Rwanda/20e: Levons le secret défense sur le rôle de la France (Will France ever come clean about its role in the Rwandan genocide ?)

6 avril, 2014
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Dans ces pays là, un génocide, ce n’est pas trop important. François Mitterrand
Un dramatique cortège de négligences, d’insouciances, d’incompétences, d’hésitations et d’erreurs, a créé les conditions d’une tragédie sans nom. Et donc j’assume ici devant vous la responsabilité de mon pays, des autorités politiques et militaires belges, et au nom de mon pays, au nom de mon peuple, je vous demande pardon pour ça. Guy Verhofstadt (premier ministre belge, 7 janvier 2000)
Ce qu’il s’est passé ici est une défaite pour l’humanité. Ce qu’il s’est passé ici a laissé une trace indélébile. (…) Ce qu’il s’est passé ici oblige la communauté internationale, dont la France, à réfléchir à ses erreurs qui l’ont empêchée de prévenir et d’arrêter ce crime épouvantable. Nicolas Sarkozy  (25 février 2010)
Il faut ouvrir les ventres de ces Tutsis que vous tuez pour qu’ils coulent et que les satellites ne les voient pas. Soldats français au Rwanda lors du génocide (cité par Andrew Wallis)
Nous livrons des munitions aux FAR en passant par Goma. Mais bien sûr nous le démentirons si vous me citez dans la presse. Philippe Jehanne (correspondant de la DGSE, à l’historien Gérard Prunier, en plein génocide rwandais, le 19 mai 1994)
On avait ordre de ne pas bouger, de ne rien faire, surtout pas bouger, rien faire. (…) Les gens nous parlaient d’une vallée, Bisesero, où il y aurait des Tutsis armés jusqu’aux dents. Un jour, on a désobéi (…) aux ordres de notre propre chef (…) le commandant Marin Gillier. Il nous avait interdit d’aller là-bas.» En allant à Bisesero, «on a découvert le pot aux roses : c’est une vallée où 10 000 victimes avaient été tuées. Il en restait 800 dans un état lamentable. Là on s’est rendu compte que c’était pas du tout les Tutsis qui tuaient les Hutus, c’étaient les Hutus qui tuaient les Tutsis, qui les massacraient carrément, tous les jours. Adjudant Thierry Prungnaud (ancien gendarme du GIGN, France Culture, le 22 avril 2005)
Monsieur,… la situation dans mon pays devient de plus en plus critique… Vu l’évolution actuelle du conflit, je vous confirme mon accord pour recruter, pour le gouvernement rwandais, 1000 hommes devant combattre aux côtés des Forces Armées Rwandaises. Augustin Bizimana (ministre de la Défense rwandais, lettre "au Capitaine Paul Barril", 27 avril 1994)
Ce que je sais, c’est qu’à l’époque, loin de prendre parti pour un camp contre l’autre, le gouvernement français a tout fait pour réconcilier le gouvernement du Président Habyarimana, légalement élu, et le leader du Front Patriotique Rwandais (FPR) , le colonel Kagamé qui, de l’Ouganda où il se trouvait en exil, se lançait dans la reconquête du territoire de son pays. C’est ce qu’on a appelé le processus d’Arusha, du nom de la ville de Tanzanie où se déroulaient les négociations. Ce processus, lancé dès 1992 , a abouti en août 1993 à une série d’accords qui actaient la réconciliation nationale, le départ des troupes françaises présentes au Rwanda, la mise en place d’une force des Nations Unies, la MINUAR, pour surveiller la bonne application de l’accord, et la création d’un gouvernement de transition consacrant la réintégration des exilés tutsis. Nous avons presque réussi à convaincre les parties de respecter cet accord. Nous avons retiré les forces françaises de l’opération Noroît qui étaient présentes sur le sol rwandais depuis octobre 1990 pour protéger les 600 ressortissants français du Rwanda (à l’exception de 24 coopérants militaires dans le cadre d’un détachement d’assistance technique). Une Assemblée nationale de transition s’est installée en mars 1994. Bref le processus de paix semblait bien engagé… jusqu’à l’attentat du 6 avril 1994 qui a évidemment ruiné les efforts de la diplomatie française. Ce que je sais aussi, c’est que loin de se taire sur ce qui s’est alors passé au Rwanda, le gouvernement français a, par ma voix, solennellement dénoncé le génocide dont des centaines de milliers de Tutsis étaient les victimes. Je l’ai dit le 15 mai 1994 à l’issue de la réunion du Conseil des Ministres de l’Union Européenne à Bruxelles, et de nouveau le 18 mai à l’Assemblée Nationale au cours de la séance des questions d’actualité. Ce que je sais, c’est que la communauté internationale a fait preuve d’une passivité, voire d’un « aveuglement » scandaleux. Malgré ce qui se passait sur le terrain et que l’on savait, malgré les appels de son Secrétaire général en exercice, Boutros Boutros-Ghali, qui réclamait l’envoi rapide de 5 000 Casques bleus, le Conseil de Sécurité a été incapable de prendre la moindre décision… sauf celle de ramener les effectifs de la MINUAR de 2548 à 270 hommes (21 avril 1994). Devant la carence de la communauté internationale et les obstacles mis par certaines grandes puissances aux demandes du Secrétaire général de l’ONU, la France a été la seule à avoir un sursaut de courage. J’ai longuement expliqué, à l’époque, l’initiative qui a abouti à l’opération Turquoise, c’est-à-dire à l’envoi d’une force internationale, principalement constituée de militaires français. Le gouvernement français a obtenu le feu vert du Conseil de Sécurité par la résolution  n°929 en date du 22 juin 1994. Le Secrétaire d’Etat américain, Warren Christopher, m’a fait personnellement part de son admiration pour cette initiative de la France. Ce que je sais enfin, c’est que l’opération Turquoise s’est exactement déroulée dans les conditions fixées par la résolution des Nations Unies. Elle a permis de sauver des centaines de milliers de vies. Je me souviens de l’accueil que réservaient à nos soldats les réfugiés qui fuyaient les combats opposant le FPR (Front Patriotique Rwandais du colonel Kagamé) et les FAR (Forces Armées Rwandaises). Turquoise a également protégé des dizaines de sites de regroupement de civils tutsis et permis  aux ONG d’accéder en toute sécurité à ces populations. Son mandat n’était en aucune manière de faire la guerre, mais de mener une opération humanitaire, nettement définie dans le temps et dans l’espace. Elle l’a remplie dans des conditions qui font honneur à l’armée française et à notre pays. Jusqu’à ce qu’enfin arrivent sur place les Casques bleus de la MINUAR II, fin août 1994. Tout cela, je l’ai déclaré en détail devant la mission parlementaire sur le génocide du Rwanda qu’a présidée en 1998 M. Paul Quilès. On peut se référer à ses conclusions,  ou , si l’on cherche un texte plus synthétique, à l’article que Paul Quilès a publié le 28 mars 2009 dans le Figaro, sous le titre « Rwanda: cessons de diaboliser la France ». Aujourd’hui, il est utile que la France et le Rwanda dissipent les malentendus et se réconcilient. Il reste nécessaire que les coupables de cet abominable génocide soient poursuivis, traduits en justice et châtiés, où qu’ils se trouvent. Mais il ne serait pas acceptable de ré-écrire une autre Histoire. Alain Juppé (2010)
Procéder à des opérations d’instruction, réaliser une assistance technique militaire en temps de paix ne pose pas de problèmes particuliers en termes de principes. Intervenir sur la base d’un accord de défense ou en vertu d’un engagement politique aux côtés d’un Etat auquel un autre Etat souhaite apporter son soutien dans le cas d’une agression extérieure, ne soulève pas non plus de questions d’ordre éthique. Il s’agit là d’un jeu classique d’alliances exprimant tel ou tel équilibre politique. Que l’agression ne puisse être véritablement caractérisée comme une agression extérieure, que le pays qui la subit soit lui-même auteur ou complice d’exactions graves sur ses propres populations en représailles aux offensives qui le menacent et la situation devient dès lors beaucoup plus complexe. Comment peut-on alors concevoir une aide et un engagement extérieurs qui ne soient pas perçus comme un engagement direct ? Autrement dit, la seule présence militaire française sur le terrain, prolongée après les dernières évacuations des ressortissants français à Ruhengeri fin janvier 1991, ne signifie-t-elle pas, lorsqu’elle devient aussi déterminante sur l’issue des combats, que la France s’est trouvée à la limite de l’engagement direct, même si elle n’a pas participé aux combats aux côtés des FAR, comme le firent pendant quelques jours, en octobre 1990, les forces armées zaïroises ? Paul Quilès (Rapport d’information, 1998)
Dès lors, deux questions se posent : quels sont les moyens de poursuivre le travail de vérité historique, qui ne saurait être la préoccupation de la seule France? Pourquoi la recherche de la vérité est-elle si difficile face à la manipulation? 1)- Depuis 1994, de nombreux travaux ont analysé par le détail le génocide du Rwanda : enquêtes, commissions parlementaires, rapports d’institutions internationales, travaux menés par des ONG et des chercheurs. Il devrait être possible –pourquoi pas sous l’égide de l’ONU- de soumettre l’ensemble de ces documents à l’examen d’une commission constituée de personnalités indépendantes à l’expertise reconnue. Ainsi pourrait être établie, à l’intention des gouvernements et des opinions, une analyse impartiale et incontestable, qui apporterait une contribution essentielle à la réconciliation et à la reconstruction dans la région des Grands Lacs. 2)- Tant qu’un tel travail n’aura pas été réalisé, la manipulation risque de se poursuivre, dans la mesure où elle prend sa source dans la convergence des intérêts : intérêts de ceux qui veulent écrire une histoire du génocide légitimant leur pouvoir ; intérêts de ceux qui aimeraient que leurs responsabilités soient oubliées ou édulcorées. – Parmi les premiers, se trouve le gouvernement rwandais, qui souhaite que soit minorée sa responsabilité dans la déstabilisation de la Région des Grands Lacs depuis son avènement au pouvoir, que ne soit jamais établie son éventuelle implication dans l’attentat contre l’avion d’Habyarimana -élément déclenchant du génocide-, que soit occultée la part de cynisme qui conduisit le FPR à privilégier parfois la logique de l’affrontement à celle de la paix. De ce point de vue, la diabolisation d’une puissance comme la France, dont la présence en Afrique est suffisamment entachée d’erreurs pour que sa condamnation apparaisse vraisemblable, constitue une aubaine dont le gouvernement rwandais use et abuse, sans aucune retenue. – Parmi les seconds, figurent ceux qui n’ont pas pris la mesure des évènements qui se produisaient au Rwanda en 1994 et qui par indifférence, par cynisme ou par intérêt, ont accepté que les Nations Unies retirent une grande partie de leurs forces présentes sur place (la MINUAR) au moment où se déclenchait le génocide, en prenant bien soin de ne jamais qualifier les massacres. Les Etats-Unis sont ici en première ligne, ce qui ne les empêche pas de bénéficier de l’amitié et de la compréhension du gouvernement rwandais. Il est vrai que l’un comme l’autre ne voient que des avantages à ce que la culpabilité de la communauté internationale soit incarnée par la seule France. Paul Quilès
Il est rigoureusement faux que la France ait aidé en quelque manière les auteurs du génocide à préparer leur forfait. Bien au contraire avant mars 1993 (date de prise de fonction du gouvernement Balladur) comme après cette date, notre pays a tout fait pour pousser à la réconciliation des deux camps. Il a efficacement oeuvré à la conclusion des accords d’Arusha qui posaient les bases de cette réconciliation et qui ont été salués positivement par M. Kagamé lui-même. Il est rigoureusement faux que la France n’ait pas dénoncé le déclenchement du génocide en le qualifiant en ces termes même. Mes déclarations publiques en font foi, en mai 1994, au conseil des ministres des affaires étrangères de l’Union Européenne comme à l’Assemblée Nationale. Quand aux accusations portées contre notre Armée, elles sont tout simplement honteuses. Nos soldats ont exécuté strictement la mission qui leur avait été assignée par le gouvernement, en application d’une résolution très précise du Conseil de sécurité des Nations Unies. Ils l’ont fait avec le courage et la discipline qui les caractérisent. Je me souviens de l’accueil enthousiaste que leur ont réservé les centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qu’ils ont protégés. Sans doute subsiste-t-il encore des zones d’ombre sur cette période tragique. Malgré les investigations de l’ONU, de la justice française, de la justice espagnole, on ne sait toujours pas qui sont les auteurs de l’attentat contre l’avion qui transportait le Président Habyarimana et le Président du Burundi le 6 avril 1994 . C ‘est le lendemain de cet attentat qu’ont commencé les massacres de 800 000 Tutsi (et Hutu modérés). En connaître les auteurs serait de première importance pour comprendre l’enchaînement des faits. On peut espérer, comme la mission Quilès, que « la vérité fera peu à peu son chemin. C’est ainsi que le souvenir des victimes du génocide ne se confondra pas avec les intérêts de ceux qui prétendent parler en leur nom ». En attendant que vienne la vérité, on ne peut tolérer la véritable entreprise de falsification historique qui veut faire porter à la France la culpabilité du génocide. La communauté internationale a failli, c’est un fait. Elle a été incapable de prévenir et d’arrêter le génocide. Mais la communauté internationale, ce n’est pas la France seule. C’est le Conseil de sécurité des Nations Unies dont Kofi Annan qui dirigeait alors le Département des Opérations de Maintien de la Paix a décrit plus tard la paralysie. Il écrit: « Les Français ont poussé dès le début des négociations d’Arusha pour qu’une force de l’ONU soit déployée au Rwanda en soutien de l’accord de paix. Hormis côté français, il y avait au début peu d’appétence chez les membres permanents du Conseil de sécurité pour mandater une nouvelle force de maintien de la paix… » Plus loin, il ajoute: « Nous devons reconnaître que le monde a échoué face au mal. La communauté internationale et les Nations Unies n’ont pu mobiliser la volonté politique de l’affronter. » La « communauté internationale » , ce sont aussi les Etats-Unis, très influents dans la région et dont le Président Clinton lui-même a reconnu l’inaction. Ce sont aussi les pays européens dont certains avaient des responsabilités historiques dans la région. La France a été la seule puissance à agir. Il serait aujourd’hui intolérable que nous soyons désignés comme les principaux coupables. J’appelle le Président de la République et le gouvernement français à défendre sans ambiguïté l’honneur de la France, l’honneur de son Armée, l’honneur de ses diplomates. Alain Juppé (2013)
L’implication française est beaucoup plus terrible encore puisqu’elle a été un soutien logistique à l’armée d’Habyarimana. Il semble que même après le début du génocide, l’armée française – ou au moins une partie parce que ce n’est pas sûr que cela ait été décidé en haut lieu – ait continué à fournir des armes aux tueurs. (…) L’armée française a également installé la "zone turquoise". C’était une décision politique prise dans les bureaux de François Mitterrand. Cette zone a été instaurée dans la région ouest du pays pour permettre pendant deux mois, mi-juin jusqu’à mi-août, à la communauté hutue de s’échapper et donc de protéger en son sein – toute la communauté n’était pas meurtrière – des génocidaires qui s’y cachaient. Jean Hatzfeld
Les puissances occidentales aimeraient que le Rwanda soit un pays ordinaire, comme si rien ne s’était passé, ce qui présenterait l’avantage de faire oublier leurs propres responsabilités, mais c’est impossible. Prenez le cas de la France. Vingt ans après, le seul reproche admissible à ses yeux est celui de ne pas en avoir fait assez pour sauver des vies pendant le génocide. C’est un fait, mais cela masque l’essentiel : le rôle direct de la Belgique et de la France dans la préparation politique du génocide et la participation de cette dernière à son exécution même. Interrogez les rescapés du massacre de Bisesero en juin 1994 et ils vous diront ce que les soldats français de l’opération Turquoise y ont fait. Complices certes, à Bisesero comme dans toute la zone dite “humanitaire sûre”, mais aussi acteurs.  (…) Nous verrons ce qu’il adviendra de cette condamnation en appel. Pour le reste, je ne pense pas qu’il s’agisse là d?une évolution particulièrement positive. Pour un criminel condamné après vingt ans, combien la justice française en a-t-elle escamoté ? Nous ne sommes pas dupes de ce petit jeu. On nous présente cette sentence comme un geste, presque comme une faveur de la France à l?égard du Rwanda, alors que c?est le rôle de la France dans le génocide qu?il conviendrait d’examiner. Paul Kagamé
Si l’opération Turquoise a permis par endroits de sauver des vies, elle a ailleurs, comme à Bisesero, du 27 au 30 juin, laissé les tueurs finir librement leur besogne. Elle a créé un véritable sanctuaire, défendu militairement, dans lequel les responsables du génocide ne pouvaient être inquiétés, puis elle a organisé leur fuite vers le Zaïre. Continuez-vous à prétendre, M. Juppé, contre l’évidence des faits, que l’État français s’est opposé à la passivité de l’ONU devant le génocide des Tutsi ? Et que l’opération Turquoise n’était qu’une opération humanitaire, dont le but était de lutter contre ce génocide ? (…) Vingt ans après, alors que notre justice vient pour la première fois de juger, et de déclarer coupable de génocide, un Rwandais séjournant en France, n’est-il pas grandement temps d’oser regarder le passé en face ? Nous souhaitons que l’État qui nous représente ait la dignité de reconnaître ses erreurs. C’est la seule attitude qui puisse nous paraître respectable, aujourd’hui, devant la souffrance immense générée par le génocide des Tutsi. Le mandat que vous aviez à l’époque, les décisions que vous avez prises, la manière dont vous les avez défendues jusqu’à présent, font de vous un acteur majeur de la politique française au Rwanda. Les mensonges de ceux qui nous gouvernaient en 1994, concernant l’aide fournie à la réalisation du génocide des Tutsi, nous concernent au plus haut point. Votre discours, qui entre en contradiction avec les faits avérés, pourrait être qualifié de révisionniste. Il nous paraît inacceptable qu’un homme tenant des propos sur un génocide visant à tromper ses concitoyens puisse représenter la population bordelaise. C’est également notre dignité qui est en jeu ! Nous vous invitons donc, encore une fois, à répondre avec clarté et honnêteté aux questions que nous vous posons. Lettre ouverte à M. Juppé
La classe politique française n’est pas particulièrement connue pour sa capacité à admettre ses erreurs. Nos politiciens se sentent au dessus de toute repentance. La particularité réside aussi dans le fait que le génocide s’est produit en période de cohabitation entre le gouvernement d’Edouard Balladur et le président François Mitterrand. C’est donc un cas spécial où il n’existe pas de clivage gauche-droite. Pourtant sans le soutien de Paris au régime du président Juvénal Habyarimana, le génocide n’aurait jamais pu avoir lieu. La France a fourni un parapluie militaire en repoussant les offensives du Front Patriotique Rwandais. Sans cet appui, le régime de l’époque n’aurait jamais eu le temps de préparer la tentative d’extermination de la population Tutsi. D’un autre coté, les militaires français présents au Rwanda étaient hautement qualifiés, je ne vois pas comment ils n’auraient pas été au courant de ce qui se tramait. Pour moi la connivence est évidente, les Français savaient qu’il y avait un génocide en préparation. Jean-François Dupaquier (journaliste, écrivain et témoin expert au Tribunal Pénal International pour le Rwanda)
Je crois que l’aide militaire de la France est progressivement devenue plus active sous forme de conseils, d’assistance, d’instructions aux Forces armées rwandaises (FAR). Il y a eu, en effet, une sorte de cobelligérance. Quand l’armée française a participé à l’élaboration de plans de bataille. Elle a même envoyé des conseillers pour instruire les FAR au maniement de matériels sophistiqués. Est-ce qu’il y a eu même des engagements directs ? Un journaliste, correspondant de guerre d’un journal de l’est-africain, m’a dit avoir vu aux jumelles des blancs avec les FAR aux combats. Les militaires du FPR lui ont dit que c’étaient des Français, mais il n’a pas pu les approcher. L’imbrication de l’armée française avec l’armée rwandaise est incontestable. (…) Selon moi, un pays se grandit quand il reconnait ses erreurs et ses fautes. Je n’ai pas changé. Le rapport fait état de "fautes d’appréciations". Il y a des erreurs telles qu’il n’est pas impensable de les qualifier de fautes. C’était la première fois dans l’Histoire de la Ve république que le législatif contrôlait l’exécutif dans le domaine réservé de la défense ! Pierre Brana (co-rapporteur de la Mission d’information parlementaire sur le Rwanda)
Depuis 20 ans, les travaux de nombreux chercheurs, journalistes, juristes, organisations de la société civile et des rescapés et de leurs familles, ont démontré l’implication française dans le dernier génocide du XXe siècle. Des procédures judiciaires sont en cours, mettant potentiellement en cause des Français (enquête sur l’attentat contre l’avion du président rwandais, plaintes de rescapé-e-s tutsi contre des militaires français, plainte contre Paul Barril ex-gendarme de l’Elysée). Mais l’Etat français continue de nier son rôle et met un frein à la justice, en dissimulant un grand nombre de documents officiels, tels que les archives sur les opérations militaires françaises au Rwanda, ou les archives de l’Elysée non expurgées. Si les autorités politiques et militaires françaises n’avaient rien à se reprocher, comme elles ne cessent de l’affirmer, pourquoi refuseraient-elles de rendre publics ces documents ? Survie

En ce triste 20e anniversaire du début du dernier génocide du XXe siècle …

Dont, par l’indélicatesse du président rwandais, la France va se voir priver

Comment ne pas s’étonner du refus continué dudit gouvernement français …

D’ouvrir les archives qui pourraient enfin démontrer à la face du monde …

Qu’aucun de ses dirigeants politiques et militaires de l’époque n’ont aidé en quelque manière les génocidaires ?

Génocide des Tutsi au Rwanda : levons le secret défense sur le rôle de la France

2,739 signatures. Atteignons 3,000
Pourquoi c’est important

C’est maintenant ou jamais : avec le triste anniversaire approchant, François Hollande et Jean-Yves le Drian doivent briser la loi du silence et nous devons nous mobiliser pour obtenir la vérité.

En 1994, le génocide des Tutsi au Rwanda a fait entre 800 000 et 1 million de victimes, massacrées pour la seule raison qu’elles étaient tutsi ou opposées au génocide. Des dirigeants politiques et militaires français ont apporté leur soutien aux génocidaires avant, pendant et après le génocide.

20 ans après, toute la lumière doit être faite sur la politique de la France au Rwanda.

Depuis 20 ans, les travaux de nombreux chercheurs, journalistes, juristes, organisations de la société civile et des rescapés et de leurs familles, ont démontré l’implication française dans le dernier génocide du XXe siècle. Des procédures judiciaires sont en cours, mettant potentiellement en cause des Français (enquête sur l’attentat contre l’avion du président rwandais, plaintes de rescapé-e-s tutsi contre des militaires français, plainte contre Paul Barril ex-gendarme de l’Elysée).

Mais l’Etat français continue de nier son rôle et met un frein à la justice, en dissimulant un grand nombre de documents officiels, tels que les archives sur les opérations militaires françaises au Rwanda, ou les archives de l’Elysée non expurgées. Si les autorités politiques et militaires françaises n’avaient rien à se reprocher, comme elles ne cessent de l’affirmer, pourquoi refuseraient-elles de rendre publics ces documents ?

Considérant qu’il est urgent et indispensable de faire avancer la justice, et que les citoyen-ne-s français-e-s, les rescapé-e-s et les familles des victimes ont le droit de connaître toute la vérité, nous demandons pour le 20e anniversaire du génocide la déclassification et la publication de tous les documents se rapportant à l’action de la France au Rwanda de 1990 à 1994 dans ses volets diplomatiques, militaires, politiques, et financiers.

En savoir plus :

Le Monde

http://www.lemonde.fr/international/article/2010/07/30/des-documents-francais-sur-le-genocide-rwandais-ne-seront-pas-declassifies_1394124_3210.html

Le Nouvel Observateur

http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20140207.OBS5581/rwanda-une-barbouze-francaise-au-c-ur-du-genocide.html

Survie

http://survie.org/genocide

Voir aussi:

Rwanda : respect de la mémoire] Lettre ouverte à Alain Juppé

Communiqué de presse
avril 2014

Monsieur Alain Juppé,

Nous, habitants de Bordeaux, et citoyens attentifs au respect de la mémoire des victimes du génocide des Tutsi au Rwanda, constatons que depuis 20 ans vous tenez, concernant ce crime, un discours qui entre en contradiction avec la réalité des faits. Il suscite de graves interrogations sur votre rôle à l’époque, ainsi que sur celui de notre État, auxquelles nous vous invitons à répondre.

Vous étiez ministre des affaires étrangères d’avril 1993 à avril 1995. Au cours de cette période, au Rwanda, se mettait en place et se réalisait un génocide : en 1994, il y a 20 ans, plus de 800 000 personnes furent assassinées pour la seule raison que la mention Tutsi figurait sur leurs cartes d’identité. Les forces armées rwandaises (FAR) et les milices civiles réalisèrent les massacres. Ce crime, organisé et rapide, dura 3 mois !

L’État français, jusqu’en 1994, était particulièrement proche des autorités rwandaises. La présence militaire sur place est un des aspects les plus visibles de cette proximité : de 1990 à la fin du génocide, 3 opérations françaises se déployèrent au Rwanda, et il n’y eut que quelques mois au cours desquels notre armée ne fut pas présente en nombre sur le territoire de ce petit pays. Depuis 20 ans, des historiens, des écrivains, des journalistes, des associations, ainsi que des organisations internationales (1), accusent les autorités françaises d’avoir une responsabilité coupable dans la réalisation du génocide, ou d’avoir été complices de celui-ci.

Environ 10 ans après les faits, des responsables politiques français commencèrent à parler "d’erreur criminelle" (B. Kouchner), puis "d’aveuglement" (N. Sarkozy), pour qualifier les décisions prises par notre État à cette époque (2). Mais votre position est toute autre. Selon vous, la France n’a rien à se reprocher, bien au contraire. Vos arguments sont clairs, vous les développez par exemple sur votre blog, dans un article mis en ligne le 1er mars 2010.

Concernant les accusations dirigées contre vous, vous vous contentez de les balayer d’un revers de la main, au seul motif qu’elles ne seraient "évidemment qu’un tissu d’allégations mensongères". Mais lorsque vous exposez votre vision des événements, force est de constater que vous omettez et contredisez des faits avérés, afin de produire un discours dédouanant les dirigeants français de toute responsabilité.

Selon vous, M. Juppé, "le gouvernement français a tout fait pour réconcilier le gouvernement du président Habyarimana, légalement élu, et le leader du front patriotique rwandais (FPR)", "bref le processus de paix semblait bien engagé… jusqu’à l’attentat du 6 avril 1994 qui a évidemment ruiné les efforts de la diplomatie française.".

Vous offrez, en quelques phrases, un vernis démocratique au régime de Juvénal Habyarimana, arrivé en pouvoir en 1973 par un coup d’état, et vous légitimez ainsi l’aide que lui offraient les autorités françaises. Mais vous fermez les yeux sur tous les éléments qui montraient la préparation du génocide : le massacre des Bagogwe en 1991 ; celui des Tutsi dans le Bugesera, dans la région de Kibuye et dans le nord-ouest en 1992 et 1993 ; ainsi que les nombreux rapports, français (3) et internationaux, qui en attestent. Les plus notables, publiés en 1993, sont celui de 4 ONG (4), dont la FIDH, et celui de la commission des droits de l’Homme de l’ONU (5). Ils interrogent déjà sur la possibilité de qualifier ces massacres de génocide. Ils démontrent également qu’ils sont encadrés par les autorités administratives et l’armée rwandaise, à une époque où les forces militaires françaises collaborent étroitement avec celles-ci.

Devant la multitude de ces voyants rouges (6), n’aurait-il pas été de votre devoir de dénoncer les crimes du régime et d’appeler à suspendre notre coopération, plutôt que de les camoufler derrière le paravent des accords d’Arusha ?

Ce processus de paix, bien engagé selon vous, était pourtant qualifié par le président Habyarimana de "chiffon de papier" (7). Pouviez-vous réellement ignorer que l’État français enfreignait ses clauses, notamment en poursuivant les fournitures d’armes au régime raciste de Kigali bien après sa signature définitive (le 04 août 1993) : la Mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda (MINUAR) intercepta, sur l’aéroport de la capitale, une livraison en janvier 1994 (8) ; selon Edouard Balladur, la dernière autorisation d’exportation de matériel de guerre date du 6 avril (9) ? Enfin, et c’est beaucoup plus grave, Human Rights Watch révèle, après une enquête menée en 1995, qu’au moins 5 livraisons d’armes en provenance de la France et à destination des forces génocidaires ont eu lieu via l’aéroport de Goma, à la frontière zaïroise (10). Elles s’effectuèrent après le 17 mai, alors que plus personne ne pouvait ignorer qu’un génocide était en cours, et que l’ONU venait de décréter un embargo sur les armes.

Les témoignages qui étayent ces conclusions sont-ils tous, eux aussi, mensongers ? Vous admettiez pourtant, durant le génocide, ne pas connaître les décisions de l’Élysée concernant les ventes d’armes (11). N’est-ce pas plutôt ces dernières qui ruinèrent les efforts de la diplomatie française, si ces efforts ont existé ? Et l’État français ne doit-il pas se reprocher cette aide aux génocidaires ? Par ailleurs, vous écrivez : "loin de se taire sur tout ce qui s’est alors passé au Rwanda, le gouvernement français a, par ma voix, solennellement dénoncé le génocide dont des centaines de milliers de Tutsis étaient les victimes.". C’est vrai, vous avez dénoncé le génocide, et vous étiez le premier responsable politique français à le faire, à un moment où il devenait impossible de nier son existence, et où l’État devait corriger sa position. C’était le 16 mai 1994, cinq semaines après le début des massacres, alors que certains médias français employèrent le mot de génocide dès le 11 avril (12), et que l’ordre d’opération d’Amaryllis (13), daté du 8 avril, mentionnait que "les membres de la garde présidentielle ont mené […] l’arrestation et l’élimination des opposants et des Tutsis". Les autorités françaises savaient. Elles étaient les mieux placées pour connaître exactement ce qui se passait au Rwanda, bien avant le 16 mai.

Mais quand, devant l’évidence des faits, vous dénoncez les responsables des massacres, c’est pour mieux mentir sur leur chronologie en prétendant, le 18 mai à l’assemblée nationale, qu’ils sont la conséquence d’une nouvelle attaque du FPR (14). Or le FPR, en 1994, n’est intervenu qu’après le début du génocide (15), et il était la seule force sur place à mettre fin à celui-ci. Présenter les choses comme vous le faisiez, n’était-ce pas une manière de détourner les accusations qui visaient ses véritables auteurs ?

De plus, le 16 juin, dans une tribune accordée au journal Libération (16), vous parlez des "responsables de ces génocides" au Rwanda, au pluriel, laissant entendre qu’il y aurait eu un second génocide, commis par une autre partie que vous ne nommez pas. Cette thèse, que plus personne n’ose sérieusement soutenir aujourd’hui, permettait de dédouaner les responsables des tueries, en prétendant qu’ils ne faisaient que se défendre… Vous repreniez ainsi l’argument qu’employaient les génocidaires pour exterminer la population civile Tutsi. Quels éléments pouvaient être suffisants pour vous permettre d’évoquer un second génocide, alors que le rapport de l’ONU d’août 1993 (17) ne vous avait, lui, pas alerté ? Oseriez-vous encore, M. Juppé, laisser entendre qu’en 1994 plusieurs génocides étaient commis au Rwanda ?

Nous l’avons vu, les autorités françaises connaissaient la nature et l’ampleur des massacres, dès le commencement de ceux-ci (18). Pouviez-vous ignorer qu’un génocide était en cours lorsque vous receviez à Paris, le 27 avril, le ministre des affaires étrangères du gouvernement intérimaire rwandais, ainsi que l’idéologue extrémiste Jean-Bosco Barayagwiza ? Ce dernier est l’un des fondateurs de la RTLM, la radio appelant aux tueries, qui fut un outil fondamental du génocide (19). Il a été condamné à 32 ans de prison par le Tribunal Pénal International pour le Rwanda. La réception de ces personnes au Quai d’Orsay, mais aussi à l’Élysée et à Matignon, "rendait le génocide respectable", pour employer les mots de l’historienne Alison Des Forges (20). La Belgique et les USA leur avaient fermé leurs portes, la France fut le seul pays occidental à traiter avec eux.

Cette réception, M. Juppé, vous la taisez. Vous ne pouvez pas même la justifier par une condamnation verbale des responsabilités portées par vos hôtes. Celle-ci n’a pas existé… Vous écrivez enfin "Ce que je sais, c’est que la communauté internationale a fait preuve d’une passivité, voire d’un "aveuglement" scandaleux. […] le conseil de sécurité a été incapable de prendre la moindre décision… sauf celle de ramener les effectifs de la MINUAR de 2548 à 270 hommes (21 avril 1994)" ; "Devant la carence de la communauté internationale […], la France a été la seule à avoir un sursaut de courage. J’ai longuement expliqué, à l’époque, l’initiative qui a abouti à l’opération Turquoise".

Là encore, vous contredisez les faits. La France ne s’est nullement opposée à la passivité de la communauté internationale que vous dénoncez. Elle y a participé, en votant la résolution 912 du conseil de sécurité de l’ONU, réduisant l’effectif de la MINUAR à 270 hommes, le 21 avril 1994, 14 jours après le début du génocide. Vous avez vous même déclaré, lors du conseil des ministres restreint du 13 avril 1994, être favorable à la suspension de la MINUAR (21), à un moment où le pire pouvait encore être évité. Ce n’est que dans un second temps, au mois de juin, alors que le génocide touche à sa fin, que l’État français prend la décision d’intervenir. Ce n’est pas un moment anodin : Kigali menace de tomber aux mains du FPR, qui s’oppose militairement aux forces armées rwandaises et stoppe l’extermination des Tutsi.

Faut-il rappeler que l’opération Turquoise, qualifiée d'"humanitaire", était lourdement armée (22) et composée en grande partie de l’élite des forces spéciales (23) ? Et que la France a imposé unilatéralement, sans l’accord du conseil de sécurité, une "zone humanitaire sûre" dans laquelle les tueurs ne seront pas désarmés, les responsables ne seront pas arrêtés, et depuis laquelle la RTLM, qui appelait aux massacres, pourra continuer à émettre sans souffrir de tentative de brouillage ni de neutralisation (24) ?

Les forces françaises avaient pourtant le devoir d’interrompre le génocide et d’arrêter les coupables, notamment à partir du 28 juin, date de sa reconnaissance par l’ONU : la France est signataire de la Convention de 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide, et l’opération "humanitaire", placée dans le cadre du chapitre VII (25) de la charte de l’ONU, pouvait recourir à "tous les moyens nécessaires pour atteindre les objectifs humanitaires énoncés" (26). Mais les objectifs militaires sur place étaient tout autre, comme en témoignent des propos d’officiers (27), ainsi que l’ordre d’opération de Turquoise appelant à inciter les autorités locales à rétablir leur autorité (28). Il s’agit bien ici des autorités qui ordonnaient et organisaient le génocide !

Si l’opération Turquoise a permis par endroits de sauver des vies, elle a ailleurs, comme à Bisesero, du 27 au 30 juin, laissé les tueurs finir librement leur besogne (29). Elle a créé un véritable sanctuaire, défendu militairement, dans lequel les responsables du génocide ne pouvaient être inquiétés, puis elle a organisé leur fuite vers le Zaïre (30).

Continuez-vous à prétendre, M. Juppé, contre l’évidence des faits, que l’État français s’est opposé à la passivité de l’ONU devant le génocide des Tutsi ? Et que l’opération Turquoise n’était qu’une opération humanitaire, dont le but était de lutter contre ce génocide ?

Aux premiers jours du génocide, les extrémistes hutu se retrouvaient à l’ambassade de France. Les discussions devant aboutir à la formation du gouvernement génocidaire s’y tinrent en partie, avec la participation de l’ambassadeur J.-M. Marlaud, donc sous votre responsabilité directe (31). Durant la même période, tout près de l’ambassade, Madame Agathe Uwilingiyimana, première ministre dite hutu modérée, favorable aux accords de paix, se faisait assassiner, comme beaucoup des responsables politiques partageant ses opinions. Vous n’avez jamais eu un mot pour dénoncer ces assassinats ! Mais vous avez traité, comme nous l’avons vu, avec le gouvernement génocidaire, le reconnaissant de fait et lui offrant la caution de la France.

En 1998, lors de votre audition par la mission d’information parlementaire, vous avez évoqué ces faits par un euphémisme particulièrement surprenant, parlant du "départ des hutus modérés" (32). Plus qu’une maladresse, n’était-ce pas là, encore une fois, une manière de dédouaner les criminels avec qui vous traitiez, et de refaire le passé ?

Vingt ans après, alors que notre justice vient pour la première fois de juger, et de déclarer coupable de génocide, un Rwandais séjournant en France, n’est-il pas grandement temps d’oser regarder le passé en face ? Nous souhaitons que l’État qui nous représente ait la dignité de reconnaître ses erreurs. C’est la seule attitude qui puisse nous paraître respectable, aujourd’hui, devant la souffrance immense générée par le génocide des Tutsi.

Le mandat que vous aviez à l’époque, les décisions que vous avez prises, la manière dont vous les avez défendues jusqu’à présent, font de vous un acteur majeur de la politique française au Rwanda. Les mensonges de ceux qui nous gouvernaient en 1994, concernant l’aide fournie à la réalisation du génocide des Tutsi, nous concernent au plus haut point. Votre discours, qui entre en contradiction avec les faits avérés, pourrait être qualifié de révisionniste. Il nous paraît inacceptable qu’un homme tenant des propos sur un génocide visant à tromper ses concitoyens puisse représenter la population bordelaise. C’est également notre dignité qui est en jeu ! Nous vous invitons donc, encore une fois, à répondre avec clarté et honnêteté aux questions que nous vous posons.

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Signataires :

AUBRY Patrick, réalisateur, Pessac
BOURREAU Pierre, chercheur en informatique, Bordeaux
CATTIER Emmanuel, Commission d’Enquête Citoyenne pour la vérité sur l’implication française dans le génocide des Tutsi
CLARKE Bruce, plasticien
COURTOUX Sharon, membre fondateur de l’association Survie
DELTOMBE Thomas, éditeur et journaliste
DIA Thierno I., analyste de l’image, Bordeaux
DIOP Boubacar Boris, écrivain
FANON MENDES FRANCE Mireille, membre de la Fondation Frantz Fanon
GALABERT Jean-Luc, psychologue
GAUTHIER Alain, président du CPCR
GODARD Marie Odile, maître de conférences en psychologie à Amiens
GOUTEUX Bruno, journaliste et webmaster
GRANDCHAMP Simon, ingénieur, Bordeaux
GRENIER Etienne, avocat, Bordeaux
HANNA Gilbert, syndicaliste et journaliste à la clé des ondes, Bordeaux
KAYIMAHE Vénuste (rwandais et rescapé, écrivain, employé au Centre d’échanges culturels franco-rwandais à Kigali de 1975 à 2000)
LAINÉ Anne, cinéaste, présidente d’Appui Rwanda
DE LA PRADELLE Géraud, professeur émérite
LE COUR GRANDMAISON Olivier, universitaire
LEMOINE Benoît, président de Survie Gironde, Bordeaux
MABON Armelle, historienne
MESTRE Claire, médecin et anthropologue, Bordeaux
MOREL Jacques, auteur de La France au cœur du génocide des Tutsi
MUGICA Romain, psychologue, Gradignan
MUKANTABANA Adélaïde, Rwandaise et rescapée, Bègles
NDIAYE Abdourahmane, économiste, Bordeaux
NONORGUES Marie-Paule, avocate, Bordeaux
LES OGRES DE BARBACK, artistes
OUEDRAOGO Dragoss, anthropologue, cinéaste, réalisateur, Bordeaux
PETITDEMANGE Cécile, étudiante à Sciences Po Bordeaux
ROBERT Nicolas, infirmier, Bordeaux
DE SAINT-EXUPÉRY Patrick, auteur de L’inavouable, la France au Rwanda (Ed. des Arènes, 2004), Complices de l’inavouable, la France au Rwanda (Ed. des Arènes, 2009), La fantaisie des Dieux, Rwanda 94 (Récit graphique en bd, avec Hippolyte, Ed. des Arenes, 2014)
SITBON Michel, éditeur et journaliste
SOW Cheikh, militant d’éducation populaire et artiste, Bègles
TARRIT Fabrice, président de Survie
TOBNER Odile, ancienne présidente de Survie
TOULABOR Comi, directeur de recherche à Sciences Po Bordeaux
TRYO, artistes

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Notes :

1. Parmis lesquels : Marcel Kabanda, Jean-Pierre Chrétien, Alison Des Forges, Gérard Prunier, Catherine Coquery-Vidrovitch (historiens), Colette Braeckman, Patrick de Saint-Exupéry, Jean-François Dupaquier, Laure de Vulpian (journalistes), Boubacar Boris Diop, Jacques Morel (écrivains), FIDH, Human Rights Watch, Survie, etc.

2. Auparavant les USA, par les voix de B. Clinton et M. Albright, ont reconnu leurs erreurs et présenté des excuses, le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan a exprimé ses regrets, le Premier ministre belge G. Verhofstadt a déclaré "au nom de mon pays et de mon peuple, je demande pardon".

3. Par exemple l’ambassadeur français à Kigali Georges Martres adresse, le 15 octobre 1990, au Quai d’Orsay un télégramme où il utilise les termes de "génocide" et d'"élimination totale des Tutsi" : " [la population rwandaise d'origine tutsi] compte encore sur une victoire militaire, grâce à l’appui en hommes et en moyens venus de la diaspora. Cette victoire militaire, même partielle, lui permettrait, d’échapper au génocide." En 1998, G. Martres déclare à la Mission d’Information Parlementaire : "Le génocide était prévisible dès cette époque [fin 1990]". L’attaché de défense à Kigali, le colonel R. Galinié, écrit dans un message envoyé à Paris le 24 octobre 1990 l’éventualité de "l’élimination physique à l’intérieur du pays des Tutsis, 500 000 à 700 000 personnes, par les Hutus, 7 millions d’individus…"

4. Rapport de la Commission internationale d’enquête sur les violations des Droits de l’homme au Rwanda depuis le 1er octobre 1990 ; (7-21 janvier 1993) réalisé par la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (Paris), Africa Watch (une division de Human Rights Watch, New York), l’Union Inter-Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, (Ouagadougou), le Centre International des Droits de la Personne et du Développement Démocratique (Montréal). Mars 1993. Dans ses conclusions, la Commission aborde directement la question du génocide : "Les témoignages prouvent que l’on a tué un grand nombre de personnes pour la seule raison qu’elles étaient Tutsi. La question reste de savoir si la désignation du groupe ethnique "Tutsi" comme cible à détruire relève d’une véritable intention, au sens de la Convention, de détruire ce groupe ou une part de celui-ci "comme tel. [...] La Commission estime que, quoi qu’il en soit des qualifications juridiques, la réalité est tragiquement identique : de nombreux Tutsis, pour la seule raison qu’ils appartiennent à ce groupe, sont morts, disparus ou gravement blessés et mutilés ; ont été privés de leurs biens ; ont dû fuir leur lieu de vie et sont contraints de se cacher ; les survivants vivent dans la terreur." http://cec.rwanda.free.fr/documents/doc/RapportMars93/ComIntMars93.pdf J. Carbonare, l’un des membres de cette commission déclare le 28 janvier 1993 au journal de 20h de France 2 : "Ce qui nous a beaucoup frappé au Rwanda, c’est à la fois l’ampleur, la systématisation, l’organisation même, de ces massacres. […] Il y a un mécanisme qui se met en route […] On a parlé de purification ethnique, de génocide, de crimes contre l’humanité […] nous insistons beaucoup sur ces mots". Vidéo visible ici :

http://survie.org/genocide/il-y-a-vingt-ans/article/il-y-a-20-ans-le-genocide-des

5. Rapport présenté par M. Waly Bacre Ndiaye, rapporteur spécial, sur la mission qu’il a effectué au Rwanda du 8 au 17 avril 1993. Août 1993. Le Rapporteur Spécial de l’ONU soulève explicitement la question de savoir si les massacres peuvent être qualifiés de génocide : "Il ressort très clairement des cas de violences intercommunautaires portés à l’attention du Rapporteur spécial que les victimes des attaques, des Tutsi dans l’écrasante majorité des cas, ont été désignés comme cible uniquement à cause de leur appartenance ethnique, et pour aucune autre raison objective. On pourrait donc considérer que les alinéas a) et b) de l’article II [qui porte définition du génocide dans la convention de 1948] sont susceptibles de s’appliquer […]" http://survie.org/IMG/pdf/rapport-Bacre-Ndiaye-Rwanda-1993.pdf

6. Auxquels s’ajoutent : l’article de l’historien J.-P. Chrétien dénonçant en mars 1993 dans la revue Esprit "un dévoiement tragique vers un génocide", le fax du général R. Dallaire (MINUAR) du 11 janvier 1994, transmis le lendemain à l’ambassade de France, et démontrant la préparation des massacres.

7. Alison Des Forges, Aucun témoin ne doit survivre. Le génocide au Rwanda. Karthala, Human Rights Watch, Fédération internationale des Droits de l’homme, avril 1999.

8. La France a livré des armes dans la nuit du 21 au 22 janvier 1994 : "Un DC-8 français transportant un chargement d’armes comprenant 90 caisses de mortiers de 60 mm, fabriqués en Belgique mais provenant de France, atterrit en secret dans la nuit. La MINUAR découvrit ce chargement qui violait les termes des accords d’Arusha, et plaça les armes sous la garde conjointe de la MINUAR et de l’armée rwandaise." (Alison Des Forges, cf. note 7). La mission d’information parlementaire relève que "le dernier agrément délivré par la CIEEMG [Commission interministérielle d'étude des exportations de matériel de guerre, à laquelle participe le ministère des affaires étrangères] concernant des ventes de matériels de guerre au Rwanda remonte au 20 janvier 1994". Elle relève également 6 Autorisations d’Exportation de Matériels de Guerre en 1994, dont une de 50 mitrailleuses en date du 22 avril ! Ce sont 6 livraisons d’armes officielles en violation des accords de paix.

9. Edouard Balladur, L’opération Turquoise : courage et dignité, Le Figaro, 23 août 2004.

10. Rapport HRW, Rwanda/Zaire, Réarmement dans l’impunité. Le soutien international aux perpétrateurs du génocide rwandais, mai 1995 : "Certaines livraisons d’armes à Goma parmi les premières après le 17 mai étaient des envois du gouvernement français pour les FAR. " et plus loin : " le consul français [en réalité officiellement pro-consul] a signalé d’autres livraisons d’armes à l’aéroport de Goma pour les FAR de mai à juillet, provenant d’autres sources que le gouvernement français. ([...] Il a ajouté [...] qu’elles pourraient provenir de marchands d’armes français opérant à titre privé. Les ventes d’armes, même par des sociétés privées, doivent être autorisées par le gouvernement français.)"

11. Le 12 juin 1994, le président et la directrice des opérations de MSF, P. Biberson et B. Vasset, rencontrent A. Juppé et lui demandent : "On dit qu’il y a des livraisons d’armes au gouvernement rwandais ou au gouvernement intérimaire ou au gouvernement en fuite, est-ce qu’il est exact que la France continue des livraisons d’armes à Goma ?" A. Juppé répond : "Écoutez, tout ça c’est très confus, il y avait effectivement des accords de coopération ou de défense avec le gouvernement, il y a peut-être eu des reliquats, mais en ce qui concerne mes services, je peux vous dire que depuis fin mai il n’y a certainement plus aucune livraison d’armes au régime Habyarimana"" Mais en même temps, il dit en regardant de l’autre côté de la Seine, donc vers l’Élysée : "Mais ce qui peut se passer là-bas, moi je n’en sais rien." L. Binet, Génocide des Rwandais Tutsis, Médecins sans Frontières, 2003

12. Le 11 avril 1994 J.-P. Ceppi parle dans Libération du "génocide des Tutsis de Kigali" et M. Mukabamano, journaliste à RFI, déclare au Parisien : "C’est un véritable génocide" ; le 19 avril Human Rights Watch informe le président du Conseil de sécurité que les massacres en cours au Rwanda constituent "un génocide" ; le 24 avril L’ONG Oxfam parle de "génocide", etc.

13. Lors de l’opération Amaryllis du 9 au 14 avril, 1 464 militaires français du 1er, 3e, 8e RPIMa et du COS, évacuent exclusivement les ressortissants européens et des extrémistes Hutus. Les militaires ont reçu l’ordre de ne pas réagir aux massacres. L’historien Gérard Prunier écrit : "quelques Tutsi réussissent à embarquer à bord de camions en route pour l’aéroport : ils doivent descendre des véhicules au premier barrage de la milice et ils sont massacrés sous les yeux de soldats français ou belges qui, conformément aux ordres, ne réagissent pas.". Le rapport de la Mission d’information parlementaire française de 1998 conclus : "Il semble donc [...] que le traitement accordé à l’entourage de la famille Habyarimana ait été beaucoup plus favorable que celui réservé aux employés tutsis dans les postes de la représentation française – ambassade, centre culturel, Mission de coopération"

14. "Face à l’offensive du front patriotique rwandais, les troupes gouvernementales rwandaises se sont livrées à l’élimination systématique de la population tutsie, ce qui a entraîné la généralisation des massacres.". SECONDE SESSION ORDINAIRE DE 1993-1994 (4e SÉANCE) COMPTE RENDU INTÉGRAL, 2° séance du mercredi 18 mai 1994. JO de la République Française, débats parlementaires, assemblée nationale, 19 mai 1994.

15. Audition du Colonel Balis (MINUAR) : "Le 7 avril, vers 9 h 30 m et 11 h 30 m, j’ai pu convaincre le FPR de rester dans son cantonnement, mais une colonne du FPR est malgré tout sortie vers 16 h 30 m. Ils ont alors créé une zone de sécurité." Sénat de Belgique – commission des affaires étrangères : Commission d’enquête parlementaire concernant les événements du Rwanda 1-611/(7-15) 1997/1998. Sénat belge, 6 décembre 1997.

16. A. Juppé, "Point de vue" Intervenir au Rwanda, Libération, 16 juin 1994 : "La France n’aura aucune complaisance à l’égard des assassins ou de leurs commanditaires. La France, seul pays occidental représenté au niveau ministériel à la session extraordinaire de la Commission des droits de l’homme à Genève, exige que les responsables de ces génocides soient jugés".

17. Voir note 5.

18. Voir notes 6 et 13.

19. On pouvait y entendre, entre autres appels aux massacres : "bonjour, je suis un petit garçon de huit ans. Est-ce que je suis assez grand pour tuer un tutsi ? Réponse de l’animateur : comme c’est mignon ! Tout le monde peut le faire, tu sais." J.-P. Chrétien, Rwanda, les médias du génocide. Ed. Karthala, 2002.

20. Voir note 7.

21. A. Juppé : "Aux Nations-Unies, le Secrétaire général doit rendre demain son rapport. Trois solutions sont envisageables : le maintien de la MINUAR, sa suspension avec le maintien éventuel d’un contingent symbolique ou un retrait total. Les Belges sont favorables à une suspension et c’est aussi mon avis." Conseil restreint du 13 avril 1994. Document disponible ici :

http://www.francerwandagenocide.org/documents/ConseilRestreint13avril1994.pdf

22. Figurent sur la liste officielle déclarée à l’ONU : 8 avions Mirage, 12 automitrailleuses, 6 mortiers lourds. Auxquels s’ajoutent des avions Mirage IV-P, des hélicoptères de combat Gazelle, etc. G. Prunier, conseiller au ministère de la Défense en 1994, écrit : "la puissance de feu prévue par les forces françaises semble disproportionnée pour une mission humanitaire", Rwanda : le génocide. Dagorno, 1997.

23. Turquoise est composée notamment d’officiers et soldats : du Commandement des Opérations Spéciales (qui réunit des spécialistes de l’action et du renseignement sous l’autorité directe du chef d’état-major des armées), du 1er régiment de parachutistes d’infanterie de marine (forces spéciales), du GIGN et de L’EPIGN (Escadron parachutiste de la gendarmerie nationale), du 3e Régiment d’infanterie et de chars de marine (RICM), du 11e Régiment d’artillerie de marine), de la Légion étrangère, du 2e Régiment étranger d’infanterie, du commando de marine, de spécialistes des opérations en "zone hostile" du 13e Régiment de Dragons Parachutistes.

24. La résolution 925 du 8 juin du Conseil de sécurité exige : "que toutes les parties mettent fin immédiatement à toute incitation à la violence ou à la haine ethnique, en particulier par le biais des moyens d’information". On peut lire le 28 juin dans le rapport de la Commission des Droits de l’homme de l’ONU que "l’intention claire et non équivoque" de commettre le génocide "se trouve bien contenue dans les appels incessants au meurtre lancés par les médias, en particulier la RTLM". Le 1er Juillet, le représentant de la France à l’ONU parle de faire cesser ces émissions : "Je voudrais insister avant de conclure sur la responsabilité particulière des médias qui incitent à la haine ethnique et à la violence. La France demande instamment aux responsables des radios concernées, et en premier lieu à la Radio Mille Collines, de mettre fin à cette propagande criminelle. La France fera tout son possible pour obtenir la cessation de ces émissions." Mais selon le général R. Dallaire, la RTLM émet encore le 1er août en direction des camps.

25. Il est important de noter que le 20 juin le représentant de la France à l’ONU fait la demande explicite d’une intervention sous chapitre VII autorisant, contrairement à la MINUAR, l’usage de la force : "nos gouvernements souhaitent disposer, comme cadre juridique de leur intervention, d’une résolution placée sous le Chapitre VII de la Charte des Nations Unies". Lettre datée du 20 juin 1994, adressée au secrétaire général par le représentant permanent de la France auprès de l’organisation des nations unies. http://www.francerwandagenocide.org/documents/S1994-734.pdf

26. ONU, S/RES/929 (1994). http://www.francerwandagenocide.org/documents/94s929.pdf On peut lire également dans l’ordre d’opérations de Turquoise (voir note 28) "mettre fin aux massacres partout où cela sera possible, éventuellement en utilisant la force" ; "tout en étant en mesure d’intervenir à tout moment, éventuellement par la force, au profit de la population menacée" ; "marquer si nécessaire par l’usage de la force la volonté française de faire cesser les massacres et de protéger les populations" ; "la légitime défense élargie comporte l’emploi de la force dans les situations suivantes : – menaces sur nos forces, – menaces dans la mission de protection des personnes, soit contre nos forces, soit contre les populations protégées, – obstruction dans l’exécution de la mission de nos forces"

27. L’adjudant-chef du GIGN T. Prungnaud explique que "la mission, au départ, c’était d’intervenir sur des massacres soi-disant de Hutu qui seraient massacrés par des Tutsi" (voir note 29) ; le colonel D. Tauzin déclare dans The Guardian du 01 juillet 1994 : "Nous ne sommes pas en guerre avec le gouvernement du Rwanda ou ses forces armées. Ce sont des organisations légitimes." ; Le général R. Dallaire (MINUAR) déjeune le 30 juin avec des officiers français et rapporte ce qu’il a entendu : "Ils refusaient d’accepter l’existence d’un génocide et le fait que les dirigeants extrémistes, les responsables et certains de leurs anciens collègues fassent partie d’une même clique. Ils ne cachaient pas leur désir de combattre le FPR" R. Dallaire, J’ai serré la main du diable – La faillite de l’humanité au Rwanda. Libre expression, 2003.

28. "Affirmer auprès des autorités locales rwandaises, civiles et militaires, notre neutralité et notre détermination à faire cesser les massacres sur l’ensemble de la zone contrôlée par les forces armées rwandaises en les incitant à rétablir leur autorité". On peut y lire également que "plusieurs centaines de milliers de personnes d’ethnies hutue et tutsie ont été exterminées". Ordre d’opérations de Turquoise, 22 juin 1994. Document consultable à l’adresse :

http://jacques.morel67.pagesperso-orange.fr/a/turquoise-ordreop.pdf

29. P. de Saint-Exupéry, L’inavouable – La France au Rwanda. Les Arènes, 2004. L. de Vulpian et T. Prungnaud, Silence Turquoise. Don Quichotte, 2012.

30. Le mensuel de la Légion étrangère, Képi Blanc, d’octobre 1994 confirme que : "Battue sur le terrain, l’armée ruandaise se replie, en désordre, vers la "zone humanitaire sûre". L’E.M.T. [l'état-major tactique de l'opération Turquoise] provoque et organise l’évacuation du gouvernement de transition ruandais vers le
Zaïre. Le 17 juillet, le gouvernement ruandais passe au Zaïre.".

31. Auditions de l’ambassadeur Jean-Michel Marlaud par la Mission d’Information Parlementaire, Enquête sur la tragédie rwandaise 1990-1994 [140, Tome III, Auditions, Vol. 1, pp. 296-297].

32. Auditions d’Alain Juppé par la Mission d’Information Parlementaire, 21 avril 1998, Enquête sur la tragédie rwandaise 1990-1994 [140, Tome III, Auditions, vol. 1, p.91].

Voir également:

Génocide au Rwanda: Kagame accuse une nouvelle fois la France
AFP/Jeune Afrique
05/04/2014

Le président rwandais Paul Kagame accuse une nouvelle fois la France de "participation" à l'"exécution" du génocide de 1994, dans une interview à paraître dimanche dans l’hebdomadaire Jeune Afrique, à la veille des cérémonies marquant le 20e anniversaire des massacres.

Evoquant la question des responsabilités, le président rwandais dénonce le "rôle direct de la Belgique et de la France dans la préparation politique du génocide et la participation de cette dernière à son exécution même". Il accuse les soldats français de l’opération militaro-humanitaire Turquoise, déployée en juin 1994 sous mandat de l’ONU dans le sud du pays, d’avoir été "complices certes" mais aussi "acteurs" des massacres.

Ces accusations, maintes fois démenties par Paris, reprennent celles déjà formulées par Kigali à plusieurs reprises et notamment en août 2008 à l’occasion de la publication du rapport de la commission d’enquête rwandaise sur le rôle supposé de la France dans le génocide qui a fait, selon l’ONU, quelque 800. 000 morts, essentiellement tutsi, entre avril et juillet 1994.

Revenant dans Jeune Afrique sur "le cas de la France", Paul Kagame constate que "vingt ans après, le seul reproche admissible (aux) yeux (de la France) est celui de ne pas en avoir fait assez pour sauver des vies pendant le génocide". "C?est un fait, mais cela masque l?essentiel: le rôle direct de la Belgique (ancienne puissance coloniale) et de la France dans la préparation politique du génocide et la participation de cette dernière à son exécution même".

"Interrogez les rescapés du massacre de Bisesero en juin 1994 et ils vous diront ce que les soldats français de l?opération Turquoise y ont fait. Complices certes, à Bisesero comme dans toute la zone dite +humanitaire sûre+, mais aussi acteurs", accuse Paul Kagame.

En 2008, la commission d’enquête avait déjà évoqué l’affaire du village de Bisesero (ouest), où jusqu’à 50. 000 Tutsis avaient trouvé refuge, accusant l’armée française "d’avoir retardé sciemment de trois jours le sauvetage de près de 2. 000 survivants afin de laisser le temps aux tueurs de les achever".

Les déclarations de Paul Kagame, ancien chef de la rébellion tutsi à la tête du Rwanda depuis 1994, surviennent alors que les relations franco-rwandaises, rompues entre 2006 et 2009, semblaient s’être apaisées, surtout depuis la condamnation en mars dernier à 25 ans de prison du premier Rwandais jugé en France pour le génocide des Tutsi.

Condamné pour génocide et complicité de crimes contre l’humanité, Pascal Simbikangwa, ex-officier de la garde présidentielle, a nié toutes les charges pesant contre lui et a fait appel.

"Nous verrons ce qu?il adviendra de cette condamnation en appel", commente Paul Kagame dans Jeune Afrique. "Pour le reste, je ne pense pas qu?il s?agisse là d?une évolution particulièrement positive", déclare-t-il, alors que le Rwanda a pendant des années fustigé la France pour sa lenteur à poursuivre les génocidaires présumés.

"Pour un criminel condamné après vingt ans, combien la justice française en a-t-elle escamoté ?", s’interroge M. Kagamé. "Nous ne sommes pas dupes de ce petit jeu. On nous présente cette sentence comme un geste, presque comme une faveur de la France à l?égard du Rwanda, alors que c?est le rôle de la France dans le génocide qu?il conviendrait d?examiner", insiste-t-il.

La France doit être représentée lundi à Kigali aux commémorations marquant le 20ème anniversaire du génocide au Rwanda par la ministre de la Justice Christiane Taubira.

Voir encore:

RWANDA. "Un pays se grandit quand il reconnaît ses erreurs"
Christophe Boltanski
Le Nouvel Observateur
04-04-2014

Le rôle de la France dans le génocide rwandais reste à éclaircir. Interview de Pierre Brana, co-rapporteur de la Mission d’information parlementaire qui a travaillé sur le sujet

En 1998, le député socialiste Pierre Brana était co-rapporteur, avec Bernard Cazeneuve, de la Mission d’information parlementaire chargée d’examiner le rôle de la France au Rwanda. 20 ans après le génocide, il revient sur les zones d’ombres des relations entre les deux pays

Une commission d’enquête parlementaire aurait-elle permis d’aller plus loin dans la recherche de la vérité ?

- J’aurais préféré une commission d’enquête, car les auditions ayant lieu sous serment, elles sont plus solennelles, à la hauteur de la gravité d’un événement pareil. Des députés firent valoir que des personnes étrangères risquaient de refuser de venir s’exprimer si c’était le cas. D’autres soulignèrent qu’une commission d’enquête est limitée à six mois alors que nos travaux ont duré neuf mois. Je ne suis pas sûr qu’une commission d’enquête, même si elle avait ma préférence, aurait permis d’aller plus loin.

Avez-vous pu interroger toutes les personnes souhaitées ?

- Oui, à une exception que je regrette : Paul Barril. Parce qu’au début, plusieurs membres de la mission estimaient que son audition n’apporterait pas grand-chose. Quand il a été finalement décidé de l’interroger, c’était trop tard.

En octobre 1990, la France intervient militairement au Rwanda. Cette opération baptisée Noroît a-t-elle une base légale ?

- Non. L’opération Noroît, du moins lors de son lancement, n’a pas de base juridique. Il existait bien le 1er octobre 1990, un accord d’assistance militaire qui datait de 1975, mais il recouvrait que l’organisation et l’instruction de la gendarmerie. Ce n’est que vingt-trois mois après que, se rendant compte de l’illégalité de la situation, les autorités françaises signent le 26 août 1992 un avenant remplaçant les termes de "gendarmerie rwandaise" par "Forces armées rwandaises". Parler d’opération "secrète" n’est pas excessif. Michel Rocard (alors premier ministre Ndlr) dit qu’elle n’a été discutée qu’en deux, trois minutes en conseil des ministres.

En allant combattre les rebelles tutsi du FPR (Front patriotique rwandais), les militaires français viennent défendre un régime contre une agression extérieure ou participer à une guerre civile ?

- Lors de la Mission, on nous avait présenté l’attaque du FPR comme une offensive "ougando-tutsi". Pour en savoir plus, je suis allé sur le terrain. En Ouganda, en septembre1998. J’ai rencontré différentes personnalités en activité lors de Noroît. Toutes m’ont dit que les descendants des réfugiés tutsis qui avaient fui le Rwanda, lors de la Révolution de 1959, voulaient revenir dans leur pays. D’autant qu’à partir de 1986, l’opposition ougandaise faisait campagne contre cette présence rwandaise et trouvait un incontestable écho auprès de la population locale. Des demandes ont été faites par les autorités ougandaises auprès du président rwandais, Juvénal Habyarimana, pour qu’il accepte leur retour. Il a répondu qu’il n’y avait "pas de place dans (son) pays pour les accueillir". C’est alors que les militaires tutsis quittent l’armée ougandaise, en emportant armes et matériel, et passent à l’attaque pour obtenir par la force ce qu’ils n’avaient pas pu obtenir par la négociation. C’est donc bien davantage d’une guerre civile qu’il s’agit que d’une agression extérieure.

Dans sa lutte contre le FPR, l’armée française a-t-elle, à certain moment, basculé dans la cobelligérance aux côtés des Forces armées rwandaises ? Sommes-nous certains qu’il n’y a pas eu, de sa part, d’engagement direct ?

- Je crois que l’aide militaire de la France est progressivement devenue plus active sous forme de conseils, d’assistance, d’instructions aux Forces armées rwandaises (FAR). Il y a eu, en effet, une sorte de cobelligérance. Quand l’armée française a participé à l’élaboration de plans de bataille. Elle a même envoyé des conseillers pour instruire les FAR au maniement de matériels sophistiqués. Est-ce qu’il y a eu même des engagements directs ? Un journaliste, correspondant de guerre d’un journal de l’est-africain, m’a dit avoir vu aux jumelles des blancs avec les FAR aux combats. Les militaires du FPR lui ont dit que c’étaient des Français, mais il n’a pas pu les approcher. L’imbrication de l’armée française avec l’armée rwandaise est incontestable.

Que savait la Mission d’information parlementaire sur l’opération Chimère de février-mars 1993 ? Son chef, le général Didier Tauzin, a expliqué dans un livre ("Je demande justice pour la France et ses soldats") qu’il a pris, de facto, la tête de l’état-major rwandais.

- Nous lui répondons indirectement dans notre rapport lorsque nous écrivons : "Comment la France a-t-elle pu en février-mars 93 en arriver à ce point d’engagement qui conduit certains militaires français à considérer qu’à travers la mission d’assistance opérationnelle qu’ils mènent, ils dirigent et commandent indirectement une armée, en l’occurrence celle d’un Etat étranger". C’est très clair !

Quelle part a joué dans l’engagement militaire français au Rwanda le complexe dit "de Fachoda", cette peur de perdre du terrain face à l’Afrique anglophone ?

- Le complexe de Fachoda a joué une part non négligeable si j’en crois la réaction des députés membres de la mission et celle de l’exécutif de l’époque. Il est vrai que le FPR parlait l’anglais suite à son long séjour en Ouganda anglophone. Et les Forces armées rwandaises parlaient le français. Ça a joué incontestablement. Les députés mettaient en avant la volonté des Américains d’étendre leur influence en Afrique. Mes entretiens au Pentagone m’ont fait relativiser cette théorie. Le Rwanda était un petit pays, dénué de toutes richesses, sans importance stratégique. Je ne crois pas que les Etats-Unis s’intéressaient au Rwanda. Mais ce complexe a joué sur le Président et sur beaucoup de militaires, de politiques aussi, tous imprégnés de l’Histoire de la France et de la Grande Bretagne en Afrique. Ce fil rouge était très fort.

Officiellement, la France s’engage militairement pour faciliter un accord de paix. En pratique, a-t-elle pesé de tout son poids pour permettre la conclusion puis l’application des accords dits d’Arusha ?

- Il y a eu plusieurs accords d’Arusha qui étaient des chiffons de papier pour Habyarimana. L’établissement de la paix nécessitait une acceptation en retour des réfugiés, la fin de la discrimination ethnique et la démocratisation. Le multipartisme n’a été instauré qu’en juin 1991, sous la pression. Les quotas ethniques (pas plus de 9% de Tutsi) existaient pour l’institution scolaire et l’accès aux emplois publics. Et le pouvoir réagissait peu aux massacres ethniques quand il ne les encourageait pas. Conformément aux principes énoncés par François Mitterrand dans son discours de La Baule, la France demandait la démocratisation du régime mais sans jamais y subordonner son aide militaire. Faute d’une telle mise en demeure, le pouvoir rwandais a louvoyé en laissant traîner les choses. Un exemple : la carte d’identité qui mentionnait l’appartenance ethnique de son possesseur. Un outil très dangereux dans un pays où des massacres ethniques ont été nombreux. On sait bien le rôle joué pendant le génocide par ces mentions, qui équivalaient à des sentences de mort. La France avait demandé la suppression de toute mention ethnique. Elle a même envisagé de financer l’opération. Habyarimana a d’abord semblé d’accord mais il n’a rien fait. Il n’y a eu aucun commencement d’application. Et la France n’a pas lancé d’ultimatum alors qu’on assistait à une dérive raciste et à la multiplication des appels aux meurtres. La France n’a pas pesé de tout son poids pour faciliter l’établissement de la paix. Pourquoi ? Cela fait partie des interrogations qui continuent de se poser.

Un génocide ou du moins des massacres de très grande ampleur étaient-ils prévisibles ?

- En 1992-93, il apparaissait nettement que le génocide était prévisible. Lors de son audition, Georges Martres, qui était ambassadeur de France à Kigali de 1989 à 1993, a déclaré que le génocide était "prévisible dès octobre 1993, sans pour autant qu’on puisse en imaginer l’ampleur". Il a, du reste, ajouté que le génocide constituait une hantise quotidienne pour les Tutsis. Ça nous a amené à écrire qu’avec "une telle clairvoyance qui n’apparait pas tout le temps dans les dépêches diplomatiques, on peut s’étonner de l’inaction des autorités françaises". Les médias qui prônaient des positions extrêmement racistes n’étaient pas empêchés par le pouvoir en place. Au contraire, ils étaient encouragés. Radio des Mille Collines appelait à l’extermination des Tutsis, des "cancrelats", comme elle disait, à une solution radicale, finale. Il y avait un climat extrêmement lourd, signe d’un orage que l’on voyait monter.

Comment expliquez-vous la différence d’appréciation de la situation entre la Direction des renseignements militaires (DRM) et la DGSE ?

- Je me souviens surtout du peu d’informations apportées par les services de renseignement. Tous les documents que nous leur avons demandés ont été déclassifiés. Nous n’avons pas essuyé de refus. Mais nous ont-ils tout donné ? Je l’ignore. La DRM s’est occupée du Rwanda de juin 1992 à décembre 1993, surtout. La DRM et la DGSE ont même indiqué que le 6 avril 1994, ils ne disposaient de personne sur place. Ce qui est curieux. Elles ont reconnu que si la coopération entre leurs services était bonne, la coordination faisait défaut. Et j’ai retrouvé dans le rapport le passage suivant que je cite : "S’agissant du renseignement qui n’a pas permis d’alerter à temps les responsables politiques des risques de dérive du régime rwandais, une politique adaptée aux nouvelles données du monde de l’après-guerre froide notamment en Afrique doit être défini. L’enjeu ne peut plus être d’appuyer des régimes favorables à nos intérêts quelques soient leurs pratiques intérieures. La pratique du renseignement doit évoluer en conséquence".

Après le début du génocide, 394 Rwandais ont été évacués de Kigali par les soldats français dans le cadre de l’opération Amaryllis. Qui étaient-ils ? Qui a pris la décision de les évacuer ?

- En pareil cas, la règle veut que l’ambassadeur de France établisse les listes et l’ordre de priorité des personnalités françaises et étrangères à évacuer. Bien entendu, en pratique, les choses sont beaucoup plus compliquées. Des décisions ponctuelles peuvent être prises sur le terrain. On en a cité certaines. Globalement, 1238 personnes ont été évacuées par la France dont 454 Français et 784 étrangers parmi lesquels 612 Africains dont 394 Rwandais. Pour ces Rwandais, il semble bien qu’il y ait eu deux poids deux mesures. Le traitement accordé à l’entourage de la famille Habyarimana est bien plus favorable qu’aux employés tutsis de la représentation française. Au fond, qu’on le veuille ou non, la France était alliée au pouvoir rwandais. Or les Tutsis de la représentation française, par le fait même de leur carte d’identité, étaient plus menacés que les autres. Ça fait partie des interrogations lourdes. Le général Christian Quesnot qui était le chef d’Etat-major du Président Mitterrand, d’avril 1991 à septembre 1995, a estimé lors de son audition que l’union des forces d’évacuation avec celles de la Mission des Nations unies, la Minuar, aurait permis d’arrêter le génocide dès son commencement. Pourquoi la France n’a-t-elle pas pesé immédiatement auprès de l’ONU pour réagir dans les plus brefs délais ? Pourquoi a-t-elle voté, le 21 avril 1994, en plein génocide, la résolution 912 qui décide de réduire drastiquement les effectifs de la Minuar ? On a fait comme les autres. Mais ce n’est pas une excuse. L’Onu va attendre deux mois avant d’admettre qu’un génocide est en train de se produire alors qu’il est connu dès ses débuts. Reconnaître des actes de génocide, comme le fait le conseil de sécurité dans sa résolution, le 8 juin 1994, entraîne l’obligation d’intervenir, d’après la chartre de l’ONU. Or on n’avait pas très envie d’intervenir.

La France a-t-elle livré des armes aux forces rwandaises durant le génocide en dépit de l’embargo onusien ?

- Cette question fait partie incontestablement des zones d’ombres. Sur ces accusations, on a eu des informations contradictoires sans pouvoir démêler le vrai du faux.

L’opération Turquoise lancée le 22 juin 1994 par la France répond-elle à une logique purement humanitaire ?

- Cette opération a eu des aspects incontestablement humanitaires : des civils ont été soignés, des secours ont été apportés, des vies sauvées. Mais pourquoi envoie-t-on des Français qui ont été précédemment en poste au Rwanda ? Certes, il peut être répondu qu’ils connaissent le terrain. Mais on mettait ces militaires dans une situation impossible : de compagnons d’arme des FAR, ils passent à un statut d’impartialité. Cela les amenait à traiter de la même manière leurs amis et leurs ennemis d’hier. On peut regretter que l’armée française dans cette zone ne procède pas au désarmement systématique des milices et des FAR alors que la résolution du conseil de sécurité avait autorisé la France à recourir "à tous les moyens". Pourquoi n’a-t-on pas, également, procédé à l’arrestation des membres du gouvernement génocidaire pour les garder et les remettre à la justice internationale en cours de création ? C’est plus que regrettable. Je sais bien que ces arrestations ne figuraient pas dans le mandat, mais on aurait pu le faire de façon conservatoire.

Le Premier ministre Edouard Balladur et le Président Mitterrand divergeaient-ils sur les objectifs de Turquoise ?

- Effectivement, il y avait deux options envisagées, comme l’a reconnu le Premier ministre : celle d’une interposition entre le FPR et les FAR. Ce qui impliquait une action de guerre. Et celle d’une intervention strictement humanitaire. On sait que c’est cette deuxième option qui a été choisie. En annexe du rapport, nous publions une lettre d’Edouard Balladur dans laquelle il précise : "Il n’était pas question (aux) yeux (du président Mitterrand) d’arrêter les auteurs du génocide et il n’était pas question aux miens de permettre à ceux-ci de se réfugier au Zaïre".

En 2010, Nicolas Sarkozy a admis que la France avait commis des "erreurs" au Rwanda. Faut-il aller plus loin à l’occasion de ce vingtième anniversaire ?

- J’ai une position bien connue qui m’a valu d’âpres accrochages avec mes collègues. Selon moi, un pays se grandit quand il reconnait ses erreurs et ses fautes. Je n’ai pas changé. Le rapport fait état de "fautes d’appréciations". Il y a des erreurs telles qu’il n’est pas impensable de les qualifier de fautes. C’était la première fois dans l’Histoire de la Ve république que le législatif contrôlait l’exécutif dans le domaine réservé de la défense ! Aller plus loin ? Bien sûr, les moyens parlementaires sont bien moindres que ceux d’un simple juge d’instruction. Je considère notre rapport comme une plateforme de données à partir desquelles les chercheurs et les journalistes d’investigation, et pourquoi pas les juges, pourront s’appuyer pour aller plus loin. Pour moi, c’est une base de départ, pas une base d’arrivée.

Propos recueillis par Christophe Boltanski – Le Nouvel Observateur

Voir également:

Rwanda: "Sans le soutien de Paris au Régime Habyarimana, le génocide n’aurait pas eu lieu"

Karim Ben Said
L’Express
05/04/2014

A l’occasion du 20ème anniversaire du génocide rwandais, Jean-François Dupaquier, journaliste, écrivain et témoin expert au Tribunal Pénal International pour le Rwanda revient sur l’éventuelle responsabilité de la France dans le drame. Un jugement sévère.

Pourquoi l’éventuelle responsabilité de la France avant le génocide reste-t-elle un sujet tabou dans la classe politique?

La classe politique française n’est pas particulièrement connue pour sa capacité à admettre ses erreurs. Nos politiciens se sentent au dessus de toute repentance. La particularité réside aussi dans le fait que le génocide s’est produit en période de cohabitation entre le gouvernement d’Edouard Balladur et le président François Mitterrand. C’est donc un cas spécial où il n’existe pas de clivage gauche-droite.

Pourtant sans le soutien de Paris au régime du président Juvénal Habyarimana, le génocide n’aurait jamais pu avoir lieu. La France a fourni un parapluie militaire en repoussant les offensives du Front Patriotique Rwandais. Sans cet appui, le régime de l’époque n’aurait jamais eu le temps de préparer la tentative d’extermination de la population Tutsi.

D’un autre coté, les militaires français présents au Rwanda étaient hautement qualifiés, je ne vois pas comment ils n’auraient pas été au courant de ce qui se tramait. Pour moi la connivence est évidente, les Français savaient qu’il y avait un génocide en préparation.

En accablant la France, Kigali ne cherche-t-il pas à se dédouaner d’une tragédie qui fut avant tout Rwandaise?

Aujourd’hui, Kigali ne cherche plus à accabler la France. Du coté rwandais, on cherche au contraire à tendre la main à la France. L’an dernier l’état-major de l’armée rwandaise a proposé à l’état-major de l’armée française de se rencontrer pour tourner définitivement la page au nom la fraternité d’armes, mais les Français ont refusé.

A Paris, les militaires considèrent toujours qu’ils ont subi une défaite au Rwanda et gardent une volonté de revanche, dommageable pour les relations franco-rwandaises.

La France refuse toujours de déclassifier les documents relatifs au Rwanda. Faut-il y voir un aveu de culpabilité?

Absolument. D’autant plus que les archives que la France refuse de dévoiler, portent sur la période charnière de l’histoire de la présence française au Rwanda.

Pour le peu qu’on en sache, ces documents sont absolument accablants. Les protagonistes cherchent à ce que ces archives ne soient pas dévoilées de leur vivant.

Que peuvent contenir ces documents?

Ce ne sont bien évidemment que des supputations, mais ces documents pourraient contenir la preuve que la France connaissait parfaitement la réalité de la guerre civile et a choisi d’y participer sérieusement, en comprenant que cela pouvait passer par l’extermination. Il faut comprendre qu’il n’y a pas de prescription lorsqu’il s’agit de génocide. De fait, plusieurs hauts responsables pourraient être condamnés.

L’association Survie accuse des dirigeants politiques et militaires français d’avoir apporté un soutien actif aux génocidaires. Ce jugement est-il excessif?

Je ne peux pas parler au nom de cette association à laquelle je n’appartiens pas, mais il existe des indices graves et concordants laissant supposer que des haut gradés, des politiciens et des mercenaires français, sont impliqués à un degré qu’il faudra déterminer, dans l’attentat du 6 avril 1994 contre le président Juvénal Habyarimana.

Le verdict du récent procès Pascal Simbikangwa est-il de nature à pacifier les relations franco-rwandaises?

C’est certainement un pas important, Pascal Simbikangwa faisait partie du cercle intermédiaire responsable du génocide. Cette condamnation intervient après 19 ans et rompt avec les anciens dysfonctionnements de la justice. La création du pôle génocide permet aux Rwandais d’entrevoir une lueur d’espoir. Toujours est-il que les principaux coupables du génocide sont toujours dans la nature.

Peut-on parler, s’agissant du pouvoir de Paul Kagamé, de dérive autocratique?

Qu’aurait-il pu faire en prenant en charge le pays en 1994 ? Un pays traumatisé, détruit ? C’est vrai qu’il tient le pays d’une main de fer, mais s’il ne l’avait pas fait, il y aurait eu une vengeance massive de la part des Tutsis vainqueurs. C’est un homme d’Etat exceptionnel mais certainement autoritaire.

Les Rwandais pourront-ils un jour tourner la page de la décennie 1990? Si oui, à quel prix?

L’idéologie de haine, qualifiée injustement d’ethnique, qui a conduit au génocide remonte aux années 1950. Depuis les années 1930 déjà, les cartes d’identités ethniques ont été imposées. Le génocide a profondément bouleversé les Rwandais. Aujourd’hui encore, les survivants vivent aux côtés de leurs voisins génocidaires, et cela rend les choses difficiles. Même si le régime actuel a pris plusieurs dispositions "anti-divisionnisme", il faudra probablement plusieurs générations pour passer d’une mémoire vive à une mémoire apaisée. Les Gacacas, tribunaux communautaires mis en place dans les provinces, ont été insuffisants. Les peines qui y ont été prononcées sont modestes et symboliques. Les Rwandais sont obligés de cohabiter mais la réconciliation véritable ne peut se faire que s’il y a des excuses sincères.

 Voir encore:

Les documents sur le génocide au Rwanda toujours classés "Secret défense"
Karim Ben Said
L’Express
28/03/2014

A quelques jours du vingtième anniversaire du déclenchement génocide rwandais dans lequel plus de 800000 Tutsi et Hutus modérés ont péri entre avril et juillet 1991, l’association Survie demande la levée du " secret défense " sur le rôle la France.

L’association Survie demande à Jean Yves le Drian tous les documents se rapportant à l’action de la France au Rwanda de 1990 à 1994.

L’association Survie demande à François Hollande et à Jean Yves le Drian, ministre de la Défense, de "déclassifier et de publier tous les documents se rapportant à l’action de la France au Rwanda de 1990 à 1994 dans ses volets diplomatiques, militaires, politiques et financiers".

Mathieu Lopes, vice-président de l’association, estime que ces documents sont cruciaux pour déterminer les responsabilités et faire avancer les dossiers juridiques en cours: "A titre d’exemple, les militaires français ont été les premiers à s’être rendus sur les lieux de l’attentat contre le président Juvénal Habyarimana et disposent d’un rapport, qui, jusqu’à ce jour n’a jamais été dévoilé", explique-t-il.
"Complicité de génocide"

L’association, qui affirme militer en particulier contre la "Françafrique" est partie civile dans une plainte contre X déposée pour "complicité de génocide et complicité de crime contre l’humanité". Elle est également à l’origine de l’ouverture, en juin 2013, d’une instruction à l’encontre du capitaine Paul Barril, ex-super gendarme de l’Elysée, soupçonné d’avoir joué un rôle trouble au Rwanda.

La Commission consultative du secret de la défense, saisie en juillet 2010 par le ministre de la Défense d’alors, Hervé Morin, suite à la demande de la juge d’instruction Florence Michon, a déjà donné un avis défavorable à une demande similaire.

Le 6 avril 1994, le président rwandais Juvénal Habyarimana est assassiné. S’en suit alors un massacre visant à exterminer la population Tutsi et perpétré par les fanatiques du "Hutu Power" par les Hutus. Depuis vingt ans, la France est accusée d’avoir soutenu le régime rwandais "avant, pendant et après" le génocide.

 Voir de même:

Juppé à nouveau questionné sur son rôle pendant le génocide rwandais

L’Express

04/04/2014
Un collectif de citoyens a demandé à l’ancien ministre des Affaires étrangères d’expliquer sa position sur le massacre de 1994 et l’opération Turquoise lancée à l’époque.

Quel était le "rôle politique" d’Alain Juppé pendant le génocide au Rwanda? Dans une lettre ouverte, un collectif de citoyens a interpellé le maire de Bordeaux sur cette question, à l’approche du 20e anniversaire du massacre.

Alain Juppé était ministre des Affaires étrangères à l’époque du génocide de 1994, stoppé par le Front patriotique rwandais (FPR aujourd’hui au pouvoir) de Paul Kagame. Les massacres avaient fait en 100 jours quelque 800 000 victimes selon l’ONU, principalement dans la minorité tutsi.

En reprenant le portefeuille en 2011, Alain Juppé avait dit n’avoir aucune intention "ni de serrer la main" de Paul Kagame ni de se rendre au Rwanda, tant qu’y circulerait un rapport accusant la France de complicité avec les génocidaires.

L’opération Turquoise mise en cause

"Oseriez-vous encore, M. Juppé, laisser entendre qu’en 1994 plusieurs génocides étaient commis au Rwanda? (…) Continuez-vous à prétendre contre l’évidence des faits, que l’État français s’est opposé à la passivité de l’ONU devant le génocide des Tutsi? Et que l’opération Turquoise n’était qu’une opération humanitaire, dont le but était de lutter contre ce génocide?", interrogent les signataires.

"J’ai été le premier responsable politique français à (dénoncer le génocide, ndlr) devant le Conseil des ministres de l’Union européenne d’abord puis à l’Assemblée nationale le 18 mai 1994", a déclaré ce vendredi Alain Juppé dans une réponse à cette lettre. Il a également souligné que la France avait de son côté lancé l’opération Turquoise "face à l’inaction internationale" et dénoncé "l’opération de falsification historique dont la France est régulièrement la cible depuis 20 ans".

 Voir aussi:

Rwanda, boulet moral pour Juppé
6 octobre 2011

Billets d’Afrique et d’ailleurs…
ThèmesRwandaComplicité de la France dans le génocide des Tutsi au RwandaAlain Juppé

Alain Juppé reprochant à Bernard-Henri Lévy, dans l’avion pré­ sidentiel de retour du voyage officiel en Libye : « Vous avez dit que j’étais complice des génocidaires du Rwanda. Alors, que sortant d’une réunion des ministres européens en 1994, j’avais déclaré que c’était un génocide » L’argument est court, très court pour sa défense.

Un argument déjà utilisé lors de son audition devant la mission d’information parlementaire de 1998, devant laquelle il avait expliqué avoir utilisé le mot de « génocide », le 15 mai 1994, à l’issue de la réunion à Bruxelles du Conseil des ministres de l’Union européenne.

Une déclaration qui intervenait dix jours après celle du Secrétaire général de l’Onu, Boutros Boutros Ghali et alors, qu’à cette date, la majeure partie du génocide avait déjà eu lieu. Prise de conscience tardive ? Bien que sûr que non puisque le gouvernement français avait été alerté de longue date sur le génocide qui se préparait et qu’il n’ignorait rien des massacres en cours depuis le 7 avril.

Pis, en plein génocide, le 27 avril 1994, Jérô­me Bicamumpaka, ministre des Affaires étrangères du gouvernement intérimaire qui est en train de commettre le génocide, et Jean-Bosco Barayagwiza, extrémiste de la Coalition pour la défense de la République (CDR), étaient reçus à Paris, et par l’Élysée et par Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères du gouvernement Balladur.

Le gouvernement français, par la voix de Juppé, attend donc le 15 mai pour qualifier l’extermination des Tutsi rwandais de génocide. Jusque-là, Paris feignait de ne voir au Rwanda, qu’une banale guerre civile. Mais il faut sûrement comprendre ce réveil tardif par les succès militaires de l’offensive du FPR de Paul Kagamé. Car parler enfin de « génocide » sur le plan diplomatique ouvrait la voie légale d’une intervention militaire de l’Onu.

Devant les difficultés à mettre sur pied une Minuar 2, c’est l’opération Tur­quoise menée par l’armée française qui la remplaça et débarqua au Rwanda, le 22 juin. Officiellement neutre, Turquoise a permis officieusement de couvrir la fuite de centaines de génocidaires vers le Zaïre dont le président Théodore Sindikubwabo et… Jérôme Bicamumpaka, reçu deux mois plus tôt par Juppé.

Et, alors que Kagamé était en visite officielle à Paris, Juppé, depuis Pékin, déclarait qu’il ne changerait pas ses « convictions » au sujet du génodice. « Je suis très décontracté (…) » ajoutait-il. Au regard de l’Histoire, il n’y pourtant pas de quoi.

Voir de même:

Rwanda: Paris boycotte les 20 ans du génocide
Le Figaro
05/04/2014

La France a décidé samedi d’annuler sa participation aux commémorations du 20e anniversaire du génocide rwandais, après une nouvelle charge du président Paul Kagame l’accusant d’avoir "participé" aux massacres qui ont fait 800.000 morts en 1994.

Cette décision marque un nouveau coup d’arrêt à la normalisation des relations entre les deux pays, empoisonnées par le soupçon malgré une réconciliation officielle en 2010. Au coeur du contentieux, la question du soutien de la France et de son armée au régime hutu rwandais, coupable du génocide contre la minorité tutsi.

Dans une interview à paraître dans l’hebdomadaire Jeune Afrique dimanche, veille des commémorations du 20e anniversaire, le président Kagame a dénoncé le "rôle direct" de la Belgique, ancienne puissance coloniale, et de la France "dans la préparation politique du génocide" et "la participation de cette dernière à son exécution même".

Il a également accusé les soldats français de l’opération militaro-humanitaire Turquoise, déployée en juin 1994 sous mandat de l’ONU dans le sud du pays, d’avoir été "complices certes" mais aussi "acteurs" des massacres qui se sont déroulés entre avril et juin 1994.

Pour Paris, qui a annulé le déplacement prévu lundi à Kigali de la ministre de la Justice Christiane Taubira, les déclarations du président Kagame "sont en contradiction avec le processus de dialogue et de réconciliation engagé depuis plusieurs années".
"La France regrette de ne pouvoir prendre part aux commémorations du 20e anniversaire du génocide car elle tient à s’incliner devant la mémoire des victimes et à s’associer au deuil des familles et du peuple rwandais", a souligné le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Romain Nadal.

Maintes fois démenties par Paris, les accusations du président Kagame, ancien chef de la rébellion tutsi à la tête du Rwanda depuis 1994, reprennent celles déjà formulées par Kigali à plusieurs reprises et notamment en août 2008 à l’occasion de la publication du rapport de la commission d’enquête rwandaise sur le rôle supposé de la France dans le génocide.

En janvier dernier, les militaires français nommément cités par Kigali, et notamment le général Jean-Claude Lafourcade, patron de l’opération Turquoise, avaient jugé que "leur honneur était sauf", considérant que le gouvernement rwandais avait été "incapable d’apporter la moindre preuve" de ses accusations "infondées, indignes et inacceptables".

Paris et Bruxelles comme "exutoires"

Les nouvelles déclarations de Paul Kagame surviennent alors que les relations franco-rwandaises, rompues entre 2006 et 2009, semblaient s’être apaisées, surtout depuis la condamnation en mars à 25 ans de prison de Pascal Simbikangwa, premier Rwandais jugé en France pour génocide.

Un procès dont Paul Kagame a également minimisé l’enjeu: "On nous présente cette sentence comme un geste, presque comme une faveur de la France à l’égard du Rwanda, alors que c’est le rôle de la France dans le génocide qu’il conviendrait d’examiner", a-t-il insisté.

Pour le sociologue André Guichaoua, spécialiste du Rwanda et témoin-expert auprès du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), le président Kagame, par ses propos, "se moque des avancées comme des usages diplomatiques".

M. Guichaoua relève par ailleurs que "les derniers mois ont été marqués par d’importants revers diplomatiques et politiques rwandais". "On peut se demander si la France et la Belgique, étonnamment associée à ces graves accusations en tant qu’ex-puissance tutélaire, ne servent pas d’exutoires à l’expression d’une animosité plus profonde du chef de l’État rwandais vis-à-vis de bien d’autres pays et institutions internationales qui n’hésitent plus à mettre en cause sa gouvernance autoritaire personnelle et ses interventions à l’extérieur du pays".

Cette nouvelle "sortie" de Paul Kagame survient en effet alors qu'"il est actuellement en position délicate vis-à-vis de ses alliés traditionnels (Etats-Unis, Afrique du sud…) en raison du +traitement+ de ses opposants", abonde Antoine Glaser, expert des relations franco-africaines et auteur de "AfricaFrance – Quand les dirigeants africains deviennent maîtres du jeu" (Fayard).

Après avoir bénéficié depuis le génocide d’une forme de "diplomatie dérogatoire en matière de démocratie et de droits de l’homme", selon les termes de M. Guichaoua, le président Kagame a été sévèrement critiqué ces derniers mois pour son rôle jugé déstabilisateur dans l’est de la République démocratique du Congo, et plus récemment pour son implication supposée dans l’élimination d’opposants en exil.

Par ailleurs, estime M. Glaser, Paul Kagame, qui avait adressé une invitation personnelle à son homologue français François Hollande, n’était "sans doute pas très heureux que le chef de l’Etat français se fasse représenter par sa ministre de la Justice".

Voir enfin:

L’honneur de la France
Alain Juppé
5 avril 2014

Je connais trop les exigences de la « realpolitik » pour ne pas comprendre la prudence de la ligne diplomatique que suit la France depuis plusieurs années dans sa relation avec le Rwanda. Ce pays joue un rôle économique et politique important dans la région des Grands Lacs et en Afrique en général. Nous avons eu raison de choisir la voie de la réconciliation avec ses dirigeants.

Mais pas à n’importe quel prix! Pas au prix de la falsification de l’histoire qui ne cesse de se propager à l’encontre de la France, de ses dirigeants politiques, de ses diplomates et de son Armée.

En écrivant cela je ne pense pas au récent libelle publié à Bordeaux et dont je suis la cible unique, comme si, à la date des faits, il n’y avait pas eu un Président de la République, et , successivement, deux Premiers Ministres, deux Ministres des Affaires Etrangères et deux Ministres de la Défense. Je m’attendais à ce que la « Juppémania » ambiante déclenche les coups bas.

Mais ce n’est plus de cela qu’il s’agit désormais. C’est d’une inacceptable mise en cause de la France par le Président du Rwanda, qui dans un article à paraître dimanche dans Jeune Afrique accuse notre pays d’avoir organisé et encouragé le génocide, d’en avoir été complice et même acteur.

Ces accusations, on le sait, sont totalement infondées. La mission parlementaire présidée en 1998 par Paul Quilès et dont le rapporteur était Bernard Cazeneuve, actuel ministre de l’Intérieur, a apporté un éclairage rigoureux sur les événements. M.Quilès en résumait ainsi le contenu dans un article publié le 11 septembre 2009 dans « International et défense »: « Cessons de diaboliser la France ».

Il est rigoureusement faux que la France ait aidé en quelque manière les auteurs du génocide à préparer leur forfait. Bien au contraire avant mars 1993 (date de prise de fonction du gouvernement Balladur) comme après cette date, notre pays a tout fait pour pousser à la réconciliation des deux camps. Il a efficacement oeuvré à la conclusion des accords d’Arusha qui posaient les bases de cette réconciliation et qui ont été salués positivement par M. Kagamé lui-même.

Il est rigoureusement faux que la France n’ait pas dénoncé le déclenchement du génocide en le qualifiant en ces termes même. Mes déclarations publiques en font foi, en mai 1994, au conseil des ministres des affaires étrangères de l’Union Européenne comme à l’Assemblée Nationale.

Quand aux accusations portées contre notre Armée, elles sont tout simplement honteuses. Nos soldats ont exécuté strictement la mission qui leur avait été assignée par le gouvernement, en application d’une résolution très précise du Conseil de sécurité des Nations Unies. Ils l’ont fait avec le courage et la discipline qui les caractérisent. Je me souviens de l’accueil enthousiaste que leur ont réservé les centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qu’ils ont protégés.

Sans doute subsiste-t-il encore des zones d’ombre sur cette période tragique. Malgré les investigations de l’ONU, de la justice française, de la justice espagnole, on ne sait toujours pas qui sont les auteurs de l’attentat contre l’avion qui transportait le Président Habyarimana et le Président du Burundi le 6 avril 1994 . C ‘est le lendemain de cet attentat qu’ont commencé les massacres de 800 000 Tutsi (et Hutu modérés). En connaître les auteurs serait de première importance pour comprendre l’enchaînement des faits. On peut espérer, comme la mission Quilès, que « la vérité fera peu à peu son chemin. C’est ainsi que le souvenir des victimes du génocide ne se confondra pas avec les intérêts de ceux qui prétendent parler en leur nom ».

En attendant que vienne la vérité, on ne peut tolérer la véritable entreprise de falsification historique qui veut faire porter à la France la culpabilité du génocide.

La communauté internationale a failli, c’est un fait. Elle a été incapable de prévenir et d’arrêter le génocide. Mais la communauté internationale, ce n’est pas la France seule. C’est le Conseil de sécurité des Nations Unies dont Kofi Annan qui dirigeait alors le Département des Opérations de Maintien de la Paix a décrit plus tard la paralysie. Il écrit: « Les Français ont poussé dès le début des négociations d’Arusha pour qu’une force de l’ONU soit déployée au Rwanda en soutien de l’accord de paix. Hormis côté français, il y avait au début peu d’appétence chez les membres permanents du Conseil de sécurité pour mandater une nouvelle force de maintien de la paix… » Plus loin, il ajoute: « Nous devons reconnaître que le monde a échoué face au mal. La communauté internationale et les Nations Unies n’ont pu mobiliser la volonté politique de l’affronter. » La « communauté internationale » , ce sont aussi les Etats-Unis, très influents dans la région et dont le Président Clinton lui-même a reconnu l’inaction. Ce sont aussi les pays européens dont certains avaient des responsabilités historiques dans la région. La France a été la seule puissance à agir.

Il serait aujourd’hui intolérable que nous soyons désignés comme les principaux coupables. J’appelle le Président de la République et le gouvernement français à défendre sans ambiguïté l’honneur de la France, l’honneur de son Armée, l’honneur de ses diplomates.

Voir enfin:

1. La présence française à la limite de l’engagement direct

RAPPORT D’INFORMATION
MISSION D’INFORMATION(1) DE LA COMMISSION DE LA DÉFENSE NATIONALE ET DES FORCES ARMÉES ET DE LA COMMISSION DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES, sur les opérations militaires menées par la France, d’autres pays et l’ONU au Rwanda entre 1990 et 1994.

Président
M. Paul QUILÈS,
Rapporteurs
MM. Pierre BRANA et Bernard CAZENEUVE
Députés

a) L’engagement sur le terrain

Procéder à des opérations d’instruction, réaliser une assistance technique militaire en temps de paix ne pose pas de problèmes particuliers en termes de principes. Intervenir sur la base d’un accord de défense ou en vertu d’un engagement politique aux côtés d’un Etat auquel un autre Etat souhaite apporter son soutien dans le cas d’une agression extérieure, ne soulève pas non plus de questions d’ordre éthique. Il s’agit là d’un jeu classique d’alliances exprimant tel ou tel équilibre politique.

Que l’agression ne puisse être véritablement caractérisée comme une agression extérieure, que le pays qui la subit soit lui-même auteur ou complice d’exactions graves sur ses propres populations en représailles aux offensives qui le menacent et la situation devient dès lors beaucoup plus complexe. Comment peut-on alors concevoir une aide et un engagement extérieurs qui ne soient pas perçus comme un engagement direct ? Autrement dit, la seule présence militaire française sur le terrain, prolongée après les dernières évacuations des ressortissants français à Ruhengeri fin janvier 1991, ne signifie-t-elle pas, lorsqu’elle devient aussi déterminante sur l’issue des combats, que la France s’est trouvée à la limite de l’engagement direct, même si elle n’a pas participé aux combats aux côtés des FAR, comme le firent pendant quelques jours, en octobre 1990, les forces armées zaïroises ?

L’activité des instructeurs et formateurs du DAMI Panda a constitué une source de polémique portant principalement sur le degré d’engagement personnel des instructeurs aux côtés des personnels rwandais en formation. Le Général Jean Varret, ancien chef de la MMC, a fait état devant la Mission des possibles divergences d’interprétation des consignes par les personnels du DAMI Panda.

Il a précisé à la Mission qu’il s’était déplacé en mai 1992 au Rwanda et que des rumeurs existaient en France sur le comportement du DAMI Panda. Il a fait remarquer que “ sur place, il se trouvera toujours des hommes pour se vanter d’actions qu’ils auraient aimé réaliser mais qu’ils n’ont en réalité pas faites ”. La Mission a par ailleurs reçu des informations selon lesquelles les militaires français étaient très fortement impliqués sur le terrain, qu’ils se disaient que l’ennemi, venu d’Ouganda, menaçait les ressortissants français et que, dans un tel contexte, étant donné la faible compétence de l’armée rwandaise, il n’est pas absurde de penser que certains aient pu aider à régler les tirs de certaines armes d’artillerie comme les mortiers.

Le Général Jean Varret a confirmé à la Mission que “ des instructeurs-pilotes se trouvaient à bord d’hélicoptères Gazelle envoyés sur place aux côtés des Rwandais et qu’ils n’avaient pas été engagés. Ils n’étaient présents que pour faire de l’instruction de pilotage et de tir. ” Il a également affirmé que “ les troupes françaises n’avaient pas arrêté l’offensive du FPR en octobre 1990 ”.

En réponse aux nombreuses questions des membres de la Mission portant sur un éventuel engagement des personnels du DAMI Panda auprès des FAR dans la guerre que celles-ci menaient contre le FPR, les responsables du DAMI, interrogés par la Mission, ont précisé qu’il n’entrait pas dans les missions du DAMI Panda de participer à des actions armées.

Le Lieutenant-Colonel Jean-Jacques Maurin a fait remarquer qu’en près de trois ans et demi de présence française au Rwanda, entre 3 500 et 4 000 soldats français s’y sont succédé et que pas une seule perte n’a été enregistrée à l’exception des personnels français de l’avion présidentiel, des deux coopérants assassinés le 8 avril et d’un adjudant-chef du 8ème RPIMA qui, à l’issue d’un cross de cohésion de sa compagnie autour de l’hôtel Méridien à Kigali, a été victime d’une crise cardiaque.

Les propos du Colonel Didier Tauzin, qui a lui aussi commandé le DAMI Panda, permettent de mieux comprendre la confusion possible sur le rôle des hommes du détachement. Il a précisé que, dans la mesure où l’armée rwandaise était, au départ, dans une position défensive, la situation sur le théâtre imposait une proximité des instructeurs. Il a ainsi indiqué que, très souvent, en offensive, les troupes se répartissent dans la profondeur, c’est-à-dire qu’un bataillon motorisé de 800 hommes se répartit éventuellement sur une quinzaine de kilomètres, mais qu’en défensive, l’armée se doit d’être soudée et la profondeur du dispositif est forcément réduite. Il a analysé que, si la logistique est assez loin derrière, à un ou deux kilomètres maximum selon le terrain, les troupes elles-mêmes opèrent sur cinq cents mètres. En conséquence, selon lui, même si l’instruction se déroule à l’arrière, elle se situe inévitablement à proximité du front.

Il a souligné que sur le terrain, il n’y avait jamais plus de cinquante hommes, éparpillés dans les montagnes, avec une forte végétation sur 250 kilomètres de front et que, quand les artilleurs faisaient de l’instruction, ils n’étaient pas au pied de la pièce en train de tirer, mais se trouvaient à l’arrière. Il a également indiqué qu’éventuellement, si l’artilleur local était “ perdu dans ses comptes ”, ceux-ci l’aidaient, mais pour se retirer ensuite à l’arrière, et fait valoir qu’il était hors de question de procéder autrement, compte tenu des consignes données par le chef d’état-major des armées.

Enfin, s’agissant d’une éventuelle acquisition du renseignement par des commandos de recherche et d’action en profondeur français (CRAP), le Général Jean Rannou, ancien Chef du Cabinet militaire du ministère de la Défense, a regretté que l’on assimile en permanence ce que font les gens à l’idée que l’on a de ce qu’ils font et a précisé que si les DAMI se trouvaient effectivement près de la frontière nord, aucun ordre d’intervention n’y a jamais été donné, car cela ne correspondait pas au rôle des troupes françaises.

Si les missions du DAMI Panda sont clairement délimitées par les directives de l’état-major, force est de constater qu’un doute peut peser sur leurs modalités d’exécution. Certes, l’absence de victime dans les rangs du DAMI conforte le principe du non-engagement des militaires français aux côtés des FAR. En effet, alors que le conflit entre les FAR et le FPR a fait de très nombreuses victimes dans l’armée rwandaise, un engagement physique des éléments français aux côtés du FAR se serait inévitablement traduit par quelques pertes ou blessures dans les rangs du personnel du DAMI.

Par ailleurs, l’une des missions du DAMI était l’acquisition du renseignement et l’on constate que parmi l’ensemble des messages militaires envoyés par l’attaché de Défense à l’état-major des armées dressant un panorama de la situation militaire sur le terrain, aucun ne porte trace de renseignements ayant une qualification d’origine et de degré de certitude permettant de l’attribuer à une observation directe de militaires français dans la zone de combat.

Toutefois, la Mission ne peut totalement écarter l’idée qu’un instructeur français aurait pu, pour des raisons diverses, apporter ponctuellement un concours plus effectif lors de l’aide au maniement d’une pièce de mortier ou dans une autre situation, malgré les consignes diffusées par l’état-major des armées, tant il paraît difficile, en situation critique, de déterminer la limite exacte au delà de laquelle l’instruction et la formation pourraient être assimilées à un engagement réel. Cette ambiguïté apparaît consubstantielle à la notion d’assistance opérationnelle en temps de crise ou de guerre.

Si la France n’est pas allée aux combats, elle est toutefois intervenue sur le terrain de façon extrêmement proche des FAR. Elle a, de façon continue, participé à l’élaboration des plans de bataille, dispensé des conseils à l’état-major et aux commandements de secteurs, proposant des restructurations et des nouvelles tactiques. Elle a envoyé sur place des conseillers pour instruire les FAR aux maniement d’armes perfectionnées. Elle a enseigné les techniques de piégeage et de minage, suggérant pour cela les emplacements les plus appropriés.

Cette présence auprès des FAR s’est-elle doublée d’une participation des militaires français à des opérations de police et de maintien de l’ordre ? Les militaires français ont-il procédé à des vérifications d’identité ?

b) Les contrôles d’identité

La présence de militaires français du détachement Noroît devait satisfaire au double objectif contradictoire d’être à la fois discrète et visible. D’après les ordres d’opération, il convient d’adopter une attitude discrète, de limiter les déplacements au strict nécessaire, de n’accorder aucun entretien à la presse sans autorisation du Chef d’état-major des Armées.

Mais, en même temps, la simple présence des soldats de Noroît s’est révélée dissuasive et sécurisante. De la vient que les autorités rwandaises aient souhaité leur maintien, parce que les militaires français, en tenue française à la différence des personnels coopérants de la MAM, étaient visibles à Kigali et dans un rayon d’une dizaine de kilomètres autour de la capitale. Les entrées et les sorties de la ville étaient soumises à des contrôles effectués à des “ barrières ” par la Gendarmerie rwandaise. Les militaires français ont-ils procédé à de telles opérations ? De nombreuses critiques ont été faites à ce sujet. Devant la Mission, M. Jean-Hervé Bradol s’est déclaré “ particulièrement choqué par la part que prenaient les militaires français à certaines fonctions de police dans le pays, notamment le contrôle routier à la sortie nord de Kigali ” précisant que, soit les militaires français restaient postés dans leur guérite en observant les militaires rwandais, soit ils examinaient eux-mêmes les papiers, comme il en fut témoin en juin-juillet 1993.

Sur le contrôle direct opéré par les militaires français, le Général Dominique Delort s’est exprimé devant la Mission. Il a indiqué que les deux axes principaux Byumba-Kigali au nord et Ruhengeri-Kigali à l’ouest étaient particulièrement fréquentés et qu’il était difficile de positionner des unités au nord de la ville sans avoir des renseignements sur ces grands axes menant à la capitale.

Il a précisé qu’il avait alors décidé d’installer sur chacun de ces axes, à quelques kilomètres de l’entrée de la ville, deux points de contrôle, tenus par des soldats français les trente-six premières heures, avant que soient obtenus du Chef d’état-major des FAR les gendarmes rwandais pour assurer eux-mêmes le contrôle.

Sur la réalité du contrôle, les dires de M. Jean-Hervé Bradol sont bien confirmés ; en revanche, il semble qu’il ait commis une erreur de date, puisque le Général Dominique Delort, alors Colonel, a été désigné commandant des opérations en février-mars 1993, soit quelques mois plus tôt. Sous son commandement, plusieurs ordres d’opérations ont été établis. L’ordre de conduite n° 5, daté du 12 février 1993 prévoit, en cas de rupture du cessez-le-feu, de “ jeter un dispositif d’observation sur les axes nord… et de reconnaître les positions d’arrêt dans cette zone, dans un rayon de 5 km, en vue d’une éventuelle action d’arrêt ultérieure ”. La 4ème compagnie Noroît doit notamment à cet effet surveiller les débouchés des axes : Ruhengeri/Kigali et Gitarama/Kigali à l’ouest ; Byumba/Kigali au nord ; les points de passage obligé sur l’axe Muhazi/Kigali, et se trouver en mesure d’interdire ces débouchés sur préavis d’une heure.

La mise en place du dispositif de surveillance prévu par l’ordre de conduite est extrêmement précise :

— position d’observation du volume du groupe :

— point OSCAR – secteur ouest : à hauteur virage piste Murehe ;

— point CHARLIE – secteur centre : mouvement de terrain ;

— point ECHO – secteur est : carrefour pistes :

— de nuit, resserrement du dispositif au plus près des axes (volume : 1 binôme en sonnette) ;

— relève des postes toutes les 72 heures.

· Quant à l’ordre de conduite n° 7 du 20 février 1993, il prévoit, pour parer à toute tentative d’infiltration du FPR ou tout risque d’arrivée en masse de populations sur la capitale, qui menacent de compromettre la sécurité dans Kigali, donc la sécurité des ressortissants français, la mise en place, le 20 février à 16 heures, d’un dispositif de contrôle, destiné à :

“ — empêcher tout élément FPR de franchir :

- à l’ouest, le débouché des axes Ruhengeri/Kigali et Gitarama/Kigali,

- au nord, le débouché de l’axe Byumba/Kigali à hauteur de la sucrerie ;

— Pour cela, renseigner en avant et à l’est du dispositif par le DAMI, en liaison avec FAR,

- premier temps : mettre en place immédiatement un dispositif d’arrêt de compagnie sur les débouchés cités,

- deuxième temps : renforcer la défense de l’aéroport et du dispositif de protection des ressortissants ”.

· L’ordre d’opération n° 3 du 2 mars 1993 indique que le renseignement s’étend jusqu’à 10 km de la capitale et qu’il convient de surveiller les accès nord et ouest en faisant un effort du nord-ouest au nord-est, et d’être en mesure de les interdire temporairement.

Puis il est précisé : “ pour conserver toute liberté d’action dans la ville :

— en permanence maintenir un dispositif de contrôle dans la zone d’intérêt, sous forme de patrouille et de check-points en liaison avec la Gendarmerie rwandaise ;

— sur ordre, être en mesure de basculer sur un dispositif d’arrêt temporaire, tout en déclenchant le plan d’évacuation ”.

Ces instructions sont ensuite explicitées à l’attention de chacune des compagnies présentes sur le terrain, qui doit être en mesure :
pour le 2/8 RPIMA – de surveiller dans un rayon de 10 km entre Gihogwe et pont de la briqueterie inclus ;
– d’interdire les axes Ruhengeri/Kigali et axe Gitarama/Kigali.
pour le CEA/21 RIMA – de surveiller dans un rayon de 10 km entre Gihogwe exclu et la ligne Kabubu et Nouba inclus ;
– d’interdire l’axe Byumba à la hauteur de la sucrerie.
pour la SML 2/68e RA

(section de mortiers lourds)
– de surveiller sous forme de patrouilles la zone d’intérêt entre Nouba exclus et Rusoro inclus – effort à l’est ;
– sur ordre, d’appuyer l’action d’arrêt des unités à l’extérieur.

· Les règles de comportement sur les “ check-points ” prévoient :

— un dispositif limité au volume d’une équipe ;

— une action limitée au soutien de la Gendarmerie rwandaise chargée des opérations de contrôle ;

— la remise de tout suspect, armement ou document saisis à la disposition de la Gendarmerie rwandaise.

Vis-à-vis de la presse et du GOMN, il est précisé :

— aucune interview – accès des positions interdit ;

— laisser effectuer des prises de vues sans les faciliter ;

— orienter tout journaliste vers l’ambassade de France.

Il ressort de l’ensemble de ces éléments que les forces françaises ont, entre février et mars 1993, mis en place, sur ordre de l’état-major des armées, un dispositif de surveillance des accès de Kigali très développé, prêt à se transformer éventuellement en interdiction d’accès dans de très brefs délais, afin d’assurer l’évacuation des ressortissants français, mais aussi de prévenir les infiltration du FPR.

Cette surveillance active, sous forme de patrouille et de “ check-points ”, même si elle s’effectue en liaison avec la Gendarmerie rwandaise, conduit incontestablement à pratiquer des contrôles sur les personnes. Si les règles de comportement aux “ check-points ” font référence à la “ remise de tout suspect, armement ou documents saisis à la disposition de la Gendarmerie rwandaise ”, on voit mal comment une telle procédure peut avoir lieu si préalablement il n’y a pas eu une opération de contrôle d’identité ou de fouille.

Comment, dans ces conditions, définir “ l’action limitée au soutien de la Gendarmerie rwandaise chargée des opérations de contrôle ” si ce n’est sous la forme d’une coopération ? Comment expliquer enfin les consignes interdisant l’accès des positions à la presse et au GOMN, sinon par l’existence d’un engagement des forces françaises dans des opérations de police qui sont, par principe, du ressort des autorités nationales et qu’il était préférable de ne pas mettre en évidence ?

c) L’interrogation des prisonniers

De nombreuses affirmations et rumeurs ont circulé à ce sujet, notamment dans la presse.

Au cours de son audition, le Colonel Bernard Cussac a souhaité faire le point sur cette question et a déclaré qu’il avait été le seul et unique militaire français à avoir rencontré des prisonniers militaires. Il a indiqué qu’il avait voulu ainsi, en les rencontrant, non seulement montrer aux militaires rwandais que les prisonniers militaires étaient susceptibles de fournir des renseignements intéressants pour mieux conduire les opérations militaires futures, mais surtout faire œuvre humanitaire en offrant à ces derniers un sauf-conduit pour la vie.

Dans un message qu’il adresse le 31 juillet 1991 (n° 202) à ses supérieurs hiérarchiques ainsi qu’au cabinet du Ministre de la Défense et au ministère de la Coopération, le Colonel Bernard Cussac précise qu’il était accompagné du Lieutenant-Colonel Gilles Chollet, commandant le DAMI, ce qui contredit légèrement sa déclaration devant la Mission. Il fait ensuite état, dans ce message, du déroulement de l’entretien par les officiers rwandais et indique qu’il demande au commandant rwandais de faire soigner le prisonnier, le Lieutenant Aroni Bagambana.

La Mission a par ailleurs eu communication d’une liste d’une vingtaine de prisonniers entendus par les FAR établie à la date du 12 août 1991.

Ce document montre à la fois la jeunesse des soldats du FPR, certains d’entre eux ayant seulement 14 ou 16 ans, la plupart autour d’une vingtaine d’années, mais aussi le manque d’expérience de ces combattants qui, pour la moitié d’entre eux, à peine engagés au FPR se retrouvent quelques jours plus tard capturés par les FAR, alors que l’autre moitié faisait partie de la NRA.

A propos d’interrogatoires musclés de prisonniers du FPR, auxquels les militaires français auraient assisté, Mme Alison Des Forges a, lors de son audition, indiqué que M. James Gasana avait fait état de la présence d’agents français au centre de documentation, endroit bien connu pour être le lieu de torture de la Gendarmerie et de la police rwandaise. Surpris par une telle affirmation, le Président de la Mission a demandé des vérifications à la suite desquelles Mme Alison Des Forges a reconnu dans un courrier adressé à la Mission qu’elle s’était trompée.

2. Les livraisons d’armes

Cette question a fait l’objet de nombreuses affirmations, souvent imprécises, parfois inexactes. La Mission n’entend pas sur ce problème épuiser la réalité du sujet et notamment elle ne prétend pas, s’agissant du trafic d’armes, élucider tous les cas évoqués à travers différents articles ou ouvrages, de marchés parallèles ou de livraisons effectuées au moment des massacres, en avril 1994, ou après la déclaration d’embargo des Nations Unies le 17 mai 1994.

Sur la base des informations qu’elle a pu obtenir, la Mission a cherché d’abord à faire précisément le point sur les livraisons d’armes de la France au Rwanda réalisées dans un cadre légal entre 1990 et le 8 avril 1994, date à laquelle toute exportation a été suspendue. Ce travail qui n’avait pu être entrepris jusqu’à présent, faute d’éléments disponibles, lui a paru nécessaire, car il permet, en complément des différents développements qui viennent d’être présentés, de mieux comprendre la dimension de l’engagement de la France au Rwanda.

a) Les procédures applicables à l’exportation de matériels de guerre

L’exportation des matériels de guerre s’effectue en deux étapes. Il est tout d’abord nécessaire d’obtenir de la commission interministérielle pour l’étude des exportations de matériel de guerre (CIEEMG) un agrément préalable qui peut être délivré, soit pour les prospections de marchés, soit pour les négociations de contrats, soit pour les ventes d’armement. L’obtention de l’agrément “ vente ” de la CIEEMG ne vaut pas pour autant autorisation d’exportation. L’industriel qui a signé un contrat de vente d’équipements, d’armes ou de munitions doit ensuite obtenir, pour les exporter, une autorisation d’exportation des matériels de guerre (AEMG) auprès de la délégation générale pour l’armement du ministère de la Défense.

Après avis favorable du ministère de la Défense et du ministère des Affaires étrangères, l’AEMG est accordée par le SGDN, service directement rattaché au Premier Ministre. L’autorisation est valable un an ; elle est revêtue d’un numéro de douane. L’AEMG est exigée à l’appui de la déclaration d’exportation, lors du passage en douane ; elle est ensuite imputée en quantité et en valeur lors de chaque opération, car un contrat bénéficiaire d’une AEMG peut être exécuté en plusieurs livraisons.

Une attestation de passage en douane (APD), transmise par les services des douanes à la direction de la protection et de la sécurité du ministère de la Défense, permet de contrôler l’utilisation des AEMG et de s’assurer des livraisons effectives.

Cette procédure à deux niveaux s’applique aussi bien pour les contrats de vente commerciaux que pour les cessions directes de matériels de guerre.

Les cessions directes peuvent être réalisées à titre onéreux ou à titre gratuit. Elles consistent, à partir d’une demande d’un Etat étranger, à prélever sur les stocks des armées les matériels souhaités. A la différence des contrats commerciaux, il ne s’agit pas d’armes neuves. Les cessions à titre gratuit doivent être autorisées expressément par le Ministre de la Défense, les cessions à titre onéreux ne nécessitent pas une telle autorisation. En cas de cession directe, la procédure est plus rapide, puisque les deux étapes de l’obtention de l’agrément de la CIEEMG et de la délivrance de l’AEMG se confondent. Dans les faits, bien souvent les cessions directes s’effectuent sans qu’il y ait une AEMG ni même délivrance d’une régularisation postérieure de la procédure. Le Rwanda n’a pas échappé à cette pratique.

b) La livraison d’armes au Rwanda par la France
de 1990 à 1994

LES AGRÉMENTS DÉLIVRÉS PAR LA CIEEMG

Valeur en millions de francs
50 19 116 191 48 122 44 1
Source : ministère de la Défense

L’année 1994 n’est pas significative, puisque le dernier agrément délivré par la CIEEMG concernant des ventes de matériels de guerre au Rwanda remonte au 20 janvier 1994.

(1) Les autorisations d’exportation de matériels de guerre (AEMG)

· Les AEMG au Rwanda, de 1990 à 1994, ont porté principalement sur les matériels suivants :
Armes

· Exprimées en valeur, les AEMG représentent sur la période du 1er janvier 1990 au 6 avril 1994, date de la dernière AEMG, un total d’environ 137 millions de francs ainsi répartis :

(2) Les cessions directes

· Les cessions directes de matériels de guerre au Rwanda, de 1990 à 1994, ont concerné principalement les matériels suivants :

Les cessions directes onéreuses ont porté essentiellement sur l’achat de munitions -cartouches de 90mm à obus explosif, obus explosifs de mortiers de 120mm- de matériels et vêtements -tentes, parkas, parachutes…- et de pièces de rechange pour hélicoptères Alouette II. Les cessions directes à titre gratuit ont concerné, outre des matériels similaires à ceux décrits ci-dessus, des radars Rasura, des mitrailleuses, des canons de 105mm, c’est-à-dire des matériels plus importants et plus coûteux.

Dans l’ensemble, ces cessions directes, à titre gratuit comme à titre onéreux, n’ont que très rarement fait l’objet d’une AEMG et ont été réalisées directement.

Parmi les opérations de cessions directes bénéficiant d’une AEMG, on trouve l’exportation de 6 radars Rasura, de 50 mitrailleuses de 12,7 mm, de pièces de rechange pour Alouette II, de cartouches à obus explosifs de 90 mm. Soit 5 opérations sur 36 au total.

31 cessions directes d’armes et munitions au Rwanda ont donc été réalisées sans respect des procédures, mais cette situation, qui n’est pas propre au Rwanda, ne peut donc être retenue comme illustrative d’une quelconque spécificité. Il y a cependant là une question de principe, qui méritait d’être soulignée.

· En valeur, les cessions directes représentent un total d’environ 42 millions de francs ainsi répartis.

Les pics que constituent les années 1992 et 1993 montrent que les cessions directes d’armements prélevés sur les stocks de l’armée se sont réalisées à une période où se déroulaient sur le terrain des affrontements violents (offensives de Byumba en 1992 et de Ruhengeri en 1993) et où se tenaient en parallèle les négociations d’Arusha.

c) La politique de la France de 1990 à 1994

La France a livré des armes au Rwanda mais elle n’a pas répondu systématiquement à ses demandes. Quelques heures après l’offensive du 1er octobre 1990, le Président Juvénal Habyarimana demande assistance à la France et souhaite notamment que lui soit fourni un appui aérien. Le Général Jean Varret, entendu par la Mission, a déclaré que cette demande du Président rwandais d’un appui-feu Jaguar “ lui était apparue hors de propos ” et a indiqué lui avoir répondu que “ ce n’était pas là le but de l’action de la France ”, mais que “ cette demande avait néanmoins été transmise à Paris ”.

Cet appui-feu ne sera pas accordé au Rwanda, au grand regret du Président Juvénal Habyarimana, qui a insisté à plusieurs reprises, n’hésitant pas à forcer le trait en allant jusqu’à dire, le 6 octobre, que son armée devait faire face à “ des masses d’assaillants … dont beaucoup sont drogués ”, puis le 7 octobre “ que la phase diplomatique est dépassée et que si les avions français n’interviennent pas sous 24 ou 36 heures, Kigali ne pourra pas tenir ”.

La transformation des graves incidents survenus dans Kigali dans la nuit du 4 au 5 octobre à l’instigation de Tutsis ou de sympathisants de la cause FPR, en attaque de la capitale par des éléments du FPR venus de l’extérieur, participe incontestablement du même désir d’obtenir de la France cet appui-feu aérien “ aussi rapide que discret et efficace ”.

Il apparaît également que la France, tout en procédant à des livraisons d’armes ou de munitions, en aurait conditionné l’utilisation à des moments stratégiques dans l’évolution du conflit. Telle est notamment l’analyse faite par M. James Gasana, ancien Ministre rwandais de la Défense, devant la Mission. Selon lui, la France considérait que le Gouvernement rwandais ne pourrait concevoir la nécessité d’une négociation politique avec le FPR que si ce dernier prenait possession d’une partie du territoire.

M. James Gasana a déclaré que la France avait pour cela permis au FPR en mai 1992 de conquérir une partie de la commune de Muyumba, les commandes passées à la France n’ayant pas été livrées à temps. Sur cette affaire, un télégramme diplomatique, daté du 12 mars 1992, de l’ambassade de France à Kigali indique que le Général Jean Varret, lors de son audience avec le Président Juvénal Habyarimana, a rappelé les efforts faits par la France pour répondre à des demandes de munitions dont la fourniture avait été retardée pour des raisons strictement administratives et techniques. M. James Gasana a également précisé “ qu’en juin 1992, alors que les forces rwandaises venaient d’acquérir des obusiers français de 105 mm, la France leur en a refusé l’utilisation alors que les FAR étaient en mesure de reprendre le contrôle des hauteurs des communes du Kiyombe et Kivuye. La perte de ces hauteurs dont le FPR conservera le contrôle sera un des facteurs déterminants de la suite de la guerre. L’autorisation d’agir ne sera donnée que lorsque, après avoir décidé d’acheter des obusiers 125 mm à l’Egypte, les instructeurs égyptiens arriveront à Kigali ”.

M. James Gasana a par ailleurs souligné que les prix des armes légères françaises étaient supérieurs à ceux pratiqués par la concurrence. La législation rwandaise sur les marchés publics adoptée en 1992 exigeant au moins trois offres par lot de commande, la France ne figurait pas parmi les plus gros fournisseurs.

Compte tenu des informations dont la Mission a disposé, il est certain que l’Afrique du Sud figure en bonne place parmi les fournisseurs du Rwanda en armement et met par la même occasion le Rwanda en situation de violation de la convention 558 du 13 décembre 1984 qui déclare l’embargo à l’encontre de l’Afrique du Sud, avec laquelle théoriquement il est interdit de commercer.

En revanche, il paraît plus difficile de souscrire à l’analyse de M. James Gasana, estimant qu’en 1992, la France aurait volontairement et indirectement laissé le FPR progresser territorialement dans la mesure où la France a apporté régulièrement au Rwanda de 1990 à 1994 un soutien en matériel, armements et munitions. Le fait que certaines demandes comme l’appui-feu aérien aient été refusées ne contredit pas cet état de fait mais signifie simplement que, compte tenu du dimensionnement de l’armée rwandaise, une telle demande a semblé inappropriée.

L’étude des AEMG de 1990 à 1994, confrontée aux informations fournies par la Direction générale des douanes sur la même période, permet de dire que l’ensemble des matériels de guerre dont l’exportation a été autorisée ont été effectivement livrés au Rwanda.

Ainsi, deux postes de tir pour missile Milan fournis par Euromissile ont bénéficié d’une AEMG le 29 mai 1990 et sont passés en douane le 4 juillet 1990.

En 1991, l’Office général de l’air reçoit pour des rechanges d’hélicoptères Gazelle, Alouette et Ecureuil une autorisation d’exportation le 18 décembre 1991 qui seront exportés le 8 avril 1992, d’après les statistiques douanières.

En 1992, Eurocopter reçoit une autorisation d’exportation datée du 27 janvier portant sur trois hélicoptères Gazelle SA 342 avec des capabilités d’armement (parties fixes et mobiles pour canon-lance roquettes et canon axial) et des pièces de rechanges. Le marché représentant environ 42 millions de francs s’effectuera en plusieurs fois entre le 22 avril et le 6 novembre 1992. Les trois hélicoptères Gazelle ont été exportés aux dates suivantes : 22 avril 1992, 1er juillet 1992, 9 octobre 1992.

Ce marché correspond à une commande passée par le Gouvernement rwandais le 20 avril 1991 qui à l’époque souhaitait donner la priorité en matière d’armement aux hélicoptères de combat. Il faut rappeler à ce sujet qu’un hélicoptère Gazelle avait été abattu en octobre 1990 par le FPR.

La France a d’autre part assuré le suivi de cette livraison puisque plusieurs AEMG ultérieures concernent des pièces de rechange de ces hélicoptères Gazelle qui seront notamment exportées en 1993 par l’Office général de l’air ou la société Eurocopter.

Outre les matériels conventionnels classiques, la France a également livré au Rwanda via la société Thomson-CSF de nombreux équipements de cryptophonie avec accessoire et maintenance, plusieurs centaines d’émetteurs-récepteurs, dont certains portatifs, ainsi que quatre postes téléphoniques numériques de haute sécurité TRC 7700 exportés le 4 mai 1992 d’après les statistiques douanières.

Les livraisons d’armes et de matériel vont se poursuivre après l’offensive sur Byumba menée en juin 1992 et la conclusion d’un accord de cessez-le -feu signé en juillet 1992 à Arusha, constituant le point de départ des négociations du même nom. L’ouverture des négociations d’Arusha que la France soutient activement sur un plan diplomatique, ne constitue pas aux yeux du ministère des Affaires étrangères un élément nouveau susceptible de modifier l’environnement contractuel des commandes d’armes et de munitions passées par le Rwanda.

Ainsi le 12 août 1992, le Quai d’Orsay considère-t-il que les termes de l’accord d’Arusha ne sont pas de nature à remettre en cause la cession de 2 000 obus de 105 mm, de 20 mitrailleuses de 12,7 mm et de 32 400 cartouches.

Les autorités françaises ont par ailleurs tenu à ce que les forces armées rwandaises soient toujours régulièrement approvisionnées en munitions lors des différentes offensives sérieuses menées par le FPR.

Ainsi en février 1993, alors que le détachement Noroît vient d’être renforcé d’une compagnie des EFAO en raison de l’aggravation de la situation sur le terrain, l’état-major des armées rappelle à l’attaché de défense qu’il lui revient de “ faire en sorte que l’armée rwandaise ne se trouve pas en rupture de stocks de munitions sensibles… et que les livraisons aux FAR de matériels militaires s’effectuent dans la plus grande discrétion ”.

De fait, dans la chronologie qu’il établit dans son rapport de fin de mission, le Colonel Philippe Tracqui, commandant le détachement Noroît pour la période allant du 8 février 1993 au 21 mars 1993, note “ vendredi 12 février 1993 : poser d’un DC8 avec 50 mitrailleuses 12,7 mm plus 100 000 cartouches pour les FAR. Mercredi 17 février 1993 : poser d’un Boeing 747 avec déchargement discret par les FAR d’obus de 105 mm et de roquettes de 68 mm (Alat) ”.

Les livraisons d’armes et de munitions, jointes à l’opération d’assistance opérationnelle menée quelques jours plus tard à partir du 23 février par le Lieutenant-Colonel Didier Tauzin, permettront aux FAR de redresser spectaculairement la situation en une quinzaine de jours face au FPR.

La France n’est pas la seule à fournir des armes aux FAR. L’Afrique du Sud, l’Egypte, la Russie ou Israël comptent aussi parmi les fournisseurs du Rwanda. D’après les relevés établis par les militaires français présents au Rwanda -commandant des opérations ou attaché de défense- des livraisons de matériels de guerre ont été régulièrement effectuées par ces pays dès l’offensive d’octobre 1990.

Le 4 décembre 1990, le Ministre de la Défense rwandais commande à l’Egypte trois Gazelle roquettes ainsi que des munitions et à l’URSS du matériel d’artillerie sol-sol et sol-air.

Le 15 juillet 1991, le chargé d’affaires russe indique à l’attaché de défense français que le Rwanda a passé commande à titre onéreux à son pays de 50 mortiers, 6 obusiers, 30 mitrailleuses et de missiles SA 16 dont le nombre n’est pas précisé, ainsi que des munitions correspondant à ces armements. Le chargé d’affaires russe indique que la commande est prête à livrer sous réserve de la confirmation du Rwanda qui devra alors verser une provision.

En avril et mai 1992, plusieurs rotations d’appareils en provenance d’Afrique du Sud ou d’Egypte livrent aux FAR des munitions, essentiellement des cartouches et des obus.

Début novembre 1992, l’attaché de défense recense l’arrivée de 7 avions cargo sud-africains qui livrent à nouveau des mortiers, des mitrailleurs, des fusils, grenades… et indique que c’est dans un cadre défensif que ces achats ont été réalisés, car dans l’hypothèse d’une reprise du conflit sur l’ensemble du front, les stocks permettent aux FAR de tenir au mieux quinze jours. Il relève également des livraisons de munitions par Israël à cette même période.

La presse a par ailleurs fait état d’une violation par la France de l’embargo posé par elle le 8 avril et par l’ONU le 17 mai. Il est ainsi reproché à la SOFREMAS, société française d’exploitation de matériels et systèmes d’armement contrôlé par l’Etat d’avoir rompu l’embargo en procédant à des livraisons via Goma au Zaïre. De même, la société Luchaire, dépendant à 100 % de Giat Industries, aurait également procédé par ce biais à des livraisons.

Dans son rapport de mai 1995, Human Rights Watch indique avoir appris du personnel de l’aéroport et d’un homme d’affaires local que cinq convois étaient arrivés à Goma en mai et juin 1994 contenant de l’armement et des munitions venant de France et destinés aux FAR.

Sur ces différents points, la Mission n’a pas pu recueillir à ce jour d’éléments probants, en dépit des demandes qu’elle a formulées pour obtenir, notamment de l’association Human Rights Watch, copie des documents ou bordereaux relatifs à la SOFREMAS et trouvés au Zaïre dans un bus abandonné près de Goma.

En revanche, sur la livraison d’armes effectuée par l’Egypte en 1992 et qui aurait reçu la caution bancaire du Crédit Lyonnais, son Président Jean Peyrelevade a adressé au Président de la Mission les précisions suivantes “ les recherches auxquelles nous nous sommes livrés font apparaître que l’ambassade d’Egypte auprès du Royaume-Uni disposait d’un compte à notre agence de Londres, de même que les forces armées égyptiennes auprès de notre agence du Caire. Mais ni dans une agence, ni dans l’autre, il n’a été identifié aucune implication par voie de garantie ou de crédit documentaire dans l’exécution du contrat sur lequel vous m’interrogez ”.

L’élément de preuve sur lequel s’appuie l’association Human Rights Watch pour déceler la présence de la France derrière l’Egypte n’est que la reproduction d’un contrat sans en-tête et non signé qui vise effectivement trois parties, le Gouvernement rwandais dit “ l’acheteur ”, le Gouvernement égyptien dit “ le fournisseur ” et la caution bancaire dite “ la banque ” qui reste non identifiée, puisque la version anglaise laisse même apparaître un blanc à côté du nom de la banque. Dans ces conditions, il est apparu difficile à la Mission de tirer de ces quelques éléments des conclusions définitives.

De façon générale, qu’il y ait eu du trafic d’armes incontrôlé, cela est plus que probable si l’on se réfère par exemple aux transactions menées par la société Dyl-Invest. Comme l’a fait remarquer M. Ahmedou Ould-Abdallah à la Mission, l’Afrique est aujourd’hui remplie d’armes venues du trafic et, selon lui, il est illusoire de prétendre pouvoir un jour arriver à contrôler et sanctionner ces flux illicites.

En revanche, la violation de l’embargo et les exportations illégales d’armements, qui auraient été connues des autorités françaises et qu’elles auraient laissé se produire n’ont pas été démontrées.

On sait au contraire que les fournisseurs ayant “ pignon sur rue ” se sont, pour certains, posé des questions quant à la nécessité, avant même le prononcé de l’embargo par la France, de poursuivre certaines livraisons. Ainsi la Mission a-t-elle eu connaissance du fait que la société Thomson-Brandt s’est interrogée sur le bien fondé de la livraison de 2 000 obus supplémentaires au Rwanda en février 1994.

La question a enfin été soulevée de la livraison éventuelle, après la décision d’embargo, de pièces de rechange pour des hélicoptères Alouette II.

D’après les documents actuellement en sa possession, la Mission juge que cette exportation s’est faite avant l’embargo, même si cette cession onéreuse a connu une procédure compliquée.


Hagiographie: On ne peut comprendre la gauche si on ne comprend pas qu’elle est une religion (God is great and Chavez is his new prophet)

31 mars, 2014
http://www.sfsustudentcenter.com/about/muralimages/Cesar%20Chavez%20Mural.png
https://fbcdn-sphotos-h-a.akamaihd.net/hphotos-ak-frc1/t1.0-9/p235x350/1978752_4105162284442_314659912_n.jpg
http://www.docspopuli.org/images/07_0821_120.jpg
http://blog.preservationnation.org/wp-content/uploads/2012/10/blog_photo_121009_POTUS-speech.jpg
http://www.defense.gov/news/Sep2002/200209262a_hr.jpg
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/e/e7/Cesar_Chavez_2014_film.jpg
You cannot understand the Left if you do not understand that leftism is a religion. Dennis Prager
On Cesar Chavez Day, we celebrate one of America’s greatest champions for social justice. Raised into the life of a migrant farm worker, he toiled alongside men, women, and children who performed daily, backbreaking labor for meager pay and in deplorable conditions. They were exposed to dangerous pesticides and denied the most basic protections, including minimum wages, health care, and access to drinking water. Cesar Chavez devoted his life to correcting these injustices, to reminding us that every job has dignity, every life has value, and everyone — no matter who you are, what you look like, or where you come from — should have the chance to get ahead. After returning from naval service during World War II, Cesar Chavez fought for freedom in American agricultural fields. Alongside Dolores Huerta, he founded the United Farm Workers, and through decades of tireless organizing, even in the face of intractable opposition, he grew a movement to advance "La Causa" across the country. In 1966, he led a march that began in Delano, California, with a handful of activists and ended in Sacramento with a crowd 10,000 strong. A grape boycott eventually drew 17 million supporters nationwide, forcing growers to accept some of the first farm worker contracts in history. A generation of organizers rose to carry that legacy forward. The values Cesar Chavez lived by guide us still. As we push to fix a broken immigration system, protect the right to unionize, advance social justice for young men of color, and build ladders of opportunity for every American to climb, we recall his resilience through setbacks, his refusal to scale back his dreams. When we organize against income inequality and fight to raise the minimum wage — because no one who works full time should have to live in poverty — we draw strength from his vision and example. Throughout his lifelong struggle, Cesar Chavez never forgot who he was fighting for. "What [the growers] don’t know," he said, "is that it’s not bananas or grapes or lettuce. It’s people." Today, let us honor Cesar Chavez and those who marched with him by meeting our obligations to one another. I encourage Americans to make this a national day of service and education by speaking out, organizing, and participating in service projects to improve lives in their communities. Let us remember that when we lift each other up, when we speak with one voice, we have the power to build a better world. NOW, THEREFORE, I, BARACK OBAMA, President of the United States of America, by virtue of the authority vested in me by the Constitution and the laws of the United States, do hereby proclaim March 31, 2014, as Cesar Chavez Day. I call upon all Americans to observe this day with appropriate service, community, and education programs to honor Cesar Chavez’s enduring legacy. IN WITNESS WHEREOF, I have hereunto set my hand this twenty-eighth day of March, in the year of our Lord two thousand fourteen, and of the Independence of the United States of America the two hundred and thirty-eighth. Barack Obama
His face is on a U.S. postage stamp. Countless statues, murals, libraries, schools, parks and streets are named after him — he even has his own national monument. He was on the cover of Time magazine in 1969. A naval ship was named after him. The man even has his own Google Doodle and Apple ad. Yet his footprint in American history is widely unknown and that’s exactly the reason why actor-turned-director Diego Luna decided to produce a movie about his life. CNN
Sorel, for whom religion was important, drew a comparison between the Christian and the socialist revolutionary. The Christian’s life is transformed because he accepts the myth that Christ will one day return and usher in the end of time; the revolutionary socialist’s life is transformed because he accepts the myth that one day socialism will triumph, and justice for all will prevail. What mattered for Sorel, in both cases, is not the scientific truth or falsity of the myth believed in, but what believing in the myth does to the lives of those who have accepted it, and who refuse to be daunted by the repeated failure of their apocalyptic expectations. How many times have Christians in the last two thousand years been convinced that the Second Coming was at hand, only to be bitterly disappointed — yet none of these disappointments was ever enough to keep them from holding on to their great myth. So, too, Sorel argued, the myth of socialism will continue to have power, despite the various failures of socialist experiments, so long as there are revolutionaries who are unwilling to relinquish their great myth. That is why he rejected scientific socialism — if it was merely science, it lacked the power of a religion to change individual’s lives. Thus for Sorel there was “an…analogy between religion and the revolutionary Socialism which aims at the apprenticeship, preparation, and even the reconstruction of the individual — a gigantic task. Lee Harris

En cette Journée César Chavez tout récemment proclamée par Notre Grand Timonier Obama …

Lancée, comme il se doit, par ses images saintes made in Hollywood

Bienvenue au dernier saint de nos amis de la gauche américaine !

The Left’s Misplaced Concern
The Left craves power not money, and that makes it much more frightening.
Dennis Prager
National review on line
May 22, 2012

You cannot understand the Left if you do not understand that leftism is a religion. It is not God-based (some left-wing Christians’ and Jews’ claims notwithstanding), but otherwise it has every characteristic of a religion. The most blatant of those characteristics is dogma. People who believe in leftism have as many dogmas as the most fundamentalist Christian.

One of them is material equality as the preeminent moral goal. Another is the villainy of corporations. The bigger the corporation, the greater the villainy. Thus, instead of the devil, the Left has Big Pharma, Big Tobacco, Big Oil, the “military-industrial complex,” and the like. Meanwhile, Big Labor, Big Trial Lawyers, and — of course — Big Government are left-wing angels.

And why is that? Why, to be specific, does the Left fear big corporations but not big government?

The answer is dogma — a belief system that transcends reason. No rational person can deny that big governments have caused almost all the great evils of the last century, arguably the bloodiest in history. Who killed the 20 to 30 million Soviet citizens in the Gulag Archipelago — big government or big business? Hint: There were no private businesses in the Soviet Union. Who deliberately caused 75 million Chinese to starve to death — big government or big business? Hint: See previous hint. Did Coca-Cola kill 5 million Ukrainians? Did Big Oil slaughter a quarter of the Cambodian population? Would there have been a Holocaust without the huge Nazi state?

Whatever bad things big corporations have done is dwarfed by the monstrous crimes — the mass enslavement of people, the deprivation of the most basic human rights, not to mention the mass murder and torture and genocide — committed by big governments.

How can anyone who thinks rationally believe that big corporations rather than big governments pose the greatest threat to humanity? The answer is that it takes a mind distorted by leftist dogma. If there is another explanation, I do not know what it is.

Religious Christians and Jews also have some irrational beliefs, but their irrationality is overwhelmingly confined to theological matters; and these theological irrationalities have no deleterious impact on religious Jews’ and Christians’ ability to see the world rationally and morally. Few religious Jews or Christians believe that big corporations are in any way analogous to big government in terms of evil done. And the few who do are leftists.

That the Left demonizes Big Pharma, for instance, is an example of this dogmatism. America’s pharmaceutical companies have saved millions of lives, including millions of leftists’ lives. And I do not doubt that in order to increase profits they have not always played by the rules. But to demonize big pharmaceutical companies while lionizing big government, big labor unions, and big tort-law firms is to stand morality on its head.

There is yet another reason to fear big government far more than big corporations. ExxonMobil has no police force, no IRS, no ability to arrest you, no ability to shut you up, and certainly no ability to kill you. ExxonMobil can’t knock on your door in the middle of the night and legally take you away. Apple Computer cannot take your money away without your consent, and it runs no prisons. The government does all of these things.

Of course, the Left will respond that government also does good and that corporations and capitalists are, by their very nature, “greedy.”

To which the rational response is that, of course, government also does good. But so do the vast majority of corporations, private citizens, church groups, and myriad voluntary associations. On the other hand, only big government can do anything approaching the monstrous evils of the last century.

As for greed: Between hunger for money and hunger for power, the latter is incomparably more frightening. It is noteworthy that none of the twentieth century’s monsters — Lenin, Hitler, Stalin, Mao — were preoccupied with material gain. They loved power much more than money.

And that is why the Left is much more frightening than the Right. It craves power.

— Dennis Prager, a nationally syndicated columnist and radio talk-show host, is author of Still the Best Hope: Why the World Needs American Values to Triumph. He may be contacted through his website, dennisprager.com.

Voir aussi:

The iconic UFW

Another myth. I opened my Easter Sunday Google browser and did not find a Christian icon on the page, but instead a (badly done) romantic rendition of a youthful Cesar Chavez, apparently our age’s version of a politically correct divinity.

Yet I wondered whether the midlevel Googilites who post these politically hip images knew all that much about Chavez. I grant in this age that they saw no reason to emphasize Christianity on its most holy day. But there is, after all, Miriam Pawel’s 2010 biography of Chavez still readily accessible[10], and a new essay about him in The Atlantic[11] — both written by sympathetic authors who nonetheless are not quite the usual garden-variety hagiographers. To suggest something other than sainthood is heresy in these parts, as I have discovered since the publication of Mexifornia a decade ago.

I grew up in the cauldron of farm-labor disputes. Small farms like ours largely escaped the violence, because there were five of us kids to do the work in summer and after school, and our friends welcomed the chance to buck boxes or help out propping trees or thinning plums. Hired help was rare and a matter of a few days of hiring 20 or so locals for the fall raisin harvest. But the epic table grape fights were not far away in Parlier, Reedley, and down the 99 in Delano. I offer a few impressions, some of them politically incorrect.

First, give Chavez his due. Farmworkers today are more akin to supposedly non-skilled (actually there is a skill required to pruning and picking) labor elsewhere, with roughly the same protective regulations as the food worker or landscaper. That was not true in 1965. Conservatives will argue that the market corrected the abuse (e.g., competition for ever scarcer workers) and ensured overtime, accessible toilets, and the end to hand-held hoes; liberals will credit Chavez — or fear of Chavez.

But that said, Chavez was not quite the icon we see in the grainy videos walking the vineyards withRobert Kennedy[12]. Perhaps confrontation was inevitable, but the labor organizing around here was hardly non-violent. Secondary boycotts were illegal, but that did not stop picketers from yelling and cursing as you exited the local Safeway with a bag of Emperor grapes. There were the constant union fights with bigger family growers (the 500 acre and above sort), as often demonstrators rushed into fields to mix it up with so-called scabs. Teamsters fought the UAW. The latter often worked with the immigration service to hunt down and deport illegals. The former bused in toughs to crack heads. After-hours UFW vandalism, as in the slashed tire and chain-sawed tree mode, was common.

The politics were explicable by one common theme: Cesar Chavez disliked small farmers and labor contractors[13], and preferred agribusiness and the idea of a huge union. Otherwise, there were simply too many incongruities in an agrarian checkerboard landscape for him to handle — as if the UAW would have had to deal with an auto industry scattered among thousands of small family-owned factories.

For Chavez, the ideal was a vast, simple us/them, 24/7 fight, albeit beneath an angelic veneer of Catholic suffering. In contrast, small farmers were not rich and hardly cut-out caricatures of grasping exploitation. Too many were unapologetic Armenians, Japanese (cf. the Nisei Farmers League), Portuguese, and Mexican-Americans to guarantee the necessary white/brown binary. Many had their own histories of racism, from the Armenian genocide to the Japanese internment, and had no white guilt of the Kennedy sort. I cannot imagine a tougher adversary than a Japanese, Armenian, or Punjabi farmer, perched on his own tractor or irrigating his 60 acres — entirely self-created, entirely unapologetic about his achievement, entirely committed to the idea that no one is going to threaten his existence.

The local labor contractors were not villains, but mostly residents who employed their relatives and knew well the 40-acre and 100-acre farmers they served. When there were slow times on the farm, I picked peaches for two summers for a Selma labor contractor, whose kids I went to school with. He was hardly a sellout. The crusty, hard-bitten small farmers (“don’t bruise that fruit,” “you missed three peaches up there on that limb,” “you stopped before it was quite noon”) who monitored personally the orchards we picked looked no different from the men on ladders.

In contrast, Chavez preferred the south and west Central Valley of huge corporate agribusiness. Rich and powerful, these great captains had the ability by fiat to institute labor agreements across hundreds of thousands of acres of farmland. Chavez’s organizing forte was at home in a Tulare, Delano, Shafter, Mendota or Tranquility, not a Reedley, Kingsburg or Selma. In those days, the former were mostly pyramidal societies of a few corporate kingpins with an underclass of agricultural laborers, the latter were mixed societies in which Mexican-Americans were already ascendant and starting to join the broader middle class of Armenians, Japanese, and Punjabis.

Chavez was to be a Walter Reuther or George Meany, a make-or-breaker who sat across from a land baron, cut a deal for his vast following, and then assumed national stature as he doled out union patronage and quid-pro-quo political endorsements. In that vision, as a 1950s labor magnate Chavez largely failed — but not because agribusiness did not cave in to him. Indeed, it saw the UFW and Chavez as the simple cost of doing business, a tolerable write-off necessary to making all the bad press, vandalism, and violence go away.

Instead, the UFW imploded by its own insider and familial favoritism, corruption, and, to be frank, lunatic paranoia. The millions of dollars Chavez deducted for pension funds often vanished. Legions of relatives (for a vestigial experience of the inner sanctum, I suggest a visit to the national shrine southeast of Bakersfield) staffed the union administration. There were daily rumors of financial malfeasance, mostly in the sense of farmworkers belatedly discovering that their union deductions did not lead to promised healthcare or pensions.

Most hagiographies ignore Chavez’s eerie alliance with the unhinged Synanon bunch. In these parts, they had opened a foothill retreat of some sort above Woodlake, not far from here. (I visited the ramshackle Badger enclave once with my mother [I suppose as her informal "security,"], who was invited as a superior court judge to be introduced to their new anti-drug program in their hopes that county officials might save millions of dollars by sentencing supposedly non-violent heroin addicts to Synanon recovery treatments. Needless to say, she smiled, met the creepy “group,” looked around the place, and we left rather quickly, and that was that.)

I don’t think that the Google headliners remember that Charles Dederich[14] (of rattlesnake-in-the-mailbox and “Don’t mess with us. You can get killed, dead” fame) was a sort of model for Chavez, who tried to introduce the wacko-bird Synanon Game to his own UFW hierarchy. No matter, deification of Chavez is now de rigeur; the young generation who idolizes him has almost no knowledge of the man, his life, or his beliefs. It is enough that Bobby Kennedy used to fly into these parts, walk for a few well-filmed hours, and fly out.

When I went to UC Santa Cruz in September of 1971, I remember as a fool picking a box of Thompson seedless grapes from our farm to take along, and soon being met by a dorm delegation of rich kids from Pacific Palisades and Palos Verdes (a favorite magnet area for Santa Cruz in those days) who ordered me not to eat my own grapes on my own campus in my own room. Soon I had about four good friends who not only enjoyed them, but enjoyed eating them in front of those who did not (to the extent I remember these student moralists, and can collate old faces with names in the annual alumni news, most are now high-ups and executives in the entertainment industry). Victor Davis Hanson

Voir encore:

The study of history demands nuanced thinking

Miriam Pawel

Austin American-Statesman
7-17-09

[Pawel is the author of the forthcoming book 'The Union of Their Dreams — Power, Hope and Struggle in Cesar Chavez's Farm Worker Movement.']

Cesar Chavez was not a saint. He was, at times, a stubborn authoritarian bully, a fanatical control freak, a wily fighter who manufactured enemies and scapegoats, a mystical vegetarian who healed with his hands, and a union president who wanted his members to value sacrifice above higher wages.

He was also a brilliant, inspirational leader who changed thousands of lives as he built the first successful union for farmworkers, a consummate strategist singularly committed to his vision of helping the poor — a vision that even those close to him sometimes misunderstood.

That one man embodies such complexity and contradictions should be a key lesson underlying any history curriculum: Students should learn to think in shades of gray, to see heroes as real people, and to reject the dogma of black and white.

That sort of nuanced thinking appears largely absent from the debate over whether Cesar Chavez should be taught in Texas schools. Two of the six reviewers appointed to assess Texas’ social studies curriculum recently deemed Chavez an inappropriate role model whose contributions and stature have been overstated. Their critiques suggested he should be excised, not glorified. Their opponents pounced on the comments in an ongoing ideological and political dispute that clearly is far more sweeping than Chavez’s proper place in the classroom.

But the debate over Chavez and how his story is taught exemplifies the dangers of oversimplification and the absence of critical thinking.

His supporters are at fault as well as his detractors. For years, they have mythologized Chavez and fiercely fended off efforts to portray him in less than purely heroic terms. The hagiography only detracts from his very real, remarkable accomplishments. In an era when Mexican Americans were regarded as good for nothing more than the most back-breaking labor, Chavez mobilized public support and forced agribusiness to recognize the rights of farmworkers. His movement brought farmworkers dignity and self-respect, as well as better wages and working conditions. In California, he pushed through what remains today the most pro-labor law in the country, the only one granting farmworkers the right to organize and petition for union elections.

Chavez’s legacy can be seen in the work of a generation of activists and community organizers who joined the farmworker crusade during the 1960s and ’70s, a movement that transformed their lives. They, in turn, have gone on to effect change across the country, most recently playing key roles in the Obama presidential campaign.

The decline of the union Chavez founded and the ultimate failure of the United Farm Workers to achieve lasting change in the fields of California — much less expand into a national union — is part of the Chavez legacy, too. Chavez himself played a role in that precipitous decline, and students of history should not follow his example and blame the failures solely on outside forces and scapegoats.

Chavez, an avid reader of history, preserved an extraordinary record of his own movement: For years, he ordered that all documents, tapes and pictures be sent to the Walter P. Reuther Library at Wayne State University in Detroit, the nation’s preeminent labor archive. Chavez told people he wanted the history of his movement to be saved and studied — warts and all.

Those lessons should be taught in classrooms everywhere. – See more at: http://hnn.us/article/107517#sthash.NSesFPOF.dpuf

Voir encore:

Amid Chants of ‘¡Huelga!,’ an Embodiment of Hope
Hero Worship Abounds in ‘Cesar Chavez’

A. O. Scott

The NYT

MARCH 27, 2014

“Cesar Chavez,” directed by Diego Luna, is a well-cast, well-intentioned movie that falls into the trap that often awaits film biographies of brave and widely admired individuals. The movie is so intent on reminding viewers of its subject’s heroism that it struggles to make him an interesting, three-dimensional person, and it tells his story as a series of dramatic bullet points, punctuated by black-and-white footage, some real, some simulated, of historical events.

In spite of these shortcomings, Mr. Luna’s reconstruction of the emergence of the United Farm Workers organization in the 1960s unfolds with unusual urgency and timeliness. After a rushed beginning — in which we see Chavez (Michael Peña) arguing in a Los Angeles office and moving his family to Delano, a central California town, before we fully grasp his motives — we settle in for a long, sometimes violent struggle between the workers and the growers. Attempted strikes are met with intimidation and brutality, from the local sheriff and hired goons, and Chavez and his allies (notably Dolores Huerta, played by Rosario Dawson) come up with new tactics, including a public fast, a march from Delano to Sacramento and a consumer boycott of grapes.

As is customary in movies like this, we see the toll that the hero’s commitment takes on his family life. His wife, Helen (America Ferrera), is a steadfast ally, but there is tension between Chavez and his oldest son, Fernando (the only one of the couple’s eight children with more than an incidental presence on screen). Fernando (Eli Vargas) endures racist bullying at school and suffers from his father’s frequent absences. Their scenes together are more functional than heartfelt, fulfilling the requirement of allowing the audience a glimpse at the private life of a public figure.

We also venture into the household of one of Chavez’s main antagonists, a landowner named Bogdonovich, played with sly, dry understatement by John Malkovich. He is determined to break the incipient union, and the fight between the two men and their organizations becomes a national political issue. Senator Robert F. Kennedy (Jack Holmes) takes the side of the workers, while the interests of the growers are publicly defended by Ronald Reagan, shown in an archival video clip describing the grape boycott as immoral, and Richard Nixon. Parts of “Cesar Chavez” are as rousing as an old folk song, with chants of “¡Huelga!” and “¡Sí, se puede!” ringing through the theater. Although it ends, as such works usually do, on a note of triumph, the film, whose screenplay is by Keir Pearson and Timothy J. Sexton, does not present history as a closed book. Movies about men and women who fought for social change — “Mandela: Long Walk to Freedom” is a recent example — treat them less as the radicals they were than as embodiments of hope, reconciliation and consensus.

Though Cesar Chavez, who died in 1993, has been honored and celebrated, the problems he addressed have hardly faded away. The rights of immigrants and the wages and working conditions of those who pick, process and transport food are still live and contentious political issues.

And if you read between the lines of Mr. Luna’s earnest, clumsy film, you find not just a history lesson but an argument. The success of the farm workers depended on the strength of labor unions, both in the United States and overseas, and the existence of political parties able to draw on that power. What the film struggles to depict, committed as it is to the conventions of hagiography, is the long and complex work of organizing people to defend their own interests. You are invited to admire what Cesar Chavez did, but it may be more vital to understand how he did it.

“Cesar Chavez” is rated PG-13 (Parents strongly cautioned). Strong language and scenes of bloody class struggle.

Voir encore:

The Madness of Cesar Chavez
A new biography of the icon shows that saints should be judged guilty until proved innocent.
Caitlin Flanagan
The Atlantic
Jun 13 2011,

Once a year, in the San Joaquin Valley in Central California, something spectacular happens. It lasts only a couple of weeks, and it’s hard to catch, because the timing depends on so many variables. But if you’re patient, and if you check the weather reports from Fresno and Tulare counties obsessively during the late winter and early spring, and if you are also willing, on very little notice, to drop everything and make the unglamorous drive up (or down) to that part of the state, you will see something unforgettable. During a couple of otherworldly weeks, the tens of thousands of fruit trees planted there burst into blossom, and your eye can see nothing, on either side of those rutted farm roads, but clouds of pink and white and yellow. Harvest time is months away, the brutal summer heat is still unimaginable, and in those cool, deserted orchards, you find only the buzzing of bees, the perfumed air, and the endless canopy of color.

I have spent the past year thinking a lot about the San Joaquin Valley, because I have been trying to come to terms with the life and legacy of Cesar Chavez, whose United Farm Workers movement—born in a hard little valley town called Delano—played a large role in my California childhood. I spent the year trying, with increasing frustration, to square my vision of him, and of his movement, with one writer’s thorough and unflinching reassessment of them. Beginning five years ago, with a series of shocking articles in the Los Angeles Times, and culminating now in one of the most important recent books on California history, Miriam Pawel has undertaken a thankless task: telling a complicated and in many ways shattering truth. That her book has been so quietly received is not owing to a waning interest in the remarkable man at its center. Streets and schools and libraries are still being named for Chavez in California; his long-ago rallying cry of “Sí, se puede” remains so evocative of ideas about justice and the collective power of the downtrodden that Barack Obama adopted it for his presidential campaign. No, the silence greeting the first book to come to terms with Chavez’s legacy arises from the human tendency to be stubborn and romantic and (if the case requires it) willfully ignorant in defending the heroes we’ve chosen for ourselves. That silence also attests to the way Chavez touched those of us who had any involvement with him, because the full legacy has to include his singular and almost mystical way of eliciting not just fealty but a kind of awe. Something cultlike always clung to the Chavez operation, and so while I was pained to learn in Pawel’s book of Chavez’s enthrallment with an actual cult—with all the attendant paranoia and madness—that development makes sense.

In the face of Pawel’s book, I felt compelled to visit the places where Chavez lived and worked, although it’s hard to tempt anyone to join you on a road trip to somewhere as bereft of tourist attractions as the San Joaquin Valley. But one night in late February, I got a break: someone who’d just driven down from Fresno told me that the trees were almost in bloom, and that was all I needed. I took my 13-year-old son, Conor, out of school for a couple of days so we could drive up the 99 and have a look. I was thinking of some things I wanted to show him, and some I wanted to see for myself. It would be “experiential learning”; it would be a sentimental journey. At times it would be a covert operation.

One Saturday night, when I was 9 or 10 years old, my parents left the dishes in the sink and dashed out the driveway for their weekend treat: movie night. But not half an hour later—just enough time for the round trip from our house in the Berkeley Hills to the United Artists theater down on Shattuck—they were right back home again, my mother hanging up her coat with a sigh, and my father slamming himself angrily into a chair in front of The Bob Newhart Show.

What happened?

“Strike,” he said bitterly.

One of the absolute rules of our household, so essential to our identity that it was never even explained in words, was that a picket line didn’t mean “maybe.” A picket line meant “closed.” This rule wasn’t a point of honor or a means of forging solidarity with the common man, someone my father hoped to encounter only in literature. It came from a way of understanding the world, from the fierce belief that the world was divided between workers and owners. The latter group was always, always trying to exploit the former, which—however improbably, given my professor father’s position in life—was who we were.

In the history of human enterprise, there can have been no more benevolent employer than the University of California in the 1960s and ’70s, yet to hear my father and his English-department pals talk about the place, you would have thought they were working at the Triangle shirtwaist factory. Not buying a movie ticket if the ushers were striking meant that if the shit really came down, and the regents tried to make full professors teach Middlemarch seminars over summer vacation, the ushers would be there for you. As a child, I burned brightly with the justice of these concepts, and while other children were watching Speed Racer or learning Chinese jump rope, I spent a lot of my free time working for the United Farm Workers.

Everything about the UFW and its struggle was right-sized for a girl: it involved fruits and vegetables, it concerned the most elementary concepts of right and wrong, it was something you could do with your mom, and most of your organizing could be conducted just outside the grocery store, which meant you could always duck inside for a Tootsie Pop. The cement apron outside a grocery store, where one is often accosted—in a manner both winsome and bullying—by teams of Brownies pressing their cookies on you, was once my barricade and my bully pulpit.

Of course, it had all started with Mom. Somewhere along the way, she had met Cesar Chavez, or at least attended a rally where he had spoken, and that was it. Like almost everyone else who ever encountered him, she was spellbound. “This wonderful, wonderful man,” she would call him, and off we went to collect clothes for the farmworkers’ children, and to sell red-and-black UFW buttons and collect signatures. It was our thing: we loved each other, we loved doing little projects, we had oceans of free time (has anyone in the history of the world had more free time than mid-century housewives and their children?), and we were both constitutionally suited to causes that required grudge-holding and troublemaking and making things better for people in need. Most of all, though, we loved Cesar.

In those heady, early days of the United Farm Workers, in the time of the great five-year grape strike that started in 1965, no reporter, not even the most ironic among them, failed to remark upon, if not come under, Chavez’s sway. “The Messianic quality about him,” observed John Gregory Dunne in his brilliant 1967 book, Delano, “is suggested by his voice, which is mesmerizing—soft, perfectly modulated, pleasantly accented.” Peter Matthiessen’s book-length profile of Chavez, which consumed two issues of The New Yorker in the summer of 1969, reported: “He is the least boastful man I have ever met.” Yet within this self-conscious and mannered presentation of inarticulate deference was an ability to shape both a romantic vision and a strategic plan. Never since then has so great a gift been used for so small a cause. In six months, he took a distinctly regional movement and blasted it into national, and then international, fame.

The ranchers underestimated Chavez,” a stunned local observer of the historic Delano grape strike told Dunne; “they thought he was just another dumb Mex.” Such a sentiment fueled opinions of Chavez, not just among the valley’s grape growers—hardworking men, none of them rich by any means—but among many of his most powerful admirers, although they spoke in very different terms. Chavez’s followers—among them mainline Protestants, socially conscious Jews, Berkeley kids, white radicals who were increasingly rootless as the civil-rights movement transformed into the black-power movement—saw him as a profoundly good man. But they also understood him as a kind of idiot savant, a noble peasant who had risen from the agony of stoop labor and was mysteriously instilled with the principles and tactics of union organizing. In fact he’d been a passionate and tireless student of labor relations for a decade before founding the UFW, handpicked to organize Mexican Americans for the Community Service Organization, a local outfit under the auspices of no less a personage than Saul Alinsky, who knew Chavez well and would advise him during the grape strike. From Alinsky, and from Fred Ross, the CSO founder, Chavez learned the essential tactic of organizing: the person-by-person, block-by-block building of a coalition, no matter how long it took, sitting with one worker at a time, hour after hour, until the tide of solidarity is so high, no employer can defeat it.

Chavez, like all the great ’60s figures, was a man of immense personal style. For a hundred reasons—some cynical, some not—he and Robert Kennedy were drawn to each other. The Kennedy name had immense appeal to the workers Chavez was trying to cultivate; countless Mexican households displayed photographs of JFK, whose assassination they understood as a Catholic martyrdom rather than an act of political gun violence. In turn, Chavez’s cause offered Robert Kennedy a chance to stand with oppressed workers in a way that would not immediately inflame his family’s core constituency, among them working-class Irish Americans who felt no enchantment with the civil-rights causes that RFK increasingly embraced. The Hispanic situation was different. At the time of the grape strike, Mexican American immigration was not on anyone’s political radar. The overwhelming majority of California’s population was white, and the idea that Mexican workers would compete for anyone’s good job was unheard-of. The San Joaquin Valley farms—and the worker exploitation they had historically engendered—were associated more closely with the mistreatment of white Okies during the Great Depression than with the plight of any immigrant population.

Kennedy—his mind, like Chavez’s, always on the political promise of a great photograph—flew up to Delano in March 1968, when Chavez broke his 25-day fast, which he had undertaken not as a hunger strike, but as penance for some incidents of UFW violence. In a Mass held outside the union gas station where Chavez had fasted, the two were photographed, sitting next to Chavez’s wife and his mantilla-wearing mother, taking Communion together (“Senator, this is probably the most ridiculous request I ever made in my life,” said a desperate cameraman who’d missed the shot; “but would you mind giving him a piece of bread?”). Three months later, RFK was shot in Los Angeles, and a second hagiographic photograph was taken of the leader with a Mexican American. A young busboy named Juan Romero cradled the dying senator in his arms, his white kitchen jacket and dark, pleading eyes lending the picture an urgency at once tragic and political: The Third of May recast in a hotel kitchen. The United Farm Workers began to seem like Kennedy’s great unfinished business. The family firm might have preferred that grieving for Bobby take the form of reconsidering Teddy’s political possibilities, but in fact much of it was channeled, instead, into boycotting grapes.

That historic grape boycott eventually ended with a rousing success: three-year union contracts binding the Delano growers and the farmworkers. After that, the movement drifted out of my life and consciousness, as it did—I now realize—for millions of other people. I remember clearly the night my mother remarked (in a guarded way) to my father that the union had now switched its boycott from grapes to … lettuce. “Lettuce?” he squawked, and then burst out in mean laughter. I got the joke. What was Chavez going to do now, boycott each of California’s agricultural products, one at a time for five years each? We’d be way into the 21st century by the time they got around to zucchini. And besides, things were changing—in the world, in Berkeley, and (in particular, I thought) at the Flanagans’. Things that had appeared revolutionary and appealing in the ’60s were becoming weird or ugly in the ’70s. People began turning inward. My father, stalwart Vietnam War protester and tear-gasee, turned his concern to writing an endless historical novel about 18th-century Ireland. My mother stopped worrying so much about the liberation of other people and cut herself into the deal: she left her card table outside the Berkeley Co-op and went back to work. I too found other pursuits. Sitting in my room with the cat and listening over and over to Carly Simon’s No Secrets album—while staring with Talmudic concentration at its braless cover picture—was at least as absorbing as shaking the Huelga can and fretting about Mexican children’s vaccination schedules had once been. Everyone sort of moved on.

I didn’t really give any thought to the UFW again until the night of my mother’s death. At the end of that terrible day, when my sister and I returned from the hospital to our parents’ house, we looked through the papers on my mother’s kitchen desk, and there among the envelopes from the many, many charities she supported (she sent each an immediate albeit very small check) was one bearing a logo I hadn’t seen in years: the familiar black-and-red Huelga eagle. I smiled and took it home with me. I wrote a letter to the UFW, telling about my mom and enclosing a check, and suddenly I was back.

Re-upping with the 21st-century United Farm Workers was fantastic. The scope of my efforts was so much larger than before (they encouraged me to e-blast their regular updates to everyone in my address book, which of course I did) and the work so, so much less arduous—no sitting around in parking lots haranguing people about grapes. I never got off my keister. Plus, every time a new UFW e-mail arrived—the logo blinking, in a very new-millennium way, “Donate now!”—and I saw the pictures of farmworkers doing stoop labor in the fields, and the stirring photographs of Cesar Chavez, I felt close to my lost mother and connected to her: here I am, Mom, still doing our bit for the union.

And then one morning a few years later, I stepped out onto the front porch in my bathrobe, picked up the Los Angeles Times, and saw a headline: “Farmworkers Reap Little as Union Strays From Its Roots.” It was the first article in a four-part series by a Times reporter named Miriam Pawel, and from the opening paragraph, I was horrified.

I learned that while the UFW brand still carried a lot of weight in people’s minds—enough to have built a pension plan of $100 million in assets but with only a few thousand retirees who qualified—the union had very few contracts with California growers, the organization was rife with Chavez nepotism, and the many UFW-funded business ventures even included an apartment complex in California built with non-union labor. I took this news personally. I felt ashamed that I had forwarded so many e-mails to so many friends, all in the service, somehow, of keeping my mother’s memory and good works alive, and all to the ultimate benefit—as it turned out—not of the workers in the fields (whose lives were in some ways worse than they had been in the ’60s), but rather of a large, shadowy, and now morally questionable organization. But at least, I told myself, none of this has in any way impugned Cesar himself: he’d been dead more than a decade before the series was published. His own legacy was unblighted.

Or so it seemed, until my editor sent me a copy of The Union of Their Dreams, Pawel’s exhaustively researched, by turns sympathetic and deeply shocking, investigation of Chavez and his movement, and in particular of eight of the people who worked most closely with him. Through her in-depth interviews with these figures—among them a prominent attorney who led the UFW legal department, a minister who was one of Chavez’s closest advisers, and a young farmworker who had dedicated his life to the cause—Pawel describes the reality of the movement, not just during the well-studied and victorious period that made it famous, but during its long, painful transformation to what it is today. Her story of one man and his movement is a story of how the ’60s became the ’70s.

To understand Chavez, you have to understand that he was grafting together two life philosophies that were, at best, an idiosyncratic pairing. One was grounded in union-organizing techniques that go back to the Wobblies; the other emanated directly from the mystical Roman Catholicism that flourishes in Mexico and Central America and that Chavez ardently followed. He didn’t conduct “hunger strikes”; he fasted penitentially. He didn’t lead “protest marches”; he organized peregrinations in which his followers—some crawling on their knees—arrayed themselves behind the crucifix and effigies of the Virgin of Guadalupe. His desire was not to lift workers into the middle class, but to bind them to one another in the decency of sacrificial poverty. He envisioned the little patch of dirt in Delano—the “Forty Acres” that the UFW had acquired in 1966 and that is now a National Historic Landmark—as a place where workers could build shrines, pray, and rest in the shade of the saplings they had tended together while singing. Like most ’60s radicals—of whatever stripe—he vastly overestimated the appeal of hard times and simple living; he was not the only Californian of the time to promote the idea of a Poor People’s Union, but as everyone from the Symbionese Liberation Army to the Black Panthers would discover, nobody actually wants to be poor. With this Christ-like and infinitely suffering approach to some worldly matters, Chavez also practiced the take-no-prisoners, balls-out tactics of a Chicago organizer. One of his strategies during the lettuce strike was causing deportations: he would alert the immigration authorities to the presence of undocumented (and therefore scab) workers and get them sent back to Mexico. As the ’70s wore on, all of this—the fevered Catholicism and the brutal union tactics—coalesced into a gospel with fewer and fewer believers. He moved his central command from the Forty Acres, where he was in constant contact with workers and their families—and thus with the realities and needs of their lives—and took up residence in a weird new headquarters.

Located in the remote foothills of the Tehachapi Mountains, the compound Chavez would call La Paz centered on a moldering and abandoned tuberculosis hospital and its equally ravaged outbuildings. In the best tradition of charismatic leaders left alone with their handpicked top command, he became unhinged. This little-known turn of events provides the compelling final third of Pawel’s book. She describes how Chavez, the master spellbinder, himself fell under the spell of a sinister cult leader, Charles Dederich, the founder of Synanon, which began as a tough-love drug-treatment program and became—in Pawel’s gentle locution—“an alternative lifestyle community.” Chavez visited Dederich’s compound in the Sierras (where women routinely had their heads shaved as a sign of obedience) and was impressed. Pawel writes:

Chavez envied Synanon’s efficient operation. The cars all ran, the campus was immaculate, the organization never struggled for money.

He was also taken with a Synanon practice called “The Game,” in which people were put in the center of a small arena and accused of disloyalty and incompetence while a crowd watched their humiliation. Chavez brought the Game back to La Paz and began to use it on his followers, among them some of the UFW’s most dedicated volunteers. In a vast purge, he exiled or fired many of them, leaving wounds that remain tender to this day. He began to hold the actual farmworkers in contempt: “Every time we look at them,” he said during a tape-recorded meeting at La Paz, “they want more money. Like pigs, you know. Here we’re slaving, and we’re starving and the goddamn workers don’t give a shit about anything.”

Chavez seemed to have gone around the bend. He decided to start a new religious order. He flew to Manila during martial law in 1977 and was officially hosted by Ferdinand Marcos, whose regime he praised, to the horror and loud indignation of human-rights advocates around the world.

By the time of Chavez’s death, the powerful tide of union contracts for California farmworkers, which the grape strike had seemed to augur, had slowed to the merest trickle. As a young man, Chavez had set out to secure decent wages and working conditions for California’s migrant workers; anyone taking a car trip through the “Salad Bowl of the World” can see that for the most part, these workers have neither.

For decades, Chavez has been almost an abstraction, a collection of gestures and images (the halting speech, the plaid shirt, the eagerness to perform penance for the smallest transgressions) suggesting more an icon than a human being. Here in California, Chavez has reached civic sainthood. Indeed, you can trace a good many of the giants among the state’s shifting pantheon by looking at the history of one of my former elementary schools. When Berkeley became the first city in the United States to integrate its school system without a court order, my white friends and I were bused to an institution in the heart of the black ghetto called Columbus School. In the fullness of time, its name was changed to Rosa Parks School; the irony of busing white kids to a school named for Rosa Parks never seemed fully unintentional to me. Now this school has a strong YouTube presence for the videos of its Cesar Chavez Day play, an annual event in which bilingual first-graders dressed as Mexican farmworkers carry Sí, Se Puede signs and sing “De Colores.” The implication is that just as Columbus and Parks made their mark on America, so did Chavez make his lasting mark on California.

In fact, no one could be more irrelevant to the California of today, and particularly to its poor, Hispanic immigrant population, than Chavez. He linked improvement of workers’ lives to a limitation on the bottomless labor pool, but today, low-wage, marginalized, and exploited workers from Mexico and Central America number not in the tens of thousands, as in the ’60s, but in the millions. Globalization is the epitome of capitalism, and nowhere is it more alive than in California. When I was a child in the ’60s, professional-class families did not have a variety of Hispanic workers—maids, nannies, gardeners—toiling in and around their households. Most faculty wives in Berkeley had a once-a-week “cleaning lady,” but those women were blacks, not Latinas. A few of the posher families had gardeners, but those men were Japanese, and they were employed for their expertise in cultivating California plants, not for their willingness to “mow, blow, and go.”

Growing up here when I did meant believing your state was the most blessed place in the world. We were certain—both those who lived in the Republican, Beach Boys paradises of Southern California and those who lived in the liberal enclaves of Berkeley and Santa Monica—that our state would always be able to take care of its citizens. The working class would be transformed (by dint of the aerospace industry and the sunny climate) into the most comfortable middle class in the world, with backyard swimming pools and self-starting barbecue grills for everyone. The poor would be taken care of, too, whether that meant boycotting grapes, or opening libraries until every rough neighborhood had books (and Reading Lady volunteers) for everyone.

But all of that is gone now.

The state is broken, bankrupt, mean. The schools are a misery, and the once-famous parks are so crowded on weekends that you might as well not go, unless you arrive at first light to stake your claim. The vision of civic improvement has given way to self-service and consumer indulgence. Where the mighty Berkeley Co-op once stood on Shattuck and Cedar—where I once rattled the can for Chavez, as shoppers (each one a part owner) went in to buy no-frills, honestly purveyed, and often unappealing food—is now a specialty market of the Whole Foods variety, with an endless olive bar and a hundred cheeses.

When I took my boy up the state to visit Cesar’s old haunts, we drove into the Tehachapi Mountains to see the compound at La Paz, now home to the controversial National Farm Workers Service Center, which sits on a war chest of millions of dollars. The place was largely deserted and very spooky. In Delano, the famous Forty Acres, site of the cooperative gas station and of Chavez’s 25-day fast, was bleak and unvisited. We found a crust of old snow on Chavez’s grave in Keene, and a cold wind in Delano. We spent the night in Fresno, and my hopes even for the Blossom Trail were low. But we followed the 99 down to Fowler, tacked east toward Sanger, and then, without warning, there we were.

“Stop the car,” Conor said, and although I am usually loath to walk a farmer’s land without permission, we had to step out into that cloud of pale color. We found ourselves in an Arthur Rackham illustration: the boughs bending over our heads were heavy with white blossoms, the ground was covered in moss that was in places deep green and in others brown, like worn velvet. I kept turning back to make sure the car was still in sight, but then I gave up my last hesitation and we pushed deeper and deeper into the orchard, until all we could see were the trees. At 65 degrees, the air felt chilly enough for a couple of Californians to keep their sweaters on. In harvest season, the temperature will climb to over 100 degrees many days, and the rubbed velvet of the spring will have given way to a choking dust. Almost none of the workers breathing it will have a union contract, few will be here legally, and the deals they strike with growers will hinge on only one factor: how many other desperate people need work. California agriculture has always had a dark side. But—whether you’re eating a ripe piece of fruit in your kitchen or standing in a fairy-tale field of blossoms on a cool spring morning—forgetting about all of that is so blessedly easy. Chavez shunned nothing more fervently than the easy way; and nothing makes me feel further away from the passions and certainty of my youth than my eagerness, now, to take it.
Caitlin Flanagan’s book Girl Land will be published in January 2012.

Voir enfin:

Why the ‘Cesar Chavez’ biopic matters now
Cindy Y. Rodriguez
CNN
March 28, 2014

New York (CNN) — Cesar Chavez is something of a national icon.

His face is on a U.S. postage stamp. Countless statues, murals, libraries, schools, parks and streets are named after him — he even has his own national monument. He was on the cover of Time magazine in 1969. A naval ship was named after him. The man even has his own Google Doodle and Apple ad.

Yet his footprint in American history is widely unknown and that’s exactly the reason why actor-turned-director Diego Luna decided to produce a movie about his life.

"I was really surprised that there wasn’t already a film out about Chavez’s life, so that’s why I spent the past four years making this and hope the country will join me in celebrating his life and work," Diego Luna said during Tuesday’s screening of "Cesar Chavez: An American Hero" in New York. The movie opens nationwide on Friday.

After seeing farm workers harvesting the country’s food unable to afford feeding their own families — let alone the deplorable working conditions they faced — Chavez decided to act.

He and Dolores Huerta co-founded what’s now known as the United Farm Workers. They became the first to successfully organize farm workers while being completely committed to nonviolence.

Without Chavez, California’s farm workers wouldn’t have fair wages, lunch breaks and access to toilets or clean water in the fields. Not to mention public awareness about the dangers of pesticides to farm workers and helping outlaw the short-handled hoe. Despite widespread knowledge of its dangers, this tool damaged farm workers’ backs.

His civil rights activism has been compared to that of Martin Luther King Jr. and Mahatma Gandhi.

Difficult conditions in America’s fields

But as the film successfully highlights Chavez’s accomplishments, viewers will also be confronted with an uncomfortable truth about who picks their food and under what conditions.

Unfortunately, Chavez’s successes don’t cross state lines.

States such as New York, where farm workers face long hours without any overtime pay or a day of rest, are of concern for human rights activist Kerry Kennedy, president of the Robert F. Kennedy Center for Justice and Human Rights.

The Kennedys have been supporters of the UFW since Sen. Robert Kennedy broke bread with Chavez during the last day of his fast against violence in 1968.

"New York is 37 years behind California. Farm workers here can be fired if they tried collective bargaining," Kennedy said after the "Cesar Chavez" screening. "We need a Cesar Chavez."

California is still the only state where farm workers have the right to organize.

Kennedy is urging the passing of the Farmworkers Fair Labor Practices Act, which would give farm workers the right to one day of rest each week, time-and-a-half pay for work past an eight-hour day, as well as unemployment, workers’ compensation and disability insurance.

It’s not just New York. Farm workers across the country face hardship. In Michigan’s blueberry fields, there’s a great deal of child labor, Rodriguez said.

"Because they’re paid by piece-rate, it puts a lot of stress on all family members to chip in. Plus, families work under one Social Security number because about 80% of the farm worker population is undocumented," Rodriguez added.

That’s why the UFW and major grower associations worked closely with the Senate’s immigration reform bill to include special provisions that would give farm workers legal status if they continued to work in agriculture.

"Farm workers shouldn’t struggle so much to feed their own families, and we can be part of that change," Luna said.

A national holiday in honor Chavez?

To help facilitate that change, Luna and the film’s cast — Michael Peña as Chavez, America Ferrera as his wife, Helen, and Rosario Dawson as labor leader Dolores Huerta — have been trekking all over the country promoting the film and a petition to make Chavez’s birthday on March 31 a national holiday.

"We aren’t pushing Cesar Chavez Day just to give people a day off. It’s to give people a ‘day on’ because we have a responsibility to provide service to our communities," United Farm Workers president Arturo Rodriguez told CNN.

In 2008, President Barack Obama showed his support for the national holiday and even borrowed the United Farm Workers famous chant "Si Se Puede!’ — coined by Dolores Huerta — during his first presidential campaign.

Obama endorsed it again in 2012, when he created a national monument to honor Chavez, but the resolution still has to be passed by Congress to be recognized as a national holiday.

Right now, Cesar Chavez Day is recognized only in California, Texas and Colorado.
Political activist Dolores Huerta Political activist Dolores Huerta

Huerta, 83, is still going strong in her activism and has also helped promote the film. She said she wishes the film could have included more history, but she knows it’s impossible.

"There were so many important lessons in the film. All the sacrifices Cesar and his wife, Helen, had to make and the obstacles we had to face against the police and judges. We even had people that were killed in the movement but we were still able to organize," Huerta said.

Actor Tony Plana, who attending the New York screening, knew the late Chavez and credited him with the launch of his acting career. Plana, known for his role as the father on ABC’s "Ugly Betty" TV series, said his first acting gig was in the UFW’s theatrical troupe educating and helping raising farm workers’ awareness about their work conditions.

"I’ve waited more than 35 years for this film to be made, and I can’t tell you how honored I am to finally see it happen," Plana told CNN.

It’s not that there wasn’t interest in making the biopic before: Hollywood studios and directors have approached the Chavez family in the past, but the family kept turning them down, mainly for two reasons.

"Well, first Cesar didn’t want to spend the time making the film because there was so much work to do, and he was hesitant on being singled out because there were so many others that contributed to the UFW’s success," said Rodriguez.

It wasn’t until Luna came around and asked the Chavez family how they felt the movie should be made that the green light was given. But when it came time to getting the funding to produce the film, Hollywood was not willing.

"Hopefully this film will send a message to Hollywood that our [Latino] stories need to be portrayed in cinema," Luna added.

"Latinos go to the movies more than anyone else, but we’re the least represented on screen. It doesn’t make any sense," Dawson told CNN.

In 2012, Hispanics represented 18% of the movie-going population but accounted for 25% of all movies seen, according to Nielsen National Research Group.

"I hope young people use the power of social media to help spread the word about social change," Dawson said.

"There is power in being a consumer and boycotting. If we want more as a community, we need to speak up."


Polémique Dieudonné: La quenelle, c’est l’envie, imbécile ! (Tocqueville confirms Obama and Dieudonné’s envy problem)

7 janvier, 2014
http://www.goabroad.com/blog/wp-content/uploads/2013/06/Defend_equality_poster_cropped.pngIl ne faut pas dissimuler que les institutions démocratiques développent à un très haut niveau le sentiment de l’envie dans le coeur humain. Ce n’est point tant parce qu’elle offrent à chacun les moyens de s’égaler aux autres, mais parce que ces moyens défaillent sans cesse à ceux qui les emploient. Les institutions démocratiques réveillent et flattent la passion de l’égalité sans pouvoir jamais la satisfaire entièrement. Cette égalité complète s’échappe tous les jours des mains du peuples au moment où il croit la saisir, et fuit, comme dit Pascal, d’une fuite éternelle; le peuple s’échauffe à la recherche de ce bien d’autant plus précieux qu’il est assez proche pour être connu et assez loin pour ne pas être goûté. Tout ce qui le dépasse par quelque endroit lui paraît un obstacle à ses désirs, et il n’y a pas de supériorité si légitime dont la vue ne fatigue sas yeux. Beaucoup de gens s’imaginent que cet instinct secret qui porte chez nous les classes inférieure s à écarter autant qu’elles le peuvent les supérieures de la direction des affaires ne se découvre qu’en France. C’est une erreur. L’instinct dont je parle n’est pas français. Il est démocratique. Tocqueville
Il y a en effet une passion mâle et légitime pour l’égalité qui excite les hommes à vouloir être tous forts et estimés. Cette passion tend à élever les petits au rang des grands ; mais il se rencontre aussi dans le cœur humain un goût dépravé pour l’égalité, qui porte les faibles à vouloir attirer les forts à leur niveau, et qui réduit les hommes à préférer l’égalité dans la servitude à l’inégalité dans la liberté. Tocqueville
Ils ont tout, c’est connu. Vous êtes passé par le centre-ville de Metz ? Toutes les bijouteries appartiennent aux juifs. On le sait, c’est tout. Vous n’avez qu’à lire les noms israéliens sur les enseignes. Vous avez regardé une ancienne carte de la Palestine et une d’aujourd’hui ? Ils ont tout colonisé. Maintenant c’est les bijouteries. Ils sont partout, sauf en Chine parce que c’est communiste. Tous les gouvernements sont juifs, même François Hollande. Le monde est dirigé par les francs-maçons et les francs-maçons sont tous juifs. Ce qui est certain c’est que l’argent injecté par les francs-maçons est donné à Israël. Sur le site des Illuminatis, le plus surveillé du monde, tout est écrit. (…) On se renseigne mais on ne trouve pas ces infos à la télévision parce qu’elle appartient aux juifs aussi. Si Patrick Poivre d’Arvor a été jeté de TF1 alors que tout le monde l’aimait bien, c’est parce qu’il a été critique envers Nicolas Sarkozy, qui est juif… (…) Mais nous n’avons pas de potes juifs. Pourquoi ils viendraient ici ? Ils habitent tous dans des petits pavillons dans le centre, vers Queuleu. Ils ne naissent pas pauvres. Ici, pour eux, c’est un zoo, c’est pire que l’Irak. Peut-être que si j’habitais dans le centre, j’aurais des amis juifs, mais je ne crois pas, je n’ai pas envie. J’ai une haine profonde. Pour moi, c’est la pire des races. Je vous le dis du fond du cœur, mais je ne suis pas raciste, c’est un sentiment. Faut voir ce qu’ils font aux Palestiniens, les massacres et tout. Mais bon, on ne va pas dire que tous les juifs sont des monstres. Pourquoi vouloir réunir les juifs et les musulmans ? Tout ça c’est politique. Cela ne va rien changer. C’est en Palestine qu’il faut aller, pas en France. Karim
Ce sont les cerveaux du monde. Tous les tableaux qui sont exposés au centre Pompidou appartiennent à des juifs. A Metz, tous les avocats et les procureurs sont juifs. Ils sont tous hauts placés et ils ne nous laisseront jamais monter dans la société. « Ils ont aussi Coca-Cola. Regardez une bouteille de Coca-Cola, quand on met le logo à l’envers on peut lire : « Non à Allah, non au prophète ». C’est pour cela que les arabes ont inventé le « Mecca-cola ». Au McDo c’est pareil. Pour chaque menu acheté, un euro est reversé à l’armée israélienne. Les juifs, ils ont même coincé les Saoudiens. Ils ont inventé les voitures électriques pour éviter d’acheter leur pétrole. C’est connu. On se renseigne. (…) Si Mohamed Merah n’avait pas été tué par le Raid, le Mossad s’en serait chargé. Il serait venu avec des avions privés. Ali
Ordinary folks can’t write massive campaign checks or hire high-priced lobbyists and lawyers to secure policies that tilt the playing field in their favor at everyone else’s expense. And so people get the bad taste that the system is rigged, and that increases cynicism and polarization, and it decreases the political participation that is a requisite part of our system of self-government. Barack Obama
This is coming from the man who signs legislation, such as Dodd-Frank, that only high-priced lawyers can understand; who, according to the Guardian newspaper, has spent much of 2013 on a "record-breaking fundraising spree," making "30 separate visits to wealthy donors," at "more than twice the rate of the president’s two-term predecessors. Bret Stephens
Avec une cote de popularité en chute libre et une opposition populaire grandissante à ses politiques, l’administration Obama a lancé une campagne de relations publiques pour se présenter comme quelqu’un voulant s’opposer aux inégalités. Mercredi dernier à Washington DC, Obama a déclaré que les inégalités de revenu étaient le «principal défi de notre époque» et que «durant la prochaine année, et pour toute la durée de ma présidence», le gouvernement va «consacrer toute son énergie» à réduire l’écart entre les riches et les pauvres. Pour faire suite à sa rhétorique creuse, l’administration a promis d’appuyer une proposition des démocrates au Congrès de faire passer le salaire minimum de 7,25 dollars l’heure à 10,10 dollars (ni la Maison-Blanche, ni les deux partis au Congrès ne croient réellement que cette mesure va être acceptée par le Congrès). Le fait qu’une mesure si pitoyable (qui ferait en sorte que le salaire minimum réel demeure inférieur à ce qu’il était en 1968) soit présentée comme une tentative sérieuse de combattre les inégalités démontre qu’aucune section de l’establishment politique n’a de proposition substantielle pour s’attaquer au chômage et à la pauvreté. Le discours d’Obama était un exemple de cynisme: un geste dont le but était clairement de stopper l’hémorragie dans les sondages et de masquer ses politiques de droite. Comme à l’habitude, Obama s’est plaint de la croissance des inégalités aux États-Unis comme s’il était un témoin innocent qui n’avait absolument aucune responsabilité dans le processus qu’il critiquait (de la même façon qu’il avait critiqué plus tôt cette année son propre programme d’assassinats par drone, tout en continuant de commettre des meurtres extrajudiciaires en Afghanistan, au Pakistan, au Yémen et ailleurs). André Damon

Obama/Dieudonné, même combat !

A l’heure où se déchaine la polémique Dieudonné

Et où nos dirigeants en mal de popularité, dont le le président ayant collecté le plus d’argent des lobbyistes de l’histoire américaine, n’en finissent pas eux aussi de flatter les passions les plus viles de l’égalité réduite à sa plus simple expression à savoir l’envie …

Comment, avec l’éditorialiste du WSJ Bret Stephens, ne pas repenser aux paroles prophétiques de Tocqueville sur les dérives toujours possibles de cette "passion de l’égalité" qui caractérise la démocratie ?

Obama’s Envy Problem

Inequality is a problem when the rich get richer at the expense of the poor. That’s not happening in America.

Bret Stephens

The WSJ

Dec. 30, 2013

As he came to the end of his awful year Barack Obama gave an awful speech. The president thinks America has inequality issues. What it has—what he has—is an envy problem.

I’ll get to the point in a moment, but first a word about the speech’s awfulness. To illustrate the evils of income inequality, the president said this:

"Ordinary folks can’t write massive campaign checks or hire high-priced lobbyists and lawyers to secure policies that tilt the playing field in their favor at everyone else’s expense. And so people get the bad taste that the system is rigged, and that increases cynicism and polarization, and it decreases the political participation that is a requisite part of our system of self-government."

This is coming from the man who signs legislation, such as Dodd-Frank, that only high-priced lawyers can understand; who, according to the Guardian newspaper, has spent much of 2013 on a "record-breaking fundraising spree," making "30 separate visits to wealthy donors," at "more than twice the rate of the president’s two-term predecessors."

In my last column, comparing Jane Fonda with Pope Francis, I wrote that liberalism was haunted by its hypocrisy. Consider Mr. Obama’s campaign-finance pieties as Exhibit B.

Now about inequality. In 1835 Alexis de Tocqueville noticed what might be called the paradox of equality: As social conditions become more equal, the more people resent the inequalities that remain.

"Democratic institutions awaken and foster a passion for equality which they can never entirely satisfy," Tocqueville wrote. "This complete equality eludes the grasp of the people at the very moment they think they have grasped it . . . the people are excited in the pursuit of an advantage, which is more precious because it is not sufficiently remote to be unknown or sufficiently near to be enjoyed."

One result: "Democratic institutions strongly tend to promote the feeling of envy." Another: "A depraved taste for equality, which impels the weak to attempt to lower the powerful to their own level and reduces men to prefer equality in slavery to inequality with freedom."

That is the background by which the current hand-wringing over inequality must be judged. Inequality is not a problem simply because the rich get richer faster than the poor get richer. It’s a problem only when the rich get richer at the expense of the poor.

Mr. Obama tried to prove that in his speech, comparing present-day income with that halcyon year of 1979: "The top 10 percent no longer takes in one-third of our income—it now takes half," he said, suggesting that the rich are eating a larger share of the national pie. "Whereas in the past, the average CEO made about 20 to 30 times the income of the average worker, today’s CEO now makes 273 times more. And meanwhile, a family in the top one percent has a net worth 288 times higher than the typical family, which is a record for this country."

Here is a factual error, marred by an analytical error, compounded by a moral error. It’s the top 20% that take in just over half of aggregate income, according to the Census Bureau, not the top 10%. That figure is essentially unchanged since the mid-1990s, when Bill Clinton was president. And it isn’t dramatically different from 1979, when the top fifth took in 44% of aggregate income.

Besides which, so what? In 1979 the mean household income of the bottom 20% was $4,006. By 2012, it was $11,490. That’s an increase of 186%. For the middle class, the increase was 211%. For the top fifth it’s 320%. The richer have outpaced the poorer in growing their incomes, just as runners will outpace joggers who will, in turn, outpace walkers. But, as James Taylor might say, the walking man walks.

As it is, to whom except the envious should it matter that the boss now makes a lot more, provided you, too, also make more? Class-consciousness has always been a fact of American life, but rarely is it about how the poor, or even the middle class, feel toward the very rich. It has been about how the professional class—lawyers, journalists, administrators, academics—feel toward the financial class. It’s what Volvo America thinks about S-class America.

That idiot you knew freshman year, always fondling a lacrosse stick, before he became the head of his fraternity—his bonus last year was how much?

The moral greatness of capitalism rests in the fact that it is the only economic system where one person’s gain can be another’s also—where Steve Jobs’s billions are his shareholders’ thousands. Capitalism cultivates a sense of admiration where envy would otherwise rule in a zero-sum economic system. It’s what, for the past 60 years, has blunted the democratic tendency toward envy in the U.S. and distinguished its free-market democracy from the social democracies of Europe. It’s what draws people to this country.

Somewhere in the rubble of Mr. Obama’s musings on inequality there was a better speech on economic mobility. Then again, under Mr. Obama the median income of the poorest Americans has declined in absolute terms, to $11,490 in 2012 from $11,552 in 2009, at the height of the recession. Chalk it up as another instance of Mr. Obama being the cause of the very problems he aspires to address.

Voir aussi:

Nouveau plaidoyer d’Obama pour la réduction des inégalités

Le Point

04/12/2013 à 19:46

Le président américain a retrouvé un de ses arguments de campagne de 2012, le soutien à la classe moyenne comme moteur de la prospérité des États-Unis.

Le président américain Barack Obama a lancé mercredi un nouveau plaidoyer en faveur de la réduction des inégalités pour contrer trois décennies d’évolution "dangereuse" dans la répartition des richesses aux États-Unis. Retrouvant un de ses arguments de campagne de 2012, le soutien à la classe moyenne comme moteur de la prospérité à long terme des États-Unis, M. Obama a promis lors d’un discours à Washington que ce dossier resterait une priorité de son administration jusqu’à la fin de son mandat début 2017.

"Depuis 1979, quand j’ai quitté le lycée, notre productivité a augmenté de plus de 90 %, mais les revenus d’une famille moyenne n’ont augmenté que de moins de 8 %", a remarqué le président lors de cette intervention de 48 minutes.

50 % des revenus aux mains de 10 % les plus riches

"Depuis 1979, notre économie a doublé en taille, mais cette croissance n’a en grande majorité profité qu’à une poignée de chanceux", a-t-il observé. "Les 10 % de plus riches n’obtiennent plus seulement un tiers de nos revenus. Ils en obtiennent la moitié", a-t-il ajouté, après avoir dénoncé des "inégalités grandissantes et dangereuses, et un manque de mobilité (sociale) vers le haut qui menace la classe moyenne".

Ce discours marquait un retour de M. Obama sur le terrain de la défense du rôle du gouvernement dans la réduction des inégalités, deux mois après le lancement, de son propre aveu raté, du principal portail internet de sa réforme de l’assurance-maladie. "Nous avons vu comment les mesures prises par l’État peuvent faire une grande différence lorsqu’il s’agit d’augmenter les occasions de réussir et de lancer des échelles d’accès à la classe moyenne", a-t-il plaidé, en évoquant "les investissements dans l’enseignement et des lois sur les droits syndicaux et un salaire minimum".

Redonner à tous les chances de réussir

"Je parle à nouveau de cette question. Je le fais parce que les conséquences des débats que nous avons en ce moment, qu’il s’agisse de la couverture maladie, du budget ou des réformes de nos systèmes financiers et de logement, toutes ces choses auront des conséquences concrètes pour tous les Américains", a-t-il assuré.

"Les décisions que nous prenons dans ce dossier (…) détermineront si nos enfants vont pouvoir grandir dans des États-Unis où les chances de réussir seront réelles", a-t-il aussi prévenu, alors qu’il est engagé depuis 2011 dans des débats acharnés avec ses adversaires républicains, majoritaires à la Chambre des représentants, sur les recettes et les dépenses de l’État.

Voir également:

Of Jane Fonda and Pope Francis

The pontiff understands the power of moral example. Today’s liberal high priests do not.

Bret Stephens

The WSJ

Dec. 16, 2013

In the same week that Pope Francis was named Time’s Person of the Year, word arrived of the charitable contributions made by the Jane Fonda Foundation. Grand total for the years 2007 to 2011: zero dollars. The last time Ms. Fonda’s Foundation made a charitable gift, reports the Smoking Gun website, was in 2006, to the tune of $1,000.

The Foundation itself has $800,000 in assets. Ms. Fonda’s representatives insist she’s made larger gifts, particularly through her family foundation, which in 2011 made about $350,000 in contributions from $7.2 million in net assets. But even that’s not quite 5%, the legal minimum required to remain a private foundation.

Ms. Fonda isn’t exactly the world’s first cheapskate limousine liberal: Think of Bill Clinton claiming a tax deduction for donating his underwear, or the $353 Al Gore gave to charity in 1997. But the contrast between Francis and Fonda is worth pondering as liberals cheer—and conservatives try, uneasily, to explain or ignore—the pope’s recent denunciation of economic concepts championed by this newspaper.

Here is what the pope wrote in his 50,000-word apostolic exhortation, published last month:

"Some people continue to defend trickle-down theories, which assume that economic growth, encouraged by a free market, will inevitably succeed in bringing about greater justice and inclusiveness in the world. This opinion, which has never been confirmed by the facts, expresses a crude and naive trust in the goodness of those wielding economic power and in the sacralized workings of the prevailing economic system."

Two thoughts. First, I’m glad the only economics ministry the pope runs is the Vatican’s. The trickle-down theories he simplistically denounces have done more to bring people out of poverty than any government program or charitable institution in history, including the Church.

Second, I don’t begrudge Francis his views. After a life of tending to the poor in the villas miserias of Buenos Aires, he’s earned them. The same can’t be said for Ms. Fonda, Mr. Clinton, Mr. Gore—or, for that matter, Barack Obama, Elizabeth Warren and other high priests of liberal cant and leftist hypocrisy.

In life, it means something—not everything, but something—when you walk the talk. Francis electrifies non-Christians like me because so much of what he says seems to be concerned above all with getting the theological fine print out of the way, of putting the deed before the word, of "[going] with Christ to the peripheries." That means the shanty towns, the hospices, the refugee camps, the juvenile prisons.

Has Sen. Warren ever been offered a meal in a slum she feared would make her sick, but eaten it in simple gratitude for the gesture? Just wondering.

Francis also electrifies because he seems to understand that it is not enough to account for the Church’s moral failings by citing St. Paul’s line about holding "this treasure in jars of clay." Catholic ministers can be sinners like the rest of us, but the Church’s jars of clay need not be stuffed with a German bishop’s $20,000 bath tub, or by a Vatican Bank that is a model for the corruption Francis denounces in his exhortation, or by cardinals who denounce the "grotesque subversion" of homosexuality right until the moment they own up to making passes at priests and seminarians.

In other words, he knows that personal example matters, both in its own right and especially when it comes to persuasion. Can the same be said of Harry Reid exempting members of his staff from ObamaCare coverage? Or Al Gore living in a mansion that in 2007 consumed 12 times more electricity than the average neighborhood home and later selling Current TV to the government of Qatar? Or Sen. Warren earning hundreds of thousands of dollars by defending Travelers Insurance and other corporate giants in class-action suits? Or columnists who declaim against the dangers of income and social inequality while enjoying tenured jobs at Ivy League schools?

Yes, we know that Al bought indulgences—aka carbon offsets—for his Nashville manse, and that Qatar, with the world’s highest per capita carbon footprint, just happened to be the right buyer for his failing channel. We also know that Harry just "followed the law" that he helped craft and nobody else can understand, and the former Cherokee Indian was just doing what lawyers do, and the former Enron adviser never apologizes for anything. There’s always an excuse for everything, especially when bathed in piety, secular or religious. But the difference between a Fonda and a Francis is that this pope doesn’t seem interested in making excuses.

The world will always have its share of hypocrites in high places, and Lord knows conservatives aren’t exempt. Still, liberals wondering what went wrong for them politically this season should look beyond the technical and managerial incompetence and the flaws in the policy design. The people who represent liberalism today are an unattractive bunch. They need their own Francis, leading their own moral renewal. Barack Obama isn’t it.

Voir encore:

Remarks by the President on Economic Mobility

THEARC

Washington, D.C.

December 04, 2013

THE PRESIDENT: Thank you. (Applause.) Thank you, everybody. Thank you so much. Please, please have a seat. Thank you so much. Well, thank you, Neera, for the wonderful introduction and sharing a story that resonated with me. There were a lot of parallels in my life and probably resonated with some of you.

Over the past 10 years, the Center for American Progress has done incredible work to shape the debate over expanding opportunity for all Americans. And I could not be more grateful to CAP not only for giving me a lot of good policy ideas, but also giving me a lot of staff. (Laughter.) My friend, John Podesta, ran my transition; my Chief of Staff, Denis McDonough, did a stint at CAP. So you guys are obviously doing a good job training folks.

I also want to thank all the members of Congress and my administration who are here today for the wonderful work that they do. I want to thank Mayor Gray and everyone here at THEARC for having me. This center, which I’ve been to quite a bit, have had a chance to see some of the great work that’s done here. And all the nonprofits that call THEARC home offer access to everything from education, to health care, to a safe shelter from the streets, which means that you’re harnessing the power of community to expand opportunity for folks here in D.C. And your work reflects a tradition that runs through our history — a belief that we’re greater together than we are on our own. And that’s what I’ve come here to talk about today.

Over the last two months, Washington has been dominated by some pretty contentious debates — I think that’s fair to say. And between a reckless shutdown by congressional Republicans in an effort to repeal the Affordable Care Act, and admittedly poor execution on my administration’s part in implementing the latest stage of the new law, nobody has acquitted themselves very well these past few months. So it’s not surprising that the American people’s frustrations with Washington are at an all-time high.

But we know that people’s frustrations run deeper than these most recent political battles. Their frustration is rooted in their own daily battles — to make ends meet, to pay for college, buy a home, save for retirement. It’s rooted in the nagging sense that no matter how hard they work, the deck is stacked against them. And it’s rooted in the fear that their kids won’t be better off than they were. They may not follow the constant back-and-forth in Washington or all the policy details, but they experience in a very personal way the relentless, decades-long trend that I want to spend some time talking about today. And that is a dangerous and growing inequality and lack of upward mobility that has jeopardized middle-class America’s basic bargain — that if you work hard, you have a chance to get ahead.

I believe this is the defining challenge of our time: Making sure our economy works for every working American. It’s why I ran for President. It was at the center of last year’s campaign. It drives everything I do in this office. And I know I’ve raised this issue before, and some will ask why I raise the issue again right now. I do it because the outcomes of the debates we’re having right now — whether it’s health care, or the budget, or reforming our housing and financial systems — all these things will have real, practical implications for every American. And I am convinced that the decisions we make on these issues over the next few years will determine whether or not our children will grow up in an America where opportunity is real.

Now, the premise that we’re all created equal is the opening line in the American story. And while we don’t promise equal outcomes, we have strived to deliver equal opportunity — the idea that success doesn’t depend on being born into wealth or privilege, it depends on effort and merit. And with every chapter we’ve added to that story, we’ve worked hard to put those words into practice.

It was Abraham Lincoln, a self-described “poor man’s son,” who started a system of land grant colleges all over this country so that any poor man’s son could go learn something new.

When farms gave way to factories, a rich man’s son named Teddy Roosevelt fought for an eight-hour workday, protections for workers, and busted monopolies that kept prices high and wages low.

When millions lived in poverty, FDR fought for Social Security, and insurance for the unemployed, and a minimum wage.

When millions died without health insurance, LBJ fought for Medicare and Medicaid.

Together, we forged a New Deal, declared a War on Poverty in a great society. We built a ladder of opportunity to climb, and stretched out a safety net beneath so that if we fell, it wouldn’t be too far, and we could bounce back. And as a result, America built the largest middle class the world has ever known. And for the three decades after World War II, it was the engine of our prosperity.

Now, we can’t look at the past through rose-colored glasses. The economy didn’t always work for everyone. Racial discrimination locked millions out of poverty — or out of opportunity. Women were too often confined to a handful of often poorly paid professions. And it was only through painstaking struggle that more women, and minorities, and Americans with disabilities began to win the right to more fairly and fully participate in the economy.

Nevertheless, during the post-World War II years, the economic ground felt stable and secure for most Americans, and the future looked brighter than the past. And for some, that meant following in your old man’s footsteps at the local plant, and you knew that a blue-collar job would let you buy a home, and a car, maybe a vacation once in a while, health care, a reliable pension. For others, it meant going to college — in some cases, maybe the first in your family to go to college. And it meant graduating without taking on loads of debt, and being able to count on advancement through a vibrant job market.

Now, it’s true that those at the top, even in those years, claimed a much larger share of income than the rest: The top 10 percent consistently took home about one-third of our national income. But that kind of inequality took place in a dynamic market economy where everyone’s wages and incomes were growing. And because of upward mobility, the guy on the factory floor could picture his kid running the company some day.

But starting in the late ‘70s, this social compact began to unravel. Technology made it easier for companies to do more with less, eliminating certain job occupations. A more competitive world lets companies ship jobs anywhere. And as good manufacturing jobs automated or headed offshore, workers lost their leverage, jobs paid less and offered fewer benefits.

As values of community broke down, and competitive pressure increased, businesses lobbied Washington to weaken unions and the value of the minimum wage. As a trickle-down ideology became more prominent, taxes were slashed for the wealthiest, while investments in things that make us all richer, like schools and infrastructure, were allowed to wither. And for a certain period of time, we could ignore this weakening economic foundation, in part because more families were relying on two earners as women entered the workforce. We took on more debt financed by a juiced-up housing market. But when the music stopped, and the crisis hit, millions of families were stripped of whatever cushion they had left.

And the result is an economy that’s become profoundly unequal, and families that are more insecure. I’ll just give you a few statistics. Since 1979, when I graduated from high school, our productivity is up by more than 90 percent, but the income of the typical family has increased by less than eight percent. Since 1979, our economy has more than doubled in size, but most of that growth has flowed to a fortunate few.

The top 10 percent no longer takes in one-third of our income — it now takes half. Whereas in the past, the average CEO made about 20 to 30 times the income of the average worker, today’s CEO now makes 273 times more. And meanwhile, a family in the top 1 percent has a net worth 288 times higher than the typical family, which is a record for this country.

So the basic bargain at the heart of our economy has frayed. In fact, this trend towards growing inequality is not unique to America’s market economy. Across the developed world, inequality has increased. Some of you may have seen just last week, the Pope himself spoke about this at eloquent length. “How can it be,” he wrote, “that it is not a news item when an elderly homeless person dies of exposure, but it is news when the stock market loses two points?”

But this increasing inequality is most pronounced in our country, and it challenges the very essence of who we are as a people. Understand we’ve never begrudged success in America. We aspire to it. We admire folks who start new businesses, create jobs, and invent the products that enrich our lives. And we expect them to be rewarded handsomely for it. In fact, we’ve often accepted more income inequality than many other nations for one big reason — because we were convinced that America is a place where even if you’re born with nothing, with a little hard work you can improve your own situation over time and build something better to leave your kids. As Lincoln once said, “While we do not propose any war upon capital, we do wish to allow the humblest man an equal chance to get rich with everybody else.”

The problem is that alongside increased inequality, we’ve seen diminished levels of upward mobility in recent years. A child born in the top 20 percent has about a 2-in-3 chance of staying at or near the top. A child born into the bottom 20 percent has a less than 1-in-20 shot at making it to the top. He’s 10 times likelier to stay where he is. In fact, statistics show not only that our levels of income inequality rank near countries like Jamaica and Argentina, but that it is harder today for a child born here in America to improve her station in life than it is for children in most of our wealthy allies — countries like Canada or Germany or France. They have greater mobility than we do, not less.

The idea that so many children are born into poverty in the wealthiest nation on Earth is heartbreaking enough. But the idea that a child may never be able to escape that poverty because she lacks a decent education or health care, or a community that views her future as their own, that should offend all of us and it should compel us to action. We are a better country than this.

So let me repeat: The combined trends of increased inequality and decreasing mobility pose a fundamental threat to the American Dream, our way of life, and what we stand for around the globe. And it is not simply a moral claim that I’m making here. There are practical consequences to rising inequality and reduced mobility.

For one thing, these trends are bad for our economy. One study finds that growth is more fragile and recessions are more frequent in countries with greater inequality. And that makes sense. When families have less to spend, that means businesses have fewer customers, and households rack up greater mortgage and credit card debt; meanwhile, concentrated wealth at the top is less likely to result in the kind of broadly based consumer spending that drives our economy, and together with lax regulation, may contribute to risky speculative bubbles.

And rising inequality and declining mobility are also bad for our families and social cohesion — not just because we tend to trust our institutions less, but studies show we actually tend to trust each other less when there’s greater inequality. And greater inequality is associated with less mobility between generations. That means it’s not just temporary; the effects last. It creates a vicious cycle. For example, by the time she turns three years old, a child born into a low-income home hears 30 million fewer words than a child from a well-off family, which means by the time she starts school she’s already behind, and that deficit can compound itself over time.

And finally, rising inequality and declining mobility are bad for our democracy. Ordinary folks can’t write massive campaign checks or hire high-priced lobbyists and lawyers to secure policies that tilt the playing field in their favor at everyone else’s expense. And so people get the bad taste that the system is rigged, and that increases cynicism and polarization, and it decreases the political participation that is a requisite part of our system of self-government.

So this is an issue that we have to tackle head on. And if, in fact, the majority of Americans agree that our number-one priority is to restore opportunity and broad-based growth for all Americans, the question is why has Washington consistently failed to act? And I think a big reason is the myths that have developed around the issue of inequality.

First, there is the myth that this is a problem restricted to a small share of predominantly minority poor — that this isn’t a broad-based problem, this is a black problem or a Hispanic problem or a Native American problem. Now, it’s true that the painful legacy of discrimination means that African Americans, Latinos, Native Americans are far more likely to suffer from a lack of opportunity — higher unemployment, higher poverty rates. It’s also true that women still make 77 cents on the dollar compared to men. So we’re going to need strong application of antidiscrimination laws. We’re going to need immigration reform that grows the economy and takes people out of the shadows. We’re going to need targeted initiatives to close those gaps. (Applause.)

But here’s an important point. The decades-long shifts in the economy have hurt all groups: poor and middle class; inner city and rural folks; men and women; and Americans of all races. And as a consequence, some of the social patterns that contribute to declining mobility that were once attributed to the urban poor — that’s a particular problem for the inner city: single-parent households or drug abuse — it turns out now we’re seeing that pop up everywhere.

A new study shows that disparities in education, mental health, obesity, absent fathers, isolation from church, isolation from community groups — these gaps are now as much about growing up rich or poor as they are about anything else. The gap in test scores between poor kids and wealthy kids is now nearly twice what it is between white kids and black kids. Kids with working-class parents are 10 times likelier than kids with middle- or upper-class parents to go through a time when their parents have no income. So the fact is this: The opportunity gap in America is now as much about class as it is about race, and that gap is growing.

So if we’re going to take on growing inequality and try to improve upward mobility for all people, we’ve got to move beyond the false notion that this is an issue exclusively of minority concern. And we have to reject a politics that suggests any effort to address it in a meaningful way somehow pits the interests of a deserving middle class against those of an undeserving poor in search of handouts. (Applause.)

Second, we need to dispel the myth that the goals of growing the economy and reducing inequality are necessarily in conflict, when they should actually work in concert. We know from our history that our economy grows best from the middle out, when growth is more widely shared. And we know that beyond a certain level of inequality, growth actually slows altogether.

Third, we need to set aside the belief that government cannot do anything about reducing inequality. It’s true that government cannot prevent all the downsides of the technological change and global competition that are out there right now, and some of those forces are also some of the things that are helping us grow. And it’s also true that some programs in the past, like welfare before it was reformed, were sometimes poorly designed, created disincentives to work.

But we’ve also seen how government action time and again can make an enormous difference in increasing opportunity and bolstering ladders into the middle class. Investments in education, laws establishing collective bargaining, and a minimum wage — these all contributed to rising standards of living for massive numbers of Americans. (Applause.) Likewise, when previous generations declared that every citizen of this country deserved a basic measure of security — a floor through which they could not fall — we helped millions of Americans live in dignity, and gave millions more the confidence to aspire to something better, by taking a risk on a great idea.

Without Social Security, nearly half of seniors would be living in poverty — half. Today, fewer than 1 in 10 do. Before Medicare, only half of all seniors had some form of health insurance. Today, virtually all do. And because we’ve strengthened that safety net, and expanded pro-work and pro-family tax credits like the Earned Income Tax Credit, a recent study found that the poverty rate has fallen by 40 percent since the 1960s. And these endeavors didn’t just make us a better country; they reaffirmed that we are a great country.

So we can make a difference on this. In fact, that’s our generation’s task — to rebuild America’s economic and civic foundation to continue the expansion of opportunity for this generation and the next generation. (Applause.) And like Neera, I take this personally. I’m only here because this country educated my grandfather on the GI Bill. When my father left and my mom hit hard times trying to raise my sister and me while she was going to school, this country helped make sure we didn’t go hungry. When Michelle, the daughter of a shift worker at a water plant and a secretary, wanted to go to college, just like me, this country helped us afford it until we could pay it back.

So what drives me as a grandson, a son, a father — as an American — is to make sure that every striving, hardworking, optimistic kid in America has the same incredible chance that this country gave me. (Applause.) It has been the driving force between everything we’ve done these past five years. And over the course of the next year, and for the rest of my presidency, that’s where you should expect my administration to focus all our efforts. (Applause.)

Now, you’ll be pleased to know this is not a State of the Union Address. (Laughter.) And many of the ideas that can make the biggest difference in expanding opportunity I’ve presented before. But let me offer a few key principles, just a roadmap that I believe should guide us in both our legislative agenda and our administrative efforts.

To begin with, we have to continue to relentlessly push a growth agenda. It may be true that in today’s economy, growth alone does not guarantee higher wages and incomes. We’ve seen that. But what’s also true is we can’t tackle inequality if the economic pie is shrinking or stagnant. The fact is if you’re a progressive and you want to help the middle class and the working poor, you’ve still got to be concerned about competitiveness and productivity and business confidence that spurs private sector investment.

And that’s why from day one we’ve worked to get the economy growing and help our businesses hire. And thanks to their resilience and innovation, they’ve created nearly 8 million new jobs over the past 44 months. And now we’ve got to grow the economy even faster. And we’ve got to keep working to make America a magnet for good, middle-class jobs to replace the ones that we’ve lost in recent decades — jobs in manufacturing and energy and infrastructure and technology.

And that means simplifying our corporate tax code in a way that closes wasteful loopholes and ends incentives to ship jobs overseas. (Applause.) And by broadening the base, we can actually lower rates to encourage more companies to hire here and use some of the money we save to create good jobs rebuilding our roads and our bridges and our airports, and all the infrastructure our businesses need.

It means a trade agenda that grows exports and works for the middle class. It means streamlining regulations that are outdated or unnecessary or too costly. And it means coming together around a responsible budget — one that grows our economy faster right now and shrinks our long-term deficits, one that unwinds the harmful sequester cuts that haven’t made a lot of sense — (applause) — and then frees up resources to invest in things like the scientific research that’s always unleashed new innovation and new industries.

When it comes to our budget, we should not be stuck in a stale debate from two years ago or three years ago. A relentlessly growing deficit of opportunity is a bigger threat to our future than our rapidly shrinking fiscal deficit. (Applause.)

So that’s step one towards restoring mobility: making sure our economy is growing faster. Step two is making sure we empower more Americans with the skills and education they need to compete in a highly competitive global economy.

We know that education is the most important predictor of income today, so we launched a Race to the Top in our schools. We’re supporting states that have raised standards for teaching and learning. We’re pushing for redesigned high schools that graduate more kids with the technical training and apprenticeships, and in-demand, high-tech skills that can lead directly to a good job and a middle-class life.

We know it’s harder to find a job today without some higher education, so we’ve helped more students go to college with grants and loans that go farther than before. We’ve made it more practical to repay those loans. And today, more students are graduating from college than ever before. We’re also pursuing an aggressive strategy to promote innovation that reins in tuition costs. We’ve got lower costs so that young people are not burdened by enormous debt when they make the right decision to get higher education. And next week, Michelle and I will bring together college presidents and non-profits to lead a campaign to help more low-income students attend and succeed in college. (Applause.)

But while higher education may be the surest path to the middle class, it’s not the only one. So we should offer our people the best technical education in the world. That’s why we’ve worked to connect local businesses with community colleges, so that workers young and old can earn the new skills that earn them more money.

And I’ve also embraced an idea that I know all of you at the Center for American Progress have championed — and, by the way, Republican governors in a couple of states have championed — and that’s making high-quality preschool available to every child in America. (Applause.) We know that kids in these programs grow up likelier to get more education, earn higher wages, form more stable families of their own. It starts a virtuous cycle, not a vicious one. And we should invest in that. We should give all of our children that chance.

And as we empower our young people for future success, the third part of this middle-class economics is empowering our workers. It’s time to ensure our collective bargaining laws function as they’re supposed to — (applause) — so unions have a level playing field to organize for a better deal for workers and better wages for the middle class. It’s time to pass the Paycheck Fairness Act so that women will have more tools to fight pay discrimination. (Applause.) It’s time to pass the Employment Non-Discrimination Act so workers can’t be fired for who they are or who they love. (Applause.)

And even though we’re bringing manufacturing jobs back to America, we’re creating more good-paying jobs in education and health care and business services; we know that we’re going to have a greater and greater portion of our people in the service sector. And we know that there are airport workers, and fast-food workers, and nurse assistants, and retail salespeople who work their tails off and are still living at or barely above poverty. (Applause.) And that’s why it’s well past the time to raise a minimum wage that in real terms right now is below where it was when Harry Truman was in office. (Applause.)

This shouldn’t be an ideological question. It was Adam Smith, the father of free-market economics, who once said, “They who feed, clothe, and lodge the whole body of the people should have such a share of the produce of their own labor as to be themselves tolerably well fed, clothed, and lodged.” And for those of you who don’t speak old-English — (laughter) — let me translate. It means if you work hard, you should make a decent living. (Applause.) If you work hard, you should be able to support a family.

Now, we all know the arguments that have been used against a higher minimum wage. Some say it actually hurts low-wage workers — businesses will be less likely to hire them. But there’s no solid evidence that a higher minimum wage costs jobs, and research shows it raises incomes for low-wage workers and boosts short-term economic growth. (Applause.)

Others argue that if we raise the minimum wage, companies will just pass those costs on to consumers. But a growing chorus of businesses, small and large, argue differently. And already, there are extraordinary companies in America that provide decent wages, salaries, and benefits, and training for their workers, and deliver a great product to consumers.

SAS in North Carolina offers childcare and sick leave. REI, a company my Secretary of the Interior used to run, offers retirement plans and strives to cultivate a good work balance. There are companies out there that do right by their workers. They recognize that paying a decent wage actually helps their bottom line, reduces turnover. It means workers have more money to spend, to save, maybe eventually start a business of their own.

A broad majority of Americans agree we should raise the minimum wage. That’s why, last month, voters in New Jersey decided to become the 20th state to raise theirs even higher. That’s why, yesterday, the D.C. Council voted to do it, too. I agree with those voters. (Applause.) I agree with those voters, and I’m going to keep pushing until we get a higher minimum wage for hard-working Americans across the entire country. It will be good for our economy. It will be good for our families. (Applause.)

Number four, as I alluded to earlier, we still need targeted programs for the communities and workers that have been hit hardest by economic change and the Great Recession. These communities are no longer limited to the inner city. They’re found in neighborhoods hammered by the housing crisis, manufacturing towns hit hard by years of plants packing up, landlocked rural areas where young folks oftentimes feel like they’ve got to leave just to find a job. There are communities that just aren’t generating enough jobs anymore.

So we’ve put forward new plans to help these communities and their residents, because we’ve watched cities like Pittsburgh or my hometown of Chicago revamp themselves. And if we give more cities the tools to do it — not handouts, but a hand up — cities like Detroit can do it, too. So in a few weeks, we’ll announce the first of these Promise Zones, urban and rural communities where we’re going to support local efforts focused on a national goal — and that is a child’s course in life should not be determined by the zip code he’s born in, but by the strength of his work ethic and the scope of his dreams. (Applause.)

And we’re also going to have to do more for the long-term unemployed. For people who have been out of work for more than six months, often through no fault of their own, life is a catch-22. Companies won’t give their résumé an honest look because they’ve been laid off so long — but they’ve been laid off so long because companies won’t give their résumé an honest look. (Laughter.) And that’s why earlier this year, I challenged CEOs from some of America’s best companies to give these Americans a fair shot. And next month, many of them will join us at the White House for an announcement about this.

Fifth, we’ve got to revamp retirement to protect Americans in their golden years, to make sure another housing collapse doesn’t steal the savings in their homes. We’ve also got to strengthen our safety net for a new age, so it doesn’t just protect people who hit a run of bad luck from falling into poverty, but also propels them back out of poverty.

Today, nearly half of full-time workers and 80 percent of part-time workers don’t have a pension or retirement account at their job. About half of all households don’t have any retirement savings. So we’re going to have to do more to encourage private savings and shore up the promise of Social Security for future generations. And remember, these are promises we make to one another. We don’t do it to replace the free market, but we do it to reduce risk in our society by giving people the ability to take a chance and catch them if they fall. One study shows that more than half of Americans will experience poverty at some point during their adult lives. Think about that. This is not an isolated situation. More than half of Americans at some point in their lives will experience poverty.

That’s why we have nutrition assistance or the program known as SNAP, because it makes a difference for a mother who’s working, but is just having a hard time putting food on the table for her kids. That’s why we have unemployment insurance, because it makes a difference for a father who lost his job and is out there looking for a new one that he can keep a roof over his kids’ heads. By the way, Christmastime is no time for Congress to tell more than 1 million of these Americans that they have lost their unemployment insurance, which is what will happen if Congress does not act before they leave on their holiday vacation. (Applause.)

The point is these programs are not typically hammocks for people to just lie back and relax. These programs are almost always temporary means for hardworking people to stay afloat while they try to find a new job or go into school to retrain themselves for the jobs that are out there, or sometimes just to cope with a bout of bad luck. Progressives should be open to reforms that actually strengthen these programs and make them more responsive to a 21st century economy. For example, we should be willing to look at fresh ideas to revamp unemployment and disability programs to encourage faster and higher rates of re-employment without cutting benefits. We shouldn’t weaken fundamental protections built over generations, because given the constant churn in today’s economy and the disabilities that many of our friends and neighbors live with, they’re needed more than ever. We should strengthen them and adapt them to new circumstances so they work even better.

But understand that these programs of social insurance benefit all of us, because we don’t know when we might have a run of bad luck. (Applause.) We don’t know when we might lose a job. Of course, for decades, there was one yawning gap in the safety net that did more than anything else to expose working families to the insecurities of today’s economy — namely, our broken health care system.

That’s why we fought for the Affordable Care Act — (applause) — because 14,000 Americans lost their health insurance every single day, and even more died each year because they didn’t have health insurance at all. We did it because millions of families who thought they had coverage were driven into bankruptcy by out-of-pocket costs that they didn’t realize would be there. Tens of millions of our fellow citizens couldn’t get any coverage at all. And Dr. King once said, "Of all the forms of inequality, injustice in health care is the most shocking and inhumane.”

Well, not anymore. (Applause.) Because in the three years since we passed this law, the share of Americans with insurance is up, the growth of health care costs are down to their slowest rate in 50 years. More people have insurance, and more have new benefits and protections — 100 million Americans who have gained the right for free preventive care like mammograms and contraception; the more than 7 million Americans who have saved an average of $1,200 on their prescription medicine; every American who won’t go broke when they get sick because their insurance can’t limit their care anymore.

More people without insurance have gained insurance — more than 3 million young Americans who have been able to stay on their parents’ plan, the more than half a million Americans and counting who are poised to get covered starting on January 1st, some for the very first time.

And it is these numbers — not the ones in any poll — that will ultimately determine the fate of this law. (Applause.) It’s the measurable outcomes in reduced bankruptcies and reduced hours that have been lost because somebody couldn’t make it to work, and healthier kids with better performance in schools, and young entrepreneurs who have the freedom to go out there and try a new idea — those are the things that will ultimately reduce a major source of inequality and help ensure more Americans get the start that they need to succeed in the future.

I have acknowledged more than once that we didn’t roll out parts of this law as well as we should have. But the law is already working in major ways that benefit millions of Americans right now, even as we’ve begun to slow the rise in health care costs, which is good for family budgets, good for federal and state budgets, and good for the budgets of businesses small and large. So this law is going to work. And for the sake of our economic security, it needs to work. (Applause.)

And as people in states as different as California and Kentucky sign up every single day for health insurance, signing up in droves, they’re proving they want that economic security. If the Senate Republican leader still thinks he is going to be able to repeal this someday, he might want to check with the more than 60,000 people in his home state who are already set to finally have coverage that frees them from the fear of financial ruin, and lets them afford to take their kids to see a doctor. (Applause.)

So let me end by addressing the elephant in the room here, which is the seeming inability to get anything done in Washington these days. I realize we are not going to resolve all of our political debates over the best ways to reduce inequality and increase upward mobility this year, or next year, or in the next five years. But it is important that we have a serious debate about these issues. For the longer that current trends are allowed to continue, the more it will feed the cynicism and fear that many Americans are feeling right now — that they’ll never be able to repay the debt they took on to go to college, they’ll never be able to save enough to retire, they’ll never see their own children land a good job that supports a family.

And that’s why, even as I will keep on offering my own ideas for expanding opportunity, I’ll also keep challenging and welcoming those who oppose my ideas to offer their own. If Republicans have concrete plans that will actually reduce inequality, build the middle class, provide more ladders of opportunity to the poor, let’s hear them. I want to know what they are. If you don’t think we should raise the minimum wage, let’s hear your idea to increase people’s earnings. If you don’t think every child should have access to preschool, tell us what you’d do differently to give them a better shot.

If you still don’t like Obamacare — and I know you don’t — (laughter) — even though it’s built on market-based ideas of choice and competition in the private sector, then you should explain how, exactly, you’d cut costs, and cover more people, and make insurance more secure. You owe it to the American people to tell us what you are for, not just what you’re against. (Applause.) That way we can have a vigorous and meaningful debate. That’s what the American people deserve. That’s what the times demand. It’s not enough anymore to just say we should just get our government out of the way and let the unfettered market take care of it — for our experience tells us that’s just not true. (Applause.)

Look, I’ve never believed that government can solve every problem or should — and neither do you. We know that ultimately our strength is grounded in our people — individuals out there, striving, working, making things happen. It depends on community, a rich and generous sense of community — that’s at the core of what happens at THEARC here every day. You understand that turning back rising inequality and expanding opportunity requires parents taking responsibility for their kids, kids taking responsibility to work hard. It requires religious leaders who mobilize their congregations to rebuild neighborhoods block by block, requires civic organizations that can help train the unemployed, link them with businesses for the jobs of the future. It requires companies and CEOs to set an example by providing decent wages, and salaries, and benefits for their workers, and a shot for somebody who is down on his or her luck. We know that’s our strength — our people, our communities, our businesses.

But government can’t stand on the sidelines in our efforts. Because government is us. It can and should reflect our deepest values and commitments. And if we refocus our energies on building an economy that grows for everybody, and gives every child in this country a fair chance at success, then I remain confident that the future still looks brighter than the past, and that the best days for this country we love are still ahead. (Applause.)

Thank you, everybody. God bless you. God bless America. (Applause.)

Voir enfin:

Lorsque les conditions sont inégales et les hommes dissemblables, il y a quelques individus très éclairés, très savants, très puissants par leur intelligence, et une multitude très ignorante et fort bornée. Les gens qui vivent dans les temps d’aristocratie sont donc naturellement portés à prendre pour guide de leurs opinions la raison supérieure d’un homme ou d’une classe, tandis qu’ils sont peu disposés à reconnaître l’infaillibilité de la masse. Le contraire arrive dans les siècles d’égalité. A mesure que les citoyens deviennent plus égaux et plus semblables, le penchant de chacun à croire aveuglément un certain homme ou une certaine classe diminue. La disposition à en croire la masse augmente et c’est de plus en plus l’opinion qui mène le monde.

Non seulement l’opinion commune est le seul guide qui reste à la raison individuelle chez les peuples démocratiques, mais a chez ces peuples une puissance infiniment plus grande que chez nul autre. Dans les temps d’égalité, les hommes n’ont aucune foi les uns dans les autres, à cause de leur similitude; mais cette même similitude leur donne une confiance presque illimitée dans le jugement public; car il ne leur paraît pas vraissemblable qu’ayant tous des lumières pareilles, la vérité ne se rencontre pas du coté du plus grand nombre. [...] Au Etats-Unis, la majorité se charge de fournir aux individus une foule d’opinions toutes faites, et les soulage ainsi de l’obligation de s’en former qui leur soient propres. [...]

Cette omnipotence politique de la majorité aux Etats-Unis augmente l’influence que les opinions du public y obtiendraient sans elle sur l’esprit de chaque citoyen, mais elle ne la fonde point. C’est dans l’égalité même qu’il faut chercher les sources de cette influence et non dans les institutions plus ou moins populaires que les hommes égaux peuvent se donner. Il est à croire que l’empire intellectuel du plus grand nombre sera toujours très absolu chez les peuples démocratiques, et, quelles que soient les lois politiques qui régissent les hommes dans les siècles d’égalité, l’on peut prévoir que la foi dans l’opinion commune y deviendra une sorte de religion dont la majorité sera le prophète.

Il ne faut pas dissimuler que les institutions démocratiques développent à un très haut niveau le sentiment de l’envie dans le coeur humain. Ce n’est point tant parce qu’elle offrent à chacun les moyens de s’égaler aux autres, mais parce que ces moyens défaillent sans cesse à ceux qui les emploient. Les institutions démocratiques réveillent et flattent la passion de l’égalité sans pouvoir jamais la satisfaire entièrement. Cette égalité complète s’échappe tous les jours des mains du peuples au moment où il croit la saisir, et fuit, comme dit Pascal, d’une fuite éternelle; le peuple s’échauffe à la recherche de ce bien d’autant plus précieux qu’il est assez proche pour être connu et assez loin pour ne pas être goûté. Tout ce qui le dépasse par quelque endroit lui paraît un obstacle à ses désirs, et il n’y a pas de supériorité si légitime dont la vue ne fatigue sas yeux.

Alexis de Tocqueville, De la démocratie en amérique (volume II), 1840


Polémique Dieudonné: Après le mariage, la victimisation pour tous ! (Streisand effect: How demonization keeps France’s defrocked multiculturalist poster child alive)

5 janvier, 2014
Manifestation de soutien à Dieudonné le 28 décembre 2013.http://commentisfreewatch.files.wordpress.com/2014/01/next.jpeg?w=450&h=337http://img.over-blog-kiwi.com/0/20/39/77/201312/ob_4cb4fd5b214abe66efb2a1bde6351932_pi30-jpg.jpeghttp://img.over-blog-kiwi.com/0/20/39/77/201312/ob_e75f461b6fd55538c3e699cc1f6c5738_soralberlin-jpg.jpeghttp://img.over-blog-kiwi.com/0/20/39/77/201312/ob_5f121e_1475866-446627335441323-1693066782-n-jpg.jpeghttp://www.gabrielglewis.com/wp-content/uploads/2012/03/strangelove.jpgPresque aucun des fidèles ne se retenait de s’esclaffer, et ils avaient l’air d’une bande d’anthropophages chez qui une blessure faite à un blanc a réveillé le goût du sang. Car l’instinct d’imitation et l’absence de courage gouvernent les sociétés comme les foules. Et tout le monde rit de quelqu’un dont on voit se moquer, quitte à le vénérer dix ans plus tard dans un cercle où il est admiré. C’est de la même façon que le peuple chasse ou acclame les rois. Marcel Proust
Il ne faut pas dissimuler que les institutions démocratiques développent à un très haut niveau le sentiment de l’envie dans le coeur humain. Ce n’est point tant parce qu’elle offrent à chacun les moyens de s’égaler aux autres, mais parce que ces moyens défaillent sans cesse à ceux qui les emploient. Les institutions démocratiques réveillent et flattent la passion de l’égalité sans pouvoir jamais la satisfaire entièrement. Cette égalité complète s’échappe tous les jours des mains du peuples au moment où il croit la saisir, et fuit, comme dit Pascal, d’une fuite éternelle; le peuple s’échauffe à la recherche de ce bien d’autant plus précieux qu’il est assez proche pour être connu et assez loin pour ne pas être goûté. Tout ce qui le dépasse par quelque endroit lui paraît un obstacle à ses désirs, et il n’y a pas de supériorité si légitime dont la vue ne fatigue sas yeux. Tocqueville
Il y a en effet une passion mâle et légitime pour l’égalité qui excite les hommes à vouloir être tous forts et estimés. Cette passion tend à élever les petits au rang des grands ; mais il se rencontre aussi dans le cœur humain un goût dépravé pour l’égalité, qui porte les faibles à vouloir attirer les forts à leur niveau, et qui réduit les hommes à préférer l’égalité dans la servitude à l’inégalité dans la liberté. Tocqueville
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude. Chesterton
L’antisémitisme est le socialisme des imbéciles. Ferdinand Kronawetter ? (attribué à August Bebel)
Imaginons deux enfants dans une pièce pleine de jouets identiques. Le premier prend un jouet, mais il ne semble pas fort intéressé par l’objet. Le second l’observe et essaie d’arracher le jouet à son petit camarade. Celui-là n’était pas fort captivé par la babiole, mais – soudain – parce que l’autre est intéressé cela change et il ne veut plus le lâcher. Des larmes, des frustrations et de la violence s’ensuivent. Dans un laps de temps très court un objet pour lequel aucun des deux n’avait un intérêt particulier est devenu l’enjeu d’une rivalité obstinée. René Girard
C’était une cité fortement convoitée par les ennemis de la foi et c’est pourquoi, par une sorte de syndrome mimétique, elle devint chère également au cœur des Musulmans. Emmanuel Sivan
Il faut se souvenir que le nazisme s’est lui-même présenté comme une lutte contre la violence: c’est en se posant en victime du traité de Versailles que Hitler a gagné son pouvoir. Et le communisme lui aussi s’est présenté comme une défense des victimes. Désormais, c’est donc seulement au nom de la lutte contre la violence qu’on peut commettre la violence. René Girard
L’effet Streisand est un phénomène médiatique au cours duquel la volonté d’empêcher la divulgation d’informations que l’on aimerait garder secrètes – qu’il s’agisse de simples rumeurs ou de faits vérifiés – déclenche le résultat inverse. Par ses efforts, la victime encourage malgré elle l’exposition d’une publication qu’elle souhaitait voir ignorée. Il s’agit donc à proprement parler d’un "effet pervers". Wikipedia
Que veut, en fait, Dieudonné ? Il veut un ‘Holocauste’ pour les Arabes et pour les noirs aussi. (…) La noble idée de "la guerre contre le racisme" se transforme graduellement en une idéologie hideusement mensongère. Et cet antiracisme sera, pour le XXIe siècle, ce qu’a été le communisme pour le XXe. Alain Finkielkraut
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
La lisibilité de la filiation, qui est dans l’intérêt de l’enfant, est sacrifiée au profit du bon vouloir des adultes et la loi finit par mentir sur l’origine de la vieConférence des évêques
C’est un moment génial de l’histoire de France. Toute la communauté issue de l’immigration adhère complètement à la position de la France. Tout d’un coup, il y a une espèce de ferment. Profitons de cet espace de francitude nouvelle. Jean-Louis Borloo (ministre délégué à la Ville, suite à des manifestations anti-guerre d’Irak marquées par nombre de cris d’"A mort les juifs!", avril 2003)
Je n’ai pas le droit à la prison, c’est évidemment une très très grande déception, parce que je m’y étais préparé, ça faisait partie de ma campagne promotionnelle. Dieudonné
While this gesture has been part of French culture for many years, it was not until recently that I learned of the very negative concerns associated with it. When l was photographed making that gesture three years ago, I thought it was part of a comedy act and did not know that it could be in any way offensive or harmful. Since I have been made aware of the seriousness of this gesture, I will certainly never repeat the gesture and sincerely apologize for any misunderstanding or harm relating to my actions. Hopefully this incident will serve to educate others that we need to be more aware that things that may seem innocuous can actually have a history of hate and hurt. Tony Parker
La quenelle est avant tout un code identitaire, qui a acquis une vraie popularité chez les jeunes. Difficile de dire que tous aient conscience de la portée de ce geste». .. une mouvance transversale, antisystème et complotiste, dont l’antisémitisme reste la colonne vertébrale. Leur vision du monde est celle d’un ordre mondial dominé par l’axe Washington-Tel-Aviv. Derrière les discours fustigeant l’Otan et la finance internationale, tout en soutenant Bachar al-Assad et Hugo Chávez, il y a la conviction qu’au fond, ce sont les Juifs qui tirent les ficelles. Jean-Yves Camus (spécialiste de l’extrême droite)
A présent que ce geste s’est répandu dans toutes les cours de récréation, des milliers de personnes qui faisaient ce geste par amusement et qui ne pensaient pas du tout aux juifs (et oui, Mesdames, Messieurs du Crif, les juifs et la shoah n’occupent pas les pensées de tout le monde, tout le temps….), il est certain que toutes ces personnes pourront se dire « c’est à cause des juifs et d’Israël (bref des sionistes) que l’on ne peut plus rigoler, ils nous cassent les pieds » (et je reste poli…). On sait déjà que la source originelle de l’antisémitisme vient du fait que le judaïsme a instauré pour l’humanité des principes de vie et de morale avec les dix commandements, et que ne plus obéir totalement à son désir, mais avoir des contraintes morales est nécessairement une atteinte à sa liberté (on n’est plus libre de tuer qui on veut, de voler ce qui nous plait, et l’on ne se sent plus aussi bien lorsque l’on pratique l’adultère….). Le désastre, c’est qu’aujourd’hui, pour les centaines de milliers de fans de Dieudonné, il y a un onzième commandement : on ne va plus pouvoir rigoler et faire de bonnes blagues à cause des juifs, des sionistes et d’Israël. Raison de plus pour résister à ce nouveau « diktat moral des juifs » en continuant à faire ce geste…. Cette mise en exergue d’un geste qui n’était qu’un trait de vulgarité, a réveillé un immense caractère antisémite dans des milliers de cerveaux français, et bientôt européens…. Stéphane Haddad
Il se marre. Il se bidonne, il s’éclate, Dieudonné ! La polémique sur la possible interdiction de son show a refait le plein de carburant pour sa petite machine à haine, et à cash. Le ministre de l’Intérieur va demander aux préfets d’invoquer un risque de «trouble à l’ordre public ».« Trouble à l’ordre public » ? C’est presque la Légion d’honneur qui lui est ainsi décernée. Dieudonné se nourrit du «trouble» et conchie l’ «ordre public », qui n’est, pour lui, que l’ordre sioniste, l’ordre des Juifs, l’ordre du « système ». Ses fans s’enflamment : si Dieudonné est ainsi menacé, c’est bien qu’il dérange ! Et qu’il vise juste ! Car le public qui se presse pour assister à son spectacle a évolué, au fil des années, suivant docilement la trajectoire de l’« artiste». Ce n’est plus l’humoriste que l’on va voir pour rigoler un bon coup. C’est le provocateur. C’est l’«antisystème ». A chaque dérapage antisémite, l’assistance est parcourue par le délicieux frisson de l’interdit.  (…) Il faut une solide dose d’aveuglement, ou plutôt de mauvaise foi, pour ne pas traduire correctement le mot « système ». Si le monde va comme il va, c’est parce que les Juifs le font tourner. Il ne s’agit pas seulement d ‘ une vulgaire déclaration raciste. C’est une lecture de l’Histoire : la lecture des nazis. D’ailleurs, la filiation est assumée, avec cette fameuse «quenelle». Ce geste est celui du Docteur Folamour, dans le film du même nom. Incapable de réfréner le salut nazi que fait compulsivement son bras droit, le héros est obligé de le bloquer avec la main gauche. Le gag de Kubrick a fait florès. Mille fois répété, bien avant que Dieudonné s’en saisisse, sa signification est parfaitement claire : je suis nazi, mais je ne dois pas l’exprimer. Il suffit pour s’en convaincre de recenser les lieux choisis par les fans qui se font photographier en pleine quenelle et adressent le cliché au site Internet de Dieudonné : le mémorial de la Shoah à Berlin, la voie ferrée menant à Auschwitz, l’école de Toulouse où Merah a tué des enfants juifs… Rien d’antisémite dans ces choix! Ceux qui font mine de s’interroger sur la portée du geste se foutent du monde. (…) Tiens ? Où est-elle passée, Christiane Taubira, en pleine tourmente Dieudonné ? Quelles instructions a-t-elle données aux parquets généraux ? Il y a de quoi rire, en effet, quand on sait qu’aucune des condamnations déjà prononcées n’a été exécutée . Le Canard enchainé
Cela ne concerne pas toute la France, sinon Jean-Jacques Goldman et Patrick Bruel y seraient des marginaux, tout comme Gad Elmaleh ou Patrick Timsit, mais cela concerne néanmoins une part inquiétante de la population française : il existe en ce pays une nébuleuse fétide où se mêle une extrême droite porteuse de relents pétainistes, catholiques intégristes, nationalistes myopes, anti-israéliens et anti-américains, une extrême-gauche qui ne se distingue de l’extrême droite que parce qu’elle est favorable à l’islamisation du monde et à l’immigration sans contrôles, et, précisément, des courants islamiques eux-mêmes anti-israéliens et anti-américains. L’extrême droite camoufle son antisémitisme sous le manteau de l’ « antisionisme », qui est celui sous lequel s’abritent aussi extrême gauche et courants islamiques. Dieudonné trouve un public dans les divers composants de cette nébuleuse. Il suscite aussi chez des spectateurs de passage une accoutumance à certains parfums. Ces parfums sont ceux de la décomposition. On n’arrêtera pas la décomposition en interdisant des spectacles. Mais si des vagues de révolte contre ce que signifient ces spectacles se lèvent, ce seront des vagues salubres. Et elles ont mon soutien. On n’arrêtera pas le recours à certains gestes en interdisant ceux-ci. Mais faire un geste qui se trouve fait et photographié à Auschwitz, devant des synagogues, devant l’école juive de Toulouse où Merah a assassiné des enfants juifs, devant des photos d’Anne Frank, et j’en passe, c’est faire un geste lourd de sens et lourd de son poids de cadavres, et se voir traité comme un être infâme pour avoir fait ce geste est pleinement légitime. C’est se faire complice, par l’esprit, d’un crime contre l’humanité passé et de crimes contre l’humanité présents : ceux qui frappent des Israéliens et peuvent les frapper. Et que face à ce geste se lèvent aussi des vagues de révolte est sain et légitime. Je crains, hélas, que Dieudonné soit l’un des signes annonciateurs de ce qui vient. Guy Millière
Dans une vidéo postée sur YouTube le 20 août et vue 385 000 fois, Dieudonné, écharpe du Hamas au cou, se délecte de la popularité exponentielle du geste, feignant d’être dépassé par son succès. «Je ne pensais pas que le mouvement de la quenelle irait aussi loin. Aujourd’hui, cet acte subversif ne m’appartient plus, il appartient à la révolution.» S’ensuit un montage photo de «quenelles glissées» par des jeunes, des vieux, des pompiers, des syndicalistes. On retrouve le geste sur des photos de classe et de mariage. D’autres, prises devant des synagogues en France ou à l’étranger et jusqu’au mémorial de la Shoah à Berlin, ne cachent pas leur sous-texte antisémite. Climax de la vidéo, des policiers et militaires en tenue. Hilare, Dieudonné se met à «rêver d’un coup d’Etat au secours du peuple, comme en Egypte». Avec la condamnation du ministère de la Défense, la polémique dépasse désormais le cercle des initiés. Et ce débat amène certains, à l’instar du journaliste Jean-Laurent Cassely, à s’inquiéter d’une éventuelle «dieudonisation des esprits». Libération
La quenelle est, si on ose dire, le bras armé de l’idéologie de Dieudonné. Tout à la fois running gag, symbole politique et bras d’honneur dirigé contre ceux «d’en haut», «glisser une quenelle» consiste à placer sa main ouverte sur son bras opposé, à allonger se dernier pour faire un signe dont la signification est explicite. La référence au salut hitlérien est évidemment volontaire. On a vu d’ailleurs apparaître ces «quenelles» dans le cadre de la campagne du Parti antisioniste, dont il fut l’éphémère tête de liste en Ile de France aux européennes de 2009, sur une affiche électorale dont l’ambiguïté n’était pas vraiment de mise… La quenelle se décline en plusieurs tailles, à jauger en fonction du succès de l’action: petite quenelle, quenelle de 12, quenelle de 40, de 175, quenelle épaulée, etc. Plus la quenelle est longue, plus, bien entendu, le bras d’honneur est profond et procure satisfaction à son auteur. Un registre paillard qui rappelle un peu le slogan de Coluche lors de la présidentielle de 1981, pour laquelle il décidera finalement de se retirer: «Tous ensemble, pour leur foutre au cul». La cible n’est évidemment plus la même. Quant à l’ananas, décliné tout au long de la soirée sous de multiples formes (ananas frais au buffet, fresque géante devant la salle, tee-shirts souvenir, déguisements, etc.), il est omniprésent pour rappeler la cause de la condamnation de l’intéressé pour provocation à la haine: la chanson Shoananas, qu’il reprend en cœur avec son public lors de chaque spectacle, sur l’air de la chanson Chaud Cacao d’Annie Cordy. Le troisième signe de ralliement important qui, avec la quenelle et l’ananas, forme la trinité de la terminologie officielle, c’est l’expression «Au-dessus, c’est le soleil». Traduction: on s’attaque à la chose la plus haute, la plus sacrée possible (la Shoah, mais cela peut aussi s’appliquer à Bernard-Henri Levy ou à Mahmoud Ahmadinejad). Cette phrase peut-être prononcée, imprimée sur tee-shirt, ou encore simplement mimée (il suffit pour cela de tenir son doigt en l’air comme pointé vers le soleil, en mimant avec la bouche une sorte de bisou pour en faire une caricature de rabin). Quant à la quenelle à proprement parler, elle se décline en signes, en tee-shirts, en logos détournés. Elle est devenue une unité de langage. La voici parodiant le logo de Facebook, "réseau social sioniste". Jean-Laurent Cassely
Malheureusement, toutes ces manœuvres sont non seulement inutiles, mais également contre-productives. Et cela, qu’elles soient légales ou illégales, menées par des individus ou des institutions : la répression ne fonctionne pas lorsqu’elle lutte contre des idées. La répression d’idées "dissidentes" par les pouvoirs publics ou les médias nationaux a un effet pervers : elle leur offre un véritable "diplôme de non-respectabilité". Cela tient de la logique circulaire : si ces idées sont combattues avec autant d’acharnement par des "représentants du système" (journalistes, commentateurs, intellectuels médiatiques) ou par les pouvoirs publics, c’est qu’elles dérangent. Encore récemment, le Front national utilisait cet effet, s’appuyant sur sa "diabolisation" afin de prouver qu’il constituait un parti d’opposition de premier ordre. Dieudonné l’expliqua lui-même à la suite de sa dernière condamnation : "Je n’ai pas le droit à la prison, c’est évidemment une très très grande déception, parce que je m’y étais préparé, ça faisait partie de ma campagne promotionnelle". Aujourd’hui, la censure produit l’effet totalement inverse de son objectif premier ; il s’agit de l’une des applications de l’Effet Streisand. Cet effet s’ajoute à celui de la "validation" des idées comme anti-systèmes par les "représentants du système" eux-mêmes. Cette censure confine à l’absurde lorsqu’elle concerne la publication d’œuvres tombées dans le domaine public, comme c’est le cas de celles de Léon Bloy ou d’Edouard Drumont, éditées par Kontre Kulture. À ce premier anachronisme qui consiste à vouloir empêcher la diffusion de textes politiques en France au XXIe siècle, s’ajoute un problème technique et moral : pourquoi empêcher une maison d’édition de publier des textes que n’importe quel internaute peut dénicher gratuitement ? À l’heure de la diffusion numérique massive, même des textes hors-domaine public, donc piratés, s’obtiennent sans difficulté sur internet. Par chance, nous vivons dans une démocratie. Les seules violences exercées contre des porte-paroles d’idéologies jugées inacceptables le sont par des individus n’ayant aucun lien avec les pouvoirs publics. Malgré tout, cette approche fait partie du prisme répressif, du front luttant contre les idées d’Alain Soral et Dieudonné M’bala M’bala. Et comme les approches légales de la répression, il est important de souligner qu’elles sont parfaitement inutiles. La violence, qu’elle soit légalement ou illégalement exercée, affaiblit difficilement les idées. Au contraire : celles-ci se nourrissent des réactions qu’elles engendrent, et se renforcent grâce aux actes engagés contre leurs porte-paroles. Ainsi, les agressions d’Alain Soral et Dieudonné M’bala M’bala, les menaces qu’ils reçoivent et la pression exercée sur les "quenelleurs" sont prises comme des raisons supplémentaires de poursuivre leur combat. La radicalisation d’Alain Soral, par exemple, est postérieure à son agression en 2004, lors d’une dédicace, durant laquelle l’essayiste fut blessé au même titre que ses lecteurs. Que l’on juge nauséabonde ou honorable une idéologie, celle-ci obéit à la même loi : ses défenseurs trouvent dans la répression une raison supplémentaire de tenir tête à leurs adversaires. Les démocrates et les défenseurs de l’ordre républicain devraient se rappeler qu’il y a bien plus d’utilité et de noblesse à défendre l’expression libre d’idées avec lesquelles nous ne sommes pas d’accord. L’Histoire devrait également leur rappeler que le marteau du juge, la matraque du policier ou la barre de fer du militant violent n’ont jamais réussi à arrêter des idées, nauséabondes ou non. Face aux idées, il ne peut y avoir que des idées. La condamnation systématique et aveugle, la haine comme moteur de l’action politique et la mystification de l’adversaire ne sont que des pratiques inefficaces et désuètes. Au mieux, elles troublent le jeu démocratique ; au pire, elles renforcent ceux qu’elles comptaient combattre. Arnaud Lavalade
Dieudonné M’Bala M’Bala was born in a Paris suburb nearly 48 years ago. His mother was white, from Brittany, his father was African, from Cameroun.  This should make him a poster child for the “multiculturalism” the ideologically dominant left claims to promote.  And during the first part of his career, teaming up with his Jewish friend, Elie Simoun, he was just that: campaigning against racism, focusing his criticism on the National Front and even running for office against an NF candidate in the dormitory town of Dreux, some sixty miles West of Paris, where he lives. Like the best humorists, Dieudonné always targeted current events, with a warmth and dignity unusual in the profession. His career flourished, he played in movies, was a guest on television, branched out on his own.  A great observer, he excels at relatively subtle imitations of various personality types and ethnic groups from Africans to Chinese. Ten years ago, on December 1, 2003, as guest on a TV show appropriately called “You Can’t Please Everybody”, dedicated to current events, Dieudonné came on stage roughly disguised as “a convert to Zionist extremism” advising others to get ahead by “joining the American-Israeli Axis of Good”. This was in the first year of the US assault on Iraq, which France’s refusal to join had led Washington to rechristen what it calls “French fries” (Belgian, actually) as “Freedom fries”.  A relatively mild attack on George W. Bush’s “Axis of Evil” seemed totally in the mood of the times. The sketch ended with a brief salute, “Isra-heil”.  This was far from being vintage Dieudonné, but nevertheless, the popular humorist was at the time enthusiastically embraced by other performers while the studio audience gave him a standing ovation. Then the protests started coming in, especially concerning the final gesture seen as likening Israel to Nazi Germany. (…) Thus began a decade of escalation.  LICRA began a long series of lawsuits against him (“incitement to racial hatred”), at first losing, but keeping up the pressure.  Instead of backing down, Dieudonné went farther in his criticism of “Zionism” after each attack.  Meanwhile, Dieudonné was gradually excluded from television appearances and treated as a pariah by mainstream media.  It is only the recent internet profusion of images showing young people making the quenelle sign that has moved the establishment to conclude that a direct attack would be more effective than trying to ignore him. To begin to understand the meaning of the Dieudonné affair, it is necessary to grasp the ideological context.  For reasons too complex to review here, the French left – the left that once was primarily concerned with the welfare of the working class, with social equality, opposition to aggressive war, freedom of speech – has virtually collapsed.  The right has won the decisive economic battle, with the triumph of policies favoring monetary stability and the interests of international investment capital (“neo-liberalism”).  As a consolation prize, the left enjoys a certain ideological dominance, based on anti-racism, anti-nationalism and devotion to the European Union – even to the hypothetical “social Europe” that daily recedes into the cemetery of lost dreams. In fact, this ideology fits perfectly with a globalization geared to the requirements of international finance capital. In the absence of any serious socio-economic left, France has sunk into a sort of “Identity Politics”, which both praises multiculturalism and reacts vehemently against “communitarianism”, that is, the assertion of any unwelcome ethnic particularisms. (…) France has adopted laws to “punish anti-Semitism”.  The result is the opposite.  Such measures simply tend to confirm the old notion that “the Jews run the country” and contribute to growing anti-Semitism.  When French youth see a Franco-Israeli attempt to outlaw a simple gesture, when the Jewish community moves to ban their favorite humorist, anti-Semitism can only grow even more rapidly. Diana Johnstone

Après le mariage,… la victimisation pour tous !

Alors qu’attirés par le goût du sang de la polémique qui enfle et contre toutes les hyprocrites dénégations ("anti-système", on vous dit !) de leurs initiateurs, nos nouveaux tenants du socialisme des imbéciles bouffeurs de rabbins disent chaque jour un peu plus la pathétique vérité de leur geste

Et que d’autres qui avec leurs confrères bouffeurs de curé se sont faits un véritable de fonds de commerce de la caricature la plus débile en sont à dénoncer le jusqu’alors silence assourdissant d’une ministre de la Justice à qui l’on doit déjà deux lois vériticides (historique et biologique) …

Pendant qu ‘outre-manche ou atlantique et sans la moindre loi mémorielle, on ne semble pas trop plaisanter avec ces choses …

Comment ne pas voir après les lois liberticides sur les génocides juif et arménien ou l’actuelle mode des génocides et autres mariages pour tous

Et les tentatives, jusqu’ici heureusement infructueuses, du totalitarisme islamique de faire condamner les caricatures de leur propre prêcheur de haine

L’énième épisode d’un syndrome mimétique et de la concurrence des victimes qui est ici en train de se rejouer dans ce cimetière rempli d’idées chrétiennes devenues folles qu’est devenu notre monde moderne ?

Mais aussi, au-delà des indéniables risques de banalisation (Enderlin-Dieudonné, même combat!) l’immense cadeau que l’on est en train de faire en prétendant le priver de son imprescriptible droit à la bêtise la plus crasse …

A l’humoriste de seconde zone qui, réduit à jouer les victimes (jusqu’à sa propre insolvabilité pendant que Madame dépose la marque de l’objet du délit!) et à multiplier les provocations à l’instar de son pathétique mentor front-nationaliste, avait largement lui aussi dépassé sa date de péremption ?

La "quenelle" de Dieudonné : face aux idées, la répression et la violence sont inutiles

Arnaud Lavalade

Chargé d’études

Le Nouvel Observateur

29-12-2013

Manuel Valls n’a pas de mots assez durs pour définir l’essayiste Alain Soral et l’humoriste Dieudonné M’bala M’bala. Les considérant comme des ennemis de la République, dégoûté par leur "idéologie nauséabonde", il prône désormais l’interdiction des spectacles de Dieudonné.

Du débat public à la répression de la parole

Cette politique répressive est censée faire face à la "dieudonnisation des esprits", et s’inscrit plus globalement dans le cadre de la lutte contre des idées jugées inacceptables. Cette lutte a pu prendre différentes formes, allant de l’agression physique aux interdictions de spectacles par des élus locaux, en passant par de multiples condamnations publiques ou judiciaires.

Entre autres condamnations récentes, la maison d’édition Kontre Kulture, diffusant les œuvres des deux militants, s’est vue forcée de censurer plusieurs de ses ouvrages. En parallèle, Dieudonné M’bala M’bala a été condamné en appel pour sa chanson "Shoah Nanas" à 28.000 euros d’amende.

La répression systématique étendue aux "quenelleurs"

Cette répression s’étend également à tous ceux affichant, de près ou de loin, des affinités pour le duo polémique. Entre autres : les "quenelleurs", pratiquant le geste de la quenelle, considéré par certains comme une sorte de bras d’honneur, par d’autres comme un salut nazi ou un signe simplement antisémite.

Les actions "anti-quenelles" reprennent un schéma comparable : ennuis professionnels, condamnations publiques, procès, voire des actes illégaux accomplis par des activistes, tels que des piratages informatiques ou violences physiques. En sus, on attend de toute célébrité ayant déjà réalisé une quenelle qu’elle s’explique publiquement sur son geste.

Malheureusement, toutes ces manœuvres sont non seulement inutiles, mais également contre-productives. Et cela, qu’elles soient légales ou illégales, menées par des individus ou des institutions : la répression ne fonctionne pas lorsqu’elle lutte contre des idées.

La répression décerne le titre "d’ennemi du système"

La répression d’idées "dissidentes" par les pouvoirs publics ou les médias nationaux a un effet pervers : elle leur offre un véritable "diplôme de non-respectabilité".

Cela tient de la logique circulaire : si ces idées sont combattues avec autant d’acharnement par des "représentants du système" (journalistes, commentateurs, intellectuels médiatiques) ou par les pouvoirs publics, c’est qu’elles dérangent. Encore récemment, le Front national utilisait cet effet, s’appuyant sur sa "diabolisation" afin de prouver qu’il constituait un parti d’opposition de premier ordre.

Dieudonné l’expliqua lui-même à la suite de sa dernière condamnation : "Je n’ai pas le droit à la prison, c’est évidemment une très très grande déception, parce que je m’y étais préparé, ça faisait partie de ma campagne promotionnelle".

La censure, un outil désuet

Aujourd’hui, la censure produit l’effet totalement inverse de son objectif premier ; il s’agit de l’une des applications de l’Effet Streisand. Cet effet s’ajoute à celui de la "validation" des idées comme anti-systèmes par les "représentants du système" eux-mêmes.

Cette censure confine à l’absurde lorsqu’elle concerne la publication d’œuvres tombées dans le domaine public, comme c’est le cas de celles de Léon Bloy ou d’Edouard Drumont, éditées par Kontre Kulture.

À ce premier anachronisme qui consiste à vouloir empêcher la diffusion de textes politiques en France au XXIe siècle, s’ajoute un problème technique et moral : pourquoi empêcher une maison d’édition de publier des textes que n’importe quel internaute peut dénicher gratuitement ?

À l’heure de la diffusion numérique massive, même des textes hors-domaine public, donc piratés, s’obtiennent sans difficulté sur internet.

Une violence inutile

Par chance, nous vivons dans une démocratie. Les seules violences exercées contre des porte-paroles d’idéologies jugées inacceptables le sont par des individus n’ayant aucun lien avec les pouvoirs publics. Malgré tout, cette approche fait partie du prisme répressif, du front luttant contre les idées d’Alain Soral et Dieudonné M’bala M’bala. Et comme les approches légales de la répression, il est important de souligner qu’elles sont parfaitement inutiles.

La violence, qu’elle soit légalement ou illégalement exercée, affaiblit difficilement les idées. Au contraire : celles-ci se nourrissent des réactions qu’elles engendrent, et se renforcent grâce aux actes engagés contre leurs porte-paroles.

Ainsi, les agressions d’Alain Soral et Dieudonné M’bala M’bala, les menaces qu’ils reçoivent et la pression exercée sur les "quenelleurs" sont prises comme des raisons supplémentaires de poursuivre leur combat. La radicalisation d’Alain Soral, par exemple, est postérieure à son agression en 2004, lors d’une dédicace, durant laquelle l’essayiste fut blessé au même titre que ses lecteurs.

Une répression contre-productive

Que l’on juge nauséabonde ou honorable une idéologie, celle-ci obéit à la même loi : ses défenseurs trouvent dans la répression une raison supplémentaire de tenir tête à leurs adversaires.

Les démocrates et les défenseurs de l’ordre républicain devraient se rappeler qu’il y a bien plus d’utilité et de noblesse à défendre l’expression libre d’idées avec lesquelles nous ne sommes pas d’accord. L’Histoire devrait également leur rappeler que le marteau du juge, la matraque du policier ou la barre de fer du militant violent n’ont jamais réussi à arrêter des idées, nauséabondes ou non.

Face aux idées, il ne peut y avoir que des idées. La condamnation systématique et aveugle, la haine comme moteur de l’action politique et la mystification de l’adversaire ne sont que des pratiques inefficaces et désuètes. Au mieux, elles troublent le jeu démocratique ; au pire, elles renforcent ceux qu’elles comptaient combattre.

Voir aussi:

Ca part en quenelle

Louis-Marie Horeau

Le Canard enchainé

31 décembre 2013

Il se marre. Il se bidonne, il s’éclate, Dieudonné ! La polémique sur la possible interdiction de son show a refait le plein de carburant pour sa petite machine à haine, et à cash. Le ministre de l’Intérieur va demander aux préfets d’invoquer un risque de «trouble à l’ordre public ».

« Trouble à l’ordre public » ?

C’est presque la Légion d’honneur qui lui est ainsi décernée. Dieudonné se nourrit du «trouble» et conchie l’ «ordre public », qui n’est, pour lui, que l’ordre sioniste, l’ordre des Juifs, l’ordre du « système ».

Ses fans s’enflamment : si Dieudonné est ainsi menacé, c’est bien qu’il dérange ! Et qu’il vise juste ! Car le public qui se presse pour assister à son spectacle a évolué, au fil des années, suivant docilement la trajectoire de l’« artiste». Ce n’est plus l’humoriste que l’on va voir pour rigoler un bon coup. C’est le provocateur. C’est l’«antisystème ».

A chaque dérapage antisémite, l’assistance est parcourue par le délicieux frisson de l’interdit. Le sommet est atteint quand Dieudonné se lâche et reprend dans un sketche les termes d’une plainte déposée par son avocat. « La sodomie ne pouvant être réalisée sur des restes calcinés de corps humains sortis des fours crématoires nazis, et pire encore après qu’ils aient été transformés en savon…» Applaudissements.

Il faut une solide dose d’aveuglement, ou plutôt de mauvaise foi, pour ne pas traduire correctement le mot « système ». Si le monde va comme il va, c’est parce que les Juifs le font tourner. Il ne s’agit pas seulement d ‘ une vulgaire déclaration raciste. C’est une lecture de l’Histoire : la lecture des nazis.

D’ailleurs, la filiation est assumée, avec cette fameuse «quenelle». Ce geste est celui du Docteur Folamour, dans le film du même nom. Incapable de réfréner le salut nazi que fait compulsivement son bras droit, le héros est obligé de le bloquer avec la main gauche. Le gag de Kubrick a fait florès. Mille fois répété, bien avant que Dieudonné s’en saisisse, sa signification est parfaitement claire : je suis nazi, mais je ne dois pas l’exprimer. Il suffit pour s’en convaincre de recenser les lieux choisis par les fans qui se font photographier en pleine quenelle et adressent le cliché au site Internet de Dieudonné : le mémorial de la Shoah à Berlin, la voie ferrée menant à Auschwitz, l’école de Toulouse où Merah a tué des enfants juifs… Rien d’antisémite dans ces choix! Ceux qui font mine de s’interroger sur la portée du geste se foutent du monde. Et ils font rigoler Dieudonné.

Ce ne sont pas quelques arrêtés d’interdiction qui vont l’empêcher de se marrer. Toutes les tentatives dans ce sens se sont heurtées au droit et ont été annulées par les tribunaux administratifs . Le régime de la censure préalable n’a plus le droit de cité en France, et c’est heureux . En revanche, la justice a son mot à dire. Et elle le dit : plusieurs condamnations ont déjà été prononcées, d’autres sont à venir. Et Dieudonné rigole toujours. Il rigole parce que les poursuites sont engagées par des particuliers ou des associations. Les procureurs de la République roupillent. La Chancellerie regarde ailleurs, la ministre de la Justice se tait.

Tiens ? Où est-elle passée, Christiane Taubira, en pleine tourmente Dieudonné ? Quelles instructions a-t-elle données aux parquets généraux ? Il y a de quoi rire, en effet, quand on sait qu’aucune des condamnations déjà prononcées n’a été exécutée . Dieudonné se marre, et il y a de quoi. Le ministre de l’Intérieur se fâche, et il a raison, mais il est impuissant. La ministre qui pourrait agir est aux abonnés absents . Une idée de sketch pour le prochain spectacle ?

Voir également:

Dieudonné et sa "quenelle" : lettre à mes amis (encore) fans de l’humoriste

Thomas Carre-Pierrat

Le Nouvel observateur

28-12-2013

Vous êtes encore quelques-uns, dans mon entourage, à vouloir rigoler des blagues de Dieudonné. Pendant longtemps, il fut l’un de nos comiques préférés, pour ne pas dire le premier. Il était assurément l’humoriste le plus doué de sa génération ; un comédien génial et un auteur d’exception.

Comme vous, je suis encore capable de réciter certains de ses sketchs par cœur. Mais voilà, cela fait un moment que "Dieudo", comme vous l’appelez encore, ne me fait plus marrer. En fait, j’ai décroché le jour où j’ai compris qu’il se moquait ouvertement de nous.

Dieudonné a basculé dans la mouvance d’extrême droite

Malheureusement, Dieudonné n’est plus un provocateur, un type subversif qui utilisent l’humour pour taper où cela fait mal. Il est devenu un homme politique qui se sert de ses spectacles pour diffuser des idées qui nous ulcèrent par ailleurs.

Dans un souci de cohérence, j’ai dû arrêter de le soutenir car je ne pouvais plus cautionner un mec qui traîne dans la nébuleuse de l’extrême droite et fréquente des hauts responsables du Front national, ce parti contre lequel nous avons si souvent usé nos souliers.

Essayez de répondre franchement et de manière convaincante aux questions suivantes : comment peut-on apprécier un type qui était venu consoler Jean-Marie Le Pen après sa défaite à la présidentielle en 2007 ? A-t-on envie de s’asseoir sur les bancs de son théâtre qui a servi de salle de formation pour des militants du Front National ? Est-il vraiment drôle et subversif de choisir Jean-Marie Le Pen pour être le parrain de sa fille ? Auriez-vous envie comme Dieudonné, d’aller boire des coups avec Serge Ayoub, l’un des leaders des skinheads français, après la mort du militant antifasciste Clément Méric ?

La vérité est tristement factuelle. Dieudonné est aujourd’hui un militant d’extrême droite. Cela ne signifie pas que vous l’êtes également. Mais, lorsque vous regardez ses spectacles, un certain nombre de vos voisins viennent précisément pour cette raison.

Car eux, ont bien compris que Dieudonné ne blaguait pas sur les juifs comme il est capable de le faire avec les musulmans, les catholiques ou les bouddhistes. Ils savent que Dieudonné est passé, au fil du temps, d’antisioniste à antisémite. Il fait partie de ces gens qui croient réellement en l’existence d’un lobby juif dont nous serions les frêles marionnettes.

Un humoriste qui vous coupe l’appétit

Le seul trait de génie dont on peut encore créditer Dieudonné, est précisément de s’appuyer sur cette ambiguïté entre l’humoriste et le politique pour faire passer un message purement et banalement antisémite. En cela, et pour le paraphraser, Dieudonné est la branche comique de l’extrême droite.

Je préfère le répéter une nouvelle fois ; cela ne signifie pas, chers amis, que vous seriez également d’extrême droite, de la même manière que bien des "quenelles" n’ont aucun soubassement antisémite.

Mais, en participant à cela, vous cautionnez son combat nauséabond et vous faites prospérer la boutique de Dieudonné et de ses nouveaux camarades.

Comment peut-on critiquer, à juste titre, les hommes politiques qui stigmatisent les étrangers, les musulmans ou les Roms pour chasser sur les terres du FN et continuer d’applaudir un mec qui mange déjà à la table des Le Pen ? Personnellement, cela me coupe définitivement l’appétit.

Le "système" n’est pas l’ennemi de Dieudonné mais son gagne-pain

En réalité, Dieudonné vous a fait cocu avec l’extrême-droite et vous continuez à fermer les yeux parce que vous aimez son image de rebelle, pourfendeur du "système". Désolé de vous décevoir là-aussi, mais Dieudonné n’est qu’un rebelle de supermarché, un provocateur de bac à sable.

Franchement, peut-on se présenter comme un adversaire du "système" et se faire prendre en photo avec des Yannick Noah, Tony Parker ou Mamadou Sakho, c’est-à-dire des millionnaires, purs produits du système et dont la conscience politique est comparable à l’érudition de Nabilla.

Si vous souhaitez éveiller vos consciences, ou lutter contre l’ordre établi, je vous recommande plutôt de lire des livres de Noam Chomsky ou Naomi Klein. Leurs œuvres sont moins drôles, mais légèrement plus pertinentes et argumentés que les saillies inutiles de Dieudonné.

Le "système" n’est pas l’ennemi de Dieudonné mais son gagne-pain. Dans la plus pure tradition de l’extrême droite, il joue sur les peurs et les indignations de son public en lui livrant un bouc-émissaire éternel, le prétendu lobby juif. En plus d’avoir perdu son sens de l’humour, Dieudonné est un piètre penseur sans idée et dont l’idéologie ne procède que d’un délire paranoïaque.

Il faut tourner définitivement la page

L’humoriste Dieudonné est malheureusement mort et il faut être capable d’en faire son deuil. Comme tous les grands, il est irremplaçable. Sa pathétique réincarnation qui s’agite au Théâtre de la Main d’or est épouvantable. Malgré les légères ressemblances, il est vain de vouloir le défendre. Il n’y a plus rien à faire si ce n’est tourner définitivement la page.

Plus que d’éventuelles interdictions des pouvoirs publics ou de sanctions judiciaires qui le maintiendraient confortablement dans sa position de victime, Dieudonné doit être condamné par son public.

Chers amis, en cette fin d’année, prenez une bonne résolution : cessez de rire aux sketches de ce personnage car, à chacun de vos applaudissements, derrière la scène, c’est l’extrême droite qui se frotte les mains.

Voir également:

Les «quenelles» de Dieudonné laissent un sale goût

Guillaume Gendron

Libération

12 septembre 2013

RÉCIT

Le salut inventé par l’humoriste condamné pour antisémitisme a essaimé sur le Web. Des sanctions contre deux soldats qui ont reproduit le geste vont être prises.

Main ouverte près de l’épaule, bras opposé tendu vers le bas, paume ouverte et doigts joints, les deux militaires posent devant une synagogue, rue de Montevidéo, dans le XVIe arrondissement de Paris. Tout sourire, les deux chasseurs alpins en mission Vigipirate dans la capitale reproduisent le geste dit de la «quenelle», dont la paternité est revendiquée par l’humoriste controversé Dieudonné, poursuivi et condamné à plusieurs reprises pour des propos antisémites. La photo, qui circule depuis quelques semaines sur les réseaux sociaux après sa publication sur un site «antisioniste», a provoqué l’ire de Jean-Yves Le Drian, le ministre de la Défense, qui a réclamé mardi des sanctions à l’encontre des deux militaires. «Ils ont porté atteinte à l’uniforme et aux valeurs de l’armée de terre», a fait savoir, hier, Pierre Bayle, porte-parole du ministère de la Défense, qui a envoyé un «rappel au règlement à l’ensemble des personnels».

Totem. Depuis la diffusion du cliché par le magazine le Point en début de semaine, plusieurs autres photos de soldats «glissant des quenelles», selon l’expression consacrée par Dieudonné, avaient fait surface. Une source militaire parle même «d’un phénomène de mode», invisible aux yeux du grand public mais loin de se limiter aux rangs de l’armée. Bras d’honneur «bien profond dans le cul du système» pour ses ouailles ou ersatz de salut nazi à peine déguisé pour ses détracteurs, la «quenelle» de Dieudonné est à la fois un signe de ralliement et un message subliminal. Comme les ananas, autre totem des dieudonâtres faisant référence à la chanson Shoahnanas (un détournement antisémite de la chanson Cho Ka Ka O d’Annie Cordy pour laquelle il a été condamné fin 2012), la quenelle est d’autant plus réussie quand elle passe inaperçue aux yeux des profanes et des principales cibles de la vindicte dieudonesque. Soit les «sionistes», les médias et «le système».

Code. D’année en année, parallèlement à l’ostracisation plus ou moins orchestrée de l’humoriste enchaînant les dérapages, la quenelle s’est répandue sur la fachosphère. Quitte à être reprise par des milliers d’anonymes et des personnalités qui n’en mesurent pas totalement la symbolique, à l’image d’un Tony Parker immortalisé en compagnie de Dieudonné dans les coulisses du théâtre de la Main d’or ou du footballeur montpellierain Mathieu Deplagne après avoir marqué un but. «La quenelle est avant tout un code identitaire, qui a acquis une vraie popularité chez les jeunes. Difficile de dire que tous aient conscience de la portée de ce geste», estime Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême droite. Le politologue définit cependant le groupe hétéroclite de fans de Dieudonné comme «une mouvance transversale, antisystème et complotiste, dont l’antisémitisme reste la colonne vertébrale. Leur vision du monde est celle d’un ordre mondial dominé par l’axe Washington-Tel-Aviv. Derrière les discours fustigeant l’Otan et la finance internationale, tout en soutenant Bachar al-Assad et Hugo Chávez, il y a la conviction qu’au fond, ce sont les Juifs qui tirent les ficelles.»

Les origines du geste sont floues, sans cesse réinventées par son géniteur. En revanche, son usage systématique lors des apparitions publiques de Dieudonné date de la «liste antisioniste», qu’il a présentée en Ile-de-France lors des européennes de 2009, au côté d’Alain Soral, ex-plume de Jean-Marie Le Pen, devenu gourou idéologique de l’humoriste. A l’époque, Dieudonné se réjouissait à «l’idée de glisser [sa] petite quenelle dans le fond du fion du sionisme», comme il l’avait déclaré à Libération. Aujourd’hui, la quenelle se veut «révolutionnaire».

Dans une vidéo postée sur YouTube le 20 août et vue 385 000 fois, Dieudonné, écharpe du Hamas au cou, se délecte de la popularité exponentielle du geste, feignant d’être dépassé par son succès. «Je ne pensais pas que le mouvement de la quenelle irait aussi loin. Aujourd’hui, cet acte subversif ne m’appartient plus, il appartient à la révolution.» S’ensuit un montage photo de «quenelles glissées» par des jeunes, des vieux, des pompiers, des syndicalistes. On retrouve le geste sur des photos de classe et de mariage. D’autres, prises devant des synagogues en France ou à l’étranger et jusqu’au mémorial de la Shoah à Berlin, ne cachent pas leur sous-texte antisémite. Climax de la vidéo, des policiers et militaires en tenue. Hilare, Dieudonné se met à «rêver d’un coup d’Etat au secours du peuple, comme en Egypte». Avec la condamnation du ministère de la Défense, la polémique dépasse désormais le cercle des initiés. Et ce débat amène certains, à l’instar du journaliste Jean-Laurent Cassely, à s’inquiéter d’une éventuelle «dieudonisation des esprits».

Voir encore:

La dieudonnisation des esprits, une (grosse) quenelle qui vient d’en bas

Jean-Laurent Cassely

Slate

27/06/2013

Un reportage de juin 2013. Le soir de la fête de la musique, Dieudonné tenait son grand meeting annuel, «Le Bal des Quenelles», entre festival d’humour et université d’été politique. Grâce à un ensemble de signes cryptés, il a formé en dix ans une petite contre-culture autour de lui: vous l’avez vu récemment dans Top Chef, Secret Story ou encore Pékin Express… Sans même le savoir.

Manuel Valls, le ministre de l’Intérieur, souhaite faire interdire les spectacles de Dieudonné. Dans une interview au Parisien, Manuel Valls rappelle que «Dieudonné a été condamné à plusieurs reprises pour diffamation, injures et provocation à la haine raciale». «C’est donc un récidiviste et j’entends agir avec la plus grande fermeté, dans le cadre de la loi» déclare-t-il. Nous republions à cette occasion le reportage de Jean-Laurent Cassely à l’un des spectacles de Dieudonné.

***

Un automobiliste roulant le 21 juin dans les environs de Saint-Lubin-de-la-Haye, à la limite de l’Ile-de-France et de la région Centre, serait tombé ce soir-là sur de petits panneaux indiquant la simple mention «quenelles» en bord de route, près d’un élevage bovin.

Il aurait peut-être cru qu’il s’agissait d’une vente directe de cette spécialité, mais aurait tiqué en se souvenant que c’est plutôt vers Lyon qu’on apprécie ce plat. Quelques virages plus loin, l’automobiliste aurait alors croisé, entassés dans une petite voiture, des jeunes brandissant des ananas depuis les fenêtres, ce qui leur procurait manifestement une très grande excitation.

Songeur, notre automobiliste imaginaire aurait alors continué sa route, s’interrogeant sur les mœurs curieuses de cette partie calme et isolée du pays. Sans se douter une seconde qu’à quelques kilomètres de là, la «Dieudosphère» tenait son grand rassemblement annuel.

C’est à cela qu’on reconnaît que Dieudonné a construit, patiemment et avec obstination, une petite contre-société, qui dispose désormais de signes de reconnaissance et de communication très sûrs, car totalement ésotériques pour le profane, mais très visibles même dans les médias les plus grand public.

Ananas, soleil, quenelle: une grammaire de la dieudosphère

La quenelle est, si on ose dire, le bras armé de l’idéologie de Dieudonné. Tout à la fois running gag, symbole politique et bras d’honneur dirigé contre ceux «d’en haut», «glisser une quenelle» consiste à placer sa main ouverte sur son bras opposé, à allonger se dernier pour faire un signe dont la signification est explicite. La référence au salut hitlérien est évidemment volontaire.

On a vu d’ailleurs apparaître ces «quenelles» dans le cadre de la campagne du Parti antisioniste, dont il fut l’éphémère tête de liste en Ile de France aux européennes de 2009, sur une affiche électorale dont l’ambiguïté n’était pas vraiment de mise…

La quenelle se décline en plusieurs tailles, à jauger en fonction du succès de l’action: petite quenelle, quenelle de 12, quenelle de 40, de 175, quenelle épaulée, etc. Plus la quenelle est longue, plus, bien entendu, le bras d’honneur est profond et procure satisfaction à son auteur. Un registre paillard qui rappelle un peu le slogan de Coluche lors de la présidentielle de 1981, pour laquelle il décidera finalement de se retirer: «Tous ensemble, pour leur foutre au cul». La cible n’est évidemment plus la même.

Quant à l’ananas, décliné tout au long de la soirée sous de multiples formes (ananas frais au buffet, fresque géante devant la salle, tee-shirts souvenir, déguisements, etc.), il est omniprésent pour rappeler la cause de la condamnation de l’intéressé pour provocation à la haine: la chanson Shoananas, qu’il reprend en cœur avec son public lors de chaque spectacle, sur l’air de la chanson Chaud Cacao d’Annie Cordy (Dieudonné a fait appel du jugement).

Depuis cette condamnation, la chanson Shoananas est le clou du spectacle Foxtrot, qui a tourné dans toute la France ces derniers mois. A chaque fois, Dieudonné fait mine de ne plus pouvoir la faire chanter à son public, sous peine de poursuites judiciaires… Et, bien sûr, finit par l’interpréter, pour le plus grand plaisir de la salle qui chante en choeur avec lui.

A l’entrée du Bal des quenelles, une fresque géante d’ananas donne le ton…

Le troisième signe de ralliement important qui, avec la quenelle et l’ananas, forme la trinité de la terminologie officielle, c’est l’expression «Au-dessus, c’est le soleil». Traduction: on s’attaque à la chose la plus haute, la plus sacrée possible (la Shoah, mais cela peut aussi s’appliquer à Bernard-Henri Levy ou à Mahmoud Ahmadinejad).

Cette phrase peut-être prononcée, imprimée sur tee-shirt, ou encore simplement mimée (il suffit pour cela de tenir son doigt en l’air comme pointé vers le soleil, en mimant avec la bouche une sorte de bisou pour en faire une caricature de rabin).

Un gif animé qui capture la gestuelle caractéristique du «Soleil». Mémorisez-là, c’est utile pour la suite de l’article

Quant à la quenelle à proprement parler, elle se décline en signes, en tee-shirts, en logos détournés. Elle est devenue une unité de langage. La voici parodiant le logo de Facebook, «réseau social sioniste».

Source: Dieudosphère

A l’entrée du Bal des quenelles, qui se déroule chaque année dans le vaste hangar où l’artiste tourne ses films, les fans venus de loin immortalisent ce moment en se faisant prendre en photo entre deux humains déguisés en ananas, mimant la fameuse quenelle. Un peu comme à Disneyland, quand Mickey ou Pluto viennent prendre la pose avec vos enfants…

Deux des trois signes codés de la dieudosphère: l’ananas et la quenelle, ici au Bal des quenelles 2013

Prendre la pose en mimant une quenelle est devenu un rituel chez les admirateurs de Dieudonné. Pour ce dernier, les quenelles sont un instrument politique: en demandant à ses fans de lui envoyer les photos et en les postant sur le mur de son compte Facebook officiel, il veut montrer à quel point il est soutenu par la base.

Ici à Strasbourg, la quenelle géante à laquelle le public est invité à participer en fin de spectacle se présente comme la défense de la liberté d’expression, et un bras d’honneur aux maires qui tentent de faire interdire le spectacle pour trouble à l’ordre public

Un public jeune et mélangé

Les gens sont venus nombreux: en couple, entre amis, la plupart se sont retrouvés à la gare voisine d’Houdan, d’où l’équipe de Dieudonné indiquait la route pour se rendre sur place, l’information n’étant pas disponible sur les billets sans doute pour éviter de voir la fête troublée par des opposants. De sympathiques jeunes gens m’ont amené en voiture jusqu’à la salle. D’ailleurs presque tous les participants sont jeunes.

Derrière moi, dans la queue pour accéder au buffet, deux très jeunes musulmans discutent du «Prophète», de ce qu’il autorise et ce qu’il interdit en matière d’alimentation, de culture, etc. Certains jeunes issus de l’immigration qui vivent leur revival religieux peuvent être naturellement séduits par les combats politiques de Dieudonné autour de la question palestinienne (ne me demandez pas de quantifier cette affirmation, évidemment nous n’en savons rien).

La recherche d’une vérité alternative basée sur un relativisme généralisé —le monde selon Dieudonné— a fini par séduire des populations hétéroclites. Tout un petit peuple de rastas blancs, qu’on imaginerait plutôt dans un festival reggae ou une free party. Une frange de l’extrême gauche altermondialiste, qu’on reconnaîtra facilement au port du tee-shirt à l’effigie d’Hugo Chavez ou au total look joueur de diabolo à Rennes. On supposera que cette jeunesse est plutôt arrivée là par le biais de la critique radicale des médias, de l’oligarchie et du «nouvel ordre mondial» que par le prisme du conflit israélo-palestinien, encore que les deux logiques aient tendance à s’entrecroiser.

Des partisans de Bachar el-Assad brandissant des drapeaux syriens et des portraits à l’effigie du dictateur sont d’ailleurs venus recevoir leur «Quenelle d’or» (catégorie «pour l’ensemble de son œuvre»), la petite statuette inspirée des César que Dieudonné distribue lors de ce bal annuel à ses soutiens ou à ceux qui partagent ses combats. Selon le site révisionniste Entre la plume et l’enclume, la quenelle sera d’ailleurs remise en mains propres au président syrien.

Quelques authentiques militants d’extrême droite, qui regrettent l’absence du négationniste Faurisson, sont aussi présents mais ne semblent pas représenter la majorité du public… En revanche on retrouve dans ces soirées les animateurs du réseau qui sont désormais des relais artistiques sur internet de la pensée «antisioniste», selon l’expression consacrée: le Jamel Comedy Club de Dieudonné. Car en un peu plus d’une décennie, Dieudonné a fait école.

Très présents sur Internet, ils publient des BD, des pamphlets ou des vidéos, comme les dessinateurs Zéon et Joe Lecorbeau —un «glisseur de quenelles» qui réalise des détournements dieudonniens de BD célèbres comme Astérix ou Tintin— ou sont actifs dans l’écriture et l’idéologie, comme Salim Laïbi (alias «Le libre penseur») et Alain Soral bien sûr —dit «Maître quenellier», distinction qu’il est le seul à partager avec Dieudonné.

La première partie était assurée par le comique Jo Damas, et par le régisseur des spectacles de Dieudonné, l’acteur Jacky Sigaux, célèbre pour son rôle du juif déporté dans les précédents spectacles du comédien, et qui est monté sur scène dans le personnage de «Samuel» pour se lancer dans une lamentation musicale intitulée «Je suis juif». Personnage copieusement hué par la salle.

Dieudonnisation médiatique ou l’entrisme de la quenelle

Mais ce «Dieudonnisme», que vous croyiez ne plus avoir aperçu dans les médias depuis un sketch chez Marc-Olivier Fogiel devant Jamel Debbouze en 2003, a su faire grimper son influence à la télévision, par des moyens souvent détournés et grâce à ses petites quenelles:

Le 23 janvier 2013, le footballeur de Montpellier Mathieu Deplagne marque son premier but en pro face au FC Sochaux. Pour son petit geste de parade, le footballeur mime alors une «quenelle». Le lendemain, il fait la une de Midi Libre.

Il est venu, le 21 juin, récupérer sa Quenelle d’Or, «catégorie sportive», des mains de Dieudonné.

Les sportifs sont, à l’image de Tony Parker, nombreux à effectuer ces clins d’oeil à l’humoriste.

Ci-dessous, Didier Dinart et Nikola Karabatic de l’équipe de France de hand.

Source: Facebook Dieudonné officiel

… Et oui, Yannick Noah aussi

Dans les émissions de téléréalité aussi, Dieudonné fait des apparitions fréquentes grâce à l’astuce de ses fans.

Sur TF1, dans l’émission Bienvenue chez nous du 20 juin, un jeune homme est apparu portant un tee-shirt «Au-dessus c’est le soleil».

Réaction de joie immédiate sur la page Facebook de Dieudonné:

«En direct sur TF1 ça glisse de la quenelle !!»

Et réactions enchantées du public:

Un peu plus tôt dans le mois, c’est cette fois l’équipe de la saison 2013 de Pékin Express (M6) qui pose en faisant une quenelle. Et il n’est pas inintéressant de reprendre la description que fait un blog pro-Dieudonné des participants, en tout point conforme au type de population que l’on trouvait au Bal des quenelles, c’est-à-dire des profils de classes moyennes et populaires.

«Denis (28 ans, comptable) & Julie (30 ans, chargée de communication), deux corses/ Linda & Salim (Un couple. Ils ont tout deux 33 ans et sont techniciens)/ Fabien (26 ans, barman et mannequin) & Tarik (51 ans, chanteur) : Père et fils.»

Le 5 mars 2013, c’était un candidat de Top Chef, l’émission culinaire star de M6, qui faisait une référence à Dieudonné en citant la phrase «Au-dessus, c’est le soleil». Mais est-ce vraiment une référence volontaire? Difficile à dire (à 2’56 dans la vidéo).

En 2010, c’est une équipe de candidats de l’émission Secret Story qui, interrogée lors d’un des appartés face caméra pour commenter les derniers épisodes, affirme avoir glissé une grosse quenelle à ses concurrents. Benjamin Castaldi lui-même reprend la formulation sur le plateau.

Sur Internet, les forums proches de l’humoriste exultent devant l’ironie de la situation. La principale chaîne du système vient de rendre un hommage appuyé bien qu’involontaire à l’humoriste le plus boycotté de France. Qui plus est, Secret Story est produit par Endemol, la société d’Arthur, ennemi juré de Dieudonné. L’archive a été rapidement supprimée, mais elle est encore visionnable sur le site russe Rutube.

Le niveau de conscience politique des multiples candidats de téléréalité qui citent du Dieudonné est difficile à évaluer, bien entendu (leur niveau de conscience tout court, peut-être, aussi). Mais le phénomène est bien réel.

Est-ce vraiment surprenant? Le dernier spectacle de Dieudonné, Foxtrot, a fait le plein des Zenith de France, réunissant 2 à 4.000 spectateurs par ville. Posté le 18 juin sur YouTube, ce dernier avait, le 23, été visionné près de 300.000 fois (vidéo aujourd’hui retirée). Quant au grand raout annuel des troupes, le Bal des quenelles, l’édition 2013 a écoulé toutes ses places, et il est raisonnable d’estimer l’affluence à un petit millier de personnes.

L’activité protéiforme de Dieudonné et sa capacité à se placer simultanément sur plusieurs tableaux constitue un phénomène assez nouveau. Il se passe bien quelque chose, mais on ne sait pas encore vraiment quoi.

Voir de plus:

Quenelle de Dieudonné : la stupidité des élites juives

Stephane Haddad

Riposte laïque

31 décembre 2013

La Quenelle de Dieudonné a pris des proportions considérables et comme son inventeur antisémite, le proclame fièrement, « ça ne lui appartient plus, ça appartient à l’Histoire ».

Il convient de rappeler que ce geste est apparu il y a au moins 5 ans. Dieudonné a mis ce geste à toutes les sauces, en visant les politiques, les administrations, le gouvernement, les américains, les juifs, etc. Personne ne l’avait remarqué pour autre chose que sa façon de faire rire son public, de la même manière que chaque humoriste a ses marottes et ses postures pour être identifié et se démarquer.

Pour l’immense majorité des personnes, dont je suis, il pouvait être considéré comme un geste provocateur, vulgaire ou drôle selon l’humeur et l’humour de chacun, mais pas comme le salut nazi inversé. La meilleure preuve en est que, pendant des années, ce geste ne soulevait pas l’indignation qu’il provoque aujourd’hui, et n’avait pas gagné une popularité d’une telle ampleur.

Il a fallu qu’un esprit peu éclairé de la communauté, décide que c’était là le symbole du salut Nazi inversé pour lui donner à présent cette unique signification et que le phénomène prenne des proportions considérables et irrattrapables….

Il fallait qu’un esprit en mal de reconnaissance, qui se croyait plus intelligent que les autres, « shoatise » le geste, pour se faire remarquer ( ?), ou pour déclarer vouloir lutter contre Dieudonné alors qu’il y a bien d’autres moyens et raison de le combattre et de le critiquer (une des meilleures étant probablement d’aller sur son terrain, et de le moquer, en le caricaturant en grouillot lèche babouche de l’Iran et des islamistes ce que personne ne fait…).

Même si il est possible que Dieudonné ait eu cette idée dès la création de cette posture, elle ne faisait pas les ravages actuelles qu’elle provoque avant qu’elle soit requalifiée de la sorte. De surcroit, Dieudonné « surfant sur la vague du succès » a, à présent, légèrement modifié le geste en baissant un peu le niveau de la main, pour effectivement le rapprocher du salut nazi inversé.

En décrétant ce geste comme le symbole du mal absolu, cette personne a de façon évidente offert sa plus belle victoire à Dieudonné, un peu comme lorsque l’on ouvre un programme indésirable dans un ordinateur, et qu’un virus contamine tout le réseau. C’est un désastre.

Il y a de surcroit un effet pervers beaucoup plus redoutable qui a été réveillé.

A présent que ce geste s’est répandu dans toutes les cours de récréation, des milliers de personnes qui faisaient ce geste par amusement et qui ne pensaient pas du tout aux juifs (et oui, Mesdames, Messieurs du Crif, les juifs et la shoah n’occupent pas les pensées de tout le monde, tout le temps….), il est certain que toutes ces personnes pourront se dire « c’est à cause des juifs et d’Israël (bref des sionistes) que l’on ne peut plus rigoler, ils nous cassent les pieds » (et je reste poli…).

On sait déjà que la source originelle de l’antisémitisme vient du fait que le judaïsme a instauré pour l’humanité des principes de vie et de morale avec les dix commandements, et que ne plus obéir totalement à son désir, mais avoir des contraintes morales est nécessairement une atteinte à sa liberté (on n’est plus libre de tuer qui on veut, de voler ce qui nous plait, et l’on ne se sent plus aussi bien lorsque l’on pratique l’adultère….).

Le désastre, c’est qu’aujourd’hui, pour les centaines de milliers de fans de Dieudonné, il y a un onzième commandement : on ne va plus pouvoir rigoler et faire de bonnes blagues à cause des juifs, des sionistes et d’Israël. Raison de plus pour résister à ce nouveau « diktat moral des juifs » en continuant à faire ce geste…. Cette mise en exergue d’un geste qui n’était qu’un trait de vulgarité, a réveillé un immense caractère antisémite dans des milliers de cerveaux français, et bientôt européens….

La Quenelle de Dieudonné, ou quand ceux qui se considèrent comme « l’élite » de la communauté juive devraient apprendre à tourner sept fois leur langue dans la bouche avant de parler.

Voir par ailleurs:

Dieudonné est un signe annonciateur de ce qui vient

Guy Millière

Dreuz

02 jan 201

Dois-je l’écrire ? Je ne suis pas socialiste. J’ai eu l’occasion de critiquer de nombreuses fois ce gouvernement, et Manuel Valls. Mais quand Manuel Valls prend une position digne, je dis que Manuel Valls prend une position digne, je le dis. Et, en l’occurrence, je dis que Manuel Valls prend une position digne dans l’affaire Dieudonné.

J’ajoute que ceux qui invoquent la liberté de parole ou les principes inhérents au Premier amendement à la Constitution des Etats-Unis se trompent : il ne s’agit plus, en l’occurrence, de liberté de parole, mais d’incitations à la haine, et, sans doute, d’incitations au meurtre, voire d’incitation au génocide. C’est en tout cas dans cette catégorie que tombent les propos tenus par le principal intéressé concernant Patrick Cohen et les chambres à gaz. La liberté de parole ne couvre pas les incitations au meurtre, voire les incitations au génocide, qui peuvent faire l’objet de procédures judiciaires aux Etats-Unis, à juste titre à mes yeux. Dire « je suis raciste » est une chose (qui rentre dans la même catégorie que dire : je suis un salaud) : dire « ce serait bien de tuer les Noirs » est tout à fait une autre chose.

Je précise que ceux qui parlent de « spectacle » se trompent aussi : il ne s’agit plus de spectacle lorsque les propos qu’on tient sont emplis de connivences permettant aux racistes, aux antisémites, aux négationnistes, à ceux qui souhaitent la destruction génocidaire d’Israël de s’exciter ensemble et d’entendre de surcroît les incitations susdites.

Je souligne que les propos des dirigeants du Front National sur le sujet suffisent à montrer que décidément, le Front National continue à entretenir un rapport aux Juifs, au judaïsme et à Israël couvert de moisissures.

Je souligne aussi que les propos tenus de façon récurrente dur un site tel que Boulevard Voltaire montrent la dérive de ce site vers des positions qui sont celles d’une extrême droite qui ne me semble pas très fréquentable.

Publier des propos anti-israéliens comme il en traîne dans des publications déjà nombreuses n’a rien d’original. Faire de la publicité pour des livres radicalement anti-israéliens (tels « Le livre noir de l’occupation israélienne ») dans un contexte où des textes excusent ou édulcorent l’antisémitisme n’a rien de courageux.

Dans une société comme la société américaine, Dieudonné serait considéré comme si abject qu’il aurait déjà disparu de l’horizon, et se produirait devant des salles quasiment vides. Malgré Obama, les Etats-Unis restent un pays très imperméable à l’antisémitisme, et c’est ce qui en fait un pays qui reste plus sain que la France. On trouve aux Etats-Unis de la propagande « pro-palestinienne », sur les campus universitaires surtout, mais ceux qui disséminent cette propagande veillent soigneusement à éviter ce qui pourrait permettre de les accoler à des propagateurs de haine antisémite.

En France, l’abjection qu’incarne désormais Dieudonné remplit les salles, crée des réseaux, use de signes de ralliement prolongeant les connivences inhérentes aux spectacles. Les commentaires publiés après divers articles de presse montrent que l’antisémitisme remonte des égouts et traine désormais dans de nombreux caniveaux.

Parce qu’il prend position, avec courage, Meyer Habib, qui mène remarquablement un travail de vigilance contre l’antisémitisme et l’ « antisionisme », se voit incité à aller vivre en Israël.

Cela ne concerne pas toute la France, sinon Jean-Jacques Goldman et Patrick Bruel y seraient des marginaux, tout comme Gad Elmaleh ou Patrick Timsit, mais cela concerne néanmoins une part inquiétante de la population française : il existe en ce pays une nébuleuse fétide où se mêle une extrême droite porteuse de relents pétainistes, catholiques intégristes, nationalistes myopes, anti-israéliens et anti-américains, une extrême-gauche qui ne se distingue de l’extrême droite que parce qu’elle est favorable à l’islamisation du monde et à l’immigration sans contrôles, et, précisément, des courants islamiques eux-mêmes anti-israéliens et anti-américains. L’extrême droite camoufle son antisémitisme sous le manteau de l’ « antisionisme », qui est celui sous lequel s’abritent aussi extrême gauche et courants islamiques. Dieudonné trouve un public dans les divers composants de cette nébuleuse. Il suscite aussi chez des spectateurs de passage une accoutumance à certains parfums. Ces parfums sont ceux de la décomposition.

On n’arrêtera pas la décomposition en interdisant des spectacles. Mais si des vagues de révolte contre ce que signifient ces spectacles se lèvent, ce seront des vagues salubres. Et elles ont mon soutien.

On n’arrêtera pas le recours à certains gestes en interdisant ceux-ci. Mais faire un geste qui se trouve fait et photographié à Auschwitz, devant des synagogues, devant l’école juive de Toulouse où Merah a assassiné des enfants juifs, devant des photos d’Anne Frank, et j’en passe, c’est faire un geste lourd de sens et lourd de son poids de cadavres, et se voir traité comme un être infâme pour avoir fait ce geste est pleinement légitime. C’est se faire complice, par l’esprit, d’un crime contre l’humanité passé et de crimes contre l’humanité présents : ceux qui frappent des Israéliens et peuvent les frapper. Et que face à ce geste se lèvent aussi des vagues de révolte est sain et légitime.

Je crains, hélas, que Dieudonné soit l’un des signes annonciateurs de ce qui vient.

Je crains que des tendances plus denses et plus profondes soient à l’oeuvre en France.

Je crains que les amis de Manuel Valls, qui oeuvrent au sein du parti socialiste ne servent ces tendances, sans toujours savoir ce qu’ils font.

Je crains que les amis de Patrick Cohen qui oeuvrent au sein de la nomenklatura médiatique ne servent eux aussi ces tendances, sans eux-mêmes toujours savoir ce qu’ils font.

Je crains que nous ne soyons dans une époque très malsaine, et que cela ne s’arrange pas.

Des Français quittent la France chaque année, comme on quitte un navire qui glisse vers le naufrage : c’est un fait.

Des Juifs quittent la France chaque année parce qu’ils sentent ce qui passe dans l’air du temps : c’est un fait encore.

Je comprends ces départs.

Voir enfin:

The Move to Muzzle Dieudonné M’Bala M’Bala

The Bête Noire of the French Establishment

Diana Johnstone

Counterpunch

Paris

French mainstream media and politicians are starting off the New Year with a shared resolution for 2014: permanently muzzle a Franco-African comedian who is getting to be too popular among young people.

In between Christmas and New Year’s Eve, no less than the President of the Republic, François Hollande, while visiting Saudi Arabia on (very big) business, said his government must find a way to ban performances by the comedian Dieudonné M’Bala M’Bala, as called for by French Interior Minister, Manuel Valls.

The leader of the conservative opposition party, UMP, Jean-François Copé, immediately chimed in with his “total support” for silencing the unmanageable entertainer.

In the unanimous media chorus, the weekly Nouvel Observateur editorialized that Dieudonné is “already dead”, washed up, finished. Editors publicly disputed whether it was a better tactic to try to jail him for “incitement to racial hatred”, close his shows on grounds of a potential “threat to public order”, or put pressure on municipalities by threatening cultural subsidies with cuts if they allow him to perform.

The goal of national police boss Manuel Valls is clear, but the powers that be are groping for the method.

The dismissive cliché heard repeatedly is that “nobody laughs at Dieudonné any more”.

In reality, the opposite is true. And that is the problem. On his recent tour of French cities, videos show large, packed theaters roaring with laughter at their favorite humorist. He has popularized a simple gesture, which he calls the “quenelle”. It is being imitated by young people all over France. It simply and obviously means, we are fed up.

To invent a pretext for destroying Dieudonné, the leading Jewish organizations CRIF (Conseil Représentatif des Institutions Juives de France, the French AIPAC) and LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme, which enjoys special privileges under French law) have come up with a fantasy to brand Dieudonné and his followers as “Nazis”. The quenelle is all too obviously a vulgar gesture roughly meaning “up yours”, with one hand placed at the top of the other arm pointing down to signify “how far up” this is to be.

But for the CRIF and LICRA, the quenelle is “a Nazi salute in reverse”. (You can never be too “vigilant” when looking for the hidden Hitler.)

As someone has remarked, a “Nazi salute in reverse” might as well be considered anti-Nazi. If indeed it had anything to do with Heil Hitler. Which it clearly does not.

But world media are taking up this claim, at least pointing out that “some consider the quenelle to be a Nazi salute in reverse”. Never mind that those who use it have no doubt about what it means: F— the system!

But to what extent are the CRIF and LICRA “the system”?

France needs all the laughter it can get

French industry is vanishing, with factory shutdowns week after week. Taxes on low income citizens are going up, to save the banks and the euro. Disillusion with the European Union is growing. EU rules exclude any serious effort to improve the French economy. Meanwhile, politicians on the left and the right continue their empty speeches, full of clichés about “human rights” – largely as an excuse to go to war in the Middle East or rant against China and Russia. The approval rating of President Hollande has sunk to 15%. However people vote, they get the same policies, made in EU.

Why then are the ruling politicians focusing their wrath on “the most talented humorist of his generation” (as his colleagues acknowledge, even when denouncing him)?

The short answer is probably that Dieudonné’s surging popularity among young people illustrates a growing generation gap. Dieudonné has turned laughter against the entire political establishment. This has led to a torrent of abuse and vows to shut down his shows, ruin him financially and even put him in jail. The abuse also provides a setting for physical attacks against him. A few days ago, his assistant Jacky Sigaux was physically attacked in broad daylight by several masked men in front of the city hall of the 19th arrondissement – just opposite the Buttes Chaumont Park. He has lodged a complaint.

But how much protection is to be expected from a government whose Interior Minister, Manuel Valls – in charge of police – has vowed to seek ways to silence Dieudonné?

The story is significant but is almost certain to be badly reported outside France – just as it is badly reported inside France, the source of almost all foreign reports. In translation, a bit of garbling and falsehoods add to the confusion.

Why Do They Hate Him?

Dieudonné M’Bala M’Bala was born in a Paris suburb nearly 48 years ago. His mother was white, from Brittany, his father was African, from Cameroun. This should make him a poster child for the “multiculturalism” the ideologically dominant left claims to promote. And during the first part of his career, teaming up with his Jewish friend, Elie Simoun, he was just that: campaigning against racism, focusing his criticism on the National Front and even running for office against an NF candidate in the dormitory town of Dreux, some sixty miles West of Paris, where he lives. Like the best humorists, Dieudonné always targeted current events, with a warmth and dignity unusual in the profession. His career flourished, he played in movies, was a guest on television, branched out on his own. A great observer, he excels at relatively subtle imitations of various personality types and ethnic groups from Africans to Chinese.

Ten years ago, on December 1, 2003, as guest on a TV show appropriately called “You Can’t Please Everybody”, dedicated to current events, Dieudonné came on stage roughly disguised as “a convert to Zionist extremism” advising others to get ahead by “joining the American-Israeli Axis of Good”. This was in the first year of the US assault on Iraq, which France’s refusal to join had led Washington to rechristen what it calls “French fries” (Belgian, actually) as “Freedom fries”. A relatively mild attack on George W. Bush’s “Axis of Evil” seemed totally in the mood of the times. The sketch ended with a brief salute, “Isra-heil”. This was far from being vintage Dieudonné, but nevertheless, the popular humorist was at the time enthusiastically embraced by other performers while the studio audience gave him a standing ovation.

Then the protests started coming in, especially concerning the final gesture seen as likening Israel to Nazi Germany.

“Anti-Semitism!” was the cry, although the target was Israel (and the United States as allies in the Middle East). Calls multiplied to ban his shows, to sue him, to destroy his career. Dieudonné attempted to justify his sketch as not targeting Jews as such, but, unlike others before him, would not apologize for an offense he did not believe he had committed. Why no protests from Africans he had made fun of? Or Muslims? Or Chinese? Why should a single community react with such fury?

Thus began a decade of escalation. LICRA began a long series of lawsuits against him (“incitement to racial hatred”), at first losing, but keeping up the pressure. Instead of backing down, Dieudonné went farther in his criticism of “Zionism” after each attack. Meanwhile, Dieudonné was gradually excluded from television appearances and treated as a pariah by mainstream media. It is only the recent internet profusion of images showing young people making the quenelle sign that has moved the establishment to conclude that a direct attack would be more effective than trying to ignore him.

The Ideological Background

To begin to understand the meaning of the Dieudonné affair, it is necessary to grasp the ideological context. For reasons too complex to review here, the French left – the left that once was primarily concerned with the welfare of the working class, with social equality, opposition to aggressive war, freedom of speech – has virtually collapsed. The right has won the decisive economic battle, with the triumph of policies favoring monetary stability and the interests of international investment capital (“neo-liberalism”). As a consolation prize, the left enjoys a certain ideological dominance, based on anti-racism, anti-nationalism and devotion to the European Union – even to the hypothetical “social Europe” that daily recedes into the cemetery of lost dreams. In fact, this ideology fits perfectly with a globalization geared to the requirements of international finance capital.

In the absence of any serious socio-economic left, France has sunk into a sort of “Identity Politics”, which both praises multiculturalism and reacts vehemently against “communitarianism”, that is, the assertion of any unwelcome ethnic particularisms. But some ethnic particularisms are less welcome than others. The Muslim veil was first banned in schools, and demands to ban it in adult society grow. The naqib and burka, while rare, have been legally banned. Disputes erupt over Halal foods in cafeterias, prayers in the street, while cartoons regularly lampoon Islam. Whatever one may think of this, the fight against communitarianism can be seen by some as directed against one particular community. Meanwhile, French leaders have been leading the cry for wars in Muslim countries from Libya to Syria, while insisting on devotion to Israel.

Meanwhile, another community is the object of constant solicitude. In the last twenty years, while religious faith and political commitment have declined drastically, the Holocaust, called the Shoah in France, has gradually become a sort of State Religion. Schools commemorate the Shoah annually, it increasingly dominates historical consciousness, which in other areas is declining along with many humanistic studies. In particular, of all the events in France’s long history, the only one protected by law is the Shoah. The so-called Gayssot Law bans any questioning of the history of the Shoah, an altogether unprecedented interference with freedom of speech. Moreover, certain organizations, such as LICRA, have been granted the privilege of suing individuals on the basis of “incitement to racial hatred” (very broadly and unevenly interpreted) with the possibility of collecting damages on behalf of the “injured community”. In practice, these laws are used primarily to prosecute alleged “anti-Semitism” or “negationism” concerning the Shoah. Even though they frequently are thrown out of court, such lawsuits constitute harassment and intimidation. France is the rare country where the BDS (Boycott, Divestment, Sanctions) movement against Israeli settlement practices can also be attacked as “incitement to racial hatred”.

The violence-prone Jewish Defense League, outlawed in the United States and even in Israel, is known for smashing books shops or beating up isolated, even elderly, individuals. When identified, flight to Israel is a good way out. The victims of the JDL fail to inspire anything close to the massive public indignation aroused when a Jewish person falls victim to wanton violence. Meanwhile, politicians flock to the annual dinner of the CRIF with the same zeal that in the United States they flock to the dinner of AIPAC – not so much for campaign funds as to demonstrate their correct sentiments.

France has the largest Jewish population in Western Europe, which actually largely escaped the deportation during German occupation that expelled Jewish immigrants to concentration camps. In addition to an old, established Jewish population, there are many newcomers from North Africa. All this adds up to a very dynamic, successful population, numerous in the more visible and popular professions (journalism, show business, as well as science and medicine, among others).

Of all French parties, the Socialist Party (especially via the Israeli Labor Party of Shimon Peres in the Socialist International) has the closest historic ties with Israel. In the 1950s, when France was fighting against the Algerian national liberation movement, the French government (via Peres) contributed to the Israeli project of building nuclear weapons. Today it is not the Labor Party that rules Israel, but the far right. Hollande’s recent cozy trip to Benjamin Netanyahu showed that the rightward drift of policy in Israel has done nothing to strain relations – which seem closer than ever.

Yet this Jewish community is very small compared to the large number of Arab immigrants from North Africa or black immigrants from France’s former colonies in Africa. Several years ago, a leading Socialist Party intellectual, Pascal Boniface, cautiously warned party leaders that their heavy bias in favor of the Jewish community could eventually cause electoral problems. This statement in a political assessment document caused an uproar which nearly cost him his career.

But the fact remains: it is not hard for French people of Arab or African background to feel that the “communitarianism” that really has clout is the Jewish community.

The Political Uses of the Holocaust

Norman Finkelstein showed some time ago that the Holocaust can be exploited for less than noble purposes: such as extorting funds from Swiss banks. However, in France the situation is very different. No doubt, constant reminders of the Shoah serve as a sort of protection for Israel from the hostility aroused by its treatment of the Palestinians. But the religion of the Holocaust has another, deeper political impact with no direct relation to the fate of the Jews.

More than anything else, Auschwitz has been interpreted as the symbol of what nationalism leads to. Reference to Auschwitz has served to give a bad conscience to Europe, and notably to the French, considering that their relatively small role in the matter was the result of military defeat and occupation by Nazi Germany. Bernard-Henri Lévy, the writer whose influence has grown to grotesque proportions in recent years (he led President Sarkozy into war against Libya), began his career as ideologue by claiming that “fascism” is the genuine “French ideology”. Guilt, guilt, guilt. By placing Auschwitz as the most significant event of recent history, various writers and speakers justify by default the growing power of the European Union as necessary replacement for Europe’s inherently “bad” nations. Never again Auschwitz! Dissolve the nation-states into a technical bureaucracy, free of the emotional influence of citizens who might vote incorrectly. Do you feel French? Or German? You should feel guilty about it – because of Auschwitz.

Europeans are less and less enthusiastic about the EU as it ruins their economies and robs them of all democratic power over the economy. They can vote for gay marriage, but not for the slightest Keynesian measure, much less socialism. Nevertheless, guilt about the past is supposed to keep them loyal to the European dream.

Dieudonné’s fans, judging from photographs, appear to be predominantly young men, fewer women, mostly between the ages of twenty and thirty. They were born two full generations after the end of World War II. They have spent their lives hearing about the Shoah. Over 300 Paris schools bear a plaque commemorating the tragic fate of Jewish children deported to Nazi concentration camps. What can be the effect of all this? For many who were born long after these terrible events, it seems that everyone is supposed to feel guilty – if not for what they didn’t do, for what they supposedly might do if they had a chance.

When Dieudonné transformed an old semi-racist “tropical” song, Chaud Cacao, into Shoah Ananas, the tune is taken up en masse by Dieudonné fans. I venture to think that they are not making fun of the real Shoah, but rather of the constant reminders of events that are supposed to make them feel guilty, insignificant and powerless. Much of this generation is sick of hearing about the period 1933-1945, while their own future is dim.

Nobody Knows When to Stop

Last Sunday, a famous football player of Afro-Belgian origin, Nicolas Anelka, who plays in the UK, made a quenelle sign after scoring a goal – in solidarity with this friend Dieudonné M’Bala M’Bala. With this simple and basically insignificant gesture, the uproar soared to new heights.

In the French parliament, Meyer Habib represents “overseas French” – some 4,000 Israelis of French origin. On Monday he twittered: “Anelka’s quenelle is intolerable! I will introduce a bill to punish this new Nazi salute practiced by anti-Semites.”

France has adopted laws to “punish anti-Semitism”. The result is the opposite. Such measures simply tend to confirm the old notion that “the Jews run the country” and contribute to growing anti-Semitism. When French youth see a Franco-Israeli attempt to outlaw a simple gesture, when the Jewish community moves to ban their favorite humorist, anti-Semitism can only grow even more rapidly.

Yet in this escalation, the relationship of forces is very uneven. A humorist has words as his weapons, and fans who may disperse when the going gets rough. On the other side is the dominant ideology, and the power of the State.

In this sort of clash, civic peace depends on the wisdom of those with most power to show restraint. If they fail to do so, this can be a game with no winners.


Mort de Nelson Mandela: Mandela ou l’anti-Arafat (Robben Island was a tremendous school in human relations – the kind of thing that a lot of politicians could do with)

6 décembre, 2013
http://www.rightsidenews.com/images/stories/December_2013/Editorial/US_Opinion/320x276xANC_MANDELA_COUPLE_JOE_SLOVO_COMMUNIST.jpg.pagespeed.ic.naRfeQ9VR6.jpgNelson Mandela (L) is embraced by PLO leader Yasser Arafat as he arrives at Lusaka airport February 27, 1990.  REUTERS/Howard BurdittJe ne saurais trop insister sur le rôle que l’Église méthodiste a joué dans ma vie. Nelson Mandela (23e anniversaire de la Gospel Church power of Republic of South Africa, 1995)
Sans l’Église, sans les institutions religieuses, je ne serais pas là aujourd’hui.  Nelson Mandela (parlement mondial des religions, 1999)
Nous qui avons grandi dans des maisons religieuses et qui avons étudié dans les écoles des missionnaires, nous avons fait l’expérience d’un profond conflit spirituel quand nous avons vu le mode de vie que nous jugions sacré remis en question par de nouvelles philosophies, et quand nous nous sommes rendu compte que, parmi ceux qui traitaient notre foi d’opium, il y avait des penseurs dont l’intégrité et l’amour pour les hommes ne faisaient pas de doute. Nelson Mandela (lettre à Fatima Meer, 1977)
J’assiste encore à tous les services de l’Église et j’apprécie certains sermons.  Nelson Mandela (lettre de Robben island)
Partager le sacrement qui fait partie de la tradition de mon Église était important à mes yeux. Cela me procurait l’apaisement et le calme intérieur. En sortant des services, j’étais un homme neuf. (…) Je n’ai jamais abandonné mes croyances chrétiennes. Nelson Mandela (lettre à Ahmed Kathrada, 1993)
J’ai bien sûr été baptisé à l’Église wesleyenne et j’ai fréquenté ses écoles missionnaires. Dehors comme ici, je lui reste fidèle, mais mes conceptions ont eu tendance à s’élargir et à être bienveillantes envers l’unité religieuse. Nelson Mandela (1977)
La relation entre un homme et son Dieu est un sujet extrêmement privé, qui ne regarde pas les mass media. Cela dit, les institutions religieuses m’ont aidé à garder le moral pendant mon séjour en prison. Les prêtres nous rendaient visite régulièrement pour célébrer la messe; plusieurs sermons nous ont renforcés dans notre détermination. Les religieux ont fréquemment agi comme des intermédiaires entre les prisonniers et leurs familles, aussi. Et l’Eglise a veillé à nous fournir des livres, quand l’administration pénitentiaire les autorisait. Nelson Mandela (interview à l’Express, 1995)
The Gandhian influence dominated freedom struggles on the African continent right up to the 1960s because of the power it generated and the unity it forged among the apparently powerless. Nonviolence was the official stance of all major African coalitions, and the South African A.N.C. remained implacably opposed to violence for most of its existence. Gandhi remained committed to nonviolence; I followed the Gandhian strategy for as long as I could, but then there came a point in our struggle when the brute force of the oppressor could no longer be countered through passive resistance alone. We founded Unkhonto we Sizwe and added a military dimension to our struggle. Even then, we chose sabotage because it did not involve the loss of life, and it offered the best hope for future race relations. Militant action became part of the African agenda officially supported by the Organization of African Unity (O.A.U.) following my address to the Pan-African Freedom Movement of East and Central Africa (PAFMECA) in 1962, in which I stated, "Force is the only language the imperialists can hear, and no country became free without some sort of violence." Gandhi himself never ruled out violence absolutely and unreservedly. He conceded the necessity of arms in certain situations. He said, "Where choice is set between cowardice and violence, I would advise violence… I prefer to use arms in defense of honor rather than remain the vile witness of dishonor …" Violence and nonviolence are not mutually exclusive; it is the predominance of the one or the other that labels a struggle. Nelson Mandela (Time, 1999)
Trois modernes ont marqué ma vie d’un sceau profond et ont fait mon enchantement: Raychandbhai [écrivain gujarati connu pour ses polémiques religieuses], Tolstoï, par son livre "Le Royaume des Cieux est en vous", et Ruskin et son Unto This Last. Gandhi
In planning the direction and form that MK would take, we considered four types of violent activities: sabotage, guerrilla warfare, terrorism, and open revolution. For a small and fledgling army, open revolution was inconceivable. Terrorism inevitably reflected poorly on those who used it, undermining any public support it might otherwise garner. Guerrilla warfare was a possibility, but since the ANC had been reluctant to embrace violence at all, it made sense to start with the form of violence that inflicted the least harm against individuals: sabotage. Because it did not involve loss of life it offered the best hope for reconciliation among the races afterward. We did not want to start a blood feud between white and black. Animosity between Afrikaner and Englishman was still sharp fifty years after the Anglo-Boer War; what would race relations be like between white and black if we provoked a civil war? Sabotage had the added virtue of requiring the least manpower. Our strategy was to make selective forays against military installations, power plants, telephone lines, and transportation links; targets that would not only hamper the military effectiveness of the state, but frighten National Party supporters, scare away foreign capital, and weaken the economy. This we hoped would bring the government to the bargaining table. Strict instructions were given to members of MK that we would countenance no loss of life. But if sabotage did not produce the results we wanted, we were prepared to move on to the next stage: guerrilla warfare and terrorism. Mandela (Long walk to freedom, 1995)
He needed that time in prison to mellow. Desmond Tutu (Sky News)
Perhaps the most difficult case to make is that of the ANC in South Africa. If ever a group could legitimately claim to have resorted to force only as a last resort, it is the ANC. Founded in 1912, for the first fifty years the movement treated nonviolence as a core principle. In 1961, however, with all forms of political organization closed to it, Nelson Mandela was authorized to create a separate military organization, Umkhonto we Sizwe (MK). In his autobiography Mandela describes the strategy session as the movement examined the options available to them: We considered four types of violent activities: sabotage, guerrilla warfare, terrorism and open revolution. For a small and fledgling army, open revolution was inconceivable. Terrorism inevitably reflected poorly on those who used it, undermining any public support it might otherwise garner. Guerrilla warfare was a possibility, but since the ANC had been reluctant to embrace violence at all, it made sense to start with the form of violence that inflicted the least harm against individuals: sabotage. These fine distinctions were lost on the court in Rivonia that convicted Mandela and most of the ANC leadership in 1964 and sentenced them to life imprisonment. For the next twenty years an increasingly repressive white minority state denied the most basic political rights to the majority black population. An uprising in Soweto was defeated, as was an MK guerrilla campaign launched from surrounding states. In 1985, the government declared a state of emergency, which was followed within three weeks by thirteen terrorist bombings in major downtown areas. Reasonable people can differ on whether or not the terrorism of the ANC was justified, given the legitimacy of the goals it sought and the reprehensible nature of the government it faced. The violent campaign of the ANC in the early and mid-1980s, however, was indisputably a terrorist campaign. Unless and until we are willing to label a group whose ends we believe to be just a terrorist group, if it deliberately targets civilians in order to achieve those ends, we are never going to be able to forge effective international cooperation against terrorism. Louise Richardson
In the end, Mandela was arrested before the armed struggle reached that stage. Then, as he languished in prison—a powerful symbol, but no longer accountable as a commander—terrorism did come to the fore. The infamous Church Street bombing in 1983, for instance, targeted the South African Air Force headquarters, killing 19 people and wounding 217, among them many innocent bystanders. When at last the white South African government, facing the possibility of wider civil war and pressured by international sanctions, turned to Mandela for secret talks, it could do so knowing he had the authority to negotiate without the taint of direct involvement with the carnage. His combination of pragmatism and humanity was key. The Daily Beast
Crucially, Mandela was open to escalation to terror tactics and guerrilla war. The ANC’s 1982 attack of the Koeberg nuclear plant — yes, crucial infrastructure — killed 19 people. Unsurprisingly, the ANC was listed as a terrorist organization by the United States. Mandela himself was on a U.S. terror watch list until 2008. Natasha Lennard
Like many other anti-Communists and Cold Warriors, I feared that releasing Nelson Mandela from jail, especially amid the collapse of South Africa’s apartheid government, would create a Cuba on the Cape of Good Hope at best and an African Cambodia at worst. After all, Mandela had spent 27 years locked up in Robben Island prison due to his leadership of the African National Congress. The ANC was a violent, pro-Communist organization. (…) Having seen Communists terrorize nations around the world while the Berlin Wall still stood, Mandela looked like one more butcher waiting to take his place on the 20th Century’s blood-soaked stage. The example of the Ayatollah Khomeini also was fresh in our minds. He went swiftly from exile in Paris to edicts in Tehran and quickly turned Iran into a vicious and bloodthirsty dictatorship at the vanguard of militant Islam. Nelson Mandela was just another Fidel Castro or a Pol Pot, itching to slip from behind bars, savage his country, and surf atop the bones of his victims. WRONG! Far, far, far from any of that, Nelson Mandela turned out to be one of the 20th Century’s great moral leaders, right up there with Mahatma Gandhi and Dr. Martin Luther King Jr. Deroy Murdock
Envoyé à la cour du roi, Rolhlahla se prépare à assurer la succession à la chefferie, à l’école des pasteurs méthodistes d’abord, puis, en 1938 à l’University College for Bantu de Fort Hare, seul établissement secondaire habilité à l’époque à recevoir des «non-Blancs». Les fondateurs blancs de Fort Hare entendaient former une élite noire capable de servir leur dessein colonial. Mais face à la conjugaison d’esprits éveillés, l’épreuve de la réalité étant la plus forte, l’université «bantoue» s’est transformée en pépinière du nationalisme d’Afrique australe, d’où sortirent notamment les frères ennemis zimbabwéens Joshua Nkomo et Robert Mugabe ou le «père de la Nation» zambienne, Kenneth Kaunda. (…) Fondé à Bloemfontein en 1912, l’African native national congress (ANNC) avait abandonné son initiale coloniale «native» (indigène) en 1923 pour devenir ANC. Largement inspiré par les idées légalistes du promoteur de l’émancipation des Noirs américains, Booker T. Washington, l’ANC avait entrepris d’informer la communauté noire sud-africaine sur ses droits ou ce qui en restait, faisant aussi campagne par exemple contre la loi sud-africaine sur les laissez-passer. (…) En 1951, Tambo et Mandela sont les deux premiers avocats noirs inscrits au barreau de Johannesburg. L’année suivante, ils ouvrent un cabinet ensemble. En 1950, les principales lois de l’apartheid ont été adoptées, en particulier le Group areas act qui assigne notamment à «résidence» les Noirs dans les bantoustans et les townships. Le Supression communist act inscrit dans son champ anti-communiste toute personne qui «cherche à provoquer un changement politique, industriel, économique ou social par des moyens illégaux». Bien évidemment, pour l’apartheid il n’y a pas de possibilité de changement légal. Mais en rangeant dans le même sac nationalistes, communistes, pacifistes et révolutionnaires, il ferme la fracture idéologique qui opposait justement ces derniers au sein de l’ANC. Pour sa part, Nelson Mandela rompt avec son anti-communisme chrétien intransigeant pour recommander l’unité de lutte anti-apartheid entre les nationalistes noirs et les Blancs du SACP. Elu président de l’ANC pour le Transvaal et vice président national de l’ANC, Nelson Mandela est également choisi comme «volontaire en chef» pour lancer en juin 1952 une action de désobéissance civile civile de grande envergure à la manière du Mahatma Ghandi, la «défiance campaign», où il anime des cohortes de manifestants descendus en masse dans la rue. La campagne culmine en octobre, contre la ségrégation légalisée et en particulier contre le port obligatoire des laissez-passer imposé aux Noirs. Tout un arsenal de loi sur la «sécurité publique» verrouille l’état d’urgence qui autorise l’apartheid à gouverner par décrets. Condamné à neuf mois de prison avec sursis, le charismatique Mandela est interdit de réunion et assigné à résidence à Johannesburg. Il en profite pour mettre au point le «Plan M» qui organise l’ANC en cellules clandestines. La répression des années cinquante contraint Mandela à faire disparaître son nom de l’affiche officielle de l’ANC mais ne l’empêche pas de participer en 1955 au Congrès des peuples qui adopte une Charte des Libertés préconisant l’avènement d’une société multiraciale et démocratique. Le Congrès parvient en effet à rassembler l’ANC, le Congrès indien, l’Organisation des métis sud-africain (SACPO), le Congrès des démocrates -composé de communistes proscrits depuis 1950 et de radicaux blancs- ainsi que le Congrès des syndicats sud-africains (SACTU). Le 5 décembre 1956, Nelson Mandela est arrêté avec Walter Sisulu, Oliver Tambo, Albert Luthuli (prix Nobel de la paix 1960) et des dizaines de dirigeants du mouvement anti-apartheid. Ils sont accusés, toutes races et toutes obédiences confondues, de comploter contre l’Etat au sein d’une organisation internationale d’inspiration communiste. En mars 1961, le plus long procès de l’histoire judiciaire sud-africaine s’achève sur un non-lieu général. L’ANC estime avoir épuisé tous les recours de la non-violence. Le 21 mars 1960, à Sharpeville, la police de l’apartheid transforme en bain de sang (69 morts et 180 blessés) une manifestation pacifique contre les laissez-passer. L’état d’urgence est réactivé. Des milliers de personnes font les frais de la répression terrible qui s’ensuit dans tous le pays. Le 8 avril, l’ANC et le Congrès panafricain (le PAC né d’une scission anti-communiste) sont interdits. Cette même année de sang, Nelson épouse en deuxièmes noces Winnie, une assistante sociale, et entre en clandestinité. En mai 1961, le succès de son mot d’ordre de grève générale à domicile «stay at house» déchaîne les foudres de Pretoria qui déploie son grand jeu militaro-policier pour briser la résistance. En décembre, l’ANC met en application le plan de passage graduel à la lutte armée rédigé par Nelson Mandela. Avant d’en arriver à «la guérilla, le terrorisme et la révolution ouverte», Mandela préconise le sabotage des cibles militaro-industrielles qui, écrit-il, «n’entraîne aucune perte en vie humaine et ménage les meilleures chances aux relations interraciales». Le 16 décembre 1961 des explosions marquent aux quatre coins du pays le baptême du feu d’Umkhonto We Sizwe, le «fer de lance de la Nation», la branche militaire de l’ANC. D’Addis-Abeba en janvier 1962 où se tient la conférence du Mouvement panafricain pour la libération de l’Afrique australe et orientale, à l’Algérie fraîchement indépendante d’Ahmed Ben Bella où il suit une formation militaire avec son ami Tambo, Nelson Mandela sillonne l’Afrique pour plaider la cause de l’ANC et recueillir subsides et bourses universitaires. Le pacifiste se met à l’étude de la stratégie militaire. Clausewitz, Mao et Che Guevara voisinent sur sa table de chevet avec les spécialistes de la guerre anglo-boers. A son retour, il est arrêté, le 5 août 1962, grâce à un indicateur de police, après une folle cavale où il emprunte toutes sortes de déguisements. En novembre, il écope de 5 ans de prison pour sortie illégale du territoire mais aussi comme fauteur de grève. Alors qu’il a commencé à purger sa peine, une deuxième vague d’accusation va le clouer en prison pour deux décennies de plus. Les services de l’apartheid sont parvenus à infiltrer l’ANC jusqu’à sa tête. Le 11 juillet 1963, les principaux chefs d’Umkhonto We Sizwe tombent dans ses filets. Avec eux, dans la ferme de Lilliesleaf, à Rivonia, près de Johannesburg, la police de Pretoria met la main sur des kilos de documents, parmi lesquels le plan de passage à la lutte armée signé Mandela. RFI
Les dirigeants révolutionnaires cambodgiens sont pour la plupart issus de familles de la bourgeoisie. Beaucoup effectuèrent leurs études dans des universités françaises dans les années 1950. Dans une atmosphère parisienne cosmopolite et propice aux échanges d’idées, ils se rallièrent à l’idéologie communiste. Ses principaux dirigeants (Pol Pot, Khieu Samphân, Son Sen…) furent formés à Paris dans les années 1950 au Cercle des Études Marxistes fondé par le Bureau Politique du PCF en 1930. Wikipedia
Il est malheureux que le Moyen-Orient ait rencontré pour la première fois la modernité occidentale à travers les échos de la Révolution française. Progressistes, égalitaristes et opposés à l’Eglise, Robespierre et les jacobins étaient des héros à même d’inspirer les radicaux arabes. Les modèles ultérieurs — Italie mussolinienne, Allemagne nazie, Union soviétique — furent encore plus désastreux. (…) Ce qui rend l’entreprise terroriste des islamistes aussi dangereuse, ce n’est pas tant la haine religieuse qu’ils puisent dans des textes anciens — souvent au prix de distorsions grossières —, mais la synthèse qu’ils font entre fanatisme religieux et idéologie moderne. Ian Buruma et Avishai Margalit
Today’s black leadership pretty much lives off the fumes of moral authority that linger from its glory days in the 1950s and ’60s. The Zimmerman verdict lets us see this and feel a little embarrassed for them. Consider the pathos of a leadership that once transformed the nation now lusting for the conviction of the contrite and mortified George Zimmerman, as if a stint in prison for him would somehow assure more peace and security for black teenagers everywhere. This, despite the fact that nearly one black teenager a day is shot dead on the South Side of Chicago—to name only one city—by another black teenager. This would not be the first time that a movement begun in profound moral clarity, and that achieved greatness, waned away into a parody of itself—not because it was wrong but because it was successful. Today’s civil-rights leaders have missed the obvious: The success of their forbearers in achieving social transformation denied to them the heroism that was inescapable for a Martin Luther King Jr. or a James Farmer or a Nelson Mandela. Jesse Jackson and Al Sharpton cannot write a timeless letter to us from a Birmingham jail or walk, as John Lewis did in 1965, across the Edmund Pettus Bridge in Selma, Ala., into a maelstrom of police dogs and billy clubs. That America is no longer here (which is not to say that every trace of it is gone). The Revs. Jackson and Sharpton have been consigned to a hard fate: They can never be more than redundancies, echoes of the great men they emulate because America has changed. Hard to be a King or Mandela today when your monstrous enemy is no more than the cherubic George Zimmerman. The purpose of today’s civil-rights establishment is not to seek justice, but to seek power for blacks in American life based on the presumption that they are still, in a thousand subtle ways, victimized by white racism. This idea of victimization is an example of what I call a "poetic truth." Like poetic license, it bends the actual truth in order to put forward a larger and more essential truth—one that, of course, serves one’s cause. Poetic truths succeed by casting themselves as perfectly obvious: "America is a racist nation"; "the immigration debate is driven by racism"; "Zimmerman racially stereotyped Trayvon." And we say, "Yes, of course," lest we seem to be racist. Poetic truths work by moral intimidation, not reason. In the Zimmerman/Martin case the civil-rights establishment is fighting for the poetic truth that white animus toward blacks is still such that a black teenager—Skittles and ice tea in hand—can be shot dead simply for walking home. But actually this establishment is fighting to maintain its authority to wield poetic truth—the authority to tell the larger society how it must think about blacks, how it must respond to them, what it owes them and, then, to brook no argument. One wants to scream at all those outraged at the Zimmerman verdict: Where is your outrage over the collapse of the black family? Today’s civil-rights leaders swat at mosquitoes like Zimmerman when they have gorillas on their back. Seventy-three percent of all black children are born without fathers married to their mothers. And you want to bring the nation to a standstill over George Zimmerman? Shelby Steele
I think he probably is the one man who stands out as having a moral integrity and a far-sighted view. I think that′s why other politicians such as Bill Clinton or Tony Blair feel a great awe of him, because he has those qualities which I′m not sure they have themselves.′ (…) He started as a tribalist, then he became a nationalist, and then he became a multi-nationalist or a multi-culturalist, and gradually saw a wider and wider world.  (…) there were of course two sides of him. He was a practising lawyer, and he had tremendous respect for the law, and was always quoting it – as he does now – but at the same time he was very aware that it was impossible to achieve any kind of redress through non-violent means. He never really believed in the Ghandi-ist principle of ′turn the other cheek′. Long before 1960 he was inclined to go further towards the suggestion of violence. But at that point the logic became almost incontrovertible. There was no alternative. But perhaps more important was the fact that his own people were turning towards more dangerous kinds of violence. So it would have been impossible for him to maintain any leadership if he was purely pacifist.′ (…) There′s no doubt in my mind that it (Robben Island) tremendously increased his self-discipline and his understanding of people. It was a tremendously enclosed world, and for most of the time he was only with 30 of his colleagues together with the warders so it had the intensity of a boarding school, albeit with much more discipline and harshness. So for somebody who was strong enough, who had the necessary confidence in themselves, it was a tremendous school in human relations. It was the kind of thing that a lot of politicians could do with, actually. ′During his twenty-seven years in Robben Island, Mandela was able to extend his influence beyond the ANC to the rival groups, which was very important when he got out. But above all he acquired an increased sensitivity to other people. He sharpened his skills of debate and persuasion tremendously, and probably his greatest gift is his capacity to persuade. You can see how, for someone who had that sense of self-respect and dignity, the jail experience was almost a training ground. Anthony Simpson
Né le 18 juillet 1918 dans l’ancien Transkei, mort le 5 décembre 2013, Nelson Mandela ne ressemblait pas à la pieuse image que le politiquement correct planétaire donne aujourd’hui de lui. Par delà les émois lénifiants et les hommages hypocrites, il importe de ne jamais perdre de vue les éléments suivants :(…) Aristocrate xhosa issu de la lignée royale des Thembu, Nelson Mandela n’était pas un « pauvre noir opprimé ». Eduqué à l’européenne par des missionnaires méthodistes, il commença ses études supérieures à Fort Hare, université destinée aux enfants des élites noires, avant de les achever à Witwatersrand, au Transvaal, au cœur de ce qui était alors le « pays boer ». Il s’installa ensuite comme avocat à Johannesburg. (…) Il n’était pas non plus ce gentil réformiste que la mièvrerie médiatique se plait à dépeindre en « archange de la paix » luttant pour les droits de l’homme, tel un nouveau Gandhi ou un nouveau Martin Luther King. Nelson Mandela fut en effet et avant tout un révolutionnaire, un combattant, un militant qui mit « sa peau au bout de ses idées », n’hésitant pas à faire couler le sang des autres et à risquer le sien. Il fut ainsi l’un des fondateurs de l’Umkonto We Sizwe, « le fer de lance de la nation », aile militaire de l’ANC, qu’il co-dirigea avec le communiste Joe Slovo, planifiant et coordonnant plus de 200 attentats et sabotages pour lesquels il fut condamné à la prison à vie. (…) Nelson Mandela n’a pas apaisé les rapports inter-raciaux. Ainsi, entre 1970 et 1994, en 24 ans, alors que l’ANC était "en guerre" contre le « gouvernement blanc », une soixantaine de fermiers blancs furent tués. Depuis avril 1994, date de l’arrivée au pouvoir de Nelson Mandela, plus de 2000 fermiers blancs ont été massacrés dans l’indifférence la plus totale des médias européens. Bernard Lugan (historien français controversé)
At present his legacy in some respects still exists in emergent form, has yet to express its true contours. This is to my mind the key difference between how he is viewed at home and internationally, where the lacquer of adulation laid thick upon the "human-rights legend" has long since hardened. Abroad, Mandela is the African the world loves to love, even if in a strikingly over-compensatory way. Africa the continent of famine, corruption and social abjection has produced, at least, this one fine human being, Europeans and Americans appear to breathe as they cluster around him. A hostile Sunday Times (London) magazine article, which appeared the weekend before his 18 July birthday, opined that the one task Mandela can still competently carry out is to smile his dazzling smile, only now it is on command. There is little that is meaningful in it: in his old age he has become a mask of his former charismatic self, to which the world has grown accustomed to genuflect. For the international community the paradox is that by heaping excessive adoration upon the head of this one seemingly superhuman African, we have left Africa, the continent, its people, more lacking of attention by contrast. There have been many great Africans yet their reputation has been dangerously eclipsed by this one over-hyped African hero of our times. Yet it is here, within the gap between his fully manifested yet relatively shallow international fame, and his still-latent local significance, that, it seems to me, the potential for renewed understandings of Mandela have the opportunity to emerge, which, when all is said and done, is a good thing. Within this gap, then, I would venture to place the following desiderata. Let us not allow our image of Mandela to petrify into cliché, especially yet not only while he is still alive amongst us. Let his meanings evolve and change in rhythm with his times. Let his legacy organisations perhaps relax a little in wanting to predetermine how the future will see him. His achievement on its own dwarfs the efforts of such tireless PR policing. What is not in doubt is that Mandela is a great and humane human being not in spite of his Africanness, as his western acolytes (according to the Sunday Times) believe, but because of his Africanness. Perhaps most important, let us not forget that his greatness as an African was dependent on the cooperation of hosts of other Africans, little and great, ordinary and extraordinary, as he himself has always recognised. Elleke Boehmer
Tout au long de leur vie, Yasser Arafat et Nelson Mandela, icônes respectives de la cause de leur peuple, récompensés à une année d’écart par le Prix Nobel de la Paix affichaient la solidarité et la complicité de vieux camarades de lutte. Libération
Les Israéliens voient en Mandela un leader qui prit la décision de principe de faire la paix avec ses ennemis et tint parole. Les Palestiniens voient en lui un combattant nationaliste qui refusa de compromettre ses principes, même si cela impliquait d’immenses souffrances personnelles — et comme un leader guidé par ces mêmes principes, lorsqu’il fallut faire les compromis historiques nécessaires pour minimiser les effusions de sang tout en poursuivant ses objectifs. Et dans les deux cas — comme dans d’autres — Arafat ne tient tout simplement pas la comparaison. Time

Fils de chef héréditaire, élève d’école missionnaire, méthodiste, étudiant en droit, avocat, pacifiste gandhien, tribaliste, nationaliste, marxiste, communiste, stagiaire des camps militaires algériens, chef de l’aile militaire de l’ANC, terroriste, terroriste repenti, humaniste, multiculturaliste …

Attention: un camarade de lutte peut en cacher un autre !

A l’heure où nos médias et nos journaux croulent sous les hommages au véritable saint laïc qu’était devenu l’ancien président sud-africain Nelson Mandela

Pendant qu’en Afrique du sud même la tentation zimbabwéenne ne semble pas encore totalement écartée …

Et qu’après l’avoir refusé pendant des années, la veuve du dirigeant historique palestinien en est encore à contester, neuf ans après sa probable mort de poivrot aux amitiés douteuses,  la dernière autopsie de "l’erreur" de sa vie …

Comment ne pas voir, avec son biographe Anthony Simpson, l’inestimable effet qu’eurent finalement, sans compter tant son instruction anglaise et chrétienne qu’à l’instar de Gandhi (mais contrairement à un Pol Pot) sa formation de juriste britannique, ses 27 ans d’internement  sur l’ancien terroriste repenti ?

Ou, avec son ancien organisateur, la véritable renaissance médiatique qu’apporta à celui qui fut un moment tenté de faire sauter des hôpitaux, le prétendu concert-anniversaire de Wembley de juin 1988 ?

Mais aussi en contraste, avec le magazine Time, tout ce qui a pu manquer comme l’incroyable gâchis que fut presqu’en même temps la vie d’un autre terroriste qui lui, en dépit de son prix Nobel, le restera …

A savoir l’ex-leader palestinien Yasser Arafat ?

Unfortunately, Arafat’s No Nelson Mandela

Tony Karon

Time

Jun. 05, 2001

"The problem with Yasser Arafat is that he’s no Nelson Mandela." I’ve lost count of how many times I’ve head that complaint, both from Palestinians and Israelis.

It’s an apples and oranges comparison, of course, given the widely different historical and political contexts that produced the PLO chairman and the imprisoned guerrilla leader who led South Africa’s peaceful transition from apartheid. But the fact that it occurs so often on both sides of the intractable Middle East divide makes it worthy of examination.

The Israelis see in Mandela a leader who took a principled decision to make peace with his enemies, and kept his word. The Palestinians see him as a nationalist fighter who refused to compromise his principles even when that meant immense personal suffering — and as a leader guided by those same principles when making the historic compromises necessary to minimize bloodshed while pursuing his goals. And in both instances — and others — Arafat falls short by comparison.

Intifada as a bargaining chip

Arafat’s leadership abilities are once more in the spotlight, as the latest cease-fire effort plunges him into yet another strategic crisis. While many of those who have waged the intifada on the ground these past nine months believe that a long-term, low-intensity war will eventually drive the Israeli soldiers and settlers out of the West Bank and Gaza — as it did in Lebanon — Arafat’s agenda has been somewhat different. He can only achieve his goal of a Palestinian State in the West Bank and Gaza through negotiation with Israel and the international community, and so as much he chants the slogans of struggle he has, throughout, looked upon the uprising that has killed almost 500 Palestinians and more than 100 Israelis and ruined thousands of lives and livelihoods, as a means of improving his bargaining position. He has spent much of the uprising shuttling around foreign capitals trying to win support for renewed negotiations, hoping the uprising would function strengthen his hand at the table.

Last weekend he called it off, "in the higher interests of the Palestinian people," after the Europeans made it clear that funding for Arafat’s Palestinian Authority would be withheld if he failed to take steps against terrorism. But the Palestinian leader has a problem, of course, because while a recent opinion poll in the West Bank and Gaza found that 76 percent of Palestinians support suicide bombings inside Israel, only a minority would give Arafat’s notoriously corrupt administration a positive rating.

Palestinians are angry at Arafat, too

Indeed, as much as it suited Arafat’s immediate agenda, the intifada was also viewed by many observers of Palestinian politics as an outpouring of anger against the Palestinian Authority. And many grassroots leaders of the uprising have made clear that they have no interest in a return to the negotiating table, regardless of Arafat’s own intentions.

That’s a major problem for Arafat, since any cease-fire would ultimately require the Palestinian Authority to begin re-arresting the Hamas and Islamic Jihad members released when the current intifada began. Arafat will have to convince his own security forces, who have been on the frontline of confrontation with Israel, that they need to once again round up some of the Islamist militants alongside whom they’ve fought these past nine months, in order to ensure Israel’s security — and in exchange for no political gains beyond, perhaps, the easing of some of the collective punishments imposed by Israel in response to the uprising.

Arafat’s dilemma is, in many ways, of his own making. And the Palestinians, who will at some point in the not-too-distant future have to choose his successor, may want to pay close attention to Arafat’s mistakes — and, perhaps, to Mandela’s example.

Pulling the keffiyeh over Palestinian eyes

The problem is ultimately a lack of communication. Arafat never made clear to his own people the massive compromises involved in the Oslo Peace process — the fact that the Palestinians were signing away their claim to most of historic Palestine, and that the best the millions of Palestinians descended from those made refugees by Israel’s foundation in 1948 could hope for under the circumstances was some form of financial compensation. Arafat told his people that he was in negotiations with Israel that would lead to the creation of a Palestinian State with Jerusalem as its capital. On the ground, though, all they could see was the arrival of a class of PLO bureaucrats from Tunis who began to rapidly enrich themselves on the aid money pouring into the Palestinian Administration, and the continued expansion, at their expense, of Israel’s settlements in the West Bank and Gaza.

In contrast, Mandela negotiated with a lot more transparency, and always held himself accountable to his supporters, working to persuade them of the necessity of compromise rather than simply pretending it wasn’t happening. He had rejected terrorism on principle: his soldiers were always under orders to avoid attacking civilians, even when their unarmed supporters on the ground were being massacred by the apartheid regime. And the South African leader also always displayed a keen understanding of his adversary’s motivations and concerns, which gave him the ability both to read their tactics and articulate positions that could assuage their fears.

Arafat proclaimed his intention to fly the Palestinian flag over Jerusalem, but sent one of his lieutenants, Mahmoud Abbas (Abu Mazen) to negotiate a formula for "sharing" the Holy City that involved the Palestinian Authority setting up shop in the village of Abu Dis, which falls outside of Jerusalem’s current municipal boundaries and declaring it their capital. When details of the plan leaked, Arafat denied and disowned it. And that may have been symbolic of his leadership style throughout the negotiation process.

No wonder, then, that Arafat hit a wall at Camp David, when the Israelis put their final offer on the table and it fell well short of what Arafat — or any other Palestinian leader —would be able to accept and survive politically (or even physically). He’d been speaking out of two different sides of his mouth all along, but now the game was up. And that left him no room to maneuver, except stir up confrontation in the hope that it would force the Israelis and their American backers to offer him a better deal.

Little gained, much lost

That hasn’t happened. In fact, he’s being offered a lot less than last year, and it’s unlikely that any Israeli government will ever again trust him as a negotiating partner. But the Israelis still need him, because he remains the frontline of their defense against Hamas and Islamic Jihad.

Ultimately, Arafat’s primary weakness may be his distance from his own people. Mandela came of age politically in a mass movement based in the dusty streets of South Africa’s townships, before finding himself forced underground and eventually jailed. Circumstances forced Arafat, by contrast, almost from the outset to engage in the underground politics of conspiracy — small groups of trusted insiders launching guerrilla attacks and melting back into the civilian population. Later, as the leader of an exiled Palestinian movement more often than not at odds with its Arab hosts, those methods kept Arafat alive and maintained the coherence of a movement attempting to represent a nation that straddled the Israeli-occupied West Bank and Gaza and a diaspora scattered across the Arab world.

But once back home, Arafat’s time-honored methods translated into rampant cronyism and a singular failure to nurture a democratic political culture in the areas under his control. And while that may have kept things stable, for a time, it appears to have worked against Arafat when the time comes to take unpopular decisions.

Of course, the Israelis would be wrong to think a Palestinian leader who was more like Mandela would be more pliant. Quite the contrary. They’d find it a lot harder to conclude a deal with a Mandela, or any leader of more democratic bent than Arafat. But in the end, they’d be able to rest a lot more assured that such a deal would hold.

Voir aussi:

Anger at the Heart of Nelson Mandela’s Violent Struggle

The future president of South Africa once considered guerilla warfare and terrorism to overturn Apartheid. Imprisoned for so long, his anger mellowed.

Christopher Dickey

The Daily Beast

12.06.13

In Nelson Mandela’s autobiography he tells a story about a sparrow. This was in the early 1960s when the late South African leader was hiding out on a farm near Johannesburg with members of the Communist Party and the African National Congress and some of their families. They were plotting what was called “armed struggle” against the Apartheid regime. (Many others would call it terrorism.) But at the time Mandela’s only gun was an old air rifle he used for target practice and dove hunting.

“One day, I was on the front lawn of the property and aimed the gun at a sparrow perched high in a tree,” Mandela writes in Long Walk to Freedom. A friend said Mandela would never hit the little creature. But he did, and he was about to boast about it when his friend’s five-year-old son, with tears in his eyes, asked Mandela, “Why did you kill that bird? Its mother will be sad.”

“My mood immediately shifted from one of pride to shame,” Mandela recalled. “I felt that this small boy had far more humanity than I did. It was an odd sensation for a man who was the leader of a nascent guerrilla army.”

Of course autobiographies always rely to some extent on recovered memories, some of them recovered myths. But Mandela’s thinking about warfare, revolution and terrorism—tempered by pragmatism and humanity—is almost as instructive as his later actions in support of peace.

In the early 1960s, just before his arrest and incarceration for more than a quarter century, Mandela was, in fact, a very angry man. As his longtime friend Bishop Desmond Tutu once told Sky News, “he needed that time in prison to mellow.”

Mandela had given up on Ghandian passive resistance after the massacre of protesters in Sharpeville in 1960. “Our policy to achieve a nonracial state by nonviolence had achieved nothing,” he concluded. But from the beginning, Mandela’s anger was controlled, and his use of violence calculated. He never trained as a soldier, but he made himself a student of revolution. Mandela sent fighters for training and indoctrination to China when it was still ruled by that revolutionary icon, Mao Tse-Tung. He studied Menachem Begin’s bloody struggle against the British in Palestine.

Mandela learned much from the Algerian war against the French, which was then at its height, and not the least of those lessons was the vital role of global propaganda: “International public opinion,” one Algerian envoy told him, “is sometimes worth more than a fleet of jet fighters.”

So, when it came to the use of violence, as with so much else in his life, Mandela opted for pragmatism over ideology. The little sparrow notwithstanding, the question was not just one of morality or humanity, but of whether the means would serve his ends.

“We considered four types of violent activities,” Mandela recalled: “sabotage, guerrilla warfare, terrorism, and open revolution. For a small and fledgling army, open revolution was inconceivable. Terrorism inevitably reflected poorly on those who used it, undermining any public support it might otherwise garner. Guerrilla warfare was a possibility, but since the ANC had been reluctant to embrace violence at all, it made sense to start with the form of violence that inflicted the least harm against individuals.”

When it came to the use of violence, as with so much else in his life, Mandela opted for pragmatism over ideology

This was imminently practical. The last thing Mandela wanted to do was unite, through fear, the often bitterly divided white Anglo and Afrikaner populations. So, strict instructions were given “that we would countenance no loss of life. But if sabotage did not produce the results we wanted, we were prepared to move on to the next stage: guerrilla war and terrorism.” (My emphasis.)

In the end, Mandela was arrested before the armed struggle reached that stage. Then, as he languished in prison—a powerful symbol, but no longer accountable as a commander—terrorism did come to the fore. The infamous Church Street bombing in 1983, for instance, targeted the South African Air Force headquarters, killing 19 people and wounding 217, among them many innocent bystanders.

When at last the white South African government, facing the possibility of wider civil war and pressured by international sanctions, turned to Mandela for secret talks, it could do so knowing he had the authority to negotiate without the taint of direct involvement with the carnage. His combination of pragmatism and humanity was key.

As Mao famously said, “a revolution is not a dinner party.” But if its leaders are as wise as Mandela, at the end of the day they can find a way for everyone to sit down at the same table.

Voir également:

The graduates of Robben Island

The bars of apartheid’s most infamous jail could not cage the spirit of its ANC prisoners. Anthony Sampson , who has known Nelson Mandela for 45 years, returned with him to the island that schooled a generation of political leaders (The Observer, February 1996)

Anthony Sampson

The Guardian

18 February 1996

It was a bewilderingly cheerful excursion, almost as if a president were revisiting his old university.

Last week, to mark the sixth anniversary of his release, President Mandela went back again to the notorious Robben Island off Cape Town where he spent most of his 27 years in prison.

He brought with him Mrs Brundtland, the Prime Minister of Norway – one of the few western countries, he stressed, which had always stood by him.

He showed her his tiny cell, joked about his experiences, and then went to the quarry where he had hacked stones for 13 years, now looking like a bright open-air amphitheatre, where he welcomed the new woman governor, Colonel Jones, who is gradually closing down the prison.

In this weird setting I found him relaxed and outspoken, as if reverting to an earlier role. He reminisced about how he had been warned by President George Bush to give up the armed struggle, and to drop his old allies Castro and Gadaffi.

He insisted it would be quite wrong for an old freedom fighter to renounce old friends: ‘your enemies are not our enemies’. And he explained he had just invited Castro to visit South Africa, and was thinking of inviting Gadaffi.

He was clearly buoyed up by his country’s international status, its economic growth and, above all, its sporting victories in rugby, soccer and cricket. ‘When I am invited by the Queen of England to London in July,’ he said, ‘I will apologise to her for what we did to her cricketers.’

He saw the new patriotism in sport as crucial to the nation-building. But he was also impatient that in other fields both whites and blacks were slow to recognise that they were all part of the same nation.

In the quarry, he presented Mrs Brundtland with a piece of the limestone, brightly packaged in a cardboard box – the first of a line of souvenirs to be sold to finance a fund for ex-political prisoners. I was given a box, with Mandela ‘s smiling face alongside the piece of lime – a neat symbol of the transmuting of the ghastly prison experience into a friendly commercial process.

Mandela as usual gave no hint of bitterness about the wastage of a quarter-century, no reference to the blazing sun in the quarry which damaged his eyesight, to the beating of his friends, or to the arrogance and inhumanity of the men who had kept him locked up – some of whom he had been welcoming at the opening of parliament two days before.

Alongside him was his closest Indian colleague, Ahmed Kathrada, who shared his ordeals on the island, and is now responsible for its future. He was careful to contradict exaggerations about the past brutalities. And he is full of enthusiasm for proje cts to make proper use of the island’s surprising beauties, including wild birds, Cape penguins, ostriches and springbok. He is now specially keen on the idea of a University of Robben Island, originated by British educationalist Lord (Michael) Young.

Watching it all, I still could not understand how these men had emerged from those inhuman cells more rounded, more humorous and tolerant than before. I had first known them both 45 years ago when I was editing the black magazine Drum in Johannesburg, and they were committed young leaders embarking on a passive resistance campaign.

And I had reported Mandela ‘s trial in the Pretoria court-room in 1964 before he was sentenced to life imprisonment, when he had sat listening to the venomous prosecutor Percy Yutar, and had sent a message asking me to help edit his own speech to court.

After the judge sentenced him, most white South Africans assumed with relief that he would never emerge again. By the time of the all-white elections in 1970 I could find no white politician who took the ANC seriously. But in the meantime, the isolation of Robben Island was forging a more formidable and thoughtful kind of leader.

In the Sixties, Mandela was already a tested and courageous leader, but aloof and quite stiff in public, inclined to cliches. By his release in 1990, he had acquired a common touch, magnanimity and sense of humour which was surprising to everyone.

He had last shown it at the opening of parliament, two days before last week’s return to Robben Island, in the middle of his formal speech about his government’s reforms. He took a long drink of water and then, aware of the tense silence, raised his glass towards de Klerk’s side of the house, and said ‘Cheers!’ – to roars of laughter. His command of the House was absolute.

It is here no doubt that Robben Island has contributed to this mastery and warmth. In those sub-humanconditions he had insisted, with his mentor Walter Sisulu, on thinking the best of everybody. He had retained and developed his natural dignity and courtesy, influencing both his fellow-prisoners and his warders. As a younger islander put it to me: ‘he treated the warders as human beings, even if they did not treat him as such’. And he simply refused to accept subservience.

His chief lawyer, George Bizos, remembers one scene which summed up his stubborn dignity, when he was being marched out in the most humiliating circumstances, flanked by armed guards and wearing short trousers and shoes without socks. Encountering Bizos, he exclaimed: ‘George, let me introduce you to my guard of honour!’.

More important, he and his closest colleagues established a pattern of behaviour which influenced nearly all the other political prisoners, to treat the island not as a place of bitter constraint and wasted lives, but as an opportunity for constant intellectual debate and political education.

One document written in 1978, which has only recently come to light, evokes all that vigour. It carefully sums up the two main arguments between Marxists and broader ANC supporters and concludes in the non-Marxist camp. It reads like a lively seminar at a left-wing university, with only one reference to’conducting the discussions under very difficult conditions,’ as a reminder that it was written on Robben Island (where Mandela approved it before it was confiscated).

They also had intense discussions about culture and sport. Mandela recalled: ‘We realised that culture was a very important aspect to building a nation’ and these concerns bore fruit in South Africa’s recent sporting victories.

Talking to Robben Islanders over the past two weeks, and reading their recollections, I’ve come to realise how far they form a distinctive elite, with a special self-respect and discipline – not so unlike the old stereotype of the Edwardian English gentleman with the stiff upper lip confronting emotional foreigners or natives. They reminisce about it as if it were a public school or a Guards’ barracks, but with a more intellectual background and idealism – more like members of the wartime French Resistance – and with much more time to develop their minds and memories (since they had to keep much of the argument in their heads). ‘We had time to think on Robben Island’, said Govan Mbeki, ‘about how we could really beat the authorities.

‘You must eventually like the place if you are to survive,’ recorded Tokyo Sexwale. ‘I loved it because it was a place of fresh air, fresh ideas, fresh friendships and teaching the enemy. We transformed Robben Island into the University of the ANC.’ Sexwale afterwards married his white prison visitor and became premier of Gauteng (the province centring on Johannesburg).

‘I can see another Robben Islander a mile away,’ I was told by ‘Raks’ Seakhoa, a poet who now runs the Congress of South African Writers. ‘I can see it when they find themselves in a conflict, this containment and channelling of anger. I’m really thankful for it. The way that we lived on Robben Island, you became an all-rounder, an organiser. When I came out, I submitted an article to a newspaper. They thought ‘this guy must have been at Rhodes University or something’.’

Robben Island remains the central symbol of both the evils of apartheid and the need for reconciliation. As Auschwitz is preserved in remembrance of the death camps, so is it a monument to intolerance and racism but like wartime heroes, the islanders hold the promise of a brave new world.

Mandela does not need to remind anyone of the ordeals he endured on the island. Some of his friends are exasperated by his friendly visits to the people who helped to put and keep him there – from his bullying old persecutor President Botha and Percy Yutar, the creepy prosecutor at his trial, to Mrs Verwoerd, the widow of the architect of apartheid, in her all-white enclave. It was like the story of the hardened criminal who gets out of jail to murder each of the people who had locked him up – turned upside down.

But those visits help to underline his moral authority, and the collapse of the alternative system. When he met Yutar, towering over the sycophantic little man, he could not resist saying: ‘I didn’t realise how small you were’. Forgiveness, after all, can be a kind of revenge, a kind of power.

Nor does Mandela need to remind younger, more radical black politicians that he has sacrificed more than any of them. They may criticise him for being too moderate towards the whites, but no one dare ever accuse him of being a sell-out. And only rarely does he need actually to spell out the message of the island: ‘if I can work alongside with the men who put me there, how can you refuse. . .’

But it is not just Mandela ‘s island and it also offers some answer to the obsessive question among whites, including foreign businessmen: what happens after Mandela retires in 1999?

He has given one answer himself: that for 27 years his people achieved their country’s liberation quite well without him, so why can’t they do without him in the future?

Robben Island forged a whole breed of younger leaders with many of Mandela ‘s strengths, who now hold key positions in the cabinet, or as premiers of the provinces. These include Patrick Lekota in the Orange Free State, Popo Molefe in the North West, and perhaps the most formidable, Tokyo Sexwale.

Sexwale, with his Robben Islander’s confidence, does not conceal his ambition. In his Johannesburg drawing-room I noticed a framed newspaper cartoon showing Thabo Mbeki, Mandela ‘s deputy, and ANC chairman Cyril Ramaphosa as two boxers slugging each other in the ring, not noticing the third figure of Tokyo climbing under the ropes.

These prison graduates, with their discipline and tolerance, offer much reassurance for a future South Africa without Mandela . Like him, they do not need to prove their heroism with macho postures for their followers and they have learnt the secrets of self-reliance and building a community in the strictest school of all.

They form the core of the present ANC leadership as assuredly as aristocrats and army officers once formed the core of the British Conservative Party – or as ex-fighters such as Jan Smuts and Louis Botha dominated the Afrikaner leadership after the Boer War, when they too were determined on reconciliation.

Yet today the process of reconciliation is worryingly one-sided. The majority of the whites have felt no great pressure to concentrate their minds and widen their awareness. ‘We can neither heal nor build,’ said Mandela in his opening speech to parliament, ‘with the victims of past injustices forgiving and the beneficiaries merely content in gratitude.’ It was followed by loud applause on the black side of the House, and only a few claps on the white side.

Mandela warned white businessmen against paying only lip service to affirmative action and assuming they could simply do business as usual. Such people too easily believe their problems have been miraculously solved by the arrival of a black president who has forgiven everyone, defused black anger and re-opened their country to the world.

No black leader, least of all Mandela , can afford such complacency. He has only to look to the Transkei, where he was born. It was turned into a bantustan and is a reminder of the evils of apartheid as vivid as Robben Island. Now it is an impoverished part of the Eastern Province.

Ten days ago I stayed in Umtata, the former capital of the Transkei: it is like a sacked city, with empty tower-blocks and slum streets the surrounding countryside is tragically desolate, with horrendous unemployment and crime.

Yet beside the main road, only a few miles out of Umtata, Mandela has built a spacious but unpretentious bungalow where he spends holidays. It is an emphatic statement that he will never be divorced from his own people.

The most serious problem of South Africa’s future is not the leadership of blacks after Mandela , but the leadership of the majority of whites. The English speakers have reverted to ‘business as usual’, leaving the politics to Afrikaners and others. But since F. W. de Klerk took his one great leap into the dark, there has been no comparable leadership, and an Afrikaner vacuum.

There has been no white equivalent to the Robben Island experience to concentrate minds, to compel them to see across their immediate self-interest and to push ahead with concessions and reconciliation. They may have been forgiven their past blunders but it will be unforgiveable if they fail to do their share of rebuilding the nation which was so nearly wrecked.

Voir encore:

Mandela: The Man Behind The Myth – An interview with Anthony Sampson

Harpers Collins.ca

Anthony Sampson is one of the most admired writers of today, and his brand new book is an outstanding biography of an outstanding man. Mandela: The Authorised Biography tells the full story of the last great statesman on the world stage. Since his release from South Africa′s notorious Robben Island prison in 1990, Mandela has been the focus of global attention, and his reputation as a politician and statesman has stood up to public scrutiny remarkably well. But who is the real Nelson Mandela? If anyone can answer this question, it is Anthony Sampson, who has known him for over forty years.

Nelson Mandela is one of the most extraordinary political figures of the twentieth century. His years of confinement in a South African prison made him a hero to many people around the world, and the story of his release and rise to power in the country′s first democratic elections filled a continent with hope. Now, as he approaches retirement, Nelson Mandela has allowed an acquaintance of many years to write his official biography. Anthony Sampson has been given access to all Mandela′s diaries, letters and papers, and many of the people to whom he has been closest have spoken out about Mandela, the man and the myth.

Mandela is the most admired politician in the world – is this admiration justified?

′I think it is, particularly when you look at all the others. I think that part of the reason why he′s admired is that he fills a tremendous gap. People have been longing for a politician who is removed from immediate pressures. There′s a tremendous shortage of great statesmen around the world compared, say, to forty years ago.

′I think he probably is the one man who stands out as having a moral integrity and a far-sighted view. I think that′s why other politicians such as Bill Clinton or Tony Blair feel a great awe of him, because he has those qualities which I′m not sure they have themselves.′

Not many people know about Mandela′s royal ancestry, and the fact that he was descended from the Tembu royal family. Did this play an important part in the formation of his character?

′I think it certainly gave him tremendous extra confidence. It is extraordinary to realise that within that very poor part of South Africa there was this particular sense of pride in traditions. And tribal loyalty remained intact despite European domination for more than a century. So that experience certainly deepened his consciousness, even though he was later deeply humiliated and ignored in white Johannesburg.′

Would you say that pride in his history and culture was the driving force for his success?

′Certainly it gave him a terrific sense of self-respect in the early years. He was fascinated by the history of his own people, particularly the Tembu tribe, he knew a lot about it, but of course his whole story was one of gradually widening those horizons. He started as a tribalist, then he became a nationalist, and then he became a multi-nationalist or a multi-culturalist, and gradually saw a wider and wider world. But it is true that that original pride in his ancestry was at the origins of his self-respect, and his dignity.′

Does he find the spotlight hard to bear?

′He told me that he worried a lot about it in jail – he saw in the last few years in jail how he was becoming a myth, and he was worried about that. He made it clear that he wasn′t a saint. He doesn′t say so but I think he was conscious of other African leaders who had built a cult around themselves, which was very dangerous. He was keen to avoid falling into that trap. Above all he was very careful not to use the word ′I′ when he came out of prison. He would make a point of speaking on behalf of the people.′

In the 1960′s Mandela put forward the proposal that the ANC abandon non-violence and form its own military wing. To what extent was this due to the Sharpeville massacre in 1960, and how had race relations deteriorated to such a difficult point that an educated lawyer could consider fighting back?

′It′s a good question because there were of course two sides of him. He was a practising lawyer, and he had tremendous respect for the law, and was always quoting it – as he does now – but at the same time he was very aware that it was impossible to achieve any kind of redress through non-violent means. He never really believed in the Ghandi-ist principle of ′turn the other cheek′.

′Long before 1960 he was inclined to go further towards the suggestion of violence. But at that point the logic became almost incontrovertible. There was no alternative. But perhaps more important was the fact that his own people were turning towards more dangerous kinds of violence. So it would have been impossible for him to maintain any leadership if he was purely pacifist.′

What effect did the years on Robben Island have on Mandela?

′There′s no doubt in my mind that it tremendously increased his self-discipline and his understanding of people. It was a tremendously enclosed world, and for most of the time he was only with 30 of his colleagues together with the warders so it had the intensity of a boarding school, albeit with much more discipline and harshness. So for somebody who was strong enough, who had the necessary confidence in themselves, it was a tremendous school in human relations. It was the kind of thing that a lot of politicians could do with, actually.

′During his twenty-seven years in Robben Island, Mandela was able to extend his influence beyond the ANC to the rival groups, which was very important when he got out. But above all he acquired an increased sensitivity to other people. He sharpened his skills of debate and persuasion tremendously, and probably his greatest gift is his capacity to persuade. You can see how, for someone who had that sense of self-respect and dignity, the jail experience was almost a training ground.′

By the time he came out of prison in 1990 Mandela was very conscious that he had acquired an almost mythical status. How did he handle this situation?

′He was very careful to avoid personifying the struggle. When the ′Free Mandela′ campaign began in the 1980′s, that was personifying him over his colleagues and some people thought it should be ′free the political prisoners′, but it was necessary to publicise the situation through one person.

′But while he was being personified, he was extremely careful always to speak on behalf of the people, and I think he deliberately suppressed any sort of self-promotion. Which was partly why when he came out of jail he made a speech, written by the ANC, which many people thought extremely boring.′

When he came out of prison he immediately identified himself with the ANC, which shocked many leaders around the world and showed that prison hadn′t made him any more compliant, but rather had had the opposite effect. And in the first two years following his release, as you point out, there was more violence than in the apartheid years. Was he disappointed by this?

′I think it was a shattering time for him. He did everything he could to control that violence, and of course this was used against him at the time by the government of the time. But he very early suspected that a lot of that violence was being secretly encouraged by the government which later proved to be the case. But that was an agonising period.′

What is Mandela actually like as a person?

′He′s a very private person, and I think that only very few people, such as his wife, really know him. His manners, and his alertness to people and especially to new people, is so great, that like many brilliant politicians, he appears equally pleased to see everybody, because he has this extraordinary instinctive ability to relate to people, particularly to children. Behind that he is very reserved.

′He′s sometimes exhausted when he appears to be energetic; you can sometimes see how suddenly his face will change, how a smile can suddenly disappear when the camera is not on him. During that lonely period, before he remarried, there was a feeling that he had to be professionally active to avoid being by himself, which of course is true of many politicians.

′But what is remarkable to me is how tremendously reflective he is. He really thinks things out, and once he has thought things out he is quite stubborn and can be difficult to change. But he′s much more effective than most politicians in my experience. Again that goes back to the prison experience. As one of his colleagues said, ′you can take them out of Robben Island but you can′t take Robben Island out of them′. And I think that′s very true. I think you feel there′s still a little cell inside him. He is much more interesting than most politicians are, because you don′t feel you′re listening to a gramophone record.′

What do you think the future holds for Nelson Mandela after he finishes his term in office?

′He says that he longs to get back to his home in the country and spend his time enjoying the beautiful countryside and being with his family and so on, but of course all people tend to think that before they do actually retire- and he also says he doesn′t want to be involved in international mediation which he has often been quite successful at, as in the Gadaffi operation.

′My own guess is that he will actually continue to travel, he will be asked to do things which he will want to say yes to. He wants to write another volume of his own memoirs. I think he will take things easier – certainly his wife wants him to, but he will continue to travel and he will continue to give his views as well. He won′t be restrained; he will speak out as an ordinary member of the African National Congress – but of course he will be much more than that.′

How will South Africa as a whole fare without him at the helm?

′When people talk about South Africa it always depends what viewpoint they are looking at it from. I think, myself, that South Africa will fare very well. The white South Africans will continue to complain a bit because their lifestyle is being changed. But I think they will resolve many of their problems, including crime which is the most difficult problem, over the next few years. It will have a very vibrant and creative atmosphere.

′The violence will probably continue; it has always been a relatively violent country, like America. But personally I think that South Africa will shake down in a very interesting way. And above all it will be almost uniquely multi-racial, which is why it will be so interesting to the rest of the world, because it appears to have begun to resolve those problems which other countries have not resolved.′

You say in the Introduction: ′It is not easy for a biographer to portray the Nelson Mandela behind the icon: it is a bit like trying to make out someone′s shape from the wrong side of the arc-lights.′ For you as a biographer what were the particular challenges in Mandela?

′He is a person who is very reluctant to talk about his own feelings. He is the absolute classic stiff-upper-lip Victorian Englishman, but he belongs very strongly to the nineteenth century world, which is a result of his missionary education, so he very much dislikes talking about himself and particularly his suffering, and that perhaps was the biggest challenge – to pick up, not so much from him but from his colleagues, exactly what he was feeling at those crucial moments.

′But I suppose the most interesting challenge was to try to trace his own development. I had known him back in 1951 and he had appeared to me to be a very different kind of person than he is now. He was much less certain of his leadership at that point, and it is fascinating to see how much deeper and more thoughtful he has become.′

Voir de même:

Beyond the icon: Nelson Mandela in his 90th year

Elleke Boehmer

12 November 2008

The celebration of Nelson Mandela’s 90th birthday on 18 July 2008 confirmed once more perhaps the most obvious fact about him: that South Africa’s former president is universally admired, even revered, by world leaders and ordinary people alike. Less noted, however, is the disjunction in his stature abroad and at home. Worldwide, he is invoked as little less than a secular saint, domestically, the strong pride in the achievement of Madiba, the grand old man of the apartheid struggle, is coupled with an awareness that the legend remains a living legend, who still walks and breathes amongst his people today – and that with this presence come continuing responsibilities.

I encountered this notion repeatedly in the course of writing my book, Nelson Mandela: A Very Short Introduction (Oxford University Press, 2008). It struck me again forcibly when his 90th-birthday events in June-July 2008 were underway. Perhaps it is was accentuated by a sad coincidence of timing: for these months of what should have been acclaim and fond and grateful reminiscence took place against the background of vicious "xenophobic attacks" on "foreign" Africans in many of South Africa’s sprawling townships and conurbations. These events roused deep shame and anger in many South Africans, as well as a distinct realisation even among many loyal African National Congress (ANC) members that the "rainbow-nation" dream was over, or at least almost fatally damaged.

The combination of rabid anxiety about the "other" in one’s midst and the approaching celebration of a person famous for embracing friend and stranger alike, meant that people across South Africa looked to Madiba for guidance. There was widespread clamour to know out what he might have to say – as in the past – by way of chastisement, advice and inspiration. Was it not Madiba, after all, who had once announced that he would not demur from criticising his political friends, if he felt they had done wrong or committed atrocity? Would he not then have admonishing words to offer now, concerning the attacks?

The Nelson Mandela Foundation may neatly state that Madiba formally retired from his own official retirement in 2000; and it is true besides that he is a very elderly and now somewhat forgetful man. But many South Africans felt that were he to desist from speaking in his own person at such a time – rather than in the bland voice of his foundation or public-relations representatives – this might betray the values of justice, freedom and political plain-speaking for which he had so long contended.

The global imaginary

Outside South Africa, the moment of Nelson Mandela’s landmark birthday was far simpler and less inscribed with questioning. The concert on 27 June in London’s Hyde Park – in front of the symbolic number of 46,664 guests, officially to launch his foundation’s worldwide HIV/Aids campaign – revealed Mandela’s fans to be in the main content to admire, gasp, and generally be overawed. "There he is, there he is!", the whisper ran through the crowd when the great man briefly appeared to read a prepared statement; and then, "It’s him, it’s him!". Although standing towards the back of the crowd, I could feel people around me strain forward to see him more clearly, as if to be blessed by the holy man passing through.

From our vantage-point, Mandela was visible only as a very small speck on the stage; yet he also presided in gigantic form on the various screens positioned around the concert area. There was a metaphor in this somewhere, I remember thinking. Mandela wasn’t clearly visible without the help of cinematic projection: the living myth was a function of celebrity imaging – and he was indeed accompanied on stage by a whole range of musical or TV celebrities (Amy Winehouse, Will Smith, June Sarpong, Annie Lennox).

And yet, in reality, what did this all amount to? What did this adulation mean? Should we simply take for granted the appearance of Nelson Mandela, African nationalist, at one time the world’s longest-held political prisoner, as headline act to a line-up of (in truth, rather less than glittering) star performances fit to decorate the contents pages of celebrity magazines such as Closer or Now?

Asking these kinds of questions of "Mandela the symbol" is, after all, the point of my cultural history. What was the fridge-magnet symbol, the tourist website icon, telling us, if anything? Was there not an unmistakable oddity to the fact that the 90th birthday was being celebrated here in London, while there – in Mandela’s native land – many people felt consternation at his relative silence? Wasn’t there something disorienting about this "transplanted" birthday-party; something bizarre about the manic susurration of media stars, paparazzi, and wired-up security detail, enwrapping so very tightly the brief appearance of a elder statesman abroad, as if to imprison him (with cloying images, and saccharine words) all over again?

I was reminded of a batik-cloth image of Mandela I once saw in a Cape Town market, selling at a price that only a tourist of some means could have afforded. Nelson Mandela’s fame seemed here to have been reduced to an inaccessible icon who could no longer address, or indeed be heard by, his people. It was a melancholy contrast with the far younger leader, then United States presidential candidate Barack Obama (who is often compared to Mandela, and who manages to take national-hero status in his stride while yet managing through his fine rhetorical skills to get his message across powerfully and movingly to his supporters).

True, only a day or so before the concert Mandela had at last expressed his regret at the violence against fellow-Africans in his home country, and at the tragic "failure of leadership" in neighbouring Zimbabwe. Everywhere, there was relief that the moral beacon had at last spoken. Yet it was impossible not to notice that his statement had been delivered extremely late in the political day; and it had also taken place abroad, as part of a dinner where luminaries like Bill (and Chelsea) Clinton, and Britain’s prime minister Gordon Brown, had been present. The compunction to speak had finally been triggered not by the great urgency everywhere palpable at home, but abroad, where – it was again impossible not to notice – the icon was in effect under an obligation to speak.

The secular saint could arguably not have sustained at the same level his massive global status had words of sorrow, albeit brief, not been expressed in the international domain. In this way Mandela’s legendary star stayed steady in its path, while at home, despite some pleasure at bathing in his reflected glory, bafflement and disappointment remained. As Madiba’s myth was made safe for his fans abroad, so the myth of the reconciled rainbow country he had helped create, inevitably cracked further open – and now, with the split in the ANC, has cracked wider again. A twist of this 90th-birthday year must be that just when his reputation as the 20th century’s leading postcolonial leader seemed secure, the ways in which that reputation will endure in South Africa itself are suddenly a little less certain than before.

The multiple reality

As was repeatedly acknowledged in discussions in Johannesburg and other cities in mid-2008 that I either witnessed or contributed to, on his home ground the "meaning" of Madiba, the significance of his remarkable career and story of uncompromising struggle and negotiated reconciliation, has yet fully to unfold. What does his message comprise: a poetry of hope and courage; a primer of self-discipline?

At present his legacy in some respects still exists in emergent form, has yet to express its true contours. This is to my mind the key difference between how he is viewed at home and internationally, where the lacquer of adulation laid thick upon the "human-rights legend" has long since hardened. Abroad, Mandela is the African the world loves to love, even if in a strikingly over-compensatory way. Africa the continent of famine, corruption and social abjection has produced, at least, this one fine human being, Europeans and Americans appear to breathe as they cluster around him.

A hostile Sunday Times (London) magazine article, which appeared the weekend before his 18 July birthday, opined that the one task Mandela can still competently carry out is to smile his dazzling smile, only now it is on command. There is little that is meaningful in it: in his old age he has become a mask of his former charismatic self, to which the world has grown accustomed to genuflect. For the international community the paradox is that by heaping excessive adoration upon the head of this one seemingly superhuman African, we have left Africa, the continent, its people, more lacking of attention by contrast. There have been many great Africans yet their reputation has been dangerously eclipsed by this one over-hyped African hero of our times.

Yet it is here, within the gap between his fully manifested yet relatively shallow international fame, and his still-latent local significance, that, it seems to me, the potential for renewed understandings of Mandela have the opportunity to emerge, which, when all is said and done, is a good thing. Within this gap, then, I would venture to place the following desiderata.

Let us not allow our image of Mandela to petrify into cliché, especially yet not only while he is still alive amongst us. Let his meanings evolve and change in rhythm with his times. Let his legacy organisations perhaps relax a little in wanting to predetermine how the future will see him. His achievement on its own dwarfs the efforts of such tireless PR policing.

What is not in doubt is that Mandela is a great and humane human being not in spite of his Africanness, as his western acolytes (according to the Sunday Times) believe, but because of his Africanness. Perhaps most important, let us not forget that his greatness as an African was dependent on the cooperation of hosts of other Africans, little and great, ordinary and extraordinary, as he himself has always recognised.

About the author

Elleke Boehmer is professor of world literature in English in the faculty of English at Oxford University. Her work includes Colonial and Postcolonial Literature: Migrant Metaphors (Oxford University Press, 1995/2005); Empire, the National, and the Postcolonial, 1890-1920 (Oxford University Press, 2002/2005); Stories of Women: Gender and Narrative in the Postcolonial Nation (Manchester University Press); (as editor) Scouting for Boys A Handbook for Instruction in Good Citizenship (Oxford University Press, 2004/2005); and Nelson Mandela: A Very Short Introduction (Oxford University Press, 2008). Elleke Boehmer is also the author of a novel, Nile Baby (Ayebia, 2008)

Voir également:

Nelson Mandela, R.I.P

Deroy Murdock

National Review on line

December 5, 2013

My friend James Deciuttis once asked me very directly, “Are you ever wrong?” It was not asked with bile, but very straightforwardly, as if asking if I ever had visited Spain.

I told James that if he referred to my writing, speaking, and political activism, I have made many bad calls and misjudgments. I can look forward to a brand-new year of them in just 27 days. In one particular case, however, I really blew it very, very, very badly. But I was not alone.

Like many other anti-Communists and Cold Warriors, I feared that releasing Nelson Mandela from jail, especially amid the collapse of South Africa’s apartheid government, would create a Cuba on the Cape of Good Hope at best and an African Cambodia at worst.

After all, Mandela had spent 27 years locked up in Robben Island prison due to his leadership of the African National Congress. The ANC was a violent, pro-Communist organization. By the guiding light of Ronald Wilson Reagan, many young conservatives like me spent much of the 1980s fighting Marxism-Leninism — from the classrooms of radical campuses to the battlefields of Grenada, Nicaragua, and El Salvador, both overtly and covertly. Having seen Communists terrorize nations around the world while the Berlin Wall still stood, Mandela looked like one more butcher waiting to take his place on the 20th Century’s blood-soaked stage.

The example of the Ayatollah Khomeini also was fresh in our minds. He went swiftly from exile in Paris to edicts in Tehran and quickly turned Iran into a vicious and bloodthirsty dictatorship at the vanguard of militant Islam.

Nelson Mandela was just another Fidel Castro or a Pol Pot, itching to slip from behind bars, savage his country, and surf atop the bones of his victims.

WRONG!

Far, far, far from any of that, Nelson Mandela turned out to be one of the 20th Century’s great moral leaders, right up there with Mahatma Gandhi and Dr. Martin Luther King Jr. He also was a statesman of considerable weight. If not as significant on the global stage as FDR, Winston Churchill, and Ronald Reagan, he approaches Margaret Thatcher as a national leader with major international reach.

Mandela invited the warden of Robben Island prison to his inauguration as president of South Africa. He sat him front and center. While most people would be tempted to lock up their jailers if they had the chance, Mandela essentially forgave him while the whole world and his own people, white and black, were watching. This quietly sent South Africa’s white population a message: Calm down. This will be okay. It also signaled black South Africans: Now is no time for vengeance. Let’s show our former oppressors that we are greater than that and bigger people than they were to us.

As Morgan Freeman and Matt Damon beautifully dramatize in the excellent film Invictus, Mandela resisted the ANC’s efforts to strip the national rugby team of its long-standing name, the Springboks. Seen as a symbol of apartheid, Mandela’s black colleagues were eager to give the team a new, less “white” identity. Mandela argued that white South Africans, stripped of political leadership and now quite clearly in the minority, should not be deprived of the one small point of pride behind which they could shield their anxieties.

Mandela then championed the team. He attended its games and rallied both blacks and whites behind it as a national sports organization, rather than an exclusive totem of South Africa’s white minority.

Mandela’s easy manner, warmth, and decency shone through and gave South Africans a common point of unity amid so many opportunities for division.

(As an American, it would be nice right now to have a leader who could bring our nation together, rather than pound one wedge after another into our dispirited population.)

Mandela’s economic record deserves deeper analysis later. However, for now it is worthwhile to remember that he came to power in 1994, less than half a decade after the Iron Curtain collapsed and the triumph of scientific socialism was exposed as a cruel and hollow fantasy. Rather than follow that vanquished model, Mandela looked to economic growth as the path his nation should follow. Among other things, he sold off stakes in South African Airways, utilities, and other state-owned companies. While some wish he had gone further, this was a far cry from the playbook of Marx and Lenin.

So, I was dead wrong about Nelson Mandela, a great man and fine example to others, not least the current occupant of the White House.

After 95 momentous years on Earth, may Nelson Rolihlahla Mandela rest in peace.

Voir aussi:

The concert that transformed Mandela from terrorist to icon

Jaime Velazquez, Agence France-Presse

ABS.CBnews

06/12/2013

JOHANNESBURG – So revered is Nelson Mandela today that it is easy to forget that for decades he was considered a terrorist by many foreign governments, and some of his now supporters.

The anti-apartheid hero was on a US terror watch list until 2008 and while still on Robben Island, Britain’s late "Iron Lady" Margaret Thatcher described his African National Congress as a "typical terrorist organization."

That Mandela’s image has been transformed so thoroughly is a testament to the man’s achievements, but also, in part, to a concert that took place in London 25 years ago this week.

For organizer Tony Hollingsworth the June 11, 1988 gig at London’s Wembley Stadium had very little to do with Mandela’s 70th birthday, as billed.

It had everything to do with ridding Mandela of his terrorist tag and ensuring his release.

"You can’t get out of jail as a terrorist, but you can get out of prison as a black leader," he told AFP during a visit to Johannesburg.

Hollingsworth, now 55, envisaged a star-studded concert that would transform Mandela from outlaw to icon in the public’s mind, and in turn press governments adopt a more accommodating stance.

He approached Archbishop Trevor Huddleston, president of the British Anti-Apartheid Movement, to pitch his musical strategy.

"I told Trevor that the African National Congress and the anti-apartheid movement had reached their glass ceiling; they couldn’t go further."

"Everything you are doing is ‘anti’, you are protesting on the streets, but it will remain in that space. Many people will agree, but you will not appeal them."

"Mandela and the movement should be seen as something positive, confident, something you would like to be in your living room with."

While Hollingsworth dealt with artists, Mike Terry — head of the movement in London — dealt with the ANC and the skeptics in the anti-apartheid movement.

And there were many, including Mandela himself, who asked several times that the struggle not be about him.

Many others insisted the focus remain on sanctions against the apartheid regime.

"A lot of people were criticizing me for sanitizing it," Hollingsworth remembered.

Eventually Terry convinced the ANC and Hollingsworth convinced Simple Minds, Dire Straits, Sting, George Michael, The Eurythmics, Eric Clapton, Whitney Houston and Stevie Wonder into the 83-artist line up.

With that musical firepower came contracts for a more than 11 hour broadcast.

"We signed with the entertainment department of television (stations). And when the head of the department got home and watched on his channel that they were calling Mandela a terrorist, they called straight to the news section to say, don’t call this man a terrorist, we just signed 11 hours of broadcasting for a tribute about him."

"This is how we turned Mandela from a black terrorist into a black leader."

The gig at Wembley attracted broadcasters in nearly 70 countries and was watched by more than half a billion people around the world, still one of the largest audiences ever for an entertainment event.

Despite some broadcasters’ demands for the politics to be toned down the message got out.

Singer Harry Belafonte opened with a rousing acclamation: "We are here today to honor a great man, the man is Nelson Mandela," he told the capacity crowd.

Nelson Mandela was released from jail 19 months later, after 27 years in prison. A second concert was later held to celebrate.

"Before the first event, the prospect of Nelson Mandela’s imminent release from prison seemed completely unrealistic," Terry would later say.

"Yet within 20 months he walked free and I have no doubt that the first event played a decisive role in making this happen."

Mandela went on to negotiate the end of the white supremacist regime and establish multiracial democracy in South Africa.

Few seemed to notice that the concert was actually more than a month before his July 18 birthday.

Voir encore:

Nelson Mandela ‘proven’ to be a member of the Communist Party after decades of denial

A new book claims that, 50 years after he was first accused of being a Communist, Nelson Mandela was a Communist party member after all.

Colin Freeman, and Jane Flanagan in Cape Town

08 Dec 2012

For decades, it was one of the enduring disputes of South Africa’s anti-apartheid struggle. Was Nelson Mandela, the leader of the African National Congress, really a secret Communist, as the white-only government of the time alleged? Or, as he claimed during the infamous 1963 trial that saw him jailed for life, was it simply a smear to discredit him in a world riven by Cold War tensions?

Now, nearly half a century after the court case that made him the world’s best-known prisoner of conscience, a new book claims that whatever the wider injustice perpetrated, the apartheid-era prosecutors were indeed right on one question: Mr Mandela was a Communist party member after all.

The former South African president, who won the Nobel Peace Prize in 1993, has always denied being a member of the South African branch of the movement, which mounted an armed campaign of guerrilla resistance along with the ANC.

But research by a British historian, Professor Stephen Ellis, has unearthed fresh evidence that during his early years as an activist, Mr Mandela did hold senior rank in the South African Communist Party, or SACP. He says Mr Mandela joined the SACP to enlist the help of the Communist superpowers for the ANC’s campaign of armed resistance to white rule.

His book also provides fresh detail on how the ANC’s military wing had bomb-making lessons from the IRA, and intelligence training from the East German Stasi, which it used to carry out brutal interrogations of suspected "spies" at secret prison camps.

As evidence of Mr Mandela’s Communist party membership, Prof Ellis cites minutes from a secret 1982 SACP meeting, discovered in a collection of private papers at the University of Cape Town, in which a veteran former party member, the late John Pule Motshabi, talks about how Mr Mandela was a party member some two decades before.

In the minutes, Mr Motshabi, is quoted as saying: "There was an accusation that we opposed allowing Nelson [Mandela] and Walter (Sisulu, a fellow activist) into the Family (a code word for the party) … we were not informed because this was arising after the 1950 campaigns (a series of street protests). The recruitment of the two came after."

While other SACP members have previously confirmed Mr Mandela’s party membership, many of their testimonies were given under duress in police interviews, where they might have sought to implicate him. However, the minutes from the 1982 SACP meeting, said Prof Ellis, offered more reliable proof. "This is written in a closed party meeting so nobody is trying to impress or mislead the public," he said.

Although Mr Mandela appears to have joined the SACP more for their political connections than their ideas, his membership could have damaged his standing in the West had it been disclosed while he was still fighting to dismantle apartheid.

Africa was a Cold War proxy battleground until the end of the 1980s, and international support for his cause, which included the Free Nelson Mandela campaign in Britain, drew partly on his image as a compromise figure loyal neither to East nor West.

"Nelson Mandela’s reputation is based both on his ability to overcome personal animosities and to be magnanimous to all South Africans, white and black, and that is what impressed the world," said Prof Ellis, a former Amnesty International researcher who is based at the Free University of Amsterdam. "But what this shows is that like any politician, he was prepared to make opportunistic alliances.

"I think most people who supported the anti-apartheid movement just didn’t want to know that much about his background. Apartheid was seen as a moral issue and that was that. But if real proof had been produced at the time, some might have thought differently."

Mr Mandela made his denial of Communist Party membership in the opening statement of his Rivonia trial, when he and nine other ANC leaders were tried for 221 alleged acts of sabotage designed to overthrow the apartheid system. The defendants were also accused of furthering the aims of Communism, a movement that was then illegal in South Africa.

Addressing the court, Mr Mandela declared that he had "never been a member of the Communist Party," and that he disagreed with the movement’s contempt for Western-style parliamentary democracy.

He added: "The suggestion made by the State that the struggle in South Africa is under the influence of foreigners or communists is wholly incorrect. I have done whatever I did, both as an individual and as a leader of my people, because of my experience in South Africa and my own proudly felt African background, and not because of what any outsider might have said."

Mr Mandela joined the ANC in 1944, when its leadership still opposed armed struggle against the apartheid state. However, by the early 1950s he become personally convinced that a guerrilla war was inevitable, a view confirmed by the Sharpeville Massacre in March 1960, when police in a Transvaal township opened fire on black demonstrators, killing 69 people.

But while other ANC leaders also came round to his way of thinking after Sharpeville, the group still had no access to weaponry or financial support. Instead, says Prof Ellis, Mr Mandela looked for help from the Communists, with whom he already had close contacts due to their shared opposition to apartheid.

"He knew and trusted many Communist activists anyway, so it appears he was co-opted straight to the central committee with no probation required," said Prof Ellis. "But it’s fair to say he wasn’t a real convert, it was just an opportunist thing."

In the months after Sharpeville, Communist party members secretly visited Beijing and Moscow, where they got assurances of support for their own guerrilla campaign. In conjunction with a number of leading ANC members, they set up a new, nominally independent military organisation, known as Umkhonto we Sizwe or Spear of the Nation. With Mr Mandela as its commander, Umkhonto we Sizwe launched its first attacks on 16 December 1961.

Its campaign of "sabotage" and bombings over the subsequent three decades claimed the lives of dozens of civilians, and led to the organisation being classed as a terrorist group by the US.

In his book, Professor Ellis, who also authored a publication on the Liberian civil war, elaborates on other murky aspects of the ANC’s past. One is that bomb-making experts from the IRA trained the ANC at a secret base in Angola in the late 1970s, a link disclosed last year in the posthumous memoirs of Kader Asmal, a South African politician of Indian extraction who was exiled in Ireland. He was a member of the Irish Anti-Apartheid Movement, which, Prof Mr Ellis says, in turn had close links to the British and South African Communist parties.

The IRA tutoring, which was allegedly brokered partly through Sinn Fein leader Gerry Adams, led to the ANC fighters improving their bombing skills considerably, thanks to the expertise of what Mr Ellis describes as "the world’s most sophisticated urban guerrilla force".

Angola was also the base for "Quatro", a notorious ANC detention centre, where dozens of the movement’s own supporters were tortured and sometimes killed as suspected spies by agents from their internal security service, some of whom were "barely teenagers". East German trainers taught the internal security agents that anyone who challenged official ANC dogma should be viewed as a potential spy or traitor.

On Friday night, a spokesman for the Nelson Mandela Foundation said: "We do not believe that there is proof that Madiba (Mandela’s clan name) was a Party member … The evidence that has been identified is comparatively weak in relation to the evidence against, not least Madiba’s consistent denial of the fact over nearly 50 years. It is conceivable that Madiba might indulge in legalistic casuistry, but not that he would make an entirely false statement.

"Recruitment and induction into the Party was a process that happened in stages over a period of time. It is possible that Madiba started but never completed the process. What is clear is that at a certain moment in the struggle he was sufficiently trusted as an ANC leader to participate in Party CC meetings. And it is probable that people in attendance at such meetings may have thought of him as a member."

Mr Mandela, now 94, retired from public life in 2004 and is now in poor health. He did, though, allude to a symbiotic relationship with the Communists in his bestselling biography, The Long Walk to Freedom. "There will always be those who say that the Communists were using us," he wrote. "But who is to say that we were not using them?"

"External Mission: The ANC in Exile, 1960-1990", is published by Hurst and Co.

Voir de même:

The sacred warrior

The liberator of South Africa looks at the seminal work of the liberator of India

Nelson Mandela

Time

December 27, 1999

India is Gandhi’s country of birth; South Africa his country of adoption. He was both an Indian and a South African citizen. Both countries contributed to his intellectual and moral genius, and he shaped the liberatory movements in both colonial theaters.

He is the archetypal anticolonial revolutionary. His strategy of noncooperation, his assertion that we can be dominated only if we cooperate with our dominators, and his nonviolent resistance inspired anticolonial and antiracist movements internationally in our century.

Both Gandhi and I suffered colonial oppression, and both of us mobilized our respective peoples against governments that violated our freedoms.

The Gandhian influence dominated freedom struggles on the African continent right up to the 1960s because of the power it generated and the unity it forged among the apparently powerless. Nonviolence was the official stance of all major African coalitions, and the South African A.N.C. remained implacably opposed to violence for most of its existence.

Gandhi remained committed to nonviolence; I followed the Gandhian strategy for as long as I could, but then there came a point in our struggle when the brute force of the oppressor could no longer be countered through passive resistance alone. We founded Unkhonto we Sizwe and added a military dimension to our struggle. Even then, we chose sabotage because it did not involve the loss of life, and it offered the best hope for future race relations. Militant action became part of the African agenda officially supported by the Organization of African Unity (O.A.U.) following my address to the Pan-African Freedom Movement of East and Central Africa (PAFMECA) in 1962, in which I stated, "Force is the only language the imperialists can hear, and no country became free without some sort of violence."

Gandhi himself never ruled out violence absolutely and unreservedly. He conceded the necessity of arms in certain situations. He said, "Where choice is set between cowardice and violence, I would advise violence… I prefer to use arms in defense of honor rather than remain the vile witness of dishonor …"

Violence and nonviolence are not mutually exclusive; it is the predominance of the one or the other that labels a struggle.

Gandhi arrived in South Africa in 1893 at the age of 23. Within a week he collided head on with racism. His immediate response was to flee the country that so degraded people of color, but then his inner resilience overpowered him with a sense of mission, and he stayed to redeem the dignity of the racially exploited, to pave the way for the liberation of the colonized the world over and to develop a blueprint for a new social order.

He left 21 years later, a near maha atma (great soul). There is no doubt in my mind that by the time he was violently removed from our world, he had transited into that state.

No ordinary leader–divinely inspired

He was no ordinary leader. There are those who believe he was divinely inspired, and it is difficult not to believe with them. He dared to exhort nonviolence in a time when the violence of Hiroshima and Nagasaki had exploded on us; he exhorted morality when science, technology and the capitalist order had made it redundant; he replaced self-interest with group interest without minimizing the importance of self. In fact, the interdependence of the social and the personal is at the heart of his philosophy. He seeks the simultaneous and interactive development of the moral person and the moral society.

His philosophy of Satyagraha is both a personal and a social struggle to realize the Truth, which he identifies as God, the Absolute Morality. He seeks this Truth, not in isolation, self-centeredly, but with the people. He said, "I want to find God, and because I want to find God, I have to find God along with other people. I don’t believe I can find God alone. If I did, I would be running to the Himalayas to find God in some cave there. But since I believe that nobody can find God alone, I have to work with people. I have to take them with me. Alone I can’t come to Him."

He sacerises his revolution, balancing the religious and the secular.

Awakening

His awakening came on the hilly terrain of the so-called Bambata Rebellion, where as a passionate British patriot, he led his Indian stretcher-bearer corps to serve the Empire, but British brutality against the Zulus roused his soul against violence as nothing had done before. He determined, on that battlefield, to wrest himself of all material attachments and devote himself completely and totally to eliminating violence and serving humanity. The sight of wounded and whipped Zulus, mercilessly abandoned by their British persecutors, so appalled him that he turned full circle from his admiration for all things British to celebrating the indigenous and ethnic. He resuscitated the culture of the colonized and the fullness of Indian resistance against the British; he revived Indian handicrafts and made these into an economic weapon against the colonizer in his call for swadeshi–the use of one’s own and the boycott of the oppressor’s products, which deprive the people of their skills and their capital.

A great measure of world poverty today and African poverty in particular is due to the continuing dependence on foreign markets for manufactured goods, which undermines domestic production and dams up domestic skills, apart from piling up unmanageable foreign debts. Gandhi’s insistence on self-sufficiency is a basic economic principle that, if followed today, could contribute significantly to alleviating Third World poverty and stimulating development.

Gandhi predated Frantz Fanon and the black-consciousness movements in South Africa and the U.S. by more than a half-century and inspired the resurgence of the indigenous intellect, spirit and industry.

Gandhi rejects the Adam Smith notion of human nature as motivated by self-interest and brute needs and returns us to our spiritual dimension with its impulses for nonviolence, justice and equality.

He exposes the fallacy of the claim that everyone can be rich and successful provided they work hard. He points to the millions who work themselves to the bone and still remain hungry. He preaches the gospel of leveling down, of emulating the kisan (peasant), not the zamindar (landlord), for "all can be kisans, but only a few zamindars."

He stepped down from his comfortable life to join the masses on their level to seek equality with them. "I can’t hope to bring about economic equality… I have to reduce myself to the level of the poorest of the poor."

From his understanding of wealth and poverty came his understanding of labor and capital, which led him to the solution of trusteeship based on the belief that there is no private ownership of capital; it is given in trust for redistribution and equalization. Similarly, while recognizing differential aptitudes and talents, he holds that these are gifts from God to be used for the collective good.

He seeks an economic order, alternative to the capitalist and communist, and finds this in sarvodaya based on nonviolence (ahimsa).

He rejects Darwin’s survival of the fittest, Adam Smith’s laissez-faire and Karl Marx’s thesis of a natural antagonism between capital and labor, and focuses on the interdependence between the two.

He believes in the human capacity to change and wages Satyagraha against the oppressor, not to destroy him but to transform him, that he cease his oppression and join the oppressed in the pursuit of Truth.

We in South Africa brought about our new democracy relatively peacefully on the foundations of such thinking, regardless of whether we were directly influenced by Gandhi or not.

Gandhi remains today the only complete critique of advanced industrial society. Others have criticized its totalitarianism but not its productive apparatus. He is not against science and technology, but he places priority on the right to work and opposes mechanization to the extent that it usurps this right. Large-scale machinery, he holds, concentrates wealth in the hands of one man who tyrannizes the rest. He favors the small machine; he seeks to keep the individual in control of his tools, to maintain an interdependent love relation between the two, as a cricketer with his bat or Krishna with his flute. Above all, he seeks to liberate the individual from his alienation to the machine and restore morality to the productive process.

As we find ourselves in jobless economies, societies in which small minorities consume while the masses starve, we find ourselves forced to rethink the rationale of our current globalization and to ponder the Gandhian alternative.

At a time when Freud was liberating sex, Gandhi was reining it in; when Marx was pitting worker against capitalist, Gandhi was reconciling them; when the dominant European thought had dropped God and soul out of the social reckoning, he was centralizing society in God and soul; at a time when the colonized had ceased to think and control, he dared to think and control; and when the ideologies of the colonized had virtually disappeared, he revived them and empowered them with a potency that liberated and redeemed.

Voir par ailleurs:

Nelson Mandela, un chrétien discret

Issu de l’Église méthodiste, Nelson Mandela, décédé le 5 décembre au soir, évitait d’en faire état en public. À bien l’écouter, cependant, cette dimension a été centrale dans sa vie.

Laurent Larcher

La Croix

6/12/13

Rares, parmi ceux qui chantent les louanges de Nelson Mandela en France, sont ceux qui évoquent son christianisme. Une dimension souvent gommée au profit de son « humanisme ». Pour leur défense, il est vrai que Nelson Mandela a toujours été discret, en public, sur ses liens avec le christianisme. Dans un entretien accordé à l’Express en 1995, il répond, un peu abrupt, au journaliste qui l’interroge sur le rôle de sa foi chrétienne dans sa lutte contre l’apartheid : « La relation entre un homme et son Dieu est un sujet extrêmement privé, qui ne regarde pas les mass media ».

Et dans son autobiographie, Conversation avec moi-même (La Martinière, 2010), il évoque à peine cette dimension dans sa vie (à deux reprises !). On le voit, Nelson Mandela n’a pas été un prosélyte : « Toujours faire de la religion une affaire privée, réservée à soi. N’encombre pas les autres avec ta religion et autres croyances personnelles. », écrit-il à Thulare, en 1977, de la prison de Robben Island.

« Je n’ai jamais abandonné mes croyances chrétiennes »

Pour autant, au fil de sa vie, de ses écrits et de ses confidences, Nelson Mandela n’a pas toujours été silencieux sur son rapport au christianisme. En premier lieu, il a été baptisé dans l’Église méthodiste et formé dans les écoles wesleyennes (une Église qui se sépare d’avec l’Église méthodiste en 1875) pour être précis. À Fort Hare, dans l’une de ces institutions, il a même été moniteur le dimanche. Que pensait-il de cette appartenance ? Visiblement, le plus grand bien !

À plusieurs reprises, il exprime sa dette envers son Église : « Je ne saurais trop insister sur le rôle que l’Église méthodiste a joué dans ma vie », déclarait-il à l’occasion du 23e anniversaire de la Gospel Church power of Republic of South Africa, en 1995. Et devant le parlement mondial des religions, en 1999 : « Sans l’Église, sans les institutions religieuses, je ne serais pas là aujourd’hui ».

Emprisonné à Robben Island, il assiste, écrit-il en 1977, « encore à tous les services de l’Église et j’apprécie certains sermons ». Dans sa correspondance avec Ahmed Kathrada, en 1993, il évoque la joie qu’il ressentait à fréquenter l’Eucharistie  : « Partager le sacrement qui fait partie de la tradition de mon Église était important à mes yeux. Cela me procurait l’apaisement et le calme intérieur. En sortant des services, j’étais un homme neuf. » Et il affirme au même : « Je n’ai jamais abandonné mes croyances chrétiennes ».

le christianisme de Mandela prend la forme d’une sagesse universelle

S’il lui est arrivé d’exprimer sa fidélité au christianisme, il semble cependant que sa spiritualité se soit modifiée au cours de son existence. Ainsi, sa rencontre avec le marxisme lui ouvre un nouvel horizon : « Nous qui avons grandi dans des maisons religieuses et qui avons étudié dans les écoles des missionnaires, nous avons fait l’expérience d’un profond conflit spirituel quand nous avons vu le mode de vie que nous jugions sacré remis en question par de nouvelles philosophies, et quand nous nous sommes rendu compte que, parmi ceux qui traitaient notre foi d’opium, il y avait des penseurs dont l’intégrité et l’amour pour les hommes ne faisaient pas de doute. », écrit-il à Fatima Meer en 1977.

Peu à peu, le christianisme de Mandela prend la forme d’une sagesse universelle : « J’ai bien sûr été baptisé à l’Église wesleyenne et j’ai fréquenté ses écoles missionnaires. Dehors comme ici, je lui reste fidèle, mais mes conceptions ont eu tendance à s’élargir et à être bienveillantes envers l’unité religieuse », constate-il en 1977.

La même année, il fait cet aveu : « J’ai mes propres croyances quant à l’existence ou non d’un Être suprême et il est possible que l’on puisse expliquer facilement pourquoi l’homme, depuis des temps immémoriaux, croit en l’existence d’un dieu. » Puis de dire en 1994 : « Je ne suis pas particulièrement religieux ou spirituel. Disons que je m’intéresse à toutes les tentatives qui sont faites pour découvrir le sens de la vie. La religion relève de cet exercice. ».

« une affaire strictement personnelle »

Tout au long de son existence, il s’est méfié du caractère dévastateur qu’il voyait en puissance dans la religion : « La religion, et notamment la croyance en l’existence d’un Être suprême, a toujours été un sujet de controverse qui déchire les nations, et même les familles. Il vaut toujours mieux considérer la relation entre un individu et son Dieu comme une affaire strictement personnelle, une question de foi et non de logique. Nul n’a le droit de prescrire aux autres ce qu’ils doivent croire ou non », écrit-il à Déborah Optiz en 1988.

Nous touchons là, sans doute, la raison pour laquelle Nelson Mandela évitait d’aborder en public, en particulier face aux médias, son rapport au christianisme. À cela s’ajoute son souci de ne pas heurter la sensibilité et les convictions de celui à qui il s’adressait. Il s’en explique à Maki Mandela en 1977 : «Sans le savoir, tu peux offenser beaucoup de gens pour qui tout cela n’a aucun fondement scientifique, qui considèrent que c’est pure fiction. »

Cette réserve ne l’a pas empêché d’assigner un rôle aux religions dans la société : en particulier sur le plan de la justice et de la morale. Alors qu’il présidait à la destinée de l’Afrique du Sud, il leur adressa cette feuille de route en 1997 : « Nous avons besoin que les institutions religieuses continuent d’être la conscience de la société, le gardien de la morale et des intérêts des faibles et des opprimés. Nous avons besoin que les organisations religieuses participent à la société civile mobilisée pour la justice et la protection des droits de l’homme. »

Voir enfin:

Nelson Mandela : un homme une voie

RFI

Première partie : Une conscience noire dans les geôles de l’apartheid

En retrouvant la liberté, un dimanche, le 11 février 1990, Nelson Mandela a recouvré un destin, dans le droit fil du mythe qu’il était devenu en 27 ans de prison. «Malgré mes soixante-et-onze ans, j’ai senti que ma vie recommençait. Mes dix mille jours de prison étaient finis», écrivit-il plus tard dans son auto-biographie, Long Walk to Freedom. Cette deuxième vie serait celle d’un président de la République arc-en-ciel et d’une autorité morale universelle. La première aura été celle d’un freedom fighter, un combattant de la liberté, un adepte de la non-violence conduit à la lutte armée par la ségrégation raciale, un «terroriste» au temps où l’idéologie de l’apartheid s’affichait comme ligne de défense de l’Occident travaillé par la guerre froide, un «communiste» (qu’il n’a jamais été) dans une Afrique du Sud où même le nationalisme était white only, réservé aux Afrikaners, les «Africains» blancs de souche boer.

Nelson Rolihlahla Mandela est né le 18 juillet 1918 dans le village de Qunu, près d’Umtata, au Transkei. Il appartient à une lignée royale Xhosa du clan Madhiba, dont le nom a désormais fait le tour du monde comme raccourci affectueux pour désigner le fils de Henry Mgadla Mandela, un chef Thembu qui le laisse orphelin à 12 ans. Envoyé à la cour du roi, Rolhlahla se prépare à assurer la succession à la chefferie, à l’école des pasteurs méthodistes d’abord, puis, en 1938 à l’University College for Bantu de Fort Hare, seul établissement secondaire habilité à l’époque à recevoir des «non-Blancs».

Nationalisme et pacifisme

Les fondateurs blancs de Fort Hare entendaient former une élite noire capable de servir leur dessein colonial. Mais face à la conjugaison d’esprits éveillés, l’épreuve de la réalité étant la plus forte, l’université «bantoue» s’est transformée en pépinière du nationalisme d’Afrique australe, d’où sortirent notamment les frères ennemis zimbabwéens Joshua Nkomo et Robert Mugabe ou le «père de la Nation» zambienne, Kenneth Kaunda. Derrière les expériences propres à chacun des jeunes gens se profilent des peuples déchus de leurs droits de citoyens et confinés dans la misère par une barrière de couleur défendue par les pouvoirs blancs, un fusil à la main et une bible dans l’autre. Les colons ont fait de l’identité noire une condition sociale. Une conscience noire est en gestation. Reste à trouver les armes pour la défendre. A Fort Hare, Mandela discute de l’enseignement du Mahatma Ghandi (né en Afrique du Sud) avec son meilleur ami, Oliver Tambo (mort le 24 avril 1993). Convaincu des vertus de la non-violence, il découvre aussi, non sans scepticisme, les thèses marxistes introduites clandestinement dans les chambrées studieuses par le South african communist party (SACP), interdit.

En 1940, Mandela et Tambo sont chassés de Fort Hare après avoir conduit une grève pour empêcher que le Conseil représentatif des étudiants soit transformé en simple chambre d’enregistrement. Il finira ses études par correspondance. Pour les financer, il embauche en 1941 comme vigile aux Crown Mines de Johannesburg. Le choc est violent dans l’univers minier du développement séparé où la richesse des Blancs ruisselle dans la sueur et le sang des Noirs. Nelson Mandela a 23 ans, une stature de boxeur. Servir l’ordre économique de la ségrégation raciale en maniant la chicotte, le jeune homme entrevoit le privilège douteux que sa naissance lui réserve. Quelques mois plus tard, une rencontre avec Albertina, l’épouse d’un militant de la cause noire, Walter Sisulu, fait bifurquer son destin. Walter Sisulu l’emploie dans sa petite agence immobilière, lui paye des cours de droit et le place dans un cabinet d’avocats blancs, des juifs communistes opposés à la ségrégation raciale.

Programme d’action unitaire

Oliver Tambo a rejoint son ami Mandela à Johannesburg, comme professeur de mathématiques. Les jeunes gens épousent des collègues infirmières d’Albertina Sisulu. Ils partent s’installer dans la township d’Orlando où leur rencontre avec l’instituteur zoulou Anton Lembede sera déterminante. En effet, après l’instauration de la discrimination raciale qui fonde le «développement séparé» concocté après la guerre des Boers (contre l’imperium anglais) en 1902, au lendemain de l’institution, en 1911, du «colour bar» qui limite le droit au travail des non-Blancs, ces derniers ont entrepris d’organiser une résistance. Dans les années quarante, elle paraît bien essoufflée. Anton Lembede, Nelson Mandela, Walter Sisulu et Oliver Tambo vont tenter de ranimer la flamme et de lui donner des couleurs nationalistes en créant, en 1944, une ligue de la jeunesse au sein de l’ANC dirigé alors par le docteur Xuma.

Fondé à Bloemfontein en 1912, l’African native national congress (ANNC) avait abandonné son initiale coloniale «native» (indigène) en 1923 pour devenir ANC. Largement inspiré par les idées légalistes du promoteur de l’émancipation des Noirs américains, Booker T. Washington, l’ANC avait entrepris d’informer la communauté noire sud-africaine sur ses droits ou ce qui en restait, faisant aussi campagne par exemple contre la loi sud-africaine sur les laissez-passer. Mais les revendications de l’ANC avaient fini par s’user sur la soif de respectabilité de ses dirigeants et sur la violence de la répression du pouvoir blanc. Avec la ligue de la jeunesse, la Youth League, l’ANC prend un tournant qui lui permet d’avoir une action efficace lors des grandes manifestations de mineurs en 1946 et 1949. Mandela est élu secrétaire général de la ligue en 1947 puis président peu après. En 1949, l’ANC adoptera le programme d’action de la Youth League qui réclame «la fin de la domination blanche». Entre temps, le Parti national (PN), au pouvoir à Pretoria depuis 1948, a érigé l’apartheid en idéologie et en programme de gouvernement. Albert Luthuli (prix Nobel de la paix en 1960) préside l’ANC.

En 1951, Tambo et Mandela sont les deux premiers avocats noirs inscrits au barreau de Johannesburg. L’année suivante, ils ouvrent un cabinet ensemble. En 1950, les principales lois de l’apartheid ont été adoptées, en particulier le Group areas act qui assigne notamment à «résidence» les Noirs dans les bantoustans et les townships. Le Supression communist act inscrit dans son champ anti-communiste toute personne qui «cherche à provoquer un changement politique, industriel, économique ou social par des moyens illégaux». Bien évidemment, pour l’apartheid il n’y a pas de possibilité de changement légal. Mais en rangeant dans le même sac nationalistes, communistes, pacifistes et révolutionnaires, il ferme la fracture idéologique qui opposait justement ces derniers au sein de l’ANC. Pour sa part, Nelson Mandela rompt avec son anti-communisme chrétien intransigeant pour recommander l’unité de lutte anti-apartheid entre les nationalistes noirs et les Blancs du SACP.

Désobéissance civile et clandestinité

Elu président de l’ANC pour le Transvaal et vice président national de l’ANC, Nelson Mandela est également choisi comme «volontaire en chef» pour lancer en juin 1952 une action de désobéissance civile civile de grande envergure à la manière du Mahatma Ghandi, la «défiance campaign», où il anime des cohortes de manifestants descendus en masse dans la rue. La campagne culmine en octobre, contre la ségrégation légalisée et en particulier contre le port obligatoire des laissez-passer imposé aux Noirs. Tout un arsenal de loi sur la «sécurité publique» verrouille l’état d’urgence qui autorise l’apartheid à gouverner par décrets. Condamné à neuf mois de prison avec sursis, le charismatique Mandela est interdit de réunion et assigné à résidence à Johannesburg. Il en profite pour mettre au point le «Plan M» qui organise l’ANC en cellules clandestines.

La répression des années cinquante contraint Mandela à faire disparaître son nom de l’affiche officielle de l’ANC mais ne l’empêche pas de participer en 1955 au Congrès des peuples qui adopte une Charte des Libertés préconisant l’avènement d’une société multiraciale et démocratique. Le Congrès parvient en effet à rassembler l’ANC, le Congrès indien, l’Organisation des métis sud-africain (SACPO), le Congrès des démocrates -composé de communistes proscrits depuis 1950 et de radicaux blancs- ainsi que le Congrès des syndicats sud-africains (SACTU). Le 5 décembre 1956, Nelson Mandela est arrêté avec Walter Sisulu, Oliver Tambo, Albert Luthuli (prix Nobel de la paix 1960) et des dizaines de dirigeants du mouvement anti-apartheid. Ils sont accusés, toutes races et toutes obédiences confondues, de comploter contre l’Etat au sein d’une organisation internationale d’inspiration communiste. En mars 1961, le plus long procès de l’histoire judiciaire sud-africaine s’achève sur un non-lieu général. L’ANC estime avoir épuisé tous les recours de la non-violence.

Le 21 mars 1960, à Sharpeville, la police de l’apartheid transforme en bain de sang (69 morts et 180 blessés) une manifestation pacifique contre les laissez-passer. L’état d’urgence est réactivé. Des milliers de personnes font les frais de la répression terrible qui s’ensuit dans tous le pays. Le 8 avril, l’ANC et le Congrès panafricain (le PAC né d’une scission anti-communiste) sont interdits. Cette même année de sang, Nelson épouse en deuxièmes noces Winnie, une assistante sociale, et entre en clandestinité. En mai 1961, le succès de son mot d’ordre de grève générale à domicile «stay at house» déchaîne les foudres de Pretoria qui déploie son grand jeu militaro-policier pour briser la résistance. En décembre, l’ANC met en application le plan de passage graduel à la lutte armée rédigé par Nelson Mandela. Avant d’en arriver à «la guérilla, le terrorisme et la révolution ouverte», Mandela préconise le sabotage des cibles militaro-industrielles qui, écrit-il, «n’entraîne aucune perte en vie humaine et ménage les meilleures chances aux relations interraciales».

Sabotages et lutte armée

Le 16 décembre 1961 des explosions marquent aux quatre coins du pays le baptême du feu d’Umkhonto We Sizwe, le «fer de lance de la Nation», la branche militaire de l’ANC. D’Addis-Abeba en janvier 1962 où se tient la conférence du Mouvement panafricain pour la libération de l’Afrique australe et orientale, à l’Algérie fraîchement indépendante d’Ahmed Ben Bella où il suit une formation militaire avec son ami Tambo, Nelson Mandela sillonne l’Afrique pour plaider la cause de l’ANC et recueillir subsides et bourses universitaires. Le pacifiste se met à l’étude de la stratégie militaire. Clausewitz, Mao et Che Guevara voisinent sur sa table de chevet avec les spécialistes de la guerre anglo-boers. A son retour, il est arrêté, le 5 août 1962, grâce à un indicateur de police, après une folle cavale où il emprunte toutes sortes de déguisements. En novembre, il écope de 5 ans de prison pour sortie illégale du territoire mais aussi comme fauteur de grève. Alors qu’il a commencé à purger sa peine, une deuxième vague d’accusation va le clouer en prison pour deux décennies de plus.

Les services de l’apartheid sont parvenus à infiltrer l’ANC jusqu’à sa tête. Le 11 juillet 1963, les principaux chefs d’Umkhonto We Sizwe tombent dans ses filets. Avec eux, dans la ferme de Lilliesleaf, à Rivonia, près de Johannesburg, la police de Pretoria met la main sur des kilos de documents, parmi lesquels le plan de passage à la lutte armée signé Mandela. Le 9 octobre 1963, il partage le banc des accusés du procès de Rivonia avec sept compagnons : Walter Sisulu, Govan Mbéki dit Le Rouge (le père de l’actuel président sud-africain), Raymond Mhlaba, Elias Mtsouledi, Andrew Mlangeni, Ahmed Kathrada, Denis Goldberg et Lionel Bernstein.

En avril 1964, Mandela assure lui-même sa défense en une longue plaidoirie où il fait en même temps le procès de l’apartheid. «J’ai lutté contre la domination blanche et contre la domination noire. J’ai défendu l’idéal d’une société démocratique et libre dans laquelle tous les individus vivraient ensemble en harmonie et bénéficieraient de chances égales. C’est un idéal pour lequel j’espère vivre et que j’espère voir se réaliser. C’est un idéal pour lequel, s’il le faut, je suis prêt à mourir», dit-il avant d’accueillir sans ciller le verdict attendu de l’apartheid, la prison à perpétuité pour tous, à l’exception de Bernstein, acquitté. Conformément aux principes de la ségrégation raciale, le Blanc Denis Goldberg est incarcéré à Pretoria. Les autres prennent le ferry qui les conduit au bagne de Robben-Island, au large du cap «de Bonne espérance». Mandela y restera dix-huit ans, jusqu’en avril 1982 où il est transféré secrètement dans le quartier de haute sécurité de la prison de Pollsmoor, à vingt kilomètres du Cap. Son régime de détention sera bien plus tard allégé, l’apartheid tentant de le récupérer en vain plusieurs fois, jusqu’à ce que le plus ancien prisonnier de conscience du monde, Nelson Rolihlahla Mandela, «Madhiba», arrache la liberté de construire la nation arc-en-ciel de ses vœux, le 11 février 1990.

Voir enfin:

En Afrique du Sud, les fermiers blancs ont peur

Patricia Huon, Correspondante en Afrique du Sud

La Libre Belgique

11 octobre 2013

International Une campagne dénonce "le massacre" des Blancs. Les chiffres ne le confirment pas.

Un nuage de ballons rouges s’envole dans le ciel ensoleillé de Pretoria, devant le siège du gouvernement sud-africain. Baptisé "Octobre Rouge", l’événement n’a rien à voir avec un rassemblement communiste ou le roman d’espionnage de l’Américain Tom Clancy. Les quelques centaines de personnes rassemblées hier dans plusieurs villes d’Afrique du Sud sont venues, souvent en famille, pour protester contre ce qu’elles qualifient d’"oppression" et de "massacre" des Sud-Africains blancs.

A leur tête, des chanteurs afrikaners populaires, Steve Hofmeyr et Sunette Bridges, qui enchaînent photos-souvenirs et autographes. Dans le défilé, sur fond de musique en afrikaans, flottent les anciens drapeaux d’Afrique du Sud et des républiques boers et s’affichent quelques tenues militaires, des symboles fortement associés à l’extrême droite.

Violence raciale

Pour les manifestants, la population blanche est victime d’une violence dirigée contre elle en raison de sa couleur de peau. "Stop au génocide blanc" , clame une pancarte, illustration de l’angoisse qui a saisi les anciens maîtres du pays depuis l’avènement de la démocratie.

"Je suis ici pour mes enfants. Notre culture est menacée" , lance Tina Vermeer, une mère de famille vêtue d’un t-shirt rouge, qui peine à s’exprimer en anglais. "L’Afrique du Sud d’aujourd’hui, c’est l’apartheid à l’envers" , ajoute-t-elle. Pour elle, comme pour toutes les personnes présentes, le Black Economic Empowerment, cette forme de discrimination positive à l’emploi pour corriger les inégalités du passé, est perçu comme une injustice.

Les quatre millions de Blancs sud-africains représentent un peu moins de 8 % de la population du pays. Statistiquement, ils ne sont pas à plaindre. Un ménage blanc gagne en moyenne six fois plus qu’une famille noire. Malgré les politiques mises en place, les Sud-Africains blancs continuent d’avoir un meilleur accès à l’éducation et à l’emploi. Le chômage touche plus de 25 % de la population noire, contre environ 5 % chez les Blancs. Les postes à responsabilité sont toujours détenus à près de 80 % par des Blancs.

La population noire est aussi la première victime de la criminalité. Selon les statistiques de la police, plus de 85 % des victimes de meurtres sont noires et moins de 2 % blanches. " Peut-être souffrent-ils aussi de la violence , reconnaît Sunette Bridges. Mais ils ne sont pas abattus par des Blancs. Pourquoi alors les Noirs viennent-ils nous tuer alors que nous les laissons en paix ?"

La peur ne s’explique pas avec des statistiques. Les meurtres, souvent très violents, de fermiers blancs choquent. Et la crainte d’être le prochain Zimbabwe, d’où les anciens colons ont été expulsés de leurs propriétés, reste ancrée. Elle a été ravivée par les récentes provocations de Julius Malema, ancien leader des Jeunes de l’ANC (le parti au pouvoir), appelant à une nationalisation sans compensation des terres et des mines.

La campagne "Red October", si elle a attiré pas mal d’attention, n’a reçu que relativement peu de soutien. A Pretoria, la manifestation a rassemblé moins de 400 personnes. Sur les réseaux sociaux, beaucoup parmi les Sud-Africains blancs, ont tenu à se distancer des propos tenus par le mouvement. Et Trevor Noah, un célèbre humoriste sud-africain qui se délecte souvent des contradictions de l’Afrique du Sud post-apartheid, affirme sur son compte Twitter : "En tant que Sud-Africains, nous devrions protester contre TOUTE forme de crime et de corruption. Ces problèmes nous touchent TOUS de manière égale."

Voir enfin:

Nelson Mandela : l’icône et le néant

Communiqué de Bernard Lugan[1]

6 décembre 2013

Né le 18 juillet 1918 dans l’ancien Transkei, mort le 5 décembre 2013, Nelson Mandela ne ressemblait pas à la pieuse image que le politiquement correct planétaire donne aujourd’hui de lui. Par delà les émois lénifiants et les hommages hypocrites, il importe de ne jamais perdre de vue les éléments suivants :

1) Aristocrate xhosa issu de la lignée royale des Thembu, Nelson Mandela n’était pas un « pauvre noir opprimé ». Eduqué à l’européenne par des missionnaires méthodistes, il commença ses études supérieures à Fort Hare, université destinée aux enfants des élites noires, avant de les achever à Witwatersrand, au Transvaal, au cœur de ce qui était alors le « pays boer ». Il s’installa ensuite comme avocat à Johannesburg.

2) Il n’était pas non plus ce gentil réformiste que la mièvrerie médiatique se plait à dépeindre en « archange de la paix » luttant pour les droits de l’homme, tel un nouveau Gandhi ou un nouveau Martin Luther King. Nelson Mandela fut en effet et avant tout un révolutionnaire, un combattant, un militant qui mit « sa peau au bout de ses idées », n’hésitant pas à faire couler le sang des autres et à risquer le sien.

Il fut ainsi l’un des fondateurs de l’Umkonto We Sizwe, « le fer de lance de la nation », aile militaire de l’ANC, qu’il co-dirigea avec le communiste Joe Slovo, planifiant et coordonnant plus de 200 attentats et sabotages pour lesquels il fut condamné à la prison à vie.

3) Il n’était pas davantage l’homme qui permit une transmission pacifique du pouvoir de la « minorité blanche » à la « majorité noire », évitant ainsi un bain de sang à l’Afrique du Sud. La vérité est qu’il fut hissé au pouvoir par un président De Klerk appliquant à la lettre le plan de règlement global de la question de l’Afrique australe décidé par Washington. Trahissant toutes les promesses faites à son peuple, ce dernier :

- désintégra une armée sud-africaine que l’ANC n’était pas en mesure d’affronter,

- empêcha la réalisation d’un Etat multiracial décentralisé, alternative fédérale au jacobinisme marxiste et dogmatique de l’ANC,

- torpilla les négociations secrètes menées entre Thabo Mbeki et les généraux sud-africains, négociations qui portaient sur la reconnaissance par l’ANC d’un Volkstaat en échange de l’abandon de l’option militaire par le général Viljoen[2].

4) Nelson Mandela n’a pas permis aux fontaines sud-africaines de laisser couler le lait et le miel car l’échec économique est aujourd’hui total. Selon le Rapport Economique sur l’Afrique pour l’année 2013, rédigé par la Commission économique de l’Afrique (ONU) et l’Union africaine (en ligne), pour la période 2008-2012, l’Afrique du Sud s’est ainsi classée parmi les 5 pays « les moins performants » du continent sur la base de la croissance moyenne annuelle, devançant à peine les Comores, Madagascar, le Soudan et le Swaziland (page 29 du rapport).

Le chômage touchait selon les chiffres officiels 25,6% de la population active au second trimestre 2013, mais en réalité environ 40% des actifs. Quant au revenu de la tranche la plus démunie de la population noire, soit plus de 40% des Sud-africains, il est aujourd’hui inférieur de près de 50% à celui qu’il était sous le régime blanc d’avant 1994[3]. En 2013, près de 17 millions de Noirs sur une population de 51 millions d’habitants, ne survécurent que grâce aux aides sociales, ou Social Grant, qui leur garantit le minimum vital.

5) Nelson Mandela a également échoué politiquement car l’ANC connaît de graves tensions multiformes entre Xhosa et Zulu, entre doctrinaires post marxistes et « gestionnaires » capitalistes, entre africanistes et partisans d’une ligne « multiraciale ». Un conflit de génération oppose également la vieille garde composée de « Black Englishmen», aux jeunes loups qui prônent une « libération raciale » et la spoliation des fermiers blancs, comme au Zimbabwe.

6) Nelson Mandela n’a pas davantage pacifié l’Afrique du Sud, pays aujourd’hui livré à la loi de la jungle avec une moyenne de 43 meurtres quotidiens.

7) Nelson Mandela n’a pas apaisé les rapports inter-raciaux. Ainsi, entre 1970 et 1994, en 24 ans, alors que l’ANC était "en guerre" contre le « gouvernement blanc », une soixantaine de fermiers blancs furent tués. Depuis avril 1994, date de l’arrivée au pouvoir de Nelson Mandela, plus de 2000 fermiers blancs ont été massacrés dans l’indifférence la plus totale des médias européens.

8) Enfin, le mythe de la « nation arc-en-ciel » s’est brisé sur les réalités régionales et ethno-raciales, le pays étant plus divisé et plus cloisonné que jamais, phénomène qui apparaît au grand jour lors de chaque élection à l’occasion desquelles le vote est clairement « racial », les Noirs votant pour l’ANC, les Blancs et les métis pour l’Alliance démocratique.

En moins de deux décennies, Nelson Mandela, président de la République du 10 mai 1994 au 14 juin 1999, puis ses successeurs, Thabo Mbeki (1999-2008) et Jacob Zuma (depuis 2009), ont transformé un pays qui fut un temps une excroissance de l’Europe à l’extrémité australe du continent africain, en un Etat du « tiers-monde » dérivant dans un océan de pénuries, de corruption, de misère sociale et de violences, réalité en partie masquée par quelques secteurs ultraperformants, mais de plus en plus réduits, le plus souvent dirigés par des Blancs.

Pouvait-il en être autrement quand l’idéologie officielle repose sur ce refus du réel qu’est le mythe de la « nation arc-en-ciel » ? Ce « miroir aux alouettes » destiné à la niaiserie occidentale interdit en effet de voir que l’Afrique du Sud ne constitue pas une Nation mais une mosaïque de peuples rassemblés par le colonisateur britannique, peuples dont les références culturelles sont étrangères, et même souvent irréductibles, les unes aux autres.

Le culte planétaire quasi religieux aujourd’hui rendu à Nelson Mandela, le dithyrambe outrancier chanté par des hommes politiques opportunistes et des journalistes incultes ou formatés ne changeront rien à cette réalité.

[1] La véritable biographie de Nelson Mandela sera faite dans le prochain numéro de l’Afrique Réelle qui sera envoyé aux abonnés au début du mois de janvier 2014.

[2] Voir mes entretiens exclusifs avec les généraux Viljoen et Groenewald publiés dans le numéro de juillet 2013 de l’Afrique réelle http://www.bernard-lugan.com

[3] Institut Stats SA .

Voir par ailleurs:

Arafat’s Death and the Polonium Mystery

A twist in the tale seems to debunk the poisoning theory. But even an earlier suspicious finding may have had a less than sinister explanation.

Edward Jay Epstein

The Wall Street Journal

Dec. 3, 2013

The mystery over the death of Yasser Arafat deepened on Tuesday, when the results from a French forensic lab that had tested his remains were leaked. Last month, a Swiss lab reported finding evidence of polonium in Arafat’s body fluids and saliva—buttressing claims by the Palestinian Authority since his death in 2004 that the Palestinian leader had been poisoned. A later Russian forensic examination was reportedly inconclusive.

Now the French have found no evidence that polonium caused his death, attributing Arafat’s demise to natural causes, according to Reuters. His widow, Suha Arafat, told reporters in Paris that she was "upset by these contradictions." But Mrs. Arafat’s own lawyer and a Palestinian Authority official dismissed the report, signaling yet more chapters to come in the posthumous Arafat saga.

Arafat died from a hemorrhagic cerebrovascular failure at age 75 on Nov. 11, 2004, at the Percy Military Hospital in Clamart, France. He had become violently ill in his compound in Ramallah on the West Bank one month earlier.

He was flown to France for treatment and examined by teams of French, Swiss and Tunisian doctors. While family members prohibited an autopsy, hospital officials found, according to a report leaked to the French journal Canard Enchaine, lesions of Arafat’s liver which indicated cirrhosis, a condition often associated with alcohol consumption.

Since alcohol use is not condoned in Arafat’s Muslim religion, such a medical finding could mar his image. In any case, at the request of Palestinian officials, his 558-page medical record was sealed and turned over to his family.

But the cause of his death remained a subject of continuing speculation with Suha Arafat asserting that he had been murdered. To support this charge, she asked scientists at the Institute of Radiation Physics in Lausanne, Switzerland, to examine the contents of a gym bag, which contained the clothing and sneakers Arafat wore at the time of his illness, as well as his tooth brush.

Institute scientists found traces of polonium—specifically polonium 210, an extremely rare radioactive isotope that can be lethal if ingested—on the contents of the gym bag. Because it emits a steady stream of alpha particles as it

decays, one of polonium’s principal uses is to trigger the detonation of early-stage nuclear weapons. Since detection of the isotope can be a sign of clandestine nuclear bomb-building, its distribution is closely monitored.

At the time of Arafat’s death, only five individuals were known to have been contaminated by lethal doses of polonium—all of them scientists accidentally exposed to it through their work. But Arafat was not known to have visited any facilities where could have accidentally come into contact with the substance.

After the Institute of Radiation Physics report, Suha Arafat authorized the exhumation of Arafat’s body from its grave in Ramallah. Different parts of his remains were sent for analysis to forensic labs in France, Russia and Switzerland. On Nov. 5, the University Center of Legal Medicine in Lausanne reported that Arafat’s saliva (taken from his tooth brush), blood and other body fluids had abnormally high levels of polonium. If so, Arafat had been exposed to a substantial amount of the isotope before his death.

There are at least three different theories that might account for how Arafat might have come in contact with polonium 210. The first theory, and the one that has attracted the most attention, was that he was poisoned by his enemies. Suha Arafat accused the Israel intelligence service Mossad of killing her husband by adding polonium to his food or beverages.

There is no doubt that Israel has produced a supply of polonium for its nuclear program. Droh Sadeh, an Israeli physicist at the Weizmann Institute in Tel Aviv, died from accidental exposure to the isotope in the late 1950s. But the drawback is that there is no medical evidence that Arafat died of radiation poisoning.

Polonium 210, because it emits alpha particles that do not penetrate the skin, can contaminate individuals without causing medical harm. To result in radiation poisoning, it must be ingested, and, if that occurs—as happened in the 2006 death of Alexander Litvinenko, an ex-KGB officer, in London—there are observable symptoms, such as hair loss and skin discoloration. But Arafat did not exhibit any symptoms of radiation poisoning to the teams of medical specialists who examined him before his death.

In addition, a review of Arafat’s sealed medical records by forensic scientists and doctors at the Institute of Radiation Physics in Lausanne showed that the "symptoms described in Arafat’s medical reports were not consistent with polonium-210." If the medical evidence is to be believed, Arafat did not die from any contact he may have had with polonium.

So what accounts for the polonium 210 signature that the Swiss researchers said they found on Arafat’s person and clothing?

A second theory is that Arafat’s headquarters in Ramallah had been contaminated by a surreptitious listening device planted by an adversary intelligence service. Polonium 210 can be used as a source of energy for an electronic device, such as a transmitter—just one gram can produce 140 watts of power. Such an alternative use of polonium 210 was claimed by Iran when it was questioned by the International Atomic Energy Agency in 2001 about the isotope found on Iranian gear. Iran said that it had produced the polonium to power instruments on a space craft (even though Iran did not have a space program).

Since polonium 210 generates pressure as it decays, it can also leak from its container and, attaching itself to dust, contaminate a large area. So it is possible that Arafat was accidentally contaminated—in a detectable but not fatal way—as the result of an espionage operation.

http://online.wsj.com/news/articles/SB10001424052702303562904579227942815253368 12/7/2013

Edward Jay Epstein: Arafat’s Death and the Polonium Mystery – WSJ.com Page 3 of 3

A third possibility is that the polonium 210 came from North Korea, which had been acquiring the material in 2004 in preparation for nuclear tests. Yasser Arafat, designated a "Hero" of North Korea by President Kim Il Sung in 1981, made six trips to North Korea, and Arafat’s associates received covert military assistance from the regime. Such trafficking might have brought members of Arafat’s entourage in contact with polonium 210.

There are no doubt other ways in which Yasser Arafat’s quarters could have been tainted by polonium. But however the contamination might have happened, there is no reason to conclude that it was the result of a murder plot. The news on Tuesday threw more cold water on an already implausible theory.

Mr. Epstein’s most recent book is "The Annals of Unsolved Crime" (Melville House, 2013).

COMPLEMENT:

What Nelson Mandela can teach us all about violence

Mandela was a great man. He was also a violent man. Ignoring that fact does him no justice

Natasha Lennard

Salon

Dec 8, 2013

When journalist and commentator Chris Hedges decried “violent” anarchists as a “cancer” in the Occupy movement, the violence he had in mind amounted to little more than a few smashed commercial windows.

Ample digital ink has been spilled in the last day by smart observers urging against the whitewashing of Nelson Mandela’s past. In the eyes of his fervid opponents, and many of his fervent supporters, Madiba was a radical, and a violent one. Compared to the militant actions Mandela would countenance and support from his African National Congress, what gets deemed “violent” or “militant” in the U.S. today is both laughable and problematic. On the occasion of the death of a great and violent man, it seems worthwhile to discuss what does and does not get deemed “violent” — and by who, where and when.

It’s beyond the purview of these paragraphs — and to be honest, I’m tired of the hackneyed polemic — to address whether violence, especially politically motivated violence, is ever justifiable or commendable. Instead, I’ll simply posit that violence is itself a moving goalpost. In the contested terrain of political struggles, however, it’s safe to say that any acts posing a threat (existential, ideological and wherever the twain meet) to a ruling status quo will be deemed violent. Even an act as minimal as a smashed Starbucks window can pass muster here — spidering cracked glass serves as reminder to those who might notice: “We do not consent to a gleaming patina; shit’s fucked up and bullshit.”

But I’m not going to weigh in on the ethics of revolutionary violence. To do so would miss how the concept of violence operates in our society: We erroneously isolate certain acts to deem “violent” or “nonviolent” — then “justifiably violent” or not, and so on — and in so doing we miss that there’s never a singular “violence”: there’s an ongoing dialectic of violent and counter-violent acts.

It’s within such a dialectic that we understand Mandela’s support of violence. His relationship to armed and violent struggle is nuanced and certainly not unique to him. He knew counter-violence was necessary in his violent context. He has also expressed that he and his ANC comrades prioritized the reduction of harm to human bodies. For Mandela, violence was a tactic. As Christopher Dickey noted, “when it came to the use of violence, as with so much else in his life, Mandela opted for pragmatism over ideology.”

Mandela’s own explanation of the his group’s approach to militant tactics was nuanced, highlighting again that violence is not one stable category:

We considered four types of violent activities — sabotage, guerrilla warfare, terrorism, and open revolution. For a small and fledgling army, open revolution was inconceivable. Terrorism inevitably reflected poorly on those who used it, undermining any public support it might otherwise garner. Guerrilla warfare was a possibility, but since the ANC had been reluctant to embrace violence at all, it made sense to start with the form of violence that inflicted the least harm against individuals.

Crucially, Mandela was open to escalation to terror tactics and guerrilla war. The ANC’s 1982 attack of the Koeberg nuclear plant — yes, crucial infrastructure — killed 19 people. Unsurprisingly, the ANC was listed as a terrorist organization by the United States. Mandela himself was on a U.S. terror watch list until 2008. But now he is dead and the work of historicizing is well underway. Attempts, notably by white liberals, to enshrine Mandela as a peaceful freedom fighter do no justice to his actual fight. Musa Okwanga has put it best:

You will try to smooth him, to sandblast him, to take away his Malcolm X. You will try to hide his anger from view. Right now, you are anxiously pacing the corridors of your condos and country estates, looking for the right words, the right tributes, the right-wing tributes. You will say that Mandela was not about race. You will say that Mandela was not about politics. You will say that Mandela was about nothing but one love, you will try to reduce him to a lilting reggae tune. “Let’s get together, and feel alright.” Yes, you will do that.

He could go on: Yes, you will do that, and even as you offer up paeans sanitizing Madiba, you will sit back and watch as young blackness continues to be treated as a crime in U.S. cities. You will decry the flash riots in London and the streets of East Flatbush, as young, unarmed black men are shot by police. You will see violence only as you choose to, and often without thinking.

The deifying and sanitizing of Mandela reflects an all-too prevalent “Not In My Backyard” (NIMBY) mentality, often adopted by the white liberal commentariat. (The ass-backwards, explicitly racist opinions of the right-wing are not my focus here. Take it as read: they suck.) My friend Lorenzo Raymond has written about what he calls the “Nonviolent In My Backyard” tract of NIMBY — a position occupied by Chris Hedges among others. As Raymond noted of this sort of NIMBY liberal, “Yes, of course, they celebrate militant, spontaneous, non-bureaucratic grassroots uprisings outside of U.S. borders, even if they’re as physically close as Oaxaca or politically close as London. But as soon as the insurrection gets to their neck of the woods, suddenly we must have everything in triplicate, blessed by the elders, and executed quietly and even ‘neatly.’”

The parameters, by NIMBY reasoning, of acceptable or justified radical violence expand as the struggles in question are grow farther from U.S. soil, and when the event is separated by years and decades. We imprison today’s whistle-blowers and canonize yesterday’s insurrectionists. But (and here’s the trick) the ability to do so is premised on the belief (even a tacit one) that our current context is not so bad, but dissent, militancy and violence is fine there and then — just Not In My Backyard.

NIMBY liberalism rejects the background violence of its own context — the structural racism, the inequality, the totalized surveillance, the engorged prisons, the brutal police, the patriarchy, the poverty, the pain. A smashed window, a looted store, a dented cop car can be read as “violent” now only because a certain NIMBYism fails to see such (small) acts as counter-violent responses to ubiquitous violence. Heroic and necessary violence is reserved for distant lands and completed revolutions.

We see this sort of logic writ large in War on Terror ideology. In a fear-mongering propaganda segment on last week’s Sunday morning talk shows, Senate Intelligence Committee chair Dianne Feinstein and her House counterpart Mike Rogers warned viewers that terrorism is on the rise. “There are new bombs, very big bombs…There are more groups than ever. And there is huge malevolence out there”, said Feinstein. As I commented at the time, in describing rage at the U.S. as contentless “malevolence,” Feinstein tacitly rejects that the anger and radicalization may be grounded in responses to U.S. violence. Similarly, when British Prime Minister David Cameron described the events of the 2011 London riots as “criminality pure and simple,” he ignored the context which gave rise to the rage — the racist policing and widespread inequality highlighted by the London School of Economics and the Guardian in their study of the riots (and well-known by anyone paying attention to their social context).

I’m not suggesting for a second that the contemporary U.S. or U.K. should be compared to apartheid South Africa. I’m noting only that the treatment — either the validation or the whitewashing — of Mandela’s violent militancy is significant, nay crucial, at this current moment when even low-level dissent and property damage is decried and dismissed as violence, pure and simple. Mandela’s story should remind us that there’s nothing simple nor pure about violence.

Natasha Lennard

Natasha Lennard is an assistant news editor at Salon, covering non-electoral politics, general news and rabble-rousing. Follow her on Twitter @natashalennard, email nlennard@salon.com.


Diversité: L’enfer, c’est les autres, mais j’ai besoin des oeufs ! (Hell is other people, but I need the eggs ! – How diversity is eating away at trust)

1 décembre, 2013
http://consumertraveler.com/wp-content/uploads/In-God-.jpghttp://edge.liveleak.com/80281E/ll_a_s/2013/Oct/23/LiveLeak-dot-com-f83_1382554898-USHasSpent37TrillionOnWelfareOverPast5Yearsprev.jpg?d5e8cc8eccfb6039332f41f6249e92b06c91b4db65f5e99818badf93454dddd05891&ec_rate=230Mais, quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre? Jésus (Luc 18: 8)
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10: 34-36)
Je pensais à cette vieille blague, vous savez, ce-ce-ce type va chez un psychiatre et dit : « Doc, euh, mon frère est fou. Il se prend pour un poulet. » Et, euh, le docteur dit : « Et bien, pourquoi ne le faites-vous pas enfermer ? » Et le type dit : « J’aimerais bien, mais j’ai besoin des œufs. » Et bien, je crois que c’est ce que je ressens au sujet des relations. Vous savez, elles sont totalement irrationnelles et folles et absurdes et… mais, euh, je crois qu’on continue parce que, euh, la plupart d’entre nous ont besoin des œufs…  Woody Allen
Nous venons de terminer le cinquième exercice depuis que le président Obama a pris ses fonctions. Durant ces cinq années, le gouvernement fédéral a dépensé un total de 3,7  mille milliard de dollars pour environ 80 programmes sous condition de ressources différents contre la pauvreté et de protection sociale. La caractéristique commune des programmes d’aide sous condition de ressources est qu’ils sont gradués par apport au revenu d’une personne et que, contrairement aux programmes tels que la sécurité sociale ou l’assurance-maladie, ils sont un avantage gratuit sans aucune contribution du bénéficiaire. La somme énorme dépensée pourl’assistance sous condition de ressources est près de cinq fois supérieure au montant combiné consacré à la NASA et à l’éducation et à tous les projets de transport de compétence fédérale au cours de cette époque. (3,7 mille milliards de dollars n’est pas encore la totalité du montant dépensé pour le soutien fédéral de la pauvreté, les États membres contribuant pour plus de 200 milliards de dollars chaque année à ce lien fédéral, principalement sous forme de soins de santé gratuits à faible revenu.) Parce que le budget de l’aide sociale est tellement fragmenté — les coupons alimentaires ne sont qu’un des 15 programmes fédéraux qui fournissent une aide alimentaire, cela rend le contrôle efficace presque impossible, tout en masquant l’étendue tant aux contribuables qu’aux législateurs. Par exemple, il est plus facile pour les législateurs opposés aux réformes de s’opposer à des économies de coupons alimentaires en occultant le fait qu’un ménage qui reçoit des coupons alimentaires a souvent simultanément  droit à une myriade de programmes d’aide fédéraux y compris l’assistance de trésorerie, les logements subventionnés, les soins médicaux gratuits, la garde d’enfants gratuite et l’assistance énergétique à la maison. Commission sénatoriale du Budget
"Il est temps que l’Amérique comprenne que beaucoup des plus grandes disparités de la nation, de l’éducation à la pauvreté et à l’espérance de vie sont de plus en plus liées à la position de classe économique, » a déclaré William Julius Wilson, professeur de Harvard spécialiste des questions raciales et de la pauvreté. Il note par ailleurs que, malgré la persistance des difficultés économiques, les minorités sont plus optimistes quant à l’avenir après l’élection d’Obama, ce qui n’est pas les blancs qui se débattait. « Il y a la possibilité réelle que l’aliénation blanche va augmenter si des mesures ne sont pas prises pour mettre en évidence et lutter contre l’inégalité sur un large front, » a dit Ted Wilson. Parfois appelé "les pauvres invisibles" par les démographes, les blancs à faible revenu sont généralement dispersés dans les banlieues, mais aussi les petites villes rurales, où plus de 60% des pauvres sont blancs. Concentrés dans les Appalaches à l’est, ils sont également nombreux dans le Midwest industriel et  à travers le cœur de l’Amérique, du Missouri, de l’Arkansas et de l’Oklahoma jusqu’aux grandes plaines. Plus de 19 millions de blancs sont tombésen dessous du seuil de pauvreté de 23 021 $ pour une famille de quatre, représentant plus de 41 % de la nation démunis, près du double le nombre de pauvres noirs. CS monitor
"L’enfer c’est les autres" a été toujours mal compris. On a cru que je voulais dire par là que nos rapports avec les autres étaient toujours empoisonnés, que c’était toujours des rapports infernaux. Or, c’est tout autre chose que je veux dire. Je veux dire que si les rapports avec autrui sont tordus, viciés, alors l’autre ne peut être que l’enfer. Pourquoi ? Parce que les autres sont, au fond, ce qu’il y a de plus important en nous-mêmes, pour notre propre connaissance de nous-mêmes. Quand nous pensons sur nous, quand nous essayons de nous connaître, au fond nous usons des connaissances que les autres ont déjà sur nous, nous nous jugeons avec les moyens que les autres ont, nous ont donné, de nous juger. Quoi que je dise sur moi, toujours le jugement d’autrui entre dedans. Quoi que je sente de moi, le jugement d’autrui entre dedans. Ce qui veut dire que, si mes rapports sont mauvais, je me mets dans la totale dépendance d’autrui et alors, en effet, je suis en enfer. Et il existe une quantité de gens dans le monde qui sont en enfer parce qu’ils dépendent trop du jugement d’autrui. Mais cela ne veut nullement dire qu’on ne puisse avoir d’autres rapports avec les autres, ça marque simplement l’importance capitale de tous les autres pour chacun de nous. Sartre
Chacun se croit seul en enfer et c’est cela l’enfer. René Girard
De toutes les menaces qui pèsent sur nous, la plus redoutable, nous le savons, la seule réelle, c’est nous-mêmes. René Girard
Ce ne sont pas les différences qui provoquent les conflits mais leur effacement. René Girard
Aucun nombre de bombes atomiques ne pourra endiguer le raz de marée constitué par les millions d’êtres humains qui partiront un jour de la partie méridionale et pauvre du monde, pour faire irruption dans les espaces relativement ouverts du riche hémisphère septentrional, en quête de survie. Boumediene (mars 1974)
Un jour, des millions d’hommes quitteront le sud pour aller dans le nord. Et ils n’iront pas là-bas en tant qu’amis. Parce qu’ils iront là-bas pour le conquérir. Et ils le conquerront avec leurs fils. Le ventre de nos femmes nous donnera la victoire. Houari Boumediene (ONU, 10.04.74)
Nous avons 50 millions de musulmans en Europe. Il y a des signes qui attestent qu’Allah nous accordera une grande victoire en Europe, sans épée, sans conquête. Les 50 millions de musulmans d’Europe feront de cette dernière un continent musulman. Allah mobilise la Turquie, nation musulmane, et va permettre son entrée dans l’Union Européenne. Il y aura alors 100 millions de musulmans en Europe. L’Albanie est dans l’Union européenne, c’est un pays musulman. La Bosnie est dans l’Union européenne, c’est un pays musulman. 50% de ses citoyens sont musulmans. L’Europe est dans une fâcheuse posture. Et il en est de même de l’Amérique. Elles [les nations occidentales] devraient accepter de devenir musulmanes avec le temps ou bien de déclarer la guerre aux musulmans. Kadhafi (10.04.06) 
Et si Raspail, avec "Le Camp des Saints", n’était ni un prophète ni un romancier visionnaire, mais simplement un implacable historien de notre futur? Jean Cau
Le 17 février 2001, un cargo vétuste s’échouait volontairement sur les rochers côtiers, non loin de Saint-Raphaël. À son bord, un millier d’immigrants kurdes, dont près de la moitié étaient des enfants. « Cette pointe rocheuse faisait partie de mon paysage. Certes, ils n’étaient pas un million, ainsi que je les avais imaginés, à bord d’une armada hors d’âge, mais ils n’en avaient pas moins débarqué chez moi, en plein décor du Camp des saints, pour y jouer l’acte I. Le rapport radio de l’hélicoptère de la gendarmerie diffusé par l’AFP semble extrait, mot pour mot, des trois premiers paragraphes du livre. La presse souligna la coïncidence, laquelle apparut, à certains, et à moi, comme ne relevant pas du seul hasard. Jean Raspail
Qu’est-ce que Big Other ? C’est le produit de la mauvaise conscience occidentale soigneusement entretenue, avec piqûres de rappel à la repentance pour nos fautes et nos crimes supposés –  et de l’humanisme de l’altérité, cette sacralisation de l’Autre, particulièrement quand il s’oppose à notre culture et à nos traditions. Perversion de la charité chrétienne, Big Other a le monopole du Vrai et du Bien et ne tolère pas de voix discordante. Jean Raspail
Ce qui m’a frappé, c’est le contraste entre les opinions exprimées à titre privé et celles tenues publiquement. Double langage et double conscience… À mes yeux, il n’y a pire lâcheté que celle devant la faiblesse, que la peur d’opposer la légitimité de la force à l’illégitimité de la violence. Jean Raspail
La véritable cible du roman, ce ne sont pas les hordes d’immigrants sauvages du tiers-monde, mais les élites, politiques, religieuses, médiatiques, intellectuelles, du pays qui, par lâcheté devant la faiblesse, trahissent leurs racines, leurs traditions et les valeurs de leur civilisation. En fourriers d’une apocalypse dont ils seront les premières victimes. Chantre des causes dé sespérées et des peuples en voie de disparition, comme son œuvre ultérieure en témoigne, Jean Raspail a, dans ce grand livre d’anticipation, incité non pas à la haine et à la discrimination, mais à la lucidité et au courage. Dans deux générations, on saura si la réalité avait imité la fiction. Bruno de Cessole
Délinquants itinérants issus des gens du voyage ou «petites mains» pilotées à distance par des mafias des pays de l’Est, ces bandes de cambrioleurs ignorant les frontières n’hésitent plus à couvrir des centaines de kilomètres lors de raids nocturnes pour repérer puis investir des demeures isolées. En quelques années, les «voleurs dans la loi» géorgiens sont devenus les «aristocrates» de la discipline. Organisés de façon quasi militaire et placés sous la férule de lieutenants, ces «Rappetout» venus du froid écument avec méthode les territoires les plus «giboyeux» du pays, notamment dans le Grand Ouest, les régions Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d’Azur ou encore Languedoc-Roussillon. Selon une estimation récente, la valeur marchande de leur colossal butin frise les 200.000 euros par semaine. Continuant à se propager dans les grandes villes, le fléau gangrène à une vitesse étourdissante les campagnes et les petites agglomérations: entre 2007 et 2012, le nombre de villas et résidences «visitées» en zone gendarmerie a bondi de 65 %. Soit 35.361 faits constatés de plus en cinq ans. En plein cœur du département de la Marne, où les cambriolages ont flambé de 47 % en un an, des clans albanais retranchés près de Tirana ont dépêché des «soldats» pour piller des maisons de campagne situées dans des villages jusque-là préservés tels que Livry-Louvercy, aux Petites-Loges ou encore à Gueux. Le Figaro
Le tout virtuel ne marche pas. Si les solutions pour travailler à distance existent, rien ne remplace le contact humain nécessaire au bon fonctionnement d’une entreprise. A la longue, communiquer uniquement par mail ou par téléphone devient pénible. Gauthier Toulemonde
En présence de la diversité, nous nous replions sur nous-mêmes. Nous agissons comme des tortues. L’effet de la diversité est pire que ce qui avait été imaginé. Et ce n’est pas seulement que nous ne faisons plus confiance à ceux qui ne sont pas comme nous. Dans les communautés diverses, nous ne faisons plus confiance à ceux qui nous ressemblent. Robert Putnam
Page appelle ça le "paradoxe de diversité." Il pense que les effets à la fois positifs et négatifs de la diversité peuvent coexister dans les communautés, mais qu’il doit y avoir une limite." Si l’investissement civique tombe trop bas, il est facile d’imaginer que les effets positifs de la diversité puissent tout aussi bien commencer à s’affaiblir. Michael Jonas
Americans don’t trust each other anymore. We’re not talking about the loss of faith in big institutions such as the government, the church or Wall Street, which fluctuates with events. For four decades, a gut-level ingredient of democracy — trust in the other fellow — has been quietly draining away. These days, only one-third of Americans say most people can be trusted. Half felt that way in 1972, when the General Social Survey first asked the question. Forty years later, a record high of nearly two-thirds say “you can’t be too careful” in dealing with people. (…) Does it matter that Americans are suspicious of one another? Yes, say worried political and social scientists. What’s known as “social trust” brings good things. A society where it’s easier to compromise or make a deal. Where people are willing to work with those who are different from them for the common good. Where trust appears to promote economic growth. Distrust, on the other hand, seems to encourage corruption. At the least, it diverts energy to counting change, drawing up 100-page legal contracts and building gated communities. Even the rancor and gridlock in politics might stem from the effects of an increasingly distrustful citizenry, said April K. Clark, a Purdue University political scientist and public opinion researcher. “It’s like the rules of the game,” Clark said. “When trust is low, the way we react and behave with each other becomes less civil.” (…) There’s no single explanation for Americans’ loss of trust. The best-known analysis comes from “Bowling Alone” author Robert Putnam’s nearly two decades of studying the United States’ declining “social capital,” including trust. Putnam says Americans have abandoned their bowling leagues and Elks lodges to stay home and watch TV. Less socializing and fewer community meetings make people less trustful than the “long civic generation” that came of age during the Depression and World War II. Connie Cass

A l’heure où même les plus démagogiques de nos dirigeants atteignent des sommets d’impopularité …

Et où, attirés par le grand festin de l’Etat-tout-Providence, les réfugiés économiques du Tiers-Monde comme les nouveaux barbares de l’est déferlent par vagues entières sur nos côtes et nos villes …

Pendant que, par manque de contact humain, un chef d’entreprise français, pourtant armé des dernières technologies numériques et d’un sacré sens de l’auto-promotion, se voit contraint après 40 jours à peine de mettre un terme à son expérience de Robinson virtuel …

Comment ne pas voir avec les résultats d’une grande enquête américaine sur les modes de vie …

Que contre les prédictions les plus naïves ou les plus roublardes de nos hérauts de la diversité …

Mais conformément aux prévisions des plus lucides de nos sociologues ou, accessoirement, de nos propres Evangiles …

Ce n’est pas nécessairement, derrière les spectaculaires et indéniables prodiges de nos nouvelles technologies, à plus de paix et d’harmonie que va aboutir le formidable rassemblement de population – proprement inouï dans l’Histoire de l’humanité – que nous connaissons actuellement …

Mais bien, très probablement, à des niveaux de conflit dont nous n’avons pas encore idée ?

In God we trust, maybe, but not each other

Connie Cass

WASHINGTON (AP) — You can take our word for it. Americans don’t trust each other anymore.

We’re not talking about the loss of faith in big institutions such as the government, the church or Wall Street, which fluctuates with events. For four decades, a gut-level ingredient of democracy — trust in the other fellow — has been quietly draining away.

These days, only one-third of Americans say most people can be trusted. Half felt that way in 1972, when the General Social Survey first asked the question.

Forty years later, a record high of nearly two-thirds say “you can’t be too careful” in dealing with people.

An AP-GfK poll conducted last month found that Americans are suspicious of each other in everyday encounters. Less than one-third expressed a lot of trust in clerks who swipe their credit cards, drivers on the road, or people they meet when traveling.

“I’m leery of everybody,” said Bart Murawski, 27, of Albany, N.Y. “Caution is always a factor.”

Does it matter that Americans are suspicious of one another? Yes, say worried political and social scientists.

What’s known as “social trust” brings good things.

A society where it’s easier to compromise or make a deal. Where people are willing to work with those who are different from them for the common good. Where trust appears to promote economic growth.

Distrust, on the other hand, seems to encourage corruption. At the least, it diverts energy to counting change, drawing up 100-page legal contracts and building gated communities.

Even the rancor and gridlock in politics might stem from the effects of an increasingly distrustful citizenry, said April K. Clark, a Purdue University political scientist and public opinion researcher.

“It’s like the rules of the game,” Clark said. “When trust is low, the way we react and behave with each other becomes less civil.”

There’s no easy fix.

In fact, some studies suggest it’s too late for most Americans alive today to become more trusting. That research says the basis for a person’s lifetime trust levels is set by his or her mid-twenties and unlikely to change, other than in some unifying crucible such as a world war.

People do get a little more trusting as they age. But beginning with the baby boomers, each generation has started off adulthood less trusting than those who came before them.

The best hope for creating a more trusting nation may be figuring out how to inspire today’s youth, perhaps united by their high-tech gadgets, to trust the way previous generations did in simpler times.

There are still trusters around to set an example.

Pennsylvania farmer Dennis Hess is one. He runs an unattended farm stand on the honor system.

Customers pick out their produce, tally their bills and drop the money into a slot, making change from an unlocked cashbox. Both regulars and tourists en route to nearby Lititz, Pa., stop for asparagus in spring, corn in summer and, as the weather turns cold, long-neck pumpkins for Thanksgiving pies.

“When people from New York or New Jersey come up,” said Hess, 60, “they are amazed that this kind of thing is done anymore.”

Hess has updated the old ways with technology. He added a video camera a few years back, to help catch people who drive off without paying or raid the cashbox. But he says there isn’t enough theft to undermine his trust in human nature.

“I’ll say 99 and a half percent of the people are honest,” said Hess, who’s operated the produce stand for two decades.

There’s no single explanation for Americans’ loss of trust.

The best-known analysis comes from “Bowling Alone” author Robert Putnam’s nearly two decades of studying the United States’ declining “social capital,” including trust.

Putnam says Americans have abandoned their bowling leagues and Elks lodges to stay home and watch TV. Less socializing and fewer community meetings make people less trustful than the “long civic generation” that came of age during the Depression and World War II.

University of Maryland Professor Eric Uslaner, who studies politics and trust, puts the blame elsewhere: economic inequality.

Trust has declined as the gap between the nation’s rich and poor gapes ever wider, Uslaner says, and more and more Americans feel shut out. They’ve lost their sense of a shared fate. Tellingly, trust rises with wealth.

“People who believe the world is a good place and it’s going to get better and you can help make it better, they will be trusting,” Uslaner said. “If you believe it’s dark and driven by outside forces you can’t control, you will be a mistruster.”

African-Americans consistently have expressed far less faith in “most people” than the white majority does. Racism, discrimination and a high rate of poverty destroy trust.

Nearly 8 in 10 African-Americans, in the 2012 survey conducted by NORC at the University of Chicago with principal funding from the National Science Foundation, felt that “you can’t be too careful.” That figure has held remarkably steady across the 25 GSS surveys since 1972.

The decline in the nation’s overall trust quotient was driven by changing attitudes among whites.

It’s possible that people today are indeed less deserving of trust than Americans in the past, perhaps because of a decline in moral values.

“I think people are acting more on their greed,” said Murawski, a computer specialist who says he has witnessed scams and rip-offs. “Everybody wants a comfortable lifestyle, but what are you going to do for it? Where do you draw the line?”

Ethical behavior such as lying and cheating are difficult to document over the decades. It’s worth noting that the early, most trusting years of the GSS poll coincided with Watergate and the Vietnam War. Trust dropped off in the more stable 1980s.

Crime rates fell in the 1990s and 2000s, and still Americans grew less trusting. Many social scientists blame 24-hour news coverage of distant violence for skewing people’s perceptions of crime.

Can anything bring trust back?

Uslaner and Clark don’t see much hope anytime soon.

Thomas Sander, executive director of the Saguaro Seminar launched by Putnam, believes the trust deficit is “eminently fixable” if Americans strive to rebuild community and civic life, perhaps by harnessing technology.

After all, the Internet can widen the circle of acquaintances who might help you find a job. Email makes it easier for clubs to plan face-to-face meetings. Googling someone turns up information that used to come via the community grapevine.

But hackers and viruses and hateful posts eat away at trust. And sitting home watching YouTube means less time out meeting others.

“A lot of it depends on whether we can find ways to get people using technology to connect and be more civically involved,” Sander said.

“The fate of Americans’ trust,” he said, “is in our own hands.”

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Associated Press Director of Polling Jennifer Agiesta and AP News Survey Specialist Dennis Junius contributed to this report.

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Online:

AP-GfK Poll: http://www.ap-gfkpoll.com

General Social Survey: http://www3.norc.org/GSS+Website

Voir aussi:

L’exil du patron Robinson sur une île déserte touche à sa fin

Isabelle de Foucaud

le Figaro

18/11/2013

Gauthier Toulemonde est parti 40 jours sur une île de l’archipel indonésien pour démontrer que le télétravail n’est plus une utopie avec les technologies de communication.

Gauthier Toulemonde, qui a décidé de passer 40 jours sur une île au large de l’Indonésie pour tester des conditions «extrêmes» de télétravail, a pu gérer son entreprise sans encombre. Il sera de retour en France d’ici à la fin de la semaine.

Gauthier Toulemonde prépare ses valises avec le sentiment du devoir accompli. Il doit quitter mardi son île déserte de l’archipel indonésien, longue de 700 mètres, large de 500 et située à cinq heures de bateau du village le plus proche, sur laquelle il vient de passer 40 jours dans des conditions extrêmes. «J’appréhende le retour à la vie moderne après cette longue période de solitude. Je ne sais plus ce que c’est de prendre le métro ou d’être coincé dans les embouteillages», confie-t-il au figaro.fr par téléphone satellitaire ce lundi, à la veille de son départ.

A 54 ans, l’entrepreneur de Saint-André-lez-Lille (Nord), qui a partagé son expérience sur un blog, ne voulait pas seulement réaliser un «rêve d’enfant» en montant cette expédition à la Robinson Crusoé. Certes, il a passé ce séjour dans l’isolement total, mais ultra connecté. Un ordinateur, une tablette numérique et deux téléphones satellitaires alimentés par des panneaux solaires étaient du voyage. «Mon but était de démontrer que je pouvais continuer à gérer mon entreprise à distance, grâce aux nouvelles technologies», explique Gauthier Toulemonde , propriétaire de la société Timbropresse qui publie le mensuel Timbres magazine, et par ailleurs rédacteur en chef de L’Activité immobilière.

Un pari réussi. «Nous avons bouclé, avec mon équipe à distance, chaque magazine dans les délais et avec les mêmes contenus et paginations que d’habitude», se réjouit-il, en assurant avoir assumé sans encombre l’ensemble de ses responsabilités. Choix des sujets, attribution aux journalistes et pigistes, réalisation d’interviews et lancement des pages en production … «Les communications étaient réduites a minima et je privilégiais les échanges par mail plutôt que par téléphone satellitaire, ces appels étant beaucoup plus coûteux.» Le patron Robinson est parti avec un budget de «moins de 10.000 euros», sans sponsor, et s’est fixé comme limite stricte 20 euros de frais Internet par jour.

Les limites du «tout virtuel»

Autre complication: le décalage horaire de six heures (en plus) qui a considérablement rallongé les journées de Gauthier Toulemonde afin qu’il puisse «croiser» un minimum sa dizaine de salariés en France. «Lorsque je prenais du retard sur la rédaction d’un article, en revanche, ce décalage devenait un sérieux avantage pour moi en me donnant un peu plus de temps.»

Si les solutions pour travailler à distance existent et fonctionnent, rien ne remplace le contact humain nécessaire au bon fonctionnement d’une entreprise

Des délais souvent bienvenus alors que ce chef d’entreprise – parti quand même avec des rations de survie de pâtes et de riz – devait en plus assurer sa subsistance en pêchant, chassant ou cueillant des végétaux dès 5 heures du matin. Le tout dans un environnement dominé par des rats, serpents et varans. «Ma plus grande crainte était de perdre ma connexion», confie cependant l’aventurier. Parti en pleine saison des pluies, il a subi des intempéries qui l’ont parfois fait vivre pendant quelques jours sur ses réserves d’énergie.

Ces frayeurs ont-elles refroidi l’enthousiasme de l’entrepreneur pour le télétravail? «Le tout virtuel ne marche pas. Si les solutions pour travailler à distance existent, rien ne remplace le contact humain nécessaire au bon fonctionnement d’une entreprise», conclut Gauthier Toulemonde, en confiant au passage qu’«à la longue, communiquer uniquement par mail ou par téléphone devient pénible».

Voir encore:

Real-life Robinson Crusoe who decided to run his Paris business from a remote Indonesian island goes home after being put off by the snakes, spiders and sky-high phone bills

Gauthier Toulemonde, 54, moved to a 700×500-metre island for 40 days

He scavenged for vegetables and fish, and ‘detoxed from modern life’

Only companion was a ‘rented’ dog that scared off wildlife for him

Says lack of human contact and fear of losing web signal was unbearable

Mia De Graaf

The Daily Mail

 30 November 2013

A French businessman who realised his childhood dream to relocate to a desert island has been driven home by wild Indonesian creatures and unaffordable phone bills.

Gauthier Toulemonde, 54, had been getting increasingly frustrated with his stagnant life commuting from Lille to Paris every day to his office job as a publicist.

Last Christmas, the sorry sight of distinctly un-merry Parisians lugging presents through the station compelled him to finally take a leap.

Deserted: Gauthier Toulemonde, 54, relocated his work as a publicist to one of Indonesia’s 17,000 islands

Deserted: Gauthier Toulemonde, 54, relocated his work as a publicist to one of Indonesia’s 17,000 islands

Moving to one of Indonesia’s 17,000 islands like Robinson Crusoe moved to Trinidad, Mr Toulemonde ‘detoxed from modern life’ by scavenging for food, being in touch with nature, and having little to no contact with other human beings.

His only companion was Gecko, a dog borrowed from a Chinese woman, to scare off the wildlife.

He told The Guardian he wanted to be the first ‘Web Robinson’ to persuade French people to abandon the tiring, demoralising commute and work remotely.

He added: ‘I found myself in Gare Saint Lazare in Paris just before Christmas watching the continuous stream of people passing by.

Idyllic: He was bound by Indonesian law to keep the exact location of the 700×500-metre island a secret

Idyllic: He was bound by Indonesian law to keep the exact location of the 700×500-metre island a secret

‘Web Robinson': Toulemonde filmed his experiment testing if it was possible to work this far from the office

‘Web Robinson': Toulemonde filmed his experiment testing if it was possible to work this far from the office

‘They had this sad look on their faces, even though they were carrying Christmas presents. It had long seemed to me absurd this travelling back and forth to offices.

‘My idea of going away had been growing for a while, but it was on that day, I decided to leave.’

It took him six months – and numerous run-ins with the Indonesian government – to find the perfect uninhabited island for a six-week trial run. Although he managed to persuade officials to let him go, he was ordered by law not to reveal the exact location of the hideaway, that is just 700-by-500 metres.

Finally, in October he set off – with just a tent, four solar panels, a phone, a laptop, rice and pasta for supplies.

Guard dog: Gecko, a dog he borrowed from a Chinese woman, helped scare off the wildlife

Guard dog: Gecko, a dog he borrowed from a Chinese woman, helped scare off the wildlife

Isolated: Toulemonde was banned from revealing the exact location of the uninhabited island

Isolated: Toulemonde was banned from stating the exact location of the uninhabited island in the Indian Ocean

Every day he woke at 5am and went to bed at midnight.

He would scavenge for vegetables on the island and fish in the sea before simply reclining to ‘detox from modern life’.

‘Those days, for me it was like being in quarantine,’ he told Le Figaro.

‘I used the time as a detox from modern life.’

He told Paris Match: ‘What gave me most joy was living – stripped bare – in the closest possible contact with nature. Every day was magical.’

However, it was not stress-free: his company had to publish two editions of Stamps Magazine.

Snakes: Toulemonde was surrounded by Indonesia’s wildlife ranging from small snakes to giant pythons

Snakes: Toulemonde was surrounded by Indonesia’s wildlife ranging from small snakes to giant pythons

Rats: He said living on the island with pests such as rats for any more than 40 days would be too much to handle

Rats: He said living on the island with pests such as rats for any more than 40 days would be too much to handle

Diary: He wrote a blog and made videos tracking his progress. He admitted he won’t go out again

Diary: He wrote a blog and made videos tracking his progress. He admitted he won’t go out again

He allowed himself 20 euros a day for internet to email his employees – and abandoned extortionate phone calls early on.

But after completing his trial, Mr Toulemonde has conceded that he cannot do it forever.

Although he claims the ‘telecommuting’ experiment was a success, he told French broadcasters My TF1 News that the snakes and rats were intolerable – and fear of losing Internet connection was even worse.

The biggest challenge was lack of human contact.

He said: ‘Telecommuting really works but doing everything virtually has its limits. Working from distance might be doable, but nothing can replace human contact.’

Voir par ailleurs:

Exclusive: Signs of declining economic security

Hope Yen

Jul. 28, 2013

ECONOMIC INSECURITY

Chart shows cumulative economic insecurity by age; 2c x 4 inches; 96.3 mm x 101 mm;

WASHINGTON (AP) — Four out of 5 U.S. adults struggle with joblessness, near poverty or reliance on welfare for at least parts of their lives, a sign of deteriorating economic security and an elusive American dream.

Survey data exclusive to The Associated Press points to an increasingly globalized U.S. economy, the widening gap between rich and poor and loss of good-paying manufacturing jobs as reasons for the trend.

The findings come as President Barack Obama tries to renew his administration’s emphasis on the economy, saying in recent speeches that his highest priority is to "rebuild ladders of opportunity" and reverse income inequality.

Hardship is particularly on the rise among whites, based on several measures. Pessimism among that racial group about their families’ economic futures has climbed to the highest point since at least 1987. In the most recent AP-GfK poll, 63 percent of whites called the economy "poor."

"I think it’s going to get worse," said Irene Salyers, 52, of Buchanan County, Va., a declining coal region in Appalachia. Married and divorced three times, Salyers now helps run a fruit and vegetable stand with her boyfriend, but it doesn’t generate much income. They live mostly off government disability checks.

"If you do try to go apply for a job, they’re not hiring people, and they’re not paying that much to even go to work," she said. Children, she said, have "nothing better to do than to get on drugs."

While racial and ethnic minorities are more likely to live in poverty, race disparities in the poverty rate have narrowed substantially since the 1970s, census data show. Economic insecurity among whites also is more pervasive than is shown in government data, engulfing more than 76 percent of white adults by the time they turn 60, according to a new economic gauge being published next year by the Oxford University Press.

The gauge defines "economic insecurity" as experiencing unemployment at some point in their working lives, or a year or more of reliance on government aid such as food stamps or income below 150 percent of the poverty line. Measured across all races, the risk of economic insecurity rises to 79 percent.

"It’s time that America comes to understand that many of the nation’s biggest disparities, from education and life expectancy to poverty, are increasingly due to economic class position," said William Julius Wilson, a Harvard professor who specializes in race and poverty.

He noted that despite continuing economic difficulties, minorities have more optimism about the future after Obama’s election, while struggling whites do not.

"There is the real possibility that white alienation will increase if steps are not taken to highlight and address inequality on a broad front," Wilson said.

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Sometimes termed "the invisible poor" by demographers, lower-income whites are generally dispersed in suburbs as well as small rural towns, where more than 60 percent of the poor are white. Concentrated in Appalachia in the East, they are also numerous in the industrial Midwest and spread across America’s heartland, from Missouri, Arkansas and Oklahoma up through the Great Plains.

More than 19 million whites fall below the poverty line of $23,021 for a family of four, accounting for more than 41 percent of the nation’s destitute, nearly double the number of poor blacks.

Still, while census figures provide an official measure of poverty, they’re only a temporary snapshot. The numbers don’t capture the makeup of those who cycle in and out of poverty at different points in their lives. They may be suburbanites, for example, or the working poor or the laid off.

In 2011 that snapshot showed 12.6 percent of adults in their prime working-age years of 25-60 lived in poverty. But measured in terms of a person’s lifetime risk, a much higher number — 4 in 10 adults — falls into poverty for at least a year of their lives.

The risks of poverty also have been increasing in recent decades, particularly among people ages 35-55, coinciding with widening income inequality. For instance, people ages 35-45 had a 17 percent risk of encountering poverty during the 1969-1989 time period; that risk increased to 23 percent during the 1989-2009 period. For those ages 45-55, the risk of poverty jumped from 11.8 percent to 17.7 percent.

By race, nonwhites still have a higher risk of being economically insecure, at 90 percent. But compared with the official poverty rate, some of the biggest jumps under the newer measure are among whites, with more than 76 percent enduring periods of joblessness, life on welfare or near-poverty.

By 2030, based on the current trend of widening income inequality, close to 85 percent of all working-age adults in the U.S. will experience bouts of economic insecurity.

"Poverty is no longer an issue of ‘them’, it’s an issue of ‘us’," says Mark Rank, a professor at Washington University in St. Louis who calculated the numbers. "Only when poverty is thought of as a mainstream event, rather than a fringe experience that just affects blacks and Hispanics, can we really begin to build broader support for programs that lift people in need."

Rank’s analysis is supplemented with figures provided by Tom Hirschl, a professor at Cornell University; John Iceland, a sociology professor at Penn State University; the University of New Hampshire’s Carsey Institute; the Census Bureau; and the Population Reference Bureau.

Among the findings:

—For the first time since 1975, the number of white single-mother households who were living in poverty with children surpassed or equaled black ones in the past decade, spurred by job losses and faster rates of out-of-wedlock births among whites. White single-mother families in poverty stood at nearly 1.5 million in 2011, comparable to the number for blacks. Hispanic single-mother families in poverty trailed at 1.2 million.

—The share of children living in high-poverty neighborhoods — those with poverty rates of 30 percent or more — has increased to 1 in 10, putting them at higher risk of teen pregnancy or dropping out of school. Non-Hispanic whites accounted for 17 percent of the child population in such neighborhoods, up from 13 percent in 2000, even though the overall proportion of white children in the U.S. has been declining.

The share of black children in high-poverty neighborhoods dropped sharply, from 43 percent to 37 percent, while the share of Latino children ticked higher, from 38 to 39 percent.

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Going back to the 1980s, never have whites been so pessimistic about their futures, according to the General Social Survey, which is conducted by NORC at the University of Chicago. Just 45 percent say their family will have a good chance of improving their economic position based on the way things are in America.

The divide is especially evident among those whites who self-identify as working class: 49 percent say they think their children will do better than them, compared with 67 percent of non-whites who consider themselves working class.

In November, Obama won the votes of just 36 percent of those noncollege whites, the worst performance of any Democratic nominee among that group since 1984.

Some Democratic analysts have urged renewed efforts to bring working-class whites into the political fold, calling them a potential "decisive swing voter group" if minority and youth turnout level off in future elections.

"They don’t trust big government, but it doesn’t mean they want no government," says Republican pollster Ed Goeas, who agrees that working-class whites will remain an important electoral group. "They feel that politicians are giving attention to other people and not them."

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AP Director of Polling Jennifer Agiesta, News Survey Specialist Dennis Junius and AP writer Debra McCown in Buchanan County, Va., contributed to this report.

Voir aussi:

Report: U.S. Spent $3.7 Trillion on Welfare Over Last 5 Years

Dutch King: Say Goodbye to Welfare State

AMSTERDAM September 17, 2013 (AP)

Toby Sterling Associated Press

King Willem-Alexander delivered a message to the Dutch people from the government Tuesday in a nationally televised address: the welfare state of the 20th century is gone.

In its place a "participation society" is emerging, in which people must take responsibility for their own future and create their own social and financial safety nets, with less help from the national government.

The king traveled past waving fans in an ornate horse-drawn carriage to the 13th-century Hall of Knights in The Hague for the monarch’s traditional annual address on the day the government presents its budget for the coming year. It was Willem-Alexander’s first appearance on the national stage since former Queen Beatrix abdicated in April and he ascended to the throne.

"The shift to a ‘participation society’ is especially visible in social security and long-term care," the king said, reading out to lawmakers a speech written for him by Prime Minister Mark Rutte’s government.

"The classic welfare state of the second half of the 20th century in these areas in particular brought forth arrangements that are unsustainable in their current form."

Rutte may be hoping that the pomp and ceremony surrounding the king and his popular wife, Queen Maxima, will provide a diversion from the gloomy reality of a budget full of unpopular new spending cuts he revealed later in the day.

A series of recent polls have shown that confidence in Rutte’s government is at record low levels, and that most Dutch people — along with labor unions, employers’ associations and many economists — believe the Cabinet’s austerity policies are at least partially to blame as the Dutch economy has worsened even as recoveries are underway in neighboring Germany, France and Britain.

After several consecutive years of government spending cuts, the Dutch economy is expected to have shrunk by more than 1 percent in 2013, and the agency is forecasting growth of just 0.5 percent next year.

"The necessary reforms take time and demand perseverance," the king said. But they will "lay the basis for creating jobs and restoring confidence."

Willem-Alexander said that nowadays, people expect and "want to make their own choices, to arrange their own lives, and take care of each other."

The ‘participation society’ has been on its way for some time: benefits such as unemployment compensation and subsidies on health care have been regularly pruned for the past decade. The retirement age has been raised to 67.

The king said Tuesday some costs for the care of the elderly, for youth services, and for job retraining after layoffs will now be pushed back to the local level, in order to make them better tailored to local circumstances.

The monarchy was not immune to cost-cutting and Willem-Alexander’s salary will be cut from around 825,000 euros ($1.1 million) this year to 817,000 euros in 2014. Maintaining the Royal House — castles, parades and all — costs the government around 40 million euros annually.

A review of the government’s budget by the country’s independent analysis agency showed that the deficit will widen in 2014 to 3.3 percent of GDP despite the new spending cuts intended to reduce it.

Eurozone rules specify that countries must keep their deficit below 3 percent, and Rutte has been among the most prominent of European leaders, along with Germany’s Angela Merkel, in insisting that Southern European countries attempt to meet that target.

Among other measures, the government announced 2,300 new military job cuts. That follows a 2011 decision to cut 12,000 jobs — one out of every six defense employees — between 2012 and 2015.

However, the government said Tuesday it has decided once and for all not to abandon the U.S.-led "Joint Strike Fighter" program to develop new military aircraft. The program has suffered cost overruns and created divisions within Rutte’s governing coalition.

A debate over the budget later this week will be crucial for the future of the coalition, as it does not command a majority in the upper house, and it must seek help from opposition parties to have the budget approved.

Challenged as to whether his Cabinet may be facing a crisis, Rutte insisted in an interview with national broadcaster NOS on Tuesday that he ultimately will find support for the budget.

"At crucial moments, the opposition is willing to do its share," he said.

Geert Wilders, whose far right Freedom Party currently tops popularity polls, called Rutte’s budget the equivalent of "kicking the country while it’s down."

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History suggests that era of entitlements is nearly over

Michael Barone

The Examiner

January 11, 2013

It’s often good fun and sometimes revealing to divide American history into distinct periods of uniform length. In working on my forthcoming book on American migrations, internal and immigrant, it occurred to me that you could do this using the American-sounding interval of 76 years, just a few years more than the biblical lifespan of three score and ten.

It was 76 years from Washington’s First Inaugural in 1789 to Lincoln’s Second Inaugural in 1865. It was 76 years from the surrender at Appomattox Courthouse in 1865 to the attack at Pearl Harbor in 1941.

Going backward, it was 76 years from the First Inaugural in 1789 to the Treaty of Utrecht in 1713, which settled one of the British-French colonial wars. And going 76 years back from Utrecht takes you to 1637, when the Virginia and Massachusetts Bay colonies were just getting organized.

As for our times, we are now 71 years away from Pearl Harbor. The current 76-year interval ends in December 2017.

Each of these 76-year periods can be depicted as a distinct unit. In the Colonial years up to 1713, very small numbers of colonists established separate cultures that have persisted to our times.

The story is brilliantly told in David Hackett Fischer’s "Albion’s Seed." For a more downbeat version, read the recent "The Barbarous Years" by the nonagenarian Bernard Bailyn.

From 1713 to 1789, the Colonies were peopled by much larger numbers of motley and often involuntary settlers — slaves, indentured servants, the unruly Scots-Irish on the Appalachian frontier.

For how this society became dissatisfied with the Colonial status quo, read Bailyn’s "The Ideological Origins of the American Revolution."

From 1789 to 1865, Americans sought their manifest destiny by expanding across the continent. They made great technological advances but were faced with the irreconcilable issue of slavery in the territories.

For dueling accounts of the period, read the pro-Andrew Jackson Democrat Sean Wilentz’s "The Rise of American Democracy" and the pro-Henry Clay Whig Daniel Walker Howe’s "What Hath God Wrought." Both are sparklingly written and full of offbeat insights and brilliant apercus.

The 1865-to-1941 period saw a vast efflorescence of market capitalism, European immigration and rising standards of living. For descriptions of how economic change reshaped the nation and its government, read Morton Keller’s "Affairs of State" and "Regulating a New Society."

The 70-plus years since 1941 have seen a vast increase in the welfare safety net and governance by cooperation among big units — big government, big business, big labor — that began in the New Deal and gained steam in and after World War II. I immodestly offer my own "Our Country: The Shaping of America from Roosevelt to Reagan."

The original arrangements in each 76-year period became unworkable and unraveled toward its end. Eighteenth-century Americans rejected the Colonial status quo and launched a revolution, then established a constitutional republic.

Nineteenth-century Americans went to war over expansion of slavery. Early-20th-century Americans grappled with the collapse of the private-sector economy in the Depression of the 1930s.

We are seeing something like this again today. The welfare state arrangements that once seemed solid are on the path to unsustainability.

Entitlement programs — Social Security, Medicare, Medicaid — are threatening to gobble up the whole government and much of the private sector, as well.

Lifetime employment by one big company represented by one big union is a thing of the past. People who counted on corporate or public-sector pensions are seeing them default.

Looking back, we are as far away in time today from victory in World War II in 1945 as Americans were at the time of the Dred Scott decision from the First Inaugural.

We are as far away in time today from passage of the Social Security in 1935 as Americans then were from the launching of post-Civil War Reconstruction.

Nevertheless our current president and most politicians of his party seem determined to continue the current welfare state arrangements — historian Walter Russell Mead calls this the blue-state model — into the indefinite future.

Some leaders of the other party are advancing ideas for adapting a system that worked reasonably well in an industrial age dominated by seemingly eternal big units into something that can prove workable in an information age experiencing continual change and upheaval wrought by innovations in the market economy.

The current 76-year period is nearing its end. What will come next?

Michael Barone,The Examiner’s senior political analyst, can be contacted at mbarone@washingtonexaminer.com

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America’s Fourth Revolution: The Coming Collapse of the Entitlement Society-and How We Will Survive It

James Piereson

The United States has been shaped by three far-reaching political revolutions: Jefferson’s “revolution of 1800,” the Civil War, and the New Deal. Each of these upheavals concluded with lasting institutional and cultural adjustments that set the stage for new phases of political and economic development. Are we on the verge of a new upheaval, a “fourth revolution” that will reshape U.S. politics for decades to come? There are signs to suggest that we are.

America’s Fourth Revolution describes the political upheaval that will overtake the United States over the next decade as a consequence of economic stagnation, the growth of government, and the exhaustion of post-war arrangements that formerly underpinned American prosperity and power. The inter-connected challenges of public debt, the retirement of the "baby boom" generation, and slow economic growth have reached a point where they can no longer be addressed by incremental adjustments in taxes and spending, but will require profound changes in the role of government in American life. At the same time, the widening gulf between the two political parties and the entrenched power of interest groups will make it difficult to negotiate the changes needed to renew the system.

America’s Fourth Revolution places this impending upheaval in historical context by reminding readers that Americans have faced and overcome similar challenges in the past and that they seem to resolve their deepest problems in relatively brief but intense periods of political conflict. In contrast to other books which claim that the United States is in decline, America’s Fourth Revolution argues that Americans will struggle over the next decade to form a governing coalition that will guide the nation on a path of renewed dynamism and prosperity.

Voir enfin:

L’enfer c’est les autres

1964 et 1970

L’existentialisme athée

par Jean-Paul Sartre

Extrait du CD « Huis clos » et de « L’Existentialisme est un humanisme »

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L’enfer, c’est les autres [1]

Quand on écrit une pièce, il y a toujours des causes occasionnelles et des soucis profonds. La cause occasionnelle c’est que, au moment où j’ai écrit Huis clos, vers 1943 et début 44, j’avais trois amis et je voulais qu’ils jouent une pièce, une pièce de moi, sans avantager aucun d’eux. C’est-à-dire, je voulais qu’ils restent ensemble tout le temps sur la scène. Parce que je me disais que s’il y en a un qui s’en va, il pensera que les autres ont un meilleur rôle au moment où il s’en va. Je voulais donc les garder ensemble. Et je me suis dit, comment peut-on mettre ensemble trois personnes sans jamais en faire sortir l’une d’elles et les garder sur la scène jusqu’au bout, comme pour l’éternité. C’est là que m’est venue l’idée de les mettre en enfer et de les faire chacun le bourreau des deux autres. Telle est la cause occasionnelle. Par la suite, d’ailleurs, je dois dire, ces trois amis n’ont pas joué la pièce, et comme vous le savez, c’est Michel Vitold, Tania Balachova et Gaby Sylvia qui l’ont jouée.

Mais il y avait à ce moment-là des soucis plus généraux et j’ai voulu exprimer autre chose dans la pièce que, simplement, ce que l’occasion me donnait. J’ai voulu dire « l’enfer c’est les autres ». Mais « l’enfer c’est les autres » a été toujours mal compris. On a cru que je voulais dire par là que nos rapports avec les autres étaient toujours empoisonnés, que c’était toujours des rapports infernaux. Or, c’est tout autre chose que je veux dire. Je veux dire que si les rapports avec autrui sont tordus, viciés, alors l’autre ne peut être que l’enfer. Pourquoi ? Parce que les autres sont, au fond, ce qu’il y a de plus important en nous-mêmes, pour notre propre connaissance de nous-mêmes. Quand nous pensons sur nous, quand nous essayons de nous connaître, au fond nous usons des connaissances que les autres ont déjà sur nous, nous nous jugeons avec les moyens que les autres ont, nous ont donné, de nous juger. Quoi que je dise sur moi, toujours le jugement d’autrui entre dedans. Quoi que je sente de moi, le jugement d’autrui entre dedans. Ce qui veut dire que, si mes rapports sont mauvais, je me mets dans la totale dépendance d’autrui et alors, en effet, je suis en enfer. Et il existe une quantité de gens dans le monde qui sont en enfer parce qu’ils dépendent trop du jugement d’autrui. Mais cela ne veut nullement dire qu’on ne puisse avoir d’autres rapports avec les autres, ça marque simplement l’importance capitale de tous les autres pour chacun de nous.

Deuxième chose que je voudrais dire, c’est que ces gens ne sont pas semblables à nous. Les trois personnes que vous entendrez dans Huis clos ne nous ressemblent pas en ceci que nous sommes tous vivants et qu’ils sont morts. Bien entendu, ici, « morts » symbolise quelque chose. Ce que j’ai voulu indiquer, c’est précisément que beaucoup de gens sont encroûtés dans une série d’habitudes, de coutumes, qu’ils ont sur eux des jugements dont ils souffrent mais qu’ils ne cherchent même pas à changer. Et que ces gens-là sont comme morts, en ce sens qu’ils ne peuvent pas briser le cadre de leurs soucis, de leurs préoccupations et de leurs coutumes et qu’ils restent ainsi victimes souvent des jugements que l’on a portés sur eux.

À partir de là, il est bien évident qu’ils sont lâches ou méchants. Par exemple, s’ils ont commencé à être lâches, rien ne vient changer le fait qu’ils étaient lâches. C’est pour cela qu’ils sont morts, c’est pour cela, c’est une manière de dire que c’est une « mort vivante » que d’être entouré par le souci perpétuel de jugements et d’actions que l’on ne veut pas changer.

De sorte que, en vérité, comme nous sommes vivants, j’ai voulu montrer, par l’absurde, l’importance, chez nous, de la liberté, c’est-à-dire l’importance de changer les actes par d’autres actes. Quel que soit le cercle d’enfer dans lequel nous vivons, je pense que nous sommes libres de le briser. Et si les gens ne le brisent pas, c’est encore librement qu’ils y restent. De sorte qu’ils se mettent librement en enfer.

Vous voyez donc que « rapport avec les autres », « encroûtement » et « liberté », liberté comme l’autre face à peine suggérée, ce sont les trois thèmes de la pièce.

Je voudrais qu’on se le rappelle quand vous entendrez dire… « L’enfer c’est les autres ».

Je tiens à ajouter, en terminant, qu’il m’est arrivé en 1944, à la première représentation, un très rare bonheur, très rare pour les auteurs dramatiques : c’est que les personnages ont été incarnés de telle manière par les trois acteurs, et aussi par Chauffard, le valet d’enfer, qui l’a toujours jouée depuis, que je ne puis plus me représenter mes propres imaginations autrement que sous les traits de Michel Vitold, Gaby Sylvia, de Tania Balachova et de Chauffard. Depuis, la pièce a été rejouée par d’autres acteurs, et je tiens en particulier à dire que j’ai vu Christiane Lenier, quand elle l’a jouée, et que j’ai admiré quelle excellente Inès elle a été.

L’existence précède l’essence [2]

Est-ce qu’au fond, ce qui fait peur, dans la doctrine que je vais essayer de vous exposer, ce n’est pas le fait qu’elle laisse une possibilité de choix à l’homme ? Pour le savoir, il faut que nous revoyions la question sur un plan strictement philosophique.

Qu’est-ce qu’on appelle existentialisme ? La plupart des gens qui utilisent ce mot seraient bien embarrassés pour le justifier, puisque aujourd’hui [1945], que c’est devenu une mode, on déclare volontiers qu’un musicien ou qu’un peintre est existentialiste. Un échotier de Clartés signe l’Existentialiste ; et au fond le mot a pris aujourd’hui une telle largeur et une telle extension qu’il ne signifie plus rien du tout. Il semble que, faute de doctrine d’avant-garde analogue au surréalisme, les gens avides de scandale et de mouvement s’adressent à cette philosophie, qui ne peut d’ailleurs rien leur apporter dans ce domaine ; en réalité c’est la doctrine la moins scandaleuse, la plus austère ; elle est strictement destinée aux techniciens et aux philosophes. Pourtant, elle peut se définir facilement. Ce qui rend les choses compliquées, c’est qu’il y a deux espèces d’existentialistes : les premiers, qui sont chrétiens, et parmi lesquels je rangerai Jaspers et Gabriel Marcel, de confession catholique ; et, d’autre part, les existentialistes athées parmi lesquels il faut ranger Heidegger, et aussi les existentialistes français et moi-même. Ce qu’ils ont en commun, c’est simplement le fait qu’ils estiment que l’existence précède l’essence, ou, si vous voulez, qu’il faut partir de la subjectivité. Que faut-il au juste entendre par là ? Lorsqu’on considère un objet fabriqué, comme par exemple un livre ou un coupe-papier, cet objet a été fabriqué par un artisan qui s’est inspiré d’un concept ; il s’est référé au concept de coupe-papier, et également à une technique de production préalable qui fait partie du concept, et qui est au fond une recette. Ainsi, le coupe-papier est à la fois un objet qui se produit d’une certaine manière et qui, d’autre part, a une utilité définie, et on ne peut pas supposer un homme qui produirait un coupe-papier sans savoir à quoi l’objet va servir. Nous dirons donc que, pour le coupe-papier, l’essence — c’est-à-dire l’ensemble des recettes et des qualités qui permettent de le produire et de le définir — précède l’existence ; et ainsi la présence, en face de moi, de tel coupe-papier ou de tel livre est déterminée. Nous avons donc là une vision technique du monde, dans laquelle on peut dire que la production précède l’existence.

Lorsque nous concevons un Dieu créateur, ce Dieu est assimilé la plupart du temps à un artisan supérieur ; et quelle que soit la doctrine que nous considérions, qu’il s’agisse d’une doctrine comme celle de Descartes ou de la doctrine de Leibniz, nous admettons toujours que la volonté suit plus ou moins l’entendement, ou tout au moins l’accompagne, et que Dieu, lorsqu’il crée, sait précisément ce qu’il crée. Ainsi, le concept d’homme, dans l’esprit de Dieu, est assimilable au concept de coupe-papier dans l’esprit de l’industriel ; et Dieu produit l’homme suivant des techniques et une conception, exactement comme l’artisan fabrique un coupe-papier suivant une définition et une technique. Ainsi l’homme individuel réalise un certain concept qui est dans l’entendement divin. Au XVIIIe siècle, dans l’athéisme des philosophes, la notion de Dieu est supprimée, mais non pas pour autant l’idée que l’essence précède l’existence. Cette idée, nous la retrouvons un peu partout : nous la retrouvons chez Diderot, chez Voltaire, et même chez Kant. L’homme est possesseur d’une nature humaine ; cette nature humaine, qui est le concept humain, se retrouve chez tous les hommes, ce qui signifie que chaque homme est un exemple particulier d’un concept universel, l’homme ; chez Kant, il résulte de cette universalité que l’homme des bois, l’homme de la nature, comme le bourgeois sont astreints à la même définition et possèdent les mêmes qualités de base. Ainsi, là encore, l’essence d’homme précède cette existence historique que nous rencontrons dans la nature.

L’existentialisme athée, que je représente, est plus cohérent. Il déclare que si Dieu n’existe pas, il y a au moins un être chez qui l’existence précède l’essence, un être qui existe avant de pouvoir être défini par aucun concept et que cet être c’est l’homme ou, comme dit Heidegger, la réalité humaine. Qu’est-ce que signifie ici que l’existence précède l’essence ? Cela signifie que l’homme existe d’abord, se rencontre, surgit dans le monde, et qu’il se définit après.

L’homme, tel que le conçoit l’existentialiste, s’il n’est pas définissable, c’est qu’il n’est d’abord rien. Il ne sera qu’ensuite, et il sera tel qu’il se sera fait. Ainsi, il n’y a pas de nature humaine, puisqu’il n’y a pas de Dieu pour la concevoir. L’homme est seulement, non seulement tel qu’il se conçoit, mais tel qu’il se veut, et comme il se conçoit après l’existence, comme il se veut après cet élan vers l’existence ; l’homme n’est rien d’autre que ce qu’il se fait. Tel est le premier principe de l’existentialisme.

C’est aussi ce qu’on appelle la subjectivité, et que l’on nous reproche sous ce nom même. Mais que voulons-nous dire par là, sinon que l’homme a une plus grande dignité que la pierre ou que la table ? Car nous voulons dire que l’homme existe d’abord, c’est-à-dire que l’homme est d’abord ce qui se jette vers un avenir, et ce qui est conscient de se projeter dans l’avenir. L’homme est d’abord un projet qui se vit subjectivement, au lieu d’être une mousse, une pourriture ou un chou-fleur ; rien n’existe préalablement à ce projet ; rien n’est au ciel intelligible, et l’homme sera d’abord ce qu’il aura projeté d’être. Non pas ce qu’il voudra être. Car ce que nous entendons ordinairement par vouloir, c’est une décision consciente, et qui est pour la plupart d’entre nous postérieure à ce qu’il s’est fait lui-même. Je peux vouloir adhérer à un parti, écrire un livre, me marier, tout cela n’est qu’une manifestation d’un choix plus originel, plus spontané que ce qu’on appelle volonté. Mais si vraiment l’existence précède l’essence, l’homme est responsable de ce qu’il est. Ainsi, la première démarche de l’existentialisme est de mettre tout homme en possession de ce qu’il est et de faire reposer sur lui la responsabilité totale de son existence.

Ma volonté engage l’humanité entière [3]

Ainsi, notre responsabilité est beaucoup plus grande que nous ne pourrions le supposer, car elle engage l’humanité entière. Si je suis ouvrier, et si je choisis d’adhérer à un syndicat chrétien plutôt que d’être communiste, si, par cette adhésion, je veux indiquer que la résignation est au fond la solution qui convient à l’homme, que le royaume de l’homme n’est pas sur la terre, je n’engage pas seulement mon cas : je veux être résigné pour tous, par conséquent ma démarche a engagé l’humanité tout entière. Et si je veux, fait plus individuel, me marier, avoir des enfants, même si ce mariage dépend uniquement de ma situation, ou de ma passion, ou de mon désir, par là j’engage non seulement moi-même, mais l’humanité tout entière sur la voie de la monogamie. Ainsi je suis responsable pour moi-même et pour tous, et je crée une certaine image de l’homme que je choisis ; en me choisissant, je choisis l’homme.

L’angoisse et la mauvaise foi [4]

Ceci nous permet de comprendre ce que recouvrent des mots un peu grandiloquents comme angoisse, délaissement, désespoir. Comme vous allez voir, c’est extrêmement simple. D’abord, qu’entend-on par angoisse ? L’existentialiste déclare volontiers que l’homme est angoisse. Cela signifie ceci : l’homme qui s’engage et qui se rend compte qu’il est non seulement celui qu’il choisit d’être, mais encore un législateur choisissant en même temps que soi l’humanité entière, ne saurait échapper au sentiment de sa totale et profonde responsabilité. Certes, beaucoup de gens ne sont pas anxieux ; mais nous prétendons qu’ils se masquent leur angoisse, qu’ils la fuient ; certainement, beaucoup de gens croient en agissant n’engager qu’eux-mêmes, et lorsqu’on leur dit : « mais si tout le monde faisait comme ça ? » ils haussent les épaules et répondent : « tout le monde ne fait pas comme ça. » Mais en vérité, on doit toujours se demander : qu’arriverait-il si tout le monde en faisait autant ? Et on n’échappe à cette pensée inquiétante que par une sorte de mauvaise foi. Celui qui ment et qui s’excuse en déclarant : tout le monde ne fait pas comme ça, est quelqu’un qui est mal à l’aise avec sa conscience, car le fait de mentir implique une valeur universelle attribuée au mensonge. Même lorsqu’elle se masque l’angoisse apparaît. C’est cette angoisse que Kierkegaard appelait l’angoisse d’Abraham.

Vous connaissez l’histoire : Un ange a ordonné à Abraham de sacrifier son fils : tout va bien si c’est vraiment un ange qui est venu et qui a dit : tu es Abraham, tu sacrifieras ton fils. Mais chacun peut se demander, d’abord, est-ce que c’est bien un ange, et est-ce que je suis bien Abraham ? Qu’est-ce qui me le prouve ? Il y avait une folle qui avait des hallucinations : on lui parlait par téléphone et on lui donnait des ordres. Le médecin lui demanda : « Mais qui est-ce qui vous parle ? » Elle répondit : « Il dit que c’est Dieu. » Et qu’est-ce qui lui prouvait, en effet, que c’était Dieu ? Si un ange vient à moi, qu’est-ce qui prouve que c’est un ange ? Et si j’entends des voix, qu’est-ce qui prouve qu’elles viennent du ciel et non de l’enfer, ou d’un subconscient, ou d’un état pathologique ? Qui prouve qu’elles s’adressent à moi ? Qui prouve que je suis bien désigné pour imposer ma conception de l’homme et mon choix à l’humanité ? Je ne trouverai jamais aucune preuve, aucun signe pour m’en convaincre. Si une voix s’adresse à moi, c’est toujours moi qui déciderai que cette voix est la voix de l’ange ; si je considère que tel acte est bon, c’est moi qui choisirai de dire que cet acte est bon plutôt que mauvais. Rien ne me désigne pour être Abraham, et pourtant je suis obligé à chaque instant de faire des actes exemplaires. Tout se passe comme si, pour tout homme, toute l’humanité avait les yeux fixés sur ce qu’il fait et se réglait sur ce qu’il fait. Et chaque homme doit se dire : suis-je bien celui qui a le droit d’agir de telle sorte que l’humanité se règle sur mes actes ? Et s’il ne se dit pas cela, c’est qu’il se masque l’angoisse. Il ne s’agit pas là d’une angoisse qui conduirait au quiétisme, à l’inaction. Il s’agit d’une angoisse simple, que tous ceux qui ont eu des responsabilités connaissent. Lorsque, par exemple, un chef militaire prend la responsabilité d’une attaque et envoie un certain nombre d’hommes à la mort, il choisit de le faire, et au fond il choisit seul. Sans doute il y a des ordres qui viennent d’en haut, mais ils sont trop larges et une interprétation s’impose, qui vient de lui, et de cette interprétation dépend la vie de dix ou quatorze ou vingt hommes. Il ne peut pas ne pas avoir, dans la décision qu’il prend, une certaine angoisse.

Tous les chefs connaissent cette angoisse. Cela ne les empêche pas d’agir, au contraire, c’est la condition même de leur action ; car cela suppose qu’ils envisagent une pluralité de possibilités, et lorsqu’ils en choisissent une, ils se rendent compte qu’elle n’a de valeur que parce qu’elle est choisie. Et cette sorte d’angoisse, qui est celle que décrit l’existentialisme, nous verrons qu’elle s’explique en outre par une responsabilité directe vis-à-vis des autres hommes qu’elle engage. Elle n’est pas un rideau qui nous séparerait de l’action, mais elle fait partie de l’action même.

L’homme est condamné à être libre [5]

Et lorsqu’on parle de délaissement, expression chère à Heidegger, nous voulons dire seulement que Dieu n’existe pas, et qu’il faut en tirer jusqu’au bout les conséquences. L’existentialiste est très opposé à un certain type de morale laïque qui voudrait supprimer Dieu avec le moins de frais possible.

Lorsque, vers 1880, des professeurs français essayèrent de constituer une morale laïque, ils dirent à peu près ceci : Dieu est une hypothèse inutile et coûteuse, nous la supprimons, mais il est nécessaire cependant, pour qu’il y ait une morale, une société, un monde policé, que certaines valeurs soient prises au sérieux et considérées comme existant a priori ; il faut qu’il soit obligatoire a priori d’être honnête, de ne pas mentir, de ne pas battre sa femme, de faire des enfants, etc., etc.. Nous allons donc faire un petit travail qui permettra de montrer que ces valeurs existent tout de même, inscrites dans un ciel intelligible, bien que, par ailleurs, Dieu n’existe pas. Autrement dit, et c’est, je crois, la tendance de tout ce qu’on appelle en France le radicalisme, rien ne sera changé si Dieu n’existe pas ; nous retrouverons les mêmes normes d’honnêteté, de progrès, d’humanisme, et nous aurons fait de Dieu une hypothèse périmée qui mourra tranquillement et d’elle-même.

L’existentialiste, au contraire, pense qu’il est très gênant que Dieu n’existe pas, car avec lui disparaît toute possibilité de trouver des valeurs dans un ciel intelligible ; il ne peut plus y avoir de bien a priori, puisqu’il n’y a pas de conscience infinie et parfaite pour le penser ; il n’est écrit nulle part que le bien existe, qu’il faut être honnête, qu’il ne faut pas mentir, puisque précisément nous sommes sur un plan où il y a seulement des hommes. Dostoïevsky avait écrit : « Si Dieu n’existait pas, tout serait permis. » C’est là le point de départ de l’existentialisme. En effet, tout est permis si Dieu n’existe pas, et par conséquent l’homme est délaissé, parce qu’il ne trouve ni en lui, ni hors de lui une possibilité de s’accrocher. Il ne trouve d’abord pas d’excuses. Si, en effet, l’existence précède l’essence, on ne pourra jamais expliquer par référence à une nature humaine donnée et figée ; autrement dit, il n’y a pas de déterminisme, l’homme est libre, l’homme est liberté. Si, d’autre part, Dieu n’existe pas, nous ne trouvons pas en face de nous des valeurs ou des ordres qui légitimeront notre conduite. Ainsi, nous n’avons ni derrière nous, ni devant nous, dans le domaine lumineux des valeurs, des justifications ou des excuses. Nous sommes seuls, sans excuses. C’est ce que j’exprimerai en disant que l’homme est condamné à être libre. Condamné, parce qu’il ne s’est pas créé lui-même, et par ailleurs cependant libre, parce qu’une fois jeté dans le monde, il est responsable de tout ce qu’il fait.

L’existentialiste ne croit pas à la puissance de la passion. Il ne pensera jamais qu’une belle passion est un torrent dévastateur qui conduit fatalement l’homme à certains actes, et qui, par conséquent, est une excuse. Il pense que l’homme est responsable de sa passion. L’existentialiste ne pensera pas non plus que l’homme peut trouver un secours dans un signe donné, sur terre, qui l’orientera ; car il pense que l’homme déchiffre lui-même le signe comme il lui plaît. Il pense donc que l’homme, sans aucun appui et sans aucun secours, est condamné à chaque instant à inventer l’homme.

Le désespoir [6]

Quant au désespoir, cette expression a un sens extrêmement simple. Elle veut dire que nous nous bornerons à compter sur ce qui dépend de notre volonté, ou sur l’ensemble des probabilités qui rendent notre action possible.

Quand on veut quelque chose, il y a toujours des éléments probables. Je puis compter sur la venue d’un ami. Cet ami vient en chemin de fer ou en tramway ; cela suppose que le chemin de fer arrivera à l’heure dite, ou que le tramway ne déraillera pas. Je reste dans le domaine des possibilités ; mais il ne s’agit de compter sur les possibles que dans la mesure stricte où notre action comporte l’ensemble de ces possibles. À partir du moment où les possibilités que je considère ne sont pas rigoureusement engagées par mon action, je dois m’en désintéresser, parce qu’aucun Dieu, aucun dessein ne peut adapter le monde et ses possibles à ma volonté. Au fond, quand Descartes disait : « Se vaincre plutôt soi-même que le monde », il voulait dire la même chose : agir sans espoir.

[1] Extrait audio et texte de Jean-Paul Sartre, Huis clos, Groupe Frémeaux Colombini SAS © 2010 (La Librairie Sonore en accord avec Moshé Naïm Emen © 1964 et Gallimard © 2004, ancien exploitant).

[2] Jean-Paul Sartre, L’Existentialisme est un humanisme, Éditions Nagel © 1970, pages 15 à 24.

Extrait audio de Luc Ferry, Mythologie, Frémeaux & Associés © 2010, CD2-[8], L’invention de la liberté, 0:07 à 3:34.

[3] Ibid. pages 26 et 27.

[4] Ibid. pages 27 à 33.

[5] Ibid. pages 33 à 38.

[6] Ibid. pages 49 à 51.

Philo5…

… à quelle source choisissez-vous d’alimenter votre esprit?


Cinéma: Le Majordome ou la subversion par le service (The Butler: when subservience becomes subversive)

23 octobre, 2013
http://www.awardsdaily.com/wp-content/uploads//2013/06/butlerwindow-1370279347.jpgQuiconque veut être grand parmi vous, qu’il soit votre serviteur; et quiconque veut être le premier parmi vous, qu’il soit votre esclave. C’est ainsi que le Fils de l’homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de plusieurs. Jésus (Matthieu 20: 26-28)
il n’y a pas de travail insignifiant. Tout travail qui aide l’humanité a de la dignité et de l’importance. Il doit donc être entrepris avec une perfection qui ne recule pas devant la peine. Celui qui est appelé à être balayeur de rues doit balayer comme Michel-Ange peignait ou comme Beethoven composait, ou comme Shakespeare écrivait. Il doit balayer les rues si parfaitement que les hôtes des cieux et de la terre s’arrêteront pour dire : "Ici vécut un grand balayeur de rues qui fit bien son travail. Martin Luther King
Le domestique noir défie les stéréotypes raciaux en étant assidu et digne de confiance… bien que serviles, ils sont subversifs sans même le savoir. Martin Luther King Jr.
Le grand ennemi de la vérité n’est très souvent pas le mensonge – délibéré, artificiel et malhonnête – mais le mythe – persistant, persuasif et irréaliste. John Kennedy
Il n’aura même pas eu la satisfaction d’être tué pour les droits civiques. Il a fallu que ce soit un imbécile de petit communiste. Cela prive même sa mort de toute signification. Jackie Kennedy
It was people like Eugene and Helene Allen who helped build the black middle class in this country. And that is a big reason why I took this role. Oprah Winfrey
Ce qui était exceptionnel, c’était de faire un film sur une famille afro-américaine. Il y en a eu très peu. Je me souviens de Diahann Carroll dans Claudine (de John Berry) ou de Cicely Tyson dans Sounder (de Martin Ritt). Le reste, c’est mon histoire, c’est notre parcours . Lee Daniels
Devinez lequel des deux a grandi dans une Virginie sous le coup de la ségrégation, a pris un travail à la Maison-Blanche et est monté jusqu’au titre de maître d’hôtel, la plus haute position dans le service dédié à la Maison-Blanche? Devinez lequel menait une vie heureuse et paisible, et a été marié à la même femme pendant 65 ans? Et lequel avait un fils qui a honorablement servi au Vietnam et n’a jamais émis la moindre protestation durant l’ère pré- et post- droits civiques? Maintenant, devinez quel majordome a grandi dans une ferme de Géorgie, a vu son patron violer sa mère, puis son père s’élever contre ce viol, puis se faire tirer une balle dans la tête en réponse? Devinez quel majordome ressent si profondément la peine des injustices raciales de l’Amérique qu’il quitte son travail à la Maison-Blanche et rejoint son fils dans un mouvement de protestation? (…) La position de mon père sur la levée des sanctions sud-africaines dans les années 80 n’avait rien à voir avec la question strictement raciale. Il avait à faire avec la géopolitique de la guerre froide. Les faits n’ont pas d’importance pour les propagandistes créatifs de Hollywood. La vérité est trop compliquée et pas assez dramatique au goût des scénaristes, qui pensent en terme de minute, pas de contexte, quand il s’agit d’un conservateur. Contrairement à ce que les libéraux de Hollywood pensent, mon père ne voyait pas les gens en couleurs. Il les voyait en tant qu’individus américains. Michael Reagan
Les petits garçons et les petites filles américains s’assiéront ensemble dans n’importe quelle école – publique ou privée – sans aucune distinction de couleur. La ségrégation, la discrimination et le racisme n’ont pas leur place en Amérique. Vice President Richard Nixon (Campagne Eisenhower, octobre 1956)
No one should ever deny the senseless tragedies that dogged the civil rights movement during the 1950s and 1960s, including the murders of Emmett Till in 1955, of Medgar Evers in 1963, of James Chaney, Andrew Goodman, and Michael Schwerner 1964, and of course, of Martin Luther King in 1968. But by 1986, the United States was a different place. The Butler’s negative reimagination comes at a real social cost. Watching the movie, the viewer comes away thinking that the civil rights movement has largely failed. But the actual record is more upbeat. It is unfortunate that Daniels did not start The Butler during the Truman years. In 1948, Truman decided to desegregate the U.S. armed forces by executive order. That action would have been unthinkable at the beginning of the Second World War, given the dominant southern presence in the military. Hence, the United States had the dubious distinction of fighting Hitler’s Germany and Tojo’s Japan with segregated armed forces. Perhaps an executive order is not cinematic stuff. But the same cannot be said of baseball’s racial integration in 1947, when a determined Branch Rickey brought Jackie Robinson up from a farm team in Montreal to the Brooklyn Dodgers. That story was the subject of 1950 movie and the more recent film 42 released this year. This transformative event was done, not through legislation, but voluntarily by one courageous man who took the risk that a major backlash might follow. Change was happening at the state level as well. In 1947, New Jersey abolished segregation by a state constitutional amendment. When these changes are executed voluntarily, they are less likely to face the massive resistance that followed the Supreme Court’s decision on racial segregation in Brown v. Board of Education, handed down in June 1954 and itself the culmination of a long campaign that first chopped away at segregation in railroad transportation and law school education. In time, of course, the cultural clash crystallized in the highly confrontational sit-ins that occupy much of the screen time in The Butler. It is these cases that led to the passage of Title II of the 1964 Civil Rights Act, which deals with access of all persons to public accommodations. Its basic command reads that all persons are entitled to ”the full and equal enjoyment of the goods, services, facilities, privileges, advantages, and accommodations of any place of public accommodation, as defined in this section, without discrimination or segregation on the ground of race, color, religion, or national origin. Richard A. Epstein
Pourquoi les Démocrates feraient-ils l’impasse sur leur propre histoire entre 1848 et 1900 ? Peut-être parce que ce n’est pas le genre d’histoire des droits civiques dont ils veulent parler – peut-être parce que ce n’est pas le genre d’histoire de droits civiques qu’ils veulent avoir sur leur site Web. David Barton
How likely is it that the chief White House butler not only witnessed his mother raped and his father murdered by a plantation owner’s racist son but also had an intermittently estranged son of his own who became, first, one of the Fisk University student heroes of the Nashville lunch-counter sit-ins; second, one of the original Freedom Riders; third, so close an aide to King that he was in the Memphis motel room with Ralph Abernathy, Andrew Young, and Jesse Jackson when King was assassinated; fourth, a beret-wearing Black Panther in Oakland; fifth, an unsuccessful candidate for Congress; sixth, a leader of the South Africa divestment movement; and, seventh, a successful candidate for Congress? Hendrik Hertzberg
The Butler is fiction, although its audience may assume otherwise. Those cagey words “inspired by a true story” can be deceptive. The script was triggered by Wil Haygood’s 2008 Washington Post article “A Butler Well Served by This Election.” Published after Obama’s landmark victory, and later spun into a book, it unearthed the story of former White House butler Eugene Allen, who served American presidents for 34 years. But screenwriter Danny Strong (HBO’s Game Change) has created a fictional butler named Cecil Gaines (Forest Whitaker), whose life mirrors the drama of the civil rights movement with cut-glass symmetry. Straining to serve an overcharged agenda, The Butler is a broadly entertaining, bluntly inspirational history lesson wrapped around a family saga that gives new resonance to the term “domestic drama.” Director Lee Daniels (Precious, The Paperboy) is not known for subtlety, and this movie is no exception. But at the heart of its sprawling narrative, he has corralled some fine performances. Whitaker navigates gracefully between his public and private personae—White House butlers he says, have two faces: their own “and the ones we got to show the white man.” As Cecil stoically weathers the upheavals of history, and his splintered family, we can feel him being gradually crushed under the weight of his own quiet dignity, yet mustering shy increments of resistance over the decades. Between his role as a virtually mute servant/sage in the White House and a beleaguered patriarch trying to hold together his middle-class family, this a character with a lot on his plate. The story’s long march begins with Cecil’s boyhood on a cotton plantation in the South in 1926, where he sees his father shot dead in a field for looking the wrong way at a white man. Cecil is adopted by a thin-lipped matriarch who tells him, “I’m going to teach you how to be a house nigger.” Which sounds strange coming from the mouth of Vanessa Redgrave. The term “house nigger,” and the n-word in general, recurs again and again, shocking us each time, and never letting us forget that there’s no higher house than the White House. A model of shrewd obedience, Cecil learns to make the perfect martini, to be invisible in a room, and to overhear affairs of estate in stony silence—unless asked for his opinion, which he’ll pretend to offer with a wry, Delphic diplomacy that makes the questioner feel validated. The script goes out of its way to ennoble Cecil’s work, plucking a quote from Rev. Martin Luther King Jr. —”the black domestic defies racial stereotyping by being hardworking and trustworthy … though subservient, they are subversive without even knowing it.” The Uncle Tom issue is front and centre, especially in Cecil’s feud with his radicalized son Louis (David Oyelowo), who rejects his father as a race traitor. The conflict comes to a head amid a family debate about the merits of Sidney Poitier, a legendary actor brashly dismissed by Louis as “a white man’s fantasy of what he wants us to be.” The fondly nostalgic references to In the Heat of the Night and Guess Who’s Coming to Dinner may fly over the heads of younger viewers. But it’s a lovely scene, mixing rancour and wit and a deft touch. Although this is a movie on a mission, it does have a sense of humour. When Cecil’s eldest son, shows up to dinner in his Black Panther beret and black leather, with a girlfriend sporting a vast Angela Davis Afro, it’s pure caricature as Daniels presents a whole other take on Guess Who’s Coming to Dinner, played as both drama and farce. Brian D. Johnson
The film opens with young Cecil in Macon, Georgia, in the 1920s, working in a cotton field alongside his father. His mother (Mariah Carey) is raped by a white plantation overseer, Thomas Westfall (Alex Pettyfer), loud enough for everyone to hear. When Westfall returns, Cecil’s father shows his anger, and Westfall shoots him dead in front of Cecil and the other plantation workers. The plantation matriarch (Vanessa Redgrave) then decides that Cecil should leave the fields to become a “house nigger” and learn to serve her family. Those appear to be the inventions of screenplay writer Danny Strong; they are never mentioned in Haygood’s piece.Eugene Allen was born in 1919, and, like Cecil, he grew up on a plantation (in Virginia, not Georgia). He, too, became a “house boy” for a white family. When he spoke to Haygood about his childhood, “There was nary a hint of bitterness in his voice about his upbringing.” Allen left the plantation in hopes of finding better work, as Cecil does—but unlike his fictional counterpart, he never broke into a hotel restaurant to steal food. (He did, however, land a job at a Virginia hotel as a waiter, as Cecil ultimately does in North Carolina.) Allen learned of a job at a country club in Washington, D.C., a fact that aligns with Cecil’s move to the nation’s capital. But their entries to the White House differ considerably: Allen learned via word of mouth that Alonzo Fields, a black maître d’ at the White House, was looking for pantry workers, and he went to talk to him. He began working there in 1952, during the Truman administration, but didn’t get promoted to butler until several years later. In the movie, the White House calls Gaines after a white senior staffer witnesses Cecil in action at the D.C. hotel—a point Cecil, in voiceover, emphasizes proudly. Aisha Harris

Attention: une subversion peut en cacher une autre !

Mère violée, père assassiné, fils ainé panthère noire, cadet tué au Vietnam, président démocrate assassiné par le racisme, présidents républicains congénitalement racistes …

Comment devant l’histoire de ce "nègre de maison" qui finit majordome de la Maison-Blanche et qui, pendant 34 ans et de Truman à Reagan, servit huit présidents  …

Et malgré l’invraisemblable accumulation, sans parler des contre-vérités anti-républicaines, de péripéties à la Forrest Gump et de stars de la pop ou d’Hollywood que se sent obligé de lui adjoindre le film de  Lee Daniels …

Comme le véritable accident industriel que s’est révélé être l’arrivée du premier président noir à la Maison Blanche ….

Ne pas repenser à ces milliers de pères et mères de famille sans lesquels il n’y aurait pas de classe moyenne noire aujourd’hui aux Etats-Unis …

Ceux dont Martin Luther King évoquait  la dignité et l’importance …

Comme celle du balayeur de rues qui "balaye comme Michel-Ange" …

Ou du domestique noir qui par sa servilité même devient "subversif sans même le savoir" …

Mais surtout à cette ultime subversion à laquelle avait appelé le Christ …

A savoir celle de la grandeur du service et du don de soi ?

The Butler: Hit and miss, though Oprah steals every scene

Brian D. Johnson

August 16, 2013

This is turning out to be an exceptional year for black filmmakers mining true stories of race and violence in America. Last month saw the release of Ryan Coogler’s Fruitvale Station, an explosive drama about the last day in the life of Oscar Grant, a 22-year-old black man who was shot dead by police while handcuffed in an Oakand subway station on New Year’s Day in 2009. At next month’s Toronto International Film Festival, one of the most hotly anticipated premieres is Steve McQueen’s 12 Years A Slave, about Solomon Northrup, a free-born African American who was kidnapped in 1841, sold into slavery, and rescued by a Canadian abolitionist (Brad Pitt). And opening this week is Lee Daniels’ The Butler, a star-studded epic inspired by the life of a dedicated butler who served under eight presidents in the White House while the civil rights movement raged outside its walls.

Unlike the other two movies, The Butler is fiction, although its audience may assume otherwise. Those cagey words “inspired by a true story” can be deceptive. The script was triggered by Wil Haygood’s 2008 Washington Post article “A Butler Well Served by This Election.” Published after Obama’s landmark victory, and later spun into a book, it unearthed the story of former White House butler Eugene Allen, who served American presidents for 34 years. But screenwriter Danny Strong (HBO’s Game Change) has created a fictional butler named Cecil Gaines (Forest Whitaker), whose life mirrors the drama of the civil rights movement with cut-glass symmetry.

Straining to serve an overcharged agenda, The Butler is a broadly entertaining, bluntly inspirational history lesson wrapped around a family saga that gives new resonance to the term “domestic drama.” Director Lee Daniels (Precious, The Paperboy) is not known for subtlety, and this movie is no exception. But at the heart of its sprawling narrative, he has corralled some fine performances. Whitaker navigates gracefully between his public and private personae—White House butlers he says, have two faces: their own “and the ones we got to show the white man.” As Cecil stoically weathers the upheavals of history, and his splintered family, we can feel him being gradually crushed under the weight of his own quiet dignity, yet mustering shy increments of resistance over the decades. Between his role as a virtually mute servant/sage in the White House and a beleaguered patriarch trying to hold together his middle-class family, this a character with a lot on his plate. The real surprise is Oprah Winfrey, who’s blessed with a juicy, freewheeling role, and shows once and for all she can really act, stealing every scene with a saucy gravitas, if there can be such a thing. With a performance that’s charismatic yet deeply grounded, she sails through a character arc that ranges from drunken feints at infidelity to ferocious loyalty—undercut with droll asides that are impeccably timed.

The story’s long march begins with Cecil’s boyhood on a cotton plantation in the South in 1926, where he sees his father shot dead in a field for looking the wrong way at a white man. Cecil is adopted by a thin-lipped matriarch who tells him, “I’m going to teach you how to be a house nigger.” Which sounds strange coming from the mouth of Vanessa Redgrave. The term “house nigger,” and the n-word in general, recurs again and again, shocking us each time, and never letting us forget that there’s no higher house than the White House.

A model of shrewd obedience, Cecil learns to make the perfect martini, to be invisible in a room, and to overhear affairs of estate in stony silence—unless asked for his opinion, which he’ll pretend to offer with a wry, Delphic diplomacy that makes the questioner feel validated. The script goes out of its way to ennoble Cecil’s work, plucking a quote from Rev. Martin Luther King Jr. —”the black domestic defies racial stereotyping by being hardworking and trustworthy … though subservient, they are subversive without even knowing it.”

The Uncle Tom issue is front and centre, especially in Cecil’s feud with his radicalized son Louis (David Oyelowo), who rejects his father as a race traitor. The conflict comes to a head amid a family debate about the merits of Sidney Poitier, a legendary actor brashly dismissed by Louis as “a white man’s fantasy of what he wants us to be.” The fondly nostalgic references to In the Heat of the Night and Guess Who’s Coming to Dinner may fly over the heads of younger viewers. But it’s a lovely scene, mixing rancour and wit and a deft touch. Although this is a movie on a mission, it does have a sense of humour. When Cecil’s eldest son, shows up to dinner in his Black Panther beret and black leather, with a girlfriend sporting a vast Angela Davis Afro, it’s pure caricature as Daniels presents a whole other take on Guess Who’s Coming to Dinner, played as both drama and farce.

The story is a bit of a slog. It unfolds against a parade of presidents that amounts to a clumsy sideshow of cameos. Some are dismal, beginning with a ludicrous incarnation of Dwight D. Eisenhower by Robin Williams desperately trying not to look like Robin Williams. John Cusack’s Nixon is a bad joke. James Marsden’s John F. Kennedy is too young and callow—JFK as just another pretty face. But Liev Schreiber throws some mustard on a snappy portrayal of Lyndon B. Johnson. And an almost unrecognizable Allan Rickman creates a masterful Ronald Reagan, complemented by Jane Fonda’s brief, brilliant turn as Nancy. First The Newsroom, now this; Hanoi Jane has grown up to be an expert at playing ballsy Republican grand dames.

Despite the film’s shortcomings, it does its job. The tragic events of America’s race war, no matter how schematically presented, burn through the narrative with potency. Intercutting horrific scenes of bigots disrupting a lunch counter protest in the South with shots of a black butlers setting fine china for a White House dinner may be contrived, but they’re brutally effective.

With his hit-and-miss direction, it’s as if Daniels is the movie’s ultimate butler, juggling an overloaded tray as he tries to serve all sides of history at once. He’s most assured in the scenes of Cecil’s extended family, which swing from rollicking banter to bitter conflict, and least comfortable in his role as history teacher. Every so often I kept wishing Spike Lee were behind the camera, cutting through clichés. Though The Butler‘s tidy sentiments can be cloying, it’s hard to remain unmoved—and unimpressed by the stubbornly authentic performances by Whitaker and Oprah, which will likely be remembered at Oscar time.

Voir aussi:

Top 5 Inaccuracies in ‘The Butler’

Christian Toto

Breitbart

16 Aug 2013

The new political drama Lee Daniels’ The Butler takes its cues from a Washington Post article about a black servant named Eugene Allen who worked in eight presidential administrations.

That part of the story is essentially unchanged. The rest of the film, a movie stuffed with politics, historical re-creations and presidential imitations, is rife with inaccuracies that should be corrected.

Note: Some story spoilers ahead …

President Ronald Reagan was indifferent to the suffering of people of color. Breitbart News reported this week that Reagan biographer Craig Shirley shredded this notion by detailing the president’s legislative achievements and personal outtreach to his black peers.

The Democrats helped pass the Civil Rights Act: This is more of an inaccuracy by omission. The film showcases how both Presidents Kennedy and Johnson rallied on behalf of civil rights, but what’s left out is the voting record on the historic Civil Rights Act. Turns out "80 percent of the “no” votes in the Senate came from Democrats, including the late Robert Byrd (W.Va.) and Albert Gore (Tenn.), father of the future vice president," so Republicans teamed up with President Johnson to pass the legislation.

President Nixon dismissed black Americans–save for their votes: The film shows Nixon (John Cusack) promoting his upcoming election battle with John F. Kennedy by giving campaign buttons to the butler and his fellow black servers. Later, Nixon talks up black enterprise but only with an eye on winning votes. Moviefone.com notes Nixon’s record on school integration outpaced his predecessors, and Allen has spoken fondly of Nixon in press interviews.

The Butler disliked President Reagan: The real Eugene Allen has expressed affection for all the presidents he served, noting he voted for each when they were inhabiting the White House. A framed picture of the Reagans was displayed on Allen’s living room wall, and he noted that Nancy Reagan gave him a warm hug when he finally retired. Hardly sounds like the character in the movie, played by Forest Whitaker, who appeared to be fed up with the Reagans and quit for that very reason.

The Butler met Obama: The film uses a framing device of the titular Butler waiting to meet personally with President Barack Obama. There’s no official record of such a meeting, although Allen was a VIP guest at Obama’s swearing in.

Extra: Screenwriter Danny Strong (Game Change) took tremendous liberties with Allen’s life beyond the name change to Cecil Gaines. Strong gave the butler two sons, not one, made the main character’s wife (Oprah Winfrey) a heavy drinker and fictionalized much of his life story prior to entering the White House.

Voir également:

"The Butler" Distorts Race Relations

Richard A. Epstein

Hoover

August 20, 2013

The film’s retelling of history comes at a real social cost.

Next year, this nation will celebrate the fiftieth anniversary of the Civil Rights Act of 1964. That occasion will rightly give rise to many reflections about how far this nation has come and where it will go in the future.

One early entrant into this dialogue is The Butler, a new film by Lee Daniels. In the movie, Forest Whitaker plays the fictional butler Cecil Gaines, who worked for seven presidential administrations from Eisenhower to Reagan. The movie was inspired by the life of Eugene Allen, who did in fact serve in the White House between 1952 and 1986 under eight presidents from Harry Truman to Ronald Reagan. Days after Barack Obama was elected president, an affectionate account of Allen’s service was written up by Wil Haygood in the Washington Post.

But Allen’s story stands in stark contrast to the fictional Cecil Gaines’.

A Tale of Two Butlers

Born in 1919, Eugene Allen grew up in segregated Virginia, and slowly worked his way up the butler profession, largely without incident. Unlike the fictional Cecil Gaines, he did not watch the boss rape his mother on a Georgia farm, only to shoot a bullet through his father’s head as he starts to protest the incident, leading Cecil years later to escape his past for a better future.

Instead, over a period of years, Allen rose from a “pantry man” to the highest position in White House service, Maître d’hôtel. His life was marked by quiet distinction and personal happiness. He was married to the same woman, Helene, for 65 years. He had one son, Charles, who served in Vietnam. During the Reagan years, Nancy Reagan invited Allen and his wife to a state dinner as guests. When he retired shortly afterwards, “President Reagan wrote him a sweet note. Nancy Reagan hugged him, tight,” according to the story in the Washington Post. During service, he never said a word of criticism about any president. Nor was his resignation an act of political protest.

The fictional Cecil, however, does not come to the White House under Truman, but arrives in 1957, just in time for one of the defining events of the civil rights movement—namely, President Eisenhower’s reluctant but firm decision to move federal troops into Little Rock, Arkansas, after Orval Faubus quite literally barred the school room door.

In general, the movie is full of hype. Cecil’s wholly fictional older son Louis gets involved in the civil rights movement from the time of the sit-ins through the rise of the Black Panther movement, and a younger brother, who professes pride in his country pays the ultimate sacrifice in Vietnam. Cecil’s wife, Gloria, falls prey to alcoholism and a time has a shabby affair with the guy next door. Gaines’ service is marked by quiet frustration, knowing that black workers suffered a 40 percent wage deficit that lasted under the Reagan years, while being excluded from well-deserved promotions. When the weight of these injustices hit him, Cecil resigns to join his son Louis in a protest movement. When Slate’s, Aisha Harris was asked “How True is The Butler?” her candid answer was “not much.”.

The Dangers of Docudrama

Why is Lee Daniels not content to tell the real story? The obvious answer is that his version makes for a better movie. Another explanation is that his tale is more downbeat so that it can belittle some of the progress that the civil rights movement has made over this time.

No one should ever deny the senseless tragedies that dogged the civil rights movement during the 1950s and 1960s, including the murders of Emmett Till in 1955, of Medgar Evers in 1963,

of James Chaney, Andrew Goodman, and Michael Schwerner 1964, and of course, of Martin Luther King in 1968. But by 1986, the United States was a different place.

The Butler’s negative reimagination comes at a real social cost. Watching the movie, the viewer comes away thinking that the civil rights movement has largely failed. But the actual record is more upbeat. It is unfortunate that Daniels did not start The Butler during the Truman years. In 1948, Truman decided to desegregate the U.S. armed forces by executive order.

That action would have been unthinkable at the beginning of the Second World War, given the dominant southern presence in the military. Hence, the United States had the dubious distinction of fighting Hitler’s Germany and Tojo’s Japan with segregated armed forces.

Perhaps an executive order is not cinematic stuff. But the same cannot be said of baseball’s racial integration in 1947, when a determined Branch Rickey brought Jackie Robinson up from a farm team in Montreal to the Brooklyn Dodgers. That story was the subject of 1950 movie and the more recent film 42 released this year. This transformative event was done, not through legislation, but voluntarily by one courageous man who took the risk that a major backlash might follow.

Change was happening at the state level as well. In 1947, New Jersey abolished segregation by a state constitutional amendment. When these changes are executed voluntarily, they are less likely to face the massive resistance that followed the Supreme Court’s decision on racial segregation in Brown v. Board of Education, handed down in June 1954 and itself the culmination of a long campaign that first chopped away at segregation in railroad transportation and law school education.

Sit-Ins and Public Accommodations

In time, of course, the cultural clash crystallized in the highly confrontational sit-ins that occupy much of the screen time in The Butler. It is these cases that led to the passage of Title II of the

1964 Civil Rights Act, which deals with access of all persons to public accommodations.

Its basic command reads that all persons are entitled to ”the full and equal enjoyment of the goods, services, facilities, privileges, advantages, and accommodations of any place of public accommodation, as defined in this section, without discrimination or segregation on the ground of race, color, religion, or national origin.”

To most people, the argument in favor of this section is easy enough to understand. These rights are basic entitlements of citizens, and die-hard segregationists abridged them. The sustained moral indignation directed to segregationists in the movie is deserved. But some of the long-term legal implications of Title II of the CRA are more difficult to unpack.

My take runs as follows. In general it is a mistake for any government law to require one private person to do business with another against his will: the principle of freedom of organization is fundamental to a just society. The major counterweight to that, on classical liberal theory, is in cases of monopoly, which meant in bygone days railroads and inns on isolated roads.

At first blush, there are no such monopolies in luncheon counters. Standard neoclassical economics predicts that some firms will cater to African American clientele if others choose to shun them. To that confident prediction, the obvious reply was, that just didn’t happen. It is at this point that the true horror of southern system of segregation becomes clear. The old south was a closed society, which did not allow for the free entry of these competitive firms that would have transformed its culture.

It had two means of enforcement: (1) Private violence backed by a police force that either turned a blind eye to private force, or openly backed it, and (2) state regulatory bodies that could use their power over public utilities like power and light to punish those firms that broke the color line.

A solution to this problem neutralizes these two forces and then lets entry do its work. But in a federal system, it is hard for the central government to use its limited powers to exert so fundamental a change. The bottom line, therefore, is either to impose the duty from without or watch the system of southern dominance chew up its citizens by propping up the status quo ante.

The question then arises of how best to change the system. As a rhetorical matter, the only path that works is an appeal to fundamental rights. No argument about institutional imperfections could put the public accommodation provisions over the top. Indeed, it is worthy to note that the national businesses subject to these regulations often begged for federal intervention under Title II as a means to neutralize local pressures that kept them from integrating. Indeed, the success of Title II has been so great that the provision enforces itself, so that direct regulation and private litigation occupy only a tiny corner of that world.

Nonetheless, the flawed conceptual arguments for Title II did create serious complications in others areas. The parallels to private housing and to employment are not nearly so easy to draw. In the early years, the insistence on color-blind employment relations actually had the unfortunate effect of limiting private affirmative action programs when businesses and unions came, rightly in my view, to see these as social imperatives in the aftermath of the violence of the 1960s. On the other side, the constant use of disparate impact tests in education, housing, and employment led to an overreach by the new civil rights establishment of today.

My quarrel with The Butler is that its wrong narrative of the evolution of race relations serves to strengthen a set of misguided government programs at a time when it is no longer possible to bless all actions of the civil rights movement.

Richard A. Epstein, the Peter and Kirsten Bedford Senior Fellow at the Hoover Institution, is the Laurence A. Tisch Professor of Law, New York University Law School, and a senior lecturer at the University of Chicago. His areas of expertise include constitutional law, intellectual property, and property rights. His most recent books are Design for Liberty: Private Property, Public Administration, and the Rule of Law (2011), The Case against the Employee

Voir encore:

“Lee Daniels’ The Butler”: An Oscar-worthy historical fable

Forest Whitaker and Oprah Winfrey shine in a clunky but powerful yarn about race and American history

Andrew O’Hehir

Aug 15, 2013

There’s a scene about midway through “Lee Daniels’ The Butler” – an ungainly title for an ungainly picture – that captures many of the movie’s contradictions, and its surprising power. It’s 1968, and Martin Luther King Jr. (Nelsan Ellis) is discussing the Vietnam War with some of his closest aides and friends. “How many of your parents support the war?” he asks this group of African-American men. Almost all of them raise their hands. King then asks Louis Gaines (David Oyelowo), a young man sitting next to him, what his father does for a living. “My father’s a butler,” Louis says, not without embarrassment. He doesn’t tell King that his father, Cecil Gaines (Forest Whitaker), is a butler at the White House, and was almost certainly in the room during King’s historic meeting with Lyndon B. Johnson in the Oval Office.

Black domestic workers, King tells Louis, have played an important role in the struggle for civil rights. At first Louis assumes this is meant as mockery, but King presses on. Maids, butlers, nannies and other domestics have defied racist stereotypes by being trustworthy, hardworking and loyal, King says; in maintaining other people’s households and raising other people’s children, they have gradually broken down hardened and hateful attitudes. Their apparent subservience is also quietly subversive. This poignant and humbling recognition of the sacrifices made by millions of African-Americans who appeared to have no voice is an important turning point for Louis, in his consideration of his father’s life, but it also captures King’s extraordinary philosophical depth in a few moments. In case there isn’t enough going on in that scene, let us note that it takes place in the Lorraine Motel in Memphis. Minutes or hours later, the great civil rights leader will step outside onto the balcony and be shot dead.

I’d be hard-pressed to describe “Lee Daniels’ The Butler” as a good movie. It’s programmatic, didactic and shamelessly melodramatic. (Danny Strong’s screenplay is best viewed as fictional, although it’s loosely based on the true story of longtime White House butler Eugene Allen, who died in 2010.) Characters constantly have expository conversations built around historical markers, from the murder of Emmett Till to the Voting Rights Act. Every time Cecil serves coffee in the Oval Office, he stumbles upon epoch-making moments: Dwight Eisenhower (Robin Williams) debating whether to send federal troops to desegregate the schools in Little Rock; Richard Nixon (John Cusack) plotting a black entrepreneurship program to undercut the Black Panthers; or Ronald Reagan (Alan Rickman) telling Republican senators he plans to defy Congress and veto sanctions against South Africa. Cecil and Louis, the warring father and son played by Whitaker and Oyelowo, might as well come with labels: Cecil is following in the footsteps of Booker T. Washington; Louis in those of W.E.B. Du Bois.

But “The Butler” is indisputably an important film and a necessary one, arriving at the end of the summer of Paula Deen and George Zimmerman and the Detroit bankruptcy, a summer that has vividly reminded us that if America’s ancient racial wounds have faded somewhat, they have never healed. For a black filmmaker to tell this fraught and complicated story now, in a mainstream picture with an all-star cast, is significant all on its own. Faulkner’s observation that the past is never dead and isn’t even past has come to sound trite through endless repetition by politicians and journalists, but it speaks to our country in 2013, and to the impact of this movie. And before I wander too far afield, “The Butler” is also a showcase for numerous terrific black actors, including Whitaker, Oyelowo, Terrence Howard, Cuba Gooding Jr. and Lenny Kravitz, not to mention a fiery and sure-to-be-Oscar-nominated supporting role for Oprah Winfrey as Cecil’s wife, Gloria.

For someone of my generation, the civil rights movement may seem like an overly familiar pop-culture topic. But it’s been more than 20 years since “Malcolm X,” “Mississippi Burning” and “The Long Walk Home,” and closer to 40 years since groundbreaking TV specials like “The Autobiography of Miss Jane Pittman” or the miniseries “King.” Much of the sweep of history in “The Butler,” which begins in the Jim Crow Deep South of the 1920s and ends with a black man in the White House, may seem like a dim, black-and-white flicker to many younger Americans.

Daniels, previously the director of “Precious” and “The Paperboy” (forever famous as the movie in which Nicole Kidman pees all over Zac Efron), may not be a subtle storyteller, but he delivers big, emotional moments with considerable force. He makes the impact of the Kennedy and King assassinations seem real and present by focusing on individuals and details – Cecil, trying to comfort a sobbing, blood-spattered Jackie Kennedy (Minka Kelly) – and his re-creation of the Woolworth lunch counter sit-ins of 1960, or the Birmingham street scenes when dogs and fire hoses were turned on marchers, possess a startling violence and freshness. In a time when a dominant current in American conservatism is dedicated to erasing both history and science, to insisting that “there are no lessons in the past,” it’s useful to be reminded how much about contemporary American life is shaped and conditioned by those events.

Daniels performs another public service by turning the well-meaning condescension of “The Help” upside down and telling the story of a black domestic worker and his family entirely from their point of view, with minor supporting characters that include five United States presidents. (Cecil also served under Gerald Ford and Jimmy Carter, but they’re only seen in news footage.) The parade of famous white actors playing White House occupants is bizarre and almost arbitrary – Cusack looks nothing like Nixon, although James Marsden is well cast as JFK and Liev Schreiber makes a surprisingly good Johnson – but that’s a sideshow attraction. (Daniels understands precisely how he’s twisting the knife with Jane Fonda’s cameo as Nancy Reagan, by the way.) The main event is a terrific cast of African-American principals, headlined by the immensely dignified performance of Whitaker, playing a man who has raised himself by his own wits and almost Nietzschean willpower from the brutal cotton fields of Georgia to the corridors of power.

As a boy, Cecil witnesses his mother raped and his father murdered by a white overseer, and that’s the background his son – raised in the polite, formal segregation of 1950s Washington – can never understand. Then the overseer’s guilt-ridden mother (Vanessa Redgrave) takes Cecil in and trains him as a “house nigger,” a polite, well-dressed automaton who is almost invisible and virtually silent. (I quote that offensive expression because it’s important and recurs several times.) The instruction delivered to Cecil over and over, including at the White House, is that he sees and hears nothing, and that a room should feel empty when he is in it. Whatever Daniels’ flaws as a filmmaker may be, in all his movies he’s acutely sensitive to the possibilities of human communication, even in impossible situations. Redgrave’s character clearly feels for Cecil and gives him what little she can; in her own way, she too is a victim of the system that has destroyed his family.

Over the years, Cecil makes his way from Georgia to North Carolina to a luxury hotel in Washington and finally to the segregated service staff of the White House. (Implausibly enough, it was Ronald Reagan, a font of old-school racist policy and personal generosity, who finally insisted on equal treatment for black employees.) He learns the intricacies of wine and whiskey, builds up an autodidact’s vocabulary and masters the fine art of being charming without appearing confrontational. Every black person in this line of work (Cecil observes in voice-over) has two faces, of necessity – one for his white employers and clientele, one for his family and friends. Whitaker plays Cecil as a man making a long, lonely trek uphill with a heavy load on his back, and the film’s other black characters all deal with life under a racist system in their own way.

Cecil’s friend Howard (Terrence Howard) is a good-time Charlie and numbers runner; Cecil’s colleagues at the White House include foulmouthed ladies’ man Carter (Gooding) and educated, upward-bound James (Kravitz). I suppose Winfrey is customarily too busy playing her own public persona to play dramatic roles, but she’s damn good at it; the proud, angry, boozing, cheating and ultimately ferociously loyal Gloria has a vivid and very non-Oprah reality about her. If Daniels and screenwriter Danny Strong intend the tension between Cecil’s bootstraps assimilationism and Louis’ Freedom Rider-turned-Panther radicalism to be the movie’s central driving force, it doesn’t quite work. In a picture driven by a vibrant portrayal of African-American life and the visceral, explosive force of history, their opposed and intersecting character arcs feel overly constructed.

Daniels’ point, of course, echoes what King tells Louis: The traditions of Du Bois and Washington, of self-sacrifice and hard work on one hand, and street protest and political organizing on the other, are not as distinct or disconnected as they may appear. Both have driven a history that isn’t finished yet. While the election of Barack Obama serves as the culmination of this story — and for African-Americans of Cecil Gaines’ generation it was an unimaginable, even millennial victory – in the larger story of America it was an unexpected plot twist whose true consequences remain unknown. One hundred and fifty years ago, Abraham Lincoln asked whether a country conceived in liberty and dedicated to equality would work out, and we still don’t know. “Lee Daniels’ The Butler” is big, brave, crude and contradictory, very bad in places and very good in others, and every American should see it.

The Butler, Jobs: Two ways to turn inspirational into mediocre

LIAM LACEY

The Globe and Mail

Aug. 16 2013

Two new inspirational movies, Lee Daniels’ The Butler and Jobs, are the kind of unsophisticated biographical films that don’t earn much critical respect but occasionally rack up Oscar nominations. They belong in what Dennis Bingham, author of Whose Lives Are They Anyway? The Biopic as Contemporary Film Genre, calls “a respectable genre of very low repute.” Both movies trip over the usual bio-hazards – gratuitous montages, speechifying characters and plots with historical incidents layered between private crises – but they play out in very different ways.

Lee Daniels’ The Butler (the director’s name was imposed after a legal dispute forbid the use of The Butler) stars Forest Whitaker as a long-serving White House butler during a turbulent period. The film has a lot of momentum thanks to a star-studded ensemble cast, including Whitaker in the titular role and Oprah Winfrey in her first big-screen role in 15 years. The filmmakers claim that The Butler was inspired by the late Eugene Allen, a White House employee who worked for presidents from Truman to Reagan and lived to see the first black president. But Allen’s story has little to do with The Butler’s script, a Forrest Gump-like tale of a servant who was a front-row witness to modern civil-rights history. The butler’s name has been changed to Cecil Gaines.

As a filmmaker, Daniels (Precious, The Paperboy) likes things pulpy, and you quickly get the sense that he can’t restrict himself to the Masterpiece Theatre model here. The Butler starts with an entirely fabricated sequence, straight out of a Blaxploitation movie, in which pre-teen Cecil witnesses his mother’s rape and his father’s murder. The killer’s mom (Vanessa Redgrave) takes the boy into her house, where he learns to serve and shut up. Eventually, Cecil (played by a slim and convincingly youthful Whitaker) marries Gloria (Winfrey) and has two sons before being hired at the White House. Though he’s instructed to see and hear nothing, he is invariably hovering over the shoulder of one president or another during critical historical moments.

Screenwriter Danny Strong, who wrote the sharp television satire of the Sarah Palin campaign, Game Change, offers the usual biographical double strands of the character’s public and private roles. One of Cecil and Gloria’s improbable friends is Howard (Terrence Howard), a layabout numbers-runner with a missing front tooth and a yen for Gloria. Gloria turns to drink and adultery when Cecil puts the president’s needs before his wife’s, which provides Oprah with some juicy scenes. The couple also has two opposite-minded sons. Louis (David Oyelowo), under the influence of his groovy college girlfriend Carol (Yaya Alafia), joins the wave of northern students who pushed for desegregation in the south in 1961. Little brother Charlie (Elijah Kelley), meanwhile, signs up for duty in Vietnam.

By contrast, the White House feels like comic relief, with a parade of presidential caricatures: pensive Dwight Eisenhower (Robin Williams), who ponders sending federal troops to enforce school integration while painting flowers; awkward vice-president Richard Nixon (John Cusack), found in the kitchen scrounging for snacks; bumptious Lyndon Johnson (Liev Schreiber), who bellows instructions to his cabinet while seated on the toilet; and folksy Ronald Reagan (Alan Rickman), whose smoothly controlling wife Nancy is played by former lefty activist Jane Fonda.

Some of this is fun if heavy-handed, but from time to time Daniels’ broad approach hits home emotionally, particularly a scene that contrasts preparations for a White House state dinner with black students being spat upon and cursed for sitting on the white side of a segregated Woolworth’s counter. The Butler may be a sanctimonious cartoon, but it points to events in the civil rights struggle that were as grotesque and extraordinary as any fiction can invent.

(…)

The Butler

All-star parade of presidents helps blunt any dramatic edge in Lee Daniels film starring Forest Whitaker as the protagonist

Katey Rich

The Guardian

9 August 2013

The Butler

More historical pageant than drama, Lee Daniels’ The Butler takes the Forrest Gump approach to another corner of American history, filtering the dramatic civil rights movement of the 1960s through the life of an ordinary butler who served seven different presidents from Dwight D Eisenhower to Ronald Reagan. Based very loosely on a real man, The Butler sets its mild-mannered protagonist Cecil Gaines (Forest Whitaker) in sharp contrast to his son Louis (David Oyelowo), a Freedom Rider and eventually Black Panther who conveniently finds himself at the centre of a series of civil rights landmark moments.

The Butler

Production year: 2013

Country: USA

Directors: Lee Daniels

Cast: David Oyelowo, Forest Whitaker, Oprah Winfrey

There are fascinating wrinkles to be found in that relationship, and director Daniels does stumble upon a few. But for the most part his usual heavy hand draws only the thickest lines between two generations of African-Americans, and Danny Strong’s script muddles the family story with too many "significant" encounters between Cecil and his presidential employers. It’s impossible not to be distracted when Robin Williams appears in a bald cap as Eisenhower, or Liev Schreiber blusters his way across the screen as a noisy Lyndon Johnson. When John Cusack shows up as a flop-sweating Richard Nixon, the film is playing dress-up and passing it as history. By the time Jane Fonda eerily transforms herself into Nancy Reagan, the film itself seems in on the joke.

If it’s possible to look past Daniels’ directorial flourishes, The Butler does occasionally muster its own power, contrasting Cecil’s work at a White House state dinner with Louis’s beating by the police after a protest, or the riot that broke out in Washington DC after Martin Luther King’s assassination. Aware that he has a good job that provides for his family, Cecil is unwilling to rock the boat politically, which leads to clashes with his son but an otherwise passive performance for Whitaker. Oprah Winfrey, channelling Elizabeth Taylor’s Who’s Afraid Of Virginia Woolf? performance as Cecil’s hard-drinking wife, has more to play with but literally nowhere to go, her scenes almost exclusively limited to their airless, modest home.

The quick glimpses into the lives of middle-class African-Americans in this time of massive social upheaval – the house parties, the front porch conversations – are evocative and frequently charming, but The Butler is trying to cover way too much ground to get into that, or anything, to any real satisfaction.

With an ensemble and a story this large casting often substitutes for characterisation – Cuba Gooding Jr and Lenny Kravitz are Cecil’s amiable White House co-workers, Vanessa Redgrave is the kindly owner of the farm where Cecil grew up, Mariah Carey is his loving mother, and so on. James Marsden comports himself well as JFK, and Alan Rickman makes for a spot-on Ronald Reagan, but the string of presidential cameos also gives the film its numbing structure. Over and over again the leaders ask Cecil a pointed civil rights-related question and seem inspired by his humble, wholly uninteresting presence. Cecil Gaines is a witness to important historical events but a participant in none of them, and at times even Daniels seems to wish he were making a film entirely about the Freedom Riders or Black Panthers (Oyelowo’s fiery performance makes that draw even stronger).

A great film about the American civil rights movement is way overdue. The Butler, overwhelmed by flash and good intentions, doesn’t even come close.

Wil Haygood: Eugene Allen, America’s Butler

Johnathan Eaglin

irockjazz

2013-06-26

This summer Oscar nominated director, Lee Daniels and an all-star cast of actors including Oscar winners, Forrest Whitaker and Cuba Gooding, Jr., will release the highly anticipated major motion picture, “The Butler”. The film will present a portrayal of a man, Eugene Allen, who served eight U.S. presidents over 35 years as a White House butler.

iRock Jazz was granted an exclusive interview with author and journalist, Wil Haygood, the writer of the 2008 Washington Post article, “A Butler Well Served by This Election” which sparked the initial interest in Eugene Allen’s story. Days after the article – a vivid chronicle by Haygood of Eugene Allen’s life in the historical context of the long and complex relationship between African-Americans and the White House – was published the story went viral. The article was later reposted in the Los Angeles Times and shortly thereafter, nearly 15 Hollywood actors and producers reached out to Haygood hoping to secure a movie deal. Four and a half years later, “The Butler” will share with the world one of the unsung champions of history.

Speaking to Haygood, a prolific biographer, having written celebrated texts on Adam Clayton Powell, Jr., Sugar Ray Robinson, and Sammy Davis, Jr., you get the sense that Eugene Allen’s story may be Haygood’s masterwork, an assertion not solely based upon the brilliant content of the article or Haygood’s adept journalistic rectitude, but the striking parallels that weave Allen and Haygood together. Both men, gracious and professional, proud and persevering, fully committed to their vocation, and in the face of worldwide attention are remarkably humble.

Haygood’s two year immersion into Allen’s life strengthens his confidence that his story has the elements to resonate on the big screen. To Haygood, Allen is nothing short of an American hero whose life plays out like a movie and whose story deserves to be told. “It had the stuff of drama, the stuff of cinema – this one man that was in the white house for eight presidents. It’s almost like a novel, but it’s a real story. It really happened. Now he has a movie about his life. His life is important enough to be on the big screen. It’s really pretty magical,” exclaimed Haygood.

However, the life of Eugene Allen may not fit the standard mold of the blockbuster Hollywood biopic. While the sweeping grandeur of riveting cinematography, a gripping screenplay, and a lush emotion evoking score can serve as a recipe to garnering box office success, audience’s appetites are often whet with the star power of larger than life historical figures whose name and life are more recognizable throughout popular culture. So, why is the story of Eugene Allen noteworthy? Why make a film about his life? Why would Lenny Kravitz, after reading the script, cancel his European tour for a role in the movie? Why would Oprah Winfrey appear in this film after a 15 year hiatus? Eugene Allen did not break the color barrier on the baseball field or shake up the world in the boxing ring. He didn’t liberate a people from the shackles of slavery with the stroke of a pen or revolutionize the world through music or technology. Eugene Allen, a butler, a humble man from Virginia, is not a mainstay in history books, but he was an eye-witness to history for over three decades from a significant vantage point – 1600 Pennsylvania Avenue – the most powerful address in the world.

Retired for over twenty years before receiving Haygood’s call, Allen and his wife Helene lived according to Haygood in a, “Very modest house, small, on a quiet street, here, in northwest Washington D.C.”. Haygood would soon discover that the stories Allen held within him were just as rich as the treasure that lay beneath the Allen residence floors. Haywood describes the scene as he enters the Allen’s basement, “There were pictures of him and Harry Truman, him and President Eisenhower, him and President Kennedy, him and the Kennedy children, him and Duke Ellington when Duke Ellington visited the White House, him and Sarah Vaughn, him and Frank Sinatra. I almost started spinning on a top. It was like finding this unknown man and his life that nobody had written about.”

It is possible nobody had written about Eugene Allen for the same reasons the date January 20th came and went sixteen times, through ten U.S. presidents for nearly 60 years before President Barack Obama invited Allen to attend his first Presidential Inauguration in 2008. In 1986, Allen made history as the first White House butler to be invited as a guest to a Presidential State Dinner, a tribute bestowed upon him by President Ronald and First Lady Nancy Reagan. He took the moment so serious that a picture of he and his wife at the event is the only White House photo in the front room of their home. Yet, there was a time when he grappled with the racism and segregation that kept black American’s stifled from social, economic, and political progress. And with his training he defaulted to react discreetly, not wearing his political affiliation or views on his sleeve. The effect was nonetheless impactful. To witness both emotional events like assassinations, Civil Rights movement violence and, in time, triumphs like the passing of The Civil Rights Act and Voting Rights Act, it is evident that he exhibited a herculean amount of restraint.

Even the White House, his daily destination of duty, was not immune nor could it serve as a place of refuge. “In 1962 he was working at 1600 Pennsylvania Avenue, the most powerful address in the world. He could leave there, get in his car and drive to a rest stop in his native Virginia and have to use a bathroom for blacks only. And then go back to work under the American flag. The dual emotions that must have been rumbling inside of him – he was able to quiet any anger and go in to work every day, not in a restaurant, a bar, or factory, but at the most powerful address in the world that was supposed to be an emblem for world freedom. He didn’t have his rights and yet he never missed a day of work,” Haygood presented with zeal.

“When JFK was assassinated, Mr. Allen stayed at the White House all day heart stricken. He waited until the plane from Dallas had flown back to Washington, D.C. He stayed around as long as he could and helped everybody and then he went home at about 11:00pm. His son told me this – at about three o’clock in the morning he woke up, he got dressed and his wife asked him where he was going. He said, ‘I have to go back to the White House. Somebody might wake up in the middle of the night and need me. Everybody is in pain. Everybody is in shock’. And as he was walking down the hallway he crumpled to the floor and sobbed. And his son told me it was the first time he had seen his father cry. As with the assassination of Dr. King, Allen was heartbroken, but determined. Washington D.C. was engulfed in riots. While he drove to the White House through the fire and violence he got out of his car, parked it and walked the rest of the way. As grief stricken as he was it was important for him to get to work that day,” Haygood explained.

Eugene Allen’s resilience of character in the face of internal turmoil displays an example of what we all hope to be – courageous, everyday heroes who know quitting is not a viable option. Quite possibly the studio upped the release date three months earlier not to delay capitalizing on the opportunity to connect the public with Allen’s story. In describing Eugene Allen’s stature amongst celebrated history makers, which ultimately reveals both his conviction and connection to everyman, Haygood places Allen near the top. “He almost rises to the top. It’s interesting that the men I wrote about are famous figures and Mr. Allen was unknown to those men. Two of them he probably served. He probably served coffee or tea to Adam Clayton Powell or Sammy Davis, Jr. in the White House.

Mr. Allen stayed on the same job for thirty-four years. He represented to those eight presidents an example of a black man who works for his family, who believes in the country, who salutes his flag, and he never quit. There were other butlers who came and went especially after the 1960s and the social revolution during a time where it might not have seemed so cool to be a butler, a servant, in the White House. The Civil Rights Bill had not really taken full hold yet, and to stay on that job had to have meant that he believed in America and that he loved his country. And it didn’t matter that the occupant of the Oval Office was a Democrat or a Republican. He did his job very well and in the end he rose to be the maître d’, the highest ranking butler at the White House. So, his life had an amazing American song to it and I think we are in his debt to him.”

Oprah Winfrey, who plays Eugene Allen’s wife, Helene, explains her reason for taking this role which reveals more of Allen’s heroic commitment to provide a better life for his family and many others. “It was people like Eugene and Helene Allen who helped build the black middle class in this country. And that is a big reason why I took this role.” Allen chose to leave a legacy by staying on the job, which enabled him to put his son through college, extend finances to relatives who desired to migrate from the brutal south, and mentor many of the butlers and service people that came through the White House. According to Haygood, “Many who passed under his tutelage went on to get jobs in big hotel chains in LA or Chicago.”

Eugene and Helene Allen were very much inspired by the life of Barack Obama and his vision for the country. The election of President Obama in 2008, a black man who defied the odds, who noticed the historically relevant achievements of another black man enough to help him see, “the dream” not as a servant, but as a special guest, not as butler, but as a beacon of bravery and beneficiary to that dream. As Martin Luther King, Jr. gave voice to the dream, it was men like Eugene Allen whose life made the dream real every day. Eugene Allen served more than the inhabitants of the White House, he served humanity.

“If a man is called to be a street sweeper, he should sweep streets even as a Michelangelo painted, or Beethoven composed music or Shakespeare wrote poetry. He should sweep streets so well that all the hosts of heaven and earth will pause to say, ‘Here lived a great street sweeper who did his job well.”

-Martin Luther King, Jr.

iRock Jazz is honored to have a first look at Eugene Allen’s life and Wil Haygood’s enlightening perspective and story.

Voir aussi:

How True Is The Butler?

Aisha Harris

Borwbeat

2013/08/15

A few days after Barack Obama was elected president in 2008, the Washington Post published an article about a black butler who served in the White House for 34 years, under eight presidents, from Truman to Reagan. Eugene Allen represented, as journalist Wil Haygood wrote, “a story from the back pages of history. A figure in the tiniest of print. The man in the kitchen.”

“He was there,” Haygood continued, “while America’s racial history was being remade: Brown v. Board of Education, the Little Rock school crisis, the 1963 March on Washington, the cities burning, the civil rights bills, the assassinations.” Allen undoubtedly lived a fascinating life, meeting countless historical figures during especially polarizing times, and it’s unsurprising that Haygood’s profile caught the eye of Hollywood. It is now the basis for Lee Daniels’ The Butler (the director’s name is included thanks to silly copyright claims made by Warner Bros).

But as interesting as Haygood’s profile is, “A Butler Well Served by This Election” doesn’t provide that many details about Allen’s time in the White House outside a handful of facts and humorous anecdotes. (Allen’s wife Helene referred affectionately to former First Lady Rosalynn Carter as “country,” for instance.) The Butler is a bit more than 2 hours long, spans several decades, and includes multiple storylines. It’s fair to say it has epic ambitions.

So how much of Allen’s real-life experience actually made it into the film?

Not much. According to Daniels’ foreword in The Butler: A Witness to History, a book by Haygood published to accompany the film, the movie “is set against historical events,” but “the title character and his family are fictionalized.” The skeleton of Allen’s story is there: the childhood on a plantation in the early 1920s, the interactions with several presidents. But the names have been changed: Allen and his wife, Helene, are called Cecil and Gloria Gaines. (They’re played by Forest Whitaker and Oprah Winfrey.) At least one key character, Cecil’s son Louis (David Oyelowo), is entirely made up.

The following breakdown is based on Haygood’s profile and the accompanying book. (I have emailed Haygood and will update the post if he provides additional information.) Spoilers follow.

The butler’s backstory

The film opens with young Cecil in Macon, Georgia, in the 1920s, working in a cotton field alongside his father. His mother (Mariah Carey) is raped by a white plantation overseer, Thomas Westfall (Alex Pettyfer), loud enough for everyone to hear. When Westfall returns, Cecil’s father shows his anger, and Westfall shoots him dead in front of Cecil and the other plantation workers. The plantation matriarch (Vanessa Redgrave) then decides that Cecil should leave the fields to become a “house nigger” and learn to serve her family.

Those appear to be the inventions of screenplay writer Danny Strong; they are never mentioned in Haygood’s piece.* Eugene Allen was born in 1919, and, like Cecil, he grew up on a plantation (in Virginia, not Georgia). He, too, became a “house boy” for a white family. When he spoke to Haygood about his childhood, “There was nary a hint of bitterness in his voice about his upbringing.” Allen left the plantation in hopes of finding better work, as Cecil does—but unlike his fictional counterpart, he never broke into a hotel restaurant to steal food. (He did, however, land a job at a Virginia hotel as a waiter, as Cecil ultimately does in North Carolina.)

How the butler got his job at the White House

Allen learned of a job at a country club in Washington, D.C., a fact that aligns with Cecil’s move to the nation’s capital. But their entries to the White House differ considerably: Allen learned via word of mouth that Alonzo Fields, a black maître d’ at the White House, was looking for pantry workers, and he went to talk to him. He began working there in 1952, during the Truman administration, but didn’t get promoted to butler until several years later. In the movie, the White House calls Gaines after a white senior staffer witnesses Cecil in action at the D.C. hotel—a point Cecil, in voiceover, emphasizes proudly.

Cecil is hired as butler just as soon as black maître d’ Freddie Fallows (Colman Domingo) confirms that he is not actively political and is experienced in his field. He begins working in the White House under Eisenhower’s administration, in 1957.

Other moments from the film appear to be true: Allen witnessed presidents mulling over important historical decisions, including Eisenhower’s fight with Arkansas governor Orval Faubus regarding the desegregation of Little Rock. And his wife Helene did pass away just prior to Obama’s election (though it was the Sunday night prior, not the morning of, as the film implies).

The butler’s family

Allen had one son, Charles, who served in Vietnam, just as Cecil’s younger son (also named Charles) does. Allen’s son survived the war, while his fictional counterpart does not. The real-life Charles is still alive, and has seen and approved of the new movie, according to Haygood.

The invented older son, Louis, serves as the main source of conflict in the narrative of Cecil’s life, in an attempt to highlight the clash between the older and younger black generation. Louis, who’s ashamed that his father is content with serving white people, is himself present for several important historical moments, including the attack and burning of a Freedom Riders bus in 1961; he’s also imprisoned in the same jail as Martin Luther King, Jr. after a protest.

Gloria Gaines, the butler’s wife, has an affair with a neighbor (Terrence Howard) and struggles with alcoholism. These storlines appear to be fictional.

The butler and the Reagans

Judging from Haygood’s interview, it seems that Allen, like Cecil, was grateful to have his job at the White House, and wary of involving himself in the politics of the time—even in his old age, he is not quoted saying anything disparaging about the presidents he worked under. In the movie, Cecil asks for equal pay among the black and white service staff, who each perform the same level of duties. His request is denied, and he accepts this. Years later, he again asks for a raise, and when he is turned down a second time, he tells his supervisor that he spoke to President Reagan personally, and that Reagan insists on the raise himself. Allen did receive a promotion to maître d’ in 1980, but there’s no indication that he ever asked for a raise.*

Cecil’s character arc is complete when Nancy Reagan invites him to the state dinner as a guest—the first black butler to receive such an invitation in the history of the White House. This did, in fact, happen to Allen, but the cinematic version unfolds quite differently. Here’s how it’s described in Haygood’s profile:

“Had champagne that night,” the butler’s wife would remember all these years later. As she said it, Eugene, rocking in his chair, just grinned: for so many years he had stocked champagne in the White House.

In the film, on the other hand, Cecil’s discomfort at sitting among the white elite is made clear through voiceover, as he describes feeling like an outsider and a traitor to his black colleagues who are now serving him. He can now see first-hand how each server “performs” for guests, and recognizes that he’s been unknowingly wearing the same mask for years. This moment, along with Cecil overhearing Reagan’s promise to veto the sanctions against apartheid-ridden South Africa, prompts the butler to hand in his resignation. Haygood’s article only mentions that Eugene “left the White House in 1986” and received a “sweet note” from the president and a “tight” hug from First Lady Nancy.

The butler and Obama

The film ends with Cecil returning to the White House to meet President Obama. I can’t tell if Allen ever actually met the president, but he did get a VIP invitation to the inauguration in 2009, and was in attendance on that historical day. When he passed away in 2010, the president sent a letter to his family acknowledging his years in service and “abiding patriotism.”

A Butler Well Served by This Election

Wil Haygood

Washington Post

November 7, 2008

For more than three decades Eugene Allen worked in the White House, a black man unknown to the headlines. During some of those years, harsh segregation laws lay upon the land.

He trekked home every night, his wife, Helene, keeping him out of her kitchen.

At the White House, he worked closer to the dirty dishes than to the large desk in the Oval Office. Helene didn’t care; she just beamed with pride.

President Truman called him Gene.

President Ford liked to talk golf with him.

He saw eight presidential administrations come and go, often working six days a week. "I never missed a day of work," Allen says.

His is a story from the back pages of history. A figure in the tiniest of print. The man in the kitchen.

He was there while America’s racial history was being remade: Brown v. Board of Education, the Little Rock school crisis, the 1963 March on Washington, the cities burning, the civil rights bills, the assassinations.

When he started at the White House in 1952, he couldn’t even use the public restrooms when he ventured back to his native Virginia. "We had never had anything," Allen, 89, recalls of black America at the time. "I was always hoping things would get better."

In its long history, the White House — just note the name — has had a complex and vexing relationship with black Americans.

"The history is not so uneven at the lower level, in the kitchen," says Ted Sorensen, who served as counselor to President Kennedy. "In the kitchen, the folks have always been black. Even the folks at the door — black."

Sorensen tried to address the matter of blacks in the White House. But in the end, there was only one black man who stayed on the executive staff at the Kennedy White House past the first year. "There just weren’t as many blacks as there should have been," says Sorensen. "Sensitivities weren’t what they should have been, or could have been."

In 1866 the abolitionist Frederick Douglass, sensing an opening to advocate for black voting rights, made a White House visit to lobby President Andrew Johnson. Johnson refused to engage in a struggle for black voting rights. Douglass was back at the White House in 1877. But no one wished to discuss his political sentiments: President Rutherford Hayes had engaged the great man — it was a time of high minstrelsy across the nation — to serve as a master of ceremonies for an evening of entertainment.

In the fall of 1901, another famous black American came to the door. President Theodore Roosevelt invited Booker T. Washington, head of the Tuskegee Institute, to meet with him at the White House. Roosevelt was careful not to announce the invitation, fearing a backlash, especially from Southerners. But news of the visit leaked quickly enough and the uproar was swift and noisy. In an editorial, the Memphis Scimitar would write in the ugly language of the times: "It is only recently that President Roosevelt boasted that his mother was a Southern woman, and that he is half Southern by reason of that fact. By inviting a nigger to his table he pays his mother small duty."

Fifty years later, invitations to the White House were still fraught with racial subtext. When the Daughters of the American Revolution refused to allow pianist Hazel Scott to perform at Constitution Hall because of her race, many letters poured into the White House decrying the DAR’s position. First lady Bess Truman was a member of the organization, but she made no effort to get the DAR to alter its policy. Scott’s husband, Harlem congressman Adam Clayton Powell, subsequently referred to Bess Truman as "the last lady of the land." The words outraged President Truman, who vowed to aides he would find some way to punish Powell and barred the fellow Democrat from setting foot inside the Truman White House.

The first black to hold a policy or political position in the White House was E. Frederick Morrow, a former public relations executive with CBS. Gen. Dwight Eisenhower’s presidential campaign operatives were so impressed with Morrow’s diligent work during the 1952 campaign that they promised him a White House executive job if Ike were elected. Ike won, but Morrow ended up being placed at the Department of Commerce. He felt slighted and appealed to Republican friends in New York to force the White House to make good on its promise.

The phone finally rang in 1955 and Morrow was named administrative officer for special projects. He had hoped the title would give him wide responsibilities inside the White House, but found himself dealing, for the most part, with issues related to the Brown desegregation ruling, the Rosa Parks-led bus boycott in Montgomery, Ala., and the 1957 Little Rock school crisis.

"He was a man of great dignity," says Stephen Hess, senior fellow emeritus at the Brookings Institution, who worked as a speechwriter for Eisenhower. Morrow was in a lonely position, but "he did not complain," says Hess. "That wasn’t Fred Morrow."

When Morrow left his White House position, he imagined there’d be corporate job offers. There were not. "Only thing he was offered were jobs related to the black community," says Hess. Nonetheless, "after Morrow, it was appropriate to have a black person on the staff of the White House."

‘Pantry Man’

Before he landed his job at the White House, Gene Allen worked as a waiter at the Homestead resort in Hot Springs, Va., and then at a country club in Washington.

He and wife Helene, 86, are sitting in the living room of their home off Georgia Avenue NW. A cane rests across her lap. Her voice is musical, in a Lena Horne kind of way. She calls him "honey." They met in Washington at a birthday party in 1942. He was too shy to ask for her number, so she tracked his down. They married a year later.

In 1952, a lady told him of a job opening in the White House. "I wasn’t even looking for a job," he says. "I was happy where I was working, but she told me to go on over there and meet with a guy by the name of Alonzo Fields."

Fields was a maitre d’, and he immediately liked Allen.

Allen was offered a job as a "pantry man." He washed dishes, stocked cabinets and shined silverware. He started at $2,400 a year.

There was, in time, a promotion to butler. "Shook the hand of all the presidents I ever worked for," he says.

"I was there, honey," Helene reminds. "In the back, maybe. But I shook their hands, too." She’s referring to White House holiday parties, Easter egg hunts. They have one son, Charles. He works as an investigator with the State Department.

"President Ford’s birthday and my birthday were on the same day," he says. "He’d have a birthday party at the White House. Everybody would be there. And Mrs. Ford would say, ‘It’s Gene’s birthday, too!’ "

And so they’d sing a little ditty to the butler. And the butler, who wore a tuxedo to work every day, would blush.

"Jack Kennedy was very nice," he goes on. "And so was Mrs. Kennedy."

"Hmm-mmm," she says, rocking.

He was in the White House kitchen the day JFK was slain. He got a personal invitation to the funeral. But he volunteered for other duty: "Somebody had to be at the White House to serve everyone after they came from the funeral."

The whole family of President Jimmy Carter made her chuckle: "They were country. And I’m talking Lillian and Rosalynn both." It comes out sounding like the highest compliment.

First lady Nancy Reagan came looking for him in the kitchen one day. She wanted to remind him about the upcoming dinner for West German Chancellor Helmut Kohl. He told her he was well ahead in the planning and had already picked out the china. But she told him he would not be working that night.

"She said, ‘You and Helene are coming to the state dinner as guests of President Reagan and myself.’ I’m telling you! I believe I’m the only butler to get invited to a state dinner."

Husbands and wives don’t sit together at these events, and Helene was nervous about trying to make small talk with world leaders. "And my son says, ‘Mama, just talk about your high school. They won’t know the difference.’

"The senators were all talking about the colleges and universities that they went to," she says." I was doing as much talking as they were.

"Had champagne that night," she says, looking over at her husband.

He just grins: He was the man who stacked the champagne at the White House.

Moving Up, but Slowly

President Kennedy, who succeeded Eisenhower, started with two blacks, Frank Reeves and Andrew Hatcher, in executive positions on his White House staff. Only Hatcher, a deputy press secretary, remained after six months. Reeves, who focused on civil rights matters, left in a political reshuffling.

The issue of race bedeviled this White House, even amid good intentions. In February 1963, Kennedy invited 800 blacks to the White House to commemorate the 100th anniversary of the Emancipation Proclamation. Louis Martin, a Democratic operative who helped plan the function, had placed the names of entertainer Sammy Davis Jr. and his wife, May Britt, on the guest list. The White House scratched it off and Martin would put it back on. According to Martin, Kennedy was aghast when he saw the black and white couple stroll into the White House. His face reddened and he instructed photographers that no pictures of the interracial couple would be taken.

But Sammy Davis Jr. was not finished with 1600 Pennsylvania Ave. He got himself invited to the Nixon White House to meet with the president and talk about Vietnam and business opportunities for blacks. He even slept in the Lincoln Bedroom once. When Davis sang at the 1972 Republican convention in Miami, he famously wrapped his arms around Nixon at a youth rally there, becoming forever identified with a White House that many blacks found hostile.

Lyndon Johnson devoted considerable energy and determination to civil rights legislation, even appointing the first black to the Supreme Court. But it did not translate to any appreciable number of blacks working on his staff. Clifford Alexander says he was the sole black in Johnson’s White House, serving first as a National Security Council officer, then as associate White House counsel.

"We were fighting for something quite new," says Alexander. "You knew how much your job meant. And you knew President Johnson was fighting on your behalf." As a young man growing up in Harlem, Alexander had heard about Morrow. Mothers and fathers pointed to him as a grand success story. "Fred was a lovely man," says Alexander. "But they did not pay any attention to him in the Eisenhower White House."

Colin Powell would become the highest-ranking black of any White House to that point when he was named President Reagan’s national security adviser in 1987. Condoleezza Rice would have that same position under President George W. Bush.

The butler remembers seeing both Powell and Rice in the Oval Office. He was serving refreshments. He couldn’t help notice that blacks were moving closer to the center of power, closer than he could ever have dreamed. He’d tell Helene how proud it made him feel.

Time for Change

Gene Allen was promoted to maitre d’ in 1980. He left the White House in 1986, after 34 years. President Reagan wrote him a sweet note. Nancy Reagan hugged him, tight.

Interviewed at their home last week, Gene and Helene speculated about what it would mean if a black man were actually elected president.

"Just imagine," she said.

"It’d be really something," he said.

"We’re pretty much past the going-out stage," she said. "But you never know. If he gets in there, it’d sure be nice to go over there again."

They’ve got pictures of President and Mrs. Reagan in the living room. On a wall in the basement, they’ve got pictures of every president Gene ever served. There’s a painting President Eisenhower gave him and a picture of President Ford opening birthday gifts, Gene hovering nearby.

They talked about praying to help Barack Obama get to the White House. They’d go vote together. She’d lean on her cane with one hand, and on him with the other, while walking down to the precinct. And she’d get supper going afterward. They’d gone over their Election Day plans more than once.

"Imagine," she said.

"That’s right," he said.

On Monday Helene had a doctor’s appointment. Gene woke and nudged her once, then again. He shuffled around to her side of the bed. He nudged Helene again. He was all alone.

"I woke up and my wife didn’t," he said later.

Some friends and family members rushed over. He wanted to make coffee. They had to shoo the butler out of the kitchen.

The lady whom he married 65 years ago will be buried today.

The butler cast his vote for Obama on Tuesday. He so missed telling his Helene about the black man bound for the Oval Office.

Voir par ailleurs:

LE MAJORDOME : chronique

Emmanuelle Spadacenta

11-09-2013

Lee Daniels retrace le parcours du majordome qui a servi trente-quatre ans à la Maison-Blanche sous huit présidents. Un homme qui a accompagné l’histoire américaine.

Cecil Gaines, incarné par Forest Whitaker, est l’avatar fictionnel d’Eugene Allen, majordome qui officia à la Maison-Blanche de 1952 à 1986. Retracer le destin de l’homme qui servit huit Présidents (de Eisenhower à Reagan), c’est raconter, via un témoin privilégié, l’éradication du racisme et de la ségrégation au plus haut sommet de l’État. LE MAJORDOME n’est pas une biographie : certains faits ont été modifiés ou créés de toutes pièces, afin que Cecil cristallise l’Histoire américaine et que, par son seul regard, le film puisse balayer soixante ans d’évolutions. Et poser encore davantage de questions. Car Cecil, jeune esclave des champs de coton, va s’élever socialement en devenant le serviteur des blancs. Son recruteur lui explique qu’ »à la Maison-Blanche, il n’y a aucune tolérance pour la politique ». Une ironie qui le force à se dépolitiser. Ainsi privé de toute conscience civique, il va se perdre entre les décisions des puissants et l’activisme du peuple noir. Et s’éloigner de son fils (David Oyelowo), engagé auprès de Martin Luther King puis de Malcolm X. Cecil est-il un esclave consentant d’une Amérique qui a conditionné les Noirs à s’asservir ou est-il au contraire, comme Luther King l’affirme, un être « subversif » qui s’ignore ? LE MAJORDOME est donc plus que l’hagiographie d’un témoin politique. Il ouvre des pistes de réflexion sur l’émancipation des opprimés et tend un miroir cruel à tous les Américains, via de nombreuses scènes à la puissance dévastatrice. Le réalisateur Lee Daniels est un rebelle pacifiste mais au cinéma, il dérange. LE MAJORDOME n’est ni poli ni beau sous tous rapports. C’est une œuvre de mauvais goût où le grain de l’image est gros, où les lumières sont cramées. Où Mariah Carey joue une esclave violée par son propriétaire terrien, où Oprah Winfrey incarne une desperate housewife alcoolique, où Lenny Kravitz met le tablier pour faire des petits fours. S’il n’est bien-pensant, LE MAJORDOME peut être rebutant : les maquillages prothétiques y sont franchement borderline, et cette certaine théâtralité peut friser la soirée déguisée. Mais sous cette grossièreté cinématographique, explosent une vraie flamboyance et une grande honnêteté. On est loin de l’entreprise cynique et bâclée. L’histoire, qui idéologiquement peut atteindre une grande complexité, est submergée par l’émotion, elle est racontée sans ambages, en ligne droite, et le règlement de compte que l’Amérique entreprend avec elle-même est douloureux. Il y a chez Lee Daniels, déjà responsable de PRECIOUS et PAPERBOY, une manière de s’exprimer sans s’excuser qui peut passer pour de l’arrogance ou de l’inconscience. Mais elle peut aussi révéler une personnalité entière des plus touchantes.

De Lee Daniels. Avec Forest Whitaker, Oprah Winfrey, David Oyelowo. États-Unis. 2h12. Sortie le 11 septembre

L’ombre de ton ombre

Le Majordome

Lee Daniels

Critiques

10 septembre 2013

À peine ce Majordome nous intrigue-t-il – surtout par la cinglante démesure avec laquelle il semble endosser le genre du « film à Oscars » – que nous devons déjà ravaler nos minces espoirs : il n’y a que peu à sauver dans une entreprise à la fois aussi ambitieuse et aussi diminuée.

Cecil Gaines est un témoin privilégié de l’histoire contemporaine : il a officié durant sept présidences – nous n’en verrons réellement que cinq – en tant que majordome à la Maison Blanche. C’est aussi un Noir américain, né dans les champs de coton du Sud où il a vu son propre père se faire assassiner par son employeur blanc, avant de partir de son côté pour Washington et « servir », d’abord dans un palace, puis dans la demeure présidentielle. Le Majordome tente, ainsi, deux grands écarts : faire tenir en un seul film à la fois un résumé de toute l’histoire contemporaine américaine (par le prisme du Bureau ovale), et un résumé de toute la lutte pour la libération des Noirs (par le prisme d’une famille dont chaque génération constitue un chapitre de l’histoire des civil rights).

C’est cette vaste entreprise de pédagogie qui fait du Majordome un projet essentiellement grotesque, qui n’a que le temps de saisir les bouleversements historiques sous forme d’instants, de saynètes d’un plus grand tableau qui serait l’hagiographie d’un pays, les Etats-Unis, et d’une figure semi-divine, le Président. Ainsi se trouvent vignettées l’assassinat de Kennedy [1] (une dizaine de minutes), la guerre du Vietnam (pas mieux), la démission de Richard Nixon (un plan), où Lee Daniels visite l’histoire comme on visiterait un musée en courant, jetant des coups d’œil vaguement curieux aux mandats traversés. La question de l’émancipation des Noirs, essentiellement structurée autour de la relation entre un père bien rangé (Forest Whitaker) et son fils militant du Black Panther (David Oyelowo), n’en est pas moins caricaturale : Lee Daniels consacre une intarissable énergie à faire du « nègre de maison » (ainsi qu’ils sont appelés dans les riches propriétés du Sud) une image de libération en refusant de voir qu’elle cumule tous les attributs de la servilité.

À l’arrivée, difficile de déterminer quel versant du film est la toile de fond de l’autre. Avançant conjointement, présidence et mouvement des civil rights se font les deux points cardinaux de la contemporanéité politique américaine. Le Majordome pose ainsi l’empreinte d’un imaginaire collectif, brutalement matérialisé par une saisie de l’histoire qui est à rapprocher de l’écriture automatique. Chaque donnée politique se trouve ramenée à une image-réflexe, un souvenir prégnant ; ainsi se voient d’ailleurs tout bonnement évacués deux présidents déjà dissous dans l’amnésie générale (Gerald Ford et Jimmy Carter). La présidence de Barack Obama apparaît alors comme le salut du film, la rencontre pacifiée de ses deux sillages contradictoires. Versant littéralement dans le fanatisme – Cecil Gaines, vieillard et veuf, fond en larmes devant l’annonce des résultats en 2008 –, le final du Majordome nous rappelle à quel point l’écriture de l’histoire au cinéma n’est jamais mieux prise en défaut que dans son écriture du présent : l’agenouillement aveugle sur lequel le film s’achève vaut pour preuve de son simplisme généralisé.

Théo Ribeton

Notes

[1] Il faudrait d’ailleurs se demander pourquoi les deux films américains se proposant de représenter cette année l’assassinat d’un président ont systématiquement écarté l’image même de cet assassinat, dissimulée dans une ellipse. On ne verra pas plus la mort de John F. Kennedy qu’on ne vit celle d’Abraham Lincoln chez Steven Spielberg. Refoulé traumatique ?

"Le majordome", plus de trente ans dans la peau d’un Noir à la Maison-Blanche

Cette fresque humaniste sur un majordome qui a servi sept présidents des États-Unis et sur les tensions raciales figure déjà parmi les favoris pour la course aux Oscars.

10/9/13

Au début de sa carrière de majordome, Cecil Gaines (incarné par Forest Whitaker) est au service d…

ANNE MARIE FOX /Butler Films/LLC

Au début de sa carrière de majordome, Cecil Gaines (incarné par Forest Whitaker) est au service de Dwignt D. Eisenhower (Robin Williams).

LE MAJORDOME *** de Lee Daniels

Film américain, 2 h 05

« Je ne dois pas t’entendre respirer. » Telle est la première recommandation, terrible, de la vieille propriétaire de la plantation à Cecil Gaines, âgé de 7 ans en 1926, qui quitte les champs de coton pour devenir « nègre de maison ». Une promotion en guise de consolation : son père a été tué pour avoir esquissé une protestation contre le viol de sa mère par le maître des lieux.

L’orphelin apprend la place des couverts, la présentation des mets, la discrétion qui confine à l’invisibilité. Jeune adulte, il part de la plantation et trouve un emploi de majordome dans un bel hôtel, d’abord en Virginie puis à Washington où il épouse Gloria qui met au monde deux fils.

Sa méticulosité et sa culture l’amènent à devenir l’un des six majordomes en fonction à la Maison-Blanche. Embauché en 1957 alors qu’Eisenhower est au pouvoir, il demeure à ce poste durant sept présidences.

De la ségrégation raciale à l’élection de Barack Obama

En 2008, au moment de l’élection présidentielle, le Washington Post publie les entretiens d’un journaliste avec Eugene Allen, majordome pendant trente-quatre ans à la Maison-Blanche et qui mourra en 2010 à 90 ans. Le film de Lee Daniels s’inspire de son parcours exceptionnel. Un sujet en or dont le réalisateur tire une fantastique page d’histoire tout en ne perdant jamais de vue la petite histoire de son héros, Cecil Gaines.

En deux heures, ce long métrage balaie le demi-siècle où les États-Unis sont passés d’une période où un Blanc pouvait abattre un Noir, en toute impunité, à l’élection de Barack Obama à la présidence. Une révolution à l’échelle d’une vie. Se succèdent les étapes souvent sanglantes de la condition des Noirs, sans pesanteur grâce à l’entrelacs de ce propos avec la vie des personnages.

Étudiant, Louis, le fils aîné de Cecil, part dans le Sud afin de participer au mouvement pour l’égalité des droits civiques par la résistance pacifique chère à Gandhi et Martin Luther King ; il occupe des places réservées aux Blancs dans les restaurants et les bus, ce qui lui vaut blessures et séjours en prison. Cecil suit cet engagement avec affliction : il ne comprend pas ce militantisme et l’ingratitude d’un fils à qui il a tout donné pour mener une vie bourgeoise et paisible.

« À la Maison-Blanche, nous ne tolérons pas que vous soyez politisé »

C’est l’excellente idée du film de Lee Daniels : il ne se contente pas d’être une biographie filmée et de dérouler les étapes de l’émancipation des Noirs. Par l’antagonisme père-fils, il montre la complexité de cette mutation et deux stratégies opposées : l’intégration du père qui a trouvé sa place, même modeste, dans le saint des saints de la démocratie américaine, et la rébellion du fils, d’abord pacifiste avant de se radicaliser avec les Black Panthers.

Cecil Gaines accepte sans sourciller l’énormité énoncée lors de son recrutement : « À la Maison-Blanche, nous ne tolérons pas que vous soyez politisé. » Mais peut-être, de l’intérieur, peut-il œuvrer en douceur pour une évolution, à défaut d’une révolution.

Malcolm X oppose les « nègres de maison », conservateurs, et les « nègres des champs », révoltés. Martin Luther King au contraire voit la dimension subversive des premiers, dociles et travailleurs, à l’encontre des stéréotypes des racistes.

Film à la réalisation classique voire académique, Le Majordome brille par sa distribution où se bousculent les stars. Forest Whitaker donne une élégance retenue et un charisme modeste à Cecil Gaines. Oprah Winfrey incarne Gloria, son épouse délaissée. Inégal, le casting des présidents réunit Robin Williams (Dwight D. Eisenhower), James Marsden (John F. Kennedy) et Alan Rickman (Ronald Reagan) accompagné de Jane Fonda (Nancy Reagan).

De facture hollywoodienne, le film joue (parfois trop) sur la corde de l’émotion, au point de tirer des larmes aux spectateurs et à Barack Obama. « J’ai pleuré, a-t-il expliqué, non seulement parce que je pensais aux majordomes qui ont travaillé ici, à la Maison-Blanche, mais aussi à une génération entière de gens qui étaient capables et talentueux, mais ont été bridés à cause des lois raciales, à cause des discriminations. »

CORINNE RENOU-NATIVEL

Le Majordome

Frédéric Strauss

Télérama

11/09/2013

Au service de huit présidents à la Maison-Blanche, Eugene Allen (1919-2010) passa sa vie dans les coulisses de l’Histoire. Rebap­tisé Cecil Gaines, il devient, en quelque sorte, l’ambassadeur de tout un peuple : les Noirs américains. Lee Daniels est l’un d’eux et il n’hésite pas à politiser son propos. C’est d’ailleurs la bonne surprise de ce film, qu’on pouvait redouter bien plus décoratif et anecdotique… Deux ou trois scènes où passe un plateau d’argent suffisent à résumer le travail de ce valet des présidents. Eisenhower, Kennedy ou Nixon sont représentés avec un minimum de crédi­bilité, Jane Fonda vient faire sa Nancy Reagan : elle est très drôle, mais toute cette reconstitution reste simplette. L’important est ailleurs. Lee Daniels insiste sur la principale qualité d’un bon majordome : être invisible. La clé d’une discrétion qui va de soi, mais aussi une règle de survie sociale : pour être tolérés par les Blancs, les Noirs doivent éviter de se faire remarquer. Un principe contre lequel va s’élever le fils du majordome qui devient, lui, un héros de la bataille des droits civiques, dans le sillage de Martin Luther King et Malcolm X.

Cet aspect symbolique ne va pas sans une certaine schématisation. Mais Lee Daniels réussit à raconter, expliquer cette Amérique qui a difficilement renoncé à la discrimination raciale et n’en est pas encore complètement remise. Un pays, cependant, où un Noir, embauché à la Maison-Blanche, y revint, à la fin de sa vie, pour rencontrer Barack Obama. Un parcours qui a tout d’une parabole.


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