Emeutes du Trocadéro: Après le mariage,… l’émeute pour tous! (Paris riots: It’s just the fun and the adrenaline, stupid !)

15 mai, 2013
http://www.dreuz.info/wp-content/uploads/black-1.jpgContre un chèque à six chiffres, aucune star ne résiste à l’aller-retour à Doha. L’Express
J’ai participé aux émeutes, j’ai renversé une voiture, fracassé la Banque de Montréal, les arrêts d’autobus… Une grosse soirée! Sienna St-Laurent (14 ans)
Je ne sais pas, je voulais me sentir cool. Sienna St-Laurent
Tous sur les Champs, on va tout casser. Cris de casseurs du Trocadéro
Paris est à nous ! Cris des émeutiers du Trocadéro
Manuel Valls montre progressivement son vrai visage: celui d’un ministre partisan, sévère avec les familles lorsqu’elles sont de droite, inerte avec les délinquants protégés par la culture de l’excuse de la gauche. Geoffroy Didier (co-leader de la Droite forte)
Pour Patrice Ribeiro, secrétaire général de Synergie-Officiers, «le renseignement a peut-être péché par excès d’optimisme» (…) La prévision dont le préfet dit avoir eu connaissance était de «quelques centaines» de trublions susceptibles de passer à l’acte, comme la veille donc. Or, a-t-il confié, pressé des questions, ils ont été «des milliers» lundi soir. (…) Les premiers incidents ayant éclaté la veille sur l’avenue des Champs-Élysées à l’annonce de la victoire du PSG à Lyon étaient pourtant un premier coup de semonce. Un «tour de chauffe» des casseurs qui aurait dû inciter les forces de l’ordre à davantage de prudence et d’anticipation. (…) Le préfet parle de sept à neuf unités mobilisées (600 à 700 hommes). Et encore, pas toutes concentrées sur l’événement, puisqu’il fallait protéger aussi les palais nationaux, l’Élysée, Matignon. Si les prévisions s’étaient avérées justes, cela aurait correspondu à deux agents par casseurs. Mais lundi soir, les casseurs étaient peut-être trois fois plus nombreux que les policiers. Les vingt-sept patrouilles de brigades anticriminalité appelées à la rescousse n’ont pas suffi à colmater les brèches du dispositif. (…) Le Trocadéro avait été choisi pour trouver un cadre prestigieux à ce qui devait être une fête et ce malgré l’alerte de la veille. A-t-on sacrifié les impératifs de la sécurité à l’image d’une remise de coupe avec la tour Eiffel en ligne de mire? Les Champs-Élysées avaient été refusés aux organisateurs. Et les Qatariens, propriétaires du PSG, voulaient un lieu symbolique. La publicité donnée à ce fiasco n’en a été que plus retentissante. (…) Le préfet de police a lui-même reconnu qu’il ne fallait pas provoquer les ultras présents dans la foule par une présence policière trop ostentatoire. «Les autorités en étaient encore à privilégier la logique festive au début des incidents, alors qu’il eût fallu d’emblée montrer sa force pour éviter d’avoir à s’en servir, comme au temps de Pierre Ottavi, grand directeur de la sécurité publique parisienne dans les années 1990», estime Bruno Beschizza, conseiller régional UMP de Seine-Saint-Denis et ancien syndicaliste policier. Le Figaro
Débordés par un groupe qui s’enfonce avenue Kléber, en direction des Champs-Elysées, les CRS décident à 20 h 30 de quitter, sirènes hurlantes, la place du Trocadéro, livrant cette dernière aux émeutiers. Chauffés à blanc et privés de leur adversaire, près de 800 casseurs se retrouvent seuls sur la place où les bris de verre et débris en tout genre jonchent le sol. Pendant vingt longues minutes, les mutins vont émietter les abris-bus, saccager les vitrines des magasins, briser les devantures des cafés de la place à coups de chaises balancées avant d’en piller certains. Certains renversent les scooters, cassent des voitures à coups de bâtons et en brûlent une. A 20 h 50, les compagnies de CRS et de gendarmes réinvestissent la place et délogent les émeutiers en moins de trois minutes. Le Monde
La France doit arrêter ses conneries, les élites politiques françaises doivent arrêter de ne voir que des Noirs dans les banlieues. Lors des émeutes de 2005 au lieu de voir ça comme un grand mouvement d’insurrection sociale, ils y ont vu un mouvement de protestation de Noirs, d’Arabes etc. (…) [Dans Noirs de France vous dites que, étant jeune, vous étiez indépendantiste…] Pas seulement jeune, je le suis encore. (…) Moi je n’ai pas un discours indépendantiste, j’ai une pratique militante indépendantiste, ce n’est pas la même chose. J’ai vécu en clandestinité. Tous les deux jours je devais changer de lieu, tout en trimbalant un bébé de deux mois. J’ai pris des risques, mon époux a été en prison pendant un an et demi. Mes autres camarades ont été emprisonnés. Donc ce n’est pas une question de discours, c’est une pratique politique. Ça c’était jusqu’en 1982. Pourquoi ? Parce qu’en 1981, quand la gauche est arrivée au pouvoir les Guyanais ont dit qu’ils laissaient tomber les histoires d’indépendance. Les gens n’étaient pas indépendantistes mais ils acceptaient le débat. Régulièrement ici, le gouvernement emprisonnait les indépendantistes et les gens étaient solidaires. Ils n’étaient pas d’accord mais ils étaient solidaires. En 1981, ils ont dit: « C’est bon, la gauche ce n’est pas colonial, c’est fini ». On a tenu pendant un an et en 1982 moi j’ai arrêté de militer. Ce n’est pas une question de discours chez moi. (…) Il y a un mouvement indépendantiste, il va plus souvent aux élections que moi: vous parliez de contradictions ? En 1992 lorsque je me lance dans la campagne des législatives, c’est parce que les gens ont organisé un mouvement populaire autour de moi, me demandant d’aller me présenter. La première fois de ma vie que j’ai voté, c’était pour moi en 1993. J’étais indépendantiste, anti-électoraliste. Mais quand on a une demande d’un peuple… J’aurais pu dire « je suis indépendantiste, j’ai raison, je reste chez moi ». J’étais directeur de société avant d’être élue député. Je n’ai pas besoin de notoriété. Je donnais des conférences internationales. Je venais de signer un contrat de professeur-chercheur avec l’Université de Montréal. Je ne suis pas dans une contradiction politique. En 1992 cela faisait dix ans que nous avions arrêté de militer. Christiane Taubira (06.12.11)
J’ai, à cet égard, une position constante depuis une quinzaine d’années. La reconnaissance légale de la traite et de l’esclavagisme en tant que crimes contre l’humanité est une grande réparation solennelle. L’article 2 sur l’enseignement de cette histoire, à tous les niveaux, primaire, collège, lycée et université, est aussi une belle réparation. Il y a une action publique à mener dans la lutte contre le racisme, la déconstruction du racisme, à ses racines. Faire en sorte que les pays d’Europe qui, aujourd’hui, portent en leur sein les traces de cette histoire comprennent qu’ils sont pluriels et que la diversité de leur population est l’héritage de cette histoire-là. Les survivances de cette violence, ce sont aujourd’hui les discriminations et le racisme. On doit lutter résolument contre cela, de la même façon que les esclaves, les marrons, et les humanistes ont lutté contre le système esclavagiste. Il y a en outre deux sujets spécifiques, qui concernent les territoires d’outre-mer et l’Afrique. En outre-mer, il y a eu une confiscation des terres ce qui fait que, d’une façon générale, les descendants d’esclaves n’ont guère accès au foncier. Il faudrait donc envisager, sans ouvrir de guerre civile, des remembrements fonciers, des politiques foncières. Il y a des choses à mettre en place sans expropriation, en expliquant très clairement quel est le sens d’une action publique qui consisterait à acheter des terres. En Guyane, l’État avait accaparé le foncier, donc là, c’est plus facile. Aux Antilles, c’est surtout les descendants des "maîtres" qui ont conservé les terres donc cela reste plus délicat à mettre en œuvre. Christiane Taubira (ministre de la justice, 11 mai 2013)
On nous demandait de ne citer aucun prénom. C’était considéré comme trop stigmatisant. Communicant sous Jospin
Le discours de l’excuse s’est alors trouvé survalorisé, les prises de position normatives ont été rejetées comme politiquement incorrectes et les policiers ont fait office de boucs émissaires. Lucienne Bui Trong
A Paris, on s’alarme de trois courses-poursuites dans les rues de la capitale, mais chez nous les règlements de compte entre bandes sont très, très fréquents, pour ne pas dire quotidiens. On a rarement des courses-poursuites comme il y en a eu à Paris. Les jeunes ont largement dépassé ce stade-là, puisqu’ils en sont carrément au règlement de compte avec armes de guerre. D’une certaine manière, on est content quand ils règlent leurs comptes en dehors de chez nous. Loïc Lecouplier (secrétaire du syndicat Alliance en Seine-Saint-Denis)
En s’attaquant à la mémoire des millions de Français descendants d’esclaves, à l’identité des milllions d’étrangers issus de territoires mis en coupe réglée pendant 350 ans, au crime contre l’humanité que la République a décidé de nommer par la loi Taubira de 2001, le député Vialatte franchit une ligne rouge inacceptable pour un représentant du peuple français et l’image de la Nation. La Fédération du mémorial de la traite des noirs a décidé de porter plainte contre le député Jean-Sébastien Vialatte pour fausses accusations, diffamation et incitation à la haine raciale. Une plainte sera déposée au procureur de la République du Var, au président de l’UMP, ainsi qu’au président de l’Assemblée nationale et au Président de la République. Fédération du mémorial de la traite des noirs
La population qui joue au football aujourd’hui est à 75% issue de banlieue. En 2010, quand ont eu lieu les événements de Knysna, le fait que l’équipe de France était menée par ce type de "leaders racailles", qui correspondaient à la définition donnée par Nicolas Sarkozy 5 ans plus tôt, a sauté aux yeux du grand public. (…) En 1998, tout allait bien, c’était l’extase nationale. La France était un modèle d’intégration. Même à l’étranger, tout le monde en parlait comme d’un exemple. En préparant le livre, j’ai été stupéfait de relire les déclarations des hommes politiques de l’époque, de droite comme de gauche, qui mettaient en avant une France « phare du monde » avec son universalisme républicain. Jean-Marie Le Pen était fini, et avec lui l’extrême droite en France. On connait la suite. Jean-Marie Le Pen arrive au second tour en 2002 et quelques années plus tard le débat sur l’identité nationale éclate. On remarque aujourd’hui que la plupart des gens n’éprouvent aucune sympathie particulière pour l’équipe de France précisément à cause du « code racaille » de ses joueurs. (…) La hiérarchie est clairement définie. Les joueurs qui viennent de banlieue s’imposent toujours aux autres. Il y a les "boss" et les "bolosses" : Franck Ribéry c’est le "boss", et Yohan Gourcuff est le "boloss". Gourcuff n’a pas les codes et ne peut donc pas s’intégrer. Il a été repoussé comme on repousse n’importe quel étranger qui essaye de s’intégrer dans un cercle aussi fermé. Ce cercle, aujourd’hui en équipe de France, c’est la banlieue et ses codes : la virilité, l’argent, le bling-bling, etc. (…) Tous les clubs doivent faire avec cet état de fait. Chacun essaye de se débrouiller comme il peut. J’ai rencontré des dirigeants qui en ont réellement marre de s’occuper de cela et d’autres qui tentent à leur manière de régler les problèmes. (…) Des présidents ont instauré des quotas officieux de musulmans, d’africains ou même de jeunes de banlieue. Quand Mediapart a révélé cette affaire, ils n’ont pas trouvé bon d’adresser le vrai problème et ont préféré rester dans cette posture moraliste qui les caractérise. La vérité c’est que nous avons ghettoïsé le football en pensant que les costauds étaient noirs et que les petits joueurs techniques étaient maghrébins. Forcément, nous sommes allés chercher ces profils là où ils se trouvaient. Je me rappelle d’une phrase d’un dirigeant français : "Chez nous, il suffit de secouer une tour pour qu’ils tombent tous" ou même d’un recruteur de Lens qui cherchait absolument des "grands noirs" quitte à leur "redresser les pieds" si les qualités footballistiques n’étaient pas au rendez-vous. Les racailles du football, ce sont aussi celles en col blanc ! Ces raisonnements simplistes sont allés trop loin. Les clubs se sont fait manger par les "joueurs racailles" et aujourd’hui, après l’affaire de la Coupe du monde 2010, tout le monde se réveille. Cependant, les réponses apportées par les dirigeants sont parfois très maladroites. Chacun fait ses petits quotas, son petit bazar. A Rennes, des joueurs ont été dégagés l’été dernier car il y avait trop de musulmans. A Saint-Etienne, on passe la consigne aux recruteurs de ne pas trop recruter d’Africains. Nous sommes passés d’un extrême à l’autre. Autre exemple : les affiches publicitaires pour l’équipe de France après 2010. Les instances ont demandé aux photographes de les "blanchir", de mettre en avant les joueurs blancs, alors que la tendance marketing est souvent au multiculturalisme. (…) Le problème vient effectivement de l’évolution de notre société depuis mai 68 et de la mentalité libérale-libertaire qui s’est imposée. L’autorité est mal vue dans notre système d’éducation nationale et cela s’est propagé dans nos centres de formation, jusqu’au sein de l’équipe de France. (…) De plus, en ce qui concerne l’équipe de France, nous avons abandonné tous les symboles nationaux au Front national au début des années 80. Il ne faut pas s’étonner du fait que des joueurs comme Karim Benzema mettent un point d’honneur à ne pas chanter la Marseillaise maintenant. Le sentiment anti-français est très répandu en banlieue, et cela, ce n’est pas le foot qui l’arrangera. Daniel Riolo
La notion des années 1960 selon laquelle les mouvements sociaux seraient une réponse légitime à une injustice sociale a créé l’impression d’une certaine rationalité des émeutes. Les foules ne sont toutefois pas des entités rationnelles. Les émeutes de Londres ont démontré l’existence d’un manque de pensée rationnelle des événements du fait de leur caractère tout à fait spontané et irrationnel. Les pillards ont pillé pour piller et pour beaucoup ce n’était pas nécessairement l’effet d’un sentiment d’injustice. Au cours des émeutes danoises il y avait d’un côté un sens de la rationalité dans les manifestations de jeunes dans la mesure où ils étaient mus par une motivation politique. Cependant, les autres jeunes qui n’étaient pas normalement affiliés à  l’organisation "Ungdomshuset" se sont impliqués dans le  conflit et ont participé aux émeutes sans en partager les objectifs. Ils étaient là pour s’amuser et l’adrénaline a fait le reste. Les émeutes peuvent assumer une dynamique auto-entretenue qui n’est pas mue par des motifs rationnels. Lorsque les individus forment une foule, ils peuvent devenir irrationnels et être motivés par des émotions que génèrent  les émeutes elles-mêmes. L’aspect intéressant des émeutes  de Londres était de confirmer l’inutilité du traitement du phénomène de foule par  une stratégie de communication. La méthode rationnelle n’aboutit à rien contrairement à la forme traditionnelle de confinement. Cela montre bien qu’à certains moments, la solution efficace est de ne pas gérer les foules par le dialogue. Christian Borch

Après le mariage,… l’émeute pour tous!

Vitrines brisées, magasins pillés, voitures calcinées, arrêts de bus saccagés, agression des forces de l’ordre et des journalistes…

Au lendemain d’un énième épisode de guérilla urbaine …

Qui, entre les millions à nouveau des pompiers-pyromanes qataris et des forces de police  soudainement (après avoir tant brillé contre les jupes plissées et les lodens des anti-mariage pour tous et malgré le coup de semonce de la veille) dépassées, a cette fois vu le saccage du quartier du Trocadéro …

Et alors que, trois jours après la proposition de la ministre noire de service du gouvernement et maitresse es lois liberticides de "rendre leurs terres aux descendants d’esclaves" (avant, on suppose, les Cathares, protestants, chouans et autres Vendéens ?), nos pleureuses professionnelles nous ont ressorti comme explication les habituelles excuses de la misère supposée desdites populations et fustigé comme il se doit le seul responsable politique ayant osé pointer la dimension à nouveau évidemment raciale (pardon: ethnique) des émeutes du moment …

Comment ne pas voir avec le chercheur danois Christian Borch et contre les sophismes de nos sociologues qui, depuis les années 60, nous bassinent avec la prétendue rationalité de "mouvements sociaux" censés répondre à un sentiment d’injustice …

La criante évidence du goût spontané et irrationnel de la violence pour la violence comme l’entrainement mimétique du phénomène de foule générant lui-même les émotions et l’adrénaline nécessaires ?

Mais aussi, comme l’ont montré les émeutes londoniennes, danoises ou d’ailleurs, l’inefficacité dans nombre de cas des méthodes de contrôle basées sur le dialogue avec les émeutiers ?

Riots Create Irrational Behavior

Christian Borch

Apr. 30, 2013 — Participants of group riots have since the end of the 1960s been viewed as rational individuals driven by a sense of injustice. But in today’s world this is misleading, concludes sociologist and PhD Christian Borch in a newly published doctoral thesis, and he encourages the police to take the destructive behaviour of some participants into account when dealing with groups of rioters.

During the so-called ‘UK Riots’ in the summer of 2011, discontented young people set the streets of London alight and looted shopping centres. The initial strategy of the police which was to communicate with rioters soon failed. Instead they resorted to using batons and containment. Within a Danish context, the violent reactions to the clearance of ‘Ungdomshuset’ in 2007 show that a revolt can develop into serious criminal actions.

According to Christian Borch, these examples illustrate that group rioting are not solely based on righteous indignation and considered planning:

"The notion of the 1960s that social movements happened as a legitimate response to social injustice created the impression of riots as being rational. Crowds however do not have to be rational entities," says Christian Borch.

In a new doctoral thesis "The Politics of Crowds: An Alternative History of Sociology" from University of Copenhagen, Christian Borch analyses the historical development of the concept of crowds in a sociological context.

"The riots in London demonstrate the existence of a lack of rational thought processes as the events had an entirely spontaneous and irrational character. People looted for the sake of looting, for many this was not necessarily born out of a sense of injustice," says Christian Borch who has analysed the strategies of the Metropolitan police in connection with the London riots.

Danish riots attracted violent supporters

The riots surrounding the clerance of "Ungdomshuset" at Jagtvej 69 in Denmark illustrate that demonstrations are capable of creating a self-perpetuating sense of dynamics which accenture the irrational elements. Thus, setting cars alight and breaking windows became part of the rioting.

"During the Danish riots there existed on the one hand a sense of rationality within the young people’s protests, in so far as they were drive by a political motivated interest. However, other people who were normally not affiliated with ‘Ungdomshuset’ became a part of the conflict and participated in the riots without any shared purpose. They were having fun and the adrenalin kicked in," says Christian Borch.

It is inner group dynamics which fuel pointless behaviour.

"Riots can assume self-perpetuating dynamics which is not driven by rational motives. When individuals form a crowd they can become irrational and driven by emotion which occur as part of the rioting," says Christian Borch.

Inspiration to police tactics

Thinking of crowds as rational entities has since 2000 affected the way in which the British police have handled riots. The UK Riots serve as an example of this. The police worked on the promise that they were dealing with rational individuals with sensible objectives which is why their plan of action was based on communication rather than containment. This however, did not work in practice.

"The interesting aspect of the London riots was to ascertain that it was pointless to address the crowds through a communication strategy. The rational way of regarding the crowds came to nothing whereas the traditional form of containment did. This shows that at certain times a successful solution is not to handle crowds based on dialogue-orientated efforts," says Christian Borch.

In addition to the police, Christian Borch encourages town planners, sociologists and economists to apply a more critical approach when dealing with the concept of crowds.

Voir aussi:

Émeutes du Trocadéro : c’est la faute à Barjot !

Les casseurs du PSG vus par les penseurs du PS

Théophane Le Méné

Causeur

15 Mai 2013

La grand-messe organisée par le PSG qui devait avoir lieu sur le Trocadéro avant-hier soir a donc viré à l’émeute. Au lieu d’une démonstration festive, censée couronner la victoire du club parisien, certains supporters se sont livrés à une toute autre manifestation : vitrines brisées, magasins pillés, voitures calcinées, arrêt de bus saccagés, agression des forces de l’ordre et des journalistes… Dès le lendemain, les banderilles des élus de droite commençaient à pleuvoir sur les responsables de ce fiasco. En première ligne, le député-maire du XVIème arrondissement, Claude Goasguen, a demandé la démission de Manuel Valls, lui reprochant de ne pas avoir anticipé la sécurité des personnes alors même que ces débordements semblaient prévisibles. Nadine Morano lui a emboité le pas, fustigeant un ministre « incapable d’anticiper et d’assurer la sécurité ». François Fillon s’est, lui, adressé au président de la République en demandant sans plus tarder des sanctions à l’endroit des casseurs.

La réaction de la gauche ne s’est pas fait attendre. Dans un communiqué, le ministre de l’Intérieur a affirmé qu’un important dispositif de sécurité avait été déployé et a condamné le comportement des fauteurs de troubles, promettant tous les moyens disponibles pour les identifier. Plus prompt encore à se prévaloir de ses propres turpitudes pour s’exonérer d’une quelconque responsabilité, Jean-Christophe Cambadélis [1] a évoqué une « connexion » entre les auteurs des « incidents » lors de la Manif pour tous et les hooligans : comprenez quelques nervis d’extrême droite réactionnaires, pressés d’en découdre avec les forces de l’ordre.

La comparaison est osée. S’il est au moins une chose dont n’ont pas à rougir les organisateurs de la Manif pour Tous, c’est bien du pacifisme dont ils ont fait preuve. Des poèmes de Péguy et d’Aragon, à la lueur des bougies, dans l’obscurité des Invalides, aux comptines entonnées dans les cortèges de poussettes, le mot d’ordre a toujours été l’apaisement malgré la brutalité des forces de l’ordre et la surdité du gouvernement. En sept mois de manifestations, jamais un policier ou gendarme n’a été blessé ni une dégradation constatée. On ne peut plus nier un deux poids deux mesures en matière de maintien de l’ordre. Quand, le 15 avril dernier, soixante-sept veilleurs étaient envoyés en garde à vue pour avoir lu Eluard et chanté du Baden Powell, sagement posés dans l’herbe, on a eu avant-hier trois gardes à vue pour bris de vitres, vol en réunion et dégradation volontaire par incendie. Geoffroy Didier, co-leader de la Droite forte, s’en est d’ailleurs ému : « Manuel Valls montre progressivement son vrai visage: celui d’un ministre partisan, sévère avec les familles lorsqu’elles sont de droite, inerte avec les délinquants protégés par la culture de l’excuse de la gauche.»

Dans les agapes douloureuses d’avant-hier soir, difficile en effet de débusquer des opposants acharnés au mariage pour tous. Au milieu de supporters heureux, c’était surtout une partie de la jeunesse de banlieue que l’on pouvait rencontrer. Ceux-là venaient moins célébrer la victoire que jouer les casseurs. On avait assisté aux mêmes scènes de guérilla urbaine en marge des manifestations contre le Contrat Premier Embauche (CPE) en 2006, et place de la Bastille en mai 2012, après l’élection de François Hollande.

Lors de la manifestation contre le mariage gay le 24 mars dernier, le premier secrétaire du PS, Harlem Désir, avait dénoncé des « groupes extrémistes cherchant des affrontements » tandis que le député PS du Cher, Yann Galut, reprochait à Laurent Wauquiez de « défendre les casseurs du GUD s’en prenant aux CRS ». De deux choses l’une : soit certains groupuscules factieux se sont soudain ouverts aux banlieues, soit la barbarie n’est pas l’apanage de l’extrême droite.

[1] Jean-Christophe Cambadélis: http://www.lepoint.fr/politique/psg-violences-a-paris-cambadelis-pointe-le-climat-installe-par-les-manifs-anti-mariage-gay-14-05-2013-1666349_20.php

Voir également:

PSG – Paris : violences au Trocadéro, pourquoi c’est (très) grave

Le Point

14/05/2013

Derrière les hooligans se cachaient des "jeunes" venus de tous les horizons qui n’avaient rien à faire là. Et s’ils préparaient le "grand soir" ?

Jérôme Béglé

Sans préjuger de l’enquête en cours, il y a deux interprétations possibles des événements qui ont gâché lundi soir la remise officielle du titre de champion de France 2012-2013 au PSG. La première fait peser la faute sur les supporteurs. Les ultras chassés du Parc des princes sous la présidence de Robin Leproux afin de rendre possible une cession du club aux Qatariens se seraient vengés. Aidés de quelques casseurs professionnels et avinés, ils ont rappelé au propriétaire du club qu’ils existaient et que bien qu’interdits de stade, il fallait compter sur eux pour changer l’or en plomb.

La deuxième interprétation dédouane les instances dirigeantes, mais elle est plus inquiétante. Beaucoup plus inquiétante. Elle reprend une thèse maintes fois évoquée notamment par Éric Zemmour ou Alain Finkielkraut, celle de ces hordes provenant des banlieues qui, un jour, débarqueraient dans les villes. Les (graves) incidents de lundi ne seraient que la répétition générale de ce grand soir qui terrorise tout le monde. Une jeunesse découragée, humiliée, sans espoir ni perspective que de se rappeler bruyamment au mauvais souvenir de la classe politique, rode une lutte finale pour rappeler qu’elle existe, qu’elle est parquée en banlieue et que rien n’y personne n’a pu lui redonner foi en la vie et en l’avenir. Elle y ajoute un discours d’exclusion et des slogans revanchards. Des témoins et des images montrent déjà des drapeaux algériens, marocains, tunisiens brandis par des "supporteurs" qui préféraient entonner des chants de guerre plutôt que des refrains de victoire.

Des interdictions qui marginalisent un peu plus les supporteurs

La version hooliganisme des violences du Trocadéro se soldera par des mises en examen et quelques incarcérations parmi les 21 personnes interpellées. Elle s’accompagnera d’un contrôle encore plus sévère des accès au Parc des princes et sans doute par des interdictions de garnir les gradins du Kop de Boulogne ou de celui d’Auteuil. On jugera tout cela suffisant, oubliant que pour beaucoup de ces jeunes, le football est un exutoire, presque une raison de vivre, et que les interdire de stade constitue une vexation, une humiliation supplémentaire, et contribue un peu plus encore à les marginaliser.

La version "crise des banlieues" est évidemment effrayante et annonce des lendemains dramatiques. Personne ne veut y croire, et le débordement des forces de l’ordre, l’incapacité des renseignements généraux à anticiper ces violences pourtant probables montrent à quel point Paris et la France n’ont pas mesuré qu’un tel scénario n’est pas une fiction, mais est entré dans le champ des possibles.

On reparlera souvent de cette triste soirée du 13 mai 2013. Soirée au cours de laquelle les Qatariens ont voulu montrer au monde entier que Paris était à eux. Que c’étaient eux autant que Beckham, Ibrahimovic et Ancelotti qui avaient apporté un titre de champion à la ville lumière. La mise en scène de leur victoire au pied de la tour Eiffel, puis la descente de la Seine devaient offrir des images en mondovision. Piteusement, BeIn Sport et Al Jazeera, leurs chaînes de télévision à rayonnement mondial, ont dû interrompre leur direct. Ils ont frôlé le ridicule et écorné une image qu’ils construisent à coups de milliards de dollars. Si ce n’est que cela, c’est un moindre mal…

Voir encore:

Incidents au Trocadéro : le dispositif de sécurité critiqué

Le Monde.fr avec AFP

14.05.2013

Alliance, le second syndicat des gardiens de la paix, accuse les autorités d’avoir sous-estimé l’ampleur de la cérémonie.

Une trentaine de blessés, une dizaine de commerces pillés, dix-huit voitures vandalisées, deux bus de la RATP dégradés… Les scènes d’émeutes urbaines qui ont éclaté lundi 13 mai au soir place du Trocadéro autour de la cérémonie de remise du titre de champions de France au PSG auraient-elles pu être évitées ? C’est le sentiment de deux syndicats de policiers proches de la droite, Alliance et Synergie-officiers. Sous le feu des critiques, le préfet de police de Paris défend un dispositif important, avec 800 agents mobilisés. Selon des sources interrogées par Le Monde, le fiasco du Trocadéro pourrait être dû à un problème de coordination.

Syndicats de police : "Nous avons été débordés"

Les débordements de lundi soir étaient-ils prévisibles ? Ils sont en tout cas loin d’être inédits. Le 23 juin 2010, des violences avaient accompagné la diffusion au stade Charléty d’un match de la Coupe du monde opposant les Etats-Unis à l’Algérie. Plus de deux cents jeunes avaient alors dévasté le quartier. Et dimanche, quelques heures à peine après la victoire du PSG à Lyon, qui lui assurait le titre, des violences avaient déjà eu lieu sur les Champs-Elysées.

Alliance, le second syndicat des gardiens de la paix, accuse ainsi les autorités d’avoir sous-estimé l’ampleur de la cérémonie. "Nous avons été débordés" alors que "nous savions tous ce qui aurait pu se passer", assure le secrétaire national, Fabien Vanhemelryck.

Patrice Ribéiro, de Synergie (second syndicat d’officiers) pense également qu’il y avait eu "sous-estimation du risque" et "de la dangerosité" des présumés auteurs des incidents, qui "avaient déjà agi dimanche sur les Champs-Elysées". Ce sont des "casseurs venus de banlieue, on savait qu’ils allaient revenir (…). Reste à déterminer les responsabilités", note le syndicaliste.

Préfet de police de paris : "Un dispositif conséquent"

En face, le préfet de police de Paris, Bernard Boucault, défend un "dispositif conséquent" : sept unités de forces mobiles, renforcées rapidement par deux compagnies de CRS et des équipages des brigades anticriminalité (BAC). Au total, 800 agents étaient mobilisés, a annoncé le préfet de police, en soulignant qu’il y avait des milliers de casseurs. "Il n’y aura plus de manifestation festive sur la voie publique pour le PSG", a-t-il ajouté.

Portrait : Bernard Boucault, un ‘haut fonctionnaire de gauche’ préfet de police

Une réponse que certains jugent insuffisante. "Je ne vois pas comment le préfet de police, qui n’en est pas à son premier échec, peut être maintenu dans ses fonctions", a notamment déclaré le chef de l’opposition, Jean-François Copé. "Je considère que le préfet de police a failli à sa mission", a lancé le député, reprochant à Bernard Boucault ses explications "très embarrassées", la veille, avec "en particulier cette idée" selon laquelle "une fête n’est plus une fête si on met trop de policiers sur place".

Au total, trente-neuf personnes ont été interpellées, dont trente-huit placées en garde à vue pour jets de projectiles, vols, dégradations, violences, recel de vols, et participation à un attroupement armé. Des arrestations ont eu lieu jusqu’en Seine-Saint-Denis, à Noisy-le-Sec, où trois personnes ont été prises avec des vêtements volés sur les Champs-Elysées.

Un problème de coordination

Selon plusieurs sources interrogées par Le Monde, il semble que ce soit davantage, comme le 24 mars ou lors de la manifestation salafiste devant l’ambassade des Etats-Unis, le 15 septembre 2012, la coordination entre le renseignement, les forces mobiles et les policiers de sécurité publique qui a échoué. Les participants ont ainsi pu assister, vers 20 h 30, à une scène un peu surréaliste, avec des CRS quittant précipitamment le Trocadéro, pourtant encore en proie à des bandes violentes, pour les Champs-Elysées, où d’autres commençaient à sévir. "Le dispositif n’a pas fonctionné, on ne peut pas dire le contraire, et il va y avoir un débriefing", souligne l’entourage du ministre de l’intérieur, qui reconnaît que les manifestations quotidiennes et imprévisibles des opposants au mariage pour tous "commencent à peser sur les forces mobiles".

La vidéoprotection pour identifier les casseurs

Les bandes de vidéoprotection seront mises à la disposition des enquêteurs pour "identifier" les casseurs qui ont sévi à Paris, a déclaré dans la soirée le ministre de l’intérieur, Manuel Valls, confirmant que trente personnes ont été blessées. "Une minorité de participants, pour partie composée de supporteurs de la mouvance ultra et pour partie de groupes de jeunes casseurs, ont provoqué bousculades et mouvements de foules", déplore-t-il.

Lire les réactions : La droite accable Valls, le PS pointe la responsabilité du PSG

"Je tiens à saluer le travail du préfet de police et des forces de l’ordre qui, en concertation avec la Ligue de football professionnel et le club, ont rapidement ramené l’ordre à Paris et maîtrisé les débordements", a déclaré de son côté la ministre des sports, Valérie Fourneyron, dans un communiqué.

"C’est dommage qu’il y ait eu une poignée de perturbateurs, les débordements ont été contenus, la fête n’a pas été gâchée", a par ailleurs estimé lundi le maire de Paris, Bertrand Delanoë, venu remettre le trophée avec le président de la Ligue de football professionnel (LFP), Frédéric Thiriez, et du président du club de la capitale, Nasser al-Khelaïfi.

Voir enfin:

Racaille Football Club : comment le foot s’est-il ghettoïsé ?

Atlantico

8 mai 2013

Le journaliste Daniel Riolo sort cette semaine un livre polémique sur la ghettoïsation du football français et sur l’impuissance (ou l’incompétence) de nos instances sportives face à ce phénomène.

Atlantico : Vous sortez cette semaine un livre intitulé "Racaille Football Club" dans lequel vous dénoncez notamment la ghettoïsation du football français. Comment définiriez-vous ce terme racaille ?

Daniel Riolo : J’ai choisi le mot "racaille" par rapport à la perception que les gens en avaient. Une définition publique, et même présidentielle, a été donnée par Nicolas Sarkozy en 2005. Il s’agit de manière schématisée du "mec de banlieue qui pose des problèmes". C’est tout cet amalgame entre la capuche, le casque pour la musique, le rap, etc.

La population qui joue au football aujourd’hui est à 75% issue de banlieue. En 2010, quand ont eu lieu les événements de Knysna, le fait que l’équipe de France était menée par ce type de "leaders racailles", qui correspondaient à la définition donnée par Nicolas Sarkozy 5 ans plus tôt, a sauté aux yeux du grand public. En partant de ce constat-là, j’ai voulu remonter tout le fil depuis 1998.

En 1998, tout allait bien, c’était l’extase nationale. La France était un modèle d’intégration. Même à l’étranger, tout le monde en parlait comme d’un exemple. En préparant le livre, j’ai été stupéfait de relire les déclarations des hommes politiques de l’époque, de droite comme de gauche, qui mettaient en avant une France « phare du monde » avec son universalisme républicain. Jean-Marie Le Pen était fini, et avec lui l’extrême droite en France.

On connait la suite. Jean-Marie Le Pen arrive au second tour en 2002 et quelques années plus tard le débat sur l’identité nationale éclate. On remarque aujourd’hui que la plupart des gens n’éprouvent aucune sympathie particulière pour l’équipe de France précisément à cause du « code racaille » de ses joueurs.

Ces joueurs-là ont imposé selon vous un "esprit de clan" au sein de l’équipe de France, et des clubs français en général. Comment expliquez-vous cela ?

La hiérarchie est clairement définie. Les joueurs qui viennent de banlieue s’imposent toujours aux autres. Il y a les "boss" et les "bolosses" : Franck Ribéry c’est le "boss", et Yohan Gourcuff est le "boloss". Gourcuff n’a pas les codes et ne peut donc pas s’intégrer. Il a été repoussé comme on repousse n’importe quel étranger qui essaye de s’intégrer dans un cercle aussi fermé. Ce cercle, aujourd’hui en équipe de France, c’est la banlieue et ses codes : la virilité, l’argent, le bling-bling, etc.

Comment les dirigeants français adressent-ils ce problème ?

Tous les clubs doivent faire avec cet état de fait. Chacun essaye de se débrouiller comme il peut. J’ai rencontré des dirigeants qui en ont réellement marre de s’occuper de cela et d’autres qui tentent à leur manière de régler les problèmes.

Le championnat de basketball américain, la NBA, a su régler ce problème en donnant, ironiquement, un grand coup de kärcher… Le langage des joueurs, leur code vestimentaire, et leurs attitudes sont maintenant surveillés étroitement, et de manière très stricte, par les instances du sport. En France, le président de l’équipe de Rennes, Frédéric de Saint-Sernin, a essayé d’interdire les sacoches Louis Vuitton par exemple.

La NBA a réagi en multinationale. Elle a été capable de tout régler elle-même. En France, cela n’existe pas. Chacun règle les dysfonctionnements à son petit niveau. Et c’est à partir de là que certains problèmes sont apparus.

Des présidents ont instauré des quotas officieux de musulmans, d’africains ou même de jeunes de banlieue. Quand Mediapart a révélé cette affaire, ils n’ont pas trouvé bon d’adresser le vrai problème et ont préféré rester dans cette posture moraliste qui les caractérise. La vérité c’est que nous avons ghettoïsé le football en pensant que les costauds étaient noirs et que les petits joueurs techniques étaient maghrébins. Forcément, nous sommes allés chercher ces profils là où ils se trouvaient. Je me rappelle d’une phrase d’un dirigeant français : "Chez nous, il suffit de secouer une tour pour qu’ils tombent tous" ou même d’un recruteur de Lens qui cherchait absolument des "grands noirs" quitte à leur "redresser les pieds" si les qualités footballistiques n’étaient pas au rendez-vous. Les racailles du football, ce sont aussi celles en col blanc !

Ces raisonnements simplistes sont allés trop loin. Les clubs se sont fait manger par les "joueurs racailles" et aujourd’hui, après l’affaire de la Coupe du monde 2010, tout le monde se réveille. Cependant, les réponses apportées par les dirigeants sont parfois très maladroites. Chacun fait ses petits quotas, son petit bazar. A Rennes, des joueurs ont été dégagés l’été dernier car il y avait trop de musulmans. A Saint-Etienne, on passe la consigne aux recruteurs de ne pas trop recruter d’Africains. Nous sommes passés d’un extrême à l’autre.

Autre exemple : les affiches publicitaires pour l’équipe de France après 2010. Les instances ont demandé aux photographes de les "blanchir", de mettre en avant les joueurs blancs, alors que la tendance marketing est souvent au multiculturalisme.

De nombreuses réunions sur ce problème sont organisées dans tous les clubs. L’idée que l’attitude est aussi importante que la technique du joueur est maintenant très répandue dans le milieu du foot français. Mais si le cadre posé par les clubs était aussi stricts que celui du club allemand du Bayern de Munich par exemple, nous n’aurions même pas besoin de nous préoccuper de la couleur ou de l’origine de nos joueurs.

Ce manque d’encadrement et d’autorité, n’est-il pas un problème de société plus large ? Les dirigeants du football français peuvent-ils vraiment y faire quelque chose ?

Beaucoup de sociologues ont parlé de cela avant moi, même s’ils sont automatiquement taxés de conservatisme… Le problème vient effectivement de l’évolution de notre société depuis mai 68 et de la mentalité libérale-libertaire qui s’est imposée. L’autorité est mal vue dans notre système d’éducation nationale et cela s’est propagé dans nos centres de formation, jusqu’au sein de l’équipe de France. Ensuite, Nicolas Sarkozy a amorcé une fracture terrible avec son mot sur les racailles. Et puis, la manière dont il a géré son quinquennat en chef de gang n’a pas arrangé les choses.

Quand Raymond Domenech sort un livre pour dénoncer le comportement de ses joueurs, cela me fait sauter au plafond ! Je veux bien qu’il fasse son mea culpa et qu’il nous révèle ce qui se passait vraiment dans les vestiaires. Mais pourquoi les a t-il alors soutenus ? Pourquoi ne les a t-il pas sanctionnés ? En 2010, de nombreux dirigeants et entraîneurs voulaient que tout le monde soit banni. Nous avons raté à ce moment-là une excellente opportunité de tout remettre à plat. Finalement, nous avons une nouvelle fois victimisé les joueurs en insistant sur le fait que ce n’était pas de leur faute, et que finalement, c’est la société "qui les avait abîmés"…

De plus, en ce qui concerne l’équipe de France, nous avons abandonné tous les symboles nationaux au Front national au début des années 80. Il ne faut pas s’étonner du fait que des joueurs comme Karim Benzema mettent un point d’honneur à ne pas chanter la Marseillaise maintenant. Le sentiment anti-français est très répandu en banlieue, et cela, ce n’est pas le foot qui l’arrangera.

Propos recueillis par Jean-Benoît Raynaud

Voir par ailleurs:

Between Destructiveness and Vitalism: Simmel’s Sociology of Crowds

Entre destructivité et vitalisme : la sociologie des foules de Georg Simmel

Christian Borch

This article studies Georg Simmel’s contribution to the sociology of crowds. The aim of the article is (1) to demonstrate the importance Simmel ascribed to the crowd topic, (2) to illustrate how his early view on crowds was inspired by the work of the major crowd theorists of his time, and (3) to reconstruct a vitalist image of crowds from Simmel’s later thought. The first part of the article portrays Simmel’s general perspective on the crowd as it appears in some of his key writings. The following parts are based on less familiar material, not least Simmel’s book reviews of Gustave Le Bon, Scipio Sighele, and Gabriel Tarde. Thus, the second part of the article analyzes Simmel’s discussions of Tarde and Le Bon. The third part demonstrates how Simmel’s explanation of destructive crowd behavior was inspired by his reading of Sighele’s work. Finally, the fourth part of the article examines the crowd in the light of Simmel’s essays on the metropolis and sociability. It is argued that this part of Simmel’s work allows for a vitalist interpretation of crowds, which differs greatly from what Le Bon, Sighele, and Tarde suggested, and which anticipates Elias Canetti’s theory of crowds.

Introduction

1At the end of the nineteenth century a comprehensive scholarly interest in crowds and their allegedly destructive nature emerged. This was in many respects an attempt to come to terms with the French Revolution and its aftermath as well as with recent mass phenomena such as urbanization. The crowd psychologists whose work arguably received the widest attention was Gustave Le Bon. In his seminal 1895 study of The Crowd, he argued that modern society was on the verge of an entirely new social order, one in which the crowd was the main defining feature. In Le Bon’s famous words, ‘[t]he age we are about to enter will in truth be the ERA OF CROWDS’ (1960: 14, emphasis in original). Le Bon was not the only scholar to stress the societal importance of this new mass phenomenon. Other key theorists belonging to this ‘first generation’ of crowd theory included the sociologist Gabriel Tarde (1892; 1893) and the criminologist Scipio Sighele (1897). The research agenda promoted by these scholars described crowds and crowd behavior in almost exclusively negative terms and often associated them with feminine, socialist, and barbarian traits. Moreover, crowds were seen as essentially unruly and irrational entities that hypnotized their members to commit acts they would never carry out under normal circumstances, i.e., when not under the spell of the crowd and especially its leader. Related to this, crowds were believed to have de-individualizing effects; they suspended any individual traits and subsumed the crowd members under a collective identity.

2While Le Bon and Sighele only belonged to the margins of sociology in the sense that the latter’s work mainly revolved around criminological debates and that the former was never really accepted by the sociologists of his time, things were quite different for Tarde. Thus, even if several of his contributions to crowd debates had a criminological framing, he was a highly respected sociologist and he managed to demonstrate the sociological significance of taking the crowd topic seriously. Although the sociological debates on crowds started out as a predominantly French affair, they soon spread. In the USA, for example, Robert E. Park became a crucial advocate of the sociology of crowds or collective behavior, as he and Ernest W. Burgess would later call it. Yet crowds were also discussed among central German sociologists, including Georg Simmel, whose view on crowds I shall discuss in this article.

3Besides demonstrating the importance Simmel attributed to the crowd issue, the article has two objectives. First, I wish to illustrate how Simmel’s early analysis of crowds was developed in close dialogue with the work of Le Bon, Sighele, and Tarde. As mentioned above, these scholars characterized the crowd as a destructive, irrational entity, and Simmel’s early analyses largely subscribed to that image, which expressed a fear or anxiety of crowds. This changed in his later work where, even if he retained his interest in the crowd issue, his general approach to it was modified. This was related to a rupture in his thinking where he moved beyond his evolutionist perspective of the 1890s. In line with this, the second objective of the article is to demonstrate that, contrary to the negative view on crowds that Simmel expressed in his early discussions of the topic, it is possible to derive an alternative and much more positive account of crowds from Simmel’s subsequent writings. This alternative account, which I identify in Simmel’s work on sociability, is characterized by a vitalist impulse, and it is one that anticipates Elias Canetti’s vitalist theory of crowds.

4The two objectives point to the double-sided character of the article. On the one hand, it offers a historical contextualization of Simmel’s analyses of crowds in the sense that it shows how these analyses were deeply embedded in the discussions of his time. This historical contextualization should not be confounded with the historical approach presented by scholars such as Rudé (1959) and Thomson (1971) who have analyzed specific crowd occurrences. Rather, the article aims to contribute to the understanding of particular aspects of a more general history of sociological crowd semantics, i.e., the history of the theoretical, conceptual, and analytical frameworks and ideas on crowds that emanated in France in the late nineteenth century and were then disseminated and modified in social theory throughout the twentieth century. That is, the article offers an attempt to understand how Simmel is situated in this semantic history. On the other hand, the article also has a more theoretical ambition in that it wishes to draw some implications from Simmel’s work that might inform current debates on crowd behavior.

1 Another exception is Frisby (1984a: 83–5) whose discussion of Simmel’s sociology of crowds is very (…)

5Whereas the crowd theories of Le Bon, Sighele, and Tarde have been thoroughly analyzed in the past (Barrows, 1981; Borch, 2005; 2009; McClelland, 1989; Nye, 1975; Stewart-Steinberg, 2003; van Ginneken, 1992), only little attention has been paid to the place that the notion of crowds occupies in Simmel’s thought. One notable exception is Fransisco Budi Hardiman (2001: Ch. 1) who discusses Simmel’s contribution to crowd theory at length.1 Beginning with Simmel’s famous excursus, in Soziologie, on the possibility of society, Hardiman develops a Simmelian argument on the epistemological possibility of crowds. Somewhat surprisingly, however, Hardiman ignores a number of Simmel’s explicit engagements with the crowd issue. Although Hardiman’s exposition is both original and interesting, the present article will pursue a different analytical strategy. Specifically, I will emphasize a part of Simmel’s work which is not that well known, namely his book reviews of Le Bon, Sighele, and Tarde.

6The article has four parts. To set the stage I begin by illustrating some of the general characteristics Simmel attributed to crowds. Here I do not distinguish between the various phases in his work. The following two parts analyze in more detail how Simmel explained crowd behavior in his early work. I draw here on his book reviews of Le Bon, Sighele, and Tarde and show how the ideas expressed in these reviews corresponded to ideas Simmel developed in his evolutionist treatise Über sociale Differenzierung from 1890. Finally, in the fourth part of the article, I examine the status of the crowd in the light of Simmel’s later essays on the metropolis and sociability. It is in this part of his work that I identify a vitalist theory of crowds.

Simmel’s General Characterization of Crowds

7Contrary to Le Bon, Sighele, and Tarde, Simmel never devoted an entire article or book to the study of crowds. Yet the crowd topic does appear in his work, e.g. in Soziologie (1992) and in Grundfragen der Soziologie (1999e). On the very first page of Soziologie, for example, the first edition of which was published in 1908, he placed the very ‘problem of sociology’ in the context of the masses. Simmel described the advent of the science of sociology as a theoretical reflection of the transformation of the power relation between masses and individuals during the nineteenth century. During that century, he argued, the masses experienced a significant rise to power, visible in the fact that people from the lower estates now appeared not as singular individuals but as a ‘unitary mass’ vis-à-vis the higher estates (Simmel, 1992: 13). This acknowledgement did not take Simmel in a Marxist direction, although the opening page of Soziologie did refer to the notion of classes. Here as elsewhere, Simmel was not really concerned with class struggles but rather with sociation (Vergesellschaftung), social forms, and the reciprocal effects (Wechselwirkungen) among individuals. The investigation of these matters must, Simmel believed, pay great attention to crowds and other mass phenomena. Indeed, he asserted, the crowd was a perfect entry to the study of sociality.

8This became clear in the second chapter of Soziologie, where Simmel discussed the topic of crowds. The chapter analyzed how social life in groups was affected by the group size. Having studied the sociological structure of small groups, Simmel turned to larger ones, and one of the larger groups that showed some unique qualities was the crowd. When the mass is not dispersed but as a crowd is characterized by psychical proximity, a peculiar situation unfolds:

innumerable suggestions swing back and forth, resulting in an extraordinary nervous excitation which often overwhelms the individuals, makes every impulse swell like an avalanche, and subjects the mass to whichever among its members happens to be the most passionate. … The fusion of masses under one feeling, in which all specificity and reserve of the personality is suspended, is fundamentally radical and hostile to mediation and consideration. It would lead to nothing but impasses and destructions if it did not usually end before in inner exhaustions and repercussions that are the consequences of the one-sided exaggeration. (Simmel, 1950c: 93–4; 1992: 70)

9This image recalled the picture of the crowd and its de-individualizing effects that had been advanced previously by Le Bon, Sighele, and Tarde and which further emphasized that the crowd’s intellectual level was lower than that of isolated individuals (Le Bon, 1960; Sighele, 1897; Tarde, 1892; 1893).

10Several other quotes may substantiate Simmel’s observations from the passage just cited. At one point, for example, Simmel asserted that ‘[i]n a crowd, therefore, the most ephemeral incitations often grow, like avalanches, into the most disproportionate impulses, and thus appear to eliminate the higher, differentiated and critical functions of the individual’ (1950c: 227–8; 1992: 206). This, Simmel believed, implicitly referring to Le Bon, Sighele, and Tarde, was the reason for the ‘innumerable observations concerning the “stupidity” of crowds’ (1950c: 228; 1992: 206). In another context he argued that the crowd, like any large group, is based on a social bond of negativity (1950c: 396 ff.; 1992: 533 ff.). Similarly, in his 1917 essay on Grundfragen der Soziologie, Simmel listed a number of examples of how mere physical proximity allegedly produced ‘an extreme intensification of feeling’, and he reported a Quaker description of how ‘by virtue of the members’ unification into one body, the ecstasy of an individual often spreads to all others’ (1950b: 35, 36; 1999e: 98).

11It may be argued that, in spite of his general fear of crowds, Tarde’s conception of sociality as imitation-suggestion proposed a perspective according to which the crowd constitutes the most intense form of sociality (Borch, 2005). Simmel made a similar assertion when claiming that sociality is best observed in crowds. In Simmel’s terminology the crucial notion was not imitation but reciprocal effects. According to Simmel, it is in the crowd that ‘the purest reciprocal effects take place’ (1989: 211). ‘It is’, he claimed in Grundfragen der Soziologie, ‘one of the most revealing, purely sociological phenomena that the individual feels himself [sic] carried by the “mood” of the mass’ (1950c: 35; 1999e: 97–8, emphasis added). So, far from being a marginal social phenomenon, the crowd was conceived by Simmel as the social entity par excellence: In the crowd we face the most intense reciprocal impulses. Simmel was aware that the ‘extraordinary nervous excitation’ of the crowd (see quote above) made it a rather unstable entity. This extreme intensity of crowds explained, he believed, the ‘often immense effects of passing stimulations’ which were said to be visible in crowds and which implied that ‘the slightest impulses of love and hate’ could ‘swell like an avalanche’ (Simmel, 1989: 212).

12It is well known that Simmel was an eclectic writer, famous for not offering many details about his sources and for often not being very explicit about the theoretical sources he drew upon and reacted to in his work. This is also true of his discussions of crowds. Outside his book reviews there is no mention of Tarde, Le Bon, and Sighele in Simmel’s analyses of crowd behavior. I will therefore center the following discussion upon these reviews so as to make clear both that Simmel was well-acquainted with the work of these scholars and how his own perspective gained substantial input – but also diverged – from these.

Simmel on Tarde and Le Bon: The Primitivism of Crowds

2 Simmel also followed Tarde’s subsequent work as is evident from a letter he sent to Tarde in 1894, (…)

3 Simmel would later use the competition example to explain the difference between form and content (…)

13Simmel showed the greatest respect for Tarde and his Laws of Imitation.2 In his review of the first edition of this book, published in 1890, Simmel characterized it as ‘thoughtful’, ‘stimulating’, ‘creditable’, and ‘original’, and he emphasized the ‘very interesting manner’ in which Tarde had demonstrated ‘that imitation [is] a kind of hypnotic suggestion’ (Simmel, 1999a: 248, 250). He further praised Tarde for, as he put it, distinguishing between the form and content of imitation. Imitation has a general form which can be analyzed independently of the various ways in which it appears in practice. This quality, Simmel (1999a: 249) said, is equal to competition, for instance.3 A final laudatory remark regarded the relation between psychology and sociology. According to Simmel, Tarde had successfully demonstrated how ‘individual psychology’ had to be supplemented with an understanding of the events taking place in ‘the social group’ (1999a: 250). Simmel’s review of Tarde was not all backslapping, however. For example, he criticized Tarde for not giving adequate attention to opposition and antagonism, an objection which was not entirely unjustified in the case of Laws of Imitation but which was not warranted with respect to Tarde’s subsequent work (most notably, Tarde, 1999a).

14One may argue that, on the topic of crowds, Tarde’s Laws of Imitation is far less important than some of his essays devoted explicitly to the subject. However, Simmel’s review of this book is nevertheless interesting because it demonstrates that at this point (i.e., 1890–91) Simmel was very fascinated with the idea of hypnotic suggestion, which would soon constitute the theoretical cornerstone in the European crowd debates. This fascination was about to change. As it will be demonstrated below, Simmel later became skeptical about this notion.

15The next famous crowd scholar to have his work scrutinized by Simmel was Le Bon whose The Crowd he reviewed when it was published in 1895. Simmel found the explanatory horizon of the book superficial in several respects and he argued that Le Bon did not clearly distinguish between the various forms of crowds that he described. In spite of this, and even if Simmel misjudged the political impact of The Crowd when asserting that ‘[t]he book in itself is not very important’ (1999b: 354), he praised the book for being ‘one of the rare attempts to make a psychology of the human being as a mere social creature’ (1999b: 354). I will pinpoint four elements from Simmel’s discussion of Le Bon that I find important. First, he noted Le Bon’s emphasis on suggestion (1999b: 354), and he did so with no further qualification, which suggests that in 1895 he was still not critical of this vocabulary. Second, Simmel briefly praised the crucial sociological value that could be gained (even beyond crowd theory) from Le Bon’s observations on the ability of the crowd leader to lead through prestige (Le Bon, 1960: 129–40; Simmel, 1999b: 355).

4 Simmel did not seem to be aware that this explanatory framework was surprisingly akin to Le Bon’s (…)

5 In Grundfragen der Soziologie Simmel described the hierarchy between feelings and intellect in the (…)

16Third, Simmel emphasized Le Bon’s idea that crowds are characterized by lower intellectual and ethical capabilities than the individual crowd members if left to themselves. Simmel accepted this idea – calling it the ‘sociological tragedy as such’ (1950b: 32; 1999e: 94) – but offered his own explanation of the alleged primitivism of crowds, an explanation which, he believed, was based on a ‘deeper psychological’ foundation (1999b: 356). Thus, Simmel asserted in a partly evolutionist argument, the psychological qualities that are common to different persons are always only the lower ones and the ones which have been transmitted hereditarily (see also Simmel, 1950b; 1999e: 90–1).4 This presumed a hierarchy between lower qualities (e.g. feelings and instincts) and higher qualities (e.g. intellect and civility) which ultimately cast crowds as a threat to everything that civilization had accomplished. When a large and diverse group of people act in unity, it is only the primitive and lowest psychological qualities (e.g. feelings and instincts in contrast to intellect and civility) which are certainly present in every member of the group/crowd.5 It is therefore only these primitive qualities that can be the foundation of the crowd’s action, Simmel thought (1999b: 356–7). Consequently, the crowd’s action is never a reflection of the average qualities of the singular crowd members (i.e., the average of higher and lower qualities); rather, the crowd reflects the common denominator which will always be lower than the average.

6 The argument being that, if crowd behavior is mainly to be explained through suggestion, then the (…)

7 Or to be more precise, this would most often be the case, but Simmel did observe a few exceptions (…)

17It is interesting that Simmel accepted the basically Le Bonian view of the intellectual and ethical inferiority of crowds and simply advanced his own explanation. For, just as one may argue against Le Bon that the great interest in the alleged intellectual primitivism of crowds is not necessarily consistent with the importance attributed to hypnotic suggestion,6 so may one find Simmel’s explanation equally inadequate in this respect. Be this as it may, Simmel drew two consequences from his argument. First, educational strategies would matter little vis-à-vis the intellectual and ethical derangement of crowds. Even the most skilled group of individuals will fall back on the lowest common denominator.7 Enlightenment and civilization seemed in other words to face their limits in crowd action. Second, Simmel agreed with Le Bon that the ‘crowd regime’ should be strongly condemned and that it was warranted to ‘speak of the idiotic, blunt, insane [unzurechnungsfähigen] crowd without these attributes thereby being valid for any of its members’ (1999b: 358).

8 There is also a more theoretical explanation, though, as Simmel considered hypnotic suggestion a t (…)

18The potential theoretical inconsistency between suggestion and the intellectual inferiority of crowds might in Simmel’s case be explained by the fact that he had developed the idea of the lowest common denominator before he began to associate crowd action with suggestion (and that he did not subsequently realize that the suggestion doctrine potentially undermined his evolutionist scheme).8 Thus his 1890 treatise Über sociale Differenzierung (1989) anticipated several of the remarks he would later make in his review of Le Bon. In this book, Simmel developed his evolutionist argument that only the lower qualities are common to everybody and that joint action will always be based on precisely these lower traits. He quoted Schiller’s epigram affirmatively, that everyone is clever on his or her own, but an idiot when acting in concert (Simmel, 1989: 205). And he even applied his evolutionist idea to explain that, ‘[w]hen a crowd acts in unity this always happens on the basis of the simplest possible ideas’ (1989: 206). Also, Simmel’s argument on the inability to change the nature of crowds through education was already developed in Über sociale Differenzierung: since crowds are characterized by lower rather than higher qualities, and since ‘feelings belong without doubt to a phylogenetically lower level than thinking’, crowds cannot be governed through ‘theoretical convictions, but rather essentially by appealing to their feelings’ (1989: 210). In other words, crowds do not react to rational arguments but only to those feelings that correspond to their lower qualities.

9 Similar arguments about the diminishing individual responsibility that were said to follow from a (…)

19The fourth and final point from Simmel’s discussion of Le Bon that I will draw attention to here regards the ‘diminishing feeling of responsibility’ which the individual, according to Simmel (1999b: 358), experiences while being in a group. Simmel’s considerations on this matter are interesting because they demonstrate how he extended the apparent qualities of the crowd to a wider range of social phenomena, specifically the relations between individual and group. Illustratively, the examples he referred to were not taken from the realm of crowd behavior in any traditional sense. He argued, for instance, that the introduction in American cities of regulative boards, constituted by several members to take care of specific administrative duties, made every single member feel less responsible for actions taken in common.9

20As a last remark on Simmel’s review of Le Bon I would like to return to his claim that Le Bon did not present a satisfactory distinction between the different forms of crowds that he analyzed. While this was a fair objection, it was nevertheless somewhat surprising given the fact that Simmel himself was even more reluctant to provide classificatory precision. Thus, Simmel’s notion of crowds remained rather abstract although it usually referred to situations of physical co-presence.

Explaining Destructive Crowd Behavior: The Inspiration from Sighele

10 A similar point has recently been made by Teresa Brennan in her brilliant study of the Transmissio (…)

21Simmel offered two somewhat interrelated explanations of the behavior of crowds in Über sociale Differenzierung (1989: 214 ff.). The first was based on a bio-social argument. When people are in close physical proximity to one another, they experience so many stimulations that each person feels an ‘inner nervous excitement’. Simmel did not advance any biological reductionism here. Quite the opposite, he was simply emphasizing the ‘enhancement of the nervous life which is caused by sociation’ (1989: 214).10 This explanatory horizon might suggest that the ability to gather physically was to blame for the irrational insurrections produced by crowds and that face-to-face encounters in large groups therefore had to be prevented. This would not really touch the deeper logic of crowd behavior, however. For in addition to the physiological explanation, Simmel proposed a more sociological, and to him ‘more important’ (1989: 214), account based on the notion of imitation.

11 It is very hard not to see in Simmel’s discussion of imitation a strong influence from Tarde whose (…)

22According to Simmel, imitation is a fundamental feature of social life. We instinctively imitate others’ behaviors, ways of dressing, etc. Even if imitation has this instinctive character and thus counts as ‘one of the lower intellectual functions’, in social life imitation is ‘of great, and in no way sufficiently accentuated, importance’ (1989: 216). This becomes very obvious in the crowd where, Simmel claimed, the urge to imitate others is significantly magnified and where we are likely to imitate not only the acts of others but even their affective states (1989: 215). If our fellow crowd members express a certain feeling (love, hate, anger, etc.), then we are apt to imitate, and hence subscribe to and further intensify, that feeling. It is important to stress that this Simmelian explanation relied on a purely sociological understanding of imitation and that, for Simmel (as well as for Tarde), imitation did not require physical proximity. Yet while imitation (and the transmission of affect) is certainly possible at a distance, there is no doubt that it is more likely to take place when people are physically close to one another. In this sense the two explanations offered by Simmel – the one focusing on physio-psychological aspects, the other on imitation – were interconnected.11

23The interrelatedness of the physiological and social (imitative) factors did not seem to become clear to Simmel before reading the Italian criminologist and crowd theorist, Scipio Sighele’s book on criminal crowds. Simmel reviewed the German translation of this book, Psychologie des Auflaufs und der Massenverbrechen, when it was published in 1897. The review began very critically and it did so on a somewhat surprising ground. Simmel rejected explanations which take recourse to phenomena such as ‘human nature’, ‘force’, or the ‘milieu’. But, he continued, the tendency of his time to explain various incidents through suggestion was equally problematic. Indeed, he claimed, suggestion had turned into a ‘magic formula’, it signified ‘superficialities’, and was applied mainly by ‘dilettantes’ (Simmel, 1999c: 389). What disturbed Simmel in the case of Sighele was precisely that the latter used suggestion as the principal, even universal, explanation of crowd behavior, and that he subsumed other important concepts, such as for instance imitation, into that of suggestion (Simmel, 1999c: 394). The reason why this critique appears astonishing is that, as noted above, a few years earlier Simmel had applauded Tarde for describing imitation as ‘a kind of hypnotic suggestion’ (1999a: 248). Yet Simmel had not completely changed his mind on suggestion. He did not intend to dismiss the notion entirely, but merely wanted to reserve it to one specific group of events. Rather than referring to any influence or stimulation of one person on another, a proper definition of suggestion should, according to Simmel, point only to situations where the power of ideas, feelings, etc. of ‘one soul leads to the same emotions in other souls’ (1999c: 395, emphasis added). Thus defined, suggestion could be relevant to the study of crowds.

24Even if Sighele, due to his broadly conceived notion of suggestion, counted as a dilettante in Simmel’s eyes, the latter nevertheless felt that Psychologie des Auflaufs und der Massenverbrechen was concerned with ‘such a great number of the most important problems in social philosophy’ (1999c: 390) that it merited a careful investigation. One point in particular attracted Simmel’s attention and it concerned the abovementioned relation between physiological and sociological dimensions. Simmel repeated his argument from Über sociale Differenzierung that people tend to imitate one another instinctively and that the affective state of one person may be transmitted to others through imitation. The original suggestion of Sighele was now, Simmel claimed, that ‘mild, conciliatory, moral’ affects are expressed less energetically and less impressionably than ‘bad, wild, and corrupt’ ones (1999c: 396). The underlying argument was that, ‘[w]hile the physiognomy and the gesticulations of a mild and peace-loving individual are quiet, contained, and discrete, hate, brutality, and offensive impulses produce greatly conspicuous gestures, noises, and violent transformations of the physical nature’ (1999c: 396). Since, so the argument went, aggressive affects are stamped more easily on our facial expressions and are more easily represented in physical gestures, they are also more likely to be transmitted to and reproduced by others than are caring and friendly feelings. It was this relation which, according to Simmel, explained why in ‘a crowd, which is dominated by suggestions, the influence of violent and brutal personalities has an extraordinary lead’ over mild and pleasant ones (1999c: 396). It was in other words not least because of these bio-sociological factors that crowds tended to be violent and destructive rather than peaceful (see also Sighele, 1897: 93 ff.).

Metropolitan Crowd Sociability: Anticipating Canetti’s Vitalism

25While Simmel’s early sociology of crowds came very close to ideas developed by major contemporary crowd theorists such as Le Bon, Sighele, and Tarde, Simmel’s later work was characterized by a new and different conception of crowds. Rather than focusing on the alleged primitivism and destructiveness of crowds, he gradually opened up for a more positive view of crowd behavior. Before arriving at this positive account, however, it is important to examine Simmel’s analysis of metropolitan life – the spatial setting of crowds.

26This spatial-metropolitan setting is interesting because Simmel’s emphasis on the bio-social side of crowd behavior may suggests that crowd phenomena are predominant in metropolises where many people are in close physical proximity with one another. It is, one may argue, especially in cities that the suggestions of crowds are likely to give rise to ‘an extraordinary nervous excitation which often overwhelms the individuals’ (1950c: 93; 1992: 70). The metropolis seems in other words to provide the material background for a mental life that is particularly predisposed for crowd behavior (Frisby, 1984a: 131). While this claim would fit well with Tarde’s analysis (Borch, 2005), Simmel argued for an understanding of metropolitan life that seemed to run counter to this assertion about the urban crowd disposition. In his famous 1902–03 essay on ‘The Metropolis and Mental Life’ Simmel thus described how the metropolitan individual is constantly exposed to the city’s ‘rapidly changing and closely compressed contrasting stimulations of the nerves’ (1950a: 414). Because of these stimulations – the numerous and constantly changing impressions – the individual eventually relaxes his or her nervous system, and evermore radical impressions are therefore required to wake him or her from the state of indifference. As a result, Simmel said, the metropolitan individual develops a blasé attitude toward things, but possibly, one might speculate, also toward crowd phenomena. Indeed, the metropolitan individual might gradually develop inhibitions against the suggestive influences of crowds. Or to put it differently, the crowd has to exert an extremely intense suggestive force in order to attract the attention of, and then hypnotize, the metropolitan individual.

27Moreover, Simmel (1950a: 410) claimed, the metropolis has a more intellectual and sophisticated nature than the village, the mental life of which is characterized by feelings. In a sense, this idea was also at odds with the hypothesis about the urban disposition to crowd behavior. For does not the crowd produce eruptions of feelings, rather than intellectual deliberation? One might see in Simmel’s (1950a: 410) opposition of the ‘head’ of the metropolis and the ‘heart’ of the village a reiteration of a classical antagonism between civilization and affect/passions. But one may also interpret it more specifically as yet another indication of the exceptional and de-individualizing nature of crowds. After all, while intellectuality is a way for the individual to protect him or herself ‘against the threatening currents and discrepancies of his [or her] external environment’, and which thereby ‘preserve[s] subjective life against the overwhelming power of metropolitan life’ (1950a: 410, 411), the crowd signifies an outburst of passions that undermines the intellectuality and personality of the crowd members.

28On closer inspection, however, the metropolitan attitude is not entirely concomitant with intellectualism; it includes an affective dimension as well. Thus, argued Simmel, the metropolitan individual develops a distance, a reserve to other people. On the one hand, this distance has something cool and impassionate about it, but on the other hand,

the inner aspect of this outer reserve is not only indifference but, more often than we are aware, it is a slight aversion, a mutual strangeness and repulsion, which will break into hatred and fight at the moment of a closer contact, however caused. (1950a: 415–6, emphasis added)

29So the blasé attitude toward things, which is developed in order to cope with the numerous nervous stimulations in the metropolis, is combined with a reserve to other people, which itself is based on an underlying fear of being touched physically. Our social reserve to other people in other words operates in tandem with a physical distance that cannot be violated without producing anxiety. Simmel here touched upon an important theme which would later be further developed by Elias Canetti in his Crowds and Power (1984; see also Hardiman, 2001: 55). Canetti famously opened this book by emphasizing our ‘repugnance to being touched [which] remains with us when we go about among people; the way we move in a busy street, in restaurants, trains or busses, is governed by it’ (1984: 15). According to Canetti, this fear of being touched is suspended in crowds. Contrary to Canetti’s account, in which this fear is seen as an anthropological constant, Simmel argued that it is intimately related to a particular metropolitan attitude. That is, in Simmel’s sociological analysis it is the urban environment which incites the repugnance to being touched by others. And this repulsion requires an exceptional occurrence to disappear, an occurrence like the formation of a crowd.

12 This idea runs counter to the approach advanced by Rudé, Thomson, and other historians of crowd be (…)

30One might point to an additional parallel between Canetti’s crowd theory and Simmel’s sociology. In a paper presented in 1910 Simmel developed his notion of sociability (Geselligkeit). Simmel did not explicitly address the crowd issue in this essay. I will nevertheless claim that several of the ideas he put forward in this essay can be applied to the study of crowd behavior. Most importantly, Simmel identified ‘an impulse to sociability in man’ and argued that associations [Vergesellschaftungen], whatever their specific purpose, ‘are accompanied by a feeling for, by a satisfaction in, the very fact that one is associated with others and that the solitariness of the individual is resolved into togetherness, a union with others’ (Simmel, 1971: 128). It may be argued that this impulse to come together with others is an important driving force behind crowd behavior, as the individual is here relieved of his or her loneliness and people are brought together in multiplicity. The crowd might be associated with specific purposes such as, for instance, revolutionary intent. Yet, following Simmel’s analysis, it appears that irrespective of these purposes the crowd’s primary function is ‘the satisfaction of the impulse to sociability’ (1971: 130). More simply, the fundamental feature of the crowd is its sociability; it is formed to bring people together and is only subsequently endowed with an external objective (e.g. improvement of the social conditions through revolutionary action).12 And by acquiring such external objectives, the crowd ‘loses the essential quality of sociability and becomes an association determined by a content’ (1971: 131).

31Simmel’s analysis suggests that the crowd in its pure sociable form can be seen to create ‘an ideal sociological world’ where ‘the pleasure of the individual is always contingent upon the joy of others’ (1971: 132). So rather than constituting a threatening alternative to a rational, civilized social order (as Le Bon, Sighele, and Tarde used to argue), the crowd may give vent to an affective cohesion of rare purity. In addition, this ideal social order held great democratic potential. According to Simmel,

This world of sociability, the only one in which a democracy of equals is possible without friction, is an artificial world, made up of beings who have renounced both the objective and the purely personal features of the intensity and extensiveness of life in order to bring among themselves a pure interaction [Wechselwirkung], free of any disturbing material accent. If we now have the conception that we enter into sociability purely as ‘human beings,’ as that which we really are, lacking all the burdens, the agitations, the inequalities with which real life disturbs the purity of our picture, it is because modern life is overburdened with objective content and material demands. Ridding ourselves of this burden in sociable circles [including crowds, CB], we believe we return to our natural-personal being and overlook the fact that this personal aspect also does not consist in its full uniqueness and natural completeness, but only in a certain reserve and stylizing of the sociable man. … If association itself is interaction [Wechselwirkung], it appears in its purest and most stylized form when it goes on among equals. (1971: 132–3, emphasis in original)

32This quote contains crucial parallels to Canetti, who argued that the crowd provides the individual with the opportunity to rid him or herself of the inequalities of everyday life, the ‘burdens of distance’ in Canetti’s terminology. In the crowd ‘distinctions are thrown off and all feel equal’, Canetti stated (1984: 18, emphasis in original). This has a double effect: an ideal democratic entity is created in which no-one is above the others; and by being freed from the burdens of distance and inequality, each individual acquires the ability to transform him or herself. As Canetti put it, ‘[i]n the crowd the individual feels that he [sic] is transcending the limits of his own person’ (1984: 20). This basically emancipating aspect is also present in Simmel’s account of sociability. However, as both Simmel and Canetti were aware, no full and independent liberating transformation is possible – in Simmel’s eyes because the sociable being is itself socially mediated (stylized), in Canetti’s eyes because the crowd only exists momentarily, soon after its discharge the individuals return to their homes and to their burdens of distance.

33There is one more parallel between Simmel and Canetti to be emphasized. Thus the impulse to sociability that Simmel refers to, and which, I have argued, can be identified in crowd behavior, signifies a vitalist urge. It points to a desire to gather for the purpose of celebrating life itself (on Simmel’s vitalism, see also Lash, 2005). This vitalist dimension marks a clear contrast to the view of Le Bon, Sighele, and Tarde who tended to see crowd behavior as a threat to life. Serge Moscovici has analyzed the vitalist dimension in Canetti very convincingly. As Moscovici makes clear, Canetti’s vitalist account plays both on the sheer life-producing joy of the crowd and on the vitalism that is associated with its destructive actions. Whereas the former element has to do with the freedom that the crowd offers (the suspension of the burdens of distance), the latter element is explained by the (alleged) fact that by acting destructively and violently – by ultimately destroying life – the crowd confirms its own vitality. As Moscovici puts it, ‘[i]f body-to-body contact with a living individual frees us of our fear of being touched in the crowd, body contact with a lifeless individual frees us of the fear of death’ (1987: 53).

34The recognition of this vitalist interpretation of crowd behavior suggests two tensions in Simmel’s work. First, there seems to be a tension between the vitalist urge and the fear of being touched in the metropolis. The impulse to sociability tends to bring people together, whereas the fear of being touched works in an opposite direction. What then is the stronger tendency? One of Simmel’s reflections on space suggests that the sociability is likely to be predominant. In Soziologie, Simmel thus argued for an intimate relation between a crowd’s suggestibility and its spatial setting:

The suggestive and stimulative effects of a great mass of people and their overall psychological manifestations, in whose form the individual no longer recognizes his or her own contribution, increase in proportion to the crowdedness and, more significantly, the size of the space that the crowd occupies. A locality that offers the individual a breathing space of an unaccustomed size through a dense crowd, necessarily favours that feeling of an expansion extending into the unknown and that heightening of powers which is so easily instilled in large masses, and which occurs only occasionally among exceptional individuals in the narrow, easily surveyed confines of an ordinary room. (Simmel, 1992: 704; 1997: 145)

35What are the implications of this observation? Simmel here indicated that particularly urban squares, or other open urban spaces, are likely to stimulate crowd formation. Contrary to narrow streets, these squares endow people with a ‘breathing space [Luftraum]’ which ‘gives people a feeling of freedom of movement, of an ability to venture into the unknown’ (Simmel, 1992: 704; 1997: 145). Besides the almost Sloterdijk-like (2004) emphasis on the atmospheric role of the breathing space, this suggests that the metropolitan crowd produces a double liberation: one which is related to sociability and one which is spatial in character. In sum, therefore, the metropolitan fear of being touched is counteracted or neutralized by the urge to gather as a crowd in urban space.

36The second tension concerns Simmel’s theoretical proximity to the crowd scholars of his time and the argument, which I have derived from his later work, that people may have a desire to form crowds, a desire driven by joy and the celebration of life (and, one may add, of the freedom of movement). This tension is not easily reconciled, and perhaps one should not even attempt to do so. In fact, it may be argued that Simmel’s major contribution to the sociology of crowds lies precisely in his sensitivity to both the vitalist dimension and to its opposite, destructive side. This sensitivity is also central to Canetti’s theory of crowds which, as I have tried to demonstrate, finds an early precursor in Simmel (for an analysis of this double sensitivity in Canetti, see Moscovici, 1987).

13 For a recent discussion which embarks on such an endeavor by combining Simmel’s notion of sociabil (…)

37 It is not my intention here to compare the Simmelian position with current theorizing on collective behavior. Suffice to say that John Lofland’s 1982 complaint about the ‘long-standing neglect of collective joy’ (1982: 379) seems to apply just as well to the present situation. In order to ‘bring joy back into the study of collective behavior’, as Lofland (1982: 355–6) called for, one may take as a theoretical starting point a Simmelian vitalist conception of crowd sociability.13 Rather than pursuing this theoretical debate any further, however, I would like to end with a brief historical contextualization. It thus seems as if the double-sided nature of the crowd might be reflected in Simmel’s views on World War I. Similar to many other intellectuals at the time, Simmel was very excited when the war was announced. In a lecture from November 1914, delivered in Strasburg to where he had just moved to take a position as professor, Simmel expressed how the outbreak of the war filled him with hope (see Liebersohn, 1988: 156–8). The title of the talk, ‘Deutschlands innere Wandlung’ [‘Germany’s inner transformation’] (Simmel, 2003), clearly articulated the expectations he had for the war: While recognizing the obviously terrible and destructive (outer) sides of the war, Simmel was primarily occupied with the idea that, in terms of its inner edifice, ‘Germany is once again full of a great opportunity’, namely the possibility of creating ‘a new man [Menschen]’, a new attitude (2003: 283). In particular, Simmel argued, this new German attitude would grow out of the new ‘point of unity and unconditional solidarity’ that the war was believed to evoke (2003: 275).

38Simmel’s reflections are important for several reasons. First, they could be seen as promoting, on a general societal or national level, the kind of transition toward de-personalized unity and cohesion that his sociological work ascribed to the crowd and its sociability. Second, the vitalist, individual transformation that would result from this sociability was dependent on a destructive event, namely the war. Third, the new cohesion would take place in a context where physical proximity was no longer essential. On the contrary, the entire nation would be captured by the new unity. This amounted to a semantic transformation that would later be more fully developed by other scholars, namely the transformation from crowd to mass: The features typically associated with crowds of co-present individuals were said to suddenly seize the entire nation which therefore emerged as a mass.

39Interestingly, Simmel’s war enthusiasm did not last. In 1917, he thus published a book entitled Der Krieg und die geistigen Entscheidungen which contained the 1914 essay on ‘Deutschlands innere Wandlung’, but which also included subsequent and much more skeptical analyses (Simmel, 1999d). In other words, Simmel here had a personal experience to confirm his theoretical point that no complete transformation is possible.

Conclusion

40This article has focused on a part of Simmel’s work that has only received little attention previously, namely, his contribution to the sociology of crowds. I have demonstrated how centrally he placed the crowd in his sociological work, both in the early and later phases, thereby legitimizing the topic as sociologically relevant, if not outright indispensable. I would like to end by emphasizing, and summarizing, three dimensions that Simmel shared with the major crowd scholars of his time. To begin with, he was wary and even fearful of crowds adopted a very frightened notion and described the crowd as a state of exception that ‘arouses the darkest and most primitive instincts of the individual, which ordinarily are under control’ (1950d: 228; 1992: 206). This, second, was related to the fact that the crowd is subject to dynamics of hypnotic suggestion. In the crowd, ‘there emerges a hypnotic paralysis which makes the crowd follow to its extreme every leading, suggestive impulse’ (1950d: 228; 1992: 206). This pointed to the crowd’s de-individualizing capacity but also to the reciprocal effects (Wechselwirkungen) which was the notion in Simmel’s theory that tended to subsume that of hypnotic suggestion. Third, Simmel agreed that the crowd was not merely a sum of individuals. ‘It is a new phenomenon made up, not of the total individualities of its members’, but rather, and this was of course Simmel’s own contribution, ‘only of those fragments of each of them in which he coincides with all others’, namely ‘the lowest and most primitive’ fragments (1950b: 33; 1999e: 95–6).

41While these three dimensions suggest a strong agreement between Simmel and Le Bon, Sighele, and Tarde, Simmel’s conception of crowds also differed from that of his contemporaries. Most importantly, I have argued, the vitalist interpretation of crowds that I have derived from Simmel anticipates Canetti’s point that crowds may actually express enjoyment, democracy, and liberation. And this is where Simmel’s major contribution to the sociology of crowds and collective behavior lies: in this combined awareness of the crowd’s destructive potential and the recognition of its ability to promote life.

42Acknowledgements

I am grateful to the Editor, anonymous reviewers, and Thomas Basbøll for valuable comments. Research for this article was funded by a grant from the Carlsberg Foundation.

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Notes

1 Another exception is Frisby (1984a: 83–5) whose discussion of Simmel’s sociology of crowds is very brief, though.

2 Simmel also followed Tarde’s subsequent work as is evident from a letter he sent to Tarde in 1894, writing that he looked forward to receiving the latter’s La logique sociale (Simmel, 2005: 135; Tarde, 1999b). Simmel’s review of Laws of Imitation is mentioned by Köhnke (1984: 411–2), who goes through a number of Simmel’s early book reviews, depicting the great variety in Simmel’s theoretical interests. However, Köhnke only discusses Simmel’s reviews of books published from 1884–92 and thereby excludes Simmel’s appraisals of the work of Le Bon and Sighele. All three reviews (of Le Bon, Tarde, and Sighele) are discussed instead by Frisby (1984b: 116–7; 1992: 34–5).

3 Simmel would later use the competition example to explain the difference between form and content in his discussion of ‘the problem of sociology’ (Simmel, 1992: 26). See also Frisby (1984b: 117).

4 Simmel did not seem to be aware that this explanatory framework was surprisingly akin to Le Bon’s (1960: 82, 83) emphasis on racial and hereditary factors.

5 In Grundfragen der Soziologie Simmel described the hierarchy between feelings and intellect in the following manner: ‘If one arranges psychological manifestations in a genetic and systematic hierarchy, one will certainly place, at its basis, feeling (though naturally not all feelings), rather than the intellect. Pleasure and pain, as well as certain instinctive feelings that serve the preservation of individual and species, have developed prior to all operation with concepts, judgments, and conclusions.’ (1950b: 34; 1999e: 96–7, emphasis in original)

6 The argument being that, if crowd behavior is mainly to be explained through suggestion, then the intellectual height of the crowd should be analyzed on the level of the person from which this suggestion radiates.

7 Or to be more precise, this would most often be the case, but Simmel did observe a few exceptions to this general tendency. He thus granted very ‘noble and intellectual personalities’, characterized by truly decent and honorable traits, the ability to suppress the inferior elements and to adhere strictly to their higher ones, ethically as well as intellectually (1950b: 38–9; 1999e: 101–2). Further, in Le Bonian style he argued that, in spite of the ethical derangement of crowds: ‘[m]ass excitement … also has its ethically valuable aspect: it may produce noble enthusiasm and an unlimited readiness to sacrifice. Yet this does not eliminate its distorted character and its irresponsibility [see also the fourth point in my discussion of Simmel’s Le Bon review, CB]. It only stresses our removal from the value standards that individual consciousness has developed, whether practically effective or not.’ (1950b: 36; 1999e: 99)

8 There is also a more theoretical explanation, though, as Simmel considered hypnotic suggestion a two-way rather than a unidirectional phenomenon. In a discussion, which echoed Tarde’s remarks from L’opinion et la foule on the mutual influence of a journalist and his or her public (Tarde, 1989: 41), Simmel claimed that this reciprocal influence was visible not least in the case of journalists: ‘The journalist gives content and direction to the opinions of a mute multitude. But he is nevertheless forced to listen, combine, and guess what the tendencies of this multitude are, what it desires to hear and to have confirmed, and whither it wants to be led. While apparently it is only the public which is exposed to his suggestions, actually he is as much under the sway of the public’s suggestion.’ (1950c: 185–6; 1992: 164–5, emphasis in original)

This was merely one illustration of a general fact, to be detected even in hypnotic suggestion in its pure form: ‘in every hypnosis the hypnotized has an effect upon the hypnotist’, hence hypnotic suggestion too ‘conceals an interaction [Wechselwirkung], an exchange of influences, which transforms the pure one-sidedness of superordination and subordination into a sociological form’ (1950c: 186; 1992: 165, emphasis in original).

9 Similar arguments about the diminishing individual responsibility that were said to follow from a quantitative enlargement of groups were developed in more detail in Simmel (1989: Ch. 2).

10 A similar point has recently been made by Teresa Brennan in her brilliant study of the Transmission of Affect (2004).

11 It is very hard not to see in Simmel’s discussion of imitation a strong influence from Tarde whose Laws of Imitation he reviewed the same year as Über sociale Differenzierung was published. However, he opposed the Tardean model in one important respect by rejecting the idea of searching for almost natural laws in the social realm (Simmel, 1989: 217 ff.). This ran counter to Tarde’s (1962) wish to describe the course of imitation as following specific logical and extra-logical laws.

12 This idea runs counter to the approach advanced by Rudé, Thomson, and other historians of crowd behavior who have argued that crowds are rational and moral responses to social injustices and hence characterized by clear objectives. The Simmelian point is that such a perspective underplays the independent attraction of forming a social collective.

13 For a recent discussion which embarks on such an endeavor by combining Simmel’s notion of sociability with Michel Maffesoli’s theory of postmodern tribalism, see de la Fuente (2007).

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Pour citer cet article

Référence électronique

Christian Borch, « Between Destructiveness and Vitalism: Simmel’s Sociology of Crowds », Conserveries mémorielles [En ligne], #8 | 2010, mis en ligne le 25 septembre 2010, Consulté le 14 mai 2013. URL : http://cm.revues.org/744

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Auteur

Christian Borch

is an Associate Professor at the Department of Management, Politics and Philosophy, Copenhagen Business School, Denmark. His research interests include architecture, urban theory, crowd theory, economic sociology, and politics. His articles on crowd theory have appeared in journals such as Acta Sociologica, Distinktion: Scandinavian Journal of Social Theory, Economy and Society, European Journal of Social Theory, and Theory, Culture & Society. He is currently completing a book on the history of crowd semantics.

Christian Borch est Professeur associé au Département de Management, Politique et Philosophie à la Copenhagen Business School au Danemark. Ses intérêts de recherche sont notamment l‘architecture, les théories des villes, les théories des foules, la sociologie économique et la politique. Ses articles sur la théorie des foules ont été publiés dans des revues telles que Acta Sociologica, Distinktion: Scandinavian Journal of Social Theory, Economy and Society, European Journal of Social Theory et Theory, Culture & Society. Il complète présentement un livre sur l‘histoire des sémantiques de la foule.

Voir également:

La Foule. Réflexions autour d’une abstraction

The Crowd. Reflexions around an Abstraction

Vincent Rubio

En reconstituant, à partir de l’antiquité grecque, le cheminement qu’a suivi le thème de la foule au long de la modernité occidentale, en examinant, par ce biais, le traitement intellectuel dont il a été l’objet, on s’aperçoit que la « chose foule » a toujours été envisagée comme une abstraction. Quelles que soient les disciplines particulières qui s’y sont intéressées (philosophie, littérature, psychologie, sociologie, etc.), la foule a été systématiquement présentée comme un être sui generis, un (être) en-soi.

Cette assertion n’a rien d’anodin. Pour s’en convaincre, il est nécessaire d’en revenir au texte de Psychologie des foules publié par Gustave Le Bon en 1895. Sans qu’il soit ici question d’examiner la question de l’originalité qu’il est possible de lui reconnaître, on peut dire que cet essai est un parfait « modèle réduit », non seulement de la psychologie des foules et de l’ensemble des travaux qui ont précédé l’apparition de cette discipline au cours de la dernière décennie du XIXe siècle, mais, au fond, de ce qui pourrait être qualifié de « théorie des foules ». Or, sa lecture laisse apparaître un raisonnement tautologique tel que, sans le moindre doute, « c’est la foule qui fait la foule », « c’est la foule qui, subrepticement, se fait elle-même ».

Bien sûr, il ne s’agit pas de dire que la foule serait dénuée de toute existence empirique. Les difficultés théoriques qu’elle pose invitent néanmoins à reconsidérer la question de son statut et de sa nature en tant que fait social.

1C’est au cours de la dernière décennie du 19e siècle, en France et en Italie, que vit le jour un champ disciplinaire consacré à la foule. Malgré la relative effervescence qui en accompagna l’apparition, son existence fut éphémère. Entré dans l’histoire sous le nom de psychologie des foules, il demeura en marge de l’Université. Pour autant, sa postérité – disons « en sous-main » – ne peut être que difficilement ignorée aujourd’hui. De la sociologie à la science politique, en passant par les théories des médias de masses, les vases communicants avec cette « science maudite » ne manquent pas. Le fondateur de la théorie des représentations sociales et initiateur de la psychologie sociale en France, Serge Moscovici, sera l’un des seuls – sinon le seul – à reconnaître cette filiation1. De son côté, après son « épisode freudien », la foule, sans jamais tout à fait disparaître, s’effacera au profit de concepts qui marqueront le 20e siècle. Ainsi le public, la masse et, bien entendu, la « toute-puissante » opinion publique.

2Juristes ou médecins de formation, l’Italien Scipio Sighele et les Français Henry Fournial, Gabriel Tarde et Gustave Le Bon sont les principaux acteurs de cette singulière page de l’histoire des idées. Chacun à leur manière, plus ou moins ponctuellement, ils contribuent à son émergence. Le premier, né en 1868, a achevé ses études de droit en 1890. Elève d’Enrico Ferri et disciple de Cesare Lombroso, il publie en 1891 La Folla Delinquente. Traduit en français l’année suivante sous le titre La foule criminelle, cet ouvrage peut être considéré comme le premier consacré à la psychologie des foules. C’est en cette même année 1892 qu’Henry Fournial, jeune étudiant à la Faculté de médecine de Lyon sous la direction d’Alexandre Lacassagne, fera paraître un volume extrait de sa thèse : Essai sur la psychologie des foules : Considérations médico-judiciaires sur les responsabilités collectives. Peu original, très inspiré des travaux de Sighele notamment, ce livre n’apportera ni reconnaissance ni carrière à Fournial qui disparaîtra presque aussitôt de la vie intellectuelle française. De son côté, malgré le succès de La foule criminelle, le juriste italien n’intégrera jamais les rangs universitaires qu’au titre de conférencier invité.

3Plus âgés que leurs jeunes confrères, Gabriel Tarde et Gustave Le Bon sont également moins anonymes lorsque les dernières lueurs du siècle apparaissent. Leur destin n’est pas du même acabit non plus. Né en 1843, Tarde jouit déjà d’une solide réputation dans le domaine de la criminologie. Il n’est pourtant que « simple » juge d’instruction à Sarlat jusqu’en 1894 et sa nomination à la Direction de la statistique judiciaire du Ministère de la justice. Fait Chevalier de la Légion d’honneur en 1895 avant d’être choisi de préférence à Henri Bergson pour la chaire de philosophie moderne au Collège de France en 1900, il est intronisé cette même année membre de l’Académie des Sciences morales et politiques. Entre « Les crimes des foules », communication réalisée en 1892 au Troisième Congrès international d’Anthropologie criminelle, et L’opinion et la foule qui paraît en 1901, il multiplie les études consacrées à la foule.

4Lorsqu’il publie Psychologie des foules en 1895, Gustave Le Bon est pour sa part l’auteur d’un grand nombre d’articles et d’ouvrages. De l’étude des générations spontanées à l’alcoolisme, en passant par l’hydrothérapie ou encore les phénomènes volcaniques, il ne compte pas les incursions dans les domaines les plus divers. Ayant débuté une carrière dans le milieu médical grâce au soutien de Pierre-Adolphe Piorry, il se fit même remarquer en 1892 pour son ouvrage sur L’équitation actuelle et ses principes2. Psychologie des foules, qu’il publie à l’âge de 54 ans, sera quant à lui un véritable succès de librairie international. Cet essai assurera une audience grandissante et une renommée aussi importante que parfois peu enviable à son auteur, polygraphe « touche à tout » qui, malgré ses multiples tentatives, verra les portes de l’Université comme celles de l’Académie lui rester à jamais fermées.

Itinéraires

5Incontestablement, c’est le nom de Le Bon qui est resté attaché au thème de la foule et à la psychologie des foules, comme si, d’une certaine manière, le « célèbre docteur » en était à la fois le précurseur et le dépositaire. De toute évidence, cette image est en trompe l’œil. Sighele, Fournial et Tarde ont bien l’antériorité sur Gustave Le Bon. En un certain sens, l’essentiel du travail de l’auteur de Psychologie des foules consista à reprendre et à synthétiser – voire à plagier stricto sensu – les propos de ses prédécesseurs sur le sujet (en particulier Scipio Sighele et Gabriel Tarde). Sa manière de les ignorer dans l’ensemble de son ouvrage – si ce n’est pour les « dénigrer » -, dépasse ainsi le simple manque d’élégance3.

6Sur un ton plus ou moins vif, mais sans ambages, l’historienne américaine Susanna Barrows, les sociologues Yvon-Jean Thiec et Jean-René Tréanton, ou, plus récemment, le politiste et historien Olivier Bosc par exemple, ont tous souligné cet aspect des travaux menés par Gustave Le Bon sur la question des foules4. Le fait que son nom ait été si fortement associé à la psychologie des foules n’est pas resté sans effets ni conséquences en tout cas. Le discrédit dans lequel s’est vite trouvée rejetée cette discipline renvoie ainsi pour une large part aux liens étroits qu’elle entretient avec le nom de Le Bon, personnage et intellectuel controversé s’il en est.

7Pour autant – et sans qu’il faille voir là une forme d’apologie bien entendu -, on peut se demander si, en reprenant à son compte les analyses de ses prédécesseurs, Gustave Le Bon ne fit pas, au fond, que leur emboîter le pas. Ni plus ni moins. Certes, manifestement coutumier du fait, Le Bon semble avoir le plus souvent opéré de manière subreptice. Mais, qu’il s’agisse de Scipio Sighele ou de Gabriel Tarde – et à plus forte raison d’Henry Fournial -, ses « collègues » ont eux-mêmes abondamment « emprunté » aux nombreuses hyperboles historiques et littéraires (médicales dans une certaine mesure également) qui parcourent l’ensemble du 19e siècle et qui, d’une façon ou d’une autre, prennent la foule pour personnage principal en la mettant en scène.

8Susanna Barrows a ainsi montré comment l’ensemble de la psychologie des foules – Sighele et Tarde les premiers – avait refondu le message des Origines de la France contemporaine de Taine et du Germinal de Zola dans un moule analytique. On le sait, ce message est celui du danger incarné par le peuple et son pendant, la foule ; message qui, de diverses manières, faisait écho aux peurs d’une société encore sous le choc de la violence collective ayant rythmé (et qui rythmerait encore) le 19e siècle. Ainsi, selon Barrows, « la documentation et la vision fournies par ces deux œuvres demeureront au cœur des ouvrages à venir, mais à la description et à la narration succèderont la théorie, et à l’observation l’axiome » (1990 : 103).

9Taine et Zola ne sont d’ailleurs que les deux faces visibles de l’iceberg si l’on peut dire. Par la violence de leur propos et la force des images qu’ils mettent en œuvre, leurs textes constituent les références les plus évidentes de la psychologie des foules. Ils sont ainsi explicitement mentionnés – voire cités stricto sensu – par Sighele et Tarde5. Il n’en reste pas moins que, sans conteste, un nombre bien plus important d’auteurs pourrait (devrait) être sollicité pour reconstituer la source originelle au sein de laquelle les pionniers de la psychologie des foules ont communément baignés.

10Ainsi, les Réflexions sur la Révolution de France de Burke ou l’Histoire de la révolution française de Michelet regorgent de descriptions de la foule aussi métaphoriques qu’inquiétantes6. Chez les écrivains, le « serpent aux mille couleurs » que constitue pour Balzac la population parisienne gisant « dans les exhalaisons putrides des cours, des rues et des basses œuvres », sortant de ses « alvéoles [pour] bourdonner sur les boulevards », est tout à fait remarquable à cet égard (1998 : 352-358). Tout autant que l’image de la nuit et la métaphore océanique du peuple comme masse en fusion chez Hugo, ou bien encore son exclamation à l’intention des vainqueurs des Trois glorieuses dans son Dicté après juillet 1830 des Chants du crépuscule : « Hier vous n’étiez qu’une foule : Vous êtes un peuple aujourd’hui » (1963 : 108 ; 1964 : 821). Sur l’eau, dans lequel Maupassant pourfend la foule et son âme « envoûtante », pourrait compléter une liste assurément non exhaustive.

11Le constat posé par Barrows reste juste cependant, presque trop peu sévère en réalité si l’on s’en tient aux termes dans lesquels il vient d’être exposé. Car non seulement les pionniers de la psychologie des foules se sont-ils inspirés de la littérature qui mobilisa le sujet au long du 19e siècle (citant régulièrement Taine ou Zola, cela vient d’être dit), mais, plus loin, leurs « théories » et leurs « axiomes » consistent pour l’essentiel en une stricte paraphrase. Le propos de cet article est tout autre, mais, disons-le sans appréhension ni mauvaise intention, la complexification, le « raffinement » et le caractère scientifique croissant de la forme, du vocabulaire et des illustrations propres au discours de la psychologie des foules, semblent n’être avant tout qu’une poudre jetée aux yeux de lecteurs n’en demandant pas tant7.

12Aussi, si Gustave Le Bon a sans aucun doute puisé dans les travaux de Sighele et de Tarde pour élaborer ses propre recherches, si, de ce fait, sa psychologie des foules est en grande partie la stricte imitation de celles proposées par le juriste italien et le magistrat français, il faut souligner en parallèle que ces derniers n’ont probablement pas procédé autrement ; en partie tout au moins et avec des « sources » que l’on qualifiera de « plus diversifiées ». Le Bon peut ainsi être considéré comme le « simple » point d’acmé – disons mieux, la figure emblématique – d’un mouvement dont il ne serait finalement qu’un des acteurs.

13Sur le fond, on peut donc dire que la « science des foules » élaborée par Sighele et Tarde, puis « reprise » par Le Bon, ne se distingue en rien des récits historiques ou des métaphores littéraires qui mobilisèrent le personnage de la foule au cours du 19e siècle. Tout juste en constitue-elle une excellente synthèse. Que, à suivre les analyses de Susanna Barrows, l’histoire et la littérature dont il est ici question aient elles-mêmes mobilisé une multitude de lieux communs et autres stéréotypes à l’endroit des couches populaires, ne peut bien entendu qu’aiguiser les interrogations – oserait-on dire les « soupçons » ? – sur la scientificité de la psychologie des foules. De ce point de vue, si, pour reprendre à nouveau les mots de Barrows, « tous les rudiments de la psychologie des foules sont dans les Origines de la France contemporaine, à l’exception de l’hypnotisme » (le mot lui-même tout au moins) (1990 : 79), c’est alors toute « la fabrique » de la psychologie des foules qui exigerait d’être revisitée en réalité. Mais tel n’est pas notre propos ici, nous l’avons dit.

14On comprend en tout cas sans difficulté que les emprunts au discours médical – et, plus largement, au registre des sciences de la nature – aient joué un rôle majeur dans les modalités de la « reformulation scientifique » en quoi consiste la psychologie des foules. Ainsi les références aux phénomènes d’hypnose, de contagion et de suggestion qui – par-delà l’explication de la manière dont un ensemble d’individus quelconque est censé se transformer en une foule dotée d’une âme collective (ou, plus exactement, la « sophistication » de cette explication) -, assureront à la psychologie des foules une caution et une légitimité scientifiques, certes provisoires, mais non dénuées d’efficacité (au moins dans un premier temps). En la matière, les travaux de Jean-Martin Charcot sur l’hystérie, ceux d’Hippolyte Bernheim sur la suggestion, mais également les analyses d’Alfred Espinas dans Des sociétés animales par exemple, seront abondamment mis à contribution.

Un être sui generis

15A défaut de ce qui serait une tradition constituée, il est donc possible de parler de l’existence d’une seule et même « théorie des foules » ; à tout le moins d’une singulière récurrence sur le sujet. En la matière, la psychologie des foules incarnerait une forme d’accomplissement, comme le degré ultime d’élaboration formelle. « Théorie » ou « récurrence d’idées » que, d’une certaine manière, l’ouvrage de Gustave Le Bon « parachève », et dont, à bien y regarder, il est possible de faire remonter « l’origine » à la Grèce antique. Ainsi, le questionnement soulevé par Platon au sujet du nombre et/ou de la quantité, et, plus encore peut-être, la distinction entre Plethos et Démos que souligna en son temps Aristote (c’est-à-dire la masse grégaire, bestiale et irrationnelle d’un côté, et l’agrégat de consciences citoyennes unies dans l’amour de la liberté et de l’ordre de l’autre)8.

16Pour le dire simplement, cette « théorie » est composée d’un intangible triptyque. Ses éléments constitutifs sont « l’être de la foule », le triple phénomène hypnose-contagion-suggestion, et, enfin, la figure du meneur. Le principe général que développe cette « théorie » est que la foule représente un impérieux danger ; y compris lorsqu’elle incarne la possibilité d’un avenir radieux (c’est-à-dire la perspective de la mise au jour du peuple constitué et souverain). Aussi, elle est un être à la physionomie monstrueuse, animé et mis en branle par la force irrésistible de la contagion, et au cœur duquel se développe, toujours, l’action suggestive et hypnotique de meneurs (le plus souvent) malintentionnés.

17Le point le plus remarquable de cette approche est assurément que la foule apparaît systématiquement sous les traits de ce qui pourrait être qualifié d’être en soi. Qu’il s’agisse de la notion de contact physique qui en définit la situation et lui donne corps, son assimilation au peuple – plus exactement à l’individu du peuple – qui lui donne à proprement parler un visage, ou bien encore ses diverses pathologies qui en font l’équivalent du pire de l’homme, si ce n’est de l’animal, tous ces éléments tendent à faire de la foule un être sui generis. Le Bon et « l’ensemble de ses prédécesseurs » sont unanimes sur ce point. Du Plethos d’Aristote au « monstre aux millions de têtes » d’Hippolyte Taine (Taine, 1986 : 295) ou au « volcan » de Jules Michelet (1979 : 137), du« fauve innomé et monstrueux » de Gabriel Tarde (1972 : 324) au « sphinx » de Gustave Le Bon (2002 : 59), etc., la foule est un vaste et grand être aux apparences des plus effroyables9.

18En réalité, ce qui se dessine sous la plume de ces auteurs, ce n’est rien d’autre qu’une métonymie anthropomorphique ; métonymie anthropomorphique par le truchement de laquelle, le contenu se métamorphosant en contenant, la foule devient, à l’image de l’homme, un être doué d’un corps, de sens, et (si l’on peut dire) d’un esprit. Si Susanna Barrows a montré avec justesse que, de Taine à Le Bon, le peuple avait été (arbitrairement) assimilé à la foule, et, ainsi, « discrédité », il faut donc souligner de manière symétrique que, de l’antiquité grecque à nos jours, la foule a tout autant été assimilée au peuple, très exactement à l’homme du peuple, plus loin même, à un animal, et qu’elle est ainsi devenue un être sui generis.

19Cette « métamorphose » peut d’ailleurs être envisagée comme avantageuse si l’on considère l’extrême difficulté de la tâche consistant à établir une définition (objective) de la foule à partir du raisonnement alternatif, c’est-à-dire relevant, non pas de l’abstraction, mais de la mesure. Le paradoxe du tas de sable cher aux logiciens de l’antiquité grecque est révélateur à cet égard. Le problème est bien connu. En substance, on peut le présenter de la manière suivante : A partir de combien de grains de sable y a-t-il un tas de sable ? Si l’on ôte un grain au tas de sable, le tas est-il encore un tas ? Ainsi, à partir de combien de grains ôtés, le tas n’est-il plus un tas ? Nul besoin d’expliciter plus avant le parallèle pour souligner les difficultés devant lesquelles on se trouve dès lors pour penser la foule.

20Quand bien même d’ailleurs, tenterait-on d’y échapper en en ramenant les termes à une autre variation sur le même thème de la mesure ; en l’occurrence au rapport entre quantité (ou nombre) et espace (disponible), ainsi que l’a fait Daniel Stokols. Dans la perspective du psychologue américain, si la foule ne réside plus dans une sorte « d’individu ajouté » (ce qui est bien le cas dans la situation du tas de sable décrite à l’instant, puisque, si 99 individus ne font pas foule et que 100 la font, alors c’est bien en un seul et unique individu que, précisément, réside la foule), si la foule ne réside donc plus dans une sorte « d’individu ajouté », son essence ne peut alors se trouver autre part que dans un mètre carré supplémentaire d’espace disponible, un « mètre carré ajouté » en somme (bien que, en toute logique, le mètre carré en question soit plus certainement ôté qu’ajouté ici). Il est même plus probable encore que, dans ces conditions, l’essence de la foule renvoie à une combinaison « d’individu(s) ajouté(s) » et de « mètre(s) carré(s) ôtés ».

21Il est ainsi toujours question, dans l’un ou l’autre de ces cas, d’un supplément ou d’une diminution de quantité ; qu’il s’agisse d’une « quantité d’humain », d’une quantité d’espace, ou de ces deux quantités rapportées l’une à l’autre. Et c’est à chaque fois entreprise bien vaine que de chercher à identifier une limite au-delà ou en deçà de laquelle il y aurait foule. En un mot, il n’existe pas de seuil, quel qu’il soit, à partir duquel on pourrait objectivement affirmer qu’il y a (ou qu’il n’y a pas) foule. De ce point de vue, le raisonnement faisant de la foule un être sui generis semble bien présenter de tout autres potentialités heuristiques.

Un raisonnement tautologique

22Pour apprécier la réelle pertinence de cette assertion, il est nécessaire d’en revenir au texte même de Psychologie des foules en tant que « modèle réduit » de la « théorie des foules ». Malgré le caractère aride de cette entreprise, c’est aux occurrences de la définition de la foule qu’il conviendra d’être attentifs. L’essentiel du raisonnement de Le Bon en la matière se trouve dans le premier chapitre intitulé « Caractéristiques générales des foules. Loi psychologique de leur unité mentale ». On y relève deux propositions visant à définir la foule et à expliquer le processus de sa genèse.

23La première définition de la foule que formule Le Bon est la suivante :

Dans certaines circonstances données, et seulement dans ces circonstances, une agglomération d’hommes possède des caractères fort différents de ceux de chaque individu qui la compose. La personnalité consciente s’évanouit, les sentiments et les idées de toutes les unités sont orientés dans une même direction, il se forme une âme collective, transitoire sans doute, mais présentant des caractères très nets. La collectivité devient alors ce que, faute d’une expression meilleure, j’appellerai une foule organisée, ou, si l’on préfère, une foule psychologique. Elle forme un seul être et se trouve soumise à la loi de l’unité mentale des foules (2002 : 9).

24Le mécanisme de formation de la foule semble clair. Le phénomène débute par la dislocation de la personnalité consciente des individus. C’est là le point de départ du processus. Les sentiments et les idées de tous sont alors orientés dans une même direction. C’est ainsi qu’ils fusionnent unanimement dans une âme collective au sein de laquelle les frontières individuelles sont abolies. Cette âme collective possède des caractères propres, distincts de ceux de chacun des individus qui lui appartiennent et qui composent la foule. C’est elle qui donne naissance à la foule dans toute sa singularité.

25Gustave Le Bon explique le passage (décisif) de la « simple » dislocation de la personnalité consciente des individus, à la fusion de tous leurs sentiments et idées dans une même direction, par les caractéristiques de l’état inconscient dans lequel ils sont alors plongés. Car « dans l’âme collective, les qualités inconscientes dominent ». La particularité de cet inconscient réside dans le fait qu’il est commun à tous les individus appartenant à la foule. C’est ce que Le Bon nomme la même race. En effet, « c’est surtout par les éléments inconscients composant l’âme d’une race, que se ressemblent tous les individus de cette race ». Et, poursuit-il, « les qualités générales du caractère, régies par l’inconscient et possédées à peu près au même degré par la plupart des individus normaux d’une race, sont précisément celles qui, chez les foules, se trouvent mises en commun » (Le Bon,2002 : 12)10.

26C’est donc à partir d’une sorte de fonds commun spécifique à un peuple, nommé âme de la race, et sous l’effet de la contagion imitative, que l’âme collective de la foule s’érigerait11. Autrement dit, c’est bien dans cet « inconscient collectif » que l’âme collective et la foule puisent (conjointement) leur substance. De quelle matière est donc constituée cette âme de la race ? La réponse à cette question se trouve dans l’ouvrage que Le Bon publia en 1894, Lois psychologiques de l’évolution des peuples. Y sont mentionnés les éléments principaux de la position qu’il soutient sur les thèmes de la race et de la civilisation, pierre angulaire de toute sa théorie de l’homme et des sociétés. L’existence de différentes races pouvant être ordonnées et classées suivant une échelle hiérarchique stricte – échelle fonction du « degré de civilisation » de chaque race -, représente le cœur de cette étude. Pour Le Bon, « l’inévitable problème de la race domine tous les autres » (1919 : 141).

27Dans cette démonstration particulièrement confuse, il est fait mention des « caractères moraux et intellectuels dont l’évolution d’un peuple dérive ». On apprend alors que c’est « l’ensemble de ces caractères qui forme l’âme d’une race », et que l’âme d’une race est « la synthèse de son passé, l’héritage de ses ancêtres, les mobiles de sa conduite ». En réalité, « chaque race possède une constitution mentale aussi fixe que sa constitution anatomique […] La majorité des individus de cette race possède toujours un certain nombre de traits psychologiques communs, aussi stables que les caractères anatomiques permettant de classer les espèces. Comme ces derniers, les caractères psychologiques se reproduisent par l’hérédité avec régularité et constance » (Le Bon, 1919 : 23-24).

28Une race est donc un ensemble d’individus possédant un fonds psychologique commun, fait de couches d’éléments moraux et intellectuels lentement sédimentées par hérédité. Ce fonds psychologique est doué d’une grande stabilité, d’une puissante force d’inertie, et repose sur trois grands piliers : « sentiments communs, intérêts communs et croyances communes» (Le Bon, 1919 : 28-29). Bien sûr, un regard critique et distancié doit être porté sur cet aspect des travaux de Gustave Le Bon. Les réguliers et (souvent) subreptices amalgames qu’il opère entre le psychologique et l’anatomique, le culturel et le biologique, constituent en particulier autant d’éléments à questionner.

29Mais ce qui doit retenir en priorité l’attention ici, c’est que l’idée de l’existence d’un fonds commun, d’une âme de la race, ou encore d’un « inconscient collectif », si nébuleuse soit-elle sous la plume de Le Bon, permet de comprendre, au moins sur le plan théorique, la métamorphose d’un certain nombre d’individus en une foule soumise à la loi de l’unité mentale. Car si ces derniers disparaissent, se perdent et, dans le même temps, se (re)trouvent au sein d’une âme collective, ce n’est en vertu de rien d’autre que de cet inconscient qu’ils partagent ; inconscient qui, en l’occurrence, remplit une fonction de ciment dans la genèse de la foule. Aussi, est-il aisé de saisir dans quelle mesure la foule n’est pas, « au point de vue psychologique » dira Le Bon, une réunion d’individus comme une autre.

30De la même manière, la topographie ou l’architectonique de la foule et de son schéma d’analyse apparaît clairement. Si l’âme collective est le fondement de la foule, sa substance même, l’âme de la race représente, de son côté, le socle sur lequel repose cette âme collective. Ainsi, la race et son âme constituent le sol sur lequel la foule psychologique s’enracine à partir de l’effet suggestif et contagieux du nombre. Reformulant sa première proposition de définition, Le Bon confirmera le rôle essentiel tenu par ces éléments : « C’est uniquement à cette phase avancée d’organisation [de la foule] que, sur le fonds invariable et dominant de la race, se superposent certains caractères nouveaux et spéciaux » (2002 : 11).

31À bien y regarder cependant, une zone d’ombre demeure ici. En examinant avec attention la définition initiale proposée par Gustave Le Bon, on ne peut que rester étonné devant le caractère pour le moins énigmatique des « certaines circonstances données » dans lesquelles « une agglomération d’hommes possède des caractères fort différents de ceux de chaque individu qui la compose ». Incontestablement, ces mystérieuses circonstances nécessitent éclaircissement. Un élément à ce point déterminant du processus de constitution de la foule, ne saurait rester aussi flou. Car ce n’est de rien d’autre que des conditions originelles de l’apparition de l’âme collective de la foule dont il s’agit.

32D’ailleurs, le lecteur attentif de Psychologie des foules ne manque pas de s’interroger lorsqu’il découvre la suite du texte. Ainsi, la reformulation de la première définition dévoile une incohérence au sein de la démonstration. Pour saisir parfaitement les modalités du problème qui se pose alors, il est nécessaire de citer dans sa totalité le passage contenant cette reformulation : « C’est uniquement à cette phase avancée d’organisation que, sur le fonds invariable et dominant de la race, se superposent certains caractères nouveaux et spéciaux, produisant l’orientation de tous les sentiments et pensées de la collectivité dans une direction identique. Alors seulement se manifeste ce que j’ai nommé plus haut, la loi psychologique de l’unité mentale des foules » (Le Bon, 2002 : 11).

33Si l’on suit le raisonnement développé ici, il ne fait aucun doute que ce sont bien les caractères nouveaux et spéciaux qui provoquent l’orientation de tous les sentiments et des pensées dans une même direction. Or, dans la première proposition de définition, c’est bien parce que les sentiments et les pensées de tous étaient orientés dans une même direction, qu’apparaissaient les caractères nouveaux et spéciaux de la foule. En d’autres termes, se pose la question de savoir si ces caractères spéciaux propres à la foule sont le produit de l’orientation des idées et des sentiments de tous dans une seule et même direction (et, au préalable, de l’évanouissement de la personnalité consciente de chacun de ces individus), ou s’ils sont plutôt le moteur de cette fusion des sentiments et des pensées dans un même sens ? Dans un cas, Le Bon opte pour la première possibilité, dans l’autre, il choisit la seconde, ne laissant pas de se contredire à quelques pages d’intervalle.

34À ce stade de l’analyse, on ne sait donc plus très bien ce que sont ces caractères, présentés d’un côté comme « nouveaux », « très nets » et « fort différents de ceux de chaque individu » composant la foule, et, décrits, de l’autre, comme « nouveaux et spéciaux ». Ne pouvant se fier au choix du vocabulaire utilisé par Le Bon en la matière – manifestement révélateur d’un « flottement » sémantique -, on est amené à se demander s’il parle vraiment des mêmes caractères dans l’une et l’autre de ces assertions ?

35Ainsi, ne pourrait-il pas s’agir, dans la première proposition, des caractères de la foule et de son âme collective, et, au sein de la seconde, des caractères de l’individu en foule, en pleine métamorphose, en pleine « fusion » avec les autres ? L’interrogation est surprenante, son sens sujet à caution. En réalité, il n’est pas certain qu’y répondre éclairerait plus avant la démonstration de Le Bon (en particulier sur le point tout à fait essentiel des modalités de l’apparition de la collectivité qu’est la foule) ; démonstration qui, pour tout dire, devient de plus en plus difficile à suivre.

36Le Bon ne fournit d’ailleurs aucun élément qui permette d’esquisser la moindre tentative de réponse à cette question La seule information tangible dont le lecteur dispose à cet instant, et à laquelle il lui est possible de se raccrocher, est que, dans l’un et l’autre des deux énoncés, il ne semble pas être fait mention des mêmes « sentiments et pensées orientées dans une même direction ». Dans le premier, les sentiments et pensées sont ceux « de toutes les unités », alors que dans le second, il s’agit de ceux « de la collectivité ». Étonnant glissement qui oblige à repenser la signification du propos lebonien, en tentant de concilier ces deux propositions divergentes.

37En effet, ne se trouverait-on pas alors devant le schéma suivant : Dans des circonstances particulières, la personnalité consciente des individus s’évanouirait. Plongeant dans une certaine forme d’inconscient collectif, ces individus verraient leurs sentiments et leurs idées orientés dans une même direction, formant ainsi une âme collective douée de caractères très nets et différents de ceux de chacun des individus composant la foule. Dans une ultime phase, ces caractères produiraient « l’orientation de tous les sentiments et pensées de la collectivité dans une direction identique ».

38C’est à nouveau la stricte identité des « caractères nouveaux » mentionnés dans la première et dans la seconde proposition, qui constitue ici le principe général. Mais alors, une nouvelle question ne manque pas de se poser. Elle concerne l’ultime phase orientant tous les sentiments et pensées de la collectivité dans une direction identique. Pourquoi donc orienter dans une même direction, des sentiments et des pensées qui sont déjà ceux de la collectivité, qui sont déjà ceux d’une collectivité dont la nature d’être en soi ne fait aucun doute ? Car l’âme collective existe déjà à cette étape du processus, et, par conséquent, la foule est (déjà) devenue « un seul être ». Autrement dit, ces sentiments et ces pensées sont, par définition, déjà fondus dans une seule et même direction. Il semble donc pour le moins déroutant de devoir les fondre dans un même ensemble.

39On le voit, à mesure que l’on parcourt et que l’on tâche de comprendre de manière rigoureuse le raisonnement tenu par Le Bon, les interrogations et les contradictions se multiplient de façon exponentielle. À tel point d’ailleurs, qu’on n’est plus même certain d’y saisir le moindre argument, la moindre articulation logique, et, au fond, la moindre idée claire et cohérente. Surtout, le mécanisme de genèse de la foule semble singulièrement s’obscurcir, rendant ainsi nécessaire de s’interroger sur ce qui crée les mystérieux caractères nouveaux dont il vient d’être question. Car ce sont bien eux qui se trouvent au centre des difficultés.

40Il faut alors avancer dans la lecture du texte. Mais, autant le souligner dès à présent, l’étonnement et la perplexité ne se dissiperont nullement. Bien au contraire même, montrant peut-être par là que les questions soulevées jusqu’ici ne constituent en fait que les symptômes d’un « mal plus profond ». Ainsi, découvre-t-on la seconde définition de la foule : « Le fait le plus frappant présenté par une foule psychologique est le suivant : quels que soient les individus qui la composent, quelque semblables ou dissemblables que puissent être leur genre de vie, leurs occupations, leur caractère ou leur intelligence, le seul fait qu’ils sont transformés en foule les dote d’une sorte d’âme collective » (Le Bon,2002 : 11).

41En rapportant cette définition à la première, on s’aperçoit que, si dans celle-ci, c’était « l’âme collective qui faisait la foule », dans celle-là, c’est « la foule qui fait l’âme collective ». Aucune autre signification ne peut être donnée à ce passage : « Le seul fait qu’ils sont transformés en foule les dote d’une sorte d’âme collective ». C’est donc bien la transformation en foule qui, ici, fond les individus dans une seule et même âme collective. En d’autres termes, si, dans un cas, l’âme collective fait la foule, et si, dans l’autre cas, la foule fait l’âme collective, alors force est de constater que, à chaque fois et in fine, c’est la foule qui fait la foule, c’est la foule qui se fait elle-même pour ainsi dire. Formulation bien maladroite qui n’a d’autre fondement que le caractère tautologique de toute la rhétorique lebonienne, et pour autre issue que l’impasse des analyses en termes de mesure.

42Et ceci, quelle que soient le rôle et l’action précis des phénomènes suggestifs et contagieux (et, plus précisément encore, de la suggestibilité des hommes en foule) ; véritable force motrice initiale de l’effacement des cloisonnements individuels et, ce faisant, de la fusion des individus sur le mode de l’inconscient collectif12. Car ces phénomènes sont eux-mêmes pris dans la tautologie de la démonstration lebonienne. Ainsi, cet autre passage de Psychologie des foules :

L’individu plongé depuis quelque temps au sein d’une foule agissante, tombe bientôt – par suite des effluves qui s’en dégagent, ou pour toute autre cause encore ignorée – dans un état particulier, se rapprochant beaucoup de l’état de fascination de l’hypnotisé entre les mains de son hypnotiseur […] Tel est à peu près l’état de l’individu faisant partie d’une foule. Il n’est plus conscient de ses actes. Chez lui, comme chez l’hypnotisé, tandis que certaines facultés sont détruites, d’autres peuvent être amenées à un degré d’exaltation extrême. L’influence d’une suggestion le lancera avec une irrésistible impétuosité vers l’accomplissement de certains actes (Le Bon,2002 : 13-14).

43Si, en s’en tenant strictement aux mots utilisés par Le Bon, c’est bien la suggestibilité de l’individu qui rend ce dernier susceptible de fusionner avec les autres au sein de l’inconscient collectif – et, par suite, rend possible la création de l’unité mentale de la foule -, il ne fait pas le moindre doute que, dans le même temps, c’est la foule elle-même qui, « en amont », rend l’individu suggestible (car hypnotisé) ici. Ce faisant, une fois encore – et abstraction faite des « effluves qui se dégagent de la foule », expliquant le pouvoir hypnotique de la foule sur l’individu, et peu convaincantes d’un point de vue argumentatif -, on peut dire que Gustave Le Bon suppose bien que c’est la foule qui fait la foule. Le mécanisme de la suggestion, qui explique le passage de l’individuel au collectif, qui explique la création de l’âme de la foule et, ce faisant, la foule elle-même, est donc lui aussi « englué » dans la construction tautologique de la démonstration composant le cœur de Psychologie des foules.

44À l’image de ses prédécesseurs, Gustave Le Bon « explique » donc la foule par elle-même. Non pas comme le social s’explique par le social, ainsi que le dira Emile Durkheim, mais bien plutôt comme l’éruption d’un volcan s’expliquerait par elle-même, en dehors de l’ensemble des mouvements du globe terrestre, ex nihilo en somme. Cette tautologie, en vertu de laquelle les « certaines circonstances données » déterminant la foule ne sont donc rien d’autres que la foule « préexistant subrepticement à elle-même », permet à Le Bon et à la psychologie des foules d’éviter la délicate question : « Comment l’âme collective, qui fait la foule, se crée-t-elle (autrement que par la foule elle-même) » ? Comment passe-t-on d’une somme d’individus quelconque(s) à un être collectif doué d’une âme de la même nature ?

45On saisit ainsi mieux pourquoi, par exemple, Psychologie des foules sera consacrée aux seules foules dans la «phase de leur complète organisation » (Le Bon,2002 : 11). De la même manière, Le Bon étendra le vocable de foule à tous les groupes (sociaux), quelles que soient leur taille, leur structuration, leur durée de vie, etc., de manière (notamment) à ne pas se contredire et à ne pas laisser dévoilées les contradictions qui gangrènent de toute part son propos, et, par extension, celui de toute la psychologie des foules.

Ouvertures

46Cette analyse n’a rien d’une discussion stérile sur les mots. Les insuffisances de la forme trahissent l’étonnante fragilité du fond. Car ce que révèle le caractère tautologique et purement rhétorique de la démonstration lebonienne, c’est bien que l’idée de la foule en soi constitue une proposition aussi fascinante que fragile. En d’autres termes, pour ce qui est de « saisir la chose foule », la logique de l’abstraction n’est pas plus « efficace » que la logique de la mesure.

47Il ne s’agit pas de dire par-là que la foule serait dépourvue de la moindre existence empirique. Bien entendu. Les difficultés théoriques qu’elle pose invitent néanmoins à reconsidérer la question de son statut et de sa nature en tant que fait social. Aussi, plutôt que de chercher vainement un objet que l’on qualifiera de « définissable », ne serait-il pas plus pertinent de raisonner ici en termes de mythe, de figure mythique ; figure mythique qui, au moins en partie on le sait, échappe toujours à l’enclosure définitionnelle et/ou conceptuelle ?

48Trois éléments donnent crédit à cette hypothèse, invitant, croyons-nous, à l’explorer plus avant. Les deux premiers ont été mentionnés au cours des lignes qui précèdent. Il s’agit, pour le premier, de la récurrence d’un même récit à l’endroit de la foule, et, pour le second, de l’apparition systématique de cette dernière sous la forme d’un être en soi, d’une (pure) abstraction. Ce retour cyclique à l’identique, ce « recyclage palingénésique » d’un discours prenant les apparences d’un récit originel qui met en scène un même personnage, est évidemment troublant ; en particulier, bien sûr, parce qu’il permet à la foule d’emprunter les traits d’un personnage à part entière (et pour le moins inquiétant s’il en est). Le lien particulièrement lâche que ce récit entretient avec le réel ne suscite d’ailleurs pas moins le trouble. On peut parler à ce sujet d’un étonnant entrelacement du réel et du fictionnel. Il s’agit là du troisième élément cité ci-dessus.

49Une nouvelle fois, les recherches de Susanna Barrows sont d’un grand intérêt en la matière. Elles ont en effet permis de mettre au jour combien les descriptions et les analyses de la foule (en particulier celles du 19e siècle, bien entendu) étaient parfois farfelues et, au fond, relevaient bien souvent de l’ordre du fantasme. L’historienne américaine a parlé très justement de miroirs déformants à ce propos. Au cours du 20e siècle, différents historiens ont montré l’important décalage existant entre la « réalité de l’histoire » et les récits hyperboliques sur la foule. Il est par exemple apparu que les violences (de la répression) subies par cette dernière étaient souvent bien plus réelles que les exactions dont elle s’était elle-même rendue coupable13. Plus loin, à l’image de la castration de Maigrat inventée par Zola en 1885 pour Germinal – castration dont on retrouvera de manière saisissante nombre de traits au cours de la défénestration de l’ingénieur Watrin à Decazeville l’année suivante -, on peut même se demander dans quel sens précis réel et imaginaire s’interpénètrent ici.

50Mais le temps n’est pas à ces développements qui exigeraient de nombreuses pages. Il n’est peut-être pas inutile de souligner cependant que, dans une telle perspective, c’est à « l’efficacité symbolique » du mythe de la foule qu’il conviendrait de s’intéresser. Autrement dit, ce qui deviendrait central, c’est le rôle, la fonction remplie par cette singulière figure. Cela ne fait pas mystère, toute civilisation, toute société repose sur une mythologie spécifique, sur un récit légendaire qui forme un ensemble d’idées, d’images et autres symboles auxquels (auquel) elle croit, et qui lui permet(tent) de construire une vision cohérente du monde, d’y introduire un certain ordre et, finalement, de s’y situer.

51Évanescente, labile et insaisissable, objet de toutes les peurs, voire fantasmée, la foule pourrait incarner l’un des personnages principaux de « l’histoire fictive » sur laquelle notre monde moderne s’est construit. Elle en autoriserait alors une autre lecture, en creux. Une lecture qui, à la lumière de l’évidente « coïncidence » existant entre l’éclosion d’un intérêt prononcé pour la foule et les tentatives de constitution de la modernité politique (elle-même fille de l’antiquité grecque ; autre « moment » où tente de s’instituer un monde organisé autour des valeurs de l’Individu et de la Raison.), ne saurait être tout à fait étrangère aux interrogations que soulève l’essence même de la démocratie et de l’idée républicaine.

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Notes

1 Voir à cet égard l’ouvrage publié par Moscovici en 1981, L’âge des foules. Un traité historique de psychologie des masses.

2 Si l’on suit Benoît Marpeau, il semblerait que Le Bon n’ait en fait jamais effectué des études de médecine complètes. Le titre de docteur en médecine qu’il porte dès 1866 – ne se faisant plus appeler autrement que « le Docteur Gustave Le Bon » – est donc manifestement usurpé (Marpeau, 2000 : 33-34).

3 Dans Psychologie des foules, les noms de Sighele et Tarde apparaissent à une seule reprise (deux pour Tarde en réalité), à l’occasion d’une note de bas de page en toute fin d’introduction. Le Bon y souligne les limites de leurs travaux strictement criminologiques, ainsi que le caractère peu « personnel » de La foule criminelle (qu’il nomme, en l’occurrence, Les foules criminelles !). Enfin, il prend soin d’en distinguer ses propres « conclusions sur la criminalité et la moralité des foules », qu’il définit comme « contraires » à celles de ces « deux écrivains » (Le Bon, 2002 : 6). À n’en pas douter, Sighele et Tarde connurent des hommages plus élogieux.

4 Au sujet de la thèse du plagiat, la meilleure présentation en a sans doute été réalisée par Susanna Barrows dans ses Miroirs déformants (1990 : 145-168).

5 A titre d’exemple, notons que dans la première édition française de La foule criminelle, Scipio Sighele cite Taine à huit reprises et Zola deux fois.

6 Voir par exemple Burke, 1980 : 12-16 ou 146-147, et Michelet, 1979 : 305 ou 344.

7 Sur ce point, nous nous permettons de renvoyer à nos travaux : Rubio, 2008.

8 On lira notamment sur cette question Les Lois et La République chez Platon, et Les Politiques et la Constitution d’Athènes chez Aristote.

9 Aristote avait quant à lui comparer les vertus de la foule à celles de l’homme (Aristote, 1993 : III-XI/1281b-1282a et VII-I/1323b).

10 Ces qualités générales du caractère sont celles qui, chez l’homme, ne relèvent pas de l’intellect, de la raison.

11 Le Bon utilise indifféremment les termes race et peuple, montrant par là qu’il les considère synonymes.

12 Selon Le Bon, il existe en effet trois grandes causes à l’apparition de l’âme de la foule : « La première est que l’individu en foule acquiert, par le fait seul du nombre, un sentiment de puissance invincible lui permettant de céder à des instincts, que, seul, il eût forcément réfrénés ; […] une seconde cause, la contagion mentale, intervient également pour déterminer chez les foules la manifestation de caractères spéciaux et en même temps leur orientation. La contagion est un phénomène aisé à constater, mais non expliqué encore, et qu’il faut rattacher aux phénomènes d’ordre hypnotique […] Chez une foule, tout sentiment, tout acte est contagieux à ce point que l’individu sacrifie facilement son intérêt personnel à l’intérêt collectif ; une troisième cause, et de beaucoup la plus importante, […] est la suggestibilité, dont la contagion mentionnée plus haut n’est d’ailleurs qu’un effet » (Le Bon, 2002 : 13). S’il y a donc trois causes à la mise en commun de l’âme de la race par les individus composant une foule, seule la suggestibilité semble véritablement déterminante. Elle est en effet la cause de la contagion, mais également, on peut le supposer, décisive dans l’apparition du sentiment de puissance, tout sentiment étant contagieux dans une foule selon Le Bon.

13 À côté des travaux de Barrows, on pourra par exemples consulter sur ce point les recherches de Michelle Perrot (Les ouvriers en grève. France 1871-1890, 1974), ou encore celles de George Rudé (La foule dans la révolution française, 1982).

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Pour citer cet article

Référence électronique

Vincent Rubio, « La Foule. Réflexions autour d’une abstraction », Conserveries mémorielles [En ligne], #8 | 2010, mis en ligne le 25 septembre 2010, Consulté le 14 mai 2013. URL : http://cm.revues.org/737

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Auteur

Vincent Rubio

est chargé d‘enseignements en Sciences Sociales de l‘Université Paris Descartes. Il est également chercheur au sein de l‘Unité de Recherche en Sciences Humaines et Sociales de l‘Institut de cancérologie Gustave Roussy – Canceropôle Ile de France (URSHS/IGR). Ses thèmes de recherche sont la sociologie de la maladie et de la santé, la sociologie politique et la sociologie de l‘information et de la communication. Il a publié La Foule. Un mythe républicain ? (2008) de même que plusieurs articles sur la théorie des foules.

Vincent Rubio is Lecturer in Social Sciences at the Université Paris Descartes. He is also researcher at the Unité de Recherche en Sciences Humaines et Sociales de l‘Institut de cancérologie Gustave Roussy – Canceropôle Ile de France (URSHS/IGR). His research interests are sociology of health and illness, political sociology and sociology of information and communication. He has published La Foule. Un mythe républicain ? (2008) as well as numerous articles on crowd theory.

Foules, espaces publics urbains et apprentissage de la co-présence chez les adolescents des quartiers populaires d’Ile de France

Crowds, urban public spaces and learning co-presence: the Case of the Adolescents residing in the popular districts of the Ile-de-France

Nicolas Oppenchaim

Résumé | Index | Plan | Texte | Bibliographie | Citation | Auteur

Résumés

Français English

Cet article porte sur le rapport qu’entretiennent les adolescents à la foule urbaine et sur la manière dont ils apprennent à y trouver une place. Pour ce faire nous procéderons en trois temps. Nous exposerons tout d’abord en quoi, s’appuyant sur les travaux de R. Park et G. Tarde, Isaac Joseph fait du passage de la foule au public une des caractéristiques majeures des sociétés contemporaines. Ce passage concerne à la fois l’espace métaphorique des mobilisations collectives, mais également l’espace urbain : le propre des villes contemporaines n’est pas les grands rassemblements de foule dominés par les émotions, mais les espaces publics, lieux de co-présence organisés autour de l’inattention civile. Ces espaces offrent ainsi des possibilités de rencontre tout en garantissant un droit à l’intimité.

Cependant nous montrerons dans un second temps que cette perception apaisée des grands rassemblements dans la ville ne va pas de soi, notamment à l’adolescence. Il est donc nécessaire d’introduire la problématique de l’apprentissage dans les réflexions sur les espaces publics urbains. Ainsi, une partie des adolescents des quartiers populaires d’Ile de France ont une perception de ces lieux de co-présence très proche de celle développée dans les discours du 18ème et 19ème siècle sur la peur des foules urbaines. Plus largement, les adolescents de quartiers populaires se différencient dans leurs discours par quatre grandes positions idéal-typiques vis-à-vis des foules urbaines : « foule source d’animation potentielle », « foule indifférente », « foule menaçante », ou « foule espace public ».

Nous verrons alors dans un troisième temps que ce rapport différencié des adolescents à la foule est à mettre en relation avec le lien entretenu avec le quartier de résidence et les modalités d’apprentissage de la mobilité.

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Entrées d’index

Mots-clés :

foule, espace public, apprentissage, quartiers populaires, mobilités quotidiennes, adolescents

Keywords :

crowd, public space, learning, popular districts, daily mobility, teenagers

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Plan

De la foule au public

Les arènes publiques et les espaces publics urbains

La coopération interactionnelle est-elle naturelle ?

Foule lieu de tension potentielle, d’indifférence, de menace ou d’anonymat ?

La « foule tension »

La « foule indifférente »

La « foule menace »

La « foule espace public »

Le rapport au quartier et l’apprentissage de la mobilité : deux variables clés pour comprendre le rapport des adolescents à la foule urbaine

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De la foule au public

1Les sociétés modernes se caractérisent par le passage de la foule au public. Telle est la thèse centrale qu’identifie Isaac Joseph dans deux ouvrages publiés au début du 20ème siècle, L’opinion et la foule de Gabriel Tarde en 1901 et La foule et le public de R. Park qui paraît trois ans plus tard.

2Le sociologue français défend ce point de vue dans un article publié en 2001, « Tarde avec Park. À quoi servent les foules ? » (Joseph, 2001). Ces deux auteurs ont en commun selon Joseph de rejeter une psychologie collective consistant à concevoir un « nous » existant en dehors et au dessus des esprits individuels. Ils œuvreraient au contraire à la naissance d’une psychologie sociale dont l’objet de recherche serait les interactions et influences réciproques entre individus. La plus simple de ces influences est ainsi la conversation. À partir de ce point de départ, Tarde isole deux grands types d’influence et d’action réciproque, la foule et le public qu’il oppose terme à terme :

la foule est une forme d’actions réciproques régie par la proximité spatiale. Elle est un lieu de contagion psychique basée sur les contacts physiques, et est par là proche de l’agrégat animal.

le public est au contraire une « foule dispersée, où l’influence des esprits les uns sur les autres est devenue une action à distance, à des distances de plus en plus grandes » (Tarde, 1901 : 7). Il s’agit donc d’une forme évoluée des interactions réciproques : les associations entre individus dans le public se font par simultanéité des convictions, par des contacts impersonnels comme la lecture d’un même journal et non par la proximité physique.

3Alors que la foule est la forme d’action sur autrui du passé, le public est au contraire une forme adaptée à l’évolution de nos sociétés contemporaines de plus en plus hétérogènes et traversés par des clivages divers. Trois traits caractéristiques du public expliquent cette adéquation : d’une part, comme dit précédemment, il rassemble des personnes issus d’origines géographiques et sociales différentes ; d’autre part ce rassemblement repose sur une base impersonnelle et non sur une proximité physique ou affective ; enfin il tolère non seulement les particularismes en son sein, mais bien plus les intensifie. Les dissidences partielles prennent ainsi la place des oppositions manichéennes et des grands dualismes.

4Robert Park reprend lui aussi cette idée d’une meilleure adéquation du public à nos sociétés contemporaines par rapport à la foule. Comme chez Tarde, cette dernière est une entité mouvante dans laquelle les individus fusionnent les uns avec les autres, l’influence mutuelle des émotions formant une émotion collective s’imposant à chacun des membres. Au contraire, le comportement d’un public est le résultat d’un ensemble de discussions dans lesquels les individus ont des opinions différentes. La scène publique est alors analogue à un dispositif théâtral : l’identification à des personnages publics permet d’endosser symboliquement un rôle dans le drame social et de se situer par rapport à d’autres acteurs dans une intrigue ou un scénario.

5Cette idée, commune à Tarde et Park, d’un passage d’une forme d’influence mutuelle à une autre, de la foule au public, se développera par la suite dans deux directions : d’une part l’étude des engagements collectifs dans le domaine public métaphorique des arènes publiques et d’autre part celle des interactions dans l’espace public urbain. Si cette double dimension est moins présente chez Tarde, elle est centrale dans l’œuvre de Park, dont on connaît le rôle tenu dans le développement des travaux de l’Ecole de Chicago sur la ville : qu’il s’agisse de rassemblements métaphoriques des opinions lors d’un débat au Parlement ou de la fréquentation d’un parc, le public constitue une même forme d’organisation de l’attention. Celle-ci ne repose pas sur un contenu émotionnel s’imposant au groupe mais sur une organisation raisonnée des conduites.

Les arènes publiques et les espaces publics urbains

6Nous ne développerons pas le destin qu’a eu cette distinction entre foule et public dans l’étude des mobilisations collectives. Cette filiation a en effet été fort bien résumée dans un ouvrage récent (Cefaï, 2007). Dans cette tradition, dont la figure centrale est le philosophe pragmatiste John Dewey (1927 [2003]), l’opinion publique n’est plus façonnée par le tumulte de la foule, mais par l’échange raisonné dans des arènes publiques. Ces arènes sont le lieu de confrontation de différents acteurs pour résoudre une situation problématique. L’objectif des mobilisations collectives est en effet de faire émerger des problèmes dans le domaine public afin de pouvoir y échanger des arguments raisonnés. Cet objectif suppose tout un travail de mise en forme d’une situation perçue comme problématique et d’organisation de l’attention de l’opinion à ce sujet :

Le point de départ est la confrontation à une situation problématique où des personnes éprouvent un trouble indéterminé et perçu initialement comme relevant de la vie privée. Le public n’est pas donné d’avance avec la positivité d’un corps civique ou d’une audience médiatique. Il émerge à travers le jeu des interactions entre ces personnes qui se constituent comme un collectif d’enquêteurs, d’explorateurs et d’expérimentateurs qui vont monter des dispositifs de mobilisation pour définir leur trouble, l’ériger en problème d’intérêt public et interpeller les pouvoirs publics en vue de le résoudre. (Cefaï et Pasquier, 2003 : 11).

7Nous souhaitons pour notre part nous attarder sur la seconde filiation qu’a eu cette distinction dans l’étude des villes contemporaines. La figure centrale de cette filiation n’est plus John Dewey mais Erving Goffman. Ce dernier réussit le tour de force théorique de ne plus concevoir la ville et les rassemblements de personnes qu’elle occasionne (« gatherings » dans son vocabulaire) comme le lieu de la foule anonyme, dominée par le tumulte des émotions telle qu’elle a pu être décrite par la psychologie des foules à la fin du 19ème siècle. En effet, ces rassemblements dans l’espace urbain ne s’organisent plus autour d’une émotion commune. Ils perdent leur aspect menaçant pour devenir le lieu d’élaboration en commun d’une coopération civile malgré les tensions et incidents mineurs qui marquent la vie urbaine. Cette coopération est soulignée par l’importance des rituels réparateurs comme les formules de politesse. Le tournant opéré par le sociologue américain dans l’étude des villes est alors d’ « abandonner la foule sans pour autant quitter la rue » (Joseph, 1998 : 43).

8Les lieux emblématiques de cette coopération entre citadins sont les espaces publics urbains. Espaces de circulation, ils sont régis par un droit de visite et ne relèvent pas de l’appropriation individuelle. Mais ils sont également des espaces de communication entre individus, régis par un droit de regard de chaque citadin (Joseph, 1992 : 210-217). Nous espérons alors que le détour théorique opéré précédemment autour de la distinction entre la foule et le public est dès lors plus compréhensible par le lecteur : de manière similaire à l’espace public métaphorique, l’espace public urbain n’est pas le lieu de la foule compacte et indifférenciée, mais au contraire le lieu d’exposition des différences, et par là de toutes les tensions et autres épreuves de la civilité ordinaire. Le citadin n’est pas englouti dans une foule urbaine, son individualité s’en extirpe au contraire pour se confronter à celle des autres citadins et pour participer en commun à l’élaboration d’une coopération visant à assurer la sauvegarde de l’interaction.

La coopération interactionnelle est-elle naturelle ?

9Le passage d’une vision des espaces urbains comme lieu d’une foule compacte et indifférenciée à un lieu d’exposition des différences est subordonné à l’importance des possibilités de mobilité dans la ville contemporaine : le citadin est avant tout selon Isaac Joseph un « être de locomotion » qui passe d’un espace public à un autre et est donc confronté à la co-présence avec les autres utilisateurs de ces espaces. C’est cette importance de la mobilité dans les villes contemporaines qui nous a amené à nous intéresser au cas des adolescents de quartiers populaires d’Ile de France. Ces adolescents sont bien souvent présentés, à tort, comme immobiles et ne sortant guère de leurs quartiers. Nous avons donc souhaité mieux comprendre le rapport aux espaces publics urbains et à la mobilité de ces adolescents. Pour cela, nous avons mené un travail ethnographique d’une dizaine de mois dans une maison de quartier d’une « zone urbaine sensible » (ZUS) de la grande couronne parisienne ainsi que des projets avec cinq établissements scolaires de banlieue parisienne (deux classes de seconde générale, une de seconde professionnelle et deux de troisième). Ces projets articulaient soixante-quinze entretiens semi-directifs d’une heure et des ateliers thématiques sur la mobilité (photographies, écriture de textes et réalisation de questionnaires par les élèves autour de cette thématique). Ce dernier matériau nous a ainsi permis d’accéder aux populations adolescentes fortement mobiles et n’étant guère présentes sur le quartier de résidence. Dans la présentation de cet article, nous avons privilégié les longs extraits d’entretien, afin de faire entendre ces voix qui sont si peu présentes dans les caricatures souvent véhiculées sur ces jeunes.

10Or, parmi les résultats principaux de ce travail, nous avons constaté qu’une partie de ces adolescents décrivent les espaces publics franciliens en utilisant le vocabulaire de la foule anxiogène tel qu’il pouvait être employé au 19ème siècle dans la psychologie des foules. Certains énoncent notamment une crainte de perte de singularité dans l’anonymat urbain et le peu de goût pour la diversité qui s’exprime dans les espaces publics. L’emploi de ce vocabulaire avait déjà été signalé par d’autres auteurs comme Vincent Rubio, pour qui « il est effectivement saisissant de constater à quel point les individus qui composent notre société sont imprégnés de cette théorie de la foule née dans l’antiquité grecque dont Le Bon a élaboré la parfaite synthèse il y a à présent plus d’un siècle » (2008 : 81).

Là où je vais c’est Cergy et La Défense. J’aime pas trop aller à Châtelet, là bas y’a trop de monde, c’est la foule, j’aime pas la foule. Je sais pas, y’a trop de monde, ça vient dans tous les sens, à droite, à gauche, j’aime pas, y’a des mecs qui font de la tecktonik et tout…Paris j’aime pas trop, c’est des mecs bizarres. Alors qu’à La Défense ou Cergy, c’est que des mecs de quartier qui y travaillent(…) En plus le samedi y’ a moins de monde, y’a des endroits où on peut se poser derrière, on est pas obligé d’être dans la foule (Lycéen, 17 ans).

Moi j’aime pas aller à Rosny pour traîner comme ça, parce que moi j’aime pas traîner, si j’ai quelque chose de concret je vais le faire, mais je vais pas aller traîner comme ça, galérer dans un endroit debout, j’aime pas ça, c’est une perte de temps à rester comme ça debout, donc je vais jamais à Rosny, Châtelet (…) J’aime pas trop la foule, ça dépend dans quel contexte, mais la foule j’aime pas trop. Dans les soirées, ça c’est normal, ça ça va, mais en pleine journée, des gens qui sont là, qui n’ont rien à faire…J’aime pas Châtelet, déjà les gens de là bas, à s’habiller n’importe comment et à faire leur intéressant pour rien, les gens tecktonick tout ça, nous on veut pas voir ça, donc on préfère éviter. Je connais un ami il va à Châtelet, mais c’est pour acheter, traîner non, jamais (Lycéen, 17 ans).

11Percevoir les espaces publics centraux et les rassemblements de personnes qui s’y trouvent comme un espace de collaboration où il est aisé de trouver une place est donc loin d’être naturel. Le risque d’effondrement de la coopération interactionnelle se situe certes toujours en arrière-fond des travaux de Goffman : malaises occasionnés par les contacts mixtes entre normaux et stigmatisés, embarras éprouvé régulièrement par un des acteurs de l’interaction… Néanmoins, à de rares exceptions près (Breviglieri, 2007), le thème de l’apprentissage est complètement absent des travaux sur les espaces publics urbains. Constater l’emploi d’un vocabulaire anxiogène vis-à-vis de la foule chez certains adolescents n’est alors qu’une première étape de recherche. Celle-ci doit alors être complétée par la compréhension du non usage de ce vocabulaire par les autres jeunes Plus largement, comment expliquer le rapport différencié entretenu par ces adolescents aux rassemblements de personnes dans les espaces publics urbains ? Nous avons une acception large de ces espaces publics, qui incluent selon nous autant l’espace des transports en commun que des lieux de mobilité divers (notamment Châtelet, les Champs Elysées, les grands centres commerciaux de banlieue comme Rosny ou La Défense). Les deux extraits d’entretien cités précédemment montrent ainsi bien que l’emploi du terme de « foule » par les adolescents peut porter sur des rassemblements urbains variés. Le jugement porté sur ces rassemblements dépend ainsi très fortement de la fréquentation et des qualités des lieux où ils prennent place. La perception qu’ont les adolescents des différents lieux fréquentés, dans leur matérialité et leur sensorialité, devra donc être examinée avec soin.

Foule lieu de tension potentielle, d’indifférence, de menace ou d’anonymat ?

12Les adolescents de quartiers populaires d’Ile de France développent quatre grandes perceptions idéales typiques des rassemblements de personnes dans les espaces publics urbains. Certains adolescents se caractérisent tout d’abord par une vision de la foule urbaine et de son anonymat comme une source d’animation et de tension potentielles qu’ils opposent à la « galère » régnant sur le lieu de résidence. L’invisibilité qu’elle procure permet une confrontation plus ou moins conflictuelle avec les autres adolescents (séduction, raillerie, agression plus ou moins bon enfant), sans trop risquer d’être contrôlé voire interpellé par la police. D’autres adolescents développent pour leur part une véritable phobie vis-à-vis des foules urbaines. Ils considèrent cette foule et la présence massive d’inconnus comme une menace, à la fois d’agressions potentielles, mais également de perte d’identité. Une troisième catégorie est constituée d’adolescents se déclarant indifférents aux foules urbaines. Ils privilégient la fréquentation de lieux fermés ou moins fréquentés, dans lesquels ils ont leurs habitudes. Ils ne voient d’intérêt à la fréquentation des foules urbaines que dans des occasions spécifiques comme les grandes festivités du Nouvel An. Enfin, une partie des adolescents utilisent le vocabulaire de l’espace public pour décrire ces rassemblements. Ils valorisent ainsi la présence d’un anonymat et d’une diversité auxquels ils n’ont pas accès sur leur lieu de résidence. Ils aiment se perdre dans la foule, qui leur offre des possibilités de contact, moins conflictuel que pour le premier groupe, avec d’autres adolescents inconnus.

13Ces différentes perceptions des foules urbaines différencient très fortement les adolescents de ZUS. Elles sont cependant en partie contingentes à l’âge, aux conditions de la mobilité ainsi qu’aux qualités des lieux fréquentés. Le retour biographique dans les entretiens et l’évolution de certains jeunes durant l’enquête ethnographique montrent ainsi que ces perceptions peuvent évoluer dans le temps avec très souvent un passage de la « foule tension » à la « foule espace public ». De même, certains adolescents utilisent, dans un même entretien, le vocabulaire de la « foule tension » ou de la « foule espace public » selon les lieux qu’ils fréquentent ou selon qu’ils se soient déplacés en groupe ou non.

La « foule tension »

14Nous désignons tout d’abord par le terme « foule tension » un rapport particulier aux rassemblements urbains chez des adolescents qui y recherchent une animation, qu’ils ne trouvent pas sur le lieu de résidence. Cette recherche d’animation passe en grande partie par la confrontation plus ou moins tendue avec les autres adolescents présents dans ces rassemblements urbains :

Généralement à Rosny on rentre pas dans les magasins. On va au centre commercial, on marche mais on rentre pas trop dans les magasins, celui qui veut acheter un truc il va rentrer avec deux autres personnes, les autres nous on reste dehors. Mais la différence avec notre quartier, c’est que là bas y’a quelque chose à faire, tu galères pas, chez nous c’est la galère t’es posé et tu dis « ben on fait quoi ? », alors que quand tu te déplaces voilà quoi peut- être qu’il y aura une embrouille ou n’importe quoi… Y’a de l’animation.

L’animation elle commence à Rosny ou dès le trajet de bus ?

Non, dès le trajet de bus. Y’a rien de spécial, mais je sais pas, y’a celui qui fout la merde, celui qui… C’est pas tout le monde et c’est gentil, c’est plutôt avec des jeunes de mon âge. Y’en a un qui voit une fille, il va la voir et après il se mange un vent, après voilà. (…) Dans le centre commercial c’est pareil, des fois y’a des embrouilles, si y’a quelqu’un qui fait problème ben on y va. Généralement c’est le regard, mais j’ai des potes ils cherchent un peu, ils marchent à côté du gars, ils le collent lui mettent un coup d’épaule, ils lui rentrent dedans comme ça si le mec il répond…On provoque d’autres mecs de cité, généralement c’est toujours comme ça, on provoque d’autres jeunes. (…) Ca part vite, dès que la première patate elle part c’est bon on rentre dans le délire. Mais bon ça arrive pas trop souvent quand même, ça se passe pas trop souvent, ça arrive pas à chaque fois qu’on y va on va dire. Après les vigiles ils arrivent, ils contrôlent. Des fois après on recroise des groupes avec qui on s’est embrouillé, ben on les regarde et c’est tout. (Collégien, 15 ans).

15Cette recherche d’animation concerne alors la confrontation à trois catégories de jeunes : les filles, les adolescents qui vont être catégorisés « jeunes de cité » et enfin ceux qui vont être catégorisés comme « parisiens » ou « bolos », c’est-à-dire craintifs, exploitables et ne répondant pas aux provocations. Or, cette confrontation ne sera pas la même selon la nature des rassemblements urbains où elle a lieu : les espaces à proximité du quartier de résidence, les grands rassemblements festifs comme le Nouvel An ou le 14 Juillet, dans les grandes centralités commerciales de Paris intra-muros comme Châtelet.

16Le premier type de rassemblements urbains fréquentés par ces adolescents prend place dans des lieux jugés accueillants en raison de leur fréquentation par des jeunes de même origine ethnique et sociale. D’autres caractéristiques rendent également, selon eux, ces lieux hospitaliers : type d’enseigne et de restaurant présents, architecture, présence de personnes du quartier y travaillant. Ces lieux peuvent se situer aux portes de la capitale (marché aux Puces de Porte de Clignancourt, Foire du Trône) mais sont le plus souvent les grandes centralités commerciales situées à proximité du quartier de résidence : Rosny 2 à Rosny, Belle Epine à Thiais, Parinor à Aulnay, les Trois Fontaines à Cergy (Saint Pierre, 2002). Ces centres commerciaux sont fréquentés par de nombreux adolescents du département, qu’ils soient issus des classes moyennes ou des quartiers populaires. Ils offrent alors des occasions de séduction entre filles et garçons, mais également de provocations d’autres adolescents catégorisés comme « jeunes de cité » :

Tu t’es déjà embrouillé pour passer le temps ?

Oui, des fois à Rosny. Je sais pas, quand y’a beaucoup de gens, des fois y’ a quelqu’un il regarde mal, ou y’a quelqu’un il pousse, même sans faire exprès… C’est toujours avec des mecs de cité, parce que les autres, ils font pas ça. Les tecktonick tout ça, ils font pas ça, ils passent, ils calculent pas, ils sont dans leur délire. Les mecs de cité, eux ils calculent. Mais on fait ça quand on est en bande, quand on est tout seul on fait pas. Je sais pas, on voit une autre bande, mais on sait à qui on s’attaque en fait, on va pas s’attaquer à des grands de deux mètres cinq, balèses et tout, on sait à qui on s’attaque en fait, après y’en a un qui pousse…Mais ça a jamais dégénéré, juste quelqu’un une fois il s’est pris un coup de matraque électrique. Par un surveillant de Rosny 2. Souvent, ils nous attrapent avant qu’on fasse, parce qu’on dirait ils ont des caméras dedans, parce qu’ils nous guettent et comme avant de faire ça on fait d’autres trucs, y’a quelqu’un il va dans un magasin et il rigole, ben après on se fait attraper. C’est un peu un jeu, des fois on fait ça juste ça pour les emmerder. Ca passe le temps. Par exemple, quelqu’un il veut acheter des trucs, il a pas de sous, il voit quelqu’un passer il lui dit « t’as pas des sous », et si l’autre il veut pas, ben ça va se battre (…) Ben, si ils ont des grands frères, ben on est là, ils viennent dans la cité, ben on est là et ça part. Soit ils reviennent tout seul et on revient tout seul, soit ils reviennent avec leurs grands frères et nous avec les grands frères. Mais c’est jamais arrivé, parce qu’en général ils savent pas de quelle cité on vient, parce qu’à Rosny y’a tout le monde qui y va, on sait pas de quelle cité ils sont non plus, on va dire on se retrouve jamais (Lycéen 16 ans).

17Cette appropriation ludique des rassemblements urbains situés à proximité du domicile pour en faire des lieux d’animation et de provocation concerne alors également les transports en commun. C’est particulièrement le cas sur les lignes joignant le quartier de résidence et les centralités commerciales à proximité. En effet, sur certains tronçons de lignes et à certains horaires, les jeunes savent qu’ils ont peu de risque de se faire contrôler et investissent le lieu en nombre. Ce savoir est d’ailleurs partagé par l’opérateur de transport et les autres usagers plus âgés, qui bien souvent évitent de prendre le transport à cet horaire :

J’aime bien aller à Rosny avec mes potes, c’est marrant dans le bus, on y va à 10,11, on prend la moitié du bus, le chauffeur il pête un câble parce qu’on fait trop de bruit, on parle fort et tout, on met la musique, des fois on chante, des fois y’en a même qui danse… C’est marrant, c’est la fête, à chaque fois c’est comme ça. C’est marrant y’a même des fois des gens ils nous connaissent pas ils viennent ils dansent aussi. On rigole, j’aime bien, à l’aller et au retour c’est la même chose. Chaque fois qu’on rentre dans un bus, même si c’est juste pour une station, c’est obligé qu’on mette de la musique (Collégien, 15 ans).

18Le second type de rassemblements urbains dans lesquels ces adolescents aiment à trouver de l’animation sont les grands rassemblements festifs organisés dans les rues de Paris pour la Fête de la Musique, le Quatorze Juillet ou le Nouvel An. L’invisibilité procurée par la foule à cette occasion permet des relations de séduction ou de provocation avec des jeunes d’autres milieux sociaux, sans trop risquer d’être contrôlé voire interpellé par la police ou les vigiles :

Notre délire dans la foule en général, c’est foutre la merde. Pas trop foutre la merde, mais c’est pour s’amuser bien comme il faut. C’est pas bien ce qu’ils font, mais y’en a qui vont casser les couilles aux gens dans le métro, leur poser des questions qu’ils ont pas le droit de poser, y’a des filles ils vont aller la faire chier « ouais donne- moi ton numéro ». Puis après quand on arrive au concert à la fête de la musique, ben on embête des gens, on leur lance des trucs, de l’eau… comme n’importe quelle bande de potes quoi. (…) C’est plutôt les jeunes comme nous qu’on embête, pas les victimes, eux on les laisse tranquille, ou sans ça les filles. Les adultes, nous on les laisse de côté. On drague et on embête. Des fois, on commence à draguer et dès qu’elle commence à foutre un vent, ben là ça commence à devenir embêter. Le mec il va se manger un vent, ben il est pas content de se manger un vent, alors il va l’embêter, pour pas dire casser les couilles. (…) On regarde le spectacle, on danse, y’en a qui vont draguer, nous on rigole, y’en a un il va se manger un grand vent on va rigoler. (…) Par exemple, la nouvelle année avec les potes on a tout fait, vraiment le bordel. On crie « bonne année » partout, on jette des bouteilles… C’est bon enfant, ça a jamais trop dégénéré… Bon après y’a toujours des bagarres, si après y’a un autre groupe de jeunes qu’est chaud, ben on va pas rigoler avec eux (Lycéen, 17 ans).

Le premier Janvier on est allé sur les Champs. J’aime bien, y’a une bonne ambiance, tu peux taper de partout, après y’a tellement de monde qu’ils savent pas c’est qui, ça fait rigoler. Même si par exemple tu te manges un coup par derrière, t’es tellement heureux comme c’est le premier janvier qu’ils disent rien. Dès que je me mangeais un coup nous on le coursait mais y’avait des gens ils disaient rien, c’était les gens de Paris et tout, ils étaient là on mettait des coups par derrière et ils disaient rien, ils rigolaient, ils étaient heureux. C’était marrant, c’était des vrais coups, on leur mettait des coups par derrière, ils tombaient par terre et ils rigolaient. Ils étaient sous l’effet de…, ils étaient bourrés, ils étaient mal quoi. C’était des gens de Paris ça se voyait, avec les vestes longues et tout. Ils étaient en train de danser au milieu de la rue, ils dansaient et on leur mettait des coups de pompe, après ils tombaient par terre et après ils se relevaient ils dansaient. Ils s’énervaient pas, on dirait ils avaient peur, ils voulaient pas venir alors qu’ils savaient très bien que c’était nous, ils rigolaient. Nous on marchait, on marchait, en fait on a fait tous les Champs en marchant. (Lycéen, 16 ans).

19Cette invisibilité procurée par ces grands rassemblements festifs tranche selon eux avec le sentiment qu’ils ont habituellement de ne pas être les bienvenus dans les grandes centralités de Paris intra-muros. Ce sentiment concerne prioritairement le centre commercial des Halles et ses environs :

Je me sentais pas à ma place à Châtelet. J’avais vraiment l’impression que ça se voyait trop que je venais pas d’ici. En fait quand je marchais dans la rue et que je regardais les gens autour de moi, j’avais l’impression que sur ma tête y’avait marqué que je venais pas d’ici. Peut être que ça se voyait pas, mais c’était une impression que j’avais… Je me sentais pas forcément mal à l’aise, mais ça me faisait bizarre, déjà les gens ils me regardaient bizarrement, j’avais cette impression là. Y’en avait certain ça se voyait dans le regard, on avait vraiment l’impression qu’ils savaient qu’on était pas d’ici (Collégienne, 15 ans).

20Contrairement à d’autres adolescents (voir supra), ils ne sont pas sensibles et ne se reconnaissent pas dans la diversité de styles vestimentaires présente dans ces lieux :

J’aime pas traîner là-bas c’est tout. A Châtelet, si t’es pas gothique ou tecktonick, ben les mecs ils te regardent bizarre. C’est quoi ces conneries ? J’y suis allé il y a deux semaines, j’ai vu trente gars gothiques qui marchaient comme ça. C’est pas que j’aime pas, ils font ce qu’ils veulent, mais je préfère les éviter, je vais pas là-bas (Lycéen, 17 ans).

21En conséquence, ces adolescents développent une cartographie des rassemblements urbains extérieurs au quartier reposant sur une vision d’un monde urbain clivé. Ils distinguent ainsi les lieux fréquentés par des jeunes de même origine géographique, sociale et ethnique qu’eux, et les lieux fréquentés par les autres citadins, en particulier les adolescents de Paris intra muros. Il est d’ailleurs symptomatique qu’ils décrivent de la même manière les « parisiens » et les « bolos » (expression qui désigne au départ les personnes étrangères à la cité venues s’y fournir en drogue ou en vêtements) : craintifs, exploitables et ne répondant pas aux provocations. Ils trouvent des indices de ce clivage dans le style vestimentaire et le comportement :

Les jeunes aussi là-bas ils s’habillent bizarre. Ils ont des manières bizarres de s’habiller. Comme à Châtelet, y’a les gothiques et tout, on dirait qu’ils ont tous un problème dans leur tête en fait. Dans les cités il va passer pour un débile le mec avec les jeans serrés, les longues coupes on dirait des filles.

Comment tu vois qu’un mec il vient de cité ?

La manière de s’habiller. Dans les cités c’est un peu large et à Paris c’est serré, ils se prennent pour des filles je crois (rires). (Lycéen, 16 ans)

Quand vous bougez à Paris, comment tu vois les autres jeunes ?

C’est des bolos on va dire.

Comment tu vois qu’un mec c’est un bolos ?

Je sais pas, sa tête, la manière de parler, façon de s’habiller, tout ça quoi. Tout ce qui est tecktonick par exemple. Voilà bolos c’est des gens ils ont peur de parler, par exemple y’en a un qui marche, il répond pas c’est « vas y casses toi bolos », tu le provoques il répond pas (Collégien 15 ans).

22Cette conscience forte des clivages entre jeunes dans les rassemblements urbains recoupe deux phénomènes : d’une part un fort sentiment d’appartenance au quartier de résidence, en raison notamment de la forte sociabilité amicale qui y règne ; mais d’autre part une conscience aigue de la ségrégation, entendue ici comme une concentration résidentielle dans leur quartier d’adolescents de même origine ethnique et sociale. Cette conscience s’actualiserait alors dans leurs déplacements lors d’interactions avec des citadins d’un autre milieu social. Ces derniers leur feraient sentir qu’ils ne sont pas forcément les bienvenus, en raison du triple stigmate, social, ethnique et d’âge, dont ils sont porteurs. Différents indices leur font sentir cette hostilité : regards désobligeants, jugement agressif sur le comportement en particulier l’écoute de musique et l’appropriation du train, refus de s’engager dans des interactions :

On pourrait pas débarquer avec ma bande de potes à Paris. Ca c’est clair et net. Ca serait mal vu, une bande de six noirs et arabes, qui ont des capuches alors qu’il pleut pas, ça serait mal vu. En plus avec des baggys, ou avec des joggings, ils se disent…voilà quoi.

Si c’est par rapport aux vêtements, ce regard négatif il peut venir de personnes noires également ?

Ca serait plus des blancs qui diraient ça, mais même si je rencontre des noirs à Paris forcément, les noirs ils ont l’air vraiment « bien », ils marchent normalement, ils parlent bien, ils sont bien habillés…donc c’est pas des noirs de cité, y’a une grosse différence.

Toi tu te sens plus proche de qui ?

Clairement « noir de cité ». C’est encore par rapport aux blancs on va dire. Un « noir de Paris », un blanc il passe à côté il continue comme ça (NDLR : mime une trajectoire rectiligne), alors qu’avec un « noir de cité », ils passeront comme ça (NDLR : mime l’évitement), le blanc il le regardera comme ça, il le regardera mal. Même encore à cinq kilomètres, il se retournera encore pour dire « il fait quoi là lui ? », ça tu le sens clairement (…)C’est pareil l’autre fois on est allé acheter PES 2006 à Virgin avec ma soeur, à Paris sur les Champs, , on a fini d’acheter et on est sorti du magasin, le vigile c’était un blanc, il nous dit « madame, je peux vérifier ? », on dit « oui bien sur », il regarde normal, le ticket de caisse tout est en règle normal, on se dit qu’il fait son métier et tout, mais moi j’ai regardé derrière y’a un autre mec il est passé et le vigile a pas vérifié. Et le mec c’était un blanc, comme quoi on est trois noirs et ça pose problème. Donc tu vois, moi net quand je vais à Paris, je me sens dans ma bulle, dans mon cocon, j’essaie de passer inaperçu, parce que je sais après forcément j’aurais des problèmes de discrimination. Même durant le trajet de métro, je sais qu’il y aura quelque chose à Paris, je pense déjà aux choses que je vais dire aux vigiles pour qu’ils me laissent rentrer dans les magasins, je sais que je vais devoir faire face à ces situations (Lycéen, 17 ans).

23Ces adolescents ont alors fortement conscience de l’image qu’ils dégagent et de la méfiance qu’ils suscitent. Ils peuvent toutefois en jouer dans une posture agressive et une mise en scène de soi, de sa virilité et de sa résidence en ZUS, qui n’est pas forcément possible dans leur quartier par peur des réactions des jeunes plus âgés. Ce triple stigmate est renforcé dans les interactions avec les veilleurs d’espaces (vigiles, contrôleurs, mais surtout les policiers) soupçonnés de vouloir entraver leur mobilité en adoptant des comportements spécifiques à leur égard :

Y’a trop de contrôles de police, quand on est aux Champs et qu’on est quinze, vingt, ben direct on se fait contrôler. Direct, dès qu’on sort du métro en général, on marche dix minutes et ça y’est on se fait contrôler. Du coup on va rarement aux Champs Elysées ou on y va à moins. Quand vraiment, genre c’est le jour de l’An, ben on y va, là on y est allé cette année, c’était bien, y’avait beaucoup de monde, bon ils nous ont saoulé quand même, on marchait et ils sont arrivés à 150 ils nous ont entouré, les CRS, ils commençaient à nous insulter, à nous mettre des baffes, ils nous embrouillaient en fait et ils attendaient juste qu’on réagisse, et vu que nous on savait que si on réagit c’était foutu, ben on parlait pas on parlait pas, on restait comme ça tranquille. En fait ils provoquent pour pouvoir intervenir, parce que si on les tape pas après ils peuvent rien faire. Ils nous ont dit « rentrez dans vos cités bande de cons, nanana », ils nous disent « contre le mur, contre le mur », ils nous mettent contre le mur et dès qu’on est contre le mur ils nous mettent des baffes de derrière. Ils disent « bande de cons, vous faîtes quoi ici ? »(…) En fait c’est surtout dans les lieux touristiques. Je sais pas pourquoi, mais je crois que c’est parce que sur les Champs Elysées y’a pas souvent des groupes de jeunes qui viennent, vraiment des groupes de jeunes, donc ça fait ils se disent « on vient là pour faire des trucs », alors que nous on est venu pour se balader, mais eux ils se disent qu’on est venu faire des arrachés ou je sais pas, donc ça fait ils préfèrent prévoir. Ca fait ils nous contrôlent comme pour dire « on est là, on est là alors faites pas de conneries », après ils nous laissent, mais après s’ils nous revoient par exemple, ça peut être une heure ou deux après, ben ils nous recontrôlent, une autre patrouille, pour nous faire comprendre qu’il faut pas qu’on reste. Ils attendent qu’on réagisse, par exemple ils nous mettent une baffe et ils attendent qu’on riposte comme ça ils nous sautent tous dessus. C’est pour ça qu’il faut être intelligent (Lycéen, 17 ans).

24Cette hostilité qu’ils perçoivent de la part d’autres citadins et des veilleurs d’espace les conduit alors à vivre leur présence dans certaines foules urbaines comme une épreuve. La mobilité en groupe peut certes les aider à surmonter cette épreuve, mais ils minimisent bien souvent leur fréquentation de ces foules et privilégient les lieux où ils se sentent davantage les bienvenus. Cette vision d’un monde urbain clivé sur des variables sociales et ethniques est alors beaucoup moins présente dans les trois autres grandes catégories d’adolescents de catégorie populaire que nous allons maintenant présenter.

La « foule indifférente »

25La « foule indifférente » constitue le second grand type de rapport aux rassemblements urbains chez les adolescents de quartier populaire. Ils essaient de minimiser leur fréquentation des grands rassemblements urbains et n’y recherchent pas des occasions de rencontre. La présence dans des lieux très fréquentés est alors simplement vue comme fonctionnelle, conséquence la plupart du temps d’un achat ou d’une sortie entre amis :

Des fois quand je vais à Châtelet, y’a trop de monde c’est pas très… on est pas très à l’aise, serré et tout. Moi quand je vais là bas c’est pour acheter des vêtements, pas trop pour me promener ou pour faire des rencontres, quand je veux me promener c’est dans mon quartier. A Châtelet, on va acheter des vêtements, je regarde les vêtements pas les gens. Moi j’aime pas sortir et m’ennuyer, je préfère aller dans un endroit précis, faire ce que j’ai à faire, et après je rentre chez moi. J’aime pas me promener comme ça, j’ai rien à faire, ça arrive quelque fois mais c’est rare, quand j’ai pas envie de rester chez moi ma copine elle dit « viens on sort », après on sort on a un peu d’argent. Je peux sortir, me promener, mais je vais faire quelque chose, je vais pas prendre le métro comme ça, faut que j’aille acheter des vêtements, quelque chose de précis. Quand y’a pas de but précis c’est dans mon quartier. Je vais chez mes amis, j’appelle ou elles m’appellent (Lycéenne, 15 ans).

26Ces adolescents se déplacent généralement pour exercer une passion (danse hip hop, mangas, musique…) qui les a amenés à sortir de leur quartier et à fréquenter des adolescents d’autres origines géographiques et sociales. Cette passion a structuré fortement leur mobilité, au sens où leurs déplacements ne sauraient être que fonctionnels : l’usage de l’espace extérieur au quartier est dévolu uniquement à l’exercice de la passion ou d’activités en compagnie de personnes rencontrées dans le cadre de celle-ci. À l’exception des grands rassemblements festifs décrits précédemment (14 Juillet, Nouvel An…), ils n’aiment ainsi guère passer du temps à flâner et à se perdre dans les foules urbaines. De la même manière, ils ne voient dans les déplacements en transports commun qu’une simple fonctionnalité et ils s’accommodent de la co-présence avec les autres usagers plus qu’ils ne l’apprécient. Ces adolescents se projettent alors vers une mobilité en voiture et rejettent très fortement la promiscuité du métro et du RER :

J’écoute de la musique dans le métro. En fait, je suis pas patiente, quand je vais quelque part je veux direct y aller, que ça se termine et tout. Le trajet il me saoule en plus, il faut pas venir me parler, si on me parle je vais m’énerver, des fois y’a des gens ils viennent, ils accostent et tout ça, et c’est trop saoulant. Parce que sinon moi je me retourne et je pars quand c’est comme ça, mais quand on est dans le métro forcément on est trop gênés. Ils viennent « ouais ouais t’as pas un numéro et tout », après ça me saoule, je me lève je me déplace. Donc voilà, parce que déjà je suis grave énervée parce que j’aime pas le métro, en plus après on vient on me saoule, ça m’énerve quoi (Lycéenne, 16 ans).

La « foule menace »

27Le troisième rapport aux rassemblements urbains, la « foule menace », concerne des adolescents qui sont non pas indifférents aux foules, mais en ont une profonde phobie. Ils expliquent cette phobie par le sentiment d’étouffer dans les grands rassemblements et surtout la crainte d’agressions et de contacts avec des individus louches. Cette peur a la plupart du temps été transmise par des parents qui encadrent très fortement la mobilité de leurs enfants et ne les autorisent que très rarement à sortir du quartier de résidence :

Ma mère elle veut pas que j’aille à Paris, ça lui dit rien. J’ai la carte Imagin’R mais elle veut pas que j’y aille, elle aime pas Paris, elle a pas confiance (…) La carte Imagin’R je l’ai depuis cette année, mais je l’attendais pas vraiment non plus avec impatience, j’aime pas les transports en fait aussi. J’aime pas prendre les transports, j’ai pas confiance y’a toujours soit des pervers soit des gens bizarres…

Et y’a des transports où tu te sens plus à l’aise ?

Le tram et le bus. Le métro je le prends jamais, faut pas que je sois tout seul pour prendre le métro, le RER encore moins. C’est le tram que je préfère, alors que le métro j’aime pas, quand je descends en bas j’ai peur, je me sens pas en confiance. Y’a plein de pervers, des gens qui viennent t’accoster pour rien, soit qui t’agressent. J’ai peur de ça en fait.

Tu l’as déjà pris ?

Ouais. Avec des copines. Elles elles ont confiance, elles vont partout elles, elles s’en foutent. Quand elles partent, je vais avec elles, mais j’ai pas confiance. Mais j’ai une pote elle a une gazeuse sur elle, donc ça va maintenant on est en confiance (rires). Elle l’a achetée spécial pour ça. (…) Mais bon le métro quand je suis avec mes potes ça va, on rigole, je pense pas à que je vais me faire agresser et tout, parce qu’elles savent comment faire pour pas que je pense à ça, mais sinon non j’aime pas le métro.

Et Paris ?

Je suis pas trop à l’aise, parce que j’aime pas Paris non plus, je sais pas j’aime pas j’ai confiance nulle part sauf à la campagne parce que y’a personne » (Lycéenne, 16 ans).

28Cette peur des rassemblements urbains concerne principalement les mobilités vers Paris. Elle se cristallise alors très fortement sur les transports en commun, notamment le métro et le RER.

29Ceux-ci, lieux de promiscuité et de contacts physiques, matérialisent en effet les craintes d’agression. L’emploi du bus est au contraire beaucoup moins anxiogène, en raison de la présence du conducteur et du sentiment de pouvoir quitter ce lieu plus facilement à tout moment.

Déjà j’aime pas le métro, parce que chaque fois que j’y vais, je rencontre des gens bizarres. Des vieux qui m’accostent alors qu’ils sont bourrés, ça m’est même arrivé en journée, ou des jeunes. Y’en a même un carrément, on était dans le métro et il me regardait, il devait avoir 35, 40 ans et quand le métro il s’est arrêté, je me lève pour sortir, il commence à me suivre et à me toucher, j’ai hurlé, y’a tout le monde qui me regardait j’ai fait un cinéma dans le métro. C’était à Gare du Nord. J’ai commencé à crier, à l’engueuler, y’avait tout le monde qui regardait, « tu me touches pas toi, t’es fou, qu’est-ce que tu mets tes mains sur moi »… et il répondait pas, il regardait par terre et il répondait pas. C’est pour ça que j’aime pas le métro, chaque fois que j’y vais il m’arrive quelque chose. Je le prends une fois par mois, mais c’est quand je suis obligée de le prendre que je le prends, par exemple si je peux y aller en bus je vais y aller en bus, je préfère le bus. En plus le métro c’est souterrain. Les gens ils sont bizarres dedans (Lycéenne, 16 ans).

La « foule espace public »

30Au contraire du rapport précédent, un dernier groupe d’adolescents témoigne d’une forte attraction pour les rassemblements urbains. Ils utilisent pour décrire ces rassemblements un vocabulaire très proche de celui employé par Isaac Joseph sur les espaces publics. C’est la raison pour laquelle nous avons nommé ce rapport « la foule espace public ». Ces adolescents apprécient fortement les rassemblements dans les grandes centralités commerciales métropolitaines, en particulier autour du forum des Halles à Châtelet. Certains d’entre eux aiment également se rendre dans le quartier de Trocadéro, en raison des nombreux spectacles de rue qui s’y tiennent. Ces rassemblements permettent d’après les adolescents une coupure avec le quartier de résidence en offrant anonymat, diversité de fréquentation et possibilités de rencontre. En effet, ils sont tout d’abord le lieu d’une mise en scène de soi, les jeunes adoptant, grâce à l’anonymat, des comportements non tolérés dans le quartier de résidence :

J’aime bien faire la folle, sur Paris genre je me la pète et tout « ouais regardez-moi », des trucs comme ça…Je me mets en scène, parce que j’ai pas trop l’habitude de faire ça chez moi, parce que j’aime pas faire ça chez moi, donc quand je sors, je me lâche un peu. Parce que si chez moi je fais ça, voilà la réputation (rires), alors que sur Paris personne ne me connaît. J’aime bien la foule. J’aime bien, les gens ils passent tu les regardes, eux ils te regardent même pas, des trucs comme ça c’est bien. Y’a beaucoup de personnes, des trucs comme ça. Alors que dans mon quartier le pire, c’est qu’on voit toujours les mêmes personnes, tout le temps, c’est ça le problème tout le temps les mêmes personnes (Lycéenne, 17 ans).

31De manière concomitante, la présence de nombreux citadins anonymes empêche selon les jeunes une appropriation du lieu comme dans les centres commerciaux à proximité du quartier de résidence. Les tensions avec les autres jeunes y sont alors moins nombreuses :

En général à Châtelet on s’embrouille pas, parce qu’on est plein, donc les gens ils ont pas trop envie de s’embrouiller. Et puis à Châtelet on a pas envie de s’afficher aussi, parce que y’a trop de monde. Je sais pas, pour moi se bagarrer pour des vieux trucs comme ça, ça fait guignol. A Châtelet y’a pas trop d’embrouilles parce qu’en fait Châtelet ça appartient à personne. Alors que par exemple Belle Epine c’est à Thiais, donc les mecs de Thiais ils vont faire « vas-y, qu’est-ce que tu fais là ? »… alors que Châtelet ça appartient à personne. Alors que si y’a des mecs qui viennent au Carrefour dans notre ville et qui commencent à foutre la merde et tout, nous on est là, ils nous manquent de respect d’un côté, donc genre on va aller les embrouille. Je sais pas comment expliquer, par exemple s’ils nous regardent mal on va faire « comment ça ils nous regardent mal, on est dans notre ville, il est fou lui, alors qu’à Châtelet non (Lycéen, 17 ans).

32Cette valorisation de l’anonymat dans les foules urbaines va alors de pair avec celui de la diversité de population et de styles vestimentaires que les adolescents peuvent y trouver, notamment chez les jeunes. Cette mise en scène de différents styles à l’intérieur des foules permet alors de suspendre le temps d’un après-midi les catégorisations liées à l’origine ethnique et sociale et d’être inclus dans la catégorie plus large des « jeunes » (Hass, 2008) :

Moi j’aime bien la diversité, au contraire c’est bien ça change, genre ma cousine la dernière fois elle avait vu une gothique avec plein de piercings, elle a fait « oh c’est moche », elle a commencé à rigoler, mais je lui ai dit « non c’est normal, ça peut faire beau, si elle s’habille comme ça c’est qu’elle aime bien. Elle peut te regarder et se foutre de toi aussi… », j’aime pas juger et j’aime bien voir des choses que je vois pas chez moi (Lycéenne, 17 ans).

Moi j’aime bien aller à Châtelet, là où les jeunes d’aujourd’hui ils vont traîner. C’est pour ça que j’y vais. La première fois que je suis allé là bas, j’étais content, parce que je savais que tout le monde traînait sur Paris, donc j’étais un peu excité. C’était bien. Châtelet je sais pas comment l’expliquer, mais c’est un endroit où tout le monde va, tous les jeunes de mon âge ils y vont. Ca se voit quand on va là bas, quand on arrive là bas y’a des endroits où y’a que des jeunes… L’endroit où on va, là où il y a les magasins de vêtements, ben y’a que des jeunes de mon âge là bas. Des jeunes qui traînent avec leurs amis tout ça. C’est bien, je sais pas comment expliquer. C’est la foule, je crois (Lycéen, 16 ans).

33Contrairement aux autres adolescents présentés précédemment, les foules urbaines sont alors perçues comme des lieux de flânerie et de rencontres éphémères avec des anonymes, que cela débouche ou non sur des relations amoureuses ou amicales plus durables. Elles offrent de ce fait la possibilité de s’adonner aux joies de la conversation avec un inconnu sans à avoir à dévoiler l’intégrité de son être comme ont pu le souligner chacun à leur manière Tarde et Simmel :

J’aime trop aller à Châtelet, c’est trop bien là bas, y’a trop de monde, de gens différents. Tu te poses sur la place, et là y’a mêmes des gens que tu connais pas qui viennent te parler. C’est bien, tu parles avec eux dix minutes et des fois après tu les croises, tu te dis bonjour, même si on échange pas les numéros de portable (Collégienne, 17 ans).

34Alors que les deux groupes précédents voyaient dans les foules urbaines soit une menace soit un lieu de tension potentielle avec d’autres jeunes, ces adolescents trouvent même des opportunités ludiques dans ces grands rassemblements :

Moi c’est ça que j’aime bien dans la foule, des fois j’aime bien esquiver les gens tu vois, parce que des fois y’a des gens ils sont énervés « vas-y je bouge pas, je marche et si y’a une personne qui vient je la bouscule », moi j’aime bien esquiver, je marche vite et quand la personne elle arrive je l’esquive.

Des fois je marche et on me bouscule, c’est pas grave, à part si vraiment la personne elle a fait exprès, là… (Collégien, 15 ans).

35Ces différentes qualités des foules urbaines autour du Forum des Halles –anonymat, diversité et rencontres- se retrouvent selon eux également dans les transports en commun. Les trajets en transports sont ainsi présentés comme une activité en soi, en raison notamment des contacts qu’ils occasionnent. Certains adolescents prennent ainsi par exemple le métro ou le RER sans but précis car cela leur permet d’accéder à la diversité urbaine :

Le métro c’est ce que je préfère. Il t’emmène plus loin déjà, j’aime bien voir les gens dans le métro aussi. J’aime bien les trajets dans le métro, tu rencontres plein de gens différents dans le métro, j’aime bien regarder les gens, voir de la nouveauté. Je suis avec mes copines, on rigole, on regarde les gens. On aime bien voir des gens différents, à Paris ils vivent pas forcément pareil que nous (Lycéenne, 15 ans).

36Comment expliquer alors que seule une partie des adolescents de quartiers populaires perçoivent les foules urbaines sous la forme d’un public alors que d’autres vont y voir une menace ou un lieu de tension ?

Le rapport au quartier et l’apprentissage de la mobilité : deux variables clés pour comprendre le rapport des adolescents à la foule urbaine

37Le rapport des adolescents aux foules urbaines ne dépend pas que de l’âge, du contexte des déplacements et des lieux fréquentés. Il doit également être mis en relation avec deux grandes variables interdépendantes : le rapport au quartier de résidence et les modalités d’apprentissage de la mobilité. En effet, les adolescents de ZUS se différencient par trois grandes postures vis-à-vis de leur quartier, allant d’une attirance très forte au rejet en passant par une présence ponctuelle dans l’espace public de résidence. D’autre part, ils n’ont pas appris à se déplacer de la même manière : entre pairs à l’entrée au collège, entre pairs vers quatorze ans, tout seul, accompagné par les cousins ou les parents…Cet apprentissage est ainsi fortement influencé par l’éloignement aux transports en commun et les dispositions parentales vis-à-vis de la mobilité. Le croisement de ces deux variables nous donne alors différents groupes qui vont entretenir les rapports aux foules urbaines décrits précédemment. Ces différents groupes ne sont pas indépendants du genre et de l’origine sociale, mais ils ne s’y réduisent pas.

38La « foule tension » correspond ainsi à un groupe d’adolescents témoignant d’une forte insertion dans le quartier de résidence et d’un apprentissage précoce de la mobilité en groupe.

39La « foule menace » correspond à des adolescents qui rejettent leur quartier de résidence mais dont les parents ne favorisent pas les sorties hors du quartier et encadrent très fortement la mobilité. La « foule indifférente » concerne des adolescents présents épisodiquement dans le quartier de résidence, mais qui s’en sont éloignés en raison d’une passion. C’est grâce à cette passion qu’ils ont appris à se déplacer en dehors de leur quartier.

40Nous allons pour notre part nous intéresser plus précisément aux adolescents qui se caractérisent par un rapport aux rassemblements urbains du type « foule espace public ». Ces adolescents ne partagent pas tous le même rapport au quartier et par extension le même apprentissage de la mobilité. Trois grands groupes d’adolescents entretiennent alors un rapport « foule espace public » vis-à-vis des grands rassemblements urbains. D’une part, le groupe assez atypique des adolescents migrants primo arrivants, appelés « blédards » par les autres jeunes. Ces adolescents témoignent souvent un fort attachement au quartier de résidence malgré le temps qui leur a été nécessaire pour s’y faire une place. Ils ne connaissaient personne dans leur quartier lors des premiers mois de leur arrivée en France. Ils ont dû alors apprendre à se déplacer de manière autonome et à se confronter par là à la cohabitation avec les autres citadins. Les cousins déjà présents en France jouent alors un rôle fondamental en accompagnant les premiers pas du jeune dans la ville. Ces premiers pas se font le plus souvent dans les grandes centralités métropolitaines comme les Halles, dans lesquels ils disent pouvoir expérimenter une liberté et diversité de fréquentations auxquelles ils n’avaient pas forcément accès dans leur pays :

Châtelet j’aime bien parce que là-bas y’a trop de monde, j’aime bien le monde. Y’a trop de monde, c’est abusé, mais c’est ça qu’est bien. J’aime bien voir les autres jeunes.

Comment tu vois les autres jeunes là-bas ?

Ils font bien, parce qu’ils font leur jeunesse. Chacun son style après. Y’a quelqu’un qui va trouver que je suis mal habillé, mais après y’a quelqu’un qui va trouver que je suis trop beau aussi. Ca dépend des gens. Moi, mon style c’est beau gosse (rires). L’important c’est de vivre sa jeunesse. Et en France les jeunes ils vivent leur jeunesse, c’est plus facile qu’en Afrique (Collégien, 17 ans).

41Le second groupe d’adolescents qui se caractérisent par un rapport « foule espace public » aux rassemblements urbains est constitué par des adolescents qui rejettent leur quartier de résidence. Ce rejet est motivé principalement par le poids des rumeurs et du fort contrôle social qui règnent dans le quartier. Leurs sorties hors du quartier sont alors encouragées par leurs parents. Ceux-ci ont une vision positive de la mobilité et exhortent leurs enfants à apprendre à se déplacer seul :

Je sais que c’est assez original par rapport aux autres parents de pouvoir bouger comme ça. C’est comme ça dans la famille, mon père à 18 ans il est parti de chez lui, donc y’a toujours le fait qu’il faut sortir, il faut pas rester enfermé, faut s’ouvrir aux autres… Par exemple la première fois où je suis allée en colo j’avais 4 ans, depuis qu’on est toute petites ils veulent que si on est toutes seules on puisse s’en sortir. Pour l’apprentissage du métro ça s’est fait tout seul, je sortais avec ma mère dans le métro et j’ai plus eu peur, pareil quand j’ai dû commencer à prendre le bus tout seul pour aller au collège, ben ça m’a pas posé de problème. Le premier jour de la rentrée c’est sacré ma mère elle est venue, mais le lendemain j’ai pas eu le choix, ma mère elle travaillait, mon père aussi. J’ai pas eu le choix, pour le métro c’était pareil, j’ai dû apprendre à me débrouiller (Lycéenne, 16 ans).

42Ces adolescents ont donc commencé à utiliser les transports en commun vers 12,13 ans. Surtout, ne se sentant guère à l’aise dans leur quartier de résidence, ils ont dû construire leur réseau relationnel hors de chez eux. Ce réseau relationnel est constitué alors de jeunes qui ont déménagé du quartier, ont été rencontrés grâce à Internet ou dans les espaces publics centraux de la capitale.

43Enfin, le dernier groupe est constitué d’adolescents qui se sentent à l’aise dans leur quartier de résidence, mais s’en sont progressivement détaché vers quatorze ans. Ils expliquent ce détachement par une lassitude vis-à-vis de l’ambiance du quartier, trop tournée vers le football, la moto ou les tensions avec les autres jeunes. De même le poids des rumeurs et la difficulté à y construire des relations amoureuses en raison du fort contrôle social qui y règne sont fortement pointés du doigt :

À part l’ambiance moto, comme dans toutes les cités, franchement y’a quoi dans mon quartier ? Y’a rien. Bon, comme j’ai dit, les gens qu’il y a dedans y’a rien à dire, je m’entends bien avec eux, mais pour faire des trucs il faut pas que des gens. C’est ambiance moto et foot, le foot j’ai arrêté et la moto, attends, leur seul truc c’est de faire de la moto. C’est vrai que y’en a ça comble, y’en a faire de la moto tous les jours ça les comble, ça leur va, moi je peux faire une ou deux fois de la moto, après c’est bon mais je vais pas faire ça tous les samedis, je préfère bouger, explorer d’autres trucs » (Lycéen, 17 ans).

44Souvent moins précoces dans leur mobilité que les autres jeunes du quartier, ces adolescents ont donc commencé à explorer la ville dans leur année de troisième, et ont pris goût petit à petit à l’anonymat et à la diversité des foules urbaines qu’ils ne trouvent pas dans leur quartier. Mais cette exploration a supposé un apprentissage des normes de co-présence avec les autres citadins, car la confrontation à l’altérité n’est pas toujours aisée pour des jeunes habitués à la forte interconnaissance qui règne sur le lieu de résidence :

Franchement la première fois qu’on a pris le métro, ça nous a mis une petite pression la première fois, on était sur nos gardes un truc de malade, c’était limite on entendait un mec faire « ah » on lui sautait dessus, on était sur nos gardes quoi. Bon, on connaissait pas, on était des jeunes. On était dans le délire embrouille voilà, dans nos têtes on s’est tous regardé avant de partir, on s’est dit « si y’a un mec qu’essaie de nous embrouiller, on est bref, c’est pas genre…, tout le monde vient ». On se prenait des délires, on croyait trop on allait se faire agresser, s’embrouiller avec d’autres jeunes. Après, on est arrivé à la Villette, on a avancé comme ça, on regardait partout, on savait même pas où on était, on cherchait le parc alors qu’il était juste en face de nous, déjà on se dit « ouais c’est ça le parc ? » on savait même pas que c’était ça, genre on a avancé puis on a vu les toboggans, on a avancé, on a été se poser là, on rigolait et au fur et à mesure des heures on a commencé à s’adapter et à se dire « au final, c’est pas si mal », on a passé une bonne journée et on s’est dit « viens mercredi prochain on y retourne »…Après on est revenu, puis après encore, on va dire qu’on a pris le vice, après ça a été les samedis, les dimanches, tout le temps le Parc de la Villette (…) En fait, on est arrivé là bas, déjà y’avait d’autres groupes de jeunes, donc nous on les regardait et tout. Et en fait, les gens qui venaient c’était pas forcément des gens comme dans notre quartier, c’était des gens de Paris aussi, et nous on voyait les différences, genre y’en avait qu’étaient vraiment petits manteaux et tout, bien, alors que nous c’était les grosses requins, le survêt… Nous on se disait « c’est qui ce bouffon », alors qu’aujourd’hui c’est marrant on commence à prendre le style aussi. Après voilà, on mûrit quoi. Avant j’étais dans le délire embrouille, les mecs de Pantin par exemple on pouvait pas les voir, même entre cités on pouvait pas se voir. J’avoue, j’étais comme ça dans le trip embrouilles, capuche quand je marchais, on était vraiment dans ce délire, y’a un mec de Pantin qui passe voilà… Et après on est sorti, et franchement ça nous a fait vraiment mûrir, parce qu’avant on était vraiment trop dans le délire embrouilles. Alors que maintenant franchement on est normal, on rigole avec les gens, on n’embrouille personne, même depuis qu’on sort franchement on s’est même pas embrouillé une fois. On vanne pas les gens, on discute tranquille et tout, on se fond dans la masse.

Qu’est-ce que ce qui a fait le déclic alors ?

Franchement, c’est de sortir. Dès qu’on est sorti, on a vu vraiment, c’est là qu’après on a pris confiance. On s’ennuyait trop, on s’est dit que c’était toujours pareil, nous on voulait voir aussi ce qu’il y avait à l’extérieur (Lycéen, 17 ans).

45À travers ce long extrait d’entretien, nous voyons émerger le point commun aux trois groupes d’adolescents qui ont un rapport « foule espace public » aux grands rassemblements urbains. Ceux-ci, soit en raison de la non connaissance, du rejet ou de la lassitude vis-à-vis du quartier de résidence, ont été incités à se déplacer hors de celui-ci. Ils ont alors été confrontés à l’altérité des autres citadins et s’y sont petit à petit habitués. Cette confrontation à l’altérité n’est cependant jamais aisée : le passage du familier à l’étrangeté est une épreuve à surmonter. Ce vocabulaire de l’épreuve nous semble d’autant plus adéquat qu’il permet de souligner que les adolescents ne possèdent pas les mêmes atouts pour la surmonter. Nous avons ainsi déjà souligné l’importance des dispositions des parents vis-à-vis de la mobilité des adolescents. De même, certains entretiens ont révélé que le passage de la « foule menace » et la « foule tension » vers la « foule espace public » est possible. Il est cependant relativement éprouvant pour des jeunes qui sont très fortement encadrés par leurs parents ou qui doivent surmonter l’hostilité qu’ils perçoivent chez d’autres citadins. Ce sentiment d’hostilité peut d’ailleurs être amplifié par les discriminations subies par les proches dans le domaine scolaire et professionnel.

46L’enjeu de l’action des différents acteurs qui travaillent avec les jeunes de quartiers populaires (enseignants, travailleurs sociaux, simples citadins croisés durant leurs mobilités) est alors d’accompagner cette découverte de l’altérité afin que ces jeunes ne soient pas effrayés par le tumulte des foules urbaines. Cette découverte de l’altérité est également l’affaire de tout un chacun et ne peut pas se faire que dans un seul sens. Il n’est ainsi pas inutile de rappeler que la description de la foule comme un danger potentiel au 19ème siècle a été portée principalement par une peur de la bourgeoisie face à l’arrivée des masses ouvrières dans les villes (Barrows, 1990). Cet enjeu est d’envergure : comme nous l’avons montré précédemment, le passage de la foule au public était pensé chez des auteurs comme Tarde ou Park dans une double dimension, urbaine et métaphorique. Nul doute alors que si ces jeunes trouvent une place dans les espaces urbains, ils arriveront également plus facilement à se constituer en public et à faire entendre leurs voix dans les arènes publiques.

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Bibliographie

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BREVIGLIERI, Marc et Vincenzo CICCHELLI, 2007, Adolescences méditerranéennes. L’espace public à petits pas, Paris, L’Harmattan

CEFAI, Daniel, 2007, Pourquoi se mobilise t’on ? Les théories de l’action collective, Paris, La Découverte.

CEFAI, Daniel et Pasquier, Dominique, 2003, Les Sens du public, Paris, PUF.

DEWEY, John, 1927 [2003], Le public et ses problèmes, Pau, Editions Farrago.

HASS, Catherine et Marianne HÉRARD, 2008, « Les Halles lieu d’une seule jeunesse », Annales de la Recherche urbaine, n° 105 : 47-55.

JOSEPH, Isaac, 2001, « Tarde avec Park. À quoi servent les foules ? », Multitudes, n° 7, http ://multitudes.samizdat.net/Tarde-avec-Park.

JOSEPH, Isaac, 1998, Erving Goffman et la microsociologie, Paris, PUF.

JOSEPH, Isaac, 1992, « L’espace public comme lieu de l’action », Annales de la recherche urbaine, n° 57-58 : 210-217.

PARK, Robert, 2007 [1904], La foule et le public. Lyon, Parangon/VS.

RUBIO, Vincent, 2008, « Psychologie des foules, de Gustave le Bon. Un savoir d’arrière-plan », Sociétés, n° 100 :79-89.

SAINT PIERRE, Caroline 2002, La fabrication plurielle de la ville : décideurs et citadins à Cergy Pontoise, Paris, Créaphis.

TARDE, Gabriel, 1989 [1901], L’opinion et la foule. Paris, PUF.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Nicolas Oppenchaim, « Foules, espaces publics urbains et apprentissage de la co-présence chez les adolescents des quartiers populaires d’Ile de France », Conserveries mémorielles [En ligne], #8 | 2010, mis en ligne le 25 septembre 2010, Consulté le 14 mai 2013. URL : http://cm.revues.org/713

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Auteur

Nicolas Oppenchaim

est agrégé de sciences économiques et sociales et doctorant en sociologie à l‘Université de Paris–Est, au Laboratoire Ville Mobilité Transports (Inrets-Enpc-Umlv). Il travaille sur l‘apprentissage de la mobilité chez les adolescents de quartiers sensibles, l‘imaginaire urbain de ces adolescents et leurs mobilités quotidiennes. Nicolas Oppenchaim is agrégé in Economic and Social Sciences. He is a PhD candidate in Sociology at the Laboratoire Ville Mobilité Transport (Université de Paris-Est). His research is on the learning process of urban mobility by teenagers in sensible districts, their urban imaginations and their daily mobilities


Tuerie d’Istres: Attention, une balade sauvage peut en cacher une autre (Badlands goes Allahu Akbar: Should the legless Bostonians have agitated more forcefully for federally mandated after-school assimilationist basketball programs ?)

1 mai, 2013
http://images.fan-de-cinema.com/affiches/drame/la_balade_sauvage,2.jpghttp://24.media.tumblr.com/tumblr_m30as9EuiT1r37q3oo1_500.jpghttp://jcdurbant.files.wordpress.com/2013/05/07ead-b15.jpg?w=450&h=253http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/1/19/Starkweather.jpgL’acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers au poing, à descendre dans la rue et à tirer, au hasard, tant qu’on peut dans la foule. Breton
Il faut avoir le courage de vouloir le mal et pour cela il faut commencer par rompre avec le comportement grossièrement humanitaire qui fait partie de l’héritage chrétien. (..) Nous sommes avec ceux qui tuent. Breton
Nouvelle réédition pour La Balade sauvage et nouvelle visibilité grâce à la palme remportée à Cannes par le dernier film de Terrence Malick (The Tree of Life). Le premier long-métrage du cinéaste, qui conte la balade meurtrière du couple formé par Holly (Sissy Spacek) et Kit (Martin Sheen) à travers les États-Unis, s’assure d’emblée une certaine carrière en salles. Depuis son âge d’or dans les années 1970, le road-movie a subi de nombreuses mutations. Revenir sur La Balade sauvage, c’est donc revenir au classicisme d’un genre, ce qui n’est pas sans constituer un certain paradoxe étant donné le souffle nouveau que ce film a représenté en son temps. Mais trente-cinq ans plus tard, on est en droit de se demander si La Balade sauvage a conservé toute sa modernité ou s’il ne pâtit pas du passage du temps. Quel écho de la révolte de la jeunesse américaine des années 1970 contre l’autorité (gouvernementale, parentale, etc.) aujourd’hui ? Si l’escapade insouciante de Holly et Kit comme réponse au carcan social paraît aujourd’hui un peu naïve et présente une idée de la liberté un peu vieillotte, mieux vaut y voir le premier maillon d’une œuvre à venir. Le premier long-métrage de Malick pose déjà la question qui hantera toute sa filmographie : comment créer un lieu de vie idéal au sein d’une terre hostile (déclinée dans The Tree of Life en situation hostile : la mort d’un enfant). Le titre original de l’œuvre vaut ainsi qu’on le rappelle : Badlands, ces mauvaises terres que l’on brûle au son d’un chœur religieux (faut-il passer par l’Enfer pour parvenir au Paradis ?) et qu’on brûlera à nouveau dans la plus belle séquence des Moissons du ciel, lors d’une apocalyptique attaque de sauterelles. Si le film de Malick constitue le modèle d’une tendance cinématographique qui émergera dans les années 1990 – les road-movies meurtriers –, ce film-source a ceci de spécifique qu’il se construit toujours dans la distance (particularité dont ses petits rejetons – de Sailor et Lula à Tueurs-nés en passant par True Romance, qui reprend presque littéralement la musique de La Balade sauvage – s’émanciperont pour proclamer un style kitch-hémoglobine). Le recul qu’il prend vis-à-vis de la violence passe essentiellement par le personnage incarné par Sissy Spacek (qui se trouve alors à l’orée d’une période de grands rôles : Carrie, Three Women, etc.), dont l’impassibilité désamorce toujours immédiatement l’agitation de Martin Sheen. On se trouve avec La Balade sauvage devant le portrait d’une jeunesse qui, malgré les cadavres qu’elle laisse sur son chemin, se démarque par sa grande innocence. La mort n’intervient jamais comme un drame mais comme une étape, un relais sur la route de Holly et Kit. Pas de drame, pas de coupable. La singularité de la démarche malickienne est de faire de ce fait-divers une ode à l’innocence plutôt qu’un trip sulfureux (comme s’attacheront à le faire David Lynch, Oliver Stone et Tony Scott), de dépasser l’anecdote, la chronique de départ pour dépeindre un état de fait plus global : la jeunesse, la liberté. Critikat (juin 2011)
Terrence Malick (…) sort d’un long cursus de philo à Harvard, suivi de reportages pour le New Yorker, et soudain le voilà « possédé » par le cinéma. La Balade sauvage, qui suit la piste d’un couple d’amoureux criminels façon Bonnie and Clyde, est un film où les idées fusent, tranchantes, lyriques, baroques. L’univers d’un cinéaste de génie – Palme d’or 2011 pour The Tree of life – s’y déploie avec une précision, une assurance et une liberté stupéfiantes. Tout de l’oeuvre à venir est déjà là : la voix off, pure et mélancolique, flotte depuis un au-delà étrange, surplombant les passions. Filmée avec grâce, la nature vibre, plane et palpite autour de jeunes héros dont les rêves s’abîment à toute vitesse. Télérama
Badlands was inspired by the short, bloody saga of Charles Starkweather who, at age nineteen, in January, 1958, with the apparent cooperation of his fourteen-year-old girlfriend, Caril Fugate, went off on a murder spree that resulted in ten victims. Starkweather was later executed in the electric chair and Miss Fugate given life imprisonment. Badlands inevitably invites comparisons with three other important American films, Arthur Penn’s Bonnie and Clyde and Fritz Lang’s Fury and You Only Live Once, but it has a very different vision of violence and death. Malick spends no great amount of time invoking Freud to explain the behavior of Kit and Holly, nor is there any Depression to be held ultimately responsible. Society is, if anything, benign. This is the haunting truth of Badlands, something that places it very much in the seventies in spite of its carefully re-created period detail. Kit and Holly are directionless creatures, technically literate but uneducated in any real sense, so desensitized that Kit (in Malick’s words at a news conference) can regard the gun with which he shoots people as a kind of magic wand that eliminates small nuisances. Kit and Holly are members of the television generation run amok. They are not ill-housed, ill-clothed, or ill-fed. If they are at all aware of their anger (and I’m not sure they are, since they see only boredom), it’s because of the difference between the way life is and the way it is presented on the small screen, with commercial breaks instead of lasting consequences. Badlands is narrated by Holly in the flat, nasal accents of the Middle West and in the syntax of a story in True Romances. "Little did I realize," she tells us at the beginning of the film, "that what began in the alleys and by-ways of this small town would end in the badlands of Montana." At the end, after half a dozen murders, she resolves never again to "tag around with the hell-bent type." Kit and Holly share with Clyde and Bonnie a fascination with their own press coverage, with their overnight fame ("The whole world was looking for us," says Holly, "for who knew where Kit would strike next?"), but a lack of passion differentiates them from the gaudy desperados of the thirties. Toward the end of their joyride, the bored Holly tells us she passed the time, as she sat in the front seat beside Kit, spelling out complete sentences with her tongue on the roof of her mouth. Malick tries not to romanticize his killers, and he is successful except for one sequence in which Kit and Holly hide out in a tree house as elaborate as anything the M-G-M art department ever designed for Tarzan and Jane. Sheen and Miss Spacek are splendid as the self-absorbed, cruel, possibly psychotic children of our time, as are the members of the supporting cast, including Warren Oates as Holly’s father. One may legitimately debate the validity of Malick’s vision, but not, I think, his immense talent. Badlands is a most important and exciting film. The NYT
Le scénario est inspiré d’une histoire vraie : en 1957, deux amants du Middle West effectuèrent une "balade sauvage" qui coûta la vie à onze personnes. Le jeune homme, Charles Starkweather, finit sur la chaise électrique, et sa compagne, Caril Ann Fugate, fut condamnée à la réclusion criminelle à perpétuité. Wikipedia
Charles Raymond Starkweather (24 novembre 1938 – 25 juin 1959) était un tueur à la chaîne américain qui a assassiné 11 personnes dans le Nebraska et dans le Wyoming lors d’un road trip avec sa copine adolescente, Caril Ann Fugate. Il devint une fascination nationale aux États-Unis, inspirant notamment les films « The Sadist », « La Balade sauvage » , « Starkweather », « Murder in the Heartland », « Fantômes contre Fantômes » et « Tueurs nés ». Il a également inspiré la chanson « Nebraska » de Bruce Springsteen, que Springsteen pensait initialement intituler « Starkweather ». Liza Ward, la petite-fille des victimes C. Lauer et Clara Ward, a écrit un roman, « Outside Valentine », basé sur les événements de la tuerie de Starkweather. (…) Stephen King fut fortement inspiré par les meurtres de Starkweather lorsqu’il était plus jeune, gardant un scrapbook d’eux1 et incorporant plusieurs avatars de Starkweather dans ses œuvres. Par exemple, il est dit que Starkweather était un collègue de classe de Randall Flagg dans « Le Fléau ». King a également affirmé lors d’une interview que son personnage The Kid, qui apparaît dans la version complète de « Le Fléau » se veut être une réincarnation de Charles Starkweather. Le cas Starkweather-Fugate a inspiré, entre autres, les films « La Balade sauvage » (1973, avec Martin Sheen et Sissy Spacek) et « Tueurs nés » (1994, avec Woody Harrelson et Juliette Lewis). Le téléfilm « Murder in the Heartland » (1993) est une description biographique de Starkweather avec Tim Roth dans le rôle principal, alors qu’en 1983, « Stark Raving Mad », un film avec Russell Fast et Marcie Severson, fournit une version fictionnelle des meurtres de Starkweather et Fugate. Le film « Fantômes contre Fantômes », de Peter Jackson, met en scène un couple meurtrier inspiré par Starkweather et Fugate. Après avoir commis leur 12ème meurtre, Bartlett (l’homme) annonce triomphalement : "Un de plus que Starkweather !" (One more than Starkweather!). Wikipedia
Est-ce que l’industrie pense que les armes vont aider à vendre des tickets’ Je ne sais pas… Je crois que la question mérite d’être posée. Robert Redford
Le maire de New York, Michael Bloomberg, affirme que les frères Tsarnaev, suspects dans les attentats du marathon de Boston, prévoyaient déposer des bombes à Times Square. Ils voulaient se rendre à New York dans la soirée de jeudi (18 avril), mais la prise d’otage d’un automobiliste a mal tourné et leur plan a échoué. Dzhokhar, hospitalisé depuis son arrestation, aurait fait cette déclaration. Radio-Canada
Selon ses dires, il a déterré une kalachnikov achetée sur Internet avant de faire feu et de tuer deux voisins, âgés de 35 et 45 ans, dans leurs jardins. Il a ensuite arrêté une voiture et demandé à la conductrice de l’emmener à Paris. Devant son refus, il a fait feu sur le pare-brise du véhicule, blessant légèrement la femme à la main et à l’oreille. Puis il a arrêté une deuxième voiture conduite par un sexagénaire, qu’il a abattu d’une rafale d’arme automatique. Selon les enquêteurs, l’adolescent assure "n’être militant de rien", n’avoir aucune conviction politique ou religieuse et ne se revendique d’aucune idéologie ni d’aucun courant de pensée. Le Monde
La forte concentration d’établissements d’enseignement supérieur et de recherche explique le surnom de Boston, l’ « Athènes de l’Amérique ». L’agglomération compte une centaine d’institutions publiques ou privées qui concourent à sa réputation d’excellence depuis la période coloniale. Parmi elles, les 65 colleges et universités27 font de Boston une ville étudiante. Cependant, le Massachusetts Institute of Technology (MIT) et Harvard ne se trouvent pas dans les limites de la ville, mais sont installés à Cambridge, sur l’autre rive de la Charles River. Le Boston College fut créé en 1827 dans le South End avant de déménager à Chestnut Hill. L’université de Boston, fondée en 1869, est aujourd’hui la quatrième plus grande université du pays avec environ 30 000 étudiants et le second employeur de la ville28. L’université du Massachusetts est un établissement d’enseignement supérieur public situé dans le quartier de Dorchester. Le collège Emerson (3 700 étudiants) est situé non loin du Boston Common et propose des formations dans les arts et la communication. La Northeastern University dispose d’un grand campus sur l’avenue Huntington dans le quartier de Fenway. Le Wentworth Institute of Technology propose plusieurs formations de haut niveau en architecture ou en informatique par exemple. L’université Suffolk (4 600 étudiants) est une école de droit qui garde un campus sur Beacon Hill. Il existe bien d’autres établissements d’enseignement supérieur : le Simmons College (1899), l’Emmanuel College (1919), etc. Boston compte également de nombreux lieux de formation aux arts du spectacle, à la musique (New England Conservatory of Music, Boston Conservatory, Berklee College of Music). Wikipedia
The alleged involvement of two ethnic Chechen brothers in the deadly attack at the Boston Marathon last week should prompt Americans to reflect on whether we do an adequate job assimilating immigrants who arrive in the United States as children or teenagers". Marcello Suarez-Orozco and Carola Suarez-Orozco (UCLA)
It was a blow the immigrant boxer could not withstand: after capturing his second consecutive title as the Golden Gloves heavyweight champion of New England in 2010, Tamerlan Anzorovich Tsarnaev, 23, was barred from the national Tournament of Champions because he was not a United States citizen. The cocksure fighter, a flamboyant dresser partial to white fur and snakeskin, had been looking forward to redeeming the loss he suffered the previous year in the first round, when the judges awarded his opponent the decision, drawing boos from spectators who considered Mr. Tsarnaev dominant. From one year to the next, though, the tournament rules had changed, disqualifying legal permanent residents — not only Mr. Tsarnaev, who was Soviet-born of Chechen and Dagestani heritage, but several other New England contenders, too. His aspirations frustrated, he dropped out of boxing competition entirely, and his life veered in a completely different direction. Mr. Tsarnaev portrayed his quitting as a reflection of the sport’s incompatibility with his growing devotion to Islam. But as dozens of interviews with friends, acquaintances and relatives from Cambridge, Mass., to Dagestan showed, that devotion, and the suspected radicalization that accompanied it, was a path he followed most avidly only after his more secular dreams were dashed in 2010 and he was left adrift. His trajectory eventually led the frustrated athlete and his loyal younger brother, Dzhokhar, to bomb one of the most famous athletic events in this country, killing three and wounding more than 200 at the Boston Marathon, the authorities say. They say it led Mr. Tsarnaev, his application for citizenship stalled, and his brother, a new citizen and a seemingly well-adjusted college student, to attack their American hometown on Patriots’ Day, April 15. The NYT
(…) that personal grievances of some sort must always somehow be responsible (…) is true by definition for individuals who carry out acts of violence for idiosyncratic personal motives, but it misses the point entirely when one is dealing with ideological extremists. It is the adoption of extremist political and religious ideologies that is the primary causal factor in precipitating acts of non-state terrorism. And it should be self-evident that those who formulate or adopt extremist ideologies must necessarily be disgruntled and alienated from the current social or political status quo, whether justifiably or not. Why? Because people who are happy or essentially satisfied with the status quo are neither going to create nor embrace radical worldviews that advocate attacking the existing system in order to establish what they believe will be a better, more just world. Thus there is no mystery at all about why the alleged Boston bombers committed their terrorist atrocity: like the perpetrators of the 9/11 attacks and thousands of other jihadist terrorist attacks throughout the world, they had embraced a radical Islamist ideology that enjoined them to wage armed jihad against the “infidel” enemies of Islam. It hardly matters why the Tsarnaev brothers became disgruntled or angry—people can become disgruntled and angry for a vast array of both legitimate and delusional reasons. What matters is that this underlying emotional attitude made them receptive to and ultimately caused them to embrace Islamist doctrines, which offered them an explicit, coherent, and theologically sanctioned justification for perpetrating violence. Yet that undeniable fact is consistently denied in cases of jihadist terrorism, both in the media and even by government officials. Perhaps the most egregious illustrative example is the case of Army Maj. Nidal Malik Hasan, whose jihadist terrorism at Fort Hood was foolishly ascribed to personal grievances in the U.S. military’s own investigative report. However, the evidence clearly indicates that Hasan had increasingly embraced radical Islamist doctrines, and that in the months before his attack he had extensive email contact with Anwar al-Awlaqi, the al Qaeda  operative who was linked to numerous jihadist plots, became a key figure in al Qaeda’s affiliate in the Arabian peninsula after leaving the United States, helped prepare the group’s English-language magazine Inspire, and was killed in a drone strike in 2011. Here one can observe a blatant double standard at work, since Islamist ideology, uniquely amongst extremist ideologies, is rarely if ever identified—much less highlighted—as the primary motivational factor behind terrorism committed by certain Muslims, even those who proudly proclaim their adherence to that ideology. In contrast, the media have no qualms about rightly emphasizing the role of white supremacist ideologies in precipitating acts of violence or terrorism by neo-Nazis, Klansmen, and certain right-wing militiamen; the impact of extremist interpretations of Christianity in fomenting anti-abortion violence; or the degree to which apocalyptic millennarian doctrines have generated violence by groups like Aum Shinrikyo. Nor do the media customarily refrain from noting the communist ideological agendas of left-wing terrorists, or the underlying beliefs fueling the violent actions of certain eco-radicals. Why, then, is the role of Islamist ideology so often downplayed or denied in connection with acts of jihadist terrorism? Those who are now claiming that the Boston bombers’ actions had nothing to do with their adoption of particular interpretations of Islam are seriously mistaken. And those who are foolishly endeavoring to portray the two Chechen Muslims as the innocent victims of covert manipulation or anti-Muslim prejudice—rather than as brutal victimizers—are either being disingenuous or living in a state of psychological denial, if not in a parallel mental universe. Jeffery M. Bale
But, if I follow correctly, these UCLA profs are arguing that, when some guys go all Allahu Akbar on you and blow up your marathon, that just shows that you lazy complacent Americans need to work even harder at « assimilating immigrants ». After all, Dzhokhar and Tamerlan were raised in Cambridge, Mass., a notorious swamp of redneck bigotry where the two young Chechens no doubt felt « alienated » and « excluded » at being surrounded by NPR-listening liberals cooing, « Oh, your family’s from Chechnya? That’s the one next to Slovakia, right? Would you like to come round for a play date and help Jeremiah finish his diversity quilt? » Assimilation is hell. (…) We’re collapsing our own skulls here” the parameters in which we allow ourselves to think about abortion, welfare, immigration, terrorism, Islam shrink remorselessly, not least at the congressional level. Maybe if we didn’t collapse the skulls of so many black babies in Philadelphia, we wouldn’t need to import so many excitable young Chechens. But that’s thinking outside the box, and the box is getting ever smaller, like a nice, cozy cocoon in which we’re always warm and safe. Mark Steyn

Attention: une balade sauvage peut en cacher une autre !

"Balade sauvage", "balade meurtrière", "souffle nouveau", "réponse au carcan social", "modernité", "révolte de la jeunesse contre l’autorité (gouvernementale, parentale, etc.)",  "escapade insouciante", "naïve" "réponse au carcan social", "modèle" de "road-movies meurtriers", "film-source de Sailor et Lula à Tueurs-nés en passant par True Romance", "portrait d’une jeunesse qui, malgré les cadavres qu’elle laisse sur son chemin, se démarque par sa grande innocence", "mort jamais comme un drame mais comme une étape", "pas de drame, pas de coupable", "ode à l’innocence", "jeunesse", "liberté" …

Alors que la France s’interroge sur le début heureusement avorté de balade sauvage, qui (l’amour en plus, "ode à l’innocence"oblige) avait en son temps tant ému nos cinéphiles, du passionné d’armes et de jeux de guerre en ligne et admirateur de Mérah d’Istres …

Et qu’après l’autre balade sauvage avortée des apprentis et fils de jiahdistes de Boston, l’Amérique bien-pensante a repris son auto-flagellation sur le véritable enfer anti-immigrant qu’est devenu, sous la présidence du premier président non-blanc de l’histoire américaine, l’une des plus grandes concentrations mondiales de matière grise (centaine d’universités, 250 000 étudiants pour 620 000 habitants) …

Pendant que le même Robert Redford qui dit s’interroger sur les tomberaux de violence fournis quotidiennement par son industrie est en ville pour nous vendre sa dernière ode en date sur le bon vieux terrorisme Weathermen des amis de la Maison blanche

Comment ne pas voir, avec l’éditorialiste canadien Mark Steyn, le véritable décervellement qu’est en train de s’auto-administrer l’Occident pour tout ce qui touche, entre avortement, aide sociale, immmigration, terrorisme et islam, les dernières vaches sacrées en date de ses belles âmes ?

No Mystery About the ‘Why’ in Boston
Jeffery M. Bale
USNI News
April 26, 2013

Ever since the two alleged perpetrators of the Boston Marathon bombings were identified as Chechens living in America, the constant refrain in the media—as is almost always the case after terrorist attacks—has been to ask “why?” Apparently, many media pundits simply cannot comprehend how seemingly normal and relatively successful individuals could be motivated to carry out such actions.

Clearly, they have been misled into believing that one must be poor and disenfranchised or mentally disturbed to carry out acts of terrorism, despite a wealth of empirical evidence indicating that terrorists tend to be relatively well-educated, from higher socio-economic strata, and do not exhibit disproportionate levels of psychopathology. Still, the default assumption — at least in cases of jihadist terrorism — is that personal grievances of some sort must always somehow be responsible. That is true by definition for individuals who carry out acts of violence for idiosyncratic personal motives, but it misses the point entirely when one is dealing with ideological extremists.

It is the adoption of extremist political and religious ideologies that is the primary causal factor in precipitating acts of non-state terrorism. And it should be self-evident that those who formulate or adopt extremist ideologies must necessarily be disgruntled and alienated from the current social or political status quo, whether justifiably or not. Why? Because people who are happy or essentially satisfied with the status quo are neither going to create nor embrace radical worldviews that advocate attacking the existing system in order to establish what they believe will be a better, more just world.

Thus there is no mystery at all about why the alleged Boston bombers committed their terrorist atrocity: like the perpetrators of the 9/11 attacks and thousands of other jihadist terrorist attacks throughout the world, they had embraced a radical Islamist ideology that enjoined them to wage armed jihad against the “infidel” enemies of Islam. It hardly matters why the Tsarnaev brothers became disgruntled or angry—people can become disgruntled and angry for a vast array of both legitimate and delusional reasons. What matters is that this underlying emotional attitude made them receptive to and ultimately caused them to embrace Islamist doctrines, which offered them an explicit, coherent, and theologically sanctioned justification for perpetrating violence.

Yet that undeniable fact is consistently denied in cases of jihadist terrorism, both in the media and even by government officials. Perhaps the most egregious illustrative example is the case of Army Maj. Nidal Malik Hasan, whose jihadist terrorism at Fort Hood was foolishly ascribed to personal grievances in the U.S. military’s own investigative report. However, the evidence clearly indicates that Hasan had increasingly embraced radical Islamist doctrines, and that in the months before his attack he had extensive email contact with Anwar al-Awlaqi, the al Qaeda  operative who was linked to numerous jihadist plots, became a key figure in al Qaeda’s affiliate in the Arabian peninsula after leaving the United States, helped prepare the group’s English-language magazine Inspire, and was killed in a drone strike in 2011.

Here one can observe a blatant double standard at work, since Islamist ideology, uniquely amongst extremist ideologies, is rarely if ever identified—much less highlighted—as the primary motivational factor behind terrorism committed by certain Muslims, even those who proudly proclaim their adherence to that ideology. In contrast, the media have no qualms about rightly emphasizing the role of white supremacist ideologies in precipitating acts of violence or terrorism by neo-Nazis, Klansmen, and certain right-wing militiamen; the impact of extremist interpretations of Christianity in fomenting anti-abortion violence; or the degree to which apocalyptic millennarian doctrines have generated violence by groups like Aum Shinrikyo. Nor do the media customarily refrain from noting the communist ideological agendas of left-wing terrorists, or the underlying beliefs fueling the violent actions of certain eco-radicals. Why, then, is the role of Islamist ideology so often downplayed or denied in connection with acts of jihadist terrorism?

Those who are now claiming that the Boston bombers’ actions had nothing to do with their adoption of particular interpretations of Islam are seriously mistaken. And those who are foolishly endeavoring to portray the two Chechen Muslims as the innocent victims of covert manipulation or anti-Muslim prejudice—rather than as brutal victimizers—are either being disingenuous or living in a state of psychological denial, if not in a parallel mental universe.

The main substantive questions still to be answered in the Boston Marathon bombing case are whether the two bombers were part of a larger local cell or had received any tangible logistical or operational assistance from an organized jihadist group or network abroad. But it is all too obvious why they committed the reprehensible acts of terrorism.

Voir aussi:

The Collapsing of the American Skull

The parameters in which we allow ourselves to think about vital issues shrink remorselessly.

Mark Steyn

National  Review online

April 26, 2013

One of the most ingenious and effective strategies of the Left on any number of topics is to frame the debate and co-opt the language so effectively that it becomes all but impossible even to discuss the subject honestly. Take the brothers Tsarnaev, the incendiary end of a Chechen family that in very short time has settled aunts, uncles, sisters, and more across the map of North America from Massachusetts to New Jersey to my own home town of Toronto. Maybe your town has a Tsarnaev, too: There seems to be no shortage of them, except, oddly, back in Chechnya. The Tsarnaevs mom, now relocated from Cambridge to Makhachkala in delightful Dagestan, told a press conference the other day that she regrets ever having gotten mixed up with those crazy Yanks: "I would prefer not to have lived in America", she said.

Not, I’m sure, as much as the Richard family would have preferred it. Eight-year-old Martin was killed; his sister lost a leg; and his mother suffered serious brain injuries. What did the Richards and some 200 other families do to deserve having a great big hole blown in their lives? Well, according to the New York Times, they and you bear collective responsibility. Writing on the op-ed page, Marcello Suarez-Orozco, dean of the UCLA Graduate School of Education and Information Studies, and Carola Suarez-Orozco, a professor at the same institution, began their ruminations thus:

"The alleged involvement of two ethnic Chechen brothers in the deadly attack at the Boston Marathon last week should prompt Americans to reflect on whether we do an adequate job assimilating immigrants who arrive in the United States as children or teenagers".

Maybe. Alternatively, the above opening sentence should "prompt Americans to reflect" on whether whoever’s editing America’s newspaper of record these days ‘does an adequate job’ in choosing which pseudo-credentialed experts it farms out its principal analysis on terrorist atrocities to. But, if I follow correctly, these UCLA profs are arguing that, when some guys go all Allahu Akbar on you and blow up your marathon, that just shows that you lazy complacent Americans need to work even harder at "assimilating immigrants". After all, Dzhokhar and Tamerlan were raised in Cambridge, Mass., a notorious swamp of redneck bigotry where the two young Chechens no doubt felt "alienated" and "excluded" at being surrounded by NPR-listening liberals cooing, "Oh, your family’s from Chechnya? That’s the one next to Slovakia, right? Would you like to come round for a play date and help Jeremiah finish his diversity quilt?" Assimilation is hell.

How hard would it be for Americans to be less inadequate when it comes to assimilating otherwise well-adjusted immigrant children? Let us turn once again to Mrs. Tsarnaev:

"They are going to kill him. I don’t care", she told reporters. "My oldest son is killed, so I don’t care. …  I don’t care if my youngest son is going to be killed today. … I don’t care if I am going to get killed, too and I will say Allahu Akbar!"

You can say it all you want, madam, but everyone knows that "Allahu Akbar" is Arabic for "Nothing to see here". So, once you’ve cleared the streets of body parts, you inadequate Americans need to redouble your efforts.

There is a stupidity to this, but also a kind of decadence. Until the 1960s, it was assumed by all sovereign states that they had the right to choose which non-nationals were admitted within their borders. Now, to suggest such a thing risks the charge of "nativism" and to propose that, say, Swedes are easier to assimilate than Chechens is to invite cries of "Racist!" So, when the morgues and emergency rooms are piled high, the only discussion acceptable in polite society is to wonder whether those legless Bostonians should have agitated more forcefully for federally mandated after-school assimilationist basketball programs.

As Ma Tsarnaev’s effusions suggest, at the sharp end of Islamic imperialism, there’s a certain glorying in sacrifice. We’re more fatalistic about it: After Major Hasan gunned down 13 of his comrades and an unborn baby, General Casey, the Army’s chief of staff, assured us that it could have been a whole lot worse:

‘What happened at Fort Hood was a tragedy, but I believe it would be an even greater tragedy if our diversity becomes a casualty here".

What happened at Boston was a "tragedy", but it would be an even greater tragedy if there were to be any honest discussion of immigration policy, or Islam, or anything else that matters.

Speaking of glorying in blood, in Philadelphia the Kermit Gosnell defense rested, without calling either the defendant or any witness to the stand. As I wrote last week, "Doctor" Gosnell is accused of cutting the spinal columns and suctioning out the brains of fully delivered babies. The blogger Pundette listed some questions she would have liked the "doctor" to be asked:

"Why did you chop off and preserve baby hands and feet and display them in jars?"

There seems to be no compelling medical reason for Gosnell’s extensive collection, but bottled baby feet certainly make a novelty paperweight or doorstop. "I think we already know the answer", wrote the Pundette. "He enjoyed it".

Unlike the Boston bombings, even the New York Times op-ed team can’t figure out a line on this. Better to look away, and ignore the story. America is the abortion mill of the developed world. In Western Europe, the state is yet squeamish enough to insist that the act be confined to twelve weeks (France) or 13 (Italy), with mandatory counseling (Germany), or up to 18 if approved by a government "commission" (Norway). Granted, many of these "safeguards" are pro forma and honored in the breach, but that’s preferable to America where they’re honored in the breech and the distinction between abortion and infanticide depends on whether the ‘doctor’ gets to the baby’s skull before it’s cleared the cervix. The Washington Examiner’s Timothy Carney sat in on a conference call with Dr. Tracy Weitz of the University of California, San Francisco:

"When a procedure that usually involves the collapsing of the skull is done, it’s usually done when the fetus is still in the uterus, not when the fetus has been delivered." So, in terms of thinking about the difference between the way abortion providers who do later abortions in the United States practice, and this particular practice, they are completely worlds apart".

Technically, they’re only inches apart. So what’s the big deal? The skull is collapsed in order to make it easier to clear the cervix. Once a healthy baby is out on the table and you cut his spinal column, there’s no need to suck out his brains and cave in his skull. But Dr. Gosnell seems to have got a kick out of it, so why not?

You can understand why American progressivism would rather avert its gaze. Out there among the abortion absolutists, they’re happy to chit-chat about the acceptable parameters of the "collapsing of the skull", but the informed general-interest reader would rather it all stayed at the woozy, blurry "woman’s right to choose’ level.

We’re collapsing our own skulls here” the parameters in which we allow ourselves to think about abortion, welfare, immigration, terrorism, Islam shrink remorselessly, not least at the congressional level. Maybe if we didn’t collapse the skulls of so many black babies in Philadelphia, we wouldn’t need to import so many excitable young Chechens. But that’s thinking outside the box, and the box is getting ever smaller, like a nice, cozy cocoon in which we’re always warm and safe. Like ” what’s the word?” a womb.

Mark Steyn, a National Review columnist, is the author of After America: Get Ready for Armageddon.

Voir encore:

A Battered Dream, Then a Violent Path

Deborah Sontag, David M. Herszenhorn and Serge F. Kovaleski

The New York Times

April 27, 2013

BOSTON — It was a blow the immigrant boxer could not withstand: after capturing his second consecutive title as the Golden Gloves heavyweight champion of New England in 2010, Tamerlan Anzorovich Tsarnaev, 23, was barred from the national Tournament of Champions because he was not a United States citizen.

The cocksure fighter, a flamboyant dresser partial to white fur and snakeskin, had been looking forward to redeeming the loss he suffered the previous year in the first round, when the judges awarded his opponent the decision, drawing boos from spectators who considered Mr. Tsarnaev dominant.

From one year to the next, though, the tournament rules had changed, disqualifying legal permanent residents — not only Mr. Tsarnaev, who was Soviet-born of Chechen and Dagestani heritage, but several other New England contenders, too. His aspirations frustrated, he dropped out of boxing competition entirely, and his life veered in a completely different direction.

Mr. Tsarnaev portrayed his quitting as a reflection of the sport’s incompatibility with his growing devotion to Islam. But as dozens of interviews with friends, acquaintances and relatives from Cambridge, Mass., to Dagestan showed, that devotion, and the suspected radicalization that accompanied it, was a path he followed most avidly only after his more secular dreams were dashed in 2010 and he was left adrift.

His trajectory eventually led the frustrated athlete and his loyal younger brother, Dzhokhar, to bomb one of the most famous athletic events in this country, killing three and wounding more than 200 at the Boston Marathon, the authorities say. They say it led Mr. Tsarnaev, his application for citizenship stalled, and his brother, a new citizen and a seemingly well-adjusted college student, to attack their American hometown on Patriots’ Day, April 15.

Mr. Tsarnaev now lies in the state medical examiner’s office, his body riddled with bullets after a confrontation with the police four days after the bombings. He left behind an American-born wife who had converted to Islam, a 3-year-old daughter with curly hair, a 19-year-old brother charged with using a weapon of mass destruction, and a puzzle: Why did these two young men seemingly turn on the country that had granted them asylum?

Examining their lives for clues, the authorities have focused on Mr. Tsarnaev’s six-month trip to the Russian republics of Chechnya and Dagestan last year. But in Cambridge, sitting on the front steps of the ramshackle, brown-shingled house where the Tsarnaev family lived for a decade, their 79-year-old landlady urged a longer lens.

“He certainly wasn’t radicalized in Dagestan,” the landlady, Joanna Herlihy, said.

Ms. Herlihy, who speaks Russian and was friends with the Tsarnaevs, said she told law enforcement officials that his trip clearly merited scrutiny. But she said that Mr. Tsarnaev’s embrace of Islam had grown more intense before that.

As his religious identification grew fiercer, Mr. Tsarnaev seemed to abandon his once avid pursuit of the American dream. He dropped out of community college and lost interest not just in boxing but also in music; he used to play piano and violin, classical music and rap, and his e-mail address was a clue to how he once saw himself: The_Professor@real-hiphop.com. He worked only sporadically, sometimes as a pizza deliverer, and he grew first a close-cropped beard and then a flowing one.

He seemed isolated, too. Since his return from Dagestan, he, his wife and his child were the only Tsarnaevs living full time in the three-bedroom apartment on Ms. Herlihy’s third floor.

Mr. Tsarnaev’s two younger sisters had long since married and moved out; his parents, now separated, had returned to Dagestan, his mother soon after a felony arrest on shoplifting charges; and his brother had left for the University of Massachusetts at Dartmouth, returning home only on the occasional weekend, as he did recently after damaging his 1999 green Honda Civic by texting while driving.

“When Dzhokhar used to come home on Friday night from the dormitory, Tamerlan used to hug him and kiss him — hold him, like, because he was a big, big boy, Tamerlan,” their mother, Zubeidat, 45, said last week, adding that her older son had been “handsome like Hercules.”

Not long after he gave up his boxing career, Mr. Tsarnaev married Katherine Russell of Rhode Island in a brief Islamic ceremony at a Dorchester mosque in June 2010. She has declined to speak publicly since the attacks.

His wife primarily supported the family through her job as a home health aide, scraping together about $1,200 a month to pay the rent. While she worked, Mr. Tsarnaev looked after their daughter, Zahira, who was learning to ride the tricycle still parked beside the house, neighbors said. The family’s income was supplemented by public assistance and food stamps from September 2011 to November 2012, state officials said.

It was probably not the life that Anzor Tsarnaev had imagined for his oldest child, who, even as a boy, before he developed the broad-shouldered physique that his mother described as “a masterpiece,” dreamed of becoming a famous boxer.

But then the father’s life had not gone as planned, either. Once an official in the prosecutor’s office in Kyrgyzstan, he had been reduced to working as an unlicensed mechanic in the back lot of a rug store in Cambridge.

“He was out there in the snow and cold, freezing his hands to do this work on people’s cars,” said Chris Walter, owner of the store, Yayla Tribal Rug. “I did not charge him for the space because he was a poor, struggling guy with a good heart.”

Tamerlan Tsarnaev was born on Oct. 21, 1986, five years before the dissolution of the Soviet Union, in Kalmykia, a barren stretch of Russian territory by the Caspian Sea. A photograph of him as a baby shows a cherubic child wearing a knit cap with a pompom, perched on the lap of his unsmiling mother, who has spiky black bangs and an artful pile of hair. Strikingly, she did not cover her head then, as she does now; she began wearing a hijab only a few years ago, in the United States, prodded by her son just as she was prodding him, too, to deepen his faith.

When he was still little, his parents moved from Kalmykia to Kyrgyzstan, a former Soviet republic, where their other three children were born. They left there during the economic crisis of the late 1990s and spent a few brief months in Chechnya, then fled before the full-scale Russian military invasion in 1999. They sought shelter next in his mother’s native Dagestan.

In an interview there, Patimat Suleimanova, her sister-in-law, said the family had repeatedly been on the run from war and hardship in those days. “In search of peace, they kept moving,” she said.

Finally, Anzor Tsarnaev sought political asylum in the United States. He arrived first, with his younger son, in the spring of 2002. His older son, a young man of 16, followed with the rest of the family in July 2003.

Their neighborhood in Cambridge was run-down, with car repair lots where condominiums have since arisen. But the city has long been especially welcoming to immigrants and refugees; its high school has students from 75 countries.

The schools superintendent, Jeffrey Young, described Cambridge as “beyond tolerant.”

“How is it that someone could grow up in a place like this and end up in a place like that?” he said of the Tsarnaevs.

Unlike his little brother, who was well integrated into the community by the time he started high school, Mr. Tsarnaev was a genuine newcomer when he entered the Cambridge Rindge and Latin School, from which he graduated in 2006. Enrolled in the large English as a Second Language program, he made friends mostly with other international students, and his demeanor was reserved, one former classmate, Luis Vasquez, said.

“The view on him was that he was a boxer and you would not want to mess with him,” Mr. Vasquez, now 25 and a candidate for the Cambridge City Council, said. “He told me that he wanted to represent the U.S. in boxing. He wanted to do the Olympics and then turn pro.”

Jumping right into boxing after his arrival in the United States, he called attention to himself immediately in more ways than one. During registration for a tournament in Lowell, he sat down at a piano and lost himself for 20 minutes in a piece of classical music. The impromptu performance, so out of place in that world, finished to a burst of applause from surprised onlookers.

“He just walked over from the line and started playing like he was in the Boston Pops,” his trainer at the time, Gene McCarthy, 77, recalled.

Having trained in Dagestan, where sport fighting has an impassioned following, Mr. Tsarnaev boxed straight-legged like a European and not crouched, American-style. He also incorporated showy gymnastics into his training and fighting, walking on his hands, falling into splits, tumbling into corners. So as he started working out in Boston-area clubs — and winning novice tournament fights — he made an impression, although not an entirely positive one.

“For a big man, he was very agile,” said Tom Lee, president of the South Boston Boxing Club. “He moved like a gazelle and was strong like a horse. He was a big puncher. But he was an underachiever because he did not dedicate himself to the proper training regimen.”

In 2009, Mr. Tsarnaev won the New England Golden Gloves championship in the 201-pound division, which qualified him for the national tournament in Salt Lake City in May. Introducing what would become his signature style, he showed up overdressed, wearing a white silk scarf, black leather pants and mirrored sunglasses.

Stepping into the ring, as The Lowell Sun described it, Mr. Tsarnaev floored Lamar Fenner of Chicago with an explosive punch that required an eight-count from the referee, and then he seemed to control the rest of the fight.

Bob Russo, then the coach of the New England team, said: “We thought he won. The crowd thought he won. But he didn’t.”

Mr. Fenner’s mother, Marsha, said her son had called her the night of his “bout with the bomber,” thrilled to have defeated an opponent he described as unnervingly strong. Her son, who died of heart problems last year at 29, ended up coming in second in the tournament and turning professional, she said.

If Mr. Tsarnaev was chastened by the defeat, it did not temper his behavior. During a preliminary round of the New England Golden Gloves in 2010, in a breach of boxing etiquette, he entered the locker room to taunt not only the fighter he was about to face but also the fighter’s trainer. Wearing a cowboy hat and alligator-skin cowboy boots, he gave the two men a disdainful once-over and said: “You’re nothing. I’m taking you down.”

The trainer, Hector Torres, was furious and subsequently lodged a complaint, arguing that Mr. Tsarnaev should not be allowed to participate in the competition because he was not a citizen.

As it happened, Golden Gloves of America was just then changing its policy. It used to permit legal immigrants to compete in its national tournament three out of every four years, barring them only during Olympic qualifying years, James Beasley, the executive director, said. But it decided in 2010 that the policy was confusing and moved to end all participation by noncitizens in the Tournament of Champions.

So Mr. Tsarnaev, New England heavyweight champion for the second year in a row, was stymied. The immigrant champions in three other weight classes in New England were blocked from advancing, too, Mr. Russo said.

Mr. Tsarnaev was devastated. He was not getting any younger. And he was more than a year away from being even eligible to apply for American citizenship, and there appeared to be a potential obstacle in his path.

The previous summer, Mr. Tsarnaev had been arrested after a report of domestic violence.

His girlfriend at the time had called 911, “hysterically crying,” to say he had beaten her up, according to the Cambridge police report. Mr. Tsarnaev told the officers that he had slapped her face because she had been yelling at him about “another girl.”

Eventually, charges against him would be dismissed, the records show, so the episode would not have endangered his eventual citizenship application.

But his life was changing. He married. He had a child. And he largely withdrew from Cambridge social life, and from many of the friendships he had enjoyed. “He had liked to party,” said Elmirza Khozhugov, 26, his former brother-in-law, who lost touch with him in 2010. “But there was always the sense that he felt a little guilty that he was having too much fun, maybe.”

In 2011, the Russian security service cautioned the F.B.I., and later the C.I.A., that “since 2010” Mr. Tsarnaev had “changed drastically,” becoming “a follower of radical Islam.” The Russians said he was planning a trip to his homeland to connect with underground militant groups. An F.B.I. investigation turned up no ties to extremists, the bureau has said.

In early 2012, Mr. Tsarnaev left his wife and child for a six-month visit to Russia. His parents, speaking in Dagestan, portrayed it as an innocuous visit to reconnect with family and to replace his nearly expired passport from the Republic of Kyrgyzstan with a Russian one. His father said he had kept his son close by his side as they visited relatives, including in Chechnya, and renovated a storefront into a perfume shop.

But American officials say Mr. Tsarnaev arrived in Russia months before his father returned to Dagestan and so did not have the continuous tight supervision described by his father.

Also, Mr. Tsarnaev, with no apparent sense of urgency about his travel documents, waited months to apply for a Russian passport, and returned to the United States before the passport was ready for him.

After his return, Mr. Tsarnaev applied for American citizenship, a year after he was eligible to do so. But the F.B.I. investigation, though closed, had caused his application to be stalled. Underscoring how detached he had become, he no longer had any valid passport, or international travel document, and Cambridge, to which he had a hard time readapting, was now his de facto home more than ever.

He grew a five-inch beard, which he shaved off before the bombings, and interrupted prayers at his mosque on two occasions with outbursts denouncing the idea that Muslims should observe American secular holidays. He engaged neighbors in affable conversations about skiing one week and heated ones about American imperialism the next.

At a neighborhood pizzeria, wearing a head covering that matched his jacket, he explained to Albrecht Ammon, 18, that “the Koran is great and flawless, and the Bible is ripped off from the Koran, and the U.S. used the Bible as an excuse to invade different countries.”

“I asked him about radical Muslims that blow themselves up and say, ‘It’s for Allah,’ ” Mr. Ammon said. “And he said he wasn’t one of those Muslims.”

Deborah Sontag and Serge F. Kovaleski reported from Boston, and David M. Herszenhorn from Makhachkala, Russia. Reporting was contributed by Michael Schwirtz, John Eligon, Ian Lovett and Dina Kraft from Boston; Andrew Roth from Makhachkala; Richard A. Oppel Jr. and Julia Preston from New York; and Andrew E. Kramer from Moscow. Kitty Bennett and Sheelagh McNeill contributed research.

Voir également:

Coup d’essai d’un palmé

La Balade sauvage

réalisé par Terrence Malick

Julia Allouache

Critikat.com

14 juin 2011

critique du film La Balade sauvage, réalisé par Terrence Malick

Nouvelle réédition pour La Balade sauvage et nouvelle visibilité grâce à la palme remportée à Cannes par le dernier film de Terrence Malick (The Tree of Life). Le premier long-métrage du cinéaste, qui conte la balade meurtrière du couple formé par Holly (Sissy Spacek) et Kit (Martin Sheen) à travers les États-Unis, s’assure d’emblée une certaine carrière en salles.

Depuis son âge d’or dans les années 1970, le road-movie a subi de nombreuses mutations. Revenir sur La Balade sauvage, c’est donc revenir au classicisme d’un genre, ce qui n’est pas sans constituer un certain paradoxe étant donné le souffle nouveau que ce film a représenté en son temps. Mais trente-cinq ans plus tard, on est en droit de se demander si La Balade sauvage a conservé toute sa modernité ou s’il ne pâtit pas du passage du temps. Quel écho de la révolte de la jeunesse américaine des années 1970 contre l’autorité (gouvernementale, parentale, etc.) aujourd’hui ? Si l’escapade insouciante de Holly et Kit comme réponse au carcan social paraît aujourd’hui un peu naïve et présente une idée de la liberté un peu vieillotte, mieux vaut y voir le premier maillon d’une œuvre à venir. Le premier long-métrage de Malick pose déjà la question qui hantera toute sa filmographie : comment créer un lieu de vie idéal au sein d’une terre hostile (déclinée dans The Tree of Life en situation hostile : la mort d’un enfant). Le titre original de l’œuvre vaut ainsi qu’on le rappelle : Badlands, ces mauvaises terres que l’on brûle au son d’un chœur religieux (faut-il passer par l’Enfer pour parvenir au Paradis ?) et qu’on brûlera à nouveau dans la plus belle séquence des Moissons du ciel, lors d’une apocalyptique attaque de sauterelles.

Si le film de Malick constitue le modèle d’une tendance cinématographique qui émergera dans les années 1990 – les road-movies meurtriers –, ce film-source a ceci de spécifique qu’il se construit toujours dans la distance (particularité dont ses petits rejetons – de Sailor et Lula à Tueurs-nés en passant par True Romance, qui reprend presque littéralement la musique de La Balade sauvage – s’émanciperont pour proclamer un style kitch-hémoglobine). Le recul qu’il prend vis-à-vis de la violence passe essentiellement par le personnage incarné par Sissy Spacek (qui se trouve alors à l’orée d’une période de grands rôles : Carrie, Three Women, etc.), dont l’impassibilité désamorce toujours immédiatement l’agitation de Martin Sheen. On se trouve avec La Balade sauvage devant le portrait d’une jeunesse qui, malgré les cadavres qu’elle laisse sur son chemin, se démarque par sa grande innocence. La mort n’intervient jamais comme un drame mais comme une étape, un relais sur la route de Holly et Kit. Pas de drame, pas de coupable. La singularité de la démarche malickienne est de faire de ce fait-divers une ode à l’innocence plutôt qu’un trip sulfureux (comme s’attacheront à le faire David Lynch, Oliver Stone et Tony Scott), de dépasser l’anecdote, la chronique de départ pour dépeindre un état de fait plus global : la jeunesse, la liberté.

En résulte un film mat et flegmatique, auquel on peut toutefois reprocher de faire tendre la sobriété de son style vers une certaine banalité. Cet équilibre incertain entre la fine mise à distance du propos et le peu d’innovation du style rejoint le débat qui s’est construit autour de l’œuvre de Malick, entre génie et imposteur, et ce jusqu’à son dernier né The Tree of Life, qui alterne moments intimes prodigieux et envolées cosmiques grotesques. On touche là ce qui constitue peut-être la signature d’un réalisateur qui, même à travers cette inégalité qui lui est propre, prouve qu’il est un auteur.

Voir de plus:

5 raisons de (re)voir La balade sauvage de Terrence Malick

Thomas Baurez (Studio Ciné Live)

L’Express

08/06/2011

Alors que tout le monde parle de Terrence Malick et de son The Tree of Life, récemment palmé à Cannes, son premier long-métrage ressort judicieusement en salles. 38 ans déjà, et pas une ride!

5 raisons de (re)voir La balade sauvage de Terrence Malick

1 – Une leçon de road-movie

Ce n’est plus un secret pour personne. A partir de la fin des sixties, Hollywood opère sa mue et l’espace d’une grosse décennie va déborder d’indépendance. C’est dans ce contexte qu’explose réellement le road-movie sur grand écran, un genre synonyme d’espace, de liberté et de tragédie. Easy Rider de Dennis Hopper en 1969, Macadam à deux voies de Monte Hellman en 1971, L’épouvantail de Jerry Schatzberg en 1973 et donc cette Balade sauvageen 1974, premier long d’un étudiant de l’American Film Institute passé par Harvard et Oxford, Terrence Malick.

2 – Société, je vous hais !

Alors que le républicain Nixon s’apprête bientôt à faire ses valises à cause du Watergate et que le Vietnam brûle de ses derniers feux au napalm, la société nord-américaine est en crise. La jeunesse a besoin d’air. La balade sauvage, traduit cet état d’esprit. Nous suivons ici la fuite en avant du psychopathe Kit (Martin Sheen) et de la pure Holly (Sissy Spacek), jeunes et pas franchement innocents, pourchassés par une foule vengeresse.

3 -L’éternel combat entre l’Homme et la Nature

Dans les films de Terrence Malick, les hommes finissent toujours par saccager la nature qui les entoure. Les soldats de la Ligne rouge après avoir nagé dans le jardin d’Eden tombent sauvagement sur le champ de bataille, les amoureux des Moissons du ciel envoient en fumée des champs à perte de vue, le beau colon du Nouveau Monde, lui, souille malgré lui la belle indigène en l’arrachant à sa terre natale. Dans La balade sauvage, si la forêt sert de refuge pour le couple en fuite, elle sera finalement le lieu de leur perte.

4- Sheen-Spacek, un duo de rêve

Si le Nouvel Hollywood a vu l’émergence de jeunes cinéastes (Scorsese, de Palma, Spielberg…), de nouveaux visages se sont également imposés devant l’objectif. Faye Dunaway, Mia Farrow, Jack Nicholson, Al Pacino, de Niro… Sissy Spacek et Martin Sheen, le duo de cette Balade sauvage, s’imposent immédiatement. Elle, 25 ans, tout en tâche de rousseur, incarne pureté et innocence. Sissy sera bientôt Carrie pour de Palma et l’une des trois femmes de Robert Altman. Lui, 34 ans déjà, réincarnation de James Dean, porte beau le jean et le t-shirt blanc. Bientôt il connaîtra l’Apocalypse pour Coppola.

5 – Pénultième film avant la disparition

Aussitôt apparu, aussitôt disparu ! A l’instar, des protagonistes de La balade sauvage, Terrence Malick était condamné à disparaitre. Ainsi après Les moissons du ciel, tourné 4 ans plus tard, l’homme ne va plus donner de nouvelles pendant 20 longues années. Tel Martin Sheen levant les bras en l’air devant l’objectif, Malick sait qu’il faut parfois se rendre pour mieux frapper un grand coup. 38 ans séparent aujourd’hui La balade sauvage de The Tree of Life. Il est intéressant de voir le chemin parcouru.

Voir encore:

BADLANDS

Vincent Canby

The New York Times

October 15, 1973

The time is late summer at the end of the 1950′s and the place a small, placid town in South Dakota. The streets are lined with oak and maple trees in full leaf. The lawns are so neat, so close-cropped, they look crew-cut. Kit Carruthers (Martin Sheen) is twenty-five, a garbage collector who fancies his cowboy boots and his faint resemblance to James Dean. Holly Sargis (Sissy Spacek) is fifteen. Until she meets Kit, she hasn’t much interest in anything except her dog and her baton, which she practices twirling in her front yard.

In Terrence Malick’s cool, sometimes brilliant, always ferociously American film, Badlands, which marks Malick’s debut as a director, Kit and Holly take an all-American joyride across the upper Middle West, at the end of which more than half a dozen people have been shot to death by Kit, usually at point-blank range.

Badlands was presented twice at Alice Tully Hall Saturday night, the closing feature of the 11th New York Film Festival that began so auspiciously with François Truffaut’s Day for Night. In between there were a lot of other films, good and bad, but none as provocative as this first feature by Malick, a twenty-nine-year-old former Rhodes Scholar and philosophy student whose only other film credit is as the author of the screenplay for last year’s nicely idiosyncratic Pocket Money.

Badlands was inspired by the short, bloody saga of Charles Starkweather who, at age nineteen, in January, 1958, with the apparent cooperation of his fourteen-year-old girlfriend, Caril Fugate, went off on a murder spree that resulted in ten victims. Starkweather was later executed in the electric chair and Miss Fugate given life imprisonment.

Badlands inevitably invites comparisons with three other important American films, Arthur Penn’s Bonnie and Clyde and Fritz Lang’s Fury and You Only Live Once, but it has a very different vision of violence and death. Malick spends no great amount of time invoking Freud to explain the behavior of Kit and Holly, nor is there any Depression to be held ultimately responsible. Society is, if anything, benign.

This is the haunting truth of Badlands, something that places it very much in the seventies in spite of its carefully re-created period detail. Kit and Holly are directionless creatures, technically literate but uneducated in any real sense, so desensitized that Kit (in Malick’s words at a news conference) can regard the gun with which he shoots people as a kind of magic wand that eliminates small nuisances. Kit and Holly are members of the television generation run amok.

They are not ill-housed, ill-clothed, or ill-fed. If they are at all aware of their anger (and I’m not sure they are, since they see only boredom), it’s because of the difference between the way life is and the way it is presented on the small screen, with commercial breaks instead of lasting consequences.

Badlands is narrated by Holly in the flat, nasal accents of the Middle West and in the syntax of a story in True Romances. "Little did I realize," she tells us at the beginning of the film, "that what began in the alleys and by-ways of this small town would end in the badlands of Montana." At the end, after half a dozen murders, she resolves never again to "tag around with the hell-bent type."

Kit and Holly share with Clyde and Bonnie a fascination with their own press coverage, with their overnight fame ("The whole world was looking for us," says Holly, "for who knew where Kit would strike next?"), but a lack of passion differentiates them from the gaudy desperados of the thirties. Toward the end of their joyride, the bored Holly tells us she passed the time, as she sat in the front seat beside Kit, spelling out complete sentences with her tongue on the roof of her mouth.

Malick tries not to romanticize his killers, and he is successful except for one sequence in which Kit and Holly hide out in a tree house as elaborate as anything the M-G-M art department ever designed for Tarzan and Jane. Sheen and Miss Spacek are splendid as the self-absorbed, cruel, possibly psychotic children of our time, as are the members of the supporting cast, including Warren Oates as Holly’s father.

One may legitimately debate the validity of Malick’s vision, but not, I think, his immense talent. Badlands is a most important and exciting film.

BADLANDS (MOVIE)

Produced, written, and directed by Terrence Malick; cinematographers, Brian Probyn, Tak Fujimoto, and Stevan Larner; edited by Robert Estrin; music by George Tipton; art designer, Jack Fisk; released by Warner Brothers. Running time: 95 minutes.

With: Martin Sheen (Kit), Sissy Spacek (Holly), Warren Oates (Holly’s Father), Ramon Bieri (Cato), and Alan Vint (Deputy).

Voir enfin:

Riots Create Irrational Behavior

Apr. 30, 2013 — Participants of group riots have since the end of the 1960s been viewed as rational individuals driven by a sense of injustice. But in today’s world this is misleading, concludes sociologist and PhD Christian Borch in a newly published doctoral thesis, and he encourages the police to take the destructive behaviour of some participants into account when dealing with groups of rioters.

During the so-called ‘UK Riots’ in the summer of 2011, discontented young people set the streets of London alight and looted shopping centres. The initial strategy of the police which was to communicate with rioters soon failed. Instead they resorted to using batons and containment. Within a Danish context, the violent reactions to the clearance of ‘Ungdomshuset’ in 2007 show that a revolt can develop into serious criminal actions.

According to Christian Borch, these examples illustrate that group rioting are not solely based on righteous indignation and considered planning:

"The notion of the 1960s that social movements happened as a legitimate response to social injustice created the impression of riots as being rational. Crowds however do not have to be rational entities," says Christian Borch.

In a new doctoral thesis "The Politics of Crowds: An Alternative History of Sociology" from University of Copenhagen, Christian Borch analyses the historical development of the concept of crowds in a sociological context.

"The riots in London demonstrate the existence of a lack of rational thought processes as the events had an entirely spontaneous and irrational character. People looted for the sake of looting, for many this was not necessarily born out of a sense of injustice," says Christian Borch who has analysed the strategies of the Metropolitan police in connection with the London riots.

Danish riots attracted violent supporters

The riots surrounding the clerance of "Ungdomshuset" at Jagtvej 69 in Denmark illustrate that demonstrations are capable of creating a self-perpetuating sense of dynamics which accenture the irrational elements. Thus, setting cars alight and breaking windows became part of the rioting.

"During the Danish riots there existed on the one hand a sense of rationality within the young people’s protests, in so far as they were drive by a political motivated interest. However, other people who were normally not affiliated with ‘Ungdomshuset’ became a part of the conflict and participated in the riots without any shared purpose. They were having fun and the adrenalin kicked in," says Christian Borch.

It is inner group dynamics which fuel pointless bahaviour.

"Riots can assume self-perpetuating dynamics which is not driven by rational motives. When individuals form a crowd they can become irrational and driven by emotion which occur as part of the rioting," says Christian Borch.

Inspiration to police tactics

Thinking of crowds as rational entities has since 2000 affected the way in which the British police have handled riots. The UK Riots serve as an example of this. The police worked on the promise that they were dealing with rational individuals with sensible objectives which is why their plan of action was based on communication rather than containment. This however, did not work in practice.

"The interesting aspect of the London riots was to ascertain that it was pointless to address the crowds through a communication strategy. The rational way of regarding the crowds came to nothing whereas the traditional form of containment did. This shows that at certain times a successful solution is not to handle crowds based on dialogue-orientated efforts," says Christian Borch.

In addition to the police, Christian Borch encourages town planners, sociologists and economists to apply a more critical approach when dealing with the concept of crowds.


Attentats de Boston: C’est l’islam, imbécile ! (Have Koran, will kill: Muslims of the world, unite!)

24 avril, 2013
http://jcdurbant.files.wordpress.com/2013/04/3df0c-death252520to252520america.jpg?w=450&h=237http://www.weeklystandard.com/sites/all/files/images/bh-2013-04-24-E-A001.preview.jpgL’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. (…) Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme. René Girard
While it is critical that we don’t jump to conclusions by associating religious affiliation with militancy, there is no doubt that embracing an ideology of Islam that promotes extremism and violence has been a motivator for terrorism, from assassinated al-Qaeda leader Osama bin Laden to Army Major Nidal Hasan. Did such an ideology influence the Tsarnaev brothers? Who or what compelled them to violence? What role does Muslim culture play in this type of radicalization? Rather than worrying about being politically correct, we have to be comfortable asking these difficult questions. And the collectivist-minded Muslim community needs to learn an important lesson from Tsarni: It’s time to acknowledge the dishonor of terrorism within our communities, not to deny it because of shame. As we negotiate critical issues of ethnicity, religious ideology and identity as potential motivators for conflict, we have to establish basic facts. (…) The bombing suspects, "put a shame on the entire Chechnyan ethnicity,” he said. (…) To me, the answer lies inside a culture shift where we honestly acknowledge the radicalization problems within our communities … Asra Q. Nomani
Nous ne savons pas si Hitler est sur le point de fonder un nouvel islam. Il est d’ores et déjà sur la voie; il ressemble à Mahomet. L’émotion en Allemagne est islamique, guerrière et islamique. Ils sont tous ivres d’un dieu farouche. Jung (1939)
Notre lutte est une lutte à mort. Ernesto Guevara (décembre 1964)
Il faut mener la guerre jusqu’où l’ennemi la mène: chez lui, dans ses lieux d’amusement; il faut la faire totalement. Ernesto Guevara (avril 1967)
Kidnapper des personnages célèbres pour leurs activités artistiques, sportives ou autres et qui n’ont pas exprimé d’opinions politiques peut vraisemblablement constituer une forme de propagande favorable aux révolutionnaires. ( …) Les médias modernes, par le simple fait qu’ils publient ce que font les révolutionnaires, sont d’importants instruments de propagande. La guerre des nerfs, ou guerre psychologique, est une technique de combat reposant sur l’emploi direct ou indirect des médias de masse. (…) Les attaques de banques, les embuscades, les désertions et les détournements d’armes, l’aide à l’évasion de prisonniers, les exécutions, les enlèvements, les sabotages, les actes terroristes et la guerre des nerfs sont des exemples. Les détournements d’avions en vol, les attaques et les prises de navires et de trains par les guérilleros peuvent également ne viser qu’à des effets de propagande. Carlos Marighela (Minimanuel de guerilla urbaine, 1969)
Je suis et demeure un combattant révolutionnaire. Et la Révolution aujourd’hui est, avant tout, islamique. Illich Ramirez Sanchez (dit Carlos, 2004)
Nous avons constaté que le sport était la religion moderne du monde occidental. Nous savions que les publics anglais et américain assis devant leur poste de télévision ne regarderaient pas un programme exposant le sort des Palestiniens s’il y avait une manifestation sportive sur une autre chaîne. Nous avons donc décidé de nous servir des Jeux olympiques, cérémonie la plus sacrée de cette religion, pour obliger le monde à faire attention à nous. Nous avons offert des sacrifices humains à vos dieux du sport et de la télévision et ils ont répondu à nos prières. Terroriste palestinien (Jeux olympiques de Munich, 1972)
Comme au bon vieux temps de la Terreur, quand les gens venaient assister aux exécutions à la guillotine sur la place publique. Maintenant, c’est par médias interposés que la mort fait vibrer les émotions (…) Les médias filment la mort comme les réalisateurs de X filment les ébats sexuels. Bernard Dugué
Il est malheureux que le Moyen-Orient ait rencontré pour la première fois la modernité occidentale à travers les échos de la Révolution française. Progressistes, égalitaristes et opposés à l’Eglise, Robespierre et les jacobins étaient des héros à même d’inspirer les radicaux arabes. Les modèles ultérieurs — Italie mussolinienne, Allemagne nazie, Union soviétique — furent encore plus désastreux. Ce qui rend l’entreprise terroriste des islamistes aussi dangereuse, ce n’est pas tant la haine religieuse qu’ils puisent dans des textes anciens — souvent au prix de distorsions grossières —, mais la synthèse qu’ils font entre fanatisme religieux et idéologie moderne. Ian Buruma et Avishai Margalit
Hors de la Première guerre mondiale est venue une série de révoltes contre la civilisation libérale. Ces révoltes accusaient la civilisation libérale d’être non seulement hypocrite ou en faillite, mais d’être en fait la grande source du mal ou de la souffrance dans le monde. (…) [Avec] une fascination pathologique pour la mort de masse [qui] était elle-même le fait principal de la Première guerre mondiale, dans laquelle 9 ou 10 millions de personnes ont été tués sur une base industrielle. Et chacun des nouveaux mouvements s’est mis à reproduire cet événement au nom de leur opposition utopique aux complexités et aux incertitudes de la civilisation libérale. Les noms de ces mouvements ont changé comme les traits qu’ils ont manifestés – l’un s’est appelé bolchévisme, et un autre s’est appelé fascisme, un autre s’est appelé nazisme. (…) De même que les progressistes européens et américains doutaient des menaces de Hitler et de Staline, les Occidentaux éclairés sont aujourd’hui en danger de manquer l’urgence des idéologies violentes issues du monde musulman. Paul Berman
Comme jadis avec le communisme, l’Occident se retrouve sous surveillance idéologique. L’islam se présente, à l’image du défunt communisme, comme une alternative au monde occidental. À l’instar du communisme d’autrefois, l’islam, pour conquérir les esprits, joue sur une corde sensible. Il se targue d’une légitimité qui trouble la conscience occidentale, attentive à autrui : être la voix des pauvres de la planète. Hier, la voix des pauvres prétendait venir de Moscou, aujourd’hui elle viendrait de La Mecque ! (…) Aujourd’hui à nouveau, des intellectuels incarnent cet oeil du Coran, comme ils incarnaient l’oeil de Moscou hier. Ils excommunient pour islamophobie, comme hier pour anticommunisme. À l’identique de feu le communisme, l’islam tient la générosité, l’ouverture d’esprit, la tolérance, la douceur, la liberté de la femme et des moeurs, les valeurs démocratiques, pour des marques de décadence. Ce sont des faiblesses qu’il veut exploiter au moyen «d’idiots utiles», les bonnes consciences imbues de bons sentiments, afin d’imposer l’ordre coranique au monde occidental lui-même. Robert Redeker
Des millions de Faisal Shahzad sont déstabilisés par un monde moderne qu’ils ne peuvent ni maîtriser ni rejeter. (…) Le jeune homme qui avait fait tous ses efforts pour acquérir la meilleure éducation que pouvait lui offrir l’Amérique avant de succomber à l’appel du jihad a fait place au plus atteint des schizophrènes. Les villes surpeuplées de l’Islam – de Karachi et Casablanca au Caire – et ces villes d’Europe et d’Amérique du Nord où la diaspora islamique est maintenant présente en force ont des multitudes incalculables d’hommes comme Faisal Shahzad. C’est une longue guerre crépusculaire, la lutte contre l’Islamisme radical. Nul vœu pieu, nulle stratégie de « gain des coeurs et des esprits », nulle grande campagne d’information n’en viendront facilement à bout. L’Amérique ne peut apaiser cette fureur accumulée. Ces hommes de nulle part – Shahzad Faisal, Malik Nidal Hasan, l’émir renégat né en Amérique Anwar Awlaki qui se terre actuellement au Yémen et ceux qui leur ressemblent – sont une race de combattants particulièrement dangereux dans ce nouveau genre de guerre. La modernité les attire et les ébranle à la fois. L’Amérique est tout en même temps l’objet de leurs rêves et le bouc émissaire sur lequel ils projettent leurs malignités les plus profondes. Fouad Ajami
Le problème de fond, c’est qu’aujourd’hui, en sus de cette crise d’identité des minorités hybrides, il existe une crise d’identité plus générale de l’Europe et des États-Unis. Une forme d’anxiété profonde face à l’afflux d’immigrants. En Amérique, un pays qui s’est bâti sur l’immigration, le sentiment général à l’égard des immigrés est en train de changer, se rapprochant de ce qu’il est en Europe. Depuis le 11 Septembre, les musulmans américains deviennent une minorité qui fait peur. Cette peur est le résultat de notre ère globalisée. Dans les pays musulmans, la peur de l’hybride croît également. De la même manière que l’Europe et l’Amérique se sentent physiquement menacées par une invasion musulmane, les populations conservatrices du Pakistan se sentent, elles, menacées par l’invasion du mode de pensée et de vie américain et européen. C’est la raison pour laquelle, l’an dernier, 3 000 personnes ont été tuées par les terroristes en terre pakistanaise. N’oublions jamais que la vraie bataille entre l’islam radical et le reste du monde se déroule là-bas. Mohsin Hamid
Humanity makes the gravest of errors and risks losing its account of morals, if it makes America its example. Sayyid Qutb
This is the very spirit in which the crowds visit the art museums, passing rapidly through the halls and the exhibits in a way that does not suggest any enjoyment or love of these works [of art]. In just the same way they go (individually and in groups) to get a rapid view of natural spectacles. Passing by places and spectacles at the cars’ top speed, they collect conversational material and also comply with the natural American inclination toward collection and enumeration. At the beginning of my stay in America, I would hear that one of them had visited X cities and countries and sights and spectacles and had gone X miles in his tourist journeys and knew X friends, so that I was astonished at this capacity for producing such things and wished that I were capable of any of it! Then I discovered afterward how all these marvels took place… One of them drives his car on a journey, alone or with his family or friends. He races it at top speed, taking it through cities and over distances, passing by sights and spectacles, while recording in his notebook the names and the mileage… Then he returns, and see! he has seen all of it, and he has the right to converse about it! As for friends, it is enough that one be invited to get-acquainted parties. There he encounters their faces for the first time, and the host acquaints him with the attendees one by one (men as well as women), and he asks whoever of them wish to do so to write down their names and addresses, and so they in turn do with him. After some time, his notebook is full of names and addresses. And see! he has a great number of friends (men and women), and perhaps he is even victorious in the competition undertaken in pursuit of this goal. How great, how strange are the competitions here! Thus your knowledge and your culture are often measured by how much you have read and watched and heard. It is the same as the way that your material riches are calculated by the quantity and amount of the cash and real property that you own: without any distinctions!
The only art in which the Americans are proficient—although there are other [peoples] who still surpass them in it as far as artistry goes—is the art of the cinema. This is natural and logical given the phenomenon that makes the American unique: the height of industrial proficiency combined with primitiveness of artistic feelings. In the cinema this phenomenon is very much manifest. By its nature, the cinematic art does not rise to the loftiest regions of the arts—music, drawing, sculpture, and poetry—nor for that matter to the [level of the] art of the theater, although in the cinema the possibilities for artistic craft and the possibilities of production are much greater. And in terms of originality, the art of production in the cinema has gotten only as far as the farthest point reached by the art of photography. Moreover, some distance remains between it and (for example) the art of the theater, just as some distance remains too between depiction by photography and depiction by a [painter’s] brush. In the latter is expressed genius of feelings; in the former, expertise of craft. The cinema is the popular art of the multitudes, so it is the art in which one finds expertise, proficiency, magnification, and approximation. By its nature it relies more on expertise than on the artistic spirit… in it the American genius can exercise creativity… yet despite this, English, French, Russian, and German film all remain superior to American film, although they are inferior to it in craft and expertise. In the great majority of American films, one sees manifestly primitive subjects and primitive excitement; this is true of police/crime films and cowboy films. As for high, skillful films, such as “Gone with the Wind,” “Wuthering Heights,” “The Song of Bernadette,” and such, they are few in comparison with what America produces. Such American film as does reach Egypt or the Arab countries does not resemble this family, since the majority of it comes from among the superior, rare American films. And those people who visit the regions of the land in America are those who reach that tiny family of valuable films. Sayyid Qutb
The core problem with the United States, for Qutb, was not something Americans did, but simply what America was—“the New World…is spellbinding.” It was more than a land of pleasures without limit. In America, unlike in Egypt, dreams could come true. Qutb understood the danger this posed: America’s dazzle had the power to blind people to the real zenith of civilization, which for Qutb began with Muhammad in the seventh century and reached its apex in the Middle Ages, carried triumphantly by Muslim armies. David Von Drehle
Qutb (…)  judges Americans on a range of social and moral characteristics—including their sexual mores, their political history, and their attitudes towards religion, sports, art, and death—and generally finds them wanting. Most striking about the article is Qutb’s adherence to a standard of “human values” rather than specifically “Islamic values.” Qutb never elaborates this standard explicitly, but in general his theme seems to be that human beings should strive to attain high-minded, civilized, and spiritual values rather than bestial, primitive, and sensual ones. American society, in Qutb’s view, tends toward the latter. Daniel Burns
Ils ont tué des gens parce que l’Islam leur donne l’autorisation théologique d’utiliser la violence contre les infidèles dont l’existence menace l’hégémonie islamique légitimée par Allah. (…) Le manque d’éducation et d’opportunité économique existe dans le monde entier, mais les chrétiens africains et les animistes ou les hindous indiens, et les Bouddhistes ne commettent pas d’actes terroristes n’importe où et à la même fréquence que les musulmans. Beaucoup de personnes dans le monde vivent sous des dictateurs oppressifs qui violent régulièrement les droits de l’homme, et ils ne se tournent pas pour autant vers le terrorisme contre les étrangers, en réponse. Les Tibétains n’enfilent pas des gilets pour kamikazes et ne bombardent pas des marathoniens. Il y a des millions et des millions de pauvres partout dans le monde, ils ne tuent pas aveuglément des gens innocents dans les pays éloignés de leur domicile. Bruce Thornton

Alors qu’au lendemain de l’attentat aveugle et purement anti-civils de Boston suivi ou précédé, de la France à l’Espagne et au Canada, par plusieurs autres tentatives déjouées (dont une, signe encourageant, avec l’aide d’un imam) …

Comment ne pas voir, avec le chroniqueur américain Bruce Thornton, l’incroyable aveuglement de nos belles âmes devant l’évidence …

De ce nouveau ciment de toutes les violences (plus de 20.000 depuis le 11 Septembre) qu’est devenu, remplaçant le marxisme d’hier, l’islam ?

Et, depuis le voyage en Amérique d’un de leurs premièrs théoriciens, l’Egyptien  Sayyid Qutb dans les années 50, de cette haine pure et simple, tout en profitant de ses largesses, de la civilisation occidentale incarnée par l’Amérique ?

llusions sur la raison pour laquelle des frères musulmans tuent

Bruce Thornton

Middle East and Terrorism

Adapté en français par Hanna Lévy

israel-chronique-en-ligne.over-blog.com

21 Avril 2013

Malgré les vœux fervents des médias progressistes et du fantaisiste David Sirota, qui espérait que le coupable soit un « homme blanc », il s’avère que les terroristes qui ont bombardé le Marathon de Boston, n’étaient pas blancs, ni le Tea Party, ni des frondeurs amers haïssant les impôts, mais des Musulmans tchéchènes. Quelle surprise ! Comme disent les Français. Nous allons maintenant, commencer à entendre toutes les interprétations de justification pour leur acte, dont peu exposeront l’évidence : Ils ont tué des gens parce que l’Islam leur donne l’autorisation théologique d’utiliser la violence contre les infidèles dont l’existence menace l’hégémonie islamique légitimée par Allah.

Bien sûr, pour les matérialistes laïques et les experts de gauche, dont les esprits sont pourvus d’idées, de clichés banals, tels que le fait de dire, que c’est un discours de haine islamophobe. Que seul le christianisme et le judaïsme mènent à la violence, aux croisades et au sionisme. Que l’Islam est « la religion de paix et de tolérance », qui a créé la Renaissance et a traité les Juifs et les Chrétiens avec bonté. Que si les Musulmans agissent avec violence – plus de 20.000 attaques violentes depuis le 11 Septembre – c’est parce qu’ils doivent avoir été provoqué par le mauvais comportement de l’Occident : le colonialisme, l’impérialisme, l’avidité pour le pétrole, le soutien à Israël, le non-respect de l’Islam et de Mohammed, la guerre contre le terrorisme qui a diabolisé les Musulmans. Ou, parce que les terroristes sont créés par les inégalités et les coûts du capitalisme mondial, qui ne donnent que peu de possibilités éducatives ou économiques aux jeunes gens musulmans, créant chez eux frustration et désespoir, ce qui les poussent à se tourner vers un schisme déformé de l’Islam en soulagement. Ou, parce qu’ils sont les produits de régimes politiques oppressifs qui limitent leur liberté, violent leurs droits de l’homme et étouffent leurs aspirations.

Nous avons entendu toutes ces explications venant de gauche comme de droite depuis plus d’une décennie. Ce que nous n’avons pas vu, c’est la preuve que cela soit réellement le cas. L’histoire ne fournit aucune preuve que les prétendus péchés de la politique étrangère américaine prédominent sur les avantages tangibles démontrables de nos actions aux Musulmans. L’Amérique n’a jamais eu de colonie dans les terres musulmanes, et en effet,  après la Seconde Guerre mondiale, a résisté aux tentatives françaises et britanniques de réaffirmer leur autorité sur leurs anciennes colonies, plus manifestement dans la crise de Suez de 1956. Depuis lors, les États-Unis ont armé les Afghans et les ont aidé à chasser les Soviétiques, ils ont sauvé le Koweït et l’Arabie Saoudite des griffes du sadique psychopathe Saddam Hussein, ils ont bombardé les Serbes chrétiens pour sauver les Kosovars et les Bosniaques musulmans, ils ont libéré les Chiites irakiens des mains de Saddam Hussein, ils ont libéré les Afghans de la brutalité des Talibans, ils ont versé des milliards de dollars d’aide à des régimes terroristes palestiniens, ils ont utilisé leurs avions pour aidé les Musulmans en Libye afin de les libérer du psychotique Kadhafi, et ils ont soutenu la parole et les inventions des djihadistes, des Frères musulmans d’Égypte, antisémites et haïssant l’Amérique, afin que les Musulmans puissent jouir de la « liberté et la démocratie ».

Et ce n’est pas tout ! Nous avons sans cesse manifesté notre respect pour la merveilleuse foi islamique, nous avons censuré nos communications officielles et nos programmes de formation pour supprimer toute référence au djihadisme ou à la théologie islamique qui justifie la guerre sainte, nous avons parlé avec pudeur des attaques djihadistes comme pour les meurtres de Fort Hood « violence en milieu du travail », nous avons invité de modestes Imams à prier à la Maison Blanche, nous avons rempli nos écoles avec des programmes faisant l’éloge de l’Islam et de ses contributions à la civilisation, nous avons sermonné et poursuivi des auteurs ou dessinateurs qui exerçaient leur droit au premier amendement, critiquer l’Islam, nous avons abandonné le « profilage » en tant que technique permettant d’identifier d’éventuels terroristes tentant de monter dans un avion ou entrer dans le pays, nous avons employé comme conseillers auprès du FBI, du Pentagone et de la CIA, des Musulmans apologistes, qui recyclent des mensonges éhontés et déforment les faits – nous avons fait tout ceci pour cette libération musulmane, pour eux, pour leur foi, et ils ne nous aiment toujours pas, ils veulent toujours nous tuer !

Cette déconnexion entre notre prétendu mauvais comportement et les motivations des djihadistes est particulièrement évidente dans le cas des terroristes de Boston. Si les Musulmans tchéchènes ont quelque chose à reprocher à quelqu’un, c’est aux Russes. Quand le terrorisme djihadiste est devenu un problème en Tchéchènie, il n’y a eu ni « cœurs, ni esprits » pour des campagnes de sensibilisation, aucune sollicitude, aucune aide de l’étranger, aucune excuse pour ses péchés passés, aucun respect scrupuleux des lois de la guerre, des conventions de Genève ou des droits de l’homme, aucun tribunal d’Imam pour donner un aperçu de la magnificence de l’Islam. Les Russes ont employé la torture, l’assassinat, les représailles collectives, et pour finir ont encerclé Grozny avec l’artillerie et l’ont laissé en ruines. Au cours des deux guerres de Tchétchénie, les Russes ont tué environ 150.000 personnes. En fait, la Russie a tué des Musulmans depuis le 18ème siècle et ont occupé des terres musulmanes en Asie centrale pendant 80 ans sous l’Union soviétique. Alors, dites-moi, M. le Sénateur Rand Paul ou M. le Secrétaire à la Défense Chuck Hagel, si notre mauvaise conduite de politique étrangère explique la haine djihadiste, comment se fait-il que deux siècles de violence russe contre les Musulmans soient ignorés, que tout notre sang et notre argent dépensé pour libérer et aider les Musulmans n’aient aucune importance ?

Les autres justifications de la violence musulmane ne sont pas plus convaincantes. Le manque d’éducation et d’opportunité économique existe dans le monde entier, mais les chrétiens africains et les animistes ou les Hindous indiens, et les Bouddhistes ne commettent pas d’actes terroristes n’importe où et à la même fréquence que les Musulmans. Beaucoup de personnes dans le monde vivent sous des dictateurs oppressifs qui violent régulièrement les droits de l’homme, et ils ne se tournent pas pour autant vers le terrorisme contre les étrangers, en réponse. Les Tibétains n’enfilent pas des gilets pour kamikazes et ne bombardent pas des marathoniens. Il y a des millions et des millions de pauvres partout dans le monde, ils ne tuent pas aveuglément des gens innocents dans les pays éloignés de leur domicile. Chaque excuse à la violence musulmane s’effondre sous le poids de ces faits. Pendant ce temps, la cause commune à tous ces tueurs – riches ou pauvres, instruits ou pas, politiquement opprimés ou non – est l’Islam, et préventivement le rejet de l’explication de la violence.

Cet « aveuglement volontaire », comme l’appelle Andy McCarthy, est devenu dangereux. Il reflète l’arrogance du matérialisme laïc, qui a écarté la religion comme un simple choix de style de vie, d’habitude bénin – à moins que vous ne parliez d’un criminel armé, d’un raciste, d’un misogyne, d’un chrétien évangélique homophobe ou raciste, de l’accaparement de terres par des Juifs sionistes. Non, il s’agit d’un traumatisme psychologique causé par la mondialisation ou l’islamophobie ou des insultes insensibles à Mohammed ou l’oppression des Palestiniens par Israël ou quoique ce soit d’autre que les passages dans le Coran, les hadiths et 14 siècles de jurisprudence islamique et de théologie, qui clairement et systématiquement définissent la doctrine du djihad violent contre les infidèles.

Attendez-vous donc, dans les prochaines semaines au même retour de flamme du vieux commentaire sur la politique étrangère ou à un soupçon d’analyses psychologiques personnelles ou des commentaires sur les péchés d’Israël et les guerres de Bush ou des commentaires sur l’intolérance et la xénophobie américaine ou sur notre besoin de « tendre la main » et  de « s’engager » et de « respecter » et de « comprendre » les fanatiques qui ne veulent pas de notre aide, de notre tolérance ou de notre respect, mais nos morts. En bref, il faut s’attendre à ce que les djihadistes pensent que nous sommes faibles et corrompus et que nous méritons donc de mourir.

Voir aussi:

Muslims have a problem. Uncle Ruslan may have the answer.

Asra Nomani

Washington post

April 23

In Reef flip flops, blue jeans and a Calvin Klein polo shirt, Ruslan Tsarni, an uncle of the alleged Boston Marathon bombers, strode down the driveway of his Federalist-style home last week in Montgomery Village, Md., an upper middle-class Washington, D.C. suburb, past a ground cover of purple wisteria blooming in his front yard and pink tulips across the street.

In the next few minutes, the uncle to Dzhokhar Tsarnaev, 19, and Tamerlan Tsarnaev, 26, the alleged Boston Marathon bombers, accomplished something that 11 years of post-9/11 press releases, news conferences and soundbites by too many American Muslim leaders has failed to do on the issue of radicalization and terrorism: with raw, unfettered emotion, he owned up to the problem within.

Instead of being silenced by what they did, he openly said that his nephews had brought “shame” on the family with their actions. This is the same kind of “shame off,” as one admirer later called it, that protesters to the gang rape in India have to win: Are we shamed into silence? Or do we confront the serious issues that shame us?

Hands clasped tightly in front of him, Uncle Ruslan faced off against a pack of about 30 journalists, cameras pointing at him, microphones stuck in front of him, questions about his nephews thrown at him:

“When was the last time you saw them?” He answered: December 2005. Another journalist asked: “What do you think provoked this?” “Umm, being losers! Hatred to those who were able to settle themselves!” he shouted. “These are the only reasons I can imagine. Anything else to do with religion, to do with Islam, is a fraud, is a fake.”

As an American Muslim who has watched the radicalization of Muslims from Louisville, Ky., to Chatanooga, Tenn., to Chechnya, the ancestral ethnicity of the alleged bombers, over the last three decades, I had one question on my mind.

I asked softly: “Is your family Muslim?”

The uncle didn’t hear me well: “Huh?”

I repeated my question: “Is your family Muslim?”

The question was one other journalists later admitted to me that they wondered but didn’t dare ask, the proverbial elephant in the room, only at that moment, on a cul-de-sac with manicured lawns, playground sets and helicopters and Canadian geese overhead. In Washington, D.C., leaders of national American Muslim organizations filled a room at the National Press Club and issued their flat, blanket rebuttals: Islam doesn’t sanction violence, and it doesn’t allow terrorism. When the New York Post made the mistake of writing that a Saudi witness was actually a suspect, bloggers and others took advantage of the opportunity to chortle over the mistake as just one more horrible example of stereotyping.

While it is critical that we don’t jump to conclusions by associating religious affiliation with militancy, there is no doubt that embracing an ideology of Islam that promotes extremism and violence has been a motivator for terrorism, from assassinated al-Qaeda leader Osama bin Laden to Army Major Nidal Hasan.

Did such an ideology influence the Tsarnaev brothers? Who or what compelled them to violence? What role does Muslim culture play in this type of radicalization?

Rather than worrying about being politically correct, we have to be comfortable asking these difficult questions. And the collectivist-minded Muslim community needs to learn an important lesson from Tsarni: It’s time to acknowledge the dishonor of terrorism within our communities, not to deny it because of shame. As we negotiate critical issues of ethnicity, religious ideology and identity as potential motivators for conflict, we have to establish basic facts.

So when I asked about his faith, Tsarni heard me. And he did something remarkable. He didn’t flinch.

“We are Muslims,” he answered clearly and steely-eyed. “We are Chechnyans. We are ethnic Chechnyans.”

Had the boys gotten radicalized, I wondered. The stories of so many—from Richard Reid, the “shoebomber,” to Faisal Shahzad, the alleged Time Square bomber–have included radicalization. The Boston area mosques haven’t been immune. “Do you think that they got radicalized in the mosques in that area?” I asked.

What I heard I couldn’t believe, I’ve become so used to the tactics of deflection. He looked me straight in the eye, and he said, “…most likely somebody radicalized them. But it’s not my brother, who just moved back to Russia, who spent his life bringing bread to their table, fixing cars, fixing cars.”

What happened when this Muslim American looked us in the eye and admitted the problem?

Tsarni became “Uncle Ruslan” to millions of Americans watching him on TV and later online, winning their respect, first, with apologies and then, with his hands clenched, fierce indignation, outrage and anger over the suspected role of his nephews as the Boston Marathon bombers. And there was his color too: Still using AOL when most don’t even know it still exits, scolding Dzhokhar to turn himself in.

The uncle stunned seasoned reporters, some of them veterans of the trials in Guantanamo Bay and the wars in Iraq and Afghanistan, with his straight talk. First, he expressed his condolences to the victims of the Boston Marathon bombings and, then, declared loud and clear that his nephews brought “shame” on his family and the people of Chechnya, the family’s ethnicity: “Yes, of course, we’re ashamed. We’re ashamed. They’re children of my brother, who had little influence of them!” Later on Dzhokhar: “He put a shame on the entire Chechnyan ethnicity!” According to public records, Uncle Ruslan shared the same last name as his nephews but shortened it .

With close-cropped hair, a strong jawline and fit physique, the attorney became an accidental spokesman, instilling confidence as a truth-teller.

Admirers have created memes, or images, of his face, contorted in rage, revealing just how effective he has been in instilling confidence.

One meme headline: “Uncle Ruslan. Mosque Board Chairman 2013.”

His effectiveness reveals that the best crisis management doesn’t require intellectual gymnastic but just plain, honest talk: We have a problem. We know it. And we want to do right. Another “Uncle Ruslan” meme reads, “If you can believe it I have had no media training.” Yet another, “First time public speaking. Nailed it.”

“Uncle Ruslan” proved that folks can handle nuance. “It was wild, dramatic, angry, over-the-top,” wrote Washington Post blogger Alexandra Petri. She added: “People like Uncle Ruslan remind us that it’s the apples, not the barrel.”

She concluded: “Thank you. This was a moment we all needed.”

In this family lies the dichotomy of cross-cultural communication patterns confronting Muslim communities, just like other traditional societies. Many parts of Muslim society hold to traditional cultures which are shame-based; people “save face” to hide “shameful” acts. That’s what we heard from the brothers’ parents and aunt, Patemat Sulemanova.

While her brother said the nephews had shamed their family, Sulemanova, in Canada, told reporters she didn’t believe her nephews were involved in the bombings: “Convince me,” she said.

In Russia, Zubeidat Tsarnaev said her older son got involved in “religious politics” five years ago, but she refused to believe her sons were involved in the bombings, saying the FBI had visited her years earlier, troubled about Tamerlan’s activities, but that the FBI was in “the control” her older son’s activities. “He never told me he would be on the side of jihad,” she said. Typical of the failure of this posture of denial and conspiracy theories, a CNN reporter called it “a rant.”

Also in Russia, the alleged bombers’ father, Anzor Tsarnaev, called his brother “a great attorney,” but said he couldn’t believe his sons were involved. “I’m always telling them study, study, study,” he said. “Someone framed them.”

But back in America, Uncle Ruslan was winning in the court of public opinion.

And it was stunning to see how he acknowledged the shame openly but didn’t allow it to silence his criticism.

The bombing suspects, "put a shame on the entire Chechnyan ethnicity,” he said.

Earlier, Tsarni had told the Associated Press: “When I was speaking to the older one, he started all this religious talk, ‘Insh’allah’ and all that, and I asked him, ‘Where is all that coming from?’” Insh’allah is the Arabic phrase that means “God willing.”

What Tsarni is admitting is something true but politically incorrect to talk about: the increasing use of these phrases of religiosity are code inside the community for someone who is becoming hardcore. It doesn’t mean that they’re becoming violent or criminal, but it’s a red flag. In 2004, when I spoke about women’s rights at mosques at the Islamic Society of North America conference in Chicago, a young Muslim man stood at the microphone during the Q&A and scolded me for not saying an honorific, “Peace be upon him,” whenever I mentioned the name of the prophet Muhammad. He later sent me an electronic death threat I turned over to the FBI. It’s a game of trying to out-Muslim a Muslim.

Instead of playing that game, Uncle Ruslan did something remarkable. He put his hands together as if in prayer, and he showed humility, not defensive arrogance, saying he’d prostrate himself before the victims of the Boston bombings.

Ameen, as “amen” is said in Arabic and Muslim culture, to Uncle Ruslan. I believe it’s time for us American Muslims to take collective responsibility, rather than issue collective denial. That’s the attitude that cultivates confidence and fosters safety—for all.

With his passions expressed, Uncle Ruslan begged his goodbyes. Journalists remained in formation on the street outside the house, one eating a quick Subway sandwich on the lawn outside, another dragging a wicker chair from a neighbor’s garbage, before a cop reprimanded him. Suddenly, Tsarni emerged. Coming down the stairs onto the driveway he turned to walk toward the end of the cul-de-sac. Reporters and camera crews hustled to catch up. He pleaded with them: “What are you expecting from me? I’m just going to my neighbors to apologize to them for the discomfort my family has caused them.”

Rather than waiting for an invitation to RSVP to a superfluous “interfaith” dinner, Uncle Ruslan did something simple but crucial: He extended an invitation, was a good neighbor and took responsibility for the trouble that emerged in his front yard. In short, he owned up.

Surely, the Tsaernev family story is complicated, and there is nobody without flaw.

But Uncle Ruslan showed us where to begin.

With reporters still camped out , he emerged from his neighbor’s porch, his arm around the older music teacher who lived there, leading her warmly into his house. Hundreds of miles away, Boston Police drew close to bringing his nephew into custody, leaving Uncle Ruslan, the rest of Tsaernev family and our Muslim communities to do some real soul-searching about how we lost these boys to the ideology of terrorism.

To me, the answer lies inside a culture shift where we honestly acknowledge the radicalization problems within our communities—so that no Uncle Ruslan has to step outside his home, confessing to something gone very, very wrong.

Asra Q. Nomani, a former Wall Street Journal reporter, is a mother and the author of “Standing Alone: A Muslim Woman’s Struggle for the Soul of Islam.”

Voir également:

A Lesson In Hate

How an Egyptian student came to study 1950s America and left determined to wage holy war

David Von Drehle

Smithsonian magazine

February 2006,

Before Sayyid Qutb became a leading theorist of violent jihad, he was a little-known Egyptian writer sojourning in the United States, where he attended a small teachers college on the Great Plains. Greeley, Colorado, circa 1950 was the last place one might think to look for signs of American decadence. Its wide streets were dotted with churches, and there wasn’t a bar in the whole temperate town. But the courtly Qutb (COO-tub) saw things that others did not. He seethed at the brutishness of the people around him: the way they salted their watermelon and drank their tea unsweetened and watered their lawns. He found the muscular football players appalling and despaired of finding a barber who could give a proper haircut. As for the music: “The American’s enjoyment of jazz does not fully begin until he couples it with singing like crude screaming,” Qutb wrote when he returned to Egypt. “It is this music that the savage bushmen created to satisfy their primitive desires.”

Such grumbling by an unhappy crank would be almost comical but for one fact: a direct line of influence runs from Sayyid Qutb to Osama bin Laden, and to bin Laden’s Egyptian partner in terror, Ayman al-Zawahiri. From them, the line continues to another quietly seething Egyptian sojourning in the United States—the 9/11 hijacker Mohammed Atta. Qutb’s gripes about America require serious attention because they cast light on a question that has been nagging since the fall of the World Trade Center: Why do they hate us?

Born in 1906 in the northern Egyptian village of Musha and raised in a devout Muslim home, Qutb memorized the Koran as a boy. Later he moved to Cairo and found work as a teacher and writer. His novels made no great impression, but he earned a reputation as an astute literary critic. Qutb was among the first champions of Naguib Mahfouz, a young, modern novelist who, in 1988, would win the Nobel Prize in Literature. As Qutb matured, his mind took on a more political cast. Even by the standards of Egypt, those were chaotic, corrupt times: World War I had completed the destruction of the Ottoman Empire, and the Western powers were creating, with absolute colonial confidence, new maps and governments for the Middle East. For a proud man like Sayyid Qutb, the humiliation of his country at the hands of secular leaders and Western puppets was galling. His writing drew unfavorable attention from the Egyptian government, and by 1948, Mahfouz has said, Qutb’s friends in the Ministry of Education were sufficiently worried about his situation that they contrived to send him abroad to the safety of the United States.

Some biographical sketches suggest that Qutb arrived with a benign view of America, but if that’s true it didn’t last long. During a short stay in Washington, D.C., he witnessed the commotion surrounding an elevator accident and was stunned to hear other onlookers making a joke of the victim’s appearance. From this and a few offhand remarks in other settings, Qutb concluded that Americans suffered from “a drought of sentimental sympathy” and that “Americans intentionally deride what people in the Old World hold sacred.”

This became the lens through which Qutb read nearly every American encounter—a clash of New World versus Old. Qutb easily satisfied the requirements at the graduate school of the Colorado State College of Education (now known as the University of Northern Colorado) and devoted the rest of his time to his true interest—the American soul, if such a thing existed. “This great America: What is its worth in the scale of human values?” Qutb wondered. “And what does it add to the moral account of humanity?” His answer: nothing.

Still, Qutb’s contempt for America was not as simple as some people might now imagine. He did not recoil from political freedom and democracy, as, say, President Bush might expect from a jihadi theorist, nor did he complain about shades of imperial ambition in American foreign policy, as writers on the left might suppose. Regarding the excesses of American culture—vulgarity, materialism and promiscuity—Qutb expressed shock, but it rang a bit hollow. “The American girl is well acquainted with her body’s seductive capacity,” he wrote. “She knows seductiveness lies in the round breasts, the full buttocks, and in the shapely thighs, sleek legs and she shows all this and does not hide it.” These curvy jezebels pursued boys with “wide, strapping chest[s]” and “ox muscles,” Qutb added with disgust. Yet no matter how lascivious his adjectives, the fastidious, unmarried Egyptian could not convincingly portray the church dances and Look magazines he encountered in sleepy Greeley as constituting a genuine sexual “jungle.”

The core problem with the United States, for Qutb, was not something Americans did, but simply what America was—“the New World…is spellbinding.” It was more than a land of pleasures without limit. In America, unlike in Egypt, dreams could come true. Qutb understood the danger this posed: America’s dazzle had the power to blind people to the real zenith of civilization, which for Qutb began with Muhammad in the seventh century and reached its apex in the Middle Ages, carried triumphantly by Muslim armies.

Qutb rejected the idea that “new” was also “improved.” The Enlightenment, the Industrial Age—modernity itself—were not progress. “The true value of every civilization…lies not in the tools man has invented or in how much power he wields,” Qutb wrote. “The value of civilizations lay in what universal truths and worldviews they have attained.” The modern obsession with science and invention was a moral regression to the primitive condition of the first toolmakers. Qutb’s America was bursting with raw energy and appetite, but utterly without higher virtues. In his eyes, its “interminable, incalculable expanses of virgin land” were settled by “groups of adventurers and groups of criminals” who lacked the time and reflection required for a civilized life. Qutb’s Americans “faced the uncharted forests, the tortuous mountain mazes, the fields of ice, the thundering hurricanes, and the beasts, serpents and vermin of the forest” in a struggle that left them numb to “faith in religion, faith in art and faith in spiritual values altogether.”

This portrait likely would have surprised the people of mid-century Greeley, had they somehow become aware of the unspoken opinions of their somewhat frosty neighbor. Theirs was a friendly town best known for the unpretentious college and for the cattle feedlots sprawling pungently on its outskirts. The founding of Greeley in the 1870s involved no ice fields, hurricanes or serpents. Instead, it began with a simple newspaper column written by Nathan Meeker, agricultural editor of the New York Tribune. On December 14, 1869, Meeker appealed to literate readers of high moral character to join him in building a utopian community by the South Platte River near the foot of the Rocky Mountains. More than 3,000 readers applied; from this list Meeker selected the 700 best qualified to realize his vision of a sober, godly, cooperative community. The town was dubbed Greeley in honor of Meeker’s boss at the Tribune, the quixotic publisher Horace Greeley, who died within weeks of his failed run for president in 1872, just as the project was gathering steam.

Poet and journalist Sara Lippincott was an early visitor to the frontier outpost, and later wrote about it under her pen name, Grace Greenwood. “You’ll die of dullness in less than five hours,” another traveler had warned her about Greeley. “There is nothing there but irrigation. Your host will invite you out to see him irrigate his potato-patch…there is not a billiard-saloon in the whole camp, nor a drink of whiskey to be had for love or money.” None of that made any difference to Qutb, who saw only what he already believed, and wrote not facts, but his own truth, in his 1951 essay, “The America I Have Seen.”

Sayyid Qutb cut short his stay in America and returned to Egypt in 1951 after the assassination of Hassan al-Banna, founder of the nationalist, religious and militant movement known as the Muslim Brotherhood. Over the next decade and a half, often writing from prison, Qutb refined a violent political theology from the raw anti-modernism of his American interlude. Virtually the entire modern world, Qutb theorized, is jahiliyya, that barbarous state that existed before Muhammad. Only the strict, unchanging law of the prophet can redeem this uncivilized condition. Nearly a millennium of history became, to the radicalized Qutb, an offense wrought by the violence of jahili “Crusaders” and the supposed perfidy of the Jews. And Muslim leaders allied with the West were no better than the Crusaders themselves. Therefore, Qutb called all true Muslims to jihad, or Holy War, against jahiliyya—which is to say, against modernity, which America so powerfully represents.

This philosophy led to Qutb’s execution in 1966. Proud to the end, he refused to accept the secular Egyptian leader Gamal Abdel Nasser’s offer of mercy in exchange for Qutb’s repudiation of his jihad. Nasser may have silenced a critic, but the martyrdom of Sayyid Qutb accelerated his movement. The same year the philosopher was hanged, according to journalist Lawrence Wright, the teenage al-Zawahiri formed his first violent cell, dedicated to the overthrow of the Egyptian government and the creation of an Islamist state. Meanwhile, Qutb’s brother Muhammad went into exile in Saudi Arabia, where he taught at King Abdul Aziz University. One of his students, an heir to the country’s largest construction fortune, was Osama bin Laden.

Others have taken Qutb’s ideas in less apocalyptic directions, so that M.A. Muqtedar Khan of the Brookings Institution can rank him alongside the Ayatollah Khomeini of Iran as “one of the major architects and ‘strategists’ of contemporary Islamic revival.” But the last paragraphs of Qutb’s American memoir suggest just how far outside normal discourse his mind was wont to stray. After noting the stupidity of his Greeley neighbors, who failed to understand his dry and cutting jokes, Qutb writes: “In summary, anything that requires a touch of elegance is not for the American, even haircuts! For there was not one instance in which I had a haircut there when I did not return home to even with my own hands what the barber had wrought.” This culminating example of inescapable barbarism led directly to his conclusion. “Humanity makes the gravest of errors and risks losing its account of morals, if it makes America its example.”

Turning a haircut into a matter of grave moral significance is the work of a fanatic. That’s the light ultimately cast by Qutb’s American experience on the question of why his disciples might hate us. Hating America for its haircuts cannot be distinguished from hating for no sane reason at all.

Voir encore:

Said Qutb on the Arts in America

Daniel Burns, Translator

November 18, 2009

Current Trends in Islamist Ideology vol. 9

Translator’s note[1]

The Egyptian Said Qutb was one of the leading intellectual lights of 20th Century Islamic radicalism when he was executed in 1966 for his involvement with the illegal Muslim Brotherhood. He is best known for his lengthy Quranic commentary In the Shade of the Qur’an and his book Milestones, in which he makes the case that allegedly Muslim regimes like that of Egypt should be understood as jahiliy (pagan) and therefore the proper target of military jihad.

Years before writing these radical works, Qutb spent two years studying in America (1948-1950). Upon his return to Egypt, he published the three-part article “The America That I Have Seen: In the Scale of Human Values” in the Egyptian journal Al-Risala (Vol. 19 [1951]; no. 957, 959, 961; pp. 1245-7, 1301-6, 1357-1360). A translation of this article appears in the anthology America in an Arab Mirror (New York: St. Martin’s Press, 2000), but that translation is missing a considerable block of text for no reason that I can see. Here I have translated the section of the article’s third part that contains that missing block. All but the first three and the last three paragraphs below are therefore appearing in English for the first time.

The article as a whole contains Qutb’s observations on American life and chiefly on how American citizens rank “in the scale of human values.” He judges Americans on a range of social and moral characteristics—including their sexual mores, their political history, and their attitudes towards religion, sports, art, and death—and generally finds them wanting. Most striking about the article is Qutb’s adherence to a standard of “human values” rather than specifically “Islamic values.” Qutb never elaborates this standard explicitly, but in general his theme seems to be that human beings should strive to attain high-minded, civilized, and spiritual values rather than bestial, primitive, and sensual ones. American society, in Qutb’s view, tends toward the latter.

Wherever possible, I have translated a single Arabic word with a single English word. Words in [square brackets] are my additions or clarifications. I have used Qutb’s punctuation as a guideline but have not been able to reproduce it fully in English; in particular, I have used parentheses, long dashes, sentence breaks, and other means to translate the versatile Arabic particle wa. I have however retained the author’s strange use of quotation marks and ellipses.

Said Qutb: On the Arts in America

The American is primitive in his artistic taste, both in what he enjoys as art and in his own artistic works.

“Jazz” music is his music of choice. This is that music that the Negroes invented to satisfy their primitive inclinations, as well as their desire to be noisy on the one hand and to excite bestial tendencies on the other. The American’s intoxication in “jazz” music does not reach its full completion until the music is accompanied by singing that is just as coarse and obnoxious as the music itself. Meanwhile, the noise of the instruments and the voices mounts, and it rings in the ears to an unbearable degree… The agitation of the multitude[2] increases, and the voices of approval mount, and their palms ring out in vehement, continuous applause that all but deafens the ears.

But despite this, the American multitude attends the opera, listens to symphonies, crowds together for the “ballet,” and watches “classic” plays—so much so that you will hardly find an empty seat. It will happen sometimes that you do not find a place unless you reserve your seat days beforehand, and that at the high price of the fares for these performances.

This phenomenon misled me at first; I even rejoiced at it, down to the depths of my soul. For I had been feeling constantly “begrudging” at the fact that this people, which produces marvels in the world of industry and of science and of research, should have no store of the other human values. I had also been terribly afraid on behalf of humanity that its leadership will pass into the hands of this people that is altogether poor in those values.

Therefore I rejoiced when I saw this phenomenon. For the public that takes an interest in refined art is not to be despaired of no matter what its faults may be, and when this window on its feelings has been opened, there is great hope that many other rays may diffuse from it.

The importance of this phenomenon pushed me to investigate everything about it, in different surroundings and in numerous cities. But when I tracked the expressions on faces, and conversed with a great many of the men and women[3] who visit these places (those I knew and those I did not know), all this revealed to me—with regret—how wide a chasm still separates the spirit of such humane art from the spirit of the Americans. Indeed, their feelings about it[4] are even concealed in all but rare cases; they only look at the matter from a purely social angle. For the cultured American must of necessity see these sorts [of shows] and go to these places in case there should be a conversation about them in any group of people taking part in conversation together. For it is a matter of the greatest shame in America that anyone should fail to take part in the conversation—especially in the case of young women, since what is demanded of them is that they should always find subjects for conversation. So if young women visit these places, they add new subjects to the perpetual American subjects [of conversation], i.e., ball games, names of films and of actors and actresses, cases of divorce and marriage, markings and prices of cars…

This is the very spirit in which the crowds visit the art museums, passing rapidly through the halls and the exhibits in a way that does not suggest any enjoyment or love of these works [of art]. In just the same way they go (individually and in groups) to get a rapid view of natural spectacles. Passing by places and spectacles at the cars’ top speed, they collect conversational material and also comply with the natural American inclination toward collection and enumeration.

At the beginning of my stay in America, I would hear that one of them had visited X cities and countries and sights and spectacles and had gone X miles in his tourist journeys and knew X friends, so that I was astonished at this capacity for producing such things and wished that I were capable of any of it! Then I discovered afterward how all these marvels took place… One of them drives his car on a journey, alone or with his family or friends. He races it at top speed, taking it through cities and over distances, passing by sights and spectacles, while recording in his notebook the names and the mileage… Then he returns, and see! he has seen all of it, and he has the right to converse about it! As for friends, it is enough that one be invited to get-acquainted parties. There he encounters their faces for the first time, and the host acquaints him with the attendees one by one (men as well as women)[5], and he asks whoever of them wish to do so to write down their names and addresses, and so they in turn do with him. After some time, his notebook is full of names and addresses. And see! he has a great number of friends (men and women)[6], and perhaps he is even victorious in the competition undertaken in pursuit of this goal. How great, how strange are the competitions here!

Thus your knowledge and your culture[7] are often measured by how much you have read and watched and heard. It is the same as the way that your material riches are calculated by the quantity and amount of the cash and real property that you own: without any distinctions!

And this is not the mentality of the multitudes only, but it is also very much the mentality of the thinkers and the researchers. For it had occurred to the thinkers in America that it was not right that their country should be the richest country in the world, and their people the greatest people on earth in terms of industrial civilization and scientific civilization, while they should have no artistic wealth like that of poorer peoples such as the Italians and the Germans.

They have money—and money works wonders—so it was only a matter of years before they had museums of drawing and sculpture more magnificent and larger than those other peoples’. These museums have accumulated for themselves works of art from everywhere and have filled up with the rare and the costly among these works, which they[8] have not been stingy about buying with money. These are all foreign works save a few, since American works are primitive and plain to the point of being laughable next to those splendid worldly treasures.

Likewise, [it was only a matter of years before] they had some performing orchestras and some dance troupes of the “ballet,” most of which [demonstrate] expertise and proficiency. And most of the conductors of these orchestras and the directors of these troupes [demonstrate] genius and originality…and all of them[9] save a few are foreigners.

Thus there emerged[10] precise enumerations that indicate what America possesses in the way of great artistic riches, purchased by money. But there remained one little matter: Does the American soul have any share in these riches? Does she even have mere artistic enjoyment of this costly human inheritance!

It occurred to me to examine these points in the art museums just as I examined them at the opera houses and such.

I went for the tenth time to the museum of art in San Francisco and made one of the picture halls of French art the subject of my examination. I distributed my attention over all the pictures inside it, but I concentrated on one outstanding picture named “Fox in the Chicken House.”[11] There are no words that could relate to the reader the beauty of this ingenious picture, in which the artist depicted several profound, complex feelings in a painting where there is no human face to make it easy for the artist to depict those feelings… A fox is in the chicken house, the sky is suffocatingly dark, and the fox has just attacked a chicken, a nesting mother, who appears in distress and exhausted in the claws of the wild beast baring his teeth; her little ones are terrified and the eggs remaining beneath her are scattered; her fellow hens meanwhile are scattered throughout the space of the painting, and the rooster—the man of the house—stands helpless, at a loss to find any salvation for his spouse in distress, although he is her guardian! As for the other hens, one is anxious and taken by surprise, another is despairing and disgusted that there should be all this atrocity in life, while a third is at a loss, asking: “How did this happen?” And the entire sky and the colors in this ingenious painting depict that which words cannot grasp.

I took a rest on one of the seats that the halls do provide with singular[12] courtesy for those visitors who are tired of looking and of walking around to rest on, and I rested, inspecting the features and expressions [of faces] and listening to the remarks and comments.

Four full hours passed over me in my seat, during which 109 persons passed by me, singles and couples and groups, of whom the majority were among the [many] young women and young men[13] who make appointments to spend some time in the museum’s garden and then in the museum itself, since it is proper for the social young woman to share in conversation and to find subjects for conversation.

On [the faces of] how many of these 109 did it appear that they were feeling anything of what they were seeing? Only one lingered for about two minutes in front of the picture I had selected, and he lingered in the whole hall for about five minutes…then he flew off.

I repeated the experiment in the other halls of the museum, and then repeated it in other museums in several cities. Again I arrived at the point where [I could say that], out of the great mass of visitors comprised in my enumerations, only a rare minority comprehended anything of these tremendous artistic riches that the dollar has gathered from all the places on earth; all that remained for the dollar to do was to create artistic sensation, but apparently that does not respond to the dollar’s charms!

The only art in which the Americans are proficient—although there are other [peoples] who still surpass them in it as far as artistry goes—is the art of the cinema. This is natural and logical given the phenomenon that makes the American unique: the height of industrial proficiency combined with primitiveness of artistic feelings. In the cinema this phenomenon is very much manifest.

By its nature, the cinematic art does not rise to the loftiest regions of the arts—music, drawing, sculpture, and poetry—nor for that matter to the [level of the] art of the theater, although in the cinema the possibilities for artistic craft[14] and the possibilities of production are much greater. And in terms of originality, the art of production in the cinema has gotten only as far as the farthest point reached by the art of photography. Moreover, some distance remains between it and (for example) the art of the theater, just as some distance remains too between depiction by photography and depiction by a [painter’s] brush. In the latter is expressed genius of feelings; in the former, expertise of craft.

The cinema is the popular art of the multitudes, so it is the art in which one finds expertise, proficiency, magnification, and approximation. By its nature it relies more on expertise than on the artistic spirit… in it the American genius[15] can exercise creativity… yet despite this, English, French, Russian, and German film all remain superior to American film, although they are inferior to it in craft and expertise.

In the great majority of American films, one sees manifestly primitive subjects and primitive excitement; this is true of police/crime films and cowboy films. As for high, skillful films, such as “Gone with the Wind,” “Wuthering Heights,” “The Song of Bernadette,” and such, they are few in comparison with what America produces. Such American film as does reach Egypt or the Arab countries does not resemble this family, since the majority of it comes from among the superior, rare American films.[16] And those people who visit the regions of the land in America are those who reach that tiny family of valuable films.

There is another art in which the Americans are skillful, because in it there is more of expertise in craft and production than there is of high, genuine art… It is the art of depicting natural spectacles in color as if [the depictions] were photographic, true and exact[17]. This can be seen in the museums of land and water animals, since these animals or their embalmed bodies are displayed [there] in the likeness of their natural habitats, just as if they were real. The artist’s brush is skillful in depicting these habitats in cooperation with the spectacle’s artistic design; it reaches the point of creativity.

This translation of Qutb’s article appeared in Volume 9 of Current Trends in Islamist Ideology published by Hudson Institute.

Keywords: Qutb, Muslim Brotherhood, American Arts, jahiliy

Notes

[1] I am grateful to the Ernest Fortin Memorial Foundation for a summer grant that allowed me to work on this translation, to Michael Montalbano for his relentless editing, and to Prof. Martha Bayles, Prof. Nasser Behnegar, Dr. Hillel Fradkin, Prof. Dennis Hale, Prof. James Nolan, and Zander Baron for reading drafts.

[2] The word consistently translated “multitude” (jamhour) appears a few times in this passage and has political connotations: it is the root of the Arabic word for “republic.” It means something like hoi polloi.

[3] Here and elsewhere Qutb uses two forms, a masculine and a feminine, where Arabic grammar only requires one (since the masculine is taken to include both sexes). Literally this passage says “a great many [m.] and a great many [f.] of those who visit these places.” Qutb seems to want to emphasize that both sexes are included, perhaps because he finds this immodest or perhaps because his audience would not otherwise know whether the social events being described were single-sex.

[4] The nearest possible antecedent is “spirit,” but the earlier “this phenomenon” seems likelier. The gender of the pronoun makes it impossible that it could be “art”.

[5] Literally “one by one and one (f.) by one (f.).” See note 3.

[6] Literally “male-friends and female-friends,” or “friends and female friends.” See note 3.

[7] In the sense of “the state of being cultured,” not “cultural identity.”

[8] The gender of the pronoun means that it most likely refers to, not “museums,” but the antecedent from earlier in the paragraph: “Americans,” or possibly “the thinkers in America.”

[9] Since the entire paragraph is one sentence in Arabic, it is not clear whether this word refers only to the conductors and directors or to the performing groups’ members as a whole.

[10] This is a bit obscure, but Qutb seems to mean that these enumerations became easily available in the course of his own investigations.

[11] Jean-Baptiste Huet’s Fox in the Chicken Yard (1766) meets most of Qutb’s description. I can only see two “other hens,” though.

[12] The ambiguity is present in Arabic as in English: this may be a backhanded compliment.

[13] Literally “female-youths and male-youths,” or “female-youths and youths.” See note 3.

[14] The word is a recurrent theme in the entire article and has been translated “industry” or (as an adjective) “industrial.” From here on it will be translated “craft.”

[15] This phrase does not refer to particular American people that we would call “geniuses,” but to something more abstract, like the previous “artistic spirit.”

[16] The antecedents are hard to follow in this sentence, but the sense seems to me to require: “Such American film as does reach us in Egypt or the Arab countries does not resemble the (generally low-quality) family of American films as a whole, since the majority of what does reach us consists in those high-quality films that make up only a tiny minority of the whole family.”

[17] Qutb seems to mean this as something of a compliment, but on the other hand, that meaning would seem to be at odds with his disparagement of photography three paragraphs earlier.

Voir enfin:

Column One: Moral relativism and jihad

Caroline B. Glick

The Jerusalem Post

11/04/2013

It is the dominance of moral relativism in liberal institutions like the New York Times that make even the most apologetic expose of the Muslim Brotherhood a major event.

Two events happened on Wednesday which should send a shiver down the spine of everyone concerned about the future of the American Jewish community. But to understand their importance it is important to consider the context in which they occurred.

On January 13, The New York Times reported on a series of virulently anti-Jewish comments Egyptian President Mohamed Morsi made in speeches given in 2010. Among other things, Morsi said, “We must never forget, brothers, to nurse our children and our grandchildren on hatred for them: for Zionists, for Jews.” He said that Egyptian children “must feed on hatred; hatred must continue. The hatred must go on for God and as a form of worshiping him.”

In another speech, he called Jews “bloodsuckers,” and “the descendants of apes and pigs.”

Two weeks after the Times ran the story, the Obama administration sent four F-16 fighter jets to Egypt as part of a military aid package announced in December 2012 entailing the provision of 20 F-16s and 200 M1-A1 Abrams tanks.

The Anti-Defamation League, AIPAC, the Jewish Council for Public Affairs and other prominent American Jewish groups did not oppose the weapons transfer.

With the American Jewish leadership silent on the issue, Israel found its national security championed by Sen. Rand Paul. He attached an amendment to a budget bill that would bar the US from transferring the advanced weapons platforms to Egypt.

Paul explained, “Egypt is currently governed by a religious zealot… who said recently that Jews were bloodsuckers and descendants of apes and pigs. This doesn’t sound like the kind of stable personality we [sh]ould be sending our most sophisticated weapons to.”

Paul’s amendment was overwhelmingly defeated, due in large part to the silence of the American Jewish leadership.

The Times noted that Morsi’s castigation of Jews as “apes and pigs” was “a slur for Jews that is familiar across the Muslim world.”

Significantly the Times failed to note that the reason it is familiar is because it comes from both the Koran and the hadith. The scripturally based denigration of Jews as apes and pigs is legion among leading clerics of both Sunni and Shi’ite Islam.

It was not a coincidence that the Times failed to mention why Morsi’s castigation of Jews as apes and pigs was so familiar to Muslim audiences.

The Islamic sources of Muslim Brotherhood Jew hatred, and indeed, hatred of Jews by Islamic leaders from both the Sunni and Shi’ite worlds, is largely overlooked by the liberal ideological camp. And the overwhelming majority of the American Jewish leadership is associated with the liberal ideological camp.

If the Times acknowledged that the Jew hatred espoused by Morsi and his colleagues in the Muslim Brotherhood, as well as by their Shi’ite colleagues in the Iranian regime and Hezbollah is based on the Koran, they would have to acknowledge that Islamic Jew hatred and other bigotry is not necessarily antithetical to mainstream Islamic teaching. And that is something that the Times, like its fellow liberal institutions, is not capable of acknowledging.

They are incapable of acknowledging this possibility because considering it would implicitly require a critical study of jihadist doctrine. And a critical study of jihadist doctrine would show that the doctrine of jihad, or Islamic holy war, subscribed to by the Muslim Brotherhood and its affiliates, as well as by the Iranian regime and Hezbollah and their affiliates, is widely supported, violent, bigoted, evil and dangerous to the free world.

And that isn’t even the biggest problem with studying the doctrine of jihad. The biggest problem is that a critical study of the doctrine of jihad would force liberal institutions like the New York Times and the institutional leadership of the American Jewish community alike to abandon the reigning dogma of the liberal ideological camp – moral relativism.

Moral relativism is based on a refusal to call evil evil and a concomitant willingness to denigrate truth if truth requires you to notice evil.

Since pointing out the reality of the danger the jihadist doctrines propagated by the likes of the Muslim Brotherhood involves the implicit demand that people make distinctions between good and evil and side with good against evil, moral relativists – that is most liberals – cannot contend with jihad.

This is why the American Jewish leadership refused to join Rand Paul and his conservative Republican colleagues in the Senate and demand an immediate cessation of US military aid to the Muslim Brotherhood-controlled Egyptian military even after the evidence of the Brotherhood’s genocidal Jew hatred was splashed across the front page of the Times.

It is the dominance of moral relativism in liberal institutions like the New York Times that make even the most apologetic expose of the Muslim Brotherhood a major event. And it is the dominance of liberal orthodoxies in the mainstream Jewish community that makes it all but impossible for Jewish leaders to speak up against the Muslim Brotherhood, despite the manifest danger its genocidal hatred of Jews poses not only for Israel, but for Jews everywhere.

It is bad enough that liberal Jewish leaders won’t speak out against the Koranic-inspired evil that characterizes the ideology of the Muslim Brotherhood. What is worse is what their own morally relative blindness causes them to do.

On Wednesday, we saw two distressing examples of the consequences of this self-imposed embrace of ideological fantasies.

First, on Wednesday, Yeshiva University’s Cardozo Law School’s Journal of Conflict Resolution gave its annual International Advocate of Peace Award to former president Jimmy Carter.

Carter’s long record of anti-Israel, and indeed anti-Semitic, actions and behavior made the decision to bestow him with the honor an affront not only to the cause of peace, but to the cause of Jewish legal rights. As an advocate of Hamas and a man who castigates Israel as an illegal “apartheid” state, Carter has a long record of outspoken opposition to both Jewish human rights and to viable peace between Israel and its neighbors.

For outsiders, the Orthodox Jewish university’s law school’s law journal’s decision to honor Carter was shocking, but as it works out, the Cardozo Journal of Conflict Resolution confers its prize almost exclusively on people active in pressuring Israel to make concessions to Palestinian terrorists who reject Israel’s right to exist. Past winners include Dennis Ross, Bill Clinton, Richard Holbrooke, George Mitchell, John Wallach and Seeds of Peace and, perhaps most astoundingly, the outspoken Jew hater Archbishop Desmond Tutu.

In other words, Carter wasn’t chosen for the honor despite his anti-Israel record. He was selected because of his anti-Israel record.

In a similar fashion, New York’s 92nd Street Y invited virulent Israel hater Roger Waters to perform a concert on April 30. Given Waters’s outspoken opposition to Israel, his call for total economic and cultural warfare against the Jewish state and his leading role in the BDS movement, it is not possible that the 92nd Street Y was unaware of his radical, anti-Semitic sentiments.

And so, the only reasonable explanation for his invitation to perform at the Jewish institution is that the Y wanted to invite this openly anti- Semitic musician to perform. A public outcry by pro-Israel activists forced the Y to cancel his performance.

The day that Carter was embraced by the Orthodox Jewish establishment, Jewish author and activist Pamela Geller was silenced. Geller is the nightmare of the liberal Jewish establishment.

She is a beautiful and articulate speaker and writer who has risen to prominence in the US for her steadfast commitment to exposing the deadly pathologies of Jew hatred, misogyny and other prejudices inherent to jihadist ideology.

Geller’s website, Atlas Shrugs, is a clearinghouse for information on Islamic persecution of women, Christians and apostates and hatred of Jews. She also showcases the documented ties between mainstream American Islamic groups and the Muslim Brotherhood.

An indefatigable defender of Israel, Geller recently ran a highly controversial, and successful ad campaign in the New York and San Francisco public transportation systems in response to an anti-Israel ad campaign. Her billboards read, “In any war between the civilized man and the savage, support the civilized man. Support Israel, Defeat Jihad.”

Geller was scheduled to speak on April 13 at the Great Neck Synagogue in Great Neck, New York. The topic of her talk was “The Imposition of Shari’a in America.”

Last month, after learning of her talk, a consortium of Islamic and leftist activists in Nassau County led by Habeed Ahmed from the Islamic Center of Long Island launched a pressure campaign to coerce the synagogue into cancelling her speech. Members of the group telephoned the synagogue and castigated Geller as a bigot, and likened her to the Nazis in the 1930s.

In short order liberal rabbis Michael White and Jerome Davidson took over the opposition to Geller and launched a media campaign attacking her as a bigot and demanding that the Great Neck Synagogue cancel her speech.

Rejecting the distinction Geller makes between jihadists and their victims – Muslim and non- Muslim alike, White and Davidson claimed that she opposes all Muslims and so her speech must be canceled. By hosting her, they intoned, the Great Neck Synagogue would be guilty of propagating hate speech. Liberal Christian and Jewish activists and their Muslim associates threatened to protest the speech.

On Wednesday the synagogue caved in to their massive pressure. Citing “security concerns” the synagogue board released a statement saying that while “these important issues must be discussed, the synagogue is unable to bear the burden” of the pressure campaign surrounding Geller’s planned speech. Her event was canceled.

Surveys of the American Jewish community taken in recent years by the American Jewish Committee demonstrate that the vast majority of American Jews are deeply supportive of Israel, and their views tend toward the Right side of the political spectrum in issues related to Israel, the Palestinians and the wider Islamic conflict with the Jewish state.

On the other hand, the AJC’s surveys show that for the vast majority of American Jews, Israel is not a voting issue. This state of affairs was reflected by a comment that Yeshiva University student Ben Winter made to the media regarding the absence of student protest against Carter on Wednesday. In Winter’s words, “While many students at YU feel strongly about their Zionism, few have the courage to publicly express their opinions.”

The danger exposed by the cancellation of Geller’s speech and the conferral of honors on the likes of Carter and Waters by mainstream Jewish institutions is daunting. If moral relativism remains the dominant dogma of the American Jewish establishment, the already weakly defended, but still strongly rooted, support for Israel among the rank and file of the American Jewish community will dissipate.


Attentats de Boston: La surveillance pour tous ! (Why should Muslims and leftists be less deserving of surveillance than right-wing extremist groups ?)

21 avril, 2013
http://tundratabloids.com/wp-content/uploads/2013/04/fbi-interviewed-dead-olderbrother-tsarnaev-could-have-deported-him-20.4.2013.pngL’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. (…) Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme. René Girard
The Tsarnaev brothers pulled off their terrorist attack with great skill but made a fatal mistake in letting their faces and bodies be seen at a heavily photographed international sporting event. This meant that multiple images of them were available for a massive law enforcement squad to comb over and, after three days, identify them by name and appearance. This rapid identification was not unprecedented – the London police had done likewise in the July 2005 suicide bombings but because none of the four perpetrators survived that attack, that was more a theoretical achievement than a practical one. To the best of my knowledge, the Tsarnaevs were the first terrorists to be tracked down via still and video pictures. (…) But how to avoid doing so? Hoodies leave the face exposed. Ski masks arouse suspicion in temperate weather, as do Halloween masks all but one night a year, and stocking masks at any time. Obviously, they should have put on Islamic full body covers that show only the eyes (niqabs) or nothing at all (burqas). These garments have multiple and unique virtues, totally hiding the wearers identity; being legitimate attire in any weather and in any place; permitting the discreet transport of weapons; giving off the helpfully false impression of being worn by women, which both reduces suspicion and misleads witnesses; usefully creating a social barrier; maximizing personal prerogatives; and being ideologically appropriate, sending an unmistakable Islamist signal. (…) One must expect future non-suicide bombers to turn to niqabs or burqas. (As many terrorists and criminals repeatedly have done so.). But why wait for them to engage in more murders? Why close the barn door only after the horse has run away? Far smarter would be to ban the niqab and burqa in public places now, before tragedy occurs. Daniel Pipes
L’attaque de Bourgas était une attaque sur le sol européen contre un Etat membre de l’Union européenne. Nous espérons que les Européens vont tirer les conclusions qui s’imposent. Les conclusions annoncées par la Bulgarie aujourd’hui sont claires: le Hezbollah était directement responsable de cette atrocité. Il n’y a qu’un seul Hezbollah, c’est une organisation unique avec un commandement unique. C’est une nouvelle confirmation de ce que nous savions déjà: que le Hezbollah et son parrain l’Iran orchestrent une campagne terroriste à travers les pays et les continents. Benjamin Netanyahou
Il y a des informations concernant des financements et une appartenance au Hezbollah de deux personnes, dont l’auteur de l’attentat. (Ces personnes) possédaient des passeports de l’Australie et du Canada" et "vivaient sur le territoire libanais depuis 2006 et 2010. Tsvetan Tsvetanov (ministre bulgare de l’Intérieur)
Tamerlan Tsarnaev a été entendu en 2011 par la police américaine après l’avertissement d’un pays étranger, a confirmé vendredi le FBI, qui pourrait ainsi être placé dans l’embarras. Les autorités du pays en question, qui n’a pas été précisé, le soupçonnaient d’être «un adepte de l’islam radical» sur le point de quitter les Etats-Unis pour rejoindre un mouvement armé, a précisé le FBI vendredi soir. L’audition de Tamerlan Tsarnaev et de sa famille n’a pas permis «de découvrir une quelconque activité terroriste», pas plus que les recherches concernant leurs déplacements, leurs activités sur internet ou leur entourage, ajoute l’agence. 20 minutes
A l’été 1996, le monde avait les yeux rivés sur Atlanta pour les Jeux olympiques. Sous la protection et les auspices du régime de Washington, des millions de personnes étaient venues pour célébrer les idéaux du monde socialiste. Les multinationales ont dépensé des milliards de dollars et Washington avait mis en place une armée de sécurité pour protéger le meilleur de ces jeux. (…) L’objectif de l’attaque du 27 juillet était de confondre, de mettre en colère et dans l’embarras le gouvernement de Washington aux yeux du monde pour son abominable autorisation de l’avortement à la demande. Le plan était de forcer l’annulation des Jeux, ou au moins de créer un état d’insécurité, pour vider les rues autour des lieux et ainsi rendre inutiles les vastes sommes d’argent investies. Le plan sur lequel je me suis finalement rabattu était d’utiliser cinq explosifs chronométrés low-tech à placer un à la fois et en des jours successifs tout au long du calendrier olympique, chacun précédé d’un avertissement de quarante à cinquante minutes sur le 911. Les lieu et heure de la détonation devaient être donnés, et l’intention était de ce fait de faire évacuer chacune des zones visées, laissant seuls exposés au risque potentiel de blessure les forces de l’ordre en uniforme et armées. « Les attaques devaient commencer dès le début des Jeux olympiques, mais en raison d’un manque de planification, cela a été reporté d’une semaine. J’avais espéré sincèrement atteindre ces objectifs sans nuire à des civils innocents. Eric Randolph
Aux Etats-Unis, les musulmans sont plus résistants, mais pas à l’abri du message radical. Malgré les perspectives économiques, la puissante force d’attraction des racines religieuses des individus et de l’identité peut parfois prendre le dessus sur la nature assimilatrice de la société américaine, faite de réussite professionnelle, stabilité financière et confort matériel. Mitchell Silber et Arvin Bhatt
Certains utiliseront cette menace comme un argument contre l’immigration, mais cela serait punir tout le monde pour les péchés de quelques uns. La menace radicale intérieure est vraiment un argument à la vigilance, notamment au sein de communautés enclines à produire des terroristes. Autrement dit, surveiller les groupes d’étudiants étrangers aux États-Unis, certaines communautés d’immigrants qui ont produit des jihadistes et, oui, même les mosquées et d’autres lieux musulmans. L’important est d’être assez familier avec ces communautés, pour connaître et être suffisamment en confance avec leurs dirigeants de sorte que ces hommes et ces femmes alertent les forces de l’ordre lorsque que l’un de leurs membres semble s’être radicalisé. Cela offense certains défenseurs des libertés civiles et l’Associated Press qui s’en sont pris à la police de New York pour la pratique dans une série d’histoires en 2011. Dans le sillage de Boston, cela semble particulièrement peu judicieux. Les policiers de New York disent qu’ils ont poursuivi leur surveillance, en vertu de garanties juridiques appropriées, et nous espérons qu’ils continueront. Le gouvernement américain surveille des groupes extrémistes de droite, parce que nous savons qu’ils sont dangereux. La police ne devrait pas s’abstenir de faire la même chose pour les groupes musulmans ou immigrés simplement parce que cela serait jugé moins politiquement correct. Comme le montrent les événements de la semaine à Boston, ne pas le faire serait bien trop coûteux. Le Wall Street Journal

Attention: un scandale peut en cacher un autre !

Responsable de l’attentat des Jeux d’Atlanta accusé d’attaque indiscriminée de civils alors qu’en alertant la police 45 minutes auparavant il avait tout fait pour l’éviter, groupe suprémaciste texan faussement soupçonné d’avoir tué un juge et son épouse, organisation terroriste libanaise et ses commanditaires iraniens contraints de déployer leurs actions jusqu’en Bulgarie devant le refus indu de l’Europe de toute reconnaissance digne de ce nom …

Alors qu’au lendemain de la mort et de la capture des Mérah américains responsables de la dernière tuerie islamiste en date …

Une opinion et des médias obsédés par les groupes extrémistes de droite continuent comme si de rien n’était leur refus de voir l’évidence …

Pendant qu’après la Maison Blanche, Hollywood se décide enfin à reconnaitre leur dû aux Weathermen et les parlementaires français comme néo-zélandais l’avancée incommensurable du mariage pour tous

Comment ne pas voir avec le WSJ…

Sous prétexte de correction politique et face aux efforts toujours plus méritants des musulmans et de leurs soutiens d’extrême-gauche se tuant littéralement à prouver leur bonne volonté meurtrière

La scandaleuse injustice d’une surveillance policière réservée aux seuls groupes extémistes de droite ?

The Brothers Tsarnaev

Mohsin Hamid

The WSJ

April 20, 2013

The terrorist suspects next door.

Events in Boston were moving so quickly on Friday that it’s impossible to draw too many conclusions. But the emergence of Dzhokhar and Tamerlan Tsarnaev as the chief terror suspects who paralyzed a great American city deserves at least some reflection.

One consoling thought is the admirable behavior of the citizens of greater Boston and its law enforcers. The point may seem banal, but it’s no small matter that the public largely heeded the government’s orders to stay off the streets and take the day off so police could track down the younger brother, 19-year-old Dzhokhar, who was captured Friday night after a day-long manhunt.

Bostonians have endured enormous disruption this week, but the city has shown a remarkable civility and calm throughout it all. Many lives were saved because of the rapid triage work by volunteers at the bomb scene. Bloomberg News reports that one of the marathon bombing’s victims also helped the FBI identify a suspect after he awoke from surgery at the hospital. The suspect had dropped a bag at Jeff Bauman’s feet and looked him in the eye minutes before it exploded. Mr. Bauman lost both legs below the knee but got his man.

As for the brothers, we will learn more about their motives, their training and whether they acted alone or as part of a network. What we have already learned is that they are immigrants from Chechnya, of the Muslim faith, and that 26-year old Tamerlan was uncomfortable in American society despite having lived here for about a decade.

The Associated Press reported that he was quoted in a Boston University student magazine in 2010 as saying, "I don’t have a single American friend. I don’t understand them." Mother Jones reported that a video attributed to a Tamerlan Tsarnaev extolled an extremist religious prophecy associated with al Qaeda. None of this is definitive but it might be illustrative.

If such alienation turned to jihad, it would not be the first time. The radicalization of young Muslims in the West, in particular children of the well-off, is by now a familiar story. The London bombers of 2005 were middle-class Pakistani immigrants from Birmingham. Faisal Shahzad, the failed Times Square bomber, was a naturalized citizen from Pakistan.

After the London bombings, many Americans took comfort in the belief that immigrants to the U.S. are better assimilated than they are in Europe. But that may be more conceit than fact, at least in regard to some young men. "My Son the Fanatic" is a novella by Hanif Kureishi that speaks to the difficulties of acculturation of second-generation Muslims. The recent Pulitzer Prize- winning play, "Disgraced," covers related ground.

Mitchell Silber and Arvin Bhatt explained how this can evolve into a threat in an instructive paper for the New York Police Department in 2007,

"Radicalization in the West: The Homegrown Threat." The intelligence analysts looked at several cases here and abroad and described the process by which otherwise "unremarkable" men leading regular lives become jihadists.

"Muslims in the U.S. are more resistant, but not immune to the radical message," they wrote. "Despite the economic opportunities in the United States, the powerful gravitational pull of individuals’ religious roots and identity sometimes supersedes the assimilating nature of American society which includes pursuit of a professional career, financial stability and material comforts." The Tsarnaev brothers may be an example.

Some will use this threat as an argument against immigration, but that would punish everyone for the sins of a few. The "homegrown" radical threat is really an argument for vigilance, especially within communities prone to producing terrorists.

This means surveilling foreign student groups in the U.S., certain immigrant communities that have produced jihadists, and, yes, even mosques and other Muslim venues. The key is to be familiar enough with these communities, to know and be trusted enough by their leaders, so those man and women will alert law enforcers when someone appears to have become radicalized.

This offends some civil libertarians, and the Associated Press excoriated the NYPD for the practice in a series of stories in 2011. In the wake of Boston, this looks notably misguided. New York’s police say they’ve kept at it, under appropriate legal safeguards, and we hope they will continue.

The U.S. government watches right-wing extremist groups because we know they are dangerous. The police shouldn’t refrain from doing the same to Muslim or immigrant groups merely because that is deemed less politically correct. As the week’s events in Boston show, the costs of doing otherwise are too high.

Voir aussi:

Tamerlan Tsarnaev a été entendu en 2011 par le FBI

20 minutes

20/04/2013

ETATS-UNIS – Le FBI l’a confirmé. Il pourrait ainsi être placé dans l’embarras…

Tamerlan Tsarnaev a été entendu en 2011 par la police américaine après l’avertissement d’un pays étranger, a confirmé vendredi le FBI, qui pourrait ainsi être placé dans l’embarras. Les autorités du pays en question, qui n’a pas été précisé, le soupçonnaient d’être «un adepte de l’islam radical» sur le point de quitter les Etats-Unis pour rejoindre un mouvement armé, a précisé le FBI vendredi soir. L’audition de Tamerlan Tsarnaev et de sa famille n’a pas permis «de découvrir une quelconque activité terroriste», pas plus que les recherches concernant leurs déplacements, leurs activités sur internet ou leur entourage, ajoute l’agence.

«Un coup monté», selon la mère des deux suspects

Interrogée par le service en langue anglaise de la chaîne de télévision Russia Today, la mère des deux suspects a pour sa part affirmé que son fils aîné était surveillé par le FBI depuis au moins trois ans et que la police fédérale américaine était parfaitement au courant de ses activités. «Il était contrôlé par le FBI depuis quelque chose comme trois à cinq ans», a dit Zoubeidat Tsarnaeva, employant en anglais le faux-ami du mot russe signifiant «surveiller». «Ils savaient ce que mon fils était en train de faire, ils savaient quels sites il consultait sur internet» a-t-elle ajouté.

D’après Russia Today, qui l’a interrogée au téléphone, Zoubeidat Tsarnaeva se trouvait à Makhachkala, la ville du Daguestan où elle réside. Comme Anzor, leur père interrogé vendredi par les médias, Zoubeidat Tsarnaeva pense que ses enfants ont été manipulés. «C’est vraiment, vraiment difficile à entendre. Et en tant que mère, tout ce que je peux dire, c’est que je suis vraiment convaincue, je suis sûre à 100% qu’il s’agit d’un coup monté» a-t-elle dit. On ignore donc d’où provenait l’avertissement mentionné par le FBI mais Tamerlan Tsarnaev aurait effectué un voyage en Russie l’année dernière.

«Très perturbant de savoir qu’il était sur les écrans radar du FBI»

Les deux suspects, originaires de Tchétchénie, sont nés au Kirghizistan et vivaient depuis une dizaine d’années aux Etats-Unis, où rien ne pouvait laisser croire qu’il s’agissait d’extrémistes. Le cadet a la nationalité américaine Rien n’indiquait jusqu’ici que les frères Tsarnaev étaient connus des services de police.

«C’est une information nouvelle pour moi et c’est très perturbant de savoir qu’il était sur les écrans radar du FBI» a réagi Michael McCaul, député républicain du Texas et président de la commission Sécurité de la Chambre des représentants. Les services de sécurité américains avaient auparavant indiqué ne disposer d’aucune information permettant d’établir un lien entre les frères Tsarnaev et un mouvement islamiste tel qu’Al Qaïda.

Voir également:

Procureurs assassinés au Texas : un ex-juge et sa femme incriminés

France info

18 Avril 2013

Deux procureurs ont été tués dans l’Etat du Texas, en janvier puis fin mars dernier. Après avoir soupçonné un groupe de défense de la suprémacie de la race blanche, l’enquête a connu un rebondissement ces derniers jours. Un ancien juge de paix et sa femme ont été mis en accusation.

L’affaire avait suscité beaucoup d’émoi au Texas le mois dernier. Non seulement le procureur du comté de Kaufman, près de Dallas et sa femme avaient été retrouvés morts chez eux. Mais en plus, il ne s’agissait pas du premier crime. Un autre procureur travaillant dans le même bureau avait été assassiné deux mois plus tôt.

De quoi envisager aussitôt un lien entre les deux affaires. Les enquêteurs avaient même poussé le raisonnement jusqu’à relier ces deux meurtres, à un troisième, celui du directeur d’une prison dans le Colorado le 19 mars. Dans leur ligne de mire : un groupe de "suprémacistes", la Fraternité aryenne.

De la fausse piste aux arrestations

Mais la piste s’est avérée fausse. Car les recherches ont éloigné les enquêteurs de cette piste d’extrême droite, pour les conduire à un email anonyme annonçant d’autres attaques, et à un ancien juge de paix, renvoyé pour avoir été confondu dans une affaire de vol. Tout est alors allé très vite.

L’ancien magistrat a été arrêté samedi, et accusé de "menace à caractère terroriste", pour avoir rédigé cet email. Quand à sa femme, elle a "avoué son implication dans la planification et la mise à exécution des meurtres par balle", indique son mandat d’arrestation. Mise en accusation mercredi, elle a néanmoins affirmé que c’est son mari qui avait appuyé sur la gâchette.

Voir encore:

Deux procureurs assassinés au Texas, les "suprémacistes" suspectés

France info

1 Avril 2013

Un procureur a été retrouvé mort samedi dans le comté de Kaufman, près de Dallas au Texas. Deux mois après le meurtre de son adjoint et deux semaines après celui d’un directeur de prison. Coïncidences ? Les autorités locales en doutent et soupçonnent un groupe de défenseurs de la race blanche.

Le FBI, les Texas Rangers et d’autres services judiciaires participent à l’enquête sur le meurtre du procureur et sa femme © Reuters – Shannon Stapleton

Il y a deux mois, le procureur de Kaufman Mike McLelland, ancien GI’s de l’opération Tempête du désert en Irak jouait les fier-à-bras, promettant une traque sans fin à la "racaille" qui venait d’assassiner son adjoint, Franck Hasse. Il ne quittait jamais son arme, "même pour promener son chien", disait-il, se décrivant comme "un soldat". Pourtant, il a été retrouvé mort samedi, chez lui, à quelques kilomètres de Dallas, avec son épouse, le corps criblé de balles. Selon les témoignages, le couple aurait été abattu par un ou deux hommes, visages masqués.

"Une attaque ciblée", affirme la police qui refuse de tirer des conclusions trop hâtives, mais estime tout de même que deux meurtres de procureurs à deux mois d’intervalle, dans une ville de 106.000 habitants, c’est un peu trop pour n’être qu’une coïncidence.

Sur les traces de la Fraternité aryenne

Dans le viseur des autorités, la Fraternité aryenne, prônant la défense de la suprématie blanche. Un premier lien avait été établi après le meurtre de Franck Hasse, meurtre perpétré le 19 janvier, jour où le département de la Justice avait annoncé par communiqué l’ouverture d’une enquête par le bureau du procureur de Kaufman contre ce groupe d’extrême droite pour une affaire de racket.

Mais l’affaire ne s’arrêterait pas là. Car le FBI s’est déjà intéressé aux liens entre le meurtre de Franck Hasse et celui du directeur d’une prison du Colorado le 19 mars. Le suspect principal de ce dernier assassinat, mort dans une course-poursuite avec la police deux jours plus tard, faisait précisément partie de la Fraternité aryenne et portait des tatouages de croix gammées.

>>> Si vous avez du mal à suivre, le New York Times a tenté de remonter le temps pour illustrer les possibles connections entre ces différentes affaires.

La branche texane de la Fraternité aryenne est présentée comme un gang responsable de meurtres, d’incendies criminels, d’agressions et autres crimes. Il est décrit comme "enclin à la violence et aux menaces violentes pour maintenir une discipline interne ainsi qu’à des représailles contre les personnes soupçonnées de collaborer avec les forces de l’ordre". La Fraternité aryenne ("Aryan brotherhood") fait partie de la mouvance suprémaciste, qui comme son nom l’indique, revendique la suprématie de la race blanche. Des groupuscules surveillés de près par la SLPC aux États-Unis.

Voir encore:

Hezbollah : les révélations des enquêteurs bulgares

Alexandre Lévy

Le Figaro

07/02/2013

Le Figaro a recueilli des confidences sur le rapport top secret de la Commission nationale de sécurité bulgare qui a conclu à la responsabilité du Hezbollah dans l’attentat de Burgas contre un bus israélien en 2012.

Jacque Filipe Martin, Ralph William Rico et Brian Jameson. Deux jeunes Canadiens et un Australien sur les bords de la mer Noire à l’été 2012. Des touristes en goguette? Non, pour les autorités bulgares, ces trois hommes sont les responsables de l’attentat anti-israélien du 18 juillet 2012 qui a fait six morts et une trentaine de blessés à l’aéroport de Burgas, à l’est du pays.

Le premier y a laissé sa peau, déchiqueté par la charge explosive de plus de 3 kg qu’il transportait dans son sac à dos; ses deux complices sont repartis, via un autre pays européen, vers le Liban dont ils sont tous originaires. Des binationaux, le «cauchemar» des services de sécurité.

«Toutes les pistes mènent à Beyrouth»

«Toutes les pistes mènent à Beyrouth», résume un responsable policier au lendemain de la session extraordinaire du Conseil de sécurité, le 5 février, à l’issue duquel Sofia a officiellement mis en cause le Hezbollah dans cet acte sans précédent sur le sol bulgare. «Il y a des informations concernant des financements et une appartenance au Hezbollah de deux personnes», a affirmé le ministre de l’Intérieur Tsvetan Tsvetanov, après six heures de débats à huis clos pendant lesquels les membres du Conseil ont pris connaissance du rapport préliminaire établi par les services de sécurité bulgares et leurs partenaires occidentaux sur cette affaire – un texte classé «secret-défense».

Grâce aux confidences de certains des membres du Conseil, on peut néanmoins établir les éléments qui ont permis cette mise en cause tant attendue par Washington et Tel-Aviv qui se sont empressés de remettre la pression sur l’Union européenne pour qu’elle reconnaisse le Hezbollah comme «organisation terroriste».

Les terroristes voulaient faire un maximum de victimes

Les transferts d’argent en provenance du Liban tout d’abord. Ils avaient pour destinataire le porteur du passeport australien du trio, que les enquêteurs considèrent comme l’artificier du groupe. Les faux permis de conduire américains retrouvés en Bulgarie étaient tous fabriqués dans le même atelier libanais – un lieu «connu» des services de renseignement occidentaux.

Les enquêteurs bulgares disposeraient également d’une photo sur laquelle figureraient des proches parents de l’un des présumés terroristes aux côtés de membres du Hezbollah. Enfin, les policiers ont également établi avec exactitude le timing des déplacements du trio. Ils sont arrivés par avion en Bulgarie munis de leurs véritables passeports, après avoir transité par trois autres pays européens. Mais leur point de départ était Beyrouth, où, selon, le patron de l’antigang de Sofia, Stanimir Florov, les deux survivants se trouvent aujourd’hui.

Autre conclusion importante: l’explosion sur le parking de l’aéroport de Burgas, présentée comme un attentat suicide au début, est aujourd’hui considérée comme «accidentelle». «Les terroristes voulaient faire exploser la bombe à distance dans le bus en mouvement, faisant ainsi le maximum de victimes tout en effaçant leurs traces. Mais soit le porteur de la bombe a fait une mauvaise manipulation, soit il s’est fait avoir par ses coéquipiers», affirme une source policière.

Ayant reconstitué le parcours des trois hommes en Bulgarie, les enquêteurs sont également persuadés qu’ils n’avaient pas un comportement de fanatiques islamiques mais plutôt de «James Bond en herbe». Et ils n’ont boudé les plaisirs de la vie. «Ils ont fréquenté des hôtels de charme et des restaurants fins, souvent joliment accompagnés», disent-ils.

Ottawa a confirmé que l’un de ses ressortissants est bien impliqué dans cet attentat, précisant qu’il a quitté le sol canadien à l’âge de 12 ans. Les autorités australiennes sont également à la recherche de «Brian», alors que le gouvernement libanais s’est engagé à «coopérer» avec les enquêteurs bulgares. La véritable identité du troisième terroriste, mort dans l’attentat, reste en revanche un mystère. «Force est de constater que les organisateurs de cet attentat ont trouvé un homme que personne ne pleure, ni ne regrette», conclut un policier occidental spécialisé dans la lutte antiterroriste.

Voir enfin:

The Homegrown Terrorist Threat to the US Homeland (ARI)

Lorenzo Vidino

ARI 171/2009

18/12/2009

Theme: Radicalisation into violence affects some small segments of the American Muslim population and recent events show that a threat from homegrown terrorism of jihadist inspiration does exist in the US.

Summary: The wave of arrests and thwarted plots recently seen in the US has severely undermined the long-held assumption that American Muslims, unlike their European counterparts, are virtually immune to radicalisation. In reality, as argued in this ARI, evidence also existed before the autumn of 2009, highlighting how radicalisation affected some small segments of the American Muslim population exactly like it affects some fringe pockets of the Muslim population of each European country. After putting forth this argument, this paper analyses the five concurring reasons traditionally used to explain the divergence between the levels of radicalisation in Europe and the US: better economic conditions, lack of urban ghettoes, lower presence of recruiting networks, different demographics and a more inclusive sense of citizenship. While all these characteristics still hold true, they no longer represent a guarantee, as other factors such as perception of discrimination and frustration at US foreign policies could lead to radicalisation. Finally, the paper looks at the post-9/11 evolution of the homegrown terrorist threat to the US homeland and examines possible future scenarios.[1]

Analysis: The American authorities and public have been shocked by the tragic events of 5 November 2009, when Army Major Nidal Malik Hasan allegedly opened fire against fellow soldiers inside the Fort Hood military base, killing 13 people and wounding 30 others. The shooting triggered a heated debate over Major Hasan’s motives. Earlier analyses focused on personal and psychological factors, such as his alleged distress towards his forthcoming deployment to Iraq and the abuses he had reportedly suffered from other soldiers. As the days went by, more and more evidence surfaced pointing to Major Hasan’s radical Islamist sympathies. Colleagues and acquaintances described many instances in which the Virginia-born Army psychiatrist had expressed extremely negative feelings towards the US and praised acts of violence against it. Reports also indicated that the FBI had investigated Major Hasan’s e-mail conversations with Anwar al Awlaqi, a US-born Yemeni-based cleric known for his fiery rhetoric and links to two of the 9/11 hijackers.

Authorities have so far been reluctant to officially label the Fort Hood shooting an act of terrorism and, at the time of writing, various investigations are exploring all angles of this tragic event. While it might be premature, if ever possible, to identify the full spectrum of motives behind Major Hasan’s actions, it is fair to say that radical Islamist ideology had an influence on his worldview. In any case, the Fort Hood shooting comes at the tail end of two months that have challenged many of the assumptions on terrorism and radicalisation in the US that have shaped the debate for more than a decade. Since September 2009, in fact, a staggering series of arrests has taken place on US soil:

On 20 September, FBI agents arrested two Afghan immigrants in Colorado and one in New York.[2] According to the authorities, one of the men, Najibullah Zazi, had trained in an al-Qaeda training camp in Pakistan and, once back in the US, had purchased large quantities of chemical substances in various beauty supply stores. Zazi allegedly intended to mix the substances and detonate them against targets throughout the New York metropolitan area. The authorities described Zazi’s plot as the most serious threat against the US homeland uncovered since 9/11.[3]

On 24 September, a 19-year-old Jordanian immigrant was arrested for having parked what he believed to be a car bomb in the car park of a 60-story skyscraper in downtown Dallas, Texas.4 Before driving the car to the site, Hosam Hamer Husein Smadi had made a video which he believed would have been sent to Osama bin Laden.[5]

On the same day but in an unrelated plot, Michael C. Finton, a 29-year-old American-born convert to Islam, parked a car that he also believed laden with explosives outside a federal courthouse in Springfield, Illinois.[6] In both the Finton and the Smadi cases, federal agents had approached the two men after unearthing information about their desire to commit acts of violence, led them to believe they were affiliated to al-Qaeda and supplied them with explosives that the men wrongly believed to be active.

On 21 October, the authorities indicted two Boston-area natives, Tarek Mehanna and Ahmad Abousamra, with various conspiracy charges.[7] According to the indictment, the men, who had been extremely active in online jihadist forums, had been trying to join various al-Qaeda affiliates since 2001 and had also planned attacks inside the US (reportedly targeting a local shopping mall and various US government officials).

On 27 October, the authorities arrested two long-time Chicago residents of Pakistani descent and charged them with conspiracy to provide material support and/or to commit terrorist acts against overseas targets.[8] According to the charges the two men had been in close contact with senior leaders of Pakistani jihadist groups Lashkar e Taiba and Harakat ul Jihad Islami and one of them, Daood Gilani, had travelled to Denmark to conduct surveillance of the facilities of the Danish newspaper Jyllands Posten for a possible attack against it. On 7 December the authorities charged Gilani also with conducting surveillance of various targets in Mumbai in the two years preceding the deadly November 2008 attack on the Indian city. According to the indictment, upon accepting the task Gilani changed his name to David Headley and travelled at least five times to Mumbai, confident that his new name and American passport would not attract the attention of the Indian authorities. After each trip he travelled to Pakistan, where he shared the pictures, videotapes and notes he had taken with senior Lashkar e Taiba operatives.[9]

On 28 October, the federal authorities in Detroit proceeded to arrest 11 members of Ummah, a group of mostly African-American converts to Islam, on charges that ranged from mail fraud to illegal possession and sale of firearms. Most suspects were arrested without opposing resistance, but Luqman Ameen Abdullah (alias Christopher Thomas), the group’s leader, fired at agents and was subsequently killed. While the case cannot be considered a full-fledged terrorism investigation, it nevertheless involves a US-based radical Islamist network. Ummah, in fact, is a group that, according to authorities, ‘seeks to establish a separate Sharia-law governed state within the United States’ and whose members have been involved in violent acts in the past.[10]

Finally, in early December, the Pakistani authorities arrested five American Muslims in the city of Sargodha. The five, all US citizens in their late teens and early 20s who had gone missing from their northern Virginia homes a few days earlier, had reportedly been in touch via the Internet with senior militants of various al-Qaeda-affiliated organisations and allegedly intended to train with local outfits to fight against US forces.[11]

All these plots are very diverse in their origin, degree of sophistication and characteristics of the individuals involved. Yet they all contribute to paint the picture of the complex and rapidly changing reality of terrorism of Islamist inspiration in the US. Moreover, they smash or, at least, severely undermine an assumption that has been widely held by policymakers and analysts over the last 15 years. The common wisdom, in fact, has traditionally been that American Muslims, unlike their European counterparts, were virtually immune to radicalisation. Europeans, argued this narrative, have been unable to integrate their immigrant Muslim population and radicalisation is the inevitable by-product of the discrimination and socio-economic disparity suffered by European Muslims. America, on the other hand, is more open to its immigrants and has been able to integrate its Muslims, making them impervious to radicalisation.

The wave of arrests of the last months of 2009 has contributed to shedding light on a reality that is significantly more nuanced, showing that radicalisation affects some small segments of the American Muslim population exactly like it affects some fringe pockets of the Muslim population of each European country. Evidence supporting this view has been available for a long time, as the cases of American Muslims joining radical Islamist groups date back to the 1970s.[12] According to data collected by the NYU Center on Law and Security, for example, more than 500 individuals have been convicted by the American authorities for terrorism-related charges since 9/11.[13] Most of them are US citizens or long-time US residents who underwent radicalisation inside the US. While making a numerically accurate comparison is not easy, it is fair to say that the number of American Muslims involved in violent activities is either equal or only slightly lower than that of any European country with a comparable Muslim population.

Yet, despite this evidence, for a long time the American authorities and commentators seemed unable to acknowledge the existence of radicalisation among small segments of the American Muslim population. In the FBI’s parlance, for example, until 2005, the term ‘homegrown terrorism’ was still reserved for domestic organisations such as anti-government militias, white supremacists and eco-terrorist groups such as the Earth Liberation Front. Such groups were termed ‘homegrown’ to distinguish them from jihadist terrorist networks, even though some of the latter possessed some of the very same characteristics (membership born and raised in the US and a focus on US targets). Since the cause of the jihadists was perceived to be foreign, the US government did not label them as ‘homegrown’, despite the typically homegrown characteristics of many of them.

The July 2005 attacks in London led the US authorities to look at the homegrown issue with renewed attention. As an increasing number of cells that clearly possessed homegrown characteristics were uncovered throughout the country, the authorities began to re-assess the definition of homegrown. By 2006 top FBI and DHS officials began to openly speak of homegrown terrorism of jihadist inspiration inside the US, even describing it as a threat ‘as dangerous as groups like al-Qaeda, if not more so’.[14] As a consequence of this reassessment, the US authorities began to ask themselves if the emergence of relatively large numbers of radicalised second-generation Muslims that had been observed in Europe could also take place in the US. This fear led to an increased attention on the dynamics and causes of radicalisation among Muslims in both Europe and North America.

Comparing Radicalisation in Europe and America

Five concurring reasons have traditionally been used to explain the divergence between the levels of radicalisation in Europe and the US. The first one is related to the significantly better economic conditions of American Muslims. While European Muslims generally languish at the bottom of most rankings that measure economic integration, American Muslims fare significantly better, and the average American Muslim household’s income is equal to, if not higher, than the average American’s.[15] As the many cases of militants who came from privileged backgrounds have proved, economic integration is not always an antidote to radicalisation, but it is undeniable that radical ideas find a fertile environment among unemployed and disenfranchised youth. A direct consequence of economic integration is the lack of Muslim ghettoes in the US. Areas of large European cities with a high concentration of poor Muslim immigrants have been ideological sanctuaries where radicals could freely spread their message and where radical Islam has become a sort of counterculture. The American Muslim community’s economic conditions have prevented the formation of such enclaves in the US.

Geographic dispersion, immigration patterns and tougher immigration policies have also prevented the formation of extensive recruiting and propaganda networks as those that have sprung up in Europe. While places such as Brooklyn’s al-Farooq mosque or Tucson’s Islamic Center saw extensive jihadist activities in the 1990s, they pale in comparison to recruiting headquarters such as London’s Finsbury Park, Hamburg’s al-Quds mosque or Milan’s Islamic Cultural Institute. Moreover, the fact that large segments of the American Muslim population belong to ethnicities that have traditionally espoused moderate interpretations of Islam has been cited as another reason for America’s lower levels of radicalism. In fact, Muslims from the Iranian and Indian American communities, which account for vast segments of America’s Muslim population, have traditionally embraced moderate forms of Islam and have been, to varying degrees, almost impervious to radicalisation.

Finally, commentators have often pointed out that America is a country built on immigration, traditionally accepting immigrants of all races and religions as citizens. European countries, on the other hand, have been unable to develop a sense of citizenship not linked to century-long identifying factors such as ethnicity and religious affiliation. In a nutshell, it is easy to become American, while it is very difficult for immigrants, particularly if they are not white and Christian, to be accepted as full-fledged Germans, Frenchmen or Spaniards. This sense of exclusion is traditionally cited as one of the factors driving some European Muslims to radicalisation, while the more inclusive nature of American society would prevent American Muslims from undergoing the same process.

While all these characteristics still hold true, they no longer represent a guarantee. Factors such as perception of discrimination and frustration at US foreign policies could lead to radicalisation, irrespective of favourable economic conditions. Experts and community leaders have repeatedly warned about the growing alienation of American Muslims, particularly among those of the second generation. These frustrations could produce what Steven Simon refers to as ‘a rejectionist generation’, which could embrace radical interpretations of Islam.[16] The same conclusion has been reached by a widely publicised report released by the New York Police Department Intelligence Division in 2007. ‘Despite the economic opportunities in the United States’, reads the report, ‘the powerful gravitational pull of individuals’ religious roots and identity sometimes supersedes the assimilating nature of American society which includes pursuit of a professional career, financial stability and material comforts’.[17]

Future Scenarios

The terrorist threat to the US homeland has evolved significantly over the last eight years. Until mid-2003 virtually all of the terrorist conspiracies intended to strike against American soil had been planned, albeit with varying degrees of involvement, by Khalid Sheikh Mohammed (KSM) and al-Qaeda’s central leadership. The arrest of KSM and many of his top lieutenants, al-Qaeda’s loss of the Afghan sanctuary and the significant improvement in homeland security measures triggered a shift that began to materialise in late 2003. With the exception of the 2006 Transatlantic Plot, a plot hatched by UK-based militants apparently directed by al-Qaeda members in Pakistan to detonate liquid explosives on board several US-bound flights, every single attack against the American homeland thwarted by US authorities since then appears to have been conceived by individuals acting independently from al-Qaeda’s leadership.[19]

The individuals involved in these plots have been an odd mix of low-ranking al-Qaeda affiliates and jihad enthusiasts who had never had any contact with al-Qaeda or other established organisations. And most of them have been characterised by the absolute operational independence of the planners. The result of this shift from leader-led to homegrown has been a remarkable decrease in the sophistication of the operations planned, as most of the plotters were amateurish if not embarrassingly clumsy, lacking the basic tradecraft and capabilities to operate undetected or mount any sort of sophisticated attack.

While this was true until a few months ago, there are indications that things are changing. Recent investigations have shown that a small yet increasing number of American Muslims have been travelling to Pakistan to acquire operational skills and establish contacts with various jihadist outfits. One well known case is that of Bryant Neal Vinas, a 26 year-old Long Island native who was captured in Pakistan and brought back to the US in November 2008.[20] Vinas, who had allegedly participated in a rocket attack against a US military base in Afghanistan, decided to cooperate with American interrogators and has since provided ‘an intelligence gold mine’.[21] Thanks to Vinas’ information the authorities have been able to identify and arrest several American and European militants who had also trained with al-Qaeda and affiliated groups in the Afghanistan/Pakistan region.

While this ‘Pakistan connection’ is not new to the European authorities, it is a disturbing new development for their American counterparts. To be sure, Americans had trained with various Afghanistan/Pakistan-based jihadist outfits before and after 9/11. In 2003, for example, the US authorities dismantled the so-called ‘paintball jihad’ network in northern Virginia.[22] The network was formed by a dozen young men from the Washington suburbs who had travelled to Pakistan immediately after 9/11, where they trained with Lashkar-e-Taiba. But what seemed to be isolated cases are increasingly becoming the norm. Moreover, in the case of Vinas and at least two of the cases from the fall of 2009 (the Najibullah Zazi/New York plot and the Chicago/Denmark plot) authorities have noticed with apprehension that American militants returning from Pakistan were significantly better trained and organised than the homegrown jihadists who had been operating in the US over the last few years. The ‘Pakistan connection’, that operational link to organised outfits in the Afghanistan/Pakistan area that makes amateurish homegrown networks graduate into more professional terrorist clusters, has been crucial in the development of jihadist networks in Europe over the last five years and it now appears to have become a significant factor also in the US.

Given these dynamics, one of the scenarios that the US authorities take into particular consideration is the case of a homegrown cluster that, thanks to the directions and skills obtained from al-Qaeda or various al-Qaeda-affiliated networks in Afghanistan/Pakistan, manages to reach sufficient operational sophistication to carry out a significant attack against the American homeland.[23] And if traditionally authorities estimated that al-Qaeda’s leadership intended to strike inside the US only with a mass-casualty attack that would at least rival the actions of 9/11, lately this assessment has been revised.[24] Recent cases have shown that not only independent clusters but also American networks operating in cooperation with Afghanistan/Pakistan-based groups are focusing on less grandiose plans, considering that even a less ambitious attack –on the scale of the 2004 Madrid or 2005 London bombings– would be a success.

If Afghanistan/Pakistan is a major source of concerns, the authorities have also been monitoring the possible impact of the Somali conflict on American domestic security. Over the last few years, in fact, a few dozen young American Muslims have travelled to Somalia to fight and train alongside al-Shabaab, the local Islamist militia battling the Somali government and African Union troops. Most of them have been ethnic Somalis, sons of the large Somali diaspora community present in Minneapolis, Seattle and other American cities. One of them, 27-year-old Minneapolis college student Shirwa Ahmed, reportedly blew himself up in a suicide bombing in northern Somalia in October 2008.[25] Another four Minneapolis residents have been reported killed in the African country since then. A few non-ethnic Somali Americans have also reportedly joined al-Shabaab. While the New Jersey native of Egyptian descent Amir Mohamed Meshal and Massachusetts-born convert Daniel Maldonado have been arrested after leaving Somalia, Alabama native Omar Hammami is still very much active inside the country, starring in several English language al-Shabaab propaganda videos under the nom de guerre Abu Mansour al Amriki.

While there are no indications that al-Shabaab is planning an attack within the US, its increased focus on global issues and public support for al-Qaeda make the hypothesis not that far-fetched. Moreover, while many of the foreign fighters joining al-Shabaab, whether from the US, Europe or other regions, are Somalis driven by some sort of nationalist sentiment, others are aspiring jihadists whose interest in the African country is mostly tactical and temporary. It is safe to assume that many of them, given the opportunity, would use the skills acquired in Somalia against other targets. Questioned by American interrogators after his arrest, in fact, Daniel Maldonado described his experience in the African country with these words: ‘I would be fighting the Somali militia, and that turned into fighting the Ethiopians, and if Americans came, I would fight them too’.[26] The fact that Maldonado was in close contact with the individuals arrested in Boston in October 2009 provides additional evidence as to why the ‘Somalia connection’ is considered a serious threat.

Conclusion: Since 9/11 the American counterterrorism posture has been extraordinarily aggressive, both domestically and globally. Extensive overseas military and intelligence gathering actions, the introduction of enhanced investigative powers, a significantly improved inter-agency coordination and, in general, a constant high level of vigilance have allowed the authorities to keep the country safe from terrorist attacks. While some civil libertarians might have a point in questioning some of the tools used to do so, the achievement is nevertheless remarkable. At the same time, though, the US seems to be lacking a long-term strategy to confront the threat of radicalisation on the domestic front. The authorities have in fact been unable to conceive a policy that would pre-emptively tackle the issue of radicalisation, preventing young American Muslims from embracing extremist ideas in the first place.

Various intelligence and law enforcement agencies have reached out to the academic community to better understand the social, political and psychological causes of radicalisation. But the limited understanding of the issue, coupled with the overlap of jurisdiction between often competing federal, state and local authorities, has prevented the implementation of a systematic, nationwide programme to combat radicalisation. Solutions are, to be sure, hard to find. Europeans, who experienced the problem of radicalisation of segments of their own Muslim communities well before the US, are still struggling with the same issue and are only now attempting to put in place coherent anti-radicalisation programmes, the success of which must still be verified. Equally challenging have been the efforts, on both sides of the Atlantic, to find reliable and representative organisations within various Muslim communities to be employed as partners in anti-radicalisation activities. Clearly, more attention and analysis should be devoted to the issue. But the awareness that homegrown terrorism of jihadist inspiration does exist in the US is a necessary starting point. The events of the fall of 2009 provided, if needed, additional evidence to suggest so.

Lorenzo Vidino

Fellow at the Initiative on Religion in International Affairs, Belfer Center for Science and International Affairs, Kennedy School of Government, Harvard University and a Peace Scholar at the US Institute of Peace

[1] It goes without saying that various forms of homegrown terrorism have long threatened the US, some of them well before those of jihadist inspiration. Right-wing militias, radical environmentalist groups and, to a lesser degree, some fringe left-wing and anarchist groups are very much active inside the country and have occasionally carried out violent acts over the last few years. Yet it is undeniable that, in terms of magnitude, frequency and sophistication, homegrown terrorism of jihadist inspiration currently represents the most immediate threat against the US and is therefore the subject of this analysis.

[2]http://www.fbi.gov/pressrel/pressrel09/zazi_092009.htm.

[3] Kevin Johnson, ‘Alleged terror threat seen as “most serious” since 9/11 attacks’, USA Today, 25/IX/2009.

[4]http://dallas.fbi.gov/dojpressrel/pressrel09/dl092409.htm.

[5] Jon Nielsen, ‘FBI says Dallas terror plot suspect made video to send to Osama bin Laden’, Dallas Morning News, 5/X/ 2009.

[6] http://www.usdoj.gov/usao/ilc/press/2009/09September/24Finton.html.

[7] http://boston.fbi.gov/dojpressrel/pressrel09/bs102109a.htm.

[8] http://www.justice.gov/usao/iln/pr/chicago/2009/pr1027_01.pdf.

[9] http://www.justice.gov/opa/pr/2009/December/09-nsd-1304.html.

[10] http://detroit.fbi.gov/dojpressrel/pressrel09/de102809.htm.

[11] Waqar Gilani & Jane Perlez, ‘5 US Men Arrested Said to Plan Jihad Training’, New York Times, 11/XII/2009.

[12] For an overview, see Lorenzo Vidino, ‘Homegrown Jihadist Terrorism in the United States: A New and Occasional Phenomenon?’, Studies in Conflict and Terrorism, vol. 32, 1/I/2009, p. 1-17.

[13] http://www.lawandsecurity.org/publications/TTRCHighlightsSept25th.pdf.

[14] Remarks of FBI Director Robert Muller, City Club of Cleveland, 23/VI/2006.

[15] Muslim Americans: Middle Class and Mostly Mainstream, Pew Research Center, 22/V/2007, p. 24-5.

[16] Steven Simon, Statement before the Senate Committee on Homeland Security and Governmental Affairs, 12/IX/2006.

[17] Report by Mitchell D. Silber and Arvin Bhatt, New York Police Department Intelligence Division, Radicalization in the West: The Homegrown Threat, August 2007, p. 8.

[18] Bruce Hoffman, ‘The Use of the Internet by Islamic Extremists’, Testimony before the House Permanent Select Committee on Intelligence, 4/V/2006.

[19] Vidino, ‘Homegrown Jihadist Terrorism in the United States’.

[20] US v. Bryant Neal Vinas, Superseding Indictment, US District Court, Eastern District of New York, 08-823 (NGG) (S-1), 28/I/2009.

[21] ‘Man Was “Gold Mine” of Terror Intel’, Associated Press, 31/VII/2009.

[22] Terrorism in the United States, 2002-2005, unclassified report by the Federal Bureau of Investigation,http://www.fbi.gov/publications/terror/terrorism2002_2005.htm.

[23] Interview with various FBI officials, September/October 2009, Boston and Washington DC.

[24] David Johnston & Eric Schmitt, ‘Smaller-Scale Terrorism Plots Pose New and Worrisome Threats, Officials Say’, New York Times, 31/X/2009.

[25] http://minneapolis.fbi.gov/dojpressrel/pressrel09/mp112309.htm.

[26] Affidavit of FBI Special Agent Jeremiah A. George in US v. Daniel Joseph Maldonado, US District Court, Southern District of Texas, H-07-125M, 13/II/2007.


Impostures littéraires: Ces sornettes qui n’attendrissent que les toubabs (Looking back at France’s fake minority misery lit: Have a lie, will travel)

4 mars, 2013
J’ai arrangé ma biographie parce que je pensais que cela aurait plus d’impact. Mon témoignage ne repose pas uniquement sur des événements que j’ai vécus personnellement mais aussi sur des drames vécus par d’autres, des anonymes dont la voix est trop souvent tue. Omar Ba
Pourquoi ne dit-il pas que c’est un roman qu’il imaginé en s’inspirant des récits des aventuriers au lieu de vouloir nous faire gober ces sornettes qui n’attendrissent que les Tubaab (Occidentaux) à qui il peut raconter qu’il dormait dans les arbres, avec tous les membres de sa famille, pendant que des lions affamés rôdaient autour ? En tout cas, il ne manque pas d’imagination. J’aime bien le passage où il écrit que sa mère lui avait donné un grigri qu’il avait attaché autour de sa taille avec un fil en peau de léopard. Ça fait très exotique en effet. Signalons qu’il avait auparavant publié deux livres sans succès. Cette fois-ci, il a mis le paquet. Bravo ! La littérature sénégalaise a de beaux jours devant elle. Bathie Ngoye Thiam
Nous restons cependant solidaires de la cause et de l’analyse qu’Omar Ba défend dans son essai, parce qu’il n’y a pas de doute possible sur la tragédie de l’immigration clandestine. Son histoire personnelle est un canevas complexe, comme celle de beaucoup d’immigrés venus d’Afrique portés par l’espoir violent d’atteindre l’eldorado. Ils vivent dans la peur et sont probablement obligés de mentir pour survivre en Europe. Max Milo (éditeur)
Pendant près de vingt ans, Elissa Rhaïs ne cessera de publier avec un succès grandissant. Kerkeb, danseuse berbère, La Fille des pachas, L’Andalouse, Les Juifs ou la Fille d’Eléazar.. Truffés d’épices, d’eau de rose et de proverbes locaux, sa douzaine de romans, ses nouvelles et ses pièces de théâtre ressuscitaient les coutumes, les couleurs, les saveurs d’un Proche-Orient de légende. Traversés par la passion, muselés par les tabous, ensanglantés par la fatalité, ce n’était que contes merveilleux et tragiques; mirages situés à mi-chemin des Mille et une Nuits et des ouvrages de Pierre Loti ou des frères Tharaud. Conférences, chroniques dans les journaux, voyages, réceptions : Elissa Rhaïs, qui jamais ne se déplaçait sans celui qu’elle présentait comme son fils aîné, Raoul, de dix-huit ans son cadet, fut reçue partout et partout honorée. Dans son appartement luxueux du boulevard Saint-Jacques, les admirateurs qui lui faisaient fête s’appelaient Gide, Mauriac, Colette, Morand ou Sarah Bernhardt. Sa gloire était telle, et son talent – que seul le critique Billy, à l’époque, osa mettre en doute -, et ses mérites, que plus d’une personnalité la soutint lorsqu’elle s’avisa d’aspirer à la Légion d’honneur. Barthou et Poincaré furent de ceux-là, qui en 1938 lui accordaient leur appui. En vue de lui décerner la rosette, on procède donc à l’enquête d’usage… En 1939, le scandale éclate : Leila Bou Mendil (également connue. sous le nom de Rosine Boumendil), alias Elissa Rhaïs, est illettrée, presque analphabète! Elle n’a fait que signer les livres écrits par son prétendu fils, en fait un parent pauvre, Raoul Dahan, qu’elle tient sous sa coupe financière et amoureuse depuis plus de vingt ans. (…) Le scandale est étouffé. Le monde de l’édition, victime de la géniale imposture, opte pour la conspiration du silence. La France en guerre a d’autres. drames à pleurer. Toute trace s’apprête à disparaître de la naguère célèbre Elissa Rhaïs… Toute trace? Pas forcément. Car Raoul Dahan, plus anonyme que jamais, mais marié et père de famille, va, sur son lit de mort, confier à son fils son secret et tous ses manuscrits précieusement conservés. Quatorze ans plus tard, en 1982, ce fils prendra la plume. Sous le nom de Paul Tabet, il clamera à la face du monde la fabuleuse histoire d’un jeune homme pauvre, juif d’Alger pétri de culture française, qui, tombé sous la coupe d’une énergique cousine, la laissera signer les milliers de pages qu’il écrira au fil de vingt années. Le Figaro

Suite à notre dernier billlet des impostures littéraires

Retour sur le cas particulier, de nos Beyala à nos Ba ou à nos Smaïl ou à nos Rhaïs, des histoires pour toubabs …

L’écrivain Calixthe Beyala est de nouveau soupçonnée de plagiat

Jean-Luc Douin

Le Monde

26.11.96

ALIXTHE BEYALA, récente lauréate du Grand Prix du roman de l’Académie française pour Les Honneurs perdus (Albin Michel), est-elle victime de « persécution » et de « haine raciale » des « journalistes de gauche » ? C’est ce qu’elle a prétendu après avoir pris connaissance des accusations portées, dimanche soir 24 novembre, par Pierre Assouline lors du rendez-vous hebdomadaire « RTL-Lire ». Le journaliste, biographe de Georges Simenon, a affirmé en direct sur l’antenne que Calixthe Beyala, déjà condamnée en mai pour contrefaçon partielle du roman d’Howard Buten, Quand j’avais cinq ans je m’ai tué, dans son livre Le Petit Prince de Belleville, avait récidivé en faisant « des emprunts flagrants à deux reprises à l’écrivain nigérian Ben Okri ».

Pierre Assouline a cité les deux passages plagiés de La Route de la faim (Julliard), que Calixthe Beyala a sans doute « beaucoup aimé ». L’un, aux pages 27-29 du roman de la Camerounaise, ressemble étrangement à la page 56 du roman du Nigérian lauréat du Booker Prize (l’équivalent britannique du Goncourt). Tous deux décrivent une scène où une femme attrape un homme par les parties. « Tout le déroulement est exactement le même, les mots et les expressions reviennent », explique Pierre Assouline. Chez Beyala, il est écrit : « Sa femme ne l’écouta pas. Elle l’attrapa par le pantalon et le traîna. Il tenta de se libérer de cette poigne de fer qui, en plus du pantalon, agrippait ses testicules. » Chez Ben Okri, « sa femme cessa de l’écouter. Quand nous passames devant la foule, nous vimes qu’elle avait entrepris de le trainer en le tirant par son pantalon. Il essayait de se libérer de sa poigne de fer qui, sous le pantalon, avait même agrippé ses parties génitales. »

COINCIDENCES ÉTRANGES

Autres exemples : des coïncidences étranges entre les pages 117 à 122 chez Calixthe Beyala et l’épilogue de Ben Okri, ainsi qu’entre les pages 136 et 147 chez Beyala et les pages 161 à 166 et 171 à 174 chez Ben Okri. Tous deux évoquent « un village africain où deux partis politiques promettent de la nourriture en échange de votes, mais la nourriture est avariée et provoque une épidémie. La seule différence, note Pierre Assouline, est que chez Ben Okri il s’agit de lait en poudre et chez Beyala de maïs. »

Le commentaire du directeur de la rédaction de « Lire » est ironique : la condamnation de Calixthe Beyala « aurait dû inciter les académiciens français à être plus circonspects. Ils ont plongé comme un seul homme. Quelque chose me dit qu’ils vont bientôt le regretter. » Ce ne fut pas le cas au moment de l’attribution du prix. Plusieurs académiciens avaient volé au secours de leur lauréate en déclarant qu’il y avait des gens très bien qui s’étaient livrés au plagiat, sans conséquences. Il semble néanmoins que l’Académie française ait cautionné des pratiques douteuses en accordant son label à un « contrefacteur et récidiviste ». Calixthe Beyala, elle, ne désarme pas et accuse ses accusateurs de « malveillance et de méchanceté. Je gêne parce que je suis femme, et noire ». Elle ajoute qu’elle en a « assez ! », et envisage de poursuivre Pierre Assouline pour diffamation.

Voir également:

Paul Smaïl est… Jack-Alain Léger

26/02/2009

Un ovni littéraire sort en librairie en 1997 : un certain Paul Smaïl publie Vivre me tue (Balland) qui se présente comme un récit autobiographique. L’auteur serait un jeune Beur, titulaire d’un DEA de littérature comparée, qui cite Genet, Melville ou Conrad. Pour survivre, il travaille la nuit dans un hôtel fréquenté par les prostituées. Il veut s’en sortir. Smaïl décrit une banlieue comme on l’a rarement fait.

C’est sûr, ça sent le vécu. Le livre est plébiscité. Smaïl continue d’écrire. En 2001, il publie aux Éditions Denoël un autre livre dont on parle beaucoup, Ali le magnifique.

On finit par apprendre que derrière Paul Smaïl se cache l’écrivain Jack-Alain Léger, auteur d’une œuvre qui compte une vingtaine de récits et romans. D’ailleurs, l’année de la parution de Vivre me tue était sorti également Ma vie (titre provisoire), signé Jack-Alain Léger…

Ce dernier n’a qu’une obsession : qu’on lise une œuvre pour elle-même, sans préjugés sur l’auteur. Comme il l’a dit lui-même, Jack-Alain Léger – c’est son nom de plume «officiel» – aime porter des masques et varier les pseudonymes : il s’est appelé au fil des ans Melmoth, Dashiell Hedayat, Eve Saint-Roche…

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Mais qui est donc Chimo?

Olivier Le Naire

L’Express

25/04/1996

Lila dit ça est arrivé chez Plon sous forme de deux cahiers d’écolier. Roman sur le sexe, la banlieue et le mystère, ce texte signé Chimo ne peut être l’oeuvre que d’un écrivain confirmé. A L’Express, nous penchons pour Ravalec. Et vous?

Lila dit ça est arrivé chez Plon sous forme de deux cahiers d’écolier. Roman sur le sexe, la banlieue et le mystère, ce texte signé Chimo ne peut être l’oeuvre que d’un écrivain confirmé. A L’Express, nous penchons pour Ravalec. Et vous?

Rédigés à la main, d’une écriture maladroite, les deux cahiers Clairefontaine ont atterri sur le bureau d’Olivier Orban, le directeur des éditions Plon, un jour de décembre 1995. Le début du texte donnait le ton, déconcertant: "Elle s’arrête, elle commence par me dire ça: ??Tu vois que j’ai le visage de l’ange, que tout le monde me le dit. Tu vois mes yeux qui sont clairs et bleus que tu leur donnerais jusqu’au fond de ta poche."" S’il n’avait été remis à l’éditeur par un cabinet d’avocats, s’il n’était signé d’un certain Chimo – manifestement un pseudo – le manuscrit aurait été écarté. Seulement, voilà, il y avait cette énigme et le précédent célèbre de Romain Gary, qui, sous le masque d’Emile Ajar, remporta le Goncourt 1975. Orban poursuit donc sa lecture.

Maladroite de prime abord, l’oeuvre prend vite son envol. Elle raconte l’histoire de Lila, jeune fille de banlieue à l’imagination et à la sensualité exacerbées. "Pas une meuf ni une gonzesse ou une mousmée ni une fendue ni une nana", simplement une fleur troublante qui bouleverse Chimo, ado timide et plutôt romantique. Quand elle lui propose, dès la page 3, de lui "montrer sa chatte", Chimo admire sans voix le spectacle de Lila, jupe au vent, exhibant son irréfutable blondeur le temps d’une glissade en toboggan. On la retrouve bientôt en amazone sur la barre du vélo de notre narrateur: "Tu veux la revoir?" La longue scène qui s’ensuit restera à coup sûr dans les annales de la littérature érotique (et de l’acrobatie), tant elle révolutionne le genre. On salue l’exploit. Mais Lila dit ça – joli titre – est bien plus qu’un simple ouvrage à ne tenir que d’une main. Si Lila nous émeut, c’est d’abord pour son charme déconcertant. Cette fragile ingénuité qui tranche si poétiquement avec la cochonne brutalité de ses propos. Le portrait de cet ange pervers, la minutie avec laquelle est recréé l’univers de la banlieue, la construction du récit sont à l’évidence d’un écrivain confirmé. Mais qui?

Bien des noms circulent déjà. On évoque les connaisseurs de la banlieue: Tournier, Picouly; les accros de l’érotisme littéraire, comme Ravalec et le jeune Yann Moix; on parle aussi de Pennac, Queffélec, Serguine. L’analyse graphologique trahirait, paraît-il, un homme, ordonné, intelligent, d’une affectivité pathologique et masochiste. Une chose est sûre, celui qui se cache derrière Chimo (mioche en verlan?) est d’abord un gros malin. Non seulement il a su capter l’attention de l’éditeur, mais encore il a éveillé la curiosité de la critique. Mieux, Lila dit ça, au carrefour de ces dernières terres d’aventures que sont le sexe, la banlieue et le mystère, s’arrache à l’étranger (Plon a déjà vendu pour 1,4 million de francs de droits en Europe, et les enchères montent aux Etats-Unis et au Japon). On négocie même l’adaptation au cinéma. Qui touchera ce pactole?

A L’Express, nous parions sur Vincent Ravalec, qui se fit connaître par la fausse recommandation adressée à Françoise Verny pour se faire éditer chez Flammarion. On retrouve dans Lila dit ça – en meilleur – l’univers riche, poétique et en partie mystique de son dernier roman, Wendy. On retrouve aussi cette sensibilité touchante mais parfois fleur bleue d’un écrivain qui ne maîtrise pas encore parfaitement son écriture, a fortiori lorsqu’il cherche à la contrefaire sur un ton prétendument populaire. Lila dit ça, comme Wendy, pèche par la faiblesse de certaines métaphores ("[ses seins] beaux comme la beauté", "Je me mets du courage à la bouche"…), ses lieux communs ("[dans la banlieue] il fait très chaud, étouffant mais jamais beau") et ses tournures aussi loufoques que gratuites. Et pourtant, le talent est là, indéniable. Comme dirait Jacques Pradel: "Vincent, si vous vous reconnaissez, appelez-nous!"

Lila dit ça, par Chimo. Plon, 172 p., 89 F.

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Vu & commenté

Le récit de l’unique survivant

Dominique Dhombres

Le Monde

27.05.08

Omar Ba était monté avec une cinquantaine d’autres malheureux dans une pirogue qui devait les emmener aux Canaries. C’était en septembre 2000. Tous les autres sont morts, il a survécu. Ce jeune Sénégalais a fini par arriver en France, où il étudie la sociologie. Il racontait sa traversée de l’enfer à Thierry Demaizière, dimanche 25 mai, dans le « Sept à huit » de TF 1. C’est un témoignage bouleversant sur le calvaire enduré par les clandestins qui, chaque jour ou presque, tentent d’atteindre l’Europe de cette façon.

Ils partent des côtes sénégalaises sur des embarcations de fortune et mettent le cap sur les Canaries, province espagnole, et donc terre européenne. Beaucoup périssent en mer. Ce que décrit Omar Ba, c’est ce qui se passe à bord d’une de ces pirogues lorsqu’il n’y a plus rien à manger ni à boire. Il avait 21 ans lorsqu’il est parti, attiré par l’Europe telle qu’il la voyait à la télé, jolies filles et châteaux. Il a payé son passeur 2 000 euros. Les passagers quittent les côtes africaines avec environ 200 litres d’eau, 100 litres de gazole, 4 grands sacs de riz et deux réchauds pour le cuire. « Dès le troisième jour, il n’y a pratiquement plus de riz ni d’eau, et la pirogue commence à couler parce qu’il y a trop de personnes à bord », explique-t-il. C’est alors que le passager le plus costaud, Mourad, décide de jeter les plus faibles par-dessus bord. « Il commence par Abdou, qui souffrait de douleurs pulmonaires, et le balance à la mer. » Sept seront éliminés ainsi.

Dès lors, plus personne ne dort. « On se dit : il ne faut pas dormir ! » Dès qu’on somnole, on a peur d’être jeté par-dessus bord. Certains préfèrent se suicider.

Pour couronner le tout, la pirogue essuie une tempête et d’autres passagers tombent encore à l’eau sous l’effet des vagues. Il ne reste qu’une dizaine de clandestins, sous un soleil de plomb, dans une pirogue qui dérive depuis longtemps, moteur éteint. « Le plus terrible, c’est la nuit et l’odeur des cadavres. A bord, il y en a qui sont morts. Le soleil accélère la décomposition des corps. Une odeur insupportable. » Mourad se suicide, apparemment en buvant ce qui reste de gazole dans le moteur. Omar survit, mais ne parle plus. « Dans ces conditions-là, on cesse de penser. On devient animal. On ne dit plus rien.

Tous les mots deviennent tabous. Le mot «mort», par exemple, alors qu’on est entouré de cadavres. »

Il a le réflexe de crier avec ce qui lui reste de forces lorsqu’il aperçoit un navire espagnol qui se dirige vers la pirogue. Il s’évanouit. Lorsqu’il revient à lui, on lui donne le choix entre un verre de Coca et de l’eau fraîche. Il raconte son aventure dans Soif d’Europe, un livre qui vient de paraître aux éditions du Cygne.

Voir aussi:

Contre-enquête sur un affabulateur

Benoît Hopquin

Le Monde

08.07.09

Le Sénégalais Omar Ba raconte dans deux livres largement promus dans les médias son odyssée de clandestin. Problème : tout ou presque est faux

Depuis un an, Omar Ba est un clandestin très visible. Le Sénégalais écume les plateaux de télévision et les radios, publie tribunes et entretiens, multiplie les conférences. Abord avenant, visage éminemment sympathique, discours convaincu et convaincant, il raconte au bord des larmes son odyssée de Dakar à Paris, via les Canaries, Lampedusa, Ceuta et Melilla. Entre 2000 et 2002, affirme-t-il, il a ainsi frappé à toutes les portes dérobées de l’Europe, traversé les mers et les déserts. Un périple poignant, jonché des cadavres de ses frères d’infortune.

Aujourd’hui nanti d’un titre de séjour, le jeune homme a fait paraître Je suis venu, j’ai vu, je n’y crois plus (Ed. Max-Milo, 256 p., 18 €). Un chant d’amour déçu sur l’Europe, ce continent magnifié en eldorado par l’Afrique. L’auteur adresse une supplique aux candidats à l’exil : « Ne venez pas ! » Sous la plume d’un homme qui a bravé la mort pour atteindre ce paradis rêvé, le message n’en a que plus de force.

Las ! Cette épopée est largement inventée. Omar Ba a décrit son parcours dans un précédent livre : Soif d’Europe. Témoignage d’un clandestin (Editions du Cygne, 2008). Un récit à la première personne, truffé d’incohérences et d’anachronismes. Les descriptions des lieux, les noms des rues, les situations, en Libye, sur l’île italienne de Lampedusa, autour de l’enclave espagnole de Melilla, à Madrid, aux Canaries ou à Paris ne collent pas. Certains centres de rétention administrative n’existaient même pas au moment où il est censé les avoir fréquentés. La présentation des procédures espagnoles ou italiennes est fausse.

Omar Ba assure être arrivé en France à l’automne 2002, puis avoir été expulsé en novembre. Il aurait dormi dans les rues de Paris, le 1er novembre, fouillant les poubelles recouvertes de neige : il faisait 10 degrés cette nuit-là dans la capitale. La description de son expulsion est également truffée d’invraisemblances procédurales : le ministère de l’immigration et le service juridique de la Cimade, l’association qui défend les sans-papiers, arrivent à cette même conclusion. Son avocat, un certain Patrice Clément, est inconnu au barreau. Le tribunal de Bobigny, où est censé avoir été jugé le clandestin, n’a gardé nulle trace de son passage.

Plus probant encore, un compatriote d’Omar Ba, Abdoul Aziz Sow, a expliqué au Monde que l’auteur était étudiant en sociologie à l’université Gaston-Berger, à Saint-Louis du Sénégal, durant la période supposée de son voyage. Photo d’époque à l’appui, cet assistant en droit, qui vit toujours à Saint-Louis, assure qu’ils occupaient des chambres mitoyennes sur le campus. « Il est libre d’écrire ce qu’il veut, de faire gober des histoires aux Toubabs [Blancs], mais il n’a pas le droit de raconter des choses qu’il n’a pas vécues », estime l’ami déçu.

Rencontré longuement à trois reprises par Le Monde, mis en face de ces contradictions, Omar Ba a longtemps hurlé à la cabale. « Ce que je dis, je l’ai vu et je l’ai vécu », maintenait-il. Acculé, il est finalement revenu sur son histoire, au moins partiellement. Non, il n’a jamais été en Libye ni sur l’île italienne de Lampedusa. Non, il n’a jamais dormi dans les rues de Paris, n’a jamais été arrêté ni expulsé. Oui, il était bien étudiant à l’université Gaston-Berger de Saint-Louis, de 2001 à 2003. Oui, il est bien arrivé en France en 2003 avec un banal visa d’étudiant et a suivi pendant deux ans des cours de sociologie à l’université de Saint-Etienne. En 2005, il est ensuite venu à Paris afin de s’inscrire à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), section sociologie des médias.

Mais le récit reste en partie vrai, persiste l’intéressé. Il se serait, en fait, déroulé durant huit mois et non trois ans, entre avril et décembre 2006. L’auteur aurait antidaté les faits pour éviter d’éventuelles poursuites des services de l’immigration. A la fin de 2005, ne parvenant pas à faire renouveler son titre de séjour en France et donc à s’inscrire à l’EHESS, le Sénégalais serait retourné à Dakar pour obtenir un nouveau visa. Il se serait retrouvé coincé sur place et aurait donc pris des chemins clandestins pour revenir en Europe.

Mais même ainsi remanié, son périple comporte toujours des incohérences. A l’aller, il aurait convoyé une voiture, embarqué à Marseille et débarqué au Maroc. Cette liaison maritime n’existe pas, assure-t-on au Port autonome de Marseille. Au retour, les conditions de la traversée jusqu’aux îles Canaries, telles que présentées, diffèrent notablement des témoignages des clandestins que Le Monde avait pu recueillir sur place, en 2006 justement. Mêmes erreurs dans la description de l’assaut de Melilla : les protections décrites ne correspondent pas aux nouvelles défenses installées autour de l’enclave en 2006.

Le dossier d’Omar Ba à l’EHESS contredit sa nouvelle histoire. L’étudiant était bien inscrit en 2005, avec des papiers parfaitement en règle. Il s’y est surtout fait remarquer par ses absences, conduisant sa directrice d’études à interrompre la collaboration. A l’automne 2006, alors qu’il était censé crapahuter comme clandestin loin de la France, il faisait le siège de l’EHESS, à Paris, pour obtenir sa réinscription. Il a alors fourni de fausses attestations et l’école l’a radié. Une restauratrice francilienne, qui a employé l’étudiant comme extra, assure également que son employé avait des papiers en bonne et due forme à cette époque.

L’homme a déjà un lourd passif. Le parquet d’Evry recense huit dossiers au nom d’Omar Ba, « né en 1982, à Thiès (Sénégal) », les date et lieu de naissance officiels du personnage. Le parquet de Créteil a également son nom dans ses fichiers, pour une affaire de faux et usage de faux en écriture privée qui attend d’être jugée. Interrogé à ce sujet, Omar Ba assure n’avoir « aucun commentaire à faire ».

L’éditeur Max Milo se dit « surpris et troublé » par ces faits. « Nous restons cependant solidaires de la cause et de l’analyse qu’Omar Ba défend dans son essai, parce qu’il n’y a pas de doute possible sur la tragédie de l’immigration clandestine, poursuit l’éditeur. Son histoire personnelle est un canevas complexe, comme celle de beaucoup d’immigrés venus d’Afrique portés par l’espoir violent d’atteindre l’eldorado. Ils vivent dans la peur et sont probablement obligés de mentir pour survivre en Europe. »

Modeste maison animée par des hommes de bonne volonté, les Editions du Cygne, qui ont publié Soif d’Europe, avouent leur embarras. Youssef Jebri, le directeur de collection qui a aidé Omar Ba, affirme qu’il n’avait pas les moyens de vérifier l’exactitude des descriptions. « S’il a menti, explique-t-il, cela fera du mal à la cause des clandestins qu’il prétend défendre. »

"Soif d’Europe" : L’imposture d’un immigré

Bathie Ngoye Thiam

16 juillet 2008

Nombreux sont ceux qui, comme moi, ont été affligés en voyant sur TF1, dans le magazine « 7 à 8 » du 25 mai 2008, un immigré raconter son « odyssée infernale » pour arriver en Europe, son « voyage au bout l’enfer ». Mon Dieu ! Quelle aventure ! Mais, à la fin de l’émission, il déclare que s’il a une haine, c’est envers son pays qui n’a pas su lui donner les raisons de rester chez lui. Ce pays est … le Sénégal.

Alors là, je n’ai pu m’empêcher de regarder encore l’émission sur le Net et de lire quelques unes de ses interviews, car beaucoup de journaux français ont consacré des pages entières à l’histoire de ce garçon qui hait son pays. Il s’appelle Omar Ba et était étudiant à l’université Gaston Berger de Saint-Louis.

L’immigration est un sujet d’actualité. Il y a plein de discours là-dessus, de débats, de livres, de films. Depuis quelques années, les clandestins ont commencé à parler, racontant leur vécu et leur traversée du désert. L’un des plus médiatisés est Kinsley, un jeune Camerounais qui avait quitté son pays en 2004 pour rejoindre la France en passant par le Maroc. Son périple fut un cauchemar.

« Au Maroc, ils sont 18 à voyager à l’arrière d’un camion avec moins de deux litres d’eau par jour à se partager, sous la chaleur du désert. »

« Deux personnes perdront la vie lors du voyage, suite à un premier naufrage. Mais ne pouvant pas faire marche arrière, Kingsley ne se décourage pas et décide de retenter sa chance, et réussi à arriver sur les côtes espagnoles. »

Son histoire, émouvante, est plausible, vraie, et il y a des témoins, comme le montre un reportage d’« Envoyé Spécial », sur France 2 .

Le réalisateur Cédric Klapish s’en est inspiré pour faire un film « Paris ». Kinsley y joue son propre rôle. Après les dures épreuves, enfin le succès.

Omar Ba, notre cher compatriote, s’est sans doute dit : « Voilà un bon créneau… » Il raconte alors « son » aventure tirée par les cheveux, tellement il en rajoute et s’y perd.

Des Africains ont marché dans le désert pour se rendre en Europe, ont pris des pirogues, se sont cachés dans des bateaux, etc. Nous avons souvent entendu leurs terribles péripéties. Omar, lui, les aurait vécues toutes ou presque.

Il dit qu’ils étaient 50 dans une pirogue pour se rendre clandestinement en Europe. Tous les autres seraient morts, donc il n’y a personne pour le contredire. Mais tout le monde n’est pas dupe. Dans un discours ponctué de « c’était affreux », « c’était atroce », « c’était l’horreur », il tente de toucher les âmes sensibles et crédules.

Il quitte le Sénégal, dit-il, le 5 septembre 2000. Des navires heurtent des pirogues, des passagers se noient, leur pirogue prend l’eau, il est arrête au Tchad et jeté en prison, on le largue avec d’autres prisonniers en plein désert sans eau ni nourriture, l’un d’eux, épuisé, s’affale et le sable, poussé par le vent, l’ensevelit aussitôt, des soldats tirent sur eux, il est arrêté et tabassé par la gendarmerie royale marocaine, il se retrouve en Lybie où il prend une pirogue dans la quelle se trouve, entre autres passagers, une jeune Somalienne qui va mourir, laissant son bébé, son corps est jeté à la mer, la pirogue chavire à cause d’une tempête, beaucoup meurent noyés, il est repêché par des policiers italiens, etc. Il a survécu à tout cela. Superman n’aurait pas fait mieux. Le revoilà au Maroc. Septembre 2001. Un an déjà.

L’aventure, la « vraie » commence. Ils sont 50 dans une pirogue de 30 places.

« Survivre, dit-il au début de l’émission, pour moi, c’était partir. »

Seulement, en 2000, quand il « partait », l’alternance politique venait d’avoir lieu au Sénégal. L’espoir se lisait partout. Les jeunes étaient les plus enthousiastes. Personne ne pensait à aller risquer sa vie dans l’Atlantique. Omar dit qu’il avait 20 ans (parfois c’est 21) et qu’il était parti pour soulager sa famille. Il dit qu’il ne mangeait pas tous les jours, pourtant il était étudiant. Or, il est bien connu que dans les familles très pauvres, on retire les enfants de l’école pour qu’ils aillent travailler. Et il me semble aussi que ces pirogues dont il parle n’ont commencé à transporter des clandestins qu’en 2003. Les aventuriers d’avant cette date voyageaient autrement. Mais bon…

Dans l’émission « 7 à 8 » de TF1 , il dit qu’il avait payé deux millions de francs CFA au passeur, et dans le livre qu’il a écrit pour raconter son histoire et qui a comme titre « Soif d’Europe : Témoignage d’un clandestin », on lit : « À présent celui qui entend son nom (lu par le passeur, la nuit, au bord de la mer) verse les cinq cent mille francs CFA du billet, environ sept cent soixante euros. » Il devait relire son livre avant d’aller à la télé. Et le plus drôle est que le passeur leur demande de montrer leurs passeports. Il ne manquait plus que ça.

Ils avaient quatre sacs de riz. Il écrit : « On est obligé de se serrer la ceinture pour ne pas manquer de nourriture. Au lieu de deux repas quotidiens nous n’en prenons qu’un. » Le troisième jour, il n’y avait plus de riz. Est-ce que 50 personnes, ne mangeant qu’une fois par jour, peuvent finir quatre sacs de riz en moins de trois jours ? Ils devaient être bien petits, ces sacs.

(3ème jour toujours) La pirogue, raconte-il, commence à couler parce qu’il y avait trop de personnes à bord. Cela veut-t-il dire que pendant trois jours la pirogue n’avait pas senti qu’elle était surchargée ?

Un Gambien nommé Mourad (prénom pas très commun en Gambie) décide alors d’alléger la pirogue. Il prend des gens et les jette à la mer. Voyons ! Même des enfants de cinq ans auraient du mal à y croire. Les aventuriers de l’époque étaient des « guerriers », des durs à cuire. Et même s’ils étaient des poltrons, ils n’allaient pas se laisser faire. La logique dicte que les autres (ils étaient 50 dans la pirogue) se jettent sur Mourad. Même si Mourad était aussi herculéen que nos lutteurs, seul avec 49 femmes, ces dernières se seraient ruées sur lui pour le livrer aux requins au lieu de le regarder les jeter une par une par-dessus bord. Dans le récit d’Omar, Mourad en a jeté sept qui hurlaient, se débattaient, gémissaient. « C’était atroce, dit-il, on les entendait respirer sous l’eau. » Pendant ce temps, les autres, attendant tranquillement leur tour, se disaient : « Je ne dois pas dormir sinon il va me surprendre et me jeter. » Qui peut croire cela ? Omar continue : « Y en a qui se sont suicidés parce qu’il y avait plus à boire, y avait plus à manger. » Depuis que les pirogues partent vers l’Europe, c’est la première fois que j’entends parler de gens qui se sont donné la mort parce qu’ils avaient faim et soif. Ces gens sont coriaces et ont toujours l’espoir de s’en sortir, jusqu’à leur dernier souffle. Regardez à la télé les pirogues qui arrivent en Espagne. Il y a souvent des morts et des gens déshydratés ou dans un état lamentable, mais on ne parle pas de suicidés.

Après, il nous dit qu’ils n’étaient plus qu’une dizaine parce que la pirogue qui tanguait en avait jeté quelques uns. Ici, un petit calcul s’impose. Ils étaient 50. Mourad en jette 7. Il reste donc 43. Maintenant, il n’en reste plus que 10. Et 43-10 = 33. Veut-il nous faire croire que 33 se sont suicidés ou sont tombés accidentellement dans l’océan ? Ça fait quand même beaucoup et ce n’est pas du tout facile à avaler. L’instinct de survie est plus tenace que ça. Aussi, pense-t-on à se compter quand on est dans une telle situation pour savoir si on est neuf ou dix ?

Il pousse le bouchon plus loin en disant que l’odeur des cadavres dans la pirogue les importunait. Mais voyons ! Pourquoi ces 10 survivants sont-ils restés avec des cadavres en putréfaction dans la pirogue pendant une semaine ? Omar dit que l’odeur était insupportable. Dans ce cas, mon cher, on prie pour eux et on les balance dans la mer. Ou bien ?

Mourad se suicide, selon Omar, en buvant du gasoil. Tiens ! Comment ce monstre, comme il l’appelle, qui tue pour sauver sa peau, peut-il avoir des problèmes avec sa conscience au point de se suicider ? Le comble, Omar dit que dans ces conditions-là, on cesse de penser, on devient animal. Comment donc imaginer que Mourad, un monstre dès le départ, se mette, lui, à penser ?

Brusquement, Omar s’endort ou s’évanouit après avoir utilisé sa dernière énergie pour lancer un cri de détresse en voyant un navire se diriger vers leur pirogue. Ça me rappelle le film « Titanic » et le radeau de la Méduse, mais ici, une partie du film est « volé ». On ne saura pas comment sont morts les neuf autres. Il se réveille, récupéré par un cargo espagnol qui l’a « débarqué à Fuerteventura, aux Canaries, au milieu des gens qui bronzaient sur la plage. » Oh ! Que c’est émouvant ! J’en pleure presque… de honte, oui. Les journalistes devraient faire des recherches pour retrouver ce cargo. Omar doit quand même se souvenir de la date.

Il dit, parlant de son arrivée en Europe : « Pour la première fois de ma vie, j’ai eu le choix entre le Coca et l’eau, une eau fraîche en plus. » Alors là, c’est vraiment trop. S’il avait deux millions de francs CFA à payer au passeur, il avait donc de quoi s’acheter une bouteille de Coca et de l’eau fraîche dans n’importe quelle ville du Sénégal.

Il va encore plus loin, déclarant que nos familles préfèrent que leurs fils soient au fond de l’océan plutôt que de les voir revenir d’Europe les mains vides. Ah Bon ? J’en apprends des choses.

Il raconte : « Aux Canaries, les autorités m’ont mis dans un avion pour Barcelone. Et j’ai rejoint Paris dans un camion de fruits de mer. J’ai failli mourir gelé dans la chambre froide. » Ndeysaan ! Passez-moi un mouchoir, waay, pour que j’essuie mes larmes. Rester vivant dans la chambre froide, de Barcelone à Paris, même un esquimau aurait du mal à le faire. Ce garçon est vraiment très fort. Il poursuit : « À Paris, je me suis fait expulser. Retour au Sénégal… Finalement, j’ai eu une bourse pour aller étudier en France. »

Ah bon ? Pour avoir une bourse, je croyais qu’il faut soit avoir le bras long, c’est-à-dire connaître des gens très influents, ce qui signifie riches, ou être un excellent étudiant. Quelqu’un qui ne mange pas tous les jours n’a pas dans son entourage des riches qui veulent l’aider. Et un brillant étudiant, sachant qu’il a un bel avenir devant lui, ne laisse pas tomber ses études pour aller risquer sa vie dans la mer. Et puis, comment peut-il abandonner ses études pendant plus de trois ans à essayer de se rendre en France, puis retourner au Sénégal et obtenir une bourse ?

Supposons que son histoire est vraie. Dans ce cas, comment ose-t-il, maintenant qu’il est bien installé à Paris, dire qu’il hait son pays (le Sénégal) alors qu’après toutes ses terribles aventures infructueuses, c’est ce pays qui lui a donné une bourse d’étudiant, donc un billet d’avion pour voyager confortablement et un séjour en toute légalité en France ? Si ce n’est pas de l’ingratitude, dites-moi ce que c’est.

Il y a dans ses paroles et écrits un manque criant de crédibilité. La partie la plus hilarante de l’interview est quand il fait semblant d’être sur le point de pleurer et dit « excusez-moi » Ha ! Ha ! Pourquoi ne dit-il pas que c’est un roman qu’il imaginé en s’inspirant des récits des aventuriers au lieu de vouloir nous faire gober ces sornettes qui n’attendrissent que les Tubaab (Occidentaux) à qui il peut raconter qu’il dormait dans les arbres, avec tous les membres de sa famille, pendant que des lions affamés rôdaient autour ? En tout cas, il ne manque pas d’imagination. J’aime bien le passage où il écrit que sa mère lui avait donné un grigri qu’il avait attaché autour de sa taille avec un fil en peau de léopard. Ça fait très exotique en effet. Signalons qu’il avait auparavant publié deux livres sans succès. Cette fois-ci, il a mis le paquet. Bravo ! La littérature sénégalaise a de beaux jours devant elle.

Mais on peut gagner de l’argent sans mentir et sans cracher sur son pays d’origine.

Bathie Ngoye Thiam, Un Sénégalais choqué par cette histoire à dormir debout.

Voir encore:

La rocambolesque imposture d’Elissa Rhaïs

Laurence Vidal

Le Figaro

28/03/1996

L’empire français brillait de tous ses feux. Dans la capitale, la mode était à l’exotisme, à l’orientalisme et au paternalisme colonial. En cet automne 1919, une musulmane anonyme débarquait à Paris avec ses trois enfants. Riche de deux manuscrits et d’une lettre de recommandation, celle qui se faisait appeler Elissa Rhaïs partait à la conquête des lettres. Bientôt, son nom serait sur toutes les lèvres.. Tandis que les éditions Plon publiaient Saada la Marocaine, un roman, la nouvelle Le Café chantant trouvait place dans les colonnes de La Revue des Deux-Mondes, alors antichambre de l’Académie française.

Aussitôt la critique s’émouvait qu’une «petite musulmane d’Algérie» eût «toute jeune exprimé le désir de fréquenter l’école française de Blida et d’apprendre notre langue». Ici, on saluait «ce talent naturel si franc, cet art de pousser le récit à sa fin, ce don d’évoquer les choses et les gens, de les faire vivre dans leur milieu et parler avec leur accent». Ailleurs, on s’extasiait sur ce «bavardage oriental tempéré par la mesure française». Partout, de La Revue bleue au Journal des débats ou aux Nouvelles Littéraires, on accueillait à bras ouverts cette petite musulmane courageuse et géniale, dont «la plume magique» et «la rare puissance d’évocation» n’avaient pas fini d’épater.

Pendant près de vingt ans, Elissa Rhaïs ne cessera de publier avec un succès grandissant. Kerkeb, danseuse berbère, La Fille des pachas, L’Andalouse, Les Juifs ou la Fille d’Eléazar.. Truffés d’épices, d’eau de rose et de proverbes locaux, sa douzaine de romans, ses nouvelles et ses pièces de théâtre ressuscitaient les coutumes, les couleurs, les saveurs d’un Proche-Orient de légende. Traversés par la passion, muselés par les tabous, ensanglantés par la fatalité, ce n’était que contes merveilleux et tragiques; mirages situés à mi-chemin des Mille et une Nuits et des ouvrages de Pierre Loti ou des frères Tharaud. Conférences, chroniques dans les journaux, voyages, réceptions : Elissa Rhaïs, qui jamais ne se déplaçait sans celui qu’elle présentait comme son fils aîné, Raoul, de dix-huit ans son cadet, fut reçue partout et partout honorée. Dans son appartement luxueux du boulevard Saint-Jacques, les admirateurs qui lui faisaient fête s’appelaient Gide, Mauriac, Colette, Morand ou Sarah Bernhardt. Sa gloire était telle, et son talent – que seul le critique Billy, à l’époque, osa mettre en doute -, et ses mérites, que plus d’une personnalité la soutint lorsqu’elle s’avisa d’aspirer à la Légion d’honneur. Barthou et Poincaré furent de ceux-là, qui en 1938 lui accordaient leur appui.

En vue de lui décerner la rosette, on procède donc à l’enquête d’usage… En 1939, le scandale éclate : Leila Bou Mendil (également connue. sous le nom de Rosine Boumendil), alias Elissa Rhaïs, est illettrée, presque analphabète! Elle n’a fait que signer les livres écrits par son prétendu fils, en fait un parent pauvre, Raoul Dahan, qu’elle tient sous sa coupe financière et amoureuse depuis plus de vingt ans. Lorsque, en décembre, reçue au ministère de l’Instruction publique, où elle espère l’annonce officieuse de sa décoration, Elissa Rhaïs se voit démasquée, elle s’évanouit. De ce coma, elle ne se relèvera pas. Et mourra quelques mois plus tard, oubliée de tous.

Le scandale est étouffé. Le monde de l’édition, victime de la géniale imposture, opte pour la conspiration du silence. La France en guerre a d’autres. drames à pleurer. Toute trace s’apprête à disparaître de la naguère célèbre Elissa Rhaïs… Toute trace? Pas forcément. Car Raoul Dahan, plus anonyme que jamais, mais marié et père de famille, va, sur son lit de mort, confier à son fils son secret et tous ses manuscrits précieusement conservés. Quatorze ans plus tard, en 1982, ce fils prendra la plume (1). Sous le nom de Paul Tabet, il clamera à la face du monde la fabuleuse histoire d’un jeune homme pauvre, juif d’Alger pétri de culture française, qui, tombé sous la coupe d’une énergique cousine, la laissera signer les milliers de pages qu’il écrira au fil de vingt années. Dans ce récit romanesque en diable, où certains noms sont maquillés, et qu’il présente, précisément, comme un «roman», Paul Tabet racontera au passage le personnage extrême de Leïla Bou Mendil, née en 1882 à Blida, de père musulman et de mère juive, mariée à l’âge de 17 ans, recluse quinze ans durant dans un harem, où elle frôle la folie. De cette même Leïla/Rosine, rendue à la liberté par la mort de son mari, bientôt riche héritière, et qui s’entiche du timide cousin dont elle fait son secrétaire et son amant. D’elle, toujours, immonde et fascinante, ancienne captive devenue geôlière, qui conte à son «protégé» les récits merveilleux entendus au harem, histoires qui nourriront les premiers textes de Raoul. D’elle, enfin, splendide comédienne qui, se joue du Tout-Paris avec un panache qui force l’admiration…

Après la mort d’Elissa Rhaïs, Raoul n’écrira plus. De toute façon, les portes de l’édition lui sont fermées. Et lorsque, au nom du père, Paul Tabet exhume le passé, et la mystification, il est violemment contesté par les parents d’Elissa, qui, à leur tour, l’accusent… d’imposture. La réédition, cette année, du roman Le Sein blanc ressemble à une réhabilitation. On y découvre l’atmosphère hautement sentimentale, faite d’amours impossibles, de violences cachées et d’interdits vengeurs, qui fit le succès d’Elissa Rhaïs.

Mais si le charme désuet est indéniable, de cet Orient d’Epinal plus conforme aux goûts des années 20 qu’aux nôtres, le plus romanesque est ailleurs : dans la maléfique emprise qu’exerça autrefois une femme blessée sur un très jeune homme, histoire d’une fabuleuse fusion d’identités, contée par Paul Tabet avec une grande sensibilité.

(1) Elissa Rhaïs, par Paul Tabet, Grasset, 1982.

LE SEIN BLANCD’ELISSA RHAÏS.L’Archipel, 98 F.

Voir enfin:

FRANCE 2 20.50

ELISSA RHAIS, une imposture littéraire

Paul De Brem

La Vie

9 septembre 1993

Dans les années 30, en Algérie, une riche et magnifique jeune femme, mi-juive mi-arabe, et qui vit seule avec ses domestiques, accueille chez elle Raoul, le fils d’une parente. Leïla et Raoul tombent amoureux. Lui, fasciné par ses talents de conteuse, écrit la vie de Leïla dans un roman qui connaît un grand succès. Elle, pourtant analphabète, s’en prétend l’auteur sous le pseudonyme d’Elissa Rhaïs, afin de pénétrer les milieux littéraires parisiens, d’en devenir la coqueluche et d’obtenir la revanche sur la vie qu’elle attend depuis toujours.

Elissa Rhaïs est l’histoire vraie d’une imposture littéraire, révélée au grand public en 1982 par le propre fils de Raoul, lequel lui a tout raconté avant de mourir, et confirmée par des études graphologiques. Le téléfilm tiré de cette rocambolesque histoire, admirablement interprétée par Anne Canovas et Emmanuel Salinger, explore aussi les complexes relations amoureuses entre une très séduisante dissimulatrice un rien mythomane et son "nègre", tenu par son amour de cacher la vérité et de jouer le rôle que sa maîtresse lui impose.

Elle, particulièrement, paraît mystérieuse: d’où lui vient ce désir de mystification ? Sensuel et somptueux, le Maghreb évoqué ici par des images très soignées est celui des fontaines, des mosaïques et de la lumière. Ce téléfilm français décidément très riche se veut aussi une réflexion sur la vérité en littérature: à quel moment une histoire vraie, mais romancée, devient-elle mensonge ?


Délinquance: Cachez ces chiffres que je ne saurai voir (No crime figures please, we’re French)

28 février, 2013
Vos questions vont singulièrement vous compliquer l’existence. Une meute de persécuteurs polyvalents, d’antifascistes oniriques, de suffragettes de ligues de vertu, va vous tomber sur le poil. Xavier Raufer (criminologue)
Ce livre est parfaitement scandaleux. C’est le dernier avatar du lobby sécuritaire. C’est du marketing commercial pour faire peur aux gens car ces chiffres étaient connus depuis longtemps. Il finit en conclusion par dire que la violence, c’est la faute des immigrés. Bref, du sous-journalisme au service du tout sécuritaire. Laurent Mucchielli (auteur de l’ "Invention de la violence")
L’immense majorité des journalistes (94% selon une enquête de Marianne) et des étudiants en journalisme (jusqu’à 100% d’entre eux dans certaines écoles) se revendiquent de la gauche et de l’extrême gauche. Ils ont un logiciel idéologique dans la tête, qui n’est pas compatible avec le devoir d’informer. Par réflexe, ils nient la réalité, l’édulcorent, la minimisent, éventuellement méprisent, culpabilisent ou insultent ceux qui osent la montrer du doigt. Entre grands médias, c’est une compétition à celui qui ira le plus loin dans l’excuse et la compréhension du criminel. Les gens le savent, donc ils ne lisent plus cette presse-là, qui est maintenue en vie par des subventions publiques plus ou moins déguisées, pour donner l’illusion qu’une information indépendante existe encore et que notre démocratie se porte bien. Tout ça est un théâtre et même, hélas, une tragédie(…) La plupart des grands médias se taisent, et nous font parfois savoir, comme La Croix ou Le Parisien, qu’ils le font pour des raisons idéologiques. Or des milliers de victimes témoignent que l’insécurité n’est pas une idéologie. (…) L’hétérogénéité d’une nation est non seulement un facteur de criminalité, mais aussi un facteur d’incivisme, de précarité, d’effondrement du “capital social”, comme l’a démontré le célèbre sociologue – de gauche – Robert Putnam, duquel je parle longuement dans La France orange mécanique. C’est un constat : les pays hétérogènes sont plus violents que les pays homogènes. Il n’est pas question de réécrire cette réalité sous prétexte qu’elle pousserait des gens à se radicaliser. Aujourd’hui, dans notre pays, des milliers de criminels radicaux agressent, violent et tuent d’honnêtes gens sans que ça n’intéresse personne. Ceux qui fuient cette réalité en brandissant le fantasme de l’extrême droite se font les complices de ces criminels. Mais ils n’ont plus le choix : leur idéologie est boiteuse, et ce fantasme de l’extrême droite est leur seule béquille. (…) Je note que cette radicalisation est consubstantielle aux populations musulmanes installées en Europe. Elle est un accélérateur identitaire de la tribalisation de certaines communautés. (…) Leur morale est celle de leur groupe, hiérarchisé selon des règles qui ne sont pas les nôtres. C’est une loi anthropologique : tuer un membre de son groupe est interdit, tuer un étranger est admis, parfois encouragé. En témoigne le soutien sans faille des “proches” de “jeunes” interpellés par la police, quoi qu’ils aient fait. (…) Je constate que les villes aux populations homogènes, qui comportent leur lot d’habitants pauvres, sont très peu criminelles. Le Paris du début du XXe siècle ou même du XIXe était particulièrement pauvre et surpeuplé. Pourtant, il était beaucoup moins violent qu’il ne l’est depuis les années 60. La ville ne fait pas le criminel, disons qu’elle lui sert de refuge. Ce qui fait le criminel, c’est la sous-adaptation culturelle, la tribalisation du pays, le laxisme judiciaire, la morale de l’excuse. (…) Entre la paperasse, la politique du chiffre, la barbarie de la rue, les consignes pour ne pas “provoquer”, le mépris médiatique, la colère populaire, les policiers, désabusés, font ce qu’ils peuvent, avec courage et efficacité. En revanche, la justice ne suit plus depuis longtemps. 53 000 places de prison, 67 000 détenus. 82 000 peines non exécutées chaque année, faute de place. Construire des prisons ? “Ça coûte cher”, nous explique-t-on sans trembler du côté du syndicat de la magistrature. Pas un seul gouvernement n’a eu le courage de mettre au pas son administration pour construire des prisons. Pourquoi ? Parce que construire des prisons serait reconnaître l’explosion de la criminalité depuis l’ordonnance de 1945 et la généralisation du laxisme judiciaire. Idéologiquement, les progressistes ne peuvent pas admettre l’échec de leurs utopies. Ils préfèrent couler à la barre du navire. Ce qu’ils décident n’a rien à voir avec la réalité empirique, ce sont des “avancées” morales sur lesquelles personne ne doit jamais revenir. C’est un comportement suicidaire. (…) Dans tous les pays d’Europe, la criminalité a explosé à partir des années 1950, avec la mondialisation, l’immigration et la fin de la justice strictement punitive. Ce n’est pas une fatalité : les pays qui ont abandonné le laxisme judiciaire, comme les États-Unis, ont obtenu d’excellents résultats en matière de lutte contre la criminalité. Aujourd’hui, la criminalité des États-Unis est proportionnellement inférieure à celle de la France. Laurent Obertone

 Cachez ces chiffres que je ne saurai voir !

Chiffres de la délinquance trois fois plus élevé que ceux du ministère de l’Intérieur, 53 000 places de prison pour 67 000 détenus, 82 000 peines non exécutées chaque année faute de place …

A l’heure où, entre manque chronique de places de prison et arrivée massive d’immigrés irréguliers comme laxisme judiciaire et relativisme culturel, la fracture sécuritaire ne cesse de s’aggraver entre les belles âmes protégées des beaux quartiers et rien de moins que la majorité de la population …

Pendant qu’entre propositions de dépénalisation du cannabis (du ministre de l’Education, s’il vous plait!) et d’élections pour les étrangers comme de mariage et bientôt gestation pour tous, un gouvernement d’irresponsables enfonce chaque jour un peu plus le pays dans le chômage et les déficits …

Et que, pour ne prendre qu’un exemple ô combien symptomatique, nos concitoyens juifs en sont depuis des années réduits à pratiquer leur religion sous protection policière …

Retour, dans Causeur, avec l’auteur (sous pseudonyme ?) de "La France Orange mécanique"

Sur ces chiffres que personne ne veut voir …

La criminalité a explosé

Entretien avec Laurent Obertone, auteur de La France Orange mécanique

Causeur

08 février 2013

Dans La France Orange Mécanique (Ring éditions), Laurent Obertone décrit « l’ensauvagement d’une nation » et montre une France où l’ultra-violence progresse sans rencontrer d’autre opposition qu’une culture de l’excuse institutionnalisée. Rencontre avec un journaliste brise-tabous, sans œillères ni langue de bois.

Votre essai s’appuie sur des chiffres différents de ceux du ministère de l’Intérieur. En quoi sont-ils plus fiables que les statistiques officielles ?

En France, toutes les 24 heures, on compte 13 000 vols, 2 000 agressions et 200 viols. Ces chiffres sont ceux de l’Office national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP), institut public qui réalise depuis plusieurs années des enquêtes de victimisation auprès de 17 000 personnes. Ces enquêtes jugées fiables par les criminologues (et désormais par Manuel Valls) recensent 12 millions de crimes et délits, soit trois fois plus que les chiffres avancés par le ministère de l’Intérieur, basés uniquement sur les plaintes, et sujets à quantité de manipulations. L’enquête de l’ONDRP y échappe, et échappe donc aux indécentes petites querelles politiciennes autour d’oscillations infimes d’un taux de criminalité qui a explosé depuis les années 60, et qu’aucune politique n’a su ou voulu contenir.

Vous semblez nourrir une très mauvaise opinion des médias français. Sont-ils vraiment tous aveugles et angéliques face à l’insécurité ?

L’immense majorité des journalistes (94% selon une enquête de Marianne) et des étudiants en journalisme (jusqu’à 100% d’entre eux dans certaines écoles) se revendiquent de la gauche et de l’extrême gauche. Ils ont un logiciel idéologique dans la tête, qui n’est pas compatible avec le devoir d’informer. Par réflexe, ils nient la réalité, l’édulcorent, la minimisent, éventuellement méprisent, culpabilisent ou insultent ceux qui osent la montrer du doigt. Entre grands médias, c’est une compétition à celui qui ira le plus loin dans l’excuse et la compréhension du criminel. Les gens le savent, donc ils ne lisent plus cette presse-là, qui est maintenue en vie par des subventions publiques plus ou moins déguisées, pour donner l’illusion qu’une information indépendante existe encore et que notre démocratie se porte bien. Tout ça est un théâtre et même, hélas, une tragédie.

Mais la presse parle de votre livre…

Une certaine presse. Valeurs actuelles, Atlantico, Éric Brunet, Éric Zemmour… La plupart des grands médias se taisent, et nous font parfois savoir, comme La Croix ou Le Parisien, qu’ils le font pour des raisons idéologiques. Or des milliers de victimes témoignent que l’insécurité n’est pas une idéologie.

En pointant le multiculturalisme comme source de la délinquance, ne redoutez-vous pas de radicaliser certaines personnes, soit vers l’extrême droite soit vers un fanatisme de type salafiste ?

L’hétérogénéité d’une nation est non seulement un facteur de criminalité, mais aussi un facteur d’incivisme, de précarité, d’effondrement du “capital social”, comme l’a démontré le célèbre sociologue – de gauche – Robert Putnam, duquel je parle longuement dans La France orange mécanique. C’est un constat : les pays hétérogènes sont plus violents que les pays homogènes. Il n’est pas question de réécrire cette réalité sous prétexte qu’elle pousserait des gens à se radicaliser. Aujourd’hui, dans notre pays, des milliers de criminels radicaux agressent, violent et tuent d’honnêtes gens sans que ça n’intéresse personne. Ceux qui fuient cette réalité en brandissant le fantasme de l’extrême droite se font les complices de ces criminels. Mais ils n’ont plus le choix : leur idéologie est boiteuse, et ce fantasme de l’extrême droite est leur seule béquille.

Quid de la dérive islamiste ?

Je note que cette radicalisation est consubstantielle aux populations musulmanes installées en Europe. Elle est un accélérateur identitaire de la tribalisation de certaines communautés.

À vous lire, certains délinquants sont parfaitement de bonne foi lorsqu’ils pensent ne transgresser aucun interdit en commettant des délits ou des viols…

En effet. Leur morale est celle de leur groupe, hiérarchisé selon des règles qui ne sont pas les nôtres. C’est une loi anthropologique : tuer un membre de son groupe est interdit, tuer un étranger est admis, parfois encouragé. En témoigne le soutien sans faille des “proches” de “jeunes” interpellés par la police, quoi qu’ils aient fait.

Vous expliquez que, contrairement à une idée bien ancrée, la délinquance et la criminalité ne sont pas liées à des facteurs économiques. Mais peut-on sérieusement comparer des départements ruraux, certes classés parmi les plus pauvres et des zones hyper urbanisées comme le 93?

Je constate que les villes aux populations homogènes, qui comportent leur lot d’habitants pauvres, sont très peu criminelles. Le Paris du début du XXe siècle ou même du XIXe était particulièrement pauvre et surpeuplé. Pourtant, il était beaucoup moins violent qu’il ne l’est depuis les années 60. La ville ne fait pas le criminel, disons qu’elle lui sert de refuge. Ce qui fait le criminel, c’est la sous-adaptation culturelle, la tribalisation du pays, le laxisme judiciaire, la morale de l’excuse.

D’où vient la quasi-impunité que vous dénoncez ? De la police ou de la justice?

Entre la paperasse, la politique du chiffre, la barbarie de la rue, les consignes pour ne pas “provoquer”, le mépris médiatique, la colère populaire, les policiers, désabusés, font ce qu’ils peuvent, avec courage et efficacité. En revanche, la justice ne suit plus depuis longtemps. 53 000 places de prison, 67 000 détenus. 82 000 peines non exécutées chaque année, faute de place. Construire des prisons ? “Ça coûte cher”, nous explique-t-on sans trembler du côté du syndicat de la magistrature. Pas un seul gouvernement n’a eu le courage de mettre au pas son administration pour construire des prisons. Pourquoi ? Parce que construire des prisons serait reconnaître l’explosion de la criminalité depuis l’ordonnance de 1945 et la généralisation du laxisme judiciaire. Idéologiquement, les progressistes ne peuvent pas admettre l’échec de leurs utopies. Ils préfèrent couler à la barre du navire. Ce qu’ils décident n’a rien à voir avec la réalité empirique, ce sont des “avancées” morales sur lesquelles personne ne doit jamais revenir. C’est un comportement suicidaire.

Ce n’est donc pas de la responsabilité de Christiane Taubira, l’actuelle Garde des Sceaux ?

Taubira est autant responsable de la situation que ses prédécesseurs, elle a l’immense mérite de passer pour ce qu’elle est.

Plus que le niveau de sécurité, n’est-ce pas notre seuil de tolérance face à la criminalité et à la délinquance qui a fléchi au cours des dernières décennies ?

Si les médias tentaient d’amplifier ce phénomène, ils commenceraient sans doute par ne plus parler de “sentiment”, de “jeunes”, ou “d’incivilités”. Dans La France orange mécanique, je montre que la criminalité française était insignifiante des années 1830 aux années 1950. Dans tous les pays d’Europe, la criminalité a explosé à partir des années 1950, avec la mondialisation, l’immigration et la fin de la justice strictement punitive. Ce n’est pas une fatalité : les pays qui ont abandonné le laxisme judiciaire, comme les États-Unis, ont obtenu d’excellents résultats en matière de lutte contre la criminalité. Aujourd’hui, la criminalité des États-Unis est proportionnellement inférieure à celle de la France.

Votre constat est effrayant, mais quelles solutions préconisez-vous ?

Aucune, ce n’est pas mon rôle. Je suis un témoin, je pose un constat. Constat de faillite judiciaire, de faillite du multiculturalisme, de faillite de la morale progressiste. Avant de s’attaquer à la réalité, il faut cesser de l’ignorer. C’est tout le thème de mon livre.

Laurent Obertone, La France orange mécanique (Ring éditions).

Voir aussi:

"France Orange mécanique" : omerta à tous les étages…

André Bercoff

Ecrivain, journaliste.

Il fut notamment journaliste à l’Express, directeur de la rédaction de France-Soir et directeur littéraire dans plusieurs maisons d’édition dont Belfond et Robert Laffont. Auteur d’une quarantaine de livres.

Voici un drôle d’OINI (objet imprimé non identifié). Pas normal. Pas formaté. Loin de la juste ligne du camp du Bien, celui de la Morale et des Droits de certains Hommes à disposer des autres. Pis : il les combat, les décrypte, les dénude. Si l’on considère « La France orange mécanique » du jeune journaliste Laurent Obertone du point de vue de l’intelligentsia bobocratique, la messe est dite : cet infâme torchon se situe à la droite de Le Pen, stigmatise des minorités aussi visibles que victimes, et contribue à la division des Français mille fois plus que les honorables causes du mariage gay et du droit de vote des étrangers. Laurent Obertone serait, au mieux, un réac identitaire, plus vraisemblablement un néonazi qui ne s’ignore pas. Fermez le ban. Omerta à tous les étages.

Il se trouve que l’auteur a fait tout simplement un travail de journaliste. Plus précisément de documentaliste. Il a recensé, en feuilletant pendant des mois la presse locale et régionale de ce cher et doux pays – presse qu’on ne cite pratiquement jamais – et y a relevé les faits de violence, d’incivilité, d’agression, de viol – faits que l’on baptise si pudiquement « divers » – et autres bonnes actions qui se répandent comme une traînée de poudre dans la France de ce début de XXIe siècle. Les chiffres parlent : toutes les 24 heures, 13 000 vols, 2 000 agressions, 200 viols. Excusez du peu. Ces chiffres sont connus mais l’un des apports d’Obertone est qu’il reproduit, en citant à chaque fois ses sources, le détail de ces « petits » crimes au quotidien. De ce fait, il rappelle la souffrance infinie de cette population que les grands médias ignorent quand elles ne viennent pas du Mexique ou d’ailleurs : les victimes. Celles qui n’ont rien demandé, qui passaient par là, qui ne voulaient de mal à personne, en un mot innocentes, et qui se font massacrer pour un regard, une cigarette refusée, un portable ou, si elles sont femmes, violer dans un train ou sous une porte cochère, devant des témoins aussi muets que passifs. Quand on vit, soit dans des beaux quartiers, soit dans des villes protégées, quand on est loin du chaos qui, lui, a bien réussi son intégration, on se dit que l’auteur exagère, mais les descriptions sont là et elles sont accablantes.

Mais le livre va évidemment plus loin. Il analyse le pourquoi de cette violence, pointe là aussi le poids de certaines communautés dans les prisons, la perte absolue des repères et des valeurs qui transforment des individus en tribus qui n’ont d’autres objectifs que défendre leurs territoires pour y exercer leurs trafics et leurs tournantes et pour qui le vivre ensemble (c’est-à-dire, avec les autres citoyens) ne veut strictement rien dire. De ces semeurs de haine, Obertone montre la magnifique complicité, voire l’appui des fabricants d’excuses : les moralistes des médias et de la politique, les experts, journalistes, juges, universitaires, qui n’ont de cesse d’expliquer la violence uniquement par l’économie et le social, la ghettoïsation et l’appauvrissement, alors que, si l’on regarde, comme le fait l’auteur, les statistiques, les départements les plus pauvres de France sont ceux où il y a le moins d’agressions, et surtout l’évidence : il y a huit millions de pauvres en France. Je ne sache pas qu’il y ait huit millions d’agresseurs actifs. Évidence trop aveuglante pour nos autruches assermentées.

Mais l’ouvrage pointe aussi du doigt la formidable lobotomisation des victimes elles-mêmes, devenues pratiquement consentantes, soit par peur de représailles et on les comprend ; soit – et c’est là où le bât blesse – pour ne pas « amalgamer », stigmatiser, etc. Elles ont dans certains cas – heureusement, il y a des exceptions – tellement intégré le fait qu’elles appartiennent à la frange « souchienne », colonialiste, petite bourgeoise, coupable, qu’elles pardonnent à l’avance à leurs bourreaux. Mieux : elles lui trouvent des excuses. L’exemple est frappant (c’est le cas de le dire) d’une agression dans un Noctilien parisien en décembre 2008. La caméra posée dans le bus a filmé un jeune homme de 19 ans violemment tabassé pendant un quart d’heure par d’autres jeunes encapuchonnés. Quelques mois plus tard, la vidéo circule sur Internet et la victime, retrouvée par Le Figaro, déclare : « La vidéo de mon agression apparaît comme très stéréotypée car, ce soir-là, je suis habillé de façon bourgeoise et je suis face à quatre jeunes qui faisaient beaucoup de bruit. En aucun cas, je ne veux passer pour l’incarnation d’une certaine image sociale qui aurait été prise à parti par des étrangers. Je ne l’ai pas ressenti comme cela… Il y a eu un grave amalgame entre la réalité de cette scène et sa représentation. Cette vidéo a circulé sur des sites extrémistes et a été exploitée par des politiques. Or, je ne veux pas être instrumentalisé. » Cette personne était à l’époque étudiant à Sciences Po. L’un de ses professeurs, Olivier Duhamel, a félicité son jeune étudiant pour sa réaction exemplaire. À ce niveau, cela devient beau comme l’antique.

On peut certes reprocher à « La France orange mécanique », des lourdeurs, des répétitions, et un éloge certain de l’agressivité considérée comme une vertu cardinale qui peut, elle aussi, donner lieu à de sacrés débordements. Il n’empêche : la réalité que décrit Obertone a été – et est encore – tellement occultée par la pensée et les médias dominants, que cette piqûre d’éveil mérite largement d’être connue. Et encouragée.

André Bercoff, le 31 janvier 2013

Voir également:

Orange mécanique : le livre choc qui donne (enfin) à voir la délinquance telle qu’elle est

Dans "La France Orange Mécanique", Laurent Obertone ose s’intéresser aux deux violences faites à la société d’aujourd’hui : la délinquante et la médiatique.

Pierre Cormary

Atlantico

"On appelle ça une victime. En un sens, docteur, je trouve ça peut-être plus répugnant à voir que le coupable."

(Le personnage du maire dans Monsieur Ouine de Bernanos.)

Sur ce livre choc qui en défrisera plus d’un, et, comme le remarque malicieusement Xavier Raufer dans sa préface, fera passer son auteur d’abord comme un falsificateur indigne doublé d’un répressif tout azimut à la solde du Front National (et sans lire ce que celui-ci dit vraiment du FN et la façon dont il lui règle son compte), puis, une fois qu’on aura vérifié la véracité hallucinante de ses informations, comme un défonceur de portes ouvertes qui n’a rien inventé et se contente d’accumuler la liste des horreurs pour semer la panique dans les foyers, enfin, quand tout aura été digéré, repensé, reconnu, pour un vrai journaliste qui a fait son boulot et osé, le salaud, nous parler de cette chose répugnante qui s’appelle "le réel", on pourra dire cinq choses.

5. La France Orange mécanique est avant tout un livre d’informations. Un document incroyablement fourni sur tout ce qui se passe depuis vingt ans au pays des Droits de l’Homme en matière de délinquance et de criminalité. Un recensement accablant, quasi surréaliste, où il apparaît, d’après l’ "office national d’observation de la délinquance et des réponses pénales" (l’ONDRP), qu’il y a en France chaque jour près de 6000 atteintes aux bien, 1300 atteintes à l’intégrité physique, 1000 escroqueries économiques et infractions financières, 470 véhicules détruits ou dégradés, 330 violences physiques crapuleuses, 100 incendies volontaires de biens privés. Pire, qu’on compte 200 viols toutes les 24 heures – et un nombre impressionnant de violeurs rejetés dans la nature.

De ce triste livre des records, on apprendra aussi comment toutes les formes de délinquance ont explosé, à commencer par celle des mineurs (il n’est plus rare de voir des assassins de quinze au treize ans) et celle des filles (le taux d’adolescentes mises en cause entre 1996 et 2009 a connu une augmentation de 113 %). Facile de convaincre par des listes, rétorqueront les "sceptiques", ces gens à qui il n’est jamais rien arrivé et qui prennent toujours de haut les plaintes de ceux à qui il est arrivé quelque chose. Le réel est racoleur, c’est bien connu. Et il a bien souvent le mauvais goût d’être démocratique et égalitaire : on peut être un ado et violer une octogénaire comme en juin 2012 à Marseille (20 minutes, 16/06/12) comme on peut être un septuagénaire et, quelques jours plus tard, séquestrer, filmer et violer une jeune femme à Lessard-le-National (Le journal de Saône-et-Loire, 30/06/12). Sans oublier ces cas d’école qui seraient comiques s’il n’étaient pas vrais, comme cet homme jugé en novembre 2012 à Saint Nazaire pour avoir tué sa femme enceinte de 33 coups de couteau, parce qu’elle voulait appeler leur bébé "Yanis" et lui préférait "Gianni" (Ouest-France, 09/11/12).

4. Bien entendu, il ne manquera pas d’âmes sensibles pour stigmatiser la violence intrinsèque de ce livre conçu lui-même, avec son titre spectaculaire et sa couverture orange brutale, comme un compte à rebours façon Irréversible de Gaspard Noé (les chapitres allant de 10 à un hypothétique quoique "explosif" zéro) ou même comme une thérapie de choc destinée à excéder le lecteur en le saturant d’informations toutes plus horribles les unes que les autres et finir par le persuader que décidément la violence est partout et que lui-même peut en être la victime, un peu comme ce que l’on fait justement subir à Alex dans le film de Stanley Kubrick. C’est là l’indéniable côté "traitement Luduvico" de cette France Orange mécanique – à la différence de taille qu’il s’agit là non d’endormir les conscience mais bien de les réveiller.

Certes, Laurent Obertone n’y va pas avec le dos de la cuillère et n’est pas toujours à l’abri de facilités, de raccourcis ou de jugement à l’emporte pièce dont on peut comprendre qu’ils représentent un défouloir mais qui finissent par altérer la réflexion. De même sa vision, disons génético-animalière du monde, étayée, d’ailleurs brillamment, par les thèses du biologiste Richard Dawkins selon lesquelles nous serions prisonniers de nos gènes et du zoologiste Konrad Lorenz pour qui l’agressivité est déjà dans la bactérie, pourra apparaître quelque peu univoque – même si l’on comprend que pour le criminologue, c’est le monde entier qui devient à un certain moment criminogène. Il n’empêche que la subjectivité, parfois discutable, du jugement est toujours amortie par l’objectivité du constat. N’en déplaise aux esprits forts, c’est le réel qui est choquant, non le dégoût qu’il suscite.

3. Voici donc un livre certainement excessif mais d’un excès qui est à la mesure de la réalité. Et une réalité qui, comme toujours, a l’art de contrarier les dogmes de la sociologie dominante. Ainsi, un bourdivin sera fort irrité d’apprendre que la criminalité ne va pas forcément de pair avec la pauvreté, l’environnement et le chômage, et que, par exemple, des départements comme la Creuse, le Cantal et le Lot, qui ont le PIB le plus bas de France, sont aussi ceux qui ont le taux de criminalité et de délinquance le moins élevé alors que des départements à forte criminalité comme l’Essonne, le Val-de-Marne ou la Seine-et-Marne, sont beaucoup plus riches, beaucoup plus entreprenants, et le comble, beaucoup plus subventionnés.. C’est que contrairement à ce que pensent nos journalistes officiels, évidemment tous de gauche (car comme le rappelle Obertone, citant une étude étonnamment sérieuse de Marianne datant du 23 avril 2001 : 94 % des journalistes votent à gauche – ou au centre pour les plus subversifs d’entre eux), les problèmes sont parfois beaucoup moins "sociaux" qu’ethniques et religieux. Et force est de constater, avec Eric Zemmour, Malek Boutih, les sociologues Hugues Lagrange et Sébastien Roché, et n’importe quel Ministre de l’Intérieur qui daignerait montrer ses chiffes, qu’il y a en effet une sur-délinquance des Noirs et des Arabes. Mais qu’on se rassure, la criminalité des autochtones a augmenté elle aussi. Ouf !

2. Mais tout de même, et quelle que soit la justesse du constat, n’est-ce pas faire le jeu du Front National que d’exposer tout cela au grand public, s’inquiètera telle grande conscience citoyenne et vigilante tant il est vrai que pour elle l’inquiétant n’est pas tant ce qui se passe dans la rue que dans la tête des gens qui habitent cette rue, et que l’essentiel est moins de protéger les gens des voyous que d’eux-mêmes et de leurs réflexes xénophobes. La culture de l’excuse pour tous mais pas pour le raciste, attention ! Lui n’a aucune circonstance atténuante, aucune possibilité de repentance ou de remise de peine, aucune chance morale et pénale – et l’on se dit alors que si l’on traitait médiatiquement, moralement et pénalement les délinquants comme on traite les racistes, ça rigolerait beaucoup moins dans le neuf trois. Il n’empêche que le Front National, loin d’apparaître comme ce qui pourrait nous assurer le salut, ne sort au contraire pas du tout indemne de la critique obertonienne : "le Front National de Marine Le Pen, écrit ce dernier, ne propose rien qui permette de sortir de la spirale à emmerdements : en souhaitant réserver les prestations sociales aux Français (et même les augmenter), il ne fera qu’amorcer la fabrication de sous-sociaux bien de chez nous, made in France. (…) Son programme relève du gauchisme social, l’origine de beaucoup de nos maux." On ne saurait à la fois être plus engagé et moins partisan.

1. Ce que montre en définitive cette enquête, c’est qu’en France les "débats" sont la plupart du temps idéologiquement faussés. Ainsi des féministes, toujours prêtes à se battre contre un "mademoiselle" ou une campagne de mode jugée putassière, mais rarement sur place lorsqu’il s’agit de juger de ce qui se passe vraiment dans les cités – au contraire de ce documentaire de Cathy Sanchez, intitulé La Cité du Mâle, diffusé, après moult hésitations par peur d’être accusé de "discrimination", sur Arte en septembre 2010, et dans lequel des djeuns, nourris au rap et au RnB, parlaient librement de leur conception de la femme, assez éloignée, il faut le reconnaître, de celle de Marianne. Pour certains commentateurs officiels, c’était ces jeunes que la réalisatrice avait "piégés". Culpabiliser les coupables, ça ne se fait pas. En revanche, ce sont les innocents qu’il faut convaincre de mauvaise conscience. Et le travail de sape par les médias est telle que l’on tombe parfois sur des victimes d’agression qui plutôt de s’indigner de leur agression, s’indignent qu’on "l’instrumentalise" – tel ce jeune homme de 19 ans qui en décembre 2008 se voit provoqué, volé et tabassé par une bande de voyous en plein Noctilien parisien, et qui, parce qu’on a filmé son agression et qu’elle est passée sur Internet, ne trouve rien de mieux à dire qu’il ne veut surtout pas qu’on en fasse un "amalgame", parce que ce soir là, il était habillé "de façon bourgeoise" (donc sans doute un chouïa provocante pour les voyous qui l’ont pris à partie) et qu’il ne voudrait surtout pas qu’on stigmatise ces derniers, tant il tient plus que tout à ce que l’on préserve ce vivre-ensemble plutôt que son instinct de survie à lui. Il est vrai qu’à notre époque, l’ordre est devenu caduque, alors que c’est le premier besoin de l’âme, comme le disait Simone Weil, et le premier souci des pauvres – un souci qui n’est visiblement pas celui de Christine Taubira ni de Noël Mamère pour qui "la justice n’est pas là pour envoyer des gens en prison". Punir, pour ces gens qui raisonnent comme le maire de Monsieur Ouine, c’est ajouter du mal au mal, c’est dramatiser encore plus un meurtre ou un viol, c’est insister trop sur le scandale de la violence. Malheur à celui par qui le scandale arrive ! Malheur, surtout, à la victime qui oserait se rebeller – tel ce père qui ose gifler le violeur de 13 ans de sa fillette de 4 ans et qui se voit traîner au tribunal par la mère du premier et condamné à 200 euros d’amende avec sursis. "La part des victimes, c’est la part des ténèbres", écrit superbement Obertone dans ce livre qui pourrait, pour ceux qui croient encore à la justice et au contrat social, être une lueur d’espoir.

Laurent Obertone, La France Orange Mécanique, Editions Ring, 352 pages, 18 euros, n vente le 17 janvier 2013.


Délinquance: De véritables razzias à Paris et en banlieue (The Barbarians are already within the gates)

20 février, 2013
Alaric's sack of RomeSuis-je le gardien de mon frère? Caïn (Genèse 4: 9)
C’est précisément en raison de la mort de l’impérialisme que nous voyons l’apparition du monde pré-moderne. Aujourd’hui, il n’y a aucune puissance coloniale qui accepte de s’atteler à cette tâche, cependant les occasions, peut-être même le besoin de colonisation, sont aussi grands qu’ils ne l’ont jamais été au XIXe siècle. (…) Le cas d’Ossama Ben Laden a maintenant démontré, pour ceux qui ne l’avait pas déjà réalisé, qu’aujourd’hui le monde entier est, potentiellement au moins, notre voisin. Robert Cooper
Il y a une espèce d’omerta totale sur la circulation des produits. Il n’y a pas de contrôle autre que bactériologique. Donc comme le prix de la viande chevaline s’est effondré en Roumanie, parce qu’on interdit la circulation des chevaux sur les routes, il y a des affaires juteuses à faire. José Bové
As a Muslim and a mother I believe it’s so damaging to hide from the truth about Asian sex gangs. Yasmin Alibhai – Brown
Avant, on était dans une situation de liberté totale. Maintenant, quand on entre dans un magasin, si les employés se rendent compte qu’on est des Roms, on est suivi partout dans les rayons où l’on va, jusqu’à la sortie du magasin. On ne peut plus rien voler. Elena B. (Rom de Rouen, 13.08.10)
Qu’ils aillent, les gens des associations, faire un tour un Roumanie. On parle de “régler le problème à la source”. Mais les Roumains eux-mêmes sont excédés. Non seulement par le fait que les agissements des Roms à Paris créent la confusion entre Roms et Roumains, mais parce que certains Roms, bien que sédentarisés, gardent un mode vie d’un autre âge et commettent à-peu-près les mêmes méfaits qu’ici. Tout le monde est affecté par le chômage et par la vie dure en Roumanie (les professeurs universitaires ou les médecins gagnent 300 euros/mois, le loyer d’un studio à Bucarest), mais tout le monde ne se presse pas aux carrefours de Paris en criant à la stigmatisation. Allez voir là-bas comment les Roms ne déclarent pas leurs enfants à l’Etat civil, comment ils ne les envoient pas à l’école, gratuite cependant, comment ils marient leurs filles à 12 ans, comment à Ferentari, le quartier rom, ils jettent les poubelles par la fenêtre au lieu de les descendre, et d’autres. Allez faire un tour boulevard Haussmann ou sous les colonnes de la galerie Vivienne, ou campent des Roms, pour les entendre le soir planifier à quel endroit ils vont mettre les enfants au travail le lendemain. Revoyez ces interviews passées dans les JT français ou des Roms déclarent qu’ils préfèrent mendier ici car ils gagnent ici plus en un mois que s’ils travaillaient le même temps en Roumanie. Je vais transmettre cette idée à mon amie médecin neurologue qui se tue au travail à Bucarest pour, comme je le disais, 300 euros par mois. Le seul travail à faire, c’est un travail d’éducation, de sensibilisation à l’intégration dans la société dont ils attendent des choses en retour, sans tellement respecter ses lois. (…) J’ai toujours voté à gauche mais non seulement je soutiens ces démantèlements mais aussi la suppression de l’aide au retour dont, faute des papiers, il est très difficile de savoir qui en a profité, car c’est aussi cette aide, qu’ils touchent à répétition, qui les fait revenir à chaque fois. Paris 77
Certaines refusent les rares propositions qui sont souvent en grande banlieue. «Elles sont attachées au quartier car des habitudes d’entraide se sont mises en place. Les voisins ont organisé des distributions de repas et de vêtements. C’est dur à admettre, mais cette solidarité a d’une certaine manière fixé ces familles dans la rue et dans une position de mendicité. La solidarité est importante, sauf si elle maintient la personne dans la précarité», explique Evangeline Masson-Diez, responsable de la mission Roms au Secours catholique de Paris et auteure d’un ouvrage qui raconte le quotidien des familles roms en France. Une solidarité des riverains particulière à ces quartiers relativement aisés de la capitale et "qu’on ne retrouve pas pour les Roms installés dans les quartiers pauvres ou sur les bords des autoroutes", note-t-elle. Libération
Ce soir-là, Larissa et ses enfants dormaient appuyés contre le système de ventilation de la supérette, pour profiter de l’air chaud. Ainsi, ils n’ont pas trop froid, m’explique-t-elle, tandis que dans la rue défilent les Parisiens emmitouflés. (…) Avec deux amies, nous allons au supermarché faire des courses pour Larissa. Du basique. Eau, pain, bananes, gâteaux. Une manière comme une autre d’aider. Une manière aussi de s’acheter une bonne conscience, peut-être. Les paquets font plaisir à Larissa. Elle donne de l’eau à ses enfants, boit avidement. (…) Il faut dire qu’à la capitale, les Roumains ne sont pas aimés. Faites l’expérience de prononcer le mot "roumain" dans le métro. Hostilité et paranoïa, au mieux pitié. Le racisme envers les Roumains et les Roms est devenu ordinaire, on ne s’en cache pas. Ce racisme-là est un peu comme l’antisémitisme d’il y a un siècle: il ne choque pas tant que ça. Je suis revenue voir Larissa. Elle n’était plus au même endroit. À la place j’ai rencontré sa sœur. Puis j’ai rencontré Marissa. Elle s’abrittait de la pluie sous l’auvent d’une banque, son petit garçon endormi sur ses genoux. Elle m’a demandé des couches – "numéro cinq" – pour son enfant, qui n’avait pas été changé depuis deux jours. Dans la supérette, j’ai acheté un chocolat chaud. "C’est bien triste", m’a dit le vigile, quand il a su à qui mes courses hétéroclites étaient destinées. "Avant, on leur donnait des invendus, mais plus maintenant: des bagarres éclataient entre eux". Emilienne Malfatto (étudiante Sciences Po)
Les cours du cuivre comme ceux de l’acier et du plomb grimpent à nouveau en flèche. Du coup, les pillages de voies ferrées, de tombes ou de plaques d’égout progressent aussi. (…) Pas une semaine ne se passe sans que des plaques d’égout soient volées, des ornements de tombes subtilisés, des plaques de cuivre retirées des transformateurs de la SNCF, des tresses de métal arrachées le long des autoroutes. Le coût pour les entreprises et les collectivités sont exorbitants. Le Figaro
 C’est bien connu, on ne parle que des trains qui n’arrivent pas à l’heure. Mais on en ignore le plus souvent les raisons. Or l’une des causes principales, selon la SNCF, est liée au vol de câbles de cuivre le long de ses lignes. Ce véritable pillage en règle occasionne des retards à répétition. Les câbles sont déterrés puis arrachés. Aussitôt la signalisation s’en trouve perturbée et ce sont des milliers de passagers qui, sur le quai de gare, pestent contre ces trains qui se font désirer. Le Figaro
"Au début, il s’agissait d’une délinquance itinérante, d’équipes qui écumaient le pays. Dorénavant, dans 50% des cas, il s’agit d’habitants sédentaires qui volent dans leur région", raconte Stéphane Ottavi. La part des étrangers impliqués dans ces vols a par ailleurs doublé, passant de 10% en 2009 à 20% aujourd’hui. On se passe donc le mot pour dire que la rapine est aussi facile qu’elle rapporte gros. Le Figaro
Vols de métaux, de matériel, chantage à l’embauche… Pour les entrepreneurs du BTP, la vie de chantier prend parfois des allures de parcours du combattant. (…) Ils craignent également des représailles physiques ou sur leurs biens. Car au-delà des vols, notamment de cuivre qui se sont multipliés avec la flambée des cours des métaux, le phénomène du chantage à l’embauche et du racket fait aussi de nombreux dégâts. La méthode : des hommes se présentent sur le chantier, demandant un emploi que souvent ils n’exerceront d’ailleurs jamais, sans quoi ils menacent l’entrepreneurs de dégradation de matériel, de vols ou d’agressions. 20 Minutes
Pour les cambriolages, c’est autre chose. Tous les experts savent que le phénomène est amplifié par la suractivité de certains gangs de pays de l’Est, organisés en mafias, qui effectuent de véritables razzias à Paris et en banlieue. Bruno Beschizza (secrétaire national de l’UMP chargé de la sécurité et élu régional de Seine-Saint-Denis)
L’envolée du cours de l’or aiguise l’appétit pour les bijoux et la profusion des biens facilement transportables favorise leur transport et le recel au marché noir. La montée en puissance des gangs de casseurs témoigne d’un transfert de délinquance vers une activité criminelle moins exposée pénalement et tout aussi lucrative que les trafics de drogue ou les braquages. Christophe Soullez (criminologue, chef de l’ONDRP)
Délinquants itinérants issus des gens du voyage ou «petites mains» pilotées à distance par des mafias des pays de l’Est, ces bandes de cambrioleurs ignorant les frontières n’hésitent plus à couvrir des centaines de kilomètres lors de raids nocturnes pour repérer puis investir des demeures isolées. En quelques années, les «voleurs dans la loi» géorgiens sont devenus les «aristocrates» de la discipline. Organisés de façon quasi militaire et placés sous la férule de lieutenants, ces «Rappetout» venus du froid écument avec méthode les territoires les plus «giboyeux» du pays, notamment dans le Grand Ouest, les régions Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d’Azur ou encore Languedoc-Roussillon. Selon une estimation récente, la valeur marchande de leur colossal butin frise les 200.000 euros par semaine. Continuant à se propager dans les grandes villes, le fléau gangrène à une vitesse étourdissante les campagnes et les petites agglomérations: entre 2007 et 2012, le nombre de villas et résidences «visitées» en zone gendarmerie a bondi de 65 %. Soit 35.361 faits constatés de plus en cinq ans. En plein cœur du département de la Marne, où les cambriolages ont flambé de 47 % en un an, des clans albanais retranchés près de Tirana ont dépêché des «soldats» pour piller des maisons de campagne situées dans des villages jusque-là préservés tels que Livry-Louvercy, aux Petites-Loges ou encore à Gueux. Le Figaro

Après les médecins ou les journalistes, voici les pillards sans frontières!

Gangs très spécialisés qui pillent domiciles, mais aussi commerces et locaux industriels, délinquants itinérants issus des gens du voyage ou «petites mains» pilotées à distance par des mafias des pays de l’Est, bandes de cambrioleurs ignorant les frontières, gazage de victimes dans leurs propres habitations  …

Vol de métaux, matériel, cables, plaques d’égout, décorations de tombes, grilles de maison, racket et chantage à l’embauche

Alors que la piraterie ou les preneurs d’otages ravagent nos grandes routes maritimes ou nos lieux de vacances

Pendant qu’entre l’Armée chinoise et les mafias russes ou d’Europe de l’Est et sans parler de nos centres commerciaux ou à présent aéroports, nos entreprises ou Etats sont régulièrement victimes d’attaques informatiques …

Et que, drapés dans la légendaire générosité de leurs beaux quartiers (proportionnelle, généralement, à la distance au problème et peu soucieuse du risque de non-assistance en populations en danger), nos belles âmes et dirigeants crient au racisme à la moindre évocation des réalités qui fâchent …

Bienvenue à l’Europe sans frontières

Et derrière les familles entières qui campent désormais littéralement dans nos rues, parcs ou cabines téléphoniques …

Aux véritables razzias téléguidées par des gangs de pays de l’Est auxquelles, sans parler de nos assiettes, sont de plus en plus soumis nos villes et nos campagnes comme nos voies ferrées et autoroutes ou nos locaux industriels ou agricoles !

Explosion historique des cambriolages à Paris

Jean-Marc Leclerc

Le Figaro

19/02/2013

INFO LE FIGARO – Les vols dans les résidences principales et secondaires ont augmenté de 58% à Paris intra-muros et de 41% dans l’agglomération. Du jamais vu.

Les analystes de la préfecture de police de Paris ont dû se frotter les yeux en découvrant le bilan mensuel des crimes et délits dans la capitale en janvier. Selon nos informations, les cambriolages à Paris intra-muros sont passés de 703 faits enregistrés dans les commissariats en janvier 2012 à 1117 faits en janvier 2013, soit une hausse historique de 58,89%.

Dans l’ensemble de l’agglomération, incluant les trois départements de la petite couronne (92, 93 et 94), de 2462 infractions de ce type constatées en janvier 2012, les cambriolages déclarés à la police sont passés à 3489, soit une hausse de 41,71%. Là encore, une explosion sans précédent.

Les vols à la tire explosent aussi

Le gouvernement pourrait être tenté d’expliquer que si les chiffres grimpent de la sorte, c’est qu’ils étaient masqués auparavant. Mais voilà: un commissaire de quartier explique au Figaro qu’«il est impossible d’occulter de tels faits, puisque les victimes sont obligées de déposer plainte pour espérer être remboursées par les assurances». Les chiffres seraient donc fiables et attesteraient d’une augmentation objective du phénomène.

Par ailleurs, d’autres indicateurs sèment le trouble, comme les infractions dans les réseaux ferrés d’Ile-de-France. En janvier, dans toute l’agglomération du Grand Paris, sous la responsabilité du préfet Bernard Boucault, les vols à la tire dans le métro et le RER sont passés de 752 à 1192, soit une explosion de 58%, les vols simples, de 873 à 1123, soit une augmentation de 28% et les vols avec violence de 597 à 638, soit une hausse de près de 7%.

A Paris même, les vols à la tire sont passés de 529 à 874, soit une hausse de 65%. Les vols simples sont passés de 581 à 723, soit +24%. Quant aux vols avec violence, ils ont crû de 7%, passant de 315 à 340 faits recensés. La Seine-Saint-Denis détient la palme de l’augmentation des vols à la tire dans les réseaux ferrés avec une hausse de 98% sur un mois!

L’UMP y voit l’effet d’un sentiment d’impunité

À quoi peut tenir cette dégradation inquiétante? Pour Bruno Beschizza, secrétaire national de l’UMP chargé de la sécurité et élu régional de Seine-Saint-Denis, «elle tient d’abord au sentiment d’impunité qui progresse chez les voyous, sous l’effet de la politique Taubira». Et l’élu d’ajouter: «Les vols à la tire, les vols de métaux et tout ce que je constate dans ma circonscription ne sont pas sans lien avec l’implantation calamiteuse de campements de la honte tout autour de Paris, où prospèrent des réseaux d’exploitation de la misère.»

«Pour les cambriolages, selon lui, c’est autre chose. Tous les experts savent que le phénomène est amplifié par la suractivité de certains gangs de pays de l’Est, organisés en mafias, qui effectuent de véritables razzias à Paris et en banlieue.»

Voir aussi:

Un cambriolage toutes les 90 secondes

Christophe Cornevin

Le Figaro

04/02/2013

INFOGRAPHIE – Sous l’effet des gangs internationaux, ce fléau a pris des dimensions industrielles.

Soixante-dix fermes et maisons dévalisées en un temps record dans les Deux-Sèvres, le Maine-et-Loire, la Charente et la Dordogne par une équipe de six malfaiteurs – dont deux femmes – qui jouaient les campeurs le jour et portaient la cagoule la nuit. Une cinquantaine de demeures pillées en Franche-Comté mais aussi en Bourgogne et en Champagne-Ardenne par un gang d’une vingtaine de forçats de l’effraction venus du Jura…

Ces affaires récentes ne sont que la énième illustration d’un fléau qui atteint désormais des dimensions extravagantes. Selon un dernier état des lieux de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP), la France a été le théâtre de pas moins de 352.600 cambriolages en tous genres en 2012. Soit un fait toutes les 90 secondes! Le phénomène visant les habitations principales, qui ne cesse d’enfler, a été marqué par une augmentation de 8,5 % l’année dernière, sachant que 2011 avait déjà été calamiteuse avec une explosion de 17 % des délits enregistrés. Ce chiffre est d’autant plus préoccupant qu’il ne reflète qu’une partie de la réalité: à peine six ménages victimes sur dix disent porter plainte quand ils constatent une effraction ou une tentative.

Un savoir-faire déconcertant

Ce qui était l’apanage des «monte-en-l’air» et des vieux briscards de la cambriole du siècle dernier a cédé le pas à des gangs très spécialisés qui pillent domiciles, mais aussi commerces et locaux industriels, avec une extraordinaire frénésie. Stakhanovistes du pied-de-biche, ils font preuve d’une boulimie et d’un savoir-faire qui déconcertent les experts. «L’envolée du cours de l’or aiguise l’appétit pour les bijoux et la profusion des biens facilement transportables favorise leur transport et le recel au marché noir, observe le criminologue Christophe Soullez, chef de l’ONDRP. La montée en puissance des gangs de casseurs témoigne d’un transfert de délinquance vers une activité criminelle moins exposée pénalement et tout aussi lucrative que les trafics de drogue ou les braquages.» «À chaque reprise, le cambriolage a un fort impact sur le sentiment général d’insécurité car tout le monde connaît une victime dans son proche entourage, rappelle un officier spécialisé. Sur le plan personnel, ce délit est vécu de façon très traumatique, comme un viol de l’intimité quand disparaît l’alliance en or ou encore l’ordinateur qui recelait les photos de famille…»

Délinquants itinérants issus des gens du voyage ou «petites mains» pilotées à distance par des mafias des pays de l’Est, ces bandes de cambrioleurs ignorant les frontières n’hésitent plus à couvrir des centaines de kilomètres lors de raids nocturnes pour repérer puis investir des demeures isolées. En quelques années, les «voleurs dans la loi» géorgiens sont devenus les «aristocrates» de la discipline. Organisés de façon quasi militaire et placés sous la férule de lieutenants, ces «Rappetout» venus du froid écument avec méthode les territoires les plus «giboyeux» du pays, notamment dans le Grand Ouest, les régions Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d’Azur ou encore Languedoc-Roussillon. Selon une estimation récente, la valeur marchande de leur colossal butin frise les 200.000 euros par semaine.

Continuant à se propager dans les grandes villes, le fléau gangrène à une vitesse étourdissante les campagnes et les petites agglomérations: entre 2007 et 2012, le nombre de villas et résidences «visitées» en zone gendarmerie a bondi de 65 %. Soit 35.361 faits constatés de plus en cinq ans. En plein cœur du département de la Marne, où les cambriolages ont flambé de 47 % en un an, des clans albanais retranchés près de Tirana ont dépêché des «soldats» pour piller des maisons de campagne situées dans des villages jusque-là préservés tels que Livry-Louvercy, aux Petites-Loges ou encore à Gueux.

Prélèvements d’indices

L’acharnement des malfaiteurs ne semble plus guère avoir de limite. Début janvier encore, un quadragénaire de nationalité roumaine est mort à Stains (Seine-Saint-Denis) en tombant du toit d’une maison paroissiale dans laquelle des policiers avaient pénétré après avoir été prévenus qu’un cambriolage était en cours. À la vue des uniformes, le voleur a chuté de plusieurs mètres. Récidiviste endurci, il aurait préféré sauter plutôt que de se faire prendre.

Commerçants et particuliers, eux, se barricadent au mieux. Quelque 3 % des ménages sondés en 2010 par l’Insee et l’ONDRP ont déploré un cambriolage, tenté ou réussi, au cours des deux dernières années. Après avoir déposé plainte, 75 % d’entre eux ont assuré n’avoir plus jamais eu aucune nouvelle de leur affaire. Seuls 8 % ont été informés d’un classement sans suite.

Désormais, policiers et gendarmes déployés sur le terrain disposent de mallettes pour relever des indices sur toutes les scènes d’infraction. «Ces prélèvements de traces sont une des clefs de l’élucidation et le recours aux moyens de la police technique et scientifique doit être systématisé», martèle Manuel Valls. Soucieux de démanteler des «équipes rodées, des filières souvent étrangères, spécialisées dans la délinquance sérielle et itinérante», le ministre de l’Intérieur veut renforcer l’action des cellules anti-cambriolages (CAC) installées sur l’ensemble du pays.

Appelant à une «réflexion sur le niveau de protection des habitations», le ministre pourrait dévoiler d’ici à l’été les contours d’un nouveau plan national d’action. Selon nos informations, la gendarmerie vient de lancer au cœur de son pôle judiciaire à Pontoise (Val-d’Oise) un nouveau Service central d’analyse génétique de masse, capable de traiter à la chaîne 4000 traces de toutes natures par mois. Soit dix fois plus qu’auparavant.

Voir également:

Des Roms posés au cœur de la ville

7 novembre 2012 à 19:06

Depuis quelques mois, des familles entières vivent et dorment sur les trottoirs de Paris.

Alice Géraud

Ils sont là la journée lorsque passent les passants. Femmes mendiantes assises sur les bancs publics ou des matelas. Enfants courant sur les trottoirs. Nourrissons emmaillotés dans des couvertures. A côté d’eux, des sacs et des poussettes où ils entassent quelques vêtements, parfois des provisions. Ils sont là à la nuit tombée lorsque les habitants du quartier rentrent chez eux. Là le soir lorsque les bars de Bastille se remplissent puis se vident. Ils sont là la nuit lorsque la ville dort. Contorsionnés dans des cabines téléphoniques, abris dérisoires à l’ergonomie absurde. C’est dans ces vitrines verticales et nocturnes de la misère, que Marc Melki (1) a photographié quotidiennement pendant trois mois le sommeil de ces familles, roms pour la plupart, qui vivent sur des trottoirs en plein centre de Paris.

Venus de Roumanie et de Bulgarie

Les premières familles sont arrivées il y a un an et demi. Sans que l’on sache pourquoi elles se sont installées là. Il y en a eu une, puis d’autres, remontant dans le XIe arrondissement, vers la place Léon-Blum. Au printemps et à l’été derniers, un grand nombre d’entre elles se sont aussi posées aux alentours de la place de la République dans le IIIe puis le Xe arrondissement. Leurs récits de vie sont vagues et parfois contradictoires. Les familles viennent de Roumanie ou de Bulgarie. Certaines expliquent avoir fui les grands campements à l’extérieur de Paris et leurs démantèlements, d’autres avoir été «déposées» en France, d’autres encore être venues rejoindre une partie de leur famille. Certaines disent avoir déjà bénéficié de l’aide au retour en Roumanie (300 euros par adulte, 100 euros par enfant), que Manuel Valls prévoyait de réformer, avant de revenir en France.

A Bastille, plusieurs familles s’apprêtent à passer leur deuxième hiver sur le trottoir. Durant la journée, les hommes et les enfants les plus grands fouillent les poubelles. Les jours de marché, boulevard Richard-Lenoir, ils récupèrent les invendus. Son bébé toussant dans les bras, une jeune mère répète être mieux en France qu’en Roumanie où il n’y a «pas d’argent». Certains s’accrochent à des espoirs dérisoires. Comme cette rumeur selon laquelle un touriste américain aurait donné 200 euros à une famille rom l’an dernier place de la Bastille. «Il y a un vrai danger que des enfants meurent dans la rue. On essaie de trouver des solutions d’hébergement mais ce n’est pas satisfaisant. Nous sommes face à des familles perdues, usées, traumatisées, qui ne parlent pas français et qui sont dans l’errance depuis longtemps. C’est très compliqué à gérer», explique Jacques Daguenet, adjoint communiste en charge de l’exclusion à la mairie du XIe arrondissement.

Une solidarité qui les a fixés ici

L’an dernier, la Ville de Paris, paniquée à l’idée qu’il finisse par y avoir des morts, a mandaté une association, Emmaüs coup de main, pour prendre en charge les situations les plus urgentes. Les moyens demeurent inadaptés et insuffisants.

Depuis quelques semaines, avec l’arrivée du froid, certaines familles ont pu bénéficier de quelques nuitées d’hôtel. Trois, quatre jours, avant de retourner sur leur bout de trottoir. La veille sociale parvient parfois à trouver des places en hôpital pour les enfants. Mais les familles reviennent. Certaines refusent les rares propositions qui sont souvent en grande banlieue. «Elles sont attachées au quartier car des habitudes d’entraide se sont mises en place. Les voisins ont organisé des distributions de repas et de vêtements. C’est dur à admettre, mais cette solidarité a d’une certaine manière fixé ces familles dans la rue et dans une position de mendicité. La solidarité est importante, sauf si elle maintient la personne dans la précarité», explique Evangeline Masson-Diez, responsable de la mission Roms au Secours catholique de Paris et auteure d’un ouvrage qui raconte le quotidien des familles roms en France (2). Une solidarité des riverains particulière à ces quartiers relativement aisés de la capitale et «qu’on ne retrouve pas pour les Roms installés dans les quartiers pauvres ou sur les bords des autoroutes», note-t-elle. La mairie du XIe et les associations sont en effet assaillies de coups de fils et de courriers d’habitants choqués et démunis face au spectacle de ces enfants et ces bébés dormant sous leurs fenêtres dans des cabines téléphoniques.

(1) http://www.marcmelki.com (2) «Micha, Elena et les autres», Lacurne, 2011.

Voir encore:

Invasion of the pickpockets: As 1,700 fall victim every day in run-up to Olympics, this is how the Eastern European gangs do it

Pickpocketing has increased 17% over the last two years

BBC investigation exposes tactics of professional gangs

625,000 ‘thefts from person’ were recorded in 2011/12

Homicides at level in 30 years… down 14% on last year

Figures released by Crime Survey of England and Wales

Jack Doyle

The Daily Mail

20 July 2012

Britain is in the grip of a pickpocketing epidemic as Eastern European gangs descend on London ahead of the Olympic Games.

A surge in sneak street thefts means more than 1,700 people fall victim every day – an increase of nearly a fifth in only two years, according to official crime figures released yesterday.

At the same time, police warned that professional gangs from Romania, Lithuania and even South America who operate in capitals across Europe are heading to Britain, intent on cashing in on unwitting tourists at London 2012.

A BBC investigation exposed the tactics used by Romanian thieves, who were previously operating in Barcelona, to dupe their victims.

The criminals boasted of their ‘one-second’ theft techniques which leave targets unaware that anything has happened until it is too late. They can make £4,000 a week taking wallets, smartphones and laptop bags. The goods are then shipped back to Romania and sold on the black market.

Scotland Yard has made more than 80 arrests already and warned thieves the capital will be a ‘hostile environment’ in the coming weeks.

The Met has even drafted in a team of Romanian police officers to deal with the problem and patrol in the West End of London and Westminster during the Games. They will not have arrest powers.

Mayor of London Boris Johnson said: ‘These Romanian officers will prove to be a huge asset in cracking down on certain criminal networks who are targeting tourists in central London.’

Official statistics released yesterday showed pickpocketing thefts rose 17 per cent in the past two years.

In 2011/12, a total of 625,000 people fell victim, the Crime Survey of England and Wales showed.

That is an increase of more than 102,000 since 2009/10.

The vast majority of the total are classified as ‘stealth thefts’, but in 83,000 cases the victims’ possessions were ‘snatched’.

The BBC report showed the first member of a pickpocket gang approaching their victim with a request for directions.

Another member of the gang then plays drunk to get close to the target, while taking their wallet or mobile phone. The stolen goods are handed to a third member and quickly spirited away.

The thieves told the BBC reporter they were examining online maps of London to help plan escape routes.

Detective Inspector Mark Teodorini, the head of Scotland Yard’s Olympics crime team, called for public vigilance. Officers have conducted a series of raids in recent weeks on properties where suspected thieves were living.

He said: ‘We know where people are. We know the addresses they are using, we know the vehicles they are using, and we will come through their door very robustly – and if we find anything on them, we will arrest them.’

He added: ‘We won’t always get them in the act but we are trying to disrupt their activity.

‘It is going to be a hostile environment for pickpockets. My advice to them is “don’t bother”.’

Javed Khan, chief executive of Victim Support, said: ‘The rise in pickpocketing, thefts of wallets and unattended bags is worrying and can be the cause of upset for many victims.

‘So we cannot afford to be complacent in the fight against crime.’

In April, a family of Romanian pickpockets who built expensive homes in their home country with the proceeds of thefts from commuters were jailed.

Voir encore:

Gassed in their beds by Riviera robbers: Terrifying ordeal of the British tourists falling victim to Mediterranean gang crimewave

Emily Andrews

The Daily Mail

13 August 2010

Britons on the French Riviera are being drugged and robbed by thieves who gas them as they sleep.

The gangs quietly break in or slip inside patio doors left open because of the heat.

They then crouch down and release the gas into air conditioning units or under the victims’ bedroom doors.

After waiting outside for the gas to take effect, they creep back in and can take their time to ransack the rooms and steal cash, jewellery, credit cards, cameras and laptops.

The thieves wear masks to stop them succumbing themselves.

One victim, Lisa Smythe, was staying with her two sons in a four-bedroom house in Valbonne when they fell victim to an £80,000 robbery.

The family were gassed through the letter box, but when one of the sons woke up to find masked men in his room they injected him with something to knock him out.

Mrs Smythe, 38, woke up feeling groggy and struggled to wake her sons.

Her eight-year-old, Robbie, had a needle mark on his arm, and he had to be tested for HIV.

Jewellery, cash and computers worth £50,000 had been stolen, as well as a £30,000 Mercedes CLK Cabriolet.

Mrs Smythe said: ‘It was a horrific and incredibly scary experience.

‘I felt sick, I knew we’d been gassed and robbed immediately as there’s been a spate of these sort of burglaries in the area and seeing a needle mark in my son’s arm was the worst moment of my life.

‘My other son, Tom, who is five, was very groggy and out of sorts and I had a banging headache and sore throat.

‘We believe that after we went to bed, burglars gassed us through the letterbox but there wasn’t enough to do the whole house and Robbie woke up.

‘The police didn’t really react, they just took a statement and they wouldn’t confirm we had been gassed.’

French police suspect the involvement of Russian mafia and Romanian gangs who target English-speaking tourists and expats, believing them to be rich and owning expensive cars and yachts.

Mrs Smythe said: ‘I got a private investigator involved, but he told me not to pursue it, saying it was most likely Russian mafia and if I did anything to get them imprisoned I’d be risking my life.

‘He said the other gangs are French burglars from Nice, or Italian Mafia and even Romanian gangs who send in small children through the windows to open up the house.’

The French Riviera, including the glamorous resorts of Cannes, St Tropez and Nice, is incredibly popular with the British during the summer.

Police fear the trend is spreading to other areas of Europe popular with Brits.

It has escalated since Trinny Woodall and Susannah Constantine fell victim to a gang as they slept in a villa in Cannes in 2002.

The thieves are understood to have broken in and smothered the What Not To Wear presenters with chloroform-soaked pads before stealing their jewellery and cash.

Two weeks ago Lucy Mclean and her husband Michael woke in their villa on the Cap D’Antibes to find £30,000 of their belongings had gone, including her engagement ring.

Mrs Mclean, who is 35 and five months pregnant, believes the gangs are using nitrous oxide stolen from dentists.

She added: ‘It’s so scary and upsetting and I won’t sleep in the house on my own now, we’re definitely going to move but it seems to be all over the French Riviera.

‘Almost everyone I know has had at least one break-in. They are definitely targeting British tourists, because they see all the yachts along the coast, which they think they are owned by us, so they think we are all really rich.

‘Rather than waiting until you are out of the house, now they want you to be at home as you’ll have all your cards and cash on you.

‘Once they’ve knocked you out with the gas they can take their time as they have a good six hours before you wake up.’

The Mcleans lost a laptop, cards, cash, jewellery, cameras and mobile phones.

A French police officer from the specialist burglary squad said: ‘It’s the time of year – the thieves go for tourists who they see as rich.

‘Hire cars have special number plates here so that’s one big giveaway.

‘There are a couple of break-ins a night and these new gangs are very organised.

‘Gassing victims seems to be a worrying trend that is sweeping Europe.’

Voir également:

Police battling 7,500 crime gangs that cost the country £100 million a day

Police are now battling against 7,500 organised crime gangs after the number increased eight fold in just a decade, The Daily Telegraph can disclose.

Tom Whitehead, Security Editor

25 Jan 2013

The criminal enterprises cost the country more than £100 million a day in crime and lost revenues and involve more than 30,000 offenders.

Mass immigration and the explosion of cyber crime are among the driving forces for the growing problem.

Writing for this newspaper, Home Office minister Jeremy Browne said the figures show why the new National Crime Agency (NCA), which will be formally launched later this year, is needed.

But a leading chief constable said the Government must back up its tough rhetoric with funding and called for dedicated funding to tackle organised crime.

Mr Browne, the crime prevention minister, said: “International crime is big business. Gun smuggling, money laundering and people trafficking all operate across borders.

“Large-scale crime needs a parity of resilience. We cannot allow organised criminal networks to be better organised than the crime-fighting authorities which are meant to thwart them.”

Police agencies and the Home Office estimated there are 7,500 organised crime gangs operating in the UK – up from 6,000 in 2010.

In 2001, the then National Criminal Intelligence Service estimated there was between 800 and 900 such gangs operating.

Mass immigration over the last decade and freer movement between borders is partly to blame and Eastern European gangs from the former Eastern Bloc countries are known to target Britain.

The ever increasing role of the internet in every day life has also led to a massive increase in cyber crime such as identity theft and online fraud.

One police source said drugs gangs have even been known to switch to cigarette smuggling because they have networks in place, the profits are almost as high and the penalties are far lower.

Organised crime costs the country some £40 billion a year – more than £100 million a day – in terms of policing it, the criminal justice system and lost revenues.

Mr Browne said: “Many high value cars stolen in Britain are illegally exported; most fake cigarettes smoked in Britain are illegally imported.

“Heroin and cocaine are not produced in Britain, but they are consumed here.

“Meanwhile the internet provides huge opportunities for organised international crime. It is widely used for importing prohibited goods, fraud and scams, and child pornography – much of which originated overseas.

“Local police forces have a vital role to play in fighting crime, but even the larger forces do not routinely have the scale of resilience to match the scale of the threat, which also often originate from outside their geographical area.”

The NCA will replace the Serious Organised Crime Agency and will incorporate the Child Exploitation and Online Protection centre, which tackles child abuse.

But a budget for the new agency is still to be finalised.

Mick Creedon is the Derbyshire Chief Constable and the spokesman on organised crime issues for the Association of Chief Police Officers.

He said the Government should consider dedicated resources to tackle organised crime.

“It is only in recent years that we have really begun talking about organised crime and what I would say to ministers is show us your investment.

“There is £550m dedicated for counter terrorism. Is there an equivalent for organised crime?”

Mr Creedon said the number of gangs is not a sign of an increased problem but a better ability to identify them, which is allowing a true picture of the scale to now emerge.

Voir encore:

Français enlevés au Cameroun: l’Afrique, un continent à risques pour les voyageurs?

L’Express

20/02/2013

L’enlèvement mardi de sept touristes français au Cameroun rappelle les dangers qui guettent les ressortissants étrangers en Afrique. Le point sur les destinations plus ou moins déconseillées aux voyageurs.

Français enlevés au Cameroun: l’Afrique, un continent à risques pour les voyageurs?

ENLEVEMENTS/AFRIQUE – De nombreux pays du Sahel sont plus ou moins déconseillés aux voyageurs. Ici, la carte du ministère des Affaires étrangères en date du 15 janvier 2013.

Conseil aux voyageurs/diplomatie.gouv.fr

Au lendemain de l’enlèvement de sept Français dont quatre enfants au Cameroun, emmenés depuis au Nigeria, le quai d’Orsay est clair. "Au regard de la menace terroriste qui pèse sur la région [du Sahel], aucun endroit ne peut plus désormais être considéré comme sûr", écrit le Conseil aux voyageurs sur le site du ministère des Affaires étrangères diplomatie.gouv.fr.

Lire l’article: Sahara, la grande peur des expatriés

L’intervention française au Mali, lancée le 11 janvier, a contribué à renforcer les risques de prises d’otages dans toute la région du Sahel. Les ressortissants français sont donc invités à la plus grande prudence. Les sites de la couronne sahélienne (Burkina Faso, Sénégal, Tchad, Nigeria, Niger, Mauritanie) sont particulièrement sensibles selon le ministère. L’augmentation des risques d’attentats ou d’enlèvements pour les expatriés n’est cependant pas circonscrite à ces pays.

Cameroun.

Les mesures de précautions prônées par le ministère des Affaires étrangères pour le pays dans lequel ont été enlevés ce mardi sept ressortissants français d’une même famille n’étaient pas les plus importantes au moment de l’enlèvement. Les ressortissants français qui se trouveraient actuellement dans l’extrême-nord du pays "doivent impérativement se mettre en lieu sûr et quitter la zone au plus vite", alerte désormais le Quai d’Orsay.

Algérie

"Tout déplacement est formellement déconseillé à nos ressortissants au sud et au centre" du pays, prévient la rubrique ‘Conseil aux voyageurs’ du site diplomatie.gouv.fr. L’attaque terroriste menée sur le site gazier d’In Amenas le 16 janvier dernier, qui a coûté la vie à une trentaine de ressortissants étrangers dont un Français, incite le gouvernement à la méfiance

Maroc

Dans ce pays, le gouvernement appelle simplement ses ressortissants à "faire preuve de la plus grande vigilance dans les lieux publics et les rassemblements". Cette mise en garde fait écho à l’explosion d’origine criminelle qui s’est produite le 28 avril 2011 au restaurant "Argana" sur la place Jemaa el-Fna. 17 personnes ont péri et 20 autres ont été blessées lors de cet attentat.

Tunisie

L’assassinat au début du mois de l’opposant Chokri Belaïd a entraîné de nombreuses protestations dans diverses villes du pays. Le ministère des Affaires étrangères recommande en conséquence de "se tenir à l’écart de toute manifestation et de suivre les consignes dispensées sur le site de l’ambassade de France en Tunisie".

Egypte

Les différents rassemblements et manifestations qui ont lieu pour célébrer le deuxième anniversaire de la révolution égyptienne "sont toujours susceptibles de dégénérer", écrit diplomatie.gouv.fr. "Les lieux de rassemblement habituels au centre-ville du Caire tels que la place Tahrir et les abords des bâtiments officiels doivent impérativement être évités, tout comme le quartier d’Héliopolis où se trouve la présidence de la République", ajoute le site du Quai d’Orsay.

Ghana

Il est recommandé aux résidents ou touristes français dans ce pays de se montrer très vigilants, compte tenu de l’intervention militaire au Mali et de la participation d’Accra à la Mission internationale de soutien au Mali (MISMA). De plus, une recrudescence des agressions armées envers les ressortissants étrangers a récemment été constatée à Accra, la capitale ghanéenne, indique le site du ministère des Affaires étrangères.

Voir enfin:

Cyber-espionnage: l’armée chinoise formellement accusée par un rapport

Nabil Bourassi

La Tribune

20/02/2013

Une société privée de protection informatique accuse, dans un rapport, le gouvernement chinois d’avoir mis sur pied une unité militaire de cyber-espionnage. D’après Mandiant, cette unité aurait dérobé plusieurs centaines de térabytes de données à des secteurs industriels jugés stratégiques. La Chine se défend de ces accusations et estime qu’elle est elle-même la cible de cyber-attaques en provenance des Etats-Unis.

La Chine est-elle la cible d’une campagne de dénigrement, ou se livre-t-elle réellement à des activités secrètes de cyber-espionnage ? Depuis plusieurs semaines, l’opinion publique américaine s’interroge après les attaques de plusieurs médias qui auraient révélé des informations compromettantes pour Pékin. Un rapport du National Intelligence Estimate a même identifié le territoire chinois comme le premier abri de cyber-espions au monde.

L’armée chinoise dans le viseur

Cette fois, une société privée américaine, Mandiant, va plus loin et désigne directement le gouvernement chinois comme le principal commanditaire dans un rapport. La société de protection informatique serait remontée jusqu’à lui après avoir démêlé les fils de nombreuses cyber-attaques depuis 2006. Mandiant aurait ainsi identifié une unité de hackers mise sur pied par l’armée chinoise à des fins d’espionnage. Cette unité que Mandiant a baptisé APT1 (advanced persistent threat) serait d’après la société, le second bureau du 3è département de l’état-major de l’armée de libération populaire, ou plus communément appelé par les militaires chinois l’unité 61398.

Pour Mandiant, l’activité d’APT1 est la plus "prolifique" de toutes les unités de hackers qu’il a identifiées à travers le monde. Ses motivations reposent sur l’intelligence économique. Ainsi, le rapport estime que les entreprises visées font parties des quatre secteurs industriels classés prioritaires par le 12è plan quinquennal chinois. Le butin estimé par la société privée américaine se compterait par "centaines de terabytes de données auprès d’au-moins 141 organisations". Autrement dit, le préjudice financier serait potentiellement considérable, pour peu que les informations dévoilées soient classées sensibles, voire stratégiques.

Des attaques confondues par leurs adresses IP

Les investigations menées par Mandiant lui ont permis d’identifier les principales caractéristiques de ce groupe de hackers : de son adresse exacte jusqu’au modus operandi de ses actions. APT1 siègerait en partie à Shanghaï dans un immeuble construit en 2007, dans la zone nouvelle de Pudong. Cet immeuble abriterait des "centaines, peut-être des milliers de personnes". Ensuite, Mandiant a suivi la trace des nombreuses adresses IP identifiées à l’occasion d’une série d’attaques sur deux ans. Elles présentent les mêmes caractéristiques, utilisent les mêmes logiciels Microsoft, et les mêmes types de claviers.

La Chine dément fermement

Le gouvernement chinois, lui, s’insurge contre ces accusations qu’il estime infondées. Un porte-parole du ministère chinois des Affaires Etrangères a ainsi déclaré au Wall Street Journal : "les cyberattaques sont anonymes et transnationales et il est difficile de retracer l’origine des attaques. Je ne sais donc pas comment les conclusions du rapport peuvent être crédibles". Il a d’ailleurs ajouté que la Chine était elle-même victime d’attaques en provenance des Etats-Unis sans toutefois désigner un quelconque responsable. De son côté, le ministre chinois de la Défense a rappelé que "l’armée chinoise n’avait jamais supporté en aucune sorte des activités de hacking".

Voir enfin:

The Barbarians Inside Britain’s Gates

All the young rioters will have had long experience with the justice system’s efforts to confer impunity upon law breakers.

Theodore Darlymple

OPINION

The Wall Street Journal

August 15, 2011

The youth of Britain have long placed a de facto curfew on the old, who in most places would no more think of venturing forth after dark than would peasants in Bram Stoker’s Transylvania. Indeed, well before the riots last week, respectable persons would not venture into the centers of most British cities or towns on Friday and Saturday nights, for fear—and in the certainty—of encountering drunken and aggressive youngsters. In Britain nowadays, the difference between ordinary social life and riot is only a matter of degree, not of type.

A short time ago, I gave a talk in a school in an exquisite market town, deep in the countryside. Came Friday night, however, and the inhabitants locked themselves into their houses against the invasion of the barbarians. In my own little market town of Bridgnorth, in Shropshire, where not long ago a man was nearly beaten to death 20 yards from my house, drunken young people often rampage down one of its lovely little streets, causing much damage and preventing sleep. No one, of course, dares ask them to stop. The Shropshire council has dealt with the problem by granting a license for a pub in the town to open until 4 a.m., as if what the town needed was the opportunity for yet more and later drunkenness.

If the authorities show neither the will nor the capacity to deal with such an easily solved problem—and willfully do all they can to worsen it—is it any wonder that they exhibit, in the face of more difficult problems, all the courage and determination of frightened rabbits?

The rioters in the news last week had a thwarted sense of entitlement that has been assiduously cultivated by an alliance of intellectuals, governments and bureaucrats. "We’re fed up with being broke," one rioter was reported as having said, as if having enough money to satisfy one’s desires were a human right rather than something to be earned.

"There are people here with nothing," this rioter continued: nothing, that is, except an education that has cost $80,000, a roof over their head, clothes on their back and shoes on their feet, food in their stomachs, a cellphone, a flat-screen TV, a refrigerator, an electric stove, heating and lighting, hot and cold running water, a guaranteed income, free medical care, and all of the same for any of the children that they might care to propagate.

Looters take electrical goods after breaking into a store during the second night of civil disturbances in central Birmingham, England.

But while the rioters have been maintained in a condition of near-permanent unemployment by government subvention augmented by criminal activity, Britain was importing labor to man its service industries. You can travel up and down the country and you can be sure that all the decent hotels and restaurants will be manned overwhelmingly by young foreigners; not a young Briton in sight (thank God).

The reason for this is clear: The young unemployed Britons not only have the wrong attitude to work, for example regarding fixed hours as a form of oppression, but they are also dramatically badly educated. Within six months of arrival in the country, the average young Pole speaks better, more cultivated English than they do.

The icing on the cake, as it were, is that social charges on labor and the minimum wage are so high that no employer can possibly extract from the young unemployed Briton anything like the value of what it costs to employ him. And thus we have the paradox of high youth unemployment at the very same time that we suck in young workers from abroad.

The culture in which the young unemployed have immersed themselves is not one that is likely to promote virtues such as self-discipline, honesty and diligence. Four lines from the most famous lyric of the late and unlamentable Amy Winehouse should establish the point:

I didn’t get a lot in class

But I know it don’t come in a shot glass

They tried to make me go to rehab

But I said ‘no, no, no’

This message is not quite the same as, for example, "Go to the ant, thou sluggard, consider her ways and be wise."

Furthermore, all the young rioters will have had long experience of the prodigious efforts of the British criminal justice system to confer impunity upon law breakers. First the police are far too busy with their paperwork to catch the criminals; but if by some chance—hardly more than one in 20—they do catch them, the courts oblige by inflicting ludicrously lenient sentences.

A single example will suffice, but one among many. A woman got into an argument with someone in a supermarket. She called her boyfriend, a violent habitual criminal, "to come and sort him out." The boyfriend was already on bail on another charge and wore an electronic tag because of another conviction. (Incidentally, research shows that a third of all crimes in Scotland are committed by people on bail, and there is no reason England should be any different.)

The boyfriend arrived in the supermarket and struck a man a heavy blow to the head. He fell to the ground and died of his head injury. When told that he had got the "wrong" man, the assailant said he would have attacked the "right" one had he not been restrained. He was sentenced to serve not more than 30 months in prison. Since punishments must be in proportion to the seriousness of the crime, a sentence like this exerts tremendous downward pressure on sentences for lesser, but still serious, crimes.

So several things need to be done, among them the reform and even dismantlement of the educational and social-security systems, the liberalization of the labor laws, and the much firmer repression of crime.

David Cameron is not the man for the job.

Theodore Dalrymple is the pen name of the physician Anthony Daniels.


Antichristianisme: British Airways débouté par la Cour européenne pour avoir tenté d’alerter le monde sur l’ultime scandale de la crucifixion (No cross, please, we’re British)

6 février, 2013
Nous, nous prêchons Christ crucifié; scandale pour les Juifs et folie pour les païens. Paul (I Corinthiens 1: 23)
"Dionysos contre le ‘crucifié’ " : la voici bien l’opposition. Ce n’est pas une différence quant au martyr – mais celui-ci a un sens différent. La vie même, son éternelle fécondité, son éternel retour, détermine le tourment, la destruction, la volonté d’anéantir pour Dionysos. Dans l’autre cas, la souffrance, le "crucifié" en tant qu’il est « innocent », sert d’argument contre cette vie, de formulation de sa condamnation.  (…) L’individu a été si bien pris au sérieux, si bien posé comme un absolu par le christianisme, qu’on ne pouvait plus le sacrifier : mais l’espèce ne survit que grâce aux sacrifices humains… La véritable philanthropie exige le sacrifice pour le bien de l’espèce – elle est dure, elle oblige à se dominer soi-même, parce qu’elle a besoin du sacrifice humain. Et cette pseudo-humanité qui s’institue christianisme, veut précisément imposer que personne ne soit sacrifié. Nietzsche
Pour restituer à la crucifixion sa puissance de scandale, il suffit de la filmer telle quelle, sans rien y ajouter, sans rien en retrancher. Mel Gibson a-t-il réalisé ce programme jusqu’au bout ? Pas complètement sans doute, mais il en a fait suffisamment pour épouvanter tous les conformismes. René Girard
Il convient de voir dans les Ecritures judéo-chrétiennes la première révélation complète du pouvoir structurant de la victimisation dans les religions païennes ; quant au problème de la valeur anthropologique de ces Ecritures, il peut et doit être étudié comme un problème purement scientifique, la question étant de savoir si, oui ou non, les mythes deviennent intelligibles, comme je le crois, dès lors qu’on les interprète comme les traces plus ou moins lointaines d’épisodes de persécution mal compris. (…) Ma conclusion est que, dans notre monde, la démythification tire sa force de la Bible. Réponse inacceptable pour ceux qui pensent que tout ce qui risque de placer la Bible sous un jour favorable ne saurait être pris au sérieux par les vrais chercheurs, car il ne peut s’agir que d’une approche religieuse – et donc irrationnelle – qui n’a strictement aucune valeur du point de vue de l’anthropologie. (…) Et pourtant, y a-t-il quelque chose qui soit plus naturel aux chercheurs que de traiter des textes similaires de façon similaire, ne serait-ce que pour voir ce que cela donne ? Un tabou inaperçu pèse sur ce type d’étude comparative. Les tabous les plus forts sont toujours invisibles. Comme tous les tabous puissants, celui-ci est antireligieux, c’est-à-dire, au fond, de nature religieuse. A partir de la Renaissance, les intellectuels modernes ont remplacé les Ecritures judéo-chrétiennes par les cultures anciennes. Puis, l’humanisme de Rousseau et de ses successeurs a glorifié à l’excès les cultures primitives et s’est également détourné de la Bible. Si la lecture que je propose est acceptée, notre vieux système de valeurs universitaires, fondé sur l’élévation des cultures non bibliques aux dépens de la Bible, va devenir indéfendable. Il deviendra clair que le véritable travail de démythification marche avec la mythologie, mais pas avec la Bible, car la Bible elle-même fait déjà ce travail. La Bible en est même l’inventeur : elle a été la première à remplacer la structure victimaire de la mythologie par un thème de victimisation qui révèle le mensonge de la mythologie. René Girard
Si le film avait été projeté avant-guerre en Pologne, il aurait déclenché des pogroms. Meïr Weintrater (directeur de L’Arche)
Pour l’islam (…) j’aime bien leur symbole, le croissant de lune, je le trouve beaucoup plus beau que la croix, peut-être parce qu’il n’a pas quelqu’un de cloué dessus. Pat Condell
Je voulais que le choc provoqué nous fasse reprendre conscience du scandale de quelqu’un cloué sur une croix. Par habitude on n’éprouve plus de réelles émotions face à quelque chose de véritablement scandaleux, la crucifixion. Mgr Jean-Michel di Falco (évêque de Gap)
Mais, à bien y réfléchir, cette représentation est-elle pire que le symbole habituel du Christ sanguinolent sur une croix, les poignées transpercés par des clous, et le torse tranché par une lance ? Le Post
La juridiction du Conseil de l’Europe estime que les tribunaux britanniques, qui ont débouté Nadia Eweida de ses recours contre son employeur, n’ont pas ménagé un juste équilibre entre son désir de manifester sa foi et la volonté de la compagnie d’imposer un code vestimentaire. En clair, que ces tribunaux avaient accordé «trop de poids» au souhait de l’employeur de véhiculer une certaine image de marque. Elle relève également que des employés appartenant à d’autres religions pouvaient au même moment porter un foulard islamique ou un turban sikh… À partir de 2007, quelques mois après le départ de Nadia Eweida, British Airways modifiera sa politique, autorisant finalement des symboles religieux comme l’étoile de David ou la croix. Depuis, l’hôtesse a été réintégrée. Trois autres chrétiens britanniques, qui s’estimaient victimes de discrimination dans leur vie professionnelle, ont en revanche été déboutés. Dans le cas d’une infirmière en gériatrie, Shirley Chaplin, qui se plaignait aussi de ne pouvoir porter sa croix en pendentif durant ses heures de service, les juges de Strasbourg ont estimé que les raisons de sécurité invoquées par l’employeur – notamment le risque de contact du pendentif avec des blessures ouvertes – devaient prévaloir. «Je trouve que les chrétiens sont très marginalisés sur leur lieu de travail, a réagi dans le quotidien The Telegraph Mme Chaplin, qui avait préféré quitter son emploi plutôt que d’enlever sa croix. D’autres croyants peuvent montrer leur foi en arborant certains vêtements ou bijoux au bureau, pas les chrétiens.» Le raisonnement de la cour de Strasbourg a été le même avec Liliane Ladele, officier d’état civil qui refusait de célébrer les partenariats civils entre homosexuels et Gary McFarlane, qui refusait de conseiller les couples gays au sein d’une association de psycho-sexothérapeutes. L’un et l’autre mettaient en avant leur droit à «l’objection de conscience» au nom de leur foi chrétienne. Mais «la politique de leurs employeurs, a souligné la Cour, poursuivait le but légitime de garantir les droits d’autrui, tels que ceux des couples de même sexe, qui sont aussi garantis par la Convention européenne des droits de l’homme». Le Figaro

Attention: un scandale peut en cacher un autre !

British Airways débouté par la Cour européenne pour avoir tenté de rappeler au monde l’ultime scandale de la croix?

En ces temps et ces pays étranges où, nouveau conformisme oblige,  un turban sikh ou un foulard islamique ne provoque pas plus d’émotion qu’un pendentif astrologique …

Mais où après, on s’en souvient, le tollé soulevé par le film hyperréaliste de Mel Gibson sur la Passion du Christ …

Une petite croix au cou peut déchainer l’ire bureaucratique et vous valoir d’être renvoyé de votre emploi (merci Frogs save the Queen)…

Comment ne pas voir, au-delà de l’évidente souffrance de croyants empêchés de vivre leur foi, l’ultime preuve de la remarquable puissance de scandale que semble avoir conservé le christianisme?

Une hôtesse de l’air a gagné le droit de porter sa croix

Stéphane Kovacs

Le Figaro

15/01/2013

La Grande-Bretagne a été condamnée mardi par la Cour européenne des droits de l’homme pour avoir interdit à une hôtesse de British Airways d’arborer ce symbole religieux durant son service.

Ce n’est qu’une petite croix en argent, mais pour la compagnie aérienne britannique British Airways, c’était un symbole religieux beaucoup plus ostensible qu’un turban sikh ou qu’un foulard islamique. Nadia Eweida, une hôtesse chrétienne copte qui avait préféré, en 2006, quitter la compagnie plutôt que de renoncer à son pendentif, tient aujourd’hui sa revanche: la Grande-Bretagne a été condamnée mardi par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) de Strasbourg.

La sexagénaire a obtenu 32.000 euros pour ses frais de justice et en réparation de son préjudice moral. «Merci Jésus!, s’est-elle écriée à l’énoncé du verdict. Cela signifie que les chrétiens sont à égalité avec leurs collègues d’autres religions, et ne doivent pas avoir honte de leur foi.» Quant au premier ministre britannique David Cameron, il a tweeté qu’il était «très heureux que le principe de pouvoir porter des symboles religieux au travail ait été confirmé».

Cette hôtesse anglo-égyptienne travaillait depuis 1999 pour British Airways. Selon le code vestimentaire de cette compagnie, le personnel féminin devait porter un chemisier à col montant, une cravate, et pas de bijoux visibles. En 2006, quand Nadia Eweida décide de porter son pendentif sur son chemisier, elle est aussitôt mise à pied.

Droit à «l’objection de conscience»

La juridiction du Conseil de l’Europe estime que les tribunaux britanniques, qui ont débouté Nadia Eweida de ses recours contre son employeur, n’ont pas ménagé un juste équilibre entre son désir de manifester sa foi et la volonté de la compagnie d’imposer un code vestimentaire. En clair, que ces tribunaux avaient accordé «trop de poids» au souhait de l’employeur de véhiculer une certaine image de marque. Elle relève également que des employés appartenant à d’autres religions pouvaient au même moment porter un foulard islamique ou un turban sikh… À partir de 2007, quelques mois après le départ de Nadia Eweida, British Airways modifiera sa politique, autorisant finalement des symboles religieux comme l’étoile de David ou la croix. Depuis, l’hôtesse a été réintégrée.

Trois autres chrétiens britanniques, qui s’estimaient victimes de discrimination dans leur vie professionnelle, ont en revanche été déboutés. Dans le cas d’une infirmière en gériatrie, Shirley Chaplin, qui se plaignait aussi de ne pouvoir porter sa croix en pendentif durant ses heures de service, les juges de Strasbourg ont estimé que les raisons de sécurité invoquées par l’employeur – notamment le risque de contact du pendentif avec des blessures ouvertes – devaient prévaloir. «Je trouve que les chrétiens sont très marginalisés sur leur lieu de travail, a réagi dans le quotidien The Telegraph Mme Chaplin, qui avait préféré quitter son emploi plutôt que d’enlever sa croix. D’autres croyants peuvent montrer leur foi en arborant certains vêtements ou bijoux au bureau, pas les chrétiens.»

Le raisonnement de la cour de Strasbourg a été le même avec Liliane Ladele, officier d’état civil qui refusait de célébrer les partenariats civils entre homosexuels et Gary McFarlane, qui refusait de conseiller les couples gays au sein d’une association de psycho-sexothérapeutes. L’un et l’autre mettaient en avant leur droit à «l’objection de conscience» au nom de leur foi chrétienne. Mais «la politique de leurs employeurs, a souligné la Cour, poursuivait le but légitime de garantir les droits d’autrui, tels que ceux des couples de même sexe, qui sont aussi garantis par la Convention européenne des droits de l’homme».

Voir aussi:

Christian woman wins landmark religious discrimination case over wearing cross at work, but ECHR rules rights of three other Christians were not violated

Nadia Eweida claimed she suffered discrimination at work because of her faith

Terri Judd

The Independent

15 January 2013

Downing Street is under increasing pressure to re-examine the law on religious symbols at work after Strasbourg judges upheld the right of one Christian worker to wear a cross while rejecting that of another.

In what appeared to be mixed messages from the Government, No 10 insisted the “law as it stands strikes the right balance” before Communities Secretary Eric Pickles announced the European Court of Human Rights’ judgement would be examined to see if a change was needed.

In a controversial landmark case, the ECHR ruled British Airways had breached Nadia Eweida’s human rights, in particular her right to freedom of thought, conscience and religion, when it banned her from wearing a crucifix before changing its uniform policy to accommodate the 60-year-old.

Ms Eweida, a Coptic Christian from Twickenham in south-west London, said she felt “vindicated” after the court decided she had been caused “considerably anxiety, frustration and distress” and ordered the Government to pay her £26,600 in damages and costs. However, judges ruled the rights of three other Christians were not violated by their employers. They included NHS nurse Shirley Chaplin, 57, banned from wearing a cross on health and safety grounds, as well as marriage counsellor Gary McFarlane and registrar Lillian Ladele, who both said their religious values prevented them from dealing with same-sex couples.

The judgement was welcomed as a victory for “common sense” by equality experts as well as gay rights and secular groups but caused outrage amongst Christian organisations, who insisted it created a hierarchy of rights.

Welcoming the ruling in Miss Eweida’s case, Mr Cameron tweeted: “Delighted that principle of wearing religious symbols at work has been upheld – ppl shouldn’t suffer discrimination due to religious beliefs.”

But a disappointed Ms Chaplin, who was transferred to a desk job by Royal Devon and Exeter NHS Trust Hospital for failing to remove a crucifix, called on the Prime Minister to honour the comments he made last July that an employee’s right to wear religious symbols at work was “an absolutely vital freedom”.

Mark Hammond at the Equality and Human Rights Commission said the Government should look at possibly changing the law to take the European Court judgment into account. However, a Downing Street said: “The law as it stands is fine but we will look at the judgement to see if it needs to be changed.”

Mr McFarlane , 51, of Bristol, lost his job with Relate in Avon after saying during training he would not be able to provide sex therapy to gay couples. Ms Ladele, 51, was disciplined by Islington Council in north London when she refused to conduct same-sex civil partnerships. Ms Chaplin, Mr McFarlane and Ms Ladele are planning to appeal.

Ben Summerskill at gay rights group Stonewall, said: “Gay people are entitled to nothing less than equal treatment.”

Voir également:

Case Comparisons: Why Nadia Eweida won her religious discrimination case over wearing cross at work

The Independent

15 January 2013

Nadia Eweida

The 60-year-old was sent home by BA in 2006 for wearing a cross. She returned to work after BA changed its uniform policy. ECHR judges said BA’s amendment of the uniform code showed it was not crucial.

Shirley Chaplin

The nurse, 57, was moved to a desk job by Devon and Exeter NHS hospital after refusing to remove a crucifix. ECHR judges rejected her claims, deeming it a health-and-safety issue.

Gary McFarlane

The counsellor, 51, lost his job with Relate after saying he felt he could not offer therapy to same-sex couples. The ECHR ruled against him.

Lillian Ladele

The registrar, 51, lost her job with Islington Council because she said she could not conduct same-sex civil partnerships. The ECHR said the council’s action was “legitimate”.

Voir par ailleurs:

CINÉMA Passion, de Mel Gibson

De nombreuses réserves dans les milieux juifs et chrétiens

Henri Tincq

 Le Monde

31.03.04

LES APPROBATIONS les plus bruyantes de Passion, dans les milieux religieux français, viennent des catholiques traditionalistes et de la Fédération évangélique (en marge de la Fédération protestante) qui lance une campagne d’évangélisation et prévoit de distribuer à la sortie des salles 40 000 CD-Rom. Mais, hors ces mouvances minoritaires, les réactions sont très réservées dans la communauté juive, dans les Eglises protestantes et catholique.

Un film antisémite ? La malédiction suggérée dans l’Evangile selon Matthieu (« Que son sang retombe sur nous et nos enfants ! » ), dont les juifs et les catholiques américains avaient demandé le retrait, a été maintenue. Mais la phrase en araméen n’a pas été traduite dans la version sous-titrée en français.

Membre du comité exécutif du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), Richard Prasquier estime ravageuse l’image de ces grands-prêtres juifs qui « manipulent » la justice romaine, crient à la mort de Jésus, l’accompagnent au lieu du supplice : « C’est l’image du complot des sages de Sion », de celles qui, au Moyen-Age, suscitaient des émeutes antijuives. Les effets risquent d’être dramatiques « chez les chrétiens peu convaincus par le changement de regard de l’Eglise officielle sur le judaïsme » et chez les jeunes musulmans pour qui le Jésus de Gibson sera le « petit Palestinien » martyrisé par Israël. Auteur d’ouvrages sur Jésus, Gérard Israël est révulsé par l’invraisemblance historique du film : « La crucifixion était un supplice païen qui faisait horreur au peuple juif. Suggérer que celui-ci, qui a horreur du sang, ait pu se complaire dans le sang dégoulinant et bouillonnant de Jésus est une pure folie ! »

Secrétaire de l’épiscopat catholique pour les relations avec les juifs, le père Patrick Desbois est inquiet de la campagne de l’extrême droite intégriste qui célèbre chez Gibson « le retour au vrai Jésus » et met en cause la compréhension du judaïsme issue du concile Vatican II (1962-1965). Si, dans Passion, la responsabilité romaine est engagée, « les donneurs d’ordre sont bien les juifs. Le diable représenté chez Gibson par une figure androgyne ne circule que dans les rangs des juifs. Ce film est ainsi plein de messages subliminaux rejoignant les plus vieux clichés antisémites ». Pour Meïr Weintrater, directeur de L’Arche, si le film avait été projeté avant-guerre en Pologne, « il aurait déclenché des pogroms ».

Les Eglises ne veulent pas faire à ce film le cadeau d’une réaction officielle. Mgr Lustiger a déjà pris ses distances avec une représentation « hollywoodienne » de la mort de Jésus ( Le Monde du 27 mars). Une note, signée du père Philippe Vallin, secrétaire de la commission doctrinale de l’épiscopat, salue l’ « engagement personnel et la sincérité » du cinéaste, mais conteste son option théologique : Gibson a « isolé » la passion de la prédication et de la résurrection de Jésus et il montre une croix « inimitable, repoussante, absurde ».

UN ÉVANGILE « GALVAUDÉ »

Ce film, « obscène » par sa violence, est « antichrétien », tranche le jésuite Paul Valadier, théologien du Centre Sèvres. Gibson méconnaît les Evangiles, dit-il dans La Vie du 25 mars : « Jésus ne nous sauve pas parce qu’il reçoit des coups (…). Quand il demande à son père de pardonner à ses bourreaux, on a l’impression, dans le film (…), qu’il légitime le sadisme humain, qu’il lui donne un sens (…). C’est absolument contraire à l’Evangile. » Les responsables catholiques se disent heurtés que Gibson ait pu à ce point « galvauder l’Evangile », alors que les Evangiles traitent les souffrances de Jésus « avec la plus grande pudeur ».

Les réactions sont plus nuancées dans la famille protestante. Si les protestants de tradition réformée sont heurtés, ce n’est pas d’abord par la multitude des références à la tradition catholique (survalorisation du rôle de Marie comme corédemptrice), mais par la violence étalée : « Ce film est à l’Evangile ce que la pornographie est à l’amour, dit Gil Daudé, de la Fédération protestante. L’obscénité de la brutalité et l’abondance de sang occultent le sens. Lisez plutôt l’E vangile. »

Président de l’Alliance biblique, Claude Baty est aussi ulcéré par une théologie contestable : chez Gibson, « la Passion n’est plus un mystère, mais une performance morbide », qui laisse peu de place à « la possibilité d’une réponse personnelle autre que le dolorisme. Ce film ne peut être un film d’évangélisation ». Productrice de « Présence protestante » sur France 2, Claudette Marquet est plus indulgente : « Le film est insupportable, barbare. Mais cet acharnement contre l’innocent est une figure de l’humanité moderne. » Cette Passion est « l’expression d’une foi qui n’est pas la mienne, corrige-t-elle. Gibson lit l’Evangile à travers la mort de Jésus. Pour moi, le récit évangélique est d’abord écrit à partir de l’événement de la Résurrection ».

Voir encore:

CINÉMA Passion, de Mel Gibson

La plus LONGUE séance de TORTURE jamais contée

 31.03.04

Si cette nouvelle version de la Passion du Christ est controversée pour des raisons historiques et théologiques, le réalisateur de « Braveheart » a d’abord réalisé un film qui apparaît comme une longue mise en images de la violence et de la souffrance physique

ECI n’est pas un texte sacré, ceci est un film. Abrutissant, violent, inhumain, mais juste un film. Son réalisateur peut bien prétendre avoir été guidé par l’Esprit saint, tout ce qu’on voit, ce sont des images projetées sur un écran, qui obéissent à une volonté, celle de Mel Gibson.

Au long de sa carrière d’acteur, l’Australien a souvent joué la souffrance physique, accumulant une somme de blessures qui, si elles avaient été vraies, s’il avait été militaire, lui auraient valu des décorations. Mais il a utilisé le produit de ses peines factices pour réaliser des films. Le deuxième, Braveheart, se terminait par le supplice du personnage principal ; le troisième, La Passion du Christ, est tout entier consacré à la destruction d’un corps. A jour, il a rapporté 250 millions de dollars à son auteur.

Après deux plans de pleine lune, un travelling compliqué à travers des oliviers baignés d’une lumière bleutée tourne autour de la silhouette du Christ. Déjà il est ravagé par la douleur, sale comme on l’est au cinéma – les cheveux plaqués sur le crâne, de la terre sur le visage. Le temps qu’un démon androgyne avec un asticot dans le nez vienne le tenter, que ses disciples s’endorment, que Judas reçoive ses trente deniers, et les soldats viennent l’arrêter. Ils le frappent au visage et son oeil droit se ferme pour ne pas se rouvrir pendant les deux heures à venir.

Déjà La Passion du Christ n’est plus affaire de mots, de verbe. De James Caviezel on ne saura pas quel genre d’acteur il est. Il parle à peine pendant les trois premiers quarts d’heure. Arrive, au milieu du film, la séquence centrale. Ce n’est pas la comparution devant le Sanhédrin, qui a déjà eu lieu. Ni la montée au Golgotha, ni la Crucifixion elle-même. Cet interminable quart d’heure tient en un verset de l’Evangile selon Jean : « Pilate prit alors Jésus et le fit flageller. »

De cette phrase, Mel Gibson fait dix minutes de boucherie high-tech. Les effets spéciaux permettent aujourd’hui de faire croire à une peau qui se déchire sous les coups de joncs puis d’un fouet lesté de tessons de poterie. Peu à peu, par la magie du maquillage, du faux sang qui coule à flots, le corps de James Caviezel est transformé en une masse rougeâtre d’où émergent des borborygmes. Ce corps défiguré et aphone souffrira encore les coups de l’escorte qui le mène au calvaire, les chutes sur le chemin, les clous, tous mis en scène avec une infinité de détails, jusqu’à la douche de fluides organiques qui inonde les soldats au pied de la Croix lorsque l’un d’eux transperce le flanc du Christ.

On s’étend sur ces détails parce qu’ils font la matière et l’essence de ce film. La souffrance physique, le dégoût et la colère qu’elle suscite sont les moteurs du désir de Mel Gibson de faire un film de la Passion. On le voit aussi à son embarras lorsqu’il s’aventure dans des retours en arrière vers la vie du Christ, ou lors d’une évocation ultra-sulpicienne de la Cène. A ce moment, la passion destructrice qui anime le film s’étiole en une représentation simplette qui ferait passer La Tunique ou Ben-Hur pour des monuments d’exégèse.

CONTREBANDE

Ces interludes sont de toute façon très brefs. Sans cesse il faut revenir au supplice, distendu dans le temps à force de ralentis, assourdissant d’effets spéciaux sonores (sans parler de la musique pseudo-ethnique de John Dabney). Cette macération dans la représentation de la torture n’est pas faite pour inspirer la méditation, le recueillement ou la réflexion. Il s’agit de porter le spectateur jusqu’à un état de révulsion qui abolit la pensée.

Et c’est là que Mel Gibson fait passer en contrebande, masqué par son fantasme sadomasochiste, toutes les petites saletés qui vont avec sa vision du monde. Il y a d’abord cette histoire de langues mortes rendues à la vie. Peu importe finalement que les légionnaires en Palestine aient parlé grec plutôt que latin, comme dans le film, ou que l’accent araméen de Monica Bellucci (Marie Madeleine) ne soit pas tout à fait conforme à la diction en usage il y a deux mille ans. Plus remarquable est la volonté du metteur en scène de mettre la parole hors de l’entendement direct de l’auditoire, à la manière des tenants de la messe en latin. Cet artifice lui permet aussi de ne pas sous-titrer la phrase criée par la foule après que Pilate prononce la condamnation à mort : « Que Son sang soit sur nous et sur nos enfants. »

Cette ellipse dans les sous-titres ne change rien à l’affaire. Tout dans le film est disposé de façon à induire la responsabilité collective des prêtres et du peuple de Jérusalem dans la mort du Christ. Avec sa tête d’officier des marines, Ponce Pilate (Hristo Naumov Shopov) respire l’honnêteté et la faillibilité face à la duplicité de Caïphe et de ses acolytes. Et du bon larron à Simon de Cyrène, les seuls juifs dignes de la sympathie du metteur en scène sont ceux qui reconnaissent la divinité du Christ.

Si l’on veut une preuve du mystère qui entoure la représentation de la religion au cinéma, on la trouvera dans l’évidence suivante : il y a moins de grâce dans toute La Passion du Christ du catholique Mel Gibson que dans un seul plan de L’Evangile selon Matthieu de Pasolini.

Voir enfin:

Anthropologie biblique (1):

déconstruire la violence construire la paix

Nordnet

Marie-Louise Martinez

Le vingtième siècle par ses guerres, ses deux totalitarismes meurtriers, le déchaînement des conflits ethniques, par la prolifération d’un désordre mortifère (en économie, en politique, et dans les principales institutions de la vie quotidienne), par la progression des agressions interpersonnelles et des pulsions auto-destructrices, aura remporté la triste palme des âges dévastateurs. Il aura vu aussi s’accroître la demande légitime d’en finir avec une violence pour laquelle le seuil de tolérance a considérablement diminué.

La pensée biblique et particulièrement le christianisme, nous permettent de comprendre et de critiquer la violence, ils nous montrent quelles sont les voies pour en sortir. Exigentes, difficiles, mais pas hors de portée pour l’homme, elles lui demandent un effort de compréhension et conversion personnelle et collective auquel chacun sent bien qu’il devrait consentir.

Curieusement, devant la faillite des idéologies, on pardonne difficilement au christianisme d’avoir tellement raison. Je soutiendrai que c’est la perspicacité et la justesse mêmes de son message qui impressionnent et qui fâchent le plus les mentalités. Cette vexation post-moderne pèse sur le discrédit actuel du judéo-chrétien dans la société plus encore que l’anticléricalisme invoqué ou les critiques à l’égard d’un passé historique de domination et bien au-delà d’une crainte peu fondée sur l’éventuel retour de l’ordre moral. L’intuition intime et inavouable que le message biblique est porteur d’un indéracinable processus de vérité, révolte et enrage les consciences actuelles.

Heureusement cette clarté porte aussi ses fruits théoriques et pratiques : une anthropologie fondée sur le message judéo-chrétien se fait de plus en plus évidente, cohérente et explicite. Elle est de plus en plus appelée à s’exprimer et à se manifester à tous les niveaux de la vie culturelle. J’en vois un des signes les plus prometteurs dans l’articulation lumineuse et complémentaire entre l’anthropologie du sacré qui démantèle les mécanismes de la violence et l’anthropologie de la personne qui met à jour les règles de la relation et de la vie bonnes.

L’anthropologie de René Girard, en effet, reprend les hypothèses de l’anthropologie scientifique du sacré ébauchée par Durkheim, Mauss, Dumont, et les portent à leur incandescence maximale à la lumière du texte biblique. Elle nous indique avec chaque fois plus de force et de profondeur depuis 50 ans, jusqu’à l’éclatante démonstration de Je vois Satan tomber comme l’éclair (Grasset 1999), comment la pensée chrétienne ‘déconstruit’ (c’est à dire dévoile et démonte) les processus de la violence et du sacré, sous leur double forme d’exclusion et d’indifférenciation.

L’anthropologie philosophique de la personne, développée ces dernières décennies avec bonheur par des auteurs aussi divers que Buber, Marcel, Mounier, Lévinas, Ricoeur, Jacques, etc. nous donnent les outils pour penser les alternatives. Ces modèles théoriques sont des praxis depuis toujours mises en œuvre et actualisées dans la vie de certains. L’œuvre de Jean Vanier et de l’Arche en constitue une illustration éminente. Ces témoins privilégiés parmi d’autres de la vigueur spirituelle chrétienne, nous offrent quelques clés en illustrant l’étonnant message des Béatitudes évangéliques, si violemment rejeté par Nietzsche et la modernité comme morale des faibles. Ils donnent à voir les effets théoriques et pratiques de la notion de personne, ce trésor de la pensée chrétienne, partageable et partagé avec d’autres. Cette anthropologie pratique et théorique nous permet sans doute de définir les issues à la violence pour l’individu, dans la relation interpersonnelle, et la relation sociale.

Cette (re)découverte d’une anthropologie susceptible de critiquer la violence dans la culture et dans ses différentes institutions (famille, école, médecine, justice, entreprise, etc.) comme de poser les règles d’une alternative pour la relation bonne, est précieuse. Cette " bonne nouvelle " encore inouïe mérite d’être (re)considérée non seulement par la communauté chrétienne (qui n’en a pas toujours été à la hauteur), mais par tout un chacun, quelle que soit sa tradition.

Assumer cette anthropologie ne va cependant pas de soi parce qu’elle demande d’affronter les préjugés. En exigeant une transformation des conduites individuelles et institutionnelles à contre-courant des facilités de la pensée dominante, le message chrétien est devenu aujourd’hui objet de répulsion. Il est d’autant plus gênant qu’il est inclassable : s’il ne flatte pas les penchants de la modernité, et encore moins de la post-modernité, il ne peut pas non plus faire bon ménage avec la nostalgie réactionnaire. A cela rien de nouveau, mais ce qui est totalement neuf c’est l’ampleur et la radicalité du phénomène dans ses enjeux. Cette déconstruction là est difficile car elle ne saurait se satisfaire de la poudre aux yeux et des paillettes des jeux de mots de l’intellect. A l’instar de Paul, elle demande une conversion du regard (Vite tombent de ses yeux comme des écailles ; Ac. 9, 18, trad. De Chouraki) et de la praxis personnelle.

Car nul n’échappe à ces questions. Comment se fait-il que les prédictions de la modernité et des idéologies du progrès soient tellement en faillite ? Comment comprendre le désenchantement des désenchanteurs, devant un retour en force du sacré le plus archaïque et superstitieux qui envahit le social ?

Pourquoi ce retour du sacré avec le cycle infernal de l’indifférenciation et de la différenciation violentes, à tous les niveaux de nos sociétés ?

Comment (re)découvrir et mettre en actes les alternatives de paix et de réconciliation non-violente ? L’enjeu civilisationnel est grave et le défi est .majeur, on ne pourra pas le relever sans les ressources de l’anthropologie biblique. On se contentera ici d’en souligner quelques aspects.

Dans un premier temps, on rappellera brièvement les impasses actuelles.

Dans un second temps, on verra comment l’anthropologie de la violence et du sacré (Durkheim, Dumont, mais surtout René Girard) donne de l’intelligibilité à ces apparents paradoxes.

Dans un troisième temps, on constatera la pertinence inouïe du corpus de textes évangéliques et chrétiens pour dévoiler et déconstruire, démonter et dénoncer les mécanismes de la violence sous ses deux visages. On pourra apprécier quelles indications sont données par l’Evangile et la pensée chrétienne dans la recherche d’une alternative véritablement non-violente.

Enfin, on définira le processus triangulaire de l’émergence de la personne dans une relation qui intègre l’exclu et qui permet la sortie de la rivalité, de la concurrence. On appréciera tout ce qu’apporte l’Arche dans l’actualisation de cette découverte.

1) Les impasses actuelles ou les désenchanteurs désenchantés

Depuis la philosophie des Lumières et le culte du progrès on nous prédit un devenir radieux où l’homme, enfin libéré des superstitions et de l’obscurantisme entretenus par les religions, serait dégagé de la haine, de la violence, des croyances et des conduites irrationnelles. Rendu tout entier à sa nature bonne, il pourrait enfin s’occuper efficacement du partage des biens de ce monde une fois qu’il ne serait plus détourné par les dangereuses et vaines illusions de ‘l’opium du peuple’. Or il n’est pas difficile de constater que ce schéma simpliste est radicalement démenti par la société actuelle.

Aujourd’hui, malgré une incontestable progression du souci de justice et malgré une montée en puissance de la reconnaissance des Droits de l’Homme sur la scène nationale et internationale, on semble assister à une situation de crise généralisée. On perçoit une montée endémique de la violence et de l’inquiétude à son égard, à tous les niveaux.

De plus en plus de troubles s’observent au quotidien, dans la vie familiale, le travail, la vie institutionnelle et sociale. De plus en plus de personnes semblent hantées par l’inquiétude, le stress, les conflits psychiques de tous genres. La violence à l’école fait toujours la une des médias, elle semble résister à tous les traitements les plus onéreux de la situation. La violence dans la famille surprend de plus en plus. Les faits divers qui défraient la chronique, montrent une déstabilisation des liens les plus structurants de la communauté, le lien de conjugalité, de parentalité et de filiation semblent, devenus très problématiques. On parle aussi beaucoup de violence dans l’entreprise : une situation de stress liée à la concurrence et à la compétition économique et sociale se généralise. De plus en plus de travaux de sociologie du travail montrent les situations de harcèlement moral : on ne supporte pas ceux qui sont dissidents, différents, meilleurs ou plus vulnérables. Une perte générale des repères moraux autorise et encourage l’agression psychique. Sous prétexte de tolérance on laisse faire et cela peut aller jusqu’au suicide de la personne harcelée quotidiennement. Christophe Desjours a parlé de ‘la banalisation de la souffrance’ et Marie-France Hirigoyen de ‘perversité morale’. On constate en France un accroissement inquiétant de la consommation d’anxiolytiques et d’antidépresseurs. La médecine, et la psychiatrie en particulier, doivent faire face à l’augmentation constante des manifestations suicidaires ou des troubles de la personnalité. L’exclusion sociale, résultat non seulement de ce que l’on a pu appeler l’horreur économique mais aussi de la dissolution du lien social dans les réseaux habituels de la solidarité (famille, école, église, associations, etc.), est de plus en plus préoccupante. Les prisons ne désemplissent pas. Cette surpopulation témoin de la crise est très troublante, non seulement par sa quantité, mais aussi par la qualité des nouvelles formes du crime. Il n’y a pas seulement une sur représentation de pauvres et d’immigrés, il y a, venant de tous milieux sociaux, de plus en plus d’individus désemparés et nuisibles pour eux-mêmes et pour autrui. Le nombre des toxicomanes, des pédophiles, de ceux qui sont incarcérés pour agressions incestueuses, étonne. Des personnalités, en proie à toutes les confusions qui semblent avoir perdu tous repères prolifèrent. Leur traitement d’ailleurs n’est pas sans poser problème au système carcéral. Car si la pénalisation doit envisager la protection des victimes, il s’agit aussi, de trouver des réponses plus justes au niveau de la prévention, de la réparation et de la réinsertion sur les plans médical, éducatif et social pour le sujet pénalisé.

Des formes nouvelles de la violence se manifestent aussi à l’égard des personnes handicapées, même si les lois démocratiques en faveur de l’intégration progressent incontestablement. Nos sociétés attachées au principe égalitaire s’efforcent heureusement d’affirmer les droits de tous les citoyens (quelles que soient leurs caractéristiques physiques ou de santé) à bénéficier des biens de la société. Mais en réalité, et parallèlement à ces avancées indéniables, monte une volonté d’éradiquer la maladie et le handicap qui se traduit souvent par des attitudes et des propos eugénistes. On a quelquefois l’impression d’une régression plus que d’un progrès.

De même est-on surpris au niveau de la recomposition des attitudes religieuses. Les grandes religions semblent effectivement subir une certaine désaffection mais on constate le retour diffus et profus à une religiosité syncrétique de bazar. Les attitudes sectaires les plus aberrantes et les plus dangereuses se multiplient. Suicides et meurtres sectaires, empoisonnement des lieux publics par des gourous paranoïaques, rituels sataniques macabres, profanation des lieux de culte et des cimetières, font le quotidien des médias. Notre millénarisme est marqué par le retour d’un religieux frelaté, dégradé et païen (voir les travaux de Mgr. Hyppolite Simon).

Le positivisme du XIXème siècle nous avait annoncé une issue paisible et prospère hors du religieux grâce au christianisme dont Hegel disait qu’il était ‘la religion de la fin du religieux’. Pourtant ceux qui comme Weber ou Gauchet [1] avaient prédit le ‘désenchantement’ et la désacralisation du monde, ont de quoi être désappointés. Aujourd’hui les désenchanteurs déchantent. Ils ne savent plus à quoi référer cette résurgence de l’irrationnel, cette prolifération de religiosité et cette déferlante de désordre, d’indifférence et d’indifférenciation qui ne menace pas seulement les églises mais dévaste aussi les autres institutions (famille, école, etc.) de la cité laïque et républicaine.

On ne pourra pas comprendre les paradoxes de la situation actuelle et notamment cette tentation d’un retour au sacral le plus archaïque et le plus violent sans recourrir aux analyses de l’anthropologie de la violence et du sacré.

[1]Gauchet Marcel ; Le désenchantement du monde ; Gallimard ; 1984

Anthropologie biblique (2):

déconstruire la violence construire la paix

Marie-Louise Martinez

2) Le retour de la violence et du sacré

En effet, les hypothèses de l’anthropologie de la violence et du sacré donnent beaucoup d’intelligibilité aux apparents paradoxes actuels.

Les efforts pour sortir d’un ordre sacral injuste, hiérarchique et ségrégatif ont de fortes chances d’instiguer un désordre mortifère qui ramène de nouvelles évictions, exclusions. Comment sortir du retour du sacré et de son antique cycle fatal ? Comment comprendre le naufrage des révoltes modernes et post-modernes sur les rives du sacré le plus archaïque ?

Il fallait d’abord voir que la violence, telle Janus le dieu romain à la double face, se manifeste sous deux formes. Emile Durkheim le premier a montré ces facettes alternatives et complémentaires. Il y a alternance de la violence institutionnelle (comme établissement d’un ordre reposant sur la domination des puissants, l’éviction de certaines victimes, relayé par les institutions et leurs appareils) avec la violence anomique. Celle-ci semble se déployer sans règle (a-nomos) et engendre sourdement des conflits à tous les niveaux (inter-communautaires, inter-personnels ou même intra-psychiques et vécus dans l’intériorité de chacun). Durkheim constate une sorte de mécanisme alternatif dans le social : plus la violence institutionnelle baisse et plus la violence anomique monte résultant de la crise des institutions et de la carence de médiations fortes.

Les doubles faces de la violence et du sacré

L’anthropologue Louis Dumont a poursuivi et approfondi ces analyses. Les sociétés traditionnelles [2] (à l’instar de l’Inde) reposent sur un ordre établi, fortement inscrit dans le sacré (sociétés hiérarchiques, du grec hieros = le sacré). Elles régulent et évacuent tout risque de désordre et violence anomique en ségréguant et en séparant les castes, les groupes d’âges et les sexes, par des interdits très méticuleux. Elles instaurent la vie sociale autour de rites qui reposent en bout de course sur le sacrifice. Une prudente séparation ritualisée grâce au système sacrificiel permet la cohésion quasi organique et holistique du social. Le christianisme avec son principe égalitaire sape les bases du système sacrificiel. L’attaque de la violence institutionnelle et sa déligitimation au nom de l’autonomie et du respect des personnes laissent libre champ aux dérives anomiques qui menacent chacun dans un contexte général de perte des repères antérieurs. Avec le défi d’un difficile équilibre à respecter entre le collectif et le singulier, une société moderne des individus [3] en résulte. Pour le meilleur et pour le pire, doit-on s’empresser d’ajouter.

Le meilleur, consiste incontestablement dans l’exigence accrue de conscience, de justice égalitaire, de liberté et d’autonomie personnelles. Le pire, c’est la montée d’un désordre provenant de la baisse des interdits.

En effet, le système sacrificiel conjugue des rites et des interdits. La vie sociale est rythmée par l’alternance du temps ordinaire et du temps de fête. Tantôt les interdits contraignants sont respectés, tantôt ils sont mis entre parenthèses, inversés, abolis par les rituels. Les interdits prescriptifs et négatifs, séparent minutieusement les personnes et les groupes selon des règles toujours différentes et méticuleuses. Les rituels au contraire subvertissent et recréent la confusion. Comme dans les carnavals, le chaos y reste (presque) toujours sous contrôle de la communauté. La communauté se souvient de l’ordre fondé par le désordre surmonté. Quand le système sacrificiel est fort, cette alternance, loin de le mettre en danger, l’étaye et le consolide encore. Mais lorsqu’il est fragilisé, l’alternance profane/ sacré ne vient plus jouer son rôle régulateur. Les fonctions et les significations des interdits prohibitifs ou prescriptifs se brouillent, leurs contraintes s’affaiblissent. Il en résulte une inquiétude endémique engendrée essentiellement par la compétition déployée entre les individus. Chacun est confronté aux autres, sans le recours des interdits et des fortes médiations du système hiérarchique traditionnel. Ce désarroi est à son comble dans les sociétés modernes qui se retrouvent démunies pour affronter les dérives de la promiscuité égalitariste des individus.

Les études de L. Dumont développent une réflexion fort intéressante sur les totalitarismes comme formes modernes du mal démocratique, fièvres enflammées par la rivalité exacerbée. La compétition de tous contre tous dans l’individualisme moderne et dans le darwinisme social comme avatar de l’idéologie moderne, encourage une comparaison généralisée entre individus. Les communautés se mesurent et elles se réduisent réciproquement à un seul facteur le clan, la race ou la classe. La haine des rivaux dans l’indifférenciation ambiante se polarise alors sur ‘ce qui fait la différence’.

Ces modèles explicatifs anthropologiques et sociologiques malgré leur capacité d’élucidation restent encore mécanistes et positivistes. Ils laissent dans l’ombre l’engendrement de la fièvre indifférenciatrice au cœur des conduites humaines. René Girard [4] reprenant la réflexion de l’anthropologie scientifique du religieux, parvient à saisir les ambivalences et les renversements des processus de la violence et du sacré, dans leur complexité. Le texte littéraire lui a dévoilé les processus du désir mimétique en amont du sacrifice et le texte biblique, en aval, lui a révélé le dépassement du sacré violent. Grâce à cette audace intertextuelle, inter et transdisciplinaire, l’anthropologie dispose désormais d’un schème unique au grand pouvoir explicatif. C’est sous le terme de ‘bouc émissaire’ que René Girard a décrit l’ensemble du processus de la violence et du sacré. Le désir mimétique engendre la violence indifférenciatrice, le sacrifice et le système sacrificiel la régulent et la contiennent. L’affaiblissement du système sacrificiel la réactive. On ne doit cependant pas s’y résigner. A certaines conditions l’homme peut dépasser cette violence meurtrière comme le texte biblique y engage.

[2]Louis Dumont ; Homo hiérarchicus ; Gallimard ; 1966

[3] Louis Dumont ; Homo aequalis ; Essais sur l’individualisme ; Seuil ; 1983

[4] René Girard voir : Mensonge romantique et vérité romanesque ; Grasset ; 1961.

La violence et le sacré ; Grasset ; 1972.

Critique dans un souterrain ; L’Age d’Homme ; 1976.

Des choses cachées depuis la fondation du monde ; Grasset ; 1978.

Le bouc émissaire ; Grasset ; 1982.

La route antique des hommes pervers ; Grasset ; 1985

Shakespeare, les feux de l’envie , ( traduit de l’anglais par Bernard Vincent) ; Grasset ; 1990.

Quand ces choses commenceront…entretiens avec Michel Treguer ; Arléa ; 1994.

Je vois Satan tomber comme l’éclair ; Grasset ; 1999

Les hypothèses de René Girard rendent intelligibles les mécanismes cycliques de la violence et du sacré :

La violence " essentielle " de tous contre tous, provient du mimétisme constitutif entre les hommes. En introduisant le désir comme principe explicatif des conduites humaines Girard sort du positivisme sans perdre l’acquis du rationalisme scientifique.

Les hommes sont des modèles de désir les uns pour les autres, là réside la clé de l’évolution prodigieuse de l’espèce. La longue enfance du petit d’homme rend inévitable cette imitation-admiration qui permet l’apprentissage et la socialisation. Mais le désir mimétique pour les mêmes objets (de territoire, d’avoir, d’amour, de pouvoir, de savoir…) bon en lui-même vire très vite à la rivalité catastrophique. Le désir mimétique facteur de solidarité vient alors perturber la cohésion. La promiscuité rivale lorsqu’elle n’est pas contenue ni protégée par des barrières et des interdits débouche sur des conflits meurtriers entre individus ou communautés. La société est impossible tant que les hommes ne peuvent se réconcilier et pactiser. Le sacrifice d’un bouc émissaire joue un rôle fondateur de la société et de la culture. C’est l’union sacrée du " tous-contre-un " qui fédère la communauté et lui permet de se ressouder dans l’unanimité autour de la victime (individu ou groupe). Les mythes comme discours de la communauté qui proclament l’événement inaugural et les (mé)faits de la victime héroïque rendent possible la culture et la fondent. La coopération des hommes est autorisée par cette violence fondatrice sur laquelle reposent la culture et ses institutions comme système sacrificiel.

En effet, tant que la relation entre les hommes est perturbée par des rivalités désordonnées de tous contre tous, la crise empêche le travail des institutions et la prospérité culturelle. La violence sacrificielle avec les rites qui la prolongent et la rappellent, les interdits qui la contiennent et les mythes qui la supportent, provoque une pacification qui autorise la reprise des échanges et la normalisation du travail. Les relations entre les hommes sont facilitées par les médiations du système sacral et religieux qui relient les hommes (religere) en instaurant entre eux des liens vivables. Les interdits permettent la séparation et les rites les rapprochements par le rappel de l’unanimité sacrificielle.

Dans les sociétés traditionnelles, le système sacral est fort. Le processus du bouc émissaire est une régulation normale, il opère tout à la fois dans la totale méconnaissance et dans l’évidence légitime. Les différentes institutions de la culture sont fondées et reproduites par des victimes, les interdits et les rites assurent la stabilité du système. Le retour éternel du sacré n’est que cette perpétuelle succession de la crise indifférenciée et du sacrifice différenciateur.

René Girard, a montré comment le christianisme avait opéré une critique du sacré violent et du système sacrificiel et comment il demandait de sortir radicalement de la violence. Le sacrifice violent est critiqué depuis longtemps par le texte judéo-chrétien et une certaine issue à la violence est possible quoique soumise à une longue évolution, personnelle et culturelle, toujours susceptible de renversements, de complications, d’exacerbations et de régressions. Les solutions proposées sont très exigeantes et difficiles à mettre en œuvre tant sur le plan individuel que sociétal. L’influence du christianisme sur les sociétés a donc entraîné des modifications bien mitigées.

Dans les sociétés modernes travaillées par la démystification et la révélation opérées par le judéo-chrétien, le processus du bouc émissaire est dépourvu de toute légitimité. Ce démantèlement du système sacrificiel traditionnel ne va pas sans contradictions. La société des individus qui a remplacé la société hiérarchique sacrale est rongée par les violences anomiques. Les interdits et les rites qui séparaient et reliaient les individus se sont dissous. Le lien social est tantôt menacé par la rupture tantôt par la prolifération.

Les risques de violence sont aujourd’hui démultipliés :

Les individus, jusque là séparés en catégorisations étanches et en hiérarchies cloisonnées et sacrales (Dumont) se mêlent et se rapprochent dans leurs revendications. Les médiations anciennes du système sacrificiel avec leurs interdits et leurs rites se dissolvent, laissant les individus tour à tour ou simultanément dans une promiscuité aliénante et une solitude éprouvante. Ces pathologies extrêmes et également mortifères du lien social alternent ou se conjuguent. La violence inévitablement accrue par l’indifférenciation s’enfle au moment même où les moyens de la limiter se sont amenuisés.

La régulation sacrificielle par l’antique mécanisme du bouc émissaire, en effet, n’a pas cessé d’opérer, mais elle s’exerce dans la mauvaise conscience. Elle est sorti des gonds du champ du sacré et du religieux pour envahir la totalité des espaces publics et privés. Elle est de moins en moins efficace, ce qui conduit, paradoxalement, à une sorte d’emballement et de surenchère. Les moyens de la violence sont chaque fois supérieurs avec le perfectionnement technologique. Enfin, les susceptibilités et les sensibilités s’hypertrophient. La tolérance à la violence s’amenuise, rendant chaque fois moins supportable la " banalisation du mal ".

Les hypothèses anthropologiques de René Girard nous semblent donc particulièrement bien venues pour donner de l’intelligibilité aux mécanismes de la violence et du sacré dans leurs paroxystiques rebondissements actuels. Mais ce faisant elles soulignent aussi cette prodigieuse intelligence des processus anthropologiques qui émane du texte biblique. On comprend mieux comment la saisie complexe des ambivalences de la violence par le biblique peut apparaître paradoxale. Inévitablement, cette perception subtile est délicate à entendre et elle prête tour à tour le flanc aux critiques unilatérales.

Le christianisme pris entre les feux de la critique

Pour saisir les paradoxes de la violence il faut comprendre le lien entre les différents processus qui la composent. Pour la dépasser, il faut refuser ensemble l’un et l’autre des deux visages de la violence, les renvoyer dos à dos et s’engager résolument dans la recherche de véritables alternatives. Les mentalités modernes borgnes et manichéennes ne veulent à l’exclusive voir qu’une seule de ces formes. Elles focalisent et dénoncent une face au détriment de l’autre qu’elles occultent et escamotent. Tour à tour ne voyant que la violence institutionnelle ou le désordre anomique, les manichéismes de ‘gauche’ ou de ‘droite’ coopèrent au sempiternel retour de la violence et du sacré. Tantôt sous les feux de l’une et de l’autre critique, le christianisme comme pensée de la complexité n’est jamais épargné. C’est pourtant au moment même où il semble le plus méconnu et maltraité qu’il démontre le mieux sa pertinence. Paradoxale vérité qui le préserve finalement de tout triomphalisme.

La violence sacrale : une critique de gauche ?

Le christianisme qui traverse dans son histoire des épisodes violents (croisades, inquisition, guerres de religion, antisémitisme) ou rencontre des tentations oppressives (réaction, conservatisme) d’imposition d’ordre social et politique violent, n’échappe pas à la critique de la violence sacrale.

Ces excès commis au nom de la religion sont dus à une mauvaise interprétation de l’Evangile et du corpus néo-testamentaire plus qu’à une propriété intrinsèque du message chrétien. Le message originel est facilement préservé de cette accusation. Quoi de plus clair contre l’oppression et l’injustice que le Magnificat (Luc 1 51-53), quoi de moins ambiguë que l’épître de Jacques (4, 13-17, 5, 1-6) en faveur de la justice sociale ? La critique du cléricalisme comme du ritualisme hypocrites et superficiels sont sans appel chez Matthieu. l’Evangile critique le religieux ancien, sacral, violent, sans complaisance aucune.

Anthropologie biblique (3) :

déconstruire la violence construire la paix

Marie-Louise Martinez

Pourtant cette critique du religieux archaïque, non par la sortie hors du religieux mais par la voie étroite d’un religieux doux et non violent, peut paraître timide à nos contemporains. D’autant plus qu’une telle position délicate, par nature inconfortable et difficile à assumer, est souvent remise en cause par des tentations sacrales et intégristes qui viennent rigidifier et déformer le message. Ainsi le judéo-christianisme a-t-il pu être quelquefois saisi par ce qui le précédait et contre quoi il se définissait.

Pour venir à bout de ces accusations, il faut alors assumer la critique du passé et du présent et s’engager dans une démarche de repentir et de réconciliation. L’Eglise comme institution instituante est toujours appelée à dynamiser l’Eglise comme institution instituée.

On peut alors vérifier que l’issue évangélique au religieux archaïque par le religieux doux n’est pas une demi-mesure. Elle est en fait la seule dénonciation véritablement radicale du sacré archaïque violent. Les impasses actuelles du profane athée en sont une preuve assez éloquente. On a vu qu’elles restauraient le sacral violent et païen, renouant avec le cycle fatal de la violence et du sacré.

La défense du message évangélique sur le front des critiques progressistes, est toujours délicate mais elle est, somme toute, aisée et naturelle.

Sur l’autre front, la défense est beaucoup plus difficile.

La violence indifférenciée : une critique de droite ?

La seconde critique, d’inspiration plus conservatrice et traditionnelle, est, en effet, bien plus redoutable. Elle consiste à incriminer le message évangélique et néo-testamentaire dans sa spécificité même et non simplement dans son interprétation abusive. Celui-ci serait porteur des ferments de désordre et d’indifférenciation égalitaristes qui destabilisent gravement les équilibres civilisationnels antérieurs.

La société indienne, hiérarchique, avec ses castes, s’est toujours méfiée des menaces de désordre et déstructuration que le christianisme portait en lui. De nombreux pays du tiers-monde ou les pays arabo-musulmans, redoutent les valeurs de la démocratie, des Droits de l’homme et leur aspiration à l’universel issue du christianisme. Pour Nietzsche, le christianisme inaugure une " morale d’esclaves " qui vient porter un coup fatal à l’héroïsme aristocratique et déployer l’ère des revendications " victimaires ". Le sacrifice dyonisiaque lui semble plus propice à la santé et à la vigueur de l’espèce et des civilisations que cet éloge des faibles porté par les Béatitudes (Matthieu 5, 3-11). Dans la Généalogie de la morale, il disqualifie le texte judéo-chrétien porteur des contre-valeurs contraires à la vie et à la pulsion vitale. Il choisit le sacré païen archaïque : " Dyonisos contre le crucifié : la voici bien l’opposition. Ce n’est pas une différence quant au martyr- mais celui-ci à un sens différent. La vie même, son éternelle fécondité, son éternel retour, détermine le tourment, la destruction, la volonté d’anéantir, dans l’autre cas la souffrance, le crucifié en tant qu’il est l’innocent sert d’argument contre cette vie, de formule de sa condamnation "[5]

. L’interdit du sacrifice porté par le judéo-christianisme, apparaît à Nietzsche (ou à certains penseurs de la bio-éthique actuelle qui prônent un " sain " recours à l’eugénisme et à l’euthanasie) comme une menace pour l’avenir. " L’individu a été si bien pris au sérieux si bien pensé comme l’absolu par le christianisme qu’on ne pouvait plus le sacrifier : mais l’espèce ne survit que grâce aux sacrifices humains… La véritable philanthropie exige le bien de l’espèce – elle est dure elle oblige à se dominer soi-même, parce qu’elle a besoin du sacrifice humain. Et cette pseudo-humanité qui s’intitule le christianisme veut précisément imposer que personne ne soit sacrifié " (op. cit. pp. 224- 225) Le message égalitaire et universel, en effet, n’est-il pas déjà potentiellement gros des dérives actuelles : égalitarisme, individualisme outrancier, victimaire, globalisation, indifférenciation, voire dé-différenciation ?

Il faut bien le reconnaître avec Chesterton [6] et Bernanos : le monde moderne est pétri d’idées chrétiennes devenues folles.

Pourtant le christianisme ne peut sans se dénaturer, renoncer à l’aspiration égalitaire ni à la juste dignité de chaque personne. Si l’enfer moderne est pavé de bonnes intentions chrétiennes, il faut en assumer la critique et affronter la responsabilité de comprendre en quoi consiste la violence et les moyens de l’alternative.

Le projet apologétique pour laver le christianisme des accusations injustes et manichéennes qui pèsent sur lui doit attendre : seul le temps permettra de ‘démêler le bon grain de l’ivraie’. C’est dire autrement que le temps travaille pour lui. Pour autant ce temps doit-être actif et créatif.

Comment refuser de voir cette vérification que l’histoire apporte aujourd’hui à la pensée chrétienne et à son anthropologie ?

3) La déconstruction chrétienne de la violence

L’Evangile manifeste un savoir subtil et avisé sur la violence, il anticipe largement le savoir anthropologique qu’il éclaire. C’est tout le mérite de l’anthropologie de René Girard que d’avoir su rendre au christianisme les lumières qu’il avait conféré à l’anthropologie. On le redécouvre chaque fois que le savoir scientifique et philosophique parvient à mettre à jour la violence fondatrice puissamment recouverte par les voiles de la méconnaissance. Encore fallait-il avoir l’audace de voir et de reconnaître cette lumière qui nous éclaire et qui nous ‘crève les yeux’. L’Evangile " dévoile " la violence dans ses processus et la déconstruit au sens fort, c’est à dire qu’il en démonte les mécanismes pour leur ôter toute légitimité. Il renvoie dos à dos les deux " faces " de la violence témoignant contre elles pour proposer des pistes alternatives.

[5]Nietzsche : Œuvres Complètes, Vol XIV Fragments posthumes, début 1888-juin 89, Gallimard, 1977, p. 63 (ce passage et celui qui suit ont été cités par René Girard dans Je vois Satan tomber comme l’éclair , Grasset ; 1999)

[6] G. K. Chesterton ; Orthodoxie ; 1908 ; 1984 pour la trad. Française ; Gallimard ; " Le monde moderne est envahi de vieilles vertus chrétiennes devenues foles " ; p. 44 ;Gallimard, 1984 ;

Georges Bernanos ; La France contre les robots ; Plon ; 1970 : " Faire exploser l’Evangile dans un monde saturé d’idées chrétiennes amoindries, déformées, dégradées, rajustées à la mesure des médiocres- ou parfois même détournées de leur sens, " devenues folles " comme disait jadis Chesterton- cela ne se peut que par un miracle. Ce miracle nous sera-t-il donné ? ", p. 183.

Témoigner contre la violence sacrale :

L’Evangile prolonge et accomplit la dénonciation du sacré ancien, déjà largement opérée par le judaïsme : non pas les sacrifices ni les holocaustes sanglants mais un cœur pur. (Ps, Isaïe, etc.).

Il saisit bien la fonction régulatrice du sacrifice. Caïphe énonce la règle du bouc émissaire qui est de limiter la violence : " Il est de notre intérêt qu’un seul homme meure pour que le peuple et la nation ne périssent pas tout entiers " (Jean 11, 48b). La fonction réconciliatrice n’échappe pas : " En ce même jour Hérode et Pilate devinrent amis, d’ennemis qu’ils étaient auparavant " (Luc 23, 12).

Il dénonce sans complaisance l’aspect injuste et hypocrite du système sacrificiel : " Malheur à vous car vos pères ont tué les prophètes et vous leur bâtissez des tombeaux " (Matthieu) ; " Malheureux êtes-vous scribes et pharisiens, hypocrites parce que vous ressemblez à des sépulcres blanchis à la chaux à l’extérieur. Ils ont belle apparence mais à l’intérieur ils sont remplis d’ossements et de toutes choses impures " (Mat. 23, 27)

Jésus déconstruit le processus sacrificiel, il le démonte et en dénonce l’inefficacité profonde. La paix construite sur le bouc émissaire est mauvaise et fragile, cette " paix du monde " est vouée au retour perpétuel du sacral. " Comment Satan peut-il expulser Satan ? …si Satan s’est jeté contre lui-même et s’est divisé, il ne peut pas tenir, il est fini " (Mc. 3, 23-24) Satan comme hypostase du mal ne serait-il pas en grande partie constitué par le stérile et maléfique cycle sacrificiel ?

Mieux vaut, dès lors, assumer un salubre conflit plutôt que cette paix sacrale soudée sur le dos de victimes :" Je ne suis pas venu apporter la paix mais l’épée " (Mat. 18, 6). Jésus préfère la séparation plutôt que la fusion entre les gens, cette confusion qui n’est que l’autre face de l’antagonisme est toujours une collusion contre des tiers qu’elle exclue : " Oui, je suis venu séparer l’homme de son père, la fille de sa mère, la belle-fille de sa belle-mère… " (Mat. 16, 34)

Cela implique un savoir sur la médiation (sur ce qui sépare pour réunir mieux) et notamment sur la médiation structurante des grands interdits essentiels : " Je ne suis pas venu abolir la Loi mais l’accomplir ". Les grands interdits précédemment énoncés par la Bible ne sont pas caduques, ils renferment un savoir prudent sur l’homme, ils indiquent ce qui est à respecter : la vie de l’autre, ses biens, son désir. " Tu ne convoiteras rien de ce qui est à ton prochain ", on peut alors se tenir à la bonne distance qui permet l’amour. On est loin du romantisme post-moderne " Interdit d’interdire " et de sa critique imprudente et inconsidérée des institutions. René Girard l’a minutieusement montré dans son dernier livre. Il faut respecter les interdits, non par ritualisme hypocrite mais parce qu’ils sont une leçon de vie bonne. On peut alors, enfin, à cette condition, envisager l’alternative radicale à la violence : " C’est la paix que je vous laisse, c’est la paix que je vous donne ce n’est pas à la manière du monde que je la donne " (Jean 14, 27)

La paix véritable n’est pas l’illusion du consensus qui dénie tout conflit et tout désaccord. Cette dernière, on sait qu’elle est la plupart du temps signée contre des boucs émissaires. La bonne paix est un réel dépassement : elle prend au sérieux l’intérêt anthropologique du système sacrificiel mais l’oriente dans le sens de la recherche de réconciliation. La Cène dans les Evangiles synoptiques institue l’eucharistie (étym. : la bonne offrande) comme un partage ‘symbolique’ qui instaure pourtant la présence ‘réelle’ par le sacrement et la manducation des espèces (le corps et le sang de la victime). Cette seule évocation faisait horreur aux juifs qui avaient depuis longtemps dépassé le sacré sanglant anthropophagique. On peut pourtant considérer l’eucharistie comme un subtil savoir anthropologique, une reconnaissance de ce qui déjà animait le sacré archaïque dans son meilleur aspect, une récapitulation de tout le chemin de l’anthropogenèse (Voir Pierre Gardeil : Quinze regards sur le corps livré ; Ad Solem ; 1997). Une de ses significations anthropologiques est la commémoration d’une longue quête à travers la violence pour dépasser la violence. Véritable mémorial qui se souvient de la longue transformation de la violence sacré pour l’orienter résolument vers l’issue. L’Evangile de Jean, n’ignore pas cette nécessaire récapitulation " ceux qui ne mangent pas ma chair et ne boivent pas mon sang .. " fait l’impasse sur l’eucharistie et la Cène. Il présenter en leur place le lavement des pieds comme signe de dévouement total au service de l’autre, dégagé de toute allusion au sacré violent. Là, le commandement de charité suffit : " Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres ; comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres " (Jean 13, 34). C’est encore l’Evangile de Jean qui décrit le plus précisément ce dépassement radical du sacrifice dans et par la Passion. La ruse de la croix ne consiste-t-elle pas à remplacer le sacrifice à la troisième personne (celui de la victime comme tiers exclu de la collusion des complices), par le don de soi à la première personne : celui du martyr (" ma vie ‘on’ ne me la prend pas mais c’est ‘moi’ qui la donne ").

Dès lors, le témoin (martyr) accepte de plein gré la violence qu’il subit non par goût doloriste masochiste (" Père éloigne de moi cette coupe ") ni par souci revanchard pour humilier ou maudire celui qui inflige la souffrance : " Père pardonne leur parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font " (Luc 23, 24). C’est parce qu’il faut bien en passer par là, boire la coupe jusqu’à la lie, pour démonter le mécanisme et le faire voir dans toute son étendue. Le Témoin déconstruit la violence et montre l’alternative au prix de sa vie : " je ne suis venu dans le monde que pour rendre témoignage à la vérité " (Jean, 18, 37). Le martyr chrétien vit une imitation non orgueilleuse de la Croix comme moment suprême de la déconstruction du mal " Ô mort où est ta victoire ? ".

La Rédemption est une ruse sublime elle détourne le sacrifice violent, le retourne comme un gant et lui donne une autre signification. Elle le convertit en sacrifice doux : le don de soi. Elle prend Satan (dont la signification anthropologique est pour une grande part le processus sacral, selon la magistrale hypothèse de René Girard) à son propre jeu pour en subvertir intimement le sens " par la mort il a vaincu la mort ". Tel est pris qui croyait prendre ! À Malin, malin et demi ! Le vieux sacrifice violent est désamorcé. Sa signification ici est retournée en vie renouvelée au profit de la vérité nouvelle : " Nul n’a plus grand amour que celui-ci : donner sa vie pour ses amis " (Jean 15, 13).

Témoigner contre la violence mimétique essentielle

Le sacré doux, issu de la Rédemption, permet alors le rétablissement d’une communion bonne, bien au-delà de la réconciliation sacrificielle violente soudée par de communes hostilités. " Jésus allait mourir pour la nation et non pour la nation seulement mais encore afin de rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés " (Jean 11, 48). La communion désormais dépasse la communauté particulière pour toucher aux confins de l’universel.

Encore faut-il que la communauté soit unie dans la médiation du Médiateur par excellence : " afin que tous soient un. Comme Toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous " ; Jean 17, 21). La médiation de celui qui se présente comme l’imitateur du Père et qui ne se dresse pas devant l’autre comme le modèle-obstacle tout puissant et auto-engendré. Elle opère dans la double dimension verticale et horizontale.

C’est en cela que cette communion est structurante : elle diffère complètement de la médiation interne où les hommes prétendent s’unir dans un pacte sans tiercéité transcendante. Ils courent alors le risque d’être livrés en proie au mimétisme qui les hante et les déchire. Sans la médiation externe, l’autonomie (refus du maître et du seigneur) et le rêve d’égalité, pourtant engendrés par le corpus judéo-chrétien sont-ils viables ? Paul dans Galates II, 4, 25 peut dire " il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme " il ne craint pas la confusion indifférenciatrice puisqu’il est sûr de la Médiation externe par excellence : " car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus ".

La grandeur prométhéenne de l’homme moderne qui rêve de maîtriser la génération et de dompter la mort, sans les Béatitudes, peut-elle semer autre chose que l’horreur ? Sans la médiation transcendante, quel est le destin des vertus chrétiennes ? Peuvent-elles échapper aux folles dérives ?

Le mimétisme et la médiation interne qui confondent les hommes font partie du processus cyclique de la violence infernale, ils sont caractéristiques du Diable. Dans Je vois Satan tomber comme l’éclair René Girard explore les significations anthropologiques de Satan. Il y voit une hypostase du sacrifice violent comme de la séduction du désir mimétique avec ses impasses qui abusent et trompent l’homme : l’ensemble du processus du bouc émissaire.

Dès l’origine du texte biblique, Satan, en effet, est dévoilé comme le tentateur menteur qui abuse l’homme. Il instille insidieusement la rivalité envieuse qui préside à la chute " Vous serez comme des Dieux " (Gen 35). La rivalité et l’envie sont les vrais mobiles de la haine homicide (Caïn et Abel, Joseph et ses frères, Job, etc.).

Dans l’Évangile, Satan est la traduction d’un mot grec scandalon, qui signifie la pierre d’achoppement, l’obstacle sur lequel on bute. Selon René Girard cette notion biblique élucide le rôle du rival comme obstacle sur le plan anthropologique. Le scandalon fascine et attire, on revient obstinément se heurter à lui pour son plus grand malheur. Pierre devient objet de scandale et obstacle pour le Christ quand il le tente en le dissuadant de vivre jusqu’au bout le processus de la Passion.

Scandaliser un enfant c’est perpétuer la chute et le mal. Si l’adulte a la dignité suprême de devoir servir de modèle à l’enfant au cours du processus éducatif il se doit d’assumer ce rôle qui permet l’anthropogenèse autant que la psychogenèse. Notre époque scandalise les enfants quand elle veut abolir la distance inter-générationnelle ou inverser les modèles. Le refus de la transmission n’est-il pas l’abandon de l’enfant à la violence anomique qui ravage le groupe de pairs sans médiations externes ? Ne condamne-t-on pas l’enfant à la désaffiliation et à la désymbolisation, le menaçant dans sa santé mentale et morale, lorsqu’on le livre à ses passions sans recours éducatif? L’historien Philippe Ariès a montré comment " l’enfant roi, devient l’enfant proie ". Retour au sacré archaïque d’un Chronos dévorant ses enfants.

Aussi l’Évangile dévoile-t-il et déconstruit-il cette autre face de la violence qu’est le mimétisme trompeur et indifférenciateur. Notre époque voit bien la violence du sacral mais elle refuse de voir l’indifférenciation qu’elle laisse proliférer.

Nombreux parmi les victimes de cette indifférenciation sont ceux qui pourraient dire avec le démoniaque gérasénien " Mon nom est légion ", tant ils sont hantés par l’autre non su comme tel qui les habite, les aliène. Ils sont livrés aux conflits internes qui les déchirent (Marc 5, 9). La crise aujourd’hui, touche les paroxysmes de l’indifférenciation, ou de la " dé-différenciation " (Monette Vacquin) elle attaque l’altérité, entre les générations, les genres, les espèces, les règnes. Le génie génétique ne rêve-t-il pas de maîtriser le devenir au risque de nous précipiter dans les pires dérives mimétiques de l’indifférenciation?

Dans " Ainsi parlait Zarathoustra ", Nietzsche appelle de ses vœux, de façon prophétique avec cent ans d’avance, en quelque sorte, les temps héroïques que la recherche et le développement techno-tcientifiques actuels nous laissent entrevoir :

" À présent l’homme supérieur devient maître, la montagne de l’avenir humain va enfanter. Dieu est mort, nous voulons que le surhomme vive ! "

Son idée est que le sacré disparu, l’homme affranchi et désenchanté pourrait enfin donner libre cours à son essor créatif. En effet, l’homme a heureusement bravé certains interdits et vieilles superstitions du sacré archaïque. Mais tous les interdits peuvent-ils de façon démiurgique être balayés impunément ? L’homme peut-il s’affranchir de la génération sexuée, avec le clonage ?

A l’horizon de cette tentation de toute puissance pointent l’indifférencié, la mort et le retour du sacré ancien. Les désirs, fussent-ils philanthropiques (transformer les pierres en pain pour calmer la misère), butent sur l’obstacle de l’idôlatrie de l’homme. Cette dérive est formellement dénoncée par l’Évangile notamment à travers l’épisode des tentations du Christ par Satan dans le désert. " Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et à lui seul tu rendras un culte " (Luc 4, 8).

Cette même toute-puissance peut inspirer le génie génétique jusqu’à la menace du retour au sacré païen avec ses impasses meurtrières à l’endroit même où on croyait l’avoir abandonné. Francis Crick éminent biologiste qui découvrit avec Watson la double hélice de l’ADN n’hésite pas à braver l’interdit majeur du " tu ne tueras point " : " Aucun enfant nouveau-né ne devrait être reconnu humain avant d’avoir passé un certain nombre de tests portant sur sa dotation génétique ; s’il ne réussit pas ces tests il perd son droit à la vie " . Et l’homme est défiguré.[7]

Certaines bio-éthiques modernes recommandent de s’affranchir de l’interdit de tuer, en fin de vie ou à ses débuts. Or, cet interdit du sacrifice de l’autre, porté particulièrement par le texte biblique, " ce Sinaï inscrit dans le visage de l’autre " (Lévinas) pourrait bien être l’ultime rempart de l’humain.

On ne peut pas, on le pourra de moins en moins, se passer du texte biblique et particulièrement de l’Évangile pour donner de l’intelligibilité aux impasses actuelles indifférenciatrices et meurtrières de la bio-éthique (entre autres domaines).

Le désir mimétique est trompeur, séducteur, diviseur (diabolon), accusateur, il conduit au sacrifice de l’autre. Comment sortir des impasses et des pièges meurtriers du désir mimétique ? Là encore l’Evangile donne des réponses.

La sortie de la violence par la voie des Béatitudes

L’Évangile tient la recette infaillible : en renonçant à ses prestiges, en cherchant, sans se mentir, la dernière place, celle que personne ne convoîte, on sort de la rivalité et de la ruée compétitive avec ses conséquences meurtrières.

Ce renoncement n’est pas pure stratégie : cet abandon, ce détachement, cette pauvreté, procurent, effectivement, la paix et la vraie joie (Béatitudes). Le " quiétisme " de la spiritualité chrétienne est inscrit au cœur du message Évangélique. Ce renoncement aux affres passionnelles et aux trépidations illusoires du mimétisme, sans pour autant jamais refuser l’action ni l’engagement, pourrait bien être dans les temps à venir, la ressource de plus en plus indispensable.

C’est encore le renoncement qui désamorcera les bombes à retardement de la réciprocité mauvaise. Tous les conflits ne sont pas inconditionnellement prônés par l’Evangile, seul est valorisé celui qui permet de sortir de la confusion ou de la collusion complice avec l’autre. La plupart des autres conflits sont vains, allumés simplement par les ‘feux de l’envie’, la réciprocité mauvaise et ses emballements. Il faut alors tout faire pour en sortir et désamorcer l’escalade.

On désarmera l’autre, en étant soi-même désarmé (Les moines de Tibhirine ; J-M Muller). On le déstabilisera, sans forcément le provoquer, en cassant les réflexes de sa garde : " À celui qui te frappe sur une joue tend l’autre ! " (Luc 6, 29). On instaurera un type d’échange différent, un don au-delà du don (pardon) : " Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent ! " (Luc, 6, 8). Quand le jeu n’en vaut pas la chandelle, quand il ne s’agit pas de témoigner pour la vérité, c’est à dire dans la plupart des dérisoires conflits mimétiques, on fera tout pour préserver la vie, la sienne et celle de l’autre. (Quand il venait te dépouiller, donne lui en plus l’autre tunique qu’il ne convoîtait pas, pour la route !).

4) L’alternative d’une contre-culture de paix et de non-violence : l’émergence de la personne

L’Évangile nous livre un savoir étonnant sur la violence, avec lui les pans entiers du mal, de ses pauvres ruses et de ses vains artifices, s’effondrent. Oui nous voyons vraiment " Satan qui tombe comme l’éclair " (Luc, 10, 18).

Mais comment s’affranchir plus radicalement de la lignée du vieil homme ? Comment en finir avec nos vieilles cultures caïniques, fondées sur le fratricide et organisées par l’antique règle sacrificielle ? Comment sortir de l’emprise de l’ennuyeux Satan : " Vous avez pour père le diable, et ce sont les désirs de votre père que vous voulez accomplir. Dès l’origine, ce fut un homicide : il n’était pas établi dans la vérité parce qu’il n’y a pas de vérité en lui.. " (Jean, 8, 42-44). Comment sortir de tout cela pour se tourner vers la joie des personnes : se réjouir enfin " de ce que vos noms soient inscrits dans les cieux " " (Luc, 10, 20) ? Comment trouver la règle d’une nouvelle anthropogénèse non-violente, celle de la vie bonne ?

Il faut et il suffit de changer d’anthropo-logique, de se déprendre des réflexes mimético-sacrificiels. Sans doute plus facile à dire qu’à vivre !

Il faut et il suffit de ‘convertir’ son désir : l’opération sera tant physique, économique que spirituelle. Cette métanoïa est un retournement de tout l’être : se soustraire à la polarisation des prestiges, s’extraire à la gravitation d’une orbe pour entrer dans une autre, moins brillante mais plus lumineuse et libératrice. Pour le christianisme cette conversion n’est pas volontariste, elle est le fruit d’un dialogue entre la liberté et la grâce, d’un consentement au don.

L’imitation de Jésus demande un sursaut initial d’abandon et de dénuement " Les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel ont des nids ; le Fils de l’Homme, lui, n’a pas où reposer la tête " (Luc, 9, 58). Il s’agit d’entrer dans un tout autre ordre de valeur : " celui qui est le plus petit parmi vous tous c’est celui-la qui est grand " (Luc 9, 48). " Quiconque parmi vous ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple " (Luc 14, 33). Mais quelles récompenses ultérieures !(Luc 18, 30)

Chaque verset évangélique renferme des ressources inouïes pour construire une stratégie de non violence.

L’anthropologie de René Girard a contribué à faire voir la place unique que jouent le judéo-christianisme et la révélation chrétienne, dans la compréhension et la sortie de la violence. Ces analyses qui soulignent et illustrent la portée anthropologique de l’Evangile éclairent le message sans jamais réduire le texte. Les disciplines scientifiques, littéraire, philosophiques, exégétiques sont convoquées sans jamais arraisonner le texte biblique. C’est lui au contraire qui porte à l’incandescence leurs lumières. L’œuvre de René Girard nous ouvre une voie prometteuse et incontournable pour la déconstruction de la violence dans les institutions humaines. Si de prime abord elle peut sembler se détourner de la réflexion et l’instrumentalisation des solutions alternatives, elle nous renvoie résolument vers la bonne voie pour les chercher. Heureusement certaines notions de la pensée et de la spiritualité chrétienne, inspirées directement par l’Evangile, fournissent les aides nécessaires. L’essentiel de ce chemin (chemin de vie s’il en est !) est inscrit dans le programme anthropologique que constitue la notion de personne, au sens complexe du terme que lui donne la pensée chrétienne.

La personne et la vie bonne

Un travail, à la fois réflexif et pratique, sur la manière non-violente d’être ensemble et de vivre la relation bonne est indispensable. Les règles qui inspirent la réflexion et la pratique de cette vie bonne peuvent être trouvées dans un savoir sur la personne. La personne ici ne veut pas seulement dire l’individu ni le sujet. Elle désigne le " je ", le sujet singulier, mais aussi, la qualité de relation que l’on entretient avec l’autre " toi ", " elle ", " lui ", singulier et pluriel. La personne c’est tout à la fois la relation intersubjective, dans ses caractéristiques et le résultat de ce processus relationnel. Pour Paul Ricoeur [8] , la personne est le " soi ", c’est à dire le pronom réflexif de toutes les autres personnes. Plus qu’une simple étiquette lexicale cela implique une attitude, une posture intime d’intériorisation de l’autre de sa place et de la trajectoire accomplie à travers la distance intersubjective entre je et l’autre. Non seulement l’individu singulier dans sa singularité mais la qualité de la configuration relationnelle, interpersonnelle ou communautaire qui permet son émergence. La recherche de cette relation bonne demande, dans l’amitié, l’amour, l’accompagnement éducatif ou thérapeutique, du respect, de la confiance, un souci de la bonne distance, un art de la médiation averti sur les impasses de la médiation interne. Cette bonne distance demande de découvrir les trois places essentielles de toute relation et de les convertir de la collusion contre (deux contre un) à la coopération pour (deux pour un). Tous les auteurs qui ont médité sur la notion de personne depuis Saint-Augustin (Emmanuel Mounier, Emmanuel Lévinas, Paul Ricoeur, Francis Jacques, etc.) ont souligné à quelque titre la configuration triangulaire de la personne.

L’homologie de la structure triangulaire en positif et sa symétrie inversée avec les processus de la triangulation mauvaise de la violence et du sacré, (médiation perverse ou exclusion du tiers) nous remplissent de stupeur. Les mécanismes de la violence et du sacré seraient comme le négatif qui laisse voir en filigrane et par contraste, la personne comme alternative positive. Sorte d’épiphanie de la lumière dans sa posititivité par le contraste de l’ombre, comme le négatif photographique révèle le Visage du suaire de Turin.

Cela n’étonne plus lorsqu’on se rappelle que la personne est une notion profondément inspirée par la théologie chrétienne. Un programme de vie bonne ‘je suis la vie, le chemin ‘, instruit tant par la théologie christologique que par la théologie trinitaire. Nous trouvons dans la notion de personne, ce trésor de la pensée chrétienne, le schème le plus évident de ce processus de conversion. La personne, déjà présente dans le corpus biblique mais surtout comme notion développée par les débats conciliaires dessine assez bien la dynamique relationnelle qu’implique la vie bonne en conversion.

Et si la notion est profondément et essentiellement chrétienne, elle n’en a pas moins été travaillée par d’autres disciplines et d’autres références théoriques (le droit, le théâtre, la grammaire, etc.). Ce qui la rend d’autant plus universellement partageable. Il est impossible ici, de faire le point sur ce concept central de notre civilisation.

Nous pouvons cependant tenter de saisir deux traits essentiels de cette notion qui en font non seulement le concept central d’une anthropologie de la déconstruction et de la reconstruction, mais un chemin de vie, spirituel, intellectuel et moral.

Y a t-il quelqu’un ou personne ?

La personne se définit négativement : elle n’est pas quelqu’un, ni un statut, ni un rôle, ni un personnage. La personne se gagne dans le renoncement joyeux, sans affectation ni masochisme. " Si quelqu’un veut venir à ma suite qu’il se renie… Qui veut sauver son être le perd " (Marc 8, 34-35). Elle se joue à qui perd gagne et dans le don au profit de ceux qu’elle aime. Elle se comprend dans la crise, au cœur de la situation critique.

" Ecce homo " : voilà l’homme. Ces paroles sont attribuées à Pilate au moment où il s’apprête à livrer le nazaréen à la vindicte de la foule en furie (Jean). La personne se comprend elle-même dans la déconstruction du processus mimético-sacrificiel. Elle est ce qui exhibe le mal et lui résiste, sans complaisance " victimaire ". Camus en son temps l’avait souligné, c’est quand il est en situation " foracique " (de procès, d’accusation) quand le forum fait chorus contre lui que l’homme révèle sa véritable condition.

Dans sa fragilité, sa nudité, sa pauvreté, voilà l’homme dans sa vérité. L’homme peut vouloir cacher son manque à être. Il est alors conduit au meurtre par désir mimétique, volonté de puissance et transcendance déviée.

Dans cette humanisation non-violente, alternative, la personne refuse l’inhumain, elle témoigne de l’humain par la non-compromission obstinée avec ce qui est indigne de l’homme. Dans une culture caïnique tournée vers la mort, orientée par le nihilisme, la personne vit une contre-culture de paix. Cette négation vaut une plus grande affirmation. Cette voie apophatique (9] de la définition de la personne a été largement explorée par la philosophie d’Emmanuel Mounier, elle coïncide étrangement avec celle de la déconstruction de la violence. La capacité de dire oui à la vie se mesure à celle de dire non à ce qui avilit l’homme. Dans l’aveu de son propre désir mimétique la personne consent à sa conversion, elle peut alors accueillir l’autre comme soi-même.

Le choix d’intégrer l’exclu.

La personne n’est pas l’individu qui feint l’autonomie ni l’indépendance dans le mensonge romantique. Loin d’occulter l’autre et la relation fondatrice à l’autre qui nourrit son existence, la personne se définit dans et par la relation. De cette relation dans une co-création conjointe se dessinent et émergent, à l’interface, le soi, l’autre et le social " dans le souci de soi de l’autre et de l’institution juste " (Paul Ricœur). La relation, facilement blessée par les pathologies du lien, sera restaurée, choyée. La relation de la personne contourne et subvertit la règle de l’anthropogenèse violente instaurée par la culture caïnique. Celle-ci est schématisée par la triangulation du deux contre-contre-un. On y voit la collusion fusionnelle de deux (au moins) s’affairer contre l’expulsion d’un ou plusieurs. Ce processus varie selon les circonstances interpersonnelles et institutionnelles (famille, école, entreprise, prison, etc.) où il se déploie. Il a cependant pour caractéristique constante de créer des ravages et des dégâts qui humilient et meurtrissent l’humain.

Quel que soit le rôle relationnel occupé dans la triade, on est blessé par cette " intersubjectivité dégradée " (Gabriel Marcel). La culture caïnique est fondée sur le déni de la faiblesse, elle se perpétue par le mensonge, la rivalité, l’exclusion et l’irresponsabilité vis à vis de l’autre " suis-je le gardien de mon frère ? " (Gen, 4, 9). La relation personnelle, répond à l’appel adressé à l’homme dès l’origine. On peut s’élever à la protection et à la responsabilité devant la faiblesse en soi et en l’autre. Véritable source d’énergie et de force puisée dans une solidarité nouvelle. Pacte d’inventivité où tous rivaliseraient, mais dans une saine émulation et s’uniraient dans une union sacrée, non pas contre le tiers exclu mais pour son accueil, afin que " pas un seul ne se perde " (Jean, 18, 9). Les fondements du sacré ne changent pas, le désir mimétique et l’union sont là mais leur sens change radicalement on est passé du sacré violent au sacré renouvelé et non-violent. La configuration de base d’une triangulation bonne pour l’anthropogenèse non violente se souvient du formidable modèle de la théologie trinitaire. Là chacun partage avec l’autre le souci du tiers pour et par qui ils sont mis en communication. C’est la perfection de la relation juste, celle du plus grand amour, la circumcession de la relation trinitaire comme modèle idéal où chacun intercède auprès de l’autre en faveur du tiers non plus exclu mais élu.

Dès lors, une véritable anthropologie relationnelle devient possible. Elle permet, grâce aux pistes girardiennes, de " déconstruire " la crise et la violence, et grâce aux règles d’un agir relationnel de la personne de " reconstruire " un vivre ensemble alternatif pour sortir de la violence.

Pour moi la rencontre avec Jean Vanier et avec l’Arche est déterminante car elle me donne à voir un laboratoire, une mise en acte, un agir vécu, de la personne. Il n’est pas indifférent que Jean Vanier soit un philosophe personnaliste spécialiste d’Aristote et de Thomas d’Aquin. Il est encore plus significatif que son action à l’Arche en faveur des exclus soit inspirée d’une spiritualité franciscaine et d’une lecture passionnée de l’Evangile de Jean et des Béatitudes. Là où l’anthropologie de la violence et du sacré nous montre que la communauté s’est toujours soudée sur l’éviction d’un bouc émissaire, l’anthropologie de la personne nous montre comment advenir et émerger d’un processus de confiance et de solidarité autour de celui qui jusque-là était rejeté. La vie quotidienne à l’Arche, comme communauté ouverte, permet non seulement de comprendre pourquoi et comment cela est possible mais surtout d’en expérimenter la joie profonde.

Conclusion:

Lire la Bible et particulièrement l’Évangile aujourd’hui c’est découvrir des ressources incontournables et indispensables pour sortir de la violence. Loin de devoir être cantonné à l’usage d’une communauté précise, ce texte par sa force, sa lucidité et son actualité, peut atteindre sa vocation universelle sans gêner un abord plus laïque.

L’anthropologie mimétique du sacré, a permis de discerner dans le texte chrétien un savoir précis et anticipateur sur les processus du désir mimétique, de ses dérives violentes dans l’indifférenciation et de la réconciliation sacrale qu’il opère autour d’une victime fondatrice. Nous y avons trouvé des matériaux de dévoilement et de déconstruction de la violence actuelle, passée ou à venir..

L’anthropologie relationnelle de la personne nous a suggéré quelques voies pour construire une contre-culture de paix tournée vers la restauration d’une relation bonne, ouverte et solidaire. Elle nous a permis d’entrevoir l’épaisseur d’un processus puissamment interface où se construisent conjointement et dans le même mouvement la réalité de l’homme sur le plan du sujet, du groupe et de l’espèce.

Ces deux démarches ne sont pas des instruments théoriques épistémologiquement hétérogènes et incompatibles. Elles ne se posent pas de l’extérieur pour l’intelligibilité du texte évangélique, plus intimement, elles en semblent émanées. C’est pourquoi, loin d’être étrangères entre elles, ces deux approches théoriques issues du même corpus se complètent et se répondent étonnamment. Elles sont modélisables par deux figures triangulaires. L’une, celle du sacré archaïque correspond à la collusion contre, tandis que l’autre la coalition pour pourrait fort bien renvoyer à l’essentiel du sacré non violent. Un sacré sans doute partageable avec toute communauté, malgré (ou grâce à) ses racines judéo-chrétiennes, et compatible universellement. De toutes façons tout aussi difficile à réaliser, pour chacun quel qu’il soit, et quelles que soient ses convictions ou ses références théoriques, sans le recours de la Grâce.

Ainsi l’on peut voir comment de bout en bout portées par une anthropo-logique inspirée du religieux biblique, la déconstruction de la violence et l’émergence de la personne sont relayables par les concepts de l’anthropologie scientifique et philosophique.

Loin d’être des pures théories elles demandent une expérience et une pratique personnelles de rupture avec les vieux mécanismes de la trop humaine humanisation. Ce difficile arrachement et ce long enfantement ne pourront venir que de l’acquiescement en chacun à cette part nouvelle où, selon la formule de Pascal, l’homme passe infiniment l’homme.

Notes

[7] cité par France Quéré L’Éthique et la vie ; Odile Jacob ; 1991 , p. 172

[8] " Soi-même comme un autre " ; Seuil, 1990

[9] Voir ici le bel article de Marie-Étiennette Bely " La notion de personne chez Emmanuel Mounier. Approche apophatique et mystique " ; Revue des sciences religieuses, Presses Universitaires de Strasbourg ; Janvier 1999


Antisémitisme/France: "Les juifs, ils ont tout, même Coca-Cola" (Will massive Muslim immigration definitely mark the end of "happy like a Jew in France"?)

23 août, 2012
Heureux comme Dieu en France. Traduction de l’expression allemande, à l’origine yiddish, wie Gott in Frankreich leben qui implique que dans un pays tôt déchristianisé, Dieu n’aurait d’autre souci que de profiter de la vie sans avoir à se soucier de ses ouailles. Wiktionnaire
Ils ont tout, c’est connu. Vous êtes passé par le centre-ville de Metz ? Toutes les bijouteries appartiennent aux juifs. On le sait, c’est tout. Vous n’avez qu’à lire les noms israéliens sur les enseignes. Vous avez regardé une ancienne carte de la Palestine et une d’aujourd’hui ? Ils ont tout colonisé. Maintenant c’est les bijouteries. Ils sont partout, sauf en Chine parce que c’est communiste. Tous les gouvernements sont juifs, même François Hollande. Le monde est dirigé par les francs-maçons et les francs-maçons sont tous juifs. Ce qui est certain c’est que l’argent injecté par les francs-maçons est donné à Israël. Sur le site des Illuminatis, le plus surveillé du monde, tout est écrit. (…) On se renseigne mais on ne trouve pas ces infos à la télévision parce qu’elle appartient aux juifs aussi. Si Patrick Poivre d’Arvor a été jeté de TF1 alors que tout le monde l’aimait bien, c’est parce qu’il a été critique envers Nicolas Sarkozy, qui est juif… (…)  Mais nous n’avons pas de potes juifs. Pourquoi ils viendraient ici ? Ils habitent tous dans des petits pavillons dans le centre, vers Queuleu. Ils ne naissent pas pauvres. Ici, pour eux, c’est un zoo, c’est pire que l’Irak. Peut-être que si j’habitais dans le centre, j’aurais des amis juifs, mais je ne crois pas, je n’ai pas envie. J’ai une haine profonde. Pour moi, c’est la pire des races. Je vous le dis du fond du cœur, mais je ne suis pas raciste, c’est un sentiment. Faut voir ce qu’ils font aux Palestiniens, les massacres et tout. Mais bon, on ne va pas dire que tous les juifs sont des monstres. Pourquoi vouloir réunir les juifs et les musulmans ? Tout ça c’est politique. Cela ne va rien changer. C’est en Palestine qu’il faut aller, pas en France. Karim
Ce sont les cerveaux du monde. Tous les tableaux qui sont exposés au centre Pompidou appartiennent à des juifs. A Metz, tous les avocats et les procureurs sont juifs. Ils sont tous hauts placés et ils ne nous laisseront jamais monter dans la société. "Ils ont aussi Coca-Cola. Regardez une bouteille de Coca-Cola, quand on met le logo à l’envers on peut lire : "Non à Allah, non au prophète". C’est pour cela que les arabes ont inventé le "Mecca-cola". Au McDo c’est pareil. Pour chaque menu acheté, un euro est reversé à l’armée israélienne. Les juifs, ils ont même coincé les Saoudiens. Ils ont inventé les voitures électriques pour éviter d’acheter leur pétrole. C’est connu. On se renseigne. (…) Si Mohamed Merah n’avait pas été tué par le Raid, le Mossad s’en serait chargé. Il serait venu avec des avions privés. Ali
En fait, tout est écrit dans le Coran. Le châtiment des juifs, c’est l’enfer. L’histoire de Moïse est belle. Dieu lui a fait faire des miracles. Il a coupé la mer en deux pour qu’il puisse la traverser. Mais après tous ces miracles, les juifs ont préféré adorer un veau d’or. C’est à cause de cela que ce peuple est maudit par Dieu. Je parle avec mon père de ces choses-là. Parce que parmi les autres musulmans, il y a des sectes, des barbus qui peuvent t’envoyer te faire exploser je ne sais où. Alors je mets des remparts avec eux. Je suis fragile d’esprit, je préfère parler de ça avec ma famille, elle m’apporte l’islam qui me fait du bien. Djamal
Je suis d’une génération pour qui l’antisémitisme était mort avec la Shoah. Je n’avais pas pensé qu’il reviendrait d’ailleurs. La première fois, c’était en 1998 dans une classe de 5e. Lorsqu’on a abordé le chapitre sur l’islam, une gamine a râlé : "On ne fait que quatre heures sur l’Islam, alors que l’année dernière, on a fait les Hébreux pendant au moins dix heures ! De toute façon, moi j’aime pas les juifs." Je suis tombé des nues. Ce n’était que le début. Au tournant des années 2000, deux évènements ont libéré la parole : le 11 septembre et la seconde Intifada. Je me souviens précisément du 12 septembre 2001. La plupart de mes élèves étaient atterrés, mais l’un d’eux avait déjà une explication "complotiste" : "Il n’y avait pas un juif hier dans les tours, c’est eux qui l’ont fait." Pour une minorité, c’était "bien fait pour les Américains et pour les juifs". Presque toujours, ces propos viennent d’enfants issus de l’immigration et se réclamant de l’Islam. (…) En salle des profs, quand je soulevais le problème, on me parlait du malaise social et de la politique israélienne, quand on ne me prenait pas pour un réac de droite. Le déni est ce qui m’a le plus choqué. (…) On m’a dit que j’inventais, que je dramatisais, que je manipulais mes élèves pour leur faire dire des horreurs. Au motif qu’elle est au côté des opprimés, la gauche n’a pas voulu voir le problème. Ça a été une claque pour moi, que mes amis politiques ne réagissent pas. Ceux qui s’étaient levés sur Carpentras sont restés assis et muets. Pour eux, ces jeunes sont des victimes sociales et ne peuvent donc pas être antisémites. Comme si l’on ne pouvait être les deux à la fois. Et puis, j’ai l’impression que pour certains, l’idée que des juifs sont victimes est lassante. Du genre : "C’est bon, ils ont déjà la Shoah, de quoi se plaignent-ils encore ?" Avec la minute de silence après la tuerie de Mohamed Merah dans une école juive, les choses ont changé. Combien de jeunes ont refusé de respecter cette cérémonie, au motif qu’on n’en fait "pas autant pour les enfants palestiniens" ? Beaucoup de profs en Seine-Saint-Denis, et plus seulement les profs d’histoire dans le huis clos de leurs classes, ont découvert cet antisémitisme. (…) Ces enfants sont les premiers à dire "le racisme c’est pas bien", mais ils ont une vision communautariste de la société. Pour eux il y a d’un côté les "Français", c’est à dire les blancs et les juifs, et de l’autre, eux. Quand un garçon me dit "les racistes du PSG c’est que des juifs !", il est dans un degré de confusion tel que l’incantation morale n’a aucun poids. Il entend probablement toute la journée que les juifs sont riches, puissants, racistes et tirent sur des enfants palestiniens, alors que Ben Laden et Merah sont des héros. Iannis Roder (professeur d’histoire-géographie, Saint-Denis)
The Toulouse massacre did not bring French anti-Semitism to a halt. It actually increased. (…) The immediate reason for Jewish pessimism in France (…) may be the Toulouse massacre last March: the murder in cold blood of three Jewish children and a Jewish teacher by Mohamed Merah, a Muslim terrorist, on their school’s premises. This crime, instead of instilling more compassion and understanding towards the Jewish community, has actually generated more anti-Jewish violence and hate talk, as if Merah was not seen as a vile thug but rather as a model by parts of the population. There were no less than six cases of aggravated assault on Jewish youths or rabbis in France from March 26 to July 5, including one case in Toulouse again. According to the Representative Council of French Jewish Organizations (CRIF), anti-Semitic incidents of all sorts have increased by 53% compared to the same period last year. (…) The connection between Muslim immigration — or Muslim-influenced Third World immigration — and the rise of a new anti-Semitism is a fact all over Europe. Muslims come from countries (or are culturally attuned to countries) where unreconstructed, Nazi-style Jew-bashing dominates. They are impervious to the ethical debate about the Holocaust and the rejection of anti-Jewish stereotypes that were gradually incorporated into the European political discourse and consciousness in the second half of the 20th century (to the point that lessons on the Holocaust are frequently dropped from the curriculum at schools with a plurality or a majority of Muslim pupils), and are more likely than non-Muslims to engage in assaults, attacks, or harassment practices directed at Jews. Moreover, Muslim anti-Semitism reactivates in many places a dormant, but by no means extinct, non-Muslim European anti-Semitism. Once Muslims are unopposed, or at least unprosecuted, when they challenge the historical veracity of the Holocaust or when they refer to the The Protocols of the Elders of Zion as an authentic document, a growing number of non-Muslims feel free to do the same. (…) Muslim immigration is nurturing European anti-Semitism in more surprising ways as well. One unintended and ironic consequence of European Islam’s demographic growth is that Jews are frequently amalgamated with Muslims. Many people use a widespread concern about a growing influence of Islam in Europe as a way to hurt Jews as well, or to hit them first. (…)  to wrest Europe or any historically Christian part of the world from Christianity; recognizes the supremacy of state law over religious law in non-ritual matters; and sees Western democracy — a polity based on the rule of law — as the most legitimate political system. But Europeans are not culturally equipped to understand such nuances or to keep them in mind (far less than the Americans, who are more religious-minded, more conversant in Biblical matters, and more familiar with the Jewish way of life). (…) And what usually originates as a reaction against difficulties linked to radical brands of Islam quickly evolves into a primarily anti-Jewish business. (…) Earlier this year in France, during the last months of the conservative Sarkozy administration, a debate about the rapidly growing halal meat industry led to attacks against the kosher meat industry as well, complete with uncomely remarks about “old-fashioned rituals” by then-Prime Minister François Fillon. While Fillon subsequently “clarified” his views, the Sarkozy administration upheld its support for some kind of “tagging” of “ritually slaughtered meat,” a European Union-promoted practice that would prompt commercial boycott of such food and thus make it financially unaffordable for most prospective buyers. Since kosher meat regulations are much stricter than halal meat regulations, religious Jews would be more hurt at the end of the day than religious Muslims. (…) In Germany, a rare case of malpractice by a German Muslim doctor in a Muslim circumcision led a court in Cologne to ban circumcision on children all over Germany on June 19, on the quite extravagant grounds that only legal adults may decide on issues irreversibly affecting their body, except for purely medical reasons. Which is tantamount, in the considered issue, to denying parents the right to pass their religion to their children. Conservative Chancellor Angela Merkel immediately filled a bill to make religious circumcision legal in Germany, and it was passed on July 19 by the Bundestag (somehow, German conservatives are nowadays more genuinely conservative than, say, their French counterparts). But according to a YouGov poll for the DPA news agency released at about the same moment, 45% of Germans support the ban, while only 42% oppose it. In an even more ominous instance, Judaism has been singled out in a protracted intellectual debate in France since early June, as the fountainhead, past and present, of totalitarianism and political violence and thus as a more dangerous religion than radical Islam. (…) The second half of the 20th century was a golden age for French Jews, both in terms of numbers (from 250,000 souls in 1945 to 700,000 in 1970 due to population transfers and natural growth) and in terms of religious and cultural revival. There was only one shadow: the French government’s anti-Israel switch engineered by Charles de Gaulle in 1966, in part as a consequence of a more global anti-American switch. The 21st century may however be a much darker age. After a first wave of anti-Jewish violence in the early 2000s, some Jews left for Israel or North America. Emigration never really ceased since then, and may soon reach much more important proportions. Michel Gurfinkiel

L’immigration massive de musulmans finira-t-elle par définitivement refermer la page du "heureux comme un juif en France"?

Alors que cinq mois après l’infâme tuerie de Toulouse, la déclassification partielle du dossier Mohamed Mérah semble contredire de plus en plus la thèse de l’ancien patron de la DCRI, Bernard Squarcini, d’un loup solitaire autoradicalisé en prison au profit de celle du membre d"une véritable  "mouvance salafiste radicale toulousaine" et "d’une fratrie d’islamo-délinquants" aux contacts multinationaux, autrement dit  l’arrivée d’une "nouvelle génération d’islamistes toulousains" …

Et qu’entre multiplication des incidents et agressions comme des graffitis ou tags à sa gloire, les mois qui ont suivi son équipée sanglante (sept victimes dont trois dans une école confessionnelle juive) continuent de démontrer la complaisance que semble encore susciter le djihadiste toulousain dans au moins une partie de la communauté et notamment de la jeunesse musulmane …

Retour, avec un dossier du mois dernier du Nouvel Observateur, sur ce nouvel antisémitisme dans lequel semble s’installer durablement la France (ou plus largement l’Europe) comme la violence qui en résulte et que doivent subir au quotidien de plus en plus de nos concitoyens d’origine juive …

Mais aussi plus inquiétant, alimenté par le flot continu d’antisionisme diffusé quotidiennement par nos médias et l’internet (mais nos intellectuels ne sont pas en reste) et sous-tendant tout cela …

L’incroyable degré de confusion mentale, comme le rappellent un professeur d’histoire de Saint-Denis ainsi que l’éditorialiste Michel Gurfinkiel, dans lequel semblent vivre, sans hélas exclure le reste de la population en général, nombre des membres de ces nouvelles générations d’immigrés d’origine musulmane …

"Les juifs, ils ont tout, même Coca-Cola"

04-07-2012

Sarah Diffalah

REPORTAGE – A écouter parler Karim, Djamal et Ali, l’hégémonie de la communauté juive sur le monde serait incontestable…

Nouvel Observateur

Devant le centre Petit Bois de Borny, un quartier à trois kilomètres de Metz, il y a Karim, 23 ans, Ali, 29 ans, et Djamal, 21 ans. Ils sont une dizaine à s’activer autour de leurs voitures pour installer un drapeau espagnol sur un capot : ce sont des supporters de la Roja, l’équipe de foot espagnole. Interrogés sur la communauté juive, ils n’éludent aucune question. Au contraire. Le flot de préjugés est incessant, le débit rapide, le ton emporté, parfois railleur. Des juifs, ils n’en côtoient pourtant pas, mais les certitudes sont enracinées, à chaque fois appuyées par des exemples aussi imaginaires que précis.

Lobby juif, théories du complot, conflit israélo-palestinien… Tout se mêle, en boucle, maladroitement, confusément. Pour eux l’hégémonie de la communauté juive sur le monde est incontestable. Extraits de la conversation.

- Karim : Ils ont tout, c’est connu. Vous êtes passé par le centre-ville de Metz ? Toutes les bijouteries appartiennent aux juifs. On le sait, c’est tout. Vous n’avez qu’à lire les noms israéliens sur les enseignes. Vous avez regardé une ancienne carte de la Palestine et une d’aujourd’hui ? Ils ont tout colonisé. Maintenant c’est les bijouteries. Ils sont partout, sauf en Chine parce que c’est communiste. Tous les gouvernements sont juifs, même François Hollande. Le monde est dirigé par les francs-maçons et les francs-maçons sont tous juifs. Ce qui est certain c’est que l’argent injecté par les francs-maçons est donné à Israël. Sur le site des Illuminatis, le plus surveillé du monde, tout est écrit.

- Ali : Oui, c’est vrai. Ce sont les cerveaux du monde. Tous les tableaux qui sont exposés au centre Pompidou appartiennent à des juifs. A Metz, tous les avocats et les procureurs sont juifs. Ils sont tous hauts placés et ils ne nous laisseront jamais monter dans la société. "Ils ont aussi Coca-Cola. Regardez une bouteille de Coca-Cola, quand on met le logo à l’envers on peut lire : "Non à Allah, non au prophète". C’est pour cela que les arabes ont inventé le "Mecca-cola". Au McDo c’est pareil. Pour chaque menu acheté, un euro est reversé à l’armée israélienne. Les juifs, ils ont même coincé les Saoudiens. Ils ont inventé les voitures électriques pour éviter d’acheter leur pétrole. C’est connu. On se renseigne.

- Karim : On se renseigne mais on ne trouve pas ces infos à la télévision parce qu’elle appartient aux juifs aussi. Si Patrick Poivre d’Arvor a été jeté de TF1 alors que tout le monde l’aimait bien, c’est parce qu’il a été critique envers Nicolas Sarkozy, qui est juif…

- Ali : Si Mohamed Merah n’avait pas été tué par le Raid, le Mossad s’en serait chargé. Il serait venu avec des avions privés.

- Djamal : En fait, tout est écrit dans le Coran. Le châtiment des juifs, c’est l’enfer. L’histoire de Moïse est belle. Dieu lui a fait faire des miracles. Il a coupé la mer en deux pour qu’il puisse la traverser. Mais après tous ces miracles, les juifs ont préféré adorer un veau d’or. C’est à cause de cela que ce peuple est maudit par Dieu. Je parle avec mon père de ces choses-là. Parce que parmi les autres musulmans, il y a des sectes, des barbus qui peuvent t’envoyer te faire exploser je ne sais où. Alors je mets des remparts avec eux. Je suis fragile d’esprit, je préfère parler de ça avec ma famille, elle m’apporte l’islam qui me fait du bien.

- Ali : Ici, il y a des salafistes, des "chameaux", ce sont des musulmans mais ils ont le cœur noir.

- Djamal : Les juifs devraient dire pardon à Dieu l’unique. Quel dieu ? Je ne sais même pas ce que c’est le judaïsme. Il faudrait leur demander.

- Karim : Mais nous n’avons pas de potes juifs. Pourquoi ils viendraient ici ? Ils habitent tous dans des petits pavillons dans le centre, vers Queuleu. Ils ne naissent pas pauvres. Ici, pour eux, c’est un zoo, c’est pire que l’Irak. Peut-être que si j’habitais dans le centre, j’aurais des amis juifs, mais je ne crois pas, je n’ai pas envie. J’ai une haine profonde. Pour moi, c’est la pire des races. Je vous le dis du fond du cœur, mais je ne suis pas raciste, c’est un sentiment. Faut voir ce qu’ils font aux Palestiniens, les massacres et tout. Mais bon, on ne va pas dire que tous les juifs sont des monstres. Pourquoi vouloir réunir les juifs et les musulmans ? Tout ça c’est politique. Cela ne va rien changer. C’est en Palestine qu’il faut aller, pas en France.

- Ali : Mais s’il y a des gens qui veulent engager le dialogue entre musulmans et juifs, c’est pour calmer les tensions. Dans les autres grandes villes, c’est pire. C’est vrai que certains Arabes foutent la merde, ils nous salissent. Nous, on n’ira jamais agresser des juifs. J’ai rien contre eux en fait, c’est contre les sionistes. J’ai déménagé il y a sept ans, mon voisin est un juif, mais je ne parle pas de cela avec lui. Ils nous boycottent. Dans le centre-ville, il y a une boîte tenue par une personne de la communauté juive, et bien elle ne veut pas d’Arabes dans son club. C’est comme ça.

- Karim : A Borny, il n’y a pas de juifs. C’est très bien comme ça, il n’y a pas de problème.

Voir aussi:

Le jour où une élève m’a dit : "Moi, j’aime pas les juifs"

05-07-2012

Iannis Roder

prof d’histoire-géo

Iannis Roder est professeur d’histoire-géographie à Saint-Denis. Les réflexions antisémites, il en entend régulièrement dans les salles de classe et s’interroge : comment expliquer un tel phénomène ? Le Nouvel Observateur publie cette semaine un dossier spécial "Antisémitisme : ce qu’on ne veut pas dire" (édition du 5 juillet), où vous pouvez retrouver ce témoignage.

Édité par Maxime Bellec Auteur parrainé par Isabelle Monnin

Je suis d’une génération pour qui l’antisémitisme était mort avec la Shoah. Je n’avais pas pensé qu’il reviendrait d’ailleurs.

"Il n’y avait pas un juif hier dans les tours"

La première fois, c’était en 1998 dans une classe de 5e. Lorsqu’on a abordé le chapitre sur l’islam, une gamine a râlé : "On ne fait que quatre heures sur l’Islam, alors que l’année dernière, on a fait les Hébreux pendant au moins dix heures ! De toute façon, moi j’aime pas les juifs."

Je suis tombé des nues. Ce n’était que le début. Au tournant des années 2000, deux évènements ont libéré la parole : le 11 septembre et la seconde Intifada. Je me souviens précisément du 12 septembre 2001. La plupart de mes élèves étaient atterrés, mais l’un d’eux avait déjà une explication "complotiste" : "Il n’y avait pas un juif hier dans les tours, c’est eux qui l’ont fait." Pour une minorité, c’était "bien fait pour les Américains et pour les juifs".

Presque toujours, ces propos viennent d’enfants issus de l’immigration et se réclamant de l’Islam. En 2002, un garçon m’a expliqué que "Hitler aurait fait un bon musulman". Cela fait dix ans que je sais que c’est là, latent chez certains. Dès qu’on évoque la Shoah ou qu’ils comprennent qu’un des personnages est juif, ça sort.

Par exemple, cette année, Ousmane, 15 ans, alors que je parlais de Léon Blum : "Il est juif, qu’il crève !" Comme ça, direct. Je l’ai envoyé chez le proviseur qui a convoqué sa mère. Elle a pleuré et décidé de le changer d’établissement. Plus tard, des copains d’Ousmane m’ont rapporté ses propos : "Roder, il s’est énervé pour rien, un truc de fou." Il ne voyait pas le mal.

Pourquoi nie-t-on cette réalité dramatique ?

En salle des profs, quand je soulevais le problème, on me parlait du malaise social et de la politique israélienne, quand on ne me prenait pas pour un réac de droite. Le déni est ce qui m’a le plus choqué.

Avant, dans les années 80, au moindre soupçon d’antisémitisme, l’indignation était immédiate. Je me souviens de la manifestation après la profanation du cimetière juif de Carpentras, en 1990, tout le monde était dans la rue. Là, personne, rien.

On m’a dit que j’inventais, que je dramatisais, que je manipulais mes élèves pour leur faire dire des horreurs. Au motif qu’elle est au côté des opprimés, la gauche n’a pas voulu voir le problème. Ça a été une claque pour moi, que mes amis politiques ne réagissent pas. Ceux qui s’étaient levés sur Carpentras sont restés assis et muets. Pour eux, ces jeunes sont des victimes sociales et ne peuvent donc pas être antisémites. Comme si l’on ne pouvait être les deux à la fois.

Et puis, j’ai l’impression que pour certains, l’idée que des juifs sont victimes est lassante. Du genre : "C’est bon, ils ont déjà la Shoah, de quoi se plaignent-ils encore ?"

Avec la minute de silence après la tuerie de Mohamed Merah dans une école juive, les choses ont changé. Combien de jeunes ont refusé de respecter cette cérémonie, au motif qu’on n’en fait "pas autant pour les enfants palestiniens" ?

Beaucoup de profs en Seine-Saint-Denis, et plus seulement les profs d’histoire dans le huis clos de leurs classes, ont découvert cet antisémitisme. Désormais, j’ai le sentiment que la communauté scolaire sait, et peut commencer à se demander comment lutter contre ces préjugés.

Que faire contre ce fléau ?

Ces enfants sont les premiers à dire "le racisme c’est pas bien", mais ils ont une vision communautariste de la société. Pour eux il y a d’un côté les "Français", c’est à dire les blancs et les juifs, et de l’autre, eux. Quand un garçon me dit "les racistes du PSG c’est que des juifs !", il est dans un degré de confusion tel que l’incantation morale n’a aucun poids. Il entend probablement toute la journée que les juifs sont riches, puissants, racistes et tirent sur des enfants palestiniens, alors que Ben Laden et Merah sont des héros.

Voir encore:

Voyage au bout du nouvel antisémitisme

Isabelle Monnin

le Nouvel observateur

03-07-2012

Un jeune juif a été roué de coups dans un train entre Toulouse et Lyon. Dans la France de 2012, ils sont de plus en plus nombreux à subir cette violence au quotidien. L’enquête du "Nouvel Observateur".

C’est une goutte. Le 11 juin à Paris, Elie M., 12 ans, a dit à ses parents qu’il faudrait changer de nom : au collège on l’avait traité de "sale juif". Le 30 avril à Marseille, deux jeunes garçons ont été interpellés dans la rue : "Nous, on est pour la Palestine, on n’aime pas les juifs, on va tous vous tuer, on va tous vous exterminer, sales juifs que vous êtes." Puis ils se sont fait casser la gueule. Le 8 juin à Sarcelles, un adolescent a été insulté par trois jeunes : "Ferme ta gueule, sale juif." Il s’est défendu ; l’un d’eux l’a tenu au cou pendant que les deux autres le frappaient. Ça ne fait pas de bruit, une goutte, on ne l’entend que si on tend l’oreille.

Le 26 mars à Paris, un enfant de 11 ans portant tsitsits, ces franges traditionnelles, a pris des coups de poing au visage à quelques mètres de son école. "Sale juif", a dit son agresseur. Le même jour à Rillieux-la-Pape, dans le Rhône, en rentrant de la synagogue, un rabbin a été insulté par une bande de gamins de 12 ans environ. Ils lui ont jeté des pierres.

"J’aime pas les juifs, c’est comme ça"

Quatre jours plus tôt, Mohamed Merah avait été abattu par la police à l’issue d’une équipée sanglante dans laquelle il avait tué sept personnes dont trois enfants juifs et un rabbin dans une école confessionnelle. Chaque fois c’est pareil : on pense que l’horreur d’un crime éteindra les mauvais instincts. Mais l’émotion, pour être générale, n’est jamais unanime. Au contraire. Le djihadiste toulousain est devenu un genre de héros pour une petite minorité. Des tags à sa gloire, un peu partout, ont fleuri. Lors de la minute de silence imposée dans toutes les écoles en hommage aux victimes de l’école Ozar Hatorah, de nombreux incidents ont été répertoriés.

A Caussade, dans le Tarn-et-Garonne, une collégienne a dit : "Pour les juifs, je m’en fiche, mais s’il y a des Arabes, on peut le faire. J’aime pas les juifs, c’est comme ça." Convoqués, ses parents l’ont soutenue : "Vous ne faites rien pour les Palestiniens." A Marseille, une famille a été prise à partie par un doctorant en physique de 24 ans. Fils d’une universitaire et d’un ingénieur, il voulait "parler de la Palestine" avec le père de famille et lui a cassé la mâchoire. "J’ai vu à sa tête qu’il était sioniste", a expliqué à ses juges celui pour qui Mohamed Merah était un "résistant". Il a été condamné à un an ferme.

"Un climat"

Une goutte dans un océan d’actualité. Une de plus. On aimerait l’oublier, la laisser tomber puis sécher dans son coin, la dédaigner. Mais elle revient toujours, avec une régularité de métronome. La France n’en a pas fini avec l’antisémitisme.

Bien sûr, les juifs n’ont pas le monopole de la crainte. Ils ne sont pas la seule communauté à souffrir d’agressions de toute sorte. Ils ont moins de soucis que d’autres pour trouver un logement ou un travail. Mais s’ils portent une kippa, ils ne peuvent plus se promener sans peur dans certains quartiers. Des rabbins se font chahuter, on leur pique leur chapeau en passant, quand on ne les insulte pas. Les jours de shabbat, où les plus pratiquants des juifs sont les plus visibles et aussi les plus vulnérables (se déplaçant à pied et sans téléphone portable, pour respecter le dogme), les incidents se multiplient.

Dans certains quartiers populaires des régions parisienne, marseillaise ou lyonnaise, il y a, comme on dit, "un climat". Pas forcément une tension. Mais "un climat", malsain. Une vieille femme, vivant depuis toujours dans son immeuble à Marseille, trouve un matin la mention "sale juive" sur sa boîte aux lettres. Romy H., à Cannes, se demande si sa voisine, qui râle sans cesse contre ses "odeurs de cuisine" et trouve que la mezouzah qu’elle a mise au seuil de sa porte conformément à sa tradition religieuse dégrade les parties communes, n’a pas "un problème avec les juifs".

La plupart des incidents ne vont pas jusqu’à la violence et ne se terminent pas dans le sang comme début juin à Villeurbanne lorsque trois juifs ont été attaqués par une bande. Ce jour-là, l’un d’eux a été frappé à la tête avec un marteau. En général, il n’y a même pas de quoi porter plainte : à quoi bon prendre le risque de représailles pour si peu ?

Grand défouloir

C’est obsédant, une goutte. Ca peut rendre fou. Le récit de ce nouvel antisémitisme, diffusé à la vitesse du clic, va plus vite que le cheval au galop du shtetl d’antan. Les médias sont accusés d’être les amis des Arabes et donc, par paresseuse et injuste translation, forcément antisémites. Dans les boîtes mail, les listes de diffusion, mayonnaise anxiogène, font tourner en boucle les incidents, les amplifient.

De l’autre côté, le Net charrie son torrent de haine loin de tous ces médias (les mêmes) accusés immanquablement d’être dans la main du "lobby juif". Les modérateurs des sites internet le savent bien, qui doivent bloquer l’accès aux commentaires dès qu’il se passe quelque chose au Proche-Orient : la Toile est le grand défouloir des haines. Cette hypersensibilité se double parfois d’une maladresse, voire d’une tendance paranoïaque à faire de tout acte contre un juif une preuve indiscutable de l’antisémitisme rampant.

Le nombre d’acte antisémites flambe

Pour désamorcer les critiques en exagération, le Conseil représentatif des Institutions juives de France (Crif ) s’est doté en 2003 d’un outil de comptabilisation des actes antisémites validés par le ministère de l’intérieur. Le Service de Protection de la Communauté juive (SPCJ), enregistre et centralise toutes les plaintes.

Dans l’obs : Antisémitisme, ce qu’on ne veut pas dire, par Laurent Joffrin

En 2011, 389 actes ou menaces ont été recensés, contre 466 en 2010. Ce qui fait dire à Ariel Goldmann, vice-président du Crif et porte-parole du SPCJ, que "depuis dix ans on est systématiquement à plus de 300 actes par an". Depuis le début de l’année 2012, et surtout depuis l’affaire Merah en mars, les chiffres flambent : fin mai, déjà 268 actes répertoriés, dont 78 actions violentes (dégradations, violences sur personne) et 190 menaces et actes d’intimidation (tracts, tags, injures).

La majorité des signalements se situent à Paris, en Ile-de-France, en banlieue lyonnaise et à Marseille. "L’antisémitisme d’extrême droite est plus organisé, selon le service juridique de la Ligue internationale contre le Racisme et l’Antisémitisme (Licra). Celui des banlieues semble plus spontané, non prémédité : ils se promènent, ils voient une kippa, ils se lâchent…" Comme si les uns disaient tout haut ce que d’autres pensent tout bas.

Un antisémitisme souvent le fait de jeunes se disant musulmans

Ca revient toujours sur le lieu de son crime, une goutte. Eternellement par le même chemin. Si l’antisémitisme aujourd’hui est souvent le fait de jeunes issus du Maghreb ou d’Afrique noire et se disant musulmans, il n’est pas éloigné de l’antisémitisme occidental, si banal et florissant dans les années 1930. S’y ajoute la mélasse politico-religieuse transposée du confit israélo-palestinien et de l’antiaméricanisme. Mis à l’envers, le logo de Coca-Cola voudrait dire : "Pas d’Allah, pas de Mecque" en arabe. "On m’a même expliqué très sérieusement que lorsqu’on débouche une bouteille de Coca, on entend le mot "juif" !" sourit un professeur.

Ainsi, comme un démon increvable, l’antisémitisme renaît toujours, crachant les mêmes clichés (le-juif-est-riche-puissant-solidaire), grimaçant la même haine (éradiquons-le-juif), mélangeant sa mauvaise bouillie (le-juif-tue-les-Palestiniens). Pour Nicole Yardeni, du Crif de Midi-Pyrénées, ces jeunes perpétuent un antisémitisme très virulent dans le monde arabe, que les juifs issus d’Afrique du Nord ont connu autrefois et que les jeunes Arabes de France ont dans leurs mémoires. Le cliché du juif et de l’argent est plutôt fort dans le monde chrétien. Dans le monde arabe, on assimilerait plutôt le juif à la femme, c’est-à-dire à l’inférieur."

Le 14 mai, dans le métro parisien, Roger O. a été agressé par un homme noir qui lui a dit : "Salope, tapette, tu es juif : tu as vu comment tu es habillé ?"

Qui est juif ? Qui est musulman ?

Des clichés, Isabelle Wekstein, avocate de confession juive, en a entendu depuis qu’elle fréquente les établissements scolaires avec Mohamed Ulad, un réalisateur d’origine marocaine. L’idée de départ est simple : demander aux élèves lequel des deux est juif, lequel est musulman. Un garçon, s’adressant à Mohamed Ulad :

- "Vous, monsieur, à 100%, vous êtes juif . A cause de votre coupe de cheveux."

Combien y a-t-il de juifs en France, d’après vous ? demandent-ils ensuite aux adolescents.

- "Au moins 30 millions, répond une fille, mais ils se cachent, on ne le sait pas."

Se souviennent-ils d’Ilan Halimi, ce jeune juif supplicié par le "gang des barbares" de Youssouf Fofana ?

- "Oui, c’était un Israélien qui a été tué parce qu’il avait de l’argent, les juifs sont riches. S’il aurait [sic] été juif, Fofana serait pas parti en prison à vie, les juifs s’en sortent mieux que les Noirs et les Arabes."

"Il y a quelques années, l’antisémitisme de ces jeunes se référait a u confit israélo-palestinien, dit Isabelle Wekstein. Aujourd’hui, il ressemble de plus en plus à celui des années 1930." Pour le président de la Licra, Alain Jakubowicz, "la ‘dieudonnisation’ des esprits qui gagne dans les banlieues n’est pas moins dangereuse que la lepénisation dont elle est le complément d’objet direct".

La tentation du repli

C’est destructeur, une goutte. "Le grand trauma de la communauté juive reste la vague d’antisémitisme des années 2000-2002 dans les banlieues, analyse l’historien Tal Bruttmann. Une partie de la communauté s’est sentie abandonnée par le gouvernement Jospin et a basculé à droite. Elle reproche à la gauche de ne pas se détacher de cette idée bien-pensante selon laquelle une minorité ne pourrait pas elle-même se montrer raciste. Or c’est bien le cas, et c’est vrai dans les deux sens : la hausse de cet antisémitisme-là conforte le racisme et l’islamophobie d’un certain nombre de juifs."

Depuis dix ans, le nombre d’enfants quittant l’école publique pour des écoles juives ne cesse d’augmenter. Ils sont 30.000 aujourd’hui (sur une communauté globale estimée à 600.000 juifs), repliés derrière les murs protégés de ces établissements. "Les gens se demandent s’ils doivent rester", assure Sammy Ghozlan, responsable du Bureau national de Vigilance contre l’Antisémitisme. Des jeunes s’inventent un avenir ailleurs, aux Etats-Unis, les plus anciens se disent qu’ils pourraient aller vivre en Israël. D’autres s’alarment d’une montée des tensions : "On ne sait plus comment tenir nos jeunes qui chaque samedi se font insulter en boîte de nuit, dit Michèle Teboul, responsable du Crif Marseille Provence. Notre équipe de foot ne peut plus participer aux compétitions, ça tournait chaque fois au pugilat. Mais nous ne pouvons pas les priver de tout."

A Toulouse, les jeunes ont un numéro de téléphone où appeler pour obtenir de l’aide : des amis arrivent alors en scooter, "pour faire nombre". Ariel Goldmann veut nuancer :

On vit très bien son judaïsme en France, mais il y a des endroits où c’est plus difficile. Ces endroits sont difficiles pour tout le monde, nous ne prétendons pas en être les seules victimes."

Toujours la crainte d’en faire trop et d’alimenter cette idée ancrée qu’il n’y en a que pour les juifs. Alors beaucoup se taisent, effacent le graffiti sur la devanture du magasin casher, réparent la mezouzah dix fois dégradée, ne veulent pas faire de vagues.

"L’un d’eux l’a poignardé à plusieurs reprises"

David, lui, est corse. Il y a deux ans, il était avec un de ses amis sur un banc, dans un square du 13e arrondissement de Paris, quand une dizaine de jeunes gens les ont pris à partie. "Soudain l’un d’eux a crié : ‘Sale juif’. Je pense qu’il avait vu l’étoile de David autour du cou de mon ami. Ca a été comme un top départ. Ils l’ont roué de coups de pied et de poing et l’un d’eux l’a poignardé à plusieurs reprises dans le bras. Ils disaient : ‘On va te saigner, sale juif’. Avant cela, comme beaucoup de gens, je pouvais penser que les juifs sont dans la victimisation, qu’ils exagèrent. Depuis cela, je sais que l’antisémitisme existe. Ils l’auraient tué si je ne les avais pas finalement fait fuir. Juste parce qu’il est juif. Ils ont été arrêtés, ils avaient entre 15 et 17 ans."

A Marseille, on raconte l’histoire de cette vieille dame de 83 ans. Cambriolée, elle a vu son voleur revenir après son forfait. "Il a dû voir sa mezouzah en sortant", souffle Michèle Teboul. Alors, il l’a violée. "Ne me fais pas ça, je suis tunisienne comme toi", suppliait la dame. "Tu n’es pas tunisienne, tu es juive", lui aurait dit le violeur. Confondu par son ADN, il a été arrêté. Il a 15 ans. C’est monstrueux, une goutte.

Voir enfin:

French Jews/ No Future

 The Toulouse massacre did not bring French anti-Semitism to a halt. It actually increased.

 Michel Gurfinkiel

 August 12, 2012

“Any time young people approach me in order to get married, I ask them various questions about their future. Eighty percent of them say they do not envision any future in France.” This is what one rabbi in Paris told me last week. I heard similar statements from other French rabbis and lay Jewish leaders: “We have a feeling the words are on the wall now,” one leader in the Lyons area confided to me. “It is not just our situation in this country deteriorating; it is also that the process is much quicker than expected.”

Even the chief rabbi of France, Gilles Bernheim, may be sharing that view now. A philosopher (holding a prestigious French agrégation degree in philosophy), a graduate of the French Rabbinical School in Paris, and a former student at some of the most orthodox yeshivoth (Talmudic academies) in Jerusalem, Bernheim was until recently very eager to reconcile traditional Judaism with Europe’s “open society.” He has just devoted a book to France as a nation and how Jews can contribute to France’s public debates (N’oublions Pas De Penser La France), and in 2008, the year he was elected chief rabbi, he coauthored a book on Judeo-Christian dialogue (Le Rabbin et le Cardinal) with Cardinal Philippe Barbarin.

Despite all that, Bernheim suddenly warned Jewish leaders a few weeks ago about a growing “rejection” of Jews and Judaism in France, something he linked to the global passing of “Judeo-Christian values” in French society as a whole.

The immediate reason for Jewish pessimism in France and for Bernheim’s change of heart may be the Toulouse massacre last March: the murder in cold blood of three Jewish children and a Jewish teacher by Mohamed Merah, a Muslim terrorist, on their school’s premises. This crime, instead of instilling more compassion and understanding towards the Jewish community, has actually generated more anti-Jewish violence and hate talk, as if Merah was not seen as a vile thug but rather as a model by parts of the population.

There were no less than six cases of aggravated assault on Jewish youths or rabbis in France from March 26 to July 5, including one case in Toulouse again. According to the Representative Council of French Jewish Organizations (CRIF), anti-Semitic incidents of all sorts have increased by 53% compared to the same period last year.

President François Hollande and Minister of the the Interior Manuel Valls must be credited for taking the present anti-Semitic crisis seriously, a noted departure from the ambivalent attitude of the last socialist administration of Prime Minister Lionel Jospin ten years ago. On July 22 — on the seventieth anniversary of the “grande raffle” (“great round-up”) of Jews by the Vichy government police in 1942 — Hollande drew a parallel between the Toulouse massacre and the deportation and mass murder of Jewish children during the Holocaust. As for Valls, he not only repeatedly acknowledged that “there was an upsurge of anti-Semitism in France,” but on July 8 went so far as to stigmatize the “most stupid, most dangerous new anti-Semitism” brooding among “young and not-so-young people” in the “neighborhoods” (a code word for Muslim enclaves). Quite a bold statement, since the Socialist party and the Left at large primarily derive their present electoral edge in France from the Muslim vote. Valls and his staff may also have inspired several no-nonsense reports on anti-Semitism that were recently published in the liberal, pro-socialist press.

The connection between Muslim immigration — or Muslim-influenced Third World immigration — and the rise of a new anti-Semitism is a fact all over Europe. Muslims come from countries (or are culturally attuned to countries) where unreconstructed, Nazi-style Jew-bashing dominates. They are impervious to the ethical debate about the Holocaust and the rejection of anti-Jewish stereotypes that were gradually incorporated into the European political discourse and consciousness in the second half of the 20th century (to the point that lessons on the Holocaust are frequently dropped from the curriculum at schools with a plurality or a majority of Muslim pupils), and are more likely than non-Muslims to engage in assaults, attacks, or harassment practices directed at Jews. Moreover, Muslim anti-Semitism reactivates in many places a dormant, but by no means extinct, non-Muslim European anti-Semitism. Once Muslims are unopposed, or at least unprosecuted, when they challenge the historical veracity of the Holocaust or when they refer to the The Protocols of the Elders of Zion as an authentic document, a growing number of non-Muslims feel free to do the same.

Muslim immigration is nurturing European anti-Semitism in more surprising ways as well. One unintended and ironic consequence of European Islam’s demographic growth is that Jews are frequently amalgamated with Muslims. Many people use a widespread concern about a growing influence of Islam in Europe as a way to hurt Jews as well, or to hit them first.

Clearly, there are outward similarities between Judaism and Islam. Both religions originated in the Near East, and are — as of 2012 — related to Near or Middle East countries. Both use Semitic languages. Both insist on rituals, particularly in terms of gender roles, family life, or food, that do not fit with the current mainstream European way of life

However, differences between Judaism and Islam may outweigh similarities. As far as Near Eastern or Middle Eastern countries are concerned, Muslims turn to Saudi Arabia and Pakistan, the strongholds of anti-Western hatred, while Jews turn to Israel, the super-Western “start-up nation.” In terms of ritual, kosher slaughtering — a quasi-surgical operation — is as remote from halal slaughtering as from secular slaughtering. Jewish circumcision is performed on newborn babies and is much closer to secular prophylactic circumcision (as it is largely practiced in the United States) than to Islamic circumcision, which is performed on boys in their preteens or early teens. And when it comes to relations between politics and religion, there is simply a chasm between the two religions. Judaism (including Orthodox Judaism) is not interested in mass conversion; does not seek to wrest Europe or any historically Christian part of the world from Christianity; recognizes the supremacy of state law over religious law in non-ritual matters; and sees Western democracy — a polity based on the rule of law — as the most legitimate political system.

But Europeans are not culturally equipped to understand such nuances or to keep them in mind (far less than the Americans, who are more religious-minded, more conversant in Biblical matters, and more familiar with the Jewish way of life). Jules Renard, an early 20th century French writer, wrote about his cat: “I keep telling him to hunt mice and let the canaries alone. Very subtle guidelines, I must admit. Even intelligent cats can get wrong on this issue.” And decide that eating canaries is easier and more satisfying than hunting mice. Regarding Judaism and Islam, most Europeans are like Renard’s cat. And what usually originates as a reaction against difficulties linked to radical brands of Islam quickly evolves into a primarily anti-Jewish business.

Earlier this year in France, during the last months of the conservative Sarkozy administration, a debate about the rapidly growing halal meat industry led to attacks against the kosher meat industry as well, complete with uncomely remarks about “old-fashioned rituals” by then-Prime Minister François Fillon. While Fillon subsequently “clarified” his views, the Sarkozy administration upheld its support for some kind of “tagging” of “ritually slaughtered meat,” a European Union-promoted practice that would prompt commercial boycott of such food and thus make it financially unaffordable for most prospective buyers. Since kosher meat regulations are much stricter than halal meat regulations, religious Jews would be more hurt at the end of the day than religious Muslims. The reason why French conservatives were so fond of tagging is that a 2009 poll shows a 72% rejection of “ritual slaughtering” writ large. And Marine Le Pen, the far-right presidential candidate, dwelled on that issue for a while.

In Germany, a rare case of malpractice by a German Muslim doctor in a Muslim circumcision led a court in Cologne to ban circumcision on children all over Germany on June 19, on the quite extravagant grounds that only legal adults may decide on issues irreversibly affecting their body, except for purely medical reasons. Which is tantamount, in the considered issue, to denying parents the right to pass their religion to their children.

Conservative Chancellor Angela Merkel immediately filled a bill to make religious circumcision legal in Germany, and it was passed on July 19 by the Bundestag (somehow, German conservatives are nowadays more genuinely conservative than, say, their French counterparts). But according to a YouGov poll for the DPA news agency released at about the same moment, 45% of Germans support the ban, while only 42% oppose it.

In an even more ominous instance, Judaism has been singled out in a protracted intellectual debate in France since early June, as the fountainhead, past and present, of totalitarianism and political violence and thus as a more dangerous religion than radical Islam.

The charge was made in Le Point, an important right-of-center newsmagazine, by Michel Onfray, a commercially successful dabbling philosopher and a long-time supporter of the radical Left, who himself reviewed and approvingly quoted Who Is God? (Qui est Dieu), an essay by another controversial author, the former diplomat Jean Soler.

In the 1970s Soler, who holds an agrégation degree in Greek and Latin classical studies but was never academically trained in anthropology, Semitics, or Near Eastern history, applied a structuralist approach to the study of Jewish rituals and won some polite applause from French, Israeli, and American scholars. Later on, when structuralism fell out of fashion, he sort of remixed his early work with neo-Marcionite currents in 19th century and early 20th century German and French Biblical criticism which claimed there was no spirituality at all, and indeed no real monotheism, in the Old Testament, a narrowly “tribalist” book. Or that everything spiritual in the Old Testament was a transplant from other cultures, either Pharaonic Egypt or Indo-European Iran.

Very few people in France realize what Soler’s later writing is really about, and that his approach or sources do not fit present academic standards. Even fewer people are aware that the neo-Marcionite hypothesis to which Soler has switched and which Onfray supports exerted a major influence on Nazi anti-Semitism (including the so-called “German Christian” movement) and remained after 1945 a major polemical tool in neo-Nazi or post-Nazi circles. So much so that the media had no qualms engaging for weeks in multifaceted debates and discussions about the Soler/Onfray contentions and thus, for all practical matters, promoted them.

The second half of the 20th century was a golden age for French Jews, both in terms of numbers (from 250,000 souls in 1945 to 700,000 in 1970 due to population transfers and natural growth) and in terms of religious and cultural revival. There was only one shadow: the French government’s anti-Israel switch engineered by Charles de Gaulle in 1966, in part as a consequence of a more global anti-American switch. The 21st century may however be a much darker age. After a first wave of anti-Jewish violence in the early 2000s, some Jews left for Israel or North America. Emigration never really ceased since then, and may soon reach much more important proportions.

Michel Gurfinkiel is the Founder and President of the Jean-Jacques Rousseau Institute, a conservative think-thank in France, and a Shillman/Ginsburg Fellow at Middle East Forum.

© Michel Gurfinkiel & PJMedia, 2012


Antisémitisme: C’est les piqûres de moustiques, imbécile! (It’s the thousand mosquito bites, stupid!)

15 juin, 2012
L’oppression mentale totalitaire est faite de piqûres de moustiques et non de grands coups sur la tête. (…) Quel fut le moyen de propagande le plus puissant de l’hitlérisme? Etaient-ce les discours isolés de Hitler et de Goebbels, leurs déclarations à tel ou tel sujet, leurs propos haineux sur le judaïsme, sur le bolchevisme? Non, incontestablement, car beaucoup de choses demeuraient incomprises par la masse ou l’ennuyaient, du fait de leur éternelle répétition.[...] Non, l’effet le plus puissant ne fut pas produit par des discours isolés, ni par des articles ou des tracts, ni par des affiches ou des drapeaux, il ne fut obtenu par rien de ce qu’on était forcé d’enregistrer par la pensée ou la perception. Le nazisme s’insinua dans la chair et le sang du grand nombre à travers des expressions isolées, des tournures, des formes syntaxiques qui s’imposaient à des millions d’exemplaires et qui furent adoptées de façon mécanique et inconsciente. Victor Klemperer (LTI, la langue du IIIe Reich)
Quel récit collectif sommes-nous capables de mettre en avant qui puisse donner un sens au sacrifice de ces jeunes ? Et l’absence d’un tel récit – qui va au-delà du sens subjectif que chacun d’eux pouvait donner à l’éventualité de mourir au combat et que chacun assumait en s’engageant dans l’armée – dépossède les jeunes soldats tombés du sens de leur mort. Danièle Hervieu-Léger
Je conteste le mot de guerre, je le conteste totalement. Hervé Morin (ministre français de la Défense)
Avec un président qui se présente lui-même comme “normal”, on s’attendait à revenir à moins d’emportement dans la gestion politico-médiatique de l’actualité, fut-elle dramatique comme l’est la mort de militaires français en Afghanistan. On pensait, naïvement sans doute, en avoir fini avec la manière du président Sarkozy, tout en vives colères et émotions sincères. Las ! C’est pire encore… (…) Bref, le chef de l’Etat donne à l’action d’un insurgé kamikaze un poids politique démesuré et envoie un message à tous les insurgés afghans : quatre morts français suffisent à bouleverser l’agenda des trois principaux personnages de l’Etat en charge de la défense ! Imagine-t-on Barack Obama dépêcher son secrétaire à la Défense en Afghanistan pour quatre morts ? Jean-Dominique Merchet
J’essayerai de faire la distinction entre vie publique et vie privée. François Hollande (25 avril 2012)
Moi président de la République, je ne serai pas le chef de la majorité. François Hollande  (le 2 mai 2012)
Dans cette circonscription de Charente-Maritime, Ségolène Royal est l’unique candidate de la majorité présidentielle qui peut se prévaloir de mon soutien et de mon appui. François Hollande (le 11 juin 2012)
Même si les deux moustachus ont massacré par dizaines de millions par idéologie, les comparer est impossible et même malhonnête!», entend-on souvent. (…)  Parce que les massacres de gauche n’étaient que la conséquence malheureuse d’une volonté de faire le bien, de rendre l’humanité heureuse par la dictature du prolétariat et l’élimination de la propriété privée. L’intention initiale était bonne, ça a juste un peu dérapé. A droite, en revanche, on massacrait par pure méchanceté fanatique ou racialiste. Ah bon, être waterboardé à Moscou avant d’être envoyé briser de la glace en Sibérie, c’était mieux que d’avoir les ongles arrachés à Berlin avant d’être expédié casser des cailloux à Mauthausen parce que le projet sous-jacent était positif? ― Je ne le dirais pas aussi crûment pour ne pas passer pour un crétin sophiste, mais oui, c’est ça… (…) Sur de nombreux plans,  [extrémistes de droite et extrémistes de gauche] disent d’ailleurs à peu près la même chose: ils n’aiment ni l’Europe, ni les Etats-Unis, ni Israël, ni le capitalisme, ni le libéralisme, ni les banques, ni la Bourse et aimeraient bien qu’on arrête d’importer des T-shirts fabriqués à Shanghaï. Mais ce sont des opinions qui, à défaut d’être subtiles ou intelligentes, restent légitimes et on trouve parfois les mêmes au sein des grands partis. Là où ils divergent franchement, c’est sur la question du rapport à «l’autre». A cette aune, aucun doute: l’extrême droite du moment, clairement xénophobe, violemment anti-immigrés, volontiers islamophobe, n’est pas fréquentable et ses valeurs sont rigoureusement incompatibles avec celles d’une grande formation politique et républicaine. Hugues Serraf
Qui a tué ces enfants juifs ? Sommes nous certains que c’est Merah et doit on croire la version officielle malgré les zones d’ombre ? Mathieu Kassovitz
Il est temps de mettre fin à l’impunité d’Israël et d’insister sur les mêmes critères d’égalité, de justice et de respect de la législation internationale que nous exigeons des autres Etats. Eric Cantona ( lettre ouvert à Michel Platini, président de l’UEFA)
Comment qualifier, au cours de la guerre entre Israël et Gaza la mort par bombardement "classique" de 22 membres d’une même famille ? : S’agit-il d’un crime de guerre, d’un crime contre l’humanité ou d’un génocide ? Etude de cas de médecine humanitaire (Faculté de Médecine de Bichat, 12 juin 12012)
En ce qui concerne le score élevé obtenu par Marine Le Pen, représentant le Front National, un parti d’extrême droite fondé par un antisémite, Jean-Marie Le Pen, on ne s’attend pas à ce qu’il exerce une influence quelconque sur la politique à l’égard des juifs de France. L’islam et l’immigration étaient les sujets mis en avant par son programme et Marine Le Pen a tenté de complaire à la communauté juive comme si le passé du Front National et/ou les positions de certains de ses dirigeants toujours influents n’étaient pas connus. Le Front National a de vieux comptes à régler avec le parti de Nicolas Sarkozy et un accord  politique entre eux n’est pas possible. (…) Au cas où François Hollande serait élu président de la France, pour la communauté juive, la question centrale porterait sur l’influence que pourraient exercer ces dirigeants socialistes qui ont une vision négative de la politique d’Israël et, au-delà d’eux, les partis gauchistes et les Verts qui manifestent une profonde hostilité à Israël et qui sont au premier rang de tout mouvement, déclaration ou pétition anti israélienne. Le fait que Jean-Luc Mélenchon, leader charismatique du renouveau du parti communiste, a réalisé un score plutôt décevant de 11 % pourrait réduire son impact sur la politique étrangère de la France, mais on devrait s’attendre à une remontée interne des manifestations antisionistes. Richard Prasquier

Attention: une lâcheté peut en cacher bien d’autres!

A l’heure où, derrière la multiplication de postures aussi vides les unes que les autres (comme la simplicité purement ostentatoire d’une réduction de 30% des salaires des ministres largement compensée par la multiplication par 1,5 de leur nombre ou le numéro de Pleureuse en chef pour  la mort de quatre "non-combattants" en Afghanistan – combien de cérémonies nationales encore pour ceux qui, sauf si on les cache sur leur bases, vont inévitablement suivre?), notre nouveau Démagogue en chef de l’Elysée se prépare avec ses alliés néo-communistes à avoir en main, première en 5e république (entre la présidence, le Sénat, l’Assemblée, 21 régions sur 22 et une majorité des départements, grandes villes et communes et sans compter leurs amis sinon conjointes journalistes !), la quasi-totalité des leviers du pouvoir   …

Tout en interdisant, derrière la facile dénonciation de l’épouvantail du Front national et la tétanisation induite d’une droite qui malgré tous ses discours n’a jamais vraiment  non plus pris la mesure des problèmes, toute véritable discussion d’une immigration notamment musulmane largement hors de contrôle et dont il n’est même plus exigé, réserve de voix oblige, qu’elle s’intègre

Comment ne pas repenser, entre twits ou sites conspirationnistes, lettres ouvertes dénonciatrices, questions d’examen insidueuses pour nos étudiants, menaces de privation de prix littéraire, sauve-qui-peut généraux en Afghanistan ou  conférences surréalistes face aux Palestiniens, à cette infinité de petits renoncements qui finissent par faire les grandes lâchetés?

Autrement dit, pour reprendre le mot du résistant antinazi Victor Kemperer, à  ces "milliers de  piqûres de moustiques" dont se construit peu à peu "l’oppression mentale totalitaire" ?

Une question particulière

 Richard Prasquier

CRIF

13 Juin 2012

Hier (mardi 12 juin 12012, ndlr.), lors d’un examen à la Faculté de Médecine de Bichat les étudiants ont eu à répondre une question de médecine humanitaire très particulière (le texte est publié dans la Newsletter) : comment qualifier, au cours de la guerre entre Israël et Gaza la mort par bombardement « classique » de 22 membres d’une même famille ? : S’agit-il d’un crime de guerre, d’un crime contre l’humanité ou d’un génocide ?

Richard Prasquier

En tout cas, il s’agit bien d’un « crime », cela ne peut pas être discuté, puisque il n’y a pas d’autre réponse possible. Donc Israël est un état qui fait au minimum des crimes de guerre, donc c’est un état criminel. Fermez le ban, c’est le Professeur qui a posé la question qui l’affirme.

Les étudiants les plus indulgents envers Israël ont eu le droit de répondre qu’il ne s’agit pas d’un génocide, mais je ne suis pas sûr que la réponse désirée, qui donnait le maximum de points n’était pas « génocide ». En tout cas, connaissant les orientations de l’examinateur, mon petit doigt me dit que répondre « génocide » n’était pas éliminatoire…

Au fait, qui est l’examinateur ? Il s’agit du chirurgien Christophe Oberlin. Le professeur ne fait pas que de la chirurgie, fût-elle humanitaire. Il fait aussi de la politique. Il a été tête de liste aux élections européennes de 2004 sous la bannière d’Euro-Palestine, avec la présidente de la Capjipo et Dieudonné, ce grand humaniste obsessionnel qui a fait rire dans le passé.

Autrement dit, M.Oberlin se situe à la pointe extrême de la haine contre Israël et de la promotion du Hamas qu’il fait d’ailleurs continuellement, sans s’arrêter sur le fait (négligeable ?) que c’est une organisation reconnue comme terroriste dans notre pays et ailleurs.

Il vient d’écrire un livre sur son expérience à Gaza et c’est probablement là que se trouve la réponse à l’ignoble question qu’il pose dans cet examen.

Cette question en appelle évidemment une autre : comment une formulation manifestement destinée à implanter de façon pavlovienne dans la tête des étudiants en médecine qu’Israël est un état criminel, peut-elle être posée dans un examen sans soulever de réaction des autorités académiques ?

Chacun dit qu’il ne faut pas importer le conflit en France. On voit tous les jours les dramatiques conséquences de cette importation. M. Oberlin y contribue de toutes ses forces. Il n’a pas le droit d’utiliser l’Université pour déverser ses haines sélectives. Qu’il aille exercer ses talents en Syrie, où on a vraiment besoin de ses compétences.

Mais, que voulez-vous, pour lui comme pour d’autres, hors de Gaza, il n’y point d’indignation…

Richard Prasquier

Président du CRIF

Voir aussi:

Complots

Législatives : une tache rouge-brune dans la campagne du Front de Gauche

Ornella Guyet

Rue 89

30/05/2012

René Balme, investi dans le Rhône par le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, anime le site Oulala.net, à la ligne complotiste et aux contenus nauséabonds.

Dans la onzième circonscription du Rhône, le Front de Gauche présente aux législatives René Balme, maire de Grigny, très implanté localement. Pourtant, l’examen attentif d’un des sites web qu’il anime (et qui est très fréquenté) pose question quant à certaines de ses orientations politiques : on y trouve en effet des textes dont le contenu paraît pour le moins très éloigné des valeurs qu’entend défendre le Front de Jean-Luc Mélenchon.

Côté pile, René Balme est maire de Grigny dans le Rhône. Ancien militant CGT et PCF (qu’il a quitté en 1997), il a rallié le Parti de Gauche en 2009.

Côté face, René Balme est le fondateur et l’animateur depuis 2001 de Oulala.net (à l’origine sous le pseudonyme de Gilles Lestrade), un site marqué par sa ligne éditoriale complotiste, sur lequel on retrouve nombre d’écrits dignes de l’extrême droite la plus crasse et pour lequel Balme revendique de 8 000 à 10 000 visiteurs par jour.

Obsession antisioniste

On y trouve par exemple des textes comme « Dire aux juifs leurs quatre vérités » écrit par l’auteur britannique Paul Eisen qui s’est illustré par des propos à connotation négationniste.

Dans la même veine, on peut aussi y lire des interviews ou des renvois vers des textes d’autres auteurs antisionistes, comme Israel Shamir ou Gilad Atzmon, qui sont considérés par la plupart des défenseurs sincères de la cause palestinienne comme des imposteurs qui salissent cette cause avec leur obsession confinant à l’antisémitisme.

En France, l’Union juive française pour la paix (UJFP) a également condamné à plusieurs reprises les écrits de Atzmon, de même que récemment le journaliste du Monde diplomatique Dominique Vidal qui les a qualifiés de « prose digne du Völkischer Beobachter » (le journal officiel du parti nazi). Nombre de ces écrits sont traduits par Marcel Charbonnier, relais habituel de ces auteurs en langue française.

Homophobie et éloge de dictatures

On peut également y lire un texte à relents homophobes, « L’homosexualisme, cette idéologisation de l’intimité… », qui a pour auteur un certain Camille Loty de Malebranche, qui se présente comme un philosophe et est un habitué des colonnes de Oulala.net. Le terme « homosexualisme » n’apparaît ailleurs sur le Net que dans des publications relevant du traditionalisme chrétien et de l’extrême droite.

Capture d’écran de l’article de Oulala.net sur le film de Dieudonné (Oulala.net)

Mieux : un autre des habitués du site de René Balme, Serge Uleski, a publié le 12 février 2011 un article faisant la promotion d’un livre d’Alain Soral (introuvable après la publication de cet article), puis le 28 avril 2012 du dernier film de Dieudonné (même chose), « L’Antisémite », réalisé avec des fonds iraniens. Rappelons que suite aux révélations du site Opération Poulpe, le Front de Gauche a désinvesti il y a quelques mois Philippe Marx, qui était candidat dans la région de Villerupt (Meurthe-et-Moselle), pour des faits similaires.

Les thèses conspirationnistes sont également à leurs aises sur Oulala.net. Les exemples sont légion. On y trouve :

des textes faisant la promotion du mouvement techno-scientiste new age Zeitgeist ;

des théories du complot sur le 11 Septembre diffusées par l’association ReOpen911, Thierry Meyssan ou le polémiste américain et ex-proche de Lyndon LaRouche Webster G. Tarpley ;

des écrits dénonçant le prétendu complot du Club Bilderberg ;

des articles de la blogueuse conspirationniste Chantal Dupille dite Eva R-sistons dont les sympathies pour le négationniste Roger Garaudy – ce « grand penseur » – sont affirmées ;

un texte repris du complotiste d’extrême droite américain Alex Jones suggérant que l’épouse de Barack Obama serait une « illuminati » (un délire pointé par Conspiracy Watch) ;

des articles plus que complaisants avec des dictateurs (Milosevic, Gbagbo, Kadhafi, Ahmadinejad, el-Assad), quand ils n’en font pas tout simplement la promotion sous couvert d’anti-impérialisme, et même une retranscription d’un discours d’Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah, repris d’Al-Manar en 2006.

Une ode à l’Iran

Les médias et télévisions de régimes dictatoriaux ou ayant des dérives autoritaires sont chez eux sur Oulala.net, qui relaie Russia Today, l’Irib (Iran), etc.

René Balme s’est inspiré de la télévision vénézuélienne Vive TV pour créer Vivé (pour « vidéo-vérité »), « école internationale de vidéo et de TV participative » après un voyage en 2006 au pays d’Hugo Chavez.

Parmi les défenseurs des dictatures, on trouve l’Algérien Chems Eddine Chitour, professeur à l’école polytechnique d’Alger et auteur notamment d’un article intitulé « Le développement technologique de l’Iran, un résistant contre le nouvel ordre mondial ». Ailleurs, le même dénonce « les puissants lobbies juifs dont le pouvoir repose sur l’argent, les médias et l’intelligence » sur le site « national-révolutionnaire » VoxNR de Christian Bouchet (FN).

Une longue interview de Thierry Meyssan

Une visite sur le blog personnel du maire de Grigny nous apprend en outre qu’en 2007, il a longuement interviewé Thierry Meyssan pour sa webTV Vivé, tandis que que le 30 mai 2011, sous couvert d’anti-impérialisme, il nous conseillait la lecture d’un « excellent article » de Thierry Meyssan paru sur le site du Réseau Voltaire expliquant que l’affaire du Sofitel de New York est un complot américain contre DSK.

Le même jour dans le même article, M. Balme invite à approfondir le sujet de la main-mise américaine sur l’économie mondiale au travers d’un article issu du site Mecanopolis, une officine suisse liée au Réseau Voltaire et classée à l’extrême droite du champ politique.

Bien entendu, Mecanopolis est également relayé sur Oulala.net, notamment au travers du « rapport sur le mondialisme » de Pierre Hillard, un catholique intégriste et théoricien français du « nouvel ordre mondial ».

Dans ces conditions, comment s’étonner de ce que René Balme ait invité, à la dernière édition du salon du livre alternatif qu’il a organisé dans sa commune, un des animateurs du site rouge-brun LeGrandSoir.info, Maxime Vivas ?

Les explications de René Balme

Interrogé, René Balme indique que Oulala.net est géré par « un collectif très ouvert » et que les gens qui le composent « peuvent donner leur sentiment, des conseils de lecture » sur le site, dont tous les articles sont relus.

« Tout peut être publié à condition que ça puisse être débattu, les forums sont là pour ça. » Avec une limite : « La règle, c’est pas de propos racistes, antisémites ni d’injures. »

A propos de la présence sur ce site d’articles invitant à la lecture du dernier Soral ou au visionnage du dernier Dieudonné, il esquive :

« Ce sont les contributeurs qui doivent assumer leurs écrits. C’est comme sur les blogs de Rue89 : tous les blogs de Rue89 ne respectent pas forcément la ligne éditoriale du site. Ça fait partie de la liberté d’expression, ça ne veut pas dire qu’on cautionne. On a pour politique de ne retirer aucun article publié. »

Et René Balme précise :

« Oulala.net est un site qui n’a rien à voir avec le candidat René Balme, je n’en suis que l’administrateur. »

Quid alors de la présence sur son blog personnel d’une interview de Thierry Meyssan et d’un texte citant complaisamment Mecanopolis ?

« Thierry Meyssan a le droit de s’exprimer. Ses analyses permettent de comprendre des choses et de comprendre le monde et il est le seul à les dire. Je vais chercher des infos chez lui, ça ne veut pas dire que je partage ses idées.

Je ne connais pas très bien Mecanopolis, mais ça, c’est le microcosme médiatique français qui a décidé de donner des étiquettes à tout le monde. Quand j’y trouve une analyse que je veux partager, ça ne veut pas dire que j’y souscris entièrement. Je ne veux pas rester dans une tour d’ivoire, je suis ouvert sur le monde. Je ne veux pas être enfermé dans telle ou telle catégorie. Parfois, il y a des choses très intéressantes qui doivent être mises sur le devant de la scène. »

Et de conclure :

« J’ai pour habitude d’assumer tout ce que j’ai écrit et fait et je suis un homme de gauche. »

La réponse du Front de Gauche

Sollicité de son côté par le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap) pour expliciter son programme, le Front de Gauche déplore « la multiplication des sites internet négationnistes et racistes » et s’engage à poursuivre les « sites qui propagent la haine raciste, l’incitation à la violence contre les personnes et attaquent les militants antiracistes ».

Alexis Corbière, conseiller de Jean-Luc Mélenchon chargé de « la riposte contre l’extrême droite et le Front national » au sein du Front de Gauche nous a confirmé cette orientation : Alain Soral et Dieudonné sont considérés par son organisation comme des « ennemis politiques clairement identifiés » et des « antisémites » et « aucune complaisance » ne saurait être acceptée avec l’extrême droite et ses idées.

Ne connaissant ni René Balme ni son site, il promet que le Front de Gauche et le Parti de Gauche vont se pencher sur son cas dans les semaines à venir afin de déterminer quelles suites il conviendra de donner à cette affaire, après avoir entendu le principal intéressé.

 Voir encore:

Mahmoud Abbas et Francois Hollande : une conférence de presse surréaliste

Hélène Keller-Lin

9 juin 2012

De toute évidence soutenu dans ses demandes, Mahmoud Abbas présente à Paris un invraisemblable catalogue de demandes préalables à tout dialogue, avant même de reprendre des négociations avec Israël…A savoir, dans un premier temps, relâcher les prisonniers palestiniens – emprisonnés aprés avoir été jugés en bonne et dûe forme ou en attente de jugement -, laisser entrer des armes supplémentaires pour la police palestinienne, geler les constructions en Judée Samarie et accepter les " frontières" de 1967, etc…Francois Hollande ne tiquera qu’à propos des armes…

Voir la vidéo

En préambule de la conférence de presse commune donnée par Mahmoud Abbas et Francois Hollande au sortir de leur rencontre à l’Élysée, le Président de la République soulignait l’importance accordée par la France à son hôte palestinien, recu la veille par Laurent Fabius dans un climat de grande proximité, d’ailleurs, et avec la remise d’un chèque de 10 millions d’euros, puis par le Premier ministre francais avant cette rencontre à l’Élysée.

Francois Hollande précisait toutefois que la France a également de bons rapports avec Israël et qu’il avait recu un émissaire israélien quelques jours plus tôt. On notera la différence de niveau, même si le Président de la République disait être "en contact" avec le Premier ministre israélien. Le rôle de la France étant donc, disait-il, de faciliter une avancée vers la paix et de faire passer des messages pour contribuer à faire progresser les chances d’une paix dans la sécurité entre les deux parties. Être "utile" donc. Il mettait l’accent sur la nécessité de négociations. Le Président de la République se placait là dans une continuité du rôle de la France, évoquant notamment le discours de Francois Mitterand à la Knesset.

Libérer tous les prisonniers palestiniens et laisser entrer plus d’armes avant tout dialogue…

Mais là où le discours devint surréaliste, ce fut quand le plus tranquillement du monde, Mahmoud Abbas posait un ensemble de conditions pour reprendre un "dialogue" dans un premier temps et non pas des négociations. Le dirigeant palestinien entend, en effet, que tous les prisonniers palestiniens soient libérés, même s’il ne cite que deux grévistes de la faim. Or, ces prisonniers ne sont pas des délinquants de droit commun mais des terroristes. La grande majourité d’entre eux ayant été jugés et condamnés en bonne et due forme, défendus par des avocats comme cela se fait dans tout État démocratique. Certains détenus sont en attente de jugement, ce qui se pratique partout.

Francois Hollande n’a semblé trouver rien à redire à cette demande….

A ce propos les personnes arrêtées par les forces de sécurité palestinienne ne bénéficient pas de telles conditions, comme on vient de le voir, par exemple, avec les arrestations à Jénine. Ces personnes sont détenues dans une prison de Jéricho à la sinistre réputation sans que des charges aient été prononcées et le sort de certaines est incertain…Il y a eu également des arrestations à Betléhem, Naplouse, Hébron. Une cinquantaine de personnes ont été arrêtées à ce jour. Il semble que l’Autorité palestinienne tente de réatablir l’ordre dans une région qu’elle ne parvenait plus à contrôler…

C’est cet état de non droit que l’Autorité palestinienen a laissé s’instaurer dans cette région qui aurait motivé la demande présentée par Mahoud Abbas à Paris, à savoir que les autorités israéliennes permettent l’entrée de plus d’armes dans les territoires contrôlés par Mahmoud Abbas…Francois Hollande, lui-même, mettait un bémol à cette demande, en soulignant un côté " qui pourrait inquiéter"…et préconisant la prudence. En effet, compte tenu de l’incitation anti-israélienne et antisémite diffusée au quotidien par l’Autorité palestinienne et qui ne fut, bien entendu pas évoqué, la plus grande circonspection en la matière s’impose ici…

Conditions préalables pour négocier, rien n’a changé : gel de la "colonisation", "frontières" de 67, etc.

Mahmoud Abbas était très clair sur ce point : si Israël libérait "les prisonniers" – tous donc – et autorisait l’entrée d’armes supplémentaires, alors les Palestiniens – de Judée Samarie – accepteraient de reprende un dialogue, et non pas des négociations. Pour ce faire il faudrait un gel total de "la colonisation"dont Mahmoud Abbas affirmait qu’elle est prévue dans tous les traités internationaux, y compris ceux qui ont été signés par Israël. Ainsi que l’acceptation des " frontières" de 1967. Ce qui, selon lui, ne seraient donc pas des conditions préalables. Francois Hollande approuvait. Mais faisait un contresens, estimant que cette demande n’est plus une condition préalable palestinienne….

En fin de conférence de presse Mahmoud Abbas ajoutait pêle-mêle la question de l’eau, des réfugiés, de Jérusalem….Bref, la position palestinienne n’a guère progressé d’un iota..au contaire puisque de nouvelles demandes sont venus s’ajouter. Avec le soutien de la France, semble-t-il.

Le couplet du dirigeant palestinien sur une soi-disant volonté de ne pas isoler ou délégitimer Israël ne concernait que ceux qui ignorent la réalité, à savoir l’ensemble de campagnes anti-israéliennes mises en oeuvre par l’autorité palestinienne, dont la campagne de boycott ou autres "flotilles"…

Mahmoud Abbas ne semble avoir bougé que sur un point, contraint en cela par les réalités constatées en septembre dernier à l’ONU : si les négociations ne reprennent pas, et on ne voit pas comment elles le pourraient compte tenu des exigences palestiniennes actuelles, et si le Conseil de Sécurité n’accepte pas la demade de création d’un Etat palestinien, alors une demande de statut d’Etat non membre, à l’instar du Vatican ou de la Suisse serait présentée à l’Assemblée générales des Nations unies, comme Nicolas Sarkozy l’avait d’ailleurs suggéré alors. Cela se ferait apparemment avec l’aval de la France qui va mettre sur pied un séminaire inter-gouvernemental destiné à améliorer le niveau des relations franco-palestiniennes, annoncait Francois Hollande en fin de conférence. Enseignement du francais et promotion de la culture francaise devraient également connaître une embellie dans les Territoires palestiniens.

Voir enfin:

Non, l’extrême droite, ce n’est pas comme l’extrême gauche

L’extrême gauche n’est plus que grotesque, c’est l’extrême droite qui reste infréquentable.

 Hugues Serraf

Slate

14/06/2012

Les «valeurs de l’extrême droite», qui conviennent à Nadine Morano et, au minimum, ne défrisent pas Gérard Longuet, sont-elles plus scandaleusement a-républicaines que les «valeurs de l’extrême gauche»? On peut se poser la question.

On verra bien où ça nous mène.

L’idée générale, c’est que les valeurs propagées par l’extrême droite gauloise contemporaine continuent de renvoyer aux zeures les plus sombres des grands totalitarismes ouest-européens (nazisme, fascisme…) et leurs avatars allongés à l’eau bénite (franquisme, pétainisme). On est d’accord: ce n’est pas très ragoûtant.

Symétriquement, les valeurs véhiculées par l’extrême gauche actuelle rappelleraient les zeures les plus rouges des totalitarismes est-européens ou asiatiques (léninisme, stalinisme, maoïsme…). Ça ne met pas beaucoup plus en appétit en termes de morts/kilomètres…

Pour autant, ni l’extrême droite ni l’extrême gauche organisées en partis officiels et présentant des candidats aux élections ne revendiquent expressément ces filiations. Oh, on dénichera toujours un lecteur de Mein Kampf chez Marine Le Pen, tout comme un admirateur non-reconstruit du goulag pourra vraisemblablement être repéré chez Pierre Laurent en cherchant bien, mais on serait à la peine s’il fallait faire un lien Web vers la partie de leurs programmes faisant l’apologie d’Adolf ou de Joseph.

«De toute manière, et même si les deux moustachus ont massacré par dizaines de millions par idéologie, les comparer est impossible et même malhonnête!», entend-on souvent.

― Hum… Et pourquoi donc?

― Parce que les massacres de gauche n’étaient que la conséquence malheureuse d’une volonté de faire le bien, de rendre l’humanité heureuse par la dictature du prolétariat et l’élimination de la propriété privée. L’intention initiale était bonne, ça a juste un peu dérapé. A droite, en revanche, on massacrait par pure méchanceté fanatique ou racialiste.

― Ah bon, être waterboardé à Moscou avant d’être envoyé briser de la glace en Sibérie, c’était mieux que d’avoir les ongles arrachés à Berlin avant d’être expédié casser des cailloux à Mauthausen parce que le projet sous-jacent était positif?

― Je ne le dirais pas aussi crûment pour ne pas passer pour un crétin sophiste, mais oui, c’est ça…

Dont acte. Mais puisqu’on a vu qu’extrémistes de droite et extrémistes de gauche ne se réclamaient plus ouvertement de ces idéologies (ou de leurs «dérives» malencontreuses pour le cas numéro 2), est-il encore raisonnable d’ostraciser les uns et de dédouaner les autres sur ces bases? N’est-il pas préférable, pour décider s’ils sont ou non fréquentables, de rester concentré sur ce qu’ils racontent hic et nunc?

Faire des bisous aux patrons du FN, ce n’est pas business as usual

Sur de nombreux plans, ils disent d’ailleurs à peu près la même chose: ils n’aiment ni l’Europe, ni les Etats-Unis, ni Israël, ni le capitalisme, ni le libéralisme, ni les banques, ni la Bourse et aimeraient bien qu’on arrête d’importer des T-shirts fabriqués à Shanghaï. Mais ce sont des opinions qui, à défaut d’être subtiles ou intelligentes, restent légitimes et on trouve parfois les mêmes au sein des grands partis.

Là où ils divergent franchement, c’est sur la question du rapport à «l’autre». A cette aune, aucun doute: l’extrême droite du moment, clairement xénophobe, violemment anti-immigrés, volontiers islamophobe, n’est pas fréquentable et ses valeurs sont rigoureusement incompatibles avec celles d’une grande formation politique et républicaine.

Ça ne veut pas dire que le FN n’a pas le droit de s’exprimer et de coller des affiches malsaines et démagogues sur les murs ―c’est la démocratie―, mais juste qu’on ne peut pas faire des bisous à ses patrons et prétendre que c’est business as usual.

L’extrême gauche, si elle a bien un petit problème avec les juifs (mais ça ne la définit pas), ne dit rien de tel. Elle se contente généralement de rêver au Grand Soir, montrer les dents dans les manifs, de faire battre les sociaux-traitres aux élections. On peut donc discuter avec elle, aller jusqu’à faire entrer une Marie-George Buffet au gouvernement pour faire la soudure au Parlement et ne pas perdre son âme pour autant.

Oui oui, je sais, c’est dur pour l’UMP. Fallait être de gauche, la vie est bien plus simple.


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