Théorie du genre: La bataille des toilettes a commencé (Battle of the bathroom: The future is already here – it’s just not yet evenly distributed)

8 février, 2014
http://cupwire.ca/wp-content/uploads/sites/4/2013/10/TransgenderedWashrooms1.jpgLe futur est déjà là – simplement, il n’est pas encore réparti de manière uniforme. William Gibson
Il est temps de rétablir ce grand principe qu’on semble méconnaître : que les enfants appartiennent à la République avant d’appartenir à leurs parents. Danton (1793)
http://www.lepoint.fr/images/2014/02/04/2402221-tweet-gorafi-1-jpg_2064367.jpgDepuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude.  G.K. Chesterton
L’inauguration majestueuse de l’ère "post-chrétienne" est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en "radicalisant" le souci des victimes dans un sens antichrétien. René Girard
On a commencé avec la déconstruction du langage et on finit avec la déconstruction de l’être humain dans le laboratoire. (…) Elle est proposée par les mêmes qui d’un côté veulent prolonger la vie indéfiniment et nous disent de l’autre que le monde est surpeuplé. René Girard
Les progrès des biotechnologies nous annoncent la possibilité du clonage humain, promesse d’une transformation de l’espèce humaine, qui est très exactement ce sur quoi ont buté le xixe et le xxe siècles. Les philosophies de l’Histoire, le marxisme comme le fascisme et le nazisme, ont rêvé toutes les trois d’un homme nouveau, et recommandé sa production à partir d’une révolution sociale. Slotterdijk nous dit : attention, nous risquons de voir se réaliser ce fantasme et cette utopie qui ont nourri les philosophies de l’histoire et conduit aux catastrophes que l’on sait. (…)Je crois que c’est une très grande erreur d’isoler l’histoire actuelle des développements de la biologie moléculaire, de l’histoire actuelle du développement des théories de l’information et des nouveaux matériaux. C’est en fait la même révolution, et souvent avec les mêmes acteurs, passant de la physique ou de l’information à la biologie. Il ne faut pas dissocier les biotechnologies des autres avancées scientifiques, ce sont les mêmes, dans le même contexte des technosciences, livrées à l’empire de la physico-chimie ; et n’oublions pas les intérêts concurrentiels des entreprises privées et publiques. (…) Nous sommes entrés dans un monde nouveau, radicalement nouveau, ce qui explique que les utopies se réalisent effectivement, à force à la fois de science et de fantasmes. (…) Slotterdijk s’appuie sur le politique de Platon pour montrer que toute l’histoire de l’humanité se réduit à la manière dont, grâce à l’éducation, on a pu distinguer et choisir les meilleurs, parmi les élites, et que, à terme, la biologie permettra enfin une sélection autrement plus efficace que celle des belles lettres. (…)Le siècle que nous avons vécu, siècle court qui a commencé en 1914, 1917 ou 1918 et qui s’est terminé en 1991, a vécu d’utopies réalisées qui ont fort mal tourné. Les totalitarismes fondés sur l’exploitation et la servitude des masses consentantes en ont fait un siècle de terreur et de massacres d’une ampleur sans précédent. À des titres, dans un style et suivant des répercussions différents, communisme, fascisme et nazisme ont envahi la scène de l’Histoire en proposant chacun l’idée de la fabrique d’un homme nouveau appelé à succéder aux impostures de l’humanisme. Dans ce désaveu de l’humanisme, c’est d’abord le procès de la bourgeoisie que, de tous côtés, écrivains et philosophes du xixe siècle, de Flaubert ou Baudelaire à Marx ou à Nietzsche, ont dressé, procès que les idéologies totalitaires du xxe siècle ont repris à leur compte, jusqu’à revendiquer l’inhumanité comme moteur de l’Histoire, c’est-à-dire comme l’instrument de leur expansion. Je ne vais pas insister sur ce point, mais si on réfléchit à la question suivante – d’où vient la tragédie de ce siècle ? – je crois qu’elle vient de ce que le procès intellectuel fait à la bourgeoisie a nourri, sur les désastres de la Première Guerre mondiale, les passions révolutionnaires, celles de droite comme celles de gauche, toutes les formes de gauches ; celles qui ont précédé la fin du communisme et celles qui l’ont suivie s’en sont encore inspirées, des Brigades rouges à la bande à Baader, mais aussi à l’armée de purification prolétarienne organisée par Pol Pot en religion d’État au Cambodge. Je crois qu’il faut lire et relire François Furet pour comprendre combien ce procès de la bourgeoisie, dont l’instruction remonte au xixe siècle, s’est confondu, au lendemain de la Première Guerre mondiale, avec le procès de la démocratie. Dans la culture européenne, le mépris mêlé de haine dont la bourgeoisie a été l’objet se confond avec cette dénonciation de l’humanisme, paravent des abus et des crimes qui se commettent dans l’exploitation du prolétariat par le capitalisme, du Nègre et du Jaune par le colonialiste, des peuples par l’impérialisme. Déficit moral et politique. Tartufferie des régimes parlementaires. Hypocrisie des libertés formelles. Imposture des sociétés démocratiques qui prétendent diffuser la civilisation alors qu’elles imposent la domination de la classe bourgeoise sur toutes les autres et tirent parti de leur génie technique pour asservir le prolétariat ou détériorer la pureté de la race. C’est de ce procès que vont naître et s’alimenter les passions révolutionnaires. En termes de psychanalyse, je crois qu’il faut relever cette note de François Furet : ce trait sans doute unique de la démocratie moderne dans l’Histoire universelle, cette capacité infinie à produire des enfants et des hommes qui détestent le régime social et politique dans lequel ils sont nés, haïssent l’air qu’ils respirent alors qu’ils en vivent et qu’ils n’en ont pas connu d’autre. La scène fondamentale de cette société n’est pas, comme l’a cru Marx, la lutte de l’ouvrier contre le bourgeois, c’est celle qui fait d’un peu tout le monde, y compris du bourgeois lui-même, l’ennemi du bourgeois. Le grand secret de la complicité entre communisme, fascisme et nazisme, quelles que soient leurs différences, qui sont considérables, c’est l’existence de cet adversaire commun, le bourgeois que chacun d’entre eux entend dénoncer, exorciser et combattre dans une lutte à mort. À partir du xixe siècle, l’Histoire en place dans notre société laïcisée remplace Dieu dans la toute-puissance sur le destin des hommes, mais c’est bien au xxe siècle que se font voir les folies politiques nées de cette substitution. Nietzsche devient alors le repère fondamental de cette manière de considérer que l’Histoire peut transformer non seulement la société, mais aussi la nature humaine et produire l’homme nouveau. On aurait pu croire enterré ce fantasme de l’homme nouveau après l’écrasement du nazisme et l’implosion du communisme. On aurait pu croire précisément que la fin du communisme, ayant fait de celui-ci – je cite Furet – un objet historique offert à l’autopsie, que la dissection effectuée par les historiens ait suffi à démystifier tous les mythes que les grands monstres de ce siècle ont entretenu, rendant caduques les sensibilités, les passions et, finalement, les utopies qui ont conduit à professer que, sous les décombres de l’humanisme, il y a toujours place pour une fabrique de l’homme nouveau. Mais l’heure de vérité qui a dévoilé les désastres des États totalitaires n’y a pas mis fin. (…) Ça veut dire que l’on attend toujours d’une forme de la science, qu’elle soit historique ou biologique, un rebondissement éminemment révolutionnaire au sens où l’avenir peut être conditionné par la confrontation non plus entre sociétés, mais entre les sociétés et le progrès scientifique et technique. Les régimes totalitaires ont été vaincus non pas parce qu’ils ont insuffisamment malaxé la pâte humaine, mais parce que la résistance de la pâte humaine a eu raison de leur idéologie. Quand la science et la technologie interviennent en réduisant la pâte à ses composants physico-chimiques, là où les philosophies de l’Histoire ont échoué, le biopouvoir, associé aux technologies de l’information et de la communication, doit permettre de transformer la nature même de l’homme et de créer enfin l’espèce nouvelle que les dictateurs prophètes du xxe siècle ne sont pas parvenus à enfanter. Retrouvailles avec le xixe siècle, qui ne sont pas paradoxales, en apparence seulement. Ce n’était pas seulement le siècle des philosophies de l’Histoire, c’était aussi celui du positivisme. C’est aussi suggérer que nous entrons dans le xxie siècle avec une cohorte de repères radicalement différents qui annuleraient tous les principes, toutes les valeurs dont la civilisation occidentale s’est inspirée ou par rapport auxquels elle s’est définie jusqu’à présent. L’homme nouveau aurait définitivement pris le deuil de l’humanisme et l’utopie post-moderniste donnerait congé à toute morale qui fasse passer les impératifs de la conscience avec l’irrépressible poids des faits, des démonstrations et, surtout, des réalisations scientifiques. L’homme du xxie siècle serait voué, comme le héros des Particules élémentaires de Michel Houellebecq, à se satisfaire de la jubilation du désastre, c’est-à-dire à voir disparaître l’humanité en lui et autour de lui. Je ne cite pas Houellebecq au hasard. Il fait partie, dans l’ordre du roman, de cette cohorte de prophètes qui déclinent aujourd’hui la fabrique de l’homme nouveau dans l’ordre des essais philosophiques, et celui-là dans l’ordre des romans, en se réclamant des conquêtes et des promesses irrépressibles de la biologie moléculaire et plus généralement des progrès de la science la plus contemporaine, liée de part en part aux conquêtes de la technologie au point d’en être indissociable, avec ses fantasmes de domination et de pouvoir, qui permettraient enfin de réussir là où toutes les philosophies de l’Histoire ont échoué. Je n’évoquerai pas Fukuyama, qui a beaucoup parlé de la fin de l’Histoire, et qui finalement a découvert tout simplement comme Slotterdijk que la solution est précisément celle qui viendra du triomphe des biotechnologies. Pourquoi terminer sur la figure de Nietzsche ? Lorsque vous interprétez toutes ces philosophies, vous voyez bien qu’il y a un recours qui consiste à dénoncer dans la bourgeoisie le petit homme, l’homme qui est incapable de dominer l’Histoire et qui se soumet à tout, le contraire du surhomme. Fukuyama a terminé un article où il annonce précisément la soumission de l’humanité à venir à la biotechnologie, de la manière suivante : d’ici les deux prochaines générations, la biotechnologie nous donnera les outils qui nous permettront d’accomplir ce que les spécialistes d’ingénierie sociale n’ont pas réussi à faire. À ce stade, nous en aurons définitivement terminé avec l’histoire humaine, rien que cela ! parce que nous aurons aboli les êtres humains en tant que tels. Commencera alors une nouvelle histoire, au-delà de l’humain. Ainsi parlait Zarathoustra, qui n’est assurément pas étranger à cette vision du redémarrage de l’Histoire au prix du retour du surhomme. La même année, donc, dans un tout autre contexte que celui de la bonne et impériale conscience américaine, Slotterdijk présentait sa conférence en Allemagne sur le parc ou le zoo humain. La relance de la fabrique de l’homme nouveau, grâce aux interventions des biotechnologies, renvoie aux mêmes périls que ceux auxquels le siècle qui s’est terminé a été exposé par les utopies totalitaires. Jean-Jacques Salomon
Nous voulons nous assurer que chaque électeur qui se rendra aux urnes sache précisément ce que Barack Obama fera pour imposer un changement fondamental en tant que président. Bill Burton (porte-parole du candidat Obama, 29.10.08)
After decades of broken politics in Washington, and eight years of failed policies from George W. Bush, and 21 months of a campaign that’s taken us from the rocky coast of Maine to the sunshine of California, we are five days away from fundamentally transforming the United States of America. In five days, you can turn the page on policies that put greed and irresponsibility on Wall Street before the hard work and sacrifice of folks on Main Street. In five days, you can choose policies that invest in our middle class, and create new jobs, and grow this economy, so that everyone has a chance to succeed, not just the CEO, but the secretary and janitor, not just the factory owner, but the men and women on the factory floor. Barack Obama (Columbia, Missouri, October 30, 2008)
I don’t think we have to fundamentally transform the nation. (…) I think that what we have to do is make sure that here in America, if you work hard, you can get ahead. Bill, you and I benefited from this incredible country of ours, in part, because there were good jobs out there that paid a good wage, because you had public schools that functioned well, that we could get scholarships if we didn’t come from a wealthy family, in order to go to college. (…) That, you know, if you worked hard, not only did you have a good job, but you also had decent benefits, decent health care… (…) and for a lot of folks, we don’t have that. We’ve got to make sure that we’re doing everything we can to expand the middle class… (…) — and work hard and people who are working hard can get into the middle class. Barack Obama (February 2, 2014)
Je crois que l’homosexualité est un défaut, une erreur, une distorsion… et que l’on peut en être entièrement restauré. Je sais que ce point de vue va à l’encontre des discours politiques populaires de ce monde, et je suis conscient que ce point de vue me vaut d’être considéré comme ‘un fanatique de droite’ qui doit juste être anéanti. (…) Je prie Dieu tous les jours pour ma sécurité. J’aime mon Dieu. J’aime ma vie. Je souhaite vivre une vie qui honore Dieu. (…) Plutôt que de vouloir ma mort, je voudrais que vous puissiez envisager la possibilité que j’ai le droit légitime à la vie et le droit légitime de suivre mon propre chemin de foi. Michael Glatze
Je suis totalement abasourdi. Hier soir, lors de l’émission Des paroles et des actes, j’ai dit que face à une ultra droite nationaliste qui voulait réserver la civilisation française aux Français de sang et de vieille souche, la gauche a traditionnellement défendu l’intégration et l’offrande à l’étranger de cette civilisation. La gauche en se détournant de l’intégration abandonne de fait cette offrande. Manuel Valls a expliqué que nous avions tous trois -lui-même, David Pujadas et moi – des origines étrangères et que c’était tout à l’honneur de la France. J’ai acquiescé mais j’ai ajouté qu’il «ne fallait pas oublier les Français de souche». L’idée qu’on ne puisse plus nommer ceux qui sont Français depuis très longtemps me paraît complétement délirante. L’antiracisme devenu fou nous précipite dans une situation où la seule origine qui n’aurait pas de droit de cité en France, c’est l’origine française. Mes parents sont nés en Pologne, j’ai été naturalisé en même temps qu’eux en 1950 à l’âge de un an, ce qui veut dire que je suis aussi Français que le général de Gaulle mais que je ne suis pas tout à fait Français comme lui. Aujourd’hui, on peut dire absolument n’importe quoi! Je suis stupéfait et, je dois le dire, désemparé d’être taxé de racisme au moment où j’entonne un hymne à l’intégration, et où je m’inquiète de voir la gauche choisir une autre voie, celle du refus de toute préséance de la culture française sur les cultures étrangères ou minoritaires. L’hospitalité se définit selon moi par le don de l’héritage et non par sa liquidation. Alain Finkielkraut
Ses trois fils l’appellent toujours papa. Alors, évidemment, ça fait bizarre quand ils sont tous ensemble dans la rue, maintenant qu’elle a ces longs cheveux bouclés, ces créoles qui dansent aux oreilles, ces bagues et ces gestes gracieux qu’elle semble avoir esquissés toute sa vie. Pourtant, cela ne fait qu’un an que Chloé Avrillon, 42 ans, vit dans ce corps de femme dont elle avait toujours rêvé. (…) Presque un an après son opération, à Bangkok, qui a finalisé sa métamorphose, elle continue à s’émerveiller de sa toute nouvelle féminité : "J’en suis encore aux premières fois." La première robe, le premier soutien-gorge, les premiers talons… Et, bientôt, ses nouveaux papiers : la semaine dernière [fin octobre 2012, NDLR], la cour d’appel de Rennes a donné à Wilfrid Avrillon le droit de changer d’état civil et de s’appeler enfin Chloé Avrillon. Alors qu’elle est toujours mariée à Marie, la mère de ses trois enfants. (…)  c’est pourtant Marie qui va parler la première. Elle confesse ce qu’elle a caché si longtemps à son mari. Avant lui, elle n’avait aimé que des filles. Ses parents n’avaient jamais accepté son homosexualité, elle est tombée amoureuse de lui sans vraiment comprendre comment c’était possible. "Elle avait senti que j’étais une fille dans un corps de garçon. Mais pendant toutes ces années, on ne s’était rien dit. Elle avait peur de me perdre. Comme moi j’avais peur de la perdre." (…) Pudiquement, elle avoue que Marie et elle ont désormais "repris leur liberté" : Chloé a rencontré une autre femme, Marie-Pierre, Marie aussi. " (…) Pourtant, Chloé et Marie se sont battues devant les tribunaux pour rester mariées, pour que le changement d’état civil de Chloé n’annule pas leur passé. Le Nouvel Observateur
Dans le texte de la pétition s’opposant au rapport Lunacek, les signataires estiment que le document « détourne une politique de non-discrimination pour créer des privilèges au profit de certains citoyens sur la base de leur sexualité ». « Le rapport Lunacek ne laissera aucun autre choix aux institutions de l’UE et aux Etats membres que d’incorporer l’agenda LGBTI à la conception de politiques publiques ». En réalité, les signataires confondent la feuille de route, qui reste de nature générale, avec une série d’amendements adoptés par la commission parlementaire des droits de la femme et de l’égalité des genres, qui effectivement, proposaient d’aller plus loin que le rapport initial. Parmi ces amendements figurent notamment une incitation à étendre les traitements de fertilité et de procréation médicalement assistée aux personnes LGBT ou la possibilité que les enfants aient plus de deux parents, mais aucun n’a été intégré au texte voté mardi au Parlement européen. « Nous avons voulu rester sur le document de consensus, approuvé par les cinq grandes familles politiques européennes », assure Ulrike Lunacek. Le Monde
C’est le sens de l’histoire (…) Pour la première fois en Occident, des hommes et des femmes homosexuels prétendent se passer de l’acte sexuel pour fonder une famille. Ils transgressent un ordre procréatif qui a reposé, depuis 2000 ans, sur le principe de la différence sexuelle. Evelyne Roudinesco
Le PACS est radicalement différent du mariage parce qu’il n’est pas question, ni aujourd’hui ni demain, que deux personnes physiques du même sexe, quel que soit leur sexe, puissent se marier. (…) Une famille ce n’est pas simplement deux individus qui contractent pour organiser leur vie commune. C’est bien plus que cela. C’est l’articulation et l’institutionnalisation de la différence des sexes. C’est la construction des rapports entre les générations qui nous précèdent et celles qui vont nous suivre. La famille c’est aussi la promesse et la venue de l’enfant. Celui-ci nous inscrit dans une histoire qui n’a pas commencé avec nous et qui ne se terminera pas avec nous. (…) Un enfant a droit à un père et une mère. Ce droit de l’enfant ne doit pas dépendre du statut juridique du couple de ses parents. (…) Enfin certains ajoutent encore une menace: le pacte ne serait qu’une première étape vers le droit à la filiation pour les couples homosexuels ! Ceux qui le prétendent sont libres d’exprimer leur opinion personnelle. Ils n’engagent qu’eux-mêmes. Le gouvernement a voulu, je l’ai dit, et c’est un choix réfléchi et déterminé, que le pacte ne concerne pas la famille. Comment pourrait-il avoir un effet sur la filiation ? Sur ce sujet je veux être parfaitement claire : Je reconnais totalement le droit de toute personne à avoir la vie sexuelle de son choix. Mais je dis avec la plus grande fermeté que ce droit ne doit pas être confondu avec un hypothétique droit à l’enfant. Un couple, qu’il soit hétérosexuel ou homosexuel, n’a pas de droit à avoir un enfant en dehors de la procréation naturelle qui, elle, implique nécessairement un homme et une femme. Les lois récentes sur la procréation médicalement assistée ont été l’occasion de tracer les limites du droit à l’enfant comme source de bonheur individualiste. Elles ont clairement indiqué, et je partage ce point de vue, que les procréations médicalement assistées ont pour but de remédier à l’infertilité pathologique d’un couple composé d’un homme et d’une femme. Elles n’ont pas pour but de permettre des procréations de convenance sur la base d’un hypothétique droit à l’enfant. (…) Pourquoi l’adoption par un couple homosexuel serait-elle une mauvaise solution ? Parce que le droit, lorsqu’il crée des filiations artificielles, ne peut, ni ignorer, ni abolir la différence entre les sexes. Cette différence est constitutive de l’identité de l’enfant et du sens de cette identité ; c’est-à-dire qu’est-ce qu’être un homme ou une femme ? Je soutiens comme de nombreux psychanalystes et psychiatres qu’un enfant a besoin pour sa structuration psychique, sociale et relationnelle d’avoir face à lui, pendant sa croissance, un modèle de l’altérité sexuelle, un référent homme et un référent femme. Un enfant adopté, déjà privé de sa famille d’origine, a d’autant plus besoin de stabilité sans que l’on crée pour lui, en vertu de la loi, une difficulté supplémentaire liée à son milieu d’adoption. Mon refus de l’adoption pour des couples homosexuels est fondé sur l’intérêt de l’enfant et sur ses droits à avoir un milieu familial où il puisse épanouir sa personnalité. C’est ce point de vue que je prends en considération et non le point de vue des couples qu’ils soient hétérosexuels ou homosexuels. Je n’ignore pas les procès d’intention sur un éventuel " après " de cette proposition de loi qui prépareraient des évolutions plus fondamentales de notre droit. Ce texte serait " une valise à double fond ". Je m’élève avec la plus grande énergie contre de telles insinuations. Les mots ont un sens. Ce vocabulaire de contrebande, qui fait croire que ce texte cacherait autre chose et que vos rapporteurs et le Gouvernement exerceraient une fraude à la loi, est inacceptable. Elisabeth Guigou (Assemblée nationale, 1998)
A l’époque, l’important était de faire passer le pacs. Il y avait une résistance farouche au pacs à l’Assemblée, mais aussi dans la société avec des manifestations, des débordements verbaux inadmissibles… Donc, l’important, c’était de dissocier le pacs du mariage, sur le plan légal et sur le plan symbolique. En 1998, il n’était pas possible de mettre sur la table la question du mariage homosexuel, même au sein du gouvernement, il a fallu que j’insiste. A l’époque c’était quelque chose qui était beaucoup moins admis dans la société, vous ne trouverez plus personne opposé au pacs aujourd’hui. Aujourd’hui, j’ai évolué sur le mariage, j’ai considéré, en parlant avec les associations que, dès lors qu’il s’agissait de consentement mutuel entre deux adultes, il n’était pas possible de refuser une égalité des droits. La société a beaucoup évolué, moi même je garde mes interrogations sur l’adoption ; il faut trouver comment écrire dans le code civil comment s’organise la filiation d’un enfant qui est adopté par un couple homo. Elisabeth Guigou (2012)
Eduquer pour changer les mentalités et transformer la société Devenue une obligation légale depuis 2001, l’ éducation à la sexualité à l’école est peu appliquée: les moyens comme la volonté manquent. Come nous le montrent des programmes expérimentés dans nos territoires, elle a pourtant comme conséquence à court terme une baisse des violences, une meilleure attention des élèves, une prévention accrue dans le domaine de la santé et à plus long terme une baisse des violences faites aux femmes, un recul du machisme, une baisse sensible des suicides chez les adolescents et une plus grande facilité d"émancipation des femmes et des hommes des rôles qui leurs ont assignés.  Le poids des rôles sociaux, des préjugés qui, pèse sur la possibilité des individus à exprimer librement et vivre sereinement leur genre et leur sexualité, lorsqu’ils s’écartent des modèles dominants. L’éducation permettra de déconstruire les préjugés de genre, sexistes, et de lutter contre les violences et discriminations qu’ils engendrent. Nous formerons tous les acteurs éducatifs à la question de l’éducation aux rapports entre les sexes, à partir d’un travail sur les stéréotypes et les assignations de genre. Pour tous les élèves de la classe de CP à la terminale, et tous les ans, 6 heures d’éducation à la sexualité, à l’égalité et au respect mutuel, seront assurées. Les  intervenants extérieurs devront nouer des liens avec les acteurs scolaires et extra-scolaires liés à l’établissement afin d’intégrer la question de l’égalité entre les sexes et les sexualités dans un projet global. Convention égalité réelle (page 36, PS, 11 décembre 2010)
La révolution française est l’irruption dans le temps de quelque chose qui n’appartient pas au temps, c’est un commencement absolu, c’est la présence et l’incarnation d’un sens, d’une régénération et d’une expiation du peuple français. 1789, l’année sans pareille, est celle de l’engendrement par un brusque saut de l’histoire d’un homme nouveau. La révolution est un événement méta-historique, c’est-à -dire un événement religieux. La révolution implique l’oubli total de ce qui précède la révolution. Et donc l’école a un rôle fondamental, puisque l’école doit dépouiller l’enfant de toutes ses attaches pré-républicaines pour l’élever jusqu’à devenir citoyen. C’est à elle qu’il revient de briser ce cercle, de produire cette auto-institution, d’être la matrice qui engendre en permanence des républicains pour faire la République, République préservée, république pure, république hors du temps au sein de la République réelle, l’école doit opérer ce miracle de l’engendrement par lequel l’enfant, dépouillé de toutes ses attaches pré-républicaines, va s’élever jusqu’à devenir le citoyen, sujet autonome. Et c’est bien une nouvelle naissance, une transsubstantiation qui opère dans l’école et par l’école, cette nouvelle église avec son nouveau clergé, sa nouvelle liturgie, ses nouvelles tables de la Loi. La société républicaine et laïque n’a pas d’autre choix que de «s’enseigner elle-même » (Quinet) d’être un recommencement perpétuel de la République en chaque républicain, un engendrement continu de chaque citoyen en chaque enfant, une révolution pacifique mais permanente. Vincent Peillon ("La Révolution française n’est pas terminée", 2008)
Le gouvernement s’est engagé à "s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités", notamment par le biais d’une éducation au respect de la diversité des orientations sexuelles. L’engagement de notre ministère dans l’éducation à l’égalité et au respect de la personne est essentiel et prend aujourd’hui un relief particulier. Il vous appartient en effet de veiller à ce que les débats qui traversent la société française ne se traduisent pas, dans les écoles et les établissements, par des phénomènes de rejet et de stigmatisation homophobes. (…) La lutte contre l’homophobie en milieu scolaire, public comme privé, doit compter au rang de vos priorités. J’attire à ce titre votre attention sur la mise en œuvre du programme d’actions gouvernemental contre les violences et les discriminations commises à raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre. Je souhaite ainsi que vous accompagniez et favorisiez les interventions en milieu scolaire des associations qui luttent contre les préjugés homophobes, dès lors que la qualité et la valeur ajoutée pédagogique de leur action peuvent être établies. Je vous invite également à relayer avec la plus grande énergie, au début de l’année, la campagne de communication relative à la « ligne azur », ligne d’écoute pour les jeunes en questionnement à l’égard de leur orientation ou leur identité sexuelles. Dans l’attente des conclusions du groupe de travail sur l’éducation à la sexualité, vous serez attentif à la mise en œuvre de la circulaire du 17 février 2003 qui prévoit cette éducation dans tous les milieux scolaires et ce, dès le plus jeune âge. La délégation ministérielle de prévention et de lutte contre la violence dirigée par Eric Debarbieux, permettra de mieux connaître la violence spécifique que constitue l’homophobie. Enfin, vous le savez, j’ai confié à Michel Teychenné une mission relative à la lutte contre l’homophobie, qui porte notamment sur la prévention du suicide des jeunes concernés. Je vous remercie de leur apporter tout le concours nécessaire à la réussite de leurs missions. Je souhaite que 2013 soit une année de mobilisation pour l’égalité à l’école. Vincent Peillon (minitre de l’Education nationale, Lettre aux Recteurs d’Académies, 4 janvier 2013)
Dans sa lettre du 4 janvier adressée aux recteurs, Vincent Peillon affirme sa volonté de révolutionner la société en se servant de l’école : « le gouvernement s’est engagé à s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités, notamment par le biais d’une éducation au respect de la diversité des orientations sexuelles », affirme-t-il en début de lettre. On remarque les termes : « s’appuyer sur la jeunesse » pour « changer les mentalités ». Qui ? Le gouvernement. En réalité, c’est donc lui qui choisit les orientations politiques et morales qui doivent prévaloir dans la société. Ce n’est plus la famille, l’école et la société adulte qui éduquent la jeunesse. Contrairement à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948, c’est donc désormais l’État en France qui se pose en seul détenteur de la vérité. On assiste à une dérive théocratique de l’État républicain actuel. Et cette jeunesse, qui, par définition, ne possède pas encore les repères lui permettant de poser des choix par elle-même, il la mobilise dans le sens qu’il juge bon, selon le schéma de la révolution culturelle. La position de Vincent Peillon est vraiment choquante. Lorsqu’il s’appuie sur la jeunesse comme moteur révolutionnaire, renouant avec l’esprit de 1968, le gouvernement sort à l’évidence de son rôle : il instrumentalise la jeunesse à des fins politiques, pour changer les représentations sexuelles et morales dominantes. Ce faisant, il change les règles du jeu au sein de l’École publique en abandonnant ostensiblement l’exigence de neutralité. L’État sort également de son devoir de neutralité et de respect des droits éducatifs familiaux et de l’intimité des enfants lorsque le ministre demande aux recteurs de renforcer les campagnes d’information sur la ligne azur. Ainsi, contrairement à ce qui est affiché, il ne s’agit plus de lutter contre des stigmatisations homophobes en tant que telles, il s’agit bien plutôt d’inciter activement les jeunes en recherche d’identité (comme le sont par construction tous les adolescents) à explorer pour eux-mêmes la voie de l’homosexualité ou de la transsexualité. De même, lorsque le ministre encourage les recteurs à faire intervenir davantage les associations de lutte contre l’homophobie, il encourage en pratique l’ingérence dans l’enceinte de l’école d’associations partisanes engagées dans la banalisation et la promotion des orientations sexuelles minoritaires, si l’on se réfère à la liste des associations agréées par l’Éducation nationale pour intervenir sur ces thématiques dans les établissements. Il favorise donc des prises de paroles unilatérales auprès des jeunes, sur un sujet qui n’a pas encore été tranché par le législateur. (…) Durant la période soviétique, comme durant d’autres périodes totalitaires, il était habituel de se servir des enfants pour démasquer et sanctionner les opinions dissidentes des parents. C’était l’époque de la délation par ses propres enfants. Revenir à de telles pratiques inhumaines et profondément immorales serait une grave régression de l’État de droit. Non content enfin de mettre au pas les écoles publiques, le gouvernement entend aussi museler les écoles privées en bafouant clairement leur caractère propre. Il est évident que les écoles dont le projet éducatif et l’identité sont fondés sur la foi seront opposées à la légalisation du mariage homosexuel. Leur demander d’être neutres sur ce sujet n’a aucun sens, si ce n’est celui de leur faire renier purement et simplement leur vocation spécifique. Anne Coffinier
Je précise d’emblée que je ne soutiens en rien les mouvements qui appellent à boycotter l’école et qui manipulent les esprits. Mais il ne faut pas abandonner ce débat à l’extrême droite. Or, dans ce qui est dénoncé aujourd’hui, il y a une part de réalité. Certes, la théorie du genre en tant que telle n’est pas enseignée à l’école primaire mais plusieurs de ses postulats y sont diffusés. (…) Pour les tenants de cette théorie, l’identité sexuelle est, de part en part, construite. Selon eux, il n’y a pas de continuité entre le donné biologique – notre sexe de naissance – et notre devenir d’homme ou de femme. C’est, poussé à l’extrême, la formule de Simone de Beauvoir dans Le Deuxième sexe «On ne naît pas femme, on le devient». Et les théoriciens du genre poursuivent: à partir du moment où tout est «construit», tout peut être déconstruit. (…) Prenons les «ABCD de l’égalité», qui sont des parcours proposés aux élèves et accompagnés de fiches pédagogiques pour les enseignants. Ils sont supposés servir à enseigner l’égalité hommes-femmes. Qu’en est-il? Dans une fiche, intitulée «Dentelles, rubans, velours et broderies», on montre un tableau représentant Louis XIV enfant qui porte une robe richement ornée et des rubans rouges dans les cheveux. L’objectif affiché? Faire prendre conscience aux élèves de l’historicité des codes auxquels ils se soumettent et gagner de la latitude par rapport à ceux que la société leur impose aujourd’hui… (…) l’objectif est (…) d’«émanciper» l’enfant de tous les codes. Ce qui aboutit à l’abandonner à un ensemble de «possibles», comme s’il n’appartenait à aucune histoire, comme si les adultes n’avaient rien à lui transmettre. Or, il est faux de dire qu’on «formate» un enfant, on ne fait que l’introduire dans un monde qui est plus vieux que lui. (…) On n’est plus dans le simple apprentissage de la tolérance. (…) Sans scrupules, l’école est entraînée dans une politique d’ingénierie sociale. Tout en se donnant bonne conscience, le gouvernement encourage un brouillage très inquiétant. Savons-nous bien ce que nous sommes en train de faire? A l’âge de l’école primaire, les enfants ont besoin de s’identifier, et non pas de se désidentifier. A ne plus vouloir d’une éducation sexuée, on abandonne nos enfants aux stéréotypes les plus kitsch des dessins animés. (…) Il faudrait surtout en finir avec cette mise en accusation systématique du passé. Notre civilisation occidentale, et spécialement française, n’est pas réductible à une histoire faite de domination et de misogynie. Sur la différence des sexes, la France a su composer une partition singulière, irréductible à des rapports de forces. L’apparition d’une culture musulmane change-t-elle la donne? Elle nous confronte en tout cas à une culture qui n’a pas le même héritage en matière d’égalité des sexes. Ce qui me paraît dangereux dans cette «chasse aux stéréotypes» est le risque de balayer d’un revers de main tout notre héritage culturel. Dans un tel contexte, quelle œuvre littéraire, artistique ou cinématographique ne tombera pas sous le coup de l’accusation de «sexisme»? (…) Il existe une volonté de transformer la société, de sortir de toute normativité pour aboutir à un relativisme complet. Le gouvernement Ayrault est en pointe sur ce combat. On l’a vu lors du débat sur le Mariage pour tous. Il ne devrait pas être impossible de dire que l’homosexualité est une exception et que l’hétérosexualité est la norme. La théorie de l’interchangeabilité des sexes se diffuse. Or, nous avons un corps sexué qui est significatif par lui-même et qui ne compte pas pour rien dans la construction de soi. (…) Le principe de l’égalité est incontesté aujourd’hui. Certes, il existe encore ce fameux “plafond de verre” empêchant les femmes d’accéder aux plus hauts postes et des inégalités salariales. Mais les progrès sont inouïs. Doit-on, comme l’a fait récemment le gouvernement, imposer aux hommes de prendre un congé parental? On en arrive à punir la famille parce qu’un homme est récalcitrant à s’arrêter de travailler! Et puis, faut-il rappeler qu’il n’y a pas de cordon ombilical à couper entre un père et son enfant? (…) Je n’ai guère le goût des analogies historiques mais, s’il existe une leçon à retenir des totalitarismes nazi et stalinien, c’est que l’homme n’est pas un simple matériau que l’on peut façonner. Avec la théorie du genre, l’enjeu est anthropologique.  Bérénice Levet
Les études sur le genre se sont créées une place dans l’enseignement primaire et secondaire aux États-Unis. Elles ne sont pas enseignées en tant que telles, mais elles ont, peu à peu, pris de l’importance dans la vie scolaire. Un exemple parmi d’autres: dans une école en Californie, cette inscription figure sur l’une des portes: "If you identify yourself as a boy, this is your toilet" ("Si tu te considères comme un garçon, ce sont tes toilettes"). Autre illustration, toujours en Californie, dans une classe de 5e, le cours d’éducation sexuelle est divisé en trois tiers: comment cela se passe entre deux hommes, deux femmes, un homme et une femme… D’ailleurs, dans la vie courante, sur les formulaires administratifs, on ne demande plus le sexe d’une personne mais son genre. (…) On ne peut pas mettre ces revendications sur le même plan que la politique d’égalité hommes-femmes ou que la lutte contre les discriminations raciales. Sous couvert de faire avancer l’égalité entre les sexes, on a diffusé ce concept du genre. Jusqu’à quel niveau faudra-t-il aller dans l’exception? Quand il faut gérer dix mille étudiants, avec tous les problèmes que cela suppose, est-il raisonnable de passer autant de temps sur les pratiques sexuelles de 0,1 % de la population? Pourtant, les revendications des LGBTQ focalisent encore l’attention. De plus, il existe une vraie censure. Personne n’ose vraiment remettre en question le bien-fondé de cette importance accordée au genre. il n’y a jamais eu, comme en France actuellement, une volonté de l’État d’imposer une doctrine du genre à toute la société… Contrairement à ce qui est prévu dans les ABCD de l’égalité, à aucun moment aux États-Unis il n’est demandé aux élèves ou aux étudiants de "rejuger" les œuvres littéraires ou artistiques du passé avec les référentiels du genre ou de l’égalité. Il n’y a jamais eu cette volonté – très communiste, voire stalinienne – de "réécrire" l’Histoire et de réinterpréter les contes (…) Mais ce n’est pas parce qu’on a beaucoup lutté, à juste titre, contre l’homophobie qu’il faut diffuser dans toute la population la problématique du genre. Ce n’est pas du tout pareil. On est passé d’une problématique "un homme peut aimer un homme" à l’idée que tout le monde peut être homme ou femme et qu’il n’y a pas de sexe biologique. Cette confusion me semble très perturbante. Elle participe de l’idée, répandue parmi, disons, la génération 2.0, d’une surpuissance de l’Homme sur la nature. (…) En vingt ans, les LGBTQ sont devenus puissants. Ils peuvent être procéduriers en cas de litige. L’université du Texas, à Houston, a dû ainsi se défendre dans un énorme procès sur l’absence de bourses destinées aux seuls étudiants LGBTQ. Ils sont également actifs dans les campagnes de levée de fonds et reçoivent beaucoup d’argent de Hollywood ou des entreprises high-tech de Californie. Jeff Bezos, le fondateur du site de distribution Amazon, figure ainsi parmi les gros donateurs de la cause homosexuelle, comme Larry Page ou le fondateur de Paypal, Peter Thiel. C’est un lobby influent, avec des capacités de financement très importantes. Les candidats aux élections présidentielles américaines ont tous reçu des subsides de ces groupes de pression. Ni l’Administration Obama, ni, avant, celle de Bush, n’ont pris leurs distances avec ces mouvements. Marie-Amélie Lombard
Depuis le 28 janvier, une affaire de catéchisme à l’école fait des ravages dans les médias. Il semble qu’un certain nombre de familles mettent en cause le catéchisme et les dogmes attenants, entendons le discours du genre. Il semble aussi que ces familles récalcitrantes ont été plus ou moins trompées par des messages excessifs ou même faux. Il y a donc des gens qui jouent de dérision pour tenter de subvertir les paroles du ministère de l’éducation. Or ces paroles sont sacrées. C’est péché de s’en moquer. Ledit discours du genre ressemble tellement à une religion qu’on ne peut s’empêcher d’utiliser, pour en décrire les aventures, du vocabulaire religieux. Elle relève de l’idéologie, dont elle porte le fanatisme et l’irréalité. Ses défenseurs sont des apôtres excités, jamais fatigués, toujours l’injure aux lèvres. Les textes du gouvernement concernant l’école précisent que les enfants appartiennent à l’Etat. (…) Nos gouvernants ne doivent pas s’imaginer qu’ils réduiront si facilement les familles françaises à croire que les garçons et les filles ne sont différents que là où le ministère le décide. Car dans la simple réalité, il n’en va pas ainsi. (…) La différence sexuelle engendre des hiérarchies, des discriminations et des inégalités injustes. Et ce sont les filles qui en font toujours les frais. Cela est historique. Faut-il donc supprimer les différences pour supprimer les discriminations ? On songe à cet anarchiste du XIXe siècle qui voulait rayer une ville de la carte pour supprimer la pauvreté qui y régnait. Lorsque tous les pauvres seront morts, lui répondait un autre, il n’y aura plus de pauvreté. Quand au lieu de garçons et de filles vous n’aurez plus qu’un sexe indéterminé, un Tomboy montré en modèle universel dans toutes les écoles de la République, alors il n’y aura plus de discrimination, mais il n’y aura plus de différences non plus. L’indétermination n’est pas l’idéal à poursuivre pour empêcher les inégalités injustes. Celles-ci, mieux vaudrait les combattre en mettant en valeur les différences et leur complémentarité. Pourtant les choses sont plus compliquées. Le discours sur le genre n’évince pas l’altérité en soi, mais il ne reconnaît que les altérités construites, voulues, légitimées par la culture dominante et par les individus eux-mêmes. Les différences ne sont pas reçues, elles doivent être voulues. Le gender est moins une volonté d’indétermination et de retour au chaos qu’une volonté de re-nommer les êtres et de re-programmer les différences que l’ordre naturel avait (mal) faits. On dirait bien que deux totalitarismes ne nous ont pas encore déniaisés, ni découragés de vouloir prendre la place du créateur. (…) Comment se préserver de l’extrémisme que déploient des discours comme celui du gender ? En prenant en compte, non seulement l’émancipation enviable, mais aussi l’enracinement nécessaire qui nous arrime à la condition humaine, à l’histoire, aux exigences naturelles élémentaires. Supprimer tout enracinement : c’est ce qu’avaient tenté les soviets, à ce point que Trotski disait à ce sujet : nous vivons à présent dans un bivouac. Une société humaine ne peut pas faire sa demeure dans un bivouac. Chantal Delsol
La philosophie et les enjeux que j’ai dénoncés au moment de la discussion sur le Pacs sont toujours les mêmes. Pour moi, le Pacs était l’antichambre de la revendication pour le mariage des homosexuels. On s’aperçoit douze ans plus tard que c’est ce qui se passe. Certes, à l’époque, toute la classe politique pensait que le Pacs s’adressait majoritairement aux homosexuels. Or, on s’aperçoit que ce sont majoritairement les hétérosexuels qui s’en sont servis. D’abord parce que je pense qu’il y a davantage d’hétérosexuels que d’homosexuels statistiquement. Il n’empêche que les ingrédients étaient là pour l’ouverture au mariage pour tous, à l’adoption et à la PMA. Là, nous avons ouvert une digue avec le Pacs. (…) L’amalgame qui est fait entre opposition au mariage pour tous et homophobie est un raisonnement qui n’est pas un raisonnement. C’est une qualification sans aucun fondement. C’est une façon de fermer le débat que d’enfermer les opposants au mariage pour tous dans la catégorie des homophobes, c’est une façon de ne pas entendre leurs arguments. Ceux qui sont contre le mariage homosexuel ne doivent pas avoir peur d’être mis dans cette case pour la simple raison de ne pas être pour le mariage homosexuel. Par ailleurs, je crois qu’une forte mobilisation pourra faire changer les choses. Je pense que l’opinion est en train d’évoluer mais ceux que l’on doit faire basculer c’est le gouvernement et le président de la République. Christine Boutin (16.12.12)

Et si c’était la "Jeanne d’Arc de la famille" qui avait raison ?

Juge révoquée pour avoir refusé au nom de l’intérêt supérieur de l’enfant le prénom de "Messie" à un bébé du Tennessee, traitements hormonaux permettant aux enfants victimes de troubles de l’identité sexuelle de bloquer leur puberté  avant plus tard une éventuelle opération chirurgicale, fondateur d’un magazine homosexuel fustigé par des militants suite à sa conversion et à son changement d’orientation sexuelle, jupes pour hommes pour les remises de diplôme de Cambridge comme d’Oxford …

A l’heure où à la tête du Monde libre, un président-girouette qui après avoir tant critiqué la politique de son prédécesseur a intensifié tant les éliminations ciblées que la surveillance, jeux compris, des conversations téléphoniques de millions de gens ordinaires à travers le monde, nous annonce  l’abandon de son rêve de "changement fondamental" de son pays …

Pendant qu’en ces temps de retour à la police de la pensée où on va bientôt se faire trainer devant les tribunaux pour avoir osé parler de "Français de souche"

Et qu’après avoir multiplié tant les déclaration que les ouvrages sur la nécessité de "s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités" et d’avoir appelé à l’intervention de militants homosexuels dans les écoles, les apprentis-sorciers de ce côté-ci de l’Atlantique nous assurent à présent que la théorie du genre n’existe tout simplement pas et que  la procréation médicalement assistée n’avait jamais été envisagée dans la loi sur la famille qu’ils renoncent désormais, sous la pression de la rue comme il y a trente ans pour l’école libre, à présenter au Parlement …

A l’instar d’un Parlement européen qui après avoir fait voter une feuille de route anti-homophobie nous assure avoir renoncé aux amendements adoptés par la commission parlementaire des droits de la femme et de l’égalité des genres qui proposaient d’étendre les traitements de fertilité et de procréation médicalement assistée aux personnes LGBT ou la possibilité que les enfants aient plus de deux parents …

Comment alors que se vérifie, derrière ce nouveau catéchisme, énième quête de l‘Homme nouveau et véritable dérive totalitaire voire carrément théocratique de l’État, la prédiction de ses opposants qui avaient vu dans le Pacs le cheval de troie du mariage pour tous

Ne pas voir devant ce futur déjà là mais pas encore réparti de manière uniforme où l’on se bat pour les toilettes transgenres et où les enfants appellent leur mère papa ?

Christine Boutin : ce que j’ai appris du débat sur le Pacs

Alors que les partisans du mariage pour tous seront ce dimanche dans les rues, Christine Boutin, présidente du parti Chrétien-Démocrate et opposante du projet de loi, estime qu’il faut être prudent afin de ne pas heurter les sensibilités.

Atlantico

16 décembre 2012

Atlantico : En 1999, vous faisiez déjà partie des opposants aux Pacs, aujourd’hui vous êtes contre le mariage pour tous. Quelles sont les leçons que vous avez tiré du débat sur le Pacs ?

Christine Boutin : La philosophie et les enjeux que j’ai dénoncés au moment de la discussion sur le Pacs sont toujours les mêmes. Pour moi, le Pacs était l’antichambre de la revendication pour le mariage des homosexuels. On s’aperçoit douze ans plus tard que c’est ce qui se passe. Certes, à l’époque, toute la classe politique pensait que le Pacs s’adressait majoritairement aux homosexuels. Or, on s’aperçoit que ce sont majoritairement les hétérosexuels qui s’en sont servis. D’abord parce que je pense qu’il y a davantage d’hétérosexuels que d’homosexuels statistiquement. Il n’empêche que les ingrédients étaient là pour l’ouverture au mariage pour tous, à l’adoption et à la PMA. Là, nous avons ouvert une digue avec le Pacs. Je n’ai pas du tout changé d’avis.

Je n’ai pas l’impression d’avoir à l’époque eu des propos insultants à l’égard des homosexuels parce que c’est contraire à mon choix personnel. Le fait de m’être opposée au Pacs m’a valu d’être qualifiée d’homophobe par les militants minoritaires de la cause homosexuelle, je l’entends, mais je ne suis pas homophobe.

Quelles conclusions en tirez-vous pour le mariage pour tous ? Avez-vous choisi d’aborder le débat différemment ?

Il y a en effet eu dans l’hémicycle des propos inacceptables vis-à-vis des homosexuels, mais je ne les ai pas prononcés.

Le débat sur le Pacs m’a fait prendre conscience qu’il y avait une sensibilité très grande des personnes homosexuelles vis-à-vis du regard que l’on peut porter sur eux.

Le jour du Pacs, à 5 heures du matin des homosexuels sont venus hurler à mon portail : "Les pédés sont chez toi". Le terme de pédé, je ne l’ai personnellement jamais utilisé parce que ce terme est pour moi choquant et blessant. Que l’on soit homosexuel ou hétérosexuel, il est toujours difficile de s’exprimer en étant certain de ne pas blesser l’autre.

Pour des personnes qui ont une hyper-sensibilité – je ne parle pas uniquement des homosexuels – il faut être d’autant plus attentif.

Par ailleurs, comment éviter les amalgames entre opposition au mariage pour tous et homophobie ?

L’amalgame qui est fait entre opposition au mariage pour tous et homophobie est un raisonnement qui n’est pas un raisonnement. C’est une qualification sans aucun fondement. C’est une façon de fermer le débat que d’enfermer les opposants au mariage pour tous dans la catégorie des homophobes, c’est une façon de ne pas entendre leurs arguments. Ceux qui sont contre le mariage homosexuel ne doivent pas avoir peur d’être mis dans cette case pour la simple raison de ne pas être pour le mariage homosexuel.

Serez-vous à la manifestation le 13 janvier et pourquoi ?

Bien sûr, j’irai manifester le 13 janvier. Je ne suis pas allée à la précédente manifestation car je suis tellement identifiée sur cette cause, je ne voulais pas que la mobilisation soit ramenée à ma personne. Ainsi, les personnes présentes n’ont aucunement pu être instrumentalisées.

Par ailleurs, je crois qu’une forte mobilisation pourra faire changer les choses. Je pense que l’opinion est en train d’évoluer mais ceux que l’on doit faire basculer c’est le gouvernement et le président de la République.

Voir aussi:

Shéhérazade Semsar: "Les États-Unis sont confrontés à l’absurdité des revendications sur le genre"

Marie-Amélie Lombard

Le Figaro

04/02/2014

INTERVIEW – Les universités américaines doivent accorder une place toujours plus importante aux minorités sexuelles.

Chef d’entreprise, franco-iranienne, Shéhérazade Semsar a fait ses études supérieures aux États-Unis. Depuis juillet 2013, elle siège au conseil d’administration de l’université de Georgetown (Washington D.C.) après avoir occupé diverses fonctions au sein de ses instances dirigeantes.

LE FIGARO. – Quelle place occupe la question du «genre» aux États-Unis?

Shéhérazade Semsar. – Les études sur le genre se sont créées une place dans l’enseignement primaire et secondaire aux États-Unis. Elles ne sont pas enseignées en tant que telles, mais elles ont, peu à peu, pris de l’importance dans la vie scolaire. Un exemple parmi d’autres: dans une école en Californie, cette inscription figure sur l’une des portes: «If you identify yourself as a boy, this is your toilet» («Si tu te considères comme un garçon, ce sont tes toilettes»). Autre illustration, toujours en Californie, dans une classe de 5e, le cours d’éducation sexuelle est divisé en trois tiers: comment cela se passe entre deux hommes, deux femmes, un homme et une femme… D’ailleurs, dans la vie courante, sur les formulaires administratifs, on ne demande plus le sexe d’une personne mais son genre.

Qu’en est-il à l’université?

La totalité des universités est obligée d’accueillir un LGBTQ Center (un centre lesbien, gay, bisexuel, transsexuel, queer), de la plus connue, Harvard, à une petite faculté du fond de l’Ohio. Une université qui s’y refuserait verrait une partie de ses subventions fédérales coupées. C’est à la fin des années 1980 que des centres lesbiens-gays ont commencé à être institués. Puis, au cours de la décennie suivante, plusieurs procès ont été gagnés en ce sens. Quant au «Q» – pour «queer» – qu’on peut traduire par «ceux qui ne savent pas» ou aussi par «les tordus» – il a été ajouté dans les années 2000. Le «queer» s’oppose aux normes qu’il considère imposées par la majorité hétérosexuelle, il s’appuie sur l’exception pour définir les règles sociales.

Quel est le poids de ces LGBTQ Centers dans la vie universitaire?

Ces centres ont une vocation associative. Ils doivent permettre aux personnes se sentant appartenir aux communautés lesbienne, gay, etc., d’avoir un endroit pour être ensemble et discuter. Mais ils s’assurent aussi que ces catégories sont bien protégées et représentées au sein des différentes entités de l’université et de ses instances dirigeantes. Dans toutes les réunions de direction, il y a toujours un volet LGBTQ. Récemment Harvard a même dû accepter que la catégorie «sado-maso» soit aussi représentée sur son campus sous la dénomination «kinky» (pervers). Désormais, certains militent pour ajouter encore un «I» pour «intersexué» et un «A» pour «asexuel». C’est sans fin… Mais on commence à réaliser l’absurdité de ces revendications qui ne relèvent que de la pratique de la sexualité. Un mouvement, notamment universitaire, qui a pourtant soutenu les «gender studies», trouve que les choses vont trop loin et qu’on est en train de tomber dans un «nationalisme gay». Des associations de défense des droits des homosexuels ont même créé le «no homonationalism».

Rien de commun, selon vous, entre la volonté d’assurer l’égalité hommes-femmes et les revendications de ces minorités sexuelles?

On ne peut pas mettre ces revendications sur le même plan que la politique d’égalité hommes-femmes ou que la lutte contre les discriminations raciales. Sous couvert de faire avancer l’égalité entre les sexes, on a diffusé ce concept du genre. Jusqu’à quel niveau faudra-t-il aller dans l’exception? Quand il faut gérer dix mille étudiants, avec tous les problèmes que cela suppose, est-il raisonnable de passer autant de temps sur les pratiques sexuelles de 0,1 % de la population? Pourtant, les revendications des LGBTQ focalisent encore l’attention. De plus, il existe une vraie censure. Personne n’ose vraiment remettre en question le bien-fondé de cette importance accordée au genre. Cependant, une génération de jeunes a désormais vécu dans cet environnement. On commence à avoir le recul nécessaire pour mesurer ses conséquences.

Ces questions suscitent-elles la polémique aux États-Unis?

Dans l’enseignement, non. Car il n’y a jamais eu, comme en France actuellement, une volonté de l’État d’imposer une doctrine du genre à toute la société… Contrairement à ce qui est prévu dans les ABCD de l’égalité, à aucun moment aux États-Unis il n’est demandé aux élèves ou aux étudiants de «rejuger» les œuvres littéraires ou artistiques du passé avec les référentiels du genre ou de l’égalité. Il n’y a jamais eu cette volonté – très communiste, voire stalinienne – de «réécrire» l’Histoire et de réinterpréter les contes.

Pour certains, la question du genre prolonge la lutte contre l’homophobie.

Mais ce n’est pas parce qu’on a beaucoup lutté, à juste titre, contre l’homophobie qu’il faut diffuser dans toute la population la problématique du genre. Ce n’est pas du tout pareil. On est passé d’une problématique «un homme peut aimer un homme» à l’idée que tout le monde peut être homme ou femme et qu’il n’y a pas de sexe biologique. Cette confusion me semble très perturbante. Elle participe de l’idée, répandue parmi, disons, la génération 2.0, d’une surpuissance de l’Homme sur la nature.

Quelle est la puissance de ces associations?

En vingt ans, les LGBTQ sont devenus puissants. Ils peuvent être procéduriers en cas de litige. L’université du Texas, à Houston, a dû ainsi se défendre dans un énorme procès sur l’absence de bourses destinées aux seuls étudiants LGBTQ. Ils sont également actifs dans les campagnes de levée de fonds et reçoivent beaucoup d’argent de Hollywood ou des entreprises high-tech de Californie. Jeff Bezos, le fondateur du site de distribution Amazon, figure ainsi parmi les gros donateurs de la cause homosexuelle, comme Larry Page ou le fondateur de Paypal, Peter Thiel. C’est un lobby influent, avec des capacités de financement très importantes. Les candidats aux élections présidentielles américaines ont tous reçu des subsides de ces groupes de pression. Ni l’Administration Obama, ni, avant, celle de Bush, n’ont pris leurs distances avec ces mouvements.

Voir également:

Wilfrid est devenu Chloë : papa est une fille

Doan Bui

Le Nouvel observateur

15-08-2013

En octobre 2012, la cour d’appel de Rennes a validé le changement d’identité d’une transsexuelle mariée et père de trois enfants.

(Article publié dans "le Nouvel Observateur" du 1er novembre 2012)

Ses trois fils l’appellent toujours papa. Alors, évidemment, ça fait bizarre quand ils sont tous ensemble dans la rue, maintenant qu’elle a ces longs cheveux bouclés, ces créoles qui dansent aux oreilles, ces bagues et ces gestes gracieux qu’elle semble avoir esquissés toute sa vie. Pourtant, cela ne fait qu’un an que Chloé Avrillon, 42 ans, vit dans ce corps de femme dont elle avait toujours rêvé.

Pendant quarante ans, j’ai vécu enfermée par erreur dans un corps d’homme que je haïssais. J’ai l’impression d’une seconde naissance. "

Chloé est une transsexuelle, comme on dit, même si elle déteste ce mot, lui préférant le terme "transidentitaire".

Presque un an après son opération, à Bangkok, qui a finalisé sa métamorphose, elle continue à s’émerveiller de sa toute nouvelle féminité : "J’en suis encore aux premières fois." La première robe, le premier soutien-gorge, les premiers talons… Et, bientôt, ses nouveaux papiers : la semaine dernière [fin octobre 2012, NDLR], la cour d’appel de Rennes a donné à Wilfrid Avrillon le droit de changer d’état civil et de s’appeler enfin Chloé Avrillon. Alors qu’elle est toujours mariée à Marie, la mère de ses trois enfants.

"Je me suis toujours sentie fille. Je détestais ce corps"

Chloé. C’était le nom qu’elle s’était donné dans son coeur. "Je me suis toujours sentie fille. La puberté, ce fut un déchirement. Je détestais ce corps qui s’éloignait de plus en plus de ce que je voulais être." Elevé par une mère aimante, un beau-père présent – "les trans ne sont pas forcément des enfants délaissés !" -, Wilfrid-Chloé est un jeune garçon efféminé, mal dans sa peau, fan de David Bowie et de Boy George, pour leur allure androgyne. A la fois obsédé par les filles, parce qu’il veut être comme elles et… qu’il est attiré par elles.

"Je ne rentrais dans aucune case. Un jour, j’ai appelé un numéro d’aide pour les ados homosexuels. La personne m’a dit : ‘Désolé, je ne peux rien pour vous.’ Moi, je voulais être une fille, c’est vrai, mais je n’ai jamais été attiré par les garçons. C’est ce que j’ai dit à ma mère, qui s’inquiétait, pensant que je niais mon homosexualité."

"Des filles au masculin"

Les personnes dont Wilfrid tombe amoureux sont "toujours des filles au masculin, comme dans la chanson d’Indochine. Mon complément, en quelque sorte", dit-il. Quand, à 22 ans, il rencontre Marie, cheveux courts, garçon manqué, ils se trouvent tout de suite et tombent amoureux. Même si, dans l’intime, comme le confie pudiquement Chloé aujourd’hui, la fille égarée dans un corps de garçon reste dégoûtée par ses attributs d’homme et par l’acte sexuel : "Mais je voulais surmonter ce blocage pour Marie. J’avais trop peur de la perdre."

Ils s’installent ensemble. Wilfrid travaille dur et réussit le concours de l’Ecole nationale de l’Aviation civile : "Pour moi, les trans étaient des gens qui se prostituaient au bois ou qu’on enfermait à l’asile. C’était une angoisse terrible pour moi d’avouer ce que j’étais. Je n’avais qu’une obsession : me construire une place stable dans la société."

Détresse identitaire

Wilfrid-Chloé croit qu’il va pouvoir "oublier" tout cela. D’autant que Marie est enceinte. Il a 25 ans. "C’était un immense bonheur. Et en même temps, j’aurais tellement voulu porter cet enfant moi-même. Quel piège ! Je devais désormais m’interdire de penser à devenir une femme. Comment assumer tout cela avec un enfant ?" Alors Wilfrid enfouit tout. Avec Marie, ils ont un deuxième enfant. Puis un troisième. Ils déménagent dans la petite ville de Landerneau, dans le Finistère. Mais Wilfrid part à la dérive, rongé par cette détresse identitaire, soufrant de cette allure efféminée qui lui vaut d’être traité de "tarlouze" ou de "pédé".

"J’hésitais à faire mon coming-out. J’avais si peur qu’on m’enferme dans un hôpital psychiatrique, qu’on me retire les enfants. Et puis, en 2009, Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, a annoncé que les troubles identitaires ne seraient plus considérés comme des maladies mentales. Le décret est passé l’année d’après. J’étais mûr."

"Elle avait senti que j’étais une fille dans un corps de garçon"

Ce 16 janvier 2010, c’est pourtant Marie qui va parler la première. Elle confesse ce qu’elle a caché si longtemps à son mari. Avant lui, elle n’avait aimé que des filles. Ses parents n’avaient jamais accepté son homosexualité, elle est tombée amoureuse de lui sans vraiment comprendre comment c’était possible. "Elle avait senti que j’étais une fille dans un corps de garçon. Mais pendant toutes ces années, on ne s’était rien dit. Elle avait peur de me perdre. Comme moi j’avais peur de la perdre." Cette fois Wilfrid est décidé. Il devient Chloé.

De cet "après-coming-out", Chloé garde le souvenir d’une période en apesanteur. "Je m’attendais à tout perdre. Ma famille, mon job. Mais, Marie m’a beaucoup soutenue. Ma mère aussi." "C’était un soulagement. Je savais enfin pourquoi Chloé allait si mal pendant toutes ces années", dit la mère. Et elle ajoute : "Oui, j’ai eu un fils et maintenant c’est une fille, mais je m’en fiche, c’est mon enfant, et il est encore en vie, alors que j’ai pensé le perdre."

"J’aurais préféré être un père comme les autres"

Et les enfants de Wilfrid-Chloé, ces trois garçons chéris qui ont à l’époque 13, 11 et 6 ans, comment ont-ils vécu cette transformation ? "Les pédopsychiatres nous ont assuré que tant qu’on les entourait, ça irait… On ne le croyait pas, mais pourtant, c’est ce qui s’est passé. Quand j’ai commencé à me faire pousser les ongles, mon aîné l’a remarqué. J’étais gênée, je lui ai dit que je commençais la guitare. Il m’a dit : ‘Arrête papa, on ne me la fait pas.’ Bien sûr, j’aurais préféré être pour eux un père comme les autres. Mais que vaut-il mieux ? Un père qui se suicide, ou un père qui devient une femme ?"

Et quand Marie et Wilfrid-Chloé expliquent la situation au principal du collège privé catholique où est scolarisé Théo, ce sont eux qui tombent de leur chaise. Celui-ci leur annonce qu’un élève du même âge que Théo connaît une situation familiale identique : son père vient de se faire opérer pour devenir une femme… Et, l’an dernier au lycée, un garçon a vécu la même expérience.

"Certains collègues m’ont dit que cela les dégoûtait"

Au travail, à Brest, Wilfrid a en revanche eu du mal à faire admettre qu’il s’appellerait désormais Chloé. "Certains collègues m’ont dit que cela les dégoûtait, d’autres qu’ils refuseraient de me serrer la main." Elle a donc été mutée à Paris en mars 2012. Pudiquement, elle avoue que Marie et elle ont désormais "repris leur liberté" : Chloé a rencontré une autre femme, Marie-Pierre, Marie aussi.

"Je suis devenue une femme, certes, mais pas la femme que Marie avait choisie. C’est compliqué de faire le deuil de la personne qu’on a connue et aimée. Marie a eu besoin d’aller voir ailleurs, au début, j’ai eu un pincement au coeur, mais j’étais heureuse pour elle." Pourtant, Chloé et Marie se sont battues devant les tribunaux pour rester mariées, pour que le changement d’état civil de Chloé n’annule pas leur passé. "Marie, je la protégerai toute ma vie. On est liées pour toujours. Sans elle, je me serais flinguée. Elle m’a donné une famille, mes enfants. Et ça, nous nous battrons pour le préserver."

Voir encore:

"La théorie du genre entraîne l’école dans l’ingénierie sociale"

Pour la philosophe Bérénice Levet, en menant «la chasse aux stéréotypes»,le gouvernement joue aux apprentis sorciers.

Marie-Amélie Lombard

Le Figaro

30/01/2014

Docteur en philosophie, Bérénice Levet travaille à un essai sur La théorie du genre ou le monde rêvé des anges, à paraître chez Grasset en septembre 2014. Elle est l’auteur de Le Musée imaginaire d’Hannah Arendt, Stock, 2012.

LE FIGARO. – L’Éducation nationale est-elle en train d’introduire «la théorie du genre» à l’école?

Bérénice LEVET. – Je précise d’emblée que je ne soutiens en rien les mouvements qui appellent à boycotter l’école et qui manipulent les esprits. Mais il ne faut pas abandonner ce débat à l’extrême droite. Or, dans ce qui est dénoncé aujourd’hui, il y a une part de réalité. Certes, la théorie du genre en tant que telle n’est pas enseignée à l’école primaire mais plusieurs de ses postulats y sont diffusés.

Avant tout, quelle définition donnez-vous de la théorie du genre?

Pour les tenants de cette théorie, l’identité sexuelle est, de part en part, construite. Selon eux, il n’y a pas de continuité entre le donné biologique – notre sexe de naissance – et notre devenir d’homme ou de femme. C’est, poussé à l’extrême, la formule de Simone de Beauvoir dans Le Deuxième sexe «On ne naît pas femme, on le devient». Et les théoriciens du genre poursuivent: à partir du moment où tout est «construit», tout peut être déconstruit.

Quels sont les exemples de l’application de cette théorie à l’école?

Prenons les «ABCD de l’égalité», qui sont des parcours proposés aux élèves et accompagnés de fiches pédagogiques pour les enseignants. Ils sont supposés servir à enseigner l’égalité hommes-femmes. Qu’en est-il? Dans une fiche, intitulée «Dentelles, rubans, velours et broderies», on montre un tableau représentant Louis XIV enfant qui porte une robe richement ornée et des rubans rouges dans les cheveux. L’objectif affiché? Faire prendre conscience aux élèves de l’historicité des codes auxquels ils se soumettent et gagner de la latitude par rapport à ceux que la société leur impose aujourd’hui…

N’est-ce pas une simple façon de montrer que la façon de s’habiller a évolué au fil du temps?

Non, l’objectif est bien d’«émanciper» l’enfant de tous les codes. Ce qui aboutit à l’abandonner à un ensemble de «possibles», comme s’il n’appartenait à aucune histoire, comme si les adultes n’avaient rien à lui transmettre. Or, il est faux de dire qu’on «formate» un enfant, on ne fait que l’introduire dans un monde qui est plus vieux que lui. Kierkegaard parle d’un «désespoir des possibles» qui ne se transforme jamais en nécessité.

Quels autres exemples vous semblent condamnables?

Le film Tomboy – «garçon manqué» en français -, de la réalisatrice Céline Sciamma, a été montré l’an dernier à 12 500 élèves parisiens, de la dernière année de maternelle au CM2. Quel est le propos du film? Une petite fille, Laure, se fait passer pour un garçon auprès des enfants avec qui elle joue et se fait appeler Michaël. Qu’est-il écrit dans le dossier pédagogique? «Laure semble pouvoir aller au bout de la possibilité Michaël»… On n’est plus dans le simple apprentissage de la tolérance.

Le danger n’est-il pas surtout d’imposer à l’école un fatras mal assimilé des études de genre qui sont un champ de la recherche universitaire? Le gouvernement joue-t-il aux apprentis sorciers?

Sans scrupules, l’école est entraînée dans une politique d’ingénierie sociale. Tout en se donnant bonne conscience, le gouvernement encourage un brouillage très inquiétant. Savons-nous bien ce que nous sommes en train de faire? A l’âge de l’école primaire, les enfants ont besoin de s’identifier, et non pas de se désidentifier. A ne plus vouloir d’une éducation sexuée, on abandonne nos enfants aux stéréotypes les plus kitsch des dessins animés.

N’est-ce pas pour autant utile d’affirmer l’égalité des sexes dès le plus jeune âge?

Il faudrait surtout en finir avec cette mise en accusation systématique du passé. Notre civilisation occidentale, et spécialement française, n’est pas réductible à une histoire faite de domination et de misogynie. Sur la différence des sexes, la France a su composer une partition singulière, irréductible à des rapports de forces. L’apparition d’une culture musulmane change-t-elle la donne? Elle nous confronte en tout cas à une culture qui n’a pas le même héritage en matière d’égalité des sexes. Ce qui me paraît dangereux dans cette «chasse aux stéréotypes» est le risque de balayer d’un revers de main tout notre héritage culturel. Dans un tel contexte, quelle œuvre littéraire, artistique ou cinématographique ne tombera pas sous le coup de l’accusation de «sexisme»?

Selon vous, sous couvert de lutter contre les stéréotypes, on peut bouleverser en profondeur la société?

Il existe une volonté de transformer la société, de sortir de toute normativité pour aboutir à un relativisme complet. Le gouvernement Ayrault est en pointe sur ce combat. On l’a vu lors du débat sur le Mariage pour tous. Il ne devrait pas être impossible de dire que l’homosexualité est une exception et que l’hétérosexualité est la norme. La théorie de l’interchangeabilité des sexes se diffuse. Or, nous avons un corps sexué qui est significatif par lui-même et qui ne compte pas pour rien dans la construction de soi.

L’égalité hommes-femmes n’est cependant pas acquise aujourd’hui. Comment s’y prendre pour la renforcer?

Le principe de l’égalité est incontesté aujourd’hui. Certes, il existe encore ce fameux “plafond de verre” empêchant les femmes d’accéder aux plus hauts postes et des inégalités salariales. Mais les progrès sont inouïs. Doit-on, comme l’a fait récemment le gouvernement, imposer aux hommes de prendre un congé parental? On en arrive à punir la famille parce qu’un homme est récalcitrant à s’arrêter de travailler! Et puis, faut-il rappeler qu’il n’y a pas de cordon ombilical à couper entre un père et son enfant?

A vous entendre, les dérives que vous dénoncez risquent de ne pas se limiter à l’école.

Je n’ai guère le goût des analogies historiques mais, s’il existe une leçon à retenir des totalitarismes nazi et stalinien, c’est que l’homme n’est pas un simple matériau que l’on peut façonner. Avec la théorie du genre, l’enjeu est anthropologique. Montesquieu écrivait: «Dans un temps d’ignorance, on n’a aucun doute, même lorsqu’on fait les plus grands maux. Dans un temps de lumière, on tremble encore lorsqu’on fait les plus grands biens».

Voir par ailleurs:

Cette théorie relève d’une idéologie sectaire

Chantal Delsol (Philosophe, historienne des idées politiques)

Le Monde

30.01.2014

Depuis le 28 janvier, une affaire de catéchisme à l’école fait des ravages dans les médias. Il semble qu’un certain nombre de familles mettent en cause le catéchisme et les dogmes attenants, entendons le discours du genre. Il semble aussi que ces familles récalcitrantes ont été plus ou moins trompées par des messages excessifs ou même faux. Il y a donc des gens qui jouent de dérision pour tenter de subvertir les paroles du ministère de l’éducation. Or ces paroles sont sacrées. C’est péché de s’en moquer.

Ledit discours du genre ressemble tellement à une religion qu’on ne peut s’empêcher d’utiliser, pour en décrire les aventures, du vocabulaire religieux. Elle relève de l’idéologie, dont elle porte le fanatisme et l’irréalité. Ses défenseurs sont des apôtres excités, jamais fatigués, toujours l’injure aux lèvres.

Les textes du gouvernement concernant l’école précisent que les enfants appartiennent à l’Etat. Les textes concernant le genre, du même acabit, voudraient nous précipiter dans une société surréelle, mélange de George Orwell et de Nicolae Ceaucescu, où rien n’est à sa place, où rien n’a aucune place, puisque c’est le pouvoir, et les gardiens de l’orthodoxie régnante, qui décident de l’ordre du monde. Cela est si invraisemblable, si farfelu et si grotesque, que sans nul doute les humoristes vont s’y mettre. En lisant ces textes, certains peuvent avoir l’impression bien fondée qu’à partir de là, n’importe quoi peut être dit sans porter préjudice au bon sens. Comme on le sait, tout ce qui est excessif est insignifiant, et l’insignifiance fait rire, il n’y a plus que cela pour desceller des projets à la fois illuminés et pompeux. Voyez de quoi les Femen sont capables.

Nos gouvernants ne doivent pas s’imaginer qu’ils réduiront si facilement les familles françaises à croire que les garçons et les filles ne sont différents que là où le ministère le décide. Car dans la simple réalité, il n’en va pas ainsi. Et les familles ne sont peut-être pas versées dans la métaphysique des sphères, mais pour autant elles ne sont pas idiotes, et lorsqu’il s’agit de leurs enfants, elles sont déterminées pour refuser qu’on leur fasse avaler des pantalonnades pareilles.

ET CE SONT LES FILLES QUI EN FONT TOUJOURS LES FRAIS

La différence sexuelle engendre des hiérarchies, des discriminations et des inégalités injustes. Et ce sont les filles qui en font toujours les frais. Cela est historique. Faut-il donc supprimer les différences pour supprimer les discriminations ? On songe à cet anarchiste du XIXe siècle qui voulait rayer une ville de la carte pour supprimer la pauvreté qui y régnait. Lorsque tous les pauvres seront morts, lui répondait un autre, il n’y aura plus de pauvreté. Quand au lieu de garçons et de filles vous n’aurez plus qu’un sexe indéterminé, un Tomboy montré en modèle universel dans toutes les écoles de la République, alors il n’y aura plus de discrimination, mais il n’y aura plus de différences non plus. L’indétermination n’est pas l’idéal à poursuivre pour empêcher les inégalités injustes. Celles-ci, mieux vaudrait les combattre en mettant en valeur les différences et leur complémentarité.

Pourtant les choses sont plus compliquées. Le discours sur le genre n’évince pas l’altérité en soi, mais il ne reconnaît que les altérités construites, voulues, légitimées par la culture dominante et par les individus eux-mêmes. Les différences ne sont pas reçues, elles doivent être voulues. Le gender est moins une volonté d’indétermination et de retour au chaos qu’une volonté de re-nommer les êtres et de re-programmer les différences que l’ordre naturel avait (mal) faits. On dirait bien que deux totalitarismes ne nous ont pas encore déniaisés, ni découragés de vouloir prendre la place du créateur. Couvrir la terre de déchets qui la stérilisent et nier la masculinité, c’est le même comportement, qui consiste à récuser jusqu’à la révolte un ordre que nous n’avons pas nous-mêmes programmé. Dans notre mythe originel, l’ange du mal n’avait rien fait d’autre.

L’IDÉAL D’ÉMANCIPATION

Cette idéologie, qui s’avance comme un destin irrémédiable ou comme l’esprit d’Hegel, de quoi est-elle le nom ? Elle répond à l’idéal d’émancipation qui habite la culture européenne depuis les origines, et dont les concrétisations parsèment notre histoire et la façonnent. Seule culture dans laquelle on peut trouver des oeuvres comme L’Asservissement des femmes de Stuart Mill, ou Une chambre à soi de Virginia Woolf, avec toutes les mesures politico-sociales que cela entraîne.

Pourtant, il est regrettable de voir cette belle histoire d’émancipation s’enrayer dans l’extrémisme et le fanatisme. Comment se préserver de l’extrémisme que déploient des discours comme celui du gender ? En prenant en compte, non seulement l’émancipation enviable, mais aussi l’enracinement nécessaire qui nous arrime à la condition humaine, à l’histoire, aux exigences naturelles élémentaires. Supprimer tout enracinement : c’est ce qu’avaient tenté les soviets, à ce point que Trotski disait à ce sujet : nous vivons à présent dans un bivouac. Une société humaine ne peut pas faire sa demeure dans un bivouac.

Voir encore:

La feuille de route anti-homophobie de l’UE qui affole la « Manif pour tous »

Mathilde Gérard

Le Monde

04.02.2014

Dimanche 2 février, dans les cortèges de la Manif pour tous contre l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe, beaucoup s’inquiétaient d’un texte qui vient d’être voté au Parlement européen, mardi 4 février : le « rapport Lunacek », initiative de la députée autrichienne écologiste Ulrike Lunacek, qui propose une « feuille de route » contre l’homophobie et les discriminations liées à l’orientation sexuelle. Le document a été adopté par 394 voix pour et 176 voix contre et 72 abstentions. Les opposants au mariage homosexuel dénoncent un texte élaboré par le « lobby LGBT » avec pour objectif d’imposer, selon eux, l’agenda gay aux législations des vingt-huit Etats membres. Sur le site CitizenGo, une pétition contre cette feuille de route, lancée par La Manif pour tous, a recueilli plus de 200 000 signatures. Le point sur ce texte qui suscite un grand nombre de fantasmes.

Que propose le « rapport Lunacek » ?

Ce document est un « rapport d’initiative », c’est à dire, dans le jargon européen, qu’il s’agit d’un « rapport d’opinion » qui n’a pas de valeur contraignante. Il propose à la Commission européenne d’adopter une stratégie globale afin de lutter contre les discriminations liées à l’orientation sexuelle. « A dix reprises depuis 2010, le Parlement européen a demandé à la Commission d’établir une feuille de route, comme il en existe déjà au sujet des discriminations contre les Roms ou contre les personnes souffrant de handicap, mais Viviane Reding [la commissaire à la justice, aux droits fondamentaux et à la citoyenneté] ne s’est jamais emparée du sujet de l’homophobie, explique au Monde l’eurodéputée Ulrike Lunacek. Nous avons donc pris l’initiative en obligeant la Commission, par cette feuille de route, à tenir compte des discriminations liées à l’orientation sexuelle. »

Le document proposé par Ulrike Lunacek, qui a fait l’objet d’un consensus entre cinq grands partis européens – Parti populaire européen (PPE), Socialistes et démocrates (S&D), Alliance des Libéraux et Démocrates pour l’Europe (ALDE), Verts et Gauche unitaire européenne-Gauche verte nordique (GUE/NGL) – « condamne fermement toute discrimination fondée sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre » et « demande à la Commission de faire un usage le plus large possible de ses compétences, y compris en facilitant l’échange de bonnes pratiques entre les Etats membres ».

Le texte reste très général, mais parmi les mesures plus concrètes proposées dans cette « stratégie », le texte encourage la Commission « à recueillir régulièrement des données pertinentes et comparables sur la situation des personnes LGBTI [lesbiennes, gays, bisexuelles, transexuelles et intersexe] dans l’Union européenne », à « promouvoir l’égalité et la lutte contre les discriminations dans l’ensemble de ses programmes destinés à la jeunesse » et à « favoriser la formation des professionnels ».

Le rapport Lunacek imposera-t-il de légiférer sur la PMA ou le mariage homosexuel ?

Dans le texte de la pétition s’opposant au rapport Lunacek, les signataires estiment que le document « détourne une politique de non-discrimination pour créer des privilèges au profit de certains citoyens sur la base de leur sexualité ». « Le rapport Lunacek ne laissera aucun autre choix aux institutions de l’UE et aux Etats membres que d’incorporer l’agenda LGBTI à la conception de politiques publiques ». En réalité, les signataires confondent la feuille de route, qui reste de nature générale, avec une série d’amendements adoptés par la commission parlementaire des droits de la femme et de l’égalité des genres, qui effectivement, proposaient d’aller plus loin que le rapport initial. Parmi ces amendements figurent notamment une incitation à étendre les traitements de fertilité et de procréation médicalement assistée aux personnes LGBT ou la possibilité que les enfants aient plus de deux parents, mais aucun n’a été intégré au texte voté mardi au Parlement européen. « Nous avons voulu rester sur le document de consensus, approuvé par les cinq grandes familles politiques européennes », assure Ulrike Lunacek.

De même, des opposants au texte avancent que suite à l’adoption de la feuille de route, le droit au mariage homosexuel sera imposé à tous les Etats membres, mais le rapport Lunacek se contente de demander que lorsque des familles voyagent au sein de l’Union européenne, leur existence juridique soit reconnue d’un Etat à un autre.

Mais la confusion est grande. Mardi, le député UMP Laurent Wauquiez assurait à l’Agence France Presse que le rapport Lunacek porte « sur la théorie du genre, les techniques de PMA, et sur le fait pour un enfant d’avoir plus de deux parents », confondant le document de base et les amendements votés par la commission des droits de la femme, qu’Ulrike Lunacek n’a pas repris.

Y a-t-il un objectif financier adossé à ce rapport ?

C’est un autre reproche adressé par les signataires de la pétition au rapport Lunacek : « Alors que ILGA Europe [l'organisation européenne LGBT] a été financée à hauteur de 1,408 million d’euros en 2012, ce rapport conduira à un financement encore bien plus important. » Pourtant, le document ne fait à aucun moment mention d’un financement des associations de gays et lesbiennes.

Quel est le lien entre le rapport Lunacek et le rapport Estrela ?

Il n’y en a pas : le premier entend lutter contre l’homophobie, le second, rejeté en décembre par le Parlement européen, portait sur la santé sexuelle et proposait de faire de l’avortement un droit reconnu par l’Union européenne. Ils traitent donc chacun de thèmes bien différents. Pourtant, ces deux initiatives rassemblent les mêmes opposants qui y ont vu des attaques contre un prétendu modèle familial. « Faisant fi du rejet du rapport Estrela, les lobbies, soutenus par un certain nombre de parlementaires européens, persistent à vouloir imposer leur idéologie délétère », écrit par exemple l’eurodéputé frontiste Bruno Gollnisch.

Le débat préliminaire au vote parlementaire a-t-il été tronqué ?

Certains eurodéputés opposés au texte, comme Bruno Gollnisch, assurent que « l’ordre du jour [de la session plénière du Parlement européen] a été modifié » pour que le « débat soit volontairement tronqué ». Le débat préliminaire à l’examen du texte a en fait bien eu lieu lundi, en fin de journée et a duré une vingtaine de minutes (voir la vidéo). « En session plénière, il est habituel que les débats aient lieu la veille des votes », plaide Ulrike Lunacek. Et l’agenda serré des sessions plénières du Parlement européen atteste que les débats de vingt minutes, y compris sur des sujets complexes, sont légion.

Quelles conséquences pour le projet de loi sur la famille dont l’examen a été ajourné par le gouvernement français ?

« On est en train de faire entrer par la porte ce qu’on a fait sortir par la fenêtre », déplore Laurent Wauquiez (UMP), au lendemain de l’annonce par le gouvernement que le projet de loi sur la famille ne serait pas examiné avant 2015. « On voit l’hypocrisie et l’ambiguïté de la majorité qui sous la pression feint de reculer à Paris pour avancer camouflé en Europe », dénonce le député UMP, qui demande une « clarification » de la position des eurodéputés socialistes sur ce texte, mais oublie par la même occasion que sa famille politique européenne, le PPE, s’est elle-même divisée sur ce texte (70 députés PPE ont voté pour, 130 contre). Les eurodéputés PPE français ont tous rejeté le texte, en expliquant leur choix dans un communiqué : la délégation française UMP-UDI] « ne peut s’associer à ce que l’on demande à un Etat membre de reconnaître les actes civils tels que le mariage homosexuel contractés dans un autre Etat membre, alors même qu’il ne le reconnaît pas au sein de sa propre législation » et estime que de tels sujets doivent être laissés à « l’appréciation de chaque Etat conformément au principe de subsidiarité ».

Voir également:

Transgender kids: Painful quest to be who they are

Madison Park

CNN

September 27, 2011

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Berkeley, California (CNN) — One of the first things Thomas Lobel told his parents was that they were wrong.

The 3-year-old had learned sign language because he had apraxia, a speech impediment that hindered his ability to talk. The toddler pointed to himself and signed, "I am a girl."

"Oh look, he’s confused," his parents said. Maybe he mixed up the signs for boy and girl. So they signed back. "No, no. Thomas is a boy."

But the toddler shook his head. "I am a girl," he signed back emphatically.

Regardless of the fact he was physically male, Thomas has always maintained that he is a girl. When teased at school about being quiet and liking dolls, Thomas would repeat his simple response, "I am a girl."

Thomas, now 11, goes by the name of Tammy, wears dresses to school and lives as a girl.

Her parents have been accused by family, friends and others of being reckless, causing their youngest child permanent damage by allowing her to live as a girl.

When children insist that their gender doesn’t match their body, it can trigger a confusing, painful odyssey for the family. And most of the time, these families face isolating experiences trying to decide what is best for their kids, especially because transgender issues are viewed as mysterious, and loaded with stigma and judgment.

Transgender children experience a disconnect between their sex, which is anatomy, and their gender, which includes behaviors, roles and activities. In Thomas’ case, he has a male body, but he prefers female things likes skirts and dolls, rather than pants and trucks.

Gender identity often gets confused with sexual orientation. The difference is "gender identity is who you are and sexual orientation is who you want to have sex with," said Dr. Johanna Olson, professor of clinical pediatrics at University of Southern California, who treats transgender children.

When talking about young kids around age 3, they’re probably not interested in sexual orientation, she said. But experts say some children look like they will be transgender in early childhood, and turn out gay, lesbian or bisexual.

Gender nonconformity is not a disorder, group says

There is little consistent advice for parents, because robust data and studies about transgender children are rare. The rates of people who are transgender vary from 1 in 30,000 to 1 in 1,000, depending on various international studies.

Like Tammy, some children as young as 3, show early signs of gender dysphoria or gender identity disorder, mental health experts who work with transgender children estimate. These children are not intersex — they do no have a physical disorder or malformation of their sexual organs. The gender issue exists in the brain, though whether it’s psychological or physiological is debated by experts.

One of the most recognizable transgender celebrities is Chaz Bono, who currently competes on "Dancing with the Stars." Born female to entertainers Sonny and Cher, Bono underwent a transition to become a man in his 40s. He wrote in his book "Transition" that even in his childhood, he had been "aware of a part of me that did not fit."

Many transgender kids report feeling discomfort with their gender as early as they can remember.

Proud to be ‘Born This Way’

Mario, a 14-year-old Californian who asked his full name not be used, was born female. He dresses and acts like a boy, because, he said, since he was 2 years old, he never genuinely felt like a girl.

"I feel uncomfortable in female clothes," said Mario. "I feel like why should I wear this when it’s not who I am? Why should I be this fake person?"

But when a child starts identifying with the opposite gender, there is no way to determine whether it’s temporary or likely to become permanent.

"It’s important to acknowledge the signs of gender dysphoria, especially for children," said Eli Coleman, who chaired a committee to update treatment guidelines for the World Professional Association for Transgender Health, an international medical group meeting this week in Atlanta, Georgia. "By not addressing it, it could be really more damaging for the child than not."

"It’s a very difficult area and there are a lot of children who have gender nonconformity. They will simply grow out of that. Many of them later on identify as gay or lesbian, rather than transgender."

The American Psychological Association warns that "It is not helpful to force the child to act in a more gender-conforming way." When they’re forced to conform, some children spiral into depression, behavioral problems and even suicidal thoughts.

Do kids know who they are?

The journey of gender The journey of gender

Thomas Lobel’s metamorphosis can be told in pictures.

After his parents, Pauline Moreno and Debra Lobel, adopted Thomas at age 2, they observed that he was aloof. Shy and freckle-faced, he usually sat in a corner reading a book.

Unlike his two older brothers who were boisterous, athletic and masculine, Thomas was unusually quiet. Because of his speech impediment, he had to go to special education. Despite developing better speech skills, he didn’t want to engage in conversation or socialize.

"He seemed so depressed and unhappy all the time," Lobel said. "He didn’t enjoy playing. He sat there all the time, not interacting with anybody. He seemed really lonely."

In photos, Thomas appears small with a clenched smile and a glazed and distant look in his eyes.

Throughout his childhood, Thomas wanted to read Wonder Woman comics rather than Superman, wear rhinestone-studded hairbands instead of baseball caps and play with dolls rather than action figures. And, his parents said, he kept insisting he was a girl.

His personality changed from a very sad kid who sat still… to a very happy little girl who was thrilled to be alive.

His situation worsened when Thomas told his parents he wanted to cut off his penis. His parents tried to rationalize with him, warning him that he could bleed to death. But his request was a signal to them that this was serious and required professional help.

After seeing therapists and psychiatrists, the mental health specialists confirmed what Thomas had been saying all along. At age 7, he had gender identity disorder.

The diagnosis was hard for Moreno and Lobel to accept.

"The fact that she’s transgender gives her a harder road ahead, an absolute harder road," Moreno said.

They have been accused of terrible parenting by friends, family and others, that "we’re pushing her to do this. I’m a lesbian. My partner is a lesbian. That suddenly falls into the fold: ‘Oh, you want her to be part of the lifestyle you guys live,’ " Moreno said.

But that couldn’t be further from the truth, they said. People don’t understand how a hurting child can break a parent’s heart.

"No parent wants to be in this situation," said Lisa Kenney, managing director of Gender Spectrum, a conference for families of gender nonconforming children. "Nobody had a child and imagined this was what would happen."

Transgender kids do not come from lax parenting where adults "roll over" to their kids’ whims, said Olson, who treats transgender children.

"The parents are tortured by it," she said. "These are not easy decisions. Parents go through a long process going through this."

Moreno and Lobel allowed their child pick his own clothes at age 8. Thomas chose girl’s clothing and also picked four bras. Then, Thomas wanted to change his name to Tammy and use a female pronoun. This is called social transitioning and can include new hairstyles, wardrobe. Aside from mental health therapy, this stage involves no medical interventions. Social transitioning is completely reversible, said Olson, a gender identity specialist.

Every step of the way, her parents told Tammy, "If at any time you want to go back to your boy’s clothes, you can go back to Thomas. It’s OK." Tammy has declined every time.

She continues to see therapists.

Tammy’s room is painted bright golden yellow, decorated with stuffed animals and cluttered with pink glittery tennis shoes. At home, Tammy dances through the hallway, twirling in her pink flower dress.

"As soon as we let him put on a dress, his personality changed from a very sad kid who sat still, didn’t do much of anything to a very happy little girl who was thrilled to be alive," Moreno said.

The hormone question

This summer, Tammy began the next phase of transition, taking hormone-blocking drugs. This controversial medical treatment prevents children from experiencing puberty.

Girls who feel more like boys take hormone-suppressing medications so they will not develop breasts and start menstruating. Boys who identify as girls can take blockers to avoid developing broad shoulders, deep voice and facial hair. The drugs put their puberty on pause, so they can figure out whether to transition genders.

The hormone blockers are also reversible, because once a child stops taking the drugs, the natural puberty begins, said Dr. Stephen Rosenthal, pediatric endocrinologist at UC San Francisco.

But if the child wants to transition to the other gender, he or she can take testosterone or estrogen hormone treatment to go through the puberty of the opposite gender.

This transgender hormone therapy for children is relatively new in the United States after a gender clinic opened in Boston in 2007. Programs for transgender children exist in cities including Los Angeles, Seattle and San Francisco. The kids are treated by pediatric endocrinologists after long evaluations by mental health professionals.

No statistics exist on the number of transgender children taking such medical treatments.

Medical practitioners have to be careful with children with gender identity issues, said Dr. Kenneth Zucker, head of the Gender Identity Service in the Child, Youth, and Family Program and professor at the University of Toronto. Giving children hormone blockers to kids before the age of 13 is too early, he said.

Zucker conducted a study following 109 boys who had gender identity disorder between the ages of 3 and 12. Researchers followed up at the mean age of 20 and found 12% of these boys continued to want to change genders.

"The vast majority of children lose their desire to be of the other gender later," he said. "So what that means is that one should be very cautious in assuming say that a 6-year-old who has strong desire to be of the other gender will feel that way 10 years later."

All of this leads to unsettling answers for families trying to understand their children. No one knows whether a child’s gender dysphoria will continue forever or if it is temporary.

The unsatisfying answer repeated by experts is that only time will tell.

Despite the murky science and social stigma that confound adults, Mario, who has lived as a boy since fourth grade, has a simple answer.

"Don’t change for nobody else," he said. "Just be you and be happy."

Voir également:

The little boy who started a sex change aged eight because he (and his lesbian parents) knew he always wanted to be a girl

Parents say it’s better for Thomas to have sex change before he is adult

Daily Mail Reporter

The Daily Mail

30 September 2011

The lesbian parents of an 11-year-old boy who is undergoing the process of becoming a girl last night defended the decision, claiming it was better for a child to have a sex change when young.

Thomas Lobel, who now calls himself Tammy, is undergoing controversial hormone blocking treatment in Berkeley, California to stop him going through puberty as a boy.

But Pauline Moreno and Debra Lobel warn that children with gender identity disorder forced to postpone transitioning could face a higher risk of suicide.

The mothers say that one of the first things Thomas told them when he learned sign language aged three – because of a speech impediment – was, ‘I am a girl’.

At age seven, after threatening genital mutilation on himself, psychiatrists diagnosed Thomas with gender identity disorder. By the age of eight, he began transitioning.

This summer, he started taking hormone-blocking drugs, which will stop him from experiencing puberty.

Was this 14 year-old executed in the U.S. for the murder of two white girls innocent?

The hormone-suppressant, implanted in his upper left arm, will postpone the 11-year-old developing broad shoulders, deep voice and facial hair.

The couple faced intense criticism from friends and family as a result, Ms Moreno told MailOnline.

‘Everybody was angry with us. "How could you be doing this? You might be ruining his whole life!"

Citing a statistic from the Youth Suicide Prevention Program, Ms Moreno noted over 50 per cent of transgender youth will have had at least one suicide attempt by their 20th birthday.

PROUD MOM: Two photos of Tammy from one of Pauline’s Facebook albums called ‘My Sweet Sweet Princess’

Tammy favours headbands to baseball hats and picked out bras and dresses to start wearing when given choice in clothing to wear

And ignoring their son’s incessant pleas, she said, simply was not worth the risk.

‘What is so frightening to me is that you would be willing to say "no" just because you don’t like it – even though your child could lose their life?’

Her son’s adolescent transition, she hopes, will help him have a less conflicted adulthood.

‘The whole idea now is let’s stop creating a third (gender) that is neither one thing or the other, so we transitioned her,’ said Ms Moreno.

‘The protocol now is to transition these children as soon as you can make a diagnosis, because otherwise they end up being not one thing or the other… because they experienced puberty.’

HOW HORMONE BLOCKING WORKS:

Tammy Lobel’s hormones are being blocked by an implant on the inside of the 11-year-old’s upper left arm, which must be replaced once a year.

Ms Moreno explained: ‘In other words, she will stay as a pre-pubescent boy until she decides and we feel that she can make this decision about surgery.’

His parents say the hormone treatment will give him time to figure out if he wants to fully transition to being female or go through puberty as a boy.

By age 14 or 15 the device will need to be removed so that Tammy can go through puberty, Ms Moreno said.

If he chooses to stop taking the drugs, he will undergo natural male puberty at a later stage and his future fertility would not be impacted.

Should their son decide to transition to an adult female, he can take female hormones as well, which would raise his voice, allow him to grow breasts and develop other feminine physical characteristics.

Ms Moreno recalled the first step of Thomas’ transition to becoming female by letting him pick his own clothes.

He favoured headbands to baseball hats and picked out bras and dresses to start wearing when given choice in clothing to wear. And the change in his personality, Ms Moreno says, was instant.

‘He was in his own world just completely detached and that was a problem we always had was getting Thomas to participate in life,’ she said. ‘What we saw emerge when Tammy was allowed to be Tammy is, "Whoa!"… It was an immediate transformation. She was so giggly and she was now interacting she was now making it a point to defend herself.’

The diagnosis has been hard to accept for Tammy’s parents.

The couple were married in 1990 by a rabbi and have two older sons and grandchildren. But they insist their sexuality has nothing to do with it.

‘It was odd to us,’ she said. ‘Even though she has lesbians as parents, this is all new to us in every possible way. We know what it’s like to feel different – we’ve got that one. But to feel like you’re not in the right body was just something we could not put our heads around.’

Fortunately, the family has a vast support system. The couple credits Tammy’s teachers and officials at Children’s Learning Center in Alameda, California, and their religious community, for being open-minded about their son’s decision.

‘We live in the Bay area where lots of alternative lifestyles are in place… and we belong to a religious community that was incredibly supportive. They make it a point when we’re in synagogue to come over and tell Tammy, "Oh, you look so pretty today,’ Ms Moreno said, adding, ‘There’s never going to be enough gratitude for them.’

His parents say the hormone treatment will give him time to figure out if he wants to fully transition to being female or go through puberty as a boy.

If he chooses to stop taking the drugs, he will undergo natural male puberty at a later stage and his future fertility would not be impacted.

Should their son decide to transition to an adult female, he can take female hormones as well, which would raise his voice, allow him to grow breasts and develop other feminine physical characteristics.

San Francisco, right by Berkeley, is one of four cities in the United States with a hospital that has a program for transgender children.

The University of California San Francisco is home to the Center of Excellence for Transgender Health.

Children are seen at length by mental health professionals and then treated by pediatric endocrinologists.

Others cities with youth programs are Boston, Seattle and Los Angeles.

Watch the video report:

Voir également:

The battle for the bathroom

Lee Thomas

The Brunswickan

October 2, 2013

In June of 2013, the United States Supreme Court ruled that the homophobic Defense of Marriage Act was unconstitutional.

Macklemore and Ryan Lewis’s hit song Same Love, featuring Mary Lambert, has more than 81 million views on YouTube.

These instances, and many more, show how far LGBTQ rights have come, and how widespread the acceptance of lesbian, gay, bisexual, queer, and transgender people is.

But is it, though?

In September 2011, in the Canadian House of Commons, Bill C279 was introduced by NDP MP Randall Garrison. Bill C279 would entrench “gender expression and gender identity” into the Canadian Human Rights Act, which currently has explicit protections against discrimination on the basis of sexual orientation, gender, race and religion, among others.

The infamously dubbed “bathroom bill” soon gained national attention as Conservative MP Rob Anders insisted that the ruling would allow sexual predators to access women’s washrooms under the guise of being transgender. The bill had passed in the House and was in its third reading in the Senate — on the verge of becoming a law — but was not voted on before they broke for summer.

Because of Stephen Harper’s recent announcement to prorogue Parliament, the bill will be set back to the first Senate reading again. Harper and most of his front-row MPs voted against Bill C279, by the way.

So what’s the big deal?

Well, while everyone is celebrating that gays across the border can now marry, transgender people at home are struggling for the right to pee.

Alex Banks* is a transgender student in her second year at UNB.

“When I first started transitioning it was so uncomfortable going into the bathrooms. People gave me such dirty looks. If I had to pee I would hold it until all of my classes were done — a total of about six hours,” she said in an email interview.

“I would try to sneak into the staff washrooms which were single [stall], but that rarely worked.”

Dylan Samson and Bowen Xu, the executive director and executive officer of Spectrum, respectively, said concerns over the lack of gender-neutral washroom availability at UNB has arisen during meetings.

“From my experience, there aren’t enough gender-neutral or single-stall washrooms on campus, and even the ones that are [available] are not publicized,” said Samson.

It’s experiences like Banks’s which prompted LGBTQ allies at Dalhousie University to create a list of single-stall washrooms on campus, which is published on the university website.

“We were getting stories that some [transgender and genderqueer] people were not feeling comfortable using the washrooms,” said Clement Mehlman, a founding member of the Dal Allies project, which publicizes a list of more than 180 Dalhousie University staff who are explicitly supportive of the LGBTQ community.

“It’s important to have students feel like they’re safe, and not being judged on their presentation of themselves, and not being harmed,” said Mehlman. “It’s about safety and privacy.”

The initiative now has an agreement with the Dalhousie University that new buildings will all be built with single-stall provisions, such as their new Grad House which has two single-stall facilities simply labeled “washroom.”

Shirley Cleave, UNB’s associate vice president academic, said that the university ensures the construction of single-stall washrooms in all new “major renovations.” Currently, she said, there are about 17 washrooms on campus that fit this description. However, none of them have explicitly transgender- or genderqueer-inclusive signage.

“We haven’t done any differentiating signs, except to indicate that they’re available to anyone by putting up both genders. Some might be labeled just ‘accessible’ instead of male or female,” she said.

Shane Gunter, who is the coordinator of the Safe Spaces program on the UNB Fredericton campus, said that publicizing a list of gender-neutral washrooms, as well as creating more of these spaces, will be a main initiative of Safe Spaces this year.

“Our goal is to get a sign, in addition to [the wheelchair glyph], that says ‘gender-neutral,’ ” said Gunter.

“People don’t really understand what’s going on with gender identity because there’s not much awareness about it. At UNB we don’t have a huge transgender population, but it’s still a population that’s here and relevant.”

Gunter added that because of the small population, it’s important for there to be extra support for the transgender and gender-variant community at UNB.

Samson agreed that extra support is required, and pointed out that transphobic attitudes readily contribute to higher rates of mental health problems among LGBTQ people, especially LGBTQ youth.

“A lot of students who are non-binary have a lot of trouble going to the bathroom because they feel the stigma of walking into the wrong one,” Samson explained. “That causes a lot of confusion, and it can cause depression and a lot of psychological problems as well, which is a big concern especially since [the university is] supposed to tailor to the needs of every student possible.”

Banks echoed this sentiment, and said, “The fact that you can’t use the bathroom without getting dirty looks delivers quite a hit to your self-esteem and makes you feel really insecure.”

Indeed, Statistics Canada states that “an individual’s level of self-confidence can . . . be a measure of their mental health.”

According to an Ontario student of transsexual, transgender, and gender-variant people aged 16-24, 47 per cent reported having “seriously considered suicide in the previous year,” and one fifth attempted suicide, significantly above the national average for that age group.

“In an ideal world, I’d like to see the fact that you can go into the bathroom of their identity without concern. But unfortunately it’s not like that at this point in time,” said Samson, who occasionally dresses in drag as part of his gender expression.

Xu said to envision the struggle of transgender people, put yourself in their shoes.

“Imagine you have to hold your pee, or whatever your biological needs are. To walk a few buildings over just because there is no washroom for you,” she said.

Banks believes that the provision of gender-neutral washrooms would play an important role in making transgender students feel included and valued at UNB.

“The lack of gender-neutral washrooms makes me feel as though the university doesn’t notice the issues that transgender people have to live through every day. Or they notice and simply don’t care,” Banks said.

This is reflected in a 2011 study of LGBTQ youth by Statistics Canada, where 69 per cent of transgender youth and 45 per cent of LGB youth disagreed with the statement “I feel like a real part of my school,” compared to only 25 per cent of their non-LGBTQ peers.

“It makes you feel unsafe because you can never predict how people will treat you in those scenarios,” added Banks.

Toilets2

In a 1997 San Francisco survey of transgender men and women, 84 per cent of the individuals “reported verbal abuse because of their gender identity or gender presentation,” and more than 30 per cent reported experiencing physical abuse.

The National Coalition of Anti-Violence Programs released a 2011 report that demonstrated that transgender individuals, particularly women, people of colour, and youth are at “a disproportionately high risk” of being victims of hate violence. They noted that there has been an upward trend in anti-LGBTQH – the “H” stands for HIV-positive – murders in the US over the past 3 years, and 45 per cent of those hate murder victims were transgender women.

Initiatives such as Safe Spaces try to tackle these issues head-on.

“We want to ensure that UNB is a safe and welcoming space for all students, faculty, and staff — regardless of sexual orientation or gender identification,” said Gunter.

Banks said that in addition to preventing awkwardness and possible gender identity-based violence, gender-neutral washroom signage would help transgender people to simply “be able to live their lives without worrying about that they may encounter in daily tasks that should be simple — like using the bathroom.”

The practical application of a gender-neutral washroom initiative, particularly in older buildings such as those at UNB, is a complex undertaking. However Mehlman points out that single-stall washrooms meet the need of many students, including any students who prefer a private bathroom space for medical or religious reasons.

“There are still a lot of male/female washroom spaces,” said Mehlman, “but having even one [single stall bathroom] within the building is helpful.”

Although most UNB residences have single-stall or fully gender-neutral washroom facilities, the campus is still lacking single-stall or gender-neutral bathrooms in many significant buildings, including the Student Union Building and McConnell Hall.

“There should be one in every building, especially here in the SUB. I mean, it’s the Student Union Building. It’s where every single student comes to get things. So the fact that they would have to leave to go to a bathroom in — where’s the closest one, Tilley? — that’s just preposterous,” said Samson.

“If you cannot go to the bathroom, it infringes on your basic human needs. And by not allowing a student to go to the bathroom, because they’re not comfortable — and by not addressing that fact — is a huge problem.”

Cleave said that no one had raised concerns about genderqueer-inclusive washrooms on campus prior to The Brunswickan’s call, but said that it would be “worth considering” to look into gender-neutral washrooms in buildings like the SUB.

“I think that as we continue to make our spaces more accessible in all sorts of ways, both physically and based on gender, we’ll continue to pay attention to making sure we have facilities that are available to anyone,” she said.

Xu added, “Not everybody knows about this issue, so we need to raise awareness. We don’t think about this every day because it’s not a daily concern. But for some people, it is.”

“I think the university does what it can with what it has,” said Samson. “But it’s not enough.”

The university’s Declaration of Rights and Responsibilities states that “the University of New Brunswick is committed to providing a positive learning and working environment, one in which all members of its community are respectful and respected as individuals. We strive to foster a welcoming and supportive community, where every person feels empowered to contribute.”

With gender-neutral washrooms, the university may be one step closer to fulfilling that mandate.

*Editor’s note: Alex Banks’s name was fabricated in order to protect the identity of the quoted individual.

Voir également:

Michael Glatze, ancienne "icône" gay se convertit et se marie

Paul Ohlott

Evangelium-vitae

31-01-2014

L’information est passée inaperçue en France, et pour cause ! Elle ne plaît guère aux lobbys LGBT qui réclament une tolérance qu’ils sont totalement incapables de manifester…

Michael Glatze – véritable icône du milieu gay – s’est marié le 26 octobre 2013 avec une femme prénommée Rebekah. En 2007, quelques années avant cet heureux événement, il avait quitté le magazine homosexuel "Young Gay America" – qu’il avait co-fondé et pour lequel il occupait le poste de Rédacteur-en-Chef -, en raison de sa conversion au Christianisme. En effet, au grand dam des lobbys LGBT, Michael Glatze est devenu un «born again», autrement dit : un chrétien «né de nouveau», en référence aux paroles du Christ, lors de son rdv avec Nicodème.

«L’homosexualité, c’est la mort»

C’est par une «note sur son bureau» qu’il avait démissionné du magazine en 2007. Sur cette note, on pouvait lire : «l’homosexualité c’est la mort, et je choisis la vie». Par la suite, il avait expliqué plus en détail sa transformation : «Le ‘programme’ homosexuel exclut que quelqu’un puisse simplement penser qu’un changement d’orientation pourrait être viable. De même, personne ne devrait se poser la question de l’efficacité éventuelle des thérapies. Ce que j’ai vécu me permet de dire que la libération de l’influence de ce ‘programme’ homosexuel a été l’expérience la plus libératrice, la plus belle et la plus étonnante que j’ai jamais vécue».

Son changement et ses déclarations lui ont valu d’être «violemment attaqué par le mouvement homosexuel». Et son mariage avec Rebekah a ravivé la haine des activistes homosexuels. Le déferlement de haine a été si important qu’il a été contraint, par souci de sécurité, de publier un article sur le site américain WorldNetDaily pour supplier ses anciens amis de le laisser tranquille. Dans cet article, il s’est notamment écrié : «S’il vous plaît, respectez ma décision !». Une décision qu’il a longuement détaillée : «Je crois que l’homosexualité est un défaut, une erreur, une distorsion… et que l’on peut en être entièrement restaurée. Je sais que ce point de vue va à l’encontre des discours politiques populaires de ce monde, et je suis conscient que ce point de vue me vaut d’être considéré comme ‘un fanatique de droite’ qui doit juste être anéanti. (…) Je prie Dieu tous les jours pour ma sécurité. J’aime mon Dieu. J’aime ma vie. Je souhaite vivre une vie qui honore Dieu. (…) Plutôt que de vouloir ma mort, je voudrais que vous puissiez envisager la possibilité que j’ai le droit légitime à la vie et le droit légitime de suivre mon propre chemin de foi. (…)»

Sources

Voir encore:

Dress Code: Cambridge autorise les jupes pour les hommes

Assma Maad

Le Figaro

06/09/2013

La prestigieuse université britannique a renoncé à la tenue traditionnelle, pantalon pour les hommes, jupe pour les femmes, lors de la remise de diplôme. Une victoire pour l’association des transsexuels de Cambridge.

L’université de Cambridge fait sa mini-révolution. Réputé pour son règlement strict, l’établissement va mettre en place un code vestimentaire neutre pour sa cérémonie de remise de diplôme. Pantalon pour les femmes ou jupes pour les hommes, les étudiants seront désormais libres de porter les vêtements de leur choix. «Après consultation et avec l’accord des hautes autorités de l’université, cet amendement remplace la référence au costume masculin par une description à présent neutre», a officiellement confirmé un porte-parole de l’université. Une décision qui permet avant tout aux étudiants transgenre de choisir leur tenue en toute liberté. Le nouveau code devrait entrer en vigueur en octobre, rapporte The Telegraph.

Selon les anciennes règles, les hommes devaient porter un costume sombre avec une chemise et un nœud papillon blanc. Aux pieds, chaussures et chaussettes noires étaient obligatoires. Quant aux femmes, elles étaient tenues d’assortir une jupe noire avec une chemise blanche, ou pouvaient opter pour une robe noire. Si un étudiant venait à enfreindre ces règles, il pouvait ne pas obtenir son diplôme.

Si le genre est balayé, le sérieux reste de mise. Les couleurs vives sont toujours bannies pour la cérémonie de remise de diplômes. Le blanc et le noir sont encore les deux seules autorisées. Au-dessus de leurs nouvelles tenues, les vêtements seront toujours surmontés de la traditionnelle robe universitaire et sa capuche de couleur blanc. Une règle encore stricte, qui peut entraîner un renvoi en cas de non respect.

Un an après Oxford

Cette décision est le fruit d’une intense campagne menée par les associations de lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT) de Cambridge. «La facilité avec laquelle nous avons pu nous faire entendre montre à quel point l’université est censée», se félicite Charlie Bell, président de l’Union des étudiants LGBT .«Je suis ravi que cela ait changé, et fier de faire partie d’une université qui voit l’importance de ces questions», ajoute ce diplômé en médecine âgé de 24 ans. Pour, Sarah Gibson, autre représentante LGBT, cette décision était attendue depuis longtemps. «Nous espérons que Cambridge nous aidera à dissiper les mythes et la désinformation qui entourent les personnes transgenres», espère-t-elle.

En modifiant son code vestimentaire, Cambridge s’aligne sur son éternelle rivale, Oxford. Selon le nouveau règlement adopté en 2012 ,les étudiants ne sont plus contraints de porter des vêtements spécifiques à leur sexe, à la demande des associations LGBT qui estimaient ces anciennes lois, «injustes pour les élèves transgenres».

Voir enfin:

La fabrique de l’homme nouveau

Jean-Jacques Salomon*

Cairn info

Je suis un philosophe et un historien des sciences qui a fort mal tourné et si je me définissais aujourd’hui, ce serait en politologue, par conséquent très éloigné de ces débats. Mais il se trouve que je réfléchis, travaille et publie sur les problèmes que soulèvent les développements scientifiques, et en particulier ceux des sciences biomédicales, dans des livres qu’il m’arrive de publier et je crois que c’est la raison pour laquelle on a cru bon de m’inviter. Je remercie les organisateurs d’autant plus qu’hier, en particulier dans l’après-midi, j’ai été très frappé par l’opposition manifeste entre l’exposé remarquable de Catherine Labrusse-Riou et celui, non moins remarquable, de Maître Henri Leclerc, opposition très claire qui ne résout d’aucune façon les questions que nous nous posons sur le bien-fondé de l’arrêt Perruche. L’enjeu de cet arrêt n’est pas le problème de l’avortement, pas davantage le problème de l’indemnité assurée aux parents pour faute médicale éventuelle, c’est le fait que l’on indemnise un enfant pour finalement considérer qu’il y a illégitimité de sa vie. Là, je me tournerai vers le grand-rabbin pour lui dire que, dans le dialogue de Job avec Dieu, jamais on ne voit Job attendre de Dieu une indemnité. Job appartient à une société traditionnelle et j’insisterai beaucoup sur le fait que nos sociétés industrielles ou post-industrielles ont un rapport à la légitimité et à l’illégitimité de l’enfant très différent des sociétés traditionnelles. Comme Catherine Labrusse-Riou nous l’a montré hier, il y a de toute évidence de l’eugénisme – refoulé d’une manière ou d’une autre – dans les pratiques biomédicales de reproduction, et le problème tout comme l’enjeu de l’arrêt Perruche renvoient tout simplement à l’obsession de la santé et de la vie parfaite, dont Lucien Sfez a très bien montré les fantasmes auxquels elle peut conduire. J’ai prolongé l’analyse de cette obsession caractéristique des sociétés occidentales dans mon dernier livre, Survivre à la science, qui est un titre évidemment provocateur, en montrant que cette obsession tient essentiellement au culte du progrès et à la fascination qu’exerce l’instrument sur lequel s’appuie ce culte, la science expérimentale, les conquêtes qu’elle assure et l’idéologie positiviste ou scientiste qu’elle fonde. Catherine Labrusse-Riou parlait du désir d’exclusion pour rendre conforme à une norme qui s’exprime dans les pratiques eugénistes qui ne disent pas leur nom. Mais il y a aussi chez le biologiste, parfois chez le médecin, tout simplement le désir de création de la vie, et je ne parle pas en l’air. Je cite un de mes bons amis, biologiste, qui se trouve être juif aussi, l’un des meilleurs en France, et qui, parlant précisément du problème du clonage reproductif, m’a répondu : mais je ne comprends pas où est le problème. Nous créons la vie ! Ce n’est pas du tout, évidemment, l’interprétation rabbinique. Nous sommes d’accord. Ce désir de création de la vie, pour être à l’égal de Dieu éventuellement, s’exprime dans les pratiques du clonage tout comme dans le discours des chercheurs qui se consacrent au décryptage du génome humain ; je vous renvoie sur ce point à la littérature, et en particulier, pardonnez-moi, au chapitre de mon dernier livre qui analyse les discours, les fantasmes, les pratiques auxquelles renvoient justement certains développements de la biologie moléculaire aujourd’hui. Le numéro de Futurible de mai 2001 nous parle déjà de la jeune économie dans un article d’un économiste américain qui évalue très sérieusement le marché du clonage et des interventions sur l’embryon humain à l’horizon de cinq à dix ans, avec de nombreuses retombées bien sûr sur la productivité grâce à la sélection des élites. Le titre de cet article est aussi révélateur que drôle, en anglais : « The business of playing God ». Moi, je traduirais par « La bonne affaire de jouer à Dieu ». L’arrêt Perruche, nous a encore dit Catherine Labrusse-Riou, est le signe de notre impuissance. Le progrès est irrésistible et le droit n’a plus qu’à s’adapter aux transgressions qu’il impose. Je crains qu’elle n’ait raison. Et c’est pourquoi je vais me mettre du côté d’un point de vue qui n’est absolument pas le mien, je voudrais me faire l’avocat du diable, un point de vue qui va dans le sens des fantasmes de la science, celui de l’irrésistible manipulation du vivant qui conduira au clonage humain, non pas seulement thérapeutique, mais reproductif. Et, entre parenthèses, les formules françaises, par opposition aux formules anglo-saxonnes, sont évidemment joyeuses par leur capacité à refouler la vérité. Nous parlons de thérapeutique, d’avortement thérapeutique ou de clonage thérapeutique, là où les Anglo-Saxons, quand même plus honnêtes et plus réalistes, disent tout simplement : avortement sélectif ou clonage sélectif. C’est très révélateur de notre propre hypocrisie religieuse. Le Monde, en date du 18 août 2000, a affiché en première page le titre suivant : « L’an 1 du clonage humain », en réponse au fait qu’en Angleterre on accepte désormais la possibilité du clonage humain non pas encore reproductif, mais thérapeutique, de façon à utiliser l’embryon artificiellement créé par non-reproduction sexuée à des fins de recherches médicales. Au bout d’un certain nombre de cellules, on s’arrête pour ne pas entrer dans un processus de reproduction. Sur ce point, même nos amis anglais en sont encore à réfléchir et à hésiter. Mais, et là je pose la question aux juristes, aux psychanalystes, aux théologiens, quelle est la frontière entre clonage reproductif et clonage thérapeutique ? À quel moment, lorsqu’on s’arrête en passant du clonage thérapeutique, en n’allant pas au clonage reproductif, à quel moment y a-t-il meurtre ? Où s’arrête l’embryon et où commence le fœtus ? Bonne question pour discuter du sexe des anges entre théologiens. Face aux délires et aux fantasmes que soulèvent certains développements de la science et de la technologie, pas seulement les biotechnologies, mais également les sciences de l’information, la seule réplique cohérente est de s’en remettre apparemment à des principes et à des valeurs sur lesquels nos démocraties ne peuvent transiger ; de ne pas lâcher, si je puis dire, le socle de ce que nous tenons pour essentiel à la définition même de l’humanité en nous.

De fait, il y a dans le domaine de la science, et d’abord dans le domaine de la littérature aussi (pensez à Houellebecq en particulier), des gens qui fantasment à partir des progrès les plus récents de la biologie et pour lesquels il n’y a très exactement aucune limite au progrès, et qui, avec une sorte de jubilation, voient la civilisation de demain réaliser enfin le meilleur des mondes. Aucune limite. Cela signifie que tout malheur est finalement un préjudice. Il faut partir de là. Et là est la différence fondamentale entre une société traditionnelle, un monde où Job n’est pas en mesure de réclamer de Dieu une indemnité, et les sociétés modernes, qui sont des sociétés de l’État-providence. Je vous rappellerai que le malheureux, le pauvre, le handicapé, le fou, dans une société traditionnelle, n’était pas exclu (cf. Michel Foucault, L’histoire de la folie à l’âge classique). En revanche, dans les sociétés contemporaines, on a inventé l’État providence pour précisément passer de l’aumône à l’indemnité au nom de la solidarité. Qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que nos sociétés, pour des raisons qui tiennent au progrès de la connaissance, au progrès du savoir, au progrès des techniques, considèrent comme illégitimes tout malheur. C’est exactement l’inverse. Une vie illégitime, c’est une vie qui n’est pas conforme à un canon. Et n’être pas conforme, aujourd’hui, c’est tout simplement ne pas ressembler au modèle dont le système capitaliste marchand nous nourrit du matin au soir à travers la publicité. Il vaut mieux être beau plutôt que laid, maigre plutôt que gros, avec des cheveux, être ingambe plutôt que nain, etc. À Rome, on pouvait détruire l’enfant incomplet. En Chine, on continue de détruire les filles. Le modèle du corps parfait est celui que définissent et dɶeloppent les sociétés qui sont les nôtres aujourd’hui et, quand il n’est pas parfait, il faut bien que la science y pourvoie. Il faut rajeunir, embellir, ne pas vieillir et si possible ne pas mourir. Nous ne sommes pas seulement entrés dans la civilisation du troisième âge, nous entrons dans celle du quatrième et du cinquième.

Je vais commencer par un propos qui peut apparaître comme provocateur, qui n’est certes pas ce que je pense et encore moins ce que je souhaite, mais qui correspond à mes yeux à une tendance irrésistible. Depuis la création par clonage de la brebis Dolly, il me paraît évident qu’il y aura du clonage humain, et pas seulement à des fins thérapeutiques. Il n’y a aucune raison de s’arrêter, aucune ! Quelles que soient les interdictions de certaines religions, pas toutes, de certaines institutions, pas toutes, de certains pays, pas tous. On ne va pas s’arrêter là. On se dirige effectivement vers une reproduction clonée de l’homme. Et c’est bien le point sur lequel je suis tout à fait d’accord avec le philosophe allemand Slotterdijk. Ses conclusions méritent quand même qu’on y réfléchisse. Slotterdijk a raison, je le crains, de conclure ses conférences – qui ont fait tant de bruit, publiées par Le Monde des débats, en annonçant que nous allons tout droit vers la sélection génétique des élites, la mise à l’écart des handicapés, et une médecine prédictive qui revient à une police préventive. L’eugénisme n’a pas seulement été un des grands fantasmes du xixe et du xxe siècles. Il a inspiré et précédé la catastrophe historique du nazisme, suscitant des pratiques abominables de recherches réalisées au nom de la science par certains médecins, que le grand-rabbin a rappelées, mais je dois ajouter : les uns nazis, les autres pas nazis du tout, et on comptait même quelques médecins et psychiatres juifs qui se sont répandus hors d’Allemagne. Or, voici que les progrès des biotechnologies nous annoncent la possibilité du clonage humain, promesse d’une transformation de l’espèce humaine, qui est très exactement ce sur quoi ont buté le xixe et le xxe siècles. Les philosophies de l’Histoire, le marxisme comme le fascisme et le nazisme, ont rêvé toutes les trois d’un homme nouveau, et recommandé sa production à partir d’une révolution sociale. Slotterdijk nous dit : attention, nous risquons de voir se réaliser ce fantasme et cette utopie qui ont nourri les philosophies de l’histoire et conduit aux catastrophes que l’on sait. Une petite remarque maintenant, d’ordre épistémologique, petite mais essentielle. Je crois que c’est une très grande erreur d’isoler l’histoire actuelle des développements de la biologie moléculaire, de l’histoire actuelle du développement des théories de l’information et des nouveaux matériaux. C’est en fait la même révolution, et souvent avec les mêmes acteurs, passant de la physique ou de l’information à la biologie. Il ne faut pas dissocier les biotechnologies des autres avancées scientifiques, ce sont les mêmes, dans le même contexte des technosciences, livrées à l’empire de la physico-chimie ; et n’oublions pas les intérêts concurrentiels des entreprises privées et publiques. Si l’on parle aujourd’hui de la nécessité de réviser la loi de bioéthique en y introduisant la possibilité du clonage thérapeutique, c’est en raison de la concurrence, bien sûr, des pharmacies et des industries. En ce sens, le livre d’Erwin Schrödinger, Qu’est-ce que la vie ?, offre une clé assurément fondamentale pour comprendre les développements et les répercussions des recherches dans ces domaines. C’est la clé du bricolage dont parle François Jacob, du bricolage Meccano, en ce sens où finalement tout est réductible aux éléments, aux petits éléments qui, comme les virus, ne sauraient intervenir dans les textes talmudiques, puisqu’ils sont trop petits. Que dit Schrödinger ? Il dit que la science ne peut interpréter le vivant qu’en termes physico-chimiques. Par conséquent, entre l’organisme et la machine, il y a des liens de plus en plus étroits, et tout ce qui se passe actuellement, c’est précisément le triomphe d’une forme de scientisme qui tend à réduire le vivant en mécanique et réciproquement aussi, et c’est la grande nouveauté : la mécanique en vivant. Schrödinger n’avait pas de réponse à la question : qu’est-ce que la vie ? Mais il avait une réponse très précise sur les pouvoirs de la science. La maîtrise du vivant passe par la physico-chimie. Il faut voir que les liens entre la biologie moléculaire, les quantas, les nanotechnologies, les technologies de l’information et la robotisation sont de plus en plus étroits, de sorte que la machine peut faire du vivant et le vivant peut faire de la machine, sans que les frontières entre l’un et l’autre soient tracées à l’avance, ni surtout tracées rigoureusement pour séparer deux mondes qu’on professait jusque-là, sauf la métrie, comme différents par nature. Du coup Slotterdijk a parfaitement raison, dans sa conférence, de nous dire que le grand problème de demain, c’est précisément le rapprochement entre l’organisme et la machine. Et, du même coup, l’extinction de l’humanisme. Les rêves de la cybernétique de Wiener et des premiers cybernéticiens étaient bien ceux-là. Essayer de gouverner au sens platonicien du terme de la cybernétique, l’évolution de l’homme et de la société, grâce aux robots. Je tiens à évoquer un texte dont on a beaucoup moins parlé que de celui de Slotterdijk, qui est assurément un bon philosophe et qui se réclame de la tradition cynique de Diogène ; c’est le texte d’un très grand informaticien, qui est à la fois chercheur et grand industriel, le vice-président et scientifique en chef de Sun-icrosystems, auteur du langage Java, qui est à la source de toutes les procédures d’Internet, qui a coprésidé, aux États-Unis, la commission présidentielle sur l’avenir de la recherche dans les technologies de l’information. L’été dernier, cet Américain a soudain été pris de scrupules. Son texte est apparu en extrait dans le supplément informatique du Monde, et en extrait dans le même numéro que j’ai cité de la revue Futurible du mois de mai. Il a pour titre : « L’avenir n’a pas besoin de nous ». Il avait été jusqu’alors un brillantissime chercheur qui allait de l’avant sans trop se poser de questions. Mais soudain, des collègues l’ont alerté sur les progrès des nanotechnologies, qui rendent possibles les robots capables de se répliquer et, du coup, il s’inquiète. Où va l’humanité si le robot est vraiment capable de se comporter en vivant ? C’est à la lumière de ces développements que l’enjeu du clonage n’est manifestement pas dissociable de l’avenir des robots. Nous sommes entrés dans un monde nouveau, radicalement nouveau, ce qui explique que les utopies se réalisent effectivement, à force à la fois de science et de fantasmes. Et on trouve la même mise en garde que chez Slotterdijk, à savoir que nous risquons de perdre le contrôle des machines vivantes que nous créons. Bill Join insiste sur le fait que les trois grandes aventures du siècle à venir, le pouvoir de la génétique, celui des nanotechnologies et celui de la robotique, les gnr comme il dit, vont peut-être permettre la création de technologies qui aboutiront à remplacer notre espèce. C’est en ce sens que l’avenir n’aurait pas besoin de nous. Je ne vais pas résumer la conférence de Slotterdijk parce que ce serait entrer dans trop d’arcanes philosophiques, et c’est bien inutile, ni trop situer Slotterdijk, qui est un philosophe assez ambigu, quels que soient ses talents qui sont tout à fait éblouissants, ni insister sur le fait qu’il se réclame effectivement de la tradition cynique. Je ne vais pas le résumer, mais je vais simplement rappeler que, dans sa première partie, il insiste sur le fait que le progrès même des technologies de l’information nous apprend que le rapport au livre, qui instituait une amitié entre les auteurs et les lecteurs, est appelé à disparaître. Adieu, à partir de là, à l’humanisme, adieu à la littérature, adieu aux belles lettres. L’humanisme, nous dit Slotterdjeik, c’était la lecture des Anciens dont nous nous deshabituons et qui nourrissait l’éducation des élites. Une éducation qui néanmoins revenait à de l’asservissement ; ce vieux thème nietzschéen ou gauchiste, on le trouve chez Deleuze, on le trouve aussi chez Foucault, et bien sûr on le trouve chez Freud : éducation=répression. Au total, l’humanisme, c’était quoi ? C’était le refus de la barbarie. Et l’éducation, c’était quoi ? L’effort intellectuel pour élever l’homme à un peu plus que l’animal en lui. Donc cette première partie de la conférence de Slotterdijk donne exactement la définition du cadre dans lequel il se situe, qui est celui de la contestation, de la rébellion, sur lequel je vais insister tout à l’heure.

La deuxième partie de cette conférence est en un sens plus sérieuse. S’appuyant sur le politique de Platon, où l’on essaie de dresser le portait de l’homme d’État idéal, le roi ou le chef d’État idéal, qu’il faut pouvoir précisément, par l’éducation philosophique, élever et faire sortir du troupeau, Slotterdijk nous parle du troupeau qu’évoque Platon comme d’un zoo. Ce n’est pas la même chose, le zoo et le troupeau. Et encore moins donner comme titre à sa conférence : « Règles pour le parc humain ». Le parc humain, Platon n’en a pas parlé dans ces termes, plutôt concentrationnaires. Il est vrai que l’industrialisation et la science expérimentale n’étaient pas encore passées par là. Slotterdijk s’appuie sur le politique de Platon pour montrer que toute l’histoire de l’humanité se réduit à la manière dont, grâce à l’éducation, on a pu distinguer et choisir les meilleurs, parmi les élites, et que, à terme, la biologie permettra enfin une sélection autrement plus efficace que celle des belles lettres. Scandale en Allemagne pour des raisons évidentes, parce que trois générations ne suffisent pas à effacer la mémoire et l’embarras de grands-parents et de parents qui ont fait le salut hitlérien et contribué aux massacres de toute sorte à travers l’Europe. Il est vrai que Slotterdjeik appartient à la génération – il est né en 1947 – de ceux qui n’ont pas participé à la catastrophe. Il le sait d’autant plus qu’il s’en prend à la philosophie critique, à l’école de Francfort, Adorno, Horkheimer, Marcuse, et surtout à Habermas, qu’il accuse d’avoir orchestré la campagne que les Allemands ont menée contre lui. Un peu le reproche que l’on faisait en France à ce qu’on appelait naguère la pensée unique, mais dans un contexte de contentieux très différent. Slotterdijk, en deux mots, est le philosophe de l’après-Habermas, comme Schröder est le politique de l’après-Kohl. Retour à Berlin, c’est-à-dire retour à la maison, comme l’a dit un éditorial du Spiegel de mai 1998. Une Allemagne en quête d’un rapport normalisé avec son passé, mais héritière néanmoins d’une histoire qui ne peut pas se libérer de la routine de la culpabilisation. Et cette routine, c’est précisément tout ce à quoi tendent certaines réflexions dans la philosophie allemande d’aujourd’hui. Dans cette réflexion, rien n’est réservé au rôle que peuvent et doivent jouer les institutions démocratiques dans la régulation indispensable des changements techniques. Je voudrais insister sur ce point maintenant. Le siècle que nous avons vécu, siècle court qui a commencé en 1914, 1917 ou 1918 et qui s’est terminé en 1991, a vécu d’utopies réalisées qui ont fort mal tourné. Les totalitarismes fondés sur l’exploitation et la servitude des masses consentantes en ont fait un siècle de terreur et de massacres d’une ampleur sans précédent. À des titres, dans un style et suivant des répercussions différents, communisme, fascisme et nazisme ont envahi la scène de l’Histoire en proposant chacun l’idée de la fabrique d’un homme nouveau appelé à succéder aux impostures de l’humanisme. Dans ce désaveu de l’humanisme, c’est d’abord le procès de la bourgeoisie que, de tous côtés, écrivains et philosophes du xixe siècle, de Flaubert ou Baudelaire à Marx ou à Nietzsche, ont dressé, procès que les idéologies totalitaires du xxe siècle ont repris à leur compte, jusqu’à revendiquer l’inhumanité comme moteur de l’Histoire, c’est-à-dire comme l’instrument de leur expansion. Je ne vais pas insister sur ce point, mais si on réfléchit à la question suivante – d’où vient la tragédie de ce siècle ? – je crois qu’elle vient de ce que le procès intellectuel fait à la bourgeoisie a nourri, sur les désastres de la Première Guerre mondiale, les passions révolutionnaires, celles de droite comme celles de gauche, toutes les formes de gauches ; celles qui ont précédé la fin du communisme et celles qui l’ont suivie s’en sont encore inspirées, des Brigades rouges à la bande à Baader, mais aussi à l’armée de purification prolétarienne organisée par Pol Pot en religion d’État au Cambodge. Je crois qu’il faut lire et relire François Furet pour comprendre combien ce procès de la bourgeoisie, dont l’instruction remonte au xixe siècle, s’est confondu, au lendemain de la Première Guerre mondiale, avec le procès de la démocratie. Dans la culture européenne, le mépris mêlé de haine dont la bourgeoisie a été l’objet se confond avec cette dénonciation de l’humanisme, paravent des abus et des crimes qui se commettent dans l’exploitation du prolétariat par le capitalisme, du Nègre et du Jaune par le colonialiste, des peuples par l’impérialisme. Déficit moral et politique. Tartufferie des régimes parlementaires. Hypocrisie des libertés formelles. Imposture des sociétés démocratiques qui prétendent diffuser la civilisation alors qu’elles imposent la domination de la classe bourgeoise sur toutes les autres et tirent parti de leur génie technique pour asservir le prolétariat ou détériorer la pureté de la race. C’est de ce procès que vont naître et s’alimenter les passions révolutionnaires. En termes de psychanalyse, je crois qu’il faut relever cette note de François Furet : ce trait sans doute unique de la démocratie moderne dans l’Histoire universelle, cette capacité infinie à produire des enfants et des hommes qui détestent le régime social et politique dans lequel ils sont nés, haïssent l’air qu’ils respirent alors qu’ils en vivent et qu’ils n’en ont pas connu d’autre. La scène fondamentale de cette société n’est pas, comme l’a cru Marx, la lutte de l’ouvrier contre le bourgeois, c’est celle qui fait d’un peu tout le monde, y compris du bourgeois lui-même, l’ennemi du bourgeois. Le grand secret de la complicité entre communisme, fascisme et nazisme, quelles que soient leurs différences, qui sont considérables, c’est l’existence de cet adversaire commun, le bourgeois que chacun d’entre eux entend dénoncer, exorciser et combattre dans une lutte à mort. À partir du xixe siècle, l’Histoire en place dans notre société laïcisée remplace Dieu dans la toute-puissance sur le destin des hommes, mais c’est bien au xxe siècle que se font voir les folies politiques nées de cette substitution. Nietzsche devient alors le repère fondamental de cette manière de considérer que l’Histoire peut transformer non seulement la société, mais aussi la nature humaine et produire l’homme nouveau. On aurait pu croire enterré ce fantasme de l’homme nouveau après l’écrasement du nazisme et l’implosion du communisme. On aurait pu croire précisément que la fin du communisme, ayant fait de celui-ci – je cite Furet – un objet historique offert à l’autopsie, que la dissection effectuée par les historiens ait suffi à démystifier tous les mythes que les grands monstres de ce siècle ont entretenu, rendant caduques les sensibilités, les passions et, finalement, les utopies qui ont conduit à professer que, sous les décombres de l’humanisme, il y a toujours place pour une fabrique de l’homme nouveau. Mais l’heure de vérité qui a dévoilé les désastres des États totalitaires n’y a pas mis fin.

Qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que l’on attend toujours d’une forme de la science, qu’elle soit historique ou biologique, un rebondissement éminemment révolutionnaire au sens où l’avenir peut être conditionné par la confrontation non plus entre sociétés, mais entre les sociétés et le progrès scientifique et technique. Les régimes totalitaires ont été vaincus non pas parce qu’ils ont insuffisamment malaxé la pâte humaine, mais parce que la résistance de la pâte humaine a eu raison de leur idéologie. Quand la science et la technologie interviennent en réduisant la pâte à ses composants physico-chimiques, là où les philosophies de l’Histoire ont échoué, le biopouvoir, associé aux technologies de l’information et de la communication, doit permettre de transformer la nature même de l’homme et de créer enfin l’espèce nouvelle que les dictateurs prophètes du xxe siècle ne sont pas parvenus à enfanter. Retrouvailles avec le xixe siècle, qui ne sont pas paradoxales, en apparence seulement. Ce n’était pas seulement le siècle des philosophies de l’Histoire, c’était aussi celui du positivisme. C’est aussi suggérer que nous entrons dans le xxie siècle avec une cohorte de repères radicalement différents qui annuleraient tous les principes, toutes les valeurs dont la civilisation occidentale s’est inspirée ou par rapport auxquels elle s’est définie jusqu’à présent. L’homme nouveau aurait définitivement pris le deuil de l’humanisme et l’utopie post-moderniste donnerait congé à toute morale qui fasse passer les impératifs de la conscience avec l’irrépressible poids des faits, des démonstrations et, surtout, des réalisations scientifiques. L’homme du xxie siècle serait voué, comme le héros des Particules élémentaires de Michel Houellebecq, à se satisfaire de la jubilation du désastre, c’est-à-dire à voir disparaître l’humanité en lui et autour de lui. Je ne cite pas Houellebecq au hasard. Il fait partie, dans l’ordre du roman, de cette cohorte de prophètes qui déclinent aujourd’hui la fabrique de l’homme nouveau dans l’ordre des essais philosophiques, et celui-là dans l’ordre des romans, en se réclamant des conquêtes et des promesses irrépressibles de la biologie moléculaire et plus généralement des progrès de la science la plus contemporaine, liée de part en part aux conquêtes de la technologie au point d’en être indissociable, avec ses fantasmes de domination et de pouvoir, qui permettraient enfin de réussir là où toutes les philosophies de l’Histoire ont échoué. Je n’évoquerai pas Fukuyama, qui a beaucoup parlé de la fin de l’Histoire, et qui finalement a découvert tout simplement comme Slotterdijk que la solution est précisément celle qui viendra du triomphe des biotechnologies. Pourquoi terminer sur la figure de Nietzsche ? Lorsque vous interprétez toutes ces philosophies, vous voyez bien qu’il y a un recours qui consiste à dénoncer dans la bourgeoisie le petit homme, l’homme qui est incapable de dominer l’Histoire et qui se soumet à tout, le contraire du surhomme. Fukuyama a terminé un article où il annonce précisément la soumission de l’humanité à venir à la biotechnologie, de la manière suivante : d’ici les deux prochaines générations, la biotechnologie nous donnera les outils qui nous permettront d’accomplir ce que les spécialistes d’ingénierie sociale n’ont pas réussi à faire. À ce stade, nous en aurons définitivement terminé avec l’histoire humaine, rien que cela ! parce que nous aurons aboli les êtres humains en tant que tels. Commencera alors une nouvelle histoire, au-delà de l’humain. Ainsi parlait Zarathoustra, qui n’est assurément pas étranger à cette vision du redémarrage de l’Histoire au prix du retour du surhomme. La même année, donc, dans un tout autre contexte que celui de la bonne et impériale conscience américaine, Slotterdijk présentait sa conférence en Allemagne sur le parc ou le zoo humain. La relance de la fabrique de l’homme nouveau, grâce aux interventions des biotechnologies, renvoie aux mêmes périls que ceux auxquels le siècle qui s’est terminé a été exposé par les utopies totalitaires, et c’est ce qui me permet de conclure.

En rejoignant les débats d’hier et de ce matin autour de l’arrêt Perruche, la perspective du clonage reproductif est effectivement celle d’un eugénisme conçu comme l’organisation de la sélection des personnes, d’une organisation certes fondée sur des choix individuels, mais qui serait en même temps une organisation collective dans le style d’un « meilleur des mondes » parfaitement réalisable. Dès lors, la question à poser est la même à mes yeux que celle que l’arrêt Perruche conduit à poser, et je laisse aux juristes, aux psychiatres, aux psychanalystes et aux théologiens ici présents le soin de s’y attaquer pour tenter d’y répondre : l’enfant cloné sans handicap à la naissance pourra-t-il ester en justice et chercher réparation, soit de n’avoir pas été le produit d’une relation sexuelle dite naturelle, soit surtout d’avoir été retenu parmi d’autres embryons possibles pour accéder à un droit à la vie dont il ne voudrait pas ? Et, plutôt que de parler, comme l’a fait hier fort brillamment l’avocate québécoise, de grossesse-préjudice, l’enfant cloné, c’est-à-dire, comme l’a fort bien formulé quelqu’un qui lui est très proche, l’enfant qui vient du froid, ne serait-il pas en droit de dénoncer une naissance-préjudice au sens où, précisément, sa venue au monde serait le résultat non plus de l’autonomie de la reproduction, mais des stricts processus physico-chimiques, plus ou moins robotisés, répondant aux interventions des biologistes et des médecins ? Aux juristes, aux théologiens, aux psychanalystes de répondre, s’il y a matière à réparation.

Débat après l’intervention de Jean-Jacques Salomon

Thierry Jean : Les débats que nous avons depuis hier posent tout le temps la théorie du sujet et votre intervention me semble être un écho à cette question qui a été, là aussi, récurrente : Quid de la vie psychique du petit Nicolas ? Alors peut-être serait-il scandaleux de considérer que la vie psychique du petit Nicolas n’est pas le problème. La question et la représentation sociale que nous en avons est que l’homme nouveau, tel qu’on le projette, c’est vrai pour le roman de Houellebecq, est quelqu’un qui ne se constitue pas comme un sujet, c’est-à-dire qu’il vient là éviter la question de la castration, il n’est pas divisé, puisque dans le roman de Houellebecq, le scénario se constitue sur le mode d’un double, donc de deux frères, où celui qui, finalement, survit est celui issu de la science ou, en tout cas, celui qui va se consacrer comme un moine à la science et à la reproduction à condition bien évidemment qu’il ait pu, dans ses travaux scientifiques, maîtriser absolument toutes les possibilités mutatives d’une fraction simplifiée d’adn. C’est-à-dire, et je rejoins là ce que disait Marcel Czermak, nous sommes dans une évolution où la question du contingent et de l’aléatoire se doit absolument d’être exclue. Donc, n’est-ce pas une mutation où, à la Providence, se substitue maintenant la lutte contre la fatalité ?

Marc Caumel de Sauvejunte : J’ai bien compris que le malheur n’était plus béni des dieux et que peut-être Dieu n’était plus ni malin ni honnête, comme le disait Einstein. Par contre, je renverserais la formule de Mme Labrusse-Riou en disant que l’eugénisme consacre l’arrêt d’une logique ancestrale et que c’est peut-être là-dessus que nous sommes en difficulté, car l’eugénisme, comme l’a bien dit M. Salomon, est en route et nous ne pourrons rien faire contre cela, si ce n’est que nous avons peut-être à dire combien il est problématique de rester sur une extension de la notion de handicap en tant qu’elle est le symptôme du défaut. Je pense que nous ne devons pas rester simplement à une lecture de la question des handicapés comme étant celle de certaines personnes, elle concerne chacun de nous. Cette logique ancestrale est une logique où l’enfant était inscrit dans les générations. Il n’est plus, il ne sera plus le produit de deux parents, parce qu’il est depuis un certain temps évident qu’il est devenu un objet externalisé en tant qu’objet de la science et du droit. Je dis objet externalisé puisque les personnes de la pma disent que le grand mouvement, pour eux, le grand moment de changement, c’est quand ils ont sorti l’ovule du corps. Donc, ce sont des enfants qui ne vont plus se référer au désir ou qui n’auront pas de référence naturelle au désir de leurs parents, même si ce désir n’est pas toujours sympathique. C’est-à-dire que nous allons bientôt pouvoir acheter des enfants au marché. Donc, ce qui est exclu, c’est le défaut. Ça, c’est une certitude et je crois que notre jeunesse, et moi je crois que c’est le souci que nous avons, incarne aujourd’hui ce défaut, et Monsieur le rabbin m’a permis de comprendre pourquoi nous avions affaire à des murs de lamentations dans toutes les cités de nos villes qui sont maintenant taguées de tous les côtés. Alors je me pose la question suivante, puisque les enfants sont devenus des objets de consommation et que nous pouvons même considérer que l’anorexie est peut-être un symptôme moderne à cause de cela : puisque l’époque qui s’annonce, c’est quand même, comme dit Churchill, une vallée de larmes, est-ce que nous devons simplement rester les gardiens de notre savoir ancestral, ou est-ce que nous pourrions un peu plus savoir où et sur quoi nous avons à dire non ? Ça, c’est la première question. Qu’est-ce qu’il faudra donc traiter chez ces sujets nouveaux ? Au politologue, je poserai la question suivante : est-ce que la politique est encore en mesure d’inventer une autre politique, et laquelle ?

Jean-Jacques Salomon : Superbe question ! En principe, j’aimerais bien répondre de manière positive. Je crois effectivement que la politique peut inventer une manière de préserver ce à quoi l’on tient, ce qui définit le respect de la dignité humaine et un fonctionnement démocratique. J’aimerais bien, mais je ne suis pas sûr que cet espoir puisse être vraiment préservé parce que, d’un côté, le marché, les forces du marché dans notre système économique, pour des raisons bonnes ou mauvaises, peu importe, et l’extraordinaire pression exercée par les scientifiques pour aller de l’avant, quoi qu’il en soit, sont telles que le droit me semble devoir être de plus en plus précédé par les faits. Non plus seulement par les mœurs, mais par les faits scientifiques, et, par conséquent, nous serons de plus en plus désarmés, sans autre repère que les repères traditionnels, soit les religions, soit tout simplement les institutions, qui reconnaissent qu’il y a des transgressions. Or, honnêtement, aujourd’hui, je ne vois plus beaucoup d’institutions, en dehors de l’Église et de la psychanalyse.

La question a été posée à Freud il y a fort longtemps, il a répondu par un article sur ce qu’il appelait la représentation du monde, pour bien présenter la psychanalyse comme une technique d’investigation, et non pas comme une représentation du monde. Il en avait une jusqu’en 1914 et il écrivait à ce moment-là à Ferenczi, croyant avoir tout compris : hors du monde, nous ne pourrons pas tomber. C’était une citation du marchand de pierres. La guerre de 14 lui avait permis de se rendre compte qu’il avait été bien ambitieux ou bien sot, comme il le disait lui-même, et qu’une représentation du monde, c’est justement ce qui échappe, pour un vrai scientifique.

Jean-Jacques Salomon*

Notes

[ *] Professeur au cnam.


Education: Une soi-disant théorie du genre qui n’existe pas (It’s not gender theory, stupid ! – French socialist government caught playing sorcerer’s apprentices with children’s minds after boycott)

2 février, 2014
http://www.franceinfo.fr/sites/default/files/imagecache/462_ressource/2014/01/29/1298673/images/ressource/maxstockworld305578.jpghttp://www.medialibre.eu/cms/wp-content/uploads/yapb_cache/gender.2atjyde6tce80g8sggcoowko0.brydu4hw7fso0k00sowcc8ko4.th.jpegIl n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ. Paul
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Le christianisme est une rébellion contre la loi naturelle, une protestation contre la nature. Poussé à sa logique extrême, le christianisme signifierait la culture systématique de l’échec humain. [...]  Le mieux est de laisser le christianisme mourir de mort naturelle. (…) Le dogme du christianisme s’effrite devant les progrès de la science. (…) Quand la connaissance de l’univers se sera largement répandue (…) alors la doctrine chrétienne sera convaincue d’absurdité. Hitler (1941)
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude.  G.K. Chesterton
L’inauguration majestueuse de l’ère "post-chrétienne" est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en "radicalisant" le souci des victimes dans un sens antichrétien. René Girard
Le genre est culturellement construit, indépendamment de l’irréductibilité biologique qui semble attachée au sexe. Judith Butler
Eduquer pour changer les mentalités et transformer la société Devenue une obligation légale depuis 2001, l’ éducation à la sexualité à l’école est peu appliquée: les moyens comme la volonté manquent. Come nous le montrent des programmes expérimentés dans nos territoires, elle a pourtant comme conséquence à court terme une baisse des violences, une meilleure attention des élèves, une prévention accrue dans le domaine de la santé et à plus long terme une baisse des violences faites aux femmes, un recul du machisme, une baisse sensible des suicides chez les adolescents et une plus grande facilité d"émancipation des femmes et des hommes des rôles qui leurs ont assignés.  Le poids des rôles sociaux, des préjugés qui, pèse sur la possibilité des individus à exprimer librement et vivre sereinement leur genre et leur sexualité, lorsqu’ils s’écartent des modèles dominants. L’éducation permettra de déconstruire les préjugés de genre, sexistes, et de lutter contre les violences et discriminations qu’ils engendrent. Nous formerons tous les acteurs éducatifs à la question de l’éducation aux rapports entre les sexes, à partir d’un travail sur les stéréotypes et les assignations de genre. Pour tous les élèves de la classe de CP à la terminale, et tous les ans, 6 heures d’éducation à la sexualité, à l’égalité et au respect mutuel, seront assurées. Les  intervenants extérieurs devront nouer des liens avec les acteurs scolaires et extra-scolaires liés à l’établissement afin d’intégrer la question de l’égalité entre les sexes et les sexualités dans un projet global. Convention égalité réelle (page 36, PS, 11 décembre 2010)
La théorie du genre, qui explique «l’identité sexuelle» des individus autant par le contexte socio-culturel que par la biologie, a pour vertu d’aborder la question des inadmissibles inégalités persistantes entre les hommes et les femmes ou encore de l’homosexualité, et de faire œuvre de pédagogie sur ces sujets. (…) Le vrai problème de société que nous devons régler aujourd’hui, c’est l’homophobie, et notamment les agressions homophobes qui se développent en milieu scolaire. L’école doit redevenir un sanctuaire, et la prévention de la délinquance homophobe doit commencer dès le plus jeune âge. Un jeune homosexuel sur cinq a déjà été victime d’une agression physique, et près d’un sur deux a déjà été insulté. Il est essentiel d’enseigner aux enfants le respect des différentes formes d’identité sexuelle, afin de bâtir une société du respect. Najat Vallaud-Belkacem (secrétaire nationale du PS aux questions de société, 31 août 2011)
La révolution française est l’irruption dans le temps de quelque chose qui n’appartient pas au temps, c’est un commencement absolu, c’est la présence et l’incarnation d’un sens, d’une régénération et d’une expiation du peuple français. 1789, l’année sans pareille, est celle de l’engendrement par un brusque saut de l’histoire d’un homme nouveau. La révolution est un événement méta-historique, c’est-à -dire un événement religieux. La révolution implique l’oubli total de ce qui précède la révolution. Et donc l’école a un rôle fondamental, puisque l’école doit dépouiller l’enfant de toutes ses attaches pré-républicaines pour l’élever jusqu’à devenir citoyen. C’est à elle qu’il revient de briser ce cercle, de produire cette auto-institution, d’être la matrice qui engendre en permanence des républicains pour faire la République, République préservée, république pure, république hors du temps au sein de la République réelle, l’école doit opérer ce miracle de l’engendrement par lequel l’enfant, dépouillé de toutes ses attaches pré-républicaines, va s’élever jusqu’à devenir le citoyen, sujet autonome. Et c’est bien une nouvelle naissance, une transsubstantiation qui opère dans l’école et par l’école, cette nouvelle église avec son nouveau clergé, sa nouvelle liturgie, ses nouvelles tables de la Loi. La société républicaine et laïque n’a pas d’autre choix que de «s’enseigner elle-même » (Quinet) d’être un recommencement perpétuel de la République en chaque républicain, un engendrement continu de chaque citoyen en chaque enfant, une révolution pacifique mais permanente. Vincent Peillon ("La Révolution française n’est pas terminée", 2008)
Le gouvernement s’est engagé à "s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités", notamment par le biais d’une éducation au respect de la diversité des orientations sexuelles. L’engagement de notre ministère dans l’éducation à l’égalité et au respect de la personne est essentiel et prend aujourd’hui un relief particulier. Il vous appartient en effet de veiller à ce que les débats qui traversent la société française ne se traduisent pas, dans les écoles et les établissements, par des phénomènes de rejet et de stigmatisation homophobes. (…) La lutte contre l’homophobie en milieu scolaire, public comme privé, doit compter au rang de vos priorités. J’attire à ce titre votre attention sur la mise en œuvre du programme d’actions gouvernemental contre les violences et les discriminations commises à raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre. Je souhaite ainsi que vous accompagniez et favorisiez les interventions en milieu scolaire des associations qui luttent contre les préjugés homophobes, dès lors que la qualité et la valeur ajoutée pédagogique de leur action peuvent être établies. Je vous invite également à relayer avec la plus grande énergie, au début de l’année, la campagne de communication relative à la « ligne azur », ligne d’écoute pour les jeunes en questionnement à l’égard de leur orientation ou leur identité sexuelles. Dans l’attente des conclusions du groupe de travail sur l’éducation à la sexualité, vous serez attentif à la mise en œuvre de la circulaire du 17 février 2003 qui prévoit cette éducation dans tous les milieux scolaires et ce, dès le plus jeune âge. La délégation ministérielle de prévention et de lutte contre la violence dirigée par Eric Debarbieux, permettra de mieux connaître la violence spécifique que constitue l’homophobie. Enfin, vous le savez, j’ai confié à Michel Teychenné une mission relative à la lutte contre l’homophobie, qui porte notamment sur la prévention du suicide des jeunes concernés. Je vous remercie de leur apporter tout le concours nécessaire à la réussite de leurs missions. Je souhaite que 2013 soit une année de mobilisation pour l’égalité à l’école. Vincent Peillon (minitre de l’Education nationale, Lettre aux Recteurs d’Académies, 4 janvier 2013)
2.1.1 À l’école primaire, l’éducation à la sexualité suit la progression des contenus fixée par les programmes pour l’école. Les temps qui lui sont consacrés seront identifiés comme tels dans l’organisation de la classe. Ils feront cependant l’objet, en particulier aux cycles 1 et 2, d’une intégration aussi adaptée que possible à l’ensemble des autres contenus et des opportunités apportées par la vie de classe ou d’autres événements. Aussi, à l’école, le nombre de trois séances annuelles fixé par l’article L. 312-16 du code de l’éducation doit-il être compris plutôt comme un ordre de grandeur à respecter globalement dans l’année que comme un nombre rigide de séances qui seraient exclusivement dévolues à l’éducation à la sexualité. L’ensemble des questions relatives à l’éducation à la sexualité est abordé collectivement par l’équipe des maîtres lors de conseils de cycle ou de conseils de maîtres. Les objectifs de cet enseignement intégré aux programmes ainsi que les modalités retenues pour sa mise en œuvre feront en outre l’objet d’une présentation lors du conseil d’école. Ministère de l’Education nationale (Circulaire N°2003-027 DU 17-2-2003 L’éducation à la sexualité dans les écoles, les collèges et les lycées)
La vocation de l’école, c’est d’apprendre. D’apprendre quoi aux enfants? D’apprendre à lire, à compter, à écrire. D’apprendre aussi les valeurs de la République. Que parmi ces valeurs de la République, il y a la liberté, l’égalité, la fraternité.  L’égalité, c’est notamment l’égalité entre les filles et les garçons. C’est cela qu’on apprend aujourd’hui  à l’école aux enfants. Est-ce que ça a quelque chose à voir avec le contenu de ces SMS, avec une soi-disant théorie du genre qui n’existe pas, avec des cours d’éducation sexuelle. (…) On ne parle aucunement de sexualité à des enfants de primaire. On leur parle de ce que les filles et les garçons doivent pouvoir ambitionner d’être à égalité plus tard dans les rêves qu’ils font, dans les ambitions professionnelles qu’ils peuvent avoir’. Najat Vallaud-Belkacem (Europe 1, 29 janvier 2014)
L’Education nationale refuse totalement la "théorie du genre" et les instrumentalisations de ceux, qui, venus de l’extrême droite, négationnistes, sont en train de vouloir répandre l’idée qui fait peur aux parents et qui blessent les enseignants que tel serait notre point de vue. Vincent Peillon
Venant d’apprendre que, selon Vincent Peillon, ministre de l’éducation nationale "la théorie du genre ne sera pas enseignée à l’école" je pense que ses propos concernent sans doute l’enseignement de la théorie du genre à l’école primaire, car pour ma part, en tant que professeur de science économiques et sociales (SES) dans l’enseignement secondaire, cela fait bientôt 25 ans que je l’enseigne à mes élèves, non par volonté de prosélytisme, mais tout simplement parce que l’analyse des inégalités liées au genre, et donc ce qu’il est convenu d’appeler la « théorie du genre », fait partie des programmes officiels de ma discipline.(…) Pour notre part nous considérons que la théorie du genre est bien l’exemple emblématique d’une théorie émancipatrice puisqu’elle produit des savoirs qui peuvent avoir des effets sur les pratiques et les représentations des individus. Voilà pourquoi la théorie du genre correspond à un moment fort de notre enseignement et nous nous opposerons énergiquement à toute tentative visant à remettre en cause sa place dans nos programmes. Jean-Yves Mas (professeur de SES au lycée de Montreuil, 93)
Du bleu et du rose partout dans le ciel de Paris : les manifestants contre le projet de loi sur le mariage pour tous ont déferlé dans les rues de la capitale en agitant des milliers de fanions, de drapeaux et de banderoles à ces deux couleurs. Ils en ont saturé les écrans télé. Rose et bleu, la "manif" est la croisade des enfants. Bleu ou rose : les deux couleurs qui marquent les bébés à l’instant de leur naissance assignent à chacun, définitivement, sa résidence sexuelle. La médecine, l’état civil et ses premiers vêtements enferment l’enfant à peine né dans l’alternative du genre. "Tu seras un papa bleu, mon fils." "Tu seras une maman rose, ma fille." (…) Bleu et rose sont les couleurs d’un marquage permettant de commencer dès la naissance la reproduction sociale du genre. Cette stratégie de communication, qui emprunte sa symbolique aux couleurs des layettes, a été évidemment voulue par les adversaires de la loi Taubira. (…) Le "bleu et rose" est une innovation dans les couleurs de la rhétorique militante. On connaissait le bleu "Marine", le vert des écolos, le rouge de la gauche… Le bleu et rose est plus qu’un signe de ralliement original. C’est un slogan. Le drapeau français brandi dans la manif n’est plus bleu, blanc, rouge, mais bleu ciel, blanc et rose.En 1998, les Français avaient célébré la victoire d’une équipe "black, blanc, beur" lors de la Coupe du monde de football. Le peuple de la diversité renommait ainsi les trois couleurs du drapeau français. Le jeu verbal sur les trois "b" réunissait trois langages, le "black" américain faisait écho aux mouvements noirs pour les droits civiques, le "beur" repris au verlan des quartiers avait la même sonorité émancipatrice, le "blanc" était l’élément neutre de cette série, désignant avec humour les autres. Ce n’étaient pas trois communautés, mais trois façons d’être français qui avaient gagné ensemble. De la même façon, la victoire de l’Afrique du Sud dans la Coupe du monde de rugby 1995 avait marqué la naissance de la "nation arc-en-ciel". L’arc-en-ciel est plus que la réunion de toutes les couleurs, il symbolise un continuum, le spectre de la lumière blanche décomposée, il offre une diversité potentiellement infinie de nuances. C’est pourquoi le drapeau arc-en-ciel est aussi celui de l’association Lesbiennes, gays, bi et trans (LGBT). Chacun est différent et l’union des différences fait une société apaisée et fusionnelle. Bleu, blanc, rose, le drapeau national, infantilisé, est au contraire l’emblème d’un peuple de "Blancs" que ne distingue entre eux que le genre attribué à la naissance. Un genre qui garde l’innocence de l’enfance – Freud ? connais pas – et sa pureté sexuelle. (…) Ce logo, qui mime la naïveté d’un dessin d’enfant, est clairement sexiste : le père protecteur et fort, le fils volontaire et décidé, la mère qui suit, et la petite fille timide. Le dispositif proclame l’homosocialité de la reproduction. La petite fille a sa mère pour modèle, le petit garçon, son père. (…) A part ces quelques dérapages, blanches sur fond bleu ou rose, roses sur fond blanc, les mêmes quatre silhouettes soudées de la famille exemplaire sont reproduites par milliers, exactement semblables : un cauchemar identitaire. Hommes, femmes : le principe d’identification du genre est emprunté aux pictogrammes des toilettes publiques. Chacun derrière sa porte. Chacun son destin. Chacun sa façon de faire pipi, debout ou assis. Ces manifestants, qui revendiquent "du sexe, pas du genre !", utilisent des symboles et des logos qui disent au contraire : "Ne troublez pas le genre", "Rallions-nous aux pictogrammes des toilettes, ils sont naturels". Pour ces prisonniers de leur anatomie puérile, traduite en contraintes sociales du genre, quelle sexualité "naturelle" ? Leur innocence bleu et rose n’autorise que le coït matrimonial pour faire des filles et des fils qui seront les clones de leurs parents et ajouteront un module à la farandole. Aucune place n’est faite aux enfants différents ! Aucune place pour les pères à cheveux longs, les femmes et les filles en pantalon, les mères voilées, les pères en boubou ! Aucune place pour les familles différentes aux parentés multiples – monoparentales, recomposées, adoptives – ! Aucune place pour les familles arc-en-ciel. La famille nucléaire dessinée sur le logo et présentée comme naturelle n’est que le mariage catholique bourgeois du XIXe, adopté au XXe siècle par les classes moyennes et désormais obsolète. C’est une famille étouffante et répressive, la famille où ont souffert Brasse-Bouillon et Poil de carotte, famille haïssable de Gide, noeud de vipères de Mauriac. (…) Papa bleu et maman rose ne sont pas un couple hétérosexuel, mais une paire de reproducteurs "blancs". Florence Dupont (Ancienne élève de l’Ecole normale supérieure, agrégée de lettres classiques, professeur de latin à Paris-Diderot)
Moi, je suis convaincue qu’à l’époque moderne, la plus grande victoire du diable, c’est d’avoir fait croire qu’il n’existait pas. Et à partir du moment où on croit que le diable n’existe pas, on est évidemment pas du tout en mesure de s’en protéger. Et fondamentalement dans toutes les opérations aujourd’hui de manipulation et d’atteinte à la vie et à l’intégrité humaine, J’y vois l’oeuvre démoniaque et de ses armées. On ricanera peut-être à m’entendre utiliser ces notions … mais il me semble qu’il faut revenir à ces notions qui sont le fondamental de nos fondamentaux. … Le fondamental de nos fondamentaux, c’est l’adversaire que nous avons sur la plan spirituel. (…) Parce moi que je vivais dans un quartier populaire où la délinquence ou la décadence ou la dégénérence ou la présence, je dirais mortifère, des agents démoniaques qu’on trouve au sein du parti socialiste, au sein du parti communiste, dans les organisations droitsdel’hommistes et humanistes qui quadrillent ces quartiers. Il faut bien comprendre cela ici – j’insiste beaucoup – que les quartiers populaires sont quadrillés par les armées de Satan. (…) Il y a aussi bien sûr la franc-maçonnerie, ça c’est clair, c’est le fond …L’UMPS, voire même au-delà, ils sont infiltés partout. Farida Belghoul
Premièrement, Vincent Peillon a tout à fait raison. On n’enseigne pas la théorie du genre à l’école. On l’expérimente et on la met en pratique. Premier mensonge énorme. Monsieur Peillon joue sur les mots. Monsieur Peillon se fout de la gueule du monde. Il n’y a pas de rumeur, il y a une réalité. Le gouvernement a un programme totalitaire. Il veut détruire tout ce qui structure et ce qui identifie les gens: la famille, le sexe, la nation. Eric Zemmour
Dans sa lettre du 4 janvier adressée aux recteurs, Vincent Peillon affirme sa volonté de révolutionner la société en se servant de l’école : « le gouvernement s’est engagé à s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités, notamment par le biais d’une éducation au respect de la diversité des orientations sexuelles », affirme-t-il en début de lettre. On remarque les termes : « s’appuyer sur la jeunesse » pour « changer les mentalités ». Qui ? Le gouvernement. En réalité, c’est donc lui qui choisit les orientations politiques et morales qui doivent prévaloir dans la société. Ce n’est plus la famille, l’école et la société adulte qui éduquent la jeunesse. Contrairement à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948, c’est donc désormais l’État en France qui se pose en seul détenteur de la vérité. On assiste à une dérive théocratique de l’État républicain actuel. Et cette jeunesse, qui, par définition, ne possède pas encore les repères lui permettant de poser des choix par elle-même, il la mobilise dans le sens qu’il juge bon, selon le schéma de la révolution culturelle. La position de Vincent Peillon est vraiment choquante. Lorsqu’il s’appuie sur la jeunesse comme moteur révolutionnaire, renouant avec l’esprit de 1968, le gouvernement sort à l’évidence de son rôle : il instrumentalise la jeunesse à des fins politiques, pour changer les représentations sexuelles et morales dominantes. Ce faisant, il change les règles du jeu au sein de l’École publique en abandonnant ostensiblement l’exigence de neutralité. L’État sort également de son devoir de neutralité et de respect des droits éducatifs familiaux et de l’intimité des enfants lorsque le ministre demande aux recteurs de renforcer les campagnes d’information sur la ligne azur. Ainsi, contrairement à ce qui est affiché, il ne s’agit plus de lutter contre des stigmatisations homophobes en tant que telles, il s’agit bien plutôt d’inciter activement les jeunes en recherche d’identité (comme le sont par construction tous les adolescents) à explorer pour eux-mêmes la voie de l’homosexualité ou de la transsexualité. De même, lorsque le ministre encourage les recteurs à faire intervenir davantage les associations de lutte contre l’homophobie, il encourage en pratique l’ingérence dans l’enceinte de l’école d’associations partisanes engagées dans la banalisation et la promotion des orientations sexuelles minoritaires, si l’on se réfère à la liste des associations agréées par l’Éducation nationale pour intervenir sur ces thématiques dans les établissements. Il favorise donc des prises de paroles unilatérales auprès des jeunes, sur un sujet qui n’a pas encore été tranché par le législateur. (…) Durant la période soviétique, comme durant d’autres périodes totalitaires, il était habituel de se servir des enfants pour démasquer et sanctionner les opinions dissidentes des parents. C’était l’époque de la délation par ses propres enfants. Revenir à de telles pratiques inhumaines et profondément immorales serait une grave régression de l’État de droit. Non content enfin de mettre au pas les écoles publiques, le gouvernement entend aussi museler les écoles privées en bafouant clairement leur caractère propre. Il est évident que les écoles dont le projet éducatif et l’identité sont fondés sur la foi seront opposées à la légalisation du mariage homosexuel. Leur demander d’être neutres sur ce sujet n’a aucun sens, si ce n’est celui de leur faire renier purement et simplement leur vocation spécifique. Anne Coffinier
Son intention et son but sont de démolir les vieilles formes et les règles conventionnelles. Et plus ce cheval de Troie apparaît étrange, non conformiste, inassimilable, plus il lui faut de temps pour être accepté. En fin de compte, il est adopté, et par la suite il fonctionne comme une mine, quelle que soit sa lenteur initiale. Il sape et fait sauter la terre où il a été planté. Les vieilles formes littéraires auxquelles on a été habitué apparaissent à la longue démodées, inefficaces. (…) Pour mener à bien une œuvre littéraire, il faut avant tout être modeste et ne pas ignorer que tout ne se joue pas dans le fait d’être gay ou quoi que ce soit de comparable sociologiquement [par exemple, être incestée]. (…) Plus le point de vue est particulier, plus l’entreprise d’universalisation exige une attention soutenue aux éléments formels qui sont susceptibles d’être ouverts à l’histoire tels que les thèmes, les sujets du récit en même temps que la forme globale du travail. C’est finalement par l’entreprise d’universalisation qu’une œuvre littéraire peut se transformer en machine de guerre.  Monique Wittig (p 98- 102, 2007)
Je pense que le "genre" est une idéologie. Cette haine de la différence est celle des pervers, qui ne la supportent pas. Freud disait que le pervers est celui qu’indisposait l’absence de pénis chez sa mère. On y est. Boris Cyrulnik
Alors que la polémique sur la théorie du genre ne cesse d’enfler, l’expérience tragique menée au milieu des années 1960 par son concepteur, le sexologue et psychologue néo-zélandais John Money, refait surface, comme le rapporte vendredi lepoint.fr. Une expérimentation souvent occultée par les disciples actuels des études du genre, car celle-ci, conduite sur deux jumeaux canadiens nés garçons, mais dont l’un d’eux sera élevé comme une fille, tournera mal. Spécialiste de l’hermaphrodisme à l’université américaine Johns Hopkins, John Money définit dès 1955 le genre comme la conduite sexuelle qu’on choisit d’adopter, en dehors de notre sexe de naissance. (…) En 1966, des parents vont offrir au médecin controversé la possibilité de tester sur leurs propres enfants la théorie du genre. Les époux Reimer sont parents de jumeaux âgés de huit mois. Alors qu’ils souhaitaient les faire circoncire, l’opération a mal tourné sur l’un des deux bébés, Bruce, dont le pénis s’est retrouvé brûlé à la suite d’une cautérisation électrique. Son frère, Brian, a pour sa part échappé à l’opération.Pour John Money, c’est l’occasion de montrer sur un modèle vivant que le sexe biologique n’est qu’un leurre. Il propose donc aux parents désemparés d’élever Bruce comme une fille, sans jamais lui révéler son sexe de naissance. Bruce, qui s’appelle désormais Brenda, reçoit d’abord un traitement hormonal, puis se voit retirer ses testicules quatorze mois plus tard. Désormais fille, «Bruce-Brenda» porte des robes et joue à la poupée. Pendant toute leur enfance, les jumeaux Brian et Brenda suivent un développement harmonieux, faisant de l’expérience du sexologue une réussite. Du moins c’est ce que John Money, qui garde un œil sur leur évolution en les recevant une fois par an, croit. Il publie d’ailleurs de nombreux articles sur le sujet, puis un livre en 1972, Homme-femme, garçon-fille, dans lequel il affirme que c’est l’éducation et non le sexe de naissance qui détermine si l’on est homme ou femme. Mais si Brenda a vécu une enfance sans heurts, les choses se compliquent à l’adolescence. Sa voix devient plus grave et elle se sent attirée par les filles. Petit à petit, elle rejette son traitement au profit d’un autre à la testostérone. Car, au fond, elle se sent davantage garçon que fille. Désemparé, le couple Reimer avoue la vérité à ses enfants. Dès lors, Brenda redevient un homme, David, auquel on crée chirugicalement un pénis et retire les seins. Ce dernier se mariera même à une femme, à l’âge de 24 ans. Mais cette expérience identitaire hors norme a laissé des dégâts irréparables chez les jumeaux. Brian se suicide en 2002, David en mai 2004. Le Figaro
Je précise d’emblée que je ne soutiens en rien les mouvements qui appellent à boycotter l’école et qui manipulent les esprits. Mais il ne faut pas abandonner ce débat à l’extrême droite. Or, dans ce qui est dénoncé aujourd’hui, il y a une part de réalité. Certes, la théorie du genre en tant que telle n’est pas enseignée à l’école primaire mais plusieurs de ses postulats y sont diffusés. (…) Pour les tenants de cette théorie, l’identité sexuelle est, de part en part, construite. Selon eux, il n’y a pas de continuité entre le donné biologique – notre sexe de naissance – et notre devenir d’homme ou de femme. C’est, poussé à l’extrême, la formule de Simone de Beauvoir dans Le Deuxième sexe «On ne naît pas femme, on le devient». Et les théoriciens du genre poursuivent: à partir du moment où tout est «construit», tout peut être déconstruit. (…) Prenons les «ABCD de l’égalité», qui sont des parcours proposés aux élèves et accompagnés de fiches pédagogiques pour les enseignants. Ils sont supposés servir à enseigner l’égalité hommes-femmes. Qu’en est-il? Dans une fiche, intitulée «Dentelles, rubans, velours et broderies», on montre un tableau représentant Louis XIV enfant qui porte une robe richement ornée et des rubans rouges dans les cheveux. L’objectif affiché? Faire prendre conscience aux élèves de l’historicité des codes auxquels ils se soumettent et gagner de la latitude par rapport à ceux que la société leur impose aujourd’hui… (…) l’objectif est (…) d’«émanciper» l’enfant de tous les codes. Ce qui aboutit à l’abandonner à un ensemble de «possibles», comme s’il n’appartenait à aucune histoire, comme si les adultes n’avaient rien à lui transmettre. Or, il est faux de dire qu’on «formate» un enfant, on ne fait que l’introduire dans un monde qui est plus vieux que lui. (…) On n’est plus dans le simple apprentissage de la tolérance. (…) Sans scrupules, l’école est entraînée dans une politique d’ingénierie sociale. Tout en se donnant bonne conscience, le gouvernement encourage un brouillage très inquiétant. Savons-nous bien ce que nous sommes en train de faire? A l’âge de l’école primaire, les enfants ont besoin de s’identifier, et non pas de se désidentifier. A ne plus vouloir d’une éducation sexuée, on abandonne nos enfants aux stéréotypes les plus kitsch des dessins animés. (…) Il faudrait surtout en finir avec cette mise en accusation systématique du passé. Notre civilisation occidentale, et spécialement française, n’est pas réductible à une histoire faite de domination et de misogynie. Sur la différence des sexes, la France a su composer une partition singulière, irréductible à des rapports de forces. L’apparition d’une culture musulmane change-t-elle la donne? Elle nous confronte en tout cas à une culture qui n’a pas le même héritage en matière d’égalité des sexes. Ce qui me paraît dangereux dans cette «chasse aux stéréotypes» est le risque de balayer d’un revers de main tout notre héritage culturel. Dans un tel contexte, quelle œuvre littéraire, artistique ou cinématographique ne tombera pas sous le coup de l’accusation de «sexisme»? (…) Il existe une volonté de transformer la société, de sortir de toute normativité pour aboutir à un relativisme complet. Le gouvernement Ayrault est en pointe sur ce combat. On l’a vu lors du débat sur le Mariage pour tous. Il ne devrait pas être impossible de dire que l’homosexualité est une exception et que l’hétérosexualité est la norme. La théorie de l’interchangeabilité des sexes se diffuse. Or, nous avons un corps sexué qui est significatif par lui-même et qui ne compte pas pour rien dans la construction de soi. (…) Le principe de l’égalité est incontesté aujourd’hui. Certes, il existe encore ce fameux “plafond de verre” empêchant les femmes d’accéder aux plus hauts postes et des inégalités salariales. Mais les progrès sont inouïs. Doit-on, comme l’a fait récemment le gouvernement, imposer aux hommes de prendre un congé parental? On en arrive à punir la famille parce qu’un homme est récalcitrant à s’arrêter de travailler! Et puis, faut-il rappeler qu’il n’y a pas de cordon ombilical à couper entre un père et son enfant? (…) Je n’ai guère le goût des analogies historiques mais, s’il existe une leçon à retenir des totalitarismes nazi et stalinien, c’est que l’homme n’est pas un simple matériau que l’on peut façonner. Avec la théorie du genre, l’enjeu est anthropologique.  Bérénice Levet
On assiste à une alliance objective entre les catholiques traditionalistes et des musulmans rigoristes pour qu’on ne touche pas à l’identité sexuée de leurs enfants dans le cadre de la scolarité. Cela montre que l’image d’une école dans laquelle certains enseignements seraient difficiles à dispenser à cause de la présence de jeunes musulmans est simpliste. Il y a aussi des élèves catholiques qui les refusent! (…) On peut les convaincre en expliquant d’abord ce qu’on veut faire. Et surtout pas en les faisant convoquer individuellement par les directeurs comme j’ai entendu que le ministère le souhaitait. Cela ne fera que les stigmatiser encore plus. Il faut organiser des réunions collectives pour expliquer le but de ces ABCD [modules de sensibilisation contre les stéréotypes sexués]. Il faut aller plus loin. Je pense que l’enseignement de l’égalité tel qu’il est pensé dans ces ABCD n’est pas pertinent. C’est une méthode très morale, culpabilisante pour les enseignants: on leur demande de se surveiller pour ne pas véhiculer des stéréotypes. Mais on ne déconstruit pas comme ça des schémas sexués ! Il faut développer un enseignement long et laisser les instituteurs se l’approprier sans faire appel à des intervenants extérieurs. Nacina Guénif
La question des fondements scientifiques des études de genre se pose. En 2009, un journaliste norvégien, Harald Eia, y consacre un documentaire. Son point de départ : comment est-il possible qu’en Norvège, championne des politiques du " genre ", les infirmières soient des femmes et les ingénieurs des hommes ? Il interroge quatre sommités : le professeur américain Richard Lippa, responsable d’un sondage mondial sur les choix de métiers selon les sexes (réponse : les femmes préfèrent les professions de contacts et de soins), le Norvégien Trond Diseth, qui explore les jouets vers lesquels des nourrissons tendent les mains (réponse : tout ce qui est doux et tactile pour les filles), puis Simon Baron-Cohen, professeur de psychopathologie du développement au Trinity College de Cambridge, et l’Anglaise Anne Campbell, psychologue de l’évolution. Ces spécialistes répondent que naître homme ou femme implique des différences importantes. Et que leur inspirent les " études de genre"? Eclats de rire. L’évolution de l’espèce, le bain d’hormones dans lequel se fabrique notre cerveau font du masculin et du féminin des sexes distincts. Tout aussi intelligents, mais pas identiques. Il présente leurs réactions aux amis du "genre". Qui les accusent d’" être des forcenés du biologisme ". Soit. Eia les prie alors d’exposer leurs preuves que le sexe ne serait qu’une construction culturelle… Silence. Après la diffusion de son film, en 2010, le Nordic Gender Institute fut privé de tout financement public. Le Point
L’éducation va enseigner aux enfants qu’ils ne naissent pas filles ou garçons comme Dieu l’a voulu mais qu’ils le choisissent de le devenir avec des intervenants homos ou lesbiennes qui viendront leur bourrer la tête d’idées monstrueuses. SMS JRE
"Comment on sait qu’on est homo ? Parce que moi je ne ressens rien pour les filles… Rien non plus d’ailleurs pour les garçons…"  Eric, 14 ans Ligne Azur
"Je dors souvent chez une copine depuis la rentrée. La dernière fois, il s’est passé quelque chose. On s’est embrassées et on s’est caressées. J’ai trouvé que c’était bien. Est-ce que ça veut dire que je suis homosexuelle ? Je ne veux pas être gouine, ce serait la honte. Je ne sais pas trop si j’ai envie de recommencer avec ma copine." Elodie, 16 ans Ligne Azur
Des situations individuelles diverses Le tableau ci-dessous montre la multiplicité des situations individuelles. Même si elle est majoritaire et présentée comme norme, l’hétérosexualité n’est pas la seule voie. Le contexte (lieu, moment, durée, à deux ou à plusieurs…) est aussi un facteur déterminant du vécu de chacun-e. Prenons l’exemple d’un homme (en bleu dans le tableau ci-dessous) qui se situe dans la « norme » hétérosexuelle (…) Au-delà de l’exemple en bleu dans ce tableau, on voit qu’il existe pour chacun-e un éventail de possibilités. De plus, ce que je fais (mes pratiques sexuelles) n’est pas nécessairement connecté à la façon dont je définis mon orientation (Homo, Bi ou hétérosexuelle). Chacun-e doit pouvoir y trouver son équilibre. Et vous, dans le tableau, où vous situez-vous ? Ligne Azur
Ligne Azur, c’est quoi ? Créé en 1997, Ligne Azur est à la fois un service d’écoute et un site Internet qui informent et soutiennent toute personne (jeune ou adulte) qui se pose des questions sur son attirance et/ou ses pratiques sexuelle avec une personne du même sexe Qu’elles se définissent, ou pas, comme homo-, bi- ou hétérosexuelle, certaines personnes n’ont pas la possibilité d’échanger librement et en toute confiance sur les difficultés qu’elles rencontrent ou pourraient rencontrer dans le cadre de leurs relations affectives et sexuelles (santé sexuelle). Cela constitue une inégalité sociale en termes de santé et d’accès aux soins. Ligne Azur propose aussi ce service aux parents, enseignants, éducateurs, etc. qui se trouveraient confrontés à une personne (jeune ou non) en difficulté par rapport à son identité ou son orientation sexuelle. Qui vous répond ? Basée en France, l’équipe de Ligne Azur est constituée de professionnel-le-s formé-e-s au counseling (démarche centrée sur la personne). Le premier soutien qu’ils/elles apportent est de permettre la parole ou l’écrit, sans jugement moral. Ils/elles installent ainsi une reconnaissance de la demande de l’appelant ou de l’internaute et peuvent l’aider à valoriser sa santé sexuelle. L’autre objectif du dispositif est de dédramatiser la situation et de rassurer la personne qui nous sollicite. Ligne Azur est un service de SIS Association Ligne Azur
Sida Info Service a été créée le 23 octobre 1990 par l’Agence française de lutte contre le sida (AFLS) en partenariat avec l’association AIDES. Convaincue par Pierre KNEIP (1944-1995), alors responsable bénévole de la permanence téléphonique de AIDES Ile-de-France, l’AFLS a voulu, à l’instar de ce qui se faisait déjà dans plusieurs pays d’Europe, compléter le dispositif de lutte contre le sida en mettant en place une ligne téléphonique nationale sous la forme d’un numéro vert (gratuit) accessible 24 h sur 24 et 7 jours sur 7. Depuis sa création, Sida Info Service (devenue par la suite SIS-Association) agit comme une association engagée dans le domaine de la lutte contre le VIH/sida. Elle s’appuie sur les principes affirmés dès l’origine : renforcement de l’autonomie et de la dignité des personnes et reconnaissance des besoins et des savoir-faire des communautés quant à leur santé (santé au sens défini par l’OMS dans le préambule de 1946 comme « un état de complet bien-être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. »). L’objectif initial s’est étendu progressivement aux problématiques connexes liées à l’infection par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) et à des pathologies inhérentes aux risques sexuels, aux maladies chroniques, à l’exercice des droits des personnes et des malades, à leur soutien et leur accompagnement. Plus largement, SIS-Association agit pour répondre à tout ce qui relève de la lutte contre le VIH/sida, les hépatites, pour la santé sexuelle et contre les exclusions. Le respect de l’anonymat, de la confidentialité des échanges et le principe de non jugement, accompagnent ses activités et son développement et constituent son éthique. SIS Association (Sida info Service)
Pour la troisième année consécutive, le ministère soutient le dispositif Ligne Azur afin de sensibiliser les élèves et de leur procurer des outils d’aide et d’accompagnement efficace contre le rejet de la différence et l’homophobie. Cette campagne s’inscrit dans le cadre de l’action de lutte contre toutes les formes de discrimination en milieu scolaire. Service d’écoute, de parole et de soutien, Ligne Azur s’adresse aux adolescents qui s’interrogent sur leur orientation sexuelle, ainsi qu’aux éducateurs, aux enseignants et aux parents qui sont confrontés aux interrogations des jeunes. Des écoutants professionnels sont joignables: par téléphone au 0810 20 30 40 au prix d’un appel local à partir d’un téléphone fixe du lundi au dimanche de 8h à 23h sur le site internet http://www.ligneazur.org. Il est possible de poser ses questions ou de demander à se faire rappeler En soutenant Ligne Azur, le ministère agit concrètement pour sensibiliser les élèves et leur procurer des outils d’aide et d’accompagnement efficaces, contre le rejet de la différence et l’homophobie. Il diffuse ainsi dans tous les collèges et lycées un kit de communication à destination des adolescents. Ces kits comprennent affiches et cartes mémo pour présenter le dispositif. Education.gouv
De la maternelle au baccalauréat Lutte contre l’homophobie Le ministère est engagé dans la lutte contre toutes les formes de discriminations et dans la promotion de l’égalité des chances. Il agit contre l’homophobie et de l’aide aux élèves qui en sont victimes. Le rôle de l’École L’École doit contribuer à : promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes faire prendre conscience des discriminations apprendre le respect de l’autre et de ses différences faire reculer les stéréotypes (…) Au printemps 2013, pour la quatrième année consécutive le ministère s’associe à une campagne de promotion de la Ligne Azur. Cette campagne rappelle l’existence du dispositif aux collégiens et aux lycéens. Un kit de communication comprenant affiches et cartes mémo est adressé à tous les collèges et lycées. La Ligne Azur est un dispositif téléphonique et internet d’information, d’écoute et de soutien des jeunes. Elle est dédiée à leurs questions sur l’orientation sexuelle. Des écoutants professionnels sont joignables : par téléphone au 0810 20 30 40 au prix d’un appel local à partir d’un téléphone fixe du lundi au dimanche de 8h à 23h sur le site internet http://www.ligneazur.org. Il est possible de poser ses questions ou de demander à se faire rappeler (…) Trois associations, Contact, Estim’ et SOS Homophobie ont reçu un agrément national. Contact Aide des jeunes à communiquer avec leurs parents ou leur entourage, lutte contre les discriminations, etc. http://www.asso-contact.org Estim’ Intervient auprès des élèves pour les aider à mieux vivre et à assumer leur sexualité, leurs différences, et accepter celles des autres. http://www.estim-asso.org SOS Homophobie Sos Homophobie est une association de lutte contre les discriminations et les agressions à caractère homophobe et transphobe. http://www.sos-homophobie.org/ Education.gouv
Le genre est un concept. Ce n’est ni une théorie ni une idéologie, mais un outil qui aide à penser.  Eric Fassin
La "théorie du genre" n’existe que dans la tête des opposants à l’égalité des droits. Cette croyance repose sur le fantasme selon lequel le sexe et la sexualité pourraient être déterminés par un simple discours. Parlez d’homosexualité et vous deviendrez homosexuel. Evoquez les multiples façons dont les rôles masculins et féminins ont été pensés au cours de l’histoire, et vous risquez de susciter toutes sortes de déviance de genre ! Dans la réalité, l’identité est un processus beaucoup plus complexe. Et c’est précisément cette complexité que des chercheuses et des chercheurs interrogent en endocrinologie, en histoire, en droit, en sociologie, etc. Ils nous invitent à réfléchir à la façon dont nous nous pensons, individuellement et collectivement. C’est un travail critique très enrichissant pour une société. Mais, ce travail demande aussi du courage et de la générosité, car il faut admettre de se défaire de ses certitudes et de questionner son propre parcours à la lumière du parcours des autres. Les adversaires de la "théorie du genre" préfèrent imaginer des ennemis, dont le projet serait d’abolir – mais par quels moyens ? – toutes les distinctions sociales – voire anatomiques – entre hommes et femmes. Ils confondent à dessein égalité et identité, différence et hiérarchie. Et pour mieux convaincre, ils adossent leur raisonnement à un discours nationaliste, la " théorie du genre " venant nécessairement des Etats-Unis. Bruno Perreau (professeur au MIT et chercheur associé aux universités de Cambridge et Harvard)
Loin d’être une théorie, le genre est un concept. Il s’agit d’un outil d’analyse, qui permet aux chercheurs d’étudier divers phénomènes sociaux, et à tout le monde de mieux comprendre comment s’articulent notamment les identités d’homme et de femme. On pourrait argumenter qu’une théorie spécifique est fausse, en avançant des preuves à son encontre, on ne peut pas dire de même d’un outil analytique. Parler de « théorie du genre » permet de supposer que le genre n’est pas vrai. Or en tant que concept, le genre peut être plus ou moins pertinent ou utile, mais pas vrai ou faux. (…) Si les chercheurs sont d’accord pour utiliser le concept de genre pour étudier les définitions sociales du féminin et du masculin, la nature et l’origine de ces normes ne font pas l’unanimité. C’est la raison pour laquelle il existe non pas une mais des "théories du genre". Longtemps, une des théories dominantes a été celle de la socialisation du genre. L’idée était que l’on "apprend" son genre, donc le comportement approprié à son sexe biologique, jusqu’à l’âge d’environ cinq ans, à travers l’éducation de ses parents et par mimétisme de son entourage. On devient ainsi socialement fille ou garçon, et le genre ne change plus après cela. A la fin des années 80, les sociologues américains Candace West et Don H. Zimmerman, ont avancé une théorie différente. Selon eux, nous ne sommes pas notre genre, nous le "faisons" en permanence. Un système de sanctions et de récompenses sociales nous incite à agir en conformité avec les normes de genre, et en le faisant nous reproduisons ces mêmes normes. A son tour, cette théorie a été critiquée, et depuis, la discussion continue. Rue 89
Le concept de « gender » est né aux Etats-Unis dans les années 1970 d’une réflexion autour du sexe et des rapports hommes / femmes. Le mouvement féministe, qui a pris de l’ampleur après la révolution sexuelle, cherche à faire entendre sa voix au sein des institutions de recherche. Il s’agit de faire reconnaître un engagement qui se veut de plus en plus une réflexion renouvelée sur le monde. C’est un psychologue, Robert Stoller, qui popularise en 1968 une notion déjà utilisée par ses confrères américains depuis le début des années 1950 pour comprendre la séparation chez certains patients entre corps et identité. De là l’idée qu’il n’existe pas une réelle correspondance entre le genre (masculin/féminin) et le sexe (homme/femme). Dès 1972, en s’appuyant sur l’articulation entre la nature et la culture développée par l’anthropologue français Claude Lévi-Strauss, la sociologue britannique Anne Oakley renvoie le sexe au biologique et le genre au culturel. Les universitaires américaines récusent le rapprochement souvent effectué entre les femmes et la nature (principalement à cause de leurs facultés reproductives) alors que les hommes seraient du côté de la culture. Un retentissant article publié en 1974 par l’anthropologue Sherry Ortner en rend les termes particulièrement explicites : « Femme est-il à homme ce que nature est à culture ? » En anthropologie, c’est à Margaret Mead que revient une première réflexion sur les rôles sexuels dans les années 1930. L’étude des rôles assignés aux individus selon les sexes et des caractères proprement féminins et masculins permet de dégager l’apprentissage de ce qui a été donné par la nature. Une fois le genre distingué du sexe, les chercheurs se concentrent sur les rapports homme/femme. L’historienne américaine Joan W. Scott incite à voir plus loin qu’une simple opposition entre les sexes. Celle-ci doit être considérée comme « problématique » et constituer, en tant que telle, un objet de recherche. Si le masculin et le féminin s’opposent de manière problématique, c’est parce que se jouent entre eux des rapports de pouvoir où l’un domine l’autre. Mais si le genre est d’emblée pensé comme une construction sociale, il n’en est pas de même du sexe, vu comme une donnée naturelle ou plus probablement « impensée ». C’est l’historien Thomas Laqueur qui démontrera le caractère construit historiquement du sexe et de son articulation avec le genre. Dans La Fabrique du sexe (1992), il met en évidence la coexistence (voire la prédominance du premier sur le second) de deux systèmes biologiques. Ainsi, pendant longtemps, le corps était vu comme unisexe et le sexe féminin était un « moindre mâle » tandis que nous serions passés au XIXe siècle à un système fondé sur la différence biologique des sexes. Une fois le sexe devenu tout aussi culturel que le genre, la sexualité devient aux yeux des chercheurs l’objet d’une nouvelle réflexion. L’influence du philosophe français Michel Foucault (particulièrement dans la décennie 1980 durant laquelle ses œuvres ont été traduites aux Etats-Unis) est ici primordiale. Le genre est ainsi articulé au pouvoir et à sa « mise en discours » puis relié à l’analyse de la sexualité et de ses normes. La fin des années 1980 voit un début d’institutionnalisation. Emprunté au vocabulaire psychologique et médical par la sociologie, le terme gagne d’autres disciplines comme l’histoire. Avant que le genre ne devienne un outil d’analyse, l’histoire des femmes s’attachait à faire affleurer des récits jusque-là invisibles, quitte à présenter les femmes de manière essentialiste, c’est-à-dire avec des caractéristiques propres et immuables telles que des qualités émotionnelles par exemple. L’analyse du genre ramène les spécificités prétendument féminines à la lumière d’un moment et d’une société donnés. Ainsi, les études de genre permettront de reconnaître le caractère construit socialement des données historiques sur les femmes ainsi que celles sur les hommes. Si le genre rend visible le sexe féminin, il implique que l’homme ne soit plus neutre et général mais un individu sexué. A partir de ce constat a pu se développer une histoire des hommes et des masculinités, principalement autour de la revue américaine Men and Masculinities dirigée par Michael Kimmel. Les questions autour du genre, de par leur nette déviation dès le milieu des années 1980 vers la sexualité, ont contribué à diviser les féministes en deux clans. Les plus radicales se sont attachées à montrer le caractère oppressif de la hiérarchie des sexes en termes de sexualité avec un avantage systématique attribué à l’homme, considéré dans sa globalité comme un mâle dominant. D’autres, comme les Américaines Gayle Rubin et Judith Butler, montrent que le rapport entre les sexes n’implique pas seulement une hiérarchie entre les genres mais également une injonction normative. (…) Le concept de genre a eu des difficultés à s’implanter en France, principalement à cause d’une méfiance envers le féminisme américain jugé par trop communautariste et radical. Durant les années 1980, l’université française cherchait à se prémunir contre le politique. De par leur nécessaire passage par le militantisme, les études féministes s’éloignèrent donc du cadre de la recherche. Les expressions « rapports de sexe » ou « rapports sociaux de sexe » ont longtemps été préférées à la notion de genre jugée trop floue. Ce vocabulaire est en adéquation avec l’approche féministe matérialiste influencée par l’école marxiste qui caractérise la première génération de chercheuses dans les années 1970, avec les sociologues Christine Delphy, Nicole-Claude Mathieu et Colette Guillaumin. (…) Le concept de genre a réellement commencé à se diffuser en France au milieu des années 1990, lorsque la Communauté européenne s’est penchée sur les questions de genre et de parité dans la recherche d’une égalité effective. A partir de 1993, les débats sur la parité incitent les travaux sur le genre à prendre en compte le champ politique. Dès les années 1970, les travaux de Janine Mossuz-Lavau sur la visibilité des femmes en rapport au vote, aux élections et à l’éligibilité ont permis un premier rapprochement entre les études de genre et le champ politique. La sociologie du travail achèvera de convaincre de la nécessité de prendre en compte le sexe de manière systématique. Dans ce cadre, on assiste, durant les années 1990, à la création de modules de recherche spécifiques comme le Mage (Marché du travail et genre) autour de la sociologue Margaret Maruani qui, après s’être intéressée à la division sexuelle du travail, analyse aujourd’hui la division sexuelle du marché du travail. Que ce soit en histoire, en anthropologie ou aujourd’hui dans la plupart des sciences sociales, en France, le genre est l’objet d’un intérêt grandissant au sein de l’université alors qu’aux Etats-Unis, le concept utilisé à outrance semble avoir perdu sa force de provocation et sa valeur heuristique, c’est-à-dire qu’il ne permet plus de découvrir de nouvelles pistes de recherche ou de poser un regard neuf sur des thèmes classiques. Les jeunes chercheurs français qui s’intéressent à cette thématique sont d’autant plus enthousiastes qu’ils se trouvent dégagés du militantisme qui entravait la reconnaissance de leurs prédécesseurs. En ce sens, leur principal enjeu revient à donner au genre un statut théorique dénué d’idéologie au sein des sciences humaines. Sciences humaines
Pour parler du genre, ses détracteurs utilisent l’expression "théorie du genre" plutôt qu’"étude", un changement de terme qui a pour objectif de semer le doute sur son aspect scientifique. (…) Les chercheurs refusent donc l’utilisation du terme "théorie du genre", préférant parler d’"études sur le genre", puisqu’il s’agit d’un vaste champ interdisciplinaire regroupant tous les pans des sciences humaines et sociales (histoire, sociologie, géographie, anthropologie, économie, sciences politiques…). Leurs travaux analysent donc des objets de recherche traditionnels tels que le travail ou les migrations, en partant d’un postulat nouveau : le sexe biologique ne suffit pas à faire un homme ou une femme, les normes sociales y participent grandement. (…) S’il est vrai que le développement des études de genre est lié au mouvement féministe des années 1970, le concept de gender ("genre") n’est pas créé par les féministes. Il apparaît dans les années 1950 aux Etats-Unis dans les milieux psychiatriques et médicaux. Le psychologue médical américain John Money parle ainsi pour la première fois des "gender roles" en 1955 afin d’appréhender le cas des personnes dont le sexe chromosomique ne correspond au sexe anatomique. En 1968, le psychiatre et psychanalyste Robert Stoller utilise quant à lui la notion de "gender identity" pour étudier les transsexuels, qui ne se reconnaissent pas dans leur identité sexuelle de naissance. C’est dans les années 1970 que le mouvement féministe se réapproprie les questions de genre pour interroger la domination masculine. Les "gender studies" ("études de genre") se développent alors dans les milieux féministes et universitaires américains, s’inspirant notamment de penseurs français comme Simone de Beauvoir – et son célèbre "On ne naît pas femme, on le devient" –, Michel Foucault ou Pierre Bourdieu. En France, la sociologue Christine Delphy est l’une des premières introduire le concept en France, sous l’angle d’un "système de genre", où la femme serait la catégorie exploitée et l’homme la catégorie exploitante. Mais la greffe ne s’opère réellement que dans les années 1990, lorsque le débat sur la parité s’installe au niveau européen. La promotion de l’égalité entre les hommes et les femmes devient l’une des tâches essentielles de la Communauté européenne avec l’entrée en vigueur du traité d’Amsterdam en 1999, notamment dans son article 2. Le concept de genre s’est développé comme une réflexion autour de la notion de sexe et du rapport homme/femme. Loin de nier la différence entre le sexe féminin et le sexe masculin, le genre est utilisé par les chercheurs comme un outil permettant de penser le sexe biologique (homme ou femme) indépendamment de l’identité sexuelle (masculin ou féminin). Il ne s’agit donc pas de dire que l’homme et la femme sont identiques, mais d’interroger la manière dont chacun et chacune peut construire son identité sexuelle, aussi bien à travers son éducation que son orientation sexuelle (hétérosexuelle, homosexuelle, etc.). En dissociant intellectuellement le culturel et le biologique, le concept de genre interroge les clichés liés au sexe. Par exemple, l’idée selon laquelle les femmes sont plus naturellement enclines à s’atteler aux tâches domestiques que les hommes est de l’ordre de la construction sociale et historique, et non pas liée au fait que la femme dispose d’un vagin et d’ovaires. Pour les détracteurs du genre, la construction d’une personne en tant qu’individu se fait dans l’assujettissement à des normes dites "naturelles" et "immuables" : d’un côté les femmes, de l’autre les hommes. Mais certains travaux de biologiste, tels ceux de l’Américaine Anne Fausto-Sterling, montrent que l’opposition entre nature et culture est vaine, les deux étant inextricables et participant d’un même mouvement. Il ne suffit pas de dire que quelque chose est biologique pour dire que c’est immuable. C’est l’exemple du cerveau humain : il évolue avec le temps, et de génération en génération. Quand le ministère de l’éducation a annoncé sa volonté d’introduire le concept de genre dans les manuels scolaires des classes de première, la sphère catholique et conservatrice s’est insurgée contre une "théorie" quelle accusait de nier l’individu au profit de sa sexualité. Dans une lettre envoyée au ministre de l’éducation, Luc Chatel, en août 2011 et signée par 80 députés UMP, on peut lire que, "selon cette théorie [du genre], les personnes ne sont plus définies comme hommes et femmes mais comme pratiquants de certaines formes de sexualité". Un mot d’ordre relayé par Gérard Leclerc dans un éditorial de France catholique datant de mai 2011, dans lequel il pointe la menace de ce qu’il qualifie d’"arme à déconstruire l’identité sexuelle". C’est d’ailleurs cet argument qui nourrit l’idée – répandue par la plupart des sites régionaux de La Manif pour tous – selon laquelle "le vrai but du mariage homosexuel est d’imposer la théorie du genre". Mais les études sur le genre, et a fortiori le texte proposé pour les manuels de SVT par le ministère, insistent au contraire sur la différence entre identité sexuelle et orientation sexuelle. Il s’agit d’étudier comment s’articulent ces deux mouvements entre eux, et non de substituer l’un à l’autre. Par exemple, les personnes transsexuelles interrogent leur genre, et non pas leur sexualité. On peut changer de genre sans changer de préférence sexuelle. Le Monde
Comprendre que ce qui se passait était un bouleversement des liens d’alliance, de filiation, de germanité, et que le mouvement de tout cela n’était pas du tout l’individualisation, au sens de I, me, ego, myself dont on nous a rebattu les oreilles pendant une décennie, mais une modification de ces relations et de tout ce qui se construit avec elles. Et cette métamorphose des relations se produisait parce qu’était en train de se produire une révolution qu’il n’est pas exagéré, je pense, de nommer la deuxième révolution démocratique, qui est la révolution de l’égalité de sexe. Le moteur des changements de la parenté, de la redéfinition des liens d’alliance, de filiation, de germanité, et du rapport entre eux, est le fait d’essayer d’organiser des liens de parenté sous l’égide de l’égalité des sexes. Quelque chose de vraiment nouveau se joue là, puisque non seulement aucune société humaine n’a été organisée sur un principe d’égalité des sexes, mais nos propres sociétés démocratiques modernes, qui valorisaient l’égalité et la liberté comme leurs valeurs ultimes, avaient justement fait une exception: à l’intérieur d’une valeur individu intégrant les valeurs de liberté et d’égalité, justement dans la famille, il était annoncé que les rapports entre les hommes et les femmes, en particulier dans le couple, dans la petite famille conjugale, seraient des rapports hiérarchiques. Hiérarchie du couple, à travers la puissance maritale, et hiérarchie sexuée dans les rapports de filiation, à travers la puissance paternelle. (…)  c’est bien à penser mieux encore les métamorphoses de la parenté que nous sommes arrivés. A partir de là, le problème pour moi concerne en effet la question de l’égalité. Si nous réfléchissons en termes de relations de parenté, la question peut se poser ainsi: quelle est la particularité d’une relation humaine en tant qu’elle est spécifiquement humaine (…) La différence est que les relations proprement humaines ne sont pas simplement calées sur des régularités (elles peuvent l’être, des habitudes, des choses qui se refont à l’identique), mais qu’elles sont référées à des règles, ou encore à des normes, et donc médiées par des règles, des normes… Nous sommes capables d’agir en tant que. C’est cette médiation qui fait que la relation n’est pas seulement intersubjective, mais qu’entre nous la relation en cause est chaque fois définie : quelle est cette relation ? Une relation de locuteur à auditeur ? De conférencier à auditoire ? De prof à élève ? De mère à fille ?… Nous avons à notre disposition tout un répertoire de relations, et chaque fois nous nous comportons en montrant que nous savons quelles sont les attentes de cette relation. C’est la relation introduite par ce qu’on appelle le symbolique, ou l’institutionnel : le fait qu’on accorde sens, valeur, signification à des relations sous la forme de système d’attentes. (…) si je suis dans une relation de parenté, je m’attends à ce que l’autre se cale sur des droits, des devoirs, des interdits. Pas de famille humaine sans la médiation d’un système symbolique de parenté, qui énonce justement pour chaque relation de quelles attentes elle est investie, quels droits, quels devoirs, quels interdits, et comment ces différentes relations ne sont pas une liste mais sont articulées les unes aux autres pour former un système de parenté, qui lui-même n’est pas isolable mais intégré dans un système social plus large, qui est un système religieux, politique, cosmologique, etc. Dans les changements que notre système de parenté a vécu du fait de l’égalité de sexe, le plus important est à mon avis le démariage. Ce que j’ai appelé le démariage n’est pas simplement le fait qu’on se marie moins, ni le divorce, mais le fait que le mariage moderne (pas celui du Moyen-âge, mais le mariage moderne) organisait tout le système de parenté qui a été le nôtre depuis l’entrée dans la modernité jusqu’aux années 60. Le mariage guidait l’ensemble de la question familiale. Une famille n’existait que mariée. En dehors du mariage, on n’était pas censé avoir une famille. Le mariage organisait la notion de couple. En dehors du couple marié, il n’y avait pas vraiment de couple. Il organisait la paternité, c’était l’institution qui donnait des pères aux enfants, et hors du mariage il n’y avait pas vraiment de pères. Et d’une certaine façon il organisait également la filiation, parce qu’en dehors du mariage aucun enfant ne bénéficiait pleinement de la double lignée paternelle et maternelle, de la plénitude de la filiation. Le démariage est la traduction d’un système égalitaire : quand on remet en cause l’idée d’un couple marié par principe hiérarchique entre l’homme et la femme, l’époux et l’épouse, on a une traduction qui est le démariage. Le mariage devient une question privée. Se marier, ne pas se marier, se démarier a été remis aux individus eux-mêmes. Il s’agit donc de l’équivalent, dans le domaine de la parenté, de ce qui s’est produit dans le domaine politique quand la religion, qui était une affaire commune par définition, a été intégrée comme une affaire de conscience personnelle. Il y avait toujours de la religion, mais tout était changé, comme au moment de la Révolution française, par exemple. Parce que c’était à chacun d’avoir à penser la question religieuse, il fallait réorganiser le lien social et politique sur d’autres bases: inventer la laïcité etc. Si le mariage devient une question de conscience personnelle, s’il est possible de le choisir, ne pas le choisir, choisir de le rompre, alors il faut également réorganiser la parenté. Mais le point où l’on retrouve la parentalité, c’est que plus on a organisé le démariage, plus on a abandonné ce modèle du couple marié, plus on a créé des situations où dans la filiation, dans la naissance, dans la trajectoire biographique d’un enfant, dans sa vie quotidienne, il y avait plus d’un homme et une femme. Il est important de comprendre que le modèle un homme une femme, pas un de moins pas un de plus, est un modèle matrimonial, et n’est pas, comme on le dit quelquefois, un modèle biologique. C’est un modèle qui était porté par notre système matrimonial où par définition on était censé être à la fois le géniteur de l’enfant, son père domestique et son père par le droit. Tout était censé se rassembler sur une seule tête masculine, une seule tête féminine. Aujourd’hui, parmi les enjeux sur lesquels nous devons travailler ensemble, c’est le fait que notre société organise des relations dans lesquelles il y a plus d’un homme et une femme, et qu’elle ne sait pas quoi en faire. Premièrement, on peut citer toutes les situations d’engendrement d’enfant avec des tiers donneurs : tiers donneurs d’ovocytes, de sperme, d’embryons, éventuellement de capacité gestatrice, pour les gestations pour autrui. On organise tout cela (pas les GPA chez nous), on le fait, on considère donc qu’il y a des engendrements à plus de deux. Mais une fois qu’on l’a fait, on le cache. On le fait et on l’oublie. Notre système de droit efface ce qu’il a fait, efface le don, les donneurs, les anonymise, les oublie, et on fait comme si le couple qui a reçu l’enfant, reçu le don, était celui qui avait engendré tout seul. Ce problème suscite aujourd’hui beaucoup de débats. N’a-t-on pas tort de ne pas assumer ce qu’on fait ? C’est le problème que posent en particulier ceux qui demandent à connaître leurs origines et qui souhaitent avoir à la fois des parents et des donneurs, pour pouvoir être réintégrés dans la vie commune. Même chose pour l’adoption : l’adoption plénière a pendant longtemps été organisée. Il y a donc plus d’un homme et d’une femme dans la vie d’une enfant (ses parents de naissance et ses parents adoptifs). On l’a fait mais on l’a effacé aussi, en assimilant la filiation adoptive à une filiation par le sang, pourrait-on dire, en effaçant toute l’histoire antérieure de l’enfant, et en prétendant même que l’enfant était “né de” ses parents adoptifs. Donc là encore des pluri-parentalités (au sens où il y a plus d’un homme et une femme en situation parentale, en fonction parentale), mais qu’on efface. Même chose enfin d’une certaine façon pour les familles recomposées, où sont présents des beaux-pères, des belles-mères, auxquels on ne sait pas très bien quelle place donner. C’est un immense champ pour nous tous, et nous devrions le discuter avec une réflexion renouvelée sur la relation, la question des places. Avoir des places oui, mais pas forcément toujours les mêmes. Il peut y avoir aujourd’hui enrichissement par de nouvelles places. (…) Pour expliciter cette conclusion, partons d’une phrase de Wittgenstein, “Tu ne peux pas dire : au tennis, il est interdit de marquer des buts.” On ne peut pas marquer des buts au tennis, bien sûr. Est-ce pour autant interdit ? Non, ce n’est pas interdit. La notion même d’interdit suppose quelque chose que vous pourriez faire, et qu’on vous empêche de faire. Or marquer des buts au tennis n’est pas quelque chose que vous pourriez faire et qu’on vous empêche de faire. C’est quelque chose qu’on ne peut tout simplement pas faire au tennis, sinon on joue à autre chose. Cette remarque familière, qui demande un travail immense, la marque de Wittgenstein, introduit la distinction entre l’interdit et l’impossible. Marquer des buts au tennis n’est pas interdit, mais impossible. Mais quelle est cette forme d’impossible ? La question nous renvoie au monde symbolique des places. Si l’on veut que le mot tennis ait un sens, qu’un jeu soit entièrement constitué sur les règles d’un jeu qui soit le tennis, alors il faut admettre que dans ces règles constitutives, rien n’est prévu qui permet des buts. Quand vous apprenez à l’enfant à parler, quand vous le faites entrer dans l’interlocution, en parlant de lui en troisième personne, en vous adressant à lui en deuxième personne, et que peu à peu il va apprendre à dire “je”, ce qu’il va apprendre est que chez les humains, il y a des choses qui sont impossibles et qui ne sont justement pas interdites. Il y a des choses qu’on ne peut pas faire, bien que personne ne vous empêche de les faire. Mais si on les faisait, alors on ne pourrait pas jouer au jeu du langage ensemble. Dans mon livre, je prends cet exemple: “tu ne peux pas dire la mâle et le femelle.” Ce n’est pas interdit, mais s’il n’y a pas des règles constitutives du langage auxquelles on se tient, on ne peut pas jouer ensemble au jeu du langage. Je pense donc qu’il est très important de comprendre que les systèmes de parenté reposent sur des règles constitutives. Ces règles peuvent changer, elles peuvent évoluer. Mais ce dont on ne peut pas se passer, c’est d’avoir les références à des règles communes, un monde commun finalement. Notre responsabilité aujourd’hui est d’être capables, à notre tour, après les autres, à notre place nouvelle, d’énoncer quelles sont les règles communes du jeu de la parenté auxquelles nous voulons jouer ensemble aujourd’hui. Ces règles ne sont pas exactement les mêmes que celles du passé, mais la naïveté est de croire qu’il serait plus démocratique, comme cela a pu être dit, de s’en passer.(…) L’enjeu est de dire que dans ces relations entre les humains, dont j’ai dit qu’elles sont médiées par des attentes, ces attentes rendent les choses possibles ou impossibles, et pas simplement permises ou interdites. On ne peut pas ramener tous les faits humains à la question de ce qui est permis et interdit. Cela ne permettrait pas de comprendre que des choses doivent d’exister à la règle. L’exemple qui est toujours pris pour le faire comprendre est le rapprochement entre le vivre en société et les jeux de société. Vous ne pouvez pas déplacer un pion, et que ce soit un coup comme on dit au jeu d’échecs, s’il n’y a pas les règles du jeu d’échecs. Vous pouvez toujours prendre un objet qui a telle forme dans votre main, le lever, le poser. Mais ce qui fait que c’est un coup dans le jeu, c’est justement qu’un pur geste physique est transformé en quelque chose qui a du sens, qui s’appelle un coup dans le jeu, par l’existence constitutive d’une règle du jeu. Cet exemple, on peut l’élargir à la vie sociale en général. Nous avons des façons d’agir qui peuvent être comprises comme un coup dans le jeu. Vous allez faire ceci ou cela dans vos rapports avec votre mère, votre père, votre fils, mais vous serez comme quelqu’un qui joue un coup dans le jeu, comme si vous étiez en quelque sorte les personnages d’une dramaturgie sociale, une dramaturgie dont nous empruntons les vêtements, les rôles, mais qui n’a pas de coulisses. Nous sommes des personnages qui jouons un jeu, au sens théâtral ou social, mais sans coulisses : pas besoin d’aller imaginer qu’après les masques sont enlevés, et qu’apparaissent les vraies personnes. Vous ne les trouvez pas, les vraies personnes : ces rôles, c’est nous, notre façon d’être. L’important est de faire comprendre qu’une société doit toujours dire quelle est sa règle du jeu, ou ses règles du jeu. Il est naïf de croire qu’on peut s’en passer, en renvoyant à chacun le soin de dire la règle qu’il veut. Par exemple il y en a qui trouvent ennuyeux de définir une femme : “une femme, un homme, ça fait réac… Que chacun définisse son genre. Moi je me sens femme, ou bien je ne me sens pas etc.” C’est un ressenti. Mais si chacun a son ressenti intérieur, on ne peut jouer à aucun jeu. L’enjeu est d’apprendre qu’on ne met pas en cause la singularité des gens, l’unicité des vies, si on rappelle qu’il faut des institutions justes, un monde commun dans lequel on définit la règle du jeu qui définit le possible et l’impossible. Au contraire, elle ouvre aux gens des possibilités. (…) l’introduction au monde de la règle rend des choses impossibles, mais en rend aussi possibles. L’exemple bête est le jeu d’échecs. Mais ça rend aussi possible la parenté, etc. Un des problèmes dans une société individualiste est qu’on croit que les règles sociales nous briment, ne font que nous brider. Cette conception est une conception de l’authenticité de l’être avant la chute, une conception chrétienne dont on peut remonter l’histoire. Mais la théologie chrétienne elle-même n’est pas si simplette. Cette idée qu’on pourrait tout faire si on n’était pas bridé par les lois, est ridicule d’un point de vue sociologique du langage, puisque c’est ce qui rend possible d’agir à la manière humaine. Effectivement, ça rend par le même mouvement des choses possibles et impossibles. Irène Théry

Attention: un mensonge peut en cacher bien d’autres !

A l’heure où, après le mariage pour tous au forceps, la France découvre la double vie de son président supposément "normal"

Et, à l’occasion de la polémique suscitée par un tout récent et inédit boycott des écoles, l’expérimentation d’ateliers dans plus de 500 écoles primaires ayant pour but de "déconstruire les stéréotypes" filles-garçons dès le plus jeune âge …

Où, contrairement aux dénégations de nos gouvernants et de leurs relais médiatiques, l’éducation sexuelle est non seulement bien au programme

Mais que, sans compter les terribles ratés – commodément passés sous silence – de leur histoire, les termes mêmes d’une prétendument inexistante (mais pourtant déjà polémique sous le précédent gouvernement) théorie du genre font partie du discours et des réflexions tant desdits dirigeants que des chercheurs …

Et surtout que ledit ministère n’hésite pas à faire appel à des intervenants extérieurs dont plusieurs associations fondées par des mouvements gay …

Comment ne pas voir, au-delà des récupérations plus ou moins douteuses voire des délires communautaristes des leaders du boycott tels que Farida Belghoul, la réalité d’une idéologie et d’un pouvoir engagé, dans son obsession de l’égalité, dans la remise en cause de tout un modèle familial et donc de société ?

Théorie du genre: «Il est essentiel d’enseigner aux enfants le respect des différentes formes d’identité sexuelle, afin de bâtir une société du respect»

31 août 2011

Najat Vallaud-Belkacem, secrétaire nationale du PS aux questions de société et porte-parole de Ségolène Royal.

Najat Vallaud-Belkacem, secrétaire nationale du PS aux questions de société et porte-parole de Ségolène Royal. P. FAYOLLE / SIPA

INTERVIEW – Selon Najat Vallaud-Belkacem, secrétaire nationale du PS aux questions de société et porte-parole de Ségolène Royal, les parlementaires n’ont pas à faire d’incursion dans le contenu des manuels scolaires…

Ce mercredi, le secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé, a soutenu sans réserve les 80 députés réclamant le retrait de manuels scolaires qui reprennent la théorie du genre, en estimant qu’ils «posent une vraie question».

A l’inverse, le Parti socialiste a fait savoir mardi que «cette tentative de députés est inacceptable sur la forme comme sur le fond». Najat Vallaud-Belkacem, secrétaire nationale du PS aux questions de société et porte-parole de Ségolène Royal, explique à 20Minutes pourquoi les parlementaires ne doivent pas se mêler du contenu des manuels scolaires.

Pourquoi la lettre des 80 parlementaires UMP vous semble-t-elle problématique?

Parce que les députés n’ont pas à écrire les programmes, sauf s’il s’agit de théories qui touchent aux valeurs de la nation, telles que la condamnation du négationnisme ou a contrario les lois mémorielles. La dernière fois que la droite a voulu écrire un manuel scolaire c’était en 2005, quand le même Christian Vanneste voulait inscrire le rôle positif de la colonisation dans les livres d’histoire.

Le politique n’a pas à écrire l’histoire ou à expliquer la science, il doit changer la société. Sans compter que ce qui fait réagir ces 80 députés, ce qui leur semble plus insupportable que tout, ce n’est pas la précarité dans laquelle on plonge délibérément l’école, mais quelques phrases qui froissent leurs convictions personnelles rétrogrades.

En quoi la «théorie du genre» peut-elle aider à changer la société?

La théorie du genre, qui explique «l’identité sexuelle» des individus autant par le contexte socio-culturel que par la biologie, a pour vertu d’aborder la question des inadmissibles inégalités persistantes entre les hommes et les femmes ou encore de l’homosexualité, et de faire œuvre de pédagogie sur ces sujets.

Les manuels de sciences et vie de la terre (SVT) ne devraient-ils pas enseigner la sexualité humaine en se limitant strictement à sa dimension biologique, et pas à sa dimension sociale?

Le vrai problème de société que nous devons régler aujourd’hui, c’est l’homophobie, et notamment les agressions homophobes qui se développent en milieu scolaire. L’école doit redevenir un sanctuaire, et la prévention de la délinquance homophobe doit commencer dès le plus jeune âge. Un jeune homosexuel sur cinq a déjà été victime d’une agression physique, et près d’un sur deux a déjà été insulté. Il est essentiel d’enseigner aux enfants le respect des différentes formes d’identité sexuelle, afin de bâtir une société du respect.

Voir aussi:

Les sciences économiques et sociales, pionnières de la théorie du genre

Jean-Yves Mas (enseignant)

Le Monde

31.01.2014

Venant d’apprendre que, selon Vincent Peillon, ministre de l’éducation nationale "la théorie du genre ne sera pas enseignée à l’école" je pense que ses propos concernent sans doute l’enseignement de la théorie du genre à l’école primaire, car pour ma part, en tant que professeur de science économiques et sociales (SES) dans l’enseignement secondaire, cela fait bientôt 25 ans que je l’enseigne à mes élèves, non par volonté de prosélytisme, mais tout simplement parce que l’analyse des inégalités liées au genre, et donc ce qu’il est convenu d’appeler la « théorie du genre », fait partie des programmes officiels de ma discipline.

En effet, en seconde, le programme comporte la question suivante : "Comment devenons-nous des acteurs sociaux ?", afin de traiter cette problématique les instruction officielles indiquent qu’ "On montrera que la famille et l’école jouent chacune un rôle spécifique dans le processus de socialisation des jeunes. On prendra en compte le caractère différencié de ce processus en fonction du genre et du milieu social". De même le programme de première, pour traiter la question "Comment la socialisation de l’enfant s’effectue-t-elle ?" précise qu’ "on étudiera les processus par lesquels l’enfant construit sa personnalité par l’intériorisation/ incorporation de manières de penser et d’agir socialement situées (…). On mettra aussi en évidence les variations des processus de socialisation en fonction des milieux sociaux et du genre, en insistant plus particulièrement sur la construction sociale des rôles associés au sexe". En terminale , le programme de l’option Sociologie et science Politique (SSP) comporte une question intitulée "Comment s’organise la compétition politique en démocratie ?", et les instructions rajoutent : "Centré sur le gouvernement représentatif, ce point permettra d’étudier les enjeux socio-politiques de la compétition électorale contemporaine. (…). On identifiera les biais liés au genre et la difficulté particulière rencontrée pour assurer une représentation équitable des deux sexes en politique."

SENSIBILISER LES ELEVES

On le voit, les questions abordées par l’enseignement des SES permettent de sensibiliser les élèves aux inégalités hommes/femmes que ce soit dans les sphères domestiques, professionnelles, scolaires ou politiques. Mais l’enseignement des SES permet aussi lors de l’étude de "la socialisation" d’analyser les pratiques sociales à l’origine de ces inégalités, et notamment la persistance de différences notables dans les attitudes encouragées ou découragées selon le genre de l’enfant par les institutions de socialisation. L’étude des catalogues de jouets à Noël se révèle à ce propos tout à fait instructive et suscite de plus un vif intérêt de la part de nos élèves.

Enfin les programmes de SES permettent de montrer, dans le chapitre consacré aux conflits sociaux et à leur évolution, que face à la domination masculine les femmes ne sont pas restées passives mais qu’elles ont lutté pour leur émancipation notamment par leur mobilisation collective.

Grâce à ces luttes elles ont obtenu certains acquis dont il est important de souligner la fragilité puisque ceux-ci sont souvent menacés. Nous tenons de plus à préciser que sensibiliser les élèves aux inégalités de genre, ce n’est en rien proposer un enseignement moralisateur et "politiquement correct", mais c’est, en partant du constat factuel des inégalités entre homme et femme, montrer comment les sciences sociales, conformément à leur projet fondateur, expliquent les représentations et les pratiques sociales des individus par le rôle de la socialisation et de l’environnement socio-culturel dans lequel ils évoluent. Précisons que les savoirs transmis lors de l’étude des inégalités de genre sont des savoirs "stabilisés", établis par de nombreuses études et enquêtes de terrain répondant aux critères élémentaires de la scientificité, comme l’ensemble des savoirs transmis dans le cadre des programmes scolaires.

Notre objectif est d’essayer de déconstruire certains stéréotypes sur le genre afin notamment de "dé-naturaliser" des comportement ou des pratiques qui sont avant tout de nature sociale. Car les dominants ont toujours intérêt à naturaliser des situations qui sont le produit de rapports de force. En effet les inégalités liées au genre ne doivent rien, ou en tout cas, très peu à la nature, à l’instinct ou à une quelconque tradition, mais beaucoup voire tout, aux rapports sociaux entre hommes et femmes. Elles n’ont donc rien de naturelles ni d’immuables. En montrant que le genre est une construction sociale, les SES, conformément à leur vocation citoyenne, s’inscrivent aussi dans un projet éthique qui vise à lutter contre toutes les formes de discriminations liées au sexisme, de même que dans d’autre parties de notre enseignement nous entendons lutter contre le racisme ou l’homophobie.

Pour notre part nous considérons que la théorie du genre est bien l’exemple emblématique d’une théorie émancipatrice puisqu’elle produit des savoirs qui peuvent avoir des effets sur les pratiques et les représentations des individus. Voilà pourquoi la théorie du genre correspond à un moment fort de notre enseignement et nous nous opposerons énergiquement à toute tentative visant à remettre en cause sa place dans nos programmes.

Jean-Yves Mas, professeur de SES au lycée de Montreuil (93)

Voir également:

"La théorie du genre entraîne l’école dans l’ingénierie sociale"

Pour la philosophe Bérénice Levet, en menant «la chasse aux stéréotypes»,le gouvernement joue aux apprentis sorciers.

Marie-Amélie Lombard

Le Figaro

30/01/2014

Docteur en philosophie, Bérénice Levet travaille à un essai sur La théorie du genre ou le monde rêvé des anges, à paraître chez Grasset en septembre 2014. Elle est l’auteur de Le Musée imaginaire d’Hannah Arendt, Stock, 2012.

LE FIGARO. – L’Éducation nationale est-elle en train d’introduire «la théorie du genre» à l’école?

Bérénice LEVET. – Je précise d’emblée que je ne soutiens en rien les mouvements qui appellent à boycotter l’école et qui manipulent les esprits. Mais il ne faut pas abandonner ce débat à l’extrême droite. Or, dans ce qui est dénoncé aujourd’hui, il y a une part de réalité. Certes, la théorie du genre en tant que telle n’est pas enseignée à l’école primaire mais plusieurs de ses postulats y sont diffusés.

Avant tout, quelle définition donnez-vous de la théorie du genre?

Pour les tenants de cette théorie, l’identité sexuelle est, de part en part, construite. Selon eux, il n’y a pas de continuité entre le donné biologique – notre sexe de naissance – et notre devenir d’homme ou de femme. C’est, poussé à l’extrême, la formule de Simone de Beauvoir dans Le Deuxième sexe «On ne naît pas femme, on le devient». Et les théoriciens du genre poursuivent: à partir du moment où tout est «construit», tout peut être déconstruit.

Quels sont les exemples de l’application de cette théorie à l’école?

Prenons les «ABCD de l’égalité», qui sont des parcours proposés aux élèves et accompagnés de fiches pédagogiques pour les enseignants. Ils sont supposés servir à enseigner l’égalité hommes-femmes. Qu’en est-il? Dans une fiche, intitulée «Dentelles, rubans, velours et broderies», on montre un tableau représentant Louis XIV enfant qui porte une robe richement ornée et des rubans rouges dans les cheveux. L’objectif affiché? Faire prendre conscience aux élèves de l’historicité des codes auxquels ils se soumettent et gagner de la latitude par rapport à ceux que la société leur impose aujourd’hui…

N’est-ce pas une simple façon de montrer que la façon de s’habiller a évolué au fil du temps?

Non, l’objectif est bien d’«émanciper» l’enfant de tous les codes. Ce qui aboutit à l’abandonner à un ensemble de «possibles», comme s’il n’appartenait à aucune histoire, comme si les adultes n’avaient rien à lui transmettre. Or, il est faux de dire qu’on «formate» un enfant, on ne fait que l’introduire dans un monde qui est plus vieux que lui. Kierkegaard parle d’un «désespoir des possibles» qui ne se transforme jamais en nécessité.

Quels autres exemples vous semblent condamnables?

Le film Tomboy – «garçon manqué» en français -, de la réalisatrice Céline Sciamma, a été montré l’an dernier à 12 500 élèves parisiens, de la dernière année de maternelle au CM2. Quel est le propos du film? Une petite fille, Laure, se fait passer pour un garçon auprès des enfants avec qui elle joue et se fait appeler Michaël. Qu’est-il écrit dans le dossier pédagogique? «Laure semble pouvoir aller au bout de la possibilité Michaël»… On n’est plus dans le simple apprentissage de la tolérance.

Le danger n’est-il pas surtout d’imposer à l’école un fatras mal assimilé des études de genre qui sont un champ de la recherche universitaire? Le gouvernement joue-t-il aux apprentis sorciers?

Sans scrupules, l’école est entraînée dans une politique d’ingénierie sociale. Tout en se donnant bonne conscience, le gouvernement encourage un brouillage très inquiétant. Savons-nous bien ce que nous sommes en train de faire? A l’âge de l’école primaire, les enfants ont besoin de s’identifier, et non pas de se désidentifier. A ne plus vouloir d’une éducation sexuée, on abandonne nos enfants aux stéréotypes les plus kitsch des dessins animés.

N’est-ce pas pour autant utile d’affirmer l’égalité des sexes dès le plus jeune âge?

Il faudrait surtout en finir avec cette mise en accusation systématique du passé. Notre civilisation occidentale, et spécialement française, n’est pas réductible à une histoire faite de domination et de misogynie. Sur la différence des sexes, la France a su composer une partition singulière, irréductible à des rapports de forces. L’apparition d’une culture musulmane change-t-elle la donne? Elle nous confronte en tout cas à une culture qui n’a pas le même héritage en matière d’égalité des sexes. Ce qui me paraît dangereux dans cette «chasse aux stéréotypes» est le risque de balayer d’un revers de main tout notre héritage culturel. Dans un tel contexte, quelle œuvre littéraire, artistique ou cinématographique ne tombera pas sous le coup de l’accusation de «sexisme»?

Selon vous, sous couvert de lutter contre les stéréotypes, on peut bouleverser en profondeur la société?

Il existe une volonté de transformer la société, de sortir de toute normativité pour aboutir à un relativisme complet. Le gouvernement Ayrault est en pointe sur ce combat. On l’a vu lors du débat sur le Mariage pour tous. Il ne devrait pas être impossible de dire que l’homosexualité est une exception et que l’hétérosexualité est la norme. La théorie de l’interchangeabilité des sexes se diffuse. Or, nous avons un corps sexué qui est significatif par lui-même et qui ne compte pas pour rien dans la construction de soi.

L’égalité hommes-femmes n’est cependant pas acquise aujourd’hui. Comment s’y prendre pour la renforcer?

Le principe de l’égalité est incontesté aujourd’hui. Certes, il existe encore ce fameux “plafond de verre” empêchant les femmes d’accéder aux plus hauts postes et des inégalités salariales. Mais les progrès sont inouïs. Doit-on, comme l’a fait récemment le gouvernement, imposer aux hommes de prendre un congé parental? On en arrive à punir la famille parce qu’un homme est récalcitrant à s’arrêter de travailler! Et puis, faut-il rappeler qu’il n’y a pas de cordon ombilical à couper entre un père et son enfant?

A vous entendre, les dérives que vous dénoncez risquent de ne pas se limiter à l’école.

Je n’ai guère le goût des analogies historiques mais, s’il existe une leçon à retenir des totalitarismes nazi et stalinien, c’est que l’homme n’est pas un simple matériau que l’on peut façonner. Avec la théorie du genre, l’enjeu est anthropologique. Montesquieu écrivait: «Dans un temps d’ignorance, on n’a aucun doute, même lorsqu’on fait les plus grands maux. Dans un temps de lumière, on tremble encore lorsqu’on fait les plus grands biens».

Voir aussi:

"ABCD de l’égalité" : qu’est-ce que c’est exactement ?

Le dispositif lancé par Vincent Peillon et Najat Vallaud-Belkacem est loin de faire l’unanimité. Même si personne ne sait vraiment de quoi il s’agit.

Le Point

30/01/2014

L’ABCD de l’égalité, dans le viseur des organisateurs de boycott des écoles contre un supposé enseignement de la "théorie du genre", est une expérimentation pour lutter contre les stéréotypes filles-garçons à l’école. Ce dispositif, élaboré par le ministère de l’Éducation nationale et le ministère des Droits des femmes, est expérimenté de la grande section de maternelle au CM2 depuis la Toussaint dans 600 classes de 275 écoles dans 10 académies (Bordeaux, Clermont-Ferrand, Créteil, Corse, Guadeloupe, Lyon, Montpellier, Nancy-Metz, Rouen, Toulouse) pour "faire prendre conscience aux enfants des limites qu’ils se fixent eux-mêmes, des phénomènes d’autocensure trop courants, leur donner confiance en eux, leur apprendre à grandir dans le respect des autres". Après évaluation, il doit être généralisé à la rentrée 2014.

Les mouvances qui ont appelé à des journées de retrait de l’école accusent le gouvernement de vouloir nier les différences biologiques. "Jamais aucun professeur n’a pu imaginer de nier les différences, alors qu’il enseigne précisément le respect des différences et de cette différence fondamentale filles-garçons", a déclaré Vincent Peillon mardi soir à l’Assemblée nationale.

Stéréotypes

"En reconnaissant la différence biologique, nous voulons tout de même qu’il y ait égalité entre les femmes et les hommes au sein de la société, en particulier dans le choix des métiers", a ajouté le ministre de l’Éducation. "On peut mesurer d’ailleurs le progrès des sociétés à leur capacité de considérer qu’il y a égalité entre les hommes et les femmes : égalité politique, égalité civile, égalité intellectuelle, égalité éducative."

Des stéréotypes – comme une fille est forcément "coquette", "docile", "soigneuse", et un garçon "courageux", indépendant" ou "énergique" – pèsent sur leurs attentes, leurs ambitions, leur orientation professionnelle et leur place dans la société, selon un rapport de l’Inspection générale de l’Éducation nationale. Les femmes sont ainsi moins représentées dans les métiers scientifiques, perçoivent un salaire moindre à diplôme égal et subissent davantage le temps partiel. Sans oublier la persistance de violences sexistes.

Ces préjugés peuvent conduire les filles au "complexe de Cendrillon : je fais des études, mais j’attends le prince charmant", explique une des présentations du site http://www.cndp.fr/ABCD-de-l-égalité/accueil.html. Celui-ci propose aussi des ressources pédagogiques aux enseignants pour aborder en classe l’égalité garçons-filles, dans les cours d’arts plastiques, d’éducation physique sportive, d’histoire…

Contre l’homophobie

Un tableau d’Auguste Renoir, Mme Charpentier et ses enfants, mettant en scène une femme et ses filles permet ainsi de comparer les représentations des enfants aujourd’hui et il y a un siècle. Les écoliers peuvent dire ce qu’ils en pensent spontanément, parler des couleurs, des vêtements…

L’enseignant peut expliquer que la mère portait, suivant la mode de l’époque, un corset, vêtement qui entravait les mouvements et rendait la position assise inconfortable, c’est pourquoi elle est alanguie. Ou encore que jusqu’à six ans garçons et filles portaient des robes, puis les petits garçons s’habillaient en culottes courtes. Une évolution qu’on peut constater aussi dans les portraits de Louis Napoléon Bonaparte. Les élèves peuvent imaginer comment ces enfants s’habilleraient aujourd’hui.

Les détracteurs d’un supposé enseignement de la théorie du genre dénoncent aussi l’intervention d’associations LGBT (Lesbiennes, gay, bi, trans). Ces associations peuvent intervenir non pas dans les écoles, mais dans des lycées, à la demande du chef d’établissement, sans lien avec l’ABCD de l’égalité, dans le cadre d’une sensibilisation contre l’homophobie.

Voir de même:

Boris Cyrulnik face au suicide des enfants

Le Point

29/09/2011

Entretien. Dans "Quand un enfant se donne ‘la mort’" (Odile Jacob), Boris Cyrulnik tente de comprendre l’inexplicable.

Boris Cyrulnik, neurospychiatre et éthologue. Boris Cyrulnik, neurospychiatre et éthologue. © Khanh Renaud/Square pour "Le Point"

Propos recueillis par Émilie Lanez

En France, entre 40 et 100 enfants de moins de 12 ans se suicident chaque année. Pourquoi un enfant veut-il mourir ? Une question à laquelle Boris Cyrulnik, à la demande de Jeannette Bougrab, secrétaire d’État à la Jeunesse, répond en explorant le monde, méconnu, dans lequel grandissent nos enfants. Le neuropsychiatre appelle à des changements radicaux.

Le Point : Pourquoi un rapport sur les très rares suicides des enfants ?

Boris Cyrulnik : On meurt plus fréquemment par suicide que par accident de la route. Or, si de nombreux chercheurs ont travaillé à comprendre le suicide des adultes et des adolescents, jamais celui des enfants prépubères, dont le monde mental différe totalement de celui de leurs aînés, n’a été étudié. Je prends volontiers la parabole du canari dans la mine de charbon. Les mineurs avaient pour coutume de descendre avec un canari. Lorsque celui-ci suffoquait, ils savaient qu’un coup de grisou arrivait. Le suicide d’enfant, comme le canari dans la mine, est une alerte, l’indicateur de dysfonctions sociales.

Est-on prédiposé au suicide ?

Il y a un facteur génétique, mais il existe mille autres facteurs. Le suicide obéit à une convergence de causes, dont l’isolement sensoriel est le carrefour.

Les gènes ne déterminent-ils rien ?

Le gène existe, toutefois il n’est pas une fatalité. Les gènes impliquent la couleur de nos yeux, notre taille ou certaines maladies, mais il faut tout autant tenir compte du climat de l’école, de l’ambiance en famille. Distinguer l’inné et l’acquis est une absurdité. C’est une erreur qui a longtemps interdit à la science de penser.

Rien n’est jamais joué, donc tout se construit ?

À peine le gène s’exprime-t-il que cette expression est pétrie, sculptée par les pressions du milieu. C’est ce qu’on nomme l’épigenèse, et celle-ci commence dès avant la naissance. Freud l’avait compris. Il parlait d’une forêt dans laquelle on marche la première fois. Nos pas s’y fraient un chemin. Désormais, l’information dans notre cerveau empruntera plus volontiers ce chemin qu’un autre. Prenons l’exemple d’un enfant génétiquement sain, porté par une mère stressée par la guerre. Cet enfant sain sera in utero façonné par le malheur de la mère. À la naissance, il sera 50 % plus petit, plus léger qu’un enfant moyen et il souffrira d’une atrophie fronto-limbique. Il a donc été altéré par l’épigenèse. Attention, le façonnage peut être inverse. Un enfant, faible transporteur de sérotonine, donc hypervulnérable, porté par une mère heureuse, dans un milieu stable, deviendra un adulte équilibré, tout juste plus enclin à l’émotion. Le gène est déterminant de pas grand-chose, tandis que l’épigenèse, elle, est très déterminante, elle sculpte l’expression des gènes et du cerveau.

Si tout va mal autour d’un enfant, peinera-t-il forcément à se construire ?

Non, pas du tout. Un confrère a travaillé sur les enfants d’un village de Belgique durement ébranlé par la fermeture de la mine de charbon. Chômage, pauvreté, choc culturel. Pourtant, les enfants s’y développent harmonieusement. Pourquoi ? Parce que, alors que leurs parents travaillent au loin, ils sont entourés de substituts efficaces. Des enseignants, des moniteurs de foot, des voisines. Il faut tout un village pour élever un enfant. Nos sociétés ont oublié cette sagesse, d’ailleurs faites-en l’expérience, allez gronder le fils de votre voisine ! L’accent est trop porté sur la mère, certes importante, mais qui éduque, entourée d’un père, d’une famille, d’un quartier. On sous-estime grandement l’importance pour l’enfant de ses pairs. S’il vit harmonieusement dans sa classe, s’il y a des camarades, il s’attache et se développe. J’aimerais qu’on vivifie la culture du quartier, la pratique sportive en club, le scoutisme, tout ce qui favorise de multiples attachements.

À quel âge l’épigenèse s’arrête-t-elle ?

Jusqu’à 120 ans, l’épigenèse fonctionne. Même dans les maladies d’Alzheimer, on observe encore quelques bourgeonnements synaptiques, même raréfiés. Chez les enfants, l’épigenèse est puissante. À cet âge, cela synaptise à toute allure dans les lobes préfrontaux.

Alors pourquoi un enfant se suicide-t-il ?

Se suicide-t-il vraiment ? Veut-il vraiment se donner la mort ? Le suicide d’un enfant n’est pas un désir de mort, mais le désir de tuer cette manière de vivre qui le fait souffrir, tuer le conflit de ses parents, son isolement. Le suicide adolescent diffère, car intellectuellement il sait ce qu’est la mort. Ce n’est qu’entre 7 et 9 ans que l’enfant intériorise la conception de l’irrémédiabilité de la mort. Aujourd’hui, d’ailleurs, j’observe que les enfants ont accès de plus en plus tôt à cette notion. Une maturité intellectuelle précoce qui pose problème, car elle s’acquiert au prix de l’angoisse. Cessons de les forcer, de les surstimuler, surtout les filles.

Pourtant, les garçons se suicident plus ?

Les filles font dix fois plus de tentatives, mais les garçons aboutissent plus.

Garçon ou fille, observez-vous des différences ?

L’ontogenèse sexuelle commence au stade embryonnaire. La testostérone des embryons est un puissant déterminant biologique qui crée les organes des filles ou ceux des garçons. Puis la culture, qui commence dès la naissance, entoure différemment un bébé fille et un bébé garçon.

Les partisans de la théorie du genre considèrent qu’on éduque distinctement les filles des garçons pour perpétuer la domination masculine. Les croyez-vous ?

Je ne crois pas du tout à la suprématie des garçons, bien au contraire. Vers 17 mois, les filles disposent de cinquante mots, de règles de grammaire et d’un début de double réarticulation, par exemple être capable de dire "réembarquons", au lieu de "on va encore une fois dans cette barque". Avec quatre phonèmes, les filles expriment un discours. Les garçons obtiennent cette performance six mois plus tard ! 75 % des garçons commettent de petites transgressions (chiper un biscuit, pincer un bras, etc.), contre 25 % des filles. Alors ces filles, plus dociles, parlant aisément, sont bien mieux entourées. Il est plus aisé d’élever une fille qu’un garçon. D’ailleurs, en consultation de pédopsychiatrie, il n’y a que des petits garçons, dont le développement est bien plus difficile. Certains scientifiques expliquent ce décalage par la biologie. La combinaison de chromosomes XX serait plus stable, parce qu’une altération sur un X pourra être compensée par l’autre X. La combinaison XY serait, elle, en difficulté évolutive. Ajoutons à cela le rôle majeur de la testostérone, l’hormone de la hardiesse et du mouvement, et non de l’agressivité, comme on le croit souvent. À l’école, les garçons ont envie de grimper aux murs, ils bougent, ils souffrent d’être immobilisés. Or notre société ne valorise plus la force et le courage physique, mais l’excellence des résultats scolaires. Elle valorise la docilité des filles.

Pourquoi n’avoir rien dit dans cette querelle autour de la théorie du genre ?

Je pense que le "genre" est une idéologie. Cette haine de la différence est celle des pervers, qui ne la supportent pas. Freud disait que le pervers est celui qu’indisposait l’absence de pénis chez sa mère. On y est.

Pourtant, ces théories font observer que les filles, meilleures à l’école, sont beaucoup moins nombreuses dans les études prestigieuses ?

C’est vrai, mais il n’est pas dit que cela dure. Aux États-Unis et au Canada, les filles ont envahi les grandes écoles. Et on est obligé d’aider les garçons à y parvenir. Notre système scolaire gagnerait à arrêter la culture du sprint. Prenons modèle sur l’Europe du Nord, qui a supprimé les notations jusqu’à l’âge de 12 ans, réduit drastiquement le nombre d’heures de cours, qui caracole en tête des classements, et dont le taux de suicide chez les enfants et les adolescents a diminué de 40 %.

Supprimer les notes ?

Un enfant qui grandit avec papa et maman qui s’aiment, sa petite chambre à lui, des devoirs surveillés, aura forcément de bonnes notes. Les notes ne sont pas un reflet de l’intelligence, mais le miroir de la stabilité affective.

Quand un enfant se donne ‘la mort"‘. Attachement et sociétés, de Boris Cyrulnik (Odile Jacob, 160 p., 21,90 euros).

Voir également:

L’expérience tragique du gourou de "la théorie du genre"

John Money, le père de la "théorie du genre", l’avait testée sur des jumeaux. Récit.

Le Point

31/01/2014

Qu’est-ce que le genre, ce drôle de mot pratiqué des seuls grammairiens ? Il est un complexe outil intellectuel à double face. D’un côté, une grille de lecture pertinente qui questionne les rôles que la société impose à chaque sexe, le plus souvent au détriment des femmes. De l’autre, il abrite une réflexion militante… D’après elle, l’identité sexuelle ne saurait se résumer à notre sexe de naissance ni se restreindre à notre rôle sexuel social. Chacun doit devenir libre de son identité, se choisir, se déterminer, expérimenter… Et basta, l’humanité est arbitrairement divisée en masculin ou féminin.

Les "études de genre", terme traduit de l’anglais gender studies, ne sont pas récentes. Explorées par la fameuse universitaire américaine Judith Butler dans les années 70, elles naissent sous la plume et le bistouri d’un sexologue et psychologue néo-zélandais, John Money. C’est lui qui, en 1955, définit le genre comme la conduite sexuelle qu’on choisira d’habiter, hors de notre réalité corporelle. Or le personnage est controversé. Spécialiste de l’hermaphrodisme à l’université américaine Johns Hopkins, il y étudie les enfants naissant intersexués et s’interroge sur le sexe auquel ils pourraient appartenir. Lequel doit primer ? Celui mal défini que la nature leur a donné ? Celui dans lequel les parents choisiront de les éduquer ? Il est rarement mis en avant par les disciples des études de genre de quel drame humain et de quelle supercherie scientifique le père du genre, John Money, se rendit responsable.

"Lavage de cerveau"

En 1966, le médecin est contacté par un couple effondré, les époux Reimer. Ils sont parents de jumeaux âgés de 8 mois, qu’ils ont voulu faire circoncire. Las, la circoncision de David par cautérisation électrique a échoué, son pénis est brûlé. Brian, son jumeau, n’a, lui, pas été circoncis. Que faire de ce petit David dont la verge est carbonisée ? Money voit dans cette fatale mésaventure l’occasion de démontrer in vivo que le sexe biologique est un leurre, un arbitraire dont l’éducation peut émanciper. Il convainc les parents d’élever David comme une fille, de ne jamais lui dire – ni à son frère – qu’il est né garçon. Le médecin administre à l’enfant, rebaptisé Brenda, un traitement hormonal et, quatorze mois plus tard, lui ôte les testicules. Ses parents la vêtent de robes, lui offrent des poupées, lui parlent au féminin.

A 6 ans, les jumeaux paraissent s’être conformés au rôle sexuel qu’on leur a attribué. Ce serait donc bien l’éducation et la société qui feraient le sexe… Brian est un garçon harmonieux, Brenda une gracieuse fillette. Money les examine une fois par an. Bien qu’ils aient 6 ans, il les interroge sur leurs goûts sexuels, leur demande de se toucher. "C’était comme un lavage de cerveau", confiera Brenda-David plus tard à John Colapinto, qui, en 1998, écrira l’histoire dans Rolling Stones puis dans un livre, "As Nature Made Him : The Boy Who Was Raised As A Girl".

Combat féministe

Money est convaincu d’avoir prouvé que le sexe biologique s’efface pour peu qu’on lui inculque un autre "genre". Il publie de nombreux articles consacrés au cas "John-Joan" (c’est ainsi qu’il nomme David-Brenda), puis, en 1972, un livre, "Man – Woman, Boy – Girl". Il y affirme que seule l’éducation fait des humains des sujets masculins ou féminins. La "théorie du genre" est née.

Seulement, Brenda grandit douloureusement. A l’adolescence, elle sent sa voix devenir grave, confie être attirée par les filles, refuse la vaginoplastie que veut lui imposer Money. Brenda cesse d’avaler son traitement, se fait prescrire de la testostérone, divague, boit trop. Brenda se sent garçon engoncé dans un corps de fille. Effarés, les parents révèlent la vérité aux jumeaux. Brenda redevient David, il se marie à une femme. Mais les divagations identitaires ont ébranlé les garçons. En 2002, Brian se suicide. Le 5 mai 2004, David fait de même. De cette fin tragique Money ne fait point état. En 1997, Milton Diamond, professeur d’anatomie et de biologie reproductive à l’université de Hawaï, dénonce la falsification. Money réplique en évoquant une conspiration fomentée par des personnes "pour qui la masculinité et la féminité seraient d’origine génétique"… Est-ce si faux ?

Ce fait divers est étranger à la délicate, et bien réelle, question des personnes nées avec une identité sexuelle incertaine, dont le ressenti psychique ou physique demeure flou. Et, si cette histoire fut un drame, c’est bien parce qu’un enfant fut forcé à vivre selon une identité qui ne lui convenait pas et qu’à lui comme à son frère fut imposé un mensonge ravageur. Il importe de préciser que cette expérience ne saurait entacher les études de genre, qui d’ailleurs s’éloigneront de ces errements du champ médical pour se nourrir du combat féministe puis des travaux de l’anthropologie, interrogeant l’influence de la culture sur la nature, jusqu’à devenir un sujet transversal mêlant littérature, philosophie, sociologie…

Les doutes de la Norvège, pionnier du " genre "

La question des fondements scientifiques des études de genre se pose. En 2009, un journaliste norvégien, Harald Eia, y consacre un documentaire. Son point de départ : comment est-il possible qu’en Norvège, championne des politiques du " genre ", les infirmières soient des femmes et les ingénieurs des hommes ? Il interroge quatre sommités : le professeur américain Richard Lippa, responsable d’un sondage mondial sur les choix de métiers selon les sexes (réponse : les femmes préfèrent les professions de contacts et de soins), le Norvégien Trond Diseth, qui explore les jouets vers lesquels des nourrissons tendent les mains (réponse : tout ce qui est doux et tactile pour les filles), puis Simon Baron-Cohen, professeur de psychopathologie du développement au Trinity College de Cambridge, et l’Anglaise Anne Campbell, psychologue de l’évolution. Ces spécialistes répondent que naître homme ou femme implique des différences importantes. Et que leur inspirent les " études de genre"? Eclats de rire. L’évolution de l’espèce, le bain d’hormones dans lequel se fabrique notre cerveau font du masculin et du féminin des sexes distincts. Tout aussi intelligents, mais pas identiques. Il présente leurs réactions aux amis du "genre". Qui les accusent d’" être des forcenés du biologisme ". Soit. Eia les prie alors d’exposer leurs preuves que le sexe ne serait qu’une construction culturelle… Silence. Après la diffusion de son film, en 2010, le Nordic Gender Institute fut privé de tout financement public

Voir encore:

Masculin-féminin : cinq idées reçues sur les études de genre

Lucie Soullier et Delphine Roucaute

Le Monde

25.05.2013

En protestant contre la loi autorisant le mariage aux personnes de même sexe, les membres de la "Manif pour tous" ont également ravivé la polémique sur le genre. "Le vrai but du mariage homosexuel est d’imposer la théorie du genre", affirment certains détracteurs du mariage pour tous. Qui affirment, dans la foulée, que la société serait menacée par ce qu’ils assurent être une idéologie niant la réalité biologique.

Ces inquiétudes avaient déjà agité les milieux catholiques en 2011, lorsque le ministère de l’éducation avait annoncé l’introduction du concept de genre dans certains manuels scolaires. A l’époque, la polémique avait mobilisé militants conservateurs et députés. Parmi eux, 80 députés UMP avaient purement et simplement réclamé le retrait, dans les manuels de sciences de la vie et de la terre (SVT) des classes de première, de la référence à une identité sexuelle qui ne serait pas uniquement déterminée par la biologie mais également par des constructions socio-culturelles. De son côté, l’Eglise catholique avait réagi avec le texte Gender, la controverse, publié par le Conseil pontifical pour la famille.

Loin d’être une idéologie unifiée, le genre est avant tout un outil conceptuel utilisé par des chercheurs qui travaillent sur les rapports entre hommes et femmes.

Le genre est-il une théorie ?

Pour parler du genre, ses détracteurs utilisent l’expression "théorie du genre" plutôt qu’"étude", un changement de terme qui a pour objectif de semer le doute sur son aspect scientifique. Mgr Tony Anatrella, dans la préface de Gender, la controverse, explique ainsi que la théorie du genre est un "agencement conceptuel qui n’a rien à voir avec la science".

Les chercheurs refusent donc l’utilisation du terme "théorie du genre", préférant parler d’"études sur le genre", puisqu’il s’agit d’un vaste champ interdisciplinaire regroupant tous les pans des sciences humaines et sociales (histoire, sociologie, géographie, anthropologie, économie, sciences politiques…). Leurs travaux analysent donc des objets de recherche traditionnels tels que le travail ou les migrations, en partant d’un postulat nouveau : le sexe biologique ne suffit pas à faire un homme ou une femme, les normes sociales y participent grandement.

Le genre est-il une idéologie ?

"Le genre est un concept. Ce n’est ni une théorie ni une idéologie, mais un outil qui aide à penser", insiste le sociologue Eric Fassin, spécialiste de ces questions. A l’intérieur même des études de genre, plusieurs écoles existent, comme dans tous les domaines des sciences sociales. Par exemple, les travaux de la sociologue du travail Margaret Maruani analysent l’histoire de l’accès des femmes au travail tandis que le psychiatre Richard Rechtman utilise la notion de genre pour interroger la manière dont un individu construit son d’identité.

Les chercheurs sur le genre sont-ils militants ?

S’il est vrai que le développement des études de genre est lié au mouvement féministe des années 1970, le concept de gender ("genre") n’est pas créé par les féministes. Il apparaît dans les années 1950 aux Etats-Unis dans les milieux psychiatriques et médicaux. Le psychologue médical américain John Money parle ainsi pour la première fois des "gender roles" en 1955 afin d’appréhender le cas des personnes dont le sexe chromosomique ne correspond au sexe anatomique.

En 1968, le psychiatre et psychanalyste Robert Stoller utilise quant à lui la notion de "gender identity" pour étudier les transsexuels, qui ne se reconnaissent pas dans leur identité sexuelle de naissance.

C’est dans les années 1970 que le mouvement féministe se réapproprie les questions de genre pour interroger la domination masculine. Les "gender studies" ("études de genre") se développent alors dans les milieux féministes et universitaires américains, s’inspirant notamment de penseurs français comme Simone de Beauvoir – et son célèbre "On ne naît pas femme, on le devient" –, Michel Foucault ou Pierre Bourdieu.

En France, la sociologue Christine Delphy est l’une des premières introduire le concept en France, sous l’angle d’un "système de genre", où la femme serait la catégorie exploitée et l’homme la catégorie exploitante. Mais la greffe ne s’opère réellement que dans les années 1990, lorsque le débat sur la parité s’installe au niveau européen. La promotion de l’égalité entre les hommes et les femmes devient l’une des tâches essentielles de la Communauté européenne avec l’entrée en vigueur du traité d’Amsterdam en 1999, notamment dans son article 2.

Les études de genre nient-elles la différence entre les sexes ?

Le concept de genre s’est développé comme une réflexion autour de la notion de sexe et du rapport homme/femme. Loin de nier la différence entre le sexe féminin et le sexe masculin, le genre est utilisé par les chercheurs comme un outil permettant de penser le sexe biologique (homme ou femme) indépendamment de l’identité sexuelle (masculin ou féminin). Il ne s’agit donc pas de dire que l’homme et la femme sont identiques, mais d’interroger la manière dont chacun et chacune peut construire son identité sexuelle, aussi bien à travers son éducation que son orientation sexuelle (hétérosexuelle, homosexuelle, etc.).

En dissociant intellectuellement le culturel et le biologique, le concept de genre interroge les clichés liés au sexe. Par exemple, l’idée selon laquelle les femmes sont plus naturellement enclines à s’atteler aux tâches domestiques que les hommes est de l’ordre de la construction sociale et historique, et non pas liée au fait que la femme dispose d’un vagin et d’ovaires.

Pour les détracteurs du genre, la construction d’une personne en tant qu’individu se fait dans l’assujettissement à des normes dites "naturelles" et "immuables" : d’un côté les femmes, de l’autre les hommes. Mais certains travaux de biologiste, tels ceux de l’Américaine Anne Fausto-Sterling, montrent que l’opposition entre nature et culture est vaine, les deux étant inextricables et participant d’un même mouvement. Il ne suffit pas de dire que quelque chose est biologique pour dire que c’est immuable. C’est l’exemple du cerveau humain : il évolue avec le temps, et de génération en génération.

Les études de genre confondent-elles le genre et l’identité sexuelle ?

Quand le ministère de l’éducation a annoncé sa volonté d’introduire le concept de genre dans les manuels scolaires des classes de première, la sphère catholique et conservatrice s’est insurgée contre une "théorie" quelle accusait de nier l’individu au profit de sa sexualité. Dans une lettre envoyée au ministre de l’éducation, Luc Chatel, en août 2011 et signée par 80 députés UMP, on peut lire que, "selon cette théorie [du genre], les personnes ne sont plus définies comme hommes et femmes mais comme pratiquants de certaines formes de sexualité".

Un mot d’ordre relayé par Gérard Leclerc dans un éditorial de France catholique datant de mai 2011, dans lequel il pointe la menace de ce qu’il qualifie d’"arme à déconstruire l’identité sexuelle". C’est d’ailleurs cet argument qui nourrit l’idée – répandue par la plupart des sites régionaux de La Manif pour tous – selon laquelle "le vrai but du mariage homosexuel est d’imposer la théorie du genre".

Mais les études sur le genre, et a fortiori le texte proposé pour les manuels de SVT par le ministère, insistent au contraire sur la différence entre identité sexuelle et orientation sexuelle. Il s’agit d’étudier comment s’articulent ces deux mouvements entre eux, et non de substituer l’un à l’autre. Par exemple, les personnes transsexuelles interrogent leur genre, et non pas leur sexualité. On peut changer de genre sans changer de préférence sexuelle.

Dans une réponse au député UMP Jean-Claude Mignon qui, dans une question à l’Assemblée, demandait que les nouveaux manuels de SVT soient retirés de la vente, le ministre de l’éducation Luc Chatel souligne bien que "la ‘théorie du genre’ n’apparaît pas dans le texte des programmes de SVT". "La thématique ‘féminin/masculin’, en particulier le chapitre ‘devenir homme ou femme’, permet à chaque élève d’aborder la différence entre identité sexuelle et orientation sexuelle, à partir d’études de phénomènes biologiques incontestables, comme les étapes de la différenciation des organes sexuels depuis la conception jusqu’à la puberté", ajoute le ministère.

Voir encore:

"Théorie du genre", "études sur le genre" : quelle différence ?

Propos recueillis par Mattea Battaglia

Le Monde

22.04.2013

Bruno Perreau est professeur au MIT et chercheur associé aux universités de Cambridge et Harvard. Il est l’auteur de Penser l’adoption (PUF, 2012).

La droite catholique dit redouter la propagation de la "théorie du genre" en France. Un groupe de députés UMP réclame d’ailleurs, depuis décembre, la création d’une "commission d’enquête" pour en estimer la diffusion. Mais qu’entendent-ils exactement par "théorie du genre" ?

La "théorie du genre" n’existe que dans la tête des opposants à l’égalité des droits. Cette croyance repose sur le fantasme selon lequel le sexe et la sexualité pourraient être déterminés par un simple discours. Parlez d’homosexualité et vous deviendrez homosexuel. Evoquez les multiples façons dont les rôles masculins et féminins ont été pensés au cours de l’histoire, et vous risquez de susciter toutes sortes de déviance de genre ! Dans la réalité, l’identité est un processus beaucoup plus complexe. Et c’est précisément cette complexité que des chercheuses et des chercheurs interrogent en endocrinologie, en histoire, en droit, en sociologie, etc. Ils nous invitent à réfléchir à la façon dont nous nous pensons, individuellement et collectivement. C’est un travail critique très enrichissant pour une société. Mais, ce travail demande aussi du courage et de la générosité, car il faut admettre de se défaire de ses certitudes et de questionner son propre parcours à la lumière du parcours des autres.

Les adversaires de la "théorie du genre" préfèrent imaginer des ennemis, dont le projet serait d’abolir – mais par quels moyens ? – toutes les distinctions sociales – voire anatomiques – entre hommes et femmes. Ils confondent à dessein égalité et identité, différence et hiérarchie. Et pour mieux convaincre, ils adossent leur raisonnement à un discours nationaliste, la " théorie du genre " venant nécessairement des Etats-Unis.

Ces "études sur le genre", que vous distinguez de la "théorie du genre", se développent-elles en France ?

Il existe effectivement en France un faisceau de chercheuses et de chercheurs qui, dans de nombreuses universités, incorporent le genre dans leurs travaux, voire en font l’objet principal de leurs recherches. Il ne s’agit pas d’un phénomène nouveau : déjà dans les années 1970, même si le terme genre n’était pas lui-même utilisé, des universitaires comme Colette Guillaumin, Nicole-Claude Matthieu, René Schérer ou bien sûr Michel Foucault conduisaient cette réflexion critique au sein du CNRS, à l’EHESS et à l’université Paris-8, pour ne donner que quelques exemples. Parallèlement les mouvements sociaux ont contribué à inscrire à l’agenda politique des questions comme l’égalité hommes-femmes ou la reconnaissance des minorités sexuelles. De nouvelles pratiques sociales, familiales notamment, ont également émergé. Via les nouveaux médias, les jeunes générations sont exposées – mais aussi produisent – un ensemble d’informations et de références culturelles où sexe et sexualité jouent un rôle crucial. Il est donc essentiel de penser ces phénomènes.

Vous dites qu’il y a un réel besoin d’aborder ces questions parmi les plus jeunes…

Ce sont les étudiants eux-mêmes qui souhaitent mieux comprendre ces questions et demandent des cours sur le sujet. Grâce à l’engagement de quelques centaines d’universitaires – qui ont souvent, ce faisant, mis en "danger" leur propre carrière – des programmes sont apparus pour répondre aux besoins des étudiants, parmi lesquels le Master Genre de l’EHESS, le programme PRESAGE à Sciences Po, Paris-7, Paris-8, Toulouse Le Mirail, des formations au sein du nouveau campus Condorcet, etc. Ces programmes questionnent l’"orthodoxie" disciplinaire de l’université française. Mais, beaucoup reste à faire : l "immense majorité des étudiants en France ne seront jamais exposés à ces savoirs critiques, pourtant essentiels pour appréhender la complexité d’un monde qu’ils vont bientôt marquer de leur empreinte.

Voir de même:

Les gender studies pour les nul(-le)s

Sandrine Teixido, Héloïse Lhérété et Martine Fournier

Sciences Humaines

 30/01/2014

Faut-il enseigner les études de genre (rebaptisées "théorie du genre" par leurs adversaires) à l’école ? La polémique suscitée par cette question révèle le rapport ambivalent que la France entretient à l’égard des gender studies, champ d’étude né aux Etats-Unis, toujours soupçonné de s’inscrire dans une démarche militante, féministe, homo et transsexuelle. En réalité, les études de genre constituent un domaine de recherche pluridisciplinaire dont on peut retracer la genèse, les développements, les références et les enjeux. Dont acte.

Le concept de « gender » est né aux Etats-Unis dans les années 1970 d’une réflexion autour du sexe et des rapports hommes / femmes. Le mouvement féministe, qui a pris de l’ampleur après la révolution sexuelle, cherche à faire entendre sa voix au sein des institutions de recherche. Il s’agit de faire reconnaître un engagement qui se veut de plus en plus une réflexion renouvelée sur le monde.

C’est un psychologue, Robert Stoller (1), qui popularise en 1968 une notion déjà utilisée par ses confrères américains depuis le début des années 1950 pour comprendre la séparation chez certains patients entre corps et identité. De là l’idée qu’il n’existe pas une réelle correspondance entre le genre (masculin/féminin) et le sexe (homme/femme). Dès 1972, en s’appuyant sur l’articulation entre la nature et la culture développée par l’anthropologue français Claude Lévi-Strauss, la sociologue britannique Anne Oakley (2) renvoie le sexe au biologique et le genre au culturel.

Les universitaires américaines récusent le rapprochement souvent effectué entre les femmes et la nature (principalement à cause de leurs facultés reproductives) alors que les hommes seraient du côté de la culture. Un retentissant article publié en 1974 par l’anthropologue Sherry Ortner (3) en rend les termes particulièrement explicites : « Femme est-il à homme ce que nature est à culture ? » En anthropologie, c’est à Margaret Mead que revient une première réflexion sur les rôles sexuels dans les années 1930 (4). L’étude des rôles assignés aux individus selon les sexes et des caractères proprement féminins et masculins permet de dégager l’apprentissage de ce qui a été donné par la nature.

Objet et genèse d’un champ de recherche

Une fois le genre distingué du sexe, les chercheurs se concentrent sur les rapports homme/femme. L’historienne américaine Joan W. Scott (5) incite à voir plus loin qu’une simple opposition entre les sexes. Celle-ci doit être considérée comme « problématique » et constituer, en tant que telle, un objet de recherche. Si le masculin et le féminin s’opposent de manière problématique, c’est parce que se jouent entre eux des rapports de pouvoir où l’un domine l’autre.

Mais si le genre est d’emblée pensé comme une construction sociale, il n’en est pas de même du sexe, vu comme une donnée naturelle ou plus probablement « impensée ». C’est l’historien Thomas Laqueur qui démontrera le caractère construit historiquement du sexe et de son articulation avec le genre. Dans La Fabrique du sexe (1992), il met en évidence la coexistence (voire la prédominance du premier sur le second) de deux systèmes biologiques. Ainsi, pendant longtemps, le corps était vu comme unisexe et le sexe féminin était un « moindre mâle » tandis que nous serions passés au XIXe siècle à un système fondé sur la différence biologique des sexes.

Une fois le sexe devenu tout aussi culturel que le genre, la sexualité devient aux yeux des chercheurs l’objet d’une nouvelle réflexion. L’influence du philosophe français Michel Foucault (particulièrement dans la décennie 1980 durant laquelle ses œuvres ont été traduites aux Etats-Unis) est ici primordiale. Le genre est ainsi articulé au pouvoir et à sa « mise en discours » puis relié à l’analyse de la sexualité et de ses normes.

La fin des années 1980 voit un début d’institutionnalisation. Emprunté au vocabulaire psychologique et médical par la sociologie, le terme gagne d’autres disciplines comme l’histoire. Avant que le genre ne devienne un outil d’analyse, l’histoire des femmes s’attachait à faire affleurer des récits jusque-là invisibles, quitte à présenter les femmes de manière essentialiste, c’est-à-dire avec des caractéristiques propres et immuables telles que des qualités émotionnelles par exemple. L’analyse du genre ramène les spécificités prétendument féminines à la lumière d’un moment et d’une société donnés. Ainsi, les études de genre permettront de reconnaître le caractère construit socialement des données historiques sur les femmes ainsi que celles sur les hommes. Si le genre rend visible le sexe féminin, il implique que l’homme ne soit plus neutre et général mais un individu sexué. A partir de ce constat a pu se développer une histoire des hommes et des masculinités, principalement autour de la revue américaine Men and Masculinities dirigée par Michael Kimmel.

Les questions autour du genre, de par leur nette déviation dès le milieu des années 1980 vers la sexualité, ont contribué à diviser les féministes en deux clans. Les plus radicales se sont attachées à montrer le caractère oppressif de la hiérarchie des sexes en termes de sexualité avec un avantage systématique attribué à l’homme, considéré dans sa globalité comme un mâle dominant.

L’élargissement aux minorités sexuelles

D’autres, comme les Américaines Gayle Rubin et Judith Butler, montrent que le rapport entre les sexes n’implique pas seulement une hiérarchie entre les genres mais également une injonction normative. En 1984, G. Rubin (6) élargit la réflexion théorique aux sexualités qui échappent à la norme comme le sadomasochisme ou la pornographie. J. Butler (7), en 1990, tente de poser un regard transversal qui inclut autant les femmes, les gays et les lesbiennes que d’autres minorités qui ne se réduisent à aucune des deux premières catégories. Pour J. Butler, si le sexe est tout autant culturel que le genre, ce dernier s’entend comme un discours performatif sur lequel on pourrait agir et ainsi apporter des modifications aux habitus imposés par la société.

Cette grille d’analyse élargit la recherche aux minorités telles que les homosexuels, les lesbiennes ou les transgenres. Les études de genre peuvent exister à part entière puisque l’oppression ne concerne plus seulement les femmes, la domination n’émanant pas uniquement des hommes mais du système hétérosexuel. Les études gay et lesbiennes, et plus tard la théorie , insisteront sur une analyse de la norme imposée au genre ou non. Ainsi, le cas des lesbiennes peut être analysé sous l’angle du genre, en tant que femmes, comme au regard de la norme, en tant que déviantes. Le mouvement queer se joue de la multiplicité des identités sexuelles établies selon les nécessités et les contingences.

De même, le travail de l’historien américain George Chauncey (8) sur la culture gay new-yorkaise pendant l’entre-deux-guerres croise les paramètres du genre et de la sexualité de manière fructueuse. Il montre comment on est passé d’un système du genre où la relation homosexuelle reposait sur les identités homme/femme (seul celui des deux hommes qui présentait un comportement féminin était stigmatisé) à un système où l’homosexualité est jugée à l’aune de l’hétérosexualité. Dans le second cas (correspondant à la période actuelle), tout homosexuel est stigmatisé en regard de sa sexualité. L’historien a aussi mis au jour une coexistence des deux systèmes dans le New York contemporain où certaines communautés latinos continueraient de fonctionner selon un binarisme de genre.

La greffe française

Le concept de genre a eu des difficultés à s’implanter en France, principalement à cause d’une méfiance envers le féminisme américain jugé par trop communautariste et radical. Durant les années 1980, l’université française cherchait à se prémunir contre le politique. De par leur nécessaire passage par le militantisme, les études féministes s’éloignèrent donc du cadre de la recherche.

Les expressions « rapports de sexe » ou « rapports sociaux de sexe » ont longtemps été préférées à la notion de genre jugée trop floue. Ce vocabulaire est en adéquation avec l’approche féministe matérialiste influencée par l’école marxiste qui caractérise la première génération de chercheuses dans les années 1970, avec les sociologues Christine Delphy, Nicole-Claude Mathieu et Colette Guillaumin.

Elles rejoignent le travail de dénaturalisation initié par les universitaires américaines, principalement à travers la remise en cause du travail domestique comme activité naturelle de la femme.

C. Delphy centre sa réflexion sur l’oppression comme construction sociale. Elle s’oppose à une vision différencialiste et identitaire qui voit les femmes comme un groupe homogène avec des caractéristiques spécifiquement féminines. Elle inverse la problématique initiale : la masculinité et la féminité ne peuvent expliquer la hiérarchie et la domination, non moins que le sexe n’expliquerait le genre.

Les groupes d’hommes et de femmes n’ont été constitués que parce que l’institution sociale de la hiérarchie (et par là s’entend l’organisation sociale) est un principe premier, de même que c’est le genre qui donne sens à la caractéristique physique du sexe (qui ne recélerait en soi aucun sens).

Le concept de genre a réellement commencé à se diffuser en France au milieu des années 1990, lorsque la Communauté européenne s’est penchée sur les questions de genre et de parité dans la recherche d’une égalité effective. A partir de 1993, les débats sur la parité incitent les travaux sur le genre à prendre en compte le champ politique. Dès les années 1970, les travaux de Janine Mossuz-Lavau (9) sur la visibilité des femmes en rapport au vote, aux élections et à l’éligibilité ont permis un premier rapprochement entre les études de genre et le champ politique.

La sociologie du travail achèvera de convaincre de la nécessité de prendre en compte le sexe de manière systématique. Dans ce cadre, on assiste, durant les années 1990, à la création de modules de recherche spécifiques comme le Mage (Marché du travail et genre) autour de la sociologue Margaret Maruani qui, après s’être intéressée à la division sexuelle du travail, analyse aujourd’hui la division sexuelle du marché du travail.

Que ce soit en histoire, en anthropologie ou aujourd’hui dans la plupart des sciences sociales, en France, le genre est l’objet d’un intérêt grandissant au sein de l’université alors qu’aux Etats-Unis, le concept utilisé à outrance semble avoir perdu sa force de provocation et sa valeur heuristique, c’est-à-dire qu’il ne permet plus de découvrir de nouvelles pistes de recherche ou de poser un regard neuf sur des thèmes classiques. Les jeunes chercheurs français qui s’intéressent à cette thématique sont d’autant plus enthousiastes qu’ils se trouvent dégagés du militantisme qui entravait la reconnaissance de leurs prédécesseurs. En ce sens, leur principal enjeu revient à donner au genre un statut théorique dénué d’idéologie au sein des sciences humaines.

REFERENCES

Ce texte est une version actualisée de l’article « Les gender studies » publié dans Sciences Humaines, n° 157, février 2005.

Qu’est-ce que la "théorie du genre" ?

29 Janvier 2014

 Grégoire Lecalot, Alice Serrano

DECRYTAGE | Le ministre de l’Education nationale est monté au créneau mardi pour rassurer des parents au sujet d’une rumeur insinuant que la "théorie du genre" est enseignée à l’école. Pour ceux qui l’ont lancée, on cherche à gommer les différences sexuelles entre hommes et femmes. Depuis quelques années, cette idée se répand en France, et le mariage homosexuel, adopté l’an dernier, lui a donné un coup d’accélérateur. Elle relève pourtant du fantasme. Mais un fantasme bien utile, politiquement, pour certains.

La "théorie du genre" n’existe pas. En elle-même, l’idée tient déjà d’une rumeur, d’une mauvaise compréhension. Elle puise ses racines dans un domaine d’études universitaires qui est né aux Etats-Unis et y a connu un certain succès jusqu’aux années 70 : les "gender studies", littéralement, études sur le genre.

Les chercheurs ont voulu comprendre pourquoi et comment naissent les inégalités sociales entre hommes et femmes. Ils en ont décortiqué les mécanismes dans les champs politiques, sociaux, artistiques, historiques, philosophiques etc. Ces études ont donné lieu à des controverses passionnées entre chercheurs, mais elles n’ont jamais débouché sur aucune théorie politique. Il s’agit d’un domaine d’études universitaires.

Des féministes au Vatican

Toutefois, le féminisme des années 60-70 a commencé à utiliser ces recherches pour contester la domination sociale masculine. Le schéma femmes à la maison-hommes au travail ne reposait sur rien d’autre que des constructions sociales.

Avec les mutations dans la structure de la vie familiale, comme la hausse continue du nombre de familles recomposées ou la progression du travail féminin, la crainte d’une disparition du schéma familial traditionnel a commencé à se diffuser sourdement. Des réformes comme le mariage homosexuel l’ont accéléré. Et la prétendue "théorie du genre", qui viserait à gommer les différences entre hommes et femmes, a donné un visage à ces craintes. C’est sur elle, mais sans la nommer, que le pape Benoît XVI fait tomber les foudres vaticanes.

Epouvantail politique

Dès lors, la "théorie du genre" devient un épouvantail politique pour lutter contre des réformes sociales. Dernier exemple en date, l’appel au boycott des classes un jour par mois, lancé par une ancienne militante de la cause "beur" des les années 80, aujourd’hui proche de l’extrême droite. Elle utilise la "théorie du genre" contre un programme scolaire visant à lutter dès le plus jeune âge contre les clichés garçons-filles, qui servent de fondations, à l’âge adulte, aux inégalités sociales hommes-femmes.

Voir également:

Papa bleu, maman rose

Le Monde

13.04.2013

Florence Dupont (Ancienne élève de l’Ecole normale supérieure, agrégée de lettres classiques, elle est professeur de latin à Paris-Diderot.)

Du bleu et du rose partout dans le ciel de Paris : les manifestants contre le projet de loi sur le mariage pour tous ont déferlé dans les rues de la capitale en agitant des milliers de fanions, de drapeaux et de banderoles à ces deux couleurs. Ils en ont saturé les écrans télé. Rose et bleu, la "manif" est la croisade des enfants.

Bleu ou rose : les deux couleurs qui marquent les bébés à l’instant de leur naissance assignent à chacun, définitivement, sa résidence sexuelle. La médecine, l’état civil et ses premiers vêtements enferment l’enfant à peine né dans l’alternative du genre. "Tu seras un papa bleu, mon fils." "Tu seras une maman rose, ma fille."

D’un coup d’oeil, le médecin ou la sage-femme a repéré les organes génitaux qui vont officiellement déterminer l’un ou l’autre sexe du bébé – tant pis s’il y a un doute… Il faut choisir tout de suite. L’acte de naissance devra dans les trois jours dire si c’est une fille ou garçon.

L’éducation commence immédiatement, pas de pipi-caca incontrôlé. Le bébé bien propre dans sa couche est asexué. La puéricultrice lui met un ruban rose ou bleu au poignet. Chacun va s’évertuer à lui inculquer son genre. Caroline doit savoir tout de suite qu’elle est une adorable petite créature dans sa layette rose, et Thibaut en bleu ciel entendre qu’il est un petit mec "qui sait déjà ce qu’il veut". Chacun doit s’extasier, à un premier sourire séducteur, "c’est bien une fille", à la première colère, "c’est bien un garçon".

Quelques parents rebelles habillent de jaune ou de vert pomme leur nouveau-né sous l’oeil courroucé du personnel des maternités. Si en plus l’enfant s’appelle Claude ou Dominique, ces parents-là ne leur facilitent pas le travail. Comment s’y retrouver ? Car il faut s’y retrouver ! Bleu et rose sont les couleurs d’un marquage permettant de commencer dès la naissance la reproduction sociale du genre.

Cette stratégie de communication, qui emprunte sa symbolique aux couleurs des layettes, a été évidemment voulue par les adversaires de la loi Taubira. Ils ont fait de leur mieux pour brouiller leur image de droite. Sur le modèle du "mariage pour tous", ils ont inventé la "manif pour tous", pour faire oublier qu’ils manifestent contre l’égalité. En parlant de "manif", ils empruntent au peuple de gauche son vocabulaire. La manif ! On s’encanaille pour la bonne cause. Mais ont-ils assez réfléchi à la mythologie des couleurs choisies pour leur campagne ?

Le "bleu et rose" est une innovation dans les couleurs de la rhétorique militante. On connaissait le bleu "Marine", le vert des écolos, le rouge de la gauche… Le bleu et rose est plus qu’un signe de ralliement original. C’est un slogan. Le drapeau français brandi dans la manif n’est plus bleu, blanc, rouge, mais bleu ciel, blanc et rose.

En 1998, les Français avaient célébré la victoire d’une équipe "black, blanc, beur" lors de la Coupe du monde de football. Le peuple de la diversité renommait ainsi les trois couleurs du drapeau français. Le jeu verbal sur les trois "b" réunissait trois langages, le "black" américain faisait écho aux mouvements noirs pour les droits civiques, le "beur" repris au verlan des quartiers avait la même sonorité émancipatrice, le "blanc" était l’élément neutre de cette série, désignant avec humour les autres. Ce n’étaient pas trois communautés, mais trois façons d’être français qui avaient gagné ensemble.

De la même façon, la victoire de l’Afrique du Sud dans la Coupe du monde de rugby 1995 avait marqué la naissance de la "nation arc-en-ciel". L’arc-en-ciel est plus que la réunion de toutes les couleurs, il symbolise un continuum, le spectre de la lumière blanche décomposée, il offre une diversité potentiellement infinie de nuances. C’est pourquoi le drapeau arc-en-ciel est aussi celui de l’association Lesbiennes, gays, bi et trans (LGBT). Chacun est différent et l’union des différences fait une société apaisée et fusionnelle.

Bleu, blanc, rose, le drapeau national, infantilisé, est au contraire l’emblème d’un peuple de "Blancs" que ne distingue entre eux que le genre attribué à la naissance. Un genre qui garde l’innocence de l’enfance – Freud ? connais pas – et sa pureté sexuelle.

Le logo dessiné sur ces fanions rose et bleu répète à l’infini l’image de la famille "naturelle". Quatre silhouettes blanches – un père, une mère et un fils, une fille – sont accrochées l’une à l’autre comme dans les guirlandes de papier découpé que les enfants font à la petite école. Le papier est plié en accordéon ; le modèle est dessiné sur le premier pli, on découpe, et en dépliant, on obtient une ribambelle de figures toutes semblables qui se tiennent par la main et forment une farandole. Chaque logo est ainsi un morceau de la guirlande. Toutes les familles sont identiques. Ce sont des clones.

Que nous dit cette famille exemplaire ? Au centre, un homme et une femme se donnent la main, chacun d’eux tenant de l’autre main un enfant du même sexe qu’eux, un garçon ou une fille. Les adultes sont grands, les enfants sont leurs doubles en petit. Ils sont identifiables par les signes extérieurs de leur genre, distribués en marqueurs binaires. L’homme a, comme le jeune garçon, les cheveux courts et des pantalons. La femme a les cheveux mi-longs, la petite fille a des couettes ; toutes les deux ont une jupe qui entrave leur marche, au point que la fillette a les deux jambes soudées.

Les deux enfants tendent leur bras libre pour entraîner leurs parents "à la manif". Le petit garçon tire son père avec force. La petite fille ne fait qu’esquisser le geste de son frère. L’homme est légèrement plus grand que la femme, il se tient fermement sur ses deux pieds, c’est lui qui conduit sa femme qu’il tient de sa main droite. Elle est légèrement en arrière.

Ce logo, qui mime la naïveté d’un dessin d’enfant, est clairement sexiste : le père protecteur et fort, le fils volontaire et décidé, la mère qui suit, et la petite fille timide. Le dispositif proclame l’homosocialité de la reproduction. La petite fille a sa mère pour modèle, le petit garçon, son père.

Les organisateurs ont enjoint à leurs troupes de n’utiliser que le matériel de campagne, créé et fourni par eux. Ils veulent garder la maîtrise de la communication. On comprend pourquoi en voyant quelques initiatives locales qui ont échappé à leur contrôle politique et révèlent les non-dits du logo.

L’affiche d’un collectif de Bordeaux, publié sur Internet, reprend les quatre figures, mais sans la fiction puérile du papier découpé. Le cadre énonciatif a changé, ce sont les adultes qui s’expriment dans l’image. L’homme, beaucoup plus grand que sa femme, se tourne vers elle pour l’entourer d’un bras protecteur. Celle-ci a les cheveux très longs et une minijupe. Maman est sexy. La fillette, carrément derrière, a au contraire une longue robe. Les enfants n’entraînent plus les parents à la manif, ce sont eux qui les y mènent. Garçon et fille se tournent vers eux apeurés. Et le père est si grand qu’il arrache presque le bras de son fils.

A part ces quelques dérapages, blanches sur fond bleu ou rose, roses sur fond blanc, les mêmes quatre silhouettes soudées de la famille exemplaire sont reproduites par milliers, exactement semblables : un cauchemar identitaire.

Hommes, femmes : le principe d’identification du genre est emprunté aux pictogrammes des toilettes publiques. Chacun derrière sa porte. Chacun son destin. Chacun sa façon de faire pipi, debout ou assis. Ces manifestants, qui revendiquent "du sexe, pas du genre !", utilisent des symboles et des logos qui disent au contraire : "Ne troublez pas le genre", "Rallions-nous aux pictogrammes des toilettes, ils sont naturels". Pour ces prisonniers de leur anatomie puérile, traduite en contraintes sociales du genre, quelle sexualité "naturelle" ? Leur innocence bleu et rose n’autorise que le coït matrimonial pour faire des filles et des fils qui seront les clones de leurs parents et ajouteront un module à la farandole.

Aucune place n’est faite aux enfants différents ! Aucune place pour les pères à cheveux longs, les femmes et les filles en pantalon, les mères voilées, les pères en boubou ! Aucune place pour les familles différentes aux parentés multiples – monoparentales, recomposées, adoptives – ! Aucune place pour les familles arc-en-ciel.

La famille nucléaire dessinée sur le logo et présentée comme naturelle n’est que le mariage catholique bourgeois du XIXe, adopté au XXe siècle par les classes moyennes et désormais obsolète. C’est une famille étouffante et répressive, la famille où ont souffert Brasse-Bouillon et Poil de carotte, famille haïssable de Gide, noeud de vipères de Mauriac.

Sur les logos bleu et rose des adversaires du mariage pour tous, la famille est filtrée par le regard des enfants, les adultes n’existent que pour être leur papa et leur maman naturels. Papa bleu et maman rose ne sont pas un couple hétérosexuel, mais une paire de reproducteurs "blancs".

Florence Dupont (Ancienne élève de l’Ecole normale supérieure, agrégée de lettres classiques, elle est professeur de latin à Paris-Diderot.)

Voir enfin:

Les Lobbies en action

Vigie des familles
25 novembre 2013

Le concept de genre se diffuse à partir de trois leviers : égalité, stéréotype, homophobie.
En changeant le sens des mots, les programmes d’action du gouvernement, qui entendent lutter pour l’égalité, contre les stéréotypes et contre l’homophobie, mettent en place une nouvelle vision de la société pour « réformer notre civilisation ». Ce phénomène n’est pas réservé à la France. Il est mondial et sa promotion se fait aussi par les instances internationales (ONU, Conseil de L’Europe, Parlement européen…).
Le but poursuivi est de détruire, sous les oripeaux d’une notion d’égalité dévoyée, le modèle de référence basé sur l’altérité homme-femme et sur la différenciation sexuelle. Corps et culture sont découplés, dissociés dans une schizophrénie intellectuelle : toute différence est niée, le corps refusé. Dérive marxiste dont le but est de faire voler en éclat la famille, taxée de « traditionnelle », et de la remplacer par l’Etat-Mère égalitariste qui s’occupe de tout, nivelle tout…
Qui promeut cette idéologie ?

A l’ONU

Sommet mondial de Pékin sur la femme (1995)

C’est l’ONU qui a utilisé le concept de genre pour la première fois dans des textes officiels lors du Sommet mondial sur la Femme à Pékin en 1995. Depuis, le Conseil de l’Europe, le Parlement européen, l’UNESCO… ont suivi. Ainsi le mot genre a remplacé progressivement le mot sexe dans les textes officiels, les conventions, les résolutions et les directives européennes.

Au cœur de cette évolution, le Sommet Mondial de la Femme de 1995 avait suscité une espérance sans précédent sur l’engagement des femmes dans la société. On sait qu’elle a été aussi le lieu d’affrontements idéologiques et de diffusion d’un nouveau vocabulaire, signe d’une remise en cause de l’anthropologie humaine, par exemple les droits sexuels et génésiques.

A Pékin, le comité directeur de la conférence a proposé la définition suivante : « Le genre se réfère aux relations entre hommes et femmes basées sur des rôles socialement définis que l’on assigne à l’un ou l’autre sexe ».

CONSEIL DE L’EUROPE

 Résolution 1728 sur la discrimination sur la base de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre. Avril 2010.

En 2010, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe précisait que « l’identité de genre désigne l’expérience intime et personnelle de son genre telle que vécue par chacun. »

CNCDH (COMMISSION NATIONALE CONSULTATIVE DES DROITS DE L’HOMME)

la CNCDH estime nécessaire une refonte de la législation française concernant l’identité de genre, comme le préconisent les institutions internationales européennes. La CNCDH, qui ne se prononce pas ici sur le plan anthropologique mais au nom de la lutte contre toutes les formes de discrimination, demande la rectification des termes « identité sexuelle » présents dans la loi, jugeant qu’ils entraînent une confusion entre genre et détermination sexuelle et biologique. Elle propose de les remplacer par les termes d’ »identité de genre ».

 

EN FRANCE

  • Projet de loi pour l’égalité  entre les hommes et les femmes :

Réforme du congé parental

Le projet de loi engage la réforme du complément de libre choix d’activité (CLCA) pour favoriser le retour des femmes vers l’emploi et rééquilibrer la répartition des responsabilités parentales au sein du couple. Aujourd’hui, 96% des bénéficiaires du CLCA sont des femmes.

Seuls 18 000 pères y ont recours.

Objectif : 100 000 hommes en congé parental d’ici 2017. Comment ? Une période de six mois du complément de libre choix d’activité sera réservée au second parent, s’ajoutant aux droits existants pour les familles ayant un enfant. Les parents de 2 enfants continueront à bénéficier de 3 ans de congé à condition que le deuxième parent en utilise au moins 6 mois.

Cette réforme est indissociable de l’effort très important pour renforcer l’offre d’accueil de la petite enfance. Elle sera applicable pour les enfants nés ou adoptés à partir du 1er juillet 2014.

• Programme d’actions gouvernemental contre les violences et les discriminations commises à raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre. 31 octobre 2012.
• Etudes de genre

Site l’université Paris 8  ICI

Objectif : Le Master « Genre(s), pensées des différences, rapports de sexe » de Paris 8 est une formation pluridisciplinaire. Il vise à interroger la construction, la représentation et l’inscription des identités et des différences de sexe dans les sociétés, les cultures, les institutions, les discours et les textes. La question des rapports « de sexe » affecte toutes les pratiques sociales et traverse tous les champs de pensée. Le Master « Genre(s), pensées des différences, rapports de sexe » cherche donc à favoriser les démarches transversales et transdisciplinaires, à la mesure de son objet.

• Sciences-Po – Paris

Depuis septembre 2011 des cours obligatoires sont consacrés à l’enseignement du Gender, intitulé : Programme Présage.

À l’origine du projet, deux femmes économistes de l’OFCE, soutenues par Jean‐Paul Fitoussi, président de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) et par

Emmanuelle Latour de l’Observatoire de la parité créé en 1995. Celles‐ci déclarent qu’il faut en finir avec l’inégalité entre les hommes et les femmes dans l’entreprise. Pour les promoteurs de l’opération, le but est éminemment politique : « On veut faire progresser le combat contre les inégalités entre homme et femmes. »

En regardant d’un peu plus près, on comprend mieux l’intention. En particulier, grâce à l’évènement initiatique baptisée Queerqueek(La semaine queer) de Sciences Po, lancée du 3 au 6 mai 2010, comme une avant‐première des Gender studies. Car bien que les créatrices s’en défendent, il s’agit bien d’une étude centrée sur une réflexion identitaire.

Le programme de cette Semaine queer — « semaine du genre et des sexualités » — est explicite. L’individu postmoderne ne se reconnaît plus dans la société « hétérosexiste » : la différence des sexes est une dictature puisqu’elle est imposée par la nature. Pour être libre, l’individu doit pouvoir se choisir. Son droit le plus fondamental est « le droit d’être moi », de se choisir en permanence alors que la nature impose d’être un homme ou une femme.

• Queer week 2012
ICI

http://queerweek.com

  • • Prix de la Ville de Paris pour les Etudes de Genre

4 juillet 2012 ICI

  • • Congrès Institut du genre 3-5 septembre 2014

Les études de genre sont depuis plusieurs décennies en plein développement à l’échelle internationale. Créé en janvier 2012 à l’initiative de l’InSHS‐CNRS, l’Institut du Genreorganise son premier congrès international des « Études de genre en France » les 3, 4 et 5septembre 2014 à l’Ecole normale supérieure de Lyon.

  • • Petite enfance

 Rapport sur l’égalité entre les filles et des garçons dans les modes d’accueil de la petite enfance

Rapport de l’IGAS : ICI (Décembre 2012)

Le rapport souligne la nécessité de s’engager dans une éducation à l’égalité entre filles et garçons dès le plus jeune âge (0‐3 ans) par le biais d’une démarche partenariale nommée « PASS‐ÂGE ». Cette démarche repose sur cinq axes et quinze mesures parmi lesquelles la sensibilisation et la formation des personnels de crèches, la construction d’un pacte éducatif pour l’enfance, ou encore le développement de la mixité des professionnel‐les de la petite enfance. Le rapport propose également de mener une vaste politique de sensibilisation de la société et de responsabilisation des acteurs, notamment avec le monde du jouet, des vêtements, des livres et des médias. Comme le rappelle la ministre, nous avons besoin d’« un changement des mentalités, pour un changement de réalité. »

 • Une crèche gender en France

La crèche Bourdarias, visitée en septembre par Najat Vallaud-Belkacem et Dominique

Bertinotti, applique la méthode suédoise de non-différenciation des sexes. Le personnel encadrant de cette crèche veille spécifiquement à prodiguer une éducation neutre. Un mode de fonctionnement inspiré de la Suède. Plus de petits garçons ou de petites filles, mais rien que des «amis».

  • • Education Nationale

Lettre du ministre aux Recteurs d’Académies

Madame la Rectrice, Monsieur le Recteur,

Le gouvernement s’est engagé à « s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités », notamment par le biais d’une éducation au respect de la diversité des orientations sexuelles. L’engagement de notre ministère dans l’éducation à l’égalité et au respect de la personne est essentiel et prend aujourd’hui un relief particulier. Il vous appartient en effet de veiller à ce que les débats qui traversent la société française ne se traduisent pas, dans les écoles et les établissements, par des phénomènes de rejet et de stigmatisation homophobes.

….

La lutte contre l’homophobie en milieu scolaire, public comme privé, doit compter au rang de vos priorités. J’attire à ce titre votre attention sur la mise en œuvre du programme d’actions gouvernemental contre les violences et les discriminations commises à raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre. Je souhaite ainsi que vous accompagniez et favorisiez les interventions en milieu scolaire des associations qui luttent contre les préjugés homophobes, dès lors que la qualité et la valeur ajoutée pédagogique de leur action peuvent être établies. Je vous invite également à relayer avec la plus grande énergie, au début de l’année, la campagne de communication relative à la « ligne azur », ligne d’écoute pour les jeunes en questionnement à l’égard de leur orientation ou leur identité sexuelles.

Dans l’attente des conclusions du groupe de travail sur l’éducation à la sexualité, vous serez attentif à la mise en œuvre de la circulaire du 17 février 2003 qui prévoit cette éducation dans tous les milieux scolaires et ce, dès le plus jeune âge.

La délégation ministérielle de prévention et de lutte contre la violence dirigée par Eric Debarbieux, permettra de mieux connaître la violence spécifique que constitue l’homophobie. Enfin, vous le savez, j’ai confié à Michel Teychenné une mission relative à la lutte contre l’homophobie, qui porte notamment sur la prévention du suicide des jeunes concernés. Je vous remercie de leur apporter tout le concours nécessaire à la réussite de leurs missions.

Je souhaite que 2013 soit une année de mobilisation pour l’égalité à l’école.

Je vous prie de croire, Madame la Rectrice, Monsieur le Recteur, en l’assurance de ma considération distinguée.

Vincent PEILLON

(Extraits de la lettre du ministre)

• Ligne Azur  ICI

Ligne Azur est un service anonyme et confidentiel d’aide à distance pour toute personne s’interrogeant sur sa santé sexuelle (orientation / attirance, identité et pratiques …). Ce dispositif s’adresse également à leurs proches. La brochure « tombe la culotte » a été retirée suite aux protestations d’associations de parents.

  • • SOS homophobie retrouve son agrément national auprès des collèges et lycées.

Petite victoire pour l’association SOS homophobie: elle bénéficie de nouveau de l’agrément du ministère de l’Éducation nationale pour intervenir en milieu scolaire le tribunal administratif de Paris le lui avait retiré après une plainte de laConfédération nationale des associations familiales catholiques. Même privée d’agrément, SOS homophobie avait été félicitée pourson travail par le ministère de l’Éducation nationale qui n’a pas hésité à braver une décision judiciaire.

• Colloque « Eduquer contre l’homophobie dès l’école primaire », par le SNUipp-FSU

À l’occasion de cet événement organisé le 16 mai, jour de lutte contre l’homophobie, le syndicat a «mis à disposition» des professeurs des «outils théoriques et pratiques pour avancer» ICI

Le rapport de 192 pages déroule de nombreux chapitres, comme «Le genre, ennemi principal de l’égalité» ou «Déconstruire la complémentarité des sexes», et propose une vingtaine de «préparations pédagogiques» et ouvrages «de référence».

  • • Homophobie et harcèlement à l’école: rapport de Michel Teychenné

Discriminations lgbt – phobes à l’école état des lieux et recommandations ICI

Rapport de Michel Teychenné à Monsieur le Ministre de l’éducation nationale (Juin 2013)

  • • Programmes du Ministère de l’Education nationale pour l’égalité

 2013, l’année de mobilisation pour « l’égalité entre les filles et les garçons à l’école »  ICI

2013 constituera une année de mobilisation pour « l’égalité à l’école » associant l’ensemble des acteurs éducatifs et associatifs.

  • • L’apprentissage de l’égalité de la maternelle au lycée
  • • Une culture de l’égalité : la lutte contre les stéréotypes de l’école maternelle au lycée
  • • Le service public de l’orientation au service de la mixité
  • • Pour un respect mutuel : mieux éduquer à la sexualité
  • • Projet de loi sur la refondation de l’école

Il s’agit : « de substituer à des catégories comme le sexe ou les différences sexuelles, quirenvoient à la biologie, le concept de genre qui lui, au contraire, montre que lesdifférences entre les hommes et les femmes ne sont pas fondées sur la nature, maissont historiquement construites et socialement reproduites. »

  • • ABCD de l’Egalité

Décryptage XX-XY. Pour en finir avec les stéréotypes, l’Education nationale lance un dispositif expérimental. ICI

Dès cette rentrée, le ministère de Vincent Peillon, en collaboration avec celui de sa collègue aux Droits des femmes, Najat VallaudBelkacem, lance un dispositif baptisé «les ABCD de l’égalité» dans dix académies

«La formation des enseignants est au centre du dispositif, souligne Patrick Bacry, de la Mission égalité filles‐garçons de l’académie de Créteil, l’une des dix pionnières qui vont expérimenter les ABCD de l’égalité. « Il ne s’agit surtout pas d’en faire des boucs émissaires. Mais c’est un problème sociétal qui les touche aussi. Même s’ils font de leur mieux, de façon tout à fait inconsciente, ils peuvent avoir des comportements nourrissant des stéréotypes ou les laissant s’exprimer. A tous les niveaux, des inspecteurs jusqu’aux élèves euxmêmes, il faut encourager une prise de conscience.»

L’expérience va être évaluée au printemps 2014. Si elle se révèle concluante, elle sera étendue à la rentrée suivante à d’autres académies et progressivement généralisée.

Ce panorama n’est pas exhaustif, mais nous donne une idée de la technique tentaculaire (gender meanstreaming) des tenants de l’idéologie.

Quelques figures militantes et systématiquement présentes sur le terrain :

Didier Eribon (1953) est « un intellectuel, sociologue et philosophe français. ». Il est professeur à la Faculté de philosophie, sciences humaines et sociales de l’université d’Amiens et chercheur au CURAPP‐ESS (Centre de recherches sur l’action publique et le politique ‐ Épistémologie et sciences sociales). Biographe et ami du philosophe contemporain Michel Foucault (1926‐1984), l’un des penseurs de la « French theory » et source principale d’inspiration de Judith Butler, Eribon contribue à différents contenus de Ligne Azur, et a dirigé pour Larousse la rédaction du « dictionnaire des cultures gay et lesbienne ». Ce philosophe qui prétend repenser la famille révèle dans son livre autobiographique « Retour à Reims » la haine immense vouée à son père, qu’il refuse de revoir jusqu’à son décès, le mépris que lui vouent toujours ses frères et sœurs et son grand‐père dont il a ouvertement honte…« Nous devons travailler (…) à l’élargissement jamais terminé des possibilités des droits auxquels peuvent aspirer les individus et les modes de vie qui sont les leurs. Ce qui implique de continuer à défaire la norme hétérosexuelle partout où elle était, partout où elle revient, et à combattre la brutalité des discours qui à nouveau, encore et encore, ont essayé de l’imposer et de la ré‐imposer ! »

Daniel Borillo (1961) anime deux séminaires de recherche, l’un sur le droit de la sexualité dans le cadre de Paris X ‐Nanterre1 et l’autre sur les politiques publiques de l’égalité des chances et la lutte contre les discriminations dans un laboratoire du CNRS à Paris2. Il enseigne également le droit privé, le droit pénal et le droit civil espagnol.Il a été à l’origine en 2004, avec Didier Eribon, du «Manifeste pour l’égalité des droits» qui a conduit au premier mariage entre personnes du même sexe en France, célébré illégalement à Bègles par le député‐maire Noël Mamère. Le 5 décembre 2012, Daniel Borillo participe à une conférence à Sciences Po Paris organisée par le MJS, Amnesty International, le Front de Gauche et des associations de gauche et d’extrêmegauche. Au cours de la conférence, ses propos comparant les opposants au mariage homosexuel à des Nazis font polémique. Il fait partie de ces « juristes de référence » que le Comité National Consultatif d’Ethique a audités pour élaborer le projet de loi du « mariage pour tous. « La loi n’a pas pour mission de signifier la nature sexuée du parent, mais simplement sa fonction parentale. (…) Si les hommes et les femmes ont les mêmes droits et les mêmes obligations, et si ces fonctions sont interchangeables, pourquoi donc maintenir la distinction terminologique [père/mère] dans la loi ? Comment estil réactualisé, ce discours d’évidence, qui fonde l’imaginaire de la filiation sur la biologie ? (…) »

Eric Fassin (1959) : Ancien élève de l’École normale supérieure et agrégé d’anglais, il est chercheur à l’Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux (sciences sociales, politique, santé), unité mixte de recherche associant le CNRS, l’Inserm, l’EHESS et l’université de Paris XIII2. Sociologue engagé dans le débat public, il travaille sur la politisation des questions sexuelles et raciales, en France et aux États‐Unis.

Irène Théry (1952) : (sociologue, directrice d’étude à l’EHESS, nommée présidente d’un groupe de travail par Dominique Bertinotti dans le cadre de la Loi Famille) «Dans la culture occidentale moderne, il y a une certaine mythologie de la famille conjugale » et les manifestations contre la Loi Taubira auraient révélé « un attachement absolument i-maitrisé, incontrôlé, à cette mythologie » de la famille père-mère-enfant. « Pour moi c’est clair, le grand moteur du changement, c’est l’égalité des sexes ». Elle dit aussi que «[…] la grande révolution qu’on vit aujourd’hui, c’est essayer de vivre dans une société fondée sur la valeur cardinale de l’égalité de sexe, et ça bouleverse la famille, le couple, la filiation […] ça bouleverse aussi l’idée que seule la relation de sexes opposés serait fondée dans la nature des choses et donc ça introduit des relations de mêmes sexes […] »

Anne Verjus (docteur en études politiques, membre du laboratoire Triangle CNRS-ENS Lyon).  Elle affirme nécessaire de «Disjoindre la parentalité et la conjugalité». Elle propose «dès la naissance des enfants juste après le sevrage une (…) résidence alternée». Elle propose également de penser «à faire des enfants avec son meilleur ami plutôt qu’avec son amant». « Aujourd’hui, je pense qu’on est dans un troisième changement qui est la remise en cause du sexualisme et de la bi-catégorisation […] On était dans le conjugalisme, après on était dans le sexualisme, et là, on serait dans quelque chose qui pourrait être de l’ordre de l’inter-sexualisme »

Caroline Mecary (1963)(Avocate au barreau de Paris, membre de Europe Ecologie les Verts, conseillère régionale en Île-de-France, militante en faveur du mariage de personnes de même sexe et des personnes LGBT, notamment dans le cadre de son activité professionnelle).  « Pour pouvoir abolir le mariage, il faut d’abord que tout le monde puisse en bénéficier. […] [l’abolition] est l’étape suivante ».


Théorie du genre: Cherchez l’homme (Back when little boys wore dresses – one is not born, but rather becomes, a man)

21 novembre, 2013
Photo : CHERCHEZ L'HOMME (Back when little boys wore dresses - one is not born, but rather becomes, a man)Marguerite Charpentier sits beside her three-year-old son Paul. Following the fashion of the time, his hair has not yet been cut and his clothes match those of his sister Georgette, who perches on the family dog ...Thousands of photographs from the mid- and late-19th century show boys wearing dresses and this does not even count the images of boys with long hair who are commonly seen as girls in these old images. This of course was done by doting mothers as they were the ones caring for small children. It was done across class barriers for centuries. This was not an exclusively Victorian custom, rather, it was the norm in European cultures for centuries and it continued to the turn-of-the 20th century. We think that the development is associated with the development of pants/trousers. Throughout the medieval period men and women dressed similarly in long skirted garments, often referred to as gowns. This can be seen clearly in period paintings. Women's dresses were somewhat different, but the basic garments were quite similar. Younger boys simply continued the long established practice of wearing skirted garments. So actually the question should be, why did men stop wearing skirted garments or gowns. Male fashion began to change in the Renaissance when younger men began wearing tunics with long hose rather like tights. These long hose gradually evolved into pantaloons or modern trousers. It is at this point that boys and men's clothing diverged. Young children in the care of women continued to be dressed alike. It is not clear why young boys continued to be dressed like girls. It may be that mothers who were the parent caring for younger children saw no need to make this change. Here they may have been sociological factors. Women may not have seen the need for dressing boys as men or thought it very important. There may have been practical reasons such as toilet training which would have been more difficult for little boys wearing hose/tights and pantaloons/trousers. We have not yet found any written work addressing this question. Boys continued to wear dresses through most of the 19th century. We only see the popularity of this fashion waning after about 1895 and by about 1905 it was no longer a major fashion convention. It did not entirely disappear and we continue to see a few boys in dresses until after World War I. After the War, however, it became the exception rather than the rule. Only infants wore dresses. The Sears Catalog used to sell complete baby layettes suitable for either sex, complete with frilly dresses, into the 1940s.Why did the centuries-long convention largely disappear within the space of only about a decade? This is another issue that we have not see addressed in other sources. Here we can only speculate at this time. It may relate to changing attitudes toward childhood. Children were regarded as asexual beings until Freud's work in the late-19th century. We are not sure, however, to what degree this had penetrated the popular mind. Freud's work, however, was affecting professional thought. Another factor is public education. Younger children were no longer closeted within the family, most boys began school at age 6 years. They could not wear dresses to school. And their little brothers would not be happy wearing dresses. Modern media exploded at the turn-of-the century. Newspapers and magazines could print photographs for the first time. Movies began to become popular. This meant that popular fashion became increasingly pronounced, leaving less latitude to the doting mother. The development of rubber training pants may have been an important factor. One researcher suggests that the earlier Little Lord Fauntleroy craze was a factor. Mothers rushed to breech their boys so they could wear Fauntleroy suits. And perhaps those grown up boys remembering the indignities of the Fauntleroy suit, involved themselves in how their younger sons were dressed to a greater degree than their fathers. A reader writes, "Some people at the time, most prominently President Teddy Roosevelt, were stressing that boys had to be "real boys". The word "sissy" then began to be used more frequently. People become more gender conscious, promoted by advertising companies. As I said in an earlier e-mail, did the people want gender differentiated garments/shoes, or was it the companies' profit motives?"http://histclo.com/style/skirted/Dress/dresswhy.htmlBreeching was the occasion when a small boy was first dressed in breeches or trousers. From the mid-16th century until the late 19th or early 20th century, young boys in the Western world were unbreeched and wore gowns or dresses until an age that varied between two and eight. Breeching was an important rite of passage in the life of a boy, looked forward to with much excitement. It often marked the point at which the father became more involved with the raising of a boy.http://en.wikipedia.org/wiki/Breeching_%28boys%29Madame Georges Charpentier (née Marguerite–Louise Lemonnier, 1848–1904) and Her Children, Georgette–Berthe (1872–1945) and Paul–Émile–Charles (1875–1895), 1878Auguste Renoir (French, 1841–1919)http://jcdurbant.wordpress.com/2011/12/31/hemingway50e-splendeurs-et-miseres-de-la-virilite-splendors-and-miseries-of-virility/Inévitablement, nous considérons la société comme un lieu de conspiration qui engloutit le frère que beaucoup d’entre nous ont des raisons de respecter dans la vie privée, et qui impose à sa place un mâle monstrueux, à la voix tonitruante, au poing dur, qui, d’une façon puérile, inscrit dans le sol des signes à la craie, ces lignes de démarcation mystiques entre lesquelles sont fixés, rigides, séparés, artificiels, les êtres humains. Ces lieux où, paré d’or et de pourpre, décoré de plumes comme un sauvage, il poursuit ses rites mystiques et jouit des plaisirs suspects du pouvoir et de la domination, tandis que nous, »ses« femmes, nous sommes enfermées dans la maison de famille sans qu’il nous soit permis de participer à aucune des nombreuses sociétés dont est composée sa société. Virginia Woolf (1938)
Plus les femmes deviennent fortes, plus les hommes aiment le football. Mariah Burton Nelson (1994)
Le privilège masculin est aussi un piège et il trouve sa contrepartie  dans la tension et la contention permanentes, parfois poussées jusqu’à l’absurde, qu’impose à chaque homme le devoir d’affirmer en toute circonstance sa virilité. (…) Tout concourt ainsi à faire de l’idéal impossible de virilité le principe d’une immense vulnérabilité. C’est elle qui conduit, paradoxalement, à l’investissement, parfois forcené, dans tous les jeux de violence masculins, tels dans nos sociétés les sports, et tout spécialement ceux qui sont les mieux faits pour produire les signes visibles de la masculinité, et pour manifester et aussi éprouver les qualités dites viriles, comme les sports de combat. Pierre Bourdieu (1998)
Breeching was the occasion when a small boy was first dressed in breeches or trousers. From the mid-16th century until the late 19th or early 20th century, young boys in the Western world were unbreeched and wore gowns or dresses until an age that varied between two and eight. Breeching was an important rite of passage in the life of a boy, looked forward to with much excitement. It often marked the point at which the father became more involved with the raising of a boy. Wikipedia

On ne nait pas homme, on le devient.

A l’heure où après nous avoir imposés le mensonge du mariage pour tous…

Nos croisés du genre tentent de déboussoler nos enfants …

Rappel avec ce tableau de Renoir …

Où conformément à la coutume de l’époque …

Avant le véritable rite de passage de l’accès à la ulotte (courte) …

Le fils de trois ans de la femme de l’éditeur Charpentier…

Pose, habillée à l’identique de sa petite soeur, aux côtés de leur mère …

Why Did Mothers Outfit Boys in Dresses?

Thousands of photographs from the mid- and late-19th century show boys wearing dresses and this does not even count the images of boys with long hair who are commonly seen as girls in these old images. This of course was done by doting mothers as they were the ones caring for small children. It was done across class barriers for centuries. This was not an exclusively Victorian custom, rather, it was the norm in European cultures for centuries and it continued to the turn-of-the 20th century.

We think that the development is associated with the development of pants/trousers. Throughout the medieval period men and women dressed similarly in long skirted garments, often referred to as gowns. This can be seen clearly in period paintings. Women’s dresses were somewhat different, but the basic garments were quite similar. Younger boys simply continued the long established practice of wearing skirted garments. So actually the question should be, why did men stop wearing skirted garments or gowns. Male fashion began to change in the Renaissance when younger men began wearing tunics with long hose rather like tights. These long hose gradually evolved into pantaloons or modern trousers. It is at this point that boys and men’s clothing diverged. Young children in the care of women continued to be dressed alike. It is not clear why young boys continued to be dressed like girls. It may be that mothers who were the parent caring for younger children saw no need to make this change. Here they may have been sociological factors. Women may not have seen the need for dressing boys as men or thought it very important. There may have been practical reasons such as toilet training which would have been more difficult for little boys wearing hose/tights and pantaloons/trousers. We have not yet found any written work addressing this question.

Boys continued to wear dresses through most of the 19th century. We only see the popularity of this fashion waning after about 1895 and by about 1905 it was no longer a major fashion convention. It did not entirely disappear and we continue to see a few boys in dresses until after World War I. After the War, however, it became the exception rather than the rule. Only infants wore dresses. The Sears Catalog used to sell complete baby layettes suitable for either sex, complete with frilly dresses, into the 1940s.

Why did the centuries-long convention largely disappear within the space of only about a decade? This is another issue that we have not see addressed in other sources. Here we can only speculate at this time. It may relate to changing attitudes toward childhood. Children were regarded as asexual beings until Freud’s work in the late-19th century. We are not sure, however, to what degree this had penetrated the popular mind. Freud’s work, however, was affecting professional thought. Another factor is public education. Younger children were no longer closeted within the family, most boys began school at age 6 years. They could not wear dresses to school. And their little brothers would not be happy wearing dresses. Modern media exploded at the turn-of-the century. Newspapers and magazines could print photographs for the first time. Movies began to become popular. This meant that popular fashion became increasingly pronounced, leaving less latitude to the doting mother. The development of rubber training pants may have been an important factor. One researcher suggests that the earlier Little Lord Fauntleroy craze was a factor. Mothers rushed to breech their boys so they could wear Fauntleroy suits. And perhaps those grown up boys remembering the indignities of the Fauntleroy suit, involved themselves in how their younger sons were dressed to a greater degree than their fathers. A reader writes, "Some people at the time, most prominently President Teddy Roosevelt, were stressing that boys had to be "real boys". The word "sissy" then began to be used more frequently. People become more gender conscious, promoted by advertising companies. As I said in an earlier e-mail, did the people want gender differentiated garments/shoes, or was it the companies’ profit motives?"

Voir aussi:

L’Ecole, les filles, les garçons et la construction des stéréotypes

France Culture

17.11.2012

Père : « le mari de la maman, sans lui la maman ne pourrait pas avoir d’enfants. C’est le chef de famille parce qu’il protège ses enfants et sa femme. »

Le dictionnaire des écoliers regroupe des définitions rédigées par des élèves de la maternelle au CM2 avec leur professeur. L’ensemble est regroupé, publié sous l’égide du Ministère de l’Education Nationale et était disponible, jusqu’à la semaine dernière sur le site du Centre national de la pédagogie, le CNDP.

Sans doute cette définition n’avait-elle pas été suffisamment travaillée. Restée deux ans sur le site, elle n’aura pas résistée à la vindicte des féministes sur les réseaux sociaux. Elle révèle surtout un sexisme naïf et sans fard, en l’occurrence celui de bien des enfants.

Nous allons voir aujourd’hui quels sont les stéréotypes sexués propres à l’école, comment ils persistent, comment ils jouent sur le climat scolaire et les parcours des élèves et, puisque Vincent Peillon vient de lancer un groupe de travail pour "éduquer à la sexualité et lutter contre les préjugés sexistes", nous allons examiner quelques pistes de réflexions sur le sujet avec nos invités qui ont chacun travaillé sur ces questions.

Trois invités aujourd’hui dans "Rue des Ecoles" pour nous éclairer sur la Construction des stéréotypes et les problèmes de "genre" à l’ecole :

- Françoise Vouillot, Maître de Conférences en Psychologie et Directrice adjointe de l’INETOP-CNAM. Elle a co- dirigé une étude intitulée Orientation scolaire et discrimination – Quand les différences de sexe masquent les inégalités (Documentation Française, Mai 2011). Elle participe d’autre part à l’Atelier de réflexion lancé le 12 novembre 2012 par le Laboratoire de l’Egalité sur l’education.

- Sylvie Ayral, Docteur en Sciences Sociales à l’Université de Bordeaux, membre de l’observatoire international de la Violence à l’Ecole, ancienne institutrice en milieu rural, elle est l’auteur d’un essai : La fabrique des garçons, sanctions et genre au collège – préface de jack Lang – Post-face de Daniel Welzer-Lang (editions Puf / le Monde Editions, mars 2011).

Elle est en duplex depuis Bordeaux où elle enseigne.

- Georges Sideris, Historien, Maître de conférences en Histoire ancienne et médiévale, il enseigne à l’IUFM de la Sorbonne Paris IV pour la formation des enseignants sur les stéréotypes et le genre à l’école. Il anime ce séminaire sur le questionnement des stéréotypes de genre Filles / Garçons à l’Ecole.

Madame Georges Charpentier (née Marguerite–Louise Lemonnier, 1848–1904) and Her Children, Georgette–Berthe (1872–1945) and Paul–Émile–Charles (1875–1895), 1878

Auguste Renoir (French, 1841–1919)

http://jcdurbant.wordpress.com/2011/12/31/hemingway50e-splendeurs-et-miseres-de-la-virilite-splendors-and-miseries-of-virility/


Education: C’est le syndrome du vestiaire, imbécile ! (Harvard to outraise Stanford in new 6.5 billion fundraising drive)

23 septembre, 2013
http://www.smallworldbeauty.com/wp-content/uploads/2008/11/jla_lockerroom.jpgJ’ai travaillé avec Freud à Vienne. On s’est brouillé sur le concept d’envie du pénis. Il voulait le limiter aux femmes. Leonard Zelig
La taille du pénis chez des hommes a souvent fait l’objet de fantasme. Toutefois, le contenu de ces fantasmes varie selon des époques. En effet, durant la période dite de l’Antiquité, c’était la petite taille du pénis qui fut valorisée, alors que dans la période actuelle c’est plutôt la grande taille qui se trouve être prisée. Pour les Grecs de l’Antiquité, un homme viril devait être doté d’un petit sexe. Ainsi, pour Aristote, un pénis trop long était signe de stérilité. Les travaux notamment de l’historien Thierry Eloi ont montrés que chez les Romains la grosse taille d’un pénis était considérée comme à la fois une vulgarité au niveau social et une disharmonie au niveau esthétique. Aujourd’hui encore, dans certaines tribus amérindiennes, le statut social est dicté par la taille du sexe masculin, seuls les hommes ayant un petit pénis sont amenés à occuper les places les plus hautes de la structure sociale. Wikipedia
Harvard, the richest university in the United States (about $30.7 billion, roughly the size of the annual gross domestic product of the Baltic nation of Latvia), said on Saturday it would seek to raise some $6.5 billion in donations to fund new academic initiatives and bolster its financial aid program. The fundraising drive by the Cambridge, Massachusetts, institution is believed to be the most ambitious ever undertaken by a university, ahead of one concluded last year by Stanford University in California that raised $6.2 billion. Reuters
Australian researchers found even men who feel secure when they’re alone or in the bedroom fall prey to “locker room syndrome”—wishing for larger muscles or penises when comparing themselves to other men. “It’s not always a bad thing to be competitive, as a slight push for improvement can do everyone good,” says study author Annabel Chan Feng Yi, Psy.D., of Victoria University ... Men’s health
‘Locker room syndrome’ drives men to think big … We have relatively little data about the body image of men because most of the research in this area concentrates on women," Ms Chan says. "It means men don’t really get much help in terms of therapy, and options out there to get help." Stuff
“Men’s preoccupation with size was rarely to do with pleasing sexual partners or even appearing as a better sexual partner, [...] It was often more about competition with other men. Many felt most insecure about their size in environments where other men might see them, such as gym change rooms.” (…) all of which goes to show that it isn’t just women who suffer from appearance issues … Inquisitr

Attention: un syndrome peut en cacher un autre !

A l’heure où la plus riche université du monde (30 milliards de dollars: le PIB de la Lituanie ou le budget annuel des Instituts nationaux de la santé !) se lance dans une levée de fonds de 6, 5 milliards de dollars …

Alors que sa rivale de la côte ouest vient de lever 6, 2 milliards …

Et que Polytechnique se félicite de lever 35 millions d’euros …

Comment ne pas y voir l’évident effet, bien connu des sportifs (au grand bonheur des sites et officines d’allongement pennal), du syndrome du vestiaire ?

Harvard asks donors for $6.5 billion

Reuters

Sep 21 2013

BOSTON (Reuters) – Harvard, the richest university in the United States, said on Saturday it would seek to raise some $6.5 billion in donations to fund new academic initiatives and bolster its financial aid program.

The fundraising drive by the Cambridge, Massachusetts, institution is believed to be the most ambitious ever undertaken by a university, ahead of one concluded last year by Stanford University in California that raised $6.2 billion.

Harvard unveiled its campaign at an event featuring Bill Gates, who spent three years at the school in the 1970s before dropping out to co-found Microsoft Corp.

Gates, who was ranked by Forbes magazine this year as the world’s second-richest person behind Mexico’s Carlos Slim, joked about his decision to leave the university during a talk before alumni and donors.

"You never say that you are ‘dropping out’ of Harvard. I ‘went on leave’ from Harvard," he said. "If things hadn’t worked out for my company, Microsoft, I could have come back."

The university has already raised $2.8 billion from more than 90,000 donors during the pre-launch phase of the campaign, its first major fundraising drive in more than a decade, it said in a press release.

Harvard’s investment portfolio is worth about $30.7 billion, roughly the size of the annual gross domestic product of the Baltic nation of Latvia.

That endowment shrank 0.05 percent in the fiscal year ended in 2012, after double-digit gains the previous year, according to the most recent figures from the university.

"The endowment is meant to last forever. … It enables our faculty to do groundbreaking research and supports financial aid for our students," Vice President for Alumni Affairs & Development Tamara Rogers said in a statement. "In order to undertake new activities, we are going to have to raise new funds."

Nearly half of the money raised in the new campaign will support teaching and research, while a quarter will go for financial aid and related programs. The rest will go toward capital improvements and a flexible fund, according to Harvard, recently ranked America’s No. 2 university behind Princeton by U.S. News & World Report.

Four years ago, Harvard was forced to suspend its campus expansion and put the construction of a $1 billion science complex on hold after its endowment lost 27.3 percent during the financial crisis.

The science building was slated to be the cornerstone of an ambitious 50-year expansion plan designed to increase the campus size by 50 percent.

(Reporting by Richard Valdmanis; Additional reporting by Jim Finkle; Editing by Leslie Gevirtz and Peter Cooney)

Voir aussi:

‘Locker Room Syndrome’ Has Men Bothered About Penis Size

The Inquisitr

June 15, 2013

Australian researchers have discovered that men are more bothered about their penis size when they’re in the locker room.

The traditional view that men are bothered about their penis size and whether they’re good in bed because of it, isn’t actually what bothers them the most, according to clinical psychology doctoral graduate, Annabel Chan Feng Yi.

The study, carried out by Victoria University, has surveyed over 700 men between the ages of 18 and 76 in order to come to the conclusion that ‘locker room syndrome’ affects men more than size worries in the bedroom.

This is apparently because, in the locker room, men have other men to compare themselves with, while at home they only have their partners to pass judgement (normally).

Yi and her fellow researchers have discovered that, while penis size is important, it’s not how their partners perceive it that has men on edge:

“Men’s preoccupation with size was rarely to do with pleasing sexual partners or even appearing as a better sexual partner, [...] It was often more about competition with other men. Many felt most insecure about their size in environments where other men might see them, such as gym change rooms.”

No doubt French men at the gym will be more concerned about their penis size than other men, if a penis size survey from 2012 is accurate.

Furthermore, men who revealed their locker room syndrome, actually felt more than comfortable when they were intimate with their partners, which seems evident in how successful the ‘condom size’ app has been since its launch; there’s no need to worry when it’s only you judging your member.

In addition to penis size worries, the men surveyed also held strong worries regarding their body size, with gay participants statistically more concerned with their muscle size than straight men; all of which goes to show that it isn’t just women who suffer from appearance issues.

The researchers concluded that, while their study on locker room syndrome was a breakthrough in bringing men’s body issues to light, more studies are needed if men’s overall experiences and concerns are to be fully understood.

Voir enfin:

Syndrome du vestiaire

Vulgaris médical

Définition

Le syndrome du vestiaire, appelé autrefois dysmorphophobie génitale et actuellement dénommé BDD (Penile Body Dysmorphic Disorder), est un trouble de la dysmorphie corporelle pénienne, et un ensemble de symptômes caractérisant les réactions de certains hommes convaincus de posséder un pénis (verge) trop petit et pour lequel ils éprouvent un sentiment d’incomplétude, d’infériorité voire de gène ou de honte. C’est essentiellement dans les lieux publics où il est nécessaire de se déshabiller comme cela se conçoit dans les vestiaires, que le syndrome du vestiaire apparaît. Les douches publiques, les gymnases, les piscines sont ces lieux où certains individus sont persuadés de souffrir d’un sexe trop petit par rapport aux autres hommes.

Le syndrome du vestiaire engendre une certitude d’être plus mal loti que les autres et cela même sous les sous-vêtements. La petitesse supposée du sexe engendre chez ces patients une impression d’être exposé constamment à de la raillerie de la part des autres hommes et des femmes.

Il s’agit d’une perception anormale du corps qui est ici centré sur le pénis et qui traduit un trouble psychologique avec préoccupation trop importante, presque permanente qui s’explique par un manque d’estime et de confiance en soi. Pour ces individus qui ont du mal à s’aimer et à être aimés, tout est centré sur le pénis et ce trouble qui engendre des problèmes de sexualité, et aggravé durant certaines périodes, en particulier au cours du syndrome dépressif dont il constitue un symptôme.

Le syndrome du vestiaire ne doit pas être confondu avec les troubles concernant également le pénis mais survenant durant l’adolescence et qui se caractérise par l’absence de rumination permanente et de conviction négative.

La cause, s’il est possible d’en avancer une ou plusieurs, et sans doute la recherche au sein de la société, la surestimation croissante de la nécessité de performances sexuelles liée à la taille du pénis surtout en ce qui concerne l’obtention du plaisir chez la femme. Les films pornographiques ainsi que le manque d’information en ce qui concerne la taille réelle du pénis qui est d’environ 13 cm + ou – 4 cm au cours de l’érection (phallus) aggravent la survenue du syndrome du vestiaire. Signalons que la taille du sexe à l’état flacide (mou) est le plus souvent, chez la majorité des hommes, inférieur à 4 à 6 cm.


Mariage pour tous: Aujourd’hui à l’école on a eu théorie du genre (Today Petit Nicolas learns about genre theory)

30 juin, 2013
http://25.media.tumblr.com/5c39930a2c827aa1558ab0d87911d03b/tumblr_mnritptcYm1stgn3uo1_500.jpgLe gouvernement s’est engagé à s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités, notamment par le biais d’une éducation au respect de la diversité des orientations sexuelles. Vincent Peillon (Ministre de l’Education, Lettre aux recteurs, 04.01.13)
Dans sa lettre du 4 janvier adressée aux recteurs, Vincent Peillon affirme sa volonté de révolutionner la société en se servant de l’école : « le gouvernement s’est engagé à s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités, notamment par le biais d’une éducation au respect de la diversité des orientations sexuelles », affirme-t-il en début de lettre. On remarque les termes : « s’appuyer sur la jeunesse » pour « changer les mentalités ». Qui ? Le gouvernement. En réalité, c’est donc lui qui choisit les orientations politiques et morales qui doivent prévaloir dans la société. Ce n’est plus la famille, l’école et la société adulte qui éduquent la jeunesse. Contrairement à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948, c’est donc désormais l’État en France qui se pose en seul détenteur de la vérité. On assiste à une dérive théocratique de l’État républicain actuel. Et cette jeunesse, qui, par définition, ne possède pas encore les repères lui permettant de poser des choix par elle-même, il la mobilise dans le sens qu’il juge bon, selon le schéma de la révolution culturelle. La position de Vincent Peillon est vraiment choquante. Lorsqu’il s’appuie sur la jeunesse comme moteur révolutionnaire, renouant avec l’esprit de 1968, le gouvernement sort à l’évidence de son rôle : il instrumentalise la jeunesse à des fins politiques, pour changer les représentations sexuelles et morales dominantes. Ce faisant, il change les règles du jeu au sein de l’École publique en abandonnant ostensiblement l’exigence de neutralité. L’État sort également de son devoir de neutralité et de respect des droits éducatifs familiaux et de l’intimité des enfants lorsque le ministre demande aux recteurs de renforcer les campagnes d’information sur la ligne azur. Ainsi, contrairement à ce qui est affiché, il ne s’agit plus de lutter contre des stigmatisations homophobes en tant que telles, il s’agit bien plutôt d’inciter activement les jeunes en recherche d’identité (comme le sont par construction tous les adolescents) à explorer pour eux-mêmes la voie de l’homosexualité ou de la transsexualité. De même, lorsque le ministre encourage les recteurs à faire intervenir davantage les associations de lutte contre l’homophobie, il encourage en pratique l’ingérence dans l’enceinte de l’école d’associations partisanes engagées dans la banalisation et la promotion des orientations sexuelles minoritaires, si l’on se réfère à la liste des associations agréées par l’Éducation nationale pour intervenir sur ces thématiques dans les établissements. Il favorise donc des prises de paroles unilatérales auprès des jeunes, sur un sujet qui n’a pas encore été tranché par le législateur. (…) Durant la période soviétique, comme durant d’autres périodes totalitaires, il était habituel de se servir des enfants pour démasquer et sanctionner les opinions dissidentes des parents. C’était l’époque de la délation par ses propres enfants. Revenir à de telles pratiques inhumaines et profondément immorales serait une grave régression de l’État de droit. Non content enfin de mettre au pas les écoles publiques, le gouvernement entend aussi museler les écoles privées en bafouant clairement leur caractère propre. Il est évident que les écoles dont le projet éducatif et l’identité sont fondés sur la foi seront opposées à la légalisation du mariage homosexuel. Leur demander d’être neutres sur ce sujet n’a aucun sens, si ce n’est celui de leur faire renier purement et simplement leur vocation spécifique. Anne Coffinier
La loi pour le mariage pour tous est un début. Il faut continuer à se battre pour obtenir la procréation médicalement assistée (PMA) pour les lesbiennes. Le droit des trans n’avance toujours pas. Enfin les discriminations au quotidien sont toujours nombreuses. Il faut aller au bout de l’égalité. Nicolas Gougain (porte-parole du collectif d’associations lesbiennes, gays, bi et trans)
La PMA faisait partie du programme présidentiel de François Hollande. Il y a eu une reculade énorme. Nous sommes flouées. Bénédicte (Osez le féminisme)
La loi pour le mariage et l’adoption pour tous est bien belle.Mais l’adoption en France reste très difficile. Et encore, le nombre de pays acceptant l’adoption par des couples homos est très limité. La liste a même tendance à se réduire. Il faut arriver à faire passer pour toutes les femmes la PMA et, pour les hommes, donner la possibilité, d’une façon encadrée et éthique, de la gestation pour autrui (GPA). Delphine (association des parents et futurs parents gays et lesbiens)
De nombreuses femmes doivent aujourd’hui partir à l’étranger pour effectuer une PMA. Ce n’est pas normal. Nicolas Gougain
Quand nos papiers d’identité ne correspondent pas à notre apparence, cela pose de nombreux problèmes. Les démarches sont très longues. J’ai mis deux ans de demi pour changer mon prénom. Heureusement, mon employeur a été très compréhensif. Laure Leprince (travesti)

Oui, notre ministre de l’Education a raison …

Si on veut changer la vie, il faut commencer tôt …

Dès l’école primaire en fait …

Et, comme le rappelle brillamment Luc Tesson, quel meilleur moyen que notre petit Nicolas national …

Pastiche du Petit Nicolas : « On a eu éducation sexuelle »

Luc Tesson

Famille Chrétienne

09/02/2013

Si le projet de loi Taubira était adopté, que se passerait-il dans les classes ? Réponse, à la manière du Petit Nicolas…

 A l’école, la maîtresse était toute bizarre aujourd’hui.

Elle nous attendait dans la classe en poussant des gros soupirs, alors que d’habitude elle est toute rigolote, et qu’elle pousse des gros soupirs que quand elle interroge Clotaire et que Clotaire est tout rouge.

Elle a dit : « Bon ! …… Que comme M. Peillon, le ministre chargé de notre éducation, avait décidé de s’appuyer sur la jeunesse pour faire évoluer les mentalités, on allait faire un cours d’éducation sexuelle et que le premier qui rigole, il irait voir le Bouillon …… (le Bouillon c’est notre surveillant, c’est pas son vrai nom, il s’appelle M. Dubon, mais quand il vous gronde il vous dit : « Regardez-moi dans les yeux » et dans le bouillon, il y a des yeux. Ce sont les grands qui m’ont expliqué ça) …… nous on n’avait pas du tout envie de rigoler parce que le Bouillon, c’est pas un rigolo.

La maîtresse nous a regardés et elle a dit que l’important dans la vie, c’était d’être tolérant.

Nous on est drôlement tolérants alors on a tous fait oui et Agnan qui est le chouchou de la maîtresse, et qui se met toujours devant, il a dit qu’il était encore plus tolérant que tout le monde puisque de toute façon il est le premier de la classe partout sauf en sport.

Eudes, il lui a dit : « Fais pas le malin, mon petit pote, sinon tu vas voir comment je suis tolérant ». Et là, je crois que la maîtresse elle a compris que ce serait pas facile aujourd’hui.

Elle est allée au tableau, elle a attendu qu’on se taise, et elle a demandé avec un air très sérieux : « Bon… Alors… Si vous êtes une fille, levez la main ! »

Toutes les filles ont levé la main, et aussi Clotaire, qui avait l’air embêté.

Mais la maîtresse elle a dit comme ça : « Très bien Clotaire, c’est ton choix, si tu veux être une fille, c’est à toi de décider ».

Là, Clotaire, il est devenu tout rouge et il a dit « Non, M’dame, c’est juste que je veux aller faire pipi ».

« Bon, a dit la maîtresse, tu peux y aller ».

« Va pas chez les filles ! », a dit alors Eudes en rigolant.

Mais la maîtresse a tapé sur son bureau et elle a dit que si Clotaire voulait aller dans les toilettes des filles, c’était son choix, et qu’il fallait pas rigoler avec ça. Et que c’était la théorie du genre, et qu’il fallait que chacun choisisse, et elle nous a fait écrire sur nos cahiers :

«Chacun est libre de choisir son genre ».

« N’empêche, a dit alors Rufus, moi j’ai un kiki, et je vais pas décider que je suis une fille. »

La maîtresse a répondu que c’était de l’hétérosexisme, et qu’il fallait en finir avec l’hétérocratie, et que si ça continuait comme ça on finirait au bagne parce qu’on était tous homophobes.

J’ai regardé Agnan, et j’ai vu que même lui il avait rien compris.

Ça devenait vraiment compliqué et j’aurais presque préféré faire de l’arithmétique.

Elle a senti qu’on était un peu perdus, alors elle a essayé d’expliquer de manière pas pareille :

«Vous avez un corps… c’est à vous de décider de… ».

« Moi, j’ai un goûter, mais j’ai pas un corps !, il a dit Alceste. Mon corps, c’est moi ! »

Faut que je vous dise, Alceste, c’est un copain, il aime bien manger, il mâche lentement un peu toute la journée, et ça lui donne sûrement le temps de bien réfléchir à la vie.

Souvent quand il se bagarre, c’est moi qui lui tient ses croissants et après il m’en donne toujours un bout.

Bon, a dit la maîtresse, je continue. Nous on a trouvé ça bizarre, mais on a rien dit parce que des fois la maîtresse c’est comme si elle allait pleurer et nous on veut pas lui faire de peine.

Elle s’est mise à faire un petit rond blanc sur le tableau tout noir en disant : « Ça, c’est un spermatozoïde ». Et elle m’a demandé d’expliquer ce que c’était. Ça tombait bien parce que

Papa m’avait expliqué la semaine dernière le coup des petites graines que le papa donne à la maman… et après ça fait un bébé dans le ventre de la maman et paf !, le bébé sort. On lui fait des tas de câlins et on appelle Mémé pour la prévenir qu’elle est encore grand-mère

« Merci Nicolas, a dit la maîtresse, je reprends la leçon. Bien sûr vous pensez tous qu’une famille c’est un papa, une maman et des enfants. Eh bien, il y a d’autres modèles, et ce serait drôlement rétrograde de pas l’accepter. Et si deux monsieurs s’aiment ou deux dames on voit pas ce qui les empêcherait de se marier et de faire ou d’adopter des bébés. »

« Ça tombe bien ! a dit Rufus. Moi j’aime bien Léanne et Chloé, alors je me marierai avec les deux en même temps puisqu’on s’aime. »

Léanne a dit qu’elle était pas d’accord du tout, et Chloé a dit que de toute façon elle épouserait son papa, et que puisque deux monsieurs qui s’aiment pouvaient se marier, elle pourrait bien se marier avec son papa, parce qu’elle aimait très fort son papa.

« Oui, a dit Rufus, mais il est déjà marié avec ta maman ! »

La maîtresse a dit que c’était pas le sujet et elle s’est remise à taper sur sa table, juste quand on commençait à drôlement bien s’amuser. Et elle a continué à expliquer: avec la technique on peut faire tout ce qu’on veut et tout ce qu’on pourra faire on le fera. On peut faire des PMA ou des GPA, et d’ailleurs louer son ventre ou louer ses bras à l’usine, c’est du pareil au même.

Et elle a expliqué qu’un monsieur peut donner une petite graine à deux dames, qui avec un docteur sauront bien se débrouiller pour faire un enfant. Ou bien deux monsieurs peuvent mélanger leurs petites graines et aller voir une dame pour qu’elle donne sa petite graine à elle, et on donne tout ça à une autre dame qui va faire le bébé dans son ventre et le revendre aux deux monsieurs.

Moi, a dit Rufus, j’ai vu un reportage à la télé, et on pourra bientôt faire des clones ! Puisque je m’aime, j’ai droit à mon clone ! Mais Agnan a dit que ce serait mieux de le cloner lui, parce qu’il était le premier de la classe et que M. Peillon préférait sûrement qu’on le clone lui et pas Rufus.

Ils allaient commencer à se battre quand Geoffroy a rangé ses affaires et pris son sac.

« Où vas-tu ? », a demandé la maîtresse.

« Je m’en vais, a dit Geoffroy. Puisqu’on peut choisir son genre, ben moi, je vais aussi choisir mon espèce. Je suis un pingouin. Et comme les pingouins vont pas à l’école, je rentre chez moi. »

J’ai regardé Geoffroy, et je me suis dit que c’était vrai, il avait un peu une tête de pingouin et qu’après tout, c’était son choix. Mais Geoffroy, lui, il a regardé la maîtresse et il a compris que pingouin ou pas, il valait mieux revenir à sa place.

On allait chahuter, mais on s’est arrêté parce qu’au fond de la classe Juliette pleurait. Juliette on l’entend jamais, elle dit jamais rien… Et Juliette elle a dit que si c’était comme ça, elle allait se jeter sous un pont… Parce que déjà c’était pas facile de grandir surtout quand on a des parents séparés, que si en plus on faisait des enfants sans papa ou sans maman, alors c’était pas juste, c’était simplement moche, et que si tout le monde a le droit de s’aimer il faudrait pas oublier non plus qu’un enfant, ça a besoin d’un papa et d’une maman, et que c’est peut-être ça d’abord l’égalité des droits, et qu’on pourrait donner autant de papas qu’on voudrait à un enfant ça lui ferait jamais une maman. Elle a dit tout ça d’un coup, et la maîtresse elle est restée longtemps la bouche ouverte et j’ai bien vu qu’elle avait très envie de pleurer. Mais elle a pas pleuré. Elle a pris Juliette dans ses bras, elle lui a fait un gros câlin comme Maman fait avec moi, en lui disant des choses gentilles dans l’oreille. Après, elle nous a regardés.

Et puis d’un coup, comme ça, elle a essuyé le tableau en disant que « zut, tout ça c’était des bêtises et qu’on allait pas se laisser faire, et que si Mr. Peillon voulait faire cours à sa place, qu’il essaie un peu, mais qu’en attendant on allait faire de la grammaire. Non mais sans blague ! »]

Voir aussi:

SOCIÉTÉ – Un mois après le premier mariage homosexuel

Une gay pride très revendicative

Patrice Barrère

JSL

30/06/2013

Après le mariage pour tous, les gays et lesbiennes attendent des avancées sur la procréation médicalement assistée et la gestation pour autrui. Une question d’égalité.

Musique techno, ballons multicolores, drapeaux arc-en-ciel, costumes extravagants des drag-queens… Si la recette de la marche parisienne des fiertés lesbiennes, gays, bi et trans n’a pas changé, hier, elle avait un autre goût. C’était la première « gay pride » depuis l’entrée en vigueur le 18 mai dernier de la loi autorisant le mariage et l’adoption pour les couples de même sexe.

Plusieurs dizaines de milliers de militants et sympathisants de la cause homosexuelle ont défilé entre la place du 18 Juin 1940 à Montparnasse et la place de la Bastille. Hier, jour pour jour, on fêtait aussi le premier « mois » de la célébration du premier mariage gay en France. « La loi pour le mariage pour tous est un début. Il faut continuer à se battre pour obtenir la procréation médicalement assistée (PMA) pour les lesbiennes. Le droit des trans n’avance toujours pas. Enfin les discriminations au quotidien sont toujours nombreuses. Il faut aller au bout de l’égalité », revendique Nicolas Gougain, porte-parole du collectif d’associations lesbiennes, gays, bi et trans (LGBT) qui organisait la manifestation.

« Nous sommes flouées »

« La PMA faisait partie du programme présidentiel de François Hollande. Il y a eu une reculade énorme. Nous sommes flouées », affirme Bénédicte, membre d’Osez le féminisme. « La loi pour le mariage et l’adoption pour tous est bien belle, ajoute Delphine de l’association des parents et futurs parents gays et lesbiens. Mais l’adoption en France reste très difficile ». Aujourd’hui, pour les couples gays, la parentalité se réalise essentiellement à travers l’adoption d’enfants étrangers. « Et encore, le nombre de pays acceptant l’adoption par des couples homos est très limité. La liste a même tendance à se réduire. Il faut arriver à faire passer pour toutes les femmes la PMA et, pour les hommes, donner la possibilité, d’une façon encadrée et éthique, de la gestation pour autrui (GPA) », ajoute Delphine.

« De nombreuses femmes doivent aujourd’hui partir à l’étranger pour effectuer une PMA. Ce n’est pas normal », souligne Nicolas Gougain.

Ils seraient entre 20 000 et 50 000 en France. Les trans étaient également en première ligne de la marche des fiertés. « Quand nos papiers d’identité ne correspondent pas à notre apparence, cela pose de nombreux problèmes. Les démarches sont très longues. J’ai mis deux ans de demi pour changer mon prénom. Heureusement, mon employeur a été très compréhensif », explique Laure Leprince.

La peur de l’homophobie

Dans le cortège, la présidente nationale de Contact qui aide les familles à accepter l’orientation sexuelle de leurs enfants était plutôt optimiste. « À long terme, la loi pour le mariage pour tous va nous aider à sensibiliser les entourages des gays et lesbiennes. Mais aujourd’hui, c’est plutôt le contraire. Les débats ont libéré la parole homophobe. De nombreux jeunes n’osent plus faire leur coming out et se referment ».

« L’année prochaine, il y aura encore beaucoup de monde dans la rue. Notre combat pour l’égalité n’est pas prêt de se terminer », soupire Nicolas Gougain.


Bac philosophie 2013: Plus Ponce Pilate que moi tu meurs ! (From Plato’s cave to Descartes’s wax and Bergson’s iron bar, Schrödinger’s cat to Putnam’s twin earth and Williams’ s thick ethical concepts: it’s splitting the baby, stupid !)

21 juin, 2013
http://www.kenstout.net/cautionary/images/platos-cave.jpghttp://www.paintinghere.org/UploadPic/Salvador%20Dali/big/clock%20melting%20clocks.jpghttp://www.terminartors.com/files/artworks/6/2/3/62374/Conti_Norberto-Schrodinger_s_cat_I.jpgLe roi dit: Coupez en deux l’enfant qui vit, et donnez-en la moitié à l’une et la moitié à l’autre. Alors la femme dont le fils était vivant sentit ses entrailles s’émouvoir pour son fils, et elle dit au roi: Ah! mon seigneur, donnez-lui l’enfant qui vit, et ne le faites point mourir. Jugement de Salomon (I Rois 3: 25-26)
Qu’est-ce que la vérité? (…) Je ne trouve aucun crime en lui. Mais, comme c’est parmi vous une coutume que je vous relâche quelqu’un à la fête de Pâque, voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs? Pilate (Jean 18: 38-39)
Figure-toi des hommes dans une demeure souterraine, en forme de caverne, ayant sur toute sa largeur une entrée ouverte à la lumière. Ces hommes sont là depuis leur enfance, les jambes et le cou enchaînés, de sorte qu’ils ne peuvent bouger ni voir ailleurs que devant eux, la chaîne les empêchant de tourner la tête. La lumière leur vient d’un feu allumé sur une hauteur, au loin derrière eux. Entre le feu et les prisonniers passe une route élevée. Imagine que le long de cette route est construit un petit mur, pareil aux cloisons que les montreurs de marionnettes dressent devant eux, et au-dessus desquelles ils font voir leurs merveilles.(…) Penses-tu que dans une telle situation ils n’aient jamais vu autre chose d’eux mêmes et de leurs voisins que les ombres projetées par le feu sur la paroi de la caverne qui leur fait face ? (…) Mais, dans ces conditions, s’ils pouvaient se parler les uns aux autres, ne penses-tu pas qu’ils croiraient nommer les objets réels eux-mêmes en nommant ce qu’ils voient ? (…) Considère maintenant ce qui leur arrivera naturellement si on les délivre de leurs chaînes et qu’on les guérisse de leur ignorance. Qu’on détache l’un de ces prisonniers, qu’on le force à se dresser immédiatement, à tourner le cou, à marcher, à lever les yeux vers la lumière. En faisant tous ces mouvements il souffrira, et l’éblouissement l’empêchera de distinguer ces objets dont tout à l’heure il voyait les ombres. Que crois-tu donc qu’il répondra si quelqu’un vient lui dire qu’il n’a vu jusqu’alors que de vains fantômes, mais qu’à présent, plus près de la réalité et tourné vers des objets plus réels, il voit plus juste ? Si, enfin, en lui montrant chacune des choses qui passent, on l’oblige, à force de questions, à dire ce que c’est, ne penses-tu pas qu’il sera embarrassé, et que les ombres qu’il voyait tout à l’heure lui paraîtront plus vraies que les objets qu’on lui montre maintenant ? (…) Imagine encore que cet homme redescende dans la caverne et aille s’asseoir à son ancienne place. N’aura-t-il pas les yeux aveuglés par les ténèbres en venant brusquement du plein soleil ? (…) Et s’il lui faut entrer de nouveau en compétition, pour juger ces ombres, avec les prisonniers qui n’ont point quitté leurs chaînes, dans le moment où sa vue est encore confuse et avant que [517a] ses yeux se soient remis (puisque l’accoutumance à l’obscurité demandera un certain temps), ne va-t-on pas rire à ses dépens, et ne diront-ils pas qu’étant allé là-haut il en est revenu avec la vue ruinée, de sorte que ce n’est même pas la peine d’essayer d’y monter ? Et si quelqu’un tente de les délier et de les conduire en haut, et qu’ils puissent le tenir en leurs mains et tuer, ne le tueront-ils pas ? Platon
Prenons pour exemple ce morceau de cire qui vient d’être tiré de la ruche : il n’a pas encore perdu la douceur du miel qu’il contenait, il retient encore quelque chose de l’odeur des feurs dont il a été recueilli sa fgure, sa couleur, sa grandeur sont apparentes il est dur, il est froid, on le touche, et si vous le frappez, il rendra quelque son. Enfn toutes les choses qui peuvent faire distinctement connaître un corps se rencontrent en celui-ci. Mais voici que, pendant que je parle, on l’approche du feu ce qui y restait de saveur s’exhale, l’odeur s’évanouit, sa couleur se change, sa fgure se perd, sa grandeur augmente, il devient liquide, il s’échauffe, à peine le peut-on toucher, et quoiqu’on le frappe, il ne rendra plus aucun son. La même cire demeure-t-elle après ce changement ? Il faut avouer qu’elle demeure et personne ne le peut nier. Qu’est-ce donc que l’on connaissait en ce morceau de cire avec tant de distinction ? Certes ce ne peut être rien de ce que j’ai remarqué par l’entremise des sens, puisque toutes les choses qui tombaient sous le goût, ou l’odorat, ou la vue, ou l’attouchement ou l’ouïe, se trouvent changées, et cependant la même cire demeure. Mais (…) éloignant toutes les choses qui n’appartiennent point à la cire, voyons ce qui reste. Certes il ne demeure rien que quelque chose d’étendu, de fexible et de muable. Or qu’est-ce que cela, fexible et muable ? N’est-ce pas que j’imagine que celle cire étant ronde est capable de devenir carrée, et de passer du carré en une figure triangulaire? Puisque je la conçois capable de recevoir une infnité de semblables changements et ne saurais néanmoins parcourir cette infinité par mon imagination ; il faut donc que je tombe d’accord, que je ne saurais pas même concevoir par l’imagination ce que c’est que cette cire, et qu’il n’y a que mon entendement seul qui le conçoive (…). Or quelle est cette cire qui ne peut être conçue que par l’entendement ou l’esprit ? Certes c’est la même que je vois, que je touche, que j’imagine, et la même que je connaissais dés le commencement. Mais ce qui est à remarquer, sa perception, ou bien l’action par laquelle on l’aperçoit n’est point une vision, ni un attouchement, ni une imagination, et ne l’a jamais été, quoiqu’il semblât ainsi auparavant, mais seulement une inspection de l’esprit, laquelle peut être imparfaite et confuse, comme elle était auparavant, ou bien claire et distincte, comme elle est à présent, selon que mon attention se porte plus ou moins aux choses qui sont en elle et dont elle est composée (…). Je juge et ainsi je comprends, par la seule puissance de juger qui réside en mon esprit, ce que je croyais voir de mes yeux.” Descartes (Méditations métaphysiques , seconde méditation, 1641)
La première signification donc de "Vrai" et de "Faux" semble avoir tiré son origine des récits ; et l’on a dit vrai un récit quand le fait raconté était réellement arrivé ; faux, quand le fait raconté n’était arrivé nulle part. Plus tard les Philosophes ont employé le mot pour désigner l’accord ou le non-accord d’une idée avec son objet ; ainsi, l’on appelle Idée Vraie celle qui montre une chose comme elle est en elle – même ; Fausse celle qui montre une chose autrement qu’elle n’est en réalité. Les idées ne sont pas autre chose en effet que des récits ou des histoires de la nature dans l’esprit. Et de là on en est venu à désigner de même par métaphore des choses inertes ; ainsi quand nous disions de l’or vrai ou de l’or faux, comme si l’or qui nous est présenté racontait quelque chose sur lui – même, ce qui est ou n’est pas en lui.  Spinoza (Pensées métaphysiques, 1663)
Qu’est-ce qu’un jugement vrai ? Nous appelons vraie l’affirmation qui concorde avec la réalité. Mais en quoi peut consister cette concordance ? Nous aimons à y voir quelque chose comme la ressemblance du portrait au modèle : l’affirmation vraie serait celle qui copierait la réalité. Réfléchissons-y cependant : nous verrons que c’est seulement dans des cas rares, exceptionnels, que cette définition du vrai trouve son application. Ce qui est réel, c’est tel ou tel fait déterminé s’accomplissant en tel ou tel point de l’espace et du temps, c’est du singulier, c’est du changeant. Au contraire, la plupart de nos affirmations sont générales et impliquent une certaine stabilité de leur objet. Prenons une vérité aussi voisine que possible de l’expérience, celle-ci par exemple : « la chaleur dilate les corps ». De quoi pourrait-elle bien être la copie ? Il est possible, en un certain sens, de copier la dilatation d’un corps déterminé à des moments déterminés, en la photographiant dans ses diverses phases. Même, par métaphore, je puis encore dire que l’affirmation « cette barre de fer se dilate » est la copie de ce qui se passe quand j’assiste à la dilatation de la barre de fer. Mais une vérité qui s’applique à tous les corps, sans concerner spécialement aucun de ceux que j’ai vus, ne copie rien, ne reproduit rien. Bergson (La pensée et le mouvant, 1934)
Vous pouvez couper la tarte comme vous voulez, la signification n’est pas juste dans la tête. Hilary Putnam
L’expérience du chat de Schrödinger fut imaginée en 1935 par le physicien Erwin Schrödinger, afin de mettre en évidence des lacunes supposées de l’interprétation de Copenhague de la physique quantique, et particulièrement mettre en évidence le problème de la mesure. (…) Erwin Schrödinger a imaginé une expérience dans laquelle un chat est enfermé dans une boîte avec un dispositif qui tue l’animal dès qu’il détecte la désintégration d’un atome d’un corps radioactif ; par exemple : un détecteur de radioactivité type Geiger, relié à un interrupteur provoquant la chute d’un marteau cassant une fiole de poison — Schrödinger proposait de l’acide cyanhydrique, qui peut être enfermé sous forme liquide dans un flacon sous pression et se vaporiser, devenant un gaz mortel, une fois le flacon brisé. Si les probabilités indiquent qu’une désintégration a une chance sur deux d’avoir eu lieu au bout d’une minute, la mécanique quantique indique que, tant que l’observation n’est pas faite, l’atome est simultanément dans deux états (intact/désintégré). Or le mécanisme imaginé par Erwin Schrödinger lie l’état du chat (mort ou vivant) à l’état des particules radioactives, de sorte que le chat serait simultanément dans deux états (l’état mort et l’état vivant), jusqu’à ce que l’ouverture de la boîte (l’observation) déclenche le choix entre les deux états. Du coup, on ne peut absolument pas dire si le chat est mort ou non au bout d’une minute. La difficulté principale tient donc dans le fait que si l’on est généralement prêt à accepter ce genre de situation pour une particule, l’esprit refuse d’accepter facilement une situation qui semble aussi peu naturelle quand il s’agit d’un sujet plus familier comme un chat. Wikipedia
L’expérience de la Terre jumelle est une expérience de pensée proposée par le philosophe américain Hilary Putnam en 1975, qui la qualifie de « science-fiction », dans le cadre d’une réflexion sur le concept de signification (ou « vouloir-dire », traduction de l’allemand « Bedeutung »). Elle a été formulée dans un article intitulé The meaning of "meaning" (La signification de « signification ») 1 Elle fait partie aujourd’hui de la théorie dite d’externalisme sémantique, qui considère que les significations (« Bedeutung ») ne dépendent pas exclusivement des états mentaux du locuteur. Cela revient à réfuter le caractère essentiellement privé de la signification : on peut utiliser un terme sans en connaître parfaitement l’extension. Après avoir exposé l’expérience de la Terre jumelle, Putnam donne en effet un autre exemple : je peux utiliser le terme « aluminium », ou « orme », sans avoir une idée précise de son extension, par exemple si je ne sais pas le distinguer clairement et distinctement du terme de « molybdène » ou de « hêtre ». Toutefois, cela n’implique pas que l’extension du terme en question soit parfaitement déterminé : un métallurgiste, ou un garde forestier, saura distinguer l’aluminium du molybdène, ou un hêtre d’un orme. Il y a donc une « division du travail linguistique » : la signification des mots n’est pas fixée dans l’ego des individus, mais dans la communauté linguistique prise dans son ensemble. L’ambition de Putnam, à travers cette expérience de pensée, était de montrer que l’extension (ou référence, ou dénotation) d’un terme n’est pas déterminée entièrement par les états psychologiques du locuteur (« les significations ne sont pas dans la tête »). Il s’agissait ainsi d’une critique de la théorie descriptive de la signification. Depuis, des philosophes, comme Tyler Burge par exemple, ont proposé différentes variantes de cette expérience. Wikipedia
Dans The Collapse of the Fact/Value Dichotomy (2002; traduit en 2004), Putnam s’attaque à la dichotomie fait-valeur, fondatrice du projet du Cercle de Vienne et très présente dans Language, Truth, and Logic (1936) d’Alfred Ayer, sans pour autant souscrire aux thèses plutôt relativistes soutenues par Richard Rorty dans Objectivisme, relativisme et vérité (1994). Si Putnam critique l’émotivisme d’Ayer d’une part, et l’intuitionnisme de G.E. Moore d’autre part, il maintient toutefois la distinction fait-valeurs. D’une part, il affirme qu’on ne peut distinguer entre des concepts factuels et des concepts axiologiques, mais seulement entre des fonctions descriptives et prescriptives des concepts. Il s’appuie pour cela sur les « concepts éthiques épais » (thick ethical concepts), qui mêlent fonction descriptive et prescriptive. La cruauté illustre ces concepts qui ne peuvent être classés ni parmi les jugements de faits exclusifs, ni parmi les jugements de valeurs exclusifs. C’est un concept éthique épais qui possède simultanément une fonction descriptive et prescriptive. À propos de ces concepts, Putnam rejette la solution de R.M. Hare, visant à départager contenu descriptif et contenu prescriptif. Il adopte enfin une position pragmatiste inspirée par John Dewey, afin de pouvoir obtenir une relative objectivité en éthique. Wikipedia
"Qu’est-ce que la vérité ?" C’est la question de Ponce Pilate, qu’il est de bon ton, depuis Nietzsche, de juger d’autant plus profonde qu’elle serait sans réponse possible. Que la question fût posée par le chef d’une armée d’occupation – juste avant qu’il se lave les mains pendant qu’on crucifie un innocent – devrait pourtant nous inciter à davantage de vigilance. S’il n’y a pas de vérité, ou si l’on ne peut pas du tout la connaître, quelle différence entre un coupable et un innocent, entre un procès et une mascarade, entre un juste et un escroc ? Non que la vérité, certes, suffise à rendre la justice ! Il y faut aussi une loi, des principes, des valeurs… Mais quelle justice sans vérité ? Ainsi la question revient toujours. Qu’on ne connaisse jamais toute la vérité, c’est une évidence. Cela n’empêche pas de dire ce qu’elle est, ou plutôt cela suppose qu’on en soit capable. Comment saurait-on, autrement, qu’on ne la connaît pas toute ? Une définition au moins nominale de la vérité est nécessaire, sans laquelle toute définition serait impossible ou sans portée. Mais cette définition, à son tour, n’est concevable que par une certaine expérience que nous avons, en nous, de ce que Spinoza appellera « la norme de l’idée vraie donnée ». Si nous ne savions pas du tout ce qu’est le vrai, comment pourrions-nous le chercher, comment saurions-nous, même, ce qu’est une erreur ? Ce n’est pas seulement la justice qui serait impossible. Les sciences le seraient tout autant, et la philosophie. Ce serait le triomphe des ignorants, des sophistes et des négationnistes. André Comte-Sponvillle
(Hamlet de Shalespeare) C’est une pièce policière. Au coeur de l’intrigue, il y a un secret qu’on révèle lentement. Mais y a-t-il plus grand secret que la vérité ? La littérature est toujours une expédition vers la vérité. (…) Mais en réalité (…) la vérité est ce dont chaque homme a besoin pour vivre et que pourtant il ne peut devoir ni acheter à personne. Chacun doit la produire du fond de lui-même, faute de quoi il périt. La vie sans la vérité est impossible. Peut-être que la vérité, c’est la vie elle-même. Kafka
La vérité biblique sur le penchant universel à la violence a été tenue à l’écart par un puissant processus de refoulement. (…) La vérité fut reportée sur les juifs, sur Adam et la génération de la fin du monde. (…) La représentation théologique de l’adoucissement de la colère de Dieu par l’acte d’expiation du Fils constituait un compromis entre les assertions du Nouveau Testament sur l’amour divin sans limites et celles sur les fantasmes présents en chacun. (…) Même si la vérité biblique a été de nouveau  obscurcie sur de nombreux points, (…) dénaturée en partie, elle n’a jamais été totalement falsifiée par les Églises. Elle a traversé l’histoire et agit comme un levain. Même l’Aufklärung critique contre le christianisme qui a pris ses armes et les prend toujours en grande partie dans le sombre arsenal de l’histoire de l’Eglise, n’a jamais pu se détacher entièrement de l’inspiration chrétienne véritable, et par des détours embrouillés et compliqués, elle a porté la critique originelle des prophètes dans les domaines sans cesse nouveaux de l’existence humaine. Les critiques d’un Kant, d’un Feuerbach, d’un Marx, d’un Nietzsche et d’un Freud – pour ne prendre que quelques uns parmi les plus importants – se situent dans une dépendance non dite par rapport à l’impulsion prophétique. Raymund Schwager
On apprend aux enfants qu’on a cessé de chasser les sorcières parce que la science s’est imposée aux hommes. Alors que c’est le contraire: la science s’est imposée aux hommes parce que, pour des raisons morales, religieuses, on a cessé de chasser les sorcières. (…) Si on a assez d’esclaves, comme dans la république d’Aristote, pour pousser les charrettes ou même pour jouer les baudets, pourquoi voulez-vous qu’on se casse la tête à inventer le camion à moteur? René Girard
Il y a deux grandes attitudes à mon avis dans l’histoire humaine, il y a celle de la mythologie qui s’efforce de dissimuler la violence, car, en dernière analyse, c’est sur la violence injuste que les communautés humaines reposent. (…) Cette attitude est trop universelle pour être condamnée. C’est l’attitude d’ailleurs des plus grands philosophes grecs et en particulier de Platon, qui condamne Homère et tous les poètes parce qu’ils se permettent de décrire dans leurs oeuvres les violences attribuées par les mythes aux dieux de la cité. Le grand philosophe voit dans cette audacieuse révélation une source de désordre, un péril majeur pour toute la société. Cette attitude est certainement l’attitude religieuse la plus répandue, la plus normale, la plus naturelle à l’homme et, de nos jours, elle est plus universelle que jamais, car les croyants modernisés, aussi bien les chrétiens que les juifs, l’ont au moins partiellement adoptée. L’autre attitude est beaucoup plus rare et elle est même unique au monde. Elle est réservée tout entière aux grands moments de l’inspiration biblique et chrétienne. Elle consiste non pas à pudiquement dissimuler mais, au contraire, à révéler la violence dans toute son injustice et son mensonge, partout où il est possible de la repérer. C’est l’attitude du Livre de Job et c’est l’attitude des Evangiles. C’est la plus audacieuse des deux et, à mon avis, c’est la plus grande. C’est l’attitude qui nous a permis de découvrir l’innocence de la plupart des victimes que même les hommes les plus religieux, au cours de leur histoire, n’ont jamais cessé de massacrer et de persécuter. C’est là qu’est l’inspiration commune au judaïsme et au christianisme, et c’est la clef, il faut l’espérer, de leur réconciliation future. C’est la tendance héroïque à mettre la vérité au-dessus même de l’ordre social. René Girard
Il me semblait que la définition traditionnelle de la Passion en termes de sacrifice fournissait des arguments supplémentaires à ceux qui voulaient assimiler le christianisme à une religion archaïque , et je l’ai longtemps rejetée. (…) Je voulais seulement dissiper chez les non-chrétiens et, de nos jours, chez les chrétiens eux-mêmes, l’équivoque entretenue par l’ambivalence du terme de "sacrifice". Ce souci reste légitime à mes yeux mais il ne faut pas l’absolutiser. (…) le recours au même mot pour les deux types de sacrifice, si trompeur qu’il soit à un premier niveau, suggère, il me semble, quelque chose d’essentiel, à savoir l’unité paradoxale du religieux d’un bout à l’autre de l’histoire humaine. (…) Plus les extrêmes sont éloignés l’un de l’autre et plus leur union en un même mot, paradoxalement, suggère un au-delà de l’opposition. Le jugement de Salomon suggère cet au-delà. (…) Nous disons très bien nous-mêmes que la seconde femme sacrifie la rivalité à son enfant, alors que la première acceptait de sacrifier l’enfant à sa rivalité. Ce que dit le texte, c’est qu’on ne peut renoncer au sacrifice première manière, qui est sacrifice d’autrui, violence contre l’autre, qu’en assumant le risque du sacrifice deuxième manière, le sacrifice du Christ qui meurt pour ses amis. Le recours au même mot coupe court à l’illusion d’un terrain neutre complètement étranger à la violence. 
Il convient de voir dans les Ecritures judéo-chrétiennes la première révélation complète du pouvoir structurant de la victimisation dans les religions païennes ; quant au problème de la valeur anthropologique de ces Ecritures, il peut et doit être étudié comme un problème purement scientifique, la question étant de savoir si, oui ou non, les mythes deviennent intelligibles, comme je le crois, dès lors qu’on les interprète comme les traces plus ou moins lointaines d’épisodes de persécution mal compris. (…) Ma conclusion est que, dans notre monde, la démythification tire sa force de la Bible. Réponse inacceptable pour ceux qui pensent que tout ce qui risque de placer la Bible sous un jour favorable ne saurait être pris au sérieux par les vrais chercheurs, car il ne peut s’agir que d’une approche religieuse – et donc irrationnelle – qui n’a strictement aucune valeur du point de vue de l’anthropologie. (…) Et pourtant, y a-t-il quelque chose qui soit plus naturel aux chercheurs que de traiter des textes similaires de façon similaire, ne serait-ce que pour voir ce que cela donne ? Un tabou inaperçu pèse sur ce type d’étude comparative. Les tabous les plus forts sont toujours invisibles. Comme tous les tabous puissants, celui-ci est antireligieux, c’est-à-dire, au fond, de nature religieuse. A partir de la Renaissance, les intellectuels modernes ont remplacé les Ecritures judéo-chrétiennes par les cultures anciennes. Puis, l’humanisme de Rousseau et de ses successeurs a glorifié à l’excès les cultures primitives et s’est également détourné de la Bible. Si la lecture que je propose est acceptée, notre vieux système de valeurs universitaires, fondé sur l’élévation des cultures non bibliques aux dépens de la Bible, va devenir indéfendable. Il deviendra clair que le véritable travail de démythification marche avec la mythologie, mais pas avec la Bible, car la Bible elle-même fait déjà ce travail. La Bible en est même l’inventeur : elle a été la première à remplacer la structure victimaire de la mythologie par un thème de victimisation qui révèle le mensonge de la mythologie. René Girard

Et si, derrière les interminables coupages de cheveux en quatre dénommés philosophie, on ne retrouvait pas toujours la même et multi-millénaire histoire de coupage de bébés en deux ?

Caverne de Platon, cire de Descartes, barre de fer de Bergson, chat quantique de Schrödinger, Terre jumelle de Putnam, concepts éthiques épais de Wiliams …

A l’heure où l’une des plus brillantes astronautes de sa génération voit sa nomination au poste de vice-commandante des forces spatiales américaines bloquée pour avoir exercé son droit de clémence dans un cas apparemment aberrant de "contact sexuel non sollicité" …

Comment ne pas voir, avec cette énième question-bateau du jugement vrai au bac de philosophie de cette année, cet étrange et long effort de la philosophie pour évacuer ce qu’avait déjà révélé bien avant nos "expériences de pensée" et nos "simulateurs de décision pratique ou conceptuelle" il y a plus de trois mille ans le fameux jugement de Salomon …

A savoir l’inévitable présence de la violence au coeur du processus de la parole de vérité ?

Mais comment ne pas voir aussi, ultime violence bien illustrée par les corrigés proposés, ce tabou et cette évacuation même du texte par lequel la révélation est arrivée …

A savoir la Bible elle-même ?

Le jugement de Salomon

La violence au coeur du processus de la parole de vérité

Etienne Duval

Salomon était un homme jeune lorsqu’il succéda à David pour devenir roi d’Israël. Il était un peu inquiet de son manque d’expérience et manifestait une réelle humilité. Or, au début de son règne, il eut un grand rêve qui le mit en présence de Dieu lui-même. Yahvé lui dit : " Demande-moi ce que je dois te donner ". Comment répondre à une pareille question ? Il commence par faire l’éloge de son père et exprime son peu d’aptitude pour les affaires publiques. " Donne à ton serviteur, dit-il, un cœur plein de jugement, pour gouverner ton peuple, pour discerner entre le bien et le mal, car qui pourrait gouverner ton peuple qui est si grand ? " Dieu ne s’attendait pas à une telle réponse. Il se montre satisfait par cette sagesse naissante, heureux qu’il n’ait pas d’abord demandé de grandes richesses, une longue vie et la victoire sur ses ennemis. Son esprit étant bien disposé, il lui promet de lui accorder ce qu’il demande : " Voici que je fais ce que tu as dit. Je te donne un cœur sage et intelligent comme personne ne l’a eu avant toi et comme personne l’aura après toi ". Là-dessus, Salomon se réveille. Ce n’était qu’un rêve, mais ce rêve révélait son désir profond qui allait traverser toute sa vie. Il pense alors que Yahvé s’est servi de ce songe pour le mettre à l’unisson de son propre désir. Sans attendre il offre au Seigneur des holocaustes et des sacrifices de communion et convie pour un grand banquet tous ses serviteurs.

" Dieu donna à Salomon une sagesse et une intelligence extrêmement grandes et un cœur aussi vaste que le sable qui est au bord de la mer. Sa sagesse fut plus grande que celle de tous les fils de l’Orient et de toute l’Egypte… On vint de tous les peuples pour l’entendre. " Le jugement de Salomon, un des joyaux de la littérature mondiale, est là pour en témoigner.

Le Jugement de Salomon

Deux prostituées vinrent vers le roi et se tinrent devant lui.

L’une des femmes dit : " S’il te plaît, Monseigneur !

Moi et cette femme, nous habitons la même maison

Et j’ai eu un enfant alors qu’elle était dans la maison.

Il est arrivé que le troisième jour, après ma délivrance,

Cette femme aussi a eu un enfant.

Nous étions ensemble.

Il n’y avait pas d’étranger dans la maison,

Rien que nous deux dans la maison.

Or le fils de cette femme est mort une nuit

Parce qu’elle s’était couchée sur lui.

Elle se leva au milieu de la nuit,

Prit mon fils d’à côté de moi, pendant que ta servante dormait.

Elle le mit sur son sein et son fils mort elle le mit sur mon sein.

Je me levai pour allaiter mon fils,

Et voici qu’il était mort !

Mais, au matin, je l’examinai,

Et voici que ce n’était pas mon fils que j’avais enfanté ! "

Alors, l’autre femme dit : " Ce n’est pas vrai !

Ton fils est celui qui est mort et mon fils est celui qui est vivant ! "

Elles se disputaient devant le roi qui prononça :

" Celle-ci dit : " Voici mon fils et c’est ton fils qui est mort ! "

Celle-là dit : " Ce n’est pas vrai !

Ton fils est celui qui est mort et mon fils est celui qui est vivant ! "

" Apportez-moi une épée, " ordonne le roi.

Et on apporta l’épée devant le roi, qui dit :

" Partagez l’enfant vivant en deux

et donnez la moitié à l’une et la moitié à l’autre. "

Alors la femme dont le fils était vivant s’adressa au roi,

Car sa pitié s’était enflammée pour son fils et elle dit :

" S’il te plaît Monseigneur !

qu’on lui donne l’enfant, qu’on ne le tue pas ! "

Mais celle-là disait :

" Il ne sera ni à moi ni à toi, partagez ! "

Alors le roi prit la parole et dit :

" Donnez l’enfant à la première, ne le tuez pas.

C’est elle la mère ! "

Tout Israël apprit le jugement qu’avait rendu le roi.

Ils révérèrent le roi car ils virent

Qu’il y avait en lui une sagesse divine pour rendre la justice.

(Bible de Jérusalem, I Rois, 3, 16-28))

La structure du récit

L’ange du jugement de Chagall

http://www.chagall-posters.com/chagall-posters3.html

La structure du récit

1. Accusation de la première femme

La première prostituée a eu un enfant, la seconde aussi, mais son enfant est mort. Celle-ci, pendant la nuit, a échangé l’enfant mort contre l’enfant vivant.

2. La seconde femme récuse l’accusation de la première

Pour elle, l’enfant de la première femme est mort et le sien est vivant.

3. Une confusion qui pose question

Comment séparer la vérité du mensonge ?

4. L’épée qui va trancher

Elle doit partager l’enfant en deux pour en donner la moitié à chacune

5. La première femme arrête l’épée

Elle préfère être séparée de son enfant plutôt que de le voir partagé : il vaut mieux le donner à la seconde femme sans le tuer.

6. La seconde femme préfère voir l’enfant partagé pour que chacune est sa part

Il ne sera ni à l’une ni à l’autre

7. Le passage de l’épée à la parole

Salomon prend la parole pour trancher et sortir de la confusion

8. Au lieu de partager, donner l’enfant tout entier à la première femme

C’est elle, la mère

9. Reconnaissance publique de la sagesse divine de Salomon

Israël apprend, il révère le roi car il reconnaît en lui une sagesse divine.

Nous avons ici toutes les étapes d’un procès : l’accusation, la défense, la question à éclaircir, le processus de manifestation de la vérité, le jugement et la reconnaissance publique de la validité du jugement. Mais ce qui retient l’attention, c’est le processus symbolique suivi pour la manifestation de la vérité, avec, à la fin, le passage de l’épée à la parole.

L’éclairage du texte par les images

La bouche de la vérité

http://www.azureva.com/italie/mags/rome/rome-bouche-de-la-verite.php3

L’éclairage du texte par les images

1. L’enfant étouffé et l’enfant arraché

La femme à qui on arrache son enfant

2. L’obstination de la seconde femme à nier les faits

3. Les deux femmes en conflit

La confusion entre la vérité et le mensonge

4. L’épée qui doit trancher

Au départ elle est une menace, qui vise le partage en deux de l’enfant

5. La femme attachée à la vie de l’enfant

Sa peur pour la vie de l’enfant et le renoncement à la possession

6. La femme enfermée dans la mort

Elle veut finalement la mort de l’enfant vivant

7. Le passage de l’épée à la parole

Le roi prend l’épée comme on prend la parole. La parole qui sépare comme l’épée

8. La parole du roi qui tranche

Elle sépare les deux femmes, et sépare mensonge et vérité

9. Israël plein de révérence pour la sagesse du roi

Il reconnaît en lui la sagesse divine

Les images soulignent la dynamique de l’évolution intérieure des différents personnages, qui va conduire à la manifestation de la vérité et au jugement. Le peuple lui-même est impliqué comme témoin puisqu’il donne son approbation. Seule la seconde femme, enfermée dans la mort, ne bouge pas. Peut-être la séparation qu’opère le jugement entre les deux prostituées pourra-t-il lui permettre d’évoluer.

La signalétique ou les paroles du texte

Confusion

La signalétique ou les paroles du texte

1. L’accusation

S’il te plaît, Monseigneur, moi et cette femme, nous habitons la même maison. Et j’ai eu un enfant alors qu’elle était dans la maison. Il est arrivé que le troisième jour, après ma délivrance, cette femme aussi a eu un enfant. Nous étions ensemble. Il n’y avait plus d’étranger à la maison. Or le fils de cette femme est mort une nuit parce qu’elle s’était couchée sur lui. Elle se leva au milieu de la nuit, prit mon enfant d’à côté de moi, pendant que ta servante dormait. Elle le mit sur son sein et son fils mort, elle mit sur mon sein. Je me levai pour allaiter mon fils, et voici qu’il était mort ! Mais, au matin, je l’examinai, et voici que ce n’était pas mon fils que j’avais enfanté !

2. L’accusation récusée

Ton fils est celui qui est mort et mon fils est celui qui est vivant !

3. Le résumé de la situation par Salomon

Celle-ci dit : " Voici mon fils et c’est ton fils qui est mort ". Celle-là dit : " Ce n’est pas vrai ! Ton fils est celui qui est mort et mon fils est celui qui est vivant ! "

4. L’ordre d’apporter une épée

Apportez-moi une épée… Partagez l’enfant vivant en deux et donnez la moitié à l’une et la moitié à l’autre.

5. La première femme veut arrêter l’épée qui va partager l’enfant

S’il te plaît, Monseigneur ! Qu’on lui donne l’enfant, qu’on ne le tue pas !

6. La seconde femme veut que l’épée partage l’enfant

Il ne sera ni à moi ni à toi, partagez !

7. Le jugement

Donnez l’enfant à la première, ne le tuez pas. C’est elle la mère !

D’emblée, on remarque que la première femme est dans la parole alors que la seconde ne l’est pas : les explications de celle-ci sont très brèves et s’enferment dans la négation. Par ailleurs la première prostituée formule l’accusation avec une très grande précision et souligne ce qui est en jeu : la confusion dans laquelle se trouve la première femme. Elle habite la même maison, a un enfant trois jours après son amie, se couche sur son bébé comme si elle s’identifiait à lui au point qu’elle l’entraîne dans la mort et finalement pense que l’enfant de l’autre est aussi le sien. La confusion ici apparaît comme un facteur de mort. Tout est déjà dit, mais Salomon veut avoir la confirmation de la vérité qu’il perçoit, par la parole de chacune des deux femmes. C’est pourquoi il utilise le stratagème de l’épée comme une provocation pour que la vérité s’exprime.

La violence au coeur du processus de la parole de vérité

Deux jeunes femmes vivent de la prostitution. Elles habitent la même maison, partagent leurs repas quand elles sont disponibles et parfois même leur argent pour faire face aux dépenses communes. Elles ont l’une pour l’autre une amitié sincère, qui donne un peu de cohérence à leur existence morcelée. Chez elles, tout se ressemble : les habits, les goûts esthétiques, la manière de parler, les histoires qu’elles racontent. La seconde, il est vrai, a tendance à imiter sa compagne si bien que son mimétisme tend à accroître encore la promiscuité dans laquelle elles vivent. Finalement leur relation est marquée par la fusion et la confusion. On les prend parfois pour deux sœurs jumelles. Elles ont de la peine à savoir ce qui est propre à l’une et ce qui appartient à l’autre. Souvent, elles manifestent de grands épanchements de sentiments mais elles finissent par éprouver des tiraillements qui dégénèrent en conflits.

L’enfant échangé pendant la nuit

La première a accouché d’un garçon qu’elle adore. Est-ce par un hasard de circonstances ou par une subtile imitation, la seconde a accouché trois jours après. Elle manifeste une très grande joie, en dépit des difficultés que va entraîner cet événement pour le travail quotidien. Il est vrai qu’elle a peu d’expérience, et elle ne sait pas mettre la distance nécessaire entre elle et sa progéniture. L’enfant continue à faire partie d’elle-même, comme s’il était encore dans son ventre. Ce soir là, elle l’a mis sur son sein, puis elle s’est endormie. Sans s’en rendre compte, elle s’est retournée : le jeune garçon a subi tout le poids de son corps. Il est mort étouffé. A son réveil, la femme s’aperçoit du désastre : elle est affolée, ne sait que faire, se dit que son enfant ne peut pas être mort. Alors, dans son égarement, elle le porte sur le sein de l’autre femme et prend pour elle le garçon qui respire normalement. Elle n’a pas fait de bruit. La nuit continue, comme si de rien n’était, son paisible déroutement.

La coupable ne reconnaît pas son forfait

Lorsque l’amie se réveille, elle se lève gaiement pour allaiter son enfant. Mais l’enfant s’est raidi et ne porte plus la vie. La femme le regarde, l’examine avec une attention infinie : elle ne reconnaît pas son garçon. Ses cheveux sont plus longs, plus foncés et les taches de rousseur qu’elle avait remarquées sur son front ont mystérieusement disparu. Aussitôt elle comprend le stratagème et vient interpeller sa compagne qui tarde à se lever. L’amie ne veut rien entendre. Sa réponse est brève et sur la défensive. Manifestement elle n’est pas dans la parole, car, dans sa vie, l’autre n’a pas de prise. Comment pourrait-elle parler, en dehors d’un bavardage répétitif, si elle ignore l’altérité ? Le sens lui échappe et elle semble encore incapable de porter un jugement de vérité. Pour elle, les choses ne sont pas si claires, en tout cas beaucoup moins claires que pour le lecteur lui-même. Ce qui est à l’autre lui appartient aussi. Et elle ne peut imaginer que son enfant soit mort. Donc le sien est celui qui est vivant. D’ailleurs, elle n’est pas prête à affronter la mort. Elle doit l’esquiver à tout prix.

La confusion ou le conflit pour le même enfant

La première femme ne peut en rester là : elle en appelle au roi Salomon, qui a une réputation de grande sagesse. La seconde est d’accord pour faire entendre sa vérité. Le roi se laisse émouvoir et demande aux deux plaignantes de se présenter devant son tribunal avec l’enfant vivant. Il les entend alors l’une après l’autre. Chacune a sa version, ce qui ne permet pas de trancher. Les voyant dans la confusion et le conflit, il a vite fait de résumer la situation. Celle-ci dit : " Voici mon fils et c’est ton fils qui est mort ! " Celle-là dit : " Ce n’est pas vrai ! Ton fils est celui qui est mort et mon fils est celui qui est vivant ! " Il a une intuition : il se dit que seule la vraie mère ne peut pas mentir. Il faut trouver un stratagème pour qu’elle puisse se dévoiler. Il pense alors au recours à la violence, dont la vocation la plus saine est de séparer pour introduire une clarté nouvelle.

La menace de l’épée

Salomon imagine une mise en scène. Les femmes seront, avec lui, les actrices d’une pièce de théâtre qu’elles viennent d’ébaucher. Il faudra aller jusqu’au bout pour arriver au dénouement. Il demande qu’on lui apporte une épée. Un serviteur arrive avec l’arme qu’il a sortie de son fourreau. Ceux qui assistent au procès se demandent quelle idée le roi a derrière la tête ; il n’a pas la réputation d’un bourreau. Ils ont pourtant un mouvement de recul lorsqu’il ordonne de partager l’enfant vivant en deux et d’en donner la moitié à l’une et la moitié à l’autre. Le serviteur hésite, regarde Salomon qui reste impassible.

L’interruption du processus de la violence

Lorsque l’épée se lève, la première femme l’arrête. L’interruption de la violence meurtrière fait partie du processus imaginé par Salomon. Et lorsqu’on dit interruption, il s’agit bien d’interrompre et non d’arrêter. Le roi sait qu’il faut détourner l’épée de son objet premier pour lui faire jouer un autre rôle. Cela, la femme ne le sait pas. Elle est engagée dans un jeu qu’elle ne maîtrise pas et dont seul Salomon connaît les règles. Mais elle joue son rôle à merveille.

La symbolisation de la violence

En arrêtant l’épée, la femme dont la pitié s’était enflammée pour son fils interpelle le roi : S’il te plaît Monseigneur ! Qu’on lui donne l’enfant, qu’on ne le tue pas ! Mais l’autre s’exclame : Il ne sera ni à moi ni à toi, partagez ! Dans le premier cas, c’est l’amour maternel qui s’exprime en vérité. Dans le second, c’est la volonté de n’être pas séparée de son amie : si, en effet, celle-ci est la mère de l’enfant vivant, elles ne seront plus dans la même situation et entreront dans la différence séparatrice. Or cela lui paraît impossible.

Ce qui vient de se passer c’est la symbolisation de la violence elle-même. Il s’agissait de détourner la force de mort de sa trajectoire première pour en faire une alliée de la force de vie, figurée par l’amour maternel. Autrement dit la symbolisation de la violence consiste à lui redonner sa véritable fonction, qui consiste à promouvoir la vie. Elle permet ainsi d’entrer dans l’alliance de la vie et de la mort.

La violence symbolisée promeut la vie en séparant

Un léger sourire traverse maintenant le visage de Salomon comme si la lumière venait de faire son entrée dans son esprit. Il ordonne alors à son serviteur de remettre l’arme dans son fourreau. L’épée a déjà tranché. Elle a séparé le mensonge et la vérité, la mère et son enfant vivant, les deux femmes, les deux mères, l’enfant vivant et l’enfant mort. La vie peut désormais poursuivre son élan, plus forte que jamais.

La violence symbolisée donne naissance à la parole de vérité

La symbolisation de la violence a donc permis de révéler la vérité. Il appartient maintenant à la parole du juge de dire ce que la violence a révélé. C’est donc elle qui prend le relais. Donnez l’enfant à la première, ne le tuez pas. C’est elle la mère ! En fait, la parole de vérité n’est pas seulement un dire : elle est remise en ordre ou plus directement organisation d’un ordre créateur. Nous sommes tout près de la Parole divine, qui sépare la lumière et les ténèbres, les eaux d’avec les eaux, la mer et la terre…

La soumission à la Loi d’amour, au fondement du processus de la parole de vérité

Il appartient maintenant à Israël de porter le jugement définitif. Il voit en Salomon une sagesse divine pour rendre la justice. Or la sagesse divine n’est pas d’abord une expression de l’intelligence : elle prend sa source dans le cœur de Dieu comme l’avaient déjà souligné les sages égyptiens. Autrement dit, elle est le fruit de l’amour. C’est donc parce qu’il se soumet à une Loi d’amour, que Salomon, peut, à sa façon, réinventer le processus de la parole de vérité, qui intègre la violence.

Voir également:

Qu’est-ce que la vérité ?

André Comte-Sponvillle

-Le Monde des Religions n°33

1 janvier 2009

« Qu’est-ce que la vérité ? » C’est la question de Ponce Pilate, qu’il est de bon ton, depuis Nietzsche, de juger d’autant plus profonde qu’elle serait sans réponse possible. Que la question fût posée par le chef d’une armée d’occupation – juste avant qu’il se lave les mains pendant qu’on crucifie un innocent – devrait pourtant nous inciter à davantage de vigilance. S’il n’y a pas de vérité, ou si l’on ne peut pas du tout la connaître, quelle différence entre un coupable et un innocent, entre un procès et une mascarade, entre un juste et un escroc ? Non que la vérité, certes, suffise à rendre la justice ! Il y faut aussi une loi, des principes, des valeurs… Mais quelle justice sans vérité ? Ainsi la question revient toujours.

Qu’on ne connaisse jamais toute la vérité, c’est une évidence. Cela n’empêche pas de dire ce qu’elle est, ou plutôt cela suppose qu’on en soit capable. Comment saurait-on, autrement, qu’on ne la connaît pas toute ? Une définition au moins nominale de la vérité est nécessaire, sans laquelle toute définition serait impossible ou sans portée. Mais cette définition, à son tour, n’est concevable que par une certaine expérience que nous avons, en nous, de ce que Spinoza appellera « la norme de l’idée vraie donnée ». Si nous ne savions pas du tout ce qu’est le vrai, comment pourrions-nous le chercher, comment saurions-nous, même, ce qu’est une erreur ? Ce n’est pas seulement la justice qui serait impossible. Les sciences le seraient tout autant, et la philosophie. Ce serait le triomphe des ignorants, des sophistes et des négationnistes.

Qu’est-ce que la vérité ? Inutile, ici, de chercher l’originalité. Les Grecs connaissaient déjà la réponse, bien avant que Pilate ne fasse semblant de se poser la question. Par exemple Épicure : « Est vrai ce qui est comme on le dit être ; est faux ce qui n’est pas comme on le dit être. » C’était comprendre que la vérité est dans l’être (veritas essendi, diront les scolastiques) avant d’être dans la connaissance (veritas cognoscendi), et ne se trouve dans celle-ci qu’à la condition de correspondre, au moins en partie, à celui-là. « La vérité consiste en l’être », dira Descartes, ou dans l’adéquation à ce qui est.

C’est ce que j’illustrerais volontiers par une définition encore plus simple : la vérité, c’est ce que Dieu connaît, s’il existe. On remarquera que ma définition ne dépend aucunement de l’existence de Dieu. C’est ce qui fait sa force. Elle est fondée sur une hypothèse (celle d’un dieu omniscient), mais n’est elle-même nullement hypothétique : ni l’extension ni la compréhension du concept de vérité ne varient en fonction de l’existence ou non de ce dieu qui sert, mais comme simple hypothèse, à le définir. Que Dieu existe ou pas, qu’est-ce que cela change à la vérité de ce qui est ou fut ? Rien : Dreyfus n’en sera pas moins innocent, ni ses juges moins coupables. Les athées le savent bien, s’ils sont rationalistes. C’est ce qui les distingue de Nietzsche ou de Ponce Pilate.

Une conséquence importante de cette définition, c’est que connaissance et vérité ne sont identiques qu’en Dieu, s’il existe. Pour nous, simples mortels, elles sont à jamais deux, et irréductibles l’une à l’autre. C’est ce qui interdit de prétendre connaître toute la vérité, comme de prétendre qu’elle n’existe pas – car il n’y aurait rien, alors, dont on puisse dire qu’on l’ignore, ni qu’on le cherche. Par quoi le doute reste fidèle à la vérité qu’il suppose, aussi sûrement que le mensonge la trahit.

Il faudrait autrement donner raison à Ponce Pilate, et renoncer à défendre les innocents.

André Comte-Sponville est philosophe. Parmi ses ouvrages, Petit traité des grandes vertus (PUF, 1995) et L’Esprit de l’athéisme (Albin Michel, 2006).

Voir encore:

Putnam et la critique de la dichotomie fait/valeur

Antoine Corriveau-Dussault, Université Laval

Phares

Volume 7, 2007

Introduction

Les positivistes logiques défendent la distinction fait/valeur sur la base de leur division tripartite des énoncés[1]. Les énoncés se répartissent selon eux en trois classes : les énoncés analytiques, les énoncés synthétiques, et les énoncés vides de sens. Les énoncés analytiques sont ceux qui sont vrais en vertu de leur seule signification (par exemple les énoncés tautologiques comme « Tous les célibataires sont non-mariés »). Les énoncés synthétiques sont les énoncés empiriques, c’est-à-dire ceux pour lesquels une méthode de vérification expérimentale peut être imaginée. Les énoncés qui n’entrent pas dans ces deux classes sont considérés vides de sens[2]. C’est le cas principalement des énoncés éthiques et métaphysiques. Ces énoncés n’étant ni tautologiques, ni vérifiables empiriquement, ils sont rejetés comme du non-sens. C’est ce qui conduit les positivistes à opposer faits et valeurs. Selon eux, les faits sont du domaine de la science, et sont objectifs parce qu’ils constituent des descriptions du monde tel qu’il est dont l’exactitude peut être vérifiée empiriquement. À l’opposé, les valeurs sont du domaine de l’éthique (et de l’esthétique), et sont subjectives parce qu’elles sont des prescriptions de comment le monde devrait être qui ne réfèrent à rien de vérifiable empiriquement. L’opposition fait/valeur constitue donc, depuis le positivisme logique, le principal argument en faveur du subjectivisme moral[3].

Quiconque voulant défendre la possibilité d’une certaine objectivité en éthique est confronté à cette opposition. Deux types de stratégies sont habituellement employées pour concilier l’opposition fait/valeur avec la possibilité d’une objectivité en éthique. La première est celle de montrer qu’il est possible de déduire des jugements de valeur à partir de jugements de fait. C’est par exemple ce que tente Searle dans l’article « How to Deduce Ought From Is »[4]. La seconde est celle de montrer que les jugements de valeur peuvent être réduits à des jugements de fait d’un certain type (jugements de fait psychologiques, utilitaristes, sociologiques, etc.). C’est ce genre de réduction de l’éthique à des énoncés « naturels » que critique G.E. Moore sous l’étiquette sophisme naturalisme. L’objet de cet exposé n’est toutefois pas d’approfondir ces deux types de stratégies et leurs critiques. Nous nous intéresserons plutôt à un autre type de stratégie employée en regard de l’opposition fait/valeur pour ramener l’objectivité en éthique. Cette stratégie est développée par Hilary Putnam dans The Collapse of the Fact/Value Dichotomy[5] et dans quelques-uns de ses ouvrages antérieurs. Elle consiste à contester la légitimité de l’opposition fait/valeur elle-même. Selon Putnam, faits et valeurs ne sont pas aussi opposés que les positivistes logiques ne le prétendent. Sa démarche consiste à montrer que les positivistes exagèrent le fossé qui sépare faits et valeurs. Pour lui, ces derniers transforment une simple distinction en véritable dichotomie. Putnam est donc clair sur cette nuance : il n’en a pas contre une distinction, mais contre une dichotomie fait/valeur. Il argumente donc pour montrer qu’il n’y a pas d’opposition stricte entre faits et valeurs. Les faits et les valeurs sont selon lui imbriqués.

Un premier problème est toutefois que Putnam n’est pas assez explicite sur la différence qu’il veut marquer entre distinction et dichotomie. Cela a pour conséquence qu’il est difficile de cerner quel type de distinction entre faits et valeurs il considère acceptable, et quel type il considère être trop dichotomique. Pouvons-nous encore après les arguments de Putnam décrier comme fallacieuse toute tentative d’inférer le devoir-être à partir de l’être ? Pouvons-nous toujours exiger comme Max Weber que la science soit neutre par rapport aux valeurs ? Un second problème est que Putnam ne précise pas quand son argumentation vise plus directement la dichotomie fait/valeur et quand elle vise d’abord le subjectivisme moral. Putnam semble à mon avis souvent traiter ces deux questions indistinctement. Or, dans l’introduction de The Collapse, il présente sa démarche comme critiquant d’abord la dichotomie fait/valeur afin de ramener ensuite, sur la base de cette critique, l’objectivité en éthique[6]. Sa critique de la dichotomie fait/valeur se veut donc, selon ce qu’il pose en introduction, une prémisse à sa critique du subjectivisme moral. La tendance de Putnam à traiter les deux questions indistinctement a pour conséquence qu’il est difficile de saisir en quoi sa critique de la dichotomie fait/valeur constitue une prémisse à sa critique du subjectivisme moral. Le but du présent article est de répondre autant que possible à ces problèmes d’ambiguïté. Ce que je me propose de faire est donc d’exposer et d’analyser l’argumentation de Putnam afin de dégager comment elle a prise sur ces deux questions. J’analyserai ainsi les arguments de Putnam en précisant d’abord quelles limites ils imposent à l’application de la distinction fait/valeur pour ne pas qu’elle devienne dichotomique, et ensuite en quoi ils sont efficaces à montrer l’objectivité de l’éthique.

De manière très générale, l’argumentation de Putnam consiste à atténuer le fossé entre faits et valeurs, d’abord en montrant que la science est fondée sur des valeurs (les valeurs « épistémiques »), et ensuite en remarquant que certains concepts ont en même temps les caractéristiques principales des jugements de valeur et celles des jugements de fait. En montrant que la science est fondée sur des valeurs, Putnam met en évidence que les jugements de fait qu’elle prononce ne sont pas neutres par rapport aux valeurs. En remarquant que certains concepts ont en même temps les caractéristiques principales des faits et celles des valeurs, Putnam identifie certains concepts qui ne sont pas classables dans une opposition stricte entre faits et valeurs. La principale conséquence que tire Putnam de ces remarques est que l’on ne peut plus opposer faits et valeurs comme le font les positivistes quant à leur rapport à l’objectivité. Si les jugements de fait sont fondés sur des jugements de valeur, alors le subjectivisme des valeurs s’applique aussi aux faits. Il faut donc selon Putnam revoir l’idée que nous nous faisons de l’objectivité, car sinon nous devrons conclure que l’objectivité est impossible.

Son argumentation se divise selon moi en trois arguments. D’abord, l’argument des valeurs épistémiques par lequel Putnam montre que la science présuppose des valeurs. Ensuite l’argument des concepts éthiques épais, par lequel Putnam montre qu’il existe certains concepts qui ont en même temps les principales caractéristiques des faits et celles des valeurs. Et finalement, l’argument de la conception pragmatiste de l’objectivité par lequel Putnam évite le subjectivisme. Je découperai donc mon exposé et mon analyse de l’argumentation de Putnam en ces trois arguments, et j’évaluerai la prise qu’a chacun, d’abord sur la dichotomie fait/valeur et ensuite sur le subjectivisme moral.

1. L’argument des valeurs épistémiques

a) Exposé de l’argument

L’argument des valeurs épistémiques consiste à montrer que la science présuppose des valeurs. Cet argument se veut une sorte de réfutation par l’absurde. Si la science est fondée sur des valeurs et si les valeurs sont subjectives, alors, la science est elle aussi subjective.

Pour montrer que la science présuppose des valeurs, Putnam rappelle d’abord les amendements apportés à l’empirisme logique par Carnap et Quine. Carnap, confronté à la présence dans les théories scientifiques d’énoncés à propos d’inobservables comme les électrons, s’est résolu à assouplir le critère de vérifiabilité empirique. Dorénavant, ce ne seraient plus les énoncés individuels qui devraient pouvoir être validés empiriquement, mais les théories prises comme des touts unifiés[7]. Dès lors, des énoncés non-empiriques pourraient être acceptés dans les théories scientifiques en tant que « termes théoriques » si des énoncés empiriques pouvaient en être déduits. Il serait alors justifié de faire intervenir certains termes théoriques dans les théories s’ils permettaient à la théorie de prédire plus efficacement les phénomènes empiriques auxquels elle s’intéresse. Carnap maintenait tout de même une distinction marquée entre les termes empiriques et les termes théoriques.

La critique par Quine de la dichotomie analytique/synthétique a toutefois affaibli cette distinction. Les positivistes assimilaient analytique à conventionnel et synthétique à factuel. La critique de Quine consiste à remarquer que de nombreux énoncés ne sont pas nettement classables dans l’une ou l’autre de ces catégories. Par exemple, il est difficile de déterminer si le principe de conservation de l’énergie est factuel ou conventionnel. En fait, selon Quine, le factuel et le conventionnel ne sont pas nettement distincts dans les théories, ils se confondent[8]. Les jugements de fait d’une théorie dépendent des conventions propres à cette théorie et vice versa. Il n’y a donc pas de fait brut purement empirique. Tout jugement de fait présuppose les concepts propres à la perspective dans laquelle la théorie s’inscrit. Les conventions contenues dans une théorie sont confirmées par le succès empirique de la théorie, mais ce succès empirique est lui-même mesuré sur la base de ces mêmes conventions. Il n’y a donc pas de validation empirique ultime et décisive.

Après l’assouplissement du critère de vérifiabilité empirique par Carnap, l’empirique avait encore le dernier mot. Une théorie était valide si les énoncés empiriques que l’on pouvait en déduire étaient conformes à la « réalité empirique ». Toutefois, avec la critique de la dichotomie analytique/synthétique par Quine, une telle validation n’est plus possible. Les énoncés empiriques formulés par les théories présupposent les concepts propres à cette théorie. L’empirique ne peut donc pas servir à valider ces concepts. Pour pouvoir par exemple affirmer qu’il y a des chaises dans la salle où je me trouve, je dois déjà maîtriser les concepts de « salle » et de « chaise ». Mon expérience empirique me confirmant qu’il y a des chaises dans la salle présuppose déjà ces concepts. Elle ne peut donc pas servir à justifier ces concepts comme un découpage adéquat du donné empirique.

Les amendements de Quine et Carnap montrent donc qu’il n’y a pas de fait brut et que les jugements de fait présupposent toujours des concepts et des théories. Selon Putnam qui s’inspire ici du philosophe-économiste Vivian Walsh, en amendant leur épistémologie de la sorte, les positivistes logiques ouvrent la porte à ce que la science présuppose des valeurs[9]. Si les jugements de fait présupposent des concepts, pourquoi ne pourraient-ils pas aussi présupposer des valeurs ? Putnam attire alors l’attention sur les valeurs de cohérence, de plausibilité, de raisonnabilité et de simplicité, qui selon lui sont au fondement de nos théories scientifiques. Selon Putnam, une fois abandonnée l’idée de fait brut validant nos théories, nous devons, pour expliquer ce qui motive en science le choix d’une théorie plutôt qu’une autre, nous en remettre à ces valeurs qu’il appelle « épistémiques ». Une théorie est jugée meilleure qu’une autre non pas parce qu’elle est plus conforme à l’empirique, mais parce qu’elle nous semble plus cohérente, plus plausible, plus raisonnable, plus simple, etc. Évidemment, les positivistes logiques ont voulu éviter cette conclusion. Toutefois, aucune de leurs tentatives pour l’éviter n’a été fructueuse selon Putnam. Ni la « straight rule of induction » de Reichenbach, ni l’approche par algorithme de Carnap, ni le falsificationnisme de Popper ne résolvent adéquatement le problème[10]. Pour Putnam, nos théories scientifiques présupposent des valeurs. Il confirme cette idée en rappelant que la communauté scientifique a favorisé la théorie d’Einstein à celle de Whitehead cinquante ans avant que ne soit imaginée une expérience pouvant les vérifier. Les raisons pour lesquelles la théorie d’Einstein a été jugée meilleure que sa rivale à l’époque étaient qu’Einstein proposait une théorie plus simple et plus conservatrice. Sa théorie ne remettait pas en cause la conception admise de la conservation du mouvement[11]. Les valeurs de simplicité et de conservatisme sont donc à l’origine du choix de la communauté scientifique.

La prise en compte des valeurs épistémiques a pour Putnam un impact important sur la dichotomie fait/valeur. Elle atténue le fossé qui les sépare en montrant que l’un est fondé sur l’autre. Elle a aussi pour conséquence que tous les arguments habituellement employés pour défendre le subjectivisme moral s’appliquent aussi aux faits et à la science.

b) Analyse de l’argument

Impact de l’argument sur la dichotomie fait/valeur

Ce que l’argument des valeurs épistémiques montre, c’est que les faits présupposent des valeurs. Le type d’imbrication auquel il conduit est donc d’ordre logique : l’un est fondé sur l’autre. Cet argument maintient toutefois une distinction entre faits et valeurs. Pour qu’il soit sensé d’affirmer que les faits sont fondés sur des valeurs, il faut de façon évidente que faits et valeurs soient distincts. Ainsi, pour que son argument fonctionne, Putnam doit maintenir une certaine distinction entre les deux. Cela ne pose pas vraiment problème puisque comme nous l’avons noté, il n’en a pas contre une distinction entre faits et valeurs, mais seulement contre une dichotomie. Ce que nous devons donc identifier dans cet argument, c’est quelle(s) limite(s) il impose à l’application de la distinction fait/valeur pour qu’elle ne devienne pas dichotomique. L’argument n’impose qu’une seule limite. Habituellement, la principale conséquence tirée de la dichotomie fait/valeur est le subjectivisme des valeurs. Comme les faits sont validés empiriquement et les valeurs ne peuvent pas l’être, alors les faits sont considérés objectifs et les valeurs subjectives. L’argument des valeurs épistémiques annule cette conséquence. Puisque les faits sont fondés sur des valeurs, si les valeurs sont subjectives, alors les faits le sont aussi. Putnam nous demande donc de cesser d’associer objectif à descriptif. L’argument place ainsi faits et valeurs sur un pied d’égalité quant à leur rapport à l’objectivité. La limite qu’impose l’argument à l’application de la distinction fait/valeur est donc qu’il ne faut pas tirer de cette distinction la conséquence que faits et valeurs ont un rapport différent à l’objectivité.

Efficacité de l’argument à montrer l’objectivité de l’éthique

Strictement parlant, l’argument ne conduit pas à montrer l’objectivité des valeurs. Au contraire, il élargit plutôt aux faits le subjectivisme des valeurs. À la lumière de cet argument, descriptifs et prescriptifs se révèlent donc tous deux subjectifs. Nous verrons plus loin que Putnam renverse cette situation avec son troisième argument qui propose une conception pragmatiste de l’objectivité.

2. L’argument des concepts éthiques épais

a) Exposé de l’argument

L’argument des concepts éthiques épais consiste à montrer que de nombreux concepts employés dans les discussions éthiques réelles défient la dichotomie fait/valeur.

Selon Putnam, il y a dans le langage de nombreux concepts qui sont à la fois descriptifs et prescriptifs. Ils jouent donc à la fois le rôle habituellement associé aux faits et celui habituellement associé aux valeurs. Putnam donne l’exemple d’un concept comme « cruel ». Ce concept éthique sert selon lui à la fois à évaluer et à décrire. Lorsque par exemple un historien qualifie un empereur romain de cruel, cela nous donne une certaine idée du type de comportement de l’empereur. Le concept « cruel » véhicule donc un certain contenu descriptif. Toutefois, si un parent qualifie le professeur de son enfant de cruel, cela constitue de façon évidente une critique du comportement du professeur. Il n’a pas besoin de préciser ensuite qu’il désapprouve ce comportement. « Cruel » véhicule donc aussi une certaine force évaluative. Un concept comme « cruel » ne peut donc pas être classé dans une dichotomie étanche entre faits et valeurs puisqu’il joue ces deux rôles. Selon Putnam, de nombreux concepts défient de cette manière la dichotomie fait/valeur. Il appelle ces concepts « concepts éthiques épais » (thick ethical concepts), empruntant l’expression de Bernard Williams[12].

Ces concepts remettent en cause la forme que donnent les non-cognitivistes au syllogisme pratique. Selon ces derniers, le syllogisme pratique comporte une majeure prescriptive et une mineure descriptive. C’est seulement parce que la composante prescriptive est présente dans l’une des deux prémisses que la conclusion peut légitimement être prescriptive[13]. Le syllogisme pratique doit donc avoir la forme suivante :

M : « Il ne faut pas tuer d’être humain » (prémisse prescriptive)

m : « La peine de mort tue des être humains » (prémisse descriptive)

C : « Il ne faut donc pas pratiquer la peine de mort » (conclusion prescriptive)

Les concepts éthiques épais contredisent ce modèle. Comme certains prédicats sont à la fois prescriptifs et descriptifs, il semble possible pour Putnam de tirer une conclusion prescriptive à partir d’une seule prémisse. Dans l’exemple du professeur cruel, la forme de l’argument serait donc :

m : « Le professeur est cruel » (prémisse prescriptive-descriptive)

C : « Il est donc un mauvais professeur » (conclusion prescriptive)

Un prédicat comme « cruel », bien qu’il comporte un contenu descriptif, contient donc déjà tout ce qu’il faut pour conduire à une conclusion prescriptive.

Cela contredit aussi un des principaux arguments des non-cognitivistes en faveur de la dichotomie fait/valeur. Une formulation contemporaine de cet argument est celle de John Mackie selon laquelle les jugements de valeurs n’ont pas de contenu cognitif, puisque, comme ils ne décrivent rien qui puisse être connu empiriquement, s’ils en avaient un, ils seraient alors ontologiquement bizarres (ontologically queer)[14]. Les concepts éthiques épais répondent à cet argument en montrant comment un certain contenu cognitif peut être attribué aux énoncés éthiques sans que ces derniers soient ontologiquement bizarres. La cruauté d’une action peut être décrite. Un énoncé à propos de la cruauté d’une action n’est donc pas ontologiquement bizarre, puisqu’il porte sur quelque chose qui peut être décrit[15].

Les non-cognitivistes ont bien sûr tenté de nier l’existence des concepts éthiques épais. Putnam rapporte et critique trois types de tentatives. D’abord, celle d’en faire de purs jugements de valeur, qu’il retrouve chez Hume. Ensuite, celle d’en faire de purs jugements de fait, qu’il retrace chez Hare pour certains concepts. Puis, celle de les séparer en deux composantes (descriptive et prescriptive), qu’il retrouve aussi chez Hare, mais pour d’autres concepts. Il serait malheureusement trop fastidieux de présenter ici ces trois tentatives et leurs critiques. Je discuterai donc seulement de la troisième, car cela sera pertinent pour l’analyse que je ferai ensuite de l’argument.

Selon Hare, « cruel » peut être factorisé en une composante descriptive : « faire souffrir profondément », et une composante évaluative : « action qui est mauvaise ». Cette factorisation ne fonctionne pas selon Putnam, car elle suscite des relations de synonymie tordues. Si l’on retranche de « cruel » sa force évaluative, son sens descriptif ne reste pas intact. Faire souffrir profondément n’est pas nécessairement cruel. Par exemple amputer à froid la jambe d’un patient atteint de gangrène n’était pas quelque chose de cruel avant la découverte de l’anesthésie[16]. L’idée de cruauté sous-entend que l’action est commise dans un contexte où elle est injustifiée. Elle contient donc intrinsèquement une évaluation. Il est impossible de lui extraire sa force évaluative sans altérer son sens.

Les aspects descriptifs et prescriptifs des concepts éthiques épais sont indissociables selon Putnam. Les concepts éthiques épais sont donc inclassables dans une dichotomie stricte entre faits et valeurs.

b) Analyse de l’argument

Impact de l’argument sur la dichotomie fait/valeur

L’idée générale de l’argument des concepts éthiques épais est d’observer que la majorité des jugements de valeur prononcés dans nos discussions éthiques sont soudés à des descriptions. Ainsi, contrairement à l’argument précédent, qui supposait une assez forte distinction entre fait et valeur pour que l’un puisse être fondé sur l’autre, ce dernier argument semble, pour sa part, rendre plus floue la ligne qui sépare faits et valeurs. En effet, l’idée d’une distinction fait/valeur est d’affirmer que les faits constituent des descriptions du monde tel qu’il est, alors que les valeurs sont des évaluations ou des prescriptions quant à comment le monde devrait être. Or, l’argument des concepts éthiques épais montre qu’un grand nombre de concepts servent en même temps à décrire et à prescrire. Cela implique donc qu’il y a un grand nombre de concepts pour lesquels la dichotomie fait/valeur ne s’applique pas.

Cependant, il ne faut pas conclure de l’argument davantage qu’il ne le permet. Strictement parlant, l’argument montre bien que la distinction fait/valeur n’est pas étanche. Toutefois, il le fait en préservant en arrière scène une distinction entre descriptif et prescriptif. Ce que l’argument montre en effet, c’est que plusieurs concepts jouent à la fois le rôle de décrire et celui de prescrire. De façon évidente, il a donc besoin pour ce faire de maintenir une distinction entre les deux rôles que sont décrire et prescrire. Ce qu’il montre, c’est qu’entre les faits qui sont purement descriptifs et les valeurs qui sont purement prescriptives, il existe des concepts hybrides qui sont à la fois descriptifs et prescriptifs. La distinction entre décrire et prescrire comme deux rôles que peuvent jouer les concepts reste donc intacte. L’argument maintient donc implicitement une distinction parente de la distinction fait/valeur : la distinction descriptif/prescriptif. Pour bien saisir la portée de l’argument, il est par conséquent indispensable de différencier d’un côté la distinction fait/valeur qui tente d’opposer deux types de concepts, et la distinction descriptif/prescriptif qui oppose deux rôles que peuvent jouer les concepts. Il est possible de distinguer ces deux rôles sans prétendre qu’ils donnent lieu à deux types exclusifs de concepts. Dans cette perspective, il n’est pas nécessaire de pouvoir isoler les composantes descriptives et prescriptives des concepts éthiques épais, comme le tentent (en vain selon Putnam) les non-cognitivistes avec la théorie des deux composantes, pour maintenir une distinction entre descriptif et prescriptif. Ces deux rôles peuvent être distingués même s’ils sont soudés dans certains concepts. Ce que l’argument montre, ce n’est pas que la distinction descriptif/prescriptif est illégitime, mais simplement que ce n’est pas parce qu’un concept a pour rôle de décrire qu’il ne peut pas avoir en même temps pour rôle de prescrire.

Cette idée de distinction entre deux rôles que peuvent jouer les concepts peut être précisée à l’aide de la distinction établie par John R. Searle entre deux directions de l’ajustement[17]. Pour développer cette distinction, Searle s’inspire d’un exemple d’abord présenté par Elizabeth Anscombe dans L’Intention[18]. L’exemple nous demande d’imaginer une situation où un homme se rend au supermarché avec en main une liste d’emplettes remise par sa femme. L’homme, à son insu, est suivi par un détective qui l’observe et note tout ce qu’il achète. Évidemment, quand l’homme aura terminé ses emplettes, s’il a bien observé les consignes de sa femme et si le détective a été assez minutieux, l’homme et le détective auront tous deux la même liste. Searle remarque toutefois que leurs listes ne jouent pas le même rôle. La liste de l’homme a pour rôle de faire en sorte que le monde s’ajuste à la liste (c’est-à-dire, que les articles dans le panier soient conformes à ceux qui sont listés), alors que la liste du détective a la fonction inverse de faire en sorte que la liste s’ajuste au monde (c’est-à-dire, que les articles listés soient conformes à ceux qui sont mis dans le panier). Il devient manifeste que la distinction entre ces deux rôles est incontournable lorsque l’on observe ce qui constitue une « erreur » dans chacun des deux cas. Dans le cas de la liste de l’homme, il y a erreur si l’homme n’achète pas les bons articles, c’est-à-dire, s’il ne parvient pas à faire en sorte que le monde s’ajuste correctement à la liste. Inversement, dans le cas de la liste du détective, il y a erreur si le détective ne note pas les bons articles, c’est-à-dire, s’il ne parvient pas à faire en sorte que la liste s’ajuste correctement au monde.

Searle tire de cet exemple sa célèbre distinction entre deux directions de l’ajustement. La liste du détective a la direction de l’ajustement langage-monde, alors que la liste de l’homme a la direction de l’ajustement monde-langage. Searle classe dans la direction langage-monde les déclarations, les descriptions, les assertions et les explications; et dans la direction monde-langage les requêtes, les commandes, les souhaits et les promesses[19]. Ce classement que fait Searle recoupe presque exactement la distinction classique entre descriptif et prescriptif. Searle arrive toutefois à cette distinction par une analyse des actes de langages et non pas par une théorie de la vérifiabilité empirique des énoncés (comme les positivistes). De plus, Searle ne se prononce pas quant au rapport à l’objectivité de chacune des deux directions, ni sur la possibilité que certains concepts aient les deux directions en même temps. Cette formulation de la distinction descriptif/prescriptif en termes de direction de l’ajustement est donc compatible avec l’analyse que nous avons faite jusqu’à présent des arguments de Putnam[20].

En somme, l’argument des concepts éthiques épais montre que les concepts employés dans nos énoncés peuvent jouer les deux rôles que sont décrire et prescrire. L’argument montre par le fait même que l’éthique ne concerne pas seulement le prescriptif, puisqu’il observe qu’un grand nombre de concepts éthiques possèdent un contenu descriptif. Cela n’a toutefois pas pour conséquence de montrer que décrire et prescrire ne sont pas distincts, puisque l’argument doit distinguer ces deux rôles pour pouvoir montrer que plusieurs concepts les jouent tous les deux. L’argument impose toutefois une limite importante à l’application de la distinction fait/valeur puisqu’il montre que ces deux types ne sont pas exclusifs. Il existe entre les purs faits et les pures valeurs des concepts hybrides qui sont à la fois descriptifs et prescriptifs. L’imbrication à laquelle conduit l’argument est donc d’ordre sémantique : certains concepts servent en même temps à signifier une description et une prescription.

Efficacité de l’argument à montrer l’objectivité de l’éthique

À première vue, en montrant que plusieurs jugements de valeur possèdent un contenu descriptif, l’argument des concepts éthiques épais peut apparaître comme un argument efficace en faveur de l’objectivité de l’éthique. Toutefois, rappelons-nous que l’argument précédent (celui des valeurs épistémiques) avait pour principale conséquence de dissocier objectif de descriptif. Ces deux idées ainsi dissociées, l’argument des concepts éthiques épais se trouve donc impuissant à montrer l’objectivité des valeurs. En d’autres termes, si, comme l’argument des valeurs épistémiques le montre, les faits et les descriptions ne sont pas plus objectifs que les valeurs, alors, montrer que certains concepts éthiques sont descriptifs ne montre d’aucune manière leur objectivité. Par conséquent, l’argument des concepts éthiques épais, puisqu’il ne discute que du caractère descriptif de l’éthique, n’a aucune prise sur la question de l’objectivité des valeurs. Nous verrons toutefois plus loin que le propos de Putnam présente une certaine ambivalence sur ce point, qui crée une certaine tension dans son argumentation.

3. L’argument de la conception pragmatiste de l’objectivité

a) Exposé de l’argument

Nous avons remarqué qu’au terme du premier argument de Putnam (celui des valeurs épistémiques), son argumentation semblait davantage conduire au subjectivisme de la science qu’à l’objectivité de l’éthique. C’est ce troisième argument, celui de la conception pragmatiste de l’objectivité, qui renverse cette situation. La manœuvre générale de l’argument est de tracer une voie médiane entre le relativisme et la conception habituelle que nous avons de l’objectivité. Il trace cette voie médiane en s’inspirant des pragmatistes américains classiques.

L’objectivité non-métaphysique

Sur la question de l’objectivité, Putnam est en vif débat avec Richard Rorty. Toutefois, contrairement à ce que suggèrent les choix terminologiques de l’un et de l’autre, Putnam et Rorty défendent des positions très semblables sur cette question. Il est donc judicieux de présenter la position de Putnam en contraste avec celle de Rorty. Le point sur lequel Putnam et Rorty sont d’accord, c’est le rejet de l’objectivité au sens classique du terme. Nous ne pouvons jamais, ni pour Rorty, ni pour Putnam, nous abstraire complètement de l’influence de notre culture pour envisager le monde tel qu’il est indépendamment de toute perspective. Pour Putnam, comme nous l’avons vu, étant donné que toute perception présuppose des concepts et des valeurs, notre appréhension du monde n’est jamais brute. Putnam, autant que Rorty, rejette donc comme chimérique la notion classique d’objectivité qui prétend que notre connaissance peut atteindre quelque chose comme le « point de vue de Dieu ». Ce sur quoi les positions de Putnam et de Rorty diffèrent, c’est sur ce qui reste une fois que l’on rejette cette notion classique d’objectivité. Pour Rorty, il ne reste que la « solidarité »[21]. Selon lui, la fixation de la croyance[22] ne peut jamais résulter d’autre chose que d’un ethnocentrisme délibéré. Nous partageons avec les membres de notre communauté d’appartenance un certain nombre de croyances et de valeurs. Nous sommes donc solidaires avec nos pairs culturels dans notre foi en ces croyances et dans notre engagement à défendre ces valeurs. Rorty abandonne donc complètement l’idée d’objectivité. Nous croyons que la science occidentale est meilleure que les croyances magiques des tribus aborigènes simplement parce que notre culture nous y incite.

Putnam ne partage pas cette conclusion. Selon lui, l’échec de la notion classique d’objectivité ne conduit pas au relativisme. Ce que cet échec montre, c’est simplement que la notion classique d’objectivité ne fonctionne pas. Cette notion classique, trop exigeante parce qu’elle demande qu’une connaissance puisse être en conformité parfaite avec la chose en soi, peut toutefois être remplacée par une notion plus souple. Putnam oppose donc la notion classique d’objectivité qu’il qualifie péjorativement de métaphysique à une notion non-métaphysique d’objectivité. La conception classique définit l’objectivité comme la correspondance de la pensée à un objet extérieur à elle.

Cette exigence est trop forte. Pour croire que les objets auxquels réfère sa pensée existent réellement dans le monde, le sujet humain ordinaire, qui n’est pas troublé par des interrogations métaphysiques, n’a pas besoin de croire que sa pensée décrit le monde tel qu’il est réellement au sens métaphysique[23]. Il nous faut donc, selon Putnam, renouer avec un « réalisme du sens commun » et nous défaire des fantasmes métaphysiques véhiculés par la tradition philosophique. Nous pouvons très bien croire que, pour ce que cela implique dans notre vie concrète, nos idées décrivent (bien que partiellement) les objets tels qu’ils existent dans le monde. Valider un énoncé comme « il y a des chaises dans la salle » n’engage à rien au plan métaphysique. Si nous nous trouvons dans la salle en question et que nous voyons qu’il y a bien des chaises, nous sommes dans des conditions suffisamment bonnes pour valider l’énoncé. Évidemment nous pouvons, à un niveau métaphysique de réflexion, nous demander si la salle et les chaises existent réellement en tant que salle et chaises. Il est probable qu’elles ne soient qu’une construction de notre pensée. Cependant, au niveau non-métaphysique où nous employons les concepts de salle et de chaise, cette existence métaphysique n’est pas en cause. Ce que l’énoncé « il y a des chaises dans la salle » affirme, c’est que dans un univers conceptuel où la réalité est découpée en salles et en chaises, il est vrai d’affirmer qu’il y a des chaises dans la salle. La question de l’existence métaphysique de la salle et des chaises indépendamment de ces concepts n’a donc aucune pertinence.

Putnam fait remarquer que même le relativisme, par exemple celui de Rorty, doit adhérer à ce réalisme du sens commun. Pour affirmer que la vérité dépend du point de vue de chacun, le relativisme doit inévitablement croire que nous pouvons connaître et comprendre ce qu’autrui pense[24]. Un relativisme qui nie ce réalisme du sens commun est donc auto-réfutant. C’est par conséquent la notion métaphysique classique d’objectivité qui doit être abandonnée. L’idée d’objectivité elle-même doit être maintenue.

L’impossibilité d’abandonner la notion d’objectivité renverse donc la conclusion de l’argument des valeurs épistémiques. Puisqu’une notion minimale d’objectivité est indispensable, le constat que les faits présupposent des valeurs ne peut pas conduire à la conclusion que tout est subjectif, comme le suggérait l’argument des valeurs épistémiques. Selon Putnam, ce à quoi ce constat conduit est plutôt que l’objectivité doit exister hors de la science. Le savoir scientifique doit présupposer un savoir non-scientifique[25]. Putnam préfère toutefois appeler ce savoir « a-scientifique » pour insister sur le fait qu’il n’est pas opposé à la science, mais plutôt complémentaire. Nous devons donc reconnaître l’objectivité de ce savoir a-scientifique pour fonder l’objectivité de la science. Même le positivisme logique présuppose cette objectivité a-scientifique puisque ses tenants n’ont jamais réussi à démontrer scientifiquement la validité de leur principe de vérifiabilité empirique. Le constat que la science présuppose des valeurs n’est donc pas un argument en faveur du subjectivisme de la science. Il nous oblige plutôt à reconnaître que le champ de l’objectivité dépasse la science.

L’objectivité pragmatiste

Pour comprendre la conception de l’objectivité présentée par Putnam, il est nécessaire de rappeler quelques particularités du pragmatisme américain. Dans le pragmatisme américain, toute démarche cognitive passe par l’enquête. Nous apprenons par expérience. Il ne s’agit toutefois pas d’un empirisme de l’objet postulant des objets fixes et une pensée-réceptacle qui en reçoit les images. Les pragmatistes ont une conception héraclitéenne du cosmos. Le monde est selon eux en perpétuel changement, et c’est ce qui menace la stabilité de notre savoir. Il est toujours possible qu’une connaissance admise même depuis des siècles soit contredite par une situation nouvelle. Il n’y a donc pas de vérité définitive, mais seulement des croyances suffisamment justifiées. C’est pourquoi certains pragmatistes refusent d’employer le terme « vérité », et préfèrent plutôt parler d’« assertabilité garantie ». Les pragmatistes ont donc une conception faillibiliste du savoir (notre savoir est faillible et voué à être remplacé par un meilleur éventuellement). C’est lorsqu’un problème imprévu vient perturber la stabilité de nos croyances que le processus de l’enquête se met en marche.

Il n’y a toutefois pas de méthode précise et unique selon laquelle mener l’enquête. Par l’enquête, nous cherchons, par les moyens que nous jugeons appropriés dans la situation où nous nous trouvons, à rétablir la stabilité de nos croyances. Nous le faisons en remplaçant certaines de nos croyances par des nouvelles. Ces nouvelles croyances rétablissent la stabilité en solutionnant le problème qui était venu la perturber. Nos croyances sont donc pour les pragmatistes des « solutions appropriées à des situations problématiques ». Nous ne les adoptons que dans la mesure où notre désir de rétablir la stabilité nous y oblige. Il n’est donc jamais question pour les pragmatistes de remettre en cause une croyance qui ne pose aucun problème.

Les pragmatistes évitent de cette manière le scepticisme. Le sceptique est celui qui prétend douter de tout. Pour un pragmatiste, douter de tout est impossible puisque nous ne doutons sincèrement de nos croyances que lorsque la situation dans laquelle nous nous trouvons nous y oblige. Il n’y a pas de doute méthodique. Pour les pragmatistes, le doute doit autant être justifié que la croyance.

Les pragmatistes défendent donc une position médiane entre l’objectivisme classique, qui prétend que nous pouvons connaître les objets indépendamment de toute perspective, et le scepticisme (ou subjectivisme) qui nie complètement notre pouvoir de connaître. Pour un pragmatiste, nous ne pouvons pas nous abstraire de notre perspective, mais cela ne nous empêche pas de construire un savoir et de le justifier. Même si la justification ne transcende jamais la perspective dans laquelle nous nous trouvons, cela ne pose pas problème puisque, comme le doute doit autant être justifié que la croyance, l’idée de douter intégralement de notre perspective n’a pas de sens. En réalité, à moins d’une situation extrême qui entrerait en contradiction avec la totalité de nos croyances, lorsque nous cherchons à savoir si une croyance est justifiée, ce que nous voulons savoir c’est si elle est justifiée dans notre perspective. Nous sous-entendons jusqu’à preuve du contraire qu’elle est la bonne. Pour les pragmatistes, l’objectif et le subjectif ne sont donc pas opposés. Le fait que la justification que nous donnons à nos croyances dépende irrémédiablement de notre perspective (subjective ou intersubjective) n’empêche pas que cette justification soit objective.

Dans le domaine des valeurs

Putnam s’inspire de Dewey pour expliquer comment nous atteignons l’objectivité dans le domaine des valeurs. Selon Dewey, l’objectivité des valeurs s’atteint par la critique de nos évaluations. Par cette critique, nous passons du simplement valorisé à l’objectivement valable[26]. Toutefois, comme Putnam l’anticipe, se pose alors le problème du critère à appliquer pour que la critique soit fondée. Pour Putnam, le jugement rationnel ne peut être formalisé. Il n’a donc pas l’intention de donner un critère précis et définitif sur lequel la critique de nos évaluations doit être fondée. Il donne tout de même quelques pistes de réponses, toujours en s’inspirant de Dewey. Pour Dewey, il faut conduire l’enquête sur les valeurs de la même manière que n’importe quelle enquête. Putnam précise trois caractéristiques principales de la conception pragmatiste de l’enquête. D’abord, il rappelle que l’idée cartésienne de table rase, ou de point de départ vierge en matière de pensée, est irréaliste. Lorsque nous raisonnons afin de solutionner une situation problématique, nous faisons toujours appel à un stock de faits et de valeurs que nous ne remettons pas en question. Nous les tenons pour acquis dans notre raisonnement. C’est dans ce stock que nous puisons les critères nécessaires à notre critique. Ensuite, Putnam note qu’il n’y a pas de critère fixe et universel selon lequel mener notre critique que la philosophie puisse nous prescrire. Le critère à appliquer dépend de la situation dans laquelle nous nous trouvons et des intérêts qui motivent notre démarche. Finalement, il remarque que s’il n’y a pas de critère fixe prescrivant comment mener l’enquête, nous pouvons tout de même nous laisser guider par ce que nous avons appris dans nos enquêtes passées. Ainsi, nous n’avons pas besoin, selon Putnam, de critère fixe orientant notre critique pour que cette critique mène à l’objectivité.

Une objectivité sans objet ?

Définie ainsi par la critique, l’objectivité dont nous parle Putnam n’a à la limite pas besoin d’avoir d’objet. Rappelons-nous, Putnam dissocie objectif et descriptif. Par conséquent, ce n’est pas parce que l’éthique ne réfère à aucun objet empirique, comme le remarquent les positivistes logiques (après G.E. Moore), qu’elle ne peut pas être objective. Toutefois, lorsque Putnam critique les deux approches objectivistes en morale dont il veut se dissocier, il semble accorder un rôle capital aux concepts éthiques épais, et donc à la référence à l’objet qu’ils permettent grâce à leur contenu descriptif.

D’abord, lorsqu’il critique l’intuitionnisme de Moore, il montre comment nous n’avons pas besoin de postuler comme ce dernier une propriété non-naturelle du bien que nous appréhenderions par une faculté spéciale. Il considère cette propriété non-naturelle du bien comme objet métaphysique platonicien ontologiquement inutile. Nous n’avons pas besoin d’en postuler l’existence pour que nos énoncés moraux aient une référence à l’objet, puisque selon lui les concepts éthiques épais suffisent à le permettre[27]. Lorsque j’affirme « X est cruel », mon énoncé a, comme nous l’avons vu, un contenu descriptif. Le prédicat « cruel » suffit par conséquent à donner à mon énoncé une référence à l’objet. Putnam se dissocie donc de l’intuitionnisme en montrant comment une objectivité avec objet de l’éthique est possible sans les « inflations métaphysiques »[28] caractéristiques de l’intuitionnisme.

Ensuite, lorsqu’il critique l’approche intersubjective d’Habermas, il insiste sur le fait que le respect des normes de l’éthique de la discussion ne suffit pas à conduire les interlocuteurs à un consensus en faveur de ce qui est véritablement moralement justifié. Il se peut que les interlocuteurs de la discussion soient tous obtus, c’est-à-dire que des nuances indispensables pour bien juger la situation leur échappent irrémédiablement. Or, être obtus selon Putnam, c’est justement ne pas maîtriser les concepts éthiques épais[29]. Aiguiser notre jugement moral équivaut pour lui à parfaire notre maîtrise des concepts éthiques épais. Ainsi, lorsque Putnam insiste sur le fait que les normes procédurales de l’éthique de la discussion ne suffisent pas à fonder l’objectivité morale, il le fait en soulignant que, en plus de ces normes, les descriptions contenues dans les concepts éthiques épais doivent aussi guider notre jugement. Il s’oppose donc aussi à la conception d’Habermas en proposant une objectivité morale avec objet.

Putnam rappelle toutefois que l’éthique ne concerne pas seulement les concepts éthiques épais, mais aussi les concepts éthiques minces, c’est-à-dire les concepts traditionnels de l’éthique (le bien, le devoir, le devoir-être, la vertu, etc.). Ces concepts sont de pures évaluations et n’ont pas de contenu descriptif comme les concepts éthiques épais. Par conséquent, les énoncés qui en sont composés n’ont pas de référence à l’objet[30]. Putnam admet tout de même la possibilité qu’ils soient objectifs[31]. Il défend cette possibilité sur la base du rejet pragmatiste du doute méthodique. Selon lui, nous ne sommes jamais dans la situation hypothétique décrite par les non-cognitivistes où notre système d’évaluations est intégralement remis en cause. Nous avons toujours un stock d’évaluations tenues pour acquises dont nous pouvons nous servir pour justifier celles que nous remettons en question. Nous n’avons donc jamais besoin de remonter à une prémisse évaluative fondamentale et indubitable qui justifierait l’intégralité de notre système d’évaluations de manière absolue[32]. Nous n’avons besoin que de pouvoir justifier nos évaluations nouvelles sur la base d’évaluations que nous tenons pour acquises. Putnam évite de cette manière le relativisme dans le cas des concepts éthiques minces non pas en rejetant l’idée des non-cognitivistes que toute conclusion évaluative requiert une prémisse évaluative, mais plutôt en rejetant leur idée que l’objectivité exige l’atteinte d’une prémisse fondamentale indubitable. Il y a donc pour Putnam une objectivité possible dans le domaine des pures évaluations. Il défend donc aussi une certaine objectivité sans objet de l’éthique[33].

b) Analyse de l’argument

Impact de l’argument sur la dichotomie fait/valeur

L’argument de la conception pragmatiste de l’objectivité n’ajoute rien aux conclusions des deux arguments précédents quant au type de distinction fait/valeur non-dichotomique qui est admis par Putnam. Après l’argument des concepts éthiques épais, nous pouvions toujours distinguer descriptif et prescriptif comme deux rôles que peuvent jouer les concepts, mais nous ne pouvions plus tirer de ces deux rôles deux types exclusifs de concepts. L’argument de la conception pragmatiste de l’objectivité maintient cette situation. Il n’ajoute aucune nouvelle limite à l’application de la distinction fait/valeur, et n’aborde que la question de l’objectivité de l’éthique.

Efficacité de l’argument à montrer l’objectivité de l’éthique

La conception de l’objectivité défendue par Putnam peut sembler insatisfaisante. En concédant que notre savoir est irrémédiablement teinté par la perspective dans laquelle nous nous trouvons, Putnam peut sembler concéder aux subjectivistes l’essentiel de leur position. Putnam prétend toutefois, comme nous l’avons vu, que ce n’est pas le cas puisque selon sa conception, contrairement à celle des subjectivistes, les croyances peuvent être justifiées (même s’il ne s’agit pas d’une justification absolue). Je laisserai en suspens la question de savoir si la conception de l’objectivité que propose Putnam est satisfaisante. Je rappelle que l’objet de cet article n’est pas de juger de la valeur des arguments de Putnam, mais plutôt de répondre à certaines ambiguïtés quant aux conclusions auxquelles ils conduisent. L’argument de la conception pragmatiste de l’objectivité conduit à la conclusion que Putnam cherchait à établir. Il renverse la conclusion de l’argument des valeurs épistémiques en montrant que l’objectivité n’équivaut pas à la vérifiabilité empirique (une conception restreinte de la référence à l’objet) et qu’elle dépasse le champ de la science. Dans la conception pragmatiste de l’objectivité que propose Putnam, les faits et les valeurs peuvent être objectifs.

Conclusion

Les analyses que nous avons faites nous permettent de préciser quel type de distinction fait/valeur reste légitime après les arguments de Putnam, et comment ces arguments ont prise sur la dichotomie fait/valeur et le subjectivisme moral.

Nous avons identifié deux limites que l’argumentation de Putnam impose à l’application de la distinction fait/valeur. D’abord, il ne faut pas chercher à distinguer faits et valeurs quant à leur rapport à l’objectivité. Dans la conception pragmatiste de l’objectivité proposée par Putnam, autant les jugements de valeur que les jugements de fait peuvent prétendre à l’objectivité. Ensuite, il ne faut pas envisager faits et valeurs comme deux types exclusifs de concepts. Il peut y avoir des concepts (les concepts éthiques épais) qui servent à la fois à décrire et à prescrire. Ces deux rôles que peuvent jouer les concepts n’engendrent donc pas deux types exclusifs de concepts.

Nous avons aussi précisé comment les arguments de Putnam avaient prise sur la dichotomie fait/valeur et le subjectivisme moral. L’argument des concepts éthiques épais critique la dichotomie fait/valeur en montrant que faits et valeurs ne sont pas deux types exclusifs dans lesquels peuvent être classés tous les concepts. Les arguments des valeurs épistémiques et de la conception pragmatiste de l’objectivité rétablissent l’objectivité de l’éthique et montrent que faits et valeurs sont égaux quant à leur rapport à l’objectivité, et que cela nous oblige à reconnaître que l’objectivité dépasse le champ de la science.

Reste maintenant à clarifier en quoi la critique que fait Putnam de la dichotomie fait/valeur constitue dans son argumentation, comme il l’annonce en introduction, une prémisse à sa critique du subjectivisme moral. Avec la conception pragmatiste de l’objectivité qu’il développe, et son idée que l’objectivité dans le domaine des valeurs est atteinte par la critique, Putnam n’aurait en réalité pas besoin de critiquer la dichotomie fait/valeur pour montrer l’objectivité de l’éthique. Si l’objectivité dans le domaine des valeurs se définit par la critique, qu’il y ait ou non des concepts éthiques épais qui donnent à l’éthique un contenu descriptif et une référence à l’objet, cela ne change rien. Même si l’éthique n’avait aucune part descriptive, rien ne nous empêcherait de critiquer nos valeurs, comme Putnam le suggère, pour passer du valorisé à l’objectivement valable. Nous pourrions alors quand même atteindre l’objectivité en éthique. L’argument des concepts éthiques épais par lequel Putnam établit que l’opposition fait/valeur n’est pas étanche semble donc inutile.

En d’autres termes, pour que l’argument des concepts éthiques épais constitue, comme l’annonce Putnam en introduction, une prémisse à sa critique du subjectivisme moral, il faudrait que ce dernier maintienne l’idée des positivistes qu’il rejette, selon laquelle l’objectivité est impossible sans rapport descriptif à l’objet. Il semble donc y avoir une tension dans l’argumentation de Putnam. En même temps qu’il cherche à dissocier objectif et descriptif, Putnam présente sa démonstration que l’éthique a un contenu descriptif comme une prémisse à sa défense de l’objectivité de l’éthique. Or, cette démonstration du contenu descriptif de l’éthique ne peut constituer une telle prémisse que dans la mesure où l’objectivité est impossible sans description, ce que Putnam conteste. Putnam est donc en contradiction avec lui-même lorsqu’il voit un lien de dépendance entre sa critique de la dichotomie fait/valeur et sa critique du subjectivisme moral. La seule manière d’expliquer cette tension dans l’argumentation de Putnam me semble être qu’il reste malgré lui captif de la manière positiviste de poser le problème de l’objectivité de l’éthique, même si pourtant il cherche à rompre avec elle.

1. Hume, considéré par plusieurs comme le premier défenseur explicite de l’opposition fait/valeur, défend cette opposition sur la base d’arguments similaires, bien que les termes kantiens « analytique » et « synthétique » soient absents de son texte. L’épistémologie des positivistes, de laquelle dépend leur défense d’une opposition marquée entre faits et valeurs, est d’ailleurs inspirée de Hume, sous l’influence du philosophe-physicien Mach qui adhérait à une conception résolument humienne de la connaissance. Cf. A. Janik et S. Toulmin, Wittgenstein, Vienne et la Modernité, Paris, Presses Universitaires de France, 1978, chapitre 5.

2. Pour les positivistes, il n’y a pas, comme pour Kant, de jugements synthétiques a priori.

3. Cf. A.J. Ayer, Language, Truth and Logic, New York, Dover Publication, 1952, chapitre 6.

4. John R. Searle, « How to derive ‘ought’ from ‘is’ » dans W.D. Hudson (dir.), The Is/Ought Question, Londres, The Macmillan Press, 1979, pp. 120-133.

5. Hilary Putnam, The Collapse of the Fact/Value Dichotomy, Cambridge, Harvard University Press, 2002.

6. Ibid., p. 1.

7. Ibid., p. 23.

8. Ibid., pp. 12-13.

9. Ibid., p. 30.

10. Ibid., chap. 8.

11. Ibid., p. 152.

12. B. Williams, Ethics and the Limits of Philosophy, Londres, Fontana, 1985. Selon Stanford Encyclopedia of Philosophy, cette expression viendrait d’abord du sociologue Clifford Geertz (The Interpretation of Cultures, New York, Basic Books, 1973), qui l’emprunterait lui-même à Gilbert Ryle (« The Thinker of Thoughts : What is ‘Le Penseur’ Doing ? », dans Collected Papers, vol. II, Londres, Hutchinson, 1971, pp. 480-496.

13. R.M. Hare, The Language of Morals, Oxford, Oxford University Press, 1952, p. 28.

14. J.L. Mackie, Inventing Right and Wrong, chap. 9.

15. Putnam, The Collapse of the Fact/Value Dichotomy, p. 109.

16. Ibid., p. 38.

17. Searle, Expression and Meaning, Cambridge, Cambridge University Press, 1997, chapitre 1.

18. G.E.M. Anscombe, L’Intention, Paris, Gallimard, 2002, pp. 106-108.

19. Searle, Op. cit., p. 4.

20. De plus, Putnam évoque lui-même l’idée d’une distinction descriptif/prescriptif comme deux types d’actes de langage. Cf. Putnam, Raison, Vérité et Histoire, p. 156 et p. 232, et Id., Ethics Without Ontology, pp. 73-74.

21. Richard Rorty, Objectivisme, relativisme et vérité, Paris, Presses Universitaires de France, 1994, chapitre 1.

22. Dans le pragmatisme américain, l’expression « fixation de la croyance » désigne le moment où une croyance est justifiée de manière suffisante pour être admise comme valide.

23. Putnam, The Collapse of the Fact/Value Dichotomy, p. 100.

24. Ibid., p. 143.

25. Id., « Pragmatism and nonscientific knowledge » dans Pragmatism and Realism, Londres, Routledge, 2002, chapitre 2.

26. Id., The Collapse of the Fact/Value Dichotomy, p. 103 et suivantes.

27. Ibid., p. 128.

28. Putnam qualifie l’intuitionisme de Moore de « métaphysique inflationniste » (inflationnary metaphysics) dans Ethics Without Ontology, p. 17.

29. Putnam, The Collapse of the Fact/Value Dichotomy, pp. 127-128.

30. Id., Ethics Without Ontology, p. 67.

31. Ibid., p. 73.

32. Ibid., pp. 77-78.

33. Dans Ethics Without Ontology, Putnam défend la possibilité d’une telle objectivité en montrant que la logique et les mathématiques sont objectifs sans référer à des objets. Cf. Putnam, Ethics Without Ontology, Part 1, Lecture 3.

Voir de plus:

Bac Philo 2013, séries S, commentaire d’un texte de Bergson

Robin

18 Juin 2013

Henri Bergson, Henri Bergson, né le 18 octobre 1859 à Paris où il est mort le 4 janvier 1941, est un philosophe français. Il a publié quatre principaux ouvrages : d’abord en 1889, l’Essai sur les données immédiates de la conscience, ensuite Matière et mémoire en 1896, puis L’Évolution créatrice en 1907, et enfin Les Deux Sources de la morale et de la religion en 1932. Il a obtenu le prix Nobel de littérature en 1927.

"Qu’est-ce qu’un jugement vrai ? Nous appelons vraie l’affirmation qui concorde avec la réalité. Mais en quoi peut consister cette concordance ? Nous aimons à y voir quelque chose comme la ressemblance du portrait au modèle : l’affirmation vraie serait celle qui copierait la réalité. Réfléchissons-y cependant : nous verrons que c’est seulement dans des cas rares, exceptionnels, que cette définition du vrai trouve son application. Ce qui est réel, c’est tel ou tel fait déterminé s’accomplissant en tel ou tel point de l’espace et du temps, c’est du singulier, c’est du changeant. Au contraire, la plupart de nos affirmations sont générales et impliquent une certaine stabilité de leur objet. Prenons une vérité aussi voisine que possible de l’expérience, celle-ci par exemple : « la chaleur dilate les corps ». De quoi pourrait-elle bien être la copie ? Il est possible, en un certain sens, de copier la dilatation d’un corps déterminé à des moments déterminés, en la photographiant dans ses diverses phases. Même, par métaphore, je puis encore dire que l’affirmation « cette barre de fer se dilate » est la copie de ce qui se passe quand j’assiste à la dilatation de la barre de fer. Mais une vérité qui s’applique à tous les corps, sans concerner spécialement aucun de ceux que j’ai vus, ne copie rien, ne reproduit rien."

(Bergson, La Pensée et le Mouvant)

Il fallait vous poser les questions suivantes :

1) Quelle est la thèse développée dans ce texte ?

2) Quelle est la définition courante du vrai ? Appliquez cette définition sur un exemple (souvenez-vous du début de votre cours sur la vérité et de la définition de la vérité comme "adéquation de la chose et de l’esprit", du réel et du jugement").

3) Bergson admet-il cette définition ?

4) Quelle critique lui fait-il ?

5) Qu’est-ce que le "réel" pour Bergson ?

6) Expliquer "c’est du singulier, c’est du changeant". A quoi peut-on opposer ces deux termes ? (quel est le contraire de "singulier", quel est le contraire de "changeant")

7) Quelle exemple de vérité Bergson donne-t-il ?

8) Expliquez "même par métaphore". Que veut dire Bergson ? Relevez et expliquez le mot "copie".

9) Quelle conception de la vérité se dessine-t-elle dans ce texte ? A quelle conception s’oppose-t-elle ?

La thèse développée par Bergson n’apparaît pas explicitement, elle doit être déduite de la critique de la conception classique de la vérité comme adéquation de la chose et du jugement, du réel et de l’esprit. Une affirmation vraie n’est pas une copie de la réalité, ou seulement dans des cas exceptionnels car il n’y a que du singulier et du changeant.

Pour Thomas d’Aquin, par exemple, la vérité est l’adéquation du réel et de l’esprit, de la chose et de l’objet (adequatio rei et intellectus). Prenons par exemple la proposition : "Il pleut". Soit il pleut réellement et alors mon affirmation est vraie, conforme au réel, soit il ne pleut pas et alors mon affirmation est fausse : c’est une erreur, une illusion ou un mensonge.

Bergson précise que nous "aimons" à voir dans le jugement vrai quelque chose comme la ressemblance du portrait au modèle. Le mot "aimer" suggère que cette attitude n’a rien de rationnel, qu’elle est de l’ordre de l’opinion (de la doxa), plutôt que le fruit d’un véritable raisonnement. L’affirmation vraie serait celle qui "copierait" la réalité" : l’emploi du conditionnel indique que Bergson ne souscrit pas à cette conception de la vérité comme copie du réel.

Pour Bergson, cette définition de la vérité comme "copie" ne s’applique qu’à des cas exceptionnels, par exemple celui que nous avons pris ("il pleut"/"il ne pleut pas"). En effet cette affirmation porte sur un événement singulier et changeant : il pleut maintenant, mais dans dix minutes, la pluie s’arrêtera de tomber.

Mais "la plupart de nos affirmations sont générales et impliquent une certaine stabilité de l’objet". Bergson refuse cette conception de la vérité. Pour lui, la vérité ne réside pas dans la généralité et la stabilité car il n’y a que des événements singuliers, rien ne demeure semblable à lui-même, tout est en mouvement, les "étants" passent sans cesse d’un état à l’autre. La conception habituelle de la vérité dénature le réel. Nous cherchons à nous approprier le réel en le saisissant dans le concept, mais pour "saisir" le réel, nous sommes obligés de généraliser et de stabiliser, d’en faire tout autre chose que ce qu’il est vraiment. En définissant la vérité comme adéquation de la pensée et du réel, du réel et du jugement, et ramenant le réel au concept, nous manquons la vérité car nous manquons le réel lui-même qui se caractérise par la singularité et le mouvement.

Bergson donne comme exemple une vérité "aussi voisine que possible de l’expérience", c’est-à-dire un phénomène que l’on peut observer réellement la dilatation des corps, et non, par exemple, la gravitation. "la chaleur dilate les corps". Bergson se demande de quoi cette affirmation pourrait être la copie, autrement dit, à quel phénomène "réel" elle "correspond". On pourrait mettre ce phénomène en évidence en le photographiant, c’est-à-dire en le stabilisant dans le temps et dans l’espace, chaque cliché témoignerait ainsi d’un état de la barre de fer en un instant t, t’, t"… Mais qu’avons-nous fait en photographiant la barre de fer ? Nous avons transformé le temps (la durée) en espace et nous avons manqué par conséquent la réalité du phénomène de dilatation qui se produit dans la durée. Bergson explique dans La Pensée et le mouvant, l’œuvre d’où est extrait ce texte, que la science "spatialise" la durée. L’affirmation "la barre de fer se dilate" est une métaphore du réel et non le réel lui-même, une façon de parler et non une façon d’être.

La dernière phrase du texte : "Mais une vérité qui s’applique à tous les corps, sans concerner spécialement aucun de ceux que j’ai vus, ne copie rien, ne reproduit rien." porte sur la singularité du réel. Pour Bergson, il n’y a que des événements singuliers. L’affirmation : "Les barres de fer se dilatent", ou encore l’expression de cette "vérité" dans une loi scientifique exprimée dans une formule mathématique, applicable à tous les corps ne copie rien, ne reproduit rien, puisqu’elle s’applique à toutes les barres de fer en général et à aucune en particulier. Bergson veut dire ici que la science ne copie pas le réel, mais qu’elle le construit.

Un jugement vrai n’est donc pas une simple copie de la réalité. Le réel pour Bergson a deux caractères : la singularité et le changement, alors que la plupart de nos jugements sont généraux et impliquent une stabilité de l’objet. Bergson conteste implicitement l’idée que la science, puisqu’il n’y de science que de l’universel, constituerait le seul et unique critère de la vérité et nous invite à chercher, au-delà du jugement une manière d’appréhender le réel sans le dénaturer, d’aller "aux choses mêmes" dans leur singularité jaillisssante… Il nomme cette faculté "l’intuition".

Le corrigé en Philosophie sujet 3, Bac S 

L’Etudiant

L’auteur examine la question de la définition d’un jugement vrai. Si la réponse à cette question semble satisfaisante comme adéquation de la vérité à la réalité, il n’en reste pas moins difficile à comprendre que cette adéquation n’est pas à penser comme le rapport d’une copie à son modèle. La vérité ne copie pas la réalité affirme Bergson, ce qui met en question la définition du vrai. L’auteur appuie son argumentation sur l’opposition entre le réel singulier et changeant et les jugements sur la réalité qui, à l’inverse, sont généraux et stables. C’est par un exemple tiré d’une vérité physicienne qu’il illustre sa thèse en montrant qu’une vérité scientifique n’est pas la copie de ce qui se passe en fait, dans la réalité. Si la définition traditionnelle est par là même remise en question, qu’est-ce que la vérité, quel est son rapport à la réalité ?

I. Qu’est-ce qu’un jugement vrai ?

D’après la définition classique de la vérité, un jugement est vrai lorsqu’il s’accorde avec la réalité. En ce sens la vérité est toujours un jugement sur les choses et, par le biais du langage, c’est une concordance entre la réalité et ce que nous en disons. Or Bergson s’interroge sur cette concordance en montrant qu’il ne s’agit pas d’un rapport de la copie à la réalité. Si tel était le cas, il y aurait une adéquation approximative car la copie est un dégradé de son modèle ; la vérité serait alors une convention, un pâle reflet (au sens Platonicien) de ce qui est. D’où la nécessité de définir la réalité indépendamment de ce qui en est dit, de toute représentation

II. L’opposition entre vérité générale et réalité particulière

Le réel est singulier, il s’agit du réel dont nous avons affaire, de la perception sensible, qui est changeant et surtout subjectif. C’est notre perception sensible qui nous permet de l’appréhender mais qu’en est-il de la représentation que nous voulons exprimer par un jugement, par le langage ? La plupart de nos affirmations sont générales car on suppose que ce dont on parle ne change pas, que l’objet de notre jugement est relativement stable. D’autre part, on suppose que nos jugements sont universels, c’est-à-dire peuvent être partagés par tous.

III. L’expérience montre que la vérité n’est pas une copie de la réalité

Bergson illustre sa thèse par un exemple qui montre que le jugement vrai n’est pas une copie de l’expérience sensible. « la chaleur dilate les corps » est une proposition générale qui utilise des notions qui ne viennent pas de la ressemblance avec la réalité sensible qu’elle pense et permet de penser. Cette proposition vaut pour tous les corps en faisant abstraction des cas particuliers et des changements qui peuvent advenir (pensons au morceau de cire de Descartes). Ainsi l’affirmation selon laquelle la vérité est une copie de la réalité est contestable. Car la vérité est un discours, elle dit quelque chose de la réalité, quelque chose de stable et d’universel alors même que le réel est variable et singulier.

L’intérêt de ce texte est qu’il nous renvoie à la condition même du discours vrai mais aussi de l’activité de penser. En effet, notre esprit ne copie pas des réalités données dans l’expérience mais il est lui-même la condition de possibilité de saisir la vérité. C’est le sens du célèbre texte de Platon « l’allégorie de la caverne » qui souligne que le monde sensible (le monde de la caverne) en lui-même n’est pas vrai mais que c’est par la pensée que se constitue le véritable discours (logos = la raison) permettant la vérité. Cependant, Platon perçoit ce rapport entre le monde sensible et le monde des Idées comme une véritable imitation, une copie de la véritable réalité intelligible. Bergson insiste sur l’opposition entre le monde réel et le jugement de l’esprit en montrant toutefois qu’il y a une différence qui ne se réduit pas à la représentation. Nous parvenons à des vérités par les jugements de la raison, c’est à dire par la construction de propositions,de concepts qui ne copient pas l’expérience sensible. La raison et le langage, désignés en grec par le même mot, LOGOS sont les conditions même de notre accès à la vérité c’est-à-dire à la connaissance de la réalité.

Voir encore:

The Brilliant Wisdom of King Solomon

Baruch C. Cohen

July 10, 1998

The Book of Kings [Melachim 1 3:12] states that Israel’s great King Solomon was twelve years old when God promised him that he would be granted great wisdom. He turned out to be the wisest man ever to live. As an illustration of the fulfillment of this blessing of wisdom, the Book of Kings reports the following account of a case that was brought before King Solomon’s court in Jerusalem.

Two women came to King Solomon and stood before him. One woman (#1) said: "My Lord, this woman and I dwell in the same house, and I gave birth to a child while with her in the house. On the third day after I gave birth, she also gave birth. We live together; there is no outsider with us in the house; only the two of us were there. The son of this woman died during the night because she lay upon him. She arose during the night and took my son from my side while I was asleep, and lay him in her bosom, and her dead son she laid in my bosom. when I got up in the morning to nurse my son, behold, he was dead! But when I observed him (later on) in the morning, I realized that he was not my son to whom I had given birth!"

The other woman (#2) replied: "It is not so! My son is the live one and your son is the dead one!"

The first woman (#1) responded: "It is not so! Your son is the dead one and my son is the living one!"

They argued before King Solomon.

King Solomon said: "this woman (#2) claims ‘My son is the live one and your son is the dead one, ‘and this woman (#1) claims ‘Your son is the dead one and my son is the living one!"‘

King Solomon said, "Bring me a sword!" So they brought a sword before the King. The King said, "Cut the living child in two, and give half to one and half to the other"

The woman (#2) turned to the King, because her compassion was aroused for her son, and said: "Please my Lord, give her the living child and do not kill it!"

But the other woman (#1) said: "Neither mine nor yours shall he be. Cut!"

The King spoke up and said: "Give her (#2) the living child, and do not kill it, for she is his mother!" All of Israel heard the judgment that the King had judged. They had great awe for the King, for they saw that the wisdom of God was within him to do justice. [I Melachim 3:16 - 27]. The woman was rightfully awarded custody of her son.

It should be noted, that King Solomon’s was the first major recorded and published decision in the history of legal jurisprudence, and I believe that with the help of the commentaries, one can begin to appreciate the magnificent depth of his wisdom.

OBSERVATIONS

Some say that King Solomon truly knew who was the real mother as soon as he saw the two women. This was the nature of the special divine wisdom that God gave him. As King Solomon was able to understand the speech of the animals and the birds, so he could see the truth in someone’s face. His knowledge was of Divine origin. It was infallible.

According to the Abarbanel and Metzudas David, King Solomon studied the countenance of each woman as they presented their claims and counter-claims, and by means of his penetrating and heavenly wisdom, understood which of the two women was telling the truth.

Still, to prove this to the people, he had to demonstrate it in a way that everyone would acknowledge. Perhaps that is why he pretended not to know who said what, and repeated their arguments in reverse order, by repeating Woman #2′s argument first, and Woman #1′s argument second.

He even pretended to apply the well-known law of dividing disputed property. If two people come to court holding on to the ends of a piece of clothing, and each claims it to be his, the court divides it and gives each one half. King Solomon seemed to pretend to be ignorant of the many complicated details of this law, and to think that it applied to babies as well, which would have been ridiculously simpleminded. No judge would ever make such a foolish mistake. Yet, he succeeded in convincing the two women that he was serious.

Nonetheless, he was careful not to let the trick go too far. He specifically commanded his servants to bring the sword to him, not to give it to one of the guards. They too, were no doubt fooled and he did not want them to divide the baby before he had a chance to stop them. In fact, the King’s ministers said "Woe to you Oh Land, whose king is but a boy!" They thought "what has God done to us to give us such a king? How long will we have to suffer with such foolish judgments?" But afterwards, when they saw the women’s reactions they knew that he had recently received Divine inspiration and rejoiced saying "Happy are you, oh Land, whose king is a free man!" – i.e., one who studies Torah (Koheles – Ecclesiastes 10:16-17).

King Solomon’s trick succeeded. The imposter revealed herself by her heartless cruelty. After all, no mother would have let her own child be killed just to spite another woman.

But how could King Solomon have been sure the other woman would not also have mercy on the child? Wouldn’t most people break down in such a situation and relinquish their claims? What sort of person would want to be responsible for the death of an innocent child, even if it were not her own?

Perhaps this was an aspect of the depth of King Solomon’s insight – he knew that no normal mother lies on her own child and crushes him in her sleep. Babies always sleep with their mothers and fathers, yet this never happens, for perhaps God implants within a human being an innate sensitivity that prevents her from doing such a thing. A woman who lies on her child must be lacking basic human feeling, and such a person would certainly have no mercy on the child of another. According to the Abarbanel, perhaps such a woman developed a blood lust and possessed a cruel desire to see another life snuffed out.

And what of the compassionate one? Was it not possible that she was acting cunningly to impress the King with a false sense of motherly commiseration?

WHO HAD THE BETTER ARGUMENT?

Notwithstanding the outcome, many believe that Woman #1 still made a convincing and persuasive argument. She made it clear that there were no witnesses because they lived alone. Perhaps she suspected that Solomon would be able to tell how old the baby was and identify the mother. According to the Radak and the Metsudas David, her argument was bolstered by the claim that no one else knew the identities of the babies, nor had one been sick, that the neighbors might remember whose baby it was. When she first got up, it was still dark. She could not recognize the baby, so she did not suspect that it was not hers. All she knew was that it was dead. But when it got light, she saw it and realized what had happened. She asserted that her baby boy was born three days earlier, and therefore there was some reliable distinction available.

Woman #2 had only a brief presentation and did not claim to have any proof. She simply said that the child was hers. All she did was state her case.

Based on the first round of oral arguments, it would appear that Woman #1 had the better claim, and that she was the real mother.

It is noteworthy, that the women did not bring the corpse of the dead child for further identification. Perhaps the child was buried already, or its features were already changed making recognition difficult.

SUBTLE TRUTHS BEGIN TO UNRAVEL

Yet, as the women’s dispute continued, their respective positions seemed to change ever so slightly. There was something disturbing and disingenuous about the way in which Woman #1 continued arguing her case, in that she subsequently seemed less concerned with having a live child and focused more on the other having the dead one. The fact that she mentioned the dead child first, in itself, was an indication of this ("It is not so! Your son is the dead one and my son is the living one!").

Woman #2, by contrast, always spoke of her own son first ("No. my son is the living one and your son is the dead one"). It seemed as if her heart was with her son. She spoke out of love and was apparently heartbroken at the thought of potentially losing her child.

According to the Devorim Rabah, King Solomon then repeated the arguments of both women, verbatim, without adding anything, making sure that he properly understood the arguments of both sides, listening carefully, and if there was anything that he misunderstood, the women had an opportunity to correct him.

ODD DEVELOPMENTS IN THE STORY

King Solomon’s wisdom surely gave him the insight to foresee that the real mother (#2) would recoil in terror when she heard of his intention to kill the infant, nevertheless, could his wisdom have possibly predicted the liar (#1)’s response – to comply with this grotesque compromise?

Second, the woman who was lying (#1) was initially interested in taking the living child for herself, otherwise she never would have asserted such a bold and aggressive claim.

As soon as the real mother offered to let the liar keep the child in order to spare its life, the liar should have accepted the real mother offer’s and kept the child. She could have played up her victory by saying: "Aha! She admits that the baby was truly mine all along! She is a kidnapper but not a murderer. The baby is mine." Instead, she did something totally unpredictable. She refused saying "Neither mine nor yours shall he be. Cut."

I have always wondered what made her suddenly lose interest in having the child for herself?

A brilliant and original answer to these questions is offered by Rabbi Mordechai Kornfeld of

Har Nof Jerusalem, of the Shmayisroel Torah Network (www.shemayisroel.co.il), who cited two 13th century commentators: Rav Yehoshua Ibn Shu’ib in his Drasha for Parshas Mishpatim, and Rav Menachem HaMeiri in his commentary to Yevamos 17a; and another 14th century commentator, the author of Shemen Rokeach and Sha’arHachazokas. They believe that in order to understand the real story behind King Solomon’s decision, an understanding of the laws of Yibbum is necessary.

THE LAWS OF YIBBUM.

The Torah describes the practice of Yibbum in the Parsha of Ki Setzei (Devarim 25:5,7,9):

"If there are brothers, and one of them dies without children, the wife of the deceased man may not marry out to another man. Her brother-in-law (her deceased husband’s brother) must marry her and thus perform Yibbum on her … If the man does not want to marry her, she shall approach the elders and declare ‘My brother-in-law refuses to establish his brother’s name in Israel; he does not consent to perform Yibbum on me’

… Then she shall approach him in the presence of the elders and remove his shoe from his foot, and spit in front of him and proclaim "Such should be done to a man who would not build up his brother’s house!"

Yibbum is a Halachic rite which must be performed when a man who has a living brother dies childless. If this uncommon situation occurs, the widow must not remarry unless one of two actions are taken – either she must marry the brother of the deceased or she must be released from the obligation of marrying her brother-in-law by having him perform the Chalitzah ("removing" of the shoe) ceremony.

It is obviously uncomfortable for a woman to be trapped in this situation, wherein she would be subject to the will of another man. Her brother-in-law may not be locatable, compliant or appealing.

There are several fundamental laws concerning the childless nature of the deceased and the age of the bother that control whether Yibbum applies:

LAWS CONCERNING THE CHILDLESS NATURE OF THE DECEASED

1. Rule #1: The man must die childless. According to the Talmud Yevamos 87b, Dying childless includes instances where a man once had children, but these children were already dead at the time of his own death.

2. Rule #2: Grandchildren: According to the Talmud Yevamos 70a, if the deceased man has no living children but he does have living grandchildren, he is not considered to be childless, and therefore, there is no Yibbum obligation.

3. Rule #3: Offspring: According to Talmud Yevamos 11 lb and Shabbos 136a, if the deceased left behind any offspring at all, there is no Yibbum – even if the offspring is only one day old. Even if the offspring is still a viable fetus at the time of the husband’s death, its mother is exempted from being bound to the living brother. If the fetus is a stillborn or is aborted, or dies, or is killed before it lived for thirty days, it is not considered to have ever been a viable offspring, and Yibbum would be required.

LAWS CONCERNING THE AGE OF THE DECEASED’S BROTHER

4. Rule #4: Brother-In-Law: According to the Talmud Yevamos 17b, the widow is obligated to marry her deceased husband’s brother. If the deceased husband does not leave a living brother, his wife is free to marry whoever she pleases.

5. Rule #5: Minor: According to the Talmud Yevamos 1 05b, if the brother of the deceased is a minor, the widow is still bound to him, and does not have the option of freeing herself through Chalitzah since a minor lacks capacity to perform the ceremony. Instead she must wait until the brother reaches the age of majority (Bar Mitzvah 13) in order for him to render Chalitzah at that time. Only then may she remarry. According to the Talmud Niddah 45a if she wants to marry him, she must wait until he reaches 9 years of age.

APPLICATION & CONCLUSION

We now return to King Solomon’s judgment.

The Midrash (Koheles Rabah 10:16) tells us that the reason both of these women were so desperate to have the living child declared theirs was that they were both potential Yevamos (widows subject to Yibbum). Neither of the two had any other offspring. Whoever would be judged to be the childless woman would not only lose the infant, but would also be trapped in the unpleasant status of Yevamah, being dependent upon her brother-in-law’s good will.

The Midrash (Yalknt Shimoni 2:175) asserts that the husbands of the two women were father and son, making the two women, mother-in-law and daughter-in-law to each other.

According to the Meiri in his commentary to Yevamos 17a, the two Midrashim may be complementing each other – thanks to our 5-rule Yibbum analysis.

The two women – mother-in-law and daughter-in-law – had just lost their husbands, and needed a live child to exempt them from the status of a Yevamah. Both women gave birth to babies. However, these two babies were still less than 30 days old at the time that one of them died. The mother of the dead child would therefore be subject to the laws of Yibbum (Rule #3). This was the lying mother’s motivation for taking the other woman’s child.

If it were the mother-in-law’s child who had died, she would have no incentive to kidnap her daughter-in-law’s child. Even though her son (the deceased husband of her daughter-in-law) had passed away before her own husband had, and therefore he would not exempt her from Yibbum (Rule #1), nevertheless, she would be exempt from Yibbum for another reason. The living child was her son’s child, and a grandchild exempts one from Yibbum (Rule #2).

Only the daughter-in-law had the motive to lie and try to claim that the child was hers. If it was her baby who had died within 30 days of its birth, leaving her childless, she would have been bound to her husband’s brother as a Yevamah (Rule #4) – and that brother would have been -none other than the living baby (who was in fact her mother-in-law’s child – i.e., her deceased husband’s bother)! Since her brother-in-law was a newborn, the daughter-in-law would have had to wait 13 years before this baby would be able to perform Chalitzah on her and free her to remarry (Rule #5).

King Solomon realized all of this and suspected that since the only one with a strong motive to lie was the daughter-in-law, the child must really belong to the mother-in-law.

Perhaps this also explains why King Solomon ordered that the child be cut in half.

If the remaining child were to be killed, this too would free the daughter-in-law from her Yevamah status – since the living baby was her only brother-in-law (Rule #3). From the daughter-in-law’s perspective, in fact, killing the child would result in a better solution for her. By just kidnaping the child she might have convinced the earthly court that she was not a Yevamah. However, she herself would know that the child was not really hers and that she really was not permitted to remarry, until Chalitzah was performed. By having the baby killed, though, she would truthfully be released from the bonds of Yibbum.

This is the reason the daughter-in-law suddenly lost interest in keeping the child when she saw that King Solomon was ready to cut the child in half. This would serve her interests even more if she took the child for herself. Therefore she insisted: "Cut!"

Young King Solomon guessed that this would be the woman’s reaction. By tricking her into making a seemingly ludicrous statement, he revealed her true motives and that she was lying.

This is why, "All of Israel heard the judgment that the King had judged. They had great awe for the King, for they saw that the wisdom of God was within him to do justice."

Respectfully,

BARUCH C. COHEN

FOOTNOTES

Baruch C. Cohen’s practice includes all aspects of creditors’ and debtors’ rights, corporate reorganizations, personal bankruptcies, and all types of bankruptcy litigation in state, federal and bankruptcy courts.

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DISCLAIMER

Voir enfin:

Gen. Helms and the Senator’s ‘Hold’

An Air Force commander exercised her discretion in a sexual-assault case. Now her career is being blocked by Sen. Claire McCaskill. Why?

James Taranto

WSJ

June 17, 2013

Lt. Gen. Susan Helms is a pioneering woman who finds her career stalled because of a war on men—a political campaign against sexual assault in the military that shows signs of becoming an effort to criminalize male sexuality.

Gen. Helms is a 1980 graduate of the Air Force Academy who became an astronaut in 1990. She was a crewman on four space-shuttle missions and a passenger on two, traveling to the International Space Station and back 51⁄2 months later. Two days after arriving at the station in 2001, she, along with fellow astronaut Jim Voss, conducted history’s longest spacewalk—8 hours, 56 minutes—to work on a docking device.

In March, President Obama nominated Gen. Helms to serve as vice commander of the Air Force Space Command. But Sen. Claire McCaskill, a Missouri Democrat who sits on the Armed Services Committee, has placed a "permanent hold" on the nomination.

At issue is the general’s decision in February 2012 to grant clemency to an officer under her command. Capt. Matthew Herrera had been convicted by a court-martial of aggravated sexual assault. Ms. McCaskill said earlier this month that the clemency decision "sent a damaging message to survivors of sexual assault who are seeking justice in the military justice system."

To describe the accuser in the Herrera case as a "survivor" is more than a little histrionic. The trial was a he-said/she-said dispute between Capt. Herrera and a female second lieutenant about a drunken October 2009 sexual advance in the back seat of a moving car. The accuser testified that she fell asleep, then awoke to find her pants undone and Capt. Herrera touching her genitals. He testified that she was awake, undid her own pants, and responded to his touching by resting her head on his shoulder.

Two other officers were present—the designated driver and a front-seat passenger, both lieutenants—but neither noticed the hanky-panky. Thus on the central questions of initiation and consent, it was her word against his.

On several other disputed points, however, the driver, Lt. Michelle Dickinson, corroborated Capt. Herrera’s testimony and contradicted his accuser’s.

Capt. Herrera testified that he and the accuser had flirted earlier in the evening; she denied it. Lt. Dickinson agreed with him. The accuser testified that she had told Lt. Dickinson before getting into the car that she found Capt. Herrera "kind of creepy" and didn’t want to share the back seat with him; Lt. Dickinson testified that she had said no such thing. And the accuser denied ever resting her head on Capt. Herrera’s shoulder (although she acknowledged putting it in his lap). Lt. Dickinson testified that at one point during the trip, she looked back and saw the accuser asleep with her head on Capt. Herrera’s shoulder.

In addition, the accuser exchanged text messages with Capt. Herrera after the incident. She initially claimed to have done so only a "couple times" but changed her testimony after logs of the text traffic revealed there were 116 messages, 51 of them sent by her.

Based on all this, Gen. Helms concluded that the defendant was a more reliable witness than the accuser, and that prosecutors had failed to prove beyond a reasonable doubt that Capt. Herrera did not reasonably believe the accuser had consented. He did not escape punishment: Gen. Helms accepted a reduced plea of guilty to an "indecent act." Capt. Herrera was thereby spared the lifelong stigma of being listed on a sex-offender registry—but not of involuntary discharge from the service, which took effect in December.

"Immediately after this incident, there was no indication by any party that a sexual assault had taken place," Gen. Helms wrote in a Feb. 24, 2012, memo explaining her decision. "The time delay between the event and the court-martial was approximately two years, and none of the witnesses, including the accused and the [alleged] victim, knew for at least a year that a court-martial would be convened for it."

In the interim, another servicewoman, Staff Sgt. Jennifer Robinson, had come forward to accuse Capt. Herrera of sexual assault. In her case, the incident had occurred in his bedroom, where she voluntarily accompanied him. The court-martial acquitted him of that charge on the ground that she had consented. (Sgt. Robinson, who has since been promoted to technical sergeant, revealed her identity in a March interview with the Air Force Times.)

It’s fair to say that Capt. Herrera seems to have a tendency toward sexual recklessness. Perhaps that makes him unsuitable to serve as an officer in the U.S. Air Force. But his accusers acted recklessly too. The presumption that reckless men are criminals while reckless women are victims makes a mockery of any notion that the sexes are equal.

More important, Sen. McCaskill’s blocking of Gen. Helms’s nomination makes a mockery of basic principles of justice. As the general observed in her memo: "Capt Herrera’s conviction should not rest on [the accuser's] view of her victimization, but on the law and convincing evidence, consistent with the standards afforded any American who finds him/herself on trial for a crime of this severity."

On Friday the House passed a defense bill that would strip commanders of the authority to grant clemency. That would be a mistake. The Herrera case demonstrates that the authority offers crucial protection for the accused.

Military officers and lawmakers alike swear an oath to "support and defend the Constitution of the United States." In the case of Matthew Herrera, Gen. Helms lived up to that commitment. Will Sen. McCaskill?

Mr. Taranto, a member of the Journal’s editorial board, writes the Best of the Web Today column for WSJ.com.


Examens/philosophie: Les blocs de marbre contiennent-ils des statues qui ne demandent qu’à sortir ? (Do blocks of marble contain statues just waiting to get out?)

17 juin, 2013
http://static.ddmcdn.com/gif/michelangelo-sculptures-23.jpgChaque bloc de pierre renferme une statue et c’est le rôle du sculpteur de la découvrir. Michel-Ange
En général d’ailleurs, les étudiants sont souvent livrés à eux-mêmes. C’est pourquoi j’aime leur donner ce que j’ai dû découvrir par moi-même. J’aurais beaucoup apprécié, par exemple, qu’on m’aide à faire une dissertation de philo. Nous avions en terminale des cours de méthodologie très abstraits, et j’ai mis un certain temps à comprendre comment il fallait faire. Au départ, j’écrivais 20 pages sur un sujet, je faisais une thèse ! Peu à peu, en khâgne en particulier car on nous préparait au concours, j’ai appris à me plier à une méthode, et à faire un plan en 3 parties. La problématique par exemple, c’est un mot bien mystérieux. On se demande d’ailleurs pourquoi on dit problématique et pas problème. (…) À l’exception des stoïciens, la philosophie ne permet pas de mieux vivre sa vie. Elle ne remplace ni la religion, ni la psychologie, ni la morale… Si cela vous aide à mieux vivre, c’est une vertu collatérale. La philosophie enseigne et montre la réalité, et la réalité n’a pas de morale. Faire de la philosophie une morale, c’est la cantonner à un bastion trop étroit, me semble-t-il. Raphaël Enthoven
Un tableau peut-il changer le monde ?
On a dit que l’architecture est de la musique figée. Cela a-t-il un sens ?
La moralité d’une orgie change-t-elle quand les participants portent des uniformes nazis?
Une institution publique et politique peut-elle se réformer ?
Est-ce une condition extrêmement anormale pour un homme et une femme de cohabiter en permanence ?
La mobilité étudiante en Europe n’est-elle qu’une forme de tourisme subventionné ?
Les jeux d’enfants impliquant le bandage des yeux révèlent-ils une cruauté inhérente à la nature humaine ?
Le réchauffement climatique n’est-il pas préférable au refroidissement de la planète ?
La législation d’un État laïque devrait -elle tenir compte des groupes religieux qui désirent vivre selon leurs propres coutumes régissant la famille, les biens et les relations conjugales, administrées par des tribunaux religieux distincts ?
Pourquoi l’Afrique est-elle un tel échec sur le plan économique ?
Les architectes et les urbanistes peuvent-ils éliminer la criminalité et la fracture sociale par leurs seuls projets ?
Les très gros salaires des sportifs professionnels modifient-ils le caractère des sports en question ?
Est-il immoral d’acheter un sac à main de 10 000 livres (12 000 euros)?
Pourquoi une veste en cuir est plus acceptable qu’un manteau de fourrure ?
"Les vieux poèmes tels que Beowulf, The Faerie Queene et Paradise Lost sont maintenant illisibles par les locuteurs de l’anglais modernes (sans formation particulière), donc la valeur culturelle et sociale de la"grande"poésie du passé réside-t-elle dans le matériau, qu’il peuvent fournir aux adaptations cinématographiques modernes, telles que la récente version de la trilogie His Dark Materials de Beowulf et de Philip Pullman". [L'économiste]. Êtes-vous d’accord ?

En cette première journée des épreuves du baccalauréat avec l’épreuve-reine de philosophie  …

Pendant qu’outre-manche, notre ancienne colonie qui a mal tourné passe ses "A-levels"…

Retour à nouveau sur l’examen réputé le plus difficile du monde …

A savoir les fameuses épreuves d’entrée à Oxford (12 heures de dissertations sur deux jours suivies, pour les meilleurs, d’oraux sous forme de dîners dits "examen de la fourchette et du couteau") …

Du moins jusqu’à la suppression il y a trois ans de la légendaire "question à un mot" (un simple nom commun à discuter en trois heures) …

Is the All Souls College entrance exam easy now?

The entrance exam for All Souls College, Oxford was thought to be the most difficult in the world – but its trickiest paper was dropped this year

The Guardian

17 May 2010

The exam reputed to be one of the hardest in the world has just got (slightly) easier. All Souls College, Oxford has this year dropped the famous one-word essay question that has taxed new entrants for almost a century.

In a typical year, around 50 academic high flyers – all graduates – compete for fellowships at the Oxford college, lasting seven years and offering an annual stipend of £14,783. For the two successful candidates, it is often a ticket to academic stardom. Former fellows include Sir Isaiah Berlin, Marcus du Sautoy and Keith Joseph. In previous years, by far the most daunting element was a single card with one word on it ("innocence", "miracles" or "water"), about which candidates were asked to write coherently for three hours.

The exam now consists of four papers of three hours each: two general ones and two specialist papers. Try this paper from 2008 for size. If it’s all a bit much, don’t worry, both John Buchan and Hilaire Belloc took the exam and failed to get in.

General paper

Candidates should answer THREE questions

1. Is it immoral to buy a £10,000 handbag?

2. "I don’t care if anyone reads my books; I write for myself," said the author of a half-dozen published novels. Is there anything wrong with this statement as a theory of art?

3. Are boycotts futile?

4. "Every act you have ever performed since the day you were born was performed because you wanted something" [Andrew Carnegie]. Do you agree?

5. What, if anything, is wrong with selective schools?

6. Is dislike of politicians a sensible default position?

7. Why is a leather jacket more acceptable than a fur coat?

8. Why do Jane Austen’s novels continue to be so popular?

9. Can any public and political institutions be trusted to reform themselves?

10. Is it an extremely unnatural condition for a male and female to live continuously together?

11. Is student mobility in Europe merely a form of subsidised tourism?

12. Do children’s games involving blindfolds reveal an essential cruelty in human nature?

13. Why does the UN tolerate so many bad regimes?

14. Is there a breakdown of family values in the west, and if so should the state attempt to redress it?

15. Should governments support scientific research when there may be no technological benefit?

16. Does the moral character of an orgy change when the participants wear Nazi uniforms?

17. Isn’t global warming preferable to global cooling?

18. Should the laws of a secular state accommodate religious groups which desire to live by their own customs governing family, property, and marital relations, administered through separate religious courts?

19. What should the west learn from China?

20. Does celebrity entail a loss of dignity?

21. Is the desire for posthumous fame irrational?

22. What, if anything, should be done about the "obesity epidemic"?

23. Why has Africa done so badly economically?

24. Can the world afford not to grow genetically modified crops?

25. Can architects and urban planners design out crime and social breakdown?

26. Do very large salaries for sports professionals alter the character of the games played?

27. It has been said that architecture is frozen music. Does this make any sense?

28. "Old poems such as Beowulf, The Faerie Queene and Paradise Lost are now unreadable by modern English speakers (without special training), so the cultural and social value of the ‘great’ poetry of the past lies in the material it provides for modern adaptations, such as the recent film version of Beowulf and Philip Pullman’s His Dark Materials trilogy." [The Economist]. Do you agree?

29. Why hug a hoodie?

30. Is string theory science?

31. Can a painting change the world?

32. Can (and should) Europe maintain its relatively high standard of living as compared with emerging economies?

33. Can you love someone if you don’t respect them?

34. Is the treaty of Lisbon a further step towards the federation of Europe – or is it a step back from it?

Philosophy (Sept 2009)

1. Are vague concepts incoherent?

2. Should we distinguish between persons, human beings, and their bodies?

3. Can computers think?

4. Does any ancient philosopher have something to teach moral philosophers today?

5. Does beauty lie in the eye of the beholder?

English (Sept 2009)

1. How European was Chaucer?

2. Discuss relationships between allegory and realism in any period.

3. "At that moment she felt that to be mistress of Pemberley might be something!" [Jane Austen] Discuss.

4. Write an obituary of Harold Pinter.

5. Discuss ONE of the following in relation to the literature of any period: apocalypse, Biblicism, commemoration, dialect, enclosure, fortune, geriatrics, homoeroticism, imprisonment, justice, kingdoms, letters, manners, notions, options, pain, questions, republicanism, stupidity, testaments, unimaginability, verisimilitude, wealth, X-Men, youth, zillionaires.

History (Sept 2009)

1. Is Greek sexuality worth studying?

2. To what end did William the Conqueror assert continuity between his rule and that of Edward the Confessor?

3. "Medieval kings were like modern drinks dispensers; when they didn’t do their job, you kicked them till they did." Discuss.

4. "Like all revolutions, the French Revolution was deeply reactionary." Do you agree?

5. Did Peel or Disraeli do more to found the Conservative party?

PHILOSOPHY I

September 2008 Fellowship Examination All Souls College

Candidates should answer THREE questions

1. If belief can come in degrees, can knowledge?

2. Might whether S knows that p turn on the importance to S of the truth of p ?

3. Could someone know nothing? If not, how close could they get?

4. Must an account of modality allow that there might have been nothing?

5. Can an object have a property only if it exists?

6. ‘There is one thing of which one can say neither that it is one metre long, nor that it is not one metre long, and that is the standard metre in Paris’ [WITTGENSTEIN ]. Really?

7. Do blocks of marble contain statues just waiting to get out?

8. Does tense logic rest on a mistake?

9. What is reference?

10. What are the problems of vagueness and how should they be solved?

11. Are smells particulars or universals?

12. ‘The Labour Party believes that we should join the Euro.’ Is there any sense in which the Labour Party has beliefs?

13. Why has so little progress been made in understanding consciousness?

14. Must someone with absolute pitch have a different experience of notes from someone wit hout?

15. Could we feel a pain in someone else’s body?

16. Can photographs be true or false? If not, why not?

17. What is a person?

18. Can you forgive someone who has done you no harm?

19. If two moral theories deliver different verdicts as to the right course of action should you simply comply with the verdict of the theory you assign the highest credence to?

20. What is the relation between reasons and morality?

21. In what sense, if any, can morality be objective?

 22. What sort of equality should egalitarians favour?

23. ‘It is a fundamental objection to utilitarianism that it undermines the distinction between what we do and what we allow to happen.’ Is it?

24. What should modern philosophers learn from Aristotle’s treatment of EITHER pleasure OR the infinite?

25. Does Kuhn’s idea of a paradigm shift have any application within philosophy itself?

26. Are simpler theories more likely to be true?

27. Are philosophers of maths preoccupied with set theory rather than the practice of ordinary mathematicians?

28. What is the importance to political philosophy of the nation state?

29. Should the state be neutral between conceptions of the good?

30. ‘[A]ll the great philosophical discoveries are discoveries of the obvious ’ [H.H. P RICE ] . Discuss.

A comparer avec les sujets du bac français de cette année:

Les premiers sujets du Bac 2013

Le Figaro

17/06/2013

«Peut-on agir moralement sans s’intéresser à la politique?» ou «La science se limite-t-elle à constater les faits?». Les sujets de l’épreuve de philosophie sont tombés.

L’épreuve reine de philosophie a donné lundi le coup d’envoi du baccalauréat: gorge serrée ou décontraction affichée, les 338.186 candidats au bac général ont entamé lundi à 8H00 leur première épreuve écrite de la session 2013 avec la philosophie, pour laquelle ils disposent de trois sujets au choix et de quatre heures pour plancher. Voici les sujets pour chaque série:

• Série L (littéraire), coefficient 7

- Le langage n’est-il qu’un outil?

- La science se limite-t-elle à constater les faits?

- Expliquer un texte de René Descartes extrait de «Lettre à Elisabeth»

• Série S (scientifique), coefficient 3

- Peut-on agir moralement sans s’intéresser à la politique?

- Le travail permet-il de prendre conscience de soi?

- Expliquer un texte de Henri Bergson extrait de «La pensée et le mouvant».

• Série ES (économique et social), coefficient 4

- Que devons-nous à l’Etat?

- Interprète-t-on à défaut de connaître?

- Expliquer un texte d’Anselme extrait «De la concorde»

Plus de 660.000 candidats

La philosophie figure au programme du baccalauréat de façon quasi ininterrompue depuis sa création sous Napoléon en 1808. À l’origine, c’était un examen oral, en latin. «C’est une singularité qui nous fait honneur dans notre pays, qui est quand même le pays des grands philosophes», souligne Jean-Paul Delahaye, directeur général de l’enseignement scolaire (Dgesco).

Au total, 664.709 candidats (-5,45 % sur un an) tenteront de décrocher le diplôme en 2013, dont la moitié (51 %) au bac général, près d’un tiers (28 %) au bac pro et un cinquième (21 %) au bac techno.

Une vigilance particulière est portée cette année à la lutte contre la fraude ,avec la généralisation des détecteurs de téléphones portables dans toutes les académies. Après l’épreuve inaugurale de lundi, les candidats poursuivront un marathon écrit d’une semaine. Ils devront patienter jusqu’au 5 juillet pour savoir s’ils ont décroché leur diplôme. Le doyen des candidats a 91 ans. Le plus jeune n’a que 13 ans.

(Avec AFP)

Voir encore:

Bac 2013 : le corrigé des épreuves de philo de Luc Ferry

Assma Maad

Le Figaro

17/06/2013

Le philosophe Luc Ferry décrypte pour le Figaro Étudiant ,les sujets du bac philo 2013. Il a choisi la dissertation sur le travail, le langage et la morale.

Pour réussir la dissertation de philosophie au baccalauréat ,l’ancien ministre de l’Éducation, Luc Ferry encourage à prendre le sujet au sérieux. La dissertation ne doit pas sortir des sentiers battus, elle doit rester relativement classique. D’abord il faut identifier le sens du sujet, c’est l’introduction. Dans l’exercice de la dissertation, exprimer ses opinions ne suffit pas, il faut les argumenter les positions qui ne sont pas les siennes.

Au 19ème siècle, l’épreuve de philosophie a été instaurée pour aider à former des citoyens. Il faut donc s’interroger sur le sens profond du sujet, le sens pour soi, le sens pour la société. Il est indispensable de s’inspirer de l’opinion publique, générale, pour ensuite la dépasser. Mais attention aux exemples dans l’actualité, ils sont dangereux selon Luc Ferry. On peut les mobiliser au début de la dissertation, car il faut partir des opinions courantes. Mais on part de l’apparence et on va au-delà, pour essayer de voir ce qu’il y a derrière…

Parmi les nombreux sujets tombés ce lundi matin pour l’épreuve de philosophie, l’ancien ministre a d’abord choisi de s’exprimer sur le travail, une notion qu’il juge «intéressante».

Le travail permet-il de prendre conscience de soi? (Bac S)

Il est possible de commencer par une première partie dans laquelle il faut expliquer l’étymologie du mot travail, «tripalium», un instrument de torture inventé au Moyen Âge. On peut élaborer une première partie où vous êtes l’ennemi du travail, le travail est ennuyeux, pénible, il est une torture, et ne sert qu’à gagner sa vie… Cette partie est donc hostile au travail.

La seconde est plus intelligente, éloignée des opinions courantes traditionnelles à la première partie… Il faut rappeler que dans l’histoire du travail, des siècles durant l’aristocrate s’est défini comme celui qui ne travaillait pas. À partir du 17ème siècle, on a eu contraire, l’idée que le travail est un vecteur d’émancipation de soi. On prend conscience de ses limites, de ses capacités… Cette seconde partie fait donc l’apologie du travail.

En conclusion, vous pouvez conclure en évoquant Baudelaire: travailler est plus amusant que s’amuser.»

Le langage n’est-il qu’un outil? (Bac L)

Comme il faut toujours commencer par les opinions courantes… il est judicieux de dire que le langage est avant tout un instrument de communication. Dans cette perspective là, il semble bien que l’on peut traduire tous les outils dans toutes les langues. Ce qui importe c’est le contenu de ce qui est transmis, la traduction est un signe que le langage est un outil. Je ferais donc une première partie avec Nicolas Boileau et l’Art poétique :« Rien n’est beau que le vrai: le vrai seul est aimable. Il doit régner partout, et même dans la fable… Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément». Donc je ferais une première partie sur le langage comme instrument de communication. Le langage est l’inessentiel, l’essentiel est le contenu. L’essentiel c’est le message, et pas le messager.

Je partirais de Nietzsche dans une seconde partie. Selon lui il y a deux types de langage. Le langage de la vérité, inspiré du modèle socratique, est un langage outil. Gorgias, expliquait que le «vrai sophiste parle pour ne rien dire». Qu’est-ce que cela veut dire qu’un langage qui ne dit rien? Cela veut dire que le langage peut avoir une fonction de séduction, il peut avoir une fonction poétique… par exemple le langage amoureux n’est pas un langage de vérité, mais un langage qui vise à charmer, à persuader, à convaincre,…Dans le poème l’Albatros de Baudelaire, est racontée l’histoire d’un oiseau qui essaie de décoller, qui est lourd. Mais une fois dans le ciel il est d’une élégance magnifique. Dans le sens du langage outil c’est l’histoire d’un oiseau qui n’arrive pas à décoller. Il ne reste rien du poème quand il s’agit juste de transmettre du contenu… Donc on voit bien qu’il y a une fonction du langage qui est toute autre que celle d’être un outil.

Enfin, dans une troisième partie on peut s’interroger sur le langage séducteur. Est-ce que finalement ce n’est pas un outil de séduction? Même s’il ne s’agit pas de transmettre un contenu… Quand on utilise le langage pour séduire, comme le discours amoureux (qui est plein de mensonges. On peut prendre l’exemple d’Aphrodite, déesse de l’amour et de la beauté qui ment tout le temps et qui est décrite par Hésiode comme une déesse des apparences), est-ce que ça ne reste pas finalement un outil? La séduction reste quand même l’objectif…

Peut-on agir moralement sans s’intéresser à la politique? (bac S)

Encore un coup de Cahuzac ! (rires, ndlr) C’est un sujet qui porte sur ce qu’Hegel appelait la «belle-âme». Il y a un certain nombres de moralistes qui considèrent que la politique est une chose sale. Ce sera ma première partie. Pour agir moralement il ne faut pas s’engager en politique. S’engager en politique, c’est s’engager dans la «real politique», donc s’engager dans le cynisme, donc dans des aventures qui sont forcément impures. Le modèle est inévitablement Gandhi, celui qui a les mains pures parce qu’il n’a pas mis les mains dans le cambouis. C’est la distinction que fait Max Weber entre deux éthiques. L’éthique de la conviction et l’éthique de la responsabilité. L’éthique de la conviction c’est la «belle âme», c’est Gandhi, celui qui est dans la pureté morale, parce qu’il ne s’est pas engagé. Puis il y a l’éthique de la responsabilité, du militaire ou du politique, de celui qui s’est engagé dans des réalités qui sont impures (qu’il y a-t-il de moins pur que la guerre?) Est-ce que l’éthique de la responsabilité, c’est le cynisme?

Je ferais une deuxième partie sur le fait que la «real politique», ou l’éthique de la responsabilité comme le dit Max Weber, n’est pas du tout l’impureté. Cette vision des choses est absurde. L’éthique de la responsabilité consiste à maintenir les objectifs moraux, mais en tenant compte de la réalité, elle n’abandonne pas les principes éthiques. Elle essaie de les appliquer autant qu’il est possible. Est-ce qu’en 1935 (un exemple que prenait souvent Raymond Aron ), on avait raison de ne pas intervenir contre Hitler, d’être pacifistes? Oui, du point de vue moral. Des intellectuels comme Alain ou Malraux étaient pacifistes car ils disaient que la guerre, c’est mal. Mais si on avait plongé les mains dans le cambouis en intervenant contre Hitler… on se serait engagé contre quelque chose d’ignoble en empêchant la Seconde Guerre Mondiale. On aurait eu une attitude plus morale que celle des pacifistes.

Voir enfin:

Raphaël Enthoven "A 20 ans, j’ai eu l’agrégation de philosophie, à la deuxième tentative"

Propos recueillis par Sophie de Tarlé
L’Etudiant

Mai 2010

Élève en section A2 (l’actuel bac L) au lycée Henri-IV à Paris, Raphaël Enthoven a vite pris goût aux études. C’est en classe d’hypokhâgne qu’il a découvert l’esprit de compétition. Il a enchaîné avec l’École normale supérieure où il a appris à travailler beaucoup. Il revient sur ces années qui lui ont donné le goût d’enseigner, d’écrire (il vient ainsi de publier la "Dissertation de philo", chez Fayard) et d’animer aujourd’hui une émission de philo sur France Culture.

Raphael EnthovenQuels souvenirs gardez-vous du lycée ?

De la 6ème à la 2nde, j’étais au lycée Montaigne à Paris. Puis en classe de 1ère, je suis entré au lycée Henri-IV. J’ai le souvenir d’avoir rencontré en première Sabine Maurel, une professeure de français rêvée, idéale, passionnante et passionnée. Elle m’a fait découvrir Gustave Flaubert, Victor Hugo, Racine. Elle avait comme particularité de faire beaucoup de liens entre les écrivains et la philosophie, car elle était l’épouse de Jean Maurel, un grand professeur de philosophie. Elle faisait par exemple des rapprochements entre Victor Hugo et Nietzsche, ainsi qu’entre Apollinaire et Platon. Les cours qu’elle donnait étaient vraiment jubilatoires. Elle était très drôle. Elle pouvait se permettre des familiarités avec les auteurs, qu’elle connaissait sur le bout des doigts. Elle disait, par exemple, que "ça baisait chez Racine" ! Je me souviens d’avoir étudié une description d’une casquette dans Madame Bovary de Flaubert, dont je me sers encore 20 ans après. C’est un texte qui montre que plus on décrit un objet, moins on le voit : c’est le début du surréalisme !

Êtiez-vous bon élève ? Quelles étaient vos matières préférées ?

J’étais bon élève même si j’ai fait un bac A2 [ex-bac L spécialité langues]. À l’époque, on disait que c’était le bac des fainéants ! Cela dit, au lycée Henri-IV, ce n’était pas tellement le cas. Je me souviens qu’en latin, je devais rendre une version par semaine, et nous avions une interrogation écrite par jour. À cette époque d’ailleurs je travaillais tout le temps. Au départ, je ne le faisais pas par goût mais plutôt par nécessité, car j’espérais intégrer la classe d’hypokhâgne [classe préparatoire au concours de l’École normale supérieure] de mon lycée. En effet, même en étant déjà dans le lycée, ce n’était pas gagné, et il y avait une grosse sélection à l’entrée. À force de travailler, j’ai fini par aimer ça ! Toutes les matières me plaisaient, mais mes 3 préférées étaient sans conteste le français, la philosophie et l’anglais.

Quelle était l’ambiance ? Est-ce qu’on se tirait dans les pattes à Henri-IV ?

Au lycée pas du tout, il y avait une très bonne ambiance. En revanche, en intégrant la classe d’hypokhâgne, j’ai découvert l’esprit de compétition. J’y ai trouvé de vraies bêtes à concours qui n’hésitaient pas à se savonner la planche. Et puis j’ai vu des élèves vraiment étonnants. Il y en avait un par exemple qui avait lu la Critique de la raison pure de Kant, en allemand ! Mais ils étaient si savants qu’ils manquaient d’imagination et d’humanité. En intégrant la khâgne, j’ai eu aussi un choc. Alors que j’avais été un bon élève de terminale, je me suis retrouvé bon dernier jusqu’au concours. C’était nouveau pour moi. Mais ce fut aussi une leçon d’humilité, et finalement j’ai trouvé ça très enrichissant. Je pense que c’est un traumatisme nécessaire qui m’a permis d’avancer. Au petit concours [concours blanc] de khâgne par exemple, je me suis retrouvé 47e sur 55 ! Je m’étais juré qu’au prochain concours blanc, je serais dans les 30 premiers, ce que j’ai fait, mais entre-temps, 15 élèves avaient abandonné…

Votre père est un intellectuel célèbre et votre mère est journaliste. Vous ont-ils aidé dans vos études ?

Du moment que je ramenais à la maison de bons bulletins, ils ne m’embêtaient pas. J’achetais ma tranquillité avec mes bonnes notes. Ils étaient plutôt contents que je fasse Normale sup, surtout mon père qui y était très attaché. Je n’ai pas le souvenir qu’ils m’aient donné des conseils, que ce soit pour les études, pour la vie, ou même des conseils de morale. J’ai tout appris seul. En général d’ailleurs, les étudiants sont souvent livrés à eux-mêmes. C’est pourquoi j’aime leur donner ce que j’ai dû découvrir par moi-même. J’aurais beaucoup apprécié, par exemple, qu’on m’aide à faire une dissertation de philo. Nous avions en terminale des cours de méthodologie très abstraits, et j’ai mis un certain temps à comprendre comment il fallait faire. Au départ, j’écrivais 20 pages sur un sujet, je faisais une thèse ! Peu à peu, en khâgne en particulier car on nous préparait au concours, j’ai appris à me plier à une méthode, et à faire un plan en 3 parties. La problématique par exemple, c’est un mot bien mystérieux. On se demande d’ailleurs pourquoi on dit problématique et pas problème.

Et le concours d’entrée à l’École normale supérieure, c’est un bon souvenir ?

Disons que j’ai aimé les concours, car j’aime me mettre en danger. À ce moment-là, on joue très gros. Et puis, il y a un côté arbitraire et injuste dans la note. Mais en m’y préparant, j’ai pu faire des choses qui me semblaient au départ insurmontables. J’ai appris à travailler énormément, et dans l’urgence. À ne pas céder à la panique. J’ai également appris l’endurance. Autant de choses qui m’aident aujourd’hui. Je ne pense pas que je serais capable d’animer une émission tous les jours sur France Culture si je n’étais pas passé par une prépa. Je dirais que ce ne fut pas un rite initiatique mais un "rythme initiatique". Mon seul défouloir était la boxe thaï, que je pratiquais assidûment après les cours.

À quel âge avez-vous pris votre indépendance ?

J’ai habité seul très tôt. À 18 ans en khâgne, j’avais déjà quitté mes parents, et j’habitais dans une chambre de bonne. Ensuite, j’ai gagné ma vie assez rapidement. À 19 ans, j’étais normalien et je gagnais 7.000 francs [soit 1.067 €] par mois [à l’École normale supérieure, les élèves sont fonctionnaires et sont rémunérés pendant leurs études], sans compter les cours particuliers que je donnais. En revanche, quand j’ai raté l’agrégation, j’ai dû demander à mes parents de m’aider, car pendant un an, je n’étais pas payé.

Pourquoi avez-vous échoué à l’agrégation ?

Le concours portait sur 3 auteurs, Aristote, Nietzsche et Spinoza. Je rencontrais des difficultés avec Aristote ! Et puis je me faisais une montagne du concours de l’agrégation, je ne pensais pas en être capable. Finalement, Aristote a été remplacé par un autre philosophe antique, Plotin. C’est peut-être ce qui m’a sauvé. J’ai eu l’agrégation à la 2nde tentative.

Avez-vous fait une rencontre qui vous a particulièrement marqué ?

Oui, en hypokhâgne, j’ai rencontré Jacques Darriulat. Grâce à ce professeur, j’ai su que la philosophie pouvait provoquer une joie sans égal, et que l’abstraction n’était pas l’ennemie du quotidien, au contraire. J’ai toujours voulu enseigner, mais avec lui, j’ai su que c’était effectivement ce que je ferais. Par la suite, j’ai été professeur à Lyon 3, et aujourd’hui, j’enseigne à Polytechnique.

Est-ce que les jeunes vous sollicitent ? Quels conseils leur donnez-vous ?

Récemment, j’ai rencontré un étudiant en médecine qui m’a dit qu’avant de m’écouter à la radio, il n’avait jamais eu l’idée d’ouvrir un livre de philo. Et à Polytechnique, certains de mes élèves s’inscrivent en fac de philo en parallèle. D’autres jeunes viennent me demander des conseils sur leur vie. Je leur réponds alors que je ne suis pas thérapeute ! Ils confondent la philosophie avec la psychologie. À l’exception des stoïciens, la philosophie ne permet pas de mieux vivre sa vie. Elle ne remplace ni la religion, ni la psychologie, ni la morale… Si cela vous aide à mieux vivre, c’est une vertu collatérale. La philosophie enseigne et montre la réalité, et la réalité n’a pas de morale. Faire de la philosophie une morale, c’est la cantonner à un bastion trop étroit, me semble-t-il.

Biographie

1975 : naissance à Paris.

1994 : il intègre l’École normale supérieure.

2002 : il rejoint le philosophe Michel Onfray à l’Université populaire de Caen.

2007 : il devient producteur des Nouveaux Chemins de la connaissance, sur France Culture.

Depuis 2007 : il est professeur de philosophie à l’École polytechnique.

2007 : il publie "Un jeu d’enfant : la philosophie", aux éditions Fayard.

Depuis 2008 : il anime l’émission Philosophie, diffusée le dimanche sur Arte, et tous les jours, de 10 h à 11 h, les Nouveaux Chemins de la connaissance, sur France Culture.

2009 : il publie "l’Endroit du décor", aux éditions Gallimard.

2010 : publication, sous sa direction, de la "Dissertation de philo" (éditions Fayard), ouvrage dans lequel il fait décortiquer par des enseignants des thèmes au programme du bac.


Examens: Vous pouvez maintenant retourner votre feuille (You may now turn over your papers: Looking back at the world’s hardest exam)

17 juin, 2013
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/da/All_Souls_College_Oxford_(5647145915).jpghttp://jcdurbant.files.wordpress.com/2013/06/9ad12-codringtonlibrary252callsoulscollege252coxford252cengland.jpg?w=450&h=397https://pbs.twimg.com/media/BKJMHluCMAAjdIZ.jpgC’est ici qu’a été gagnée la bataille de Waterloo. Wellington (parlant d’Eton et cité par Montalembert)
The College of All Souls of the Faithful Departed, of Oxford, mieux connu sous le nom de All Souls College, est l’un des colleges constitutifs de l’Université d’Oxford, au Royaume-Uni. All Souls est un collège tout à fait singulier à Oxford car tous ses membres sont automatiquement fellows, c’est-à-dire membres du conseil dirigeant le collège. Chaque année, parmi les undergraduates (étudiants préparant le bachelor’s degree) qui passent leur diplôme de fin d’études, ceux ayant les meilleurs résultats sont invités à passer un concours particulier pour devenir fellow d’All Souls. Deux seulement sont élus chaque année. C’est pourquoi être fellow d’All Souls est vu au Royaume-Uni comme l’un des plus grands honneurs universitaires. Ces fellows sont connus sous le nom de Prize Fellows, la durée de leur fonction est de sept ans, et ils sont à peu près une douzaine dans le collège en même temps. Les autres catégories sont celles de Senior Research Fellows, Post-Doctoral Research Fellows, Fifty-Pound Fellows (ouvert seulement aux anciens Fellows qui n’ont plus de poste à Oxford) et Distinguished Fellows. Il y a également beaucoup de Professorial Fellows qui tirent leur fonction de leur poste dans l’Université. Wikipedia
The examiners concentrate particularly on the essay and the two general papers, which give a better impression of intelligence in depth. It takes a month to mark the papers and then invitations are sent out to the shortlisted candidates to dine, one by one, in college. I did not receive an invitation. Again, it is not made clear what behaviour is expected at the dinner, but a clue is given in its slang name, "the knife-and-fork test". The implication is that those candidates considered academically sound enough to pass the exam stage should also be able to engage in mature, cosmopolitan conversation and know their way around a dinner table. Cherry pie is served to see what the candidates do with the stones. A L Rowse thought that the best thing to do was swallow them. He was elected, but was still not sure, 70 years later, whether he was right to do so. Harry Mount
La moralité d’une orgie change-t-elle quand les participants portent des uniformes nazis? Exemple de question d’entrée au All souls college d’Oxford
Pourquoi la Grande-Bretagne n’a-t-elle pas de culture du café ? Exemple de question d’entrée au All souls college d’Oxford

Alors que commencent (avec l’épreuve-reine de philosophie aujourd’hui) les épreuves du baccalauréat pour près de 665 000 lycéens français (pour un coût total, entre cours non assurés – 3 semaines ! – et multiplication des langues évaluées – jusqu’à 57 ! – options facultatives et création d’épreuves supplémentaires), plus d’un milliard et demi d’euros) …

Comme celles, en Grande-Bretagne de l’examen plus ou moins équivalent dit du A- level …

Retour sur l’examen réputé le plus difficile du monde …

A savoir les fameuses épreuves d’entrée à Oxford (12 heures de dissertations sur deux jours suivies, pour les meilleurs, d’oraux sous forme de dîners dits "examen de la fourchette et du couteau") …

Et notamment les fameuses questions de culture générale …

Qui, si depuis trois ans la légendaire "question à un mot" n’existe plus (un simple nom – "eau", "moralité", "style” “censure", "charité,” “reproduction,” “noveauté”, “chaos”,  “pitié” – à discuter en trois heures), n’en semblent pas plus faciles pour autant  …

Oxford Tradition Comes to This: ‘Death’ (Expound)

Sarah Lyall

The New York Times

May 27, 2010

OXFORD, England — The exam was simple yet devilish, consisting of a single noun (“water,” for instance, or “bias”) that applicants had three hours somehow to spin into a coherent essay. An admissions requirement for All Souls College here, it was meant to test intellectual agility, but sometimes seemed to test only the ability to sound brilliant while saying not much of anything.

“An exercise in showmanship to avoid answering the question,” is the way the historian Robin Briggs describes his essay on “innocence” in 1964, a tour de force effort that began with the opening chords of Wagner’s “Das Rheingold” and then brought in, among other things, the flawed heroes of Stendhal and the horrors of the prisoner-of-war camp in the William Golding novel “Free Fall.”

No longer will other allusion-deploying Oxford youths have the chance to demonstrate the acrobatic flexibility of their intellect in quite the same way. All Souls, part of Oxford University, recently decided, with some regret, to scrap the one-word exam.

It has been offered annually since 1932 (and sporadically before that) as part of a grueling, multiday affair that, in one form or another, has been administered since 1878 and has been called the hardest exam in the world. The unveiling of the word was once an event of such excitement that even non-applicants reportedly gathered outside the college each year, waiting for news to waft out. Applicants themselves discovered the word by flipping over a single sheet of paper and seeing it printed there, all alone, like a tiny incendiary device.

But that was then. “For a number of years, the one-word essay question had not proved to be a very valuable way of providing insight into the merits of the candidates,” said Sir John Vickers, the warden, or head, of the college.

In a university full of quirky individual colleges with their own singular traditions, All Souls still stands out for the intellectual riches it offers and the awe it inspires. Founded in 1438 and not open to undergraduates, it currently has 76 fellows drawn from the upper echelons of academia and public life, most admitted on the strength of their achievements and scholarly credentials.

Previous fellows include Sir Isaiah Berlin, Sir Christopher Wren, William Gladstone and T. E. Lawrence (of Arabia). Hilaire Belloc and John Buchan are said to have failed to get in. In recent years, fellows have included a Nobel Prize winner, several cabinet members, a retired senior law lord and a lord chancellor.

In addition, two young scholars are chosen each year from among Oxford students who graduated recently with the highest possible academic results. Called examination fellows, they get perks including room and board, 14,783 pounds (about $21,000) a year for a seven-year term and the chance to engage in erudite discussions over languorous meals with the other fellows.

But first they have to take the exam. It consists of 12 hours of essays over two days. Half are on the applicants’ academic specialties, the other half on general subjects, with questions like: “Do the innocent have nothing to fear?” “Isn’t global warming preferable to global cooling?” “How many people should there be?” and the surprisingly relevant, because this is Britain: “Does the moral character of an orgy change when the participants wear Nazi uniforms?”

Those are daunting enough. But it is the one-word-question essay (known simply as “Essay”) that candidates still remember decades later. Past words, chosen by the fellows, included “style,” “censorship,” “charity,” “reproduction,” “novelty,” “chaos” and “mercy.”

It was not a test for everyone.

“Many candidates, including some of the best, seemed at a loss when confronted with this exercise,” said Mr. Briggs, a longtime teacher of modern history at Oxford.

Others found it exhilarating. “Brilliant fun,” a past applicant named Matthew Edward Harris wrote in The Daily Telegraph recently, recalling his 2007 essay, on “harmony.”

He had resolved, he said, that “No matter what word I was given, I would structure my answer using Hegel’s dialectic.” And then, like a chef rummaging through the recesses of his refrigerator for unlikely soup ingredients, he added a discussion of Kant’s categorical imperative and an analysis of the creative tensions among the vocalists in Crosby, Stills, Nash and Young (he didn’t get in).

The writer Harry Mount, an Oxford graduate and the author of “Carpe Diem: Put a Little Latin in Your Life,” didn’t get in, either. His essay, in 1994, was on “miracles.”

What was in it?

“Crying Madonnas in Ireland, that sort of thing,” Mr. Mount said. “And the battle between faith and cynicism. I was a cynic and didn’t believe in miracles, and perhaps that was bad. I had just read about Karl Popper and his theory of falsification, so I threw in a bit about that.”

Justin Walters, the founder and chief executive of Investis, an online corporate communication service company, said that writing his essay, on “corruption,” was not half as bad as the oral exam several weeks later, conducted by a long row of fellows peering across a table.

“ ‘Mr. Walters, you made some very interesting distinctions in your essay. Are you prepared to defend it?’ ” he remembered one of the fellows asking. Unfortunately, he had only a vague recollection of what he had written. “You’re the teacher — you figure it out,” he recalled thinking. (He must have done something right: he got in.)

Sir John, the current college warden, has worked as the Bank of England’s chief economist and been president of the Royal Economic Society, among other jobs. He draws a self-protective veil over the memory of his own essay, in 1979, on “conversion.”

“I do shudder at the thought of what I must have written,” he said.

Voir aussi:

The word on Oxford University’s All Souls fellows exam is: axed

Oxford University’s All Souls college is dropping its historic one-word entrance essay

Jessica Shepherd, education correspondent

The Guardian

14 May 2010

It is thought to be the hardest exam in the world. For almost a century, just a handful of the brightest young Oxford graduates have been picked to sit it each year and often only one is successful.

But this year, for the first time, the All Souls fellows exam is dropping its most gruelling element – the one-word essay question. The task has defeated even the most brilliant of minds in requiring them to open an envelope, inside which is a card with a single word – for instance, innocence or morality – and to write coherently about the subject for three hours.

The historian Lord Dacre and the author Hilaire Belloc were not up to the challenge, unlike the philosopher Sir Isaiah Berlin and the judge Richard Wilberforce. Those who excel, and who succeed in four other – more conventional – papers, are admitted to Oxford University’s graduate-only college, All Souls.

The title All Souls fellow propels them, in their early 20s, to academic stardom. Fellowship lasts for seven years and comes with a stipend of £14,783 a year.

The one-word essay holds such mystique that crowds are said to gather outside the ancient university’s exam hall to learn which word has been set. Past titles have been water, miracles and bias.

So it is after much consideration that the college’s dons have voted to scrap it.

Sir John Vickers, the head of All Souls and former member of the Bank of England’s monetary policy committee, said that in recent years the essay had "not proved so useful" as a test of the qualities for admission – namely "exceptional analytical ability, breadth and depth of knowledge, independent-mindedness and clarity of thought and expression".

The remaining four exams are a mix of general papers, and subject papers such as English literature, law and classics.

"We have dropped it with some regret. It was the part of the exam where everyone did the same thing, but experience shows that we get more insight into candidates’ abilities when they are free to choose from question papers," said Vickers.

Professor Terence Kealey, who studied for his doctorate at Oxford and is vice-chancellor of the University of Buckingham, said it was a great shame to drop the paper. "The one-word question tests an individual’s creativity while forcing them to align with scholarly rigour," he said.

Robin Briggs, a historian and emeritus fellow at All Souls, who passed the exam in 1964, aged 22, said it was "too esoteric, even for Oxford". Just remembering the ordeal makes him shudder, he said. In his year, the word was innocence.

Elizabeth Chatterjee, 23, who passed in 2008 when the word was novelty, said that in her year candidates spent the first hour wandering around the exam hall, thinking and sipping water.

Voir également:

All Souls, Oxford should continue to put genius to the test

For more than a century, prospective Fellows of All Souls, Oxford have had to sit a frightening exam paper that contains no questions and just one word. Now it has been dropped – and Harry Mount (failed, 1994) says the college is the poorer for it.

Harry Mount

Telegraph

19 May 2010

Swots across the country are weeping over their trigonometry textbooks this week, because the hardest exam in the world has just got easier. Dumbing down has seeped upwards into Britain’s seat of highest learning.

All Souls College, Oxford – the graduates-only college, where the brainiest of brainiacs breathe a rarefied intellectual air in three Gothic quads strung along the High Street – has just dropped the most difficult part of its entrance exam.

And I should know quite how difficult it is – I failed it in 1994. At least I am in eminent company: the historian Lord Dacre, the literary critic Lord David Cecil, and the writers John Buchan and Hilaire Belloc all failed. Sir Isaiah Berlin, John Redwood, William Waldegrave and the journalist Matthew d’Ancona passed. As did Sir Jeremy Morse, the banker and former chancellor of Bristol University, who gave his name to Colin Dexter’s Oxford detective.

Since 1878, anyone with a First in their Oxford undergraduate Finals has been invited to sit the All Souls Prize Fellowship Examination at the end of September – a gruelling, three-day ritual, with six three-hour exams, one each morning and afternoon. Only those who have sat their Finals within the past three years are eligible; so the examinees tend to be in their early twenties. Women have been admitted since 1979. Of the 500 undergraduates who take a First each year, only 30 or so accept the invitation to go for one of the two annual Prize Fellowships. It says something for David Cameron’s modesty that, despite getting a First in PPE in 1988, he refused to sit the exam. I was more arrogant.

I sat two specialist papers on history, my undergraduate subject, two general ones and a language paper. And then came the hardest, most brain-straining paper of all – the one simply called "Essay"; the one the All Souls softies have now decided to drop altogether. The horrifying thing about Essay is not how difficult it is, but how simple. You turn over the plain blank sheet of A4 paper, and there is a single word on it; you have nothing else to write about for the next three hours. My word was "Miracles". Other words have included Bias, Style, Chaos, Mercy, Innocence, Novelty, Morality and Water. A L Rowse (1903-97), the waspish Shakespearean scholar, won his Prize Fellowship by writing on "Possessions".

The Essay is an exceptional test of intelligence. Ask someone when the Battle of Hastings took place, and they’ll either get it right or wrong. Ask them, "How did Athens run the Laurium silver mines?" – as I was asked in my ancient history Finals – and the answer is still pretty specific. But ask someone – or don’t even ask them, just state to someone – a single word, and there’s infinite room for genius, or stupidity, to expand within the word’s parameters.

"It’s not the sort of exam you can blag," says a friend of mine, who sat the exam in 1993, when the Essay was "Error". "It was the first exam that I’d ever come across where I couldn’t fall back on native wit and blagging, as I had done with my Finals."

So, I’m afraid I must disagree with the Warden of All Souls, Sir John Vickers, a former member of the Bank of England’s monetary policy committee, who has just said that the Essay is no longer useful for testing the qualities for admission – "exceptional analytical ability, breadth and depth of knowledge, independent-mindedness and clarity of thought and expression". All of those qualities are brilliantly tested by Essay, which also has a magical romance to it that you don’t normally associate with exams. And All Souls is poorer by its passing. Taking away Essay removes a chunk of mystique from this most mysterious of Oxbridge colleges.

Founded in 1438 for poor scholars by Archbishop Chichele, All Souls was intended as a place of learning and prayer for non-monastic clergy, and as a chantry for all souls of the faithful departed; hence the name. It was particularly associated with the late king, Henry V, and soldiers who had died in the Hundred Years’ War with France. Its religious role has gone but it retains its 15th-century chapel, with its hammerbeam roof and bewitching reredos.

For all the ancient other-worldliness of All Souls, the beauty of the Fellowship Examination is that it allows some fellows to leave the cloistered world of academe. Both annual fellowships last seven years (and both come with a yearly £14,783 scholarship), but only one of them is purely academic. The other fellow – known as a "Londoner" by the academics – is encouraged to make his way in the outside world, typically in journalism, law or politics.

Londoners can still do some scholarly work on the side: John Redwood went to work for Robert Fleming, the merchant bank, while spending his weekends at All Souls writing his thesis: "The Fear of Atheism in England from the Restoration to Berkeley’s Alciphron".

Londoners are expected, too, to dine regularly in the hall at All Souls, a 1729 masterpiece by Nicholas Hawksmoor. It was into that hall that we candidates were led on our first morning by the Manciple – the college steward. However glittering the All Souls alumni are, I could see why John Strachey, the Labour MP and Spectator writer, said of the All Souls buildings and their inhabitants, "the birds are not worthy of the cage". Hawksmoor’s hall is Gothic outside and classical inside – an Ionic screen and shell-headed niches are topped by a ceiling lined with ornate baroque pouches. Ranged around the room are portraits of distinguished Fellows. Outside in the quad sits a handsome sundial designed in 1658 by the All Souls bursar – who happened to be Sir Christopher Wren.

The whole set-up was all rather intoxicating and I could see why lots of Fellows walk through the medieval oak door on the High Street in their early twenties and don’t leave until they are carried out, feet first, 60 years later.

My stay was a little shorter. I did my best on the two history papers, with questions such as: "Consider the problems raised by one or more of the following for those with property in Britain in any period of your choosing: dowagers; daughters; younger sons; bastards." I tried my hardest on the two general papers – sample question: e_SDLq’If a man could say nothing against a character but what he could prove, history could not be written’ (Samuel Johnson). Discuss." And I struggled through the translations paper, which consists of several passages in different languages: ancient and modern Greek; ancient and medieval Latin; French; German; Italian; Spanish; Russian; ancient Hebrew. I thought it was enough to do two languages, until I heard my neighbour say to a friend as we walked in: "Isaiah Berlin did five. I’m going to try four."

But it was the Essay on Miracles that left me floundering. I did a bit on weeping Madonnas and liquefying saints’ blood, and struggled to the end with some stuff on miracles being battles between cynicism and faith. It wasn’t enough.

After a month spent marking the papers, the Fellows send invitations to shortlisted candidates for dinner – the "knife and fork test". I never got the invitation for dinner, and so never got to sit the last bit of the exam. The Fellows of All Souls may have foolishly got rid of Essay, but they still retain one last romantic, mystical trial: cherry pie is served for pudding, to see what the candidates do with the stones. AL Rowse swallowed his. He still wasn’t sure, 70 years later, whether he’d done the right thing.

Voir encore:

A few things pointy-heads should know

All Souls fellowships are for the seriously brainy. Harry Mount, like Belloc and Lord Dacre, failed

Harry Mount

New Statesman

04 October 1999

If you happen to be in Oxford at the moment and find yourself strolling down the High Street, you might catch a group of 30 or so people in their early 20s, nervous but determined-looking, filing through an oak door into one of the medieval buildings that line the street. Look closely, for among their number may be the geniuses of the next millennium. That door is the door to All Souls college, and the 30 people are this year’s entrants for the All Souls fellowship examination.

If intelligence can be measured by exams, the All Souls Fellows by examination are the cleverest people in the country. There is some debate over which is the hardest exam in the world. Honour moderations in classics, again at Oxford, were the holders of the title for years, with their 12 three-hour exams over six days. They were usurped this century by the Chinese civil service entrance examination, a ten-day, all-day ritual. But in terms of the quality of the candidates, there is probably nothing to rival the All Souls exams, which began on 30 September and last for three days.

Founded in 1438 for poor scholars by Archbishop Chichele, All Souls was to be a place of learning for the non-monastic clergy and a place of prayer, a chantry for all souls of the faithful departed, associated particularly with the late king, Henry V, and those who died in the Hundred Years’ War with France. It has changed since then, but remains the only medieval foundation to have retained its original intention as being an entirely graduate college.

Until the late 19th century, the Fellows were not a particularly distinguished lot, installed mostly by virtue of blood ties to the original founder. But in 1878 the prize fellowships were set up, and the college began to attract the great minds of England.

Invitations to sit the exam are sent only to those who have got a First in their finals. Only those who have graduated within the past three years are eligible – hence, most of the candidates are under 25. Of the 500 who take Firsts every year, only 30 apply, to fight for two fellowships each year. Both last seven years, but are usually extended. One is purely academic – the winner researches full time on anything they want to. The late A L Rowse and the late Sir Isaiah Berlin were both originally academic Fellows. The other fellowship goes to a star who has opted for a non-academic career – typically the law, politics or journalism. John Redwood, William Waldegrave and Matthew d’Ancona, deputy editor of the Sunday Telegraph, are non-academic Fellows, known as "Londoners" by the academics. (The name of Colin Dexter’s famous detective was inspired by a Londoner – Sir Jeremy Morse, now chancellor of Bristol University.)

The Londoners are obliged to do nothing, but are expected to publish something scholarly and dine regularly at the college. Redwood, for instance, on leaving Oxford and gaining his fellowship, spent his days working for a merchant bank and his evenings writing a thesis: The Fear of Atheism in England from the Restoration to Berkeley’s Alciphron.

Part of the attraction of the fellowship is financial. The sum of £9,000 a year is useful for the aspiring lawyer and a real bonus for an academic. But more alluring is the kudos. The intellectual connotations of an All Souls fellowship are significant and the struggle to get one intense. Hilaire Belloc, John Buchan and Lords David Cecil and Dacre all failed the exam. David Gilmour, in Curzon, his life of Lord Curzon, viceroy of India and almost prime minister in the 1920s, describes how upset Curzon was on getting a Second in his classics finals. He "thought a Second would be so humiliating and make his life so insupportable that he would have to retire somewhere and hide his face from the world". Curzon wrote that he would devote his future to "showing the examiners that they had made a mistake". The best way of showing them was to win the All Souls fellowship which, after a year’s study, including a volume of Gibbon every two days, he duly did.

There were no signs of future eminence among the candidates when I took the exam in 1994. If anything, there was a general feeling of embarrassment; we had all chosen to spend three days doing this gruelling exam and we had really chosen to do so for one reason only – because we wanted to show how brilliant we all were. The young lawyers and academics, for that is what they mostly were, swapped tales of how unlikely success was and how they had not really wanted to take part.

Yet there can be few more pleasant rooms to sit an exam in than the hall of All Souls, into which we were led on our first morning by the Manciple – the college steward. Even with an eye on the staggering list of alumni, there is a resonance to what John Strachey, writer and politician, said of the buildings and their inhabitants: "the birds are not worthy of the cage". Built by Hawksmoor in the early 18th century, the hall is Gothic without and classical within – shell-headed niches and an Ionic screen are topped by a ceiling lined with ornate Baroque pouches. Ranged around the room are portraits of Fellows ancient and modern. (Women had to wait until 1979 and the wardenship of Sir Patrick Neill, the chairman of the Committee on Standards in Public Life.)

There are six papers in the exam, each of three hours (one each morning and afternoon). The first two, specialist papers on the subject you did for your finals, were not unlike finals but with a little extra spice to the questions: "Consider the problems raised by one or more of the following for those with property in Britain in any period of your choosing: dowagers; daughters; younger sons; bastards."

The two general papers on the second day test for a broad erudition that cannot be effectively revised for, with a mixture of topical and philosophical questions: " ‘If a man could say nothing against a character but what he could prove, history could not be written’ (Samuel Johnson). Discuss."

The general papers are mere limbering-up exercises for the toughest test, held on the morning of the third day, simply called "Essay". We were presented with a sheet of A4 with one word on it: "miracles". Past years have thrown up the words "chaos" and "mercy". A L Rowse wrote on "possessions". The general nature of the question meant that there was room for pretty much any answer and, by inference, infinite room for brilliance and invention.

I struggled through with some thoughts on all the miracles I had ever heard of – weeping Madonnas, liquefying saint’s blood – some very basic definitions of the word miracle and a conclusion about miracles being a battle between faith and cynicism.

Towards the end of the three hours, I glanced at a neighbour’s rough plan. Beneath the first sub-heading, "Popper and the proving of miracles", stretched a page-long list of Karl Popper’s works, each of them summarised in note form.

The last paper – translations – consisted of a variety of passages in different languages: ancient and modern Greek; ancient and medieval Latin; French; German; Italian; Spanish; Russian; ancient Hebrew. On going in, I felt confident about the Latin passage I was going to concentrate on until I heard my neighbour, the one who had written about Popper, confide in a friend: "Isaiah Berlin did five. I’m going to try four."

The examiners concentrate particularly on the essay and the two general papers, which give a better impression of intelligence in depth. It takes a month to mark the papers and then invitations are sent out to the shortlisted candidates to dine, one by one, in college. I did not receive an invitation. Again, it is not made clear what behaviour is expected at the dinner, but a clue is given in its slang name, "the knife-and-fork test". The implication is that those candidates considered academically sound enough to pass the exam stage should also be able to engage in mature, cosmopolitan conversation and know their way around a dinner table. Cherry pie is served to see what the candidates do with the stones. A L Rowse thought that the best thing to do was swallow them. He was elected, but was still not sure, 70 years later, whether he was right to do so.

 Voir de même:

The knife and fork test?

Mary Beard

A Don’s Life

The TIMES LITERARY SUPPLEMENT

July 28, 2006

There has been disappointing news about university entrants. The number of kids from state schools going to university has fallen. So has the number from the poorest families going to what are called “leading universities”. So too (though no-one seems quite so bothered about this one) has the number of boys.

News like this tends to provoke another round in the favourite national sport of Oxbridge bashing. The general line is that we sit round after dinner, quaffing our claret and plotting to let in thick privately educated toffs, and keep out the brightest and best from ordinary schools. Just occasionally this is backed up by a cause célèbre: an unlucky applicant with 15 A stars at GCSE and a raft of perfect A levels who was rejected, in favour (so the implication is) of a less qualified bloke who knew how to hold his knife and fork.

Everyone (apart from us) likes this kind of stuff. Tabloids push the hard-luck story. The broadsheets play to the anxieties of a middle-class readership wondering if their children or grand-children are going to make it. And for the Labour front bench, deploring the wickedness of elitist academics is a cheap way of reassuring the back bench rebels that they still have some kind of concern for social justice.

Of course, it’s not like that at all. One problem with the cause célèbres is that rules of confidentiality stop us from telling our side of the story. The unsuccessful candidate’s head teacher or parents can leak all they like about the unfortunate line of questioning (“You mean you’ve never been to the United States?”) or the general bad treatment (“The interviewer was two hours late and then turned up in a dinner jacket”).

We, by contrast, have to resort to general platitudes about the intensity of the competition and our 1000s of excellent applications with equally stellar paper qualifications. Sometimes that is the only explanation for rejection. But sometimes, I can assure you, there are other reasons why the apparently brilliant Miss X didn’t get a place. And on those we must keep quiet.

But the more general point is that it is absolutely preposterous to imagine that people like me would choose to teach the stupid rich in preference to the bright poor. Of course, we make mistakes occasionally or we say things in interviews (usually quite inadvertently) that irritate or even upset a candidate. But for as long as I have been doing Cambridge interviews (over 20 years now) we have been pursuing intellectual potential, not social and cultural advantage.

The trouble is that the pursuit of potential is an inexact science. Let me give you an (entirely imaginary) example. On the one hand: Candidate A — a girl living with an unemployed grandmother in bed and breakfast accommodation, and attending a school from which only 5% of the pupils proceed to higher education, who has got 4 As at A level. On the other hand: Candidate B — a boy from an extremely expensive public school, whose Mum and Dad met at Cambridge before proceeding to lucrative legal careers, who also has 4 As. It is obvious that it has taken a lot more for Candidate A to get to this point than Candidate B and her potential may well be greater (and I’m as sure as I could be that she would get a place). But that does not mean that Candidate B does not deserve a place too – and you couldn’t rule out the possibility that he was actually cleverer. After all, geniuses come from posh homes as well as poor ones.

So we do our best. We get trained how to interview more fairly (no knife and fork tests or class-specific questioning). We visit schools to encourage the best to apply (and not to be put off by what they read in the paper). And we get all the data that we can. Despite the recent fuss about such an initiative at Oxford, for years we have been given “adjusted A level scores” (which take account of their school’s overall performance) for all our candidates. But frankly we are not helped by the fact that school references are now open to the applicant, so we get a lot less straight talking from head teachers than we used to.

The bottom line is that it is politically naïve (as well as unfair) for a government to underfund the state education system and to take little effective action on social justice, and then to blame “leading universities” for not righting the wrongs they have perpetuated.

Voir par ailleurs:

‘You may now turn over your papers’

The Guardian

25 September 2010

This week those hoping to become All Souls fellows will sit ‘the hardest exam in the world’. The notorious one-word essay question may have been scrapped, but candidates still have to sit the General Paper. We asked four writers who thought their exam days were long behind them to attempt one question in strictly one hour

Mary Beard, classicist

Would it have been better had some surviving works of ancient authors been lost?

Classical studies are driven by the ambiguities of survival. It is not a question of what we have versus what we do not have (the surviving books of Dio’s History of Rome measured against the lost books of Tacitus’ – no doubt infinitely sharper – history of the last days of Nero). Classics, as a subject, engages in the curiosities, problems and discontents of survival. It builds on the puzzling, changing identifications of works that are transmitted via the scholarly hands of the monkish middle ages, or those dug up from the sands of Egypt. It makes us face how little we know about what the "survival" (or "loss") of literature means.

Sometimes it’s clear enough. Diogenes, the second-rate, second-century AD epicurean philosopher, ensured his own survival by having his thoughts inscribed on the wall of his home city of Oenoanda in what is now Turkey. There was little chance of destroying that. But usually "survival" is a trickier question. Take the short essay "Constitution of Athens", now attributed to the anonymous "Old Oligarch". Is this a work of the Athenian renegade politician Xenophon (with whose works it has been transmitted in medieval manuscripts)? Or is it a weird rightwing tract by a not very bright anti-democrat of about the same period – that is, the late fifth century BC? (Moses Finley always used to say that the modern pseudonym "Old Oligarch" was the problem here: it made him sound like an engaging elderly pub-philosopher, when in fact he was the closest the ancient word came to a fascist – with the exception of Plato.)

Or think, rather differently, of the archaic Greek poetess Sappho. A few of her poems survive, brilliant enough to define the history of love poetry for the next two and a half millennia ("Phainetai moi . . ." as the best one goes in Greek, copied by the Roman poet Catullus in "Ille mi par esse . . ."). But maybe Sappho’s reputation has been helped by what we no longer have. Most of her output was, we fear, interminable marriage hymns for the young ladies in her entourage. Lost, and well lost, perhaps.

To think more widely (and not to forget that the origin of Christianity was in the Roman empire), what difference has it made that the four canonical gospels have been canonised as such – so effectively consigning the variants to the scrap heap? The recently published Gospel of Judas gives a hint of a very different tradition, and one in which – as never happens in Matthew, Mark, Luke and John – Jesus actually laughs (with all the theological complexity that that involves – does God laugh?). Survival, or not, has theological implications and a theological history.

But the key example is that holy grail of classical scholarship – a holy grail because no one can agree whether it is lost or not – the second book of Aristotle’s Poetics (written in the mid fourth century BC). The first book of the Poetics deals with Aristotle’s theory of tragedy (the famous discussion of pity, fear and catharsis). The second book, or so we glean from other references in Aristotle, brought the reader back to comedy and to that tricky problem of laughter. The usual scholarly line here is to lament that this work did not make it through the middle ages. Umberto Eco’s novel The Name of the Rose ("spaghetti structuralism" according to Slavoj Žižek, but fun all the same) dramatised the disappearance of the last surviving copy: literally eaten as a subversive tract by a gloomy "agelastic" monk, before his whole monastery goes up in flames. And recently such leading scholars as Quentin Skinner have mourned its disappearance: if only we had Aristotle’s essay on comedy, writes Skinner, we would understand ancient laughter.

But has it disappeared? And what counts as disappearing? According to Richard Janko, valiantly reviving a (nearly lost) 19th-century theory, the weird little treatise "On Comedy" in a 10th-century manuscript (Tractatus Coislinianus, now in Paris, once on Mount Athos) is actually a summary of this lost work.

So is it or isn’t it? Scholarship has not gone with Janko. The essay in the Tractatus is a very mediocre little tract, and most likely – so the orthodox view goes – a jejune compendium of Aristotelian thought by a none-too-bright Byzantine monk. It includes, for example, some very plodding ideas of what makes an audience laugh ("silly dancing", is one prompt to laughter). But could we see it differently? According to Michael Silk (no admirer of the intellectual power of lost Aristotle) we might actually think that, in all its mediocrity, this mediocre work was a reasonable summary of some very mediocre Aristotle – altogether not worth saving. Let’s not lament its loss.

Who knows? But this should remind us of the perils of survival (as the question asks us to reflect). Sometimes the best may not survive (and classical nostalgia always suspects that we have inherited some dross while losing some gems). But maybe (and this would be a simplified version of Silk’s position on the second book of the Poetics) what we have lost was second-rate all along. Perhaps the history of the transmission of classical texts has been a pretty efficient sorting mechanism: the survival of the fittest.

In a way it was summed up towards the beginning of Tom Stoppard’s The Invention of Love. The play’s "hero", AE Housman, Cambridge professor and celebrity classicist, is going down to Hades from the Evelyn Nursing Home in Cambridge. He is delighted to interrogate Charon, the boatman taking him across the Styx, wanting to find out more about what happened in Aeschylus’ lost play, Myrmidons. Charon looks as if he can deliver. But the joke is that he only tells Housman the lines that Housman knows already, preserved in later quotations and no surprise at all.

The allure of survival turned out to be the survival of what Housman already knew. It complicates the idea of choice and loss.

Geoff Dyer, writer

Why are face transplants more controversial than liver transplants?

To get to the heart of this question it is worth examining the moment, in a sketch from the 1970s, when Tommy Cooper takes a seat on a train and looks up at the person opposite. We see, immediately, that it is Adolf Hitler. Cooper is a little uncertain – he knows it’s someone famous but is not sure who. "Hang on a moment, I never forget a face . . ." Then, after a pause: "That is a face, isn’t it?"

This is funny because we think that the problem is that he doesn’t recognise Hitler’s face, but in fact he’s is not even sure it is a face at all. Because he’s not sure it’s a face, however, does not mean that it could be, say, a liver. He means it’s a rather sad excuse for a face. But the question – "That is a face, isn’t it?" – contains a deeper question, the one recognised by Martin Heidegger who was a member of the Nazi party, the party started by Hitler to achieve world domination. The question is not what is a face (or liver) but what is "is" ("Was ist das ‘ist’?").

In his different, less phenomenological way, Cooper insists that we do not take things at face value. One’s initial response to the question is that it’s obvious why liver transplants are not controversial. It is widely accepted now, in a culture of binge-drinking, that the liver as biologically conceived is not up to the demands of modern living. In the era of recreational drug use and happy hours and alcopops, the liver just can’t cope. It is not an organ that one has any sentimental attachment to. One could not, for example, imagine a bumper sticker with "I ❤ my liver". The liver is just a dumping ground for toxins. Even by the standards of offal it’s a horrible little organ. I can still remember, at school, being served liver with those veins in it. I’ve never eaten it since.

But then – and this is where the Cooper joke forces us to confront things we take for granted – consider how much more disgusting it would have been if we had been served a human face. Or a chimpanzee’s face. But where to stop? Quite often we are served fish with the head on, and when we say "head" we really mean "face". The cheeks are widely considered the sweetest part of a fish. It is also worth bearing in mind that, after a certain number of years in the trade, all fishmongers begin to look rather amphibious. There is, in other words, a concealed assumption in the question: that we are talking about the transplant of a human rather than animal face on to a human being. This is considered completely beyond the pale, even though infantry soldiers are popularly referred to as "dog faces".

Of course the real problem is that the face is bound up with personal identity. In John Woo’s film Face/Off John Travolta and Nicolas Cage swap faces, effectively becoming each other. If they had just swapped livers it wouldn’t have made much difference to either of them; it would have resulted in a completely pointless film that would no doubt have flopped at the box office. George Orwell understood the way that one’s face is tied up with one’s identity when he said that by the age of 40 everyone has the face they deserve. Martin Amis updated this: everyone gets the face they can afford. This gets to the heart of the matter. Face transplants are still at an early stage. They are experimental and extremely expensive: what you see is what you get; or, more exactly, what you got is what you see. All of this will no doubt be solved as the technology improves and the kinks are ironed out. As that happens, demand will increase and prices will come down, and we will all be able to walk around looking like whoever we want.

Mary Midgley, moral philosopher

"There was a time when people only wanted to sense the moon, but now they want to see it" (Goethe). Discuss.

This is just one more fascinating clue to the way in which the Enlightenment has shrunk and tidied up our European life-world. As the ethologists have told us, every species has its distinctive world, its Umwelt, the peculiar space in which it feels that it lives. A pigeon’s world is quite a different one from that of the peregrine that eats it. Neither of them could make any sense of the other. And because we humans vary so much in our cultures, we too live in a number of different life-worlds, which are constantly changing.

What Goethe was talking about was, no doubt, the explosive effect of Galileo’s telescope on the European world-picture. Seen through that telescope, Jupiter suddenly had moons, and what had seemed to be the slightly uneven silver disc of our own moon turned out to be as rough, as pitted and as messy as the surface of the earth itself. Notoriously, this drastically affected cosmology and religion, both of which had taken for granted a secure and perfect heavenly realm, in which the moon was included. But Goethe, I think, was talking about another imaginative effect which has not had so much attention.

What did he mean by sensing the moon? We don’t have his German word, but I take it he was distinguishing between taking in something directly as a whole and being able to sort out its different elements. David Copperfield sensed that Miss Murdstone didn’t much like little boys, and he didn’t really need a fuller analysis to tell him he was right. After Galileo, European inquirers were able to give the moon that detailed analysis, and they have eventually provided it with a pretty full street guide, filling in the Mare Imbrium and the Mare Tranquillitatis and all the rest of it. This is surely a splendid achievement. But is this process of increasing detail – of continually sharpening up the focus – enough? Does it need a wider background?

When people just sensed the moon, they were admiring that silver disc in the context of the heavens as a whole. They saw it reigning among the stars, being lost among shifting clouds and emerging from them, rising and setting over the earth. That variable heaven was for them a symbol of majesty, of the vaster background that gave a sense to their lives. As Kant put it in the Critique of Practical Reason: "Two things fill the mind with ever-increasing wonder and awe, the more often and the more intensely the mind of thought is drawn to them: the starry heavens above me and the moral law within me."

Today, it is not possible for many human beings to see that starry heaven at all because of the light pollution that covers our towns. Details of the moon, and the other heavenly bodies, are, however, brought to us in books or on television. If we wish, we can know infinitely more about them than our most learned ancestors could ever have dreamed of. Indeed, the Enlightenment has done a magnificent job of increasing our knowledge. The further job – which its original prophets glimpsed very clearly – of putting that knowledge in its wider context hasn’t been done so well. It is not a job for science but for wisdom. It needs more work.

Will Self, writer

Is there something inherently coarsening about sport?

Montaigne said, "Mistrust a man who takes games too seriously; it means he doesn’t take life seriously enough." Yet this remark, coming as it does from an essayist who elsewhere in his multifarious oeuvre confesses to great enjoyment of both parlour games and the chase, may strike us as an admonition aimed at the author himself. It seems to indicate that Montaigne saw his own sensibility as poised on a knife-edge between being submerged in the ephemeral trivialities of contingent competition, and the lasting importance of life properly engaged with.

We are all familiar in our own lives with the spectacle of the sports fanatic, or the compulsive games player, whose engagement with the wider world is mediated through the lens of their pursuit. In British culture it seems sometimes to be the casethat discussion of football has the character of an ulterior male language, running beneath the main course of communication in such a way as to suborn its function.

To hear men in pubs – or on trains, in offices, indeed anywhere at all – speak of this goal or that team selection is instantly to apprehend that what they discuss is not football per se, but rather life in all its conflict and variety; and that the proximate dispute about refereeing decisions may stand only as a proxy for misgivings about anything from the presence of British ground forces in Afghanistan to the wisdom of cutting government spending so far and so fast.

Men – and some women – watch football, dispute and debate football, and even occasionally kick a ball around, because it offers them a small-scale model of life, not necessarily because it distracts them from life altogether. Claude Lévi-Strauss observed in The Savage Mind that the virtue of a small-scale model is that it sacrifices the sensible in favour of the intelligible. Life, it is true, can be grasped in all its confused futility merely by opening one’s eyes and sitting passively, a spectator on the stands of history – but to understand the social processes and conflicts, the interplay between individual and group, even the physicality of human experience, we have need of small-scale models.

As the render is to the building, and the blueprint to the machine, so sport is to social existence. Within the compass of football or rugby pitch; on the baize of a roulette or poker table; in a squash court and around a running track – all of these are confined arenas within which the application of normative constraints to the vagaries of individual character and the valences of individual aptitude can be assessed and, more importantly, projected. It is fair to say that insofar as sport is taken seriously by those who play it, then to that extent their conduct in play – their ability to deal with loss or victory, their ability to meld strategic thinking and brute force – can be taken as a small-scale model of how they, or others like them, might behave in life.

Surely it is this aspect of sport which makes it quite so beguiling for those that follow it. I stress, this is not simply a retread of the grotesque notion that the first world war was won "on the playing fields of Eton". In what sense at all could that war be said to have been won at all? The compulsive application of sporting metaphor to the conduct of entrenched slaughter was just one of the figures within which can be discerned the extent to which mechanised warfare veered away from any social contract whatsoever. The famous "Christmas truce" of 1914, when British and German troops staged a football match in no man’s land, was utterly eclipsed by subsequent episodes when advancing British troops dribbled footballs in front of them after going over the top, the aim being to kick the ball into the enemy’s trenches.

Here, sport as a re-enactment – on a small scale – of the social contract is replaced by a lopsided metaphorical instantiation of sporting zeal. After all, what would it have been like for the British dribblers to have scored a goal, let alone "won" the one-sided match they were engaged in? It is in contexts such as these, where sport runs up against life situations that cannot be mediated by the same normative rules, that sport risks looking too facile and too juvenile to be anything but a coarsening influence on the lives and minds of people.

The "rumble in the jungle" between Muhammad Ali and George Foreman; the kidnap and murder of Israeli athletes at the 1972 Munich Olympics; the disasters at Ibrox stadium and Hillsborough – these are not, properly understood, sporting events at all: they are sociopolitical occurrences that have imploded into the small-scale models of life that sport offers. And it is when we see sports pundits, commentators and fans struggling to come to terms with such events that we feel most strongly the pathos of the sporting life, and the bewilderment of its habituees.

It is not that sport, over-indulged in, coarsens the mind; it is that it dulls it. If I were to recast Montaigne’s aperçu it would be thus: "Mistrust a man who takes games too seriously; it means he may be incapable of taking life seriously enough." In static and small-scale societies – one thinks of the ancient Greek city states, or of contemporary traditional societies (if there are any such truly still existent) – there may be no necessary conflict between the seriousness of sport and the seriousness of life. Moreover, in as much as the former coarsens it may do so for a purpose: the ritualised forms of conflict employed by Native Americans such as the Cheyenne and the Sioux, prior to the fulfilment of Manifest Destiny, can be seen as just one example of the way sport and warfare merge seamlessly to provide a graduated response to the problem of collective male aggression. (And arguably, so-called football hooliganism in our society is another example of the same phenomenon; it’s worth noting that in both arenas the mounting of raids and the taking of scalps is crucial.)

I say "arguably", because we do not live in a static or self-contained society, and it’s almost impossible to view local and amateur sport as an analogue of the social process. On the contrary, if sport in our culture exists on a continuum, it is one that ascends from the local kick-around pitch to such mighty boondoggles as the 2012 Olympic Games, or the farrago that was the England football team’s petulant failure at this year’s World Cup. The extreme professionalisation of sport and its internationalisation exposes the fallacious character of how the small-scale model of sport might operate.

In lieu of young sports players discovering how to conduct themselves in constrained playing environments, so as to be able to take their place in similarly delimited social and economic contexts, we have the spectacle (if it’s possible to imagine such a thing) of multi-millionaires refusing to train for their professional games unless they are allowed access to their computer games consoles. That this really did take place in South Africa confirms not merely an inability to take life seriously enough, or a coarsening of the individuals’ concerned sensibilities, but a deep and painful kind of stultification.

I cleave to the Montaigne quote with which I began this answer, but lingering in the back of my mind was a series of observations made by the protagonist of Richard Ford’s The Sportswriter. In all his years of observing sportsmen and women train, this character – the sportswriter of the title – has come to the conclusion that sport, even if it attracts intelligent people, succeeds ultimately in dumbing them down by the sheer force of the repetitive physical activities they are engaged in all day every day. As it is in complex late capitalist society, so it is in complex late capitalist sport: intense specialisation equals mindless repetition.

In conclusion: sport may not inevitably coarsen, but in the particular form of society we have it undoubtedly stupefies. But then, since most of us are stupefied anyway, why not play up! And play the game!

The following correction was printed in the Guardian’s Corrections and clarifications column, Saturday 2 October 2010

An essay mentioned "the grotesque notion that the first world war was won ‘on the playing fields of Eton’". The subject of this saying was actually the battle of Waterloo, a century earlier. Another essay in the same collection mentioned George Orwell’s observation that at 50, everyone has the face he deserves – but subtracted 10 years from the original version. [An invigilator notes: These essays were written under something resembling exam conditions.]

Echantillons des nouveaux sujets:

GENERAL PAPER I

Candidates should answer THREE questions

1. Is it immoral to buy a £10,000 handbag?

2. "I don ‟ t care if anyone reads my books; I write for myself, ‟ said the author of a half – dozen published novels. Is there anything wrong with this statement as a theory of art?

3. Are boycotts futile?

4. „ Every act you have ever performed since the day you were born was perform ed because you wanted something ‟ [ A NDREW C ARNEGIE ] . Do you agree?

5. What, if anything, is wrong with selective schools? 6. Is dislike of politicians a sensible default position?

7. Why is a leather jacket more acceptable than a fur coat?

8. Why do Jane Austen ‟ s novels continue to be so popular?

9. Can any public and political institutions be trusted to reform themselves? 10. Is it an extremely unnatural condition for a male and female to live continuously together ?

11. Is student mobility in Europe merely a form of subsidised tourism?

12. Do children‟s games involving blindfolds reveal an essential cruelty in human nature?

13. Why does the UN tolerate so many bad regimes?

14. Is the re a breakdown of family values in the West, and if so should the state attempt to redress it?

15. Should governments support scientific research when there may be no technological benefit?

16. Does the moral character of an orgy change when the participants wear Nazi uniforms?

17. Isn’t global warming preferable to global cooling?

18. Should the laws of a secular state accommodate religious groups which desire to live by their own customs governing family, property, and marital relations, administered through separate rel igious courts?

19. What should the W est learn from China ?

20. Does celebrity entail a loss of dignity? September 2008 Fellowship Examination All Souls College

21. Is the desire for posthumous fame irrational? 22. What, if anything, should be done about the „ obesity epidemic ‟ ?

23. Why has Africa done so badly economically? 24. Can the world afford not to grow genetically modified crops?

25. Can architects and urban planners design out crime and social breakdown?

26. Do very large salaries for sports professionals alter the character of the games played ?

27. It has been said that architecture is fr ozen music. Does this make any sense?

28. „ Old poems such as Beowulf , The Faerie Queene , and Paradise Lost are now unreadable by modern English speakers (without special training), so the cultural and social value of the “ great ” poetry of the past lies in the material it provides for modern adaptations, such as the recent film version of Beowulf and Philip Pullman ‟ s His Dark Materials trilogy ‟ [ The Economist ]. Do you agree?

29. Why hug a hoodie?

30. Is string theory science ?

31. Can a painting change the world?

32. Can (and should) Europe maintain its relatively high standard of living as compared with emerging economies?

33. Can you love someone if you don ‟ t respect them? 34. Is the treaty of Lisbon a further step towards the federation of Europe – or is it a step back from it?

GENERAL PAPER II

Candidates should answer THREE questions

1. What do you understand by „ theatricality ‟ in public and social life?

2. Why, in Greco-Roman antiquity, were there female poets but apparently no female historians?

3. When and why should cultural objects be returned to their country of origin?

4. Is there anything a historian of literature can learn from soap – operas?

5. Write a convincing pastiche of a leader from a national daily newspaper – unless , that is, you fear you have already done so.

6. Are literatures national?

7. „Beauty is truth, truth beauty, – that is all / Ye know on earth, and all ye need to know‟ [ KEATS ]. Is this meant to be true?

8. Is teamwork over – rated? 9. „ Philosophy is not a contribution to human knowledge, but to human understanding ‟ [ HACKER ]. Discuss.

10. Is there any more need for philosophers to study the history of philosophy, than for physicists to study the history of physics?

11. What do philosophy and some other academic discipline have to offer one another?

12. „ A lawyer with a briefcase can steal more than a hundred men with guns ‟ [MARIO PUZO ]. Discuss.

13. Is it ever justifiable for governments to encourage civil wars in other states?

14. Has the declaratory theory of adjudication been discredited?

15. „ Law is the totality of the conditions of existence of society th at are assured by means of external coercion through the power of the state ‟ [R. VON JHERING]. Discuss.

16. What are the problems in applying modern categories to past worlds in which the key terms either did not exist or had a different meaning?

17. Is „ Orientali sm ‟ merely a denunciatory term, or can the notion generate valuable new approaches to non – European cultures?

18. Should we regret the loss of grand narratives in history?

19. Are political revolutions at best necessary evils? September 2008 Fellowship Examination All Souls College

20. „ The cause of the recent rise of food prices is growth in developing countries. But its remedy must be in the developed world. ‟ Do you agree?

21. Who is to blame for the credit crisis? 22. What can we learn from India’s economic performance in the last thirty years?

23. When, if at all, should we seek to destroy one species in order to protect another?

24. Should politics be a lifetime career?

25. Do ranking and benchmarking of public services encourage mediocrity and conformity?

26. „ In a democracy, justice is too important to be left to the lawyers‟ [ LADY RAMSAY]. Discuss.

27. Should legislators be subject to freedom of information requirements?

28. Which decisions , if any, should be made by referendum?

Voir enfin:

Les chiffres clés du bac 2013

Anissa Hammadi

Le Monde

12.06.2013

Alors qu’a commencé l’épreuve de philosophie, qui ouvre les écrits du baccalauréat 2013, le voile est levé sur les données de cet examen emblématique. Cette année, 664 709 candidats sont inscrits, un effectif en baisse de 5,45 % par rapport à la session 2012. En dix points, voici le profil de cette session.

1/ Le bac général juste majoritaire

Un peu plus de la moitié des inscrit, 51 % exactement, est inscrite au "bac" général. Le bac professionnel, lui, réunit 28 % des candidats et le bac technologique seulement 21 %. Le mouvement des années précédentes, qui veut que le baccalauréat technologique perde à chaque session un peu de terrain, reste vrai. Le changement cette année, c’est la baisse du nombre de lycéens inscrits en "bac pro". Ils sont 16,5 % de moins cette année, mais le phénomène reste conjoncturel puisqu’il est le fruit de la somme de plusieurs réformes.

2/ Un examen qu’on passe ou repasse seul

Quelque 21 000 bacheliers optent cette année pour un passage en candidat libre. Les candidats libres représentent 3,15 % de l’effectif global.

Les chiffres clés du baccalauréat 2013 publiés par le ministère de l’éducation nationale.

3/ Une échelle d’âge de 13 à 91 ans

Comme d’habitude, les petits génies sont au rendez-vous. Le candidat le plus jeune a 13 ans et le plus vieux (sans doute le plus courageux) a… 91 ans.

4/ Le coût visible

Le coût de cette session s’élèverait à 83,60 euros par candidat présent, tous bacs confondus, selon le ministère de l’éducation nationale. Sans doute la rue de Grenelle n’a-t-elle pas eu le temps d’intégrer l’évaluation faite par les chefs d’établissements du SNPDEN, et rendue publique lundi 10 juin. Selon ces derniers, l’examen coûte réellement beaucoup plus si on intègre les trois semaines de cours qu’il fait perdre à tous les autres lycéens.

Lire : Le coût caché du bac : 1,5 milliard d’euros

5/ Le bac scientifique majoritaire

Le bac scientifique reste le plus largement choisi, puisqu’il concerne 51 % des bacheliers de la filière générale, chiffre en hausse. La série littéraire réunit seulement 17 % de candidats mais connaît la hausse de bacheliers inscrits la plus importante (+ 5 points). La série économique et sociale (32 % de candidats) est la seule à avoir attiré moins de lycéens que l’année précédente avec environ 3 000 bacheliers en moins.

6/ A l’étranger aussi

Le baccalauréat a aussi une dimension internationale. Il est organisé dans 87 pays étrangers, il concerne près de 16 000 candidats. Attention, en général les sujets qui sortent à Pondichéry (Inde) donnent un petit avant-goût de l’esprit de la session 2013.

Chiffres clé du bac 2013 diffusés par le ministère de l’éducation nationale.

7/ Tour de Babel

La diversité sera au rendez-vous dans les 4 737 centres d’examen en France. Les lycéens pourront rédiger leur copie dans une des vingt-deux langues étrangères au choix pour les épreuves obligatoires et facultatives. Mais ce n’est pas tout, ils auront aussi le choix entre vingt-cinq autres langues pour les épreuves facultatives et même… onze langues régionales.

8/ Inégalité territoriale

L’académie regroupant le moins de bacheliers, départements d’outre-mer (DOM) compris, est la Corse, avec seulement 2 437 candidats. Même Mayotte en compte plus. Tandis que les académies franciliennes intégrant Paris, Créteil et Versailles, regroupent à elles trois quelque 135 000 candidats.

9/ Attention : session sous surveillance

Une nouveauté cette année : la circulation de détecteurs de téléphones portables dans les centres d’examen durant toute la durée des épreuves écrites ! L’année dernière, l’utilisation frauduleuse du téléphone portable a représenté 40 % des fraudes révélées lors des épreuves.

Lire : Vincent Peillon intensifie la lutte contre la fraude au bac

10/ Un énorme tas de copie

Comme chaque année, pas moins de 4 millions de copies seront corrigées par 170 000 examinateurs et correcteurs, rémunérés à hauteur de 5 euros par copie et 9,60 euros de l’heure pour les épreuves orales.

Voir également:

Le coût caché du bac : 1,5 milliard d’euros

Mattea Battaglia

Le Monde

10.06.2013

Pour la première fois, une étude, rendue publique lundi 10 juin, chiffre le coût global de l’examen (hors bac professionnel) en intégrant les dépenses liées à l’organisation des épreuves mais également le montant des trois semaines d’enseignement perdues, chaque année, par l’ensemble des lycéens.

Un milliard et cinq cent vingt-cinq millions d’euros par an. C’est le vrai prix du bac, monument historique mais exercice particulièrement coûteux. Pour la première fois, une étude, rendue publique lundi 10 juin, chiffre le coût global de l’examen (hors bac professionnel) en intégrant les dépenses liées à l’organisation des épreuves mais également le montant des trois semaines d’enseignement perdues, chaque année, par l’ensemble des lycéens.

Réalisée par le principal syndicat de chefs d’établissement, le SNPDEN, le calcul dépasse largement les précédentes estimations. Quinze fois le montant évoqué dans un rapport des inspections générales rendu public il y a un an, qui avait évalué "entre 90 et 100 millions d’euros" le coût d’une session. Et même trente fois l’estimation d’une cinquantaine de millions d’euros communément admise Rue de Grenelle.

"Nous avons collecté des chiffres publics éparpillés dans les bases de données ministérielles", explique Philippe Tournier, le secrétaire général du SNPDEN. Les dépenses liées aux épreuves finales n’en représentent qu’une "modeste part" : 74,5 millions d’euros, selon le syndicat.

LA SUPPRESSION DE TROIS SEMAINES DE COURS COÛTE CHER

Ce qui fait exploser la note se situe en amont : la suppression des cours durant les trois semaines de juin avant l’examen. Quelque 8 % de l’année scolaire des lycéens – classes de seconde et de première comprises – part ainsi en fumée. "Tout le monde, parents d’élèves en tête, déplore les cours supprimés, mais rares sont ceux à bien mesurer que le coût de fonctionnement est pratiquement constant", observe Philippe Tournier, qui rappelle que "les heures supplémentaires annuelles continuent d’être versées".

La "reconquête du mois de juin", tentée en 2009, n’a permis de récupérer qu’une semaine de cours. L’équation posée par le SNPDEN n’a rien de très compliquée : un lycéen coûte 11 500 euros par an ; on compte en France 1,5 million de lycéens dans la voie générale et technologique ; l’année scolaire dure 36 semaines. Trois semaines de cours perdues coûteraient donc… 1,437 milliard euros. Même rapporté sur 52 semaines, en intégrant les vacances, le coût global de l’épreuve représente presque un milliard d’euros.

Les cours non assurés, partie immergée de l’iceberg du coût du baccalauréat.

Le syndicat a également voulu tenir compte des nouvelles épreuves du baccalauréat 2013 – comme les oraux de langues vivantes qui ont semé la pagaille dans bon nombre d’établissements. Certains élèves ont dû passer l’épreuve de compréhension orale dès février. Pendant les heures de cours, ou en dehors. Avec leur propre professeur, ou un autre du lycée…

"Pour ces épreuves organisées en cours d’année dans les lycées, l’Etat ne supporte pas de frais de fonctionnement et ne verse pas d’indemnités d’examen", poursuit M. Tournier. Au total, 493 305 heures d’enseignement auraient ainsi été "réquisitionnées", soit l’équivalent de 16 millions d’euros.

L’EXAMEN S’EST COMPLEXIFIÉ

Seize millions d’euros, c’était peu ou prou le coût global estimé du seul baccalauréat général il y a cinq ans. Avec les bacs technologique et professionnel, la facture montait à 36 millions d’euros, selon l’estimation rappelée par les inspecteurs des finances et de l’éducation nationale. Entre les sessions 2008 et 2009, les dépenses ont bondi (+ 45,5 %), principalement du fait de la revalorisation de l’indemnité de correction, passée de 1,32 à 5 euros la copie. Rapportée aux 4 millions de copies relues, la hausse n’est pas passée inaperçue.

Mais si le coût du baccalauréat s’est envolé, c’est aussi que l’examen s’est complexifié. En cause, l’accroissement du nombre de candidats – qui a doublé en trente ans –, la multiplication des langues évaluées – jusqu’à 57 aujourd’hui –, l’essor des options facultatives, la création d’épreuves supplémentaires…

Faut-il continuer à dépenser autant, alors que l’argent public est rare, pour un examen que plus de huit candidats sur dix décrochent ? La querelle du "niveau" est présente depuis les origines (1808). Elle s’est accentuée ces dernières années, surtout depuis que le dispositif "APB" – "admission post-bac" –, généralisé en 2009, permet à une très grande majorité des élèves de terminale de connaître leur affectation dans l’enseignement supérieur avant même d’avoir passé les épreuves finales.

PRIVILÉGIER LE CONTRÔLE CONTINU

Certains, comme le sociologue Michel Fize, auteur du Bac inutile (L’Œuvre, 2012), n’hésitent pas à réclamer sa suppression. "Le rapport qualité-profit, valeur certificative-investissement est de plus en plus médiocre, affirme ce chercheur au CNRS. Selon une simulation faite par des économistes, la suppression de l’examen permettrait de recruter 5 000 enseignants supplémentaires, 8 000 infirmières, et de distribuer 250 000 bourses en plus. Et c’est sans compter le business des officines scolaires et des boîtes à bac !"

Le SNPDEN plaide, lui, comme beaucoup d’acteurs du monde éducatif, pour un examen "plus simple et plus fiable", dans la lignée des préconisations faites par les inspecteurs dans leur rapport : resserrer l’examen en renforçant ses dominantes, privilégier le contrôle en cours de formation, se donner "le temps d’une réflexion partagée"…

C’est que le sujet est sensible. Difficile de toucher au baccalauréat sans déchaîner les passions. La tentative faite par François Fillon, en 2005, d’introduire une part de contrôle continu s’était heurtée aux lycéens. Avant de quitter la Rue de Grenelle en 2012, Luc Chatel a remis l’idée sur la table. Elle ne fait visiblement pas partie des priorités de son successeur. Vincent Peillon a affirmé que la réforme du baccalauréat n’était pas d’actualité : il souhaite attendre que celle du lycée (2010), voulue par son prédécesseur, aille à son terme avant de pouvoir l’évaluer. Les discussions sur l’avenir du bac ne débuteront qu’après.


Elites: L’avant-garde du prolétariat dont Lénine a toujours parlé (France: the tiniest and most incestuous elite of any large country)

23 mai, 2013
http://extremecentre.org/wp-content/uploads/2013/05/Terroriste-Londres1.jpgIllustration by Luis Grañena depicting the French eliteNous devons les combattre comme ils nous combattent. Oeil pour oeil, dent pour dent. Dépeçeur nigériano-britannique (?)
Nous jurons par Allah le tout puissant que nous n’arrêterons jamais de vous combattre. Dépeçeur nigériano-britannique (?)
En France, un haut responsable sorti d’une grande école n’est jamais informé par la base. Il est seul. (…) Ces gens-là apprécieraient d’être informés, ils aimeraient travailler en équipe. Ils ne veulent pas être seuls, mais le système les propulse au pouvoir, si bien que nous pouvons reprocher nos difficultés à nos élites. Monique Pinçon-Charlot
C’est la plus petite élite à gouverner un grand pays. Elle vit dans quelques arrondissements chics de Paris. Ses enfants vont tous dans les mêmes écoles, dès l’âge de trois ans. Quand ils atteignent le début de l’âge adulte, les futurs responsables de la France se connaissent tous. Anciens camarades de classe, ils deviennent des "camarades de caste", expliquent les sociologues Monique Pinçon-Charlot et son époux Michel Pinçon. Aux Etats-Unis, jamais un PDG et un romancier ne se rencontreront. En France, les élites politiques, entrepreneuriales et culturelles ont pour ainsi dire fusionné. Ils se retrouvent au petit déjeuner, au vernissage d’une exposition, pour dîner. Ils nouent des liens d’amitié, voire se marient. Ils se donnent des tuyaux pour le travail, couvrent les transgressions les uns des autres, se confondent en critiques dithyrambiques pour le dernier ouvrage de l’autre. (Comparez l’euphorie que suscite la publication d’un livre de Bernard-Henri Lévy en France à l’accueil qu’on lui réserve à l’étranger !) Les élites sont la seule classe française à faire preuve de solidarité interne, poursuit Pinçon-Charlot. Elles sont liées par des secrets communs. Par exemple, beaucoup de leurs membres étaient au courant des curieuses pratiques de Dominique Strauss-Kahn dans la chambre à coucher, mais les mêmes étaient prêts à le laisser se présenter à la présidence plutôt que d’en informer la valetaille au-delà du périf. Pour paraphraser l’auteur anglais E.M. Forster, ces gens trahiraient leur pays plutôt que leurs amis. Simon Kuper
L’Ena recrute sur trois concours depuis 1982 (seuls les deux premiers existaient auparavant, le troisième a disparu en 1986 puis a été réinstitué sous une forme renouvelée en 1988). Le premier s’adresse aux jeunes diplômés, le deuxième aux fonctionnaires en poste depuis cinq ans au moins et le troisième aux élus syndicaux, politiques ou associatifs ainsi qu’aux salariés du privé avec de l’expérience. La numérotation des concours n’est pas neutre : elle dénote un classement dans le prestige et le nombre des élèves qui le réussissent. Au concours de sortie, les rangs obtenus suivent d’ailleurs ce prestige. Partant, les postes les plus intéressants et comportant le plus de responsabilités (immédiatement ou à terme, via une "carrière" dont le déroulé est pratiquement fixé d’avance) échoient… à des petits jeunes sans expérience mais très imbus d’eux-mêmes. Précisons que, si on excepte le grand oral du concours d’entrée, l’expérience ou les compétences personnelles et professionnelles de chaque énarque n’ont pratiquement aucune importance dans son affectation. (…) Le triple concours lui-même est, dans sa forme, une absurdité. Concours de recrutement, il vise normalement à vérifier que les reçus sont les plus aptes à remplir les futures fonctions d’un énarque. Or, pour réussir le concours, il faut être le maître de la synthèse documentaire et des codes sociaux bourgeois désuets. Après, on s’étonnera d’avoir des préfets qui hésitent à agir, des membres de la Cour des comptes ou de l’Inspection des finances qui ignorent tout du fonctionnement des entreprises (même publiques), des directeurs d’administration qui ne sont capables que de bureaucratie… Ne réussissent le premier concours que des élèves de Sciences Po Paris ayant suivi toute leur scolarité dans quelques quartiers, à quelques exceptions près. Le deuxième et le troisième concours ne sélectionnent que des personnes au profil le plus proche possible des lauréats du premier concours, ce qui donne finalement une haute fonction publique des plus conformiste et autoreproductrice du monde.technocrates carriéristes et d’être une antiichambre de la politique. (…) La première réforme à mener est sur le recrutement : le concours externe doit disparaître. Ne doivent entrer à l’Ena que des personnes expérimentées, soit dans le privé, soit dans le public, et aux profils initiaux les plus divers possible, tant sur le plan de la formation que de l’origine sociale et géographique. Le contenu du concours doit également changer pour que l’Ena recrute des décideurs modernes et pas des bureaucrates conformistes.(…) La deuxième réforme concerne la sortie. François Bayrou ne parle pas d’un point à mes yeux essentiel : l’affectation des énarques doit tenir compte des compétences de chacun (et accessoirement de ses choix de carrière) et pas de son seul rang de sortie. Mais il mentionne la nécessité d’obliger effectivement les énarques à travailler dans l’administration et pas à aller très rapidement "pantoufler" dans le secteur privé. L’Etat investit dans la formation. Le minimum est qu’il dispose d’un retour sur investissement. Surtout, la consanguinité des élites administratives et des directions générales d’entreprises privées est très gênante. On l’a vu à plusieurs reprises, le pire étant le scandale du Crédit Lyonnais. Sans oublier que des gens sélectionnés et formés pour diriger des administrations ne sont peut-être pas les meilleurs dirigeants d’entreprises possibles… Bertrand Lemaire

Alors qu’à Londres après les bombes aux clous de Boston nos barbares (pardon: nos "nouveaux damnés de la terre") découpent aux cris d’Allah Akbar comme à Damas un soldat au couteau de boucher …

Pendant qu’au même Levant  se préparent nos futurs cavaliers de l’Apocalypse et que les attaques-suicide se multiplient ailleurs …

Et qu’après Paris la semaine dernière, Stockholm goûte à son tour aux joies de l’émeute pour tous …

Voilà que le Financial Times s’en prend à une autre face de l’exception française …

A savoir au mondialement célèbre mode de recrutement de nos élites, la célèbre école de cadres et commissaires du Grosplan connue sous le nom d’ENA

Qui, étrange hybride entre l’Ecole vichyiste des Cadres d’Uriage, du Conseil de la Résistance et du front populaire, devait assurer au sortir de la guerre et sous l’égide gaullo-communiste Debré-Thorez, efficacité, adaptabilité, brassage social, renouvellement des élites, impartialité à la haute administration française …

Mais qui, entre le sacro-saint rang de sortie et le mépris de toute expérience professionnelle ou politique, nous a donné, sur la base de l’art de la belle dissertation, la plus consanguine des castes technocratiques (l’énarchie et ses énarques) …

Dont notamment trois présidents de la République (Giscard, Chirac et Hollande), sept Premiers ministres (Chirac, Fabius, Rocard, Balladur, Alain Juppé, Jospin, Villepin), de nombreux ministres (dont actuellement Fabius, Moscovici, Sapin, Pellerin) et la plupart des préfets comme des fonctionnaires internationaux (Lamy, Trichet, Lemierre, Camdessus, Larosière), la plupart des préfets et tant de parlementaires (Bianco, Bourlanges, Carrez, Charette, Courson, Coûteaux, Copé, Dupont-Aignan, Fabius, Gaymard, Guigou, Jouanno, Lamassoure, Longuet, Mancel, Moscovici, Perben, Sapin, Soisson, Tasca, Toubon, Villiers, Chevènement) ou "intellectuels" (Attali, Baverez, Deniau, Minc) …

Sans compter, via le fameux "pantouflage", la direction des grandes entreprises (Airbus, Accor, AXA, EADS, BNP Paribas, RATP, Capgemini, le Nouvel Observateur, Gaz de France, Lafarge, Peugeot, Société générale, FNAC, SNCF, Suez, Saint-Gobain, Vinci, Shopi, France Telecom) …

FRANCE • Hors de Paris, point de salut pour l’élite

Jusque dans les années 1990, l’élite, tout droit sortie des grandes écoles, faisait ce que l’on attendait d’elle. Depuis, quelque chose a monstrueusement mal tourné pour cette petite caste qui n’a d’autre horizon que le centre de Paris, écrit un journaliste britannique.

Simon Kuper

Financial Times

14 mai 2013

Maurice Thorez, le staliniste français, passa la Seconde Guerre mondiale à Moscou, où il se faisait appeler "Ivanov". A la Libération, il rentra en France et devint membre du gouvernement. Après la démission de Charles de Gaulle en 1946, Thorez reprit à son compte un des projets fétiches du général : la création d’un établissement chargé de former les hauts fonctionnaires de la nouvelle république, l’Ecole nationale d’administration (ENA). Thorez devait se dire que cette caste constituerait "l’avant-garde du prolétariat" dont Lénine avait tant parlé. Depuis, l’ENA a produit pléthore de membres de l’élite politique et financière du pays, dont le président François Hollande.

La France n’a jamais ménagé ses élites, un passe-temps qui remonte à la Révolution, mais les énarques et leurs camarades ont rarement été aussi impopulaires. En l’espace d’un an d’exercice, les gouvernements tant de droite que de gauche sont devenus des objets de mépris. Le chômage a atteint un niveau record. Les scandales liés à l’élite se multiplient (un des derniers en date concerne le ministre du Budget Jérôme Cahuzac et ses comptes en Suisse et ailleurs). Quelque chose a monstrueusement mal tourné pour la caste de Thorez.

Une caste incestueuse

Les élites françaises se définissent par leur intelligence. Elles sont principalement recrutées dans deux écoles au processus de sélection rigide : l’ENA et l’Ecole polytechnique (que l’on appelle communément "l’X"). "Nulle part ailleurs dans le monde, les carrières professionnelles – et le destin de toute une nation – ne sont à ce point tributaires des écoles que l’on fait", écrit Peter Gumbel [ancien grand reporter au Time Magazine et enseignant à l'IEP de Paris]dans son dernier livre : France’s Got Talent (Elite Academy- Enquête sur la France malade de ses Grandes Ecoles, éd. Denöel, mai2013). C’est pourquoi, même âgés, certains membres de l’élite se présentent en tant qu’"ancien élève de l’X".

Ils ne sont que 80 étudiants à sortir chaque année diplômés de l’ENA, et 400 de Polytechnique. Ils se voient alors confier des postes très élevés. "Ils travaillent dur. Ce n’est pas une élite qui est juste là pour s’amuser," soutient Pierre Forthomme, spécialiste du conseil en management.

Pendant des années, ils ont fait ce que l’on attendait d’eux. De 1946 à 1973, la France a vécu ses Trente Glorieuses*, (presque) trente ans de réussite économique. En 1990, ils avaient encore de quoi se vanter. Ils avaient créé le premier proto-Internet, le Minitel, mis en place les trains les plus rapides d’Europe, cocréé l’avion de ligne le plus rapide du monde – le Concorde –, contraint l’Allemagne à accoucher de l’euro (qui, aux yeux des élites françaises, était censé annoncer le début de l’unité européenne, plutôt que sa fin), affirmé l’indépendance militaire du pays – que beaucoup prenaient encore au sérieux – et continuaient de croire qu’ils parlaient une langue internationale. Les intellectuels au pouvoir, c’était apparemment une solution qui fonctionnait.

Depuis, tout est allé de travers. Dans les années 1960, le sociologue Pierre Bourdieu dénonçait déjà les défauts de l’élite : la classe dirigeante prétendait être une méritocratie ouverte aux gens brillants quelle que soit leur origine, mais, en réalité, elle s’était muée en caste incestueuse.

Ces gens trahiraient leur pays plutôt que leurs amis

C’est la plus petite élite à gouverner un grand pays. Elle vit dans quelques arrondissements chics de Paris. Ses enfants vont tous dans les mêmes écoles, dès l’âge de trois ans. Quand ils atteignent le début de l’âge adulte, les futurs responsables de la France se connaissent tous. Anciens camarades de classe, ils deviennent des "camarades de caste", expliquent les sociologues Monique Pinçon-Charlot et son époux Michel Pinçon.

Aux Etats-Unis, jamais un PDG et un romancier ne se rencontreront. En France, les élites politiques, entrepreneuriales et culturelles ont pour ainsi dire fusionné. Ils se retrouvent au petit déjeuner, au vernissage d’une exposition, pour dîner. Ils nouent des liens d’amitié, voire se marient. Ils se donnent des tuyaux pour le travail, couvrent les transgressions les uns des autres, se confondent en critiques dithyrambiques pour le dernier ouvrage de l’autre. (Comparez l’euphorie que suscite la publication d’un livre de Bernard-Henri Lévy en France à l’accueil qu’on lui réserve à l’étranger !)

Les élites sont la seule classe française à faire preuve de solidarité interne, poursuit Pinçon-Charlot. Elles sont liées par des secrets communs. Par exemple, beaucoup de leurs membres étaient au courant des curieuses pratiques de Dominique Strauss-Kahn dans la chambre à coucher, mais les mêmes étaient prêts à le laisser se présenter à la présidence plutôt que d’en informer la valetaille au-delà du périf. Pour paraphraser l’auteur anglais E.M. Forster, ces gens trahiraient leur pays plutôt que leurs amis. Ils justifient les faveurs qu’ils s’accordent au nom de l’amitié. En fait (comme l’ont souligné le journaliste Serge Halimi et d’autres), c’est de la corruption.

Les élites françaises n’ont pas été formées pour réussir dans le monde

Une caste aussi réduite, issue des mêmes écoles, souffre immanquablement d’un autre travers, tout aussi dangereux : la pensée de groupe. Et il est rare que ses membres croisent des sous-fifres qui oseront avancer des avis divergents. "En France, un haut responsable sorti d’une grande école n’est jamais informé par la base. Il est seul." "Ces gens-là apprécieraient d’être informés, ils aimeraient travailler en équipe", ajoute Pinçon-Charlot. "Ils ne veulent pas être seuls, mais le système les propulse au pouvoir, si bien que nous pouvons reprocher nos difficultés à nos élites."

La mondialisation aussi a eu un impact. Les élites françaises n’ont pas été formées pour réussir dans le monde, mais dans le centre de Paris. François Hollande, qui a fait trois grandes écoles, découvre aujourd’hui la planète en tant que président. Il s’est rendu pour la première fois en Chine lors de sa visite officielle en avril. Ces temps-ci, beaucoup de Français réussissent à Londres, New York ou dans la Silicon Valley, mais, en règle générale, ils n’ont pas de contact avec l’élite du pays.

Cette dernière ne va pas disparaître d’elle-même. Du reste, une menace bien pire se profile : l’élection, en 2017, de la première présidente authentiquement antiélite, Marine Le Pen (Front national).

* En français dans le texte.

Voir aussi:

En France, «les énarques et leurs petits camarades sont au plus bas»

Slate.fr

11/05/2013

«Les énarques et leurs petits camarades sont au plus bas»

«C’est l’élite la plus minuscule des grands pays»

«Pour paraphraser l’écrivain anglais E.M. Forster, ce sont des gens qui préféreront trahir leur pays que trahir un ami»

«L’élite française n’a pas été formée pour réussir dans le monde, mais pour réussir dans le centre de Paris»

De qui sont ces jugements au vitriol sur les classes dirigeantes françaises? Du Financial Times, la bible de la City, sous la plume de son chroniqueur Simon Kuper. Dans la foulée de l’affaire Cahuzac et du non-joyeux anniversaire de l’élection de François Hollande, le papier, qui accumule les références aux penseurs et analystes critiques de la société française (Pierre Bourdieu, les Pinçon-Charlot, Serge Halimi…), n’a pas de mal à trouver de quoi raconter «ce qui a déraillé».

Mais on pourra s’interroger sur un ou deux arguments politiques qui semblent davantage destiné à frapper l’imagination du lecteur anglo-saxon qu’à faire avancer l’argumentation. Par exemple, l’anecdote qui ouvre le papier sur la création de l’Ena par le communiste Maurice Thorez («Il a dû penser que cette caste était l’avant-garde du prolétariat dont Lénine a toujours parlé»), alors que le nom de Michel Debré, à l’origine de l’école, n’est pas cité. Ou encore le constat ouvertement catastrophiste, et peut-être prématuré, qui clôt l’article:

«L’élite n’est pas prête de s’autodissoudre. Néanmoins, une issue bien pire commence à poindre: l’élection en 2017 du premier président véritablement anti-élites, la dirigeante d’extrême-droite Marine Le Pen.»

Voir encore:

ENA : pour une réforme plus qu’une suppression

Bertrand Lemaire

Agora vox

2012

Dans la foulée de la proposition de François Bayrou, une prise de position pour une réforme importante du recrutement de la haute fonction publique.

Même si je ne crois pas à la pertinence politique du positionnement de François Bayrou et si je soutiens fermement Ségolène Royal, je me dois d’admettre que la prise de position de François Bayrou sur l’Ena est probablement la plus intelligente et la plus complète jamais proférée par un homme politique au sujet de cette école. Bien sûr, il n’est pas le premier à vouloir supprimer l’Ena mais son originalité est dans la complétude de sa réponse aux problèmes posés. J’ai déjà fait un billet sur le sujet mais qui n’était pas très détaillé. Et je dois avouer que c’est à la demande d’une bayrouiste que j’écris celui-ci.

Tout d’abord, il faut préciser de quoi l’on parle.

L’Ecole nationale d’administration a été créée sur une idée de Michel Debré, compagnon du Général de Gaulle, pour résoudre le problème du recrutement des hauts fonctionnaires qui, sous la Troisième République, se succédaient en étant forgés dans un même moule par corps. Pratiquement, seuls les amis et enfants des membres de certains corps y entraient ensuite. Cette uniformité des élites a été jugée coupable de la compromission avec l’occupant pour de simples raisons de défense des privilèges acquis. On verra que l’idéal initial a vite cédé devant les vieux réflexes et que la situation actuelle n’a rien à envier à celle de jadis. Cependant, et c’est là un point essentiel, il est indispensable de former les élites de l’administration tout comme il est indispensable d’en recruter. Le problème n’est pas tant de supprimer l’Ena que de la réformer. Une réforme complète doit, logiquement, être accompagnée d’un changement de nom.

L’Ena recrute sur trois concours depuis 1982 (seuls les deux premiers existaient auparavant, le troisième a disparu en 1986 puis a été réinstitué sous une forme renouvelée en 1988). Le premier s’adresse aux jeunes diplômés, le deuxième aux fonctionnaires en poste depuis cinq ans au moins et le troisième aux élus syndicaux, politiques ou associatifs ainsi qu’aux salariés du privé avec de l’expérience. La numérotation des concours n’est pas neutre : elle dénote un classement dans le prestige et le nombre des élèves qui le réussissent. Au concours de sortie, les rangs obtenus suivent d’ailleurs ce prestige. Partant, les postes les plus intéressants et comportant le plus de responsabilités (immédiatement ou à terme, via une "carrière" dont le déroulé est pratiquement fixé d’avance) échoient… à des petits jeunes sans expérience mais très imbus d’eux-mêmes. Précisons que, si on excepte le grand oral du concours d’entrée, l’expérience ou les compétences personnelles et professionnelles de chaque énarque n’ont pratiquement aucune importance dans son affectation. On mesure l’absurdité de la chose si on n’a ne serait-ce que deux sous de compétence en gestion des ressources humaines (GRH).

Le triple concours lui-même est, dans sa forme, une absurdité. Concours de recrutement, il vise normalement à vérifier que les reçus sont les plus aptes à remplir les futures fonctions d’un énarque. Or, pour réussir le concours, il faut être le maître de la synthèse documentaire et des codes sociaux bourgeois désuets. Après, on s’étonnera d’avoir des préfets qui hésitent à agir, des membres de la Cour des comptes ou de l’Inspection des finances qui ignorent tout du fonctionnement des entreprises (même publiques), des directeurs d’administration qui ne sont capables que de bureaucratie… Ne réussissent le premier concours que des élèves de Sciences Po Paris ayant suivi toute leur scolarité dans quelques quartiers, à quelques exceptions près. Le deuxième et le troisième concours ne sélectionnent que des personnes au profil le plus proche possible des lauréats du premier concours, ce qui donne finalement une haute fonction publique des plus conformiste et autoreproductrice du monde.

François Bayrou rejoint globalement mon analyse et mes propositions pour changer ce recrutement aberrant.

La première réforme à mener est sur le recrutement : le concours externe doit disparaître. Ne doivent entrer à l’Ena que des personnes expérimentées, soit dans le privé, soit dans le public, et aux profils initiaux les plus divers possible, tant sur le plan de la formation que de l’origine sociale et géographique. Le contenu du concours doit également changer pour que l’Ena recrute des décideurs modernes et pas des bureaucrates conformistes.

La deuxième réforme concerne la sortie. François Bayrou ne parle pas d’un point à mes yeux essentiel : l’affectation des énarques doit tenir compte des compétences de chacun (et accessoirement de ses choix de carrière) et pas de son seul rang de sortie. Mais il mentionne la nécessité d’obliger effectivement les énarques à travailler dans l’administration et pas à aller très rapidement "pantoufler" dans le secteur privé. L’Etat investit dans la formation. Le minimum est qu’il dispose d’un retour sur investissement. Surtout, la consanguinité des élites administratives et des directions générales d’entreprises privées est très gênante. On l’a vu à plusieurs reprises, le pire étant le scandale du Crédit Lyonnais. Sans oublier que des gens sélectionnés et formés pour diriger des administrations ne sont peut-être pas les meilleurs dirigeants d’entreprises possibles…

Voir enfin:

The French elite: where it went wrong

Simon Kuper

Financial Times

May 10, 2013

France’s “énarques” weren’t trained to succeed in the world but in central Paris

The French Stalinist Maurice Thorez spent the second world war in Moscow, where he called himself “Ivanov”. When France was liberated, he came home and entered government. After Charles de Gaulle stepped down as French leader in 1946, Thorez picked up one of the general’s pet projects: the creation of a school, the Ecole Nationale d’Administration, to train the new republic’s top bureaucrats. This caste, Thorez must have thought, was the “vanguard of the proletariat” that Lenin had always talked about. ENA has since produced countless members of the French political and financial elite, culminating in President François Hollande.

Elite-bashing in France dates back to the guillotine but the “énarques” and their buddies are currently at an all-time low. Within a single year, governments of both right and left have become despised. France has record unemployment. Elite scandals keep coming (most recently, around the budget minister, Jérôme Cahuzac, with his secret Swiss bank account). Something has gone horribly wrong for Thorez’s caste.

The French elite is defined by its brains. It’s largely recruited from just two rigidly selective schools: ENA and the Ecole Polytechnique (known to alumni simply as “X”). “Nowhere else in the world does the question of where you go to school so utterly determine your professional career – and the destiny of an entire nation,” writes Peter Gumbel in his new book France’s Got Talent. That’s why some elite members introduce themselves into old age as, for instance, “former pupil of the Polytechnique”.

Only 80 students a year graduate from ENA, and another 400 from the Polytechnique. They then get very demanding jobs. “They work hard. It’s not an elite that is just about relaxing,” emphasises Pierre Forthomme, an executive coach who deals with many elite members.

For decades, the elite delivered. From 1946 through 1973, France experienced its trente glorieuses, (nearly) 30 years of economic success. Even in 1990, the elite could still make great claims. It had built the first proto-internet, Minitel; installed Europe’s fastest trains; co-created the world’s fastest passenger plane, Concorde; pushed Germany into creating the euro (which the French elite then thought was the start of European unity, not the end of it); established its own independent military option that many people still took seriously; and continued to imagine it spoke an international language. Rule by brain-workers seemed to work.

Since then, things have gone horribly wrong. The sociologist Pierre Bourdieu in the 1960s began pointing out the elite’s flaw: the ruling class claimed to be a meritocracy open to bright people from anywhere but had, in fact, become a self-reproducing caste.

This is the tiniest elite of any large country. It lives in a few select arrondissements in Paris. Its children attend the same local schools, starting at age three. By their early twenties, France’s future leaders know each other. They progress from “classmates” to “caste mates”, explain the sociologists Monique Pinçon-Charlot and her husband Michel Pinçon.

Whereas an American CEO and novelist will never meet, the French political, business and cultural elites have practically fused. They meet at breakfasts, exhibition openings and dinner parties. They become friends or spouses. They give each other jobs, cover up each other’s transgressions, write rave reviews of each other’s books. (Contrast the euphoria that greets Bernard-Henri Lévy’s books in France with his reception abroad.)

The elite is the only French class that displays class solidarity, says Pinçon-Charlot. It’s tied together by shared secrets: for instance, many elite members knew about Dominique Strauss-Kahn’s peculiar bedroom practices, but they were willing to let him run for president rather than inform the peasants beyond the Parisian ring road. To paraphrase the English writer E.M. Forster, these people would rather betray their country than betray a friend. Elite members justify these mutual favours in the name of friendship. In fact (as noted by the journalist Serge Halimi and others), it’s corruption.

. . .

Equally dangerously, such a tiny caste – drawn from the same few schools – inevitably suffers from groupthink. Nor do elite members encounter many underlings who dare offer alternative views. Forthomme explains: “If you are a senior executive coming from a top school in France, you don’t get feedback. They are alone.” He adds: “These people would welcome feedback and teamwork. They don’t want to be alone, but the system puts them in this place of power, so that we can bash the elite for our problems.”

Globalisation has hurt, too. The French elite wasn’t trained to succeed in the world; it was trained to succeed in central Paris. Hollande, who attended three elite schools, is now discovering the world as president. His state visit to China last month was the first time he’d ever set foot there. Nowadays many French do succeed in London, New York or Silicon Valley, but they tend to be lost to the French elite.

The elite isn’t about to dissolve itself. However, an even worse outcome looms: the election in 2017 of the first truly anti-elitist president, the far right’s Marine Le Pen.


Plagiat: L’université aussi ! (Who will watch the watchmen ?)

10 avril, 2013
A qui se fier ? Qui gardera les gardiens ? Philippe Bilger
Non, malheureusement pour moi. Mon éditeur ne me refuse rien. Il me faut deviner si le livre est mauvais ou non, parce qu’il ne me le dira pas. Frédéric Beigbeder
Il nous semble qu’il occulte en l’occurrence la dimension cosmique desdits phénomènes ; une dimension qui, selon le paradigme astrologique – et notre conviction – vient coiffer le social. En effet, le social est loin d’expliquer toutes les “crises… qui se produisent dans la société”. À preuve les actions totalement illogiques, non linéaires, non-logiques et inexplicables autrement que par le paramètre astral qui joue alors le rôle de paramètre éclairant et englobant coiffant le non-logique apparent. Dr. Elizabeth Tessier
C’est l’occasion pour moi de revenir sur deux idées fausses. [...] L’autre erreur est de m’accorder le rôle de corédacteur de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Stéphane Hessel
Démissionner sur une initiative personnelle (…) serait un acte d’orgueil alors je me dois d’agir aujourd’hui dans la plus grande humilité. Gilles Bernheim

Je n’ai rien à cacher aussi bien sur des choses anciennes que sur des choses à venir. Lorsqu’une faute a été commise, je le dis, et là-dessus c’est parfaitement acté. Et j’ajoute par ailleurs que lorsqu’un livre est imprimé, il y a parfois des étapes intermédiaires. Cela n’enlève rien à ma responsabilité. (…) Ce qui montre bien que ma démarche était soit suicidaire, soit parsemée d’un certain nombre d’erreur liées à la confiance mal donnée ou accordée à tel ou tel qui se servent de textes et qui ne donne ni la référence ni les guillemets. En toute situation j’assume et je suis pleinement responsable. (…) Mais ceci étant dans l’activité rabbinique qui est la mienne depuis prés de quatre ans et demi, je n’ai pas commis de fautes et l’histoire de l’agrégation, l’histoire des emprunts ou des plagiats. Ceux sont des faits importants, moralement graves. Mais je n’ai pas commis de fautes dans l’exercice de ma fonction dans l’attachement aux causes qui sont les miennes. Gilles Bernheim

Je me permettrais d’ajouter que lorsque je me suis présenté en 2008 à l’élection pour le Grand Rabbinat de France, l’information avait déjà circulé à l’époque. Je n’ai strictement rien dit et d’ailleurs vous observerez qu’au dos de tous mes écrits, jamais n’apparait l’expression : agrégé de philosophie. Que sur des notices, cela ait pu apparaître parce que les notices, elles, elles ne sont pas faites par l’auteur, par le sujet que je suis. Elles peuvent être faites par d’autres personnes qui s’appuient les uns sur certains réseaux d’informations, d’autres sur le net ou d’autres choses. Il y a des erreurs qui se véhiculent et qui finissent par devenir pour beaucoup des vérités. Pour ma part, je le regrette profondément. Gilles Bernheim
Cette affaire confirme que la pratique du plagiat est rarement ponctuelle – le fait malheureux d’un auteur qui a failli accidentellement -, mais bien une méthode d’écriture par procuration, parfaitement au point chez certains publiants – inutile de parler d’auteurs, et encore moins d’écrivains. Encore que ces types de livres soient quelquefois les plus lus, puisqu’ils sont plus des produits de promotion d’une personnalité ou d’une institution qu’un véritable travail intellectuel s’inscrivant dans une réflexion personnelle. Hélène Maurel-Indart
Même les trois pages de remerciements, très originaux, avaient été plagiées. Seul les noms des personnes remerciées avaient été changés! Jean-Noël Darde
Au mois de décembre, on a démasqué un cadre qui se prétendait diplômé de Polytechnique alors qu’il n’y avait jamais mis les pieds. Quand je l’ai rappelé, il m’a dit que nous étions les premiers à nous en rendre compte en vingt ans de carrière. Emmanuel Chomarat (président du directoire de Verifdiploma)
Comme le nuage de TcherNobel, le phénomène des faux diplômes s’arrêterait juste du bon côté de la frontière ? Ouf, nous voilà rassurés ! Mais, en insistant un peu, la plupart des recruteurs lâchent une petite anecdote sur un candidat affabulateur, voire faussaire. Ainsi, Florian Mantione, directeur du cabinet du même nom, n’oubliera pas ce cadre qui prétendait avoir fait Sup de Co Toulouse en 1972 : "Malheureusement pour lui, c’était justement mon école, ma promotion, et je ne l’avais jamais vu." Pas de chance ! Pour l’instant, les menteurs sont plus nombreux que les faussaires. Mais, récemment, le patron de Verifdiploma a découvert que le diplôme de BTS d’un jeune candidat était un faux. Courrier cadres

Attention un "funeste secret de famille" peut en cacher un autre !

Plagiats de thèses massifs (jusqu’aux remerciments !), logiciels d’analyse automatique des textes dépassés par les traductions ou les reformulations, mode de financement des laboratoires de recherche  fondé sur le nombre de publications réalisées par les chercheurs,  universités et institutions de recherche en lutte de plus en plus féroce pour les financements et pour progresser dans les classements internationaux, absence d’instances internes aux établissements d’enseignement supérieur adaptées, chasseur de plagiats voyant ses cours et ses primes de recherche suspendues, plagiés qui ne prennent même pas la peine de déposer plainte  …

A l’heure où, affaire Cahuzac oblige et après le mensonge légal du mariage pour tous, nos dirigeants et députés rivalisent de candeur soudaine …

Et qu’après nombre de nos journalistes et gens de lettres et sans compter l’évident abus de faiblesse dont a été tout récemment victime notre grand Hessel national, c’est au tour d’un étrangement cryptomnésiaque et (déformation professionnelle?) casuistissime grand rabbin de France lui-même de se faire prendre (jusqu’au plagiat systématique, "trahi" selon la formule consacrée "par son assistant d’écriture",  et à l’usurpation de titre !) par le miroir aux alouettes médiatiques…

Pendant qu’en ces temps – internet oblige – d’industrialisation de la triche, les têtes tombent en Allemagne ou en Corée  …

Comment ne pas voir avec ce président d’université cité dans un article du Figaro évoquant déjà l’an dernier une institution et des chercheurs français paupérisés et sommés de « publier ou mourir » pour retrouver des financements et remonter des profondeurs des classements internationaux

Que le plagiat, pourtant devenu massif et sans parler des faux CV et diplômes (voire, au pays des madames Soleil docteurs en sociologie, des thèses fantaisistes), n’est pas près de "faire partie des objectifs de recherche" ?

Thèses, doctorats : le plagiat reste tabou à l’université

Quentin Blanc

Le Figaro

18/10/2012

La ministre allemande de l’Éducation vient d’être mise en cause dans une affaire de plagiat qui pourrait la pousser à démissionner. En France, la plupart des établissements préfèrent fermer les yeux dans de tels cas. Une situation jugée honteuse par certains universitaires.

Annette Schavan, ministre de l’Éducation allemande pourrait bien être obligée de démissionner dans les jours qui viennent. Elle aurait plagié de larges passages de sa thèse de doctorat. L’année dernière, déjà, le ministre de la défense et étoile montante du parti de Mme Merkel avait du quitter son poste suite à une révélation similaire.

En France, nos dirigeants passent avant tout par l’ENA ou les grandes écoles. Ils sont peu nombreux à avoir soutenu une thèse. Laissant le phénomène dans l’ombre des amphis. Pourtant «Le plagiat a pris de l’ampleur à l’université, s’offusque Michelle Bergadaà, spécialiste du sujet, mais il n’est pas pris au sérieux». Pour que ces fraudes ne restent pas impunies, des universitaires français ont décidé de dénoncer les cas, de sensibiliser leurs collègues, d’exposer sur des blogs les textes incriminés.

Des thèses plagiées à 99 %

Les «emprunts» sont souvent spectaculaires. «Les cas dont je parle et que je présente sur mon site sont des thèses qui sont entre 75 et 99 % plagiées» précise M. Jean-Noël Darde, maître de conférence à Paris 8 et auteur d’un blog consacré au sujet. Il cite «un cas où même les trois pages de remerciements, très originaux, avaient été plagiées. Seul les noms des personnes remerciées avaient été changés!»

Les moyens nouveaux de traquer ces abus se développent. Des logiciels comme Compilatio, par exemple, analysent automatiquement les textes à la recherche d’emprunts. Ils sont malheureusement faciles à tromper. Les traductions ou les reformulations lui échappent le plus souvent. Le cas de l’ex-ministre allemand de la Défense est un bon exemple. Des milliers d’internautes avaient du s’allier pour traquer tous les emprunts non sourcés dans sa thèse.

En France, les chasseurs de plagiaires sont encore peu nombreux. Il revient aux professeurs de se montrer vigilants. «Il n’y a rien de déshonorant à être abusé par un plagiaire. Ce qui l’est, c’est de ne pas réagir lorsque l’on s’en aperçoit» explique M. Darde. Et d’accuser: «Trop souvent, les autorités académiques ignorent les cas signalés». Elisabeth Sledziewski, philosophe à l’université de Rennes, parle même de «funestes secrets de famille».

«Les établissements se décrédibilisent aux yeux du public»

Le plus souvent, «il n’existe pas d’instances internes aux établissements d’enseignement supérieur adaptées à ces nouveaux enjeux» selon Mme Bergadaà. En conséquent, «les cas de plagiat doivent être traités par la justice civile. Ce qui implique qu’il y ait un dépôt de plainte réalisé par l’auteur plagié. C’est rarement le cas.» Elle estime que cette politique de l’autruche dessert les établissements d’enseignement supérieur: «Ils se décrédibilisent aux yeux du public et des étudiants car ils sèment le doute sur leur intégrité.» Dénoncer publiquement les cas avérés reste généralement la seule solution possible.

Mme Bergadaà, comme d’autres, pointe «le mode de financement des laboratoires de recherche qui est fondé sur le nombre de publications réalisées par les chercheurs. S’il faut publier beaucoup, et vite, eh bien, on hésitera moins à aller se servir discrètement dans les œuvres des autres.»

Or, aujourd’hui plus que jamais, nos universités se battent pour leurs financements et pour progresser dans les classements. Dans ce contexte, sont-elles vraiment prêtes à lutter contre ce problème? La question mérite d’être posée. Car en attendant, M. Darde a vu ses cours supprimés et sa prime de recherche suspendue par Paris 8. Bien qu’il se défende de tout laxisme, le président de l’établissement lui a adressé une lettre lui expliquant que le plagiat ne faisait pas partie des objectifs de recherche de l’université.

Voir aussi:

Un scandale "typisch deutsch"

Frédéric Lemaitre

07 février 2013

Annette Schavan et la chancelière Angela Merkel, le 13 décembre au Bundestag, à Berlin. Photo : Rainer Jensen/AP

Annette Schavan, ministre de l’éducation et de la recherche, est sans doute sur le départ. Lundi 4 février, l’université de Düsseldorf où elle a fait ses études de philosophie, lui a retiré son titre de docteur. Sa thèse, soutenue il y a plus de trente ans, contient trop de passages "empruntés à d’autres" sans qu’il y soit fait référence. Dans ce pays où le titre de docteur est un précieux sésame – que l’on ajoute à son état civil –, on ne plaisante pas avec le plagiat.

En 2011, le baron Karl-Theodor zu Guttenberg, alors ministre de la défense, que certains voyaient déjà chancelier, avait dû démissionner pour les mêmes raisons.

Pourtant, les deux cas ne sont pas tout à fait identiques. "K-T" comme l’appelaient les Allemands, avait carrément plagié 60% de sa thèse, rédigée à la va-vite quand il était déjà responsable politique dans le seul but d’être non seulement baron mais aussi docteur.

Le cas Schavan est plus compliqué. Cette célibataire de 57 ans, catholique pratiquante un brin austère, est une bosseuse reconnue et discrète. Le contraire du flamboyant "Baron de Googleberg", comme on a surnommé son ex-collègue. De plus, le plagiat est moins flagrant. D’ailleurs, le conseil de l’université n’a pas rendu son avis à l’unanimité. La communauté scientifique est divisée. Si l’opposition réclame la démission d’Annette Schavan, ce n’est pas l’hallali.

Reste qu’Annette Schavan est ministre de la recherche et qu’on la voit mal rester crédible à un tel poste.

Alors que la ministre est – opportunément – en voyage en Afrique du Sud et ne rentre que ce vendredi à Berlin, Angela Merkel, dont elle est une amie proche, lui a renouvelé sa "pleine confiance". Les deux femmes devraient se rencontrer dès vendredi soir. Et Angela Merkel tranchera. A quelques mois de l’élection, la plupart des commentateurs parient sur la démission de la ministre. Malgré tout, celle-ci se défend. "Non pas pour mon titre mais pour mon intégrité", dit-elle. Elle a d’ores et déjà intenté un recours devant le tribunal administratif. Mais outre qu’il n’est pas très glorieux pour un ministre de la recherche de demander à des juges de contredire des scientifiques, aucun magistrat n’aurait, depuis les années 1960, donné raison à un plaignant dans ce cas de figure.

Voir également:

Comme Annette Shavan, peut-on perdre son doctorat en France ?

Michel Alberganti

Globule et téléscope

6/02/2013

Un doyen de faculté qui s’avance vers les caméras pour annoncer que le doctorat de philosophie de la ministre de l’éducation et de la recherche, Annette Schavan, est invalidé 33 ans après lui avoir été décerné… La scène s’est déroulée en Allemagne, le 5 février 2013, à l’université de Düsseldorf. Quelque chose me dit qu’elle est difficilement imaginable en France. Mais pourquoi, au fond ?

1°/ Le titre de “Doktor” jouit d’une grande notoriété outre-Rhin

Alors qu’en France, seuls les docteurs en médecine peuvent espérer voir leur titre accolé à leur nom, en Allemagne, Herr Doktor jouit d’une aura considérable quelle que soit la discipline. Le paradoxe de l’université française conduit ainsi son diplôme le plus prestigieux a n’être jamais mis en avant par ceux qui l’ont obtenu après, au moins, une dizaine d’années de laborieuses études. Ainsi, alors que je reçois chaque année environ 200 scientifiques dans Science Publique, l’émission que j’anime sur France Culture, très rares sont ceux qui se présentent comme docteurs alors que bon nombre le sont. Pourquoi ? Il semble que la filière du doctorat reste refermée sur l’université. La vocation d’un docteur est de devenir professeur et/ou directeur de recherche. Même s’ils entrent au CNRS, les docteurs ne sortent guère des murs de ces institutions.

En Allemagne, après leur thèse, la plupart des Doktor font leur carrière dans l’industrie. Leur visibilité n’a alors pas de commune mesure. Surtout dans un pays où l’industrie est également fortement valorisée.

En France, conscient de ce problème qui leur barre souvent la route vers des emplois dans les entreprises alors que l’université est saturée, les docteurs se sont réunis dans une association nationale des docteurs, l’ANDès dont l’objectif affiché est de “promouvoir les docteurs”. Étonnant paradoxe… Le titre le plus élevé a donc besoin de “promotion”. C’est pourtant justifié. Le docteur reste loin d’avoir la même cote, dans l’industrie, d’un polytechnicien ou d’un centralien. Résultat, le faible nombre de docteurs dans les entreprises est l’une des principales causes du retard français en matière de pourcentage du PIB consacré à la recherche.

2°/ Pas besoin d’être docteur pour être ministre de la recherche en France

En Allemagne, donc, on ne badine pas avec le doctorat. Et même, ou surtout, un ministre de la recherche ne saurait avoir usurpé son titre. En France, ce cas de figure a d’autant moins de chances de se produire que… les ministres de la recherche sont rarement docteurs. A partir d’Hubert Curien, docteur es sciences, ministre de la recherche jusqu’en 1993, on ne trouve guère que 3 docteurs sur ses 19 successeurs: Claude Allègre, docteur es sciences physiques, ministre de 1997 à 2000, Luc Ferry, docteur en science politique, ministre de 2002 à 2004 et Claudie Haigneré, docteur ès sciences, option neurosciences, ministre déléguée de 2002 à 2004.

Force est de constater que ces trois ministres n’ont pas laissé un souvenir impérissable. Lorsque Luc Ferry et Claudie Haigneré étaient aux commandes, l’un des plus forts mouvements de révolte des chercheurs s’est produit avec “Sauvons la recherche“, en 2003. Il a fallu un autre couple, beaucoup plus politique, François Fillon et François d’Aubert, pour rétablir l’ordre et redonner un peu d’espoir dans les laboratoires.

3°/ Pas besoin d’une thèse de valeur pour être docteur en France

C’est peut-être ce qui fait le plus mal à l’image de l’université française. Et c’est peut-être lié à la sous-valorisation du doctorat. Même s’ils peuvent paraître anecdotiques, trois exemples publics ont suffi pour jeter un discrédit tenace sur l’institution qui délivre les doctorats. Il s’agit du diplôme décerné à Elizabeth Teissier, docteur en sociologie en 2001 avec sa thèse intitulé “Situation épistémologique de l’astrologie à travers l’ambivalence fascination-rejet dans les sociétés postmodernes”. Ex mannequin et comédienne, Elizabeth Teissier est surtout astrologue depuis 1968. Elle avait, certes, obtenu un DEA en Lettres modernes… en 1963.

Les autres exemples de doctorats ayant défrayé la chronique sont, bien entendu, ceux des frères Bogdanoff en mathématiques appliquées et en physique théorique. Ces cas sont-ils des exceptions ou la partie émergée de l’iceberg ? C’est toute la question.

Mais la France aurait sans doute besoin d’une “affaire Schavan”. Pas forcément, d’ailleurs, concernant le doctorat, rare, d’un ministre de la recherche. Mais juste une reconnaissance d’erreur. Histoire de montrer que l’institution universitaire est capable de revenir sur la décision de l’un de ses directeurs de thèse et d’un jury. L’erreur étant humaine, son absence est d’autant plus suspecte. Lorsqu’un peu moins de 10 000 thèses sont soutenues chaque année en France (contre environ 15 000 en Allemagne), une faute devrait être pardonnée. Encore faudrait-il qu’elle soit avouée ou déclarée…

Voir encore:

Texte intégral de l’interview de Gilles Bernheim sur radio Shalom

Israel Infos

10.04.2013 – 30 Nisan 5773

Nous reproduisons ci dessous le texte intégral de l’entretien réalisé par Pierre Gandus sur radio Shalom, le 9 Avril 2013. Transcription : Franck Sebbah

[Gilles Bernheim] PIERRE GANDUS :

Le Grand Rabbin de France s’exprime ce soir et en direct sur Radio Shalom. Dans une tourmente médiatique concernant plusieurs faits qui vous sont reprochés et qui pour certains d’entre eux vous avez reconnu.

Ces révélations, Gilles Berheim, ont provoqué étonnement, stupeur voire même un sentiment de trahison quant on sait le temps et les difficultés qui ont été les vôtres et celle de votre équipe pour imprimer une nouvelle image au judaïsme français plus moderne, plus dynamique, plus en phase avec la société française.

Nous allons parler de cela en toute franchise car ce soir la communauté juive attend vos réponses qui comme mes confrères de la presse et toux ceux qui nous écoutent et qui ne sont ni juifs, ni journalistes.

Alors on va dans un premier temps être assez factuel.

Première affaire, suite à de nombreuses attaques de plagiat sur Internet concernant "Les 40 méditations juives" parus en 2011, vous déclarez le 20 mars que l’emprunt aurait été le fait du philosophe Jean-François Liottard et de son interlocutrice qui aurait eu entre les mains la photocopie manuscrite d’un cours tenu par vous alors que vous étiez aumônier des étudiants.

Devant l’afflux des révélations alors que vous vous trouviez en Israël pour la clôture de la fête juive de Pessah, vous avez changé de discours en reconnaissant le plagiat et l’utilisation d’un nègre et en demandant à votre éditeur de retirer l’ouvrage de la vente ainsi que de votre bibliographie. Vous précisez aussi que c’est la seule et unique fois où vous vous êtes livré à un tel arrangement. Pourquoi cette réponse en deux temps et pourquoi vous êtes- vous enferré dans ce mensonge ?

GILLES BERNHEIM :

Vous savez lorsqu’un fait comme celui-là, quand des faits comme ceux-là sont révélés brutalement sur la place publique, que vous ne vous y attendiez pas, que vous n’êtes pas du tout préparé à la réaction, vous mentez bêtement.

Quand je dis, vous mentez bêtement, vous vous défendez immédiatement sans réfléchir.

Et pour ma part, je regrette profondément aujourd’hui.

PIERRE GANDUS :

La Deuxième affaire concerne "Le souci des autres, fondements de la loi juive" paru en 2002 où ce sont plusieurs pages qui ont été empruntés à Jean-Loup Charvet dans son livre "L’éloquence des larmes" dont la révélation a pris corps aujourd’hui même.

Sur cette affaire que répondez-vous ?

GILLES BERNHEIM :

Très simplement.

Le livre "Le souci des autres" est un livre de cours que j’ai donnés en tant qu’aumônier des étudiants pendant de très nombreuses années au Centre Edmond Fleg devant des dizaines et des dizaines d’étudiants.

Ce qui veut dire quoi ?

Ce qui veut dire que beaucoup plus tard, il m’a été demandé d’en faire un livre.

Et que pour illustrer – pas illustrer au sens d’illustration – mais parfois pour rendre plus clairs, plus pédagogiques, plus compréhensibles des enseignements de Torah que j’avais retranscrits de mes cours, soit j’ai demandé à des personnes de me faire ce travail plus pédagogique avec donc des références littéraires ou autres (et même si d’autres ont commis des fautes, j’en suis le seul responsable puisque c’est moi qui l’ai demandé, que ceci soit parfaitement clair), soit, et cela a pu arriver à plusieurs reprises, lorsque je préparais les cours durant toutes ces années, c’est-à-dire depuis le début des années quatre-vingts où j’ai enseigné au Centre Edmond Fleg – et c’est ma faute mais c’est une réalité – à savoir que pour rendre plus fluides et plus accessibles des enseignements de Torah qui sont parfois d’une certaine exigence, d’une certaine rigueur, d’une certaine difficulté du langage, je me suis servi, je prenais des notes à la main, j’écrivais au crayon pour reprendre dans tel ou tel livre quelque chose qui me semblait très proche du raisonnement de tel ou tel maître de la tradition rabbinique.

Et la faute qui est la mienne et je le dis très clairement, c’est que je ne mettais pas de références au point que ces notes devenaient miennes.

Jusqu’au jour où j’en ai fait un livre avec, très certainement, des emprunts – ce que d’autres appelleront des plagiats – de textes qui convergent avec l’essentiel de l’enseignement des maîtres rabbiniques mais qui restent des emprunts et, cela, non seulement je le regrette profondément mais je sais que c’est une faute morale.

PIERRE GANDUS :

D’autant que vous auriez pu signaler la référence.

GILLES BERNHEIM :

Tout à fait.

PIERRE GANDUS :

Troisième affaire, le 21 décembre dernier dans son discours annuel à la Curie romaine, lors d’un discours très attendu, le Pape Benoit XVI avait cité votre plaquette contre "le mariage pour tous", publiée le 18 octobre dernier sous le titre : "Mariage homosexuel, homoparentalité et adoption, ce que l’on oublie souvent de dire."

Un événement salué par la communauté juive et la presse dans le monde entier.

Là encore, on vous reproche d’avoir emprunté plusieurs pages de son livre à Joseph Marie Verlinde : "L’idéologie du Gender – Identité reçue ou choisie ?" publié en mars 2012.

Vous confirmez ou vous infirmez aussi cet emprunt ?

GILLES BERNHEIM :

Je confirme.

Je n’ai rien à cacher aussi bien sur des choses anciennes que sur des choses à venir.

Lorsqu’une faute a été commise, je le dis, et là-dessus c’est parfaitement acté. Et j’ajoute par ailleurs que lorsqu’un livre est imprimé, il y a parfois des étapes intermédiaires. Cela n’enlève rien à ma responsabilité.

Ce que j’entends par une étape, c’est que d’aucuns peuvent reprendre du texte et reprendre à leur compte et ensuite vous l’utilisez.

Il m’est arrivé, enseignant au Centre Edmond Fleg, de laisser des gens enregistrer et de retrouver des lignes ou des pages dans d’autres livres.

Parfois, en général légèrement remaniées et puis, je vais vous dire une chose, si vous imprimez une page telle quelle, c’est complètement imbécile.

Quelqu’un qui est complètement pervers et qui veut se servir du travail des autres, il n’imprime pas les choses telles quelles.

Il les réécrit à sa façon pour s’en inspirer. Ce qui montre bien que ma démarche était, soit suicidaire, soit parsemée d’un certain nombre d’erreurs liées à la confiance mal donnée ou accordée à tel ou tel qui se servent de textes et qui ne donnent ni la référence ni les guillemets.

En toute situation j’assume et je suis pleinement responsable.

PIERRE GANDUS :

Et entre les deux, entre l’attitude suicidaire et la confiance mal donnée. Vous choisissez quoi ?

GILLES BERNHEIM :

Je choisis d’abord la deuxième solution non pas parce qu’elle m’arrange mais parce qu’elle est réelle. Et aussi des textes en d’autres circonstances qu’il m’est arrivé de reprendre dans les conditions que j’ai évoquées tout à l’heure.

À savoir que pour construire quelque chose, je me suis servi de textes anciens sans mettre moi-même la référence sur mes notes. Jusqu’à faire comme si elles m’appartenaient.

PIERRE GANDUS :

Dernier point il concerne votre agrégation de philosophie.

La société des agrégés n’a pas de trace de votre agrégation.

"Soit il n’est pas agrégé, soit il s’agit d’une erreur de transcription", c’est ce qu’avance la présidente de cette société.

On a entendu plein de choses au sujet de cette agrégation sauf votre version.

GILLES BERNHEIM :

Ma version est très simple, non pas parce que l’affaire fut simple à ce moment-là.

Nous sommes près de 40 ans plus tard, disons 37 ans plus tard. Il s’est simplement passé une chose. Lorsque vous arrivez à un concours, cela peut arriver.

Et c’est ce qui m’est arrivé, alors que les choses étaient très largement bien engagées avec une réussite sinon certaine, en tout les cas probable ou très possible, de craquer.

Craquer non pas sur une note mais parce qu’un événement tragique arrive à un moment où l’on ne peut pas se permettre de subir dans sa vie intime des événements extérieurs au travail intellectuel. Cela s’est passé ainsi.

L’événement tragique et puis ensuite on entre dans le déni.

C’est-à-dire, le fait, non pas de proclamer partout, mais de laisser dire que l’on est agrégé, permet de mettre un pansement sur une blessure qui est très forte et de vivre longtemps avec.

Je me permettrais d’ajouter que lorsque je me suis présenté en 2008 à l’élection pour le Grand Rabbinat de France, l’information avait déjà circulé à l’époque.

Je n’ai strictement rien dit et d’ailleurs vous observerez qu’au dos de tous mes écrits, jamais n’apparait l’expression : agrégé de philosophie.

Que sur des notices, cela ait pu apparaître parce que les notices, elles, elles ne sont pas faites par l’auteur, par le sujet que je suis.

Elles peuvent être faites par d’autres personnes qui s’appuient les uns sur certains réseaux d’informations, d’autres sur le net ou d’autres choses.

Il y a des erreurs qui se véhiculent et qui finissent par devenir pour beaucoup des vérités.

Pour ma part, je le regrette profondément.

PIERRE GANDUS :

Donc vous nous dites ce soir que vous n’êtes pas agrégé de philosophie.

GILLES BERNHEIM :

Non

PIERRE GANDUS :

Jean-Noël Darde, spécialiste des plagiats, est à l’origine de toutes ces révélations.

Est-ce que vous le connaissez ?

Est-ce qu’il y a un contentieux entre vous et pourquoi ces révélations sortent maintenant alors que les livres cités ont été publiés plusieurs années auparavant ?

GILLES BERNHEIM :

Je ne connais pas cet homme du tout.

Et jusqu’à cette affaire, j’en ignorais l’existence.

Je n’ai strictement rien à dire sur une personne que je ne connais pas.

Quant à la deuxième question – à savoir pourquoi cette affaire sort maintenant – permettez-moi de ne pas y répondre.

Parce que l’heure n’est pas à l’explication de l’histoire, de l’interprétation.

L’heure est à une prise de conscience personnelle des erreurs que j’ai commises.

De manière à en tirer des leçons.

Parce que vous le savez, lorsque l’on a des responsabilités très lourdes, beaucoup de gens – si vous réussissez un temps soit peu dans ce que vous faites- vous perçoivent comme une espèce de héros. Comme quelqu’un qui aurait de très grandes capacités ou des grandes compétences et donc vous n’avez pas envie de les décevoir et de vous enfermer dans l’image que les autres peuvent avoir de vous et finalement que vous vous donnez à vous-même.

Et je pense qu’à l’instant présent, c’est non seulement l’humilité mais la remise en question qui s’impose à moi.

De manière à vérifier chaque jour, à ne pas commettre de fautes, d’erreurs.

De ne pas viser plus haut que ce que je suis capable de faire en terme d’efforts, de réussite. Autrement dit d’être pleinement homme et ne pas se vouloir plus qu’un homme au-dessus des autres. Et je me permettrais de rajouter ce qu’enseigne le Baal Chem Tov, à savoir que "l’homme est le bégaiement de D-ieu". Il faut savoir parfois accepter de ne pouvoir bégayer et pas toujours parler parfaitement pour rien.

PIERRE GANDUS :

Vous parliez à l’instant de cette prise de conscience personnelle.

Je suppose que vous-même, vous vous posez des questions sur ce qui vous a poussé à agir ainsi.

Est-ce que vous avez un début de réponse ?

GILLES BERNHEIM :

Qu’est-ce qui pousse à agir ainsi ?

Vous savez ce que m’a rapporté l’histoire de l’agrégation ?

Je n’en ai jamais profité.

Je n‘ai jamais demandé un bénéfice, un profit, un poste, un avantage quelconque.

Que ce soit en termes de situation, que ce soit en termes d’argent, de représentation.

Là où j’ai été pour parler, pour enseigner, pour partager la Torah à l‘épreuve du monde, c’est-à-dire la pensée de la Torah à l’épreuve de la pensée occidentale, je l’ai fait oralement, sans notes, rarement avec des notes.

Ce qui nécessite une certaine compétence, un vrai travail de préparation, de réflexion, de clarté, de pédagogie.

Lorsque vous débattez avec de grands philosophes contemporains, avec ou sans titre d’agrégation, que vous débattez sans notes, vous n’existez que si vous êtes à la hauteur, si vous maitrisez votre savoir et ensuite c’est aux autres d’en juger.

De juger de la qualité de vos prestations.

Et vous savez depuis tant d’années, c’est-à-dire depuis 1978 où je suis rabbin, à Paris, en France, en Europe, en Israël et ailleurs, les débats publics ont été très nombreux. L’enseignement de la Torah, j’en parlais tout à l’heure, je l’ai pratiqué dans le cadre de l’aumônerie des étudiants puis de la Synagogue de la Victoire. Ces enseignements ont été multiples. Enseignement sans notes, dont des générations et des générations d’étudiants ont fait leur vie, se souviennent et ce sont eux qui peuvent en témoigner. Le livre en hébreu devant l’orateur et c’est tout.

Que vous dire d’autre ?

PIERRE GANDUS :

Internet où tout se dit sans limites s’est très vite emparé de cette affaire avec aussi bien des comités de soutien à votre encontre que des collectifs appelant à votre démission. Ce soir, que dites-vous à ceux qui nous écoutent ?

Allez-vous démissionner ou rester à votre poste ?

J’ajoute d’ailleurs que certains de ceux qui veulent votre démission vous ont menacé de nouvelles révélations si vous vous maintenez à votre poste.

GILLES BERNHEIM :

Permettez-moi de dire une chose très simple.

C’est que démissionner sur une initiative personnelle relèverait d’une désertion.

Que, par ailleurs, ce ne serait pas conforme à ce que j’ai toujours été dans la vie privée et dans la vie publique. À savoir un homme qui sait prendre ses responsabilités.

J’ajouterais également que ce serait un acte d’orgueil alors que je dois agir aujourd’hui dans la plus grande humilité.

Et puis permettez-moi de dire pour terminer que ce serait contraire à la collégialité qui préside à une telle décision.

Je crois que mon propos est très clair, je travaille, j’assume ma fonction pleinement. Les menaces sont évidemment toujours très brutales et ont pour finalité d’exercer une forme de violence, de casser la personne.

Je suis solide et, dans cette esprit de collégialité dont je viens de parler, j’assume chaque jour pleinement ma fonction de Grand Rabbin de France.

PIERRE GANDUS :

Donc vous ne démissionnez pas.

Est-ce que le Consistoire central vous soutient ?

GILLES BERNHEIM :

Le Consistoire central est un ensemble de personnes.

Il y a des gens qui me soutiennent, il y a des gens qui me soutiennent moyennement, il y a des gens qui s’opposent à moi, d’autres qui ne me soutiennent pas du tout.

Il y a un peu de tout si vous me permettez cette expression.

Vous savez, des gens qui vous soutiennent, des gens qui s’opposent à vous, cela a toujours existé. J’en ai vécu des situations d’opposition, voire de confrontations violentes.

Rappelez-vous en 2008, l’élection au poste de Grand Rabbin de France, rappelez-vous d’autres situations antérieures…

J’assume. Il n’y a que les gens qui ne s’engagent pas qui n’ont aucun ennemi, aucun adversaire et qui, quelque part, survivent à toutes les situations parce qu’ils sont passés entre les gouttes d’eau.

PIERRE GANDUS :

Je voudrais à présent aborder votre travail comme GRF, vous en en parliez à l’instant.

Avec votre équipe, je le disais au début de cette émission, vous avez imprimé une nouvelle image au judaïsme français.

Plus moderne, plus dynamique, plus en phase avec la situation française.

Vous avez été de tous les combats comme pour redonner un nouveau souffle au rabbinat français, réformer le séminaire israélite : rendre plus saine la filière de la cacherout en France ; se battre contre ceux qui voulaient interdire l’abattage rituel avec le Grand Rabbin Bruno Fison ; le dossier des circoncisions avec le Grand rabbin Moshe Lewine qui est aussi votre porte-parole ; celui des derniers devoirs dus aux morts avec le Grand Rabbin Claude Mamane.

Vous avez alerté les pouvoirs publics sur la résurgence de l’antisémitisme en France. Vous avez rendu visite à de très nombreuses communautés juives à travers toute la France.

Un travail de tous les jours avec une équipe qui est à vos côtés depuis quatre ans et, pour certains, depuis bien plus longtemps.

Qu’avez-vous envie de leur dire ce soir et que dites-vous aux juifs de France qui vous ont soutenus, qui ont cru en vous pour tout ce que je viens d’énoncer.

GILLES BERNHEIM :

Ce que je voudrais leur dire c’est qu’une épreuve, traverser une épreuve comme celle que je traverse, comme celle que ma famille, mes proches, mes collaborateurs et collaboratrices traversent doit rendre plus fort.

Être plus fort, tirer des leçons, ne pas commettre à nouveau les mêmes erreurs, afin d’aller de l’avant…

La Techouva n’existe qu’à condition que l’on sache ne pas répéter les mêmes fautes.

Et donc être plus exigeant, beaucoup plus vigilant après que ce que l’on n’était avant. C’est la première chose que je veux leur dire.

La deuxième chose, c’est au sujet de l’image que j’ai de la communauté, l’idée que je me fais du judaïsme en France – et je voudrais associer le Grand Rabin Haim Korsia qui n’a pas été mentionné tout à l’heure parmi mes collaborateurs et il y en a encore d’autres, qu’ils ne se vexent pas de ne pas être tous rappelés ce soir –, pour imprimer au judaïsme en France un souffle important.

Et quand je dis un souffle, une plus grande proximité entre les Juifs et les non Juifs. Une plus grande proximité entre toutes sortes de Juifs.

Ceux qui pratiquent et ceux qui ne pratiquent pas et ceux qui sont "tièdes".

C’est à dire non pas un judaïsme de clans où il y aurait différents types de Juifs… mais sans lien entre eux.

C’est très difficile parce que cela exige du respect, parfois de la tolérance.

Beaucoup de patience, là où des gens veulent réussir très vite et valoriser leurs réseaux parce qu’ils ont leurs intérêts.

Et c’est vrai que ce travail doit être poursuivi.

C’est ce que je souhaiterais accomplir si la communauté m’accorde sa confiance et si l’histoire me permet de continuer comme je le souhaite, d’aller de l’avant.

Vous avez parlé de l’école rabbinique.

Il y a là un gros chantier qui a été confié au Grand rabbin Kauffman et je l’épaulerai autant que faire se peut avec la commission administrative de l’École rabbinique.

Avec l’amitié, le soutien et la confiance du président du Consistoire central.

Et puis le travail social, le travail interreligieux.

Vous avez parlé de la cacherout, vous avez parlé de la formation continue des rabbins.

Cette formation continue que nous donnons aux rabbins, c’est pour leur permettre de mieux affronter les problèmes des familles, les problèmes sociaux, les problèmes économiques.

Pour pouvoir apporter des réponses, orienter les gens.

Pour pouvoir être de vrais relais lorsque les problèmes se posent à eux dans la communauté. C’est là le travail qui a été accompli déjà depuis quelques années maintenant.

Dans les hôpitaux, avec l’aumônerie des hôpitaux, c’est extrêmement important parce que nous savons que c’est dans les moments de souffrance que les gens réfléchissent, ont besoin des autres, veulent aller de l’avant.

Parfois ils ont des choix cruciaux à faire.

Et l’aumônier des hôpitaux est là pour aider ceux qui sont en grande souffrance ainsi que leurs familles. Je n’ai fait que recenser quelques tâches importantes, il y en beaucoup d’autres.

Le travail dans les petites communautés, les voyages, les visites, les encouragements, les enseignements et surtout, surtout, surtout, dispenser un enseignement de Torah qui parle à toutes sortes de juifs.

Qui leur donne à penser.

Que ce soit dans un langage simple ou que ce soit dans un langage intellectuel mais une Torah qui élève, qui donne l’amour de l’autre. Une Torah qui n’exclut pas, une Torah qui relie.

Et c’est cette Torah que je continuerai à enseigner chaque jour, chaque semaine et, sans doute après l’épreuve que je traverse, une Torah que je veux enseigner encore beaucoup plus et plus encore l’étudier moi-même chaque jour.

PIERRE GANDUS :

Dernier question : comment avez-vous l’intention de renouer les fils de la confiance qui se sont établis entre vous et la communauté juive ?

Entre vous et les gens qui travaillent avec vous au quotidien ?

GILLES BERNHEIM :

Ce sont en fait deux questions.

D’une part avec la communauté, d’autre part avec ceux qui travaillent avec moi au quotidien, et cela c’est important de le dire.

Pour commencer, ceux qui travaillent avec moi au quotidien peuvent être déçus, peuvent avoir l’impression d’avoir été trompés ou d’avoir été trahis.

Il m’appartient de demander pardon à ceux que j’ai pu décevoir, de leur dire et qu’ils puissent l’entendre. C’est comme demander pardon à ses proches.

Parce que les proches souffrent dans cette épreuve. Les proches, ce sont les amis, la famille, et la famille représente, pardonnez-moi l’expression, la partie la plus intime.

Et puis vis à vis de la communauté, c’est un problème d’images.

Elle est à restaurer, à reconstruire.

Ceci étant, dans l’activité rabbinique qui est la mienne depuis près de quatre ans et demi, je n’ai pas commis de fautes et l’histoire de l’agrégation, l’histoire des emprunts ou des plagiats, ce sont des faits importants, moralement graves, mais je n’ai pas commis de fautes dans l’exercice de ma fonction, dans l’attachement aux causes qui sont les miennes.

Dans l’accomplissement des nombreuses obligations qui me sont conférées et cela m’aidera à retisser, à reconstruire une image de confiance, je l’espère, si D-ieu le veut, avec l’aide du Tout Puissant.

PIERRE GANDUS :

Gilles Bernheim, merci pour ce moment de franchise et de vérité sur Radio Shalom. C’est la fin de cette émission.

Bonne soirée.

Interview réalisée par Pierre Gandus

German Fascination With Degrees Claims Latest Victim: Education Minister

Nicholas Kulish and Chris Cottrel

The New York Times

February 9, 2013

BERLIN — For 32 years, the German education minister’s 351-page dissertation sat on a shelf at Heinrich Heine University in Düsseldorf gathering dust while its author pursued a successful political career that carried her to the highest circles of the German government.

The academic work was a time bomb, however, and it exploded last year when an anonymous blogger published a catalog of passages suspected of having been lifted from other publications without proper attribution.

The university revoked the doctorate of the minister, Prof. Dr. Annette Schavan, on Tuesday (she retains the title pending appeal), and on Saturday she was forced to resign her cabinet post. It was the second time a minister had resigned from the government of Chancellor Angela Merkel over plagiarism in less than two years.

In an emotional news conference, Dr. Schavan said that she would sue to win back the doctorate, but in the meantime she would resign for the greater good. “First the country, then the party and then yourself,” she said.

Standing beside her, Dr. Merkel, who herself has a doctorate from the University of Leipzig, said that she accepted Dr. Schavan’s resignation “only with a very heavy heart,” but that politically there was no alternative.

Coming after Karl-Theodor zu Guttenberg was forced to step down as defense minister over plagiarism charges in 2011, Dr. Schavan’s déjà-vu scandal can only hurt Dr. Merkel ahead of September’s parliamentary election. But the two ministers are far from the only German officials to have recently had their postgraduate degrees revoked amid accusations of academic dishonesty, prompting national soul-searching about what the cases reveal about the German character.

Germans place a greater premium on doctorates than Americans do as marks of distinction and erudition. According to the Web site Research in Germany, about 25,000 Germans earn doctorates each year, the most in Europe and about twice the per capita rate of the United States.

Many Germans believe the scandals are rooted in their abiding respect, and even lust, for academic accolades, including the use of Prof. before Dr. and occasionally Dr. Dr. for those with two doctoral degrees. Prof. Dr. Volker Rieble, a law professor at Ludwig Maximilian University of Munich, calls this obsession “title arousal.”

“In other countries people aren’t as vain about their titles,” he said. “With this obsession for titles, of course, comes title envy.”

A surprising number of doctors of nonmedical subjects like literature and sociology put “Dr.” on their mailboxes and telephone-directory listings. The Web site of the German Parliament, the Bundestag, shows that 125 of 622 people elected to the current Parliament (including Dr. Schavan and Mr. Guttenberg) had doctorates when sworn in.

Dr. Merkel appointed Prof. Dr. Johanna Wanka, the state minister of science and culture in Lower Saxony, to take over Dr. Schavan’s position. Prof. Dr. Wanka got her doctorate in 1980, the same year as Dr. Schavan.

The finance minister, Wolfgang Schäuble, is a doctor of law. The vice chancellor, Philipp Rösler, is an ophthalmologist and thus the only one most Americans would call “doctor.”

For the plagiarism scalp hunters, the abundance of titles provides what in military circles is known as a target-rich environment, and digging up academic deception by politicians has become an unlikely political blood sport.

There is even a collaborative, wiki-style platform where people can anonymously inspect academic texts, known as VroniPlag.

Here in the homeland of schadenfreude, the zeal for unmasking academic frauds also reflects certain Teutonic traits, including a rigid adherence to principle and a know-it-all streak. “I just think that many Germans have a police gene in their genetic makeup,” Dr. Rieble said.

The University of Heidelberg revoked the doctorate of Silvana Koch-Mehrin, former vice president of the European Parliament and a leading member of Germany’s Free Democratic Party, in 2011, and she is still fighting the charges in court.

Another German member of the European Parliament, Jorgo Chatzimarkakis, saw his doctorate of philosophy revoked by the University of Bonn in 2011 after the VroniPlag Web site uncovered a number of dubious passages. Florian Graf, head of the Christian Democrats’ delegation in the Berlin city legislature, lost his Ph.D. last year after admitting to copying from other scholars’ works without properly crediting them.

In many countries, busy professionals with little interest in tenure-track positions at universities do not tend to bother writing dissertations. In Germany, academic titles provide an ego boost that lures even businesspeople to pursue them.

Prof. Dr. Debora Weber-Wulff, a plagiarism expert at the University of Applied Sciences in Berlin and an active participant in VroniPlag, suggested getting rid of superfluous doctoral titles outside of academia. “A doctor only has meaning at a university or in academia,” she told German television. “It has no business on political placards.”

But she is originally from Pennsylvania. Here the attitudes are deeply ingrained, and few think habits will change anytime soon. “It is a proof that you can handle academic stuff and that you can keep on task for quite a while,” Dr. Peter Richter, a correspondent in New York for the newspaper Süddeutsche Zeitung, said in an e-mail.

It can be a shock to Americans unfamiliar with the practice, as Dr. Richter has experienced in New York. “Here people instantly think that I’m a medicine man when they read my name,” he said.

Even within Germany the practice differs by region, he said, with those in the conservative south insisting on titles more than those in northern cities like Hamburg. There are other divides, with many members of the counterculture generation of 1968 rejecting titles, though many have come to enjoy them as they have grown older.

Dr. Schavan, 57, whose parliamentary district is in the southwestern state of Baden-Württemberg, was granted her doctorate in 1980; her dissertation was titled “Person and Conscience.” Despite that title, she was not shy about chastising Mr. Guttenberg, once an up-and-coming star from neighboring Bavaria, when his plagiarism scandal struck in 2011. One of her fellow cabinet member’s most prominent and outspoken critics, she told Süddeutsche Zeitung that she was “ashamed, and not just secretly,” about the charges against him.

The accusations against Dr. Schavan surfaced the following year on a bare-bones, anonymous Web site. The accusations were particularly significant for Dr. Schavan because she led the federal Ministry of Education and Research.

When Dr. Schavan’s doctorate was revoked, Dr. Merkel said through a spokesman that she had “complete trust” in her. While that may have sounded like a show of support, it was also exactly the same phrase she used for Mr. Guttenberg, right before he had to resign for plagiarizing passages of his dissertation.

Unlike Mr. Guttenberg, Dr. Schavan was widely known to be a friend and a confidante of Dr. Merkel’s, but few here expected that to save her job. The two women met privately on Friday evening to discuss the matter, announced at the chancellery building on a snowy Saturday afternoon. Dr. Merkel was unstinting in her praise for the departing minister but ultimately chose politics over personal ties.

“A health minister doesn’t need to be a medical doctor, but if he is one, then he can’t have committed malpractice,” Dr. Rieble said. “An education minister doesn’t need to have a Ph.D., but if he does, then his dissertation cannot be plagiarized.”

Victor Homola contributed reporting.

Voir par ailleurs:

The cheating epidemic at Britain’s universities

A cheating epidemic is sweeping universities with thousands of students caught plagiarising, trying to bribe lecturers and buying essays from the internet.

David Barrett

The Daily Telegraph

05 Mar 2011

A survey of more than 80 universities has revealed that academic misconduct is soaring at institutions across the country.

See the full list of cheating incidents at British universities

More than 17,000 incidents of cheating were recorded by universities in the 2009-10 academic year – up at least 50 per cent in four years.

But the true figure will be far higher because many were only able to provide details of the most serious cases and let lecturers deal with less serious offences.

Only a handful of students were expelled for their misdemeanours among those universities which disclosed how cheats were punished.

Most of the incidents were plagiarism in essays and other coursework, but others examples include:

* Three cases categorised as "impersonation" by Derby University and three at Coventry, along with 10 "uses of unauthorised technology"

* Kent University reported at least one case where a student attempted to "influence a teacher or examiner improperly".

* At the University of East Anglia students submitted pieces of work which contained identical errors, while others completed reports which were "almost identical to that of another student", a spokesman said, while one was caught copying sections from the Wikipedia website.

* A student sitting an exam at the University of the West of Scotland was caught with notes stored in an MP3 player.

* A Bradford University undergraduate completed work at home, smuggled it into an examination then claimed it had been written during the test.

* The University of Central Lancashire, at Preston, reported students had been caught using a "listening and/or communications device" during examinations.

* Keele undergraduates sitting exams were found to have concealed notes in the lavatory, stored on a mobile telephone and written on tissues while two students were found guilty of "falsifying a mentor’s signature on practice assessment documents to gain academic benefit".

Many institutions reported students buying coursework from internet-based essay-writing companies.

Dozens of websites offering the services are available on the web, providing bespoke essays for fees of £150 and upwards. Some offer "guaranteed first class honours" essays at extra cost and many "guarantee confidentiality and privacy" – hinting that the essays can be used to cheat.

In one website offering "creative, unique, original, credible" essays, a testimonial from a previous customer says: "I am very satisfied with my order because I got the expected result."

There are even sites which offer express services, while many claim the work is written by people with postgraduate qualifications.

Nottingham Trent discovered examples of bespoke essays, and Newcastle reported three cases of essays being purchased from a third party.

Two students bought work at Salford and cases were also reported at East London University, Greenwich and London South Bank, which uncovered three incidents.

Professor Geoffrey Alderman, from the University of Buckingham, who is a long-standing critic of falling standards in higher education, said: "I think it is a pretty depressing picture.

"It is worrying that students now resort to cheating on such a widespread scale and that the punishments on the whole are not robust enough.

"In my book it should be ‘two strikes and you’re out’.

"Although universities are perhaps better than they were at detecting certain types of cheating, such as plagiarism, when I talk to colleagues across the sector there is a view that cheating has increased."

Professor Alderman said the style of teaching and assessment now used at some institutions was partly to blame for the rise in academic dishonesty.

"There has been a move away from unseen written examinations and most university degree courses are now assessed through term papers, which makes it more tempting to commit plagiarism," he said.

"I advocate a return to the situation where it is impossible to pass a degree unit without achieving a minimum score in an unseen written test."

The survey exposed for the first time a huge leap in the number of incidents compared with just four years earlier, with a 53 per cent jump from 9,100 to 14,200 among the 70 institutions able to provide comparable data.

Cheating was reported widely among undergraduates but there were also significant numbers reported among postgraduates. For example, Loughborough reported 151 incidents last year of which 43 were committed by postgraduates.

Greenwich University had the largest number of incidents overall, with 916, compared with 540 in 2005-06, but this may indicate the south-east London institution is more successful at detecting cheating than other universities.

Sheffield Hallam had the second largest number with 801 last year, more than 500 of which were for plagiarism.

The institution had 35,400 students which means 2.3 per cent were caught cheating.

East London University said that among its 733 cases of cheating last year there were 612 of plagiarism, 50 of collusion, 49 of "importation" and three where students had bought work.

One student at Kingston falsified paperwork supporting their application for "mitigating circumstances", in a bid to win higher marks, and at the same institution 14 students were caught out when their mobile rang in the examination hall.

At Leicester, an undergraduate forged a medical certificate before taking an exam.

In 2005-06, Liverpool recorded two cases where a student was impersonating another examination candidate, and one candidate at London South Bank took an "annotated calculator" into the examination hall.

Few cheating students saw their academic careers brought to an end. Durham expelled four students last year for smuggling unauthorised material into exams or plagiarism, and one was expelled in 2005-06.

Goldsmith’s dismissed four students last year – undergraduates in history, politics, psychology and sociology.

Oxford reported 12 cases of academic misconduct, including plagiarism, last year and in two cases students were expelled, while others were marked down.

The university fined one student £100 for taking revision notes into an examination and imposed other fines for talking in an exam and taking mobile telephones into the examination hall.

Bournemouth University proved 53 cases of cheating last year but none of the students was expelled. Instead, most were marked down to nil marks for that piece of coursework or exam.

From Cardiff’s 301 cases of cheating last year, none was expelled but in one case a recommendation was made that the vice-chancellor should disqualify the student from further exams. The remainder of the offenders were reprimanded, marked down or sent on a "study skills" course.

Queen Mary reported one expulsion – for an exam offence and ghostwriting – last year out of 74 cases of cheating.

Voir enfin:

Comment devenir docteur en sociologie sans posséder le métier de sociologue ?1

Bernard Lahire

Revue européenne des sciences sociales

2002

Abstract

Peut-on devenir docteur en sociologie sans avoir acquis les compétences constitutives du métier de sociologue ? Une telle interrogation peut paraître provocatrice. Or, l’examen rigoureux et détaillé d’une thèse soutenue le 7 avril 2001 à l’université de Paris V, sous la direction de Michel Maffesoli (G. Elizabeth Hanselmann-Teissier, Situation épistémologique de l’astrologie à travers l’ambivalence fascination/rejet dans les sociétés postmoderne), conduit malheureusement à émettre une réponse positive à une question apparemment saugrenue. L’objectif premier de cet article est d’apporter les multiples preuves de l’absence de sociologie (de point de vue sociologique, de problématique, de rigueur conceptuelle, de dispositif de recherche débouchant sur la production de données empiriques…) dans la thèse en question. Mais le jugement sur ce cas précis fait apparaître, en conclusion, l’urgence qu’il y a à engager une réflexion collective sur les conditions d’entrée dans le métier de sociologue.

1Le samedi 7 avril 2001, Madame G. Elizabeth Hanselmann-Teissier (connue publiquement sous le nom d’Elizabeth Teissier) soutenait une thèse de sociologie (intitulée Situation épistémologique de l’astrologie à travers l’ambivalence ­fascination/rejet dans les sociétés postmodernes) à l’Université Paris V, sous la direction de Michel Maffesoli2. Les membres présents de son jury – il s’agissait, outre son directeur de thèse, de Serge Moscovici3, Françoise Bonardel4 et Patrick Tacussel5 (Gilbert Durand6 s’étant excusé de ne pouvoir être présent et Patrick Watier7 n’ayant pu se rendre à la soutenance en raison de grèves de train) – lui ont accordé la mention « Très honorable ». Cette mention est la plus haute qu’un candidat puisse recevoir et le fait qu’elle ne soit pas assortie des félicitations du jury n’ôte rien à l’appréciation très positive qu’elle manifeste (de nombreux universitaires rigoureux ne délivrant la mention « très honorable avec les félicitations » que dans les cas de thèses particulièrement remarquables). Deux professeurs avaient préalablement donné un avis favorable à la soutenance de cette thèse sur la base d’une lecture du document : Patrick Tacussel et Patrick Watier. Formellement, Madame Elizabeth Teissier est donc aujourd’hui docteur en sociologie de l’université de Paris V et peut – entre autres choses – prétendre, à ce titre, enseigner comme chargée de cours dans les universités, solliciter sa qualification afin de se présenter à des postes de maître de conférences ou déposer un dossier de candidature à un poste de chargée de recherche au CNRS.

8 Un tel travail de lecture demande beaucoup de temps et porte plus que l’ombre du doute sur les lec (…)

2Une lecture rigoureuse et précise de la thèse dans son entier (qui fait environ 900 pages8 si l’on inclut l’annexe intitulée « Quelques preuves irréfutables en faveur de l’influence planétaire », p. XII-XL) conduit à un jugement assez simple : la thèse d’E. Teissier n’est, à aucun moment ni en aucune manière, une thèse de sociologie. Il n’est pas même question d’un degré moindre de qualité (une « mauvaise » thèse de sociologie ou une thèse « moyenne »), mais d’une totale absence de point de vue sociologique, ainsi que d’hypothèses, de méthodes et de « données empiriques » de nature sociologique.

3Ce sont les différents éléments qui nous conduisent à ce jugement que nous voudrions expliciter au cours de cet article en faisant apparaître que la thèse 1) ne fait que développer un point de vue d’astrologue et 2) est dépourvue de tout ce qui caractérise un travail scientifique de nature sociologique (problématique, rigueur conceptuelle, dispositif de recherche débouchant sur la production de données empiriques…). Enfin, nous conclurons sur le fait que, s’il vaut la peine de faire l’analyse critique de cette thèse, c’est parce que celle-ci n’a rien d’anodin ou d’anecdotique et qu’elle remet gravement en cause la crédibilité scientifique de la sociologie et de tous les sociologues qui font leur métier et forment les étudiants avec toute la rigueur requise : si c’est bien la personnalité d’une astrologue connue des médias qui a été à l’origine de l’intérêt public porté à la soutenance, un tel événement pose au fond la question plus générale du fonctionnement collectif de notre discipline.

Un point de vue d’astrologue

9 C’est pour cela que nous ne pouvons pas suivre Jean Copans (« La sociologie, astrologie des scienc (…)

4Que l’astrologie (l’existence bien réelle d’astrologues), les modes d’usage et les usagers (à faible ou forte croyance) de l’astrologie constituent des faits sociaux sociologiquement étudiables, que l’on puisse rationnellement (et notamment sociologiquement ou ethnologiquement, mais aussi du point de vue d’une histoire des savoirs) étudier des faits scientifiquement perçus comme irrationnels, qu’aucun sociologue n’ait à décider du degré de dignité des objets sociologiquement étudiables (en ce sens l’astrologie comme fait social est tout aussi légitimement étudiable que les pratiques sportives, le système scolaire ou l’usage du portable), qu’un étudiant ou une étudiante en sociologie puisse prendre pour objet d’étude une réalité par rapport à laquelle il a été ou demeure impliqué (travailleur social menant une recherche sur le travail social, instituteur faisant une thèse de sociologie de l’éducation, sportif ou ancien sportif pratiquant la sociologie du sport…), ne fait à nos yeux aucun doute et si les critiques adressées à Michel Maffesoli et aux membres du jury étaient de cette nature, nul doute que nous nous rangerions sans difficulté aux côtés de ceux-ci. Tout est étudiable sociologiquement, aucun objet n’est a priori plus digne d’intérêt qu’un autre, aucun moralisme ni aucune hiérarchie ne doit s’imposer en matière de choix des objets9, seule la manière de les traiter doit compter.

10 Tout ce que nous mettons entre guillemets dans ce texte sont des extraits de la thèse. Les italiqu (…)

5Mais de quelle manière E. Teissier nous parle-t-elle d’astrologie tout au long de ses 900 pages ? Qu’est-ce qui oriente et structure son propos ? La réponse est assez simple, car il n’y a aucune ambiguïté possible sur ce point : le texte d’E. Teissier manifeste un point de vue d’astrologue qui défend sa « science des astres » du début jusqu’à la fin de son texte, sans repos. Et pour ne pas donner au lecteur le sentiment d’un parti-pris déformant, nous multiplierons les extraits tirés du texte de la thèse en indiquant entre parenthèses la référence des pages (afin de donner la possibilité de retourner aisément au texte)10.

Des commentaires astrologiques

6La première caractéristique notable de cette thèse est l’absence de distance vis-à-vis de l’astrologie. On y découvre de nombreux commentaires astrologiques sur des personnes, des événements, des époques. Par exemple, sous le titre « Application de la méthode astrologique : l’analyse du ciel natal d’André ­Malraux », les pages 120 à 131 de la thèse relèvent clairement d’une « analyse astrologique » de la destinée de l’écrivain et ancien ministre (« plutonien grand teint »). M. Weber est qualifié de « taureau pragmatique » (p. 38) et l’on « apprend » diversement que G. Simmel est « Poisson », que W. Dilthey est « Scorpion », que le psychologue C. G. Jung est « Lion » (p. 250), que l’ancien PDG d’Antenne 2, Marcel Jullian, est « Verseau », etc. À chaque fois l’auteur, nous gratifie d’une analyse mettant en correspondance le « ciel natal » de la personnalité et sa pensée :

« Par ailleurs, nous découvrîmes que, par exemple, les systèmes philosophiques et religieux étaient en correspondance avec leurs auteurs via leurs personnalités. [...] Autrement dit, qu’ils étaient hautement relatifs et ne pouvaient être qu’à l’image de leurs concepteurs, résultante d’un regard unique, celui de leur ciel natal. » (p. XI)

« L’astrologue n’est pas étonné de constater une amusante convergence entre ce côté ‘flottant’, mouvant, quelque peu imprécis ou fantasque et les Poissons, signe astrologique de Simmel; le signe par excellence, avec le cancer (autre signe d’eau) [...] de la mobilité adaptable, de la rêverie, du sens de l’illimité et du cosmique, d’une intuition fine et sensorielle. Signe double de surcroît, reflétant la dualité fondamentale de la philosophie simmelienne [...]. C’est à ses planètes en Verseau que Simmel doit son goût pour l’altérité, la communication, mais aussi son originalité, son amour du paradoxe et sa nature imprévisible. » (note 47, p. 34)

« Petit clin d’œil de l’astrologue : Dilthey, créateur d’une nouvelle théorie de la connaissance fondée sur la compréhension, né le 19 novembre 1833, était Scorpion et théologien de formation… » (note 91, p. 61)

« après avoir démontré par un exemple concret (l’analyse du ciel natal d’André Malraux) l’application pratique, venons-en à son histoire » (p. 132)

« Puisqu’il s’agit ici de rendre également compte d’une expérience personnelle… en effet, c’est à l’âge de 14 ans et demi (à la mi-temps du cycle de Saturne, planète de la réalisation de soi, surtout pour le Saturnien qu’est le Capricorne) qu’est né notre éveil pour l’astrologie. » (p. 288)

« Elle [l’astrologie] participe de cette mutation culturelle, scientifique, philosophique et morale de notre époque [...] au même titre que l’idée de solidarité et de fraternité libertaire incluses dans le symbolisme du Verseau. » (p. 509)

7E. Teissier est d’ailleurs très claire quant à la primauté de l’explication astrologique sur tout autre point de vue (dont le point de vue sociologique qu’elle est censée mettre en œuvre dans le cadre d’une thèse de sociologie) pour comprendre les faits sociaux. Critiquant une citation de Serge Moscovici qui évoque les causes sociales des crises, elle écrit : « il nous semble qu’il occulte en l’occurrence la dimension cosmique desdits phénomènes; une dimension qui, selon le paradigme astrologique – et notre conviction – vient coiffer le social. En effet, le social est loin d’expliquer toutes les ‘crises… qui se produisent dans la société’. À preuve les actions totalement illogiques, non linéaires, non-logiques et inexplicables autrement que par le paramètre astral qui joue alors le rôle de paramètre éclairant et englobant coiffant le non-logique apparent. » (p. 525). C’est l’astrologie qui explique les faits psychologiques, sociaux et historiques :

[Dans le cadre d’une partie intitulée « La cyclicité planétaire », p. 265-271] « Mais il va de soi que ce sont les mêmes astres avec leurs harmonies et leurs dissonances qui jouent sur les destins individuels. » (p. 268); « Jusqu’au jour où nous réalisons que le 2 décembre correspond à une position de Soleil de 9-10° en Sagittaire, qui se trouvait très impliquée dans le thème de Napoléon Bonaparte » (p. 269); « Le mystère s’éclaircit dès lors que l’on a recours au sésame astrologique : hasard exclu ! »; « Quant aux songes répétitifs, ils s’expliquent par l’angle que fait Neptune (rêves) avec ce même point en Scorpion (10 novembre). CQFD » (p. 270)

« Cette lettre et notre réponse, reproduites in extenso [...] sont aussi un exemple significatif du désarroi psychologique dans lequel peuvent nous plonger certaines dissonances planétaires » (p. 321)

« C’est ainsi que nous avons été en mesure de prévoir, entre autres, le krach boursier du 19 octobre 1987, ainsi que de nombreuses turbulences boursières exceptionnelles, souvent assimilées à des mini-krachs… » (p. 432)

« Signalons que, pour l’astrologue, cette période de convulsions sociologiques et philosophiques ne s’inscrit pas dans le hasard, mais se trouve reflétée par les grands cycles cosmiques. » (p. 830)

8Et c’est E. Teissier qui conclut elle-même son premier tome par un lapsus (sociologiquement compréhensible) ou un aveu, comme on voudra, consistant à parler de sa réflexion comme relevant d’un travail d’astrologue et non de sociologue : « Le travail de l’astrologue sera maintenant d’interpréter ces données, de tenter aussi de les expliquer. Et ce, ainsi que nous sommes convenus depuis notre étude, à travers l’outil de la compréhension. Rappelons-nous en quels termes Weber définit la sociologie dans Wirtschaft und Gesellschaft… » (p. 463)

9L’astrologie est à ce point structurante du propos que, bien souvent, la manière dont E. Teissier conçoit son rapport à la sociologie consiste à puiser dans les textes de sociologues des éléments qui lui « font penser » à ce que dit ou fait l’astrologie. Dans la sociologie, une astrologie sommeille :

[À propos de la notion astrologique d’interdépendance universelle] « Une notion qui, en sociologie, peut être rapprochée du Zusammenhang des Lebens (liaison du vécu au quotidien) de Dilthey, d’une cohérence de la vie où chaque élément est pris en compte et complète le donné social » (p. XIV)

« À noter que la typologie zodiacale rappelle la théorie wébérienne de l’idéal-type, dans la mesure où chaque signe correspond au prototype purement théorique d’une personnalité, en liaison avec le symbolisme du signe. » (p. 248)

« Plus concrètement, cette empathie, pierre angulaire de la consultation, oblige l’astrologue à se mettre à la place de son consultant, d’entrer en quelque sorte dans sa peau afin de comprendre son fonctionnement psychologique. On peut en l’occurrence transposer ici la parole de Weber, afférente à la démarche cognitive de l’observateur en sociologie. [...] En réalité, cette sympathie, cette empathie par rapport à l’expérience d’autrui, une des clefs de la sociologie compréhensive, est aussi le sésame de tout praticien, dont l’objet est la psyché humaine. L’idéal-type de l’astrologue devra, même si c’est difficile, satisfaire à ces conditions opérationnelles de la consultation en engageant la totalité de son être. » (p. 390)

Point de vue normatif et envolées prophétiques

11 M. Maffesoli, « Éloge de la connaissance ordinaire », Le Monde daté du 24 avril 2001.

10Le point de vue sociologique n’est pas un point de vue normatif porté sur le monde. Le sociologue n’a pas, dans son étude des faits sociaux, à dire le bien et le mal, à prendre partie ou à rejeter, à aimer ou à ne pas aimer, à faire l’éloge11 ou à condamner. En l’occurrence, une sociologie de tel ou tel aspect du « fait astrologique » ne doit en aucun cas se prononcer en faveur ou en défaveur de l’astrologie, dire si c’est une bonne ou une mauvaise chose. Or, Elizabeth Teissier demeure en permanence dans l’évaluation normative des situations, des personnes et des points de vue, prouvant qu’elle écrit en tant qu’astrologue et non en tant que sociologue des pratiques astrologiques. Ce jugement normatif se manifeste, comme nous le verrons tout au long de ce rapport de lecture, à différents niveaux :

12 Nous ne vérifierons pas ici la véracité des sentiments positifs à l’égard de l’astrologie que l’au (…)

1) Dans l’évaluation positive (défense) de l’astrologie. De ce point de vue, tous les moyens sont bons pour prouver l’intérêt de l’astrologie. E. Teissier se sert de façon générale de la légitimité des « grands » qui auraient accordé de l’intérêt pour l’astrologie12, quelle que soit la nature de leur « grandeur » (elle peut ainsi tout aussi bien citer Balzac, Goethe, Fellini, Thomas d’Aquin, Bacon, Newton, Kepler, Einstein, Jung, Laborit, le roi Juan Carlos d’Espagne ou l’ancien Président François Mitterrand) : politique, cinématographique, philosophique, littéraire et, bien sûr, scientifique.

2) Dans l’évaluation négative de la partie des astrologues jugés peu sérieux, mais aussi de la voyance et autres pratiques magiques. Si E. Teissier ne se prive pas d’être dans le jugement positif à l’égard de l’astrologie qu’elle qualifie de « sérieuse », elle n’hésite pas à porter un regard négatif sur les autres pratiques. En portant de telles appréciations, elle se comporte alors en astrologue en lutte pour le monopole de la définition de l’astrologie légitime, et nullement en sociologue :

« Qu’il s’agisse de la presse écrite, de la télévision, du minitel ou d’internet, les horoscopes foisonnent, noyés dans un contexte qui, la plupart du temps, n’est qu’une grossière caricature d’ésotérisme – voyance, cartomancie, tarots, numérologie et autres retours d’affection appartenant à l’univers magico-mystificateur de pratiques paranormales » (p. 4)

[Fustigeant ses confrères sur minitel] « rares sont les programmes vraiment sérieux – on peut les estimer à un nombre situé entre 50 et 100 – qui pratiquent une astrologie digne de ce nom. Les autres ? Des avatars plus ou moins ludiques, des cocktails habiles et mystificateurs qui usurpent le nom astrologie, leurs concepteurs nourrissant l’espoir que cela leur donnera une coloration peu ou prou scientifique » (p. 74)

« séparer le bon grain (les astrologues compétents) de l’ivraie (les exploiteurs opportunistes d’une crédulité générale latente) » (p. 294).

Critique de la « fast-astrology » d’une « pauvreté parfois consternante » (p. 305).

[Les rédacteurs en chef de magazines ou journaux acceptent de publier] « des prévisions bateau minimalistes et d’un niveau intellectuel souvent consternant » (p. 556)

3) Dans l’évaluation négative des scientifiques (astronomes notamment, mais pas seulement) qui ne veulent pas reconnaître la légitimité de la « science des astres » (cf. infra « L’astrologie victime d’un consensus socioculturel et de la domination de la ‘science officielle’ »).

4) Dans l’évaluation négative de nombres de journalistes ou de médias qui se moquent des astrologues et de l’astrologie (cf. infra « Les ‘données’ : anecdotes de la vie personnelle, médiatique et mondaine d’E. Teissier »).

13 Elle peut soutenir à d’autres moments que la vérité sort de la bouche du peuple, parce que – mythe (…)

5) Dans l’évaluation négative d’une partie du public usager des prédictions astrologiques. E. Teissier manifeste un souverain mépris, parfois teinté d’ironie ou d’une extrême condescendance, vis-à-vis d’une partie de son propre public13 :

[Dans les « appels à l’aide » du courrier, des lecteurs lancent de] « véritables cris d’alarme ou de désarroi jetés par des déprimés las de vivre et de se battre contre l’adversité » et certains « se lancent alors dans un historique englobant toute leur misérable existence et nous gratifient d’une épître interminable couvrant parfois une vingtaine de pages d’une petite écriture serrée et frileuse. » (p. 312)

[À propos d’une lectrice qui lui demande si elle croit aux envoûtements car elle pense que ses voisins marocains l’ont envoûtée et qui lui demande si elle connaît des « sorciers sérieux » qui pourraient l’aider] « Manifestement cette lectrice était affligée d’une confusion intellectuelle – sinon mentale – évidente. Car [...] elle assimilait la pratique astrologique à la magie et à la sorcellerie, auxquelles l’astrologie est totalement étrangère [...] » (p. 372)

[À propos d’un allemand qui lui envoie du courrier depuis 1981, « deux à trois lettres par semaine, parfois des petits paquets contenant des bibelots kitsch »] « Il a ainsi dépensé une véritable fortune en timbres depuis presque vingt ans qu’il s’adonne à cette déviance unilatérale, à ce monologue pervers. » (p. 377)

« Les couches les moins cultivées de la société, ouvriers et agriculteurs, sont peut-être les plus vulnérables à cette fascination globale et non discriminatoire. [...] pour peu qu’une idée soit séduisante et si possible étrange, les gens gobent sans discrimination ce qu’on leur sert, tant est profond le goût du merveilleux et mystérieux le besoin de renouer le dialogue avec l’ordre primordial, avec le cosmos. » (p. 470-471)

À propos de T. W. Adorno qui, dans un ouvrage critique sur l’astrologie, dit que celle-ci participe de l’acceptation par les dominés de l’ordre établi, E. Teissier écrit : « En l’occurrence, à quoi servirait de faire sentir à ces petites gens leur dépendance, de les appeler à la révolte ? Peut-être à les rendre plus malheureux encore qu’ils ne sont ? » (p. 582); et elle rajoute une page plus loin, sans s’apercevoir qu’elle semble parler d’elle-même : « Bref, le mépris et l’arrogance percent sans arrêt à travers ces textes, de même qu’un esprit dénué totalement de sérénité et d’objectivité. » (p. 583)

11Mais de même qu’il ne doit être ni dans l’éloge ni dans la détestation, le sociologue n’étudie que ce qui est et non ce qui sera. Or, E. Teissier annonce l’avenir à de nombreuses reprises, prophétisant ce qu’elle désire ou, comme on dit plus ordinairement, prenant ses désirs pour des réalités (à venir). Si l’astrologue critique la lecture de l’avenir dans le marc de café, elle n’hésite cependant pas elle-même à prédire l’avenir sur la base de ses simples intuitions personnelles :

« Mais notre regard se portera plus loin et tentera de se projeter sur une vision prospective, essayant de pressentir et de supputer, étant donné le contexte sociétal d’aujourd’hui, la probable évolution du phénomène bifide qui nous occupe : y aura-t-il fusion, intégration harmonieuse de cette conjonctionis oppositurum, dans une sorte de synthèse féconde, et alors quelle forme pourrait prendre cette dernière ? [...] En d’autres termes, dans quel sens ira, selon toute vraisemblance, cette mouvance sociale ? » (p. 9)

« Nous oserons même tenter une incursion imaginaire dans l’avenir, à la recherche, en quelque sorte, du temps futur et de l’évolution probable du phénomène socio-astrologique » (p. 69)

« Car la raison sèche, la raison ratiocinante a fait son temps. Voici venir l’âge d’une raison ouverte, d’une ‘raison plurielle’, réconciliée avec la passion et le vital en l’homme, sa libido – ou pulsion vitale – véhiculant à la fois sa sensibilité et son feu intérieur. » (p. 834)

« Mais les nouvelles énergies sont en marche, comme l’annonce Abellio, ‘l’incendie de la nouvelle science fera irruption dans le monde’ » (p. 850)

L’astrologie est une science, voire la plus grande des sciences

14 « [...] je n’ai lu nulle part dans sa thèse que l’astrologie était scientifique », A. Touraine, « (…)

15 Elle écrit par ailleurs : « D’autre part, la télépathie ne s’est elle pas imposée comme discipline (…)

12Contrairement à certains lecteurs pressés, et empressés de communiquer à la presse le résultat de leur précipitation, qui soutiennent que E. Teissier n’a jamais défendu l’idée que l’astrologie était une science14, une lecture exhaustive de la thèse fait apparaître très exactement le contraire. L’auteur parle diversement de la « science des astres » (à de très nombreuses reprises tout au long de la thèse) ou de « la science empirique des astres » (p. 258), de « la science par excellence de la caractérologie » (p. XI), de « la science par excellence de la personnalité » (p. 92 ou 815), de la « science de la qualité du temps » (p. 112), d’une « science empirique par définition » (p. 769) ou de « la reine des sciences » (p. 72)15. Parfois l’astrologie est considérée comme une science sociale parmi d’autres, parfois comme une « science de l’esprit » opposée aux « sciences de la nature » ou une « science humaine » (p. 98) opposée à l’astronomie comme « science de l’observation ».

« à défaut de pouvoir être classé dans les sciences exactes, s’agit-il d’un savoir à connotation scientifique – fût-ce par le biais des sciences humaines ? [...] Pour une large part, celle-ci, en tant que science empirique, est de l’ordre du vérifiable et échappe ipso facto à la notion de ‘croyance’. Car l’astrologie, en tant que système culturel cohérent, a pour ambition de déchiffrer le réel à l’aide d’un référentiel universel et permanent – l’alphabet céleste du système solaire – référentiel invariable et donc prévisible dans sa rigueur mathématico-astronomique » (p. 24-25)

« En effet, l’astrologie étant, au même titre que la psychologie, la sociologie ou la religion, une science de l’esprit [...] par opposition à une science de la nature (bien qu’elle englobe celle-ci dans son objet), il n’est pas question ici de faire appel à un positivisme rationaliste expérimental qui ne relèverait que du quantitatif » (p. 27)

« la problématique épistémologique soulevée par la nature des sciences sociales en général et par l’astrologie en particulier » (p. 48)

« Selon nous, on l’aura compris, l’astrologie est un système cohérent, mathématiquement rationnel (supra-rationnel, selon Fischler) et vérifiable d’un astrologue à l’autre, ayant pour soubassement les données astronomiques fournies par les observatoires, à l’encontre de pratiques occultes et plus ou moins gratuites. » (p. 579)

13Mais on trouve aussi, toujours dans l’ordre de la référence scientifique, des revendications de plus grande dignité et de supériorité. Non seulement l’astrologie est une science, mais c’est la plus haute des sciences :

« On peut dire en somme que sans être classable dans l’une ou l’autre de ces catégories de la connaissance, l’astrologie est une émanation partielle de chacune de ces disciplines qu’elle englobe en un système ambitieux. » (p. 22)

« Elle apparaît de ce fait comme peut-être la seule science objective de la subjectivité, avec ce qu’elle peut contenir d’hénaurme, au sens ubuesque du mot, et de dérangeant. » (p. 250)

« L’astrologie est la mathématique du tout(dans la Rome antique, les astrologues étaient d’ailleurs appelés les mathematici). Elle est holistiquement logique, au contraire d’une logique fragmentaire, linéairement rationnelle. » (p. 501)

« Que connaissaient-ils tous de cette science ? Car à nos yeux, c’en était une, une science humaine bien plus charpentée que beaucoup d’autres, qui étaient respectées, elles. D’où venait que la plus vérifiable était justement la plus tabou, la plus salie, la plus rejetée ? À croire que la vérité était maudite quelque part. » (p. 597-598)

14Il ne faut cependant pas attendre de l’auteur trop de cohérence au sujet de la scientificité de l’astrologie, car elle peut tout aussi bien soutenir à d’autres moments que ce savoir se situe entre le mythe et la science ou qu’il est finalement en lien avec la plupart des sciences humaines et sociales, la philosophie, la poésie, la religion et la mythologie. Cette variété des définitions hétérogènes participe de la volonté de mettre en évidence l’extraordinaire richesse et l’irréductible complexité de l’astrologie :

« S’appuyant sur un langage symbolique en congruence avec tous les niveaux de réalité de L’Etant, et ce aussi bien sur un plan collectif qu’individuel, elle participe avant tout des sciences qui étudient l’homme, comme la philosophie (en particulier la métaphysique, à travers la cosmogonie qu’elle implique), la psychologie, la médecine, la biologie; elle flirte avec la poésie; mais elle est partie prenante également des sciences qui étudient la société humaine et ses produits, comme l’histoire et les sciences politiques (à travers la théorie des cycles), les sciences sociales (à travers les modes, les mouvements collectifs et les mentalités), la prospective (via la prévision qu’elle permet). Et n’oublions pas la religion (en liaison avec son caractère originellement sacré, l’éthique et l’esthétique qu’elle sous-tend), ni, bien entendu la mythologie. » (p. 21).

« Nous verrons que l’astrologie se situe effectivement quelque part entre ces deux univers du mythe immémorial et de la pure scientificité… » (p. 210)

« L’astrologie qui se situe au carrefour de la philosophie métaphysique, de la religion et de la science, qui participe à la fois de l’image et du concept, se place également quelque part entre le sacré et le profane. » (p. 478)

15Ailleurs encore, l’astrologie est présentée comme étant presque à l’avant-garde du « Nouvel esprit scientifique » et participant d’une « épistémologie de la complexité ». Non seulement elle est une science, et l’une des plus grandes d’entre elles, mais en plus elle s’avère plus avancée que toutes les autres :

Le « système astrologique » est « orienté sur la loi hermétique des correspondances, sur l’idée de sympathie universelle, autrement dit sur la notion, essentielle pour le Nouvel Esprit scientifique, d’interdépendance universelle » (p. XIV)

« l’astrologie [...] non seulement ne serait pas en contradiction avec le paradigme du Nouvel esprit scientifique, mais serait au contraire depuis toujours en congruence totale avec ce dernier » (p. 752)

« On peut donc imaginer que la science n’admettra la validité de l’astrologie que lorsqu’elle aura elle-même changé de paradigme en se rangeant du côté du nouvel esprit scientifique et en acceptant de reconnaître la réalité de l’esprit. Car en dernier ressort, la science finira par atteindre ses propres limites en touchant les limites de la matière… » (p. 765)

« cette ‘crise de la science’ aboutit à une nouvelle Weltansschauung qui ne demande qu’à renaître, celle de la complexité (Morin). Tournant paradigmatique, donc, équivalent à un glissement d’une épistémologie vers une ontologie, cette épistémologie étant celle de la complexité (Morin) » (p. 843).

16Mais si l’astrologue est si en avance, c’est – nous explique l’auteur sans rire – qu’à la différence de l’astronome « qui a en général une approche purement physique et mécaniste de sa science » et qui « est hypnotisé par la petitesse des astres, leur éloignement, leur faible masse par rapport au soleil », lui, « en écoute la musique » (p. 98). La tristesse du savoir de celui qui « évalue le poids et la matière du disque, ses dimensions et sa température, suppute sa densité » (p. 98) est grande face à la joie de celui qui sait écouter « la musique des sphères, chère déjà à Plotin, avant qu’elle ne fasse rêver Kepler » (p. 98).

L’astrologie victime d’un consensus socioculturel

et de la domination de la « science officielle »

17Pourquoi, se demande E. Teissier, l’astrologie ne bénéficie-t-elle pas de la légitimité académique (universitaire) et scientifique (au CNRS) ? Sa réponse – formulée à maintes reprises dans le texte – est la suivante : l’astrologie (« la science des astres ») est victime d’un rapport de domination qui est parvenu à instaurer un véritable consensus socioculturel en sa défaveur. La science, souvent rebaptisée « science officielle », « pensée unique » ou « conformiste », opprime l’astrologie et fait croire au plus grand nombre qu’il s’agit d’une « fausse science » en cachant la réalité des choses (« conjuration du silence », p. 816). La « science officielle » est donc considérée comme une idéologie dominante, un « lieu totalitaire », un « impérialisme » ou un « terrorisme » face à cette « contre-culture » astrologique qui est maintenue dans un véritable « ghetto ». Pire encore, la science n’est qu’affaire de « mode » et de « convention » et ne parvient à maintenir sa domination que par un enseignement officiel qui dicte à tous ce qu’il est bon de penser :

« Plus ou moins consciemment, nous étions convaincue, à l’instar de toute personne fermée à l’astrologie a priori et par convention, que l’absence de tout enseignement officiel reléguait la science des astres dans les fausses sciences. » (p. IX)

« Presque aussi ahurissante était l’occultation de ce paramètre philosophique dans notre culture occidentale, le fait qu’à travers toutes nos études – jusqu’à vingt-quatre ans – jamais nous n’avions entendu parler d’astrologie. Mieux : on nous avait soigneusement caché – comme on continue de le faire – que les plus grands esprits – R. Bacon, St Thomas d’Aquin, Newton, Kepler, Balzac, Goethe, Einstein, Jung… avaient soit pratiqué, soit vénéré la science des astres. Pourquoi ce parti pris de mise au ban de la plus pérenne des connaissances humaines ? Nous prîmes alors conscience de la relativité du consensus intellectuel d’une époque, vouée aux modes, muselée par ses courants de pensée; nous nous apercevions que l’enseignement officiel était un colosse aux pieds d’argile » (p. X)

« un pays, une culture sont le reflet de leur enseignement académique qui dicte ce qu’il convient de penser, le bien penser. La doxa (l’opinion), véhiculée en particulier par les médias, tout en ayant la coloration du sens commun, reste néanmoins sous l’influence de la pensée conformiste qui lui sert de référence » (p. XII-XIII)

« cette allergie aux astres qui débouche sur l’ostracisme culturel face à une contre-culture provocatrice » (p. XIII)

« Les résultats de telles recherches pourraient changer l’actuel consensus socioculturel, entraînant un changement dans les mentalités, et ce notamment au sein d’une certaine intelligentsia que J.-M. Domenach appelle les gens du demi-savoir. » (p. XVI)

« croyance illicite, donc persécutée, ses partisans faisant éventuellement office de bouc émissaire. » (p. 24)

« un certain terrorisme desséché de la pensée scientifique officielle » (p. 25)

« du fait de sa ghettoïsation, le milieu astrologique peut s’inscrire parmi les minorités culturelles » (p. 32)

« lobby scientifique face à l’astrologie » (p. 52)

« rationalisme dominant, lequel se trouve également à la source de la suppression de l’enseignement officiel de l’astrologie » (p. 88)

« C’est seulement au XVIIème siècle que ces deux sciences bifurquent. La mode est désormais à l’astronomie, sœur matérialiste de l’astrologie. » (p. 94-95)

« Et, forte du consensus socio-culturel qui la soutient tel un socle confortable, elle [la science] se permet d’opérer des évaluations [...] et des appréciations [...] » (p. 736)

« La science apparaît comme un lieu totalitaire qu’il ne faut pas remettre en question, où la compétition et le mandarinat jouent un rôle essentiel pour nombre de scientifiques. » (p. 737)

18Les « préjugés » et les « clichés » sont ainsi du côté de la « science officielle ». Les rationalistes sont « agressifs », « dogmatiques », « attardés » et sont accusés de manque de curiosité pour ne pas vouloir s’intéresser à l’astrologie et, surtout, pour ne pas lui trouver de l’intérêt : « Aujourd’hui, l’obscurantisme, l’opposition aux Lumières n’est plus du côté que l’on croit. » (p. 816).

« la raison en tant que telle n’a-t-elle pas outrepassé ses prérogatives et trahi sa vocation de sereine souveraineté pour se scléroser, tel un vieillard tyrannique ? » (p. 7)

« dogme implicite et respecté de la pensée dominante d’une société, en l’occurrence de la nôtre » (p. 11)

« rationalistes agressifs et allergiques aux astres » (p. 42)

« C’est un truisme d’affirmer que les décideurs, les hommes d’affaires sont de grands pragmatistes : ils retiennent ce qui marche, et s’encombrent peu, si les faits le commandent, des préjugés inhibants des rationalistes purs et durs. » (p. 430)

« C’est bien là la problématique de l’astrologie face à la condamnation des rationalistes purs et durs : l’inadéquation du système rationaliste. Sous cet aspect, on peut sans doute se ranger du côté d’Abellio qui traitait ces derniers d’attardés. Lorsque les représentants de cette tendance se retrouvent dans les médias, ils se muent en robots de la pensée, en mercenaires du système rationaliste. » (p. 638)

« Comme on l’a vu dans Duel sur la cinq, le scientifique se retranche derrière ses phrases clés, des phrases à consonance magique, aussi paradoxal que cela puisse paraître pour un savant : ‘L’astrologie n’est pas scientifique’… Lorsque cet argument est ainsi récurrent, il fait figure à la fois de défense, d’attaque, de bouclier, à l’instar de l’encre projetée par la seiche. Visiblement on ne veut – on ne peut – accepter l’échange, la discussion, l’argumentation. On fait appel à ce qui ressemble à un véritable credo, celui de la science officielle. Derrière cette attitude on trouve bien évidemment de l’arrogance, du mépris, une condescendance de bon aloi, mais aussi beaucoup de peur; la peur d’être déstabilisé, la peur d’être confronté à un inconnu qu’on ne pourra ni intégrer ni gérer. D’où l’attitude iconoclaste du scientifique positiviste, qui se réfugie dans la déliance (à l’opposé de la reliance), dans un splendide isolement. » (p. 729)

« refus d’expérimenter que l’on constate presque universellement dans le domaine de la science officielle » (p. 756)

L’argument relativiste

19On voit bien qu’invoquant le consensus socio-culturel et la domination, E. Teissier avance les éléments clefs de la position la plus naïvement relativiste. Remplacez les enseignants de physique par des enseignants d’astrologie, appelez l’astrologie la « science des astres » et imposez la à tous ceux qui passent par l’institution scolaire et vous verrez que la théorie de la relativité ne vaut guère mieux que l’analyse astrologique du ciel natal. Tout est affaire de mode et d’imposition purement arbitraire. Tout est relatif.

« Nous ne pouvions accepter – ni même envisager – l’idée qu’une société entière, surtout en notre époque postmoderne – donc, pensions-nous, évoluée – pouvait avoir tort, qu’elle était, elle aussi, comme toutes celles qui ont précédé, essentiellement relative. » (p. IX)

« La valeur d’une discipline n’est-elle pas relative à ceux qui la jugent; or, ceux-ci peuvent-ils juger ex nihilo, dégagés de tout a priori, de toute influence, de toute détermination socioculturelle ? » (p. XVI)

20Il suffirait donc de changer les « critères scientifiques » et de conception de ce que l’on appelle une « preuve » pour faire passer l’astrologie de l’état de connaissance opprimée à l’état de véritable science :

« chaque fois, on voulut faire rentrer l’astrologie dans le moule des critères classiques de scientificité, et celui de Procuste était chaque fois trop petit, on s’en doute. » (p. 743)

« Tout le problème [...] réside dans l’acception qu’on peut donner du mot preuve, car ce que les astrologues allégueront sous ce nom sera dénié par les scientifiques hostiles à l’astrologie. » (p. XIV)

21Par ailleurs, si E. Teissier insiste à de nombreuses reprises sur l’absence d’enseignement de l’astrologie à l’université et sur l’absence de département de recherche astrologique au CNRS, c’est bien pour défendre la thèse de la valeur relative de la science actuelle et de l’enseignement tel qu’il est pratiqué. À partir d’un tel argument, fondé sur l’idée de vérité comme pur effet d’un rapport de force, on pourrait tout aussi bien dire qu’en enseignant officiellement l’« art de lire dans les lignes de la main » et en rebaptisant la chiromancie « science de la prédiction des destins individuels » on pourrait imposer un nouvel état de la pensée scientifique, ni plus ni moins valable que le précédent ou que le suivant :

« Un fait sociologique surtout nous interpellait : le vide pédagogique de l’astrologie dans les institutions officielles en notre époque. L’intelligentsia semble ignorer en général que cette discipline fut en réalité enseignée à la Sorbonne jusqu’en 1666 et en Allemagne jusqu’en 1821. » (p. XII)

« [Nous nous demanderons] quelles pourraient être les chances de réhabilitation officielle de l’astrologie liée à une situation épistémologique évolutive » (p. 69)

« L’absence de recherches officielles – pour lesquelles il faudrait des subventions de l’Etat –, le refus de prendre en considération le paradigme astrologique, ne serait-ce que pour le réfuter, par exemple au moyen d’un département d’études au CNRS, sont là des symptômes évidents de l’attitude volontairement partiale, omniprésente dans la science officielle. » (p. 762)

22E. Teissier émet donc des commentaires astrologiques, se livre à une défense de l’astrologie qui est, pour elle, la « reine des sciences » et adopte sans discontinuité le point de vue normatif de l’astrologue plutôt que le point de vue cognitif du sociologue étudiant l’astrologie. Est-ce que, malgré tout, ce point de vue d’astrologue et ce plaidoyer pour l’astrologie s’accompagnent d’une réflexion et d’un travail de recherche sociologiques ? L’objet de notre deuxième partie est de montrer qu’il n’en est rien.

Le mauvais traitement de la sociologie

23Il n’y a, dans le texte d’E. Teissier, aucune trace de problématique sociologique un tant soit peu élaborée, de données empiriques (scientifiquement construites) ou de méthodes de recherche dignes de ce nom. L’« hypothèse » floue annoncée (« à savoir cette ambivalence sociétale où prime cependant la fascination, ambivalence qui frise parfois le paradoxe et qui fait figure de schyzophrénie (sic) collective », p. 7) n’est d’ailleurs qu’une affirmation parmi d’autres qui ne débouche sur aucun dispositif de recherche en vue d’essayer de la valider (mais telle qu’elle est formulée, on a en effet du mal à savoir ce qui pourrait être validé ou invalidé).

24En revanche, on a affaire, comme nous allons le voir, à de nombreux usages douteux des références sociologiques, à des propos clairement a-sociologiques et anti-rationalistes exprimés dans un style d’écriture pompeux et creux, ainsi qu’à des « données » anecdotiques et narcissiques (E. Teissier à la télévision, E. Teissier et la presse écrite, E. Teissier et ses démêlés avec les scientifiques, E. Teissier et les hommes de pouvoir, Le courrier des lecteurs d’E. Teissier…) suivis de commentaires le plus souvent polémiques (règlements de compte ou récits des règlements de compte avec telle ou telle personnalité de la télévision, tel ou tel scientifique, etc.) ou d’une série de citations d’auteurs rarement en rapport avec les propos qui les précèdent et avec ceux qui les suivent.

Contresens et mauvais usages

25La thèse est truffée de références sociologiques souvent affligeantes pour leurs auteurs (Durkheim, Weber, Berger et Luckmann…) et se lance parfois dans des critiques qui montrent que les auteurs critiqués n’ont pas été compris. Il faudrait évidemment des dizaines de pages pour relever chaque erreur de lecture, chaque absurdité, chaque transformation des mots et des idées des auteurs cités et expliquer pourquoi ce qui est dit ne veut rien dire étant donné ce que les auteurs commentés voulaient asserter.

26Par exemple, le sociologue allemand Max Weber est particulièrement mal traité, systématiquement détourné dans le sens où l’auteur de la thèse a choisi de le faire témoigner. Weber, présenté comme le défenseur d’un « subjectivisme compréhensif » (p. 37) est ainsi inadéquatement invoqué à propos de l’« interactionnisme » :

[À propos des gens qui sont nés le même jour et qui se rendent compte qu’ils ont des points communs] : « On a ainsi des questions du genre : ‘Au fait, que vous est-il arrivé en 1978 ? N’avez-vous pas comme moi divorcé ?’ Et l’autre de rétorquer : ‘Tiens donc, c’est intéressant. C’est bien fin 1978 que mon couple a connu la crise la plus forte et il est vrai qu’avec ma femme nous avons songé à nous séparer…’ À n’en pas douter, ce genre de similitude crée des liens, dans la mesure où l’on se retrouve peu ou prou dans l’Autre et/ou que l’on s’y projette. À travers le dialogue qui s’instaure, on a affaire à un véritable interactionnisme qui, selon Weber, est ‘une activité [...] qui se rapporte au comportement d’autrui, par rapport auquel s’oriente son déroulement’ » (p. 405-406)

27La « sociologie compréhensive » est invoquée à tort et à travers. L’auteur écrit qu’elle va mettre en œuvre « la méthode de la compréhension » (p. VII) en interprétant vaguement la « sociologie compréhensive » comme une sociologie qui donnerait raison aux acteurs (et, en l’occurrence, aux astrologues). Ne pas rompre avec l’astrologie, lui (se) donner d’emblée raison et voir en quoi tout ce qu’on peut lui reprocher est de mauvaise foi : voilà ce qu’E. Teissier comprend du projet scientifique de la sociologie compréhensive appliquée à l’astrologie. Et l’on pourrait faire les mêmes remarques à propos des références à l’« interactionnisme symbolique » dont l’auteur semble à peu près ne connaître que le nom :

« À travers ce que l’on pourrait appeler une herméneutique de l’expérience, c’est la recherche de ce sens, aussi complexe qu’il se révèle, qui sera l’objet du second volet, où nous pratiquerons une sorte d’interactionnisme symbolique (selon l’École de Chicago). Recherche du sens sous-tendu par cette Lebenswelt de l’astrologie, par le donné social, à l’aube de ces temps nouveaux. » (p. 463)

28L’on voit aussi se développer les « talents » d’argumentation critique de l’auteur dans ce commentaire de Durkheim, où l’on saisit que l’idée de traiter les faits sociaux comme des choses est « abusive, et donc difficile à admettre parce qu’inadéquate » :

« Dans Les règles de la méthode sociologique, Durkheim affirme que ‘les faits sociaux sont des choses’. Encore qu’à coup sûr il faille compter la mouvance astrologique dans les faits sociaux, cette identification, qui consiste à chosifier ainsi un phénomène qui est de l’ordre de l’esprit et du vivant, nous paraît abusive, et donc difficile à admettre parce qu’inadéquate. » (p. 278)

29Et que faire, sinon rire, face au drolatique contre-sens sur la pensée de Michel Foucault concernant l’« intellectuel spécifique ». L’auteur de la thèse n’ayant de toute évidence pas lu Michel Foucault invoque la soi-disant critique des « intellos spécifiques » (sic) par un Michel Foucault qui justement défendait (en grande ­partie contre Sartre) la figure de l’« intellectuel spécifique » contre celle d’un « intellectuel universel » : « quoique puissent en dire les ‘intellos spécifiques’, hostiles au savoir transdisciplinaire, stigmatisés par Michel Foucault » (p. 860).

Des propos a-sociologiques et parfois anti-rationalistes

30On a déjà fait remarquer que l’auteur de la thèse privilégiait le point de vue astrologique sur l’explication sociologique. Mais souvent les explications apportées sont clairement a-sociologiques et trop floues ou trop générales pour être considérées comme de véritables explications. Qu’elle évoque l’« atavisme » ou les « dispositions humaines ataviques » (p. 62), « la part d’ombre » (p. 8) de chacun d’entre nous, la « reliance astrologique intemporelle inscrite au cœur de l’humanité » (p. 62), le « réflexe de l’homme, archaïque et intemporel, universel et omniprésent, qui le porte depuis la nuit des temps à voir une admirable homothétie entre la structure de l’univers et la sienne propre d’une part, la nature qui l’entoure d’autre part » (p. 200), l’« héritage génétique » et le « ciel de naissance » (p. 243), l’« Urgrund commun à toute l’humanité » (p. 253), « la permanence et la similitude de la nature humaine, à la fois sur le plan diachronique et synchronique » (p. 483), E. Teissier explique la fascination des uns et le rejet des autres par la nature humaine, les planètes ou une vague « intuition miraculeuse ». Ainsi, commentant les résultats d’un sondage effectué par le journal Le Monde, outre sa polémique avec le journal, E. Teissier se demande face à l’information selon laquelle les femmes seraient plus intéressées que les hommes par l’astrologie : « Faut-il y voir la conséquence d’un syncrétisme ontologique qui la porte à davantage de perméabilité spontanée à tout ce qui est de l’ordre de la Nature, sans la mettre en porte-à-faux avec une intuition qu’elle ne renie pas… » (p. 280). Les exemples de la sorte sont très nombreux :

« faut-il y voir [dans la fascination pour l’astrologie] un souvenir béni de la mémoire collective, une intuition miraculeuse du fil ténu qui le rattache au cosmos et à mère Nature, comme sa sauvegarde, en somme, en ce monde où une science mécaniste et une société déshumanisée voudraient le maintenir cloué au sol ? Plus concrètement, ce clivage sociétal est-il à rapprocher de catégories socioprofessionnelles particulières, de certaines classes d’âge, de la différence de sexe, ou faut-il le chercher dans l’individu lui-même, dans sa part d’ombre, quelle que soit sa place dans la société ? » (p. 8)

« une recherche des dispositions humaines ataviques et récurrentes pour cette reliance astrologique intemporelle inscrite, semble-t-il, au cœur de l’humanité. » (p. 62)

« on pourrait parler de données immédiates de la conscience collective pour qualifier ce réflexe de l’homme, archaïque et intemporel, universel et omniprésent, qui le porte depuis la nuit des temps à voir une admirable homothétie entre la structure de l’univers et la sienne propre d’une part, la nature qui l’entoure d’autre part » (p. 200)

« En somme, on pourrait comparer l’influence astrale à un vent (cosmique) qui soufflerait dans une certaine direction, induisant des climats et des événements probables, sans préjuger de la réaction de l’homme. Celle-ci étant fonction de sa personnalité propre, elle-même héritée à la fois génétiquement et par le ciel qui l’a vu naître » (p. 243)

« On est ici au cœur d’un anthropomorphisme intemporel, immémorial, atavique, qui participe de cet Urgrund commun à tout l’humanité. » (p. 253)

31Mais c’est plus généralement toute explication un tant soit peu rationnelle qui est explicitement rejetée par l’auteur. Devant la trop grande complexité des choses, il faudrait abandonner tout espoir de parvenir à en rendre véritablement raison et laisser parler l’intuition sensible et le langage des symboles. Il est vrai que l’auteur est bien aidée dans cette voie par les auteurs qu’elle ne cesse de citer et qui s’affirment assez nettement anti-rationalistes :

« une question primordiale apparaît être la suivante : faut-il voir dans l’approche astrologique une émanation de l’Absolu qui, bien qu’éloignée des religions révélées, serait une tentative humaine pour appréhender, à travers l’ordre cosmique conçu par un Dieu créateur, la manifestation d’une transcendance ? Ou bien doit-elle être considérée comme le code explicatif et immanent d’une influence astrale purement physique, phénomène à rapprocher des sciences de la nature ? Et dans ce cas, quelle serait la source ontogénétique de cette miraculeuse adéquation universelle, le primum mobile ? La réponse à cette question ontologique ne peut qu’être individuelle, car elle se place hors du domaine de la Raison pure, dans celui de l’indémontrable. » (p. 263)

[Citation de Michel Maffesoli] « il convient de dépasser, sans nostalgie aucune, toutes les idéologies se réclamant des prémisses rationalistes (Éloge de la raison sensible, p. 44) » (p. 643)

[Citation en exergue de Michel Maffesoli] « Le rationalisme classique (en sociologie) a fait son temps… » (p. 813)

Refus de toute objectivation

32On aura compris que tout ce qui pourrait permettre d’objectiver et de saisir même partiellement la réalité censée être étudiée est rejeté par l’auteur fascinée, séduite (« Simmel étant par ailleurs – et avant tout – un philosophe de la vie, au même titre que Schopenhauer, Bergson ou Nietzsche, cela également était fait pour nous séduire [...] », p. 50) par « la vie » dans toute sa complexité; complexité que les rationalistes, les sociologues positivistes, etc., s’acharnent à vouloir réduire et abîmer. La « méthode » qui convient à un objet aussi complexe et subtil est celle qui est « sensible à l’univers mystérieux, voire insondable, de l’âme humaine ». Cette « méthode » est indistinctement désignée par les termes de « méthode phénoménologique », d’« empathie » ou de « sociologie compréhensive » :

« Du fait que l’objectivité parfaite rêvée par la sociologie positiviste se cantonne dans un idéal par définition inaccessible, du fait surtout de la nature de notre sujet, essentiellement complexe, parfois contradictoire dans ses manifestations, un sujet ayant de surcroît pour objet et pour centre un univers subtil où convergent croyance, philosophie, tradition, sacré, affect fait de peur et de fascination, une méthode quantifiante et axée sur des analyses purement rationnelles passerait à côté de la vraie nature du problème. Une autre méthode s’avère donc nécessaire, sensible au monde vécu quotidien d’une part, à l’univers mystérieux, voire insondable, de l’âme humaine d’autre part. S’impose dès lors une méthode phénoménologique qui privilégie l’empathie et ayant pour atout le mérite d’une proximité de l’objet : la méthode dictée par la sociologie wébérienne, bâtie sur la compréhension, prend alors toute sa valeur. » (p. 34-35)

33La pensée de l’auteur fonctionne à la façon de la pensée mythique, sans crainte de la contradiction. Pour elle, le « quantitatif » s’oppose au « qualitatif » comme le « carré » s’oppose au « courbe », le « simple » au « complexe » (ou au « subtil »), l’« artificiel » au « naturel », etc. Si elle n’aime pas les méthodes quantitatives, c’est à cause de leur « caractère plaqué et artificiel » (p. 57); si elle n’apprécie pas les statistiques, c’est parce qu’elle sont trop « carrées et linéaires » (p. 295), etc.

« Utilisant des matériaux aussi variés que parfois difficiles à appréhender parce qu’appartenant davantage à l’univers subtil du qualitatif qu’à celui, mesurable mais tellement moins riche, du quantitatif… » (p. 10)

« Il est néanmoins possible que certains esprits plutôt attachés aux chiffres, aux statistiques et aux faits bruts et simples (encore que l’existence de tels faits soit douteuse et carrément niée par Schutz) puissent trouver cette méthode trop libre, trop fluctuante (ondoyante, dirait Simmel… ou Montaigne !) et subjective, donc manquant de rigueur. » (p. 56)

34Mais si les statistiques sont trop grossières pour l’esprit subtil d’E. Teissier, elles peuvent aussi à l’occasion être utiles si on peut leur faire dire des choses positives sur l’astrologie. Par exemple, commentant un sondage sur l’astrologie publié dans Science et vie junior (p. 287-290), elle réagit au fait que les jeunes soient apparemment les plus intéressés par l’astrologie de la manière suivante : « on peut d’ailleurs se demander si cela ne traduit pas un lien avec le cosmos resté plus vivant – et pourquoi pas diraient les adeptes de la réincarnation, un résidu des vies antérieures ? » (p. 288). D’un seul coup d’un seul, les pauvres statistiques se transforment, tel le crapaud devenant prince charmant, en preuves irréfutables du sérieux et de la véridicité des analyses astrologiques :

« Car nonobstant nos réserves déjà annoncées plus haut, quant à la valeur des analyses quantitatives en général, il reste que des indications chiffrées sur les secteurs de populations adhérant à cette discipline – ou simplement intéressées par cette dernière à divers degrés – ne peuvent que s’avérer des plus précieuses. » (p. 81)

« il y a les statistiques qui sont favorables à l’astrologie d’une façon à la fois péremptoire et éclatante » (p. XV)

35Et l’auteur se lance parfois elle-même hardiment dans l’évaluation chiffrée, mais totalement intuitive, des faits sociaux : « je pense que ceux qui aujourd’hui en France, font profession d’astrologue et chez qui la spécialité ‘astrologie’ proprement dite constitue effectivement 90 % et plus de la pratique professionnelle, doivent être moins d’un millier. C’est plus une impression qu’un décompte minutieux, mais ce chiffre me paraît plausible. » (p. 302).

Un étrange discours de la méthode

36Le discours de la méthode chez E. Teissier est aussi précis que ses hypothèses et sa « problématique ». Tout d’abord, l’« objectivité » est selon elle un idéal parfaitement inatteignable (un paragraphe entier est consacré au thème de « L’utopie de l’objectivité », p. 28-31). Mais, comme à son habitude, peu hantée par le principe de non-contradiction, E. Teissier peut critiquer la prétention « positiviste » à l’« objectivité » et dire que les scientifiques manquent d’objectivité, ou encore affirmer qu’elle est elle-même animée par un « souci d’objectivité ». La question de la possibilité ou l’impossibilité d’une objectivité est donc beaucoup plus complexe que ce qu’un lecteur rationaliste peut modestement imaginer : son sort dépend de la phrase dans laquelle le mot « objectivité » s’insère. Et l’on comprendra que l’auteur revendique l’« objectivité » lorsqu’il s’agit pour elle de défendre l’astrologie :

« Du fait que l’objectivité parfaite rêvée par la sociologie positiviste se cantonne dans un idéal par définition inaccessible [...] » (p. 34)

« Si l’on veut faire œuvre de sociologue visant à une certaine objectivité, on ne peut donc reprocher à l’art royal des astres, d’être lui aussi, à l’instar de toute croyance, de toute idéologie ou de toute religion, peu ou prou tigrée – pour reprendre le joli titre durandien – de superstition, dans la mesure où cette dernière est omniprésente (et tellement relative au point de vue et à la culture de référence) dans la psyché humaine. » (p. 471)

« Les points que nous avons cru devoir mettre en relief sont relatifs à la fois à notre ­expérience et à notre sensibilité, donc à ce qui nous est proposé et que nous essayons de communiquer avec un souci d’objectivité. Mais qui peut prétendre à l’objectivité ? » (p. 534)

« Il est vrai que ce déchiffrage ne fut pas toujours aisé, dans la mesure où, étant impliquée nous-même, il nous fallait cependant faire preuve d’un maximum d’objectivité. » (p. 825)

37Pour E. Teissier tout est « méthode ». Par exemple, lorsqu’elle écrit : « D’où l’importance essentielle de la démarche méthodologique choisie, qui consistera à cerner les motivations et sources secrètes des attitudes et comportements sociaux. » (p. 20), on constate qu’une vague volonté de « cerner des motivations » équivaut pour elle à une « démarche méthodologique ». Lorsqu’elle écrit aussi que, dans sa thèse, « la méthode empirique paraît s’imposer » et qu’« elle sera (son) outil de référence » (p. 10), on voit que le mot « méthode », équivalent d’« outil de référence », est utilisé avec l’imprécision la plus grande : « la méthode empirique » semble s’opposer à d’autres « méthodes » (qui ne le sont pas), mais on ne sait pas de quelle méthode précisément il s’agit.

38Les termes « méthodes », « paramètres », « facteurs », « outils », etc., sont, en fait, utilisés de manière sémantiquement aléatoire, tant la fonction essentielle de ces usages lexicaux réside dans l’effet savant que l’auteur entend produire sur elle-même et sur le lecteur. Le fait que dans la première citation, E. Teissier dise que les « paramètres » dont elle parle (équivalent ici de « notions ») apparaîtront « ici où là, au hasard de cette étude », fait bien apparaître le caractère extrêmement rigoureux de la « démarche méthodologique » mise en œuvre…

« Et si les dieux me sont favorables, peut-être pourrons-nous apporter quelques modestes lumières sur l’univers astrologique d’aujourd’hui par rapport à cinq paramètres élémentaires qui, selon NISBET, caractérisent plus que tout autre la sociologie : communauté, autorité, statut, sacré, aliénation, toutes notions qui, ici où là, au hasard de cette étude, la marqueront d’une empreinte en filigrane » (p. 44)

Un grand paragraphe s’intitule « Les outils ou paramètres d’étude » (p. 60-86); « Si l’on vise l’efficacité d’une méthode, celle-ci doit impérativement s’instrumentaliser à travers des outils, ces auxiliaires de la connaissance. Ils nous permettront de prendre en compte les différentes couches de la population concernées par le phénomène astrologique » (p. 60); « Un dernier facteur sera effleuré (car trop important pour être traité en profondeur) avec les rapports de l’astrologie et du pouvoir » (p. 66); « Dans la liste des outils/miroirs de cette investigation… » (p. 83)

39En sachant tout cela, tout lecteur peut mesurer l’effet comique de la prétention toute verbaliste à la rigueur qu’affiche l’auteur de la thèse : « nous avons eu l’occasion de développer l’esprit de rigueurdont l’exigence nous habite depuis toujours. À cela s’ajoutait un souci de rationalité, de cohérence, mais cela à travers une forte curiosité intellectuelle au service d’une recherche de la vérité » (p. VIII). Visiblement, l’esprit ne parvient pas à guider les gestes.

Les « données » : anecdotes de la vie personnelle, médiatique et mondaine d’Élizabeth Teissier

40Si l’on entend par « données empiriques » des matériaux qui sont sélectionnés, recueillis et/ou produits en vue de l’interprétation la plus fondée possible de tel ou tel aspect du monde social, c’est-à-dire à des corpus de données dont les principes de constitution et de délimitation sont explicitement énoncés, on peut dire sans risque que la thèse d’E. Teissier ne contient strictement aucune donnée empirique. Si l’auteur avait une conception un tant soit peu empirique de la pratique de recherche en sociologie (rappelons qu’elle dit mettre en œuvre « la méthode empirique »), elle n’oserait par exemple pas écrire avec autant de légèreté et d’inconscience empirique qu’elle va suivre l’évolution de l’astrologie « à travers le temps et l’espace dans les sociétés les plus diverses, de la nuit des temps à nos jours » en annonçant explicitement qu’elle se livrera « à un rapide survol, aussi bien chronologique que géographique, diachronique que synchronique… » (p. 93). Mais pourquoi se donner la peine de mettre en place un véritable dispositif de recherche lorsque l’on pense que « la vitalité de l’astrologie aujourd’hui ne fait aucun doute » et que « pour preuve, il suffit d’ouvrir les yeux et les oreilles » (p. 792) ?

41De même, comment apporter une preuve de « l’intérêt de plus en plus marqué des médias pour l’astrologie » ? E. Teissier répond : « il n’y a pas une semaine où nous ne soyons pas sollicitée à participer, ici ou là, en France ou à l’étranger, à une émission de ce genre » (p. 274). En fait, E. Teissier enchaîne de manière aléatoire les anecdotes personnelles au gré de l’association de ses souvenirs : « Dans le contexte de l’être-ensemble, une autre histoire nous revient à l’esprit, où nous étions à la fois témoin et partie » (p. 412); « Une autre histoire exemplaire nous revient à l’esprit. » (p. 383), etc. Elle raconte ce qu’on lui a dit ou écrit et ce qu’elle a répondu. Ses commentaires, quand il y en a, se contentent de prolonger la polémique lorsqu’il y avait polémique (avec les journalistes, les animateurs de télévision, les scientifiques, etc.) et de souligner l’intérêt pour l’astrologie – malgré le consensus culturel en défaveur de l’astrologie et la ghéttoïsation de cette dernière – qu’illustrent certaines anecdotes. L’anecdote tirée « au hasard » (signe sans doute d’objectivité à ses yeux) fait toujours preuve :

« Nous pourrions allonger indéfiniment la liste de ces lettres qui sont autant de témoignages du puissant impact sociétal de l’astrologie aujourd’hui » (p. 345)

« Pour montrer que l’impact de l’astrologie n’a pas de frontières et s’exerce en priorité sur les jeunes intellectuels, mentionnons encore cette lettre qui nous parvint… » (p. 354)

« nous avons tenté de dresser un panel évocateur des diverses activités sociétales reflétant l’attraction des diverses couches de la société contemporaine pour l’astrologie… » (p. 462)

« Parmi les éléments qui tendraient à refléter la notion de fascination, on peut estimer que le simple fait que le président des Français ait fait appel à nous est en soi signifiant. » (p. 440)

« À travers ces quelques expériences exemplaires, choisies au hasard dans notre parcours, nous retrouverons des Leitmotive qui se répondent en contrepoint, manifestations quasi permanentes, voire endémiques du rejet socioculturel, du tabou de l’astrologie aujourd’hui. » (p. 544)

42Si elle fait également le compte rendu d’échanges de courriers avec certains lecteurs, pour « preuve » de l’ambivalence fascination/rejet vis-à-vis de l’astrologie (« C- Le courrier des lecteurs et téléspectateurs, baromètres de notre société », p. 311-386), il n’est aucunement question de constituer un corpus, ni même de faire une analyse sociologique, mais de donner à lire le courrier reçu, ainsi que les réponses envoyées (« Voici ce que nous avons répondu à ce lecteur :… », p. 319; « Voici la réponse que nous adressâmes à cette lectrice désorientée », p. 327). On n’a pas même d’évaluation précise des différents types de courriers qu’elle reçoit. Ainsi, à propos des lettres qu’elle range dans la rubrique « Les appels à l’aide », elle écrit de manière approximative : « Il s’agit certainement, quantitativement parlant, de la masse la plus importante de lettres reçues » (p. 312) ou encore que « Parmi les appels à l’aide, les lettres émanant de prisonniers ne sont pas rares » (p. 321).

43Et l’on va ainsi d’une anecdote à l’autre : E. Teissier en « face-à-face avec un astronome monolithique dans son agressivité » (p. 543), E. Teissier et Marcel ­Jullian, PDG d’Antenne 2 (p. 588-629) à propos de l’émission Astralement vôtre, E. Teissier et l’émission allemande Astrow-show entre 1981 et 1983 (p. 645 et suivantes), E. Teissier et l’émission Comme un lundi de Christophe Dechavanne du 8 janvier 1996 (p. 671-685), E. Teissier et l’émission Duel sur la cinq du 10 juin 1988 (p. 709-725), etc. Et à chaque fois, l’auteur émet des jugements péremptoires, polémique, formule des réponses agressives. Elle n’étudie donc pas les réactions à l’astrologie, elle la défend. Elle ne fait pas l’analyse des polémiques autour de l’astrologie, mais est dans la polémique, continuant dans cette thèse – comme sur les plateaux de télévision, sur les ondes radiophoniques ou dans la presse écrite – à batailler contre ceux qui considèrent que ce n’est pas une science.

16 Le lecteur aura noté au passage qu’une formation d’une durée de six mois permet d’acquérir « les f (…)

44Dans tous les cas, le narcissisme naïf est grand, bien que totalement dénié : « Bien que nous refusions dans ce travail de nous mettre en avant pour des raisons à la fois d’objectivité et d’une décence de bon aloi, on aura remarqué que nous fûmes à travers toute l’émission la seule astrologue à être prise à parti… » (p. 686). Non seulement les exemples pris par E. Teissier ne concernent qu’E. Teissier (alors même qu’elle aurait pu s’intéresser à d’autres collègues astrologues), mais les récits mettent toujours en avant la vie héroïque ou passionnante d’E. Teissier. C’est ainsi qu’elle raconte par exemple comment la rencontre de l’astrologie fut « le grand tournant de sa vie » : « Nous eûmes droit à notre nuit de Pascal – nuit boréale en réalité, car l’‘illumination’ dura quelque six mois, le temps d’apprendre les fondements cosmographiques et symboliques de l’art royal des astres16, suffisamment pour être éblouie des ‘convergences’ d’une part psychologiques, d’autre part événementielles avec notre caractère et notre vécu, ou ceux de notre entourage » (p. X). Ou encore, faisant le récit du contexte dans lequel elle a été contactée pour présenter l’émission allemande Astro-Show : « Lorsque, au tout début de 1981, à notre retour d’un voyage en Inde, nous trouvâmes trois messages consécutifs et quelque peu impatients de l’ARD (première chaîne télévisuelle allemande), nous fûmes plutôt surprise. Jusque-là en effet notre rayon d’action n’avait pas passé les limites du Rhin. » (p. 646).

45Le narcissisme rejoint l’indécence lorsque, après avoir donné à lire le courrier d’un lecteur, jeune maghrébin incarcéré aux Baumettes, elle écrit avec misérabilisme et condescendance et sans prendre conscience du ridicule : « Nous étions consciente à quel point le fait de dialoguer pouvait être important pour ce jeune homme visiblement égaré, tel un zombie, en ce bas monde. [...] Voici la teneur de notre réponse audit prisonnier : ‘Cher Eric, je ne trouve hélas le temps de répondre à votre lettre qu’au retour d’un séjour à l’étranger. Je vous envoie une analyse à titre tout à fait exceptionnel, et pour la somme purement symbolique d’un franc (vu votre situation actuelle). Votre thème me montre que votre futur florissant vous permettra de m’envoyer ce que bon vous semblera en temps venu. Sachez que vous devez ce cadeau d’une part à vos bonnes étoiles [...], d’autre part au fait que votre lettre m’a touchée, également du fait que j’ai deux filles, l’une Poisson, l’autre née en 1973, comme vous !… Je vous demande en revanche de bien vouloir en garder le secret, puisque l’ébruiter pourrait faire des jaloux [...]’ » (p. 323).

Une écriture boursouflée et creuse

46Le problème essentiel avec le style d’écriture que l’on trouve dans une thèse comme celle d’E. Teissier, réside dans le fait que l’on aura beau multiplier les « échantillons », répéter les citations en vue de prouver que l’on a affaire à une écriture jargonnante, peu rigoureuse, souvent incompréhensible, parfois proche de l’absurde, d’autres verront au contraire dans les mêmes extraits toutes les marques de la profondeur ou de l’intelligence du propos. Question d’habitude pourrait-on dire. S’il est habitué à un usage déréglé de la langue, le lecteur appréciera les acrobaties verbales ou les associations aléatoires d’idées un peu comme s’il était devant un grand poème pseudo-savant. Mais là réside exactement le problème : le sociologue n’est pas un poète. On peut apprécier les poèmes de René Char ou de Stéphane Mallarmé et ne pas accepter, en matière de sciences sociales, ceux qui s’acharnent à faire dans le creux et le vague en faisant passer le creux pour du profond et le vague pour du riche et du complexe. Devant un grand nombre de passages de cette thèse, nous pourrions émettre le jugement suivant : dans la mesure où nous croyons savoir ce que parler en sociologue veut dire, nous pouvons témoigner du fait que nous n’avons rien compris à ce qui a été dit. Mais qu’y aurait-il à comprendre lorsque rien n’a été vraiment dit ?

17 Sur les habitudes discursives et mentales voir B. Lahire, L’Invention de l’« illettrisme ». Rhétor (…)

47Que des sociologues en France aient contracté de mauvaises habitudes de parler et d’écrire, qu’ils tentent de les transmettre régulièrement à des centaines, voire à des milliers d’étudiants, cela constitue un fait social majeur. Cependant, on peut avoir acquis auprès de maîtres, prestigieux ou moins prestigieux, de telles mauvaises habitudes17, et vouloir néanmoins s’en débarrasser une fois qu’on en a pris conscience. Mais encore une fois ce que l’on peut appeler « mauvaise habitude de parler et d’écrire », à partir d’une conception un tant soit peu rationaliste de l’argumentation, est malheureusement perçue par beaucoup de ceux qui les mettent en œuvre comme un signe d’intelligence et de pensée originale et profonde. L’écriture et la parole déréglées peuvent ainsi se transmettre de génération en génération, sans que ceux qui transmettent ni ceux qui se les approprient ne sachent exactement de quoi ils parlent, dans l’obscurité de la relation enchantée de maîtres à élèves (ou disciples) où se constituent ordinairement de telles habitudes. Il suffit d’être fasciné, de trouver cela beau, profond, sensible, original, pour avoir envie de faire de même et paraître à son tour intelligent, original, sensible et profond. Le sens de tout cela peut très bien être totalement absent des mots qui s’écrivent et s’échangent et se situer exclusivement dans la relation fascinée au maître. Peu de signification discursive, beaucoup de signification sociale.

48Délire sémantique ou esbroufe verbale, plaisir des mots savants qui sonnent bien accolés les uns aux autres pour asserter des banalités sur un ton sérieux, enchaînements des citations d’auteurs aussi ésotériques les unes que les autres, la panoplie de l’écriture pseudo-savante et réellement floue est assez complète. Donnons-en quelques exemples en garantissant au lecteur que l’effet d’étrangeté n’est pas le produit d’une injuste décontextualisation :

« [...] à la recherche de cet infracassable noyau de nuit qui hante le cœur de l’homme depuis des temps immémoriaux ? » (p. 7)

[M. Maffesoli parle du « sentiment cosmique » qui « incline vers le vrai organique, le vivant, c’est-à-dire vers le naturalisme »] « Ce sentiment cosmique se trouvant de plus en plus impliqué comme trame de fond dans notre recherche, dont il constitue en quelque sorte le tissu, il allait de soi qu’il serve aussi de reliance et de sésame heuristique dans notre démarche, c’est-à-dire, dit concrètement,de fil rouge instrumental au service de notre projet de décrypter le donné social de ce que Dilthey appellerait la structure psychique que constitue l’astrologie. » (p. 49)

« Ainsi, comme lanterne magique pour nous guider à travers ces méandres heuristiques, nous utiliserons, comme accessoire à la raison objective et raisonnante la raison sensible maffésolienne ou l’intuition intellectuelle d’un R. Guenon, telle qu’elle est évoquée par F. Bonardel. » (p. 53)

« Au-delà de cette complexité qui ne doit pas être un mot refuge, nous cultivons l’espoir – l’utopie ? – qu’en fin d’analyse, ayant, même imparfaitement, décrypté les arcanes de notre problématique, nous pourrons adhérer pleinement à l’affirmation du sociologue lorsqu’il déclare que la complexité est ‘le défi à affronter, ce qui aide à le relever, et parfois même à le surmonter’ (E. Morin, Introduction à la pensée complexe) » (p. 68)

« En tout état de cause, on assiste ici à un triple trajet – ou trajectorialité, au sens durandien –, dans un va-et-vient simmélien qui s’inscrit en premier lieu entre le consultant et le système astrologique » (p. 76)

« Mais on trouve également un autre vecteur de cette trajectivité, à savoir celui entre ce même acteur social et la réelle présence (pour reprendre un expression chère à G. ­Steiner) du consulté, de l’astrologue en l’occurrence. En effet, il s’agit bien de la manifestation symbolique d’un présentéisme dépouillé de tout jugement moral, où seul intervient le laisser-être, à l’exclusion d’un aspect quelconque de contrainte, d’un devoir-être ». (p. 77)

« Ne doutons pas que c’est dans cette effervescence que se trouve la vérité sociétale. Et cette effervescence se focalise de plus en plus sur le monde des astres, nous l’avons, pensons-nous largement montré au cours de notre survol. On assiste en effet de plus en plus et dans tous les domaines du quotidien à une infiltration diffuse et effervescente de l’astral en nos sociétés postmodernes, en résonance, quelque part, à la coupure épistémologique, déjà évoquée, d’une postmodernité dont Maffesoli donne la définition suivante : ‘Sorte d’agglutination, à la fois disparate et tout à fait unie, d’éléments les plus divers’, impliquant un ‘style organique’, ce dernier se révélant ‘une bonne manière d’appréhender la raison interne d’une connaissance’ (Préface à Durkheim, Les Formes élémentaires de la vie religieuse, p. 90) » (p. 851)

« Tout au long de notre thèse, nous avons à l’instar de ce qui est la vocation et l’objectif du chercheur, tenté de déceler les prémices sous-jacents, les frémissements de ce qui est ‘en train de naître’ et qui se font sentir dans la réalité sociétale aujourd’hui. Cela en pratiquant ce que G. Durand appelle une ‘pensée concentrique’, c’est-à-dire une ‘pensée formant un système ouvert qui refuse de rester au centre mais qui va glaner ce qui se passe et se propage en périphérie à la recherche de l’humus sous-jacent’. Autrement dit, il s’agissait de suivre un processus de va-et-vient, en vases communiquants, tout en refusant de rester prisonnier d’une idée, d’aller à la rencontre de l’inconnu, de ce qui se vit dans le donné social, de ce qui émerge dans le champ expérimental du chercheur. De tout ce vécu, de cet observé, nous avons tenté de dégager la dynamique à travers une synergie de la pensée, en délaissant son contraire : la pensée unique, sous forme d’une doxa synonyme d’apparence. Nous avons ainsi pu faire état de ce maillage multiple, de ces innombrables passerelles qui s’effectuent entre échanges de savoirs, dans un désir commun de s’ouvrir à d’autres connaissances et de partager son intérêt, mais aussi à travers ces nouvelles technologies, longuement évoquées, où tout un chacun fait un pied-de-nez à cette pensée conformiste représentée par ceux qui détiennent un pseudo-savoir – un ‘demi-savoir’ selon J.-C. (sic) Domenach. Au fil de notre travail, nous avons pu mettre le doigt sur la confusion qui émerge par rapport à ces données, où sont mis à mal ceux qui croyaient détenir le savoir, cette pensée bien gardée, convenable, intellectuellement correcte, tout en montrant que son impérialisme peu à peu se désagrège – et ce en dépit d’un combat d’arrière-garde qui se voit voué à un échec à long terme. Comme nous avons montré, pensons-nous, l’inanité d’un intellectualisme desséché. ‘Le règne absolu de l’idée ne peut s’établir ni surtout se maintenir : car c’est la mort’ (in Le suicide de Durkheim cité par Maffesoli dans sa préface aux Formes élémentaires de la vie religieuse, p. 11). En paraphrasant K. Jaspers, on pourrait dire que ‘c’est dans la communication qu’on atteint le but de l’astrologie (la philosophie)’ (Introduction à la philosophie, p. 25), dans cet échange chaleureux (dionysiaque ?) entre esprits branchés sur des intérêts semblables, orientés en l’occurrence sur les arcanes célestes. » (p. 861)

Ce qui nuit réellement à la discipline 9« À Londres, s’il n’y a pas non plus de chaire d’astrologie à l’université, du moins peut-on obtenir un P.H.D. (doctorat) en astrologie si cette discipline est officiellement dépendante de la branche Psychologie; même biais possibles en France à condition de choisir un sujet de thèse limitrophe de la Sociologie, de la Philosophie ou de l’Histoire des religions et de se placer officiellement sous l’égide ces disciplines : on est obligé de camoufler, de tricher, de contourner les institutions qui sont manifestement en retard sur la réalité d’un consensus de plus en plus évident. » (p. 815-816). La vérité de la thèse d’E. Teissier est très clairement énoncée dans ces pages. Pour défendre la cause de l’astrologie, il faut avancer masqué : philosophie, histoire de religion ou sociologie peuvent être des entrées possibles pour l’astrologue. Mais si de telles stratégies de légitimation peuvent être imaginées, c’est que notre communauté scientifique les rend possibles. Et c’est cela qui pose fondamentalement problème au-delà du cas particulier de cette thèse. Que les choses soient claires : E. Teissier ne peut être tenue pour responsable de ce qui s’est passé à la Sorbonne et elle n’aurait pas même eu l’idée de frapper à la porte de notre discipline pour trouver un lieu de légitimation de ses propres intérêts d’astrologue, si celle-ci n’était pas le refuge d’enseignants-chercheurs dépourvus de rigueur et parfois très explicitement anti-rationalistes.

50Revenons à notre point de départ : des « collègues » (abondamment cités dans cette thèse) ont délivré un droit de soutenance à l’auteur de cette thèse, puis, avec d’autres, ont décidé de lui attribuer la mention « Très honorable ». Après lecture du compte rendu précédent, on comprend à quel point le sentiment de scandale du lecteur de la thèse est grand.

18 Lorsque l’on compte le nombre de thèses de doctorat soutenues par directeur de thèse, en France en (…)

19 M. Maffesoli, courriel daté du 23. 04. 01 adressé à de nombreux sociologues.

20 Et ce d’autant plus qu’on a contribué à banaliser sa présence au sein de la discipline dans des ma (…)

21 Lettre de M. Maffesoli adressée par courrier électronique le 23. 04. 01. Une autre variante se ret (…)

22 M. Maffesoli, courriel daté du 25. 04. 01 adressé à de nombreux sociologues.

23 On a pu lire ainsi dans la presse qu’« Elizabeth Teissier pourrait devenir le pion qu’on avance en (…)

51Évidemment, le directeur de la thèse, Michel Maffesoli, est Professeur de sociologie à l’université de Paris V et a même été promu à la première classe par le CNU, il publie régulièrement des ouvrages, préface des classiques de la sociologie, dirige une revue et fait soutenir des thèses à un rythme particulièrement élevé18, etc. Il soutient, avec l’aplomb cynique de celui qui sait pertinemment que la thèse ne sera pas lue intégralement par les étudiants ni même par les sociologues professionnels qui ont généralement d’autres tâches plus urgentes à faire, que la thèse d’E. Teissier est une thèse « sur l’astrologie » (à quelques « dérapages » près avoue-t-il19, en rajoutant de manière insultante pour tous les sociologues qui font leur travail d’évaluation des thèses sérieusement : « En toute honnêteté, lequel d’entre nous, directeur de thèse n’a pas laissé passer de tels ‘dérapages’ ? ») et non une « thèse d’astrologie ». Il peut donc utiliser l’argument du meurtre d’une école de pensée20 (« Il ne faudrait pas que cette thèse serve de prétexte à un nouveau règlement de compte contre une des diverses manières d’envisager la sociologie. »21) et dénoncer la « chasse à l’homme » qui est lancée contre lui : « Est ce que cette thèse n’est pas un simple prétexte pour marginaliser un courant sociologique, et disons le crûment, pour faire une chasse à l’homme, en la matière contre moi-même ? »22 Et c’est bien comme cela que certains collègues ont interprété les réactions négatives à cette soutenance de thèse et à l’attribution d’un titre de docteur en sociologie23. Or, il n’est bien sûr pas question de querelles d’écoles dans cette affaire, mais de rigueur scientifique (et même, plus largement, de rigueur intellectuelle) et de définition du métier de sociologue.

52Les véritables questions au fond que pose une telle « affaire » nous semblent être les suivantes : Comment parvenir à transformer collectivement les produits d’une histoire (académique et scientifique) mal faite (attributions abusives du titre de docteur en sociologie, recrutements universitaires peu rigoureux, revues scientifiques à faible contrôle scientifique…) ? Comment justifier, sans apparaître injuste et terroriste, l’affirmation selon laquelle Michel Maffesoli (entre autres) n’est pas sociologue et n’est pas en mesure de former les étudiants dont il dirige les travaux de recherche au métier de sociologue ? Ce sont ces questions que les sociologues doivent affronter. Sans prise de conscience collective de notre communauté scientifique, il n’y a aucune raison que ce genre de faits ne se renouvelle pas à l’avenir, avec moins de fracas, car tous les candidats n’auront pas l’honneur de la grande presse.

24 M. Maffesoli, courriel daté du 25. 04. 01, op. cit. Voir aussi sa réponse à l’article de Jean Bric (…)

25 M. Maffesoli a qualifié, de manière tout à fait insultante, l’« ennuyeux jargon » des sociologues (…)

26 J. Bouveresse, Le Philosophe chez les autophages, Paris, Minuit, « Critique », 1984, p. 114.

53« Mais se servir de cette thèse, pour régler des comptes, pour sonner l’hallali, ne me paraît pas sain et, en tout cas, risque de nuire à notre discipline, en général », écrit Michel Maffesoli24. Nous espérons avoir contribué ici à montrer que ce qui « nuit à notre discipline » et ce qui n’est « pas sain », c’est très précisément le genre de spectacle dont la Sorbonne a été le théâtre sous la responsabilité d’un jury en grande partie composé de sociologues. Personnage cynique25, fin stratège, maniant habilement l’art du renversement des situations, Michel Maffesoli voudrait nous faire croire que « les fautifs ne sont pas ceux qui commettent les fautes [...], mais ceux qui ont l’impudence de les dénoncer »26. Gageons que les diverses réactions saines à cette affaire malsaine puissent donner l’occasion d’une réflexion collective sur le métier de sociologue et sur les conditions d’entrée dans ce métier.

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Notes

1 Je tiens à remercier Stéphane Beaud et Christine Détrez pour la lecture des premières versions de ce texte, ainsi que Charles Soulié pour les données sur les thèses soutenues en sociologie entre 1989 et 1995 qu’il m’a communiqué.

2 Ce n’était pas la première fois que M. Maffesoli faisait soutenir une thèse en rapport avec l’astrologie. Ainsi, en 1989, S. Joubert a soutenu une thèse de doctorat intitulée Polythéisme des valeurs et sociologie : le cas de l’astrologie à l’Université de Paris V, sous sa direction. Le résumé de cette thèse manifeste un style d’écriture d’une aussi douteuse clarté que celui que l’on découvre dans la thèse d’Élizabeth Teissier : « Les figures polythéistes loin d’être les images obsolètes d’un passé primitif ou révolu, sont l’expression d’un agencement métaphorique dans lequel le face-à-face des dieux témoigne d’un éclatement des valeurs dont il s’agit de reconnaître toute la puissance heuristique. Le polythéisme des valeurs pousse la connaissance vers une épistémologie psycho-mythique qui semble aujourd’hui sensibiliser, tant les sciences exactes que les sciences humaines; en congruence avec cette mutation épistémologique émergent des indicateurs sociaux qui confirment la transformation paradigmatique à l’œuvre dans la post-modernité, telle l’astrologie dont le succès que l’on connaît tend à exacerber certaines valeurs comme la synthèse, le holisme, l’interdisciplinarité, la complexité, l’analogie, la synchronicité, etc… En toile de fond de cet engouement populaire se dessine plus ou moins nettement un certain nombre d’enjeux essentiels un peu comme si l’anodin servait à l’occasion de miroir reflétant à contre-jour les orientations que la post-modernitése donne à elle-même. » (Source : Docthese 1998/1). La thèse vient de paraître (L’homme d’aujourd’hui et les autres : fascination et rejet, Paris, Plon, 2001).

3 Directeur d’études à l’EHESS (psychologie sociale).

4 Professeur de philosophie à l’Université de Paris I.

5 Professeur de sociologie à l’Université de Montpellier III.

6 Professeur émérite à l’Université de Grenoble II, Fondateur du Centre de Recherche sur l’Imaginaire.

7 Professeur de sociologie à l’Université de Strasbourg II.

8 Un tel travail de lecture demande beaucoup de temps et porte plus que l’ombre du doute sur les lectures d’« un jour », comme celle d’Alain Touraine, qui affirme ainsi : « Je me suis présenté le premier et j’ai consacré la journée du 15 mai à sa lecture » (« De quoi Élizabeth Teissier est-elle coupable ? », Le Monde daté du 22 mai 2001).

9 C’est pour cela que nous ne pouvons pas suivre Jean Copans (« La sociologie, astrologie des sciences sociales ? », Le Monde daté du 30. 04. 01) lorsqu’il fait porter la critique sur les objets jugés trop futiles (« Les incivilités dans le 93 », « Mon portable, mon ordinateur et ma belle-fille », « L’interculturel entre la rue des Rosiers et le quartier de la Rose »).

10 Tout ce que nous mettons entre guillemets dans ce texte sont des extraits de la thèse. Les italiques sont des choix de soulignement de l’auteur de la thèse et les gras sont nos propres soulignements de lecteur.

11 M. Maffesoli, « Éloge de la connaissance ordinaire », Le Monde daté du 24 avril 2001.

12 Nous ne vérifierons pas ici la véracité des sentiments positifs à l’égard de l’astrologie que l’auteur prête à diverses personnalités.

13 Elle peut soutenir à d’autres moments que la vérité sort de la bouche du peuple, parce que – mythe du « bon peuple » oblige – celui-ci serait moins perverti par les institutions académiques, culturelles et médiatiques officielles : « Les gens simples, moins victimes d’a priori (il s’agit d’un terrain intellectuel en quelque sorte vierge) sont plus réceptifs, donc plus vrais par rapport à ce genre de constat, de reconnaissance. » (p. 483). Ou encore : « Il est certain que l’instinct populaire, très sûr parce que nourri de toute l’expérience humaine, cet ‘inconscient collectif’ cher au psychologue C. G. Jung, a depuis toujours l’intuition d’une action du ciel sur ce qui vit sur terre. » (p. XV).

14 « [...] je n’ai lu nulle part dans sa thèse que l’astrologie était scientifique », A. Touraine, « De quoi Élizabeth Teissier est-elle coupable ? », op. cit.

15 Elle écrit par ailleurs : « D’autre part, la télépathie ne s’est elle pas imposée comme discipline scientifique depuis les expériences de Rhine ? » (p. 281).

16 Le lecteur aura noté au passage qu’une formation d’une durée de six mois permet d’acquérir « les fondements cosmographiques et symboliques de l’art royal des astres ». L’effort n’est finalement pas si considérable que cela pour pouvoir « écouter la musique » des planètes.

17 Sur les habitudes discursives et mentales voir B. Lahire, L’Invention de l’« illettrisme ». Rhétorique publique, éthique et stigmates, Paris, Éditions la Découverte, Coll. « Textes à l’appui », 1999.

18 Lorsque l’on compte le nombre de thèses de doctorat soutenues par directeur de thèse, en France entre 1989 et 1995, on s’aperçoit que Michel Maffesoli arrive très largement en tête des directeurs de thèse avec 49 thèses (en 7 ans, soit en moyenne 7 thèses par an) soutenues, loin devant Louis-Vincent Thomas (33). Puis viennent Pierre Ansart (22), Jean Duvignaud (22), Pierre Fougeyrollas (19), Raymond Bourdon (17), Annie Kriegel (14), Alain Touraine (14), Jacques Lautmann (12), Robert Castel (11), Jean-Michel Berthelot (10) et Roger Establet (10).

19 M. Maffesoli, courriel daté du 23. 04. 01 adressé à de nombreux sociologues.

20 Et ce d’autant plus qu’on a contribué à banaliser sa présence au sein de la discipline dans des manuels universitaires « respectueux de la pluralité des écoles et des sensibilités », comme le mentionne la quatrième de couverture de l’ouvrage La Sociologie française contemporaine (sous la direction de J.-M. Berthelot, Paris, PUF, 2000); ouvrage qui comprend un chapitre, signé par Patrick Tacussel, intitulé « La sociologie interprétative. Un tournant postempiriste dans les sciences humaines en France », p. 117-125.

21 Lettre de M. Maffesoli adressée par courrier électronique le 23. 04. 01. Une autre variante se retrouve dans le texte accompagnant le courrier : « Une question de bon sens se pose, est-ce que, finalement, cette thèse non lue, n’est pas prétexte à règlement de compte contre un type de sociologie que je représente ? »

22 M. Maffesoli, courriel daté du 25. 04. 01 adressé à de nombreux sociologues.

23 On a pu lire ainsi dans la presse qu’« Elizabeth Teissier pourrait devenir le pion qu’on avance en surface pour régler des affaires plus souterraines, relevant des querelles de chapelle ou des jeux de pouvoir entre ‘grands’ de la sociologie » (O. Piriou, « Banalité d’Elizabeth Teissier », Le Monde daté du 30. 04. 01).

24 M. Maffesoli, courriel daté du 25. 04. 01, op. cit. Voir aussi sa réponse à l’article de Jean Bricmont et Diana Johnston (« Le monde diplomatique », août 2001) : « L’astrologie, la gauche et la science », in « Le monde diplomatique », 2 octobre 2001, p. 2.

25 M. Maffesoli a qualifié, de manière tout à fait insultante, l’« ennuyeux jargon » des sociologues d’« argot de proxénètes » dans la préface au livre de Alfred Schutz, Le Chercheur et le quotidien, Paris, Méridiens Klincksieck, 1987, p. I.

26 J. Bouveresse, Le Philosophe chez les autophages, Paris, Minuit, « Critique », 1984, p. 114.