Israël: Le seul pays dont les voisins font de l’anéantissement un objectif national explicite (And the only nation on earth that inhabits the same land, bears the same name, speaks the same language, and worships the same God that it did 3,000 years ago – on a territory smaller than Vermont)

24 juillet, 2014
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Mesha stele
Tel Dan stele

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Israël est détruit, sa semence même n’est plus. Amenhotep III (Stèle de Mérenptah, 1209 or 1208 Av. JC)
Je me suis réjoui contre lui et contre sa maison. Israël a été ruiné à jamais. Mesha (roi de Moab, Stèle de Mesha, 850 av. J.-C.)
J’ai tué Jéhoram, fils d’Achab roi d’Israël et j’ai tué Ahziahu, fils de Jéoram roi de la Maison de David. Et j’ai changé leurs villes en ruine et leur terre en désert. Hazaël (stèle de Tel Dan, c. 835 av. JC)
Le roi de Moab, voyant qu’il avait le dessous dans le combat, prit avec lui sept cents hommes tirant l’épée pour se frayer un passage jusqu’au roi d’Édom; mais ils ne purent pas. Il prit alors son fils premier-né, qui devait régner à sa place, et il l’offrit en holocauste sur la muraille. Et une grande indignation s’empara d’Israël, qui s’éloigna du roi de Moab et retourna dans son pays. 2 Rois 3: 26-27
Je les planterai dans leur pays et ils ne seront plus arrachés du pays que je leur ai donné, dit L’Éternel, ton Dieu. Amos (9: 15)
Quel est ton pays, et de quel peuple es-tu? (…) Je suis Hébreu, et je crains l’Éternel, le Dieu des cieux, qui a fait la mer et la terre. Jonas 1-8-9
La petite nation est celle dont l’existence peut être à n’importe quel moment mise en question, qui peut disparaître, et qui le sait. Un Français, un Russe, un Anglais n’ont pas l’habitude de se poser des questions sur la survie de leur nation. Leurs hymnes ne parlent que de grandeur et d’éternité. Or, l’hymne polonais commence par le vers : La Pologne n’a pas encore péri. Milan Kundera
L’Etat d’Israël est né du même processus légitime qui a créé les autres nouveaux États de la région, la conséquence du démantèlement de l’Empire Ottoman après la Première guerre mondiale. En conformité avec la pratique traditionnelle des États victorieux, les puissances alliées de France et d’Angleterre ont créé le Liban, la Syrie, l’Irak et Jordan et bien sûr Israël, pour consolider et protéger leurs intérêts nationaux. Ce droit légitime de réécrire la carte peut avoir été mal fait et à courte vue – des régions contenant beaucoup de différentes sectes et groupes ethniques étaient de mauvais candidats pour devenir des Etats-nation, comme l’histoire de l’Irak et le Liban le montre, alors que des candidats de premier plan pour l’identité nationale, comme les Kurdes, ont été écartés. Mais le droit de le faire a été accordé par la victoire des alliés et la défaite des puissances centrales, le prix vieux comme le monde de que doivent payer ceux qui déclenchent une guerre et la perdent. De même, en Europe, l’Autriche-Hongrie a été démantelée, et les nouveaux États de l’Autriche, de la Hongrie, de la Yougoslavie et de la Tchécoslovaquie ont été créés. Et l’agresseur par excellence qu’est l’Allemagne se vit infliger une perte importante de territoire, laissant environ 10 millions d’Allemands bloqués à l’extérieur de la patrie. le droit d’Israël à son pays est aussi légitime que ceux de la Jordanie, de la Syrie et du Liban. Bruce Thornton
Israël est l’incarnation pure et simple de la continuité juive : c’est la seule nation au monde qui habite la même terre, porte le même nom, parle la même langue et vénère le même Dieu qu’il y a 3000 ans. En creusant le sol, on peut trouver des poteries du temps de David, des pièces de l’époque de Bar Kochba, et des parchemins vieux de 2000 ans, écrits de manière étonnamment semblable à celle qui, aujourd’hui, vante les crèmes glacées de la confiserie du coin. Charles Krauthammer

Mais qui aujourd’hui se souvient encore de Moab ?

Alors que sous la furie combinée des roquettes palestiniennes (gracieusement fournies, via l’Egypte et le Soudan et le financement du Qatar, par l’Iran qui brusquement semblent inquiéter l’Occident) et des critiques occidentales

En cette drôle de guerre où le plus fort doit s’excuser de trop bien protéger sa population pendant que le plus faible fait la une des médias pour l’avoir sacrifiée

Un peuple annoncé "détruit à jamais" à trois reprises par un pharaon, un roi moabite et un roi syrien au XIIIe puis au IXe siècles AVANT Jésus-Christ …

Voit à nouveau son droit à défendre son existence contesté …

Comment ne pas repenser à ce magnifique texte que le célèbre éditorialiste américain Charles Krauthammer avait écrit pour le cinquantenaire …

De la (re)création, à l’instar des autres Etats de la région suite au démembrement de l’Empire ottoman, de l’Etat d"un peuple annoncé, comme nous le rappelions ici même pour son "60e anniversaire", "détruit à jamais" à trois reprises par un pharaon, un roi moabite et un roi syrien au XIIIe puis au IXe siècles AVANT Jésus-Christ …

Rappelant, à tous nos ignorants donneurs de leçons, que sur un territoire plus petit que l’infinitésimalissime état américain du Vermont (ou de la Lorraine ou la Sicile) …

"Le seul pays au monde dont les voisins font de l’anéantissement un objectif national explicite"  …

Est aussi "la seule nation au monde à habiter la même terre, porter le même nom, parler la même langue et vénérer le même Dieu qu’il y a 3000 ans" !

Extraits:

Israël n’est pas uniquement une petite nation. Israël est la seule petite nation – la seule, point ! – dont les voisins déclarent publiquement que son existence même est un affront au droit, à la morale et à la religion, et qui font de son anéantissement un objectif national explicite. Et cet objectif n’est pas une simple déclaration d’intention. L’Iran, la Libye, et l’Iraq mènent une politique étrangère qui vise au meurtre des Israéliens et à la destruction de leur État. Ils choisissent leurs alliés (Hamas, Hezbollah) et développent leurs armements (bombes-suicide, gaz toxiques, anthrax, missiles nucléaires) conformément à cette politique. Des pays aussi éloignés que la Malaisie n’autorisent pas la présence d’un représentant d’Israël sur leur sol, allant jusqu’à interdire la projection du film "La Liste de Schindler", de peur qu’il n’engendre de la « sympathie pour Sion ».

D’autres sont plus circonspects dans leurs déclarations. La destruction n’est plus l’objectif unanime de la Ligue Arabe, comme cela a été le cas pendant les trente années qui ont précédé Camp David. La Syrie, par exemple, ne le dit plus de façon explicite. Cependant, la Syrie détruirait Israël demain, si elle en avait les moyens. (Sa retenue actuelle sur le sujet est largement due à son besoin de liens avec les Etats-Unis d’après la guerre froide). Même l’Égypte, première à avoir fait la paix avec Israël et prétendu modèle de "faiseur de paix", s’est dotée d’une grande armée équipée de matériel américain, qui effectue des exercices militaires très clairement conçus pour combattre Israël. Son exercice "géant", Badr 96, par exemple, le plus grand mené depuis la guerre de 1973, simulait des traversées du canal de Suez.

Et même l’OLP, obligée de reconnaître ostensiblement l’existence d’Israël dans les accords d’Oslo de 1993, est toujours régie par une charte nationale qui, dans au moins quatorze passages, appelle à l’éradication d’Israël. Le fait qu’après cinq ans [rappelons que Krauthammer écrit ceci en 1998] et quatre promesses spécifiques d’amender cette charte, elle reste intacte, est un signe qui montre à quel point le rêve de faire disparaître Israël reste profondément ancré dans l’inconscient collectif arabe.

Le monde islamique, berceau de la grande tradition juive séfarade et patrie d’un tiers de la population juive mondiale, est aujourd’hui pratiquement Judenrein. Aucun pays du monde islamique ne compte aujourd’hui plus de 20 000 Juifs. Après la Turquie, qui en compte 19 000, et l’Iran, où l’on en dénombre 14 000, le pays ayant la plus grande communauté juive dans le monde islamique est le Maroc, avec 6 100 Juifs – il y en a davantage à Omaha, dans le Nebraska. Ces communautés ne figurent pas dans les projections. Il n’y a d’ailleurs rien à projeter. Il n’est même pas besoin de les comptabiliser, il faut juste s’en souvenir. Leur expression même a disparu. Le yiddish et le ladino, langues respectives et distinctives des diasporas européennes et sépharades, ainsi que les communautés qui les ont inventées, ont quasiment disparu.

Israël est l’incarnation pure et simple de la continuité juive : c’est la seule nation au monde qui habite la même terre, porte le même nom, parle la même langue et vénère le même Dieu qu’il y a 3000 ans. En creusant le sol, on peut trouver des poteries du temps de David, des pièces de l’époque de Bar Kochba, et des parchemins vieux de 2000 ans, écrits de manière étonnamment semblable à celle qui, aujourd’hui, vante les crèmes glacées de la confiserie du coin.

Soit, appelez ces gens comme vous le voulez. Après tout, "Juif" est une dénomination plutôt récente de ce peuple. Ils furent d’abord des "Hébreux", puis des "Israélites". "Juif" (qui vient du royaume de Juda, un des deux États qui ont succédé au royaume de David et de Salomon) est l’appellation post-exilique pour "Israélite". C’est un nouveau venu dans l’histoire.

Comment qualifier un Israélien qui ne respecte pas les règles alimentaires, ne va pas à la synagogue, et considère le Shabbat comme le jour où l’on va faire un tour en voiture à la plage – ce qui, soit dit en passant, est une assez bonne description de la plupart des Premiers ministres d’Israël ? Cela n’a aucune importance. Installez un peuple juif dans un pays qui se fige le jour de Kippour, parle le langage de la Bible, vit au rythme (lunaire) du calendrier hébraïque, construit ses villes avec les pierres de ses ancêtres, produit une littérature et une poésie hébraïques, une éducation et un enseignement juifs qui n’ont pas d’égal dans le monde – et vous aurez la continuité. Les Israéliens pourraient s’appeler autrement. Peut-être un jour réserverons-nous le terme de "Juifs" à l’expérience d’exil d’il y a 2000 ans, et les appellerons-nous "Hébreux" [c'est le terme qu'utilise la langue italienne : "ebrei" - Note de Menahem Macina]. Ce terme a une belle connotation historique, c’est le nom que Joseph et Jonas ont donné en réponse a la question : « Qui êtes-vous ? »

Certains ne sont pas d’accord avec l’idée qu’Israël est porteur de la continuité du peuple juif, à cause de la multitude de désaccords et de fractures entre Israéliens : Orthodoxes contre Laïcs, Ashkénazes contre Sépharades, Russes contre Sabras, etc. Israël est aujourd’hui engagé dans d’amers débats à propos de la légitimité du judaïsme conservateur et réformiste, ainsi que de l’empiétement de l’orthodoxie sur la vie sociale et civique du pays.

Et alors, qu’y a-t-il là de nouveau ? Israël est tout simplement en train de revenir à la norme juive. Il existe des divisions tout aussi sérieuses au sein de la Diaspora, tout comme il en existait au sein du dernier État juif : « Avant la suprématie des Pharisiens et l’émergence d’une orthodoxie rabbinique, après la chute du second Temple», écrit l’universitaire Frank Cross, «le judaïsme était plus complexe et varié que nous le supposions ». Les Manuscrits de la Mer Morte, explique Hershel Shanks, «attestent de la variété – mal perçue jusqu’à ce jour – du judaïsme de la fin de la période du Second Temple, à tel point que les universitaires évoquent souvent, non pas le judaïsme, mais les judaïsmes. »

Le second État juif était caractérisé par des rixes entre sectaires juifs : Pharisiens, Sadducéens, Esséniens, apocalypticiens de tous bords, sectes aujourd’hui oubliées par l’histoire, sans parler des premiers chrétiens. Ceux qui s’inquiètent des tensions entre laïcs et religieux en Israël devraient méditer sur la lutte, qui dura plusieurs siècles, entre les Hellénistes et les Traditionalistes, durant la période du deuxième État juif. La révolte des Macchabées, entre 167 et 164 avant J.-C., célébrée aujourd’hui à Hanoukka, était, entre autres, une guerre civile entre Juifs.

Certes, il est peu probable qu’Israël produise une identité juive unique. Mais ce n’est pas nécessaire. Le monolithisme relatif du judaïsme rabbinique au Moyen-Âge est l’exception. Fracture et division sont les réalités du quotidien, à l’ère moderne, tout comme elles l’étaient dans le premier et le second États juifs. Ainsi, durant la période du premier Temple, le peuple d’Israël était divisé en deux États [le royaume de Juda, au sud, et celui d'Israël, au nord – note du réviseur de la version française], qui étaient en conflit quasi permanent. Les divisions actuelles au sein d’Israël ne supportent pas la comparaison.

La position centrale d’Israël est plus qu’une question de démographie. Elle représente une nouvelle stratégie, hardie et dangereuse pour la survie du peuple juif. Pendant deux millénaires, le peuple juif a survécu grâce à la dispersion et à l’isolement. Après le premier exil, en 586 avant J.-C., et le second, en 70, puis en 132, les Juifs se sont d’abord installés en Mésopotamie et autour du bassin Méditerranéen, puis en Europe de l’Est et du Nord, et, finalement, au Nouveau Monde, à l’Ouest, avec des communautés situées presque aux quatre coins du monde, jusqu’en Inde et en Chine.

Tout au long de cette période, le peuple juif a survécu à l’énorme pression de la persécution, des massacres et des conversions forcées, non seulement par sa foi et son courage, mais aussi grâce à sa dispersion géographique. Décimés ici, ils survivaient ailleurs. Les milliers de villes et de villages juifs répartis dans toute l’Europe, le monde islamique et le Nouveau Monde, constituaient une sorte d’assurance démographique. Même si de nombreux Juifs ont été massacrés lors de la première Croisade, le long du Rhin, même si de nombreux villages ont été détruits au cours des pogroms de 1648-1649, en Ukraine, il y en avait encore des milliers d’autres répartis sur toute la planète pour continuer. Cette dispersion a contribué à la faiblesse et la vulnérabilité des communautés juives prises séparément. Paradoxalement, pourtant, elle a constitué un facteur d’endurance et de force pour le peuple juif dans son ensemble. Aucun tyran ne pouvait réunir une force suffisante pour menacer la survie du peuple juif partout dans le monde.

Jusqu’à Hitler. Les nazis sont parvenus à détruire presque tout ce qu’il y avait de juif, des Pyrénées aux portes de Stalingrad, une civilisation entière, vieille de mille ans. Il y avait neuf millions de Juifs en Europe lorsque Hitler accéda au pouvoir. Il a exterminé les deux tiers d’entre eux. Cinquante ans plus tard, les Juifs ne s’en sont pas encore remis. Il y avait seize millions de Juifs dans le monde, en 1939. Aujourd’hui, ils sont treize millions.

Toutefois, les conséquences de l’Holocauste n’ont pas été que démographiques. Elles ont été psychologiques, bien sûr, et aussi idéologiques. La preuve avait été faite, une fois pour toutes, du danger catastrophique de l’impuissance. La solution était l’autodéfense, ce qui supposait une re-centration démographique dans un lieu doté de souveraineté, d’armement, et constituant un véritable État.

Avant la Deuxième Guerre mondiale, il y avait un véritable débat, au sein du monde juif, à propos du sionisme. Les juifs réformistes, par exemple, avaient été antisionistes durant des décennies. L’Holocauste a permis de clore ce débat. A part certains extrêmes – la droite ultra-orthodoxe et l’extrême gauche – le sionisme est devenu la solution reconnue à l’impuissance et à la vulnérabilité juives. Au milieu des ruines, les Juifs ont pris la décision collective de dire que leur futur reposait sur l’autodéfense et la territorialité, le rassemblement des exilés en un endroit où ils pourraient enfin acquérir les moyens de se défendre eux-mêmes.

C’était la bonne décision, la seule décision possible. Mais ô combien périlleuse ! Quel curieux choix que celui de ce lieu pour l’ultime bataille : un point sur la carte, un petit morceau de quasi-désert, une fine bande d’habitat juif, à l’abri de barrières naturelles on ne peut plus fragiles (et auxquelles le monde exige qu’Israël renonce). Une attaque de tanks suffisamment déterminée peut la couper en deux. Un petit arsenal de Scuds à tête nucléaire peut la détruire intégralement.

Pour détruire le peuple juif, Hitler devait conquérir le monde. Tout ce qu’il faudrait aujourd’hui, c’est conquérir un territoire plus petit que le Vermont [aux Etats-Unis]. La terrible ironie est qu’en résolvant leur problème d’impuissance, les Juifs ont mis tous leurs oeufs dans le même panier, un petit panier au bord de la Méditerranée. Et, de son sort, dépend le sort de tous les Juifs.

Nous présumons que l’histoire juive est cyclique : exil babylonien en 586 av. J.-C., suivi par le retour, en 538 av. J.-C., exil romain en 135, suivi par le retour, légèrement différé en 1948. C’est oublier la part linéaire de l’histoire juive : il y a eu une autre destruction, un siècle et demi avant la chute du premier Temple. Elle restera irréparable. En 722 av. J.-C., les Assyriens firent la conquête de l’autre État juif, le plus grand, le royaume du nord d’Israël (la Judée, dont descendent les juifs modernes, constituait le royaume du Sud). Il s’agit de l’Israël des Dix Tribus, exilées et perdues pour toujours.

Leur mystère est si tenace que, lorsque les explorateurs Lewis et Clark partirent pour leur expédition [vers les vastes Plaines de l'Ouest américain], une des nombreuses questions préparées à leur intention par le Dr Benjamin Rush, à la demande du président Jefferson lui-même, fut la suivante : Quel lien existe-t-il entre leurs cérémonies [celles des Indiens] et celles des Juifs ? – « Jefferson et Lewis avaient longuement parlé de ces tribus », explique Stephen Ambrose. «Ils conjecturaient que les tribus perdues d’Israël pouvaient être quelque part dans les Plaines. »

Hélas, ce n’était pas le cas. Les Dix Tribus se sont dissoutes dans l’histoire. En cela, elles sont représentatives de la norme historique. Tout peuple conquis de cette façon et exilé disparaît avec le temps. Seuls les Juifs ont défié cette norme, à deux reprises.

Mais je crains que ce ne soit plus jamais le cas.

Charles Krauthammer

En fin de compte: Sion, Israël et le destin des Juifs

Charles  Krauthammer

The Weekly Standard

11 mai 1998

Traduction française de Nathalie Lerner, révisée par Menahem Macina.

1. Un petit État

Milan Kundera a défini un jour un petit État comme étant « un État dont l’existence même pourrait être remise en question à tout instant; un petit État peut disparaître, et il le sait » [1] Les États-Unis ne sont pas un ‘petit État’. Le Japon non plus. Ni même la France. Ces nations peuvent subir des défaites. Elles peuvent même être envahies. Mais elles ne peuvent pas disparaître. La Tchécoslovaquie de Kundera pouvait disparaître, et ce fut même le cas, en une occasion [2]. La Tchécoslovaquie d’avant-guerre est une petite nation paradigmatique: une démocratie libérale créée sur les cendres de la guerre par un monde déterminé à laisser les petites nations vivre librement; menacée par la convoitise et la taille importante d’un voisin en expansion; fatalement compromise par une lassitude grandissante de la part de l’Ouest à propos d’«une querelle dans un pays lointain – un pays dont nous ignorons tout»; laissée morcelée et sans défense, succombant finalement à la conquête. Quand Hitler est entré dans Prague, en mars 1939, il a déclaré : « La Tchécoslovaquie a cessé d’exister».

Israël est également une petite nation. Cela ne signifie pas que son destin soit de disparaître. Mais que ce pourrait l’être. Qui plus est, par sa vulnérabilité face à l’anéantissement, Israël n’est pas uniquement une petite nation. Israël est la seule petite nation – la seule, point ! – dont les voisins déclarent publiquement que son existence même est un affront au droit, à la morale et à la religion, et qui font de son anéantissement un objectif national explicite. Et cet objectif n’est pas une simple déclaration d’intention. L’Iran, la Libye, et l’Iraq mènent une politique étrangère qui vise au meurtre des Israéliens et à la destruction de leur État. Ils choisissent leurs alliés (Hamas, Hezbollah) et développent leurs armements (bombes-suicide, gaz toxiques, anthrax, missiles nucléaires) conformément à cette politique. Des pays aussi éloignés que la Malaisie n’autorisent pas la présence d’un représentant d’Israël sur leur sol, allant jusqu’à interdire la projection du film "La Liste de Schindler", de peur qu’il n’engendre de la « sympathie pour Sion ».

D’autres sont plus circonspects dans leurs déclarations. La destruction n’est plus l’objectif unanime de la Ligue arabe, comme cela a été le cas pendant les trente années qui ont précédé Camp David. La Syrie, par exemple, ne le dit plus de façon explicite. Cependant, la Syrie détruirait Israël demain, si elle en avait les moyens. (Sa retenue actuelle sur le sujet est largement due à son besoin de liens avec les Etats-Unis d’après la guerre froide). Même l’Égypte, première à avoir fait la paix avec Israël et prétendu modèle de "faiseur de paix", s’est dotée d’une grande armée équipée de matériel américain, qui effectue des exercices militaires très clairement conçus pour combattre Israël. Son exercice "géant", Badr 96, par exemple, le plus grand mené depuis la guerre de 1973, simulait des traversées du canal de Suez.

Et même l’OLP, obligée de reconnaître ostensiblement l’existence d’Israël dans les accords d’Oslo de 1993, est toujours régie par une charte nationale qui, dans au moins quatorze passages, appelle à l’éradication d’Israël. Le fait qu’après cinq ans [rappelons que Krauthammer écrit ceci en 1998] et quatre promesses spécifiques d’amender cette charte, elle reste intacte, est un signe qui montre à quel point le rêve de faire disparaître Israël reste profondément ancré dans l’inconscient collectif arabe [4].

« Comme l’a dit l’imam (Khomeiny), Israël doit être rayé de la carte… ».

« Les dirigeants de la nation musulmane qui reconnaîtront Israël brûleront dans les flammes de la colère de leur propre peuple ».

(Le Président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, lors d’un discours prononcé le 26 octobre 2005 devant un public de quatre mille étudiants radicaux, à l’occasion d’une conférence intitulée "Le monde sans le sionisme".)

2. Les enjeux

La perspective de la disparition d’Israël pose problème à cette génération. Pendant 50 ans, Israël "a fait partie des meubles". La plupart des gens ne se souviennent pas d’avoir vécu dans un monde où Israël n’existerait pas. Pourtant ce sentiment de "permanence" a plus d’une fois été mis à rude épreuve – pendant les premiers jours de la guerre du Kippour, lorsqu’il semblait qu’Israël allait être envahi, ou encore durant les quelques semaines de mai et début juin 1967, quand Nasser instaura un blocus du détroit de Tiran et fit déferler 100 000 soldats dans le Sinaï pour rejeter les Juifs à la mer.

Pourtant, la victoire étourdissante d’Israël, en 1967, sa supériorité en armes conventionnelles, son succès dans chaque guerre durant laquelle son existence était en jeu, ont engendré l’autosatisfaction. L’idée même de la non-permanence d’Israël paraissait ridicule. Israël, écrivait un intellectuel de la diaspora, « est fondamentalement indestructible. Yitzhak Rabin le savait. Les dirigeants arabes sur le Mont Herzl (lors de l’enterrement de Rabin) le savaient. Seuls les saints de la droite, voleurs de terres et dégainant à toute occasion, l’ignorent. Ils sont animés par l’espoir de la catastrophe, l’exaltation d’assister à la fin ».

L’exaltation n’était pas exactement la sensation éprouvée par les Israéliens lorsque, pendant la guerre du Golfe, ils durent s’enfermer dans des pièces hermétiquement isolées et porter des masques à gaz pour se protéger d’une destruction de masse – et ce pour une guerre dans laquelle Israël n’était même pas impliqué. Il y eut alors une vague de peur, de terreur, d’impuissance, ces sentiments juifs ancestraux que la mode post-sioniste d’aujourd’hui juge anachroniques, si ce n’est réactionnaires. Mais la volonté ne change pas la réalité. La guerre du Golfe a rappelé, même aux plus optimistes, qu’à l’époque des armes chimiques, des missiles, et des bombes nucléaires, époque dans laquelle aucun pays n’est à l’abri d’armes de destruction de masse, Israël, avec sa population compacte et son territoire réduit, est particulièrement exposé à l’anéantissement.Israël n’est pas au bord du gouffre. Il n’est pas au bord du précipice. Nous ne sommes ni en 1948, ni en 1967 ou 1973. Et il le sait.

Il peut sembler étrange de commencer une étude sur la signification d’Israël et de l’avenir des Juifs en envisageant sa fin. Mais cela contribue à concentrer l’esprit. Et cela permet de mettre les enjeux en évidence. Les enjeux ne pourraient pas être plus élevés. J’affirme que l’existence et la survie du peuple juif sont directement liées à l’existence et à la survie d’Israël. Ou encore, pour exprimer cette thèse sur un mode négatif, que la fin d’Israël signifierait la fin du peuple juif. Le peuple juif a survécu à la destruction et à l’exil des Babyloniens, en 586 avant l’ère chrétienne. Il a survécu à la destruction et à l’exil des Romains, en 70 de notre ère, et pour la dernière fois en 132. Mais il ne pourrait survivre à une autre destruction, ni à un autre exil. Ce troisième État – l’Israël moderne -, né il y a de cela [63] ans, est le dernier.

Le retour à Sion est maintenant le principal drame du peuple Juif. Ce qui a commencé comme une expérience constitue dorénavant le coeur même du peuple juif – son centre culturel, spirituel, et psychologique, et cet État est devenu également son centre démographique. Israël est la clé de voûte. C’est sur lui que reposent les espoirs – l’unique espoir même – de continuité et de survie des Juifs.

3. La Diaspora moribonde

En 1950, il y avait 5 millions de Juifs aux États-Unis. En 1990, leur nombre dépassait à peine les 5,5 millions. Durant ces décennies, la population globale des États-Unis a augmenté de 65%. Celle des Juifs stagne. En fait, durant le dernier demi-siècle, le pourcentage de Juifs au sein de la population américaine est passé de 3 à 2. Et aujourd’hui, se précise un déclin, non pas relatif mais absolu. Ce qui a maintenu la population juive et son niveau actuel a été tout d’abord le "Baby boom" d’après-guerre, puis l’arrivée de 400 000 Juifs, principalement de l’Union soviétique.

Mais le "baby boom" est terminé. Et l’immigration russe touche à sa fin. Le nombre de Juifs qui se trouvent aux États-Unis n’est pas illimité. Si nous laissons de côté ces anomalies historiques, la population juive américaine est moins importante aujourd’hui que ce qu’elle était en 1950. Elle sera certainement encore plus faible dans l’avenir. En fait, elle est aujourd’hui vouée à un déclin catastrophique. Steve Bayme, directeur du Jewish Communal Affairs, prévoit carrément que, d’ici 20 ans, la population juive aura baissé jusqu’à 4 millions, une perte d’environ 30%. Et qu’en sera-t-il dans 20 ans ? Une projection de quelques décennies de plus annonce un avenir encore plus effrayant.

Comment une communauté peut-elle se décimer dans des conditions aussi favorables que celles des États-Unis ? – La raison est simple : fertilité basse et phénomène endémique de mariages mixtes. Le taux de fertilité, chez les Juifs américains, est de 1,6 enfants par femme. Le taux de remplacement (c’est à dire le taux nécessaire pour que la population reste constante) est de 2,1. Le taux courant est donc inférieur de 20% à ce qui serait nécessaire pour une progression nulle. Ainsi le taux de fertilité, à lui seul, entraînerait une baisse de 20% à chaque génération. En trois générations, la population diminuerait de moitié.

 Le faible taux de natalité ne découle pas d’une aversion particulière des femmes juives à l’égard des enfants. C’est tout simplement un cas flagrant du phénomène bien connu du déclin du taux de naissance, proportionnel à l’augmentation du niveau d’éducation et du niveau socio-économique. Des femmes éduquées, à la carrière brillante, ont tendance à se marier tard et à avoir moins de bébés. Ajoutons maintenant un second facteur : les mariages mixtes. Aux États-Unis, aujourd’hui, les Juifs se marient plus avec des chrétiens qu’avec des Juifs. Le taux de mariages mixtes est de 52%. (un calcul plus conservateur donne 47%, mais l’effet démographique reste fondamentalement le même). En 1970 le taux était de 8%.

Plus important encore pour la continuité juive est l’identité finale des enfants nés de ces mariages. Or, seul un sur quatre est élevé dans la tradition juive. Ainsi, deux tiers des mariages juifs produisent des enfants dont les trois-quarts sont perdus pour le peuple juif. À lui seul, le taux de mariages mixtes causerait un déclin de 25% de la population juive à chaque génération [...] A ce rythme, la moitié des Juifs disparaîtraient en deux générations.

Combinez maintenant les effets de la fertilité et des mariages mixtes et faites la supposition, très optimiste, que chaque enfant élevé dans la tradition juive grandira en conservant son identité juive (c’est-à-dire avec un coefficient zéro de perte). Vous commencez avec 100 Juifs américains ; il vous en reste 60. En une génération, plus d’un tiers aura disparu. En deux générations seulement, 2 sur 3 se seront volatilisés.

On peut parvenir à la même conclusion par un autre raisonnement (en ne prenant pas du tout en compte les mariages mixtes). Un sondage du Los Angeles Times, effectué auprès des Juifs américains, en mars 1998, posait une question simple : élevez-vous vos enfants dans la tradition juive ? Seuls 70% ont répondu par l’affirmative. Une population dont le taux de remplacement biologique est de 80% et le taux de remplacement culturel de 70% est vouée à l’extinction. Selon ce calcul, 100 Juifs élèvent 56 enfants juifs. En deux générations, 7 Juifs sur 10 disparaîtront.

Les tendances démographiques dans le reste de la Diaspora ne sont pas plus encourageantes. En Europe de l’Ouest, la fertilité et les mariages mixtes sont le reflet de ceux des Etats-Unis. Prenons le cas de l’Angleterre. Durant la dernière génération, la communauté juive anglaise s’est comportée comme une sorte de cobaye expérimental : une communauté de la diaspora vivant dans une société ouverte, mais, contrairement à celle des États-Unis, sans être artificiellement alimentée par l’immigration. Que s’est-il passé ? Durant le dernier quart de siècle, le nombre de Juifs anglais a diminué de plus de 25%.

Durant la même période, la population juive de France n’a que légèrement diminué. Cependant la raison de cette stabilité relative est un facteur "unique" : l’afflux de la communauté juive d’Afrique du Nord. Cet apport est terminé. En France, aujourd’hui, seule une minorité de Juifs âgés de 20 et 44 ans, vivent dans une famille conventionnelle avec deux parents juifs. La France, elle aussi, suivra le chemin des autres pays.

« La dissolution de la communauté juive d’Europe », observe Bernard Wasserstein [5], « ne se situe pas dans un lointain futur hypothétique. Le processus est en train de se dérouler sous nos yeux et est déjà largement avancé ». D’après les tendances actuelles, « le nombre de Juifs en Europe en l’an 2000 ne dépasserait pas le million – le chiffre le plus bas depuis la fin du Moyen-Age ». En 1900, ils étaient 8 millions.

Ailleurs, la situation est encore plus décourageante. Le reste de ce qui fut un jour la Diaspora est maintenant soit un musée, soit un cimetière. L’Europe de l’Est a été vidée de ses Juifs. En 1939, la Pologne comptait 3,2 millions de Juifs. Il en reste aujourd’hui 35 000. La situation est à peu près identique dans les autres capitales d’Europe de l’Est.

Le monde islamique, berceau de la grande tradition juive séfarade et patrie d’un tiers de la population juive mondiale, est aujourd’hui pratiquement Judenrein. Aucun pays du monde islamique ne compte aujourd’hui plus de 20 000 Juifs. Après la Turquie, qui en compte 19 000, et l’Iran, où l’on en dénombre 14 000, le pays ayant la plus grande communauté juive dans le monde islamique est le Maroc, avec 6 100 Juifs – il y en a davantage à Omaha, dans le Nebraska. Ces communautés ne figurent pas dans les projections. Il n’y a d’ailleurs rien à projeter. Il n’est même pas besoin de les comptabiliser, il faut juste s’en souvenir. Leur expression même a disparu. Le yiddish et le ladino, langues respectives et distinctives des diasporas européennes et sépharades, ainsi que les communautés qui les ont inventées, ont quasiment disparu.

4. La dynamique de l’assimilation

N’est-il pas risqué de supposer que les tendances actuelles vont perdurer ? Non. Rien ne fera renaître les communautés juives d’Europe de l’est et du monde islamique. Et rien ne stoppera le déclin rapide, par le biais de l’assimilation, de la communauté juive de l’Ouest. Au contraire. En effectuant une projection plutôt classique des tendances actuelles – à supposer, comme je l’ai fait, que les taux restent fixes – il est risqué de supposer que l’assimilation ne va pas s’accélérer. Il n’y a rien, à l’horizon, qui soit susceptible d’inverser le processus d’assimilation des Juifs dans la culture occidentale. L’attirance des Juifs pour une culture plus vaste et le niveau d’acceptation des Juifs par cette culture sont sans précédent dans l’histoire.

Tout ceci est clair. Chaque génération devenant de plus en plus intégrée, les liens avec la tradition s’affaiblissent (comme on peut le mesurer par le taux de présence à la synagogue et le nombre d’enfants qui reçoivent une quelconque éducation juive). Cette dilution de l’identité, à son tour, entraîne une tendance plus forte aux mariages mixtes et à l’assimilation. Et d’ailleurs, pourquoi pas ? Qu’abandonnent-ils en définitive ? La boucle est bouclée et se renforce.

Examinons deux éléments culturels. Avant la naissance de la télévision – il y a de cela un demi-siècle -, la vie des Juifs en Amérique était représentée par les Goldberg : des Juifs aux bonnes manières, résolument ethniques, à l’accent marqué, socialement différents. 40 ans plus tard, les Goldberg ont engendré Seinfeld, le divertissement le plus populaire en Amérique aujourd’hui. Le personnage de Seinfeld n’a de juif que le nom. Il peut lui arriver d’évoquer son identité juive sans s’excuser et sans aucune gêne, mais – ce qui est plus important – sans que cela porte à conséquence. La chose n’a pas le moindre impact sur sa vie.

Une assimilation de cette nature n’est pas absolument sans précédent. D’une certaine manière, elle présente un parallèle avec le modèle d’Europe de l’Ouest, après l’émancipation des Juifs, à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe. C’est la Révolution française qui constitue le tournant radical en conférant aux Juifs les droits civiques. Quand ils ont commencé à quitter le ghetto, ils ont tout d’abord rencontré une résistance à leur intégration et à leur ascension sociale. Ils étaient encore exclus des professions libérales, de l’éducation supérieure, et de la majeure partie des secteurs de la société. Mais, alors que ces barrières avaient lentement commencé à s’éroder et que les Juifs s’élevaient socialement, ils adoptèrent, de manière remarquable, la culture européenne, et, la plupart (ou beaucoup) adhérèrent au christianisme. Dans son Histoire du sionisme, Walter Laqueur cite l’opinion de Gabriel Riesser, un avocat, éloquent et courageux, de l’émancipation, au milieu du XIXe siècle, qui disait qu’un Juif qui préfère à l’Allemagne la nation et l’État inexistants d’Israël doit être placé sous la protection de la police, non parce qu’il est dangereux mais parce que, à l’évidence, il est fou.

Moïse Mendelssohn (1729-1786) était un précurseur. Cultivé, cosmopolite, bien que fermement Juif, il constituait la quintessence de l’émancipation précoce. Ainsi, son histoire est devenue emblématique de la progression historique rapide de l’émancipation vers l’assimilation : quatre de ses six enfants, ainsi que huit de ses neuf petits-enfants furent baptisés.

A cette époque, plus religieuse et plus chrétienne, l’assimilation prit la forme du baptême, ce que Henrich Heine qualifiait de "ticket d’entrée" dans la société européenne. En cette fin de XXe siècle [rappelons que l'auteur écrit cette article en 1998], nettement plus laïque, l’assimilation signifie simplement renoncer à un nom "pittoresque", aux rites, ainsi qu’à la totalité de l’accoutrement et des autres signes distinctifs du passé juif. Aujourd’hui, l’assimilation est entièrement passive. Ainsi, à part une visite au palais de justice pour transformer, disons, les "shmates [fripes] Ralph Lifshitz" en "polos Ralph Lauren" [6], l’assimilation est caractérisée par une absence d’action plutôt que par l’adoption volontaire d’une autre croyance. Contrairement aux enfants de Mendelssohn, Seinfeld n’a pas besoin d’être baptisé.

Bien sûr, nous savons, aujourd’hui, qu’en Europe, l’émancipation par l’assimilation s’est révélée être un leurre. La montée de l’antisémitisme, en particulier l’antisémitisme racial de la fin du XIXe siècle, qui a atteint son apogée dans le nazisme, a détourné les Juifs de la conviction que l’assimilation leur fournissait un moyen d’échapper au handicap et aux dangers d’être Juif. La saga de la famille de Madeleine Albright est emblématique. De ses quatre grand-parents juifs, parfaitement intégrés, parents d’enfants dont certains s’étaient convertis et avaient effacé leur passé de Juif, trois sont morts dans les camps de concentration nazis, parce que Juifs.

 Cependant, le contexte américain est différent. Il n’existe pas, dans l’histoire américaine, d’antisémitisme qui ressemble, même de loin, à celui qui existe dans l’histoire de l’Europe. La tradition américaine de tolérance remonte à 200 ans, à l’époque même de la fondation du pays. La lettre de Washington à la synagogue de Newport s’engage non pas à la tolérance – la tolérance témoigne de l’absence de persécution, accordée au pécheur comme une faveur, par le dominant – mais à l’égalité [7]. Cette situation n’a aucun équivalent dans l’histoire de l’Europe. Dans un tel pays, l’assimilation semble donc une solution raisonnable au problème de l’identité juive. Le fait d’unir son destin à celui d’une grande nation, humaine et généreuse, qui s’attache à promouvoir la dignité humaine et l’égalité, peut difficilement être considéré comme le pire des choix.Et pourtant, alors que l’assimilation peut être une solution pour les Juifs en tant qu’individus, elle constitue clairement un désastre pour les Juifs en tant que collectivité détentrice d’une mémoire, d’une langue, d’une tradition, d’une liturgie, d’une histoire, d’une foi, d’un patrimoine qui, en conséquence, disparaîtront. Quelle que soit la valeur qu’on attribue à l’assimilation, on ne peut en nier la réalité. Les tendances, tant démographiques que culturelles, sont puissantes. Et l’avenir de la diaspora, non seulement dans les anciennes contrées perdues de la Diaspora, non seulement dans son ancien centre européen, mais également dans son nouveau centre vital américain, sera fait de diminution, de déclin, puis de disparition. Cela ne se fera pas du jour au lendemain. Mais il y faudra moins de deux ou trois générations, un laps de temps à peine plus éloigné de notre quotidien que celui de la création de l’État d’Israël, il y a 50 ans.

5. Israël: l’exception

Israël est différent. En Israël la grande tentation du modernisme – l’assimilation – n’existe tout simplement pas. Israël est l’incarnation pure et simple de la continuité juive : c’est la seule nation au monde qui habite la même terre, porte le même nom, parle la même langue et vénère le même Dieu qu’il y a 3000 ans. En creusant le sol, on peut trouver des poteries du temps de David, des pièces de l’époque de Bar Kochba, et des parchemins vieux de 2000 ans, écrits de manière étonnamment semblable à celle qui, aujourd’hui, vante les crèmes glacées de la confiserie du coin.

Pourtant, comme la plus grande partie des Israéliens sont laïques, certains Juifs orthodoxes (ultra-religieux) contestent la prétention d’Israël de perpétuer une authentique histoire du peuple juif. Il en est de même pour certains Juifs laïques. Un critique français (le sociologue Georges Friedmann) a jadis qualifié les Israéliens de « goys parlant hébreu ». En fait, il y eut même une époque où il était à la mode, au sein d’un groupe d’intellectuels laïques israéliens, de se qualifier de "Cananéens" [8], c’est-à-dire des gens enracinés dans le pays, mais reniant totalement les traditions religieuses dont ils sont issus.

Malgré les apparences, ce ne sont pas des Arabes, mais des gardes juifs en 1905.
Ils étaient nombreux, alors, à s’identifier aux autochtones et à croire dur comme fer qu’ils partageraient le même destin. Leur sincère désir d’osmose ethnique était tel qu’ils s’habillaient à l’arabe, et souvent parlaient l’arabe.

Soit, appelez ces gens comme vous le voulez. Après tout, "Juif" est une dénomination plutôt récente de ce peuple. Ils furent d’abord des "Hébreux", puis des "Israélites". "Juif" (qui vient du royaume de Juda, un des deux États qui ont succédé au royaume de David et de Salomon) est l’appellation post-exilique pour "Israélite". C’est un nouveau venu dans l’histoire.

Comment qualifier un Israélien qui ne respecte pas les règles alimentaires, ne va pas à la synagogue, et considère le Shabbat comme le jour où l’on va faire un tour en voiture à la plage – ce qui, soit dit en passant, est une assez bonne description de la plupart des Premiers ministres d’Israël ? Cela n’a aucune importance. Installez un peuple juif dans un pays qui se fige le jour de Kippour, parle le langage de la Bible, vit au rythme (lunaire) du calendrier hébraïque, construit ses villes avec les pierres de ses ancêtres, produit une littérature et une poésie hébraïques, une éducation et un enseignement juifs qui n’ont pas d’égal dans le monde – et vous aurez la continuité. Les Israéliens pourraient s’appeler autrement. Peut-être un jour réserverons-nous le terme de "Juifs" à l’expérience d’exil d’il y a 2000 ans, et les appellerons-nous "Hébreux" [c'est le terme qu'utilise la langue italienne : "ebrei" - Note de Menahem Macina]. Ce terme a une belle connotation historique, c’est le nom que Joseph et Jonas ont donné en réponse a la question : « Qui êtes-vous ? » [Cf. Gn 40, 15 ; Jon 1, 9, ce terme figure environ une quarantaine de fois dans l'Ancien Testament – Note de M. Macina].

 Au sein du milieu culturel de l’Israël moderne, l’assimilation n’est pas vraiment le problème. Bien sûr, les Israéliens mangent au McDo et regardent les rediffusions du feuilleton ‘Dallas’. Tout comme le font les Russes, les Chinois, ou les Danois. Dire qu’il existe une forte influence occidentale (lisez : américaine) sur la culture israélienne ne signifie rien de plus que de dire qu’Israël subit la pression de la globalisation, comme n’importe quel autre pays. Mais cela ne change en rien sa particularité culturelle, prouvée par les grandes difficultés qu’éprouvent les immigrants à s’adapter à Israël.Dans le contexte israélien, l’assimilation signifie le rattachement des Juifs russes et roumains, ouzbeks et irakiens, algériens et argentins, à une culture distinctement hébraïque. C’est donc exactement l’opposé de ce que cela signifie dans la Diaspora : cela signifie l’abandon des langues, coutumes et traditions étrangères. Cela signifie l’abandon de Noël et de Pâques pour les remplacer par Hanouka et Pessah. Cela signifie l’abandon de la mémoire ancestrale des steppes et des pampas du monde pour les collines de Galilée et la pierre de Jérusalem, et la désolation de la Mer Morte. Voilà ce que ces nouveaux Israéliens apprennent. C’est ce qui sera transmis à leurs enfants. C’est pour cela que leur survie en tant que Juifs est assurée. Quelqu’un mettrait-il en doute le fait que le million de Russes qui ont immigré en Israël auraient été perdus pour le peuple juif s’ils étaient restés en Russie, et que, maintenant, ils ne sont plus perdus ?

Certains ne sont pas d’accord avec l’idée qu’Israël est porteur de la continuité du peuple juif, à cause de la multitude de désaccords et de fractures entre Israéliens : Orthodoxes contre Laïcs, Ashkénazes contre Sépharades, Russes contre Sabras, etc. Israël est aujourd’hui engagé dans d’amers débats à propos de la légitimité du judaïsme conservateur et réformiste, ainsi que de l’empiétement de l’orthodoxie sur la vie sociale et civique du pays.

Et alors, qu’y a-t-il là de nouveau ? Israël est tout simplement en train de revenir à la norme juive. Il existe des divisions tout aussi sérieuses au sein de la Diaspora, tout comme il en existait au sein du dernier État juif : « Avant la suprématie des Pharisiens et l’émergence d’une orthodoxie rabbinique, après la chute du second Temple», écrit l’universitaire Frank Cross, «le judaïsme était plus complexe et varié que nous le supposions ». Les Manuscrits de la Mer Morte, explique Hershel Shanks, «attestent de la variété – mal perçue jusqu’à ce jour – du judaïsme de la fin de la période du Second Temple, à tel point que les universitaires évoquent souvent, non pas le judaïsme, mais les judaïsmes. »

Le second État juif était caractérisé par des rixes entre sectaires juifs : Pharisiens, Sadducéens, Esséniens, apocalypticiens de tous bords, sectes aujourd’hui oubliées par l’histoire, sans parler des premiers chrétiens. Ceux qui s’inquiètent des tensions entre laïcs et religieux en Israël devraient méditer sur la lutte, qui dura plusieurs siècles, entre les Hellénistes et les Traditionalistes, durant la période du deuxième État juif. La révolte des Macchabées, entre 167 et 164 avant J.-C., célébrée aujourd’hui à Hanoukka, était, entre autres, une guerre civile entre Juifs.

Certes, il est peu probable qu’Israël produise une identité juive unique. Mais ce n’est pas nécessaire. Le monolithisme relatif du judaïsme rabbinique au Moyen-Âge est l’exception. Fracture et division sont les réalités du quotidien, à l’ère moderne, tout comme elles l’étaient dans le premier et le second États juifs. Ainsi, durant la période du premier Temple, le peuple d’Israël était divisé en deux États [le royaume de Juda, au sud, et celui d'Israël, au nord – note du réviseur de la version française], qui étaient en conflit quasi permanent. Les divisions actuelles au sein d’Israël ne supportent pas la comparaison.

Quelles que soient l’identité, ou les identités finalement adoptées par les Israéliens, le fait est que, pour eux, le problème majeur de la communauté juive de la Diaspora – le suicide par assimilation – n’existe tout simplement pas. Béni par la sécurité de son identité, Israël se développe. Et le résultat en est qu’Israël n’est plus seulement le centre culturel du monde juif, il en devient rapidement aussi le centre démographique. Le taux de natalité relativement élevé entraîne une augmentation naturelle de la population. Ajoutez à cela un taux net stable d’immigration (près d’un million depuis la fin des années 80), et les chiffres, en Israël, progressent inexorablement, même si la diaspora diminue. D’ici une décennie, Israël dépassera les Etats-Unis en tant que communauté juive la plus importante du monde. D’ici la fin de notre vie, la majorité des Juifs du monde vivront en Israël. Cela ne s’était pas produit depuis bien avant l’ère chrétienne.

Il y a de cela un siècle, l’Europe était le centre de la vie juive. Plus de 80% de la population juive du monde y vivait. La Deuxième Guerre mondiale a détruit la communauté juive européenne et dispersé les survivants vers le Nouveau Monde (principalement les États-Unis), et vers Israël. Aujourd’hui, nous avons un univers juif bipolaire, avec deux centres de gravité de taille approximativement égale. C’est une étape transitoire, pourtant. Une étoile est en train de s’affaiblir, et l’autre de s’allumer.

Bientôt et inévitablement, la face du peuple juif aura été à nouveau transformée, pour devenir un système mono-planétaire avec une Diaspora faiblissante en orbite. Ce sera un retour à l’ancienne norme : le peuple juif sera concentré – non seulement spirituellement, mais aussi physiquement – dans sa patrie historique.

6. La Fin de la Dispersion

Les conséquences de cette transformation sont énormes. La position centrale d’Israël est plus qu’une question de démographie. Elle représente une nouvelle stratégie, hardie et dangereuse pour la survie du peuple juif. Pendant deux millénaires, le peuple juif a survécu grâce à la dispersion et à l’isolement. Après le premier exil, en 586 avant J.-C., et le second, en 70, puis en 132, les Juifs se sont d’abord installés en Mésopotamie et autour du bassin Méditerranéen, puis en Europe de l’Est et du Nord, et, finalement, au Nouveau Monde, à l’Ouest, avec des communautés situées presque aux quatre coins du monde, jusqu’en Inde et en Chine.

Tout au long de cette période, le peuple juif a survécu à l’énorme pression de la persécution, des massacres et des conversions forcées, non seulement par sa foi et son courage, mais aussi grâce à sa dispersion géographique. Décimés ici, ils survivaient ailleurs. Les milliers de villes et de villages juifs répartis dans toute l’Europe, le monde islamique et le Nouveau Monde, constituaient une sorte d’assurance démographique. Même si de nombreux Juifs ont été massacrés lors de la première Croisade, le long du Rhin, même si de nombreux villages ont été détruits au cours des pogroms de 1648-1649, en Ukraine, il y en avait encore des milliers d’autres répartis sur toute la planète pour continuer. Cette dispersion a contribué à la faiblesse et la vulnérabilité des communautés juives prises séparément. Paradoxalement, pourtant, elle a constitué un facteur d’endurance et de force pour le peuple juif dans son ensemble. Aucun tyran ne pouvait réunir une force suffisante pour menacer la survie du peuple juif partout dans le monde.

Jusqu’à Hitler. Les nazis sont parvenus à détruire presque tout ce qu’il y avait de juif, des Pyrénées aux portes de Stalingrad, une civilisation entière, vieille de mille ans. Il y avait neuf millions de Juifs en Europe lorsque Hitler accéda au pouvoir. Il a exterminé les deux tiers d’entre eux. Cinquante ans plus tard, les Juifs ne s’en sont pas encore remis. Il y avait seize millions de Juifs dans le monde, en 1939. Aujourd’hui, ils sont treize millions [Attention : chiffres de la fin des années 1990].

Toutefois, les conséquences de l’Holocauste n’ont pas été que démographiques. Elles ont été psychologiques, bien sûr, et aussi idéologiques. La preuve avait été faite, une fois pour toutes, du danger catastrophique de l’impuissance. La solution était l’autodéfense, ce qui supposait une re-centration démographique dans un lieu doté de souveraineté, d’armement, et constituant un véritable État.

Avant la Deuxième Guerre mondiale, il y avait un véritable débat, au sein du monde juif, à propos du sionisme. Les juifs réformistes, par exemple, avaient été antisionistes durant des décennies. L’Holocauste a permis de clore ce débat. A part certains extrêmes – la droite ultra-orthodoxe et l’extrême gauche – le sionisme est devenu la solution reconnue à l’impuissance et à la vulnérabilité juives. Au milieu des ruines, les Juifs ont pris la décision collective de dire que leur futur reposait sur l’autodéfense et la territorialité, le rassemblement des exilés en un endroit où ils pourraient enfin acquérir les moyens de se défendre eux-mêmes.

C’était la bonne décision, la seule décision possible. Mais ô combien périlleuse ! Quel curieux choix que celui de ce lieu pour l’ultime bataille : un point sur la carte, un petit morceau de quasi-désert, une fine bande d’habitat juif, à l’abri de barrières naturelles on ne peut plus fragiles (et auxquelles le monde exige qu’Israël renonce). Une attaque de tanks suffisamment déterminée peut la couper en deux. Un petit arsenal de Scuds à tête nucléaire peut la détruire intégralement.

Pour détruire le peuple juif, Hitler devait conquérir le monde. Tout ce qu’il faudrait aujourd’hui, c’est conquérir un territoire plus petit que le Vermont [aux Etats-Unis]. La terrible ironie est qu’en résolvant leur problème d’impuissance, les Juifs ont mis tous leurs oeufs dans le même panier, un petit panier au bord de la Méditerranée. Et, de son sort, dépend le sort de tous les Juifs.

7. Envisager l’impensable

Et si le troisième État Juif trouvait la mort, tout comme les deux premiers ? Ce scénario n’est pas si aberrant : un État Palestinien est né, s’arme, conclut des alliances avec, supposons, l’Iraq et la Syrie. La guerre éclate entre la Palestine et Israël (au sujet des frontières, ou de l’eau, ou du terrorisme). La Syrie et l’Iraq attaquent de l’extérieur. L’Égypte et l’Arabie Saoudite entrent dans la bataille. Le front subit des attaques de guérilla de la part de la Palestine. Les armes chimiques et biologiques pleuvent de Syrie, d’Iraq et d’Iran. Israël est envahi.
Pourquoi serait-ce la fin ? Le peuple juif ne peut-il pas survivre, ainsi qu’il l’a fait lorsque sa patrie a été détruite et son indépendance politique anéantie, comme ce fut le cas, à deux reprises, auparavant ? Pourquoi pas un nouvel exil, une nouvelle Diaspora, un nouveau cycle de l’histoire juive ?

Tout d’abord parce que les conditions culturelles de l’exil seraient largement différentes. Les premiers exils se sont produits à une époque où l’identité était quasiment synonyme de religion. Une expulsion, deux millénaires plus tard, dans un monde devenu laïc, n’est en rien comparable. Mais il y a plus important encore : pourquoi garder une telle identité ? Outre la dislocation, viendrait l’abattement pur et simple. Un tel événement anéantirait l’esprit. Aucun peuple ne pourrait y survivre. Pas même les Juifs. Il s’agit d’un peuple qui a miraculeusement survécu à deux précédentes destructions et à deux millénaires de persécution, dans l’espoir d’un retour définitif et d’une restauration. Israël EST cet espoir. Le voir détruit, avoir, une fois encore, des Isaïe et des Jérémie qui pleurent sur les veuves de Sion, au milieu des ruines de Jérusalem, excéderait ce qu’un peuple peut supporter.

Surtout après l’Holocauste, la pire calamité de l’histoire juive. Y avoir survécu est déjà suffisamment miraculeux en soi. Survivre ensuite à la destruction de ce qui est né pour le sauver – celle du nouvel État juif – reviendrait à attribuer à la nation juive et à la survie des Juifs un pouvoir surnaturel. Certes, des Juifs et des communautés dispersées survivraient. Les plus dévots, qui étaient déjà une minorité, perpétueraient – telle une tribu exotique – un anachronisme pittoresque, de style Amish, vestige, dispersé et à plaindre, d’un vestige. Mais les Juifs, en tant que peuple, auraient disparu de l’histoire.

Nous présumons que l’histoire juive est cyclique : exil babylonien en 586 av. J.-C., suivi par le retour, en 538 av. J.-C., exil romain en 135, suivi par le retour, légèrement différé en 1948. C’est oublier la part linéaire de l’histoire juive : il y a eu une autre destruction, un siècle et demi avant la chute du premier Temple. Elle restera irréparable. En 722 av. J.-C., les Assyriens firent la conquête de l’autre État juif, le plus grand, le royaume du nord d’Israël (la Judée, dont descendent les juifs modernes, constituait le royaume du Sud). Il s’agit de l’Israël des Dix Tribus, exilées et perdues pour toujours.

Leur mystère est si tenace que, lorsque les explorateurs Lewis et Clark partirent pour leur expédition [vers les vastes Plaines de l'Ouest américain], une des nombreuses questions préparées à leur intention par le Dr Benjamin Rush, à la demande du président Jefferson lui-même, fut la suivante : Quel lien existe-t-il entre leurs cérémonies [celles des Indiens] et celles des Juifs ? – « Jefferson et Lewis avaient longuement parlé de ces tribus », explique Stephen Ambrose. «Ils conjecturaient que les tribus perdues d’Israël pouvaient être quelque part dans les Plaines. »

Hélas, ce n’était pas le cas. Les Dix Tribus se sont dissoutes dans l’histoire. En cela, elles sont représentatives de la norme historique. Tout peuple conquis de cette façon et exilé disparaît avec le temps. Seuls les Juifs ont défié cette norme, à deux reprises.

Mais je crains que ce ne soit plus jamais le cas.

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Notes de Menahem Macina

[1] Phrase souvent citée hors contexte et sans référence. « La petite nation est celle dont l’existence peut être à n’importe quel moment mise en question, qui peut disparaître, et qui le sait. Un Français, un Russe, un Anglais n’ont pas l’habitude de se poser des questions sur la survie de leur nation. Leurs hymnes ne parlent que de grandeur et d’éternité. Or, l’hymne polonais commence par le vers : La Pologne n’a pas encore péri ». (Milan Kundera, « L’Occident kidnappé – ou la tragédie de l’Europe centrale », dans Le Débat 27, 1983, pp. 3-22).

[2] Le 15 mars 1939, les troupes allemandes envahissaient la Tchécolovaquie. L’occupation de ce pays était la conséquence directe des accords de Munich, signés le 30 septembre 1938, par Hitler, Chamberlain et Daladier. Par ces accords, un tiers du territoire du pays était cédé à l’Allemagne nazie. Voir l’Encyclopédie multimédia de la Shoah, Adolf Hitler passe ses troupes en revue dans le château de Prague le jour de l’occupation de la ville. Prague, Tchécoslovaquie, 15 mars 1939. Czechoslovak News Agency.

[3] D’après le propos de Neuville Chamberlain, en 1938. Sources : National Broadcast, London, September 27, 1938 ; Chamberlain, In Search of Peace, p. 174 (1939).

[4] Nous venons d’en avoir la preuve [remarque rédigée en 2006]. Si pessimiste qu’il soit, Krauthammer n’avait certainement pas imaginé, même dans ses pires cauchemars, qu’un président iranien irait jusqu’à proclamer publiquement, à la face des nations, son intention d’effacer Israël de la carte du monde, et qu’il en aurait les moyens, puisqu’il est en train de se doter de l’arme nucléaire. On peut lire cet appel au génocide dans la "Version française intégrale du discours antisioniste du Président iranien".

[5] Une Diaspora en voie de disparition : Les Juifs en Europe depuis 1945, Calmann-Lévy, 2000.

[6] Voir le site NNDB, où Ralph Lipshitz explique, avec franchise, pourquoi il a changé son nom en Ralph Lauren, devenu depuis un célèbre créateur de vêtements de mode.

[7] Voir : "The letter from George Washington in response to Moses Seixas".

[8] C’est le poète israélien, Yonatan Ratosh (1908-1981) qui fonda le groupe des "Cananéens", qui visait à un rapprochement judéo-arabe en Palestine. Selon Stephen Plaut, « il y a toujours eu une forte tendance "cananéenne" dans la société israélienne, particulièrement au sein de son élite intellectuelle, qui insistait sur le fait que les Israéliens représentaient une nouvelle nationalité "post-juive", et constituait ainsi essentiellement un groupe ethnique totalement non juif. (les "Cananéens" étaient un mouvement d’Israéliens, qui, dans les années 50 et par la suite, ont tenté de détacher l’israélité de la judéité et de créer une nouvelle "nationalité" non confessionnelle d'"Israéliens" de langue hébraïque, qui pourrait inclure également les Arabes.) En tant que tels, ces nouveaux "Israéliens" cananéisés" croyaient avoir peu de choses en commun avec les Juifs et encore moins avec l’histoire de la Diaspora. Maints Juifs israéliens "cananéisés" insistaient sur le fait qu’ils avaient bien plus de choses en commun avec les Druzes et les bédouins du pays, qu’avec tous les Juifs orthodoxes de Brooklyn. » (Voir son article "L’antisémitisme juif".)

At Last, Zion
Charles Krauthammer
The Weekly Standard
May 11, 1998

I. A SMALL NATION

Milan Kundera once defined a small nation as "one whose very existence may be put in question at any moment; a small nation can disappear, and it knows it."

The United States is not a small nation. Neither is Japan. Or France. These nations may suffer defeats. They may even be occupied. But they cannot disappear. Kundera’s Czechoslovakia could — and once did. Prewar Czechoslovakia is the paradigmatic small nation: a liberal democracy created in the ashes of war by a world determined to let little nations live free; threatened by the covetousness and sheer mass of a rising neighbor; compromised fatally by a West grown weary "of a quarrel in a far-away country between people of whom we know nothing"; left truncated and defenseless, succumbing finally to conquest. When Hitler entered Prague in March 1939, he declared, "Czechoslovakia has ceased to exist."

Israel too is a small country. This is not to say that extinction is its fate. Only that it can be.

Moreover, in its vulnerability to extinction, Israel is not just any small country. It is the only small country — the only period, period — whose neighbors publicly declare its very existence an affront to law, morality, and religion and make its extinction an explicit, paramount national goal. Nor is the goal merely declarative. Iran, Libya, and Iraq conduct foreign policies designed for the killing of Israelis and the destruction of their state. They choose their allies (Hamas, Hezbollah) and develop their weapons (suicide bombs, poison gas, anthrax, nuclear missiles) accordingly. Countries as far away as Malaysia will not allow a representative of Israel on their soil nor even permit the showing of Schindler’s List lest it engender sympathy for Zion.

Others are more circumspect in their declarations. No longer is the destruction of Israel the unanimous goal of the Arab League, as it was for the thirty years before Camp David. Syria, for example, no longer explicitly enunciates it. Yet Syria would destroy Israel tomorrow if it had the power. (Its current reticence on the subject is largely due to its post-Cold War need for the American connection.)

Even Egypt, first to make peace with Israel and the presumed model for peacemaking, has built a vast U.S.-equipped army that conducts military exercises obviously designed for fighting Israel. Its huge "Badr ’96" exercises, for example, Egypt’s largest since the 1973 war, featured simulated crossings of the Suez Canal.

And even the PLO, which was forced into ostensible recognition of Israel in the Oslo Agreements of 1993, is still ruled by a national charter that calls in at least fourteen places for Israel’s eradication. The fact that after five years and four specific promises to amend the charter it remains unamended is a sign of how deeply engraved the dream of eradicating Israel remains in the Arab consciousness.

II. THE STAKES

The contemplation of Israel’s disappearance is very difficult for this generation. For fifty years, Israel has been a fixture. Most people cannot remember living in a world without Israel.

Nonetheless, this feeling of permanence has more than once been rudely interrupted — during the first few days of the Yom Kippur War when it seemed as if Israel might be overrun, or those few weeks in May and early June 1967 when Nasser blockaded the Straits of Tiran and marched 100,000 troops into Sinai to drive the Jews into the sea.

Yet Israel’s stunning victory in 1967, its superiority in conventional weaponry, its success in every war in which its existence was at stake, has bred complacency. Some ridicule the very idea of Israel’s impermanence. Israel, wrote one Diaspora intellectual, "is fundamentally indestructible. Yitzhak Rabin knew this. The Arab leaders on Mount Herzl [at Rabin's funeral] knew this. Only the land-grabbing, trigger-happy saints of the right do not know this. They are animated by the imagination of catastrophe, by the thrill of attending the end."

Thrill was not exactly the feeling Israelis had when during the Gulf War they entered sealed rooms and donned gas masks to protect themselves from mass death — in a war in which Israel was not even engaged. The feeling was fear, dread, helplessness — old existential Jewish feelings that post- Zionist fashion today deems anachronistic, if not reactionary. But wish does not overthrow reality. The Gulf War reminded even the most wishful that in an age of nerve gas, missiles, and nukes, an age in which no country is completely safe from weapons of mass destruction, Israel with its compact population and tiny area is particularly vulnerable to extinction.

Israel is not on the edge. It is not on the brink. This is not ’48 or ’67 or ’73. But Israel is a small country. It can disappear. And it knows it.

It may seem odd to begin an examination of the meaning of Israel and the future of the Jews by contemplating the end. But it does concentrate the mind. And it underscores the stakes. The stakes could not be higher. It is my contention that on Israel — on its existence and survival — hangs the very existence and survival of the Jewish people. Or, to put the thesis in the negative, that the end of Israel means the end of the Jewish people. They survived destruction and exile at the hands of Babylon in 586 B.C. They survived destruction and exile at the hands of Rome in 70 A.D., and finally in 132 A.D. They cannot survive another destruction and exile. The Third Commonwealth — modern Israel, born just 50 years ago — is the last.

The return to Zion is now the principal drama of Jewish history. What began as an experiment has become the very heart of the Jewish people — its cultural, spiritual, and psychological center, soon to become its demographic center as well. Israel is the hinge. Upon it rest the hopes — the only hope – – for Jewish continuity and survival.

III. THE DYING DIASPORA

In 1950, there were 5 million Jews in the United States. In 1990, the number was a slightly higher 5.5 million. In the intervening decades, overall U.S. population rose 65 percent. The Jews essentially tread water. In fact, in the last half-century Jews have shrunk from 3 percent to 2 percent of the American population. And now they are headed for not just relative but absolute decline. What sustained the Jewish population at its current level was, first, the postwar baby boom, then the influx of 400,000 Jews, mostly from the Soviet Union.

Well, the baby boom is over. And Russian immigration is drying up. There are only so many Jews where they came from. Take away these historical anomalies, and the American Jewish population would be smaller today than today. In fact, it is now headed for catastrophic decline. Steven Bayme, director of Jewish Communal Affairs at the American Jewish Committee, flatly predicts that in twenty years the Jewish population will be down to four million, a loss of nearly 30 percent. In twenty years! Projecting just a few decades further yields an even more chilling future.

How does a community decimate itself in the benign conditions of the United States? Easy: low fertility and endemic intermarriage.

The fertility rate among American Jews is 1.6 children per woman. The replacement rate (the rate required for the population to remain constant) is 2.1. The current rate is thus 20 percent below what is needed for zero growth. Thus fertility rates alone would cause a 20 percent decline in every generation. In three generations, the population would be cut in half.

The low birth rate does not stem from some peculiar aversion of Jewish women to children. It is merely a striking case of the well-known and universal phenomenon of birth rates declining with rising education and socio- economic class. Educated, successful working women tend to marry late and have fewer babies.

Add now a second factor, intermarriage. In the United States today more Jews marry Christians than marry Jews. The intermarriage rate is 52 percent. (A more conservative calculation yields 47 percent; the demographic effect is basically the same.) In 1970, the rate was 8 percent.

Most important for Jewish continuity, however, is the ultimate identity of the children born to these marriages. Only about one in four is raised Jewish. Thus two-thirds of Jewish marriages are producing children three-quarters of whom are lost to the Jewish people. Intermarriage rates alone would cause a 25 percent decline in population in every generation. (Math available upon request.) In two generations, half the Jews would disappear.

Now combine the effects of fertility and intermarriage and make the overly optimistic assumption that every child raised Jewish will grow up to retain his Jewish identity (i.e., a zero dropout rate). You can start with 100 American Jews; you end up with 60. In one generation, more than a third have disappeared. In just two generations, two out of every three will vanish.

One can reach this same conclusion by a different route (bypassing the intermarriage rates entirely). A Los Angeles Times poll of American Jews conducted in March 1998 asked a simple question: Are you raising your children as Jews? Only 70 percent said yes. A population in which the biological replacement rate is 80 percent and the cultural replacement rate is 70 percent is headed for extinction. By this calculation, every 100 Jews are raising 56 Jewish children. In just two generations, 7 out of every 10 Jews will vanish.

The demographic trends in the rest of the Diaspora are equally unencouraging. In Western Europe, fertility and intermarriage rates mirror those of the United States. Take Britain. Over the last generation, British Jewry has acted as a kind of controlled experiment: a Diaspora community living in an open society, but, unlike that in the United States, not artificially sustained by immigration. What happened? Over the last quarter- century, the number of British Jews declined by over 25 percent.

Over the same interval, France’s Jewish population declined only slightly. The reason for this relative stability, however, is a one-time factor: the influx of North African Jewry. That influx is over. In France today only a minority of Jews between the ages of twenty and forty-four live in a conventional family with two Jewish parents. France, too, will go the way of the rest.

"The dissolution of European Jewry," observes Bernard Wasserstein in Vanishing Diaspora: The Jews in Europe since 1945, "is not situated at some point in the hypothetical future. The process is taking place before our eyes and is already far advanced." Under present trends, "the number of Jews in Europe by the year 2000 would then be not much more than one million — the lowest figure since the last Middle Ages."

In 1990, there were eight million.

The story elsewhere is even more dispiriting. The rest of what was once the Diaspora is now either a museum or a graveyard. Eastern Europe has been effectively emptied of its Jews. In 1939, Poland had 3.2 million Jews. Today it is home to 3,500. The story is much the same in the other capitals of Eastern Europe.

The Islamic world, cradle to the great Sephardic Jewish tradition and home to one-third of world Jewry three centuries ago, is now practically Judenrein. Not a single country in the Islamic world is home to more than 20,000 Jews. After Turkey with 19,000 and Iran with 14,000, the country with the largest Jewish community in the entire Islamic world is Morocco with 6, 100. There are more Jews in Omaha, Nebraska.

These communities do not figure in projections. There is nothing to project. They are fit subjects not for counting but for remembering. Their very sound has vanished. Yiddish and Ladino, the distinctive languages of the European and Sephardic Diasporas, like the communities that invented them, are nearly extinct.

IV. THE DYNAMICS OF ASSIMILATION

Is it not risky to assume that current trends will continue? No. Nothing will revive the Jewish communities of Eastern Europe and the Islamic world. And nothing will stop the rapid decline by assimilation of Western Jewry. On the contrary. Projecting current trends — assuming, as I have done, that rates remain constant — is rather conservative: It is risky to assume that assimilation will not accelerate. There is nothing on the horizon to reverse the integration of Jews into Western culture. The attraction of Jews to the larger culture and the level of acceptance of Jews by the larger culture are historically unprecedented. If anything, the trends augur an intensification of assimilation.

It stands to reason. As each generation becomes progressively more assimilated, the ties to tradition grow weaker (as measured, for example, by synagogue attendance and number of children receiving some kind of Jewish education). This dilution of identity, in turn, leads to a greater tendency to intermarriage and assimilation. Why not? What, after all, are they giving up? The circle is complete and self-reinforcing.

Consider two cultural artifacts. With the birth of television a half- century ago, Jewish life in America was represented by The Goldbergs: urban Jews, decidedly ethnic, heavily accented, socially distinct. Forty years later The Goldbergs begat Seinfeld, the most popular entertainment in America today. The Seinfeld character is nominally Jewish. He might cite his Jewish identity on occasion without apology or self- consciousness — but, even more important, without consequence. It has not the slightest influence on any aspect of his life.

Assimilation of this sort is not entirely unprecedented. In some ways, it parallels the pattern in Western Europe after the emancipation of the Jews in the late 18th and 19th centuries. The French Revolution marks the turning point in the granting of civil rights to Jews. As they began to emerge from the ghetto, at first they found resistance to their integration and advancement. They were still excluded from the professions, higher education, and much of society. But as these barriers began gradually to erode and Jews advanced socially, Jews began a remarkable embrace of European culture and, for many, Christianity. In A History of Zionism, Walter Laqueur notes the view of Gabriel Riesser, an eloquent and courageous mid-19th-century advocate of emancipation, that a Jew who preferred the non-existent state and nation of Israel to Germany should be put under police protection not because he was dangerous but because he was obviously insane.

Moses Mendelssohn (1729-1786) was a harbinger. Cultured, cosmopolitan, though firmly Jewish, he was the quintessence of early emancipation. Yet his story became emblematic of the rapid historical progression from emancipation to assimilation: Four of his six children and eight of his nine grandchildren were baptized.

In that more religious, more Christian age, assimilation took the form of baptism, what Henrich Heine called the admission ticket to European society. In the far more secular late-20th century, assimilation merely means giving up the quaint name, the rituals, and the other accouterments and identifiers of one’s Jewish past. Assimilation today is totally passive. Indeed, apart from the trip to the county courthouse to transform, say, (shmattes by) Ralph Lifshitz into (Polo by) Ralph Lauren, it is marked by an absence of actions rather than the active embrace of some other faith. Unlike Mendelssohn’s children, Seinfeld required no baptism.

We now know, of course, that in Europe, emancipation through assimilation proved a cruel hoax. The rise of anti-Semitism, particularly late-19th- century racial anti-Semitism culminating in Nazism, disabused Jews of the notion that assimilation provided escape from the liabilities and dangers of being Jewish. The saga of the family of Madeleine Albright is emblematic. Of her four Jewish grandparents — highly assimilated, with children some of whom actually converted and erased their Jewish past — three went to their deaths in Nazi concentration camps as Jews.

Nonetheless, the American context is different. There is no American history of anti-Semitism remotely resembling Europe’s. The American tradition of tolerance goes back 200 years to the very founding of the country. Washington’s letter to the synagogue in Newport pledges not tolerance — tolerance bespeaks non-persecution bestowed as a favor by the dominant upon the deviant — but equality. It finds no parallel in the history of Europe. In such a country, assimilation seems a reasonable solution to one’s Jewish problem. One could do worse than merge one’s destiny with that of a great and humane nation dedicated to the proposition of human dignity and equality.

Nonetheless, while assimilation may be a solution for individual Jews, it clearly is a disaster for Jews as a collective with a memory, a language, a tradition, a liturgy, a history, a faith, a patrimony that will all perish as a result.

Whatever value one might assign to assimilation, one cannot deny its reality. The trends, demographic and cultural, are stark. Not just in the long-lost outlands of the Diaspora, not just in its erstwhile European center, but even in its new American heartland, the future will be one of diminution, decline, and virtual disappearance. This will not occur overnight. But it will occur soon — in but two or three generations, a time not much further removed from ours today than the founding of Israel fifty years ago.

V. ISRAELI EXCEPTIONALISM

Israel is different. In Israel the great temptation of modernity — assimilation — simply does not exist. Israel is the very embodiment of Jewish continuity: It is the only nation on earth that inhabits the same land, bears the same name, speaks the same language, and worships the same God that it did 3,000 years ago. You dig the soil and you find pottery from Davidic times, coins from Bar Kokhba, and 2,000-year-old scrolls written in a script remarkably like the one that today advertises ice cream at the corner candy store.

Because most Israelis are secular, however, some ultra-religious Jews dispute Israel’s claim to carry on an authentically Jewish history. So do some secular Jews. A French critic (sociologist Georges Friedmann) once called Israelis "Hebrew-speaking gentiles." In fact, there was once a fashion among a group of militantly secular Israeli intellectuals to call themselves " Canaanites," i.e., people rooted in the land but entirely denying the religious tradition from which they came.

Well then, call these people what you will. "Jews," after all, is a relatively recent name for this people. They started out as Hebrews, then became Israelites. "Jew" (derived from the Kingdom of Judah, one of the two successor states to the Davidic and Solomonic Kingdom of Israel) is the post- exilic term for Israelite. It is a latecomer to history.

What to call the Israeli who does not observe the dietary laws, has no use for the synagogue, and regards the Sabbath as the day for a drive to the beach — a fair description, by the way, of most of the prime ministers of Israel? It does not matter. Plant a Jewish people in a country that comes to a standstill on Yom Kippur; speaks the language of the Bible; moves to the rhythms of the Hebrew (lunar) calendar; builds cities with the stones of its ancestors; produces Hebrew poetry and literature, Jewish scholarship and learning unmatched anywhere in the world — and you have continuity.

Israelis could use a new name. Perhaps we will one day relegate the word Jew to the 2,000-year exilic experience and once again call these people Hebrews. The term has a nice historical echo, being the name by which Joseph and Jonah answered the question: "Who are you?"

In the cultural milieu of modern Israel, assimilation is hardly the problem. Of course Israelis eat McDonald’s and watch Dallas reruns. But so do Russians and Chinese and Danes. To say that there are heavy Western (read: American) influences on Israeli culture is to say nothing more than that Israel is as subject to the pressures of globalization as any other country. But that hardly denies its cultural distinctiveness, a fact testified to by the great difficulty immigrants have in adapting to Israel.

In the Israeli context, assimilation means the reattachment of Russian and Romanian, Uzbeki and Iraqi, Algerian and Argentinian Jews to a distinctively Hebraic culture. It means the exact opposite of what it means in the Diaspora: It means giving up alien languages, customs, and traditions. It means giving up Christmas and Easter for Hanukkah and Passover. It means giving up ancestral memories of the steppes and the pampas and the savannas of the world for Galilean hills and Jerusalem stone and Dead Sea desolation. That is what these new Israelis learn. That is what is transmitted to their children. That is why their survival as Jews is secure. Does anyone doubt that the near- million Soviet immigrants to Israel would have been largely lost to the Jewish people had they remained in Russia — and that now they will not be lost?

Some object to the idea of Israel as carrier of Jewish continuity because of the myriad splits and fractures among Israelis: Orthodox versus secular, Ashkenazi versus Sephardi, Russian versus sabra, and so on. Israel is now engaged in bitter debates over the legitimacy of conservative and reform Judaism and the encroachment of Orthodoxy upon the civic and social life of the country.

So what’s new? Israel is simply recapitulating the Jewish norm. There are equally serious divisions in the Diaspora, as there were within the last Jewish Commonwealth: "Before the ascendancy of the Pharisees and the emergence of Rabbinic orthodoxy after the fall of the Second Temple," writes Harvard Near East scholar Frank Cross, "Judaism was more complex and variegated than we had supposed." The Dead Sea Scrolls, explains Hershel Shanks, "emphasize a hitherto unappreciated variety in Judaism of the late Second Temple period, so much so that scholars often speak not simply of Judaism but of Judaisms."

The Second Commonwealth was a riot of Jewish sectarianism: Pharisees, Sadducees, Essenes, apocalyptics of every stripe, sects now lost to history, to say nothing of the early Christians. Those concerned about the secular- religious tensions in Israel might contemplate the centuries-long struggle between Hellenizers and traditionalists during the Second Commonwealth. The Maccabean revolt of 167-4 B.C., now celebrated as Hanukkah, was, among other things, a religious civil war among Jews.

Yes, it is unlikely that Israel will produce a single Jewish identity. But that is unnecessary. The relative monolith of Rabbinic Judaism in the Middle Ages is the exception. Fracture and division is a fact of life during the modern era, as during the First and Second Commonwealths. Indeed, during the period of the First Temple, the people of Israel were actually split into two often warring states. The current divisions within Israel pale in comparison.

Whatever identity or identities are ultimately adopted by Israelis, the fact remains that for them the central problem of Diaspora Jewry — suicide by assimilation — simply does not exist. Blessed with this security of identity, Israel is growing. As a result, Israel is not just the cultural center of the Jewish world, it is rapidly becoming its demographic center as well. The relatively high birth rate yields a natural increase in population. Add a steady net rate of immigration (nearly a million since the late 1980s), and Israel’s numbers rise inexorably even as the Diaspora declines.

Within a decade Israel will pass the United States as the most populous Jewish community on the globe. Within our lifetime a majority of the world’s Jews will be living in Israel. That has not happened since well before Christ.

A century ago, Europe was the center of Jewish life. More than 80 percent of world Jewry lived there. The Second World War destroyed European Jewry and dispersed the survivors to the New World (mainly the United States) and to Israel. Today, 80 percent of world Jewry lives either in the United States or in Israel. Today we have a bipolar Jewish universe with two centers of gravity of approximately equal size. It is a transitional stage, however. One star is gradually dimming, the other brightening.

Soon an inevitably the cosmology of the Jewish people will have been transformed again, turned into a single-star system with a dwindling Diaspora orbiting around. It will be a return to the ancient norm: The Jewish people will be centered — not just spiritually but physically — in their ancient homeland.

VI. THE END OF DISPERSION

The consequences of this transformation are enormous. Israel’s centrality is more than just a question of demography. It represents a bold and dangerous new strategy for Jewish survival.

For two millennia, the Jewish people survived by means of dispersion and isolation. Following the first exile in 586 B.C. and the second exile in 70 A. D. and 132 A.D., Jews spread first throughout Mesopotamia and the Mediterranean Basin, then to northern and eastern Europe and eventually west to the New World, with communities in practically every corner of the earth, even unto India and China.

Throughout this time, the Jewish people survived the immense pressures of persecution, massacre, and forced conversion not just by faith and courage, but by geographic dispersion. Decimated here, they would survive there. The thousands of Jewish villages and towns spread across the face of Europe, the Islamic world, and the New World provided a kind of demographic insurance. However many Jews were massacred in the First Crusade along the Rhine, however many villages were destroyed in the 1648-1649 pogroms in Ukraine, there were always thousands of others spread around the globe to carry on.

This dispersion made for weakness and vulnerability for individual Jewish communities. Paradoxically, however, it made for endurance and strength for the Jewish people as a whole. No tyrant could amass enough power to threaten Jewish survival everywhere.

Until Hitler. The Nazis managed to destroy most everything Jewish from the Pyrenees to the gates of Stalingrad, an entire civilization a thousand years old. There were nine million Jews in Europe when Hitler came to power. He killed two-thirds of them. Fifty years later, the Jews have yet to recover. There were sixteen million Jews in the world in 1939. Today, there are thirteen million.

The effect of the Holocaust was not just demographic, however. It was psychological, indeed ideological, as well. It demonstrated once and for all the catastrophic danger of powerlessness. The solution was self-defense, and that meant a demographic reconcentration in a place endowed with sovereignty, statehood, and arms.

Before World War II there was great debate in the Jewish world over Zionism. Reform Judaism, for example, was for decades anti-Zionist. The Holocaust resolved that debate. Except for those at the extremes — the ultra-Orthodox right and far left — Zionism became the accepted solution to Jewish powerlessness and vulnerability. Amid the ruins, Jews made a collective decision that their future lay in self-defense and territoriality, in the ingathering of the exiles to a place where they could finally acquire the means to defend themselves.

It was the right decision, the only possible decision. But oh so perilous. What a choice of place to make one’s final stand: a dot on the map, a tiny patch of near-desert, a thin ribbon of Jewish habitation behind the flimsiest of natural barriers (which the world demands that Israel relinquish). One determined tank thrust can tear it in half. One small battery of nuclear- tipped Scuds can obliterate it entirely.

To destroy the Jewish people, Hitler needed to conquer the world. All that is needed today is to conquer a territory smaller than Vermont. The terrible irony is that in solving the problem of powerlessness, the Jews have necessarily put all their eggs in one basket, a small basket hard by the waters of the Mediterranean. And on its fate hinges everything Jewish.

VII. THINKING THE UNTHINKABLE

What if the Third Jewish Commonwealth meets the fate of the first two? The scenario is not that far-fetched: A Palestinian state is born, arms itself, concludes alliances with, say, Iraq and Syria. War breaks out between Palestine and Israel (over borders or water or terrorism). Syria and Iraq attack from without. Egypt and Saudi Arabia join the battle. The home front comes under guerilla attack from Palestine. Chemical and biological weapons rain down from Syria, Iraq, and Iran. Israel is overrun.

Why is this the end? Can the Jewish people not survive as they did when their homeland was destroyed and their political independence extinguished twice before? Why not a new exile, a new Diaspora, a new cycle of Jewish history?

First, because the cultural conditions of exile would be vastly different. The first exiles occurred at a time when identity was nearly coterminous with religion. An expulsion two millennia later into a secularized world affords no footing for a reestablished Jewish identity.

But more important: Why retain such an identity? Beyond the dislocation would be the sheer demoralization. Such an event would simply break the spirit. No people could survive it. Not even the Jews. This is a people that miraculously survived two previous destructions and two millennia of persecution in the hope of ultimate return and restoration. Israel is that hope. To see it destroyed, to have Isaiahs and Jeremiahs lamenting the widows of Zion once again amid the ruins of Jerusalem is more than one people could bear.

Particularly coming after the Holocaust, the worst calamity in Jewish history. To have survived it is miracle enough. Then to survive the destruction of that which arose to redeem it — the new Jewish state — is to attribute to Jewish nationhood and survival supernatural power.

Some Jews and some scattered communities would, of course, survive. The most devout, already a minority, would carry on — as an exotic tribe, a picturesque Amish-like anachronism, a dispersed and pitied remnant of a remnant. But the Jews as a people would have retired from history.

We assume that Jewish history is cyclical: Babylonian exile in 586 B.C., followed by return in 538 B.C. Roman exile in 135 A.D., followed by return, somewhat delayed, in 1948. We forget a linear part of Jewish history: There was one other destruction, a century and a half before the fall of the First Temple. It went unrepaired. In 722 B.C., the Assyrians conquered the other, larger Jewish state, the northern kingdom of Israel. (Judah, from which modern Jews are descended, was the southern kingdom.) This is the Israel of the Ten Tribes, exiled and lost forever.

So enduring is their mystery that when Lewis and Clark set off on their expedition, one of the many questions prepared for them by Dr. Benjamin Rush at Jefferson’s behest was this: "What Affinity between their [the Indians'] religious Ceremonies & those of the Jews?" "Jefferson and Lewis had talked at length about these tribes," explains Stephen Ambrose. "They speculated that the lost tribes of Israel could be out there on the Plains."

Alas, not. The Ten Tribes had melted away into history. As such, they represent the historical norm. Every other people so conquered and exiled has in time disappeared. Only the Jews defied the norm. Twice. But never, I fear, again.


Incidents de la synagogue de la Roquette: Attention, un piège peut en cacher un autre (Was supposed attack of Parisian synagogue no more than a turf war between Jewish and Muslim youth groups ?)

19 juillet, 2014
http://www.marianne.net/fredericploquin/photo/art/default/984092-1166609.jpg?v=1405337750http://scd.rfi.fr/sites/filesrfi/dynimagecache/0/0/3500/1977/1024/578/sites/images.rfi.fr/files/aef_image/2014-07-16T195530Z_1424722331_GM1EA7H0AO701_RTRMADP_3_FRANCE-PALESTINIANS-ISRAEL_0.JPGhttp://jssnews.com/content/assets/2014/07/Screen-Shot-2014-07-15-at-10.51.32-AM.pnghttp://www.cercledesvolontaires.fr/wp-content/uploads/2014/07/manifestation-palestine-19-juillet-2014.jpghttp://www.truthrevolt.org/sites/default/files/styles/content_full_width/public/field/image/articles/hamas_rockets.jpg?itok=qnRDYJV1Synagogue blocked up by pro-Hamas demonstrators (Rue de la roquette, Paris, Jul. 13, 2014)Pro-Hamas barricade  (Rue Popincourt, Paris, Jul. 13 2014)
La vérité est la première victime de la guerre. Eschyle
Cet ensemble d’éléments n’est pas un entassement circonstanciel de comportements et de discours. J’y trouve une rationalité qui est celle de l’idéologie qui domine aujourd’hui dans les pays démocratiques : le postmodernisme. Sa cible essentielle est, au recto, l’Etat-nation démocratique, l’identité nationale, la souveraineté du sujet collectif, avec pour verso la célébration de tout ce qui est extérieur à l’Occident et à la démocratie. C’est une utopie de la « démocratie » qui est l’ennemie du régime démocratique. Dans le monde illusoire que cette idéologie construit, la « communauté internationale », le « Tribunal international » doivent se substituer aux Etats. Et, d’ailleurs, il n’y aurait plus d’Etats mais des individus, des « citoyens du monde », de sorte qu’il n’y aurait plus de « guerres » mais des « différends », plus d’armées mais à la rigueur des « polices », plus de responsabilité mais des co-responsabilités, plus de coupable mais une culpabilité partagée, il n’y a plus de réalité mais des récits sur la réalité, etc. Les droits de l’homme, ou leur usage instrumentalisé, l’emportent alors sur les droits du citoyen, le pouvoir judiciaire s’impose au pouvoir politique, la loi n’est plus l’œuvre du peuple mais l’invention des juges, etc. C’est cette même idéologie qui, dans le monde et notamment en Europe, ouvre grandes les portes à l’islamisme. Shlomo Trigano
Les conflits au Moyen-Orient ont des répercussions de plus en plus importantes en France depuis le début des années 1980. L’attentat contre la synagogue de la rue Copernic a eu lieu en octobre 1980, il y a bientôt 34 ans… Ensuite il y a eu l’attentat contre le restaurant Goldenberg en août 1982, c’est-à-dire au moment où la guerre du Liban faisait rage. La nouveauté depuis les années 1990-2000 c’est que ce sont les Français d’origine maghrébine qui cherchent à en découdre et non plus des commandos envoyés par un acteur extérieur (OLP, Iran etc.). La raison principale est que la haine d’Israël et des Juifs est devenue un composant majeur de l’identité des Français d’origine arabe et africaine, c’est le ciment de la «beuritude». La haine d’Israël et des Juifs est devenue un composant majeur de l’identité des Français d’origine arabe et africaine, c’est le ciment de la «beuritude». Il s’agit sans doute d’une haine des Juifs et d’Israël et non pas d’une prise de position politique. C’est tout à fait légitime et parfois justifié de critiquer la politique israélienne mais la comparaison avec les autres conflits dans la région ne laisse pas de place au doute. Si il s’agissait là d’une véritable identification avec les victimes des bombardements de Gaza, alors on pourrait s’étonner que la crise syrienne avec ses 160 000 victimes n’ait pas déchainé une telle mobilisation et de telles passions! Je crois que ces manifestations trahissent un besoin profond de se définir comme adversaire d’Israël et des Juifs. (…) Le débat est ouvert et devrait le rester aussi longtemps qu’on échange des arguments rationnels. Or hurler «Israël assassin» et dénoncer un «génocide» à Gaza ne tombent pas dans cette catégorie. (…) Le communautarisme monte en France parce que trop de Français pensent que la décolonisation n’est pas terminée et que la France leur est redevable. Trop de musulmans vivent dans un sentiment d’humiliation séculaire et le rêve d’une vengeance qui restaurera leur honneur. L’Islam radical, qui n’a pas grand-chose avoir avec les enseignements et la vie de Mohamed, ainsi que la haine d’Israël, des Juifs et, plus largement de l’Occident et des «croisés» en sont les expressions. De ce point de vue, la logique qui a guidé le choix des victimes de Mohamad Merah est plein d’enseignements: des militaires français «bourreaux» des «frères» et ensuite des enfants juifs, l’incarnation du mal. Il y a une suite dans ces idées folles et la haine des Juifs n’est que la partie émergée de l’iceberg. (…) Malheureusement les forces en présence sont plus puissantes que nos élites politiques. Le monde entier est entré dans une phase «multi», portée par les échanges de plus en plus nombreux – voyage, internet -, l’homogénéité croissante de notre planète – partout les mêmes modes, les mêmes produits, les mêmes films, les mêmes magasins -, le rythme très rapide du changement et la précarisation galopante. Au milieu de ce tourbillon les valeurs républicaines traditionnelles ne font plus le poids surtout que l’Etat ne suit pas derrière avec les récompenses: croissance, emploi, sécurité, perspectives d’avenir. Notre civilisation est en crise et le modèle français n’y échappe pas. Dans ce contexte, quand l’avenir est plus une menace qu’une promesse, les appartenances jadis secondaires – religion, ethnie, communauté d’origine – remplissent le vide. Gil Mihaely
Dans toute la France, ce sont aujourd’hui des milliers de manifestant-e-s qui sont descendus dans la rue pour exiger l’arrêt de l’intervention militaire de l’État d’Israël dans la bande de Gaza, pour crier leur révolte face au plus de 300 morts palestiniens depuis le début de cette intervention. En interdisant dans plusieurs villes et notamment à Paris, les manifestations de solidarité avec la Palestine, Hollande et le gouvernement Valls ont enclenché une épreuve de force qu’ils ont finalement perdue. Depuis l’Afrique où il organise l’aventure militaire de l’impérialisme français, Hollande avait joué les gros bras « ceux qui veulent à tout prix manifester en prendront la responsabilité ». C’est ce qu’ont fait aujourd’hui des milliers de manifestant-e-s qui sont descendus dans la rue pour exiger l’arrêt de l’intervention militaire de l’État d’Israël dans la bande de Gaza, pour crier leur révolte face au plus de 300 morts palestiniens depuis le début de cette intervention. Et pour faire respecter le droit démocratique à exprimer collectivement la solidarité. En particulier à Paris, plusieurs milliers de manifestants, malgré l’impressionnant quadrillage policier, ont défié l’interdiction du gouvernement. C’est un succès au vu des multiples menaces de la préfecture et du gouvernement. En fin de manifestation, des échauffourées ont eu lieu entre des manifestants et les forces de l’ordre. Comment aurait-il pu en être autrement au vu de dispositif policier et de la volonté du gouvernement de museler toute opposition à son soutien à la guerre menée par l’Etat d’Israël. Le NPA condamne les violences policières qui se sont déroulées ce soir à Barbès et affirme que le succès de cette journée ne restera pas sans lendemain. Dès mercredi, une nouvelle manifestation aura lieu à l’appel du collectif national pour une paix juste et durable. La lutte pour les droits du peuple palestinien continue. Le NPA appelle l’ensemble des forces de gauche et démocratiques, syndicales, associatives et politiques, à exprimer leur refus de la répression et leur solidarité active avec la lutte du peuple palestinien. NPA
On va vous trancher la gorge. On a provoqué la LDJ, mais ils ont pas de couilles. Ils sont planqués derrière la police, la Ligue des Danseuses Juives … On est venu jusque devant leur synagogue. Ils sont cachés derrière la police, ces bâtards ! Alors, on est venu vous chercher, la LDJ. … On est là, on vous attend, nous. Les chiens ! Chiens de sionistes ! Il sont là, les Algériens, les Tunisiens, les Marocains ! Ils sont là, bandes de bâtards ! Allez, venez ! Commentaire d’une vidéo (tournée lors de la manifestation devant la synagogue d’Asnières, 13.07.14)
C’était un peu la Kristallnacht et on a échappé de peu à un véritable pogrom. Roger Cukierman (président du Conseil représentatif des institutions juives de France, Crif)
Jamais un tel événement ne s’était produit en France depuis le Moyen-Age. Arno Klarsfeld (ancien avocat des Fils et filles des déportés juifs de France)
Ces comparaisons historiques me semblent malvenues pour apprécier la situation. Les pogroms ou la Nuit de cristal, ce sont des mouvements de violence tolérés voire encouragés par les pouvoirs en place. En France, les autorités publiques réagissent, et absolument rien n’indique qu’une majorité de la population valide cela. L’émotion est très forte, mais elle n’est pas uniquement liée à ce qui s’est passé dimanche, elle est le produit de ces dernières années, avec les actes de Mohamed Merah et Mehdi Nemmouche, l’affaire Dieudonné, la manifestation Jour de colère (où des +Mort aux Juifs!+ ont été lancés, ndlr)… Il y a le sentiment, dans une partie de la communauté juive, qu’une lame de fond antisémite s’est installée. Samuel Ghiles-Meilhac (sociologue)
On constate une montée des actes antisémites le plus souvent en lien avec l’aggravation du conflit israélo-palestinien. Un «antisémitisme de contact», actif là où les deux communautés (juive et musulmane) sont présentes, et s’en prenant à ce qui est visible dans l’espace public: synagogues, mezouzahs sur les portes, hommes portant la kippa… On a le sentiment que, pour les rares cas où les agresseurs sont identifiés, les actes sont non seulement imputables à l’extrême-droite mais à des jeunes issus de l’immigration et qui se font une identité de substitution en s’identifiant aux victimes palestiniennes. Nonna Mayer (politologue)
Quand bien même il ne se serait rien passé rue de la Roquette, je considère qu’à partir du moment où, dans les rues de Paris, des manifestants brandissent le drapeau noir de l’Etat islamique au Levant ou des mini-roquettes, même en carton-pâte, il y a quelque chose qui ne colle pas. Jean-Yves Camus (directeur de l’observatoire des radicalités politiques, présent sur place)
Ils sont environ 7 000 à défiler dans les rues de Paris, ce dimanche 13 juillet, entre Barbès et la Bastille, pour dire leur solidarité avec les Palestiniens. Le parcours a été négocié par les responsables du NPA (Nouveau parti anticapitaliste), l’organisation héritière de la Ligue communiste révolutionnaire. Pourquoi avoir exigé un parcours qui s’achève à proximité du quartier du Marais, connu pour abriter plusieurs lieux de culte juif ? Le fait est que les responsables de la Préfecture de police l’ont validé. Parmi les manifestants, de nombreuses femmes, souvent voilées, mais surtout des jeunes venus de la banlieue francilienne. Les premiers slogans ciblent Israël, mais aussi la "complicité française". Très vite, les « Allah Akbar » (Dieu est grand) dominent, donnant une tonalité fortement religieuse au cortège. La préfecture de police ne s’attendait pas à une telle mobilisation, mais ses responsables ont vu large au niveau du maintien de l’ordre, puisque cinq "forces mobiles", gendarmes et CRS confondues, ont été mobilisées. C’est à priori suffisant pour sécuriser tous les lieux juifs le long du parcours. Aucune dégradation, aucun incident n’est signalé en marge du cortège, jusqu’à l’arrivée à proximité de la Bastille. Un premier mouvement de foule est observé à la hauteur de la rue des Tournelles, qui abrite une synagogue. Les gendarmes bloquent la voie et parviennent sans difficulté à refouler les assaillants vers le boulevard Beaumarchais. Place de la Bastille, la dispersion commence, accélérée par une ondée, lorsque des jeunes décident de s’en prendre aux forces de l’ordre. De petites grappes s’engouffrent vers les rues adjacentes. Se donnent-ils le mot ? Ils sont entre 200 et 300 à marcher en direction de la synagogue de la rue de la Roquette… où se tient un rassemblement pour la paix en Israël, en présence du grand rabbin. Les organisateurs affirment avoir alerté le commissariat de police, mais l’information n’est apparemment pas remontée jusqu’à la Préfecture de police. Détail important : s’ils avaient su, les responsables du maintien de l’ordre auraient forcément barré l’accès à la rue. Les choses se compliquent très vite, car les manifestants ne sont pas les seuls à vouloir en découdre. Une petite centaine de membres de la LDJ (ligue de défense juive) sont positionnés devant la synagogue de la rue de la Roquette, casques de moto sur la tête et outils (armes blanches) à portée de main. Loin de rester passive, la petite troupe monte au contact des manifestants, comme ils l’ont déjà fait lors d’une manifestation pro-palestinienne organisée Place Saint-Michel quelques jours auparavant. On frôle la bagarre générale, mais la police parvient à s’interposer. Les assaillants refluent vers le boulevard, tandis que les militants juifs reviennent vers la synagogue. Frédéric Ploquin (Marianne)
Le président de la synagogue de la rue de la Roquette est très clair, depuis le début, son objectif a été "de remettre les choses dans leur contexte et dans leur mesure". Et ce qui suit est éloquent. "Pas un seul projectile lancé sur la synagogue". "A aucun moment, nous n’avons été physiquement en danger", précise-t-il. Alors d’où vient cette rumeur ? Serge Benhaïm pense à une "confusion" entre les événements survenus près d’une synagogue à Aulnay-sous-Bois, et ceux de la synagogue de la rue de la Roquette. iTELE
Pour lui [Erwan Simon], "il n’y a pas d’attaque de synagogue,  jamais". L’affrontement entre bandes n’a jamais visé le lieu de culte et estime qu’il résulte d’une réponse "à des provocations racistes d’un groupuscule d’extrême-droite et nationaliste". iTELE
Hier, en fin de manifestation, nous nous sommes postés sur la place de la Bastille côté rue de la Roquette en prévision d’une attaque de la Ligue de défense juive suite aux mises en garde de la police. Après l’agression ayant ciblé un rassemblement de soutien à la Palestine mercredi dernier à Saint-Michel, la milice sioniste avait promis, via ses réseaux sociaux de ‘s’en prendre à toutes les manifestations pro-palestiniennes’. Nous étions une vingtaine, tous identifiés et membres du service d’ordre. Suite à la fermeture du métro Bastille, plusieurs manifestants ont décidé de s’orienter vers le métro Voltaire. Nous leur avons conseillé de prendre plutôt la direction de Ledru-Rollin mais certains ne nous ont pas écoutés. À peine arrivés au milieu de la rue de la Roquette, ces personnes (essentiellement des familles), identifiées par leurs keffiehs et drapeaux, se sont faites accueillir par des insultes et des projectiles provenant du rassemblement sioniste derrière deux lignes de CRS. Deux personnes sont revenues nous prévenir. Nous avons donc décidé d’aller ramener ceux qui stagnaient encore à proximité de la synagogue de la Roquette afin d’éviter tout débordement. Nous y sommes allés discrètement pour éviter que les centaines de jeunes, déjà échaudés par les précédentes provocations ne nous suivent. Ce qui serait devenu incontrôlable. Arrivés à une cinquantaine de mètres du rassemblement, une femme, la quarantaine, nous traite de ‘sales pro palos’, hurle ‘Israël vaincra’, s’empare d’une chaise d’une terrasse de café et la jette sur notre ami T. Elle s’enfuit ensuite en courant vers le rassemblement de la LDJ et passe, sans difficultés, les deux lignes de CRS. Nous ne répondons pas à la provocation et continuons à avancer. Nous nous retrouvons alors sous une pluie de projectiles (tessons de bouteille, bouts de bois, casques etc.). Surexcitée, la cinquantaine de militants de la LDJ ‘mime’ de forcer le barrage de police en agitant des drapeaux israéliens. Une première altercation a lieu. La police les laisse faire. En revanche, les CRS nous matraquent et nous gazent. Un autre groupe de CRS arrive en provenance de la place. Encerclés par la police nous n’avons d’autre alternative que de prendre les rues adjacentes qui débouchent à nouveau vers le lieu des échauffourées. Les CRS continuent de tirer des gaz. Abdelkrim Branine (journaliste, Beur FM)
Sabrina précise qu’à l’approche de la place de la Bastille ("à quelques centaines de mètres"), des gérants de la manifestation commençaient à informer que "ça commençait à un petit peu dégénérer", les organisateurs "suppliant" les manifestants de "ne pas répondre aux provocations". A l’arrivée place de la Bastille, elle décrit une bande de jeunes brandissant des drapeaux israéliens et un slogan, que l’on entend également dans cette vidéo Youtube, "Palestine, on t’encule!". Sabrina précise à nouveau qu’à ce moment, les organisateurs redoublent d’efforts pour demander aux manifestants "de ne pas faire attention", de ne pas "calculer" ces provocations. Elle cite certaines phrases de ces organisateurs : "ils veulent nous provoquer, ils attendent que ça dégénère, on ne leur donnera pas ce plaisir, ne faites pas attention à eux". Sabrina décrie une scène un peu chaotique, "ça courait dans tous les sens, des chaises, des tables, des bouts de bois, des femmes avec leurs enfants en train de leur couvrir la tête". Venue pour "défendre une cause, le peuple palestinien", Sabrina Benalia regrette de s’être vue taxée de "participante à une manifestation antisémite". C’est le sentiment qu’elle décrit avoir ressenti dans le traitement médiatique qu’elle a constaté le soir-même, en rentrant chez elle. (…) Sabrina dresse un constat amer des échauffourées du côté des manifestants pro-palestiniens. "Des jeunes qui ont cédé à la tentation de répondre à une provocation, c’est dommage, on a passé 3h30 de manifestation, et malheureusement on en vient à parler de 10 à 15 minutes où ça a dégénéré". Elle ne cache pas s’être dit "qu’encore une fois, on va dire que c’est les Arabes, c’est les musulmans". Elle avoue avoir "traité de cons ceux qui répondaient à la provocation", que ça allait "être une évidence", "toujours le même disque". Sabrina, comme Erwan et le président de la synagogue de la rue de la Roquette Serge Benhaïm, dénonce la rumeur, la synagogue n’a pas été "assiégée", pour elle, "c’est un piège". ITELE

Attention: un piège peut en cacher un autre !

A l’heure où, entre l’implantation délibérée de ses attaques comme de ses armes au milieu de sa population et le bidonnage non moins délibéré des images comme des chiffres, le bilan des victimes civiles de la nouvelle guerre des roquettes déclenchée par le Hamas ne peut que s’alourdir …

Et qu’avec la montée inexorable du décalage victimes palestiniennes-victimes israéliennes et l’incursion terrestre israélienne à Gaza même, la quasi-totalité des médias et de l’opinion mondiale n’a à nouveau pas de mots assez durs pour dénoncer le seul Etat juif …

Comment, avec le beau travail de la chaine en continu iTELE et contrairement aux outrances verbales de certains (allant jusqu’à parler, oubliant les risques inhérents aux propos précipités,  de "tentative de pogrom"), ne pas voir dans les incidents de la synagogue de la Roquette qui avaient tant ému l’opinion mondiale et notamment juive …

Autre chose qu’une contre-baston face à d’autres bastons et provocations entre groupes rivaux de jeunes musulmans et de jeunes juifs …

Dont la manifestation pro-palestinienne qui les avait précédés n’aurait alors été que le prétexte ?

Mais comment en même temps ne pas s’étonner, quelques semaines de surcroit après l’horrible forfait d’une bande de supporters du Beitar en Israël même,  de l’apparente naïveté de responsables communautaires juifs voire de forces publiques se laissant piéger par l’offre de "protection" de groupes de jeunes juifs à la réputation aussi sulfureuse que la Ligue de Défense Juive ?

Ou, le Parti anticapilatliste en tête,  de certains organisateurs, manifestants et observateurs qualifiant de bon enfant et ne voyant aucun problème à appeler à nouveau, même illégalement,  à la tenue d’une manifestation sur la voie publique …

Incluant, sans parler de l’évidente victimisation de la vérité (les roquettes et missiles partent et visent bien des zones résidentielles), mini-roquettes en carton mâché, drapeaux noirs des égorgeurs de Syrie et d’Irak, quenelles ou cris de "Allah akbar !" voire de "Mort aux juifs !" ?

Incidents rue de la Roquette: Serge Benhaim dément toute attaque de la synagogue

​Ceci est le second témoignage que nous avons recueilli, celui du président de la Synagogue Don Isaac Abravanel, située Rue de la Roquette, là où ont eu lieu les affrontements entre la Ligue de Défense Juive et les manifestants pro-palestiniens, en marge de la manifestation en soutien à la Palestine dimanche 13 juillet dernier, à Paris. Encore une fois, nous avons fait le choix de vous livrer cet entretien sans aucun montage et aucune coupure, vous entendrez donc les questions de notre journaliste Julien Nény ainsi que les réponses de Serge Benhaïm dans leur intégralité.

La synagogue, théâtre d’un rassemblement "pour la paix en Israël"

Serge Benhaïm confirme avoir décidé de faire une "prière pour la paix en Israël", en convoquant les fidèles par différents moyens, notamment celui de la page Facebook de la synagogue. Il indique qu’à chaque fois qu’une manifestation est organisée, les forces de polices sont prévenus, une pratique habituelle afin d’assurer la sécurité du lieu de culte et des fidèles qui s’y rendent.

"Aucun problème" pour maintenir cette manifestation, selon les forces de l’ordre

Lorsque le président de la synagogue de la rue de la Roquette a averti les forces de l’ordre (le commissariat local) de la tenue de cette "prière pour la paix", la police l’a informé en retour de la tenue du rassemblement pro-Palestine ce même jour avec pour terminus la place de la Bastille. Serge Benhaïm nous confie que les forces de l’ordre lui ont dit qu’il n’y avait "aucun problème", que c’était "hyper couvert, hyper sécurisé", la raison pour laquelle le président de la synagogue a pris la décision de ne pas annuler le rassemblement prévu à la synagogue Don Abravanel à 17h30 ce dimanche 13 juillet.

Les forces de l’ordre là pour "contrer les manifestants"

Serge Benhaïm contextualise l’intervention des forces de l’ordre, 4 policiers côté Bastille, 2 policiers postés devant la porte de la synagogue. Des policiers qui auraient ensuite demandé du renfort selon ses dires. Resté devant la synagogue, il indique avoir constaté que les grenades lacrymogènes lancées par les forces de l’ordre ont "stoppé l’élan des premiers manifestants" et que cela a "sécurisé le bas de la rue de la Roquette" (côté Bastille, ndlr).

Quel a été le rôle de la Ligue de Défense Juive dans le déroulement des échauffourées?

Le président de la synagogue de la rue de la Roquette précise que les fidèles sont toujours restés à l’intérieur du lieu de culte. En revanche, à l’extérieur, il estime à une quarantaine le nombre de jeunes présents, venue "au cas où il y aurait un problème". Il décrit leur répartition de la façon suivante : 10 personnes de la SCPJ et une trentaine d’individus appartenant à la Ligue de Défense Juive. Selon lui, ces derniers n’ont "jamais bougé de la synagogue et n’étaient pas en contact avec les manifestants". Il estime les mouvements de la LDJ à une "oscillation de 150 mètres sur la gauche à 150 mètres sur la droite" de la synagogue. Enfin, il assure "qu’à aucun moment", les jeunes de la LDJ "n’ont été à la recherche du contact ni vers la Bastille, ni vers Voltaire".

La LDJ "briefée par les forces de l’ordre" sur place

Serge Benhaïm assure qu’il "n’a pas de contacts avec la LDJ", même s’il reconnait que le groupuscule a "une renommée un peu sulfureuse". Il affirme s’être adressé aux forces de l’ordre pour leur demander de s’adresser à eux (la LDJ, ndlr). Il indique que les forces de l’ordre ont parlé avec la Ligue de Défense Juive en ces termes : "les gars, je veux pas de problèmes, vous restez ici". Il estime d’ailleurs que ce contact entre les forces de l’ordre et la LDJ qui a permis de s’assurer que la LDJ reste "toujours derrière le cordon de police quand il y en a eu un". Le président de la synagogue, "témoin de première ligne" selon ses termes, précise que lorsque les forces de l’ordre se sont déployées, "la Ligue de Défense Juive est passée derrière le rideau des forces de l’ordre". Selon lui, il n’y a "pas eu de provocation" de la part de la LDJ. Il confirme néanmoins qu’il y a bien eu un "face-à-face ouvert entre les jeunes de la manifestation pro-Palestine et les gars de la LDJ" mais cet affrontement a été "une surprise". Sur l’utilisation d’armes par la LDJ, le président de la synagogue de la rue de la Roquette confirme également que la LDJ a "cassé des chaises et des tables, pour aller livrer ce face-à-face" qu’il ne "cautionne pas".

La LDJ a-t-elle été la première à provoquer les manifestants pro-palestiniens?

A cette question, Serge Benhaïm s’inscrit en faux. Selon lui, "pas de contact visuel entre le devant de la synagogue et la place de la Bastille". Il estime que cette version des faits est "erronée" et qu’il n’y a pas eu d’appel aspirant de la LDJ pour faire venir les manifestants pro-palestiniens vers la rue de la Roquette.

La Ligue de Défense Juive doit-elle être dissoute?

Serge Benhaïm estime que si les gens de la Ligue de Défense Juive sont des "électrons libres et incontrôlés", comme n’importe quel mouvement, il faut "absolument" décider de sa dissolution. Selon ses termes, "ce n’est pas parce qu’ils sont juifs qu’ils ont l’autorisation d’être incontrôlables, ou incontrôlés". Plus tard dans l’interview, il revient sur les tweets de provocation postés sur Twitter par certains utilisateurs affiliés à la Ligue de Défense Juive. Encore une fois, "il ne cautionne pas" et estime qu’il "n’autorisera personne à venir mettre en danger une communauté venue prier, même si c’est la LDJ, même si ce sont des juifs, même s’il devait prendre des positions très frontales avec eux". Sur l’implication de la LDJ dans l’allumage de la mèche de ces affrontements, le président de la synagogue s’essaye à une métaphore qui montre la complexité de la situation : "je sais qu’une bombe peut exploser avec un détonateur qui pèse 13 grammes. Est-ce que ce sont les 13 grammes qui font exploser la bombe, ou est-ce le fait d’avoir une bombe ?". Il déplore enfin "des tonnes de provocations entre juifs et musulmans, tous les jours, toutes les minutes sur Internet".

La synagogue rue de la Roquette a-t-elle vraiment été "assiégée"?

Le président de la synagogue de la rue de la Roquette est très clair, depuis le début, son objectif a été "de remettre les choses dans leur contexte et dans leur mesure". Et ce qui suit est éloquent. "Pas un seul projectile lancé sur la synagogue". "A aucun moment, nous n’avons été physiquement en danger", précise-t-il. Alors d’où vient cette rumeur ? Serge Benhaïm pense à une "confusion" entre les événements survenus près d’une synagogue à Aulnay-sous-Bois, et ceux de la synagogue de la rue de la Roquette.

"S’appliquer à faire baisser la mousse de l’ébullition"

En conclusion de son entretien, Serge Benhaïm, en réaction aux propos de Roger Cukierman sur notre antenne, estime qu’il "faut voir le demi-verre plein". "Grâce à Dieu, il n’y a pas eu de dégâts graves, pas de dégâts humains, à part des blessés légers". A l’évocation d’un "pogrom", le président de la synagogue estime qu’on pourrait "faire grossir cet événement à la catastrophe", mais qu’il faudrait "surtout s’appliquer à faire baisser la mousse de l’ébullition et revenir aux relations qui étaient celles d’avant", avec la communauté musulmane.

Voir aussi:

Incidents rue de la Roquette: "ça a été un piège"

Dernier de nos témoignages, celui de Sabrina Benalia, 22 ans. Elle a participé à la manifestation du dimanche 13 juillet dernier, avec son mari et sa petite sœur. Elle revient pour nous sur le déroulé de cette manifestation et les incidents survenus rue de la Roquette dont elle a été témoin. Là encore, nous avons décidé de ne pas monter cette interview et de vous la livrer de façon brute, dans la longueur.

Une ambiance "sereine", une "cohésion" au sein de la manifestation pro-Palestine

Sabrina Benalia revient pour nous sur la raison de sa participation à cette manifestation, défendre "la cause palestinienne", manifester contre ce qu’elle "n’appelle pas forcément une guerre", mais plutôt un "génocide". Coutumière des manifestations selon ses dires, Sabrina indique que cette fois-ci, elle a ressenti une "cohésion" et souligne la présence d’une association, l’UFJP, qui selon elle, matérialise le plus cette cohésion. Selon d’autres participants à la manifestation cités par Sabrina, la présence de l’UFJP représente "la paix", défendue dans cette manifestation.

Que s’est-il passé à l’approche de la place de la Bastille ?

Sabrina précise qu’à l’approche de la place de la Bastille ("à quelques centaines de mètres"), des gérants de la manifestation commençaient à informer que "ça commençait à un petit peu dégénérer", les organisateurs "suppliant" les manifestants de "ne pas répondre aux provocations". A l’arrivée place de la Bastille, elle décrit une bande de jeunes brandissant des drapeaux israéliens et un slogan, que l’on entend également dans cette vidéo Youtube, "Palestine, on t’encule!". Sabrina précise à nouveau qu’à ce moment, les organisateurs redoublent d’efforts pour demander aux manifestants "de ne pas faire attention", de ne pas "calculer" ces provocations. Elle cite certaines phrases de ces organisateurs : "ils veulent nous provoquer, ils attendent que ça dégénère, on ne leur donnera pas ce plaisir, ne faites pas attention à eux".

Rue de la Roquette : "ça a été un piège"

Sabrina décrie une scène un peu chaotique, "ça courait dans tous les sens, des chaises, des tables, des bouts de bois, des femmes avec leurs enfants en train de leur couvrir la tête". Venue pour "défendre une cause, le peuple palestinien", Sabrina Benalia regrette de s’être vue taxée de "participante à une manifestation antisémite". C’est le sentiment qu’elle décrit avoir ressenti dans le traitement médiatique qu’elle a constaté le soir-même, en rentrant chez elle.

Les manifestants pro-palestiniens ont "répondu à la provocation"

Sabrina évalue à "4 ou 5 les manifestants pro-palestiniens" présents dans les échauffourées, rejoints par plusieurs autres manifestants qui ont "répondu à la provocation" des membres de la Ligue de Défense Juive, qu’elle estime à "plusieurs dizaines". Elle décrit avoir entendu des insultes à plusieurs reprises, "Palestine, on t’encule!". Du côté du cortège, elle admet avoir entendu un seul slogan pouvant s’apparenter à cela, "Israël assassin". Elle indique ne jamais avoir entendu "mort aux juifs", lors de sa présence dans cette manifestation et en tant que témoin des échauffourées en fin de soirée. Elle "ne pense pas qu’on puisse se permettre de dire "mort aux juifs", alors que même l’UFJP était présente" dans le cortège de la manifestation pro-Palestine de dimanche dernier.

"On voit clairement des policiers défendre les pro-israéliens"

A l’évocation des éléments déclencheurs des échauffourées rue de la Roquette, Sabrina raconte : "sur ma droite, un barrage de policiers et derrière la LDJ avec le drapeau israélien", aux cris de "Palestine, on t’encule!". "A aucun moment", la police ne va leur demander de cesser ou les arrêter, selon elle.

Elle évoque également cette vidéo publiée depuis quelques jours sur différentes plateformes, où l’on voit "un jeune de la LDJ faire tomber une barre de fer et un policier de la BAC la ramasser et lui redonner". Des "images enregistrées" qui ne mentent pas pour Sabrina, "on aurait dit des amis", "on voit clairement des policiers s’attaquer aux pro-palestiniens et défendre les pro-israéliens".

"Encore une fois, on va dire que c’est les Arabes, les musulmans"

Sabrina dresse un constat amer des échauffourées du côté des manifestants pro-palestiniens. "Des jeunes qui ont cédé à la tentation de répondre à une provocation, c’est dommage, on a passé 3h30 de manifestation, et malheureusement on en vient à parler de 10 à 15 minutes où ça a dégénéré".

Elle ne cache pas s’être dit "qu’encore une fois, on va dire que c’est les Arabes, c’est les musulmans". Elle avoue avoir "traité de cons ceux qui répondaient à la provocation", que ça allait "être une évidence", "toujours le même disque".

"Pourquoi s’en prendre encore une fois à des gens qui n’ont rien fait ?"

Sabrina, comme Erwan et le président de la synagogue de la rue de la Roquette Serge Benhaïm, dénonce la rumeur, la synagogue n’a pas été "assiégée", pour elle, "c’est un piège". Elle défend son point de vue en ces termes : "pourquoi s’en prendre encore une fois à des gens qui n’ont rien fait ? On vient défendre justement des innocents en Palestine, on va pas venir s’attaquer à des innocents en France".

Manifestation de samedi à Paris: "je souhaite du fond du cœur que ça ne dégénère pas"

A la question de sa présence à la manifestation de samedi à Paris, qui a été – à l’heure où nous écrivons ces lignes – interdite par la préfecture de police de Paris, Sabrina est formelle : "bien sûr, je serai présente avec ma famille, j’espère et je souhaite du fond du cœur que ça ne dégénère pas". Elle pointe une nouvelle fois les "menaces" de la LDJ sur sa page Facebook et estime qu’il "faut arrêter d’accuser les personnes qui sont là pour demander la paix pour le peuple palestinien".

A noter que nous avons contacté la Ligue de Défense Juive suite aux différentes mises en cause présentes dans ce témoignage, elle n’a pas souhaité nous répondre.

Voir également:

Incidents rue de la Roquette: la police est "responsable"

En relation avec notre enquête au sujet des incidents rue de la Roquette, la rédaction d’i>TELE s’est mobilisée afin d’aller à la rencontre de différents protagonistes qui ont participé à la manifestation pro-Palestine du dimanche 13 juillet dernier, ou de témoins des affrontements qui ont eu lieu rue de la Roquette, aux abords de la synagogue Don Isaac Abravanel. Premier de nos témoignages, celui d’Erwan Simon, qui fait partie du groupe de personne qui ont géré l’organisation de la manifestation qui a réuni 30.000 personnes pour soutenir la population de Gaza, de Barbès à la place de la Bastille.

"Mort aux Arabes, Israël vaincra"

Erwan, placé en tête de cortège, raconte l’arrivée au terme de la manifestation, place de la Bastille, il décrit sur la droite – comme Sabrina – un cortège de policiers derrière lequel se réfugient des individus "casqués", criant "mort aux Arabes, Israël vaincra". Il fait appel à son expérience des manifestations pro-Palestine depuis des années pour affirmer que "ça ressemble très fortement à la Ligue de Défense Juive", sur "ce type d’action" et "ce type de racisme".

La police est "responsable", elle a "laissé passer des gens" rue de la roquette

Erwan Simon "était au courant" de l’appel à manifester de la LDJ rue de la Roquette. Il confirme que le service d’ordre de la manifestation pro-Palestine a "demandé à ne pas aller là-bas" (rue de la Roquette, ndlr).

En tant qu’organisateur de la manifestation, il se défend: "vous dites clairement à la police, c’est fini (la manifestation, ndlr) il est 17h30, à ce moment-là, il est de la responsabilité de la police" de maintenir l’ordre. Une question lourde de sens lorsqu’on a regardé la vidéo des altercations : "pourquoi la police n’intervient pas, alors qu’il y a des centaines de policiers partout autour de Bastille ?"

Le discours de la paix de la LDJ "ne marche pas"

Erwan "n’accepte pas" cette "bagarre entre supporters, en train de se battre comme si on était là-bas". Il estime se battre avec "la justice, le droit". Il comprend néanmoins "que des gens soient en colère", la LDJ "depuis plus de 10 ans agresse, tape, brûle des lieux, casse des bras", il recense à ce sujet une "vingtaine d’événements" qui mettent en cause les agissements du groupuscule.

Pour lui, « le discours de paix » de la LDJ « ne marche pas », même s’il convient que la colère des manifestants pro-palestiniens qui ont été à l’affrontement ne doit pas « s’exprimer de cette façon ».

Des manifestants pro-palestiniens aux cris de "mort aux juifs" ?

Erwan est formel, il n’a "rien entendu de tel". En revanche, il a entendu à plusieurs reprises les slogans "mort aux Arabes". Il estime que les manifestants pro-palestiniens qui ont été à l’affrontement avec la LDJ étaient proches d’une centaine de personnes ("80 à 100") mais rappelle qu’il y avait "des centaines de familles dans la rue qui tentaient de rejoindre le métro".

La synagogue a-t-elle été "assiégée" ?

Erwan pointe une nouvelle fois le rôle de la LDJ dans cette information "totalement erronée" selon lui. La synagogue est "prise par la Ligue de Défense Juive" qui "empêche les gens de sortir, qui leur fait peur". Pour lui, "il n’y a pas d’attaque de synagogue, jamais". L’affrontement entre bandes n’a jamais visé le lieu de culte et estime qu’il résulte d’une réponse "à des provocations racistes d’un groupuscule d’extrême-droite et nationaliste".

"Quelles ont été les consignes du ministère de l’Intérieur ?"

Cette question résonne dans la bouche d’Erwan Simon, "derrière la LDJ, des rangs de policiers", "des gens ont eu des propos racistes et n’ont pas été arrêtés". Pourquoi le gouvernement français "ne donne pas d’instructions claires pour empêcher tous les racismes" ?

Pour Erwan, "il n’y a pas de forces de l’ordre pro-Israël" comme l’estime Sabrina que nous avons également interrogée, les forces de l’ordre "font le travail qu’on leur demande". Une question subsiste : "quelles ont été les consignes reçues de la part du ministère de l’Intérieur ?"

Interdiction de la manifestation de samedi à Paris : "on marche sur la tête"

Avant de parler de troubles à l’ordre public, "ce serait bien de les faire arrêter en faisant interdire la Ligue de Défense Juive", selon Erwan. Pour l’un des organisateurs de la manifestation pro-Palestine de dimanche dernier, "on marche sur la tête". "On a le droit d’aller manifester dans la rue, les forces de l’ordre doivent assurer la protection des gens qui manifestent, c’est la question du droit, notre droit à manifester, l’un des principes de base".

A noter que nous avons contacté la Ligue de Défense Juive suite aux différentes mises en cause présentes dans ce témoignage, elle n’a pas souhaité nous répondre.

Voir encore:

Affrontements rue de la Roquette : la vérité est toujours la première victime d’un conflit

iTELE
16-07-2014

LE PLUS. Le 13 juillet dernier, à Paris, des heurts ont éclaté entre militants pro-israéliens et pro-palestiniens, en marge d’une manifestation de soutien au peuple de Palestine. Des violences que les médias se sont empressées de dramatiser, estime le journaliste et écrivain Jacques-Marie Bourget. Il s’étonne du traitement médiatique de ces événements, et appelle les médias à plus de retenue.

Édité par Sébastien Billard

Capture d’écran d’une vidéo des affrontements entre pro-israéliens et pro-palestiniens, rue de la Roquette à Paris, le 13 juillet 2014.

Quand un journal aussi sérieux que le quotidien britannique "The Independent" titre "Conflit Israël-Gaza : Des synagogues attaquées quand une manifestation pro-palestinienne à Paris tourne à la violence", c’est qu’il y a danger. Danger pour deux vertus qui n’en sont qu’une : la vérité et l’exercice des libertés.

Sur cette seule base, celle d’un texte publié dans un journal qui fait autorité, tous les confrères du monde peuvent "sourcer" sans conteste leurs papiers sur ce sujet. Et faire naître dans l’esprit de leurs lecteurs des images de barbares antisémites commettant en France les attaques les plus graves.

La machine à mensonges en marche

Comment ce fait-il que "The Independent", véritable institution du journalisme international, publie une information si capitale qu’elle laisse à penser qu’être juif en France serait vivre entre "la valise et le cercueil" ? C’est simple, comme beaucoup de médias, le quotidien anglais a été victime de la rapidité lapidaire d’internet.

Faut-il rappeler la piteuse histoire de Timisoara en Roumanie, à l’heure de la chute de Ceausescu où, en chœur, la presse a rapporté des "massacres" alors que les victimes étaient mortes d’accident ou de maladie…

Comme un boomerang, sur leurs téléphones portables, les envoyés spéciaux recevaient de leurs rédacteurs en chef le buzz internet : "La ‘toile’ est remplie d’infos sur ce massacre. Qu’est-ce que tu attends pour nous envoyer ton papier ?" La machine à mensonges était en marche.

À propos des "hordes à l’assaut de deux synagogues parisiennes", la fumée des lacrymogènes n’était pas encore au ciel que des sites larguaient leurs bombes d’oxygène sur le feu.

Presqu’au hasard, prenons Slate :

"Des centaines de types hurlant ‘Allahou Akbar’ en chargeant contre des policiers. Une synagogue assiégée. Des menaces et des insultes antisémites lancées à des passants terrorisés."

Ou encore Des Infos.com :

"Alors que des hordes antisémites attaquent des synagogues à Paris ou en Île-de-France sous couvert d’une prétendue solidarité avec les Palestiniens…"

Dreuze Info n’est pas le plus en retrait et publie en instantané des textes aujourd’hui introuvables sur le site :

"Alerte info : attaque violente de deux synagogues à Paris – des Juifs retenus en otage."

Alarme qui sera bientôt suivi d’un constat à propos du rôle joué par la Ligue de défense juive (LDJ) :

"La LDJ, tant critiquée par la gauche juive, en protégeant la synagogue a sauvé de nombreuses vies."

Une dramatisation excessive des faits

À lire cela à Hong Kong ou Miami, Paris et la rue de la Roquette, où se trouve une des synagogues "attaquées", sont en guerre. Cette information immédiate, qui tourne le dos à la vérité froide et apaisée, a le pire pour objectif : une dramatisation qui finira par marquer l’histoire, peut importe la réalité.

Selon cette "information/slogan", reprise par des milliers de tweets et SMS qui rajoutent au passage leur couche de fantasmes, c’est en France que se joue la vengeance de Gaza. Pourtant, comme toujours, la vérité est la première victime de ce conflit. Elle dépasse la fiction mais par le bas, décrivant des faits qui n’ont jamais existé.

Laissons la parole à Frédéric Ploquin, inconnu pour une quelconque passion pour la cause palestinienne, il est journaliste à "Marianne", un hebdomadaire qui n’est pas "La France Juive" de Drumont. Ploquin rapporte :

"Place de la Bastille, la dispersion commence, accélérée par une ondée, lorsque des jeunes décident de s’en prendre aux forces de l’ordre. De petites grappes s’engouffrent vers les rues adjacentes. Se donnent-ils le mot ? Ils sont entre 200 et 300 à marcher en direction de la synagogue de la rue de la Roquette… où se tient un rassemblement pour la paix en Israël, en présence du grand rabbin.

Les organisateurs affirment avoir alerté le commissariat de police, mais l’information n’est apparemment pas remontée jusqu’à la Préfecture de police. Détail important : s’ils avaient su, les responsables du maintien de l’ordre auraient forcément barré l’accès à la rue.

Les choses se compliquent très vite, car les manifestants ne sont pas les seuls à vouloir en découdre. Une petite centaine de membres de la LDJ (Ligue de défense juive) sont positionnés devant la synagogue de la rue de la Roquette, casques de moto sur la tête et outils (armes blanches) à portée de main.

Loin de rester passive, la petite troupe monte au contact des manifestants, comme ils l’ont déjà fait lors d’une manifestation pro-palestinienne organisée Place Saint-Michel quelques jours auparavant. On frôle la bagarre générale, mais la police parvient à s’interposer. Les assaillants refluent vers le boulevard, tandis que les militants juifs reviennent vers la synagogue."

Passons au compte rendu publié sur son site par RTL :

"Selon la préfecture de police, ces heurts étaient dus à de petits groupes de jeunes gens qui ont été ‘facilement contenus’. Il y a eu six interpellations. Un certain nombre de manifestants pro-palestiniens ont toutefois tenté de se rendre vers des synagogues voisines, rue de la Roquette et rue des Tournelles, a-t-on dit à l’AFP de source policière. Des CRS sont intervenus pour les repousser et mettre fin à un "début d’échauffourée" avec des membres de la communauté juive devant la synagogue de la Roquette, ce qui a permis d’éviter toute intrusion dans les lieux de culte, a-t-on ajouté."

Une réalité plus complexe que celle qui a été rapportée

Cet appel à "contre" manifester lancé par la LDJ, celui évoqué par Frédéric Ploquin, ne fait aucun doute, on le trouve sur Twitter et, le 9 juillet, lors d’une manifestation pro-palestinienne à Saint Michel, la faible troupe présente a bien été attaquée par la LDJ.

Dans l’affaire de la rue de la Roquette, il faut se demander pourquoi les "forces de l’ordre" n’ont pas été plus préventives en barrant la rue de la Roquette afin d’éviter les affrontements ?

Rapporté par Abdelkrim Branine, pilier de Beur FM et journaliste connu pour sa rigueur, voici le témoignage d’un membre du service d’ordre de la manif "pro Palestine" :

"Hier, en fin de manifestation, nous nous sommes postés sur la place de la Bastille côté rue de la Roquette en prévision d’une attaque de la Ligue de défense juive suite aux mises en garde de la police. Après l’agression ayant ciblé un rassemblement de soutien à la Palestine mercredi dernier à Saint-Michel, la milice sioniste avait promis, via ses réseaux sociaux de ‘s’en prendre à toutes les manifestations pro-palestiniennes’. Nous étions une vingtaine, tous identifiés et membres du service d’ordre.

Suite à la fermeture du métro Bastille, plusieurs manifestants ont décidé de s’orienter vers le métro Voltaire. Nous leur avons conseillé de prendre plutôt la direction de Ledru-Rollin mais certains ne nous ont pas écoutés. À peine arrivés au milieu de la rue de la Roquette, ces personnes (essentiellement des familles), identifiées par leurs keffiehs et drapeaux, se sont faites accueillir par des insultes et des projectiles provenant du rassemblement sioniste derrière deux lignes de CRS.

Deux personnes sont revenues nous prévenir. Nous avons donc décidé d’aller ramener ceux qui stagnaient encore à proximité de la synagogue de la Roquette afin d’éviter tout débordement. Nous y sommes allés discrètement pour éviter que les centaines de jeunes, déjà échaudés par les précédentes provocations ne nous suivent. Ce qui serait devenu incontrôlable.

Arrivés à une cinquantaine de mètres du rassemblement, une femme, la quarantaine, nous traite de ‘sales pro palos’, hurle ‘Israël vaincra’, s’empare d’une chaise d’une terrasse de café et la jette sur notre ami T. Elle s’enfuit ensuite en courant vers le rassemblement de la LDJ et passe, sans difficultés, les deux lignes de CRS. Nous ne répondons pas à la provocation et continuons à avancer. Nous nous retrouvons alors sous une pluie de projectiles (tessons de bouteille, bouts de bois, casques etc.).

Surexcitée, la cinquantaine de militants de la LDJ ‘mime’ de forcer le barrage de police en agitant des drapeaux israéliens. Une première altercation a lieu. La police les laisse faire. En revanche, les CRS nous matraquent et nous gazent. Un autre groupe de CRS arrive en provenance de la place. Encerclés par la police nous n’avons d’autre alternative que de prendre les rues adjacentes qui débouchent à nouveau vers le lieu des échauffourées. Les CRS continuent de tirer des gaz."

Poursuivons avec un autre point de vue, qui n’est pas forcément faussé au seul prétexte qu’il est donné par un témoin lié au site Saphirnews.com ayant appelé au soutien des palestiniens de Gaza :

"Le traquenard est bien ficelé : ceux de la LDJ  finissent par se réfugier dans la synagogue, faisant ainsi croire que ces ‘hordes de jeunes’, qui n’étaient pour la plupart pas au courant qu’ils se laissaient amener vers le lieu de culte, sont venus s’en prendre aux ‘juifs’. C’est sur les réseaux sociaux que les mensonges de la LDJ prennent forme. Sous forme de tweets alarmistes, elle déclare que ’60 juifs à mains nues’ ont fait face à ‘300 casseurs armés’, dans un autre post, ‘de haches, de couteaux, de lacrymos, de battes de baseball criant ‘Mort aux juifs’."

Pour finir, voilà ce qu’a vu et vécu Michèle Sibony, membre de l’Union juive française pour la paix :

"Alors je vais vous dire ce que j’ai vu, moi, pauvre juive infidèle (mais il n’y a de Dieu que Dieu) dans cette manif : sur le boulevard Beaumarchais, à peu près à la hauteur de Chemin vert, quatre ou cinq types de la Ligue de défense juive montés sur un banc, complètement entourés et protégés par deux rangs serrés de CRS qui jetaient projectiles et insultes sur la foule, et les services d’ordre, et les responsables calmant les manifestants : ne vous énervez pas ne répondez pas aux provocations, c’est ce qu’ils attendent… et bien sûr lors de la dispersion il y a eu des courses et des bagarres à l’entrée de la rue de la Roquette… comme prévu si j’ose dire. Et surtout j’ai aussi entendu la foule des manifestants crier depuis Barbès jusqu’à la Bastille : ‘médias français montrez la vérité’, ‘le peuple français veut la vérité. Et j’étais fière aujourd’hui de ce peuple là, de mon peuple."

Hélas, le gouvernement choisit la voie liberticide

Moralité, vieille loi de presse perdue de vue : avant que l’encre ne coule et que les titres annoncés sur les écrans et leurs "bandes passantes" provoquent leurs déchirures, il serait mieux d’écouter et de réfléchir. De s’informer.

Aujourd’hui, alors que de multiples vidéos viennent conforter la version donnée par les différentes témoins que nous venons de citer, ni Hollande ni Valls n’en tiennent compte. Veulent-ils dire que les hommes et femmes qui s’indignent du sort fait à la Palestine sont des menteurs ? Certes, parfois, il ne sont pas "français de souche", voire musulmans…

Hollande et Valls ont préféré prendre le sombre chemin, la voie liberticide désignée par Estrosi, le "motodidacte" maire de Nice. Des manifestations pro-palestiniennes pourront être interdites en cas de "risques avérés". C’est comme une deuxième mort.

Voir enfin:

Frédéric Ploquin

Marianne

14 Juillet 2014

Plusieurs manifestations pro-palestiennes ont eu lieu dimanche 13 juillet en France. A Paris, deux synagogues ont été prises pour cible. Voici les faits.

NICOLAS MESSYASZ/SIPA
NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Ils sont environ 7 000 à défiler dans les rues de Paris, ce dimanche 13 juillet, entre Barbès et la Bastille, pour dire leur solidarité avec les Palestiniens. Le parcours a été négocié par les responsables du NPA (Nouveau parti anticapitaliste), l’organisation héritière de la Ligue communiste révolutionnaire. Pourquoi avoir exigé un parcours qui s’achève à proximité du quartier du Marais, connu pour abriter plusieurs lieux de culte juif ? Le fait est que les responsables de la Préfecture de police l’ont validé.

Parmi les manifestants, de nombreuses femmes, souvent voilées, mais surtout des jeunes venus de la banlieue francilienne. Les premiers slogans ciblent Israël, mais aussi la "complicité française". Très vite, les « Allah Akbar » (Dieu est grand) dominent, donnant une tonalité fortement religieuse au cortège.
La préfecture de police ne s’attendait pas à une telle mobilisation, mais ses responsables ont vu large au niveau du maintien de l’ordre, puisque cinq "forces mobiles", gendarmes et CRS confondues, ont été mobilisées. C’est à priori suffisant pour sécuriser tous les lieux juifs le long du parcours.

Aucune dégradation, aucun incident n’est signalé en marge du cortège, jusqu’à l’arrivée à proximité de la Bastille. Un premier mouvement de foule est observé à la hauteur de la rue des Tournelles, qui abrite une synagogue. Les gendarmes bloquent la voie et parviennent sans difficulté à refouler les assaillants vers le boulevard Beaumarchais.

Place de la Bastille, la dispersion commence, accélérée par une ondée, lorsque des jeunes décident de s’en prendre aux forces de l’ordre. De petites grappes s’engouffrent vers les rues adjacentes. Se donnent-ils le mot ? Ils sont entre 200 et 300 à marcher en direction de la synagogue de la rue de la Roquette… où se tient un rassemblement pour la paix en Israël, en présence du grand rabbin. Les organisateurs affirment avoir alerté le commissariat de police, mais l’information n’est apparemment pas remontée jusqu’à la Préfecture de police. Détail important : s’ils avaient su, les responsables du maintien de l’ordre auraient forcément barré l’accès à la rue.

Les choses se compliquent très vite, car les manifestants ne sont pas les seuls à vouloir en découdre. Une petite centaine de membres de la LDJ (ligue de défense juive) sont positionnés devant la synagogue de la rue de la Roquette, casques de moto sur la tête et outils (armes blanches) à portée de main. Loin de rester passive, la petite troupe monte au contact des manifestants, comme ils l’ont déjà fait lors d’une manifestation pro-palestinienne organisée Place Saint-Michel quelques jours auparavant. On frôle la bagarre générale, mais la police parvient à s’interposer. Les assaillants refluent vers le boulevard, tandis que les militants juifs reviennent vers la synagogue.

Durant le week-end, des manifestations similaires ont été organisées dans plusieurs grandes villes. Selon la police, ils étaient 2 300 à Lille, 1 200 à Marseille et autour de 400 à  Bordeaux. Aucun incident n’a été signalé.

Voir aussi:

Antisémitisme: la France confrontée à une hausse des actes, pas des opinions
Libération/AFP
19 juillet 2014

Les incidents près de synagogues parisiennes sont-ils le signe d’une montée de l’antisémitisme en France? Des experts répondent avec prudence, relevant que si une hausse des actes antisémites est observée, ce n’est pas le cas des opinions.

Plusieurs personnalités de la première communauté juive d’Europe ont exprimé leur émotion après un week-end agité: échauffourées rue de la Roquette à Paris, jet de cocktail Molotov contre une synagogue à Aulnay-sous-Bois, insultes devant une autre à Asnières…

«C’était un peu la Kristallnacht (la Nuit de cristal de 1938 en Allemagne, NDLR) et on a échappé de peu à un véritable pogrom», a estimé le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Roger Cukierman. «Jamais un tel événement ne s’était produit en France depuis le Moyen-Age», a écrit Arno Klarsfeld, ancien avocat des Fils et filles des déportés juifs de France, évoquant les «centaines d’individus» ayant «tenté de prendre d’assaut» la synagogue de la Roquette.

«Ces comparaisons historiques me semblent malvenues pour apprécier la situation», tempère le sociologue Samuel Ghiles-Meilhac auprès de l’AFP. «Les pogroms ou la Nuit de cristal, ce sont des mouvements de violence tolérés voire encouragés par les pouvoirs en place. En France, les autorités publiques réagissent, et absolument rien n’indique qu’une majorité de la population valide cela.»

«L’émotion est très forte, mais elle n’est pas uniquement liée à ce qui s’est passé dimanche, elle est le produit de ces dernières années, avec les actes de Mohamed Merah et Mehdi Nemmouche, l’affaire Dieudonné, la manifestation Jour de colère (où des +Mort aux Juifs!+ ont été lancés, ndlr)… Il y a le sentiment, dans une partie de la communauté juive, qu’une lame de fond antisémite s’est installée», ajoute le chercheur.

Directeur de l’observatoire des radicalités politiques, Jean-Yves Camus a assisté aux heurts près de la Bastille. «Quand bien même il ne se serait rien passé rue de la Roquette, je considère qu’à partir du moment où, dans les rues de Paris, des manifestants brandissent le drapeau noir de l’Etat islamique au Levant ou des mini-roquettes, même en carton-pâte, il y a quelque chose qui ne colle pas.»

Selon le politologue, lors de l’opération de l’armée israélienne Plomb durci en 2009, «des manifestations avaient déjà dérapé», attirant «beaucoup plus de monde».

«La mobilisation régresse en ampleur. Les radicaux sont d’autant plus visibles que, dans la manifestation, le rapport numérique est en leur faveur», note le chercheur.

- «Antisémitisme de contact» -

Les actes antisémites se maintiennent à un niveau élevé depuis 2000 et la seconde Intifada: le Service de protection de la communauté juive (SPCJ), qui en avait relevé 423 en 2013 selon les plaintes comptabilisées par le ministère de l’Intérieur, a noté une nouvelle hausse au premier trimestre 2014, avec 169 actions violentes et menaces recensées, soit 44% de plus que sur la même période de l’an dernier.

Selon le SCPJ, organisation communautaire qui travaille en lien avec les pouvoirs publics, les Juifs sont victimes de 40% des violences physiques racistes en France, alors qu’ils représentent moins de 1% de sa population.

«On constate une montée des actes antisémites le plus souvent en lien avec l’aggravation du conflit israélo-palestinien», commente la politologue Nonna Mayer. Un «antisémitisme de contact», actif là où les deux communautés (juive et musulmane) sont présentes, et s’en prenant à ce qui est visible dans l’espace public: synagogues, mezouzahs sur les portes, hommes portant la kippa…

Que sait-on des auteurs? «On a le sentiment que, pour les rares cas où les agresseurs sont identifiés, les actes sont non seulement imputables à l’extrême-droite mais à des jeunes issus de l’immigration et qui se font une identité de substitution en s’identifiant aux victimes palestiniennes», répond Nonna Mayer, qui invite cependant à ne pas «disserter doctement sur l’antisémitisme chez les jeunes issus de l’immigration» à partir de cas «extrêmement minoritaires».

Ne pas confondre actes et opinions: l’examen de ces dernières montre qu’«il n’y a absolument pas de progression de l’antisémitisme, plutôt la persistance de deux stéréotypes traditionnels, le pouvoir des Juifs et leur rapport à l’argent», constate la sociologue.

«Tous nos sondages montrent que c’est la minorité juive qui est de loin la mieux acceptée, qui a la meilleure image», poursuit-elle. A la différence des populations arabo-musulmanes et roms qui, selon le dernier rapport sur le racisme de la Commission nationale consultativedes droits de l’homme (CCNDH), «sont les cibles privilégiées» de l’actuelle «recrudescence de l’intolérance».

«Les Juifs ne sont victimes d’aucune discrimination sociale en France, ils sont parfaitement intégrés. Et en même temps, comme minorité, ils sont la cible d’une fixation haineuse», tente de résumer Samuel Ghiles-Meilhac, devant une «conjonction de phénomènes dont on n’a pas les cadres d’analyse».

AFP

Voir de même:

Pascal Boniface : «Critiquer la politique d’Israël, ce n’est pas être antisémite»
Alexandre Devecchio
Le Figaro
18/07/2014

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN- Alors que la préfecture de police de Paris a interdit une manifestation pro-palestienne prévue ce samedi, Pascal Boniface, auteur de la France malade du conflit israélo-palestinien, a accordé un grand entretien à FigaroVox.

Pascal Boniface est directeur de l’IRIS, auteur de Géopolitique du sport. Son dernier livre, La France malade du conflit israélo-palestinien, vient de paraître.

FigaroVox: Après les incidents violents qui ont émaillé les manifestations pro-israélienne dimanche 13 juillet, la préfecture de police a engagé une procédure informelle pour interdire une manifestation de soutien à Gaza prévue samedi. La société Française devient-elle la victime collatérale du conflit du Proche-Orient?

Pascal BONIFACE: La société française ne devient pas la victime collatérale du conflit du Proche-Orient, elle l’est depuis longtemps. La reprise des violences entre Israéliens et Palestiniens a provoqué une poussée de fièvre en France, mais que la France soit malade du conflit israélo-palestinien, n’est hélas pas une nouveauté. Aucun conflit extérieur ne suscite de telles passions, de mises en cause si importantes des individus qui prennent des positions qui déplaisent. Des amis de longue date, qui ne partageant pas le même point de vue sur le conflit et ses conséquences en France, peuvent se brouiller. On ne voit ça pour aucun autre conflit.

Quel est votre point de vue sur l’interdiction des manifestations? Celle-ci ne risque-t-elle pas d’être contre-productive?

Si le but est de ne pas opposer les communautés, interdire les manifestations produit l’effet inverse. Ceux qui veulent manifester peuvent avoir le sentiment que le gouvernement répond aux désirs des institutions communautaires juives. Par ailleurs, il y a une atteinte au droit de manifester. Où placer les limites? Faudra-t-il par la suite interdire les nombreuses et variées manifestations de soutien à Israël? Faudra-t-il interdire les articles critiques sur l’action du gouvernement israélien parce qu’ils seraient censés contribuer à alimenter l’antisémitisme? Le risque est de radicaliser une partie de ceux qui se sentent solidaires des Palestiniens.

La société française ne devient pas la victime collatérale du conflit du Proche-Orient, elle l’est depuis longtemps.

Selon vous, la confusion entre antisémitisme, antisionisme et critique du gouvernement israélien contribue à l’importation de ce conflit en France. Quelle différence faites-vous entre ces différentes notions?

Cette confusion est entretenue par les institutions communautaires et certains intellectuels juifs. L’antisémitisme c’est la haine des juifs, l’antisionisme c’est l’opposition à l’existence de l’État d’Israël. Mais cela n’a rien à voir avec la critique de l’action du gouvernement israélien ou alors des O.N.G. israéliennes, des personnalités comme Abraham Burg, des journalistes comme Gideon Lévy sont antisémites. Lorsque l’on critique la politique de Poutine on n’est pas accusé de faire du racisme anti-russes. Brandir l’accusation infamante d’antisémitisme dès que l’on émet une critique à l’égard du gouvernement israélien a pour fonction de protéger ce dernier. L’immense majorité de ceux qui se déclarent solidaires des Palestiniens combattent l’antisémitisme et toutes les formes de racisme, et se prononcent pour la solution des deux États, donc en faveur de l’existence d’Israël.

Vous-même en taxant le HCI d’islamophobie pour ses prises de positions, notamment contre le port du foulard islamique à l’université, n’opérez-vous pas une confusion dangereuse entre critique légitime du communautarisme et racisme antimusulman?

Lorsque l’été dernier le HCI a proposé d’interdire le port du foulard dans les universités, j’ai en effet estimé qu’il préconisait une mesure visant exclusivement les musulmans (on ne parlait pas des signes religieux en général) qui pouvait rallumer une guerre au moment où une majorité s’accordait pour dire qu’il fallait en rester à la loi de 2004 qui ne concerne pas l’enseignement supérieur.

L’immense majorité de ceux qui se déclarent solidaires des Palestiniens combattent l’antisémitisme et le racisme, et se prononcent pour la solution des deux États donc en faveur de l’existence d’Israël

Selon vous, de nombreux Français non-juifs, en particuliers les musulmans, ont le sentiment qu’il y a un «deux poids, deux mesures» dans la lutte contre le racisme et que les actes antisémites font l’objet d’un traitement médiatique plus conséquent que les autres actes racistes. Le risque de votre démarche n’est-il pas de verser dans la concurrence victimaire et de nourrir le ressentiment d’une certaine jeunesse de banlieue à l’égard des Juifs et de la France plus généralement?

Réclamer la fin du «deux poids, deux mesures» dans la lutte contre l’antisémitisme et le racisme anti-musulmans, qu’il s’agisse des médias ou des responsables politiques ne revient pas à nourrir le ressentiment d’une certaine jeunesse de banlieue, mais au contraire à le combattre. Dénoncer une injustice ou une inégalité de traitement est justement la meilleure façon de combattre la concurrence victimaire. Si chacun est placé sur un pied d’égalité, si tous les enfants de la République sont traités de la même façon il n’y a plus de concurrence victimaire et moins d’espace politique pour le ressentiment.

Avez-vous des exemples précis de «deux poids, deux mesures» …

De nombreuses agressions ont eu lieu contre des femmes voilées, qui n’ont pas suscité la mobilisation,qui aurait eu lieu si des hommes portant la kippa avaient été agressés. Il est vrai que présenter, comme le font certains journalistes, le port du voile comme faisant partie d’un complot pour mettre à genoux la République, a contribué à créer un climat malsain…

Quelques lignes dans Libération du 22 Février 2011, on apprend que la voiture et la moto de Dounia Bouzar, anthropologue spécialiste de l’islam, ont été vandalisées. On pouvait lire sur l’un des véhicules «non aux minarets». Un texte était également glissé: «Pour que Colombey les deux églises ne devienne pas Colombey les deux mosquées. Viendra le moment où les islamo-collabos devront rendre des comptes.» Imaginons que la même mésaventure soit arrivée à BHL ou Finkielkraut, cela aurait fait la Une de tous les journaux et toute la classe politique aurait manifesté sa solidarité.

Selon vous, il faut évoquer tous les racismes. Quel est votre point de vue sur le racisme anti-blanc?

Il peut y avoir des arabes ou des noirs qui soient racistes à l’égard de ceux qui sont différents d’eux. Il peut donc y avoir des blancs victimes de racisme. Mais il n’y a pas un racisme anti-blanc puissant, structuré, s’appuyant sur de nombreux textes, se développant sur les réseaux sociaux, relayé par la presse, soutenu par des déclarations d’hommes politiques, etc. Les blancs en France ne font pas l’objet de discriminations.

Vous avez eu beaucoup de difficultés pour faire éditer votre livre. Certains sujets restent-ils tabous en France? Pourquoi?

Nombreux sont ceux qui ont payé un prix fort pour avoir osé critiquer le gouvernement israélien.

Le conflit israélo-palestinien déclenchant les passions, beaucoup de gens veulent se tenir à l’abri à partir du moment où la critiques politiques du gouvernement israélien est très rapidement assimilée à de l’antisémitisme. Beaucoup de gens ne veulent pas prendre le risque d’être étiquetés de façon si infamante.

La presse française est pourtant loin d’être complaisante à l’égard du gouvernement israelien …

Je ne connais pas d’autres sujets qui paraissent aussi risqués pour les responsables politiques et les médias. Je ne connais pas de cas où des responsables politiques , des journalistes, des universitaires, qui se seraient signalés par un engagement profond, voire inconditionnel, à l’égard d’Israël, en aurait subi des sanctions personnelles ou professionnelles. Nombreux sont ceux qui ont payé un prix fort pour avoir osé critiquer le gouvernement israélien. Il est d’ailleurs assez paradoxal qu’en France, il soit moins risqué pour quiconque de critiquer les autorités nationales que celle d’un pays étranger, en l’occurrence Israël. Je connais beaucoup de personnes qui disent être entièrement d’accord avec mes analyses mais ne veulent pas le déclarer publiquement de peur de représailles. Je pense qu’à terme cette stratégie est très dangereuse même si elle peut s’avérer favorable à court terme à la protection du gouvernement israélien.

Voir par ailleurs:

L’incendie du centre juif était une banale vengeance
La destruction d’un centre social juif à Paris il y a dix jours n’était pas un acte antisémite. Un suspect, ancien gardien du local, de confession juive, était toujours en garde à vue hier soir. Il aurait saccagé les lieux par dépit après son éviction

Christophe Dubois et Geoffroy Tomasovitch

le Parisien

31.08.2004
L’AFFAIRE avait soulevé l’indignation de l’ensemble de la classe politique et des instances religieuses, de Paris à Tel-Aviv. Elle avait relancé le débat sur la montée de l’antisémitisme en France… Finalement, la destruction d’un centre social juif, cible d’un incendie volontaire la nuit du 21 au 22 août derniers dans le XIe arrondissement de Paris, aurait pour origine une banale vengeance personnelle.
C’est désormais la piste privilégiée avec, au coeur de l’enquête, un ancien employé du centre dont les responsables avaient la ferme intention de se séparer.

Des indices matériels

Hier, Raphaël B., un juif séfarade de 52 ans, s’est présenté spontanément à la brigade criminelle à Paris. Natif de Casablanca au Maroc, ce gardien occasionnel du local de la rue Popincourt se savait recherché par la police judiciaire. La brigade criminelle avait resserré ses investigations « à partir de l’enquête de voisinage, des analyses des faits et des témoignages des individus qui fréquentent le centre». Depuis vendredi dernier, une fiche de recherche avait été établie à son nom. Ce sont finalement des membres du centre social qui l’ont convaincu de se présenter au quai des Orfèvres. Raphaël B., qui venait de perdre son appartement, entretenait des relations ombrageuses avec les gestionnaires du centre. Au point que ces derniers avaient décidé de se séparer de lui. Le quinquagénaire, présenté comme un « peu simplet » et « plus ou moins sans domicile fixe », n’aurait pas supporté cette idée, assouvissant sa vengeance en s’attaquant au local de la rue Popincourt souillé par des inscriptions antisémites puis dévasté par le feu.

Selon une source policière, le suspect, « pas causant du tout », n’a pas reconnu l’incendie lors de ses premières heures de garde à vue. Cependant, des indices matériels semblent le désigner. Les policiers ont retrouvé à son domicile, un logement mis à sa disposition par le centre, les clés de la porte de service. Elle avait été retrouvée ouverte par les sapeurs-pompiers à leur arrivée, contrairement à la porte principale. Seules quatre ou cinq personnes possédaient ce trousseau. Toujours chez Raphaël B., les enquêteurs ont mis la main sur deux feutres, un rouge et un noir, qui pourraient correspondre à ceux qui ont servi à maculer le mur du centre social de croix gammées dessinées à l’envers et d’inscriptions antisémites truffées de fautes d’orthographe. Des analyses scientifiques devraient permettre de confirmer formellement ce point.Un « contexte tendu »

Selon nos informations, l’homme a fini par admettre du bout des lèvres être l’auteur de ces inscriptions. Enfin, les policiers disposent d’un autre élément à charge : ils ont localisé l’endroit où le suspect aurait acheté le liquide – de l’essence automobile – utilisé pour allumer le feu.

Le tournant pris par l’enquête semble définitivement contredire la thèse d’un acte antisémite, avancée publiquement par certains, haut et fort et un peu hâtivement. « Les collègues de la Crim n’en ont que plus de mérite. Il n’est pas facile de travailler dans un contexte aussi tendu», relève un policier parisien.

Plusieurs affaires récentes se sont ainsi « dégonflées » après avoir été présentées comme des actes antisémites. Tout le monde se rappelle l’indignation générale soulevée en juillet dernier par le récit de Marie Leblanc, cette jeune femme qui se disait victime d’une sauvage agression dans le RER D. La mythomane avait rapidement avoué aux policiers avoir tout inventé. Quelques jours plus tôt, l’agression à coups de couteau d’un lycéen juif à Epinay (Seine-Saint-Denis) avait provoqué des réactions d’une pareille ampleur. Or, l’auteur, un déséquilibré, ne s’en prenait qu’à ceux ayant le malheur de croiser son chemin…

« Tout cela ne doit pas jeter de discrédit sur la lutte contre l’antisémitisme », a mis en garde hier l’Union des étudiants juifs de France. Car le phénomène est bien réel et en hausse : le ministère de la Justice a déjà recensé 298 actes antisémites depuis début 2004.

Voir encore:

Incendie du centre juif: l’employé inculpé

la Libre Belgique

03 septembre 2004

DIX JOURS APRÈS L’INCENDIE DU CENTRE SOCIAL JUIF DE LA RUE POPINCOURT dans le XIe arrondissement de Paris, Raphaël Benmoha, un homme de confession juive âgé de 52 ans, a été mis en examen mercredi soir par un juge d’instruction parisien et écroué pour avoir mis le feu à l’immeuble. Raphaël Benmoha, qui a nié les faits tout au long des 48 heures de garde à vue à la brigade criminelle, est désormais poursuivi pour «destruction de biens appartenant à autrui par l’effet d’un incendie de nature à créer un danger pour des personnes», a-t-on indiqué de sources judiciaires. Les expertises ont conforté les policiers dans leurs certitudes quant à la culpabilité du suspect. Ce dernier se serait notamment inspiré d’un épisode de la série télévisée de France 2, «PJ», tourné l’an dernier au centre de la rue Popincourt. Cet épisode, qui n’a pas été diffusé dans un contexte tendu à la demande de la communauté juive, montre un feu dans le centre social juif provoqué par un employé licencié.


Algérie: Non à la judaïsation ! (What about the other nakbas? : while salafists protest proposed reopening of the few remaining Algerian synagogues)

17 juillet, 2014
http://scd.rfi.fr/sites/filesrfi/imagecache/rfi_16x9_1024_578/sites/images.rfi.fr/files/aef_image/000_PAR2005052589558_0.jpg

Une ancienne synagogue, à Tlemcen, en Algérie, aujourd’hui transformée en école d’arts martiaux

http://jssnews.com/content/assets/2014/07/roquette.jpg

Une ancienne synagogue, à Paris, en France, aujourd’hui transformée en ambassade

http://sonofeliyahu.com/Images/Jewish%20Population.jpg
http://static.dreuz.info/wp-content/uploads/BsnTYzPCAAAebRp-500x351.jpghttps://pbs.twimg.com/media/Bsq5OXZCEAAfS8J.jpg:largeVous aimerez l’étranger, car vous avez été étrangers dans le pays d’Égypte. Deutéronome 10: 19
On admet généralement que toutes les civilisations ou cultures devraient être traitées comme si elles étaient identiques. Dans le même sens, il s’agirait de nier des choses qui paraissent pourtant évidentes dans la supériorité du judaïque et du chrétien sur le plan de la victime. Mais c’est dans la loi juive qu’il est dit: tu accueilleras l’étranger car tu as été toi-même exilé, humilié, etc. Et ça, c’est unique. Je pense qu’on n’en trouvera jamais l’équivalent mythique. On a donc le droit de dire qu’il apparaît là une attitude nouvelle qui est une réflexion sur soi. On est alors quand même très loin des peuples pour qui les limites de l’humanité s’arrêtent aux limites de la tribu. (…)  Mais il faut distinguer deux choses. Il y a d’abord le texte chrétien qui pénètre lentement dans la conscience des hommes. Et puis il y a la façon dont les hommes l’interprètent. De ce point de vue, il est évident que le Moyen Age n’interprétait pas le christianisme comme nous. Mais nous ne pouvons pas leur en faire le reproche. Pas plus que nous pouvons faire le reproche aux Polynésiens d’avoir été cannibales. Parce que cela fait partie d’un développement historique. (…) Il faut commencer par se souvenir que le nazisme s’est lui-même présenté comme une lutte contre la violence: c’est en se posant en victime du traité de Versailles que Hitler a gagné son pouvoir. Et le communisme lui aussi s’est présenté comme une défense des victimes. Désormais, c’est donc seulement au nom de la lutte contre la violence qu’on peut commettre la violence. Autrement dit, la problématique judaïque et chrétienne est toujours incorporée à nos déviations. (…)  Et notre souci des victimes, pris dans son ensemble comme réalité, n’a pas d’équivalent dans l’histoire des sociétés humaines. (…) Le souci des victimes a (…) unifié le monde. René Girard
L’existence d’Israël pose le problème du droit de vivre en sujets libre et souverains des nations non musulmanes dans l’aire musulmane. L’extermination des Arméniens, d’abord par l’empire ottoman, puis par le nouvel Etat turc a représenté la première répression d’une population dhimmie en quête d’indépendance nationale. Il n’y a quasiment plus de Juifs aujourd’hui dans le monde arabo-islamique et les chrétiens y sont en voie de disparition. Shmuel Trigano
Quand les synagogues se comportent comme des ambassades il n’est pas étonnant qu’elles subissent les mêmes attaques qu’une ambassade. Pierre Minnaert
Je ne vois pas comment on peut lutter contre la dérive antisémite de jeunes de banlieue quand les synagogues soutiennent Israël. Pierre Minaert
Moi je ne pousse à rien, je constate, et je constate aussi la hausse d’un discours anti juifs chez jeunes maghrébins qui s’explique. Pierre Minnaert ‏
 Quand les rabbins mettent Dieu dans un camp comment s’étonner qu’ils soient attaqués par l’autre ? Ils renforcent l’antisémitisme. Pierre Minnaert
Ils sont environ 7 000 à défiler dans les rues de Paris, ce dimanche 13 juillet, entre Barbès et la Bastille, pour dire leur solidarité avec les Palestiniens. Le parcours a été négocié par les responsables du NPA (Nouveau parti anticapitaliste), l’organisation héritière de la Ligue communiste révolutionnaire. Pourquoi avoir exigé un parcours qui s’achève à proximité du quartier du Marais, connu pour abriter plusieurs lieux de culte juif ? Le fait est que les responsables de la Préfecture de police l’ont validé. Parmi les manifestants, de nombreuses femmes, souvent voilées, mais surtout des jeunes venus de la banlieue francilienne. Les premiers slogans ciblent Israël, mais aussi la "complicité française". Très vite, les « Allah Akbar » (Dieu est grand) dominent, donnant une tonalité fortement religieuse au cortège. La préfecture de police ne s’attendait pas à une telle mobilisation, mais ses responsables ont vu large au niveau du maintien de l’ordre, puisque cinq "forces mobiles", gendarmes et CRS confondues, ont été mobilisées. C’est à priori suffisant pour sécuriser tous les lieux juifs le long du parcours. Aucune dégradation, aucun incident n’est signalé en marge du cortège, jusqu’à l’arrivée à proximité de la Bastille. Un premier mouvement de foule est observé à la hauteur de la rue des Tournelles, qui abrite une synagogue. Les gendarmes bloquent la voie et parviennent sans difficulté à refouler les assaillants vers le boulevard Beaumarchais. Place de la Bastille, la dispersion commence, accélérée par une ondée, lorsque des jeunes décident de s’en prendre aux forces de l’ordre. De petites grappes s’engouffrent vers les rues adjacentes. Se donnent-ils le mot ? Ils sont entre 200 et 300 à marcher en direction de la synagogue de la rue de la Roquette… où se tient un rassemblement pour la paix en Israël, en présence du grand rabbin. Les organisateurs affirment avoir alerté le commissariat de police, mais l’information n’est apparemment pas remontée jusqu’à la Préfecture de police. Détail important : s’ils avaient su, les responsables du maintien de l’ordre auraient forcément barré l’accès à la rue. Les choses se compliquent très vite, car les manifestants ne sont pas les seuls à vouloir en découdre. Une petite centaine de membres de la LDJ (ligue de défense juive) sont positionnés devant la synagogue de la rue de la Roquette, casques de moto sur la tête et outils (armes blanches) à portée de main. Loin de rester passive, la petite troupe monte au contact des manifestants, comme ils l’ont déjà fait lors d’une manifestation pro-palestinienne organisée Place Saint-Michel quelques jours auparavant. On frôle la bagarre générale, mais la police parvient à s’interposer. Les assaillants refluent vers le boulevard, tandis que les militants juifs reviennent vers la synagogue. Frédéric Ploquin
Une équipe qui a su non seulement séduire au-delà des frontières, mais donner à l’Allemagne une autre image d’elle-même : multiculturelle, ouverte et aimée à l’étranger. Sur les 23 joueurs de la sélection de Joachim Löw, onze sont d’origine étrangère. Outre le trio d’origine polonaise (Piotr Trochowski, Miroslav Klose, Lukas Podolski), qui depuis longtemps n’est plus considéré comme exotique, évoluent sur le terrain Marko Marin, Jérôme Boateng, Dennis Aogo, Sami Khedira ou encore deux joueurs d’origine turque : Serdar Tasci et le jeune prodige Mesut Özil. Tous les observateurs, en Allemagne, s’accordent à reconnaître que cette arrivée de nouveaux talents "venus d’ailleurs" fait beaucoup de bien à l’équipe. "Cela lui donne une aptitude à l’engagement, une envie de reconnaissance, vis-à-vis d’eux-mêmes mais également vis-à-vis des autres", déclarait le ministre de l’intérieur Thomas de Maizière à la Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung. Pour Bastian Schweinsteiger, talentueux milieu de terrain, "les diverses influences vivifient l’équipe, elles lui donnent un tout autre tempérament". Une diversité qui fait également beaucoup de bien au pays. A Kreuzberg, le quartier de Berlin où vit la plus importante communauté turque du pays, on défend depuis le début du mondial les couleurs de la Mannschaft. "Les performances des jeunes donnent à notre travail un élan énorme", se réjouit Gül Keskinler, une Turque chargée de l’intégration à la Fédération allemande de football. "L’exemple de Mesut Özil est à cet égard particulièrement important, souligne-t-elle. Les footballeurs ont, à travers leur fonction d’exemple, un rôle très fort, ils sont des ambassadeurs pour la jeunesse." Dans les rues de Berlin, pas de célébration pourtant d’un esprit de fraternité "black blanc beur" tel qu’avait pu le connaître la France après sa victoire au Mondial de 1998. Pour beaucoup d’Allemands, le maillot est rassembleur : peu importe l’origine des joueurs, à la première victoire ils ont été adoptés sans cérémonie. La diversité n’est qu’un élément parmi d’autres dans l’impression de renouveau que donne l’équipe d’Allemagne. "La diversité montre surtout que l’Allemagne va enfin chercher son inspiration ailleurs, estime Holger Cesnat, 35 ans. Le style de l’équipe a changé, il est plus léger, parce que Joachim Löw observe le football pratiqué au-delà des frontières et a rompu avec le style qui prédominait dans le football allemand jusqu’ici." Le Monde
Cela a commencé en 2006, c’était la première fois qu’on osait être fier de son pays, fier de son équipe, cela a libéré beaucoup de choses. Rainer Stich
C’est la première fois que l’équipe est si appréciée à l’étranger. Même en Israël on trouve la Mannschaft sympathique. C’est un sentiment auquel nous ne sommes pas habitués. Emilie Parker
 Cette idée de la France ‘black blanc beur’, c’est quelque chose qui les a beaucoup marqués pour révolutionner leur football. Jean-Jacques Bourdin (RMC)
La danse des Gauchos était de mauvais goût (…) Subitement, la modestie allemande a disparu dans le triomphe. Tagesspiegel (quotidien berlinois)
Plusieurs médias allemands critiquaient mercredi la «Nationalmannschaft» championne du monde pour avoir interprété lors des célébrations du titre mardi à Berlin une danse moquant les adversaires argentins vaincus en finale (1-0 a.p.). Mimant des Argentins courbés, comme par le désespoir et le poids de la défaite, six joueurs de l’équipe ont chanté : «ainsi marchent les Gauchos, les Gauchos marchent ainsi». Puis se relevant bien droits et fiers, ils ont continué : «Ainsi marchent les Allemands, les Allemands marchent ainsi». Ils ont répété la séquence plusieurs fois sous les applaudissements, dans un pays où toute expression ostentatoire de fierté nationale reste sujet à controverse. Libération
Maybe to explain what they sing. They sing: "So gehen die Gauchos, die Gauchos die gehen so. So gehen die Deutschen, die Deutschen die gehen so." ("That’s how the Gauchos walk, the Gauchos walk like this. That’s how the Germans walk, the Germans walk like this.") And it’s important to note that this song is a very common song in Germany for teasing the team that has lost the match. So they didn’t make an entirely new song up by themselves. Reddit
Israël existe et continuera à exister jusqu’à ce que l’islam l’abroge comme il a abrogé ce qui l’a précédé. Hasan al-Bannâ (préambule de la charte du Hamas, 1988)
Le Mouvement de la Résistance Islamique est un mouvement palestinien spécifique qui fait allégeance à Allah et à sa voie, l’islam. Il lutte pour hisser la bannière de l’islam sur chaque pouce de la Palestine. Charte du Hamas (Article six)
Nous avons constaté que le sport était la religion moderne du monde occidental. Nous savions que les publics anglais et américain assis devant leur poste de télévision ne regarderaient pas un programme exposant le sort des Palestiniens s’il y avait une manifestation sportive sur une autre chaîne. Nous avons donc décidé de nous servir des Jeux olympiques, cérémonie la plus sacrée de cette religion, pour obliger le monde à faire attention à nous. Nous avons offert des sacrifices humains à vos dieux du sport et de la télévision et ils ont répondu à nos prières. Terroriste palestinien (Jeux olympiques de Munich, 1972)
Les Israéliens ne savent pas que le peuple palestinien a progressé dans ses recherches sur la mort. Il a développé une industrie de la mort qu’affectionnent toutes nos femmes, tous nos enfants, tous nos vieillards et tous nos combattants. Ainsi, nous avons formé un bouclier humain grâce aux femmes et aux enfants pour dire à l’ennemi sioniste que nous tenons à la mort autant qu’il tient à la vie. Fathi Hammad (responsable du Hamas, mars 2008)
Cela prouve le caractère de notre noble peuple, combattant du djihad, qui défend ses droits et ses demeures le torse nu, avec son sang. La politique d’un peuple qui affronte les avions israéliens la poitrine nue, pour protéger ses habitations, s’est révélée efficace contre l’occupation. Cette politique reflète la nature de notre peuple brave et courageux. Nous, au Hamas, appelons notre peuple à adopter cette politique, pour protéger les maisons palestiniennes. Sami Abu Zuhri (porte-parole du Hamas)
I didn’t actually know that the picture was recycled. I guess I just used it as an illustration – people don’t need to take it as a literal account. If you think of bombs going off that’s pretty much what it looks like.. Twitteuse britannique (16 ans)
Il est interdit de tuer, blesser ou capturer un adversaire en recourant à la perfidie. Constituent une perfidie les actes faisant appel, avec l’intention de la tromper, à la bonne foi d’un adversaire pour lui faire croire qu’il a le droit de recevoir ou l’obligation d’accorder la protection prévue par les règles du droit international applicable dans les conflits armés. Les actes suivants sont des exemples de perfidie : (…) c) feindre d’avoir le statut de civil ou de non-combattant; d) feindre d’avoir un statut protégé en utilisant des signes emblèmes ou uniformes des Nations Unies (…) Protocole additionnel aux Conventions de Genève de 1949 relatif à la protection des victimes des conflits armés internationaux, I, article 37, alinéa 1, 1977)
Sont interdits les actes ou menaces de violence dont le but principal est de répandre la terreur parmi la population civile. (…) Les personnes civiles jouissent de la protection accordée par la présente Section, sauf si elles participent directement aux hostilités et pendant la durée de cette participation. Protocole additionnel aux Conventions de Genève de 1949 (I, art. 51, al. 2 & 3)
See, the Hamas and the other terrorist groups like Islamic Jihad are firing from Gaza when their rocketeers and their command posts are embedded in homes, hospitals, next to kindergartens, mosques. And so we are trying to operate, to target them surgically, but the difference between us is that we’re using missile defense to protect our civilians, and they’re using their civilians to protect their missiles. So naturally they’re responsible for all the civilian deaths that occur accidentally. Prime Minister Benjamin Netanyahu
Lors d’une inspection, l’agence pour l’aide aux réfugiés palestiniens (UNRWA) a trouvé "environ 20 roquettes cachées" dans une école vide située dans la bande de Gaza, un "premier" incident du genre. L’Express
If 80 rockets would be fired upon the citizens of Great Britain, No way I wouldn’t be taking action. If an Israeli prime minister would fail to take action, people would say that this is unacceptable. Tony Blair
Depuis le début de l’opération, au moins 35 bâtiments résidentiels auraient été visés et détruits, entraînant dans la majorité des pertes civiles enregistrées jusqu’à présent, y compris une attaque le 8 Juillet à Khan Younis qui a tué sept civils, dont trois enfants, et blessé 25 autres. Dans la plupart des cas, avant les attaques, les habitants ont été avertis de quitter, que ce soit via des appels téléphoniques de l’armée d’Israël ou par des tirs de missiles d’avertissement. Rapport ONU (09.07.14)
Selon bon nombre de ses détracteurs, Israël serait en train de massacrer des civils à Gaza. Pour un membre arabe du parlement israélien, son armée «élimine délibérément des familles entières». Pour Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, Israël est en train de commettre un «génocide –le meurtre de familles entières». Et selon l’Iran, il s’agit de «massacres contre des Palestiniens sans défense». De telles accusations sont fausses. Selon les standards de la guerre, les efforts que déploie Israël pour épargner les civils sont exemplaires. Ce combat n’a pas été décidé par Israël. Selon le Hamas et le Djihad Islamique, les deux organisations terroristes qui contrôlent Gaza, Israël aurait provoqué ces hostilités en arrêtant en Cisjordanie des membres du Hamas. Mais des arrestations sur un territoire ne justifient pas des bombardements aériens sur un autre. Israël ne s’en est pris à Gaza qu’après le tir de plus de 150 roquettes sur son territoire et le refus par les terroristes d’un cessez-le-feu. Plusieurs images publiées ces derniers jours et censées prouver le carnage des bombes israéliennes sont des faux, empruntés à d’autres guerres. Mercredi après-midi, le bilan humain oscillait entre 30 et 50 personnes, voire davantage, une fourchette dépendant du moment choisi pour marquer le début de ce conflit. La moindre mort est tragique, et plus les hostilités dureront, plus le bilan s’alourdira. Pour autant, en sachant qu’Israël a lancé plus de 500 raids aériens, vous pouvez en tirer deux conclusions. La première, c’est que l’armée israélienne est misérablement nulle pour tuer des gens. La seconde, et la plus plausible, c’est qu’elle fait au contraire tout son possible pour ne pas en tuer. Le ministre israélien de la Défense a admis que ses offensives avaient ciblé des «domiciles de terroristes», mais aussi des «armes, des infrastructures terroristes, des systèmes de commandements, des institutions du Hamas [et] des bâtiments officiels». Les logements étaient ceux de chefs militaires du Hamas. Selon les dires d’un officiel israélien, «au Hamas, le moindre petit commandant de brigade n’a désormais plus de maison où rentrer chez lui». En termes légaux, Israël justifie ces attaques en affirmant que ces maisons étaient des «centres de commandement terroristes», impliqués dans des tirs de roquette et autres «activités terroristes». Mais si Israël a parfois tenté (et réussi) de tuer des leaders du Hamas dans leurs voitures, son armée a toujours évité de se prendre sans sommation à leurs maisons. La dernière fois qu’Israël a tiré sur des bâtiments civils à Gaza, voici un an et demi, ses habitants ont été au préalable prévenus par téléphone ou par le parachutage de tracts pour qu’ils quittent les lieux. L’armée israélienne se sert aussi de fusées éclairantes ou de mortiers à faibles charges explosives (la consigne dite du «toquer au toit») pour signaler la survenue de bombardements. (…) Le bilan civil le plus grave –sept morts, selon les informations les plus récentes– est survenu dans le bombardement d’une maison située dans la ville de Khan Younès et appartenant à un leader terroriste. Pour le Hamas, il s’agit d’un «massacre contre des femmes et des enfants». Mais selon des voisins, la famille a été prévenue à la fois par téléphone et par un tir de mortier léger sur le toit. Selon un membre des services de sécurité israéliens, les forces israéliennes ont attendu que la famille quitte le bâtiment pour tirer leur missile. Il ne comprend pas pourquoi des membres de cette famille, avec visiblement certains de leurs voisins, sont retournés à l’intérieur. Pour des personnes vivant sur place, c’est parce qu’ils ont voulu «former un bouclier humain». (…) Difficile, très difficile à dire. Mais, dans ce conflit, quiconque se préoccupe des civils tués délibérément devrait d’abord se tourner vers le Hamas. Les tirs de roquettes de Gaza vers Israël ont commencé bien avant l’offensive israélienne sur Gaza. Au départ, les roquettes sont une idée du Djihad Islamique. Mais, ces derniers jours, le Hamas ne s’est pas fait prier pour la reprendre, et a revendiqué plusieurs tirs de missiles, tombés entre autres sur Tel Aviv, Jérusalem et Haïfa. William Saletan (Slate)
Trente pour cent des 172 Palestiniens qui ont perdu la vie ces sept derniers jours et nuits dans la bande de Gaza sont des femmes et des enfants, selon l’agence de presse allemande (DPA). Cette dernière s’est basée sur une liste des victimes fournie par le ministère de la Santé à Gaza. Au total des sept journées d’offensives contre Gaza, ce sont 29 femmes qui ont péri, dont sept étaient âgées de moins de 18 ans. On retrouve également parmi les victimes 24 hommes de moins de 18 ans. Environ la moitié sont de jeunes garçons âgés de dix ans ou moins, le plus jeune est un bébé âgé de 18 mois. Il n’est pas immédiatement possible de vérifier combien de civils se trouvent parmi les 119 hommes tués. Deux d’entre eux étaient âgés de 75 et 80 ans. Libre Belgique
Il est 15 h 20 à Gaza, mercredi 16 juillet, quand une terrible déflagration ébranle le front de mer. Quelques minutes plus tard, une seconde frappe retentit. Touchée par ce qui semble être un obus tiré d’un navire israélien, une bicoque de pêcheurs, construite sur la digue du port de pêche, est réduite en un tas de parpaings éclatés et de tôles noircies. A côté des décombres, les corps en partie calcinés de quatre garçons de la même famille, Mohammad, Ahed, Zakariya et Ismail. Ils avaient entre 9 et 11 ans. Les enfants Bakr jouaient sur la plage depuis quelques heures. Certains avaient apporté un ballon, d’autres pêchaient ou grattaient le sable à la recherche de morceaux de métal à revendre. Après la première frappe millimétrée sur la cabane, il semble que les enfants, blessés, aient été pris sciemment pour cible alors qu’ils remontaient la plage pour se mettre à l’abri. A quelques mètres de la cahute, Mohammad Abou Watfah a assisté au carnage : «Les enfants étaient paniqués, ils se sont mis à courir vers la plage. Un deuxième obus les a suivis. Il est tombé à quelques mètres et j’ai perdu connaissance», raconte péniblement le commerçant, touché à l’estomac par des éclats. Le corps ensanglanté, hors d’haleine, des enfants blessés parviennent à la terrasse d’un établissement du bord de mer, alors que résonne l’explosion d’un troisième obus. (…) Dans le service de chirurgie, Tagred, une autre mère du clan Bakr, veille sur son fils, Ahmad, 13 ans, touché à la poitrine par des éclats d’obus: «Ce ne sont que des enfants. Ils ne faisaient rien de mal contre les Israéliens, pleure d’incompréhension la mère palestinienne. Mon fils jouait simplement avec ses cousins et maintenant ils sont tous morts.» «Comment peut-on tirer sur des enfants qui courent ?» L’armée israélienne a annoncé, dans la soirée, qu’elle enquêtait «consciencieusement» pour déterminer les circonstances exactes de la mort des quatre enfants. Expliquant que les frappes visaient, en principe, des membres du Hamas, Tsahal n’a pas exclu la possibilité d’une «erreur» dans cette attaque, dont l’étendue sera de toute évidence difficile à justifier. Le Monde
Mercredi, sous les yeux des journalistes occidentaux, quatre enfants palestiniens ont été tués sur une plage de Gaza après un tir ou une explosion. Immédiatement, les médias occidentaux attribuent leur mort à deux navires de guerre de l’armée israélienne situés au large de la plage. Le 9 juin 2006, sur cette même plage, huit personnes (dont trois enfants) d’une même famille avaient été tuées, et plus de trente autres civils furent blessés par une explosion dont l’origine a été attribuée à l’armée israélienne par les médias occidentaux. Or, après enquête de l’armée israélienne il s’est avéré que l’explosion sur la plage n’a pas pu être provoquée par la marine israélienne car il s’est écoulé 10 minutes entre le dernier tir d’obus et le drame. Les éclats de projectiles qui ont été retirés des corps des personnes blessées ne correspondent à aucune des armes en circulation dans l’armée israélienne. D’autre part, les services de renseignement israéliens et égyptiens sont arrivés à la conclusion que la famille a été victime d’une mine installée par les artificiers du Hamas la semaine précédente, afin d’empêcher les commandos marines israéliens de débarquer sur la côte et d’intercepter ses lanceurs de roquettes. Dans les deux cas, et dans de nombreux autres cas, comme dans celui de l’affaire Al-Dura, il est intéressant de souligner la présence au même moment, d’équipes de télévisions filmant en direct ce qui semble être un non-événement, et qualifié après par les médias de « massacre ». Le Monde juif
So far, 194 Palestinians been killed during Operation Protective Edge; that’s already a higher death toll than that of the entire 2012 Operation Pillar of Defense. Or at least that’s what’s reported in the press, internationally but also in Israel. The truth is that the number of casualties, and the percentage of civilians among the dead, comes exclusively from Palestinian sources. Israel only publishes its version of the body count — which is always significantly lower than the Palestinian account — weeks after such operations end. Meanwhile, the damage to Israel’s reputation is done. During Pillar of Defense, 160 Palestinians were killed, 55 “militants” and 105 civilians, according to Palestinian sources. According to the IDF, 177 Palestinians were killed during the weeklong campaign — about 120 of whom were enemy combatants. A report by the Meir Amit Intelligence and Terrorism Information Center says 101 of those killed were terrorists, while 68 were noncombatants. B’Tselem claims 62 combatants and 87 civilians died. And yet, the figures from the Gazan ministry are routinely adopted, unquestioned, by the United Nations. Times of Israel
Hamas and affiliate militant factions out of the Gaza Strip are so far rejecting an Egyptian-proposed cease-fire, having launched far more than 100 rockets since the cease-fire proposal. In exposing Israel’s inability to stem the rocket flow, Hamas is trying to claim a symbolic victory over Israel. Hamas’ spin aside, the military reality paints a very different picture.
Nonstate actors such as Hamas and many of its peer organizations, of course, need some ability to exert force if they are to influence the actions of a state whose imperatives run counter to their own. The Gaza Strip is small and its resource base is limited, reducing the options for force. This makes cheap asymmetric tactics and strategies ideal. For Gaza and its militants, terrorizing the Israeli population through limited force often has previously influenced, constrained or forced the hand of the Israeli government and its subsequent policies. It accomplished this with assassinations, ambushes or suicide bombings targeting security forces or Israeli citizens. A confluence of events later led to a gradual evolution in the conflict. By 2006, the security wall that surrounds and contains the Gaza Strip had eliminated militants’ ability to directly engage the Israeli populace and security personnel, and Israel Defense Forces had completely withdrawn from the territory. Meanwhile, Hezbollah had demonstrated the effectiveness of relatively cheap artillery rockets volleyed into Israel in a high enough volume to seriously disrupt the daily life of Israeli life. While artillery rockets were not new to Gaza, the conditions were ripe for this tactic’s adoption. The intent was to build up a substantial arsenal of the weapons and increase their range to threaten Israel’s entire population as much as possible. (Increased range was also needed to overcome Israel’s growing defensive capabilities.) This would be the asymmetric threat that could be used to project force, albeit limited force, from Gaza. (…) Much of this cyclical nature is because both sides are operating under serious limitations, preventing either from gaining "victory" or some form of permanent resolution. For Israel there are two main limitations. The first is the intelligence gaps created by monitoring from the outside and having no permanent presence on the ground. The Israelis have been unable to stop the rockets from getting into Gaza, cannot be sure where they are exactly and can only degrade the ability to launch with airstrikes and naval strikes. This leads to the second constraint, which is the cost associated with overcoming this gap by doing a serious and comprehensive clearing of the entire strip. Though Operation Cast Lead did have a ground component, it was limited and did not enter the major urban areas or serious tunnel networks within them. This is exactly where many of the resources associated with the rocket threat reside. The intense urban operation that would result if Israeli forces entered those areas would have a huge cost in casualties for Israeli personnel and for civilians, the latter resulting in intense international and domestic pressure being brought to bear against the Israeli government. For decision-makers, the consequences of sitting back and absorbing rocket attacks versus trying to comprehensively accomplish the military objective of eliminating this capability keep weighing on the side of managing the problem from a distance. But the longer the conflict lasts, the more complications the militants in Gaza face as they see their threat of force erode with time. Adversaries adapt to tactics, and in this case Israel Defense Forces have steadily improved their ability to mitigate the disruptive ability of these attacks through a combination of responsive air power and Iron Dome batteries that effectively provide protection to urban populations. Subsequently, the terror and disruption visited upon the Israeli population diminishes slightly, and the pressures on the government lessen. So militants seem to be in a position to maintain their tool, but that tool is becoming less effective and imposing fewer costs. This raises the question of what new tactic or capability the militants will adopt next to exert new costs on Israel. Many surmise the incident that started this latest round — the kidnapping and killing of three Israeli teenagers in the West Bank — might become the tactic of choice if it proves effective in accomplishing its goals and is repeatable. The militants will also almost certainly attempt to refine their projectiles’ accuracy and range through the acquisition of more advanced rockets or even missiles. What is certain regarding the latest round of fighting is that we are far from seeing victory or any form of conclusion and that the conflict will continue to evolve. Stratfor
After Algeria gained its independence, according to its 1963 Nationality Code, it authorized citizenship only to Muslims. It extended citizenship only to those individuals whose fathers and paternal grandfathers were personally Muslim.  All but 6,500 of the country’s 140,000 Jews were essentially driven into exile by this change. Some 130,000 took advantage of their French citizenship and moved to France along with the pied-noirs, settlers of French ancestry. Moroccan Jews who were living in Algeria and Jews from the M’zab Valley in the Algerian Sahara, who did not have French citizenship, as well as a small number of Algerian Jews from Constantine, emigrated to Israel at that time. After Houari Boumediene came to power in 1965, Jews were persecuted in Algeria, facing social and political discrimination and heavy taxes. In 1967-68 the government seized all but one of the country’s synagogues and converted them to mosques. By 1969, fewer than 1,000 Jews were still living in Algeria. Only 50 Jews remained in Algeria in the 1990s. Wikipedia
À la suite des accords d’Évian en mars 1962, les départs sont massifs. Le contexte du conflit israélo-arabe va contribuer à envenimer les relations entre les Musulmans et les Juifs d’Algérie dans les années qui vont suivre. L’indépendance de l’Algérie est proclamée le 5 juillet 1962, et en octobre, on ne compte plus que 25 000 Juifs en Algérie dont 6000 à Alger. En 1971, il n’en reste plus qu’un millier117. En 1975, la Grande synagogue d’Oran, comme toutes les autres, est transformée en mosquée. À l’instar de nombreux cimetières chrétiens, beaucoup de cimetières juifs sont profanés. En 1982, on compte encore environ 200 Juifs, la guerre civile algérienne des années 1990 provoque le départ des derniers membres de la communauté. Le dossier juif reste un sujet tabou car les Juifs résidant dans le pays n’ont pas de personnalités connues, mis à part quelques conseillers ayant travaillé avec le ministre algérien du commerce Ghazi Hidoussi, à cause de la sensibilité du dossier et de son lien avec Israël. Certains partis, notamment nationalistes et islamistes, comme le Mouvement de la renaissance islamique, réagissent violemment à l’accréditation du Lions Clubs et du Rotary Club qu’ils présument d’obédience sioniste et franc-maçonne ainsi qu’à la poignée de main du président algérien Abdelaziz Bouteflika et du premier ministre israélien Ehud Barak, lors des funérailles du roi Hassan II au Maroc en juillet 1999. En 1999, Abdelaziz Bouteflika rend un hommage appuyé aux Juifs constantinois, à l’occasion du 2500e anniversaire de cette ville. En 2000, la tournée qu’Enrico Macias doit effectuer sur sa terre natale est annulée à la suite de pressions internes et malgré l’invitation officielle de la présidence. En mars 2003, un plan d’action avait été mis en place par les autorités françaises et algériennes, pour que les cimetières juifs retrouvent leur dignité et ce, selon un programme établi annuellement. Le projet reste cependant lettre morte dans des dizaines de cimetières communaux dans lesquels existent des carrés juifs. En 2005, deux évènements marquent l’actualité : la tenue d’un colloque des Juifs de Constantine à Jérusalem provoquant une rumeur selon laquelle ils auraient fait une demande d’indemnisation auprès du gouvernement de l’Algérie, à la suite de leur départ en 1962. Cette information sera démentie par les autorités d’Alger et la visite à Tlemcen de 130 Juifs originaires de cette ville, fait sans précédent depuis l’indépendance, est vécue dans l’émotion tant du côté des Juifs Algériens que de celui des Musulmans Algériens[réf. nécessaire]. En décembre 2007, Enrico Macias bien qu’invité par le président français Sarkozy, à l’accompagner en visite officielle en Algérie, il doit renoncer face à l’hostilité et au refus du ministre algérien des Anciens Combattants. En 2009, l’État algérien accrédite un organisme représentant la religion hébraïque en Algérie, présidé par Roger Saïd. On recense 25 synagogues, abandonnées pour la plupart, les Juifs d’Algérie ayant peur d’organiser des cérémonies de culte pour des raisons sécuritaires. Cet organisme devra également agir, en coordination avec le ministère des affaires religieuses sur l’état des tombes juives, particulièrement à Constantine, Blida et Tlemcen[réf. nécessaire]. En janvier 2010, le dernier Juif vivant en Oranie décède à l’hôpital civil d’Oran. En août 2012, le représentant de la communauté juive en Algérie, maitre Roger Saïd chargé de veiller sur les intérêts judéo-algériens décède à Paris. Wikipedia
Although much is heard about the plight of the Palestinian refugees from the aftermath of the 1948 Israeli War of Independence and the 1967 Six Day War, little is said about the hundreds of thousands of Jews who were forced to flee from Arab states before and after the creation of Israel. In fact, these refugees were largely forgotten because they were assimilated into their new homes, most in Israel, and neither the United Nations nor any other international agency took up their cause or demanded restitution for the property and money taken from them. In 1945, roughly 1 million Jews lived peacefully in the various Arab states of the Middle East, many of them in communities that had existed for thousands of years. After the Arabs rejected the United Nations decision to partition Palestine and create a Jewish state, however, the Jews of the Arab lands became targets of their own governments’ anti-Zionist fervor. As Egypt’s delegate to the UN in 1947 chillingly told the General Assembly: “The lives of one million Jews in Muslim countries will be jeopardized by partition.” The dire warning quickly became the brutal reality. Throughout 1947 and 1948, Jews in Algeria, Egypt, Iraq, Libya, Morocco, Syria, and Yemen (Aden) were persecuted, their property and belongings were confiscated, and they were subjected to severe anti-Jewish riots instigated by the governments. In Iraq, Zionism was made a capital crime. In Syria, anti-Jewish pogroms erupted in Aleppo and the government froze all Jewish bank accounts. In Egypt, bombs were detonated in the Jewish quarter, killing dozens. In Algeria, anti-Jewish decrees were swiftly instituted and in Yemen, bloody pogroms led to the death of nearly 100 Jews. Jewish virtual library

Attention: des réfugiés peuvent en cacher d’autres !

A l’heure où, entre boucliers humains et photos et chiffres trafiqués, le martyre du peuple palestinien fait à nouveau la une de nos journaux

Et que nos chères têtes blondes en profitent pour crier "mort aux juifs" à tous les coins de rue et préférentiellement devant les nouvelles ambassades que sont devenues – dixit un responsable écologiste français –  les synagogues

Pendant que 70 ans après l’abomination nazie outre-rhin, l’équipe de la diversité que tout le monde attendait se voit crucifier par sa propre presse pour avoir fêté leur victoire en Coupe du monde en chambrant comme c’est l‘habitude dans leur pays leurs adversaires qualifiés pour l’occasion de gauchos …

Et que, de l’autre côté de la Méditerrannée, on tente de "rejudaïser" un pays qui, entre exil forcé, synagogues transformées en mosquées ou désaffectées et carrés juifs profanés,  avait réussi en un peu plus de 60 ans à effacer 2 000 ans et 90% de sa présence juive   …

Retour sur ces réfugiés dont on ne parle jamais …

A savoir, entre l’extermination des chrétiens arméniens, assyriens ou grecs de Turquie et l’actuel nettoyage ethnique des mêmes chrétiens du reste du Monde musulman, ces quelque 900 000 juifs ethniquement épurés du Monde arabe …

Fact Sheet:
Jewish Refugees from Arab Countries

(Updated January 2013)


Although much is heard about the plight of the Palestinian refugees from the aftermath of the 1948 Israeli War of Independence and the 1967 Six Day War, little is said about the hundreds of thousands of Jews who were forced to flee from Arab states before and after the creation of Israel. In fact, these refugees were largely forgotten because they were assimilated into their new homes, most in Israel, and neither the United Nations nor any other international agency took up their cause or demanded restitution for the property and money taken from them.

Yemenite Jews
Yemenite Jews flee during Operation Magic Carpet

In 1945, roughly 1 million Jews lived peacefully in the various Arab states of the Middle East, many of them in communities that had existed for thousands of years. After the Arabs rejected the United Nations decision to partition Palestine and create a Jewish state, however, the Jews of the Arab lands became targets of their own governments’ anti-Zionist fervor. As Egypt’s delegate to the UN in 1947 chillingly told the General Assembly: “The lives of one million Jews in Muslim countries will be jeopardized by partition.” The dire warning quickly became the brutal reality.

Throughout 1947 and 1948, Jews in Algeria, Egypt, Iraq, Libya, Morocco, Syria, and Yemen (Aden) were persecuted, their property and belongings were confiscated, and they were subjected to severe anti-Jewish riots instigated by the governments. In Iraq, Zionism was made a capital crime. In Syria, anti-Jewish pogroms erupted in Aleppo and the government froze all Jewish bank accounts. In Egypt, bombs were detonated in the Jewish quarter, killing dozens. In Algeria, anti-Jewish decrees were swiftly instituted and in Yemen, bloody pogroms led to the death of nearly 100 Jews.

In January 1948, the president of the World Jewish Congress, Dr. Stephen Wise, appealed to U.S. Secretary of State George Marshall: “Between 800,000 and a million Jews in the Middle East and North Africa, exclusive of Palestine, are in ‘the greatest danger of destruction’ at the hands of Moslems being incited to holy war over the Partition of Palestine … Acts of violence already perpetrated, together with those contemplated, being clearly aimed at the total destruction of the Jews, constitute genocide, which under the resolutions of the General Assembly is a crime against humanity." In May 1948, the New York Times echoed Wise’s appeal, and ran an article headlined, "Jews in Grave Danger in all Muslim Lands: Nine Hundred Thousand in Africa and Asia face wrath of their foes."

With their lives in danger and the situation growing ever more perilous, the Jews of the Arab World fled their homes as refugees.

Of the 820,000 Jewish refugees between 1948 and 1972, more than 200,000 found refuge in Europe and North America while 586,000 were resettled in Israel – at great expense to the Israeli government, and without any compensation from the Arab governments who had confiscated their possessions. The majority of the Jewish refugees left their homes penniless and destitute and with nothing more than the shirts on their backs. These Jews, however, had no desire to be repatriated in the Arab World and little is heard about them because they did not remain refugees for long.

In Israel, a newly independent country that was still facing existential threats to its survival, the influx of immigrants nearly doubled the population and a put a great strain on an economy struggling to just meet the needs of its existing population.  The Jewish State, however, never considered turning away the refugees and, over the years, worked to absorb them into society.

Iraqi Jews
Iraqi Jews flee as refugees to Israel

Overall, the number of Jews fleeing Arab countries for Israel in the years following Israel’s independence was nearly double the number of Arabs leaving Palestine. The contrast between the Jewish refugees and the Palestinian refugees grows even starker considering the difference in cultural and geographic dislocation – most of the Jewish refugees traveled hundreds or thousands of miles to a tiny country whose inhabitants spoke a different language and lived with a vastly different culture. Most Palestinian refugees traveled but a few miles to the other side of the 1949 armistice lines while remaining inside a linguistically, culturally and ethnically similar society.

Moreover, the value of Jewish property left behind and confiscated by the Arab governments is estimated to be at least 50 percent higher than the total value of assets lost by the Palestinian refugees.  In the 1950’s, John Measham Berncastle, under the aegis of the United Nations Conciliation Commission for Palestine, estimated that total assets lost by Palestinian refugees from 1948 – including land, buildings, movable property, and frozen bank accounts – amounted to roughly $350 million ($650 per refugee). Adding in an additional $100 million for assets lost by Palestinian refugees as a result of the Six Day War, an approximate total is $450 million – $4.4 billion in 2012 prices. By contrast, the value of assets lost by the Jewish refugees – compiled by a similar methodology – is estimated at $700 million – roughly $6.7 billion today.

To date, more than 100 UN resolutions have been passed referring explicitly to the fate of the Palestinian refugees. Not one has specifically addressed Jewish refugees. Additionally, the United Nations created a organization, UNRWA, to solely handle Palestinian refugees while all other refugees are handled collectively by UNHRC. The UN even defines Palestinian refugees differently than every other refugee population, setting distinctions that have allowed their numbers to grow exponentially so that nearly 5 million are now considered refugees despite the fact that the number estimated to have fled their homes is only approximately 400-700,000.

Today, nearly half of Israel’s native population descends from the Jewish refugees of the Arab world and their rights must be recognized alongside any discussion of the rights for Palestinian refugees and their descendants. In Israel, the issue of the Jewish refugees has been of preeminent importance during all peace negotiations with the Palestinians, including the 1993 Oslo Accords and the 2000 Camp David summit.  Under the leadership of Prime Minister Benjamin Netanyahu and Deputy Foreign Minister Danny Ayalon, Israel is now calling on United Nations Secretary-General Ban Ki Moon to hold a summit specifically the issue of the Jewish refugees.

In the United States, led by Congressman Jerrold Nadler, efforts are also being made to ensure the world recognizes the plight of these Jewish refugees.  In July 2012, Nadler led a bipartisan group of six congressmen in sponsoring H.R. 6242, legislation that would require the President to submit a regular report to Congress on actions taken relating to the resolution of the Jewish refugee issue. Nadler’s latest effort comes more than four years after he successfully passed H.R. 185, a non-binding resolution asking the President to ensure that explicit reference is made to the Jewish refugees in any international forum discussing Middle East or Palestinian refugees.

Use the resource below to learn more about
the Jewish Refugees from the Arab World:

AlgeriaEgyptIraqLibyaMoroccoSyriaTunisiaYemen (Aden)

Jews in the Arab World
1948
1958
1968
1978
2011
Algeria
140,000
130,000
1,500
1,000
1,500
Egypt
75,000
40,000
1,000
400
100
Iraq
135,000
6,000
2,500
350
7
Libya
38,000
3,750
100
40
0
Morocco
265,000
200,000
50,000
18,000
4,000
Syria
30,000
5,000
4,000
4,500
100
Tunisia
105,000
80,000
10,000
7,000
1,500
Yemen/Aden
63,000
4,300
500
500
250
Total
851,000
469,060
69,600
31,790
~7,500

Algeria

Jews in 1948: 140,000. Jews in 2011: 1,500.

Jewish settlement in Algeria can be traced back to the first centuries of the Common Era. In the 14th century, with the deterioration of conditions in Spain, many Spanish Jews moved to Algeria, among them a number of outstanding scholars including Rav Yitzchak ben Sheshet Perfet (the Ribash) and Rav Shimon ben Zemah Duran (the Rashbatz). After the French occupation of the country in 1830, Jews gradually adopted French culture and were granted French citizenship.

On the eve of WWII, there were around 120,000 Jews in Algeria. In 1934, incited by events in Nazi Germany, Muslims rampaged in Constantine, killing 25 Jews and injuring many more. Starting in 1940, under Vichy rule, Algerian Jews were persecuted socially and economically. In 1948, at the time of Israel’s independence and on the eve of the Algerian Civil War, there were approximately 140,000 Jews living in Algeria, of whom roughly 30,000 lived in the capital.

Nearly all of the Algerian Jews fled the country shortly after it gained independence from France in 1962. The newly established Algerian government harassed the Jewish community, confiscated Jewish property, and deprived Jews of their principle economic rights. As a result, almost 130,000 Algerian Jews immigrated to France and, since 1948, 25,681 Algerian Jews have immigrated to Israel.

According to the State Department, there is now fewer than 2,000 Jews in Algeria and there are no functioning synagogues in the country.

EGYPT

Jews in 1948: 75,000. Jews in 2011: 100.

Jews have lived in Egypt since Biblical times. Israelite tribes first moved to the land of Goshen, the northeastern edge of the Nile Delta, during the reign of the Egyptian pharaoh Amenhotep IV (1375-1358 BCE). By 1897, there were more than 25,000 Jews in Egypt, concentrated in Cairo and Alexandria.

The first Nationality Code was promulgated by Egypt in May 1926 and said that only those "who belonged racially to the majority of the population of a country whose language is Arabic or whose religion is Islam" were entitle to Egyptian nationality. This provision served as the official pretext for expelling many Jews from Egypt.

In 1937, the Jewish population was 63,500 but by 1945, with the rise of Egyptian nationalism and the cultivation of anti-Jewish sentiment, violence erupted against the peaceful Jewish community. That year, 10 Jews were killed, more than 300 injured, and a synagogue, a Jewish hospital, and an old-age home were destroyed. In July 1947, an amendment to Egyptian law stipulated that companies must employ a minimum of 90% Egyptian nationals. This decree resulted in the loss of livelihood for many Jews.

Israel’s establishment led to further anti-Jewish sentiments. Between June and November 1948, bombs set off in the Jewish Quarter of Cairo killed more than 70 Jews and wounded nearly 200, while another 2,000 Jews were arrested and had their property confiscated. Rioting over the following months resulted in more Jewish deaths. In 1956, the Egyptian government used the Sinai Campaign as a pretext for expelling almost 25,000  Jews and confiscating their property while approximately 1,000 more Jews were sent to prisons and detention camps. In November 1956, a government proclamation declared that "all Jews are Zionists and enemies of the state," and promised that they would be soon expelled. Thousands of Jews were ordered to leave the country, allowed to take only one suitcase, a small sum of cash, and forced to sign declarations "donating" their property to the Egyptian government.

By 1957 the Jewish population had fallen to 15,000 and in 1967, after the Six-Day War, there was a renewed wave of persecution and the community dwindled to 2,500. By the 1970’s, after the remaining Jews were given permission to leave the country, the number of Jews feel to just a few hundred. Today, the community is on the verge of extinction with fewer than 100 Jews remaining in Egypt, the majority elderly.

IRAQ

Jews in 1948: 135,000. Jews in 2011: 7.

Jews have lived in modern-day Iraq since before the common era and prospered in what was then called Babylonia until the Muslim conquest in 634 AD. Under Muslim rule, the situation of the Jewish community fluctuated yet at the same time, Jews were subjected to special taxes and restrictions on their professional activity. Under British rule, which began in 1917, Jews fared well economically, but this changed when Iraq gained independence.

In June 1941, the Mufti-inspired, pro-Nazi coup of Rashid Ali sparked rioting and a pogrom in Baghdad. Armed mobs, with the complicity of the police and the army, murdered 180 Jews and wounded almost 1,000. Although emigration was prohibited, many Jews made their way to Mandate Palestine with the aid of an underground movement.

Additional outbreaks of anti-Jewish rioting occurred between 1946 and 1949, and following the establishment of Israel in 1948, Zionism was made a capital crime. In 1950, the Iraqi parliament legalized emigration to Israel, provided that Iraqi Jews forfeited their citizenship before leaving. Between May 1950 and August 1951, the Jewish Agency and the Israeli government succeeded in airlifting approximately 110,000 Jews to Israel in Operation Ezra & Nehemiah. At the same time, 20,000 Jews were smuggled out of Iraq through Iran. A year later the property of Jews who emigrated from Iraq was frozen, and economic restrictions were placed on Jews who remained in the country.

In 1952, Iraq’s government barred Jews from emigrating, and publicly hanged two Jews after falsely charging them with hurling a bomb at the Baghdad office of the U.S. Information Agency. A community that had reached a peak of 150,000 in 1947, dwindled to a mere 6,000 after 1951. Persecutions continued, especially after the Six Day War in 1967, when 3,000 Jews were arrested, dismissed from their jobs, and some hanged in the public square of Baghdad. In one instance, on January 27, 1969, Baghdad Radio called upon Iraqis to “come and enjoy the feast” and some 500,000 people paraded and danced past the scaffolds where the bodies of the hanged Jews swung; the mob rhythmically chanting “Death to Israel” and “Death to all traitors.”

As of 2008, the Jewish Agency for Israel estimated that there were only seven Jews remaining in Iraq while Baghdad’s Meir Tweig synagogue, the last synagogue in use, was closed in 2003 after it became too dangerous to gather openly. The State Department reported in 2011 that anti-Semitism is still widespread in both state-owned and private media outlets and Holocaust denial is often glorified.

LIBYA

Jews in 1948: 38,000. Jews in 2011: 0.

The Jewish community of Libya traces its origin back some 2,500 years to the time of Hellenistic rule under Ptolemy Lagos in 323 B.C.E. in Cyrene. Once home to a very large and thriving Jewish community, Libya is now completely empty of Jews due to anti-Jewish pogroms that spurred immigration to Israel.

At the time of the Italian occupation in 1911, there were approximately 21,000 Jews in the country, the majority in the capital Tripoli. By the late 1930s, fascist anti-Jewish laws were gradually being enforced and the Jewish community was subject to terrible repression. Yet, in 1941, the Jews still accounted for a quarter of Tripoli’s population and maintained 44 synagogues.

In 1942, the Germans occupied the Jewish quarter of Benghazi, plundered shops, and deported more than 2,000 Jews across the desert, where more than one-fifth of them perished. Many Jews from Tripoli were also sent to forced labor camps.

Conditions did not greatly improve following liberation and under the British occupation there were a series of brutal pogroms. One savage pogrom occurred in Tripoli on November 5, 1945, when more than 140 Jews were massacred and almost every synagogue in the city was looted. In June 1948, rioters murdered another 12 Jews and destroyed 280 Jewish homes. When the British legalized emigration in 1949, more than 30,000 Jews fled Libya.

Thousands more Jews fled to Israel after Libya became independent in 1951 and was granted membership in the Arab League. A law passed in December 1958 ordered for the dissolution of the Jewish Community Council. In 1961, a special permit was needed to show proof of being a "true Libyan" and all but six Jews were denied this document.

After the Six-Day War, the Jewish population – numbering roughly 7,000 – was again subjected to pogroms in which 18 people were killed and many more injured; the riots also sparked a near-total exodus from the Jewish community, leaving fewer than 100 Jews in Libya. When Muammar Gaddafi came to power in 1969, all Jewish property was confiscated and all debts to Jews cancelled. Although emigration was illegal, more than 3,000 Jews succeeded in leaving for Israel.

By 1974, there were no more than 20 Jews in the country, and it is believed that Esmeralda Meghnagi, who died in February 2002, was the last Jew to live in Libya.  In October 2011, protests in Tripoli called for the deportation of a Jewish activist who had returned to Libya with the intent of restoring Tripoli’s synagogue. Some protesters’ signs read, “There is no place for the Jews in Libya,” and “We don’t have a place for Zionism.”

MOROCCO

Jews in 1948: 265,000. Jews in 2011: 4,000.

Jews have been living in Morocco since the time of Antiquity, traveling there two millennia ago with Phoenician traders, and the first substantial Jewish settlements developed in 586 BCE after Nebuchadnezzar destroyed Jerusalem and exiled the Jews.

Prior to World War II, the Jewish population of Morocco reached its height of approximately 265,000, and though Nazi deportations did not occur the Jewish community still suffered great humiliation under the Vichy French government. Following the war, the situation became even more perilous.

In June 1948, bloody riots in Oujda and Djerada killed 44 Jews while wounding scores more. That same year, an unofficial economic boycott was instigated against the Moroccan Jewish community. By 1959 Zionist activities were made illegal and in 1963, at least 100,000 Moroccan Jews were forced out from their homes. Nearly 150,000 Jews sought refuge in Israel, France and the Americas.

In 1965, Moroccan writer Said Ghallab described the attitude of Moroccan Muslims toward their Jewish neighbors when he wrote:

"The worst insult that a Moroccan could possibly offer was to treat someone as a Jew … The massacres of the Jews by Hitler are exalted ecstatically. It is even credited that Hitler is not dead, but alive and well, and his arrival is awaited to deliver the Arabs from Israel."

In early 2004, Marrakech had a small Jewish population of about 260 people, most over the age of 60, while Casablanca had the largest community, about 3,000 people. There are still synagogues in use today in CasablancaFez, Marrakech, Mogador, Rabat, Tetuan and Tangier.

The Jewish community now numbers between 4,000 and 5,500 and while the government is one of the most friendly towards Israel, the Jewish community is still the target of sporadic violence. On a Saturday in May 2003, for example, a series of suicide bombers attacked four Jewish targets in Casablanca, though fortunately no Jews were killed.  In a show of kindness, the government subsequently organized a large rally in the streets of Casablanca to demonstrate support for the Jewish community and the king reasserted his family’s traditional protection for the country’s Jews.

SYRIA

Jews in 1948: 30,000. Jews in 2011: 100.

Jews had lived in Syria since biblical times and the Jewish population increased significantly after the Spanish expulsion in 1492. Throughout the generations, the main Jewish communities were to be found in Damascus and Aleppo.

By 1943, the Jewish community of Syria had approximately 30,000 members but In 1944, after Syria gained independence from France, the new Arab government prohibited Jewish immigration to Palestine, severely restricted the teaching of Hebrew in Jewish schools, called boycotts against Jewish businesses, and sat idle as attacks against Jews escalated. In 1945, in an attempt to thwart international efforts to establish a Jewish homeland in Palestine, the Syrian government fully restricted Jewish emigration, burned, looted and confiscated Jewish property, and froze Jewish bank accounts.

When partition was declared in 1947, Arab mobs in Aleppo devastated the 2,500-year-old Jewish community and left it in ruins. Scores of Jews were killed and more than 200 homes, shops and synagogues were destroyed. Thousands of Jews illegally fled as refugees, 10,000 going to the United States and 5,000 to Israel.  All of their property were taken over by the local Muslims.

Over the next few decades, those Syrian Jews that remained were in effect hostages of a hostile regime as the government intensified its persecution of the Jewish population. Jews were stripped of their citizenship and experienced employment discrimination. They had their assets frozen and property confiscated. The community lived under constant surveillance by the secret police. Freedom of movement was also severely restricted and any Jew who attempted to flee faced either the death penalty or imprisonment at hard labor. Jews could not acquire telephones or driver’s licenses and were barred from buying property. An airport road was paved over the Jewish cemetery in Damascus; Jewish schools were closed and handed over to Muslims.

The last Jews to leave Syria departed with the chief rabbi in October 1994. By the middle of 2001, Rabbi Huder Shahada Kabariti estimated that 150 Jews were living in Damascus, 30 in Haleb and 20 in Kamashili. while two synagogues remained open in Damascus. According to the US State Department, there were about 100 Jews left in country as 2011, concentrated in Damascus and Aleppo.  Contact between the Syrian Jewish community is Israel is prohibited.

TUNISIA

Jews in 1948: 105,000. Jews in 2011: 1,500.

The first documented evidence of Jews living in Tunisia dates back to 200 CE. By 1948, the Tunisian Jewish community had numbered 105,000, with 65,000 living in the capital Tunis.

Tunisia was the only Arab country to come under direct German occupation during World War II and, according to Robert Satloff, “From November 1942 to May 1943, the Germans … implemented a forced-labor regime, confiscations of property, hostage-taking, mass extortion, deportations, and executions. They required thousands of Jews in the countryside to wear the Star of David.”

When Tunisia gained independence in 1956, the new government passed a series of discriminatory anti-Jewish decrees. In 1957, the rabbinical tribunal was abolished and a year later the Jewish community councils were dissolved.  The government also destroyed ancient synagogues, cemeteries, and even Tunis’ Jewish quarter for "urban renewal" projects.

During the Six-Day War, Jews were attacked by rioting Arab mobs, while businesses were burned and the Great Synagogue of Tunis was destroyed. The government actually denounced the violence and appealed to the Jewish population to stay, but did not bar them from leaving.

The increasingly unstable situation caused more than 40,000 Tunisian Jews to immigrate to Israel and at least 7,000 more to France. By 1968, the country’s Jewish population had shrunk to around 10,000.

Today, the US State Department estimates that there are 1,500 Jews remaining in Tunisia, with one-third living in and around the capital and the remainder living on the island of Djerba.  The Tunisian government now provides the Jewish community freedom of worship and also provided security and renovation subsidies for the synagogues.

YEMEN (Aden)

Jews in 1948: 63,000. Jews in 2011: 250.

The first historical record of Jews in Yemen is from the third century CE.

In 1922, the government of Yemen reintroduced an ancient Islamic law decreeing that Jewish orphans under age 12 were to be converted to Islam.

In 1947, after the partition vote on Palestine, the police forces joined Muslim rioters in a bloody pogrom in Aden, killing 82 Jews and destroying hundreds of Jewish homes. The pogrom left Aden’s Jewish community economically paralyzed, as most of the stores and businesses were destroyed.

Early in 1948, looting occurred after six Jews were falsely accused of murdering two Arab girls and the government began to forcefully evict the Jews. Between June 1949 and September 1950, Israel ran Operation "Magic Carpet" and brought virtually the entire Yemenite Jewish community – almost 50,000 people – to Israel as refugees.

In 1959, another 3,000 Jews from Aden emigrated to Israel while many more fled as refugees to the US and England. A smaller, continuous migration was allowed to continue into 1962, when a civil war put an abrupt halt to any further Jewish exodus.

Today, there are no Jews in Aden and there are an estimated 250 Jews in Yemen. The Jews are the only indigenous non-Muslim religious minority and the small community that remains in the northern area of Yemen is tolerated and allowed to practice Judaism. However, the community is still treated as second-class citizens and cannot serve in the army or be elected to political positions. Jews are traditionally restricted to living in one section of a city and are often confined to a limited choice of employment.


Sources: Aharon Mor & Orly Rahimiyan, "The Jewish Exodus from Arab Lands," Jerusalem Center for Public Opinion, (September 11, 2012).
"Compensate Jewish Refugees from Arab Countries, Conference Urges," JTA, (September 10, 2012).
Kershner, Isabel. “The Other Refugees.“ Jerusalem Report, (January 12, 20/04).
Littman, David. “The Forgotten Refugees: An Exchange of Population.“ The National Review, (December 3, 2002).
Matas, David, Urman, Stanley A. “Jews From Arab Countries: The Case for Rights and Redress.“ Justice for Jews from Arab Countries, (June 23, 2003).
Sachar, Howard. A History of Israel. Alfred A. Knopf, Inc., New York, 2000.
Stillman, Norman. The Jews of Arab Lands in Modern Times. The Jewish Publication Society of America, 1991.
“Ad Hoc Committee on Palestine – 30th Meeting,” United Nations Press Release GA/PAL/84, (November 24, 1947).
Arieh Avneri, The Claim of Dispossesion, (NJ: Transaction Books, 1984), p. 276.
Jerusalem Post, (December 4, 2003).
Stephen Farrell, "Baghdad Jews Have Become a Fearful Few," New York Times, (June 1, 2008).
US State Department – Religious Freedom Reports (2011); Human Rights Reports (2011)
Roumani, Maurice. The Jews from Arab Countries: A Neglected Issue. WOJAC, 1983
American Jewish Yearbook: 1958, 1969, 1970, 1978, 1988, 2001. Philadelphia: The Jewish Publication Society of America
American Sephardi Federation
"Point of no return: Information and links about the Middle East’s forgotten Jewish refugees"
Jews Indigenous to the Middle East and North Africa (JIMENA)
Association of Jews from the Middle East and North Africa (HARIF)
"Israel Pushing for UN Summit on Jewish Refugees," The Algemeiner, (August 27, 2012).
Hillel Fendel, "US Congress Recognizes Jewish Refugees from Arab Lands," Arutz Sheva, (February 4, 2008).
House Resolution 185 (110th), "Regarding the Creation of Refugee Populations in the Middle East," GovTrack.
House Resolution 6242 (112th), "Relating to the Resolution of the Issue of Jewish Refugees from Arab Countries," GovTrack.

Voir aussi:

Algérie: des salafistes contre les synagogues
RFI

En Algérie, une manifestation a réuni quelques dizaines de personnes dans un quartier populaire de la capitale. Les manifestants, des salafistes, veulent protester contre l’annonce officielle de la réouverture des synagogues dans le pays.

Ce n’est pas la première fois qu’Abdelfattah Hamadache, imam salafiste du quartier de Bellecourt, proche du Front islamique du salut (FIS), appelle à manifester. Il y a quelques semaines, c’était pour s’opposer au ministre du Commerce qui venait de donner plusieurs autorisations d’ouverture de magasins d’alcool.

Vendredi, plusieurs dizaines d’hommes ont manifesté contre la réouverture des synagogues, mesure annoncée par le ministre des Affaires religieuses. Ils considèrent que l’Algérie est musulmane et qu’il n’y a pas de place pour une autre religion.

Cette manifestation, rapidement bloquée par les forces de l’ordre, n’a surpris personne. Mais l’annonce du ministre, en revanche, a laissé certains observateurs sans voix. Chaque été, la police arrête certaines personnes sous prétexte qu’elles mangent en plein jour pendant le ramadan, le ministre affirmant que le respect du jeûne était une affaire personnelle.

Alors lorsqu’il affirme que les synagogues vont être ouvertes après 20 ans de fermeture pour des raisons de sécurité, la presse ne sait pas comment réagir. Si les journaux défendent pour la majorité la liberté de culte, difficile de savoir si la mesure sera vraiment appliquée. Les commentaires se multiplient sur les réseaux sociaux, mais les salafistes, eux, sont bien les premiers à rendre le débat public.

Contre la « judaïsation » de l’Algérie

En Algérie, la communauté juive est discrète, mais elle existe toujours. Les synagogues sont fermées pour des raisons de sécurité depuis que dans les années 1990, deux figures de cette communauté avaient été assassinées.

Les manifestants, qui ont dénoncé cette mesure comme « une provocation contre les musulmans en plein ramadan », disent vouloir s’opposer à la « judaïsation » de l’Algérie. Ils craignent que la réouverture des synagogues soit un premier pas vers une normalisation des relations de l’Algérie avec Israël.

Voir également:

Why doesn’t Israel publish figures and details of Gaza casualties?
The world relies on data from the Hamas-run health ministry, and there’s nothing we can do about that, officials in Jerusalem say
Raphael Ahren
The Times of Israel
July 15, 2014
Raphael Ahren is the diplomatic correspondent at The Times of Israel.

So far, 194 Palestinians been killed during Operation Protective Edge; that’s already a higher death toll than that of the entire 2012 Operation Pillar of Defense. Or at least that’s what’s reported in the press, internationally but also in Israel. The truth is that the number of casualties, and the percentage of civilians among the dead, comes exclusively from Palestinian sources. Israel only publishes its version of the body count — which is always significantly lower than the Palestinian account — weeks after such operations end. Meanwhile, the damage to Israel’s reputation is done.

During Pillar of Defense, 160 Palestinians were killed, 55 “militants” and 105 civilians, according to Palestinian sources. According to the IDF, 177 Palestinians were killed during the weeklong campaign — about 120 of whom were enemy combatants. A report by the Meir Amit Intelligence and Terrorism Information Center says 101 of those killed were terrorists, while 68 were noncombatants. B’Tselem claims 62 combatants and 87 civilians died.

Why the confusion, and what is the accurate body count for the current conflict?

For Operation Protective Edge, the only data published so far comes from the health ministry in Gaza. This ministry is run by Hamas, therefore rendering the number of casualties and injuries it reports more than unreliable, said Maj. Arye Shalicar of the Israel Defense Forces Spokesperson’s unit. “Hamas has no shame about lying. We know they’re a terrorist organization that makes cynical use of casualty numbers for propaganda purposes. You can’t trust a single number they publish.”

And yet, the figures from the Gazan ministry are routinely adopted, unquestioned, by the United Nations. “According to preliminary information, over 77 per cent of the fatalities since 7 July have been civilians, raising concerns about respect for international humanitarian law,” states a situation report published Tuesday by the UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Once given the stamp of approval of such an important body, these numbers are quoted everywhere else.

“All these publications are not worth the paper they’re written on,” said Reuven Erlich, the director of the Meir Amit Intelligence and Terrorism Information Center. “They’re based mostly on Palestinian sources in Gaza, who have a vested interest in showing that we’re killing many civilians.”

His center spends considerable resources on researching the real number of casualties, publishing a daily report with information as reliable as can be obtained. On Monday, the center’s “initial and temporary data” suggested the distribution of those killed so far in Operation Protective Edge is as follows: of 157 Gazans who have died, 57 were terrorist operatives (29 from Hamas, 22 from Palestinian Islamic Jihad and six from other terrorist organizations); 76 were non-involved civilians; and 38 could not be identified.

“The numbers from Gaza’s Health Ministry are very general, they don’t explain who is a terrorist and who is a civilian,” Erlich said. “Knowing how many of the casualties were terrorists and how many were civilians requires very thorough work. You have to check every single name. Such an investigation takes time, and unfortunately every day new names are being added to the list.”

In order to ascertain who was killed and whether the victim is a terrorist or a civilian, the center’s staff looks up their names on Palestinian websites and searches for information about their funerals and for other hints that could shed light on a person’s background.

The authorities in Gaza generally count every young man who did not wear a uniform as a civilian — even if he was involved in terrorist activity and was therefore considered by the IDF a legitimate target, military sources said.

And yet, no official Israeli government body releases any information about casualties caused by Israeli airstrikes in real-time. We simply cannot know what we hit, several officials said. In the West Bank, IDF forces are able to ascertain who dies as a result of IDF actions, but since Israel has no military or civilian presence in Gaza, no information is available during or right after a strike. To be sure, the IDF does investigate claims about casualties, but results are usually only released weeks after the hostilities have ended. By then, the world, gauging Israel’s conduct in part on the basis of available information on civilian casualties, has turned its attention elsewhere.

After Israel’s 2008-9 Operation Cast Lead, many pro-Palestinian activists were outraged over the high number of innocent Palestinians killed. Palestinian sources, widely cited including by the UN, reported 1,444 casualties, of whom 314 were children. Israel, on the other hand, said that 1,166 Gazans were killed — 709 of them were “Hamas terror operatives”, 295 were “uninvolved Palestinians,” while the remaining 162 were “men that have not yet been attributed to any organization.” It put the number of children (under 16-years-old) killed at 89.

The international outrage over the operation played a role in the UN Human Rights Commission’s appointment of a panel to investigate “all violations of international human rights law and international humanitarian law that might have been committed.” Headed by Judge Richard Goldstone, the panel authored the now-notorious “UN Fact Finding Mission on the Gaza Conflict,” also known as Goldstone report. It leveled heavy criticism against Israel, including the assertion that Israel set out deliberately to kill civilians, an allegation which Goldstone, though not his fellow commission members, later retracted.

How difficult it can be to ascertain who is being killed by Israeli airstrikes in Gaza is perhaps best illustrated by an incident from Operation Pillar of Defense, in which the infant son of a BBC employee was killed.

On November 14, 2012, 11-month-old Omar Jihad al-Mishrawi and Hiba Aadel Fadel al-Mishrawi, 19, died after what appeared to be an Israeli airstrike. The death of Omar, the son of BBC Arabic journalist Jihad al-Mishrawi, garnered more than usual media attention and focused anger for the death on Israel. Images of the bereaved father tearfully holding the corpse of his baby went around the world.
Jihad Mishrawi speaks to the media, while carrying the body of his son Omar, on November 15, 2012. (photo credit: screenshot BBC)

Jihad Mishrawi speaks to the media, while carrying the body of his son Omar, on November 15, 2012. (photo credit: screenshot BBC)

Only months later did a UN report clear Israel of the charge it had killed the baby, suggesting instead he was hit by shrapnel from a rocket fired by Palestinians that was aimed at Israel, but missed its mark.

Given the difficulty of determining who exactly was killed by an airstrike in Gaza, Israeli authorities are focusing their public diplomacy efforts on other areas.

Rather than arguing about the exact number of Palestinians killed, and what percentage of them were civilians, officials dealing with hasbara (pro-Israel advocacy) try to engage the public opinion makers in a debate about asymmetrical warfare.

“Our work doesn’t focus on the number of casualties, but rather on Hamas’s methods, which are the sole reason for the fact that civilians are being hurt; and on our method, which is to do everything to avoid civilian casualties,” said Yarden Vatikai, the director of the National Information Directorate at the Prime Minister’s Office.

Prime Minister Benjamin Netanyahu tries to hammer this point home every time he talks to a world leader or to the press. “See, the Hamas and the other terrorist groups like Islamic Jihad are firing from Gaza when their rocketeers and their command posts are embedded in homes, hospitals, next to kindergartens, mosques,” he said Sunday on CBS’s “Face the Nation.” “And so we are trying to operate, to target them surgically, but the difference between us is that we’re using missile defense to protect our civilians, and they’re using their civilians to protect their missiles. So naturally they’re responsible for all the civilian deaths that occur accidentally.”

Numbers matter, and although it’s tough to explain the many civilian casualties caused by Israeli air raids, there is nothing the IDF can do about it, officials insist. It’s simply impossible to establish an independent body count while the hostilities are ongoing, admitted a senior official in the government’s hasbara apparatus. “It’s a challenge. But even if you said: No, only 40 or 50 percent of those killed were civilian, and not 70 — would that change anything in the world’s opinion?”

The numbers game is not an arena in which Israel can win, the official said. “When it comes to arguments over the actual justice of our campaign, I think we can win. When it comes to numbers, though, we cannot win. Because first of all, we don’t really have the ability to count the casualties, and secondly, because most people don’t really care that it was, say, only 50 percent and not 60.”

If the UN or other groups want to investigate possible war crimes or the high number of casualties after Operation Protective Edge, Jerusalem will deal with it then, the official said. Even if Israel were to publish its body count at the same time as the Gazan health ministry, it would not prevent a second Goldstone report, he added. “The people involved in these kinds of reports are not interested in the exact numbers. If they want to attack Israel they will do it regardless of the true number of casualties. They have their narrative, and nothing is going to change that.”

Voir encore:

L’Allemagne s’enflamme pour sa Mannschaft "black blanc beur"

Cécile Boutelet – Berlin, correspondance

Le Monde

07.07.2010

"Je ne veux pas forcément qu’ils deviennent champions du monde, je veux surtout qu’ils continuent à jouer." Pour cette Allemande de 39 ans, la demi-finale de la Coupe du monde qui opposera l’Espagne à l’Allemagne, mercredi, sera un rendez-vous de plus avec l’équipe qui lui semble la plus sympathique et la plus talentueuse du Mondial 2010. Une équipe qui a su non seulement séduire au-delà des frontières, mais donner à l’Allemagne une autre image d’elle-même : multiculturelle, ouverte et aimée à l’étranger.

Sur les 23 joueurs de la sélection de Joachim Löw, onze sont d’origine étrangère. Outre le trio d’origine polonaise (Piotr Trochowski, Miroslav Klose, Lukas Podolski), qui depuis longtemps n’est plus considéré comme exotique, évoluent sur le terrain Marko Marin, Jérôme Boateng, Dennis Aogo, Sami Khedira ou encore deux joueurs d’origine turque : Serdar Tasci et le jeune prodige Mesut Özil.

Tous les observateurs, en Allemagne, s’accordent à reconnaître que cette arrivée de nouveaux talents "venus d’ailleurs" fait beaucoup de bien à l’équipe. "Cela lui donne une aptitude à l’engagement, une envie de reconnaissance, vis-à-vis d’eux-mêmes mais également vis-à-vis des autres", déclarait le ministre de l’intérieur Thomas de Maizière à la Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung. Pour Bastian Schweinsteiger, talentueux milieu de terrain, "les diverses influences vivifient l’équipe, elles lui donnent un tout autre tempérament".

Une diversité qui fait également beaucoup de bien au pays. A Kreuzberg, le quartier de Berlin où vit la plus importante communauté turque du pays, on défend depuis le début du mondial les couleurs de la Mannschaft. "Les performances des jeunes donnent à notre travail un élan énorme", se réjouit Gül Keskinler, une Turque chargée de l’intégration à la Fédération allemande de football. "L’exemple de Mesut Özil est à cet égard particulièrement important, souligne-t-elle. Les footballeurs ont, à travers leur fonction d’exemple, un rôle très fort, ils sont des ambassadeurs pour la jeunesse."

Dans les rues de Berlin, pas de célébration pourtant d’un esprit de fraternité "black blanc beur" tel qu’avait pu le connaître la France après sa victoire au Mondial de 1998. Pour beaucoup d’Allemands, le maillot est rassembleur : peu importe l’origine des joueurs, à la première victoire ils ont été adoptés sans cérémonie.

La diversité n’est qu’un élément parmi d’autres dans l’impression de renouveau que donne l’équipe d’Allemagne. "La diversité montre surtout que l’Allemagne va enfin chercher son inspiration ailleurs, estime Holger Cesnat, 35 ans. Le style de l’équipe a changé, il est plus léger, parce que Joachim Löw observe le football pratiqué au-delà des frontières et a rompu avec le style qui prédominait dans le football allemand jusqu’ici."

Pour Rainer Stich, 52 ans : "C’est quand même une vraie tendance à l’ouverture. On parie sur des jeunes, sur des joueurs d’origines diverses. Vingt ans après la réunification, le pays n’est plus concentré sur lui-même, sur sa propre réunification. Cela a commencé en 2006, c’était la première fois qu’on osait être fier de son pays, fier de son équipe, cela a libéré beaucoup de choses." Emilie Parker se félicite : "C’est la première fois que l’équipe est si appréciée à l’étranger. Même en Israël on trouve la Mannschaft sympathique. C’est un sentiment auquel nous ne sommes pas habitués."

La Mannschaft "new look", un baromètre de la diversité migratoire
Pierre Weiss
Le Nouvel Observateur
21-06-2014

Jusqu’à très récemment, la sélection allemande comptait peu ou pas de joueurs d’origine immigrée. Explications.

La présence massive de descendants d’immigrés dans l’effectif de la "Deutsche Nationalmannschaft" est un phénomène relativement récent. S’il ne s’apparente pas à une manifestation de rue ni à un scrutin politique, il peut à tout le moins être un révélateur ou un traducteur, intéressant à examiner à ce titre (1).

Formule associée à l’équipe de France championne du monde de football en 1998, le "Black-Blanc-Beur" s’est décliné en Allemagne, depuis le début des années 2000, sous la forme du "multikulti". Un simple regard sur la liste des 23 internationaux sélectionnés par l’entraîneur Joachim Löw à l’occasion du mondial brésilien suffit à identifier six noms trahissant une histoire sociale marquée par le processus "d’émigration-immigration" (2). Il s’agit des défenseurs Jérôme Boateng et Shkodran Mustafi, des milieux de terrain Sami Khedira, Mesut Özil et Lukas Podolski, ainsi que du buteur emblématique Miroslav Klose. A leur manière, ces joueurs cumulant plus de 380 matchs sous le maillot du "Nationalelf" sont un baromètre de la diversité migratoire de la société allemande. En ce sens, ils permettent de rappeler que cette dernière apparaît comme une société d’ancienne immigration (3), à l’instar de ses voisines française ou anglaise. Néanmoins, à la différence de la France, l’Allemagne a maintenu une forte immigration depuis le milieu des années 1990, entre autres pour compenser le vieillissement de sa population active.

En même temps, la composition ethnoculturelle de plus en plus diversifiée de la "Mannschaft" témoigne de signes d’une tangible transformation du mode de constitution de la nation allemande. Profitant de la réforme du Code de la nationalité en 2000 qui mit fin au seul droit du sang, l’Allemagne a en effet tourné la page et de l’équipe nationale et de la communauté des citoyens monochromatiques. Cette sélection de sportifs "new look" traduit enfin un mouvement de modernisation des instances dirigeantes du football allemand, dont l’origine se situe à la charnière du XXe et du XXIe siècles. Ainsi l’espace des joueurs issus de l’immigration est marqué par l’empreinte de la politique antidiscriminatoire menée par le "Deutscher Fußball-Bund" (DFB) et ses organisations-membres.

1 – Les "couleurs" de l’histoire

Depuis la Coupe du monde en 2002, les compositions successives de l’équipe allemande qui a participé aux phases finales du tournoi planétaire sont un bon révélateur de l’histoire des flux migratoires du pays, à l’exception des populations d’origine italienne, portugaise ou marocaine.

Les sportifs immigrés polonais ou enfants d’immigrés représentent le contingent le plus important. Ils sont au nombre de quatre : nés en Pologne, Miroslav Klose, Lukas Podolski et Piotr Trochowski émigrent en Allemagne à la fin des années 1980 ; Tim Borowski, quant à lui, est né en RDA de parents polonais. Leur émigration – ou celle de leur famille – s’inscrit dans le contexte plus large des arrivées massives "d’Aussiedler" (des "réfugiés de souche allemande") entre 1950 et 1989 (4). N’ayant pratiquement pas d’équivalent dans d’autres pays occidentaux, cette forme de migration puise sa source dans les relations conflictuelles entre l’Etat et la "nation ethnique" en Allemagne, mais encore dans les changements politiques et territoriaux résultant des deux guerres mondiales et de la guerre froide.

Les footballeurs immigrés ghanéens ou descendants d’immigrés constituent le second groupe. Ils sont trois : né au Ghana, Gerald Asamoah émigre en Allemagne en 1990 ; concernant David Odonkor et Jérôme Boateng, ils sont nés en RFA et d’origine ghanéenne par leur père. Cette immigration d’Afrique de l’Ouest trouve notamment son explication dans l’histoire de l’empire colonial voulu par Bismarck. Protectorat allemand depuis 1884, le "Togoland" est partagé entre la France et la Grande-Bretagne suite au Traité de Versailles de 1919. En 1956, la partie anglaise de cette province jadis germanisée est rattachée à la République indépendante du Ghana et échappe à l’Etat indépendant du Togo en 1960 (5). Aussi est-il assez cohérent que l’Allemagne soit la destination privilégiée des membres des minorités germanophones implantées au Ghana.

Les joueurs enfants d’immigrés de Turquie se placent en troisième position. Ils sont au nombre de deux : nés outre-Rhin de parents turcs, Mesut Özil et Serdar Tasci incarnent la génération de la "Mannschaft" du mondial de 2010. Leurs ascendants ont émigré en RFA à l’occasion du "Wirtschaftswunder" d’après-guerre. Entre 1961 et 1973, le patronat allemand et les autorités fédérales ont en effet recruté des milliers de travailleurs immigrés originaires de Turquie pour occuper les emplois pénibles dont les nationaux ne voulaient pas, en particulier dans les secteurs de l’agriculture, de la construction et de l’automobile (6). Par la suite, cet ensemble d’ouvriers faiblement qualifiés est complété par une immigration familiale dans le cadre des regroupements primaire et secondaire.

2 – La diversification de la communauté des citoyens

La composition de l’équipe allemande des années 2000 affiche l’origine ethnoculturelle de plus en plus diversifiée des Allemands, et le soutien que ces derniers lui apportent, notamment depuis 2006 (7), informe du niveau de consensus rencontré par cette diversification. Le contraste est d’ailleurs saisissant entre cette équipe "multikulti" et la sélection unicolore du siècle dernier. Entre 1934 et 1998, la "Mannschaft" n’a par exemple accueilli qu’un seul joueur d’origine non germanique en la personne de Maurizio Gaudino, descendant d’immigré italien ayant pris part à la Coupe du monde en 1994 (8). Précisons toutefois que ce constat ne vaut que si l’on fait abstraction de la présence importante de footballeurs issus de l’immigration polonaise, mais en réalité "de souche allemande".

A l’inverse, entre 2002 et 2014, le "Nationalelf" a déjà comporté 15 sportifs d’origine non germanique, dont neuf binationaux : Asamoah, Klose, Podolski, Boateng, Cacau, Gomez, Khedira, Özil et Mustafi. D’un côté, l’hétérogénéité frappante de l’équipe des années 2000 témoigne d’une modification tangible du mode de constitution de la nation allemande. Pendant longtemps, le principe fondateur de cette dernière a reposé intégralement sur les liens du sang – "ethnos" (9). Créée par une idéologie "ethnicisante" distinguant ce qui n’est pas allemand au sens "ethnique" du terme, cette frontière institutionnelle explique à la fois l’homogénéité de l’équipe allemande du XXe siècle et l’intégration progressive des joueurs polonais d’ascendance germanique. Menée à son terme par la coalition "rouge-verte", avec le soutien des libéraux et des démocrates-chrétiens, la réforme du Code de la nationalité du 1er janvier 2000 a désormais introduit dans la législation des éléments du droit du sol. Ce dernier facilite la naturalisation des migrants et l’inclusion de leurs descendants. Il est fondé sur une conception de la citoyenneté mettant surtout l’accent sur l’individu au sens politique du terme – "demos". Nés en Allemagne de parents turcs, Mesut Özil et Serdar Tasci ont acquis la nationalité allemande par ce biais. Tous deux ont commencé à jouer en sélection U19, entre 2006 et 2007. Il existe donc un lien de causalité entre le Code de la nationalité et la taille du vivier de footballeurs disponibles pour le système de formation.

D’un autre côté, il faut prendre en compte les effets de l’assouplissement de la politique de nationalité sportive menée par la FIFA ; en particulier ceux du décret de 2009 autorisant un sportif professionnel à changer une fois d’équipe nationale, sans limite d’âge, à condition de n’avoir jamais porté le maillot de sa précédente sélection "A" en compétition. Le cas des frères Boateng est intéressant à scruter à ce titre. S’ils sont tous les deux nés à Berlin, l’un, Jérôme, évolue sous les couleurs de la "Mannschaft", tandis que l’autre, Kevin-Prince, a opté pour le pays de son père, le Ghana.
3 – La modernisation des instances du football allemand

La présence de joueurs de couleur et de sportifs aux patronymes à la consonance étrangère dans le "Nationalelf" traduit en dernier ressort la modernisation des instances dirigeantes du football allemand. A la suite de l’élimination prématurée de l’équipe nationale en quart de finale de la Coupe du monde en 1998, de nombreuses voix s’élevèrent, pour la première fois, contre le système de formation et la politique d’intégration des immigrés menée par le DFB. Parmi elles, on peut citer l’entraîneur du Bayern de Munich de l’époque, Ottmar Hitzfeld, qui déclara dans le "Spiegel" que sans les migrants et leurs descendants, l’Allemagne renonçait inconsidérément à plus de 50 % de la nouvelle génération de footballeurs de haut niveau, potentiellement sélectionnables en équipe nationale (10).

Le développement des attitudes racistes et xénophobes dans les ligues amateurs, les exclusions d’immigrés des clubs allemands et la recrudescence des associations mono-ethniques ont alors conduit les responsables du DFB à utiliser le football à la fois comme un outil de lutte contre la discrimination ethno-raciale et comme un vecteur de promotion de la diversité culturelle. L’arrivée en 2004 d’Oliver Bierhoff en tant que manager général de l’équipe d’Allemagne constitue une étape décisive dans ce processus. Ancien international, Bierhoff est diplômé en sciences économiques et en management de l’Université d’Hagen. Habitué à la rhétorique managériale et proche des milieux entrepreneuriaux, il introduit la thématique de la "diversité" au sein du DFB. Par son travail politique et son capital symbolique, cette notion venue des pays anglo-saxons devient une nouvelle catégorie de l’action sportive à destination des jeunes garçons issus de l’immigration et des classes populaires.

Profitant de l’organisation du Mondial de 2006 en Allemagne, le DFB, appuyé par les pouvoirs publics, lance des initiatives visant à favoriser la pratique du football chez les immigrés et leurs enfants. Cette impulsion donne par exemple naissance à des dispositifs socio-sportifs d’intégration des descendants d’immigrés des quartiers paupérisés des grandes métropoles. Quelle que soit son efficacité en matière de prévention et d’éducation, cette politique antidiscriminatoire est surtout une bonne manière de repérer puis d’inclure de nouveaux talents dans le système de formation du football national. A la Coupe du monde au Brésil, Shkodran Mustafi est là pour nous le rappeler !

La "Mannschaft" new look n’est pas un "miroir" de la société allemande et de ses évolutions. Tout au plus, elle peut en être un reflet déformant. En ce sens, nous avons (trop) rapidement tenté de montrer que les significations contenues dans les manifestations de la diversité migratoire auxquelles donne lieu le spectacle des joueurs du "Nationalelf" sont sans effet historique. Ces significations ne comportent aucune autonomie réelle ; au mieux, elles ne font que traduire un mouvement, sans jamais être en mesure de l’influencer. Autrement dit, dans ce cas précis, elles sont entièrement dépendantes des contextes historique, politico-juridique et socio-sportif. Pour les sciences sociales, le football national n’est finalement qu’une clé de compréhension des sociétés humaines et de leurs transformations (11).

(1) Voir Paul Yonnet, Systèmes des sports, Paris, Editions Gallimard, 1998.

(2) Nous empruntons cette expression au sociologue Abdelmalek Sayad. Cf. son ouvrage intitulé La double absence : des illusions de l’émigré aux souffrances de l’immigré, Paris, Editions du Seuil, 1999.

(3) Rien qu?au cours des années 1950-1960, la RFA a par exemple recruté plus de trois millions de travailleurs étrangers suite à des accords conclus avec une série d?Etats : Italie, Espagne, Grèce, Turquie, Maroc, Portugal, Tunisie et Yougoslavie.

(4) 1 238 316 Aussiedler de Pologne se sont installés en Allemagne au cours de cette période. Voir Rainer Ohliger, « Une migration privilégiée. Les Aussiedler, Allemands et immigrés », Migrance, n° 17-18, 2000-2001, pp. 8-17.

(5) Voir Ulrike Schuerkens, Du Togo allemand aux Togo et Ghana indépendants, Paris, Editions L’Harmattan, 2001.

(6) Cf. Ulrich Herbert, Geschichte der Ausländerpolitik in Deutschland. Saisonarbeiter, Zwangsarbeiter, Gastarbeiter, Flüchtlinge, Munich, C. H. Beck, 2001.

(7) Albrecht Sonntag, « Un été noir-rouge-or », in C. Demesmay et H. Stark (éd.), Radioscopies de l’Allemagne 2007, Paris, IFRI Travaux et Recherches, 2007, pp. 19-39.

(8) Voir le site Internet suivant : http://www.dfb.de/index.php?id=11848

(9) Cf. Dominique Schnapper, L’Europe des immigrés : essai sur les politiques d’immigration, Paris, Editions F. Bourin, 1992.

(10) Sur ce point, voir Diethelm Blecking, « Le football allemand, une histoire d’identités multiples », Allemagne d’aujourd’hui, n° 193, 2010, pp. 93-101.

(11) Cf. Norbert Elias et Eric Dunning, Sport et civilisation. La violence maîtrisée, Paris, Editions Fayard, 1994.

Voir enfin:

Manif pro-palestinienne à Paris : deux synagogues prises pour cible

Frédéric Ploquin

Marianne

14 Juillet 2014

Plusieurs manifestations pro-palestiennes ont eu lieu dimanche 13 juillet en France. A Paris, deux synagogues ont été prises pour cible. Voici les faits.

Ils sont environ 7 000 à défiler dans les rues de Paris, ce dimanche 13 juillet, entre Barbès et la Bastille, pour dire leur solidarité avec les Palestiniens. Le parcours a été négocié par les responsables du NPA (Nouveau parti anticapitaliste), l’organisation héritière de la Ligue communiste révolutionnaire. Pourquoi avoir exigé un parcours qui s’achève à proximité du quartier du Marais, connu pour abriter plusieurs lieux de culte juif ? Le fait est que les responsables de la Préfecture de police l’ont validé.

Parmi les manifestants, de nombreuses femmes, souvent voilées, mais surtout des jeunes venus de la banlieue francilienne. Les premiers slogans ciblent Israël, mais aussi la "complicité française". Très vite, les « Allah Akbar » (Dieu est grand) dominent, donnant une tonalité fortement religieuse au cortège.
La préfecture de police ne s’attendait pas à une telle mobilisation, mais ses responsables ont vu large au niveau du maintien de l’ordre, puisque cinq "forces mobiles", gendarmes et CRS confondues, ont été mobilisées. C’est à priori suffisant pour sécuriser tous les lieux juifs le long du parcours.

Aucune dégradation, aucun incident n’est signalé en marge du cortège, jusqu’à l’arrivée à proximité de la Bastille. Un premier mouvement de foule est observé à la hauteur de la rue des Tournelles, qui abrite une synagogue. Les gendarmes bloquent la voie et parviennent sans difficulté à refouler les assaillants vers le boulevard Beaumarchais.

Place de la Bastille, la dispersion commence, accélérée par une ondée, lorsque des jeunes décident de s’en prendre aux forces de l’ordre. De petites grappes s’engouffrent vers les rues adjacentes. Se donnent-ils le mot ? Ils sont entre 200 et 300 à marcher en direction de la synagogue de la rue de la Roquette… où se tient un rassemblement pour la paix en Israël, en présence du grand rabbin. Les organisateurs affirment avoir alerté le commissariat de police, mais l’information n’est apparemment pas remontée jusqu’à la Préfecture de police. Détail important : s’ils avaient su, les responsables du maintien de l’ordre auraient forcément barré l’accès à la rue.

Les choses se compliquent très vite, car les manifestants ne sont pas les seuls à vouloir en découdre. Une petite centaine de membres de la LDJ (ligue de défense juive) sont positionnés devant la synagogue de la rue de la Roquette, casques de moto sur la tête et outils (armes blanches) à portée de main. Loin de rester passive, la petite troupe monte au contact des manifestants, comme ils l’ont déjà fait lors d’une manifestation pro-palestinienne organisée Place Saint-Michel quelques jours auparavant. On frôle la bagarre générale, mais la police parvient à s’interposer. Les assaillants refluent vers le boulevard, tandis que les militants juifs reviennent vers la synagogue.

Durant le week-end, des manifestations similaires ont été organisées dans plusieurs grandes villes. Selon la police, ils étaient 2 300 à Lille, 1 200 à Marseille et autour de 400 à Bordeaux. Aucun incident n’a été signalé.


Immigration: Qui sont les racistes ? (Who are the bigots ? While the Obama Administration simply chooses not to enforce existing laws and Silicon Valley and Wall Street pity the poor immigrants)

13 juillet, 2014
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Ce ne sont pas les différences qui provoquent les conflits mais leur effacement. René Girard
En présence de la diversité, nous nous replions sur nous-mêmes. Nous agissons comme des tortues. L’effet de la diversité est pire que ce qui avait été imaginé. Et ce n’est pas seulement que nous ne faisons plus confiance à ceux qui ne sont pas comme nous. Dans les communautés diverses, nous ne faisons plus confiance à ceux qui nous ressemblent. Robert Putnam
Les Israéliens ne savent pas que le peuple palestinien a progressé dans ses recherches sur la mort. Il a développé une industrie de la mort qu’affectionnent toutes nos femmes, tous nos enfants, tous nos vieillards et tous nos combattants. Ainsi, nous avons formé un bouclier humain grâce aux femmes et aux enfants pour dire à l’ennemi sioniste que nous tenons à la mort autant qu’il tient à la vie. Fathi Hammad (responsable du Hamas, mars 2008)
Cela prouve le caractère de notre noble peuple, combattant du djihad, qui défend ses droits et ses demeures le torse nu, avec son sang. La politique d’un peuple qui affronte les avions israéliens la poitrine nue, pour protéger ses habitations, s’est révélée efficace contre l’occupation. Cette politique reflète la nature de notre peuple brave et courageux. Nous, au Hamas, appelons notre peuple à adopter cette politique, pour protéger les maisons palestiniennes. Sami Abu Zuhri (porte-parole du Hamas)
Depuis le début de l’opération, au moins 35 bâtiments résidentiels auraient été visés et détruits, entraînant dans la majorité des pertes civiles enregistrées jusqu’à présent, y compris une attaque le 8 Juillet à Khan Younis qui a tué sept civils, dont trois enfants, et blessé 25 autres. Dans la plupart des cas, avant les attaques, les habitants ont été avertis de quitter, que ce soit via des appels téléphoniques de l’armée d’Israël ou par des tirs de missiles d’avertissement. Rapport ONU (09.07.14)
Mais pourquoi n’appelle-t-on pas ce mur, qui sépare les Gazaouites de leurs frères égyptiens "mur de la honte" ou "de l’apartheid"? Liliane Messika (Primo-Europe)
Dieu, source de tensions, précisément au-dessus de ce mur, surplombé par la coupole du Dome, un lieu saint islamique contrôlé par la police israélienne. Cette Esplanade des mosquées interdite de fait à des milliers de musulmans exclus de la ville par cet autre mur érigé par Israël à l’est des remparts.  (…) Le dernier-né des murs de Jérusalem travesti en toile géante par des artistes de rue, rêvant de faire tomber cette muraille un jour prochain peut-être … Patrick Fandio
The idea that Palestinians use their children as human shields is racist and reprehensible. And the idea that the Israelis are somehow spewing this and we’re to believe it is also racist. … I somehow do not believe, though, that people are going to listen to somebody who says stay inside while your house is being bombed. People don’t want to die, Jake. And the fact that the Israelis continue to drop bombs on them doesn’t make them want to die any more. It’s simply a fact that what the Israelis are doing is they’re dropping bombs of a magnitude that we have never seen before on a captive civilian child population. Diana Buttu (human rights attorney and a former legal adviser to the PLO)
Washington va bientôt cesser d’expulser de jeunes immigrés sans papiers Cette annonce prochaine de Barack Obama pourrait renforcer sa popularité auprès de l’électorat Hispanique à cinq mois de la présidentielle.Les Etats-Unis vont cesser d’expulser de jeunes immigrés sans papiers sur la base de critères précis. Une décision favorable aux Hispaniques à l’approche de l’élection présidentielle de novembre. Cette annonce s’appliquera aux mineurs qui sont arrivés dans le pays avant l’âge de 16 ans, sont actuellement âgés de moins de trente ans, scolarisés ou ayant obtenu leur baccalauréat et n’ayant aucun antécédent judiciaire, ont expliqué vendredi 15 juin des responsables américains, avant une annonce en ce sens du président Barack Obama. Cette mesure, qui devrait susciter l’opposition vigoureuse des Républicains, peut permettre au président-candidat de renforcer sa popularité auprès des jeunes et des Hispaniques, dont le soutien peut s’avérer crucial dans certains Etats-clés. Le Nouvel Observateur (15.06.12)
Most Americans believe that our country has a clear and present interest in enacting immigration legislation that is both humane to immigrants living here and a contribution to the well-being of our citizens. Reaching these goals is possible. Our present policy, however, fails badly on both counts. We believe it borders on insanity to train intelligent and motivated people in our universities — often subsidizing their education — and then to deport them when they graduate. Many of these people, of course, want to return to their home country — and that’s fine. But for those who wish to stay and work in computer science or technology, fields badly in need of their services, let’s roll out the welcome mat. A “talented graduate” reform was included in a bill that the Senate approved last year by a 68-to-32 vote. It would remove the worldwide cap on the number of visas that could be awarded to legal immigrants who had earned a graduate degree in science, technology, engineering or mathematics from an accredited institution of higher education in the United States, provided they had an offer of employment. The bill also included a sensible plan that would have allowed illegal residents to obtain citizenship, though only after they had earned the right to do so. Americans are a forgiving and generous people, and who among us is not happy that their forebears — whatever their motivation or means of entry — made it to our soil? For the future, the United States should take all steps to ensure that every prospective immigrant follows all rules and that people breaking these rules, including any facilitators, are severely punished. No one wants a replay of the present mess. We also believe that America’s self-interest should be reflected in our immigration policy. For example, the EB-5 “immigrant investor program,” created by Congress in 1990, was intended to allow a limited number of foreigners with financial resources or unique abilities to move to our country, bringing with them substantial and enduring purchasing power. Reports of fraud have surfaced with this program, and we believe it should be reformed to prevent abuse but also expanded to become more effective. People willing to invest in America and create jobs deserve the opportunity to do so. Their citizenship could be provisional — dependent, for example, on their making investments of a certain size in new businesses or homes. Expanded investments of that kind would help us jolt the demand side of our economy. These immigrants would impose minimal social costs on the United States, compared with the resources they would contribute. New citizens like these would make hefty deposits in our economy, not withdrawals. Whatever the precise provisions of a law, it’s time for the House to draft and pass a bill that reflects both our country’s humanity and its self-interest. Sheldon Adelson, Warren Buffett and Bill Gates
Illegal and illiberal immigration exists and will continue to expand because too many special interests are invested in it. It is one of those rare anomalies — the farm bill is another — that crosses political party lines and instead unites disparate elites through their diverse but shared self-interests: live-and-let-live profits for some and raw political power for others. For corporate employers, millions of poor foreign nationals ensure cheap labor, with the state picking up the eventual social costs. For Democratic politicos, illegal immigration translates into continued expansion of favorable political demography in the American Southwest. For ethnic activists, huge annual influxes of unassimilated minorities subvert the odious melting pot and mean continuance of their own self-appointed guardianship of salad-bowl multiculturalism. Meanwhile, the upper middle classes in coastal cocoons enjoy the aristocratic privileges of having plenty of cheap household help, while having enough wealth not to worry about the social costs of illegal immigration in terms of higher taxes or the problems in public education, law enforcement, and entitlements. No wonder our elites wink and nod at the supposed realities in the current immigration bill, while selling fantasies to the majority of skeptical Americans. Victor Davis Hanson
Who are the bigots — the rude and unruly protestors who scream and swarm drop-off points and angrily block immigration authority buses to prevent the release of children into their communities, or the shrill counter-protestors who chant back “Viva La Raza” (“Long Live the Race”)? For that matter, how does the racialist term “La Raza” survive as an acceptable title of a national lobby group in this politically correct age of anger at the Washington Redskins football brand? How can American immigration authorities simply send immigrant kids all over the United States and drop them into communities without firm guarantees of waiting sponsors or family? If private charities did that, would the operators be jailed? Would American parents be arrested for putting their unescorted kids on buses headed out of state? Liberal elites talk down to the cash-strapped middle class about their illiberal anger over the current immigration crisis. But most sermonizers are hypocritical. Take Nancy Pelosi, former speaker of the House. She lectures about the need for near-instant amnesty for thousands streaming across the border. But Pelosi is a multimillionaire, and thus rich enough not to worry about the increased costs and higher taxes needed to offer instant social services to the new arrivals. Progressives and ethnic activists see in open borders extralegal ways to gain future constituents dependent on an ever-growing government, with instilled grudges against any who might not welcome their flouting of U.S. laws. How moral is that? Likewise, the CEOs of Silicon Valley and Wall Street who want cheap labor from south of the border assume that their own offspring’s private academies will not be affected by thousands of undocumented immigrants, that their own neighborhoods will remain non-integrated, and that their own medical services and specialists’ waiting rooms will not be made available to the poor arrivals. … What a strange, selfish, and callous alliance of rich corporate grandees, cynical left-wing politicians, and ethnic chauvinists who have conspired to erode U.S. law for their own narrow interests, all the while smearing those who object as xenophobes, racists, and nativists. Victor Davis Hanson

Attention: un  raciste peut en cacher un autre !

Manifestants qui empêchent l’application de la loi contre les clandestins, gouvernements qui n’appliquent pas ladite loi, parents qui abandonnent leurs enfants aux griffes des passeurs dès leur plus jeune âge, responsables politiques milliardaires prônant l’amnistie, politiciens et militants associatifs lorgnant sur de futurs électeurs, capitalistes de Silicon Valley et de Wall Street à la recherche de main d’oeuvre bon marché …

A l’heure où, après le Pape et nos médias et pendant que pleuvent les roquettes sur ses villes et que le Hamas vante l’efficacité de sa chair à canon, il est de bon ton de condamner comme raciste toute mesure de l’Etat d’Israël pour se défendre de ceux qui appellent à son annihilation …

Et où, poussés par de véritables mafias de trafiquants humains toujours plus innovants et encouragés par les paroles lénifiantes de dirigeants toujours plus irresponsables (dont notamment une annonce d’amnistie partielle pour les jeunes immigrés irréguliers par le président Obama à cinq mois comme par hasard de sa réélection) …

C’est à présent par centaines à la fois que les nouveaux damnés de la terre s’échouent sur nos côtes ou s’attaquent à nos murs de la honte (pardon: "barrières de sécurité") …

Petite remise des pendules à l’heure avec l’historien militaire américain Victor Davis Hanson …

Qui, rappelant les intérêts politiques ou économiques bien compris de ceux qui n’ont jamais de mots assez durs pour stigmatiser l’intolérance des masses, montre que les racistes ne sont pas toujours ceux que l’on croit …

The Moral Crisis on Our Southern Border
A perfect storm of special interests have hijacked U.S. immigration law
Victor Davis Hanson
National Review Online
July 10, 2014

No one knows just how many tens of thousands of Central American nationals — most of them desperate, unescorted children and teens — are streaming across America’s southern border. Yet this phenomenon offers us a proverbial teachable moment about the paradoxes and hypocrisies of Latin American immigration to the U.S.

For all the pop romance in Latin America associated with Venezuela, Nicaragua, and Cuba, few Latinos prefer to immigrate to such communist utopias or to socialist spin-offs like Argentina, Bolivia, Ecuador, or Peru.

Instead, hundreds of thousands of poor people continue to risk danger to enter democratic, free-market America, which they have often been taught back home is the source of their misery. They either believe that America’s supposedly inadequate social safety net is far better than the one back home, or that its purportedly cruel free market gives them more opportunities than anywhere in Latin America — or both.

Mexico strictly enforces some of the harshest immigration laws in the world that either summarily deport or jail most who dare to cross Mexican borders illegally, much less attempt to work inside Mexico or become politically active. If America were to emulate Mexico’s immigration policies, millions of Mexican nationals living in the U.S. immediately would be sent home.

How, then, are tens of thousands of Central American children crossing with impunity hundreds of miles of Mexican territory, often sitting atop Mexican trains? Does Mexico believe that the massive influxes will serve to render U.S. immigration law meaningless, and thereby completely shred an already porous border? Is Mexico simply ensuring that the surge of poorer Central Americans doesn’t dare stop in Mexico on its way north?

The media talks of a moral crisis on the border. It is certainly that, but not entirely in the way we are told. What sort of callous parents simply send their children as pawns northward without escort, in selfish hopes of soon winning for themselves either remittances or eventual passage to the U.S? What sort of government allows its vulnerable youth to pack up and leave, without taking any responsibility for such mass flight?

Here in the U.S., how can our government simply choose not to enforce existing laws? In reaction, could U.S. citizens emulate Washington’s ethics and decide not to pay their taxes, or to disregard traffic laws, or to build homes without permits? Who in the pen-and-phone era of Obama gets to decide which law to follow and which to ignore?

Who are the bigots — the rude and unruly protestors who scream and swarm drop-off points and angrily block immigration authority buses to prevent the release of children into their communities, or the shrill counter-protestors who chant back “Viva La Raza” (“Long Live the Race”)? For that matter, how does the racialist term “La Raza” survive as an acceptable title of a national lobby group in this politically correct age of anger at the Washington Redskins football brand?

How can American immigration authorities simply send immigrant kids all over the United States and drop them into communities without firm guarantees of waiting sponsors or family? If private charities did that, would the operators be jailed? Would American parents be arrested for putting their unescorted kids on buses headed out of state?

Liberal elites talk down to the cash-strapped middle class about their illiberal anger over the current immigration crisis. But most sermonizers are hypocritical. Take Nancy Pelosi, former speaker of the House. She lectures about the need for near-instant amnesty for thousands streaming across the border. But Pelosi is a multimillionaire, and thus rich enough not to worry about the increased costs and higher taxes needed to offer instant social services to the new arrivals.

Progressives and ethnic activists see in open borders extralegal ways to gain future constituents dependent on an ever-growing government, with instilled grudges against any who might not welcome their flouting of U.S. laws. How moral is that?

Likewise, the CEOs of Silicon Valley and Wall Street who want cheap labor from south of the border assume that their own offspring’s private academies will not be affected by thousands of undocumented immigrants, that their own neighborhoods will remain non-integrated, and that their own medical services and specialists’ waiting rooms will not be made available to the poor arrivals.

Have immigration-reform advocates such as Mark Zuckerberg or Michael Bloomberg offered one of their mansions as a temporary shelter for needy Central American immigrants? Couldn’t Yale or Stanford welcome homeless immigrants into their now under-occupied summertime dorms? Why aren’t elite academies such as Sidwell Friends or the Menlo School offering their gymnasia as places of refuge for tens of thousands of school-age Central Americans?

What a strange, selfish, and callous alliance of rich corporate grandees, cynical left-wing politicians, and ethnic chauvinists who have conspired to erode U.S. law for their own narrow interests, all the while smearing those who object as xenophobes, racists, and nativists.

Voir aussi:

Break the Immigration Impasse
Sheldon Adelson, Warren Buffett and Bill Gates on Immigration Reform

By SHELDON G. ADELSON, WARREN E. BUFFETT and BILL GATES

The NYT

JULY 10, 2014

AMERICAN citizens are paying 535 people to take care of the legislative needs of the country. We are getting shortchanged. Here’s an example: On June 10, an incumbent congressman in Virginia lost a primary election in which his opponent garnered only 36,105 votes. Immediately, many Washington legislators threw up their hands and declared that this one event would produce paralysis in the United States Congress for at least five months. In particular, they are telling us that immigration reform — long overdue — is now hopeless.

Americans deserve better than this.

The three of us vary in our politics and would differ also in our preferences about the details of an immigration reform bill. But we could without doubt come together to draft a bill acceptable to each of us. We hope that fact holds a lesson: You don’t have to agree on everything in order to cooperate on matters about which you are reasonably close to agreement. It’s time that this brand of thinking finds its way to Washington.

Most Americans believe that our country has a clear and present interest in enacting immigration legislation that is both humane to immigrants living here and a contribution to the well-being of our citizens. Reaching these goals is possible. Our present policy, however, fails badly on both counts.

We believe it borders on insanity to train intelligent and motivated people in our universities — often subsidizing their education — and then to deport them when they graduate. Many of these people, of course, want to return to their home country — and that’s fine. But for those who wish to stay and work in computer science or technology, fields badly in need of their services, let’s roll out the welcome mat.

A “talented graduate” reform was included in a bill that the Senate approved last year by a 68-to-32 vote. It would remove the worldwide cap on the number of visas that could be awarded to legal immigrants who had earned a graduate degree in science, technology, engineering or mathematics from an accredited institution of higher education in the United States, provided they had an offer of employment. The bill also included a sensible plan that would have allowed illegal residents to obtain citizenship, though only after they had earned the right to do so.

Americans are a forgiving and generous people, and who among us is not happy that their forebears — whatever their motivation or means of entry — made it to our soil?

For the future, the United States should take all steps to ensure that every prospective immigrant follows all rules and that people breaking these rules, including any facilitators, are severely punished. No one wants a replay of the present mess.

We also believe that America’s self-interest should be reflected in our immigration policy. For example, the EB-5 “immigrant investor program,” created by Congress in 1990, was intended to allow a limited number of foreigners with financial resources or unique abilities to move to our country, bringing with them substantial and enduring purchasing power. Reports of fraud have surfaced with this program, and we believe it should be reformed to prevent abuse but also expanded to become more effective. People willing to invest in America and create jobs deserve the opportunity to do so.

Their citizenship could be provisional — dependent, for example, on their making investments of a certain size in new businesses or homes. Expanded investments of that kind would help us jolt the demand side of our economy. These immigrants would impose minimal social costs on the United States, compared with the resources they would contribute. New citizens like these would make hefty deposits in our economy, not withdrawals.

Whatever the precise provisions of a law, it’s time for the House to draft and pass a bill that reflects both our country’s humanity and its self-interest. Differences with the Senate should be hammered out by members of a conference committee, committed to a deal.

A Congress that does nothing about these problems is extending an irrational policy by default; that is, if lawmakers don’t act to change it, it stays the way it is, irrational. The current stalemate — in which greater pride is attached to thwarting the opposition than to advancing the nation’s interests — is depressing to most Americans and virtually all of its business managers. The impasse certainly depresses the three of us.

Signs of a more productive attitude in Washington — which passage of a well-designed immigration bill would provide — might well lift spirits and thereby stimulate the economy. It’s time for 535 of America’s citizens to remember what they owe to the 318 million who employ them.

How did such immoral special interests hijack U.S. immigration law and arbitrarily decide for 300 million Americans who earns entry into America, under what conditions, and from where?

Voir également:

Washington va bientôt cesser d’expulser de jeunes immigrés sans papiers
Cette annonce prochaine de Barack Obama pourrait renforcer sa popularité auprès de l’électorat Hispanique à cinq mois de la présidentielle.
Le Nouvel Observateur avec AFP
15-06-2012

Les Etats-Unis vont cesser d’expulser de jeunes immigrés sans papiers sur la base de critères précis. Une décision favorable aux Hispaniques à l’approche de l’élection présidentielle de novembre.

Cette annonce s’appliquera aux mineurs qui sont arrivés dans le pays avant l’âge de 16 ans, sont actuellement âgés de moins de trente ans, scolarisés ou ayant obtenu leur baccalauréat et n’ayant aucun antécédent judiciaire, ont expliqué vendredi 15 juin des responsables américains, avant une annonce en ce sens du président Barack Obama.

Cette mesure, qui devrait susciter l’opposition vigoureuse des Républicains, peut permettre au président-candidat de renforcer sa popularité auprès des jeunes et des Hispaniques, dont le soutien peut s’avérer crucial dans certains Etats-clés.
"Nos lois en matière d’immigration doivent être appliquées de façon ferme et judicieuse", a déclaré la secrétaire à la Sécurité intérieure, Janet Napolitano, chargée des questions d’immigration

"Mais elles ne sont pas conçues pour être appliquées aveuglément, sans tenir compte des circonstances individuelles de chaque cas", a-t-elle poursuivi. "Elles ne sont pas non plus conçues pour perdre des jeunes gens productifs et les renvoyer vers des pays où ils n’ont peut-être pas vécu ou dont ils ne parlent pas la langue".

Cette décision consacre les objectifs d’un projet de loi — baptisé DREAM Act — soutenu par la Maison Blanche et qui permettrait, s’il était voté, aux jeunes immigrés arrivés avec leurs parents de devenir des résidents permanents du pays.

Ce projet de loi, auquel le candidat républicain Mitt Romney et les conservateurs s’opposent, n’a pas obtenu l’aval du Congrès.

Voir encore:

Migration
The mobile masses
The costs and benefits of mass immigration
The Economist
Sep 28th 2013

Exodus: How Migration is Changing Our World. By Paul Collier. Oxford University Press USA; 309 pages; $27.95. Allen Lane; £20. Buy from Amazon.com, Amazon.co.uk

PAUL COLLIER is one of the world’s most thoughtful economists. His books consistently illuminate and provoke. “Exodus” is no exception. Most polemics about migration argue either that it is good or bad. They address the wrong question, says Mr Collier. The right one is: how much more migration would be beneficial, and to whom?

He examines this question from three perspectives: the migrants themselves, the countries they leave and the countries to which they move.

Migration makes migrants better off. If it did not, they would go home. Those who move from poor countries to rich ones quickly start earning rich-country wages, which may be ten times more than they could have earned back home. “Their productivity rockets upwards,” says Mr Collier, because they are “escaping from countries with dysfunctional social models”.

This is a crucial insight. Bar a few oil sheikhdoms, rich countries are rich because they are well organised, and poor countries are poor because they are not. A factory worker in Nigeria produces less than he would in New Zealand because the society around him is dysfunctional: the power keeps failing, spare parts do not arrive on time and managers are busy battling bribe-hungry bureaucrats. When a rich country lets in immigrants, it is extending to them the benefits of good governance and the rule of law.

What of the countries that receive immigrants? Mr Collier argues that they have benefited from past immigration, but will probably suffer if it continues unchecked.

So far, immigrants have typically filled niches in the labour market that complement rather than displace the native-born. For most citizens of rich countries, immigration has meant slightly higher wages, as fresh brains with new ideas make local firms more productive. It may have dragged down wages for the least-skilled, but only by a tiny amount.

However, says Mr Collier, continued mass immigration threatens the cultural cohesion of rich countries. Some diversity adds spice: think of Thai restaurants or Congolese music. But a large unabsorbed diaspora may cling to the cultural norms that made its country of origin dysfunctional, and spread them to the host country. Furthermore, when a society becomes too heterogeneous, its people may be unwilling to pay for a generous welfare state, he says. Support for redistribution dwindles if taxpayers think the beneficiaries will be people unlike themselves.

Finally, Mr Collier looks at the effect of emigration on poor countries. Up to a point, it makes them better off. Emigrants send good ideas and hard currency home. The prospect of emigration prompts locals to study hard and learn useful skills; many then stay behind and enrich the domestic talent pool instead. But if too many educated people leave, poor countries are worse off. Big emerging markets such as China, India and Brazil benefit from emigration, but the smallest and poorest nations do not: Haiti, for example, has lost 85% of its educated people.

Mr Collier’s most arresting argument is that past waves of migration have created the conditions under which migration will henceforth accelerate. Emigration is less daunting if you can move to a neighbourhood where lots of your compatriots have already settled. There, you can speak your native language, eat familiar food and ask your cousins to help you find a job. Because many Western countries allow recent immigrants to sponsor visas for their relatives, Mr Collier frets that large, unassimilated diasporas will keep growing. And as they grow, they will become harder to assimilate.

Mr Collier is plainly not a bigot and his arguments should be taken seriously. Nonetheless, he is far too gloomy. He lives in Britain, which is nearly 90% white and has seen substantial immigration only relatively recently. His worries are mostly about the harm that immigration might do, rather than any it has already done. Indeed, the evidence he marshals suggests that so far it has been hugely beneficial.

It is possible that Britain will prove unable to cope with greater diversity in the future, but one cannot help noticing that the most diverse part of the country—London, which is less than 50% white British—is also by far the richest. It is also rather livelier than the lily-white counties that surround it.

America’s population consists almost entirely of immigrants and their descendants, yet it is rich, dynamic, peaceful and united by abundant national pride. Every past wave of newcomers has assimilated; why should the next one be different? The recent history of Canada, Australia and New Zealand also suggests that large-scale immigration is compatible with prosperity and social cohesion.

Mr Collier is right that there is a tension between mass immigration and the welfare state. A rich country that invited all and sundry to live off the dole would not stay rich for long. Immigrants assimilate better in America than in most European countries in part because welfare is less generous there. In parts of Europe it is possible for able-bodied newcomers to subsist on handouts, which infuriates the native-born. In America, by and large, immigrants have to work, so they do. Through work, they swiftly integrate into society.

Mr Collier approves of the European-style welfare state, so his policy prescriptions are aimed largely at preventing immigration from undermining it. He would peg the number of immigrants to how well previous arrivals have integrated. He would welcome quite a lot of skilled migrants and students (a good idea) but curb family reunions (which sounds harsh). He would allow in asylum-seekers from war zones but send them back when peace returns to their homelands. (This, he explains, would help their homelands rebuild themselves.) As for illegal immigrants, he would offer them the chance to register as guest workers who pay taxes but receive no social benefits.

Insisting that immigrants work is sound policy, but the tone of “Exodus” is problematic. Mr Collier finds endless objections to a policy—more or less unlimited immigration—that no country has adopted. In the process, he exaggerates the possible risks of mobility and underplays its proven benefits.

Voir encore:

Obama administration to stop deporting some young illegal immigrants
Tom Cohen
CNN
June 16, 2012

In an election-year policy change, the Obama administration said Friday it will stop deporting young illegal immigrants who entered the United States as children if they meet certain requirements.

The shift on the politically volatile issue of immigration policy prompted immediate praise from Latino leaders who have criticized Congress and the White House for inaction, while Republicans reacted with outrage, saying the move amounts to amnesty — a negative buzz word among conservatives — and usurps congressional authority.

Those who might benefit from the change expressed joy and relief, with celebratory demonstrations forming outside the White House and elsewhere.

Pedro Ramirez, a student who has campaigned for such a move, said he was "definitely speechless," then added: "It’s great news."

In a Rose Garden address Friday afternoon, President Barack Obama said the changes caused by his executive order will make immigration policy "more fair, more efficient and more just."

"This is not amnesty. This is not immunity. This is not a path to citizenship. It’s not a permanent fix," Obama said to take on conservative criticism of the step. "This is a temporary stopgap measure."

Noting children of illegal immigrants "study in our schools, play in our neighborhoods, befriend our kids, pledge allegiance to our flag," Obama said, "it makes no sense to expel talented young people who are, for all intents and purposes, Americans."

When a reporter interrupted Obama with a hostile question, the president admonished him and declared that the policy change is "the right thing to do."

Under the new policy, people younger than 30 who came to the United States before the age of 16, pose no criminal or security threat, and were successful students or served in the military can get a two-year deferral from deportation, Homeland Security Secretary Janet Napolitano said.

It also will allow those meeting the requirements to apply for work permits, Napolitano said, adding that participants must be in the United States now and be able to prove they have been living in the country continuously for at least five years.

The change is part of a department effort to target resources at illegal immigrants who pose a greater threat, such as criminals and those trying to enter the country now, Napolitano said, adding it was "well within the framework of existing laws."

The move addresses a major concern of the Hispanic community and mimics some of the provisions of a Democratic proposal called the DREAM Act that has failed to win enough Republican support to gain congressional approval.

Obama has been criticized by Hispanic-American leaders for an overall increase in deportations of illegal aliens in recent years. Last year, U.S. Immigration and Customs Enforcement removed 396,906 illegal immigrants, the largest number in the agency’s history.

Friday’s policy change is expected to potentially affect 800,000 people, an administration official told CNN on background.

Both Obama and Napolitano called for Congress to pass the DREAM Act, which would put into law similar steps for children of illegal immigrants to continue living and working in the country.

"I’ve been dealing with immigration enforcement for 20 years and the plain fact of the matter is that the law that we’re working under doesn’t match the economic needs of the country today and the law enforcement needs of the country today," Napolitano told CNN. "But as someone who is charged with enforcing the immigration system, we’re setting good, strong, sensible priorities, and again these young people really are not the individuals that the immigration removal process was designed to focus upon."

Republicans who have blocked Democratic efforts on immigration reform immediately condemned the move, with some calling it an improper maneuver to skirt congressional opposition.

Rep. Steve King of Iowa, a leading GOP foe of Democratic proposals for immigration reform, threatened to file a lawsuit asking the courts to stop Obama "from implementing his unconstitutional and unlawful policy."

In a Twitter post, Republican Sen. Lindsey Graham of South Carolina called the decision "a classic Barack Obama move of choosing politics over leadership," while House Judiciary Committee Chairman Lamar Smith, R-Texas, called the change a "decision to grant amnesty to potentially millions of illegal immigrants."

"Many illegal immigrants will falsely claim they came here as children and the federal government has no way to check whether their claims are true," Smith said in a statement. "And once these illegal immigrants are granted deferred action, they can then apply for a work permit, which the administration routinely grants 90% of the time."

Others complained the move will flood an already poor job market for young Americans with illegal immigrants.

However, Democratic Sen. Dick Durbin of Illinois, who sponsored the DREAM Act, welcomed the announcement that he said "will give these young immigrants their chance to come out of the shadows and be part of the only country they’ve ever called home."

He rejected the GOP argument that Obama’s move was all about politics, noting "there will be those who vote against him because of this decision, too. That’s what leadership is about."

Durbin also noted that Obama repeatedly called for Congress to pass immigration reform legislation, including the DREAM Act. Now that it is clear no progress would occur this Congress, the president acted, Durbin said.

Obama has used executive orders more frequently in recent months to launch initiatives he advocates that have been stymied by the deep partisan divide in Congress. A White House campaign of such steps involving economic programs was labeled "We Can’t Wait."

Republican Sen. Marco Rubio of Florida, who has been working on an alternative version of the DREAM Act, criticized Obama for taking a piecemeal approach Friday. He said in a statement that "by once again ignoring the Constitution and going around Congress, this short-term policy will make it harder to find a balanced and responsible long-term one."

Rubio is considered a possible running mate for certain GOP presidential nominee Mitt Romney, who rejected the DREAM Act in the heat of the Republican primary campaign but has since expressed willingness to consider whatever Rubio proposes.

Later Friday, Romney told reporters that the issue needs more substantive action than an executive order, which can be replaced by a subsequent president.

He said he agrees with Rubio’s statement that Obama’s move makes finding a long-term solution more difficult. As president, Romney said, he would seek to provide "certainty and clarity for people who come into this country through no fault of their own by virtue of the actions of their parents."

Hispanics make up the fastest-growing immigrant population in the country, and the Latino vote is considered a crucial bloc for the November presidential election.

A spokeswoman for a major Latino group, the National Council of La Raza, hailed the administration’s move.

"In light of the congressional inaction on immigration reform, this is the right step for the administration to take at this time," said NCLR spokeswoman Laura Vazquez.

Immigration lawyers also called the change a major step in the right direction. However, one immigration expert warned that the new policy does not guarantee the result sought by participants.

"I worry that the announcement will be implemented more stingily than the administration would like," said Stephen Yale-Loehr, who teaches immigration law at Cornell Law School.

Meanwhile, some evangelical Christian leaders who recently met at the White House to discuss immigration issues also endorsed Friday’s move, along with the U.S. Council of Catholic Bishops and some Jewish groups.

For Jose Luis Zelaya, who came to the United States illegally from Honduras at age 14 to find his mother, also an illegal immigrant, the new policy means that "maybe I will be able to work without being afraid that someone may deport me."

"There is no fear anymore," he said.

Voir par ailleurs:

A vastly changed Middle East

Caroline B. Glick

The Jerusalem Post

11/21/2013

When America returns, it will likely find a changed regional landscape; nations are disintegrating, only to reintegrate in new groupings.

A week and a half ago, Syria’s Kurds announced they are setting up an autonomous region in northeastern Syria.

The announcement came after the Kurds wrested control over a chain of towns from al-Qaida in the ever metastasizing Syrian civil war.

The Kurds’ announcement enraged their nominal Sunni allies – including the al-Qaida forces they have been combating – in the opposition to the Assad regime. It also rendered irrelevant US efforts to reach a peace deal between the Syrian regime and the rebel forces at a peace conference in Geneva.

But more important than what the Kurds’ action means for the viability of the Obama administration’s Syria policy, it shows just how radically the strategic landscape has changed and continues to change, not just in Syria but throughout the Arab world.

The revolutionary groundswell that has beset the Arab world for the past three years has brought dynamism and uncertainty to a region that has known mainly stasis and status quo for the past 500 years. For 400 years, the Middle East was ruled by the Ottoman Turks. Anticipating the breakup of the Ottoman Empire during World War I, the British and the French quickly carved up the Ottoman possessions, dividing them between themselves. What emerged from their actions were the national borders of the Arab states – and Israel – that have remained largely intact since 1922.

As Yoel Guzansky and Erez Striem from the Institute for National Security Studies wrote in a paper published this week, while the borders of Arab states remain largely unchanged, the old borders no longer reflect the reality on the ground.

“As a result of the regional upheavals, tribal, sectarian, and ethnic identities have become more pronounced than ever, which may well lead to a change in the borders drawn by the colonial powers a century ago that have since been preserved by Arab autocrats.”

Guzansky and Striem explained, “The iron-fisted Arab rulers were an artificial glue of sorts, holding together different, sometimes hostile sects in an attempt to form a single nation state.

Now, the de facto changes in the Middle East map could cause far-reaching geopolitical shifts affecting alliance formations and even the global energy market.”

The writers specifically discussed the breakdown of national governments and the consequent growing irrelevance of national borders in Syria, Iraq, Libya and Yemen.

And while it is true that the dissolution of central government authority is most acute in Syria, Iraq, Libya and Yemen, in every Arab state national authorities are under siege, stressed, or engaged in countering direct threats to their rule. Although central authorities retain control in Egypt, Saudi Arabia, Jordan, Morocco, Tunisia and Bahrain, they all contend with unprecedented challenges. As a consequence, today it is impossible to take for granted that the regime’s interests in any Arab state will necessarily direct the actions of the residents of that state, or that a regime now in power will remain in power tomorrow.

Guzansky and Striem note that the current state of flux presents Israel with both challenges and opportunities. As they put it, “The disintegration of states represents at least a temporary deterioration in Israel’s strategic situation because it is attended by instability liable to trickle over into neighboring states…. But the changes also mean dissolution of the regular armies that posed a threat in the past and present opportunities for Israel to build relations with different minorities with the potential to seize the reins of government in the future.”

Take the Kurds for example. The empowerment of the Kurds in Syria – as in Iraq – presents a strategic opportunity for Israel. Israel has cultivated and maintained an alliance with the Kurds throughout the region for the past 45 years.

Although Kurdish politics are fraught with internal clashes and power struggles, on balance, the empowerment of the Kurds at the expense of the central governments in Damascus and Baghdad is a major gain for Israel.

And the Kurds are not the only group whose altered status since the onset of the revolutionary instability in the Arab world presents Israel with new opportunities. Among the disparate factions in the disintegrating Arab lands from North Africa to the Persian Gulf are dozens of groups that will be thrilled to receive Israeli assistance and, in return, be willing to cooperate with Israel on a whole range of issues.

To be sure, these new allies are not likely to share Israeli values. And many may be no more than the foreign affairs equivalent of a one-night stand. But Israel also is not obliged to commit itself to any party for the long haul. Transactional alliances are valuable because they are based on shared interests, and they last for as long as the actors perceive those interests as shared ones.

Over the past week, we have seen a similar transformation occurring on a regional and indeed global level, as the full significance of the Obama administration’s withdrawal of US power from the region becomes better understood.

When word got out two weeks ago about the US decision to accept and attempt to push through a deal with Iran that would strip the international sanctions regime of meaning in return for cosmetic Iranian concessions that will not significantly impact Iran’s completion of its nuclear weapons program, attempts were made by some Israeli and many American policy-makers to make light of the significance of President Barack Obama’s moves.

But on Sunday night, Channel 10 reported that far from an opportunistic bid to capitalize on a newfound moderation in Tehran, the draft agreement was the result of months-long secret negotiations between Obama’s consigliere Valerie Jarrett and Iranian negotiators.

According to the report, which was denied by the White House, Jarrett, Obama’s Iranian-born consigliere, conducted secret talks with Iranian negotiators for the past several months. The draft agreement that betrayed US allies throughout the Arab world, and shattered Israeli and French confidence in the US’s willingness to prevent Iran from acquiring nuclear weapons, was presented to negotiators in Geneva as a fait accompli. Israel and Saudi Arabia, like other US regional allies were left in the dark about its contents. As we saw, it was only after the French and the British divulged the details of the deal to Israel and Saudi Arabia that the Israelis, Saudis and French formed an ad hoc alliance to scuttle the deal at the last moment.

The revelation of Jarrett’s long-standing secret talks with the Iranians showed that the Obama administration’s decision to cut a deal with the mullahs was a well-thought-out, long-term policy to use appeasement of the world’s leading sponsor of terrorism as a means to enable the US to withdraw from the Middle East. The fact that the deal in question would also pave the way for Iran to become a nuclear power, and so imperil American national security, was clearly less of a concern for Obama and his team than realizing their goal of withdrawing the US from the Middle East.

Just as ethnic, regional and religious factions wasted no time filling the vacuum created in the Arab world by the disintegration of central governments, so the states of the region and the larger global community wasted no time finding new allies to replace the United States.

Voicing this new understanding, Foreign Minister Avigdor Liberman said Wednesday that it is time for Israel to seek out new allies.

In his words, “The ties with the US are deteriorating.

They have problems in North Korea, Pakistan, Iran, Syria, Egypt, China, and their own financial and immigration troubles. Thus I ask – what is our place in the international arena? Israel must seek more allies with common interests.”

In seeking to block Iran’s nuclear weapons program, Israel has no lack of allies. America’s withdrawal has caused a regional realignment in which Israel and France are replacing the US as the protectors of the Sunni Arab states of the Persian Gulf.

France has ample reason to act. Iran has attacked French targets repeatedly over the past 34 years. France built Saddam Hussein’s nuclear reactor while Saddam was at war with Iran.

France has 10 million Muslim citizens who attend mosques financed by Saudi Arabia.

Moreover, France has strong commercial interests in the Persian Gulf. There is no doubt that France will be directly harmed if Iran becomes a nuclear power.

Although Prime Minister Binyamin Netanyahu’s meeting Wednesday with Russian President Vladimir Putin did not bring about a realignment of Russian interests with the Franco- Sunni-Israeli anti-Iran consortium, the very fact that Netanyahu went to Moscow sent a clear message to the world community that in its dealings with outside powers, Israel no longer feels itself constrained by its alliance with the US.

And that was really the main purpose of the visit. Netanyahu didn’t care that Putin rejected his position on Iran. Israel didn’t need Russia to block Jarrett’s deal. Iran is no longer interested in even feigning interest in a nuclear deal. It was able to neutralize US power in the region, and cast the US’s regional allies into strategic disarray just by convincing Obama and Jarrett that a deal was in the offing. This is why Supreme Leader Ayatollah Ali Khamenei again threatened to annihilate Israel this week. He doesn’t think he needs to sugar coat his intentions any longer.

It is not that the US has become a nonentity in the region overnight, and despite Obama’s ill-will toward Israel, under his leadership the US has not become a wholly negative actor. The successful Israeli-US test of the David’s Sling short-range ballistic missile interceptor on Wednesday was a clear indication of the prevailing importance of Israel’s ties with the US. So, too, the delivery this week of the first of four US fast missile boats to the Egyptian navy, which will improve Egypt’s ability to secure maritime traffic in the Suez Canal, showed that the US remains a key player in the region. Congress’s unwillingness to bow to Obama’s will and weaken sanctions on Iran similarly is a positive portent for a post-Obama American return to the region.

But when America returns, it will likely find a vastly changed regional landscape. Nations are disintegrating, only to reintegrate in new groupings.

Monolithic regimes are giving way to domestic fissures and generational changes. As for America’s allies, some will welcome its return.

Others will scowl and turn away. All will have managed to survive, and even thrive in the absence of a guiding hand from Washington, and all will consequently need America less.

This changed landscape will in turn require the US to do some long, hard thinking about where its interests lie, and to develop new strategies for advancing them.

So perhaps in the fullness of time, we may all end up better off for this break in US strategic rationality.


Islam: Un universitaire égyptien prédit l’effondrement du monde musulman (The collapse of a house is a dangerous matter – and not just for its residents, warns Egyptian-German scholar)

31 mai, 2014
http://cdn.theatlantic.com/static/infocus/syria040513/s02_RTR3DAR3.jpg
http://www.jihadwatch.org/wp-content/uploads/2014/05/Muslims-in-Sweden.jpgMontre-moi que Mahomet ait rien institué de neuf : tu ne trouverais rien que de mauvais et d’inhumain, tel ce qu’il statue en décrétant de faire progresser par l’épée la croyance qu’il prêchait. Manuel II Paléologue (empereur byzantin, 1391)
Dans le septième entretien (dialexis — controverse) édité par le professeur Khoury, l’empereur aborde le thème du djihad, de la guerre sainte. Assurément l’empereur savait que dans la sourate 2, 256 on peut lire : « Nulle contrainte en religion ! ». C’est l’une des sourates de la période initiale, disent les spécialistes, lorsque Mahomet lui-même n’avait encore aucun pouvoir et était menacé. Mais naturellement l’empereur connaissait aussi les dispositions, développées par la suite et fixées dans le Coran, à propos de la guerre sainte. Sans s’arrêter sur les détails, tels que la différence de traitement entre ceux qui possèdent le « Livre » et les « incrédules », l’empereur, avec une rudesse assez surprenante qui nous étonne, s’adresse à son interlocuteur simplement avec la question centrale sur la relation entre religion et violence en général, en disant : « Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau, et tu y trouveras seulement des choses mauvaises et inhumaines, comme son mandat de diffuser par l’épée la foi qu’il prêchait ». L’empereur, après s’être prononcé de manière si peu amène, explique ensuite minutieusement les raisons pour lesquelles la diffusion de la foi à travers la violence est une chose déraisonnable. La violence est en opposition avec la nature de Dieu et la nature de l’âme. « Dieu n’apprécie pas le sang — dit-il —, ne pas agir selon la raison, sun logô, est contraire à la nature de Dieu. La foi est le fruit de l’âme, non du corps. Celui, par conséquent, qui veut conduire quelqu’un à la foi a besoin de la capacité de bien parler et de raisonner correctement, et non de la violence et de la menace… Pour convaincre une âme raisonnable, il n’est pas besoin de disposer ni de son bras, ni d’instrument pour frapper ni de quelque autre moyen que ce soit avec lequel on pourrait menacer une personne de mort… L’affirmation décisive dans cette argumentation contre la conversion au moyen de la violence est : ne pas agir selon la raison est contraire à la nature de Dieu. Benoit XVI (université de Ratisbonne, 1é septembre 2006)
La condition préalable à tout dialogue est que chacun soit honnête avec sa tradition. (…) les chrétiens ont repris tel quel le corpus de la Bible hébraïque. Saint Paul parle de " greffe" du christianisme sur le judaïsme, ce qui est une façon de ne pas nier celui-ci . (…) Dans l’islam, le corpus biblique est, au contraire, totalement remanié pour lui faire dire tout autre chose que son sens initial (…) La récupération sous forme de torsion ne respecte pas le texte originel sur lequel, malgré tout, le Coran s’appuie. René Girard
Dans la foi musulmane, il y a un aspect simple, brut, pratique qui a facilité sa diffusion et transformé la vie d’un grand nombre de peuples à l’état tribal en les ouvrant au monothéisme juif modifié par le christianisme. Mais il lui manque l’essentiel du christianisme : la croix. Comme le christianisme, l’islam réhabilite la victime innocente, mais il le fait de manière guerrière. La croix, c’est le contraire, c’est la fin des mythes violents et archaïques. René Girard
Quand les phénomènes s’exaspèrent, c’est qu’ils vont disparaitre. René Girard
Dire que l’islamisme n’est pas l’islam, qu’il n’a rien à voir avec l’islam, est faux. Pour le musulman d’hier et d’aujourd’hui il n’y a qu’un seul Coran comme il n’y a qu’un seul prophète. L’islamiste est autant musulman que le mystique car il s’appuie sur ces deux fondements. Et dans ces deux fondements il y a l’appel au combat. Ici-bas la guerre pour la victoire de l’islam doit être poursuivie tant que l’islam n’est pas entièrement victorieux. La paix n’est envisageable que si la victoire paraît, pour le moment, impossible ou douteuse (sourate 47, verset 35/37). Mais la paix sera plutôt une récompense du paradis, quand toute la terre aura été pacifiée. Comment passer sous silence que pour les musulmans le monde se partage entre le territoire de l’islam (dâr al-Islam) et le territoire non musulman, qualifié de territoire de la guerre (dâr al-harb). (…) Entre l’islam et l’islamisme, il n’y a pas de différence de nature mais de degré. L’islamisme est présent dans l’islam comme le poussin l’est dans l’oeuf. Il n’y a pas de bon ou mauvais islam, pas plus qu’il n’y a d’islam modéré. En revanche il y a des musulmans modérés, ceux qui n’appliquent que partiellement l’islam. (…) Pour accepter l’islam, l’Europe a forgé le mythe de l’Andalousie tolérante qui aurait constitué un âge d’or pour les trois religions. Tout ce qui concerne les combats, le statut humiliant du non musulman a été soigneusement gommé. Il s’agit d’une véritable falsification de l’histoire réelle. (…) Là où l’islam est particulièrement dangereux, c’est qu’il englobe toute la vie du croyant, du berceau jusqu’à la tombe, dans tous les domaines et qu’il n’y a pas de séparation entre le public et le privé, pas plus qu’il n’y a de séparation entre le politique et le religieux. L’islam est total, global, il englobe la totalité car tout comportement obéit à une règle. Mais en même temps chaque règle est une règle de comportement religieux, que cette règle soit dans le domaine juridique, politique ou intime. C’est le religieux qui recouvre tout. Le système pleinement réalisé devrait s’appeler théocratie et jamais «démocratie». On nous ment quand on nous affirme que l’islam serait une foi qui se pratique dans la sphère privée, comme le christianisme. L’islam est à la fois une foi, une loi, un droit (fiqh), lequel est l’application de la Loi qu’est la charî’a. Et cette charî’a a prescrit de combattre l’infidèle (jihâd ou qitâl), de lui réserver un traitement inégalitaire (dhimmî), d’appliquer aux musulmans des peines fixes (hudûd) pour des crimes bien définis (adultère (zinâ), apostasie (ridda), blasphème(tajdîf), vol (sariqah), brigandage (qat’ al-tarîq), meurtre (qatl) et bien sûr consommation d’alcool. (…) Pour expliquer les attentats, il suffit de se reporter à la vie du prophète, lequel a justifié l’assassinat politique pour le bien de l’islam. De même, faire peur, inspirer la terreur (rahbat) -dont on a tiré le mot moderne “terrorisme” (irhâb)- était la méthode que le noble modèle préconisait pour semer la panique chez les ennemis de l’islam. Anne-Marie Delcambre
L’idée selon laquelle la diffusion de la culture de masse et des biens de consommation dans le monde entier représente le triomphe de la civilisation occidentale repose sur une vision affadie de la culture occidentale. L’essence de la culture occidentale, c’est le droit, pas le MacDo. Le fait que les non-Occidentaux puissent opter pour le second n’implique pas qu’ils acceptent le premier. Samuel Huntington
Le titre m’est venu de la lecture de l’Apocalypse, du chapitre 20, qui annonce qu’au terme de mille ans, des nations innombrables venues des quatre coins de la Terre envahiront « le camp des saints et la Ville bien-aimée. Jean Raspail
Le 17 février 2001, un cargo vétuste s’échouait volontairement sur les rochers côtiers, non loin de Saint-Raphaël. À son bord, un millier d’immigrants kurdes, dont près de la moitié étaient des enfants. « Cette pointe rocheuse faisait partie de mon paysage. Certes, ils n’étaient pas un million, ainsi que je les avais imaginés, à bord d’une armada hors d’âge, mais ils n’en avaient pas moins débarqué chez moi, en plein décor du Camp des saints, pour y jouer l’acte I. Le rapport radio de l’hélicoptère de la gendarmerie diffusé par l’AFP semble extrait, mot pour mot, des trois premiers paragraphes du livre. La presse souligna la coïncidence, laquelle apparut, à certains, et à moi, comme ne relevant pas du seul hasard. Jean Raspail
Ce qui m’a frappé, c’est le contraste entre les opinions exprimées à titre privé et celles tenues publiquement. Double langage et double conscience… À mes yeux, il n’y a pire lâcheté que celle devant la faiblesse, que la peur d’opposer la légitimité de la force à l’illégitimité de la violence. Jean Raspail
Les pays arabes enregistrent un retard par rapport aux autres régions en matière de gouvernance et de participation aux processus de décision. La vague de démocratisation, qui a transformé la gouvernance dans la plupart des pays d’Amérique latine et d’Asie orientale dans les années quatre-vingts, en Europe centrale et dans une bonne partie de l’Asie centrale à la fin des années quatre-vingt et au début des années quatre-vingt-dix, a à peine effleuré les États arabes. Ce déficit de liberté va à l’encontre du développement humain et constitue l’une des manifestations les plus douloureuses du retard enregistré en terme de développement politique. La démocratie et les droits de l’homme sont reconnus de droit, inscrits dans les constitutions, les codes et les déclarations gouvernementales, mais leur application est en réalité bien souvent négligée, voire délibérément ignorée. Le plus souvent, le mode de gouvernance dans le monde arabe se caractérise par un exécutif puissant exerçant un contrôle ferme sur toutes les branches de l’État, en l’absence parfois de garde-fous institutionnels. La démocratie représentative n’est pas toujours véritable, et fait même parfois défaut. Les libertés d’expression et d’association sont bien souvent limitées. Des modèles dépassés de légitimité prédominent.(…) La participation politique dans les pays arabes reste faible, ainsi qu’en témoignent l’absence de véritable démocratie représentative et les restrictions imposées aux libertés. Dans le même temps, les aspirations de la population à davantage de liberté et à une plus grande participation à la prise de décisions se font sentir, engendrées par l’augmentation des revenus, l’éducation et les flux d’information. La dichotomie entre les attentes et leur réalisation a parfois conduit à l’aliénation et à ses corollaires, l’apathie et le mécontentement. (…) Deux mécanismes parallèles sont en jeu. La position de l’État tutélaire va en s’amenuisant, en partie du fait de la réduction des avantages qu’il est en mesure d’offrir aujourd’hui sous forme de garantie de l’emploi, de subventions et autres mesures incitatives. Par contre, les citoyens se trouvent de plus en plus en position de force étant donné que l’État dépend d’eux de manière croissante pour se procurer des recettes fiscales, assurer l’investissement du secteur privé et couvrir d’autres besoins essentiels. Par ailleurs, les progrès du développement humain, en dotant les citoyens, en particulier ceux des classes moyennes, d’un nouvel éventail de ressources, les ont placés en meilleure position pour contester les politiques et négocier avec l’État. Rapport arabe sur le développement humain 2002
C’est une expérience profondément émouvante d’être à Jérusalem, la capitale d’Israël. Nos deux nations sont séparées par plus de 5 000 miles. Mais pour un Américain à l’étranger, il n’est pas possible de ressentir un plus grande proximité avec les idéaux et les convictions de son propre pays qu’ici, en Israël. Nous faisons partie de la grande fraternité des démocraties. Nous parlons la même langue de liberté et de justice, et nous incarnons le droit de toute personne à vivre en paix. Nous servons la même cause et provoquons les mêmes haines chez les mêmes ennemis de la civilisation. C’est ma ferme conviction que la sécurité d’Israël est un intérêt vital de la sécurité nationale des États-Unis. Et notre alliance est une alliance fondée non seulement sur des intérêts communs, mais aussi sur des valeurs partagées. (…) Quand on vient ici en Israël et qu’on voit que le PIB par habitant est d’environ 21.000 dollars, alors qu’il est de l’ordre de 10.000 dollars tout juste de l’autre côté dans les secteurs gérés par l’Autorité palestinienne, on constate une différence énorme et dramatique de vitalité économique. (…) C’est la culture qui fait toute la différence. Et lorsque je regarde cette ville (Jérusalem) et tout ce que le peuple de cette nation (Israël) a accompli, je reconnais pour le moins la puissance de la culture et de quelques autres choses. Mitt Romney
Le discours de Mitt Romney à Jérusalem, et les déclarations à la presse qui l’ont accompagné n’en finissent décidément pas de faire des vagues. Mitt Romney a parlé du fait que le développement économique et la liberté qui règnent en Israël étaient dues à la culture, et que les handicaps qui marquent le monde musulman et qui touchent les « Palestiniens » auraient aussi une dimension culturelle. Des accusations de racisme ont aussitôt commencé à fuser. (…) Oui, certaines cultures sont plus propices que d’autres au développement économique et à la liberté sous toutes ses formes, et, n’en déplaise aux relativistes, la culture juive est une culture particulièrement propice. La culture du christianisme protestant est plus propice au développement économique et à la liberté que la culture du christianisme catholique, et lorsque des substrats culturels viennent s’ajouter, tels le caudillisme en Amérique latine, les handicaps peuvent devenir écrasants. Oui, les cultures marquées par le confucianisme peuvent susciter le développement économique, mais se trouver confrontées à des obstacles lorsqu’il s’agit de liberté, et cela explique les difficultés de sociétés asiatiques à passer à un fonctionnement post-industriel et post-asiatique. Et oui, hélas, le monde musulman, et en lui tout particulièrement le monde arabe, sont dans une situation de blocage culturel qui ne cesse de s’aggraver et prennent des allures cataclysmiques. Le monde arabe est aujourd’hui dans une phase d’effondrement économique qui s’accompagne d’un effondrement de ses structures politiques et d’une destruction de ses repères culturels. Il ne reste au milieu des décombres qu’une infime minorité de gens ouverts à l’esprit de civilisation et aux sociétés ouvertes, et une immense déferlante islamiste où se mêlent dans le ressentiment, le sectarisme et le tribalisme des gens désireux de revenir à une lecture littéraliste du Coran, des radicaux mélangeant Coran et texte de Marx, Lénine ou Franz Fanon, d’autres qui relisent leurs textes sacrés à la lumière noire de Hitler. Cet effondrement ne fait que commencer. Il va se poursuivre. La situation qui prévaut en Syrie n’en est qu’un fragment. D’autres fragments sont visibles en Libye, dans le Nord du Mali, au Nigeria où agissent les Boko Haram, en Somalie, au Soudan, au Yemen. Il est criminel de ne pas le comprendre. C’est suicidaire aussi. La Russie et la Chine essaient cyniquement de voir quels avantages elles peuvent tirer de l’effondrement et en quoi il peut leur permettre de parasiter le monde occidental. Les dirigeants européens s’essaient à rafistoler une zone euro et une Union Européenne qui sont elles-mêmes au bord de l’effondrement, et font semblant de croire encore aux « promesses du printemps arabe ». Manuel Valls, qui sortait sans doute d’un hôpital où il venait de subir une lobotomie, a parlé le 6 juillet en inaugurant de manière très laïque une mosquée à Cergy Pontoise de l’islam contemporain comme de l’hériter de celui de Cordoue où foisonnait la connaissance. Les dirigeants européens entendent aussi flatter les « Palestiniens » : s’ils ouvraient les yeux (c’est impossible, je sais), et s’ils actionnaient leurs neurones (ce qui est plus impossible encore, je ne l’ignore pas), ils discerneraient que le « mouvement palestinien » est en train de mourir et ne survit que grâce aux injections financières européennes et, pour partie, américaines. Ils discerneraient que le « mouvement palestinien » s’est développé dans les années mille neuf cent soixante quand le nationalisme arabe était soutenu par l’Union Soviétique. L’Union Soviétique n’existe plus. Le nationalisme arabe agonise dans les décombres de Damas. Guy Millière
La Scandinavie est un ensemble qui a connu une très forte émigration au XIXe siècle, contribuant notamment à peupler les Etats-Unis. Mais il n’y avait jamais eu de vrai phénomène d’immigration. Il est très amusant de comparer la diversité des noms de famille en France, où elle est infinie, et en Scandinavie, où il y a très peu de souches. Là-bas, l’immigration débute, même pas dans les années 50 comme au Royaume-Uni, mais seulement dans les années 70. Au début, ces social-démocraties qui n’ont pas eu de colonies ont accueilli à bras ouverts les immigrés avec des conditions très avantageuses. A ceci près que la masse d’arrivants s’est concentrée dans des zones déjà très peuplées : à l’échelle d’un pays, c’est peu, mais à celle de certains quartiers d’Oslo ou de Copenhague, l’équilibre s’est rompu. Par ailleurs, dans une société très ouverte et très égalitaire, la question du statut des femmes a vite posé problème. Les habitants n’ont pas supporté de voir ces femmes avec le voile noir intégral. Même si ces immigrés ne font rien de mal et vont faire leurs courses chez Ikea, la situation est devenue explosive. (…) [aux élections européennes] …Attendons de voir ces résultats pour en tirer des conclusions, mais on peut s’attendre à une poussée. Le suffrage se fait à la proportionnelle. Beaucoup de partis d’extrême droite sous-représentés en raison d’un scrutin majoritaire national vont donc se révéler. La France n’a que deux députés frontistes pour représenter 16% de la population. Le phénomène est le même en Grande-Bretagne, qui a connu une immigration record ces dernières années. Entre 1991 et 2011, la proportion de la population née à l’étranger est passée de 5,8 à 12,5%. Cela risque d’avoir des répercussions dans les urnes fin mai pour le British National Party [BNP] et le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni [Ukip]. Le vote Front national concerne seulement la partie ouest du Nord-Pas-de-Calais, c’est-à-dire, paradoxalement, la zone la plus développée, la mieux réaménagée, la plus agréable. Les centres-villes de Béthune ou de Lens sont devenus des endroits presque riants, alors qu’ils étaient plutôt déprimants. Tout a bougé, on a cassé des corons, et on a également beaucoup redistribué d’aides sociales. En revanche, la partie nord-est de la région est restée en l’état, fidèle au vote communiste. Cette stagnation n’a pas généré de frustrations. Car si personne n’évolue socialement, il n’y a pas non plus, contrairement à la partie ouest, de sentiment de déclassement. Béatrice Giblin
Les Français ont redit hier que la crise économique et sociale n’était rien à côté de la crise identitaire, liée à l’immigration massive et à la déculturation organisée. Les socialistes corsetés n’ont pas de réponse: Manuel Valls a répété qu’il ne changerait pas sa "feuille de route" et qu’il "demandait du temps". L’UMP, pour sa part,  avait un temps touché du doigt la bonne stratégie avec la "ligne Buisson", qui consistait à se dégager des interdits de penser. C’est elle qui s’avère plus nécessaire que jamais si la droite veut regagner la confiance. Pour l’UMP, c’est désormais une question de survie. Il n’est en tout cas pas pensable de répondre par l’immobilisme à cette crise de régime. Ceux qui dénoncent dans le FN le "rejet de l’autre" ne peuvent rejeter ce parti devenu majoritaire, à moins d’ostraciser "La France FN" (titre de Libération, ce lundi). D’autant que le procès en antisémitisme qui est fait par certains au mouvement de Marine Le Pen masque la réalité de la haine antijuive  qui s’observe dans des cités (deux jeunes frères portant la kippa ont été agressés samedi soir devant la synagogue de Créteil). Le "populisme" ne menace aucunement la démocratie, comme l’assurent les oligarques contestés par le peuple et qui s’accrochent, eux, à leur pouvoir. Le vrai danger est l’obscurantisme qui, à Bruxelles samedi, a assassiné quatre personnes, dont deux israéliens, au Musée Juif de la ville; or cette menace-là mobilise beaucoup moins les belles âmes. La diabolisation du mouvement de Marine Le Pen est une paresse intellectuelle des politiques et des médias. Ceux-là ont été ses meilleurs alliés, en instituant son parti comme unique formation à l’écoute des gens. L’échec confirmé de cette méthode oblige à y renoncer. Il est devenu, par la volonté des citoyens, un parti comme un autre. Il doit être jugé sur son programme. L’UMP devra s’en inspirer quand le FN parle de la France. Ivan Rioufol
Si les tendances à la fragmentation perdurent, le mouvement islamiste sera condamné, comme le fascisme et le communisme, à n’être rien de plus qu’une menace pour la civilisation, capable de causer des dommages considérables mais sans jamais pouvoir triompher. Ce frein potentiel au pouvoir islamiste, devenu manifeste seulement en 2013, ouvre la voie à l’optimisme mais pas à la complaisance. Même si les choses semblent meilleures qu’il y a un an, la tendance peut à nouveau s’inverser rapidement. La tâche ardue qui consiste à vaincre l’islamisme demeure une priorité. Daniel Pipes
Abdel-Samad avait prédit, avant le déclenchement des révolutions arabes, l’effondrement du monde musulman sous le poids d’un islam incapable de prendre le virage de la modernité, et l’immigration massive vers l’Occident qui s’en suivrait. L’Occident a intérêt à soutenir les forces laïques et démocratiques dans le monde musulman. Et chez nous, il faut encourager la critique de l’islam au lieu de la réprimer sous prétexte de discours de haine. En apaisant les islamistes et en accommodant leurs demandes obscurantistes dans nos institutions, on ne fait que retarder un processus qui serait salutaire pour les musulmans eux-mêmes, et pour l’humanité. Al Masrd
In the western world, an astounding number of people believe that Islam is overpowering and on the rise. Demographic trends, along with bloody attacks and shrill tones of Islamist fundamentalists, seem to confirm that notion. In reality, however, it is the Islamic world which feels on the defensive and determined to protest vehemently against what it perceives as a western, aggressive style of power politics, including in the economic sphere. In short, a stunning pattern of asymmetric communication and mutual paranoia determines the relationship between (Muslim) East and (Christian) West — and has done so for generations. Regarding Islam, I think that in its present condition it may be many things, except for one — that it is powerful. Indeed, I view today’s Islam as seriously ill — and, both culturally and socially, as in retreat. It can offer few, if any, constructive answers to the questions of the 21st century and instead barricades itself behind a wall of anger and protest. The religiously motivated violence, the growing Islamization of public space and the insistence on the visibility of Muslim symbols are merely nervous reactions to this retreat. The rise of Islamism reflects little more than the profound lack of self-awareness and constructive real-life options for many young Muslims. For all the supposed glory and dynamism in the eyes of its acolytes, it is little more than the desperate act to paint a house in seemingly resplendent colors, while the house itself is about to topple onto itself. But no doubt about it, the collapse of a house is a dangerous matter — and not just for its residents. (…)  As far as I can tell, the “clash of civilizations” seized upon by the late Samuel Huntington has long become reality. But it is important to realize that it takes place not only between Islam and the West, as many suspected it, but also within the Islamic world itself. It is an inner-Islamic clash between individualism and conformity pressure, between continuity and innovation, modernity and the past. (…) Perversely, but predictably, the directly related lack of economic productivity and the growing popular discontent over the inability to tap into a gainful economic life help the radical Islamists to advance their cause. (…) When it comes to the future of Islam, I fear that the road to transformation and modernization will only be reached following a period of collapse. This is especially true in the Arab world, where the prospects for both regional and global advancement appear rather daunting, if not — for now — illusory. A rapidly growing, poor and oppressed population, a lagging educational sector, shrinking oil reserves and drastic climate change undermine any prospects for economic progress. In addition, these factors further intensify the existing regional and religious conflicts. The net effect of this could well be an increasing loss of relevance and authority of the state itself, which could lead to a significant spread of violence. The civil wars in Afghanistan, Iraq, Algeria, Pakistan, Somalia and Sudan are just the beginning of it — although already a most ominous one. The present form of spiritual and material calcification leads me to make a prediction: Many Islamic countries will tumble, and Islam will have a hard time surviving as a political and social idea, and as a culture. What this does to the world community is difficult to assess. However, it is quite clear that this disintegration will result in one of the largest migrations in history. (And this is precisely where the circle of fear is getting closed again — from New York to Germany.) The downfall of the Islamic world would automatically mean that the waves of migration to Europe would increase significantly. For young Muslim immigrants, fleeing poverty and terrorism, Europe does indeed represent a hope for them, as does the United States. Still, they will not manage to shed themselves of their friend-foe thinking. They will migrate into a continent that they by and large despise — and that they hold responsible for their plight. Worse, neither the recipient country’s government institutions nor the long-established Muslim immigrants there can help them to integrate themselves. The spreading violence that came to the fore in the wake of the downfall of their home countries will simply be outsourced, mainly to Europe, because of its non-shielded immigrant situation. Saying so has nothing to do with scaremongering, but is an act of recognizing what’s real. In the ultimate analysis, it is the natural result of the imbalance in the world in which we live. The many sins of the West and the corresponding failures of the Islamic world itself, which are already the stuff of history for centuries, will become very visible again. This is the downside of the globalization process. Hard times await us on both sides of the Mediterranean Sea. Meanwhile, we are all running out of time. Hamed Abdel-Samad
Les musulmans ne cessent de se vanter d’avoir transmis la civilisation grecque et romaine aux Occidentaux, mais s’ils étaient vraiment porteurs de cette civilisation pourquoi ne l’ont-ils pas préservée, valorisée et enrichie afin d’en tirer le meilleur profit ? (…)  les diverses cultures contemporaines se fécondent mutuellement et s’épanouissent tout en se faisant concurrence, alors que la culture islamique demeure pétrifiée et hermétiquement fermée à la culture occidentale qu’elle qualifie et accuse d’être infidèle? (…) le caractère infidèle de la civilisation occidentale n’empêche pas les musulmans de jouir de ses réalisations et de ses produits, particulièrement dans les domaines scientifiques, technologiques et médicaux. Ils en jouissent sans réaliser qu’ils ont raté le train de la modernité lequel est opéré et conduit par les infidèles sans contribution aucune des musulmans, au point que ces derniers sont devenus un poids mort pour l’Occident et pour l’humanité entière. (…) comment l’élite éclairée dans le monde islamique et arabe saura-t-elle affronter cette réalité ? Hamed Abdel-Samad

Islam incapable de prendre le virage de la modernité, absence de structures économiques assurant un réel développement, absence d’un système éducatif efficace, limitation sévère de la créativité intellectuelle  …

Alors qu’avance chaque jour un peu plus dans les marges de nos villes la contre-colonisation islamique …

Et qu’alimentées, de la Syrie à l’Afrique, par les pires conflits de la planète, les vagues d’immigration sauvages et massives prophétisées par Jean Raspail ont déjà commencé à atteindre nos rivages …

Pendant qu’entre Mohamed Merah en France et son possible émule il y  a une semaine à Bruxelles, les "soldats perdus du jihad" ont peut-être déjà commencé eux aussi à rapatrier leur violence dans nos centre-villes …

Et qu’après le discours de vérité de Benoit XVI sur l’islam et face à l’inquiétude qui monte de nos populations de souche, le Pape François comme nos belles âmes et nos médias nous ramènent à l’apaisement le plus servile …

Petite remise des pendules à l’heure avec l’universitaire égypto-allemand Hamed Abd el Samad

Qui, bien solitaire et au péril de sa vie, rappelait il y a trois ans  le caractère illusoire de l’apparente résurgence du monde islamique ..

Et confirmant, après le fameux rapport des Nations Unies d’il y a douze ans, les analyses tant critiquées de Huntington sur le choc des civilisations comme le lien décrit par René Girard entre l’exaspération et la disparition prochaine d’un phénomène …

Montrait que ledit conflit se joue aussi à l’intérieur du monde musulman lui-même et prédisait un effondrement dans les décennies à venir de la Maison-islam …

Aussi nécessaire et salutaire qu’hélas hautement risqué et dangereux …

Et ce pas seulement pour ses résidents …

Un universitaire égyptien prédit l’effondrement du monde musulman
Un article paru le 1er décembre 2010 dans le journal Al Marsd au sujet d’un livre du politologue allemand d’origine égyptienne, Abdel-Samad.

Abdel-Samad avait prédit, avant le déclenchement des révolutions arabes, l’effondrement du monde musulman sous le poids d’un islam incapable de prendre le virage de la modernité, et l’immigration massive vers l’Occident qui s’en suivrait.L’Occident a intérêt à soutenir les forces laïques et démocratiques dans le monde musulman. Et chez nous, il faut encourager la critique de l’islam au lieu de la réprimer sous prétexte de discours de haine. En apaisant les islamistes et en accommodant leurs demandes obscurantistes dans nos institutions, on ne fait que retarder un processus qui serait salutaire pour les musulmans eux-mêmes, et pour l’humanité.

Hamed Abd el Samad, chercheur et professeur d’université résidant en Allemagne, a publié en décembre 2010 un ouvrage qu’il a intitulé «la chute du monde islamique». Dans son livre il pose un diagnostic sans concessions sur l’ampleur de la catastrophe qui frappera le monde islamique au cours des trente prochaines années. L’auteur s’attend à ce que cet évènement coïncide avec le tarissement prévisible des puits de pétrole au Moyen-Orient. La désertification progressive contribuerait également au marasme économique tandis qu’on assistera à une exacerbation des nombreux conflits ethniques, religieux et économiques qui ont actuellement cours. Ces désordres s’accompagneront de mouvements massifs de population avec une recrudescence des mouvements migratoires vers l’Occident, particulièrement en direction de l’Europe.

Fort de sa connaissance de la réalité du monde islamique, le professeur Abd el Samad en est venu à cette vision pessimiste. L’arriération intellectuelle, l’immobilisme économique et social, le blocage sur les plans religieux et politiques sont d’après lui les causes principales de la catastrophe appréhendée. Ses origines remontent à un millénaire et elle est en lien avec l’incapacité de l’islam d’offrir des réponses nouvelles ou créatives pour le bénéfice de l’humanité en général et pour ses adeptes en particulier.

À moins d’un miracle ou d’un changement de cap aussi radical que salutaire, Abd el Samad croit que l’effondrement du monde islamique connaîtra son point culminant durant les deux prochaines décennies. L’auteur égyptien a relevé plusieurs éléments lui permettant d’émettre un tel pronostic :

Absence de structures économiques assurant un réel développement
Absence d’un système éducatif efficace
Limitation sévère de la créativité intellectuelle

Ces déficiences ont fragilisé à l’extrême l’édifice du monde islamique, le prédisposant par conséquent à l’effondrement. Le processus de désintégration comme on l’a vu plus haut a débuté depuis longtemps et on serait rendu actuellement à la phase terminale.

L’auteur ne ménage pas ses critiques à l’égard des musulmans : «Ils ne cessent de se vanter d’avoir transmis la civilisation grecque et romaine aux Occidentaux, mais s’ils étaient vraiment porteurs de cette civilisation pourquoi ne l’ont-ils pas préservée, valorisée et enrichie afin d’en tirer le meilleur profit ?» Et il pousse le questionnement d’un cran : «Pourquoi les diverses cultures contemporaines se fécondent mutuellement et s’épanouissent tout en se faisant concurrence, alors que la culture islamique demeure pétrifiée et hermétiquement fermée à la culture occidentale qu’elle qualifie et accuse d’être infidèle?» Et il ajoute : «le caractère infidèle de la civilisation occidentale n’empêche pas les musulmans de jouir de ses réalisations et de ses produits, particulièrement dans les domaines scientifiques, technologiques et médicaux. Ils en jouissent sans réaliser qu’ils ont raté le train de la modernité lequel est opéré et conduit par les infidèles sans contribution aucune des musulmans, au point que ces derniers sont devenus un poids mort pour l’Occident et pour l’humanité entière.»

L’auteur constate l’impossibilité de réformer l’islam tant que la critique du coran, de ses concepts, de ses principes et de son enseignement demeure taboue ; cet état de fait empêche tout progrès, stérilise la pensée et paralyse toute initiative. S’attaquant indirectement au coran. l’auteur se demande quels changements profonds peut-on s’attendre de la part de populations qui sacralisent des textes figés et stériles et qui continuent de croire qu’ils sont valables pour tous les temps et tous les lieux. Ce blocage n’empêche pas les leaders religieux de répéter avec vantardise et arrogance que les musulmans sont le meilleur de l’humanité, que les non-musulmans sont méprisables et ne méritent pas de vivre ! L’ampleur de la schizophrénie qui affecte l’oumma islamique est remarquable.

L’auteur s’interroge : «comment l’élite éclairée dans le monde islamique et arabe saura-t-elle affronter cette réalité ? Malgré le pessimisme qui sévit parmi les penseurs musulmans libéraux, ceux-ci conservent une lueur d’espoir qui les autorise à réclamer qu’une autocritique se fasse dans un premier temps avec franchise, loin du mensonge, de l’hypocrisie, de la dissimulation et de l’orgueil mal placé. Cet effort doit être accompagné de la volonté de se réconcilier avec les autres en reconnaissant et respectant leur supériorité sur le plan civilisationnel et leurs contributions sur les plans scientifiques et technologiques. Le monde islamique doit prendre conscience de sa faiblesse et doit rechercher les causes de son arriération, de son échec et de sa misère en toute franchise afin de trouver un remède à ses maux.

Le professeur Abd el Samad ne perçoit aucune solution magique à la situation de l’oumma islamique tant que celle-ci restera attachée à la charia qui asservit, stérilise les esprits, divise le monde entre croyants musulmans et infidèles non-musulmans ; entre dar el islam et dar el harb (les pays islamiques et les pays à conquérir). L’auteur croit qu’il est impossible pour l’oumma islamique de progresser et d’innover avant qu’elle ne se libère de ses démons, de ses complexes, de ses interdits et avant qu’elle ne transforme l’islam en religion purement spirituelle invitant ses adeptes à une relation personnelle avec le créateur sans interférence de la part de quiconque fusse un prophète, un individu, une institution ou une mafia religieuse dans sa pratique de la religion ou dans sa vie quotidienne.

Source : أستاذ جامعي مصري يتنبأ بسقوط العالم الإسلامي خلال 30 سنة, Al-Masrd, 1 décembre 2010. Traduction de l’arabe par Hélios d’Alexandrie

Voir aussi:

Globalization and the Pending Collapse of the Islamic World

With which tools can Islam, in the eyes of the Islamists, actually conquer the world of today? Or can it?
Hamed Abdel-Samad

The Globalist

September 15, 2010

In the western world, an astounding number of people believe that Islam is overpowering and on the rise. Demographic trends, along with bloody attacks and shrill tones of Islamist fundamentalists, seem to confirm that notion.

In reality, however, it is the Islamic world which feels on the defensive and determined to protest vehemently against what it perceives as a western, aggressive style of power politics, including in the economic sphere.

In short, a stunning pattern of asymmetric communication and mutual paranoia determines the relationship between (Muslim) East and (Christian) West — and has done so for generations.

Regarding Islam, I think that in its present condition it may be many things, except for one — that it is powerful. Indeed, I view today’s Islam as seriously ill — and, both culturally and socially, as in retreat.

It can offer few, if any, constructive answers to the questions of the 21st century and instead barricades itself behind a wall of anger and protest.

The religiously motivated violence, the growing Islamization of public space and the insistence on the visibility of Muslim symbols are merely nervous reactions to this retreat.

The rise of Islamism reflects little more than the profound lack of self-awareness and constructive real-life options for many young Muslims.

For all the supposed glory and dynamism in the eyes of its acolytes, it is little more than the desperate act to paint a house in seemingly resplendent colors, while the house itself is about to topple onto itself.

But no doubt about it, the collapse of a house is a dangerous matter — and not just for its residents.

The key question is this: With which tools can Islam, in the eyes of the Islamists, actually conquer the world of today? After all, in the era of nanotechnology, demographics alone is no longer sufficient to determine the fate of the world.

To the contrary, the rise of half-educated masses without any real prospects for economic and social advancement in too many Muslim countries, in my view, is more of a burden on Islam than on the West.

True, there is a widespread trend which has much of the Islamic world disassociate itself from secular and scientific knowledge in a drastic manner — and which chooses to adopt a profoundly irreconcilable attitude to the spirit of modernity.

At the same time, for all their presumed backwardness and lack of perspective, young Muslims in many countries undergo a distinct individualization process.

True, that development primarily concerns those who are quite intense users of the Internet and who, depending on their personal financial situation, also tend to be devoted to buying modern consumer goods.

Either way, the outcome is a profound shift from the pre-Internet past: They no longer trust the old traditional structures.

These trends can ultimately bring about one of two possible outcomes — a move toward democratization or a step back toward mass fanaticism and violence.

Which outcome it will be depends first and foremost on the frameworks in which these young individuals find themselves.

What is as perplexing as it is remarkable is that, in key countries such as Iran and Egypt, the trend toward radicalization and the opposite outcome of young people managing to free themselves from outdated structures occur simultaneously.

Meanwhile, the battle lines between these two opposing outcomes have hardened more than ever before — and a bitter confrontation has become inevitable.

As far as I can tell, the “clash of civilizations” seized upon by the late Samuel Huntington has long become reality. But it is important to realize that it takes place not only between Islam and the West, as many suspected it, but also within the Islamic world itself.

It is an inner-Islamic clash between individualism and conformity pressure, between continuity and innovation, modernity and the past.

It would be naïve to assume that real political reform — and, along with it, a modernizing reform of Islam — are anything but in the rather distant future.

That will be the case as long as the education systems still favor pure loyalty over freer forms of thinking.

Perversely, but predictably, the directly related lack of economic productivity and the growing popular discontent over the inability to tap into a gainful economic life help the radical Islamists to advance their cause.

Even in the socially and politically better-off Gulf countries, the process of opening up is primarily undertaken by "virtue" of introducing modern consumer culture — rather than as a dynamic renewal of thought. (Hello China.)

The so-called reformers of Islam still dare not approach the fundamental problems of culture and religion. Reform debates are triggered frequently, but never completed.

Hardly anyone asks, “Is there possibly a fundamental shortcoming of our faith?” Hardly anyone dares to attack the sanctity of the Koran.

The Muslim World and the Titanic

Does Islam share the same fate as the Titanic?
Hamed Abdel-Samad

The Globalist

September 16, 2010

Comparing the Muslim world of today with the Titanic just before its sinking, some powerful parallels come to mind — sadly so.

That ship was all alone in the ocean, was considered invincible by its proud makers and yet suddenly became irredeemably tarnished in its oversized ambitions. Within a few seconds, it moved in its self-perception from world dominator to sailing helplessly in the icy ocean of modernity, without any concept of where a rescue crew could come from.

The passengers in the third-class cabins remained asleep, effectively imprisoned, clueless about the looming catastrophe. The rich, meanwhile, managed to rescue themselves in the few lifeboats that were available, while the traveling clergy excelled with heartfelt but empty appeals to those caught in between not to give up fighting.

The so-called Islamic reformers remind me of the salon orchestra, which — in a heroic display of giving the passengers the illusion of normalcy — continued to play on the deck of the Titanic until it went down. Likewise, the reformers are playing an alluring melody, but know full well that no one is listening anyway.

All around the world, we live in times of significant global transformation. The disorienting pressures stemming from that need find a real-life expression in such events as the fight in New York City over the location of a mosque, the abandoned burning of Korans in Florida, or German debates about the presumed economic inferiority of Muslim immigrants (advanced by a central banker, who has since resigned from office).

When it comes to the future of Islam, I fear that the road to transformation and modernization will only be reached following a period of collapse.

This is especially true in the Arab world, where the prospects for both regional and global advancement appear rather daunting, if not — for now — illusory.

A rapidly growing, poor and oppressed population, a lagging educational sector, shrinking oil reserves and drastic climate change undermine any prospects for economic progress. In addition, these factors further intensify the existing regional and religious conflicts.

The net effect of this could well be an increasing loss of relevance and authority of the state itself, which could lead to a significant spread of violence.

The civil wars in Afghanistan, Iraq, Algeria, Pakistan, Somalia and Sudan are just the beginning of it — although already a most ominous one.

The present form of spiritual and material calcification leads me to make a prediction: Many Islamic countries will tumble, and Islam will have a hard time surviving as a political and social idea, and as a culture.

What this does to the world community is difficult to assess. However, it is quite clear that this disintegration will result in one of the largest migrations in history. (And this is precisely where the circle of fear is getting closed again — from New York to Germany.)

The downfall of the Islamic world would automatically mean that the waves of migration to Europe would increase significantly. For young Muslim immigrants, fleeing poverty and terrorism, Europe does indeed represent a hope for them, as does the United States.

Still, they will not manage to shed themselves of their friend-foe thinking. They will migrate into a continent that they by and large despise — and that they hold responsible for their plight.

Worse, neither the recipient country’s government institutions nor the long-established Muslim immigrants there can help them to integrate themselves.

The spreading violence that came to the fore in the wake of the downfall of their home countries will simply be outsourced, mainly to Europe, because of its non-shielded immigrant situation.

Saying so has nothing to do with scaremongering, but is an act of recognizing what’s real. In the ultimate analysis, it is the natural result of the imbalance in the world in which we live.

The many sins of the West and the corresponding failures of the Islamic world itself, which are already the stuff of history for centuries, will become very visible again.

This is the downside of the globalization process. Hard times await us on both sides of the Mediterranean Sea. Meanwhile, we are all running out of time.

Voir également:

L’islamisme probablement condamné à disparaître
Daniel Pipes
The Washington Times
22 juillet 2013

Version originale anglaise: Islamism’s Likely Doom
Adaptation française: Johan Bourlard

Pas plus tard qu’en 2012, les islamistes semblaient pouvoir coopérer en surmontant leurs nombreuses dissensions internes – religieuses (sunnites et chiites), politiques (monarchistes et républicains), tactiques (politiques et violentes), ou encore sur l’attitude face à la modernité (salafistes et Frères musulmans). En Tunisie, par exemple, les salafistes et les Frères musulmans (FM) ont trouvé un terrain d’entente. Les différences entre tous ces groupes étaient réelles mais secondaires car, comme je le disais alors, « tous les islamistes poussent dans la même direction, vers l’application pleine et sévère de la loi islamique (la charia) ».

Ce genre de coopération se poursuit à un niveau relativement modeste, comme on a pu le voir lors de la rencontre entre un membre du parti au pouvoir en Turquie et le chef d’une organisation salafiste en Allemagne. Mais ces derniers mois, les islamistes sont entrés subitement et massivement en conflit les uns avec les autres. Même s’ils constituent toujours un mouvement à part entière caractérisé par des objectifs hégémoniques et utopistes, les islamistes diffèrent entre eux quant à leurs troupes, leurs appartenances ethniques, leurs méthodes et leurs philosophies.

Les luttes intestines que se livrent les islamistes ont éclaté dans plusieurs autres pays à majorité musulmane. Ainsi, on peut observer des tensions entre sunnites et chiites dans l’opposition entre la Turquie et l’Iran due aussi à des approches différentes de l’islamisme. Au Liban, on assiste à une double lutte, d’une part entre sunnites et islamistes chiites et d’autre part entre islamistes sunnites et l’armée. En Syrie c’est la lutte des sunnites contre les islamistes chiites, comme en Irak. En Égypte, on voit les islamistes sunnites contre les chiites alors qu’au Yémen ce sont les houthistes qui s’opposent aux salafistes.

La plupart du temps, toutefois, ce sont les membres d’une même secte qui s’affrontent : Khamenei contre Ahmadinejad en Iran, l’AKP contre les Gülenistes en Turquie, Asa’ib Ahl al-Haq contre Moqtada al-Sadr en Irak, la monarchie contre les Frères musulmans en Arabie Saoudite, le Front islamique de libération contre le Front al-Nosra en Syrie, les Frères musulmans égyptiens contre le Hamas au sujet des hostilités avec Israël, les Frères musulmans contre les salafistes en Égypte, ou encore le choc entre deux idéologues et hommes politiques de premier plan, Omar el-Béchir contre Hassan al-Tourabi au Soudan. En Tunisie, les salafistes (dénommés Ansar al-charia) combattent l’organisation de type Frères musulmans (dénommée Ennahda).

Des différences apparemment mineures peuvent revêtir un caractère complexe. À titre d’exemple, essayons de suivre le récit énigmatique d’un journal de Beyrouth à propos des hostilités à Tripoli, ville du nord du Liban :

Des heurts entre les différents groupes islamistes à Tripoli, divisés entre les mouvements politiques du 8 Mars et du 14 Mars, sont en recrudescence. … Depuis l’assassinat, en octobre, du Général de Brigade Wissam al-Hassan, figure de proue du mouvement du 14 Mars et chef du service des renseignements, des différends entre groupes islamistes à Tripoli ont abouti à une confrontation majeure, surtout après le meurtre du cheikh Abdel-Razzak al-Asmar, un représentant du Mouvement d’unification islamique, quelques heures seulement après la mort d’al-Hassan. Le cheikh a été tué par balles… pendant un échange de tirs survenu lorsque des partisans de Kanaan Naji, islamiste indépendant associé à la Rencontre nationale islamique, ont tenté de s’emparer du quartier général du Mouvement d’unification islamique.

Cet état de fragmentation rappelle les divisions que connaissaient, dans les années 1950, les nationalistes panarabes. Ces derniers aspiraient à l’unification de tous les peuples arabophones « du Golfe [Persique] à l’Océan [Atlantique] » pour reprendre l’expression d’alors. Malgré la grandeur de ce rêve, ses leaders se sont brouillés au moment où le mouvement grandissait, condamnant un nationalisme panarabe qui a fini par s’effondrer sous le poids d’affrontements entre factions toujours plus morcelées. Parmi ces conflits, on note :

Gamal Abdel Nasser en Égypte contre les partis Baas (ou Ba’ath) au pouvoir en Syrie et en Irak.
Le parti Baas syrien contre le parti Baas irakien.
Les baasistes syriens sunnites contre les baasistes syriens alaouites.
Les baasistes syriens alaouites jadidistes contre les baasistes syriens alaouites assadistes.

Et ainsi de suite. En réalité tous les efforts en vue de former une union arabe ont échoué – en particulier la République arabe unie rassemblant l’Égypte et la Syrie (1958-1961) mais également des tentatives plus modestes comme la Fédération arabe (1958), les États arabes unis (1958-1961), la Fédération des Républiques arabes (1972-1977), la domination syrienne du Liban (1976-2005) et l’annexion du Koweït par l’Irak (1990-1991).

Reflet de modèles bien ancrés au Moyen-Orient, les dissensions qui surgissent parmi les islamistes les empêchent en outre de travailler ensemble. Une fois que le mouvement émerge, que ses membres accèdent au pouvoir et l’exercent réellement, les divisions deviennent de plus en plus profondes. Les rivalités, masquées quand les islamistes languissent dans l’opposition, se dévoilent quand ils conquièrent le pouvoir.

Si les tendances à la fragmentation perdurent, le mouvement islamiste sera condamné, comme le fascisme et le communisme, à n’être rien de plus qu’une menace pour la civilisation, capable de causer des dommages considérables mais sans jamais pouvoir triompher. Ce frein potentiel au pouvoir islamiste, devenu manifeste seulement en 2013, ouvre la voie à l’optimisme mais pas à la complaisance. Même si les choses semblent meilleures qu’il y a un an, la tendance peut à nouveau s’inverser rapidement. La tâche ardue qui consiste à vaincre l’islamisme demeure une priorité.

Addendum, 22 juillet 2013. Les subdivisions parmi les nationalistes panarabes des années 1950 me rappellent une parodie du comédien américain Emo Philips (légèrement adaptée pour la lecture) :

Un jour, j’ai vu un type sur un pont, prêt à sauter.

Je lui ai dit. « Ne fais pas ça ! ». Il a répondu : « Personne ne m’aime. »

« Dieu t’aime. Crois-tu en Dieu ? ». Il a répondu : « Oui. »

« Moi aussi ! Es-tu juif ou chrétien ? » Il a répondu : « Chrétien. »

« Moi aussi ! Protestant ou catholique ? » Il a répondu : « Protestant. »

« Moi aussi ! Quelle dénomination ? » Il a répondu : « Baptiste. »

« Moi aussi ! Baptiste du Nord ou du Sud? » Il a répondu : « Baptiste du Nord. »

« Moi aussi ! Baptiste du Nord conservateur ou libéral ? » Il a répondu : « Baptiste du Nord conservateur. »

« Moi aussi ! Baptiste du Nord conservateur de la région des Grands Lacs ou de l’Est ? » Il a répondu : « Baptiste du Nord conservateur de la région des Grands Lacs. »

« Moi aussi ! Baptiste du Nord conservateur de la région des Grands Lacs du Conseil de 1879 ou du Conseil de 1912 ? » Il a répondu : « Baptiste du Nord conservateur de la région des Grands Lacs du Conseil de 1912. »

J’ai répondu : « Meurs, hérétique ! » Et je l’ai poussé en bas du pont.

Voir encore:

Le monde arabe est en phase d’effondrement total
Guy Millière
Dreuz.info
02 août 2012

Le discours de Mitt Romney à Jérusalem, et les déclarations à la presse qui l’ont accompagné n’en finissent décidément pas de faire des vagues. Mitt Romney a parlé du fait que le développement économique et la liberté qui règnent en Israël étaient dues à la culture, et que les handicaps qui marquent le monde musulman et qui touchent les « Palestiniens » auraient aussi une dimension culturelle. Des accusations de racisme ont aussitôt commencé à fuser.

Les gens qui profèrent ces accusations sont-ils si idiots qu’ils confondent race et culture ? Pensent-ils vraiment qu’un Africain noir né chrétien et qui se convertit à l’islam change de race, ou qu’un Suédois blond devenu musulman va soudain devenir un Arabe du Proche-Orient ? Je ne peux imaginer que ces gens sont des idiots, je les pense plutôt pervers et imprégnés de haine envers la réussite. Et je les considère animés d’une aversion envers ce qui peut permettre au genre humain de s’émanciper et de s’accomplir.

L’une des notions économiques essentielles développées ces dernières années par des économistes qui vont de David Landes, auteur de « La richesse et la pauvreté des nations », un livre fondamental, à Thomas Sowell auteur de Migrations and Cultures, Race and Cultures, et Conquests and Cultures, de Lawrence Harrison, auteur de Underdevelopment Is A State of Mind à Samuel Huntington, auteur avec Harrison de Culture Matters, est celle de « capital culturel ». J’ai moi-même introduit et exposé l’importance de cette notion dans La Septième dimension.

Ignorer cette notion est ne rien comprendre au monde contemporain et, dans un contexte de guerre, de famines et de fanatisme, il est criminel de ne rien comprendre au monde contemporain.

Oui, certaines cultures sont plus propices que d’autres au développement économique et à la liberté sous toutes ses formes, et, n’en déplaise aux relativistes, la culture juive est une culture particulièrement propice.

La culture du christianisme protestant est plus propice au développement économique et à la liberté que la culture du christianisme catholique, et lorsque des substrats culturels viennent s’ajouter, tels le caudillisme en Amérique latine, les handicaps peuvent devenir écrasants.

Oui, les cultures marquées par le confucianisme peuvent susciter le développement économique, mais se trouver confrontées à des obstacles lorsqu’il s’agit de liberté, et cela explique les difficultés de sociétés asiatiques à passer à un fonctionnement post-industriel et post-asiatique.

Et oui, hélas, le monde musulman, et en lui tout particulièrement le monde arabe, sont dans une situation de blocage culturel qui ne cesse de s’aggraver et prennent des allures cataclysmiques.

Le monde arabe est aujourd’hui dans une phase d’effondrement économique qui s’accompagne d’un effondrement de ses structures politiques et d’une destruction de ses repères culturels. Il ne reste au milieu des décombres qu’une infime minorité de gens ouverts à l’esprit de civilisation et aux sociétés ouvertes, et une immense déferlante islamiste où se mêlent dans le ressentiment, le sectarisme et le tribalisme des gens désireux de revenir à une lecture littéraliste du Coran, des radicaux mélangeant Coran et texte de Marx, Lénine ou Franz Fanon, d’autres qui relisent leurs textes sacrés à la lumière noire de Hitler.

Cet effondrement ne fait que commencer. Il va se poursuivre. La situation qui prévaut en Syrie n’en est qu’un fragment. D’autres fragments sont visibles en Libye, dans le Nord du Mali, au Nigeria où agissent les Boko Haram, en Somalie, au Soudan, au Yemen.

Il est criminel de ne pas le comprendre. C’est suicidaire aussi.

La Russie et la Chine essaient cyniquement de voir quels avantages elles peuvent tirer de l’effondrement et en quoi il peut leur permettre de parasiter le monde occidental.

Les dirigeants européens s’essaient à rafistoler une zone euro et une Union Européenne qui sont elles-mêmes au bord de l’effondrement, et font semblant de croire encore aux « promesses du printemps arabe ». Manuel Valls, qui sortait sans doute d’un hôpital où il venait de subir une lobotomie, a parlé le 6 juillet en inaugurant de manière très laïque une mosquée à Cergy Pontoise de l’islam contemporain comme de l’hériter de celui de Cordoue où foisonnait la connaissance.

Les dirigeants européens entendent aussi flatter les « Palestiniens » : s’ils ouvraient les yeux (c’est impossible, je sais), et s’ils actionnaient leurs neurones (ce qui est plus impossible encore, je ne l’ignore pas), ils discerneraient que le « mouvement palestinien » est en train de mourir et ne survit que grâce aux injections financières européennes et, pour partie, américaines. Ils discerneraient que le « mouvement palestinien » s’est développé dans les années mille neuf cent soixante quand le nationalisme arabe était soutenu par l’Union Soviétique. L’Union Soviétique n’existe plus. Le nationalisme arabe agonise dans les décombres de Damas.

Les membres de l’administration Obama font preuve d’autant de stupidité que les dirigeants européens. C’est pour cela qu’on les aime bien en Europe.

C’est ainsi en tout cas : les dirigeants de l’Autorité Palestinienne ne représentent plus rien que leur propre imposture et le rôle que les Européens et l’administration Obama veulent bien leur accorder par pur crétinisme.

Le Hamas régit la bande de Gaza qui va peu à peu se fondre dans l’Egypte islamiste et délabrée. Et le Hamas est prêt à s’emparer de l’Autorité Palestinienne. Or, le Hamas n’en a que faire d’un « Etat palestinien » : il rêve de califat. Il raisonne en termes de dar el islam et de dar el harb. Il n’en a rien à faire de la Judée-Samarie que ses larbins appellent Cisjordanie. Il fait partie intégrante de la déferlante islamiste présente.

Au terme de la tempête qui prend forme, le monde musulman sera en ruines, décomposé, chaotique. Une recomposition s’enclenchera peut-être. Il n’y aura pas de place dans cette reconstruction pour l’Autorité Palestinienne. Il n’y en aura pas pour le nationalisme arabe.

Il y aura une place pour Israël, le seul pays qui a les moyens de surnager au milieu de ce grand océan de tourbe.

Je ne sais s’il y aura une place pour l’Europe. Je dois dire que j’en doute.

Je veux espérer qu’il y aura une place pour les Etats-Unis. Ce sera l’un des enjeux de l’élection de novembre prochain. Dois-je dire que j’espère très vivement que Mitt Romney sera élu. Les Etats-Unis ont besoin d’un Président à la Maison Blanche. Et si ce Président comprend non seulement les vertus du libre marché, mais aussi l’importance du capital culturel, c’est un atout supplémentaire.

Voir encore:

L’effondrement de la Civilisation arabe?

Thérèse Zrihen-Dvir

Le 14 Février, 2011

(Inspiré de l’étude de Michael Fraley),

Il y a cinq ans environ, le lieutenant colonel James G. Lacey, publiait un article dans le journal : Marine Institute: Démarches: "L’effondrement Imminent de la Civilisation Arabe". " Il y contestait les conclusions de deux livres qui avaient particulièrement influencé la récente politique étrangère et la grande stratégie : La Crise de L’Islam : Guerre Sainte et Terreur Impie, par Bernard Lewis – et "Le Choc des Civilisations et restructuration de l’ordre Mondial, par Samuel P. Huntington.

Il déclarait dans son article : Une compréhension plus perspicace des événements nous dirige vers la conclusion que la civilisation arabe (pas les musulmans) tend à s’effondrer, et par coïncidence la majorité arabe est musulmane. Tout comme la chute de l’empire romain entraina l’effondrement de l’Europe occidentale, sans pour cela effriter le Christianisme.

Sa thèse souligne que, tandis que l’Islam lui-même continue de s’accroître et de prospérer autour du monde (en effet, il poursuit assidûment des percées intelligentes au sein des états occidentaux), comme il fut le cas spécialement dans le monde arabe, là où l’ont notait des troubles de décomposition de civilisation.

Mais Lacey n’est pas le seul – Azmi Bashara écrivait en 2003, dans le journal Al-Ahram, du Caire : Les arabes … sont dans un état double de délabrement qui défie l’esprit même de ceux qui espéraient un été chaud de décadence poste-guerre… La nation (Arabe) sera divisée entre ceux qui dansent à chaque battement de scandale et défaite, et ceux qui se font exploser pour devenir le gong assourdissant et rebondissant des rites religieux.

Écrivant sur le journal Wall Street, Fouad Ajami entamait son article "Autocratie et le déclin des Arabes", par cette étrange vision : "Je me suis senti si jaloux," disait Abdulmonem Ibrahim, un jeune activiste politicien, sur les récentes émeutes en Iran. "Nous sommes confondus par l’organisation et la diligence par laquelle le mouvement iranien opère. En Égypte, chacun peut compter le nombre d’activistes sur une main." Ce degré d'"envier l’Iran" nous cite l’état de stagnation des politiques arabes. La révolution iranienne n’est guère plaisante, mais elle rend son dû aux iraniens : ils ont foncé dans les rues pour contester le mandat des théocrates.

Maintenant que Moubarak a été déposé, la question que nous nous posons tous : était-ce en effet la victoire du peuple de l’Égypte, ou une victoire des islamistes radicaux?"

L’effondrement d’une civilisation ?

Les troubles récents dans le monde arabe, révèlent l’insatisfaction des peuples qui se sont érigés depuis plusieurs dizaines d’années. Mais est-ce bien plus profond et plus ample qu’une série d’insurrections? Maintenant que le siège historique de la puissante culture arabe a été basculé, est-ce l’indication d’un renouvellement ou d’une décomposition de la civilisation dans son ensemble? Colonel Lacey avait prédit les soulèvements actuels traitant le cas de ces événements comme les signes précurseurs de la fin de l’ère arabe. Il reste toutefois une revendication monumentale et Lacey reconnait le scepticisme que cette revendication rencontrera.

La question qui suit est : comment se fait-il que le monde libre n’ait pas identifié et prévu l’effondrement d’une civilisation entière? La réponse est simple, aucune personne vivante n’a jamais assisté à un phénomène pareil. L’effondrement d’une civilisation n’a réellement tenu place que durant l’époque de l’obscurantisme. L’effondrement d’une civilisation s’étend sur de nombreuses années et s’effectue presque imperceptiblement dans la mare des événements quotidiens.

Les graines d’un tel effondrement, si c’est bien ce que nous voyons, pourraient avoir été ensemencées il y 600 ans, selon Lacey, avec l’aube de la Renaissance dans toute l’Europe Occidentale. Toutefois, il est fort possible que le sort de la civilisation arabe ait été fixé deux siècles plus tôt, avec l’exil de Ibn Rushd (plus connu en Occident sous Averroes).

Voies différentes

À un temps lorsque les philosophes occidentaux se mesuraient à des questions d’ontologie (la nature d’être) et d’épistémologie (théorie de la connaissance), les califes des états arabes et leurs universitaires choisis manipulaient les débats philosophiques différemment, comme ils n’ont jamais cessé de le faire d’ailleurs: par des accusations d’infidélité aux écritures, des peines d’incarcération, l’exil, et peine de mort. Ibn Rushd contestait la pensée dominante d’Al Ghazali (1059-1111) adoptant plutôt la tradition d’Ibn Sina, philosophe islamique persan du 11ème siècle.

Yousif Fajr Raslan écrivait : Endigué par la résistance aveugle des académiciens du calife, Ibn Rushd tourna vers la philosophie grecque, où il trouva son idéal chez Aristote… Il appliqua le raisonnement rational de la théologie, approche qui souleva ses collègues contre lui et contre la philosophie dans son ensemble, pour ne pas mentionner leur haine particulière envers les philosophes grecques. Ibn Rushd fut banni, mettant fin à tout espoir de renouveau philosophique et introduction de rationalité historique dans la culture arabe.

Les philosophes occidentaux avaient traversé la Renaissance et les périodes d’empirisme, développant la "méthode scientifique". Les grands penseurs occidentaux, depuis Thomas Aquinas avaient débattu le thème des relations entre la métaphysique et le physique, de concert avec les issues autoritaires et la recherche de la vérité. Les académiciens éclairés chrétiens et séculiers ensemble présentaient des idées de "loi naturelle", droits de propriété, et "contrat social".

Les érudits arabes, en revanche, soutenaient Ibn Khaldun (1332-1406) né dans ce qui est couramment connu aujourd’hui, la Tunisie moderne, le considérant comme l’un des plus grands penseurs politiques. Sa définition du gouvernement en tant "qu’une institution qui empêche l’injustice autre qu’elle ne la garantie" domine encore la pensée politique arabe.

Choix politiques

Si Lacey disait vrai, et nous sommes réellement les témoins de l’effondrement de la civilisation arabe dans son ensemble, cela n’augure rien de bon pour l’Occident. Les pouvoirs capables et prêts à combler le vide ne sont ni disposés, ni passifs dans leur attitude envers les pays de l’Occident. Ce qui se développe en Égypte pourrait bien présager ce qui se passera dans le reste du monde arabe. La question clef est la suivant : est-ce que l’influence occidentale a été suffisamment instillée chez les égyptiens, au point de les converger vers une démocratie légitime et durable? Sinon, nous verrons probablement une répétition du scénario iranien des années 1970, pas seulement en Egypte, mais dans le monde arabe entier.

Le Colonel Lacey nous a présenté le cas du déclin de la civilisation arabe selon le modèle de la guerre froide: plus précisément, par la tactique de la restriction. Jusqu’à présent, les USA ont largement abusé de cette grande stratégie. Malheureusement, les maladresses de l’administration américaine et ses réactions tempérées face aux événements de l’Égypte, risque de leur faire perdre l’allié le plus important de la région, et conséquemment leur capacité d’inverser le pouvoir d’une vague énorme du radicalisme islamique.

Leurs options uniques pour renforcer leurs relations avec les puissances amies de la région, résident dans leur soutien de ceux qui cherchent la liberté et la démocratie, et leur support des états véritablement libres. Il devient encore plus impératif d’assurer la croissance continuelle de l’Iraq et sa réussite, mais encore plus critique est de restreindre l’Iran et minimiser son ingérence dans les affaires des nations arabes.

Rien dans tout ce programme n’est aisé. Une bonne compréhension de la nature véritable des troubles dans les états arabes devrait produire des mesures plus préventives. Elle doit donner plus de clarté dans la stratégie américaine future de la région. Sinon, nous risquons de voir tantôt l’ascension d’un Islam radical et la déchéance de la civilisation arabe.

Voir enfin:

"Beaucoup de partis d’extrême droite vont se révéler aux européennes"
Catherine CALVET et Jonathan BOUCHET-PETERSEN
Libération
2 mai 2014

INTERVIEW
Entre la crise économique, le rejet des minorités et les blessures historiques, la géographe Béatrice Giblin s’attend à une poussée du Front national et consorts lors du scrutin du 25 mai.

Avec l’émergence électorale du Front national au tournant des années 80, la France a longtemps fait figure d’«exception en Europe», rappelle la géographe Béatrice Giblin, qui a dirigé l’ouvrage collectif l’Extrême droite en Europe. Mais à quelques semaines des élections européennes du 25 mai, la situation est bien différente : l’Autriche, les Pays-Bas et la Belgique, puis l’Europe du Nord ont à leur tour «connu la percée de partis d’extrême droite revendiquant la préférence nationale, dénonçant le cosmopolitisme, le multiculturalisme et, plus directement encore, la présence des étrangers». Même phénomène, dans une moindre mesure, en Grande-Bretagne ou en Espagne. Quant à la Grèce, avec Aube dorée, et surtout la Hongrie, avec la dérive du Premier ministre Viktor Orbán sur fond de montée du Jobbik, elles inquiètent au plus haut point Béatrice Giblin.

Au-delà des particularismes régionaux ou nationaux, souvent liés à des raisons historiques, le rejet des musulmans semble se généraliser dans le discours des extrêmes droites en Europe…

C’est leur principal carburant commun, même si la Hongrie fait exception car il n’y a pas eu l’équivalent d’une arrivée rapide de musulmans dans ce pays. L’antisémitisme y reste dominant, même s’il existe des exemples où islamophobie et antisémitisme cohabitent : au Front national, Jean-Marie Le Pen était pro-irakien par antisémitisme et Marine Le Pen est pro-israélienne car son créneau consiste d’abord à stigmatiser les musulmans. Mais revenons à la Hongrie, qui est un cas très intéressant et très inquiétant. Viktor Orbán a de nouveau presque obtenu la majorité absolue lors du dernier scrutin [deux tiers des sièges aux législatives du 6 avril, ndlr], tandis que la montée du Jobbik se poursuit et, vu ce que véhicule cette formation, il y a de quoi avoir peur. A la manière de Marine Le Pen, les responsables du Jobbik présentent mieux et ont fait le ménage en virant notamment ceux qui osaient s’habiller comme sous la dictature Horthy, mais le fond du discours reste le même. Et parmi les parlementaires du Jobbik exclus, certains ont créé l’Aube hongroise, à l’instar de l’Aube dorée grecque.

En quoi le contexte hongrois est-il à part ?

Un pays qui a perdu deux tiers de son territoire et une grande partie de sa population ne s’en remet pas. Il a ensuite fait la grande erreur de choisir les nazis, précisément pour retrouver la grande Hongrie. Il a payé une deuxième fois, si j’ose dire. Tout ça laisse des traces. Quand j’y suis allée, j’ai été frappée par le fait qu’on voyait partout les cartes de la grande Hongrie : sur les sets de table, des autocollants collés aux vitres des voitures et même dans une pharmacie. Dans des parcs publics, il y a des plates-bandes où le pays actuel est représenté avec des fleurs rouges, autour desquelles il y a la grande Hongrie en blanc, et même du bleu pour montrer qu’à l’époque, elle avait accès à la mer. Cela va jusque-là. C’est sans comparaison avec ce que la France a connu en Alsace-Lorraine : cela nous a pourtant suffisamment marqués pour partir la fleur au fusil en 1914.

Vous évoquez là une époque très lointaine, non ?

En effet, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, cela faisait presque soixante-dix ans que la Hongrie tentait de récupérer sa grandeur perdue. A l’échelle de l’histoire, ce n’est pas grand-chose. Et il faudrait d’ailleurs aller voir comment les manuels scolaires hongrois relatent désormais ce fait. Viktor Orbán entretient à dessein cette mythologie. D’une manière générale, l’extrême droite surfe sur ces blessures historiques.

On voit dans votre livre que toutes les extrêmes droites ne sont pas antieuropéennes. Certains régionalistes sont proeuropéens, manière pour eux de passer au-dessus de leur Etat…

C’est notamment vrai en Flandre ou en Espagne avec Plataforma per Catalunya, même si on ne peut pas dire de manière générale que le régionalisme catalan est d’extrême droite. Plataforma, dont on parle assez peu en France mais avec qui Marine Le Pen entretient des liens, développe clairement un discours anti-immigrés et plus particulièrement antimusulmans. Plataforma mélange cela avec un nationalisme régional sur fond d’ultralibéralisme, ce qui en fait un cocktail étonnant.

En Scandinavie, où cohabitent des pays qui appartiennent à l’Union européenne et d’autres pas, des pays prospères et des pays en crise, l’extrême droite est pourtant chaque fois présente…

La Scandinavie est un ensemble qui a connu une très forte émigration au XIXe siècle, contribuant notamment à peupler les Etats-Unis. Mais il n’y avait jamais eu de vrai phénomène d’immigration. Il est très amusant de comparer la diversité des noms de famille en France, où elle est infinie, et en Scandinavie, où il y a très peu de souches. Là-bas, l’immigration débute, même pas dans les années 50 comme au Royaume-Uni, mais seulement dans les années 70. Au début, ces social-démocraties qui n’ont pas eu de colonies ont accueilli à bras ouverts les immigrés avec des conditions très avantageuses. A ceci près que la masse d’arrivants s’est concentrée dans des zones déjà très peuplées : à l’échelle d’un pays, c’est peu, mais à celle de certains quartiers d’Oslo ou de Copenhague, l’équilibre s’est rompu. Par ailleurs, dans une société très ouverte et très égalitaire, la question du statut des femmes a vite posé problème. Les habitants n’ont pas supporté de voir ces femmes avec le voile noir intégral. Même si ces immigrés ne font rien de mal et vont faire leurs courses chez Ikea, la situation est devenue explosive.

A l’instar des sondages flatteurs pour le Front national, on annonce des scores élevés pour l’extrême droite aux élections européennes…

Attendons de voir ces résultats pour en tirer des conclusions, mais on peut s’attendre à une poussée. Le suffrage se fait à la proportionnelle. Beaucoup de partis d’extrême droite sous-représentés en raison d’un scrutin majoritaire national vont donc se révéler. La France n’a que deux députés frontistes pour représenter 16% de la population. Le phénomène est le même en Grande-Bretagne, qui a connu une immigration record ces dernières années. Entre 1991 et 2011, la proportion de la population née à l’étranger est passée de 5,8 à 12,5%. Cela risque d’avoir des répercussions dans les urnes fin mai pour le British National Party [BNP] et le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni [Ukip].

Ces partis d’extrême droite peuvent-ils avoir une stratégie commune au Parlement européen ?

S’ils sont assez nombreux pour peser, ils se rapprocheront : ça ne posera aucun problème au Jobbik de faire cause commune avec le FN, avec le BNP ou avec les Démocrates suédois. Même si l’Ukip, dirigé par l’eurosceptique Nigel Farage qui compte 13 députés européens, préfère s’allier avec Debout la République du souverainiste Nicolas Dupont-Aignan plutôt qu’avec le Front national, et que le FN juge le BNP infréquentable, les contacts sont déjà nombreux. Cela passe beaucoup par Internet, un outil que toutes les extrêmes droites d’Europe maîtrisent très bien. Au Parlement, leur ferment sera en premier lieu un discours très antieuropéen. Et tant que la Banque centrale ne desserrera pas l’étau en faisant marcher la planche à billets pour retrouver de la croissance et des emplois, l’europhobie comme le repli national seront porteurs. Et on continuera à aller dans le mur.

Aux élections municipales, la victoire du Front national à Hénin-Beaumont vous a-t-elle surprise ?

Avec toute la couverture médiatique, les journalistes auraient presque été déçus si Steeve Briois, militant d’Hénin depuis très longtemps, n’avait pas gagné ! Mais il ne l’a emporté que de 32 voix dans une ville de plus de 20 000 habitants : il reste donc une bonne partie de gens structurés à gauche. Je suis très prudente avec le concept à la mode de gaucho-lepénisme, ne serait-ce que parce que je le trouve méprisant. Il faut être prudent dans la façon dont on parle de ces électeurs, qui sont souvent désespérés au moment de choisir un bulletin FN. Il est vrai toutefois que le discours antimondialisation et anti-élites de Marine Le Pen rencontre un écho.

Vous avez étudié précisément le vote FN dans le bassin minier de Hénin-Beaumont. Vous en avez une lecture géographique…

Le vote Front national concerne seulement la partie ouest du Nord-Pas-de-Calais, c’est-à-dire, paradoxalement, la zone la plus développée, la mieux réaménagée, la plus agréable. Les centres-villes de Béthune ou de Lens sont devenus des endroits presque riants, alors qu’ils étaient plutôt déprimants. Tout a bougé, on a cassé des corons, et on a également beaucoup redistribué d’aides sociales. En revanche, la partie nord-est de la région est restée en l’état, fidèle au vote communiste. Cette stagnation n’a pas généré de frustrations. Car si personne n’évolue socialement, il n’y a pas non plus, contrairement à la partie ouest, de sentiment de déclassement.


Israël: Des mythes et mensonges qui ont décidément la vie dure (Israel’s worst enemy: Lies and myths)

15 avril, 2014
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There is no such country as Palestine. ‘Palestine’ is a country the Zionists invented. ‘Palestine’ is alien to us. Auni Abdel Hadi (Arab Higher Committee Secretary, 1937)
It is perfectly clear that the Arab nations do not want to solve the Arab refugee problem. They want to keep it an open sore, as an affront against the United Nations, and as a weapon against Israel. Arab leaders don’t give a damn whether the refugees live or die. Alexander Galloway (UNRWA, 1952)
Le peuple palestinien n’existe pas. La création d’un État palestinien n’est qu’un moyen pour continuer la lutte contre l’Etat d’Israël afin de créer l’unité arabe. En réalité, aujourd’hui, il n’y a aucune différence entre les Jordaniens, les Palestiniens, les Syriens et les Libanais. C’est uniquement pour des raisons politiques et tactiques, que nous parlons aujourd’hui de l’existence d’un peuple palestinien, étant donné que les intérêts arabes demandent que nous établissions l’existence d’un peuple palestinien distinct, afin d’opposer le sionisme. Pour des raisons tactiques, la Jordanie qui est un Etat souverain avec des frontières bien définies, ne peut pas présenter de demande sur Haifa et Jaffa, tandis qu’en tant que palestinien, je peux sans aucun doute réclamer Haifa, Jaffa, Beersheba et Jérusalem. Toutefois, le moment où nous réclamerons notre droit sur l’ensemble de la Palestine, nous n’attendrons pas même une minute pour unir la Palestine à la Jordanie.  Zahir Muhsein (membre du comité exécutif du PLO, 1977)
C’est la "Transjordanie" (créée en 1922 par l’empire britannique) qui a occupé et annexé les territoires de Judée et Samarie et Jérusalem-Est lors d’une guerre de conquête en 1947-1948. Elle devint alors la "Jordanie" et les territoires occupés, la "Cisjordanie". Aucun mouvement de libération palestinien ne se leva contre cette occupation, ni contre celle de la bande de Gaza par l’Egypte. La "Palestine" n’était pas encore née. (…) L’existence d’Israël pose le problème du droit de vivre en sujets libre et souverains des nations non musulmanes dans l’aire musulmane. L’extermination des Arméniens, d’abord par l’empire ottoman, puis par le nouvel Etat turc a représenté la première répression d’une population dhimmie en quête d’indépendance nationale. Il n’y a quasiment plus de Juifs aujourd’hui dans le monde arabo-islamique et les chrétiens y sont en voie de disparition. Shmuel Trigano
The state of Israel came into being by the same legitimate process that created the other new states in the region, the consequence of the dismantling of the Ottoman Empire after World War I. Consistent with the traditional practice of victorious states, the Allied powers France and England created Lebanon, Syria, Iraq, and Jordan, and of course Israel, to consolidate and protect their national interests. This legitimate right to rewrite the map may have been badly done and shortsighted––regions containing many different sects and ethnic groups were bad candidates for becoming a nation-state, as the history of Iraq and Lebanon proves, while prime candidates for nationhood like the Kurds were left out. But the right to do so was bestowed by the Allied victory and the Central Powers’ loss, the time-honored wages of starting a war and losing it. Likewise in Europe, the Austro-Hungarian Empire was dismantled, and the new states of Austria, Hungary, Yugoslavia, and Czechoslovakia were created. And arch-aggressor Germany was punished with a substantial loss of territory, leaving some 10 million Germans stranded outside the fatherland. Israel’s title to its country is as legitimate as Jordan’s, Syria’s and Lebanon’s. Bruce Thornton

Les mythes et mensonges sur la Palestine ont décidément la vie dure !

Création illégitime, déplacement forcé des "Palestiniens", "peuple palestinien" …

A l’heure où, en cette nouvelle Pâque(s), un groupe du Hamas semble avoir investi le Mont du Temple en empêchant l’entrée aux visiteurs …

Et où, paralysés par l’impérialisme russe et du secrétaire d’Etat Kerry au New York Times, tout le monde semble s’être donné le mot pour attribuer au seul gouvernement israélien l’évident refus de toute négociation sérieuse de la part de la prétendue Autorité palestinienne …

Pendant qu’entre deux guerres ou attaques terroristes, un petit Etat soumis à la vindicte planétaire et au boycott est en passe de rattraper en PIB per capita nombre de vieux pays européens comme la France …

Remise des pendules  à l’heure de l’éditorialiste américain Bruce Thornton …

Rappelant notamment derrière l’ensemble des mythes et mensonges sur lesquels se fondent nombre de ces analyses anti-israéliennes …

Qu’à l’instar de la plupart des états de la région voire d’Europe, Israël n’est que le produit du démembrement de l’Empire ottoman et donc pas moins légitime que nombre d’états européens eux-mêmes produits de l’effondrement d’un autre empire, celui justement de leurs alliés et partenaires austro-hongrois du camp des vaincus  …

Que, contrairement aux centaines de milliers de juifs expulsés des pays arabes,  les prétendus "réfugiés" palestiniens sont pour une bonne part partis de leur plein gré …

Et que, contrairement au peuple juif multimillénaire,  le prétendu "peuple palestinien" n’existe que depuis 45 ans …

Israel’s Worst Enemy: Lies and Myths
Bruce S. Thornton
FrontPage Magazine
April 8, 2014

The Washington Post reports that some members of Secretary of State John Kerry’s senior staff think it’s time to say “enough” of Kerry’s futile and delusional attempts to broker peace between the Israelis and Arabs and implement the “two-state solution.” That’s a revelation one would think the chief diplomat of the greatest power in history would have experienced decades ago. Since the failed 1993 Oslo Accords, it has been obvious to all except the duplicitous, the ignorant, and the Jew-hater that the Arabs do not want a “Palestinian state living in peace side-by-side with Israel,” something they could have had many times in the past. On the contrary, as they serially prove in word and deed, they want Israel destroyed.

As Caroline Glick documents in her new book The Israeli Solution, the “two-state solution” is a diplomatic chimera for the West, and a tactic for revanchist Arabs who cannot achieve their eliminationist aims by military means. But the “Palestinian state” is merely one of many myths, half-truths, and outright lies that befuddle Western diplomats and leaders, and put the security and possibly the existence of Israel at risk.

First there is the canard that Israel is somehow an illegitimate state, a neo-imperialist outpost that Westerners created to protect their economic and geopolitical interests. In this popular myth, invading Jewish colonists “stole” the land and ethnically cleansed the region of its true possessors, the indigenous “Palestinian people.” This crime was repeated after 1967 Six Day War, when Israel seized the “West Bank,” occupying it as a colonial power and subjecting its inhabitants to a brutally discriminatory regime. The continuing power of this lie can be seen in the frequent comparison of Israel to apartheid South Africa. And this false historical analogy in turn drives the “Boycott, Divest, and Sanctions” movement, which is attempting to make Israel even more of a pariah state in order to duplicate the success of those tactics in dismantling white rule in South Africa.

Every dimension of this narrative is false. The state of Israel came into being by the same legitimate process that created the other new states in the region, the consequence of the dismantling of the Ottoman Empire after World War I. Consistent with the traditional practice of victorious states, the Allied powers France and England created Lebanon, Syria, Iraq, and Jordan, and of course Israel, to consolidate and protect their national interests. This legitimate right to rewrite the map may have been badly done and shortsighted––regions containing many different sects and ethnic groups were bad candidates for becoming a nation-state, as the history of Iraq and Lebanon proves, while prime candidates for nationhood like the Kurds were left out. But the right to do so was bestowed by the Allied victory and the Central Powers’ loss, the time-honored wages of starting a war and losing it. Likewise in Europe, the Austro-Hungarian Empire was dismantled, and the new states of Austria, Hungary, Yugoslavia, and Czechoslovakia were created. And arch-aggressor Germany was punished with a substantial loss of territory, leaving some 10 million Germans stranded outside the fatherland. Israel’s title to its country is as legitimate as Jordan’s, Syria’s and Lebanon’s.

Then there is the melodrama of the “displacement” of the “Palestinians,” who have been condemned to live as stateless “refugees” because of Israel’s aggression. This narrative of course ignores the fact that most of the Arabs fleeing Palestine left voluntarily, the first wave, mainly the Arab elite, beginning in November 1947 with the U.N. vote for partition. At the time it was clear to observers that most of the Arabs chose to flee their supposed ancestral homeland. In September 1948 Time magazine, no friend of Israel, wrote, “There is but little doubt that the most potent of the factors [explaining the Arab flight] were the announcements made over the air by the Arab Higher Committee urging the Arabs to quit.” These were followed in 1948 by 300,000 others, who either were avoiding the conflict, or were induced by the Arab Higher Committee with the promise that after victory they could return and find, as Arab League Secretary-General Azza Pasham said in May 1948, “that all the millions the Jews had spent on land and economic development would be easy booty, for it would be a simple matter to throw Jews into the Mediterranean.” Indeed, the withdrawal of Israelis from Gaza in 2005 confirmed the prediction that failed in 1948. The Gaza greenhouse industry, which American Jewish donors purchased for $14 million and gave to the Palestinian Authority in order to help Gaza’s economy, was instead destroyed by looters.

But from a historical perspective, it is irrelevant how the Arabs became refugees. When in 1922 the Greeks lost their war they fought against the Turks in order to regain their sovereignty over lands their ancestors had lived in for nearly 3000 years, 1.5 million Greeks were transferred out of Turkey in exchange for half a million Turks from Europe. After World War II, 12 million Germans either fled or were driven from Eastern Europe, with at least half a million dying. In both cases, whether justly or not, the wages of starting a war and losing included the displacement of the losers. Yet only in the case of the Palestinian Arabs has this perennial cost of aggression been reversed, and those who prevailed in a war they didn’t start been demonized for the suffering of refugees created by the aggression of their ethnic and religious fellows.

In still another historical anomaly, in no other conflict have refugees failed to be integrated into countries with which they share an ethnic, religious, and cultural identity. Most of the some 800,000 Jews, for example, driven from lands like Egypt and Iraq in which their ancestors had lived for centuries, were welcomed into Israel, which footed the bill for their maintenance and integration into society. The Arab states, on the other hand, kept their brother Arabs and Muslims in squalid camps that have evolved into squalid cities, their keep paid for by the United Nations Relief Works Agency, the only U.N. agency dedicated to only one group of refugees. Thus the international community has enabled the revanchist policy of the Arab states, as Alexander Galloway, head of the UNRWA, said in 1952: “It is perfectly clear that the Arab nations do not want to solve the Arab refugee problem. They want to keep it an open sore, as an affront against the United Nations, and as a weapon against Israel. Arab leaders don’t give a damn whether the refugees live or die.”

This brings us to the chief myth: that there exists a distinct Palestinian “people,” the original possessors of the land who have been unjustly denied a national homeland. In the quotes above notice that no Arab ever refers to these people as “Palestinians,” but as “Arabs,” which is what most of them are, sharing the same religion, language, and culture of their Arab neighbors in Jordan, Lebanon, and Syria. In fact, as Sha’i ben-Tekoa documents in hisbook Phantom Nation, the first U.N. resolution referencing “Palestinians” instead of “Arabs” occurred 3 years after the Six Day War, marking international recognition of a “Palestinian people” and nation as yet another Arab tactic in gaining support in the West by exploiting an idea alien to traditional Islam. Before then “Palestinian” was a geographical designation, more typically applied to Jews. Numerous quotations from Arab leaders reveal not a single reference to a Palestinian people, but numerous one identifying the inhabitants of the geographical entity Palestine as “Arabs.”

For example, in 1937, Arab Higher Committee Secretary Auni Abdel Hadi said, “There is no such country as Palestine. ‘Palestine’ is a country the Zionists invented. ‘Palestine’ is alien to us.” The Christian Arab George Antonius, author of the influential The Arab Awakening, told David Ben-Gurion, “There was no natural barrier between Palestine and Syria and there was no difference between their inhabitants.” Later in his book he defined Syria as including Lebanon, Palestine, and Jordan. In testimony to the U.N. in 1947, the Arab Higher Committee said, “Politically the Arabs of Palestine are not independent in the sense of forming a separate political identity.” Thirty years later Farouk Kaddoumi, then head of the PLO Political Department, toldNewsweek, “Jordanians and Palestinians are considered by the PLO as one people.” After the Six-Day War a member of the Executive Council of the PLO, Zouhair Muhsin, was even more explicit: “There are no differences between Jordanians, Palestinians, Syrians and Lebanese. We are all part of one nation. It is only for political reasons that we carefully underline our Palestinian identity… Yes, the existence of a separate Palestinian identity serves only tactical purposes. The founding of a Palestinian state is a new tool in the continuing battle against Israel.”

Such examples can be multiplied, which makes all the talk of a separate Palestinian “people” deserving of their own nation nothing but propaganda supported by a bogus history that claims the Arabs who came to Palestine in the 7th century A.D as conquerors and occupiers, or later as migrant workers and immigrants, are the “indigenous” inhabitants descended from Biblical peoples like the Canaanites or the shadowy Jebusites––a claim unsupported by any written or archaeological evidence. Meanwhile, of course, abundant evidence exists showing that the Jews have continuously inhabited the region since 1300 B.C. Once more the logic of history is turned on its head, with the descendants of the original inhabitants deemed alien invaders, while the descendants of conquerors and occupiers are sanctified as victims.

Such an inversion is worthy of Orwell’s 1984. Yet these lies and myths––and there are many more–– have shaped and defined the conflict between Israel and the Arabs, and set the parameters of diplomatic solutions. But we should heed the Biblical injunction about the liberating power of truth. And the truth is, for a century fanatics filled with genocidal hatred have violently and viciously attacked a liberal-democratic nation legitimately established in the ancient homeland of its people. Until our diplomacy and foreign relations in the region are predicated on this truth, the “two-state solution” will continue to be a dangerous farce.

Voir aussi:

No, Israel Isn’t About to Turn Into a Theocracy
A misleading New York Times op-ed distorts the entire Israeli political scene
Yair Rosenberg
Tablet magazine
April 11, 2014

Today, the New York Times published an op-ed that attempts to demonstrate that Israel is drifting towards an Orthodox Jewish theocracy. Unfortunately for the paper, the piece instead demonstrates its authors’ profound ignorance of both Israeli domestic politics and Orthodox Judaism. The entire argument of the op-ed, written by the otherwise excellent Iranian scholar Abbas Milani and University of Haifa’s Israel Waismel-Manor, hinges on one key point:

While the Orthodox Jewish parties are currently not part of the government, together with Mr. Bennett’s Jewish Home, a right-wing religious party, they hold about 25 percent of seats in the Knesset. The Orthodox parties aspire to transform Israel into a theocracy.

As will be apparent to anyone with a passing familiarity with Israeli politics or Orthodox Judaism, this claim is demonstrably false. Not all Orthodox Jews are the same, not all Orthodox parties are the same, and not all Orthodox Jews seeks to turn Israel into a theocracy. In fact, many of them vigorously oppose such a move. The authors conveniently combine the ultra-Orthodox parties (currently in opposition) and the Modern Orthodox—or religious Zionist—Jewish Home party (currently in the coalition). Suggesting that these deeply disparate communities are ideologically identical is a dubious step , but it is necessary for the authors’ thesis, because Jewish Home holds 12 Knesset seats, a little less than half of the writers’ purported theocratic bloc. Without Jewish Home working with the ultra-Orthodox to impose Orthodox Jewish law on the masses, the op-ed’s entire scheme falls apart.

How inconvenient, then, that Jewish Home and its leader Naftali Bennett have been working assiduously to weaken the country’s chief rabbinate, and to break the political stranglehold of the ultra-Orthodox over Israel’s religious life. Back in May 2013, Bennett became the first religious affairs minister in Israeli history to order the government to fund non-Orthodox rabbis, not just Orthodox ones. (Until then, Israel had been subsidizing all religious communities except non-Orthodox Jews.) Jewish Home has also backed legislation stripping the powers of conversion and marriage from the ultra-Orthodox chief rabbinate, and giving them instead to local (and typically more liberal) rabbis.

These developments should not be surprising: Bennett is a Modern Orthodox Jew who served in the IDF’s elite Sayeret Matkal unit, made millions in the tech industry, and is married to a non-Orthodox woman. His longtime deputy, and the Jewish Home’s number five seat, is Ayelet Shaked , herself a proud secular Jew. Not exactly the stereotypical bearded fanatics of a theocratic revolution.

But the Times‘s distortion of Israel goes deeper than a simple misunderstanding of a single party. The op-ed fundamentally misapprehends the entire Israeli political scene, which in recent years has turned against religious entanglement in politics. After the 2013 elections, the arguably theocratic ultra-Orthodox parties were kept out of the government coalition, for only the second time in 35 years. Why? Because Jewish Home joined with the secular Yesh Atid party and demanded Netanyahu leave them in opposition. This has enabled the current coalition to pass not only the anti-rabbinate reforms described above, but a law that for the first time drafts the ultra-Orthodox into national service, in an attempt to integrate them into the fabric of the modern state. All of these reforms have been boosted by Modern Orthodox Jewish lawmakers in other parties–like Yesh Atid’s Rabbi Shai Piron (also Israel’s education minister) and Rabbi Dov Lipman , and Hatnua’s Elazar Stern –none of whom support theocracy.

In other words, the idea that the ultra-Orthodox parties would suddenly join forces with their religious Zionist counterparts to impose Jewish law isn’t just risible–it’s exactly the opposite of what has actually been happening.

Now, none of this is news. In fact, the alliance between Israel’s secular population and its modern Orthodox contingent against the ultra-Orthodox–rather than some fantastical pan-Orthodox push towards theocracy–has been well-documented by none other than the New York Times. Just last month, Isabel Kershner wrote about the “culture war between the secular and modern Orthodox Jews and the ultra-Orthodox,” and how it was reflected in the popular push to conscript ultra-Orthodox Jews into the military.

If only the authors of the op-ed–and their fact-checkers–had been reading their own paper.

Voir également:

Are Iran and Israel Trading Places?

ABbbas Milani and Israel Waismel-Manor

The New York Times

April 11, 2014

STANFORD, Calif. — Although the Israeli and Iranian governments have been virtually at war with each other for decades, the two countries have much in common.

Both are home to some of the oldest civilizations on earth, and both are primarily non-Arab states in a mostly Arab region. In the 1950s, David Ben-Gurion’s Israel and Shah Mohammed Reza Pahlavi’s Iran were bastions of secular nationalism; the shah pushed authoritarian modernization, while Ben-Gurion advanced a form of nonreligious Zionism. Only after the 1979 Islamic revolution in Iran did radical Islam all but eclipse this secular brand of politics. It held on for much longer in Israel but is now under threat.

Both Iran and Israel are now entering potentially challenging new stages in their relations with the outside world, and particularly with the United States. Over the last seven years, United Nations Security Council resolutions have imposed sanctions on Iran with the aim of halting its nuclear program. For years, Iran’s former president Mahmoud Ahmadinejad railed against the “Great Satan.” But even if Iran’s supreme leader, Ayatollah Ali Khamenei, is still opposed to reforms, it appears that some officials inside Iran have finally realized that continued intransigence and bellicosity will beget only more sanctions and catastrophic economic consequences.

As the winds of change blow across Iran, secular democrats in Israel have been losing ground to religious and right-wing extremists who feel comfortable openly attacking the United States, Israel’s strongest ally. In recent months, Israel’s defense minister, Moshe Yaalon, called Secretary of State John Kerry “obsessive and messianic,” while Naftali Bennett, Israel’s economy minister, labeled Mr. Kerry a “mouthpiece” for anti-Semitic elements attempting to boycott Israel.

Israel’s secular democrats are growing increasingly worried that Israel’s future may bear an uncomfortable resemblance to Iran’s recent past.

For more than three decades, Iran’s oil wealth has allowed its religious leaders to stay in power. But sanctions have taken a serious economic toll, with devastating effects on the Iranian people. The public, tired of Mr. Ahmadinejad’s bombastic and costly rhetoric, has replaced him with Hassan Rouhani, a pragmatist who has promised to fix the economy and restore relations with the West.

But Mr. Rouhani’s rise is in reality the consequence of a critical cultural and demographic shift in Iran — away from theocracy and confrontation, and toward moderation and pragmatism. Recent tensions between America and Russia have emboldened some of Iran’s radicals, but the government on the whole seems still intent on continuing the nuclear negotiations with the West.

Iran is a land of many paradoxes. The ruling elite is disproportionately made up of aged clerics — all men — while 64 percent of the country’s science and engineering degrees are held by women. In spite of the government’s concentrated efforts to create what some have called gender apartheid in Iran, more and more women are asserting themselves in fields from cinema to publishing to entrepreneurship.

Many prominent intellectuals and artists who three decades ago advocated some form of religious government in Iran are today arguing for popular sovereignty and openly challenging the antiquated arguments of regime stalwarts who claim that concepts of human rights and religious tolerance are Western concoctions and inimical to Islam. More than 60 percent of Iranians are under age 30, and they overwhelmingly believe in individual liberty. It’s no wonder that last month Ayatollah Khamenei told the clerical leadership that what worried him most was a non-Islamic “cultural invasion” of the country.

As moderate Iranians and some of the country’s leaders cautiously shift toward pragmatism and the West, it seems that many Israelis are moving away from these attitudes. In its 66 years, Israel has seen its share of ideological shifts from dovish to hawkish. These were natural fluctuations driven mainly by the country’s security situation and prospects for peace.

But the current shift is being accelerated by religion and demography, and is therefore qualitatively different. While the Orthodox Jewish parties are currently not part of the government, together with Mr. Bennett’s Jewish Home, a right-wing religious party, they hold about 25 percent of seats in the Knesset. The Orthodox parties aspire to transform Israel into a theocracy. And with an average birthrate of 6.5 children per family among Orthodox Jews (compared with 2.6 for the rest of the Jewish population), their dream might not be too far away.

By contrast, Iran has a falling birthrate — a clear indication of growing secularism, and the sort of thing that keeps Ayatollah Khamenei awake at night.

The long-term power of these demographic trends will, in our view, override Iran’s current theocratic intransigence and might eclipse any fleeting victories for liberalism in Israel.

Israel’s shift toward orthodoxy is not merely a religious one. Since the vast majority of Orthodox Jews are also against any agreement with the Palestinians, with each passing day, the chances of reaching a peace deal diminish. Nor is time on the side of those who want to keep seeing a democratic Israel.

If Israel continues the expansion of settlements, and peace talks serve no purpose but the extension of the status quo, the real existential threat to Israel will not be Iran’s nuclear program but rather a surging tide of economic sanctions.

What began a few years ago with individual efforts to get supermarket shoppers in Western countries to boycott Israeli oranges and hummus has turned into an orchestrated international campaign, calling for boycotts, divestment and sanctions against Israeli companies and institutions.

From academic boycotts to calls for divestment on American university campuses to the unwillingness of more and more European financial institutions to invest in or partner with Israeli companies and banks that operate in the West Bank, the “B.D.S.” movement is gaining momentum. Prime Minister Benjamin Netanyahu has recently called B.D.S. advocates “classical anti-Semites in modern garb.”

In the past, Israel could rely on Western nations and especially the United States to halt such initiatives, but as the fabric of Israel’s population changes, and Jewish populations in the West become less religious and less uncritically pro-Israel, the reflex to stand by the Jewish state, regardless of its policies, is weakening.

Moreover, as Western countries shift toward greater respect for human rights, the occupation is perceived as a violation of Western liberal norms. A new generation of American Jews sees a fundamental tension between their own liberal values and many Israeli policies.

This, coupled with the passing of the older generation and a high rate of interfaith marriage among American Jews, means the pro-Israel lobby will no longer be as large or as united as it used to be. While American presidents from Lyndon B. Johnson to Barack Obama have declared that the United States’ commitment to Israel flows from strategic interests and shared values, in a generation or two, interests may be all that’s left.

An opposite shift is occurring in Iran’s diaspora. An estimated five to seven million Iranians live in exile. Their economic, scientific, scholarly and cultural achievements are now well known in the United States thanks to people like the eBay founder Pierre Omidyar. They are increasingly establishing themselves as a powerful force advocating a more democratic Iran and better relations with the United States. Just as a united Jewish diaspora once helped the new state of Israel join the ranks of prosperous, industrialized states, Iran’s diaspora could one day play a similar role for a post-theocratic Iran.

One of Israel’s most popular singers, the Iranian-born Rita Jahanforuz, laments on her recent album, “In this world, I am alone and abandoned, like wild grass in the middle of the desert.”

If Iran’s moderates fail to push the country toward reform, and if secular Israelis can’t halt the country’s drift from democracy to theocracy, both Iranians and Israelis will increasingly find themselves fulfilling her sad prophecy.

Abbas Milani heads the Iranian studies program at Stanford and is co-director of the Iran Democracy Project at the Hoover Institution. Israel Waismel-Manor is a senior lecturer at the University of Haifa and a visiting associate professor of political science at Stanford.

Voir encore:

Israel to Phase Out Religious Exemptions

Isabel Kershner

The NYT

March 12, 2014

Ultra-Orthodox Israelis protest plans to include their community in the military draft, arguing that the study of the Torah is as important to defending Israel as carrying a weapon in the Army.

JERUSALEM — After years of heated public debate and political wrangling, Israel’s Parliament on Wednesday approved landmark legislation that will eventually eliminate exemptions from compulsory military service for many ultra-Orthodox students enrolled in seminaries.

The issue has become a social and political lightning rod in a country where most Jewish 18-year-olds are subjected to compulsory military service for up to three years. Many Israelis, who see conscription as part of a deeper culture war between the secular and modern Orthodox Jews and the ultra-Orthodox, have been demanding a more equitable sharing of the responsibilities of citizenship and voted in last year’s elections on that basis.

Yair Lapid, the leader of the centrist Yesh Atid, one of the parties that promoted the new legislation in the governing coalition, wrote on his Facebook page soon after the vote, “To the 543,458 citizens of Israel who elected Yesh Atid: Today you have passed the equal sharing of the burden.”
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On March 2, hundreds of thousands of ultra-Orthodox brought much of Jerusalem to a standstill with a mass prayer gathering to protest the legislation. Credit Oded Balilty/Associated Press

But the law, approved by 65-to-1, is unlikely to allay the acrimony over ultra-Orthodox recruitment and might even exacerbate tensions. The opposition in the 120-seat Parliament, the Knesset, boycotted the vote in an uproar over what it has called unfair political dealing within the coalition as it moved to pass military service legislation and two other contentious bills this week.

Ultra-Orthodox leaders have reacted with fury and are threatening to roll back the slow, voluntary trend that was already underway in their community toward military and national service. And nongovernmental monitoring groups immediately petitioned Israel’s Supreme Court, seeking to overturn the new law on grounds that it does not go far enough in enforcing the principle of equality.

For one thing, the law includes an adjustment period of three years in which increased service will be encouraged but not mandatory. It also gives the ultra-Orthodox, known as Haredim, or those who fear God, a choice between military service and civilian national service, unlike ordinary recruits, and it allows students at seminaries, or yeshivas, to defer service for several years beyond the age of 18.

“The whole idea that the law promotes equality is not really convincing,” said Prof. Mordechai Kremnitzer, vice president of research at the Israel Democracy Institute, an independent research organization here, and former dean of the law faculty at the Hebrew University of Jerusalem.

By the end of the three-year period, Professor Kremnitzer said, there will be new elections and a new government, possibly including Haredi parties, “and the whole law would become thin air.” Given the delay, he said, “It is questionable whether the Knesset accomplished anything.”

Although the law stops far short of enforcing conscription for all Haredi young men, ultra-Orthodox leaders are outraged over its more symbolic aspects. They argue that Torah study should be a priority in Israel, a country that defines itself as the Jewish state, and that the yeshiva students perform a spiritual duty that is crucial for protecting the country. On March 2 hundreds of thousands of ultra-Orthodox paralyzed much of Jerusalem with a mass prayer gathering to protest the legislation. Tens of thousands of Haredim held a similar gathering in Lower Manhattan on Sunday.

Moshe Gafni of the ultra-Orthodox United Torah Judaism party, said, “Today Israel lost the right to be called a Jewish state,” according to the Ynet Hebrew news site. He said the Haredim “will not forget or forgive” Prime Minister Benjamin Netanyahu and his associates for what he called the affront to the Haredi public and to Torah study.

Until a year ago Mr. Netanyahu and the Haredi parties were political allies. Those parties are not in the current coalition after years of having wielded disproportionate political power as coalition linchpins.

In the streets and at the ballot box, mainstream Israelis have displayed growing resentment over benefits granted for decades to members of the ultra-Orthodox community who chose full-time Torah study. Many Israelis view the enlistment of the ultra-Orthodox minority and its integration into the work force as crucial for the country’s economy and viability. The ultra-Orthodox sector now makes up about 10 percent of the population of 8 million, but favoring large families, it is expanding rapidly.

The law sets modest annual quotas for the drafting of yeshiva students for military or national service and holds open the threat of criminal penalties against those who evade the draft if the quotas are not met voluntarily by mid-2017 — an unlikely possibility that has nonetheless enraged ultra-Orthodox opponents.

The roots of the tensions date to the founding of the state of Israel in 1948. David Ben-Gurion, the first prime minister, granted full-time yeshiva students state financing and exemption from army service to refill the ranks of Torah scholarship decimated in the Holocaust. At the time 400 students were of draftable age. Today there are tens of thousands.

In 2012, Israel’s Supreme Court invalidated a law that formalized exemptions for yeshiva students, ruling that it contradicted the principle of equality. The new legislation will face a similar test, though the court deliberations could proceed for at least a year.

Israel’s parliamentary opposition, led by Isaac Herzog, leader of the Labor Party, was not uniformly against the new law. But the opposition took the unusual measure of boycotting the discussions in the full assembly and the votes on this and two other bills. Opposition members argued that democratic debate had been stifled because the coalition parties made a pact that all their members would vote for all three pieces of legislation. On their own, none of the bills would have garnered a majority.

One of the bills, which passed into law on Tuesday, raises the electoral threshold for political parties from two percent to 3.25 percent — a move that could harm the electoral chances of small parties, including those that represent the politically fragmented Arab minority. Another bill, which passed later Thursday, calls for a national referendum on any withdrawal from sovereign Israeli territory as part of a future peace treaty with Israel’s Arab neighbors.

Voir enfin:

The President’s Foreign Policy Paradox
Walter Russell Mead
Updated March 28, 2014

More than five years into his presidency, Barack Obama still wrestles with the foreign-policy contradiction that has dogged his administration from the beginning: The president has extremely ambitious goals but is unusually parsimonious when it comes to engagement.

Commendably, President Obama is not satisfied with the global status quo and wants a world fundamentally different than the one we live in. He wants a world in which poverty is on the wane, international law is respected, and the U.S., if it must lead, can do so on the cheap, and from behind.

To get to this world, Mr. Obama wants nuclear proliferation stopped, new arms-control agreements ratified, and the eventual abolition of nuclear weapons. He wants a tough global climate treaty that will keep carbon emissions at levels low enough to prevent further global warming. He wants the Arab-Israeli dispute settled and a new relationship with Iran. He wants terrorism to be contained and Afghanistan to be stable when the Americans leave. He wants to reassert U.S. power in the Pacific, and to see China accept the territorial status quo. He wants democracy advanced, human rights protected, poverty reduced, women empowered, and lesbians and gays treated better world-wide.

This is a transformative agenda that would resonate with visionary American presidents like the two Roosevelts and Woodrow Wilson. But while Mr. Obama embraces a powerful and compelling global vision, he also seeks reduced American commitments and engagements overseas. He wants substantial cuts in military spending and wants to reduce America’s profile in Europe and the Middle East.

This is a paradox, but it is understandable. Mr. Obama is channeling the voters. Just as Americans want to eliminate the federal budget deficit without cutting Social Security or Medicare, they want a more peaceful and democratic world with less heavy lifting from the U.S. Who wouldn’t want an easier life in a nicer world?

Unfortunately, it’s hard to transform and democratize the world while saving money and reducing overseas commitments. A world based more on the rule of law and less on the law of the jungle requires an engaged, forward-looking, and, alas, expensive foreign policy. If, for example, you want to put the world on the road to abolishing nuclear weapons, you have to make sure that nonnuclear states like Ukraine don’t have to worry about land-grabs from nuke-wielding neighbors like Russia.

When Ukraine agreed to give up its "legacy" nuclear weapons—missiles and warheads placed on Ukrainian territory when it was part of the Soviet Union—the U.S., U.K. and Russia pledged to protect its territorial integrity. That promise is clearly a dead letter, and it just became much harder to persuade countries that beautifully phrased treaties signed by great powers can replace nuclear weapons as instruments of self-defense.

Even more troubling is the belief that a peaceful world can be painlessly built without political heavy lifting at home or abroad. Two of the five veto-wielding Permanent Members of the U.N. Security Council—China and Russia—are aggressive, undemocratic countries with significant territorial claims against neighbors. They also consider reducing American power and prestige as one of their most important national interests.

The authority and legitimacy that come from U.N. mandates won’t exist where Russian and Chinese interests are engaged, and so the U.S. will have to choose between disengaging on issues like the occupation of Crimea (and future territorial moves by Russia and China) and taking action outside the U.N. system.

Mr. Obama is unintentionally making it harder for himself and future American presidents. His appealing vision of an easy, cheap and beautiful world order helps build expectations that no real world president can achieve. The disillusionment that follows when those expectations aren’t met reinforces the cynicism that makes it hard for all presidents to build public support for national efforts abroad.

Successful American foreign policy not only demands sacrifice and risk, but it also inevitably brings failures and setbacks. The values and interests that Americans care most strongly about can’t be defended without a foreign policy that sometimes taxes our wallets and tests our will. But engagement isn’t guaranteed to make things work out. The world is complicated, foreign policy is hard, and Americans even at our best are neither omniscient nor omnipotent.

The White House is shocked by the Russian campaign against Ukraine and the administration’s inability to predict or counter Vladimir Putin’s moves. Mr. Obama is experiencing what the president in other contexts has called a "teachable moment." Perhaps it will bring about a more sustainable approach to foreign policy. But President Obama created unrealistic expectations for himself in happier times—democracy in the Middle East, destruction of al Qaeda, victory in Afghanistan, greater American popularity abroad, a reset with Russia, pivoting to Asia—all while making deep cuts to defense budgets. This will weigh on him now.

Mr. Obama came into office telling voters what they badly wanted to hear, which was that on foreign policy, they could have it all. No risks to be run, no adversarial great powers to oppose, and no boots on the ground. Now he must tell them that he, and they, were wrong, and he must choose. Does he give up on some of his dreams for improving the world, or does he begin to urge the country to pay a higher price and run greater risks to make the world better and safer?

The truth is that he—and we—will have to do some of both. As a country we are going to be working harder than we wanted in a world that is more frustrating than we hoped.

Mr. Mead is a professor of foreign affairs and humanities at Bard College and editor at large of the American Interest.

President Obama’s foreign policy paradox

Robert Kagan

The WSJ

March 27

Robert Kagan is a senior fellow at the Brookings Institution. He writes a monthly foreign affairs column for The Post.

Whether one likes President Obama’s conduct of foreign policy or not, the common assumption is that the administration is at least giving the American people the foreign policy they want. The majority of Americans have opposed any meaningful U.S. role in Syria, have wanted to lessen U.S. involvement in the Middle East generally, are eager to see the “tide of war” recede and would like to focus on “nation-building at home.” Until now, the president generally has catered to and encouraged this public mood, so one presumes that he has succeeded, if nothing else, in gaining the public’s approval.

Yet, surprisingly, he hasn’t. The president’s approval ratings on foreign policy are dismal. According to the most recent CBS News poll, only 36 percent of Americans approve of the job Obama is doing on foreign policy, while 49 percent disapprove. This was consistent with other polls over the past year. A November poll by the Pew Research Center showed 34 percent approval on foreign policy vs. 56 percent disapproval. The CBS poll showed a higher percentage of Americans approving of Obama’s economic policies (39 percent) and a higher percentage approving his handling of health care (41 percent). Foreign policy is the most unpopular thing Obama is doing right now. And lest one think that foreign policy is never a winner, Bill Clinton’s foreign policy ratings at roughly the same point in his second term were quite good — 57 percent approval; 34 percent disapproval — and Ronald Reagan’s rating was more than 50 percent at a similar point in his presidency. That leaves Obama in the company of George W. Bush — not the first-term Bush whose ratings were consistently high but the second-term Bush mired in the worst phase of the Iraq war.

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Nor are Obama’s numbers on foreign policy simply being dragged down by his overall job approval ratings. The public is capable of drawing distinctions. When George H.W. Bush’s overall approval ratings were tanking in the last year of his presidency, his ratings on economic policy led the downward trend, but his foreign policy ratings stayed above 50 percent. According to the CBS poll, Obama’s overall approval rating is 40 percent, four points higher than his foreign policy rating.

So we return to the paradox: President Obama is supposedly conducting a foreign policy in tune with popular opinion, yet his foreign policy is not popular. What’s the explanation? I await further investigation by pollsters, but until then I offer one hypothesis:

A majority of Americans may not want to intervene in Syria, do anything serious about Iran or care what happens in Afghanistan, Iraq, Egypt or Ukraine. They may prefer a minimalist foreign policy in which the United States no longer plays a leading role in the world and leaves others to deal with their own miserable problems. They may want a more narrowly self-interested American policy. In short, they may want what Obama so far has been giving them. But they’re not proud of it, and they’re not grateful to him for giving them what they want.

For many decades Americans thought of their nation as special. They were the self-proclaimed “leader of the free world,” the “indispensable nation,” the No. 1 superpower. It was a source of pride. Now, pundits and prognosticators are telling them that those days are over, that it is time for the United States to seek more modest goals commensurate with its declining power. And they have a president committed to this task. He has shown little nostalgia for the days of U.S. leadership and at times seems to conceive it as his job to deal with the “reality” of decline.

Perhaps this is what they want from him. But it is not something they will thank him for. To follow a leader to triumph inspires loyalty, gratitude and affection. Following a leader in retreat inspires no such emotions.

Presidents are not always rewarded for doing what the public says it wants. Sometimes they are rewarded for doing just the opposite. Bill Clinton enjoyed higher approval ratings after intervening in Bosnia and Kosovo, even though majorities of Americans had opposed both interventions before he launched them. Who knows what the public might have thought of Obama had he gone through with his planned attack on Syria last August? As Col. Henry Stimson observed, until a president leads, he can’t expect the people to “voluntarily take the initiative in letting him know whether or not they would follow him if he did take the lead.” Obama’s speech in Europe Wednesday shows that he may understand that the time has come to offer leadership. Whether or not he does in his remaining time in office, perhaps his would-be successors can take note.


Rwanda/20e: Levons le secret défense sur le rôle de la France (Will France ever come clean about its role in the Rwandan genocide ?)

6 avril, 2014
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Dans ces pays là, un génocide, ce n’est pas trop important. François Mitterrand
Un dramatique cortège de négligences, d’insouciances, d’incompétences, d’hésitations et d’erreurs, a créé les conditions d’une tragédie sans nom. Et donc j’assume ici devant vous la responsabilité de mon pays, des autorités politiques et militaires belges, et au nom de mon pays, au nom de mon peuple, je vous demande pardon pour ça. Guy Verhofstadt (premier ministre belge, 7 janvier 2000)
Ce qu’il s’est passé ici est une défaite pour l’humanité. Ce qu’il s’est passé ici a laissé une trace indélébile. (…) Ce qu’il s’est passé ici oblige la communauté internationale, dont la France, à réfléchir à ses erreurs qui l’ont empêchée de prévenir et d’arrêter ce crime épouvantable. Nicolas Sarkozy  (25 février 2010)
Il faut ouvrir les ventres de ces Tutsis que vous tuez pour qu’ils coulent et que les satellites ne les voient pas. Soldats français au Rwanda lors du génocide (cité par Andrew Wallis)
Nous livrons des munitions aux FAR en passant par Goma. Mais bien sûr nous le démentirons si vous me citez dans la presse. Philippe Jehanne (correspondant de la DGSE, à l’historien Gérard Prunier, en plein génocide rwandais, le 19 mai 1994)
On avait ordre de ne pas bouger, de ne rien faire, surtout pas bouger, rien faire. (…) Les gens nous parlaient d’une vallée, Bisesero, où il y aurait des Tutsis armés jusqu’aux dents. Un jour, on a désobéi (…) aux ordres de notre propre chef (…) le commandant Marin Gillier. Il nous avait interdit d’aller là-bas.» En allant à Bisesero, «on a découvert le pot aux roses : c’est une vallée où 10 000 victimes avaient été tuées. Il en restait 800 dans un état lamentable. Là on s’est rendu compte que c’était pas du tout les Tutsis qui tuaient les Hutus, c’étaient les Hutus qui tuaient les Tutsis, qui les massacraient carrément, tous les jours. Adjudant Thierry Prungnaud (ancien gendarme du GIGN, France Culture, le 22 avril 2005)
Monsieur,… la situation dans mon pays devient de plus en plus critique… Vu l’évolution actuelle du conflit, je vous confirme mon accord pour recruter, pour le gouvernement rwandais, 1000 hommes devant combattre aux côtés des Forces Armées Rwandaises. Augustin Bizimana (ministre de la Défense rwandais, lettre "au Capitaine Paul Barril", 27 avril 1994)
Ce que je sais, c’est qu’à l’époque, loin de prendre parti pour un camp contre l’autre, le gouvernement français a tout fait pour réconcilier le gouvernement du Président Habyarimana, légalement élu, et le leader du Front Patriotique Rwandais (FPR) , le colonel Kagamé qui, de l’Ouganda où il se trouvait en exil, se lançait dans la reconquête du territoire de son pays. C’est ce qu’on a appelé le processus d’Arusha, du nom de la ville de Tanzanie où se déroulaient les négociations. Ce processus, lancé dès 1992 , a abouti en août 1993 à une série d’accords qui actaient la réconciliation nationale, le départ des troupes françaises présentes au Rwanda, la mise en place d’une force des Nations Unies, la MINUAR, pour surveiller la bonne application de l’accord, et la création d’un gouvernement de transition consacrant la réintégration des exilés tutsis. Nous avons presque réussi à convaincre les parties de respecter cet accord. Nous avons retiré les forces françaises de l’opération Noroît qui étaient présentes sur le sol rwandais depuis octobre 1990 pour protéger les 600 ressortissants français du Rwanda (à l’exception de 24 coopérants militaires dans le cadre d’un détachement d’assistance technique). Une Assemblée nationale de transition s’est installée en mars 1994. Bref le processus de paix semblait bien engagé… jusqu’à l’attentat du 6 avril 1994 qui a évidemment ruiné les efforts de la diplomatie française. Ce que je sais aussi, c’est que loin de se taire sur ce qui s’est alors passé au Rwanda, le gouvernement français a, par ma voix, solennellement dénoncé le génocide dont des centaines de milliers de Tutsis étaient les victimes. Je l’ai dit le 15 mai 1994 à l’issue de la réunion du Conseil des Ministres de l’Union Européenne à Bruxelles, et de nouveau le 18 mai à l’Assemblée Nationale au cours de la séance des questions d’actualité. Ce que je sais, c’est que la communauté internationale a fait preuve d’une passivité, voire d’un « aveuglement » scandaleux. Malgré ce qui se passait sur le terrain et que l’on savait, malgré les appels de son Secrétaire général en exercice, Boutros Boutros-Ghali, qui réclamait l’envoi rapide de 5 000 Casques bleus, le Conseil de Sécurité a été incapable de prendre la moindre décision… sauf celle de ramener les effectifs de la MINUAR de 2548 à 270 hommes (21 avril 1994). Devant la carence de la communauté internationale et les obstacles mis par certaines grandes puissances aux demandes du Secrétaire général de l’ONU, la France a été la seule à avoir un sursaut de courage. J’ai longuement expliqué, à l’époque, l’initiative qui a abouti à l’opération Turquoise, c’est-à-dire à l’envoi d’une force internationale, principalement constituée de militaires français. Le gouvernement français a obtenu le feu vert du Conseil de Sécurité par la résolution  n°929 en date du 22 juin 1994. Le Secrétaire d’Etat américain, Warren Christopher, m’a fait personnellement part de son admiration pour cette initiative de la France. Ce que je sais enfin, c’est que l’opération Turquoise s’est exactement déroulée dans les conditions fixées par la résolution des Nations Unies. Elle a permis de sauver des centaines de milliers de vies. Je me souviens de l’accueil que réservaient à nos soldats les réfugiés qui fuyaient les combats opposant le FPR (Front Patriotique Rwandais du colonel Kagamé) et les FAR (Forces Armées Rwandaises). Turquoise a également protégé des dizaines de sites de regroupement de civils tutsis et permis  aux ONG d’accéder en toute sécurité à ces populations. Son mandat n’était en aucune manière de faire la guerre, mais de mener une opération humanitaire, nettement définie dans le temps et dans l’espace. Elle l’a remplie dans des conditions qui font honneur à l’armée française et à notre pays. Jusqu’à ce qu’enfin arrivent sur place les Casques bleus de la MINUAR II, fin août 1994. Tout cela, je l’ai déclaré en détail devant la mission parlementaire sur le génocide du Rwanda qu’a présidée en 1998 M. Paul Quilès. On peut se référer à ses conclusions,  ou , si l’on cherche un texte plus synthétique, à l’article que Paul Quilès a publié le 28 mars 2009 dans le Figaro, sous le titre « Rwanda: cessons de diaboliser la France ». Aujourd’hui, il est utile que la France et le Rwanda dissipent les malentendus et se réconcilient. Il reste nécessaire que les coupables de cet abominable génocide soient poursuivis, traduits en justice et châtiés, où qu’ils se trouvent. Mais il ne serait pas acceptable de ré-écrire une autre Histoire. Alain Juppé (2010)
Procéder à des opérations d’instruction, réaliser une assistance technique militaire en temps de paix ne pose pas de problèmes particuliers en termes de principes. Intervenir sur la base d’un accord de défense ou en vertu d’un engagement politique aux côtés d’un Etat auquel un autre Etat souhaite apporter son soutien dans le cas d’une agression extérieure, ne soulève pas non plus de questions d’ordre éthique. Il s’agit là d’un jeu classique d’alliances exprimant tel ou tel équilibre politique. Que l’agression ne puisse être véritablement caractérisée comme une agression extérieure, que le pays qui la subit soit lui-même auteur ou complice d’exactions graves sur ses propres populations en représailles aux offensives qui le menacent et la situation devient dès lors beaucoup plus complexe. Comment peut-on alors concevoir une aide et un engagement extérieurs qui ne soient pas perçus comme un engagement direct ? Autrement dit, la seule présence militaire française sur le terrain, prolongée après les dernières évacuations des ressortissants français à Ruhengeri fin janvier 1991, ne signifie-t-elle pas, lorsqu’elle devient aussi déterminante sur l’issue des combats, que la France s’est trouvée à la limite de l’engagement direct, même si elle n’a pas participé aux combats aux côtés des FAR, comme le firent pendant quelques jours, en octobre 1990, les forces armées zaïroises ? Paul Quilès (Rapport d’information, 1998)
Dès lors, deux questions se posent : quels sont les moyens de poursuivre le travail de vérité historique, qui ne saurait être la préoccupation de la seule France? Pourquoi la recherche de la vérité est-elle si difficile face à la manipulation? 1)- Depuis 1994, de nombreux travaux ont analysé par le détail le génocide du Rwanda : enquêtes, commissions parlementaires, rapports d’institutions internationales, travaux menés par des ONG et des chercheurs. Il devrait être possible –pourquoi pas sous l’égide de l’ONU- de soumettre l’ensemble de ces documents à l’examen d’une commission constituée de personnalités indépendantes à l’expertise reconnue. Ainsi pourrait être établie, à l’intention des gouvernements et des opinions, une analyse impartiale et incontestable, qui apporterait une contribution essentielle à la réconciliation et à la reconstruction dans la région des Grands Lacs. 2)- Tant qu’un tel travail n’aura pas été réalisé, la manipulation risque de se poursuivre, dans la mesure où elle prend sa source dans la convergence des intérêts : intérêts de ceux qui veulent écrire une histoire du génocide légitimant leur pouvoir ; intérêts de ceux qui aimeraient que leurs responsabilités soient oubliées ou édulcorées. – Parmi les premiers, se trouve le gouvernement rwandais, qui souhaite que soit minorée sa responsabilité dans la déstabilisation de la Région des Grands Lacs depuis son avènement au pouvoir, que ne soit jamais établie son éventuelle implication dans l’attentat contre l’avion d’Habyarimana -élément déclenchant du génocide-, que soit occultée la part de cynisme qui conduisit le FPR à privilégier parfois la logique de l’affrontement à celle de la paix. De ce point de vue, la diabolisation d’une puissance comme la France, dont la présence en Afrique est suffisamment entachée d’erreurs pour que sa condamnation apparaisse vraisemblable, constitue une aubaine dont le gouvernement rwandais use et abuse, sans aucune retenue. – Parmi les seconds, figurent ceux qui n’ont pas pris la mesure des évènements qui se produisaient au Rwanda en 1994 et qui par indifférence, par cynisme ou par intérêt, ont accepté que les Nations Unies retirent une grande partie de leurs forces présentes sur place (la MINUAR) au moment où se déclenchait le génocide, en prenant bien soin de ne jamais qualifier les massacres. Les Etats-Unis sont ici en première ligne, ce qui ne les empêche pas de bénéficier de l’amitié et de la compréhension du gouvernement rwandais. Il est vrai que l’un comme l’autre ne voient que des avantages à ce que la culpabilité de la communauté internationale soit incarnée par la seule France. Paul Quilès
Il est rigoureusement faux que la France ait aidé en quelque manière les auteurs du génocide à préparer leur forfait. Bien au contraire avant mars 1993 (date de prise de fonction du gouvernement Balladur) comme après cette date, notre pays a tout fait pour pousser à la réconciliation des deux camps. Il a efficacement oeuvré à la conclusion des accords d’Arusha qui posaient les bases de cette réconciliation et qui ont été salués positivement par M. Kagamé lui-même. Il est rigoureusement faux que la France n’ait pas dénoncé le déclenchement du génocide en le qualifiant en ces termes même. Mes déclarations publiques en font foi, en mai 1994, au conseil des ministres des affaires étrangères de l’Union Européenne comme à l’Assemblée Nationale. Quand aux accusations portées contre notre Armée, elles sont tout simplement honteuses. Nos soldats ont exécuté strictement la mission qui leur avait été assignée par le gouvernement, en application d’une résolution très précise du Conseil de sécurité des Nations Unies. Ils l’ont fait avec le courage et la discipline qui les caractérisent. Je me souviens de l’accueil enthousiaste que leur ont réservé les centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qu’ils ont protégés. Sans doute subsiste-t-il encore des zones d’ombre sur cette période tragique. Malgré les investigations de l’ONU, de la justice française, de la justice espagnole, on ne sait toujours pas qui sont les auteurs de l’attentat contre l’avion qui transportait le Président Habyarimana et le Président du Burundi le 6 avril 1994 . C ‘est le lendemain de cet attentat qu’ont commencé les massacres de 800 000 Tutsi (et Hutu modérés). En connaître les auteurs serait de première importance pour comprendre l’enchaînement des faits. On peut espérer, comme la mission Quilès, que « la vérité fera peu à peu son chemin. C’est ainsi que le souvenir des victimes du génocide ne se confondra pas avec les intérêts de ceux qui prétendent parler en leur nom ». En attendant que vienne la vérité, on ne peut tolérer la véritable entreprise de falsification historique qui veut faire porter à la France la culpabilité du génocide. La communauté internationale a failli, c’est un fait. Elle a été incapable de prévenir et d’arrêter le génocide. Mais la communauté internationale, ce n’est pas la France seule. C’est le Conseil de sécurité des Nations Unies dont Kofi Annan qui dirigeait alors le Département des Opérations de Maintien de la Paix a décrit plus tard la paralysie. Il écrit: « Les Français ont poussé dès le début des négociations d’Arusha pour qu’une force de l’ONU soit déployée au Rwanda en soutien de l’accord de paix. Hormis côté français, il y avait au début peu d’appétence chez les membres permanents du Conseil de sécurité pour mandater une nouvelle force de maintien de la paix… » Plus loin, il ajoute: « Nous devons reconnaître que le monde a échoué face au mal. La communauté internationale et les Nations Unies n’ont pu mobiliser la volonté politique de l’affronter. » La « communauté internationale » , ce sont aussi les Etats-Unis, très influents dans la région et dont le Président Clinton lui-même a reconnu l’inaction. Ce sont aussi les pays européens dont certains avaient des responsabilités historiques dans la région. La France a été la seule puissance à agir. Il serait aujourd’hui intolérable que nous soyons désignés comme les principaux coupables. J’appelle le Président de la République et le gouvernement français à défendre sans ambiguïté l’honneur de la France, l’honneur de son Armée, l’honneur de ses diplomates. Alain Juppé (2013)
L’implication française est beaucoup plus terrible encore puisqu’elle a été un soutien logistique à l’armée d’Habyarimana. Il semble que même après le début du génocide, l’armée française – ou au moins une partie parce que ce n’est pas sûr que cela ait été décidé en haut lieu – ait continué à fournir des armes aux tueurs. (…) L’armée française a également installé la "zone turquoise". C’était une décision politique prise dans les bureaux de François Mitterrand. Cette zone a été instaurée dans la région ouest du pays pour permettre pendant deux mois, mi-juin jusqu’à mi-août, à la communauté hutue de s’échapper et donc de protéger en son sein – toute la communauté n’était pas meurtrière – des génocidaires qui s’y cachaient. Jean Hatzfeld
Les puissances occidentales aimeraient que le Rwanda soit un pays ordinaire, comme si rien ne s’était passé, ce qui présenterait l’avantage de faire oublier leurs propres responsabilités, mais c’est impossible. Prenez le cas de la France. Vingt ans après, le seul reproche admissible à ses yeux est celui de ne pas en avoir fait assez pour sauver des vies pendant le génocide. C’est un fait, mais cela masque l’essentiel : le rôle direct de la Belgique et de la France dans la préparation politique du génocide et la participation de cette dernière à son exécution même. Interrogez les rescapés du massacre de Bisesero en juin 1994 et ils vous diront ce que les soldats français de l’opération Turquoise y ont fait. Complices certes, à Bisesero comme dans toute la zone dite “humanitaire sûre”, mais aussi acteurs.  (…) Nous verrons ce qu’il adviendra de cette condamnation en appel. Pour le reste, je ne pense pas qu’il s’agisse là d?une évolution particulièrement positive. Pour un criminel condamné après vingt ans, combien la justice française en a-t-elle escamoté ? Nous ne sommes pas dupes de ce petit jeu. On nous présente cette sentence comme un geste, presque comme une faveur de la France à l?égard du Rwanda, alors que c?est le rôle de la France dans le génocide qu?il conviendrait d’examiner. Paul Kagamé
Si l’opération Turquoise a permis par endroits de sauver des vies, elle a ailleurs, comme à Bisesero, du 27 au 30 juin, laissé les tueurs finir librement leur besogne. Elle a créé un véritable sanctuaire, défendu militairement, dans lequel les responsables du génocide ne pouvaient être inquiétés, puis elle a organisé leur fuite vers le Zaïre. Continuez-vous à prétendre, M. Juppé, contre l’évidence des faits, que l’État français s’est opposé à la passivité de l’ONU devant le génocide des Tutsi ? Et que l’opération Turquoise n’était qu’une opération humanitaire, dont le but était de lutter contre ce génocide ? (…) Vingt ans après, alors que notre justice vient pour la première fois de juger, et de déclarer coupable de génocide, un Rwandais séjournant en France, n’est-il pas grandement temps d’oser regarder le passé en face ? Nous souhaitons que l’État qui nous représente ait la dignité de reconnaître ses erreurs. C’est la seule attitude qui puisse nous paraître respectable, aujourd’hui, devant la souffrance immense générée par le génocide des Tutsi. Le mandat que vous aviez à l’époque, les décisions que vous avez prises, la manière dont vous les avez défendues jusqu’à présent, font de vous un acteur majeur de la politique française au Rwanda. Les mensonges de ceux qui nous gouvernaient en 1994, concernant l’aide fournie à la réalisation du génocide des Tutsi, nous concernent au plus haut point. Votre discours, qui entre en contradiction avec les faits avérés, pourrait être qualifié de révisionniste. Il nous paraît inacceptable qu’un homme tenant des propos sur un génocide visant à tromper ses concitoyens puisse représenter la population bordelaise. C’est également notre dignité qui est en jeu ! Nous vous invitons donc, encore une fois, à répondre avec clarté et honnêteté aux questions que nous vous posons. Lettre ouverte à M. Juppé
La classe politique française n’est pas particulièrement connue pour sa capacité à admettre ses erreurs. Nos politiciens se sentent au dessus de toute repentance. La particularité réside aussi dans le fait que le génocide s’est produit en période de cohabitation entre le gouvernement d’Edouard Balladur et le président François Mitterrand. C’est donc un cas spécial où il n’existe pas de clivage gauche-droite. Pourtant sans le soutien de Paris au régime du président Juvénal Habyarimana, le génocide n’aurait jamais pu avoir lieu. La France a fourni un parapluie militaire en repoussant les offensives du Front Patriotique Rwandais. Sans cet appui, le régime de l’époque n’aurait jamais eu le temps de préparer la tentative d’extermination de la population Tutsi. D’un autre coté, les militaires français présents au Rwanda étaient hautement qualifiés, je ne vois pas comment ils n’auraient pas été au courant de ce qui se tramait. Pour moi la connivence est évidente, les Français savaient qu’il y avait un génocide en préparation. Jean-François Dupaquier (journaliste, écrivain et témoin expert au Tribunal Pénal International pour le Rwanda)
Je crois que l’aide militaire de la France est progressivement devenue plus active sous forme de conseils, d’assistance, d’instructions aux Forces armées rwandaises (FAR). Il y a eu, en effet, une sorte de cobelligérance. Quand l’armée française a participé à l’élaboration de plans de bataille. Elle a même envoyé des conseillers pour instruire les FAR au maniement de matériels sophistiqués. Est-ce qu’il y a eu même des engagements directs ? Un journaliste, correspondant de guerre d’un journal de l’est-africain, m’a dit avoir vu aux jumelles des blancs avec les FAR aux combats. Les militaires du FPR lui ont dit que c’étaient des Français, mais il n’a pas pu les approcher. L’imbrication de l’armée française avec l’armée rwandaise est incontestable. (…) Selon moi, un pays se grandit quand il reconnait ses erreurs et ses fautes. Je n’ai pas changé. Le rapport fait état de "fautes d’appréciations". Il y a des erreurs telles qu’il n’est pas impensable de les qualifier de fautes. C’était la première fois dans l’Histoire de la Ve république que le législatif contrôlait l’exécutif dans le domaine réservé de la défense ! Pierre Brana (co-rapporteur de la Mission d’information parlementaire sur le Rwanda)
Depuis 20 ans, les travaux de nombreux chercheurs, journalistes, juristes, organisations de la société civile et des rescapés et de leurs familles, ont démontré l’implication française dans le dernier génocide du XXe siècle. Des procédures judiciaires sont en cours, mettant potentiellement en cause des Français (enquête sur l’attentat contre l’avion du président rwandais, plaintes de rescapé-e-s tutsi contre des militaires français, plainte contre Paul Barril ex-gendarme de l’Elysée). Mais l’Etat français continue de nier son rôle et met un frein à la justice, en dissimulant un grand nombre de documents officiels, tels que les archives sur les opérations militaires françaises au Rwanda, ou les archives de l’Elysée non expurgées. Si les autorités politiques et militaires françaises n’avaient rien à se reprocher, comme elles ne cessent de l’affirmer, pourquoi refuseraient-elles de rendre publics ces documents ? Survie

En ce triste 20e anniversaire du début du dernier génocide du XXe siècle …

Dont, par l’indélicatesse du président rwandais, la France va se voir priver

Comment ne pas s’étonner du refus continué dudit gouvernement français …

D’ouvrir les archives qui pourraient enfin démontrer à la face du monde …

Qu’aucun de ses dirigeants politiques et militaires de l’époque n’ont aidé en quelque manière les génocidaires ?

Génocide des Tutsi au Rwanda : levons le secret défense sur le rôle de la France

2,739 signatures. Atteignons 3,000
Pourquoi c’est important

C’est maintenant ou jamais : avec le triste anniversaire approchant, François Hollande et Jean-Yves le Drian doivent briser la loi du silence et nous devons nous mobiliser pour obtenir la vérité.

En 1994, le génocide des Tutsi au Rwanda a fait entre 800 000 et 1 million de victimes, massacrées pour la seule raison qu’elles étaient tutsi ou opposées au génocide. Des dirigeants politiques et militaires français ont apporté leur soutien aux génocidaires avant, pendant et après le génocide.

20 ans après, toute la lumière doit être faite sur la politique de la France au Rwanda.

Depuis 20 ans, les travaux de nombreux chercheurs, journalistes, juristes, organisations de la société civile et des rescapés et de leurs familles, ont démontré l’implication française dans le dernier génocide du XXe siècle. Des procédures judiciaires sont en cours, mettant potentiellement en cause des Français (enquête sur l’attentat contre l’avion du président rwandais, plaintes de rescapé-e-s tutsi contre des militaires français, plainte contre Paul Barril ex-gendarme de l’Elysée).

Mais l’Etat français continue de nier son rôle et met un frein à la justice, en dissimulant un grand nombre de documents officiels, tels que les archives sur les opérations militaires françaises au Rwanda, ou les archives de l’Elysée non expurgées. Si les autorités politiques et militaires françaises n’avaient rien à se reprocher, comme elles ne cessent de l’affirmer, pourquoi refuseraient-elles de rendre publics ces documents ?

Considérant qu’il est urgent et indispensable de faire avancer la justice, et que les citoyen-ne-s français-e-s, les rescapé-e-s et les familles des victimes ont le droit de connaître toute la vérité, nous demandons pour le 20e anniversaire du génocide la déclassification et la publication de tous les documents se rapportant à l’action de la France au Rwanda de 1990 à 1994 dans ses volets diplomatiques, militaires, politiques, et financiers.

En savoir plus :

Le Monde

http://www.lemonde.fr/international/article/2010/07/30/des-documents-francais-sur-le-genocide-rwandais-ne-seront-pas-declassifies_1394124_3210.html

Le Nouvel Observateur

http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20140207.OBS5581/rwanda-une-barbouze-francaise-au-c-ur-du-genocide.html

Survie

http://survie.org/genocide

Voir aussi:

Rwanda : respect de la mémoire] Lettre ouverte à Alain Juppé

Communiqué de presse
avril 2014

Monsieur Alain Juppé,

Nous, habitants de Bordeaux, et citoyens attentifs au respect de la mémoire des victimes du génocide des Tutsi au Rwanda, constatons que depuis 20 ans vous tenez, concernant ce crime, un discours qui entre en contradiction avec la réalité des faits. Il suscite de graves interrogations sur votre rôle à l’époque, ainsi que sur celui de notre État, auxquelles nous vous invitons à répondre.

Vous étiez ministre des affaires étrangères d’avril 1993 à avril 1995. Au cours de cette période, au Rwanda, se mettait en place et se réalisait un génocide : en 1994, il y a 20 ans, plus de 800 000 personnes furent assassinées pour la seule raison que la mention Tutsi figurait sur leurs cartes d’identité. Les forces armées rwandaises (FAR) et les milices civiles réalisèrent les massacres. Ce crime, organisé et rapide, dura 3 mois !

L’État français, jusqu’en 1994, était particulièrement proche des autorités rwandaises. La présence militaire sur place est un des aspects les plus visibles de cette proximité : de 1990 à la fin du génocide, 3 opérations françaises se déployèrent au Rwanda, et il n’y eut que quelques mois au cours desquels notre armée ne fut pas présente en nombre sur le territoire de ce petit pays. Depuis 20 ans, des historiens, des écrivains, des journalistes, des associations, ainsi que des organisations internationales (1), accusent les autorités françaises d’avoir une responsabilité coupable dans la réalisation du génocide, ou d’avoir été complices de celui-ci.

Environ 10 ans après les faits, des responsables politiques français commencèrent à parler "d’erreur criminelle" (B. Kouchner), puis "d’aveuglement" (N. Sarkozy), pour qualifier les décisions prises par notre État à cette époque (2). Mais votre position est toute autre. Selon vous, la France n’a rien à se reprocher, bien au contraire. Vos arguments sont clairs, vous les développez par exemple sur votre blog, dans un article mis en ligne le 1er mars 2010.

Concernant les accusations dirigées contre vous, vous vous contentez de les balayer d’un revers de la main, au seul motif qu’elles ne seraient "évidemment qu’un tissu d’allégations mensongères". Mais lorsque vous exposez votre vision des événements, force est de constater que vous omettez et contredisez des faits avérés, afin de produire un discours dédouanant les dirigeants français de toute responsabilité.

Selon vous, M. Juppé, "le gouvernement français a tout fait pour réconcilier le gouvernement du président Habyarimana, légalement élu, et le leader du front patriotique rwandais (FPR)", "bref le processus de paix semblait bien engagé… jusqu’à l’attentat du 6 avril 1994 qui a évidemment ruiné les efforts de la diplomatie française.".

Vous offrez, en quelques phrases, un vernis démocratique au régime de Juvénal Habyarimana, arrivé en pouvoir en 1973 par un coup d’état, et vous légitimez ainsi l’aide que lui offraient les autorités françaises. Mais vous fermez les yeux sur tous les éléments qui montraient la préparation du génocide : le massacre des Bagogwe en 1991 ; celui des Tutsi dans le Bugesera, dans la région de Kibuye et dans le nord-ouest en 1992 et 1993 ; ainsi que les nombreux rapports, français (3) et internationaux, qui en attestent. Les plus notables, publiés en 1993, sont celui de 4 ONG (4), dont la FIDH, et celui de la commission des droits de l’Homme de l’ONU (5). Ils interrogent déjà sur la possibilité de qualifier ces massacres de génocide. Ils démontrent également qu’ils sont encadrés par les autorités administratives et l’armée rwandaise, à une époque où les forces militaires françaises collaborent étroitement avec celles-ci.

Devant la multitude de ces voyants rouges (6), n’aurait-il pas été de votre devoir de dénoncer les crimes du régime et d’appeler à suspendre notre coopération, plutôt que de les camoufler derrière le paravent des accords d’Arusha ?

Ce processus de paix, bien engagé selon vous, était pourtant qualifié par le président Habyarimana de "chiffon de papier" (7). Pouviez-vous réellement ignorer que l’État français enfreignait ses clauses, notamment en poursuivant les fournitures d’armes au régime raciste de Kigali bien après sa signature définitive (le 04 août 1993) : la Mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda (MINUAR) intercepta, sur l’aéroport de la capitale, une livraison en janvier 1994 (8) ; selon Edouard Balladur, la dernière autorisation d’exportation de matériel de guerre date du 6 avril (9) ? Enfin, et c’est beaucoup plus grave, Human Rights Watch révèle, après une enquête menée en 1995, qu’au moins 5 livraisons d’armes en provenance de la France et à destination des forces génocidaires ont eu lieu via l’aéroport de Goma, à la frontière zaïroise (10). Elles s’effectuèrent après le 17 mai, alors que plus personne ne pouvait ignorer qu’un génocide était en cours, et que l’ONU venait de décréter un embargo sur les armes.

Les témoignages qui étayent ces conclusions sont-ils tous, eux aussi, mensongers ? Vous admettiez pourtant, durant le génocide, ne pas connaître les décisions de l’Élysée concernant les ventes d’armes (11). N’est-ce pas plutôt ces dernières qui ruinèrent les efforts de la diplomatie française, si ces efforts ont existé ? Et l’État français ne doit-il pas se reprocher cette aide aux génocidaires ? Par ailleurs, vous écrivez : "loin de se taire sur tout ce qui s’est alors passé au Rwanda, le gouvernement français a, par ma voix, solennellement dénoncé le génocide dont des centaines de milliers de Tutsis étaient les victimes.". C’est vrai, vous avez dénoncé le génocide, et vous étiez le premier responsable politique français à le faire, à un moment où il devenait impossible de nier son existence, et où l’État devait corriger sa position. C’était le 16 mai 1994, cinq semaines après le début des massacres, alors que certains médias français employèrent le mot de génocide dès le 11 avril (12), et que l’ordre d’opération d’Amaryllis (13), daté du 8 avril, mentionnait que "les membres de la garde présidentielle ont mené […] l’arrestation et l’élimination des opposants et des Tutsis". Les autorités françaises savaient. Elles étaient les mieux placées pour connaître exactement ce qui se passait au Rwanda, bien avant le 16 mai.

Mais quand, devant l’évidence des faits, vous dénoncez les responsables des massacres, c’est pour mieux mentir sur leur chronologie en prétendant, le 18 mai à l’assemblée nationale, qu’ils sont la conséquence d’une nouvelle attaque du FPR (14). Or le FPR, en 1994, n’est intervenu qu’après le début du génocide (15), et il était la seule force sur place à mettre fin à celui-ci. Présenter les choses comme vous le faisiez, n’était-ce pas une manière de détourner les accusations qui visaient ses véritables auteurs ?

De plus, le 16 juin, dans une tribune accordée au journal Libération (16), vous parlez des "responsables de ces génocides" au Rwanda, au pluriel, laissant entendre qu’il y aurait eu un second génocide, commis par une autre partie que vous ne nommez pas. Cette thèse, que plus personne n’ose sérieusement soutenir aujourd’hui, permettait de dédouaner les responsables des tueries, en prétendant qu’ils ne faisaient que se défendre… Vous repreniez ainsi l’argument qu’employaient les génocidaires pour exterminer la population civile Tutsi. Quels éléments pouvaient être suffisants pour vous permettre d’évoquer un second génocide, alors que le rapport de l’ONU d’août 1993 (17) ne vous avait, lui, pas alerté ? Oseriez-vous encore, M. Juppé, laisser entendre qu’en 1994 plusieurs génocides étaient commis au Rwanda ?

Nous l’avons vu, les autorités françaises connaissaient la nature et l’ampleur des massacres, dès le commencement de ceux-ci (18). Pouviez-vous ignorer qu’un génocide était en cours lorsque vous receviez à Paris, le 27 avril, le ministre des affaires étrangères du gouvernement intérimaire rwandais, ainsi que l’idéologue extrémiste Jean-Bosco Barayagwiza ? Ce dernier est l’un des fondateurs de la RTLM, la radio appelant aux tueries, qui fut un outil fondamental du génocide (19). Il a été condamné à 32 ans de prison par le Tribunal Pénal International pour le Rwanda. La réception de ces personnes au Quai d’Orsay, mais aussi à l’Élysée et à Matignon, "rendait le génocide respectable", pour employer les mots de l’historienne Alison Des Forges (20). La Belgique et les USA leur avaient fermé leurs portes, la France fut le seul pays occidental à traiter avec eux.

Cette réception, M. Juppé, vous la taisez. Vous ne pouvez pas même la justifier par une condamnation verbale des responsabilités portées par vos hôtes. Celle-ci n’a pas existé… Vous écrivez enfin "Ce que je sais, c’est que la communauté internationale a fait preuve d’une passivité, voire d’un "aveuglement" scandaleux. […] le conseil de sécurité a été incapable de prendre la moindre décision… sauf celle de ramener les effectifs de la MINUAR de 2548 à 270 hommes (21 avril 1994)" ; "Devant la carence de la communauté internationale […], la France a été la seule à avoir un sursaut de courage. J’ai longuement expliqué, à l’époque, l’initiative qui a abouti à l’opération Turquoise".

Là encore, vous contredisez les faits. La France ne s’est nullement opposée à la passivité de la communauté internationale que vous dénoncez. Elle y a participé, en votant la résolution 912 du conseil de sécurité de l’ONU, réduisant l’effectif de la MINUAR à 270 hommes, le 21 avril 1994, 14 jours après le début du génocide. Vous avez vous même déclaré, lors du conseil des ministres restreint du 13 avril 1994, être favorable à la suspension de la MINUAR (21), à un moment où le pire pouvait encore être évité. Ce n’est que dans un second temps, au mois de juin, alors que le génocide touche à sa fin, que l’État français prend la décision d’intervenir. Ce n’est pas un moment anodin : Kigali menace de tomber aux mains du FPR, qui s’oppose militairement aux forces armées rwandaises et stoppe l’extermination des Tutsi.

Faut-il rappeler que l’opération Turquoise, qualifiée d'"humanitaire", était lourdement armée (22) et composée en grande partie de l’élite des forces spéciales (23) ? Et que la France a imposé unilatéralement, sans l’accord du conseil de sécurité, une "zone humanitaire sûre" dans laquelle les tueurs ne seront pas désarmés, les responsables ne seront pas arrêtés, et depuis laquelle la RTLM, qui appelait aux massacres, pourra continuer à émettre sans souffrir de tentative de brouillage ni de neutralisation (24) ?

Les forces françaises avaient pourtant le devoir d’interrompre le génocide et d’arrêter les coupables, notamment à partir du 28 juin, date de sa reconnaissance par l’ONU : la France est signataire de la Convention de 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide, et l’opération "humanitaire", placée dans le cadre du chapitre VII (25) de la charte de l’ONU, pouvait recourir à "tous les moyens nécessaires pour atteindre les objectifs humanitaires énoncés" (26). Mais les objectifs militaires sur place étaient tout autre, comme en témoignent des propos d’officiers (27), ainsi que l’ordre d’opération de Turquoise appelant à inciter les autorités locales à rétablir leur autorité (28). Il s’agit bien ici des autorités qui ordonnaient et organisaient le génocide !

Si l’opération Turquoise a permis par endroits de sauver des vies, elle a ailleurs, comme à Bisesero, du 27 au 30 juin, laissé les tueurs finir librement leur besogne (29). Elle a créé un véritable sanctuaire, défendu militairement, dans lequel les responsables du génocide ne pouvaient être inquiétés, puis elle a organisé leur fuite vers le Zaïre (30).

Continuez-vous à prétendre, M. Juppé, contre l’évidence des faits, que l’État français s’est opposé à la passivité de l’ONU devant le génocide des Tutsi ? Et que l’opération Turquoise n’était qu’une opération humanitaire, dont le but était de lutter contre ce génocide ?

Aux premiers jours du génocide, les extrémistes hutu se retrouvaient à l’ambassade de France. Les discussions devant aboutir à la formation du gouvernement génocidaire s’y tinrent en partie, avec la participation de l’ambassadeur J.-M. Marlaud, donc sous votre responsabilité directe (31). Durant la même période, tout près de l’ambassade, Madame Agathe Uwilingiyimana, première ministre dite hutu modérée, favorable aux accords de paix, se faisait assassiner, comme beaucoup des responsables politiques partageant ses opinions. Vous n’avez jamais eu un mot pour dénoncer ces assassinats ! Mais vous avez traité, comme nous l’avons vu, avec le gouvernement génocidaire, le reconnaissant de fait et lui offrant la caution de la France.

En 1998, lors de votre audition par la mission d’information parlementaire, vous avez évoqué ces faits par un euphémisme particulièrement surprenant, parlant du "départ des hutus modérés" (32). Plus qu’une maladresse, n’était-ce pas là, encore une fois, une manière de dédouaner les criminels avec qui vous traitiez, et de refaire le passé ?

Vingt ans après, alors que notre justice vient pour la première fois de juger, et de déclarer coupable de génocide, un Rwandais séjournant en France, n’est-il pas grandement temps d’oser regarder le passé en face ? Nous souhaitons que l’État qui nous représente ait la dignité de reconnaître ses erreurs. C’est la seule attitude qui puisse nous paraître respectable, aujourd’hui, devant la souffrance immense générée par le génocide des Tutsi.

Le mandat que vous aviez à l’époque, les décisions que vous avez prises, la manière dont vous les avez défendues jusqu’à présent, font de vous un acteur majeur de la politique française au Rwanda. Les mensonges de ceux qui nous gouvernaient en 1994, concernant l’aide fournie à la réalisation du génocide des Tutsi, nous concernent au plus haut point. Votre discours, qui entre en contradiction avec les faits avérés, pourrait être qualifié de révisionniste. Il nous paraît inacceptable qu’un homme tenant des propos sur un génocide visant à tromper ses concitoyens puisse représenter la population bordelaise. C’est également notre dignité qui est en jeu ! Nous vous invitons donc, encore une fois, à répondre avec clarté et honnêteté aux questions que nous vous posons.

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Signataires :

AUBRY Patrick, réalisateur, Pessac
BOURREAU Pierre, chercheur en informatique, Bordeaux
CATTIER Emmanuel, Commission d’Enquête Citoyenne pour la vérité sur l’implication française dans le génocide des Tutsi
CLARKE Bruce, plasticien
COURTOUX Sharon, membre fondateur de l’association Survie
DELTOMBE Thomas, éditeur et journaliste
DIA Thierno I., analyste de l’image, Bordeaux
DIOP Boubacar Boris, écrivain
FANON MENDES FRANCE Mireille, membre de la Fondation Frantz Fanon
GALABERT Jean-Luc, psychologue
GAUTHIER Alain, président du CPCR
GODARD Marie Odile, maître de conférences en psychologie à Amiens
GOUTEUX Bruno, journaliste et webmaster
GRANDCHAMP Simon, ingénieur, Bordeaux
GRENIER Etienne, avocat, Bordeaux
HANNA Gilbert, syndicaliste et journaliste à la clé des ondes, Bordeaux
KAYIMAHE Vénuste (rwandais et rescapé, écrivain, employé au Centre d’échanges culturels franco-rwandais à Kigali de 1975 à 2000)
LAINÉ Anne, cinéaste, présidente d’Appui Rwanda
DE LA PRADELLE Géraud, professeur émérite
LE COUR GRANDMAISON Olivier, universitaire
LEMOINE Benoît, président de Survie Gironde, Bordeaux
MABON Armelle, historienne
MESTRE Claire, médecin et anthropologue, Bordeaux
MOREL Jacques, auteur de La France au cœur du génocide des Tutsi
MUGICA Romain, psychologue, Gradignan
MUKANTABANA Adélaïde, Rwandaise et rescapée, Bègles
NDIAYE Abdourahmane, économiste, Bordeaux
NONORGUES Marie-Paule, avocate, Bordeaux
LES OGRES DE BARBACK, artistes
OUEDRAOGO Dragoss, anthropologue, cinéaste, réalisateur, Bordeaux
PETITDEMANGE Cécile, étudiante à Sciences Po Bordeaux
ROBERT Nicolas, infirmier, Bordeaux
DE SAINT-EXUPÉRY Patrick, auteur de L’inavouable, la France au Rwanda (Ed. des Arènes, 2004), Complices de l’inavouable, la France au Rwanda (Ed. des Arènes, 2009), La fantaisie des Dieux, Rwanda 94 (Récit graphique en bd, avec Hippolyte, Ed. des Arenes, 2014)
SITBON Michel, éditeur et journaliste
SOW Cheikh, militant d’éducation populaire et artiste, Bègles
TARRIT Fabrice, président de Survie
TOBNER Odile, ancienne présidente de Survie
TOULABOR Comi, directeur de recherche à Sciences Po Bordeaux
TRYO, artistes

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Notes :

1. Parmis lesquels : Marcel Kabanda, Jean-Pierre Chrétien, Alison Des Forges, Gérard Prunier, Catherine Coquery-Vidrovitch (historiens), Colette Braeckman, Patrick de Saint-Exupéry, Jean-François Dupaquier, Laure de Vulpian (journalistes), Boubacar Boris Diop, Jacques Morel (écrivains), FIDH, Human Rights Watch, Survie, etc.

2. Auparavant les USA, par les voix de B. Clinton et M. Albright, ont reconnu leurs erreurs et présenté des excuses, le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan a exprimé ses regrets, le Premier ministre belge G. Verhofstadt a déclaré "au nom de mon pays et de mon peuple, je demande pardon".

3. Par exemple l’ambassadeur français à Kigali Georges Martres adresse, le 15 octobre 1990, au Quai d’Orsay un télégramme où il utilise les termes de "génocide" et d'"élimination totale des Tutsi" : " [la population rwandaise d'origine tutsi] compte encore sur une victoire militaire, grâce à l’appui en hommes et en moyens venus de la diaspora. Cette victoire militaire, même partielle, lui permettrait, d’échapper au génocide." En 1998, G. Martres déclare à la Mission d’Information Parlementaire : "Le génocide était prévisible dès cette époque [fin 1990]". L’attaché de défense à Kigali, le colonel R. Galinié, écrit dans un message envoyé à Paris le 24 octobre 1990 l’éventualité de "l’élimination physique à l’intérieur du pays des Tutsis, 500 000 à 700 000 personnes, par les Hutus, 7 millions d’individus…"

4. Rapport de la Commission internationale d’enquête sur les violations des Droits de l’homme au Rwanda depuis le 1er octobre 1990 ; (7-21 janvier 1993) réalisé par la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (Paris), Africa Watch (une division de Human Rights Watch, New York), l’Union Inter-Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, (Ouagadougou), le Centre International des Droits de la Personne et du Développement Démocratique (Montréal). Mars 1993. Dans ses conclusions, la Commission aborde directement la question du génocide : "Les témoignages prouvent que l’on a tué un grand nombre de personnes pour la seule raison qu’elles étaient Tutsi. La question reste de savoir si la désignation du groupe ethnique "Tutsi" comme cible à détruire relève d’une véritable intention, au sens de la Convention, de détruire ce groupe ou une part de celui-ci "comme tel. [...] La Commission estime que, quoi qu’il en soit des qualifications juridiques, la réalité est tragiquement identique : de nombreux Tutsis, pour la seule raison qu’ils appartiennent à ce groupe, sont morts, disparus ou gravement blessés et mutilés ; ont été privés de leurs biens ; ont dû fuir leur lieu de vie et sont contraints de se cacher ; les survivants vivent dans la terreur." http://cec.rwanda.free.fr/documents/doc/RapportMars93/ComIntMars93.pdf J. Carbonare, l’un des membres de cette commission déclare le 28 janvier 1993 au journal de 20h de France 2 : "Ce qui nous a beaucoup frappé au Rwanda, c’est à la fois l’ampleur, la systématisation, l’organisation même, de ces massacres. […] Il y a un mécanisme qui se met en route […] On a parlé de purification ethnique, de génocide, de crimes contre l’humanité […] nous insistons beaucoup sur ces mots". Vidéo visible ici :

http://survie.org/genocide/il-y-a-vingt-ans/article/il-y-a-20-ans-le-genocide-des

5. Rapport présenté par M. Waly Bacre Ndiaye, rapporteur spécial, sur la mission qu’il a effectué au Rwanda du 8 au 17 avril 1993. Août 1993. Le Rapporteur Spécial de l’ONU soulève explicitement la question de savoir si les massacres peuvent être qualifiés de génocide : "Il ressort très clairement des cas de violences intercommunautaires portés à l’attention du Rapporteur spécial que les victimes des attaques, des Tutsi dans l’écrasante majorité des cas, ont été désignés comme cible uniquement à cause de leur appartenance ethnique, et pour aucune autre raison objective. On pourrait donc considérer que les alinéas a) et b) de l’article II [qui porte définition du génocide dans la convention de 1948] sont susceptibles de s’appliquer […]" http://survie.org/IMG/pdf/rapport-Bacre-Ndiaye-Rwanda-1993.pdf

6. Auxquels s’ajoutent : l’article de l’historien J.-P. Chrétien dénonçant en mars 1993 dans la revue Esprit "un dévoiement tragique vers un génocide", le fax du général R. Dallaire (MINUAR) du 11 janvier 1994, transmis le lendemain à l’ambassade de France, et démontrant la préparation des massacres.

7. Alison Des Forges, Aucun témoin ne doit survivre. Le génocide au Rwanda. Karthala, Human Rights Watch, Fédération internationale des Droits de l’homme, avril 1999.

8. La France a livré des armes dans la nuit du 21 au 22 janvier 1994 : "Un DC-8 français transportant un chargement d’armes comprenant 90 caisses de mortiers de 60 mm, fabriqués en Belgique mais provenant de France, atterrit en secret dans la nuit. La MINUAR découvrit ce chargement qui violait les termes des accords d’Arusha, et plaça les armes sous la garde conjointe de la MINUAR et de l’armée rwandaise." (Alison Des Forges, cf. note 7). La mission d’information parlementaire relève que "le dernier agrément délivré par la CIEEMG [Commission interministérielle d'étude des exportations de matériel de guerre, à laquelle participe le ministère des affaires étrangères] concernant des ventes de matériels de guerre au Rwanda remonte au 20 janvier 1994". Elle relève également 6 Autorisations d’Exportation de Matériels de Guerre en 1994, dont une de 50 mitrailleuses en date du 22 avril ! Ce sont 6 livraisons d’armes officielles en violation des accords de paix.

9. Edouard Balladur, L’opération Turquoise : courage et dignité, Le Figaro, 23 août 2004.

10. Rapport HRW, Rwanda/Zaire, Réarmement dans l’impunité. Le soutien international aux perpétrateurs du génocide rwandais, mai 1995 : "Certaines livraisons d’armes à Goma parmi les premières après le 17 mai étaient des envois du gouvernement français pour les FAR. " et plus loin : " le consul français [en réalité officiellement pro-consul] a signalé d’autres livraisons d’armes à l’aéroport de Goma pour les FAR de mai à juillet, provenant d’autres sources que le gouvernement français. ([...] Il a ajouté [...] qu’elles pourraient provenir de marchands d’armes français opérant à titre privé. Les ventes d’armes, même par des sociétés privées, doivent être autorisées par le gouvernement français.)"

11. Le 12 juin 1994, le président et la directrice des opérations de MSF, P. Biberson et B. Vasset, rencontrent A. Juppé et lui demandent : "On dit qu’il y a des livraisons d’armes au gouvernement rwandais ou au gouvernement intérimaire ou au gouvernement en fuite, est-ce qu’il est exact que la France continue des livraisons d’armes à Goma ?" A. Juppé répond : "Écoutez, tout ça c’est très confus, il y avait effectivement des accords de coopération ou de défense avec le gouvernement, il y a peut-être eu des reliquats, mais en ce qui concerne mes services, je peux vous dire que depuis fin mai il n’y a certainement plus aucune livraison d’armes au régime Habyarimana"" Mais en même temps, il dit en regardant de l’autre côté de la Seine, donc vers l’Élysée : "Mais ce qui peut se passer là-bas, moi je n’en sais rien." L. Binet, Génocide des Rwandais Tutsis, Médecins sans Frontières, 2003

12. Le 11 avril 1994 J.-P. Ceppi parle dans Libération du "génocide des Tutsis de Kigali" et M. Mukabamano, journaliste à RFI, déclare au Parisien : "C’est un véritable génocide" ; le 19 avril Human Rights Watch informe le président du Conseil de sécurité que les massacres en cours au Rwanda constituent "un génocide" ; le 24 avril L’ONG Oxfam parle de "génocide", etc.

13. Lors de l’opération Amaryllis du 9 au 14 avril, 1 464 militaires français du 1er, 3e, 8e RPIMa et du COS, évacuent exclusivement les ressortissants européens et des extrémistes Hutus. Les militaires ont reçu l’ordre de ne pas réagir aux massacres. L’historien Gérard Prunier écrit : "quelques Tutsi réussissent à embarquer à bord de camions en route pour l’aéroport : ils doivent descendre des véhicules au premier barrage de la milice et ils sont massacrés sous les yeux de soldats français ou belges qui, conformément aux ordres, ne réagissent pas.". Le rapport de la Mission d’information parlementaire française de 1998 conclus : "Il semble donc [...] que le traitement accordé à l’entourage de la famille Habyarimana ait été beaucoup plus favorable que celui réservé aux employés tutsis dans les postes de la représentation française – ambassade, centre culturel, Mission de coopération"

14. "Face à l’offensive du front patriotique rwandais, les troupes gouvernementales rwandaises se sont livrées à l’élimination systématique de la population tutsie, ce qui a entraîné la généralisation des massacres.". SECONDE SESSION ORDINAIRE DE 1993-1994 (4e SÉANCE) COMPTE RENDU INTÉGRAL, 2° séance du mercredi 18 mai 1994. JO de la République Française, débats parlementaires, assemblée nationale, 19 mai 1994.

15. Audition du Colonel Balis (MINUAR) : "Le 7 avril, vers 9 h 30 m et 11 h 30 m, j’ai pu convaincre le FPR de rester dans son cantonnement, mais une colonne du FPR est malgré tout sortie vers 16 h 30 m. Ils ont alors créé une zone de sécurité." Sénat de Belgique – commission des affaires étrangères : Commission d’enquête parlementaire concernant les événements du Rwanda 1-611/(7-15) 1997/1998. Sénat belge, 6 décembre 1997.

16. A. Juppé, "Point de vue" Intervenir au Rwanda, Libération, 16 juin 1994 : "La France n’aura aucune complaisance à l’égard des assassins ou de leurs commanditaires. La France, seul pays occidental représenté au niveau ministériel à la session extraordinaire de la Commission des droits de l’homme à Genève, exige que les responsables de ces génocides soient jugés".

17. Voir note 5.

18. Voir notes 6 et 13.

19. On pouvait y entendre, entre autres appels aux massacres : "bonjour, je suis un petit garçon de huit ans. Est-ce que je suis assez grand pour tuer un tutsi ? Réponse de l’animateur : comme c’est mignon ! Tout le monde peut le faire, tu sais." J.-P. Chrétien, Rwanda, les médias du génocide. Ed. Karthala, 2002.

20. Voir note 7.

21. A. Juppé : "Aux Nations-Unies, le Secrétaire général doit rendre demain son rapport. Trois solutions sont envisageables : le maintien de la MINUAR, sa suspension avec le maintien éventuel d’un contingent symbolique ou un retrait total. Les Belges sont favorables à une suspension et c’est aussi mon avis." Conseil restreint du 13 avril 1994. Document disponible ici :

http://www.francerwandagenocide.org/documents/ConseilRestreint13avril1994.pdf

22. Figurent sur la liste officielle déclarée à l’ONU : 8 avions Mirage, 12 automitrailleuses, 6 mortiers lourds. Auxquels s’ajoutent des avions Mirage IV-P, des hélicoptères de combat Gazelle, etc. G. Prunier, conseiller au ministère de la Défense en 1994, écrit : "la puissance de feu prévue par les forces françaises semble disproportionnée pour une mission humanitaire", Rwanda : le génocide. Dagorno, 1997.

23. Turquoise est composée notamment d’officiers et soldats : du Commandement des Opérations Spéciales (qui réunit des spécialistes de l’action et du renseignement sous l’autorité directe du chef d’état-major des armées), du 1er régiment de parachutistes d’infanterie de marine (forces spéciales), du GIGN et de L’EPIGN (Escadron parachutiste de la gendarmerie nationale), du 3e Régiment d’infanterie et de chars de marine (RICM), du 11e Régiment d’artillerie de marine), de la Légion étrangère, du 2e Régiment étranger d’infanterie, du commando de marine, de spécialistes des opérations en "zone hostile" du 13e Régiment de Dragons Parachutistes.

24. La résolution 925 du 8 juin du Conseil de sécurité exige : "que toutes les parties mettent fin immédiatement à toute incitation à la violence ou à la haine ethnique, en particulier par le biais des moyens d’information". On peut lire le 28 juin dans le rapport de la Commission des Droits de l’homme de l’ONU que "l’intention claire et non équivoque" de commettre le génocide "se trouve bien contenue dans les appels incessants au meurtre lancés par les médias, en particulier la RTLM". Le 1er Juillet, le représentant de la France à l’ONU parle de faire cesser ces émissions : "Je voudrais insister avant de conclure sur la responsabilité particulière des médias qui incitent à la haine ethnique et à la violence. La France demande instamment aux responsables des radios concernées, et en premier lieu à la Radio Mille Collines, de mettre fin à cette propagande criminelle. La France fera tout son possible pour obtenir la cessation de ces émissions." Mais selon le général R. Dallaire, la RTLM émet encore le 1er août en direction des camps.

25. Il est important de noter que le 20 juin le représentant de la France à l’ONU fait la demande explicite d’une intervention sous chapitre VII autorisant, contrairement à la MINUAR, l’usage de la force : "nos gouvernements souhaitent disposer, comme cadre juridique de leur intervention, d’une résolution placée sous le Chapitre VII de la Charte des Nations Unies". Lettre datée du 20 juin 1994, adressée au secrétaire général par le représentant permanent de la France auprès de l’organisation des nations unies. http://www.francerwandagenocide.org/documents/S1994-734.pdf

26. ONU, S/RES/929 (1994). http://www.francerwandagenocide.org/documents/94s929.pdf On peut lire également dans l’ordre d’opérations de Turquoise (voir note 28) "mettre fin aux massacres partout où cela sera possible, éventuellement en utilisant la force" ; "tout en étant en mesure d’intervenir à tout moment, éventuellement par la force, au profit de la population menacée" ; "marquer si nécessaire par l’usage de la force la volonté française de faire cesser les massacres et de protéger les populations" ; "la légitime défense élargie comporte l’emploi de la force dans les situations suivantes : – menaces sur nos forces, – menaces dans la mission de protection des personnes, soit contre nos forces, soit contre les populations protégées, – obstruction dans l’exécution de la mission de nos forces"

27. L’adjudant-chef du GIGN T. Prungnaud explique que "la mission, au départ, c’était d’intervenir sur des massacres soi-disant de Hutu qui seraient massacrés par des Tutsi" (voir note 29) ; le colonel D. Tauzin déclare dans The Guardian du 01 juillet 1994 : "Nous ne sommes pas en guerre avec le gouvernement du Rwanda ou ses forces armées. Ce sont des organisations légitimes." ; Le général R. Dallaire (MINUAR) déjeune le 30 juin avec des officiers français et rapporte ce qu’il a entendu : "Ils refusaient d’accepter l’existence d’un génocide et le fait que les dirigeants extrémistes, les responsables et certains de leurs anciens collègues fassent partie d’une même clique. Ils ne cachaient pas leur désir de combattre le FPR" R. Dallaire, J’ai serré la main du diable – La faillite de l’humanité au Rwanda. Libre expression, 2003.

28. "Affirmer auprès des autorités locales rwandaises, civiles et militaires, notre neutralité et notre détermination à faire cesser les massacres sur l’ensemble de la zone contrôlée par les forces armées rwandaises en les incitant à rétablir leur autorité". On peut y lire également que "plusieurs centaines de milliers de personnes d’ethnies hutue et tutsie ont été exterminées". Ordre d’opérations de Turquoise, 22 juin 1994. Document consultable à l’adresse :

http://jacques.morel67.pagesperso-orange.fr/a/turquoise-ordreop.pdf

29. P. de Saint-Exupéry, L’inavouable – La France au Rwanda. Les Arènes, 2004. L. de Vulpian et T. Prungnaud, Silence Turquoise. Don Quichotte, 2012.

30. Le mensuel de la Légion étrangère, Képi Blanc, d’octobre 1994 confirme que : "Battue sur le terrain, l’armée ruandaise se replie, en désordre, vers la "zone humanitaire sûre". L’E.M.T. [l'état-major tactique de l'opération Turquoise] provoque et organise l’évacuation du gouvernement de transition ruandais vers le
Zaïre. Le 17 juillet, le gouvernement ruandais passe au Zaïre.".

31. Auditions de l’ambassadeur Jean-Michel Marlaud par la Mission d’Information Parlementaire, Enquête sur la tragédie rwandaise 1990-1994 [140, Tome III, Auditions, Vol. 1, pp. 296-297].

32. Auditions d’Alain Juppé par la Mission d’Information Parlementaire, 21 avril 1998, Enquête sur la tragédie rwandaise 1990-1994 [140, Tome III, Auditions, vol. 1, p.91].

Voir également:

Génocide au Rwanda: Kagame accuse une nouvelle fois la France
AFP/Jeune Afrique
05/04/2014

Le président rwandais Paul Kagame accuse une nouvelle fois la France de "participation" à l'"exécution" du génocide de 1994, dans une interview à paraître dimanche dans l’hebdomadaire Jeune Afrique, à la veille des cérémonies marquant le 20e anniversaire des massacres.

Evoquant la question des responsabilités, le président rwandais dénonce le "rôle direct de la Belgique et de la France dans la préparation politique du génocide et la participation de cette dernière à son exécution même". Il accuse les soldats français de l’opération militaro-humanitaire Turquoise, déployée en juin 1994 sous mandat de l’ONU dans le sud du pays, d’avoir été "complices certes" mais aussi "acteurs" des massacres.

Ces accusations, maintes fois démenties par Paris, reprennent celles déjà formulées par Kigali à plusieurs reprises et notamment en août 2008 à l’occasion de la publication du rapport de la commission d’enquête rwandaise sur le rôle supposé de la France dans le génocide qui a fait, selon l’ONU, quelque 800. 000 morts, essentiellement tutsi, entre avril et juillet 1994.

Revenant dans Jeune Afrique sur "le cas de la France", Paul Kagame constate que "vingt ans après, le seul reproche admissible (aux) yeux (de la France) est celui de ne pas en avoir fait assez pour sauver des vies pendant le génocide". "C?est un fait, mais cela masque l?essentiel: le rôle direct de la Belgique (ancienne puissance coloniale) et de la France dans la préparation politique du génocide et la participation de cette dernière à son exécution même".

"Interrogez les rescapés du massacre de Bisesero en juin 1994 et ils vous diront ce que les soldats français de l?opération Turquoise y ont fait. Complices certes, à Bisesero comme dans toute la zone dite +humanitaire sûre+, mais aussi acteurs", accuse Paul Kagame.

En 2008, la commission d’enquête avait déjà évoqué l’affaire du village de Bisesero (ouest), où jusqu’à 50. 000 Tutsis avaient trouvé refuge, accusant l’armée française "d’avoir retardé sciemment de trois jours le sauvetage de près de 2. 000 survivants afin de laisser le temps aux tueurs de les achever".

Les déclarations de Paul Kagame, ancien chef de la rébellion tutsi à la tête du Rwanda depuis 1994, surviennent alors que les relations franco-rwandaises, rompues entre 2006 et 2009, semblaient s’être apaisées, surtout depuis la condamnation en mars dernier à 25 ans de prison du premier Rwandais jugé en France pour le génocide des Tutsi.

Condamné pour génocide et complicité de crimes contre l’humanité, Pascal Simbikangwa, ex-officier de la garde présidentielle, a nié toutes les charges pesant contre lui et a fait appel.

"Nous verrons ce qu?il adviendra de cette condamnation en appel", commente Paul Kagame dans Jeune Afrique. "Pour le reste, je ne pense pas qu?il s?agisse là d?une évolution particulièrement positive", déclare-t-il, alors que le Rwanda a pendant des années fustigé la France pour sa lenteur à poursuivre les génocidaires présumés.

"Pour un criminel condamné après vingt ans, combien la justice française en a-t-elle escamoté ?", s’interroge M. Kagamé. "Nous ne sommes pas dupes de ce petit jeu. On nous présente cette sentence comme un geste, presque comme une faveur de la France à l?égard du Rwanda, alors que c?est le rôle de la France dans le génocide qu?il conviendrait d?examiner", insiste-t-il.

La France doit être représentée lundi à Kigali aux commémorations marquant le 20ème anniversaire du génocide au Rwanda par la ministre de la Justice Christiane Taubira.

Voir encore:

RWANDA. "Un pays se grandit quand il reconnaît ses erreurs"
Christophe Boltanski
Le Nouvel Observateur
04-04-2014

Le rôle de la France dans le génocide rwandais reste à éclaircir. Interview de Pierre Brana, co-rapporteur de la Mission d’information parlementaire qui a travaillé sur le sujet

En 1998, le député socialiste Pierre Brana était co-rapporteur, avec Bernard Cazeneuve, de la Mission d’information parlementaire chargée d’examiner le rôle de la France au Rwanda. 20 ans après le génocide, il revient sur les zones d’ombres des relations entre les deux pays

Une commission d’enquête parlementaire aurait-elle permis d’aller plus loin dans la recherche de la vérité ?

- J’aurais préféré une commission d’enquête, car les auditions ayant lieu sous serment, elles sont plus solennelles, à la hauteur de la gravité d’un événement pareil. Des députés firent valoir que des personnes étrangères risquaient de refuser de venir s’exprimer si c’était le cas. D’autres soulignèrent qu’une commission d’enquête est limitée à six mois alors que nos travaux ont duré neuf mois. Je ne suis pas sûr qu’une commission d’enquête, même si elle avait ma préférence, aurait permis d’aller plus loin.

Avez-vous pu interroger toutes les personnes souhaitées ?

- Oui, à une exception que je regrette : Paul Barril. Parce qu’au début, plusieurs membres de la mission estimaient que son audition n’apporterait pas grand-chose. Quand il a été finalement décidé de l’interroger, c’était trop tard.

En octobre 1990, la France intervient militairement au Rwanda. Cette opération baptisée Noroît a-t-elle une base légale ?

- Non. L’opération Noroît, du moins lors de son lancement, n’a pas de base juridique. Il existait bien le 1er octobre 1990, un accord d’assistance militaire qui datait de 1975, mais il recouvrait que l’organisation et l’instruction de la gendarmerie. Ce n’est que vingt-trois mois après que, se rendant compte de l’illégalité de la situation, les autorités françaises signent le 26 août 1992 un avenant remplaçant les termes de "gendarmerie rwandaise" par "Forces armées rwandaises". Parler d’opération "secrète" n’est pas excessif. Michel Rocard (alors premier ministre Ndlr) dit qu’elle n’a été discutée qu’en deux, trois minutes en conseil des ministres.

En allant combattre les rebelles tutsi du FPR (Front patriotique rwandais), les militaires français viennent défendre un régime contre une agression extérieure ou participer à une guerre civile ?

- Lors de la Mission, on nous avait présenté l’attaque du FPR comme une offensive "ougando-tutsi". Pour en savoir plus, je suis allé sur le terrain. En Ouganda, en septembre1998. J’ai rencontré différentes personnalités en activité lors de Noroît. Toutes m’ont dit que les descendants des réfugiés tutsis qui avaient fui le Rwanda, lors de la Révolution de 1959, voulaient revenir dans leur pays. D’autant qu’à partir de 1986, l’opposition ougandaise faisait campagne contre cette présence rwandaise et trouvait un incontestable écho auprès de la population locale. Des demandes ont été faites par les autorités ougandaises auprès du président rwandais, Juvénal Habyarimana, pour qu’il accepte leur retour. Il a répondu qu’il n’y avait "pas de place dans (son) pays pour les accueillir". C’est alors que les militaires tutsis quittent l’armée ougandaise, en emportant armes et matériel, et passent à l’attaque pour obtenir par la force ce qu’ils n’avaient pas pu obtenir par la négociation. C’est donc bien davantage d’une guerre civile qu’il s’agit que d’une agression extérieure.

Dans sa lutte contre le FPR, l’armée française a-t-elle, à certain moment, basculé dans la cobelligérance aux côtés des Forces armées rwandaises ? Sommes-nous certains qu’il n’y a pas eu, de sa part, d’engagement direct ?

- Je crois que l’aide militaire de la France est progressivement devenue plus active sous forme de conseils, d’assistance, d’instructions aux Forces armées rwandaises (FAR). Il y a eu, en effet, une sorte de cobelligérance. Quand l’armée française a participé à l’élaboration de plans de bataille. Elle a même envoyé des conseillers pour instruire les FAR au maniement de matériels sophistiqués. Est-ce qu’il y a eu même des engagements directs ? Un journaliste, correspondant de guerre d’un journal de l’est-africain, m’a dit avoir vu aux jumelles des blancs avec les FAR aux combats. Les militaires du FPR lui ont dit que c’étaient des Français, mais il n’a pas pu les approcher. L’imbrication de l’armée française avec l’armée rwandaise est incontestable.

Que savait la Mission d’information parlementaire sur l’opération Chimère de février-mars 1993 ? Son chef, le général Didier Tauzin, a expliqué dans un livre ("Je demande justice pour la France et ses soldats") qu’il a pris, de facto, la tête de l’état-major rwandais.

- Nous lui répondons indirectement dans notre rapport lorsque nous écrivons : "Comment la France a-t-elle pu en février-mars 93 en arriver à ce point d’engagement qui conduit certains militaires français à considérer qu’à travers la mission d’assistance opérationnelle qu’ils mènent, ils dirigent et commandent indirectement une armée, en l’occurrence celle d’un Etat étranger". C’est très clair !

Quelle part a joué dans l’engagement militaire français au Rwanda le complexe dit "de Fachoda", cette peur de perdre du terrain face à l’Afrique anglophone ?

- Le complexe de Fachoda a joué une part non négligeable si j’en crois la réaction des députés membres de la mission et celle de l’exécutif de l’époque. Il est vrai que le FPR parlait l’anglais suite à son long séjour en Ouganda anglophone. Et les Forces armées rwandaises parlaient le français. Ça a joué incontestablement. Les députés mettaient en avant la volonté des Américains d’étendre leur influence en Afrique. Mes entretiens au Pentagone m’ont fait relativiser cette théorie. Le Rwanda était un petit pays, dénué de toutes richesses, sans importance stratégique. Je ne crois pas que les Etats-Unis s’intéressaient au Rwanda. Mais ce complexe a joué sur le Président et sur beaucoup de militaires, de politiques aussi, tous imprégnés de l’Histoire de la France et de la Grande Bretagne en Afrique. Ce fil rouge était très fort.

Officiellement, la France s’engage militairement pour faciliter un accord de paix. En pratique, a-t-elle pesé de tout son poids pour permettre la conclusion puis l’application des accords dits d’Arusha ?

- Il y a eu plusieurs accords d’Arusha qui étaient des chiffons de papier pour Habyarimana. L’établissement de la paix nécessitait une acceptation en retour des réfugiés, la fin de la discrimination ethnique et la démocratisation. Le multipartisme n’a été instauré qu’en juin 1991, sous la pression. Les quotas ethniques (pas plus de 9% de Tutsi) existaient pour l’institution scolaire et l’accès aux emplois publics. Et le pouvoir réagissait peu aux massacres ethniques quand il ne les encourageait pas. Conformément aux principes énoncés par François Mitterrand dans son discours de La Baule, la France demandait la démocratisation du régime mais sans jamais y subordonner son aide militaire. Faute d’une telle mise en demeure, le pouvoir rwandais a louvoyé en laissant traîner les choses. Un exemple : la carte d’identité qui mentionnait l’appartenance ethnique de son possesseur. Un outil très dangereux dans un pays où des massacres ethniques ont été nombreux. On sait bien le rôle joué pendant le génocide par ces mentions, qui équivalaient à des sentences de mort. La France avait demandé la suppression de toute mention ethnique. Elle a même envisagé de financer l’opération. Habyarimana a d’abord semblé d’accord mais il n’a rien fait. Il n’y a eu aucun commencement d’application. Et la France n’a pas lancé d’ultimatum alors qu’on assistait à une dérive raciste et à la multiplication des appels aux meurtres. La France n’a pas pesé de tout son poids pour faciliter l’établissement de la paix. Pourquoi ? Cela fait partie des interrogations qui continuent de se poser.

Un génocide ou du moins des massacres de très grande ampleur étaient-ils prévisibles ?

- En 1992-93, il apparaissait nettement que le génocide était prévisible. Lors de son audition, Georges Martres, qui était ambassadeur de France à Kigali de 1989 à 1993, a déclaré que le génocide était "prévisible dès octobre 1993, sans pour autant qu’on puisse en imaginer l’ampleur". Il a, du reste, ajouté que le génocide constituait une hantise quotidienne pour les Tutsis. Ça nous a amené à écrire qu’avec "une telle clairvoyance qui n’apparait pas tout le temps dans les dépêches diplomatiques, on peut s’étonner de l’inaction des autorités françaises". Les médias qui prônaient des positions extrêmement racistes n’étaient pas empêchés par le pouvoir en place. Au contraire, ils étaient encouragés. Radio des Mille Collines appelait à l’extermination des Tutsis, des "cancrelats", comme elle disait, à une solution radicale, finale. Il y avait un climat extrêmement lourd, signe d’un orage que l’on voyait monter.

Comment expliquez-vous la différence d’appréciation de la situation entre la Direction des renseignements militaires (DRM) et la DGSE ?

- Je me souviens surtout du peu d’informations apportées par les services de renseignement. Tous les documents que nous leur avons demandés ont été déclassifiés. Nous n’avons pas essuyé de refus. Mais nous ont-ils tout donné ? Je l’ignore. La DRM s’est occupée du Rwanda de juin 1992 à décembre 1993, surtout. La DRM et la DGSE ont même indiqué que le 6 avril 1994, ils ne disposaient de personne sur place. Ce qui est curieux. Elles ont reconnu que si la coopération entre leurs services était bonne, la coordination faisait défaut. Et j’ai retrouvé dans le rapport le passage suivant que je cite : "S’agissant du renseignement qui n’a pas permis d’alerter à temps les responsables politiques des risques de dérive du régime rwandais, une politique adaptée aux nouvelles données du monde de l’après-guerre froide notamment en Afrique doit être défini. L’enjeu ne peut plus être d’appuyer des régimes favorables à nos intérêts quelques soient leurs pratiques intérieures. La pratique du renseignement doit évoluer en conséquence".

Après le début du génocide, 394 Rwandais ont été évacués de Kigali par les soldats français dans le cadre de l’opération Amaryllis. Qui étaient-ils ? Qui a pris la décision de les évacuer ?

- En pareil cas, la règle veut que l’ambassadeur de France établisse les listes et l’ordre de priorité des personnalités françaises et étrangères à évacuer. Bien entendu, en pratique, les choses sont beaucoup plus compliquées. Des décisions ponctuelles peuvent être prises sur le terrain. On en a cité certaines. Globalement, 1238 personnes ont été évacuées par la France dont 454 Français et 784 étrangers parmi lesquels 612 Africains dont 394 Rwandais. Pour ces Rwandais, il semble bien qu’il y ait eu deux poids deux mesures. Le traitement accordé à l’entourage de la famille Habyarimana est bien plus favorable qu’aux employés tutsis de la représentation française. Au fond, qu’on le veuille ou non, la France était alliée au pouvoir rwandais. Or les Tutsis de la représentation française, par le fait même de leur carte d’identité, étaient plus menacés que les autres. Ça fait partie des interrogations lourdes. Le général Christian Quesnot qui était le chef d’Etat-major du Président Mitterrand, d’avril 1991 à septembre 1995, a estimé lors de son audition que l’union des forces d’évacuation avec celles de la Mission des Nations unies, la Minuar, aurait permis d’arrêter le génocide dès son commencement. Pourquoi la France n’a-t-elle pas pesé immédiatement auprès de l’ONU pour réagir dans les plus brefs délais ? Pourquoi a-t-elle voté, le 21 avril 1994, en plein génocide, la résolution 912 qui décide de réduire drastiquement les effectifs de la Minuar ? On a fait comme les autres. Mais ce n’est pas une excuse. L’Onu va attendre deux mois avant d’admettre qu’un génocide est en train de se produire alors qu’il est connu dès ses débuts. Reconnaître des actes de génocide, comme le fait le conseil de sécurité dans sa résolution, le 8 juin 1994, entraîne l’obligation d’intervenir, d’après la chartre de l’ONU. Or on n’avait pas très envie d’intervenir.

La France a-t-elle livré des armes aux forces rwandaises durant le génocide en dépit de l’embargo onusien ?

- Cette question fait partie incontestablement des zones d’ombres. Sur ces accusations, on a eu des informations contradictoires sans pouvoir démêler le vrai du faux.

L’opération Turquoise lancée le 22 juin 1994 par la France répond-elle à une logique purement humanitaire ?

- Cette opération a eu des aspects incontestablement humanitaires : des civils ont été soignés, des secours ont été apportés, des vies sauvées. Mais pourquoi envoie-t-on des Français qui ont été précédemment en poste au Rwanda ? Certes, il peut être répondu qu’ils connaissent le terrain. Mais on mettait ces militaires dans une situation impossible : de compagnons d’arme des FAR, ils passent à un statut d’impartialité. Cela les amenait à traiter de la même manière leurs amis et leurs ennemis d’hier. On peut regretter que l’armée française dans cette zone ne procède pas au désarmement systématique des milices et des FAR alors que la résolution du conseil de sécurité avait autorisé la France à recourir "à tous les moyens". Pourquoi n’a-t-on pas, également, procédé à l’arrestation des membres du gouvernement génocidaire pour les garder et les remettre à la justice internationale en cours de création ? C’est plus que regrettable. Je sais bien que ces arrestations ne figuraient pas dans le mandat, mais on aurait pu le faire de façon conservatoire.

Le Premier ministre Edouard Balladur et le Président Mitterrand divergeaient-ils sur les objectifs de Turquoise ?

- Effectivement, il y avait deux options envisagées, comme l’a reconnu le Premier ministre : celle d’une interposition entre le FPR et les FAR. Ce qui impliquait une action de guerre. Et celle d’une intervention strictement humanitaire. On sait que c’est cette deuxième option qui a été choisie. En annexe du rapport, nous publions une lettre d’Edouard Balladur dans laquelle il précise : "Il n’était pas question (aux) yeux (du président Mitterrand) d’arrêter les auteurs du génocide et il n’était pas question aux miens de permettre à ceux-ci de se réfugier au Zaïre".

En 2010, Nicolas Sarkozy a admis que la France avait commis des "erreurs" au Rwanda. Faut-il aller plus loin à l’occasion de ce vingtième anniversaire ?

- J’ai une position bien connue qui m’a valu d’âpres accrochages avec mes collègues. Selon moi, un pays se grandit quand il reconnait ses erreurs et ses fautes. Je n’ai pas changé. Le rapport fait état de "fautes d’appréciations". Il y a des erreurs telles qu’il n’est pas impensable de les qualifier de fautes. C’était la première fois dans l’Histoire de la Ve république que le législatif contrôlait l’exécutif dans le domaine réservé de la défense ! Aller plus loin ? Bien sûr, les moyens parlementaires sont bien moindres que ceux d’un simple juge d’instruction. Je considère notre rapport comme une plateforme de données à partir desquelles les chercheurs et les journalistes d’investigation, et pourquoi pas les juges, pourront s’appuyer pour aller plus loin. Pour moi, c’est une base de départ, pas une base d’arrivée.

Propos recueillis par Christophe Boltanski – Le Nouvel Observateur

Voir également:

Rwanda: "Sans le soutien de Paris au Régime Habyarimana, le génocide n’aurait pas eu lieu"

Karim Ben Said
L’Express
05/04/2014

A l’occasion du 20ème anniversaire du génocide rwandais, Jean-François Dupaquier, journaliste, écrivain et témoin expert au Tribunal Pénal International pour le Rwanda revient sur l’éventuelle responsabilité de la France dans le drame. Un jugement sévère.

Pourquoi l’éventuelle responsabilité de la France avant le génocide reste-t-elle un sujet tabou dans la classe politique?

La classe politique française n’est pas particulièrement connue pour sa capacité à admettre ses erreurs. Nos politiciens se sentent au dessus de toute repentance. La particularité réside aussi dans le fait que le génocide s’est produit en période de cohabitation entre le gouvernement d’Edouard Balladur et le président François Mitterrand. C’est donc un cas spécial où il n’existe pas de clivage gauche-droite.

Pourtant sans le soutien de Paris au régime du président Juvénal Habyarimana, le génocide n’aurait jamais pu avoir lieu. La France a fourni un parapluie militaire en repoussant les offensives du Front Patriotique Rwandais. Sans cet appui, le régime de l’époque n’aurait jamais eu le temps de préparer la tentative d’extermination de la population Tutsi.

D’un autre coté, les militaires français présents au Rwanda étaient hautement qualifiés, je ne vois pas comment ils n’auraient pas été au courant de ce qui se tramait. Pour moi la connivence est évidente, les Français savaient qu’il y avait un génocide en préparation.

En accablant la France, Kigali ne cherche-t-il pas à se dédouaner d’une tragédie qui fut avant tout Rwandaise?

Aujourd’hui, Kigali ne cherche plus à accabler la France. Du coté rwandais, on cherche au contraire à tendre la main à la France. L’an dernier l’état-major de l’armée rwandaise a proposé à l’état-major de l’armée française de se rencontrer pour tourner définitivement la page au nom la fraternité d’armes, mais les Français ont refusé.

A Paris, les militaires considèrent toujours qu’ils ont subi une défaite au Rwanda et gardent une volonté de revanche, dommageable pour les relations franco-rwandaises.

La France refuse toujours de déclassifier les documents relatifs au Rwanda. Faut-il y voir un aveu de culpabilité?

Absolument. D’autant plus que les archives que la France refuse de dévoiler, portent sur la période charnière de l’histoire de la présence française au Rwanda.

Pour le peu qu’on en sache, ces documents sont absolument accablants. Les protagonistes cherchent à ce que ces archives ne soient pas dévoilées de leur vivant.

Que peuvent contenir ces documents?

Ce ne sont bien évidemment que des supputations, mais ces documents pourraient contenir la preuve que la France connaissait parfaitement la réalité de la guerre civile et a choisi d’y participer sérieusement, en comprenant que cela pouvait passer par l’extermination. Il faut comprendre qu’il n’y a pas de prescription lorsqu’il s’agit de génocide. De fait, plusieurs hauts responsables pourraient être condamnés.

L’association Survie accuse des dirigeants politiques et militaires français d’avoir apporté un soutien actif aux génocidaires. Ce jugement est-il excessif?

Je ne peux pas parler au nom de cette association à laquelle je n’appartiens pas, mais il existe des indices graves et concordants laissant supposer que des haut gradés, des politiciens et des mercenaires français, sont impliqués à un degré qu’il faudra déterminer, dans l’attentat du 6 avril 1994 contre le président Juvénal Habyarimana.

Le verdict du récent procès Pascal Simbikangwa est-il de nature à pacifier les relations franco-rwandaises?

C’est certainement un pas important, Pascal Simbikangwa faisait partie du cercle intermédiaire responsable du génocide. Cette condamnation intervient après 19 ans et rompt avec les anciens dysfonctionnements de la justice. La création du pôle génocide permet aux Rwandais d’entrevoir une lueur d’espoir. Toujours est-il que les principaux coupables du génocide sont toujours dans la nature.

Peut-on parler, s’agissant du pouvoir de Paul Kagamé, de dérive autocratique?

Qu’aurait-il pu faire en prenant en charge le pays en 1994 ? Un pays traumatisé, détruit ? C’est vrai qu’il tient le pays d’une main de fer, mais s’il ne l’avait pas fait, il y aurait eu une vengeance massive de la part des Tutsis vainqueurs. C’est un homme d’Etat exceptionnel mais certainement autoritaire.

Les Rwandais pourront-ils un jour tourner la page de la décennie 1990? Si oui, à quel prix?

L’idéologie de haine, qualifiée injustement d’ethnique, qui a conduit au génocide remonte aux années 1950. Depuis les années 1930 déjà, les cartes d’identités ethniques ont été imposées. Le génocide a profondément bouleversé les Rwandais. Aujourd’hui encore, les survivants vivent aux côtés de leurs voisins génocidaires, et cela rend les choses difficiles. Même si le régime actuel a pris plusieurs dispositions "anti-divisionnisme", il faudra probablement plusieurs générations pour passer d’une mémoire vive à une mémoire apaisée. Les Gacacas, tribunaux communautaires mis en place dans les provinces, ont été insuffisants. Les peines qui y ont été prononcées sont modestes et symboliques. Les Rwandais sont obligés de cohabiter mais la réconciliation véritable ne peut se faire que s’il y a des excuses sincères.

 Voir encore:

Les documents sur le génocide au Rwanda toujours classés "Secret défense"
Karim Ben Said
L’Express
28/03/2014

A quelques jours du vingtième anniversaire du déclenchement génocide rwandais dans lequel plus de 800000 Tutsi et Hutus modérés ont péri entre avril et juillet 1991, l’association Survie demande la levée du " secret défense " sur le rôle la France.

L’association Survie demande à Jean Yves le Drian tous les documents se rapportant à l’action de la France au Rwanda de 1990 à 1994.

L’association Survie demande à François Hollande et à Jean Yves le Drian, ministre de la Défense, de "déclassifier et de publier tous les documents se rapportant à l’action de la France au Rwanda de 1990 à 1994 dans ses volets diplomatiques, militaires, politiques et financiers".

Mathieu Lopes, vice-président de l’association, estime que ces documents sont cruciaux pour déterminer les responsabilités et faire avancer les dossiers juridiques en cours: "A titre d’exemple, les militaires français ont été les premiers à s’être rendus sur les lieux de l’attentat contre le président Juvénal Habyarimana et disposent d’un rapport, qui, jusqu’à ce jour n’a jamais été dévoilé", explique-t-il.
"Complicité de génocide"

L’association, qui affirme militer en particulier contre la "Françafrique" est partie civile dans une plainte contre X déposée pour "complicité de génocide et complicité de crime contre l’humanité". Elle est également à l’origine de l’ouverture, en juin 2013, d’une instruction à l’encontre du capitaine Paul Barril, ex-super gendarme de l’Elysée, soupçonné d’avoir joué un rôle trouble au Rwanda.

La Commission consultative du secret de la défense, saisie en juillet 2010 par le ministre de la Défense d’alors, Hervé Morin, suite à la demande de la juge d’instruction Florence Michon, a déjà donné un avis défavorable à une demande similaire.

Le 6 avril 1994, le président rwandais Juvénal Habyarimana est assassiné. S’en suit alors un massacre visant à exterminer la population Tutsi et perpétré par les fanatiques du "Hutu Power" par les Hutus. Depuis vingt ans, la France est accusée d’avoir soutenu le régime rwandais "avant, pendant et après" le génocide.

 Voir de même:

Juppé à nouveau questionné sur son rôle pendant le génocide rwandais

L’Express

04/04/2014
Un collectif de citoyens a demandé à l’ancien ministre des Affaires étrangères d’expliquer sa position sur le massacre de 1994 et l’opération Turquoise lancée à l’époque.

Quel était le "rôle politique" d’Alain Juppé pendant le génocide au Rwanda? Dans une lettre ouverte, un collectif de citoyens a interpellé le maire de Bordeaux sur cette question, à l’approche du 20e anniversaire du massacre.

Alain Juppé était ministre des Affaires étrangères à l’époque du génocide de 1994, stoppé par le Front patriotique rwandais (FPR aujourd’hui au pouvoir) de Paul Kagame. Les massacres avaient fait en 100 jours quelque 800 000 victimes selon l’ONU, principalement dans la minorité tutsi.

En reprenant le portefeuille en 2011, Alain Juppé avait dit n’avoir aucune intention "ni de serrer la main" de Paul Kagame ni de se rendre au Rwanda, tant qu’y circulerait un rapport accusant la France de complicité avec les génocidaires.

L’opération Turquoise mise en cause

"Oseriez-vous encore, M. Juppé, laisser entendre qu’en 1994 plusieurs génocides étaient commis au Rwanda? (…) Continuez-vous à prétendre contre l’évidence des faits, que l’État français s’est opposé à la passivité de l’ONU devant le génocide des Tutsi? Et que l’opération Turquoise n’était qu’une opération humanitaire, dont le but était de lutter contre ce génocide?", interrogent les signataires.

"J’ai été le premier responsable politique français à (dénoncer le génocide, ndlr) devant le Conseil des ministres de l’Union européenne d’abord puis à l’Assemblée nationale le 18 mai 1994", a déclaré ce vendredi Alain Juppé dans une réponse à cette lettre. Il a également souligné que la France avait de son côté lancé l’opération Turquoise "face à l’inaction internationale" et dénoncé "l’opération de falsification historique dont la France est régulièrement la cible depuis 20 ans".

 Voir aussi:

Rwanda, boulet moral pour Juppé
6 octobre 2011

Billets d’Afrique et d’ailleurs…
ThèmesRwandaComplicité de la France dans le génocide des Tutsi au RwandaAlain Juppé

Alain Juppé reprochant à Bernard-Henri Lévy, dans l’avion pré­ sidentiel de retour du voyage officiel en Libye : « Vous avez dit que j’étais complice des génocidaires du Rwanda. Alors, que sortant d’une réunion des ministres européens en 1994, j’avais déclaré que c’était un génocide » L’argument est court, très court pour sa défense.

Un argument déjà utilisé lors de son audition devant la mission d’information parlementaire de 1998, devant laquelle il avait expliqué avoir utilisé le mot de « génocide », le 15 mai 1994, à l’issue de la réunion à Bruxelles du Conseil des ministres de l’Union européenne.

Une déclaration qui intervenait dix jours après celle du Secrétaire général de l’Onu, Boutros Boutros Ghali et alors, qu’à cette date, la majeure partie du génocide avait déjà eu lieu. Prise de conscience tardive ? Bien que sûr que non puisque le gouvernement français avait été alerté de longue date sur le génocide qui se préparait et qu’il n’ignorait rien des massacres en cours depuis le 7 avril.

Pis, en plein génocide, le 27 avril 1994, Jérô­me Bicamumpaka, ministre des Affaires étrangères du gouvernement intérimaire qui est en train de commettre le génocide, et Jean-Bosco Barayagwiza, extrémiste de la Coalition pour la défense de la République (CDR), étaient reçus à Paris, et par l’Élysée et par Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères du gouvernement Balladur.

Le gouvernement français, par la voix de Juppé, attend donc le 15 mai pour qualifier l’extermination des Tutsi rwandais de génocide. Jusque-là, Paris feignait de ne voir au Rwanda, qu’une banale guerre civile. Mais il faut sûrement comprendre ce réveil tardif par les succès militaires de l’offensive du FPR de Paul Kagamé. Car parler enfin de « génocide » sur le plan diplomatique ouvrait la voie légale d’une intervention militaire de l’Onu.

Devant les difficultés à mettre sur pied une Minuar 2, c’est l’opération Tur­quoise menée par l’armée française qui la remplaça et débarqua au Rwanda, le 22 juin. Officiellement neutre, Turquoise a permis officieusement de couvrir la fuite de centaines de génocidaires vers le Zaïre dont le président Théodore Sindikubwabo et… Jérôme Bicamumpaka, reçu deux mois plus tôt par Juppé.

Et, alors que Kagamé était en visite officielle à Paris, Juppé, depuis Pékin, déclarait qu’il ne changerait pas ses « convictions » au sujet du génodice. « Je suis très décontracté (…) » ajoutait-il. Au regard de l’Histoire, il n’y pourtant pas de quoi.

Voir de même:

Rwanda: Paris boycotte les 20 ans du génocide
Le Figaro
05/04/2014

La France a décidé samedi d’annuler sa participation aux commémorations du 20e anniversaire du génocide rwandais, après une nouvelle charge du président Paul Kagame l’accusant d’avoir "participé" aux massacres qui ont fait 800.000 morts en 1994.

Cette décision marque un nouveau coup d’arrêt à la normalisation des relations entre les deux pays, empoisonnées par le soupçon malgré une réconciliation officielle en 2010. Au coeur du contentieux, la question du soutien de la France et de son armée au régime hutu rwandais, coupable du génocide contre la minorité tutsi.

Dans une interview à paraître dans l’hebdomadaire Jeune Afrique dimanche, veille des commémorations du 20e anniversaire, le président Kagame a dénoncé le "rôle direct" de la Belgique, ancienne puissance coloniale, et de la France "dans la préparation politique du génocide" et "la participation de cette dernière à son exécution même".

Il a également accusé les soldats français de l’opération militaro-humanitaire Turquoise, déployée en juin 1994 sous mandat de l’ONU dans le sud du pays, d’avoir été "complices certes" mais aussi "acteurs" des massacres qui se sont déroulés entre avril et juin 1994.

Pour Paris, qui a annulé le déplacement prévu lundi à Kigali de la ministre de la Justice Christiane Taubira, les déclarations du président Kagame "sont en contradiction avec le processus de dialogue et de réconciliation engagé depuis plusieurs années".
"La France regrette de ne pouvoir prendre part aux commémorations du 20e anniversaire du génocide car elle tient à s’incliner devant la mémoire des victimes et à s’associer au deuil des familles et du peuple rwandais", a souligné le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Romain Nadal.

Maintes fois démenties par Paris, les accusations du président Kagame, ancien chef de la rébellion tutsi à la tête du Rwanda depuis 1994, reprennent celles déjà formulées par Kigali à plusieurs reprises et notamment en août 2008 à l’occasion de la publication du rapport de la commission d’enquête rwandaise sur le rôle supposé de la France dans le génocide.

En janvier dernier, les militaires français nommément cités par Kigali, et notamment le général Jean-Claude Lafourcade, patron de l’opération Turquoise, avaient jugé que "leur honneur était sauf", considérant que le gouvernement rwandais avait été "incapable d’apporter la moindre preuve" de ses accusations "infondées, indignes et inacceptables".

Paris et Bruxelles comme "exutoires"

Les nouvelles déclarations de Paul Kagame surviennent alors que les relations franco-rwandaises, rompues entre 2006 et 2009, semblaient s’être apaisées, surtout depuis la condamnation en mars à 25 ans de prison de Pascal Simbikangwa, premier Rwandais jugé en France pour génocide.

Un procès dont Paul Kagame a également minimisé l’enjeu: "On nous présente cette sentence comme un geste, presque comme une faveur de la France à l’égard du Rwanda, alors que c’est le rôle de la France dans le génocide qu’il conviendrait d’examiner", a-t-il insisté.

Pour le sociologue André Guichaoua, spécialiste du Rwanda et témoin-expert auprès du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), le président Kagame, par ses propos, "se moque des avancées comme des usages diplomatiques".

M. Guichaoua relève par ailleurs que "les derniers mois ont été marqués par d’importants revers diplomatiques et politiques rwandais". "On peut se demander si la France et la Belgique, étonnamment associée à ces graves accusations en tant qu’ex-puissance tutélaire, ne servent pas d’exutoires à l’expression d’une animosité plus profonde du chef de l’État rwandais vis-à-vis de bien d’autres pays et institutions internationales qui n’hésitent plus à mettre en cause sa gouvernance autoritaire personnelle et ses interventions à l’extérieur du pays".

Cette nouvelle "sortie" de Paul Kagame survient en effet alors qu'"il est actuellement en position délicate vis-à-vis de ses alliés traditionnels (Etats-Unis, Afrique du sud…) en raison du +traitement+ de ses opposants", abonde Antoine Glaser, expert des relations franco-africaines et auteur de "AfricaFrance – Quand les dirigeants africains deviennent maîtres du jeu" (Fayard).

Après avoir bénéficié depuis le génocide d’une forme de "diplomatie dérogatoire en matière de démocratie et de droits de l’homme", selon les termes de M. Guichaoua, le président Kagame a été sévèrement critiqué ces derniers mois pour son rôle jugé déstabilisateur dans l’est de la République démocratique du Congo, et plus récemment pour son implication supposée dans l’élimination d’opposants en exil.

Par ailleurs, estime M. Glaser, Paul Kagame, qui avait adressé une invitation personnelle à son homologue français François Hollande, n’était "sans doute pas très heureux que le chef de l’Etat français se fasse représenter par sa ministre de la Justice".

Voir enfin:

L’honneur de la France
Alain Juppé
5 avril 2014

Je connais trop les exigences de la « realpolitik » pour ne pas comprendre la prudence de la ligne diplomatique que suit la France depuis plusieurs années dans sa relation avec le Rwanda. Ce pays joue un rôle économique et politique important dans la région des Grands Lacs et en Afrique en général. Nous avons eu raison de choisir la voie de la réconciliation avec ses dirigeants.

Mais pas à n’importe quel prix! Pas au prix de la falsification de l’histoire qui ne cesse de se propager à l’encontre de la France, de ses dirigeants politiques, de ses diplomates et de son Armée.

En écrivant cela je ne pense pas au récent libelle publié à Bordeaux et dont je suis la cible unique, comme si, à la date des faits, il n’y avait pas eu un Président de la République, et , successivement, deux Premiers Ministres, deux Ministres des Affaires Etrangères et deux Ministres de la Défense. Je m’attendais à ce que la « Juppémania » ambiante déclenche les coups bas.

Mais ce n’est plus de cela qu’il s’agit désormais. C’est d’une inacceptable mise en cause de la France par le Président du Rwanda, qui dans un article à paraître dimanche dans Jeune Afrique accuse notre pays d’avoir organisé et encouragé le génocide, d’en avoir été complice et même acteur.

Ces accusations, on le sait, sont totalement infondées. La mission parlementaire présidée en 1998 par Paul Quilès et dont le rapporteur était Bernard Cazeneuve, actuel ministre de l’Intérieur, a apporté un éclairage rigoureux sur les événements. M.Quilès en résumait ainsi le contenu dans un article publié le 11 septembre 2009 dans « International et défense »: « Cessons de diaboliser la France ».

Il est rigoureusement faux que la France ait aidé en quelque manière les auteurs du génocide à préparer leur forfait. Bien au contraire avant mars 1993 (date de prise de fonction du gouvernement Balladur) comme après cette date, notre pays a tout fait pour pousser à la réconciliation des deux camps. Il a efficacement oeuvré à la conclusion des accords d’Arusha qui posaient les bases de cette réconciliation et qui ont été salués positivement par M. Kagamé lui-même.

Il est rigoureusement faux que la France n’ait pas dénoncé le déclenchement du génocide en le qualifiant en ces termes même. Mes déclarations publiques en font foi, en mai 1994, au conseil des ministres des affaires étrangères de l’Union Européenne comme à l’Assemblée Nationale.

Quand aux accusations portées contre notre Armée, elles sont tout simplement honteuses. Nos soldats ont exécuté strictement la mission qui leur avait été assignée par le gouvernement, en application d’une résolution très précise du Conseil de sécurité des Nations Unies. Ils l’ont fait avec le courage et la discipline qui les caractérisent. Je me souviens de l’accueil enthousiaste que leur ont réservé les centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qu’ils ont protégés.

Sans doute subsiste-t-il encore des zones d’ombre sur cette période tragique. Malgré les investigations de l’ONU, de la justice française, de la justice espagnole, on ne sait toujours pas qui sont les auteurs de l’attentat contre l’avion qui transportait le Président Habyarimana et le Président du Burundi le 6 avril 1994 . C ‘est le lendemain de cet attentat qu’ont commencé les massacres de 800 000 Tutsi (et Hutu modérés). En connaître les auteurs serait de première importance pour comprendre l’enchaînement des faits. On peut espérer, comme la mission Quilès, que « la vérité fera peu à peu son chemin. C’est ainsi que le souvenir des victimes du génocide ne se confondra pas avec les intérêts de ceux qui prétendent parler en leur nom ».

En attendant que vienne la vérité, on ne peut tolérer la véritable entreprise de falsification historique qui veut faire porter à la France la culpabilité du génocide.

La communauté internationale a failli, c’est un fait. Elle a été incapable de prévenir et d’arrêter le génocide. Mais la communauté internationale, ce n’est pas la France seule. C’est le Conseil de sécurité des Nations Unies dont Kofi Annan qui dirigeait alors le Département des Opérations de Maintien de la Paix a décrit plus tard la paralysie. Il écrit: « Les Français ont poussé dès le début des négociations d’Arusha pour qu’une force de l’ONU soit déployée au Rwanda en soutien de l’accord de paix. Hormis côté français, il y avait au début peu d’appétence chez les membres permanents du Conseil de sécurité pour mandater une nouvelle force de maintien de la paix… » Plus loin, il ajoute: « Nous devons reconnaître que le monde a échoué face au mal. La communauté internationale et les Nations Unies n’ont pu mobiliser la volonté politique de l’affronter. » La « communauté internationale » , ce sont aussi les Etats-Unis, très influents dans la région et dont le Président Clinton lui-même a reconnu l’inaction. Ce sont aussi les pays européens dont certains avaient des responsabilités historiques dans la région. La France a été la seule puissance à agir.

Il serait aujourd’hui intolérable que nous soyons désignés comme les principaux coupables. J’appelle le Président de la République et le gouvernement français à défendre sans ambiguïté l’honneur de la France, l’honneur de son Armée, l’honneur de ses diplomates.

Voir enfin:

1. La présence française à la limite de l’engagement direct

RAPPORT D’INFORMATION
MISSION D’INFORMATION(1) DE LA COMMISSION DE LA DÉFENSE NATIONALE ET DES FORCES ARMÉES ET DE LA COMMISSION DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES, sur les opérations militaires menées par la France, d’autres pays et l’ONU au Rwanda entre 1990 et 1994.

Président
M. Paul QUILÈS,
Rapporteurs
MM. Pierre BRANA et Bernard CAZENEUVE
Députés

a) L’engagement sur le terrain

Procéder à des opérations d’instruction, réaliser une assistance technique militaire en temps de paix ne pose pas de problèmes particuliers en termes de principes. Intervenir sur la base d’un accord de défense ou en vertu d’un engagement politique aux côtés d’un Etat auquel un autre Etat souhaite apporter son soutien dans le cas d’une agression extérieure, ne soulève pas non plus de questions d’ordre éthique. Il s’agit là d’un jeu classique d’alliances exprimant tel ou tel équilibre politique.

Que l’agression ne puisse être véritablement caractérisée comme une agression extérieure, que le pays qui la subit soit lui-même auteur ou complice d’exactions graves sur ses propres populations en représailles aux offensives qui le menacent et la situation devient dès lors beaucoup plus complexe. Comment peut-on alors concevoir une aide et un engagement extérieurs qui ne soient pas perçus comme un engagement direct ? Autrement dit, la seule présence militaire française sur le terrain, prolongée après les dernières évacuations des ressortissants français à Ruhengeri fin janvier 1991, ne signifie-t-elle pas, lorsqu’elle devient aussi déterminante sur l’issue des combats, que la France s’est trouvée à la limite de l’engagement direct, même si elle n’a pas participé aux combats aux côtés des FAR, comme le firent pendant quelques jours, en octobre 1990, les forces armées zaïroises ?

L’activité des instructeurs et formateurs du DAMI Panda a constitué une source de polémique portant principalement sur le degré d’engagement personnel des instructeurs aux côtés des personnels rwandais en formation. Le Général Jean Varret, ancien chef de la MMC, a fait état devant la Mission des possibles divergences d’interprétation des consignes par les personnels du DAMI Panda.

Il a précisé à la Mission qu’il s’était déplacé en mai 1992 au Rwanda et que des rumeurs existaient en France sur le comportement du DAMI Panda. Il a fait remarquer que “ sur place, il se trouvera toujours des hommes pour se vanter d’actions qu’ils auraient aimé réaliser mais qu’ils n’ont en réalité pas faites ”. La Mission a par ailleurs reçu des informations selon lesquelles les militaires français étaient très fortement impliqués sur le terrain, qu’ils se disaient que l’ennemi, venu d’Ouganda, menaçait les ressortissants français et que, dans un tel contexte, étant donné la faible compétence de l’armée rwandaise, il n’est pas absurde de penser que certains aient pu aider à régler les tirs de certaines armes d’artillerie comme les mortiers.

Le Général Jean Varret a confirmé à la Mission que “ des instructeurs-pilotes se trouvaient à bord d’hélicoptères Gazelle envoyés sur place aux côtés des Rwandais et qu’ils n’avaient pas été engagés. Ils n’étaient présents que pour faire de l’instruction de pilotage et de tir. ” Il a également affirmé que “ les troupes françaises n’avaient pas arrêté l’offensive du FPR en octobre 1990 ”.

En réponse aux nombreuses questions des membres de la Mission portant sur un éventuel engagement des personnels du DAMI Panda auprès des FAR dans la guerre que celles-ci menaient contre le FPR, les responsables du DAMI, interrogés par la Mission, ont précisé qu’il n’entrait pas dans les missions du DAMI Panda de participer à des actions armées.

Le Lieutenant-Colonel Jean-Jacques Maurin a fait remarquer qu’en près de trois ans et demi de présence française au Rwanda, entre 3 500 et 4 000 soldats français s’y sont succédé et que pas une seule perte n’a été enregistrée à l’exception des personnels français de l’avion présidentiel, des deux coopérants assassinés le 8 avril et d’un adjudant-chef du 8ème RPIMA qui, à l’issue d’un cross de cohésion de sa compagnie autour de l’hôtel Méridien à Kigali, a été victime d’une crise cardiaque.

Les propos du Colonel Didier Tauzin, qui a lui aussi commandé le DAMI Panda, permettent de mieux comprendre la confusion possible sur le rôle des hommes du détachement. Il a précisé que, dans la mesure où l’armée rwandaise était, au départ, dans une position défensive, la situation sur le théâtre imposait une proximité des instructeurs. Il a ainsi indiqué que, très souvent, en offensive, les troupes se répartissent dans la profondeur, c’est-à-dire qu’un bataillon motorisé de 800 hommes se répartit éventuellement sur une quinzaine de kilomètres, mais qu’en défensive, l’armée se doit d’être soudée et la profondeur du dispositif est forcément réduite. Il a analysé que, si la logistique est assez loin derrière, à un ou deux kilomètres maximum selon le terrain, les troupes elles-mêmes opèrent sur cinq cents mètres. En conséquence, selon lui, même si l’instruction se déroule à l’arrière, elle se situe inévitablement à proximité du front.

Il a souligné que sur le terrain, il n’y avait jamais plus de cinquante hommes, éparpillés dans les montagnes, avec une forte végétation sur 250 kilomètres de front et que, quand les artilleurs faisaient de l’instruction, ils n’étaient pas au pied de la pièce en train de tirer, mais se trouvaient à l’arrière. Il a également indiqué qu’éventuellement, si l’artilleur local était “ perdu dans ses comptes ”, ceux-ci l’aidaient, mais pour se retirer ensuite à l’arrière, et fait valoir qu’il était hors de question de procéder autrement, compte tenu des consignes données par le chef d’état-major des armées.

Enfin, s’agissant d’une éventuelle acquisition du renseignement par des commandos de recherche et d’action en profondeur français (CRAP), le Général Jean Rannou, ancien Chef du Cabinet militaire du ministère de la Défense, a regretté que l’on assimile en permanence ce que font les gens à l’idée que l’on a de ce qu’ils font et a précisé que si les DAMI se trouvaient effectivement près de la frontière nord, aucun ordre d’intervention n’y a jamais été donné, car cela ne correspondait pas au rôle des troupes françaises.

Si les missions du DAMI Panda sont clairement délimitées par les directives de l’état-major, force est de constater qu’un doute peut peser sur leurs modalités d’exécution. Certes, l’absence de victime dans les rangs du DAMI conforte le principe du non-engagement des militaires français aux côtés des FAR. En effet, alors que le conflit entre les FAR et le FPR a fait de très nombreuses victimes dans l’armée rwandaise, un engagement physique des éléments français aux côtés du FAR se serait inévitablement traduit par quelques pertes ou blessures dans les rangs du personnel du DAMI.

Par ailleurs, l’une des missions du DAMI était l’acquisition du renseignement et l’on constate que parmi l’ensemble des messages militaires envoyés par l’attaché de Défense à l’état-major des armées dressant un panorama de la situation militaire sur le terrain, aucun ne porte trace de renseignements ayant une qualification d’origine et de degré de certitude permettant de l’attribuer à une observation directe de militaires français dans la zone de combat.

Toutefois, la Mission ne peut totalement écarter l’idée qu’un instructeur français aurait pu, pour des raisons diverses, apporter ponctuellement un concours plus effectif lors de l’aide au maniement d’une pièce de mortier ou dans une autre situation, malgré les consignes diffusées par l’état-major des armées, tant il paraît difficile, en situation critique, de déterminer la limite exacte au delà de laquelle l’instruction et la formation pourraient être assimilées à un engagement réel. Cette ambiguïté apparaît consubstantielle à la notion d’assistance opérationnelle en temps de crise ou de guerre.

Si la France n’est pas allée aux combats, elle est toutefois intervenue sur le terrain de façon extrêmement proche des FAR. Elle a, de façon continue, participé à l’élaboration des plans de bataille, dispensé des conseils à l’état-major et aux commandements de secteurs, proposant des restructurations et des nouvelles tactiques. Elle a envoyé sur place des conseillers pour instruire les FAR aux maniement d’armes perfectionnées. Elle a enseigné les techniques de piégeage et de minage, suggérant pour cela les emplacements les plus appropriés.

Cette présence auprès des FAR s’est-elle doublée d’une participation des militaires français à des opérations de police et de maintien de l’ordre ? Les militaires français ont-il procédé à des vérifications d’identité ?

b) Les contrôles d’identité

La présence de militaires français du détachement Noroît devait satisfaire au double objectif contradictoire d’être à la fois discrète et visible. D’après les ordres d’opération, il convient d’adopter une attitude discrète, de limiter les déplacements au strict nécessaire, de n’accorder aucun entretien à la presse sans autorisation du Chef d’état-major des Armées.

Mais, en même temps, la simple présence des soldats de Noroît s’est révélée dissuasive et sécurisante. De la vient que les autorités rwandaises aient souhaité leur maintien, parce que les militaires français, en tenue française à la différence des personnels coopérants de la MAM, étaient visibles à Kigali et dans un rayon d’une dizaine de kilomètres autour de la capitale. Les entrées et les sorties de la ville étaient soumises à des contrôles effectués à des “ barrières ” par la Gendarmerie rwandaise. Les militaires français ont-ils procédé à de telles opérations ? De nombreuses critiques ont été faites à ce sujet. Devant la Mission, M. Jean-Hervé Bradol s’est déclaré “ particulièrement choqué par la part que prenaient les militaires français à certaines fonctions de police dans le pays, notamment le contrôle routier à la sortie nord de Kigali ” précisant que, soit les militaires français restaient postés dans leur guérite en observant les militaires rwandais, soit ils examinaient eux-mêmes les papiers, comme il en fut témoin en juin-juillet 1993.

Sur le contrôle direct opéré par les militaires français, le Général Dominique Delort s’est exprimé devant la Mission. Il a indiqué que les deux axes principaux Byumba-Kigali au nord et Ruhengeri-Kigali à l’ouest étaient particulièrement fréquentés et qu’il était difficile de positionner des unités au nord de la ville sans avoir des renseignements sur ces grands axes menant à la capitale.

Il a précisé qu’il avait alors décidé d’installer sur chacun de ces axes, à quelques kilomètres de l’entrée de la ville, deux points de contrôle, tenus par des soldats français les trente-six premières heures, avant que soient obtenus du Chef d’état-major des FAR les gendarmes rwandais pour assurer eux-mêmes le contrôle.

Sur la réalité du contrôle, les dires de M. Jean-Hervé Bradol sont bien confirmés ; en revanche, il semble qu’il ait commis une erreur de date, puisque le Général Dominique Delort, alors Colonel, a été désigné commandant des opérations en février-mars 1993, soit quelques mois plus tôt. Sous son commandement, plusieurs ordres d’opérations ont été établis. L’ordre de conduite n° 5, daté du 12 février 1993 prévoit, en cas de rupture du cessez-le-feu, de “ jeter un dispositif d’observation sur les axes nord… et de reconnaître les positions d’arrêt dans cette zone, dans un rayon de 5 km, en vue d’une éventuelle action d’arrêt ultérieure ”. La 4ème compagnie Noroît doit notamment à cet effet surveiller les débouchés des axes : Ruhengeri/Kigali et Gitarama/Kigali à l’ouest ; Byumba/Kigali au nord ; les points de passage obligé sur l’axe Muhazi/Kigali, et se trouver en mesure d’interdire ces débouchés sur préavis d’une heure.

La mise en place du dispositif de surveillance prévu par l’ordre de conduite est extrêmement précise :

— position d’observation du volume du groupe :

— point OSCAR – secteur ouest : à hauteur virage piste Murehe ;

— point CHARLIE – secteur centre : mouvement de terrain ;

— point ECHO – secteur est : carrefour pistes :

— de nuit, resserrement du dispositif au plus près des axes (volume : 1 binôme en sonnette) ;

— relève des postes toutes les 72 heures.

· Quant à l’ordre de conduite n° 7 du 20 février 1993, il prévoit, pour parer à toute tentative d’infiltration du FPR ou tout risque d’arrivée en masse de populations sur la capitale, qui menacent de compromettre la sécurité dans Kigali, donc la sécurité des ressortissants français, la mise en place, le 20 février à 16 heures, d’un dispositif de contrôle, destiné à :

“ — empêcher tout élément FPR de franchir :

- à l’ouest, le débouché des axes Ruhengeri/Kigali et Gitarama/Kigali,

- au nord, le débouché de l’axe Byumba/Kigali à hauteur de la sucrerie ;

— Pour cela, renseigner en avant et à l’est du dispositif par le DAMI, en liaison avec FAR,

- premier temps : mettre en place immédiatement un dispositif d’arrêt de compagnie sur les débouchés cités,

- deuxième temps : renforcer la défense de l’aéroport et du dispositif de protection des ressortissants ”.

· L’ordre d’opération n° 3 du 2 mars 1993 indique que le renseignement s’étend jusqu’à 10 km de la capitale et qu’il convient de surveiller les accès nord et ouest en faisant un effort du nord-ouest au nord-est, et d’être en mesure de les interdire temporairement.

Puis il est précisé : “ pour conserver toute liberté d’action dans la ville :

— en permanence maintenir un dispositif de contrôle dans la zone d’intérêt, sous forme de patrouille et de check-points en liaison avec la Gendarmerie rwandaise ;

— sur ordre, être en mesure de basculer sur un dispositif d’arrêt temporaire, tout en déclenchant le plan d’évacuation ”.

Ces instructions sont ensuite explicitées à l’attention de chacune des compagnies présentes sur le terrain, qui doit être en mesure :
pour le 2/8 RPIMA – de surveiller dans un rayon de 10 km entre Gihogwe et pont de la briqueterie inclus ;
– d’interdire les axes Ruhengeri/Kigali et axe Gitarama/Kigali.
pour le CEA/21 RIMA – de surveiller dans un rayon de 10 km entre Gihogwe exclu et la ligne Kabubu et Nouba inclus ;
– d’interdire l’axe Byumba à la hauteur de la sucrerie.
pour la SML 2/68e RA

(section de mortiers lourds)
– de surveiller sous forme de patrouilles la zone d’intérêt entre Nouba exclus et Rusoro inclus – effort à l’est ;
– sur ordre, d’appuyer l’action d’arrêt des unités à l’extérieur.

· Les règles de comportement sur les “ check-points ” prévoient :

— un dispositif limité au volume d’une équipe ;

— une action limitée au soutien de la Gendarmerie rwandaise chargée des opérations de contrôle ;

— la remise de tout suspect, armement ou document saisis à la disposition de la Gendarmerie rwandaise.

Vis-à-vis de la presse et du GOMN, il est précisé :

— aucune interview – accès des positions interdit ;

— laisser effectuer des prises de vues sans les faciliter ;

— orienter tout journaliste vers l’ambassade de France.

Il ressort de l’ensemble de ces éléments que les forces françaises ont, entre février et mars 1993, mis en place, sur ordre de l’état-major des armées, un dispositif de surveillance des accès de Kigali très développé, prêt à se transformer éventuellement en interdiction d’accès dans de très brefs délais, afin d’assurer l’évacuation des ressortissants français, mais aussi de prévenir les infiltration du FPR.

Cette surveillance active, sous forme de patrouille et de “ check-points ”, même si elle s’effectue en liaison avec la Gendarmerie rwandaise, conduit incontestablement à pratiquer des contrôles sur les personnes. Si les règles de comportement aux “ check-points ” font référence à la “ remise de tout suspect, armement ou documents saisis à la disposition de la Gendarmerie rwandaise ”, on voit mal comment une telle procédure peut avoir lieu si préalablement il n’y a pas eu une opération de contrôle d’identité ou de fouille.

Comment, dans ces conditions, définir “ l’action limitée au soutien de la Gendarmerie rwandaise chargée des opérations de contrôle ” si ce n’est sous la forme d’une coopération ? Comment expliquer enfin les consignes interdisant l’accès des positions à la presse et au GOMN, sinon par l’existence d’un engagement des forces françaises dans des opérations de police qui sont, par principe, du ressort des autorités nationales et qu’il était préférable de ne pas mettre en évidence ?

c) L’interrogation des prisonniers

De nombreuses affirmations et rumeurs ont circulé à ce sujet, notamment dans la presse.

Au cours de son audition, le Colonel Bernard Cussac a souhaité faire le point sur cette question et a déclaré qu’il avait été le seul et unique militaire français à avoir rencontré des prisonniers militaires. Il a indiqué qu’il avait voulu ainsi, en les rencontrant, non seulement montrer aux militaires rwandais que les prisonniers militaires étaient susceptibles de fournir des renseignements intéressants pour mieux conduire les opérations militaires futures, mais surtout faire œuvre humanitaire en offrant à ces derniers un sauf-conduit pour la vie.

Dans un message qu’il adresse le 31 juillet 1991 (n° 202) à ses supérieurs hiérarchiques ainsi qu’au cabinet du Ministre de la Défense et au ministère de la Coopération, le Colonel Bernard Cussac précise qu’il était accompagné du Lieutenant-Colonel Gilles Chollet, commandant le DAMI, ce qui contredit légèrement sa déclaration devant la Mission. Il fait ensuite état, dans ce message, du déroulement de l’entretien par les officiers rwandais et indique qu’il demande au commandant rwandais de faire soigner le prisonnier, le Lieutenant Aroni Bagambana.

La Mission a par ailleurs eu communication d’une liste d’une vingtaine de prisonniers entendus par les FAR établie à la date du 12 août 1991.

Ce document montre à la fois la jeunesse des soldats du FPR, certains d’entre eux ayant seulement 14 ou 16 ans, la plupart autour d’une vingtaine d’années, mais aussi le manque d’expérience de ces combattants qui, pour la moitié d’entre eux, à peine engagés au FPR se retrouvent quelques jours plus tard capturés par les FAR, alors que l’autre moitié faisait partie de la NRA.

A propos d’interrogatoires musclés de prisonniers du FPR, auxquels les militaires français auraient assisté, Mme Alison Des Forges a, lors de son audition, indiqué que M. James Gasana avait fait état de la présence d’agents français au centre de documentation, endroit bien connu pour être le lieu de torture de la Gendarmerie et de la police rwandaise. Surpris par une telle affirmation, le Président de la Mission a demandé des vérifications à la suite desquelles Mme Alison Des Forges a reconnu dans un courrier adressé à la Mission qu’elle s’était trompée.

2. Les livraisons d’armes

Cette question a fait l’objet de nombreuses affirmations, souvent imprécises, parfois inexactes. La Mission n’entend pas sur ce problème épuiser la réalité du sujet et notamment elle ne prétend pas, s’agissant du trafic d’armes, élucider tous les cas évoqués à travers différents articles ou ouvrages, de marchés parallèles ou de livraisons effectuées au moment des massacres, en avril 1994, ou après la déclaration d’embargo des Nations Unies le 17 mai 1994.

Sur la base des informations qu’elle a pu obtenir, la Mission a cherché d’abord à faire précisément le point sur les livraisons d’armes de la France au Rwanda réalisées dans un cadre légal entre 1990 et le 8 avril 1994, date à laquelle toute exportation a été suspendue. Ce travail qui n’avait pu être entrepris jusqu’à présent, faute d’éléments disponibles, lui a paru nécessaire, car il permet, en complément des différents développements qui viennent d’être présentés, de mieux comprendre la dimension de l’engagement de la France au Rwanda.

a) Les procédures applicables à l’exportation de matériels de guerre

L’exportation des matériels de guerre s’effectue en deux étapes. Il est tout d’abord nécessaire d’obtenir de la commission interministérielle pour l’étude des exportations de matériel de guerre (CIEEMG) un agrément préalable qui peut être délivré, soit pour les prospections de marchés, soit pour les négociations de contrats, soit pour les ventes d’armement. L’obtention de l’agrément “ vente ” de la CIEEMG ne vaut pas pour autant autorisation d’exportation. L’industriel qui a signé un contrat de vente d’équipements, d’armes ou de munitions doit ensuite obtenir, pour les exporter, une autorisation d’exportation des matériels de guerre (AEMG) auprès de la délégation générale pour l’armement du ministère de la Défense.

Après avis favorable du ministère de la Défense et du ministère des Affaires étrangères, l’AEMG est accordée par le SGDN, service directement rattaché au Premier Ministre. L’autorisation est valable un an ; elle est revêtue d’un numéro de douane. L’AEMG est exigée à l’appui de la déclaration d’exportation, lors du passage en douane ; elle est ensuite imputée en quantité et en valeur lors de chaque opération, car un contrat bénéficiaire d’une AEMG peut être exécuté en plusieurs livraisons.

Une attestation de passage en douane (APD), transmise par les services des douanes à la direction de la protection et de la sécurité du ministère de la Défense, permet de contrôler l’utilisation des AEMG et de s’assurer des livraisons effectives.

Cette procédure à deux niveaux s’applique aussi bien pour les contrats de vente commerciaux que pour les cessions directes de matériels de guerre.

Les cessions directes peuvent être réalisées à titre onéreux ou à titre gratuit. Elles consistent, à partir d’une demande d’un Etat étranger, à prélever sur les stocks des armées les matériels souhaités. A la différence des contrats commerciaux, il ne s’agit pas d’armes neuves. Les cessions à titre gratuit doivent être autorisées expressément par le Ministre de la Défense, les cessions à titre onéreux ne nécessitent pas une telle autorisation. En cas de cession directe, la procédure est plus rapide, puisque les deux étapes de l’obtention de l’agrément de la CIEEMG et de la délivrance de l’AEMG se confondent. Dans les faits, bien souvent les cessions directes s’effectuent sans qu’il y ait une AEMG ni même délivrance d’une régularisation postérieure de la procédure. Le Rwanda n’a pas échappé à cette pratique.

b) La livraison d’armes au Rwanda par la France
de 1990 à 1994

LES AGRÉMENTS DÉLIVRÉS PAR LA CIEEMG

Valeur en millions de francs
50 19 116 191 48 122 44 1
Source : ministère de la Défense

L’année 1994 n’est pas significative, puisque le dernier agrément délivré par la CIEEMG concernant des ventes de matériels de guerre au Rwanda remonte au 20 janvier 1994.

(1) Les autorisations d’exportation de matériels de guerre (AEMG)

· Les AEMG au Rwanda, de 1990 à 1994, ont porté principalement sur les matériels suivants :
Armes

· Exprimées en valeur, les AEMG représentent sur la période du 1er janvier 1990 au 6 avril 1994, date de la dernière AEMG, un total d’environ 137 millions de francs ainsi répartis :

(2) Les cessions directes

· Les cessions directes de matériels de guerre au Rwanda, de 1990 à 1994, ont concerné principalement les matériels suivants :

Les cessions directes onéreuses ont porté essentiellement sur l’achat de munitions -cartouches de 90mm à obus explosif, obus explosifs de mortiers de 120mm- de matériels et vêtements -tentes, parkas, parachutes…- et de pièces de rechange pour hélicoptères Alouette II. Les cessions directes à titre gratuit ont concerné, outre des matériels similaires à ceux décrits ci-dessus, des radars Rasura, des mitrailleuses, des canons de 105mm, c’est-à-dire des matériels plus importants et plus coûteux.

Dans l’ensemble, ces cessions directes, à titre gratuit comme à titre onéreux, n’ont que très rarement fait l’objet d’une AEMG et ont été réalisées directement.

Parmi les opérations de cessions directes bénéficiant d’une AEMG, on trouve l’exportation de 6 radars Rasura, de 50 mitrailleuses de 12,7 mm, de pièces de rechange pour Alouette II, de cartouches à obus explosifs de 90 mm. Soit 5 opérations sur 36 au total.

31 cessions directes d’armes et munitions au Rwanda ont donc été réalisées sans respect des procédures, mais cette situation, qui n’est pas propre au Rwanda, ne peut donc être retenue comme illustrative d’une quelconque spécificité. Il y a cependant là une question de principe, qui méritait d’être soulignée.

· En valeur, les cessions directes représentent un total d’environ 42 millions de francs ainsi répartis.

Les pics que constituent les années 1992 et 1993 montrent que les cessions directes d’armements prélevés sur les stocks de l’armée se sont réalisées à une période où se déroulaient sur le terrain des affrontements violents (offensives de Byumba en 1992 et de Ruhengeri en 1993) et où se tenaient en parallèle les négociations d’Arusha.

c) La politique de la France de 1990 à 1994

La France a livré des armes au Rwanda mais elle n’a pas répondu systématiquement à ses demandes. Quelques heures après l’offensive du 1er octobre 1990, le Président Juvénal Habyarimana demande assistance à la France et souhaite notamment que lui soit fourni un appui aérien. Le Général Jean Varret, entendu par la Mission, a déclaré que cette demande du Président rwandais d’un appui-feu Jaguar “ lui était apparue hors de propos ” et a indiqué lui avoir répondu que “ ce n’était pas là le but de l’action de la France ”, mais que “ cette demande avait néanmoins été transmise à Paris ”.

Cet appui-feu ne sera pas accordé au Rwanda, au grand regret du Président Juvénal Habyarimana, qui a insisté à plusieurs reprises, n’hésitant pas à forcer le trait en allant jusqu’à dire, le 6 octobre, que son armée devait faire face à “ des masses d’assaillants … dont beaucoup sont drogués ”, puis le 7 octobre “ que la phase diplomatique est dépassée et que si les avions français n’interviennent pas sous 24 ou 36 heures, Kigali ne pourra pas tenir ”.

La transformation des graves incidents survenus dans Kigali dans la nuit du 4 au 5 octobre à l’instigation de Tutsis ou de sympathisants de la cause FPR, en attaque de la capitale par des éléments du FPR venus de l’extérieur, participe incontestablement du même désir d’obtenir de la France cet appui-feu aérien “ aussi rapide que discret et efficace ”.

Il apparaît également que la France, tout en procédant à des livraisons d’armes ou de munitions, en aurait conditionné l’utilisation à des moments stratégiques dans l’évolution du conflit. Telle est notamment l’analyse faite par M. James Gasana, ancien Ministre rwandais de la Défense, devant la Mission. Selon lui, la France considérait que le Gouvernement rwandais ne pourrait concevoir la nécessité d’une négociation politique avec le FPR que si ce dernier prenait possession d’une partie du territoire.

M. James Gasana a déclaré que la France avait pour cela permis au FPR en mai 1992 de conquérir une partie de la commune de Muyumba, les commandes passées à la France n’ayant pas été livrées à temps. Sur cette affaire, un télégramme diplomatique, daté du 12 mars 1992, de l’ambassade de France à Kigali indique que le Général Jean Varret, lors de son audience avec le Président Juvénal Habyarimana, a rappelé les efforts faits par la France pour répondre à des demandes de munitions dont la fourniture avait été retardée pour des raisons strictement administratives et techniques. M. James Gasana a également précisé “ qu’en juin 1992, alors que les forces rwandaises venaient d’acquérir des obusiers français de 105 mm, la France leur en a refusé l’utilisation alors que les FAR étaient en mesure de reprendre le contrôle des hauteurs des communes du Kiyombe et Kivuye. La perte de ces hauteurs dont le FPR conservera le contrôle sera un des facteurs déterminants de la suite de la guerre. L’autorisation d’agir ne sera donnée que lorsque, après avoir décidé d’acheter des obusiers 125 mm à l’Egypte, les instructeurs égyptiens arriveront à Kigali ”.

M. James Gasana a par ailleurs souligné que les prix des armes légères françaises étaient supérieurs à ceux pratiqués par la concurrence. La législation rwandaise sur les marchés publics adoptée en 1992 exigeant au moins trois offres par lot de commande, la France ne figurait pas parmi les plus gros fournisseurs.

Compte tenu des informations dont la Mission a disposé, il est certain que l’Afrique du Sud figure en bonne place parmi les fournisseurs du Rwanda en armement et met par la même occasion le Rwanda en situation de violation de la convention 558 du 13 décembre 1984 qui déclare l’embargo à l’encontre de l’Afrique du Sud, avec laquelle théoriquement il est interdit de commercer.

En revanche, il paraît plus difficile de souscrire à l’analyse de M. James Gasana, estimant qu’en 1992, la France aurait volontairement et indirectement laissé le FPR progresser territorialement dans la mesure où la France a apporté régulièrement au Rwanda de 1990 à 1994 un soutien en matériel, armements et munitions. Le fait que certaines demandes comme l’appui-feu aérien aient été refusées ne contredit pas cet état de fait mais signifie simplement que, compte tenu du dimensionnement de l’armée rwandaise, une telle demande a semblé inappropriée.

L’étude des AEMG de 1990 à 1994, confrontée aux informations fournies par la Direction générale des douanes sur la même période, permet de dire que l’ensemble des matériels de guerre dont l’exportation a été autorisée ont été effectivement livrés au Rwanda.

Ainsi, deux postes de tir pour missile Milan fournis par Euromissile ont bénéficié d’une AEMG le 29 mai 1990 et sont passés en douane le 4 juillet 1990.

En 1991, l’Office général de l’air reçoit pour des rechanges d’hélicoptères Gazelle, Alouette et Ecureuil une autorisation d’exportation le 18 décembre 1991 qui seront exportés le 8 avril 1992, d’après les statistiques douanières.

En 1992, Eurocopter reçoit une autorisation d’exportation datée du 27 janvier portant sur trois hélicoptères Gazelle SA 342 avec des capabilités d’armement (parties fixes et mobiles pour canon-lance roquettes et canon axial) et des pièces de rechanges. Le marché représentant environ 42 millions de francs s’effectuera en plusieurs fois entre le 22 avril et le 6 novembre 1992. Les trois hélicoptères Gazelle ont été exportés aux dates suivantes : 22 avril 1992, 1er juillet 1992, 9 octobre 1992.

Ce marché correspond à une commande passée par le Gouvernement rwandais le 20 avril 1991 qui à l’époque souhaitait donner la priorité en matière d’armement aux hélicoptères de combat. Il faut rappeler à ce sujet qu’un hélicoptère Gazelle avait été abattu en octobre 1990 par le FPR.

La France a d’autre part assuré le suivi de cette livraison puisque plusieurs AEMG ultérieures concernent des pièces de rechange de ces hélicoptères Gazelle qui seront notamment exportées en 1993 par l’Office général de l’air ou la société Eurocopter.

Outre les matériels conventionnels classiques, la France a également livré au Rwanda via la société Thomson-CSF de nombreux équipements de cryptophonie avec accessoire et maintenance, plusieurs centaines d’émetteurs-récepteurs, dont certains portatifs, ainsi que quatre postes téléphoniques numériques de haute sécurité TRC 7700 exportés le 4 mai 1992 d’après les statistiques douanières.

Les livraisons d’armes et de matériel vont se poursuivre après l’offensive sur Byumba menée en juin 1992 et la conclusion d’un accord de cessez-le -feu signé en juillet 1992 à Arusha, constituant le point de départ des négociations du même nom. L’ouverture des négociations d’Arusha que la France soutient activement sur un plan diplomatique, ne constitue pas aux yeux du ministère des Affaires étrangères un élément nouveau susceptible de modifier l’environnement contractuel des commandes d’armes et de munitions passées par le Rwanda.

Ainsi le 12 août 1992, le Quai d’Orsay considère-t-il que les termes de l’accord d’Arusha ne sont pas de nature à remettre en cause la cession de 2 000 obus de 105 mm, de 20 mitrailleuses de 12,7 mm et de 32 400 cartouches.

Les autorités françaises ont par ailleurs tenu à ce que les forces armées rwandaises soient toujours régulièrement approvisionnées en munitions lors des différentes offensives sérieuses menées par le FPR.

Ainsi en février 1993, alors que le détachement Noroît vient d’être renforcé d’une compagnie des EFAO en raison de l’aggravation de la situation sur le terrain, l’état-major des armées rappelle à l’attaché de défense qu’il lui revient de “ faire en sorte que l’armée rwandaise ne se trouve pas en rupture de stocks de munitions sensibles… et que les livraisons aux FAR de matériels militaires s’effectuent dans la plus grande discrétion ”.

De fait, dans la chronologie qu’il établit dans son rapport de fin de mission, le Colonel Philippe Tracqui, commandant le détachement Noroît pour la période allant du 8 février 1993 au 21 mars 1993, note “ vendredi 12 février 1993 : poser d’un DC8 avec 50 mitrailleuses 12,7 mm plus 100 000 cartouches pour les FAR. Mercredi 17 février 1993 : poser d’un Boeing 747 avec déchargement discret par les FAR d’obus de 105 mm et de roquettes de 68 mm (Alat) ”.

Les livraisons d’armes et de munitions, jointes à l’opération d’assistance opérationnelle menée quelques jours plus tard à partir du 23 février par le Lieutenant-Colonel Didier Tauzin, permettront aux FAR de redresser spectaculairement la situation en une quinzaine de jours face au FPR.

La France n’est pas la seule à fournir des armes aux FAR. L’Afrique du Sud, l’Egypte, la Russie ou Israël comptent aussi parmi les fournisseurs du Rwanda. D’après les relevés établis par les militaires français présents au Rwanda -commandant des opérations ou attaché de défense- des livraisons de matériels de guerre ont été régulièrement effectuées par ces pays dès l’offensive d’octobre 1990.

Le 4 décembre 1990, le Ministre de la Défense rwandais commande à l’Egypte trois Gazelle roquettes ainsi que des munitions et à l’URSS du matériel d’artillerie sol-sol et sol-air.

Le 15 juillet 1991, le chargé d’affaires russe indique à l’attaché de défense français que le Rwanda a passé commande à titre onéreux à son pays de 50 mortiers, 6 obusiers, 30 mitrailleuses et de missiles SA 16 dont le nombre n’est pas précisé, ainsi que des munitions correspondant à ces armements. Le chargé d’affaires russe indique que la commande est prête à livrer sous réserve de la confirmation du Rwanda qui devra alors verser une provision.

En avril et mai 1992, plusieurs rotations d’appareils en provenance d’Afrique du Sud ou d’Egypte livrent aux FAR des munitions, essentiellement des cartouches et des obus.

Début novembre 1992, l’attaché de défense recense l’arrivée de 7 avions cargo sud-africains qui livrent à nouveau des mortiers, des mitrailleurs, des fusils, grenades… et indique que c’est dans un cadre défensif que ces achats ont été réalisés, car dans l’hypothèse d’une reprise du conflit sur l’ensemble du front, les stocks permettent aux FAR de tenir au mieux quinze jours. Il relève également des livraisons de munitions par Israël à cette même période.

La presse a par ailleurs fait état d’une violation par la France de l’embargo posé par elle le 8 avril et par l’ONU le 17 mai. Il est ainsi reproché à la SOFREMAS, société française d’exploitation de matériels et systèmes d’armement contrôlé par l’Etat d’avoir rompu l’embargo en procédant à des livraisons via Goma au Zaïre. De même, la société Luchaire, dépendant à 100 % de Giat Industries, aurait également procédé par ce biais à des livraisons.

Dans son rapport de mai 1995, Human Rights Watch indique avoir appris du personnel de l’aéroport et d’un homme d’affaires local que cinq convois étaient arrivés à Goma en mai et juin 1994 contenant de l’armement et des munitions venant de France et destinés aux FAR.

Sur ces différents points, la Mission n’a pas pu recueillir à ce jour d’éléments probants, en dépit des demandes qu’elle a formulées pour obtenir, notamment de l’association Human Rights Watch, copie des documents ou bordereaux relatifs à la SOFREMAS et trouvés au Zaïre dans un bus abandonné près de Goma.

En revanche, sur la livraison d’armes effectuée par l’Egypte en 1992 et qui aurait reçu la caution bancaire du Crédit Lyonnais, son Président Jean Peyrelevade a adressé au Président de la Mission les précisions suivantes “ les recherches auxquelles nous nous sommes livrés font apparaître que l’ambassade d’Egypte auprès du Royaume-Uni disposait d’un compte à notre agence de Londres, de même que les forces armées égyptiennes auprès de notre agence du Caire. Mais ni dans une agence, ni dans l’autre, il n’a été identifié aucune implication par voie de garantie ou de crédit documentaire dans l’exécution du contrat sur lequel vous m’interrogez ”.

L’élément de preuve sur lequel s’appuie l’association Human Rights Watch pour déceler la présence de la France derrière l’Egypte n’est que la reproduction d’un contrat sans en-tête et non signé qui vise effectivement trois parties, le Gouvernement rwandais dit “ l’acheteur ”, le Gouvernement égyptien dit “ le fournisseur ” et la caution bancaire dite “ la banque ” qui reste non identifiée, puisque la version anglaise laisse même apparaître un blanc à côté du nom de la banque. Dans ces conditions, il est apparu difficile à la Mission de tirer de ces quelques éléments des conclusions définitives.

De façon générale, qu’il y ait eu du trafic d’armes incontrôlé, cela est plus que probable si l’on se réfère par exemple aux transactions menées par la société Dyl-Invest. Comme l’a fait remarquer M. Ahmedou Ould-Abdallah à la Mission, l’Afrique est aujourd’hui remplie d’armes venues du trafic et, selon lui, il est illusoire de prétendre pouvoir un jour arriver à contrôler et sanctionner ces flux illicites.

En revanche, la violation de l’embargo et les exportations illégales d’armements, qui auraient été connues des autorités françaises et qu’elles auraient laissé se produire n’ont pas été démontrées.

On sait au contraire que les fournisseurs ayant “ pignon sur rue ” se sont, pour certains, posé des questions quant à la nécessité, avant même le prononcé de l’embargo par la France, de poursuivre certaines livraisons. Ainsi la Mission a-t-elle eu connaissance du fait que la société Thomson-Brandt s’est interrogée sur le bien fondé de la livraison de 2 000 obus supplémentaires au Rwanda en février 1994.

La question a enfin été soulevée de la livraison éventuelle, après la décision d’embargo, de pièces de rechange pour des hélicoptères Alouette II.

D’après les documents actuellement en sa possession, la Mission juge que cette exportation s’est faite avant l’embargo, même si cette cession onéreuse a connu une procédure compliquée.


Hagiographie: On ne peut comprendre la gauche si on ne comprend pas qu’elle est une religion (God is great and Chavez is his new prophet)

31 mars, 2014
http://www.sfsustudentcenter.com/about/muralimages/Cesar%20Chavez%20Mural.png
https://fbcdn-sphotos-h-a.akamaihd.net/hphotos-ak-frc1/t1.0-9/p235x350/1978752_4105162284442_314659912_n.jpg
http://www.docspopuli.org/images/07_0821_120.jpg
http://blog.preservationnation.org/wp-content/uploads/2012/10/blog_photo_121009_POTUS-speech.jpg
http://www.defense.gov/news/Sep2002/200209262a_hr.jpg
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/e/e7/Cesar_Chavez_2014_film.jpg
You cannot understand the Left if you do not understand that leftism is a religion. Dennis Prager
On Cesar Chavez Day, we celebrate one of America’s greatest champions for social justice. Raised into the life of a migrant farm worker, he toiled alongside men, women, and children who performed daily, backbreaking labor for meager pay and in deplorable conditions. They were exposed to dangerous pesticides and denied the most basic protections, including minimum wages, health care, and access to drinking water. Cesar Chavez devoted his life to correcting these injustices, to reminding us that every job has dignity, every life has value, and everyone — no matter who you are, what you look like, or where you come from — should have the chance to get ahead. After returning from naval service during World War II, Cesar Chavez fought for freedom in American agricultural fields. Alongside Dolores Huerta, he founded the United Farm Workers, and through decades of tireless organizing, even in the face of intractable opposition, he grew a movement to advance "La Causa" across the country. In 1966, he led a march that began in Delano, California, with a handful of activists and ended in Sacramento with a crowd 10,000 strong. A grape boycott eventually drew 17 million supporters nationwide, forcing growers to accept some of the first farm worker contracts in history. A generation of organizers rose to carry that legacy forward. The values Cesar Chavez lived by guide us still. As we push to fix a broken immigration system, protect the right to unionize, advance social justice for young men of color, and build ladders of opportunity for every American to climb, we recall his resilience through setbacks, his refusal to scale back his dreams. When we organize against income inequality and fight to raise the minimum wage — because no one who works full time should have to live in poverty — we draw strength from his vision and example. Throughout his lifelong struggle, Cesar Chavez never forgot who he was fighting for. "What [the growers] don’t know," he said, "is that it’s not bananas or grapes or lettuce. It’s people." Today, let us honor Cesar Chavez and those who marched with him by meeting our obligations to one another. I encourage Americans to make this a national day of service and education by speaking out, organizing, and participating in service projects to improve lives in their communities. Let us remember that when we lift each other up, when we speak with one voice, we have the power to build a better world. NOW, THEREFORE, I, BARACK OBAMA, President of the United States of America, by virtue of the authority vested in me by the Constitution and the laws of the United States, do hereby proclaim March 31, 2014, as Cesar Chavez Day. I call upon all Americans to observe this day with appropriate service, community, and education programs to honor Cesar Chavez’s enduring legacy. IN WITNESS WHEREOF, I have hereunto set my hand this twenty-eighth day of March, in the year of our Lord two thousand fourteen, and of the Independence of the United States of America the two hundred and thirty-eighth. Barack Obama
His face is on a U.S. postage stamp. Countless statues, murals, libraries, schools, parks and streets are named after him — he even has his own national monument. He was on the cover of Time magazine in 1969. A naval ship was named after him. The man even has his own Google Doodle and Apple ad. Yet his footprint in American history is widely unknown and that’s exactly the reason why actor-turned-director Diego Luna decided to produce a movie about his life. CNN
Sorel, for whom religion was important, drew a comparison between the Christian and the socialist revolutionary. The Christian’s life is transformed because he accepts the myth that Christ will one day return and usher in the end of time; the revolutionary socialist’s life is transformed because he accepts the myth that one day socialism will triumph, and justice for all will prevail. What mattered for Sorel, in both cases, is not the scientific truth or falsity of the myth believed in, but what believing in the myth does to the lives of those who have accepted it, and who refuse to be daunted by the repeated failure of their apocalyptic expectations. How many times have Christians in the last two thousand years been convinced that the Second Coming was at hand, only to be bitterly disappointed — yet none of these disappointments was ever enough to keep them from holding on to their great myth. So, too, Sorel argued, the myth of socialism will continue to have power, despite the various failures of socialist experiments, so long as there are revolutionaries who are unwilling to relinquish their great myth. That is why he rejected scientific socialism — if it was merely science, it lacked the power of a religion to change individual’s lives. Thus for Sorel there was “an…analogy between religion and the revolutionary Socialism which aims at the apprenticeship, preparation, and even the reconstruction of the individual — a gigantic task. Lee Harris

En cette Journée César Chavez tout récemment proclamée par Notre Grand Timonier Obama …

Lancée, comme il se doit, par ses images saintes made in Hollywood

Bienvenue au dernier saint de nos amis de la gauche américaine !

The Left’s Misplaced Concern
The Left craves power not money, and that makes it much more frightening.
Dennis Prager
National review on line
May 22, 2012

You cannot understand the Left if you do not understand that leftism is a religion. It is not God-based (some left-wing Christians’ and Jews’ claims notwithstanding), but otherwise it has every characteristic of a religion. The most blatant of those characteristics is dogma. People who believe in leftism have as many dogmas as the most fundamentalist Christian.

One of them is material equality as the preeminent moral goal. Another is the villainy of corporations. The bigger the corporation, the greater the villainy. Thus, instead of the devil, the Left has Big Pharma, Big Tobacco, Big Oil, the “military-industrial complex,” and the like. Meanwhile, Big Labor, Big Trial Lawyers, and — of course — Big Government are left-wing angels.

And why is that? Why, to be specific, does the Left fear big corporations but not big government?

The answer is dogma — a belief system that transcends reason. No rational person can deny that big governments have caused almost all the great evils of the last century, arguably the bloodiest in history. Who killed the 20 to 30 million Soviet citizens in the Gulag Archipelago — big government or big business? Hint: There were no private businesses in the Soviet Union. Who deliberately caused 75 million Chinese to starve to death — big government or big business? Hint: See previous hint. Did Coca-Cola kill 5 million Ukrainians? Did Big Oil slaughter a quarter of the Cambodian population? Would there have been a Holocaust without the huge Nazi state?

Whatever bad things big corporations have done is dwarfed by the monstrous crimes — the mass enslavement of people, the deprivation of the most basic human rights, not to mention the mass murder and torture and genocide — committed by big governments.

How can anyone who thinks rationally believe that big corporations rather than big governments pose the greatest threat to humanity? The answer is that it takes a mind distorted by leftist dogma. If there is another explanation, I do not know what it is.

Religious Christians and Jews also have some irrational beliefs, but their irrationality is overwhelmingly confined to theological matters; and these theological irrationalities have no deleterious impact on religious Jews’ and Christians’ ability to see the world rationally and morally. Few religious Jews or Christians believe that big corporations are in any way analogous to big government in terms of evil done. And the few who do are leftists.

That the Left demonizes Big Pharma, for instance, is an example of this dogmatism. America’s pharmaceutical companies have saved millions of lives, including millions of leftists’ lives. And I do not doubt that in order to increase profits they have not always played by the rules. But to demonize big pharmaceutical companies while lionizing big government, big labor unions, and big tort-law firms is to stand morality on its head.

There is yet another reason to fear big government far more than big corporations. ExxonMobil has no police force, no IRS, no ability to arrest you, no ability to shut you up, and certainly no ability to kill you. ExxonMobil can’t knock on your door in the middle of the night and legally take you away. Apple Computer cannot take your money away without your consent, and it runs no prisons. The government does all of these things.

Of course, the Left will respond that government also does good and that corporations and capitalists are, by their very nature, “greedy.”

To which the rational response is that, of course, government also does good. But so do the vast majority of corporations, private citizens, church groups, and myriad voluntary associations. On the other hand, only big government can do anything approaching the monstrous evils of the last century.

As for greed: Between hunger for money and hunger for power, the latter is incomparably more frightening. It is noteworthy that none of the twentieth century’s monsters — Lenin, Hitler, Stalin, Mao — were preoccupied with material gain. They loved power much more than money.

And that is why the Left is much more frightening than the Right. It craves power.

— Dennis Prager, a nationally syndicated columnist and radio talk-show host, is author of Still the Best Hope: Why the World Needs American Values to Triumph. He may be contacted through his website, dennisprager.com.

Voir aussi:

The iconic UFW

Another myth. I opened my Easter Sunday Google browser and did not find a Christian icon on the page, but instead a (badly done) romantic rendition of a youthful Cesar Chavez, apparently our age’s version of a politically correct divinity.

Yet I wondered whether the midlevel Googilites who post these politically hip images knew all that much about Chavez. I grant in this age that they saw no reason to emphasize Christianity on its most holy day. But there is, after all, Miriam Pawel’s 2010 biography of Chavez still readily accessible[10], and a new essay about him in The Atlantic[11] — both written by sympathetic authors who nonetheless are not quite the usual garden-variety hagiographers. To suggest something other than sainthood is heresy in these parts, as I have discovered since the publication of Mexifornia a decade ago.

I grew up in the cauldron of farm-labor disputes. Small farms like ours largely escaped the violence, because there were five of us kids to do the work in summer and after school, and our friends welcomed the chance to buck boxes or help out propping trees or thinning plums. Hired help was rare and a matter of a few days of hiring 20 or so locals for the fall raisin harvest. But the epic table grape fights were not far away in Parlier, Reedley, and down the 99 in Delano. I offer a few impressions, some of them politically incorrect.

First, give Chavez his due. Farmworkers today are more akin to supposedly non-skilled (actually there is a skill required to pruning and picking) labor elsewhere, with roughly the same protective regulations as the food worker or landscaper. That was not true in 1965. Conservatives will argue that the market corrected the abuse (e.g., competition for ever scarcer workers) and ensured overtime, accessible toilets, and the end to hand-held hoes; liberals will credit Chavez — or fear of Chavez.

But that said, Chavez was not quite the icon we see in the grainy videos walking the vineyards withRobert Kennedy[12]. Perhaps confrontation was inevitable, but the labor organizing around here was hardly non-violent. Secondary boycotts were illegal, but that did not stop picketers from yelling and cursing as you exited the local Safeway with a bag of Emperor grapes. There were the constant union fights with bigger family growers (the 500 acre and above sort), as often demonstrators rushed into fields to mix it up with so-called scabs. Teamsters fought the UAW. The latter often worked with the immigration service to hunt down and deport illegals. The former bused in toughs to crack heads. After-hours UFW vandalism, as in the slashed tire and chain-sawed tree mode, was common.

The politics were explicable by one common theme: Cesar Chavez disliked small farmers and labor contractors[13], and preferred agribusiness and the idea of a huge union. Otherwise, there were simply too many incongruities in an agrarian checkerboard landscape for him to handle — as if the UAW would have had to deal with an auto industry scattered among thousands of small family-owned factories.

For Chavez, the ideal was a vast, simple us/them, 24/7 fight, albeit beneath an angelic veneer of Catholic suffering. In contrast, small farmers were not rich and hardly cut-out caricatures of grasping exploitation. Too many were unapologetic Armenians, Japanese (cf. the Nisei Farmers League), Portuguese, and Mexican-Americans to guarantee the necessary white/brown binary. Many had their own histories of racism, from the Armenian genocide to the Japanese internment, and had no white guilt of the Kennedy sort. I cannot imagine a tougher adversary than a Japanese, Armenian, or Punjabi farmer, perched on his own tractor or irrigating his 60 acres — entirely self-created, entirely unapologetic about his achievement, entirely committed to the idea that no one is going to threaten his existence.

The local labor contractors were not villains, but mostly residents who employed their relatives and knew well the 40-acre and 100-acre farmers they served. When there were slow times on the farm, I picked peaches for two summers for a Selma labor contractor, whose kids I went to school with. He was hardly a sellout. The crusty, hard-bitten small farmers (“don’t bruise that fruit,” “you missed three peaches up there on that limb,” “you stopped before it was quite noon”) who monitored personally the orchards we picked looked no different from the men on ladders.

In contrast, Chavez preferred the south and west Central Valley of huge corporate agribusiness. Rich and powerful, these great captains had the ability by fiat to institute labor agreements across hundreds of thousands of acres of farmland. Chavez’s organizing forte was at home in a Tulare, Delano, Shafter, Mendota or Tranquility, not a Reedley, Kingsburg or Selma. In those days, the former were mostly pyramidal societies of a few corporate kingpins with an underclass of agricultural laborers, the latter were mixed societies in which Mexican-Americans were already ascendant and starting to join the broader middle class of Armenians, Japanese, and Punjabis.

Chavez was to be a Walter Reuther or George Meany, a make-or-breaker who sat across from a land baron, cut a deal for his vast following, and then assumed national stature as he doled out union patronage and quid-pro-quo political endorsements. In that vision, as a 1950s labor magnate Chavez largely failed — but not because agribusiness did not cave in to him. Indeed, it saw the UFW and Chavez as the simple cost of doing business, a tolerable write-off necessary to making all the bad press, vandalism, and violence go away.

Instead, the UFW imploded by its own insider and familial favoritism, corruption, and, to be frank, lunatic paranoia. The millions of dollars Chavez deducted for pension funds often vanished. Legions of relatives (for a vestigial experience of the inner sanctum, I suggest a visit to the national shrine southeast of Bakersfield) staffed the union administration. There were daily rumors of financial malfeasance, mostly in the sense of farmworkers belatedly discovering that their union deductions did not lead to promised healthcare or pensions.

Most hagiographies ignore Chavez’s eerie alliance with the unhinged Synanon bunch. In these parts, they had opened a foothill retreat of some sort above Woodlake, not far from here. (I visited the ramshackle Badger enclave once with my mother [I suppose as her informal "security,"], who was invited as a superior court judge to be introduced to their new anti-drug program in their hopes that county officials might save millions of dollars by sentencing supposedly non-violent heroin addicts to Synanon recovery treatments. Needless to say, she smiled, met the creepy “group,” looked around the place, and we left rather quickly, and that was that.)

I don’t think that the Google headliners remember that Charles Dederich[14] (of rattlesnake-in-the-mailbox and “Don’t mess with us. You can get killed, dead” fame) was a sort of model for Chavez, who tried to introduce the wacko-bird Synanon Game to his own UFW hierarchy. No matter, deification of Chavez is now de rigeur; the young generation who idolizes him has almost no knowledge of the man, his life, or his beliefs. It is enough that Bobby Kennedy used to fly into these parts, walk for a few well-filmed hours, and fly out.

When I went to UC Santa Cruz in September of 1971, I remember as a fool picking a box of Thompson seedless grapes from our farm to take along, and soon being met by a dorm delegation of rich kids from Pacific Palisades and Palos Verdes (a favorite magnet area for Santa Cruz in those days) who ordered me not to eat my own grapes on my own campus in my own room. Soon I had about four good friends who not only enjoyed them, but enjoyed eating them in front of those who did not (to the extent I remember these student moralists, and can collate old faces with names in the annual alumni news, most are now high-ups and executives in the entertainment industry). Victor Davis Hanson

Voir encore:

The study of history demands nuanced thinking

Miriam Pawel

Austin American-Statesman
7-17-09

[Pawel is the author of the forthcoming book 'The Union of Their Dreams — Power, Hope and Struggle in Cesar Chavez's Farm Worker Movement.']

Cesar Chavez was not a saint. He was, at times, a stubborn authoritarian bully, a fanatical control freak, a wily fighter who manufactured enemies and scapegoats, a mystical vegetarian who healed with his hands, and a union president who wanted his members to value sacrifice above higher wages.

He was also a brilliant, inspirational leader who changed thousands of lives as he built the first successful union for farmworkers, a consummate strategist singularly committed to his vision of helping the poor — a vision that even those close to him sometimes misunderstood.

That one man embodies such complexity and contradictions should be a key lesson underlying any history curriculum: Students should learn to think in shades of gray, to see heroes as real people, and to reject the dogma of black and white.

That sort of nuanced thinking appears largely absent from the debate over whether Cesar Chavez should be taught in Texas schools. Two of the six reviewers appointed to assess Texas’ social studies curriculum recently deemed Chavez an inappropriate role model whose contributions and stature have been overstated. Their critiques suggested he should be excised, not glorified. Their opponents pounced on the comments in an ongoing ideological and political dispute that clearly is far more sweeping than Chavez’s proper place in the classroom.

But the debate over Chavez and how his story is taught exemplifies the dangers of oversimplification and the absence of critical thinking.

His supporters are at fault as well as his detractors. For years, they have mythologized Chavez and fiercely fended off efforts to portray him in less than purely heroic terms. The hagiography only detracts from his very real, remarkable accomplishments. In an era when Mexican Americans were regarded as good for nothing more than the most back-breaking labor, Chavez mobilized public support and forced agribusiness to recognize the rights of farmworkers. His movement brought farmworkers dignity and self-respect, as well as better wages and working conditions. In California, he pushed through what remains today the most pro-labor law in the country, the only one granting farmworkers the right to organize and petition for union elections.

Chavez’s legacy can be seen in the work of a generation of activists and community organizers who joined the farmworker crusade during the 1960s and ’70s, a movement that transformed their lives. They, in turn, have gone on to effect change across the country, most recently playing key roles in the Obama presidential campaign.

The decline of the union Chavez founded and the ultimate failure of the United Farm Workers to achieve lasting change in the fields of California — much less expand into a national union — is part of the Chavez legacy, too. Chavez himself played a role in that precipitous decline, and students of history should not follow his example and blame the failures solely on outside forces and scapegoats.

Chavez, an avid reader of history, preserved an extraordinary record of his own movement: For years, he ordered that all documents, tapes and pictures be sent to the Walter P. Reuther Library at Wayne State University in Detroit, the nation’s preeminent labor archive. Chavez told people he wanted the history of his movement to be saved and studied — warts and all.

Those lessons should be taught in classrooms everywhere. – See more at: http://hnn.us/article/107517#sthash.NSesFPOF.dpuf

Voir encore:

Amid Chants of ‘¡Huelga!,’ an Embodiment of Hope
Hero Worship Abounds in ‘Cesar Chavez’

A. O. Scott

The NYT

MARCH 27, 2014

“Cesar Chavez,” directed by Diego Luna, is a well-cast, well-intentioned movie that falls into the trap that often awaits film biographies of brave and widely admired individuals. The movie is so intent on reminding viewers of its subject’s heroism that it struggles to make him an interesting, three-dimensional person, and it tells his story as a series of dramatic bullet points, punctuated by black-and-white footage, some real, some simulated, of historical events.

In spite of these shortcomings, Mr. Luna’s reconstruction of the emergence of the United Farm Workers organization in the 1960s unfolds with unusual urgency and timeliness. After a rushed beginning — in which we see Chavez (Michael Peña) arguing in a Los Angeles office and moving his family to Delano, a central California town, before we fully grasp his motives — we settle in for a long, sometimes violent struggle between the workers and the growers. Attempted strikes are met with intimidation and brutality, from the local sheriff and hired goons, and Chavez and his allies (notably Dolores Huerta, played by Rosario Dawson) come up with new tactics, including a public fast, a march from Delano to Sacramento and a consumer boycott of grapes.

As is customary in movies like this, we see the toll that the hero’s commitment takes on his family life. His wife, Helen (America Ferrera), is a steadfast ally, but there is tension between Chavez and his oldest son, Fernando (the only one of the couple’s eight children with more than an incidental presence on screen). Fernando (Eli Vargas) endures racist bullying at school and suffers from his father’s frequent absences. Their scenes together are more functional than heartfelt, fulfilling the requirement of allowing the audience a glimpse at the private life of a public figure.

We also venture into the household of one of Chavez’s main antagonists, a landowner named Bogdonovich, played with sly, dry understatement by John Malkovich. He is determined to break the incipient union, and the fight between the two men and their organizations becomes a national political issue. Senator Robert F. Kennedy (Jack Holmes) takes the side of the workers, while the interests of the growers are publicly defended by Ronald Reagan, shown in an archival video clip describing the grape boycott as immoral, and Richard Nixon. Parts of “Cesar Chavez” are as rousing as an old folk song, with chants of “¡Huelga!” and “¡Sí, se puede!” ringing through the theater. Although it ends, as such works usually do, on a note of triumph, the film, whose screenplay is by Keir Pearson and Timothy J. Sexton, does not present history as a closed book. Movies about men and women who fought for social change — “Mandela: Long Walk to Freedom” is a recent example — treat them less as the radicals they were than as embodiments of hope, reconciliation and consensus.

Though Cesar Chavez, who died in 1993, has been honored and celebrated, the problems he addressed have hardly faded away. The rights of immigrants and the wages and working conditions of those who pick, process and transport food are still live and contentious political issues.

And if you read between the lines of Mr. Luna’s earnest, clumsy film, you find not just a history lesson but an argument. The success of the farm workers depended on the strength of labor unions, both in the United States and overseas, and the existence of political parties able to draw on that power. What the film struggles to depict, committed as it is to the conventions of hagiography, is the long and complex work of organizing people to defend their own interests. You are invited to admire what Cesar Chavez did, but it may be more vital to understand how he did it.

“Cesar Chavez” is rated PG-13 (Parents strongly cautioned). Strong language and scenes of bloody class struggle.

Voir encore:

The Madness of Cesar Chavez
A new biography of the icon shows that saints should be judged guilty until proved innocent.
Caitlin Flanagan
The Atlantic
Jun 13 2011,

Once a year, in the San Joaquin Valley in Central California, something spectacular happens. It lasts only a couple of weeks, and it’s hard to catch, because the timing depends on so many variables. But if you’re patient, and if you check the weather reports from Fresno and Tulare counties obsessively during the late winter and early spring, and if you are also willing, on very little notice, to drop everything and make the unglamorous drive up (or down) to that part of the state, you will see something unforgettable. During a couple of otherworldly weeks, the tens of thousands of fruit trees planted there burst into blossom, and your eye can see nothing, on either side of those rutted farm roads, but clouds of pink and white and yellow. Harvest time is months away, the brutal summer heat is still unimaginable, and in those cool, deserted orchards, you find only the buzzing of bees, the perfumed air, and the endless canopy of color.

I have spent the past year thinking a lot about the San Joaquin Valley, because I have been trying to come to terms with the life and legacy of Cesar Chavez, whose United Farm Workers movement—born in a hard little valley town called Delano—played a large role in my California childhood. I spent the year trying, with increasing frustration, to square my vision of him, and of his movement, with one writer’s thorough and unflinching reassessment of them. Beginning five years ago, with a series of shocking articles in the Los Angeles Times, and culminating now in one of the most important recent books on California history, Miriam Pawel has undertaken a thankless task: telling a complicated and in many ways shattering truth. That her book has been so quietly received is not owing to a waning interest in the remarkable man at its center. Streets and schools and libraries are still being named for Chavez in California; his long-ago rallying cry of “Sí, se puede” remains so evocative of ideas about justice and the collective power of the downtrodden that Barack Obama adopted it for his presidential campaign. No, the silence greeting the first book to come to terms with Chavez’s legacy arises from the human tendency to be stubborn and romantic and (if the case requires it) willfully ignorant in defending the heroes we’ve chosen for ourselves. That silence also attests to the way Chavez touched those of us who had any involvement with him, because the full legacy has to include his singular and almost mystical way of eliciting not just fealty but a kind of awe. Something cultlike always clung to the Chavez operation, and so while I was pained to learn in Pawel’s book of Chavez’s enthrallment with an actual cult—with all the attendant paranoia and madness—that development makes sense.

In the face of Pawel’s book, I felt compelled to visit the places where Chavez lived and worked, although it’s hard to tempt anyone to join you on a road trip to somewhere as bereft of tourist attractions as the San Joaquin Valley. But one night in late February, I got a break: someone who’d just driven down from Fresno told me that the trees were almost in bloom, and that was all I needed. I took my 13-year-old son, Conor, out of school for a couple of days so we could drive up the 99 and have a look. I was thinking of some things I wanted to show him, and some I wanted to see for myself. It would be “experiential learning”; it would be a sentimental journey. At times it would be a covert operation.

One Saturday night, when I was 9 or 10 years old, my parents left the dishes in the sink and dashed out the driveway for their weekend treat: movie night. But not half an hour later—just enough time for the round trip from our house in the Berkeley Hills to the United Artists theater down on Shattuck—they were right back home again, my mother hanging up her coat with a sigh, and my father slamming himself angrily into a chair in front of The Bob Newhart Show.

What happened?

“Strike,” he said bitterly.

One of the absolute rules of our household, so essential to our identity that it was never even explained in words, was that a picket line didn’t mean “maybe.” A picket line meant “closed.” This rule wasn’t a point of honor or a means of forging solidarity with the common man, someone my father hoped to encounter only in literature. It came from a way of understanding the world, from the fierce belief that the world was divided between workers and owners. The latter group was always, always trying to exploit the former, which—however improbably, given my professor father’s position in life—was who we were.

In the history of human enterprise, there can have been no more benevolent employer than the University of California in the 1960s and ’70s, yet to hear my father and his English-department pals talk about the place, you would have thought they were working at the Triangle shirtwaist factory. Not buying a movie ticket if the ushers were striking meant that if the shit really came down, and the regents tried to make full professors teach Middlemarch seminars over summer vacation, the ushers would be there for you. As a child, I burned brightly with the justice of these concepts, and while other children were watching Speed Racer or learning Chinese jump rope, I spent a lot of my free time working for the United Farm Workers.

Everything about the UFW and its struggle was right-sized for a girl: it involved fruits and vegetables, it concerned the most elementary concepts of right and wrong, it was something you could do with your mom, and most of your organizing could be conducted just outside the grocery store, which meant you could always duck inside for a Tootsie Pop. The cement apron outside a grocery store, where one is often accosted—in a manner both winsome and bullying—by teams of Brownies pressing their cookies on you, was once my barricade and my bully pulpit.

Of course, it had all started with Mom. Somewhere along the way, she had met Cesar Chavez, or at least attended a rally where he had spoken, and that was it. Like almost everyone else who ever encountered him, she was spellbound. “This wonderful, wonderful man,” she would call him, and off we went to collect clothes for the farmworkers’ children, and to sell red-and-black UFW buttons and collect signatures. It was our thing: we loved each other, we loved doing little projects, we had oceans of free time (has anyone in the history of the world had more free time than mid-century housewives and their children?), and we were both constitutionally suited to causes that required grudge-holding and troublemaking and making things better for people in need. Most of all, though, we loved Cesar.

In those heady, early days of the United Farm Workers, in the time of the great five-year grape strike that started in 1965, no reporter, not even the most ironic among them, failed to remark upon, if not come under, Chavez’s sway. “The Messianic quality about him,” observed John Gregory Dunne in his brilliant 1967 book, Delano, “is suggested by his voice, which is mesmerizing—soft, perfectly modulated, pleasantly accented.” Peter Matthiessen’s book-length profile of Chavez, which consumed two issues of The New Yorker in the summer of 1969, reported: “He is the least boastful man I have ever met.” Yet within this self-conscious and mannered presentation of inarticulate deference was an ability to shape both a romantic vision and a strategic plan. Never since then has so great a gift been used for so small a cause. In six months, he took a distinctly regional movement and blasted it into national, and then international, fame.

The ranchers underestimated Chavez,” a stunned local observer of the historic Delano grape strike told Dunne; “they thought he was just another dumb Mex.” Such a sentiment fueled opinions of Chavez, not just among the valley’s grape growers—hardworking men, none of them rich by any means—but among many of his most powerful admirers, although they spoke in very different terms. Chavez’s followers—among them mainline Protestants, socially conscious Jews, Berkeley kids, white radicals who were increasingly rootless as the civil-rights movement transformed into the black-power movement—saw him as a profoundly good man. But they also understood him as a kind of idiot savant, a noble peasant who had risen from the agony of stoop labor and was mysteriously instilled with the principles and tactics of union organizing. In fact he’d been a passionate and tireless student of labor relations for a decade before founding the UFW, handpicked to organize Mexican Americans for the Community Service Organization, a local outfit under the auspices of no less a personage than Saul Alinsky, who knew Chavez well and would advise him during the grape strike. From Alinsky, and from Fred Ross, the CSO founder, Chavez learned the essential tactic of organizing: the person-by-person, block-by-block building of a coalition, no matter how long it took, sitting with one worker at a time, hour after hour, until the tide of solidarity is so high, no employer can defeat it.

Chavez, like all the great ’60s figures, was a man of immense personal style. For a hundred reasons—some cynical, some not—he and Robert Kennedy were drawn to each other. The Kennedy name had immense appeal to the workers Chavez was trying to cultivate; countless Mexican households displayed photographs of JFK, whose assassination they understood as a Catholic martyrdom rather than an act of political gun violence. In turn, Chavez’s cause offered Robert Kennedy a chance to stand with oppressed workers in a way that would not immediately inflame his family’s core constituency, among them working-class Irish Americans who felt no enchantment with the civil-rights causes that RFK increasingly embraced. The Hispanic situation was different. At the time of the grape strike, Mexican American immigration was not on anyone’s political radar. The overwhelming majority of California’s population was white, and the idea that Mexican workers would compete for anyone’s good job was unheard-of. The San Joaquin Valley farms—and the worker exploitation they had historically engendered—were associated more closely with the mistreatment of white Okies during the Great Depression than with the plight of any immigrant population.

Kennedy—his mind, like Chavez’s, always on the political promise of a great photograph—flew up to Delano in March 1968, when Chavez broke his 25-day fast, which he had undertaken not as a hunger strike, but as penance for some incidents of UFW violence. In a Mass held outside the union gas station where Chavez had fasted, the two were photographed, sitting next to Chavez’s wife and his mantilla-wearing mother, taking Communion together (“Senator, this is probably the most ridiculous request I ever made in my life,” said a desperate cameraman who’d missed the shot; “but would you mind giving him a piece of bread?”). Three months later, RFK was shot in Los Angeles, and a second hagiographic photograph was taken of the leader with a Mexican American. A young busboy named Juan Romero cradled the dying senator in his arms, his white kitchen jacket and dark, pleading eyes lending the picture an urgency at once tragic and political: The Third of May recast in a hotel kitchen. The United Farm Workers began to seem like Kennedy’s great unfinished business. The family firm might have preferred that grieving for Bobby take the form of reconsidering Teddy’s political possibilities, but in fact much of it was channeled, instead, into boycotting grapes.

That historic grape boycott eventually ended with a rousing success: three-year union contracts binding the Delano growers and the farmworkers. After that, the movement drifted out of my life and consciousness, as it did—I now realize—for millions of other people. I remember clearly the night my mother remarked (in a guarded way) to my father that the union had now switched its boycott from grapes to … lettuce. “Lettuce?” he squawked, and then burst out in mean laughter. I got the joke. What was Chavez going to do now, boycott each of California’s agricultural products, one at a time for five years each? We’d be way into the 21st century by the time they got around to zucchini. And besides, things were changing—in the world, in Berkeley, and (in particular, I thought) at the Flanagans’. Things that had appeared revolutionary and appealing in the ’60s were becoming weird or ugly in the ’70s. People began turning inward. My father, stalwart Vietnam War protester and tear-gasee, turned his concern to writing an endless historical novel about 18th-century Ireland. My mother stopped worrying so much about the liberation of other people and cut herself into the deal: she left her card table outside the Berkeley Co-op and went back to work. I too found other pursuits. Sitting in my room with the cat and listening over and over to Carly Simon’s No Secrets album—while staring with Talmudic concentration at its braless cover picture—was at least as absorbing as shaking the Huelga can and fretting about Mexican children’s vaccination schedules had once been. Everyone sort of moved on.

I didn’t really give any thought to the UFW again until the night of my mother’s death. At the end of that terrible day, when my sister and I returned from the hospital to our parents’ house, we looked through the papers on my mother’s kitchen desk, and there among the envelopes from the many, many charities she supported (she sent each an immediate albeit very small check) was one bearing a logo I hadn’t seen in years: the familiar black-and-red Huelga eagle. I smiled and took it home with me. I wrote a letter to the UFW, telling about my mom and enclosing a check, and suddenly I was back.

Re-upping with the 21st-century United Farm Workers was fantastic. The scope of my efforts was so much larger than before (they encouraged me to e-blast their regular updates to everyone in my address book, which of course I did) and the work so, so much less arduous—no sitting around in parking lots haranguing people about grapes. I never got off my keister. Plus, every time a new UFW e-mail arrived—the logo blinking, in a very new-millennium way, “Donate now!”—and I saw the pictures of farmworkers doing stoop labor in the fields, and the stirring photographs of Cesar Chavez, I felt close to my lost mother and connected to her: here I am, Mom, still doing our bit for the union.

And then one morning a few years later, I stepped out onto the front porch in my bathrobe, picked up the Los Angeles Times, and saw a headline: “Farmworkers Reap Little as Union Strays From Its Roots.” It was the first article in a four-part series by a Times reporter named Miriam Pawel, and from the opening paragraph, I was horrified.

I learned that while the UFW brand still carried a lot of weight in people’s minds—enough to have built a pension plan of $100 million in assets but with only a few thousand retirees who qualified—the union had very few contracts with California growers, the organization was rife with Chavez nepotism, and the many UFW-funded business ventures even included an apartment complex in California built with non-union labor. I took this news personally. I felt ashamed that I had forwarded so many e-mails to so many friends, all in the service, somehow, of keeping my mother’s memory and good works alive, and all to the ultimate benefit—as it turned out—not of the workers in the fields (whose lives were in some ways worse than they had been in the ’60s), but rather of a large, shadowy, and now morally questionable organization. But at least, I told myself, none of this has in any way impugned Cesar himself: he’d been dead more than a decade before the series was published. His own legacy was unblighted.

Or so it seemed, until my editor sent me a copy of The Union of Their Dreams, Pawel’s exhaustively researched, by turns sympathetic and deeply shocking, investigation of Chavez and his movement, and in particular of eight of the people who worked most closely with him. Through her in-depth interviews with these figures—among them a prominent attorney who led the UFW legal department, a minister who was one of Chavez’s closest advisers, and a young farmworker who had dedicated his life to the cause—Pawel describes the reality of the movement, not just during the well-studied and victorious period that made it famous, but during its long, painful transformation to what it is today. Her story of one man and his movement is a story of how the ’60s became the ’70s.

To understand Chavez, you have to understand that he was grafting together two life philosophies that were, at best, an idiosyncratic pairing. One was grounded in union-organizing techniques that go back to the Wobblies; the other emanated directly from the mystical Roman Catholicism that flourishes in Mexico and Central America and that Chavez ardently followed. He didn’t conduct “hunger strikes”; he fasted penitentially. He didn’t lead “protest marches”; he organized peregrinations in which his followers—some crawling on their knees—arrayed themselves behind the crucifix and effigies of the Virgin of Guadalupe. His desire was not to lift workers into the middle class, but to bind them to one another in the decency of sacrificial poverty. He envisioned the little patch of dirt in Delano—the “Forty Acres” that the UFW had acquired in 1966 and that is now a National Historic Landmark—as a place where workers could build shrines, pray, and rest in the shade of the saplings they had tended together while singing. Like most ’60s radicals—of whatever stripe—he vastly overestimated the appeal of hard times and simple living; he was not the only Californian of the time to promote the idea of a Poor People’s Union, but as everyone from the Symbionese Liberation Army to the Black Panthers would discover, nobody actually wants to be poor. With this Christ-like and infinitely suffering approach to some worldly matters, Chavez also practiced the take-no-prisoners, balls-out tactics of a Chicago organizer. One of his strategies during the lettuce strike was causing deportations: he would alert the immigration authorities to the presence of undocumented (and therefore scab) workers and get them sent back to Mexico. As the ’70s wore on, all of this—the fevered Catholicism and the brutal union tactics—coalesced into a gospel with fewer and fewer believers. He moved his central command from the Forty Acres, where he was in constant contact with workers and their families—and thus with the realities and needs of their lives—and took up residence in a weird new headquarters.

Located in the remote foothills of the Tehachapi Mountains, the compound Chavez would call La Paz centered on a moldering and abandoned tuberculosis hospital and its equally ravaged outbuildings. In the best tradition of charismatic leaders left alone with their handpicked top command, he became unhinged. This little-known turn of events provides the compelling final third of Pawel’s book. She describes how Chavez, the master spellbinder, himself fell under the spell of a sinister cult leader, Charles Dederich, the founder of Synanon, which began as a tough-love drug-treatment program and became—in Pawel’s gentle locution—“an alternative lifestyle community.” Chavez visited Dederich’s compound in the Sierras (where women routinely had their heads shaved as a sign of obedience) and was impressed. Pawel writes:

Chavez envied Synanon’s efficient operation. The cars all ran, the campus was immaculate, the organization never struggled for money.

He was also taken with a Synanon practice called “The Game,” in which people were put in the center of a small arena and accused of disloyalty and incompetence while a crowd watched their humiliation. Chavez brought the Game back to La Paz and began to use it on his followers, among them some of the UFW’s most dedicated volunteers. In a vast purge, he exiled or fired many of them, leaving wounds that remain tender to this day. He began to hold the actual farmworkers in contempt: “Every time we look at them,” he said during a tape-recorded meeting at La Paz, “they want more money. Like pigs, you know. Here we’re slaving, and we’re starving and the goddamn workers don’t give a shit about anything.”

Chavez seemed to have gone around the bend. He decided to start a new religious order. He flew to Manila during martial law in 1977 and was officially hosted by Ferdinand Marcos, whose regime he praised, to the horror and loud indignation of human-rights advocates around the world.

By the time of Chavez’s death, the powerful tide of union contracts for California farmworkers, which the grape strike had seemed to augur, had slowed to the merest trickle. As a young man, Chavez had set out to secure decent wages and working conditions for California’s migrant workers; anyone taking a car trip through the “Salad Bowl of the World” can see that for the most part, these workers have neither.

For decades, Chavez has been almost an abstraction, a collection of gestures and images (the halting speech, the plaid shirt, the eagerness to perform penance for the smallest transgressions) suggesting more an icon than a human being. Here in California, Chavez has reached civic sainthood. Indeed, you can trace a good many of the giants among the state’s shifting pantheon by looking at the history of one of my former elementary schools. When Berkeley became the first city in the United States to integrate its school system without a court order, my white friends and I were bused to an institution in the heart of the black ghetto called Columbus School. In the fullness of time, its name was changed to Rosa Parks School; the irony of busing white kids to a school named for Rosa Parks never seemed fully unintentional to me. Now this school has a strong YouTube presence for the videos of its Cesar Chavez Day play, an annual event in which bilingual first-graders dressed as Mexican farmworkers carry Sí, Se Puede signs and sing “De Colores.” The implication is that just as Columbus and Parks made their mark on America, so did Chavez make his lasting mark on California.

In fact, no one could be more irrelevant to the California of today, and particularly to its poor, Hispanic immigrant population, than Chavez. He linked improvement of workers’ lives to a limitation on the bottomless labor pool, but today, low-wage, marginalized, and exploited workers from Mexico and Central America number not in the tens of thousands, as in the ’60s, but in the millions. Globalization is the epitome of capitalism, and nowhere is it more alive than in California. When I was a child in the ’60s, professional-class families did not have a variety of Hispanic workers—maids, nannies, gardeners—toiling in and around their households. Most faculty wives in Berkeley had a once-a-week “cleaning lady,” but those women were blacks, not Latinas. A few of the posher families had gardeners, but those men were Japanese, and they were employed for their expertise in cultivating California plants, not for their willingness to “mow, blow, and go.”

Growing up here when I did meant believing your state was the most blessed place in the world. We were certain—both those who lived in the Republican, Beach Boys paradises of Southern California and those who lived in the liberal enclaves of Berkeley and Santa Monica—that our state would always be able to take care of its citizens. The working class would be transformed (by dint of the aerospace industry and the sunny climate) into the most comfortable middle class in the world, with backyard swimming pools and self-starting barbecue grills for everyone. The poor would be taken care of, too, whether that meant boycotting grapes, or opening libraries until every rough neighborhood had books (and Reading Lady volunteers) for everyone.

But all of that is gone now.

The state is broken, bankrupt, mean. The schools are a misery, and the once-famous parks are so crowded on weekends that you might as well not go, unless you arrive at first light to stake your claim. The vision of civic improvement has given way to self-service and consumer indulgence. Where the mighty Berkeley Co-op once stood on Shattuck and Cedar—where I once rattled the can for Chavez, as shoppers (each one a part owner) went in to buy no-frills, honestly purveyed, and often unappealing food—is now a specialty market of the Whole Foods variety, with an endless olive bar and a hundred cheeses.

When I took my boy up the state to visit Cesar’s old haunts, we drove into the Tehachapi Mountains to see the compound at La Paz, now home to the controversial National Farm Workers Service Center, which sits on a war chest of millions of dollars. The place was largely deserted and very spooky. In Delano, the famous Forty Acres, site of the cooperative gas station and of Chavez’s 25-day fast, was bleak and unvisited. We found a crust of old snow on Chavez’s grave in Keene, and a cold wind in Delano. We spent the night in Fresno, and my hopes even for the Blossom Trail were low. But we followed the 99 down to Fowler, tacked east toward Sanger, and then, without warning, there we were.

“Stop the car,” Conor said, and although I am usually loath to walk a farmer’s land without permission, we had to step out into that cloud of pale color. We found ourselves in an Arthur Rackham illustration: the boughs bending over our heads were heavy with white blossoms, the ground was covered in moss that was in places deep green and in others brown, like worn velvet. I kept turning back to make sure the car was still in sight, but then I gave up my last hesitation and we pushed deeper and deeper into the orchard, until all we could see were the trees. At 65 degrees, the air felt chilly enough for a couple of Californians to keep their sweaters on. In harvest season, the temperature will climb to over 100 degrees many days, and the rubbed velvet of the spring will have given way to a choking dust. Almost none of the workers breathing it will have a union contract, few will be here legally, and the deals they strike with growers will hinge on only one factor: how many other desperate people need work. California agriculture has always had a dark side. But—whether you’re eating a ripe piece of fruit in your kitchen or standing in a fairy-tale field of blossoms on a cool spring morning—forgetting about all of that is so blessedly easy. Chavez shunned nothing more fervently than the easy way; and nothing makes me feel further away from the passions and certainty of my youth than my eagerness, now, to take it.
Caitlin Flanagan’s book Girl Land will be published in January 2012.

Voir enfin:

Why the ‘Cesar Chavez’ biopic matters now
Cindy Y. Rodriguez
CNN
March 28, 2014

New York (CNN) — Cesar Chavez is something of a national icon.

His face is on a U.S. postage stamp. Countless statues, murals, libraries, schools, parks and streets are named after him — he even has his own national monument. He was on the cover of Time magazine in 1969. A naval ship was named after him. The man even has his own Google Doodle and Apple ad.

Yet his footprint in American history is widely unknown and that’s exactly the reason why actor-turned-director Diego Luna decided to produce a movie about his life.

"I was really surprised that there wasn’t already a film out about Chavez’s life, so that’s why I spent the past four years making this and hope the country will join me in celebrating his life and work," Diego Luna said during Tuesday’s screening of "Cesar Chavez: An American Hero" in New York. The movie opens nationwide on Friday.

After seeing farm workers harvesting the country’s food unable to afford feeding their own families — let alone the deplorable working conditions they faced — Chavez decided to act.

He and Dolores Huerta co-founded what’s now known as the United Farm Workers. They became the first to successfully organize farm workers while being completely committed to nonviolence.

Without Chavez, California’s farm workers wouldn’t have fair wages, lunch breaks and access to toilets or clean water in the fields. Not to mention public awareness about the dangers of pesticides to farm workers and helping outlaw the short-handled hoe. Despite widespread knowledge of its dangers, this tool damaged farm workers’ backs.

His civil rights activism has been compared to that of Martin Luther King Jr. and Mahatma Gandhi.

Difficult conditions in America’s fields

But as the film successfully highlights Chavez’s accomplishments, viewers will also be confronted with an uncomfortable truth about who picks their food and under what conditions.

Unfortunately, Chavez’s successes don’t cross state lines.

States such as New York, where farm workers face long hours without any overtime pay or a day of rest, are of concern for human rights activist Kerry Kennedy, president of the Robert F. Kennedy Center for Justice and Human Rights.

The Kennedys have been supporters of the UFW since Sen. Robert Kennedy broke bread with Chavez during the last day of his fast against violence in 1968.

"New York is 37 years behind California. Farm workers here can be fired if they tried collective bargaining," Kennedy said after the "Cesar Chavez" screening. "We need a Cesar Chavez."

California is still the only state where farm workers have the right to organize.

Kennedy is urging the passing of the Farmworkers Fair Labor Practices Act, which would give farm workers the right to one day of rest each week, time-and-a-half pay for work past an eight-hour day, as well as unemployment, workers’ compensation and disability insurance.

It’s not just New York. Farm workers across the country face hardship. In Michigan’s blueberry fields, there’s a great deal of child labor, Rodriguez said.

"Because they’re paid by piece-rate, it puts a lot of stress on all family members to chip in. Plus, families work under one Social Security number because about 80% of the farm worker population is undocumented," Rodriguez added.

That’s why the UFW and major grower associations worked closely with the Senate’s immigration reform bill to include special provisions that would give farm workers legal status if they continued to work in agriculture.

"Farm workers shouldn’t struggle so much to feed their own families, and we can be part of that change," Luna said.

A national holiday in honor Chavez?

To help facilitate that change, Luna and the film’s cast — Michael Peña as Chavez, America Ferrera as his wife, Helen, and Rosario Dawson as labor leader Dolores Huerta — have been trekking all over the country promoting the film and a petition to make Chavez’s birthday on March 31 a national holiday.

"We aren’t pushing Cesar Chavez Day just to give people a day off. It’s to give people a ‘day on’ because we have a responsibility to provide service to our communities," United Farm Workers president Arturo Rodriguez told CNN.

In 2008, President Barack Obama showed his support for the national holiday and even borrowed the United Farm Workers famous chant "Si Se Puede!’ — coined by Dolores Huerta — during his first presidential campaign.

Obama endorsed it again in 2012, when he created a national monument to honor Chavez, but the resolution still has to be passed by Congress to be recognized as a national holiday.

Right now, Cesar Chavez Day is recognized only in California, Texas and Colorado.
Political activist Dolores Huerta Political activist Dolores Huerta

Huerta, 83, is still going strong in her activism and has also helped promote the film. She said she wishes the film could have included more history, but she knows it’s impossible.

"There were so many important lessons in the film. All the sacrifices Cesar and his wife, Helen, had to make and the obstacles we had to face against the police and judges. We even had people that were killed in the movement but we were still able to organize," Huerta said.

Actor Tony Plana, who attending the New York screening, knew the late Chavez and credited him with the launch of his acting career. Plana, known for his role as the father on ABC’s "Ugly Betty" TV series, said his first acting gig was in the UFW’s theatrical troupe educating and helping raising farm workers’ awareness about their work conditions.

"I’ve waited more than 35 years for this film to be made, and I can’t tell you how honored I am to finally see it happen," Plana told CNN.

It’s not that there wasn’t interest in making the biopic before: Hollywood studios and directors have approached the Chavez family in the past, but the family kept turning them down, mainly for two reasons.

"Well, first Cesar didn’t want to spend the time making the film because there was so much work to do, and he was hesitant on being singled out because there were so many others that contributed to the UFW’s success," said Rodriguez.

It wasn’t until Luna came around and asked the Chavez family how they felt the movie should be made that the green light was given. But when it came time to getting the funding to produce the film, Hollywood was not willing.

"Hopefully this film will send a message to Hollywood that our [Latino] stories need to be portrayed in cinema," Luna added.

"Latinos go to the movies more than anyone else, but we’re the least represented on screen. It doesn’t make any sense," Dawson told CNN.

In 2012, Hispanics represented 18% of the movie-going population but accounted for 25% of all movies seen, according to Nielsen National Research Group.

"I hope young people use the power of social media to help spread the word about social change," Dawson said.

"There is power in being a consumer and boycotting. If we want more as a community, we need to speak up."


Polémique Dieudonné: La quenelle, c’est l’envie, imbécile ! (Tocqueville confirms Obama and Dieudonné’s envy problem)

7 janvier, 2014
http://www.goabroad.com/blog/wp-content/uploads/2013/06/Defend_equality_poster_cropped.pngIl ne faut pas dissimuler que les institutions démocratiques développent à un très haut niveau le sentiment de l’envie dans le coeur humain. Ce n’est point tant parce qu’elle offrent à chacun les moyens de s’égaler aux autres, mais parce que ces moyens défaillent sans cesse à ceux qui les emploient. Les institutions démocratiques réveillent et flattent la passion de l’égalité sans pouvoir jamais la satisfaire entièrement. Cette égalité complète s’échappe tous les jours des mains du peuples au moment où il croit la saisir, et fuit, comme dit Pascal, d’une fuite éternelle; le peuple s’échauffe à la recherche de ce bien d’autant plus précieux qu’il est assez proche pour être connu et assez loin pour ne pas être goûté. Tout ce qui le dépasse par quelque endroit lui paraît un obstacle à ses désirs, et il n’y a pas de supériorité si légitime dont la vue ne fatigue sas yeux. Beaucoup de gens s’imaginent que cet instinct secret qui porte chez nous les classes inférieure s à écarter autant qu’elles le peuvent les supérieures de la direction des affaires ne se découvre qu’en France. C’est une erreur. L’instinct dont je parle n’est pas français. Il est démocratique. Tocqueville
Il y a en effet une passion mâle et légitime pour l’égalité qui excite les hommes à vouloir être tous forts et estimés. Cette passion tend à élever les petits au rang des grands ; mais il se rencontre aussi dans le cœur humain un goût dépravé pour l’égalité, qui porte les faibles à vouloir attirer les forts à leur niveau, et qui réduit les hommes à préférer l’égalité dans la servitude à l’inégalité dans la liberté. Tocqueville
Ils ont tout, c’est connu. Vous êtes passé par le centre-ville de Metz ? Toutes les bijouteries appartiennent aux juifs. On le sait, c’est tout. Vous n’avez qu’à lire les noms israéliens sur les enseignes. Vous avez regardé une ancienne carte de la Palestine et une d’aujourd’hui ? Ils ont tout colonisé. Maintenant c’est les bijouteries. Ils sont partout, sauf en Chine parce que c’est communiste. Tous les gouvernements sont juifs, même François Hollande. Le monde est dirigé par les francs-maçons et les francs-maçons sont tous juifs. Ce qui est certain c’est que l’argent injecté par les francs-maçons est donné à Israël. Sur le site des Illuminatis, le plus surveillé du monde, tout est écrit. (…) On se renseigne mais on ne trouve pas ces infos à la télévision parce qu’elle appartient aux juifs aussi. Si Patrick Poivre d’Arvor a été jeté de TF1 alors que tout le monde l’aimait bien, c’est parce qu’il a été critique envers Nicolas Sarkozy, qui est juif… (…) Mais nous n’avons pas de potes juifs. Pourquoi ils viendraient ici ? Ils habitent tous dans des petits pavillons dans le centre, vers Queuleu. Ils ne naissent pas pauvres. Ici, pour eux, c’est un zoo, c’est pire que l’Irak. Peut-être que si j’habitais dans le centre, j’aurais des amis juifs, mais je ne crois pas, je n’ai pas envie. J’ai une haine profonde. Pour moi, c’est la pire des races. Je vous le dis du fond du cœur, mais je ne suis pas raciste, c’est un sentiment. Faut voir ce qu’ils font aux Palestiniens, les massacres et tout. Mais bon, on ne va pas dire que tous les juifs sont des monstres. Pourquoi vouloir réunir les juifs et les musulmans ? Tout ça c’est politique. Cela ne va rien changer. C’est en Palestine qu’il faut aller, pas en France. Karim
Ce sont les cerveaux du monde. Tous les tableaux qui sont exposés au centre Pompidou appartiennent à des juifs. A Metz, tous les avocats et les procureurs sont juifs. Ils sont tous hauts placés et ils ne nous laisseront jamais monter dans la société. « Ils ont aussi Coca-Cola. Regardez une bouteille de Coca-Cola, quand on met le logo à l’envers on peut lire : « Non à Allah, non au prophète ». C’est pour cela que les arabes ont inventé le « Mecca-cola ». Au McDo c’est pareil. Pour chaque menu acheté, un euro est reversé à l’armée israélienne. Les juifs, ils ont même coincé les Saoudiens. Ils ont inventé les voitures électriques pour éviter d’acheter leur pétrole. C’est connu. On se renseigne. (…) Si Mohamed Merah n’avait pas été tué par le Raid, le Mossad s’en serait chargé. Il serait venu avec des avions privés. Ali
Ordinary folks can’t write massive campaign checks or hire high-priced lobbyists and lawyers to secure policies that tilt the playing field in their favor at everyone else’s expense. And so people get the bad taste that the system is rigged, and that increases cynicism and polarization, and it decreases the political participation that is a requisite part of our system of self-government. Barack Obama
This is coming from the man who signs legislation, such as Dodd-Frank, that only high-priced lawyers can understand; who, according to the Guardian newspaper, has spent much of 2013 on a "record-breaking fundraising spree," making "30 separate visits to wealthy donors," at "more than twice the rate of the president’s two-term predecessors. Bret Stephens
Avec une cote de popularité en chute libre et une opposition populaire grandissante à ses politiques, l’administration Obama a lancé une campagne de relations publiques pour se présenter comme quelqu’un voulant s’opposer aux inégalités. Mercredi dernier à Washington DC, Obama a déclaré que les inégalités de revenu étaient le «principal défi de notre époque» et que «durant la prochaine année, et pour toute la durée de ma présidence», le gouvernement va «consacrer toute son énergie» à réduire l’écart entre les riches et les pauvres. Pour faire suite à sa rhétorique creuse, l’administration a promis d’appuyer une proposition des démocrates au Congrès de faire passer le salaire minimum de 7,25 dollars l’heure à 10,10 dollars (ni la Maison-Blanche, ni les deux partis au Congrès ne croient réellement que cette mesure va être acceptée par le Congrès). Le fait qu’une mesure si pitoyable (qui ferait en sorte que le salaire minimum réel demeure inférieur à ce qu’il était en 1968) soit présentée comme une tentative sérieuse de combattre les inégalités démontre qu’aucune section de l’establishment politique n’a de proposition substantielle pour s’attaquer au chômage et à la pauvreté. Le discours d’Obama était un exemple de cynisme: un geste dont le but était clairement de stopper l’hémorragie dans les sondages et de masquer ses politiques de droite. Comme à l’habitude, Obama s’est plaint de la croissance des inégalités aux États-Unis comme s’il était un témoin innocent qui n’avait absolument aucune responsabilité dans le processus qu’il critiquait (de la même façon qu’il avait critiqué plus tôt cette année son propre programme d’assassinats par drone, tout en continuant de commettre des meurtres extrajudiciaires en Afghanistan, au Pakistan, au Yémen et ailleurs). André Damon

Obama/Dieudonné, même combat !

A l’heure où se déchaine la polémique Dieudonné

Et où nos dirigeants en mal de popularité, dont le le président ayant collecté le plus d’argent des lobbyistes de l’histoire américaine, n’en finissent pas eux aussi de flatter les passions les plus viles de l’égalité réduite à sa plus simple expression à savoir l’envie …

Comment, avec l’éditorialiste du WSJ Bret Stephens, ne pas repenser aux paroles prophétiques de Tocqueville sur les dérives toujours possibles de cette "passion de l’égalité" qui caractérise la démocratie ?

Obama’s Envy Problem

Inequality is a problem when the rich get richer at the expense of the poor. That’s not happening in America.

Bret Stephens

The WSJ

Dec. 30, 2013

As he came to the end of his awful year Barack Obama gave an awful speech. The president thinks America has inequality issues. What it has—what he has—is an envy problem.

I’ll get to the point in a moment, but first a word about the speech’s awfulness. To illustrate the evils of income inequality, the president said this:

"Ordinary folks can’t write massive campaign checks or hire high-priced lobbyists and lawyers to secure policies that tilt the playing field in their favor at everyone else’s expense. And so people get the bad taste that the system is rigged, and that increases cynicism and polarization, and it decreases the political participation that is a requisite part of our system of self-government."

This is coming from the man who signs legislation, such as Dodd-Frank, that only high-priced lawyers can understand; who, according to the Guardian newspaper, has spent much of 2013 on a "record-breaking fundraising spree," making "30 separate visits to wealthy donors," at "more than twice the rate of the president’s two-term predecessors."

In my last column, comparing Jane Fonda with Pope Francis, I wrote that liberalism was haunted by its hypocrisy. Consider Mr. Obama’s campaign-finance pieties as Exhibit B.

Now about inequality. In 1835 Alexis de Tocqueville noticed what might be called the paradox of equality: As social conditions become more equal, the more people resent the inequalities that remain.

"Democratic institutions awaken and foster a passion for equality which they can never entirely satisfy," Tocqueville wrote. "This complete equality eludes the grasp of the people at the very moment they think they have grasped it . . . the people are excited in the pursuit of an advantage, which is more precious because it is not sufficiently remote to be unknown or sufficiently near to be enjoyed."

One result: "Democratic institutions strongly tend to promote the feeling of envy." Another: "A depraved taste for equality, which impels the weak to attempt to lower the powerful to their own level and reduces men to prefer equality in slavery to inequality with freedom."

That is the background by which the current hand-wringing over inequality must be judged. Inequality is not a problem simply because the rich get richer faster than the poor get richer. It’s a problem only when the rich get richer at the expense of the poor.

Mr. Obama tried to prove that in his speech, comparing present-day income with that halcyon year of 1979: "The top 10 percent no longer takes in one-third of our income—it now takes half," he said, suggesting that the rich are eating a larger share of the national pie. "Whereas in the past, the average CEO made about 20 to 30 times the income of the average worker, today’s CEO now makes 273 times more. And meanwhile, a family in the top one percent has a net worth 288 times higher than the typical family, which is a record for this country."

Here is a factual error, marred by an analytical error, compounded by a moral error. It’s the top 20% that take in just over half of aggregate income, according to the Census Bureau, not the top 10%. That figure is essentially unchanged since the mid-1990s, when Bill Clinton was president. And it isn’t dramatically different from 1979, when the top fifth took in 44% of aggregate income.

Besides which, so what? In 1979 the mean household income of the bottom 20% was $4,006. By 2012, it was $11,490. That’s an increase of 186%. For the middle class, the increase was 211%. For the top fifth it’s 320%. The richer have outpaced the poorer in growing their incomes, just as runners will outpace joggers who will, in turn, outpace walkers. But, as James Taylor might say, the walking man walks.

As it is, to whom except the envious should it matter that the boss now makes a lot more, provided you, too, also make more? Class-consciousness has always been a fact of American life, but rarely is it about how the poor, or even the middle class, feel toward the very rich. It has been about how the professional class—lawyers, journalists, administrators, academics—feel toward the financial class. It’s what Volvo America thinks about S-class America.

That idiot you knew freshman year, always fondling a lacrosse stick, before he became the head of his fraternity—his bonus last year was how much?

The moral greatness of capitalism rests in the fact that it is the only economic system where one person’s gain can be another’s also—where Steve Jobs’s billions are his shareholders’ thousands. Capitalism cultivates a sense of admiration where envy would otherwise rule in a zero-sum economic system. It’s what, for the past 60 years, has blunted the democratic tendency toward envy in the U.S. and distinguished its free-market democracy from the social democracies of Europe. It’s what draws people to this country.

Somewhere in the rubble of Mr. Obama’s musings on inequality there was a better speech on economic mobility. Then again, under Mr. Obama the median income of the poorest Americans has declined in absolute terms, to $11,490 in 2012 from $11,552 in 2009, at the height of the recession. Chalk it up as another instance of Mr. Obama being the cause of the very problems he aspires to address.

Voir aussi:

Nouveau plaidoyer d’Obama pour la réduction des inégalités

Le Point

04/12/2013 à 19:46

Le président américain a retrouvé un de ses arguments de campagne de 2012, le soutien à la classe moyenne comme moteur de la prospérité des États-Unis.

Le président américain Barack Obama a lancé mercredi un nouveau plaidoyer en faveur de la réduction des inégalités pour contrer trois décennies d’évolution "dangereuse" dans la répartition des richesses aux États-Unis. Retrouvant un de ses arguments de campagne de 2012, le soutien à la classe moyenne comme moteur de la prospérité à long terme des États-Unis, M. Obama a promis lors d’un discours à Washington que ce dossier resterait une priorité de son administration jusqu’à la fin de son mandat début 2017.

"Depuis 1979, quand j’ai quitté le lycée, notre productivité a augmenté de plus de 90 %, mais les revenus d’une famille moyenne n’ont augmenté que de moins de 8 %", a remarqué le président lors de cette intervention de 48 minutes.

50 % des revenus aux mains de 10 % les plus riches

"Depuis 1979, notre économie a doublé en taille, mais cette croissance n’a en grande majorité profité qu’à une poignée de chanceux", a-t-il observé. "Les 10 % de plus riches n’obtiennent plus seulement un tiers de nos revenus. Ils en obtiennent la moitié", a-t-il ajouté, après avoir dénoncé des "inégalités grandissantes et dangereuses, et un manque de mobilité (sociale) vers le haut qui menace la classe moyenne".

Ce discours marquait un retour de M. Obama sur le terrain de la défense du rôle du gouvernement dans la réduction des inégalités, deux mois après le lancement, de son propre aveu raté, du principal portail internet de sa réforme de l’assurance-maladie. "Nous avons vu comment les mesures prises par l’État peuvent faire une grande différence lorsqu’il s’agit d’augmenter les occasions de réussir et de lancer des échelles d’accès à la classe moyenne", a-t-il plaidé, en évoquant "les investissements dans l’enseignement et des lois sur les droits syndicaux et un salaire minimum".

Redonner à tous les chances de réussir

"Je parle à nouveau de cette question. Je le fais parce que les conséquences des débats que nous avons en ce moment, qu’il s’agisse de la couverture maladie, du budget ou des réformes de nos systèmes financiers et de logement, toutes ces choses auront des conséquences concrètes pour tous les Américains", a-t-il assuré.

"Les décisions que nous prenons dans ce dossier (…) détermineront si nos enfants vont pouvoir grandir dans des États-Unis où les chances de réussir seront réelles", a-t-il aussi prévenu, alors qu’il est engagé depuis 2011 dans des débats acharnés avec ses adversaires républicains, majoritaires à la Chambre des représentants, sur les recettes et les dépenses de l’État.

Voir également:

Of Jane Fonda and Pope Francis

The pontiff understands the power of moral example. Today’s liberal high priests do not.

Bret Stephens

The WSJ

Dec. 16, 2013

In the same week that Pope Francis was named Time’s Person of the Year, word arrived of the charitable contributions made by the Jane Fonda Foundation. Grand total for the years 2007 to 2011: zero dollars. The last time Ms. Fonda’s Foundation made a charitable gift, reports the Smoking Gun website, was in 2006, to the tune of $1,000.

The Foundation itself has $800,000 in assets. Ms. Fonda’s representatives insist she’s made larger gifts, particularly through her family foundation, which in 2011 made about $350,000 in contributions from $7.2 million in net assets. But even that’s not quite 5%, the legal minimum required to remain a private foundation.

Ms. Fonda isn’t exactly the world’s first cheapskate limousine liberal: Think of Bill Clinton claiming a tax deduction for donating his underwear, or the $353 Al Gore gave to charity in 1997. But the contrast between Francis and Fonda is worth pondering as liberals cheer—and conservatives try, uneasily, to explain or ignore—the pope’s recent denunciation of economic concepts championed by this newspaper.

Here is what the pope wrote in his 50,000-word apostolic exhortation, published last month:

"Some people continue to defend trickle-down theories, which assume that economic growth, encouraged by a free market, will inevitably succeed in bringing about greater justice and inclusiveness in the world. This opinion, which has never been confirmed by the facts, expresses a crude and naive trust in the goodness of those wielding economic power and in the sacralized workings of the prevailing economic system."

Two thoughts. First, I’m glad the only economics ministry the pope runs is the Vatican’s. The trickle-down theories he simplistically denounces have done more to bring people out of poverty than any government program or charitable institution in history, including the Church.

Second, I don’t begrudge Francis his views. After a life of tending to the poor in the villas miserias of Buenos Aires, he’s earned them. The same can’t be said for Ms. Fonda, Mr. Clinton, Mr. Gore—or, for that matter, Barack Obama, Elizabeth Warren and other high priests of liberal cant and leftist hypocrisy.

In life, it means something—not everything, but something—when you walk the talk. Francis electrifies non-Christians like me because so much of what he says seems to be concerned above all with getting the theological fine print out of the way, of putting the deed before the word, of "[going] with Christ to the peripheries." That means the shanty towns, the hospices, the refugee camps, the juvenile prisons.

Has Sen. Warren ever been offered a meal in a slum she feared would make her sick, but eaten it in simple gratitude for the gesture? Just wondering.

Francis also electrifies because he seems to understand that it is not enough to account for the Church’s moral failings by citing St. Paul’s line about holding "this treasure in jars of clay." Catholic ministers can be sinners like the rest of us, but the Church’s jars of clay need not be stuffed with a German bishop’s $20,000 bath tub, or by a Vatican Bank that is a model for the corruption Francis denounces in his exhortation, or by cardinals who denounce the "grotesque subversion" of homosexuality right until the moment they own up to making passes at priests and seminarians.

In other words, he knows that personal example matters, both in its own right and especially when it comes to persuasion. Can the same be said of Harry Reid exempting members of his staff from ObamaCare coverage? Or Al Gore living in a mansion that in 2007 consumed 12 times more electricity than the average neighborhood home and later selling Current TV to the government of Qatar? Or Sen. Warren earning hundreds of thousands of dollars by defending Travelers Insurance and other corporate giants in class-action suits? Or columnists who declaim against the dangers of income and social inequality while enjoying tenured jobs at Ivy League schools?

Yes, we know that Al bought indulgences—aka carbon offsets—for his Nashville manse, and that Qatar, with the world’s highest per capita carbon footprint, just happened to be the right buyer for his failing channel. We also know that Harry just "followed the law" that he helped craft and nobody else can understand, and the former Cherokee Indian was just doing what lawyers do, and the former Enron adviser never apologizes for anything. There’s always an excuse for everything, especially when bathed in piety, secular or religious. But the difference between a Fonda and a Francis is that this pope doesn’t seem interested in making excuses.

The world will always have its share of hypocrites in high places, and Lord knows conservatives aren’t exempt. Still, liberals wondering what went wrong for them politically this season should look beyond the technical and managerial incompetence and the flaws in the policy design. The people who represent liberalism today are an unattractive bunch. They need their own Francis, leading their own moral renewal. Barack Obama isn’t it.

Voir encore:

Remarks by the President on Economic Mobility

THEARC

Washington, D.C.

December 04, 2013

THE PRESIDENT: Thank you. (Applause.) Thank you, everybody. Thank you so much. Please, please have a seat. Thank you so much. Well, thank you, Neera, for the wonderful introduction and sharing a story that resonated with me. There were a lot of parallels in my life and probably resonated with some of you.

Over the past 10 years, the Center for American Progress has done incredible work to shape the debate over expanding opportunity for all Americans. And I could not be more grateful to CAP not only for giving me a lot of good policy ideas, but also giving me a lot of staff. (Laughter.) My friend, John Podesta, ran my transition; my Chief of Staff, Denis McDonough, did a stint at CAP. So you guys are obviously doing a good job training folks.

I also want to thank all the members of Congress and my administration who are here today for the wonderful work that they do. I want to thank Mayor Gray and everyone here at THEARC for having me. This center, which I’ve been to quite a bit, have had a chance to see some of the great work that’s done here. And all the nonprofits that call THEARC home offer access to everything from education, to health care, to a safe shelter from the streets, which means that you’re harnessing the power of community to expand opportunity for folks here in D.C. And your work reflects a tradition that runs through our history — a belief that we’re greater together than we are on our own. And that’s what I’ve come here to talk about today.

Over the last two months, Washington has been dominated by some pretty contentious debates — I think that’s fair to say. And between a reckless shutdown by congressional Republicans in an effort to repeal the Affordable Care Act, and admittedly poor execution on my administration’s part in implementing the latest stage of the new law, nobody has acquitted themselves very well these past few months. So it’s not surprising that the American people’s frustrations with Washington are at an all-time high.

But we know that people’s frustrations run deeper than these most recent political battles. Their frustration is rooted in their own daily battles — to make ends meet, to pay for college, buy a home, save for retirement. It’s rooted in the nagging sense that no matter how hard they work, the deck is stacked against them. And it’s rooted in the fear that their kids won’t be better off than they were. They may not follow the constant back-and-forth in Washington or all the policy details, but they experience in a very personal way the relentless, decades-long trend that I want to spend some time talking about today. And that is a dangerous and growing inequality and lack of upward mobility that has jeopardized middle-class America’s basic bargain — that if you work hard, you have a chance to get ahead.

I believe this is the defining challenge of our time: Making sure our economy works for every working American. It’s why I ran for President. It was at the center of last year’s campaign. It drives everything I do in this office. And I know I’ve raised this issue before, and some will ask why I raise the issue again right now. I do it because the outcomes of the debates we’re having right now — whether it’s health care, or the budget, or reforming our housing and financial systems — all these things will have real, practical implications for every American. And I am convinced that the decisions we make on these issues over the next few years will determine whether or not our children will grow up in an America where opportunity is real.

Now, the premise that we’re all created equal is the opening line in the American story. And while we don’t promise equal outcomes, we have strived to deliver equal opportunity — the idea that success doesn’t depend on being born into wealth or privilege, it depends on effort and merit. And with every chapter we’ve added to that story, we’ve worked hard to put those words into practice.

It was Abraham Lincoln, a self-described “poor man’s son,” who started a system of land grant colleges all over this country so that any poor man’s son could go learn something new.

When farms gave way to factories, a rich man’s son named Teddy Roosevelt fought for an eight-hour workday, protections for workers, and busted monopolies that kept prices high and wages low.

When millions lived in poverty, FDR fought for Social Security, and insurance for the unemployed, and a minimum wage.

When millions died without health insurance, LBJ fought for Medicare and Medicaid.

Together, we forged a New Deal, declared a War on Poverty in a great society. We built a ladder of opportunity to climb, and stretched out a safety net beneath so that if we fell, it wouldn’t be too far, and we could bounce back. And as a result, America built the largest middle class the world has ever known. And for the three decades after World War II, it was the engine of our prosperity.

Now, we can’t look at the past through rose-colored glasses. The economy didn’t always work for everyone. Racial discrimination locked millions out of poverty — or out of opportunity. Women were too often confined to a handful of often poorly paid professions. And it was only through painstaking struggle that more women, and minorities, and Americans with disabilities began to win the right to more fairly and fully participate in the economy.

Nevertheless, during the post-World War II years, the economic ground felt stable and secure for most Americans, and the future looked brighter than the past. And for some, that meant following in your old man’s footsteps at the local plant, and you knew that a blue-collar job would let you buy a home, and a car, maybe a vacation once in a while, health care, a reliable pension. For others, it meant going to college — in some cases, maybe the first in your family to go to college. And it meant graduating without taking on loads of debt, and being able to count on advancement through a vibrant job market.

Now, it’s true that those at the top, even in those years, claimed a much larger share of income than the rest: The top 10 percent consistently took home about one-third of our national income. But that kind of inequality took place in a dynamic market economy where everyone’s wages and incomes were growing. And because of upward mobility, the guy on the factory floor could picture his kid running the company some day.

But starting in the late ‘70s, this social compact began to unravel. Technology made it easier for companies to do more with less, eliminating certain job occupations. A more competitive world lets companies ship jobs anywhere. And as good manufacturing jobs automated or headed offshore, workers lost their leverage, jobs paid less and offered fewer benefits.

As values of community broke down, and competitive pressure increased, businesses lobbied Washington to weaken unions and the value of the minimum wage. As a trickle-down ideology became more prominent, taxes were slashed for the wealthiest, while investments in things that make us all richer, like schools and infrastructure, were allowed to wither. And for a certain period of time, we could ignore this weakening economic foundation, in part because more families were relying on two earners as women entered the workforce. We took on more debt financed by a juiced-up housing market. But when the music stopped, and the crisis hit, millions of families were stripped of whatever cushion they had left.

And the result is an economy that’s become profoundly unequal, and families that are more insecure. I’ll just give you a few statistics. Since 1979, when I graduated from high school, our productivity is up by more than 90 percent, but the income of the typical family has increased by less than eight percent. Since 1979, our economy has more than doubled in size, but most of that growth has flowed to a fortunate few.

The top 10 percent no longer takes in one-third of our income — it now takes half. Whereas in the past, the average CEO made about 20 to 30 times the income of the average worker, today’s CEO now makes 273 times more. And meanwhile, a family in the top 1 percent has a net worth 288 times higher than the typical family, which is a record for this country.

So the basic bargain at the heart of our economy has frayed. In fact, this trend towards growing inequality is not unique to America’s market economy. Across the developed world, inequality has increased. Some of you may have seen just last week, the Pope himself spoke about this at eloquent length. “How can it be,” he wrote, “that it is not a news item when an elderly homeless person dies of exposure, but it is news when the stock market loses two points?”

But this increasing inequality is most pronounced in our country, and it challenges the very essence of who we are as a people. Understand we’ve never begrudged success in America. We aspire to it. We admire folks who start new businesses, create jobs, and invent the products that enrich our lives. And we expect them to be rewarded handsomely for it. In fact, we’ve often accepted more income inequality than many other nations for one big reason — because we were convinced that America is a place where even if you’re born with nothing, with a little hard work you can improve your own situation over time and build something better to leave your kids. As Lincoln once said, “While we do not propose any war upon capital, we do wish to allow the humblest man an equal chance to get rich with everybody else.”

The problem is that alongside increased inequality, we’ve seen diminished levels of upward mobility in recent years. A child born in the top 20 percent has about a 2-in-3 chance of staying at or near the top. A child born into the bottom 20 percent has a less than 1-in-20 shot at making it to the top. He’s 10 times likelier to stay where he is. In fact, statistics show not only that our levels of income inequality rank near countries like Jamaica and Argentina, but that it is harder today for a child born here in America to improve her station in life than it is for children in most of our wealthy allies — countries like Canada or Germany or France. They have greater mobility than we do, not less.

The idea that so many children are born into poverty in the wealthiest nation on Earth is heartbreaking enough. But the idea that a child may never be able to escape that poverty because she lacks a decent education or health care, or a community that views her future as their own, that should offend all of us and it should compel us to action. We are a better country than this.

So let me repeat: The combined trends of increased inequality and decreasing mobility pose a fundamental threat to the American Dream, our way of life, and what we stand for around the globe. And it is not simply a moral claim that I’m making here. There are practical consequences to rising inequality and reduced mobility.

For one thing, these trends are bad for our economy. One study finds that growth is more fragile and recessions are more frequent in countries with greater inequality. And that makes sense. When families have less to spend, that means businesses have fewer customers, and households rack up greater mortgage and credit card debt; meanwhile, concentrated wealth at the top is less likely to result in the kind of broadly based consumer spending that drives our economy, and together with lax regulation, may contribute to risky speculative bubbles.

And rising inequality and declining mobility are also bad for our families and social cohesion — not just because we tend to trust our institutions less, but studies show we actually tend to trust each other less when there’s greater inequality. And greater inequality is associated with less mobility between generations. That means it’s not just temporary; the effects last. It creates a vicious cycle. For example, by the time she turns three years old, a child born into a low-income home hears 30 million fewer words than a child from a well-off family, which means by the time she starts school she’s already behind, and that deficit can compound itself over time.

And finally, rising inequality and declining mobility are bad for our democracy. Ordinary folks can’t write massive campaign checks or hire high-priced lobbyists and lawyers to secure policies that tilt the playing field in their favor at everyone else’s expense. And so people get the bad taste that the system is rigged, and that increases cynicism and polarization, and it decreases the political participation that is a requisite part of our system of self-government.

So this is an issue that we have to tackle head on. And if, in fact, the majority of Americans agree that our number-one priority is to restore opportunity and broad-based growth for all Americans, the question is why has Washington consistently failed to act? And I think a big reason is the myths that have developed around the issue of inequality.

First, there is the myth that this is a problem restricted to a small share of predominantly minority poor — that this isn’t a broad-based problem, this is a black problem or a Hispanic problem or a Native American problem. Now, it’s true that the painful legacy of discrimination means that African Americans, Latinos, Native Americans are far more likely to suffer from a lack of opportunity — higher unemployment, higher poverty rates. It’s also true that women still make 77 cents on the dollar compared to men. So we’re going to need strong application of antidiscrimination laws. We’re going to need immigration reform that grows the economy and takes people out of the shadows. We’re going to need targeted initiatives to close those gaps. (Applause.)

But here’s an important point. The decades-long shifts in the economy have hurt all groups: poor and middle class; inner city and rural folks; men and women; and Americans of all races. And as a consequence, some of the social patterns that contribute to declining mobility that were once attributed to the urban poor — that’s a particular problem for the inner city: single-parent households or drug abuse — it turns out now we’re seeing that pop up everywhere.

A new study shows that disparities in education, mental health, obesity, absent fathers, isolation from church, isolation from community groups — these gaps are now as much about growing up rich or poor as they are about anything else. The gap in test scores between poor kids and wealthy kids is now nearly twice what it is between white kids and black kids. Kids with working-class parents are 10 times likelier than kids with middle- or upper-class parents to go through a time when their parents have no income. So the fact is this: The opportunity gap in America is now as much about class as it is about race, and that gap is growing.

So if we’re going to take on growing inequality and try to improve upward mobility for all people, we’ve got to move beyond the false notion that this is an issue exclusively of minority concern. And we have to reject a politics that suggests any effort to address it in a meaningful way somehow pits the interests of a deserving middle class against those of an undeserving poor in search of handouts. (Applause.)

Second, we need to dispel the myth that the goals of growing the economy and reducing inequality are necessarily in conflict, when they should actually work in concert. We know from our history that our economy grows best from the middle out, when growth is more widely shared. And we know that beyond a certain level of inequality, growth actually slows altogether.

Third, we need to set aside the belief that government cannot do anything about reducing inequality. It’s true that government cannot prevent all the downsides of the technological change and global competition that are out there right now, and some of those forces are also some of the things that are helping us grow. And it’s also true that some programs in the past, like welfare before it was reformed, were sometimes poorly designed, created disincentives to work.

But we’ve also seen how government action time and again can make an enormous difference in increasing opportunity and bolstering ladders into the middle class. Investments in education, laws establishing collective bargaining, and a minimum wage — these all contributed to rising standards of living for massive numbers of Americans. (Applause.) Likewise, when previous generations declared that every citizen of this country deserved a basic measure of security — a floor through which they could not fall — we helped millions of Americans live in dignity, and gave millions more the confidence to aspire to something better, by taking a risk on a great idea.

Without Social Security, nearly half of seniors would be living in poverty — half. Today, fewer than 1 in 10 do. Before Medicare, only half of all seniors had some form of health insurance. Today, virtually all do. And because we’ve strengthened that safety net, and expanded pro-work and pro-family tax credits like the Earned Income Tax Credit, a recent study found that the poverty rate has fallen by 40 percent since the 1960s. And these endeavors didn’t just make us a better country; they reaffirmed that we are a great country.

So we can make a difference on this. In fact, that’s our generation’s task — to rebuild America’s economic and civic foundation to continue the expansion of opportunity for this generation and the next generation. (Applause.) And like Neera, I take this personally. I’m only here because this country educated my grandfather on the GI Bill. When my father left and my mom hit hard times trying to raise my sister and me while she was going to school, this country helped make sure we didn’t go hungry. When Michelle, the daughter of a shift worker at a water plant and a secretary, wanted to go to college, just like me, this country helped us afford it until we could pay it back.

So what drives me as a grandson, a son, a father — as an American — is to make sure that every striving, hardworking, optimistic kid in America has the same incredible chance that this country gave me. (Applause.) It has been the driving force between everything we’ve done these past five years. And over the course of the next year, and for the rest of my presidency, that’s where you should expect my administration to focus all our efforts. (Applause.)

Now, you’ll be pleased to know this is not a State of the Union Address. (Laughter.) And many of the ideas that can make the biggest difference in expanding opportunity I’ve presented before. But let me offer a few key principles, just a roadmap that I believe should guide us in both our legislative agenda and our administrative efforts.

To begin with, we have to continue to relentlessly push a growth agenda. It may be true that in today’s economy, growth alone does not guarantee higher wages and incomes. We’ve seen that. But what’s also true is we can’t tackle inequality if the economic pie is shrinking or stagnant. The fact is if you’re a progressive and you want to help the middle class and the working poor, you’ve still got to be concerned about competitiveness and productivity and business confidence that spurs private sector investment.

And that’s why from day one we’ve worked to get the economy growing and help our businesses hire. And thanks to their resilience and innovation, they’ve created nearly 8 million new jobs over the past 44 months. And now we’ve got to grow the economy even faster. And we’ve got to keep working to make America a magnet for good, middle-class jobs to replace the ones that we’ve lost in recent decades — jobs in manufacturing and energy and infrastructure and technology.

And that means simplifying our corporate tax code in a way that closes wasteful loopholes and ends incentives to ship jobs overseas. (Applause.) And by broadening the base, we can actually lower rates to encourage more companies to hire here and use some of the money we save to create good jobs rebuilding our roads and our bridges and our airports, and all the infrastructure our businesses need.

It means a trade agenda that grows exports and works for the middle class. It means streamlining regulations that are outdated or unnecessary or too costly. And it means coming together around a responsible budget — one that grows our economy faster right now and shrinks our long-term deficits, one that unwinds the harmful sequester cuts that haven’t made a lot of sense — (applause) — and then frees up resources to invest in things like the scientific research that’s always unleashed new innovation and new industries.

When it comes to our budget, we should not be stuck in a stale debate from two years ago or three years ago. A relentlessly growing deficit of opportunity is a bigger threat to our future than our rapidly shrinking fiscal deficit. (Applause.)

So that’s step one towards restoring mobility: making sure our economy is growing faster. Step two is making sure we empower more Americans with the skills and education they need to compete in a highly competitive global economy.

We know that education is the most important predictor of income today, so we launched a Race to the Top in our schools. We’re supporting states that have raised standards for teaching and learning. We’re pushing for redesigned high schools that graduate more kids with the technical training and apprenticeships, and in-demand, high-tech skills that can lead directly to a good job and a middle-class life.

We know it’s harder to find a job today without some higher education, so we’ve helped more students go to college with grants and loans that go farther than before. We’ve made it more practical to repay those loans. And today, more students are graduating from college than ever before. We’re also pursuing an aggressive strategy to promote innovation that reins in tuition costs. We’ve got lower costs so that young people are not burdened by enormous debt when they make the right decision to get higher education. And next week, Michelle and I will bring together college presidents and non-profits to lead a campaign to help more low-income students attend and succeed in college. (Applause.)

But while higher education may be the surest path to the middle class, it’s not the only one. So we should offer our people the best technical education in the world. That’s why we’ve worked to connect local businesses with community colleges, so that workers young and old can earn the new skills that earn them more money.

And I’ve also embraced an idea that I know all of you at the Center for American Progress have championed — and, by the way, Republican governors in a couple of states have championed — and that’s making high-quality preschool available to every child in America. (Applause.) We know that kids in these programs grow up likelier to get more education, earn higher wages, form more stable families of their own. It starts a virtuous cycle, not a vicious one. And we should invest in that. We should give all of our children that chance.

And as we empower our young people for future success, the third part of this middle-class economics is empowering our workers. It’s time to ensure our collective bargaining laws function as they’re supposed to — (applause) — so unions have a level playing field to organize for a better deal for workers and better wages for the middle class. It’s time to pass the Paycheck Fairness Act so that women will have more tools to fight pay discrimination. (Applause.) It’s time to pass the Employment Non-Discrimination Act so workers can’t be fired for who they are or who they love. (Applause.)

And even though we’re bringing manufacturing jobs back to America, we’re creating more good-paying jobs in education and health care and business services; we know that we’re going to have a greater and greater portion of our people in the service sector. And we know that there are airport workers, and fast-food workers, and nurse assistants, and retail salespeople who work their tails off and are still living at or barely above poverty. (Applause.) And that’s why it’s well past the time to raise a minimum wage that in real terms right now is below where it was when Harry Truman was in office. (Applause.)

This shouldn’t be an ideological question. It was Adam Smith, the father of free-market economics, who once said, “They who feed, clothe, and lodge the whole body of the people should have such a share of the produce of their own labor as to be themselves tolerably well fed, clothed, and lodged.” And for those of you who don’t speak old-English — (laughter) — let me translate. It means if you work hard, you should make a decent living. (Applause.) If you work hard, you should be able to support a family.

Now, we all know the arguments that have been used against a higher minimum wage. Some say it actually hurts low-wage workers — businesses will be less likely to hire them. But there’s no solid evidence that a higher minimum wage costs jobs, and research shows it raises incomes for low-wage workers and boosts short-term economic growth. (Applause.)

Others argue that if we raise the minimum wage, companies will just pass those costs on to consumers. But a growing chorus of businesses, small and large, argue differently. And already, there are extraordinary companies in America that provide decent wages, salaries, and benefits, and training for their workers, and deliver a great product to consumers.

SAS in North Carolina offers childcare and sick leave. REI, a company my Secretary of the Interior used to run, offers retirement plans and strives to cultivate a good work balance. There are companies out there that do right by their workers. They recognize that paying a decent wage actually helps their bottom line, reduces turnover. It means workers have more money to spend, to save, maybe eventually start a business of their own.

A broad majority of Americans agree we should raise the minimum wage. That’s why, last month, voters in New Jersey decided to become the 20th state to raise theirs even higher. That’s why, yesterday, the D.C. Council voted to do it, too. I agree with those voters. (Applause.) I agree with those voters, and I’m going to keep pushing until we get a higher minimum wage for hard-working Americans across the entire country. It will be good for our economy. It will be good for our families. (Applause.)

Number four, as I alluded to earlier, we still need targeted programs for the communities and workers that have been hit hardest by economic change and the Great Recession. These communities are no longer limited to the inner city. They’re found in neighborhoods hammered by the housing crisis, manufacturing towns hit hard by years of plants packing up, landlocked rural areas where young folks oftentimes feel like they’ve got to leave just to find a job. There are communities that just aren’t generating enough jobs anymore.

So we’ve put forward new plans to help these communities and their residents, because we’ve watched cities like Pittsburgh or my hometown of Chicago revamp themselves. And if we give more cities the tools to do it — not handouts, but a hand up — cities like Detroit can do it, too. So in a few weeks, we’ll announce the first of these Promise Zones, urban and rural communities where we’re going to support local efforts focused on a national goal — and that is a child’s course in life should not be determined by the zip code he’s born in, but by the strength of his work ethic and the scope of his dreams. (Applause.)

And we’re also going to have to do more for the long-term unemployed. For people who have been out of work for more than six months, often through no fault of their own, life is a catch-22. Companies won’t give their résumé an honest look because they’ve been laid off so long — but they’ve been laid off so long because companies won’t give their résumé an honest look. (Laughter.) And that’s why earlier this year, I challenged CEOs from some of America’s best companies to give these Americans a fair shot. And next month, many of them will join us at the White House for an announcement about this.

Fifth, we’ve got to revamp retirement to protect Americans in their golden years, to make sure another housing collapse doesn’t steal the savings in their homes. We’ve also got to strengthen our safety net for a new age, so it doesn’t just protect people who hit a run of bad luck from falling into poverty, but also propels them back out of poverty.

Today, nearly half of full-time workers and 80 percent of part-time workers don’t have a pension or retirement account at their job. About half of all households don’t have any retirement savings. So we’re going to have to do more to encourage private savings and shore up the promise of Social Security for future generations. And remember, these are promises we make to one another. We don’t do it to replace the free market, but we do it to reduce risk in our society by giving people the ability to take a chance and catch them if they fall. One study shows that more than half of Americans will experience poverty at some point during their adult lives. Think about that. This is not an isolated situation. More than half of Americans at some point in their lives will experience poverty.

That’s why we have nutrition assistance or the program known as SNAP, because it makes a difference for a mother who’s working, but is just having a hard time putting food on the table for her kids. That’s why we have unemployment insurance, because it makes a difference for a father who lost his job and is out there looking for a new one that he can keep a roof over his kids’ heads. By the way, Christmastime is no time for Congress to tell more than 1 million of these Americans that they have lost their unemployment insurance, which is what will happen if Congress does not act before they leave on their holiday vacation. (Applause.)

The point is these programs are not typically hammocks for people to just lie back and relax. These programs are almost always temporary means for hardworking people to stay afloat while they try to find a new job or go into school to retrain themselves for the jobs that are out there, or sometimes just to cope with a bout of bad luck. Progressives should be open to reforms that actually strengthen these programs and make them more responsive to a 21st century economy. For example, we should be willing to look at fresh ideas to revamp unemployment and disability programs to encourage faster and higher rates of re-employment without cutting benefits. We shouldn’t weaken fundamental protections built over generations, because given the constant churn in today’s economy and the disabilities that many of our friends and neighbors live with, they’re needed more than ever. We should strengthen them and adapt them to new circumstances so they work even better.

But understand that these programs of social insurance benefit all of us, because we don’t know when we might have a run of bad luck. (Applause.) We don’t know when we might lose a job. Of course, for decades, there was one yawning gap in the safety net that did more than anything else to expose working families to the insecurities of today’s economy — namely, our broken health care system.

That’s why we fought for the Affordable Care Act — (applause) — because 14,000 Americans lost their health insurance every single day, and even more died each year because they didn’t have health insurance at all. We did it because millions of families who thought they had coverage were driven into bankruptcy by out-of-pocket costs that they didn’t realize would be there. Tens of millions of our fellow citizens couldn’t get any coverage at all. And Dr. King once said, "Of all the forms of inequality, injustice in health care is the most shocking and inhumane.”

Well, not anymore. (Applause.) Because in the three years since we passed this law, the share of Americans with insurance is up, the growth of health care costs are down to their slowest rate in 50 years. More people have insurance, and more have new benefits and protections — 100 million Americans who have gained the right for free preventive care like mammograms and contraception; the more than 7 million Americans who have saved an average of $1,200 on their prescription medicine; every American who won’t go broke when they get sick because their insurance can’t limit their care anymore.

More people without insurance have gained insurance — more than 3 million young Americans who have been able to stay on their parents’ plan, the more than half a million Americans and counting who are poised to get covered starting on January 1st, some for the very first time.

And it is these numbers — not the ones in any poll — that will ultimately determine the fate of this law. (Applause.) It’s the measurable outcomes in reduced bankruptcies and reduced hours that have been lost because somebody couldn’t make it to work, and healthier kids with better performance in schools, and young entrepreneurs who have the freedom to go out there and try a new idea — those are the things that will ultimately reduce a major source of inequality and help ensure more Americans get the start that they need to succeed in the future.

I have acknowledged more than once that we didn’t roll out parts of this law as well as we should have. But the law is already working in major ways that benefit millions of Americans right now, even as we’ve begun to slow the rise in health care costs, which is good for family budgets, good for federal and state budgets, and good for the budgets of businesses small and large. So this law is going to work. And for the sake of our economic security, it needs to work. (Applause.)

And as people in states as different as California and Kentucky sign up every single day for health insurance, signing up in droves, they’re proving they want that economic security. If the Senate Republican leader still thinks he is going to be able to repeal this someday, he might want to check with the more than 60,000 people in his home state who are already set to finally have coverage that frees them from the fear of financial ruin, and lets them afford to take their kids to see a doctor. (Applause.)

So let me end by addressing the elephant in the room here, which is the seeming inability to get anything done in Washington these days. I realize we are not going to resolve all of our political debates over the best ways to reduce inequality and increase upward mobility this year, or next year, or in the next five years. But it is important that we have a serious debate about these issues. For the longer that current trends are allowed to continue, the more it will feed the cynicism and fear that many Americans are feeling right now — that they’ll never be able to repay the debt they took on to go to college, they’ll never be able to save enough to retire, they’ll never see their own children land a good job that supports a family.

And that’s why, even as I will keep on offering my own ideas for expanding opportunity, I’ll also keep challenging and welcoming those who oppose my ideas to offer their own. If Republicans have concrete plans that will actually reduce inequality, build the middle class, provide more ladders of opportunity to the poor, let’s hear them. I want to know what they are. If you don’t think we should raise the minimum wage, let’s hear your idea to increase people’s earnings. If you don’t think every child should have access to preschool, tell us what you’d do differently to give them a better shot.

If you still don’t like Obamacare — and I know you don’t — (laughter) — even though it’s built on market-based ideas of choice and competition in the private sector, then you should explain how, exactly, you’d cut costs, and cover more people, and make insurance more secure. You owe it to the American people to tell us what you are for, not just what you’re against. (Applause.) That way we can have a vigorous and meaningful debate. That’s what the American people deserve. That’s what the times demand. It’s not enough anymore to just say we should just get our government out of the way and let the unfettered market take care of it — for our experience tells us that’s just not true. (Applause.)

Look, I’ve never believed that government can solve every problem or should — and neither do you. We know that ultimately our strength is grounded in our people — individuals out there, striving, working, making things happen. It depends on community, a rich and generous sense of community — that’s at the core of what happens at THEARC here every day. You understand that turning back rising inequality and expanding opportunity requires parents taking responsibility for their kids, kids taking responsibility to work hard. It requires religious leaders who mobilize their congregations to rebuild neighborhoods block by block, requires civic organizations that can help train the unemployed, link them with businesses for the jobs of the future. It requires companies and CEOs to set an example by providing decent wages, and salaries, and benefits for their workers, and a shot for somebody who is down on his or her luck. We know that’s our strength — our people, our communities, our businesses.

But government can’t stand on the sidelines in our efforts. Because government is us. It can and should reflect our deepest values and commitments. And if we refocus our energies on building an economy that grows for everybody, and gives every child in this country a fair chance at success, then I remain confident that the future still looks brighter than the past, and that the best days for this country we love are still ahead. (Applause.)

Thank you, everybody. God bless you. God bless America. (Applause.)

Voir enfin:

Lorsque les conditions sont inégales et les hommes dissemblables, il y a quelques individus très éclairés, très savants, très puissants par leur intelligence, et une multitude très ignorante et fort bornée. Les gens qui vivent dans les temps d’aristocratie sont donc naturellement portés à prendre pour guide de leurs opinions la raison supérieure d’un homme ou d’une classe, tandis qu’ils sont peu disposés à reconnaître l’infaillibilité de la masse. Le contraire arrive dans les siècles d’égalité. A mesure que les citoyens deviennent plus égaux et plus semblables, le penchant de chacun à croire aveuglément un certain homme ou une certaine classe diminue. La disposition à en croire la masse augmente et c’est de plus en plus l’opinion qui mène le monde.

Non seulement l’opinion commune est le seul guide qui reste à la raison individuelle chez les peuples démocratiques, mais a chez ces peuples une puissance infiniment plus grande que chez nul autre. Dans les temps d’égalité, les hommes n’ont aucune foi les uns dans les autres, à cause de leur similitude; mais cette même similitude leur donne une confiance presque illimitée dans le jugement public; car il ne leur paraît pas vraissemblable qu’ayant tous des lumières pareilles, la vérité ne se rencontre pas du coté du plus grand nombre. [...] Au Etats-Unis, la majorité se charge de fournir aux individus une foule d’opinions toutes faites, et les soulage ainsi de l’obligation de s’en former qui leur soient propres. [...]

Cette omnipotence politique de la majorité aux Etats-Unis augmente l’influence que les opinions du public y obtiendraient sans elle sur l’esprit de chaque citoyen, mais elle ne la fonde point. C’est dans l’égalité même qu’il faut chercher les sources de cette influence et non dans les institutions plus ou moins populaires que les hommes égaux peuvent se donner. Il est à croire que l’empire intellectuel du plus grand nombre sera toujours très absolu chez les peuples démocratiques, et, quelles que soient les lois politiques qui régissent les hommes dans les siècles d’égalité, l’on peut prévoir que la foi dans l’opinion commune y deviendra une sorte de religion dont la majorité sera le prophète.

Il ne faut pas dissimuler que les institutions démocratiques développent à un très haut niveau le sentiment de l’envie dans le coeur humain. Ce n’est point tant parce qu’elle offrent à chacun les moyens de s’égaler aux autres, mais parce que ces moyens défaillent sans cesse à ceux qui les emploient. Les institutions démocratiques réveillent et flattent la passion de l’égalité sans pouvoir jamais la satisfaire entièrement. Cette égalité complète s’échappe tous les jours des mains du peuples au moment où il croit la saisir, et fuit, comme dit Pascal, d’une fuite éternelle; le peuple s’échauffe à la recherche de ce bien d’autant plus précieux qu’il est assez proche pour être connu et assez loin pour ne pas être goûté. Tout ce qui le dépasse par quelque endroit lui paraît un obstacle à ses désirs, et il n’y a pas de supériorité si légitime dont la vue ne fatigue sas yeux.

Alexis de Tocqueville, De la démocratie en amérique (volume II), 1840


Polémique Dieudonné: Après le mariage, la victimisation pour tous ! (Streisand effect: How demonization keeps France’s defrocked multiculturalist poster child alive)

5 janvier, 2014
Manifestation de soutien à Dieudonné le 28 décembre 2013.http://commentisfreewatch.files.wordpress.com/2014/01/next.jpeg?w=450&h=337http://img.over-blog-kiwi.com/0/20/39/77/201312/ob_4cb4fd5b214abe66efb2a1bde6351932_pi30-jpg.jpeghttp://img.over-blog-kiwi.com/0/20/39/77/201312/ob_e75f461b6fd55538c3e699cc1f6c5738_soralberlin-jpg.jpeghttp://img.over-blog-kiwi.com/0/20/39/77/201312/ob_5f121e_1475866-446627335441323-1693066782-n-jpg.jpeghttp://www.gabrielglewis.com/wp-content/uploads/2012/03/strangelove.jpgPresque aucun des fidèles ne se retenait de s’esclaffer, et ils avaient l’air d’une bande d’anthropophages chez qui une blessure faite à un blanc a réveillé le goût du sang. Car l’instinct d’imitation et l’absence de courage gouvernent les sociétés comme les foules. Et tout le monde rit de quelqu’un dont on voit se moquer, quitte à le vénérer dix ans plus tard dans un cercle où il est admiré. C’est de la même façon que le peuple chasse ou acclame les rois. Marcel Proust
Il ne faut pas dissimuler que les institutions démocratiques développent à un très haut niveau le sentiment de l’envie dans le coeur humain. Ce n’est point tant parce qu’elle offrent à chacun les moyens de s’égaler aux autres, mais parce que ces moyens défaillent sans cesse à ceux qui les emploient. Les institutions démocratiques réveillent et flattent la passion de l’égalité sans pouvoir jamais la satisfaire entièrement. Cette égalité complète s’échappe tous les jours des mains du peuples au moment où il croit la saisir, et fuit, comme dit Pascal, d’une fuite éternelle; le peuple s’échauffe à la recherche de ce bien d’autant plus précieux qu’il est assez proche pour être connu et assez loin pour ne pas être goûté. Tout ce qui le dépasse par quelque endroit lui paraît un obstacle à ses désirs, et il n’y a pas de supériorité si légitime dont la vue ne fatigue sas yeux. Tocqueville
Il y a en effet une passion mâle et légitime pour l’égalité qui excite les hommes à vouloir être tous forts et estimés. Cette passion tend à élever les petits au rang des grands ; mais il se rencontre aussi dans le cœur humain un goût dépravé pour l’égalité, qui porte les faibles à vouloir attirer les forts à leur niveau, et qui réduit les hommes à préférer l’égalité dans la servitude à l’inégalité dans la liberté. Tocqueville
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude. Chesterton
L’antisémitisme est le socialisme des imbéciles. Ferdinand Kronawetter ? (attribué à August Bebel)
Imaginons deux enfants dans une pièce pleine de jouets identiques. Le premier prend un jouet, mais il ne semble pas fort intéressé par l’objet. Le second l’observe et essaie d’arracher le jouet à son petit camarade. Celui-là n’était pas fort captivé par la babiole, mais – soudain – parce que l’autre est intéressé cela change et il ne veut plus le lâcher. Des larmes, des frustrations et de la violence s’ensuivent. Dans un laps de temps très court un objet pour lequel aucun des deux n’avait un intérêt particulier est devenu l’enjeu d’une rivalité obstinée. René Girard
C’était une cité fortement convoitée par les ennemis de la foi et c’est pourquoi, par une sorte de syndrome mimétique, elle devint chère également au cœur des Musulmans. Emmanuel Sivan
Il faut se souvenir que le nazisme s’est lui-même présenté comme une lutte contre la violence: c’est en se posant en victime du traité de Versailles que Hitler a gagné son pouvoir. Et le communisme lui aussi s’est présenté comme une défense des victimes. Désormais, c’est donc seulement au nom de la lutte contre la violence qu’on peut commettre la violence. René Girard
L’effet Streisand est un phénomène médiatique au cours duquel la volonté d’empêcher la divulgation d’informations que l’on aimerait garder secrètes – qu’il s’agisse de simples rumeurs ou de faits vérifiés – déclenche le résultat inverse. Par ses efforts, la victime encourage malgré elle l’exposition d’une publication qu’elle souhaitait voir ignorée. Il s’agit donc à proprement parler d’un "effet pervers". Wikipedia
Que veut, en fait, Dieudonné ? Il veut un ‘Holocauste’ pour les Arabes et pour les noirs aussi. (…) La noble idée de "la guerre contre le racisme" se transforme graduellement en une idéologie hideusement mensongère. Et cet antiracisme sera, pour le XXIe siècle, ce qu’a été le communisme pour le XXe. Alain Finkielkraut
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
La lisibilité de la filiation, qui est dans l’intérêt de l’enfant, est sacrifiée au profit du bon vouloir des adultes et la loi finit par mentir sur l’origine de la vieConférence des évêques
C’est un moment génial de l’histoire de France. Toute la communauté issue de l’immigration adhère complètement à la position de la France. Tout d’un coup, il y a une espèce de ferment. Profitons de cet espace de francitude nouvelle. Jean-Louis Borloo (ministre délégué à la Ville, suite à des manifestations anti-guerre d’Irak marquées par nombre de cris d’"A mort les juifs!", avril 2003)
Je n’ai pas le droit à la prison, c’est évidemment une très très grande déception, parce que je m’y étais préparé, ça faisait partie de ma campagne promotionnelle. Dieudonné
While this gesture has been part of French culture for many years, it was not until recently that I learned of the very negative concerns associated with it. When l was photographed making that gesture three years ago, I thought it was part of a comedy act and did not know that it could be in any way offensive or harmful. Since I have been made aware of the seriousness of this gesture, I will certainly never repeat the gesture and sincerely apologize for any misunderstanding or harm relating to my actions. Hopefully this incident will serve to educate others that we need to be more aware that things that may seem innocuous can actually have a history of hate and hurt. Tony Parker
La quenelle est avant tout un code identitaire, qui a acquis une vraie popularité chez les jeunes. Difficile de dire que tous aient conscience de la portée de ce geste». .. une mouvance transversale, antisystème et complotiste, dont l’antisémitisme reste la colonne vertébrale. Leur vision du monde est celle d’un ordre mondial dominé par l’axe Washington-Tel-Aviv. Derrière les discours fustigeant l’Otan et la finance internationale, tout en soutenant Bachar al-Assad et Hugo Chávez, il y a la conviction qu’au fond, ce sont les Juifs qui tirent les ficelles. Jean-Yves Camus (spécialiste de l’extrême droite)
A présent que ce geste s’est répandu dans toutes les cours de récréation, des milliers de personnes qui faisaient ce geste par amusement et qui ne pensaient pas du tout aux juifs (et oui, Mesdames, Messieurs du Crif, les juifs et la shoah n’occupent pas les pensées de tout le monde, tout le temps….), il est certain que toutes ces personnes pourront se dire « c’est à cause des juifs et d’Israël (bref des sionistes) que l’on ne peut plus rigoler, ils nous cassent les pieds » (et je reste poli…). On sait déjà que la source originelle de l’antisémitisme vient du fait que le judaïsme a instauré pour l’humanité des principes de vie et de morale avec les dix commandements, et que ne plus obéir totalement à son désir, mais avoir des contraintes morales est nécessairement une atteinte à sa liberté (on n’est plus libre de tuer qui on veut, de voler ce qui nous plait, et l’on ne se sent plus aussi bien lorsque l’on pratique l’adultère….). Le désastre, c’est qu’aujourd’hui, pour les centaines de milliers de fans de Dieudonné, il y a un onzième commandement : on ne va plus pouvoir rigoler et faire de bonnes blagues à cause des juifs, des sionistes et d’Israël. Raison de plus pour résister à ce nouveau « diktat moral des juifs » en continuant à faire ce geste…. Cette mise en exergue d’un geste qui n’était qu’un trait de vulgarité, a réveillé un immense caractère antisémite dans des milliers de cerveaux français, et bientôt européens…. Stéphane Haddad
Il se marre. Il se bidonne, il s’éclate, Dieudonné ! La polémique sur la possible interdiction de son show a refait le plein de carburant pour sa petite machine à haine, et à cash. Le ministre de l’Intérieur va demander aux préfets d’invoquer un risque de «trouble à l’ordre public ».« Trouble à l’ordre public » ? C’est presque la Légion d’honneur qui lui est ainsi décernée. Dieudonné se nourrit du «trouble» et conchie l’ «ordre public », qui n’est, pour lui, que l’ordre sioniste, l’ordre des Juifs, l’ordre du « système ». Ses fans s’enflamment : si Dieudonné est ainsi menacé, c’est bien qu’il dérange ! Et qu’il vise juste ! Car le public qui se presse pour assister à son spectacle a évolué, au fil des années, suivant docilement la trajectoire de l’« artiste». Ce n’est plus l’humoriste que l’on va voir pour rigoler un bon coup. C’est le provocateur. C’est l’«antisystème ». A chaque dérapage antisémite, l’assistance est parcourue par le délicieux frisson de l’interdit.  (…) Il faut une solide dose d’aveuglement, ou plutôt de mauvaise foi, pour ne pas traduire correctement le mot « système ». Si le monde va comme il va, c’est parce que les Juifs le font tourner. Il ne s’agit pas seulement d ‘ une vulgaire déclaration raciste. C’est une lecture de l’Histoire : la lecture des nazis. D’ailleurs, la filiation est assumée, avec cette fameuse «quenelle». Ce geste est celui du Docteur Folamour, dans le film du même nom. Incapable de réfréner le salut nazi que fait compulsivement son bras droit, le héros est obligé de le bloquer avec la main gauche. Le gag de Kubrick a fait florès. Mille fois répété, bien avant que Dieudonné s’en saisisse, sa signification est parfaitement claire : je suis nazi, mais je ne dois pas l’exprimer. Il suffit pour s’en convaincre de recenser les lieux choisis par les fans qui se font photographier en pleine quenelle et adressent le cliché au site Internet de Dieudonné : le mémorial de la Shoah à Berlin, la voie ferrée menant à Auschwitz, l’école de Toulouse où Merah a tué des enfants juifs… Rien d’antisémite dans ces choix! Ceux qui font mine de s’interroger sur la portée du geste se foutent du monde. (…) Tiens ? Où est-elle passée, Christiane Taubira, en pleine tourmente Dieudonné ? Quelles instructions a-t-elle données aux parquets généraux ? Il y a de quoi rire, en effet, quand on sait qu’aucune des condamnations déjà prononcées n’a été exécutée . Le Canard enchainé
Cela ne concerne pas toute la France, sinon Jean-Jacques Goldman et Patrick Bruel y seraient des marginaux, tout comme Gad Elmaleh ou Patrick Timsit, mais cela concerne néanmoins une part inquiétante de la population française : il existe en ce pays une nébuleuse fétide où se mêle une extrême droite porteuse de relents pétainistes, catholiques intégristes, nationalistes myopes, anti-israéliens et anti-américains, une extrême-gauche qui ne se distingue de l’extrême droite que parce qu’elle est favorable à l’islamisation du monde et à l’immigration sans contrôles, et, précisément, des courants islamiques eux-mêmes anti-israéliens et anti-américains. L’extrême droite camoufle son antisémitisme sous le manteau de l’ « antisionisme », qui est celui sous lequel s’abritent aussi extrême gauche et courants islamiques. Dieudonné trouve un public dans les divers composants de cette nébuleuse. Il suscite aussi chez des spectateurs de passage une accoutumance à certains parfums. Ces parfums sont ceux de la décomposition. On n’arrêtera pas la décomposition en interdisant des spectacles. Mais si des vagues de révolte contre ce que signifient ces spectacles se lèvent, ce seront des vagues salubres. Et elles ont mon soutien. On n’arrêtera pas le recours à certains gestes en interdisant ceux-ci. Mais faire un geste qui se trouve fait et photographié à Auschwitz, devant des synagogues, devant l’école juive de Toulouse où Merah a assassiné des enfants juifs, devant des photos d’Anne Frank, et j’en passe, c’est faire un geste lourd de sens et lourd de son poids de cadavres, et se voir traité comme un être infâme pour avoir fait ce geste est pleinement légitime. C’est se faire complice, par l’esprit, d’un crime contre l’humanité passé et de crimes contre l’humanité présents : ceux qui frappent des Israéliens et peuvent les frapper. Et que face à ce geste se lèvent aussi des vagues de révolte est sain et légitime. Je crains, hélas, que Dieudonné soit l’un des signes annonciateurs de ce qui vient. Guy Millière
Dans une vidéo postée sur YouTube le 20 août et vue 385 000 fois, Dieudonné, écharpe du Hamas au cou, se délecte de la popularité exponentielle du geste, feignant d’être dépassé par son succès. «Je ne pensais pas que le mouvement de la quenelle irait aussi loin. Aujourd’hui, cet acte subversif ne m’appartient plus, il appartient à la révolution.» S’ensuit un montage photo de «quenelles glissées» par des jeunes, des vieux, des pompiers, des syndicalistes. On retrouve le geste sur des photos de classe et de mariage. D’autres, prises devant des synagogues en France ou à l’étranger et jusqu’au mémorial de la Shoah à Berlin, ne cachent pas leur sous-texte antisémite. Climax de la vidéo, des policiers et militaires en tenue. Hilare, Dieudonné se met à «rêver d’un coup d’Etat au secours du peuple, comme en Egypte». Avec la condamnation du ministère de la Défense, la polémique dépasse désormais le cercle des initiés. Et ce débat amène certains, à l’instar du journaliste Jean-Laurent Cassely, à s’inquiéter d’une éventuelle «dieudonisation des esprits». Libération
La quenelle est, si on ose dire, le bras armé de l’idéologie de Dieudonné. Tout à la fois running gag, symbole politique et bras d’honneur dirigé contre ceux «d’en haut», «glisser une quenelle» consiste à placer sa main ouverte sur son bras opposé, à allonger se dernier pour faire un signe dont la signification est explicite. La référence au salut hitlérien est évidemment volontaire. On a vu d’ailleurs apparaître ces «quenelles» dans le cadre de la campagne du Parti antisioniste, dont il fut l’éphémère tête de liste en Ile de France aux européennes de 2009, sur une affiche électorale dont l’ambiguïté n’était pas vraiment de mise… La quenelle se décline en plusieurs tailles, à jauger en fonction du succès de l’action: petite quenelle, quenelle de 12, quenelle de 40, de 175, quenelle épaulée, etc. Plus la quenelle est longue, plus, bien entendu, le bras d’honneur est profond et procure satisfaction à son auteur. Un registre paillard qui rappelle un peu le slogan de Coluche lors de la présidentielle de 1981, pour laquelle il décidera finalement de se retirer: «Tous ensemble, pour leur foutre au cul». La cible n’est évidemment plus la même. Quant à l’ananas, décliné tout au long de la soirée sous de multiples formes (ananas frais au buffet, fresque géante devant la salle, tee-shirts souvenir, déguisements, etc.), il est omniprésent pour rappeler la cause de la condamnation de l’intéressé pour provocation à la haine: la chanson Shoananas, qu’il reprend en cœur avec son public lors de chaque spectacle, sur l’air de la chanson Chaud Cacao d’Annie Cordy. Le troisième signe de ralliement important qui, avec la quenelle et l’ananas, forme la trinité de la terminologie officielle, c’est l’expression «Au-dessus, c’est le soleil». Traduction: on s’attaque à la chose la plus haute, la plus sacrée possible (la Shoah, mais cela peut aussi s’appliquer à Bernard-Henri Levy ou à Mahmoud Ahmadinejad). Cette phrase peut-être prononcée, imprimée sur tee-shirt, ou encore simplement mimée (il suffit pour cela de tenir son doigt en l’air comme pointé vers le soleil, en mimant avec la bouche une sorte de bisou pour en faire une caricature de rabin). Quant à la quenelle à proprement parler, elle se décline en signes, en tee-shirts, en logos détournés. Elle est devenue une unité de langage. La voici parodiant le logo de Facebook, "réseau social sioniste". Jean-Laurent Cassely
Malheureusement, toutes ces manœuvres sont non seulement inutiles, mais également contre-productives. Et cela, qu’elles soient légales ou illégales, menées par des individus ou des institutions : la répression ne fonctionne pas lorsqu’elle lutte contre des idées. La répression d’idées "dissidentes" par les pouvoirs publics ou les médias nationaux a un effet pervers : elle leur offre un véritable "diplôme de non-respectabilité". Cela tient de la logique circulaire : si ces idées sont combattues avec autant d’acharnement par des "représentants du système" (journalistes, commentateurs, intellectuels médiatiques) ou par les pouvoirs publics, c’est qu’elles dérangent. Encore récemment, le Front national utilisait cet effet, s’appuyant sur sa "diabolisation" afin de prouver qu’il constituait un parti d’opposition de premier ordre. Dieudonné l’expliqua lui-même à la suite de sa dernière condamnation : "Je n’ai pas le droit à la prison, c’est évidemment une très très grande déception, parce que je m’y étais préparé, ça faisait partie de ma campagne promotionnelle". Aujourd’hui, la censure produit l’effet totalement inverse de son objectif premier ; il s’agit de l’une des applications de l’Effet Streisand. Cet effet s’ajoute à celui de la "validation" des idées comme anti-systèmes par les "représentants du système" eux-mêmes. Cette censure confine à l’absurde lorsqu’elle concerne la publication d’œuvres tombées dans le domaine public, comme c’est le cas de celles de Léon Bloy ou d’Edouard Drumont, éditées par Kontre Kulture. À ce premier anachronisme qui consiste à vouloir empêcher la diffusion de textes politiques en France au XXIe siècle, s’ajoute un problème technique et moral : pourquoi empêcher une maison d’édition de publier des textes que n’importe quel internaute peut dénicher gratuitement ? À l’heure de la diffusion numérique massive, même des textes hors-domaine public, donc piratés, s’obtiennent sans difficulté sur internet. Par chance, nous vivons dans une démocratie. Les seules violences exercées contre des porte-paroles d’idéologies jugées inacceptables le sont par des individus n’ayant aucun lien avec les pouvoirs publics. Malgré tout, cette approche fait partie du prisme répressif, du front luttant contre les idées d’Alain Soral et Dieudonné M’bala M’bala. Et comme les approches légales de la répression, il est important de souligner qu’elles sont parfaitement inutiles. La violence, qu’elle soit légalement ou illégalement exercée, affaiblit difficilement les idées. Au contraire : celles-ci se nourrissent des réactions qu’elles engendrent, et se renforcent grâce aux actes engagés contre leurs porte-paroles. Ainsi, les agressions d’Alain Soral et Dieudonné M’bala M’bala, les menaces qu’ils reçoivent et la pression exercée sur les "quenelleurs" sont prises comme des raisons supplémentaires de poursuivre leur combat. La radicalisation d’Alain Soral, par exemple, est postérieure à son agression en 2004, lors d’une dédicace, durant laquelle l’essayiste fut blessé au même titre que ses lecteurs. Que l’on juge nauséabonde ou honorable une idéologie, celle-ci obéit à la même loi : ses défenseurs trouvent dans la répression une raison supplémentaire de tenir tête à leurs adversaires. Les démocrates et les défenseurs de l’ordre républicain devraient se rappeler qu’il y a bien plus d’utilité et de noblesse à défendre l’expression libre d’idées avec lesquelles nous ne sommes pas d’accord. L’Histoire devrait également leur rappeler que le marteau du juge, la matraque du policier ou la barre de fer du militant violent n’ont jamais réussi à arrêter des idées, nauséabondes ou non. Face aux idées, il ne peut y avoir que des idées. La condamnation systématique et aveugle, la haine comme moteur de l’action politique et la mystification de l’adversaire ne sont que des pratiques inefficaces et désuètes. Au mieux, elles troublent le jeu démocratique ; au pire, elles renforcent ceux qu’elles comptaient combattre. Arnaud Lavalade
Dieudonné M’Bala M’Bala was born in a Paris suburb nearly 48 years ago. His mother was white, from Brittany, his father was African, from Cameroun.  This should make him a poster child for the “multiculturalism” the ideologically dominant left claims to promote.  And during the first part of his career, teaming up with his Jewish friend, Elie Simoun, he was just that: campaigning against racism, focusing his criticism on the National Front and even running for office against an NF candidate in the dormitory town of Dreux, some sixty miles West of Paris, where he lives. Like the best humorists, Dieudonné always targeted current events, with a warmth and dignity unusual in the profession. His career flourished, he played in movies, was a guest on television, branched out on his own.  A great observer, he excels at relatively subtle imitations of various personality types and ethnic groups from Africans to Chinese. Ten years ago, on December 1, 2003, as guest on a TV show appropriately called “You Can’t Please Everybody”, dedicated to current events, Dieudonné came on stage roughly disguised as “a convert to Zionist extremism” advising others to get ahead by “joining the American-Israeli Axis of Good”. This was in the first year of the US assault on Iraq, which France’s refusal to join had led Washington to rechristen what it calls “French fries” (Belgian, actually) as “Freedom fries”.  A relatively mild attack on George W. Bush’s “Axis of Evil” seemed totally in the mood of the times. The sketch ended with a brief salute, “Isra-heil”.  This was far from being vintage Dieudonné, but nevertheless, the popular humorist was at the time enthusiastically embraced by other performers while the studio audience gave him a standing ovation. Then the protests started coming in, especially concerning the final gesture seen as likening Israel to Nazi Germany. (…) Thus began a decade of escalation.  LICRA began a long series of lawsuits against him (“incitement to racial hatred”), at first losing, but keeping up the pressure.  Instead of backing down, Dieudonné went farther in his criticism of “Zionism” after each attack.  Meanwhile, Dieudonné was gradually excluded from television appearances and treated as a pariah by mainstream media.  It is only the recent internet profusion of images showing young people making the quenelle sign that has moved the establishment to conclude that a direct attack would be more effective than trying to ignore him. To begin to understand the meaning of the Dieudonné affair, it is necessary to grasp the ideological context.  For reasons too complex to review here, the French left – the left that once was primarily concerned with the welfare of the working class, with social equality, opposition to aggressive war, freedom of speech – has virtually collapsed.  The right has won the decisive economic battle, with the triumph of policies favoring monetary stability and the interests of international investment capital (“neo-liberalism”).  As a consolation prize, the left enjoys a certain ideological dominance, based on anti-racism, anti-nationalism and devotion to the European Union – even to the hypothetical “social Europe” that daily recedes into the cemetery of lost dreams. In fact, this ideology fits perfectly with a globalization geared to the requirements of international finance capital. In the absence of any serious socio-economic left, France has sunk into a sort of “Identity Politics”, which both praises multiculturalism and reacts vehemently against “communitarianism”, that is, the assertion of any unwelcome ethnic particularisms. (…) France has adopted laws to “punish anti-Semitism”.  The result is the opposite.  Such measures simply tend to confirm the old notion that “the Jews run the country” and contribute to growing anti-Semitism.  When French youth see a Franco-Israeli attempt to outlaw a simple gesture, when the Jewish community moves to ban their favorite humorist, anti-Semitism can only grow even more rapidly. Diana Johnstone

Après le mariage,… la victimisation pour tous !

Alors qu’attirés par le goût du sang de la polémique qui enfle et contre toutes les hyprocrites dénégations ("anti-système", on vous dit !) de leurs initiateurs, nos nouveaux tenants du socialisme des imbéciles bouffeurs de rabbins disent chaque jour un peu plus la pathétique vérité de leur geste

Et que d’autres qui avec leurs confrères bouffeurs de curé se sont faits un véritable de fonds de commerce de la caricature la plus débile en sont à dénoncer le jusqu’alors silence assourdissant d’une ministre de la Justice à qui l’on doit déjà deux lois vériticides (historique et biologique) …

Pendant qu ‘outre-manche ou atlantique et sans la moindre loi mémorielle, on ne semble pas trop plaisanter avec ces choses …

Comment ne pas voir après les lois liberticides sur les génocides juif et arménien ou l’actuelle mode des génocides et autres mariages pour tous

Et les tentatives, jusqu’ici heureusement infructueuses, du totalitarisme islamique de faire condamner les caricatures de leur propre prêcheur de haine

L’énième épisode d’un syndrome mimétique et de la concurrence des victimes qui est ici en train de se rejouer dans ce cimetière rempli d’idées chrétiennes devenues folles qu’est devenu notre monde moderne ?

Mais aussi, au-delà des indéniables risques de banalisation (Enderlin-Dieudonné, même combat!) l’immense cadeau que l’on est en train de faire en prétendant le priver de son imprescriptible droit à la bêtise la plus crasse …

A l’humoriste de seconde zone qui, réduit à jouer les victimes (jusqu’à sa propre insolvabilité pendant que Madame dépose la marque de l’objet du délit!) et à multiplier les provocations à l’instar de son pathétique mentor front-nationaliste, avait largement lui aussi dépassé sa date de péremption ?

La "quenelle" de Dieudonné : face aux idées, la répression et la violence sont inutiles

Arnaud Lavalade

Chargé d’études

Le Nouvel Observateur

29-12-2013

Manuel Valls n’a pas de mots assez durs pour définir l’essayiste Alain Soral et l’humoriste Dieudonné M’bala M’bala. Les considérant comme des ennemis de la République, dégoûté par leur "idéologie nauséabonde", il prône désormais l’interdiction des spectacles de Dieudonné.

Du débat public à la répression de la parole

Cette politique répressive est censée faire face à la "dieudonnisation des esprits", et s’inscrit plus globalement dans le cadre de la lutte contre des idées jugées inacceptables. Cette lutte a pu prendre différentes formes, allant de l’agression physique aux interdictions de spectacles par des élus locaux, en passant par de multiples condamnations publiques ou judiciaires.

Entre autres condamnations récentes, la maison d’édition Kontre Kulture, diffusant les œuvres des deux militants, s’est vue forcée de censurer plusieurs de ses ouvrages. En parallèle, Dieudonné M’bala M’bala a été condamné en appel pour sa chanson "Shoah Nanas" à 28.000 euros d’amende.

La répression systématique étendue aux "quenelleurs"

Cette répression s’étend également à tous ceux affichant, de près ou de loin, des affinités pour le duo polémique. Entre autres : les "quenelleurs", pratiquant le geste de la quenelle, considéré par certains comme une sorte de bras d’honneur, par d’autres comme un salut nazi ou un signe simplement antisémite.

Les actions "anti-quenelles" reprennent un schéma comparable : ennuis professionnels, condamnations publiques, procès, voire des actes illégaux accomplis par des activistes, tels que des piratages informatiques ou violences physiques. En sus, on attend de toute célébrité ayant déjà réalisé une quenelle qu’elle s’explique publiquement sur son geste.

Malheureusement, toutes ces manœuvres sont non seulement inutiles, mais également contre-productives. Et cela, qu’elles soient légales ou illégales, menées par des individus ou des institutions : la répression ne fonctionne pas lorsqu’elle lutte contre des idées.

La répression décerne le titre "d’ennemi du système"

La répression d’idées "dissidentes" par les pouvoirs publics ou les médias nationaux a un effet pervers : elle leur offre un véritable "diplôme de non-respectabilité".

Cela tient de la logique circulaire : si ces idées sont combattues avec autant d’acharnement par des "représentants du système" (journalistes, commentateurs, intellectuels médiatiques) ou par les pouvoirs publics, c’est qu’elles dérangent. Encore récemment, le Front national utilisait cet effet, s’appuyant sur sa "diabolisation" afin de prouver qu’il constituait un parti d’opposition de premier ordre.

Dieudonné l’expliqua lui-même à la suite de sa dernière condamnation : "Je n’ai pas le droit à la prison, c’est évidemment une très très grande déception, parce que je m’y étais préparé, ça faisait partie de ma campagne promotionnelle".

La censure, un outil désuet

Aujourd’hui, la censure produit l’effet totalement inverse de son objectif premier ; il s’agit de l’une des applications de l’Effet Streisand. Cet effet s’ajoute à celui de la "validation" des idées comme anti-systèmes par les "représentants du système" eux-mêmes.

Cette censure confine à l’absurde lorsqu’elle concerne la publication d’œuvres tombées dans le domaine public, comme c’est le cas de celles de Léon Bloy ou d’Edouard Drumont, éditées par Kontre Kulture.

À ce premier anachronisme qui consiste à vouloir empêcher la diffusion de textes politiques en France au XXIe siècle, s’ajoute un problème technique et moral : pourquoi empêcher une maison d’édition de publier des textes que n’importe quel internaute peut dénicher gratuitement ?

À l’heure de la diffusion numérique massive, même des textes hors-domaine public, donc piratés, s’obtiennent sans difficulté sur internet.

Une violence inutile

Par chance, nous vivons dans une démocratie. Les seules violences exercées contre des porte-paroles d’idéologies jugées inacceptables le sont par des individus n’ayant aucun lien avec les pouvoirs publics. Malgré tout, cette approche fait partie du prisme répressif, du front luttant contre les idées d’Alain Soral et Dieudonné M’bala M’bala. Et comme les approches légales de la répression, il est important de souligner qu’elles sont parfaitement inutiles.

La violence, qu’elle soit légalement ou illégalement exercée, affaiblit difficilement les idées. Au contraire : celles-ci se nourrissent des réactions qu’elles engendrent, et se renforcent grâce aux actes engagés contre leurs porte-paroles.

Ainsi, les agressions d’Alain Soral et Dieudonné M’bala M’bala, les menaces qu’ils reçoivent et la pression exercée sur les "quenelleurs" sont prises comme des raisons supplémentaires de poursuivre leur combat. La radicalisation d’Alain Soral, par exemple, est postérieure à son agression en 2004, lors d’une dédicace, durant laquelle l’essayiste fut blessé au même titre que ses lecteurs.

Une répression contre-productive

Que l’on juge nauséabonde ou honorable une idéologie, celle-ci obéit à la même loi : ses défenseurs trouvent dans la répression une raison supplémentaire de tenir tête à leurs adversaires.

Les démocrates et les défenseurs de l’ordre républicain devraient se rappeler qu’il y a bien plus d’utilité et de noblesse à défendre l’expression libre d’idées avec lesquelles nous ne sommes pas d’accord. L’Histoire devrait également leur rappeler que le marteau du juge, la matraque du policier ou la barre de fer du militant violent n’ont jamais réussi à arrêter des idées, nauséabondes ou non.

Face aux idées, il ne peut y avoir que des idées. La condamnation systématique et aveugle, la haine comme moteur de l’action politique et la mystification de l’adversaire ne sont que des pratiques inefficaces et désuètes. Au mieux, elles troublent le jeu démocratique ; au pire, elles renforcent ceux qu’elles comptaient combattre.

Voir aussi:

Ca part en quenelle

Louis-Marie Horeau

Le Canard enchainé

31 décembre 2013

Il se marre. Il se bidonne, il s’éclate, Dieudonné ! La polémique sur la possible interdiction de son show a refait le plein de carburant pour sa petite machine à haine, et à cash. Le ministre de l’Intérieur va demander aux préfets d’invoquer un risque de «trouble à l’ordre public ».

« Trouble à l’ordre public » ?

C’est presque la Légion d’honneur qui lui est ainsi décernée. Dieudonné se nourrit du «trouble» et conchie l’ «ordre public », qui n’est, pour lui, que l’ordre sioniste, l’ordre des Juifs, l’ordre du « système ».

Ses fans s’enflamment : si Dieudonné est ainsi menacé, c’est bien qu’il dérange ! Et qu’il vise juste ! Car le public qui se presse pour assister à son spectacle a évolué, au fil des années, suivant docilement la trajectoire de l’« artiste». Ce n’est plus l’humoriste que l’on va voir pour rigoler un bon coup. C’est le provocateur. C’est l’«antisystème ».

A chaque dérapage antisémite, l’assistance est parcourue par le délicieux frisson de l’interdit. Le sommet est atteint quand Dieudonné se lâche et reprend dans un sketche les termes d’une plainte déposée par son avocat. « La sodomie ne pouvant être réalisée sur des restes calcinés de corps humains sortis des fours crématoires nazis, et pire encore après qu’ils aient été transformés en savon…» Applaudissements.

Il faut une solide dose d’aveuglement, ou plutôt de mauvaise foi, pour ne pas traduire correctement le mot « système ». Si le monde va comme il va, c’est parce que les Juifs le font tourner. Il ne s’agit pas seulement d ‘ une vulgaire déclaration raciste. C’est une lecture de l’Histoire : la lecture des nazis.

D’ailleurs, la filiation est assumée, avec cette fameuse «quenelle». Ce geste est celui du Docteur Folamour, dans le film du même nom. Incapable de réfréner le salut nazi que fait compulsivement son bras droit, le héros est obligé de le bloquer avec la main gauche. Le gag de Kubrick a fait florès. Mille fois répété, bien avant que Dieudonné s’en saisisse, sa signification est parfaitement claire : je suis nazi, mais je ne dois pas l’exprimer. Il suffit pour s’en convaincre de recenser les lieux choisis par les fans qui se font photographier en pleine quenelle et adressent le cliché au site Internet de Dieudonné : le mémorial de la Shoah à Berlin, la voie ferrée menant à Auschwitz, l’école de Toulouse où Merah a tué des enfants juifs… Rien d’antisémite dans ces choix! Ceux qui font mine de s’interroger sur la portée du geste se foutent du monde. Et ils font rigoler Dieudonné.

Ce ne sont pas quelques arrêtés d’interdiction qui vont l’empêcher de se marrer. Toutes les tentatives dans ce sens se sont heurtées au droit et ont été annulées par les tribunaux administratifs . Le régime de la censure préalable n’a plus le droit de cité en France, et c’est heureux . En revanche, la justice a son mot à dire. Et elle le dit : plusieurs condamnations ont déjà été prononcées, d’autres sont à venir. Et Dieudonné rigole toujours. Il rigole parce que les poursuites sont engagées par des particuliers ou des associations. Les procureurs de la République roupillent. La Chancellerie regarde ailleurs, la ministre de la Justice se tait.

Tiens ? Où est-elle passée, Christiane Taubira, en pleine tourmente Dieudonné ? Quelles instructions a-t-elle données aux parquets généraux ? Il y a de quoi rire, en effet, quand on sait qu’aucune des condamnations déjà prononcées n’a été exécutée . Dieudonné se marre, et il y a de quoi. Le ministre de l’Intérieur se fâche, et il a raison, mais il est impuissant. La ministre qui pourrait agir est aux abonnés absents . Une idée de sketch pour le prochain spectacle ?

Voir également:

Dieudonné et sa "quenelle" : lettre à mes amis (encore) fans de l’humoriste

Thomas Carre-Pierrat

Le Nouvel observateur

28-12-2013

Vous êtes encore quelques-uns, dans mon entourage, à vouloir rigoler des blagues de Dieudonné. Pendant longtemps, il fut l’un de nos comiques préférés, pour ne pas dire le premier. Il était assurément l’humoriste le plus doué de sa génération ; un comédien génial et un auteur d’exception.

Comme vous, je suis encore capable de réciter certains de ses sketchs par cœur. Mais voilà, cela fait un moment que "Dieudo", comme vous l’appelez encore, ne me fait plus marrer. En fait, j’ai décroché le jour où j’ai compris qu’il se moquait ouvertement de nous.

Dieudonné a basculé dans la mouvance d’extrême droite

Malheureusement, Dieudonné n’est plus un provocateur, un type subversif qui utilisent l’humour pour taper où cela fait mal. Il est devenu un homme politique qui se sert de ses spectacles pour diffuser des idées qui nous ulcèrent par ailleurs.

Dans un souci de cohérence, j’ai dû arrêter de le soutenir car je ne pouvais plus cautionner un mec qui traîne dans la nébuleuse de l’extrême droite et fréquente des hauts responsables du Front national, ce parti contre lequel nous avons si souvent usé nos souliers.

Essayez de répondre franchement et de manière convaincante aux questions suivantes : comment peut-on apprécier un type qui était venu consoler Jean-Marie Le Pen après sa défaite à la présidentielle en 2007 ? A-t-on envie de s’asseoir sur les bancs de son théâtre qui a servi de salle de formation pour des militants du Front National ? Est-il vraiment drôle et subversif de choisir Jean-Marie Le Pen pour être le parrain de sa fille ? Auriez-vous envie comme Dieudonné, d’aller boire des coups avec Serge Ayoub, l’un des leaders des skinheads français, après la mort du militant antifasciste Clément Méric ?

La vérité est tristement factuelle. Dieudonné est aujourd’hui un militant d’extrême droite. Cela ne signifie pas que vous l’êtes également. Mais, lorsque vous regardez ses spectacles, un certain nombre de vos voisins viennent précisément pour cette raison.

Car eux, ont bien compris que Dieudonné ne blaguait pas sur les juifs comme il est capable de le faire avec les musulmans, les catholiques ou les bouddhistes. Ils savent que Dieudonné est passé, au fil du temps, d’antisioniste à antisémite. Il fait partie de ces gens qui croient réellement en l’existence d’un lobby juif dont nous serions les frêles marionnettes.

Un humoriste qui vous coupe l’appétit

Le seul trait de génie dont on peut encore créditer Dieudonné, est précisément de s’appuyer sur cette ambiguïté entre l’humoriste et le politique pour faire passer un message purement et banalement antisémite. En cela, et pour le paraphraser, Dieudonné est la branche comique de l’extrême droite.

Je préfère le répéter une nouvelle fois ; cela ne signifie pas, chers amis, que vous seriez également d’extrême droite, de la même manière que bien des "quenelles" n’ont aucun soubassement antisémite.

Mais, en participant à cela, vous cautionnez son combat nauséabond et vous faites prospérer la boutique de Dieudonné et de ses nouveaux camarades.

Comment peut-on critiquer, à juste titre, les hommes politiques qui stigmatisent les étrangers, les musulmans ou les Roms pour chasser sur les terres du FN et continuer d’applaudir un mec qui mange déjà à la table des Le Pen ? Personnellement, cela me coupe définitivement l’appétit.

Le "système" n’est pas l’ennemi de Dieudonné mais son gagne-pain

En réalité, Dieudonné vous a fait cocu avec l’extrême-droite et vous continuez à fermer les yeux parce que vous aimez son image de rebelle, pourfendeur du "système". Désolé de vous décevoir là-aussi, mais Dieudonné n’est qu’un rebelle de supermarché, un provocateur de bac à sable.

Franchement, peut-on se présenter comme un adversaire du "système" et se faire prendre en photo avec des Yannick Noah, Tony Parker ou Mamadou Sakho, c’est-à-dire des millionnaires, purs produits du système et dont la conscience politique est comparable à l’érudition de Nabilla.

Si vous souhaitez éveiller vos consciences, ou lutter contre l’ordre établi, je vous recommande plutôt de lire des livres de Noam Chomsky ou Naomi Klein. Leurs œuvres sont moins drôles, mais légèrement plus pertinentes et argumentés que les saillies inutiles de Dieudonné.

Le "système" n’est pas l’ennemi de Dieudonné mais son gagne-pain. Dans la plus pure tradition de l’extrême droite, il joue sur les peurs et les indignations de son public en lui livrant un bouc-émissaire éternel, le prétendu lobby juif. En plus d’avoir perdu son sens de l’humour, Dieudonné est un piètre penseur sans idée et dont l’idéologie ne procède que d’un délire paranoïaque.

Il faut tourner définitivement la page

L’humoriste Dieudonné est malheureusement mort et il faut être capable d’en faire son deuil. Comme tous les grands, il est irremplaçable. Sa pathétique réincarnation qui s’agite au Théâtre de la Main d’or est épouvantable. Malgré les légères ressemblances, il est vain de vouloir le défendre. Il n’y a plus rien à faire si ce n’est tourner définitivement la page.

Plus que d’éventuelles interdictions des pouvoirs publics ou de sanctions judiciaires qui le maintiendraient confortablement dans sa position de victime, Dieudonné doit être condamné par son public.

Chers amis, en cette fin d’année, prenez une bonne résolution : cessez de rire aux sketches de ce personnage car, à chacun de vos applaudissements, derrière la scène, c’est l’extrême droite qui se frotte les mains.

Voir également:

Les «quenelles» de Dieudonné laissent un sale goût

Guillaume Gendron

Libération

12 septembre 2013

RÉCIT

Le salut inventé par l’humoriste condamné pour antisémitisme a essaimé sur le Web. Des sanctions contre deux soldats qui ont reproduit le geste vont être prises.

Main ouverte près de l’épaule, bras opposé tendu vers le bas, paume ouverte et doigts joints, les deux militaires posent devant une synagogue, rue de Montevidéo, dans le XVIe arrondissement de Paris. Tout sourire, les deux chasseurs alpins en mission Vigipirate dans la capitale reproduisent le geste dit de la «quenelle», dont la paternité est revendiquée par l’humoriste controversé Dieudonné, poursuivi et condamné à plusieurs reprises pour des propos antisémites. La photo, qui circule depuis quelques semaines sur les réseaux sociaux après sa publication sur un site «antisioniste», a provoqué l’ire de Jean-Yves Le Drian, le ministre de la Défense, qui a réclamé mardi des sanctions à l’encontre des deux militaires. «Ils ont porté atteinte à l’uniforme et aux valeurs de l’armée de terre», a fait savoir, hier, Pierre Bayle, porte-parole du ministère de la Défense, qui a envoyé un «rappel au règlement à l’ensemble des personnels».

Totem. Depuis la diffusion du cliché par le magazine le Point en début de semaine, plusieurs autres photos de soldats «glissant des quenelles», selon l’expression consacrée par Dieudonné, avaient fait surface. Une source militaire parle même «d’un phénomène de mode», invisible aux yeux du grand public mais loin de se limiter aux rangs de l’armée. Bras d’honneur «bien profond dans le cul du système» pour ses ouailles ou ersatz de salut nazi à peine déguisé pour ses détracteurs, la «quenelle» de Dieudonné est à la fois un signe de ralliement et un message subliminal. Comme les ananas, autre totem des dieudonâtres faisant référence à la chanson Shoahnanas (un détournement antisémite de la chanson Cho Ka Ka O d’Annie Cordy pour laquelle il a été condamné fin 2012), la quenelle est d’autant plus réussie quand elle passe inaperçue aux yeux des profanes et des principales cibles de la vindicte dieudonesque. Soit les «sionistes», les médias et «le système».

Code. D’année en année, parallèlement à l’ostracisation plus ou moins orchestrée de l’humoriste enchaînant les dérapages, la quenelle s’est répandue sur la fachosphère. Quitte à être reprise par des milliers d’anonymes et des personnalités qui n’en mesurent pas totalement la symbolique, à l’image d’un Tony Parker immortalisé en compagnie de Dieudonné dans les coulisses du théâtre de la Main d’or ou du footballeur montpellierain Mathieu Deplagne après avoir marqué un but. «La quenelle est avant tout un code identitaire, qui a acquis une vraie popularité chez les jeunes. Difficile de dire que tous aient conscience de la portée de ce geste», estime Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême droite. Le politologue définit cependant le groupe hétéroclite de fans de Dieudonné comme «une mouvance transversale, antisystème et complotiste, dont l’antisémitisme reste la colonne vertébrale. Leur vision du monde est celle d’un ordre mondial dominé par l’axe Washington-Tel-Aviv. Derrière les discours fustigeant l’Otan et la finance internationale, tout en soutenant Bachar al-Assad et Hugo Chávez, il y a la conviction qu’au fond, ce sont les Juifs qui tirent les ficelles.»

Les origines du geste sont floues, sans cesse réinventées par son géniteur. En revanche, son usage systématique lors des apparitions publiques de Dieudonné date de la «liste antisioniste», qu’il a présentée en Ile-de-France lors des européennes de 2009, au côté d’Alain Soral, ex-plume de Jean-Marie Le Pen, devenu gourou idéologique de l’humoriste. A l’époque, Dieudonné se réjouissait à «l’idée de glisser [sa] petite quenelle dans le fond du fion du sionisme», comme il l’avait déclaré à Libération. Aujourd’hui, la quenelle se veut «révolutionnaire».

Dans une vidéo postée sur YouTube le 20 août et vue 385 000 fois, Dieudonné, écharpe du Hamas au cou, se délecte de la popularité exponentielle du geste, feignant d’être dépassé par son succès. «Je ne pensais pas que le mouvement de la quenelle irait aussi loin. Aujourd’hui, cet acte subversif ne m’appartient plus, il appartient à la révolution.» S’ensuit un montage photo de «quenelles glissées» par des jeunes, des vieux, des pompiers, des syndicalistes. On retrouve le geste sur des photos de classe et de mariage. D’autres, prises devant des synagogues en France ou à l’étranger et jusqu’au mémorial de la Shoah à Berlin, ne cachent pas leur sous-texte antisémite. Climax de la vidéo, des policiers et militaires en tenue. Hilare, Dieudonné se met à «rêver d’un coup d’Etat au secours du peuple, comme en Egypte». Avec la condamnation du ministère de la Défense, la polémique dépasse désormais le cercle des initiés. Et ce débat amène certains, à l’instar du journaliste Jean-Laurent Cassely, à s’inquiéter d’une éventuelle «dieudonisation des esprits».

Voir encore:

La dieudonnisation des esprits, une (grosse) quenelle qui vient d’en bas

Jean-Laurent Cassely

Slate

27/06/2013

Un reportage de juin 2013. Le soir de la fête de la musique, Dieudonné tenait son grand meeting annuel, «Le Bal des Quenelles», entre festival d’humour et université d’été politique. Grâce à un ensemble de signes cryptés, il a formé en dix ans une petite contre-culture autour de lui: vous l’avez vu récemment dans Top Chef, Secret Story ou encore Pékin Express… Sans même le savoir.

Manuel Valls, le ministre de l’Intérieur, souhaite faire interdire les spectacles de Dieudonné. Dans une interview au Parisien, Manuel Valls rappelle que «Dieudonné a été condamné à plusieurs reprises pour diffamation, injures et provocation à la haine raciale». «C’est donc un récidiviste et j’entends agir avec la plus grande fermeté, dans le cadre de la loi» déclare-t-il. Nous republions à cette occasion le reportage de Jean-Laurent Cassely à l’un des spectacles de Dieudonné.

***

Un automobiliste roulant le 21 juin dans les environs de Saint-Lubin-de-la-Haye, à la limite de l’Ile-de-France et de la région Centre, serait tombé ce soir-là sur de petits panneaux indiquant la simple mention «quenelles» en bord de route, près d’un élevage bovin.

Il aurait peut-être cru qu’il s’agissait d’une vente directe de cette spécialité, mais aurait tiqué en se souvenant que c’est plutôt vers Lyon qu’on apprécie ce plat. Quelques virages plus loin, l’automobiliste aurait alors croisé, entassés dans une petite voiture, des jeunes brandissant des ananas depuis les fenêtres, ce qui leur procurait manifestement une très grande excitation.

Songeur, notre automobiliste imaginaire aurait alors continué sa route, s’interrogeant sur les mœurs curieuses de cette partie calme et isolée du pays. Sans se douter une seconde qu’à quelques kilomètres de là, la «Dieudosphère» tenait son grand rassemblement annuel.

C’est à cela qu’on reconnaît que Dieudonné a construit, patiemment et avec obstination, une petite contre-société, qui dispose désormais de signes de reconnaissance et de communication très sûrs, car totalement ésotériques pour le profane, mais très visibles même dans les médias les plus grand public.

Ananas, soleil, quenelle: une grammaire de la dieudosphère

La quenelle est, si on ose dire, le bras armé de l’idéologie de Dieudonné. Tout à la fois running gag, symbole politique et bras d’honneur dirigé contre ceux «d’en haut», «glisser une quenelle» consiste à placer sa main ouverte sur son bras opposé, à allonger se dernier pour faire un signe dont la signification est explicite. La référence au salut hitlérien est évidemment volontaire.

On a vu d’ailleurs apparaître ces «quenelles» dans le cadre de la campagne du Parti antisioniste, dont il fut l’éphémère tête de liste en Ile de France aux européennes de 2009, sur une affiche électorale dont l’ambiguïté n’était pas vraiment de mise…

La quenelle se décline en plusieurs tailles, à jauger en fonction du succès de l’action: petite quenelle, quenelle de 12, quenelle de 40, de 175, quenelle épaulée, etc. Plus la quenelle est longue, plus, bien entendu, le bras d’honneur est profond et procure satisfaction à son auteur. Un registre paillard qui rappelle un peu le slogan de Coluche lors de la présidentielle de 1981, pour laquelle il décidera finalement de se retirer: «Tous ensemble, pour leur foutre au cul». La cible n’est évidemment plus la même.

Quant à l’ananas, décliné tout au long de la soirée sous de multiples formes (ananas frais au buffet, fresque géante devant la salle, tee-shirts souvenir, déguisements, etc.), il est omniprésent pour rappeler la cause de la condamnation de l’intéressé pour provocation à la haine: la chanson Shoananas, qu’il reprend en cœur avec son public lors de chaque spectacle, sur l’air de la chanson Chaud Cacao d’Annie Cordy (Dieudonné a fait appel du jugement).

Depuis cette condamnation, la chanson Shoananas est le clou du spectacle Foxtrot, qui a tourné dans toute la France ces derniers mois. A chaque fois, Dieudonné fait mine de ne plus pouvoir la faire chanter à son public, sous peine de poursuites judiciaires… Et, bien sûr, finit par l’interpréter, pour le plus grand plaisir de la salle qui chante en choeur avec lui.

A l’entrée du Bal des quenelles, une fresque géante d’ananas donne le ton…

Le troisième signe de ralliement important qui, avec la quenelle et l’ananas, forme la trinité de la terminologie officielle, c’est l’expression «Au-dessus, c’est le soleil». Traduction: on s’attaque à la chose la plus haute, la plus sacrée possible (la Shoah, mais cela peut aussi s’appliquer à Bernard-Henri Levy ou à Mahmoud Ahmadinejad).

Cette phrase peut-être prononcée, imprimée sur tee-shirt, ou encore simplement mimée (il suffit pour cela de tenir son doigt en l’air comme pointé vers le soleil, en mimant avec la bouche une sorte de bisou pour en faire une caricature de rabin).

Un gif animé qui capture la gestuelle caractéristique du «Soleil». Mémorisez-là, c’est utile pour la suite de l’article

Quant à la quenelle à proprement parler, elle se décline en signes, en tee-shirts, en logos détournés. Elle est devenue une unité de langage. La voici parodiant le logo de Facebook, «réseau social sioniste».

Source: Dieudosphère

A l’entrée du Bal des quenelles, qui se déroule chaque année dans le vaste hangar où l’artiste tourne ses films, les fans venus de loin immortalisent ce moment en se faisant prendre en photo entre deux humains déguisés en ananas, mimant la fameuse quenelle. Un peu comme à Disneyland, quand Mickey ou Pluto viennent prendre la pose avec vos enfants…

Deux des trois signes codés de la dieudosphère: l’ananas et la quenelle, ici au Bal des quenelles 2013

Prendre la pose en mimant une quenelle est devenu un rituel chez les admirateurs de Dieudonné. Pour ce dernier, les quenelles sont un instrument politique: en demandant à ses fans de lui envoyer les photos et en les postant sur le mur de son compte Facebook officiel, il veut montrer à quel point il est soutenu par la base.

Ici à Strasbourg, la quenelle géante à laquelle le public est invité à participer en fin de spectacle se présente comme la défense de la liberté d’expression, et un bras d’honneur aux maires qui tentent de faire interdire le spectacle pour trouble à l’ordre public

Un public jeune et mélangé

Les gens sont venus nombreux: en couple, entre amis, la plupart se sont retrouvés à la gare voisine d’Houdan, d’où l’équipe de Dieudonné indiquait la route pour se rendre sur place, l’information n’étant pas disponible sur les billets sans doute pour éviter de voir la fête troublée par des opposants. De sympathiques jeunes gens m’ont amené en voiture jusqu’à la salle. D’ailleurs presque tous les participants sont jeunes.

Derrière moi, dans la queue pour accéder au buffet, deux très jeunes musulmans discutent du «Prophète», de ce qu’il autorise et ce qu’il interdit en matière d’alimentation, de culture, etc. Certains jeunes issus de l’immigration qui vivent leur revival religieux peuvent être naturellement séduits par les combats politiques de Dieudonné autour de la question palestinienne (ne me demandez pas de quantifier cette affirmation, évidemment nous n’en savons rien).

La recherche d’une vérité alternative basée sur un relativisme généralisé —le monde selon Dieudonné— a fini par séduire des populations hétéroclites. Tout un petit peuple de rastas blancs, qu’on imaginerait plutôt dans un festival reggae ou une free party. Une frange de l’extrême gauche altermondialiste, qu’on reconnaîtra facilement au port du tee-shirt à l’effigie d’Hugo Chavez ou au total look joueur de diabolo à Rennes. On supposera que cette jeunesse est plutôt arrivée là par le biais de la critique radicale des médias, de l’oligarchie et du «nouvel ordre mondial» que par le prisme du conflit israélo-palestinien, encore que les deux logiques aient tendance à s’entrecroiser.

Des partisans de Bachar el-Assad brandissant des drapeaux syriens et des portraits à l’effigie du dictateur sont d’ailleurs venus recevoir leur «Quenelle d’or» (catégorie «pour l’ensemble de son œuvre»), la petite statuette inspirée des César que Dieudonné distribue lors de ce bal annuel à ses soutiens ou à ceux qui partagent ses combats. Selon le site révisionniste Entre la plume et l’enclume, la quenelle sera d’ailleurs remise en mains propres au président syrien.

Quelques authentiques militants d’extrême droite, qui regrettent l’absence du négationniste Faurisson, sont aussi présents mais ne semblent pas représenter la majorité du public… En revanche on retrouve dans ces soirées les animateurs du réseau qui sont désormais des relais artistiques sur internet de la pensée «antisioniste», selon l’expression consacrée: le Jamel Comedy Club de Dieudonné. Car en un peu plus d’une décennie, Dieudonné a fait école.

Très présents sur Internet, ils publient des BD, des pamphlets ou des vidéos, comme les dessinateurs Zéon et Joe Lecorbeau —un «glisseur de quenelles» qui réalise des détournements dieudonniens de BD célèbres comme Astérix ou Tintin— ou sont actifs dans l’écriture et l’idéologie, comme Salim Laïbi (alias «Le libre penseur») et Alain Soral bien sûr —dit «Maître quenellier», distinction qu’il est le seul à partager avec Dieudonné.

La première partie était assurée par le comique Jo Damas, et par le régisseur des spectacles de Dieudonné, l’acteur Jacky Sigaux, célèbre pour son rôle du juif déporté dans les précédents spectacles du comédien, et qui est monté sur scène dans le personnage de «Samuel» pour se lancer dans une lamentation musicale intitulée «Je suis juif». Personnage copieusement hué par la salle.

Dieudonnisation médiatique ou l’entrisme de la quenelle

Mais ce «Dieudonnisme», que vous croyiez ne plus avoir aperçu dans les médias depuis un sketch chez Marc-Olivier Fogiel devant Jamel Debbouze en 2003, a su faire grimper son influence à la télévision, par des moyens souvent détournés et grâce à ses petites quenelles:

Le 23 janvier 2013, le footballeur de Montpellier Mathieu Deplagne marque son premier but en pro face au FC Sochaux. Pour son petit geste de parade, le footballeur mime alors une «quenelle». Le lendemain, il fait la une de Midi Libre.

Il est venu, le 21 juin, récupérer sa Quenelle d’Or, «catégorie sportive», des mains de Dieudonné.

Les sportifs sont, à l’image de Tony Parker, nombreux à effectuer ces clins d’oeil à l’humoriste.

Ci-dessous, Didier Dinart et Nikola Karabatic de l’équipe de France de hand.

Source: Facebook Dieudonné officiel

… Et oui, Yannick Noah aussi

Dans les émissions de téléréalité aussi, Dieudonné fait des apparitions fréquentes grâce à l’astuce de ses fans.

Sur TF1, dans l’émission Bienvenue chez nous du 20 juin, un jeune homme est apparu portant un tee-shirt «Au-dessus c’est le soleil».

Réaction de joie immédiate sur la page Facebook de Dieudonné:

«En direct sur TF1 ça glisse de la quenelle !!»

Et réactions enchantées du public:

Un peu plus tôt dans le mois, c’est cette fois l’équipe de la saison 2013 de Pékin Express (M6) qui pose en faisant une quenelle. Et il n’est pas inintéressant de reprendre la description que fait un blog pro-Dieudonné des participants, en tout point conforme au type de population que l’on trouvait au Bal des quenelles, c’est-à-dire des profils de classes moyennes et populaires.

«Denis (28 ans, comptable) & Julie (30 ans, chargée de communication), deux corses/ Linda & Salim (Un couple. Ils ont tout deux 33 ans et sont techniciens)/ Fabien (26 ans, barman et mannequin) & Tarik (51 ans, chanteur) : Père et fils.»

Le 5 mars 2013, c’était un candidat de Top Chef, l’émission culinaire star de M6, qui faisait une référence à Dieudonné en citant la phrase «Au-dessus, c’est le soleil». Mais est-ce vraiment une référence volontaire? Difficile à dire (à 2’56 dans la vidéo).

En 2010, c’est une équipe de candidats de l’émission Secret Story qui, interrogée lors d’un des appartés face caméra pour commenter les derniers épisodes, affirme avoir glissé une grosse quenelle à ses concurrents. Benjamin Castaldi lui-même reprend la formulation sur le plateau.

Sur Internet, les forums proches de l’humoriste exultent devant l’ironie de la situation. La principale chaîne du système vient de rendre un hommage appuyé bien qu’involontaire à l’humoriste le plus boycotté de France. Qui plus est, Secret Story est produit par Endemol, la société d’Arthur, ennemi juré de Dieudonné. L’archive a été rapidement supprimée, mais elle est encore visionnable sur le site russe Rutube.

Le niveau de conscience politique des multiples candidats de téléréalité qui citent du Dieudonné est difficile à évaluer, bien entendu (leur niveau de conscience tout court, peut-être, aussi). Mais le phénomène est bien réel.

Est-ce vraiment surprenant? Le dernier spectacle de Dieudonné, Foxtrot, a fait le plein des Zenith de France, réunissant 2 à 4.000 spectateurs par ville. Posté le 18 juin sur YouTube, ce dernier avait, le 23, été visionné près de 300.000 fois (vidéo aujourd’hui retirée). Quant au grand raout annuel des troupes, le Bal des quenelles, l’édition 2013 a écoulé toutes ses places, et il est raisonnable d’estimer l’affluence à un petit millier de personnes.

L’activité protéiforme de Dieudonné et sa capacité à se placer simultanément sur plusieurs tableaux constitue un phénomène assez nouveau. Il se passe bien quelque chose, mais on ne sait pas encore vraiment quoi.

Voir de plus:

Quenelle de Dieudonné : la stupidité des élites juives

Stephane Haddad

Riposte laïque

31 décembre 2013

La Quenelle de Dieudonné a pris des proportions considérables et comme son inventeur antisémite, le proclame fièrement, « ça ne lui appartient plus, ça appartient à l’Histoire ».

Il convient de rappeler que ce geste est apparu il y a au moins 5 ans. Dieudonné a mis ce geste à toutes les sauces, en visant les politiques, les administrations, le gouvernement, les américains, les juifs, etc. Personne ne l’avait remarqué pour autre chose que sa façon de faire rire son public, de la même manière que chaque humoriste a ses marottes et ses postures pour être identifié et se démarquer.

Pour l’immense majorité des personnes, dont je suis, il pouvait être considéré comme un geste provocateur, vulgaire ou drôle selon l’humeur et l’humour de chacun, mais pas comme le salut nazi inversé. La meilleure preuve en est que, pendant des années, ce geste ne soulevait pas l’indignation qu’il provoque aujourd’hui, et n’avait pas gagné une popularité d’une telle ampleur.

Il a fallu qu’un esprit peu éclairé de la communauté, décide que c’était là le symbole du salut Nazi inversé pour lui donner à présent cette unique signification et que le phénomène prenne des proportions considérables et irrattrapables….

Il fallait qu’un esprit en mal de reconnaissance, qui se croyait plus intelligent que les autres, « shoatise » le geste, pour se faire remarquer ( ?), ou pour déclarer vouloir lutter contre Dieudonné alors qu’il y a bien d’autres moyens et raison de le combattre et de le critiquer (une des meilleures étant probablement d’aller sur son terrain, et de le moquer, en le caricaturant en grouillot lèche babouche de l’Iran et des islamistes ce que personne ne fait…).

Même si il est possible que Dieudonné ait eu cette idée dès la création de cette posture, elle ne faisait pas les ravages actuelles qu’elle provoque avant qu’elle soit requalifiée de la sorte. De surcroit, Dieudonné « surfant sur la vague du succès » a, à présent, légèrement modifié le geste en baissant un peu le niveau de la main, pour effectivement le rapprocher du salut nazi inversé.

En décrétant ce geste comme le symbole du mal absolu, cette personne a de façon évidente offert sa plus belle victoire à Dieudonné, un peu comme lorsque l’on ouvre un programme indésirable dans un ordinateur, et qu’un virus contamine tout le réseau. C’est un désastre.

Il y a de surcroit un effet pervers beaucoup plus redoutable qui a été réveillé.

A présent que ce geste s’est répandu dans toutes les cours de récréation, des milliers de personnes qui faisaient ce geste par amusement et qui ne pensaient pas du tout aux juifs (et oui, Mesdames, Messieurs du Crif, les juifs et la shoah n’occupent pas les pensées de tout le monde, tout le temps….), il est certain que toutes ces personnes pourront se dire « c’est à cause des juifs et d’Israël (bref des sionistes) que l’on ne peut plus rigoler, ils nous cassent les pieds » (et je reste poli…).

On sait déjà que la source originelle de l’antisémitisme vient du fait que le judaïsme a instauré pour l’humanité des principes de vie et de morale avec les dix commandements, et que ne plus obéir totalement à son désir, mais avoir des contraintes morales est nécessairement une atteinte à sa liberté (on n’est plus libre de tuer qui on veut, de voler ce qui nous plait, et l’on ne se sent plus aussi bien lorsque l’on pratique l’adultère….).

Le désastre, c’est qu’aujourd’hui, pour les centaines de milliers de fans de Dieudonné, il y a un onzième commandement : on ne va plus pouvoir rigoler et faire de bonnes blagues à cause des juifs, des sionistes et d’Israël. Raison de plus pour résister à ce nouveau « diktat moral des juifs » en continuant à faire ce geste…. Cette mise en exergue d’un geste qui n’était qu’un trait de vulgarité, a réveillé un immense caractère antisémite dans des milliers de cerveaux français, et bientôt européens….

La Quenelle de Dieudonné, ou quand ceux qui se considèrent comme « l’élite » de la communauté juive devraient apprendre à tourner sept fois leur langue dans la bouche avant de parler.

Voir par ailleurs:

Dieudonné est un signe annonciateur de ce qui vient

Guy Millière

Dreuz

02 jan 201

Dois-je l’écrire ? Je ne suis pas socialiste. J’ai eu l’occasion de critiquer de nombreuses fois ce gouvernement, et Manuel Valls. Mais quand Manuel Valls prend une position digne, je dis que Manuel Valls prend une position digne, je le dis. Et, en l’occurrence, je dis que Manuel Valls prend une position digne dans l’affaire Dieudonné.

J’ajoute que ceux qui invoquent la liberté de parole ou les principes inhérents au Premier amendement à la Constitution des Etats-Unis se trompent : il ne s’agit plus, en l’occurrence, de liberté de parole, mais d’incitations à la haine, et, sans doute, d’incitations au meurtre, voire d’incitation au génocide. C’est en tout cas dans cette catégorie que tombent les propos tenus par le principal intéressé concernant Patrick Cohen et les chambres à gaz. La liberté de parole ne couvre pas les incitations au meurtre, voire les incitations au génocide, qui peuvent faire l’objet de procédures judiciaires aux Etats-Unis, à juste titre à mes yeux. Dire « je suis raciste » est une chose (qui rentre dans la même catégorie que dire : je suis un salaud) : dire « ce serait bien de tuer les Noirs » est tout à fait une autre chose.

Je précise que ceux qui parlent de « spectacle » se trompent aussi : il ne s’agit plus de spectacle lorsque les propos qu’on tient sont emplis de connivences permettant aux racistes, aux antisémites, aux négationnistes, à ceux qui souhaitent la destruction génocidaire d’Israël de s’exciter ensemble et d’entendre de surcroît les incitations susdites.

Je souligne que les propos des dirigeants du Front National sur le sujet suffisent à montrer que décidément, le Front National continue à entretenir un rapport aux Juifs, au judaïsme et à Israël couvert de moisissures.

Je souligne aussi que les propos tenus de façon récurrente dur un site tel que Boulevard Voltaire montrent la dérive de ce site vers des positions qui sont celles d’une extrême droite qui ne me semble pas très fréquentable.

Publier des propos anti-israéliens comme il en traîne dans des publications déjà nombreuses n’a rien d’original. Faire de la publicité pour des livres radicalement anti-israéliens (tels « Le livre noir de l’occupation israélienne ») dans un contexte où des textes excusent ou édulcorent l’antisémitisme n’a rien de courageux.

Dans une société comme la société américaine, Dieudonné serait considéré comme si abject qu’il aurait déjà disparu de l’horizon, et se produirait devant des salles quasiment vides. Malgré Obama, les Etats-Unis restent un pays très imperméable à l’antisémitisme, et c’est ce qui en fait un pays qui reste plus sain que la France. On trouve aux Etats-Unis de la propagande « pro-palestinienne », sur les campus universitaires surtout, mais ceux qui disséminent cette propagande veillent soigneusement à éviter ce qui pourrait permettre de les accoler à des propagateurs de haine antisémite.

En France, l’abjection qu’incarne désormais Dieudonné remplit les salles, crée des réseaux, use de signes de ralliement prolongeant les connivences inhérentes aux spectacles. Les commentaires publiés après divers articles de presse montrent que l’antisémitisme remonte des égouts et traine désormais dans de nombreux caniveaux.

Parce qu’il prend position, avec courage, Meyer Habib, qui mène remarquablement un travail de vigilance contre l’antisémitisme et l’ « antisionisme », se voit incité à aller vivre en Israël.

Cela ne concerne pas toute la France, sinon Jean-Jacques Goldman et Patrick Bruel y seraient des marginaux, tout comme Gad Elmaleh ou Patrick Timsit, mais cela concerne néanmoins une part inquiétante de la population française : il existe en ce pays une nébuleuse fétide où se mêle une extrême droite porteuse de relents pétainistes, catholiques intégristes, nationalistes myopes, anti-israéliens et anti-américains, une extrême-gauche qui ne se distingue de l’extrême droite que parce qu’elle est favorable à l’islamisation du monde et à l’immigration sans contrôles, et, précisément, des courants islamiques eux-mêmes anti-israéliens et anti-américains. L’extrême droite camoufle son antisémitisme sous le manteau de l’ « antisionisme », qui est celui sous lequel s’abritent aussi extrême gauche et courants islamiques. Dieudonné trouve un public dans les divers composants de cette nébuleuse. Il suscite aussi chez des spectateurs de passage une accoutumance à certains parfums. Ces parfums sont ceux de la décomposition.

On n’arrêtera pas la décomposition en interdisant des spectacles. Mais si des vagues de révolte contre ce que signifient ces spectacles se lèvent, ce seront des vagues salubres. Et elles ont mon soutien.

On n’arrêtera pas le recours à certains gestes en interdisant ceux-ci. Mais faire un geste qui se trouve fait et photographié à Auschwitz, devant des synagogues, devant l’école juive de Toulouse où Merah a assassiné des enfants juifs, devant des photos d’Anne Frank, et j’en passe, c’est faire un geste lourd de sens et lourd de son poids de cadavres, et se voir traité comme un être infâme pour avoir fait ce geste est pleinement légitime. C’est se faire complice, par l’esprit, d’un crime contre l’humanité passé et de crimes contre l’humanité présents : ceux qui frappent des Israéliens et peuvent les frapper. Et que face à ce geste se lèvent aussi des vagues de révolte est sain et légitime.

Je crains, hélas, que Dieudonné soit l’un des signes annonciateurs de ce qui vient.

Je crains que des tendances plus denses et plus profondes soient à l’oeuvre en France.

Je crains que les amis de Manuel Valls, qui oeuvrent au sein du parti socialiste ne servent ces tendances, sans toujours savoir ce qu’ils font.

Je crains que les amis de Patrick Cohen qui oeuvrent au sein de la nomenklatura médiatique ne servent eux aussi ces tendances, sans eux-mêmes toujours savoir ce qu’ils font.

Je crains que nous ne soyons dans une époque très malsaine, et que cela ne s’arrange pas.

Des Français quittent la France chaque année, comme on quitte un navire qui glisse vers le naufrage : c’est un fait.

Des Juifs quittent la France chaque année parce qu’ils sentent ce qui passe dans l’air du temps : c’est un fait encore.

Je comprends ces départs.

Voir enfin:

The Move to Muzzle Dieudonné M’Bala M’Bala

The Bête Noire of the French Establishment

Diana Johnstone

Counterpunch

Paris

French mainstream media and politicians are starting off the New Year with a shared resolution for 2014: permanently muzzle a Franco-African comedian who is getting to be too popular among young people.

In between Christmas and New Year’s Eve, no less than the President of the Republic, François Hollande, while visiting Saudi Arabia on (very big) business, said his government must find a way to ban performances by the comedian Dieudonné M’Bala M’Bala, as called for by French Interior Minister, Manuel Valls.

The leader of the conservative opposition party, UMP, Jean-François Copé, immediately chimed in with his “total support” for silencing the unmanageable entertainer.

In the unanimous media chorus, the weekly Nouvel Observateur editorialized that Dieudonné is “already dead”, washed up, finished. Editors publicly disputed whether it was a better tactic to try to jail him for “incitement to racial hatred”, close his shows on grounds of a potential “threat to public order”, or put pressure on municipalities by threatening cultural subsidies with cuts if they allow him to perform.

The goal of national police boss Manuel Valls is clear, but the powers that be are groping for the method.

The dismissive cliché heard repeatedly is that “nobody laughs at Dieudonné any more”.

In reality, the opposite is true. And that is the problem. On his recent tour of French cities, videos show large, packed theaters roaring with laughter at their favorite humorist. He has popularized a simple gesture, which he calls the “quenelle”. It is being imitated by young people all over France. It simply and obviously means, we are fed up.

To invent a pretext for destroying Dieudonné, the leading Jewish organizations CRIF (Conseil Représentatif des Institutions Juives de France, the French AIPAC) and LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme, which enjoys special privileges under French law) have come up with a fantasy to brand Dieudonné and his followers as “Nazis”. The quenelle is all too obviously a vulgar gesture roughly meaning “up yours”, with one hand placed at the top of the other arm pointing down to signify “how far up” this is to be.

But for the CRIF and LICRA, the quenelle is “a Nazi salute in reverse”. (You can never be too “vigilant” when looking for the hidden Hitler.)

As someone has remarked, a “Nazi salute in reverse” might as well be considered anti-Nazi. If indeed it had anything to do with Heil Hitler. Which it clearly does not.

But world media are taking up this claim, at least pointing out that “some consider the quenelle to be a Nazi salute in reverse”. Never mind that those who use it have no doubt about what it means: F— the system!

But to what extent are the CRIF and LICRA “the system”?

France needs all the laughter it can get

French industry is vanishing, with factory shutdowns week after week. Taxes on low income citizens are going up, to save the banks and the euro. Disillusion with the European Union is growing. EU rules exclude any serious effort to improve the French economy. Meanwhile, politicians on the left and the right continue their empty speeches, full of clichés about “human rights” – largely as an excuse to go to war in the Middle East or rant against China and Russia. The approval rating of President Hollande has sunk to 15%. However people vote, they get the same policies, made in EU.

Why then are the ruling politicians focusing their wrath on “the most talented humorist of his generation” (as his colleagues acknowledge, even when denouncing him)?

The short answer is probably that Dieudonné’s surging popularity among young people illustrates a growing generation gap. Dieudonné has turned laughter against the entire political establishment. This has led to a torrent of abuse and vows to shut down his shows, ruin him financially and even put him in jail. The abuse also provides a setting for physical attacks against him. A few days ago, his assistant Jacky Sigaux was physically attacked in broad daylight by several masked men in front of the city hall of the 19th arrondissement – just opposite the Buttes Chaumont Park. He has lodged a complaint.

But how much protection is to be expected from a government whose Interior Minister, Manuel Valls – in charge of police – has vowed to seek ways to silence Dieudonné?

The story is significant but is almost certain to be badly reported outside France – just as it is badly reported inside France, the source of almost all foreign reports. In translation, a bit of garbling and falsehoods add to the confusion.

Why Do They Hate Him?

Dieudonné M’Bala M’Bala was born in a Paris suburb nearly 48 years ago. His mother was white, from Brittany, his father was African, from Cameroun. This should make him a poster child for the “multiculturalism” the ideologically dominant left claims to promote. And during the first part of his career, teaming up with his Jewish friend, Elie Simoun, he was just that: campaigning against racism, focusing his criticism on the National Front and even running for office against an NF candidate in the dormitory town of Dreux, some sixty miles West of Paris, where he lives. Like the best humorists, Dieudonné always targeted current events, with a warmth and dignity unusual in the profession. His career flourished, he played in movies, was a guest on television, branched out on his own. A great observer, he excels at relatively subtle imitations of various personality types and ethnic groups from Africans to Chinese.

Ten years ago, on December 1, 2003, as guest on a TV show appropriately called “You Can’t Please Everybody”, dedicated to current events, Dieudonné came on stage roughly disguised as “a convert to Zionist extremism” advising others to get ahead by “joining the American-Israeli Axis of Good”. This was in the first year of the US assault on Iraq, which France’s refusal to join had led Washington to rechristen what it calls “French fries” (Belgian, actually) as “Freedom fries”. A relatively mild attack on George W. Bush’s “Axis of Evil” seemed totally in the mood of the times. The sketch ended with a brief salute, “Isra-heil”. This was far from being vintage Dieudonné, but nevertheless, the popular humorist was at the time enthusiastically embraced by other performers while the studio audience gave him a standing ovation.

Then the protests started coming in, especially concerning the final gesture seen as likening Israel to Nazi Germany.

“Anti-Semitism!” was the cry, although the target was Israel (and the United States as allies in the Middle East). Calls multiplied to ban his shows, to sue him, to destroy his career. Dieudonné attempted to justify his sketch as not targeting Jews as such, but, unlike others before him, would not apologize for an offense he did not believe he had committed. Why no protests from Africans he had made fun of? Or Muslims? Or Chinese? Why should a single community react with such fury?

Thus began a decade of escalation. LICRA began a long series of lawsuits against him (“incitement to racial hatred”), at first losing, but keeping up the pressure. Instead of backing down, Dieudonné went farther in his criticism of “Zionism” after each attack. Meanwhile, Dieudonné was gradually excluded from television appearances and treated as a pariah by mainstream media. It is only the recent internet profusion of images showing young people making the quenelle sign that has moved the establishment to conclude that a direct attack would be more effective than trying to ignore him.

The Ideological Background

To begin to understand the meaning of the Dieudonné affair, it is necessary to grasp the ideological context. For reasons too complex to review here, the French left – the left that once was primarily concerned with the welfare of the working class, with social equality, opposition to aggressive war, freedom of speech – has virtually collapsed. The right has won the decisive economic battle, with the triumph of policies favoring monetary stability and the interests of international investment capital (“neo-liberalism”). As a consolation prize, the left enjoys a certain ideological dominance, based on anti-racism, anti-nationalism and devotion to the European Union – even to the hypothetical “social Europe” that daily recedes into the cemetery of lost dreams. In fact, this ideology fits perfectly with a globalization geared to the requirements of international finance capital.

In the absence of any serious socio-economic left, France has sunk into a sort of “Identity Politics”, which both praises multiculturalism and reacts vehemently against “communitarianism”, that is, the assertion of any unwelcome ethnic particularisms. But some ethnic particularisms are less welcome than others. The Muslim veil was first banned in schools, and demands to ban it in adult society grow. The naqib and burka, while rare, have been legally banned. Disputes erupt over Halal foods in cafeterias, prayers in the street, while cartoons regularly lampoon Islam. Whatever one may think of this, the fight against communitarianism can be seen by some as directed against one particular community. Meanwhile, French leaders have been leading the cry for wars in Muslim countries from Libya to Syria, while insisting on devotion to Israel.

Meanwhile, another community is the object of constant solicitude. In the last twenty years, while religious faith and political commitment have declined drastically, the Holocaust, called the Shoah in France, has gradually become a sort of State Religion. Schools commemorate the Shoah annually, it increasingly dominates historical consciousness, which in other areas is declining along with many humanistic studies. In particular, of all the events in France’s long history, the only one protected by law is the Shoah. The so-called Gayssot Law bans any questioning of the history of the Shoah, an altogether unprecedented interference with freedom of speech. Moreover, certain organizations, such as LICRA, have been granted the privilege of suing individuals on the basis of “incitement to racial hatred” (very broadly and unevenly interpreted) with the possibility of collecting damages on behalf of the “injured community”. In practice, these laws are used primarily to prosecute alleged “anti-Semitism” or “negationism” concerning the Shoah. Even though they frequently are thrown out of court, such lawsuits constitute harassment and intimidation. France is the rare country where the BDS (Boycott, Divestment, Sanctions) movement against Israeli settlement practices can also be attacked as “incitement to racial hatred”.

The violence-prone Jewish Defense League, outlawed in the United States and even in Israel, is known for smashing books shops or beating up isolated, even elderly, individuals. When identified, flight to Israel is a good way out. The victims of the JDL fail to inspire anything close to the massive public indignation aroused when a Jewish person falls victim to wanton violence. Meanwhile, politicians flock to the annual dinner of the CRIF with the same zeal that in the United States they flock to the dinner of AIPAC – not so much for campaign funds as to demonstrate their correct sentiments.

France has the largest Jewish population in Western Europe, which actually largely escaped the deportation during German occupation that expelled Jewish immigrants to concentration camps. In addition to an old, established Jewish population, there are many newcomers from North Africa. All this adds up to a very dynamic, successful population, numerous in the more visible and popular professions (journalism, show business, as well as science and medicine, among others).

Of all French parties, the Socialist Party (especially via the Israeli Labor Party of Shimon Peres in the Socialist International) has the closest historic ties with Israel. In the 1950s, when France was fighting against the Algerian national liberation movement, the French government (via Peres) contributed to the Israeli project of building nuclear weapons. Today it is not the Labor Party that rules Israel, but the far right. Hollande’s recent cozy trip to Benjamin Netanyahu showed that the rightward drift of policy in Israel has done nothing to strain relations – which seem closer than ever.

Yet this Jewish community is very small compared to the large number of Arab immigrants from North Africa or black immigrants from France’s former colonies in Africa. Several years ago, a leading Socialist Party intellectual, Pascal Boniface, cautiously warned party leaders that their heavy bias in favor of the Jewish community could eventually cause electoral problems. This statement in a political assessment document caused an uproar which nearly cost him his career.

But the fact remains: it is not hard for French people of Arab or African background to feel that the “communitarianism” that really has clout is the Jewish community.

The Political Uses of the Holocaust

Norman Finkelstein showed some time ago that the Holocaust can be exploited for less than noble purposes: such as extorting funds from Swiss banks. However, in France the situation is very different. No doubt, constant reminders of the Shoah serve as a sort of protection for Israel from the hostility aroused by its treatment of the Palestinians. But the religion of the Holocaust has another, deeper political impact with no direct relation to the fate of the Jews.

More than anything else, Auschwitz has been interpreted as the symbol of what nationalism leads to. Reference to Auschwitz has served to give a bad conscience to Europe, and notably to the French, considering that their relatively small role in the matter was the result of military defeat and occupation by Nazi Germany. Bernard-Henri Lévy, the writer whose influence has grown to grotesque proportions in recent years (he led President Sarkozy into war against Libya), began his career as ideologue by claiming that “fascism” is the genuine “French ideology”. Guilt, guilt, guilt. By placing Auschwitz as the most significant event of recent history, various writers and speakers justify by default the growing power of the European Union as necessary replacement for Europe’s inherently “bad” nations. Never again Auschwitz! Dissolve the nation-states into a technical bureaucracy, free of the emotional influence of citizens who might vote incorrectly. Do you feel French? Or German? You should feel guilty about it – because of Auschwitz.

Europeans are less and less enthusiastic about the EU as it ruins their economies and robs them of all democratic power over the economy. They can vote for gay marriage, but not for the slightest Keynesian measure, much less socialism. Nevertheless, guilt about the past is supposed to keep them loyal to the European dream.

Dieudonné’s fans, judging from photographs, appear to be predominantly young men, fewer women, mostly between the ages of twenty and thirty. They were born two full generations after the end of World War II. They have spent their lives hearing about the Shoah. Over 300 Paris schools bear a plaque commemorating the tragic fate of Jewish children deported to Nazi concentration camps. What can be the effect of all this? For many who were born long after these terrible events, it seems that everyone is supposed to feel guilty – if not for what they didn’t do, for what they supposedly might do if they had a chance.

When Dieudonné transformed an old semi-racist “tropical” song, Chaud Cacao, into Shoah Ananas, the tune is taken up en masse by Dieudonné fans. I venture to think that they are not making fun of the real Shoah, but rather of the constant reminders of events that are supposed to make them feel guilty, insignificant and powerless. Much of this generation is sick of hearing about the period 1933-1945, while their own future is dim.

Nobody Knows When to Stop

Last Sunday, a famous football player of Afro-Belgian origin, Nicolas Anelka, who plays in the UK, made a quenelle sign after scoring a goal – in solidarity with this friend Dieudonné M’Bala M’Bala. With this simple and basically insignificant gesture, the uproar soared to new heights.

In the French parliament, Meyer Habib represents “overseas French” – some 4,000 Israelis of French origin. On Monday he twittered: “Anelka’s quenelle is intolerable! I will introduce a bill to punish this new Nazi salute practiced by anti-Semites.”

France has adopted laws to “punish anti-Semitism”. The result is the opposite. Such measures simply tend to confirm the old notion that “the Jews run the country” and contribute to growing anti-Semitism. When French youth see a Franco-Israeli attempt to outlaw a simple gesture, when the Jewish community moves to ban their favorite humorist, anti-Semitism can only grow even more rapidly.

Yet in this escalation, the relationship of forces is very uneven. A humorist has words as his weapons, and fans who may disperse when the going gets rough. On the other side is the dominant ideology, and the power of the State.

In this sort of clash, civic peace depends on the wisdom of those with most power to show restraint. If they fail to do so, this can be a game with no winners.