Vous avez vu comment s’habillent les présentatrices télé?  Karine Lemarchand, Melissa Theuriau, Daphné Roulié, Anne-Sophie-Lapix, et des dizaines d’autres ont été choisie pour leur Q. S. (Quotient sexuel) AVANT leur QI.  Normal, sinon elles se feraient zapper entre les pubs qui montrent des filles sublimes.  Forum-doctissimo
“Why can we be arrested for being naked in the street, when as human beings, we are born naked?” I can understand that it would be socially unacceptable or morally discouraged, but for it to be in some cases prohibited by law…? This all seemed quite bizarre and really more so a violation of human rights. Erica Simone
There were a few times when I would manage to capture a wonderful image, but I was out of focus or some element in the photograph didn’t work. Overall, despite the technical challenges, I was quite lucky. In some cases, yes, I definitely needed the cooperation of other people in the photograph to capture what I wanted, but most of them were done guerilla-style. (…) The project is not about performance, but about photography. I didn’t feel that I was performing when producing the photos, but rather, just trying to capture an iconic image. I was never nude for that long, typically 20-30 seconds, and the whole time I focused on the other side of the camera, not the people watching or what’s going on in the street. My goal is to go in, get the shot, and quickly move away from the crime scene. It’s about the end image, not the moment in itself. (…) No actually, no one has ever overtly expressed discontent or being offended during my shoots. Most people laugh or applaud. I don’t think my physique or intentions are offensive to most people. Had I run around a church or a playground in my birthday suit—it would probably be a different story.(…)  Possibly, if I had been very out of shape, the collection could have been even more popular, because people would have been even more shocked: “How could this person possibly feel comfortable running around naked?” This brings up other questions such as “Why would one person feel more or less comfortable being naked just because of the way they look?” Some models are extremely insecure, the same way some overweight people are nudists. I don’t think one has anything to do with the other. (…) Of course I would love to eventually be financially secure enough to be able to lead a stable life with the ability to make certain choices and as anyone, I would love for my work to be successful for my own sense of accomplishment. But more importantly, if I could use my skills and social position to make a difference and to help people, then this drive would make much more sense and have much more of an impact. I am a lot more motivated to make a difference than to be a famous photographer for its own sake, so hopefully they’ll go hand in hand. (…) but I don’t think it takes a supermodel to get where you want in life. I do often use my feminine “powers” to get the pictures I want. Of course, I’ve found myself flirting with an old man to get his picture or batting my eye-lashes to get past authorities. As a woman, I think it’s a God-given right to use those charms! While men have their advantages, women have theirs and I feel it is fair game to rock what you have. (…)  I’m not too worried about what dealers and collectors want from artists. I’m only interested in what I want to do, since that’s what makes me happy. I don’t see why I wouldn’t be able to develop a style fully regardless, if that’s what I wanted to do. For me, it’s all experiment and experience and as long as I keep learning and producing more and more interesting work, while paying rent, that’s all that matters for me. Erica Simone
Nue York: Self-Portraits of a Bare Urban Citizen est né d’une interrogation à propos des vêtements et de leur importance dans la société d’aujourd’hui. La mode et les habits que nous portons valent comme un langage : ils nous permettent de dresser un portrait silencieux de qui nous sommes et de qui nous voulons être, offrant à la société une impression de nous-mêmes — quelle qu’elle puisse être. La mode tend aussi à nous différencier et à nous placer dans des catégories sociales variées, ainsi qu’à traduire un certain état d’esprit ou un sentiment particulier. Cet outil est assez précieux pour la société et comme la plupart des gens, j’utilise mes vêtements comme une manière de définir ma propre image. Dans une ville comme New York, l’industrie de la mode a un impact massif : les gens ont tendance à être très concernés par leur apparence et ce qu’elle traduit en termes sociaux, ce que j’ai pu constater quand j’ai photographié la Fashion Week il y a quelques années. Comme j’observais cette assemblée de gens très conscients d’eux-mêmes, plus intéressés par les soldes à Barney’s que par les sans-abri sur lesquels ils butaient dans la rue, j’ai commencé à me demander : « Comment serait le monde si nous étions tous nus ? Que se passerait-il si nous n’avions pas nos vêtements pour définir qui nous voulons être ou comment nous voulons nous sentir en tant qu’individus ? Si nous ne pouvions représenter notre statut social pour être traités comme nous le désirons par les autres ? Si tout ce que nous avions, c’était nos corps ? »Ces questions ont soulevé de nombreux problèmes et ces problèmes à leur tour de nouvelles questions. De là est né mon projet photographique. Armée de mon trépied et d’une bonne dose d’adrénaline, j’ai parcouru les rues nue, pour découvrir ce que serait une journée typique à New York dans ces conditions.  Erica Simone
Je ne me considère pas comme une nudiste ou une exhibitionniste, mais comme une artiste qui pose des questions à la société. Me sentant bien dans ma peau, la nudité ne me semble pas quelque chose d’effrayant. Le corps relève de l’essence humaine, animale. Que certains aient l’esprit puritain au point d’être offensés par un corps nu constitue, à mes yeux, un mystère. Certes, je conçois que la nudité ne se prête pas à toutes les situations, et que certains pourraient l’utiliser de manière malveillante. Pour autant, le fait que la loi nous interdise d’être nu en public, c’est-à-dire d’évoluer dans l’état le plus primitif et naturel qui soit, cela me rend folle. La nudité n’a jamais tué personne. Ce n’est pas le cas des armes à feu qui, elles, sont autorisées aux États-Unis. Dans ce pays, posséder un pistolet est bien plus acceptable que d’être nu en dehors de sa salle de bain ! (…) S’habiller, c’est s’exprimer. À sa seule tenue, on peut déterminer si un individu est riche, s’il est "cool" ou non, s’il a du goût, s’il est propre sur lui, si c’est un homme d’affaires, un voyou… Ainsi la société met-elle des étiquettes sur les gens. De ce fait, je m’interroge : comment serait la vie sans vêtements ? Comment interpréterions-nous la vision d’autrui ? Comment sélectionnerions-nous nos amis sans les repères fournis par les styles vestimentaires ? Traiterait-on les gens différemment ? La façon dont on jauge habituellement nos semblables s’effondrerait. Peut-être que l’on deviendrait plus attentif au regard de la personne qui est en face de nous, à l’énergie qu’elle dégage. Peut-être que l’on deviendrait plus intuitif. Qui sait ? (…) Je partage probablement un certain nombre de choses avec beaucoup de groupes militants, qu’ils soient féministes ou humanistes. "Nue York" soulève inévitablement la question du féminisme. Cela dit, je n’ai pas conçu le projet sous cet angle. Il s’agit avant tout d’interroger les gens en tant qu’êtres humains. Si mes photos poussent les spectateurs à se poser des questions sur le rôle des vêtements dans notre société, ou si la série sert de point de départ à d’autres réflexions, alors je considérerai ma mission comme réussie. Erica Simone
Erica Simone est née à Knoxville, Tennessee. Après avoir passé sa vie entre Los Angeles, Paris et New York, Erica photographie la jungle de New York. Ses images sont publiées dans de nombreux magazines inernationaux tels que National Geographic, PHOTO, the Daily News, El Mundo, La Repubblica, Whitewall Magazine, PDN et beaucoup d’autres… L’Oeil de la photographie
Vous êtes photographe? Peintre? Vous êtes en panne d’inspiration? Mettez du sein et de la fesse dans vos oeuvres!!! Ca marche à coup sur car c’est immanquablement relayé par les médias! diabolodenfer méphisto
Comment sélectionnerait-on nos amis ? J’ai bien une petite idée… Les mal foutus seraient peut-être bien seuls... Gaëlle Rosier
"Ce projet n’est pas à proprement parler quelque chose de facile à mener, mais j’apprécie les montées d’adrénaline." dixit notre belle photographe En tout cas, plus agréable à regarder que l’urinoir de notre Marcel national. On peut lui proposer de faire cela sur la place Tahrir en Egypte. Là, elle aurait sûrement une overdose d’adrénaline ! gerald B
Question soft : Elle laisse son soutif pendant les séances d’UV ou elle est partie en vacances au Qatar ? Bernard Palux
Des photos de femmes se baladant à poil en ville, comme ici, ce n’est pas ce qui manque, et depuis longtemps. Mais, ce n’est pas correct, pas féministe, c’est immoral, car elles ont le culot de prétendre y trouver du plaisir. Shocking. Impossible à entendre dans ce 21e siècle où la presse meanstream prétend nier la différence des sexes. Il y a certainement un horrible mâle derrière tout ça. En revanche, en enfumant ces nouveaux moralisateurs avec un discours pseudo politique, ça devient soudain révolutionnaire. Et les bobos peuvent regarder tranquillement des photos de cul sans se cacher. Décidément, la Com a des ressources insoupçonnées. andro mede

L’érotisme serait-il ce qui reste quand l’art a disparu ?

A l’heure où, armée de ses seuls seins nus et d’une tronçonneuse, une dissidente réussit à venir à bout d’une croix de bois commémorant les victimes du génocide ukrainien

Et où, de Toronto à Boston et Melbourne et de Paris à Londres et Amsterdam, nos salopes bravent l’enfer de nos rues pour réhabiliter plus de 2 000 ans d’expérience accumulée du "plus vieux métier du monde" …

Le Pays autoproclamé des droits de l’homme va-t-il devoir accorder l’asile politique et un nouveau timbre

A l’autoportraitiste érotique Erica Simone qui, armée elle aussi de sa seule irréprochable plastique et d’un évident sens de l’autopromotion, se dévoue corps et âme à la défense des droits de l’homme (?) dans la jungle puritaine de Manhattan ?

PHOTOS. Nue à New York contre la dictature du vêtement

Cyril Bonnet

Le Nouvel Observateur

22-03-2014

En tenue d’Ève dans la Grosse Pomme. Tel est le programme de "Nue York", série d’autoportraits dans lesquels la photographe professionnelle Erica Simone se promène dans le plus simple appareil au sein de célèbre ville américaine.

Ne la qualifiez pas d’exhibitionniste ! Cette photographe éclectique et aguerrie, passée par plusieurs continents et de prestigieuses publications, revendique une démarche artistique et a quelques messages à faire passer. Sur l’illégalité de la nudité qui la "rend folle", d’une part ; sur le carcan social dans lequel les vêtements enferment leurs propriétaires, d’autre part. En fil rouge, une même volonté de susciter la réflexion à travers des images ludiques et inattendues. Interview.

Comment se déroule une séance photo type pour la série "Nue York" ?

- Je passe beaucoup de temps à me promener en ville avec un ami pour trouver des scènes intéressantes, propices à des scénarios et des situations qui permettent de s’amuser. Il y a ensuite une longue phase d’élaboration de la composition de l’image, puis d’attente de l’instant décisif. Lorsqu’il survient, j’enlève mes vêtements et on commence à prendre les photos. En tout, je ne reste nue qu’une ou deux minutes. Trois si j’estime qu’il faut reprendre une autre série de clichés.

Quelles sont les réactions des passants ?

- Il arrive qu’ils ne me remarquent même pas. Sinon, je ne reçois que des réactions positives. Les gens rient, applaudissent, ou encore s’exclament : "Only in New York !" ("Uniquement à New York !") Je n’ai jamais eu de problème. Et je fais de mon mieux pour éviter la police. Ce projet n’est pas à proprement parler quelque chose de facile à mener, mais j’apprécie les montées d’adrénaline.

Quel message souhaitez-vous diffuser ?

- Je ne me considère pas comme une nudiste ou une exhibitionniste, mais comme une artiste qui pose des questions à la société. Me sentant bien dans ma peau, la nudité ne me semble pas quelque chose d’effrayant. Le corps relève de l’essence humaine, animale. Que certains aient l’esprit puritain au point d’être offensés par un corps nu constitue, à mes yeux, un mystère.

Certes, je conçois que la nudité ne se prête pas à toutes les situations, et que certains pourraient l’utiliser de manière malveillante. Pour autant, le fait que la loi nous interdise d’être nu en public, c’est-à-dire d’évoluer dans l’état le plus primitif et naturel qui soit, cela me rend folle. La nudité n’a jamais tué personne. Ce n’est pas le cas des armes à feu qui, elles, sont autorisées aux États-Unis. Dans ce pays, posséder un pistolet est bien plus acceptable que d’être nu en dehors de sa salle de bain !

Vous pointez également la valeur sociale des choix vestimentaires.

- S’habiller, c’est s’exprimer. À sa seule tenue, on peut déterminer si un individu est riche, s’il est "cool" ou non, s’il a du goût, s’il est propre sur lui, si c’est un homme d’affaires, un voyou… Ainsi la société met-elle des étiquettes sur les gens.

De ce fait, je m’interroge : comment serait la vie sans vêtements ? Comment interpréterions-nous la vision d’autrui ? Comment sélectionnerions-nous nos amis sans les repères fournis par les styles vestimentaires ? Traiterait-on les gens différemment ? La façon dont on jauge habituellement nos semblables s’effondrerait. Peut-être que l’on deviendrait plus attentif au regard de la personne qui est en face de nous, à l’énergie qu’elle dégage. Peut-être que l’on deviendrait plus intuitif. Qui sait ?

Vos photos servent un message particulier. D’autres personnes, comme les Femen, utilisent la nudité en lieu public à des fins politiques. Vous trouvez-vous des points communs avec elles ?

- Je partage probablement un certain nombre de choses avec beaucoup de groupes militants, qu’ils soient féministes ou humanistes. "Nue York" soulève inévitablement la question du féminisme. Cela dit, je n’ai pas conçu le projet sous cet angle. Il s’agit avant tout d’interroger les gens en tant qu’êtres humains. Si mes photos poussent les spectateurs à se poser des questions sur le rôle des vêtements dans notre société, ou si la série sert de point de départ à d’autres réflexions, alors je considérerai ma mission comme réussie.

Propos recueillis par Cyril Bonnet – Le Nouvel Observateur

Crédit photos : Erica Simone. Voir son site web.

Voir aussi:

Experiment and Experience: Peter Weiss Interviews Erica Simone

Peter Weiss

NY Arts

Peter Weiss: You have a very energetic personality; you seem very confident and secure. Am I reading it right and to what do you attribute that security?

Erica Simone: Yes, I like to think of myself as being confident and secure (most of the time). We do only have one life, one body, and one mind, so why waste time feeling bad about our failures or ourselves? All we can attempt is to improve what we don’t like or to just be accepting of it. And if you aren’t secure, it’s important to at least appear so. I think without it, people stop trusting you and you stop intriguing people.

PW: You travel light and alone at times when you work, both here and abroad. Would you describe yourself as a risk taker or adventurer in your artistic pursuit? Do you see a difference?

ES: I definitely identify with being an adventurer. I love to explore new territories and I love challenges, there is no fun in staying safe. I’m somewhat of a risk taker, but you won’t typically find me running into a flaming house … unless to save a soul.

PW: What sacrifices do you make in pursuit of your art? What has been your greatest victory? What is your greatest missed opportunity or photo? Do you have a favorite piece and why? Are there pieces that are staged and should be declared as such or have you allowed confusion? Have you ever felt guilty about an image you have taken? Has it ever seen the light of day?

ES: I don’t tend to think of the sacrifices I make as being “sacrifices,” but more so just experiences. In my nude project, I gave up the privacy of my own body, but it’s not in any way a sacrifice to me. I would never part with anything I couldn’t stand losing. I am passionate about my work, but if I hadn’t been comfortable giving that up, I would have never done it.

In the Nue York series, I’d say the greatest victory was probably the subway shot. With the constant movement of the passengers, it took quite a while for the composition of the photograph to fall the way I wanted it to and then I only had 1 subway stop to capture it. By that time, I had already traveled from the West Village to the Bronx!

There were a few times when I would manage to capture a wonderful image, but I was out of focus or some element in the photograph didn’t work. Overall, despite the technical challenges, I was quite lucky.

In some cases, yes, I definitely needed the cooperation of other people in the photograph to capture what I wanted, but most of them were done guerilla-style.

I’ve never felt guilt towards an image. I’ve felt insecure, sure, but I think that just goes hand in hand with being the model. We can’t always happy about the way we look in photographs. I know I’m not.

PW: Do you consider the shooting of the “Bare Urban Citizen” collection interventionist/ performance art?

ES: The project is not about performance, but about photography. I didn’t feel that I was performing when producing the photos, but rather, just trying to capture an iconic image. I was never nude for that long, typically 20-30 seconds, and the whole time I focused on the other side of the camera, not the people watching or what’s going on in the street. My goal is to go in, get the shot, and quickly move away from the crime scene. It’s about the end image, not the moment in itself.

PW: Have you ever found yourself in a situation where your act of taking pictures has offended the passersby or the subject? If so, did you continue despite the protests? If so what was your rational? During the Urban Nude, what gave you the idea? What are you saying with this collection? If you weren’t as pretty as you are, would that have impacted this collection?

ES: No actually, no one has ever overtly expressed discontent or being offended during my shoots. Most people laugh or applaud. I don’t think my physique or intentions are offensive to most people. Had I run around a church or a playground in my birthday suit—it would probably be a different story.

The collection contemplates the use of clothing and fashion in society. We tend to first judge or analyze others by how they look on the outside, the same way we tend to act or feel differently depending on what we are wearing. I produced this series after asking myself certain questions: “What would life be like if we didn’t have clothing to express ourselves?” “How would we perceive or judge others, on what basis?” “How would we feel with our bodies, would we be more or less secure?” “What would the environment look like?”

Thank you. I have no idea if the collection would have had more or less of an impact. Possibly, if I had been very out of shape, the collection could have been even more popular, because people would have been even more shocked: “How could this person possibly feel comfortable running around naked?” This brings up other questions such as “Why would one person feel more or less comfortable being naked just because of the way they look?” Some models are extremely insecure, the same way some overweight people are nudists. I don’t think one has anything to do with the other.

PW: Does fame and fortune motivate you or are you an artist for artist sake?

ES: Of course I would love to eventually be financially secure enough to be able to lead a stable life with the ability to make certain choices and as anyone, I would love for my work to be successful for my own sense of accomplishment. But more importantly, if I could use my skills and social position to make a difference and to help people, then this drive would make much more sense and have much more of an impact. I am a lot more motivated to make a difference than to be a famous photographer for its own sake, so hopefully they’ll go hand in hand.

PW: Where does your ego fit into your career?

ES: My ego comes and goes—a constant battle. I accept my flaws, as hard as it can be sometimes, but I also know that no one is perfect. We are all different, traveling on different journeys. All I can hope for is to keep moving forward, to keep learning and to keep making progress.

PW: You are very attractive young woman. How does this affect your entree in your photography? Do you use your feminine charms to get your pictures? How far will you go?

ES: Thank you, but I don’t think it takes a supermodel to get where you want in life. I do often use my feminine “powers” to get the pictures I want. Of course, I’ve found myself flirting with an old man to get his picture or batting my eye-lashes to get past authorities. As a woman, I think it’s a God-given right to use those charms! While men have their advantages, women have theirs and I feel it is fair game to rock what you have.

PW: As a photographer you have a very diverse body of work. The categories listed on your web site includes, portraits, people, travel, photo-journalism, self portraits, personal work, fashion, and beauty. What does your selection of subject matter say about you as a person, artist and professional photographer?

ES: I like producing a variety of work. My creative ADD introduces me to a diversity of subjects, which makes my job more exciting. I like exploring new ideas and concepts and I love a good challenge, so taking on new work is always something I have fun with. I’m not sure I’ll ever want to specialize in a certain area, there are too many interesting things to take pictures of; I want to take them all!

PW: Dealers and collectors expect from the professional artist a cohesive recognizable body of work. This work should fit a particular genre. As you know this allows dealers a sharper target in which to market an artist’s work. It could be argued that if your creative spectrum is too broad, you can’t develop a style fully and you risk losing the focus of you subject matter and continuity. How do you feel this established criteria affects your work from a professional and creative perspective?

ES: I’m not too worried about what dealers and collectors want from artists. I’m only interested in what I want to do, since that’s what makes me happy. I don’t see why I wouldn’t be able to develop a style fully regardless, if that’s what I wanted to do. For me, it’s all experiment and experience and as long as I keep learning and producing more and more interesting work, while paying rent, that’s all that matters for me.

Voir également:

Naked ambition: Photographer lays herself bare in nude poses on the streets of NYC

Rachel Quigley

The Daily Mail

28 March 2011

Photographers are often said to bare their souls through their pictures.

But Parisian Erica Simone has taken this to the next level by literally laying herself bare – she has photographed herself in nothing but her birthday suit on the streets of New York.

The 25-year-old has turned doing daily routines in the city to works of art simply by removing her clothes.

And Miss Simone made the daring decision to step out from behind the camera and go au naturel in a series of self-portraits taken in and around the Big Apple.

Speaking to MailOnline she said: ‘At first it was like, "Can I really do this?" I was into the idea, but I didn’t totally have the [nerve] to do it – I’m not totally an exhibitionist.

‘But I managed to do it on my first day of shooting in the West Village and I didn’t even get arrested.

‘I think that was just a combination of good timing and luck, and it is not as if I just spent the whole day walking around naked. I was fully clothed until I was ready to take the shot.’

‘It’s not about sex. It’s crazy that it’s illegal to be naked. The whole process was really liberating and it made me feel freer and more comfortable in my own skin and not be ashamed of my body.’

Once Erica got the idea for the exhibit, she decided to step out from behind the camera and do a number of self portraits in the nude, sometimes wearing only a variety of accessories, performing mundane activities

In the pictures, she rides the subway, checks out library books and shovels the snow on the sidewalk outside her apartment – all in the nude.

The 20 shots are part of Simone’s new exhibit Nue York: Self-Portraits of a Bare Urban Citizen, which opens next month at the Dash Gallery in Tribeca.

Miss Simone said the inspiration for the exhibition came to her during Fashion Week two years ago.

She said: ‘I was sitting around thinking about fashion and what would we be if we were naked and what if we didn’t have fashion to show who we were, our status, how much money we had, all these things.

‘Then I got the photographic idea of shooting people naked in the street, but just doing regular things, not especially posing, or being naked, but doing whatever.’

The pretty 25-year-old said she was not sure if she herself could go through with it but was intrigued by the challenge of staging the shots – which she took using a remote sensor – and stripping down to her birthday suit.

She said the general public were very accepting of her nudity and she did not have any bad experiences while doing it.

‘Most people were laughing, smiling or applauding and cheering. They seemed OK with it,’ she said. ‘The most challenging one was on the subway. I had to ride the whole way from West 14th Street to the end of the line to get the right shot.

‘The only person I told was the guy next to me as he had to hold my coat. But by the time some people even found out about it, I was clothed again.’

Miss Simone also said she has come a long way from the first shot to where she is now.

‘The first few times I was so nervous and I guess innocent about everything, and yeah it was scary a bit as well,’ she said.

‘But now I don’t care about being naked. I am more concerned about getting the shot right rather than worrying about being naked or what people in the streets are thinking.’

Voir encore:

Artist Statement

Nue York: Self-Portraits of a Bare Urban Citizen

As once an Angeleno in Paris, and now a Parisian in New York, really my mind is stuck in the stars. Photography has become a true passion and within it, a never-ending drive to try and challenge everything, even if it means getting naked in the freezing snow…

“Nue York: Self-Portraits of a Bare Urban Citizen” bloomed from an initial questioning about clothing and its importance in society today. Fashion and what we wear act as a language: they allow us to silently portray who we are or want to be, offering society an impression on us – whatever that may be. Fashion also tends to segregate and place us into various social categories as well as communicate a certain mood or particular feeling. This tool is quite precious to civil society and as most people, I organically use clothing as a way of portraying my own image. However, in a city like New York, the fashion industry has a massive impact: people tend to be very concerned with appearance and the materialistic side of it, which became very real while I was photographing Fashion Week a few years back.

As I watched an image-absorbed union of people care more about the sales at Barney’s than the homeless people they step over on the street, I began to ponder: “What would the world feel like naked? What if we didn’t have clothing to portray who we want to be or feel as individuals? What if we couldn’t show off our social status to deserve the treatment we wanted from others? What if all we had were our bodies?” These questions raised many various issues and these issues raised many various questions.

From there, my photographic project was born. With a tripod and a couple ounces of adrenaline, I took to the streets bare to see what a typical New York day would be like. At first, I wasn’t so sure what was going to happen or what was going to come of it all, but as the collection progressed, more and more issues became aware to me. For example: “Why can we be arrested for being naked in the street, when as human beings, we are born naked?” I can understand that it would be socially unacceptable or morally discouraged, but for it to be in some cases prohibited by law…? This all seemed quite bizarre and really more so a violation of human rights.

Another question that arose was that of sexuality. “Is nudity inherently sexual or is nudity just a part of being human? Why does society typically equate nudity to sex? And how does the variety of body types come into equation when asking that question?” Each person’s answer is different.

To clarify, I’m not an exhibitionist or a nudist – I’m an artist looking to humorously poke at some interesting thoughts about society and question who we are and portray as human beings. It’s now up to the viewer to answer those questions, as he/she likes.

From Houston to Hudson and from Bowery to the Bronx, photographing Manhattan has never been such a rush….


Transport aérien: Quand l’avion était encore un plaisir (Back to the time when sex did sell seats)

13 mars, 2014
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http://stuffo.ddmcdn.com/stuffmomnevertoldyou/wp-content/uploads/sites/86/2013/12/fly-me-jo.jpg?w=300http://www.grayflannelsuit.net/retrotisements/travel/southwest-airlines-jul-1979-ad.jpghttp://www.trbimg.com/img-51951985/turbine/chi-history-stewardesses-flight-attendants-201-010/600http://i.haymarket.net.au/News/PRESS%20AD%2012x20_CT.jpghttp://thisisnotadvertising.files.wordpress.com/2011/11/lyar-direct2.jpg?w=450&h=312http://jcdurbant.files.wordpress.com/2014/03/8b36e-lynxjet1.jpg?w=450&h=442
http://9bytz.com/wp-content/uploads/2012/01/Vintage-Airline-Ads-2.jpghttps://www.ryanair.com/img/calendar/front.jpghttp://notaniche.com/wp-content/uploads/2008/08/pacific-airlines-ad.jpgThe other truly transforming business invention of the first quarter of the century, besides the car, was the airplane–another industry whose plainly brilliant future would have caused investors to salivate. So I went back to check out aircraft manufacturers and found that in the 1919-39 period, there were about 300 companies, only a handful still breathing today. Among the planes made then–we must have been the Silicon Valley of that age–were both the Nebraska and the Omaha, two aircraft that even the most loyal Nebraskan no longer relies upon. Move on to failures of airlines. Here’s a list of 129 airlines that in the past 20 years filed for bankruptcy. Continental was smart enough to make that list twice. As of 1992, in fact–though the picture would have improved since then–the money that had been made since the dawn of aviation by all of this country’s airline companies was zero. Absolutely zero. Sizing all this up, I like to think that if I’d been at Kitty Hawk in 1903 when Orville Wright took off, I would have been farsighted enough, and public-spirited enough–I owed this to future capitalists–to shoot him down. I mean, Karl Marx couldn’t have done as much damage to capitalists as Orville did. Warren Buffett
Airlines have created value for their customers but not that much for their owners: the profit margin after 1970 has been only 0.1 per cent. Three in four airlines are privately owned but investors have more profitable alternatives. Airlines tend to put blame for poor results on external factors, such as high fuel prices, terrorist attacks or airport charges. However, the industry is in chronic disequilibrium with permanent overcapacity. Overcapacity is caused by many factors, including government policies and ease of acquiring new aircrafts (often with export credit guarantees by governments). This is reinforced by the obsession of airlines for higher market shares, often leading to falling yields. Passenger load factors have markedly risen during recent years, but at the expense of collapsing fares. ILO
Amotz Zahavi (1975), de l’Université de Tel Aviv, a trouvé que la valeur de certains ornements liés à la compétition sexuelle chez les animaux dépend de leur impact sur les chances de survie de leur porteur. L’idée est simple : une gazelle qui perd de l’énergie en faisant des bonds alors qu’elle est poursuivie par un lion n’est pas folle, elle prouve qu’elle a les moyens de le faire. Plus elle saute haut, plus ça lui coûte (de l’énergie) et plus elle prouve sa valeur. La sanction est directe : qu’elle se surestime et elle sera dévorée. C’est comme le Handicap (“Hand in Cap” = “Main au Chapeau”) de certains sports : seuls les meilleurs peuvent se permettre de gagner en s’imposant des contraintes supplémentaires et cette preuve aura d’autant plus de valeur qu’elle sera coûteuse. L’application est générale et les exemples sont innombrables : rouler en Rolls plutôt qu’en Golf prouve qu’on a les moyens de dépenser au delà de l’utilitaire (le coût ici est financier) et tout le marché du luxe bénéficie de ce besoin de “costly display” (c’est le terme). Le “costly display” a aussi été cité pour expliquer la mode de la minceur dans les pays riches, le bikini et la mode sexy, la poignée de main (prise de risque en l’éloignant de l’épée), le sourire honnête (…) et… la fortune des médecins urgentistes ! Neuromonaco
La compétition sexuelle est à l’intérieur de chaque sexe et l’habillement sert aux femmes d’abord à se positionner entre elles, le regard des hommes n’étant qu’un moyen dans cette guerre (…) Les mannequins Haute Couture ont des corps et des visages beaucoup plus masculins que les mannequins lingerie et les “pornstars” : en fait elles ressemblent à des garçons adolescents (…) La préférence des hommes pour des femmes plus ou moins “pulpeuses” est directement influencée par leur situation économique perçue : les plus riches préfèrent les plus minces (…) Les hommes ne privilégient la beauté du visage que pour des relations à long terme. Neuromonaco
De nombreuses études (…) montrent qu’il y a un lien entre la situation de séduction et l’achat de produits liés au statut : c’est l’affichage du statut (le “display”) pour montrer qu’on a suffisamment de ressources disponibles pour se permettre d’en dépenser sur des produits inutiles (encore le Handicap de Zahavi). L’effet est plus fort chez les célibataires pour les achats d’impulsion et Griskevicius et ses collègues (2011) ont même trouvé que le sex-ratio avait un impact direct : plus il y a d’hommes en concurrence, plus l’effet display sera marqué. Neuromonaco
According to one 1990 study by researchers at SUNY Binghamton and the University of the Witwatersrand (…) compliments from men were generally accepted, especially by female recipients, but "compliments from women are met with a response type other than acceptance": as a threat. Men often see compliments as "face-threatening acts," or acts intended to embarrass or patronize, the study authors found. What was meant as a nicety could be seen as a way to assert control. (…) Being the arbiter of someone’s attractiveness can be interpreted as an expression of masculinity that women are not traditionally expected to adopt. Further, it is possible that a good portion of men don’t want to be essentially "treated like women," as their masculinity is dependent on being above the judgments women are often subjected to. (…) In life as well as in art, a man’s focus on his own appearance can be perceived as detracting from his perceived masculinity in the eyes of male reviewers. In her book, Extra-Ordinary Men: White Heterosexual Masculinity in Contemporary Popular Cinema, Nicola Rehling points out that in the movie Gladiator, Maximus had a muscular build but was not sexualized on-screen. In the movie Troy, meanwhile, Brad Pitt’s Achilles was practically groomed for the enjoyment of straight female and gay male viewers. Crowe’s body was not nearly as exposed as Pitt’s was throughout the movie. Rehling writes, "In the majority of reviews of the film, Brad Pitt was compared unfavorably with Crowe, with many expressing disappointment that he failed to import the primal masculinity that was such a big box office attraction in Gladiator. The adulation of Crowe’s Maximus would seem to articulate a desire for an undiluted, corporeal, physical male presence." The consequences for women giving men compliments are also different than those for men giving women compliments. In a 2006 study from Williamette University’s College of Liberal Arts, researchers Christopher Parisi and Peter Wogan found that college-aged men were generally given compliments on skills, while women were given compliments on their looks. Parisi and Wogan also found that women felt the need to be cautious when complimenting men on their appearance because they didn’t want to be "too forward" or attract "unwanted attention." That fear is supported by a 2008 study, conducted in Australia by Griffith University, which hypothesized that men are more likely to interpret or misinterpret female compliments as seductive or flirtatious than women are male compliments. Who knew complimenting could be so complicated? The Atlantic
Les plus belles hôtesses de Ryanair font monter la température en cabine. Eddie Wilson (directeur des ressources humaines de Ryanair)
Ces uniformes sont vraiment très serrés et ne sont tout simplement pas pratiques du tout pour le travail physique que nous avons à faire. Hôtesse Qantas
Les hôtesses de l’air ont de 20 à 60 ans et beaucoup d’entre elles, notamment les plus âgées, ne souhaitent pas porter d’uniformes trop moulants. Nous aimions les anciens uniformes créés par Peter Morrissey. Ceux-là ils étaient vraiment confortables. Hôtesse Qantas
Nous sommes préoccupées car nous pensons que cet uniforme pourrait causer des problèmes à bord, y compris du harcèlement sexuel. La compagnie aérienne explique que cet uniforme sert à attirer plus de clients, mais cela montre qu’elle considère la femme comme une marchandise …la priorité numéro un ne devrait pas être de raccourcir les tenues mais d’augmenter la sécurité. Syndicat d’hôtesses de l’air japonaises
Je ne pourrais pas me concentrer sur mon travail parce que je serais toujours en train de me demander si on ne me regarde pas. Hôtesse japonaise

Ah, le bon vieux temps quand l’avion était encore un plaisir !

Paréos hawaiiens, kimonos japonais, mini-jupes suisses, brunes chevelures espagnoles …

A l’heure où, entre le prix du pétrole, les coûts induits toujours plus élevés de la sécurité post-11/9 (alors qu’on est toujours sans nouvelles d’un avion malaisien mystérieusement disparu des écrans radar) et l’arrivée de nouveaux concurrents à bas coût (calendrier de charmecaritatif – compris!), les compagnies aériennes dont la profitabilité sur 40 ans n’a jamais dépassé les 0, 1% rivalisent d’astuces pour attirer les passagers (jusqu’à transformer l’intérieur de leurs avions en supports publicitaires) …

Et où, accusant leur compagnie d’utiliser leurs corps comme des marchandises, un syndicat d’hôtesses de l’air japonaises refuse, après leurs homologues australiennes l’an dernier, de porter leur nouvel uniforme pour cause de risque de harcèlement sexuel …

Pendant que pour ses 70 ans, notre Catherine Deneuve nationale  reprend du service en lingerie fine et stilettos pour un magazine américain

Retour avec les archives du magazine américain The Atlantic …

Sur ces temps encore innocents où, avant les campagnes ouvertement sexuelles avec noms des hôtesses sur le nez des avions et badges suggestifs des années 70, hot pants et cuissardes ou petits carnets pour les numéros des hôtesses à la Fly me  (fantasmes récemment repris, fausse compagnie aérienne comprise, par le fabricant australien de déodorants pour hommes Lynx/Axe) …

Et, sauf exceptions régionales, avant le sérieux et professionalisme actuel …

Les stratégies sexuelles des compagnies aériennes, centrées sur une clientèle d’affaires majoritairement masculine et donc leur personnel féminin, rivalisaient en subtilité pour vendre leurs sièges …

‘Sex Sells Seats’: Magazine Airline Ads, 1959–79

From kimono-clad Japanese hostesses to miniskirted Swiss brunettes, companies have a long history of using women to sell air travel. Some examples from The Atlantic‘s archives.
The Atlantic
Dec 22 2013

These days, air travel is anything but sexy. TSA pat-downs, inflatable neck pillows, reruns of CBS sitcoms—it can get pretty grim at 35,000 feet.

There was a time, however, when flying was both the literal and figurative height of sexiness. “The good old days,” Mark Gerchick calls them wryly in the January/February Atlantic. “When travelers were ‘mad men’ and flight attendants were ‘sexy stews,’ when the ‘sex sells seats’ mantra drove some carriers to adorn ‘trolley dollies’ in hot pants and go-go boots.”

While air travel ads printed in The Atlantic in those days were a little more… buttoned up (than, say, this 1972 Southwest Airlines commercial), it’s clear the “sexy skies” gimmick was an advertising boon. The campaigns were wildly misogynistic, hopelessly fantastical, and maybe a little bit racist. But sell seats they did, from Narita to O’Hare. Gathered below are 10 such “sex sells seats” ads plucked from The Atlantic archives. (Click any ad to view a larger version.)


February 1968

British Overseas Airways Corporation “takes good care of you.” (By putting gyrating hula dancers front and center.)


February 1959

KLM: The premiere airline for tag-along wives and their crestfallen husbands.


May 1961

Japan Air Lines masters the art of marketing orientalism, ensuring flyers that the only “real desire” of its “kimono-clad stewardesses” is “to serve.”


July 1970

This Iberia Airlines ad bravely defies ethnic stereotypes by promising travelers a veritable rainbow of stewardess hair colorings: “blondes from Barcelona, redheads from Cádiz,” and for the traditional Hispanophile, “a liberal helping of the beautiful brunettes you pictured us having.”


October 1966

Swissair promises “lakeside cafes, casinos, nightclubs,” and—most prominently of all—“friendly natives.”


July 1971

This Japan Air Lines ad delivers a particularly cringe-worthy line: “She is our pride. And your joy.”


August 1966

Not looking for love? Never fly Alitalia.


February 1979

South African Airways offers one for the ladies: When Alec hits on you, he’s not being polite. “Merely sincere.”


February 1959

Japan Air Lines does it again, demonstrating just how well-versed its “fairest” of the fair stewardesses are in the womanly arts.


November 1970

Kris from Delta is “resourceful, alert, efficient, confident, and sociable.” But, most important, PRETTY.

Voir aussi:

Travel January/February 2014

A Brief History of the Mile High Club

Air travel hasn’t quite lost all its romance.

Mark Gerchick

The Atlantic

Dec 22 2013

Only true aviation geeks are likely to celebrate, or even notice, the milestone being celebrated this year in the history of aviation: the debut, a century ago, of the autopilot. In June 1914, at a historic aeronautical-safety competition in Paris, a 21-year-old American daredevil pilot-inventor named Lawrence Burst Sperry stunned the aviation world by using the instrument to keep a biplane flying straight and level along the Seine. According to his biographer, William Wyatt Davenport, Sperry stood on a wing as the plane, in effect, flew itself—a feat that won him the event’s $10,000 prize.

By eliminating the need for taxing “hand flying” on long journeys, and thereby reducing pilot fatigue, Sperry’s autopilot ultimately made flying much safer. But it had another, less obvious benefit. It freed up pilots to do other things with their hands—and bodies. The brilliant young Sperry himself soon grasped the possibilities. Legend has it that in late November 1916, while piloting a Curtiss Flying Boat C‑2 some 500 feet above the coast of Long Island, he used his instrument to administer a novel kind of flying lesson to one Cynthia Polk (whose husband was driving an ambulance in war-torn France). During their airborne antics, however, the two unwittingly managed to bump and disengage the autopilot, sending their plane into Great South Bay, where they were rescued, both stark naked, by duck hunters. A gallant Sperry explained that the force of the crash had stripped both fliers of all their clothing, but that didn’t stop a skeptical New York tabloid from running the famous headline “Aerial Petting Ends in Wetting.” For his caper, Sperry is generally considered the founder of the Mile High Club, a cohort that loosely includes all those who have ever “done it” in flight (though precisely what constitutes “it” remains a lurking definitional issue).

“Flying,” the 1930s stunt pilot Pancho Barnes is often quoted as saying, “makes me feel like a sex maniac in a whorehouse with a stack of $20 bills.” Today’s overcrowded, underfed, overstressed airline passengers, consigned to travel in “just a bloody bus with wings” as Ryanair CEO Michael O’Leary puts it, are unlikely to share that enthusiasm. It’s all the more remarkable, then, that airborne sex remains on the bucket list of plenty of passengers, at least male ones. A “Sex Census” published in 2011 by the condom maker Trojan found that 33 percent of American men aspire to have sex on an airplane. (The top locale for women: a beach.) Similarly, nearly a third of the Brits who responded to a 2010 TripAdvisor poll said they wanted to try in-flight sex.

A lot of U.S. fliers may have already acted out that fantasy. In a global survey of more than 300,000 adults conducted in 2005 by the condom maker Durex, 2 percent of respondents worldwide (and 4 percent of American respondents) claimed to have had sex on an airplane. A 2010 survey commissioned by Sensis Condoms (when did condom makers become avid pollsters?) found a similar incidence of in-flight sex (3 percent) among its respondents. Assuming that about 100 million Americans have traveled by air, and discounting for lying braggarts, if even only 1 percent of them have indulged, then that’s a million or so Mile Highers.

Less-than-scientific anecdotes abound too. When Virgin Atlantic installed diaper-changing tables aboard its new Airbus A340-600 long-haul jets, in 2002, it wasn’t just mothers and children who found them useful. Within weeks, according to the airline, the tables were destroyed by “those determined to join the Mile High Club.” That said, the airline’s founder, the billionaire bad boy Sir Richard Branson, has waxed nostalgic about a tryst he had at age 19 in a Laker Airways lavatory (“It was every man’s dream”). Almost 20 years ago, Singapore Airlines, for its part, reported that a third of its cases of “unruly behavior” involved in-flight sex.

For the airlines, the “sexy skies” are all about marketing the fantasy. Actual in-flight sex is the last thing they want to deal with, especially since 9/11, when the preferred cabin ambience has become no-fun, no-drama—a shift more self-protective than puritanical. Is it just love, or is that couple huddled together in their seats trying to ignite explosive-filled sneakers? Even a visit to the bathroom can trigger a full-bore fighter-jet scramble, as it did on the 10th anniversary of 9/11, when a pair of F‑16s shadowed a Frontier flight until it landed in Detroit after two passengers made for the lavatory at the same time. Cabin crews working chock-full flights now also have no time, much less the inclination, to play chaperone.

Almost perversely, as the reality of today’s air travel for the ordinary coach passenger moves from bearable to downright nasty, reviving the lost “romance” of flying makes marketing sense. Branson, the master marketer, beckons passengers to “get lucky” when they fly Virgin America jets outfitted with seat-back touch screens that let you send “an in-flight cocktail to that friendly stranger in seat 4A.” After all, if you’re busy punching your video screen to chat up some “friendly stranger,” you’re not griping about an airline’s $7.50 snack pack. And when Singapore Airlines proudly unveiled for global media its super-jumbo double-decker Airbus A380 jet, the hype was all about the glories of its 12 ultra-costly first-class “suites.” Combine two of the private pods (about $10,000 each for the round trip from New York to Frankfurt), and you can share a legit double bed, shown in publicity photos strewn with rose petals, alongside a gold tray holding an open bottle of Dom Pérignon and two half-full champagne flutes. What are you supposed to think? Then there’s Air New Zealand’s “Skycouch” (three adjacent coach seats that can be transformed into a flat, bed-like surface), popularly known as “cuddle class.” It comes with the coy admonition to “just keep your clothes on thanks!”

“Flying,” said the 1930s stunt pilot Pancho Barnes, “makes me feel like a sex maniac in a whorehouse with a stack of $20 bills.”

Could we return to the good old days when travelers were “mad men” and flight attendants were “sexy stews,” when the “sex sells seats” mantra drove some carriers to adorn “trolley dollies” in hot pants and go-go boots and to offer “executive” (men-only) flights between Chicago and New York? Not likely, at least in the United States, where women constitute more than 40 percent of frequent fliers and half of international air travelers, and make most travel-buying decisions. How many of these women are really looking to “get lucky” on their next flight? Being hit on by an unseen stranger while buckled into a seat at 35,000 feet, online commenters have complained, is at best “a little creepy” and at worst like being trapped in a “mile high stalker club.”

For those moved by the marketing, or otherwise compelled to act out the mile-high fantasy (Freud posited that the fantasy of flight itself has “infantile erotic roots”), there’s a better solution than flying commercial: your own plane. Think Playboy’s Big Bunny, a 1970s-era DC‑9 jet outfitted as a “party pit,” complete with a fur-covered oval bed, a shower, and a discotheque, all presided over by flight attendants (“Jet Bunnies”) in black-leather mini-jumpsuits: “Imagine Studio 54 with wings,” enthused a Playboy feature. That particular icon supposedly now resides, dismantled, in a small city in Mexico, but some air-charter services offer hour-long jaunts for adventurous couples wanting to live out the dream, or at least spice up their relationships. These outfits come and go, with names like Erotic Airways and Flamingo Air, but typically they equip their small Pipers or Cessnas with a mattress (in lieu of the customary four or six seats), overfly scenic spots like Cincinnati or western Georgia, and throw in a bottle of not-quite-vintage bubbly, all for about $500.

The sheets—no joke—are yours to take home as souvenirs.

Mark Gerchick, a former chief counsel for the Federal Aviation Administration, is the author of Full Upright and Locked Position.

Voir également:

Les hôtesses de Skymark Airlines dénoncent leurs robes trop courtes

AFP agence

Le Figaro

11/03/2014

La compagnie japonaise à bas coût a prévu pour son personnel de cabine un nouvel uniforme qui doit attirer davantage de clients. Le syndicat des hôtesses craint surtout les incivilités.

Skymark Airlines a peut-être pensé que petit prix pour le client rimait avec petite robe pour les hôtesses… Erreur: un syndicat de personnel navigant ne décolère pas contre un nouvel uniforme qui dévoile jusqu’aux cuisses. «Nous sommes préoccupées car nous pensons que cet uniforme pourrait causer des problèmes à bord, y compris du harcèlement sexuel», ont protesté les hôtesses à travers leur fédération de personnel de cabine.

«La compagnie aérienne explique que cet uniforme sert à attirer plus de clients, mais cela montre qu’elle considère la femme comme une marchandise», poursuit le syndicat selon lequel la priorité numéro un ne devrait pas être de raccourcir les tenues mais d’augmenter la sécurité. Skymark envisage de faire porter cette robe courte moulante qui couvre tout juste les fesses à l’occasion du vol intérieur inaugural de son premier Airbus A330 en mai prochain.

«Nous n’imposerons par l’uniforme aux hôtesses qui refuseraient de le porter», a déclaré récemment le président de Skymark, Shinichi Nishikubo, tout en regrettant que cette initiative vestimentaire ait été présentée «d’une façon déformée». Sur le site du syndicat, une hôtesse affirme «qu’elle ne pourrait pas se concentrer sur son travail parce qu’elle serait toujours en train de se demander si on ne la regarde pas», avec la crainte de photos prises par des mobiles et de mains baladeuses.

Voir aussi:

Les uniformes "trop serrés" de Miranda Kerr

Catherine Delvaux

7 sur 7

12/12/13

L’ex Ange de Victoria Secret a servi de modèle pour les nouveaux uniformes des hôtesses de l’air de Qantas Airlines. "L’uniforme va vraiment bien à Miranda Kerr, mais malheureusement nous ne lui ressemblons pas toutes", regrette une employée australienne.

Réalisés par Martin Grant sur base des mensurations parfaites du mannequin australien, les nouveaux uniformes de Qantas Airlines ont été présentés en septembre dernier et seront portés par les 12.000 hôtesses dès aujourd’hui. Mais ils ne plaisent pas à toutes. "Ces uniformes sont vraiment très serrés et ne sont tout simplement pas pratiques du tout pour le travail physique que nous avons à faire", se plaint d’une des employées sur le site News.com.au.

"Les hôtesses de l’air ont de 20 à 60 ans et beaucoup d’entre elles, notamment les plus âgées, ne souhaitent pas porter d’uniformes trop moulants. Nous aimions les anciens uniformes créés par Peter Morrissey. Ceux-là ils étaient vraiment confortables", ajoute une autre hôtesse mécontente. Un porte-parole d’une association rassure: "Nous avons demandé à Qantas de modifier un peu l’uniforme pour répondre aux plaintes des hôtesses."

Voir encore:

Ryanair : le calendrier qui fait jaser

Amélie Gautier

le 14 décembre 2007

Présenté par la compagnie low cost comme le "calendrier 2008 le plus chaud", il met en scène ses hôtesses dans des poses osées. Du pur sexisme, selon des associations.En janvier, Julia assise dans le cockpit met le doigt sur l’un des nombreux boutons du tableau de bord, simplement vêtue d’un maillot de bain et de la casquette de pilote. En temps normal, la jeune femme assure la liaison vers Düsseldorf. Pas timorée pour un sou, en février, Jaroslava en bikini blanc se repose dans le creux d’un réacteur. Habituellement, la jolie brune travaille sur l’avion pour Rome. En avril, Nicola, hôtesse au sol à Londres montre, sifflet dans la bouche et tête ingénue, comment gonfler son gilet de sauvetage en cas de crash…. Et c’est comme ça douze mois durant sur le calendrier de Ryanair, baptisé Girls of Ryanair 2008.

Assurément très coquin mais aussi très malin de la part de la compagnie aérienne à bas tarifs d’Europe, qui fait parler d’elle tout en faisant sa B.A. : tous les bénéfices de la vente, 7 euros pièce, sont destinés à une œuvre de bienfaisance : l’association caritative Angels Quest, qui se charge de trouver des solutions d’hébergement provisoire pour des enfants atteints d’un handicap, afin de soulager leurs proches. Jusqu’à présent, 7 000 exemplaires – sur 10 000 – ont été vendus.

"Une atteinte à la dignité des femmes travailleuses"

"Quand nous avons lancé l’idée de mettre en scène des membres de l’équipage pour la bonne cause, 100 personnes se sont portées candidates, explique Peter Sherrard, de Ryanair. 12 ont été sélectionnées". "Les plus belles hôtesses de Ryanair font monter la température en cabine", affirme le directeur des ressources humaines de Ryanair, Eddie Wilson, cité sur le site internet de la compagnie.

En tout cas, en voyant ces nymphes les mains dans le cambouis, le sang d’une association espagnole de consommateur n’a fait qu’un tour : Facua a ainsi accusé cette semaine la compagnie irlandaise d’utiliser ses hôtesses de l’air comme "des outils publicitaires". Ce calendrier porte "atteinte à la dignité des femmes travailleuses en général et des hôtesses de l’air en particulier, en représentant des images stéréotypées de cette profession contre lesquelles on lutte depuis des années", a affirmé Facua.

Sexiste le calendrier ? Peter Sherrard de rétorquer : "On défend juste le droit des femmes à enlever leurs vêtements". La dernière page montre une hôtesse dans un coin de l’avion, sourire pincé, peau fripée et maillot de bain fleuri, cette femme un peu défraîchie comparée aux donzelles précédentes est censée incarnée une hôtesse de Aer Lingus… Le principal concurrent de Ryanair, qu’elle a longtemps convoité jusqu’au "non" de Bruxelles. Charity business !

Love & Sexe : les métiers où on se fait le plus draguer

Valérie, hôtesse de l’air, 28 ans

Cosmopolitan

La dernière fois qu’on vous a draguée ?

L’an passé, sur un vol Paris-San Francisco. L’homme en question voyageait en Business. Pas un playboy, mais un quinqua plutôt classe qui parlait bien de son métier.

Il bossait chez Calvin Klein et, entre un café et une mignonnette de Baileys, m’a proposé de me faire envoyer le dernier parfum. Naïve, sur la passerelle, j’ai lâché ma carte de visite.

Sur la sienne, en échange, j’ai pu lire «?RDV à mon Novotel ??». Berk.

Pourquoi votre métier fait fantasmer ?

L’image de Natacha hôtesse de l’air tient bon. Et puis, il y a le prestige sexy de l’uniforme, du tailleur au foulard (exit le calot, par contre).

On sent les regards durant notre show sur les consignes de sécurité. On s’en amuse même, parfois.

Vous vous y attendiez ?

J’imaginais pire. Pas de la part des passagers, mais plutôt du personnel de bord.

Aujourd’hui, les escales sont plus courtes – quatre jours maxi – et la rotation des équipages ultra rapide. Moins le temps de se laisser séduire par le pilote !

Tactiques des garçons ?

Souvent affligeantes : le soda renversé dans la travée centrale, obligée d’éponger… en tailleur, la boucle de ceinture introuvable… Le must : un homme m’a même demandé de border sa couverture.

Comment vous vous défendez ?

Quand tu es hôtesse, tu dois faire preuve de diplomatie. Surtout sur un long-courrier. Donc, je réponds «?Non, merci?» sur le même ton et avec le même sourire que quand je propose «?Thé ou café ??».

Voir par ailleurs:

Le sexe ne fait pas vendre…

Jean-François Dortier

Sciences humaines

Décembre 2005

Prenez plusieurs groupes de personnes. Placez-les devant un téléviseur. A l’un des groupes, on montre une émission avec du sexe, à un autre de la violence ; un troisième regardera une émission familiale du type « Les animaux les plus drôles ». Interrompez alors chaque programme par quelques spots publicitaires. Puis demandez aux personnes de se souvenir des noms et des marques qu’ils ont vus. C’est le groupe « émission familiale » qui s’en souviendra le mieux. Moins perturbé par les scènes « chaudes », leur esprit est plus disponible. Répétez plusieurs fois pour vous assurer du fait. Et voilà : la démonstration est établie. Les publicités liées à des programmes télévisés de sexe ou de violence ont moins d’effets que celles qui sont associées à des programmes familiaux. L’expérience était simple. Elle a été réalisée par Brad Bushman de l’université du Michigan et publiée dans une récente livraison de Psychological Science. Conclusion : s’il est connu que le sexe ou la violence font grimper l’Audimat et si l’Audimat fait monter les recettes publicitaires, cela ne veut pas dire que le sexe ou la violence font vendre. CQFD.

Voir aussi:

6: Pourquoi le sexe vend ? (et quoi et à qui…)

Philippe Gouillou

December 12, 2011

Faut-il toujours mettre la photo d’une femme sexy pour vendre ? A voir les pubs on pourrait le croire, mais en fait si le sexe a bien un effet puissant, il est plus subtil que ça.

1. Pourquoi le sexe vend ? (et quoi et à qui…)

Tout le monde ne travaille pas dans le secteur de la pornographie et le sexe n’est pas le sujet principal des pensées des hommes (pas même celui des femmes), pourtant il est, de plus en plus semble-t-il, le support principal des publicités. Pourquoi ?

De nombreuses études (ex : Janssens et al., 2011 ; Sundie et al., 2011 ; Wilson et al., 2004) montrent qu’il y a un lien entre la situation de séduction et l’achat de produits liés au statut : c’est l’affichage du statut (le “display”) pour montrer qu’on a suffisamment de ressources disponibles pour se permettre d’en dépenser sur des produits inutiles (encore le Handicap de Zahavi). L’effet est plus fort chez les célibataires pour les achats d’impulsion et Griskevicius et ses collègues (2011) ont même trouvé que le sex-ratio avait un impact direct : plus il y a d’hommes en concurrence, plus l’effet display sera marqué.

Et pour les femmes ?

Griskevicius et al. (2007) ont trouvé le même effet chez les femmes mais moins brutal et pas sur le même type de dépense, elles donneront surtout à des causes et chercheront à aider, comme le montre le graphique :

En fait, ce qui influence le mode de consommation des femmes est leur position dans le cycle menstruel : en période d’ovulation elles dépenseront plus pour des produits liés à leur apparence (Durante et al., 2010).Un message sexuel est donc un priming efficace pour activer chez la cible les programmes de séduction (et notamment ce display), ceux-ci montrant des différences sexuelles marquées. C’est un Priming plus direct que la simple beauté qui provoque donc plus directement les mêmes effets.

Application pratique

Si vos produits correspondent, une publicité directement sexuelle sera particulièrement efficace, sinon le risque est grand que la cible n’en garde qu’une désagréable impression d’overdose (certes, vous pouvez encore espérer que quelques féministes augmenteront gratuitement votre notoriété mais ça ne durera pas : elles finiront pas le remarquer !)

Photo : Campagne Diesel 2010 (“Sex Sells* / *Unfortunately we sell jeans”) présentée sur BlogoPub : “Diesel Sex Sells : du sexe et des jeans par Nono – le 3 février 2010″

2. Photo : Top Model, le prochain métier remplacé par des ordinateurs

Photomontage 20 minutes

La dernière campagne H&M Suède a fait beaucoup de bruit : elle n’utilise plus que le visage des mannequins, collés sur des corps en plastique retouchés par ordinateur. 20 minutes traduit le journal suédois Aftonbladet :

«Ce ne sont pas de véritables corps. On prend des photos des vêtements sur un mannequin (en plastique, ndr), et ensuite, l’apparence humaine est générée par un programme informatique»

La beauté correspond à des critères et n’est pas que dans l’oeil de celui qui regarde (la page d’Evopsy la plus citée sur les sites féminins) et cela fait longtemps que les robots peuvent noter tout seul la beauté d’une femme mais deux choix de H&M pour cette campagne sont à noter :

H&M a choisi de garder des visages réels

H&M n’a fait aucune distinction régionale pour la forme du corps

Pour l’instant les seules critiques semblent être les (classiques) accusations d’incitation à l’anorexie mais j’imagine que le point 2 ci-dessus sera aussi très vite récupéré.

En fait le vrai jeu est maintenant de se demander combien de temps encore les visages réels seront utilisés et quand les femmes pourront vraiment être remplacées par de (parfaits) robots.

Pour rappel :

La compétition sexuelle est à l’intérieur de chaque sexe et l’habillement sert aux femmes d’abord à se positionner entre elles, le regard des hommes n’étant qu’un moyen dans cette guerre

Les mannequins Haute Couture ont des corps et des visages beaucoup plus masculins que les mannequins lingerie et les “pornstars” : en fait elles ressemblent à des garçons adolescents

La préférence des hommes pour des femmes plus ou moins “pulpeuses” est directement influencée par leur situation économique perçue : les plus riches préfèrent les plus minces (Herbert, 2010)

Les hommes ne privilégient la beauté du visage que pour des relations à long terme (Confer et al. , 2010 : synthèse sur Evopsy)

Application pratique

Si vous voulez utiliser le même genre de technique, assurez-vous de faire appel à d’excellents infographistes pour ne pas souffrir des deux risques célèbres : le “désastre photoshop” direct (exemples : Photoshop Disaster) et peut-être la “Vallée dérangeante” (“Uncanny Valley”) découverte par Masahiro Mori dès 1970, qui hypothétise que la “presque-ressemblance” humaine des robots fait (très) peur.

Ou alors attendez un tout petit peu : Karsch & Forsyth (2011) ont développé un impressionnant programme d’incrustation d’images (fixes et animées) accessible à tous après seulement 10mn de formation (voir leur vidéo de présentation). A ce rythme d’évolution, les infographistes seront les suivants sur la liste à être remplacés par des ordinateurs…

Photo et liens : 20 minutes : “Quand H&M copie-colle de vrais visages sur des corps générés par ordinateur” (06/12/2011)

3. Nouveau : La mesure du fauxtoshoppage

Hasard du calendrier ou pas, une toute nouvelle étude (Kee & Farid, 2011) propose une méthode pratique pour mesurer la quantité de retouche d’une photo (voir quelques exemples d’avant/après), ses auteurs souhaitant que leur note soit publiée à côté des photos retouchée en tant qu’avertissement (exactement comme pour les marges d’erreur des sondages). Cela permettrait peut-être de répondre à une demande extrêmement fréquente : que la compétition sexuelle soit plus “loyale” (j’avais vu à la TV une femme maquillée et beaucoup refaite se plaindre du “manque d’honnêteté des hommes”…)

Il me semble cependant que ne s’intéresser qu’au fauxtoshoppage est beaucoup trop restrictif : il faudrait bien sûr étendre cette méthode à la chirurgie esthétique et surtout, par souci d’équité, noter aussi le degré d’embelllissement des reportages sur les hommes ayant réussi économiquement…

Articles cités :

Confer, J. C., Perilloux, C., & Buss, D. M. (2010). More than just a pretty face: men’s priority shifts toward bodily attractiveness in short-term versus long-term mating contexts. Evolution and Human Behavior, 31(5), 5. doi:10.1016/j.evolhumbehav.2010.04.002

Durante, K. M., Griskevicius, V., Hill, S. E., Perilloux, C., & Li, N. P. (2010). Ovulation, Female Competition, and Product Choice: Hormonal Influences on Consumer Behavior. Journal of Consumer Research, 37(April), 100827095129016-000. doi:10.1086/656575

Griskevicius, V., Tybur, J. M., Sundie, J. M., Cialdini, R. B., Miller, G. F., & Kenrick, D. T. (2007). Blatant benevolence and conspicuous consumption: when romantic motives elicit strategic costly signals. Journal of personality and social psychology, 93(1), 85-102. doi:10.1037/0022-3514.93.1.85

Griskevicius, V., Tybur, J. M., Ackerman, J. M., Delton, A. W., Robertson, T. E., & White, A. E. (2011). The financial consequences of too many men: Sex ratio effects on saving, borrowing, and spending. Journal of personality and social psychology. doi:10.1037/a0024761

Herbert, W. (2010). Do poor and hungry men prefer heavier women? Do rich and full guys like skinny girls? On Second Thought: Outsmarting Your Mind’s Hard-Wired Habits (p. 304). Crown. Retrieved from http://www.amazon.com/Second-Thought-Outsmarting-Hard-Wired-Habits/dp/0307461637

Janssens, K., Pandelaere, M., Van Den Bergh, B., Millet, K., Lens, I., & Roe, K. (2011). Can buy me love: Mate attraction goals lead to perceptual readiness for status products. Journal of Experimental Social Psychology, 47(1), 1-35. Elsevier Inc. doi:10.1016/j.jesp.2010.08.009

Karsch, K., & Forsyth, D. (2011). Rendering Synthetic Objects into Legacy Photographs. Proceedings of ACM SIGGRAPH ASIA (Vol. 30). Retrieved from http://kevinkarsch.com/publications/sa11.html

Kee, E., & Farid, H. (2011). A perceptual metric for photo retouching. Proceedings of the National Academy of Sciences, 2011, 1-6. doi:10.1073/pnas.1110747108

Mori, M. (1970). The Uncanny Valley. Energy, 7(4), 33–35. Retrieved from http://www.movingimages.info/digitalmedia/wp-content/uploads/2010/06/MorUnc.pdf

Sundie, J. M. J. M., Kenrick, D. T. D. T., Griskevicius, V., Tybur, J. M. J. M., Vohs, K. D. K. D., & Beal, D. J. D. J. (2011). Peacocks, Porsches, and Thorstein Veblen: Conspicuous consumption as a sexual signaling system. Journal of personality and social psychology, 100(4), 664. American Psychological Association. doi:10.1037/a0021669

Wilson, M., & Daly, M. (2004). Do pretty women inspire men to discount the future? Proceedings. Biological sciences / The Royal Society, 271 Suppl, S177-9. doi:10.1098/rsbl.2003.0134

Gallery: Sexy flight attendant uniforms of the past

Whither the years of "charm farms," little black books, hot pants and go-go boots? Come along with us for a groovy trip in time and style

Max Kim

CNN

18 July, 2012

Southwest Airlines flight attendants in the 1970s

Southwest Airlines’ motto in the 1970s is said to have been "sex sells seats," and flight attendants were dressed to fit the bill. Widely known as "The Love Airline," Southwest resisted hiring males until after losing a class action lawsuit in 1980.

Flying used to be so sexy.

Back in the days when passengers had to walk across the tarmac to board a plane, they were greeted by "air hostesses" arrayed in knee-high boots, short skirts and white gloves.

In 1971, the now-defunct U.S.-based National Airlines ran a saucy and suggestive ad that featured a flight attendant named Cheryl, smiling affably and accompanied by the seductive slogan, “I’m Cheryl. Fly me.”

There was another one, this time with Jo.

Business reportedly jumped 23 percent, despite accusations of sexism.

Along with National Airlines’ advertising campaign (American Airlines may have given them a run for their money), Eastern Airlines encouraged flirting with stewardesses by handing out little black books to male passengers for storing phone numbers.

Flight attendants were trained at "charm farms" to maximize their feminine sex appeal and a book depicting the golden age of travel by two "adventurous" former flight attendants entitled "Coffee, Tea or Me?" further stoked the flames of the fantasy of flying.

The airline industry has since gone through some major overhauls.

Airlines have adopted a gender-neutral professionalism, austere security measures and the ever-widening gaps between the luxury seat and the cramped budget one.

Societal norms have changed for the better — it’s hard to imagine some of the outfits pictured here ever being approved.

Still, it’s interesting to recall the fashion ethos of yesteryear.

Lowe Hunt for Lynx Body Spray: The Lynx Jet Project

November 3, 2011

Author:

An essential ingredient of experimentation is not always knowing where things will lead you. In 2005 Lynx came up with a new marketing story to up the ante on it’s “sex appeal” image. In Australia, the launch of the fictitious airline LynxJet combined familiar features of air traval with elements of male fantasy including racy in -flight entertainment such as pillow fighting, spanking and mud wrestling. When Lynx tried to get the airline off the ground for real, with sexy Lynx air stewardesses, the high-flying fantasy of a private luxury jet came crashing to earth when it was grounded by the Australian Aviation Authority.

The Brief
Lynx (Axe globally) is a male targeted bodyspray with an irreverent brand personality that is focused around public, playful fantasies. Lynx’s problem was that guys 17-25yrs were dropping out of the brand because they perceived it to be for their younger brother. Lynx needed to actively engage 17-25yrs males

The Media Strategy
The first overseas trip (without parents) is an AUSTRALIAN rite of passage. It represents the move into adulthood and is associated with freedom, including sexual freedom. It starts when they get on the plane – the mile-high club is within reach (in their dreams!)
To feed this fantasy, we created an airline – LYNXJET. Our strategy was to BEHAVE EXACTLY LIKE AN AIRLINE in media targeting young males. This integrated campaign incorporated an actual branded airplane (the LynxJet), real life air hostesses (Mostesses), a mock check-in service online and other airline-style communication. Young guys believed their fantasies had become reality!

The Idea
Two distinct phases:
1/ CREATE THE MYTH: a plane was re-branded LynxJet; viral launched the ultimate mile high fantasy club; there was signage at check-in counters; locker/seat/ticket advertising; sampling girls (“Mostesses”) acted like air-hostesses and became walking billboards.


Human Moving Billboards, otherwise known as LYNXjet Mostess. On the streets of Australian cities, in bars and at the airport, you couldn’t miss them. They were flirting, they were handing out their business cards and guys fell at their feet. The boys would leave messages, SMSs and go to the website to fulfill their fantasy of an airline that never was. The Mile High Club Lounge travelled from city to city creating a live LYNXjet experience. Guys could get a massage, have their picture taken with a Mostess and then download it off the web. The Human Moving Billboards were designed to drive guys to the web and register for the Mile High Club. In total over 658,000 unique visits, 11,500 Mile High Club registratations, the airline was dicussed on weblogs globally along with significant coverage on TV current affairs shows and in the press which was calculated at almost a half a million dollars of free advertising.

2/ FEED THE MYTH: A playful edge was added to traditional airline infrastructure: we created a website (www.lynxjet.com) and mobile ‘Mile High Club’ lounge. Then we imitated traditional airline advertising, with messaging targeting males.
We copied airline behavior to fuel the fantasy and surround the target. We launched with TV in the World Cup Qualifier, crashing Qantas’s ‘airline’ exclusivity. We created content on targeted radio (e.g. interviews with ‘Mostesses’). Newspapers messaged Lynxjet prices.

Online, we created a mock booking system & we staged a recruitment drive for “Mostesses” on employment sites. We delivered an airline experience by taking a mobile ‘Mile High Club Lounge’ to the streets.

The Results
Controversy is a measure of success! The plane was pulled due to a threatened strike by actual cabin crew! Brand share jumped to 84.5% – an all time high! The measure ‘is a sexy brand’ increased by 10%. Over 658,000 unique page views (27% of the target!).

Anthony Toovey, Unilever’s Senior Brand Manager responsible for Lynx says,“In Lynx Jet we have the opportunity to make the fantasies that have always been a core part of the Lynx brand, come to life. This is a ground-breaking activation for Unilever globally and we’re enormously proud of it.”

Advertising Agency: Lowe Hunt, Sidney
Creative Director: Adam Lance
Direct Creative Director: Peter Bidenko
Copywriter:  Michael Canning
Art Director: Simone Brandse
Year: 2005
Grand Prix Media Lions
 5 Gold Lion (Media, Promo and Direct)
2 Bronze Lion for the Campaign (Film & Outdoor)

Voir enfin:

Why Men Can’t Take Compliments

Casey Quinlan

The Atlantic

December 18, 2013

Recently, a date said to me, "You haven’t given me any compliments yet. I’ve complimented you plenty of times."

It made me think about how rare it is for a man to openly express a desire to be praised for his looks and question why I didn’t compliment men on their looks more often. When I Googled, "men given compliments on appearance," Google suggested I try, "Men give compliments on appearance."

The concept of women complimenting men on their appearance can still seem foreign. Men are often portrayed as using compliments as a social tool, but do they themselves want to be applauded for their physical attributes?

In wanting to be praised for his looks, it would appear my date falls into a minority, according to one 1990 study by researchers at SUNY Binghamton and the University of the Witwatersrand, which concluded that compliments from men were generally accepted, especially by female recipients, but "compliments from women are met with a response type other than acceptance": as a threat.

Men often see compliments as "face-threatening acts," or acts intended to embarrass or patronize, the study authors found. What was meant as a nicety could be seen as a way to assert control.

When it comes to compliments from their own sex, men often regard appearance-based praise as a come-on. In her 2003 book, Sociolinguistics: The Essential Readings, Christina Bratt Paulston writes that for heterosexual men, "to compliment another man on his hair, his clothes, or his body is an extremely face-threatening thing to do, both for the speaker and the hearer."

In the book The Psychology of Love, Michele Antoinette Paludi points out that stepping outside of gender roles can reduce attraction between partners.

"Current research indicates that gender-atypical qualities are often turn-offs in intimate relationships … Women also experienced social costs for atypical gender behavior … both men who were passive and women who were assertive were evaluated as significantly less socially attractive by men than women who did not engage in self-promoting behaviors."

Being the arbiter of someone’s attractiveness can be interpreted as an expression of masculinity that women are not traditionally expected to adopt. Further, it is possible that a good portion of men don’t want to be essentially "treated like women," as their masculinity is dependent on being above the judgments women are often subjected to.

Men are also more reluctant to express behaviors such as envy, according to the 2012 book, Gender, Culture and Consumer Behavior, which suggests that men hesitate to display “low-agency” emotions such as anxiety, vulnerability and jealousy.

In life as well as in art, a man’s focus on his own appearance can be perceived as detracting from his perceived masculinity in the eyes of male reviewers. In her book, Extra-Ordinary Men: White Heterosexual Masculinity in Contemporary Popular Cinema, Nicola Rehling points out that in the movie Gladiator, Maximus had a muscular build but was not sexualized on-screen. In the movie Troy, meanwhile, Brad Pitt’s Achilles was practically groomed for the enjoyment of straight female and gay male viewers. Crowe’s body was not nearly as exposed as Pitt’s was throughout the movie.

Rehling writes, "In the majority of reviews of the film, Brad Pitt was compared unfavorably with Crowe, with many expressing disappointment that he failed to import the primal masculinity that was such a big box office attraction in Gladiator. The adulation of Crowe’s Maximus would seem to articulate a desire for an undiluted, corporeal, physical male presence."

The consequences for women giving men compliments are also different than those for men giving women compliments. In a 2006 study from Williamette University’s College of Liberal Arts, researchers Christopher Parisi and Peter Wogan found that college-aged men were generally given compliments on skills, while women were given compliments on their looks. Parisi and Wogan also found that women felt the need to be cautious when complimenting men on their appearance because they didn’t want to be "too forward" or attract "unwanted attention."

That fear is supported by a 2008 study, conducted in Australia by Griffith University, which hypothesized that men are more likely to interpret or misinterpret female compliments as seductive or flirtatious than women are male compliments.

Who knew complimenting could be so complicated? Perhaps if we better understand the social norms behind compliments, women and men alike could begin to feel more comfortable praising each other in a non-sexual way, and to not expect anything in return.

http://jezebel.com/older-men-with-whom-we-would-go-to-bed-1485844445?utm_campaign=socialflow_jezebel_facebook&utm_source=jezebel_facebook&utm_medium=socialflow


Mode: La Révolution Kate Upton (Kate vs. the incredible shrinking women: will curvy finally kill the skinny star ?)

9 octobre, 2013
http://assets.nydailynews.com/polopoly_fs/1.1250424.1359488260!/img/httpImage/image.jpg_gen/derivatives/landscape_635/upton30n-3-web.jpghttp://cdn1-www.thefashionspot.com/assets/uploads/2013/05/file_180515_0_Kate-Upton-Voguw.jpghttp://25.media.tumblr.com/tumblr_lw06y0SdEo1r2g5ufo1_500.jpgkate halchishick photoQue ta mise soit aussi coûteuse que ta bourse te le permet, sans être de fantaisie excentrique ; riche, mais peu voyante ; car le vêtement révèle souvent l’homme ; et en France, les gens de qualité et du premier rang ont, sous ce rapport, le goût le plus exquis et le plus digne. … Avant tout, sois loyal envers toi-même ; et, aussi infailliblement que la nuit suit le jour, tu ne pourras être déloyal envers personne. Polonius (Hamlet, Shakespeare)
Il nous arriverait, si nous savions mieux analyser nos amours, de voir que souvent les femmes ne nous plaisent qu’à cause du contrepoids d’hommes à qui nous avons à les disputer (…) ce contrepoids supprimé, le charme de la femme tombe. On en a un exemple dans l’homme qui, sentant s’affaiblir son goùt pour la femme qu’il aime, applique spontanément les règles qu’il a dégagées, et pour être sûr qu’il ne cesse pas d’aimer la femme, la met dans un milieu dangereux où il faut la protéger chaque jour. Proust
Quand les riches s’habituent à leur richesse, la simple consommation ostentatoire perd de son attrait et les nouveaux riches se métamorphosent en anciens riches. Ils considèrent ce changement comme le summum du raffinement culturel et font de leur mieux pour le rendre aussi visible que la consommation qu’ils pratiquaient auparavant. C’est à ce moment-là qu’ils inventent la non-consommation ostentatoire, qui paraît, en surface, rompre avec l’attitude qu’elle supplante mais qui n’est, au fond, qu’une surenchère mimétique du même processus. (…) Plus nous sommes riches en fait, moins nous pouvons nous permettre de nous montrer grossièrement matérialistes car nous entrons dans une hiérarchie de jeux compétitifs qui deviennent toujours plus subtils à mesure que l’escalade progresse. A la fin, ce processus peut aboutir à un rejet total de la compétition, ce qui peut être, même si ce n’est pas toujours le cas, la plus intense des compétitions. René Girard
Si nos ancêtres pouvaient voir les cadavres gesticulants qui ornent les pages de nos revues de mode, ils les interprèteraient vraisemblablement comme un memento mori, un rappel de la mort équivalent, peut-être, aux danses macabres sur les murs de certaines églises médiévales. Si nous leur expliquions que ces squelettes désarticulés symbolisent à nos yeux le plaisir, le bonheur, le luxe, le succès, ils se lanceraient probablement dans une fuite panique, nous imaginant possédés par un diable particulièrement malfaisant. René Girard
L’homme est un animal social qui diffère des autres animaux en ce qu’il est plus apte à l’imitation, Aristote le disait déjà (Poétique 4). Aujourd’hui on peut tracer les sources cérébrales de cette spécificité humaine. La découverte des neurones miroirs permet de mettre le doigt sur ce qui connecte les cerveaux des hommes. En outre cette découverte a encore confirmé l’importance neurologique de l’imitation chez l’être humain. Les neurones miroirs sont des neurones qui s’activent, non seulement lorsqu’un individu exécute lui-même une action, mais aussi lorsqu’il regarde un congénère exécuter la même action. On peut dire en quelque sorte que les neurones dans le cerveau de celui/celle qui observe imitent les neurones de la personne observée; de là le qualitatif ‘miroir’ (mirror neurons). Simon De Keukelaere
Nombre de recherches sur l’obésité, qui soulignent les styles de vie sédentaires, la biologie humaine ou la nourriture rapide, passent à côté de l’essentiel. L’augmentation de l’obésité doit être considérée comme un phénomène sociologique et non pas physiologique. Les gens sont influencés par des comparaisons relatives, et les normes ont changé et continuent à changer. Andrew Oswald (université de Warwick)
Girls are ditching diets for the first time in decades and embracing natural curves. More than two thirds of women now want a voluptuous look like model Kate Upton. The Sun
For a long time, fashion has been going to celebrities. Celebrities are on the magazine covers, and nobody wanted models. But why not have a model celebrity? Why not a girl who comes with her own following? Social media brings a personality to models. That’s how consumers today decide what to buy. I studied this. People told me I couldn’t be fashion, that I’m just an old-fashioned body girl, only good for swimwear. But I knew that I could bring back the supermodel. What can I say? I’m relatable. Kate Upton
When Kate first came in, everyone at the agency thought I was crazy. She wasn’t ‘fashion’ enough. (…) Kate is bigger than fashion. She’s the Jayne Mansfield of the Internet. Ivan Bart (IMG Models)
We would never use Ms. Upton for a Victoria’s Secret show, her look, she is “too obvious” to be featured in what has become the most widely viewed runway show in the world. She’s like a Page 3 girl. She’s like a footballer’s wife, with the too-blond hair and that kind of face that anyone with enough money can go out and buy. Sophia Neophitou
I come from a business where the perennial question is ‘Are you beautiful in a fashion sense or in a beauty pageant sense or beautiful-girl-next-door sense?’ And I feel like, why can’t we try to find something that’s a little bit different? If you’ve ever looked at pictures of Jean Harlow up close, she had the same curves as Kate Upton, the same silhouette, and she was the definition of beauty at the time. Stephen Gan
Thirteen years ago, every cover of every magazine wasn’t actresses, it was mostly models and then actresses would be featured inside. And now every actress is expected to also be a model. Busy Williams
But there’s been little talk about how the shift has affected actresses. As Busy said, the need to be "cover-ready" has put more pressure on celebrities to stay fit. The consequence, ironically, is that while magazine readers strive to achieve the celebrity body shapes they see on magazine covers, the celebrities on the covers are striving to maintain bodies like the models they’ve replaced. The result? No one really wins. Ellie Krupnick
We really want girls to have a focus on being healthy and also have realistic views of modeling, expectations and things like that. It’s just a really horrible mentality. I really want to focus on trying to be part of the solution to this problem. I felt like, `If you build it, they will come.’ And that’s kinda what happened. Everybody has a story and everybody is a person. You have to be sensitive to them as people and not just judge them off of a photo or off of the way they look. Katie Halchishick
I think girls just realized that they can be beautiful while still being a size 6 or 8, or plus, and you don’t have to be a size 0 or 2 to be liked or popular or get guys’ attention. Kristin Close
Prior to the assembly, Close handed out a survey with about five questions including: What size are you? What size do you want to be? Why? What she learned astonished her: Every girl wished she were skinnier no matter her current size. Even if she were a size 2, she wanted to be a size 0. (…) Halchishick believes this is because of the images young girls are inundated with of unrealistically thin models. In fact, most straight-size fashion models are thinner than 98 percent of American women, according to the NEDA. But what these young girls don’t know, Halchshick says, is what has been done to perfect the image, such as pinning, stuffing and the use of Photoshop. (…) During the boys’ assembly, they focus on how they can be the solution to the problem by understanding that what they say to girls about their weight or looks truly affects them. (…) The response from students, parents and principals has been amazing, says Halchishick. By continuing to get the word out, she hopes to start a revolution as more girls take the initiative to bring the program to their school. Daily News

Les courbes finiront-elles par avoir raison des brindilles ?

Alors que l’ancienne star de l’écurie Disney Miley Cyrus se sent obligée,  après ses anciennes collègues et le look putassier en plus, de nous refaire le coup de la tête rasée et des larmes de Sinead O’Connor …

Les formes généreuses du véritable phénomène internet Kate Upton qui avec sa blondeur et son physique de femme de footballeur faisait autrefois fuir les agences de mode …

Et une nouvelle génration de jeunes mannequins comme la fondatrice de la nouvelle agence "Healthy is the new Skinny" Katie Halchishick

Réussiront-elles enfin à libérer notre gent féminine et surtout les plus jeunes de la tyrannie anorexisante de nos magazines et de nos défilés de mode ?

Ou feront-t-elles, elles aussi pour les hanches ou les fesses et après les lèvres,  la fortune de la chirurgie plastique du repulpage ?

‘Healthy Is the New Skinny’: Throwing a few curves at model myths

Stephanie Cary

The Daily News

11/09/11

Look in the mirror. What do you see?

Many teenage girls might shock you with their answers, as body-image issues are plaguing students in high schools across the nation.

In fact, as many as 10 million females in the United States have a body-image related eating disorder such as bulimia or anorexia, according to the National Eating Disorders Association. According to NEDA, more than half of teenage girls use unhealthy weight-controlling behaviors such as throwing up, skipping meals, fasting, taking laxatives or smoking cigarettes.

But now, Katie Halchishick — a 26-year-old Los Angeles resident and former plus-size model who struggled with her own body-image issues — is trying to fight the epidemic with her "Healthy is the New Skinny" campaign, which is promoted in collaboration with her modeling agency and nonprofit school program.

"Natural Model Management is a model agency that is built upon better values in the industry," Halchishick said. "We really want girls to have a focus on being healthy and also have realistic views of modeling, expectations and things like that."

At her heaviest, Halchishick was a size 14. But as she started to lose weight in an effort to get healthy, she lost clients as well.

Her agency told her to either gain back weight so she could continue modeling in plus-size, or lose enough that she could be booked as a straight-size model — size 0 to size 4.

Halchishick didn’t appreciate feeling like her agency was in control of what happened to her body or her career. She believed there were clients out there who would want to book her for the body and size she was naturally meant to be — which shifts between a size 8 or 10.

"It’s just a really horrible mentality," Halchishick said. "So I was like, I really want to focus on trying to be part of the solution to this problem. I felt like, `If you build it, they will come.’ And that’s kinda what happened."

Natural Model Management embraces models with healthy, natural weights as well as plus-size models. With almost 50 girls in the agency, Halchishick is proving skeptics wrong by showing there are clients out there who want natural-looking women.

Her models have been booked internationally and they have clients such as Kohl’s, Target, Jessica London, Torrid and Forever 21. As Halchishick says, there may not be a huge market for middle-range sizes, but they put the effort in to find jobs for their models.

But more than just trying to help change the fashion industry’s view of what’s beautiful, she is also trying to make a difference with younger girls through her Perfectly UnPerfected Program, a nonprofit school campaign that addresses body-image issues with students.

The program started after Kristin Close — then a senior at Placer High School in Auburn — had been talking to Halchishick about the prospect of modeling. After learning Halchishick’s message of "Healthy is the New Skinny," Close decided that was something her school could benefit from hearing and, for her senior project, asked Halchishick to come to Placer High.

Halchishick agreed and brought along some of the Natural models as well. The project included separate assemblies for the boys and girls, as well as photo shoots during lunch and after school so the students could get their photo taken wearing a "Healthy is the New Skinny" T-shirt.

Close, now 18, says the assemblies really had an impact on the students — especially the girls — as many had to dry tears when hearing the models’ stories.

"Katie talked and another `Healthy is the New Skinny’ model, Angela — she’s a mother and she has very unique facial features that she got made fun of in high school for and she was bulimic," Close said.

"You’d just look around the auditorium and girls were in tears because Angela was telling her story and I actually had to run up on stage and give her a tissue. I think girls just realized that they can be beautiful while still being a size 6 or 8, or plus, and you don’t have to be a size 0 or 2 to be liked or popular or get guys’ attention."

Prior to the assembly, Close handed out a survey with about five questions including: What size are you? What size do you want to be? Why?

What she learned astonished her: Every girl wished she were skinnier no matter her current size. Even if she were a size 2, she wanted to be a size 0.

Halchishick believes this is because of the images young girls are inundated with of unrealistically thin models. In fact, most straight-size fashion models are thinner than 98 percent of American women, according to the NEDA.

But what these young girls don’t know, Halchshick says, is what has been done to perfect the image, such as pinning, stuffing and the use of Photoshop.

"I think girls only get to see these perfect images, they don’t ever actually get to hear anyone talk," Halchishick said. "So girls assume that all these models are perfect and their lives are perfect because they see everything from a picture. And when you work with them and we all talk, that’s not the case at all."

Since the Placer High School assembly last year, Halchishick has expanded the Perfectly UnPerfected Program to other schools with the help of her boyfriend and former model Bradford Willcox, and Hugo Schwyzer, a professor of gender studies at Pasadena City College.

They will be going to six schools in Washington and are in the process of bringing the program to a Los Angeles college in 2012.

They skew the details of the assembly to accommodate what the school wants, but the message of "Healthy is the New Skinny" is always there, as they talk with students about body-image issues, show pictures before and after Photoshop, and conduct question-and-answer sessions.

During the boys’ assembly, they focus on how they can be the solution to the problem by understanding that what they say to girls about their weight or looks truly affects them.

The response from students, parents and principals has been amazing, says Halchishick. By continuing to get the word out, she hopes to start a revolution as more girls take the initiative to bring the program to their school.

"Everybody has a story and everybody is a person. You have to be sensitive to them as people and not just judge them off of a photo or off of the way they look," Halchishick said.

"It’s totally changed my life. That one day at Placer was more rewarding than any picture I’ve ever taken."

Voir aussi:

Is Kate Upton the First Social Media Supermodel?

Hayley Phelan &Tyler McCall

When Kate Upton’s GQ cover hit this morning, we’re sure ours weren’t the only jaws to drop. There are few models who look (or move!) like Kate. Likewise, there are few models who have enjoyed such a meteoric rise to fame and success.

But make no mistake: Upton is by no means just a benefactor of good luck (or bountiful breasts). She’s very much a star of her own making, and her career decisions–starting with the fateful day she posted that Dougie video to YouTube–have helped her carve out an image and public following that is truly unlike any other model: She managed to parlay a popular YouTube clip to propel her ho-hum modeling career into the supermodel stratosphere, becoming a favorite of fashionistas like Katie Grand and Carine Roitfeld and lad mags alike. Taking cues from reality TV, she plays up her blond bombshell, sometimes even ditzy, personality with a wink–and now she’s poised to become a household name.

So how exactly did she do it? Read on for a look at the ups and downs of Upton’s career–and how she harness the power of social media to ensure she’d be more than just a good set of you-know-whats.

Voir également:

Model Struts Path to Stardom Not on Runway, but on YouTube

Guy Trebay

The New York Times

February 13, 2012

There was a time, not long ago, when the surest path to modeling stardom was down the runway of a top designer’s show, when it would have been unthinkable to find among the industry’s top ranks a swimsuit girl whose main claims to fame were ad campaigns for Guess jeans and Beach Bunny Swimwear.

But that was before social media altered the paths to fame.

Unlike the many little-known beauties now on view at New York Fashion Week — women seldom identified by more than one name (Agata, Hanaa, Frida, Joan) — Kate Upton, just 19 and resembling a 1950s pinup, but with the legs of a W.N.B.A. point guard, has arrived on the scene as a largely self-created Internet phenomenon.

It is not just that she has a respectable Twitter following (170,000 people at last count), or a YouTube video with over 3 million viewers, or marketing potential perhaps best measured by her rocketing from obscurity to No. 2 on a list of the world’s 99 “top” women compiled by AskMen.com, an online magazine with 15 million readers. (Sofia Vergara, of the ABC sitcom “Modern Family,” is No. 1.)

Less than a year after Ms. Upton, curvaceous and rambunctious, posted a video of herself at a Los Angeles Clippers game doing the Dougie, a dance popularized in a hip-hop tune by Cali Swag District, she finds herself in one of the most coveted positions in the modeling business.

Joining an elite club of modeling powerhouses — brand names like Cheryl Tiegs, Tyra Banks and Heidi Klum — Ms. Upton was announced Monday night on David Letterman’s show as the latest cover girl for Sports Illustrated’s annual swimsuit issue, the circulation and advertising behemoth that has long been equally the dream book of adolescent males and the bane of feminists.

In modeling, as in movies (see: “Chronicle,” the film that hit No. 1 at the box office this month after relying on social media outlets like Twitter and YouTube for its marketing), music (the band Fun. and its inescapable viral hit “We Are Young”) and most other cultural endeavors, it is increasingly clear that there is no longer a single path to success.

“We all know that social media now creates its own reality,” said Wayne Sterling, the publisher of Models.com, an industry Web site. “If you become a YouTube star among teenagers, you have even more recognizability than a TV star,” he said. “Kate Upton is the perfect example of that.”

It was soon after the Dougie video went viral that a seasoned scout, David Cunningham, brought Ms. Upton to the attention of Ivan Bart of IMG Models, the company behind the multimillion-dollar careers of women like Gisele Bündchen, Ms. Klum and Kate Moss.

“When Kate first came in, everyone at the agency thought I was crazy,” Mr. Bart, the “superagent” who heads IMG Models, said of Ms. Upton. “She wasn’t ‘fashion’ enough.”

Mr. Bart signed her anyway. And soon, to the surprise of some in the industry, Ms. Upton was being sought out for editorial sittings with people like Carine Roitfeld, the French fashion eminence known for her prophetic eye, and by Katie Grand, the influential stylist and editor of the fashion-forward British magazine Love.

Wholesomely proportioned at 5 feet 11 inches with a 36-25-34 figure, Ms. Upton was a long way from the coolly robotic Eastern European beauty ideal that has dominated the catwalks for many seasons. “Kate is bigger than fashion,” Mr. Bart said. “She’s the Jayne Mansfield of the Internet.”

Though the catwalks of New York, Paris and Milan, traditionally a pathway to magazine covers and the lavish cosmetic and fragrance advertising campaigns that are the grail of every modeling hopeful, will continue to exert influence, it is increasingly difficult for the industry to ignore the world outside the Fashion Week tents, particularly the one that is virtual.

“It’s not just enough to cast such-and-such a girl that opened Prada or Vuitton or whatever,” said Trey Laird, the creative director of Laird & Partners, the advertising agency behind brands like Tommy Hilfiger, Juicy Couture and the Gap. “It’s a huge help if a girl already has a platform and followers, and Kate Upton is a great example of that.”

Those dubious about Ms. Upton’s crossover potential, or of any career driven toward the stony heart of fashion from the do-it-yourself fringes of the blogosphere, include Sophia Neophitou, editor of the English style bible 10 and a creative force behind the casting of the Victoria’s Secret shows.

“We would never use” Ms. Upton for a Victoria’s Secret show, Ms. Neophitou said by telephone last week from London. And, while Ms. Upton has, in fact, modeled on occasion for the company’s catalog, her look, said Ms. Neophitou, is “too obvious” to be featured in what has become the most widely viewed runway show in the world.

“She’s like a Page 3 girl,” Ms. Neophitou said, referring to the scantily clad voluptuous women featured in The Sun, a London tabloid. “She’s like a footballer’s wife, with the too-blond hair and that kind of face that anyone with enough money can go out and buy.”

And yet, Ms. Upton turns up as the hottest new face in the industry in a coming issue of V, a fashion magazine with a cult following among the cognoscenti.

“I wasn’t necessarily drawn to her because of her having been big online and having several million hits on YouTube,” said Stephen Gan, V’s editor in chief and creative director. “In fact, I first heard of her when we were having a party at the Boom Boom Room and Kate Moss’s agent called and said, ‘Can you put Kate Upton on your list?’ ”

Unfamiliar then with the young model, Mr. Gan searched Google and came upon the Dougie video, along with the welter of gossip items that connect Ms. Upton to celebrities like Kanye West and the New York Jets quarterback Mark Sanchez. Tabloid readiness aside, he saw in her something a less seasoned fashion eye might overlook.

“I come from a business where the perennial question is ‘Are you beautiful in a fashion sense or in a beauty pageant sense or beautiful-girl-next-door sense?’ ” Mr. Gan said. “And I feel like, why can’t we try to find something that’s a little bit different? If you’ve ever looked at pictures of Jean Harlow up close, she had the same curves as Kate Upton, the same silhouette, and she was the definition of beauty at the time.”

Sitting last week in the Manhattan offices of IMG Models, clad in tight jeans and Christian Louboutin stilettos and with her peroxided hair piled high, Ms. Upton called to mind the dumb blondes of an earlier era, women like Ms. Mansfield and Marilyn Monroe who, as we now know, were not dumb at all.

But unlike the passive beauties of the 1950s, Ms. Upton has a coolly appraising approach to her assets. She also has a big laugh, no shortage of confidence and the habit of cracking her knuckles like a tomboy bombshell.

“For a long time, fashion has been going to celebrities,” she said. “Celebrities are on the magazine covers, and nobody wanted models. But why not have a model celebrity? Why not a girl who comes with her own following? Social media brings a personality to models. That’s how consumers today decide what to buy.”

“I studied this,” added Ms. Upton, a Michigan native who was raised in Melbourne, Fla., and who began work at 15, spending her first few years toiling in the lucrative but unglamorous salt mines of catalog modeling.

What Ms. Upton learned was that before Ms. Bündchen grew Angel wings and became Mrs. Tom Brady and a business impresario overseeing a multimillion-dollar empire built on the licensing of everything from lingerie to shower shoes, she was just another runway girl from the first wave of then-new Brazilians, a woman routinely informed she would never make it big in high fashion because her figure was too curvy and her nose was too long.

“People told me I couldn’t be fashion, that I’m just an old-fashioned body girl, only good for swimwear,” Ms. Upton said. “But I knew that I could bring back the supermodel.”

“What can I say?” she added. “I’m relatable.”

Voir encore:

Has Kate Upton forgiven Victoria’s Secret for those ‘too obvious’ comments? Model makes surprise appearance in lingerie giant’s new catalog

Victoria’s Secret’s casting director said early last year that the model is ‘like a page three girl’ with ‘the kind of face that anyone with enough money can go out and buy’

Tamara Abraham

Daily Mail

28 May 2013

Kate Upton appears to be modeling for Victoria’s Secret, just over a year after the casting director for the lingerie giant’s catwalk shows said she ‘would never use [her].’

In an image obtained by Buzzfeed of the back of the newest Victoria’s Secret catalog, the model, 20, is seen wearing a black Body by Victoria bra.

It comes as some surprise to see her posing for the brand, given that she was the subject of some scathing comments from its model booker, Sophia Neophitou, in a New York Times interview early last year.

Ms Neophitou told the paper that she would never book Miss Upton for the Victoria’s Secret catwalk show.

‘She is too obvious. She’s like a page three girl.’ she said. ‘She’s like a footballer’s wife, with the too-blond hair and the kind of face that anyone with enough money can go out and buy.’

Ms Neophitou appears to be alone in her opinion of Miss Upton though. The model, who shot to fame after landing the cover of the Sports Illustrated Swimsuit Issue in 2012, has become the darling of the fashion set.

In just under 18 months, she has appeared on three Vogue covers, fronted the inaugural issue of CR Fashion Book, and posed in photo shoots for V Magazine, Terry Richardson and Harper’s Bazaar.

She has also attended the Met Gala and modeled in campaigns for Sam Edelman and Mercedes Benz.

And she still remains in favor with Sports Illustrated, who chose her for yet another Swimsuit Issue cover this year.

But while Miss Upton has never been an official Angel, it would seem that she has maintained a relationship with Victoria’s Secret since her teens.

Buzzfeed reveals that she modeled pajamas for the brand back in 2011, when she would have been about 18, well before her Sports Illustrated fame.

But the site’s Amy O’Dell explains that a model’s presence in the catalog does not automatically qualify her for the runway show.

‘Casting for the catalog and fashion show are seen as two very different things to the fashion community,’ she said. ‘There’s a lot of cross-over but it’s not a fully symbiotic relationship.’

MailOnline reached out to Victoria’s Secret to determine the nature of Miss Upton’s apparent new role, but is yet to get a response.

Voir encore:

Models vs. Actresses On Covers: What The Shift Has Meant For Celebrities’ Bodies

Ellie Krupnick

The Huffington Post

05/31/2013

The era of models-as-cover-stars came to an end around the time Anna Wintour took over at Vogue. There, she popularized the casting of celebrities — mainly actresses and pop stars — for fashion covers instead of models. Her first major celeb cover featured Madonna, a choice that was seen as a risk… and resulted in a 40 percent spike in newsstand sales.

The shift was a positive eye-opener for Vogue and the other magazines that followed suit. But the turn from professional models to celebrities might have had a negative impact on the celebs themselves. In a recent interview with Amanda de Cadenet for "The Conversation," actress Busy Philipps provided an interesting insight:

"13 years ago, every cover of every magazine wasn’t actresses, it was mostly models and then actresses would be featured inside. And now every actress is expected to also be a model."

It’s been widely discussed that the move from models to Hollywood A-listers negatively affected the models. Naomi Campbell said it best: "Of course, we want the magazine covers back… [A young model has] got more to compete with and there are only a certain amount of covers they’re going to give a model a year. Before, you had models 12 months a year."

But there’s been little talk about how the shift has affected actresses. As Busy said, the need to be "cover-ready" has put more pressure on celebrities to stay fit.

The consequence, ironically, is that while magazine readers strive to achieve the celebrity body shapes they see on magazine covers, the celebrities on the covers are striving to maintain bodies like the models they’ve replaced.

The result? No one really wins. Let’s hope that Anna Wintour was watching Philipps’ interview and took away a few insights. Watch the conversation for yourself in the video above, or go to TheConversation.tv.

More women we love speaking out about body image:

Voir enfin:

Miley Cyrus, son clip et le twerk : faux scandale, vraie hypocrisie, marketing de génie

Benoît Raphaël

Le Nouvel Observateur

07-10-2013

LE PLUS. Miley Cyrus apparaît nue dans son clip. Miley Cyrus agite ses fesses devant Robin Thicke, Miley Cyrus lèche une masse de chantier, Miley Cyrus fait des trucs avec sa langue. Bref, Miley Cyrus fait plein de choses et buzz à tout va. Du bruit, au point que même Sinéad O’Connor et Annie Lennox s’en sont mêlées. Cyrus est-elle vraiment scandaleuse ? Pas sûr. Analyse de Benoît Raphaël.

Les médias web peuvent dire merci à Miley Cyrus. Miley Cyrus peut dire merci au web. Chacune de ses apparitions grimpe à 10 sur l’échelle du buzz. Son dernier single ("Wrecking Ball") fait un carton. Et plus on lui reproche de montrer ses fesses, plus elle gagne de l’argent. Et des fans. Cool.

C’est un jeu auquel l’Amérique adore jouer depuis des dizaines d’années : puritanisme + provocation + business. La formule est bien rodée. C’est même à se demander si les détracteurs de la jeune chanteuse n’auraient pas été payés par la maison de disques.

Rappel de l’histoire pour ceux qui auraient raté ce cas d’école du buzz marketing.

Anatomie d’un buzz parfait

Août 2013 : Miley Cyrus fait une performance épicée aux MTV Awards. Sur la chanson de Robin Thicke, "Blurred Lines", dont le clip fait déjà l’objet d’un buzz pour sexisme, la chanteuse se lance dans un twerk (le twerk est une danse assez moche qui consiste à remuer les fesses sous le nez de son partenaire… ou de son chien). Elle porte un maillot de bain couleur chair.

Bon. Buzz "Blurred Lines" + buzz "twerk" + buzz "petite tenue" + buzz "MTV Awards" = buzz multiplié par 4.

On notera que Miley Cyrus a été, il n’y a pas si longtemps que cela, l’idole des des enfants. Vous vous souvenez peut-être de sa prestation doudou dans Hannah Montana. La présence d’ours en peluche sur la scène des MTV Awards n’est d’ailleurs certainement pas innocente. Clin d’œil à son passé de Mickey Girl, la mise en scène a pour objectif de marquer une rupture. Un peu comme Britney Spears en son temps. Ou encore Selena Gomez. Ce qui nous rajoute un cinquième ingrédient de buzz.

Ah oui, j’oubliais la langue. Miley Cyrus dispose d’une langue particulièrement longue, qu’elle fait tourner dans tous les sens, ce qui, au-delà de la provocation, est un excellent support pour la création de memes (le meme est le détournement répété et viral d’une image pratiqué par les internautes avec l’aide de Photoshop).

La grande langue, donc, sixième ingrédient à placer dans cette recette de buzz marketing autour du lancement de l’album d’une jeune chanteuse jusque là un peu fade.

L’opération est donc presque un cas d’école, qui révèle une forme de science arithmétique relativement aboutie (adepte des mathématiques, Rihanna s’est elle aussi mise au twerk…).

La machine était lancée.

Annie Lennox et Sinéad O’Connor surfent sur la vague

Après une petite série de provocations, Miley Cyrus enfonce le clou avec un clip plutôt sobre dans lequel elle apparaît nue sur un boulet de démolition, et où on l’aperçoit lécher une masse.

On a vu plus dénudé. Lady Gaga notamment, il y a quelques semaines, à l’occasion du lancement de son dernier album. Un lancement raté. Pour Miley, c’est différent. Le buzz était lancé. Les médias web ont fait des tonnes de pages vues sur le buzz, il n’était pas question de s’arrêter.

C’est là que Sinéad O’Connor s’en mêle. Elle publie une lettre ouverte à Miley Cyrus, lui conseillant d’aller se rhabiller. Et lui expliquant (je résume) : ce monde est cruel, tu n’as que 20 ans, et tu te fais manipuler par des business-men sans complexes qui te déshabillent pour vendre tes disques.

Annie Lennox (Eurythmics) lui emboîte le pas et demande à ce qu’on arrête avec l’hypersexualisation des clips. Ben voyons.

Résultat : doublement du buzz. Du coup, on reparle et de Miley Cyrus et de Sinead O’Connor. Qui a peut-être, elle aussi, un album en préparation. Non, en fait c’est plutôt un livre… Annie Lennox ? On parle d’un nouvel album pour 2014.

En tout cas, les deux vétérantes ne pouvaient pas rendre un meilleur service à ces méchants exploiteurs de jeunes filles innocentes que seraient les maisons de disques.

Good buzz, bad buzz, même combat.

Maintenant, ce sont des nus de la starlette shootés par le photographe Richardson qui font tourner la machine à clics. Un classique !

L’archétype de l’hypocrisie américaine

Bref, un buzz bien orchestré, dans les règles de l’art. Pas vraiment original depuis Madonna et le bout de sein de Janet Jackson. Mais qui continue visiblement de fonctionner. Rien de grave, d’ailleurs. L’album est plutôt pas mal, et Miley Cyrus a suffisamment d’humour pour se moquer de ses propres prestations. Il n’y a qu’à visionner son auto-parodie le week-end dernier au "Saturday Night Fever".

Au fond, ce n’est que du divertissement. Tant que tout le monde s’amuse et gagne de l’argent, où est le problème ? Au pire, ce buzz banal nous montre combien l’Amérique a encore du mal à se sortir de son puritanisme… Mais est toujours aussi bonne en marketing !

Tout le reste n’est qu’hypocrisie.


Easy Rider: Plus crétin que moi tu meurs ! (Through a grass curtain: Will the real cretin stand up ?)

28 juillet, 2013
http://careersecretsauce.files.wordpress.com/2009/04/easy-rider-redneck.jpg?w=500&h=333Lorsque j’étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant; lorsque je suis devenu homme, j’ai fait disparaître ce qui était de l’enfant.Aujourd’hui nous voyons au moyen d’un miroir, d’une manière obscure, mais alors nous verrons face à face; aujourd’hui je connais en partie, mais alors je connaîtrai comme j’ai été connu. Paul (première lettre aux Corinthiens 13: 12)
J’ai résumé L’Étranger, il y a longtemps, par une phrase dont je reconnais qu’elle est très paradoxale : “Dans notre société tout homme qui ne pleure pas à l’enterrement de sa mère risque d’être condamné à mort.” Je voulais dire seulement que le héros du livre est condamné parce qu’il ne joue pas le jeu. En ce sens, il est étranger à la société où il vit, où il erre, en marge, dans les faubourgs de la vie privée, solitaire, sensuelle. Et c’est pourquoi des lecteurs ont été tentés de le considérer comme une épave. On aura cependant une idée plus exacte du personnage, plus conforme en tout cas aux intentions de son auteur, si l’on se demande en quoi Meursault ne joue pas le jeu. La réponse est simple : il refuse de mentir.  (…) Meursault, pour moi, n’est donc pas une épave, mais un homme pauvre et nu, amoureux du soleil qui ne laisse pas d’ombres. Loin qu’il soit privé de toute sensibilité, une passion profonde parce que tenace, l’anime : la passion de l’absolu et de la vérité. Il s’agit d’une vérité encore négative, la vérité d’être et de sentir, mais sans laquelle nulle conquête sur soi et sur le monde ne sera jamais possible. On ne se tromperait donc pas beaucoup en lisant, dans L’Étranger, l’histoire d’un homme qui, sans aucune attitude héroïque, accepte de mourir pour la vérité. Il m’est arrivé de dire aussi, et toujours paradoxalement, que j’avais essayé de figurer, dans mon personnage, le seul Christ que nous méritions. On comprendra, après mes explications, que je l’aie dit sans aucune intention de blasphème et seulement avec l’affection un peu ironique qu’un artiste a le droit d’éprouver à l’égard des personnages de sa création. Camus (préface américaine à L’Etranger)
Personne ne nous fera croire que l’appareil judiciaire d’un Etat moderne prend réellement pour objet l’extermination des petits bureaucrates qui s’adonnent au café au lait, aux films de Fernandel et aux passades amoureuses avec la secrétaire du patron. René Girard
What I take to be the film’s statement (upper case). This has to do with the threat that people like the nonconforming Wyatt and Billy represent to the ordinary, self-righteous, inhibited folk that are the Real America. Wyatt and Billy, says the lawyer, represent freedom; ergo, says the film, they must be destroyed. If there is any irony in this supposition, I was unable to detect it in the screenplay written by Fonda, Hopper and Terry Southern. Wyatt and Billy don’t seem particularly free, not if the only way they can face the world is through a grass curtain. As written and played, they are lumps of gentle clay, vacuous, romantic symbols, dressed in cycle drag. The NYT (1969)
Since Easy Rider is the film that is said finally to separate the men from the boys – at a time when the generation gap has placed a stigma on being a man – I want to point out that those who make heroes of Wyatt and Billy (played by Peter Fonda and Dennis Hopper) have a reasonably acrid dose to swallow at the start of the picture. Wyatt and Billy (names borrowed from the fumigated memory of the two outlaws of the Old West) make the bankroll on which they hope to live a life of easy-riding freedom by smuggling a considerable quantity of heroin across from Mexico and selling it to a nutty looking addict in a goon-chauffered Rolls Royce. Pulling off one big job and thereafter living in virtuous indolence is a fairly common dream of criminals, and dope peddling is a particularly unappetizing way of doing it. Is it thought O.K. on the other side of the gap, to buy freedom at that price? If so, grooving youth has a wealth of conscience to spend. (…) Wyatt and Billy are presented as attractive and enviable; gentle, courteous, peaceable, sliding through the heroic Western landscape on their luxurious touring motorcycles (with the swag hidden in one of the gas tanks). It is true that they come to a bloody end, gunned down by a couple of Southern rednecks for their long hair. But it is not retribution; indeed, they might have passed safely if the cretins in the pickup truck had realized that they were big traders on holiday. (…) The hate is that of Fonda, Hopper and Southern, they hate the element in American life that tries to destroy anyone who fails to conform, who demands to ride free. And it is quite right that they should. But Wyatt and Billy are more rigidly conformist, their life more narrowly obsessive than that of any broker’s clerk on the nine to five. The Nation (2008)

Attention: un crétin peut en cacher un autre !

A l’heure où la science redécouvre l’importance du simple sel de table (iodé) …

Tant pour une Amérique rendue plus intelligente que pour une Europe en voie peut-être de lente crétinisation …

Retour, via l’un des films américains les plus influents de sa génération, sur l’une des plus célèbres images cinématographiques de crétinisme justement …

A savoir la fin tragique du film-étendard de la contreculture "Easy Rider" …

Où, près de 20 ans après le "Sur la route" de Jack Kerouac et via la chevauchée à moto de deux hors la loi (financée par la vente d’héroïne au Mexique par les biens nommés Wyatt – Earp – et Billie – the kid- ), un Dennis Hopper tout juste sorti du tournage de ""True Grit" où il jouait le rôle d’un voleur de chevaux opposé à John Wayne …

Présentait,  derrière certes la magnificence des paysages et de la musique, sa vision d’une Amérique prétendument réelle et notamment représentée par les fameux et dument goitrés "rednecks" …

Prétendant, près de 40 ans après L’Etranger de Camus et près de 10 ans avant l’ "A bout de souffle" de Godard, que l’Amérique profonde aurait pu trouver quelque intérêt à l’extermination de petits malfrats chevelus qui s’adonnaient à la marijuana, à la musique rock et aux passades amoureuses dans les quartiers chauds de la Nouvelle-Orléans  …

Easy Rider’: A Statement on Film

Vincent Canby

The New York Times

July 15, 1969

"EASY RIDER," which opened yesterday at the Beekman, is a motorcycle drama with decidedly superior airs about it. How else are we to approach a movie that advertises itself: "A man went looking for America. And couldn’t find it anywhere"? Right away you know that something superior is up, that somebody is making a statement, and you can bet your boots (cowboy, black leather) that it’s going to put down the whole rotten scene. What scene? Whose? Why? Man, I can’t tell you if you don’t know. What I mean to say is, if you don’t groove, you don’t groove. You might as well split.

I felt this way during the first half-hour of "Easy Rider," and then, almost reluctantly, fell into the rhythm of the determinedly inarticu-late piece. Two not-so-young cyclists, Wyatt (Peter Fonda) who affects soft leather breeches and a Capt. America jacket, and Billy (Dennis Hopper), who looks like a perpetually stoned Buffalo Bill, are heading east from California toward New Orleans.

They don’t communicate with us, or each other, but after a while, it doesn’t seem to matter. They simply exist—they are bizarre comic strip characters with occasional balloons over their heads reading: "Like you’re doing your thing," or some such. We accept them in their moving isolation, against the magnificent Southwestern landscapes of beige and green and pale blue.

They roll down macadam highways that look like black velvet ribbons, under skies of incredible purity, and the soundtrack rocks with oddly counterpointed emotions of Steppenwolf, the Byrds, the Electric Prunes — dark and smoky cries for liberation. Periodically, like a group taking a break, the cyclists stop (and so does the music) for quiet encounters—with a toothless rancher and his huge, happy family or with a commune of thin hippies, whose idyll seems ringed with unacknowledged desperation.

Suddenly, however, a strange thing happens. There comes on the scene a very real character and everything that has been accepted earlier as a sort of lyrical sense impression suddenly looks flat and foolish.

Wyatt and Billy are in a small Southern town—in jail for having disturbed the peace of a local parade—when they meet fellow-in-mate George Hanson (Jack Nicholson), a handsome, alcoholic young lawyer of good family and genially bad habits, a man whose only defense against life is a cheerful but not abject acceptance of it. As played by Nicholson, George Hanson is a marvelously realized character, who talks in a high, squeaky Southern accent and uses a phrase like "Lord have mercy!" the way another man might use a four-letter word.

Hanson gets the cyclists sprung from jail and then promptly joins them. He looks decidedly foolish, sitting on the back of Wyatt’s bike, wearing a seersucker jacket and his old football helmet, but he is completely happy and, ironically, the only person in the movie who seems to have a sense of what liberation and freedom are. There is joy and humor and sweetness when he smokes grass for the first time and expounds an elaborate theory as to how the Venutians have already conquered the world.

Nicholson is so good, in fact, that "Easy Rider" never quite recovers from his loss, even though he has had the rather thankless job of spelling out what I take to be the film’s statement (upper case). This has to do with the threat that people like the nonconforming Wyatt and Billy represent to the ordinary, self-righteous, inhibited folk that are the Real America. Wyatt and Billy, says the lawyer, represent freedom; ergo, says the film, they must be destroyed.

If there is any irony in this supposition, I was unable to detect it in the screenplay written by Fonda, Hopper and Terry Southern. Wyatt and Billy don’t seem particularly free, not if the only way they can face the world is through a grass curtain. As written and played, they are lumps of gentle clay, vacuous, romantic symbols, dressed in cycle drag.

"Easy Rider," the first film to be directed by Dennis Hopper, won a special prize at this year’s Cannes festival as the best picture by a new director (there was only one other picture competing in that category).

With the exception of Nicholson, its good things are familiar things — the rock score, the lovely, sometimes impressionistic photography by Laszlo Kovacs, the faces of small-town America. These things not only are continually compelling but occasionally they dazzle the senses, if not the mind. Hopper, Fonda and their friends went out into America looking for a movie and found instead a small, pious statement (upper case) about our society (upper case), which is sick (upper case). It’s pretty but lower case cinema.

EASY RIDER, written by Peter Fonda, Dennis Hooper and Terry Southern; directed by Mr. Hopper; produced by Mr. Fonda; presented by the Pando Company in association with Raybert Productions; released by Columbia Pictures. At the Beckman Theater, 65th Street at Second Avenue. Running time: 94 minutes. (The Motion Picture Association of America’s Production Code and Rating Administration classifies this film: "R—Restricted—persons under 16 not admitted, unless accompanied by parent or adult guardian")

Wyatt . . . . . Peter Fonda

Billy . . . . . Dennis Hopper

George Hanson . . . . . Jack Nicholson

Rancher . . . . . Warren Finnerty

Stranger on Highway . . . . . Luke Askew

Lisa . . . . . Luana Anders

Karen . . . . . Karen Black

Voir aussi:

Easy Rider

Peter Fonda and Dennis Hopper revved up their motorcycles and, like Jack Kerouac, inspired a generation of young people to hit the road.

Robert Hatch

Nation

December 8, 2008

Since Easy Rider is the film that is said finally to separate the men from the boys – at a time when the generation gap has placed a stigma on being a man – I want to point out that those who make heroes of Wyatt and Billy (played by Peter Fonda and Dennis Hopper) have a reasonably acrid dose to swallow at the start of the picture. Wyatt and Billy (names borrowed from the fumigated memory of the two outlaws of the Old West) make the bankroll on which they hope to live a life of easy-riding freedom by smuggling a considerable quantity of heroin across from Mexico and selling it to a nutty looking addict in a goon-chauffered Rolls Royce. Pulling off one big job and thereafter living in virtuous indolence is a fairly common dream of criminals, and dope peddling is a particularly unappetizing way of doing it. Is it thought O.K. on the other side of the gap, to buy freedom at that price? If so, grooving youth has a wealth of conscience to spend.

Clearly the makers of the film think it O.K., and they are Fonda, Hopper and Terry Southern, the very knowing, if no longer very young, trio who in various combinations wrote, directed and produced. Wyatt and Billy are presented as attractive and enviable; gentle, courteous, peaceable, sliding through the heroic Western landscape on their luxurious touring motorcycles (with the swag hidden in one of the gas tanks). It is true that they come to a bloody end, gunned down by a couple of Southen rednecks for their long hair. But it is not retribution; indeed, they might have passed safely if the cretins in the pickup truck had realized that they were big traders on holiday.

And another question I would like to shout across the gap is why, if these two are so freely doing their thing, they are so morose about it. They seem crushed speechless by melancholy, and though I Understand that taciturnity is the preferred style – each initiate being absorbed in his private secretions – I noticed that Wyatt and Billy came at least wanly to life when they picked up a rebellious and alcoholic young lawyer in a crossroads town (Jack Nicholson). His imagination, wit, curiosity and love of life seem effervescent (and he is only the rich-boy drunk of a very small town) by contrast with the flat impassivity of the others.

It is true that every night over their campfire Wyatt and Billy smoke pot, achieving thus a sudden irrational loquacity, accompanied by inane giggles. They pity friend George for his addiction to booze. But, so the script goes by these knowing men, when George is sober he is wide awake, when the other two are not high they are merely low, if indeed not half asleep. It may only be coincidence, and marijuana may yet be recognized as the cure for what ails us all, but the demeanor of Wyatt and Billy does not seem to prove the point.

I should say something of the picture. It is a beautiful evocation of America as a ribbon of road through magic lands. The scene unreels like a silky, hypnotic dream, because the odd effect of the strident rock and roll that blares from the sound track is to make the action seem wrapped in eerie silence. And the two men look like fair warning, outriders of apocalypse, as they glide past in their schizoid costumes (one dresses to hide oneself in fantasy) on their indolently powerful mantis-like bikes.

There is a beautifully sustained episode of suspended animation at a hippie commune, where again the air is gentled by pot, all human relationships seem easy and entertainers of abysmal incompetence absorb the benevolence of the chemically pleased. The tragedy is that these young have escaped from something genuinely destructive into something that is only an illusion of new birth. Americans are forever bruising themselves on utopia; now it is the turn of the flower children.

Once it reaches its destination, New Orleans, the picture falters, losing its momentum in a sequence of innocent larking with a pair of girls from the town’s finest bordello that suggests the film makers know more about motorcycle vagrancy than they do about the customs and manners of prostitution. There is also another of those strobe-and-free-association passages that attempt to approximate the subjective effects of LSD and succeed only in producing headaches.

And then follows quickly the concluding outburst of hate, really a repetition, since drunken George had died earlier in an encounter with the locals. The hate is that of Fonda, Hopper and Southern, they hate the element in American life that tries to destroy anyone who fails to conform, who demands to ride free. And it is quite right that they should. But Wyatt and Billy are more rigidly conformist, their life more narrowly obsessive than that of any broker’s clerk on the nine to five. The ads say they went looking for America and never found it, but what they really went looking for was freedom, and of course they never found it. Which is what Easy Rider seems to mean on my side of the generation gap. But I would rather know what it means to those on the other side, who stand in block-long lines all day and all night to see Wyatt and Billy, those cosmetic derivations from American myth.


Mimétisme: Les prénoms aussi ! (Royal names always come top: It’s self-fulfilling prophecy, stupid !)

26 juillet, 2013
http://www.booksrevisited.com/booksrev/images/items/216226.JPGRplot-enqueteemploiAu reste, pour le dire en passant, tout n’est pas ridicule et superficiel dans cette curieuse époque à laquelle nous faisons ici allusion, et qu’on pourrait appeler l’anarchie des noms de baptême. (…) Il n’est pas rare aujourd’hui que le garçon bouvier se nomme Arthur, Alfred ou Alphonse et que le vicomte – s’il y a encore des vicomtes – se nomme Thomas, Pierre et Jacques. Ce déplacement qui met le nom "élégant" sur le plébéien et le nom campagnard sur l’aristocrate n’est pas autre chose qu’un remous d’égalité. L’irrésistible pénétration du souffle nouveau est là comme en tout. Victor Hugo (Les Misérables)
Depuis un siècle, le stock des prénoms couramment attribués s’élargit, principalement sous l’influence des médias. En outre, depuis une vingtaine d’années, les prénoms se différencient plus nettement entre les sexes : les prénoms féminins homonymes de prénoms masculins, comme Danielle, Michèle ou Dominique, tombent en désuétude, et ceux qui résultent d’une féminisation trop apparente, tels Yvette, Jacqueline ou Simone entre les deux guerres, sont moins fréquents. La rotation des prénoms les plus attribués est de plus en plus rapide, les prénoms à la mode s’usent de plus en plus vite. Les règnes de Louis, puis de Jean, celui de Marie, avaient duré plusieurs décennies. Ceux de Sébastien ou de Céline ont été beaucoup plus éphémères. Un changement du mode d’attribution transparaît derrière ces tendances : du modèle classique, hérité d’une France rurale associant transmission du nom et transmission des biens, on est passé à un modèle dont les références sont plus ouvertement celles de la mode et de la distinction. L’impact des médias est décisif : Brigitte, Sylvie, Nathalie, ainsi que Sébastien et Nicolas n’auraient sans doute pas triomphé sans leur intervention, sinon comme initiateurs, du moins comme relais ou comme amplificateur. D’autre part, ce sont les « cadres et professions intellectuelles supérieures » qui lancent la mode d’un prénom; mais ils s’en détachent plus vite, et leur choix se porte souvent aussi sur un prénom classique. Guy Desplanques (1986)
Saint-patron de l’Angleterre, George est considéré comme un symbole d’honneur, de bravoure et de galanterie tout en continuant à incarner une certaine modernité. Très prisé au début du XXe siècle, le prénom figure sans discontinuer parmi les vingt plus populaires en Grande-Bretagne depuis 1996. (…) Comme de coutume, il y a fort à parier que de nombreux George verront le jour dans les chaumières britanniques dans les mois qui viennent. Libération
En 2013, 20% des Diane et des Adèle ont obtenu une mention “TB”. Ce n’est le cas que de 4% des Enzo et des Anissa. 16% des Clara, 4,5% des Jeremy. Ces différences entre prénoms ne sont pas dues aux prénoms : les copies sont corrigées anonymement, et le prénom n’a rien de magique. Le prénom indique — de manière imparfaite et floue — l’origine sociale de celles et ceux qui le portent, et la réussite scolaire est, en partie, liée à cette origine sociale : “Parmi les élèves entrés en sixième en 1995, 71,7% des enfants d’enseignants ont finalement décroché en 2010 un bac général, 68,2% des enfants de cadres supérieurs, 20,1% des enfants d’ouvriers qualifiés, 13% des enfants d’ouvriers non qualifiés, et 9,2% des enfants d’inactifs”. Pour revenir aux prénoms, si l’on ne garde que les prénoms qui apparaissent plus de 30 fois dans la base, ceux qui sont associés à un taux énorme de mention TB sont : Ulysse, Guillemette, Quitterie, Madeleine, Anne-Claire, Ella, Sibylle, Marguerite, Hannah, Irene, Octave, Domitille (qui sont entre un quart et un tiers à obtenir une mention). À l’opposé moins de 2% des Asma, Sephora, Hakim, Kimberley, Assia, Cynthia, Brenda, Christian, Bilal, Brian, Melvin, Johann, Eddy, et Rudy ont obtenu mention TB. Baptiste Coulmont
Si on regarde le top 20 des prénoms actuels, chez les femmes on en compte 9 qui se finissent par "a", tandis que chez les hommes ils ont tendance à se terminer en "o", "éo" ou "el" (Gabriel, Raphaël, Maël, etc). On reste dans les prénoms très courts : 5 lettres, 2 syllabes. Les plus attribués correspondent à ce modèle, avec beaucoup de sonorités rondes, de juxtapositions de voyelles, et surtout des "a" pour les filles. Il a été sociologiquement démontré que ces prénoms issus des séries américaines ont été des marqueurs d’un milieu social plutôt ouvrier. Il est vrai que les porteurs de ces prénoms qui recherchent aujourd’hui un emploi ou évoluent socialement n’en sont pas spécialement ravis, car ils sont très conscients de la connotation sociale qui y est associée. J’ai reçu des commentaires de la part de personnes s’appelant Kevin ou Jennifer, et qui disent bien qu’elles ne sont pas heureuses de porter ces prénoms, très stigmatisés par la presse, entre autres. On ne peut pas faire de généralités, néanmoins la tendance est réelle. Par exemple, sur le CV le prénom donne une indication immédiate de l’origine sociale. Prenons l’exemple de la chanteuse Adèle. C’est un prénom élégant, souvent choisi par les classes supérieures, et qui passe très bien dans tous les milieux. Le problème des Kevin et Jennifer vient du fait qu’avant l’arrivée de ces séries américaines en France, ils étaient pratiquement inconnus chez nous. Ils ne pouvaient pas ne pas être associés aux séries. Si aujourd’hui on appelle son enfant Rihanna ou Shakira, les oreilles vont immédiatement se dresser, puisque ces noms n’existaient pas avant elles. Stéphanie Rapoport
Success in school is another self-fulfilling prophecy, as stereotypes associated with feminine names are reinforced by society, including teachers, parents and even the girls themselves. A poll of 3000 UK teachers (…) revealed that a third of teachers claimed they could spot trouble in names like Callum, Crystal and Chardonnay, but also considered kids on such a ‘naughty list’ often to be bright, sensitive and more popular than those who were better behaved. (…) A 1960s study of psychiatric records found that those with unusual names were more likely to be diagnosed psychotic, while recent research has shown that boys with the least popular names are more likely to commit crime.Unusual names convey a lot of other information too, such as social standing. “In the US, there are distinctively black names that signify higher classes, and names that might connote lower class,” says Figlio. Ebony, for instance, is sometimes given to girls by female university graduates, but rarely by mothers who drop out of school. Teachers pick up on this and treat children differently. “Parents should give their children whatever name they want, but they need to recognise that names have consequences,” says Figlio. JV Chamary

Dis-moi ton prénom, je te dirai qui tu seras !

Au lendemain de la révélation du choix des prénoms du bébé royal britannique qui, comme le rappelle Libération, devrait inspirer nombre de petits George "dans les chaumières britanniques dans les mois qui viennent" …

Comment ne pas repenser, après nos choix politiques, amoureux ou touristiques, à la formidable capacité d’imitation comme à la susceptibilité à la contagion qui sont les nôtres ?

Où, comme pour justement les destinations touristiques, l’on découvre non seulement nos habituels goûts de classe mais aussi une véritable course-poursuite …

Où, hormis les deux extrêmes des plus traditonalistes (les plutôt aristocratiques et médiévaux Aymeric et Aliénor) d’un côté et de l’autre des plus démunis ou plus récemment arrivés dans l’espace national attachés à leurs racines (néo)communautaires ou à la merci des modèles de la culture de masse (cf. la mode des Kevin et Jennifer des séries télé américaines) …

Des prénoms souvent "défrichés par les classes les plus dotées diffusent plus ou moins rapidement à travers à peu près l’ensemble de la structure sociale jusqu’à ce que leur "usure" ou perte de distinction les fassent abandonner par lesdits défricheurs au profit de nouveaux qui enclencheront à leur tour un nouveau cycle …

Sans oublier, de la réussite scolaire, professionnelle ou amoureuse, leurs conséquences et parfois leur effet de véritable prophétie auto-réalisante, pour la plus ou moins grande intégration et réussite sociale de leurs porteurs …

Ad vitam eternam
Prince ou plouc : ce que le choix d’un prénom a vraiment comme impact sur une vie
Faire un bébé, aussi royal soit-il, est une chose. Choisir le prénom qu’il portera toute sa vie en est une autre. Attention à ne pas se laisser aller à une folie au moment de cette décision cruciale car votre enfant pourrait vous en vouloir pour toujours.
Atlantico
23 juillet 2013

Atlantico : Comment les parents choisissent-ils le prénom de leurs enfants ? Quels sont les éléments qui jouent un rôle déterminant dans cette décision ?

Stéphanie Rapoport : Suite à un sondage effectué sur meilleurprenoms.com, il apparaît que pour 65% des parents le critère numéro un est la sonorité. Vient ensuite l’accord entre le prénom et le patronyme, puis l’originalité. Si on regarde le top 20 des prénoms actuels, chez les femmes on en compte 9 qui se finissent par "a", tandis que chez les hommes ils ont tendance à se terminer en "o", "éo" ou "el" (Gabriel, Raphaël, Maël, etc). On reste dans les prénoms très courts : 5 lettres, 2 syllabes. Les plus attribués correspondent à ce modèle, avec beaucoup de sonorités rondes, de juxtapositions de voyelles, et surtout des "a" pour les filles.

La génération des années 1980-90 a été très marquée par les prénoms américains inspirés des séries américaines comme Kevin, Jason ou Jennifer. Dans quelle mesure les références culturelles des parents influencent-elles leur choix ?

Il a été sociologiquement démontré que ces prénoms issus des séries américaines ont été des marqueurs d’un milieu social plutôt ouvrier. Il est vrai que les porteurs de ces prénoms qui recherchent aujourd’hui un emploi ou évoluent socialement n’en sont pas spécialement ravis, car ils sont très conscients de la connotation sociale qui y est associée. J’ai reçu des commentaires de la part de personnes s’appelant Kevin ou Jennifer, et qui disent bien qu’elles ne sont pas heureuses de porter ces prénoms, très stigmatisés par la presse, entre autres. On ne peut pas faire de généralités, néanmoins la tendance est réelle. Par exemple, sur le CV le prénom donne une indication immédiate de l’origine sociale.

Faut-il encourager les futurs parents à peser toutes les implications de leur choix de prénom pour l’avenir de leur enfant ?

Prenons l’exemple de la chanteuse Adèle. C’est un prénom élégant, souvent choisi par les classes supérieures, et qui passe très bien dans tous les milieux. Le problème des Kevin et Jennifer vient du fait qu’avant l’arrivée de ces séries américaines en France, ils étaient pratiquement inconnus chez nous. Ils ne pouvaient pas ne pas être associés aux séries. Si aujourd’hui on appelle son enfant Rihanna ou Shakira, les oreilles vont immédiatement se dresser, puisque ces noms n’existaient pas avant elles. Si on veut être sûr de donner un prénom passe-partout en France, mieux vaut miser sur le classique ou le rétro. On peut être sûr qu’ainsi l’enfant n’aura jamais aucun souci – ce qui n’interdit pas la recherche d’originalité, bien entendu.

Les parents se rendent-ils compte de la responsabilité qui est la leur au moment de prénommer leur enfant ?

Avant, on appelait les gens par leur nom de famille. Aujourd’hui, le prénom est tellement fondateur de l’identité que les parents se rendent tout à fait compte de leur responsabilité. La question du prénom est d’ailleurs beaucoup plus médiatisée que dans le passé.

Beaucoup de parents sont-ils amenés à regretter leur choix de prénom ? Quelles sont les causes de ces regrets ?

Un sondage nous a permis de savoir que 97 % des parents ne regrettent pas leur choix. Il est très difficile pour un parent de procéder à une telle critique : on s’habitue naturellement au prénom que porte son enfant, au point qu’on dit souvent qu’il le porte bien. Parmi les 3 % qui disent regretter leur choix, les raisons avancées sont, à proportions à peu près équivalentes : trop répandu, trop rare, trop original, trop connoté socialement. 6% de ceux qui regrettent estiment avoir inventé le prénom de leur enfant.

Voir aussi:

Structure sociale et prénoms à la mode

Baptiste Courmont

19/06/2009
Dans “Les enfants de Michel et Martine Dupont s’appellent Nicolas et Céline”, de Guy Desplanques, (Economie et statistique, 1986, n°184, pp. 63-83) on trouve un fort beau graphique.
En s’appuyant sur l’Enquête Emploi de l’INSEE, Desplanques essaie de comprendre comment les prénoms à la mode circulent dans l’espace social.
Le graphique est reproduit ci-dessous (car une partie de mon travail, c’est aussi de la science froide, la reproduction de résultats déjà solides).Prenons les 10 prénoms féminins les plus donnés entre 1965 et 1969 et regardons comment les différentes catégories socio-professionnelles les ont utilisés. Ce qui frappe tout d’abord, c’est que toutes les catégories semblent surfer sur la même vague. Mais une lecture en détail montre que les comportement sont légèrement différenciés dans le temps.
Vers 1950, 10% des bébés filles de cadres (la CSP n°3 dans la nomenclature à 6 postes) reçoivent un prénom qui sera à la mode (c’est à dire dans les 10 prénoms les plus fréquents) 15 ans plus tard. Les filles des artisans et professions intermédiaires (CSP n°2 et 4) sont environ 3% à recevoir de tels prénoms. Et ce n’est qu’en 1960 que les filles d’agriculteurs recevront à une telle fréquence (environ 10%) ces prénoms.Rplot-enqueteemploiIl arrive un moment, vers 1960, où ces “prénoms presque à la mode” qui étaient auparavant des “prénoms de cadres” deviennent plus fréquents parmi les filles de “professions intermédiaires” et celles des “indépendants” : l’engouement des cadres décélère… Peut-être parce que ces prénoms sont jugés trop peu distinctifs, les cadres commencent à abandonner ces prénoms quelques années avant les autres catégories socio-professionnelles.Le graphique précédent offre une image instantanée… et peut-être que le comportement des cadres et des professions intermédiaires fut différent à d’autres moments. Peut-être que les prénoms à la mode entre 1965 et 1969 avaient ceci de spécifique qu’ils furent lancés par les cadres à la consommation de l’ensemble du corps social.Nous sommes rassurés (enfin, je le suis) en regardant le graphique suivant. Nous avons pris ici les 10 prénoms féminins les plus fréquemment donnés entre 1960 et 1964 : les courbes évoluent de la même manière. Les cadres commencent à donner ces prénoms avant les autres catégories socio-professionnelles… et les abandonnent quand les “professions intermédiaires” les utilisent plus fréquemment qu’eux. Les agriculteurs, eux, continuent à donner ces prénoms après que les autres CSP ont commencé à ne plus les utiliser pour leurs filles.Rplot-enqueteemploi60-64On peut comparer plus systématiquement, par exemple entre 1900 et 1975. L’animation suivante est construite ainsi : pour chaque année entre 1900 et 1975, j’ai retenu les 20 prénoms les plus donnés aux filles et j’ai construit la courbe de la fréquence d’usage, par catégorie socio-professionnelle. Pour diverses raisons (codage des prénoms composés, effectifs faibles, problèmes liés à l’utilisation des CSP pour le début du XXe siècle…) je n’accorde pas trop de crédit aux courbes d’avant 1945. Mais pour l’après 45… : le phénomène repéré pour les années soixante fonctionne. Les cadres semblent “lancer” la mode.[Note : j'ai réalisé cette animation trop rapidement : l'échelle des abscisses devrait commencer à 1900 et se terminer vers 1975, et une date "mouvante" devrait être présentée.]Une question au moins se pose après ces graphiques : Entre 1945 et 1975, les décalages entre catégories sociales ne sont que de quelques années. Si l’on prend le seuil de 10% [i.e. la date à laquelle 10% des bébés filles d'une catégorie sociale reçoivent les prénoms à la mode considérés], on s’aperçoit que 10 ans environ séparent les cadres des agriculteurs… mais à peine deux ou trois ans séparent les cadres des professions intermédiaires. Sans information supplémentaire, deux explications sont possibles : 1- les cadres “lancent” une mode qui est ensuite reprise par d’autres catégories sociales… ou 2- la source des prénoms est ailleurs, elle est la même pour toutes les CSP, qui assimilent les prénoms plus ou moins rapidement, mais sans “imitation”. [L'explication n°2 est soutenue par l'américain Stanley Lieberson.]Références : Guy Desplanques, “Les enfants de Michel et Martine Dupont s’appellent Nicolas et Céline”, (Economie et statistique, 1986, n°184, pp. 63-83)Voir également:

Prénoms et mentions au bac, édition 2013

Baptiste Coulmont

07/07/2013Mise à jour :

  1. Le mini-site http://coulmont.com/bac/ permet d’accéder à des résultats plus précis (distribution des mentions et liste des prénoms ayant le même “profil”).
  2. Une visualisation dynamique du graphique est maintenant en ligne ici
    bac-mention-2013

Cette année encore, la proportion de mentions “Très bien” que reçoivent les porteurs de certains prénoms permet de dessiner un espace social qui, immédiatement, fait sens. Prénoms choisis par des parents des classes intellectuelles, de la bourgeoisie ou du salariat d’encadrement d’un côté, prénoms choisis par des parents des classes populaires de l’autre.
Le graphique ci-dessous place les prénoms suivant :
- en abscisses la proportion de mention “très bien” associée au groupe des porteurs du prénom
- en ordonnées le nombre de candidats au bac, en 2013.

bac-2013
Lien vers le graphique au format PDF

En 2013, 20% des Diane et des Adèle ont obtenu une mention “TB”. Ce n’est le cas que de 4% des Enzo et des Anissa. 16% des Clara, 4,5% des Jeremy. Ces différences entre prénoms ne sont pas dues aux prénoms : les copies sont corrigées anonymement, et le prénom n’a rien de magique. Le prénom indique — de manière imparfaite et floue — l’origine sociale de celles et ceux qui le portent, et la réussite scolaire est, en partie, liée à cette origine sociale : “Parmi les élèves entrés en sixième en 1995, 71,7% des enfants d’enseignants ont finalement décroché en 2010 un bac général, 68,2% des enfants de cadres supérieurs, 20,1% des enfants d’ouvriers qualifiés, 13% des enfants d’ouvriers non qualifiés, et 9,2% des enfants d’inactifs”.
Pour revenir aux prénoms, si l’on ne garde que les prénoms qui apparaissent plus de 30 fois dans la base, ceux qui sont associés à un taux énorme de mention TB sont : Ulysse, Guillemette, Quitterie, Madeleine, Anne-Claire, Ella, Sibylle, Marguerite, Hannah, Irene, Octave, Domitille (qui sont entre un quart et un tiers à obtenir une mention). À l’opposé moins de 2% des Asma, Sephora, Hakim, Kimberley, Assia, Cynthia, Brenda, Christian, Bilal, Brian, Melvin, Johann, Eddy, et Rudy ont obtenu mention TB.

Les données portent sur plus de 338000 candidats au bac général ou technologique en 2013, qui ont obtenu une moyenne supérieure à 8/20 et qui ont accepté la diffusion de leurs résultats. 8,6% de cette population a obtenu une mention TB. L’aide d’Etienne O. fut précieuse !

Pour en savoir plus sur l’aspect sociologique des prénoms : Sociologie des prénoms, [sur amazon, dans une librairie indépendante]
Les années précédentes : 2012 [précisions] et 2011

Mise à jour : Les observateurs minutieux repèrent que l’on trouve surtout des prénoms de fille à droite. L’explication de départ est que les filles réussissant mieux que les garçons à l’école, elles reçoivent aussi, plus souvent que les garçons, des mentions TB. Une autre explication s’intéresse aux prénoms eux-mêmes : les prénoms des garçons choisis par les parents de “classes supérieures” sont peut-être moins socialement clivants que les prénoms de filles.

Voir encore:

The Name Game: how names spell success in life and love

Your name can affect your standing at work, your success with the opposite sex – even where you choose to live. JV Chamary investigates.

What’s in a name?

Speaking at a charity dinner a few weeks before the 2008 election, Barack Hussein Obama joked, “I got my middle name from somebody who obviously didn’t think that I’d run for President.”

Obama was referring to comments in the US media by pundits who had drawn attention to his full name in an attempt to paint him as un-American. In a country fearful of Islamic extremism, having a ‘Muslim’ middle name could be seen as a handicap. His surname – a letter away from the FBI’s most wanted terrorist – didn’t help either.

“The impact of names comes from how people expect to see you,” says Professor James Bruning from Ohio University. And while prejudging someone based on their name might seem unfair, we sometimes do so when making decisions. Bruning notes, for example, that those with an Oriental name are thought to be good at maths, so an employer looking to hire a computer programmer might push an application to the top of the pile if they see a Chinese name on the CV.

Names don’t just give away your ethnic background – Bruning says we also associate specific names with a person’s perceived ability to do a job, “Who would be a better American football player,” he asks, “someone whose name is Bronco or Colt, or someone named Francis or Percival?”

Such stereotyping, by ourselves as well as others, might explain why some people seem to have picked occupations that perfectly suit their name, a phenomenon dubbed ‘nominative determinism’. Record-breaking sprinter Usain Bolt is just one example of a ‘Mr Bun the Baker’ from the real world.

The ‘me’ in name

Even the letters of our name can have an influence on the career path we might choose to follow. According to psychologist Dr Brett Pelham, an analyst for statistics firm Gallup, people have a tendency to follow professions that resemble their first names, meaning that lawyers called Laura and dentists named Dennis are especially common. “When I lived in LA, there was a dentist named Dennis Smiler – you can’t have a much better match than that!”

Pelham’s 2002 research paper entitled ‘Why Susie Sells Seashells by the Seashore’ describes how this ‘name-letter effect’ can influence our life choices. It’s an effect so far-reaching that it goes beyond alliteration (more seashell shops are owned by Sheryls than Cheryls) and can even influence where we’ll choose to live: women named Georgia are disproportionally more likely to move to the state of Georgia, and men called Louis are over-represented in Louisiana.

For the study, Pelham mined the archived census records from south-eastern US states. When he scrutinised marriage records, he also found that names can also affect who we’ll choose to wed – people with common surnames like Smith are more likely to marry another Smith than a Johnson.

The name-letter effect is caused by what Pelham calls ‘implicit egotism’. In other words, we’re all unconsciously attracted to things that remind us of ourselves – including the letters in our names. “If you notice even some fragment of your name, it catches your attention and creates a positive association for you,” says Pelham.

In one experiment, his team subliminally paired people’s names with a random number on a computer screen for 1/100th of a second. During this 70-second conditioning process, the participants were shown multiple name-number combinations. When they were later asked to evaluate a woman wearing an American football jersey, both male and female participants judged the woman more favourably when the number on her jersey corresponded to their name. “They’re completely unaware that that’s the basis for the preference,” says Pelham.

A is for Achievement

Names also hold the secret to success. In 2006, American economists looked at the link between surnames and academic prominence, finding that those with initials early in the alphabet were markedly more likely to work in prestigious university departments and win a Nobel Prize.

This ‘alphabetical discrimination’ was probably due to the fact that the authors of academic papers are often listed in alphabetical order. And as Professor Richard Wiseman from the University of Hertfordshire points out, we’re used to associating things at the top of a list as winners, “Over time, it wouldn’t surprise me if you had this psychological effect.”

Whether it’s being called for the school register or a job interview, people with the top names have got used to being first. To test this theory, Wiseman invited Telegraph readers to rate how successful they thought they were in assorted aspects of their life – including career, finances, health and ‘life in general’. The scores were then combined into an overall measure of success. 3

The 15,000 people who responded 
also provided their age, sex and surname. “We saw that the further down the alphabet your surname came, the less likely you were to be successful,” says Wiseman.

This bond between surname and perceived success was stronger in older age groups, which might be because past generations were more likely to have been ordered alphabetically in the classroom. “So it’s possible the As and Bs got more attention from the teacher or were simply better behaved because they were towards the front, and therefore got higher grades.”

The sound of success

Names can also make you more successful with the opposite sex. In another of Wiseman’s name experiments, 6000 members of the British public were asked to rate the 40 most popular first names for various qualities, including attractiveness, luck and success.

“For intelligence and success it was the royal names that came top – the Jameses and the Elizabeths,” says Wiseman. “This is one of those self-fulfilling prophecies: if you have a name which sounds intelligent or attractive, then you could be treated differently, or behave in a different way.”

Psychologists note that stereotypes tend to be shallow assumptions that are often wiped out once you find out more about someone or meet them in person. George may have come bottom of the list in the sexiness stakes, but few would see George Clooney as ugly.

Precisely why certain names are seen as more attractive is still unknown, but one guess is that they may be subtle cues as to masculinity or femininity. And whether a name sounds boyish or girly also affects success at school, says David Figlio, a professor of economics at Northwestern University in Illinois.

“Names such as Ashley started out as boys’ names but nowadays they’re popular girls’ names,” says Figlio, who studies the social consequences of names. His work has shown that boys with androgynous names tend to misbehave and become disruptive as soon as they hit high school. “A boy named Ashley gets teased and feels more self-conscious, particularly if there’s a girl with the same name in the class. They bring the test scores in their entire class down with them.”

This stereotyping might also dictate our occupations; girls with feminine-sounding names like Elizabeth are less likely to study science, meaning that the parents’ choice of name could send their daughter down a particular career path.

Figlio created linguistics software that assigns a ‘femininity score’ to names and tracked the school subjects chosen by 1000 pairs of sisters. The programme gives higher scores to names like Elizabeth, which contains several soft consonant sounds (‘z’ in the middle and ‘th’ at the end), and longer names (girls’ names tend to be longer).When you run these factors through the computer, names like Alex are rated as less feminine.

“Even if you limit it to only the girls who were performing in the top 15 per cent on US maths exams, Elizabeth is more likely to choose the humanities,” says Figlio, “and Alex would take advanced maths and science.” Success in school is another self-fulfilling prophecy, as stereotypes associated with feminine names are reinforced by society, including teachers, parents and even the girls themselves.

Spelling trouble

A poll of 3000 UK teachers found that almost half admitted imagining what new pupils would be like after seeing a new school register. Although this might be unsettling for parents to hear, it’s difficult to blame the teachers because many of their assumptions will be based on past experiences.

The survey revealed that a third of teachers claimed they could spot trouble in names like Callum, Crystal and Chardonnay, but also considered kids on such a ‘naughty list’ often to be bright, sensitive and more popular than those who were better behaved.

And while parents might want to give their children a distinctive label so that they stand out from the crowd, they should also consider the long-term psychological effects. A 1960s study of psychiatric records found that those with unusual names were more likely to be diagnosed psychotic, while recent research has shown that boys with the least popular names are more likely to commit crime.

Unusual names convey a lot of other information too, such as social standing. “In the US, there are distinctively black names that signify higher classes, and names that might connote lower class,” says Figlio. Ebony, for instance, is sometimes given to girls by female university graduates, but rarely by mothers who drop out of school. Teachers pick up on this and treat children differently.

“Parents should give their children whatever name they want, but they need to recognise that names have consequences,” says Figlio. “Is a name 
a guaranteed ladder to success? Of course not. But can a name make your life a little bit easier? For sure.”

JV Chamary is reviews editor of Focus

Voir enfin:

Le bébé royal s’appelle George, le choix de la tradition

Libération

24 juillet 2013

Par AFP

Kate et William ont sacrifié à la tradition mercredi en nommant leur fils George, un choix de nature à plaire à la reine Elizabeth II, aux historiens et accessoirement aux bookmakers.

«Le Duc et la Duchesse de Cambridge ont le plaisir d’annoncer qu’ils ont nommé leur fils George Alexander Louis», a indiqué le Palais en fin d’après-midi, ajoutant que «le bébé sera connu sous le nom de Son Altesse Royale le Prince George de Cambridge».

Gage de pérennité pour la monarchie selon les historiens, le prénom de George s’inscrit dans une longue lignée royale.

S’il accède au trône et décide de garder son premier prénom, le nouveau-né, troisième dans l’ordre d’accession, serait le septième George à régner.

George Ier, d’origine allemande, a été le premier représentant de la maison des Hanovre couronné roi d’Angleterre et d’Irlande, en 1714.

George VI, décédé en 1952, était le père aimé de l’actuelle souveraine Elizabeth II. Il avait pour premier prénom Albert et était appelé «Bertie» en famille. George n’était en réalité que son quatrième prénom.

Saint-patron de l’Angleterre, George est considéré comme un symbole d’honneur, de bravoure et de galanterie tout en continuant à incarner une certaine modernité. Très prisé au début du XXe siècle, le prénom figure sans discontinuer parmi les vingt plus populaires en Grande-Bretagne depuis 1996.

Louis a été retenu en hommage à Louis Mountbatten, dernier vice-roi de l’Inde britannique, tué dans un attentat de l’IRA en 1979.

Quant à Alexander, le chroniqueur royal de la BBC croyait savoir que c’était le prénom favori de Kate. Alexandra est par ailleurs le deuxième prénom de la reine Elizabeth. C’était enfin le premier de l’impératrice qui a régné sous le nom de Victoria.

George était aussi le prénom donné favori par les bookmakers qui, après avoir raté le coche en misant sur une fille, se sont brillamment rattrapés puisque les cinq prénoms les mieux cotés étaient dans l’ordre George, James, Alexander, Richard et Louis.

Comme de coutume, il y a fort à parier que de nombreux George verront le jour dans les chaumières britanniques dans les mois qui viennent.

Le suspense du prénom du prince de Cambridge n’aura donc finalement duré que quarante-huit heures.

Il avait fallu une semaine pour connaître le prénom de William, né en 1982, et un mois pour apprendre celui de son père, le prince Charles, né en 1948.

Kate et William ont communiqué leur choix quelques heures après être arrivés à Bucklebury dans la villa des parents de Kate où ils doivent passer les prochains jours.

Après avoir présenté leur fils au monde mardi, le jeune couple avait passé sa première nuit au palais londonien de Kensington, où il a reçu la visite de la reine.

Arrivée peu avant midi, sans son mari le prince Philip toujours en convalescence après une opération à l’abdomen, la reine, qui doit bientôt partir en vacances dans le nord de l’Ecosse, est repartie seulement une demi-heure plus tard.

Cette rencontre historique était la première en 120 ans entre un monarque en fonction et celui qui sera le troisième à lui succéder. La dernière du genre, en 1894, réunissait la reine Victoria et son arrière-petit-fils, le futur Edward VIII.

Pippa Middleton, la soeur très médiatisée de Kate, et le Prince Harry, le frère de William, rétrogradé en quatrième position dans l’ordre de succession au trône avec l’arrivée du bébé royal, sont également venus féliciter les parents.

La duchesse avait annoncé vouloir passer ses premières semaines de jeune maman chez ses parents à Bucklebury dans le Berkshire, à 80 kilomètres à l’ouest de Londres.

Ces derniers ont fait fortune à la tête d’une entreprise d’articles de fêtes.

C’est dans leur maison, un havre de paix réputé très confortable et où le couple avait déjà passé les derniers jours avant l’accouchement, que Kate et William comptent «faire plus ample connaissance avec leur fils, en privé et dans le calme», selon un porte-parole du Palais.

De source royale, le couple n’a pas fait part pour l’instant de son intention de recourir à une nounou, Kate comptant beaucoup sur sa mère Carole pour l’aider dans sa nouvelle tâche.

montée du chômage, précarisation et paupérisation de la jeunesse, effort éducatif particulièrement déséquilibré en défaveur de l’enseignement primaire et en faveur des classes préparatoires, allongement de la durée d’études mais discrimination par le jeu de filières socialement très clivées, sous-développement de la formation, surévaluation du diplôme pendant toute la carrière professionnelle, plus grande exigence de mobilité avec la mondialisation, dizaines de milliers de jeunes quittant chaque année le système éducatif sans qualification …

translation des inégalités simplement repoussées plus loin dans le cursus

Etudier la mobilité sociale est essentiel : ses mécanismes nous font entrer au cœur même de l’organisation des sociétés. La mobilité sociale, ou la reproduction sociale, nous disent des choses sur le degré de méritocratie de nos sociétés. mesurer la fluidité sociale.

part de personnes qui ont changé de catégorie socioprofessionnelle par rapport à leurs parents. Cette mobilité peut être ascendante ou descendante. Avec la très forte croissance de l’après Seconde Guerre mondiale qui a permis à beaucoup d’individus issus des classes populaires de s’élever au-dessus de la condition de leurs parents, on a eu tendance à assimiler mobilité sociale et promotion sociale.

stagnation de la mobilité. Finalement, dans une période de croissance lente, ce n’est pas si mal comme résultat

Tout dépend de la grille de lecture adoptée… Au début des années 1980, 83 % des fils d’ouvriers et employés sortis de l’école depuis 5 à 8 ans devenaient eux-mêmes ouvriers ou employés. Aujourd’hui, la proportion est de 73 %. Cette diminution de 10 points est évidemment positive mais appelle néanmoins plusieurs commentaires. D’abord, près des trois quarts des enfants des classes populaires qui demeurent dans la même position sociale

l’élévation du niveau d’éducation : les enfants d’ouvriers et d’employés sont beaucoup mieux formés aujourd’hui qu’hier et font des scolarités moyennes significativement plus longues de sorte que le « gain » obtenu semble bien modeste

probabilité des enfants de cadres de devenir cadres eux-mêmes a augmenté, passant de 33 à 40 %

mobilité sociale ne progresse plus réellement pour les générations nées à partir des années 1960, contrairement aux précédentes. La situation des enfants d’ouvriers s’est légèrement éclaircie, mais pas plus que ne s’est améliorée encore celle des enfants nés dans des milieux plus favorisés

face à la crise, les ressources économiques et culturelles héritées des générations précédentes redeviennent décisives.

Derrière un discours sur l’égalité, la société française reste donc très hiérarchisée

dualisation des emplois, et donc des salariés. D’un côté, on a les gagnants de la mondialisation, qui vivent bien, occupent des emplois qualifiés, et, de l’autre, les perdants, souvent des emplois routiniers d’exécution, pour une partie au service des premiers. Cette dynamique de dualisation n’est pas propre à la France, elle concerne toutes les sociétés aux prises avec la mondialisation.

Mais en France, une autre source de polarisation est particulièrement présente, liée à l’importance du diplôme qui exerce une emprise considérable notamment dans l’accès à l’emploi. Le problème c’est que la compétition scolaire n’est pas équitable : c’est en France, parmi les pays de l’OCDE, que l’origine sociale pèse le plus sur les résultats scolaires. L’élitisme de notre système éducatif est en cause car il amène à trier, classer les élèves beaucoup trop tôt. Dans l’enseignement supérieur, l’élitisme est dramatique : tout est centré sur les grandes écoles, qui ne concernent que 5 % des élèves… En face, les premiers cycles universitaires, notamment, sont abandonnés.

L’immobilité sociale n’est-elle pas aussi dans les têtes ?

Elle est d’abord un constat, que l’on voit dans les statistiques, même s’il n’y a pas de déterminisme absolu, évidemment : si 70 % des enfants d’ouvriers exercent un emploi d’exécution, c’est que

30 % d’entre eux exercent une profession intermédiaire, sont cadres, ou indépendants et connaissent donc une vraie promotion sociale. Par ailleurs, c’est vrai aussi qu’une

partie de cette immobilité peut résulter de phénomènes « d’auto-sélection » que les sociologues de l’éducation ont mis en évidence depuis longtemps : à niveau scolaire équivalent, par exemple, les enfants vont avoir des souhaits d’orientation différents selon leur origine sociale. C’est un vrai défi pour l’école, et pour tout le système de l’orientation, que de faire sauter ces barrières-là également.

dépense 25 % de moins que la moyenne des pays de l’OCDE pour l’enseignement primaire, formation professionnelle doit devenir une vraie seconde chance pour les moins diplômés de la formation initiale, alors qu’aujourd’hui elle profite aux plus diplômés

Dans ces domaines, la gauche et la droite mènent-elles des politiques très différentes ?

La majorité précédente a atteint des sommets en réduisant les postes en maternelle et primaire, en s’attaquant aux réseaux d’aide et à l’éducation prioritaire. L’intérêt que porte aujourd’hui le gouvernement aux premiers niveaux de l’école est donc salvateur. Cependant, plus loin dans le cursus scolaire, il me semble que le gouvernement actuel reste prisonnier d’une vision très élitiste de l’enseignement supérieur, qui ne jure que par « l’excellence ». Au-delà, ce qui est regrettable, c’est que la gauche ne s’empare pas du projet de desserrer l’étau de la reproduction sociale. On dit qu’elle n’a plus de projet de société, voilà qui me semblerait porteur. Au passage, de nombreux libéraux devraient s’y rallier : mettre les compteurs à zéro dans chaque génération, c’est libéral !

La nature du contrat de travail continue de se dégrader : les jeunes actifs sont surreprésentés dans les emplois d’exécution. En outre, les inégalités sociales demeurent profondes au sein même des générations, en particulier pour les plus récentes. Parmi les jeunes, si les non-diplômés oscillent entre emplois précaires et chômage, les « gagnants de la compétition scolaire » peuvent espérer une insertion satisfaisante à moyen terme, notamment en accédant au salariat d’encadrement.

Au cours du dernier quart de siècle, la part des individus appartenant à la même catégorie socioprofessionnelle que leur père reste stable. La position occupée à l’âge adulte reste toujours autant liée à l’origine sociale. Les trajectoires vers une autre catégorie socioprofessionnelle restent de faible amplitude. La reproduction sociale reste donc prégnante, que ce soit en haut ou en bas de l’espace sociale. D’une part, la plupart des emplois d’ouvriers et d’employés convergent en termes de salaires, de perspectives de carrière, de conditions de travail ou encore de rapport au travail. Or, parmi les enfants d’ouvriers et d’employés, la probabilité d’obtenir un emploi d’exécution n’a que légèrement diminué. D’autre part, les enfants ayant un père cadre ou exerçant une profession intellectuelle supérieure ont une probabilité croissante de reproduire ce statut. Si la probabilité d’obtenir un emploi d’encadrement s’élève pour les enfants des classes populaires, elle augmente aussi pour les enfants les plus favorisés. Au final, les inégalités demeurent inchangées. La reproduction est également visible dans la transmission des diplômes au fil des générations. En effet, les enfants ayant des parents diplômés sont particulièrement favorisés dans l’accès aux diplômés du supérieur et par là aux meilleurs emplois. Les enfants des familles peu dotées en capital culturel sont par contre de plus en plus pénalisées. Puisque le revenu est fortement corrélé au niveau de diplôme, ces disparités contribuent à la reproduction des inégalités de revenus entre les générations.

Le troisième chapitre discute la portée du mouvement de la démocratisation scolaire : l’école est-elle un vecteur efficace de mobilité sociale ? Le niveau d’éducation a continuellement augmenté au fil des générations. Avec l’ouverture des différents niveaux du système éducatif aux enfants des classes populaires, les taux de scolarisation ont progressé à des âges de plus en plus élevés depuis les années soixante. Pourtant, plusieurs dizaines de milliers de jeunes quittent chaque année le système éducatif sans qualification, la part des bacheliers reste inférieure à 65 %, le taux de poursuites d’études supérieures diminue depuis le milieu des années deux mille… Or, la probabilité d’accéder rapidement à un emploi stable, les chances d’obtenir un emploi d’encadrement ou encore la probabilité d’échapper au chômage s’élèvent avec le niveau de diplôme. Les « vaincus » de la sélection scolaire sont donc durablement affectés par leur échec. De plus, les enfants des classes populaires sont surreprésentés parmi ces derniers, ce qui entretient un haut degré de reproduction scolaire. Si la part des enfants issus des classes populaires s’élève à chaque niveau, elle baisse toutefois rapidement tout au long du cursus scolaire. Les inégalités entre les enfants d’ouvriers et les enfants de cadres supérieurs ou d’enseignants ont été simplement repoussées plus loin dans le cursus.

Parallèlement à l’élévation du taux de scolarisation, la structure de chaque niveau d’enseignement se complexifie avec l’apparition de nouvelles filières qui ne destinent véritablement pas au même avenir, or celles-ci sont socialement très clivées. Le poids des inégalités sociales dans les trajectoires scolaires ne s’est pas significativement allégé au fil des décennies, ce qui explique la forte persistante de la reproduction sociale. Les jeunes issus des classes populaires ont certes allongé leur durée de scolarité, ils sont surreprésentés dans les études courtes du supérieure et sous-représentés dans les filières nobles de l’université, dans les classes préparatoires et dans les grandes écoles. Les enfants de parents fortement dotés en ressources économiques et/ou culturelles se distinguaient autrefois par la longueur de leur durée d’études ; ils se distinguent aujourd’hui par le jeu des filières. Au final, malgré l’ampleur de la massification scolaire observé ces dernières décennies, les progrès en termes de démocratisation scolaire ont été limités ; les inégalités scolaires expliquent la persistance de la reproduction sociale ; au lieu de promouvoir la mobilité sociale, l’école a justifié la stratification sociale.

Dans le dernier chapitre, Camille Peugny propose certaines pistes pour désamorcer les mécanismes de reproduction. Il est essentiel de desserrer l’étau de la reproduction sociale aussi bien pour récompenser le mérite individuel que pour favoriser la justice sociale en enrayant la reproduction des inégalités. Un premier levier d’action serait de rendre l’école véritablement démocratique en rompant avec l’élitisme qui l’emplit. Les inégalités dans la réussite scolaire apparaissent dès les premières années de scolarité, se renforcent très rapidement et apparaissent comme puissamment cumulatives, or l’effort éducatif, selon les niveaux d’enseignement, est particulièrement déséquilibré, notamment en défaveur de l’enseignement primaire. Il est donc nécessaire d’agir au sein même de l’école maternelle et de l’école primaire, à cet instant précis où elles sont les moins fortes en recrutant davantage d’enseignants, en adaptant leur formation et en réduisant l’effectif des classes. Il est en outre essentiel de faire bénéficier aux étudiants à l’université des mêmes conditions d’études que les élèves en classe préparatoire.

Afin de rendre les conditions de naissance moins déterminantes pour la trajectoire socioprofessionnelle, il apparaît en outre nécessaire de multiplier les « moments d’égalité » au cours du cycle de vie, c’est-à-dire les moments de formation, ce qui passe par la réalisation d’une véritable « révolution culturelle » : la formation initiale ne doit plus apparaître comme le seul temps du cycle de formation. Peugny propose la mise en place d’un dispositif universel d’accès à la formation. Ce dispositif s’appuierait sur un financement public d’un certain nombre d’années de formation que chaque individu serait libre d’utiliser à partir de l’entrée dans l’enseignement supérieur. Si par exemple chacun se voyait doter d’une soixantaine de bons, un individu ayant suivi trois années d’études dans le supérieur pourrait potentiellement suivre deux années supplémentaires de formation lors de sa vie professionnelle. Cette instauration de bons mensuels de formation pourrait se coupler d’une ouverture des droits sociaux aux jeunes précarisés qui seraient ni en formation, ni en emploi. Alors qu’ils sont aujourd’hui exclus du système de solidarité nationale, les jeunes pourraient ainsi gagner leur autonomie plus tôt et seraient moins exposés à la pauvreté et à la désaffiliation sociale. Ce plus grand accès des jeunes à la formation et à l’autonomie leur permettrait d’exprimer plus facilement leur potentiel et renforcerait leur sentiment de maîtriser leur propre vie, une condition essentielle pour qu’ils assument pleinement leur rôle de citoyen.

Voir par ailleurs:

« La mobilité sociale est en panne », entretien avec Camille Peugny, sociologue, maître de conférences à l’université de Paris 8

lObservatoire des inégalités

11 avril 2013

« La mobilité sociale est en panne », entretien avec Camille Peugny, sociologue, maître de conférences à l’université de Paris 8. Auteur de « Le destin au berceau. Inégalités et reproduction sociale », ed. Seuil-République des idées, 2013.

La mobilité sociale est une question récurrente du débat public. Comment expliquer que l’on compte si peu de travaux sur le sujet ?

Etudier la mobilité sociale est essentiel : ses mécanismes nous font entrer au cœur même de l’organisation des sociétés. La mobilité sociale, ou la reproduction sociale, nous disent des choses sur le degré de méritocratie de nos sociétés.

D’un côté, on dispose des travaux réalisés par les statisticiens de l’Insee qui actualisent les données concernant la mobilité sociale après chaque vague de l’enquête Formation et qualifications professionnelles (FQP). La dernière a eu lieu en 2003 et la prochaine, après avoir été repoussée, est prévue en 2014. Du côté des sociologues, Louis-André Vallet a publié un travail important en 1999 qui mesure l’évolution de la mobilité sociale au cours des quatre décennies qui suivent la fin de la seconde guerre mondiale [1]. Il est également très actif au niveau européen, en assurant l’analyse des données françaises dans les programmes comparatifs lancés par l’Association internationale de sociologie (ISA) qui permettent notamment de mesurer la fluidité sociale.

Au-delà, il est vrai que la mobilité sociale (en tout cas, sa mesure) ne constitue plus un sujet « à la mode » en sociologie. Une des explications, c’est tout de même l’effacement de l’analyse en termes de classes sociales que certains ont enterrées dès la fin des années 1950.

Du coup, les données disponibles sont datées

Oui. Les données dont on dispose aujourd’hui datent d’une enquête de 2003. Elles portent souvent sur des individus qui ont entre 40 et 59 ans et dont les plus jeunes sont donc nés au milieu des années 1960. Mais on dispose d’autres enquêtes, notamment les enquêtes Emploi qui permettent depuis le début des années 1980 de disposer de données précises mesurant l’origine sociale des individus, et donc de mesurer leur mobilité sociale. Cette enquête, que j’utilise dans mon livre pour actualiser les données pour les générations nées dans les années 1970 est réalisée tous les ans. Elle permet donc de mettre en évidence des tendances plus récentes.

Que mesure-t-on avec la mobilité sociale ?

Dans sa définition la plus simple, la mobilité sociale mesure la part de personnes qui ont changé de catégorie socioprofessionnelle par rapport à leurs parents. Cette mobilité peut être ascendante ou descendante. Avec la très forte croissance de l’après Seconde Guerre mondiale qui a permis à beaucoup d’individus issus des classes populaires de s’élever au-dessus de la condition de leurs parents, on a eu tendance à assimiler mobilité sociale et promotion sociale. Mais plus de mobilité peut aussi signifier plus de trajectoires descendantes, donc plus de situation de déclassement, lorsque la conjoncture se dégrade et que la structure sociale évolue moins rapidement vers le haut.

Votre livre permet d’actualiser nos connaissances sur le sujet. Vous expliquez que nous sommes dans une phase de stagnation de la mobilité. Finalement, dans une période de croissance lente, ce n’est pas si mal comme résultat

Tout dépend de la grille de lecture adoptée… Au début des années 1980, 83 % des fils d’ouvriers et employés sortis de l’école depuis 5 à 8 ans devenaient eux-mêmes ouvriers ou employés. Aujourd’hui, la proportion est de 73 %. Cette diminution de 10 points est évidemment positive mais appelle néanmoins plusieurs commentaires. D’abord, près des trois quarts des enfants des classes populaires qui demeurent dans la même position sociale, c’est tout de même beaucoup. Ensuite, l’évolution de la mobilité doit être mise en rapport avec l’élévation du niveau d’éducation : les enfants d’ouvriers et d’employés sont beaucoup mieux formés aujourd’hui qu’hier et font des scolarités moyennes significativement plus longues de sorte que le « gain » obtenu semble bien modeste. Enfin, en même temps, la probabilité des enfants de cadres de devenir cadres eux-mêmes a augmenté, passant de 33 à 40 %. Au total donc, la mobilité sociale ne progresse plus réellement pour les générations nées à partir des années 1960, contrairement aux précédentes. La situation des enfants d’ouvriers s’est légèrement éclaircie, mais pas plus que ne s’est améliorée encore celle des enfants nés dans des milieux plus favorisés, de sorte qu’au final, les progrès en termes de fluidité sociale sont extrêmement ténus. Ces destins si contrastés en fonction de l’origine sociale soulignent que la société française, de ce point de vue, demeure une société de classes dans laquelle il existe des univers de vie très différents, qui ne préparent pas du tout aux mêmes trajectoires, contrairement à l’idéologie du mérite, de plus en plus pesante, selon laquelle « quand on veut, on peut ». Bref, les inégalités sociales au sein d’une même génération demeurent béantes. Pour faire face à la crise, les ressources économiques et culturelles héritées des générations précédentes redeviennent décisives.

Derrière un discours sur l’égalité, la société française reste donc très hiérarchisée

On assiste à un processus de dualisation des emplois, et donc des salariés. D’un côté, on a les gagnants de la mondialisation, qui vivent bien, occupent des emplois qualifiés, et, de l’autre, les perdants, souvent des emplois routiniers d’exécution, pour une partie au service des premiers. Cette dynamique de dualisation n’est pas propre à la France, elle concerne toutes les sociétés aux prises avec la mondialisation. Mais en France, une autre source de polarisation est particulièrement présente, liée à l’importance du diplôme qui exerce une emprise considérable notamment dans l’accès à l’emploi. Le problème c’est que la compétition scolaire n’est pas équitable : c’est en France, parmi les pays de l’OCDE, que l’origine sociale pèse le plus sur les résultats scolaires. L’élitisme de notre système éducatif est en cause car il amène à trier, classer les élèves beaucoup trop tôt. Dans l’enseignement supérieur, l’élitisme est dramatique : tout est centré sur les grandes écoles, qui ne concernent que 5 % des élèves… En face, les premiers cycles universitaires, notamment, sont abandonnés.

L’immobilité sociale n’est-elle pas aussi dans les têtes ?

Elle est d’abord un constat, que l’on voit dans les statistiques, même s’il n’y a pas de déterminisme absolu, évidemment : si 70 % des enfants d’ouvriers exercent un emploi d’exécution, c’est que 30 % d’entre eux exercent une profession intermédiaire, sont cadres, ou indépendants et connaissent donc une vraie promotion sociale. Par ailleurs, c’est vrai aussi qu’une partie de cette immobilité peut résulter de phénomènes « d’auto-sélection » que les sociologues de l’éducation ont mis en évidence depuis longtemps : à niveau scolaire équivalent, par exemple, les enfants vont avoir des souhaits d’orientation différents selon leur origine sociale. C’est un vrai défi pour l’école, et pour tout le système de l’orientation, que de faire sauter ces barrières-là également.

Pour vous, le système éducatif joue un rôle central. Que peut-on faire ?

Rapidement, il faut actionner deux leviers. Le premier, c’est rendre la formation initiale, l’école, plus démocratique. Dans cette optique, les premiers niveaux de l’enseignement sont cruciaux. Certes, les enfants arrivent inégaux à l’école primaire, mais c’est tout de même le moment où les inégalités de réussite sont les moins élevées : c’est donc à ce moment qu’il faut les combattre avec force, afin de les faire diminuer. Or, en la matière, la France est très mauvaise élève : elle dépense 25 % de moins que la moyenne des pays de l’OCDE pour l’enseignement primaire. Second levier, la formation tout au long de la vie : même si la formation initiale était plus démocratique et fonctionnait mieux, il n’est pas possible que tout soit joué à 16 ou 23 ans, à la sortie de l’école. La formation professionnelle doit devenir une vraie seconde chance pour les moins diplômés de la formation initiale, alors qu’aujourd’hui elle profite aux plus diplômés. C’est vraiment en multipliant les moments de formation tout au long de la vie que l’on se donnera les moyens de desserrer cet étau de la reproduction des inégalités.

Dans ces domaines, la gauche et la droite mènent-elles des politiques très différentes ?

La majorité précédente a atteint des sommets en réduisant les postes en maternelle et primaire, en s’attaquant aux réseaux d’aide et à l’éducation prioritaire. L’intérêt que porte aujourd’hui le gouvernement aux premiers niveaux de l’école est donc salvateur. Cependant, plus loin dans le cursus scolaire, il me semble que le gouvernement actuel reste prisonnier d’une vision très élitiste de l’enseignement supérieur, qui ne jure que par « l’excellence ». Au-delà, ce qui est regrettable, c’est que la gauche ne s’empare pas du projet de desserrer l’étau de la reproduction sociale. On dit qu’elle n’a plus de projet de société, voilà qui me semblerait porteur. Au passage, de nombreux libéraux devraient s’y rallier : mettre les compteurs à zéro dans chaque génération, c’est libéral !

Propos recueillis par Louis Maurin.

Camille Peugny, sociologue, maître de conférences à l’université de Paris 8. Auteur de « Le destin au berceau. Inégalités et reproduction sociale », ed. Seuil-République des idées, 2013.

[1] Louis-André Vallet, « Quarante années de mobilité sociale en France. L’évolution de la fluidité sociale à la lumière de modèles récents », Revue française de sociologie, 40(1), 1999, pp.5-64.

Voir de même:

Le destin au berceau. Inégalités et reproduction sociale

Le destin au berceau. Inégalités et reproduction sociale, par Camille Peugny

La République des idées-Le Seuil, 2013, 117 p., 11,80 euros.

Christian Chavagneux

Alternatives Economiques

avril 2013

"Entre le début des années 1980 et la fin des années 2000, l’intensité de la reproduction sociale n’a pas faibli, bien au contraire." Dès les toutes premières pages de son livre, le sociologue Camille Peugny annonce la couleur : foin de méritocratie, la place des individus dans la hiérarchie sociale est largement déterminée par leur milieu d’origine.

On a longtemps cru que la société française se "moyennisait", que la rupture entre ouvriers du bas et cadres sup’ du haut s’estompait pour laisser place à des classes moyennes en expansion, dans un continuum ouvriers-employés-cadres, avec une possibilité ouverte de progression sociale. Et de fait, entre le début des années 1950 et le début des années 2000, la part des individus scotchés dans la même catégorie sociale que leur père n’a cessé de diminuer.

Faible mobilité

Mais à y regarder de plus près, l’essentiel de la progression de cette mobilité sociale s’est effectué entre le début des années 1950 et la fin des années 1970. En 1983, 36 % des enfants appartenaient à la même catégorie sociale que leur père ; en 2009, c’était 34 %. Et n’allez pas en déduire que les deux tiers d’une classe d’âge changent radicalement de statut social, précise le sociologue, les trajectoires sont de faible amplitude.

Ceux qui sont nés à partir des années 1960 sont clairement bien moins lotis dans la vie que ceux nés vingt ans plus tôt. La liste des éléments de dégradation rassemblés dans l’ouvrage est impressionnante : salaire en baisse, contrat de travail et carrière professionnelle plus précaires, position hiérarchique plus vite figée, moindre accès à la propriété, davantage de trajectoires sociales descendantes pour les enfants de cadres, trajectoire ascendante plus difficile pour les enfants des classes populaires. Un constat qui ne doit pas masquer, insiste le livre, les inégalités au sein de cette génération aux parcours et aux valeurs hétérogènes : en 2010, 23 % des 18-30 ans pensent que la femme est faite pour avoir des enfants et les élever, et 33 % qu’il y a trop d’immigrés.

Ségrégation scolaire

Et pourtant, s’interroge l’auteur, avec la démocratisation scolaire, les enfants d’ouvriers ont eu plus largement accès au système éducatif. Entre 1984 et 2009, la part des enfants d’ouvriers diplômés de l’enseignement supérieur est passée de 6 % à 24 %. Mais, dans le même temps, elle est passée de 50 % à 74 % pour les enfants de cadres supérieurs. La concurrence reste rude avec ceux qui ont fait les bonnes filières, ceux qui ont les bons réseaux.

De plus, si depuis le milieu des années 1990, les deux tiers d’une génération ont le bac, cette part ne progresse plus. Seul un tiers a obtenu un bac général en 2010. Entre 1995 et 2010, le taux de scolarisation des jeunes Français a même baissé, alors qu’il progressait dans les autres pays de l’OCDE. La démocratisation scolaire française n’a pas contribué à réduire les inégalités de départ : elle est ségrégative, profitant largement plus aux enfants de famille aisées.

Les classes sociales et leur reproduction ne sont pas un phénomène du passé. Certes, l’école ne pourra jamais à elle seule réduire les inégalités de départ. Mais elle devrait y contribuer : avec un investissement dans le primaire et en donnant davantage de moyens de formation tout au long de la vie, suggère l’auteur. Et sans tarder, car "la persistance d’une forte reproduction, trait majeur de la société française, menace de plus en plus la cohésion sociale."

Le destin au berceau. Inégalités et reproduction sociale, par Camille Peugny

La République des idées-Le Seuil, 2013, 117 p., 11,80 euros.

Le Destin au berceau. Inégalités et reproduction sociale

Camille PEUGNY

Editions du Seuil, 2013

10 mars 2013

Dans ses précédents travaux sur le déclassement, le jeune sociologue Camille Peugny avait mis en évidence que la fréquence des trajectoires descendantes s’était accrue ces dernières décennies en France malgré la hausse du niveau de qualification, ce qui l’avait amené à finalement rejoindre les conclusions de Louis Chauvel en suggérant l’existence de profondes inégalités intergénérationnelles. Il revient, dans un nouveau livre publié dans la collection La Républiques des Idées, sur les progrès réalisés en termes d’égalité des chances lors du dernier quart de siècle. Le constat qu’il y dresse est amer : la reproduction sociale demeure puissante et menace l’intégration sociale. Il clôt son ouvrage en proposant quelques pistes pour réduire le déterminisme de naissance et accroître l’égalité des places.

Dans un premier chapitre, Peugny observe ainsi la stratification de la société française et discute le processus de moyennisation que certains ont cru déceler. Marx constatait déjà que certains individus n’étaient membres ni de la bourgeoisie capitaliste, ni du prolétariat exploité, mais il estimait toutefois que ces groupes intermédiaires seraient en définitive absorbés par le prolétariat, si bien que l’espace social se polariserait bien à terme en deux classes fondamentales. Georg Simmel est le premier à délivrer une analyse sociologique de la classe moyenne. Elle y apparaît comme dotée d’un rôle déterminant dans le changement social en insufflant ses propres caractéristiques aux autres classes. Son expansion numérique, que constatait déjà Simmel, ne pouvait donc que bouleverser l’ensemble de la société. Les analyses suggérant une disparition des classes sociales et une moyennisation de la société vont se multiplier au vingtième siècle. Selon Henri Mendras notamment, la France a connu un « émiettement » des classes sociales lors des Trente Glorieuses avec la disparition de leur identité et de leurs antagonismes : celles-ci transforment la condition et la culture ouvrières, la bourgeoisie rentière a disparu, les paysans déclinent numériquement, les modes de vie ruraux s’urbanisent… Surtout, les niveaux de vie s’élèvent rapidement et les inégalités se réduisent. La sécurité sociale offre au salariat une protection contre les principaux risques de la vie. Mendras propose alors une nouvelle représentation de la société française organisée en constellations. Au sein d’une constellation centrale en expansion, les techniciens, cadres moyens et employés de bureau, porteurs d’un libéralisme culturel, jouent un rôle de « noyaux innovateurs » : la diffusion de leurs valeurs, axées sur la liberté et l’épanouissement individuel, refaçonne l’ensemble de la société.

« L’argument de la hausse de la mobilité sociale est centrale dans les analyses qui postulent la fin des classes sociales ; et la diminution de la reproduction sociale est indissociable des théories de la moyennisation. » Or, Peugny rejette l’idée d’une moindre immobilité sociale ces dernières décennies. Grâce à l’aspiration de la structure sociale vers le haut, la proportion d’individus appartenant à la même catégorie socioprofessionnelle que leur père diminue fortement des années cinquante à soixante-dix, mais elle reste stable depuis. Ces dernières décennies, les inégalités salariales se sont certes réduites, mais pour les seuls salariés à temps complet ; pire, les hauts revenus explosent dans les années deux mille, d’où un nouveau creusement des inégalités économiques. Depuis les années soixante-dix, la montée du chômage, la précarisation et la paupérisation de la jeunesse participent au déclassement entre les générations et au cours du cycle de vie. Déclassement et peur du déclassement sapent la cohésion sociale en générant des tensions entre les groupes socialement proches. Surtout, le clivage entre qualifiés et non qualifiés se renforce. Le nombre d’emplois routiniers ou d’exécution augmente, alors même que ces emplois exposent leurs détenteurs à la précarisation ; la faiblesse de leurs ressources économiques et culturelles les empêche de répondre à l’exigence de mobilité, devenue aiguë avec la mondialisation. Ainsi, la part des Français se déclarant appartenir à la société moyenne a beau s’accroître, celle-ci n’est en définitive qu’un mirage. La France est toujours une société de classes et seules les transformations structurelles ont permis d’enrayer (temporairement) la reproduction des inégalités.

L’auteur questionne alors dans un deuxième chapitre l’intensité de la reproduction sociale. Pendant les trente glorieuses, le salaire des primo-arrivants sur le marché du travail augmentait au fil des cohortes ; désormais, les écarts entre tranches d’âge s’accroissent au détriment des plus jeunes. Le ralentissement de la croissance à la fin des années soixante-dix s’accompagne d’une profonde détérioration de l’insertion sur le marché du travail pour les cohortes nées depuis les années soixante. Le rythme de la mobilité professionnelle est bouleversé ; les positions se figent dès 35 ans. Les enfants de classes populaires voient leurs trajectoires ascendantes se compliquer et se raréfier ; les enfants de cadres connaissent de plus en plus des trajectoires descendantes. « La structure générationnelle de la société française s’apparenterait à une gérontoclassie dans laquelle les statuts, le pouvoir et la richesse seraient confisqués par les générations les plus anciennes, au détriment des plus jeunes ». La nature du contrat de travail continue de se dégrader : les jeunes actifs sont surreprésentés dans les emplois d’exécution. En outre, les inégalités sociales demeurent profondes au sein même des générations, en particulier pour les plus récentes. Parmi les jeunes, si les non-diplômés oscillent entre emplois précaires et chômage, les « gagnants de la compétition scolaire » peuvent espérer une insertion satisfaisante à moyen terme, notamment en accédant au salariat d’encadrement.

Au cours du dernier quart de siècle, la part des individus appartenant à la même catégorie socioprofessionnelle que leur père reste stable. La position occupée à l’âge adulte reste toujours autant liée à l’origine sociale. Les trajectoires vers une autre catégorie socioprofessionnelle restent de faible amplitude. La reproduction sociale reste donc prégnante, que ce soit en haut ou en bas de l’espace sociale. D’une part, la plupart des emplois d’ouvriers et d’employés convergent en termes de salaires, de perspectives de carrière, de conditions de travail ou encore de rapport au travail. Or, parmi les enfants d’ouvriers et d’employés, la probabilité d’obtenir un emploi d’exécution n’a que légèrement diminué. D’autre part, les enfants ayant un père cadre ou exerçant une profession intellectuelle supérieure ont une probabilité croissante de reproduire ce statut. Si la probabilité d’obtenir un emploi d’encadrement s’élève pour les enfants des classes populaires, elle augmente aussi pour les enfants les plus favorisés. Au final, les inégalités demeurent inchangées. La reproduction est également visible dans la transmission des diplômes au fil des générations. En effet, les enfants ayant des parents diplômés sont particulièrement favorisés dans l’accès aux diplômés du supérieur et par là aux meilleurs emplois. Les enfants des familles peu dotées en capital culturel sont par contre de plus en plus pénalisées. Puisque le revenu est fortement corrélé au niveau de diplôme, ces disparités contribuent à la reproduction des inégalités de revenus entre les générations.

Le troisième chapitre discute la portée du mouvement de la démocratisation scolaire : l’école est-elle un vecteur efficace de mobilité sociale ? Le niveau d’éducation a continuellement augmenté au fil des générations. Avec l’ouverture des différents niveaux du système éducatif aux enfants des classes populaires, les taux de scolarisation ont progressé à des âges de plus en plus élevés depuis les années soixante. Pourtant, plusieurs dizaines de milliers de jeunes quittent chaque année le système éducatif sans qualification, la part des bacheliers reste inférieure à 65 %, le taux de poursuites d’études supérieures diminue depuis le milieu des années deux mille… Or, la probabilité d’accéder rapidement à un emploi stable, les chances d’obtenir un emploi d’encadrement ou encore la probabilité d’échapper au chômage s’élèvent avec le niveau de diplôme. Les « vaincus » de la sélection scolaire sont donc durablement affectés par leur échec. De plus, les enfants des classes populaires sont surreprésentés parmi ces derniers, ce qui entretient un haut degré de reproduction scolaire. Si la part des enfants issus des classes populaires s’élève à chaque niveau, elle baisse toutefois rapidement tout au long du cursus scolaire. Les inégalités entre les enfants d’ouvriers et les enfants de cadres supérieurs ou d’enseignants ont été simplement repoussées plus loin dans le cursus.

Parallèlement à l’élévation du taux de scolarisation, la structure de chaque niveau d’enseignement se complexifie avec l’apparition de nouvelles filières qui ne destinent véritablement pas au même avenir, or celles-ci sont socialement très clivées. Le poids des inégalités sociales dans les trajectoires scolaires ne s’est pas significativement allégé au fil des décennies, ce qui explique la forte persistante de la reproduction sociale. Les jeunes issus des classes populaires ont certes allongé leur durée de scolarité, ils sont surreprésentés dans les études courtes du supérieure et sous-représentés dans les filières nobles de l’université, dans les classes préparatoires et dans les grandes écoles. Les enfants de parents fortement dotés en ressources économiques et/ou culturelles se distinguaient autrefois par la longueur de leur durée d’études ; ils se distinguent aujourd’hui par le jeu des filières. Au final, malgré l’ampleur de la massification scolaire observé ces dernières décennies, les progrès en termes de démocratisation scolaire ont été limités ; les inégalités scolaires expliquent la persistance de la reproduction sociale ; au lieu de promouvoir la mobilité sociale, l’école a justifié la stratification sociale.

Dans le dernier chapitre, Camille Peugny propose certaines pistes pour désamorcer les mécanismes de reproduction. Il est essentiel de desserrer l’étau de la reproduction sociale aussi bien pour récompenser le mérite individuel que pour favoriser la justice social en enrayant la reproduction des inégalités. Un premier levier d’action serait de rendre l’école véritablement démocratique en rompant avec l’élitisme qui l’emplit. Les inégalités dans la réussite scolaire apparaissent dès les premières années de scolarité, se renforcent très rapidement et apparaissent comme puissamment cumulatives, or l’effort éducatif, selon les niveaux d’enseignement, est particulièrement déséquilibré, notamment en défaveur de l’enseignement primaire. Il est donc nécessaire d’agir au sein même de l’école maternelle et de l’école primaire, à cet instant précis où elles sont les moins fortes en recrutant davantage d’enseignants, en adaptant leur formation et en réduisant l’effectif des classes. Il est en outre essentiel de faire bénéficier aux étudiants à l’université des mêmes conditions d’études que les élèves en classe préparatoire.

Afin de rendre les conditions de naissance moins déterminantes pour la trajectoire socioprofessionnelle, il apparaît en outre nécessaire de multiplier les « moments d’égalité » au cours du cycle de vie, c’est-à-dire les moments de formation, ce qui passe par la réalisation d’une véritable « révolution culturelle » : la formation initiale ne doit plus apparaître comme le seul temps du cycle de formation. Peugny propose la mise en place d’un dispositif universel d’accès à la formation. Ce dispositif s’appuierait sur un financement public d’un certain nombre d’années de formation que chaque individu serait libre d’utiliser à partir de l’entrée dans l’enseignement supérieur. Si par exemple chacun se voyait doter d’une soixantaine de bons, un individu ayant suivi trois années d’études dans le supérieur pourrait potentiellement suivre deux années supplémentaires de formation lors de sa vie professionnelle. Cette instauration de bons mensuels de formation pourrait se coupler d’une ouverture des droits sociaux aux jeunes précarisés qui seraient ni en formation, ni en emploi. Alors qu’ils sont aujourd’hui exclus du système de solidarité nationale, les jeunes pourraient ainsi gagner leur autonomie plus tôt et seraient moins exposés à la pauvreté et à la désaffiliation sociale. Ce plus grand accès des jeunes à la formation et à l’autonomie leur permettrait d’exprimer plus facilement leur potentiel et renforcerait leur sentiment de maîtriser leur propre vie, une condition essentielle pour qu’ils assument pleinement leur rôle de citoyen.

Camille Peugny, Le destin au berceau. Inégalités et reproduction sociale

Delphine Moraldo

Lectures/revues

Après Le déclassement en 2009, où il analysait la réalité sociale et statistique du « déclassement », fait d’appartenir à un groupe social inférieur à celui de ses parents, Camille Peugny reste dans la même veine sociologique avec cet ouvrage centré sur la question de la reproduction sociale dans la France d’aujourd’hui.

L’introduction donne le ton : même si, sur le long terme, la société française s’est considérablement ouverte, « dans la France d’aujourd’hui, sept enfants de cadres sur dix exercent un emploi d’encadrement quelques années après la fin de leurs études. À l’inverse, sept enfants d’ouvriers sur dix demeurent cantonnés à des emplois d’exécution. » (p. 9). Depuis les années 1980, la mobilité sociale n’a pas poursuivi son évolution passée. Camille Peugny aborde la question de la reproduction sociale au travers de quatre chapitres, allant du constat statistique à la préconisation politique pour « l’égalité tout au long de la vie » (chapitre 4).

Dans le premier chapitre – « le mirage des sociétés « moyennes » » – l’auteur commence par remettre en cause l’idée d’une moyennisation de la société française. Revenant sur les théories de la moyennisation (corollaire de la fin des classes sociales) portées par des sociologues comme Henri Mendras en France, élaborées dans le contexte social et politique particulier des Trente Glorieuses qui favorisait une certaine mobilité sociale, Camille Peugny y apporte des nuances importantes : d’une part la progression de la mobilité sociale s’arrête dans les années 1970 ; d’autre part les trajectoires de mobilité sont de faible amplitude et traversent rarement l’espace social. Il montre également la faible pertinence de certains indicateurs statistiques utilisés pour appuyer l’hypothèse de la moyennisation (p. 28). Mais le principal argument à l’encontre de ces théories est surtout qu’elles cessent de fonctionner après les Trente Glorieuses, avec un déclassement croissant dès les années 1970 allant de pair avec une polarisation accrue de la structure sociale, dans le cadre d’une économie mondialisée, entre classe moyenne, groupes favorisés et classes populaires. D’un point de vue subjectif, coexistent paradoxalement une « peur du déclassement » (pour reprendre le titre de l’ouvrage d’Eric Maurin publié en 2009) et un sentiment d’appartenance aux « classes moyennes » partagé par 60% des Français au début des années 2000.

Le deuxième chapitre – « vingt-cinq ans de reproduction sociale » – revient sur la fin du « progrès générationnel » amorcé pendant les Trente Glorieuses, dans la lignée des travaux de Louis Chauvel (par exemple, Le Destin des générations, 1998) ou de Christian Baudelot et Roger Establet (Avoir trente ans en 1968 et 1998, 2000) : à plusieurs niveaux (emploi, salaire, carrière, mobilité sociale, logement), les inégalités entre générations se renforcent, au détriment de celles nées après les années 1950 (et en particulier des jeunes générations, qui se précarisent), faisant des baby-boomers une génération singulière plus qu’un point de comparaison pertinent. Camille Peugny dénonce notamment « l’extraordinaire dualisation des emplois qui plonge des millions de salariés d’exécution (…) dans une précarisation croissante de leurs conditions de vie » (p. 61). Avec l’exemple des inégalités sociales, culturelles, et économiques entre les « jeunes », l’auteur montre également que les inégalités intragénérationnelles sont tout aussi importantes que les inégalités intergénérationnelles plus souvent pointées du doigt (p. 45-46). L’analyse est ensuite consacrée au phénomène complexe de reproduction sociale (« par le bas » et « par le haut ») et à ses évolutions depuis les années 1980, pour aboutir à la conclusion d’un maintien quasi constant des forces de la reproduction sociale (p. 55), avec des inégalités au niveau du type d’emploi qui demeurent presque inchangées entre les différents groupes sociaux. Le constat est pire lorsqu’on étudie la reproduction à l’aune des diplômes : l’auteur conclut alors à une intensification de la reproduction.

Dans le troisième chapitre – « les angles morts de la démocratisation scolaire » – Camille Peugny se penche sur le rôle de l’école, censée offrir « un principe de régulation de la compétition sociale autour duquel peuvent se retrouver des individus issus de toutes les origines sociales » (p. 63). Après un retour historique sur le processus de massification scolaire enclenché dans les années 1960, il en montre les limites : un nombre important de jeunes sortent encore du système scolaire sans qualification, le pourcentage de bacheliers au sein d’une génération stagne depuis plus de quinze ans (autour de 65%), et le taux de poursuite d’études dans l’enseignement supérieur a diminué dans les années 2000. À chaque fois, les jeunes issus de milieux défavorisés sont surreprésentés parmi les « vaincus » de la compétition scolaire, amenant la question (au-delà de la massification) de la démocratisation des chances scolaire. Là encore, l’auteur dresse un constat négatif : la démocratisation scolaire a surtout fonctionné pour les catégories intermédiaires. En outre, il s’agit avant tout d’une démocratisation « ségrégative » (pour reprendre l’expression forgée par Pierre Merle) liée à un système éducatif proposant des filières aux rendements et prestiges inégaux. Par ailleurs, le lien entre diplôme et mobilité sociale est complexifié par le fait que si le niveau de diplôme constitue le meilleur passeport vers l’emploi, à diplôme égal, les enfants d’ouvriers ont moins de chance d’obtenir un emploi de cadre que les enfants de cadres : l’origine sociale joue encore, voire tend à s’intensifier. « Même une démocratisation parfaite ne transformerait pas la société française en un paradis de la méritocratie et de la fluidité sociale » (p. 82).

Que faire alors pour « desserrer l’étau de la reproduction sociale » ? (p. 83). C’est l’objet du dernier chapitre de l’ouvrage, intitulé « l’égalité tout au long de la vie », où l’auteur propose des pistes pour lutter contre la fixation précoce des destins sociaux. « Faire en sorte, autant que possible, que rien ne soit définitivement joué : telle pourrait être la définition de l’égalisation des conditions dans des sociétés écartelées par la mondialisation. » (p. 111). La première piste concerne l’école. La précocité des inégalités et leur caractère cumulatif incitent à agir dès l’école maternelle, et à combler le retard de la France sur les autres pays de l’OCDE en matière de dépenses d’éducation pour les premiers niveaux. Il s’agit ensuite de rompre avec l’élitisme qui caractérise le système éducatif français (comme le montrent par exemple Christian Baudelot et Roger Establet dans L’Elitisme Républicain, 2009), dont les enquêtes PISA montrent qu’il est celui dans lequel l’origine sociale pèse le plus sur la réussite scolaire. Une solution ici serait de redistribuer plus équitablement les dépenses entre classes préparatoires et universités. Le deuxième volet porte sur la formation, pas assez développée en France, où le poids du diplôme continue de peser pendant toute la carrière professionnelle. Sur ce point, Camille Peugny appelle de ses vœux un dispositif universel d’accès à la formation, sur le modèle des « bons mensuels à tirer » danois, et pour les jeunes une « allocation d’autonomie » telle qu’elle existe dans les pays scandinaves. Ces dispositifs seraient essentiels pour lutter contre le sentiment de désenchantement et d’impuissance face l’avenir des jeunes français, mesuré par diverses enquêtes, et permettraient de restaurer une conscience politique et citoyenne et une confiance dans les institutions qui fait défaut à une grande partie de la jeunesse aujourd’hui.

En 111 pages, Camille Peugny parvient à dresser un bilan solide, illustré par de nombreuses analyses statistiques et tableaux, de l’état de la reproduction sociale en France. Le propos est clair et la conclusion sans appel : depuis la fin des Trente Glorieuses, le système éducatif et de formation n’est plus en mesure de garantir l’égalité des chances. Les solutions proposées, inspirée du modèle scandinave, sont audacieuses en tant qu’elles supposent une refonte du système éducatif méritocratique (mais également du système fiscal, évoqué très rapidement p. 105), afin que les destins des individus ne soient pas fixés dès le plus jeune âge. Un ouvrage véritablement stimulant.

Livres

Une infernale reproduction sociale

Vincent Giret

Libération

8 mars 2013

Longtemps, la France a aimé se regarder comme elle se voit. En grand et en modèle universel. S’il est un domaine où elle excelle, peut-être à l’égal de nos cousins d’Amérique, c’est bien dans l’art d’édifier des représentations d’elle-même. Elle sculpte ses propres légendes. Animée d’une vieille et dévorante passion égalitaire, elle a cru qu’il suffisait de mettre en scène le plus beau des slogans pour qu’il devienne réalité. Le retour au réel n’en est que plus violent. Dans le Destin au berceau , publié dans la collection de la République des idées, le sociologue Camille Peugny mène une minutieuse entreprise de démolition de l’un des mythes fondateurs de la France moderne.

L’ouvrage s’ouvre sur ce constat clinique : «Dans la France d’aujourd’hui, sept enfants de cadres sur dix exercent un emploi d’encadrement quelques années après la fin de leurs études ; à l’inverse, sept enfants d’ouvriers sur dix demeurent cantonnés à des emplois d’exécution. Plus de deux siècles après la Révolution, les conditions de naissance continuent à déterminer le destin des individus. On ne devient pas ouvrier, on naît ouvrier.» Chiffres en main, cohorte après cohorte, l’auteur donne les pièces accablantes d’un scandale français. Il dénonce «la faible attention» portée au thème de la reproduction sociale, l’aveuglement complice des politiques, mais aussi, plus justement, de la société elle-même qui, au fond, n’entend changer aucune des règles qu’elle s’est données. Il fut un temps, pas si lointain, affirme Peugny, où il était de bon ton parmi les sociologues de constater la disparition des classes sociales en France. Difficiles à cerner avec les critères d’hier ou d’avant-hier, elles semblaient s’être dissoutes dans le progrès et surtout dans la «moyennisation» générale des sociétés occidentales. Beaucoup avaient déjà rangé les analyses de Pierre Bourdieu au magasin des accessoires surannés des années 60. Les quatre décennies bénies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale avaient commencé à bouger les lignes en matière de mobilité sociale mais elles ont surtout aveuglé tout le monde, comme si «le progrès générationnel» était l’irrésistible moteur de l’histoire. Il y eut d’abord une stabilité de la reproduction sociale dès la fin des années 70 puis, depuis dix ans, une «intensification» du même mouvement. Au point que la France est désormais à l’égale ou presque des sociétés américaines et britanniques dont elle avait fait depuis toujours ses épouvantails préférés. Cet ouvrage scientifique tient aussi du coup de gueule ou du cri d’alarme. La gauche s’est bercée d’illusions en voulant croire que «la massification scolaire» suffirait à inverser les logiques à l’œuvre. Trop de résistances perdurent, quand on sait depuis longtemps l’importance décisive du premier niveau d’enseignement. Peugny en appelle à une «révolution culturelle» et à un sursaut national ; il esquisse un programme qui ne semble pas hors de portée. Avec lui, on peut regretter que «l’exception française» ressemble aujourd’hui à une fâcheuse «régression».

Le destin au berceau de Camille Peugny Seuil, 114 pp., 11,80 €


Wight/43e: It’s a boy (Who’s that girl ? : 43 years on mystery pregnant hippie girl at legendary festival still not found)

24 juillet, 2013

Festival poster, listing artists booked to pla...

http://www.rocknrollbazar.com/1457-thickbox/the-who-live-at-the-isle-of-wight-festival-1970-color-vinyl.jpg
http://a403.idata.over-blog.com/0/06/00/52/Pochettes-2/isle-of-wight.jpg
 
http://www.blogotheque.net/wp-content/uploads/2010/08/iow-stage-jaap.jpg
 
http://newsimg.bbc.co.uk/media/images/47966000/jpg/_47966846_iowp4.jpg
Festival site
http://www.iowrock.demon.co.uk/jpegged/archives/festivals/afton/aerial.jpgiwfestgirlIt’s a boy, Mrs. Walker. The Who
The circus is in town Here comes the blind commissioner They’ve got him in a trance One hand is tied to the tight-rope walker The other is in his pants And the riot squad they’re restless They need somewhere to go As Lady and I look out tonight From Desolation Row … Bob Dylan (1961)
I watched her steeped in her own silence As she shuffled down the line With an arm around her unborn baby And her strength in slow decline She stood alone in natural beauty She seemed alone in every way Would the baby come tomorrow? Would her child be born today? (…) And I wondered where she’d go to As I often do today Have we crossed a path at some point? Have we passed along the way? And if I returned to Afton Would I see her on the hill? Hand in hand with all her children Would I recognize her still? Andy Billings
It is structured to lay a gossamer touch across the whole song from the arresting opening statement and the haunting glockenspiel to the use of a Leslie speaker cabinet for the guitar. The speaker baffle rotates, creating a Doppler effect of rising and falling waves of sound. Jimi plays the song almost like a pianist with the thumb fretting the bass notes like the pianist’s left hand, while the fingers of the fretting hand correspond to the right. The song fades on a magical solo after only two minutes and twenty-five seconds. Even live, ‘Little Wing’ was hardly any longer – he said what he wanted to say and stopped. Harry Shapiro
It was still not a big deal at the time, even if there was 600,000 people there, there were other stories going on. I was in my element, seeing all the bands whose records I had – The Who, Free, the Doors – it was an incredible assignment – sleeping under the stage, having a fantastic time and getting paid for it. It was like a massive graduation party before we all have to go off and become adults – the last big fling for us kids of the 60s. There were a lot of students, ready to go to work – this was the last big party before we took life seriously. As a press photographer you are looking for one image to tell the story of the day. It was a case of going out searching for pictures – hippies at the dole queue, naked hippies in Freshwater bay, undercover cops on Ryde Pier. At the time we had our fingers crossed she was going to give birth – she said she was ready at any moment and that would have been a better story – ‘love child born at festival’. I would like her to look exactly as she did then – she could be a silver-haired granny with grandchildren. It would be fascinating to see what she has developed into – at the time she was stunning, a real Marianne Faithful lookalike who turned heads at that festival. Maybe she has seen the picture and doesn’t want to remember that time, maybe something happened to the child, maybe she wants to forget it – who knows?, that all adds to the mystery. Bob Aylott
We put this festival on, you bastards, with a lot of love! We worked for one year for you pigs! And you wanna break our walls down and you wanna destroy it? Well you go to hell! Rikki Farr (organisateur)
By the end of the festival the press representatives became almost desperate for material and they seemed a little disappointed that the patrons had been so well behaved. Sir Douglas Osmond (Chief Constable, Hampshire Constabulary, Stevenson Report, 1971)
Bob Aylott’s iconic picture of this pregnant woman taken at the Isle Of Wight Festival in 1970, came to represent a festival legacy has now spanned decades. Embodying the free spirit, free love atmosphere in a stylish mini dress surrounded by the madness of the festival, for many this encompasses everything that’s great about the legendary 1970 Isle of Wight Festival. Yet 40 years on who she is is still a mystery….. This year the Isle of Wight Festival is celebrating 40 years since this picture was taken and is looking to answer the question; who was THE pregnant woman brave enough to travel all the way to the Isle of Wight for a once in a life time experience including seeing Jimi Hendrix at one of his last performances, before starting her family?  If you were at the festival in 1970 (or even if you weren’t) and have any information about who the unknown lady was then we want to hear from you! Did you camp next to her? See her in the crowd? Were you even at the festival with her? Any information you have to help us find her and uncover the story behind this fascinating picture 40 years on would be gratefully received. Isle of Wight festival

Plus de 600 000 personnes, les Who, le génial Hendrix (pour la dernière fois), les Doors (un an avant le Père Lachaise), Chicago, Procol Harum, les Moody Blues, Emerson, Lake & Palmer, Jethro Tull, Joan Baez, Leonard Cohen, Donovan, Joni Mitchell, Richie Havens, Pentangle, Family, Free, Ten years after …

Attention: une naissance peut en cacher une autre !

Au lendemain de la naissance ô combien médiatisée du probable futur 43e souverain de l’histoire britannique …

Comment, pour les quelque 600 000 anciens combattants du fameux 3e festival de Wight il y a 43 étés, ne pas repenser à la non moins fameuse chanson du célébrissime opéra rock des Who, "It’s a boy"?

Mais aussi, à la mystérieuse – et téméraire pour ceux qui se souviennent, sans compter la drogue, de la mer de boue et de détritus qu’était vite devenu malgré la plage à côté le festival (surnommé d’ailleurs avec raison "Desolation row") ? – jeune fille enceinte jusqu’aux yeux au milieu d’une mer de tentes qu’un photographe avait choisie – à défaut de l’enfant de l’amour qui tardait à venir – comme icone (hippie à souhait avec sa minijupe et ses cheveux longs et libres) des fameux "six jours qui avaient", disait-on un an après le célébrissime festival de Woodstock, "bercé ou ébranlé le monde" ?

Comme d’ailleurs, même si le festival a repris depuis le 40e anniversaire la tradition (avec même une chanson) de la photo de la jeune fille enceinte au milieu des tentes, à son enfant – et peut-être garçon ? – aujourd’hui âgé de 43 ans ?

IoW Festival’s mystery girl photo

By Dominic Blake
BBC Radio Solent reporter

2 June 2010

Picture of girl in campsite at Isle of Wight Festival

Forty years ago this summer, a young press photographer was on his "dream assignment" – working at the third Isle of Wight Festival.

Bob Aylott was 21 and relishing snapping bands like the Doors, the Who, as well as some of the 600,000 fans.

Among them was a heavily pregnant ‘hippy’ girl, whose image has since become iconic of the festival, but her identity has remained unknown.

Now Bob would dearly like to put a name to girl in the photograph.

A life in photography

Bob Aylott

These days Bob can be found back in his home town of Fareham working out of his studio in West Street, where his white walls are hung with images from a remarkable career.

Alongside the photos of rock stars and Isle of Wight festival revellers are some of the famous people he has known, and photographed during more than four decades as a press photographer in Britain and the US.

They include Muhammad Ali, Frank Sinatra and George Best. During a spell in the US, Bob won a World Press Award for photographs of serial killer Charles Manson.

Dream assignment

Bob was sent to the Isle of Wight Festival by his editors at the Daily Sketch newspaper. Over half a million people had also crossed the Solent for the event at Afton Down on the Isle of Wight.

But he recollects his bosses were not particularly interested in the giant rock festival. He explained: "It was still not a big deal at the time, even if there was 600,000 people there, there were other stories going on."

Isle of Wight Festival 1970

He continued: "I was in my element, seeing all the bands whose records I had – The Who, Free, the Doors – it was an incredible assignment – sleeping under the stage, having a fantastic time and getting paid for it."

As a photographer at a festival, in the days before every arm had a mobile phone camera attached to it, Bob was central in documenting the event which he remembers being a real farewell to the 1960s.

He explained: "It was like a massive graduation party before we all have to go off and become adults – the last big fling for us kids of the 60s. There were a lot of students, ready to go to work – this was the last big party before we took life seriously.

"As a press photographer you are looking for one image to tell the story of the day. It was a case of going out searching for pictures – hippies at the dole queue, naked hippies in freshwater bay, undercover cops on Ryde Pier."

Mystery girl

The image which has been associated with the Isle of Wight Festival ever since was one of a heavily pregnant girl among the tents.

Film crew

"At the time we had our fingers crossed she was going to give birth – she said she was ready at any moment and that would have been a better story – ‘love child born at festival’."

Although the photograph was filed to London, it was never published and the negatives were stored. Somehow the caption details with the girl’s name and details got lost.

When Bob came to use it in an exhibition in 1972, the girl’s name was unknown, but that did not stop the image becoming iconic with posters printed and seen all over the world.

Four decades on, Bob is no closer to discovering the identity of the mother-to-be. But has often wondered what happened to her and the ‘bump’ – who would now be approaching their 40th birthday.

He said: "I would like her to look exactly as she did then – she could be a silver-haired granny with grandchildren. It would be fascinating to see what she has developed into – at the time she was stunning, a real Marianne Faithful lookalike who turned heads at that festival.

"Maybe she has seen the picture and doesn’t want to remember that time, maybe something happened to the child, maybe she wants to forget it – who knows?, that all adds to the mystery."

If you know the identity of the mystery girl at the 1970 Isle of Wight festival, email hampshire@bbc.co.uk.

More of Bob’s Isle of Wight Festival Pictures can be seen in Six Days that Rocked the World published in 2009, as well as at a new exhibition – Six Days That Rocked The World, Celebrating the 40th Annivesary of the 1970 Isle of Wight Festival at West Bury Manor Museum, Fareham - from 5 June -28 August 2010.

Voir aussi:

Isle of Wight Festival 1970: Who’s that girl?

By : June 2, 2009 : Isle of Wight News from the Island Pulse.

This pregnant hippie in a sea of tents is destined to become the face of the 1970 Isle of Wight Pop Festival. But who is she?  The girl with no name standing in the middle of Desolation Row at the 1970 Festival features in a new book and on a poster celebrating the 40th anniversary of the iconic festival in 2010.

Island Pulse exclusive news update 3rd July 2010: The search continues to find the pregnant hippie girl.  Andy Billups bass player for the Hamsters, today releases ‘Afton Belle’ a single from his first solo album Afton Down. The song  was inspired by Bob Aylotts’ iconic image of the unknown pregnant girl and the single can be purchased from Framers in Ryde.  Read more click here: Also see Bob Aylott’s IW Festival Exclusive Pictures as: Pregnant Pause At Festival 40 Years On.. click here: and It’s A Boy for our Isle of Wight Festival Belle 2010.

‘Isle of Wight Festival 1970, Six Days That Rocked the World’  the festival attracted more than 500,000 fans and starred Jimi Hendrix, The Who and Joan Baez.

Island Pulse met up with former Fleet Street photographer Bob Aylott (pictured) who took the photograph, and along with the help of six other award winning press photographers wrote and published the book.

Bob said:

Bob Aylott: Image Copyright Island Pulse

’The photograph was never published at the time. Now it is one of the iconic images of the world’s greatest rock festival. It would be fantastic to find her and discover what happened to the child. The book and a poster print of the image will be sold around the world’.

The book ‘Isle of Wight Festival 1970, Six Days That Rocked the World’ is in limited edition and published by The Press Photographers Gallery.   Last weekend Yarmouth Old Gaffers Festival witnessed a unique launch of the book and copies are now available to purchase online, more details here:

Isle of Wight Festival 1970 Book: Six Days That Rocked The World Compiled by Bob Aylot includes photography from five other award winning press photographers.

It’s A Boy for Festival Belle 2010

By : July 3, 2010 : Isle of Wight News from the Island Pulse.

Congratulations it’s a boy for our Isle of Wight Festival Belle 2010. Regular readers of Island Pulse will remember as part of this years Isle of Wight Festival coverage our man on the inside ex fleet street photographer Bob Aylott managed yet another scoop and recreated his iconic image of a ‘Mystery Girl?  from the 1970 IW Festival.

As we reported earlier, all set to give birth to her first baby, Laura Wolfe (pictured) was excited to be part of the 1970 festival anniversary celebrations and more than happy to be a model mum in helping Bob Aylott recreate his iconic image (see below) 40 years on.

The baby was almost in the Pink and could have experienced an unusual introduction to the world.

The couple, Laura and Danny, who live in Lake, were not expecting their baby to be born at the festival, so when first-time mum Laura started to experience pains during Pink’s performance it caused some concern for dad to be Danny.

Thankfully Laura held out to enjoy Sunday headline act Paul McCartney before taking a trip to the welfare tent, then deciding a visit to hospital might be in order.

Because the couple and bump had built up a rapport with photographer Bob Aylott, Danny joked:  “it was touch and go whether to phone Bob or the ambulance.”

The pains turned out to be a false alarm, possibly Braxton Hick’s contractions which are something first time mums often experience, but as a precaution Laura spent the rest of that night in St Mary’s Hospital.

However this launched Laura, Danny and bump on a roller coaster of visits back and forth to the hospital during the week. This happily resulted in Laura giving birth to a healthy baby boy, Louie Michael, at 11.22am the following Saturday 19th June.

Although these are belated congratulations, as we all know, life for a new mum is a hectic, we managed to pop in and capture Laura with baby Louie and hope she likes the result.

The Search For the ‘Mystery 1970 Festival Girl’ Continues…

While every newsroom across the world focused on the Isle of Wight festival acts 2010,  inside reporter Bob Aylott got sidetracked to bring his very own festival exclusive. When Laura discovered that Bob was the photographer of the ‘Mystery 1970 Festival Girl’, that she and her partner had read about, she was more than happy to let him, photographically,  record this two fold anniversary event.

Island Pulse revealed the exclusive news: search continues to find the pregnant hippie girl. Inspired by Bob Aylotts’  iconic image of the unknown pregnant girl at the 1970 festival,  Andy Billups bass player for the Hamsters, released ‘Afton Belle’ a single from his first solo album Afton Down. Read more click here: also see Bob Aylott’s IW Festival Exclusive Pictures  2010 click here:

‘Afton Belle’ in Search of Who’s That Girl?

By : June 10, 2010 : Isle of Wight News from the Island Pulse.

Mimétisme: Qui s’assemble se ressemble (What if it was flocks that made birds of a feather ?)

18 juillet, 2013

http://www.fubiz.net/wp-content/uploads/2009/02/babeltalesscreamingdreamers.jpghttp://www.ethanham.com/blog/uploaded_images/CommunicatingCommunity-731129.jpghttp://www.v1gallery.com/artistimage/image/588/BABELTALES.MemoryLane.jpg?1237219558Il leur dit: Allez! Ils sortirent, et entrèrent dans les pourceaux. Et voici, tout le troupeau se précipita des pentes escarpées dans la mer, et ils périrent dans les eaux. Matthieu 8: 31-32
Ils se retirèrent un à un, depuis les plus âgés jusqu’aux derniers. Jean 8: 9
Comme le Père m’a aimé, je vous ai aussi aimés. Demeurez dans mon amour. Jésus (Jean 15: 9)
Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de coeur; et vous trouverez du repos pour vos âmes.Car mon joug est doux, et mon fardeau léger. Jésus (Matthieu 11: 28-30)
Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l’un, et aimera l’autre; ou il s’attachera à l’un, et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon. Jésus (Matthieu 6: 24)
Si donc nous maintenons notre premier principe, à savoir que nos gardiens, dispensés de tous les autres métiers, doivent être les artisans tout dévoués de l’indépendance de la cité, et négliger ce qui n’y porte point, il faut qu’ils ne fassent et n’imitent rien d’autre ; s’ils imitent, que ce soient les qualités qu’il leur convient d’acquérir dès l’enfance : le courage, la tempérance, la sainteté, la libéralité et les autres vertus du même genre ; mais la bassesse, ils ne doivent ni la pratiquer ni savoir habilement l’imiter, non plus qu’aucun des autres vices, de peur que de l’imitation ils ne recueillent le fruit de la réalité. Ou bien n’as-tu pas remarqué que l’imitation, si depuis l’enfance on persévère à la cultiver, se fixe dans les habitudes et devient une seconde nature pour le corps, la voix et l’esprit ? Certainement, répondit-il. Nous ne souffrirons donc pas, repris-je, que ceux dont nous prétendons prendre soin et qui doivent devenir des hommes vertueux, imitent, eux qui sont des hommes, une femme jeune ou vieille, injuriant son mari, rivalisant avec les dieux et se glorifiant de son bonheur, ou se trouvant dans le malheur, dans le deuil et dans les larmes ; à plus forte raison n’admettrons-nous pas qu’ils l’imitent malade, amoureuse ou en mal d’enfant. Non, certes, dit-il. Ni qu’ils imitent les esclaves, mâles ou femelles, dans leurs actions serviles. Cela non plus. Ni, ce semble, les hommes méchants et lâches qui font le contraire de ce que nous disions tout à l’heure, qui se rabaissent et se raillent les uns les autres, et tiennent des propos honteux, soit dans l’ivresse, soit de sang-froid ; ni toutes les fautes dont se rendent coupables de pareilles gens, en actes et en paroles, envers eux-mêmes et envers les autres. Je pense qu’il ne faut pas non plus les habituer à contrefaire le langage et la conduite des fous; car il faut connaître les fous et les méchants, hommes et femmes, mais ne rien faire de ce qu’ils font et ne pas les imiter. Cela est très vrai, dit-il. Quoi donc? poursuivis-je, imiteront-ils les forgerons, les autres artisans, les rameurs qui font avancer les trirèmes, les maîtres d’équipage, et tout ce qui se rapporte à ces métiers ? Et comment, répliqua-t-il, le leur permettrait-on, puisqu’ils n’auront même pas le droit de s’occuper d’aucun de ces métiers ? Et le hennissement des chevaux, le mugissement des taureaux, le murmure des rivières, le fracas de la mer, le tonnerre et tous les bruits du même genre, les imiteront-ils ? Non, répondit-il, car il leur est interdit d’être fous et d’imiter les fous. Platon
Nous sommes automates dans les trois quarts de nos actions. Leibniz
Qu’est‑ce que nos principes naturels, sinon nos principes accoutumés ? Et dans les enfants, ceux qu’ils ont reçus de la coutume de leurs pères, comme la chasse dans les animaux ? Une différente coutume en donnera d’autres principes naturels. Cela se voit par expérience. Pascal
C’est la coutume…. qui fait tant de chrétiens ; c’est elle qui fait les Turcs, les païens, les métiers, les soldats. Pascal 
C’est être superstitieux de mettre son espérance dans les formalités, mais c’est être superbe de ne vouloir s’y soumettre. (…) Il faut que l’extérieur soit joint à l’intérieur pour obtenir de Dieu; c’est-à-dire que l’on se mette à genoux, prie des lèvres, etc., afin que l’homme orgueilleux qui n’a voulu se soumettre à Dieu soit maintenant soumis à la créature. Attendre de cet extérieur le secours est être superstitieux; ne vouloir pas le joindre à l’intérieur est être superbe. (…) Les autres religions, comme les païennes, sont plus populaires, car elles sont en extérieur, mais elles ne sont pas pour les gens habiles. Une religion purement intellectuelle serait plus proportionnée aux habiles, mais elle ne servirait pas au peuple. La seule religion chrétienne est proportionnée à tous, étant mêlée d’extérieur et d’intérieur. Elle élève le peuple à l’intérieur, et abaisse les superbes à l’extérieur, et n’est pas parfaite sans les deux, car il faut que le peuple entende l’esprit de la lettre et que les habiles soumettent leur esprit à la lettre. (…) Car il ne faut pas se méconnaître, nous sommes automate autant qu’esprit. Et de là vient que l’instrument par lequel la persuasion se fait n’est pas la seule démonstration. Combien y a(-t-) il peu de choses démontrées? Les preuves ne convainquent que l’esprit, la coutume fait nos preuves les plus fortes et les plus rues. Elle incline l’automate qui entraîne l’esprit sans qu’il y pense. Qui a démontré qu’il sera demain jour et que nous mourrons, et qu’y a(-t-)il de plus cru? C’est donc la coutume qui nous en persuade. C’est elle qui fait tant de chrétiens, c’est elle qui fait les Turcs, les païens, les métiers, les soldats, etc. Il y a la foi reçue dans le baptême de plus aux chrétiens qu’aux païens. Enfin il faut avoir recours à elle quand une fois l’esprit a vu où est la vérité afin de nous abreuver et nous teindre de cette créance qui nous échappe à toute heure, car d’en avoir toujours les preuves présentes c’est trop d’affaire. Il faut acquérir une créance plus facile qui est celle de l’habitude qui sans violence, sans art, sans argument nous fait croire les choses et incline toutes nos puissances à cette croyance, en sorte que notre âme y tombe naturellement. Quand on ne croit que par la force de la conviction et que l’automate est incliné à croire le contraire ce n’est pas assez. Il faut donc faire croire nos deux pièces, l’esprit par les raisons qu’il suffit d’avoir vues une fois en sa vie et l’automate par la coutume, et en ne lui permettant pas de s’incliner au contraire. Inclina cor meum deus. La raison agit avec lenteur et avec tant de vues sur tant de principes, lesquels il faut qu’ils soient toujours présents, qu’à toute heure elle s’assoupit ou s’égare manque d’avoir tous ses principes présents. Le sentiment n’agit pas ainsi; il agit en un instant et toujours est prêt à agir. Il faut donc mettre notre foi dans le sentiment, autrement elle sera toujours vacillante. Pascal
Si un homme ne marche pas au pas de ses camarades, c’est qu’il entend le son d’un autre tambour. Thoreau
Il nous arriverait, si nous savions mieux analyser nos amours, de voir que souvent les femmes ne nous plaisent qu’à cause du contrepoids d’hommes à qui nous avons à les disputer (…) ce contrepoids supprimé, le charme de la femme tombe. On en a un exemple dans l’homme qui, sentant s’affaiblir son goùt pour la femme qu’il aime, applique spontanément les règles qu’il a dégagées, et pour être sûr qu’il ne cesse pas d’aimer la femme, la met dans un milieu dangereux où il faut la protéger chaque jour. Proust
On ne peut pas observer les Dix commandments si on vit au sein d’une société qui ne les respecte pas. Un soldat doit porter l’uniforme et vivre à la caserne. Celui qui veut servir Dieu doit arborer les insignes de Dieu et s’écarter de ceux qui ne se soucient que d’eux-mêmes. La barbe, les papillottes, le châle de prière, les franges rituelles – tout cela fait partie de l’uniforme d’un juif. Ce sont les signes extérieurs de son appartenance au monde de Dieu, pas aux bas-fonds. Herz Dovid Grein (ombres sur l’Hudson, Isaac Bashevis Singer, 1957)
Pénétrez dans une demeure de paysan et regardez son mobilier : depuis sa fourchette et son verre jusqu’à sa chemise, depuis ses chenets jusqu’à sa lampe, depuis sa hache jusqu’à son fusil, il n’est pas un de ses meubles, de ses vêtements ou de ses instruments, qui, avant de descendre jusqu’à sa chaumière, n’ait commencé par être un objet de luxe à l’usage des rois ou des chefs guerriers, ou ecclésiastiques, puis des seigneurs, puis des bourgeois, puis des propriétaires voisins. Faites parler ce paysan : vous ne trouverez pas en lui une notion de droit, d’agriculture, de politique ou d’arithmétique, pas un sentiment de famille ou de patriotisme, pas un vouloir, pas un désir, qui n’ait été à l’origine une découverte ou une initiative singulière, propagée des hauteurs sociales, graduelle­ment, jusqu’à son bas-fonds. Tarde (1890)
I see Babel Tales as both musical and as a musical. A musical in the sense that it seems everyone in the images has stopped what they are doing to participate in some predetermined choreography – to tell a story, although perhaps it is one, which cannot be fully understood. They are musical in the sense that every person is like an instrument, they all have different sounds, but because they are all more or less performing the same actions, it’s as if they are playing a song together. These songs or stories are, in a way, a meta-story looking into the chaos of the mass of people; the mass of stories is exiting in one city. This fascination of mine comes from films where peoples’ paths cross in serendipitous or clandestine ways, particularly Short Cuts by Robert Altman and Magnolia by Paul Thomas Anderson. I am trying to show another way of finding commonalities between people, outside race or religion or any sort of predefined background. Where does the individual end and the group begin? And how do you define human behavior if this line is blurred? I think the answers lie somewhere when coincidences are too symbolic to be true, in magical points in time, or Cartier-Bresson’s decisive moment, where randomness always has a place where it clicks. Peter Frunch
Le phénomène est déjà fabuleux en soi. Imaginez un peu : il suffit que vous me regardiez faire une série de gestes simples – remplir un verre d’eau, le porter à mes lèvres, boire -, pour que dans votre cerveau les mêmes zones s’allument, de la même façon que dans mon cerveau à moi, qui accomplis réellement l’action. C’est d’une importance fondamentale pour la psychologie. D’abord, cela rend compte du fait que vous m’avez identifié comme un être humain : si un bras de levier mécanique avait soulevé le verre, votre cerveau n’aurait pas bougé. Il a reflété ce que j’étais en train de faire uniquement parce que je suis humain. Ensuite, cela explique l’empathie. Comme vous comprenez ce que je fais, vous pouvez entrer en empathie avec moi. Vous vous dites : « S’il se sert de l’eau et qu’il boit, c’est qu’il a soif. » Vous comprenez mon intention, donc mon désir. Plus encore : que vous le vouliez ou pas, votre cerveau se met en état de vous faire faire la même chose, de vous donner la même envie. Si je baille, il est très probable que vos neurones miroir vont vous faire bailler – parce que ça n’entraîne aucune conséquence – et que vous allez rire avec moi si je ris, parce que l’empathie va vous y pousser. Cette disposition du cerveau à imiter ce qu’il voit faire explique ainsi l’apprentissage. Mais aussi… la rivalité. Car si ce qu’il voit faire consiste à s’approprier un objet, il souhaite immédiatement faire la même chose, et donc, il devient rival de celui qui s’est approprié l’objet avant lui ! (…) C’est la vérification expérimentale de la théorie du « désir mimétique » de René Girard ! Voilà une théorie basée au départ sur l’analyse de grands textes romanesques, émise par un chercheur en littérature comparée, qui trouve une confirmation neuroscientifique parfaitement objective, du vivant même de celui qui l’a conçue. Un cas unique dans l’histoire des sciences ! (…) Notre désir est toujours mimétique, c’est-à-dire inspiré par, ou copié sur, le désir de l’autre. L’autre me désigne l’objet de mon désir, il devient donc à la fois mon modèle et mon rival. De cette rivalité naît la violence, évacuée collectivement dans le sacré, par le biais de la victime émissaire. À partir de ces hypothèses, Girard et moi avons travaillé pendant des décennies à élargir le champ du désir mimétique à ses applications en psychologie et en psychiatrie. En 1981, dans Un mime nommé désir, je montrais que cette théorie permet de comprendre des phénomènes étranges tels que la possession – négative ou positive -, l’envoûtement, l’hystérie, l’hypnose… L’hypnotiseur, par exemple, en prenant possession, par la suggestion, du désir de l’autre, fait disparaître le moi, qui s’évanouit littéralement. Et surgit un nouveau moi, un nouveau désir qui est celui de l’hypnotiseur. (…)  et ce qui est formidable, c’est que ce nouveau « moi » apparaît avec tous ses attributs : une nouvelle conscience, une nouvelle mémoire, un nouveau langage et des nouvelles sensations. Si l’hypnotiseur dit : « Il fait chaud » bien qu’il fasse frais, le nouveau moi prend ces sensations suggérées au pied de la lettre : il sent vraiment la chaleur et se déshabille. (…) On comprend que la théorie du désir mimétique ait suscité de nombreux détracteurs : difficile d’accepter que notre désir ne soit pas original, mais copié sur celui d’un autre. Pr Jean-Michel Oughourlian
Les neurones miroirs sont des neurones qui s’activent, non seulement lorsqu’un individu exécute lui-même une action, mais aussi lorsqu’il regarde un congénère exécuter la même action. On peut dire en quelque sorte que les neurones dans le cerveau de celui/celle qui observe imitent les neurones de la personne observée; de là le qualitatif ‘miroir’ (mirror neurons). C’est un groupe de neurologues italiens, sous la direction de Giacomo Rizzolati (1996), qui a fait cette découverte sur des macaques. Les chercheurs ont remarqué – par hasard – que des neurones (dans la zone F5 du cortex prémoteur) qui étaient activés quand un singe effectuait un mouvement avec but précis (par exemple: saisir un objet) étaient aussi activés quand le même singe observait simplement ce mouvement chez un autre singe ou chez le chercheur, qui donnait l’exemple. Il existe donc dans le cerveau des primates un lien direct entre action et observation. Cette découverte s’est faite d’abord chez des singes, mais l’existence et l’importance des neurones miroirs pour les humains a été confirmée. Dans une recherche toute récente supervisé par Hugo Théoret (Université de Montréal), Shirley Fecteau a montré que le mécanisme des neurones miroirs est actif dans le cerveau immature des petits enfants et que les réseaux de neurones miroirs continuent de se développer dans les stades ultérieurs de l’enfance. Il faut ajouter ici que les savants s’accordent pour dire que ces réseaux sont non seulement plus développés chez les adultes (comparé aux enfants), mais qu’ils sont considérablement plus évolués chez les hommes en général comparé aux autres primates. Simon De Keukelaere
Faut-il se méfier de l’influence d’un ou d’une ami(e) obèse sur sa ligne ? Une étude américaine publiée, jeudi 26 juillet, dans la très sérieuse revue médicale New England Journal of Medecine, semble accréditer cette idée. Ainsi, le risque pour une personne de devenir obèse augmente de 57 % si il ou elle a un(e) ami(e) devenu(e) obèse. Si ce proche est du même sexe, la probabilité grimpe à 71 % et pour les hommes à 100 %. Las, s’il s’agit de son meilleur ami, le risque s’envole à 171 % ! Frères et soeurs représentent, eux, un risque accru de 40 % et les conjoint(e)s de 37 %. Le Monde
"Les gens qui sont entourés par beaucoup de gens heureux (…) ont plus de chance d’être heureux dans le futur. Les statistiques montrent que ces groupes heureux sont bien le résultat de la contagion du bonheur et non seulement d’une tendance de ces individus à se rapprocher d’individus similaires," précisent les chercheurs. Les chances de bonheur augmentent de 8 % en cas de cohabitation avec un conjoint heureux, de 14 % si un proche parent heureux vit dans le voisinage, et même de 34 % en cas de voisins joyeux. Ces recherches "sont une raison supplémentaire de concevoir le bonheur, comme la santé, comme un phénomène collectif" expliquent-ils. Le Monde
Si le chant possède bien des vertus (lutte contre le stress, amélioration des capacités respiratoires), cet art quand il est pratiqué en groupe cache encore quelques mystères. Des scientifiques suédois viennent pourtant de révéler que lorsque plusieurs personnes chantent à l’unisson, leurs battements de cœur se synchronisent. En effet, non seulement les différentes voix d’une chorale s’harmonisent mais également ses pulsations du cœur. En prenant le pouls des participants de 15 chorales différentes, ils ont remarqué que leur rythme cardiaque s’accélérait ou ralentissait à la même vitesse. (…) Les recherches ont prouvé en outre que plus le morceau est structuré en différentes parties, plus les battements s’harmonisent. L’effet est encore plus visible quand le morceau choisi repose sur une rythmique lente. (…) Cette découverte rappelle ainsi la pratique du yoga dans lequel le contrôle de la respiration et son harmonisation joue un rôle important. Le HuffPost
Prier contre la maladie d’Alzheimer n’est pas seulement un acte de foi, mais peut être un geste thérapeutique. Selon une étude menée conjointement en Israël et aux États-Unis avec un financement de l’Institut national de la santé américain, la prière constitue un antidote très efficace qui permettrait de réduire de moitié chez les femmes les risques de contracter la maladie d’Alzheimer ou d’être victimes de pertes de mémoire et de démence «légères». Le Figaro
Revenons pour ce faire à notre précédent exemple du cri chez le bébé et observons tout d’abord que sa persistance dans le temps aura d’autant plus de chance de se produire que d’autres bébés se trouveront à proximité. C’est le phénomène bien connu de contagion du cri qui s’observe régulièrement lorsque plusieurs bébés sont rassemblés dans un même espace : pouponnière, crèche, etc. Dans un tel cadre, la hantise des soignants ou des éducateurs est que par ses cris, un bébé mette en émoi tout le groupe car le concert de cris peut alors durer de longues heures avant que la fatigue ne reprenne le dessus et permette un retour au calme toujours précaire. Remarquons que la hantise des responsables de ces tout petits hommes est exactement la même que celle de nos responsables politiques. Depuis la Révolution, ceux-ci ont bien compris que leur pire ennemi étaient les foules humaines solidarisées (prises en masse) dans un même élan acquis par imitation réciproque. Au XIXe siècle, les premières psychologies sociales (cf. Tarde, Le Bon, Sighele, Baldwin, etc.) répondent avant tout au besoin de comprendre (et de contrôler) ces « foules délinquantes » qui renversent l’ordre établi et font les révolutions. Toutes vont converger vers cet aspect fondamental de la psyché humaine qu’est l’imitation. Au XXe siècle, les mouvements fascistes en tireront d’ailleurs de très puissantes stratégies de manipulation des masses. (…) Tels des bébés qui, portés par l’imitation réciproque, se solidarisent dans un cri unanime et se canalisent donc les uns les autres vers une même activité à laquelle ils s’adonnent avec frénésie, de tout leur être, nous sommes dans quasiment tous les aspects de nos vies des êtres soumis aux normes des groupes et des communautés auxquels nous pensons appartenir, en particulier, celles de la société occidentale individualiste qui nous formate à l’idée que nous sommes des êtres rationnels, indépendants, autonomes, doués de libre-arbitre et donc rebelles à toutes les formes d’influence sociale. (…) Les meilleurs amis du monde sont souvent ceux qui, au travers d’un progressif « accordage » de leurs représentations, de leurs goûts et de leurs affects en viennent à être des « alter ego » l’un pour l’autre. Bien sûr, aucun ne cessera de voir ce qui le différencie de l’autre, mais leur proximité, et plus exactement leur similitude sur un grand nombre de points n’échappera pas à l’observateur extérieur. Cette logique d’accrochage automatique des cycles de l’habitude permet de comprendre l’omniprésence des phénomènes du genre il bâille, je bâille, il tousse, je tousse, il boit, j’ai soif, il mange, ça me donne faim, il regarde ici ou là, je regarde ici et là, il a peur, j’angoisse, il est serein, je suis rassuré, etc. (…) Que les choses soient claires : la soumission aux normes n’est jamais qu’un panurgisme, une imitation de la dynamique du troupeau auquel nous pensons appartenir. Manipulations et propagandes n’existent que parce que nous sommes toujours-déjà portés à l’imitation et au suivisme. Luc-Laurent Salvador

Et si c’était plutôt: qui s’assemble se ressemble ?

Conversation, combat, danse, amour, cris du bébé, baillements, toux, sourires, (fous) rires, chants, prières, prise alimentaire, obésité, anorexie/boulimie, rythmes respiratoire et cardiaque, mentruation (du latin mensis « mois", proche du grec mene "lune"), hystérie collective …

Alors qu’avec le dernier exemple en date du chant en groupe qui mène à l’harmonisation des rythmes cardiaques …

Mais aussi après les neurones-miroirs, les "bâtiments qui tombent malades", les choix politiques ou amoureux, les "orientations sexuelles", les bienfaits (ou méfaits) de la pratique religieuse ou parareligieuse (yoga, méditation), le bonheur, les épidémies de suicides,  attentats-suicides, divorces, émeutes

Pendant que sur la scène politique et aux cris d’allah akbar, le prétendu "printemps arabe" continue son inexorable et explosive progression …

La science comme l’actualité démontrent chaque jour un peu plus les effets de contagion dont, pour le meilleur comme pour le pire, sont faits les moindres de nos affects, émotions et comportements …

Comment ne pas voir le psychologue social Luc-Laurent Salvador …

Après Platon, Tarde et Girard …

Mais aussi contre la fiction moderne et occidentale de l’individualisme naturel et spontané (et de la commode et rassurante contre-fiction de la propagande et de la manipulation comme corruption de celui-ci) …

Et des bébés en crèche aux casseurs en meute ou aux fidèles assemblés …

Comme des simples amis ou amoureux en conversation aux ennemis ou combattants en lutte …

La formidable machine mimétique ou « machine à imiter » que nous sommes finalement tous ?

Théorie de la mimesis générale

Luc-Laurent Salvador
Agoravox
8 février 2013

Dans ce cinquième volet de notre introduction à la psychologie synthétique (cf. 1, 2, 3, 4), nous abordons la partie peut-être la plus fascinante de la psychologie humaine, à savoir, notre tendance à l’imitation. Bien connue depuis Platon, qui parlait de mimesis, elle n’a cessé depuis de faire l’objet d’un formidable déni au travers duquel nous tentons de croire en la vision romantique de l’être humain libre et indépendant dans ses désirs, ses choix et ses actes. De Spinoza à René Girard en passant par Tarde, Le Bon ou même Freud, nombre d’auteurs ont traité de l’imitation et de ses effets de contagion, mentale et comportementale, auxquels aucun aspect de l’humain n’échappe. Nul mécanisme explicatif de l’imitation n’a cependant fait l’objet d’un consensus. Nous allons nous tenir au plus ancien d’entre-eux, la réaction circulaire, qui n’est au fond qu’une formulation savante de l’habitude et dont le principe peut se retrouver dans chacun des mécanismes qui ont ensuite été proposés. Cette notion présentée dans le précédent article nous permettra de comprendre que si l’Homme est bien un être d’habitudes (postulat unique de la psychologie synthétique), alors, il est avant toute chose, une « machine à imiter ».

La première fois que j’ai présenté dans un cadre scientifique l’hypothèse selon laquelle l’humain serait une sorte de machine mimétique constamment portée à l’imitation, un auditeur malicieux m’a lancé « et quand on fait l’amour, on imite » ?

Si on pense que l’imitation c’est faire le perroquet, le mouton de panurge ou, au mieux, le bon élève, on pourrait voir là une objection sérieuse. Car lorsqu’ on fait l’amour, on est au plus près de soi-même, on se sent dans la pure spontanéité et certainement pas dans un quelconque suivisme.

Toutefois, réfléchissons, un couple qui fait l’amour, c’est quand même bien deux personnes qui tendent à maximiser leur similitude puisqu’elles sont … :

  • venues sur le même lieu
  • venues là au même moment
  • tôt ou tard, pareillement nues
  • toutes les deux dans le même contact peau à peau ; souvent elles sont lèvres à lèvres et, par hypothèse, sexe à sexe
  • toutes deux à se plonger dans le regard l’une de l’autre
  • toutes deux avec une respiration synchrone
  • toutes les deux à entretenir des mouvements de la zone pelvienne sur un même rythme, donc de manière synchrone.

Il apparaît donc que, par une imitation réciproque de tous les instants principalement affirmée dans l’accordage des rythmes, ces deux personnes en sont venues à se ressembler autant qu’il est possible et cela constitue, à mon sens, un parfait exemple d’imitation.

La seule différence remarquable qui persiste entre ces deux êtres, c’est celle des sexes — du moins pour un couple hétérosexuel. Mais là encore, le concave n’est-il pas une imitation en creux du convexe et inversement ? La serrure n’est-elle pas une reproduction en creux de la clé et inversement ?

Cette ressemblance active des partenaires fait leur unité et on peut même dire leur harmonie car on peut se faire à l’idée qu’elles se sont progressivement accordées un peu comme le feraient deux magnifiques instruments de musique disposés à jouer une symphonie proprement céleste.

Aussi étrange que cela puisse paraître, cet accordage est, toutes choses égales par ailleurs, le même que celui opéré par deux personnes en conversation ou deux personnes qui se battent. Les interlocuteurs ou les protagonistes se calent en effet sur les mêmes rythmes (ceux du tour de paroles ou du « coup pour coup ») et en viennent à se ressembler étrangement dans leur attitudes, leurs comportements, leurs émotions, etc.

Selon le psychosociologue Gabriel Tarde, toutes les interactions humaines seraient mimétiques d’une manière ou d’une autre. Autrement dit, l’imitation serait omniprésente et constituerait ni plus ni moins que « le fait social élémentaire ». Nous avons beaucoup de peine à imaginer la généralité et la puissance de ce processus, mais Tarde nous offre de remarquables illustrations… :

« Pénétrez dans une demeure de paysan et regardez son mobilier : depuis sa fourchette et son verre jusqu’à sa chemise, depuis ses chenets jusqu’à sa lampe, depuis sa hache jusqu’à son fusil, il n’est pas un de ses meubles, de ses vêtements ou de ses instruments, qui, avant de descendre jusqu’à sa chaumière, n’ait commencé par être un objet de luxe à l’usage des rois ou des chefs guerriers, ou ecclésiastiques, puis des seigneurs, puis des bourgeois, puis des propriétaires voisins. Faites parler ce paysan : vous ne trouverez pas en lui une notion de droit, d’agriculture, de politique ou d’arithmétique, pas un sentiment de famille ou de patriotisme, pas un vouloir, pas un désir, qui n’ait été à l’origine une découverte ou une initiative singulière, propagée des hauteurs sociales, graduelle­ment, jusqu’à son bas-fonds. » Tarde, Philosophie pénale, 1890 p. 39

Cette généralité du fait mimétique, quoi que nous en pensions, nous, — individus civilisés, libres et indépendants du XXIe siècle — n’y sommes pas étrangers, loin s’en faut

Que cela nous plaise ou non, nous prenons modèles, ici et là, d’un bout à l’autre de nos vies. Deux cas sont possibles : soit nous aimons être « tendance », suivre les modes, au gré des vents médiatiques, publicitaires et propagandistes, soit nous pensons résister à cela… en suivant d’autres modèles plus conservateurs, avec des valeurs et une culture que nous avons précédemment intériorisées — c’est-à-dire imitées — et auxquelles nous restons fidèles en les reproduisant avec constance.

Autrement dit, que nous ayons l’habitude du changement ou celle de la constance, nous sommes toujours dans l’habitude de l’imitation.

Au final, toute la différence entre ces deux extrêmes tient aux rythmes auxquels nous nous « accordons » aux autres : soit ils sont rapides et rendent le changement manifeste, soit ils sont lents et nous semblont alors cultiver la constance alors que, dans un cas comme dans l’autre, nous suivons le rythme et donc, nous imitons.

Comme le disait excellement le poète Thoreau : « si un homme ne marche pas au pas de ses camarades, c’est qu’il entend le son d’un autre tambour ». Comprenons qu’ à chaque instant, l’homme « reproduit » quelque chose, il imite donc. Ce qui n’enlève rien au fait qu’il puisse avoir sa propre manière de marcher. Disons le clairement une bonne fois pour toutes : la différence n’annule pas la ressemblance. Une reproduction peut être originale en amenant des variations ou des différences, elle n’en reste pas moins une reproduction.

Ceci étant, comment comprendre la généralité du fait mimétique, comment l’expliquer ?

Ainsi que je l’ai déjà suggéré plusieurs fois, si on considère l’habitude, comme étant (1) d’une absolue généralité et (2) une véritable « machine à imiter », l’omniprésence des phénomènes d’imitation cesse d’être un mystère.

C’est cette hypothèse que nous allons à présent explorer, l’objectif étant de comprendre comment il se pourrait faire que l’imitation soit le produit logique, nécessaire, automatique de l’habitude, c’est-à-dire, résulte inévitablement du fonctionnement des cycles perception-action ou des réactions circulaires dont nous sommes constitués.

Revenons pour ce faire à notre précédent exemple du cri chez le bébé et observons tout d’abord que sa persistance dans le temps aura d’autant plus de chance de se produire que d’autres bébés se trouveront à proximité. C’est le phénomène bien connu de contagion du cri qui s’observe régulièrement lorsque plusieurs bébés sont rassemblés dans un même espace : pouponnière, crèche, etc.

Dans un tel cadre, la hantise des soignants ou des éducateurs est que par ses cris, un bébé mette en émoi tout le groupe car le concert de cris peut alors durer de longues heures avant que la fatigue ne reprenne le dessus et permette un retour au calme toujours précaire.

Remarquons que la hantise des responsables de ces tout petits hommes est exactement la même que celle de nos responsables politiques. Depuis la Révolution, ceux-ci ont bien compris que leur pire ennemi étaient les foules humaines solidarisées (prises en masse) dans un même élan acquis par imitation réciproque.

Au XIXe siècle, les premières psychologies sociales (cf. Tarde, Le Bon, Sighele, Baldwin, etc.) répondent avant tout au besoin de comprendre (et de contrôler) ces « foules délinquantes » qui renversent l’ordre établi et font les révolutions. Toutes vont converger vers cet aspect fondamental de la psyché humaine qu’est l’imitation. Au XXe siècle, les mouvements fascistes en tireront d’ailleurs de très puissantes stratégies de manipulation des masses [1].

Notons que si on a beaucoup glosé sur la manipulation, c’est d’abord pour préserver l’idéal romantique du sujet en tant qu’être autonome dont le désir est absolument libre et absolument propre à sa personne ; c’est ensuite pour mieux masquer le fait que, le panurgisme étant ce qu’il est, le mensonge des dirigeants à l’égard du peuple a toujours été la norme et que nos « démocraties » capitalistes et consuméristes n’ont fait, en somme, qu’industrialiser une propagande (cf. The century of self) qui a été de toutes les époques.

Celle que nous connaissons actuellement a été d’autant plus efficace que tel un phare projettant dans nos esprits aveuglés le mythe de l’individu libre et autonome, elle a ipso facto produit la matrice d’une modernité dont elle se voudrait, autant que possible, absente.

Nous croyons mordicus en notre autonomie et notre libre-arbitre, nous les posons en principe explicatif de nos actes et, cette habitude de pensée, présente au plus intime de notre expérience quotidienne, structure automatiquement cette dernière de manière à se perpétuer indéfiniment, comme toute habitude digne de ce nom.

Autrement dit, si vous pensez vivre dans une société moderne, démocratique constituée d’individus libres et indépendants, il est clair que vous êtes vous-même victime de cette propagande née au XXe siècle. Vous pratiquez le même « grégarisme individualiste » que les Monty Python ont brillamment tourné en dérision dans cette séquence du savoureux film « La Vie de Brian ».

Tels des bébés qui, portés par l’imitation réciproque, se solidarisent dans un cri unanime et se canalisent donc les uns les autres vers une même activité à laquelle ils s’adonnent avec frénésie, de tout leur être, nous sommes dans quasiment tous les aspects de nos vies des êtres soumis aux normes des groupes et des communautés auxquels nous pensons appartenir, en particulier, celles de la société occidentale individualiste qui nous formate à l’idée que nous sommes des êtres rationnels, indépendants, autonomes, doués de libre-arbitre et donc rebelles à toutes les formes d’influence sociale.

Que les choses soient claires : la soumission aux normes n’est jamais qu’un panurgisme, une imitation de la dynamique du troupeau auquel nous pensons appartenir. Manipulations et propagandes n’existent que parce que nous sommes toujours-déjà portés à l’imitation et au suivisme. C’est pourquoi, avant de nous intéresser aux premières, il importe de comprendre la tendance à l’imitation.

D’où vient cette mimesis dont la puissance est telle que Platon allait jusqu’à nous prévenir de ne pas imiter ni la femme heureuse ou malheureuse, ni les esclaves, ni les méchants, ni les fous, ni « le hennissement des chevaux, le mugissement des taureaux, le murmure des rivières, le fracas de la mer, le tonnerre et tous les bruits du même genre… » (République 395d – 396b) ?

Platon nous met d’emblée sur la piste d’une affinité entre imitation et habitude qui est à présent bien connue :

« …n’as-tu pas remarqué que l’imitation, si depuis l’enfance on persévère à la cultiver, se fixe dans les habitudes et devient une seconde nature pour le corps, la voix et l’esprit ? » (République 395d – 396b)

C’est une évidence, l’imitation mène à la formation d’habitudes, bonnes ou mauvaises. Elle a donc constitué, depuis toujours, la base première de l’éducation. Mais cela ne suffit pas. Pour comprendre la généralité de l’imitation il importe que l’inverse soit vrai, à savoir, que l’habitude elle-même suscite l’imitation.

Le fait est que l’habitude est déjà un mécanisme de reproduction de comportements passés : les nôtres. Ne pourrait-elle aussi nous porter à la reproduction de comportements semblables, donc de comportements manifestés par nos semblables ?

C’est précisément ce que nous allons pouvoir constater. Pour cela, revenons à l’exemple de la réaction circulaire de cri du bébé qui est illustrée ci-dessous par la Figure 1. Pour résumer très vite, disons que cette réaction produit un cri qui est justement le stimulus qui la déclenche, l’entretient ou la stimule de sorte qu’elle ne cesse de se… reproduire.

Son mécanisme, excessivement simple, est constitué d’un simple lien sensori-(idéo)-moteur qui relie le percept à l’action motrice, faisant que l’actualité du premier amène la réalisation de la seconde.

En effet, à l’audition d’un stimulus, c’est-à-dire, d’un cri, la réaction circulaire qui le perçoit et le reconnaît comme semblable au sien va s’activer et reproduire le cri en question. Elle reproduit donc à nouveau « le stimulus qui la déclenche, l’entretient ou la stimule » et, dès lors, l’action consistant à crier va logiquement suivre, grâce le lien idéomoteur. La boucle est bouclée et peut se perpétuer ad libitum.

Ce modèle en cycle perception-action nous donne donc une explication très simple et immédiate du phénomène d’imitation : rien ne ressemblant plus à un cri de bébé qu’un autre cri de bébé, il est aisé de comprendre que le cri d’un quelconque bébé pourra stimuler la réaction circulaire de cri de n’importe quel autre bébé et souvent même de plusieurs autres. Ceci est illustré par la Figure 2.

En assimilant le cri de l’autre au sien propre, le bébé qui active sa réaction circulaire imite bel et bien son congénère puisqu’il reproduit son comportement en criant à son tour. Ce faisant, il renforce le stimulus et très vite les deux bébés crient de concert, produisant en chœur un signal plus puissant, plus stable qui entraînera progressivement tous les bébés alentours, même les plus sereins.

La phase clé de ce mécanisme mimétique est l’assimilation, c’est-à-dire, le fait qu’un individu perçoive le comportement de son congénère comme semblable au sien. C’est seulement parce que le bébé B assimile le cri de A au sien que cette perception peut enchaîner mécaniquement sur la production du même comportement, un cri, via le lien sensori-idéo-moteur constitutif de son habitude.

Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’une fois l’assimilation opérée, l’imitation suit automatiquement — sauf si un effort volontaire nous porte à inhiber ce comportement. Cette mécanicité de l’imitation peut déranger, mais elle ne peut nous surprendre dès lors qu’on la sait adossée à l’habitude, LE mécanisme automatique par excellence.

Considérons à présent ce qui se passe lorsque notre écosystème d’habitudes se trouve en présence d’une autre personne et donc d’un autre écosystème d’habitudes.

La chose est très simple : partout où les habitudes de l’un pourront assimiler les habitudes de l’autres, elles se verront activées et si rien ne vient les inhiber, il y aura reproduction, donc imitation, le plus souvent en toute inconscience.

Les meilleurs amis du monde sont souvent ceux qui, au travers d’un progressif « accordage » de leurs représentations, de leurs goûts et de leurs affects en viennent à être des « alter ego » l’un pour l’autre. Bien sûr, aucun ne cessera de voir ce qui le différencie de l’autre, mais leur proximité, et plus exactement leur similitude sur un grand nombre de points n’échappera pas à l’observateur extérieur.

Cette logique d’accrochage automatique des cycles de l’habitude permet de comprendre l’omniprésence des phénomènes du genre il bâille, je bâille, il tousse, je tousse, il boit, j’ai soif, il mange, ça me donne faim, il regarde ici ou là, je regarde ici et là, il a peur, j’angoisse, il est serein, je suis rassuré, etc.

C’est mathématique : si nous n’avons pas de raison d’inhiber, nous imitons, d’autant plus que nous nous sentons proches (semblables) des personnes avec qui nous sommes en interaction.

Lorsque deux personnes sont engagées dans une conversation amicale le simple fait de changer de posture d’une manière ou d’une autre — comme croiser ou décroiser les bras ou les jambes — augmente considérablement les chances que l’interlocuteur fasse de même car (a) non seulement il n’a concrètement aucune raison d’inhiber ce comportement mais (b) il a, au contraire, toutes les bonnnes raisons de le faire vu que l’impact en est très positif : c’est en effet le meilleur moyen de montrer une empathie « sincère », le fait que l’on est « en phase » avec le locuteur.

Même si nous n’en prenons généralement pas conscience, nous percevons et nous aimons que notre interlocuteur vienne se synchroniser avec nos rythmes, jusques et y compris le rythme respiratoire. Qui n’aime se sentir en accord, « accordé » et donc approuvé ?

Cet accrochage des rythme est d’ailleurs devenu la technique de manipulation de base de la PNL. Car celui à qui nous disons « oui » par notre attitude, celui que, manifestement, nous suivons, sera par la suite mimétiquement porté à nous dire « oui » lui aussi, il nous suivra beaucoup plus facilement. Cette imitation réciproque est ainsi un « accrochage » au sens propre car il y a alors moyen de « tirer » la personne concernée dans la direction souhaitée.

* *

*

En résumé, le modèle en réaction circulaire met en lumière ce grand secret de l’habitude qu’est sa tendance mimétique. L’habitude est un processus de reproduction qui, parce qu’il s’appuie sur une phase d’assimilation, ne peut pas ne pas être mimétique puisqu’il y a toujours moyen d’assimiler un semblable à soi et dès lors, la machinerie de reproduction de l’habitude ne pourra manquer de s’activer à une occasion ou une autre.

L’imitation a ainsi toutes raisons d’être aussi générale que l’habitude et c’est précisément ce qui n’a cessé d’être observé [2]. Non pas seulement au niveau du bâillement [3] mais dans absolument tous les registres de comportements.

Ceci est, bien sûr, davantage une annonce qu’un constat argumenté. Il conviendrait d’indiquer le lien qu’entretient précisément chaque domaine psychologique avec l’imitation. Il serait encore plus important d’expliquer comment et pourquoi l’imitation est tellement générale qu’elle concerne la biologie, la chimie et la physique — d’où le titre de cet article. Tout cela sera développé dans le prochain article car il est temps de donner une conclusion provisoire et donc, de revenir à la question de l’autisme.

Conclusion

Nous venons de faire l’hypothèse que tous les phénomènes de « contagion » comportementale ou mentale que nous connaissons peuvent se comprendre comme résultant d’une tendance mimétique inhérente au mécanisme de l’habitude.

En concevant celle-ci comme une réaction circulaire ou un cycle perception-action qui se ferme sur lui-même et tend donc à se répèter indéfiniment en assimilant le produit de sa propre activité, nous comprenons aisément que cette dernière pourra être déclenchée, entretenue ou stimulée si le cycle en question assimile pareillement le produit de l’activité d’un de ses semblables.

L’habitude et l’imitation dépendraient donc toutes deux de ce processus clé qu’est l’assimilation, c’est-à-dire, le fait de reconnaître deux formes comme semblables ; ce qu’en informatique et en sciences cognitives on désigne souvent par le terme anglais de « pattern matching ».

Ce constat devient particulièrement intéressant lorsque l’on sait que la plupart des animaux sont dotés d’une certaine capacité à reconnaître leur semblables. Et cela pour… :

  1. la reconnaissance, l’attachement et la relation du nouveau-né aux parents nourriciers (et réciproquement)
  2. la reconnaissance, l’attachement et toutes les formes de relation aux congénères tellement importantes pour les espèces sociales.
  3. la reconnaissance de l’autre en tant que possible partenaire sexuel

Ceci est, bien sûr, tout spécialement vrai pour le petit de l’Homme qui, dès la naissance, sait reconnaître et les formes et les mouvements humains. Ainsi, en voyant le dessin d’un visage, même très schématique, le bébé reconnaît un semblable, il se sent en sécurité et se met à sourire.

Ceci étant, demandons-nous ce qui se passerait pour un bébé qui, pour quelque raison que ce soit, ne serait pas capable de reconnaître la forme humaine, sa propre forme, et serait donc incapable de s’assimiler les êtres qui l’entourent ?

Mon hypothèse est que ce serait tout le tableau de l’autisme qui en découlerait. Comme je ne peux argumenter à présent, je vais me contenter d’illustrer ce que peut donner un déficit d’assimilation en citant Donna Williams, elle-même autiste et auteur d’un livre remarquable : « Nobody Nowhere » traduit en français sous le titre « Si on me touche, je n’existe plus ». Voici ce qu’elle écrivait :

« Je me rappelle mon premier rêve — ou du moins, c’est le premier dont je me rappelle. Je me déplaçais dans du blanc, sans aucun objet, juste du blanc. Des points lumineux de couleur duveteuse m’entouraient de toute part. Je passais à travers eux et ils passaient à travers moi. C’était le genre de choses qui me faisaient rire. Ce rêve est venu avant tous les autres où il y avait de la merde, des gens ou des monstres et certainement bien avant que je remarque la différence entre les trois. » (p. 3) (tr. auct.) C’est moi qui souligne

Au travers de ce rêve Donna Williams nous oriente directement vers la problématique de l’assimilation. C’est cette piste que nous tenterons de suivre dans le prochain article.


[1] Cf. le livre de Serge Moscovici (1985) L’ère des foules qui est très informatif sous ce rapport.

[3] cf. le moche et cependant très riche site baillement.com

Voir aussi:

Les chanteurs harmonisent leur rythme cardiaque quand ils pratiquent en groupe
Le HuffPost
Baptiste Piroja-Pattarone
11/07/2013

SANTÉ – Si le chant possède bien des vertus (lutte contre le stress, amélioration des capacités respiratoires), cet art quand il est pratiqué en groupe cache encore quelques mystères. Des scientifiques suédois viennent pourtant de révéler que lorsque plusieurs personnes chantent à l’unisson, leurs battements de cœur se synchronisent.

En effet, non seulement les différentes voix d’une chorale s’harmonisent mais également ses pulsations du cœur. En prenant le pouls des participants de 15 chorales différentes, ils ont remarqué que leur rythme cardiaque s’accélérait ou ralentissait à la même vitesse.

Inspirant, retenant leur souffle et expirant au même moment, les choristes coordonnent leur respiration sur le même tempo. "La pulsation s’accélère quand vous inspirez et ralentit quand vous expirez", explique le Dr Bjorn Vickhoff avant d’ajouter que "lorsque vous chantez, vous êtes en train d’expirer alors le rythme cardiaque augmente".

Les recherches ont prouvé en outre que plus le morceau est structuré en différentes parties, plus les battements s’harmonisent. L’effet est encore plus visible quand le morceau choisi repose sur une rythmique lente.

"Quand vous soufflez, vous activez le nerf vague (un nerf très important qui régule la digestion, la fréquence cardiaque) qui part du tronc cérébral jusqu’au cœur. Et quand celui-ci est activé, le cœur bat moins vite", explique le docteur. Cette découverte rappelle ainsi la pratique du yoga dans lequel le contrôle de la respiration et son harmonisation joue un rôle important.

Voir également:

La prière, une arme contre Alzheimer

Le Figaro

Marc Henry

26/07/2012

La prière régulière réduirait de 50 % le risque de souffrir de la maladie, selon une étude en Israël.

Prier contre la maladie d’Alzheimer n’est pas seulement un acte de foi, mais peut être un geste thérapeutique. Selon une étude menée conjointement en Israël et aux États-Unis avec un financement de l’Institut national de la santé américain, la prière constitue un antidote très efficace qui permettrait de réduire de moitié chez les femmes les risques de contracter la maladie d’Alzheimer ou d’être victimes de pertes de mémoire et de démence «légères». L’étude, lancée en 2003 auprès d’un échantillon de 892 Arabes israéliens âgés de plus de 65 ans, a été présentée récemment lors d’un colloque sur la maladie d’Alzheimer en Israël.

Le Pr Rivka Inzelberg, de la faculté de médecine de Tel-Aviv, qui a supervisé l’enquête, a précisé au quotidien israélien Haaretz «que, dans l’échantillon choisi, 60 % des femmes priaient cinq fois par jour, comme le veut la coutume musulmane, tandis que 40 % ne priaient que de façon irrégulière». «Nous avons constaté, dix ans après le début de l’étude, que les femmes pratiquantes du premier groupe (celles qui priaient cinq fois par jour) avaient 50 % de chances de moins de développer des problèmes de mémoire ou la maladie d’Alzheimer que les femmes du deuxième groupe», a ajouté la spécialiste. La prière, selon l’étude, a également une influence deux fois plus importante que l’éducation pour protéger les femmes contre cette dégénérescence cérébrale. «La prière est une coutume qui nécessite un investissement de la pensée, c’est sans doute l’activité intellectuelle liée à la prière qui pourrait constituer un facteur de protection ralentissant le développement de la maladie d’Alzheimer», a ajouté le Pr Rivka Inzelberg. Les tests n’ont pas été effectués parmi les hommes de ce groupe dans la mesure où le pourcentage de ceux qui ne priaient pas n’était que de 10 %, un taux insuffisant d’un point de vue statistique pour aboutir à des conclusions fiables. L’enquête a également permis de confirmer que la probabilité de souffrir de la maladie d’Alzheimer est deux fois plus importante chez les femmes que chez les hommes.

Parmi les autres facteurs de risque de présenter une démence de type Alzheimer, les chercheurs ont également retrouvé dans ce travail l’hypertension, le diabète, l’excès de graisses dans le sang et plus globalement les antécédents de maladies cardio-vasculaires.

Les bienfaits de la cannelle

Détail important, ces conclusions ne sont pas les premières à établir un lien entre pratiques religieuses ou spirituelles et santé. En 2005, des recherches effectuées en Israël avaient permis de constater que les activités spirituelles ont tendance à ralentir le processus de dépendance provoqué par la maladie d’Alzheimer. Une autre étude, menée sur un tout autre sujet, aussi en Israël, avait conclu que le taux de mortalité parmi les enfants était inférieur au sein des communautés très pratiquantes que parmi la population laïque.

Par ailleurs, le Pr Michael Ovadia, de l’université de Tel-Aviv, a réussi récemment à isoler une substance extraite de la cannelle qui freinerait le développement de la maladie d’Alzheimer. «L’avantage évident est que la cannelle n’est pas un médicament, mais un produit naturel n’ayant aucun effet secondaire», a affirmé le Pr Ovadia. Des expérimentations ont été entreprises sur des souris. Pour le moment, toutefois, il n’a pas encore été possible de produire à large échelle la molécule aux vertus curatives. Seule certitude, le marché est énorme avec 70.000 personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer en Israël et plus d’une vingtaine de millions dans le monde, selon les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé. En France, la maladie concerne 850.000 personnes. Les stratégies de prévention basées sur la pratique d’activités intellectuelles, sur le lien social et l’exercice physique ne doivent pas être négligées.

Voir aussi:

La prière, qu’est-ce que c’est?

Sans être une thérapie en tant que telle, il est indéniable que la prière peut avoir de véritables effets thérapeutiques, au-delà des connotations spirituelles ou religieuses. On peut affirmer au moins 2 choses sur la prière, lorsqu’on la considère comme une « modalité thérapeutique » :

  • Elle a des effets positifs observables et mesurables sur la santé.
  • On ne comprend pas bien quels sont les mécanismes qui entraînent ces effets.

Bien sûr, ces affirmations exigent certaines nuances. Les études sur les effets spécifiques de la prière sont relativement peu nombreuses, mais certaines ont démontré des résultats positifs. Les données actuelles semblent donc prometteuses et justifient la poursuite des recherches. Mais elles ne sont toutefois pas suffisamment concluantes pour faire accéder la prière au rang de « traitement médical »1-6.

Beaucoup de chercheurs sceptiques affirmaient toutefois, jusqu’à tout récemment, qu’en l’absence d’explication rationnelle permettant de comprendre comment agirait la prière, on avait affaire au mieux à des effets placebos, au pire à des fraudes7. Ce point de vue prévaut toutefois de moins en moins. En effet, plusieurs hypothèses sont désormais étudiées sérieusement; elles vont de la théorie quantique à la psychoneuroimmunologie (approches corps-esprit) en passant par la réponse de relaxation et même l’intervention « d’entités spirituelles » (voir plus loin).

Les scientifiques sont toutefois peu enclins à envisager des explications qui fassent appel à des notions comme la spiritualité ou la transcendance. Sans nier l’existence de tels phénomènes, ni même leur influence réelle sur la santé, ils préfèrent généralement exclure ces notions de leurs champs d’investigation.

En ce qui concerne la pratique religieuse, les données sont plus concluantes. De nombreuses synthèses d’études et des méta-analyses établissent un lien clair entre la pratique religieuse et la santé. Cela a d’ailleurs mené à la création d’un nouveau champ d’études, l’épidémiologie de la religion. Ainsi, 2 études8,9 ayant porté sur des dizaines de milliers d’Américains ont établi un lien clair entre la pratique religieuse et l’espérance de vie. Les chercheurs ont constaté que les gens qui ne s’adonnaient à aucune pratique religieuse avaient presque 2 fois plus de risques de mourir dans les 8 prochaines années que ceux qui pratiquaient plus d’une fois par semaine. Et l’espérance de vie à l’âge de 20 ans de ces pratiquants était supérieure de 7 ½ ans à celle des non-pratiquants.

Les chercheurs se demandent toutefois dans quelle mesure ces bénéfices sont attribuables à la pratique religieuse comme telle, ou au mode de vie « santé » qui y est souvent associé10. En effet, les personnes qui ont une vie religieuse active auraient plus tendance à manger des fruits et des légumes, à bien déjeuner, à faire de l’exercice, à dormir au moins 7 heures par nuit et à porter la ceinture de sécurité11. Ils auraient aussi moins de comportements à risque en ce qui concerne le tabagisme, la consommation d’alcool et la sexualité, par exemple12.

De plus, la pratique religieuse permet souvent de nourrir des relations sociales, ce qui est un facteur propice à la santé. Enfin, certains chercheurs ont émis l’hypothèse que la religion et la spiritualité, en donnant un sens à la vie et en procurant un sentiment de maîtrise accru, permettraient d’affronter plus efficacement le stress, la maladie et les difficultés13,14.

De quoi parle-t-on?

La prière – et tout ce qui touche à la spiritualité – est un sujet délicat où se mêlent des éléments culturels et sociaux, moraux et éthiques, aussi bien que religieux et scientifiques. Dans ce contexte, il peut être utile de préciser le sens de quelques termes.

  • La prière. Elle peut se définir comme une communication ou une ouverture au sacré, à la transcendance, à un aspect non matériel et universel qui dépasse l’existence individuelle. La prière peut se pratiquer à l’intérieur d’un cadre religieux ou non.
    On distingue 2 catégories principales de prière. La première consiste à diriger des paroles ou des pensées (de paix ou de guérison, par exemple) vers soi-même ou vers d’autres personnes. On peut la qualifier de prière personnelle. La seconde, la prière par intercession, fait spécifiquement appel à une puissance extérieure – Dieu, Bouddha, l’Univers – qu’on prie d’intervenir.
  • La spiritualité. Elle implique la croyance en des forces plus grandes que soi, actives dans tout l’Univers, ainsi que l’intuition d’une unité et d’une interdépendance avec tout ce qui existe. Elle débouche souvent sur le développement de valeurs personnelles, comme la compassion, l’altruisme et la paix intérieure. Tout comme la prière, la spiritualité peut être associée ou non à une pratique religieuse15.
  • La religiosité. Elle consiste à adhérer aux croyances et aux pratiques d’une religion organisée tandis que la spiritualité est plutôt une quête de sens ou d’une relation personnelle avec une puissance supérieure. La plupart des études scientifiques portant sur la guérison « spirituelle » étudient les liens entre la santé et la pratique religieuse (la fréquence de la prière, la participation aux offices religieux, etc.) parce que la religiosité est plus facile à mesurer objectivement que la spiritualité2.
Quelques chiffres révélateurs (dans la population américaine)16-20

  • 82 % des personnes croient aux vertus thérapeutiques de la prière.
  • 73 % croient que de prier pour les autres peut avoir un effet guérisseur.
  • 69 % des personnes qui prient à cause d’un problème médical spécifique estiment que la prière est très efficace.
  • 64 % croient que les médecins devraient prier pour les patients qui le leur demandent.
  • 45 % ont eu recours à la prière quand ils ont connu des problèmes de santé en 2002, contre 35 % en 1997, et 25 % en 1991.
  • 45 % disent que la religion influencerait leurs décisions médicales en cas de maladie sérieuse.
  • 94 % estiment que les médecins devraient discuter des croyances religieuses de leurs patients gravement malades, ce qui, en pratique, est bien loin d’être le cas.

Les effets observables de la prière

Plusieurs synthèses de recherches et méta-analyses2,7,21 ainsi que 2 études épidémiologiques portant chacune sur près de 4 000 personnes sur une période de 6 ans28,51 tendent à démontrer un lien direct entre la pratique spirituelle (personnelle ou dans un cadre formel) d’une part, et une meilleure santé ou une plus grande longévité d’autre part.

Selon le Dr Larry Dossey, un des chercheurs les plus réputés du domaine, les conclusions des recherches ne font aucun doute : la religion et la spiritualité sont excellentes autant pour la santé en général que pour des problèmes particuliers, comme les troubles cardiaques, l’hypertension, le cancer, les problèmes digestifs, etc.1

En ce qui concerne les vertus de la prière en particulier, plusieurs synthèses d’études2-4,7,22,23 concluent que, malgré beaucoup d’imperfections méthodologiques, elles tendraient à démontrer les effets bénéfiques de la prière pour certaines maladies6, dont les problèmes cardiaques (voir Applications thérapeutiques).

Beaucoup d’experts demeurent sceptiques devant ces résultats. C’est notamment le cas du Dr Richard Sloan24, psychiatre et professeur à l’Université Columbia de New York. Selon lui, les études sur la prière par intercession manquent de rigueur et présentent d’importantes lacunes méthodologiques. De plus, il considère que la médecine outrepasse sa sphère d’activité quand elle se mêle de spiritualité. Même s’il admet que, pour beaucoup de personnes, la religion apporte un réconfort quand la maladie frappe, cela ne signifie pas pour autant que la médecine devrait considérer les pratiques religieuses comme un traitement complémentaire25.

C’est également l’avis du professeur en philosophie Derek Turner, pour qui le fait d’étudier la prière à distance, comme s’il s’agissait d’un médicament, est un non-sens éthique et méthodologique26. Il déplore que plusieurs études sur le sujet aient été conduites sans l’obtention du consentement éclairé des participants faisant ainsi abstraction du droit fondamental des gens de se retirer de tels projets. Cet auteur soulève également de nombreuses questions comme le fait que rien n’empêche les participants de recevoir des prières de leurs proches ou que les groupes de prière ne décident de prier également pour les participants du groupe témoin. Il termine en mentionnant que les études portant sur la prière à distance ne font, finalement, que reproduire les tensions ancestrales entre science et religion.

De possibles effets négatifs

La pratique de la religion pourrait aussi avoir des effets pervers. Voici quelques-unes des conclusions auxquelles en sont venus des chercheurs, après avoir recensé les études à ce sujet27.

  • La culpabilité vis-à-vis de la religion, l’incapacité de se conformer à ce qu’elle demande ou les peurs qu’elle suscite parfois peuvent contribuer à la maladie.
  • La guérison « par la foi », si elle cause le rejet des traitements médicaux, peut entraîner de graves conséquences allant jusqu’à la mort.
  • Des problèmes de dépression ont été associés à une pratique religieuse extrinsèque (lorsque la religion est surtout considérée comme utilitaire et comporte un Dieu extérieur à la fois tout puissant, mais aussi despotique, ou qu’on peut blâmer dans l’adversité).
  • Les relations interpersonnelles négatives et les critiques subies dans un cadre religieux accroîtraient aussi les risques de dépression.
  • Chez les personnes âgées ou gravement malades, les doutes et les conflits intérieurs au sujet de la foi sont liés à une augmentation significative du risque de mortalité.

Les mécanismes d’explication

Des facteurs psychosociaux ou l’effet placebo peuvent expliquer certains des effets de la pratique religieuse. Ce n’est toutefois pas le cas pour la prière par intercession. Selon le Dr Dale Matthews3, dans le cas des études à double insu sur la prière à distance, même quand on élimine toutes les variables confondantes (l’âge, l’état de santé préalable, les facteurs sociaux, etc.), les conclusions demeurent et ne peuvent pas être expliquées uniquement par la science classique. Rien dans la science médicale actuelle ne peut expliquer pourquoi des gens pour qui on a prié obtiendraient des résultats différents des autres. Ces différences ne pourraient être attribuables qu’à une force « surnaturelle » ou alors à un type « d’énergie » dont on ne connaît pas encore la nature.

Le Dr Harold Koenig, qui a publié plusieurs études sur la prière et la religiosité10,12,21,28, admet qu’on peut être tenté de croire que leurs conséquences sur la santé ne dépendent pas que du soutien social, du mode de vie ou de l’effet méditatif. Il y aurait « autre chose ». Les croyants diront que c’est l’intervention de Dieu. Les scientifiques diront qu’il s’agit de quelque chose qu’on ne peut pas expliquer pour le moment2. Voici certaines des hypothèses qui se profilent à l’horizon.

La psychoneuroimmunologie. Cette science, qui a vu le jour il y a tout juste 25 ans (voir la fiche Approches corps-esprit), étudie l’interdépendance entre le corps et l’esprit, entre la biologie et les pensées… Déjà en 200029, des chercheurs affirmaient, à partir d’une recension de recherches expérimentales et cliniques, qu’il était désormais certain que le corps et l’esprit s’influencent mutuellement que ce soit pour tendre vers la santé ou la maladie. D’autre part, il est reconnu scientifiquement qu’en dirigeant des pensées avec une intention précise, on peut jouer sur des systèmes aléatoires simples, même si les effets mesurés sont très faibles22.

Selon certains chercheurs, si on pouvait démontrer que des pensées dirigées intentionnellement – peu importe la distance – avaient une influence sur la guérison, cela impliquerait que les êtres humains sont beaucoup plus reliés entre eux et responsables les uns des autres qu’on ne l’aurait cru jusqu’à présent. Si ces liens existent, proviennent-ils de Dieu, de la conscience, de l’amour, des électrons ou d’une combinaison de tout cela? Des recherches futures y répondront peut-être…30

La physique quantique. La physique moderne explique que tout objet - un crayon ou une maison - peut être vu comme un amas de particules en mouvement contenant en réalité une infime quantité de « matière ». Ce qui donne leur forme, leur « matérialité », aux objets provient bien plus du mouvement rapide de leurs particules – de leur « énergie » - que de leur « matière ». La médecine moderne commence à imaginer qu’il puisse en être de même des organismes vivants qu’on pourrait décrire en tant qu’entités énergétiques.

De plus, la physique quantique a constaté que des particules subatomiques qui ont été en contact entre elles et qui sont ensuite séparées demeurent « en lien ». Un changement dans une particule est instantanément reproduit dans l’autre particule, même si elle se trouve à des milliers de kilomètres. C’est ce qu’on appelle la non-localité.

Se pourrait-il qu’un phénomène semblable se produise dans la pensée et explique le fonctionnement de la prière à distance? C’est la question sur laquelle se penchent actuellement certains scientifiques1,31,32.

L’effet méditatif et la réponse de relaxation. Une synthèse de recherches15 a confirmé que le fait de réciter des prières ou de s’adonner à des pratiques spirituelles induit un état de relaxation semblable à celui qui est procuré par la méditation. Cela stimule les fonctions neurologiques, endocrines, immunitaires et cardiovasculaires.

À la fin des années 1960, le Dr Herbert Benson, directeur émérite du Benson-Henry Institute for Mind Body Medicine, a constaté que la répétition de mouvements, de sons, de phrases ou de mots (comme dans le cas de la prière) crée un ensemble de réactions métaboliques et émotives. Parmi celles-ci, l’activation de certaines zones du cerveau, la diminution du rythme cardiaque et de la pression sanguine, et une quiétude généralisée33. Il a nommé ce phénomène la réponse de relaxation en opposition à la « réponse au stress » qui, elle, provoque une augmentation du rythme cardiaque, une montée d’adrénaline, plus de tension musculaire, etc. Cela pourrait expliquer en partie les bienfaits de la prière sur la santé. Selon le Dr Benson, l’état de bien-être et « d’unité » qui résulte d’une séance de prière pourra être interprété, encore une fois, comme une connexion divine par les croyants, et comme un simple attribut du cerveau par les non-croyants.

Mentionnons également qu’une autre étude34 a permis de constater que la récitation traditionnelle du rosaire (l’Ave Maria en latin) et du mantra yogique om-mani-padme-om entraînent tous deux un ajustement de la respiration à 6 cycles par minute. Des chercheurs ont constaté que ce rythme est particulièrement bénéfique pour les fonctions cardiovasculaires et respiratoires, l’oxygénation du sang et la résistance à l’effort. Ils émettent l’hypothèse que les rythmes des prières et des mantras ont été choisis parce qu’ils permettaient de se synchroniser avec certains rythmes bienfaisants inhérents à la physiologie humaine.

Et Dieu dans tout ça?

Il y a quelques années, par l’intermédiaire de la revue Archives of Internal Medicine de l’American Medical Association, plusieurs spécialistes se sont penchés sur l’opportunité de tenir compte d’une dimension « divine » dans les recherches scientifiques sur la prière35. Certains considèrent que la prière implique une relation directe entre les humains et une réalité transcendante, hors du cadre de la nature, et que, par conséquent, la science - qui étudie la nature - ne devrait pas s’en préoccuper.

D’autres affirment que, si la prière fait intervenir un élément « divin », doté de sa sagesse et de ses intentions propres, la science, ne pouvant contrôler cette « variable », devrait se retirer de ce champ d’investigation.

Un autre point de vue est qu’il serait souhaitable que la science et la médecine reconnaissent beaucoup plus l’importance de la religion et de la spiritualité sur la santé, même si elles ne peuvent appliquer la méthode scientifique aux recherches sur la prière.

Différentes traditions spirituelles, comme le bouddhisme et l’anthroposophie (voir la fiche Médecine anthroposophique), proposent un tout autre point de vue. Selon elles, on devrait inclure la science matérielle, telle que nous la connaissons actuellement, à l’intérieur du domaine plus vaste d’une véritable « science spirituelle ». Cette science inclusive serait dotée d’outils de mesure allant au-delà de nos 5 sens, de façon à inclure les phénomènes de l’esprit dans ses recherches.

Les médecins devraient-ils parler de spiritualité avec leurs patients?

Même si, selon des sondages américains, plus de 80 % des gens croient que la prière ou un contact avec Dieu peut avoir un effet thérapeutique, et que près de 70 % des médecins disent que les patients leur font des demandes de nature religieuse en phase terminale, seulement 10 % des médecins s’informeraient des pratiques ou des croyances spirituelles de leurs patients1.

À cet égard, une étude a conclu qu’en fonction des données scientifiques qui établissent un lien entre la pratique religieuse et la santé, et du besoin d’établir un contact plus humain entre les médecins et leurs patients, il est important pour les praticiens de la santé d’aborder les questions de religion et de spiritualité avec leurs patients de façon respectueuse, avec intégrité et dignité3. C’est d’ailleurs ce que réclament de plus en plus les patients, qui y voient entre autres une façon d’humaniser les soins.

Un chercheur australien, après s’être penché à fond sur la question en 200736, a conclu que :

  • Les plus récentes études démontrent l’importance d’inclure dans la pratique clinique les préoccupations spirituelles et religieuses des patients. Sinon, on risque de passer à côté d’éléments déterminants pour leur guérison et leur bien-être.
  • Quand ils se préoccupent de la dimension spirituelle de leur patient, les intervenants de la santé démontrent leur intérêt pour la personne toute entière. Cela peut améliorer la relation patient-intervenant et ainsi accroître l’effet des traitements.
  • Les professionnels de la santé ne devraient toutefois pas « prescrire » de pratiques religieuses ou faire la promotion de leurs propres croyances. Pour des consultations en profondeur, ils devraient pouvoir diriger leurs patients vers les personnes-ressources appropriées.
  • Les médecins pourraient inclure, dans le bilan de santé de leurs patients, des questions pour connaître leur histoire « spirituelle ». Voici les 4 questions proposées par un comité de l’American College of Physicians (le Collège des médecins américain).
    - Est-ce que la foi, la religion ou la spiritualité sont importantes pour vous?
    - Ont-elles été importantes à d’autres moments de votre vie?
    - Y a-t-il quelqu’un avec qui vous pouvez parler de ces questions?
    - Aimeriez-vous aborder ces questions avec quelqu’un?

Applications thérapeutiques de la prière

De nombreuses études se sont penchées sur les liens entre la spiritualité et la santé. Elles peuvent être divisées en 2 catégories principales. D’une part, les études sur la pratique religieuse, incluant la fréquentation de l’église, la prière personnelle, la méditation spirituelle et la lecture et l’étude de livres sacrés comme la Bible37,52. D’autre part, celles qui évaluent la prière par intercession, c’est-à-dire demander à Dieu, à l’Univers ou à une puissance supérieure d’intervenir en faveur d’un individu ou d’un patient7.

Pratique religieuse

Efficace Augmenter l’espérance de vie. Le lien entre l’implication religieuse et le taux de mortalité a fait l’objet d’une revue publiée en 20048. Les auteurs ont conclu qu’il existe un lien clair entre ces deux variables au sein de la population américaine. Le mécanisme par lequel l’implication religieuse influencerait la mortalité comprendrait des éléments comme l’intégration et le soutien social, la régulation sociale (normes à propos des drogues ou de l’alcool et de certains comportements, par exemple) ainsi que la disponibilité de ressources psychologiques.

Efficace Mieux réagir devant des situations stressantes. En 2005, dans une méta-analyse regroupant 49 études48, des chercheurs ont tenté de savoir si la présence de la religion dans la vie des gens pouvait avoir une influence sur leur capacité à affronter des situations stressantes. Les résultats indiquent que, lorsque la religion est vue « positivement » (je fais partie d’un grand tout spirituel, Dieu est un partenaire qui m’aide et me pardonne…), cela permet effectivement de combattre le stress de façon significativement plus efficace. Par contre, une vision « négative » de la religion (Dieu me guette et pourrait me punir, existe-t-Il vraiment…) entraîne à l’opposé une amplification des conséquences néfastes du stress, comme l’anxiété et la dépression.

En 2010, une étude aléatoire, réalisée auprès de 111 étudiants universitaires, avait pour objectif d’évaluer les changements de niveau de stress lors d’une entrevue de 4 minutes53. Au milieu de l’entrevue, ils devaient, pour se détendre, soit lire un texte neutre, un texte d’automotivation ou une prière. Les résultats ont montré qu’une plus grande réduction de stress a été observée chez les groupes automotivation et prière que chez le groupe témoin (texte neutre). Mais il n’y a pas eu de différence significative entre le groupe prière et le groupe automotivation.

Efficace Favoriser la bonne santé mentale. Dans les années 2006 à 2008, des revues de la littérature scientifique ont étudié le lien entre la religiosité et la santé mentale10,54,55. La majorité des études s’accordent sur le fait qu’une implication religieuse importante est positivement associée à des indicateurs de bien-être psychologique (satisfaction face à sa vie, bonheur, etc.) ainsi qu’à une moindre incidence de dépression, de pensées et comportements suicidaires, et d’abus ou de consommation d’alcool et de drogues. De plus, cet effet positif serait davantage marqué chez les personnes aux prises avec des situations stressantes. Les auteurs exposent également des théories pouvant expliquer cette association positive, par exemple le fait que la plupart des religions prônent des comportements et des styles de vie sains ou encore fournissent un soutien social et psychologique accessible en cas de besoin.

Efficace Promouvoir des comportements sains chez les adolescents. Une revue systématique (en 2006) regroupant 43 études s’est penchée sur l’association entre la religiosité/spiritualité des adolescents et les attitudes et comportements propices à favoriser une bonne santé49 : exercices, saines habitudes alimentaires, sommeil suffisant, pratiques sexuelles saines, etc. Plus de 3 études sur 4 ont conclu qu’il existait un lien entre la santé et la religiosité/spiritualité.

Efficacité incertaine Améliorer la qualité de vie en cas de cancer. Le lien entre la religiosité/spiritualité et le cancer a fait l’objet d’une revue systématique en 2006 dans laquelle 17 études ont été retenues50. De ce nombre, 7 ont conclu que la religiosité améliorerait l’adaptation à long terme à la maladie. Elle favoriserait entre autres le maintien de l’estime de soi et d’un sens et un but à la vie, ainsi que le bien-être émotionnel et l’espoir en l’avenir. Par contre, 7 études n’ont montré aucun lien significatif de cet ordre. Les 3 autres ont conclu que la religiosité pouvait même être néfaste lorsqu’un individu devait combattre contre le cancer. Selon les auteurs, pour le moment, aucune conclusion ferme ne peut être tirée au sujet du lien entre religiosité et l’adaptation au cancer.

Efficacité incertaine Atténuer les symptômes de la ménopause. En 2009, une enquête canadienne sur l’utilisation des médecines alternatives et complémentaires, réalisée auprès de femmes ménopausées, a été publiée56. Quatre-vingt-onze pour cent des femmes ont rapporté avoir utilisé une thérapie alternative et complémentaire, parmi lesquelles, 35,7 % utilisaient la prière pour soulager leurs symptômes de ménopause. Les auteurs ont observé que les thérapies considérées comme les plus efficaces par les utilisatrices étaient la prière et la spiritualité (73,2 %), la relaxation (71,0 %), le counseling (66,4 %) et le toucher thérapeutique ainsi que le Reiki (66,0 %).

Efficacité incertaine Améliorer la survie des personnes atteintes du VIH. Pendant 3 ans, 901 personnes atteintes du VIH ont été suivies afin de documenter l’utilisation des thérapies corps-esprit et spirituelles57. Les chercheurs ont constaté une association entre les activités spirituelles, comme la prière, la méditation et la visualisation et une amélioration du taux de survie. Cette relation était plus marquée chez les patients qui étaient moins gravement atteints par la maladie.

Prière par intercession

Efficacité incertaine Atténuer les problèmes de santé en général. Une revue de la littérature scientifique, comprenant uniquement des études cliniques aléatoires, a été publiée en 2009 à ce sujet6. Les auteurs jugent qu’on ne peut tirer de conclusions fiables de ces études, dont la plupart présentent des résultats équivoques. Ils constatent toutefois que, pour la fertilisation in vitro38, la prière pourrait avoir montré un certain effet positif (voir plus loin). Ils concluent tout de même que les résultats accumulés jusqu’à présent sont suffisamment intéressants pour justifier de continuer la recherche.

Efficacité incertaine Réduire les complications des chirurgies cardiaques. Quatre études cliniques aléatoires d’envergure ont évalué l’influence de la prière auprès de patients souffrant de problèmes cardiaques. Les 2 premières ont révélé des résultats positifs. Dans les 2 autres, la prière n’a montré aucun effet bénéfique. La quatrième étude a même fait état de résultats négatifs dans le cas où les gens savaient qu’on priait pour eux.

La première, publiée en 1988, comprenait 393 patients devant subir une chirurgie cardiaque39. Des chrétiens qui ne les connaissaient pas ont prié quotidiennement pour la moitié d’entre eux jusqu’à leur sortie de l’hôpital. Les participants du groupe prière ont eu besoin de moins d’assistance ventilatoire, d’antibiotiques et de diurétiques à la suite de l’opération en comparaison avec le groupe témoin.

La seconde étude, publiée en 199940, s’est penchée sur l’effet de la prière sur l’état général et la durée du séjour de patients cardiaques hospitalisés. Des 990 patients, 466 ont fait l’objet de prières quotidiennes durant 4 semaines. Les résultats ont favorisé le groupe prière pour un ensemble de paramètres comme l’hypotension, l’utilisation d’antibiotiques, les saignements gastro-intestinaux, etc. (appelés les scores MAHI-CCU). Cependant, aucune différence concernant la durée de séjour n’a été observée.

La troisième étude, publiée en 2001, a vérifié l’effet de la prière sur la progression de la maladie cardiovasculaire à la suite du congé de 799 patients d’une unité coronarienne5. Des volontaires ont prié pour la moitié d’entre eux, au moins 1 fois par semaine, durant 26 semaines. La prière n’a eu d’effet significatif sur aucun des éléments étudiés : taux de mortalité, arrêts cardiaques subséquents, réhospitalisations, visites à l’urgence liées à la maladie et nombre de revascularisations coronariennes.

Enfin, la quatrième étude, réalisée en 2006 et à laquelle ont participé 6 hôpitaux, a évalué l’effet de la prière sur 1 802 patients devant subir une chirurgie de déviation de l’artère coronaire41. Les participants ont été attribués au hasard à l’un des 3 groupes suivants :

  • ceux qui ne reçoivent pas la prière, mais ne savent pas s’ils la reçoivent ou non;
  • ceux qui reçoivent la prière, mais ne savent pas s’ils la reçoivent ou non;
  • ceux qui reçoivent la prière, et savent qu’ils la reçoivent.

Les prières ont été effectuées par des chrétiens pendant 14 jours. Les taux de complications postopératoires, de survenue d’événements majeurs ou de mortalité sont demeurés les mêmes, que l’on ait prié ou non pour les patients. Par contre, les gens qui étaient certains de recevoir la prière, et qui la recevaient effectivement, ont présenté un taux de complication de près de 10 % plus élevé que les autres. Les causes de ce phénomène sont loin d’être claires. Des auteurs42,43 ont émis l’hypothèse que les gens pourraient moins bien prendre la responsabilité de leur guérison lorsqu’ils savent que l’on prie pour eux. Des chercheurs ont fait le même constat dans une étude concernant les alcooliques44.

Efficacité incertaine Aider rétroactivement à soigner des personnes infectées. Un essai clinique aléatoire publié en 2001, et pour le moins inusité, a porté sur l’effet que la prière pourrait avoir sur des événements déjà passés45. Dans ce cas, il s’agissait des conséquences sur une hospitalisation consécutive à une infection sanguine. Ainsi, en 2000, 3 393 patients ayant eu infection sanguine entre 1990 et 1996 ont été séparés aléatoirement en 2 groupes : un groupe témoin (sans prière) et un groupe recevant a posteriori de la prière à distance. Les prières étaient effectuées par une personne demandant le bien-être et la récupération complète pour tout le groupe. Les résultats indiquent que la durée du séjour hospitalier et de la fièvre a été significativement moins longue pour le groupe de personnes pour lesquelles on allait prier des années plus tard, que pour les autres.

Inutile de dire que ces résultats, qui semblent défier la raison, ont suscité une grande controverse dans les milieux scientifiques et médicaux46,47. Une controverse qui ne semble pas prête d’être résolue.

Efficacité incertaine Améliorer la fertilisation in vitro. Une étude publiée en 2001 a évalué l’effet de la prière sur le taux de grossesse auprès de 219 femmes traitées par fertilisation in vitro38. Cette étude était multicentrique, les investigateurs provenant des États-Unis, les participants de la Corée, et les groupes de prière du Canada, d’Australie et des États-Unis. Les résultats indiquent que les taux d’implantation des embryons tout comme les taux de grossesse ont été significativement supérieurs dans le groupe prière. Les auteurs ont conclu que ces résultats étaient encourageants, mais ont précisé qu’ils n’étaient encore que préliminaires.

Prière – Références

Note : les liens hypertextes menant vers d’autres sites ne sont pas mis à jour de façon continue. Il est possible qu’un lien devienne introuvable. Veuillez alors utiliser les outils de recherche pour retrouver l’information désirée.

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Voir par ailleurs en anglais:

Choir singers ‘synchronise their heartbeats’
Rebecca Morelle
BBC World Service
9 July 2013

Choir singers not only harmonise their voices, they also synchronise their heartbeats, a study suggests.

Researchers in Sweden monitored the heart rates of singers as they performed a variety of choral works.

They found that as the members sang in unison, their pulses began to speed up and slow down at the same rate.

Writing in the journal Frontiers in Psychology, the scientists believe the synchrony occurs because the singers coordinate their breathing.

Dr Bjorn Vickhoff, from the Sahlgrenska Academy at Gothenburg University in Sweden, said: "The pulse goes down when you exhale and when you inhale it goes up.

"So when you are singing, you are singing on the air when you are exhaling so the heart rate would go down. And between the phrases you have to inhale and the pulse will go up.

"If this is so then heart rate would follow the structure of the song or the phrases, and this is what we measured and this is what we confirmed."

Sing from the heart

The scientists studied 15 choir members as they performed different types of songs.

When you exhale you activate the vagus nerve… that goes form the brain stem to the heart”

Dr Bjorn Vickhoff Gothenburg University

They found that the more structured the work, the more the singers’ heart rates increased or decreased together.

Slow chants, for example, produced the most synchrony.

The researchers also found that choral singing had the overall effect of slowing the heart rate.

This, they said, was another effect of the controlled breathing.

Dr Vickhoff explained: "When you exhale you activate the vagus nerve, we think, that goes from the brain stem to the heart. And when that is activated the heart beats slower."

The researchers now want to investigate whether singing could have an impact on our health.

"There have been studies on yoga breathing, which is very close to this, and also on guided breathing and they have seen long-terms effects on blood pressure… and they have seen that you can bring down your blood pressure.

"We speculate that it is possible singing could also be beneficial."

Voir encore:

Music ‘releases mood-enhancing chemical in the brain’
Sonya McGilchrist
BBC News
9 January 2011

Music releases a chemical in the brain that has a key role in setting good moods, a study has suggested.

The study, reported in Nature Neuroscience, found that the chemical was released at moments of peak enjoyment.

Researchers from McGill University in Montreal said it was the first time that the chemical – called dopamine – had been tested in response to music.

Dopamine increases in response to other stimuli such as food and money.

It is known to produce a feel-good state in response to certain tangible stimulants – from eating sweets to taking cocaine.

Dopamine is also associated with less tangible stimuli – such as being in love.

In this study, levels of dopamine were found to be up to 9% higher when volunteers were listening to music they enjoyed.

The report authors say it’s significant in proving that humans obtain pleasure from music – an abstract reward – that is comparable with the pleasure obtained from more basic biological stimuli.

Music psychologist, Dr Vicky Williamson from Goldsmiths College, University of London welcomed the paper. She said the research didn’t answer why music was so important to humans – but proved that it was.

"This paper shows that music is inextricably linked with our deepest reward systems."

Musical ‘frisson’

The study involved scanning the brains of eight volunteers over three sessions, using two different types of scan.
Continue reading the main story
“Start Quote

This paper shows that music is inextricably linked with our deepest reward systems”

Dr Vicky Williamson Goldsmiths College, University of London

The relatively small sample had been narrowed down from an initial group of 217 people.

This was because the participants had to experience "chills" consistently, to the same piece of music, without diminishing on multiple listening or in different environments.

A type of nuclear medicine imaging called a PET scan was used for two sessions. For one session, volunteers listened to music that they highly enjoyed and during the other, they listened to music that they were neutral about.

In the third session the music alternated between enjoyed and neutral, while a functional magnetic resonance imaging, or fMRI scan was made.

Data gathered from the two different types of scans was then analysed and researchers were able to estimate dopamine release.

Dopamine transmission was higher when the participants were listening to music they enjoyed.
Consistent chills

A key element of the study was to measure the release of dopamine, when the participants were feeling their highest emotional response to the music.

To achieve this, researchers marked when participants felt a shiver down the spine of the sort that many people feel in response to a favourite piece of music.

This "chill" or "musical frisson" pinpointed when the volunteers were feeling maxim pleasure.

The scans showed increased endogenous dopamine transmission when the participants felt a "chill". Conversely, when they were listening to music which did not produce a "chill", less dopamine was released.

What is dopamine?

Dopamine is a common neurotransmitter in the brain. It is released in response to rewarding human activity and is linked to reinforcement and motivation – these include activities that are biologically significant such as eating and sex

Dr Robert Zatorre said: "We needed to be sure that we could find people who experienced chills very consistently and reliably.

"That is because once we put them in the scanner, if they did not get chills then we would have nothing to measure.

"The other factor that was important is that we wanted to eliminate any potential confound from verbal associations, so we used only instrumental music.

"This also eliminated many of the original sample of people because the music they brought in that gave them chills had lyrics."


Expo Ahlam Shibli/Jeu de Paume: Dur dur de se faire remarquer dans le monde impitoyable de la photo (Suicide bomber art: How about a bin Laden photo show in a Paris museum ?)

2 juillet, 2013
http://s3.vidimg02.popscreen.com/original/41/NTE3MTQyMzQ3MjA=_o_mom-defends-daughters-photos.jpgAamna Aqeel racist photoshoothttp://thepossessionofstyle.files.wordpress.com/2011/11/01vogue02_650.jpg?w=450&h=299http://www.blogcdn.com/www.luxist.com/media/2008/09/vogueindia(2).jpghttp://mannequin-model.com/mannequinat/0-Victim-of-Beauty-12-magazine-Vasil-Germanov-Gabriela-Dasheva-Nora-Shopova.jpg
http://www.chelouchegallery.com/userfiles/Miki%20Kratsman,%20Wanted%201-5,%202007,%20digital%20print,%2070x50%20cm%20each.jpg
http://lunettesrouges.blog.lemonde.fr/files/2013/06/AShibli-Death-n37-Palestine-2011-2012.jpg
http://www.europe-israel.org/wp-content/uploads/2013/06/tract-Recto-Jeu-de-Paume.jpg
http://honestreporting.com/wp-content/uploads/2013/07/monalisaterrorist.jpg
Le roi de Moab, voyant qu’il avait le dessous dans le combat, (…) prit alors son fils premier-né, qui devait régner à sa place, et il l’offrit en holocauste sur la muraille. Et une grande indignation s’empara d’Israël, qui s’éloigna du roi de Moab et retourna dans son pays. 2 Rois 3: 26-27
Il faut se souvenir que le nazisme s’est lui-même présenté comme une lutte contre la violence: c’est en se posant en victime du traité de Versailles que Hitler a gagné son pouvoir. Et le communisme lui aussi s’est présenté comme une défense des victimes. Désormais, c’est donc seulement au nom de la lutte contre la violence qu’on peut commettre la violence. René Girard
Nous avons constaté que le sport était la religion moderne du monde occidental. Nous savions que les publics anglais et américain assis devant leur poste de télévision ne regarderaient pas un programme exposant le sort des Palestiniens s’il y avait une manifestation sportive sur une autre chaîne. Nous avons donc décidé de nous servir des Jeux olympiques, cérémonie la plus sacrée de cette religion, pour obliger le monde à faire attention à nous. Nous avons offert des sacrifices humains à vos dieux du sport et de la télévision et ils ont répondu à nos prières. Terroriste palestinien (Jeux olympiques de Munich, 1972)
Les Israéliens ne savent pas que le peuple palestinien a progressé dans ses recherches sur la mort. Il a développé une industrie de la mort qu’affectionnent toutes nos femmes, tous nos enfants, tous nos vieillards et tous nos combattants. Ainsi, nous avons formé un bouclier humain grâce aux femmes et aux enfants pour dire à l’ennemi sioniste que nous tenons à la mort autant qu’il tient à la vie. Fathi Hammad (responsable du Hamas, mars 2008)
J’espère offrir mon fils unique en martyr, comme son père. Dalal Mouazzi (jeune veuve d’un commandant du Hezbollah mort en 2006 pendant la guerre du Liban, à propos de son gamin de 10 ans)
Nous n’aurons la paix avec les Arabes que lorsqu’ils aimeront leurs enfants plus qu’ils ne nous détestent. Golda Meir
A chaque nouvel épisode sanglant dans un pays arabe, le culte de la mort de l’islam que les foules expriment devant les caméras ne peut manquer de nous interpeller. (…) D’un point de vue ethnologique, nous pourrions nous contenter d’observer ces différences sans les juger. Mais cela n’est pas possible, car de ces comportements envers les morts naissent des comportements envers les vivants qu’il n’est pas possible d’ignorer et de ne pas condamner. Le sang appelle la vengeance du sang. La vengeance, ce n’est pas l’action que l’on entreprend pour se débarrasser d’une menace ou d’un ennemi. La vengeance ne trouve pas sa récompense dans l’élimination de l’ennemi, mais dans le sang qu’on lui fait verser. Cette différence est importante, elle explique pourquoi les groupes terroristes n’ont pas d’état d’âme quant à leurs cibles. Leur but n’est pas d’affaiblir la force armée qui les opprimerait, mais de faire couler le sang de l’ennemi. L’armée d’Israël ne cherche pas à tuer des civils innocents, mais à éliminer les donneurs d’ordre des factions terroristes. Le seul but de ses interventions, c’est l’élimination d’une menace. Ceux qui prétendent que les groupes terroristes utilisent les moyens qui sont à leur disposition face à une armée sur-puissante font l’impasse sur l’aspect strictement culturel du mode de fonctionnement de ces assassins. C’est leur rapport à la mort qui dicte leur stratégie, et non pas le contexte du rapport de force. Tirer sur des civils est un acte délibéré qui est directement inspiré par leur psyché. Ceci mis au point, il devient légitime de se demander si ce rapport à la mort est lié à leur religion. Le christianisme envisage la mort des martyrs comme une béatification. En aucune façon le martyr doit entraîner ses persécuteurs dans la mort. Ce qui l’attend est de l’ordre du spirituel, une félicité éternelle qui n’est pas de ce monde. Le judaïsme parle d’un monde futur où règne une paix éternelle où sensualité et contingence terrestre auront disparu au profit d’un rapprochement de Dieu. L’islam, en tout cas celui des foules analphabètes et d’un certain nombre de meneurs psychopathes, imagine un au-delà de stupre et de plaisirs on ne peut plus sensuels. Pour le judaïsme et le christianisme, la mort est le passage vers un état spirituel qui n’a plus rien à voir avec la vie d’ici-bas. Pour cet islam, la mort est le passage vers une vie « idéale » où tous les sens du monde réel seront satisfaits, y compris les plaisirs sexuels qui nous sont interdit dans notre vie terrestre. Comment ne pas comprendre que cette mort fantasmée, cette vision obscène et perverse de l’au-delà a des conséquences directes sur la perception de la mort, de la sienne et de celle qu’on inflige à autrui.  Adam Harishon
La mort de Mohammed annule, efface celle de l’enfant juif, les mains en l’air devant les SS, dans le Ghetto de Varsovie. Catherine Nay (Europe 1)
Je ne suis pas une militante [...] Mon travail est de montrer, pas de dénoncer ni de juger. Ahlam Shibli
Je n’ai pas envie de jouer la médiatrice, de dire ‘voilà ce qu’il faut regarder’. Il y a quelque chose d’irreprésentable dans la cause palestinienne comme dans la condition de l’enfant orphelin, que je cherche néanmoins à montrer, tout du moins à suggérer. C’est l’un des challenges de la photographie. Ahlam Shibli
Ces images ne peuvent en aucun cas être une apologie du terrorisme : elles pourraient tout aussi bien être vues comme une critique du culte du martyr, avec sa profusion de clichés d’hommes en armes, paradant dans les foyers au milieu des enfants et des grand-mères, ou sur les murs de la ville. Les images d’Ahlam Shibli ne portent aucun jugement, attestant simplement d’une réalité. La photographe prouve (et c’est son rôle d’artiste) que toute image possède une dimension anthropologique et historique dont il faut tenir compte. Télérama
Quand des œuvres sont menacées de censure, est-il encore possible de les considérer d’un point de vue esthétique ? L’exercice critique reste-t-il pertinent ? Plus que jamais. Car la censure, toujours, nie les œuvres en tant que telles. Ceux qui par des pressions, comme celles exercées notamment par le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), ou par des actes violents (alertes à la bombe, menaces de mort…) tentent d’obtenir la fermeture de l’exposition consacrée actuellement à Ahlam Shibli au musée du Jeu de paume, à Paris, intitulée Foyers fantômes, n’ont pour la plupart pas vu les œuvres qu’ils incriminent. Quand bien même ce serait le cas, le simple fait que le Crif invoque la notion d’« apologie du terrorisme » à propos de ces photographies atteste de son aveuglement. Non qu’il y ait une approche des œuvres plus « objective » que d’autres. Mais la moindre des choses est de se rendre disponible pour les accueillir, de mettre à distance ses a priori et d’être attentif aux signes, aux images qui sont proposés. En outre, parce qu’il y a aveuglement, la voix de la censure est irrationnelle. Pour la contrer, le geste critique est nécessaire, qui s’efforce de produire un discours articulé. (…) Dans la salle Death, qui pose problème aux censeurs, Ahlam Shibli a apposé un texte de présentation. On peut y lire : « Death montre plusieurs façons pour ceux qui sont absents de retrouver une présence, une “représentation” : combattants palestiniens tombés lors de la résistance armée aux incursions israéliennes, et victimes de l’armée israélienne tuées dans des circonstances diverses […] ; militants ayant mené des actions où ils étaient certains de laisser leur vie, entre autres les hommes et les femmes bardés d’explosifs qu’ils ont mis à feu pour assassiner des Israéliens […] ; et enfin prisonniers ». Face aux attaques, Ahlam Shibli a précisé : « Je ne suis pas une militante […]. Mon travail est de montrer, pas de dénoncer ni de juger. » Dans le communiqué du ministère de la Culture, censé soutenir l’artiste et l’institution du Jeu de paume, mais qui en réalité s’en dédouane, Aurélie Filippetti a cru bon d’interpréter cette phrase comme la revendication d’une « neutralité ». Erreur. Ahlam Shibli, comme tout artiste digne de ce nom, assume un point de vue. (…) Certains clichés de Death sont particulièrement éloquents, surtout ceux où l’on voit des familles autour des effigies de leurs morts. Sur l’un d’eux, un garçon regarde son père avec amour et admiration. Sur un autre, la photo encadrée est époussetée par la sœur du défunt. Dans les maisons, ces portraits sont largement exposés sur les murs, les protagonistes souvent en situation : ce sont des saints guerriers, ou des « martyrs », comme les nomment les Palestiniens, dont la présence s’impose aux vivants. Ahlam Shibli a photographié « de l’intérieur ». L’absence de prise de distance est consubstantielle à son projet artistique. C’est pourquoi l’accuser de reprendre à son compte le mot « martyrs » dans les cartels de la salle Death, sans guillemets, comme il le lui a été reproché, relève du faux procès. Mais l’usage des cartels à portée informative, plus développé dans cette salle que dans les autres, a tendance à affaiblir les images de leur charge narrative et même émotionnelle. Contrairement à ce que certains ont réclamé, c’est-à-dire une plus grande contextualisation des photographies, la force de l’œuvre d’Ahlam Shibli est de donner à voir sans filtre l’univers mental de dominés au cœur du chaos de l’histoire. Le scandale est de ne pas admettre que cette œuvre s’avère par là même, et sans provocation aucune, nécessairement scandaleuse. Politis
Face aux gesticulations communautaristes (très parisiennes : l’exposition vient de Barcelone où nul n’a tenté de la censurer, et elle va au Portugal, où, très probablement, nul ne le fera), il est important que les spectateurs réalisent que le travail d’Ahlam Shibli est, non pas une apologie du terrorisme comme des propagandistes obtus voudraient le faire croire, mais une réflexion critique sur les ambiguïtés dont nul n’est exempt, sur la manière dont les hommes réagissent face à l’absence ou à la destruction de leur foyer, et s’adaptent aux contraintes qui en résultent. Les visiteurs du Jeu de Paume auront certainement l’intelligence de le comprendre, et de s’élever contre les tentatives de censure de cette exposition. (…) Des organes de presse ici et là ont repris les éléments de langage de la propagande du CRIF et de ses soutiens selon laquelle cette exposition ne serait consacrée qu’aux auteurs d’attentats-suicide : ‘"Death" montre des habitants des territoires occupés palestiniens, qui vivent au quotidien avec les photographies des membres de leur famille morts ayant commis un attentat-suicide" (Le Monde, corrigé depuis) et "murs tapis de photos à l’effigie des «martyrs» disparus: terroristes s’étant fait sauter" (Slate); le CRIF, lui, dit  que l’exposition montre "comment les familles ou la société palestinienne entretiennent la mémoire des terroristes qui ont été tués lors d’attentats-suicide perpétrés en Israël". Il suffit d’analyser même succinctement les données disponibles (sur les cartels ou dans le catalogue) pour voir que le CRIF détourne la vérité (pas la 1ère fois, me direz-vous) : sur les 68 photos de la série Death (rappelons-le, une des six séries de l’exposition), 10 sont des vues d’ensemble sans ‘martyr’ identifié. Parmi les personnes nommées sur les 58 autres photos (certaines à plusieurs reprises), 11 sont des prisonniers, 31 ont été tuées soit au combat, soit par des raids de l’armée israélienne, et 9 sont morts dans des attentats-suicide, d’après les légendes des photographies. Et on ne parle que de ces neuf là. Mais pour le CRIF et ses amis, c’est tellement plus facile de réduire la résistance palestinienne aux kamikazes … Lunettes rouges
Les personnes qui se sont déplacées hier dimanche pour visiter l’exposition d’Ahlam Shibli, au Musée du Jeu de Paume dans le Jardin des Tuileries à Paris, ont trouvé ses portes fermées, la LDJ ayant annoncé une « descente » sur le musée ce jour là ! Ainsi ce gouvernement de lâches, cette ministre de la Culture qui se couche quand les chiens du lobby israélien aboient, n’ont pas été en mesure de protéger l’accès à cette exposition ? Nous ne payons pas assez d’impôts pour que la culture soit respectée ? Ou bien s’agit-il de faire plaisir au CRIF et consorts ? Ou encore M. Valls et Mme Philipetti ont peur des bandes armées de la LDJ ? Alors qu’ils les interdisent ! (…)  Nous rappelons que l’exposition de la photographe palestinienne Ahlam Shibli esrt exposée au Musée du Jeu de Paume à Paris jusqu’au 1er septembre, que c’est une exposition magnifique et très instructive, et qu’il faut aller la voir ! (notamment) les réflexions et interrogations qu’elles suscitent sur divers problèmes, dont (…) des orphelins ou enfants abandonnés polonais qui recréent là un monde à eux (…) des homosexuels hommes et femmes qui ont dû fuir leurs pays, le plus souvent musulmans (pour… Tel Aviv ! – note de l’éditeur), où ils ne pouvaient assumer leurs choix de vie. la résistance à l’occupation pendant la deuxième guerre mondiale et l’engagement dans des luttes de conquêtes coloniales, par les mêmes personnes, en Corrèze, avec des lieux célébrant les deux à la fois et au même endroit ! et la manière dont les Palestiniens tentent de conserver leur dignité, qu’ils soient en prison ou dans des camps de réfugiés à Naplouse, sous occupation. Comment ils tentent, au milieu de la mort constamment présente, et de la négation de leur histoire, de leur liberté, de conserver la mémoire de leurs proches, ces martyrs tués en combattant l’armée d’occupation, à un check-point, ou en commettant des attentats suicide, signes d’un désespoir tel que leur vie ne leur semblait plus présenter la moindre utilité.Rappelons que cette très belle expo vient de Barcelone où nul n’a tenté de la censurer, et elle va au Portugal cet automne, où, très probablement, nul ne le fera. Les visiteurs normalement constitués, et surtout honnêtes, comprennent bien que le travail d’Ahlam Shibli est, non pas une apologie du terrorisme comme le lobby israélien voudrait le faire croire, mais une réflexion sur la manière dont les hommes réagissent face à l’absence ou à la destruction de leur foyer, et s’adaptent aux contraintes qui en résultent. Médiapart
Ahlam Shibli, artiste internationalement reconnue, propose une réflexion critique sur la manière dont les hommes et les femmes réagissent face à la privation de leur foyer qui les conduit à se construire, coûte que coûte, des lieux d’appartenance. Dans la série Death, conçue spécialement pour cette rétrospective, l’artiste Ahlam Shibli présente un travail sur les images qui ne constitue ni de la propagande ni une apologie du terrorisme, contrairement à ce que certains messages que le Jeu de Paume a reçus laissent entendre. Comme l’artiste l’explique elle-même : "Je ne suis pas une militante [...] Mon travail est de montrer, pas de dénoncer ni de juger". Death explore la manière dont des Palestiniens disparus — "martyrs", selon les termes repris par l’artiste — sont représentés dans les espaces publics et privés (affiches et graffitis dans les rues, inscriptions sur les tombes, autels et souvenirs dans les foyers…) et retrouvent ainsi une présence dans leur communauté. L’exposition monographique réunit cinq autres séries de l’artiste questionnant les contradictions inhérentes à la notion de "chez soi" dans différents contextes : celui de la société palestinienne, mais aussi des communautés d’enfants recueillis dans les orphelinats polonais, des commémorations de soulèvements de la Résistance contre les nazis à Tulle (Corrèze) et des guerres coloniales en Indochine et en Algérie, ou encore des ressortissants des pays orientaux qui ont quitté leur pays afin de vivre librement leur orientation sexuelle. La plupart de ces photographies sont accompagnées de légendes écrites par l’artiste, inséparables des images, qui les situent dans un temps et un lieu précis. Des mesures ont été prises par le Jeu de Paume pour le rappeler aux visiteurs. La rétrospective dédiée à Ahlam Shibli s’inscrit dans la volonté de montrer de nouvelles pratiques de la photographie documentaire, après les expositions consacrées à Sophie Ristelhueber (2009), Bruno Serralongue (2010) ou Santu Mofokeng (2011). La programmation du Jeu de Paume a pour objectif de s’interroger de façon critique sur les différentes formes de représentation des sociétés contemporaines et, dans cette démarche, revendique la liberté d’expression des artistes. Le Jeu de Paume ne souhaite pas esquiver le débat ni passer sous silence l’émoi que l’exposition suscite auprès d’un certain nombre de personnes, bien au contraire, il invite chacun à la découvrir sereinement. Après le MACBA de Barcelone (25 janvier-28 avril 2013) et avant la Fondation Serralves de Porto (15 novembre 2013-9 février 2014), tous deux coproducteurs, le Jeu de Paume présente, pour la première fois en France, l’œuvre de l’artiste palestinienne Ahlam Shibli avec l’exposition "Foyer Fantôme", du 27 mai au 1er septembre 2013. Musée du Jeu de Paume
Without question, Shibli’s new series, "Death" (2011-12), commissioned by the three museums co-hosting her retrospective (MACBA, the Jeu de Paume, Paris, and the Museu de Arte Contemporânea de Serralves, Porto), is her most ambitious and difficult work to date. It provides an in-depth study of commemorative images of Palestinian martyrs in the city of Nablus, a bastion of Palestinian resistance during the Second Intifada (2000-05). A martyr in these circumstances is any Palestinian killed due to the Israeli occupation, including soldiers who died in confrontations with Israeli forces, civilians killed in Israeli attacks and suicide bombers who carried out attacks in Israel. Shibli sought out the families and friends of these people as well as contacted martyr support associations. The resulting 68 medium and large color prints present posters, murals, banners, paintings, photographs and graffiti of some of the most revered martyrs in Nablus (such as the first Palestinian woman to carry out a suicide bombing in Israel). The subjects are typically shown brandishing a weapon, with backgrounds that include patriotic decorative elements like the Palestinian flag and handwritten exaltations. In the public spaces of Nablus, a cult of martyrdom seems omnipresent. Commemorations are seen on concrete walls pockmarked by bullet holes, or in the shabby interiors of cafes. Large, framed pictures of prominent martyrs are mounted on metal structures above the crumbling entrance of an oft-visited cemetery. Shibli provides lengthy descriptive captions for each photograph (available at MACBA as printed gallery notes), indicating details about the people pictured. Perhaps the most disturbing photos are the ones taken in the intimacy of family homes, such as Untitled (Death, no. 37), in which a living room is dominated by a painting of Kayed Abu Mustafá (aka Mikere), a grim-faced young man with his finger on the trigger of an assault rifle. Mikere’s son looks up at the portrait of his father with pride, as his mother, daughter and young nephew sit nearby. Shibli’s "Death" series seems to be the culmination of many years of reflecting on her homeland. She has probed deeply into the devastating impact that the frustrated quest for a home has had, and presents a terrifying portrait of a place where a continuing cult of martyrdom—and terrorism—appears inevitable. This viewer wonders if the questions that "Death" poses are best served by its presentation in the rarefied context of a contemporary art museum. Kim Bradley
Ahlam Shibli montre, photographies alignées, des affiches faisant l’apologie de ces «martyrs» sur les murs de camps de réfugiés de Balata, sur ceux de la ville de Naplouse. Des hommes avec des poses de Rambo mais ayant tué pour de vrai. D’autres images montrent des foyers, murs tapis de photos à l’effigie des «martyrs» disparus: terroristes s’étant fait sauter. Ils sont fascinants ces foyers-mausolées.Cette série montre un monde fascinant où les terroristes sont adulés. Elle montre comment les images suppléent au discours et gardent vivants des morts pour que la force de leurs actions persiste. Elle pourrait montrer la façon dont un discours peut être renversé, une idéologie servie, des terroristes présentés en héros. Mais ces «représentations» sont livrées sans distance, sans regard de biais. Sans critique. Dans les légendes, les terroristes sont décrits en martyrs, en combattants, en victimes.(…) En mettant sur le même plan ces terroristes et les personnages des autres séries, victimes de régimes homophobes, d’occupants nazis en France, orphelins abandonnés, ces terroristes sont assimilés aux victimes. Dans cette région du monde où la propagande est si violente, l’artiste semble avoir été contaminée par le discours iconographique abêtissant. Et le Jeu de Paume, qui aurait pu se servir de ce travail pour montrer et la réalité et son travestissement en images, aussi. Slate
Il s’agit d’éviter à tout prix de rappeler le contexte historique et les drames qui ont été occasionnés par ces multiples attentats. Combien de bus israéliens éventrés? Combien de magasins ou de restaurants israéliens calcinés? Combien d’enfants israéliens assassinés? Combien de rues déchiquetées? Crif
A quand la glorification d’un Mohamed Merah ou d’un Ben Laden dans nos musées nationaux, financée par nos impôts ?!!! (…) La photographe Ahlam Shibli affirme je cite « je ne suis pas une militante, mon travail est de montrer, pas de dénoncer ni juger ». Alors pourquoi n’évoque t-elle pas les nombreuses victimes de ces attentats terroristes ? Pourquoi a t-elle choisi délibérément de traduire certains passages dans ses cartels et passer sous silence les appels à la mort ? Pourquoi ne nous informe t-elle pas sur le nombre des victimes innocentes ? Pourquoi ne nous montre t-elle pas leur portrait ?!! JSSNews
Il travaille dans un garage et voulait juste se faire un peu d’argent.  Aamna Aqeel
Lighten up, Vogue is about realizing the power of fashion and the shoot was saying that fashion is no longer a rich man’s privilege. Anyone can carry it off and make it look beautiful. Priya Tanna (Vogue India editor)
This provocative juxtaposition of luxury and poverty is something of a Campos hallmark. In shot after shot, fashion models and expensive clothes are set against backdrops of urban poverty. Personally, I find the images thought-provoking and beautiful. They free the fashion world from its ivory tower isolation and allow it to circle ethical issues — without forcing any particular conclusions on the viewer. They also raise the question of whether the beautiful artifacts of a traditional culture like India aren’t a match for the most expensive couture. Which raises, in turn, the worrying idea that, by thinking this way, we may be romanticizing (and therefore justifying) poverty. (…)  Revisiting Bringing the War Home, a set of Vietnam War-themed images  she made between 1967 and 1972, Rosler created a montage series in 2004, which imagined fashion shoots taking place on the streets of Baghdad. “Assembled from the pages of Life magazine,” Laura Cottingham wrote in an essay, “…Rosler’s montages re-connect two sides of human experience, the war in Vietnam, and the living rooms of America, which have been falsely separated.” The Campos images, with their uncomfortable beauty and ambiguous juxtapositions, may be making the same point about the “false separation” between luxury and poverty — with, perhaps, more seductive subtlety. Nick Currie
Martha Rosler: Bringing the War Home is the first museum exhibition to bring together Rosler’s two landmark series of photomontages. In the pioneering series, Bringing the War Home: House Beautiful (1967-1972), news photos of the Vietnam War are combined with images from contemporary architectural and design magazines. The prosperity of postwar America is integrated with images of soldiers, corpses and the wounded. Made during the height of the war, these images were originally disseminated in underground newspapers and on flyers and were made, in part, as a response to the artist’s frustration with media images, reporting techniques, and even some anti-war propaganda. The recent group, Bringing the War Home: House Beautiful, New Series (2004) combines news photos of the Iraq War with elegant landscapes and interiors from magazines, raising questions about the connections between advertising, journalism, politics, sexism, and violence. Rosler’s montages re-connect two sides of human experience that have been falsely separated – distant wars and the living rooms of America. Laura Cottingham
Une série mode intitulée "Victim of Beauty" publiée dans le magazine bulgare "12 Magazine" a créé la polémique internationale : une séance photo éditoriale provocante réalisée par le photographe Vasil Germanov qui met en scène les mannequins Gabriela Dasheva et Nora Shopova relookées en femmes violemment battues. Yeux au beurre noir, lèvres fendues, gorge tranchée, brûlures nauséabondes… des blessures réalistes en maquillage effets-spéciaux par Daniela Avramova qui provoquent l’indignation des associations de victimes de violences conjugales : les militants pour la cause féminine condamnent cette représentation "scandaleuse et perverse" de la beauté. Les éditeurs du magazine bulgare se défendent de faire l’apologie de la violence et déclarent que "la photo de mode n’est qu’une imitation de la réalité". Mannequin-model.com
Cette petite fille qui est née le 05 Avril 2001 en France, s’appelle Thylane et a fait sa première grande apparition par l’intermédiaire de Carine Roitfeld pour des photos qui font surface avec 7 mois de retard aux États-Unis… L’ex redac’chef confirme malgré tout qu’elle est dotée d’un sens aiguisé dans la découverte de futurs talents. Car oui, au delà de la polémique sur le fait d’avoir maquillé et habillé cette jeune fille en femme plus âgée dans les pages du Vogue Paris en décembre dernier, Thylane n’en reste pas moins une fillette de 10 ans qui voit une carrière de Top et d’égérie à succès se profiler à l’horizon. Sa mère, qui n’est autre que l’animatrice Veronika Loubry (reconvertie d’ailleurs dans la création de vêtements et la photo) l’encourage dans cette voie bien qu’elle affirme refuser les 3/4 des projets proposés. Il faut reconnaitre que malgré son jeune âge, elle est extrêmement douée et photogénique : un air de Bardot par-ci, d’Abbey Lee par là, elle possède l’esthétisme que l’on réclame aux mannequins d’aujourd’hui (excepté bien sur les mensurations qui seront déterminantes pour la suite). La question qui se pose aujourd’hui outre-Atlantique est de savoir si oui ou non il est néfaste pour une fillette d’adopter des postures et expressions d’adultes ou de poser topless ? Une limite est-elle franchie à cause de son âge ou est-ce uniquement de l’art? La mode "enfant" est un secteur en pleine expansion de nos jours, chose que les marques et les magazines ont bien intégré ; outre le fait qu’actuellement du scandale naît la notoriété, Thylane sera certainement une modèle à surveiller de près. Jules fashion
Nous avons voulu exposer de beaux articles de mode dans un contexte intéressant et plein de charme. Nous avons vu une immense beauté, de l’innocence et de la fraîcheur sur les visages que nous avons saisis. "La mode n’est plus le privilège des riches. N’importe qui peut la porter et la rendre magnifique. Priya Tanna (rédactrice en chef du magazine Vogue India)
Rabaisser la pauvreté à ce niveau de frivolité enlève tout sérieux à ce qu’elle représente réellement. Comme si les bébés indiens pauvres, dont la vie est menacée par la malnutrition, pouvaient profiter d’un déjeuner sympathique en portant un bavoir Fendi.  Archana Jahagirdar (Business Standard)
L’intervention du magazine ressemble à celle des premiers missionnaires, apportant Hermès et Miu Miu, comme des outils de civilisation. Amrita Shah ("La pauvreté comme papier peint", The Indian Express)
Le problème est que les Indiens aisés sont devenus complètement aveugles à la misère. Pavan Mehta
Mis en scène dans un contexte si différent, les pauvres ne suscitent plus l’indifférence. Les Indiens aisés prendront au moins conscience de leur existence. Hemant Sagar (couturier de Lecoanet Hemant)
Pas facile de produire une séance photo de mode mémorable; les photos de jolies filles portant de jolis vêtements peuvent vite devenir ennuyeuses. Les meilleures photos de mode sont engageantes, captivantes et imaginatives ; elles supposent talent, travail acharné et vision de designer, styliste, photographe et modèle. Bien sûr, si vous ne pouvez pas gérer tout cela, l’autre moyen de vous faire remarquer est de faire des photos de mode tellement controversées et d’un tel mauvais goût que l’attention des médias est garantie. Le dernier shooting de la créatrice Aamna Aqeel intitulé "Sois mon esclave" tombe carrément dans cette catégorie. De toute évidence conçu pour choquer, il montre un modèle servi par un enfant esclave à la peau noire. Les images sont répugnantes à connotation raciste et colonialiste.  Le fait que l’esclave dans les publicités est un enfant rend les images encore plus inexcusables. Aqeel ne travaille que depuis à peine deux ans. Elle a remporté quelques succès critiques lors de la cinquième édition de la Fashion Week du Pakistan qui s’est tenue récemment à Karachi, mais elle reste vraiment un designer émergent avec beaucoup à prouver. Il semble qu’elle ait décidé que le temps était venu, coûte que coûte, de se faire remarquer. La mode aime être provocante et parfois il semble que rien n’est tabou. Vogue France avait fait une séance avec des images sexualisées de modèles de dix ans, Vogue India un reportage avec des Indiens pauvres portant des parapluies de Burberry et des bavoirs Fendi à 100 dollars. Un magazine bulgare (12)  avait fait une série intitulée "Victime de la beauté" présentant des modèles meurtris qui semblait glorifier la violence domestique. A chaque fois, les magazines avaient une explication à donner, à savoir qu’ils essayaient de mettre en évidence l’utilisation de modèles de l’enfant, ou tenter de dire que la mode était pour tout le monde ou de montrer la juxtaposition entre les films d’horreur et le maquillage et la beauté. Dans chaque cas, la véritable raison était simple : commander des photos de mauvais goût pour s’assurer une couverture médiatique et stimuler les ventes. Salima Feerasta

Les temps sont décidément cruels !

Yeux au beurre noir, lèvres fendues, gorge tranchée, brûlures nauséabondes, petites filles de 10 ans hypersexualisées, vieil homme en haillons sous un parasol Burberry, bébé d’une femme édentée en bavoir Fendi à 100 dollars, femme portant au bras un sac Hermes à plus de 10 000 dollars, modèle blanc abritée par l’ombrelle d’un enfant noir vêtu d’un simple pagne …

A l’heure où, en Egypte, un jeune idéaliste juif américain vient de payer au prix fort sa dévotion pour les tenants de la religion d’amour de tolérance et de paix …

Et où, une fois de plus et dans l’indifférence ou l’incompréhension générales, le musée national du Jeu de Paume réaffirme courageusement son indéfectible soutien à la liberté culturelle et aux jeunes talents face au monde impitoyable qu’est devenue la création internationale …

Comment ne pas compatir à la diffculté que rencontrent de plus en plus pour se faire un nom nos jeunes créateurs et artistes ?

Surtout quand en plus ils se donnent tant de mal à lancer le débat sur l’esclavage, le travail des enfants, les femmes battues ….

Ou, à l’instar d’un Miki Kratsman israélien ou de notre Enderlin national (voire de votre serviteur dans le musée lui-même aujourd’hui), la manipulation en un véritable culte de la mort des terroristes-suicide ou des enfants boucliers humains …

Aamna Aqeel: It’s certainly not fashion!

Salima Feerasta

The Express Tribune

May 9, 2013

KARACHI:

It’s not easy producing a memorable fashion shoot; pictures of pretty women wearing pretty clothes can get boring fast. The best fashion shoots are engaging, compelling and imaginative; they require talent, hard work and vision from the designer, stylist, photographer and model. Of course, if you can’t manage all of that, the other way to ensure you get noticed is to make a fashion shoot so controversial and tasteless that getting media attention is guaranteed.

Designer Aamna Aqeel’s latest shoot titled “Be My Slave” falls squarely into this category. Obviously designed to shock, it shows a model being pandered to by a dark-skinned child slave. The images are repulsive with racist and colonialist overtones. The fact that the slave in the advertisements is a child, makes the images that much more inexcusable.

Aqeel has barely been designing for two years. She won some critical acclaim at the fifth edition of Fashion Pakistan Week held recently in Karachi, but she remains very much an emerging designer with a lot to prove. It seems that she’s decided, by hook or by crook, it’s time to get noticed.

Fashion loves to be provocative and sometimes it seems nothing is taboo. French Vogue did a shoot with sexualised images of models as young as 10, Vogue India did a feature with impoverished Indians carrying Burberry umbrellas and wearing $100 Fendi bibs. A Bulgarian magazine 12 did a shoot called “Victim of Beauty” showing bloodied, bruised models that appeared to glamourise domestic violence.

In each case, the magazines had an explanation to give, that they were trying to highlight the use of child models, or attempting to say fashion was for everyone or trying to show the juxtaposition between horror flick make-up and beauty. In each case, the real reason was simple: commissioning distasteful fashion shoots to ensure media coverage and boost sales.

When contacted, Aqeel vehemently denied any racist angle to the shoot at all. According to her, the choice of a dark-skinned Baloch child was purely incidental. “He works in a garage and wanted some work,” she said. Obviously the parents of usual child models wouldn’t have agreed to the shoot. The pampered little cuties who advertise soap, toothpaste and biscuits on TV may not have looked right for the part but even if they had, no one would have let their child play such a degrading role.

Aqeel’s argument is that she wanted to spark a debate on child labour. She says she is involved with a children’s charity and wanted to highlight how ‘society madams’ employ child labour in their homes. She is educating and supporting the child used in the shoot — it seems the least she can do after exploiting him in this fashion.

It’s facetious of the designer to claim that she was trying to stimulate a debate on child labour. The model wearing her clothes is clearly comfortable with her dominant position. She is not made up in a way that shows her to be the villain of the piece. The use of a dark skinned child in a shoot entitled “Be My Slave” certainly reeks of racism, however much the designer may deny it. And if anything, the shoot seems to condone child labour.

Aqeel went on to deny that this was a publicity-seeking move on her part and says she is happy at the pace her brand is developing. Her purpose for this shoot was apparently not to publicise her brand, but to raise public awareness of a social issue. Apparently, she feels so blessed with her success that she wants to give back to society and feels that it’s every individual’s duty to do what he or she can to make life better for the underprivileged.

To me, Aqeel’s stance stinks of hypocrisy. Designers do fashion shoots to sell a vision of their brand and to raise their profile. I wonder at the magazine that published the pictures. The stylist and photographer may have had to bend to the designer’s vision but the magazine had no such compulsion. I feel ashamed to be involuntarily publicising the shoot but we need to speak up against vile images of racism and exploitation. There are some taboos fashion shouldn’t break.

Oxford-grad Salima Feerasta is a social commentator and lover of style in any form or fashion. She blogs at karachista.blogspot.com and tweets @karachista

Voir encore:

The Post-Materialist | Fashion and Poverty

Women’s Fashion
Nick Currie
The NYT
September 5, 2008

A report from our Berlin correspondent on design and society.

Should poor people appear in fashion shoots for expensive clothing? What’s the difference between a $2 umbrella and a $200 umbrella? What’s the role of a magazine like Vogue in a nation where more than 75% of the population lives on less than $2 a day? Can cheap clothes enhance — even trump — expensive ones? Do couture items look cheap mixed into a poor person’s outfit?

These were some of the questions raised by an article by Heather Timmons in Sunday’s New York Times. Vogue’s Fashion Photos Spark Debate in India described — and showed — a photo shoot by Jean-François Campos which appeared in the August edition of Vogue India.

Since its launch last October, the Indian edition of Vogue has tended to concentrate on glitzy, aspirational images; Western models appear alongside Indian models whose styling (colored contact lenses and lightened skin tones — the subject of another New York Times article) nudges them in the direction of Western norms. Campos’s story — featuring impoverished Indians sporting a Fendi baby bib, a Burberry umbrella and a $10,000 Hermès Birkin bag — departs, provocatively, from that line.

Glance at his portfolio at creative agency Michele Filomeno and you’ll see that this provocative juxtaposition of luxury and poverty is something of a Campos hallmark. In shot after shot, fashion models and expensive clothes are set against backdrops of urban poverty. Personally, I find the images thought-provoking and beautiful. They free the fashion world from its ivory tower isolation and allow it to circle ethical issues — without forcing any particular conclusions on the viewer. They also raise the question of whether the beautiful artifacts of a traditional culture like India aren’t a match for the most expensive couture. Which raises, in turn, the worrying idea that, by thinking this way, we may be romanticizing (and therefore justifying) poverty.

When I wrote about the Vogue India controversy on my own blog, Click Opera, the South African artist Candice Breitz sent me some images by veteran New York artist Martha Rosler. Revisiting Bringing the War Home, a set of Vietnam War-themed images she made between 1967 and 1972, Rosler created a montage series in 2004, which imagined fashion shoots taking place on the streets of Baghdad.

“Assembled from the pages of Life magazine,” Laura Cottingham wrote in an essay, “…Rosler’s montages re-connect two sides of human experience, the war in Vietnam, and the living rooms of America, which have been falsely separated.” The Campos images, with their uncomfortable beauty and ambiguous juxtapositions, may be making the same point about the “false separation” between luxury and poverty — with, perhaps, more seductive subtlety.

Voir encore:

Sick poverty chic: Outrage as Pakistan designers underline rich-poor divide in adverts

Deepti Jakhar

Daily Mail

18 March 2012

Fashion is arguably about aspiration with its limited editions and price-on- request adornments. But when fashion, in the name of aspiration, creates an ugly divide between the haves and have-nots, it’s bound to create outrage.

That’s what Pakistani designer duo Sana-Safinaz is seemingly facing. The designers, considered one of the biggest names in luxurious design in their country, are no strangers to publicity – the most recent being their designs worn to the Oscars and the Vanity Fair party by Pakistan’s Oscar debutant Sharmeen Obaid-Chinoy.

Their ‘Lawn’ collection print advertisement is, however, garnering the wrong kind of publicity with most labelling it as ‘distasteful’.

As soon as the design house posted a picture of its latest spring/summer ad campaign on Facebook, it received a slew of angry comments. The campaign shows model Neha Ahmed posing in front of coolies with Louis Vuitton luggage, most of whom can never think of affording a LV with a lifetime of earnings and savings.

The advertisement reminds the fashion-conscious of Vogue India’s 2008 issue when it used poor people not as models but as props for obscenely expensive brands such as Burberry and Fendi.

Poor as prop: A toddler wearing a Fendi bib in another Vogue ad

Poor as prop: A toddler wearing a Fendi bib in another Vogue ad

The issue that featured an old woman holding a child wearing a Fendi bib; a family squeezing on to a motorbike with the mother holding a Hermès Birkin bag; and a barefoot man holding a Burberry umbrella, created a lot of furore online about its vulgar display of luxury, juxtaposing it with extreme poverty.

For countries such as India and Pakistan – where the divide between the rich and the poor is so stark – campaigns that bring both the worlds together seem to be mocking the gap more than anything else.

The same is being experienced once again as Twitter and Facebook are full of critical remarks for the designers.

‘The image uses the poor as props. It not only dehumanises them, it also trivialises and celebrates the stark contrast,’ a post on Twitter read.

Designer Safinaz Munir has reacted to the angry tweets in an interview, saying: ‘We’re public figures and it goes with the territory… everyone uses porters for luggage. No one carries their own luggage.’

 Voir encore:

Far too much, far too young: Outrage over shocking images of the 10-YEAR-OLD model who has graced the pages of Vogue

Daily Mail

10 August 2011

Wearing heavy make-up and gold stilettos, Thylane Blondeau sprawls seductively on leopard print bed covers.

The provocative pose might seem like nothing unusual for a Vogue fashion shoot – except that Miss Blondeau is just ten years old.

Now the shocking images of the French child model have brought condemnation from parents’ groups and MPs.

And they are likely to take centre stage at a summit called by Prime Minister David Cameron and the Mothers’ Union aimed at cracking down on the sexualisation of children in advertising and the media.

Fleur Dorrell, of the Mothers’ Union, yesterday described the images as ‘physically disturbing’ and said they were ‘blurring all thoughts of beauty’.

And Labour MP Helen Goodman accused Vogue of being ‘disgraceful and totally irresponsible’ by publishing the pictures, saying it should have known better. ‘They have descended into the gutter by doing this,’ she said.

‘The sexualisation of children is one of the most pernicious ills of our era. They should not have done this.’

Born in the Ivory Coast, Miss Blondeau is the daughter of Véronika Loubry, an actress and television presenter, and former Sheffield Wednesday and Watford footballer Patrick Blondeau.

She walked the catwalk for Jean Paul Gaultier at the age of four and already boasts an impressive modelling CV, with several magazine shoots to her name.

In Paris, her piercing eyes, waist-length hair and pouting lips have brought comparisons with a youthful Brigitte Bardot, who was herself just 15 when she modelled for Elle magazine.

But it is the 15-page spread in a French Vogue issue guest-edited by fashion designer Tom Ford back in January that has emerged at the centre of the current debate on the over-sexualisation of children.

Miss Blondeau’s entry into the fashion world follows a recent trend for younger models.

Hollywood child actresses Elle Fanning, 13, and 14-year-old Hailee Steinfeld have both recently signed modelling deals with Marc Jacobs and Miu Miu respectively.

Last night the Mothers’ Union issued a damning criticism of Miss Blondeau’s Vogue pictures.

‘We have grave concerns about the modelling agency who represent Miss Blondeau, which clearly does not know if it represents a child or an adult,’ it said.

‘Photo shoots requiring her, a ten-year-old-girl, to dress in full make-up, teetering heels and a dress with a cleavage cut to the waist across her prepubescent body deny Miss Blondeau the right to be the child she is.’

Bloggers also attacked the images. One said on Tumblr: ‘This isn’t edgy. It’s inappropriate, and creepy.’

And Dr Emma Gray of the British CBT & Counselling Service (www.thebritishcbtcounsellingservice.co.uk) said: ‘This picture is the antithesis of what childhood in our society should be; a child being exposed to a world she is not yet equipped to deal with solely to serve the needs of the adults around her.’

Mothers’ Union chief executive Reg Bailey has been commissioned to carry out an independent review on the pressures faced by children and, with Mr Cameron, has invited the fashion and advertising industries to an inquiry in October.

Vogue’s publisher Condé Nast was unavailable for comment last night.

THE CHANGING FACE OF SOCIETY

The ‘ideal’ body image created by the media and the fashion industry are intertwined.

The advertising industry target women and younger girls as commodities, as well as important consumers.

A UK online survey in 2005 showed that 63 per cent of young girls between 15 to 19 years aspired to be glamour models rather than doctors or teachers.

The sociological reason for this can be debated but may be linked to a false sense of increased self esteem and confidence, associated with society’s acceptance of increasingly feminine role models.

It’s probably not ‘cool’ to be clever. Increased focus on not having the ideal ‘air brushed’ body may give rise to increased anxiety and worries related to body image, eating disorders in young people as young as 14 years, clinical depression and adjustment difficulties with usual life stresses.

As a doctor treating young people with emotional difficulties, one often faces the reality of aspiration and broken dreams of young people. It’s not enough to be just ‘cool’ to go through life.

DR SOUMITRA DATTA, Consultant Child & Adolescent Psychiatrist, London Medical

Environnement

POLÉMIQUE

"Be my slave": quand l’esclavage devient fashion

Après l’affaire des bijoux « style esclave » de Mango, et celle de la mannequin blanche maquillée en femme noire, les photos de mode intitulées « Be my slave » (« Sois mon esclave »), réalisées par la créatrice pakistanaise Aamna Aqeel, ont provoqué un tollé.

Dans le monde impitoyable de la mode, une des façons de se faire remarquer, « c’est de faire un shooting de mode si controversé et de si mauvais goût que l’attention des médias est garantie ».

« Le dernier shooting de la créatrice Aamna Aqeel intitulé « Be My Slave » tombe carrément dans cette catégorie. De toute évidence conçu pour choquer, il montre un modèle servi par un enfant esclave à la peau noire. Les images sont répugnantes à connotation raciste et colonialiste », écrit la bloggeuse pakistanaise Salima Feerasta, dans un article publié par l’Express Tribune.

Dérapages en série

Ce n’est pas la première fois que le milieu de la mode dérape sur des sujets aussi sensibles. En janvier 2012 déjà, un article publié par le magazine Elle sur le « style black » provoquait un tollé : la journaliste, qui proposait une analyse du style vestimentaire des femmes noires, déclarait que « le chic [était] devenu une option plausible pour une communauté jusque-là arrimée à ses codes streetwear », évoquant également les « codes blancs » désormais intégrés par la « black-geoisie ».

Plus récemment, des photos d’une mannequin blanche maquillée en femme noire, publiées dans le magazine Numéro, ont également scandalisé la fashion sphere. Et la marque de vêtements Mango en a remis une couche, avec sa gamme de bijoux « style esclave ».

Le choc des photos

C’est maintenant au tour de la créatrice de mode pakistanaise Aamna Aqeel, qui travaille pour Diva Magazine au Pakistan, de créer la polémique. Sur ses photos (désormais retirées de sa page Facebook), on voit un modèle blanc, à côté d’un enfant noir vêtu d’un simple pagne, qui protège la femme d’une ombrelle, porte son sac, lui tient sa tasse de thé ou dors à même le sol…

Pour le journaliste pakistanais Usama Hamayun, qui publie sur son blog Style Inn, « jouer avec un thème si sensible dans un pays où le racisme et le travail forcé sont des questions cruciales n’est en aucun cas acceptable ou esthétique. Vous pouvez être à la pointe de la mode et repousser les limites, mais ces photos relèvent d’un manque de goût et sont offensantes ».

Lancer le débat sur le travail infantile ?

Aamna Aqeel a déclaré que les photos n’étaient pas racistes et que son intention était de lancer le débat sur le travail des enfants au Pakistan. Quant au choix d’engager cet enfant pour les photos, elle s’est défendue en déclarant qu’elle le « soutenait financièrement et pourvoyait à sa scolarisation ». Celui-ci « travaillait dans un garage et voulait gagner un peu d’argent », selon la créatrice.

Voir aussi:

L’Inde lance la mode du "pauvre chic"

Julien Bouissou

Le Monde

11.09.2008

Ils sont pauvres. Leurs corps sont maigres et leurs visages cernés. Mais ils font l’effort de sourire devant l’objectif du photographe. Dans les bras d’une vieille femme édentée, un bébé porte un bavoir de la marque Fendi, d’une valeur de 100 dollars (72 euros).

Dans la cour d’une maison construite en pisé, un paysan mal rasé, vêtu d’une tunique sale et trouée, se protège du soleil en portant un parapluie de la marque Burberry, à 200 dollars. Les noms des marques de luxe sont les seuls à être mentionnés dans les légendes. Les personnages, eux, sont anonymes. On sait juste qu’ils habitent un village pauvre du Rajasthan, dans l’ouest de l’Inde.

Les seize pages de photographies ont été publiées par le magazine Vogue India, dans son édition du mois d’août, en vente à chaque carrefour des grandes villes indiennes. "Nous avons voulu exposer de beaux articles de mode dans un contexte intéressant et plein de charme. Nous avons vu une immense beauté, de l’innocence et de la fraîcheur sur les visages que nous avons saisis", déclare simplement Priya Tanna, la rédactrice en chef du magazine Vogue India.

Les commentateurs de la presse indienne ont surtout été choqués de voir des pauvres assurer la promotion d’articles de luxe. "Rabaisser la pauvreté à ce niveau de frivolité enlève tout sérieux à ce qu’elle représente réellement. Comme si les bébés indiens pauvres, dont la vie est menacée par la malnutrition, pouvaient profiter d’un déjeuner sympathique en portant un bavoir Fendi", écrit Archana Jahagirdar dans les colonnes du quotidien indien Business Standard. Mme Tanna croit au contraire que le luxe n’est plus interdit aux pauvres : "La mode n’est plus le privilège des riches. N’importe qui peut la porter et la rendre magnifique."

Si la mode devient accessible à tous, est-ce le signe que toute l’Inde s’enrichit ? Les statistiques affirment le contraire. Quelques jours après la publication des clichés de pauvres drapés dans des vêtements de luxe, la Banque mondiale rendait publics les chiffres de la pauvreté. Quelque 456 millions d’Indiens vivent avec moins de 1,25 dollar par jour. Le luxe, loin de réduire le fossé entre les riches et les exclus de la croissance, est même perçu par Amrita Shah comme une nouvelle forme de colonisation. "L’intervention du magazine ressemble à celle des premiers missionnaires, apportant Hermès et Miu Miu, comme des outils de civilisation", regrette la journaliste dans un article intitulé "La pauvreté comme papier peint", publié dans le quotidien The Indian Express.

La pauvreté est loin d’avoir disparu, mais le regard porté sur elle change. "Le problème est que les Indiens aisés sont devenus complètement aveugles à la misère", estime Pavan Mehta, l’auteur d’un essai intitulé Quand l’Inde s’éveillera. Le couturier Hemant Sagar, de Lecoanet Hemant, en conclut que les photographies controversées auront au moins le mérite d’ouvrir les yeux sur la misère : "Mis en scène dans un contexte si différent, les pauvres ne suscitent plus l’indifférence. Les Indiens aisés prendront au moins conscience de leur existence."

Vogue Inde, la polémique

Coco

Tendances de mode

03 septembre 2008

Lancé en octobre dernier, le Vogue Inde essuie son premier scandale. Il faut dire que dans un pays où la disparité entre les catégories sociales est si intense, il est difficile de prôner l’apogée du luxe sans risquer de tomber dans l’indécence…

Alors que le pays compte désormais plus d’un milliard d’habitants, la classe émergente de la population s’annonce comme le nouvel eldorado des marques de luxe. En effet, en Inde comme en Chine, les individus aiment faire état de leur réussite par le biais de produits haut de gamme, symbole d’avènement social.

Dans ce contexte, le groupe Condé Nast s’est empressé "d’éduquer" le peuple indien en lançant chez eux la 17e édition de Vogue. Depuis quelques mois, les Indiens ont ainsi la possibilité de découvrir les fastes de la société occidentale. Les magnats du secteur ont d’ailleurs tous répondu présents : Gucci, Fendi, Burberry, Hermès… pas un ne veut manquer l’opportunité d’accompagner la croissance indienne.

Cependant, on sait très bien que si le pays voit effectivement certains de ses ressortissants accéder à l’univers du luxe, la majorité d’entre eux vit avec moins d’1 dollar par jour, et est confrontée à une misère immense. C’est pourquoi un minimum de décence est nécessaire si l’on ne veut pas devenir complètement inhumain, gangrené par l’appât du gain. C’est ce "minimum" qui a malheureusement fait défaut à l’une des séries mode de la parution du mois d’août.

En effet, 16 pages – consacrées à la mise en valeur de sacs, parapluies et autres accessoires – furent shootées non pas dans un studio avec tel ou tel mannequins ou stars de Bollywood, mais dans la rue avec pour figurants des Indiens plus préoccupés par la survie au quotidien que par les dernières tendances.

Sur cette série, on peut ainsi voir un vieil homme s’abritant sous un parapluie Burberry, un bébé en bavoir Fendi ou encore une femme portant au bras un Birkin, entourée de ses 3 enfants vêtus de nippes… Certes, les photos sont superbes, le peuple indien possédant cette lumière, cette joie de vivre qui irradierait n’importe quel cliché, néanmoins leur incongruité révolte les journalistes du pays. Confronter une mère qui se bat pour nourrir sa famille à un sac coûtant plus de 10 000 dollars est en effet presque malsain…

Dans un pays ou l’on se suicide parfois pour échapper à une pauvreté écrasante, les médias luxe ne peuvent se permettre des inepties de ce genre. Pour sa défense, Vogue assure avoir voulu illustrer "la nouvelle Inde", où il est possible de réaliser une ascension sociale fulgurante et d’en afficher les signes. Qu’à cela ne tienne, lorsqu’on réalise que les légendes des photos ne font pas référence aux mannequins d’un jour mais simplement aux marques de sacs, on réalise à quel point Vogue n’a que faire du facteur humain…

Alors certes, il est évident que l’industrie du luxe va déferler en Inde et que seuls quelques élus y auront accès, et cela en soi n’est pas critiquable. Ce qui l’est plus, c’est de mélanger les genres de façon unilatérale. Que les sacs Hermès restent donc dans les boutiques de Mubai, et que les photographes se contentent de Gisele, on évitera peut-être ainsi des images malheureuses…

Voir aussi:

Thylane Blondeau : La fille de Véronika Loubry fait scandale

Sophie Bernard

News de stars

07 août 2011

Elle s’appelle Thylane Blondeau, elle a dix ans, c’est la fille de Véronika Loubry et de Patrick Blondeau, elle est mannequin et certaines de ses photos font scandale aux Etats-Unis.

Vous ne la connaissiez pas il y a une semaine, mais Thylane Blondeau c’est un peu la Kate Moss du mannequinat enfant. Comprenez par là qu’elle est le visage incontournable de la mode enfantine… En effet, la fille de Véronika Loubry – personnalité de la télévision française – et de Patrick Blondeau – ancien footballeur – est dans une agence de mannequins pour enfants et elle fait des pubs ainsi que des défilés depuis qu’elle est toute petite.

Mais ce n’est pas son succès qui fait parler aux Etats-Unis. Une série de clichés qu’elle a réalisés pour un numéro du Vogue français soulève la polémique outre-Atlantique. Sur ces photographies, Thylane est habillée avec des vêtements de femme adulte, elle porte entre autres des escarpins léopard, elle est très maquillée et elle joue le model comme une grande.

Est-elle trop jeune pour poser ainsi ? Fait-elle trop femme ? Voici les questions que se posent les Américains. L’émission Good Morning America diffusée sur ABC a consacré l’une de ses rubriques à ce sujet. Des associations US trouvent que ces images vont trop loin dans la sexualisation de la fillette. Chloe Angyal – directrice du site Feminsting – affirme "C’est inapproprié et choquant’, tandis que les internautes lancent des commentaires plus virulents comme ALSMac1 qui a posté sur le site de ABC : "Les photos sont un rêve pour les pédophiles. C’est dégoûtant".

Véronika Loubry s’est justifiée sur le blog de Jean-Marc Morandini :"Le seul élément qui me choque sur cette photo, c’est le collier qu’elle porte, qui vaut trois millions d’euros! [...] Je trouve beaucoup plus choquante une photo pour Petit Bateau, d’une petite fille de 11 ans qui a les seins qui pointent. Là, ma fille n’est pas nue, il ne faut pas exagérer!"

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Voir par ailleurs:

Ahlam Shibli : l’exposition polémique qui agite Paris

Arts et scènes | La Palestinienne Ahlam Shibli photographie son pays pour témoigner des traumatismes de son peuple. Une démarche qui n’est pas acceptée par tout le monde.

Frédérique Chapuis

Télérama

22/06/2013

Depuis l’ouverture de l’exposition « Foyer fantôme » consacrée à l’artiste palestinienne Ahlam Shibli, l’équipe du musée du Jeu de Paume est harcelée, menacée, et obligée d’évacuer son public à la suite d’alertes à la bombe… Des organisations extrémistes accusent l’artiste et l’institution de faire l’apologie du terrorisme. Même le ministère de la Culture et de la Communication cède aux pressions en exigeant du Jeu de Paume qu’il clarifie le propos de l’artiste et distingue la proposition d’Ahlam Shibli de ce qu’exprime l’institution…

Principale accusée, la série Death, pour laquelle Ahlam Shibli s’est rendue à Naplouse et dans les camps de réfugiés des alentours, afin d’enquêter sur le culte des martyrs de la seconde intifada (2000- 2005). Un travail artistique montrant l’ominiprésence des défunts dans le quotidien palestinien.

Ces images ne peuvent en aucun cas être une apologie du terrorisme : elles pourraient tout aussi bien être vues comme une critique du culte du martyr, avec sa profusion de clichés d’hommes en armes, paradant dans les foyers au milieu des enfants et des grand-mères, ou sur les murs de la ville. Les images d’Ahlam Shibli ne portent aucun jugement, attestant simplement d’une réalité. La photographe prouve (et c’est son rôle d’artiste) que toute image possède une dimension anthropologique et historique dont il faut tenir compte. Retour sur un parcours et une démarche artistique remarquable.

L’enfance de l’art

C’est à côté de Jenine, dans un village de Galilée, qu’est née Ahlam Shibli, en 1970. La maison familiale est remplie de livres mais aussi de onze enfants, dont neuf filles. Ahlam est l’avant-dernière de la fratrie. Elle se souvient du jour où son frère, étudiant en ville, revint un week-end avec un appareil photo : « Dès lors, trois de mes soeurs et moi nous avons pris l’habitude de nous déguiser puis de prendre la pose. Ma mère autorisait que l’on emprunte ses vêtements ou le beau chapeau de mon père. Et nous avions exceptionnellement le droit d’aller dans son jardin pour les prises de vue. C’est en découvrant le résultat sur les tirages papier, que mon frère nous rapportait des semaines plus tard, que j’ai compris ce que signifiait une narration et la mise en scène de ses propres histoires. Ma vocation d’artiste est probablement née là. » En attendant, Ahlam rêve d’être électricienne. Son père refuse. Aspirant à aider la communauté palestinienne, elle devient conseillère d’éducation, monte un projet pour les enfants défavorisés où elle utilise l’art thérapie, et finit par reprendre des études de cinéma et de photographie. Pour être bien certaine d’avoir trouvé sa voie, elle s’exerce beaucoup, réfléchit longuement à l’acte photographique. Elle avoue qu’elle n’a pas eu confiance en elle jusqu’en 1996, année où, le travail et la maturité aidant, elle découvre enfin ce qu’elle a à dire et comment le montrer.

Son père, qui a fermement encouragé l’épanouissement de tous ses enfants, sera le premier à découvrir les neuf carnets de Wadi al-Salib (« Vallée de la croix »). Un travail photographique où sont reconstituées des scènes quotidiennes dans les maisons en ruine d’un quartier d’Haïfa, abandonné depuis l’expulsion des familles palestiniennes par les Israéliens en 1948. Cette série d’images annonce les questions du chez-soi, du traumatisme de l’expulsion et de la discrimination qui traversent l’oeuvre d’Ahlam Shibli. Une oeuvre résumée dans « Phantom Home » (« Foyer fantôme »), l’exposition qui lui est consacrée pour la première fois en France.

Ni empathie ni désespoir

Parmi les six séries d’images proposées, « Trackers » (2005) et « Death » (2012) ont pour sujet la condition du peuple palestinien ; « Dom Dziecka : la maison meurt de faim quand tu n’es pas là » (2008) s’attache aux orphelinats polonais ; et « Eastern LGBT » (2006) pose la question de la non-reconnaissance et de l’exil des gays, travestis et transexuels orientaux. Quant à la série « Trauma » (2009), réalisée en Corrèze lors de cérémonies de commémoration, elle montre qu’une victime du nazisme a pu, selon le cours de l’histoire, devenir à son tour un bourreau pendant les guerres coloniales d’Indochine et d’Algérie. « Ces images, précise Ahlam Shibli, posent la question de l’utilisation qui est faite du souvenir. Pour la Palestine, on recycle toujours les mêmes clichés de gens qui fuient ou des scènes de massacre. A tel point que les mots "martyr" et "palestinien " sont devenus synonymes. » Sa série la plus récente, « Death », comprend soixante-huit photos montrant, jusqu’à la nausée, la glorification des martyrs sur les affiches placardées dans les rues, sur les images qui envahissent les tombes et les murs des maisons ; qu’ils aient été tués par l’armée israélienne ou qu’ils aient donné la mort lors d’une opération suicide. La photographe dévoile l’intimité touchante des familles et le message politique, le portrait d’un individu et les symboles religieux. Mais la question que pose Ahlam Shibli est immuable : la représentation de la cause palestinienne est-elle possible ou, au contraire, irrémédiablement vouée à l’échec ? Pour autant, elle ne cède ni à l’empathie ni au désespoir, accompagnant ses images de légendes précises et factuelles.

Au côté de ces résistants palestiniens qui risquent l’expulsion ou voient leur maison détruite par les bulldozers israéliens, l’artiste évoque aussi le statut des « trackers », nomades d’origine bédouine, dont certains se sont mis au service de l’armée israélienne afin d’acquérir un bout de terre… subtilisé à d’autres Palestiniens. Là encore, elle ne porte aucun jugement. Sur l’une des photographies de la série « Trackers », on voit un homme en tenue militaire, les oreilles préservées du bruit par des bouchons, le regard perdu au loin. Il s’appuie sur une tige en fer plantée dans la terre et rongée par la rouille qui ne peut plus soutenir grand-chose. Au premier abord, la scène est anodine, mais à la regarder de près, cette image, sans prétention esthétique, se révèle tragique ; dans ce paysage de désolation, la solitude de cet homme est palpable.

« Quelque chose d’irreprésentable »

« Je n’ai pas envie de jouer la médiatrice, de dire "voilà ce qu’il faut regarder", affirme Ahlam Shibli. Il y a quelque chose d’irreprésentable dans la cause palestinienne comme dans la condition de l’enfant orphelin, que je cherche néanmoins à montrer, tout du moins à suggérer. C’est l’un des challenges de la photographie. » Au fond, qu’est-ce qui nous regarde avec insistance dans l’histoire de cet « autre », pour reprendre la formule du philosophe Georges Didi-Huberman ? A la question de l’altérité, donc, elle ne répond pas en sociologue mais veille toutefois à préserver une distance discrète. Les longues recherches documentaires menées pour chacun de ses sujets lui permettent sans doute de se défaire de la trop forte charge émotionnelle pour ne se concentrer que sur l’espace de son cadre photographique ; un chez-soi où elle est libre et son seul maître. D’ailleurs, à la question « Croyez-vous en Dieu ? », la jeune Palestinienne répond en riant et avec dérision : « Absolument pas ! Comment la croyance peut-elle s’appuyer sur le châtiment ? Dieu c’est moi ! »

A voir :

Exposition « Foyer fantôme », jusqu’au 27 août Jeu de Paume.

Voir encore:

Culture

Ahlam Shibli au Jeu de paume : La critique contre la censure

Une série de photos d’Ahlam Shibli est accusée d’« apologie du terrorisme ». Analyse d’une œuvre qui travaille le thème de la disparition.

Christophe Kantcheff

27 juin 2013

Politis n° 1259

Quand des œuvres sont menacées de censure, est-il encore possible de les considérer d’un point de vue esthétique ? L’exercice critique reste-t-il pertinent ? Plus que jamais. Car la censure, toujours, nie les œuvres en tant que telles. Ceux qui par des pressions, comme celles exercées notamment par le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), ou par des actes violents (alertes à la bombe, menaces de mort…) tentent d’obtenir la fermeture de l’exposition consacrée actuellement à Ahlam Shibli au musée du Jeu de paume, à Paris, intitulée Foyers fantômes, n’ont pour la plupart pas vu les œuvres qu’ils incriminent. Quand bien même ce serait le cas, le simple fait que le Crif invoque la notion d’« apologie du terrorisme » à propos de ces photographies atteste de son aveuglement. Non qu’il y ait une approche des œuvres plus « objective » que d’autres. Mais la moindre des choses est de se rendre disponible pour les accueillir, de mettre à distance ses a priori et d’être attentif aux signes, aux images qui sont proposés. En outre, parce qu’il y a aveuglement, la voix de la censure est irrationnelle. Pour la contrer, le geste critique est nécessaire, qui s’efforce de produire un discours articulé.

Dans cette exposition, qui regroupe l’essentiel de l’œuvre photographique réalisée depuis une dizaine d’années par Ahlam Shibli, on voit des enfants polonais vivant en foyer (Dom Dziecka), des lesbiennes, des gays, des bi et des trans exilés (Eastern LGBT), des Arabes israéliens d’origine bédouine ayant intégré l’armée israélienne (Trackers), les marques du souvenir des combattants de la Seconde Guerre mondiale et des guerres coloniales (Trauma), et la manière dont sont utilisées, dans des intérieurs ou dans l’espace public, les images des combattants défunts de la cause palestinienne (Death).

Thématiquement, ce qui relie ces nombreux clichés n’a rien d’une évidence. Les fils sont parfois directs, d’autres fois souterrains ou métaphoriques. Ahlam Shibli travaille sur les manifestations de résistance à la disparition et à l’invisibilité. Les personnes concernées, ses « sujets », ont pour la plupart perdu leur foyer, au sens large : leur famille pour les enfants polonais ; leur pays réprimant ce qu’ils sont pour les personnes LGBT ; les Palestiniens, quant à eux, ont vu leur existence gommée et leur État nié ; tandis que certains résistants à l’Occupation allemande se sont retrouvés, quelques années plus tard, faisant partie du mauvais camp en Indochine ou en Algérie. En outre, l’exposition s’ouvre sur une série intitulée Self Portrait, où une fille et un garçon inventent une histoire dans le village où a grandi l’artiste (elle-même Arabe israélienne d’origine bédouine). Il s’agit là d’une reconstitution, ou d’une fiction autobiographique, qui rend visible un souvenir, une émotion, un « foyer intime ».

Dans la salle Death, qui pose problème aux censeurs, Ahlam Shibli a apposé un texte de présentation. On peut y lire : « Death montre plusieurs façons pour ceux qui sont absents de retrouver une présence, une “représentation” : combattants palestiniens tombés lors de la résistance armée aux incursions israéliennes, et victimes de l’armée israélienne tuées dans des circonstances diverses […] ; militants ayant mené des actions où ils étaient certains de laisser leur vie, entre autres les hommes et les femmes bardés d’explosifs qu’ils ont mis à feu pour assassiner des Israéliens […] ; et enfin prisonniers ». Face aux attaques, Ahlam Shibli a précisé : « Je ne suis pas une militante […]. Mon travail est de montrer, pas de dénoncer ni de juger. » Dans le communiqué du ministère de la Culture, censé soutenir l’artiste et l’institution du Jeu de paume, mais qui en réalité s’en dédouane, Aurélie Filippetti a cru bon d’interpréter cette phrase comme la revendication d’une « neutralité ». Erreur. Ahlam Shibli, comme tout artiste digne de ce nom, assume un point de vue. Celui-ci est présent dans toutes les salles de l’exposition, pas seulement dans Death. Mais ce point de vue est à hauteur des personnes photographiées. Il cherche à se fondre avec celui de ses sujets, à s’identifier au leur. Afin de montrer quels types de représentations ils se fabriquent, quelle forme d’être-ensemble, de visibilité dans le champ social ou de souvenirs ils élaborent. La photographe révèle ainsi une construction d’identité, à l’image de la série Self Portrait, mais qui dans ce cas s’applique à elle-même. Il s’agit, dans tous les cas, d’« histoires qu’on se raconte sur soi ». La dimension documentaire de son œuvre n’exclut donc pas l’imagination, ni même la fiction.

Certains clichés de Death sont particulièrement éloquents, surtout ceux où l’on voit des familles autour des effigies de leurs morts. Sur l’un d’eux, un garçon regarde son père avec amour et admiration. Sur un autre, la photo encadrée est époussetée par la sœur du défunt. Dans les maisons, ces portraits sont largement exposés sur les murs, les protagonistes souvent en situation : ce sont des saints guerriers, ou des « martyrs », comme les nomment les Palestiniens, dont la présence s’impose aux vivants.

Ahlam Shibli a photographié « de l’intérieur ». L’absence de prise de distance est consubstantielle à son projet artistique. C’est pourquoi l’accuser de reprendre à son compte le mot « martyrs » dans les cartels de la salle Death, sans guillemets, comme il le lui a été reproché, relève du faux procès. Mais l’usage des cartels à portée informative, plus développé dans cette salle que dans les autres, a tendance à affaiblir les images de leur charge narrative et même émotionnelle. Contrairement à ce que certains ont réclamé, c’est-à-dire une plus grande contextualisation des photographies, la force de l’œuvre d’Ahlam Shibli est de donner à voir sans filtre l’univers mental de dominés au cœur du chaos de l’histoire. Le scandale est de ne pas admettre que cette œuvre s’avère par là même, et sans provocation aucune, nécessairement scandaleuse.

Voir de plus:

Aurélie Philipetti : choisit le camp des fascistes de la Ligue de Défense Juive (LDJ)

Di-Léta

Mediapart

02 juillet 2013

Expo Jeu de Paume : le gouvernement encourage le terrorisme

Les personnes qui se sont déplacées hier dimanche pour visiter l’exposition d’Ahlam Shibli, au Musée du Jeu de Paume dans le Jardin des Tuileries à Paris, ont trouvé ses portes fermées, la LDJ ayant annoncé une « descente » sur le musée ce jour là !

Ainsi ce gouvernement de lâches, cette ministre de la Culture qui se couche quand les chiens du lobby israélien aboient, n’ont pas été en mesure de protéger l’accès à cette exposition ?

Nous ne payons pas assez d’impôts pour que la culture soit respectée ? Ou bien s’agit-il de faire plaisir au CRIF et consorts ? Ou encore M. Valls et Mme Philipetti ont peur des bandes armées de la LDJ ? Alors qu’ils les interdisent !

C’est une honte !

Alors, la LDJ n’a qu’à annoncer un « raid » tous les jours, et on fermera le musée définitivement ?

Et quand on pense que ce sont des militants de la liberté et des droits de l’homme que le gouvernement poursuit en justice pour « entrave » quand nous nous contentions de distribuer pacifiquement des tracts aux consommateurs pour expliquer pourquoi il n’est pas éthique d’acheter des produits de l’occupant israélien !

C’est assez incroyable.

Le gouvernement français est minable : il encourage le terrorisme, l’intimidation et les menaces de ceux qui provoquent des alertes à la bombe, envoient des menaces de mort et harcèlent la direction du musée.

Nous rappelons que l’exposition de la photographe palestinienne Ahlam Shibli esrt exposée au Musée du Jeu de Paume à Paris jusqu’au 1er septembre, que c’est une exposition magnifique et très instructive, et qu’il faut aller la voir !

Nous sommes allés visiter cette exposition, et nous en sommes revenus bouleversés. Elle est passionnante et non réservée à des militants. Les visiteurs de tous âges et de tous milieux qui en prenaient connaissance, et profitaient des explications très intéressantes de la guide du Musée, n’ont pas émis la moindre critique, n’ont pas été choqués par une seule photographie. Ils étaient au contraire favorablement impressionnés par la beauté des photos,les réflexions et interrogations qu’elles suscitent sur divers problèmes, dont :

celui de l’exil et de la notion de foyer. Toujours intéressée par les précarités, les déracinements, les transplantations, Ahlam Shibli nous présente, dans la série « Maison d’enfants » des orphelins ou enfants abandonnés polonais qui recréent là un monde à eux. Elle traite par ailleurs des homosexuels hommes et femmes qui ont dû fuir leurs pays, le plus souvent musulmans, où ils ne pouvaient assumer leurs choix de vie.

la résistance à l’occupation pendant la deuxième guerre mondiale et l’engagement dans des luttes de conquêtes coloniales, par les mêmes personnes, en Corrèze, avec des lieux célébrant les deux à la fois et au même endroit !

et la manière dont les Palestiniens tentent de conserver leur dignité, qu’ils soient en prison ou dans des camps de réfugiés à Naplouse, sous occupation. Comment ils tentent, au milieu de la mort constamment présente, et de la négation de leur histoire, de leur liberté, de conserver la mémoire de leurs proches, ces martyrs tués en combattant l’armée d’occupation, à un check-point, ou en commettant des attentats suicide, signes d’un désespoir tel que leur vie ne leur semblait plus présenter la moindre utilité.

Rappelons que cette très belle expo vient de Barcelone où nul n’a tenté de la censurer, et elle va au Portugal cet automne, où, très probablement, nul ne le fera.

Les visiteurs normalement constitués, et surtout honnêtes, comprennent bien que le travail d’Ahlam Shibli est, non pas une apologie du terrorisme comme le lobby israélien voudrait le faire croire, mais une réflexion sur la manière dont les hommes réagissent face à l’absence ou à la destruction de leur foyer, et s’adaptent aux contraintes qui en résultent.

AGIR :

Il faut impérativement dire à notre ministre de la Culture ce que nous dénonçons sa complaisance vis à vis des terroristes, de ceux qui n’ont qu’une seule culture, celle de la violence et de l’intolérance :

ET QUE NOUS REFUSONS QUE CES TERRORISTES EMPÊCHENT L’OUVERTURE DU MUSEE, CE QUI EST UN SCANDALE !

Aurélie Philipetti : sp.ministre@culture.gouv.fr

CAPJPO-EuroPalestine : http://www.europalestine.com/spip.php?article8376

Voir également:

Ahlam Shibli: quand les terroristes deviennent des martyrs

La photographe palestinienne est exposée au Jeu de Paume. En filigrane de son travail, on peut lire un discours pro-palestinien qui excuse étonnamment le terrorisme. Voire le justifie. Voire le magnifie.

Slate.fr
11/06/2013
Ahlam Shibli, Sans titre (Death n° 48 ), Palestine, 2011-2012 / Jeu de Paume

MIS A JOUR LE 13/06 AVEC LA REACTION DU JEU DE PAUME

Au Jeu de Paume, à Paris, plusieurs expositions en cours. L’une d’elles est de la photographe palestinienne Ahlam Shibli: Foyer Fantôme. L’artiste aborde «les contradictions inhérentes à la notion de foyer», explique le musée.

Pour aborder ces contradictions, six séries photos parlent de déracinement, de déplacement, de spoliation. Des portraits d’homosexuels ou de transgenres contraints de quitter leurs foyers au Pakistan ou au Liban pour vivre leur sexualité comme ils l’entendent, des enfants grandissant dans des orphelinats en Pologne. Ahlam Shibli met tous ces parias sur ses images et ils sont soudain dans un chez-soi, inclus dans un ensemble.

Mais en filigrane, se dessine dans Foyer Fantôme une autre logique. Un discours pro-palestinien qui excuse étonnamment le terrorisme. Voire le justifie. Voire le magnifie.

Dès la série Trackers, quelque chose de complexe se dessine. Le texte d’introduction de la série est le suivant:

«Série réalisée en 2005, porte sur les Palestiniens d’origine bédouine qui ont servi ou servent encore comme volontaires de l’armée israélienne. Ce projet s’interroge sur le prix qu’une minorité colonisée est obligée de payer à une majorité. Composée de colons, peut-être pour se faire accepter, peut-être pour changer d’identité, peut-être pour survivre, peut-être aussi pour toutes ces raisons et pour d’autres encore.»

Les photos montrent des Palestiniens déracinés, peut-être, mais surtout contraints ou traîtres. Comme sur ces trois portraits, accrochés les uns au-dessus des autres. Les deux premiers ont les lèvres entrouvertes, comme quand on reprend douloureusement son souffle. Les trois ont de la peinture sur le visage, comme travestis contre leur gré. Changés en autres, prostitués.

Death

Mais c’est la série finale, Death, qui choque. Le Jeu de Paume a mis un petit carton dans la salle pour prévenir que les textes étaient de la photographe, comme une prise de distance. La photographe, donc, est celle qui écrit le texte d’introduction de la série:

«Ce travail porte sur la demande de reconnaissance née de la deuxième Intifada, le soulèvement palestinien contre la puissance coloniale dans les territoires occupés par Israël depuis 1967. La deuxième Intifada, qui a duré de 2000 à 2005, a fait plusieurs milliers de morts dans le camp palestinien.

Death montre plusieurs façons pour ceux qui sont absents de retrouver une présence, une représentation: combattants palestiniens, tombés lors de la résistance armée aux incursions israéliennes, et victimes de l’armée israélienne tuées dans des circonstances diverses (chahid et chahida); militants ayant mené des actions où ils étaient certains de laisser leur vie, entre autre les hommes et les femmes bardés d’explosifs qu’ils ont mis à feu pour assassiner les Israéliens (istichhadi et istichhadiya); et enfin prisonniers. Les premiers sont morts, les derniers vivants, condamnés à la prison pour le reste de leurs jours ou presque.

Ces représentations font de toute personne ayant perdu la vie par suite de l’occupation israélienne en Palestine un martyr.

Death se limite à quelques moyens de représentations des martyrs et des détenus (…) Toutes ces formes de représentations émanent des familles, des amis et des associations de combattants.»


Ahlam Shibli, Sans titre (Death n° 47), Palestine, 2011-2012, Camp de réfugiés de Balata, 7 mars 2012[1]

Représentations

Ce sont des «représentations», la photographe le dit bien. Ahlam Shibli montre, photographies alignées, des affiches faisant l’apologie de ces «martyrs» sur les murs de camps de réfugiés de Balata, sur ceux de la ville de Naplouse. Des hommes avec des poses de Rambo mais ayant tué pour de vrai.

D’autres images montrent des foyers, murs tapis de photos à l’effigie des «martyrs» disparus: terroristes s’étant fait sauter. Ils sont fascinants ces foyers-mausolées.


Ahlam Shibli, Sans titre (Death n° 33), Palestine, 2011-2012 © Ahlam Shibli

Cette série montre un monde fascinant où les terroristes sont adulés. Elle montre comment les images suppléent au discours et gardent vivants des morts pour que la force de leurs actions persiste. Elle pourrait montrer la façon dont un discours peut être renversé, une idéologie servie, des terroristes présentés en héros.

Mais ces «représentations» sont livrées sans distance, sans regard de biais. Sans critique. Dans les légendes, les terroristes sont décrits en martyrs, en combattants, en victimes. Pour la photo ci-dessus, la légende dit:

«Photos du martyr Khalil Marchoud qu’est en train d’épousseter sa sœur dans le séjour de la maison familiale. Sur l’affiche, cadeau des Brigades Abu Ali Mustafa, il est présenté comme le secrétaire général des Brigades des martyrs d’al-Aqsa à Balata.»

En mettant sur le même plan ces terroristes et les personnages des autres séries, victimes de régimes homophobes, d’occupants nazis en France, orphelins abandonnés, ces terroristes sont assimilés aux victimes. Dans cette région du monde où la propagande est si violente, l’artiste semble avoir été contaminée par le discours iconographique abêtissant. Et le Jeu de Paume, qui aurait pu se servir de ce travail pour montrer et la réalité et son travestissement en images, aussi.

Colère

Le Crif s’est ému de cette exposition. Une première fois, précisant dans un communiqué que l’exposition faisait «l’apologie du terrorisme»:

«Ces gens sont pour la plupart membres des Brigades d’al-Aqsa, Issal-dinal-Qassam et du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), considérées comme des organisations terroristes par le Conseil de l’Union européenne»

Puis une seconde:

«Il s’agit d’éviter à tout prix de rappeler le contexte historique et les drames qui ont été occasionnés par ces multiples attentats. Combien de bus israéliens éventrés? Combien de magasins ou de restaurants israéliens calcinés? Combien d’enfants israéliens assassinés? Combien de rues déchiquetées?»

La polémique a voyagé jusqu’en Israël, dont l’ambassade à Paris est allée voir l’exposition et a «décidé de saisir les autorités pour leur demander des explications».

Ce mardi, le Jeu de Paume était un peu embarrassé par l’affaire. Marta Gili, directrice du Jeu de Paume et commissaire de l’exposition, n’avait pas le temps de parler à la presse. Mais elle revenait du ministère de la Culture où une stratégie devait se décider.

Mercredi, un communiqué était envoyé aux rédactions:

«Le Jeu de Paume réfute fermement les accusations d’apologie du terrorisme ou de complaisance à l’égard de celui-ci, et portera plainte contre toutes les personnes lui adressant des menaces.

Ahlam Shibli, artiste internationalement reconnue, propose une réflexion critique sur la manière dont les hommes et les femmes réagissent face à la privation de leur foyer qui les conduit à se construire, coûte que coûte, des lieux d’appartenance.

Dans la série Death, conçue spécialement pour cette rétrospective, l’artiste Ahlam Shibli présente un travail sur les images qui ne constitue ni de la propagande ni une apol ogie du terrorisme, contrairement à ce que certains messages que le Jeu de Paume a reçus laissent entendre. Comme l’artiste l’explique elle-même : "Je ne suis pas une militante [...] Mon travail est de montrer, pas de dénoncer ni de juger".

Death explore la manière dont des Palestiniens disparus – "martyrs", selon les termes repris par l’artiste – sont représentés dans les espaces publics et privés (affiches et graffitis dans les rues, inscriptions sur les tombes, autels et souvenirs dans les foyers…) et retrouvent ainsi une présence dans leur communauté.»

C.P.

[1] Légende complète de l’image telle qu’affichée au Jeu de Paume: «Mémorial du martyr Hamouda Chtewei aménagé devant la maison familiale. Au mur, une peinture du martyr, enveloppé des couleurs palestiniennes, dans sa tombe, sur laquelle poussent des oliviers; au-dessus, un portrait de lui. Les mémoriaux de ce genre sont souvent décorés de plantes et d’arbres pour symboliser la vie qui continue. Ici, il s’agit d’un figuier. En haut, au balcon, la famille a accroché une affiche de Chtewei où l’on lit: “Beaucoup ont une arme, mais peu la portent jusqu’à la poitrine de l’ennemi.” Chtewei était un combattant qui figurait sur la liste des personnes recherchées par Israël. Après avoir échappé à plusieurs tentatives d’assassinat, il a été tué dans ce camp le 22 février 2006 lors d’un accrochage avec l’armée israélienne. Courtesy de l’artiste, © Ahlam Shibli.»

Voir aussi:

Le parti-pris du Musée du jeu de Paume

Marc Knobel

CRIF

11 Juin 2013

Dans un long article publié le 10 juin 2013, France 24 (1) revient sur l’exposition de photographies qui provoque la polémique, puisque le CRIF à ce sujet a parlé « d’apologie du terrorisme » (2) : la série prise par la Palestinienne Ahlam Shibli, exposée au Musée du jeu de Paume, à Paris depuis le 28 mai. 

Cet ensemble s’intitule Death. Rappelons ici que Shibli veut montrer « quelques moyens de représentation des martyrs et des détenus » dans Naplouse et comment les familles ou la société palestinienne entretiennent la mémoire des terroristes qui ont été tués lors d’attentats-suicide perpétrés en Israël. Mais, ce qui est incroyable dans cet article, c’est la réaction du Musée. Hallucinant.

Selon France 24, le musée du Jeu de Paume souhaite rester discret sur le sujet, pour ne pas alimenter davantage la polémique. Le Musée spécifie cependant que les légendes ont été rédigées entièrement par Ahlam Shibli, à la demande de l’artiste, et qu’elles font partie intégrante de l’œuvre. Étrange commentaire. D’abord, on comprend que les commissaires du Musée soient embarrassés. Et pour cause, on le serait à moins. Par ailleurs, comment aurait-il été possible que le Musée rédige les légendes ? Le scandale eut été encore plus grand. Bref, ce n’est pas une explication. Tout juste, un tour de passe-passe. Le musée rappelle qu’un texte de présentation, rédigé par les commissaires de l’exposition, remet ces photographies et ces légendes en contexte, selon France 24. La photographie d’Ahlam « suspend l’autonomie de l’image et fait basculer celle-ci dans un régime qui ne l’utilise plus dans un but informatif », estiment ainsi les commissaires. Le travail de la photographe « évite une obsession historique propre à ce médium, celle de fournir des preuves à tout prix. Ses images refusent d’expliquer le conflit ».

Les commissaires font siennes les explications tordues de la photographe palestinienne. Car il s’agit d’éviter à tout prix de rappeler le contexte historique et les drames qui ont été occasionnés par ces multiples attentats. Combien de bus israéliens éventrés ? Combien de magasins ou de restaurants israéliens calcinés ? Combien d’enfants israéliens assassinés ? Combien de rues déchiquetées ? Le commentaire des commissaires est invraisemblable. Il faut « éviter une obsession historique », disent-ils. Par contre, il ne faut (surtout) pas éviter de faire l’apologie de ces terroristes, terroristes glorifiés par la société palestinienne, rappelons-le ici. Ce sont des « martyrs », qui ont été tués en témoignage de leur foi ou de leur cause, selon Shibli. Une cause sacralisée par cette photographe. Et les kamikazes se trouvent donc légitimés, les attentats sont justifiés, les victimes sont oubliées. Et cette soi-disant « œuvre » n’est qu’une « œuvre » de basse propagande.

L’art peut interpeller et être subversif. Il questionne en Israël aussi. Mais l’exposition au Musée du Jeu de Paume ne répond pas à ces critères. Cette série de photographie est une entreprise de propagande peu conforme à la neutralité d’un établissement public et culturel.

Notes :

1.http://www.france24.com/fr/20130610-exposition-paris-photos-martyrs-palestiniens-polemique-ahlam-shibli-musee-jeu-paume-crif

2.http://www.crif.org/fr/lecrifenaction/une-exposition-inacceptable-au-mus%C3%A9e-du-jeu-de-paume/37353

Voir également:

Ahlam Shibli

American Art

5/20/13

MACBA

Kim Bradley

Barcelona

Ahlam Shibli’s first major retrospective, "Phantom Home," featured nine series of her documentary-style photographs, dating from 2000 to 2012. For Shibli, who was born in Galilee in 1970 and lives in Haifa, the concept of home is multilayered, encompassing one’s family home, one’s homeland and one’s body.

A Palestinian of Bedouin descent, Shibli has often focused on her homeland. All her projects involve months of investigation as well as direct contact with her subjects. The mostly black-and-white photos in "Goter" (2002-03) were taken in two types of areas where Bedouin families live: villages that they’ve inhabited for centuries but are unrecognized by the Israeli government, and "recognized" townships set up by the government. The images show barren, rocky terrains and desolate, flat landscapes, sometimes with a solitary building in the distance. Occasionally, people appear: we see children playing in dirt berms, and a family going about daily tasks in a simple home. The viewer cannot easily tell the types of villages apart; in both, a sense of desolation and impermanence prevails.

Shibli’s interest in the body as home led to "Eastern LGBT" (2004/2006), a group of works portraying the lives of lesbian, gay, bisexual and transgender Eastern Europeans who have fled the repression in their countries to live more freely in Tel Aviv, Barcelona, London and Zurich. One photo features a lone man adjusting his slinky red belly-dancing outfit in an empty concrete hallway. Others depict expats helping each other dress up for a night out.

Without question, Shibli’s new series, "Death" (2011-12), commissioned by the three museums co-hosting her retrospective (MACBA, the Jeu de Paume, Paris, and the Museu de Arte Contemporânea de Serralves, Porto), is her most ambitious and difficult work to date. It provides an in-depth study of commemorative images of Palestinian martyrs in the city of Nablus, a bastion of Palestinian resistance during the Second Intifada (2000-05). A martyr in these circumstances is any Palestinian killed due to the Israeli occupation, including soldiers who died in confrontations with Israeli forces, civilians killed in Israeli attacks and suicide bombers who carried out attacks in Israel.

Shibli sought out the families and friends of these people as well as contacted martyr support associations. The resulting 68 medium and large color prints present posters, murals, banners, paintings, photographs and graffiti of some of the most revered martyrs in Nablus (such as the first Palestinian woman to carry out a suicide bombing in Israel). The subjects are typically shown brandishing a weapon, with backgrounds that include patriotic decorative elements like the Palestinian flag and handwritten exaltations.

In the public spaces of Nablus, a cult of martyrdom seems omnipresent. Commemorations are seen on concrete walls pockmarked by bullet holes, or in the shabby interiors of cafes. Large, framed pictures of prominent martyrs are mounted on metal structures above the crumbling entrance of an oft-visited cemetery. Shibli provides lengthy descriptive captions for each photograph (available at MACBA as printed gallery notes), indicating details about the people pictured.

Perhaps the most disturbing photos are the ones taken in the intimacy of family homes, such as Untitled (Death, no. 37), in which a living room is dominated by a painting of Kayed Abu Mustafá (aka Mikere), a grim-faced young man with his finger on the trigger of an assault rifle. Mikere’s son looks up at the portrait of his father with pride, as his mother, daughter and young nephew sit nearby.

Shibli’s "Death" series seems to be the culmination of many years of reflecting on her homeland. She has probed deeply into the devastating impact that the frustrated quest for a home has had, and presents a terrifying portrait of a place where a continuing cult of martyrdom—and terrorism—appears inevitable. This viewer wonders if the questions that "Death" poses are best served by its presentation in the rarefied context of a contemporary art museum.

"Phantom Home" travels to the Jeu de Paume, Paris, May 28- Sept. 1, and the Museu de Arte Contemporânea de Serralves, Porto, Portugal, October 2013-February 2014.

Voir de même:

Martha Rosler: Bringing the War Home

the remains of the web

 04/09/2012

For a long time Martha Rosler was con­sid­ered to be an “under­ground artist”, as she pio­neered using dif­fer­ent media and com­bin­ing them.

Her work fre­quently con­trasts the domes­tic lives of women with inter­na­tional war, repres­sion and pol­i­tics, and pays close atten­tion to the mass media and archi­tec­tural structures.

Over the last 40 years she has com­mit­ted to an art that engages a pub­lic beyond the con­fines of the art world, Rosler inves­ti­gates how socioe­co­nomic real­i­ties and polit­i­cal ide­olo­gies dom­i­nate ordi­nary life. Rosler uses a vari­ety of medi­ums, but her most rec­og­niz­able medium is photo-collage and photo-text. She also works cre­ates video instal­la­tions and per­for­mance art.

We think of pho­tomon­tage works by the Ger­mans of the 1920s (John Heart­field and Han­nah Hoch) we also recall the Sit­u­a­tion­ists in France who, as part of their attack on the “spec­ta­cle” of media-capitalism, altered comic strips and advertisements.

In the 1960s she made pho­tomon­tages that protested the Viet­nam War and the objec­ti­fi­ca­tion of women. Dur­ing the 1970s she became known for her videos — some quite hilar­i­ous — that cri­tiqued female social roles.

She began mak­ing polit­i­cal pho­tomon­tages to protest the Viet­nam War, and reac­ti­vated the project dur­ing the 2004 pres­i­den­tial elec­tion, in response to the Iraq war. They are com­pos­ites con­structed from the incon­gru­ous pho­tographs com­monly found cheek by jowl in com­mer­cial news media: adver­tis­ing images of ide­al­ized Amer­i­can homes con­joined with com­bat scenes from overseas.

The ear­lier series, made from about 1967 to 1972, brought the war home; she intro­duced Viet­namese refugees and Amer­i­can troops into images of sub­ur­ban liv­ing rooms. The pieces were intended to be pho­to­copied and passed around at anti­war ral­lies in New York and Cal­i­for­nia, where Ms. Rosler, a Brook­lyn native, lived on and off through­out the 1970s.

The pho­tomon­tages of the 2000s dif­fer in that they are large, vibrantly col­ored, dig­i­tally printed and hung in a com­mer­cial gallery. In them Ms. Rosler often col­lages Amer­i­cans onto scenes from Iraq and Afghanistan.

Ini­tially Ms. Rosler felt some trep­i­da­tion about reviv­ing the project. “The down­side was that peo­ple could say, ‘She’s revis­it­ing some­thing she did 30 years ago,’ ” she said. “But I thought that actu­ally was a plus, because I wanted to make the point that with all the dif­fer­ences, this is exactly the same sce­nario. We haven’t advanced at all in the way we go to war.”, “Tout la change, tout la même chose.” — Martha Rosler, on “Bring­ing the War Home: House Beautiful”.

Martha Rosler teaches at the Mason Gross School of the Arts at Rut­gers Uni­ver­sity and the Städelschule in Frankfurt

Voir enfin:

Le Jeu de Paume répond aux accusations qui lui sont faites à propos de l’exposition de l’artiste palestinienne Ahlam Shibli

Le Jeu de Paume qui veille, depuis sa création, à promouvoir la pluralité des expressions artistiques autour de l’image sous toutes ses formes, regrette la polémique naissante autour de l’exposition "Foyer Fantôme" de l’artiste Ahlam Shibli.

Ces derniers jours, l’institution a reçu de nombreux messages de protestation à propos de cette exposition et plus particulièrement de l’une des séries présentées, intitulée Death.

Le Jeu de Paume réfute fermement les accusations d’apologie du terrorisme ou de complaisance à l’égard de celui-ci, et portera plainte contre toutes les personnes lui adressant des menaces.

Ahlam Shibli, artiste internationalement reconnue, propose une réflexion critique sur la manière dont les hommes et les femmes réagissent face à la privation de leur foyer qui les conduit à se construire, coûte que coûte, des lieux d’appartenance.

Dans la série Death, conçue spécialement pour cette rétrospective, l’artiste Ahlam Shibli présente un travail sur les images qui ne constitue ni de la propagande ni une apologie du terrorisme, contrairement à ce que certains messages que le Jeu de Paume a reçus laissent entendre. Comme l’artiste l’explique elle-même : "Je ne suis pas une militante [...] Mon travail est de montrer, pas de dénoncer ni de juger".

Death explore la manière dont des Palestiniens disparus — "martyrs", selon les termes repris par l’artiste — sont représentés dans les espaces publics et privés (affiches et graffitis dans les rues, inscriptions sur les tombes, autels et souvenirs dans les foyers…) et retrouvent ainsi une présence dans leur communauté.

L’exposition monographique réunit cinq autres séries de l’artiste questionnant les contradictions inhérentes à la notion de "chez soi" dans différents contextes : celui de la société palestinienne, mais aussi des communautés d’enfants recueillis dans les orphelinats polonais, des commémorations de soulèvements de la Résistance contre les nazis à Tulle (Corrèze) et des guerres coloniales en Indochine et en Algérie, ou encore des ressortissants des pays orientaux qui ont quitté leur pays afin de vivre librement leur orientation sexuelle.

La plupart de ces photographies sont accompagnées de légendes écrites par l’artiste, inséparables des images, qui les situent dans un temps et un lieu précis. Des mesures ont été prises par le Jeu de Paume pour le rappeler aux visiteurs.

La rétrospective dédiée à Ahlam Shibli s’inscrit dans la volonté de montrer de nouvelles pratiques de la photographie documentaire, après les expositions consacrées à Sophie Ristelhueber (2009), Bruno Serralongue (2010) ou Santu Mofokeng (2011). La programmation du Jeu de Paume a pour objectif de s’interroger de façon critique sur les différentes formes de représentation des sociétés contemporaines et, dans cette démarche, revendique la liberté d’expression des artistes.

Le Jeu de Paume ne souhaite pas esquiver le débat ni passer sous silence l’émoi que l’exposition suscite auprès d’un certain nombre de personnes, bien au contraire, il invite chacun à la découvrir sereinement.

Après le MACBA de Barcelone (25 janvier-28 avril 2013) et avant la Fondation Serralves de Porto (15 novembre 2013-9 février 2014), tous deux coproducteurs, le Jeu de Paume présente, pour la première fois en France, l’œuvre de l’artiste palestinienne Ahlam Shibli avec l’exposition "Foyer Fantôme", du 27 mai au 1er septembre 2013.


Mariage pour tous: Les léopards font maintenant partie de la cérémonie (Moneychangers back in the temple as Tel Aviv redefines itself as gay capital of the world)

27 juin, 2013
http://artprintnexus.com/images/ARI/jpgs/A1400A.jpgDry Bones,cartoon,Israel, gays, Gay Pride, homosexual, lesbian, same sex, Marriage, France, Middle East, Tel Aviv, ,   Le roi Belschatsar donna un grand festin à ses grands au nombre de mille et (…) on apporta les vases d’or qui avaient été enlevés du temple, de la maison de Dieu à Jérusalem; et le roi et ses grands, ses femmes et ses concubines, s’en servirent pour boire.(…) En ce moment, apparurent les doigts d’une main d’homme, et ils écrivirent, en face du chandelier, sur la chaux de la muraille du palais royal. Le roi vit cette extrémité de main qui écrivait. Alors le roi changea de couleur, et ses pensées le troublèrent; les jointures de ses reins se relâchèrent, et ses genoux se heurtèrent l’un contre l’autre. (…) Voici l’écriture qui a été tracée: Compté, compté, pesé, et divisé. Et voici l’explication de ces mots. Compté: Dieu a compté ton règne, et y a mis fin. Pesé: Tu as été pesé dans la balance, et tu as été trouvé léger. Divisé: Ton royaume sera divisé, et donne aux Mèdes et aux Perses. Daniel 5: 1-28
Des léopards font irruption dans le temple et vident la coupe du sacrifice ; cela se répète toujours ; au bout du compte, on peut le prévoir, et cela devient une partie de la cérémonie. Franz Kafka (1917)
Leopards in the temple, strange to see them there, drinking from the holy chalice, left the pulpit bare. Carleen Anderson
Ces gens sont si fiers, si confiants, si joyeux. Parce qu’ils sont maîtres de la rue, ils s’imaginent qu’ils sont maîtres du monde. En réalité, il se trompent bel et bien. Il y a déjà derrière eux les secrétaires, les permanents, les politiciens, tous ces sultans des temps modernes, auxquels ils fraient la voie qui mène au pouvoir. (…) Je la vois, cette puissance des masses : elle est informe et paraît indomptable, et elle n’a de cesse qu’elle ne soit domptée et formée. Au terme de toute évolution vraiment révolutionnaire, il surgit un Napoléon Bonaparte. (…) Plus une inondation s’étend, moins son eau est profonde et plus elle est trouble. La révolution s’évapore et il ne reste que la vase d’une nouvelle bureaucratie. Les chaînes de l’humanité torturée sont faites de paperasse." Kafka (commentant le passage d’un cortège d’ouvriers se rendant à un meeting, drapeaux et bannières au vent)
Le Château n’est autre que l’image de la servitude consensuelle ; une image géniale qui dépasse son objet mais qui reste ce qu’elle est : une image de la servitude consensuelle. Tous les habitants de l’Europe de l’Est le savent parfaitement, et ils le taisent avec horreur, ils répètent après l’Occident (qui ne comprend pas le roman) que Le Château est un truc transcendant, tout en voyant avec effarement que c’est le reflet exact de la vie en Europe de l’Est, l’image de la servitude consensuelle. Imre Kertész
J’applaudis la décision de la Cour suprême (…). Il s’agissait d’une discrimination inscrite dans la loi. La Cour suprême a corrigé une injustice et notre pays s’en porte mieux. Obama
Je suis pour le mariage homosexuel parce que les homosexuels ont été au cours des siècles torturés, brûlés, déportés, emprisonnés et que l’on a une forme de dette envers eux. (…) Je suis pour le mariage homosexuel même si je sais qu’il y a beaucoup de braves gens qui manifestent contre parce que je suis sûr qu’il y avait aussi beaucoup de braves gens qui manifestaient contre l’avortement, contre la pilule et qui peut être à la révolution s’étonnaient qu’on puisse accorder aux Juifs les droits de citoyens et qu’aujourd’hui toutes ces réformes semblent aller de soi. Arno Klarsfeld
Tel-Aviv est une ville pluraliste qui défend les droits des homosexuels. Lorsque nous avons appris qu’un couple d’homosexuels s’était marié en France, nous avons pensé qu’il n’y aurait rien de plus romantique et approprié à l’occasion que de les inviter à passer leur lune de miel à Tel-Aviv pendant la Gay Pride. Mira Marcus (chargée de la communication internationale pour la mairie de Tel Aviv)
Depuis le recul de l’AIPAC, qui avait misé sur les organisations évangéliques aux USA, le mouvement sioniste tente de récupérer les gays pour en faire la base de son lobbying. Réseau Voltaire
Il y a décidemment une volonté manifeste et malsaine, de vouloir imposer l’homosexualité comme la nouvelle norme en Europe. Au nom du fameux principe d’égalité, la République Française vient à son tour d’imposer à sa population, une loi autorisant le mariage des personnes inverties et bientôt leur adoption d’enfants, imitant artificiellement le modèle de la famille traditionnelle et naturelle. Sitôt entérinée, le premier « mariage » a été célébré dans la ville de Montpellier dont sa mairesse, à l’image de la majorité socialiste à laquelle elle appartient, peine à trouver des solutions au marasme général et inflige donc à sa population, des animations sociétales moins coûteuses. Enfin, en apparence seulement, si l’on en juge par la débauche de moyens réunis par la commune, et donc à la charge des contribuables, pour unir deux agents municipaux en présence de personnalités comme Najat Valaux-Belkacem, sensées conférer à l’événement un caractère historique, comparable au sacre des Rois de France ou de la Révolution de 1789, si l’on en croit le traitement caricatural des journalistes français. Le voyage préalable de la porte-parole du gouvernement à Rouen pour rendre hommage soi-disant à sainte Jeanne-d’Arc, ne permet cependant pas de comparer ce non-évènement avec le sacre de Charles VII. D’acceptée, l’homosexualité devient promulguée. Cette parodie de mariage fait suite à la récompense délivrée par le jury de Cannes et son président américain Steven Spielberg, à un film mettant en scène les amours passionnées entre deux jeunes femmes. Film soi-disant transgressif, qui fait l’apologie de la pédophilie entre une jeune adulte et une mineure. Une histoire qui n’est pas si éloignée d’un sordide fait divers survenu dans le Nord de la France. Une enseignante de collège classé en zone d’éducation prioritaire, professeur d’anglais a entretenu une liaison pendant deux ans avec une élève de 12 ans issue d’une famille monoparentale, avant que la mère de cette dernière ne l’apprenne et ne dépose plainte. A en croire certain, normal pour un prof de langues à la pédagogie « innovante » et qui « aimait ses élèves » selon ses collègues. Pour d’autre, Normal qu’un enfant déboussolé reçoive l’Amour auquel il a "droit". C’est peut-être cette "normalité" qui devient la plus dérangeante. Un nouvel ordre moral s’impose en Hollandie. Encore quelques années et quelques manigances de certains lobbies et elle sera certainement sacralisée comme une figure de la néo-religion égalitaire. D’exemple, la France est devenue le contre-exemple pour de nombreux peuples qui n’entendent pas la suivre dans son suicide civilisationnel. On a les saintes que l’on mérite : un professeur pédophile et homosexuelle ou une jeune vierge combattante se sacrifiant pour sa patrie. A la jeune génération qui se dresse de faire le choix. Prorussia

Quand les léopards ouvrent la voie à la servitude consensuelle …

En ces temps étranges  où, prise à son tour dans le pinkwashing ambiant après le Golfeur en chef, la Cour suprême américaine ajoute sa petite pierre à l’aberration pour tous érigée en nouvelle vertu universelle …

Et où au lendemain du vote de la loi du "mariage pour tous" français et semblant confirmer les pires soupçons du nouvel antisémitisme rose

Tel Aviv en accueille, tous frais payés à l’occasion du 20e anniversaire de sa Gay Pride, les premiers bénéficiaires …

Comment, tout en se réjouissant de l’incroyable degré de liberté que cela évidemment suppose, ne pas repenser avec le site Catholic online …

Aux fameux léopards de Kafka qui à force de s’introduire dans le temple s’en sont intégrés à la cérémonie ?

Mais aussi à ses avertissements prophétiques sur ces maîtres de la rue qui s’imaginent maîtres du monde …

Alors qu’ils ne font en fait que frayer la voie à la servitude consensuelle et aux chaines d’un nouvel ordre moral ?

Money Changers in the Temple: Tel Aviv redefines itself as Gay Capital of the World

Catholic Online

6/12/2013

First gay couple from France treated as celebrities in Tel Aviv.

Just over a week ago, the first homosexual couple in France visited Tel Aviv, Israel. Followed by the media, and invited to gay pride events in the city, they have become part of Tel Aviv’s marketing towards homosexual tourists.

TEL AVIV, ISRAEL (Catholic Online) – Just over a week ago, François Hollande signed a law which utterly destroyed the concept of marriage as it was known in France since medieval times. Under the law, two individuals of the same sex may now call themselves "married."

Vincent Autin, 40, and Bruno Boileau, 29, were the first homosexual couple to get married under the new law. For their honeymoon, they visited Israel.

The media followed the couple as though they were celebrities. They were invited to the opening event of Tel Aviv’s Gay Pride Month. In honor of the event, the pillars on the Old City Hall were lit up in rainbow colors with trance music blaring from speakers.

Cities around the world are beginning to realize that there is a lot of money to be made catering to homosexuals. Now in a twist of irony, a city in the holiest land in the world, is tweaking its image to attract gays and lesbians from around the globe.

The defilement of the Old City Hall, and the appointment of two Frenchmen as honorary Gay Pride ambassadors, shows that the money changers have returned to the Temple. In fact, Tel Aviv is often referred to as the "global gay capital."

The couple told reporters they were invited to the city, despite the fact that Israel itself retains as lawful the only true definition of marriage, which is between one man and one woman. Nonetheless, the city is cashing in on sweeping gains made by the small, yet extraordinarily militant and vocal, homosexual equivalency movement.

The attitude seems to be "if you can’t beat them, join them." Certainly there is money to be made from catering to that segment.

Conversely, cities and states that resist the redefinition of marriage by a militant minority, risk being villainized and labeled as "intolerant." This, for simply refusing others the moral excess of redefining words to mean whatever is convenient for themselves.

Franz Kafka once wrote a cautionary parable about this sort of thing entitled, "Leopards in the Temple."

"Leopards break into the temple and drink to the dregs what is in the sacrificial pitchers; this is repeated over and over again; finally it can be calculated in advance, and it becomes a part of the ceremony," Kafka wrote.

With the conversion of Tel Aviv into the "gay capital of the world" we can see the fulfillment of Kafka’s prophetic warning.

Voir aussi:

Les premiers mariés homosexuels français convolent à Tel Aviv

Nathalie Hamou

Fait religieux

07.06.2013

Officiellement, il ne s’agit pas de leur voyage de noces. Mais cela y ressemble un peu quand même. Près d’une semaine après leur très médiatique union, le 29 mai à Montpellier, Vincent Autin et Bruno Boileau, premier couple homosexuel marié de France, ont atterri hier soir en Israël, répondant à l’invitation de la mairie de Tel Aviv et de l’agence de tourisme Tel Aviv Global tourism. « Nous avons reçu cette invitation très surprenante et spontanée il y a quatre jours. Seules deux villes ont eu l’idée de nous inviter (NDLR : tous frais payés) à venir assister à leur "gay pride", compte tenu de l’importance symbolique de notre union : Tel Aviv et Rome. Nous n’avons pas encore pris notre décision concernant la Gay pride de la capitale italienne, qui se tiendra le 15 juin prochain. Mais une chose est sûre : à Rome, la communauté gay et lesbienne ne bénéfice de presque aucun droit », confiait ce matin le responsable associatif, Vincent Autin, à Fait-religieux.com.

« Il est important à nos yeux de manifester notre engagement dans d’autres pays »

Hébergés par l’ambassadeur de France en Israël, Christophe Bigot, dans sa résidence de Jaffa, les époux sont les invités d’honneur de la 20e « Gay pride » de Tel Aviv, qui se tient aujourd’hui dans la cité balnéaire. Trois jours après leur mariage, le couple avait déjà participé à la Gay pride de Montpellier, Vincent Autin assurant la présidence des « Gay pride » du Languedoc Roussillon. Pour les deux époux, il s’agit de leur premier voyage en Israël : « Je connaissais juste mes homologues israéliens rencontrés voilà trois ans lors des réunions de préparation pour l’Europride 2013, manifestation à laquelle la ville de Tel Aviv était candidate avant que Marseille ne l’emporte ».

Les époux Autin-Boileau se sont déclarés d’autant plus honorés par cette invitation qu’Israël fait figure d’exception au Moyen-Orient, où les membres de la communauté gay et lesbienne, se « font violenter ou lapider », ont-ils précisé. « Nous sommes aussi des citoyens du monde, il est important à nos yeux de manifester notre engagement dans d’autres pays ». Considérée comme l’une des métropoles des plus « gay friendly » du monde, Tel Aviv est parvenue à ce résultat dans un pays où le mariage civil n’existe pas.

En Israël, les couples du même sexe ont déjà obtenu le droit d’adopter, de recourir à la procréation médicale assistée (PMA) ou à la gestation par autrui (à l’étranger). Les gays religieux ont créé des associations, comme Havruta, Bat Kol ou HOD, qui les aident à gérer leur situation, et dont certaines défilent lors des « gay pride » israéliennes. « Aujourd’hui certaines personnes peuvent afficher des convictions religieuses, sans que cela soit pour autant incompatible avec le progrès », a commenté Vincent Autin.

Evoquant les mois de bataille autour de la loi française pour le mariage pour tous, le couple a estimé qu’il est « important qu’une société n’évolue pas par la peur ou par l’hypocrisie ». Concernant la prochaine bataille pour la PMA (qui devrait être discutée à l’automne dans le cadre de la loi pour la famille), les deux époux ont rappelé qu’ils disposaient désormais d’un livret de famille et « qu’ils souhaitaient des enfants ». « Nous avons huit neveux et nièces et on voudrait qu’ils aient des cousins et des cousines », ont-ils indiqué lors de leur séjour à Tel Aviv qui ne fait pas office de lune de miel. Les époux ont prévu de célébrer leur union au Brésil dans quelques mois.

Voir également:

Israël : la longue marche des gays religieux

Nathalie Hamou

Fait religieux

05.06.2013

Alors que la communauté homosexuelle de Tel-Aviv organise tambour-battant sa vingtième Gay Pride qui devrait attirer plus de 100.000 participants, dont 20.000 touristes étrangers, ce vendredi 7 juin, Jérusalem prépare dans la plus grande discrétion la onzième édition de son propre défilé. Programmée le 1er août, la manifestation n’est jamais neutre dans la ville trois fois sainte. Il s’agit à la fois de garantir la liberté d’expression, inhérente à la société israélienne, tout en préservant l’extrême sensibilité de la population ultra-orthodoxe de la capitale de l’État hébreu. C’est aussi l’occasion d’introduire un sujet totalement tabou au sein des foyers religieux, puisque l’homosexualité masculine est considérée comme irrecevable dans la Torah (Lévitique chapitre 18, verset 22).

« Avant la tenue de la Gay Pride, on ne parlait pas de l’homosexualité dans les familles ultra-orthodoxes : l’évènement permet au moins une communication sur un phénomène que la société religieuse préfère ignorer », explique-t-on au sein de Bat Kol, une association fondée en 2005 par des lesbiennes du secteur ultra-orthodoxe, et qui compte plus de deux cents adhérentes, dont un nombre croissant de jeunes mères de famille. Il est vrai que les choses sont en train d’évoluer. Témoin, la parution le mois dernier en langue hébraïque des confessions de Steven Greenberg, le premier rabbin gay au monde, issu de la mouvance orthodoxe, à être sorti du placard. D’origine américaine, ce résident de Jérusalem avait fait sensation en faisant son coming-out aux Etats-Unis, à l’âge de 36 ans.

« La publication de ce livre est importante pour les gays et lesbiennes pratiquants qui souhaitent trouver des réponses dans la Halakha, la loi juive, à des questions soulevées par les interdits religieux. Et veulent vivre en paix avec eux-mêmes comme avec la loi juive », commente l’universitaire Zvi Triger au journal Haaretz. Son analyse minutieuse des interdits bibliques contre les relations homosexuelles et les interprétations qu’ils ont générées est surprenante d’originalité. Et Steven Greenberg évite de tromper ses lecteurs, puisqu’il se garde bien d’affirmer que les arbitres de la Halakha peuvent cautionner l’homosexualité ».

Profil bas à Jérusalem, fierté à Tel-Aviv

Diplômé de l’école de cinéma de Jérusalem, « Maale », dont 99% des étudiants sont issus du secteur religieux orthodoxe, Chaim Elbaum, estime pour sa part que la route est longue pour les homosexuels religieux. Primé dans de nombreux festivals, son court métrage And Thou Shalt Love (2007) se présente ainsi comme la première oeuvre cinématographique à traiter du sujet de l’homosexualité dans l’univers d’une yeshiva, via l’histoire d’Ohad déchiré entre Dieu et l’homme qu’il aime. Basé sur l’expérience personnelle du réalisateur, ce récit apporte un éclairage inédit sur la situation inextricable vécue par les gays pratiquants.

Une certitude, la tenue de la Gay Pride à Jérusalem ne va pas de soi. « Je respecte les homosexuels et le judaïsme interdit toute forme d’exclusion, mais à mes yeux, on peut tout à fait s’opposer à la tenue de la Gay Pride à Jérusalem, sans se faire taxer d’intolérants », souligne le rabbin ultra-orthodoxe David Lichtman. Il est vrai qu’au-delà d’une manifestation qu’elle peut juger choquante, la communauté religieuse s’oppose principalement à l’agenda social que défendent les gays. « En défilant près de la Knesset, les gays cherchent à pousser des changements devant le législateur, en matière de mariage ou d’adoption pour des couples du même sexe : c’est très loin de notre vision du monde ! », ajoute le rabbin Lichtman.

Pour les responsables de l’Open House, le centre des gays et lesbiennes de Jérusalem, qui fête ses quatorze ans d’existence, la problématique est évidemment autre. « Nous sommes prêts à sacrifier une partie de notre visibilité pour que l’on comprenne que la Gay Pride ne se fait pas contre le monde religieux, mais pour permettre, une fois l’an, aux homosexuels de Jérusalem de marcher la tête haute, précisent-ils. Nous faisons des efforts pour ne pas heurter les sensibilités ». En évitant par exemple de promouvoir la manifestation dans les quartiers ultra-orthodoxes. Un profil bas qui contraste avec la « fierté » affichée à Tel-Aviv, la « ville rose » qui depuis deux semaines s’est entièrement mise aux couleurs de l’arc en ciel.

Voir encore:

Israël: début de la Gay Pride à Tel-Aviv

Le Point

07/06/2013

Plusieurs milliers de personnes ont commencé à se rassembler vendredi à Tel-Aviv pour la Gay Pride, festival de la communauté gay et lesbienne israélienne, qui attire chaque année des visiteurs du monde entier.

Plusieurs milliers de personnes ont commencé à se rassembler vendredi à Tel-Aviv pour la Gay Pride, festival de la communauté gay et lesbienne israélienne, qui attire chaque année des visiteurs du monde entier.

Les militants et sympathisants homosexuels, entourés de drapeaux arc-en-ciel, attendaient le départ du cortège dans un parc du centre de la ville balnéaire, sur fond de musique électronique.

Cette année marque les vingt ans de l’organisation du premier événement public gay par la municipalité de Tel-Aviv, a souligné Mira Marcus, chargée de la communication internationale pour la mairie de cette ville.

En plus des milliers de participants israéliens, plus de 25.000 touristes sont attendus pour l’événement, a-t-elle ajouté.

Parmi eux, le premier couple homosexuel marié en France, le 29 mai, invité par la municipalité à passer son voyage de noces à Tel-Aviv pendant la gay pride.

"Tel-Aviv est une ville pluraliste qui défend les droits des homosexuels. Lorsque nous avons appris qu’un couple d’homosexuels s’était marié en France, nous avons pensé qu’il n’y aurait rien de plus romantique et approprié à l’occasion que de les inviter à passer leur lune de miel à Tel-Aviv pendant la Gay Pride", a expliqué Mme Marcus à l’AFP.

Depuis sa première édition en 1998, la Gay Pride de Tel-Aviv est devenue un des moments forts de la scène homosexuelle et lesbienne mondiale.

Malgré l’hostilité que les homosexuels, surtout masculins, suscitent dans les cercles religieux juifs ultra-orthodoxes, l’homosexualité n’est plus pénalisée depuis 1988 en Israël, et les tribunaux reconnaissent certains droits aux couples gays ou lesbiens.

Voir de plus:

Arno Klarsfeld explique les raisons de son soutien au mariage homosexuel
Atlantico
23 avril 2013
Je suis pour le mariage homosexuel parce qu’il faut savoir surmonter ses préjugés. Je suis pour le mariage homosexuel parce que c’est une évolution logique dans une société tolérante, laïque et démocratique. Je suis pour le mariage homosexuel parce que c’est une loi qui ne floue personne.
Je suis pour le mariage homosexuel parce que si Leonard de Vinci et Michel Ange vivaient aujourd’hui, ils auraient la possibilité légale de se marier et qu’il vaut sans doute mieux être élevé par Leonard et Michel Ange que par un couple hétérosexuel brutal et intolérant. Je suis aussi pour le mariage homosexuel parce que les homosexuels ont aussi droit à un bonheur bourgeois et conjugal. Je suis pour le mariage homosexuel parce que même si le gouvernement a œuvré sans pédagogie et une certaine forme d’arrogance il faut s’efforcer de distinguer le fond de la forme. Je suis pour le mariage homosexuel parce qu’à Rome, les enfants étaient élevés par les femmes et que les garçons n’en devenaient pas moins virils.
Je suis pour le mariage homosexuel parce que les homosexuels ont été au cours des siècles torturés, brûlés, déportés, emprisonnés et que l’on a une forme de dette envers eux. Je suis pour le mariage homosexuel parce que je me souviens que Alan Turing, un des pères de l’informatique, celui qui permit en grande partie à l’Angleterre de gagner la guerre en déchiffrant le code Enigma utilisé par les nazis, fut poursuivi pour son homosexualité après la guerre par le pays qu’il avait contribué à sauver et que pour éviter la prison il choisit la castration chimique et se suicida peu de temps après.
Je suis pour le mariage homosexuel parce qu’en lisant le journal d’un être aussi fin et cultivé que Gide, on se rend compte qu’il aurait été bien plus heureux s’il avait pu mener une vie de couple normale et publique avec le partenaire de son sexe de son choix.
Je suis pour le mariage homosexuel même si je sais qu’il y a beaucoup de braves gens qui manifestent contre parce que je suis sûr qu’il y avait aussi beaucoup de braves gens qui manifestaient contre l’avortement, contre la pilule et qui peut être à la révolution s’étonnaient qu’on puisse accorder aux Juifs les droits de citoyens et qu’aujourd’hui toutes ces réformes semblent aller de soi.
Je suis enfin pour le mariage homosexuel parce que je suis persuadé que beaucoup de ces jeunes qui manifestent contre auront oublié d’ici quelques années quelle avait été leur position jadis.
Voir enfin:
Kafka en Kabbale
Stéphane Zagdanski
« De l’extérieur, on triomphera toujours du monde en le creusant au moyen de théories qui, aussitôt, nous ferons tomber avec elles dans la fosse. Ce n’est que de l’intérieur que l’on peut se maintenir et maintenir le monde dans le silence et la vérité. » Journal
Roberto Calasso a eu l’idée originale et intéressante de republier, sous le titre Les Aphorismes de Zürau 1 , les célèbres Méditations sur le péché, la souffrance, l’espoir et le vrai chemin de Kafka. Il est vrai que ce beau titre n’est pas de Kafka mais de Max Brod, lors qu’il les intégra dans le recueil Préparatifs de noce à la campagne paru à Francfort en 1953. Conformément à un arrangement de Kafka – qui recopia su r 103 feuillets à part ces fragments tirés de ses cahiers où ils s’éparpillaient parmi d’autres notes intimes –, le parti-pris de Calasso consiste à les reproduire isolés chacun sur une page, « sous la forme dans laquelle Kafka les avait disposés , comme autant d’éclats de météores tombés dans des lieux désertiques ».
Cette petite centaine de méditations prodigieuses est suivie d’une stimulante étude de Calasso : « La splendeur voilée », où, sous prétexte d’émanciper Kafka de la « touche kits ch » de Brod, Calasso brode non moins 1 A la rentrée 2010 : Les aphorismes de Zürau, édition de Roberto Calasso, traduit de l’allemand par Hélène Thiérard, Gallimard. 3 que Max sur la notion kafkaïenne d’« inde structible », qu’il rattache à la notion d’ « impérissable » ( aksara ) dans la littérature védique et au polythéisme grec – sujets de prédilection de l’auteur de La ruine de Kash . Et bien sûr, si cette lecture se justifie par son intelligence et sa minutie renseignée, elle extirpe Kafka hors de sa spirale intime, ce qu’il appelle « son cercle » dans l’aphorisme 94, cercle dont le hassidisme et le taoï sme sont les spires les plus patentes . Le « vrai chemin » kafkaïen est d’ailleurs bien une transposition de la « Voie » du Tao.
« Une cage s’en fut chercher un oiseau », exprime l’aphorisme 16. Quand on sait que le mot kavka désigne en tchèque le « choucas », on peut penser que la cage représente toute in terprétation qui tenterait de juguler le libre vol de l’écrivain. Personnellement, je ne peux lire et méditer Kafka qu’« en bloc », comme écrivait Nietzsche de lui-même, sa ns jamais dissocier ces aphorismes de Zürau des autres textes contemporains, ni du Journal et de la Correspondance. Il faut dire que Kafka coule dans mes vein es depuis ma découverte extasiée de son œuvre, à vingt ans. Aussi peu importe la manière dont vous vous inoculerez ces méditations qui composent le plus in candescent traité de mystique du XXème siècle. Sachez que leur lecture modifiera vot re être et votre destin. Il n’est pas une journée où je ne pense, par exemple, à cet aphorisme à décuple sens qui me métamorphosa positivement quand je le découvris : « Dans le combat entre toi et le monde, seconde le monde. »
De quoi traitent Les Aphorismes de Zürau rédigés en 1917 ? Du Mal, sujet majeur, ainsi que du Monde, de la Connaissance, de l’Homme et de son ambigu Combat. Un traité kabbalistique, en somme. Un désespoir souriant affleure à chaque phrase, tandis qu’une espérance résurrectionnelle patiente, lovée dans l’ombre du sourire : « Peux-tu donc conna ître autre chose que le mensonge ? Si un jour le mensonge est anéanti , ne te retourne pas, sans quoi tu serais changé en statue de sel ». Certains fragments sont d’une telle densité qu’il faut les relire 4 cinq fois de suite avant de commencer de se pénétrer de leur propre impénétrabilité : « Il n’y a rien d’autre qu’un monde spirituel ; ce que nous appelons monde sensible est le Mal dans le monde spirituel et ce que nous appelons Mal n’est qu’une nécessité d’un instant de notre évolution éternelle », exprime par exemple l’aphorisme 54. D’au tres sont si lumineux qu’en quelques mots ils bâtissent un univers entier que le regard traverse à son insu, de sorte qu’il faut aussi les relire sans cesse : « Des léopards s’introduisent dans le temple et s’abreuvent aux jarres d’offrandes qu’ils vi dent ; le phénomène ne cesse de se répéter ; il finit par devenir prévisible et on l’intègre à la cérémonie. » D’autres encore forment la plus pertinente leçon d’écriture et de pensée qu’on puisse élaborer, comme cette ultime réflexion: « Il n’est pas nécessaire que tu sortes de ta maison. Reste à ta table et écoute. N’écoute même pas, attends seulement. N’attends même pas, soit absolument silencieux et seul. Le monde viendra s’offrir à toi pour que tu le démasques, il ne peut faire autrement, extasié, il se tordra devant toi. »
Roberto Calasso a raison d’évoquer la magie – disons la « kabbale pratique » de Kafka. En voici une démonstration : l’autre soir, j’étais au Rosebud avec mes intimes amis Valentin Retz et François Meyronnis. Nous accompagnait Frédérika Amalia Finkelstein, fraîche, étincelante, attentive pianiste, réincarnation de Dora Diamant, le dernier amour de Franz Kafka avec qui il étudia l’hébreu en projetant de s’installer en « Eretz Israël ». Nous feuilletions à tour de rôle Les aphorismes de Zürau, nous lisant des fragments à haute voix, lorsqu’il nous vint l’idée d’en user comme du Yi King , chacun ouvrant une page au hasard et en parc ourant la prophétie. Frédérika Amalia commença et tomba sur l’aphorisme 49 : « A. est un virtuose et le ciel est son témoin. » Meyronnis, Retz et moi accomplirent le rituel et à chaque fois, chacun suscita une phrase qui semblait n’avoi r été écrite qu’à son intention. Par discrétion, je ne révélera i pas ce qu’ont lu Meyronnis et Retz, mais je peux 5 certifier que cela restera gravé dans leur mémoire. Quant à moi, je tombai sur l’aphorisme du combat et du monde qui m’habite depuis mes vingt ans. Et le relisant pour la millième fois, une sign ification à laquelle je n’avais encore jamais songé m’apparut.
Comme par magie…
Stéphane Zagdanski

Mort de Clément Méric: La mode, ça sert aussi à faire la guerre (How Fred Perry became the brand of choice for France’s extremist groups)

8 juin, 2013
http://www.dobi.nu/yourscenesucks/skinhead/scene.jpgClément Méric cache sa chevalièreLes fascistes de demain s’appelleront eux-mêmes antifascistes. Winston Churchill
Pendant toutes les années du mitterrandisme, nous n’avons jamais été face à une menace fasciste, donc tout antifascisme n’était que du théâtre. Nous avons été face à un parti, le Front National, qui était un parti d’extrême droite, un parti populiste aussi, à sa façon, mais nous n’avons jamais été dans une situation de menace fasciste, et même pas face à un parti fasciste.D’abord le procès en fascisme à l’égard de Nicolas Sarkozy est à la fois absurde et scandaleux. Je suis profondément attaché à l’identité nationale et je crois même ressentir et savoir ce qu’elle est, en tout cas pour moi. L’identité nationale, c’est notre bien commun, c’est une langue, c’est une histoire, c’est une mémoire, ce qui n’est pas exactement la même chose, c’est une culture, c’est-à-dire une littérature, des arts, une, la philo, les philosophies. Et puis c’est une organisation politique avec ses principes et ses lois. Quand on vit en France, j’ajouterai : l’identité nationale, c’est aussi un art de vivre, peut-être, que cette identité nationale. Je crois profondément que les nations existent, existent encore, et en France, ce qui est frappant, c’est que nous sommes à la fois attachés à la multiplicité des expressions qui font notre nation, et à la singularité de notre propre nation. Et donc ce que je me dis, c’est que s’il y a aujourd’hui une crise de l’identité, crise de l’identité à travers notamment des institutions qui l’exprimaient, la représentaient, c’est peut-être parce qu’il y a une crise de la tradition, une crise de la transmission. Il faut que nous rappelions les éléments essentiels de notre identité nationale parce que si nous doutons de notre identité nationale, nous aurons évidemment beaucoup plus de mal à intégrer. Lionel Jospin (France Culture, 29.09.07)
Car la consigne ("Qu’ils s’en aillent tous") ne visera pas seulement ce président, roi des accointances, et ses ministres, ce conseil d’administration gouvernemental de la clique du Fouquet’s ! Elle concernera toute l’oligarchie bénéficiaire du gâchis actuel. "Qu’ils s’en aillent tous !" : les patrons hors de prix, les sorciers du fric qui transforment tout ce qui est humain en marchandise, les émigrés fiscaux, les financiers dont les exigences cancérisent les entreprises. Qu’ils s’en aillent aussi, les griots du prétendu "déclin de la France" avec leurs salles refrains qui injectent le poison de la résignation. Et pendant que j’y suis, "Qu’ils s’en aillent tous" aussi ces antihéros du sport, gorgés d’argent, planqués du fisc, blindés d’ingratitude. Du balai ! Ouste ! De l’air ! Jean-Luc Mélenchon (extrait du livre)
Quand Mélenchon titre son livre Chassez-les tous (sic), c’est d’une violence extraordinaire. Mais lui est invité partout.  Jean-Marie Aphatie
C’est une chose complètement acceptée. Certains antifa ne partagent pas ces codes-là, mais dans le noyau dur du mouvement, ils s’habillent de la même façon et avec les mêmes marques que le camp d’en face. Parce que les racines de leurs mouvements sont les mêmes: les skinheads. Les deux ont divergé entre redskins et skins d’extrême-droite, mais l’origine est la même. (…) depuis que les antifa se revendiquent plus ouvertement skinheads, et se rasent même la tête, ce sont les mêmes au niveau du look. Avec les mêmes bombers, les mêmes Dr Martens, les mêmes origines culturelles, et la même fascination pour la baston. Ce sont les frères ouverts contre les frères fermés, en somme. (…) c’est un grand classique. Les boutiques qui vendent des fringues «rock» au sens très large du terme sont peu nombreuses, donc c’est un lieu de croisement. Dans le XVe arrondissement parisien, une boutique qui distribue ces marques est surtout visitée par les skinheads d’extrême droite, mais peut l’être par l’autre bord aussi. Il y a déjà eu plusieurs bastons autour de la boutique, surtout entre 1990 et 1995. (…) pratiquement tous les skins et les antifafs qui portent ces marques s’habillent là-bas. Ils ont généralement peu de moyens, et comme les prix de ces marques sont élevés, ils attendent ces réductions pour se fournir. Depuis deux, trois ans, il y a des tensions lors de ces ventes, des individus des deux bords s’y croisent, il y a des regards. On peut presque dire que ce drame était inéluctable. Marc-Aurèle Vecchione
Dans les années 60, les mods anglais, incarnés par les Kinks ou les Who, s’emparent des vêtements bourgeois destinés aux élites (celles qui jouent au tennis, notamment) : le polo Fred Perry, le blouson Harrington ou les chemises Ben Sherman. Avec la fin des mods à l’aube des années 70, l’image de ces maisons se trouble : les skinheads, nés en réaction au mouvement hippie, se les approprient. Parmi eux, certains sont apolitiques, d’autres d’extrême gauche, beaucoup sont fascistes. Si bien que dans les années 70 et 80, le vestiaire en descendance mods est davantage associé aux militants extrémistes qu’à la musique. La succession d’artistes anglo-saxons s’affichant en Fred Perry (les Pogues, époque punk ; les Specials, version ska ; les Blur et Oasis, à l’ère brit-pop, ou les Strokes et Franz Ferdinand, plus rock), n’a pas suffi à dissiper l’image ambiguë de la marque. Aujourd’hui, Fred Perry ne communique pas sur sa stratégie marketing, mais les activités de ces dix dernières années montrent sa volonté de se distinguer en tant que maison de mode versée dans la créativité, et la musique. (…) Autre signe d’une volonté d’assainissement de son image : Fred Perry inaugure en 2008 sa première boutique française à Paris, dans le quartier du Marais. Une enseigne proprette, à côté de Zadig & Voltaire, Maje et Sandro, où règne une ambiance bien différente des petites boutiques multimarques à l’ambiance un peu tendue, spécialisées dans les griffes qu’aiment certains militants d’extrême droite, comme Ben Sherman ou Lonsdale.
Si Fred Perry et Ben Sherman ont pu compenser de troubles associations politiques par une cool attitude, la marque anglaise Lonsdale a été clairement associée aux groupuscules d’extrême droite. Les néonazis l’auraient «récupérée» à cause des lettres «NSDA» au cœur du mot «Lonsdale» (NSDA pour Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei, le parti nazi). Au milieu des années 2000, la griffe a ainsi été bannie dans plusieurs établissements scolaires en Allemagne, et surtout aux Pays-Bas, ou l’expression «jeunesse Lonsdale» était apparue pour évoquer la résurgence néonazie dans le pays. Plusieurs points de vente, trop marqués politiquement, ont dû être fermés, et les campagnes de communication de la marque martèlent désormais le slogan «Lonsdale loves all colours». Libération
La tragique mort de Clément Méric réveille une image que la marque anglaise avait réussi à faire un peu oublier. Il faudra qu’elle redouble d’effort pour éloigner ces clients aussi fidèles que gênants. Un peu comme Lacoste avait tenté de le faire en son temps avec les rappeurs des cités. Huffington post

Pour ceux qui avaient oublié que  la politique était la continuation du baston par d’autres moyens  …

Où l’on (re)découvre …

Derrière les évidentes récupérations de la mort apparemment accidentelle du petit casseur de fachos de Sciences Po il y a trois jours …

Par nos belles âmes (de l’ancien amant d’YSL et financier du matraquage homo à qui l’on droit le mariage pour tous Pierre Bergé au tribun pousse-au-crime Jean-Luc Mélenchon et jusqu’au zozo et apprenti-sorcier de l’Elysée) …

Et, sans compter la même musique et les mêmes Doc Martens,  les "polos proprets à la couronne de lauriers" du dernier (avant Andy Murray)  grand champion de tennis britannique qui habillent nos jeunes extrémistes  …

La réalité jusqu’ici bien cachée, à gauche comme à droite, de l’amour de la baston

"On peut presque dire que ce drame était inéluctable"

François-Luc Doyez

Libération

6 juin 2013

Marc-Aurèle Vecchione a réalisé en 2008 un film sur les combats entre antifascistes et skinheads d’extrême droite dans les années 80, «Antifa, chasseurs de skins». Suite à la mort Clément Méric, un antifa tué mercredi par des militants d’extrême droite, le cinéaste analyse, pour Next, les rapports entre ces deux mouvances, aux apparences identiques mais diamétralement opposées politiquement.

Comment expliquer que les groupuscules d’extrême droite et les antifascistes se soient entichés des mêmes marques, Fred Perry et Ben Sherman en l’occurrence ?

C’est une chose complètement acceptée. Certains antifa ne partagent pas ces codes-là, mais dans le noyau dur du mouvement, ils s’habillent de la même façon et avec les mêmes marques que le camp d’en face. Parce que les racines de leurs mouvements sont les mêmes: les skinheads. Les deux ont divergé entre redskins et skins d’extrême-droite, mais l’origine est la même.

Ce n’est donc pas étonnant de voir des groupuscules diamétralement opposés politiquement revendiquer les mêmes signes d’appartenance ?

Non, depuis que les antifa se revendiquent plus ouvertement skinheads, et se rasent même la tête, ce sont les mêmes au niveau du look. Avec les mêmes bombers, les mêmes Dr Martens, les mêmes origines culturelles, et la même fascination pour la baston. Ce sont les frères ouverts contre les frères fermés, en somme.

Les boutiques qui vendent ces marques sont donc source de tensions ?

Oui, c’est un grand classique. Les boutiques qui vendent des fringues «rock» au sens très large du terme sont peu nombreuses, donc c’est un lieu de croisement. Dans le XVe arrondissement parisien, une boutique qui distribue ces marques est surtout visitée par les skinheads d’extrême droite, mais peut l’être par l’autre bord aussi. Il y a déjà eu plusieurs bastons autour de la boutique, surtout entre 1990 et 1995.

Vous aviez entendu parler de ces braderies regroupant plusieurs marques, comme celle de mercredi qui fut le cadre de la bagarre entraînant la mort de Clément Méric ?

Oui, pratiquement tous les skins et les antifafs qui portent ces marques s’habillent là-bas. Ils ont généralement peu de moyens, et comme les prix de ces marques sont élevés, ils attendent ces réductions pour se fournir. Depuis deux, trois ans, il y a des tensions lors de ces ventes, des individus des deux bords s’y croisent, il y a des regards. On peut presque dire que ce drame était inéluctable.

Les marques se sont-elles accomodées de cette récupération ?

Non, elles ont été prises dans un phénomène culturel qui les dépassait, et ont essayé de s’en dissocier. La meilleure preuve, ce sont les polos aux couleurs flashy lancés par Fred Perry. Au milieu des années 90, les polos sont devenus «casual», et les Fred Perry ont alors été récupérés par des gays du Marais qui affichaient un look skinhead, sans conviction politique, uniquement pour le look. En sortant des couleurs fluo, Fred Perry a essayé d’accompagner ce mouvement de «popularisation» de la marque.

Voir aussi:

Fred Perry : le style des extrêmes ?

6 juin 2013 à 18:11

Elvire Von Bardeleben , François-Luc Doyez

La marque anglaise, comme Ben Sherman, est devenue le signe d’appartenance de groupuscules aux idées politiques diamétralement opposées.

Peu de marques de vêtements sont le symbole d’une pensée politique. Plus rares encore sont celles qui représentent deux mouvances opposées. C’est pourtant le cas de Fred Perry ou Ben Sherman, dont les polos et les blousons servent de marqueurs aux groupes fascistes et antifascistes. Dans les années 60, les mods anglais, incarnés par les Kinks ou les Who, s’emparent des vêtements bourgeois destinés aux élites (celles qui jouent au tennis, notamment) : le polo Fred Perry, le blouson Harrington ou les chemises Ben Sherman. Avec la fin des mods à l’aube des années 70, l’image de ces maisons se trouble : les skinheads, nés en réaction au mouvement hippie, se les approprient. Parmi eux, certains sont apolitiques, d’autres d’extrême gauche, beaucoup sont fascistes. Si bien que dans les années 70 et 80, le vestiaire en descendance mods est davantage associé aux militants extrémistes qu’à la musique.

Se distinguer par la créativité

La succession d’artistes anglo-saxons s’affichant en Fred Perry (les Pogues, époque punk ; les Specials, version ska ; les Blur et Oasis, à l’ère brit-pop, ou les Strokes et Franz Ferdinand, plus rock), n’a pas suffi à dissiper l’image ambiguë de la marque. Aujourd’hui, Fred Perry ne communique pas sur sa stratégie marketing, mais les activités de ces dix dernières années montrent sa volonté de se distinguer en tant que maison de mode versée dans la créativité, et la musique. En 2005, il lance Fred Perry Subculture, une plateforme destinée à produire de jeunes groupes, sponsorise le festival de mode et de photo de Hyères en 2011, puis Garorock et la seconde édition du Disquaire Day, en 2012. A cela, la marque ajoute des collaborations stylistiques remarquées avec Rei Kawakubo, designer de Comme des garçons, avec Raf Simons, actuel designer de Dior, ou encore avec quelques figures du rock comme Peter Doherty et Amy Winehouse.

Autre signe d’une volonté d’assainissement de son image : Fred Perry inaugure en 2008 sa première boutique française à Paris, dans le quartier du Marais. Une enseigne proprette, à côté de Zadig & Voltaire, Maje et Sandro, où règne une ambiance bien différente des petites boutiques multimarques à l’ambiance un peu tendue, spécialisées dans les griffes qu’aiment certains militants d’extrême droite, comme Ben Sherman ou Lonsdale. Thierry*, vendeur dans l’une des boutiques parisienne de Fred Perry, raconte : «Nous avons quelques skinheads parfois, mais ils s’inspirent de la mouvance originelle qui ne se souciait pas de politique, qui s’intéressait à la musique jamaïcaine et au ska. Nous avons toutes sortes de clients, et ceux qui achetaient du Fred Perry dans les années 80 n’ont rien à voir avec ceux d’aujourd’hui. La marque s’est popularisée.» En effet, le polo (à 75 euros) est aussi bien porté par des nostalgiques des mods, par des bobos, que par des gays.

Au cœur du mot «Lonsdale»

Si Fred Perry et Ben Sherman ont pu compenser de troubles associations politiques par une cool attitude, la marque anglaise Lonsdale a été clairement associée aux groupuscules d’extrême droite. Les néonazis l’auraient «récupérée» à cause des lettres «NSDA» au cœur du mot «Lonsdale» (NSDA pour Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei, le parti nazi). Au milieu des années 2000, la griffe a ainsi été bannie dans plusieurs établissements scolaires en Allemagne, et surtout aux Pays-Bas, ou l’expression «jeunesse Lonsdale» était apparue pour évoquer la résurgence néonazie dans le pays. Plusieurs points de vente, trop marqués politiquement, ont dû être fermés, et les campagnes de communication de la marque martèlent désormais le slogan «Lonsdale loves all colours».

Voir encore:

Fred Perry et les skinheads : pourquoi les agresseurs de Clément Méric sortaient d’une vente privée de la marque anglaise

Sandra Lorenzo

Le HuffPost

06/06/2013

SKINHEADS – Mercredi 5 juin, quartier Saint-Lazare dans le neuvième arrondissement de Paris. A quelques mètres du magasin Citadium, spécialisé dans le "sportswear" et très fréquenté par les jeunes, est organisée une vente privée notamment de vêtements de la marque Fred Perry et Ben Sherman. À la sortie, rue Caumartin, la tension monte entre cinq skinheads et quelques militants antifascites. La bagarre dégénère. Quelques minutes plus tard, Clément Méric reçoit un coup fatal.

La mention de la marque Fred Perry n’est pas sans importance. Avec Ben Sherman, elle constitue effectivement le club des marques les plus prisées par les militants d’extrême droite et les groupes de skins, mais aussi des militants antifascistes. Une image qui lui colle à la peau. Fred Perry et ses polos proprets à la couronne de lauriers ont suivi l’évolution et les dérives d’une partie la jeunesse anglaise du XXème siècle.

Le fondateur, superstar du tennis anglais

Selon la légende, c’est à l’âge de 16 ans que Fred Perry aurait décidé de devenir champion de tennis en voyant les voitures de luxe des joueurs garées à la sortie d’un tournois de tennis. Très talentueux, il gagne trois fois l’US Open et trois fois le tournoi de Wimbledon. Après une carrière éblouissante, cet ancien joueur de ping-pong né en 1909 décide de prendre sa retraite à la fin des années 1940. Il s’associe alors à Tibby Wegner, un joueur de football autrichien, pour lancer une marque de vêtements spécialisés dans le tennis. Le duo inventera par exemple le célèbre bracelet-éponge, accessoire indispensable arborés par de nombreux sportifs.

Fred Perry est à ce jour le dernier Britannique à avoir remporté Wimbledon, en 1936. Marié 4 fois à des actrices et des mannequins, le tennisman est aussi resté célèbre pour avoir côtoyé les grands de son époque, comme la reine d’Angleterre ou le président John Fitzgerald Kennedy. Au départ, Fred Perry avait pensé à une pipe pour le logo de sa marque. Son associé réussira finalement à le convaincre d’adopter la couronne de lauriers, symbole de victoire antique et référence directe à son statut de champion.

Les "mods", jeunes dandys anglais, s’emparent du polo Fred Perry

À la fin des années 50, la marque a conquis les professionnels du tennis. Reste la rue. Et c’est à ce moment qu’un groupe de Londoniens va donner une "street credibility" à Fred Perry. Le mouvement des "modernists" ou "mods" naît dans la capitale anglaise. De jeunes adultes défendent l’image d’une jeunesse moderne qui tente de se détacher de la classe ouvrière et de l’élite. Tout les différencie de la société bien-pensante anglaise de l’époque, ils écoutent du "modern jazz" (d’où ils tirent leur nom), de la soul, du R’n’B et de la musique jamaïcaine. C’est aussi par leur look, que les mods se distinguent.

Ils arborent la French Line, une coupe de cheveux courts mi-longs avec une raie sur le côté, puis le Black Comb, les cheveux longs pour finir par une coupe très courte, la chevelure presque rasée, les futurs skinheads. Les mods sont vêtus de chemises Ben Sherman, de polos Fred Perry, de pantalons coupe cigarette (très moulants) ou hipsters (pantalons taille basse) et raffolent des costumes. Clarks, Doc Martens, Brogues ou encore Bowling Shoes aux pieds, les mods portent aussi des larges parkas de l’armée américaines.

Fred Perry entre dans l’armoire du hooligan et du skinhead

Finis les polos blancs qui ont fait le succès de la marque, Fred Perry diversifie sa gamme de vêtements et fait entrer la couleur au début des années 1970. Les cols et poignets deviennent personnalisables. Il est alors possible d’acheter une chemise aux couleurs de son équipe de foot préférée. Les hooligans en font leur uniforme. On les appelle les hard mods. À côté se développe le mouvement des rude boys ou rudies, des immigrés antillais qui écoutent la même musique noire américaine. La presse anglaise en septembre 1969 baptisent ces jeunes, les skinheads.

Au fil des années, le hooliganisme devient un vrai problème de société. Les skinheads, de leur côté, sont aussi synonymes de troubles, adeptes de violences urbaines en bandes. Radicalisés, ils se sont considérablement éloignés des mods. Nés en réaction contre le mouvement hippie, ces crânes rasés sont pour certains apolitiques, pour d’autres d’extrême gauche, pour beaucoup fascistes. Flirtant volontiers avec l’extrême-droite et la mouvance néo-nazie, ces derniers aiment beaucoup les vêtements de la marque anglaise, en particulier à cause de son logo repris à l’envi dans la symbolique skinhead d’extrême-droite.

Fred Perry a mauvaise presse. La marque essaie de redorer son blason en sponsorisant des concerts de ska et de reggae pour renouer avec l’héritage mods. Mais la mode est au grunge et au hip-hop, les polos de la marque ne séduisent plus. En 1994, la marque est en très mauvaise posture.

La renaissance Fred Perry

Deux ans plus tard, elle noue un partenariat avec un groupe de textile japonais et renaît de ses cendres. Parallèlement la britpop explose sur la scène internationale. Blur et Oasis s’habillent en Fred Perry. La marque signe des contrats avec des groupes très populaires comme Gorillaz ou les Arctic Monkeys. La marque fait un retour en force.

Toujours très liée aux skinheads et aux groupuscules d’extrême-droite dans l’imaginaire collectif, Fred Perry a réussi à s’écarter de cette image sulfureuse. La chanteuse Amy Winehouse a collaboré à quatre collections de la marque. Fred Perry a aussi fait un retour remarqué en tant qu’équipementier de tennis professionnel, en sponsorisant le joueur écossais Andy Murray.

La marque multiplie aussi les projets créatifs, en 2005, elle lance Fred Perry Subculture, une plateforme pour repérer et produire de nouveaux talents. En 2011, elle s’allie au très pointu festival de mode et de photo de Hyères. Pour ses dernières collections, la marque a aussi su s’entourer des meilleurs comme Rei Kawakubo, designer de Comme des garçons, ou Raf Simons, le directeur artistique de Dior.

La tragique mort de Clément Méric réveille une image que la marque anglaise avait réussi à faire un peu oublier. Il faudra qu’elle redouble d’effort pour éloigner ces clients aussi fidèles que gênants. Un peu comme Lacoste avait tenté de le faire en son temps avec les rappeurs des cités.

Voir enfin:

Quand Clément Méric se réfugiait derrière la sécurité de la Manif Pour Tous


Posté par Thomas DEBESSE le 07/06/2013 à 14:12. cc Licence CC by (copiez-moi !)

Alors qu’on apprend la mort de Clément Méric, la première réaction, légitime, est la désolation : encore une mort inutile qu’on ne peut que regretter. Malheureusement, le deuil est très vite terni par des vautours en mal de récupération politique…

D’un coté on aurait l’image d’Épinal du bon élève tolérant victime d’un get-apens et de l’autre des méchants nazis tout droit sorti du Château de Wolfenstein, et l’ensemble plongé dans une grande soupe d’amalgames…

Au milieu de tout ce foin médiatique, je trouve que l’article du Monde est remarquable : l’auteur n’hésite pas, par exemple, à montrer que Clément Méric critiquait le Front de Gauche qui pourtant récupère sa mort aujourd’hui. L’auteur ajoute également que selon les premiers éléments de l’enquête de police, les provocations étaient partagées.

Clément Méric avant sa mort

Le 17 avril 2013, en marge d’une Manif Pour Tous, la cellule d’extrême gauche à laquelle appartient Clément Méric vient agresser les manifestants. Line Press était sur place et a filmé une partie des événements. Les extraits sont très intéressants.

Malheureusement, je n’ai certainement pas les moyens de me payer une vidéo Line Press… Je me limite donc à une petite sélection de 7 images en invoquant le droit de courte citation… Cette vidéo était jusqu’à peu disponible sur le compte Youtube officiel de LinePress, si vous avez l’occasion de regarder cette vidéo, je vous y invite à le faire, elle est riche en renseignements.

Alors que son groupe agresse la manifestation, tandis que la police intervient pour calmer le jeu et commence à attraper certains, Clément Méric se faufile entre les policiers en civils pour se réfugier derrière les bénévoles de sécurité de la Manif Pour Tous (c’est le jeune au polo rouge à droite) :

Clément Méric fuit la police
Citation Line Press, tous droits réservés à Line Press, Cette illustration n’est pas libre.

Le 24 mars, les bénévoles de la Manif Pour Tous avaient protégé les manifestants de la police, le 17 avril, ces mêmes bénévoles avaient protégé Clément Méric de la police.

Des altercations naissent entre ses camarades et des manifestants. Les bénévoles rappliquent. Clément Méric observe en retrait. On ne voit pas sur cette photo-ci (voir ci-après) mais ceux qui regarderont la vidéo pourront vérifier, Clément Méric place sa chevalière de manière à pouvoir frapper avec s’il le faut :

Clément Méric observe la bagarre
Citation Line Press, tous droits réservés à Line Press, Cette illustration n’est pas libre.

Les bénévoles du service sécurité de la Manif Pour Tous protègent Clément Méric :

Clément Méric se planque derrière la Manif Pour Tous
Citation Line Press, tous droits réservés à Line Press, Cette illustration n’est pas libre.

Ensuite, alors que la tension baisse un peu, Clément Méric rejoint ses camarades qui déploient une banderole « l’homophobie tue », et ils crient ensemble le slogan « Pas de fachos dans nos quartiers, pas de quartier pour les fachos ». L’ironie du sort voudra que ce ne soit pas l’homophobie qui l’ai tué…

Clément Méric n’aime pas être pris en photo. En fait il retire son foulard dès qu’il faut se glisser incognito au milieu des policiers, profitant de son « visage de poupon » comme alibi, et le remet dès qu’il s’agit d’agir avec son groupe. On le voit à un autre moment de la vidéo lever la banderole sur son visage alors qu’un photographe se place pour photographier le groupe.

Mais ce qui nous intéresse dans cette photo n’est pas le foulard, c’est sa chevalière. Sur cette image il joue du pouce et du majeur pour retourner le chaton sous son index et dissimuler la trop voyante bague aux vues des objectifs. Tout le long de la vidéo on le voit tourner cette chevalière, en fonction du rôle qu’il joue.

Clément Méric ne se sert pas de sa chevalière comme d’une simple bague d’appartenance ou par coquetterie. Il la porte à l’index pour s’en servir comme une arme et lorsqu’il est inquiet et que le danger menace, place le chaton en avant du poing. Dès lors qu’il ne se sent plus en danger ou qu’il est pris en photo, il cache le chaton dans sa paume. Cet adolescent au nom de noblesse ne semble assumer sa chevalière qu’en tant qu’arme de poing :

Clément Méric cache sa chevalière

La vidéo ne montre pas l’acte qui a motivé une poursuite de la police, mais on le voit lui et son groupe se réfugier à SciencesPo, rue de la chaise :

Clément Méric à Science Po
Citation Line Press, tous droits réservés à Line Press, Cette illustration n’est pas libre.

Là encore, jouant son jeu d’élève modèle arrivé là par hasard, d’un air de rien il passe au milieu des policiers :

Policiers à Science Po
Citation Line Press, tous droits réservés à Line Press, Cette illustration n’est pas libre.

Tandis certains de ses camarades se font embarquer :

Antifas dans le panier à salade
Citation Line Press, tous droits réservés à Line Press, Cette illustration n’est pas libre.

Bref, le personnage est trouble. En d’autres circonstances, Clément Méric aurait pu se faire agresser par un antifa ou par un activiste prolétarien en mal de lutte des classes. Et sous le visage d’un enfant de chœur, malgré ses airs de bon élève et sa chevalière de bonne famille, Clément Méric portait son lot d’intolérance.

C’est humain.

Rixe et couverture médiatique

Certains évoquent une rixe qui engagerait la responsabilité de Clément Méric, ce serait à l’occasion d’une vente privée prisée autant par les dits « redskins » ainsi que que les dits « skinheads » (selon les mots trouvés dans la presse) que son groupe aurait pris à parti un groupe d’appartenance opposée. Plusieurs altercations auraient eu lieu, jusqu’à la dernière rixe où Clément Méric, frappé par un coup de poing tombe et heurte violemment un poteau. Affaibli par une leucémie dont il se remettait à peine, le choc lui est fatal et lorsque les secours arrivent, son état est jugé désespéré. La mort sera annoncée le lendemain.

Les média rivalisent de bidonnage. Du coté du Monde, « pour souligner que Clément Méric n’était pas un provocateur » on précise que le drame s’est déroulé alors qu’ il « se rendant à une vente privée de vêtements » comme s’il était allé à une vente BCBG. C’est oublier un peu vite que ladite vente privée est connue pour être un repaire d’extrémistes de tout bord et qui serait souvent l’occasion de bagarres… Tous les ingrédients pour une nomination au prix Albert Moscou sont là…

Déjà, à l’occasion d’un autre fait divers heureusement moins dramatique, je m’étais étonné au début du mois de mai en lisant un article sur une action d’antifa qui avaient troublé un rassemblement venu commémorer la mort d’un nationaliste.

Je lisais ces mots étonnant :

« [Les antifas ont] repéré les quelques nationalistes déjà présents. Ces derniers n’ont pu que détaler très vite pour éviter de prendre des coups. »

Comme s’il était normal, dans certains cas comme celui-ci, de recevoir des coups…

Certains rappellent le souvenir de François Noguiez, mort mardi dernier sans que son cas ne soulèvent d’indignation. Tandis que d’autres tentent difficilement de pondérer un peu. Pendant ce temps, les médias et les personnalités rivalisent de délire..

Récupération politique et amalgames

Notre classe politique aime le sang. Elle s’est repue du sang de Wilfred de Bruijn, elle s’enivre du sang de Clément Méric.

Si les agresseurs de Wilfred de Bruijn n’ont toujours pas été arrêtés il me semble, il paraîtrait que les rivaux présumés de Clément Méric aient été interpellés… nous en sauront peut-être plus sur les circonstances de ce dernier drame. En attendant, alors que l’incident n’est même pas encore compris, la France sombre dans une espèce de folie. Chacun verse ses fantasmes dans les caniveaux, à tel point que cela donne l’amère impression que ce drame était attendu avec impatience, afin de pouvoir s’épancher…

Entre les hommes politique amalgamant les partis opposés ou les mouvances adverses, les médias s’appropriant les témoignages sans discernements, certaines personnalités profanent le deuil sans aucune honte… La palme de l’horreur revient certainement à la Vilaine Lulu qui instrumentalise ce drame pour justifier ses fantasmes, et ce sans aucun respect pour Clément Méric :

« Ce sont ces inconscients de la #manifpourtous qui ont préparé le terrain. En s’associant avec l’extrême droite ils lui ont permis d’exister. »

Insatisfaite, la Vilaine Lulu pousse l’infamie jusqu’à se placer elle-même en victime, se vautrant dans le sang encore chaud de Clément Méric :

« Malgré tous ceux qui m’insultent, je le redis #lamanifpourtous a accepté dans ses rangs ces fachos qui ont tué Clément. A eux de réfléchir. »

La Vilaine Lulu oublie que le seul lien que l’on peut honnêtement tirer entre Clément Méric et les Manif Pour Tous, c’était quand Clément Méric agressait la Manif Pour Tous avec sa cellule d’extrême gauche, et quand il se réfugiait ensuite derrière la sécurité de la Manif Pour Tous pour se protéger à la fois des manifestants provoqués et des policiers qui allaient les interpeller !

Cependant, si vous ne cherchez pas de la haine et du mensonge mais plutôt du creux et du convenant qui n’apporte rien, vous le trouverez dans la bouche de François Hollande :

« Ces groupes qui, depuis trop longtemps créent le désordre doivent être réprimés. Maintenant, je vous le dis, l’enquête est en cours et n’allons pas plus vite et faisons en sorte de ne pas créer un climat qui est déjà trop lourd. Chacun, je l’avais dit, doit prendre ses responsabilités, et il est bien d’ailleurs que tous les partis aient condamnés ce qui s’est produit et faient en sorte que nous puissions tirer tous les enseignements de ce qui est arrivé hélas, dramatiquement, pour ce jeune. »

Écouter François Hollande sur RCF :

Vous pouvez télécharger cet extrait audio en vorbis, en mp3 ou en flac.

Sans se rendre compte que ses paroles ordonnent également la répression des mouvements dont était membre Clément Méric, le président de la république remplit le vide des lieux communs qu’il ne cesse d’user jusqu’à la moelle (et insiste pour dire qu’il le dit) : « prendre ses responsabilité », « condamner », « tirer enseignement », on n’a pas besoin d’un président de la république pour cela…

La mort d’un frère

Finalement, un des meilleurs commentaires de l’événement que j’ai pu lire, je l’ai trouvé sous la plume de Paul Da Silva :

« Et donc les médias s’en mêlent, les politiques – dont le métier est de plus en plus de faire de la télévision que d’avoir des idées – hurlent, pleurent et font des déclarations plus stupides les unes que les autres. Parmi ces voix là, une me choque plus que les autres […] des appels au meurtre (la loi du talion), d’autres à l’interdiction pour ces fascistes de s’exprimer, des amalgames à l’emporte pièce… »
« Je constate que ce mouvement qui profite bien sur de la crise et d’autres éléments de l’actualité joue le même jeu que l’extrême droite mise en cause aujourd’hui, surfe sur les faits divers à grand renfort de récupération politique et en profite pour attiser doucement une autre forme de haine. »
« Je n’ai pas de solution miracle, je n’ai pas de réponse géniale à apporter à ce qu’il vient de se passer et rien ne ramènera ce jeune homme à la vie. Mais doit-on pour autant remplacer un extrême par un autre ? »

On avait déjà pu lire de sa part, un peu plus tôt cette année, cette pensée pertinente au sujet de la haine :

« la liberté d’expression c’est aussi pour les cons, et j’aime savoir qui sont les cons autour de moi. »

Commentant le drame de Clément Méric, Paul Da Silva évoque la loi du Talion et cite des commentaires appelant au meurtre, trouvés sur des blogs de gauche.

Le drame, c’est que l’on se serve de la mort d’un homme pour justifier la haine, et réclamer encore la mort. C’est comme si la société avait attendu cette mort pour s’épancher, et c’est comme si la société attendait encore des morts pour se justifier.

Et finalement, ce sont des Français qui instrumentalisent la mort d’un Français pour appeler au meurtre d’autres Français.

L’un des commentaire cité par Paul Da Silva est tout simplement :

« Un mort chez nous, un mort chez eux »

Je trouve ce commentaire très significatif : la mort doit appeler la mort, et surtout, il y un « nous » et il y aurait un « eux ».

Quelles sont ces constructions mentales qui ne servent qu’à une chose : faire couler le sang français, le sang du concitoyen, le sang du frère ?

Ce n’est pas nouveau : le sang impur de la Marseillaise a longtemps été le sang français ! Et quand le sang d’un frère coule, certains y voient la justification du sang d’autres frères encore ! Il faut que le sang coule ! Il faut que le Français meure, car je fais partie de « nous » et il fait partie d’ « eux ». En fait peut importe qui est « nous » et qui est « eux », parce qu’il est le « eux » d’un autre « nous », il doit mourir.

Tout est bon pour justifier de faire couler le sang du français : il est de droite je suis de gauche, je suis d’extrême gauche il est d’extrême droite. Je suis pour, il est contre, il aime, j’aime pas. je dois souhaiter qu’il meure, et il doit le souhaiter pour moi.

« Ce sont des skinheads » entend-t-on. Non, ce sont des Français ! « Ce sont des redskins » entend-t-on. Non, ce sont des Français ! « Un mort chez nous, un mort chez eux ». Mais qui définit ces camps ? Ne sommes-nous tous pas du même pays ?

Si la mort de François Naugiez ne soulève pas les masses, c’est que sa récupération pourrait nourrir la xénophobie plutôt que le fratricide, ce qui n’a absolument aucun intérêt. Un prétexte est bien inutile s’il n’est pas un prétexte à haïr son frère.

On choisit ses amis, mais on ne choisit pas ses frères. Alors il ne faut pas s’attendre à ce que tout le monde s’aime et soit gentil, mais ceux que l’on supporte le moins sont souvent ceux que l’on ne choisit pas mais que l’on reçoit et pour qui nous avons des devoirs.

À lire et à entendre tous ces commentaires, il sembleraient que les antifas ne connaissent pas d’autres solutions que la mort de l’autre… et inversement. La France a inventé le génocide, la France a inventé l’extermination légale de population, et ce bien avant que le fascisme ne soit ne serait-ce qu’une hypothèse ! Pour preuve, les décrets ordonnant l’extermination du peuple Vendéen ne sont toujours pas abrogés ! Nobles de cour ou paysan de Vendée, de droite ou de gauche, le Français mérite la mort parce qu’un autre Français a décidé que je fais partie de « nous » et qu’il fait partie de « eux  !

Dans l’actualité récente on a lut l’un annoncer qu’il ne pleurerait pas une hypothétique bombe, l’autre souhaiter que la police tire à vue

Et ces menaces et malheureusement parfois ces actes sont justifiés par le « c’est nous » et le « c’est eux ».

La France est experte pour diviser les Français. Le meurtre devient possible si la victime fait partie de « eux ». Le Français peut tuer le Français dès qu’il a pu montrer que l’autre fait partie de « eux ».

Mais en fait, ces constructions mentales ne seraient pas plutôt le piège qu’on tend aux gens pour qu’ils s’entre-tuent, plutôt que d’y reconnaître un frère qu’il faudrait accompagner ? Pleurez la mort de Clément Méric, oui, et je la pleure avec vous. Mais s’il vous plaît, ne vous en servez pas pour justifier la mort d’un autre, ni même souhaiter la mort d’un autre !

L’Espérance

La foule qui s’est réunie spontanément pour pleurer la mort de Clément Méric avait en commun avec les veilleurs d’avoir chanté le Chant des partisans. Il n’y a plus qu’à prier pour que dans l’unité, ce soit tout le peuple de France qui entonne l’Espérance.


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