Libertés: A quand la signalisation contenu sensible pour la Bible ? (Should the Bible come with trigger warnings ?)

28 mai, 2014
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Et l’Éternel dit: J’exterminerai de la face de la terre l’homme que j’ai créé, depuis l’homme jusqu’au bétail, aux reptiles, et aux oiseaux du ciel; car je me repens de les avoir faits. Genèse 6: 7
Si un homme des enfants d’Israël ou des étrangers qui séjournent en Israël livre à Moloc l’un de ses enfants, il sera puni de mort: le peuple du pays le lapidera. Si un homme couche avec la femme de son père, et découvre ainsi la nudité de son père, cet homme et cette femme seront punis de mort: leur sang retombera sur eux. Si un homme couche avec sa belle-fille, ils seront tous deux punis de mort; ils ont fait une confusion: leur sang retombera sur eux. Si un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils ont fait tous deux une chose abominable; ils seront punis de mort: leur sang retombera sur eux. Lévitique 20:2 et 11-13
Fille de Babylone, la dévastée, Heureux qui te rend la pareille, Le mal que tu nous as fait! Heureux qui saisit tes enfants, Et les écrase sur le roc! Psaumes 137
O Dieu, brise-leur les dents dans la bouche! Éternel, arrache les mâchoires des lionceaux Qu’ils se dissipent comme des eaux qui s’écoulent! Qu’ils ne lancent que des traits émoussés! Qu’ils périssent en se fondant, comme un limaçon; Sans voir le soleil, comme l’avorton d’une femme! Avant que vos chaudières sentent l’épine, Verte ou enflammée, le tourbillon l’emportera. Le juste sera dans la joie, à la vue de la vengeance; Il baignera ses pieds dans le sang des méchants. Et les hommes diront: Oui, il est une récompense pour le juste; Oui, il est un Dieu qui juge sur la terre. Psaumes 58: 7-11
Peut-on imaginer personnage littéraire plus désagréable que le Dieu de l’Ancien Testament? Jaloux et en étant fier; obsédé de l’autorité, mesquin, injuste et impitoyable; vengeur et sanguinaire tenant de l’épuration ethnique; tyrannique, misogyne, homophobe, raciste, infanticide, génocidaire, fillicide, pestilentiel, mégalomane, sadomasochiste et capricieusement diabolique. Richard Dawkins
 Parmi tous les écrits présents dans l’Index, la Bible avec ses adaptations, ses commentaires et les études bibliques, est de loin le livre le plus censuré jusqu’à la suppression de l’Index. Les éditions de la Bible en latin, en grec, dans les langues vulgaires en tout ou en partie, ainsi que des commentaires bibliques figurent nombreux dans le premier index roman. L’interdiction, maintenue pendant deux siècles, d’adapter la bible en langue vulgaire finit par assimiler dans l’imaginaire collectif les traductions bibliques aux livres hérétiques dits « Gigliola Fragnito ». Plusieurs raisons justifiaient ces interdictions aux yeux des censeurs, principalement l’existence d’éditions altérées et commentées par des hérétiques, et la méfiance à l’égard d’une interprétation personnelle du texte révélé, que seule l’Église pouvait interpréter d’une façon authentique. Le contact direct avec les sources de la foi pouvait provoquer des remises en question et altérer la doctrine, la morale, et l’organisation de l’Église. Wikipedia
Le monothéisme devient une arme de guerre forgée tardivement pour permettre au peuple juif d’être et de durer, fût-ce au détriment des autres peuples. Il suppose une violence intrinsèque exterminatrice, intolérante, qui dure jusqu’aujourd’hui (…) les juifs inventent le génocide – le premier en date dans la littérature mondiale. Jean Soler
Le schéma judéo-chrétien s’impose, même à ceux qui se disent indemnes de cette religion. Jean Soler pense même le communisme et le nazisme dans la perspective schématique de ce modèle de pensée. Ainsi, chez Marx, le prolétariat joue le rôle du peuple élu, le monde y est vu en termes d’oppositions entre bien et mal, amis et ennemis, l’apocalypse (la guerre civile) annonce le millénarisme (la société sans classes). (…) Toujours selon Jean Soler, le monothéisme devient une arme de guerre forgée tardivement pour permettre au peuple juif d’être et de durer, fût-ce au détriment des autres peuples. Il suppose une violence intrinsèque exterminatrice, intolérante, qui dure jusqu’aujourd’hui. La vérité du judaïsme se trouve dans le christianisme qui universalise un discours d’abord nationaliste. (…) Bien sûr, il ne souhaite pas revenir au polythéisme antique, mais il propose que nous nous mettions enfin à l’école de la Grèce après plus de mille ans de domination judéo-chrétienne. Une Grèce qui ignore l’intolérance, la banalisation de la peine de mort, les guerres de destruction massive entre les cités ; une Grèce qui célèbre le culte des femmes ; une Grèce qui ignore le péché, la faute, la culpabilité ; une Grèce qui n’a pas souhaité l’extermination massive de ses adversaires ; une Grèce qui, à Athènes, où arrive saint Paul, avait édifié un autel au dieu inconnu comme preuve de sa générosité et de son hospitalité – cet autel fut décrété par Paul de Tarse l’autel de son dieu unique, le seul, le vrai. Constantin devait donner à Paul les moyens de son rêve. Michel Onfray
Dans certains des Psaumes l’esprit de haine nous frappe au visage comme la chaleur d’une fournaise. Dans d’autres cas, le même esprit cesse d’être effrayant mais c’est pour devenir (aux yeux de l’homme moderne) presque comique par sa naïveté. (…) Si nous excusons les poètes des Psaumes sous prétexte qu’ils n’étaient pas chrétiens, nous devrions pouvoir montrer que les auteurs païens expriment le même genre de choses et pire encore (….) Je peux trouver en eux de la lascivité, une bonne dose d’insensibilité brutale, une froide cruauté qui va de soi pour eux, mais certainement pas cette fureur ou cette profusion de haine…. La première impression que l’on en retire est que les Juifs étaient bien plus vindicatifs et acerbes que les païens. CS Lewis
Il y a une quantité incroyable de violence dans des pièces telles que Médée ou les Bacchantes, dans la tradition dionysiaque dans son ensemble qui est centrée sur le lynchage. L’Iliade n’est rien d’autre qu’une chaîne d’actes de vengeance ; mais ce que C. S. Lewis et Nietzsche disent sur cette question est sans doute vrai si le problème est défini de la façon qu’ils le définissent il, à savoir en termes non pas de pure quantité de violence exposée mais de l’intensité de la rancoeur ou du ressentiment. (…) Même si les Bacchantes d’Euripide ne sont pas loin de prendre la défense de la victime, en fin de compte elles ne le font pas. Le lynchage du roi Penthée de la propre main de sa mère et de ses sœurs est horrible certes, mais pas mauvais; il est justifié. Le roi Penthée est coupable de s’immiscer dans les rituels religieux des Bacchantes, coupable de s’opposer au dieu Dionysos lui-même. René Girard
On dit que les Psaumes de la Bible sont violents, mais qui s’exprime dans les psaumes, sinon les victimes des violences des mythes : “Les taureaux de Balaam m’encerclent et vont me lyncher”? Les Psaumes sont comme une fourrure magnifique de l’extérieur, mais qui, une fois retournée, laisse découvrir une peau sanglante. Ils sont typiques de la violence qui pèse sur l’homme et du recours que celui-ci trouve dans son Dieu. René Girard
De nombreux commentateurs veulent aujourd’hui montrer que, loin d’être non violente, la Bible est vraiment pleine de violence. En un sens, ils ont raison. La représentation de la violence dans la Bible est énorme et plus vive, plus évocatrice, que dans la mythologie même grecque. (…) Il est une chose que j’apprécie dans le refus contemporain de cautionner la violence biblique, quelque chose de rafraîchissant et de stimulant, une capacité d’indignation qui, à quelques exceptions près, manque dans la recherche et l’exégèse religieuse classiques. (…) Une fois que nous nous rendons compte que nous avons à faire au même phénomène social dans la Bible que la mythologie, à savoir la foule hystérique qui ne se calmera pas tant qu’elle n’aura pas lynché une victime, nous ne pouvons manquer de prendre conscience du fait de la grande singularité biblique, même de son caractère unique. (…) Dans la mythologie, la violence collective est toujours représentée à partir du point de vue de l’agresseur et donc on n’entend jamais les victimes elles-mêmes. On ne les entend jamais se lamenter sur leur triste sort et maudire leurs persécuteurs comme ils le font dans les Psaumes. Tout est raconté du point de vue des bourreaux. (…) Pas étonnant que les mythes grecs, les épopées grecques et les tragédies grecques sont toutes sereines, harmonieuses et non perturbées. (…) Pour moi, les Psaumes racontent la même histoire de base que les mythes mais retournée, pour ainsi dire. (…) Les Psaumes d’exécration ou de malédiction sont les premiers textes dans l’histoire qui permettent aux victimes, à jamais réduites au silence dans la mythologie, d’avoir une voix qui leur soit propre. (…) Ces victimes ressentent exactement la même chose que Job. Il faut décrire le livre de Job, je crois, comme un psaume considérablement élargi de malédiction. Si Job était un mythe, nous aurions seulement le point de vue des amis. (…) La critique actuelle de la violence dans la Bible ne soupçonne pas que la violence représentée dans la Bible peut être aussi dans les évènements derrière la mythologie, bien qu’invisible parce qu’elle est non représentée. La Bible est le premier texte à représenter la victimisation du point de vue de la victime, et c’est cette représentation qui est responsable, en fin de compte, de notre propre sensibilité supérieure à la violence. Ce n’est pas le fait de notre intelligence supérieure ou de notre sensibilité. Le fait qu’aujourd’hui nous pouvons passer jugement sur ces textes pour leur violence est un mystère. Personne d’autre n’a jamais fait cela dans le passé. C’est pour des raisons bibliques, paradoxalement, que nous critiquons la Bible. (…) Alors que dans le mythe, nous apprenons le lynchage de la bouche des persécuteurs qui soutiennent qu’ils ont bien fait de lyncher leurs victimes, dans la Bible nous entendons la voix des victimes elles-mêmes qui ne voient nullement le lynchage comme une chose agréable et nous disent en des mots extrêmement violents, des mots qui reflètent une réalité violente qui est aussi à l’origine de la mythologie, mais qui restant invisible, déforme notre compréhension générale de la littérature païenne et de la mythologie. René Girard
Ceux qui considèrent l’hébraïsme et le christianisme comme des religions du bouc émissaire parce qu’elles le rendent visible font comme s’ils punissaient l’ambassadeur en raison du message qu’il apporte. René Girard 
Ce qui apparait comme une faiblesse est peut-être la clé de son succès. La Bible donne à chaque génération une liberté essentielle d’appropriation et de relecture. (…) La Bible, c’est tout le contraire de « L’Odyssée ». Son imperfection formelle est la preuve de sa véracité. Dieu ne peut être un poète, les poètes mentent, Dieu, Lui, dit le vrai … Jean-Christophe Attias
Une « trigger », ou en français un déclencheur, c’est un contenu — des mots, des images, un son, parfois même une odeur — qui déclenche chez quelqu’un ayant vécu un évènement traumatisant le souvenir de cet évènement, parfois suivi de moments très difficiles comme des crises d’angoisse, des flashbacks et d’autres éléments qui se retrouvent notamment dans le trouble de stress post-traumatique. Pour prendre un exemple qui risque de ne pas déranger trop de monde : si vous êtes phobique, disons, des lapins et que vous étiez dans un parc à boire un Coca quand une boule de poils à oreilles vous a soudain sauté sur le pied, il est possible que le goût ou la vue du Coca vous cause un sentiment de malaise, sans forcément que vous ne vous en rendiez compte. La plupart des déclencheurs concernent des choses plus sérieuses, comme des agressions, des viols, et d’autres traumatismes très violents. Mademoizelle.com
Frankly it seems this is sort of an inevitable movement toward people increasingly expecting physical comfort and intellectual comfort in their lives. It is only going to get harder to teach people that there is a real important and serious value to being offended. Part of that is talking about deadly serious and uncomfortable subjects. Greg Lukianoff (president of the Foundation for Individual Rights in Education)
On college campuses across the country, a growing number of students are demanding trigger warnings on class content. Many instructors are obliging with alerts in handouts and before presentations, even emailing notes of caution ahead of class. At Scripps College, lecturers give warnings before presenting a core curriculum class, the “Histories of the Present: Violence, » although some have questioned the value of such alerts when students are still required to attend class. Oberlin College has published an official document on triggers, advising faculty members to « be aware of racism, classism, sexism, heterosexism, cissexism, ableism, and other issues of privilege and oppression, » to remove triggering material when it doesn’t « directly » contribute to learning goals and « strongly consider » developing a policy to make « triggering material » optional. Chinua Achebe’s Things Fall Apart, it states, is a novel that may « trigger readers who have experienced racism, colonialism, religious persecution, violence, suicide and more. » Warnings have been proposed even for books long considered suitable material for high-schoolers: Last month, a Rutgers University sophomore suggested that an alert for F. Scott Fitzgerald’s The Great Gatsby say, « TW: suicide, domestic abuse and graphic violence. » (… and now that they’ve entered university classrooms, it’s only a matter of time before warnings are demanded for other grade levels. As students introduce them in college newspapers, promotional material for plays, even poetry slams, it’s not inconceivable that they’ll appear at the beginning of film screenings and at the entrance to art exhibits. Will newspapers start applying warnings to articles about rape, murder, and war? (…) Issuing caution on the basis of potential harm or insult doesn’t help us negotiate our reactions; it makes our dealings with others more fraught. As Breslin pointed out, trigger warnings can have the opposite of their intended effect, luring in sensitive people (and perhaps connoisseurs of graphic content, too). More importantly, they reinforce the fear of words by depicting an ever-expanding number of articles and books as dangerous and requiring of regulation. By framing more public spaces, from the Internet to the college classroom, as full of infinite yet ill-defined hazards, trigger warnings encourage us to think of ourselves as more weak and fragile than we really are. (…)  Trigger warnings are presented as a gesture of empathy, but the irony is they lead only to more solipsism, an over-preoccupation with one’s own feelings—much to the detriment of society as a whole. Structuring public life around the most fragile personal sensitivities will only restrict all of our horizons. Engaging with ideas involves risk, and slapping warnings on them only undermines the principle of intellectual exploration. We cannot anticipate every potential trigger—the world, like the Internet, is too large and unwieldy. But even if we could, why would we want to? Bending the world to accommodate our personal frailties does not help us overcome them. Jenny Jarvie
For those who have not yet caught up with it, in the academic world the phrase « trigger warning » means alerting students to books that might « trigger » deleterious emotional effects. Should a Jewish student be asked to read « Oliver Twist » with its anti-Semitic caricature of Fagin, let alone « The Merchant of Venice, » whose central figure is the Jewish usurer Shylock? Should African-American students be required to read « Huckleberry Finn, » with its generous use of the « n-word, » or « Heart of Darkness, » which equates the Congo with the end of rational civilization? Should students who are ardent pacifists be made to read about warfare in Tolstoy and Stendhal, or for that matter the Iliad? As for gay and lesbian students, or students who have suffered sexual abuse, or those who have a physical handicap . . . one could go on. Pointing out the potentially damaging effects of books began, like so much these days, on the Internet, where intellectual Samaritans began listing such emotionally troublesome books on their blogs. Before long it was picked up by the academy. (…) Suddenly women, African-Americans, and (later) gay and lesbian professors began teaching, in effect, themselves. No serious university could do business without an African-American Studies Department. Many female professors created and found an academic home in something called Gender Studies, which turned out to be chiefly about the suppression of women, just as African-American Studies was chiefly about the historical and contemporary maltreatment of blacks. Something called Queer Studies came next, with gays and lesbians instructing interested students in the oppression of homosexuals. Over time, the themes of gender, class and race were insinuated into the softer social sciences and much of the humanities. They have established a reign of quiet academic terror, and that has made the university a very touchy place indeed. (…) University presidents and their increasingly large army of administrators have by now a 50-year tradition of cowardice. They do not clamp down when students reject the visits on their campuses of such courageous or accomplished women as Ayaan Hirsi Ali, Christine Lagarde or Condoleezza Rice because their views are not perfectly congruent with the students’ own jejune beliefs. When students and younger faculty line up behind the morally obtuse anti-Israel BDS (Boycott, Divest, Sanction) movement, wiser heads do not prevail, for the good reason that there are no wiser heads. The inmates, fair to say, are running the joint. The trigger warning is another passage in the unfinished symphony of political correctness. If the universities do not come out against attacks on freedom of speech, why should they oppose the censorship implicit in trigger warnings? The main point of these warnings, as with all political correctness, is to protect the minority of the weak, the vulnerable, the disheartened or the formerly discriminated against, no matter what the price in civility, scholarly integrity and political sanity. Do they truly require such protection, even at the price of genuine education? Nearly 200 years ago Alexis de Tocqueville, in his book on American democracy, feared the mob of the majority. In the American university today that mob looks positively pusillanimous next to the mob of the minority. Joseph Epstein
The bible is a raw, sometimes bleeding text, pulsing with fear and bitterness and the crumbling of will in the face of temptation. I believe that this very rawness is responsible for its endurance. Because what is raw is also tender, and it is in this tender place where real transformation happens. The bible does not shy away from our vulnerabilities, nor does it seek to accommodate them. Instead, when read with an honest mind (which is, regrettably, not a universal phenomenon), it exposes us to them, and ultimately ourselves. It is this intrinsically unapologetic nature of the text, its refusal to soothe or conceal, which not so long ago took me by great surprise and ultimately drew me in. (…) I lack the vitriol some feel against those who are trying to make trigger warnings happen. Those students are well-meaning and want to protect the people among them who have experienced trauma. But the question is, what are they really protecting them from? If it’s from reading something that might take them outside their comfort zone, that might cause more harm than good. (With exception, of course, of serious cases of PTSD.) As Los Angeles Times’ Megan Daum wrote in her column on the topic, we are already self-censoring enough: “Liberals stay away from Fox News. Conservatives shield themselves from MSNBC. We choose to live in particular neighborhoods or regions in part because we want neighbors who share our values. We rant away on social media, but we’re usually just talking to people who already agree with us. We call that an echo chamber, but isn’t it also a way of living inside one big trigger warning?” If the ban is an attempt to shield some individuals from others’ insensitive comments, well this is what a good professor should help out with through the facilitation of nuanced conversation that makes everyone uncomfortable and not just those with a troubled personal connection. When everyone is vulnerable, everyone grows, through the development of empathy for others or a reckoning with their past. This is how we prepare students for a big bad world filled with wounded people and devoid of trigger-warnings. The bible has long-served a similar role. Its nakedness pushes those of us who study it to strip down too, and contemplate just what is at stake for ourselves and those around us. It does not shy away from the dark matter of life, and so we should not shy away from it or any other of the good books that do the same, because reading them together is how we grow. Elissa Strauss

Ames sensibles s’abstenir !

Violence massive (déluge, apocalypse), lapidation, épuration ethnique, sacrifice humain et animal, génocide, infanticide, fillicide, suicide (Saül, Samson et Judas), racisme, colonialisme, hétérosexisme, cisexisme, handicapisme, sadomasochisme, misogynie, homophobie, transphobie, viols, inceste, sexe, sang, insectes …

Alors qu’après les pays musulmans et l’Italie et avec ses places de stationnement réservées (et plus larges et plus longues, s’il vous plait !), la Corée traite la féminité comme un handicap …

Et après le test féministe dit de Bechdel et la signalisation interdit au moins de 14 ans pour le film …

Et alors qu’après les sites féminins et qu’entre Shakespeare, Twain, Dickens, Tolstoy et Stendahl, les universités américaines s’y mettent à leur tour…

Ne devrions-nous pas réfléchir, avant son interdiction ou incinération définitive, à une signalisation contenu sensible systématique (« trigger warnings » en anglais) pour l’un des plus violents et pernicieux livres de la planète et de l’histoire ?

Should the Bible Have a Trigger Warning?
The Good Book Exposes Our Vulnerabilities — As It Should
Warning: May contain war, slavery, rape, deceit, plagues, smiting or apocalypse.
Elissa Strauss
May 25, 2014

You know what could use a trigger warning? The bible. If any book merits a note of caution it is the one that is colloquially referred to as good.

In the recent debate over whether colleges should warn students of material that deals with potentially post-traumatic stress syndrome inducing topics like war, sexual violence, racism, and anti-Semitism, I couldn’t help but think about how the raw and vulgar bible has sat warning-less for centuries.

Students at the University of California Santa Barbara and Oberlin College believe novels like Chinua Achebe’s “Things Fall Apart” (for racial violence) and “The Great Gatsby” (for misogynistic violence) should be presented with a warning label, all the while the world’s most popular book, easily found at safe-seeming places like churches, synagogues and hotel rooms, is brimming with much worse.

The bible is a book without heroes or hagiography; there’s hardly a character who fails to misstep. Instead we get war, slavery, rape, deceit, plagues, smiting, apocalypses and, in some ways the most threatening of them all: soul-crushing doubt in the Almighty. And yet, historically speaking, how many soldiers, victims of sexual assault and believers have found comfort in its words?

For many of us today the bible is the stuff of myth or tribal tales, but in previous generations many took it as God’s word. Imagine the horror of reading about not just people but also God’s capacity for violence while also believing that God was the author.

So why didn’t the architects of the bible (you might believe it is God, I believe it was various people over time) try to do some damage control? If not by way of slapping a warning on the cover, at least in the editing of the text?

Thank God they didn’t.

The bible is a raw, sometimes bleeding text, pulsing with fear and bitterness and the crumbling of will in the face of temptation. I believe that this very rawness is responsible for its endurance.

Because what is raw is also tender, and it is in this tender place where real transformation happens. The bible does not shy away from our vulnerabilities, nor does it seek to accommodate them. Instead, when read with an honest mind (which is, regrettably, not a universal phenomenon), it exposes us to them, and ultimately ourselves.

It is this intrinsically unapologetic nature of the text, its refusal to soothe or conceal, which not so long ago took me by great surprise and ultimately drew me in.

Until five years ago, I had never read the bible and knew of it only through the second-hand sanitized versions I learned at Hebrew school or from watching Disney movies. If I hadn’t been invited to be an artist fellow at LABA, a laboratory for Jewish culture which hosts a non-religious house of study, I am not sure I would have ever gotten around to it. So entranced I became with the unsparing nature of the text on human behavior, I eventually became co-director of the house of study.

Every year as new fellows come study with us, many of whom who have also never read the text, I see them go through the same experience of being caught off guard and shaken up by the piercing directness of the bible. They are triggered, and it is from that place that they are inspired to create.

I lack the vitriol some feel against those who are trying to make trigger warnings happen. Those students are well-meaning and want to protect the people among them who have experienced trauma. But the question is, what are they really protecting them from?

If it’s from reading something that might take them outside their comfort zone, that might cause more harm than good. (With exception, of course, of serious cases of PTSD.) As Los Angeles Times’ Megan Daum wrote in her column on the topic, we are already self-censoring enough: “Liberals stay away from Fox News. Conservatives shield themselves from MSNBC. We choose to live in particular neighborhoods or regions in part because we want neighbors who share our values. We rant away on social media, but we’re usually just talking to people who already agree with us. We call that an echo chamber, but isn’t it also a way of living inside one big trigger warning?”

If the ban is an attempt to shield some individuals from others’ insensitive comments, well this is what a good professor should help out with through the facilitation of nuanced conversation that makes everyone uncomfortable and not just those with a troubled personal connection. When everyone is vulnerable, everyone grows, through the development of empathy for others or a reckoning with their past. This is how we prepare students for a big bad world filled with wounded people and devoid of trigger-warnings.

The bible has long-served a similar role. Its nakedness pushes those of us who study it to strip down too, and contemplate just what is at stake for ourselves and those around us. It does not shy away from the dark matter of life, and so we should not shy away from it or any other of the good books that do the same, because reading them together is how we grow.

Elissa Strauss is a contributing editor to the Forward.

Voir aussi:

What ‘trigger warning’ would the Bible get?
Valerie Strauss
WP
May 23 2014

A ”trigger warning” is a short statement on a written piece of work or even a television show ( think Law and Order: Special Victims Unit) noting that the material may be sexually graphic, violent or in some other way upsetting. This month The New York Times ran a story by Jennifer Medina about the warnings that has sparked a stream of articles in magazines, newspapers and blogs about the subject, many of them ridiculing the idea.

The article, which noted that these warnings ”have their ideological roots in feminist thought,” discussed the traction that “trigger warnings” have gotten on some college campuses this year, with students pushing administrators to institute them. For example, a piece written by Philip Wythe, a sophomore, in the student newspaper at Rutgers University last February, said:

[L]iterature courses often examine works with grotesque, disturbing and gruesome imagery within their narratives. For instance, F. Scott Fitzgerald’s critically acclaimed novel, “The Great Gatsby,” possesses a variety of scenes that reference gory, abusive and misogynistic violence. Virginia Woolf’s famous cerebral narrative, “Mrs. Dalloway,” paints a disturbing narrative that examines the suicidal inclinations and post-traumatic experiences of an English war veteran. And Junot Diaz’s critically acclaimed work, “This is How You Lose Her,” observes domestic violence and misogynistic culture in disturbing first-person narrations….

Reaching a compromise between protecting students and defending their civil liberties is imperative to fulfilling the educational potential of our University’s undergraduates. Within social justice circles, many activists have reached this compromise by implementing “trauma trigger warnings:” a safety system that allows full artistic expression, as well as psychological protection for those who need it.

Trauma trigger warnings are a minimalistic description that tag articles, literature and other works of art for traumatic content. These triggers can cover a variety of topics — from graphic violence to drug abuse — and are intended as vague, abstract descriptions of a work’s content. For instance, one trigger warning for “The Great Gatsby” might be: (TW: “suicide,” “domestic abuse” and “graphic violence.”)

Also in February, members of the student government at the University of California at Santa Barbara passed a resolution called “A Resolution to Mandate Warnings For Triggering Content in Academic Settings,” (see text below) that urges “the instructor of any course that includes triggering content to list trigger warnings on the syllabus.” It urges school officials to meet with students to develop a way for professors to create “trigger warnings” for material including “Rape, Sexual Assault, Abuse, Self-Injurious Behavior, Suicide, Graphic Violence, Pornography, Kidnapping, and Graphic Depictions of Gore.”

There was trigger activity on some other campuses too. The Times story reports, for example, that Oberlin College wrote a draft guide on “trigger warnings” that said, before it was withdrawn for further work:

Triggers are not only relevant to sexual misconduct, but also to anything that might cause trauma. Be aware of racism, classism, sexism, heterosexism, cissexism, ableism, and other issues of privilege and oppression. Realize that all forms of violence are traumatic, and that your students have lives before and outside your classroom, experiences you may not expect or understand.

In March, the student newspaper at the University of California Santa Barbara, The Daily Nexus, published a letter by the student who initiated the resolution, Bailey Loverin, explaining her reasons for taking the action. In early April, the student newspaper published another article, by Marissa Wenzke, further explaining the resolution, saying:

… even while protecting freedoms so crucial to higher education, we must recognize the legitimacy behind the intentions that lie behind this resolution. One of the arguments against this bill claims it would act as a crutch for students who do not wish to be challenged with potentially offensive material, essentially boiling it down to “just get over it.” We’d invite everyone who stands behind this to imagine the most terrifying or painful moment of your life, and then imagine being spontaneously forced to relive that moment in the middle of a lecture in Campbell Hall.

Two days after The New York Times article was posted to the newspaper website on May 17, the newspaper published a piece on its website by Loverin defending the resolution again. What followed was a flood of negative commentary by critics concerned that trigger warnings would amount to censorship, prior restraint and an assault on academic freedom, including an editorial by The Los Angeles Times with this title: “Warning: College students, this editorial may upset you.” It said in part:

The student resolution is only advisory, a recommendation that campus authorities can turn into policy or reject. They should not only choose the latter course but should explain firmly to students why such a policy would be antithetical to all that college is supposed to provide: a rich and diverse body of study that often requires students to confront difficult or uncomfortable material, and encourages them to discuss such topics openly. Trigger warnings are part of a campus culture that is increasingly overprotective and hypersensitive in its efforts to ensure that no student is ever offended or made to feel uncomfortable.

A piece in The New Yorker by Jay Caspian Kang noted other reaction:

Social media, which mostly acts as an agreement machine whenever the liberal consensus squares off with a more radical cousin, seemed to confirm my annoyance [at the idea of trigger warnings]. The novelist Darin Strauss tweeted, “Trigger Warning: All human experience.” Matt Bai, a national columnist for Yahoo News, added, “Maybe the entire Web should have ‘trigger warning’ so I never have to feel uncomfortable or challenged.” Colson Whitehead joined in: “Your face should have a trigger warning for reminding me you exist.” There were dozens of other examples, from jokey to dire, and, by the time the news cycle kicked up on Tuesday, op-eds questioning the use of trigger warnings had been published in the Guardian, the Atlantic, and Mother Jones.

Then there was this reaction on the blog of the UCLA Faculty Association, which raises an issue that may put the idea of trigger warnings in some perspective: What kind of trigger warning would be put on the Bible. It would, the post says, start “with nudity and fratricide in the Garden of Eden and moving on to mass drowning (Noah), polygamy, adultery, etc.”

Sarah Dictum wrote in New Statesman that Shakespeare would surely need a trigger warning too, if trigger warnings ever became policy anywhere:

There are the obvious horrors, like Titus Andronicus with its hideous maternally-directed rape (“Away with her and use her as you will./The worse to her, the better loved of me”) and subsequent mutilation of the victim. But then there are the comedies, which even at their merriest contain intimations of rape. Measure for Measure hinges entirely on a woman being coerced into intercourse to save her brother’s life. Problem play? More like problematic play. Get behind the tape.

Here’s a draft version of the resolution that the UC Santa Barbara students passed in late February:

A Resolution to Mandate Warnings For Triggering Content in Academic Settings (02262014:61) – February 25, 2014

Resolution #805

by Nikki Calderon & Second: Derek Wakefield

Student Sponsor: Bailey Loverin

Resolution Liaison:

Whereas: UCSB CARE (Campus Advocacy Resources & Education) reports that: 1 in 4 college women will be sexually assaulted during her academic career,; 1 in 4 women will experience domestic violence; and 1 in 33 men will experience attempted or completed rape. Therefore this is a pertinent and widespread issue that should be acknowledged on campus. (maybe, but this may be better as a separate whereas at the end)

Whereas: Triggers are not limited to sexual assault and violence.

Whereas: Trigger Warnings should be used for content not covered by the rating system used by the MPAA or TV warnings (such as contains violence, nudity or, language).

Whereas: The current suggested list of Trigger Warnings includes Rape, Sexual Assault, Abuse, Self-Injurious Behavior, Suicide, Graphic Violence, Pornography, Kidnapping, and Graphic Depictions of Gore.

Whereas: Triggers are a symptom of PTSD (Post Traumatic Stress Disorder).

Whereas: UCSB Disabled Students Program recognizes PTSD as a disability.

Whereas: Having memories or flashbacks triggered can cause the person severe emotional, mental, and even physical distress. These reactions can affect a student’s ability to perform academically.

Whereas: College level courses may contain materials with mature content. These particularly affect students if material is being read in the classroom or a film is being screened, as the student cannot choose to stop being exposed to the material.

Whereas: Including trigger warnings is not a form of criticism or censorship of content. In addition, it does not restrict academic freedom but simply requests the respect and acknowledgement of the affect of triggering content on students with PTSD, both diagnosed and undiagnosed.

Whereas: Being informed well in advance of triggering content allows students to avoid a potentially triggering situation without public attention. Having a trigger warning on a syllabus allows a student the choice to be presentgives a student advance notice of possible triggers and the choice to be present or not instead of having to leave in the middle of a class or lecture.

Therefore let it be resolved by the Associated Students in the Senate Assembled:

That the Associated Students of UC Santa Barbara urge the instructor of any course that includes triggering content to list trigger warnings on the syllabus.

Let it further be resolved that: AS Senate urges the instructor of any course that includes triggering content to not dock points from a student’s overall grade for being absent or leaving class early if the reason for the absence is the triggering content.

Let it further be resolved that: AS Senate directs the Student Advocate General Kristian Whittaker to appoint a staff member to review and update the list of Trigger Warnings as needed in collaboration with RCSGD (Resource Center for Sexual and Gender Diversity) and The Women’s Center.

Let it further be resolved that: AS Senate direct External Vice President of Statewide Affairs Alex Choate to bring this to the attention of the UCSA Board at the next board meeting and to advocate for a policy change to reflect the directions of this resolution on a UC wide level.

Let it further be resolved that: AS Senate directs AS President Jonathon Abboud to bring this to the attention of the Academic Senate and advocate for a policy change to reflect the directions of this resolution.

Let it finally be resolved that: AS Senate recognizes the support and passing of this resolution as a stronger stance taken by UCSB against issues of sexual harassment and violence.

Fiscal Impact: $0 from the account.

A New Entry in the Annals of Academic Cravenness
If colleges won’t stick up for free speech, why would they oppose the implicit censorship of ‘trigger warnings’?
Joseph Epstein
WSJ
May 27, 2014

For those who have not yet caught up with it, in the academic world the phrase « trigger warning » means alerting students to books that might « trigger » deleterious emotional effects. Should a Jewish student be asked to read « Oliver Twist » with its anti-Semitic caricature of Fagin, let alone « The Merchant of Venice, » whose central figure is the Jewish usurer Shylock? Should African-American students be required to read « Huckleberry Finn, » with its generous use of the « n-word, » or « Heart of Darkness, » which equates the Congo with the end of rational civilization? Should students who are ardent pacifists be made to read about warfare in Tolstoy and Stendhal, or for that matter the Iliad? As for gay and lesbian students, or students who have suffered sexual abuse, or those who have a physical handicap . . . one could go on.

Pointing out the potentially damaging effects of books began, like so much these days, on the Internet, where intellectual Samaritans began listing such emotionally troublesome books on their blogs. Before long it was picked up by the academy. At the University of California at Santa Barbara, the student government suggested that all course syllabi contain trigger warnings. At Oberlin College the Office of Equity Concerns advised professors to steer clear of works that might be interpreted as sexist or racist or as vaunting violence.

Movies have of course long been rated and required to note such items as Adult Language, Violence, Nudity—ratings that are themselves a form of trigger warning. Why not books, even great classic books? The short answer is that doing so insults the intelligence of those supposedly serious enough to attend college by suggesting they must not be asked to read anything that fails to comport with their own beliefs or takes full account of their troubled past experiences.

Trigger warnings logically follow from the recent history of American academic life. This is a history in which demographic diversity has triumphed over intellectual standards and the display of virtue over the search for truth. So much of this history begins in good intentions and ends in the tyranny of conformity.

Sometime in the 1950s, American universities determined to acquire students from less populous parts of the country to give their institutions the feeling of geographical diversity. In the 1960s, after the great moral victories of the civil-rights movement, the next obvious step was racial preferences, which allowed special concessions to admit African-American students. In conjunction with this, black professors were felt to be needed to teach these students and, some said, serve as role models. Before long the minority of women among the professoriate was noted. This, too, would soon be amended. « Harvard, » I remember hearing around this time, « is looking for a good feminist. »

All this, most reasonable people would concur, was fair enough. Then things took a radical twist. Suddenly women, African-Americans, and (later) gay and lesbian professors began teaching, in effect, themselves. No serious university could do business without an African-American Studies Department. Many female professors created and found an academic home in something called Gender Studies, which turned out to be chiefly about the suppression of women, just as African-American Studies was chiefly about the historical and contemporary maltreatment of blacks. Something called Queer Studies came next, with gays and lesbians instructing interested students in the oppression of homosexuals.

Over time, the themes of gender, class and race were insinuated into the softer social sciences and much of the humanities. They have established a reign of quiet academic terror, and that has made the university a very touchy place indeed.

Meanwhile many of those students who in the late 1960s arose in protest have themselves come to prominence and even to eminence as professors in their 60s and early 70s. Having fought in their youth against what they thought the professorial old-boy network, they now find themselves old boys. Unable to discover a way to replace the presumably unjust society that they once sought to topple, they currently tend to stand aside when students and younger professors cavort in bumptious protest, lest they themselves be thought, God forfend, part of the problem.

University presidents and their increasingly large army of administrators have by now a 50-year tradition of cowardice. They do not clamp down when students reject the visits on their campuses of such courageous or accomplished women as Ayaan Hirsi Ali, Christine Lagarde or Condoleezza Rice because their views are not perfectly congruent with the students’ own jejune beliefs. When students and younger faculty line up behind the morally obtuse anti-Israel BDS (Boycott, Divest, Sanction) movement, wiser heads do not prevail, for the good reason that there are no wiser heads. The inmates, fair to say, are running the joint.

The trigger warning is another passage in the unfinished symphony of political correctness. If the universities do not come out against attacks on freedom of speech, why should they oppose the censorship implicit in trigger warnings? The main point of these warnings, as with all political correctness, is to protect the minority of the weak, the vulnerable, the disheartened or the formerly discriminated against, no matter what the price in civility, scholarly integrity and political sanity. Do they truly require such protection, even at the price of genuine education?

Nearly 200 years ago Alexis de Tocqueville, in his book on American democracy, feared the mob of the majority. In the American university today that mob looks positively pusillanimous next to the mob of the minority.

Mr. Epstein’s latest book is « A Literary Education and Other Essays, » published this week by Axios Press.

Voir aussi:

Trigger Happy The « trigger warning » has spread from blogs to college classes. Can it be stopped?
Jenny Jarvie
The New Republic
March 3, 2014

The headline above would, if some readers had their way, include a « trigger warning »—a disclaimer to alert you that this article contains potentially traumatic subject matter. Such warnings, which are most commonly applied to discussions about rape, sexual abuse, and mental illness, have appeared on message boards since the early days of the Web. Some consider them an irksome tic of the blogosphere’s most hypersensitive fringes, and yet they’ve spread from feminist forums and social media to sites as large as the The Huffington Post. Now, the trigger warning is gaining momentum beyond the Internet—at some of the nation’s most prestigious universities.

Last week, student leaders at the University of California, Santa Barbara, passed a resolution urging officials to institute mandatory trigger warnings on class syllabi. Professors who present « content that may trigger the onset of symptoms of Post-Traumatic Stress Disorder » would be required to issue advance alerts and allow students to skip those classes. According to UCSB newspaper The Daily Nexus, Bailey Loverin, the student who sponsored the proposal, decided to push the issue after attending a class in which she “felt forced” to sit through a film that featured an “insinuation” of sexual assault and a graphic depiction of rape. A victim of sexual abuse, she did not want to remain in the room, but she feared she would only draw attention to herself by walking out.

On college campuses across the country, a growing number of students are demanding trigger warnings on class content. Many instructors are obliging with alerts in handouts and before presentations, even emailing notes of caution ahead of class. At Scripps College, lecturers give warnings before presenting a core curriculum class, the “Histories of the Present: Violence, » although some have questioned the value of such alerts when students are still required to attend class. Oberlin College has published an official document on triggers, advising faculty members to « be aware of racism, classism, sexism, heterosexism, cissexism, ableism, and other issues of privilege and oppression, » to remove triggering material when it doesn’t « directly » contribute to learning goals and « strongly consider » developing a policy to make « triggering material » optional. Chinua Achebe’s Things Fall Apart, it states, is a novel that may « trigger readers who have experienced racism, colonialism, religious persecution, violence, suicide and more. » Warnings have been proposed even for books long considered suitable material for high-schoolers: Last month, a Rutgers University sophomore suggested that an alert for F. Scott Fitzgerald’s The Great Gatsby say, « TW: suicide, domestic abuse and graphic violence. »

What began as a way of moderating Internet forums for the vulnerable and mentally ill now threatens to define public discussion both online and off. The trigger warning signals not only the growing precautionary approach to words and ideas in the university, but a wider cultural hypersensitivity to harm and a paranoia about giving offense. And yet, for all the debate about the warnings on campuses and on the Internet, few are grappling with the ramifications for society as a whole.

Not everyone seems to agree on what the trigger warning is, let alone how it should be applied. Initially, trigger warnings were used in self-help and feminist forums to help readers who might have post traumatic stress disorder to avoid graphic content that might cause painful memories, flashbacks, or panic attacks. Some websites, like Bodies Under Siege, a self-injury support message board, developed systems of adding abbreviated topic tags—from SI (self injury) to ED (eating disorders)—to particularly explicit posts. As the Internet grew, warnings became more popular, and critics began to question their use. In 2010, Susannah Breslin wrote in True/Slant that feminists were applying the term « like a Southern cook applies Pam cooking spray to an overused nonstick frying pan »—prompting Feministing to call her a « certifiable asshole, » and Jezebel to lament that the debate has « been totally clouded by ridiculous inflammatory rhetoric. »

The term only spread with the advent of social media. In 2012, The Awl’s Choire Sicha argued that it had « lost all its meaning. » Since then, alerts have been applied to topics as diverse as sex, pregnancy, addiction, bullying, suicide, sizeism, ableism, homophobia, transphobia, slut shaming, victim-blaming, alcohol, blood, insects, small holes, and animals in wigs. Certain people, from rapper Chris Brown to sex columnist Dan Savage, have been dubbed “triggering.” Some have called for trigger warnings for television shows such as « Scandal » and « Downton Abbey. » Even The New Republic has suggested the satirical news site, The Onion, carry trigger warnings.

At the end of last year, Slate declared 2013 the « Year of the Trigger Warning,” noting that such alerts had become the target of humor. Jezebel, which does not issue trigger warnings, raised hackles in August by using the term as a headline joke: « It’s Time To Talk About Bug Infestations [TRIGGER WARNING]. » Such usage, one critic argued, amounted to « trivializing » such alerts and « trolling people who believe in them. » And in Britain, Suzanne Moore, a feminist columnist for The Guardian, was taken to task when she put a trigger warning on her Twitter bioline, mocking those who followed her feeds only to claim offense. Some critics have ridiculed her in turn: « Trigger warning, @Suzanne_moore is talking again. » (Moore’s Twitter bio now reads, « Media Whore. »)

The backlash has not stopped the growth of the trigger warning, and now that they’ve entered university classrooms, it’s only a matter of time before warnings are demanded for other grade levels. As students introduce them in college newspapers, promotional material for plays, even poetry slams, it’s not inconceivable that they’ll appear at the beginning of film screenings and at the entrance to art exhibits. Will newspapers start applying warnings to articles about rape, murder, and war? Could they even become a regular feature of speech? « I was walking down Main Street last night when—trigger warning—I saw an elderly woman get mugged. »

The « Geek Feminism Wiki » states that trigger warnings should be used for « graphic descriptions or extensive discussion » of abuse, torture, self-harm, suicide, eating disorders, body shaming, and even « psychologically realistic » depictions of the mental state of people suffering from those; it notes that some have gone further, arguing for warnings before the « depiction or discussion of any consensual sexual activity [and] of discriminatory attitudes or actions, such as sexism or racism. » The definition on the Queer Dictionary Tumblr is similar, but expands warnings even to discussion of statistics on hate crimes and self-harming.

As the list of trigger warning–worthy topics continues to grow, there’s scant research demonstrating how words « trigger » or how warnings might help. Most psychological research on P.T.S.D. suggests that, for those who have experienced trauma, « triggers » can be complex and unpredictable, appearing in many forms, from sounds to smells to weather conditions and times of the year. In this sense, anything can be a trigger—a musky cologne, a ditsy pop song, a footprint in the snow.

As a means of navigating the Internet, or setting the tone for academic discussion, the trigger warning is unhelpful. Once we start imposing alerts on the basis of potential trauma, where do we stop? One of the problems with the concept of triggering—understanding words as devices that activate a mechanism or cause a situation—is it promotes a rigid, overly deterministic approach to language. There is no rational basis for applying warnings because there is no objective measure of words’ potential harm. Of course, words can inspire intense reactions, but they have no intrinsic danger. Two people who have endured similarly painful experiences, from rape to war, can read the same material and respond in wholly different ways.

Issuing caution on the basis of potential harm or insult doesn’t help us negotiate our reactions; it makes our dealings with others more fraught. As Breslin pointed out, trigger warnings can have the opposite of their intended effect, luring in sensitive people (and perhaps connoisseurs of graphic content, too). More importantly, they reinforce the fear of words by depicting an ever-expanding number of articles and books as dangerous and requiring of regulation. By framing more public spaces, from the Internet to the college classroom, as full of infinite yet ill-defined hazards, trigger warnings encourage us to think of ourselves as more weak and fragile than we really are.

What’s more, the fear of triggers risks narrowing what we’re exposed to. Raechel Tiffe, an assistant professor in Communication Arts and Sciences at Merrimack College, Massachusetts, described a lesson in which she thought everything had gone well, until a student approached her about a clip from the television musical comedy, « Glee, » in which a student commits suicide. For Tiffe, who uses trigger warnings for sexual assault and rape, the incident was a « teaching moment »—not for the students, but for her to be more aware of the breadth of students’ sensitivities.

As academics become more preoccupied with students’ feelings of harm, they risk opening the door to a never-ending litany of requests. Last month, students at Wellesley College protested a sculpture of a man in his underwear because, according to the Change.org petition, it was a source of « triggering thoughts regarding sexual assault. » While the petition acknowledged the sculpture may not disturb everyone on campus, it insisted we share a “responsibility to pay attention to and attempt to answer the needs of all of our community members. » Even after the artist explained that the figure was supposed to be sleepwalking, students continued to insist it be moved indoors.

Trigger warnings are presented as a gesture of empathy, but the irony is they lead only to more solipsism, an over-preoccupation with one’s own feelings—much to the detriment of society as a whole. Structuring public life around the most fragile personal sensitivities will only restrict all of our horizons. Engaging with ideas involves risk, and slapping warnings on them only undermines the principle of intellectual exploration. We cannot anticipate every potential trigger—the world, like the Internet, is too large and unwieldy. But even if we could, why would we want to? Bending the world to accommodate our personal frailties does not help us overcome them.

Jenny Jarvie is an Atlanta-based writer whose work has appeared in the Los Angeles Times, Atlantic Cities, Poetry Magazine, and the Sunday Telegraph.

Voir également:

Trigger Warnings and the Novelist’s Mind
Jay Caspian Kang
The New Yorker
May 22, 2014

During a graduate-school lecture on “Lolita,” my professor stood up in front of a crowded classroom and said something I have never been able to shake: “When you read ‘Lolita,’ keep in mind that what you’re reading about is the systematic rape of a young girl.”

I had read “Lolita” in high school and then again in college, when it became my personal literary liquor store—whenever I got stuck in a scene, or whenever my prose felt flat or typical, I’d open “Lolita” to a random page and steal something. My professor’s pronouncement felt too didactic, too political, and, although I tried to put it out of my mind and enjoy “Lolita” ’s cunning, surprising games with language, I could no longer pick up the book without feeling the weight of his judgment. The professor wasn’t wrong to point out the obvious about Humbert and Dolores Haze, and I don’t believe—at least not completely—that literature should only be examined as an object unto itself, detached from time and history, but I haven’t read “Lolita” since.

I thought of that professor and his unwelcome intrusion when I read a page-one story in last week’s Times about how several colleges across the country have considered placing “trigger warnings” in front of works of art and literature that may cause a student to relive a traumatic experience. For example, a student might be forewarned that J. M. Coetzee’s “Disgrace” details colonial violence, racism, and rape with a note on the class syllabus that would read something like “Trigger Warning: This book contains scenes of colonialism, racism, and rape, which may be upsetting to students who have experienced colonialism, racism, or rape.”

The story’s headline, “WARNING: THE LITERARY CANON COULD MAKE STUDENTS SQUIRM,” and the inclusion of some seemingly innocuous titles, like “The Great Gatsby,” as candidates for such warnings, dredged up all my distaste for my professor’s prescriptive reading of “Lolita.” If he could produce such a chilling effect, what harm could a swarm of trigger warnings—each one reducing a work of literature to its ugliest plot points—inflict on the literary canon? What would “Trigger Warning: This novel contains racism” do to a reading of Ralph Ellison’s “Invisible Man”? What would “Trigger Warning: Rape, racism, and sexual assault” do to a reading of Toni Morrison’s “Beloved”?

Social media, which mostly acts as an agreement machine whenever the liberal consensus squares off with a more radical cousin, seemed to confirm my annoyance. The novelist Darin Strauss tweeted, “Trigger Warning: All human experience.” Matt Bai, a national columnist for Yahoo News, added, “Maybe the entire Web should have ‘trigger warning’ so I never have to feel uncomfortable or challenged.” Colson Whitehead joined in: “Your face should have a trigger warning for reminding me you exist.” There were dozens of other examples, from jokey to dire, and, by the time the news cycle kicked up on Tuesday, op-eds questioning the use of trigger warnings had been published in the Guardian, the Atlantic, and Mother Jones.

Out on the far end of the agreement machine, feminist writers and academics defended the use of trigger warnings, and tried to explain their utility and their history. The modern iteration of “trigger warning,” or “TW,” as it’s commonly written, came out of the feminist blogosphere, and, like many other terms used within insular, politically active communities, addressed a specific need. Roughly ten years ago, editors at feminist and progressive Web sites realized that they needed a way of encouraging frank and candid conversation about sexual assault without catching readers unaware. Many survivors of sexual assault experience symptoms of post-traumatic stress; graphic depictions of rape or violent attacks can trigger flashbacks, nightmares, and crippling anxiety. The editors theorized that a warning posted before disturbing narratives could allow readers to prepare for what might be an upsetting but, ultimately, necessary conversation.

“Censorship was never the point,” Alexandra Brodsky, an editor at the Web site Feministing, told me. “We knew that violent and traumatic narratives could have a grave effect on the reader, so we, working together as a community, created guideposts for people to navigate what has always been a tricky terrain.” Those guideposts helped. Trigger warnings “made people feel like they could write explicitly and honestly about things that they may have not written about under different circumstances,” Brodsky said. “They let people know that this was going to be a different type of conversation.”

That logic eventually found its way into the academy. Last year, Bailey Shoemaker-Richards, a master’s student at the University of Findlay, in Ohio, started using trigger warnings in her academic presentations on cyber sexism and online abuse. The warning, she said, takes up roughly fifteen seconds at the start of a talk, and serves only as a reminder that those who are uncomfortable discussing online abuse are free to leave the room. “I don’t think a trigger warning will prevent conversations that may be upsetting,” Shoemaker-Richards told me. “But they might force people in the class to think through their reactions a little more.” Shoemaker-Richards’s use of trigger warnings largely mirrors the way that they have been implemented in classrooms across the country, and, although the term itself sounds forbidding and censorious, in practice these warnings are meant to protect students from public traumatic flashbacks. “If you know you’re about to read a graphic depiction of state racism, and you know that you’d rather be at home than in the library, the trigger warning is just information you need to make that decision,” Brodsky explained.

Brodsky feels conflicted about university-mandated trigger warnings for potentially troubling works of art and literature, as do other feminist thinkers I spoke to, but she still thinks that they should be used in the classroom. “You can’t copy the language from a Jezebel post and paste it onto a syllabus,” Brodsky explained. “With that being said, literature is important, and has effects beyond momentary pleasure and discomfort. ‘Trigger Warning: Colonialism,’ seems a bit reductive, but there should be a way that we acknowledge that what we’re going to read will have a significant impact.” The expansion of higher education onto the Internet has depersonalized the classroom, Brodsky argued, and with fewer settings in which a professor can adequately prepare a class for a potentially disturbing work of literature or art, trigger warnings could stand in, at least in part, for a nuanced and sensitive introduction.

It should be noted that none of the schools cited in the Times article have actually implemented a policy that would mandate trigger warnings, and that college classrooms have often served as testing grounds for vital policies that might at first have seemed apocalyptic or Pollyannaish. Trigger warnings could eventually become part of academic environments, as unobtrusive and beneficial as wheelchair ramps and kosher toaster ovens.

Many of the op-eds and articles on trigger warnings published this week have argued on behalf of the sanctity of the relationship between the reader and the text. For the most part, I have agreed with them. A trigger warning reduces a work of art down to what amounts to plot points. If a novel like José Saramago’s “Blindness” succeeds because it sews up small yet essential pockets of human normalcy against a horrific backdrop, a preëmptive label like “Trigger Warning: Violence and internment” strips it down to one idea.

I relayed these thoughts to Brodsky, along with the anecdote about my professor and “Lolita.” “What a delight it must be to read a book full of graphic accounts of sexual violence and still have the book not be about sexual violence to you!” she said. “Why is the depersonalized, apolitical reading the one we should fight for?” I admit, this was an angle I had not yet considered, and I recalled the severe annoyance I’d felt in college seminars and coffeehouse conversations whenever a white person would say a bit too ringingly that a book written by a person of color somehow “transcended race,” as if that was the highest compliment that could be paid to a work written by one of us poor, striving minorities. Every reliable figure, whether from academic study or from the Obama Administration, says that somewhere between one in four and one in five women are sexually assaulted during their time in college. To argue that their concerns are somehow marginal does not correlate with the math or the ethos of the classroom.

And yet, as a novelist who spent seven years writing an ultimately unpublished novel and two years writing another, I wonder about the effect a trigger warning—even a discreet, well-placed one—might have on the creative process. I kept thinking of the professor’s pronouncement about “Lolita,” and how difficult it had been for me to get it out of my head. After a few phone calls to fellow former classmates who had attended the same lecture, and who remember the professor’s comments with the same clarity, I finally figured out why. We had all enrolled in this particular graduate program because we wanted to write fiction. This was a foolish, likely doomed endeavor, sure, but if we were to have any chance at writing anything worthwhile, our commitment to the task would have to be irrational and unrelenting. Every young writer has to go through a stage of relating to works of literature as if they’re planets, with their own elegant ecosystems and gravitational pull.

A good reader may very well finish “Lolita” and conclude that the book is about the systematic rape of a young girl, or that such a troubling text should require a trigger warning, but a writer should have the freedom to look at “Lolita” as nothing more than a series of sentences that exist only for their own sake. If reading, as Joyce Carol Oates wrote, is the “sole means by which we slip, involuntarily, often helplessly, into another’s skin, another’s voice, another’s soul,” a trigger warning, even through gentle suggestion, guides us into that skin. For writers, who cull everything from what they read, any amount of guidance will lead to dull conformity.

In a good novel—it hardly needs to be said—every word matters. Dedications matter. Epigraphs matter. The size of the font on the Library of Congress listing matters. The order of the names on the acknowledgment page matters. A writer friend of mine once likened a completed novel to a pressure cooker—the weight placed on every stylistic decision should be extraordinary and evenly distributed. A trigger warning or, really, any sort of preface, would disrupt the creation of those highly pressurized, vital moments in literature that shock a reader into a higher consciousness. I cannot be the only person who believes that James Baldwin’s “Notes of a Native Son” has the power to radically change the way all people look at race in this country—Baldwin’s brutal treatment of himself, his perfect choice of detail, and his mode of dragging the reader through Harlem elevate the story of a young man preparing himself to attend the funeral of his father to a complete, gorgeous whole. Any excess language—in the form of a trigger warning—amounts to a preëmptive defacement. It’s worth considering how the next Baldwin would react to the possibility that his account would be stamped with “Trigger Warning: Child abuse.” How does that moment, when he picks up his head and stares out at his future reader, change the words he chooses? Can we really afford to have “Notes of a Native Son” be three, four, or even one word worse?

Voir encore:

Trigger warnings: What do they do?
BBC
25 February 2014

A bit like a spoiler alert, the phrase « trigger warning » is now often seen online but it has a more serious motive than stopping you from accidentally ruining the enjoyment of a TV show you’ve not seen yet.

What is a trigger warning?

Seen on the web, in tweets and on blogs, it usually takes the form of a sentence or a few words to caution readers about the content which will follow. The author adds a warning in recognition of strong writing or images which could unsettle those with mental health difficulties. They exist so readers can choose whether or not to read any further.

It usually starts with « trigger warning » in bold. It has to be carefully written so it isn’t a trigger itself.

TRIGGER WARNING – rather ironically, this article could be a trigger. If you feel your mental health could be affected by reading stories about how others can be affected, we advise you read no further.
So, what exactly is a trigger?

In the area of mental health, a trigger is something which causes instant distress in a vulnerable person. If you know what can trigger a bad reaction, you can try to avoid those triggers in the same way that someone with an allergy might take steps to avoid dogs.

What kind of things can act as a trigger?

Different things trigger trauma in different people. There is no set list.

The website for Young Minds youth mental health charity uses trigger warnings. A spokesman for the charity, Chris Leaman, says: « If they are feeling particularly vulnerable, illustrative bits of the site like personal accounts, might trigger young people into an action or remind them of a time when they were struggling. »

A woman who wants to remain anonymous tells us that a recent news story about the search for a man who stopped someone from jumping off a bridge in London, was a trigger for her. She says: « What he was doing, raising awareness of suicide, was really great and so positive. But every time I crossed that bridge I thought of jumping off – it triggered suicidal thoughts for me. »

Does everyone appreciate the warnings?

Writing in the New Statesman, Rhiannon Lucy Cosslett says she doesn’t like trigger warnings because they smack of « victimhood ». She says she has post-traumatic stress disorder (PTSD) and feels that people she doesn’t know are trying to wrap her in cotton wool.

At the other end of the scale, the mental health charity Samaritans has produced guidelines for journalists which advise against publishing details of how people kill themselves. It also calls for dramatic phrasing to be avoided. Samaritans says reading about the subject can trigger copycat behaviour.

Where did trigger warnings start?

Disabled occupational therapist Claire Jones works in the area of mental health. She says that trigger warnings first appeared on feminist websites to flag up accounts of abuse. The term was adopted by various other groups, particularly the wider mental health community. This happened in the early days of the internet, when the warnings were especially common in online forums.

Viewers of Hollywood films portraying the lives of former soldiers will be used to scenes where characters experience flashbacks brought on by a loud noise, perhaps. Jones says: « A car backfiring can trigger a memory of conflict. It is a very visceral experience, almost like reliving the trauma. »

Are trigger warnings ever considered unhelpful?

The thing about the internet is, if you use the word « trigger » it makes troubling content more findable because you can just type it into a search engine. Before the warning existed, « triggering » content, as it’s referred to, was harder to find.

On some websites, users share pictures of their self-harm scars and write about their suicidal thoughts. They place trigger warnings in front so people can avoid this strong material.

Service user and mental health policy expert Liz Main says that « if someone is feeling particularly grim, they might search out triggers because they want a nudge ». In other words, they might look for material which will inspire them to move from thinking about harming themselves, to actually doing it – which is obviously not positive.

Jones says online forums can be helpful and believes people with mental health difficulties are more likely to seek support if they know there are warnings which will prevent them from seeing traumatic material on their computer screen. She says: « That’s why I think that trigger warnings are broadly a good thing. »

Voir de même:

Voir enfin:

Suicide reporting – 10 things to remember

Samaritans

Leave out technical details about the method of suicide, such as describing the type of ligature used or the number and types of pills taken in an overdose. Never suggest that a method is quick, easy, painless or certain to result in death.
Language matters. Avoid dramatic headlines and terms such as ‘suicide epidemic’ or ‘hot spot’.
Include references to support groups and places where suicidal people can find help – it really does make a difference.
Treat social media with particular caution and refrain from mentioning websites or networks that promote or glamorise suicide.
Avoid dramatic or sensationalist pictures or video.
Young people are especially vulnerable to negative suicide coverage. Do not give undue prominence to photographs of a young person who has died and avoid repeated use of images such as galleries.
Try not to give a story undue prominence, for example with a front cover splash.
Don’t brush over the complex realities of suicide and its impact on those left behind. Remember that people bereaved by suicide are often vulnerable and are more likely to take their own lives than the general population.
Speculation about the ‘trigger’ for a suicide, even if provided by a close family member, should be avoided.
Use statistics with caution. Check with Samaritans or the relevant national statistical agency to make sure you have the most recent data and are comparing like with like.


Langues: L’anglais est-il autre chose qu’un pidgin français qui a réussi ? (Why English is so hard: it’s the French’s fault, stupid !)

25 mai, 2014
http://vsm.com--live.com/admin/uploads/epicsnaps.com/1384253740-This-is-Why-English-is-So-Hard-to-Learn.jpg
http://blog.mensliberty.com/Portals/157023/images/Health%20Literacy.jpg
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À la Cour, ainsi que dans les châteaux des grands seigneurs, où la pompe et le cérémonial de la Cour étaient imités, la langue franco-normande était la seule en usage ; dans les tribunaux, les plaidoyers et les arrêts étaient prononcés dans la même langue ; bref, le français était la langue de l’honneur, de la chevalerie et même de la justice ; tandis que l’anglo-saxon, si mâle et si expressif, était abandonné à l’usage des paysans et des serfs, qui n’en savaient pas d’autre. Peu à peu, cependant, la communication obligée qui existait entre les maîtres du sol et les êtres inférieurs et opprimes qui cultivaient ce sol, avait donné lieu à la formation d’un dialecte composé du franco-normand et de l’anglo-saxon, dialecte à l’aide duquel ils pouvaient se faire comprendre les uns des autres, et de cette nécessité se forma graduellement l’édifice de notre langue anglaise moderne, dans laquelle l’idiome des vainqueurs et celui des vaincus se trouvent confondus si heureusement, et qui a été si heureusement enrichie par des emprunts faits aux langues classiques et à celles que parlent les peuples méridionaux de l’Europe. 
Eh bien ! reprit Wamba, comment appelez-vous ces animaux grognards, qui courent là-bas sur leurs quatre jambes ? Des pourceaux, bouffon, des pourceaux, dit Gurth ; le premier idiot venu sait cela. Et pourceaux, c’est du bon saxon, dit le railleur. Mais comment appelez-vous la truie, quand elle est écorchée et coupée par quartiers et suspendue par les talons comme un traître ? Du porc, répondit le pâtre. Je suis heureux de reconnaître aussi que tous les idiots savent cela, dit Wamba ; or, un porc, je pense, est du bon normand-français, de sorte que, tant que la bête est en vie et sous la garde d’un serf saxon, elle porte son nom saxon ; mais elle devient normande et on l’appelle porc quand elle est portée au château pour faire réjouissance aux seigneurs. Que dis-tu de cela, ami Gurth, hein ? Cette doctrine n’est que trop vraie, ami Wamba, de quelque manière qu’elle soit entrée dans ta folle tête. Oh ! je puis t’en dire davantage encore, fit Wamba sur le même ton. Vois ce vieux bailly l’ox, il continue à porter son nom saxon tant qu’il est sous la garde de serfs et d’esclaves tels que toi ; mais il devient beef, c’est-à-dire un fougueux et vaillant Français, quand on le place sous les honorables mâchoires qui doivent le dévorer ; monsieur calf aussi devient monsieur le veau de la même façon ; il est Saxon tant qu’il lui faut nos soins et nos peines, et il prend un nom normand aussitôt qu’il devient un objet de régal. Par saint Dunstan ! s’écria Gurth, tu ne dis là que de tristes vérités. On ne nous laisse à peu près que l’air que nous respirons, et on paraît nous l’avoir accordé en hésitant fort, et dans le seul but de nous mettre à même de porter le fardeau dont on charge nos épaules. Tout ce qui est beau et gras est pour les tables des Normands ; les plus belles sont pour leurs lits, les plus braves pour les armées de leurs maîtres à l’étranger, et ceux-là vont blanchir de leurs ossements les terres lointaines, ne laissant ici qu’un petit nombre d’hommes qui aient, soit la volonté, soit le pouvoir de protéger les malheureux Saxons. Walter Scott (Ivanhoe, 1820)
Le nom « Boko Haram » signifie « L’éducation occidentale est un péché ». Boko (de book, « livre » en anglais, mais l’explication est contestée) est un alphabet latin, créé par les autorités coloniales anglaises (principalement) et françaises, pour transcrire la langue haoussa et, par dérivation, il désigne l’école laïque. Haram est un mot arabe signifiant « interdit » ou « illicite » dans l’islam. Wikipedia
L‘anglais ? Ce n’est jamais que du français mal prononcé. Clémenceau
Un Anglais a la bouche pleine d’expressions empruntées […]. Il emprunte continuellement aux langues des autres. Daniel Defoe
La licence arrivée avec la Restauration qui, après avoir infecté notre religion et nos mœurs, en est venue à corrompre notre langue. Jonathan Swift
Nos guerriers s’emploient activement à propager la langue française, alors qu’ils se couvrent de gloire en écrasant cette puissance. The Spectator (guerre de Succession d’Espagne)
Outre la tragédie qu’a représentée l’expropriation de la vielle aristocratie anglaise, l’effet sans doute le plus regrettable de la conquête fut l’éclipse presque totale de l’anglais vernaculaire comme langue de la littérature, du droit et de l’administration. Remplacé dans les documents officiels et autres par le latin, puis de plus en plus dans tous les domaines par le franco-normand, l’anglais écrit n’est quasiment pas réapparu avant le XIIe siècle. Encyclopaedia Britannica (américaine)
Pour nous autres Anglais, la conquête normande n’a presque aucun secret. Nous sommes fiers d’y voir le dernier exemple d’invasion réussie de l’Angleterre. La date emblématique, 1066, a coulé dans le lait de notre mère. Bouche bée, le souffle coupé, les enfants continuent de se voir raconter, à la maison ou en voyage scolaire à Bayeux, l’histoire du roi anglo-saxon Harold, tué d’une flèche dans l’œil à la bataille de Hastings. Mais même si la psyché anglaise a intégré dans son subconscient l’idée que le féodalisme et une classe dirigeante francophone – clergé, noblesse, marchands et administrateurs – sont alors venus se superposer à la société anglo-saxonne, la question linguistique reste, elle, curieusement camouflée. Personne ne reconnaît vraiment – chuchotez-le ! – qu’autrefois les Anglais parlaient français. Jon-Kriss Mason
Le terme de pidgin (nom masculin) désigne différentes langues véhiculaires simplifiées créées sur le vocabulaire et certaines structures d’une langue de base, en général européenne (anglais, espagnol, français, néerlandais, portugais, etc.) Les linguistes distinguent le pidgin du créole en fonction du niveau de structuration de la langue. Toutefois, il est courant de réserver le terme « pidgin » aux langues issues de l’anglais et le terme « créole » aux langues issues du français. C’est cependant un emploi abusif. (…) Le mot pidgin proviendrait du mot business en pidgin anglo-chinois. D’abord utilisé pour désigner celui-ci, il s’est ensuite généralisé à toutes les langues de contact aux caractéristiques comparables. Le pidgin est considéré par les sociolinguistes comme une langue d’appoint. Wikipedia
Par jargon ou pidgin, terme plus technique, on entend un système d’expression qui fonctionne en dehors de la grammaire interne innée. Un pidgin comporte un vocabulaire, mais les éléments de celui-ci, de forme souvent peu stable, sont assemblés, non selon les principes qui règlent les syntaxes des langues naturelles, mais selon d’autres principes, plus primitifs peut-être, plus pragmatiques en tout cas. Pour certains auteurs (…), ces principes définiraient le « protolangage », faculté antérieure au langage dans l’évolution de l’espèce humaine, que l’émergence de ce dernier n’a pas supprimée, mais a reléguée aux situations d’urgence où le langage complexe, entravé par sa diversité, ne marche plus. Des adultes peuvent s’en contenter, mais pas des enfants. Voilà l’articulation cruciale de la théorie: les enfants pré-pubères se distinguent des adolescents et des adultes par le fait que leur capacité d’acquisition linguistique, qui n’est pas autre chose que leur faculté de langage ou grammaire interne même, est en pleine activité, elle n’a pas encore été frappée d’inhibition. Pour cette capacité, le pidgin qu’ils se voient contraints de reprendre de leurs aînés – car c’est le seul médium commun – n’est pas assimilable puisqu’il n’a pas de grammaire, ou du moins pas une grammaire conforme à la grammaire interne. La tâche des enfants – qu’ils accomplissent bien sûr « sans y penser » – consiste donc à conformer le pidgin aux prescriptions de la grammaire interne, par définition la même chez tous, créant ainsi un créole, c’est-à-dire une nouvelle langue naturelle. On prendra garde que certaines langues sont appelées par tradition des pidgins, qui sont en réalité des créoles ou des pidgins dits « développés » (expanded pidgins) qui, pour manquer de locuteurs natifs, n’en sont pas moins de vraies langues. Le Pidgin English ou tok pisin de Papouasie-Nouvelle-Guinée en est un cas typique. Véronique Khim
Le développement d’une langue étant fonction de la puissance politique, militaire et économique des peuples qui la parlent, les écrivains francophones et les penseurs de langue française dont les œuvres ne sont pas traduites en anglais sont, de fait, de plus en plus isolés sur la scène mondiale. Aujourd’hui, la langue des affaires multinationales, des transports, des états-majors, de la finance, de la publicité, des organisations internationales est l’anglo-américain. L’anglo-américain est également la langue des images, du cinéma, des grands médias électroniques, de la world music. Elle est le véhicule privilégié de la seule culture populaire dont le rayonnement aujourd’hui est véritablement global. C’est aussi la langue des grands sports de masse, à l’exemple du basket-ball, voire, plus près de nous, du football, du cricket ou du rugby. Mais par anglo-américain, il faut bien comprendre tous les dialectes de transaction qui, sous l’appellation générique de l’anglais, participent à la création d’un immense monde créole et cosmopolite de Mumbai en Inde à Kingston en Jamaïque, du Bronx (New York) à Lagos au Nigeria, de Karachi (Pakistan) à Toronto (Canada), de Sydney en Australie à Johannesburg (Afrique du Sud) et Nairobi (Kenya). (…) Pour renaître au monde qui se construit sous nos yeux, et qui est très différent du monde ancien, chaque grande langue est appelée à se dénationaliser ou, si vous voulez, à se vernaculariser. Or, de ce point de vue, le plus grand obstacle au développement de la langue française dans le monde aujourd’hui est ce qu’il faut bien appeler le narcissisme culturel français et son corollaire, le parisianisme. Je veux dire que la France a toujours pensé le français en relation avec une géographie imaginaire qui faisait de la France le centre du monde. Au cœur de cette géographie mythique, la langue française était supposée véhiculer, par nature et par essence, des valeurs universelles. Sa tache était de représenter la pensée qui, se mettant à distance d’elle-même, se réfléchit et se pense elle-même. Dans cet éclat lumineux devait se manifester une certaine démarche de l’esprit – celle qui, dans un mouvement ininterrompu, devait conduire au triomphe de la raison humaine. On le sait, ce rapport quasi-métaphysique à la langue s’explique par la double contradiction sur laquelle repose l’Etat-nation français. Il s’agit de la tension entre le cosmopolitisme et l’universalisme. Cette tension, je pense, est au fondement du narcissisme culturel français. Or, le triomphe de l’anglo-américain comme langue dominante du monde contemporain devrait entraîner la réalisation selon laquelle à trop nationaliser le français, on finit nécessairement par faire de cette langue un idiome local, sans grand intérêt pour le monde au large. Il est tout à fait significatif qu’à Paris, à la télévision, dans les grandes maisons d’édition et dans les grandes institutions culturelles, l’on continue de penser et d’agir comme si la France avait l’exclusive propriété d’une langue dont on sait par ailleurs qu’elle est aujourd’hui davantage parlée hors de France que dans l’Hexagone. L’on tarde donc à comprendre qu’elle est désormais une langue au pluriel qui, en se déployant hors de l’Hexagone, s’est enrichie, s’est infléchie et a pris du champ par rapport à ses origines. Je crois donc que si l’on veut aller loin et ouvrir un futur à la langue française, il faut définitivement sortir de l’illusion selon laquelle elle appartient à la France. Il faut, par exemple, ouvrir l’Académie française à des non Français. Il faut dénationaliser les instances qui accordent les grands prix littéraires aux meilleures œuvres du genre. Il faut inviter aux grandes émissions littéraires les Alain Mabanckou, Véronique Tadjo, Ken Bugul, Abdourahman Waberi, Samy Tchak, Efoui Kossi et ainsi de suite – les auteurs des banlieues, ceux et celles de la Réunion, de la Martinique, de la Guadeloupe. Il faut décloisonner non seulement les prix, mais aussi les genres artistiques francophones, favoriser les métissages et les collaborations entre créateurs français et francophones ; en matière cinématographique, donner la voix autant à un Basseck ba Kobhio qu’à une Eliane de la Tour au lieu de continuer de les opposer quand il s’agit des mécanismes de financement. Faisons donc comme les Anglais avec le Booker Prize par exemple ! Que les grands quotidiens et hebdomadaires et les grandes institutions culturelles accordent toute l’attention qu’il faut, non pas seulement à la pensée française, mais à la pensée de langue française. Achille Mbembe
Un poème écrit par Gérard Nolst Trenite, hollandais connu sous le pseudonyme de Charivarius ( 1870-1946) est une démonstration de toutes les exceptions et irrégularités de la langue anglaises entre l’orthographe et la prononciation . Ce poême est tiré du livre : Drop Your Foreign Accent: engelsche uitspraakoefeningen (…) Le Chaos représente un exploit de virtuose en composition, un catalogue de mammouth d’Environ 800 des irrégularités les plus les plus célèbres d’orthographe anglaise traditionnelle, habilement versifiée (si avec quelques lignes maladroites) dans des distiques avec l’alternance de rimes féminines et masculines. La sélection d’exemples apparaît maintenant quelque peu désuète, tout comme quelques-unes de leurs prononciations, en effet quelques mots peuvent même être inconnus aux lecteurs d’aujourd’hui (combien à savoir ce qu’ « une studding-voile » est, ou que sa prononciation nautique est « stunsail » ?) . Le poids de la poésie représente un acte d’accusation aussi valable du chaos orthographique en anglais. La créature la plus chère dans création » s’adressant à la première ligne, est comme « Susy  » à la ligne 5. Ce pourrait être une anonyme quoiqu’une version ronéotypée de la poésie appartenant à Harry Cohen soit consacrée « à Mlle Susanne Delacroix, Paris ». Vraisemblablement elle fut l’une des étudiantes de Nolst Trenité. Chris Upward

https://www.youtube.com/watch?v=z5myI9TDFDw

https://www.youtube.com/watch?v=1edPxKqiptw

https://www.youtube.com/watch?v=Y-GDoVBlVeA

https://www.youtube.com/watch?v=hJeRIcj5Fb8

https://www.youtube.com/watch?v=F6JzYkj5Pns

https://www.youtube.com/watch?v=GQT7WgPgHFs

https://www.youtube.com/watch?v=-0G_yZfXJUQ

L’anglais est-il autre chose qu’un pidgin français qui a réussi ?

A l’heure où, outre-Atlantique, la traduction anglaise du pavé d’un économiste français – néo-marxiste de surcroit ! – caracole en tête des ventes

Et où, semant le chaos dans le plus grand pays africain, une bande de psychopathes en sont sous les couleurs de la religion la plus rétrograde de la planète à déclarer péché le dernier lien qui les rattachait encore à la civilisation, à savoir l’alphabet latin et l’éducation que leur avaient légué leurs colonisateurs anglais …

Pendant que, malgré les efforts de plus en plus pathétiques du landerneau germanopratin, la langue de Guillaume continue sa dénationalisation

Démonstration avec cette véritable ode à la difficulté de l’anglais qui circule sur l’internet

A savoir le Chaos, le fameux poème de 1922 du néerlandais Gérard Nolst Trenité qui compile quelque 800 des irrégularités les plus les plus célèbres de l’orthographe anglaise traditionnelle …

Et confirmation d’un des secrets les mieux gardés des deux côtés de la Manche …

A savoir, comme nous le rappelions il y a quelques années, qu’avec plus de 85% de vocabulaire d’origine française mais aussi de toutes sortes d’apports ramenés des quatre coins de l’Empre où le soleil ne se couchait jamais, la langue de Shakespeare n’est en fait qu’un pidgin français qui a réussi au-delà de toutes les espérances …

The Chaos by Gerard Nolst Trenité

This is a classic English poem containing about 800 of the worst irregularities in English spelling and pronunciation.

Gerard Nolst Trenité – The Chaos (1922)

Dearest creature in creation
Studying English pronunciation,
   I will teach you in my verse
   Sounds like corpse, corps, horse and worse.

I will keep you, Susy, busy,
Make your head with heat grow dizzy;
   Tear in eye, your dress you’ll tear;
   Queer, fair seer, hear my prayer.

Pray, console your loving poet,
Make my coat look new, dear, sew it!
   Just compare heart, hear and heard,
   Dies and diet, lord and word.

Sword and sward, retain and Britain
(Mind the latter how it’s written).
   Made has not the sound of bade,
   Say-said, pay-paid, laid but plaid.

Now I surely will not plague you
With such words as vague and ague,
   But be careful how you speak,
   Say: gush, bush, steak, streak, break, bleak ,

Previous, precious, fuchsia, via
Recipe, pipe, studding-sail, choir;
   Woven, oven, how and low,
   Script, receipt, shoe, poem, toe.

Say, expecting fraud and trickery:
Daughter, laughter and Terpsichore,
   Branch, ranch, measles, topsails, aisles,
   Missiles, similes, reviles.

Wholly, holly, signal, signing,
Same, examining, but mining,
   Scholar, vicar, and cigar,
   Solar, mica, war and far.

From « desire »: desirable-admirable from « admire »,
Lumber, plumber, bier, but brier,
   Topsham, brougham, renown, but known,
   Knowledge, done, lone, gone, none, tone,

One, anemone, Balmoral,
Kitchen, lichen, laundry, laurel.
   Gertrude, German, wind and wind,
   Beau, kind, kindred, queue, mankind,

Tortoise, turquoise, chamois-leather,
Reading, Reading, heathen, heather.
   This phonetic labyrinth
   Gives moss, gross, brook, brooch, ninth, plinth.

Have you ever yet endeavoured
To pronounce revered and severed,
   Demon, lemon, ghoul, foul, soul,
   Peter, petrol and patrol?

Billet does not end like ballet;
Bouquet, wallet, mallet, chalet.
   Blood and flood are not like food,
   Nor is mould like should and would.

Banquet is not nearly parquet,
Which exactly rhymes with khaki.
   Discount, viscount, load and broad,
   Toward, to forward, to reward,

Ricocheted and crocheting, croquet?
Right! Your pronunciation’s OK.
   Rounded, wounded, grieve and sieve,
   Friend and fiend, alive and live.

Is your r correct in higher?
Keats asserts it rhymes Thalia.
   Hugh, but hug, and hood, but hoot,
   Buoyant, minute, but minute.

Say abscission with precision,
Now: position and transition;
   Would it tally with my rhyme
   If I mentioned paradigm?

Twopence, threepence, tease are easy,
But cease, crease, grease and greasy?
   Cornice, nice, valise, revise,
   Rabies, but lullabies.

Of such puzzling words as nauseous,
Rhyming well with cautious, tortious,
   You’ll envelop lists, I hope,
   In a linen envelope.

Would you like some more? You’ll have it!
Affidavit, David, davit.
   To abjure, to perjure. Sheik
   Does not sound like Czech but ache.

Liberty, library, heave and heaven,
Rachel, loch, moustache, eleven.
   We say hallowed, but allowed,
   People, leopard, towed but vowed.

Mark the difference, moreover,
Between mover, plover, Dover.
   Leeches, breeches, wise, precise,
   Chalice, but police and lice,

Camel, constable, unstable,
Principle, disciple, label.
   Petal, penal, and canal,
   Wait, surmise, plait, promise, pal,

Suit, suite, ruin. Circuit, conduit
Rhyme with « shirk it » and « beyond it »,
   But it is not hard to tell
   Why it’s pall, mall, but Pall Mall.

Muscle, muscular, gaol, iron,
Timber, climber, bullion, lion,
   Worm and storm, chaise, chaos, chair,
   Senator, spectator, mayor,

Ivy, privy, famous; clamour
Has the a of drachm and hammer.
   Pussy, hussy and possess,
   Desert, but desert, address.

Golf, wolf, countenance, lieutenants
Hoist in lieu of flags left pennants.
   Courier, courtier, tomb, bomb, comb,
   Cow, but Cowper, some and home.

« Solder, soldier! Blood is thicker« ,
Quoth he, « than liqueur or liquor« ,
   Making, it is sad but true,
   In bravado, much ado.

Stranger does not rhyme with anger,
Neither does devour with clangour.
   Pilot, pivot, gaunt, but aunt,
   Font, front, wont, want, grand and grant.

Arsenic, specific, scenic,
Relic, rhetoric, hygienic.
   Gooseberry, goose, and close, but close,
   Paradise, rise, rose, and dose.

Say inveigh, neigh, but inveigle,
Make the latter rhyme with eagle.
   Mind! Meandering but mean,
   Valentine and magazine.

And I bet you, dear, a penny,
You say mani-(fold) like many,
   Which is wrong. Say rapier, pier,
   Tier (one who ties), but tier.

Arch, archangel; pray, does erring
Rhyme with herring or with stirring?
   Prison, bison, treasure trove,
   Treason, hover, cover, cove,

Perseverance, severance. Ribald
Rhymes (but piebald doesn’t) with nibbled.
   Phaeton, paean, gnat, ghat, gnaw,
   Lien, psychic, shone, bone, pshaw.

Don’t be down, my own, but rough it,
And distinguish buffet, buffet;
   Brood, stood, roof, rook, school, wool, boon,
   Worcester, Boleyn, to impugn.

Say in sounds correct and sterling
Hearse, hear, hearken, year and yearling.
   Evil, devil, mezzotint,
   Mind the z! (A gentle hint.)

Now you need not pay attention
To such sounds as I don’t mention,
   Sounds like pores, pause, pours and paws,
   Rhyming with the pronoun yours;

Nor are proper names included,
Though I often heard, as you did,
   Funny rhymes to unicorn,
   Yes, you know them, Vaughan and Strachan.

No, my maiden, coy and comely,
I don’t want to speak of Cholmondeley.
   No. Yet Froude compared with proud
   Is no better than McLeod.

But mind trivial and vial,
Tripod, menial, denial,
   Troll and trolley, realm and ream,
   Schedule, mischief, schism, and scheme.

Argil, gill, Argyll, gill. Surely
May be made to rhyme with Raleigh,
   But you’re not supposed to say
   Piquet rhymes with sobriquet.

Had this invalid invalid
Worthless documents? How pallid,
   How uncouth he, couchant, looked,
   When for Portsmouth I had booked!

Zeus, Thebes, Thales, Aphrodite,
Paramour, enamoured, flighty,
   Episodes, antipodes,
   Acquiesce, and obsequies.

Please don’t monkey with the geyser,
Don’t peel ‘taters with my razor,
   Rather say in accents pure:
   Nature, stature and mature.

Pious, impious, limb, climb, glumly,
Worsted, worsted, crumbly, dumbly,
   Conquer, conquest, vase, phase, fan,
   Wan, sedan and artisan.

The th will surely trouble you
More than r, ch or w.
   Say then these phonetic gems:
   Thomas, thyme, Theresa, Thames.

Thompson, Chatham, Waltham, Streatham,
There are more but I forget ‘em-
   Wait! I’ve got it: Anthony,
   Lighten your anxiety.

The archaic word albeit
Does not rhyme with eight-you see it;
   With and forthwith, one has voice,
   One has not, you make your choice.

Shoes, goes, does *. Now first say: finger;
Then say: singer, ginger, linger.
   Real, zeal, mauve, gauze and gauge,
   Marriage, foliage, mirage, age,

Hero, heron, query, very,
Parry, tarry fury, bury,
   Dost, lost, post, and doth, cloth, loth,
   Job, Job, blossom, bosom, oath.

Faugh, oppugnant, keen oppugners,
Bowing, bowing, banjo-tuners
   Holm you know, but noes, canoes,
   Puisne, truism, use, to use?

Though the difference seems little,
We say actual, but victual,
   Seat, sweat, chaste, caste, Leigh, eight, height,
   Put, nut, granite, and unite.

Reefer does not rhyme with deafer,
Feoffer does, and zephyr, heifer.
   Dull, bull, Geoffrey, George, ate, late,
   Hint, pint, senate, but sedate.

Gaelic, Arabic, pacific,
Science, conscience, scientific;
   Tour, but our, dour, succour, four,
   Gas, alas, and Arkansas.

Say manoeuvre, yacht and vomit,
Next omit, which differs from it
   Bona fide, alibi
   Gyrate, dowry and awry.

Sea, idea, guinea, area,
Psalm, Maria, but malaria.
   Youth, south, southern, cleanse and clean,
   Doctrine, turpentine, marine.

Compare alien with Italian,
Dandelion with battalion,
   Rally with ally; yea, ye,
   Eye, I, ay, aye, whey, key, quay!

Say aver, but ever, fever,
Neither, leisure, skein, receiver.
   Never guess-it is not safe,
   We say calves, valves, half, but Ralf.

Starry, granary, canary,
Crevice, but device, and eyrie,
   Face, but preface, then grimace,
   Phlegm, phlegmatic, ass, glass, bass.

Bass, large, target, gin, give, verging,
Ought, oust, joust, and scour, but scourging;
   Ear, but earn; and ere and tear
   Do not rhyme with here but heir.

Mind the o of off and often
Which may be pronounced as orphan,
   With the sound of saw and sauce;
   Also soft, lost, cloth and cross.

Pudding, puddle, putting. Putting?
Yes: at golf it rhymes with shutting.
   Respite, spite, consent, resent.
   Liable, but Parliament.

Seven is right, but so is even,
Hyphen, roughen, nephew, Stephen,
   Monkey, donkey, clerk and jerk,
   Asp, grasp, wasp, demesne, cork, work.

A of valour, vapid vapour,
S of news (compare newspaper),
   G of gibbet, gibbon, gist,
   I of antichrist and grist,

Differ like diverse and divers,
Rivers, strivers, shivers, fivers.
   Once, but nonce, toll, doll, but roll,
   Polish, Polish, poll and poll.

Pronunciation-think of Psyche!-
Is a paling, stout and spiky.
   Won’t it make you lose your wits
   Writing groats and saying « grits »?

It’s a dark abyss or tunnel
Strewn with stones like rowlock, gunwale,
   Islington, and Isle of Wight,
   Housewife, verdict and indict.

Don’t you think so, reader, rather,
Saying lather, bather, father?
   Finally, which rhymes with enough,
   Though, through, bough, cough, hough, sough, tough??

Hiccough has the sound of sup
My advice is: GIVE IT UP!

Phonetic version (British pronunciation)

ˌdɪəɹɪst ˈkɹiːʧəɹ ɪn kɹɪ.ˈeɪʃn̩
ˌstʌdɪ.ɪŋ ˈɪŋɡlɪʃ pɹəˌnʌnsɪ.ˈeɪʃn̩
ˌaɪ wɪl ˈtiːʧ jʊ ɪn maɪ ˈvɜːs
ˈsaʊndz laɪk ˈkɔːps ˈkɔː ˈhɔːs ənd ˈwɜːs

ˌaɪ wɪl ˈkiːp jʊ ˈsuːzɪ ˈbɪzɪ
ˌmeɪk jə ˈhɛd wɪð ˈhiːt ɡɹəʊ ˈdɪzɪ
ˈtɪəɹ ɪn ˌaɪ jə ˈdɹɛs wɪl ˈtɛə
ˈkwɪə ˌfɛə ˈsɪə ˈhɪə maɪ ˈpɹɛə

ˈpɹeɪ kənˈsəʊl jə ˈlʌvɪŋ ˈpəʊ.ɪt
ˈmeɪk maɪ ˈkəʊt ˌlʊk ˈnjuː ˌdɪə ˈsəʊ ɪt
ˌʤʌst kəmˈpɛə ˈhɑːt ˈhɪəɹ ənd ˈhɜːd
ˈdaɪz ənd ˈdaɪ.ət ˈlɔːd ənd ˈwɜːd

ˈsɔːd ənd ˈswɔːd ɹɪˈteɪn ənd ˈbɹɪtn̩
ˈmaɪnd ðə ˈlætə ˌhaʊ ɪts ˈɹɪtn̩
ˈmeɪd həz ˈnɒt ðə ˈsaʊnd əv ˈbæd
ˈseɪ ˈsɛd ˈpeɪ ˈpeɪd ˈleɪd bət ˈplæd

ˌnaʊ aɪ ˈʃɔːlɪ wɪl nɒt ˈpleɪɡ juː
ˌwɪð sʌʧ ˈwɜːdz æz ˈveɪɡ ənd ˈeɪɡjuː
ˌbʌt bɪ ˈkɛəfl̩ haʊ juː ˈspiːk
ˌseɪ ˈɡʌʃ ˈbʊʃ ˈsteɪk ˈstɹiːk ˈbɹeɪk ˈbliːk

ˈpɹiːvɪ.əs ˈpɹɛʃəs ˈfjuːshə ˈvaɪ.ə
ˈɹɛsəpɪ ˈpaɪp ˈstʌnsl̩ ˈkwaɪ.ə
ˈwəʊvn̩ ˈʌvn̩ ˈhaʊ ənd ˈləʊ
ˈskɹɪpt ɹɪˈsiːt ˈʃuː ˈpəʊ.ɪm ˈtəʊ

ˈseɪ ɪkˈspɛktɪŋ ˈfɹɔːd ənd ˈtɹɪkəɹɪ
ˈdɔːtə ˈlɑːftəɹ ˌænd tɜːpˈsɪkəɹɪ
ˈbɹɑːnʧ ˈɹɑːnʧ ˈmiːzl̩z ˈtɒpsl̩z ˈaɪlz
ˈmɪsaɪlz ˈsɪməlɪz ɹɪˈvaɪlz

ˈhəʊllɪ ˈhɒlɪ ˈsɪɡnl̩ ˈsaɪnɪŋ
ˈseɪm ɪɡˈzæmɪnɪŋ ˌbʌt ˈmaɪnɪŋ
ˈskɒlə ˈvɪkəɹ ˌænd sɪˈɡɑː
ˈsəʊlə ˈmaɪkə ˈwɔːɹ ənd ˈfɑː

ˌfɹɒm dɪˈzaɪ.ə dɪˈzaɪɹəbl̩ ˈædməɹəbl̩ fɹəm ədˈmaɪ.ə
ˈlʌmbə ˈplʌmə ˈbɪə bət ˈbɹaɪ.ə
ˈtɒpsəm ˈbɹuː.əm ɹɪˈnaʊn ˌbʌt ˈnəʊn
ˈnɒlɪʤ ˈdʌn ˈləʊn ˈɡɒn ˈnʌn ˈtəʊn

ˈwʌn əˈnɛmənɪ bælˈmɒɹəl
ˈkɪʧən ˈlaɪkən ˈlɔːndɹɪ ˈlɒɹəl
ˈɡɜːtɹuːd ˈʤɜːmən ˈwɪnd ənd ˈmaɪnd
ˈbəʊ ˈkaɪnd ˈkɪndɹəd ˈkjuː mænˈkaɪnd

ˈtɔːtəs ˈtɜːkwɔɪz ˈʃæmɪ ˌlɛðə
ˈɹiːdɪŋ ˈɹɛdɪŋ ˈhiːðn̩ ˈhɛðə
ˌðɪs fəˈnɛtɪk ˈlæbəɹɪnθ
ˌɡɪvz ˈmɒs ˈɡɹəʊs ˈbɹʊk ˈbɹəʊʧ ˈnaɪnθ ˈplɪnθ

ˈhæv jʊ ˈɛvə jɛt ɪnˈdɛvəd
tə pɹəˈnaʊns ɹɪˈvɪəd ənd ˈsɛvəd
ˈdiːmən ˈlɛmən ˈɡuːl ˈfaʊl ˈsəʊl
ˈpiːtə ˈpɛtɹəl ˌænd pəˈtɹəʊl

ˈbɪlɪt dʌz ˈnɒt ˌɛnd laɪk ˈbæleɪ
bʊˈkeɪ ˈwɒlɪt ˈmælɪt ˈʃæleɪ
ˈblʌd ənd ˈflʌd ɑː ˈnɒt laɪk ˈfuːd
ˌnɔːɹ ɪz ˈməʊld laɪk ˈʃʊd ənd ˈwʊd

ˈbæŋkwɪt ɪz ˌnɒt ˈnɪəlɪ ˈpɑːkeɪ
ˌwɪʧ ɪɡˈzæktlɪ ˈɹaɪmz wɪð ˈkɑːkɪ
ˈdɪskaʊnt ˈvaɪkaʊnt ˈləʊd ənd ˈbɹɔːd
ˈtəʊ.ədd tə ˈfɔːwəd tə ɹɪˈwɔːd

ˈɹɪkəʃeɪd ˌænd ˈkɹəʊʃeɪɪŋ ˈkɹəʊkɪ
ˈɹaɪt jə pɹəˌnʌnsɪ.ˈeɪʃn̩z əʊˈkeɪ
ˈɹaʊndɪd ˈwuːndɪd ˈɡɹiːv ənd ˈsɪv
ˈfɹɛnd ənd ˈfiːnd əˈlaɪv ənd ˈlɪv

Phonetic version (American pronunciation)

ˌdɪɹɪst ˈkɹiːʧəɹ ɪn kɹi.ˈeːʃn̩
ˌstʌɾi.ɪŋ ˈɪŋɡlɪʃ pɹəˌnʌnsi.ˈeːʃn̩
ˌaɪ wɪl ˈtiːʧ ju ɪn maɪ ˈvɝs
ˈsaʊndz laɪk ˈkɔːɹps ˈkɔːɹ ˈhɔːɹs ənd ˈwɝs

ˌaɪ wɪl ˈkiːp ju ˈsuːzi ˈbɪzi
ˌmeːk jɚ ˈhɛd wɪθ ˈhiːt ɡɹoː ˈdɪzi
ˈtɪɹ ɪn ˌaɪ jɚ ˈdɹɛs wɪl ˈtɛɹ
ˈkwɪɹ ˌfɛɹ ˈsɪɹ ˈhɪɹ maɪ ˈpɹɛɹ

ˈpɹeː kənˈsoːl jɚ ˈlʌvɪŋ ˈpoː.ət
ˈmeːk maɪ ˈkoːt ˌlʊk ˈnuː ˌdɪɹ ˈsoː ɪt
ˌʤʌst kəmˈpɛɹ ˈhɑːɹt ˈhɪɹ ənd ˈhɝd
ˈdaɪz ənd ˈdaɪ.ət ˈlɔːɹd ənd ˈwɝd

ˈsɔːɹd ənd ˈswɔːɹd ɹɪˈteːn ənd ˈbɹɪtn̩
ˈmaɪnd ðə ˈlæɾɚ ˌhaʊ ɪts ˈɹɪtn̩
ˈmeːd həz ˈnɑːt ðə ˈsaʊnd əv ˈbæd
ˈseː ˈsɛd ˈpeː ˈpeːd ˈleːd bət ˈplæd

ˌnaʊ aɪ ˈʃʊɹli wɪl nɑːt ˈpleːɡ juː
ˌwɪθ sʌʧ ˈwɝdz æz ˈveːɡ ənd ˈeːɡjuː
ˌbʌt bi ˈkɛɹfl̩ haʊ juː ˈspiːk
ˌseː ˈɡʌʃ ˈbʊʃ ˈsteːk ˈstɹiːk ˈbɹeːk ˈbliːk

ˈpɹiːvi.əs ˈpɹɛʃəs ˈfjuːshə ˈvaɪ.ə
ˈɹɛsəpi ˈpaɪp ˈstʌnsl̩ ˈkwaɪ.ɚ
ˈwoːvn̩ ˈʌvn̩ ˈhaʊ ənd ˈloː
ˈskɹɪpt ɹɪˈsiːt ˈʃuː ˈpoː.əm ˈtoː

ˈseː ɪkˈspɛktɪŋ ˈfɹɔːd ənd ˈtɹɪkəɹi
ˈdɔːɾɚ ˈlæftəɹ ˌænd tɝpˈsɪkəɹi
ˈbɹænʧ ˈɹænʧ ˈmiːzl̩z ˈtɑːpsl̩z ˈaɪlz
ˈmɪsaɪlz ˈsɪməliz ɹɪˈvaɪlz

ˈhoːlli ˈhɑːli ˈsɪɡnl̩ ˈsaɪnɪŋ
ˈseːm ɪɡˈzæmɪnɪŋ ˌbʌt ˈmaɪnɪŋ
ˈskɑːlɚ ˈvɪkəɹ ˌænd sɪˈɡɑːɹ
ˈsoːlɚ ˈmaɪkə ˈwɔːɹ ənd ˈfɑːɹ

ˌfɹʌm dɪˈzaɪ.ɚ dɪˈzaɪɹəbl̩ ˈædməɹəbl̩ fɹəm ədˈmaɪ.ɚ
ˈlʌmbɚ ˈplʌmɚ ˈbɪɹ bət ˈbɹaɪ.ɚ
ˈtɑːpsəm ˈbɹuː.əm ɹɪˈnaʊn ˌbʌt ˈnoːn
ˈnɑːlɪʤ ˈdʌn ˈloːn ˈɡɔːn ˈnʌn ˈtoːn

ˈwʌn əˈnɛməni bælˈmɔːɹəl
ˈkɪʧən ˈlaɪkən ˈlɔːndɹi ˈlɔːɹəl
ˈɡɝtɹuːd ˈʤɝmən ˈwɪnd ənd ˈmaɪnd
ˈboː ˈkaɪnd ˈkɪndɹəd ˈkjuː mænˈkaɪnd

ˈtɔːɹɾəs ˈtɝkwɔɪz ˈʃæmi ˌlɛðɚ
ˈɹiːdɪŋ ˈɹɛdɪŋ ˈhiːðn̩ ˈhɛðɚ
ˌðɪs fəˈnɛɾɪk ˈlæbəɹɪnθ
ˌɡɪvz ˈmɑːs ˈɡɹoːs ˈbɹʊk ˈbɹoːʧ ˈnaɪnθ ˈplɪnθ

ˈhæv ju ˈɛvɚ jɛt ɪnˈdɛvɚd
tə pɹəˈnaʊns ɹɪˈvɪɹd ənd ˈsɛvɚd
ˈdiːmən ˈlɛmən ˈɡuːl ˈfaʊl ˈsoːl
ˈpiːɾɚ ˈpɛtɹəl ˌænd pəˈtɹoːl

ˈbɪlət dʌz ˈnɑːt ˌɛnd laɪk bæˈleː
buˈkeː ˈwɑːlət ˈmælɪt ʃæˈleː
ˈblʌd ənd ˈflʌd ɑːɹ ˈnɑːt laɪk ˈfuːd
ˌnɔːɹ ɪz ˈmoːld laɪk ˈʃʊd ənd ˈwʊd

ˈbæŋkwɪt ɪz ˌnɑːt ˈnɪɹli pɑːɹˈkeː
ˌʍɪʧ ɪɡˈzæktli ˈɹaɪmz wɪθ ˈkæki
ˈdɪskaʊnt ˈvaɪkaʊnt ˈloːd ənd ˈbɹɔːd
ˈtɔːɹd tə ˈfɔːɹwɚd tə ɹɪˈwɔːɹd

ˈɹɪkəʃeːd ˌænd kɹoːˈʃeːɪŋ kɹoːˈkeː
ˈɹaɪt jɚ pɹəˌnʌnsi.ˈeːʃn̩z oːˈkeː
ˈɹaʊndɪd ˈwuːndɪd ˈɡɹiːv ənd ˈsɪv
ˈfɹɛnd ənd ˈfiːnd əˈlaɪv ənd ˈlɪv

[ENS] [ENS students] [David Madore]


Notes on The Chaos

« The Chaos » is a poem which demonstrates the irregularity of English spelling and pronunciation, written by Gerard Nolst Trenité (1870-1946), also known under the pseudonym Charivarius. It first appeared in an appendix to the author’s 1920 textbook Drop Your Foreign Accent: engelsche uitspraakoefeningen. (From Wikipedia: http://en.wikipedia.org/wiki/The_Chaos)

Chris Upward introduces
The Classic Concordance of Cacographic Chaos

http://www.spellingsociety.org/journals/j17/caos.php

[Journal of the Simplified Spelling Society, 1994/2 pp27-30 later designated J17]

This version is essentially the author’s own final text, as also published by New River Project in 1993. A few minor corrections have however been made, and occasional words from earlier editions have been preferred. Following earlier practice, words with clashing spellings or pronunciations are here printed in italics.

A number of readers have been urging republication of The Chaos, the well-known versified catalogue of English spelling irregularities. The SSS Newsletter carried an incomplete, rather rough version in the summer of 1986 (pp.17-21) under the heading « Author Unknown », with a parallel transcription into an early form of Cut Spelling. Since then a stream of further information and textual variants has come our way, culminating in 1993-94 with the most complete and authoritative version ever likely to emerge. The time is therefore now truly ripe for republication in the JSSS.

Our stuttering progress towards the present version is of interest, as it testifies to the poem’s continuing international impact. Parts of it turned up from the mid-1980s onwards, with trails leading from France, Canada, Denmark, Germany, the Netherlands, Portugal, Spain, Sweden and Turkey. The chequered career of the first version we received was typical: it consisted of a tattered typescript found in a girls’ High School in Germany in 1945 by a British soldier, from whom it passed through various hands eventually to reach Terry De’Ath, who passed it to the SSS; but it did not mention who its author was. A rather sad instance of the mystery that has long surrounded the poem is seen in Hubert A Greven’s Elements of English Phonology, published in Paris in 1972: its introduction quoted 48 lines of the poem to demonstrate to French students how impossible English is to pronounce (ie, to read aloud), and by way of acknowledgment said that the author « would like to pay a suitable tribute to Mr G Nolst Trenité for permission to copy his poem The Chaos. As he could not find out his whereabouts, the author presents his warmest thanks, should the latter happen to read this book ». Alas, the poet in question had died over a quarter of a century earlier.

For the varied materials and information sent us over the years we are particularly indebted to: Terry De’Ath of Newcastle-upon-Tyne; Tom McArthur (Editor of English Today) of Cambridge; Benno Jost-Westendorf of Recklinghausen, Germany; Professor Che Kan Leong of the University of Saskatchewan, Canada; the Editor of Perfect Your English, Barcelona; and SSS committee member Nick Atkinson for the French reference. From them we learnt who the author was and that numerous versions of the poem were in circulation; but many tantalizing questions remained unanswered.

Three contributions in 1993-94 then largely filled in the gaps in the picture. The first of these contributions was due to the diligent research of Belgian SSS member Harry Cohen of Tervuren which outlined the author’s life and told us a good deal about the successive editions of the poem. The second came from Bob Cobbing of New River Project (89a Petherton Road, London N5 2QT), who sent the SSS a handsome new edition (ISBN 1 870750 07 1) he had just published in conjunction with the author’s nephew, Jan Nolst Trenité, who owns the copyright. This edition had been based on the final version published by the author in his lifetime (1944), and must therefore be considered particularly authoritative. Finally, Jan Nolst Trenité himself went to considerable trouble to correct and fill out the details of his uncle’s biography and the poem’s publishing history which the SSS had previously been able to compile.

The author of The Chaos was a Dutchman, the writer and traveller Dr Gerard Nolst Trenité. Born in 1870, he studied classics, then law, then political science at the University of Utrecht, but without graduating (his Doctorate came later, in 1901). From 1894 he was for a while a private teacher in California, where he taught the sons of the Netherlands Consul-General. From 1901 to 1918 he worked as a schoolteacher in Haarlem, and published several schoolbooks in English and French, as well as a study of the Dutch constitution. From 1909 until his death in 1946 he wrote frequently for an Amsterdam weekly paper, with a linguistic column under the pseudonym Charivarius.

The first known version of The Chaos appeared as an appendix (Aanhangsel) to the 4th edition of Nolst Trenité’s schoolbook Drop Your Foreign Accent: engelsche uitspraakoefeningen (Haarlem: H D Tjeenk Willink & Zoon, 1920). The book itself naturally used the Dutch spelling current before the 1947 reform (see JSSS 1987/2, pp14-16). That first version of the poem is entitled De Chaos, and gives words with problematic spellings in italics, but it has only 146 lines, compared with the 274 lines we now give (four more than in our 1986 version). The general importance of Drop your foreign accent is clear from the number of editions it went through, from the first (without the poem) in 1909, to a posthumous 11th revised edition in 1961. The last edition to appear during the author’s life was the 7th (1944), by which time the poem had nearly doubled its original length. It is not surprising, in view of the numerous editions and the poem’s steady expansion, that so many different versions have been in circulation in so many different countries.

The Chaos represents a virtuoso feat of composition, a mammoth catalogue of about 800 of the most notorious irregularities of traditional English orthography, skilfully versified (if with a few awkward lines) into couplets with alternating feminine and masculine rhymes. The selection of examples now appears somewhat dated, as do a few of their pronunciations, indeed a few words may even be unknown to today’s readers (how many will know what a « studding-sail » is, or that its nautical pronunciation is « stunsail »?), and not every rhyme will immediately « click » (« grits » for « groats »?); but the overwhelming bulk of the poem represents as valid an indictment of the chaos of English spelling as it ever did. Who the « dearest creature in creation » addressed in the first line, also addressed as « Susy » in line 5, might have been is unknown, though a mimeographed version of the poem in Harry Cohen’s possession is dedicated to « Miss Susanne Delacruix, Paris ». Presumably she was one of Nolst Trenité’s students.

Readers will notice that The Chaos is written from the viewpoint of the foreign learner of English: it is not so much the spelling as such that is lamented, as the fact that the poor learner can never tell how to pronounce words encountered in writing (the poem was, after all, appended to a book of pronunciation exercises). With English today the prime language of international communication, this unpredictability of symbol-sound correspondence constitutes no less of a problem than the unpredictability of sound-symbol correspondence which is so bewailed by native speakers of English. Nevertheless, many native English-speaking readers will find the poem a revelation: the juxtaposition of so many differently pronounced parallel spellings brings home the sheer illogicality of the writing system in countless instances that such readers may have never previously noticed.

It would be interesting to know if Gerard Nolst Trenité, or anyone else, has ever actually used The Chaos to teach English pronunciation, since the tight rhythmic and rhyming structure of the poem might prove a valuable mnemonic aid. There could be material for experiments here: non-English- speaking learners who had practised reading parts of the poem aloud could be tested in reading the same problematic words in a plain prose context, and their success measured against a control group who had not practised them through The Chaos.

This version is essentially the author’s own final text, as also published by New River Project in 1993. A few minor corrections have however been made, and occasional words from earlier editions have been preferred. Following earlier practice, words with clashing spellings or pronunciations are here printed in italics.

Voir aussi:

Fun poem about English pronunciation

ETNI (English Teachers Network)

I take it you already know
Of tough and bough and cough and dough?
Others may stumble, but not you
On hiccough, thorough, slough, and through.
Well don’t! And now you wish, perhaps,
To learn of less familiar traps.
Beware of heard, a dreadful word
That looks like beard but sounds like bird.
And dead: it’s said like bed, not bead,
For goodness sake don’t call it deed!
Watch out for meat and great and threat
(They rhyme with suite and straight and debt).
A moth is not a moth as in mother
Nor both as in bother, nor broth as in brother,
And here is not a match for there,
Nor dear and fear, for bear and pear.
And then there’s dose and rose and lose–
Just look them up–and goose and choose
And cork and work and card and ward
And font and front and word and sword
And do and go, then thwart and cart,
Come, come! I’ve hardly made a start.
A dreadful Language? Why man alive!
I learned to talk it when I was five.
And yet to write it, the more I tried,
I hadn’t learned it at fifty-five.

Voir également:

Yet Another Crazy English Pronunciation Poem
This poem is available to listen to online. Recorded in .mp3 format you will require a compatible browser. Feel free to link to this page, and to use the recordings in the classroom, but please don’t hotlink to them or publish them elsewhere.

Here is more pronunciation.
Ration never rhymes with nation,
Say prefer, but preferable,
Comfortable and vegetable.
B must not be heard in doubt,
Debt and dumb both leave it out.

In the words psychology,
Psychic, and psychiatry,
You must never sound the p.
Psychiatrist you call the man
Who cures the complex, if he can.

In architect ch is k
In arch it is the other way.
Please remember to say iron
So that it’ll rhyme with lion.
Advertisers advertise,
Advertisements will put you wise.

Time when work is done is leisure,
Fill it up with useful pleasure.
Accidental, accident,
Sound the g in ignorant.

Relative, but relation,
Then say creature, but creation.
Say the a in gas quite short,
Bought remember rhymes with thwart,

Drought must always rhyme with bout,
In daughter leave the g h out.
Wear a boot upon your foot.
Root can never rhyme with soot.

In muscle, s and c is s,
In muscular, it’s s k, yes!
Choir must always rhyme with wire,
That again will rhyme with liar.

Then remember it’s address.
With an accent like posses.
G in sign must silent be,
In signature, pronounce the g.

Please remember, say towards
Just as if it rhymed with boards.
Weight’s like wait, but not like height.
Which should always rhyme with might.

Sew is just the same as so,
Tie a ribbon in a bow.
When you meet the Queen you bow,
Which again must rhyme with how.

In perfect English make a start.
Learn this little rhyme by heart.

Anonymous (unless you know better)
– See more at: http://www.learnenglish.de/pronunciation/pronunciationpoem3.html#sthash.iqdjfQVg.dpuf

Voir encore:

WHY ENGLISH IS SO HARD

We’ll begin with a box, and the plural is boxes,
But the plural of ox becomes oxen, not oxes.
One fowl is a goose, but two are called geese,
Yet the plural of moose should never be meese.
You may find a lone mouse or a nest full of mice,
Yet the plural of house is houses, not hice.

If the plural of man is always called men,
Why shouldn’t the plural of pan be called pen?
If I speak of my foot and show you my feet,
And I give you a boot, would a pair be called beet?
If one is a tooth and a whole set are teeth,
Why shouldn’t the plural of booth be called beeth?

Then one may be that, and three would be those,
Yet hat in the plural would never be hose,
And the plural of cat is cats, not cose.
We speak of a brother and also of brethren,
But though we say mother, we never say methren.
Then the masculine pronouns are he, his and him,
But imagine the feminine: she, shis and shim!

Let’s face it – English is a crazy language.
There is no egg in eggplant nor ham in hamburger;
neither apple nor pine in pineapple.
English muffins weren’t invented in England.
We take English for granted, but if we explore its paradoxes, we find
that quicksand can work slowly, boxing rings are square, and a guinea
pig is neither from Guinea nor is it a pig.

And why is it that writers write but fingers don’t fing, grocers don’t
groce and hammers don’t ham?

Doesn’t it seem crazy that you can make amends but not one amend.If
you have a bunch of odds and ends and get rid of all but one of them, what do
you call it?

If teachers taught, why didn’t preachers praught?
If a vegetarian eats vegetables, what does a humanitarian eat?

Sometimes I think all the folks who grew up speaking English should be
committed to an asylum for the verbally insane.

In what other language do people recite at a play and play at a recital?
We ship by truck but send cargo by ship.
We have noses that run and feet that smell.
We park in a driveway and drive in a parkway.
And how can a slim chance and a fat chance be the same, while a wise
man and a wise guy are opposites?

You have to marvel at the unique lunacy of a language in which your
house can burn up as it burns
down, in which you fill in a form by filling it out,
and in which an alarm goes off by going on.

And, in closing, if Father is Pop, how come Mother’s not Mop?

That’s all for now.

Voir enfin:

Why English is so Hard (a poem)
Posted on February 13, 2013 by kitqat

We’ll begin with a box, and the plural is boxes,
But the plural of ox should be oxen, not oxes.
Then one fowl is goose, but two are called geese,
Yet the plural of moose should never be meese.

You may find a lone mouse or a whole lot of mice,
But the plural of house is houses, not hice.
If the plural of man is always called me,
Why shouldn’t the plural of pan be called pen?

The cow in the plural may be cows or kine,
But the plural pf vow is vows, not vine.
And I speak of a foot, and you show me your feet,
But I give you a boot — would a pair be called beet?

If one is a tooth and a whole set are teeth,
Why shouldn’t the plural of booth be called beeth?
Then one may be that, and three may be those,
Yet the plural of hat would never be hose.
We speak of a brother and also of brethren,
But though we say mother, we never say methren.
So our English, I think you will agree,
Is the trickiest language you ever did see.

Voir enfin:

Claude Hagège: « Imposer sa langue, c’est imposer sa pensée »

Par Michel Feltin-Palas (L’Express), publié le 28/03/2012 à 11:00, mis à jour le 03/04/2012 à 10:26

Faut-il s’inquiéter de la domination de la langue anglaise? Les langues nationales vont-elles disparaître? Sans chauvinisme ni ringardise, le linguiste Claude Hagège dresse un constat lucide de la situation. Rencontre.

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Claude Hagège: « Imposer sa langue, c’est imposer sa pensée »

En amoureux des langues,Claude Hagège défend la diversité et s’oppose fermemement à la domination de l’anglais.

Yann Rabarier/L’Express

Claude Hagège en 5 dates

1955 Entrée à l’Ecole normale supérieure

1966 Première enquête linguistique de terrain, au Cameroun

Depuis 1988 Professeur au Collège de France

2009Dictionnaire amoureux des langues (Plon).

2012Contre la pensée unique (Odile Jacob)

La Semaine de la langue française, qui vient de s’achever, n’aura pas suffi à mettre du baume au coeur de Claude Hagège. Car le constat du grand linguiste est sans appel : jamais, dans l’histoire de l’humanité, une langue n’a été « comparable en extension dans le monde à ce qu’est aujourd’hui l’anglais ». Oh ! il sait bien ce que l’on va dire. Que la défense du français est un combat ranci, franchouillard, passéiste. Une lubie de vieux ronchon réfractaire à la modernité. Il n’en a cure. Car, à ses yeux, cette domination constitue une menace pour le patrimoine de l’humanité. Et fait peser sur elle un risque plus grave encore : voir cette « langue unique » déboucher sur une « pensée unique » obsédée par l’argent et le consumérisme. Que l’on se rassure, cependant : si Hagège est inquiet, il n’est pas défaitiste. La preuve, avec cet entretien où chacun en prend pour son grade…

Comment décide-t-on, comme vous, de consacrer sa vie aux langues?

Je l’ignore. Je suis né et j’ai grandi à Tunis, une ville polyglotte. Mais je ne crois pas que ce soit là une explication suffisante : mes frères, eux, n’ont pas du tout emprunté cette voie.

Enfant, quelles langues avez-vous apprises?

A la maison, nous utilisions le français. Mais mes parents m’ont fait suivre une partie de ma scolarité en arabe – ce qui montre leur ouverture d’esprit, car l’arabe était alors considéré comme une langue de colonisés. J’ai également appris l’hébreu sous ses deux formes, biblique et israélienne. Et je connaissais l’italien, qu’employaient notamment plusieurs de mes maîtres de musique.

Combien de langues parlez-vous?

S’il s’agit de dénombrer les idiomes dont je connais les règles, je puis en mentionner plusieurs centaines, comme la plupart de mes confrères linguistes. S’il s’agit de recenser ceux dans lesquels je sais m’exprimer aisément, la réponse sera plus proche de 10.

Beaucoup de Français pensent que la langue française compte parmi les plus difficiles, et, pour cette raison, qu’elle serait « supérieure » aux autres. Est-ce vraiment le cas?

Pas du tout. En premier lieu, il n’existe pas de langue « supérieure ». Le français ne s’est pas imposé au détriment du breton ou du gascon en raison de ses supposées qualités linguistiques, mais parce qu’il s’agissait de la langue du roi, puis de celle de la République. C’est toujours comme cela, d’ailleurs : un parler ne se développe jamais en raison de la richesse de son vocabulaire ou de la complexité de sa grammaire, mais parce que l’Etat qui l’utilise est puissant militairement – ce fut, entre autres choses, la colonisation – ou économiquement – c’est la « mondialisation ». En second lieu, le français est un idiome moins difficile que le russe, l’arabe, le géorgien, le peul ou, surtout, l’anglais.

L’anglais ? Mais tout le monde, ou presque, l’utilise!

Beaucoup parlent un anglais d’aéroport, ce qui est très différent ! Mais l’anglais des autochtones reste un idiome redoutable. Son orthographe, notamment, est terriblement ardue : songez que ce qui s’écrit « ou » se prononce, par exemple, de cinq manières différentes dans through, rough, bough, four et tour ! De plus, il s’agit d’une langue imprécise, qui rend d’autant moins acceptable sa prétention à l’universalité.

Imprécise?

Parfaitement. Prenez la sécurité aérienne. Le 29 décembre 1972, un avion s’est écrasé en Floride. La tour de contrôle avait ordonné : « Turn left, right now », c’est-à-dire « Tournez à gauche, immédiatement ! » Mais le pilote avait traduit « right now » par « à droite maintenant », ce qui a provoqué la catastrophe. Voyez la diplomatie, avec la version anglaise de la fameuse résolution 242 de l’ONU de 1967, qui recommande le « withdrawal of Israel armed forces from territories occupied in the recent conflict ». Les pays arabes estiment qu’Israël doit se retirer « des » territoires occupés – sous-entendu : de tous. Tandis qu’Israël considère qu’il lui suffit de se retirer « de » territoires occupés, c’est-à-dire d’une partie d’entre eux seulement.

Est-ce une raison pour partir si violemment en guerre contre l’anglais ?

Je ne pars pas en guerre contre l’anglais. Je pars en guerre contre ceux qui prétendent faire de l’anglais une langue universelle, car cette domination risque d’entraîner la disparition d’autres idiomes. Je combattrais avec autant d’ énergie le japonais, le chinois ou encore le français s’ils avaient la même ambition. Il se trouve que c’est aujourd’hui l’anglais qui menace les autres, puisque jamais, dans l’Histoire, une langue n’a été en usage dans une telle proportion sur les cinq continents.

En quoi est-ce gênant ? La rencontre des cultures n’est-elle pas toujours enrichissante ?

La rencontre des cultures, oui. Le problème est que la plupart des gens qui affirment « Il faut apprendre des langues étrangères » n’en apprennent qu’une : l’anglais. Ce qui fait peser une menace pour l’humanité tout entière.

A ce point ?

Seuls les gens mal informés pensent qu’une langue sert seulement à communiquer. Une langue constitue aussi une manière de penser, une façon de voir le monde, une culture. En hindi, par exemple, on utilise le même mot pour « hier » et « demain ». Cela nous étonne, mais cette population distingue entre ce qui est – aujourd’hui – et ce qui n’est pas : hier et demain, selon cette conception, appartiennent à la même catégorie. Tout idiome qui disparaît représente une perte inestimable, au même titre qu’un monument ou une oeuvre d’art.

Avec 27 pays dans l’Union européenne, n’est-il pas bien utile d’avoir l’anglais pour converser ? Nous dépensons des fortunes en traduction!

Cette idée est stupide ! La richesse de l’Europe réside précisément dans sa diversité. Comme le dit l’écrivain Umberto Eco, « la langue de l’Europe, c’est la traduction ». Car la traduction – qui coûte moins cher qu’on ne le prétend – met en relief les différences entre les cultures, les exalte, permet de comprendre la richesse de l’autre.

Mais une langue commune est bien pratique quand on voyage. Et cela ne conduit en rien à éliminer les autres!

Détrompez-vous. Toute l’Histoire le montre : les idiomes des Etats dominants conduisent souvent à la disparition de ceux des Etats dominés. Le grec a englouti le phrygien. Le latin a tué l’ibère et le gaulois. A l’heure actuelle, 25 langues disparaissent chaque année ! Comprenez bien une chose : je ne me bats pas contre l’anglais ; je me bats pour la diversité. Un proverbe arménien résume merveilleusement ma pensée : « Autant tu connais de langues, autant de fois tu es un homme. »

Vous allez plus loin, en affirmant qu’une langue unique aboutirait à une « pensée unique »…

Ce point est fondamental. Il faut bien comprendre que la langue structure la pensée d’un individu. Certains croient qu’on peut promouvoir une pensée française en anglais : ils ont tort. Imposer sa langue, c’est aussi imposer sa manière de penser. Comme l’explique le grand mathématicien Laurent Lafforgue : ce n’est pas parce que l’école de mathématiques française est influente qu’elle peut encore publier en français ; c’est parce qu’elle publie en français qu’elle est puissante, car cela la conduit à emprunter des chemins de réflexion différents.

Vous estimez aussi que l’anglais est porteur d’une certaine idéologie néolibérale…

Oui. Et celle-ci menace de détruire nos cultures dans la mesure où elle est axée essentiellement sur le profit.

Je ne vous suis pas…

Prenez le débat sur l’exception culturelle. Les Américains ont voulu imposer l’idée selon laquelle un livre ou un film devaient être considérés comme n’importe quel objet commercial. Car eux ont compris qu’à côté de l’armée, de la diplomatie et du commerce il existe aussi une guerre culturelle. Un combat qu’ils entendent gagner à la fois pour des raisons nobles – les Etats-Unis ont toujours estimé que leurs valeurs sont universelles – et moins nobles : le formatage des esprits est le meilleur moyen d’écouler les produits américains. Songez que le cinéma représente leur poste d’exportation le plus important, bien avant les armes, l’aéronautique ou l’informatique ! D’où leur volonté d’imposer l’anglais comme langue mondiale. Même si l’on note depuis deux décennies un certain recul de leur influence.

Pour quelles raisons?

D’abord, parce que les Américains ont connu une série d’échecs, en Irak et en Afghanistan, qui leur a fait prendre conscience que certaines guerres se perdaient aussi faute de compréhension des autres cultures. Ensuite, parce qu’Internet favorise la diversité : dans les dix dernières années, les langues qui ont connu la croissance la plus rapide sur la Toile sont l’arabe, le chinois, le portugais, l’espagnol et le français. Enfin, parce que les peuples se montrent attachés à leurs idiomes maternels et se révoltent peu à peu contre cette politique.

Pas en France, à vous lire… Vous vous en prenez même de manière violente aux « élites vassalisées » qui mèneraient un travail de sape contre le français.

Je maintiens. C’est d’ailleurs un invariant de l’Histoire. Le gaulois a disparu parce que les élites gauloises se sont empressées d’envoyer leurs enfants à l’école romaine. Tout comme les élites provinciales, plus tard, ont appris à leur progéniture le français au détriment des langues régionales. Les classes dominantes sont souvent les premières à adopter le parler de l’envahisseur. Elles font de même aujourd’hui avec l’anglais.

Comment l’expliquez-vous?

En adoptant la langue de l’ennemi, elles espèrent en tirer parti sur le plan matériel, ou s’assimiler à lui pour bénéficier symboliquement de son prestige. La situation devient grave quand certains se convainquent de l’infériorité de leur propre culture. Or nous en sommes là. Dans certains milieux sensibles à la mode – la publicité, notamment, mais aussi, pardonnez-moi de vous le dire, le journalisme – on recourt aux anglicismes sans aucune raison. Pourquoi dire « planning » au lieu d' »emploi du temps » ? « Coach » au lieu d' »entraîneur » ? « Lifestyle » au lieu de « mode de vie » ? « Challenge » au lieu de « défi » ?

Pour se distinguer du peuple?

Sans doute. Mais ceux qui s’adonnent à ces petits jeux se donnent l’illusion d’être modernes, alors qu’ils ne sont qu’américanisés. Et l’on en arrive à ce paradoxe : ce sont souvent les immigrés qui se disent les plus fiers de la culture française ! Il est vrai qu’eux se sont battus pour l’acquérir : ils en mesurent apparemment mieux la valeur que ceux qui se sont contentés d’en hériter.

Mais que dites-vous aux parents qui pensent bien faire en envoyant leurs enfants suivre un séjour linguistique en Angleterre ou aux Etats-Unis?

Je leur réponds : « Pourquoi pas la Russie ou l’Allemagne ? Ce sont des marchés porteurs et beaucoup moins concurrentiels, où vos enfants trouveront plus facilement de l’emploi. »

Ne craignez-vous pas d’être taxé de ringardise, voire de pétainisme?

Mais en quoi est-il ringard d’employer les mots de sa propre langue ? Et en quoi le fait de défendre la diversité devrait-il être assimilé à une idéologie fascisante ? Le français est à la base même de notre Révolution et de notre République !

Pourquoi les Québécois défendent-ils le français avec plus d’acharnement que nous-mêmes?

Parce qu’ils sont davantage conscients de la menace : ils forment un îlot de 6 millions de francophones au milieu d’un océan de 260 millions d’anglophones ! D’où leur activité néologique extraordinaire. Ce sont eux qui, par exemple, ont inventé le terme « courriel », que j’invite les lecteurs de L’Express à adopter !
Des limites de l’anglais en entreprise

En 1999, le PDG de Renault, Louis Schweitzer, impose l’anglais dans les comptes rendus de réunions de direction. Une mesure sur laquelle il sera obligé de revenir, à la plus grande satisfaction de Claude Hagège. « Les entreprises qui ont adopté cette mesure ont perdu en efficacité. Pour une raison simple, que décrit très bien l’ancien patron de Sanofi-Aventis, Jean- François Dehecq : « Si nous imposons l’anglais à tous, les natifs anglophones fonctionneront à 100 % de leur potentiel, ceux qui le parlent bien en seconde langue, à 50 %, et les autres, à 10 %. » » « Par ailleurs, il est faux de croire que l’anglais soit indispensable pour le commerce, reprend Hagège. C’est parfois le contraire. Quand on veut vendre un produit à un étranger, mieux vaut utiliser la langue de son client, qui n’est pas toujours l’anglais ! Une grande compagnie d’eau française est allée récemment à Brasilia. Quand ses représentants ont commencé à recourir à l’anglais, cela a rendu furieux les Brésiliens, qui possèdent, comme nous, une langue d’origine latine. Par anglomanie, nos commerciaux ont transformé un avantage culturel en handicap ! »

La victoire de l’anglais est-elle irréversible?

Pas du tout. Des mesures positives ont d’ailleurs déjà été prises : les quotas de musique française sur les radios et les télévisions, les aides au cinéma français, etc. Hélas, l’Etat ne joue pas toujours son rôle. Il complique l’accès au marché du travail des diplômés étrangers formés chez nous, il soutient insuffisamment la francophonie, il ferme des Alliances françaises… Les Chinois, eux, ont ouvert 1 100 instituts Confucius à travers le monde. Il y en a même un à Arras !

Si une seule mesure était à prendre, quelle serait-elle?

Tout commence à l’école primaire, où il faut enseigner non pas une, mais deux langues vivantes. Car, si on n’en propose qu’une, tout le monde se ruera sur l’anglais et nous aggraverons le problème. En offrir deux, c’est s’ouvrir à la diversité.

Nicolas Sarkozy est coutumier des fautes de syntaxe : « On se demande c’est à quoi ça leur a servi… » ou encore « J’écoute, mais je tiens pas compte ». Est-ce grave, de la part d’un chef d’Etat?

Peut-être moins qu’on ne le croit. Regardez : il a relancé les ventes de La Princesse de Clèves depuis qu’il a critiqué ce livre de Mme de La Fayette ! Mais il est certain que de Gaulle et Mitterrand étaient plus cultivés et avaient un plus grand respect pour la langue.

Le français pourrait-il être le porte-étendard de la diversité culturelle dans le monde?

J’en suis persuadé, car il dispose de tous les atouts d’une grande langue internationale. Par sa diffusion sur les cinq continents, par le prestige de sa culture, par son statut de langue officielle à l’ONU, à la Commission européenne ou aux Jeux olympiques. Et aussi par la voix singulière de la France. Songez qu’après le discours de M. de Villepin à l’ONU, s’opposant à la guerre en Irak, on a assisté à un afflux d’inscriptions dans les Alliances françaises.

N’est-il pas contradictoire de vouloir promouvoir le français à l’international et de laisser mourir les langues régionales?

Vous avez raison. On ne peut pas défendre la diversité dans le monde et l’uniformité en France ! Depuis peu, notre pays a commencé d’accorder aux langues régionales la reconnaissance qu’elles méritent. Mais il aura fallu attendre qu’elles soient moribondes et ne représentent plus aucun danger pour l’unité nationale.

Il est donc bien tard…

Il est bien tard, mais il n’est pas trop tard. Il faut augmenter les moyens qui sont consacrés à ces langues, les sauver, avant que l’on ne s’aperçoive que nous avons laissé sombrer l’une des grandes richesses culturelles de la France. l

En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/culture/livre/claude-hagege-imposer-sa-langue-c-est-imposer-sa-pensee_1098440.html?xtmc=Imposer_sa_langue_c%5C%27est_imposer_sa_pens%E9e&xtcr=10#MLog9ETJ03zoT8IK.99

Yet Another Crazy English Pronunciation Poem

This poem is available to listen to online. Recorded in .mp3 format you will require a compatible browser. Feel free to link to this page, and to use the recordings in the classroom, but please don’t hotlink to them or publish them elsewhere.

Here is more pronunciation.
Ration never rhymes with nation,
Say prefer, but preferable,
Comfortable and vegetable.
B must not be heard in doubt,
Debt and dumb both leave it out.

In the words psychology,
Psychic, and psychiatry,
You must never sound the p.
Psychiatrist you call the man
Who cures the complex, if he can.

In architect ch is k
In arch it is the other way.
Please remember to say iron
So that it’ll rhyme with lion.
Advertisers advertise,
Advertisements will put you wise.

Time when work is done is leisure,
Fill it up with useful pleasure.
Accidental, accident,
Sound the g in ignorant.

Relative, but relation,
Then say creature, but creation.
Say the a in gas quite short,
Bought remember rhymes with thwart,

Drought must always rhyme with bout,
In daughter leave the g h out.
Wear a boot upon your foot.
Root can never rhyme with soot.

In muscle, s and c is s,
In muscular, it’s s k, yes!
Choir must always rhyme with wire,
That again will rhyme with liar.

Then remember it’s address.
With an accent like posses.
G in sign must silent be,
In signature, pronounce the g.

Please remember, say towards
Just as if it rhymed with boards.
Weight’s like wait, but not like height.
Which should always rhyme with might.

Sew is just the same as so,
Tie a ribbon in a bow.
When you meet the Queen you bow,
Which again must rhyme with how.

In perfect English make a start.
Learn this little rhyme by heart.

 

Anonymous (unless you know better)

- See more at: http://www.learnenglish.de/pronunciation/pronunciationpoem3.html#sthash.iqdjfQVg.dpuf

Anonymous (unless you know better)


Vote des femmes/70e: Pourquoi la France a été l’un des derniers pays européens (Blame it on the Protestant Catholic differential)

21 avril, 2014

Religion in Western European Countries (circa 1870)

Country                          Percent            Percent  Percent                           Protestant       Catholic
Protestant Countries
Denmark                               99                  1
Sweden                                 99                  1
Norway                                  99                 1
Finland                                  98                 2
Britain                                   91                 8.5
Germany                               62                 36.5
Netherlands                           61                 38
Switzerland                           58                 41
Catholic Countries
Ireland                                  12                  88
France                                    4                   95
Austria                                    2                  91
Italy                                       1                   97
Spain                                      1                   97
Portugal                                  1                   97
Belgium                                  1                   95
Source: Delacroix and Nielsen (2001)
Timeline of Women’s Suffrage Granted, by Country
  • 1893 New Zealand
  • 1902 Australia1
  • 1906 Finland
  • 1913 Norway
  • 1915 Denmark
  • 1917 Canada2
  • 1918 Austria, Germany, Poland, Russia
  • 1919 Netherlands
  • 1920 United States
  • 1921 Sweden
  • 1928 Britain, Ireland
  • 1931 Spain
  • 1944 France
  • 1945 Italy
  • 1947 Argentina, Japan, Mexico, Pakistan
  • 1949 China
  • 1950 India
  • 1954 Colombia
  • 1957 Malaysia, Zimbabwe
  • 1962 Algeria
  • 1963 Iran, Morocco
  • 1964 Libya
  • 1967 Ecuador
  • 1971 Switzerland
  • 1972 Bangladesh
  • 1974 Jordan
  • 1976 Portugal
  • 1989 Namibia
  • 1990 Western Samoa
  • 1993 Kazakhstan, Moldova
  • 1994 South Africa
  • 2005 Kuwait
  • 2006 United Arab Emirates
  • 2011 Saudi Arabia3
NOTE: One country does not allow their people, male or female, to vote: Brunei.
1. Australian women, with the exception of aboriginal women, won the vote in 1902. Aborigines, male and female, did not have the right to vote until 1962.
2. Canadian women, with the exception of Canadian Indian women, won the vote in 1917. Canadian Indians, male and female, did not win the vote until 1960. Source: The New York Times, May 22, 2005.
3. Women in Saudi Arabia will not be eligible to vote until 2015.
http://www.leparisien.fr/images/2014/04/21/3784117_droit%20de%20vote%20de%20sfemmes%20info.PNG Luther rend nécessaire ce que Gutenberg a rendu possible : en plaçant l’Écriture au centre de l’eschatologie chrétienne, la Réforme fait d’une invention technique une obligation spirituelle. François Furet et Jacques Ozouf
Ce projet a causé la désertion de 80 à 100 000 personnes de toutes conditions, qui ont emporté avec elles plus de trente millions de livres ; la mise à mal de nos arts et de nos manufactures. (…) Sire, la conversion des cœurs n’appartient qu’à Dieu … Vauban (« Mémoire pour le rappel des Huguenots », 1689)
Qu’ils s’en aillent! Car nous sommes en France et non en Allemagne! … Notre République est menacée d’une invasion de protestants car on choisit volontiers des ministres parmi eux., … qui défrancise le pays et risque de le transformer en une grande Suisse, qui, avant dix ans, serait morte d’hypocrisie et d’ennui. Zola (Le Figaro, le 17/5/1881)
After the Reformation, Protestant regions arose from the backwaters of Europe to displace the Catholic countries as the economic powerhouses. By 1700 prior to the full-fledged industrial revolution–Protestant countries had overtaken the Catholic world in terms of income. A strong Protestant-Catholic income gap became well established over the next 250 years. There were no signs of convergence until the 1960s. This is not, however, a simple vindication of the “Protestant ethic” thesis. … A number of alternative hypotheses … might account for the economic dominance of Protestant Europe. They include (1) secularization – freeing the economy from religious controls; (2) the growth of education (and the Protestant emphasis on literacy – ability to read the bible); (3) the dismal consequences of the Catholic Counter-Reformation; (4) the importance of the Atlantic (slave) trade in creating an autonomous business class that would demand modernizing institutional reforms.  (…) The Reformation was a crucial cultural moment in the development of capitalism … The Reformation made literacy a central part of religious devotion. In the Catholic Church, the clergy interpreted (channeled?) the word of God for believers. The bible was thought to be too complex to be understood by the common folk. (Indeed, even much of the clergy did not have direct access to the bible.) Protestantism, in contrast, spread the notion of a “priesthood of all believers”. All Christians should study the bible, connecting with their religion in a much more personal and private way. This is a tall order when only a tiny fraction of the population is literate, and the bible is written in Latin. Protestants worked hard on both these fronts, translating the bible into the vernacular (the languages that people actually spoke), and evangelizing for mass education. Rather suddenly, and for completely non-economic reasons, the medieval reign of ignorance was rejected, in its place were demands for investment in human capital.  Scotland is a great example of this. A founding principle of the Scottish Reformation (1560) was free education for the poor. Perhaps the world’s first local school tax was established in 1633 (strengthened in 1646). In this environment grew the Scottish En lightenment: David Hume, Francis Hutcheson, Adam Ferguson, and the godfather of modern economics, Adam Smith. By this time, Scottish scholarship stood so far above that of other nations that Voltaire wrote, “we look to Scotland for all our ideas of civilization”. An attractive feature of this thinking about Protestantism is its amenability to quantitative empirical testing. Did Protestant countries invest more heavily in education? … at least in 1830, Protestant countries had much higher primary school enrollment: 17% in Germany, 15% in the US, 9% in the UK, 7% in France, and only about 3% or 4% in Italy and Spain … While Protestant countries were aspiring to the ideal of a “priesthood of all believers”–nurturing a social norm of literacy and personal scholarship, Catholic Europe reacted viciously to the Reformation and devoted a hundred or so years to the brutal containment and control of “thought, knowledge, and belief”. The emphasis here is not so much on literacy per se. In Landes’ view, the Reformation did not simply give a “boost to literacy,” but more importantly “spawned dissidents and heresies, and promoted the skepticism and refusal of authority that is at the heart of the scientific endeavor”. While Protestants were translating the bible and agitating for public education, the Counter-Reformation (the Inquisition) was burning books, burning heretics, and imprisoning scientists. The Catholic reaction to the Reformation – in large part driven by the Spanish Empire – was to terrorize the principle of free thought. Though in many ways the birthplace of modern science, “Mediterranean Europe as a whole missed the train of the so-called scientific revolution” (Landes 1998:180). In a climate of fear and repression, the intellectual and scientific center of Europe shifted northward.  Perhaps the Reformation, rather than creating a new “spirit of capitalism,” simply led to the relocation capitalist activity. Without any religious strife, the industrial revolution might well have taken root wherever medieval capitalism was strongest (Italy, Belgium, Spain, etc). The religious wars and Counter-Reformation “convulsed” the centers of old medieval capitalism, leading to a mass migration of capital and entrepreneurial skill. Perhaps the most promising lead for historical research is to study the patterns of capital mobility and migration following the Reformation. Splitting Europe into two religious worlds produced striking dynamics that I believe go far beyond Weber’s thesis. The Protestant world, it seems, nurtured a contentious spirit of heresy and critical thought, popular literacy, and a laissez faire business morality; Catholism burned books, imprisoned scientists, stifled thought, and demanded stringent orthodoxy. All of this condemned the old prosperous regions of Europe to become the periphery (the “Olive Belt”). The backward regions that revolted from Rome became the destination for capitalist migration, and here, the institutions of modern capitalism gradually took shape. Finally, it no doubt helped that at around the same time, the center of commerce and trade shifted from the Mediterranean to the Atlantic, adding a new “opportunity of geography” to the Protestant regions.  Cristobal Young
Pour ses promoteurs, il existe dans la France de la Troisième République un  » complot protestant « , mené par des étrangers de l’intérieur. Ce  » péril  » menace l’identité française et cherche sournoisement à  » dénationaliser  » le pays. Leurs accusations veulent prendre appui sur l’actualité : la guerre de 1870, la création de l’école laïque, les rivalités coloniales, l’affaire Dreyfus, la séparation des églises et de l’État. Derrière ces événements se profilerait un  » parti protestant  » qui œuvrerait en faveur de l’Angleterre et de l’Allemagne. Mais, à coté de l’actualité, la vision de l’histoire constitue également un enjeu et les antiprotestants, en lutte contre l’interprétation universitaire de leur époque, tentent une révision de la compréhension d’événements historiques comme la Saint-Barthélemy et la Révocation de l’Édit de Nantes. Ils accusent les protestants d’intolérance et érigent des statues à Michel Servet, victime de Calvin au XVIe siècle. La réaction protestante à ces attaques se marque non seulement par une riposte juridique, mais aussi par une auto-analyse plus critique que dans le passé. Cet axe se termine par une réflexion plus large sur la condition minoritaire en France et la manière dont la situation faite aux minorités est révélatrice du degré de démocratie de la société française. (…) L’antisémitisme de cette époque concentre deux traditions hostiles aux juifs : l’une, religieuse, qui les accuse de  » déicide « , l’autre, économique, qui les accuse de  » spéculation financière « . La conjonction de ces deux traditions engendre des thèses raciales sur une lutte éternelle entre l’  » aryen  » et le  » sémite « , alors que les accusations raciales antiprotestantes, quand elles existent, n’atteignent pas ce degré d’intensité. L’anticléricalisme est l’envers du cléricalisme : deux camps de force égale se trouvent en rivalité politico-religieuse et leurs arguments dérivent souvent dans des stéréotypes où la haine n’est pas absente. La haine anticléricale se développe lors de la lutte contre les congrégations. Mais, à partir de 1905, la séparation des églises et de l’État constitue un  » pacte laïque  » et permet un dépassement de l’anticléricalisme. (…) Paradoxalement, plus le groupe visé est faible, plus la haine à son encontre est forte. À ce titre, l’antiprotestantisme apparaît comme une haine intermédiaire entre l’anticléricalisme et l’antisémitisme. Mais, partout, à l’origine des haines, se trouve une vision conspirationniste de l’histoire : les pouvoirs établis et les idées qui triomphent sont le résultat de  » menées occultes « , d’ « obscurs complots ». Jean Bauberot
Une bonne partie de ce que nous observons dans les relations entre la France et les Etats-Unis est le produit d’une structure de relations que l’on doit penser comme la confrontation entre deux impérialismes de l’universel. (…) La France est une sorte d’idéologie réalisée: être français, c’est se sentir en droit d’universaliser son intérêt particulier, cet intérêt particulier qui a pour particularité d’être universel. Et doublement en quelque sorte: universel en matière de politique, avec le modèle pur de la révolution universelle, universel en matière de culture, avec le modèle de chic (de Paris). On comprend que, bien que son monopole de l’universel soit fortement contesté, en particulier par les Etats-Unis, la France reste l’arbitre des élégances en matière de radical chic, comme on dit outre-Atlantique ; elle continue à donner le spectacle des jeux de l’universel, et, en particulier, de cet art de la transgression qui fait les avant-gardes politiques et/ou artistiques, de cette manière (qui se sent inimitable) de se sentir toujours au-delà, et au-delà du delà, de jouer avec virtuosité de tous les registres, difficile à accorder, de l’avant-gardisme politique et de l’avant-gardisme culturel (…) C’est dire que nombre des choses qui s’écrivent ou se disent, à propos de la France ou des USA ou de leurs rapports, sont le produit de l’affrontement entre deux impérialismes, entre un impérialisme en ascension et un impérialisme en déclin, et doivent sans doute beaucoup à des sentiments de revanche ou de ressentiment, sans qu’il soit exclu qu’une partie des réactions que l’on serait porté à classer dans l’antiaméricanisme du ressentiment puissent et doivent être comprises comme des stratégies de résistance légitime à des formes nouvelles d’impérialisme… (…) En fait, on ne peut attendre un progrès vers une culture réellement universelle – c’est-à-dire une culture faite de multiples traditions culturelles unifiées par la reconnaissance qu’elles s’accordent mutuellement – que des luttes entre les impérialismes de l’universel. Ces impérialismes, à travers les hommages plus ou moins hypocrites qu’ils doivent rendre à l’universel pour s’imposer, tendent à le faire avancer et, à tout le moins, à le constituer en recours susceptible d’être invoqué contre les impérialismes mêmes qui s’en réclament. Pierre Bourdieu
Si les responsables politiques (de tous bords) pensent que leurs discours alarmistes sur la mondialisation et leurs incessantes critiques contre «l’inhumanité» du «modèle» anglo-saxon ne sont que d’inoffensives stratégies électorales destinées à gagner quelques voix, ils devraient y réfléchir à deux fois. (…) On récolte ce qu’on a semé : deux décennies de rhétorique antimondialisation et antiétranger se payent par une paralysie politique et psychologique de la France, consciente de l’urgente nécessité des réformes, mais incapable de les mettre en oeuvre. De nombreux pays européens plus solidaires que la France possèdent des marchés du travail plus libres, mais le petit pas tenté dans cette direction par la France (le CPE) soulève immanquablement l’opposition générale. (…) Si le grand public n’est pas prêt aux réformes, les responsables politiques ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes : aux Pays-Bas, les réformes ont commencé il y a vingt ans. Au Canada et en Suède, elles ont commencé il y a quinze ans et ont été menées à terme en six petites années. Le Canada et la Suède se portent bien mieux aujourd’hui qu’il y a quinze ans. Pendant ce temps, le tissu social français continue à se dégrader. (…) Les Canadiens se sont livrés à une analyse de l’hyperétatisme au cours des années 80 et 90. Les Français se sont déchaînés contre le «capitalisme sauvage» mais la droite n’a jamais dénoncé «l’étatisme sauvage», avec ses épais fourrés de réglementations tueuses d’emplois et ses prédateurs anticapitalistes, les «intellectuels». (…) La France a besoin d’un (ou d’une) dirigeant (e) centriste capable de faire la paix avec le capitalisme et la mondialisation tout en défendant les meilleurs composants de l’Etat-providence. Canadiens et Suédois ont compris que capitalisme et démocratie sociale (ou du moins stabilité sociale) avancent ensemble, ou tombent ensemble. Qui, en France, adresse ce genre de message au grand public ? Timothy Smith
Des textes produits dans le plus grand secret, délibérément obscurs et édictant des mesures à effet retard, pareil à des virus informatiques, préparent l’avènement d’une sorte de gouvernement mondial invisible au service des puissances économiques dominantes …. Pierre Bourdieu
Les grandes firmes multinationales et leurs conseils d’administrations internationaux, les grandes organisations internationales, OMC, FMI et Banque mondiale aux multiples subdivisions désignées par des sigles et des acronymes compliqués et souvent imprononçables, et toutes les réalités correspondantes, commissions et comités de technocrates non élus, peu connus du grand public, bref, tout ce gouvernement mondial qui s’est en quelques années institué et dont le pouvoir s’exerce sur les gouvernements nationaux eux-mêmes, est une instance inaperçue et inconnue du plus grand nombre. Cette sorte de Big Brother invisible, qui s’est doté de fichiers interconnectés sur toutes les institutions économiques et culturelles, est déjà là, agissant, efficient, décidant de ce que nous pourrons manger ou ne pas manger, lire ou ne pas lire, voir ou ne pas voir à la télévision et au cinéma, et ainsi de suite (…). A travers la maîtrise quasi absolue qu’ils détiennent sur les nouveaux instruments de communication, les nouveaux maîtres du monde tendent à concentrer tous les pouvoirs, économiques, culturels et symboliques, et ils sont ainsi en mesure d’imposer très largement une vision du monde conforme à leurs intérêts. Pierre Bourdieu
Mais ne faut-il pas aujourd’hui plutôt parler d’anglo-américain que d’anglais, dans la mesure où la force propulsive de cette langue a surtout pour moteurs Washington, Hollywood, le Pentagone, Coca-Cola, Microsoft et Apple ? A la différence de la colonisation britannique, qui visait essentiellement les esprits des élites « indigènes », l’américanisation, s’appuyant sur des marchés financiers et industriels devenus planétaires — ceux du divertissement en premier lieu —, et la volonté des Etats-Unis de sauvegarder à tout prix leur hégémonie géostratégique ont pour cible les esprits des masses, et cela en utilisant la même langue, d’ailleurs de plus en plus éloignée de l’anglais standard. (…) Et elles bénéficient en général de l’appui d’autres « élites », notamment de celles de pays développés — dont certains furent autrefois des colonisateurs ! —, et qui, ne craignant pas l’excès de zèle, font assaut de génuflexions et de marques de servitude volontaire. L’anglo-américain, dans les faits, est devenu un vecteur de la mondialisation néolibérale. D’où sa promotion par ses « chiens de garde ». Bernard Cassen (Le Monde diplomatique)
Mon véritable adversaire n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance. (…) Le rêve français, c’est le creuset qui permet à toutes les couleurs de peau d’être à égalité de droits et de devoirs. Le rêve français, c’est l’affirmation des valeurs universelles qui vont bien au-delà des frontières, qui vont bien au-delà de la Nation. Ce n’est pas un espace limité, mais qui est proclamé à tous, à la face du monde. Le rêve français, c’est notre histoire, c’est notre projet ! Le rêve français, c’est une force, c’est le projet que je vous propose, parce qu’il nous ressemble, parce qu’il nous rassemble ! François Hollande

Et si la Révocation de l’Edit de Nantes avait provoqué bien plus que la fuite des cerveaux ?

A l’heure où, pour fêter le 70e anniversaire du vote des femmes en France, un président qui s’était tant vanté de sa haine des riches et provoqué l’exil de tant de nos Depardieu ne trouve rien de mieux, au moment où il atteint des sommets d’impopularité, que de relancer un calamiteux débat sur le vote des étrangers

Qui rappelle, mis à par une chronologie du Parisien, que le Pays autoproclamé des droits de l’homme (sic) a été un des derniers pays européens à accorder le droit de vote aux femmes …

Bien après, de la Nouvelle-Zélande (1893) à la Grande-Bretagne (1918-1928), les pays anglosaxons et nordiques ?

Mais surtout qui prend la peine de rappeler, au-delà de ce tabou si tenace de l’argent et à l’instar de ses voisins latins, tout le temps que la France a perdu et probablement pas encore complètemet rattrapé …

Par rapport à des pays protestants qui pour des raisons d’abord religieuses (tout fidèle, homme ou femme, se devant de lire la Bible pour lui ou elle-même) avait fait le pari précoce d’une universalisation de l’alphabétisation ?

De plus en plus d’électrices mais un déficit d’élues

Le Pariisen

21 avril 2014

La a été l’un des premiers pays à instaurer le suffrage universel masculin en 1848, mais il a fallu près d’un siècle pour l’étendre à l’autre moitié de la population.

Un long combat. L’ordonnance de 1944 met fin à des décennies de rendez-vous ratés. Le Sénat avait retoqué plusieurs fois des propositions de loi pour accorder le droit de vote aux femmes, réputées sous l’emprise de l’Eglise, de peur qu’elles ne « renforcent les rangs conservateurs ». La Première Guerre mondiale et l’apparition de suffragettes françaises dans la lignée des Britanniques ont fait doucement évoluer le débat. C’est finalement la reconnaissance du rôle des femmes pendant la Seconde Guerre mondiale qui a permis aux Françaises d’obtenir leur précieuse carte d’électrice.

Elles s’abstiennent de moins en moins. En 1945, les femmes se sont déplacées en masse, mais ensuite, jusqu’aux années 1960, les Françaises se sont bien moins rendues à l’isoloir que les Français. L’écart de participation a oscillé entre 7 et 12 points. Les années 1970 ont été celles du décollage : au second tour des législatives de 1969, les femmes ont pour la première fois davantage participé que les hommes. Aujourd’hui, les niveaux d’abstention semblent identiques chez les deux sexes mais si les plus jeunes sont moins abstentionnistes que les hommes, c’est le contraire chez les plus âgées.

La parité, c’est pas gagné. Les élues restent aujourd’hui encore largement sous-représentées. Et ce, même si la France a été le premier pays à adopter une loi pour imposer la parité en 2008 avec des listes qui alternent un homme/une femme aux municipales, aux européennes, aux régionales et aux sénatoriales. Mais les têtes de liste restent majoritairement masculines : 83 % aux dernières municipales. Et les hommes représentent 95 % des présidents de conseil généraux, 73 % des députés et 78 % des sénateurs.


Théorie du genre: La bataille des toilettes a commencé (Battle of the bathroom: The future is already here – it’s just not yet evenly distributed)

8 février, 2014
http://cupwire.ca/wp-content/uploads/sites/4/2013/10/TransgenderedWashrooms1.jpgLe futur est déjà là – simplement, il n’est pas encore réparti de manière uniforme. William Gibson
Il est temps de rétablir ce grand principe qu’on semble méconnaître : que les enfants appartiennent à la République avant d’appartenir à leurs parents. Danton (1793)
http://www.lepoint.fr/images/2014/02/04/2402221-tweet-gorafi-1-jpg_2064367.jpgDepuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude.  G.K. Chesterton
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. René Girard
On a commencé avec la déconstruction du langage et on finit avec la déconstruction de l’être humain dans le laboratoire. (…) Elle est proposée par les mêmes qui d’un côté veulent prolonger la vie indéfiniment et nous disent de l’autre que le monde est surpeuplé. René Girard
Les progrès des biotechnologies nous annoncent la possibilité du clonage humain, promesse d’une transformation de l’espèce humaine, qui est très exactement ce sur quoi ont buté le xixe et le xxe siècles. Les philosophies de l’Histoire, le marxisme comme le fascisme et le nazisme, ont rêvé toutes les trois d’un homme nouveau, et recommandé sa production à partir d’une révolution sociale. Slotterdijk nous dit : attention, nous risquons de voir se réaliser ce fantasme et cette utopie qui ont nourri les philosophies de l’histoire et conduit aux catastrophes que l’on sait. (…)Je crois que c’est une très grande erreur d’isoler l’histoire actuelle des développements de la biologie moléculaire, de l’histoire actuelle du développement des théories de l’information et des nouveaux matériaux. C’est en fait la même révolution, et souvent avec les mêmes acteurs, passant de la physique ou de l’information à la biologie. Il ne faut pas dissocier les biotechnologies des autres avancées scientifiques, ce sont les mêmes, dans le même contexte des technosciences, livrées à l’empire de la physico-chimie ; et n’oublions pas les intérêts concurrentiels des entreprises privées et publiques. (…) Nous sommes entrés dans un monde nouveau, radicalement nouveau, ce qui explique que les utopies se réalisent effectivement, à force à la fois de science et de fantasmes. (…) Slotterdijk s’appuie sur le politique de Platon pour montrer que toute l’histoire de l’humanité se réduit à la manière dont, grâce à l’éducation, on a pu distinguer et choisir les meilleurs, parmi les élites, et que, à terme, la biologie permettra enfin une sélection autrement plus efficace que celle des belles lettres. (…)Le siècle que nous avons vécu, siècle court qui a commencé en 1914, 1917 ou 1918 et qui s’est terminé en 1991, a vécu d’utopies réalisées qui ont fort mal tourné. Les totalitarismes fondés sur l’exploitation et la servitude des masses consentantes en ont fait un siècle de terreur et de massacres d’une ampleur sans précédent. À des titres, dans un style et suivant des répercussions différents, communisme, fascisme et nazisme ont envahi la scène de l’Histoire en proposant chacun l’idée de la fabrique d’un homme nouveau appelé à succéder aux impostures de l’humanisme. Dans ce désaveu de l’humanisme, c’est d’abord le procès de la bourgeoisie que, de tous côtés, écrivains et philosophes du xixe siècle, de Flaubert ou Baudelaire à Marx ou à Nietzsche, ont dressé, procès que les idéologies totalitaires du xxe siècle ont repris à leur compte, jusqu’à revendiquer l’inhumanité comme moteur de l’Histoire, c’est-à-dire comme l’instrument de leur expansion. Je ne vais pas insister sur ce point, mais si on réfléchit à la question suivante – d’où vient la tragédie de ce siècle ? – je crois qu’elle vient de ce que le procès intellectuel fait à la bourgeoisie a nourri, sur les désastres de la Première Guerre mondiale, les passions révolutionnaires, celles de droite comme celles de gauche, toutes les formes de gauches ; celles qui ont précédé la fin du communisme et celles qui l’ont suivie s’en sont encore inspirées, des Brigades rouges à la bande à Baader, mais aussi à l’armée de purification prolétarienne organisée par Pol Pot en religion d’État au Cambodge. Je crois qu’il faut lire et relire François Furet pour comprendre combien ce procès de la bourgeoisie, dont l’instruction remonte au xixe siècle, s’est confondu, au lendemain de la Première Guerre mondiale, avec le procès de la démocratie. Dans la culture européenne, le mépris mêlé de haine dont la bourgeoisie a été l’objet se confond avec cette dénonciation de l’humanisme, paravent des abus et des crimes qui se commettent dans l’exploitation du prolétariat par le capitalisme, du Nègre et du Jaune par le colonialiste, des peuples par l’impérialisme. Déficit moral et politique. Tartufferie des régimes parlementaires. Hypocrisie des libertés formelles. Imposture des sociétés démocratiques qui prétendent diffuser la civilisation alors qu’elles imposent la domination de la classe bourgeoise sur toutes les autres et tirent parti de leur génie technique pour asservir le prolétariat ou détériorer la pureté de la race. C’est de ce procès que vont naître et s’alimenter les passions révolutionnaires. En termes de psychanalyse, je crois qu’il faut relever cette note de François Furet : ce trait sans doute unique de la démocratie moderne dans l’Histoire universelle, cette capacité infinie à produire des enfants et des hommes qui détestent le régime social et politique dans lequel ils sont nés, haïssent l’air qu’ils respirent alors qu’ils en vivent et qu’ils n’en ont pas connu d’autre. La scène fondamentale de cette société n’est pas, comme l’a cru Marx, la lutte de l’ouvrier contre le bourgeois, c’est celle qui fait d’un peu tout le monde, y compris du bourgeois lui-même, l’ennemi du bourgeois. Le grand secret de la complicité entre communisme, fascisme et nazisme, quelles que soient leurs différences, qui sont considérables, c’est l’existence de cet adversaire commun, le bourgeois que chacun d’entre eux entend dénoncer, exorciser et combattre dans une lutte à mort. À partir du xixe siècle, l’Histoire en place dans notre société laïcisée remplace Dieu dans la toute-puissance sur le destin des hommes, mais c’est bien au xxe siècle que se font voir les folies politiques nées de cette substitution. Nietzsche devient alors le repère fondamental de cette manière de considérer que l’Histoire peut transformer non seulement la société, mais aussi la nature humaine et produire l’homme nouveau. On aurait pu croire enterré ce fantasme de l’homme nouveau après l’écrasement du nazisme et l’implosion du communisme. On aurait pu croire précisément que la fin du communisme, ayant fait de celui-ci – je cite Furet – un objet historique offert à l’autopsie, que la dissection effectuée par les historiens ait suffi à démystifier tous les mythes que les grands monstres de ce siècle ont entretenu, rendant caduques les sensibilités, les passions et, finalement, les utopies qui ont conduit à professer que, sous les décombres de l’humanisme, il y a toujours place pour une fabrique de l’homme nouveau. Mais l’heure de vérité qui a dévoilé les désastres des États totalitaires n’y a pas mis fin. (…) Ça veut dire que l’on attend toujours d’une forme de la science, qu’elle soit historique ou biologique, un rebondissement éminemment révolutionnaire au sens où l’avenir peut être conditionné par la confrontation non plus entre sociétés, mais entre les sociétés et le progrès scientifique et technique. Les régimes totalitaires ont été vaincus non pas parce qu’ils ont insuffisamment malaxé la pâte humaine, mais parce que la résistance de la pâte humaine a eu raison de leur idéologie. Quand la science et la technologie interviennent en réduisant la pâte à ses composants physico-chimiques, là où les philosophies de l’Histoire ont échoué, le biopouvoir, associé aux technologies de l’information et de la communication, doit permettre de transformer la nature même de l’homme et de créer enfin l’espèce nouvelle que les dictateurs prophètes du xxe siècle ne sont pas parvenus à enfanter. Retrouvailles avec le xixe siècle, qui ne sont pas paradoxales, en apparence seulement. Ce n’était pas seulement le siècle des philosophies de l’Histoire, c’était aussi celui du positivisme. C’est aussi suggérer que nous entrons dans le xxie siècle avec une cohorte de repères radicalement différents qui annuleraient tous les principes, toutes les valeurs dont la civilisation occidentale s’est inspirée ou par rapport auxquels elle s’est définie jusqu’à présent. L’homme nouveau aurait définitivement pris le deuil de l’humanisme et l’utopie post-moderniste donnerait congé à toute morale qui fasse passer les impératifs de la conscience avec l’irrépressible poids des faits, des démonstrations et, surtout, des réalisations scientifiques. L’homme du xxie siècle serait voué, comme le héros des Particules élémentaires de Michel Houellebecq, à se satisfaire de la jubilation du désastre, c’est-à-dire à voir disparaître l’humanité en lui et autour de lui. Je ne cite pas Houellebecq au hasard. Il fait partie, dans l’ordre du roman, de cette cohorte de prophètes qui déclinent aujourd’hui la fabrique de l’homme nouveau dans l’ordre des essais philosophiques, et celui-là dans l’ordre des romans, en se réclamant des conquêtes et des promesses irrépressibles de la biologie moléculaire et plus généralement des progrès de la science la plus contemporaine, liée de part en part aux conquêtes de la technologie au point d’en être indissociable, avec ses fantasmes de domination et de pouvoir, qui permettraient enfin de réussir là où toutes les philosophies de l’Histoire ont échoué. Je n’évoquerai pas Fukuyama, qui a beaucoup parlé de la fin de l’Histoire, et qui finalement a découvert tout simplement comme Slotterdijk que la solution est précisément celle qui viendra du triomphe des biotechnologies. Pourquoi terminer sur la figure de Nietzsche ? Lorsque vous interprétez toutes ces philosophies, vous voyez bien qu’il y a un recours qui consiste à dénoncer dans la bourgeoisie le petit homme, l’homme qui est incapable de dominer l’Histoire et qui se soumet à tout, le contraire du surhomme. Fukuyama a terminé un article où il annonce précisément la soumission de l’humanité à venir à la biotechnologie, de la manière suivante : d’ici les deux prochaines générations, la biotechnologie nous donnera les outils qui nous permettront d’accomplir ce que les spécialistes d’ingénierie sociale n’ont pas réussi à faire. À ce stade, nous en aurons définitivement terminé avec l’histoire humaine, rien que cela ! parce que nous aurons aboli les êtres humains en tant que tels. Commencera alors une nouvelle histoire, au-delà de l’humain. Ainsi parlait Zarathoustra, qui n’est assurément pas étranger à cette vision du redémarrage de l’Histoire au prix du retour du surhomme. La même année, donc, dans un tout autre contexte que celui de la bonne et impériale conscience américaine, Slotterdijk présentait sa conférence en Allemagne sur le parc ou le zoo humain. La relance de la fabrique de l’homme nouveau, grâce aux interventions des biotechnologies, renvoie aux mêmes périls que ceux auxquels le siècle qui s’est terminé a été exposé par les utopies totalitaires. Jean-Jacques Salomon
Nous voulons nous assurer que chaque électeur qui se rendra aux urnes sache précisément ce que Barack Obama fera pour imposer un changement fondamental en tant que président. Bill Burton (porte-parole du candidat Obama, 29.10.08)
After decades of broken politics in Washington, and eight years of failed policies from George W. Bush, and 21 months of a campaign that’s taken us from the rocky coast of Maine to the sunshine of California, we are five days away from fundamentally transforming the United States of America. In five days, you can turn the page on policies that put greed and irresponsibility on Wall Street before the hard work and sacrifice of folks on Main Street. In five days, you can choose policies that invest in our middle class, and create new jobs, and grow this economy, so that everyone has a chance to succeed, not just the CEO, but the secretary and janitor, not just the factory owner, but the men and women on the factory floor. Barack Obama (Columbia, Missouri, October 30, 2008)
I don’t think we have to fundamentally transform the nation. (…) I think that what we have to do is make sure that here in America, if you work hard, you can get ahead. Bill, you and I benefited from this incredible country of ours, in part, because there were good jobs out there that paid a good wage, because you had public schools that functioned well, that we could get scholarships if we didn’t come from a wealthy family, in order to go to college. (…) That, you know, if you worked hard, not only did you have a good job, but you also had decent benefits, decent health care… (…) and for a lot of folks, we don’t have that. We’ve got to make sure that we’re doing everything we can to expand the middle class… (…) — and work hard and people who are working hard can get into the middle class. Barack Obama (February 2, 2014)
Je crois que l’homosexualité est un défaut, une erreur, une distorsion… et que l’on peut en être entièrement restauré. Je sais que ce point de vue va à l’encontre des discours politiques populaires de ce monde, et je suis conscient que ce point de vue me vaut d’être considéré comme ‘un fanatique de droite’ qui doit juste être anéanti. (…) Je prie Dieu tous les jours pour ma sécurité. J’aime mon Dieu. J’aime ma vie. Je souhaite vivre une vie qui honore Dieu. (…) Plutôt que de vouloir ma mort, je voudrais que vous puissiez envisager la possibilité que j’ai le droit légitime à la vie et le droit légitime de suivre mon propre chemin de foi. Michael Glatze
Je suis totalement abasourdi. Hier soir, lors de l’émission Des paroles et des actes, j’ai dit que face à une ultra droite nationaliste qui voulait réserver la civilisation française aux Français de sang et de vieille souche, la gauche a traditionnellement défendu l’intégration et l’offrande à l’étranger de cette civilisation. La gauche en se détournant de l’intégration abandonne de fait cette offrande. Manuel Valls a expliqué que nous avions tous trois -lui-même, David Pujadas et moi – des origines étrangères et que c’était tout à l’honneur de la France. J’ai acquiescé mais j’ai ajouté qu’il «ne fallait pas oublier les Français de souche». L’idée qu’on ne puisse plus nommer ceux qui sont Français depuis très longtemps me paraît complétement délirante. L’antiracisme devenu fou nous précipite dans une situation où la seule origine qui n’aurait pas de droit de cité en France, c’est l’origine française. Mes parents sont nés en Pologne, j’ai été naturalisé en même temps qu’eux en 1950 à l’âge de un an, ce qui veut dire que je suis aussi Français que le général de Gaulle mais que je ne suis pas tout à fait Français comme lui. Aujourd’hui, on peut dire absolument n’importe quoi! Je suis stupéfait et, je dois le dire, désemparé d’être taxé de racisme au moment où j’entonne un hymne à l’intégration, et où je m’inquiète de voir la gauche choisir une autre voie, celle du refus de toute préséance de la culture française sur les cultures étrangères ou minoritaires. L’hospitalité se définit selon moi par le don de l’héritage et non par sa liquidation. Alain Finkielkraut
Ses trois fils l’appellent toujours papa. Alors, évidemment, ça fait bizarre quand ils sont tous ensemble dans la rue, maintenant qu’elle a ces longs cheveux bouclés, ces créoles qui dansent aux oreilles, ces bagues et ces gestes gracieux qu’elle semble avoir esquissés toute sa vie. Pourtant, cela ne fait qu’un an que Chloé Avrillon, 42 ans, vit dans ce corps de femme dont elle avait toujours rêvé. (…) Presque un an après son opération, à Bangkok, qui a finalisé sa métamorphose, elle continue à s’émerveiller de sa toute nouvelle féminité : « J’en suis encore aux premières fois. » La première robe, le premier soutien-gorge, les premiers talons… Et, bientôt, ses nouveaux papiers : la semaine dernière [fin octobre 2012, NDLR], la cour d’appel de Rennes a donné à Wilfrid Avrillon le droit de changer d’état civil et de s’appeler enfin Chloé Avrillon. Alors qu’elle est toujours mariée à Marie, la mère de ses trois enfants. (…)  c’est pourtant Marie qui va parler la première. Elle confesse ce qu’elle a caché si longtemps à son mari. Avant lui, elle n’avait aimé que des filles. Ses parents n’avaient jamais accepté son homosexualité, elle est tombée amoureuse de lui sans vraiment comprendre comment c’était possible. « Elle avait senti que j’étais une fille dans un corps de garçon. Mais pendant toutes ces années, on ne s’était rien dit. Elle avait peur de me perdre. Comme moi j’avais peur de la perdre. » (…) Pudiquement, elle avoue que Marie et elle ont désormais « repris leur liberté » : Chloé a rencontré une autre femme, Marie-Pierre, Marie aussi.  » (…) Pourtant, Chloé et Marie se sont battues devant les tribunaux pour rester mariées, pour que le changement d’état civil de Chloé n’annule pas leur passé. Le Nouvel Observateur
Dans le texte de la pétition s’opposant au rapport Lunacek, les signataires estiment que le document « détourne une politique de non-discrimination pour créer des privilèges au profit de certains citoyens sur la base de leur sexualité ». « Le rapport Lunacek ne laissera aucun autre choix aux institutions de l’UE et aux Etats membres que d’incorporer l’agenda LGBTI à la conception de politiques publiques ». En réalité, les signataires confondent la feuille de route, qui reste de nature générale, avec une série d’amendements adoptés par la commission parlementaire des droits de la femme et de l’égalité des genres, qui effectivement, proposaient d’aller plus loin que le rapport initial. Parmi ces amendements figurent notamment une incitation à étendre les traitements de fertilité et de procréation médicalement assistée aux personnes LGBT ou la possibilité que les enfants aient plus de deux parents, mais aucun n’a été intégré au texte voté mardi au Parlement européen. « Nous avons voulu rester sur le document de consensus, approuvé par les cinq grandes familles politiques européennes », assure Ulrike Lunacek. Le Monde
C’est le sens de l’histoire (…) Pour la première fois en Occident, des hommes et des femmes homosexuels prétendent se passer de l’acte sexuel pour fonder une famille. Ils transgressent un ordre procréatif qui a reposé, depuis 2000 ans, sur le principe de la différence sexuelle. Evelyne Roudinesco
Le PACS est radicalement différent du mariage parce qu’il n’est pas question, ni aujourd’hui ni demain, que deux personnes physiques du même sexe, quel que soit leur sexe, puissent se marier. (…) Une famille ce n’est pas simplement deux individus qui contractent pour organiser leur vie commune. C’est bien plus que cela. C’est l’articulation et l’institutionnalisation de la différence des sexes. C’est la construction des rapports entre les générations qui nous précèdent et celles qui vont nous suivre. La famille c’est aussi la promesse et la venue de l’enfant. Celui-ci nous inscrit dans une histoire qui n’a pas commencé avec nous et qui ne se terminera pas avec nous. (…) Un enfant a droit à un père et une mère. Ce droit de l’enfant ne doit pas dépendre du statut juridique du couple de ses parents. (…) Enfin certains ajoutent encore une menace: le pacte ne serait qu’une première étape vers le droit à la filiation pour les couples homosexuels ! Ceux qui le prétendent sont libres d’exprimer leur opinion personnelle. Ils n’engagent qu’eux-mêmes. Le gouvernement a voulu, je l’ai dit, et c’est un choix réfléchi et déterminé, que le pacte ne concerne pas la famille. Comment pourrait-il avoir un effet sur la filiation ? Sur ce sujet je veux être parfaitement claire : Je reconnais totalement le droit de toute personne à avoir la vie sexuelle de son choix. Mais je dis avec la plus grande fermeté que ce droit ne doit pas être confondu avec un hypothétique droit à l’enfant. Un couple, qu’il soit hétérosexuel ou homosexuel, n’a pas de droit à avoir un enfant en dehors de la procréation naturelle qui, elle, implique nécessairement un homme et une femme. Les lois récentes sur la procréation médicalement assistée ont été l’occasion de tracer les limites du droit à l’enfant comme source de bonheur individualiste. Elles ont clairement indiqué, et je partage ce point de vue, que les procréations médicalement assistées ont pour but de remédier à l’infertilité pathologique d’un couple composé d’un homme et d’une femme. Elles n’ont pas pour but de permettre des procréations de convenance sur la base d’un hypothétique droit à l’enfant. (…) Pourquoi l’adoption par un couple homosexuel serait-elle une mauvaise solution ? Parce que le droit, lorsqu’il crée des filiations artificielles, ne peut, ni ignorer, ni abolir la différence entre les sexes. Cette différence est constitutive de l’identité de l’enfant et du sens de cette identité ; c’est-à-dire qu’est-ce qu’être un homme ou une femme ? Je soutiens comme de nombreux psychanalystes et psychiatres qu’un enfant a besoin pour sa structuration psychique, sociale et relationnelle d’avoir face à lui, pendant sa croissance, un modèle de l’altérité sexuelle, un référent homme et un référent femme. Un enfant adopté, déjà privé de sa famille d’origine, a d’autant plus besoin de stabilité sans que l’on crée pour lui, en vertu de la loi, une difficulté supplémentaire liée à son milieu d’adoption. Mon refus de l’adoption pour des couples homosexuels est fondé sur l’intérêt de l’enfant et sur ses droits à avoir un milieu familial où il puisse épanouir sa personnalité. C’est ce point de vue que je prends en considération et non le point de vue des couples qu’ils soient hétérosexuels ou homosexuels. Je n’ignore pas les procès d’intention sur un éventuel  » après  » de cette proposition de loi qui prépareraient des évolutions plus fondamentales de notre droit. Ce texte serait  » une valise à double fond « . Je m’élève avec la plus grande énergie contre de telles insinuations. Les mots ont un sens. Ce vocabulaire de contrebande, qui fait croire que ce texte cacherait autre chose et que vos rapporteurs et le Gouvernement exerceraient une fraude à la loi, est inacceptable. Elisabeth Guigou (Assemblée nationale, 1998)
A l’époque, l’important était de faire passer le pacs. Il y avait une résistance farouche au pacs à l’Assemblée, mais aussi dans la société avec des manifestations, des débordements verbaux inadmissibles… Donc, l’important, c’était de dissocier le pacs du mariage, sur le plan légal et sur le plan symbolique. En 1998, il n’était pas possible de mettre sur la table la question du mariage homosexuel, même au sein du gouvernement, il a fallu que j’insiste. A l’époque c’était quelque chose qui était beaucoup moins admis dans la société, vous ne trouverez plus personne opposé au pacs aujourd’hui. Aujourd’hui, j’ai évolué sur le mariage, j’ai considéré, en parlant avec les associations que, dès lors qu’il s’agissait de consentement mutuel entre deux adultes, il n’était pas possible de refuser une égalité des droits. La société a beaucoup évolué, moi même je garde mes interrogations sur l’adoption ; il faut trouver comment écrire dans le code civil comment s’organise la filiation d’un enfant qui est adopté par un couple homo. Elisabeth Guigou (2012)
Eduquer pour changer les mentalités et transformer la société Devenue une obligation légale depuis 2001, l’ éducation à la sexualité à l’école est peu appliquée: les moyens comme la volonté manquent. Come nous le montrent des programmes expérimentés dans nos territoires, elle a pourtant comme conséquence à court terme une baisse des violences, une meilleure attention des élèves, une prévention accrue dans le domaine de la santé et à plus long terme une baisse des violences faites aux femmes, un recul du machisme, une baisse sensible des suicides chez les adolescents et une plus grande facilité d »émancipation des femmes et des hommes des rôles qui leurs ont assignés.  Le poids des rôles sociaux, des préjugés qui, pèse sur la possibilité des individus à exprimer librement et vivre sereinement leur genre et leur sexualité, lorsqu’ils s’écartent des modèles dominants. L’éducation permettra de déconstruire les préjugés de genre, sexistes, et de lutter contre les violences et discriminations qu’ils engendrent. Nous formerons tous les acteurs éducatifs à la question de l’éducation aux rapports entre les sexes, à partir d’un travail sur les stéréotypes et les assignations de genre. Pour tous les élèves de la classe de CP à la terminale, et tous les ans, 6 heures d’éducation à la sexualité, à l’égalité et au respect mutuel, seront assurées. Les  intervenants extérieurs devront nouer des liens avec les acteurs scolaires et extra-scolaires liés à l’établissement afin d’intégrer la question de l’égalité entre les sexes et les sexualités dans un projet global. Convention égalité réelle (page 36, PS, 11 décembre 2010)
La révolution française est l’irruption dans le temps de quelque chose qui n’appartient pas au temps, c’est un commencement absolu, c’est la présence et l’incarnation d’un sens, d’une régénération et d’une expiation du peuple français. 1789, l’année sans pareille, est celle de l’engendrement par un brusque saut de l’histoire d’un homme nouveau. La révolution est un événement méta-historique, c’est-à -dire un événement religieux. La révolution implique l’oubli total de ce qui précède la révolution. Et donc l’école a un rôle fondamental, puisque l’école doit dépouiller l’enfant de toutes ses attaches pré-républicaines pour l’élever jusqu’à devenir citoyen. C’est à elle qu’il revient de briser ce cercle, de produire cette auto-institution, d’être la matrice qui engendre en permanence des républicains pour faire la République, République préservée, république pure, république hors du temps au sein de la République réelle, l’école doit opérer ce miracle de l’engendrement par lequel l’enfant, dépouillé de toutes ses attaches pré-républicaines, va s’élever jusqu’à devenir le citoyen, sujet autonome. Et c’est bien une nouvelle naissance, une transsubstantiation qui opère dans l’école et par l’école, cette nouvelle église avec son nouveau clergé, sa nouvelle liturgie, ses nouvelles tables de la Loi. La société républicaine et laïque n’a pas d’autre choix que de «s’enseigner elle-même » (Quinet) d’être un recommencement perpétuel de la République en chaque républicain, un engendrement continu de chaque citoyen en chaque enfant, une révolution pacifique mais permanente. Vincent Peillon (« La Révolution française n’est pas terminée », 2008)
Le gouvernement s’est engagé à « s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités », notamment par le biais d’une éducation au respect de la diversité des orientations sexuelles. L’engagement de notre ministère dans l’éducation à l’égalité et au respect de la personne est essentiel et prend aujourd’hui un relief particulier. Il vous appartient en effet de veiller à ce que les débats qui traversent la société française ne se traduisent pas, dans les écoles et les établissements, par des phénomènes de rejet et de stigmatisation homophobes. (…) La lutte contre l’homophobie en milieu scolaire, public comme privé, doit compter au rang de vos priorités. J’attire à ce titre votre attention sur la mise en œuvre du programme d’actions gouvernemental contre les violences et les discriminations commises à raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre. Je souhaite ainsi que vous accompagniez et favorisiez les interventions en milieu scolaire des associations qui luttent contre les préjugés homophobes, dès lors que la qualité et la valeur ajoutée pédagogique de leur action peuvent être établies. Je vous invite également à relayer avec la plus grande énergie, au début de l’année, la campagne de communication relative à la « ligne azur », ligne d’écoute pour les jeunes en questionnement à l’égard de leur orientation ou leur identité sexuelles. Dans l’attente des conclusions du groupe de travail sur l’éducation à la sexualité, vous serez attentif à la mise en œuvre de la circulaire du 17 février 2003 qui prévoit cette éducation dans tous les milieux scolaires et ce, dès le plus jeune âge. La délégation ministérielle de prévention et de lutte contre la violence dirigée par Eric Debarbieux, permettra de mieux connaître la violence spécifique que constitue l’homophobie. Enfin, vous le savez, j’ai confié à Michel Teychenné une mission relative à la lutte contre l’homophobie, qui porte notamment sur la prévention du suicide des jeunes concernés. Je vous remercie de leur apporter tout le concours nécessaire à la réussite de leurs missions. Je souhaite que 2013 soit une année de mobilisation pour l’égalité à l’école. Vincent Peillon (minitre de l’Education nationale, Lettre aux Recteurs d’Académies, 4 janvier 2013)
Dans sa lettre du 4 janvier adressée aux recteurs, Vincent Peillon affirme sa volonté de révolutionner la société en se servant de l’école : « le gouvernement s’est engagé à s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités, notamment par le biais d’une éducation au respect de la diversité des orientations sexuelles », affirme-t-il en début de lettre. On remarque les termes : « s’appuyer sur la jeunesse » pour « changer les mentalités ». Qui ? Le gouvernement. En réalité, c’est donc lui qui choisit les orientations politiques et morales qui doivent prévaloir dans la société. Ce n’est plus la famille, l’école et la société adulte qui éduquent la jeunesse. Contrairement à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948, c’est donc désormais l’État en France qui se pose en seul détenteur de la vérité. On assiste à une dérive théocratique de l’État républicain actuel. Et cette jeunesse, qui, par définition, ne possède pas encore les repères lui permettant de poser des choix par elle-même, il la mobilise dans le sens qu’il juge bon, selon le schéma de la révolution culturelle. La position de Vincent Peillon est vraiment choquante. Lorsqu’il s’appuie sur la jeunesse comme moteur révolutionnaire, renouant avec l’esprit de 1968, le gouvernement sort à l’évidence de son rôle : il instrumentalise la jeunesse à des fins politiques, pour changer les représentations sexuelles et morales dominantes. Ce faisant, il change les règles du jeu au sein de l’École publique en abandonnant ostensiblement l’exigence de neutralité. L’État sort également de son devoir de neutralité et de respect des droits éducatifs familiaux et de l’intimité des enfants lorsque le ministre demande aux recteurs de renforcer les campagnes d’information sur la ligne azur. Ainsi, contrairement à ce qui est affiché, il ne s’agit plus de lutter contre des stigmatisations homophobes en tant que telles, il s’agit bien plutôt d’inciter activement les jeunes en recherche d’identité (comme le sont par construction tous les adolescents) à explorer pour eux-mêmes la voie de l’homosexualité ou de la transsexualité. De même, lorsque le ministre encourage les recteurs à faire intervenir davantage les associations de lutte contre l’homophobie, il encourage en pratique l’ingérence dans l’enceinte de l’école d’associations partisanes engagées dans la banalisation et la promotion des orientations sexuelles minoritaires, si l’on se réfère à la liste des associations agréées par l’Éducation nationale pour intervenir sur ces thématiques dans les établissements. Il favorise donc des prises de paroles unilatérales auprès des jeunes, sur un sujet qui n’a pas encore été tranché par le législateur. (…) Durant la période soviétique, comme durant d’autres périodes totalitaires, il était habituel de se servir des enfants pour démasquer et sanctionner les opinions dissidentes des parents. C’était l’époque de la délation par ses propres enfants. Revenir à de telles pratiques inhumaines et profondément immorales serait une grave régression de l’État de droit. Non content enfin de mettre au pas les écoles publiques, le gouvernement entend aussi museler les écoles privées en bafouant clairement leur caractère propre. Il est évident que les écoles dont le projet éducatif et l’identité sont fondés sur la foi seront opposées à la légalisation du mariage homosexuel. Leur demander d’être neutres sur ce sujet n’a aucun sens, si ce n’est celui de leur faire renier purement et simplement leur vocation spécifique. Anne Coffinier
Je précise d’emblée que je ne soutiens en rien les mouvements qui appellent à boycotter l’école et qui manipulent les esprits. Mais il ne faut pas abandonner ce débat à l’extrême droite. Or, dans ce qui est dénoncé aujourd’hui, il y a une part de réalité. Certes, la théorie du genre en tant que telle n’est pas enseignée à l’école primaire mais plusieurs de ses postulats y sont diffusés. (…) Pour les tenants de cette théorie, l’identité sexuelle est, de part en part, construite. Selon eux, il n’y a pas de continuité entre le donné biologique – notre sexe de naissance – et notre devenir d’homme ou de femme. C’est, poussé à l’extrême, la formule de Simone de Beauvoir dans Le Deuxième sexe «On ne naît pas femme, on le devient». Et les théoriciens du genre poursuivent: à partir du moment où tout est «construit», tout peut être déconstruit. (…) Prenons les «ABCD de l’égalité», qui sont des parcours proposés aux élèves et accompagnés de fiches pédagogiques pour les enseignants. Ils sont supposés servir à enseigner l’égalité hommes-femmes. Qu’en est-il? Dans une fiche, intitulée «Dentelles, rubans, velours et broderies», on montre un tableau représentant Louis XIV enfant qui porte une robe richement ornée et des rubans rouges dans les cheveux. L’objectif affiché? Faire prendre conscience aux élèves de l’historicité des codes auxquels ils se soumettent et gagner de la latitude par rapport à ceux que la société leur impose aujourd’hui… (…) l’objectif est (…) d’«émanciper» l’enfant de tous les codes. Ce qui aboutit à l’abandonner à un ensemble de «possibles», comme s’il n’appartenait à aucune histoire, comme si les adultes n’avaient rien à lui transmettre. Or, il est faux de dire qu’on «formate» un enfant, on ne fait que l’introduire dans un monde qui est plus vieux que lui. (…) On n’est plus dans le simple apprentissage de la tolérance. (…) Sans scrupules, l’école est entraînée dans une politique d’ingénierie sociale. Tout en se donnant bonne conscience, le gouvernement encourage un brouillage très inquiétant. Savons-nous bien ce que nous sommes en train de faire? A l’âge de l’école primaire, les enfants ont besoin de s’identifier, et non pas de se désidentifier. A ne plus vouloir d’une éducation sexuée, on abandonne nos enfants aux stéréotypes les plus kitsch des dessins animés. (…) Il faudrait surtout en finir avec cette mise en accusation systématique du passé. Notre civilisation occidentale, et spécialement française, n’est pas réductible à une histoire faite de domination et de misogynie. Sur la différence des sexes, la France a su composer une partition singulière, irréductible à des rapports de forces. L’apparition d’une culture musulmane change-t-elle la donne? Elle nous confronte en tout cas à une culture qui n’a pas le même héritage en matière d’égalité des sexes. Ce qui me paraît dangereux dans cette «chasse aux stéréotypes» est le risque de balayer d’un revers de main tout notre héritage culturel. Dans un tel contexte, quelle œuvre littéraire, artistique ou cinématographique ne tombera pas sous le coup de l’accusation de «sexisme»? (…) Il existe une volonté de transformer la société, de sortir de toute normativité pour aboutir à un relativisme complet. Le gouvernement Ayrault est en pointe sur ce combat. On l’a vu lors du débat sur le Mariage pour tous. Il ne devrait pas être impossible de dire que l’homosexualité est une exception et que l’hétérosexualité est la norme. La théorie de l’interchangeabilité des sexes se diffuse. Or, nous avons un corps sexué qui est significatif par lui-même et qui ne compte pas pour rien dans la construction de soi. (…) Le principe de l’égalité est incontesté aujourd’hui. Certes, il existe encore ce fameux “plafond de verre” empêchant les femmes d’accéder aux plus hauts postes et des inégalités salariales. Mais les progrès sont inouïs. Doit-on, comme l’a fait récemment le gouvernement, imposer aux hommes de prendre un congé parental? On en arrive à punir la famille parce qu’un homme est récalcitrant à s’arrêter de travailler! Et puis, faut-il rappeler qu’il n’y a pas de cordon ombilical à couper entre un père et son enfant? (…) Je n’ai guère le goût des analogies historiques mais, s’il existe une leçon à retenir des totalitarismes nazi et stalinien, c’est que l’homme n’est pas un simple matériau que l’on peut façonner. Avec la théorie du genre, l’enjeu est anthropologique.  Bérénice Levet
Les études sur le genre se sont créées une place dans l’enseignement primaire et secondaire aux États-Unis. Elles ne sont pas enseignées en tant que telles, mais elles ont, peu à peu, pris de l’importance dans la vie scolaire. Un exemple parmi d’autres: dans une école en Californie, cette inscription figure sur l’une des portes: « If you identify yourself as a boy, this is your toilet » (« Si tu te considères comme un garçon, ce sont tes toilettes »). Autre illustration, toujours en Californie, dans une classe de 5e, le cours d’éducation sexuelle est divisé en trois tiers: comment cela se passe entre deux hommes, deux femmes, un homme et une femme… D’ailleurs, dans la vie courante, sur les formulaires administratifs, on ne demande plus le sexe d’une personne mais son genre. (…) On ne peut pas mettre ces revendications sur le même plan que la politique d’égalité hommes-femmes ou que la lutte contre les discriminations raciales. Sous couvert de faire avancer l’égalité entre les sexes, on a diffusé ce concept du genre. Jusqu’à quel niveau faudra-t-il aller dans l’exception? Quand il faut gérer dix mille étudiants, avec tous les problèmes que cela suppose, est-il raisonnable de passer autant de temps sur les pratiques sexuelles de 0,1 % de la population? Pourtant, les revendications des LGBTQ focalisent encore l’attention. De plus, il existe une vraie censure. Personne n’ose vraiment remettre en question le bien-fondé de cette importance accordée au genre. il n’y a jamais eu, comme en France actuellement, une volonté de l’État d’imposer une doctrine du genre à toute la société… Contrairement à ce qui est prévu dans les ABCD de l’égalité, à aucun moment aux États-Unis il n’est demandé aux élèves ou aux étudiants de « rejuger » les œuvres littéraires ou artistiques du passé avec les référentiels du genre ou de l’égalité. Il n’y a jamais eu cette volonté – très communiste, voire stalinienne – de « réécrire » l’Histoire et de réinterpréter les contes (…) Mais ce n’est pas parce qu’on a beaucoup lutté, à juste titre, contre l’homophobie qu’il faut diffuser dans toute la population la problématique du genre. Ce n’est pas du tout pareil. On est passé d’une problématique « un homme peut aimer un homme » à l’idée que tout le monde peut être homme ou femme et qu’il n’y a pas de sexe biologique. Cette confusion me semble très perturbante. Elle participe de l’idée, répandue parmi, disons, la génération 2.0, d’une surpuissance de l’Homme sur la nature. (…) En vingt ans, les LGBTQ sont devenus puissants. Ils peuvent être procéduriers en cas de litige. L’université du Texas, à Houston, a dû ainsi se défendre dans un énorme procès sur l’absence de bourses destinées aux seuls étudiants LGBTQ. Ils sont également actifs dans les campagnes de levée de fonds et reçoivent beaucoup d’argent de Hollywood ou des entreprises high-tech de Californie. Jeff Bezos, le fondateur du site de distribution Amazon, figure ainsi parmi les gros donateurs de la cause homosexuelle, comme Larry Page ou le fondateur de Paypal, Peter Thiel. C’est un lobby influent, avec des capacités de financement très importantes. Les candidats aux élections présidentielles américaines ont tous reçu des subsides de ces groupes de pression. Ni l’Administration Obama, ni, avant, celle de Bush, n’ont pris leurs distances avec ces mouvements. Marie-Amélie Lombard
Depuis le 28 janvier, une affaire de catéchisme à l’école fait des ravages dans les médias. Il semble qu’un certain nombre de familles mettent en cause le catéchisme et les dogmes attenants, entendons le discours du genre. Il semble aussi que ces familles récalcitrantes ont été plus ou moins trompées par des messages excessifs ou même faux. Il y a donc des gens qui jouent de dérision pour tenter de subvertir les paroles du ministère de l’éducation. Or ces paroles sont sacrées. C’est péché de s’en moquer. Ledit discours du genre ressemble tellement à une religion qu’on ne peut s’empêcher d’utiliser, pour en décrire les aventures, du vocabulaire religieux. Elle relève de l’idéologie, dont elle porte le fanatisme et l’irréalité. Ses défenseurs sont des apôtres excités, jamais fatigués, toujours l’injure aux lèvres. Les textes du gouvernement concernant l’école précisent que les enfants appartiennent à l’Etat. (…) Nos gouvernants ne doivent pas s’imaginer qu’ils réduiront si facilement les familles françaises à croire que les garçons et les filles ne sont différents que là où le ministère le décide. Car dans la simple réalité, il n’en va pas ainsi. (…) La différence sexuelle engendre des hiérarchies, des discriminations et des inégalités injustes. Et ce sont les filles qui en font toujours les frais. Cela est historique. Faut-il donc supprimer les différences pour supprimer les discriminations ? On songe à cet anarchiste du XIXe siècle qui voulait rayer une ville de la carte pour supprimer la pauvreté qui y régnait. Lorsque tous les pauvres seront morts, lui répondait un autre, il n’y aura plus de pauvreté. Quand au lieu de garçons et de filles vous n’aurez plus qu’un sexe indéterminé, un Tomboy montré en modèle universel dans toutes les écoles de la République, alors il n’y aura plus de discrimination, mais il n’y aura plus de différences non plus. L’indétermination n’est pas l’idéal à poursuivre pour empêcher les inégalités injustes. Celles-ci, mieux vaudrait les combattre en mettant en valeur les différences et leur complémentarité. Pourtant les choses sont plus compliquées. Le discours sur le genre n’évince pas l’altérité en soi, mais il ne reconnaît que les altérités construites, voulues, légitimées par la culture dominante et par les individus eux-mêmes. Les différences ne sont pas reçues, elles doivent être voulues. Le gender est moins une volonté d’indétermination et de retour au chaos qu’une volonté de re-nommer les êtres et de re-programmer les différences que l’ordre naturel avait (mal) faits. On dirait bien que deux totalitarismes ne nous ont pas encore déniaisés, ni découragés de vouloir prendre la place du créateur. (…) Comment se préserver de l’extrémisme que déploient des discours comme celui du gender ? En prenant en compte, non seulement l’émancipation enviable, mais aussi l’enracinement nécessaire qui nous arrime à la condition humaine, à l’histoire, aux exigences naturelles élémentaires. Supprimer tout enracinement : c’est ce qu’avaient tenté les soviets, à ce point que Trotski disait à ce sujet : nous vivons à présent dans un bivouac. Une société humaine ne peut pas faire sa demeure dans un bivouac. Chantal Delsol
La philosophie et les enjeux que j’ai dénoncés au moment de la discussion sur le Pacs sont toujours les mêmes. Pour moi, le Pacs était l’antichambre de la revendication pour le mariage des homosexuels. On s’aperçoit douze ans plus tard que c’est ce qui se passe. Certes, à l’époque, toute la classe politique pensait que le Pacs s’adressait majoritairement aux homosexuels. Or, on s’aperçoit que ce sont majoritairement les hétérosexuels qui s’en sont servis. D’abord parce que je pense qu’il y a davantage d’hétérosexuels que d’homosexuels statistiquement. Il n’empêche que les ingrédients étaient là pour l’ouverture au mariage pour tous, à l’adoption et à la PMA. Là, nous avons ouvert une digue avec le Pacs. (…) L’amalgame qui est fait entre opposition au mariage pour tous et homophobie est un raisonnement qui n’est pas un raisonnement. C’est une qualification sans aucun fondement. C’est une façon de fermer le débat que d’enfermer les opposants au mariage pour tous dans la catégorie des homophobes, c’est une façon de ne pas entendre leurs arguments. Ceux qui sont contre le mariage homosexuel ne doivent pas avoir peur d’être mis dans cette case pour la simple raison de ne pas être pour le mariage homosexuel. Par ailleurs, je crois qu’une forte mobilisation pourra faire changer les choses. Je pense que l’opinion est en train d’évoluer mais ceux que l’on doit faire basculer c’est le gouvernement et le président de la République. Christine Boutin (16.12.12)

Et si c’était la « Jeanne d’Arc de la famille » qui avait raison ?

Juge révoquée pour avoir refusé au nom de l’intérêt supérieur de l’enfant le prénom de « Messie » à un bébé du Tennessee, traitements hormonaux permettant aux enfants victimes de troubles de l’identité sexuelle de bloquer leur puberté  avant plus tard une éventuelle opération chirurgicale, fondateur d’un magazine homosexuel fustigé par des militants suite à sa conversion et à son changement d’orientation sexuelle, jupes pour hommes pour les remises de diplôme de Cambridge comme d’Oxford …

A l’heure où à la tête du Monde libre, un président-girouette qui après avoir tant critiqué la politique de son prédécesseur a intensifié tant les éliminations ciblées que la surveillance, jeux compris, des conversations téléphoniques de millions de gens ordinaires à travers le monde, nous annonce  l’abandon de son rêve de « changement fondamental » de son pays …

Pendant qu’en ces temps de retour à la police de la pensée où on va bientôt se faire trainer devant les tribunaux pour avoir osé parler de « Français de souche »

Et qu’après avoir multiplié tant les déclaration que les ouvrages sur la nécessité de « s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités » et d’avoir appelé à l’intervention de militants homosexuels dans les écoles, les apprentis-sorciers de ce côté-ci de l’Atlantique nous assurent à présent que la théorie du genre n’existe tout simplement pas et que  la procréation médicalement assistée n’avait jamais été envisagée dans la loi sur la famille qu’ils renoncent désormais, sous la pression de la rue comme il y a trente ans pour l’école libre, à présenter au Parlement …

A l’instar d’un Parlement européen qui après avoir fait voter une feuille de route anti-homophobie nous assure avoir renoncé aux amendements adoptés par la commission parlementaire des droits de la femme et de l’égalité des genres qui proposaient d’étendre les traitements de fertilité et de procréation médicalement assistée aux personnes LGBT ou la possibilité que les enfants aient plus de deux parents …

Comment alors que se vérifie, derrière ce nouveau catéchisme, énième quête de l‘Homme nouveau et véritable dérive totalitaire voire carrément théocratique de l’État, la prédiction de ses opposants qui avaient vu dans le Pacs le cheval de troie du mariage pour tous

Ne pas voir devant ce futur déjà là mais pas encore réparti de manière uniforme où l’on se bat pour les toilettes transgenres et où les enfants appellent leur mère papa ?

Christine Boutin : ce que j’ai appris du débat sur le Pacs

Alors que les partisans du mariage pour tous seront ce dimanche dans les rues, Christine Boutin, présidente du parti Chrétien-Démocrate et opposante du projet de loi, estime qu’il faut être prudent afin de ne pas heurter les sensibilités.

Atlantico

16 décembre 2012

Atlantico : En 1999, vous faisiez déjà partie des opposants aux Pacs, aujourd’hui vous êtes contre le mariage pour tous. Quelles sont les leçons que vous avez tiré du débat sur le Pacs ?

Christine Boutin : La philosophie et les enjeux que j’ai dénoncés au moment de la discussion sur le Pacs sont toujours les mêmes. Pour moi, le Pacs était l’antichambre de la revendication pour le mariage des homosexuels. On s’aperçoit douze ans plus tard que c’est ce qui se passe. Certes, à l’époque, toute la classe politique pensait que le Pacs s’adressait majoritairement aux homosexuels. Or, on s’aperçoit que ce sont majoritairement les hétérosexuels qui s’en sont servis. D’abord parce que je pense qu’il y a davantage d’hétérosexuels que d’homosexuels statistiquement. Il n’empêche que les ingrédients étaient là pour l’ouverture au mariage pour tous, à l’adoption et à la PMA. Là, nous avons ouvert une digue avec le Pacs. Je n’ai pas du tout changé d’avis.

Je n’ai pas l’impression d’avoir à l’époque eu des propos insultants à l’égard des homosexuels parce que c’est contraire à mon choix personnel. Le fait de m’être opposée au Pacs m’a valu d’être qualifiée d’homophobe par les militants minoritaires de la cause homosexuelle, je l’entends, mais je ne suis pas homophobe.

Quelles conclusions en tirez-vous pour le mariage pour tous ? Avez-vous choisi d’aborder le débat différemment ?

Il y a en effet eu dans l’hémicycle des propos inacceptables vis-à-vis des homosexuels, mais je ne les ai pas prononcés.

Le débat sur le Pacs m’a fait prendre conscience qu’il y avait une sensibilité très grande des personnes homosexuelles vis-à-vis du regard que l’on peut porter sur eux.

Le jour du Pacs, à 5 heures du matin des homosexuels sont venus hurler à mon portail : « Les pédés sont chez toi ». Le terme de pédé, je ne l’ai personnellement jamais utilisé parce que ce terme est pour moi choquant et blessant. Que l’on soit homosexuel ou hétérosexuel, il est toujours difficile de s’exprimer en étant certain de ne pas blesser l’autre.

Pour des personnes qui ont une hyper-sensibilité – je ne parle pas uniquement des homosexuels – il faut être d’autant plus attentif.

Par ailleurs, comment éviter les amalgames entre opposition au mariage pour tous et homophobie ?

L’amalgame qui est fait entre opposition au mariage pour tous et homophobie est un raisonnement qui n’est pas un raisonnement. C’est une qualification sans aucun fondement. C’est une façon de fermer le débat que d’enfermer les opposants au mariage pour tous dans la catégorie des homophobes, c’est une façon de ne pas entendre leurs arguments. Ceux qui sont contre le mariage homosexuel ne doivent pas avoir peur d’être mis dans cette case pour la simple raison de ne pas être pour le mariage homosexuel.

Serez-vous à la manifestation le 13 janvier et pourquoi ?

Bien sûr, j’irai manifester le 13 janvier. Je ne suis pas allée à la précédente manifestation car je suis tellement identifiée sur cette cause, je ne voulais pas que la mobilisation soit ramenée à ma personne. Ainsi, les personnes présentes n’ont aucunement pu être instrumentalisées.

Par ailleurs, je crois qu’une forte mobilisation pourra faire changer les choses. Je pense que l’opinion est en train d’évoluer mais ceux que l’on doit faire basculer c’est le gouvernement et le président de la République.

Voir aussi:

Shéhérazade Semsar: « Les États-Unis sont confrontés à l’absurdité des revendications sur le genre »

Marie-Amélie Lombard

Le Figaro

04/02/2014

INTERVIEW – Les universités américaines doivent accorder une place toujours plus importante aux minorités sexuelles.

Chef d’entreprise, franco-iranienne, Shéhérazade Semsar a fait ses études supérieures aux États-Unis. Depuis juillet 2013, elle siège au conseil d’administration de l’université de Georgetown (Washington D.C.) après avoir occupé diverses fonctions au sein de ses instances dirigeantes.

LE FIGARO. – Quelle place occupe la question du «genre» aux États-Unis?

Shéhérazade Semsar. – Les études sur le genre se sont créées une place dans l’enseignement primaire et secondaire aux États-Unis. Elles ne sont pas enseignées en tant que telles, mais elles ont, peu à peu, pris de l’importance dans la vie scolaire. Un exemple parmi d’autres: dans une école en Californie, cette inscription figure sur l’une des portes: «If you identify yourself as a boy, this is your toilet» («Si tu te considères comme un garçon, ce sont tes toilettes»). Autre illustration, toujours en Californie, dans une classe de 5e, le cours d’éducation sexuelle est divisé en trois tiers: comment cela se passe entre deux hommes, deux femmes, un homme et une femme… D’ailleurs, dans la vie courante, sur les formulaires administratifs, on ne demande plus le sexe d’une personne mais son genre.

Qu’en est-il à l’université?

La totalité des universités est obligée d’accueillir un LGBTQ Center (un centre lesbien, gay, bisexuel, transsexuel, queer), de la plus connue, Harvard, à une petite faculté du fond de l’Ohio. Une université qui s’y refuserait verrait une partie de ses subventions fédérales coupées. C’est à la fin des années 1980 que des centres lesbiens-gays ont commencé à être institués. Puis, au cours de la décennie suivante, plusieurs procès ont été gagnés en ce sens. Quant au «Q» – pour «queer» – qu’on peut traduire par «ceux qui ne savent pas» ou aussi par «les tordus» – il a été ajouté dans les années 2000. Le «queer» s’oppose aux normes qu’il considère imposées par la majorité hétérosexuelle, il s’appuie sur l’exception pour définir les règles sociales.

Quel est le poids de ces LGBTQ Centers dans la vie universitaire?

Ces centres ont une vocation associative. Ils doivent permettre aux personnes se sentant appartenir aux communautés lesbienne, gay, etc., d’avoir un endroit pour être ensemble et discuter. Mais ils s’assurent aussi que ces catégories sont bien protégées et représentées au sein des différentes entités de l’université et de ses instances dirigeantes. Dans toutes les réunions de direction, il y a toujours un volet LGBTQ. Récemment Harvard a même dû accepter que la catégorie «sado-maso» soit aussi représentée sur son campus sous la dénomination «kinky» (pervers). Désormais, certains militent pour ajouter encore un «I» pour «intersexué» et un «A» pour «asexuel». C’est sans fin… Mais on commence à réaliser l’absurdité de ces revendications qui ne relèvent que de la pratique de la sexualité. Un mouvement, notamment universitaire, qui a pourtant soutenu les «gender studies», trouve que les choses vont trop loin et qu’on est en train de tomber dans un «nationalisme gay». Des associations de défense des droits des homosexuels ont même créé le «no homonationalism».

Rien de commun, selon vous, entre la volonté d’assurer l’égalité hommes-femmes et les revendications de ces minorités sexuelles?

On ne peut pas mettre ces revendications sur le même plan que la politique d’égalité hommes-femmes ou que la lutte contre les discriminations raciales. Sous couvert de faire avancer l’égalité entre les sexes, on a diffusé ce concept du genre. Jusqu’à quel niveau faudra-t-il aller dans l’exception? Quand il faut gérer dix mille étudiants, avec tous les problèmes que cela suppose, est-il raisonnable de passer autant de temps sur les pratiques sexuelles de 0,1 % de la population? Pourtant, les revendications des LGBTQ focalisent encore l’attention. De plus, il existe une vraie censure. Personne n’ose vraiment remettre en question le bien-fondé de cette importance accordée au genre. Cependant, une génération de jeunes a désormais vécu dans cet environnement. On commence à avoir le recul nécessaire pour mesurer ses conséquences.

Ces questions suscitent-elles la polémique aux États-Unis?

Dans l’enseignement, non. Car il n’y a jamais eu, comme en France actuellement, une volonté de l’État d’imposer une doctrine du genre à toute la société… Contrairement à ce qui est prévu dans les ABCD de l’égalité, à aucun moment aux États-Unis il n’est demandé aux élèves ou aux étudiants de «rejuger» les œuvres littéraires ou artistiques du passé avec les référentiels du genre ou de l’égalité. Il n’y a jamais eu cette volonté – très communiste, voire stalinienne – de «réécrire» l’Histoire et de réinterpréter les contes.

Pour certains, la question du genre prolonge la lutte contre l’homophobie.

Mais ce n’est pas parce qu’on a beaucoup lutté, à juste titre, contre l’homophobie qu’il faut diffuser dans toute la population la problématique du genre. Ce n’est pas du tout pareil. On est passé d’une problématique «un homme peut aimer un homme» à l’idée que tout le monde peut être homme ou femme et qu’il n’y a pas de sexe biologique. Cette confusion me semble très perturbante. Elle participe de l’idée, répandue parmi, disons, la génération 2.0, d’une surpuissance de l’Homme sur la nature.

Quelle est la puissance de ces associations?

En vingt ans, les LGBTQ sont devenus puissants. Ils peuvent être procéduriers en cas de litige. L’université du Texas, à Houston, a dû ainsi se défendre dans un énorme procès sur l’absence de bourses destinées aux seuls étudiants LGBTQ. Ils sont également actifs dans les campagnes de levée de fonds et reçoivent beaucoup d’argent de Hollywood ou des entreprises high-tech de Californie. Jeff Bezos, le fondateur du site de distribution Amazon, figure ainsi parmi les gros donateurs de la cause homosexuelle, comme Larry Page ou le fondateur de Paypal, Peter Thiel. C’est un lobby influent, avec des capacités de financement très importantes. Les candidats aux élections présidentielles américaines ont tous reçu des subsides de ces groupes de pression. Ni l’Administration Obama, ni, avant, celle de Bush, n’ont pris leurs distances avec ces mouvements.

Voir également:

Wilfrid est devenu Chloë : papa est une fille

Doan Bui

Le Nouvel observateur

15-08-2013

En octobre 2012, la cour d’appel de Rennes a validé le changement d’identité d’une transsexuelle mariée et père de trois enfants.

(Article publié dans « le Nouvel Observateur » du 1er novembre 2012)

Ses trois fils l’appellent toujours papa. Alors, évidemment, ça fait bizarre quand ils sont tous ensemble dans la rue, maintenant qu’elle a ces longs cheveux bouclés, ces créoles qui dansent aux oreilles, ces bagues et ces gestes gracieux qu’elle semble avoir esquissés toute sa vie. Pourtant, cela ne fait qu’un an que Chloé Avrillon, 42 ans, vit dans ce corps de femme dont elle avait toujours rêvé.

Pendant quarante ans, j’ai vécu enfermée par erreur dans un corps d’homme que je haïssais. J’ai l’impression d’une seconde naissance. « 

Chloé est une transsexuelle, comme on dit, même si elle déteste ce mot, lui préférant le terme « transidentitaire ».

Presque un an après son opération, à Bangkok, qui a finalisé sa métamorphose, elle continue à s’émerveiller de sa toute nouvelle féminité : « J’en suis encore aux premières fois. » La première robe, le premier soutien-gorge, les premiers talons… Et, bientôt, ses nouveaux papiers : la semaine dernière [fin octobre 2012, NDLR], la cour d’appel de Rennes a donné à Wilfrid Avrillon le droit de changer d’état civil et de s’appeler enfin Chloé Avrillon. Alors qu’elle est toujours mariée à Marie, la mère de ses trois enfants.

« Je me suis toujours sentie fille. Je détestais ce corps »

Chloé. C’était le nom qu’elle s’était donné dans son coeur. « Je me suis toujours sentie fille. La puberté, ce fut un déchirement. Je détestais ce corps qui s’éloignait de plus en plus de ce que je voulais être. » Elevé par une mère aimante, un beau-père présent – « les trans ne sont pas forcément des enfants délaissés ! » -, Wilfrid-Chloé est un jeune garçon efféminé, mal dans sa peau, fan de David Bowie et de Boy George, pour leur allure androgyne. A la fois obsédé par les filles, parce qu’il veut être comme elles et… qu’il est attiré par elles.

« Je ne rentrais dans aucune case. Un jour, j’ai appelé un numéro d’aide pour les ados homosexuels. La personne m’a dit : ‘Désolé, je ne peux rien pour vous.’ Moi, je voulais être une fille, c’est vrai, mais je n’ai jamais été attiré par les garçons. C’est ce que j’ai dit à ma mère, qui s’inquiétait, pensant que je niais mon homosexualité. »

« Des filles au masculin »

Les personnes dont Wilfrid tombe amoureux sont « toujours des filles au masculin, comme dans la chanson d’Indochine. Mon complément, en quelque sorte », dit-il. Quand, à 22 ans, il rencontre Marie, cheveux courts, garçon manqué, ils se trouvent tout de suite et tombent amoureux. Même si, dans l’intime, comme le confie pudiquement Chloé aujourd’hui, la fille égarée dans un corps de garçon reste dégoûtée par ses attributs d’homme et par l’acte sexuel : « Mais je voulais surmonter ce blocage pour Marie. J’avais trop peur de la perdre. »

Ils s’installent ensemble. Wilfrid travaille dur et réussit le concours de l’Ecole nationale de l’Aviation civile : « Pour moi, les trans étaient des gens qui se prostituaient au bois ou qu’on enfermait à l’asile. C’était une angoisse terrible pour moi d’avouer ce que j’étais. Je n’avais qu’une obsession : me construire une place stable dans la société. »

Détresse identitaire

Wilfrid-Chloé croit qu’il va pouvoir « oublier » tout cela. D’autant que Marie est enceinte. Il a 25 ans. « C’était un immense bonheur. Et en même temps, j’aurais tellement voulu porter cet enfant moi-même. Quel piège ! Je devais désormais m’interdire de penser à devenir une femme. Comment assumer tout cela avec un enfant ? » Alors Wilfrid enfouit tout. Avec Marie, ils ont un deuxième enfant. Puis un troisième. Ils déménagent dans la petite ville de Landerneau, dans le Finistère. Mais Wilfrid part à la dérive, rongé par cette détresse identitaire, soufrant de cette allure efféminée qui lui vaut d’être traité de « tarlouze » ou de « pédé ».

« J’hésitais à faire mon coming-out. J’avais si peur qu’on m’enferme dans un hôpital psychiatrique, qu’on me retire les enfants. Et puis, en 2009, Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, a annoncé que les troubles identitaires ne seraient plus considérés comme des maladies mentales. Le décret est passé l’année d’après. J’étais mûr. »

« Elle avait senti que j’étais une fille dans un corps de garçon »

Ce 16 janvier 2010, c’est pourtant Marie qui va parler la première. Elle confesse ce qu’elle a caché si longtemps à son mari. Avant lui, elle n’avait aimé que des filles. Ses parents n’avaient jamais accepté son homosexualité, elle est tombée amoureuse de lui sans vraiment comprendre comment c’était possible. « Elle avait senti que j’étais une fille dans un corps de garçon. Mais pendant toutes ces années, on ne s’était rien dit. Elle avait peur de me perdre. Comme moi j’avais peur de la perdre. » Cette fois Wilfrid est décidé. Il devient Chloé.

De cet « après-coming-out », Chloé garde le souvenir d’une période en apesanteur. « Je m’attendais à tout perdre. Ma famille, mon job. Mais, Marie m’a beaucoup soutenue. Ma mère aussi. » « C’était un soulagement. Je savais enfin pourquoi Chloé allait si mal pendant toutes ces années », dit la mère. Et elle ajoute : « Oui, j’ai eu un fils et maintenant c’est une fille, mais je m’en fiche, c’est mon enfant, et il est encore en vie, alors que j’ai pensé le perdre. »

« J’aurais préféré être un père comme les autres »

Et les enfants de Wilfrid-Chloé, ces trois garçons chéris qui ont à l’époque 13, 11 et 6 ans, comment ont-ils vécu cette transformation ? « Les pédopsychiatres nous ont assuré que tant qu’on les entourait, ça irait… On ne le croyait pas, mais pourtant, c’est ce qui s’est passé. Quand j’ai commencé à me faire pousser les ongles, mon aîné l’a remarqué. J’étais gênée, je lui ai dit que je commençais la guitare. Il m’a dit : ‘Arrête papa, on ne me la fait pas.’ Bien sûr, j’aurais préféré être pour eux un père comme les autres. Mais que vaut-il mieux ? Un père qui se suicide, ou un père qui devient une femme ? »

Et quand Marie et Wilfrid-Chloé expliquent la situation au principal du collège privé catholique où est scolarisé Théo, ce sont eux qui tombent de leur chaise. Celui-ci leur annonce qu’un élève du même âge que Théo connaît une situation familiale identique : son père vient de se faire opérer pour devenir une femme… Et, l’an dernier au lycée, un garçon a vécu la même expérience.

« Certains collègues m’ont dit que cela les dégoûtait »

Au travail, à Brest, Wilfrid a en revanche eu du mal à faire admettre qu’il s’appellerait désormais Chloé. « Certains collègues m’ont dit que cela les dégoûtait, d’autres qu’ils refuseraient de me serrer la main. » Elle a donc été mutée à Paris en mars 2012. Pudiquement, elle avoue que Marie et elle ont désormais « repris leur liberté » : Chloé a rencontré une autre femme, Marie-Pierre, Marie aussi.

« Je suis devenue une femme, certes, mais pas la femme que Marie avait choisie. C’est compliqué de faire le deuil de la personne qu’on a connue et aimée. Marie a eu besoin d’aller voir ailleurs, au début, j’ai eu un pincement au coeur, mais j’étais heureuse pour elle. » Pourtant, Chloé et Marie se sont battues devant les tribunaux pour rester mariées, pour que le changement d’état civil de Chloé n’annule pas leur passé. « Marie, je la protégerai toute ma vie. On est liées pour toujours. Sans elle, je me serais flinguée. Elle m’a donné une famille, mes enfants. Et ça, nous nous battrons pour le préserver. »

Voir encore:

« La théorie du genre entraîne l’école dans l’ingénierie sociale »

Pour la philosophe Bérénice Levet, en menant «la chasse aux stéréotypes»,le gouvernement joue aux apprentis sorciers.

Marie-Amélie Lombard

Le Figaro

30/01/2014

Docteur en philosophie, Bérénice Levet travaille à un essai sur La théorie du genre ou le monde rêvé des anges, à paraître chez Grasset en septembre 2014. Elle est l’auteur de Le Musée imaginaire d’Hannah Arendt, Stock, 2012.

LE FIGARO. – L’Éducation nationale est-elle en train d’introduire «la théorie du genre» à l’école?

Bérénice LEVET. – Je précise d’emblée que je ne soutiens en rien les mouvements qui appellent à boycotter l’école et qui manipulent les esprits. Mais il ne faut pas abandonner ce débat à l’extrême droite. Or, dans ce qui est dénoncé aujourd’hui, il y a une part de réalité. Certes, la théorie du genre en tant que telle n’est pas enseignée à l’école primaire mais plusieurs de ses postulats y sont diffusés.

Avant tout, quelle définition donnez-vous de la théorie du genre?

Pour les tenants de cette théorie, l’identité sexuelle est, de part en part, construite. Selon eux, il n’y a pas de continuité entre le donné biologique – notre sexe de naissance – et notre devenir d’homme ou de femme. C’est, poussé à l’extrême, la formule de Simone de Beauvoir dans Le Deuxième sexe «On ne naît pas femme, on le devient». Et les théoriciens du genre poursuivent: à partir du moment où tout est «construit», tout peut être déconstruit.

Quels sont les exemples de l’application de cette théorie à l’école?

Prenons les «ABCD de l’égalité», qui sont des parcours proposés aux élèves et accompagnés de fiches pédagogiques pour les enseignants. Ils sont supposés servir à enseigner l’égalité hommes-femmes. Qu’en est-il? Dans une fiche, intitulée «Dentelles, rubans, velours et broderies», on montre un tableau représentant Louis XIV enfant qui porte une robe richement ornée et des rubans rouges dans les cheveux. L’objectif affiché? Faire prendre conscience aux élèves de l’historicité des codes auxquels ils se soumettent et gagner de la latitude par rapport à ceux que la société leur impose aujourd’hui…

N’est-ce pas une simple façon de montrer que la façon de s’habiller a évolué au fil du temps?

Non, l’objectif est bien d’«émanciper» l’enfant de tous les codes. Ce qui aboutit à l’abandonner à un ensemble de «possibles», comme s’il n’appartenait à aucune histoire, comme si les adultes n’avaient rien à lui transmettre. Or, il est faux de dire qu’on «formate» un enfant, on ne fait que l’introduire dans un monde qui est plus vieux que lui. Kierkegaard parle d’un «désespoir des possibles» qui ne se transforme jamais en nécessité.

Quels autres exemples vous semblent condamnables?

Le film Tomboy – «garçon manqué» en français -, de la réalisatrice Céline Sciamma, a été montré l’an dernier à 12 500 élèves parisiens, de la dernière année de maternelle au CM2. Quel est le propos du film? Une petite fille, Laure, se fait passer pour un garçon auprès des enfants avec qui elle joue et se fait appeler Michaël. Qu’est-il écrit dans le dossier pédagogique? «Laure semble pouvoir aller au bout de la possibilité Michaël»… On n’est plus dans le simple apprentissage de la tolérance.

Le danger n’est-il pas surtout d’imposer à l’école un fatras mal assimilé des études de genre qui sont un champ de la recherche universitaire? Le gouvernement joue-t-il aux apprentis sorciers?

Sans scrupules, l’école est entraînée dans une politique d’ingénierie sociale. Tout en se donnant bonne conscience, le gouvernement encourage un brouillage très inquiétant. Savons-nous bien ce que nous sommes en train de faire? A l’âge de l’école primaire, les enfants ont besoin de s’identifier, et non pas de se désidentifier. A ne plus vouloir d’une éducation sexuée, on abandonne nos enfants aux stéréotypes les plus kitsch des dessins animés.

N’est-ce pas pour autant utile d’affirmer l’égalité des sexes dès le plus jeune âge?

Il faudrait surtout en finir avec cette mise en accusation systématique du passé. Notre civilisation occidentale, et spécialement française, n’est pas réductible à une histoire faite de domination et de misogynie. Sur la différence des sexes, la France a su composer une partition singulière, irréductible à des rapports de forces. L’apparition d’une culture musulmane change-t-elle la donne? Elle nous confronte en tout cas à une culture qui n’a pas le même héritage en matière d’égalité des sexes. Ce qui me paraît dangereux dans cette «chasse aux stéréotypes» est le risque de balayer d’un revers de main tout notre héritage culturel. Dans un tel contexte, quelle œuvre littéraire, artistique ou cinématographique ne tombera pas sous le coup de l’accusation de «sexisme»?

Selon vous, sous couvert de lutter contre les stéréotypes, on peut bouleverser en profondeur la société?

Il existe une volonté de transformer la société, de sortir de toute normativité pour aboutir à un relativisme complet. Le gouvernement Ayrault est en pointe sur ce combat. On l’a vu lors du débat sur le Mariage pour tous. Il ne devrait pas être impossible de dire que l’homosexualité est une exception et que l’hétérosexualité est la norme. La théorie de l’interchangeabilité des sexes se diffuse. Or, nous avons un corps sexué qui est significatif par lui-même et qui ne compte pas pour rien dans la construction de soi.

L’égalité hommes-femmes n’est cependant pas acquise aujourd’hui. Comment s’y prendre pour la renforcer?

Le principe de l’égalité est incontesté aujourd’hui. Certes, il existe encore ce fameux “plafond de verre” empêchant les femmes d’accéder aux plus hauts postes et des inégalités salariales. Mais les progrès sont inouïs. Doit-on, comme l’a fait récemment le gouvernement, imposer aux hommes de prendre un congé parental? On en arrive à punir la famille parce qu’un homme est récalcitrant à s’arrêter de travailler! Et puis, faut-il rappeler qu’il n’y a pas de cordon ombilical à couper entre un père et son enfant?

A vous entendre, les dérives que vous dénoncez risquent de ne pas se limiter à l’école.

Je n’ai guère le goût des analogies historiques mais, s’il existe une leçon à retenir des totalitarismes nazi et stalinien, c’est que l’homme n’est pas un simple matériau que l’on peut façonner. Avec la théorie du genre, l’enjeu est anthropologique. Montesquieu écrivait: «Dans un temps d’ignorance, on n’a aucun doute, même lorsqu’on fait les plus grands maux. Dans un temps de lumière, on tremble encore lorsqu’on fait les plus grands biens».

Voir par ailleurs:

Cette théorie relève d’une idéologie sectaire

Chantal Delsol (Philosophe, historienne des idées politiques)

Le Monde

30.01.2014

Depuis le 28 janvier, une affaire de catéchisme à l’école fait des ravages dans les médias. Il semble qu’un certain nombre de familles mettent en cause le catéchisme et les dogmes attenants, entendons le discours du genre. Il semble aussi que ces familles récalcitrantes ont été plus ou moins trompées par des messages excessifs ou même faux. Il y a donc des gens qui jouent de dérision pour tenter de subvertir les paroles du ministère de l’éducation. Or ces paroles sont sacrées. C’est péché de s’en moquer.

Ledit discours du genre ressemble tellement à une religion qu’on ne peut s’empêcher d’utiliser, pour en décrire les aventures, du vocabulaire religieux. Elle relève de l’idéologie, dont elle porte le fanatisme et l’irréalité. Ses défenseurs sont des apôtres excités, jamais fatigués, toujours l’injure aux lèvres.

Les textes du gouvernement concernant l’école précisent que les enfants appartiennent à l’Etat. Les textes concernant le genre, du même acabit, voudraient nous précipiter dans une société surréelle, mélange de George Orwell et de Nicolae Ceaucescu, où rien n’est à sa place, où rien n’a aucune place, puisque c’est le pouvoir, et les gardiens de l’orthodoxie régnante, qui décident de l’ordre du monde. Cela est si invraisemblable, si farfelu et si grotesque, que sans nul doute les humoristes vont s’y mettre. En lisant ces textes, certains peuvent avoir l’impression bien fondée qu’à partir de là, n’importe quoi peut être dit sans porter préjudice au bon sens. Comme on le sait, tout ce qui est excessif est insignifiant, et l’insignifiance fait rire, il n’y a plus que cela pour desceller des projets à la fois illuminés et pompeux. Voyez de quoi les Femen sont capables.

Nos gouvernants ne doivent pas s’imaginer qu’ils réduiront si facilement les familles françaises à croire que les garçons et les filles ne sont différents que là où le ministère le décide. Car dans la simple réalité, il n’en va pas ainsi. Et les familles ne sont peut-être pas versées dans la métaphysique des sphères, mais pour autant elles ne sont pas idiotes, et lorsqu’il s’agit de leurs enfants, elles sont déterminées pour refuser qu’on leur fasse avaler des pantalonnades pareilles.

ET CE SONT LES FILLES QUI EN FONT TOUJOURS LES FRAIS

La différence sexuelle engendre des hiérarchies, des discriminations et des inégalités injustes. Et ce sont les filles qui en font toujours les frais. Cela est historique. Faut-il donc supprimer les différences pour supprimer les discriminations ? On songe à cet anarchiste du XIXe siècle qui voulait rayer une ville de la carte pour supprimer la pauvreté qui y régnait. Lorsque tous les pauvres seront morts, lui répondait un autre, il n’y aura plus de pauvreté. Quand au lieu de garçons et de filles vous n’aurez plus qu’un sexe indéterminé, un Tomboy montré en modèle universel dans toutes les écoles de la République, alors il n’y aura plus de discrimination, mais il n’y aura plus de différences non plus. L’indétermination n’est pas l’idéal à poursuivre pour empêcher les inégalités injustes. Celles-ci, mieux vaudrait les combattre en mettant en valeur les différences et leur complémentarité.

Pourtant les choses sont plus compliquées. Le discours sur le genre n’évince pas l’altérité en soi, mais il ne reconnaît que les altérités construites, voulues, légitimées par la culture dominante et par les individus eux-mêmes. Les différences ne sont pas reçues, elles doivent être voulues. Le gender est moins une volonté d’indétermination et de retour au chaos qu’une volonté de re-nommer les êtres et de re-programmer les différences que l’ordre naturel avait (mal) faits. On dirait bien que deux totalitarismes ne nous ont pas encore déniaisés, ni découragés de vouloir prendre la place du créateur. Couvrir la terre de déchets qui la stérilisent et nier la masculinité, c’est le même comportement, qui consiste à récuser jusqu’à la révolte un ordre que nous n’avons pas nous-mêmes programmé. Dans notre mythe originel, l’ange du mal n’avait rien fait d’autre.

L’IDÉAL D’ÉMANCIPATION

Cette idéologie, qui s’avance comme un destin irrémédiable ou comme l’esprit d’Hegel, de quoi est-elle le nom ? Elle répond à l’idéal d’émancipation qui habite la culture européenne depuis les origines, et dont les concrétisations parsèment notre histoire et la façonnent. Seule culture dans laquelle on peut trouver des oeuvres comme L’Asservissement des femmes de Stuart Mill, ou Une chambre à soi de Virginia Woolf, avec toutes les mesures politico-sociales que cela entraîne.

Pourtant, il est regrettable de voir cette belle histoire d’émancipation s’enrayer dans l’extrémisme et le fanatisme. Comment se préserver de l’extrémisme que déploient des discours comme celui du gender ? En prenant en compte, non seulement l’émancipation enviable, mais aussi l’enracinement nécessaire qui nous arrime à la condition humaine, à l’histoire, aux exigences naturelles élémentaires. Supprimer tout enracinement : c’est ce qu’avaient tenté les soviets, à ce point que Trotski disait à ce sujet : nous vivons à présent dans un bivouac. Une société humaine ne peut pas faire sa demeure dans un bivouac.

Voir encore:

La feuille de route anti-homophobie de l’UE qui affole la « Manif pour tous »

Mathilde Gérard

Le Monde

04.02.2014

Dimanche 2 février, dans les cortèges de la Manif pour tous contre l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe, beaucoup s’inquiétaient d’un texte qui vient d’être voté au Parlement européen, mardi 4 février : le « rapport Lunacek », initiative de la députée autrichienne écologiste Ulrike Lunacek, qui propose une « feuille de route » contre l’homophobie et les discriminations liées à l’orientation sexuelle. Le document a été adopté par 394 voix pour et 176 voix contre et 72 abstentions. Les opposants au mariage homosexuel dénoncent un texte élaboré par le « lobby LGBT » avec pour objectif d’imposer, selon eux, l’agenda gay aux législations des vingt-huit Etats membres. Sur le site CitizenGo, une pétition contre cette feuille de route, lancée par La Manif pour tous, a recueilli plus de 200 000 signatures. Le point sur ce texte qui suscite un grand nombre de fantasmes.

Que propose le « rapport Lunacek » ?

Ce document est un « rapport d’initiative », c’est à dire, dans le jargon européen, qu’il s’agit d’un « rapport d’opinion » qui n’a pas de valeur contraignante. Il propose à la Commission européenne d’adopter une stratégie globale afin de lutter contre les discriminations liées à l’orientation sexuelle. « A dix reprises depuis 2010, le Parlement européen a demandé à la Commission d’établir une feuille de route, comme il en existe déjà au sujet des discriminations contre les Roms ou contre les personnes souffrant de handicap, mais Viviane Reding [la commissaire à la justice, aux droits fondamentaux et à la citoyenneté] ne s’est jamais emparée du sujet de l’homophobie, explique au Monde l’eurodéputée Ulrike Lunacek. Nous avons donc pris l’initiative en obligeant la Commission, par cette feuille de route, à tenir compte des discriminations liées à l’orientation sexuelle. »

Le document proposé par Ulrike Lunacek, qui a fait l’objet d’un consensus entre cinq grands partis européens – Parti populaire européen (PPE), Socialistes et démocrates (S&D), Alliance des Libéraux et Démocrates pour l’Europe (ALDE), Verts et Gauche unitaire européenne-Gauche verte nordique (GUE/NGL) – « condamne fermement toute discrimination fondée sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre » et « demande à la Commission de faire un usage le plus large possible de ses compétences, y compris en facilitant l’échange de bonnes pratiques entre les Etats membres ».

Le texte reste très général, mais parmi les mesures plus concrètes proposées dans cette « stratégie », le texte encourage la Commission « à recueillir régulièrement des données pertinentes et comparables sur la situation des personnes LGBTI [lesbiennes, gays, bisexuelles, transexuelles et intersexe] dans l’Union européenne », à « promouvoir l’égalité et la lutte contre les discriminations dans l’ensemble de ses programmes destinés à la jeunesse » et à « favoriser la formation des professionnels ».

Le rapport Lunacek imposera-t-il de légiférer sur la PMA ou le mariage homosexuel ?

Dans le texte de la pétition s’opposant au rapport Lunacek, les signataires estiment que le document « détourne une politique de non-discrimination pour créer des privilèges au profit de certains citoyens sur la base de leur sexualité ». « Le rapport Lunacek ne laissera aucun autre choix aux institutions de l’UE et aux Etats membres que d’incorporer l’agenda LGBTI à la conception de politiques publiques ». En réalité, les signataires confondent la feuille de route, qui reste de nature générale, avec une série d’amendements adoptés par la commission parlementaire des droits de la femme et de l’égalité des genres, qui effectivement, proposaient d’aller plus loin que le rapport initial. Parmi ces amendements figurent notamment une incitation à étendre les traitements de fertilité et de procréation médicalement assistée aux personnes LGBT ou la possibilité que les enfants aient plus de deux parents, mais aucun n’a été intégré au texte voté mardi au Parlement européen. « Nous avons voulu rester sur le document de consensus, approuvé par les cinq grandes familles politiques européennes », assure Ulrike Lunacek.

De même, des opposants au texte avancent que suite à l’adoption de la feuille de route, le droit au mariage homosexuel sera imposé à tous les Etats membres, mais le rapport Lunacek se contente de demander que lorsque des familles voyagent au sein de l’Union européenne, leur existence juridique soit reconnue d’un Etat à un autre.

Mais la confusion est grande. Mardi, le député UMP Laurent Wauquiez assurait à l’Agence France Presse que le rapport Lunacek porte « sur la théorie du genre, les techniques de PMA, et sur le fait pour un enfant d’avoir plus de deux parents », confondant le document de base et les amendements votés par la commission des droits de la femme, qu’Ulrike Lunacek n’a pas repris.

Y a-t-il un objectif financier adossé à ce rapport ?

C’est un autre reproche adressé par les signataires de la pétition au rapport Lunacek : « Alors que ILGA Europe [l'organisation européenne LGBT] a été financée à hauteur de 1,408 million d’euros en 2012, ce rapport conduira à un financement encore bien plus important. » Pourtant, le document ne fait à aucun moment mention d’un financement des associations de gays et lesbiennes.

Quel est le lien entre le rapport Lunacek et le rapport Estrela ?

Il n’y en a pas : le premier entend lutter contre l’homophobie, le second, rejeté en décembre par le Parlement européen, portait sur la santé sexuelle et proposait de faire de l’avortement un droit reconnu par l’Union européenne. Ils traitent donc chacun de thèmes bien différents. Pourtant, ces deux initiatives rassemblent les mêmes opposants qui y ont vu des attaques contre un prétendu modèle familial. « Faisant fi du rejet du rapport Estrela, les lobbies, soutenus par un certain nombre de parlementaires européens, persistent à vouloir imposer leur idéologie délétère », écrit par exemple l’eurodéputé frontiste Bruno Gollnisch.

Le débat préliminaire au vote parlementaire a-t-il été tronqué ?

Certains eurodéputés opposés au texte, comme Bruno Gollnisch, assurent que « l’ordre du jour [de la session plénière du Parlement européen] a été modifié » pour que le « débat soit volontairement tronqué ». Le débat préliminaire à l’examen du texte a en fait bien eu lieu lundi, en fin de journée et a duré une vingtaine de minutes (voir la vidéo). « En session plénière, il est habituel que les débats aient lieu la veille des votes », plaide Ulrike Lunacek. Et l’agenda serré des sessions plénières du Parlement européen atteste que les débats de vingt minutes, y compris sur des sujets complexes, sont légion.

Quelles conséquences pour le projet de loi sur la famille dont l’examen a été ajourné par le gouvernement français ?

« On est en train de faire entrer par la porte ce qu’on a fait sortir par la fenêtre », déplore Laurent Wauquiez (UMP), au lendemain de l’annonce par le gouvernement que le projet de loi sur la famille ne serait pas examiné avant 2015. « On voit l’hypocrisie et l’ambiguïté de la majorité qui sous la pression feint de reculer à Paris pour avancer camouflé en Europe », dénonce le député UMP, qui demande une « clarification » de la position des eurodéputés socialistes sur ce texte, mais oublie par la même occasion que sa famille politique européenne, le PPE, s’est elle-même divisée sur ce texte (70 députés PPE ont voté pour, 130 contre). Les eurodéputés PPE français ont tous rejeté le texte, en expliquant leur choix dans un communiqué : la délégation française UMP-UDI] « ne peut s’associer à ce que l’on demande à un Etat membre de reconnaître les actes civils tels que le mariage homosexuel contractés dans un autre Etat membre, alors même qu’il ne le reconnaît pas au sein de sa propre législation » et estime que de tels sujets doivent être laissés à « l’appréciation de chaque Etat conformément au principe de subsidiarité ».

Voir également:

Transgender kids: Painful quest to be who they are

Madison Park

CNN

September 27, 2011

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Berkeley, California (CNN) — One of the first things Thomas Lobel told his parents was that they were wrong.

The 3-year-old had learned sign language because he had apraxia, a speech impediment that hindered his ability to talk. The toddler pointed to himself and signed, « I am a girl. »

« Oh look, he’s confused, » his parents said. Maybe he mixed up the signs for boy and girl. So they signed back. « No, no. Thomas is a boy. »

But the toddler shook his head. « I am a girl, » he signed back emphatically.

Regardless of the fact he was physically male, Thomas has always maintained that he is a girl. When teased at school about being quiet and liking dolls, Thomas would repeat his simple response, « I am a girl. »

Thomas, now 11, goes by the name of Tammy, wears dresses to school and lives as a girl.

Her parents have been accused by family, friends and others of being reckless, causing their youngest child permanent damage by allowing her to live as a girl.

When children insist that their gender doesn’t match their body, it can trigger a confusing, painful odyssey for the family. And most of the time, these families face isolating experiences trying to decide what is best for their kids, especially because transgender issues are viewed as mysterious, and loaded with stigma and judgment.

Transgender children experience a disconnect between their sex, which is anatomy, and their gender, which includes behaviors, roles and activities. In Thomas’ case, he has a male body, but he prefers female things likes skirts and dolls, rather than pants and trucks.

Gender identity often gets confused with sexual orientation. The difference is « gender identity is who you are and sexual orientation is who you want to have sex with, » said Dr. Johanna Olson, professor of clinical pediatrics at University of Southern California, who treats transgender children.

When talking about young kids around age 3, they’re probably not interested in sexual orientation, she said. But experts say some children look like they will be transgender in early childhood, and turn out gay, lesbian or bisexual.

Gender nonconformity is not a disorder, group says

There is little consistent advice for parents, because robust data and studies about transgender children are rare. The rates of people who are transgender vary from 1 in 30,000 to 1 in 1,000, depending on various international studies.

Like Tammy, some children as young as 3, show early signs of gender dysphoria or gender identity disorder, mental health experts who work with transgender children estimate. These children are not intersex — they do no have a physical disorder or malformation of their sexual organs. The gender issue exists in the brain, though whether it’s psychological or physiological is debated by experts.

One of the most recognizable transgender celebrities is Chaz Bono, who currently competes on « Dancing with the Stars. » Born female to entertainers Sonny and Cher, Bono underwent a transition to become a man in his 40s. He wrote in his book « Transition » that even in his childhood, he had been « aware of a part of me that did not fit. »

Many transgender kids report feeling discomfort with their gender as early as they can remember.

Proud to be ‘Born This Way’

Mario, a 14-year-old Californian who asked his full name not be used, was born female. He dresses and acts like a boy, because, he said, since he was 2 years old, he never genuinely felt like a girl.

« I feel uncomfortable in female clothes, » said Mario. « I feel like why should I wear this when it’s not who I am? Why should I be this fake person? »

But when a child starts identifying with the opposite gender, there is no way to determine whether it’s temporary or likely to become permanent.

« It’s important to acknowledge the signs of gender dysphoria, especially for children, » said Eli Coleman, who chaired a committee to update treatment guidelines for the World Professional Association for Transgender Health, an international medical group meeting this week in Atlanta, Georgia. « By not addressing it, it could be really more damaging for the child than not. »

« It’s a very difficult area and there are a lot of children who have gender nonconformity. They will simply grow out of that. Many of them later on identify as gay or lesbian, rather than transgender. »

The American Psychological Association warns that « It is not helpful to force the child to act in a more gender-conforming way. » When they’re forced to conform, some children spiral into depression, behavioral problems and even suicidal thoughts.

Do kids know who they are?

The journey of gender The journey of gender

Thomas Lobel’s metamorphosis can be told in pictures.

After his parents, Pauline Moreno and Debra Lobel, adopted Thomas at age 2, they observed that he was aloof. Shy and freckle-faced, he usually sat in a corner reading a book.

Unlike his two older brothers who were boisterous, athletic and masculine, Thomas was unusually quiet. Because of his speech impediment, he had to go to special education. Despite developing better speech skills, he didn’t want to engage in conversation or socialize.

« He seemed so depressed and unhappy all the time, » Lobel said. « He didn’t enjoy playing. He sat there all the time, not interacting with anybody. He seemed really lonely. »

In photos, Thomas appears small with a clenched smile and a glazed and distant look in his eyes.

Throughout his childhood, Thomas wanted to read Wonder Woman comics rather than Superman, wear rhinestone-studded hairbands instead of baseball caps and play with dolls rather than action figures. And, his parents said, he kept insisting he was a girl.

His personality changed from a very sad kid who sat still… to a very happy little girl who was thrilled to be alive.

His situation worsened when Thomas told his parents he wanted to cut off his penis. His parents tried to rationalize with him, warning him that he could bleed to death. But his request was a signal to them that this was serious and required professional help.

After seeing therapists and psychiatrists, the mental health specialists confirmed what Thomas had been saying all along. At age 7, he had gender identity disorder.

The diagnosis was hard for Moreno and Lobel to accept.

« The fact that she’s transgender gives her a harder road ahead, an absolute harder road, » Moreno said.

They have been accused of terrible parenting by friends, family and others, that « we’re pushing her to do this. I’m a lesbian. My partner is a lesbian. That suddenly falls into the fold: ‘Oh, you want her to be part of the lifestyle you guys live,’  » Moreno said.

But that couldn’t be further from the truth, they said. People don’t understand how a hurting child can break a parent’s heart.

« No parent wants to be in this situation, » said Lisa Kenney, managing director of Gender Spectrum, a conference for families of gender nonconforming children. « Nobody had a child and imagined this was what would happen. »

Transgender kids do not come from lax parenting where adults « roll over » to their kids’ whims, said Olson, who treats transgender children.

« The parents are tortured by it, » she said. « These are not easy decisions. Parents go through a long process going through this. »

Moreno and Lobel allowed their child pick his own clothes at age 8. Thomas chose girl’s clothing and also picked four bras. Then, Thomas wanted to change his name to Tammy and use a female pronoun. This is called social transitioning and can include new hairstyles, wardrobe. Aside from mental health therapy, this stage involves no medical interventions. Social transitioning is completely reversible, said Olson, a gender identity specialist.

Every step of the way, her parents told Tammy, « If at any time you want to go back to your boy’s clothes, you can go back to Thomas. It’s OK. » Tammy has declined every time.

She continues to see therapists.

Tammy’s room is painted bright golden yellow, decorated with stuffed animals and cluttered with pink glittery tennis shoes. At home, Tammy dances through the hallway, twirling in her pink flower dress.

« As soon as we let him put on a dress, his personality changed from a very sad kid who sat still, didn’t do much of anything to a very happy little girl who was thrilled to be alive, » Moreno said.

The hormone question

This summer, Tammy began the next phase of transition, taking hormone-blocking drugs. This controversial medical treatment prevents children from experiencing puberty.

Girls who feel more like boys take hormone-suppressing medications so they will not develop breasts and start menstruating. Boys who identify as girls can take blockers to avoid developing broad shoulders, deep voice and facial hair. The drugs put their puberty on pause, so they can figure out whether to transition genders.

The hormone blockers are also reversible, because once a child stops taking the drugs, the natural puberty begins, said Dr. Stephen Rosenthal, pediatric endocrinologist at UC San Francisco.

But if the child wants to transition to the other gender, he or she can take testosterone or estrogen hormone treatment to go through the puberty of the opposite gender.

This transgender hormone therapy for children is relatively new in the United States after a gender clinic opened in Boston in 2007. Programs for transgender children exist in cities including Los Angeles, Seattle and San Francisco. The kids are treated by pediatric endocrinologists after long evaluations by mental health professionals.

No statistics exist on the number of transgender children taking such medical treatments.

Medical practitioners have to be careful with children with gender identity issues, said Dr. Kenneth Zucker, head of the Gender Identity Service in the Child, Youth, and Family Program and professor at the University of Toronto. Giving children hormone blockers to kids before the age of 13 is too early, he said.

Zucker conducted a study following 109 boys who had gender identity disorder between the ages of 3 and 12. Researchers followed up at the mean age of 20 and found 12% of these boys continued to want to change genders.

« The vast majority of children lose their desire to be of the other gender later, » he said. « So what that means is that one should be very cautious in assuming say that a 6-year-old who has strong desire to be of the other gender will feel that way 10 years later. »

All of this leads to unsettling answers for families trying to understand their children. No one knows whether a child’s gender dysphoria will continue forever or if it is temporary.

The unsatisfying answer repeated by experts is that only time will tell.

Despite the murky science and social stigma that confound adults, Mario, who has lived as a boy since fourth grade, has a simple answer.

« Don’t change for nobody else, » he said. « Just be you and be happy. »

Voir également:

The little boy who started a sex change aged eight because he (and his lesbian parents) knew he always wanted to be a girl

Parents say it’s better for Thomas to have sex change before he is adult

Daily Mail Reporter

The Daily Mail

30 September 2011

The lesbian parents of an 11-year-old boy who is undergoing the process of becoming a girl last night defended the decision, claiming it was better for a child to have a sex change when young.

Thomas Lobel, who now calls himself Tammy, is undergoing controversial hormone blocking treatment in Berkeley, California to stop him going through puberty as a boy.

But Pauline Moreno and Debra Lobel warn that children with gender identity disorder forced to postpone transitioning could face a higher risk of suicide.

The mothers say that one of the first things Thomas told them when he learned sign language aged three – because of a speech impediment – was, ‘I am a girl’.

At age seven, after threatening genital mutilation on himself, psychiatrists diagnosed Thomas with gender identity disorder. By the age of eight, he began transitioning.

This summer, he started taking hormone-blocking drugs, which will stop him from experiencing puberty.

Was this 14 year-old executed in the U.S. for the murder of two white girls innocent?

The hormone-suppressant, implanted in his upper left arm, will postpone the 11-year-old developing broad shoulders, deep voice and facial hair.

The couple faced intense criticism from friends and family as a result, Ms Moreno told MailOnline.

‘Everybody was angry with us. « How could you be doing this? You might be ruining his whole life! »

Citing a statistic from the Youth Suicide Prevention Program, Ms Moreno noted over 50 per cent of transgender youth will have had at least one suicide attempt by their 20th birthday.

PROUD MOM: Two photos of Tammy from one of Pauline’s Facebook albums called ‘My Sweet Sweet Princess’

Tammy favours headbands to baseball hats and picked out bras and dresses to start wearing when given choice in clothing to wear

And ignoring their son’s incessant pleas, she said, simply was not worth the risk.

‘What is so frightening to me is that you would be willing to say « no » just because you don’t like it – even though your child could lose their life?’

Her son’s adolescent transition, she hopes, will help him have a less conflicted adulthood.

‘The whole idea now is let’s stop creating a third (gender) that is neither one thing or the other, so we transitioned her,’ said Ms Moreno.

‘The protocol now is to transition these children as soon as you can make a diagnosis, because otherwise they end up being not one thing or the other… because they experienced puberty.’

HOW HORMONE BLOCKING WORKS:

Tammy Lobel’s hormones are being blocked by an implant on the inside of the 11-year-old’s upper left arm, which must be replaced once a year.

Ms Moreno explained: ‘In other words, she will stay as a pre-pubescent boy until she decides and we feel that she can make this decision about surgery.’

His parents say the hormone treatment will give him time to figure out if he wants to fully transition to being female or go through puberty as a boy.

By age 14 or 15 the device will need to be removed so that Tammy can go through puberty, Ms Moreno said.

If he chooses to stop taking the drugs, he will undergo natural male puberty at a later stage and his future fertility would not be impacted.

Should their son decide to transition to an adult female, he can take female hormones as well, which would raise his voice, allow him to grow breasts and develop other feminine physical characteristics.

Ms Moreno recalled the first step of Thomas’ transition to becoming female by letting him pick his own clothes.

He favoured headbands to baseball hats and picked out bras and dresses to start wearing when given choice in clothing to wear. And the change in his personality, Ms Moreno says, was instant.

‘He was in his own world just completely detached and that was a problem we always had was getting Thomas to participate in life,’ she said. ‘What we saw emerge when Tammy was allowed to be Tammy is, « Whoa! »… It was an immediate transformation. She was so giggly and she was now interacting she was now making it a point to defend herself.’

The diagnosis has been hard to accept for Tammy’s parents.

The couple were married in 1990 by a rabbi and have two older sons and grandchildren. But they insist their sexuality has nothing to do with it.

‘It was odd to us,’ she said. ‘Even though she has lesbians as parents, this is all new to us in every possible way. We know what it’s like to feel different – we’ve got that one. But to feel like you’re not in the right body was just something we could not put our heads around.’

Fortunately, the family has a vast support system. The couple credits Tammy’s teachers and officials at Children’s Learning Center in Alameda, California, and their religious community, for being open-minded about their son’s decision.

‘We live in the Bay area where lots of alternative lifestyles are in place… and we belong to a religious community that was incredibly supportive. They make it a point when we’re in synagogue to come over and tell Tammy, « Oh, you look so pretty today,’ Ms Moreno said, adding, ‘There’s never going to be enough gratitude for them.’

His parents say the hormone treatment will give him time to figure out if he wants to fully transition to being female or go through puberty as a boy.

If he chooses to stop taking the drugs, he will undergo natural male puberty at a later stage and his future fertility would not be impacted.

Should their son decide to transition to an adult female, he can take female hormones as well, which would raise his voice, allow him to grow breasts and develop other feminine physical characteristics.

San Francisco, right by Berkeley, is one of four cities in the United States with a hospital that has a program for transgender children.

The University of California San Francisco is home to the Center of Excellence for Transgender Health.

Children are seen at length by mental health professionals and then treated by pediatric endocrinologists.

Others cities with youth programs are Boston, Seattle and Los Angeles.

Watch the video report:

Voir également:

The battle for the bathroom

Lee Thomas

The Brunswickan

October 2, 2013

In June of 2013, the United States Supreme Court ruled that the homophobic Defense of Marriage Act was unconstitutional.

Macklemore and Ryan Lewis’s hit song Same Love, featuring Mary Lambert, has more than 81 million views on YouTube.

These instances, and many more, show how far LGBTQ rights have come, and how widespread the acceptance of lesbian, gay, bisexual, queer, and transgender people is.

But is it, though?

In September 2011, in the Canadian House of Commons, Bill C279 was introduced by NDP MP Randall Garrison. Bill C279 would entrench “gender expression and gender identity” into the Canadian Human Rights Act, which currently has explicit protections against discrimination on the basis of sexual orientation, gender, race and religion, among others.

The infamously dubbed “bathroom bill” soon gained national attention as Conservative MP Rob Anders insisted that the ruling would allow sexual predators to access women’s washrooms under the guise of being transgender. The bill had passed in the House and was in its third reading in the Senate — on the verge of becoming a law — but was not voted on before they broke for summer.

Because of Stephen Harper’s recent announcement to prorogue Parliament, the bill will be set back to the first Senate reading again. Harper and most of his front-row MPs voted against Bill C279, by the way.

So what’s the big deal?

Well, while everyone is celebrating that gays across the border can now marry, transgender people at home are struggling for the right to pee.

Alex Banks* is a transgender student in her second year at UNB.

“When I first started transitioning it was so uncomfortable going into the bathrooms. People gave me such dirty looks. If I had to pee I would hold it until all of my classes were done — a total of about six hours,” she said in an email interview.

“I would try to sneak into the staff washrooms which were single [stall], but that rarely worked.”

Dylan Samson and Bowen Xu, the executive director and executive officer of Spectrum, respectively, said concerns over the lack of gender-neutral washroom availability at UNB has arisen during meetings.

“From my experience, there aren’t enough gender-neutral or single-stall washrooms on campus, and even the ones that are [available] are not publicized,” said Samson.

It’s experiences like Banks’s which prompted LGBTQ allies at Dalhousie University to create a list of single-stall washrooms on campus, which is published on the university website.

“We were getting stories that some [transgender and genderqueer] people were not feeling comfortable using the washrooms,” said Clement Mehlman, a founding member of the Dal Allies project, which publicizes a list of more than 180 Dalhousie University staff who are explicitly supportive of the LGBTQ community.

“It’s important to have students feel like they’re safe, and not being judged on their presentation of themselves, and not being harmed,” said Mehlman. “It’s about safety and privacy.”

The initiative now has an agreement with the Dalhousie University that new buildings will all be built with single-stall provisions, such as their new Grad House which has two single-stall facilities simply labeled “washroom.”

Shirley Cleave, UNB’s associate vice president academic, said that the university ensures the construction of single-stall washrooms in all new “major renovations.” Currently, she said, there are about 17 washrooms on campus that fit this description. However, none of them have explicitly transgender- or genderqueer-inclusive signage.

“We haven’t done any differentiating signs, except to indicate that they’re available to anyone by putting up both genders. Some might be labeled just ‘accessible’ instead of male or female,” she said.

Shane Gunter, who is the coordinator of the Safe Spaces program on the UNB Fredericton campus, said that publicizing a list of gender-neutral washrooms, as well as creating more of these spaces, will be a main initiative of Safe Spaces this year.

“Our goal is to get a sign, in addition to [the wheelchair glyph], that says ‘gender-neutral,’ ” said Gunter.

“People don’t really understand what’s going on with gender identity because there’s not much awareness about it. At UNB we don’t have a huge transgender population, but it’s still a population that’s here and relevant.”

Gunter added that because of the small population, it’s important for there to be extra support for the transgender and gender-variant community at UNB.

Samson agreed that extra support is required, and pointed out that transphobic attitudes readily contribute to higher rates of mental health problems among LGBTQ people, especially LGBTQ youth.

“A lot of students who are non-binary have a lot of trouble going to the bathroom because they feel the stigma of walking into the wrong one,” Samson explained. “That causes a lot of confusion, and it can cause depression and a lot of psychological problems as well, which is a big concern especially since [the university is] supposed to tailor to the needs of every student possible.”

Banks echoed this sentiment, and said, “The fact that you can’t use the bathroom without getting dirty looks delivers quite a hit to your self-esteem and makes you feel really insecure.”

Indeed, Statistics Canada states that “an individual’s level of self-confidence can . . . be a measure of their mental health.”

According to an Ontario student of transsexual, transgender, and gender-variant people aged 16-24, 47 per cent reported having “seriously considered suicide in the previous year,” and one fifth attempted suicide, significantly above the national average for that age group.

“In an ideal world, I’d like to see the fact that you can go into the bathroom of their identity without concern. But unfortunately it’s not like that at this point in time,” said Samson, who occasionally dresses in drag as part of his gender expression.

Xu said to envision the struggle of transgender people, put yourself in their shoes.

“Imagine you have to hold your pee, or whatever your biological needs are. To walk a few buildings over just because there is no washroom for you,” she said.

Banks believes that the provision of gender-neutral washrooms would play an important role in making transgender students feel included and valued at UNB.

“The lack of gender-neutral washrooms makes me feel as though the university doesn’t notice the issues that transgender people have to live through every day. Or they notice and simply don’t care,” Banks said.

This is reflected in a 2011 study of LGBTQ youth by Statistics Canada, where 69 per cent of transgender youth and 45 per cent of LGB youth disagreed with the statement “I feel like a real part of my school,” compared to only 25 per cent of their non-LGBTQ peers.

“It makes you feel unsafe because you can never predict how people will treat you in those scenarios,” added Banks.

Toilets2

In a 1997 San Francisco survey of transgender men and women, 84 per cent of the individuals “reported verbal abuse because of their gender identity or gender presentation,” and more than 30 per cent reported experiencing physical abuse.

The National Coalition of Anti-Violence Programs released a 2011 report that demonstrated that transgender individuals, particularly women, people of colour, and youth are at “a disproportionately high risk” of being victims of hate violence. They noted that there has been an upward trend in anti-LGBTQH – the “H” stands for HIV-positive – murders in the US over the past 3 years, and 45 per cent of those hate murder victims were transgender women.

Initiatives such as Safe Spaces try to tackle these issues head-on.

“We want to ensure that UNB is a safe and welcoming space for all students, faculty, and staff — regardless of sexual orientation or gender identification,” said Gunter.

Banks said that in addition to preventing awkwardness and possible gender identity-based violence, gender-neutral washroom signage would help transgender people to simply “be able to live their lives without worrying about that they may encounter in daily tasks that should be simple — like using the bathroom.”

The practical application of a gender-neutral washroom initiative, particularly in older buildings such as those at UNB, is a complex undertaking. However Mehlman points out that single-stall washrooms meet the need of many students, including any students who prefer a private bathroom space for medical or religious reasons.

“There are still a lot of male/female washroom spaces,” said Mehlman, “but having even one [single stall bathroom] within the building is helpful.”

Although most UNB residences have single-stall or fully gender-neutral washroom facilities, the campus is still lacking single-stall or gender-neutral bathrooms in many significant buildings, including the Student Union Building and McConnell Hall.

“There should be one in every building, especially here in the SUB. I mean, it’s the Student Union Building. It’s where every single student comes to get things. So the fact that they would have to leave to go to a bathroom in — where’s the closest one, Tilley? — that’s just preposterous,” said Samson.

“If you cannot go to the bathroom, it infringes on your basic human needs. And by not allowing a student to go to the bathroom, because they’re not comfortable — and by not addressing that fact — is a huge problem.”

Cleave said that no one had raised concerns about genderqueer-inclusive washrooms on campus prior to The Brunswickan’s call, but said that it would be “worth considering” to look into gender-neutral washrooms in buildings like the SUB.

“I think that as we continue to make our spaces more accessible in all sorts of ways, both physically and based on gender, we’ll continue to pay attention to making sure we have facilities that are available to anyone,” she said.

Xu added, “Not everybody knows about this issue, so we need to raise awareness. We don’t think about this every day because it’s not a daily concern. But for some people, it is.”

“I think the university does what it can with what it has,” said Samson. “But it’s not enough.”

The university’s Declaration of Rights and Responsibilities states that “the University of New Brunswick is committed to providing a positive learning and working environment, one in which all members of its community are respectful and respected as individuals. We strive to foster a welcoming and supportive community, where every person feels empowered to contribute.”

With gender-neutral washrooms, the university may be one step closer to fulfilling that mandate.

*Editor’s note: Alex Banks’s name was fabricated in order to protect the identity of the quoted individual.

Voir également:

Michael Glatze, ancienne « icône » gay se convertit et se marie

Paul Ohlott

Evangelium-vitae

31-01-2014

L’information est passée inaperçue en France, et pour cause ! Elle ne plaît guère aux lobbys LGBT qui réclament une tolérance qu’ils sont totalement incapables de manifester…

Michael Glatze – véritable icône du milieu gay – s’est marié le 26 octobre 2013 avec une femme prénommée Rebekah. En 2007, quelques années avant cet heureux événement, il avait quitté le magazine homosexuel « Young Gay America » – qu’il avait co-fondé et pour lequel il occupait le poste de Rédacteur-en-Chef -, en raison de sa conversion au Christianisme. En effet, au grand dam des lobbys LGBT, Michael Glatze est devenu un «born again», autrement dit : un chrétien «né de nouveau», en référence aux paroles du Christ, lors de son rdv avec Nicodème.

«L’homosexualité, c’est la mort»

C’est par une «note sur son bureau» qu’il avait démissionné du magazine en 2007. Sur cette note, on pouvait lire : «l’homosexualité c’est la mort, et je choisis la vie». Par la suite, il avait expliqué plus en détail sa transformation : «Le ‘programme’ homosexuel exclut que quelqu’un puisse simplement penser qu’un changement d’orientation pourrait être viable. De même, personne ne devrait se poser la question de l’efficacité éventuelle des thérapies. Ce que j’ai vécu me permet de dire que la libération de l’influence de ce ‘programme’ homosexuel a été l’expérience la plus libératrice, la plus belle et la plus étonnante que j’ai jamais vécue».

Son changement et ses déclarations lui ont valu d’être «violemment attaqué par le mouvement homosexuel». Et son mariage avec Rebekah a ravivé la haine des activistes homosexuels. Le déferlement de haine a été si important qu’il a été contraint, par souci de sécurité, de publier un article sur le site américain WorldNetDaily pour supplier ses anciens amis de le laisser tranquille. Dans cet article, il s’est notamment écrié : «S’il vous plaît, respectez ma décision !». Une décision qu’il a longuement détaillée : «Je crois que l’homosexualité est un défaut, une erreur, une distorsion… et que l’on peut en être entièrement restaurée. Je sais que ce point de vue va à l’encontre des discours politiques populaires de ce monde, et je suis conscient que ce point de vue me vaut d’être considéré comme ‘un fanatique de droite’ qui doit juste être anéanti. (…) Je prie Dieu tous les jours pour ma sécurité. J’aime mon Dieu. J’aime ma vie. Je souhaite vivre une vie qui honore Dieu. (…) Plutôt que de vouloir ma mort, je voudrais que vous puissiez envisager la possibilité que j’ai le droit légitime à la vie et le droit légitime de suivre mon propre chemin de foi. (…)»

Sources

Voir encore:

Dress Code: Cambridge autorise les jupes pour les hommes

Assma Maad

Le Figaro

06/09/2013

La prestigieuse université britannique a renoncé à la tenue traditionnelle, pantalon pour les hommes, jupe pour les femmes, lors de la remise de diplôme. Une victoire pour l’association des transsexuels de Cambridge.

L’université de Cambridge fait sa mini-révolution. Réputé pour son règlement strict, l’établissement va mettre en place un code vestimentaire neutre pour sa cérémonie de remise de diplôme. Pantalon pour les femmes ou jupes pour les hommes, les étudiants seront désormais libres de porter les vêtements de leur choix. «Après consultation et avec l’accord des hautes autorités de l’université, cet amendement remplace la référence au costume masculin par une description à présent neutre», a officiellement confirmé un porte-parole de l’université. Une décision qui permet avant tout aux étudiants transgenre de choisir leur tenue en toute liberté. Le nouveau code devrait entrer en vigueur en octobre, rapporte The Telegraph.

Selon les anciennes règles, les hommes devaient porter un costume sombre avec une chemise et un nœud papillon blanc. Aux pieds, chaussures et chaussettes noires étaient obligatoires. Quant aux femmes, elles étaient tenues d’assortir une jupe noire avec une chemise blanche, ou pouvaient opter pour une robe noire. Si un étudiant venait à enfreindre ces règles, il pouvait ne pas obtenir son diplôme.

Si le genre est balayé, le sérieux reste de mise. Les couleurs vives sont toujours bannies pour la cérémonie de remise de diplômes. Le blanc et le noir sont encore les deux seules autorisées. Au-dessus de leurs nouvelles tenues, les vêtements seront toujours surmontés de la traditionnelle robe universitaire et sa capuche de couleur blanc. Une règle encore stricte, qui peut entraîner un renvoi en cas de non respect.

Un an après Oxford

Cette décision est le fruit d’une intense campagne menée par les associations de lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT) de Cambridge. «La facilité avec laquelle nous avons pu nous faire entendre montre à quel point l’université est censée», se félicite Charlie Bell, président de l’Union des étudiants LGBT .«Je suis ravi que cela ait changé, et fier de faire partie d’une université qui voit l’importance de ces questions», ajoute ce diplômé en médecine âgé de 24 ans. Pour, Sarah Gibson, autre représentante LGBT, cette décision était attendue depuis longtemps. «Nous espérons que Cambridge nous aidera à dissiper les mythes et la désinformation qui entourent les personnes transgenres», espère-t-elle.

En modifiant son code vestimentaire, Cambridge s’aligne sur son éternelle rivale, Oxford. Selon le nouveau règlement adopté en 2012 ,les étudiants ne sont plus contraints de porter des vêtements spécifiques à leur sexe, à la demande des associations LGBT qui estimaient ces anciennes lois, «injustes pour les élèves transgenres».

Voir enfin:

La fabrique de l’homme nouveau

Jean-Jacques Salomon*

Cairn info

Je suis un philosophe et un historien des sciences qui a fort mal tourné et si je me définissais aujourd’hui, ce serait en politologue, par conséquent très éloigné de ces débats. Mais il se trouve que je réfléchis, travaille et publie sur les problèmes que soulèvent les développements scientifiques, et en particulier ceux des sciences biomédicales, dans des livres qu’il m’arrive de publier et je crois que c’est la raison pour laquelle on a cru bon de m’inviter. Je remercie les organisateurs d’autant plus qu’hier, en particulier dans l’après-midi, j’ai été très frappé par l’opposition manifeste entre l’exposé remarquable de Catherine Labrusse-Riou et celui, non moins remarquable, de Maître Henri Leclerc, opposition très claire qui ne résout d’aucune façon les questions que nous nous posons sur le bien-fondé de l’arrêt Perruche. L’enjeu de cet arrêt n’est pas le problème de l’avortement, pas davantage le problème de l’indemnité assurée aux parents pour faute médicale éventuelle, c’est le fait que l’on indemnise un enfant pour finalement considérer qu’il y a illégitimité de sa vie. Là, je me tournerai vers le grand-rabbin pour lui dire que, dans le dialogue de Job avec Dieu, jamais on ne voit Job attendre de Dieu une indemnité. Job appartient à une société traditionnelle et j’insisterai beaucoup sur le fait que nos sociétés industrielles ou post-industrielles ont un rapport à la légitimité et à l’illégitimité de l’enfant très différent des sociétés traditionnelles. Comme Catherine Labrusse-Riou nous l’a montré hier, il y a de toute évidence de l’eugénisme – refoulé d’une manière ou d’une autre – dans les pratiques biomédicales de reproduction, et le problème tout comme l’enjeu de l’arrêt Perruche renvoient tout simplement à l’obsession de la santé et de la vie parfaite, dont Lucien Sfez a très bien montré les fantasmes auxquels elle peut conduire. J’ai prolongé l’analyse de cette obsession caractéristique des sociétés occidentales dans mon dernier livre, Survivre à la science, qui est un titre évidemment provocateur, en montrant que cette obsession tient essentiellement au culte du progrès et à la fascination qu’exerce l’instrument sur lequel s’appuie ce culte, la science expérimentale, les conquêtes qu’elle assure et l’idéologie positiviste ou scientiste qu’elle fonde. Catherine Labrusse-Riou parlait du désir d’exclusion pour rendre conforme à une norme qui s’exprime dans les pratiques eugénistes qui ne disent pas leur nom. Mais il y a aussi chez le biologiste, parfois chez le médecin, tout simplement le désir de création de la vie, et je ne parle pas en l’air. Je cite un de mes bons amis, biologiste, qui se trouve être juif aussi, l’un des meilleurs en France, et qui, parlant précisément du problème du clonage reproductif, m’a répondu : mais je ne comprends pas où est le problème. Nous créons la vie ! Ce n’est pas du tout, évidemment, l’interprétation rabbinique. Nous sommes d’accord. Ce désir de création de la vie, pour être à l’égal de Dieu éventuellement, s’exprime dans les pratiques du clonage tout comme dans le discours des chercheurs qui se consacrent au décryptage du génome humain ; je vous renvoie sur ce point à la littérature, et en particulier, pardonnez-moi, au chapitre de mon dernier livre qui analyse les discours, les fantasmes, les pratiques auxquelles renvoient justement certains développements de la biologie moléculaire aujourd’hui. Le numéro de Futurible de mai 2001 nous parle déjà de la jeune économie dans un article d’un économiste américain qui évalue très sérieusement le marché du clonage et des interventions sur l’embryon humain à l’horizon de cinq à dix ans, avec de nombreuses retombées bien sûr sur la productivité grâce à la sélection des élites. Le titre de cet article est aussi révélateur que drôle, en anglais : « The business of playing God ». Moi, je traduirais par « La bonne affaire de jouer à Dieu ». L’arrêt Perruche, nous a encore dit Catherine Labrusse-Riou, est le signe de notre impuissance. Le progrès est irrésistible et le droit n’a plus qu’à s’adapter aux transgressions qu’il impose. Je crains qu’elle n’ait raison. Et c’est pourquoi je vais me mettre du côté d’un point de vue qui n’est absolument pas le mien, je voudrais me faire l’avocat du diable, un point de vue qui va dans le sens des fantasmes de la science, celui de l’irrésistible manipulation du vivant qui conduira au clonage humain, non pas seulement thérapeutique, mais reproductif. Et, entre parenthèses, les formules françaises, par opposition aux formules anglo-saxonnes, sont évidemment joyeuses par leur capacité à refouler la vérité. Nous parlons de thérapeutique, d’avortement thérapeutique ou de clonage thérapeutique, là où les Anglo-Saxons, quand même plus honnêtes et plus réalistes, disent tout simplement : avortement sélectif ou clonage sélectif. C’est très révélateur de notre propre hypocrisie religieuse. Le Monde, en date du 18 août 2000, a affiché en première page le titre suivant : « L’an 1 du clonage humain », en réponse au fait qu’en Angleterre on accepte désormais la possibilité du clonage humain non pas encore reproductif, mais thérapeutique, de façon à utiliser l’embryon artificiellement créé par non-reproduction sexuée à des fins de recherches médicales. Au bout d’un certain nombre de cellules, on s’arrête pour ne pas entrer dans un processus de reproduction. Sur ce point, même nos amis anglais en sont encore à réfléchir et à hésiter. Mais, et là je pose la question aux juristes, aux psychanalystes, aux théologiens, quelle est la frontière entre clonage reproductif et clonage thérapeutique ? À quel moment, lorsqu’on s’arrête en passant du clonage thérapeutique, en n’allant pas au clonage reproductif, à quel moment y a-t-il meurtre ? Où s’arrête l’embryon et où commence le fœtus ? Bonne question pour discuter du sexe des anges entre théologiens. Face aux délires et aux fantasmes que soulèvent certains développements de la science et de la technologie, pas seulement les biotechnologies, mais également les sciences de l’information, la seule réplique cohérente est de s’en remettre apparemment à des principes et à des valeurs sur lesquels nos démocraties ne peuvent transiger ; de ne pas lâcher, si je puis dire, le socle de ce que nous tenons pour essentiel à la définition même de l’humanité en nous.

De fait, il y a dans le domaine de la science, et d’abord dans le domaine de la littérature aussi (pensez à Houellebecq en particulier), des gens qui fantasment à partir des progrès les plus récents de la biologie et pour lesquels il n’y a très exactement aucune limite au progrès, et qui, avec une sorte de jubilation, voient la civilisation de demain réaliser enfin le meilleur des mondes. Aucune limite. Cela signifie que tout malheur est finalement un préjudice. Il faut partir de là. Et là est la différence fondamentale entre une société traditionnelle, un monde où Job n’est pas en mesure de réclamer de Dieu une indemnité, et les sociétés modernes, qui sont des sociétés de l’État-providence. Je vous rappellerai que le malheureux, le pauvre, le handicapé, le fou, dans une société traditionnelle, n’était pas exclu (cf. Michel Foucault, L’histoire de la folie à l’âge classique). En revanche, dans les sociétés contemporaines, on a inventé l’État providence pour précisément passer de l’aumône à l’indemnité au nom de la solidarité. Qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que nos sociétés, pour des raisons qui tiennent au progrès de la connaissance, au progrès du savoir, au progrès des techniques, considèrent comme illégitimes tout malheur. C’est exactement l’inverse. Une vie illégitime, c’est une vie qui n’est pas conforme à un canon. Et n’être pas conforme, aujourd’hui, c’est tout simplement ne pas ressembler au modèle dont le système capitaliste marchand nous nourrit du matin au soir à travers la publicité. Il vaut mieux être beau plutôt que laid, maigre plutôt que gros, avec des cheveux, être ingambe plutôt que nain, etc. À Rome, on pouvait détruire l’enfant incomplet. En Chine, on continue de détruire les filles. Le modèle du corps parfait est celui que définissent et dɶeloppent les sociétés qui sont les nôtres aujourd’hui et, quand il n’est pas parfait, il faut bien que la science y pourvoie. Il faut rajeunir, embellir, ne pas vieillir et si possible ne pas mourir. Nous ne sommes pas seulement entrés dans la civilisation du troisième âge, nous entrons dans celle du quatrième et du cinquième.

Je vais commencer par un propos qui peut apparaître comme provocateur, qui n’est certes pas ce que je pense et encore moins ce que je souhaite, mais qui correspond à mes yeux à une tendance irrésistible. Depuis la création par clonage de la brebis Dolly, il me paraît évident qu’il y aura du clonage humain, et pas seulement à des fins thérapeutiques. Il n’y a aucune raison de s’arrêter, aucune ! Quelles que soient les interdictions de certaines religions, pas toutes, de certaines institutions, pas toutes, de certains pays, pas tous. On ne va pas s’arrêter là. On se dirige effectivement vers une reproduction clonée de l’homme. Et c’est bien le point sur lequel je suis tout à fait d’accord avec le philosophe allemand Slotterdijk. Ses conclusions méritent quand même qu’on y réfléchisse. Slotterdijk a raison, je le crains, de conclure ses conférences – qui ont fait tant de bruit, publiées par Le Monde des débats, en annonçant que nous allons tout droit vers la sélection génétique des élites, la mise à l’écart des handicapés, et une médecine prédictive qui revient à une police préventive. L’eugénisme n’a pas seulement été un des grands fantasmes du xixe et du xxe siècles. Il a inspiré et précédé la catastrophe historique du nazisme, suscitant des pratiques abominables de recherches réalisées au nom de la science par certains médecins, que le grand-rabbin a rappelées, mais je dois ajouter : les uns nazis, les autres pas nazis du tout, et on comptait même quelques médecins et psychiatres juifs qui se sont répandus hors d’Allemagne. Or, voici que les progrès des biotechnologies nous annoncent la possibilité du clonage humain, promesse d’une transformation de l’espèce humaine, qui est très exactement ce sur quoi ont buté le xixe et le xxe siècles. Les philosophies de l’Histoire, le marxisme comme le fascisme et le nazisme, ont rêvé toutes les trois d’un homme nouveau, et recommandé sa production à partir d’une révolution sociale. Slotterdijk nous dit : attention, nous risquons de voir se réaliser ce fantasme et cette utopie qui ont nourri les philosophies de l’histoire et conduit aux catastrophes que l’on sait. Une petite remarque maintenant, d’ordre épistémologique, petite mais essentielle. Je crois que c’est une très grande erreur d’isoler l’histoire actuelle des développements de la biologie moléculaire, de l’histoire actuelle du développement des théories de l’information et des nouveaux matériaux. C’est en fait la même révolution, et souvent avec les mêmes acteurs, passant de la physique ou de l’information à la biologie. Il ne faut pas dissocier les biotechnologies des autres avancées scientifiques, ce sont les mêmes, dans le même contexte des technosciences, livrées à l’empire de la physico-chimie ; et n’oublions pas les intérêts concurrentiels des entreprises privées et publiques. Si l’on parle aujourd’hui de la nécessité de réviser la loi de bioéthique en y introduisant la possibilité du clonage thérapeutique, c’est en raison de la concurrence, bien sûr, des pharmacies et des industries. En ce sens, le livre d’Erwin Schrödinger, Qu’est-ce que la vie ?, offre une clé assurément fondamentale pour comprendre les développements et les répercussions des recherches dans ces domaines. C’est la clé du bricolage dont parle François Jacob, du bricolage Meccano, en ce sens où finalement tout est réductible aux éléments, aux petits éléments qui, comme les virus, ne sauraient intervenir dans les textes talmudiques, puisqu’ils sont trop petits. Que dit Schrödinger ? Il dit que la science ne peut interpréter le vivant qu’en termes physico-chimiques. Par conséquent, entre l’organisme et la machine, il y a des liens de plus en plus étroits, et tout ce qui se passe actuellement, c’est précisément le triomphe d’une forme de scientisme qui tend à réduire le vivant en mécanique et réciproquement aussi, et c’est la grande nouveauté : la mécanique en vivant. Schrödinger n’avait pas de réponse à la question : qu’est-ce que la vie ? Mais il avait une réponse très précise sur les pouvoirs de la science. La maîtrise du vivant passe par la physico-chimie. Il faut voir que les liens entre la biologie moléculaire, les quantas, les nanotechnologies, les technologies de l’information et la robotisation sont de plus en plus étroits, de sorte que la machine peut faire du vivant et le vivant peut faire de la machine, sans que les frontières entre l’un et l’autre soient tracées à l’avance, ni surtout tracées rigoureusement pour séparer deux mondes qu’on professait jusque-là, sauf la métrie, comme différents par nature. Du coup Slotterdijk a parfaitement raison, dans sa conférence, de nous dire que le grand problème de demain, c’est précisément le rapprochement entre l’organisme et la machine. Et, du même coup, l’extinction de l’humanisme. Les rêves de la cybernétique de Wiener et des premiers cybernéticiens étaient bien ceux-là. Essayer de gouverner au sens platonicien du terme de la cybernétique, l’évolution de l’homme et de la société, grâce aux robots. Je tiens à évoquer un texte dont on a beaucoup moins parlé que de celui de Slotterdijk, qui est assurément un bon philosophe et qui se réclame de la tradition cynique de Diogène ; c’est le texte d’un très grand informaticien, qui est à la fois chercheur et grand industriel, le vice-président et scientifique en chef de Sun-icrosystems, auteur du langage Java, qui est à la source de toutes les procédures d’Internet, qui a coprésidé, aux États-Unis, la commission présidentielle sur l’avenir de la recherche dans les technologies de l’information. L’été dernier, cet Américain a soudain été pris de scrupules. Son texte est apparu en extrait dans le supplément informatique du Monde, et en extrait dans le même numéro que j’ai cité de la revue Futurible du mois de mai. Il a pour titre : « L’avenir n’a pas besoin de nous ». Il avait été jusqu’alors un brillantissime chercheur qui allait de l’avant sans trop se poser de questions. Mais soudain, des collègues l’ont alerté sur les progrès des nanotechnologies, qui rendent possibles les robots capables de se répliquer et, du coup, il s’inquiète. Où va l’humanité si le robot est vraiment capable de se comporter en vivant ? C’est à la lumière de ces développements que l’enjeu du clonage n’est manifestement pas dissociable de l’avenir des robots. Nous sommes entrés dans un monde nouveau, radicalement nouveau, ce qui explique que les utopies se réalisent effectivement, à force à la fois de science et de fantasmes. Et on trouve la même mise en garde que chez Slotterdijk, à savoir que nous risquons de perdre le contrôle des machines vivantes que nous créons. Bill Join insiste sur le fait que les trois grandes aventures du siècle à venir, le pouvoir de la génétique, celui des nanotechnologies et celui de la robotique, les gnr comme il dit, vont peut-être permettre la création de technologies qui aboutiront à remplacer notre espèce. C’est en ce sens que l’avenir n’aurait pas besoin de nous. Je ne vais pas résumer la conférence de Slotterdijk parce que ce serait entrer dans trop d’arcanes philosophiques, et c’est bien inutile, ni trop situer Slotterdijk, qui est un philosophe assez ambigu, quels que soient ses talents qui sont tout à fait éblouissants, ni insister sur le fait qu’il se réclame effectivement de la tradition cynique. Je ne vais pas le résumer, mais je vais simplement rappeler que, dans sa première partie, il insiste sur le fait que le progrès même des technologies de l’information nous apprend que le rapport au livre, qui instituait une amitié entre les auteurs et les lecteurs, est appelé à disparaître. Adieu, à partir de là, à l’humanisme, adieu à la littérature, adieu aux belles lettres. L’humanisme, nous dit Slotterdjeik, c’était la lecture des Anciens dont nous nous deshabituons et qui nourrissait l’éducation des élites. Une éducation qui néanmoins revenait à de l’asservissement ; ce vieux thème nietzschéen ou gauchiste, on le trouve chez Deleuze, on le trouve aussi chez Foucault, et bien sûr on le trouve chez Freud : éducation=répression. Au total, l’humanisme, c’était quoi ? C’était le refus de la barbarie. Et l’éducation, c’était quoi ? L’effort intellectuel pour élever l’homme à un peu plus que l’animal en lui. Donc cette première partie de la conférence de Slotterdijk donne exactement la définition du cadre dans lequel il se situe, qui est celui de la contestation, de la rébellion, sur lequel je vais insister tout à l’heure.

La deuxième partie de cette conférence est en un sens plus sérieuse. S’appuyant sur le politique de Platon, où l’on essaie de dresser le portait de l’homme d’État idéal, le roi ou le chef d’État idéal, qu’il faut pouvoir précisément, par l’éducation philosophique, élever et faire sortir du troupeau, Slotterdijk nous parle du troupeau qu’évoque Platon comme d’un zoo. Ce n’est pas la même chose, le zoo et le troupeau. Et encore moins donner comme titre à sa conférence : « Règles pour le parc humain ». Le parc humain, Platon n’en a pas parlé dans ces termes, plutôt concentrationnaires. Il est vrai que l’industrialisation et la science expérimentale n’étaient pas encore passées par là. Slotterdijk s’appuie sur le politique de Platon pour montrer que toute l’histoire de l’humanité se réduit à la manière dont, grâce à l’éducation, on a pu distinguer et choisir les meilleurs, parmi les élites, et que, à terme, la biologie permettra enfin une sélection autrement plus efficace que celle des belles lettres. Scandale en Allemagne pour des raisons évidentes, parce que trois générations ne suffisent pas à effacer la mémoire et l’embarras de grands-parents et de parents qui ont fait le salut hitlérien et contribué aux massacres de toute sorte à travers l’Europe. Il est vrai que Slotterdjeik appartient à la génération – il est né en 1947 – de ceux qui n’ont pas participé à la catastrophe. Il le sait d’autant plus qu’il s’en prend à la philosophie critique, à l’école de Francfort, Adorno, Horkheimer, Marcuse, et surtout à Habermas, qu’il accuse d’avoir orchestré la campagne que les Allemands ont menée contre lui. Un peu le reproche que l’on faisait en France à ce qu’on appelait naguère la pensée unique, mais dans un contexte de contentieux très différent. Slotterdijk, en deux mots, est le philosophe de l’après-Habermas, comme Schröder est le politique de l’après-Kohl. Retour à Berlin, c’est-à-dire retour à la maison, comme l’a dit un éditorial du Spiegel de mai 1998. Une Allemagne en quête d’un rapport normalisé avec son passé, mais héritière néanmoins d’une histoire qui ne peut pas se libérer de la routine de la culpabilisation. Et cette routine, c’est précisément tout ce à quoi tendent certaines réflexions dans la philosophie allemande d’aujourd’hui. Dans cette réflexion, rien n’est réservé au rôle que peuvent et doivent jouer les institutions démocratiques dans la régulation indispensable des changements techniques. Je voudrais insister sur ce point maintenant. Le siècle que nous avons vécu, siècle court qui a commencé en 1914, 1917 ou 1918 et qui s’est terminé en 1991, a vécu d’utopies réalisées qui ont fort mal tourné. Les totalitarismes fondés sur l’exploitation et la servitude des masses consentantes en ont fait un siècle de terreur et de massacres d’une ampleur sans précédent. À des titres, dans un style et suivant des répercussions différents, communisme, fascisme et nazisme ont envahi la scène de l’Histoire en proposant chacun l’idée de la fabrique d’un homme nouveau appelé à succéder aux impostures de l’humanisme. Dans ce désaveu de l’humanisme, c’est d’abord le procès de la bourgeoisie que, de tous côtés, écrivains et philosophes du xixe siècle, de Flaubert ou Baudelaire à Marx ou à Nietzsche, ont dressé, procès que les idéologies totalitaires du xxe siècle ont repris à leur compte, jusqu’à revendiquer l’inhumanité comme moteur de l’Histoire, c’est-à-dire comme l’instrument de leur expansion. Je ne vais pas insister sur ce point, mais si on réfléchit à la question suivante – d’où vient la tragédie de ce siècle ? – je crois qu’elle vient de ce que le procès intellectuel fait à la bourgeoisie a nourri, sur les désastres de la Première Guerre mondiale, les passions révolutionnaires, celles de droite comme celles de gauche, toutes les formes de gauches ; celles qui ont précédé la fin du communisme et celles qui l’ont suivie s’en sont encore inspirées, des Brigades rouges à la bande à Baader, mais aussi à l’armée de purification prolétarienne organisée par Pol Pot en religion d’État au Cambodge. Je crois qu’il faut lire et relire François Furet pour comprendre combien ce procès de la bourgeoisie, dont l’instruction remonte au xixe siècle, s’est confondu, au lendemain de la Première Guerre mondiale, avec le procès de la démocratie. Dans la culture européenne, le mépris mêlé de haine dont la bourgeoisie a été l’objet se confond avec cette dénonciation de l’humanisme, paravent des abus et des crimes qui se commettent dans l’exploitation du prolétariat par le capitalisme, du Nègre et du Jaune par le colonialiste, des peuples par l’impérialisme. Déficit moral et politique. Tartufferie des régimes parlementaires. Hypocrisie des libertés formelles. Imposture des sociétés démocratiques qui prétendent diffuser la civilisation alors qu’elles imposent la domination de la classe bourgeoise sur toutes les autres et tirent parti de leur génie technique pour asservir le prolétariat ou détériorer la pureté de la race. C’est de ce procès que vont naître et s’alimenter les passions révolutionnaires. En termes de psychanalyse, je crois qu’il faut relever cette note de François Furet : ce trait sans doute unique de la démocratie moderne dans l’Histoire universelle, cette capacité infinie à produire des enfants et des hommes qui détestent le régime social et politique dans lequel ils sont nés, haïssent l’air qu’ils respirent alors qu’ils en vivent et qu’ils n’en ont pas connu d’autre. La scène fondamentale de cette société n’est pas, comme l’a cru Marx, la lutte de l’ouvrier contre le bourgeois, c’est celle qui fait d’un peu tout le monde, y compris du bourgeois lui-même, l’ennemi du bourgeois. Le grand secret de la complicité entre communisme, fascisme et nazisme, quelles que soient leurs différences, qui sont considérables, c’est l’existence de cet adversaire commun, le bourgeois que chacun d’entre eux entend dénoncer, exorciser et combattre dans une lutte à mort. À partir du xixe siècle, l’Histoire en place dans notre société laïcisée remplace Dieu dans la toute-puissance sur le destin des hommes, mais c’est bien au xxe siècle que se font voir les folies politiques nées de cette substitution. Nietzsche devient alors le repère fondamental de cette manière de considérer que l’Histoire peut transformer non seulement la société, mais aussi la nature humaine et produire l’homme nouveau. On aurait pu croire enterré ce fantasme de l’homme nouveau après l’écrasement du nazisme et l’implosion du communisme. On aurait pu croire précisément que la fin du communisme, ayant fait de celui-ci – je cite Furet – un objet historique offert à l’autopsie, que la dissection effectuée par les historiens ait suffi à démystifier tous les mythes que les grands monstres de ce siècle ont entretenu, rendant caduques les sensibilités, les passions et, finalement, les utopies qui ont conduit à professer que, sous les décombres de l’humanisme, il y a toujours place pour une fabrique de l’homme nouveau. Mais l’heure de vérité qui a dévoilé les désastres des États totalitaires n’y a pas mis fin.

Qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que l’on attend toujours d’une forme de la science, qu’elle soit historique ou biologique, un rebondissement éminemment révolutionnaire au sens où l’avenir peut être conditionné par la confrontation non plus entre sociétés, mais entre les sociétés et le progrès scientifique et technique. Les régimes totalitaires ont été vaincus non pas parce qu’ils ont insuffisamment malaxé la pâte humaine, mais parce que la résistance de la pâte humaine a eu raison de leur idéologie. Quand la science et la technologie interviennent en réduisant la pâte à ses composants physico-chimiques, là où les philosophies de l’Histoire ont échoué, le biopouvoir, associé aux technologies de l’information et de la communication, doit permettre de transformer la nature même de l’homme et de créer enfin l’espèce nouvelle que les dictateurs prophètes du xxe siècle ne sont pas parvenus à enfanter. Retrouvailles avec le xixe siècle, qui ne sont pas paradoxales, en apparence seulement. Ce n’était pas seulement le siècle des philosophies de l’Histoire, c’était aussi celui du positivisme. C’est aussi suggérer que nous entrons dans le xxie siècle avec une cohorte de repères radicalement différents qui annuleraient tous les principes, toutes les valeurs dont la civilisation occidentale s’est inspirée ou par rapport auxquels elle s’est définie jusqu’à présent. L’homme nouveau aurait définitivement pris le deuil de l’humanisme et l’utopie post-moderniste donnerait congé à toute morale qui fasse passer les impératifs de la conscience avec l’irrépressible poids des faits, des démonstrations et, surtout, des réalisations scientifiques. L’homme du xxie siècle serait voué, comme le héros des Particules élémentaires de Michel Houellebecq, à se satisfaire de la jubilation du désastre, c’est-à-dire à voir disparaître l’humanité en lui et autour de lui. Je ne cite pas Houellebecq au hasard. Il fait partie, dans l’ordre du roman, de cette cohorte de prophètes qui déclinent aujourd’hui la fabrique de l’homme nouveau dans l’ordre des essais philosophiques, et celui-là dans l’ordre des romans, en se réclamant des conquêtes et des promesses irrépressibles de la biologie moléculaire et plus généralement des progrès de la science la plus contemporaine, liée de part en part aux conquêtes de la technologie au point d’en être indissociable, avec ses fantasmes de domination et de pouvoir, qui permettraient enfin de réussir là où toutes les philosophies de l’Histoire ont échoué. Je n’évoquerai pas Fukuyama, qui a beaucoup parlé de la fin de l’Histoire, et qui finalement a découvert tout simplement comme Slotterdijk que la solution est précisément celle qui viendra du triomphe des biotechnologies. Pourquoi terminer sur la figure de Nietzsche ? Lorsque vous interprétez toutes ces philosophies, vous voyez bien qu’il y a un recours qui consiste à dénoncer dans la bourgeoisie le petit homme, l’homme qui est incapable de dominer l’Histoire et qui se soumet à tout, le contraire du surhomme. Fukuyama a terminé un article où il annonce précisément la soumission de l’humanité à venir à la biotechnologie, de la manière suivante : d’ici les deux prochaines générations, la biotechnologie nous donnera les outils qui nous permettront d’accomplir ce que les spécialistes d’ingénierie sociale n’ont pas réussi à faire. À ce stade, nous en aurons définitivement terminé avec l’histoire humaine, rien que cela ! parce que nous aurons aboli les êtres humains en tant que tels. Commencera alors une nouvelle histoire, au-delà de l’humain. Ainsi parlait Zarathoustra, qui n’est assurément pas étranger à cette vision du redémarrage de l’Histoire au prix du retour du surhomme. La même année, donc, dans un tout autre contexte que celui de la bonne et impériale conscience américaine, Slotterdijk présentait sa conférence en Allemagne sur le parc ou le zoo humain. La relance de la fabrique de l’homme nouveau, grâce aux interventions des biotechnologies, renvoie aux mêmes périls que ceux auxquels le siècle qui s’est terminé a été exposé par les utopies totalitaires, et c’est ce qui me permet de conclure.

En rejoignant les débats d’hier et de ce matin autour de l’arrêt Perruche, la perspective du clonage reproductif est effectivement celle d’un eugénisme conçu comme l’organisation de la sélection des personnes, d’une organisation certes fondée sur des choix individuels, mais qui serait en même temps une organisation collective dans le style d’un « meilleur des mondes » parfaitement réalisable. Dès lors, la question à poser est la même à mes yeux que celle que l’arrêt Perruche conduit à poser, et je laisse aux juristes, aux psychiatres, aux psychanalystes et aux théologiens ici présents le soin de s’y attaquer pour tenter d’y répondre : l’enfant cloné sans handicap à la naissance pourra-t-il ester en justice et chercher réparation, soit de n’avoir pas été le produit d’une relation sexuelle dite naturelle, soit surtout d’avoir été retenu parmi d’autres embryons possibles pour accéder à un droit à la vie dont il ne voudrait pas ? Et, plutôt que de parler, comme l’a fait hier fort brillamment l’avocate québécoise, de grossesse-préjudice, l’enfant cloné, c’est-à-dire, comme l’a fort bien formulé quelqu’un qui lui est très proche, l’enfant qui vient du froid, ne serait-il pas en droit de dénoncer une naissance-préjudice au sens où, précisément, sa venue au monde serait le résultat non plus de l’autonomie de la reproduction, mais des stricts processus physico-chimiques, plus ou moins robotisés, répondant aux interventions des biologistes et des médecins ? Aux juristes, aux théologiens, aux psychanalystes de répondre, s’il y a matière à réparation.

Débat après l’intervention de Jean-Jacques Salomon

Thierry Jean : Les débats que nous avons depuis hier posent tout le temps la théorie du sujet et votre intervention me semble être un écho à cette question qui a été, là aussi, récurrente : Quid de la vie psychique du petit Nicolas ? Alors peut-être serait-il scandaleux de considérer que la vie psychique du petit Nicolas n’est pas le problème. La question et la représentation sociale que nous en avons est que l’homme nouveau, tel qu’on le projette, c’est vrai pour le roman de Houellebecq, est quelqu’un qui ne se constitue pas comme un sujet, c’est-à-dire qu’il vient là éviter la question de la castration, il n’est pas divisé, puisque dans le roman de Houellebecq, le scénario se constitue sur le mode d’un double, donc de deux frères, où celui qui, finalement, survit est celui issu de la science ou, en tout cas, celui qui va se consacrer comme un moine à la science et à la reproduction à condition bien évidemment qu’il ait pu, dans ses travaux scientifiques, maîtriser absolument toutes les possibilités mutatives d’une fraction simplifiée d’adn. C’est-à-dire, et je rejoins là ce que disait Marcel Czermak, nous sommes dans une évolution où la question du contingent et de l’aléatoire se doit absolument d’être exclue. Donc, n’est-ce pas une mutation où, à la Providence, se substitue maintenant la lutte contre la fatalité ?

Marc Caumel de Sauvejunte : J’ai bien compris que le malheur n’était plus béni des dieux et que peut-être Dieu n’était plus ni malin ni honnête, comme le disait Einstein. Par contre, je renverserais la formule de Mme Labrusse-Riou en disant que l’eugénisme consacre l’arrêt d’une logique ancestrale et que c’est peut-être là-dessus que nous sommes en difficulté, car l’eugénisme, comme l’a bien dit M. Salomon, est en route et nous ne pourrons rien faire contre cela, si ce n’est que nous avons peut-être à dire combien il est problématique de rester sur une extension de la notion de handicap en tant qu’elle est le symptôme du défaut. Je pense que nous ne devons pas rester simplement à une lecture de la question des handicapés comme étant celle de certaines personnes, elle concerne chacun de nous. Cette logique ancestrale est une logique où l’enfant était inscrit dans les générations. Il n’est plus, il ne sera plus le produit de deux parents, parce qu’il est depuis un certain temps évident qu’il est devenu un objet externalisé en tant qu’objet de la science et du droit. Je dis objet externalisé puisque les personnes de la pma disent que le grand mouvement, pour eux, le grand moment de changement, c’est quand ils ont sorti l’ovule du corps. Donc, ce sont des enfants qui ne vont plus se référer au désir ou qui n’auront pas de référence naturelle au désir de leurs parents, même si ce désir n’est pas toujours sympathique. C’est-à-dire que nous allons bientôt pouvoir acheter des enfants au marché. Donc, ce qui est exclu, c’est le défaut. Ça, c’est une certitude et je crois que notre jeunesse, et moi je crois que c’est le souci que nous avons, incarne aujourd’hui ce défaut, et Monsieur le rabbin m’a permis de comprendre pourquoi nous avions affaire à des murs de lamentations dans toutes les cités de nos villes qui sont maintenant taguées de tous les côtés. Alors je me pose la question suivante, puisque les enfants sont devenus des objets de consommation et que nous pouvons même considérer que l’anorexie est peut-être un symptôme moderne à cause de cela : puisque l’époque qui s’annonce, c’est quand même, comme dit Churchill, une vallée de larmes, est-ce que nous devons simplement rester les gardiens de notre savoir ancestral, ou est-ce que nous pourrions un peu plus savoir où et sur quoi nous avons à dire non ? Ça, c’est la première question. Qu’est-ce qu’il faudra donc traiter chez ces sujets nouveaux ? Au politologue, je poserai la question suivante : est-ce que la politique est encore en mesure d’inventer une autre politique, et laquelle ?

Jean-Jacques Salomon : Superbe question ! En principe, j’aimerais bien répondre de manière positive. Je crois effectivement que la politique peut inventer une manière de préserver ce à quoi l’on tient, ce qui définit le respect de la dignité humaine et un fonctionnement démocratique. J’aimerais bien, mais je ne suis pas sûr que cet espoir puisse être vraiment préservé parce que, d’un côté, le marché, les forces du marché dans notre système économique, pour des raisons bonnes ou mauvaises, peu importe, et l’extraordinaire pression exercée par les scientifiques pour aller de l’avant, quoi qu’il en soit, sont telles que le droit me semble devoir être de plus en plus précédé par les faits. Non plus seulement par les mœurs, mais par les faits scientifiques, et, par conséquent, nous serons de plus en plus désarmés, sans autre repère que les repères traditionnels, soit les religions, soit tout simplement les institutions, qui reconnaissent qu’il y a des transgressions. Or, honnêtement, aujourd’hui, je ne vois plus beaucoup d’institutions, en dehors de l’Église et de la psychanalyse.

La question a été posée à Freud il y a fort longtemps, il a répondu par un article sur ce qu’il appelait la représentation du monde, pour bien présenter la psychanalyse comme une technique d’investigation, et non pas comme une représentation du monde. Il en avait une jusqu’en 1914 et il écrivait à ce moment-là à Ferenczi, croyant avoir tout compris : hors du monde, nous ne pourrons pas tomber. C’était une citation du marchand de pierres. La guerre de 14 lui avait permis de se rendre compte qu’il avait été bien ambitieux ou bien sot, comme il le disait lui-même, et qu’une représentation du monde, c’est justement ce qui échappe, pour un vrai scientifique.

Jean-Jacques Salomon*

Notes

[ *] Professeur au cnam.


Education: Une soi-disant théorie du genre qui n’existe pas (It’s not gender theory, stupid ! – French socialist government caught playing sorcerer’s apprentices with children’s minds after boycott)

2 février, 2014
http://www.franceinfo.fr/sites/default/files/imagecache/462_ressource/2014/01/29/1298673/images/ressource/maxstockworld305578.jpghttp://www.medialibre.eu/cms/wp-content/uploads/yapb_cache/gender.2atjyde6tce80g8sggcoowko0.brydu4hw7fso0k00sowcc8ko4.th.jpegIl n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ. Paul
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Le christianisme est une rébellion contre la loi naturelle, une protestation contre la nature. Poussé à sa logique extrême, le christianisme signifierait la culture systématique de l’échec humain. [...]  Le mieux est de laisser le christianisme mourir de mort naturelle. (…) Le dogme du christianisme s’effrite devant les progrès de la science. (…) Quand la connaissance de l’univers se sera largement répandue (…) alors la doctrine chrétienne sera convaincue d’absurdité. Hitler (1941)
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude.  G.K. Chesterton
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. René Girard
Le genre est culturellement construit, indépendamment de l’irréductibilité biologique qui semble attachée au sexe. Judith Butler
Eduquer pour changer les mentalités et transformer la société Devenue une obligation légale depuis 2001, l’ éducation à la sexualité à l’école est peu appliquée: les moyens comme la volonté manquent. Come nous le montrent des programmes expérimentés dans nos territoires, elle a pourtant comme conséquence à court terme une baisse des violences, une meilleure attention des élèves, une prévention accrue dans le domaine de la santé et à plus long terme une baisse des violences faites aux femmes, un recul du machisme, une baisse sensible des suicides chez les adolescents et une plus grande facilité d »émancipation des femmes et des hommes des rôles qui leurs ont assignés.  Le poids des rôles sociaux, des préjugés qui, pèse sur la possibilité des individus à exprimer librement et vivre sereinement leur genre et leur sexualité, lorsqu’ils s’écartent des modèles dominants. L’éducation permettra de déconstruire les préjugés de genre, sexistes, et de lutter contre les violences et discriminations qu’ils engendrent. Nous formerons tous les acteurs éducatifs à la question de l’éducation aux rapports entre les sexes, à partir d’un travail sur les stéréotypes et les assignations de genre. Pour tous les élèves de la classe de CP à la terminale, et tous les ans, 6 heures d’éducation à la sexualité, à l’égalité et au respect mutuel, seront assurées. Les  intervenants extérieurs devront nouer des liens avec les acteurs scolaires et extra-scolaires liés à l’établissement afin d’intégrer la question de l’égalité entre les sexes et les sexualités dans un projet global. Convention égalité réelle (page 36, PS, 11 décembre 2010)
La théorie du genre, qui explique «l’identité sexuelle» des individus autant par le contexte socio-culturel que par la biologie, a pour vertu d’aborder la question des inadmissibles inégalités persistantes entre les hommes et les femmes ou encore de l’homosexualité, et de faire œuvre de pédagogie sur ces sujets. (…) Le vrai problème de société que nous devons régler aujourd’hui, c’est l’homophobie, et notamment les agressions homophobes qui se développent en milieu scolaire. L’école doit redevenir un sanctuaire, et la prévention de la délinquance homophobe doit commencer dès le plus jeune âge. Un jeune homosexuel sur cinq a déjà été victime d’une agression physique, et près d’un sur deux a déjà été insulté. Il est essentiel d’enseigner aux enfants le respect des différentes formes d’identité sexuelle, afin de bâtir une société du respect. Najat Vallaud-Belkacem (secrétaire nationale du PS aux questions de société, 31 août 2011)
La révolution française est l’irruption dans le temps de quelque chose qui n’appartient pas au temps, c’est un commencement absolu, c’est la présence et l’incarnation d’un sens, d’une régénération et d’une expiation du peuple français. 1789, l’année sans pareille, est celle de l’engendrement par un brusque saut de l’histoire d’un homme nouveau. La révolution est un événement méta-historique, c’est-à -dire un événement religieux. La révolution implique l’oubli total de ce qui précède la révolution. Et donc l’école a un rôle fondamental, puisque l’école doit dépouiller l’enfant de toutes ses attaches pré-républicaines pour l’élever jusqu’à devenir citoyen. C’est à elle qu’il revient de briser ce cercle, de produire cette auto-institution, d’être la matrice qui engendre en permanence des républicains pour faire la République, République préservée, république pure, république hors du temps au sein de la République réelle, l’école doit opérer ce miracle de l’engendrement par lequel l’enfant, dépouillé de toutes ses attaches pré-républicaines, va s’élever jusqu’à devenir le citoyen, sujet autonome. Et c’est bien une nouvelle naissance, une transsubstantiation qui opère dans l’école et par l’école, cette nouvelle église avec son nouveau clergé, sa nouvelle liturgie, ses nouvelles tables de la Loi. La société républicaine et laïque n’a pas d’autre choix que de «s’enseigner elle-même » (Quinet) d’être un recommencement perpétuel de la République en chaque républicain, un engendrement continu de chaque citoyen en chaque enfant, une révolution pacifique mais permanente. Vincent Peillon (« La Révolution française n’est pas terminée », 2008)
Le gouvernement s’est engagé à « s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités », notamment par le biais d’une éducation au respect de la diversité des orientations sexuelles. L’engagement de notre ministère dans l’éducation à l’égalité et au respect de la personne est essentiel et prend aujourd’hui un relief particulier. Il vous appartient en effet de veiller à ce que les débats qui traversent la société française ne se traduisent pas, dans les écoles et les établissements, par des phénomènes de rejet et de stigmatisation homophobes. (…) La lutte contre l’homophobie en milieu scolaire, public comme privé, doit compter au rang de vos priorités. J’attire à ce titre votre attention sur la mise en œuvre du programme d’actions gouvernemental contre les violences et les discriminations commises à raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre. Je souhaite ainsi que vous accompagniez et favorisiez les interventions en milieu scolaire des associations qui luttent contre les préjugés homophobes, dès lors que la qualité et la valeur ajoutée pédagogique de leur action peuvent être établies. Je vous invite également à relayer avec la plus grande énergie, au début de l’année, la campagne de communication relative à la « ligne azur », ligne d’écoute pour les jeunes en questionnement à l’égard de leur orientation ou leur identité sexuelles. Dans l’attente des conclusions du groupe de travail sur l’éducation à la sexualité, vous serez attentif à la mise en œuvre de la circulaire du 17 février 2003 qui prévoit cette éducation dans tous les milieux scolaires et ce, dès le plus jeune âge. La délégation ministérielle de prévention et de lutte contre la violence dirigée par Eric Debarbieux, permettra de mieux connaître la violence spécifique que constitue l’homophobie. Enfin, vous le savez, j’ai confié à Michel Teychenné une mission relative à la lutte contre l’homophobie, qui porte notamment sur la prévention du suicide des jeunes concernés. Je vous remercie de leur apporter tout le concours nécessaire à la réussite de leurs missions. Je souhaite que 2013 soit une année de mobilisation pour l’égalité à l’école. Vincent Peillon (minitre de l’Education nationale, Lettre aux Recteurs d’Académies, 4 janvier 2013)
2.1.1 À l’école primaire, l’éducation à la sexualité suit la progression des contenus fixée par les programmes pour l’école. Les temps qui lui sont consacrés seront identifiés comme tels dans l’organisation de la classe. Ils feront cependant l’objet, en particulier aux cycles 1 et 2, d’une intégration aussi adaptée que possible à l’ensemble des autres contenus et des opportunités apportées par la vie de classe ou d’autres événements. Aussi, à l’école, le nombre de trois séances annuelles fixé par l’article L. 312-16 du code de l’éducation doit-il être compris plutôt comme un ordre de grandeur à respecter globalement dans l’année que comme un nombre rigide de séances qui seraient exclusivement dévolues à l’éducation à la sexualité. L’ensemble des questions relatives à l’éducation à la sexualité est abordé collectivement par l’équipe des maîtres lors de conseils de cycle ou de conseils de maîtres. Les objectifs de cet enseignement intégré aux programmes ainsi que les modalités retenues pour sa mise en œuvre feront en outre l’objet d’une présentation lors du conseil d’école. Ministère de l’Education nationale (Circulaire N°2003-027 DU 17-2-2003 L’éducation à la sexualité dans les écoles, les collèges et les lycées)
La vocation de l’école, c’est d’apprendre. D’apprendre quoi aux enfants? D’apprendre à lire, à compter, à écrire. D’apprendre aussi les valeurs de la République. Que parmi ces valeurs de la République, il y a la liberté, l’égalité, la fraternité.  L’égalité, c’est notamment l’égalité entre les filles et les garçons. C’est cela qu’on apprend aujourd’hui  à l’école aux enfants. Est-ce que ça a quelque chose à voir avec le contenu de ces SMS, avec une soi-disant théorie du genre qui n’existe pas, avec des cours d’éducation sexuelle. (…) On ne parle aucunement de sexualité à des enfants de primaire. On leur parle de ce que les filles et les garçons doivent pouvoir ambitionner d’être à égalité plus tard dans les rêves qu’ils font, dans les ambitions professionnelles qu’ils peuvent avoir’. Najat Vallaud-Belkacem (Europe 1, 29 janvier 2014)
L’Education nationale refuse totalement la « théorie du genre » et les instrumentalisations de ceux, qui, venus de l’extrême droite, négationnistes, sont en train de vouloir répandre l’idée qui fait peur aux parents et qui blessent les enseignants que tel serait notre point de vue. Vincent Peillon
Venant d’apprendre que, selon Vincent Peillon, ministre de l’éducation nationale  »la théorie du genre ne sera pas enseignée à l’école » je pense que ses propos concernent sans doute l’enseignement de la théorie du genre à l’école primaire, car pour ma part, en tant que professeur de science économiques et sociales (SES) dans l’enseignement secondaire, cela fait bientôt 25 ans que je l’enseigne à mes élèves, non par volonté de prosélytisme, mais tout simplement parce que l’analyse des inégalités liées au genre, et donc ce qu’il est convenu d’appeler la « théorie du genre », fait partie des programmes officiels de ma discipline.(…) Pour notre part nous considérons que la théorie du genre est bien l’exemple emblématique d’une théorie émancipatrice puisqu’elle produit des savoirs qui peuvent avoir des effets sur les pratiques et les représentations des individus. Voilà pourquoi la théorie du genre correspond à un moment fort de notre enseignement et nous nous opposerons énergiquement à toute tentative visant à remettre en cause sa place dans nos programmes. Jean-Yves Mas (professeur de SES au lycée de Montreuil, 93)
Du bleu et du rose partout dans le ciel de Paris : les manifestants contre le projet de loi sur le mariage pour tous ont déferlé dans les rues de la capitale en agitant des milliers de fanions, de drapeaux et de banderoles à ces deux couleurs. Ils en ont saturé les écrans télé. Rose et bleu, la « manif » est la croisade des enfants. Bleu ou rose : les deux couleurs qui marquent les bébés à l’instant de leur naissance assignent à chacun, définitivement, sa résidence sexuelle. La médecine, l’état civil et ses premiers vêtements enferment l’enfant à peine né dans l’alternative du genre. « Tu seras un papa bleu, mon fils. » « Tu seras une maman rose, ma fille. » (…) Bleu et rose sont les couleurs d’un marquage permettant de commencer dès la naissance la reproduction sociale du genre. Cette stratégie de communication, qui emprunte sa symbolique aux couleurs des layettes, a été évidemment voulue par les adversaires de la loi Taubira. (…) Le « bleu et rose » est une innovation dans les couleurs de la rhétorique militante. On connaissait le bleu « Marine », le vert des écolos, le rouge de la gauche… Le bleu et rose est plus qu’un signe de ralliement original. C’est un slogan. Le drapeau français brandi dans la manif n’est plus bleu, blanc, rouge, mais bleu ciel, blanc et rose.En 1998, les Français avaient célébré la victoire d’une équipe « black, blanc, beur » lors de la Coupe du monde de football. Le peuple de la diversité renommait ainsi les trois couleurs du drapeau français. Le jeu verbal sur les trois « b » réunissait trois langages, le « black » américain faisait écho aux mouvements noirs pour les droits civiques, le « beur » repris au verlan des quartiers avait la même sonorité émancipatrice, le « blanc » était l’élément neutre de cette série, désignant avec humour les autres. Ce n’étaient pas trois communautés, mais trois façons d’être français qui avaient gagné ensemble. De la même façon, la victoire de l’Afrique du Sud dans la Coupe du monde de rugby 1995 avait marqué la naissance de la « nation arc-en-ciel ». L’arc-en-ciel est plus que la réunion de toutes les couleurs, il symbolise un continuum, le spectre de la lumière blanche décomposée, il offre une diversité potentiellement infinie de nuances. C’est pourquoi le drapeau arc-en-ciel est aussi celui de l’association Lesbiennes, gays, bi et trans (LGBT). Chacun est différent et l’union des différences fait une société apaisée et fusionnelle. Bleu, blanc, rose, le drapeau national, infantilisé, est au contraire l’emblème d’un peuple de « Blancs » que ne distingue entre eux que le genre attribué à la naissance. Un genre qui garde l’innocence de l’enfance – Freud ? connais pas – et sa pureté sexuelle. (…) Ce logo, qui mime la naïveté d’un dessin d’enfant, est clairement sexiste : le père protecteur et fort, le fils volontaire et décidé, la mère qui suit, et la petite fille timide. Le dispositif proclame l’homosocialité de la reproduction. La petite fille a sa mère pour modèle, le petit garçon, son père. (…) A part ces quelques dérapages, blanches sur fond bleu ou rose, roses sur fond blanc, les mêmes quatre silhouettes soudées de la famille exemplaire sont reproduites par milliers, exactement semblables : un cauchemar identitaire. Hommes, femmes : le principe d’identification du genre est emprunté aux pictogrammes des toilettes publiques. Chacun derrière sa porte. Chacun son destin. Chacun sa façon de faire pipi, debout ou assis. Ces manifestants, qui revendiquent « du sexe, pas du genre ! », utilisent des symboles et des logos qui disent au contraire : « Ne troublez pas le genre », « Rallions-nous aux pictogrammes des toilettes, ils sont naturels ». Pour ces prisonniers de leur anatomie puérile, traduite en contraintes sociales du genre, quelle sexualité « naturelle » ? Leur innocence bleu et rose n’autorise que le coït matrimonial pour faire des filles et des fils qui seront les clones de leurs parents et ajouteront un module à la farandole. Aucune place n’est faite aux enfants différents ! Aucune place pour les pères à cheveux longs, les femmes et les filles en pantalon, les mères voilées, les pères en boubou ! Aucune place pour les familles différentes aux parentés multiples – monoparentales, recomposées, adoptives – ! Aucune place pour les familles arc-en-ciel. La famille nucléaire dessinée sur le logo et présentée comme naturelle n’est que le mariage catholique bourgeois du XIXe, adopté au XXe siècle par les classes moyennes et désormais obsolète. C’est une famille étouffante et répressive, la famille où ont souffert Brasse-Bouillon et Poil de carotte, famille haïssable de Gide, noeud de vipères de Mauriac. (…) Papa bleu et maman rose ne sont pas un couple hétérosexuel, mais une paire de reproducteurs « blancs ». Florence Dupont (Ancienne élève de l’Ecole normale supérieure, agrégée de lettres classiques, professeur de latin à Paris-Diderot)
Moi, je suis convaincue qu’à l’époque moderne, la plus grande victoire du diable, c’est d’avoir fait croire qu’il n’existait pas. Et à partir du moment où on croit que le diable n’existe pas, on est évidemment pas du tout en mesure de s’en protéger. Et fondamentalement dans toutes les opérations aujourd’hui de manipulation et d’atteinte à la vie et à l’intégrité humaine, J’y vois l’oeuvre démoniaque et de ses armées. On ricanera peut-être à m’entendre utiliser ces notions … mais il me semble qu’il faut revenir à ces notions qui sont le fondamental de nos fondamentaux. … Le fondamental de nos fondamentaux, c’est l’adversaire que nous avons sur la plan spirituel. (…) Parce moi que je vivais dans un quartier populaire où la délinquence ou la décadence ou la dégénérence ou la présence, je dirais mortifère, des agents démoniaques qu’on trouve au sein du parti socialiste, au sein du parti communiste, dans les organisations droitsdel’hommistes et humanistes qui quadrillent ces quartiers. Il faut bien comprendre cela ici – j’insiste beaucoup – que les quartiers populaires sont quadrillés par les armées de Satan. (…) Il y a aussi bien sûr la franc-maçonnerie, ça c’est clair, c’est le fond …L’UMPS, voire même au-delà, ils sont infiltés partout. Farida Belghoul
Premièrement, Vincent Peillon a tout à fait raison. On n’enseigne pas la théorie du genre à l’école. On l’expérimente et on la met en pratique. Premier mensonge énorme. Monsieur Peillon joue sur les mots. Monsieur Peillon se fout de la gueule du monde. Il n’y a pas de rumeur, il y a une réalité. Le gouvernement a un programme totalitaire. Il veut détruire tout ce qui structure et ce qui identifie les gens: la famille, le sexe, la nation. Eric Zemmour
Dans sa lettre du 4 janvier adressée aux recteurs, Vincent Peillon affirme sa volonté de révolutionner la société en se servant de l’école : « le gouvernement s’est engagé à s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités, notamment par le biais d’une éducation au respect de la diversité des orientations sexuelles », affirme-t-il en début de lettre. On remarque les termes : « s’appuyer sur la jeunesse » pour « changer les mentalités ». Qui ? Le gouvernement. En réalité, c’est donc lui qui choisit les orientations politiques et morales qui doivent prévaloir dans la société. Ce n’est plus la famille, l’école et la société adulte qui éduquent la jeunesse. Contrairement à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948, c’est donc désormais l’État en France qui se pose en seul détenteur de la vérité. On assiste à une dérive théocratique de l’État républicain actuel. Et cette jeunesse, qui, par définition, ne possède pas encore les repères lui permettant de poser des choix par elle-même, il la mobilise dans le sens qu’il juge bon, selon le schéma de la révolution culturelle. La position de Vincent Peillon est vraiment choquante. Lorsqu’il s’appuie sur la jeunesse comme moteur révolutionnaire, renouant avec l’esprit de 1968, le gouvernement sort à l’évidence de son rôle : il instrumentalise la jeunesse à des fins politiques, pour changer les représentations sexuelles et morales dominantes. Ce faisant, il change les règles du jeu au sein de l’École publique en abandonnant ostensiblement l’exigence de neutralité. L’État sort également de son devoir de neutralité et de respect des droits éducatifs familiaux et de l’intimité des enfants lorsque le ministre demande aux recteurs de renforcer les campagnes d’information sur la ligne azur. Ainsi, contrairement à ce qui est affiché, il ne s’agit plus de lutter contre des stigmatisations homophobes en tant que telles, il s’agit bien plutôt d’inciter activement les jeunes en recherche d’identité (comme le sont par construction tous les adolescents) à explorer pour eux-mêmes la voie de l’homosexualité ou de la transsexualité. De même, lorsque le ministre encourage les recteurs à faire intervenir davantage les associations de lutte contre l’homophobie, il encourage en pratique l’ingérence dans l’enceinte de l’école d’associations partisanes engagées dans la banalisation et la promotion des orientations sexuelles minoritaires, si l’on se réfère à la liste des associations agréées par l’Éducation nationale pour intervenir sur ces thématiques dans les établissements. Il favorise donc des prises de paroles unilatérales auprès des jeunes, sur un sujet qui n’a pas encore été tranché par le législateur. (…) Durant la période soviétique, comme durant d’autres périodes totalitaires, il était habituel de se servir des enfants pour démasquer et sanctionner les opinions dissidentes des parents. C’était l’époque de la délation par ses propres enfants. Revenir à de telles pratiques inhumaines et profondément immorales serait une grave régression de l’État de droit. Non content enfin de mettre au pas les écoles publiques, le gouvernement entend aussi museler les écoles privées en bafouant clairement leur caractère propre. Il est évident que les écoles dont le projet éducatif et l’identité sont fondés sur la foi seront opposées à la légalisation du mariage homosexuel. Leur demander d’être neutres sur ce sujet n’a aucun sens, si ce n’est celui de leur faire renier purement et simplement leur vocation spécifique. Anne Coffinier
Son intention et son but sont de démolir les vieilles formes et les règles conventionnelles. Et plus ce cheval de Troie apparaît étrange, non conformiste, inassimilable, plus il lui faut de temps pour être accepté. En fin de compte, il est adopté, et par la suite il fonctionne comme une mine, quelle que soit sa lenteur initiale. Il sape et fait sauter la terre où il a été planté. Les vieilles formes littéraires auxquelles on a été habitué apparaissent à la longue démodées, inefficaces. (…) Pour mener à bien une œuvre littéraire, il faut avant tout être modeste et ne pas ignorer que tout ne se joue pas dans le fait d’être gay ou quoi que ce soit de comparable sociologiquement [par exemple, être incestée]. (…) Plus le point de vue est particulier, plus l’entreprise d’universalisation exige une attention soutenue aux éléments formels qui sont susceptibles d’être ouverts à l’histoire tels que les thèmes, les sujets du récit en même temps que la forme globale du travail. C’est finalement par l’entreprise d’universalisation qu’une œuvre littéraire peut se transformer en machine de guerre.  Monique Wittig (p 98- 102, 2007)
Je pense que le « genre » est une idéologie. Cette haine de la différence est celle des pervers, qui ne la supportent pas. Freud disait que le pervers est celui qu’indisposait l’absence de pénis chez sa mère. On y est. Boris Cyrulnik
Alors que la polémique sur la théorie du genre ne cesse d’enfler, l’expérience tragique menée au milieu des années 1960 par son concepteur, le sexologue et psychologue néo-zélandais John Money, refait surface, comme le rapporte vendredi lepoint.fr. Une expérimentation souvent occultée par les disciples actuels des études du genre, car celle-ci, conduite sur deux jumeaux canadiens nés garçons, mais dont l’un d’eux sera élevé comme une fille, tournera mal. Spécialiste de l’hermaphrodisme à l’université américaine Johns Hopkins, John Money définit dès 1955 le genre comme la conduite sexuelle qu’on choisit d’adopter, en dehors de notre sexe de naissance. (…) En 1966, des parents vont offrir au médecin controversé la possibilité de tester sur leurs propres enfants la théorie du genre. Les époux Reimer sont parents de jumeaux âgés de huit mois. Alors qu’ils souhaitaient les faire circoncire, l’opération a mal tourné sur l’un des deux bébés, Bruce, dont le pénis s’est retrouvé brûlé à la suite d’une cautérisation électrique. Son frère, Brian, a pour sa part échappé à l’opération.Pour John Money, c’est l’occasion de montrer sur un modèle vivant que le sexe biologique n’est qu’un leurre. Il propose donc aux parents désemparés d’élever Bruce comme une fille, sans jamais lui révéler son sexe de naissance. Bruce, qui s’appelle désormais Brenda, reçoit d’abord un traitement hormonal, puis se voit retirer ses testicules quatorze mois plus tard. Désormais fille, «Bruce-Brenda» porte des robes et joue à la poupée. Pendant toute leur enfance, les jumeaux Brian et Brenda suivent un développement harmonieux, faisant de l’expérience du sexologue une réussite. Du moins c’est ce que John Money, qui garde un œil sur leur évolution en les recevant une fois par an, croit. Il publie d’ailleurs de nombreux articles sur le sujet, puis un livre en 1972, Homme-femme, garçon-fille, dans lequel il affirme que c’est l’éducation et non le sexe de naissance qui détermine si l’on est homme ou femme. Mais si Brenda a vécu une enfance sans heurts, les choses se compliquent à l’adolescence. Sa voix devient plus grave et elle se sent attirée par les filles. Petit à petit, elle rejette son traitement au profit d’un autre à la testostérone. Car, au fond, elle se sent davantage garçon que fille. Désemparé, le couple Reimer avoue la vérité à ses enfants. Dès lors, Brenda redevient un homme, David, auquel on crée chirugicalement un pénis et retire les seins. Ce dernier se mariera même à une femme, à l’âge de 24 ans. Mais cette expérience identitaire hors norme a laissé des dégâts irréparables chez les jumeaux. Brian se suicide en 2002, David en mai 2004. Le Figaro
Je précise d’emblée que je ne soutiens en rien les mouvements qui appellent à boycotter l’école et qui manipulent les esprits. Mais il ne faut pas abandonner ce débat à l’extrême droite. Or, dans ce qui est dénoncé aujourd’hui, il y a une part de réalité. Certes, la théorie du genre en tant que telle n’est pas enseignée à l’école primaire mais plusieurs de ses postulats y sont diffusés. (…) Pour les tenants de cette théorie, l’identité sexuelle est, de part en part, construite. Selon eux, il n’y a pas de continuité entre le donné biologique – notre sexe de naissance – et notre devenir d’homme ou de femme. C’est, poussé à l’extrême, la formule de Simone de Beauvoir dans Le Deuxième sexe «On ne naît pas femme, on le devient». Et les théoriciens du genre poursuivent: à partir du moment où tout est «construit», tout peut être déconstruit. (…) Prenons les «ABCD de l’égalité», qui sont des parcours proposés aux élèves et accompagnés de fiches pédagogiques pour les enseignants. Ils sont supposés servir à enseigner l’égalité hommes-femmes. Qu’en est-il? Dans une fiche, intitulée «Dentelles, rubans, velours et broderies», on montre un tableau représentant Louis XIV enfant qui porte une robe richement ornée et des rubans rouges dans les cheveux. L’objectif affiché? Faire prendre conscience aux élèves de l’historicité des codes auxquels ils se soumettent et gagner de la latitude par rapport à ceux que la société leur impose aujourd’hui… (…) l’objectif est (…) d’«émanciper» l’enfant de tous les codes. Ce qui aboutit à l’abandonner à un ensemble de «possibles», comme s’il n’appartenait à aucune histoire, comme si les adultes n’avaient rien à lui transmettre. Or, il est faux de dire qu’on «formate» un enfant, on ne fait que l’introduire dans un monde qui est plus vieux que lui. (…) On n’est plus dans le simple apprentissage de la tolérance. (…) Sans scrupules, l’école est entraînée dans une politique d’ingénierie sociale. Tout en se donnant bonne conscience, le gouvernement encourage un brouillage très inquiétant. Savons-nous bien ce que nous sommes en train de faire? A l’âge de l’école primaire, les enfants ont besoin de s’identifier, et non pas de se désidentifier. A ne plus vouloir d’une éducation sexuée, on abandonne nos enfants aux stéréotypes les plus kitsch des dessins animés. (…) Il faudrait surtout en finir avec cette mise en accusation systématique du passé. Notre civilisation occidentale, et spécialement française, n’est pas réductible à une histoire faite de domination et de misogynie. Sur la différence des sexes, la France a su composer une partition singulière, irréductible à des rapports de forces. L’apparition d’une culture musulmane change-t-elle la donne? Elle nous confronte en tout cas à une culture qui n’a pas le même héritage en matière d’égalité des sexes. Ce qui me paraît dangereux dans cette «chasse aux stéréotypes» est le risque de balayer d’un revers de main tout notre héritage culturel. Dans un tel contexte, quelle œuvre littéraire, artistique ou cinématographique ne tombera pas sous le coup de l’accusation de «sexisme»? (…) Il existe une volonté de transformer la société, de sortir de toute normativité pour aboutir à un relativisme complet. Le gouvernement Ayrault est en pointe sur ce combat. On l’a vu lors du débat sur le Mariage pour tous. Il ne devrait pas être impossible de dire que l’homosexualité est une exception et que l’hétérosexualité est la norme. La théorie de l’interchangeabilité des sexes se diffuse. Or, nous avons un corps sexué qui est significatif par lui-même et qui ne compte pas pour rien dans la construction de soi. (…) Le principe de l’égalité est incontesté aujourd’hui. Certes, il existe encore ce fameux “plafond de verre” empêchant les femmes d’accéder aux plus hauts postes et des inégalités salariales. Mais les progrès sont inouïs. Doit-on, comme l’a fait récemment le gouvernement, imposer aux hommes de prendre un congé parental? On en arrive à punir la famille parce qu’un homme est récalcitrant à s’arrêter de travailler! Et puis, faut-il rappeler qu’il n’y a pas de cordon ombilical à couper entre un père et son enfant? (…) Je n’ai guère le goût des analogies historiques mais, s’il existe une leçon à retenir des totalitarismes nazi et stalinien, c’est que l’homme n’est pas un simple matériau que l’on peut façonner. Avec la théorie du genre, l’enjeu est anthropologique.  Bérénice Levet
On assiste à une alliance objective entre les catholiques traditionalistes et des musulmans rigoristes pour qu’on ne touche pas à l’identité sexuée de leurs enfants dans le cadre de la scolarité. Cela montre que l’image d’une école dans laquelle certains enseignements seraient difficiles à dispenser à cause de la présence de jeunes musulmans est simpliste. Il y a aussi des élèves catholiques qui les refusent! (…) On peut les convaincre en expliquant d’abord ce qu’on veut faire. Et surtout pas en les faisant convoquer individuellement par les directeurs comme j’ai entendu que le ministère le souhaitait. Cela ne fera que les stigmatiser encore plus. Il faut organiser des réunions collectives pour expliquer le but de ces ABCD [modules de sensibilisation contre les stéréotypes sexués]. Il faut aller plus loin. Je pense que l’enseignement de l’égalité tel qu’il est pensé dans ces ABCD n’est pas pertinent. C’est une méthode très morale, culpabilisante pour les enseignants: on leur demande de se surveiller pour ne pas véhiculer des stéréotypes. Mais on ne déconstruit pas comme ça des schémas sexués ! Il faut développer un enseignement long et laisser les instituteurs se l’approprier sans faire appel à des intervenants extérieurs. Nacina Guénif
La question des fondements scientifiques des études de genre se pose. En 2009, un journaliste norvégien, Harald Eia, y consacre un documentaire. Son point de départ : comment est-il possible qu’en Norvège, championne des politiques du  » genre « , les infirmières soient des femmes et les ingénieurs des hommes ? Il interroge quatre sommités : le professeur américain Richard Lippa, responsable d’un sondage mondial sur les choix de métiers selon les sexes (réponse : les femmes préfèrent les professions de contacts et de soins), le Norvégien Trond Diseth, qui explore les jouets vers lesquels des nourrissons tendent les mains (réponse : tout ce qui est doux et tactile pour les filles), puis Simon Baron-Cohen, professeur de psychopathologie du développement au Trinity College de Cambridge, et l’Anglaise Anne Campbell, psychologue de l’évolution. Ces spécialistes répondent que naître homme ou femme implique des différences importantes. Et que leur inspirent les  » études de genre »? Eclats de rire. L’évolution de l’espèce, le bain d’hormones dans lequel se fabrique notre cerveau font du masculin et du féminin des sexes distincts. Tout aussi intelligents, mais pas identiques. Il présente leurs réactions aux amis du « genre ». Qui les accusent d' » être des forcenés du biologisme « . Soit. Eia les prie alors d’exposer leurs preuves que le sexe ne serait qu’une construction culturelle… Silence. Après la diffusion de son film, en 2010, le Nordic Gender Institute fut privé de tout financement public. Le Point
L’éducation va enseigner aux enfants qu’ils ne naissent pas filles ou garçons comme Dieu l’a voulu mais qu’ils le choisissent de le devenir avec des intervenants homos ou lesbiennes qui viendront leur bourrer la tête d’idées monstrueuses. SMS JRE
« Comment on sait qu’on est homo ? Parce que moi je ne ressens rien pour les filles… Rien non plus d’ailleurs pour les garçons… »  Eric, 14 ans Ligne Azur
« Je dors souvent chez une copine depuis la rentrée. La dernière fois, il s’est passé quelque chose. On s’est embrassées et on s’est caressées. J’ai trouvé que c’était bien. Est-ce que ça veut dire que je suis homosexuelle ? Je ne veux pas être gouine, ce serait la honte. Je ne sais pas trop si j’ai envie de recommencer avec ma copine. » Elodie, 16 ans Ligne Azur
Des situations individuelles diverses Le tableau ci-dessous montre la multiplicité des situations individuelles. Même si elle est majoritaire et présentée comme norme, l’hétérosexualité n’est pas la seule voie. Le contexte (lieu, moment, durée, à deux ou à plusieurs…) est aussi un facteur déterminant du vécu de chacun-e. Prenons l’exemple d’un homme (en bleu dans le tableau ci-dessous) qui se situe dans la « norme » hétérosexuelle (…) Au-delà de l’exemple en bleu dans ce tableau, on voit qu’il existe pour chacun-e un éventail de possibilités. De plus, ce que je fais (mes pratiques sexuelles) n’est pas nécessairement connecté à la façon dont je définis mon orientation (Homo, Bi ou hétérosexuelle). Chacun-e doit pouvoir y trouver son équilibre. Et vous, dans le tableau, où vous situez-vous ? Ligne Azur
Ligne Azur, c’est quoi ? Créé en 1997, Ligne Azur est à la fois un service d’écoute et un site Internet qui informent et soutiennent toute personne (jeune ou adulte) qui se pose des questions sur son attirance et/ou ses pratiques sexuelle avec une personne du même sexe Qu’elles se définissent, ou pas, comme homo-, bi- ou hétérosexuelle, certaines personnes n’ont pas la possibilité d’échanger librement et en toute confiance sur les difficultés qu’elles rencontrent ou pourraient rencontrer dans le cadre de leurs relations affectives et sexuelles (santé sexuelle). Cela constitue une inégalité sociale en termes de santé et d’accès aux soins. Ligne Azur propose aussi ce service aux parents, enseignants, éducateurs, etc. qui se trouveraient confrontés à une personne (jeune ou non) en difficulté par rapport à son identité ou son orientation sexuelle. Qui vous répond ? Basée en France, l’équipe de Ligne Azur est constituée de professionnel-le-s formé-e-s au counseling (démarche centrée sur la personne). Le premier soutien qu’ils/elles apportent est de permettre la parole ou l’écrit, sans jugement moral. Ils/elles installent ainsi une reconnaissance de la demande de l’appelant ou de l’internaute et peuvent l’aider à valoriser sa santé sexuelle. L’autre objectif du dispositif est de dédramatiser la situation et de rassurer la personne qui nous sollicite. Ligne Azur est un service de SIS Association Ligne Azur
Sida Info Service a été créée le 23 octobre 1990 par l’Agence française de lutte contre le sida (AFLS) en partenariat avec l’association AIDES. Convaincue par Pierre KNEIP (1944-1995), alors responsable bénévole de la permanence téléphonique de AIDES Ile-de-France, l’AFLS a voulu, à l’instar de ce qui se faisait déjà dans plusieurs pays d’Europe, compléter le dispositif de lutte contre le sida en mettant en place une ligne téléphonique nationale sous la forme d’un numéro vert (gratuit) accessible 24 h sur 24 et 7 jours sur 7. Depuis sa création, Sida Info Service (devenue par la suite SIS-Association) agit comme une association engagée dans le domaine de la lutte contre le VIH/sida. Elle s’appuie sur les principes affirmés dès l’origine : renforcement de l’autonomie et de la dignité des personnes et reconnaissance des besoins et des savoir-faire des communautés quant à leur santé (santé au sens défini par l’OMS dans le préambule de 1946 comme « un état de complet bien-être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. »). L’objectif initial s’est étendu progressivement aux problématiques connexes liées à l’infection par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) et à des pathologies inhérentes aux risques sexuels, aux maladies chroniques, à l’exercice des droits des personnes et des malades, à leur soutien et leur accompagnement. Plus largement, SIS-Association agit pour répondre à tout ce qui relève de la lutte contre le VIH/sida, les hépatites, pour la santé sexuelle et contre les exclusions. Le respect de l’anonymat, de la confidentialité des échanges et le principe de non jugement, accompagnent ses activités et son développement et constituent son éthique. SIS Association (Sida info Service)
Pour la troisième année consécutive, le ministère soutient le dispositif Ligne Azur afin de sensibiliser les élèves et de leur procurer des outils d’aide et d’accompagnement efficace contre le rejet de la différence et l’homophobie. Cette campagne s’inscrit dans le cadre de l’action de lutte contre toutes les formes de discrimination en milieu scolaire. Service d’écoute, de parole et de soutien, Ligne Azur s’adresse aux adolescents qui s’interrogent sur leur orientation sexuelle, ainsi qu’aux éducateurs, aux enseignants et aux parents qui sont confrontés aux interrogations des jeunes. Des écoutants professionnels sont joignables: par téléphone au 0810 20 30 40 au prix d’un appel local à partir d’un téléphone fixe du lundi au dimanche de 8h à 23h sur le site internet http://www.ligneazur.org. Il est possible de poser ses questions ou de demander à se faire rappeler En soutenant Ligne Azur, le ministère agit concrètement pour sensibiliser les élèves et leur procurer des outils d’aide et d’accompagnement efficaces, contre le rejet de la différence et l’homophobie. Il diffuse ainsi dans tous les collèges et lycées un kit de communication à destination des adolescents. Ces kits comprennent affiches et cartes mémo pour présenter le dispositif. Education.gouv
De la maternelle au baccalauréat Lutte contre l’homophobie Le ministère est engagé dans la lutte contre toutes les formes de discriminations et dans la promotion de l’égalité des chances. Il agit contre l’homophobie et de l’aide aux élèves qui en sont victimes. Le rôle de l’École L’École doit contribuer à : promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes faire prendre conscience des discriminations apprendre le respect de l’autre et de ses différences faire reculer les stéréotypes (…) Au printemps 2013, pour la quatrième année consécutive le ministère s’associe à une campagne de promotion de la Ligne Azur. Cette campagne rappelle l’existence du dispositif aux collégiens et aux lycéens. Un kit de communication comprenant affiches et cartes mémo est adressé à tous les collèges et lycées. La Ligne Azur est un dispositif téléphonique et internet d’information, d’écoute et de soutien des jeunes. Elle est dédiée à leurs questions sur l’orientation sexuelle. Des écoutants professionnels sont joignables : par téléphone au 0810 20 30 40 au prix d’un appel local à partir d’un téléphone fixe du lundi au dimanche de 8h à 23h sur le site internet http://www.ligneazur.org. Il est possible de poser ses questions ou de demander à se faire rappeler (…) Trois associations, Contact, Estim’ et SOS Homophobie ont reçu un agrément national. Contact Aide des jeunes à communiquer avec leurs parents ou leur entourage, lutte contre les discriminations, etc. http://www.asso-contact.org Estim’ Intervient auprès des élèves pour les aider à mieux vivre et à assumer leur sexualité, leurs différences, et accepter celles des autres. http://www.estim-asso.org SOS Homophobie Sos Homophobie est une association de lutte contre les discriminations et les agressions à caractère homophobe et transphobe. http://www.sos-homophobie.org/ Education.gouv
Le genre est un concept. Ce n’est ni une théorie ni une idéologie, mais un outil qui aide à penser.  Eric Fassin
La « théorie du genre » n’existe que dans la tête des opposants à l’égalité des droits. Cette croyance repose sur le fantasme selon lequel le sexe et la sexualité pourraient être déterminés par un simple discours. Parlez d’homosexualité et vous deviendrez homosexuel. Evoquez les multiples façons dont les rôles masculins et féminins ont été pensés au cours de l’histoire, et vous risquez de susciter toutes sortes de déviance de genre ! Dans la réalité, l’identité est un processus beaucoup plus complexe. Et c’est précisément cette complexité que des chercheuses et des chercheurs interrogent en endocrinologie, en histoire, en droit, en sociologie, etc. Ils nous invitent à réfléchir à la façon dont nous nous pensons, individuellement et collectivement. C’est un travail critique très enrichissant pour une société. Mais, ce travail demande aussi du courage et de la générosité, car il faut admettre de se défaire de ses certitudes et de questionner son propre parcours à la lumière du parcours des autres. Les adversaires de la « théorie du genre » préfèrent imaginer des ennemis, dont le projet serait d’abolir – mais par quels moyens ? – toutes les distinctions sociales – voire anatomiques – entre hommes et femmes. Ils confondent à dessein égalité et identité, différence et hiérarchie. Et pour mieux convaincre, ils adossent leur raisonnement à un discours nationaliste, la  » théorie du genre  » venant nécessairement des Etats-Unis. Bruno Perreau (professeur au MIT et chercheur associé aux universités de Cambridge et Harvard)
Loin d’être une théorie, le genre est un concept. Il s’agit d’un outil d’analyse, qui permet aux chercheurs d’étudier divers phénomènes sociaux, et à tout le monde de mieux comprendre comment s’articulent notamment les identités d’homme et de femme. On pourrait argumenter qu’une théorie spécifique est fausse, en avançant des preuves à son encontre, on ne peut pas dire de même d’un outil analytique. Parler de « théorie du genre » permet de supposer que le genre n’est pas vrai. Or en tant que concept, le genre peut être plus ou moins pertinent ou utile, mais pas vrai ou faux. (…) Si les chercheurs sont d’accord pour utiliser le concept de genre pour étudier les définitions sociales du féminin et du masculin, la nature et l’origine de ces normes ne font pas l’unanimité. C’est la raison pour laquelle il existe non pas une mais des « théories du genre ». Longtemps, une des théories dominantes a été celle de la socialisation du genre. L’idée était que l’on « apprend » son genre, donc le comportement approprié à son sexe biologique, jusqu’à l’âge d’environ cinq ans, à travers l’éducation de ses parents et par mimétisme de son entourage. On devient ainsi socialement fille ou garçon, et le genre ne change plus après cela. A la fin des années 80, les sociologues américains Candace West et Don H. Zimmerman, ont avancé une théorie différente. Selon eux, nous ne sommes pas notre genre, nous le « faisons » en permanence. Un système de sanctions et de récompenses sociales nous incite à agir en conformité avec les normes de genre, et en le faisant nous reproduisons ces mêmes normes. A son tour, cette théorie a été critiquée, et depuis, la discussion continue. Rue 89
Le concept de « gender » est né aux Etats-Unis dans les années 1970 d’une réflexion autour du sexe et des rapports hommes / femmes. Le mouvement féministe, qui a pris de l’ampleur après la révolution sexuelle, cherche à faire entendre sa voix au sein des institutions de recherche. Il s’agit de faire reconnaître un engagement qui se veut de plus en plus une réflexion renouvelée sur le monde. C’est un psychologue, Robert Stoller, qui popularise en 1968 une notion déjà utilisée par ses confrères américains depuis le début des années 1950 pour comprendre la séparation chez certains patients entre corps et identité. De là l’idée qu’il n’existe pas une réelle correspondance entre le genre (masculin/féminin) et le sexe (homme/femme). Dès 1972, en s’appuyant sur l’articulation entre la nature et la culture développée par l’anthropologue français Claude Lévi-Strauss, la sociologue britannique Anne Oakley renvoie le sexe au biologique et le genre au culturel. Les universitaires américaines récusent le rapprochement souvent effectué entre les femmes et la nature (principalement à cause de leurs facultés reproductives) alors que les hommes seraient du côté de la culture. Un retentissant article publié en 1974 par l’anthropologue Sherry Ortner en rend les termes particulièrement explicites : « Femme est-il à homme ce que nature est à culture ? » En anthropologie, c’est à Margaret Mead que revient une première réflexion sur les rôles sexuels dans les années 1930. L’étude des rôles assignés aux individus selon les sexes et des caractères proprement féminins et masculins permet de dégager l’apprentissage de ce qui a été donné par la nature. Une fois le genre distingué du sexe, les chercheurs se concentrent sur les rapports homme/femme. L’historienne américaine Joan W. Scott incite à voir plus loin qu’une simple opposition entre les sexes. Celle-ci doit être considérée comme « problématique » et constituer, en tant que telle, un objet de recherche. Si le masculin et le féminin s’opposent de manière problématique, c’est parce que se jouent entre eux des rapports de pouvoir où l’un domine l’autre. Mais si le genre est d’emblée pensé comme une construction sociale, il n’en est pas de même du sexe, vu comme une donnée naturelle ou plus probablement « impensée ». C’est l’historien Thomas Laqueur qui démontrera le caractère construit historiquement du sexe et de son articulation avec le genre. Dans La Fabrique du sexe (1992), il met en évidence la coexistence (voire la prédominance du premier sur le second) de deux systèmes biologiques. Ainsi, pendant longtemps, le corps était vu comme unisexe et le sexe féminin était un « moindre mâle » tandis que nous serions passés au XIXe siècle à un système fondé sur la différence biologique des sexes. Une fois le sexe devenu tout aussi culturel que le genre, la sexualité devient aux yeux des chercheurs l’objet d’une nouvelle réflexion. L’influence du philosophe français Michel Foucault (particulièrement dans la décennie 1980 durant laquelle ses œuvres ont été traduites aux Etats-Unis) est ici primordiale. Le genre est ainsi articulé au pouvoir et à sa « mise en discours » puis relié à l’analyse de la sexualité et de ses normes. La fin des années 1980 voit un début d’institutionnalisation. Emprunté au vocabulaire psychologique et médical par la sociologie, le terme gagne d’autres disciplines comme l’histoire. Avant que le genre ne devienne un outil d’analyse, l’histoire des femmes s’attachait à faire affleurer des récits jusque-là invisibles, quitte à présenter les femmes de manière essentialiste, c’est-à-dire avec des caractéristiques propres et immuables telles que des qualités émotionnelles par exemple. L’analyse du genre ramène les spécificités prétendument féminines à la lumière d’un moment et d’une société donnés. Ainsi, les études de genre permettront de reconnaître le caractère construit socialement des données historiques sur les femmes ainsi que celles sur les hommes. Si le genre rend visible le sexe féminin, il implique que l’homme ne soit plus neutre et général mais un individu sexué. A partir de ce constat a pu se développer une histoire des hommes et des masculinités, principalement autour de la revue américaine Men and Masculinities dirigée par Michael Kimmel. Les questions autour du genre, de par leur nette déviation dès le milieu des années 1980 vers la sexualité, ont contribué à diviser les féministes en deux clans. Les plus radicales se sont attachées à montrer le caractère oppressif de la hiérarchie des sexes en termes de sexualité avec un avantage systématique attribué à l’homme, considéré dans sa globalité comme un mâle dominant. D’autres, comme les Américaines Gayle Rubin et Judith Butler, montrent que le rapport entre les sexes n’implique pas seulement une hiérarchie entre les genres mais également une injonction normative. (…) Le concept de genre a eu des difficultés à s’implanter en France, principalement à cause d’une méfiance envers le féminisme américain jugé par trop communautariste et radical. Durant les années 1980, l’université française cherchait à se prémunir contre le politique. De par leur nécessaire passage par le militantisme, les études féministes s’éloignèrent donc du cadre de la recherche. Les expressions « rapports de sexe » ou « rapports sociaux de sexe » ont longtemps été préférées à la notion de genre jugée trop floue. Ce vocabulaire est en adéquation avec l’approche féministe matérialiste influencée par l’école marxiste qui caractérise la première génération de chercheuses dans les années 1970, avec les sociologues Christine Delphy, Nicole-Claude Mathieu et Colette Guillaumin. (…) Le concept de genre a réellement commencé à se diffuser en France au milieu des années 1990, lorsque la Communauté européenne s’est penchée sur les questions de genre et de parité dans la recherche d’une égalité effective. A partir de 1993, les débats sur la parité incitent les travaux sur le genre à prendre en compte le champ politique. Dès les années 1970, les travaux de Janine Mossuz-Lavau sur la visibilité des femmes en rapport au vote, aux élections et à l’éligibilité ont permis un premier rapprochement entre les études de genre et le champ politique. La sociologie du travail achèvera de convaincre de la nécessité de prendre en compte le sexe de manière systématique. Dans ce cadre, on assiste, durant les années 1990, à la création de modules de recherche spécifiques comme le Mage (Marché du travail et genre) autour de la sociologue Margaret Maruani qui, après s’être intéressée à la division sexuelle du travail, analyse aujourd’hui la division sexuelle du marché du travail. Que ce soit en histoire, en anthropologie ou aujourd’hui dans la plupart des sciences sociales, en France, le genre est l’objet d’un intérêt grandissant au sein de l’université alors qu’aux Etats-Unis, le concept utilisé à outrance semble avoir perdu sa force de provocation et sa valeur heuristique, c’est-à-dire qu’il ne permet plus de découvrir de nouvelles pistes de recherche ou de poser un regard neuf sur des thèmes classiques. Les jeunes chercheurs français qui s’intéressent à cette thématique sont d’autant plus enthousiastes qu’ils se trouvent dégagés du militantisme qui entravait la reconnaissance de leurs prédécesseurs. En ce sens, leur principal enjeu revient à donner au genre un statut théorique dénué d’idéologie au sein des sciences humaines. Sciences humaines
Pour parler du genre, ses détracteurs utilisent l’expression « théorie du genre » plutôt qu' »étude », un changement de terme qui a pour objectif de semer le doute sur son aspect scientifique. (…) Les chercheurs refusent donc l’utilisation du terme « théorie du genre », préférant parler d' »études sur le genre », puisqu’il s’agit d’un vaste champ interdisciplinaire regroupant tous les pans des sciences humaines et sociales (histoire, sociologie, géographie, anthropologie, économie, sciences politiques…). Leurs travaux analysent donc des objets de recherche traditionnels tels que le travail ou les migrations, en partant d’un postulat nouveau : le sexe biologique ne suffit pas à faire un homme ou une femme, les normes sociales y participent grandement. (…) S’il est vrai que le développement des études de genre est lié au mouvement féministe des années 1970, le concept de gender (« genre ») n’est pas créé par les féministes. Il apparaît dans les années 1950 aux Etats-Unis dans les milieux psychiatriques et médicaux. Le psychologue médical américain John Money parle ainsi pour la première fois des « gender roles » en 1955 afin d’appréhender le cas des personnes dont le sexe chromosomique ne correspond au sexe anatomique. En 1968, le psychiatre et psychanalyste Robert Stoller utilise quant à lui la notion de « gender identity » pour étudier les transsexuels, qui ne se reconnaissent pas dans leur identité sexuelle de naissance. C’est dans les années 1970 que le mouvement féministe se réapproprie les questions de genre pour interroger la domination masculine. Les « gender studies » (« études de genre ») se développent alors dans les milieux féministes et universitaires américains, s’inspirant notamment de penseurs français comme Simone de Beauvoir – et son célèbre « On ne naît pas femme, on le devient » –, Michel Foucault ou Pierre Bourdieu. En France, la sociologue Christine Delphy est l’une des premières introduire le concept en France, sous l’angle d’un « système de genre », où la femme serait la catégorie exploitée et l’homme la catégorie exploitante. Mais la greffe ne s’opère réellement que dans les années 1990, lorsque le débat sur la parité s’installe au niveau européen. La promotion de l’égalité entre les hommes et les femmes devient l’une des tâches essentielles de la Communauté européenne avec l’entrée en vigueur du traité d’Amsterdam en 1999, notamment dans son article 2. Le concept de genre s’est développé comme une réflexion autour de la notion de sexe et du rapport homme/femme. Loin de nier la différence entre le sexe féminin et le sexe masculin, le genre est utilisé par les chercheurs comme un outil permettant de penser le sexe biologique (homme ou femme) indépendamment de l’identité sexuelle (masculin ou féminin). Il ne s’agit donc pas de dire que l’homme et la femme sont identiques, mais d’interroger la manière dont chacun et chacune peut construire son identité sexuelle, aussi bien à travers son éducation que son orientation sexuelle (hétérosexuelle, homosexuelle, etc.). En dissociant intellectuellement le culturel et le biologique, le concept de genre interroge les clichés liés au sexe. Par exemple, l’idée selon laquelle les femmes sont plus naturellement enclines à s’atteler aux tâches domestiques que les hommes est de l’ordre de la construction sociale et historique, et non pas liée au fait que la femme dispose d’un vagin et d’ovaires. Pour les détracteurs du genre, la construction d’une personne en tant qu’individu se fait dans l’assujettissement à des normes dites « naturelles » et « immuables » : d’un côté les femmes, de l’autre les hommes. Mais certains travaux de biologiste, tels ceux de l’Américaine Anne Fausto-Sterling, montrent que l’opposition entre nature et culture est vaine, les deux étant inextricables et participant d’un même mouvement. Il ne suffit pas de dire que quelque chose est biologique pour dire que c’est immuable. C’est l’exemple du cerveau humain : il évolue avec le temps, et de génération en génération. Quand le ministère de l’éducation a annoncé sa volonté d’introduire le concept de genre dans les manuels scolaires des classes de première, la sphère catholique et conservatrice s’est insurgée contre une « théorie » quelle accusait de nier l’individu au profit de sa sexualité. Dans une lettre envoyée au ministre de l’éducation, Luc Chatel, en août 2011 et signée par 80 députés UMP, on peut lire que, « selon cette théorie [du genre], les personnes ne sont plus définies comme hommes et femmes mais comme pratiquants de certaines formes de sexualité ». Un mot d’ordre relayé par Gérard Leclerc dans un éditorial de France catholique datant de mai 2011, dans lequel il pointe la menace de ce qu’il qualifie d' »arme à déconstruire l’identité sexuelle ». C’est d’ailleurs cet argument qui nourrit l’idée – répandue par la plupart des sites régionaux de La Manif pour tous – selon laquelle « le vrai but du mariage homosexuel est d’imposer la théorie du genre ». Mais les études sur le genre, et a fortiori le texte proposé pour les manuels de SVT par le ministère, insistent au contraire sur la différence entre identité sexuelle et orientation sexuelle. Il s’agit d’étudier comment s’articulent ces deux mouvements entre eux, et non de substituer l’un à l’autre. Par exemple, les personnes transsexuelles interrogent leur genre, et non pas leur sexualité. On peut changer de genre sans changer de préférence sexuelle. Le Monde
Comprendre que ce qui se passait était un bouleversement des liens d’alliance, de filiation, de germanité, et que le mouvement de tout cela n’était pas du tout l’individualisation, au sens de I, me, ego, myself dont on nous a rebattu les oreilles pendant une décennie, mais une modification de ces relations et de tout ce qui se construit avec elles. Et cette métamorphose des relations se produisait parce qu’était en train de se produire une révolution qu’il n’est pas exagéré, je pense, de nommer la deuxième révolution démocratique, qui est la révolution de l’égalité de sexe. Le moteur des changements de la parenté, de la redéfinition des liens d’alliance, de filiation, de germanité, et du rapport entre eux, est le fait d’essayer d’organiser des liens de parenté sous l’égide de l’égalité des sexes. Quelque chose de vraiment nouveau se joue là, puisque non seulement aucune société humaine n’a été organisée sur un principe d’égalité des sexes, mais nos propres sociétés démocratiques modernes, qui valorisaient l’égalité et la liberté comme leurs valeurs ultimes, avaient justement fait une exception: à l’intérieur d’une valeur individu intégrant les valeurs de liberté et d’égalité, justement dans la famille, il était annoncé que les rapports entre les hommes et les femmes, en particulier dans le couple, dans la petite famille conjugale, seraient des rapports hiérarchiques. Hiérarchie du couple, à travers la puissance maritale, et hiérarchie sexuée dans les rapports de filiation, à travers la puissance paternelle. (…)  c’est bien à penser mieux encore les métamorphoses de la parenté que nous sommes arrivés. A partir de là, le problème pour moi concerne en effet la question de l’égalité. Si nous réfléchissons en termes de relations de parenté, la question peut se poser ainsi: quelle est la particularité d’une relation humaine en tant qu’elle est spécifiquement humaine (…) La différence est que les relations proprement humaines ne sont pas simplement calées sur des régularités (elles peuvent l’être, des habitudes, des choses qui se refont à l’identique), mais qu’elles sont référées à des règles, ou encore à des normes, et donc médiées par des règles, des normes… Nous sommes capables d’agir en tant que. C’est cette médiation qui fait que la relation n’est pas seulement intersubjective, mais qu’entre nous la relation en cause est chaque fois définie : quelle est cette relation ? Une relation de locuteur à auditeur ? De conférencier à auditoire ? De prof à élève ? De mère à fille ?… Nous avons à notre disposition tout un répertoire de relations, et chaque fois nous nous comportons en montrant que nous savons quelles sont les attentes de cette relation. C’est la relation introduite par ce qu’on appelle le symbolique, ou l’institutionnel : le fait qu’on accorde sens, valeur, signification à des relations sous la forme de système d’attentes. (…) si je suis dans une relation de parenté, je m’attends à ce que l’autre se cale sur des droits, des devoirs, des interdits. Pas de famille humaine sans la médiation d’un système symbolique de parenté, qui énonce justement pour chaque relation de quelles attentes elle est investie, quels droits, quels devoirs, quels interdits, et comment ces différentes relations ne sont pas une liste mais sont articulées les unes aux autres pour former un système de parenté, qui lui-même n’est pas isolable mais intégré dans un système social plus large, qui est un système religieux, politique, cosmologique, etc. Dans les changements que notre système de parenté a vécu du fait de l’égalité de sexe, le plus important est à mon avis le démariage. Ce que j’ai appelé le démariage n’est pas simplement le fait qu’on se marie moins, ni le divorce, mais le fait que le mariage moderne (pas celui du Moyen-âge, mais le mariage moderne) organisait tout le système de parenté qui a été le nôtre depuis l’entrée dans la modernité jusqu’aux années 60. Le mariage guidait l’ensemble de la question familiale. Une famille n’existait que mariée. En dehors du mariage, on n’était pas censé avoir une famille. Le mariage organisait la notion de couple. En dehors du couple marié, il n’y avait pas vraiment de couple. Il organisait la paternité, c’était l’institution qui donnait des pères aux enfants, et hors du mariage il n’y avait pas vraiment de pères. Et d’une certaine façon il organisait également la filiation, parce qu’en dehors du mariage aucun enfant ne bénéficiait pleinement de la double lignée paternelle et maternelle, de la plénitude de la filiation. Le démariage est la traduction d’un système égalitaire : quand on remet en cause l’idée d’un couple marié par principe hiérarchique entre l’homme et la femme, l’époux et l’épouse, on a une traduction qui est le démariage. Le mariage devient une question privée. Se marier, ne pas se marier, se démarier a été remis aux individus eux-mêmes. Il s’agit donc de l’équivalent, dans le domaine de la parenté, de ce qui s’est produit dans le domaine politique quand la religion, qui était une affaire commune par définition, a été intégrée comme une affaire de conscience personnelle. Il y avait toujours de la religion, mais tout était changé, comme au moment de la Révolution française, par exemple. Parce que c’était à chacun d’avoir à penser la question religieuse, il fallait réorganiser le lien social et politique sur d’autres bases: inventer la laïcité etc. Si le mariage devient une question de conscience personnelle, s’il est possible de le choisir, ne pas le choisir, choisir de le rompre, alors il faut également réorganiser la parenté. Mais le point où l’on retrouve la parentalité, c’est que plus on a organisé le démariage, plus on a abandonné ce modèle du couple marié, plus on a créé des situations où dans la filiation, dans la naissance, dans la trajectoire biographique d’un enfant, dans sa vie quotidienne, il y avait plus d’un homme et une femme. Il est important de comprendre que le modèle un homme une femme, pas un de moins pas un de plus, est un modèle matrimonial, et n’est pas, comme on le dit quelquefois, un modèle biologique. C’est un modèle qui était porté par notre système matrimonial où par définition on était censé être à la fois le géniteur de l’enfant, son père domestique et son père par le droit. Tout était censé se rassembler sur une seule tête masculine, une seule tête féminine. Aujourd’hui, parmi les enjeux sur lesquels nous devons travailler ensemble, c’est le fait que notre société organise des relations dans lesquelles il y a plus d’un homme et une femme, et qu’elle ne sait pas quoi en faire. Premièrement, on peut citer toutes les situations d’engendrement d’enfant avec des tiers donneurs : tiers donneurs d’ovocytes, de sperme, d’embryons, éventuellement de capacité gestatrice, pour les gestations pour autrui. On organise tout cela (pas les GPA chez nous), on le fait, on considère donc qu’il y a des engendrements à plus de deux. Mais une fois qu’on l’a fait, on le cache. On le fait et on l’oublie. Notre système de droit efface ce qu’il a fait, efface le don, les donneurs, les anonymise, les oublie, et on fait comme si le couple qui a reçu l’enfant, reçu le don, était celui qui avait engendré tout seul. Ce problème suscite aujourd’hui beaucoup de débats. N’a-t-on pas tort de ne pas assumer ce qu’on fait ? C’est le problème que posent en particulier ceux qui demandent à connaître leurs origines et qui souhaitent avoir à la fois des parents et des donneurs, pour pouvoir être réintégrés dans la vie commune. Même chose pour l’adoption : l’adoption plénière a pendant longtemps été organisée. Il y a donc plus d’un homme et d’une femme dans la vie d’une enfant (ses parents de naissance et ses parents adoptifs). On l’a fait mais on l’a effacé aussi, en assimilant la filiation adoptive à une filiation par le sang, pourrait-on dire, en effaçant toute l’histoire antérieure de l’enfant, et en prétendant même que l’enfant était “né de” ses parents adoptifs. Donc là encore des pluri-parentalités (au sens où il y a plus d’un homme et une femme en situation parentale, en fonction parentale), mais qu’on efface. Même chose enfin d’une certaine façon pour les familles recomposées, où sont présents des beaux-pères, des belles-mères, auxquels on ne sait pas très bien quelle place donner. C’est un immense champ pour nous tous, et nous devrions le discuter avec une réflexion renouvelée sur la relation, la question des places. Avoir des places oui, mais pas forcément toujours les mêmes. Il peut y avoir aujourd’hui enrichissement par de nouvelles places. (…) Pour expliciter cette conclusion, partons d’une phrase de Wittgenstein, “Tu ne peux pas dire : au tennis, il est interdit de marquer des buts.” On ne peut pas marquer des buts au tennis, bien sûr. Est-ce pour autant interdit ? Non, ce n’est pas interdit. La notion même d’interdit suppose quelque chose que vous pourriez faire, et qu’on vous empêche de faire. Or marquer des buts au tennis n’est pas quelque chose que vous pourriez faire et qu’on vous empêche de faire. C’est quelque chose qu’on ne peut tout simplement pas faire au tennis, sinon on joue à autre chose. Cette remarque familière, qui demande un travail immense, la marque de Wittgenstein, introduit la distinction entre l’interdit et l’impossible. Marquer des buts au tennis n’est pas interdit, mais impossible. Mais quelle est cette forme d’impossible ? La question nous renvoie au monde symbolique des places. Si l’on veut que le mot tennis ait un sens, qu’un jeu soit entièrement constitué sur les règles d’un jeu qui soit le tennis, alors il faut admettre que dans ces règles constitutives, rien n’est prévu qui permet des buts. Quand vous apprenez à l’enfant à parler, quand vous le faites entrer dans l’interlocution, en parlant de lui en troisième personne, en vous adressant à lui en deuxième personne, et que peu à peu il va apprendre à dire “je”, ce qu’il va apprendre est que chez les humains, il y a des choses qui sont impossibles et qui ne sont justement pas interdites. Il y a des choses qu’on ne peut pas faire, bien que personne ne vous empêche de les faire. Mais si on les faisait, alors on ne pourrait pas jouer au jeu du langage ensemble. Dans mon livre, je prends cet exemple: “tu ne peux pas dire la mâle et le femelle.” Ce n’est pas interdit, mais s’il n’y a pas des règles constitutives du langage auxquelles on se tient, on ne peut pas jouer ensemble au jeu du langage. Je pense donc qu’il est très important de comprendre que les systèmes de parenté reposent sur des règles constitutives. Ces règles peuvent changer, elles peuvent évoluer. Mais ce dont on ne peut pas se passer, c’est d’avoir les références à des règles communes, un monde commun finalement. Notre responsabilité aujourd’hui est d’être capables, à notre tour, après les autres, à notre place nouvelle, d’énoncer quelles sont les règles communes du jeu de la parenté auxquelles nous voulons jouer ensemble aujourd’hui. Ces règles ne sont pas exactement les mêmes que celles du passé, mais la naïveté est de croire qu’il serait plus démocratique, comme cela a pu être dit, de s’en passer.(…) L’enjeu est de dire que dans ces relations entre les humains, dont j’ai dit qu’elles sont médiées par des attentes, ces attentes rendent les choses possibles ou impossibles, et pas simplement permises ou interdites. On ne peut pas ramener tous les faits humains à la question de ce qui est permis et interdit. Cela ne permettrait pas de comprendre que des choses doivent d’exister à la règle. L’exemple qui est toujours pris pour le faire comprendre est le rapprochement entre le vivre en société et les jeux de société. Vous ne pouvez pas déplacer un pion, et que ce soit un coup comme on dit au jeu d’échecs, s’il n’y a pas les règles du jeu d’échecs. Vous pouvez toujours prendre un objet qui a telle forme dans votre main, le lever, le poser. Mais ce qui fait que c’est un coup dans le jeu, c’est justement qu’un pur geste physique est transformé en quelque chose qui a du sens, qui s’appelle un coup dans le jeu, par l’existence constitutive d’une règle du jeu. Cet exemple, on peut l’élargir à la vie sociale en général. Nous avons des façons d’agir qui peuvent être comprises comme un coup dans le jeu. Vous allez faire ceci ou cela dans vos rapports avec votre mère, votre père, votre fils, mais vous serez comme quelqu’un qui joue un coup dans le jeu, comme si vous étiez en quelque sorte les personnages d’une dramaturgie sociale, une dramaturgie dont nous empruntons les vêtements, les rôles, mais qui n’a pas de coulisses. Nous sommes des personnages qui jouons un jeu, au sens théâtral ou social, mais sans coulisses : pas besoin d’aller imaginer qu’après les masques sont enlevés, et qu’apparaissent les vraies personnes. Vous ne les trouvez pas, les vraies personnes : ces rôles, c’est nous, notre façon d’être. L’important est de faire comprendre qu’une société doit toujours dire quelle est sa règle du jeu, ou ses règles du jeu. Il est naïf de croire qu’on peut s’en passer, en renvoyant à chacun le soin de dire la règle qu’il veut. Par exemple il y en a qui trouvent ennuyeux de définir une femme : “une femme, un homme, ça fait réac… Que chacun définisse son genre. Moi je me sens femme, ou bien je ne me sens pas etc.” C’est un ressenti. Mais si chacun a son ressenti intérieur, on ne peut jouer à aucun jeu. L’enjeu est d’apprendre qu’on ne met pas en cause la singularité des gens, l’unicité des vies, si on rappelle qu’il faut des institutions justes, un monde commun dans lequel on définit la règle du jeu qui définit le possible et l’impossible. Au contraire, elle ouvre aux gens des possibilités. (…) l’introduction au monde de la règle rend des choses impossibles, mais en rend aussi possibles. L’exemple bête est le jeu d’échecs. Mais ça rend aussi possible la parenté, etc. Un des problèmes dans une société individualiste est qu’on croit que les règles sociales nous briment, ne font que nous brider. Cette conception est une conception de l’authenticité de l’être avant la chute, une conception chrétienne dont on peut remonter l’histoire. Mais la théologie chrétienne elle-même n’est pas si simplette. Cette idée qu’on pourrait tout faire si on n’était pas bridé par les lois, est ridicule d’un point de vue sociologique du langage, puisque c’est ce qui rend possible d’agir à la manière humaine. Effectivement, ça rend par le même mouvement des choses possibles et impossibles. Irène Théry

Attention: un mensonge peut en cacher bien d’autres !

A l’heure où, après le mariage pour tous au forceps, la France découvre la double vie de son président supposément « normal »

Et, à l’occasion de la polémique suscitée par un tout récent et inédit boycott des écoles, l’expérimentation d’ateliers dans plus de 500 écoles primaires ayant pour but de « déconstruire les stéréotypes » filles-garçons dès le plus jeune âge …

Où, contrairement aux dénégations de nos gouvernants et de leurs relais médiatiques, l’éducation sexuelle est non seulement bien au programme

Mais que, sans compter les terribles ratés – commodément passés sous silence – de leur histoire, les termes mêmes d’une prétendument inexistante (mais pourtant déjà polémique sous le précédent gouvernement) théorie du genre font partie du discours et des réflexions tant desdits dirigeants que des chercheurs …

Et surtout que ledit ministère n’hésite pas à faire appel à des intervenants extérieurs dont plusieurs associations fondées par des mouvements gay …

Comment ne pas voir, au-delà des récupérations plus ou moins douteuses voire des délires communautaristes des leaders du boycott tels que Farida Belghoul, la réalité d’une idéologie et d’un pouvoir engagé, dans son obsession de l’égalité, dans la remise en cause de tout un modèle familial et donc de société ?

Théorie du genre: «Il est essentiel d’enseigner aux enfants le respect des différentes formes d’identité sexuelle, afin de bâtir une société du respect»

31 août 2011

Najat Vallaud-Belkacem, secrétaire nationale du PS aux questions de société et porte-parole de Ségolène Royal.

Najat Vallaud-Belkacem, secrétaire nationale du PS aux questions de société et porte-parole de Ségolène Royal. P. FAYOLLE / SIPA

INTERVIEW – Selon Najat Vallaud-Belkacem, secrétaire nationale du PS aux questions de société et porte-parole de Ségolène Royal, les parlementaires n’ont pas à faire d’incursion dans le contenu des manuels scolaires…

Ce mercredi, le secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé, a soutenu sans réserve les 80 députés réclamant le retrait de manuels scolaires qui reprennent la théorie du genre, en estimant qu’ils «posent une vraie question».

A l’inverse, le Parti socialiste a fait savoir mardi que «cette tentative de députés est inacceptable sur la forme comme sur le fond». Najat Vallaud-Belkacem, secrétaire nationale du PS aux questions de société et porte-parole de Ségolène Royal, explique à 20Minutes pourquoi les parlementaires ne doivent pas se mêler du contenu des manuels scolaires.

Pourquoi la lettre des 80 parlementaires UMP vous semble-t-elle problématique?

Parce que les députés n’ont pas à écrire les programmes, sauf s’il s’agit de théories qui touchent aux valeurs de la nation, telles que la condamnation du négationnisme ou a contrario les lois mémorielles. La dernière fois que la droite a voulu écrire un manuel scolaire c’était en 2005, quand le même Christian Vanneste voulait inscrire le rôle positif de la colonisation dans les livres d’histoire.

Le politique n’a pas à écrire l’histoire ou à expliquer la science, il doit changer la société. Sans compter que ce qui fait réagir ces 80 députés, ce qui leur semble plus insupportable que tout, ce n’est pas la précarité dans laquelle on plonge délibérément l’école, mais quelques phrases qui froissent leurs convictions personnelles rétrogrades.

En quoi la «théorie du genre» peut-elle aider à changer la société?

La théorie du genre, qui explique «l’identité sexuelle» des individus autant par le contexte socio-culturel que par la biologie, a pour vertu d’aborder la question des inadmissibles inégalités persistantes entre les hommes et les femmes ou encore de l’homosexualité, et de faire œuvre de pédagogie sur ces sujets.

Les manuels de sciences et vie de la terre (SVT) ne devraient-ils pas enseigner la sexualité humaine en se limitant strictement à sa dimension biologique, et pas à sa dimension sociale?

Le vrai problème de société que nous devons régler aujourd’hui, c’est l’homophobie, et notamment les agressions homophobes qui se développent en milieu scolaire. L’école doit redevenir un sanctuaire, et la prévention de la délinquance homophobe doit commencer dès le plus jeune âge. Un jeune homosexuel sur cinq a déjà été victime d’une agression physique, et près d’un sur deux a déjà été insulté. Il est essentiel d’enseigner aux enfants le respect des différentes formes d’identité sexuelle, afin de bâtir une société du respect.

Voir aussi:

Les sciences économiques et sociales, pionnières de la théorie du genre

Jean-Yves Mas (enseignant)

Le Monde

31.01.2014

Venant d’apprendre que, selon Vincent Peillon, ministre de l’éducation nationale  »la théorie du genre ne sera pas enseignée à l’école » je pense que ses propos concernent sans doute l’enseignement de la théorie du genre à l’école primaire, car pour ma part, en tant que professeur de science économiques et sociales (SES) dans l’enseignement secondaire, cela fait bientôt 25 ans que je l’enseigne à mes élèves, non par volonté de prosélytisme, mais tout simplement parce que l’analyse des inégalités liées au genre, et donc ce qu’il est convenu d’appeler la « théorie du genre », fait partie des programmes officiels de ma discipline.

En effet, en seconde, le programme comporte la question suivante :  »Comment devenons-nous des acteurs sociaux ? », afin de traiter cette problématique les instruction officielles indiquent qu’  »On montrera que la famille et l’école jouent chacune un rôle spécifique dans le processus de socialisation des jeunes. On prendra en compte le caractère différencié de ce processus en fonction du genre et du milieu social ». De même le programme de première, pour traiter la question  »Comment la socialisation de l’enfant s’effectue-t-elle ? » précise qu’  »on étudiera les processus par lesquels l’enfant construit sa personnalité par l’intériorisation/ incorporation de manières de penser et d’agir socialement situées (…). On mettra aussi en évidence les variations des processus de socialisation en fonction des milieux sociaux et du genre, en insistant plus particulièrement sur la construction sociale des rôles associés au sexe ». En terminale , le programme de l’option Sociologie et science Politique (SSP) comporte une question intitulée  »Comment s’organise la compétition politique en démocratie ? », et les instructions rajoutent :  »Centré sur le gouvernement représentatif, ce point permettra d’étudier les enjeux socio-politiques de la compétition électorale contemporaine. (…). On identifiera les biais liés au genre et la difficulté particulière rencontrée pour assurer une représentation équitable des deux sexes en politique. »

SENSIBILISER LES ELEVES

On le voit, les questions abordées par l’enseignement des SES permettent de sensibiliser les élèves aux inégalités hommes/femmes que ce soit dans les sphères domestiques, professionnelles, scolaires ou politiques. Mais l’enseignement des SES permet aussi lors de l’étude de  »la socialisation » d’analyser les pratiques sociales à l’origine de ces inégalités, et notamment la persistance de différences notables dans les attitudes encouragées ou découragées selon le genre de l’enfant par les institutions de socialisation. L’étude des catalogues de jouets à Noël se révèle à ce propos tout à fait instructive et suscite de plus un vif intérêt de la part de nos élèves.

Enfin les programmes de SES permettent de montrer, dans le chapitre consacré aux conflits sociaux et à leur évolution, que face à la domination masculine les femmes ne sont pas restées passives mais qu’elles ont lutté pour leur émancipation notamment par leur mobilisation collective.

Grâce à ces luttes elles ont obtenu certains acquis dont il est important de souligner la fragilité puisque ceux-ci sont souvent menacés. Nous tenons de plus à préciser que sensibiliser les élèves aux inégalités de genre, ce n’est en rien proposer un enseignement moralisateur et  »politiquement correct », mais c’est, en partant du constat factuel des inégalités entre homme et femme, montrer comment les sciences sociales, conformément à leur projet fondateur, expliquent les représentations et les pratiques sociales des individus par le rôle de la socialisation et de l’environnement socio-culturel dans lequel ils évoluent. Précisons que les savoirs transmis lors de l’étude des inégalités de genre sont des savoirs  »stabilisés », établis par de nombreuses études et enquêtes de terrain répondant aux critères élémentaires de la scientificité, comme l’ensemble des savoirs transmis dans le cadre des programmes scolaires.

Notre objectif est d’essayer de déconstruire certains stéréotypes sur le genre afin notamment de  »dé-naturaliser » des comportement ou des pratiques qui sont avant tout de nature sociale. Car les dominants ont toujours intérêt à naturaliser des situations qui sont le produit de rapports de force. En effet les inégalités liées au genre ne doivent rien, ou en tout cas, très peu à la nature, à l’instinct ou à une quelconque tradition, mais beaucoup voire tout, aux rapports sociaux entre hommes et femmes. Elles n’ont donc rien de naturelles ni d’immuables. En montrant que le genre est une construction sociale, les SES, conformément à leur vocation citoyenne, s’inscrivent aussi dans un projet éthique qui vise à lutter contre toutes les formes de discriminations liées au sexisme, de même que dans d’autre parties de notre enseignement nous entendons lutter contre le racisme ou l’homophobie.

Pour notre part nous considérons que la théorie du genre est bien l’exemple emblématique d’une théorie émancipatrice puisqu’elle produit des savoirs qui peuvent avoir des effets sur les pratiques et les représentations des individus. Voilà pourquoi la théorie du genre correspond à un moment fort de notre enseignement et nous nous opposerons énergiquement à toute tentative visant à remettre en cause sa place dans nos programmes.

Jean-Yves Mas, professeur de SES au lycée de Montreuil (93)

Voir également:

« La théorie du genre entraîne l’école dans l’ingénierie sociale »

Pour la philosophe Bérénice Levet, en menant «la chasse aux stéréotypes»,le gouvernement joue aux apprentis sorciers.

Marie-Amélie Lombard

Le Figaro

30/01/2014

Docteur en philosophie, Bérénice Levet travaille à un essai sur La théorie du genre ou le monde rêvé des anges, à paraître chez Grasset en septembre 2014. Elle est l’auteur de Le Musée imaginaire d’Hannah Arendt, Stock, 2012.

LE FIGARO. – L’Éducation nationale est-elle en train d’introduire «la théorie du genre» à l’école?

Bérénice LEVET. – Je précise d’emblée que je ne soutiens en rien les mouvements qui appellent à boycotter l’école et qui manipulent les esprits. Mais il ne faut pas abandonner ce débat à l’extrême droite. Or, dans ce qui est dénoncé aujourd’hui, il y a une part de réalité. Certes, la théorie du genre en tant que telle n’est pas enseignée à l’école primaire mais plusieurs de ses postulats y sont diffusés.

Avant tout, quelle définition donnez-vous de la théorie du genre?

Pour les tenants de cette théorie, l’identité sexuelle est, de part en part, construite. Selon eux, il n’y a pas de continuité entre le donné biologique – notre sexe de naissance – et notre devenir d’homme ou de femme. C’est, poussé à l’extrême, la formule de Simone de Beauvoir dans Le Deuxième sexe «On ne naît pas femme, on le devient». Et les théoriciens du genre poursuivent: à partir du moment où tout est «construit», tout peut être déconstruit.

Quels sont les exemples de l’application de cette théorie à l’école?

Prenons les «ABCD de l’égalité», qui sont des parcours proposés aux élèves et accompagnés de fiches pédagogiques pour les enseignants. Ils sont supposés servir à enseigner l’égalité hommes-femmes. Qu’en est-il? Dans une fiche, intitulée «Dentelles, rubans, velours et broderies», on montre un tableau représentant Louis XIV enfant qui porte une robe richement ornée et des rubans rouges dans les cheveux. L’objectif affiché? Faire prendre conscience aux élèves de l’historicité des codes auxquels ils se soumettent et gagner de la latitude par rapport à ceux que la société leur impose aujourd’hui…

N’est-ce pas une simple façon de montrer que la façon de s’habiller a évolué au fil du temps?

Non, l’objectif est bien d’«émanciper» l’enfant de tous les codes. Ce qui aboutit à l’abandonner à un ensemble de «possibles», comme s’il n’appartenait à aucune histoire, comme si les adultes n’avaient rien à lui transmettre. Or, il est faux de dire qu’on «formate» un enfant, on ne fait que l’introduire dans un monde qui est plus vieux que lui. Kierkegaard parle d’un «désespoir des possibles» qui ne se transforme jamais en nécessité.

Quels autres exemples vous semblent condamnables?

Le film Tomboy – «garçon manqué» en français -, de la réalisatrice Céline Sciamma, a été montré l’an dernier à 12 500 élèves parisiens, de la dernière année de maternelle au CM2. Quel est le propos du film? Une petite fille, Laure, se fait passer pour un garçon auprès des enfants avec qui elle joue et se fait appeler Michaël. Qu’est-il écrit dans le dossier pédagogique? «Laure semble pouvoir aller au bout de la possibilité Michaël»… On n’est plus dans le simple apprentissage de la tolérance.

Le danger n’est-il pas surtout d’imposer à l’école un fatras mal assimilé des études de genre qui sont un champ de la recherche universitaire? Le gouvernement joue-t-il aux apprentis sorciers?

Sans scrupules, l’école est entraînée dans une politique d’ingénierie sociale. Tout en se donnant bonne conscience, le gouvernement encourage un brouillage très inquiétant. Savons-nous bien ce que nous sommes en train de faire? A l’âge de l’école primaire, les enfants ont besoin de s’identifier, et non pas de se désidentifier. A ne plus vouloir d’une éducation sexuée, on abandonne nos enfants aux stéréotypes les plus kitsch des dessins animés.

N’est-ce pas pour autant utile d’affirmer l’égalité des sexes dès le plus jeune âge?

Il faudrait surtout en finir avec cette mise en accusation systématique du passé. Notre civilisation occidentale, et spécialement française, n’est pas réductible à une histoire faite de domination et de misogynie. Sur la différence des sexes, la France a su composer une partition singulière, irréductible à des rapports de forces. L’apparition d’une culture musulmane change-t-elle la donne? Elle nous confronte en tout cas à une culture qui n’a pas le même héritage en matière d’égalité des sexes. Ce qui me paraît dangereux dans cette «chasse aux stéréotypes» est le risque de balayer d’un revers de main tout notre héritage culturel. Dans un tel contexte, quelle œuvre littéraire, artistique ou cinématographique ne tombera pas sous le coup de l’accusation de «sexisme»?

Selon vous, sous couvert de lutter contre les stéréotypes, on peut bouleverser en profondeur la société?

Il existe une volonté de transformer la société, de sortir de toute normativité pour aboutir à un relativisme complet. Le gouvernement Ayrault est en pointe sur ce combat. On l’a vu lors du débat sur le Mariage pour tous. Il ne devrait pas être impossible de dire que l’homosexualité est une exception et que l’hétérosexualité est la norme. La théorie de l’interchangeabilité des sexes se diffuse. Or, nous avons un corps sexué qui est significatif par lui-même et qui ne compte pas pour rien dans la construction de soi.

L’égalité hommes-femmes n’est cependant pas acquise aujourd’hui. Comment s’y prendre pour la renforcer?

Le principe de l’égalité est incontesté aujourd’hui. Certes, il existe encore ce fameux “plafond de verre” empêchant les femmes d’accéder aux plus hauts postes et des inégalités salariales. Mais les progrès sont inouïs. Doit-on, comme l’a fait récemment le gouvernement, imposer aux hommes de prendre un congé parental? On en arrive à punir la famille parce qu’un homme est récalcitrant à s’arrêter de travailler! Et puis, faut-il rappeler qu’il n’y a pas de cordon ombilical à couper entre un père et son enfant?

A vous entendre, les dérives que vous dénoncez risquent de ne pas se limiter à l’école.

Je n’ai guère le goût des analogies historiques mais, s’il existe une leçon à retenir des totalitarismes nazi et stalinien, c’est que l’homme n’est pas un simple matériau que l’on peut façonner. Avec la théorie du genre, l’enjeu est anthropologique. Montesquieu écrivait: «Dans un temps d’ignorance, on n’a aucun doute, même lorsqu’on fait les plus grands maux. Dans un temps de lumière, on tremble encore lorsqu’on fait les plus grands biens».

Voir aussi:

« ABCD de l’égalité » : qu’est-ce que c’est exactement ?

Le dispositif lancé par Vincent Peillon et Najat Vallaud-Belkacem est loin de faire l’unanimité. Même si personne ne sait vraiment de quoi il s’agit.

Le Point

30/01/2014

L’ABCD de l’égalité, dans le viseur des organisateurs de boycott des écoles contre un supposé enseignement de la « théorie du genre », est une expérimentation pour lutter contre les stéréotypes filles-garçons à l’école. Ce dispositif, élaboré par le ministère de l’Éducation nationale et le ministère des Droits des femmes, est expérimenté de la grande section de maternelle au CM2 depuis la Toussaint dans 600 classes de 275 écoles dans 10 académies (Bordeaux, Clermont-Ferrand, Créteil, Corse, Guadeloupe, Lyon, Montpellier, Nancy-Metz, Rouen, Toulouse) pour « faire prendre conscience aux enfants des limites qu’ils se fixent eux-mêmes, des phénomènes d’autocensure trop courants, leur donner confiance en eux, leur apprendre à grandir dans le respect des autres ». Après évaluation, il doit être généralisé à la rentrée 2014.

Les mouvances qui ont appelé à des journées de retrait de l’école accusent le gouvernement de vouloir nier les différences biologiques. « Jamais aucun professeur n’a pu imaginer de nier les différences, alors qu’il enseigne précisément le respect des différences et de cette différence fondamentale filles-garçons », a déclaré Vincent Peillon mardi soir à l’Assemblée nationale.

Stéréotypes

« En reconnaissant la différence biologique, nous voulons tout de même qu’il y ait égalité entre les femmes et les hommes au sein de la société, en particulier dans le choix des métiers », a ajouté le ministre de l’Éducation. « On peut mesurer d’ailleurs le progrès des sociétés à leur capacité de considérer qu’il y a égalité entre les hommes et les femmes : égalité politique, égalité civile, égalité intellectuelle, égalité éducative. »

Des stéréotypes – comme une fille est forcément « coquette », « docile », « soigneuse », et un garçon « courageux », indépendant » ou « énergique » – pèsent sur leurs attentes, leurs ambitions, leur orientation professionnelle et leur place dans la société, selon un rapport de l’Inspection générale de l’Éducation nationale. Les femmes sont ainsi moins représentées dans les métiers scientifiques, perçoivent un salaire moindre à diplôme égal et subissent davantage le temps partiel. Sans oublier la persistance de violences sexistes.

Ces préjugés peuvent conduire les filles au « complexe de Cendrillon : je fais des études, mais j’attends le prince charmant », explique une des présentations du site http://www.cndp.fr/ABCD-de-l-égalité/accueil.html. Celui-ci propose aussi des ressources pédagogiques aux enseignants pour aborder en classe l’égalité garçons-filles, dans les cours d’arts plastiques, d’éducation physique sportive, d’histoire…

Contre l’homophobie

Un tableau d’Auguste Renoir, Mme Charpentier et ses enfants, mettant en scène une femme et ses filles permet ainsi de comparer les représentations des enfants aujourd’hui et il y a un siècle. Les écoliers peuvent dire ce qu’ils en pensent spontanément, parler des couleurs, des vêtements…

L’enseignant peut expliquer que la mère portait, suivant la mode de l’époque, un corset, vêtement qui entravait les mouvements et rendait la position assise inconfortable, c’est pourquoi elle est alanguie. Ou encore que jusqu’à six ans garçons et filles portaient des robes, puis les petits garçons s’habillaient en culottes courtes. Une évolution qu’on peut constater aussi dans les portraits de Louis Napoléon Bonaparte. Les élèves peuvent imaginer comment ces enfants s’habilleraient aujourd’hui.

Les détracteurs d’un supposé enseignement de la théorie du genre dénoncent aussi l’intervention d’associations LGBT (Lesbiennes, gay, bi, trans). Ces associations peuvent intervenir non pas dans les écoles, mais dans des lycées, à la demande du chef d’établissement, sans lien avec l’ABCD de l’égalité, dans le cadre d’une sensibilisation contre l’homophobie.

Voir de même:

Boris Cyrulnik face au suicide des enfants

Le Point

29/09/2011

Entretien. Dans « Quand un enfant se donne ‘la mort' » (Odile Jacob), Boris Cyrulnik tente de comprendre l’inexplicable.

Boris Cyrulnik, neurospychiatre et éthologue. Boris Cyrulnik, neurospychiatre et éthologue. © Khanh Renaud/Square pour « Le Point »

Propos recueillis par Émilie Lanez

En France, entre 40 et 100 enfants de moins de 12 ans se suicident chaque année. Pourquoi un enfant veut-il mourir ? Une question à laquelle Boris Cyrulnik, à la demande de Jeannette Bougrab, secrétaire d’État à la Jeunesse, répond en explorant le monde, méconnu, dans lequel grandissent nos enfants. Le neuropsychiatre appelle à des changements radicaux.

Le Point : Pourquoi un rapport sur les très rares suicides des enfants ?

Boris Cyrulnik : On meurt plus fréquemment par suicide que par accident de la route. Or, si de nombreux chercheurs ont travaillé à comprendre le suicide des adultes et des adolescents, jamais celui des enfants prépubères, dont le monde mental différe totalement de celui de leurs aînés, n’a été étudié. Je prends volontiers la parabole du canari dans la mine de charbon. Les mineurs avaient pour coutume de descendre avec un canari. Lorsque celui-ci suffoquait, ils savaient qu’un coup de grisou arrivait. Le suicide d’enfant, comme le canari dans la mine, est une alerte, l’indicateur de dysfonctions sociales.

Est-on prédiposé au suicide ?

Il y a un facteur génétique, mais il existe mille autres facteurs. Le suicide obéit à une convergence de causes, dont l’isolement sensoriel est le carrefour.

Les gènes ne déterminent-ils rien ?

Le gène existe, toutefois il n’est pas une fatalité. Les gènes impliquent la couleur de nos yeux, notre taille ou certaines maladies, mais il faut tout autant tenir compte du climat de l’école, de l’ambiance en famille. Distinguer l’inné et l’acquis est une absurdité. C’est une erreur qui a longtemps interdit à la science de penser.

Rien n’est jamais joué, donc tout se construit ?

À peine le gène s’exprime-t-il que cette expression est pétrie, sculptée par les pressions du milieu. C’est ce qu’on nomme l’épigenèse, et celle-ci commence dès avant la naissance. Freud l’avait compris. Il parlait d’une forêt dans laquelle on marche la première fois. Nos pas s’y fraient un chemin. Désormais, l’information dans notre cerveau empruntera plus volontiers ce chemin qu’un autre. Prenons l’exemple d’un enfant génétiquement sain, porté par une mère stressée par la guerre. Cet enfant sain sera in utero façonné par le malheur de la mère. À la naissance, il sera 50 % plus petit, plus léger qu’un enfant moyen et il souffrira d’une atrophie fronto-limbique. Il a donc été altéré par l’épigenèse. Attention, le façonnage peut être inverse. Un enfant, faible transporteur de sérotonine, donc hypervulnérable, porté par une mère heureuse, dans un milieu stable, deviendra un adulte équilibré, tout juste plus enclin à l’émotion. Le gène est déterminant de pas grand-chose, tandis que l’épigenèse, elle, est très déterminante, elle sculpte l’expression des gènes et du cerveau.

Si tout va mal autour d’un enfant, peinera-t-il forcément à se construire ?

Non, pas du tout. Un confrère a travaillé sur les enfants d’un village de Belgique durement ébranlé par la fermeture de la mine de charbon. Chômage, pauvreté, choc culturel. Pourtant, les enfants s’y développent harmonieusement. Pourquoi ? Parce que, alors que leurs parents travaillent au loin, ils sont entourés de substituts efficaces. Des enseignants, des moniteurs de foot, des voisines. Il faut tout un village pour élever un enfant. Nos sociétés ont oublié cette sagesse, d’ailleurs faites-en l’expérience, allez gronder le fils de votre voisine ! L’accent est trop porté sur la mère, certes importante, mais qui éduque, entourée d’un père, d’une famille, d’un quartier. On sous-estime grandement l’importance pour l’enfant de ses pairs. S’il vit harmonieusement dans sa classe, s’il y a des camarades, il s’attache et se développe. J’aimerais qu’on vivifie la culture du quartier, la pratique sportive en club, le scoutisme, tout ce qui favorise de multiples attachements.

À quel âge l’épigenèse s’arrête-t-elle ?

Jusqu’à 120 ans, l’épigenèse fonctionne. Même dans les maladies d’Alzheimer, on observe encore quelques bourgeonnements synaptiques, même raréfiés. Chez les enfants, l’épigenèse est puissante. À cet âge, cela synaptise à toute allure dans les lobes préfrontaux.

Alors pourquoi un enfant se suicide-t-il ?

Se suicide-t-il vraiment ? Veut-il vraiment se donner la mort ? Le suicide d’un enfant n’est pas un désir de mort, mais le désir de tuer cette manière de vivre qui le fait souffrir, tuer le conflit de ses parents, son isolement. Le suicide adolescent diffère, car intellectuellement il sait ce qu’est la mort. Ce n’est qu’entre 7 et 9 ans que l’enfant intériorise la conception de l’irrémédiabilité de la mort. Aujourd’hui, d’ailleurs, j’observe que les enfants ont accès de plus en plus tôt à cette notion. Une maturité intellectuelle précoce qui pose problème, car elle s’acquiert au prix de l’angoisse. Cessons de les forcer, de les surstimuler, surtout les filles.

Pourtant, les garçons se suicident plus ?

Les filles font dix fois plus de tentatives, mais les garçons aboutissent plus.

Garçon ou fille, observez-vous des différences ?

L’ontogenèse sexuelle commence au stade embryonnaire. La testostérone des embryons est un puissant déterminant biologique qui crée les organes des filles ou ceux des garçons. Puis la culture, qui commence dès la naissance, entoure différemment un bébé fille et un bébé garçon.

Les partisans de la théorie du genre considèrent qu’on éduque distinctement les filles des garçons pour perpétuer la domination masculine. Les croyez-vous ?

Je ne crois pas du tout à la suprématie des garçons, bien au contraire. Vers 17 mois, les filles disposent de cinquante mots, de règles de grammaire et d’un début de double réarticulation, par exemple être capable de dire « réembarquons », au lieu de « on va encore une fois dans cette barque ». Avec quatre phonèmes, les filles expriment un discours. Les garçons obtiennent cette performance six mois plus tard ! 75 % des garçons commettent de petites transgressions (chiper un biscuit, pincer un bras, etc.), contre 25 % des filles. Alors ces filles, plus dociles, parlant aisément, sont bien mieux entourées. Il est plus aisé d’élever une fille qu’un garçon. D’ailleurs, en consultation de pédopsychiatrie, il n’y a que des petits garçons, dont le développement est bien plus difficile. Certains scientifiques expliquent ce décalage par la biologie. La combinaison de chromosomes XX serait plus stable, parce qu’une altération sur un X pourra être compensée par l’autre X. La combinaison XY serait, elle, en difficulté évolutive. Ajoutons à cela le rôle majeur de la testostérone, l’hormone de la hardiesse et du mouvement, et non de l’agressivité, comme on le croit souvent. À l’école, les garçons ont envie de grimper aux murs, ils bougent, ils souffrent d’être immobilisés. Or notre société ne valorise plus la force et le courage physique, mais l’excellence des résultats scolaires. Elle valorise la docilité des filles.

Pourquoi n’avoir rien dit dans cette querelle autour de la théorie du genre ?

Je pense que le « genre » est une idéologie. Cette haine de la différence est celle des pervers, qui ne la supportent pas. Freud disait que le pervers est celui qu’indisposait l’absence de pénis chez sa mère. On y est.

Pourtant, ces théories font observer que les filles, meilleures à l’école, sont beaucoup moins nombreuses dans les études prestigieuses ?

C’est vrai, mais il n’est pas dit que cela dure. Aux États-Unis et au Canada, les filles ont envahi les grandes écoles. Et on est obligé d’aider les garçons à y parvenir. Notre système scolaire gagnerait à arrêter la culture du sprint. Prenons modèle sur l’Europe du Nord, qui a supprimé les notations jusqu’à l’âge de 12 ans, réduit drastiquement le nombre d’heures de cours, qui caracole en tête des classements, et dont le taux de suicide chez les enfants et les adolescents a diminué de 40 %.

Supprimer les notes ?

Un enfant qui grandit avec papa et maman qui s’aiment, sa petite chambre à lui, des devoirs surveillés, aura forcément de bonnes notes. Les notes ne sont pas un reflet de l’intelligence, mais le miroir de la stabilité affective.

Quand un enfant se donne ‘la mort »‘. Attachement et sociétés, de Boris Cyrulnik (Odile Jacob, 160 p., 21,90 euros).

Voir également:

L’expérience tragique du gourou de « la théorie du genre »

John Money, le père de la « théorie du genre », l’avait testée sur des jumeaux. Récit.

Le Point

31/01/2014

Qu’est-ce que le genre, ce drôle de mot pratiqué des seuls grammairiens ? Il est un complexe outil intellectuel à double face. D’un côté, une grille de lecture pertinente qui questionne les rôles que la société impose à chaque sexe, le plus souvent au détriment des femmes. De l’autre, il abrite une réflexion militante… D’après elle, l’identité sexuelle ne saurait se résumer à notre sexe de naissance ni se restreindre à notre rôle sexuel social. Chacun doit devenir libre de son identité, se choisir, se déterminer, expérimenter… Et basta, l’humanité est arbitrairement divisée en masculin ou féminin.

Les « études de genre », terme traduit de l’anglais gender studies, ne sont pas récentes. Explorées par la fameuse universitaire américaine Judith Butler dans les années 70, elles naissent sous la plume et le bistouri d’un sexologue et psychologue néo-zélandais, John Money. C’est lui qui, en 1955, définit le genre comme la conduite sexuelle qu’on choisira d’habiter, hors de notre réalité corporelle. Or le personnage est controversé. Spécialiste de l’hermaphrodisme à l’université américaine Johns Hopkins, il y étudie les enfants naissant intersexués et s’interroge sur le sexe auquel ils pourraient appartenir. Lequel doit primer ? Celui mal défini que la nature leur a donné ? Celui dans lequel les parents choisiront de les éduquer ? Il est rarement mis en avant par les disciples des études de genre de quel drame humain et de quelle supercherie scientifique le père du genre, John Money, se rendit responsable.

« Lavage de cerveau »

En 1966, le médecin est contacté par un couple effondré, les époux Reimer. Ils sont parents de jumeaux âgés de 8 mois, qu’ils ont voulu faire circoncire. Las, la circoncision de David par cautérisation électrique a échoué, son pénis est brûlé. Brian, son jumeau, n’a, lui, pas été circoncis. Que faire de ce petit David dont la verge est carbonisée ? Money voit dans cette fatale mésaventure l’occasion de démontrer in vivo que le sexe biologique est un leurre, un arbitraire dont l’éducation peut émanciper. Il convainc les parents d’élever David comme une fille, de ne jamais lui dire – ni à son frère – qu’il est né garçon. Le médecin administre à l’enfant, rebaptisé Brenda, un traitement hormonal et, quatorze mois plus tard, lui ôte les testicules. Ses parents la vêtent de robes, lui offrent des poupées, lui parlent au féminin.

A 6 ans, les jumeaux paraissent s’être conformés au rôle sexuel qu’on leur a attribué. Ce serait donc bien l’éducation et la société qui feraient le sexe… Brian est un garçon harmonieux, Brenda une gracieuse fillette. Money les examine une fois par an. Bien qu’ils aient 6 ans, il les interroge sur leurs goûts sexuels, leur demande de se toucher. « C’était comme un lavage de cerveau », confiera Brenda-David plus tard à John Colapinto, qui, en 1998, écrira l’histoire dans Rolling Stones puis dans un livre, « As Nature Made Him : The Boy Who Was Raised As A Girl ».

Combat féministe

Money est convaincu d’avoir prouvé que le sexe biologique s’efface pour peu qu’on lui inculque un autre « genre ». Il publie de nombreux articles consacrés au cas « John-Joan » (c’est ainsi qu’il nomme David-Brenda), puis, en 1972, un livre, « Man – Woman, Boy – Girl ». Il y affirme que seule l’éducation fait des humains des sujets masculins ou féminins. La « théorie du genre » est née.

Seulement, Brenda grandit douloureusement. A l’adolescence, elle sent sa voix devenir grave, confie être attirée par les filles, refuse la vaginoplastie que veut lui imposer Money. Brenda cesse d’avaler son traitement, se fait prescrire de la testostérone, divague, boit trop. Brenda se sent garçon engoncé dans un corps de fille. Effarés, les parents révèlent la vérité aux jumeaux. Brenda redevient David, il se marie à une femme. Mais les divagations identitaires ont ébranlé les garçons. En 2002, Brian se suicide. Le 5 mai 2004, David fait de même. De cette fin tragique Money ne fait point état. En 1997, Milton Diamond, professeur d’anatomie et de biologie reproductive à l’université de Hawaï, dénonce la falsification. Money réplique en évoquant une conspiration fomentée par des personnes « pour qui la masculinité et la féminité seraient d’origine génétique »… Est-ce si faux ?

Ce fait divers est étranger à la délicate, et bien réelle, question des personnes nées avec une identité sexuelle incertaine, dont le ressenti psychique ou physique demeure flou. Et, si cette histoire fut un drame, c’est bien parce qu’un enfant fut forcé à vivre selon une identité qui ne lui convenait pas et qu’à lui comme à son frère fut imposé un mensonge ravageur. Il importe de préciser que cette expérience ne saurait entacher les études de genre, qui d’ailleurs s’éloigneront de ces errements du champ médical pour se nourrir du combat féministe puis des travaux de l’anthropologie, interrogeant l’influence de la culture sur la nature, jusqu’à devenir un sujet transversal mêlant littérature, philosophie, sociologie…

Les doutes de la Norvège, pionnier du  » genre « 

La question des fondements scientifiques des études de genre se pose. En 2009, un journaliste norvégien, Harald Eia, y consacre un documentaire. Son point de départ : comment est-il possible qu’en Norvège, championne des politiques du  » genre « , les infirmières soient des femmes et les ingénieurs des hommes ? Il interroge quatre sommités : le professeur américain Richard Lippa, responsable d’un sondage mondial sur les choix de métiers selon les sexes (réponse : les femmes préfèrent les professions de contacts et de soins), le Norvégien Trond Diseth, qui explore les jouets vers lesquels des nourrissons tendent les mains (réponse : tout ce qui est doux et tactile pour les filles), puis Simon Baron-Cohen, professeur de psychopathologie du développement au Trinity College de Cambridge, et l’Anglaise Anne Campbell, psychologue de l’évolution. Ces spécialistes répondent que naître homme ou femme implique des différences importantes. Et que leur inspirent les  » études de genre »? Eclats de rire. L’évolution de l’espèce, le bain d’hormones dans lequel se fabrique notre cerveau font du masculin et du féminin des sexes distincts. Tout aussi intelligents, mais pas identiques. Il présente leurs réactions aux amis du « genre ». Qui les accusent d' » être des forcenés du biologisme « . Soit. Eia les prie alors d’exposer leurs preuves que le sexe ne serait qu’une construction culturelle… Silence. Après la diffusion de son film, en 2010, le Nordic Gender Institute fut privé de tout financement public

Voir encore:

Masculin-féminin : cinq idées reçues sur les études de genre

Lucie Soullier et Delphine Roucaute

Le Monde

25.05.2013

En protestant contre la loi autorisant le mariage aux personnes de même sexe, les membres de la « Manif pour tous » ont également ravivé la polémique sur le genre. « Le vrai but du mariage homosexuel est d’imposer la théorie du genre », affirment certains détracteurs du mariage pour tous. Qui affirment, dans la foulée, que la société serait menacée par ce qu’ils assurent être une idéologie niant la réalité biologique.

Ces inquiétudes avaient déjà agité les milieux catholiques en 2011, lorsque le ministère de l’éducation avait annoncé l’introduction du concept de genre dans certains manuels scolaires. A l’époque, la polémique avait mobilisé militants conservateurs et députés. Parmi eux, 80 députés UMP avaient purement et simplement réclamé le retrait, dans les manuels de sciences de la vie et de la terre (SVT) des classes de première, de la référence à une identité sexuelle qui ne serait pas uniquement déterminée par la biologie mais également par des constructions socio-culturelles. De son côté, l’Eglise catholique avait réagi avec le texte Gender, la controverse, publié par le Conseil pontifical pour la famille.

Loin d’être une idéologie unifiée, le genre est avant tout un outil conceptuel utilisé par des chercheurs qui travaillent sur les rapports entre hommes et femmes.

Le genre est-il une théorie ?

Pour parler du genre, ses détracteurs utilisent l’expression « théorie du genre » plutôt qu' »étude », un changement de terme qui a pour objectif de semer le doute sur son aspect scientifique. Mgr Tony Anatrella, dans la préface de Gender, la controverse, explique ainsi que la théorie du genre est un « agencement conceptuel qui n’a rien à voir avec la science ».

Les chercheurs refusent donc l’utilisation du terme « théorie du genre », préférant parler d' »études sur le genre », puisqu’il s’agit d’un vaste champ interdisciplinaire regroupant tous les pans des sciences humaines et sociales (histoire, sociologie, géographie, anthropologie, économie, sciences politiques…). Leurs travaux analysent donc des objets de recherche traditionnels tels que le travail ou les migrations, en partant d’un postulat nouveau : le sexe biologique ne suffit pas à faire un homme ou une femme, les normes sociales y participent grandement.

Le genre est-il une idéologie ?

« Le genre est un concept. Ce n’est ni une théorie ni une idéologie, mais un outil qui aide à penser », insiste le sociologue Eric Fassin, spécialiste de ces questions. A l’intérieur même des études de genre, plusieurs écoles existent, comme dans tous les domaines des sciences sociales. Par exemple, les travaux de la sociologue du travail Margaret Maruani analysent l’histoire de l’accès des femmes au travail tandis que le psychiatre Richard Rechtman utilise la notion de genre pour interroger la manière dont un individu construit son d’identité.

Les chercheurs sur le genre sont-ils militants ?

S’il est vrai que le développement des études de genre est lié au mouvement féministe des années 1970, le concept de gender (« genre ») n’est pas créé par les féministes. Il apparaît dans les années 1950 aux Etats-Unis dans les milieux psychiatriques et médicaux. Le psychologue médical américain John Money parle ainsi pour la première fois des « gender roles » en 1955 afin d’appréhender le cas des personnes dont le sexe chromosomique ne correspond au sexe anatomique.

En 1968, le psychiatre et psychanalyste Robert Stoller utilise quant à lui la notion de « gender identity » pour étudier les transsexuels, qui ne se reconnaissent pas dans leur identité sexuelle de naissance.

C’est dans les années 1970 que le mouvement féministe se réapproprie les questions de genre pour interroger la domination masculine. Les « gender studies » (« études de genre ») se développent alors dans les milieux féministes et universitaires américains, s’inspirant notamment de penseurs français comme Simone de Beauvoir – et son célèbre « On ne naît pas femme, on le devient » –, Michel Foucault ou Pierre Bourdieu.

En France, la sociologue Christine Delphy est l’une des premières introduire le concept en France, sous l’angle d’un « système de genre », où la femme serait la catégorie exploitée et l’homme la catégorie exploitante. Mais la greffe ne s’opère réellement que dans les années 1990, lorsque le débat sur la parité s’installe au niveau européen. La promotion de l’égalité entre les hommes et les femmes devient l’une des tâches essentielles de la Communauté européenne avec l’entrée en vigueur du traité d’Amsterdam en 1999, notamment dans son article 2.

Les études de genre nient-elles la différence entre les sexes ?

Le concept de genre s’est développé comme une réflexion autour de la notion de sexe et du rapport homme/femme. Loin de nier la différence entre le sexe féminin et le sexe masculin, le genre est utilisé par les chercheurs comme un outil permettant de penser le sexe biologique (homme ou femme) indépendamment de l’identité sexuelle (masculin ou féminin). Il ne s’agit donc pas de dire que l’homme et la femme sont identiques, mais d’interroger la manière dont chacun et chacune peut construire son identité sexuelle, aussi bien à travers son éducation que son orientation sexuelle (hétérosexuelle, homosexuelle, etc.).

En dissociant intellectuellement le culturel et le biologique, le concept de genre interroge les clichés liés au sexe. Par exemple, l’idée selon laquelle les femmes sont plus naturellement enclines à s’atteler aux tâches domestiques que les hommes est de l’ordre de la construction sociale et historique, et non pas liée au fait que la femme dispose d’un vagin et d’ovaires.

Pour les détracteurs du genre, la construction d’une personne en tant qu’individu se fait dans l’assujettissement à des normes dites « naturelles » et « immuables » : d’un côté les femmes, de l’autre les hommes. Mais certains travaux de biologiste, tels ceux de l’Américaine Anne Fausto-Sterling, montrent que l’opposition entre nature et culture est vaine, les deux étant inextricables et participant d’un même mouvement. Il ne suffit pas de dire que quelque chose est biologique pour dire que c’est immuable. C’est l’exemple du cerveau humain : il évolue avec le temps, et de génération en génération.

Les études de genre confondent-elles le genre et l’identité sexuelle ?

Quand le ministère de l’éducation a annoncé sa volonté d’introduire le concept de genre dans les manuels scolaires des classes de première, la sphère catholique et conservatrice s’est insurgée contre une « théorie » quelle accusait de nier l’individu au profit de sa sexualité. Dans une lettre envoyée au ministre de l’éducation, Luc Chatel, en août 2011 et signée par 80 députés UMP, on peut lire que, « selon cette théorie [du genre], les personnes ne sont plus définies comme hommes et femmes mais comme pratiquants de certaines formes de sexualité ».

Un mot d’ordre relayé par Gérard Leclerc dans un éditorial de France catholique datant de mai 2011, dans lequel il pointe la menace de ce qu’il qualifie d' »arme à déconstruire l’identité sexuelle ». C’est d’ailleurs cet argument qui nourrit l’idée – répandue par la plupart des sites régionaux de La Manif pour tous – selon laquelle « le vrai but du mariage homosexuel est d’imposer la théorie du genre ».

Mais les études sur le genre, et a fortiori le texte proposé pour les manuels de SVT par le ministère, insistent au contraire sur la différence entre identité sexuelle et orientation sexuelle. Il s’agit d’étudier comment s’articulent ces deux mouvements entre eux, et non de substituer l’un à l’autre. Par exemple, les personnes transsexuelles interrogent leur genre, et non pas leur sexualité. On peut changer de genre sans changer de préférence sexuelle.

Dans une réponse au député UMP Jean-Claude Mignon qui, dans une question à l’Assemblée, demandait que les nouveaux manuels de SVT soient retirés de la vente, le ministre de l’éducation Luc Chatel souligne bien que « la ‘théorie du genre’ n’apparaît pas dans le texte des programmes de SVT ». « La thématique ‘féminin/masculin’, en particulier le chapitre ‘devenir homme ou femme’, permet à chaque élève d’aborder la différence entre identité sexuelle et orientation sexuelle, à partir d’études de phénomènes biologiques incontestables, comme les étapes de la différenciation des organes sexuels depuis la conception jusqu’à la puberté », ajoute le ministère.

Voir encore:

« Théorie du genre », « études sur le genre » : quelle différence ?

Propos recueillis par Mattea Battaglia

Le Monde

22.04.2013

Bruno Perreau est professeur au MIT et chercheur associé aux universités de Cambridge et Harvard. Il est l’auteur de Penser l’adoption (PUF, 2012).

La droite catholique dit redouter la propagation de la « théorie du genre » en France. Un groupe de députés UMP réclame d’ailleurs, depuis décembre, la création d’une « commission d’enquête » pour en estimer la diffusion. Mais qu’entendent-ils exactement par « théorie du genre » ?

La « théorie du genre » n’existe que dans la tête des opposants à l’égalité des droits. Cette croyance repose sur le fantasme selon lequel le sexe et la sexualité pourraient être déterminés par un simple discours. Parlez d’homosexualité et vous deviendrez homosexuel. Evoquez les multiples façons dont les rôles masculins et féminins ont été pensés au cours de l’histoire, et vous risquez de susciter toutes sortes de déviance de genre ! Dans la réalité, l’identité est un processus beaucoup plus complexe. Et c’est précisément cette complexité que des chercheuses et des chercheurs interrogent en endocrinologie, en histoire, en droit, en sociologie, etc. Ils nous invitent à réfléchir à la façon dont nous nous pensons, individuellement et collectivement. C’est un travail critique très enrichissant pour une société. Mais, ce travail demande aussi du courage et de la générosité, car il faut admettre de se défaire de ses certitudes et de questionner son propre parcours à la lumière du parcours des autres.

Les adversaires de la « théorie du genre » préfèrent imaginer des ennemis, dont le projet serait d’abolir – mais par quels moyens ? – toutes les distinctions sociales – voire anatomiques – entre hommes et femmes. Ils confondent à dessein égalité et identité, différence et hiérarchie. Et pour mieux convaincre, ils adossent leur raisonnement à un discours nationaliste, la  » théorie du genre  » venant nécessairement des Etats-Unis.

Ces « études sur le genre », que vous distinguez de la « théorie du genre », se développent-elles en France ?

Il existe effectivement en France un faisceau de chercheuses et de chercheurs qui, dans de nombreuses universités, incorporent le genre dans leurs travaux, voire en font l’objet principal de leurs recherches. Il ne s’agit pas d’un phénomène nouveau : déjà dans les années 1970, même si le terme genre n’était pas lui-même utilisé, des universitaires comme Colette Guillaumin, Nicole-Claude Matthieu, René Schérer ou bien sûr Michel Foucault conduisaient cette réflexion critique au sein du CNRS, à l’EHESS et à l’université Paris-8, pour ne donner que quelques exemples. Parallèlement les mouvements sociaux ont contribué à inscrire à l’agenda politique des questions comme l’égalité hommes-femmes ou la reconnaissance des minorités sexuelles. De nouvelles pratiques sociales, familiales notamment, ont également émergé. Via les nouveaux médias, les jeunes générations sont exposées – mais aussi produisent – un ensemble d’informations et de références culturelles où sexe et sexualité jouent un rôle crucial. Il est donc essentiel de penser ces phénomènes.

Vous dites qu’il y a un réel besoin d’aborder ces questions parmi les plus jeunes…

Ce sont les étudiants eux-mêmes qui souhaitent mieux comprendre ces questions et demandent des cours sur le sujet. Grâce à l’engagement de quelques centaines d’universitaires – qui ont souvent, ce faisant, mis en « danger » leur propre carrière – des programmes sont apparus pour répondre aux besoins des étudiants, parmi lesquels le Master Genre de l’EHESS, le programme PRESAGE à Sciences Po, Paris-7, Paris-8, Toulouse Le Mirail, des formations au sein du nouveau campus Condorcet, etc. Ces programmes questionnent l' »orthodoxie » disciplinaire de l’université française. Mais, beaucoup reste à faire : l « immense majorité des étudiants en France ne seront jamais exposés à ces savoirs critiques, pourtant essentiels pour appréhender la complexité d’un monde qu’ils vont bientôt marquer de leur empreinte.

Voir de même:

Les gender studies pour les nul(-le)s

Sandrine Teixido, Héloïse Lhérété et Martine Fournier

Sciences Humaines

 30/01/2014

Faut-il enseigner les études de genre (rebaptisées « théorie du genre » par leurs adversaires) à l’école ? La polémique suscitée par cette question révèle le rapport ambivalent que la France entretient à l’égard des gender studies, champ d’étude né aux Etats-Unis, toujours soupçonné de s’inscrire dans une démarche militante, féministe, homo et transsexuelle. En réalité, les études de genre constituent un domaine de recherche pluridisciplinaire dont on peut retracer la genèse, les développements, les références et les enjeux. Dont acte.

Le concept de « gender » est né aux Etats-Unis dans les années 1970 d’une réflexion autour du sexe et des rapports hommes / femmes. Le mouvement féministe, qui a pris de l’ampleur après la révolution sexuelle, cherche à faire entendre sa voix au sein des institutions de recherche. Il s’agit de faire reconnaître un engagement qui se veut de plus en plus une réflexion renouvelée sur le monde.

C’est un psychologue, Robert Stoller (1), qui popularise en 1968 une notion déjà utilisée par ses confrères américains depuis le début des années 1950 pour comprendre la séparation chez certains patients entre corps et identité. De là l’idée qu’il n’existe pas une réelle correspondance entre le genre (masculin/féminin) et le sexe (homme/femme). Dès 1972, en s’appuyant sur l’articulation entre la nature et la culture développée par l’anthropologue français Claude Lévi-Strauss, la sociologue britannique Anne Oakley (2) renvoie le sexe au biologique et le genre au culturel.

Les universitaires américaines récusent le rapprochement souvent effectué entre les femmes et la nature (principalement à cause de leurs facultés reproductives) alors que les hommes seraient du côté de la culture. Un retentissant article publié en 1974 par l’anthropologue Sherry Ortner (3) en rend les termes particulièrement explicites : « Femme est-il à homme ce que nature est à culture ? » En anthropologie, c’est à Margaret Mead que revient une première réflexion sur les rôles sexuels dans les années 1930 (4). L’étude des rôles assignés aux individus selon les sexes et des caractères proprement féminins et masculins permet de dégager l’apprentissage de ce qui a été donné par la nature.

Objet et genèse d’un champ de recherche

Une fois le genre distingué du sexe, les chercheurs se concentrent sur les rapports homme/femme. L’historienne américaine Joan W. Scott (5) incite à voir plus loin qu’une simple opposition entre les sexes. Celle-ci doit être considérée comme « problématique » et constituer, en tant que telle, un objet de recherche. Si le masculin et le féminin s’opposent de manière problématique, c’est parce que se jouent entre eux des rapports de pouvoir où l’un domine l’autre.

Mais si le genre est d’emblée pensé comme une construction sociale, il n’en est pas de même du sexe, vu comme une donnée naturelle ou plus probablement « impensée ». C’est l’historien Thomas Laqueur qui démontrera le caractère construit historiquement du sexe et de son articulation avec le genre. Dans La Fabrique du sexe (1992), il met en évidence la coexistence (voire la prédominance du premier sur le second) de deux systèmes biologiques. Ainsi, pendant longtemps, le corps était vu comme unisexe et le sexe féminin était un « moindre mâle » tandis que nous serions passés au XIXe siècle à un système fondé sur la différence biologique des sexes.

Une fois le sexe devenu tout aussi culturel que le genre, la sexualité devient aux yeux des chercheurs l’objet d’une nouvelle réflexion. L’influence du philosophe français Michel Foucault (particulièrement dans la décennie 1980 durant laquelle ses œuvres ont été traduites aux Etats-Unis) est ici primordiale. Le genre est ainsi articulé au pouvoir et à sa « mise en discours » puis relié à l’analyse de la sexualité et de ses normes.

La fin des années 1980 voit un début d’institutionnalisation. Emprunté au vocabulaire psychologique et médical par la sociologie, le terme gagne d’autres disciplines comme l’histoire. Avant que le genre ne devienne un outil d’analyse, l’histoire des femmes s’attachait à faire affleurer des récits jusque-là invisibles, quitte à présenter les femmes de manière essentialiste, c’est-à-dire avec des caractéristiques propres et immuables telles que des qualités émotionnelles par exemple. L’analyse du genre ramène les spécificités prétendument féminines à la lumière d’un moment et d’une société donnés. Ainsi, les études de genre permettront de reconnaître le caractère construit socialement des données historiques sur les femmes ainsi que celles sur les hommes. Si le genre rend visible le sexe féminin, il implique que l’homme ne soit plus neutre et général mais un individu sexué. A partir de ce constat a pu se développer une histoire des hommes et des masculinités, principalement autour de la revue américaine Men and Masculinities dirigée par Michael Kimmel.

Les questions autour du genre, de par leur nette déviation dès le milieu des années 1980 vers la sexualité, ont contribué à diviser les féministes en deux clans. Les plus radicales se sont attachées à montrer le caractère oppressif de la hiérarchie des sexes en termes de sexualité avec un avantage systématique attribué à l’homme, considéré dans sa globalité comme un mâle dominant.

L’élargissement aux minorités sexuelles

D’autres, comme les Américaines Gayle Rubin et Judith Butler, montrent que le rapport entre les sexes n’implique pas seulement une hiérarchie entre les genres mais également une injonction normative. En 1984, G. Rubin (6) élargit la réflexion théorique aux sexualités qui échappent à la norme comme le sadomasochisme ou la pornographie. J. Butler (7), en 1990, tente de poser un regard transversal qui inclut autant les femmes, les gays et les lesbiennes que d’autres minorités qui ne se réduisent à aucune des deux premières catégories. Pour J. Butler, si le sexe est tout autant culturel que le genre, ce dernier s’entend comme un discours performatif sur lequel on pourrait agir et ainsi apporter des modifications aux habitus imposés par la société.

Cette grille d’analyse élargit la recherche aux minorités telles que les homosexuels, les lesbiennes ou les transgenres. Les études de genre peuvent exister à part entière puisque l’oppression ne concerne plus seulement les femmes, la domination n’émanant pas uniquement des hommes mais du système hétérosexuel. Les études gay et lesbiennes, et plus tard la théorie , insisteront sur une analyse de la norme imposée au genre ou non. Ainsi, le cas des lesbiennes peut être analysé sous l’angle du genre, en tant que femmes, comme au regard de la norme, en tant que déviantes. Le mouvement queer se joue de la multiplicité des identités sexuelles établies selon les nécessités et les contingences.

De même, le travail de l’historien américain George Chauncey (8) sur la culture gay new-yorkaise pendant l’entre-deux-guerres croise les paramètres du genre et de la sexualité de manière fructueuse. Il montre comment on est passé d’un système du genre où la relation homosexuelle reposait sur les identités homme/femme (seul celui des deux hommes qui présentait un comportement féminin était stigmatisé) à un système où l’homosexualité est jugée à l’aune de l’hétérosexualité. Dans le second cas (correspondant à la période actuelle), tout homosexuel est stigmatisé en regard de sa sexualité. L’historien a aussi mis au jour une coexistence des deux systèmes dans le New York contemporain où certaines communautés latinos continueraient de fonctionner selon un binarisme de genre.

La greffe française

Le concept de genre a eu des difficultés à s’implanter en France, principalement à cause d’une méfiance envers le féminisme américain jugé par trop communautariste et radical. Durant les années 1980, l’université française cherchait à se prémunir contre le politique. De par leur nécessaire passage par le militantisme, les études féministes s’éloignèrent donc du cadre de la recherche.

Les expressions « rapports de sexe » ou « rapports sociaux de sexe » ont longtemps été préférées à la notion de genre jugée trop floue. Ce vocabulaire est en adéquation avec l’approche féministe matérialiste influencée par l’école marxiste qui caractérise la première génération de chercheuses dans les années 1970, avec les sociologues Christine Delphy, Nicole-Claude Mathieu et Colette Guillaumin.

Elles rejoignent le travail de dénaturalisation initié par les universitaires américaines, principalement à travers la remise en cause du travail domestique comme activité naturelle de la femme.

C. Delphy centre sa réflexion sur l’oppression comme construction sociale. Elle s’oppose à une vision différencialiste et identitaire qui voit les femmes comme un groupe homogène avec des caractéristiques spécifiquement féminines. Elle inverse la problématique initiale : la masculinité et la féminité ne peuvent expliquer la hiérarchie et la domination, non moins que le sexe n’expliquerait le genre.

Les groupes d’hommes et de femmes n’ont été constitués que parce que l’institution sociale de la hiérarchie (et par là s’entend l’organisation sociale) est un principe premier, de même que c’est le genre qui donne sens à la caractéristique physique du sexe (qui ne recélerait en soi aucun sens).

Le concept de genre a réellement commencé à se diffuser en France au milieu des années 1990, lorsque la Communauté européenne s’est penchée sur les questions de genre et de parité dans la recherche d’une égalité effective. A partir de 1993, les débats sur la parité incitent les travaux sur le genre à prendre en compte le champ politique. Dès les années 1970, les travaux de Janine Mossuz-Lavau (9) sur la visibilité des femmes en rapport au vote, aux élections et à l’éligibilité ont permis un premier rapprochement entre les études de genre et le champ politique.

La sociologie du travail achèvera de convaincre de la nécessité de prendre en compte le sexe de manière systématique. Dans ce cadre, on assiste, durant les années 1990, à la création de modules de recherche spécifiques comme le Mage (Marché du travail et genre) autour de la sociologue Margaret Maruani qui, après s’être intéressée à la division sexuelle du travail, analyse aujourd’hui la division sexuelle du marché du travail.

Que ce soit en histoire, en anthropologie ou aujourd’hui dans la plupart des sciences sociales, en France, le genre est l’objet d’un intérêt grandissant au sein de l’université alors qu’aux Etats-Unis, le concept utilisé à outrance semble avoir perdu sa force de provocation et sa valeur heuristique, c’est-à-dire qu’il ne permet plus de découvrir de nouvelles pistes de recherche ou de poser un regard neuf sur des thèmes classiques. Les jeunes chercheurs français qui s’intéressent à cette thématique sont d’autant plus enthousiastes qu’ils se trouvent dégagés du militantisme qui entravait la reconnaissance de leurs prédécesseurs. En ce sens, leur principal enjeu revient à donner au genre un statut théorique dénué d’idéologie au sein des sciences humaines.

REFERENCES

Ce texte est une version actualisée de l’article « Les gender studies » publié dans Sciences Humaines, n° 157, février 2005.

Qu’est-ce que la « théorie du genre » ?

29 Janvier 2014

 Grégoire Lecalot, Alice Serrano

DECRYTAGE | Le ministre de l’Education nationale est monté au créneau mardi pour rassurer des parents au sujet d’une rumeur insinuant que la « théorie du genre » est enseignée à l’école. Pour ceux qui l’ont lancée, on cherche à gommer les différences sexuelles entre hommes et femmes. Depuis quelques années, cette idée se répand en France, et le mariage homosexuel, adopté l’an dernier, lui a donné un coup d’accélérateur. Elle relève pourtant du fantasme. Mais un fantasme bien utile, politiquement, pour certains.

La « théorie du genre » n’existe pas. En elle-même, l’idée tient déjà d’une rumeur, d’une mauvaise compréhension. Elle puise ses racines dans un domaine d’études universitaires qui est né aux Etats-Unis et y a connu un certain succès jusqu’aux années 70 : les « gender studies », littéralement, études sur le genre.

Les chercheurs ont voulu comprendre pourquoi et comment naissent les inégalités sociales entre hommes et femmes. Ils en ont décortiqué les mécanismes dans les champs politiques, sociaux, artistiques, historiques, philosophiques etc. Ces études ont donné lieu à des controverses passionnées entre chercheurs, mais elles n’ont jamais débouché sur aucune théorie politique. Il s’agit d’un domaine d’études universitaires.

Des féministes au Vatican

Toutefois, le féminisme des années 60-70 a commencé à utiliser ces recherches pour contester la domination sociale masculine. Le schéma femmes à la maison-hommes au travail ne reposait sur rien d’autre que des constructions sociales.

Avec les mutations dans la structure de la vie familiale, comme la hausse continue du nombre de familles recomposées ou la progression du travail féminin, la crainte d’une disparition du schéma familial traditionnel a commencé à se diffuser sourdement. Des réformes comme le mariage homosexuel l’ont accéléré. Et la prétendue « théorie du genre », qui viserait à gommer les différences entre hommes et femmes, a donné un visage à ces craintes. C’est sur elle, mais sans la nommer, que le pape Benoît XVI fait tomber les foudres vaticanes.

Epouvantail politique

Dès lors, la « théorie du genre » devient un épouvantail politique pour lutter contre des réformes sociales. Dernier exemple en date, l’appel au boycott des classes un jour par mois, lancé par une ancienne militante de la cause « beur » des les années 80, aujourd’hui proche de l’extrême droite. Elle utilise la « théorie du genre » contre un programme scolaire visant à lutter dès le plus jeune âge contre les clichés garçons-filles, qui servent de fondations, à l’âge adulte, aux inégalités sociales hommes-femmes.

Voir également:

Papa bleu, maman rose

Le Monde

13.04.2013

Florence Dupont (Ancienne élève de l’Ecole normale supérieure, agrégée de lettres classiques, elle est professeur de latin à Paris-Diderot.)

Du bleu et du rose partout dans le ciel de Paris : les manifestants contre le projet de loi sur le mariage pour tous ont déferlé dans les rues de la capitale en agitant des milliers de fanions, de drapeaux et de banderoles à ces deux couleurs. Ils en ont saturé les écrans télé. Rose et bleu, la « manif » est la croisade des enfants.

Bleu ou rose : les deux couleurs qui marquent les bébés à l’instant de leur naissance assignent à chacun, définitivement, sa résidence sexuelle. La médecine, l’état civil et ses premiers vêtements enferment l’enfant à peine né dans l’alternative du genre. « Tu seras un papa bleu, mon fils. » « Tu seras une maman rose, ma fille. »

D’un coup d’oeil, le médecin ou la sage-femme a repéré les organes génitaux qui vont officiellement déterminer l’un ou l’autre sexe du bébé – tant pis s’il y a un doute… Il faut choisir tout de suite. L’acte de naissance devra dans les trois jours dire si c’est une fille ou garçon.

L’éducation commence immédiatement, pas de pipi-caca incontrôlé. Le bébé bien propre dans sa couche est asexué. La puéricultrice lui met un ruban rose ou bleu au poignet. Chacun va s’évertuer à lui inculquer son genre. Caroline doit savoir tout de suite qu’elle est une adorable petite créature dans sa layette rose, et Thibaut en bleu ciel entendre qu’il est un petit mec « qui sait déjà ce qu’il veut ». Chacun doit s’extasier, à un premier sourire séducteur, « c’est bien une fille », à la première colère, « c’est bien un garçon ».

Quelques parents rebelles habillent de jaune ou de vert pomme leur nouveau-né sous l’oeil courroucé du personnel des maternités. Si en plus l’enfant s’appelle Claude ou Dominique, ces parents-là ne leur facilitent pas le travail. Comment s’y retrouver ? Car il faut s’y retrouver ! Bleu et rose sont les couleurs d’un marquage permettant de commencer dès la naissance la reproduction sociale du genre.

Cette stratégie de communication, qui emprunte sa symbolique aux couleurs des layettes, a été évidemment voulue par les adversaires de la loi Taubira. Ils ont fait de leur mieux pour brouiller leur image de droite. Sur le modèle du « mariage pour tous », ils ont inventé la « manif pour tous », pour faire oublier qu’ils manifestent contre l’égalité. En parlant de « manif », ils empruntent au peuple de gauche son vocabulaire. La manif ! On s’encanaille pour la bonne cause. Mais ont-ils assez réfléchi à la mythologie des couleurs choisies pour leur campagne ?

Le « bleu et rose » est une innovation dans les couleurs de la rhétorique militante. On connaissait le bleu « Marine », le vert des écolos, le rouge de la gauche… Le bleu et rose est plus qu’un signe de ralliement original. C’est un slogan. Le drapeau français brandi dans la manif n’est plus bleu, blanc, rouge, mais bleu ciel, blanc et rose.

En 1998, les Français avaient célébré la victoire d’une équipe « black, blanc, beur » lors de la Coupe du monde de football. Le peuple de la diversité renommait ainsi les trois couleurs du drapeau français. Le jeu verbal sur les trois « b » réunissait trois langages, le « black » américain faisait écho aux mouvements noirs pour les droits civiques, le « beur » repris au verlan des quartiers avait la même sonorité émancipatrice, le « blanc » était l’élément neutre de cette série, désignant avec humour les autres. Ce n’étaient pas trois communautés, mais trois façons d’être français qui avaient gagné ensemble.

De la même façon, la victoire de l’Afrique du Sud dans la Coupe du monde de rugby 1995 avait marqué la naissance de la « nation arc-en-ciel ». L’arc-en-ciel est plus que la réunion de toutes les couleurs, il symbolise un continuum, le spectre de la lumière blanche décomposée, il offre une diversité potentiellement infinie de nuances. C’est pourquoi le drapeau arc-en-ciel est aussi celui de l’association Lesbiennes, gays, bi et trans (LGBT). Chacun est différent et l’union des différences fait une société apaisée et fusionnelle.

Bleu, blanc, rose, le drapeau national, infantilisé, est au contraire l’emblème d’un peuple de « Blancs » que ne distingue entre eux que le genre attribué à la naissance. Un genre qui garde l’innocence de l’enfance – Freud ? connais pas – et sa pureté sexuelle.

Le logo dessiné sur ces fanions rose et bleu répète à l’infini l’image de la famille « naturelle ». Quatre silhouettes blanches – un père, une mère et un fils, une fille – sont accrochées l’une à l’autre comme dans les guirlandes de papier découpé que les enfants font à la petite école. Le papier est plié en accordéon ; le modèle est dessiné sur le premier pli, on découpe, et en dépliant, on obtient une ribambelle de figures toutes semblables qui se tiennent par la main et forment une farandole. Chaque logo est ainsi un morceau de la guirlande. Toutes les familles sont identiques. Ce sont des clones.

Que nous dit cette famille exemplaire ? Au centre, un homme et une femme se donnent la main, chacun d’eux tenant de l’autre main un enfant du même sexe qu’eux, un garçon ou une fille. Les adultes sont grands, les enfants sont leurs doubles en petit. Ils sont identifiables par les signes extérieurs de leur genre, distribués en marqueurs binaires. L’homme a, comme le jeune garçon, les cheveux courts et des pantalons. La femme a les cheveux mi-longs, la petite fille a des couettes ; toutes les deux ont une jupe qui entrave leur marche, au point que la fillette a les deux jambes soudées.

Les deux enfants tendent leur bras libre pour entraîner leurs parents « à la manif ». Le petit garçon tire son père avec force. La petite fille ne fait qu’esquisser le geste de son frère. L’homme est légèrement plus grand que la femme, il se tient fermement sur ses deux pieds, c’est lui qui conduit sa femme qu’il tient de sa main droite. Elle est légèrement en arrière.

Ce logo, qui mime la naïveté d’un dessin d’enfant, est clairement sexiste : le père protecteur et fort, le fils volontaire et décidé, la mère qui suit, et la petite fille timide. Le dispositif proclame l’homosocialité de la reproduction. La petite fille a sa mère pour modèle, le petit garçon, son père.

Les organisateurs ont enjoint à leurs troupes de n’utiliser que le matériel de campagne, créé et fourni par eux. Ils veulent garder la maîtrise de la communication. On comprend pourquoi en voyant quelques initiatives locales qui ont échappé à leur contrôle politique et révèlent les non-dits du logo.

L’affiche d’un collectif de Bordeaux, publié sur Internet, reprend les quatre figures, mais sans la fiction puérile du papier découpé. Le cadre énonciatif a changé, ce sont les adultes qui s’expriment dans l’image. L’homme, beaucoup plus grand que sa femme, se tourne vers elle pour l’entourer d’un bras protecteur. Celle-ci a les cheveux très longs et une minijupe. Maman est sexy. La fillette, carrément derrière, a au contraire une longue robe. Les enfants n’entraînent plus les parents à la manif, ce sont eux qui les y mènent. Garçon et fille se tournent vers eux apeurés. Et le père est si grand qu’il arrache presque le bras de son fils.

A part ces quelques dérapages, blanches sur fond bleu ou rose, roses sur fond blanc, les mêmes quatre silhouettes soudées de la famille exemplaire sont reproduites par milliers, exactement semblables : un cauchemar identitaire.

Hommes, femmes : le principe d’identification du genre est emprunté aux pictogrammes des toilettes publiques. Chacun derrière sa porte. Chacun son destin. Chacun sa façon de faire pipi, debout ou assis. Ces manifestants, qui revendiquent « du sexe, pas du genre ! », utilisent des symboles et des logos qui disent au contraire : « Ne troublez pas le genre », « Rallions-nous aux pictogrammes des toilettes, ils sont naturels ». Pour ces prisonniers de leur anatomie puérile, traduite en contraintes sociales du genre, quelle sexualité « naturelle » ? Leur innocence bleu et rose n’autorise que le coït matrimonial pour faire des filles et des fils qui seront les clones de leurs parents et ajouteront un module à la farandole.

Aucune place n’est faite aux enfants différents ! Aucune place pour les pères à cheveux longs, les femmes et les filles en pantalon, les mères voilées, les pères en boubou ! Aucune place pour les familles différentes aux parentés multiples – monoparentales, recomposées, adoptives – ! Aucune place pour les familles arc-en-ciel.

La famille nucléaire dessinée sur le logo et présentée comme naturelle n’est que le mariage catholique bourgeois du XIXe, adopté au XXe siècle par les classes moyennes et désormais obsolète. C’est une famille étouffante et répressive, la famille où ont souffert Brasse-Bouillon et Poil de carotte, famille haïssable de Gide, noeud de vipères de Mauriac.

Sur les logos bleu et rose des adversaires du mariage pour tous, la famille est filtrée par le regard des enfants, les adultes n’existent que pour être leur papa et leur maman naturels. Papa bleu et maman rose ne sont pas un couple hétérosexuel, mais une paire de reproducteurs « blancs ».

Florence Dupont (Ancienne élève de l’Ecole normale supérieure, agrégée de lettres classiques, elle est professeur de latin à Paris-Diderot.)

Voir enfin:

Les Lobbies en action

Vigie des familles
25 novembre 2013

Le concept de genre se diffuse à partir de trois leviers : égalité, stéréotype, homophobie.
En changeant le sens des mots, les programmes d’action du gouvernement, qui entendent lutter pour l’égalité, contre les stéréotypes et contre l’homophobie, mettent en place une nouvelle vision de la société pour « réformer notre civilisation ». Ce phénomène n’est pas réservé à la France. Il est mondial et sa promotion se fait aussi par les instances internationales (ONU, Conseil de L’Europe, Parlement européen…).
Le but poursuivi est de détruire, sous les oripeaux d’une notion d’égalité dévoyée, le modèle de référence basé sur l’altérité homme-femme et sur la différenciation sexuelle. Corps et culture sont découplés, dissociés dans une schizophrénie intellectuelle : toute différence est niée, le corps refusé. Dérive marxiste dont le but est de faire voler en éclat la famille, taxée de « traditionnelle », et de la remplacer par l’Etat-Mère égalitariste qui s’occupe de tout, nivelle tout…
Qui promeut cette idéologie ?

A l’ONU

Sommet mondial de Pékin sur la femme (1995)

C’est l’ONU qui a utilisé le concept de genre pour la première fois dans des textes officiels lors du Sommet mondial sur la Femme à Pékin en 1995. Depuis, le Conseil de l’Europe, le Parlement européen, l’UNESCO… ont suivi. Ainsi le mot genre a remplacé progressivement le mot sexe dans les textes officiels, les conventions, les résolutions et les directives européennes.

Au cœur de cette évolution, le Sommet Mondial de la Femme de 1995 avait suscité une espérance sans précédent sur l’engagement des femmes dans la société. On sait qu’elle a été aussi le lieu d’affrontements idéologiques et de diffusion d’un nouveau vocabulaire, signe d’une remise en cause de l’anthropologie humaine, par exemple les droits sexuels et génésiques.

A Pékin, le comité directeur de la conférence a proposé la définition suivante : « Le genre se réfère aux relations entre hommes et femmes basées sur des rôles socialement définis que l’on assigne à l’un ou l’autre sexe ».

CONSEIL DE L’EUROPE

 Résolution 1728 sur la discrimination sur la base de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre. Avril 2010.

En 2010, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe précisait que « l’identité de genre désigne l’expérience intime et personnelle de son genre telle que vécue par chacun. »

CNCDH (COMMISSION NATIONALE CONSULTATIVE DES DROITS DE L’HOMME)

la CNCDH estime nécessaire une refonte de la législation française concernant l’identité de genre, comme le préconisent les institutions internationales européennes. La CNCDH, qui ne se prononce pas ici sur le plan anthropologique mais au nom de la lutte contre toutes les formes de discrimination, demande la rectification des termes « identité sexuelle » présents dans la loi, jugeant qu’ils entraînent une confusion entre genre et détermination sexuelle et biologique. Elle propose de les remplacer par les termes d’ »identité de genre ».

 

EN FRANCE

  • Projet de loi pour l’égalité  entre les hommes et les femmes :

Réforme du congé parental

Le projet de loi engage la réforme du complément de libre choix d’activité (CLCA) pour favoriser le retour des femmes vers l’emploi et rééquilibrer la répartition des responsabilités parentales au sein du couple. Aujourd’hui, 96% des bénéficiaires du CLCA sont des femmes.

Seuls 18 000 pères y ont recours.

Objectif : 100 000 hommes en congé parental d’ici 2017. Comment ? Une période de six mois du complément de libre choix d’activité sera réservée au second parent, s’ajoutant aux droits existants pour les familles ayant un enfant. Les parents de 2 enfants continueront à bénéficier de 3 ans de congé à condition que le deuxième parent en utilise au moins 6 mois.

Cette réforme est indissociable de l’effort très important pour renforcer l’offre d’accueil de la petite enfance. Elle sera applicable pour les enfants nés ou adoptés à partir du 1er juillet 2014.

• Programme d’actions gouvernemental contre les violences et les discriminations commises à raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre. 31 octobre 2012.
• Etudes de genre

Site l’université Paris 8  ICI

Objectif : Le Master « Genre(s), pensées des différences, rapports de sexe » de Paris 8 est une formation pluridisciplinaire. Il vise à interroger la construction, la représentation et l’inscription des identités et des différences de sexe dans les sociétés, les cultures, les institutions, les discours et les textes. La question des rapports « de sexe » affecte toutes les pratiques sociales et traverse tous les champs de pensée. Le Master « Genre(s), pensées des différences, rapports de sexe » cherche donc à favoriser les démarches transversales et transdisciplinaires, à la mesure de son objet.

• Sciences-Po – Paris

Depuis septembre 2011 des cours obligatoires sont consacrés à l’enseignement du Gender, intitulé : Programme Présage.

À l’origine du projet, deux femmes économistes de l’OFCE, soutenues par Jean‐Paul Fitoussi, président de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) et par

Emmanuelle Latour de l’Observatoire de la parité créé en 1995. Celles‐ci déclarent qu’il faut en finir avec l’inégalité entre les hommes et les femmes dans l’entreprise. Pour les promoteurs de l’opération, le but est éminemment politique : « On veut faire progresser le combat contre les inégalités entre homme et femmes. »

En regardant d’un peu plus près, on comprend mieux l’intention. En particulier, grâce à l’évènement initiatique baptisée Queerqueek(La semaine queer) de Sciences Po, lancée du 3 au 6 mai 2010, comme une avant‐première des Gender studies. Car bien que les créatrices s’en défendent, il s’agit bien d’une étude centrée sur une réflexion identitaire.

Le programme de cette Semaine queer — « semaine du genre et des sexualités » — est explicite. L’individu postmoderne ne se reconnaît plus dans la société « hétérosexiste » : la différence des sexes est une dictature puisqu’elle est imposée par la nature. Pour être libre, l’individu doit pouvoir se choisir. Son droit le plus fondamental est « le droit d’être moi », de se choisir en permanence alors que la nature impose d’être un homme ou une femme.

• Queer week 2012
ICI

http://queerweek.com

  • • Prix de la Ville de Paris pour les Etudes de Genre

4 juillet 2012 ICI

  • • Congrès Institut du genre 3-5 septembre 2014

Les études de genre sont depuis plusieurs décennies en plein développement à l’échelle internationale. Créé en janvier 2012 à l’initiative de l’InSHS‐CNRS, l’Institut du Genreorganise son premier congrès international des « Études de genre en France » les 3, 4 et 5septembre 2014 à l’Ecole normale supérieure de Lyon.

  • • Petite enfance

 Rapport sur l’égalité entre les filles et des garçons dans les modes d’accueil de la petite enfance

Rapport de l’IGAS : ICI (Décembre 2012)

Le rapport souligne la nécessité de s’engager dans une éducation à l’égalité entre filles et garçons dès le plus jeune âge (0‐3 ans) par le biais d’une démarche partenariale nommée « PASS‐ÂGE ». Cette démarche repose sur cinq axes et quinze mesures parmi lesquelles la sensibilisation et la formation des personnels de crèches, la construction d’un pacte éducatif pour l’enfance, ou encore le développement de la mixité des professionnel‐les de la petite enfance. Le rapport propose également de mener une vaste politique de sensibilisation de la société et de responsabilisation des acteurs, notamment avec le monde du jouet, des vêtements, des livres et des médias. Comme le rappelle la ministre, nous avons besoin d’« un changement des mentalités, pour un changement de réalité. »

 • Une crèche gender en France

La crèche Bourdarias, visitée en septembre par Najat Vallaud-Belkacem et Dominique

Bertinotti, applique la méthode suédoise de non-différenciation des sexes. Le personnel encadrant de cette crèche veille spécifiquement à prodiguer une éducation neutre. Un mode de fonctionnement inspiré de la Suède. Plus de petits garçons ou de petites filles, mais rien que des «amis».

  • • Education Nationale

Lettre du ministre aux Recteurs d’Académies

Madame la Rectrice, Monsieur le Recteur,

Le gouvernement s’est engagé à « s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités », notamment par le biais d’une éducation au respect de la diversité des orientations sexuelles. L’engagement de notre ministère dans l’éducation à l’égalité et au respect de la personne est essentiel et prend aujourd’hui un relief particulier. Il vous appartient en effet de veiller à ce que les débats qui traversent la société française ne se traduisent pas, dans les écoles et les établissements, par des phénomènes de rejet et de stigmatisation homophobes.

….

La lutte contre l’homophobie en milieu scolaire, public comme privé, doit compter au rang de vos priorités. J’attire à ce titre votre attention sur la mise en œuvre du programme d’actions gouvernemental contre les violences et les discriminations commises à raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre. Je souhaite ainsi que vous accompagniez et favorisiez les interventions en milieu scolaire des associations qui luttent contre les préjugés homophobes, dès lors que la qualité et la valeur ajoutée pédagogique de leur action peuvent être établies. Je vous invite également à relayer avec la plus grande énergie, au début de l’année, la campagne de communication relative à la « ligne azur », ligne d’écoute pour les jeunes en questionnement à l’égard de leur orientation ou leur identité sexuelles.

Dans l’attente des conclusions du groupe de travail sur l’éducation à la sexualité, vous serez attentif à la mise en œuvre de la circulaire du 17 février 2003 qui prévoit cette éducation dans tous les milieux scolaires et ce, dès le plus jeune âge.

La délégation ministérielle de prévention et de lutte contre la violence dirigée par Eric Debarbieux, permettra de mieux connaître la violence spécifique que constitue l’homophobie. Enfin, vous le savez, j’ai confié à Michel Teychenné une mission relative à la lutte contre l’homophobie, qui porte notamment sur la prévention du suicide des jeunes concernés. Je vous remercie de leur apporter tout le concours nécessaire à la réussite de leurs missions.

Je souhaite que 2013 soit une année de mobilisation pour l’égalité à l’école.

Je vous prie de croire, Madame la Rectrice, Monsieur le Recteur, en l’assurance de ma considération distinguée.

Vincent PEILLON

(Extraits de la lettre du ministre)

• Ligne Azur  ICI

Ligne Azur est un service anonyme et confidentiel d’aide à distance pour toute personne s’interrogeant sur sa santé sexuelle (orientation / attirance, identité et pratiques …). Ce dispositif s’adresse également à leurs proches. La brochure « tombe la culotte » a été retirée suite aux protestations d’associations de parents.

  • • SOS homophobie retrouve son agrément national auprès des collèges et lycées.

Petite victoire pour l’association SOS homophobie: elle bénéficie de nouveau de l’agrément du ministère de l’Éducation nationale pour intervenir en milieu scolaire le tribunal administratif de Paris le lui avait retiré après une plainte de laConfédération nationale des associations familiales catholiques. Même privée d’agrément, SOS homophobie avait été félicitée pourson travail par le ministère de l’Éducation nationale qui n’a pas hésité à braver une décision judiciaire.

• Colloque « Eduquer contre l’homophobie dès l’école primaire », par le SNUipp-FSU

À l’occasion de cet événement organisé le 16 mai, jour de lutte contre l’homophobie, le syndicat a «mis à disposition» des professeurs des «outils théoriques et pratiques pour avancer» ICI

Le rapport de 192 pages déroule de nombreux chapitres, comme «Le genre, ennemi principal de l’égalité» ou «Déconstruire la complémentarité des sexes», et propose une vingtaine de «préparations pédagogiques» et ouvrages «de référence».

  • • Homophobie et harcèlement à l’école: rapport de Michel Teychenné

Discriminations lgbt – phobes à l’école état des lieux et recommandations ICI

Rapport de Michel Teychenné à Monsieur le Ministre de l’éducation nationale (Juin 2013)

  • • Programmes du Ministère de l’Education nationale pour l’égalité

 2013, l’année de mobilisation pour « l’égalité entre les filles et les garçons à l’école »  ICI

2013 constituera une année de mobilisation pour « l’égalité à l’école » associant l’ensemble des acteurs éducatifs et associatifs.

  • • L’apprentissage de l’égalité de la maternelle au lycée
  • • Une culture de l’égalité : la lutte contre les stéréotypes de l’école maternelle au lycée
  • • Le service public de l’orientation au service de la mixité
  • • Pour un respect mutuel : mieux éduquer à la sexualité
  • • Projet de loi sur la refondation de l’école

Il s’agit : « de substituer à des catégories comme le sexe ou les différences sexuelles, quirenvoient à la biologie, le concept de genre qui lui, au contraire, montre que lesdifférences entre les hommes et les femmes ne sont pas fondées sur la nature, maissont historiquement construites et socialement reproduites. »

  • • ABCD de l’Egalité

Décryptage XX-XY. Pour en finir avec les stéréotypes, l’Education nationale lance un dispositif expérimental. ICI

Dès cette rentrée, le ministère de Vincent Peillon, en collaboration avec celui de sa collègue aux Droits des femmes, Najat VallaudBelkacem, lance un dispositif baptisé «les ABCD de l’égalité» dans dix académies

«La formation des enseignants est au centre du dispositif, souligne Patrick Bacry, de la Mission égalité filles‐garçons de l’académie de Créteil, l’une des dix pionnières qui vont expérimenter les ABCD de l’égalité. « Il ne s’agit surtout pas d’en faire des boucs émissaires. Mais c’est un problème sociétal qui les touche aussi. Même s’ils font de leur mieux, de façon tout à fait inconsciente, ils peuvent avoir des comportements nourrissant des stéréotypes ou les laissant s’exprimer. A tous les niveaux, des inspecteurs jusqu’aux élèves euxmêmes, il faut encourager une prise de conscience.»

L’expérience va être évaluée au printemps 2014. Si elle se révèle concluante, elle sera étendue à la rentrée suivante à d’autres académies et progressivement généralisée.

Ce panorama n’est pas exhaustif, mais nous donne une idée de la technique tentaculaire (gender meanstreaming) des tenants de l’idéologie.

Quelques figures militantes et systématiquement présentes sur le terrain :

Didier Eribon (1953) est « un intellectuel, sociologue et philosophe français. ». Il est professeur à la Faculté de philosophie, sciences humaines et sociales de l’université d’Amiens et chercheur au CURAPP‐ESS (Centre de recherches sur l’action publique et le politique ‐ Épistémologie et sciences sociales). Biographe et ami du philosophe contemporain Michel Foucault (1926‐1984), l’un des penseurs de la « French theory » et source principale d’inspiration de Judith Butler, Eribon contribue à différents contenus de Ligne Azur, et a dirigé pour Larousse la rédaction du « dictionnaire des cultures gay et lesbienne ». Ce philosophe qui prétend repenser la famille révèle dans son livre autobiographique « Retour à Reims » la haine immense vouée à son père, qu’il refuse de revoir jusqu’à son décès, le mépris que lui vouent toujours ses frères et sœurs et son grand‐père dont il a ouvertement honte…« Nous devons travailler (…) à l’élargissement jamais terminé des possibilités des droits auxquels peuvent aspirer les individus et les modes de vie qui sont les leurs. Ce qui implique de continuer à défaire la norme hétérosexuelle partout où elle était, partout où elle revient, et à combattre la brutalité des discours qui à nouveau, encore et encore, ont essayé de l’imposer et de la ré‐imposer ! »

Daniel Borillo (1961) anime deux séminaires de recherche, l’un sur le droit de la sexualité dans le cadre de Paris X ‐Nanterre1 et l’autre sur les politiques publiques de l’égalité des chances et la lutte contre les discriminations dans un laboratoire du CNRS à Paris2. Il enseigne également le droit privé, le droit pénal et le droit civil espagnol.Il a été à l’origine en 2004, avec Didier Eribon, du «Manifeste pour l’égalité des droits» qui a conduit au premier mariage entre personnes du même sexe en France, célébré illégalement à Bègles par le député‐maire Noël Mamère. Le 5 décembre 2012, Daniel Borillo participe à une conférence à Sciences Po Paris organisée par le MJS, Amnesty International, le Front de Gauche et des associations de gauche et d’extrêmegauche. Au cours de la conférence, ses propos comparant les opposants au mariage homosexuel à des Nazis font polémique. Il fait partie de ces « juristes de référence » que le Comité National Consultatif d’Ethique a audités pour élaborer le projet de loi du « mariage pour tous. « La loi n’a pas pour mission de signifier la nature sexuée du parent, mais simplement sa fonction parentale. (…) Si les hommes et les femmes ont les mêmes droits et les mêmes obligations, et si ces fonctions sont interchangeables, pourquoi donc maintenir la distinction terminologique [père/mère] dans la loi ? Comment estil réactualisé, ce discours d’évidence, qui fonde l’imaginaire de la filiation sur la biologie ? (…) »

Eric Fassin (1959) : Ancien élève de l’École normale supérieure et agrégé d’anglais, il est chercheur à l’Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux (sciences sociales, politique, santé), unité mixte de recherche associant le CNRS, l’Inserm, l’EHESS et l’université de Paris XIII2. Sociologue engagé dans le débat public, il travaille sur la politisation des questions sexuelles et raciales, en France et aux États‐Unis.

Irène Théry (1952) : (sociologue, directrice d’étude à l’EHESS, nommée présidente d’un groupe de travail par Dominique Bertinotti dans le cadre de la Loi Famille) «Dans la culture occidentale moderne, il y a une certaine mythologie de la famille conjugale » et les manifestations contre la Loi Taubira auraient révélé « un attachement absolument i-maitrisé, incontrôlé, à cette mythologie » de la famille père-mère-enfant. « Pour moi c’est clair, le grand moteur du changement, c’est l’égalité des sexes ». Elle dit aussi que «[…] la grande révolution qu’on vit aujourd’hui, c’est essayer de vivre dans une société fondée sur la valeur cardinale de l’égalité de sexe, et ça bouleverse la famille, le couple, la filiation […] ça bouleverse aussi l’idée que seule la relation de sexes opposés serait fondée dans la nature des choses et donc ça introduit des relations de mêmes sexes […] »

Anne Verjus (docteur en études politiques, membre du laboratoire Triangle CNRS-ENS Lyon).  Elle affirme nécessaire de «Disjoindre la parentalité et la conjugalité». Elle propose «dès la naissance des enfants juste après le sevrage une (…) résidence alternée». Elle propose également de penser «à faire des enfants avec son meilleur ami plutôt qu’avec son amant». « Aujourd’hui, je pense qu’on est dans un troisième changement qui est la remise en cause du sexualisme et de la bi-catégorisation […] On était dans le conjugalisme, après on était dans le sexualisme, et là, on serait dans quelque chose qui pourrait être de l’ordre de l’inter-sexualisme »

Caroline Mecary (1963)(Avocate au barreau de Paris, membre de Europe Ecologie les Verts, conseillère régionale en Île-de-France, militante en faveur du mariage de personnes de même sexe et des personnes LGBT, notamment dans le cadre de son activité professionnelle).  « Pour pouvoir abolir le mariage, il faut d’abord que tout le monde puisse en bénéficier. […] [l’abolition] est l’étape suivante ».


Théorie du genre: Cherchez l’homme (Back when little boys wore dresses – one is not born, but rather becomes, a man)

21 novembre, 2013
Photo : CHERCHEZ L'HOMME (Back when little boys wore dresses - one is not born, but rather becomes, a man)Marguerite Charpentier sits beside her three-year-old son Paul. Following the fashion of the time, his hair has not yet been cut and his clothes match those of his sister Georgette, who perches on the family dog ...Thousands of photographs from the mid- and late-19th century show boys wearing dresses and this does not even count the images of boys with long hair who are commonly seen as girls in these old images. This of course was done by doting mothers as they were the ones caring for small children. It was done across class barriers for centuries. This was not an exclusively Victorian custom, rather, it was the norm in European cultures for centuries and it continued to the turn-of-the 20th century. We think that the development is associated with the development of pants/trousers. Throughout the medieval period men and women dressed similarly in long skirted garments, often referred to as gowns. This can be seen clearly in period paintings. Women's dresses were somewhat different, but the basic garments were quite similar. Younger boys simply continued the long established practice of wearing skirted garments. So actually the question should be, why did men stop wearing skirted garments or gowns. Male fashion began to change in the Renaissance when younger men began wearing tunics with long hose rather like tights. These long hose gradually evolved into pantaloons or modern trousers. It is at this point that boys and men's clothing diverged. Young children in the care of women continued to be dressed alike. It is not clear why young boys continued to be dressed like girls. It may be that mothers who were the parent caring for younger children saw no need to make this change. Here they may have been sociological factors. Women may not have seen the need for dressing boys as men or thought it very important. There may have been practical reasons such as toilet training which would have been more difficult for little boys wearing hose/tights and pantaloons/trousers. We have not yet found any written work addressing this question. Boys continued to wear dresses through most of the 19th century. We only see the popularity of this fashion waning after about 1895 and by about 1905 it was no longer a major fashion convention. It did not entirely disappear and we continue to see a few boys in dresses until after World War I. After the War, however, it became the exception rather than the rule. Only infants wore dresses. The Sears Catalog used to sell complete baby layettes suitable for either sex, complete with frilly dresses, into the 1940s.Why did the centuries-long convention largely disappear within the space of only about a decade? This is another issue that we have not see addressed in other sources. Here we can only speculate at this time. It may relate to changing attitudes toward childhood. Children were regarded as asexual beings until Freud's work in the late-19th century. We are not sure, however, to what degree this had penetrated the popular mind. Freud's work, however, was affecting professional thought. Another factor is public education. Younger children were no longer closeted within the family, most boys began school at age 6 years. They could not wear dresses to school. And their little brothers would not be happy wearing dresses. Modern media exploded at the turn-of-the century. Newspapers and magazines could print photographs for the first time. Movies began to become popular. This meant that popular fashion became increasingly pronounced, leaving less latitude to the doting mother. The development of rubber training pants may have been an important factor. One researcher suggests that the earlier Little Lord Fauntleroy craze was a factor. Mothers rushed to breech their boys so they could wear Fauntleroy suits. And perhaps those grown up boys remembering the indignities of the Fauntleroy suit, involved themselves in how their younger sons were dressed to a greater degree than their fathers. A reader writes, "Some people at the time, most prominently President Teddy Roosevelt, were stressing that boys had to be "real boys". The word "sissy" then began to be used more frequently. People become more gender conscious, promoted by advertising companies. As I said in an earlier e-mail, did the people want gender differentiated garments/shoes, or was it the companies' profit motives?"http://histclo.com/style/skirted/Dress/dresswhy.htmlBreeching was the occasion when a small boy was first dressed in breeches or trousers. From the mid-16th century until the late 19th or early 20th century, young boys in the Western world were unbreeched and wore gowns or dresses until an age that varied between two and eight. Breeching was an important rite of passage in the life of a boy, looked forward to with much excitement. It often marked the point at which the father became more involved with the raising of a boy.http://en.wikipedia.org/wiki/Breeching_%28boys%29Madame Georges Charpentier (née Marguerite–Louise Lemonnier, 1848–1904) and Her Children, Georgette–Berthe (1872–1945) and Paul–Émile–Charles (1875–1895), 1878Auguste Renoir (French, 1841–1919)http://jcdurbant.wordpress.com/2011/12/31/hemingway50e-splendeurs-et-miseres-de-la-virilite-splendors-and-miseries-of-virility/Inévitablement, nous considérons la société comme un lieu de conspiration qui engloutit le frère que beaucoup d’entre nous ont des raisons de respecter dans la vie privée, et qui impose à sa place un mâle monstrueux, à la voix tonitruante, au poing dur, qui, d’une façon puérile, inscrit dans le sol des signes à la craie, ces lignes de démarcation mystiques entre lesquelles sont fixés, rigides, séparés, artificiels, les êtres humains. Ces lieux où, paré d’or et de pourpre, décoré de plumes comme un sauvage, il poursuit ses rites mystiques et jouit des plaisirs suspects du pouvoir et de la domination, tandis que nous, »ses« femmes, nous sommes enfermées dans la maison de famille sans qu’il nous soit permis de participer à aucune des nombreuses sociétés dont est composée sa société. Virginia Woolf (1938)
Plus les femmes deviennent fortes, plus les hommes aiment le football. Mariah Burton Nelson (1994)
Le privilège masculin est aussi un piège et il trouve sa contrepartie  dans la tension et la contention permanentes, parfois poussées jusqu’à l’absurde, qu’impose à chaque homme le devoir d’affirmer en toute circonstance sa virilité. (…) Tout concourt ainsi à faire de l’idéal impossible de virilité le principe d’une immense vulnérabilité. C’est elle qui conduit, paradoxalement, à l’investissement, parfois forcené, dans tous les jeux de violence masculins, tels dans nos sociétés les sports, et tout spécialement ceux qui sont les mieux faits pour produire les signes visibles de la masculinité, et pour manifester et aussi éprouver les qualités dites viriles, comme les sports de combat. Pierre Bourdieu (1998)
Breeching was the occasion when a small boy was first dressed in breeches or trousers. From the mid-16th century until the late 19th or early 20th century, young boys in the Western world were unbreeched and wore gowns or dresses until an age that varied between two and eight. Breeching was an important rite of passage in the life of a boy, looked forward to with much excitement. It often marked the point at which the father became more involved with the raising of a boy. Wikipedia

On ne nait pas homme, on le devient.

A l’heure où après nous avoir imposés le mensonge du mariage pour tous…

Nos croisés du genre tentent de déboussoler nos enfants …

Rappel avec ce tableau de Renoir …

Où conformément à la coutume de l’époque …

Avant le véritable rite de passage de l’accès à la ulotte (courte) …

Le fils de trois ans de la femme de l’éditeur Charpentier…

Pose, habillée à l’identique de sa petite soeur, aux côtés de leur mère …

Why Did Mothers Outfit Boys in Dresses?

Thousands of photographs from the mid- and late-19th century show boys wearing dresses and this does not even count the images of boys with long hair who are commonly seen as girls in these old images. This of course was done by doting mothers as they were the ones caring for small children. It was done across class barriers for centuries. This was not an exclusively Victorian custom, rather, it was the norm in European cultures for centuries and it continued to the turn-of-the 20th century.

We think that the development is associated with the development of pants/trousers. Throughout the medieval period men and women dressed similarly in long skirted garments, often referred to as gowns. This can be seen clearly in period paintings. Women’s dresses were somewhat different, but the basic garments were quite similar. Younger boys simply continued the long established practice of wearing skirted garments. So actually the question should be, why did men stop wearing skirted garments or gowns. Male fashion began to change in the Renaissance when younger men began wearing tunics with long hose rather like tights. These long hose gradually evolved into pantaloons or modern trousers. It is at this point that boys and men’s clothing diverged. Young children in the care of women continued to be dressed alike. It is not clear why young boys continued to be dressed like girls. It may be that mothers who were the parent caring for younger children saw no need to make this change. Here they may have been sociological factors. Women may not have seen the need for dressing boys as men or thought it very important. There may have been practical reasons such as toilet training which would have been more difficult for little boys wearing hose/tights and pantaloons/trousers. We have not yet found any written work addressing this question.

Boys continued to wear dresses through most of the 19th century. We only see the popularity of this fashion waning after about 1895 and by about 1905 it was no longer a major fashion convention. It did not entirely disappear and we continue to see a few boys in dresses until after World War I. After the War, however, it became the exception rather than the rule. Only infants wore dresses. The Sears Catalog used to sell complete baby layettes suitable for either sex, complete with frilly dresses, into the 1940s.

Why did the centuries-long convention largely disappear within the space of only about a decade? This is another issue that we have not see addressed in other sources. Here we can only speculate at this time. It may relate to changing attitudes toward childhood. Children were regarded as asexual beings until Freud’s work in the late-19th century. We are not sure, however, to what degree this had penetrated the popular mind. Freud’s work, however, was affecting professional thought. Another factor is public education. Younger children were no longer closeted within the family, most boys began school at age 6 years. They could not wear dresses to school. And their little brothers would not be happy wearing dresses. Modern media exploded at the turn-of-the century. Newspapers and magazines could print photographs for the first time. Movies began to become popular. This meant that popular fashion became increasingly pronounced, leaving less latitude to the doting mother. The development of rubber training pants may have been an important factor. One researcher suggests that the earlier Little Lord Fauntleroy craze was a factor. Mothers rushed to breech their boys so they could wear Fauntleroy suits. And perhaps those grown up boys remembering the indignities of the Fauntleroy suit, involved themselves in how their younger sons were dressed to a greater degree than their fathers. A reader writes, « Some people at the time, most prominently President Teddy Roosevelt, were stressing that boys had to be « real boys ». The word « sissy » then began to be used more frequently. People become more gender conscious, promoted by advertising companies. As I said in an earlier e-mail, did the people want gender differentiated garments/shoes, or was it the companies’ profit motives? »

Voir aussi:

L’Ecole, les filles, les garçons et la construction des stéréotypes

France Culture

17.11.2012

Père : « le mari de la maman, sans lui la maman ne pourrait pas avoir d’enfants. C’est le chef de famille parce qu’il protège ses enfants et sa femme. »

Le dictionnaire des écoliers regroupe des définitions rédigées par des élèves de la maternelle au CM2 avec leur professeur. L’ensemble est regroupé, publié sous l’égide du Ministère de l’Education Nationale et était disponible, jusqu’à la semaine dernière sur le site du Centre national de la pédagogie, le CNDP.

Sans doute cette définition n’avait-elle pas été suffisamment travaillée. Restée deux ans sur le site, elle n’aura pas résistée à la vindicte des féministes sur les réseaux sociaux. Elle révèle surtout un sexisme naïf et sans fard, en l’occurrence celui de bien des enfants.

Nous allons voir aujourd’hui quels sont les stéréotypes sexués propres à l’école, comment ils persistent, comment ils jouent sur le climat scolaire et les parcours des élèves et, puisque Vincent Peillon vient de lancer un groupe de travail pour « éduquer à la sexualité et lutter contre les préjugés sexistes », nous allons examiner quelques pistes de réflexions sur le sujet avec nos invités qui ont chacun travaillé sur ces questions.

Trois invités aujourd’hui dans « Rue des Ecoles » pour nous éclairer sur la Construction des stéréotypes et les problèmes de « genre » à l’ecole :

- Françoise Vouillot, Maître de Conférences en Psychologie et Directrice adjointe de l’INETOP-CNAM. Elle a co- dirigé une étude intitulée Orientation scolaire et discrimination – Quand les différences de sexe masquent les inégalités (Documentation Française, Mai 2011). Elle participe d’autre part à l’Atelier de réflexion lancé le 12 novembre 2012 par le Laboratoire de l’Egalité sur l’education.

- Sylvie Ayral, Docteur en Sciences Sociales à l’Université de Bordeaux, membre de l’observatoire international de la Violence à l’Ecole, ancienne institutrice en milieu rural, elle est l’auteur d’un essai : La fabrique des garçons, sanctions et genre au collège – préface de jack Lang – Post-face de Daniel Welzer-Lang (editions Puf / le Monde Editions, mars 2011).

Elle est en duplex depuis Bordeaux où elle enseigne.

- Georges Sideris, Historien, Maître de conférences en Histoire ancienne et médiévale, il enseigne à l’IUFM de la Sorbonne Paris IV pour la formation des enseignants sur les stéréotypes et le genre à l’école. Il anime ce séminaire sur le questionnement des stéréotypes de genre Filles / Garçons à l’Ecole.

Madame Georges Charpentier (née Marguerite–Louise Lemonnier, 1848–1904) and Her Children, Georgette–Berthe (1872–1945) and Paul–Émile–Charles (1875–1895), 1878

Auguste Renoir (French, 1841–1919)

http://jcdurbant.wordpress.com/2011/12/31/hemingway50e-splendeurs-et-miseres-de-la-virilite-splendors-and-miseries-of-virility/


Education: C’est le syndrome du vestiaire, imbécile ! (Harvard to outraise Stanford in new 6.5 billion fundraising drive)

23 septembre, 2013
http://www.smallworldbeauty.com/wp-content/uploads/2008/11/jla_lockerroom.jpgJ’ai travaillé avec Freud à Vienne. On s’est brouillé sur le concept d’envie du pénis. Il voulait le limiter aux femmes. Leonard Zelig
La taille du pénis chez des hommes a souvent fait l’objet de fantasme. Toutefois, le contenu de ces fantasmes varie selon des époques. En effet, durant la période dite de l’Antiquité, c’était la petite taille du pénis qui fut valorisée, alors que dans la période actuelle c’est plutôt la grande taille qui se trouve être prisée. Pour les Grecs de l’Antiquité, un homme viril devait être doté d’un petit sexe. Ainsi, pour Aristote, un pénis trop long était signe de stérilité. Les travaux notamment de l’historien Thierry Eloi ont montrés que chez les Romains la grosse taille d’un pénis était considérée comme à la fois une vulgarité au niveau social et une disharmonie au niveau esthétique. Aujourd’hui encore, dans certaines tribus amérindiennes, le statut social est dicté par la taille du sexe masculin, seuls les hommes ayant un petit pénis sont amenés à occuper les places les plus hautes de la structure sociale. Wikipedia
Harvard, the richest university in the United States (about $30.7 billion, roughly the size of the annual gross domestic product of the Baltic nation of Latvia), said on Saturday it would seek to raise some $6.5 billion in donations to fund new academic initiatives and bolster its financial aid program. The fundraising drive by the Cambridge, Massachusetts, institution is believed to be the most ambitious ever undertaken by a university, ahead of one concluded last year by Stanford University in California that raised $6.2 billion. Reuters
Australian researchers found even men who feel secure when they’re alone or in the bedroom fall prey to “locker room syndrome”—wishing for larger muscles or penises when comparing themselves to other men. “It’s not always a bad thing to be competitive, as a slight push for improvement can do everyone good,” says study author Annabel Chan Feng Yi, Psy.D., of Victoria University ... Men’s health
‘Locker room syndrome’ drives men to think big … We have relatively little data about the body image of men because most of the research in this area concentrates on women, » Ms Chan says. « It means men don’t really get much help in terms of therapy, and options out there to get help. » Stuff
“Men’s preoccupation with size was rarely to do with pleasing sexual partners or even appearing as a better sexual partner, [...] It was often more about competition with other men. Many felt most insecure about their size in environments where other men might see them, such as gym change rooms.” (…) all of which goes to show that it isn’t just women who suffer from appearance issues … Inquisitr

Attention: un syndrome peut en cacher un autre !

A l’heure où la plus riche université du monde (30 milliards de dollars: le PIB de la Lituanie ou le budget annuel des Instituts nationaux de la santé !) se lance dans une levée de fonds de 6, 5 milliards de dollars …

Alors que sa rivale de la côte ouest vient de lever 6, 2 milliards …

Et que Polytechnique se félicite de lever 35 millions d’euros …

Comment ne pas y voir l’évident effet, bien connu des sportifs (au grand bonheur des sites et officines d’allongement pennal), du syndrome du vestiaire ?

Harvard asks donors for $6.5 billion

Reuters

Sep 21 2013

BOSTON (Reuters) – Harvard, the richest university in the United States, said on Saturday it would seek to raise some $6.5 billion in donations to fund new academic initiatives and bolster its financial aid program.

The fundraising drive by the Cambridge, Massachusetts, institution is believed to be the most ambitious ever undertaken by a university, ahead of one concluded last year by Stanford University in California that raised $6.2 billion.

Harvard unveiled its campaign at an event featuring Bill Gates, who spent three years at the school in the 1970s before dropping out to co-found Microsoft Corp.

Gates, who was ranked by Forbes magazine this year as the world’s second-richest person behind Mexico’s Carlos Slim, joked about his decision to leave the university during a talk before alumni and donors.

« You never say that you are ‘dropping out’ of Harvard. I ‘went on leave’ from Harvard, » he said. « If things hadn’t worked out for my company, Microsoft, I could have come back. »

The university has already raised $2.8 billion from more than 90,000 donors during the pre-launch phase of the campaign, its first major fundraising drive in more than a decade, it said in a press release.

Harvard’s investment portfolio is worth about $30.7 billion, roughly the size of the annual gross domestic product of the Baltic nation of Latvia.

That endowment shrank 0.05 percent in the fiscal year ended in 2012, after double-digit gains the previous year, according to the most recent figures from the university.

« The endowment is meant to last forever. … It enables our faculty to do groundbreaking research and supports financial aid for our students, » Vice President for Alumni Affairs & Development Tamara Rogers said in a statement. « In order to undertake new activities, we are going to have to raise new funds. »

Nearly half of the money raised in the new campaign will support teaching and research, while a quarter will go for financial aid and related programs. The rest will go toward capital improvements and a flexible fund, according to Harvard, recently ranked America’s No. 2 university behind Princeton by U.S. News & World Report.

Four years ago, Harvard was forced to suspend its campus expansion and put the construction of a $1 billion science complex on hold after its endowment lost 27.3 percent during the financial crisis.

The science building was slated to be the cornerstone of an ambitious 50-year expansion plan designed to increase the campus size by 50 percent.

(Reporting by Richard Valdmanis; Additional reporting by Jim Finkle; Editing by Leslie Gevirtz and Peter Cooney)

Voir aussi:

‘Locker Room Syndrome’ Has Men Bothered About Penis Size

The Inquisitr

June 15, 2013

Australian researchers have discovered that men are more bothered about their penis size when they’re in the locker room.

The traditional view that men are bothered about their penis size and whether they’re good in bed because of it, isn’t actually what bothers them the most, according to clinical psychology doctoral graduate, Annabel Chan Feng Yi.

The study, carried out by Victoria University, has surveyed over 700 men between the ages of 18 and 76 in order to come to the conclusion that ‘locker room syndrome’ affects men more than size worries in the bedroom.

This is apparently because, in the locker room, men have other men to compare themselves with, while at home they only have their partners to pass judgement (normally).

Yi and her fellow researchers have discovered that, while penis size is important, it’s not how their partners perceive it that has men on edge:

“Men’s preoccupation with size was rarely to do with pleasing sexual partners or even appearing as a better sexual partner, [...] It was often more about competition with other men. Many felt most insecure about their size in environments where other men might see them, such as gym change rooms.”

No doubt French men at the gym will be more concerned about their penis size than other men, if a penis size survey from 2012 is accurate.

Furthermore, men who revealed their locker room syndrome, actually felt more than comfortable when they were intimate with their partners, which seems evident in how successful the ‘condom size’ app has been since its launch; there’s no need to worry when it’s only you judging your member.

In addition to penis size worries, the men surveyed also held strong worries regarding their body size, with gay participants statistically more concerned with their muscle size than straight men; all of which goes to show that it isn’t just women who suffer from appearance issues.

The researchers concluded that, while their study on locker room syndrome was a breakthrough in bringing men’s body issues to light, more studies are needed if men’s overall experiences and concerns are to be fully understood.

Voir enfin:

Syndrome du vestiaire

Vulgaris médical

Définition

Le syndrome du vestiaire, appelé autrefois dysmorphophobie génitale et actuellement dénommé BDD (Penile Body Dysmorphic Disorder), est un trouble de la dysmorphie corporelle pénienne, et un ensemble de symptômes caractérisant les réactions de certains hommes convaincus de posséder un pénis (verge) trop petit et pour lequel ils éprouvent un sentiment d’incomplétude, d’infériorité voire de gène ou de honte. C’est essentiellement dans les lieux publics où il est nécessaire de se déshabiller comme cela se conçoit dans les vestiaires, que le syndrome du vestiaire apparaît. Les douches publiques, les gymnases, les piscines sont ces lieux où certains individus sont persuadés de souffrir d’un sexe trop petit par rapport aux autres hommes.

Le syndrome du vestiaire engendre une certitude d’être plus mal loti que les autres et cela même sous les sous-vêtements. La petitesse supposée du sexe engendre chez ces patients une impression d’être exposé constamment à de la raillerie de la part des autres hommes et des femmes.

Il s’agit d’une perception anormale du corps qui est ici centré sur le pénis et qui traduit un trouble psychologique avec préoccupation trop importante, presque permanente qui s’explique par un manque d’estime et de confiance en soi. Pour ces individus qui ont du mal à s’aimer et à être aimés, tout est centré sur le pénis et ce trouble qui engendre des problèmes de sexualité, et aggravé durant certaines périodes, en particulier au cours du syndrome dépressif dont il constitue un symptôme.

Le syndrome du vestiaire ne doit pas être confondu avec les troubles concernant également le pénis mais survenant durant l’adolescence et qui se caractérise par l’absence de rumination permanente et de conviction négative.

La cause, s’il est possible d’en avancer une ou plusieurs, et sans doute la recherche au sein de la société, la surestimation croissante de la nécessité de performances sexuelles liée à la taille du pénis surtout en ce qui concerne l’obtention du plaisir chez la femme. Les films pornographiques ainsi que le manque d’information en ce qui concerne la taille réelle du pénis qui est d’environ 13 cm + ou – 4 cm au cours de l’érection (phallus) aggravent la survenue du syndrome du vestiaire. Signalons que la taille du sexe à l’état flacide (mou) est le plus souvent, chez la majorité des hommes, inférieur à 4 à 6 cm.


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