Déclaration Balfour: Un message à toutes les terres où la race juive a été dispersée (Morris on Shlaim’s latest extended exercise in anti-Zionism)

5 décembre, 2009
Balfour declarationEn gros l’islam aurait remplacé le bouddhisme pour celles et ceux qui ne connaissent de l’islam que le thé à la menthe à la mosquée de Paris, le couscous chez le “copain maghrébin” les vacances au Maroc et la nounou sympa qui fait aussi le ménage, bref, l’islam est appréhendé comme fait uniquement culturel et exotique ou le vieil orientalisme qui faisait aimer la Turquie par Théophile Gauthier lorsqu’il en parlait au club des Hachichins. Ce qui fait que la dimension politique de l’islam sera évacuée et que toute critique à son égard sera taxée de racisme, y compris lorsque l’islam recèle les mêmes propositions de vie que dans le christianisme et le judaïsme alors que celles-ci seront vivement critiquées par les mêmes qui devant l’islam font par contre silence, ce silence de cristal qui fascina certains écrivains dans les années 30 lorsqu’ils virent s’ériger le nazisme et le fascisme. Lucien Oulahbib

Les mosquées sont nos casernes, les coupoles nos casques, les minarets nos baïonnettes et les croyants nos soldats. Erdogan (1998)

Vous avez la psychologie d’un coupable (…) Vous savez très bien tuer les gens. Erdogan (à Peres, Davos, janvier 2009)
Bienvenue, conquérant de Davos! Slogan accueillant le premier ministre turc à son retour de Davos (janvier 2009)
Recep Tayyip Erdogan a dit la vérité, en faisant triompher la justice, la liberté et le peuple palestinien. Tu nous rappelles la position glorieuse de tes ancêtres ottomans. Que les dirigeants musulmans écoutent comment l’Histoire fait des héros et comment les hommes font l’Histoire. Khalil al-Hayya (chef du Hamas à Gaza, le 30 janvier 2009)
La Turquie est en Europe (…) Les opposants à l’adhésion avancent de faux prétextes. En réalité, ils veulent maintenir une Europe conçue comme un club chrétien, réservé aux pays de tradition chrétienne. De même qu’on a souhaité l’adhésion de pays de l’Est parce qu’ils sortaient du communisme, il convient de tendre la main à la Turquie, le seul pays musulman à avoir su organiser la séparation entre la religion et l’Etat. Bernard Kouchner (le 11 décembre 2002)

Pour ceux qui croiraient encore qu’Israël a été créé dans le seul but de remercier l’Alfred Nobel juif …

Au lendemain de la mort à New York du dernier prétendant au trône de la Sublime Porte, le petit-fils du sultan Abdulhamid II Osman Ertugrul et à la veille de l’arrivée à Washington d’un président qui déclarait il y à peine dix ans que “les mosquées sont nos casernes” …

Et qui, suite à son coup de colère de Davos contre son homologue israélien, fut accueilli en nouveau conquérant par un pays en pleine nostalgie d’un empire qui avait, pendant 600 ans et des Balkans à l’Océan indien et jusqu’aux portes de Vienne (y compris, sous ses successeurs, par le génocide ), imposé l’islam à près des deux tiers de l’humanité …

Pendant que, profitant du complexe de culpabilité d’un Occident postmoderne déstabilisé par la crise financière (les croisades et le colonialisme comme seules explications du sous-développement des pays musulmans !), les islamistes masqués avancent leurs pions (minarets, appels à la prière, tribunaux spécifiques, voiles, burkas) …

Et que nos prétendument progressistes anti-mondialistes (d’ailleurs rejoints sur ce point par l’extrême-droite opposée à la globalisation libérale) tentent de se refaire une santé en nous vendant l’islam comme “nouveau creuset révolutionnaire” et “résistance face à l’américanisation du monde” et à la menace d’un petit Etat de 7 millions d’habitants qui refuse de collaborer à sa propre disparition (notamment via les 4,5 millions voire 7 millions de prétendus réfugiés que voudraient lui imposer, avec la complicité occidentale, l’Autorité palestinienne ou le Hamas) .…

Favoriser l’engagement des Etats-Unis et des juifs dans la guerre, préempter la Palestine face à la France, protéger le Canal de Suez et les routes commerciales de l’Empire, satisfaire les fondamentalistes protestants, limiter les frais de l’effort de guerre, remercier Weizmann pour la synthèse de l’acétone …

Les historiens n’ont, on le voit en ces temps de révisonnisme rampant, jamais manqué d’imagination pour expliquer la fameuse Déclaration de Balfour de 1917 pour l’établissement d’un foyer juif.

Tout ça pour éviter, comme le montre l’historien israélien Benny Morris à l’occasion de la sortie du dernier ouvrage d’Avi Shlaim (“Israel and Palestine: Reappraisals, Revisions, Refutations”), de reconnaître que, derrière les considérations impériales classiques, les dirigeants britanniques aient pu sincèrement se sentir redevables d’un des peuples les plus persécutés de l’histoire humaine.

Et ce, non seulement de la part des Européens, mais également de l’Empire ottoman et ses siècles d’oppression et d’expulsions.

D’où l’intérêt de ce discours oublié de Lord Balfour qu’il cite au moment où était remise en cause au sein même de son parti l’accès à l’auto-détermination du peuple juif que venait d’ouvrir, après six siècles de domination sans partage, la destruction de l’Empire ottoman.

Et qui, dans son langage nécessairement daté et au-delà des siècles de persécutions occidentales mais aussi ottomanes, avait le mérite de rappeler l’apport totalement disproportionné du peuple juif à l’humanité dont, alors comme aujourd’hui et avec les mêmes conséquences de sous-développement et d’archaïsme, le monde musulman s’obstine à vouloir se priver …

Extraits (traduits au babelfish):

Mon noble ami nous a dit dans son discours, et je le crois absolument, qu’il n’a aucun préjugé contre les juifs. Je pense que je peux dire que je n’ai aucun préjugé en leur faveur. Mais leur position et leur histoire, leurs liens avec les religions et la politique du monde sont absolument uniques. Ces liens sont sans précédent et sans et sans pareil dans n’importe quelle autre branche de l’histoire humaine. Voici une petite race habitant à l’origine un petit pays, pas plus grand je le pense que le Pays de Galles ou la Belgique, en tout cas de taille comparable à ces deux petits pays, n’ayant possédé à aucun moment de son histoire ce que l’on pourrait considérer comme une puissance temporelle, parfois écrasé entre de grandes monarchies orientales, ses habitants expulsés, puis dispersés, puis expulsés tout à fait de toutes les parties du monde et pourtant maintenant une continuité de tradition religieuse et raciale dont nous n’avons aucun parallèle ailleurs.

(…)

De façon à que nous puissions envoyer un message à toutes les terres où la race juive a été dispersée, un message qui leur indiquera que la Chrétienté n’est pas oublieuse de leur foi, du service qu’ils ont rendu aux grandes religions du monde et surtout à la religion que la majorité de Vous mes Lords professent, et que nous désirons autant que possible leur donner cette occasion de développer… ces grands cadeaux que jusqu’ici ils ont été contraints de faire fructifier dans des pays qui ne connaissent pas leur langue et n’appartiennent pas à leur race ? Tel est l’idéal que je désire voir accompli, tel est le but qui se trouve à la racine de la politique que j’essaie de défendre ; et bien que celle-ci soit défendable en effet à tous les niveaux, tel est le principal motif qui anime mon action. Lord Balfour (Discours à la Chambre des Lords, 1922)

Voir aussi les extraits de Morris :

Shlaim omet complètement de mentionner la pertinence du philo-sémitisme et du philo-sionisme comme facteur décisif dans l’établissement de la déclaration. En effet, c’était probablement le facteur le plus important dans l’appui des membres du Cabinet britannique: Lloyd George, Arthur James Balfour lui-même, Lord Milner, Robert Cecil, et janv. Smuts. Elevé dans la lecture de la Bible et dans croyance à la contribution des juifs à la civilisation judéo-chrétienne, ces leaders croyaient que la chrétienté avait une dette envers les juifs – et qu’elle devait réparer deux mille ans de persécution en leur rendant leur terre.

(…)

Comme Balfour l’avait déclaré à la Chambre des Lords en 1922 :

Pour Shlaim, Balfour, George, Milner, Smuts, et Cecil étaient tous des menteurs ou des dissimulateurs. Je préfère les croire. C’était principalement leur estime et leur sympathie pour les juifs qui les ont conduits à soutenir l’arrangement écervelé connu sous le nom de sionisme. Même si bien sûr les intérêts matériels de guerre et le calcul impérial d’après-guerre y ont également joué un rôle.

(…)

Les aspirations politiques palestiniennes, alors et maintenant, étaient « justes » selon Shlaim. Il n’applique jamais le mot aux aspirations sionistes, avant 1948 ou après. L’établissement d’Israël était-il « juste» et son existence continue « juste » à la lumière de l’ « injustice » monumentale qu’elle avait causé aux Palestiniens ? Les juifs n’auraient-ils jamais dû établir leur Etat en Palestine ? Shlaim laisse implicitement sur la table l’argument palestinien standard que les Palestiniens ont dû payer une injustice commise contre les juifs par d’autres.

Nulle part dans ce livre Shlaim ne dit un mot au sujet du lien vieux de 3000 ans du peuple juif à la terre d’Israël–que cette terre était le berceau du peuple juif; qu’ils ont plus tard régné sur elle, par intermittence, pendant plus de mille ans ; et que pendant les deux millénaires suivants, après l’entrée dans l’exil, ils ont aspiré et désiré ardemment d’y retourner.

Ni ne mentionne-t-il que les Arabes, qui n’avaient aucun lien avec la Palestine, l’ont arraché « injustement » au septième siècle à l’empire bizantin et s’y sont« illégalement » installés, la convertissant de force en terre « arabe ». Si la conquête n’accorde pas de revendication légitime, cela ne devrait-il pas être universellement vrai?

Nulle part Shlaim ne nous parle de la persécution, de l’oppression, et de l’assassinat de masse occasionnel des juifs par les Arabes musulmans au cours des siècles, à commencer par la destruction des communautés juives du Hijaz par Mahomet et pour finir avec les pogroms d’Aden et du Maroc en 1947-1948.

Et nulle part Shlaim ne précise-t-il que les Arabes palestiniens ont eu une main indirecte dans la mort des juifs européens pendant l’Holocauste, en conduisant les Anglais, par la violence anti-Britannique et anti-sioniste, à fermer les portes de la Palestine, qui était le seul asile sûr possible, après que les Etats-Unis et le monde anglo-saxon aient fermé leurs portes aux juifs européens en fuite. Et, plus directement, que les leaders palestiniens (et arabes en général) ont contribué à l’Holocauste en soutenant politiquement Hitler et, dans le cas de Haj Amin Al Husseini, en travaillant réellement à Berlin pour le Troisième Reich, colportant la propagande nazie dans le monde arabe et levant des troupes pour la Wehrmacht.

(…)

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Modern History Sourcebook:
A.J. Balfour (1848-1930):
Defense of the Palestine Mandate, 1922

A.J. Balfour (1848-1930) was British Prime Minister from 1902-1905 and later the Foreign Secretary responsible for the “Balfour Declaration”. In 1922 he responded to an attack on the British promise to the Jewish People in this speech.

My noble friend told us in his speech, and I believe him absolutely, that he has no prejudice against the Jews. I think I may say that I have no prejudice in their favour. But their position and their history, their connection with world religion and with world politics is absolutely unique. There is no parallel to it, there is nothing approaching to a parallel to it, in any other branch of human history. Here you have a small race originally inhabiting a small country, I think of about the size of Wales or Belgium, at any rate of comparable size to those two, at no time in its history wielding anything that can be described as material power, sometimes crushed in between great Oriental monarchies, its inhabitants deported, then scattered, then driven out of the country altogether into every part of the world, and yet maintaining a continuity of religious and racial tradition of which we have no parallel elsewhere.

That itself, is sufficiently remarkable, but consider-it is not a pleasant consideration, but it is one that we cannot forget-how they have been treated during long centuries, during centuries which in some parts of the world extend to the minute and the hour in which I am speaking; consider how they have been subjected to tyranny and persecution; consider whether the whole culture of Europe, the whole religious organization of Europe, has not from time to time proved itself guilty of great crimes against this race. I quite understand that some members of this race may have given, doubtless did give, occasion for much ill-will, and I do not know how it could be otherwise, treated as they were; but, if you are going to lay stress on that, do not forget what part they have played in the intellectual, the artistic, the philosophic and scientific development of the world. I say nothing of the economic side of their energies, for on that Christian attention has always been concentrated.

I ask your Lordships to consider the other side of their activities. Nobody who knows what he is talking about will deny that they have at least – and I am putting it more moderately than I could do – rowed all their weight in the boat of scientific, intellectual and artistic progress, and they are doing so to this day. You will find them in every University, in every centre of learning; and at the very moment when they were being persecuted, when some of them, at all events, were being persecuted by the Church, their philosophers were developing thoughts which the great doctors of the Church embodied in their religious system. As it was in the Middle Ages, as it was in earlier times, so it is now. And yet, is there anyone here who feels content with the position of the Jews? They have been able, by this extraordinary tenacity of their race, to maintain this continuity, and they have maintained it without having any Jewish Home.

What has been the result? The result has been that they have been described as parasites on every civilization in whose affairs they have mixed themselves very useful parasites at times I venture to say. But however that may be, do not your Lordships think that if Christendom, not oblivious of all the wrong it has done, can give a chance, without injury to others, to this race of showing whether it can organize a culture in a Home where it will be secured from oppression, that it is not well to say, if we can do it, that we will do it. And, if we can do it, should we not be doing something material to wash out an ancient stain upon our own civilization if we absorb the Jewish race in friendly and effective fashion in these countries in which they are the citizens? We should then have given them what every other nation has, some place, some local habitation, where they can develop the culture and the traditions which are peculiarly their own.

I could defend – I have endeavoured, and I hope not unsuccessfully, to defend this scheme of the Palestine Mandate from the most material economic view, and from that point of view it is capable of defence. I have endeavoured to defend it from the point of view of the existing population, and I have shown I hope with some effect, that their prosperity also is intimately bound up with the success of Zionism. But having endeavoured to the best of my ability to maintain those two propositions, I should, indeed, give an inadequate view to your Lordships of my opinions if I sat down without insisting to the utmost of my ability that, beyond and above all this, there is this great ideal at which those who think with me are aiming, and which, I believe, it is within their power to reach.

It may fail. I do not deny that this is an adventure. Are we never to have adventures? Are we never to try new experiments? I hope your Lordships will never sink to that unimaginative depth, and that experiment and adventure will be justified if there is any case or cause for their justification. Surely, it is in order that we may send a message to every land where the Jewish race has been scattered, a message which will tell them that Christendom is not oblivious of their faith, is not unmindful of the service they have rendered to the great religions of the world, and, most of all, to the religion that the majority of your Lordships’ House profess, and that we desire to the best of our ability to give them that opportunity of developing, in peace and quietness under British rule, those great gifts which hitherto they have been compelled from the very nature of the case only to bring to fruition in countries which know not their language, and belong not to their race. That is the ideal which I desire to see accomplished, that is the aim which lay at the root of the policy I am trying to defend; and, though it be defensible indeed on every ground, that is the ground which chiefly moves me.

Source:

Reprinted in Brian McArthur, Penguin Book of Twentieth Century Speeches (London: Viking Penguin, 1992), pp. 88-90.

Voir aussi:

Derisionist History
Benny Morris
The Republic
November 28, 2009

Israel and Palestine: Reappraisals, Revisions, Refutations

By Avi Shlaim

(Verso, 392 pp., $34.95)

Avi Shlaim burst upon the scene of Middle Eastern history in 1988, with the publication of Collusion Across the Jordan: King Abdullah, the Zionist Movement, and the Partition of Palestine. Before that, as a young lecturer at Reading University in England, he had produced two books, British Foreign Secretaries Since 1945 (1977) and The United States and the Berlin Blockade, 1948–1949 (1983), and several revealing essays on modern Middle Eastern historical issues in academic journals. But it was Collusion Across the Jordan, with its 676 pages of solid and well-written research, that thrust him into the academic limelight.

Shlaim’s book traced the thirty-year relationship between the Jewish Agency for Palestine and, later, the government of Israel and Prince Abdullah (later King) of Transjordan (later Jordan), focusing on their secret friendly ties and mutual interests–the “collusion” of the title–during the 1948 war, and their unsuccessful secret peace negotiations, which were suspended just before Abdullah’s assassination by a Palestinian gunman in July 1951. Shlaim argued that Abdullah and the leadership of the Yishuv, the Jewish community in Palestine/Israel, were united in their fear and their hatred of Haj Amin Al Husseini, the leader of the Palestinian national movement, and also in coveting the territory of Palestine; and so they agreed, in the run-up to the 1948 war, to “collude” to prevent the Palestinians from establishing a state.

Bowing to the realities of power, Shlaim contended, the Hashemite king and the Zionists agreed to divide the territory between themselves. As it turned out, and despite fierce Israeli-Jordanian clashes in and around Jerusalem, this is exactly what happened in the course of the war, the Jordanians occupying and eventually annexing the West Bank–the core of the area allotted by the United Nations partition resolution of November 1947 for a Palestinian Arab state–and the Jews establishing the state of Israel on the remainder (minus the Gaza Strip, also allotted to the Palestinians, which Egypt occupied in the course of the war and held until 1967). And following the war, the two countries embarked on peace negotiations, but failed to conclude a deal. Shlaim argues that it was an unconciliatory Israel that was largely responsible for the diplomatic failure–as it was, also, for the failure to explore properly the options for peace with Syria and Egypt that opened up, in his view, in those immediate postwar years.

Much of Shlaim’s spadework, especially relating to Zionist-Arab diplomacy before, during, and after the war, was original, but his thesis itself, about the nature of Jordanian-Israeli relations before and during 1948, was not. Israel Ber–who had served as an important officer on the General Staff of the Haganah, the Yishuv’s main pre-state militia that changed its name later to the Israel Defense Forces (IDF), and on the General Staff of the IDF in 1949–1950 (before his resignation, he headed its Planning and Operations Department)–had suggested the “collusion” thesis in his book Israel’s Security: Yesterday, Today, and Tomorrow, published posthumously in 1966. And Dan Schueftan and Uri Bar-Joseph had presented and analyzed it in their learned and well-argued works, A Jordanian Option (1986) and The Best of Enemies (1987).

But Ber’s was an unannotated political essay by a discredited man–he was jailed in 1961 as a Soviet spy–and it appeared only in Hebrew. Schueftan’s work also appeared only in Hebrew, and Bar-Joseph’s drew little attention. Shlaim certainly did his work more thoroughly, and he wrote with verve and elegance. Though one or two critics suggested that Shlaim had given too much weight to oral testimony elicited decades after the events described, Collusion Across the Jordan enjoyed wide acclaim. Some of that, without a doubt, was owed to what was seen as the book’s anti-Israeli slant.

The title itself gave the game away. When two states, with whose policies and leaders one agrees, act in unison against a third party, their cooperation is usually described as an alliance or a partnership. “Collusion,” by contrast, is a pejorative term. The Concise Oxford Dictionary defines “collusion” as a “fraudulent secret understanding, especially between ostensible opponents as in a lawsuit.” For many Britons (the book first appeared in England), the word raised the specter of the “imperialist collusion” between Israel, Britain, and France in their attack on Nasser’s Egypt in 1956; all three were vilified by opponents of the war as conspiring against a relatively innocent and weak Third World third party. Heeding criticism of the loaded title, Shlaim later published an abridged version of his book under the title Politics of Partition, but subsequently he expressed remorse over his momentary lapse, and stated that he should have stayed with Collusion. (He resurrects the usage in his new book when he speaks of “the Sharon-Bush collusion” against the Palestinians during the Second Intifada.)

In Collusion Across the Jordan, only one of the parties to the “collusion” was pilloried–the Yishuv and its leaders, chiefly David Ben-Gurion, chairman of the Jewish Agency Executive and, from May 14, 1948, Israel’s prime minister and defense minister. Ben-Gurion is portrayed as conniving, inflexible, and war-mongering. The other party to the “collusion,” Jordan, was let off by Shlaim with barely a slap on the wrist. Indeed, Abdullah was held up as a wise, noble, and peace-craving statesman–a portrait, incidentally, that greatly endeared Shlaim to the Hashemite princes, and did much to open doors for him in Amman for his subsequent biography of King Hussein, Lion of Jordan: The Life of King Hussein in War and Peace, which appeared in 2008. (Abdullah was Hussein’s beloved grandfather.) The fact that Abdullah, in defiance of the U.N. resolution of 1947, had occupied the core area of the proposed Palestinian state, and during the following years did nothing to promote Palestinian statehood in the West Bank, and, indeed, did a great deal to stifle Palestinian nationalism, and that in 1949–1951 he had proved unable to persuade and unwilling to force his Cabinet to endorse peace or even a limited non-belligerency pact with Israel–all this was somehow exempted from the moral fervor that characterized Shlaim’s treatment of Israel.

To be sure, Shlaim’s attitude to Israel earned him prestige among his British, European, and Arab academic colleagues. So did his voluminous The Iron Wall (2000), a history of Israeli-Arab relations since 1948. In his new book, a collection of essays, in a piece called “Free Speech? Not for Critics of Israel,” Shlaim sums up that book not inaccurately: “The central theme of … The Iron Wall is that Israel throughout its history too readily resorted to military force, and has been unwilling to engage in meaningful diplomacy.”

In fact, The Iron Wall was more balanced than that. In the heat of his current pro-Palestinian righteousness, Shlaim forgets that The Iron Wall devoted many pages to the Israeli-Egyptian and Israeli-Syrian post–October War disengagement negotiations, which led to substantial Israeli troop withdrawals; and to the Israeli-Egyptian negotiations and peace treaty of 1977–1979, which saw Israel evacuate every last inch of the Sinai Peninsula; and to the Israel-PLO Oslo accords and the negotiations that resulted in the Israel-Jordan 1994 peace treaty. And while Ehud Barak’s (and Bill Clinton’s) efforts in 2000 to achieve an Israeli-Palestinian peace may not have been successful, they cannot be airily dismissed as “meaningless” diplomacy. Indeed, one can say that in the course of its sixty-year history, Israel has engaged in very meaningful diplomacy–and in diplomacy that resulted in its evacuation of huge swathes of territory (Sinai alone is three times the size of Israel) and in peace treaties with two of its Arab neighbors.

Shlaim often refers to himself as an Israeli, though Wikipedia’s designation of him as a “British historian” is more accurate: born in Baghdad in 1945 and educated as a historian in Britain, Shlaim has lived in the United Kingdom since 1966. He was one of a small group who emerged in the late 1980s and were lumped together and designated-actually by me, in an article in Tikkun, an American Jewish journal–as the “New Historians,” their collective work being the “New Historiography.” I included myself and my own work in this rubric. It countered the “Old Historiography” of the “Old Historians,” which painted a roseate portrait of Zionism and its works. The “Old Historians” generally ignored, omitted, or otherwise swept under the carpet all that was morally reprehensible and dubious and unwise in the activities of the Yishuv and Israel before and after 1948. The “New Historians,” availing themselves of Israel’s very liberal Archives Law and its newly opened archives (and also British, U.N., and American material), published a series of books in the late 1980s that were critical of the traditional Zionist historical narrative. Collusion Across the Jordan was one of those transgressive books.

Over the past decade, the New Historians–we were never a tightly knit school but were all, loosely, “of the Left”–have largely parted ways politically. Ilan Pappé, formerly of Haifa University and now of the University of Exeter; Tom Segev, a journalist at Ha’aretz who does history on the side (in The Seventh Million: Israelis and the Holocaust, an important work on the Yishuv’s reaction to the Holocaust and the role of the Holocaust in post-1948 Israeli politics, and most recently in 1967, a far less impressive work); and Avi Shlaim steadily drifted leftward (if that really is the direction of people expressing understanding and sympathy for the likes of Yasser Arafat and Hamas), largely under the impact of the Second Intifada. I myself, while still believing that a two-state solution is the only just solution to the Israeli-Palestinian conflict, have moved marginally rightward–and in Israel and Palestine, while mildly praising my historiographic work, Shlaim castigates me for this in an essay called “Benny Morris and the Betrayal of History.” (“Benny is in danger of becoming … ‘a genuine charlatan,’” Shlaim writes, which is a very British way of saying that I am a charlatan. Also “his post-conversion interpretation of history is old history with a vengeance … indistinguishable from the propaganda of the victors.” Shlaim fails to explain how, precisely, I have “betrayed history,” and his name-calling is motivated solely by political disagreement.)

Israel and Palestine, which will probably earn Shlaim more Israel-bashing brownie points than all his previous books combined, is a collection of academic essays and reviews, along with some journalistic articles about politics. The pieces are mostly an extended exercise in anti-Zionism, nothing more. There is also one interview, originally published in The New York Review of Books in 1999, in which Shlaim asks King Hussein about his meetings with Israeli officials and leaders from the 1960s until the 1990s, and about Jordan’s participation, or non-participation, in the wars of 1967 and 1973. The monarch’s responses are vague, fluffy, and imprecise (he often answers that he cannot remember but will later look for the relevant documents, which, of course, are never referred to again) and generally uninformative, heavily larded with avowals of goodwill and the love of peace.

The scholarly essays deal with “The Balfour Declaration and its Consequences”; “The Rise and Fall of the All-Palestine Government in Gaza,” an impotent, short-lived organization established by the Egyptians in September 1948 as a means of controlling Palestinian politics, countering King Abdullah’s territorial, claims and, if one is prone to generosity, providing the Palestinians with some sort of representation; and “Husni Zaim and the Plan to Resettle Palestinian Refugees in Syria.” This last essay, which was trailblazing when published in 1986, describes a peace overture by Husni Zaim, Syria’s short-lived prime minister.

Zaim ruled Syria from March 30, 1949, to August 14, 1949, when he was deposed and executed by his colleagues. Working through American and U.N. mediators, Zaim proposed peace with Israel, and also that Syria absorb a quarter of a million Palestinian refugees in exchange for Israeli cession of the eastern half of the Sea of Galilee (according to the U.N. partition resolution, the whole sea was to be within Israeli territory) and, by implication, the Israeli-owned strip of land to the east of the lake, which included Kibbutz Ein-Gev.

Israel and Syria were at the time in the middle of armistice negotiations, and Ben-Gurion suspected that Zaim’s move was a ploy to delay Syrian withdrawal from Israeli territory that it had conquered during the war, which Israel was demanding. At the same time Ben-Gurion believed that Zaim was not trustworthy. (The Syrian was apparently a CIA agent and had previously been in intermittent contact with Haganah intelligence officers.) Ben-Gurion was in any case unwilling to give up half of Israel’s major water resource, and to surrender hard-won territory in exchange for a bilateral peace agreement on which the Syrians could at any time renege. He refused to meet with Zaim until the Syrians agreed to withdraw from Israeli territory, and the Syrians rejected the Israeli proposal to negotiate at the foreign ministers level.

According to Shlaim, Zaim gave Israel “every opportunity to bury the hatchet and lay the foundations for peaceful coexistence in the long term,” but an “intransigent” Israel and a “short-sighted” Ben-Gurion “spurned” his offer and “frittered away” a “historic opportunity.” A historic opportunity? I am not so sure, and in the absence of Syrian documentation the seriousness of Zaim’s offer and his ability to carry it out remain unclear. (Itamar Rabinovich, in The Road Not Taken, highlighted Zaim’s internal problems in this respect.) Equally unclear is what would have been the fate, after Zaim’s death, of any agreement that he had signed. It is also worth asking whether a semi-arid country should give up half of its main water resource (and territory) in exchange for a peace treaty of doubtful longevity with a country that has just attacked it. Shlaim, intent on pillorying Israel, does not ask this question.

On the face of it, Shlaim’s essay on the Balfour Declaration–the British declaration of November 2, 1917, which supported the establishment of a “Jewish national home” in Palestine–appears to be a straightforward inquiry into what happened and why, based on the documents. Yet it exudes an unscholarly myopia, a selectivity in the use of documents, which hints at anti-Zionist prejudice. Why did the British issue such a seemingly uncalled-for and unrealistic declaration? After all, the Zionists, even “the Jews,” had little power in or over the British government or any other major government, and a very meager presence in Palestine itself. (In 1917 there were some 55,000 Jews and 650,000 Arabs in the country.) Indeed, the only Jew in the British government, Edwin Montagu, fiercely opposed Balfour’s declaration, and most of the world’s Jews were non-Zionists or anti-Zionists. All knew it would alienate tens of millions of Arabs and perhaps many Muslims besides.

So why did Britain issue the declaration? Shlaim devotes several pages to reviewing the prevailing explanations. Leonard Stein, in his classic study The Balfour Declaration, suggested that it was due to “the activity and skill [as a persuader]” of Zionist lobbyist and leader Chaim Weizmann. The historian Mayir Verete offered a contrary thesis: that the British government was motivated by “British imperial interests in the Middle East”–that is, safeguarding the Suez Canal from the east and keeping France out of Palestine. As an afterthought Shlaim adds that the British may have hoped to “enlist the support of the Jews of America and Russia” for the anti-German war effort, or to pre-empt a similar declaration by the German government. Again, imperial British wartime interests.

Shlaim then gives pride of place to Tom Segev’s explanation in his book One Palestine, Complete–“a [historiographic] step forward,” Shlaim calls it. According to Shlaim, quoting Segev, David Lloyd George, Britain’s prime minister in 1917, pushed the declaration out of “ignorance and prejudice.” Lloyd George “despised the Jews, but he also feared them,” believing in their world-embracing “power and influence.” The people who sired the document “believed the Jews controlled the world,” says Shlaim, quoting Segev. Which is to say, the Balfour Declaration was primarily a product of anti-Semitism. Historians love paradoxes, even fictitious ones.

Shlaim fails completely to mention the relevance of philo-Semitism and philo-Zionism as a decisive factor in the issuance of the declaration. Indeed, it was probably the single most potent factor in the support of the key Cabinet ministers: Lloyd George, Arthur James Balfour himself, Lord Milner, Robert Cecil, and Jan Smuts. Brought up on the Bible and on a belief in the Jews’ contribution to Judeo-Christian civilization, these potentates believed that Christendom owed the Jews a debt–and that it must atone for two thousand years of persecution by restoring them to their land. As Balfour told the House of Lords in 1922:

It is in order that we may send a message to every land where the Jewish race has been scattered, a message that will tell them that Christendom is not oblivious of their faith, is not unmindful of the service they have rendered to the great religions of the world, and most of all to the religion that the majority of Your Lordships’ house profess, and that we desire to the best of our ability to give them that opportunity of developing … those great gifts which hitherto they have been compelled to bring to fruition in countries that know not their language and belong not to their race? This is the ideal which I desire to see accomplished, that is the aim that lay at the root of the policy I am trying to defend; and though it be defensible indeed on every ground [he means imperial interests, and so on], that is the ground which chiefly moves me.

Shlaim would have it that Balfour, George, Milner, Smuts, and Cecil were all liars or dissemblers. I prefer to believe them. It was mainly their esteem and their sympathy for the Jews that drove them into supporting the harebrained scheme known as Zionism. No doubt material wartime interests and postwar imperial calculations also played a part. Yet Shlaim cannot resist an opportunity to assert his high ethical credentials, his anti-Zionism and anti-imperialism at once, two birds with one stone: “Britain had no moral right to promise a national home for a tiny Jewish minority”–why “tiny”? The Zionists expected millions to pour into the country, as in fact they did–“in a predominantly Arab country. It did so not for altruistic reasons but for selfish and misguided ones.”

Shlaim once said that he believes historians should not merely describe and analyze but also act as “judge and jury” (or was it “judge, jury, and executioner”?)–that it is their responsibility to pass moral judgment on the actions (and the thinking?) of their protagonists. He has a powerful confidence in his own “moral compass.” He once wrote that I had lost mine. I do not believe that historians should moralize in their historiography: it is a sign of hubris, and it is tedious. My belief is that historians should seek truth, not “justice,” and describe and analyze events, using as wide a range of sources as possible to try and work out why people acted as they did and what were the consequences–and then let the reader judge, using his or her own “moral compass,” whether the protagonists were right or wrong, wise or unwise.

Shlaim concludes his essay on the Balfour Declaration with the flat personal assertion that “I can only agree with Sir John Chancellor [British high commissioner to Palestine, 1928–1931] that the Balfour Declaration was a colossal blunder–it has proved to be a catastrophe for the Palestinians and it gave rise to one of the most intense, bitter, and protracted conflicts in modern times.” But of course it was not the declaration but Zionism itself–the successive waves of Jewish immigration to Palestine, and the creation of Jewish social and political and economic institutions there, with the aim of recreating a sovereign Jewish state–that gave rise to the conflict.

What does all this tell us about Shlaim’s views? Well, he sets out his credo in the introduction to Israel and Palestine, where he tells us that “The Jews are a people and, like any other people, they have a natural right to national self-determination. In the aftermath of the Second World War, the moral case for a Jewish state became unassailable…. This was the background to the U.N. resolution of 29 November 1947 … an international charter of legitimacy for the Jewish state…. Arabs … felt that the gift of Palestine to the Jews was illegal. However, a resolution passed by the UN General Assembly by a large majority cannot be illegal. It may be unjust but not illegal.” Subsequently, Israel and the Arab states agreed in armistice negotiations and accords on Israel’s borders. “These are the only borders,” Shlaim writes, “that I regard as legitimate.” So, he concludes, “I believe the creation of the State of Israel involved a terrible injustice to the Palestinians…. I fully accept the legitimacy of the State of Israel within its pre-1967 borders.”

In 1967, Israel conquered the West Bank, East Jerusalem, the Golan Heights, Sinai, and the Gaza Strip. In November of that year, the U.N. Security Council passed Resolution 242. The resolution, Shlaim informs us, stressed “the inadmissibility of the acquisition of territory by war, and the resolution … called on Israel to give up the territories it had captured in return for peace.” Actually, the resolution, in its definitive English version, spoke of giving up not “the territories” but “territories,” as Shlaim notes elsewhere in his book. “But,” he continues, “Israel preferred land to peace.” Actually, it has been a mixed bag–as Shlaim well knows. Israel gave up the Sinai Peninsula in exchange for peace with Egypt, and hundreds of square kilometers of territory in exchange for peace with Jordan, and on June 19, 1967 (and, again, in 1994–2000) offered to give up the Golan Heights in exchange for peace with Syria. It has also given up the Gaza Strip without getting any peace in return. In the case of the West Bank and East Jerusalem, matters have been more complicated and Israel has been less “giving.” But historically speaking, the bald claim that “Israel preferred land to peace” is something less than a half-truth.

About more recent times, Shlaim has this to say: “I reject, and reject utterly, completely and uncompromisingly, the Zionist colonial project beyond [the pre-1967 borders].” And also this: “Ilan Pappé and I [following the Second Intifada] … held on to our belief that Israel bears the primary responsibility for both the persistence and the escalation of the conflict” This is a persistent nonsense. Far fewer Israelis or Palestinians have died in the major bouts of violence of the past three decades than, say, in 1948, or 1973; and of course both peoples suffered far more in 1948. The recent Israeli-Palestinian bouts of violence, the First Intifada (roughly 1987–1991) and the Second Intifada (roughly 2000–2004), have been more prolonged than the previous wars, but far less bloody and exacting. And as for the wider Israeli-Arab conflict, the region has seen, strategically speaking, a substantial de-escalation, with two Arab states making peace with Israel during the past three decades. There were wars between Israel and Arab states in 1948, 1956, 1967, 1973, and 1982, but none since then. And the recent bouts of violence between Israel and Hezbollah in 2006 and Israel and Hamas in Gaza in 2008–2009 were extended campaigns between a state and terrorist organizations, not “wars.”

As for the future, Shlaim writes: “The only fair and reasonable solution is the partition of Palestine … a two-state solution.” Presumably he means a Jewish state called Israel in the pre-1967 borders and a Palestinian Arab state composed of the West Bank, Gaza, and East Jerusalem. He does not tell us whether he is amenable to minor border changes between the two states to allow, say, for the incorporation in Israel of Jewish settlement blocs along the Green Line (the pre-1967 demarcation line between Israel and the West Bank) or, for that matter, of border-hugging Israeli Arab settlements in a Palestinian state.

All in all, there is much to be said for Shlaim’s credo. The problem with Israel and Palestine is the dissonance, which is sometimes very jarring, between these lofty professions of faith and Shlaim’s assertions (and their tone) about the very recent history of the conflict, which are not just critical of Israel’s post-1967 expansionism, but also unrestrainedly anti-Zionist and anti-Israeli. On page 307, for example, he tells us that the establishment of Israel “involved a monumental injustice to the Palestinians,” and goes on to quote a leading British Foreign Office anti-Semite, John Troutbeck, in 1948, to the effect that the Americans were responsible “for the creation of a gangster state headed by ‘an utterly unscrupulous set of leaders’.” Shlaim comments: “I used to think this judgement was too harsh,” but then Israel’s “vicious” assault on Gaza in December 2008–January 2009 “reopened the question.” His logic here is faulty: either Israel’s leaders in 1948 were “unscrupulous” and Israel was, at its inception, a “gangster state,” or it was not. These have nothing to do with how Israel behaved, or allegedly behaved, sixty years later. But more alarming than Shlaim’s lapse of logic is the content of his assertion, which seems to involve a renunciation of the credo that I have just outlined. “Legitimate” and “gangster state” have some difficulty in co-existing.

Palestinian political aspirations, then and now, were “just,” according to Shlaim. He never applies the word to Zionist aspirations, before 1948 or after. Was Israel’s establishment “just,” and is its continued existence “just,” in light of the monumental “injustice” that it caused the Palestinians? Should the Jews never have established their state in Palestine? Shlaim implicitly leaves on the table the standard Palestinian argument that the Palestinians have had to pay for an injustice committed against the Jews by others. Nowhere in this book does Shlaim say a word about the Jewish people’s three-thousand-year-old connection to the Land of Israel–that this land was the Jewish people’s cradle; that they subsequently ruled it, on and off, for over a thousand years; and that for the next two millennia, after going into exile, they aspired and longed for repatriation. Nor does he mention that the Arabs, who had no connection to Palestine, in the seventh century conquered the land “unjustly” from the Byzantine Empire and “illegally” settled in it, forcibly converting it into an “Arab” land. If conquest does not grant rightful claim, then surely this should be true universally?

Nowhere does Shlaim tell us of the persecution, oppression, and occasional mass murder of Jews by Muslim Arabs over the centuries, starting with Muhammad’s destruction of the Jewish communities in Hijaz and ending with the pogroms in Aden and Morocco in 1947–1948. And nowhere does Shlaim point out that the Palestinian Arabs had an indirect hand in causing the death of European Jewry during the Holocaust, by driving the British, through anti-British and anti-Zionist violence, to shut the gates of Palestine, which was the only possible safe haven, after the United States and the Anglo-Saxon world had shut their gates to escaping European Jews. And, more directly, Palestinian (and other Arab) leaders contributed to the Holocaust by politically supporting Hitler and, in the case of Haj Amin al Husseini, actually working in Berlin for the Third Reich, peddling Nazi propaganda to the Arab world and raising troops for the Wehrmacht.

Most scholars try to be thoughtful, moderate, and balanced when putting their thoughts into print, even if they are more truculent and extreme in their speech. Shlaim is the opposite. On stage, he is all sweet reasonableness, sensitive and fair-minded, in the manner of an Oxonian gentleman; but in print he is harsh, unbalanced, immoderate, and occasionally wild. He calls the young Yitzhak Rabin a “predator.” Ariel Sharon is variously described as a “bully” and “merciless,” his career marked by “the most savage brutality.” Shlaim even speaks of Sharon’s “attempts to destroy the Palestinian people.” In 2002, at the height of the Second Intifada, when Sharon was prime minister, he “waged a savage war against [the Palestinian] people which included … the bombardment of refugee camps … attacks on medical facilities … and summary executions.”

To be sure, in the Second Intifada there was quite a bit of “savagery”–but most of it was Palestinian. I know that terrorism is the inevitable–and for Shlaim and his ilk, the “understandable”–weapon of the weak. But the massive terrorism of the Palestinians, religious and so-called secular (both Hamas and Fatah suicide bombers believed that they were headed for heaven), truly merited the designation “savage”; and it was the series of suicide bombings that culminated in the Passover bombing at the Park Hotel in Netanya, with thirty-five dead and dozens of severely wounded, that triggered the IDF reoccupation of the Palestinian cities, which was actually conducted with great care for the lives of civilians. Though the Palestinians shouted “massacre” at every turn, as they have done for more than sixty years whenever Israel retaliates following their own acts of savagery, there was almost no deliberate killing of civilians by Israel in the four-year-long Second Intifada (whereas most of Israel’s 1,300 or so dead were deliberately targeted civilians). Of the four thousand Arabs killed, less than one-third were civilians. This is not nothing, but it is not quite what Shlaim says it is.

The Israeli Air Force did not, as Shlaim states, “bomb refugee camps.” Had it done so, there would have been hundreds or thousands of dead after each mission, but this was not the case. The IAF bombed specific targets in refugee camps (and outside them)–terrorist headquarters, the homes of terrorist leaders, military bunkers, and so on. There certainly were casualties–but this was inevitable, given that the Palestinians, in 2002 as today, placed their arsenals, their command posts, and their hideaways inside and on the peripheries of refugee camps. During the Israeli assault on Hamas in Gaza at the end of 2008, the Hamas leaders sat out the campaign in the basement of Gaza’s Shifa Hospital, gambling-correctly–that Israel would not bomb or storm a hospital.

And is Shlaim fair in his description of Sharon’s career? Take the phrase “the most savage brutality.” Presumably he is referring to the young Sharon who, in October 1953, led the infamous IDF attack on the West Bank village of Kibya, in which about sixty villagers were killed (in retaliation for a terrorist grenade attack at the nearby Israeli settlement of Yehud, in which a mother and her two children were murdered). If Kibya may be described as “the most savage brutality,” then what words are left to describe, say, Iraq’s gassing of thousands of Kurds in the 1980s, or the Sudanese Arabs’ mass murder of Darfurians and Christians, or Syria’s slaughter of twenty thousand or so Muslims in its own city of Hama in 1982? Were Sharon’s various campaigns, including the assault on the PLO in Lebanon and the reoccupation of the West Bank’s cities in 2002, after a string of suicide bombings claimed hundreds of Israeli lives in Tel Aviv, Netanya, Haifa, and Jerusalem, really “attempts to destroy the Palestinian people”–as, say, Turkey’s slaughter of the Armenians in World War I or Hitler’s murder of the Jews in World War II, were “attempts to destroy” peoples? Orwell would have charged Shlaim with abusing the English language, and noted, too, that Shlaim’s careless and inflammatory hyperbole is always directed against only one party.

When it comes to the Arabs, Shlaim is often mealy-mouthed, hesitant, disingenuous, and laudatory. Thus he tells us at one point that “the Palestinian people succeeded in building the only genuine democracy in the Arab world with the possible exception of Lebanon and Morocco.” I am sure that the imprisoned opponents of the absolutist monarchy in Rabat would be much amused–as would various Shiites, Greek Catholics, and Sunni Muslims in Lebanon. So would the Fatah prisoners tortured in Hamas jails in Gaza, and the Hamas prisoners tortured in Fatah jails in the West Bank. Does a single relatively open and successful general election transform a polity into a democracy?

One-sidedness and plain unfairness permeate almost every subject touched and every argument propounded in Israel and Palestine, perverting and distorting history. Take Shlaim on the post–Second Intifada Sharon. In 2005, breaking away from the Likud, Sharon uprooted all Israeli settlements in, and withdrew from, the Gaza Strip, and indicated that he intended a similar unilateral withdrawal–as he believed there was no peace partner on the other side with whom he could reach agreement–from the bulk of the West Bank. The evacuation from Gaza should have cheered Shlaim, who supports Israeli withdrawal from the territories. Instead he divines a nefarious plot, hatched with George W. Bush’s complicity. “The real purpose behind the plan,” Shlaim writes, “was to sweep away the remnants of Oslo, to undermine the position of Yasser Arafat and the Palestinian Authority, and to derail the road map [for a two-state solution]…. The plan is a pitch for politicide.” Presumably, if and when Israel pulls out of the bulk of the West Bank–again unilaterally, as there is still no credible Palestinian partner for peace–Shlaim will continue to inveigh against Israeli plots and Israeli-American conspiracies.

Sharon, who a few months after the Gaza pullout had a massive stroke and departed the political arena, never made clear how much of the West Bank he intended to evacuate. He was the driving spirit behind the construction of the security barrier separating the territory from pre-1967 Israel. The barrier probably indicated the lines to which Sharon intended to withdraw, though the initial motivation for building the barrier was to keep out suicide bombers, and in this purpose it was highly successful. The barrier–more than 90 percent of it is a fence, though Shlaim refers to it, in line with common Arab and Western usage, as “the wall”–incorporates (or will do so, when it is finished) about 7 percent of the West Bank into Israel. This 7 percent includes the large border-hugging settlement blocs that Israel intends to keep, and that both President Clinton and President Bush agreed should be ceded to Israel, with Israel compensating the Palestinians with land elsewhere. In Shlaim’s account, however, the “wall will gobble up by the time it is completed … 15 to 25 percent” of the West Bank–an exaggeration by 200 to 300 percent–and, alongside the Barak-Clinton peace plan (or “parameters”) of July and December 2000, will slice up the West Bank into several “bantustans,” preventing a contiguous Palestinian state.

Of course, a Palestinian state, if it ever emerges, will never be contiguous, inasmuch as the West Bank and Gaza Strip are separated by Israeli territory; but neither the barrier nor the Barak-Clinton proposals would have violated the contiguity of the West Bank (see the relevant map at the start of Dennis Ross’s The Missing Peace). Shlaim also charges that the barrier creates “an environmental catastrophe.” This, too, is hysterical nonsense. It is true that the barrier separates several thousand villagers from their fields and workplaces, making their lives difficult and requiring complicated improvisatory solutions. But bombs exploding in downtown Tel Aviv and Haifa–as happened almost daily at the height of the Second Intifada, which is what drove the construction of the barrier–also creates “difficulties.” These “difficulties” never exercise Shlaim and his “moral compass.”

Shlaim fails in this volume to properly describe what was without doubt a historic turning point in the conflict: the Barak-Arafat-Clinton negotiations in Camp David in July 2000, and the subsequent “Clinton Parameters” of December 2000. He fails to inform his readers even of what it was that the Palestinians were offered. Instead he declares that “the most fundamental cause of the failure … lies not in Arafat’s psychological makeup but in Barak’s package.” He singles out Barak’s demand that the Palestinians agree that the offered package would be final–that is, agree to an “end of conflict” and an “end of claims.” “This remorseless insistence on finality,” Shlaim explains, “was in fact part of the problem, not the solution,” as if most peace treaties include a loophole that one of the parties may resume hostilities after signing the treaty if all its demands are not met.

The Barak offer–a Palestinian state on 100 percent of the Gaza Strip and 91 percent of the West Bank–“was a reasonable basis,” Shlaim says, “for an interim agreement, not for the final end of the conflict.” Is Shlaim hinting here that he supports such Palestinian demands as the full repatriation of the five million refugees to the territory of pre-1967 Israel, the “right of return” espoused by the PLO and Hamas (and all the Arab states)? He doesn’t tell us. Nor, indeed, does he tell his readers that Clinton, in his “Parameters,” substantially upped the ante by awarding the Palestinians 95 percent of the West Bank, and sovereignty over half of Jerusalem and the surface area of the Temple Mount–and that the Palestinians again responded with a flat “no.” Again, bizarrely, Shlaim speaks of an Israeli-American “conspiracy” to “corner” the lamb-like Palestinians, which they rightly defied.

Nowhere in this volume is Shlaim more scathing than in his criticism of Israel’s retaliatory assault on Hamas in Gaza in December 2008–January 2009. “Merciless,” “unremitting brutality,” “totally disproportionate,” “indiscriminate”: these are some of the phrases he uses. He concludes his book by asserting that Israel has “become a rogue state with ‘an utterly unscrupulous set of leaders’ … In Gaza it went too far: It sowed the wind and it will surely reap the whirlwind.” Is he referring to a possible Iranian nuclear attack on Israel? Is he justifying it in advance?

At one point Shlaim concedes that “Hamas is not an entirely innocent party in this conflict.” But he quickly buries this observation under his own display of the basic inability of many Western liberals to come to grips with the phenomenon that they are confronting: true believers with a fundamentalist ideology. Shlaim says that it is wrong to portray the Hamas as “just a bunch of religious fanatics…. The simple truth is that the Palestinian people are a normal people with normal aspirations. They are no better but they are no worse than any other national group.”

But the Hamas leaders daily repeat the slogan, from their Charter or Constitution of 1988, that “Israel will exist until … Islam will obliterate it.” Does that sound like a “normal aspiration”? Do most people around the world speak this way about their neighbors? What does this, or the mass festivities in the streets of Nablus and Gaza when a suicide bomber successfully exploded in a bus in Tel Aviv, tell us about the Palestinians, who voted Hamas into power in free elections in 2006? Shlaim blithely informs his readers that “like other radical movements, Hamas began to moderate its political program following its rise to power.” He acknowledges “the ideological rejectionism” of Hamas’s charter, but he declares confidently that Hamas has begun “to move towards pragmatic accommodation of a two-state solution. Its spokesmen said many times that they would accept a Palestinian state within the 1967 borders and offered a long-term truce on that basis.”

Shlaim hears what he wants to hear, not what is actually said. The “moderate” Hamas leader Ismail Haniya almost daily repeats that Hamas will never recognize Israel, and less frequently says that it will continue the struggle until all of Palestine reverts to Palestinian Muslim rule. Hamas “extremists” such as Khalid Mashal speak even more firmly about Israel’s eventual demise and its replacement with a Muslim polity governed in line with sharia law. Indeed, sharia has been gradually imposed, without much fanfare, in the Gaza Strip since Hamas gained dominion there–no mixing of the sexes in public, harsh dress codes, no alcohol, no cinemas, no Internet cafes, and, gradually, no Christians (a few have been murdered, most have left).

True, Hamas’s leaders over the past few years have sometimes spoken about a prolonged truce–if Israel first agrees to withdraw to the 1967 borders and accepts the “right of return” of the refugees. Is this tantamount to accepting a two-state solution? Of course not. And we are talking tactics, not strategy. Hamas, despite massive pressure by the Palestinian Authority, Israel, and the United States, has been firm in resisting changes in its political goals, which are the destruction of Israel and the imposition of sharia law. When Hamas leaders amend the Charter in accordance with Shlaim’s irenic fantasies, I will start to believe that it is changing; but not a moment before.

About Israel’s restrictions on the flow of goods into the Gaza Strip since the Hamas takeover, Shlaim observes that “the aim was to starve the people of Gaza into submission” and resulted in “a humanitarian catastrophe.” This is simply wild. Darfur is a humanitarian catastrophe. Somalia at times has been a humanitarian catastrophe. But Gaza? As far as I know, no Gazan has died of thirst or starvation. There are no African-style bloated bellies there. It is true that Israel has barred the importation of iron and steel and other materials needed for reconstructing houses destroyed or damaged in the December 2008–January 2009 campaign (and, in my view mistakenly, also barred the entry into Gaza of various other goods). But Israel argues, with solid logic, that Hamas would immediately use these materials to rebuild bunkers, munitions storage facilities, trenchworks, and the other institutions and instruments of its aggression.

Without a doubt, history has ill-served the Palestinians. They became a separate and distinct “people” (while remaining part of the greater Arab “people”) as a result of the Zionist enterprise and the Zionist challenge, and Zionism has caused them repeated bouts of suffering. Their persistent rejection of compromise, as expressed by their successive leaders, has had a major role in the perpetuation of this suffering. And this suffering appears to fuel Shlaim’s animosity toward Israel. But there is a mystery here. Many intellectuals, in Israel as in the West, have been moved by the Palestinians’ history and their plight, but at the same time they have remained sympathetic to Israel’s predicament, and admiring of its real and in some ways incomparable achievements over the past six decades. In Israel and Palestine, by contrast, there is no sign of any such complex sympathy. For Shlaim, Israel and its leaders can do no right. It all begins to seem very personal. What is the source of this bias and this resentment? It is always hazardous to speculate on the motives of writers and scholars. Perhaps one day Shlaim will enlighten us on this score.

Benny Morris is a professor of Middle Eastern history at Ben-Gurion University and the author, most recently, of 1948: A History of the First Arab-Israeli War (Yale University Press).


Cinéma: L’immigration comme perte de l’innocence (The much vaunted idyllic life of the Jews in Arab lands is a myth!)

30 novembre, 2009
Lettre à la prison (Marc Scialom)Personne ne nous fera croire que l’appareil judiciaire d’un Etat moderne prend réellement pour objet l’extermination des petits bureaucrates qui s’adonnent au café au lait, aux films de Fernandel et aux passades amoureuses avec la secrétaire du patron. René Girard (Critiques dans un souterrain, 1976)
Le thème du poète maudit né dans une société marchande (…) s’est durci dans un préjugé qui finit par vouloir qu’on ne puisse être un grand artiste que contre la société de son temps, quelle qu’elle soit. Légitime à l’origine quand il affirmait qu’un artiste véritable ne pouvait composer avec le monde de l’argent, le principe est devenu faux lorsqu’on en a tiré qu’un artiste ne pouvait s’affirmer qu’en étant contre toute chose en général. Albert Camus
Que pèse le rappel des vexations, des meurtres mêmes, devant la nécessité de croire en une complémentarité judéo-musulmane? Patrick Simon
Tahar est un jeune Tunisien envoyé par sa famille pour aller soutenir son frère, emprisonné à Paris pour meurtre. Mais quand il débarque à Marseille, Tahar ne prend pas le train. Il erre dans la ville frontière où se mêlent deux mondes, celui qu’il vient de quitter et celui qui a transformé son frère. Tel est le synopsis de » Lettre à la prison » , film réalisé par Marc Scialom. Un sujet qui aurait très bien pu être filmé en caméra numérique voici quelques semaines tant cette situation semble contemporaine. Rue 89
Nous sommes en 1969. La plupart font le voyage pour trouver du travail. Pas celui dont on entend la voix, en off : lui vient rendre visite à son frère, incarcéré à Paris, accusé d’un crime qu’il nie avoir commis. (…) Sur le mode du dérèglement sensoriel, du brouillage identitaire vertigineux, l’expérience de l’immigré est restituée ici comme une expérience de l’étrangeté absolue. Conduit à ruser avec des règles qui le limitent en tout, comme les barreaux d’une prison mentale, il en vient à se penser lui-même suspect. Ses certitudes vacillent. Après tout, peut-être son frère l’a-t-il bien tuée cette femme “trop blanche”, “trop riche”, cette femme “qui n’était pas pour lui”, comme le pense leur cousin. L’immigration comme perte de l’innocence, telle est la toile de fond de ce film magnifique, qui n’assène aucun message. Et c’est bien ce qui lui fut reproché. (…) A l’heure où “l’identité nationale” envahit le débat public, ce film réalisé par un immigré tunisien de culture juive sur un immigré tunisien de culture musulmane pose des questions essentielles, avec l’intelligence et le regard d’un grand artiste. Le Monde
En 1970, un jeune tunisien débarque pour la première fois de sa vie en France, où il est chargé par sa famille de porter secours à son frère aîné, accusé à tort d’un meurtre et emprisonné à Paris. Il fait d’abord halte à Marseille. Là, il rencontre des tunisiens étrangement différents de ceux qu’il croisait en Tunisie, des Français qui lui paraissent énigmatiques et une ambiance générale assez inquiétante à ses yeux pour le faire douter peu à peu de ce dont il était sûr, c’est-à-dire de l’innocence de son frère, de sa propre innocence, de sa propre intégrité mentale. Le thème développé dans ce film est celui d’une identité culturelle et personnelle mise en péril, sur fond de post-colonialisme. Résumé du film Lettre à la prison
J’étais un exilé moi-même et je voulais montrer ce que je connaissais: la perte d’identité de la jeune génération qui débarquait en France. Une perte culturelle, mais aussi personnelle : “Je suis arrivé en un lieu où je ne suis plus moi. Qui suis-je alors ?” Cette perte d’identité se doublait souvent, pour les arrivants, d’un sentiment de culpabilité qu’on leur flanquait à la gueule et qu’ils intériorisaient au point de se sentir devenir “le salaud” (…) l’aspect onirique du film n’a pas plu à l’époque. Jean Rouch trouvait le film surréaliste. C’était un compliment, mais quand je l’ai montré à Chris Marker, il ne m’a rien dit. Nous étions amis et il n’a pas déserré les dents. J’en étais très choqué et, plus tard, ses amis m’ont dit : “Pas politique !” Ça voulait dire que, pour eux, je m’éloignais du militantisme pour faire un cinéma de petit-bourgeois nombriliste. Dans ce milieu, parler de ses rêves, exprimer sa subjectivité, était mal vu. La gauche, que je fréquentais, n’a donc pas aimé le film, et les autres non plus parce que ça n’était pas un film montrant les Arabes sous un jour exotique. Le film n’entrait dans aucun créneau. On me disait : “Qu‘est-ce que vous voulez qu’on fasse avec ça ?” Marc Scialom
Le film qui m’a touché et encouragé, c’est A bout de souffle. Quand je l’ai vu sur les Champs-Elysées, je suis aussitôt aller acheter une lampe de poche et un carnet de notes et je suis retourné le voir plusieurs fois. Je sentais que l’énergie se situait non pas à l’intérieur de chaque plan, mais dans le passage de l’un à l’autre, dans le choc de la “collure”. C’est cette énergie que j’ai essayé de trouver dans Lettre à la prison. J’ai tourné sans argent, avec les gens que je trouvais. L’interprète principal était un ami d’amis. Il était algérien, et son personnage tunisien. C’était un ouvrier qui logeait dans un foyer Sonacotra, qui vivait mal, et qui a fini par retourner en Algérie parce qu’il ne supportait plus la France. Marc Scialom
Quand on voit maintenant les relations qu’ont les juifs avec les arabes, c’est triste quand on pense à la cohabitation qu’ils avaient avant (…) Pour moi, Belleville c’est à peu près l’image que j’ai de Tunis. Pourtant c’est un quartier délabré, les immeubles tombent en ruine, mais quand je vois des juifs, des arabes, des noirs, des blancs, des chrétiens… je vois de tout à Belleville, et je vois rarement de bagarres. Je me dis que ça devait être comme ça à Tunis. Quand je vois des gens qui crient par la fenêtre pour appeler leurs enfants, qu’il y a plein de gens dans la rue, une foule incroyable, des gens à la terrasse des restaurants en été, je me dis : “vraiment, ça devait être ça à Tunis”. Jeune fille d’origine tunisienne née à Paris en 1980 (entretien réalisé par l’historien Patrick Simon)
Quand j’étais jeune, on me disait : “le juif errant, celui qui était en Pologne, il a été en Allemagne, d’Allemagne il a été en Russie, de Russie il a été France, de France il a été…”. Heureusement que nous on n’est pas comme ça. On est bien, on vit bien, on travaille bien, on s’entend avec tout le monde. Et puis quand j’ai pris le bateau, j’ai dit : “bon Dieu, je deviens juif errant comme les autres”. Je quitte la Tunisie pour aller en France, je suis comme tous les juifs errants : d’un côté à l’autre, d’un côté à l’autre. Juif tunisien (né en 1921 à Tunis, parti en 1961)
La fameuse vie idyllique des juifs dans les pays arabes, c’est un mythe ! La vérité [...] est que nous étions d’abord une minorité dans un milieu hostile ; comme tels, nous avions toutes les peurs, les angoisses, le sentiment constant de la fragilité des trop faibles. Aussi loin que remontent mes souvenirs d’enfant, dans les récits de mon père, de mes grands-parents, de mes tantes et oncles, la cohabitation avec les Arabes n’était pas seulement malaisée, elle était pleine de menaces, périodiquement mises à exécution. Il faut tout de même rappeler ce fait lourd de signification : la situation des juifs pendant la colonisation était plus sûre, parce que plus légalisée. Car sur la période qui a précédé la colonisation, la mémoire collective des juifs de Tunisie ne laisse aucun doute. Il suffit de reprendre les quelques récits, les quelques contes qui en restent : c’est une sombre histoire. Les communautés juives vivaient dans les ténèbres de l’histoire, l’arbitraire et la peur, sous des monarques tout-puissants, dont les décisions ne pouvaient être abolie ni même discutées. Tout le monde, direz vous, était soumis à ces monarques, sultans, beys ou deys. Oui, mais les juifs n’étaient pas seulement livrés au monarque, mais à l’homme de la rue. Mon grand-père portait encore des signes vestimentaires distinctifs, et il vivait à une époque où tout passant juif était susceptible de recevoir des coups sur la tête de tout musulman qu’il rencontrait. Cet aimable rituel avait même un nom : la chtaka, et comportait une formule sacramentelle, que j’ai oubliée. Un arabisant français m’a objecté, lors d’une réunion ” En pays d’islam les chrétiens n’étaient pas mieux lotis”. C’est vrai, et alors ? C’est un argument à double tranchant : il signifie en somme que personne, aucun minoritaire, ne vivait en paix et dans la dignité dans un pays à majorité arabe ! ” (…) C’est notre complaisance de déracinés qui ont tendance à embellir le passé, qui, dans leur regret de l’Orient natal, minimisent, ou effacent complètement le souvenir des persécutions. Albert Memmi (“Juifs et Arabes”, 1974)
Cette représentation idyllique occupe une place d’autant plus importante dans la mémoire qu’elle propose une lecture optimiste des rapports judéo-musulmans, au moment où l’actualité est dominée par la tension constante en Israël. Bien entendu, la mémoire ment quand elle enjolive à l’excès la situation des juifs en Tunisie. Le besoin irrépressible de gommer les drames, de lisser les aspérités conflictuelles s’est manifesté très tôt. Il n’est du reste pas spécifique aux juifs tunisiens, mais a été constaté également pour le Maroc et l’Algérie. Albert Memmi attribue le succès de ce mythe à cinq facteurs, dont la propagande arabe qui aurait cherché, dans le cadre du conflit israélo-arabe, à opposer juifs maghrébins et européens. Mais la principale responsabilité serait portée par les juifs des pays arabes eux-mêmes que Memmi (auto)critique avec lucidité. Patrick Simon
Emeutes contre la Hara (janvier 1952, 1 mort), relations postales avec Israël supprimées et agressions nocturnes (1956), expropriations du vieux cimetière de Tunis (1957), suppression du statut juif (loi du 11 juillet 1958), tunisation de l’administration avec l’indépendance (1956), destruction de la grande synagogue de Tunis (1960), violences après l’affaire de Bizerte (1961), expropriations (1960-61 – argent emporté imité à un dinar = 2 euros), pillage du quartier juif de Tunis et synagogue saccagée (1967) …
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“A l’heure où “l’identité nationale” envahit le débat public, ce film réalisé par un immigré tunisien de culture juive sur un immigré tunisien de culture musulmane” dixit Le Monde …

“Un sujet qui aurait très bien pu être filmé en caméra numérique voici quelques semaines tant cette situation semble contemporaine.” dixit Rue 89

A l’heure où, avec la sortie d’un film jusqu’ici inédit du réalisateur français d’origine judéo-italo-tunisienne Marc Scialom (“Lettre à la prison”, tourné à Marseille en 1969 mais jamais sorti faute de financements), nos médias nous ressortent l’équation immigré juif tunisien-immigré musulman tunisien …

Et où, près de 70 ans après L’Etranger et sur l’air de 40 ans plus tard rien n’a changé, on nous rejoue le numéro de l’immigré comme étrangeté absolue ou le thème, que Camus avait lui-même dénoncé dans la Chute, du meurtrier innocent (ou accidentel comme dans “A bout de souffle”) …

Retour, avec les extraits d’une étude de la communauté judéo-tunisienne de Belleville par l’historien Patrick Simon, sur ce qu’occulte cette fascination pour ces nouveaux “bons sauvages” que sont devenus les immigrés musulmans et la vision prétendument idyllique des rapports franco ou judéo-musulmans (y compris pour les juifs eux-mêmes).

A savoir, le véritable arrière-plan historique de ce que fut l’exil, après 2000 ans d’histoire, des juifs de Tunisie …

Brutalement rappelés, notamment après la Crise de Bizerte (dont Sciamon avait d’ailleurs tiré un court roman – “Loin de Bizerte”, 1967) et surtout la Guerre des Six-Jours, à leur destin de juifs errants

(…)

Amorcée dès le début des années 50, l’émigration des juifs s’est précipitée avec l’accession à l’indépendance de la Tunisie en 1956. Pourtant, l’histoire et la situation de cette communauté ne se confondait pas avec l’expérience coloniale. La présence juive en Tunisie remonte aux premiers siècles de notre ère et si l’entrée en vigueur du protectorat français sur la Tunisie beylicale, après la signature du traité du Bardo en 1881, allait engager d’importantes transformations du statut des juifs, ceux-ci n’intégreront jamais la société des colons. Après la conquête française, les juifs de Tunisie ont continué à constituer une minorité distincte des musulmans, des Français et des nombreux Italiens ou Maltais venant compléter la mosaïque tunisienne. Le système de cohabitation reproduisait celui en vigueur dans l’empire ottoman, laissant une certaine autonomie aux minorités tout en leur attribuant des places subalternes6. Mais l’arrivée de la puissance coloniale française allait bouleverser la hiérarchie du pouvoir. Occupant les positions dominantes, les nouveaux maîtres du pays ont en quelque sorte contribué à atténuer les écarts entre les autres composantes de la société tunisienne qui sont devenus, par la force du pouvoir colonial, des « indigènes ».

La présence française favorise le mouvement d’occidentalisation de la communauté juive initié dès la seconde moitié du XIXe siècle. Cependant, la situation juridique du protectorat placera les juifs de Tunisie dans une position très différente de celle de leurs voisins d’Algérie. Placés sous l’autorité du Bey, ils ne bénéficieront d’aucune procédure de faveur pour accéder à la nationalité française qui leur reste pratiquement inaccessible jusqu’en 1927. Ce statut juridique aura, on s’en doute, des conséquences considérables pour l’avenir de la communauté, notamment lors de son départ hors de Tunisie. À la faveur de la redistribution du pouvoir politique, la communauté juive pu s’orienter vers de nouvelles activités économiques. L’essor du commerce et des échanges avec l’Europe (France et Italie essentiellement) favorise l’émergence d’une caste de négociants et de gros commerçants juifs, tandis que le développement d’une administration de type européen suscite la création d’une couche d’employés aux écritures travaillant dans les banques, assurances ou études d’avocat. Une classe moyenne se forme, dont le mode de vie se distinguera rapidement de celui des classes pauvres vivant dans la ‘Hara, le ghetto tunisien. Le développement urbain de la ville de Tunis autorise également une mobilité résidentielle hors du Ghetto, amplifiant la rupture socio-culturelle. Les familles juives en phase d’ascension sociale migrent vers les quartiers européens nouvellement construits, en commençant leur mouvement par les ruelles à la périphérie de la ‘Hara. En abandonnant la vie de misère du ghetto vétuste et insalubre, ces familles rompent également avec un environnement façonné par et pour la communauté. Elles entrent de plain-pied dans des territoires indifférenciés où elles s’exposent, mais c’est là leur désir, à une acculturation rapide (Tapia et Taïeb, 1975).

Le protectorat entre en crise dès 1950 et le conflit ira crescendo jusqu’à l’obtention de l’autonomie interne en juin 1955, puis la reconnaissance par la France de l’indépendance de la Tunisie le 20 mars 1956. La communauté juive n’a jamais été particulièrement visée par les attentats ou coups de main. Elle est apparue, tout au long du processus d’indépendance, partagée entre, d’une part, un soutien actif et militant au parti communiste tunisien et au néo-Destour de Bourguiba, et, principalement pour la frange occidentalisée, la défense de la présence française. Pour l’essentiel, les masses populaires resteront en retrait du débat et ne réagiront qu’aux secousses qui vont durcir les relations entre juifs et musulmans dans la jeune république tunisienne. La crise de Bizerte en 1961, au cours de laquelle les armées française et tunisienne s’affrontent au cours de combats meurtriers, provoque une montée de l’antisémitisme dans l’ensemble du pays, et tout particulièrement à Tunis où réside l’essentiel de la communauté juive7. Pour beaucoup de juifs de Tunisie, cette crise fournit le signal du départ. Elle est suivie en 1967 par l’épisode plus dramatique de la guerre des 6 jours en Israël. À l’annonce du conflit, des milliers de manifestants musulmans investissent les quartiers où réside la population juive. De nombreuses boutiques sont alors saccagées, tandis qu’on met le feu aux lieux de culte israélites, dont la Grande Synagogue de l’avenue de Paris.

Ces événements successifs ont précipité le rythme de l’émigration juive qui, indépendamment des crises politiques, avait discrètement commencé après la seconde guerre mondiale. Sous l’impulsion du mouvement sioniste bien implanté en Tunisie, que ce soit sous sa formulation révisionniste avec le Bétar ou l’obédience socialiste du mouvement Dror, l’Aliya touche un nombre croissant des juifs pauvres, mais également, particularité tunisienne, l’élite de la communauté8. P. Sebag estime à 25 000 personnes l’émigration de Tunisie vers Israël entre 1946 et 1956 et à 5 000 les flux vers la France à la même période (Sebag, 1991). Par ailleurs, de nombreux négociants juifs tunisiens entretiennent de fructueuses relations économiques avec la France. Au cours de leurs séjours, ils fréquentent les premières « colonies » juives tunisiennes et participent ainsi à leur formation. Le secteur de la rue Montmartre à Paris devient, au tournant des années 50, un point d’accueil et de rencontre de ces négociants. Dans le prolongement du développement du pôle juif tunisien du faubourg Montmartre, on relève également à Belleville l’ouverture, en 1952, d’une épicerie et d’un café-restaurant. Ces lieux de consommation attirent une clientèle juive tunisienne dans un quartier dominé par les juifs ashkénazes. Ils serviront par la suite de point d’appuis pour l’installation des grosses vagues de migrants, lorsque la situation se dégradera en Tunisie. Au moment de l’exode, les réseaux tissés entre Tunis et Paris seront mobilisés et les noms du faubourg Montmartre et de Belleville circuleront parmi les candidats au départ.

Après la crise de Bizerte, la décision de partir se prend dans l’urgence, tandis que les transferts de biens ou de liquidités hors de Tunisie sont strictement réglementés. Abandonnant leurs maigres possessions dans leur logement, les familles partent, avec, selon l’expression consacrée, « 20 kilos de bagages et un dinar en poche » (Touati, 1961). Elles quittent la Tunisie sans espoir de retour. Cet extrait de témoignage résume l’état d’esprit d’un départ qui s’inscrivait d’emblée dans une logique d’exil :

« Mes parents savaient qu’ils n’habiteraient plus la Tunisie. Qu’ils n’y retourneraient jamais ça non. Ne plus y habiter, oui, ils sont partis pour partir. Ils ne sont pas partis avec l’idée de retour. Pour eux, ils venaient s’installer en France ou alors ils venaient d’abord en France pour aller ensuite en Israël, ça pouvait n’être qu’une étape »9.

Même si rétrospectivement, le départ des juifs de Tunisie peut apparaître inéluctable, le pari du maintien et de la cohabitation a longtemps prévalu. La Tunisie n’a pas eu à connaître la terrible alternative algérienne de « la valise ou le cercueil » ; l’enracinement dans son quartier, l’absence de « communauté de destin » avec un autre espace, fut-il la France ou Israël, n’engagent pas à se couper de son univers familier. Le fait est que le départ s’impose à chaque fois comme une rupture dans les projets, une bifurcation subite et traumatisante dans les parcours. Quel que soit le milieu social, les témoignages indiquent le caractère brutal et irrémédiable de la migration. En quittant leur pays, les juifs de Tunisie mettaient fin à 2000 ans d’histoire et renouaient avec la malédiction du juif errant qu’ils s’étaient efforcés de conjurer :

« Quand j’étais jeune, on me disait : “le juif errant, celui qui était en Pologne, il a été en Allemagne, d’Allemagne il a été en Russie, de Russie il a été France, de France il a été…”. Heureusement que nous on n’est pas comme ça. On est bien, on vit bien, on travaille bien, on s’entend avec tout le monde. Et puis quand j’ai pris le bateau, j’ai dit : “bon Dieu, je deviens juif errant comme les autres”. Je quitte la Tunisie pour aller en France, je suis comme tous les juifs errants : d’un côté à l’autre, d’un côté à l’autre ».

Voir aussi:

Marc Scialom a aujourd’hui 73 ans. Il en avait 18 quand il a quitté la Tunisie. » Je suis arrivé à Marseille, puis rapidement, je suis monté à Paris. Là-haut, j’étais en lien avec des gens du Parti. » Emigré, juif, intellectuel, communiste, Marc Scialom regarde passer les années Flower power avec la rage. Lui entend encore les bombardements français sur les villages tunisiens. Il en fera d’ailleurs l’objet d’un de ses premiers films, » Parole perdue » .

(…)

» Peut-être parce que mon film s’appelait initialement « Le Chien », dit le vieil homme. Alors, en 69, j’ai fini par tourner le film sur mes propres deniers. Ce n’était pas vraiment le film d’ailleurs, plutôt un travail préparatoire pour tenter de convaincre à nouveaux les financeurs.

(…)

» Toute cette histoire m’a donné envie de reprendre la caméra, conclut Marc Scialom. Alors, j’ai fait comme les jeunes, j’ai acheté une caméra numérique, j’ai écrit un synopsis à la limite entre le documentaire et la fiction qui parle des communautés juives et musulmanes à Marseille… et personne n’a accepté de financer mon projet. Comme il y a quarante ans, on me répond que ce n’est pas du cinéma. Alors, comme il y a quarante ans, j’ai commencé à le faire sans aide, seul.»

Voir également:

La beauté enfin dévoilée de “Lettre à la prison”
Isabelle Regnier
Le Monde
28.11.09

Le noir est charbonneux, le blanc éblouissant. L’image est abîmée, parfois striée. Assise sur un lit, dans des draps blancs froissés, une femme rejette ses cheveux en arrière, au ralenti. Image de rêve ? On comprendra plus tard que c’est celle d’un fantôme, le fantôme d’une femme française, retrouvée morte au pied d’une voiture, sauvagement assassinée.

D’abord, le film nous embarque sur le quai d’un paquebot, l’Avenir, qui transporte des Tunisiens jusqu’au Port autonome de Marseille. Nous sommes en 1969. La plupart font le voyage pour trouver du travail. Pas celui dont on entend la voix, en off : lui vient rendre visite à son frère, incarcéré à Paris, accusé d’un crime qu’il nie avoir commis.

Sur le bateau, l’homme ébauche mentalement le brouillon d’une lettre qu’il voudrait lui écrire. Mais il n’a jamais rédigé de lettres personnelles. Comment exprimer des sentiments intimes ? Alors pendant toute la durée du film, il ressasse, change de registre, s’interroge. Il raconte son voyage, parle de la famille, de l’impression qu’il a de ne plus connaître son frère, depuis que celui-ci vit en France…

Avant de monter dans le train pour Paris, le jeune homme reste quelques jours à Marseille, hume l’air de la ville, s’installe dans une chambre d’hôtel spartiate, entend fuser des propos racistes ordinaires… Il passe un après-midi chez un cousin, où il perçoit le déracinement de ces immigrés déjà coupés de leurs enfants nés sur place.

Rien de misérabiliste ici – le déjeuner est joyeux -, rien de trop explicite non plus : des bribes de phrases, des sensations, montées ensemble comme dans un rêve, des images mentales étranges, qui s’insèrent entre deux plans documentaires. Sur le mode du dérèglement sensoriel, du brouillage identitaire vertigineux, l’expérience de l’immigré est restituée ici comme une expérience de l’étrangeté absolue. Conduit à ruser avec des règles qui le limitent en tout, comme les barreaux d’une prison mentale, il en vient à se penser lui-même suspect. Ses certitudes vacillent.

“PAS POLITIQUE”

Après tout, peut-être son frère l’a-t-il bien tuée cette femme “trop blanche”, “trop riche”, cette femme “qui n’était pas pour lui”, comme le pense leur cousin. L’immigration comme perte de l’innocence, telle est la toile de fond de ce film magnifique, qui n’assène aucun message. Et c’est bien ce qui lui fut reproché.

Réalisé, en 1969, par Marc Scialom, un jeune apprenti cinéaste d’origine juive tunisienne, avec le soutien de Chris Marker qui lui a prêté du matériel, c’est un film inachevé. La version qui ressort mercredi en salles est une maquette, conçue par l’auteur dans l’espoir de convaincre un producteur de financer le film. Mais l’accueil que lui ont fait les amis de Chris Marker lui a coupé les ailes. “Pas politique”, lui a-t-on asséné, ce qui revenait, dans le contexte de l’époque, à une condamnation sans appel.

Malgré le soutien de Jean Rouch, qui a salué “un des rares films surréalistes de l’histoire du cinéma”, le jeune cinéaste l’a enterré et n’a pas tardé à abandonner le cinéma pour se consacrer à l’enseignement. C’est à sa fille, Chloé Scialom, qu’il doit d’avoir exhumé cette copie de travail, et à l’association marseillaise Film Flamme de l’avoir restaurée.

Lettre à la prison n’est pas un film militant, mais c’est un film politique, visionnaire, dont le sens s’est intensifié avec les années. La liberté de son écriture, la poésie de son montage le distinguent radicalement des films engagés des années 1970 dont la plupart ne peuvent plus s’apprécier autrement que replacés dans le contexte de leur époque.

A l’heure où “l’identité nationale” envahit le débat public, ce film réalisé par un immigré tunisien de culture juive sur un immigré tunisien de culture musulmane pose des questions essentielles, avec l’intelligence et le regard d’un grand artiste.

Voir de même:

Monday, November 30, 2009
Marc Scialom. Lettre à la prison

We can see what the city of Marseille was like – with its past and present marked by immigration, likewise on the border between reality and fiction – in Lettre à la prison, filmed 40 years ago in Marseille and Tunisia. The film has remained invisible since then because its director, Marc Scialom, a French Tunisian with Italian blood, ran out of money and had to stop filming before he could run off a copy. With voices out of field, it is an atemporal narration that instead follows the interior movements of the leading player, a Tunisian boy who has landed in Marseille and tries to get to Paris. He goes to the station every day but never manages to leave. The words, which are not always connected with the images, compose the story: the young man has come to France to help his brother, accused of killing a French girl with whom he had a relationship. Little does it matter that the accusation is false: back then – as is the case today – he is the perfect culprit.

But the story, the letters that one man writes to the other, are merely fragments, a starting point to reveal much more. The young man’s wanderings through Marseille, composed of harsh angles, diagonal shots with a “cubist” air, tell us about racism, ostracism and mistrust. Men and women view immigrants suspiciously, considering them savages: Arab equals disease and filth. It makes no difference that they were bled first by colonialism and then by post-colonialism: the slums in which they live are dirty, their children dishevelled, barefoot and naked … There is a compelling feeling of contemporary life, of today’s world, in this film. Indeed, its power lies in not “theorizing” about it but, rather, allowing the contradictions and ambiguity of widespread violence to emerge: the frustration of a horrible deed – the young man throws his dog from the train because a hysterical Frenchwoman is shocked that the animal is peeing – is something that introjects marginality without having processed it into rebellion, making it all the more frightening. Scialom revisits cinéma vérité, but the most surprising aspect is the representation of immigration. The director takes uncommon liberties and perhaps this is what frightened producers at the time. The scene of the young man and a French girl on the reef – she urinating in front of him, he being transformed into all of the men of an aggressive culture without distinction – is extraordinary. The “scandal” of the film is its unconventionality, the fact that it works within a reciprocal imagination, touching on eroticism, sexuality and fantasies. Something that is ever topical in history. (Cristina Piccino, il manifesto, 6 July 2008)

Personne ou presque ne connaît Marc Scialom. Juif italien né à Tunis en 1934, ce cinéaste autodidacte a pourtant gagné un Lion d’Argent à Venise en 1972, avec le court-métrage Exils. Mais son seul long-métrage, Lettre à la prison (1969), n’est jamais sorti dans les salles. Trop onirique pour l’époque (post 68), très demandeuse de Politique. Mêlant prises de vues en noir et blanc tournées à l’arrache dans les rues de Marseille, et extraits d’un court métrage en couleur, Lettre à la prison est un magnifique film-poème sur l’immigration maghrébine. 35 ans plus tard, sa puissance reste intacte.
LETTRE A LA PRISON
Un film de Marc Scialom
Avec Tahar Aïbi, Marie-Christine Lefort, Myriam Tuil
Durée : 1h39

Voir enfin:

WHO IS AN ARAB JEW? *
Albert Memmi
February, 1975

* The term “Arab Jews” is obviously not a good one. I have adopted it for convenience. I simply wish to underline that as natives of those countries called Arab and indigenous to those lands well before the arrival of the Arabs, we shared with them, to a great extent, languages, traditions and cultures. If one were to base oneself on this legitimacy, and not on force and numbers, then we have the same rights to our share in these lands – neither more nor less – than the Arab Moslems. But one should remember, at the same time, that the term “Arab” is not a happy one when applied to such diverse populations, including even those who call and believe themselves to be Arabs.

The head of an Arab state (Muammar Ghadaffi) recently made us a generous and novel offer. “Return,” he told us, “return to the land of your birth!” It seems that this impressed many people who, carried away by their emotions, believed that the problem was solved. So much so that they did not understand what was the price to be paid in exchange: once reinstalled in our former countries, Israel will no longer have any reason to exist. The other Jews, those “terrible European usurpers”, will also be sent back “home” – to clear up the remains of the crematoria, to rebuild their ruined quarters, I suppose. And if they do not choose to go with good grace, in spite of everything, then a final war will be waged against them. On this point, the Head of State was very frank. It also seems that one of his remarks deeply impressed those present: “Are you not Arabs like us – Arab Jews?”

What lovely words! We draw a secret nostalgia from them: yes, indeed, we were Arab Jews- in our habits, our culture, our music, our menu. I have written enough about it. But must one remain an Arab Jew if, in return, one has to tremble for one’s life and the future of one’s children and always be denied a normal existence? There are, it is true, the Arab Christians. What is not sufficiently known is the shamefully exorbitant price that they must pay for the right merely to survive. We would have liked to be Arab Jews. If we abandoned the idea, it is because over the centuries the Moslem Arabs systematically prevented its realization by their contempt and cruelty. It is now too late for us to become Arab Jews. Not only were the homes of Jews in Germany and Poland torn down, scattered to the four winds, demolished, but our homes as well. Objectively speaking, there are no longer any Jewish communities in any Arab country, and you will not find a single Arab Jew who will agree to return to his native land.

I must be clearer: the much vaunted idyllic life of the Jews in Arab lands is a myth! The truth, since I am obliged to return to it, is that from the outset we were a minority in a hostile environment; as such, we underwent all the fears, the agonies, and the constant sense of frailty of the underdog. As far back as my childhood memories go – in the tales of my father, my grandparents, my aunts and uncles – coexistence with the Arabs was not just uncomfortable, it was marked by threats periodically carried out. We must, nonetheless, remember a most significant fact: the situation of the Jews during the colonial period was more secure, because it was more legalized. This explains the prudence, the hesitation between political options of the majority of Jews in Arab lands. I have not always agreed with these choices, but one cannot reproach the responsible leaders of the communities for this ambivalence – they were only reflecting the inborn fear of their co-religionists.

As to the pre-colonial period, the collective memory of Tunisian Jewry leaves no doubt. It is enough to cite a few narratives and tales relating to that period: it was a gloomy one. The Jewish communities lived in the shadow of history, under arbitrary rule and the fear of all-powerful monarchs whose decisions could not be rescinded or even questioned. It can be said that everybody was governed by these absolute rulers: the sultans, beys and deys. But the Jews were at the mercy not only of the monarch but also of the man in the street. My grandfather still wore the obligatory and discriminatory Jewish garb, and in his time every Jew might expect to be hit on the head by any Moslem whom he happened to pass. This pleasant ritual even had a name – the chtaka; and with it went a sacramental formula which I have forgotten. A French orientalist once replied to me at a meeting: “In Islamic lands the Christians were no better off!” This is true – so what? This is a double-edged argument: it signifies, in effect, that no member of a minority lived in peace and dignity in countries with an Arab majority! Yet there was a marked difference all the same: the Christians were, as a rule, foreigners and as such protected by their mother-countries. If a Barbary pirate or an emir wanted to enslave a missionary, he had to take into account the government of the missionary’s land of origin – perhaps even the Vatican or the Order of the Knights of Malta. But no one came to the rescue of the Jews, because the Jews were natives and therefore victims of the will of “their” rulers. Never, I repeat, never – with the possible exception of two or three very specific intervals such as the Andalusian, and not even then – did the Jews in Arab lands live in other than a humiliated state, vulnerable and periodically mistreated and murdered, so that they should clearly remember their place.

During the colonial period, the life of Jews took on a certain measure of security, even among the poorest classes, whereas traditionally only the rich Jews, those from the European part of town, were able to live reasonably well. In these quarters the population was mixed, and the French and Italian Jews were, in general, less in contact with the Arab population. Even they remained second-class citizens, a prey from time to time to outbursts of popular anger, which the colonial power – French, English or Italian – did not always repress in time, either out of indifference or for tactical reasons.

I have lived through the alarms of the ghetto: the rapidly barred doors and windows, my father running home after hastily shutting his shop, because of rumours of an impending pogrom. My parents stocked food in expectation of a siege, which did not always materialize, but this gives the measure of our anguish, our permanent insecurity. We felt abandoned then by the whole world, including, alas, the French protectorate officials. Whether these officials knowingly exploited these happenings for internal political reasons, as a diversion of an eventual rising against the colonial regime, I have no proof. But certainly this was the feeling of us Jews of the poor quarters. My own father was convinced that when the Tunisian riflemen left for the front during the war, the Jewish population had been delivered into their hands. At the least, we thought that the French and Tunisian authorities had shut their eyes to the depredations of the soldiery or the malcontents who streamed into the ghetto. Like the carabinieri in the song, the police never came, or if they did it was only hours after it was all over.

Shortly before the end of the colonial period, we endured an ordeal in common with Europe: the German occupation.

I have described in Pillar of Salt how the French authorities coldly left us to the Germans. But I must add that we were also submerged in a hostile Arab population, which is why so few of us could cross the lines and join the Allies. Some got through in spite of everything, but in most cases they were denounced and caught.

Nevertheless, we were inclined to forget that dreadful period after Tunisia attained independence. It must be acknowledged that not many Jews took an active part in the struggle for independence, but neither did the mass of Tunisian non-Jews. On the other hand our intellectuals, including the communists, who were very numerous, took an active role in the fight for independence; some of them fought in the ranks of the “Destour”. I was myself a member of the small group which founded the newspaper Jeune Afrique in 1956, shortly before independence, for which I had to pay dearly later on.

At all events, after independence the Jewish bourgeoisie, which was an appreciable part of the Jewish population, believed that they could collaborate with the new regime, that it was possible to coexist with the Tunisian population. We were Tunisian citizens and decided in all sincerity to “play the game”. But what did the Tunisians do? Just like the Moroccans and Algerians, they liquidated their Jewish communities cunningly and intelligently. They did not indulge in open brutalities as in other Arab lands – that would anyhow have been difficult after the services which had been rendered, the help given by a large number of our intellectuals, because of world public opinion, which was following events in our region closely; and also because of American aid which they needed urgently. Nonetheless they strangled the Jewish population economically. This was easy with the merchants: it was enough not to renew their licences, to decline to grant them import permits and, at the same time, to give preference to their Moslem competitors. In the civil service it was hardly more complicated: Jews were not taken on, or veteran Jewish officials were confronted with insurmountable language difficulties, which were rarely imposed upon Moslems. Periodically, a Jewish engineer or a senior official would be put in jail on mysterious, Kafkaesque charges which panicked everyone else.

And this does not take into account the impact of the relative proximity of the Arab-Israel conflict. At each crisis, with every incident of the slightest importance, the mob would go wild, setting fire to Jewish shops. This even happened during the Yom Kippur War. Tunisia’s President, Habib Bourguiba, has in all probability never been hostile to the Jews, but there was always that notorious “delay”, which meant that the police arrived on the scene only after the shops had been pillaged and burnt. Is it any wonder that the exodus to France and Israel continued and even increased?

I myself left Tunisia for professional reasons, admittedly, because I wanted to get back into a literary circle, but also because I could not have lived much longer in that atmosphere of masked, and often open, discrimination.

It is not a question of regretting the position of historical justice we adopted in favour of the Arab peoples. I regret nothing, neither having written The Colonizer and the Colonized nor my applause for the independence of the peoples of the Maghreb. I continued to defend the Arabs even in Europe, in countless activities, communications, signatures, manifestos. But it must be stated unequivocally, once and for all: we defended the Arabs because they were oppressed. But now there are independent Arab states, with foreign policies, social classes, with rich and poor. And if they are no longer oppressed, if they are in their turn becoming oppressors, or possess unjust political regimes, I do not see why they should not be called upon to render accounts. Besides, unlike most people, I was never willing to believe (as the liberals naively, and the communists artfully, repeat) that after independence there would be no more problems, that our countries would become secular states where Europeans, Jews and Moslems would happily coexist.

I even knew that there would not be much of a place for us in the country after independence. Young nations are very exclusive; and anyhow, Arab constitutions are incompatible with a secular ideology. And this, by the way, has been recently underlined most appositely by Colonel Qadhafi. He only said aloud what others think to themselves. I was equally aware of the problem of the “small” Europeans, the poor Whites; but I thought that all this was the inevitable end of a state of affairs condemned by history. I thought, in spite of everything, that the effort was worth making. After all, we had never occupied a major place; it would have been enough had they allowed us to live in peace. This was a drama, but a historical drama – not a tragedy; modest solutions did exist for us. But even that was not possible. We were all obliged to go, each in his turn.

Thus I arrived in France, and found myself up against the legend which was current in left-wing Parisian salons: the Jews had always lived in perfect harmony with the Arabs. I was almost congratulated for having been born in such a land where racial discrimination and xenophobia were unknown. It made me laugh. I heard so much nonsense about North Africa, and from people of the best intentions that, honestly, I did not react to it at all. The chattering only began to worry me when it became a political argument that is, after 1967. The Arabs then made up their minds to use this travesty of the truth, which fell on willing ears once the reaction against Israel had set in after her victory. It is now time to denounce this absurdity.

If I had to explain the success of the myth, I would list five converging factors. The first is the product of Arab propaganda: “The Arabs never did the Jews any harm, so why do the Jews come to despoil them of their lands, when the responsibility for Jewish misfortune is altogether European? The whole responsibility for the Middle East conflict rests on the Jews of Europe. The Arab Jews never wanted to create a separate country and they are full of trust and friendship towards the Moslem Arabs.” This is a double lie: the Arab Jews are much more distrustful of the Moslems than are the European Jews, and they dreamed of the Land of Israel long before the Russian and Polish Jews did.

The second argument stems from the cogitations of a part of the European Left: the Arabs were oppressed, therefore they could not be anti-Semites. This is ridiculously manichaeistic – as though one could not be oppressed and also be a racist! As if workers have not been xenophobic! Actually the argument is not convincing: the real purpose is to be able with a clear conscience to fight Zionism and thus serve the Soviet Union.

The third argument is the doing of contemporary historians, among whom, curiously enough, are certain Western Jews. Having undergone the dreadful Nazi slaughter, they could not imagine a similar thing happening elsewhere. However, if we except the massacres of the twentieth century (the pogroms in Russia after Kishinev and later by Stalin, as well as the Nazi crematoria), the total number of Jewish victims from Christian pogroms over the centuries probably does not exceed the total of the victims of the smaller and larger periodic pogroms perpetrated in Arab lands under Islam over the past millennium. Jewish history has so far been written by Western Jews; there has been no great Oriental Jewish historian. This is why only the “Western” aspects of Jewish suffering are widely known. One is reminded of the absurd distinction drawn by Jules Isaac, usually better inspired, between “true” and “false” anti-Semitism, “true” anti-Semitism being the result of Christianity. The truth is that it is not only Christianity that creates anti-Semitism, but the fact that the Jew is a member of a minority – in Christendom or in Islam. In making of anti-Semitism a Christian creation, Isaac, I regret to say, has minimized the tragedy of the Jews from Arab lands and helped to confuse people.

The fourth factor is that many Israelis, perturbed by the issue of coexistence with their Arab neighbours, wish to believe that this existed in the past; otherwise the whole undertaking would have to be discarded in despair! But in order to survive, it would be far wiser to take a clear view of the actual environment.

The fifth and last factor is our own complicity, the more or less unwitting complacency of us Jews from Arab countries – the uprooted who tend to embellish the past, who in our longing for our native Orient minimize, or completely efface, the memory of persecutions. In our recollections, in our imagination, it was a wholly marvelous life, even though our own newspapers from that period attest the contrary.

How I wish that all this had been true – that we had enjoyed a singular existence in comparison with the usual Jewish condition! Unfortunately, it is all a huge lie: Jews lived most lamentably in Arab lands. The State of Israel is not the outcome only of the sufferings of European Jewry. It is certainly possible, contrary to the thinking – if there is any thinking at all – of a part of the European Left, to free oneself from oppression and in turn to become an oppressor towards, for example, one’s own minorities. Indeed, this happens very often with many new nations.

And now?

Now it is no longer a question of our returning to any Arab land, as we are so disingenuously invited to do. Such an idea would seem grotesque to all the Jews who fled their homes – from the gallows of Iraq, the rapes, the sodomy of the Egyptian prisons, from the political and cultural alienation and economic suffocation of the more moderate countries. The attitude of the Arabs towards us seems to me to be hardly different from what it has always been. The Arabs in the past merely tolerated the existence of Jewish minorities, no more. They have not yet recovered from the shock of seeing their former underlings raise up their heads, attempting even to gain their national independence! They know of only one rejoinder: off with their heads! The Arabs want to destroy Israel. They pinned great hopes on the summit meeting in Algiers. Now what did this meeting demand? Two points recur as a leitmotiv: the return of all the territories occupied by Israel, and the restoration of the legitimate national rights of the Palestinians. The first contention can still create an illusion, but not the second. What does it mean? Settling the Palestinians as rulers in Haifa or Jaffa? In other words, the end of Israel. And if not that, if it is only a matter of partition, why do they not say so? On the contrary, the Palestinians have never ceased to claim the whole of the region, and their succeeding “summits” change nothing. The summit meeting in Algiers is linked to that of Khartoum (1967), there is no basic difference. Even today the official position of the Arabs, implicit or avowed, brutal or tactical, is nothing but a perpetuation of that anti-Semitism which we have experienced. Today, as yesterday, our life is at stake. But there will come a day when the Moslem Arabs will have to admit that we, the “Arab Jews” as well – if that is how they wish to call us – have the right to existence and to dignity.

Source: Israel Academic Committee on the Middle East, February, 1975


Désinformation: Attention, une occupation peut en cacher une autre (What about the other nakbas?)

23 novembre, 2009
Conquête de la Jordanie et de l'Egypte en 48C’est la “Transjordanie” (créée en 1922 par l’empire britannique) qui a occupé et annexé les territoires de Judée et Samarie et Jérusalem-Est lors d’une guerre de conquête en 1947-1948. Elle devint alors la “Jordanie” et les territoires occupés, la “Cisjordanie”. Aucun mouvement de libération palestinien ne se leva contre cette occupation, ni contre celle de la bande de Gaza par l’Egypte. La “Palestine” n’était pas encore née.
L’existence d’Israël pose le problème du droit de vivre en sujets libre et souverains des nations non musulmanes dans l’aire musulmane. L’extermination des Arméniens, d’abord par l’empire ottoman, puis par le nouvel Etat turc a représenté la première répression d’une population dhimmie en quête d’indépendance nationale. Il n’y a quasiment plus de Juifs aujourd’hui dans le monde arabo-islamique et les chrétiens y sont en voie de disparition. Shmuel Trigano
Attention: une occupation et une expulsion peuvent en cacher bien d’autres!
.
Retrait de nationalité, discrimination juridique suite à l’arabisation ou islamisation de la fonction publique, isolement et séquestration, spoliation économique, boycotts, suspensions des relations postales avec Israël, refus de passeports et donc de libre circulation, destructions de synagogues et profanations de cimetières, pogroms (1920, 1929, 1936 et 1939 pour la seule Palestine mandataire) et assassinats, expulsion (Egypte, Irak, Libye, Algérie), exclusion (Tunisie, Maroc, Syrie-Liban, Turquie, Yemen, Iran) …

Alors que, pendant qu’ils préparent tranquillement leur bombe pour la solution finale, les mollahs viennent, dans un “discours du Caire à l’envers”, de proposer un nouveau départ au Génuflexeur en chef avec leur “demande de rupture des relations américaines avec Israël” (ouvrant ainsi la voie à la “création immédiate d’un Etat palestinien”) …

Et que notre Dieudonné national est reçu par Ahmadinejad et annonce triomphalement le financement iranien d’un film contre l’Holocauste …

Retour, avec Shmuel Trigano et contre tant la légende noire d’Israël colonisant la Palestine et en expulsant les populations que celle, dorée, d’un âge d’or de tolérance des pays musulmans envers leurs populations non-musulmanes

Sur “le point aveugle de la conscience politique contemporaine”, à savoir, derrière la fable de la Shoah comme seule justification de l’État d’Israël et la mystification de la dépossession consécutive des Palestiniens de leur propre territoire, l’Exode oublié des juifs du Moyen-Orient.

Qui, entre 1940 et 1970 (mais en fait dès 1920) et de l’Egypte à la Turquie et de l’Iran au Yemen, a vu l’expulsion, de terres où ils résidaient depuis plus de deux millénaires, de quelque 900 000 juifs dont les deux tiers rejoindront Israël, le reste se répartissant entre la France et les Amériques.

Et ce donc bien avant la création de l’Etat d’Israël puisqu’il s’agit en fait, avec la décomposition de l’Empire ottoman et de la naissance du nationalisme arabe (mais aussi du mouvement d’auto-détermination juif dit sionisme comme de celui des Arméniens qui aboutit à leur génocide), de la continuation du statut inférieur issu de l’islam (la dhimmitude) et d’une sorte de punition collective pour les guerres (perdues) menées par les pays arabes contre Israël …

Le tout derrière le prétexte du départ, largement volontaire, de Palestine de 600 000 refugiés palestiniens alors qu’existait déjà dès 1922 un Etat palestinien, à savoir la (Trans)Jordanie à population à 75% palestinienne.

Qui, profitant de la guerre des pays arabes de 1948-49 contre Israël, se trouva être avec l’Egypte et pendant près de 20 ans… la véritable puissance occupante des territoires récupérées en 1967 par les Israéliens!

Déconstruire l’idéologie dominante
Shmuel Trigano
Octobre 2009

POUR ILLUSTRER NOTRE PROPOS, CI-JOINT UNE MODELISATION DE LA FIN DU JUDAISME EN TERRES D’ISLAM (lien vers pdf)

Le saviez-vous ? 900 000 Juifs ont été exclus ou expulsés des Etats arabo-musulmans entre 1940 et 1970.

L’histoire de la disparition du judaïsme en terres d’islam est la clef d’une mystification politique de grande ampleur qui a fini par gagner toutes les consciences. Elle fonde le récit qui accable la légitimité et la moralité d’Israël en l’accusant d’un pseudo « péché originel ».

La fable

La fable est simpliste : le martyre des Juifs européens sous le nazisme serait la seule justification de l’État d’Israël. Sa « création » par les Nations Unies aurait été une forme de compensation au lendemain de la guerre. Cependant, elle aurait entraîné une autre tragédie, la « Nakba », en dépossédant les Palestiniens de leur propre territoire.

Dans le meilleur des cas, ce récit autorise à tolérer que cet État subsiste pour des causes humanitaires, malgré sa culpabilité congénitale. Cette narration a, de fait, tout pour sembler réaliste. Elle surfe sur le sentiment de culpabilité d’une Europe doublement responsable : de la Shoah et de l’imposition coloniale d’Israël à un monde arabe innocent.

Dans le pire des cas, cette narration ne voit en Israël qu’une puissance colonialiste qui doit disparaître. Ce qui explique l’intérêt d’accuser sans cesse Israël de génocide et de nazisme : sa seule « raison d’être » (la Shoah) est ainsi sapée dans son fondement. La « Nakba » est le pendant de la Shoah.

La synthèse politiquement correcte de ces deux positions extrêmes est trouvée dans la doctrine de l’État bi-national ou du « retour » des « réfugiés » qui implique que les Juifs d’Israël mettent en oeuvre leur propre destruction en disparaissant dans une masse démographique arabo-musulmane.

Les implications

Ce discours manichéen a plusieurs implications symboliques et idéologiques :
- Il délégitime l’État d’Israël et justifie sa destruction
- Il implique que les Juifs ne sont pas un peuple et qu’ils n’ont aucun lien avec la « Palestine »
- Il entraîne que leur constitution en nation est en soi une violence et une mystification
- Il leur interdit la jouissance du droit à l’autodétermination qui est le privilège de tout groupe humain quel qu’il soit.
- Il accuse le sionisme d’avoir mis fin à la « coexistence pacifique » judéo-arabe : il aurait été responsable du départ des Juifs des pays arabo-musulmans
- Il innocente par principe les Palestiniens et les Etats arabo-musulmans
-Il « autochtonise » les « Palestiniens » alors que l’adjectif « palestinien » désignait auparavant les Juifs du Yichouv. La « Palestine » d’aujourd’hui est, en effet, une invention récente qui date des années 1970.

Or, ce récit s’expose à une contradiction majeure
- La majorité de la population israélienne n’est ni originaire d’Europe ni rescapée de la Shoah, et ce, dès les années 1950. Originaire des pays arabo-musulmans, elle est partie prenante de l’histoire politique et humaine de la région.

La mystification

Le destin de cette population est significatif : entre les années 1940 et 1970 elle a été expulsée ou exclue et poussée au départ. 900 000 Juifs d’alors ont dû fuir des pays où ils étaient présents bien avant l’invasion islamique du VII° siècle: 600 000 se sont réinstallés en Israël, le reste, en majorité en France.

- Dans leur grande majorité, ces populations ne sont pas parties volontairement mais sous le coup d’un véritable « statut des Juifs », d’un antisémitisme d’État, souvent systématique, soutenu par un arsenal de lois et de règlements.

- Cet événement massif et considérable, concernant 10 pays, sur une longue période, commençant dans les années 1920 pour certaines régions, est l’objet d’une véritable mystification qui prend la forme du mythe de la symbiose judéo-arabe que toute l’histoire dément, y compris l’âge andalou.

- Ce mythe n’est pas inoffensif : il est la couverture d’un projet de destruction de l’État d’Israël et connaît une diffusion mondiale, dans les pays les plus éloignés de l’arène du conflit. Il retentit sur la condition des Juifs dans les pays occidentaux et sur la réception de l’islam en leur sein.

Il est temps de restaurer le récit historique juif !

Ce n’est pas une question de mémoire, ni de dignité ou de reconnaissance, mais une question politique qui engage la justice.

Car les populations concernées sont toujours vivantes : la plus grande partie des Juifs du monde arabo-musulman constitue la majorité des citoyens israéliens et des Juifs de France.

Ils ont été victimes de violences, de graves spoliations économiques et financières de la part des nouveaux Etats arabes.

L’histoire des 40 dernières années a montré que les passer sous silence se retournait nécessairement contre elles.

Leur présence en Israël n’est pas une cause humanitaire – même si leur expulsion en fit des réfugiés contraints de quitter leur pays et d’abandonner leurs biens. Réfugiés, ils le furent clairement au Yémen, en Irak, en Egypte, en Libye. Ailleurs, ils le furent objectivement si partir précipitamment, sous la menace, en abandonnant ses biens, définit la condition de réfugié.

L’enjeu inavoué

- Les Juifs du monde arabe constituaient une nation dominée, assignée au statut infâme de dhimmi. La seule tolérance qu’ils connurent dans ces pays fut l’époque coloniale où ils échappèrent à cette condition dégradante de parias.
- Il faut voir dans l’immigration de ces populations en Israël le processus d’autodétermination d’une nation dominée du monde arabo-musulman au moment même où le nationalisme arabe conduisait à la création d’Etats qui n’existaient pas auparavant.
- Cette autodétermination s’identifiait naturellement avec le sionisme en quête d’auto-émancipation.
- C’est ainsi que l’existence d’Israël et le sionisme sont perçus dans la perspective du monde arabo-musulman : comme la rébellion d’une nation dominée contre la loi de l’islam et la oumma. C’est la cause unique du conflit israélo-arabe.
- La Palestine n’a jamais été une entité politique, culturelle, identitaire. Il n’y a pas de « Palestine » avant l’instauration du mandat britannique par la Société des Nations, en 1920. Une partie des Palestiniens sont des immigrés du monde arabe, installés là, à la fin du XIX° siècle et au début du XX°, favorisés par la politique ottomane et attirés par la prospérité économique, apportée par les Juifs. Ils sont au plus aussi « palestiniens » que les Juifs. Yasser Arafat comme Edward Saïd étaient des Egyptiens.

C’est un tout autre paysage historique et politique qui transparaît sous la chape de plomb de la mystification.

- L’État d’Israël, reconnu en 1948 par le Conseil de sécurité, est aussi légitime que les États arabes, pure invention post-coloniale. Ils n’existaient pas auparavant. Avant la colonisation européenne, leurs territoires étaient sous le pouvoir colonial – mais musulman – de l’empire ottoman.
- Il n’a pas de dette envers les Palestiniens. Un échange de populations s’est produit à cette époque d’après guerre : en Europe pour environ 18 000 000 de personnes (dont le déplacement vers l’Allemagne de 12 000 000 de ressortissants d’origine allemande, provenant de 5 pays) ; en Asie, pour les 12,5 millions d’Indous et de Pakistanais à la suite de la sécession du Pakistan musulman en 1947-1948. Rappelons le transfert avant-guerre de 1,3 millions de Grecs et de 400 000 Turcs, de 200 000 Bulgares en 1923-1933, et combien d’autres échanges de populations dans le monde entier. Parmi elles, 900.000 Juifs et 600.000 Palestiniens.
- Par contre, la dette arabe est réelle: les biens juifs spoliés sont 500 fois supérieurs à ceux des Palestiniens.
- Les Palestiniens et les États arabes sont les seuls responsables de leur situation :

* Ils ont systématiquement refusé tous les partages de la Palestine mandataire alors que les Juifs l’acceptaient.
* Un Etat palestinien s’est néanmoins déjà créé sur les deux tiers de la Palestine : la Jordanie. 75% de sa population est « palestinienne », même si le pouvoir est aux mains d’une minorité bédouine qui n’hésita pas à massacrer les « réfugiés palestiniens» lors du dramatique « Septembre noir » de 1970 (10 000 morts, 110 000 blessés).
* C’est la « Transjordanie » (créée en 1922 par l’empire britannique) qui a occupé et annexé les territoires de Judée et Samarie et Jérusalem-Est lors d’une guerre de conquête en 1947-1948. Elle devînt alors la « Jordanie » et les territoires occupés, la « Cisjordanie ». Aucun mouvement de libération palestinien ne se leva contre cette occupation, ni contre celle de la bande de Gaza par l’Egypte. La « Palestine » n’était pas encore née.
* Les réfugiés palestiniens ne sont pas innocents : ils étaient partie prenante de l’agression des États arabes contre Israël. Leur départ ou expulsion est directement lié à cette situation.
* Les Juifs des 10 pays arabo-musulmans, n’étaient pas sur le terrain du conflit armé, ni ne constituaient une puissance menaçant les États arabes où ils résidaient.

- Les Etats arabes n’ont pas intégré les réfugiés palestiniens, à l’inverse d’Israël pour ses réfugiés, pour en faire des foyers de guerre permanents.
- Les Palestiniens, y compris les « modérés », refusent toujours aujourd’hui le partage du territoire mandataire restant après la création de la Transjordanie, en refusant à Israël le droit à son caractère national juif, alors qu’ils définissent la Palestine comme arabe et islamique, une terre où, selon leurs documents constitutionnels et leur pratique, il n’y aurait plus aucun juif et où il n’y a déjà quasiment plus de chrétiens.
- L’existence d’Israël pose le problème du droit de vivre en sujets libre et souverains des nations non musulmanes dans l’aire musulmane. L’extermination des Arméniens, d’abord par l’empire ottoman, puis par le nouvel Etat turc a représenté la première répression d’une population dhimmie en quête d’indépendance nationale. Il n’y a quasiment plus de Juifs aujourd’hui dans le monde arabo-islamique et les chrétiens y sont en voie de disparition.

L’enjeu contemporain

Le critère déterminant d’appréciation de la situation d’Israël n’est pas seulement la Shoah des Juifs d’Europe mais celle dont le monde arabo-islamique menace l’Etat d’Israël qui résume l’impasse tragique que le « statut des Juifs », mis en oeuvre lors de la fondation des nouveaux États arabes, y annonçait et que la création de l’État et sa victoire militaire ont suspendue.

Elle plane toujours sur sa tête et la menace nucléaire iranienne lui donne toute sa crédibilité.

Le peuple juif n’est pas une cause humanitaire mais un peuple de l’histoire et il a le droit à la souveraineté sur une terre qui a connu trois Etats juifs et depuis la plus haute antiquité, en un temps où ni le mot arabe, ni le mot islam n’étaient encore connus. La condition des Juifs n’est pas vouée à la marginalité ou à la soumission par on ne sait quelle fatalité.

Ces quelques vérités constituent le B-A BA d’une vision saine et objective de la situation, fondée sur la réalité des faits.
Tels sont les éléments historiques et politiques qui doivent inspirer le discours juif aujourd’hui. Il est temps de reprendre l’initiative morale, symbolique, idéologique du débat et du combat.

Document élaborant le modèle historique de la fin des communautés juives en terres d’islam .

Bibliographie de l’auteur :
La fin du judaïsme en terres d’islam, (livre collectif sous sa direction), Editions Denoël, 2009.
« L’exclusion des Juifs des pays arabes » (livre collectif sous sa direction), Pardès, 28/2000, Editions In Press.
« La mémoire sépharade » (livre collectif sous la direction de Hélène et Shmuel Trigano), Pardès, 34/2003.
Le Monde Sépharade, histoire et civilisation, (livre collectif en 2 tomes sous sa direction), Le Seuil, 2006.


Chute du mur/20e: Attention, un mur peut en cacher d’autres (What about Vietnam?)

9 novembre, 2009
Vietnamese dissidents arrestedRappelons que tous les murs ne sont pas abattus! Les Chinois, les Nord-Coréens, les Cubains, les Vietnamiens ne sont toujours pas libres de sortir comme ils l’entendent de leur paradis communiste. Ces murs-là ne sont plus en béton : le contrôle des frontières, la censure d’internet sont des alternatives plus sophistiquées que ne fut le Mur primitif de Berlin. Mais le principe est le même : l’enfermement reste indissociable de tout régime communiste, tandis qu’aucun pays capitaliste ne s’est jamais emmuré. On m’objectera les murs qui séparent Israël et la Cisjordanie et celui qui coupe le Mexique des Etats-Unis. On peut, on doit regretter leur existence mais leur fonction est sécuritaire, pas idéologique: le Mur de Berlin et ceux qui lui ressemblent encore, sont uniques et sont seuls à symboliser une idéologie. Guy Sorman
De Stettin sur la Baltique à Trieste sur l’Adriatique, un rideau de fer s’est abattu à travers le continent. Winston Churchill (Westminster College, Fulton, Missouri, le 5 mars 1946)
Faites tomber ce mur, M. Gorbatchev! Ronald Reagan (Berlin, juin 1987)
Un président américain ratera les événements qui souligneront la fin d’un combat auquel nous avons, en tant que nation et sous des présidents des deux partis – consacré sang et argent pendant 50 années. Pour Barack Obama, 1989 est juste une autre année lointaine – et le Parti démocrate d’hommes comme Harry Truman et JFK n’a jamais été aussi lointain. Rich Lowry
La torture est maintenant une pratique répandue dans les prisons palestiniennes. Les techniques ont évolué. Les différents services de sécurité de l’Autorité palestinienne utilisent à présent des méthodes qui laissent moins de traces. Ils s’inspirent souvent des Israéliens, mais aussi des Américains, qui les entraînent en Jordanie. Shawan Jabarin (directeur de l’organisation de défense des droits de l’homme al-Haq)
Les membres du Fatah ont beaucoup appris dans les prisons israéliennes. Abou Ali (ministre de l’Intérieur de l’Autorité palestinienne)
D’ailleurs, l’immense majorité des dissidents de l’Est ne manifestaient pas pour le capitalisme. Slavoj Zizek
Pour tous ceux qui ont regardé le discours d’investiture de Barack Obama la semaine dernière depuis un pays non libre, assurément l’une des phrases les plus remarquable a été : « Eh oui, à tous les autres peuples et gouvernements qui nous regardent aujourd’hui, [...] sachez que l’Amérique est l’amie de chaque nation, de chaque homme, femme ou enfant qui cherche un avenir de paix et de dignité. Et nous sommes prêts à mener le mouvement une fois de plus. Le Vietnam serait l’endroit parfait pour commencer. Duy Hoang (membre du parti réformiste interdit Viet tan)
Le Vietnam est gouverné par une dictature corrompue et responsable de l’un des pires bilans sur les droits de l’homme dans le monde. Le pays a une population dynamique, jeune dont la vie et les aspirations sont réprimées par un appareil de sécurité et des “lois” arbitraires destinées à protéger le Parti communiste des points de vue dissidents et d’une opposition organisée. Do Hoang Diem (Viet Tan)

Attention: un mur peu en cacher d’autres!

En ce 20e anniversaire de la Chute du mur de Berlin (qui est aussi le 71e de la Nuit de cristal) et Journée mondiale de la liberté institué en novembre 2001 par George Bush (à quand, à défaut d’un nouveau Nuremberg, une Journée commémorative pour les quelque 70millions de victimes?) …

Snobés par un nouveau chef de file du Monde libre trop occupé à dénigrer son propre pays (y compris pour ses… victoires!) et courtiser les tyrans de la planète, comme en témoigne l’annonce de sa rencontre avec les dictateurs birmans en fin de semaine …

Pendant que, dans les Etats policiers du Moyen-Orient et sous couvert d’une véritable orgie de critiques contre le seul “mur israélien”, continuent plus que jamais tortures et exécutions extra-judiciaires comme purification religieuse contre les non-musulmans ou censure de toute référence au bouc émissaire sioniste jusqu’au Journal d’Anne Frank

Corruption généralisée, arrestations et détentions arbitraires (3 journalistes et 17 blogueurs), non-respect de la liberté de parole et d’expression, intimidation des militants pour la démocratie, restrictions sur l’indépendance des organisations religieuses et politiques, confiscations des biens de l’Eglise catholique, surveillance policière et harcèlement de l’église mennonite dans les zones des minorités ethniques, interdiction de créer un syndicat des travailleurs indépendant, mauvaises conditions de travail, bas salaires et traitements dégradants …

Retour sur ces autres murs qui, comme le rappelait tout récemment Guy Sorman, n’ont “plus besoin, avec les alternatives plus sophistiquées du contrôle des frontières et de la censure d’internet, d’être en béton” mais restent appuyés sur la force militaire et policière.

Et notamment, derrière les cas notoires des Chine, Corée du nord et Cuba, celui, “glissé sous le radar” après un début de libéralisation pendant que d’autres conflits occupaient les unes des médias, du Vietnam.

Que, malgré les efforts du Parti réformiste Viet Tan et après avoir payé pourtant de la vie de près de 60 000 de ses soldats, le Monde libre semble apparemment avoir décidé d’abandonner à son triste sort …

M. Obama, rendez le Vietnam libre!
Duy Hoang
Wall Street Journal
30 janvier 2009

La “douce” puissance Américaine peut inciter au changement démocratique.

Pour tous ceux qui ont regardé le discours d’investiture de Barack Obama la semaine dernière depuis un pays non libre, assurément l’une des phrases les plus remarquable a été : « Eh oui, à tous les autres peuples et gouvernements qui nous regardent aujourd’hui, [...] sachez que l’Amérique est l’amie de chaque nation, de chaque homme, femme ou enfant qui cherche un avenir de paix et de dignité. Et nous sommes prêts à mener le mouvement une fois de plus. »

Le Vietnam serait l’endroit parfait pour commencer.

D’un point de vue purement stratégique, le Vietnam se trouve en plein milieu de l’Asie du Sud-Est, à côté de la Chine et de la Thaïlande, et en parallèle avec les importantes lignes maritimes de la mer de Chine méridionale. L’Amérique ne pourrait que se réjouir de voir s’instaurer là-bas un régime pacifique et démocratique. Dans une perspective plus large, l’un des plus importants faux pas de la politique étrangère de l’Amérique au 20e siècle a été l’abandon du Vietnam au Parti communiste. Les temps ont changé, mais pas le Vietnam qui dispose pourtant d’un potentiel d’ancrage économique dynamique et libéral en Asie du Sud-Est. En utilisant la puissance douce, les États-Unis disposent des moyens diplomatiques permettant d’aider le peuple vietnamien, et les intérêts américains.

Le Vietnam est prêt pour le changement. Le Vietnam n’est pas la Malaisie ou l’Indonésie, en proie à des conflits sectaires. Il n’est pas non plus comme la Chine, malgré les ressemblances superficielles des gouvernements communistes dans des pays de culture confucéenne, gouvernements qui ont essayé d’offrir à leur peuple la croissance économique en échange d’une allégeance politique.

Alors que les dirigeants chinois aspirent au statut de grande puissance, les communistes du Vietnam maintiennent une position de subordonné avec la Chine, en s’appuyant sur le soutien politique de Pékin. En conséquence, alors que le Parti communiste chinois peut manipuler les sentiments nationalistes pour asseoir son contrôle, le Parti communiste vietnamien doit tempérer le nationalisme de peur de voir son pouvoir menacé. Hanoi est déjà confronté à une facture élevée pour ses mauvaises politiques et ses échecs de la réforme. Les compagnies multinationales ne peuvent pas ignorer l’énorme marché chinois, mais elles peuvent se permettre de faire l’impasse sur le Vietnam si l’environnement devient trop difficile ou le système politique trop répressif.

Un autre facteur décisif est la relative homogénéité des attitudes et de la diaspora vietnamienne. Estimée à 1,5 millions de personnes aux États-Unis et à trois millions dans le monde, les Vietnamiens de l’étranger sont pour la plupart des boat people qui ont fui en tant que réfugiés politiques à partir de 1975. Avec un passé commun, nombreux sont ceux qui partagent l’espoir d’un Vietnam libre et démocratique pour l’avenir. Pendant ce temps, le Vietnam possède l’une des populations les plus pro-américaines dans le monde. Au Vietnam, le régime n’apprécie pas les États-Unis, mais « la rue » aime l’Amérique. Tant que la politique américaine reste concentrée sur la mobilisation de la population vietnamienne, elle peut s’appuyer sur un énorme réservoir de bonne volonté.

Ce qui ne veut pas dire que Washington doive enfreindre la loi pour renverser le régime de Hanoi. Les changements politiques, lorsqu’ils arrivent, devront être l’œuvre du peuple vietnamien. Mais si M. Obama veut encourager l’évolution politique au Vietnam, il a des outils à sa disposition qui pourraient avoir un impact important. L’outil le plus important est tout simplement le ton que Washington donne à ses relations avec Hanoi. Les responsables américains doivent clairement faire savoir que les États-Unis travailleront avec le régime dans la mesure où c’est le gouvernement actuel, mais que l’Amérique est d’abord et avant tout un partenaire du peuple vietnamien.

Les États-Unis pourraient commencer en se prononçant contre les arrestations arbitraires, l’intimidation des militants pour la démocratie et les restrictions sur l’indépendance des organisations religieuses et politiques. Pour que les États-Unis parlent d’une seule voix, toutes les administrations impliquées au Vietnam, comme le Département d’État, du Commerce et de la Défense doivent avoir des priorités cohérentes. Une politique plus forte des droits de l’homme exige aussi que l’administration se conforme à la lettre et à l’esprit de la Loi sur la Liberté Religieuse Internationale. L’administration Bush a fait une erreur lorsqu’elle a retiré le Vietnam de la liste des pays particulièrement préoccupants pour les violations de la liberté religieuse afin de faire avancer d’autres objectifs diplomatiques.

Les États-Unis devraient s’impliquer dans toutes les facettes de la société vietnamienne. L’éducation est un domaine clé. Les programmes pour que les jeunes vietnamiens puissent étudier dans les universités américaines devraient recevoir un financement accru. Dans le même temps, les opportunités doivent être créés pour des universitaires et des experts basés aux USA d’échanger des idées avec le public, au Vietnam, par exemple par le biais de forums organisés par l’ambassade américaine à Hanoi. Les discussions politico-militaires des USA avec le gouvernement vietnamien et le Programme International d’Entrainement et de Formation Militaire du Pentagone encourageront l’Armée populaire du Vietnam, non seulement à moderniser ses capacités opérationnelles, mais aussi à modifier sa manière de penser en termes d’équilibre des relations civiles et militaires pour se concentrer sur la mission fondamentale de l’armée – qui est de défendre le pays contre des menaces extérieures.

Les États-Unis peuvent également aider pour que le peuple vietnamien ait son mot à dire sur son propre avenir en soutenant la société civile. Les programmes dirigés par le gouvernement vietnamien et d’autres canaux officiels sur la santé, l’éducation, la micro finance ne constituent pas une solution à long terme. Les États-Unis peuvent soutenir des capacités locales en explorant toutes les possibilités de coopérer directement avec le secteur privé vietnamien, avec des individus et des organisations communautaires. Les États-Unis doivent établir le dialogue avec les organisations vietnamiennes pro-démocratie ainsi qu’avec des éléments favorables aux réformes au sein du régime. Le message des États-Unis devrait être : « Il appartient au peuple vietnamien de choisir son propre gouvernement. En tant qu’ami du Vietnam, nous sommes prêts à écouter tous ceux qui ont des vues constructives. »

En effet, la politique américaine doit répondre à l’enthousiasme pour le changement sur le terrain. S’appuyant sur l’expérience de l’Europe de l’Est et d’ailleurs, les États-Unis peuvent également contribuer à rassurer ceux qui sont au pouvoir que le changement ne doit pas être destructeur ni mener au chaos.

Les principales décisions de la politique des États-Unis envers le Vietnam depuis la normalisation des relations en 1995 – comme l’accord de commerce bilatéral et les relations commerciales normales permanentes – ont souvent été justifiées par leur effet à long terme favorisant une plus grande ouverture. Mais le long terme peut se situer très loin. Le choix de la politique de l’administration Obama n’est pas de savoir si le Vietnam libre est simplement un résultat souhaitable à long terme, mais s’il devrait être un objectif réel à plus court terme. En se tenant du côté du peuple vietnamien, les États-Unis ont la possibilité de transformer le Vietnam et, en définitive, une large région de l’Asie.

M. Hoang est un des dirigeants de Viet Tan aux États-Unis, un parti politique pro-démocratie et non autorisé au Vietnam.

Voir aussi:

Témoignage de Viet Tan sur la situation des droits de l’homme devant le Parlement australien
Do Hoang Diem
Viet Tan
19/03/2009

Exposé de M. Do Hoang Diem
Président de Viet Tan

Témoignage devant la Sous-Commmission des Droits de l’Homme,
la Commission permanente mixte des Affaires étrangères, de la Défense et du Commerce,

le Parlement d’Australie

Enquête sur les Mécanismes des Droits de l’Homme en Asie-Pacifique
19 mars 2009

***

Mesdames et messieurs,

Je vous remercie d’avoir invité Viet Tan (Parti pour la Réforme du Vietnam) à témoigner lors de cette audience publique d’aujourd’hui, dans le cadre de l’enquête sur les mécanismes des droits de l’homme en Asie-Pacifique. Viet Tan est un parti défenseur de la démocratie, actif au Vietnam bien qu’il y soit officiellement interdit. Notre objectif est d’améliorer la situation actuelle des droits de l’homme et de susciter un changement politique pacifique à travers le pouvoir du peuple vietnamien. Nous croyons qu’une société libre, non seulement est le meilleur moyen d’exploiter le vaste potentiel du pays et de son peuple, mais aussi constitue les fondations des mécanismes des droits de l’homme. En outre, un Vietnam démocratique peut être un pilier de prospérité et de stabilité dans la zone Asie-Pacifique.

Situation actuelle au Vietnam

Le Vietnam est gouverné par une dictature corrompue et responsable de l’un des pires bilans sur les droits de l’homme dans le monde. Le pays a une population dynamique, jeune dont la vie et les aspirations sont réprimées par un appareil de sécurité et des « lois » arbitraires destinées à protéger le Parti communiste des points de vue dissidents et d’une opposition organisée.

Je voudrais illustrer plusieurs sujets de préoccupation

1. Arrestation et détention arbitraires

Le gouvernement utilise des décrets ambiguës et des dispositions juridiques visant à criminaliser l’expression politique et à considérer une opposition légitime et pacifique comme attentant à la sécurité nationale. Usant de lois aussi puissantes, le gouvernement vietnamien a lancé une série de répressions que Human Rights Watch a qualifié de pire en 20 ans. Plus récemment, en septembre 2008, de nombreux militants pour la démocratie (dont Nguyen Xuan Nghia, Pham Thanh Nghien, Ngo Quynh, Vu Hung, Tran Duc Thach, Nguyen Van Tuc et Pham Van Troi) ont été arrêtés pour avoir distribué des tracts en faveur de la démocratie et pour avoir diffusé des slogans critiquant le gouvernement. Ils sont toujours détenus sans aucune accusation formelle. Dans le cas de Pham Thanh Nghien, bien qu’elle soit détenue depuis déjà six mois, sa famille n’a pas encore été autorisée à lui rendre visite. Sa santé serait en train de se détériorer.

2. Liberté de parole et d’expression

La constitution du Vietnam garantit la liberté d’expression et de la presse ; pourtant le gouvernement continue d’étouffer les journalistes indépendants d’esprit et Internet. Les autorités persécutent notamment ceux qui discutent de pluralisme politique ou qui s’interrogent sur les politiques concernant des questions sensibles comme la corruption impliquant des fonctionnaires du gouvernement ou des différends frontaliers avec la Chine. Par exemple deux journalistes, Nguyen Viet Chien et Nguyen Van Hai, respectivement des quotidiens Thanh Nien et Tuoi Tre, ont été arrêtés pour avoir exposé le scandale de corruption politique portant sur plusieurs millions de dollars et impliquant le détournement de fonds, les jeux de hasard et la prostitution au ministère des Transports (PMU-18) [1]. Ces hommes ont ensuite été jugés, condamnés et accusés d’avoir « abusé des libertés démocratiques ».

De même, ces derniers mois, les autorités ont lancé une campagne pour faire taire les militants sur Internet. Un blogueur bien connu, Dieu Cay, a été arrêté après avoir critiqué la politique du gouvernement sur les litiges territoriaux avec la Chine. Il a été condamné à 30 mois de prison pour « fraude fiscale » dans un procès qui a été condamné par la communauté internationale. Sa famille et ses collègues blogueurs ont été constamment harcelés et menacés.

Le gouvernement est même allé jusqu’à promulguer un nouveau décret en décembre 2008 interdisant aux blogueurs de publier des articles susceptibles d’être considérés comme « attentant à la sécurité nationale ». Ce nouveau décret impose aux fournisseurs internationaux de services Internet de fournir aux autorités des informations sur les utilisateurs privés.

3. Liberté religieuse

Toutes les organisations et pratiques religieuses au Vietnam doivent être officiellement enregistrées et reconnues par le gouvernement. L’Église Bouddhique Unifiée du Vietnam (EBUV) est toujours hors-la-loi et son plus haut dirigeant, le Vénérable Thich Quang Do, a été soumis arbitrairement à la détention à domicile et au harcèlement depuis plus de trente ans.

L’Église catholique souffre encore de grandes restrictions. Toute nomination ou affectation de son clergé exige l’approbation du gouvernement. En septembre 2008, plusieurs grandes veillées de masse ont été effectuées par l’archevêque de Hanoï et la paroisse de Thaï Ha, avec parfois la présence de plus de 15 000 fidèles, veillées demandant la restitution des propriétés confisquées de l’Église. Huit de ces paroissiens ont été arrêtés puis condamnés.

Mais plus opprimée encore est l’Église mennonite, là où ses adeptes appartiennent principalement à des minorités ethniques vivant dans les Hauts Plateaux du centre du Vietnam. Un des dirigeants de l’Église, le pasteur Nguyen Hong Quang a été maintes fois arrêté et emprisonné pour avoir exercé sans autorisation officielle. Lui et ses collègues font actuellement l’objet d’une surveillance policière et de harcèlement.

4. Droits des travailleurs

Il n’y a pas de syndicat des travailleurs indépendant reconnu au Vietnam. Il est interdit aux travailleurs de former un tel syndicat ou d’y adhérer.

Le seul syndicat qui existe est un organe de l’État appelé Confédération Générale du Travail du Vietnam, qui répond directement au Parti communiste vietnamien. En raison de cette antinomie, les droits des travailleurs sont souvent violés et négligés. Ces dernières années, des grèves à grande échelle ont eu lieu dans tout le pays en raison de mauvaises conditions de travail, de bas salaires et de traitements dégradants. Des milliers de travailleurs ont participé à ces grèves et de nombreux chefs de file de ces grèves ont été arrêtés et emprisonnés. Selon la loi vietnamienne, les grèves sans autorisation du gouvernement sont considérées comme illicites ; par conséquent, les travailleurs eux-mêmes prennent souvent un risque important d’être persécutés par les autorités et licenciés par leur employeur. L’agitation dans le monde du travail reflète les difficultés économiques et le mécontentement social. Le contrôle étroit des travailleurs exercé par le gouvernement et les restrictions au droit de grève enfreignent gravement le Code du travail.

Recommandations

1. Dialogue sur les droits de l’homme

Le dialogue Australie-Vietnam sur les droits de l’homme peut être un mécanisme efficace pour encourager une plus grande liberté politique au Vietnam. Pour accroître son efficacité, nous suggérons un renforcement des programmes concrets. Les programmes devraient en particulier se concentrer sur la promotion de la liberté des médias, de la libre utilisation d’Internet et de la liberté d’association. Toute aide financière pour ces projets doit avoir des repères clairs ; Il faut que soient documentés clairement des objectifs précis ainsi que les progrès effectués. Les résultats doivent être communiqués à la Commission permanente mixte et être transparents de telle sorte que le public puisse les étudier.

2. Soutien parlementaire pour le changement démocratique

Alors qu’est nécessaire l’institution de mécanismes de prévention et de réparation des violations des droits de l’homme, il importe également de promouvoir la démocratie car elle contribue à garantir ces mécanismes dans le long terme. Un système autoritaire à parti unique est un terrain fertile pour les violations des droits de l’homme. Nous pensons que la solution aux droits de l’homme est une société démocratique où les citoyens ont le droit de faire des choix politiques et de tenir le gouvernement pour responsable de ses actions. Le parlement australien peut soutenir le peuple du Vietnam et d’autres peuples réprimés en critiquant les persécutions, en discutant avec la société civile et les groupes démocratiques, en continuant à pousser au changement le régime actuel.

3. Commission des droits de l’homme de l’ ASEAN [2]

Nous appuyons fermement l’initiative du Groupe de Travail pour un Mécanisme des Droits de l’Homme de l’ASEAN de former une commission intergouvernementale des droits de l’homme. Nous recommandons que tous les États membres de l’ ASEAN soient automatiquement membres de cette commission et soient ainsi tenus de respecter les normes internationales des droits de l’homme. La Commission agira comme un organe de contrôle veillant à ce que les plaintes puissent être entendues et que ses recommandations soient mises en œuvre. Nous préconisons aussi que la Commission des droits de l’ASEAN puisse recommander une Cour qui, dans certaines circonstances pourrait prendre une décision collective à valeur contraignante. Bien que l’Australie ne soit pas membre de l’ASEAN, avec sa longue histoire d’une étroite relation de travail et d’un engagement dans la région, nous pensons que l’Australie peut engager un dialogue avec l’ASEAN et le Forum Asie-Pacifique afin de faire progresser la protection des droits de l’homme dans la région.

Voir également:

Appel pour faire cesser les pratiques arbitraires au Vietnam
Appel à l’Organisation des Nations Unies et aux pays concernés pour mettre fin aux pratiques arbitraires du gouvernement du Vietnam
Viet Tan
16/10/2009

À l’attention de :

* Le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, Ban Ki-moon
* Les dirigeants des nations démocratiques
* Les organisations internationales de défense des droits de l’homme

Nous, soussignés, familles des patriotes vietnamiens suivants :

* L’écrivain Nguyen Xuan Nghia
* L’enseignant Vu Hung
* L’ingénieur Pham Van Troi
* L’étudiant Ngo Quynh
* M. Nguyen Van Tinh
* M. Nguyen Van Tuc
* M. Nguyen Kim Nhan

Nos proches ont été arrêtés en septembre 2008 simplement pour avoir parlé de la souveraineté territoriale du Vietnam, de la lutte contre la corruption, de la démocratie et des droits de l’homme. Pendant quatre jours, du 6 au 10 octobre 2009, ils ont été jugés et condamnés pour « propagande contre l’État socialiste » au sens de l’article 88 du code pénal vietnamien et condamnés à de sévères peines d’emprisonnement.

Par cette lettre, nous tenons à remercier sincèrement les pays et les organisations qui ont manifesté leurs préoccupations pour nos proches, cherché des informations sur leur situation, et envoyé des représentants pour assister et de comprendre de visu comment les tribunaux fonctionnent actuellement au Vietnam. Par cette lettre, nous dénonçons également l’arbitraire dans les mécanismes juridiques et les conditions de détention inhumaines au Vietnam.

1. La nature inhumaine de la détention et les procédures juridiques au Vietnam.

Tout au long de la période de détention provisoire de nos proches, les autorités ont créé toutes sortes de difficultés pour qu’ils ne puissent pas bénéficier de visites ni de soins. Dans le cas de l’enseignant Vu Hung, sa famille n’a été autorisée à lui rendre visite durant une année entière. Concernant M. Nguyen Van Tinh, les autorités ont interdit à sa famille de lui rendre visite, même en sachant qu’il était gravement malade.

Les autorités ont déclaré que les procès seraient ouverts au public. Cependant, aux procès de Vu Hung et Pham Van Troi à Hanoi, seuls deux membres de leurs familles respectives ont été autorisés à être présents. Lors du procès des six autres personnes à Hai Phong, chaque prévenu n’avait le droit d’avoir un seul membre de la famille dans la salle d’audience. Pourtant, les salles d’audience étaient pleines de gens dont nous croyons fermement qu’ils étaient des policiers en civil se faisant passer pour des citoyens lambda. Entre-temps, à l’extérieur du tribunal, une centaine de sympathisants et amis n’est pas seulement privée du procès, mais a également été intimidée et dispersée par les forces de la Sécurité Publique.

2. Les raisons arbitraires données par le tribunal pour condamner nos proches sont écrites nulle part dans la loi vietnamienne.

Lors des procès, le parquet a fourni les pièces à convictions suivantes :

* Des banderoles disant que Hoang Sa (Paracel) et Truong Sa (Spratly) sont des îles vietnamiennes, appelant à tous les citoyens de combattre la corruption, demandant la démocratie et des droits de l’homme pour le Vietnam.
* Les articles diffusés sur Internet critiquant la corruption et réclamant la justice pour les victimes d’agressions physiques dont la Sécurité Publique a non seulement échoué à prévenir, mais qui ont sciemment dissimulé.

Sur la base des éléments ci-dessus, nous demandons sincèrement votre soutien et vous demandons de prendre contact avec le gouvernement et les tribunaux du Vietnam afin de clarifier les questions suivantes :

* Est-ce que le patriotisme et l’affirmation de la souveraineté territoriale sont des crimes et, si oui, en vertu de quels articles de la constitution vietnamienne et du code pénal ?
* Est-ce que protester contre la corruption et parler au nom des personnes défavorisées sont des crimes et, si oui, en vertu de quels articles de la constitution vietnamienne et du code pénal ?
* Est-ce qu’utiliser Internet pour diffuser et recevoir des informations est un crime et, si oui, en vertu de quels articles de la constitution vietnamienne et du code pénal ?

En devenant volontairement membre de l’Organisation des Nations Unies et de l’Organisation Mondiale du Commerce, le Vietnam doit respecter les lois relatives aux droits de l’homme. En particulier, l’article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme déclare que les citoyens de tous les pays ont le « droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières » et l’article 9 de la Déclaration stipule que : « Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé ».

Nous condamnons les sentences injustes rendues par les tribunaux vietnamiens sur nos proches. Nous prions instamment le Secrétaire général de l’ONU et les chefs d’Etat d’intervenir directement auprès de Nguyen Minh Triet, Président de la République Socialiste du Vietnam, et demandons au gouvernement vietnamien de respecter les droits de l’homme, mettre fin aux pratiques judiciaires arbitraires, et de libérer immédiatement notre proches.

Nous vous remercions pour votre attention.

Signés conjointement,

1. Nguyen Thi Nga, épouse de Nguyen Xuan Nghia, Hai Phong, Viet Nam
2. Ly Thi Tuyet Mai, épouse de Vu Hung, Ha Tay, Viet Nam
3. Nguyen Thi Huyen Trang, épouse de Pham Van Troi, Ha Tay, Viet Nam
4. Ngo Quyen, frère de Ngo Quynh, Bac Giang, Viet Nam
5. Duong Thi Hai, épouse de Nguyen Van Tinh, Hai Phong, Viet Nam
6. Bui Thi Re, épouse de Nguyen Van Tuc, Thai Binh, Viet Nam
7. Ngo Thi Loc, épouse de Nguyen Kim Nhan, Bac Giang, Viet Nam

Voir par ailleurs:

Viêt-nam
RSF
le 7 février 2008

Les élections législatives de mai 2007 ont été l’occasion pour le parti unique de rappeler que l’opposition n’avait pas le droit d’exister. Dans certains quartiers d’Hô Chi Minh-Ville, le taux de participation s’est élevé à 100%, et aucun candidat indépendant n’a été élu. La presse a été contrainte de s’enthousiasmer pour ces élections jouées d’avance.

Répondant à une question d’un journaliste européen sur la situation des droits de l’homme, le président Nguyen Minh Triet a déclaré en mai : “Peut-être qu’il est difficile pour vous de comprendre l’amour que nous avons pour les gens, et l’amour que nous avons pour les droits de l’homme. Mais les gens qui violent la loi doivent être poursuivis.” Quelques semaines auparavant, le père Nguyen Van Ly, responsable de la revue dissidente Tu do Ngôn luan, et quatre de ses collaborateurs, avaient été condamnés à de lourdes peines de prison à l’issue d’un procès expéditif. Ils avaient été reconnus coupables de “propagande contre la République socialiste du Viêt-nam”.

Des procès staliniens contre les dissidents

Le procès du père Nguyen Van Ly et ses quatre coaccusés n’a duré qu’un peu plus de trois heures. Affaibli par une grève de la faim, le prêtre a refusé de se lever pour énoncer son nom devant le juge du tribunal populaire de Hué (Centre). Après avoir entendu sa condamnation à huit ans de prison, il a crié : “A bas le Parti communiste du Viêt-nam !” Condamné à six ans de prison, son collègue Nguyen Phong a déclaré face au juge : “Pour la nation vietnamienne, je continuerai à me battre pour les valeurs de liberté et de démocratie.” Nguyen Binh Thanh, condamné à cinq ans de prison, s’est défendu en affirmant qu’il n’avait fait qu’agir dans le respect des “lois internationales”. Hoang Thi Anh Dao et Le Thi Le Hang ont été condamnées à un an et demi de prison avec sursis.

Arrêté en février, le père Nguyen Van Ly est l’un des responsables du magazine clandestin Tu do Ngôn luan (Liberté d’expression), publié à Hué. En 2007, deux autres animateurs de la revue, le père Chan Tin et le père Phan Van Loi, ont été placés en résidence surveillée. Le magazine a continué à être diffusé à l’étranger et, sous le manteau, au Viêt-nam.

Le retour des “tribunaux populaires”

Les autorités ont de nouveau mobilisé les “tribunaux populaires” pour intimider les dissidents. Les habitants des quartiers sont alors invités à s’exprimer devant la cour pour dénoncer et condamner un accusé. En août, Nguyen Khac Toan, rédacteur en chef adjoint de la publication dissidente en ligne Tu Do Dân Chu (Liberté et démocratie), a été jugé devant l’un de ces tribunaux à Hanoi. Une dizaine de cadres du Parti et des policiers l’ont accusé d’avoir incité des paysans à manifester dans la capitale, avant de recommander de l’envoyer dans un camp de rééducation pour l’”écarter de la société”. Ce procès s’est fait en parallèle d’une campagne de presse contre lui, l’accusant d’être un “opportuniste politique démasqué”.

En février déjà, l’avocat de plusieurs dissidents emprisonnés, Nguyen Van Dai, avait dû affronter une “tribunal populaire” du district de Bach Khoa, accusé d’avoir “trahi son pays”. Les “juges” avaient exigé que son droit d’exercer son métier d’avocat lui soit retiré et que son cabinet soit fermé.

Les autorités sont allées bien au-delà des recommandations du peuple, puisqu’en mars, Nguyen Van Dai, également animateur du blog nguyenvandai.rsfblog.org, et une autre avocate, Le Thi Cong Nhan, ont été arrêtés à Hanoi. Leur détention ayant été critiquée à l’étranger, les forces de sécurité ont ordonné à leurs familles de ne plus s’exprimer publiquement par l’intermédiaire des médias étrangers. En mai, les deux avocats ont été condamnés respectivement à cinq et quatre ans de prison en vertu de l’article 88 du code pénal.

Les dissidents Le Nguyen Sang, médecin, Huynh Nguyen Dao, journaliste, et Nguyen Bac Truyen, tous membres du Parti populaire démocratique (interdit) ont également été condamnés à des peines de prison par un tribunal de Hô Chi Minh-ville. Ils étaient accusés d’avoir publié des documents hostiles au régime par le biais d’Internet. Tran Quoc Hien, porte-parole de l’Union des ouvriers et des paysans (United Workers-Farmers Organization, illégale), a quant à lui été arrêté en janvier pour “propagande contre le régime”. Il avait diffusé sur Internet de nombreuses informations sur la situation des travailleurs vietnamiens.

Une journaliste française détenue pour “terrorisme”

“Entre quatre murs, j’étais angoissée car je n’arrivais pas à imaginer une issue à cette situation. Il n’y a jamais eu de violence contre moi, mais j’étais interrogée tous les jours, sauf le dimanche, pendant une ou deux heures, par des policiers. Ils essayaient de me déstabiliser. C’était une forme de terreur morale”, a raconté la journaliste d’opposition Nguyen Thi Thanh Van, détenue du 17 novembre au 12 décembre à Hô Chi Minh-Ville. Munie de son passeport français, elle était entrée au Viêt-nam afin de faire la promotion de la radio Chan Troi Moi (Nouvel Horizon), proche du parti d’opposition Viet Tan, et réaliser des interviews de dissidents.

Cette affaire a illustré l’hostilité affichée des autorités vis-à-vis des radios internationales qui émettent en vietnamien. En décembre, quatre syndicalistes ont été jetés en prison pour avoir communiqué des informations à Radio Free Asia. Tandis que l’ambassade du Viêt-nam a menacé à plusieurs reprises des journalistes de Radio France Internationale, privant certains de visas.

Les journaux libéraux, notamment Tuoi Tre (La Jeunesse), ont tenté de repousser les limites de la censure officielle. Mais le gouvernement s’est appuyé sur une législation répressive pour rappeler à l’ordre les plus téméraires. Une loi adoptée en 2006 prévoit des amendes et des suspensions de licence pour les médias et les journalistes qui diffament et mettent en cause le “prestige de l’Etat”.

La presse officielle, qui compte plus d’une centaine de radios et de télévisions, autant de sites Internet et près de 600 publications, n’a pas profité en 2007 des espaces de débat ouverts en 2006 pendant la préparation du Congrès du Parti communiste. Au contraire, les médias, notamment les journaux du Parti, Nhân Dân (Le Peuple), et de la police, An Ninh Thu Do (La sécurité de la capitale), ont été mobilisés pour dénoncer les “agitateurs et les terroristes” de l’intérieur et de l’extérieur. Certains gouvernements étrangers et des organisations internationales, comme Reporters sans frontières, ont été accusés de soutenir les ennemis du régime.

Internet a fêté ses dix ans d’existence au Viêt-nam

En 2007, le pays a connu sa vague de répression la plus forte depuis 2002. En une semaine, six cyberdissidents ont été condamnés à des peines de prison allant de trois à cinq ans. Depuis qu’il est devenu le 150e membre de l’Organisation mondiale du commerce, le Viêt-nam a adopté un comportement contraire à celui qu’il avait montré à la communauté internationale avant son intégration. Il est l’un des pays les plus autoritaires de la planète et suit scrupuleusement le modèle chinois en matière d’atteinte à la liberté d’expression sur Internet. Au 1er janvier 2008, huit cyberdissidents étaient derrière les barreaux pour avoir usé de leur droit d’expression sur le Web.

En septembre, la police et le ministère de la Culture ont ordonné au site Intellasia.com de “fermer”. Animée par un Australien et spécialisée dans l’information économique, Intellasia.com diffusait des articles politiques sur le Viêt-nam.

Voir enfin:

Viêt-nam
166 sur 175 dans le dernier classement mondial

A l’exception des publications dissidentes qui circulent sous le manteau et sur le Web, il n’existe pas de médias indépendants dans le pays. La presse écrite, la télévision et les radios sont toutes contrôlées par les autorités de Hanoi. Pour autant, la presse poursuit sa modernisation et tente de repousser les limites de la censure. Une dizaine de journalistes et cyberdissidents sont actuellement emprisonnés.

En 2008, le gouvernement a donné un coup d’arrêt à l’émancipation progressive de la presse réformiste. Deux journalistes d’investigation des journaux Thanh Niên et Tuoi Tré ont été jugés pour avoir révélé une affaire de corruption retentissante. L’un d’eux a été condamné à deux ans de prison pour “abus des libertés démocratiques pour enfreindre les intérêts de l’Etat”. Il n’a été libéré début 2009 qu’en raison de fortes protestations internationales.

Ce procès s’est accompagné d’une purge au sein des médias les plus ouverts. Résultat : “Ces médias ont perdu leur ton mordant. Nous sommes revenus dix ans en arrière”, estime un journaliste vietnamien.

La concurrence s’accentue entre les principales rédactions, bien que les médias restent placés sous l’autorité de leur institution de tutelle : le Parti communiste, l’armée, l’agence de presse officielle ou les municipalités, selon le cas. Mais les journalistes, notamment ceux issus de la jeune génération, de mieux en mieux formée, s’écartent de temps en temps des directives éditoriales du parti unique. Le média le plus libre est sans conteste le site VietnamNet qui ose encore soulever des questions embarrassantes.

Les radios nationales, contrôlées par le cabinet du Premier ministre et par le comité central du Parti communiste, sont très écoutées, tout comme les programmes en vietnamien des radios internationales (BBC, RFI). Ces dernières ne peuvent malheureusement être captées qu’en ondes moyennes ou courtes, car le gouvernement refuse de leur accorder des licences en modulation de fréquence, sans aucun doute afin de limiter leur audience.

Par ailleurs, la police politique mène une lutte implacable contre les mouvements d’opposition et les publications dissidentes. Début 2009, deux journalistes et sept cyberdissidents étaient emprisonnés. Ainsi, le père Nguyen Van Ly, responsable de la revue dissidente Tu do Ngôn luan, a été condamné à huit ans de prison pour “propagande contre la République socialiste du Viêt-nam”.

La police utilise également les “tribunaux populaires” pour intimider les dissidents. Les habitants des quartiers sont alors invités à s’exprimer devant la cour pour dénoncer et condamner un accusé. Une justice d’un autre âge, qui fait fi du droit à la défense, sans parler d’équité.

Les autorités surveillent le Web, très populaire dans le pays. L’accès aux sites jugés « réactionnaires », particulièrement ceux des dissidents réfugiés à l’étranger, est bloqué. Depuis 2002, une trentaine de cyberdissidents ont été arrêtés. L’un d’entre eux a été condamné à 12 ans de prison. En janvier 2009, le gouvernement a adopté la “Circulaire n°7” qui interdit les contenus politiques sur les blogs. Et la cyberpolice est chargée de renforcer la surveillance. Le défenseur des droits de l’homme Nguyen Hoaong Hai, surnommé Dieu Cay, en fait les frais. Il a été condamné à deux ans et demi de prison, après avoir notamment créé le Free Vietnamese Journalists Club, regroupant des blogueurs indépendants.

En plus des “organes d’Etat”, notamment Le Peuple, quotidien du Parti communiste, on compte plus de 600 titres. Mais ils sont tous susceptibles d’être sanctionnés pour “violation grave de la loi sur la presse”. C’est le cas du magazine Du Lich, un organe de la direction du tourisme, suspendu pendant trois mois pour avoir publié des articles traitant des îles Paracels et Spratleys, objet d’un important contentieux territorial avec la Chine.

Répondant à une question d’un journaliste européen sur la situation des droits de l’homme, le président Nguyen Minh Triet a déclaré en mai 2008 : “Peut-être qu’il est difficile pour vous de comprendre l’amour que nous avons pour les gens, et l’amour que nous avons pour les droits de l’homme. Mais les gens qui violent la loi doivent être poursuivis.”


Phénomènes mimétiques: Invasion des voleurs de pénis (When the locker room syndrome runs amok)

4 octobre, 2009
Mine is bigger than yoursJ’ai travaillé avec Freud à Vienne. On s’est brouillé sur le concept d’envie du pénis. Il voulait le limiter aux femmes. Woody Allen (“Zelig”, 1983)
Cet homme qui, rapporte-t-on, est originaire d’Afrique occidentale, est un agent sioniste impérialiste envoyé pour empêcher la population de procréer et de se multiplier. Jafar Abbas (chroniqueur soudanais résidant à l’étranger, Al-Watan, Arabie Saoudite, septembre 2003)
Le plus drôle est que le préjugé est colporté depuis des siècles par des Blancs racistes, tant et si bien qu’aujourd’hui nombre de Noirs, eux-mêmes persuadés de leur supériorité sexuelle, ne supportent pas qu’on veuille la démystifier. L’auteur rapporte notamment les résultats édifiants d’une enquête d’opinion Ipsos effectuée en avril dernier en Martinique. “Au fond, démolir cette légende comme Serge Bilé le fait (et il va jusqu’à évoquer la triste condition des Noirs dotés d’un petit sexe, terriblement inhibés à l’idée de provoquer une double déception), c’est risquer de mettre à mal un cas historique de discrimination positive. A cette aune, on mesurera l’enjeu politique d’un essai consacré au sexe des Noirs. Pierre Assouline (sur “Le Sexe surdimensionné des noirs” de Serge Bilié)
C’est le sexe de l’homme qui est visé car dans nos sociétés natalistes c’est le symbole de la richesse et du pouvoir. Lui voler son sexe c’est prendre son pouvoir. Felix Koné (sociologue africain)
Sur les marchés on vend d’énormes quantités d’aphrodisiaques, non pour améliorer les performances sexuelles, mais pour pallier les disfonctionnements… Comme disait Napoléon, l’homme place sa fierté là où il est le plus fragile ! (…) Ce n’est pas pour rien que le Haoussa a été pris pour cible, il est le spécialiste incontesté de la fabrication des aphrodisiaques. Or, dans la société haoussa, la puissante caste des bouchers mêle la préparation de la viande à son corollaire, l’hyper-sexualité. “Les maîtres des sauces” sont en effet les génies de l’étrange gastronomie à fin sexuelle… Yannick Jaffré (anthropologue français)
La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie

A l’heure où Newsweek s’inquiète de “l’envie d’Obama” dont souffrirait notre Sarko national face au Pleurnicheur en chef

Et après les fureurs sacrées, les chasses aux sorcières, les bâtiments hypocondriaques ou la course au toujours moins

Retour, dans notre série phénomènes mimétiques de masse, sur les extraordinaires formes que peuvent prendre, en notre monde toujours plus mondialisé, cette fameuse “envie du pénis” que Freud voulait réserver aux seules femmes.

Ou comment, à partir de la variabilité interindividuelle mais aussi tout simplement naturelle de l’organe

(de 1 à 3 pour cause, on le sait, de régulation thermique via la contraction ou rétraction réflexe des bourses par le muscle crémaster rapprochant ou éloignant ainsi les testicules du corps pour, selon la température ambiante – mais aussi l’état psychologique et le stress -, les réchauffer ou les refroidir, permettant ainsi aux bourses d’assurer leur fonction de frigo du sperme en maintenant les testicules à la température constante la plus favorable à la production de spermatozoïdes, soit environ 3 degrés de moins que le reste du corps)

Peuvent se greffer toutes sortes de complications allant, en nos sociétés occidentales, du simple “syndrome des vestiaires (fonds de commerce apparemment sans fond, si l’on en croit nos pourriels, des vendeurs d’accessoires ou de techniques chirurgicales d’agrandissement – chacun ses injections de silicone!).

A de véritables épidémies, en d’autres parties du monde comme en Asie (Chine, Indonésie, Singapour, Inde, sous le terme générique de “Koro”) ou en Afrique (Bénin, Nigeria, Ghana, Congo, Soudan, souvent liées à des accusations de sorcellerie) voire ailleurs (Jordanie),… de panique collective de rétraction ou de vol de pénis!

Ainsi, cette phobie des “rétrécisseurs de sexe” et son tribut de lynchages divers, remarquablement bien analysés par le journaliste indépendant Jean-Jacques Mandel (pour “Géo magazine” et les “Cahiers d’études africaines” en 2008) qui, il y a une dizaine d’années, a “traversé l’Afrique de l’Ouest à la vitesse d’un cyclone et fait les mêmes ravages: près de trois cents morts, plus de trois mille blessés, victimes expiatoires de la vindicte populaire”.

Le tout apparemment à partir d’une simple rumeur lancée en août 1996 dans la ville du Cameroun anglophone de Limbé (et amplifiée de plus par la presse locale) de colporteurs nigérians prétendument dotés de pouvoirs maléfiques (toujours aussi bénéfiques puisque ce sont les mêmes qui vendent les aphrodisiaques), censés faire ‘disparaître’ les organes génitaux par simple effleurement ou poignée de main.

Sur fond naturellement de profondes mutations sociales et économiques (dévaluation du CFA, ‘démocratisation’ de façade, faillite des États, exaspération des inégalités, prévarication, délinquance, exode rural, déracinement, replis communautaires, islamisme, antisémitisme), vite attribuées souvent à l’Occident rapace …

Extraits:

(…)

A la mi-août, le Cameroon Post, hebdomadaire de langue anglaise, fait pour la première fois état d’émeutes suivies de lynchages dans les bourgades de Limbé, Tiko, Muea et Batoké, toutes situées au pied des monts Cameroun, à un vol de busard de la frontière. Devant l’ampleur du phénomène, les forces de sécurité sont mises en alerte et opèrent rapidement de nombreuses arrestations dans la communauté nigériane de la bourgade pétrolière de Limbé, changée en cocotte-minute par la rumeur qui, selon l’hebdo Le Messager, couvait depuis le Noël précédent. Toute personne suspectée de sortilège sera désormais mise en garde à vue ; une façon comme une autre de protéger les suspects du lynchage en passe de devenir le sport local quotidien.

Ce qui n’empêche pas les émeutes de se multiplier. Trois morts et une dizaine de blessés en l’espace d’une seule semaine. Dès lors, chacun connaissant au moins quelqu’un qui a vu ou connaît quelqu’un qui a vu quelqu’un dont le sexe a été rétréci par un Nigérian, la psychose gagne à une vitesse fulgurante. Elle emprunte les transports en commun, gagne les villes voisines jusqu’aux environs de Douala et remonte vers le centre du pays. « Tous les hommes se promènent les mains bien enfoncées dans les poches et refusent d’échanger des poignées de mains », s’inquiète l’AFP dans une dépêche du 20 août 1996 émise de la capitale, Yaoundé, où la rumeur qui est annoncée fait craindre l’embrasement de la ville. Le risque est réel car la cité ne s’est jamais vraiment remise de cette terrible année 1978 où pareille rumeur, imputée à une vieille sorcière irascible, avait obligé les habitants à protéger de palmes le seuil de leurs maisons, seul remède magique capable de détourner le courroux démoniaque. Cette même année, les Camerounais s’en souviennent encore avec effroi, dans le Sud, non loin de Limbé comme par hasard, « les jours de marchés des malfrats faisaient disparaître le sexe des hommes et déplaçaient sur le front celui des femmes ! ».

La trame de cette rumeur naissante n’est pas le fruit d’un délire collectif mais la projection imaginaire des conséquences d’un fait avéré : une escroquerie montée par de faux colporteurs de médicaments mais vrais charlatans ambulants. Le scénario de l’arnaque, pratiquée par un duo de compères haoussas gonflés, sera invariable dans les pays que la rumeur va traverser. Toujours le même film. Sur un marché, une gare routière, à un carrefour, un étranger demande des renseignements à l’autochtone, il lui serre la main ou lui tape sur l’épaule. Puis il poursuit son chemin. Alors tout va très vite : la personne touchée par l’inconnu éprouve un frisson glacial ou bien une chaleur intense, des picotements ou encore de vives démangeaisons. Autant de signes qui annoncent la disparition imminente du sexe qui aussitôt se recroqueville, pire qui disparaît au plus profond du corps. Comme par miracle, un complice s’approche de la victime désemparée : il assure posséder les médicaments permettant au sexe de recouvrer sa taille initiale. Il peut même les lui vendre contre une coquette somme. Une sorte de rançon qui varie, selon les lieux et la qualité des victimes, de cinq mille francs CFA (environ 7,50 €) à sept ou huit cent mille francs CFA !

Une telle crédulité sur fond de magie pourrait a priori faire sourire si elle n’entraînait mort d’homme. Mais c’est ainsi que sont les superstitions ancestrales dont l’origine mythique se situe, dit-on, au cœur des ténèbres de l’Afrique centrale. C’est la remise à jour d’un châtiment millénaire inventé par les dieux pour punir les hommes adultères ou, plus prosaïque, les fainéants qui culbutaient les paysannes dans les champs au lieu de récolter les moissons. Dans le lit de la croyance populaire rurale, une simple affaire d’escroquerie va devenir en quelques mois la première rumeur panafricaine de l’histoire du continent.

Traversant successivement, à la vitesse d’une traînée de poudre, le Bénin, le Togo, la Côte-d’Ivoire, le Burkina Faso, le Mali, le Sénégal et la Mauritanie ; relayée par les médias, enrichie par des centaines de témoignages, elle se nourrit de l’angoisse engendrée par la crise politico-économique pour s’infiltrer dans tous les foyers, et réveille les peurs villageoises enfouies au plus profond des ruelles des cités indigènes.

Mi-octobre, la rumeur repasse la frontière du Nigeria, puis celle du Bénin qu’elle parcourt comme un missile téléguidé avant d’arriver à Lomé, Togo. Elle se répand sur tout le pays. Dans son sillage, la vindicte populaire. Le carnage continue jusqu’à la fin de l’année. Seul changement notable, les nouveaux boucs émissaires sont désormais des Ghanéens, traditionnels bras de la main-d’œuvre immigrée. Bien entendu, ceux-là sont plus nombreux que les Haoussas.

Le Togo n’est séparé du Ghana que par quelques kilomètres de plages qui commencent au centre de Lomé. À pied, en pirogue, en bus, en taxi, en car rapide comme en camion, le bruit des exactions commises contre les Ghanéens brûlés vifs ou lapidés précède la rumeur et arrive à la douane. Le 17 janvier 1997 « Satan s’empare d’Accra ! » annonce, en Une, le Ghanaian Times. « Des hommes aux pouvoirs maléfiques frappent dans la rue », surenchérit la manchette du Daily Grafic. Sept personnes sont lynchées à mort. On assiste alors à un étrange ballet dans les rues : la plupart des hommes se déplacent une main dans leur poche, l’autre devant l’entrejambe. On ne compte plus les blessés. Treize personnes dont deux Nigérians sont arrêtés et placés en détention pour être préservés de la colère de la foule. Le 20 janvier, la presse comptabilise onze cadavres ! Un fantastique dispositif policier est mis en place autour des principales villes, il s’agit de protéger les victimes putatives, des Nigérians essentiellement : Yorubas, Haoussas ou Ibos, promis au lynchage, aux bastonnades mortelles ou tout simplement à être brûlés vifs par le supplice du collier.

Elle court, elle court la rumeur, et n’en finit pas de gonfler. Elle court le long de la route côtière. Pénètre en Côte-d’Ivoire par l’est. Le journal abidjanais Soir Info annonce l’arrivée des « envoûteurs de sexe ». Aussitôt, les premiers cas de disparitions d’organes génitaux sont signalés près de la frontière ghanéenne. La rumeur fond sur Abidjan début février. Elle va s’installer pour de longs mois, dans les quartiers chics ou les cités populaires, à Cocody comme à Treichville, en Zone 4 et à Abobo gare ou Adjamé… On l’entend même près des pistes de l’aéroport essayant de s’envoler pour essaimer bien plus loin. Dans les quartiers périphériques des meutes déchaînées, armées de gourdins, de barres de fer et de machettes, terrorisent les « étrangers ». Un matin, on craint même un pogrom dans le quartier Koumassi, place Inch’Allah, quand les sanguinaires émeutiers entonnent leur nouveau cri de guerre : « Il faut braiser les Haoussas ! » Appel au meurtre qui va résonner dans toute la ville. Résultat ? Dès la première semaine, une dizaine d’innocents seront brûlés vifs ou lynchés. Parfois les deux. Les journaux font leur Une des photographies de cadavres de suspects calcinés, on publie les témoignages hallucinés des victimes. Plus personne n’ose sortir, on ne se salue plus. L’Autre est devenu le Diable. Seuls la confrérie des « trado-thérapeutes » et autres marabouts charlatans se frottent les mains. C’est bon pour le business : sur les marchés aux fétiches, la vente des grigris, poudres magiques et autres amulettes de protection connaît un véritable boom.

Les commissariats de police sont assiégés par les plaignants. Par peur de se faire eux-mêmes lapider, les flics hésitent désormais à intervenir pour protéger les victimes des foules hystériques. Pendant qu’Abidjan est à feu et à sang, la rumeur court toujours, mais ne peut aller plus loin à l’ouest sur la côte car elle est incapable de rivaliser avec les atrocités bien réelles de la guerre civile qui n’en finit pas de déchirer le Liberia frontalier. Deuxième quinzaine de mars, elle bifurque donc et poursuit son chemin vers le nord, par le chemin de fer cette fois. Direction le Burkina Faso, qu’elle traverse pour atteindre, au nord-ouest, le Mali.

Le 28 mars, on apprend que « deux escrocs nigérians auraient fait disparaître le pénis d’un innocent de passage » en plein Sikasso, non loin de la frontière. Les deux ont été tabassés par la foule puis, en piteux état, ils ont été interpellés par la police malienne ; le 3 avril, un prétendu Haoussa est bastonné à mort dans la ronde des taxis de la gare routière. Pendant que la fièvre gagne Bamako, la rumeur flambe à l’est du Burkina et pénètre dans Ouagadougou le 9 avril, vieille cité calme et douce. Il ne lui faudra qu’un mois à peine avant d’atteindre la paranoïa.

Le 13 mai, la goutte d’eau qui fait déborder le canari : une foule en délire est prête à lapider des Ibos dans un quartier populaire de la capitale burkinabè. La police intervient. On ramasse les corps martyrisés de nombreuses victimes. Des cas de disparition de sexe seront signalés chaque jour aux quatre coins de la ville en proie à la psychose. Les autorités organisent une réunion au sommet et publient un appel au calme. Le 20 mai, un communiqué du ministère de l’Administration territoriale et de la Sécurité lance un deuxième appel au calme et rappelle que la loi sera appliquée dans le cas d’actes de violence. « Les fauteurs de troubles seront sanctionnés sans faiblesse » titre le quotidien Sidawaya, daté du 22 mai. En pages intérieures, on lit qu’il est urgent de « procéder à une campagne de sensibilisation au niveau des églises, temples, mosquées et organisations de la jeunesse. Il faut organiser des patrouilles, sécuriser les étrangers, et utiliser la répression contre les fauteurs de troubles ». Riposte visiblement efficace car la rumeur abandonne le Burkina du jour au lendemain !

Peut-on encore parler de rumeur ? Une énorme pieuvre étend désormais ses tentacules sur les pays avoisinants. Elle tente le passage en Guinée, la remontée vers le Niger. Elle est à nouveau secouée de soubresauts au sud du Cameroun et arrive, un rien essoufflée, au Gabon. Le 13 juin, un lycéen aura le sexe réduit au beau milieu de la cour du bahut, au cœur de Libreville. Puis la fièvre retombe dans la forêt gabonaise, les exploits des rétrécisseurs n’intéressent plus personne. Tout se passe comme si la malédiction ne pouvait survivre loin des contrées islamiques propices à sa naissance et à sa propagation. Elle stoppe net aux lisières de cette même forêt qui, jadis, arrêta l’expansion hégémonique de l’islam. Tous les djihad, même les plus guerriers tels que ceux menés par les fantastiques armées peules au XIXe siècle, ont capitulé devant la puissance des génies des bois sacrés de la sylve primaire équatoriale. Peu importe, le monstre a du boulot ailleurs. Le Mali n’en finit pas de se contorsionner. Une demi-douzaine de morts et plusieurs dizaines de blessés. Puis, le céphalopode meurtrier prend le train en gare de Bamako, emprunte la voie ferrée, pénètre dans Kita, met le feu à Kayes, et plonge sur le Sénégal. Lançant ses ventouses vers les faubourgs de Dakar, Ziguinchor et Saint-Louis où il est signalé le 17 juillet. Le lendemain c’est la Casamance.

« À mort les étrangers, tuons tous les “niaks”, ce sont tous des sorciers ! » hurlent les justiciers populaires. Le Sénégal vit un cauchemar : on veut poignarder, lyncher, lapider, brûler vif tout ce qui porte un faciès d’étranger, tous les Haoussas en puissance : Guinéens, Ivoiriens, Za ïrois ou même Sénégalais au look un peu trop broussard, les colporteurs de médecines contre les maux de reins et les asthénies sexuelles. Bilan d’une semaine d’émeutes : sept morts dont un homme dévoré par le feu et un wagon de victimes de la « tragique méprise ». Et ce, rien que dans l’agglomération dakaroise ! Flics, psychologues et juges interviennent dans les colonnes des quotidiens, Le Matin ou Le Soleil. Ils dénoncent ce « fantasme collectif à thème de castration » qui reçoit un fantastique écho dans un pays ou les marabouts-sorciers ont le pouvoir d’éteindre la virilité des hommes. Au Sénégal on appelle cela faire un xala. À la fin des années 1970, le cinéaste Sembene Ousmane s’en est inspiré pour un film éponyme qui fit longtemps un tabac dans les cinés en plein air des quartiers populaires.

« Aujourd’hui avec le règne de la stigmatisation, de la vindicte populaire, de la dénonciation dans un climat de suspicion, d’anonymat, de sentiment de danger, les individus sont fragilisés », enfonce un éditorialiste. « Et, puisque l’opinion publique n’a pas besoin de preuves, parce qu’elle est déjà préparée et ne demande qu’à être conviée au lynchage, la boucle est bouclée. » Un constat. Lucide et sans appel. Qui renvoie à la folie sanguinaire qui a traversé le Sénégal en avril 1989. Quand la chasse au « Nar », au Maure en wolof, a été ouverte dans le pays. Quand les placides Sénégalais coupèrent, pour de vrai, les couilles des Mauritaniens, après les avoir massacrés à coup de machettes, au terme d’horribles chasses à l’homme. Comme par hasard, c’est vers la Mauritanie que se dirige la rumeur maintenant. Le 31 juillet, elle passe le bac sur le fleuve Sénégal à Rosso, et fait sa première victime en terre mauritanienne. Le « coupable », présumé sorcier haoussa, s’avère être malien…

Durant le mois d’août, on n’entend plus parler de rien ; radio-trottoir s’est même murée dans le silence. La nouvelle des condamnations des justiciers coupables de coups et blessures, dénonciation calomnieuse, incitation à la violence, assorties de peines de prison ferme, au Sénégal et au Mali a eu son effet au-delà les frontières. Tout le monde l’espère. Jusqu’au début septembre. Le 2 c’est un coup de tonnerre relayé par l’hebdo Mauritanie-Nouvelles : « La grande frayeur » n’est pas terminée. La rumeur, que tout le monde avait un peu trop rapidement enterrée, vient de sortir de sa tombe. Deux Sénégalais sont à nouveau impliqués dans des affaires de disparition d’organes génitaux à Nouakchott… Puis la capitale maure s’est rendormie dans la torpeur des premiers vents de sable.

Début octobre, l’Afrique de l’Ouest qui a retenu longtemps son souffle, panse les plaies de ses milliers de blessés. Et inhume pieusement ses trois cents morts. Martyrs de la rumeur sorcière…

(…)

Voir aussi:

Panique à Khartoum: Des étrangers serrent la main aux hommes et font disparaître leur pénis
THE MIDDLE EAST MEDIA RESEARCH INSTITUTE
Octobre 23, 2003

En septembre 2003, une hystérie collective a balayé Khartoum, capitale du Soudan, hystérie qui dû être réprimée par une intervention policière et des déclarations du ministre de la Santé. La panique a été provoquée par une rumeur selon laquelle des étrangers parcourant la ville et serrant la main aux hommes, faisaient disparaître les pénis de ces derniers. La rumeur s’est rapidement propagée par des messages écrits téléphoniques, détournant l’attention du public de la percée dans les négociations en cours au Kenya entre le vice-président soudanais Ali Othman et le chef de l’Armée de libération des peuples du Soudan,M. John Garang. [1]

Il existe plusieurs versions de l’histoire, et toutes n’impliquent pas des étrangers: il a d’abord été dit que les malfrats appartenaient à une tribu soudanaise; selon une autre version, un Ouest-Africain serait à l’origine des faits; cet homme unique a bientôt fait place à un groupe d’Ouest-Africains.

Kamal Hassan Bakhit, correspondant d’Al-Qods Al-Arabi, a été le premier à porter le phénomène à l’attention du public au-delà des frontières du Soudan; il affirme que «la source de cette horreur est un citoyen étranger d’un pays ouest-africain parcourant la place du marché de la ville et drainant la virilité des hommes par une poignée de main.» M. Bakhit rapporte que la Police a reçu de nombreuses plaintes concernant une personne appelée «L’Ami de Satan», qu’elle a ouvert une enquête et arrêté un étranger ayant en sa possession des foulards, des ouvrages de sorcellerie et deux millions de livres soudanaises (équivalant à près de 1500 dollars) [2] Voici quelques extraits d’articles abordant le sujet:

Les victimes racontent

Deux des «victimes» ont accepté de raconter leur histoire au quotidien Al-Qods Al-Arabi, édité en arabe à Londres. L’un des deux hommes, le marchand de textiles S. K. A., relate qu’un homme d’une tribu ouest-africaine est entré dans son magasin pour acheter du tissu, et qu’une querelle n’a pas tardé à éclater entre eux deux. Après quoi le client a fortement serré la main du vendeur, jusqu’à ce que ce dernier sente son pénis fondre. Le vendeur est devenu hystérique, et a été transporté à l’hôpital. [3]

Si la majorité des témoignages évoquent des poignées de main, un autre homme, qui a requis l’anonymat, raconte qu’alors qu’il était au marché, un inconnu s’est approché de lui, lui a tendu un peigne et lui a demandé de se peigner. S’exécutant, le premier homme a senti, après quelques secondes, une étrange sensation, et a découvert qu’il avait perdu son pénis. Certains affirment en outre qu’une fois que «l’Ami de Satan vide un homme de sa virilité,»il réclame à sa victime plus de quatre millions de livres soudanaises (environ 3000 dollars) contre sa restitution. [4]

Enquête policière et intervention gouvernementale

Les Soudanais, ne sachant trop comment traiter le problème, ont procédé à l’arrestation de quarante personnes ayant porté plainte ainsi qu’à celle de cinquante autres personnes soupçonnées de sorcellerie et de fraude. Plusieurs Ouest-Africains ont été conduits au poste de Police pour interrogatoire, au milieu de groupes de gens essayant de les attaquer. La Police a déployé un important effort pour disperser les émeutiers.

Des responsables politiques ainsi que du personnel sanitaire sont intervenus pour tenter de calmer la situation. Le procureur général Salah Abou Zayed a déclaré que toutes les plaintes avaient été portées à l’attention d’un comité d’enquête spécial, et que le premier plaignant serait poursuivi pour atteinte à l’ordre public, les docteurs ayant établi qu’il était en parfaite santé. [5] Un autre rapport précise toutefois que les plaignants souffraient de «névrose» et étaient victimes de «suggestion». [6]

Mme Nour Al-Houda, personnage haut placé de la Police, relate: «Nous avons rencontré les suspects et nous sommes aperçus que c’était eux les victimes. Ils sont accusés de faits dont ils ignorent tout (…) L’un des accusés avait appris par sa femme que sa fille, qui souffrait de violentes douleurs, allait subir une opération. Il s’est rué vers l’hôpital, mais s’est arrêté en cours de route pour demander à un homme le chemin de la salle d’opération; il a eu la surprise de découvrir que cet homme l’accusait de faire partie des personnes provoquant l’impuissance par poignées de main. Il a été victime de soupçons de ce type alors qu’il s’empressait de rejoindre sa fille en salle d’opération (…)

A notre avis, il ne s’agit là ni de sorcellerie, ni de magie. Les nombreux jeunes gens à avoir porté plainte étaient victimes de suggestion. Etant [psychologiquement] préparés à un tel événement, ils se sont véritablement cru malades.»

Taha Baasher, éminent psychiatre soudanais, a souligné que ce phénomène était apparenté à celui des femmes qui se croient, à tort, enceintes. [7]

Faire taire les rumeurs

Le procureur-général chargé des affaires criminelles, M. Yasser Ahmed Mohammed, a assuré au quotidien soudanais Al-Rai Al-Aam que «la rumeur a éclaté quand un marchand est allé chez un autre marchand lui acheter du karkady [boisson soudanaise]. Brusquement, le vendeur, victime de sorcellerie, a senti son pénis se ratatiner. Ce fut la première plainte de ce type. L’histoire est ensuite arrivée jusqu’aux médias, ce qui a provoqué une sensibilité particulière chez beaucoup d’autres.» Il ajoute que tous les plaignants ont été envoyés à l’hôpital. Dans tous les cas, le rapport médical établit que les pénis sont en parfait état, et que nul n’a souffert d’atrophie ou de douleurs.

«20% sont venus au tribunal le lendemain retirer leurs plaintes, expliquant qu’ils s’étaient rétablis. Mais certains ont maintenu l’accusation.»

Le ministre soudanais de la Santé, Ahmed Bilal Othman, a annoncé que selon les directeurs d’hôpitaux réunis le 23 septembre en session d’urgence, aucun cas d’impuissance imputé au contexte mentionné plus haut n’avait été constaté. Il a souligné que ce phénomène était dénué de tout fondement «scientifique», et que les coupables étaient la sorcellerie, la magie ou des problèmes d’ordre émotionnel. [8]

L’affaire a attiré l’attention des dessinateurs: Al-Rai Al-Aam a publié des caricatures sur le sujet; l’une d’entre elles représente un homme tendant une fausse main à un autre homme en commentant: «Il vaut mieux prévenir que guérir» [9] ; un autre dessin représente un homme amputé des deux mains confiant à son ami: «Dieu merci, je ne serre la main de personne, et personne ne me serre la main!» [10]

La presse

Dr Abd El-Latif Al-Buni estime, dans le journal soudanais Al-Sahafa, que les politiciens aussi devraient tirer les leçons de l’histoire : «C’en est arrivé au point où une femme accompagnant son mari jusqu’à la porte d’entrée de chez elle lui dit au revoir en précisant: ‘Fais bien attention à ne serrer la main d’aucun homme, mais tu peux serrer la main des filles autant que tu veux’ (…) Craignant de perdre son mari, elle est prête à partager [son mari avec d'autres femmes], même s’il s’agit là d’un partenariat forcé. Il en va de même [des négociations] de paix au Kenya: les concessions sont nécessaires si nous ne voulons pas perdre le Soudan dans son ensemble. Si la femme permet à son mari d’approcher d’autres personnes de son sexe, les politiciens peuvent bien renoncer au gain politique.» [11]

Jafar Abbas, chroniqueur soudanais résidant à l’étranger, élabore sur le sujet dans deux articles, l’un paru dans Al-Watan, et l’autre dans Al-Rai Al-Aam. Dans son article d’Al-Watan, Abbas écrit: «Même si ce que j’écris aujourd’hui doit nuire au tourisme au Soudan, je considère qu’il est de mon devoir d’enjoindre toutes les personnes désireuses de se rendre au Soudan à ne pas serrer la main d’hommes au teint sombre. Et vu que la plupart des Soudanais ont le teint sombre, il vaut mieux éviter de serrer la main des inconnus (…)»

Faisant référence au rapport du Soudanais ayant perdu son pénis après avoir utilisé un peigne, Abbas écrit: «Il ne fait aucun doute que ce peigne était un robot chirurgical contrôlé par laser, qui pénètre le crâne, [descend] jusqu’à la partie inférieure du corps et castre les hommes!

Je voudrais dire à la victime de ce peigne électronique: ‘Espèce de crétin, comment pouvez-vous porter à la tête le peigne d’un inconnu, quand même les gens de la même famille évitent d’utiliser le même peigne?’»

C’est un complot sioniste

En conclusion, Abbas écrit: «Cet homme qui, rapporte-t-on, est originaire d’Afrique occidentale, est un agent sioniste impérialiste envoyé pour empêcher la population de procréer et de se multiplier. (…)» [12]

Dans son article d’Al-Rai Al-Aam, Abbas écrit: «J’avais prévu de visiter le Soudan pendant le congé de l’Aïd Al-Fitr, et j’ai économisé autant de dollars que j’ai pu dans ce but (…) mais j’ai entendu parler de l”Ami de Satan’, à qui vous serrez la main avant de découvrir que vous n’êtes plus un homme. Est-il concevable qu’un homme sensé choisisse de visiter une ville saisie par l’horreur de la castration?! (…)

Je paie [mes impôts] au gouvernement, j’amène de l’argent à ma famille [de l'étranger], et il faudrait en plus que je paie un homme qui me dérobe de ce que j’ai de plus cher et exige ensuite que je lui rachète les biens volés?! (…)

Nos femmes dominent dans les services publics et les cours à l’université. Les hommes au Soudan sont aujourd’hui en droit de fonder une Association des droits de l’homme soudanais ; tout ce qui reste de notre masculinité réside dans nos caractéristiques biologiques essentielles, et voilà que quelqu’un veut nous en priver!»

Abbas évoque de nouveau «l’incident du peigne»: «Ce qui me conduira malgré tout à exécuter mon plan téméraire de visite au Soudan est que l’un des hommes dont ‘l’équipement’ a été confisqué déclare que la confiscation est intervenue après que l’un d’eux lui eut tendu un peigne et demandé de se peigner (…) Personne ne l’a forcé à le faire. La victime aurait pu refuser de se peigner les cheveux.

Si jamais je rencontre ce monstre, je lui demanderai comment il a pu porter le peigne d’un autre à sa tête! Il est vrai que nous sommes un peuple de dingues, et que 10 d’entre nous utilisent la même serviette. Chaque foyer possède plusieurs peignes, mais hélas, ces derniers disparaissent jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un peigne dégoulinant de graisse que tous utilisent. Mais cette situation se limite en général au cadre familial. Nous n’utilisons généralement pas les peignes de personnes que nous ne connaissons pas, sauf chez le coiffeur!

Que nul parmi vous ne croie qu’il peut se protéger de la castration en évitant de serrer la main d’hommes ressemblant à des Ouest-Africains – vu que ceux qui perpètrent ces merveilles et miracles viennent d’Afrique occidentale. A quoi ressemble un homme d’Afrique occidentale? Il est noir? Existe-t-il seulement un Soudanais blanc?» [13]

[1] Al-Qods Al-Arabi (Londres), le 24 septembre 2003.

[2] Al-Qods Al-Arabi (Londres), le 22 septembre 2003.

[3] Al-Qods Al-Arabi (Londres), le 22 septembre 2003.

[4] Al-Qods Al-Arabi (Londres), le 22 septembre 2003.

[5] Al-Rai Al-A’am (Soudan), le 23 septembre 2003.

[6] Al-Rai Al-A’am (Soudan), le 24 septembre, 2003.

[7] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), le 9 octobre 2003.

[8] Al-Rai Al-A’am ( Soudan), le 24 septembre 2003.

[9] Al-Rai Al-A’am (Soudan), le 26 septembre 2003.

[10] Al-Rai Al-A’am (Soudan), le 1er octobre 2003.

[11] Al-Sahafa (Soudan), le 23 septembre 2003.

[12] Al-Watan (Arabie Saoudite), le 24 septembre 2003.

[13] Al-Rai Al-A’am (Soudan), le 29 septembre 2003.

Voir également:

Sarkozy complexé devant Obama selon Newsweek
Julie Cloris
Le Parisien
02.10.2009

L’hebdomadaire américain Newsweek du 5 octobre fait sa Une européenne sur Nicolas Sarkozy, titrant sur le «complexe d’Obama» dont souffrirait le président français et consacrant un long article aux points communs entre les deux hommes malgré des relations sans confiance ni complicité.

Comme son homologue américain, Nicolas Sarkozy éprouve un besoin viscéral «d’être à l’avant de la scène», estime l’auteur de l’article, le journaliste Christopher Dickey, qui dirige le bureau parisien du grand hebdomadaire américain. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, selon lui, le président de la République semblait légèrement en retrait à Pittsburgh, lors du G20, où le Premier ministre birtannique Gordon Brown et Obama semblaient, eux, jouer jeu égal. Sarkozy apparaissait «comme s’il était le témoin de mariage d’un homme qu’il ne connaît pas», écrit Dickey, se fiant au langage du corps.

L’article s’interroge sur les relations entre les deux hommes, «Obama (semblant) parfois à peine remarquer son homologue français bourré de tics». Mais il dresse un portrait plutôt flatteur du président français. Pour Dickey, Nicolas Sarkozy, arrivé au pouvoir un an et demi avant Obama, lui a montré la voie dans bien des domaines, «des pirates somaliens à l’Iran en passant par le G20, la prime à la casse, la taxe carbone, l’+afghanisation+ de la guerre en Afghanistan, la manière d’aborder la belligérance russe et les ouvertures de paix envers la Syrie». Et Newsweek de noter qu’Obama et son administration feraient mieux de choyer un peu l’Elysée s’ils veulent obtenir son soutien sur les grands thèmes internationaux. Sans compter que l’hyperactif «Sarkozy n’est pas quelqu’un qu’on veut voir travailler contre soi», conclut l’article.

L’hebdomadaire américain, publié à 3 millions d’exemplaires aux Etats-Unis mais diffusé à 4 millions outre les frontières américaines, a déjà consacré plusieurs articles élogieux au président de la République française, l’inscrivant parmi les 50 personnalités les plus puissantes du monde, et estimant que «le palais de l’Elysée est redevenu l’adresse n°1 en Europe».

Voir enfin:

Sarkozy’s Obama Envy
Christopher Dickey

NEWSWEEK
Published Sep 26, 2009
From the magazine issue dated Oct 5, 2009

* From the Editors (2)
* Sarkozy vs. Villepin: a Scandalous French Lawsuit
* Denis MacShane: Obama and Europe

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* Obama, Dems Vary Widely on Afghan Policy

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Facing down Iran, French president Nicolas Sarkozy stood shoulder to shoulder with President Barack Obama and British Prime Minister Gordon Brown in Pittsburgh last week. Or so it might be said. The statements of all three were consistent as they denounced the Islamic Republic’s construction of a secret nuclear facility. But in this stage show of solidarity, body language sent a different message. Obama and Brown really did stand side by side. Sarkozy stood apart, looking a little like he’d been asked to stand as best man at a stranger’s wedding.

Perhaps in his gut he thought this should have been his show—or at least his and Obama’s. The G20 that all were attending is a forum that Sarkozy pushed to create last year. And Sarkozy’s government has taken the lead in confronting Iran over its nuclear intentions.

Sarkozy wants to lead: he made it clear last year he didn’t want to step down from the European presidency when his six-month term was over. Sarkozy wants to act: he’s shown that in such faraway venues as the Gulf of Aden, where French troops were the first to stop payments to, and start shooting at, Somali pirates. And Sarkozy can claim, with some justification, that where he has led, Obama has followed.

Since Sarkozy became president in the summer of 2007, a year and a half before Obama took the oath of office, he has been out in front of the United States on issues ranging from Somali pirates, Iran, and the G20, to Cash for Clunkers, a carbon tax, the “Afghanization” of the Afghan war, coping with Russian belligerence, and opening the door to peace with Syria. His style is to be everywhere at once and all the time—the hyperprésident, as the French press calls him—and in that, too, Obama sometimes seems to be following his lead.

But he’s not. In fact, relations between the two leaders have been far from ideal or always effective. It’s sometimes unclear if Obama even notices his hyperkinetic counterpart. And that explains the ambitious Parisian’s Obama obsession. Few people outside France expect the leader of the world’s fifth-largest economy to set the global pace on major issues. But Sarkozy, sometimes known as l’Américain at home, has often tried to do just that. Under him the Paris-Washington partnership has become in many ways the most dynamic bilateral relationship in the Atlantic alliance, and one that helps set the global agenda. As their speeches at the United Nations and the G20 last week made clear, both he and Obama are committed internationalists with a similar vision of the new, more just and regulated world economic order. But—and this is part of the problem—both also expect to be at the forefront of any initiative: Obama because he is president of the United States, and Sarkozy because he’s so ambitious, and the French are so ambitious for their president.

The question that haunts Sarkozy is whether anyone sees him as part of a globe-beating tandem—and whether this team will ever achieve its potential. The two presidents’ very different personalities can collide: Obama, smiling but aloof, treats Sarkozy as one of many not-quite-equals in Europe, while Sarkozy, the backslapper, likes to call the U.S. president his “buddy,” but hasn’t had the favor returned. Watching the two of them onstage together, as when they appeared at D-Day anniversary commemorations in Normandy in June, is like watching the diminutive tough-guy actor Joe Pesci—all twitches and attitude—playing against Denzel Washington, all dignity and reserve. When Obama decided not to hang around for a family photo op with Sarkozy, the Élysée’s fury at the perceived slight was a sensation in the Paris press.

Sarkozy’s Obama complex is now a subject of persistent media speculation in France—and could become a real problem if the Obama administration doesn’t make more of an effort to understand it. This isn’t just a matter of policies and personalities, but of politics. In France’s troubled banlieues, many young people of African and Arab origin who once sported Che T shirts now wear Obama’s image instead. A recent Transatlantic Trends poll shows that Obama has a phenomenal 88 percent approval rating in France, while Sarkozy generally scores under 50. As some French journalists cautioned the new U.S. ambassador to France recently in a private meeting, if Sarkozy ever fears that the American president might try to bypass him and appeal directly to the French people on important issues, then Sarkozy’s testy friendship could turn to bitter enmity.

Last week, TV interviewer David Pujadas dared to ask Sarkozy directly whether there was a “competition for leadership” between him and Obama. “There’s no competition,” insisted Sarkozy, hardly concealing his chagrin. “I know my place. I preside over a big country. He is president of the No. 1 economic force in the world.” Citing the oft-forgotten history of “friendly ties” between the two nations, Sarkozy declared that “we have an interest in having Mr. Obama succeed.” But he took pains to say that he wouldn’t hesitate to cross swords with Obama on some issues, like commerce—citing his efforts to close a lucrative deal to sell advanced fighter aircraft to Brazil. While Obama had reportedly lobbied Brazilian President Luiz Inácio Lula da Silva over the phone on behalf of the Boeing F-18, Sarkozy had gone to Brasília himself to seal (some might say steal) the deal for the French-European Rafale.

Clearly this is not the kind of sympathique partnership that British Prime Minister Margaret Thatcher enjoyed with President Ronald Reagan. But Sarkozy clearly wishes it were. And no wonder. The problem isn’t ideological. Both Sarkozy and Obama are realists headed toward the same pragmatic center on many global issues. They may differ on specific questions, like whether to put a ceiling on bonuses for financial executives, but they agree on basic matters, like the need to create a better global financial regulatory system.

Both men campaigned with slogans about a fundamental break with the past (which was quite a feat for Sarkozy, who had served in the previous government). And once elected, both seemed to try to change everything at once. Sarkozy pushed for a radical rethinking of environmental policies; so, too, Obama. Sarkozy instituted a highly successful program to buy up old cars and subsidize the purchase of new, more ecofriendly ones. So, too, Obama. Sarkozy put the Middle East at the center of his foreign-policy initiatives, opening up to Syria and focusing on Iran’s nuclear threat. So did Obama. Only Sarkozy did all that before Obama had even taken his oath of office.

Sarkozy, always a showoff, was also much more blunt about a strategy that can come across as manic. In January 2008, when he had spent eight months in office (as Obama has now) and was facing criticism for taking on too many projects and delivering on too few, he told reporters, “You can’t hope to get results unless you change everything at the same time.” To do otherwise is to let the forces opposed to change gang up on you, he said, and then everything grinds to a halt. “The French ought to know this: I have a passion for action and I want to act,” he announced. Obama, by contrast, has never invoked the I word—it’s always about what’s practical.

Such differences in style risk having a further impact on substance. Take Afghanistan. Under Sarkozy, France rejoined the integrated command structure of NATO this year, and responded to the Bush administration’s pleas for more allied troops in Afghanistan by raising France’s contingent to almost 3,000. But the way Sarkozy calls attention to these changes again and again in public suggests he feels he hasn’t gotten enough credit for them. Now Obama wants still more from his allies. But an embittered, underappreciated Sarkozy might be tempted not to cooperate.

Such differences would be easier to smooth over if the two leaders shared the kind of full trust that the French call complicité. They don’t. The U.S. president is a tough politician from the Chicago school, but not quite tough enough for the Frenchman. Sarkozy has managed to co-opt or crush virtually all opposition. (He’s even had his most bitter Gaullist rival, former prime minister Dominique de Villepin, put on trial for an alleged smear campaign against him.) Obama’s inability to do something similar and bulldoze his opponents in order to push through his own agenda appears to have frustrated Sarkozy. Obama is “courageous” and “understands what is at stake,” Sarkozy told an interviewer last week, “but he is out in front of his country.” This past spring, Sarkozy reportedly told a group of parliamentarians having lunch at the Élysée that Obama “has never run a ministry in his life,” and “he’s not always up to the decision making and effectiveness.”

All the more pity, then, that the two men aren’t closer. For when the partnership works, it brings some striking results, as Sarkozy marshals not only France’s resources, but Europe’s. A good example is Somalia. Last winter, multiple multinational flotillas tried to cope with the rising threat to international shipping posed by pirates off the Horn of Africa. NATO proved ineffective, as did an ad hoc force the United States cobbled together out of Bahrain. The warships’ commanders proved reluctant to shoot at the pirates, and seemed unsure what to do with them if they captured them. And the Kalashnikov-toting corsairs just kept upping the ante. So Sarkozy worked with the European Union to create a much more aggressive force and also forged an agreement with Kenya allowing captured pirates to be offloaded there for trial. When Somalis seized the American-crewed Maersk Alabama and took its captain hostage in April, the U.S. Navy followed the by-then well-established precedents set by the French. It kept the pirates far out at sea, and when snipers got clear shots at the hostage takers, they pulled the trigger, killing the Somalis and freeing the captain.

“Now everything is operating very smoothly,” says a U.S. official who works closely with France on NATO and related issues but isn’t authorized to talk about them. “Sarkozy is an activist we can work with.” More than that, the implication goes, he’s not somebody you want working against you.

With Tracy McNicoll in Par


Antisémitisme: Ne pas désespérer Montfermeil (I’m a semite, how could I be an antisemite?)

3 septembre, 2009
Judios go home! (Venezuelan graffiti, Feb. 2009)
What freedom looks like at night (Mideast)
J’ai dit: “Je brûlerai tous les livres israéliens moi-même, si jamais j’en trouvais un seul” ; c’était une hyperbole, une manière un peu populaire de dire qu’il n’y en a pas. Je suis sémite, comment serais-je antisémite? Farouk Hosni (ministre de la Culture égyptien)
Si on leur enlève la méchanceté d’Israël, que deviendront ceux d’entre eux qui s’en prennent aux feujs, sinon des brutes incultes, bêtement, traditionnellement antisémites ? Il ne faut pas désespérer Montfermeil. Pierre Jourde
Comment peut-on être “immigré, victime, et antisémite”?

A l’heure où, après la direction de la Commission des droits humains et de la Conférence sur le racisme attribuée aux parangons de vertu démocratique libyen, iranien et cubain, l’ONU s’apprête à offrir la présidence de l’UNESCO à un ministre de la Culture égyptien conspué dans son propre pays pour cause d’antisémitisme trop tiède …

Retour sur un texte de décembre 2008 de l’universitaire et écrivain Pierre Jourde qui circule actuellement sur le net sous le titre “Les Palestiniens sont victimes d’une injustice inacceptable”.

Et qui a le mérite, avec la cinglante ironie qu’on lui connait, de remettre un certain nombre de pendules à l’heure.

Notamment sur la magie de l’antiracisme moderne qui, “grâce à la bonne fée Israël, évite à nos chères têtes blondes des banlieues et à leurs divers portes-voix de “s’interroger sur leurs propres insuffisances”, “transformant ainsi une vieille crapulerie raciste en militantisme de damnés de la terre”.

Et surtout sur “le scandale d’une poignée de Juifs qui transforme un désert en pays prospère et démocratique, au milieu d’un océan de dictatures arabes sanglantes, de misère, d’islamisme et de corruption”!

Morceaux choisis:

Cent chrétiens lynchés au Pakistan valent moins, médiatiquement parlant, qu’un mort palestinien. Pourquoi l’injustice commise envers les Palestiniens reçoit-elle vingt fois plus d’écho que celle faite aux Tibétains, aux Tamouls, aux chrétiens du Soudan, aux Indiens du Guatemala, aux Touaregs du Niger, aux Noirs de Mauritanie ? Y a-t-il plus de gens concernés, plus de sang versé, une culture plus menacée dans son existence ? En fait, ce serait plutôt l’inverse. Que la Papouasie soit envahie par des colons musulmans qui massacrent les Papous et trouvent, en plus, inacceptable de voir les rescapés manger du cochon, voilà qui ne risque pas de remporter un franc succès à Mantes la Jolie.

Que des sales Nègres, considérés et nommés comme tels, soient exterminés par des milices arabes au Darfour, les femmes enceintes éventrées, les bébés massacrés, voilà qui ne soulève pas la colère des jeunes des cités. Et c’est dommage : si l’on accorde des circonstances atténuantes à un jeune Français d’origine maghrébine qui s’en prend à un Juif à cause de la Palestine, alors il serait tout aussi logique de trouver excellent que tous les Maliens, Sénégalais ou Ivoiriens d’origine s’en prennent aux Algériens et aux Tunisiens. Voilà qui mettrait vraiment de l’ambiance dans nos banlieues. Le racisme franchement assumé des Saoudiens ou des Emiratis envers les Noirs, les Indiens ou les Philippins, traités comme des esclaves, ne soulève pas la vindicte de la tribu Ka, ni des Noirs de France. La responsabilité directe des Africains dans la traite des Noirs n’induit pas des pogroms de guinéens par les Antillais.

Ne leur dites pas que, du point de vue des libertés, de la démocratie et des droits de l’homme, non seulement il vaut mille fois mieux être arabe en Israël que juif dans un pays arabe, mais sans doute même vaut-il mieux être arabe en Israël qu’arabe dans un pays arabe. Ne leur dites pas qu’Alain Soral, du Front national, qu’ils détestent tant, est allé manifester son soutien au Hezbollah, qu’ils admirent si fort.

Si on leur enlève la méchanceté d’Israël, que deviendront ceux d’entre eux qui s’en prennent aux feujs, sinon des brutes incultes, bêtement, traditionnellement antisémites ? Il ne faut pas désespérer Montfermeil.

Il ne faut pas désespérer Montfermeil
Nos anti-feujs de banlieue seraient-ils de banals antisémites ?
Pierre Jourde
Causeur
12 décembre 2008

Pierre Jourde est romancier (“Paradis noir” sortira chez Gallimard en février), essayiste (“Littérature monstre” vient de paraître) critique littéraire (“La littérature sans estomac”) et professeur à l’université de Grenoble III, du moins tant que quelque chose comme l’université existe encore, ça ne devrait pas durer.

L’antisémitisme nouveau est arrivé. Il remporte un certain succès parmi ce que les journalistes appellent, à leur manière pateline, les jeunes des quartiers, c’est-à-dire, en gros, parmi des adolescents issus de l’immigration africaine. Evidemment, le phénomène gêne un peu. Pour le prêt-à-penser de gauche, il était plus facile d’envisager le bon vieil antisémitisme à la Drumont, que l’on pouvait tranquillement imputer au seul Français de souche. Comment ? immigré, victime, et antisémite ? Ça n’existe pas, ce n’est pas possible. Ou alors, il y a des excuses. Cette excuse est toute trouvée : elle s’appelle Israël. Tout va bien : l’antisémitisme n’est plus de l’antisémitisme, c’est de l’antisionisme. Et comme le sionisme, depuis 1975, est assimilé au racisme, être antisioniste, c’est être antiraciste.

Les jeunes d’origine maghrébine ne font après tout qu’exprimer leur solidarité avec les frères palestiniens opprimés. Entre victimes de l’injustice et du néocolonialisme, il faut bien s’entraider. De même, les jeunes gens originaires d’Afrique noire ne s’attaquent aux Juifs que parce que ceux-ci incarnent à leurs yeux l’esclavagisme, selon la pertinente analyse historique de la tribu Ka et de Dieudonné. Merci, bonne fée Israël. Grâce à ta baguette magique, tu transformes une vieille crapulerie raciste en militantisme de damnés de la terre. Que ferions-nous sans toi ?

Les Palestiniens sont victimes d’une injustice inacceptable. Soit. Depuis soixante ans, sans relâche, les médias du monde entier se focalisent sur ce conflit. On se dit tout de même que la rentabilité injustice/information est très faible, si l’on ne considère que le rapport entre le nombre de morts et la quantité de papiers et d’images déversés sur le monde en général, et les masses arabes en particulier. Même rentabilité faible si l’on prend en compte la quantité de personnes concernées, importante certes, mais moins qu’en d’autres lieux de la planète. Quant aux atrocités commises, n’en parlons pas, une plaisanterie.

Au nombre de morts, de réfugiés, d’horreurs, il y a beaucoup mieux, un peu partout. Remarquons, à titre d’apéritif, qu’avec la meilleure volonté du monde, Tsahal aura du mal à exterminer autant de Palestiniens que l’ont fait, sans états d’âmes, les régimes arabes de la région, notamment la Syrie, le Liban et la Jordanie, qui n’en veulent pas, eux non plus, des Palestiniens, et qui ont peu de scrupules humanitaires lorsqu’il s’agit de s’en débarrasser. Mais Israël est un coupable idéal, non seulement dans nos banlieues, mais en Europe en général. Nous le chargeons de toute notre mauvaise conscience d’anciens colonisateurs. Une poignée de Juifs qui transforme un désert en pays prospère et démocratique, au milieu d’un océan de dictatures arabes sanglantes, de misère, d’islamisme et de corruption, voilà un scandale. Il faut donc bien que cela soit intrinsèquement coupable, sinon où serait la justice ? L’injustice est avant tout israélienne. Ce n’est même pas un fait, c’est une métaphysique.

Cent chrétiens lynchés au Pakistan valent moins, médiatiquement parlant, qu’un mort palestinien. Pourquoi l’injustice commise envers les Palestiniens reçoit-elle vingt fois plus d’écho que celle faite aux Tibétains, aux Tamouls, aux chrétiens du Soudan, aux Indiens du Guatemala, aux Touaregs du Niger, aux Noirs de Mauritanie ? Y a-t-il plus de gens concernés, plus de sang versé, une culture plus menacée dans son existence ? En fait, ce serait plutôt l’inverse. Que la Papouasie soit envahie par des colons musulmans qui massacrent les Papous et trouvent, en plus, inacceptable de voir les rescapés manger du cochon, voilà qui ne risque pas de remporter un franc succès à Mantes la Jolie. Que des sales Nègres, considérés et nommés comme tels, soient exterminés par des milices arabes au Darfour, les femmes enceintes éventrées, les bébés massacrés, voilà qui ne soulève pas la colère des jeunes des cités. Et c’est dommage : si l’on accorde des circonstances atténuantes à un jeune Français d’origine maghrébine qui s’en prend à un Juif à cause de la Palestine, alors il serait tout aussi logique de trouver excellent que tous les Maliens, Sénégalais ou Ivoiriens d’origine s’en prennent aux Algériens et aux Tunisiens. Voilà qui mettrait vraiment de l’ambiance dans nos banlieues. Le racisme franchement assumé des Saoudiens ou des Emiratis envers les Noirs, les Indiens ou les Philippins, traités comme des esclaves, ne soulève pas la vindicte de la tribu Ka, ni des Noirs de France. La responsabilité directe des Africains dans la traite des Noirs n’induit pas des pogroms de guinéens par les Antillais. Pourquoi seulement Israël ? A moins que la haine d’Israël ne soit que le paravent du bon vieil antisémitisme ; mais non, cela n’est pas possible, bien entendu.

Israël, 20.000 km2, 7 millions d’habitants, dont 5 millions de Juifs, est responsable du malheur des Arabes, de tous les Arabes, qu’ils soient égyptiens, saoudiens ou français. Israël est l’Injustice même. En le rayant de la face du globe, en massacrant les Juifs, on effacerait l’injustice. C’est bon, de se sentir animé par une juste colère. C’est bon, d’éprouver la joie de frapper et de persécuter pour une juste cause. Voilà pourquoi il ne faut pas dire aux “jeunes des cités” que les deux millions d’Arabes israéliens ont le droit de vote, élisent leurs députés librement. Ne leur dites pas qu’Israël soutient financièrement la Palestine. Ne leur dites pas que des milliers de Palestiniens vont se faire soigner dans les hôpitaux israéliens. Ne leur dites pas que l’université hébraïque de Jérusalem est pleine de jeunes musulmanes voilées. Ne leur demandez pas où sont passés les milliers de Juifs d’Alexandrie. Il en reste trente aujourd’hui. Ne leur demandez ce qu’il est advenu de tous les Juifs des pays arabes. Ne leur demandez pas s’ils ont le droit au retour, eux aussi. Ne leur demandez pas quelle est la société la plus “métissée”, Israël ou la Syrie. Ne leur dites pas que, s’il y a de nombreux pro-palestiniens en Israël, on attend toujours de voir les pro-israéliens dans les pays arabes. Ne leur dites pas que le négationnisme ou l’admiration pour Hitler ne sont pas rares dans les pays arabes ; que, lorsqu’il s’est agi d’illustrer les différentes cultures par leurs grands textes, la bibliothèque d’Alexandrie a choisi d’exposer, pour le judaïsme, le Protocole des Sages de Sion ; que ce faux antisémite est largement diffusé dans les pays arabes. Ne leur dites pas que, du point de vue des libertés, de la démocratie et des droits de l’homme, non seulement il vaut mille fois mieux être arabe en Israël que juif dans un pays arabe, mais sans doute même vaut-il mieux être arabe en Israël qu’arabe dans un pays arabe. Ne leur dites pas qu’Alain Soral, du Front national, qu’ils détestent tant, est allé manifester son soutien au Hezbollah, qu’ils admirent si fort.

Si on leur enlève la méchanceté d’Israël, que deviendront ceux d’entre eux qui s’en prennent aux feujs, sinon des brutes incultes, bêtement, traditionnellement antisémites ? Il ne faut pas désespérer Montfermeil.

Mais après tout, on peut tout de même essayer de leur dire tout cela sans trop de risque. Ils traiteront l’informateur de menteur, d’agent du Mossad, de représentant du lobby sioniste ou de raciste. Ils auront raison. Pourquoi se défaire de la commode figure du Croquemitaine responsable de toute la misère du monde ? Elle évite de s’interroger sur ses propres insuffisances.

http://www.lesechos.fr/depeches/culture-art-de-vivre/afp_00178959-unesco-le-candidat-egyptien-a-la-direction-generale-dans-les-feux-de-la-controverse.htm

Unesco: le candidat égyptien à la direction générale dans les feux de la controverse
Les Echos/AFP
Christophe de ROQUEFEUIL
01/09/09

Le ministre de la Culture égyptien, Farouk Hosni, défend sa candidature controversée à la tête de l’Unesco en bataillant contre les accusations d’antisémitisme qui pèsent sur sa campagne à l’étranger, et les attaques, à domicile, le jugeant trop conciliant envers Israël.

Cette candidature “repose sur une philosophie de base: la réconciliation entre les peuples”, assure le ministre dans un entretien à l’AFP.

Pas favorable en tant que ministre à une normalisation complète entre son pays et l’Etat hébreu sans paix signée avec les Palestiniens, il affirme toutefois que s’il dirige l’Unesco il fera de cette instance “un lieu de rapprochement pour toute la région, sans exception”.

M. Hosni doit se rendre à partir de jeudi à Paris pour soutenir sa candidature devant les 58 membres du Conseil exécutif de l’Organisation des Nations unies pour la Culture, qui se réunissent du 7 au 23 septembre pour choisir le futur directeur général parmi une dizaine de candidats.

Des prises de position anti-israéliennes de M. Hosni ont provoqué un malaise dans de nombreuses chancelleries, surtout après qu’il eut affirmé en 2008 qu’il “brûlerait lui-même” les livres israéliens qu’il trouverait dans les bibliothèques égyptiennes.

Des personnalités juives, comme le prix Nobel de la Paix Elie Wiesel ou l’écrivain Bernard-Henri Levy, se sont indignées de sa possible accession à la tête de l’Unesco, en soulignant qu’il n’en était pas à sa première déclaration “nauséabonde”.

Un récent article dans la prestigieuse revue américaine Foreign Policy jugeait cette candidature “scandaleuse”, et accusait M. Hosni de faire écho à une “judéophobie rampante” dans les milieux intellectuels de son pays.

M. Hosni, qui a déjà affirmé dans le journal Le Monde “regretter” ses propos sur les livres israéliens, s’efforce toujours de calmer le jeu.

“C’était dans le cadre d’une dispute avec un fondamentaliste islamiste dans les couloirs du Parlement. J’ai dit ça comme on aurait dit +Go to hell, va au diable+. Dans le monde entier on dit des choses comme ça. C’est une phrase sortie de son contexte”, assure-t-il.

“Si j’étais antisémite, pourquoi aurais-je engagé la restauration des synagogues du pays depuis 1998?”, plaide-t-il. Et de promettre que s’il dirige l’Unesco, aller en Israël ne lui posera “aucun problème”.

Mais les propos apaisants de M. Hosni, à la tête du ministère de la Culture depuis 22 ans, lui valent en retour du fil à retordre en Egypte, où certains l’accusent de ménager Israël –qui a fait savoir qu’il ne s’opposerait pas à sa candidature– afin de conserver ses chances pour l’Unesco.

“Je suis très fâché contre lui. Le fait qu’il s’excuse de cette manière me blesse”, affirme le poète égyptien Abderrahmane al-Abnoudi dans la revue pro-gouvernementale Al-Moussawwer.

Déjà l’an dernier 26 intellectuels égyptiens avaient dénoncé “une soumission humiliante aux exactions israéliennes pour un profit personnel”, après qu’il eut accordé un entretien à un quotidien israélien.

M. Hosni répond qu’en tant que ministre, il reste opposé à ce stade à la normalisation totale avec Israël malgré la paix conclue avec l’Egypte en 1979. “La normalisation viendra en son temps, mais pas maintenant. Quand la paix sera établie (avec les Palestiniens), je serai le premier à normaliser”, affirme-t-il.

Malgré ce climat polémique, M. Hosni estime à ce jour avoir l’appui de 32 pays sur les 58 membres du Conseil exécutif, la plupart des autres étant encore indécis. Prudent, il souligne toutefois que “dans toute élection, il faut rester méfiant jusqu’au bout”.


Statistiques: A quand les attaques terroristes et les violences urbaines statistiquement représentatives? (Counter-profiling to balance racial figures?)

2 juillet, 2009
Racial profilingDans certains dossiers, les personnes contrôlées présentent des profils tellement éloignés des profils traditionnels des terroristes qu’il n’y a pas la moindre possibilité qu’il ou elle soit un terroriste. Ce n’est bon pour personne d’être arrêté uniquement pour obtenir des statistiques raciales équilibrées. Lord Carlile
L’étude peut apporter des enseignements. Mais n’oublions pas que la pratique policière se fonde sur des paramètres empiriques incontournables, notamment l’apparence, l’âge, le sexe ou l’origine géographique. Le travail policier ne peut pas s’apparenter à un sondage où on chercherait à être représentatif de la population. Notre mission, c’est de prévenir des délits et des crimes, pas de représenter la société”. Commissaire Marie Lajus (porte-parole de la préfecture)
Toute personne se trouvant sur le territoire national doit accepter de se prêter à un contrôle d’identité”, dispose le code de procédure pénale. L’article 78-2 précise que les policiers peuvent demander à une personne de justifier son identité dès lors qu’il existe “une ou plusieurs raisons plausibles de soupçonner qu’elle a commis ou tenté de commettre une infraction; ou qu’elle se prépare à commettre un crime ou un délit; ou qu’elle est susceptible de fournir des renseignements (…) ; ou qu’elle fait l’objet de recherches”. L’identité peut également être contrôlée en cas de risques d’atteinte à l’ordre public. Le Monde
L’étude a confirmé que les contrôles d’identité effectués par les policiers se fondent principalement sur l’apparence: non pas sur ce que les gens font, mais sur ce qu’ils sont, ou paraissent être. (…) En visant certaines personnes à cause de ce qu’elles sont (ou ont l’air d’être) et non à cause de ce qu’elles ont fait ou font, les policiers perpétuent des stéréotypes sociaux et raciaux. Fabien Jobard et René Lévy (rapport du CNRS)
La mesure statistique de la “diversité” (est) un euphémisme derrière lequel se cache désormais l’intention de produire des statistiques de l’ethnicité. Auteurs d’un contre-commission (dont Elisabeth Badinter, Hervé Le Bras, Alain Blum et Jean-François Amadieu)

Ah, on comprend enfin pourquoi le Pleurnicheur en chef ne tient pas tellement à être vu avec notre Sarkozy national avec ses “racaille” et ses “kärcher”!

Probabilité de contrôle 7,8 et 6 fois plus élevée selon l’ethnie ou près de 5 fois plus selon le type de vêtements arborés, contrôles le plus souvent sans incident mais avec fouille ou palpation de sécurité dans la moitié des cas …

Le profilage, on le voit, a encore de beaux jours devant lui et nos encapuchonnés, barbus ou enturbanés de quoi s’inquiéter.

Du moins si l’on en croit une étude que vient juste de publier le CNRS.

Opération quasi-secrète (en un pays où nombre de chercheurs font toujours de la résistance contre toute statistique ethnique ou raciale) financée par la fondation américaine du milliardaire Georges Soros (l’Open society institute), celle-ci analyse 525 opérations de police sur une population totale de 37 000 entre deux stations de métro parisien à fort trafic (gare du Nord et Châtelet-les Halles) entre octobre 2007 et mai 2008.

Mais au moins nos policiers ont la chance de ne pas avoir de statistiques raciales officielles comme au Royaume-Uni où, comme le rapportait récemment un député, les policiers en sont venus, pour ne pas être accusés de discriminations et pour s’assurer de statistiques raciales équilibrées, à ne contrôler que des “non-musulmans”.

D’où la question, sur laquelle nos Ben Laden et Fofana doivent nul doute passer des nuits blanches: à quand donc les attaques terroristes et les violences urbaines racialement neutres ou équilibrées?

Et si la Halde les assignait en justice… pour pratiques d’embauche discriminatoires?

La police mise en cause pour ses contrôles au faciès
Luc Bronner
Le Monde
30.06.09

La police française pratique à grande échelle des “contrôles au faciès”. Une étude scientifique, conduite dans la plus grande confidentialité, montre que les forces de l’ordre effectuent des contrôles d’identité discriminatoires vis-à-vis des Arabes et des Noirs : pour les premiers, la probabilité d’être contrôlé est globalement 7,8 fois plus élevée que pour les Blancs; pour les seconds, elle est six fois plus importante. Ces résultats, publiés mardi 30 juin, ont été obtenus par l’observation du travail policier à Paris (gare du Nord et Châtelet-les Halles) entre octobre 2007 et mai 2008.

Financés par une fondation américaine créée par le milliardaire Georges Soros, l’Open society institute – imperméable aux débats actuels sur la pertinence des statistiques ethniques dans le modèle français – les enquêteurs ont ainsi secrètement décrypté 525 opérations de police, relevant notamment l’âge, le sexe, la tenue et le profil ethnique des individus contrôlés pour les comparer avec ceux des personnes (37 000 au total) passant à proximité. Sans tabou : contrairement aux traditions françaises, ces individus, qui restent anonymes, sont désignés par la couleur de leur peau (“Blanc”, “Noir”, “Arabe”, etc.).

L’étude confirme, en lui donnant un caractère scientifique, ce qu’expriment, depuis des années, les minorités visibles en France. Jusqu’à présent, en effet, les enquêtes réalisées s’appuyaient uniquement sur des sondages déclaratifs, sans vérification possible et avec des échantillons réduits. “L’étude a confirmé que les contrôles d’identité effectués par les policiers se fondent principalement sur l’apparence : non pas sur ce que les gens font, mais sur ce qu’ils sont, ou paraissent être”, indique le rapport, rédigé par deux chercheurs du CNRS, Fabien Jobard et René Lévy.

Les chercheurs constatent que les tenues portées sont aussi des critères décisifs dans les choix policiers. “Bien que les personnes portant des vêtements aujourd’hui associés à différentes “cultures jeunes” françaises (” hip hop”, “tecktonic”, “punk” ou “gothique”, etc.) ne forment que 10 % de la population disponible, elles constituent jusqu’à 47 % de ceux qui ont effectivement été contrôlés”. Comme deux personnes sur trois arborant ce type de tenues (capuches, etc) font partie des minorités visibles, les auteurs retiennent l’hypothèse que les vêtements sont aussi, indirectement, des marqueurs ethniques.

La plupart des quelque 500 contrôles observés se sont déroulés sans incident. Dans la moitié des cas, les contrôles ont toutefois débouché sur une fouille ou une palpation de sécurité – sans que les pratiques soient significativement différentes entre Arabes, Noirs et Blancs. Ce que confirment les personnes contrôlées, interrogées ensuite, discrètement, par les scientifiques : seules 3 % ont déclaré avoir perçu un traitement raciste ou insultant; 76 % ont émis un jugement neutre sur l’attitude des fonctionnaires; 6 % ont souligné que la police s’était comportée de manière respectueuse et polie. Mais le bon déroulement des contrôles n’empêche pas les populations ciblées d’exprimer leur colère, surtout face à leur caractère répétitif.

Les auteurs parlent d’”effets délétères” pour les rapports entre la population et les policiers, citant les nombreuses émeutes intervenues en France depuis 2005. “Les contrôles sont en effet fréquemment au cœur de l’antagonisme entre les policiers et les jeunes, plus particulièrement vivant dans les zones urbaines reléguées. Ces derniers se plaignent depuis longtemps d’être la cible de contrôles d’identité répétés, dépourvus de nécessité et relevant du harcèlement”. Ils soulignent que le cadre juridique “permissif” laisse aux policiers “un large pouvoir discrétionnaire”.

L’Open society institute émet une série de recommandations. D’abord en suggérant l’enregistrement par les patrouilles du profil ethnique des personnes contrôlées pour vérifier, a posteriori, l’impartialité des opérations – une démarche interdite en l’état du droit. Ensuite en modifiant le code de procédure pénale pour limiter les risques de discriminations. Enfin, en exigeant des policiers qu’ils expliquent systématiquement les motifs du contrôle aux citoyens concernés.

Contactée, la préfecture de police de Paris a fait part de son “intérêt” pour ces résultats. “L’étude peut apporter des enseignements, explique la commissaire Marie Lajus, porte-parole de la préfecture. Mais n’oublions pas que la pratique policière se fonde sur des paramètres empiriques incontournables, notamment l’apparence, l’âge, le sexe ou l’origine géographique. Le travail policier ne peut pas s’apparenter à un sondage où on chercherait à être représentatif de la population. Notre mission, c’est de prévenir des délits et des crimes, pas de représenter la société”.

Voir aussi:

Des chercheurs s’alarment du “retour de la race”
Laetitia Van Eeckhout
Le Monde
30.06.09

La “racialisation de la société française” est-elle en marche ? Convaincus que les travaux du Comité pour la mesure et l’évaluation de la diversité et des discriminations (Comedd) mis en place en mars sous l’égide du gouvernement par le commissaire à la diversité, Yazid Sabeg, portent en germe ce risque, 22 chercheurs et universitaires de disciplines diverses se sont réunis pendant deux mois au sein d’une contre-commission : la Commission alternative de réflexions sur les “statistiques ethniques” et les discriminations (Carsed). Le fruit de ses travaux, un ouvrage collectif titré Le Retour de la race (éd. de L’Aube), a été présenté lundi 29 juin.

C’est la composition même du Comedd, partiale selon eux, qui a poussé ces universitaires à se réunir. “Le choix des membres du Comedd semble avoir été motivé par le seul critère d’une position ouvertement favorable aux statistiques ethniques”, assurent-ils.

Une affirmation à nuancer : chargé d’”évaluer les dispositifs et outils nécessaires à l’observation et à la connaissance de la diversité et des discriminations en France”, le Comedd réunit des personnalités de sensibilités différentes sur le sujet. La CGT ou la Ligue des droits de l’homme (LDH), pour ne citer qu’elles, ont des positions prudentes sur la question de la mesure de la diversité. Et c’est pour réussir à produire un rapport solide, mais aussi “le plus consensuel possible”, que François Héran, le président du Comedd, a décidé de remettre son travail mi-septembre et non fin juin comme prévu initialement.

Avant d’être un support de propositions alternatives, le “contre-rapport” cherche à dénoncer le “leurre” de la réflexion engagée au Comedd. “La mesure statistique de la “diversité” (est) un euphémisme derrière lequel se cache désormais l’intention de produire des statistiques de l’ethnicité”, affirment dans leur introduction les chercheurs parmi lesquels figurent la philosophe Elisabeth Badinter, les démographes Hervé Le Bras et Alain Blum, le sociologue Jean-François Amadieu.

COMMUNAUTARISATION

Or soutiennent-ils, “en développant une vision de la société durablement fragmentée selon les critères d’origine, donc figés”, une telle classification ethnique, “aboutit à terme à la fragmentation et à la concurrence entre “communautés” avec chacune ses lobbies, ses victimes, ses exclusions, son entre-soi, sa solidarité limitée aux membres du groupe alors que l’Etat républicain a la mission de l’assurer pour tous”. Ils insistent sur un fait : si, “dans certaines discriminations, une composante raciste est présente, dans la plupart, l’influence des inégalités est déterminante”.

Selon eux, “au lieu de s’acharner ou de fantasmer sur la construction d’une mesure illusoire”, le gouvernement devrait se saisir de la question des moyens existants pour réduire les discriminations, tel le CV anonyme, dont les décrets d’application ne sont toujours pas sortis.

De même, la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde) devrait, selon la contre-commission, voir ses pouvoirs renforcés, “pour pouvoir par exemple mener des opérations de testing à assez grande échelle”.

En somme, ce qui manque aujourd’hui, assurent ces chercheurs, c’est avant tout “une volonté gouvernementale”.

Voir également:

Police: la réalité des « contrôles au faciès » établie
Ce que dit la loi
Le Monde
01.07.09

La règle générale. « Toute personne se trouvant sur le territoire national doit accepter de se prêter à un contrôle d’identité », dispose le code de procédure pénale. L’article 78-2 précise que les policiers peuvent demander à une personne de justifier son identité dès lors qu’il existe « une ou plusieurs raisons plausibles de soupçonner qu’elle a commis ou tenté de commettre une infraction ; ou qu’elle se prépare à commettre un crime ou un délit ; ou qu’elle est susceptible de fournir des renseignements (…) ; ou qu’elle fait l’objet de recherches ». L’identité peut également être contrôlée en cas de risques d’atteinte à l’ordre public.

Les réquisitions des procureurs. L’article 78-2 prévoit que les procureurs prennent des réquisitions écrites autorisant les contrôles, dans des lieux et pour une durée limités, afin de poursuivre certains types d’infractions. Dans les faits, ils se contentent de valider les demandes de la police. Ces dispositions, qui peuvent autoriser les fouilles de véhicules, sont utilisées régulièrement dans les quartiers sensibles.

Voir de même:

Royaume-Uni: contrôles antidiscrimination?

Le Monde
01.07.09

Au Royaume-Uni, les policiers ont tendance à contrôler des « non-musulmans » pour ne pas être accusés de discriminations. C’est ce qu’a révélé Alex Carlile, membre de la chambre des Lords chargé de superviser l’application des lois antiterroristes, dans un rapport publié le 17 juin.

« Dans certains dossiers, les personnes contrôlées présentent des profils tellement éloignés des profils traditionnels des terroristes qu’il n’y a pas la moindre possibilité qu’il ou elle soit un terroriste », a expliqué Lord Carlile, ajoutant : « Ce n’est bon pour personne d’être arrêté uniquement pour obtenir des statistiques raciales équilibrées. »

Depuis 2006, les contrôles menés dans le cadre de la loi antiterroriste ont été multipliés par trois. Les Noirs et les personnes originaires d’Asie du Sud sont les plus visés.

Voir aussi:

Le contrôle au faciès démontré par A + B
C.B.
Libération
30/06/2009

A Paris, un Noir ou un Maghrébin a plus de chance de se faire contrôler par la police qu’un Blanc. Pas vraiment surprenant mais une étude vient d’en faire la démonstration.

«Contrôle au faciès», «délit de sale gueule», «profilage racial», quels que soient les termes que l’on préfère retenir, c’est une réalité en France. A grande échelle. Une étude menée par deux chercheurs du CNRS et rendue publique ce mardi vient apporter la démonstration scientifique de cet état de fait jusqu’alors ressenti mais non quantifié. Selon cette étude, un Noir a six fois plus de chances d’être contrôlé par la police qu’un Blanc, un Arabe (ou perçu comme tel) 7,8 fois plus.

Les chercheurs, Fabien Jobard et René Levy, dont l’étude a été financée par une fondation américaine, l’Open society institute (créée par le milliardaire Georges Soros) se sont concentrés sur les opérations de police menées entre octobre 2007 et mai 2008 dans deux espaces parisiens: à la gare du Nord et à Châtelet-les-halles.

«Les policiers perpétuent des stéréotypes»

L’observation s’est faite en deux temps. Première phase, des observateurs placés aux points d’accès de chacun des sites ont passé au crible les passants, en recensant plusieurs critères: âge, sexe, origine, vêtements, gros sac ou non (dans la perspective du plan vigipirate). Une fois définie cette «population de référence», les observateurs ont suivi les policiers pour scruter 525 contrôles, en relevant les mêmes critères.

Résultat: plus que sur les comportements des gens, les policiers se fondent sur l’apparence. La couleur de peau («Blanc», «Noir», «Arabe») mais aussi les vêtements, un jeune sous une capuche, habillé hip hop ou tecktonik ayant plus de chances d’être contrôlé puisque appartenenant souvent à une minorité visible. «En visant certaines personnes à cause de ce qu’elles sont (ou ont l’air d’être) et non à cause de ce qu’elles ont fait ou font, les policiers perpétuent des stéréotypes sociaux et raciaux», constatent les auteurs.

«Perte de confiance»

Les observateurs ont également interrogé plusieurs personnes controlées pour savoir si elles avaient perçu du racisme dans l’intervention. Seules 3% ont déclaré avoir perçu un traitement raciste ou insultant. 76% ont émis un jugement neutre sur l’attitude des fonctionnaires, 6% ont considéré que les policiers s’étaient comportés de manière respectueuse.

Ce qui fait dire aux chercheurs que ce n’est finalement pas tant le contrôle en lui-même que son caractère répétitif qui est mal ressenti, conduisant à des «effets délétères» sur les rapports police-population et à la «perte de confiance envers le système de la justice pénale français».

L’Open society institute, qui a conduit plusieurs études dans différents pays sur cette question, émet des recommandations. Parmi elles, l’enregistrement par les patrouilles, à l’aide d’un formulaire, du profil racial des personnes contrôlées pour vérifier, a posteriori, l’impartialité des contrôles. Idée difficilement applicable en l’état dans le droit français et alors que les partisans des statistiques raciales ont bien du mal à s’imposer.

Voir enfin:

Profiling Minorities: A Study of Stop-and-Search Practices in Paris
OSI
June 2009

Police officers in Paris consistently stop people on the basis of ethnicity and dress rather than on the basis of suspicious individual behavior, according to a report released by the Open Society Justice Initiative.

The report documents over 500 police stops over a one-year period and across five locations in and around the Gare du Nord train station and Châtelet-Les Halles commuter rail station.

The data show that Blacks were between 3.3 and 11.5 times more likely than Whites to be stopped; while Arabs were stopped between 1.8 and 14.8 more times than Whites. The study also found a strong relationship between people’s ethnicity, particular styles of clothing worn by young people, and the likelihood that they would be stopped.

The report recommends a number of reforms to identity check practices in Paris, including reform of law and policies that allow ethnic profiling; an explicit ban on discrimination by police officials; stronger criteria for the “reasonable suspicion” required to stop persons; and enhanced record keeping and review of stops to assess their impact and promote better practice.

The complete report is available for download below in English and French.


Tintin/80e: Tous les travers de l’Amérique y sont représentés (Tintin in Amerikkka)

31 mai, 2009
Tintin in AmerikaTintin in Amerika (original black nanny)
Tintin in Amerika (whitened nanny)
African slaves on route to Mecca (Red Sea sharks)
Nous, Occidentaux, devons dénoncer fermement tout ce qui est américain dans sa maison, ses vêtements, son âme. George Duhamel (“Scènes de la vie future”, 1930)
Il y a du grabuge en perspective parce que le capitalisme et les capitalistes français sont en train de craquer. Ce qu’il leur faudrait, c’est une bonne vieille révolution. Olivier Besancenot (2009)

Le seul endroit acceptable pour ce livre est dans un musée, avec un grand panneau indiquant ‘âneries racistes à l’ancienne’. Commission for Racial Equality
Pour le Congo tout comme pour Tintin au pays des Soviets, il se fait que j’étais nourri des préjugés du milieu bourgeois dans lequel je vivais… C’était en 1930. Je ne connaissais de ce pays que ce que les gens en racontaient à l’époque : “Les nègres sont de grands enfants, heureusement que nous sommes là !”, etc. Et je les ai dessinés, ces Africains, d’après ces critères-là, dans le pur esprit paternaliste qui était celui de l’époque en Belgique. George Rémy (dit Hergé, 1971)
Dans Coke en Stock, en montrant les Noirs promis à l’esclavage et des Arabes esclavagistes, je fais aussi du racisme, mais vis-à-vis des Arabes, cette fois! On en finira jamais!… (…) Et notez que, déjà dans Tintin en Amérique, je montrais la puissance blanche, la finance exploitant les Indiens. Pour un “raciste”, je ne cachais pas mes sympathies, il me semble! Hergé (1971)
Moi, Monsieur, je ne veux pas aller à La Mecque. (…) Dans mon village, trois jeunes hommes sont partis pour La Mecque … Deux ans déjà déjà … Et jamais revenus … Ils sont sûrement esclaves maintenant… Je ne veux plus aller à la Mecque, moi, Monsieur. Personnage africain de “Coke en stock” (1958)
On a souvent dit d’Hergé qu’il était raciste dans Tintin au Congo ou anti-bolchevik dans Tintin au pays des Soviets mais ce sont deux oeuvres de jeunesse et de commande datant de 1930 – 1931 (commande émanant de son patron l’abbé Wallez) Hergé exprime enfin ses idées personnelles dans Tintin en Amérique, c’était son voeu initial d’envoyer Tintin dans le nouveau monde. Tous les travers de l’Amérique y sont représentés: L’alcoolisme, le début de la « malbouffe », la guerre des gangs stigmatisée par Al Capone (seul personnage authentique figurant sous son vrai nom dans les aventures de Tintin), le lynchage des Noirs, les exécutions sans procès et l’exploitation des indiens spoliés de leurs territoires.Dans Tintin et le lotus bleu (1936), Hergé s’engagera encore et y dénoncera cette fois l’impérialisme japonais qui occupe la Chine avec l’assentiment de la SDN (Société Des Nations) et le racisme des occidentaux envers le peuple chinois, il récidivera dans Coke en Stock (1958) en défendant les Noirs musulmans destinés à un trafic d’esclaves. Fontaine Peter
Et si, contre toute attente, le reporter du Petit Vingtième avait finalement plus en commun avec le petit facteur de Neuilly qu’avec le national-poujadiste, octogénaire lui aussi, de Trinité-sur-mer?

Au lendemain, en cette année du 80e anniversaire de Tintin, de l’inauguration (polémique à souhait avec l’interdiction des photos par ses héritiers) et à la veille de l’ouverture du Musée Tintin de Louvain-la-Neuve dans la banlieue de Bruxelles ….

Avant, suite à sa première incursion en 1931, son grand retour en Amérique dans deux ans et sur grand écran avec la très attendue adaptation du “Secret de la Licorne” par Steven Spielberg, une trilogie étant même prévue …

Machinisme, “malbouffe”, alcoolisme, dérives de la prohibition, guerre des gangs, kidnappings, corruption policière, carences de la Justice, exécutions sans procès, exploitation et spoliation des Indiens, lynchage des Noirs …

Retour sur l’un des secrets apparemment les mieux gardés de l’auteur de “Tintin au Congo”.

A savoir, derrière les sempiternelles accusations d’anti-bolchévisme primaire (“Tintin aux pays des soviets”) et de racisme anti-noir (“Tintin au Congo”), le fait que Georges Rémy était en fait un anti-impérialiste et tiers-mondiste pur et dur digne de nos Georges Duhamel d’alors (“Scènes de la vie future” sont , avec le journal satirique Le Crapouillot, l’une de ses sources d’inspiration) ou de nos Besancenot actuels dont le Pleurnichard en chef de Chicago lui-même pourrait être fier.

Car, comme le montre un texte trouvé sur le net (d’un certain Fontaine Peter), après ses publications sous la Belgique occupée dans un journal aux mains des nazis qui lui valurent une interdiction de publier pendant deux ans après-guerre et l’album de commande contre la Russie stalinienne, y a-t-il un travers de l’Amérique qu’il n’ait dénoncé dans son “Tintin en Amérique” de 1931?

Sans parler, outre les centaines de corrections auxquelles il s’est dûment soumis tout au long de sa carrière (“Tintin au Congo” compris, mais aussi la blanchisation en 1973 des portier d’hôtel et porteuse du bébé de “Tintin en Amérique”!), sa dénonciation des trafiquants de diamants (organisé par Al-Capone ! – “Tintin au Congo”), de drogue (“Les Cigares du Pharaon”, “Le Lotus bleu” et “Le Crabe aux pinces d’or”) et d’esclaves (“Coke en Stock”), l’invasion de la Chine par le Japon dans les années 1930 et la lâcheté des Européens retranchés dans leurs concessions de Shanghaï (“Le Lotus bleu”).

L’identité des cerveaux desdits trafics ne pouvant d’ailleurs prêter à confusion.

Outre le banquier Blumenstein financier new-yorkais de l’expédition concurrente de “l’Etoile mystérieuse “…

Et le marchand qui lui dispute le fétiche sacré de “L’Oreille cassée” (“nez crochu, cheveux huilés et crépus, petites bésicles et frottage de mains en signe manifeste d’avarice”) …

Ou le tristement célèbre Al Capone de “Tintin en Amérique” …

Le sinistre Rastatopoulos et faux producteur de cinéma des “Cigares du Pharaon” derrière l’odieuse filière esclavagiste de “Coke en stoke” comme de l’ignoble trafic d’opium du Lotus bleu, n’est autre, derrière le milliardaire américain d’origine grecque qui l’incarne, que le capitalisme américain le plus sauvage

Tintin en Amérique, une Bande Dessinée engagée?

Fontaine Peter
I) Critique du mode de vie des Américains
a) économie et Industrie
Hergé critique le mode de vie Américain dans Tintin en Amérique, notamment les usines alimentaires qui sortent de terre un peu partout à cette époque et le début de la nourriture industrielle de mauvaise qualité fabriquée à la chaine qu’on appelle aujourd’hui la « malbouffe »: Le patron de l’entreprise est prêt à jeter Tintin dans la broyeuse comme les animaux rentrent d’un coté sur un tapis roulant et ressortent de l’autre coté sans aucune intervention humaine “Vous voyez …Les bœufs arrivent par ici, sur un tapis roulant à la queue-leu-leu….. et ils sortent à l’autre bout, sous forme de corned beef, de saucisses, de saindoux, etc.”)

Il critique aussi l’apparition des”villes champignon” proches des lieux où l’ont trouve en abondance des ressources naturelles tels que le pétrole par exemple :

b) Gang, Police et Corruption
Hergé dénonce aussi la guerre des gangs qui fait rage depuis toujours dans ce pays. (“Je vous offre une prime de 20000 dollars si vous me tuez Al Capone”). La corruption policière est aussi représenté de plusieurs façon, dans un premier cas ce sera un policier qui salue un gangster. Dans d’autres cas on voit que les associations de malfaiteur ont pignon sur rue sans intervention de la police.

Dans les vignettes suivantes, on apprend que les kidnappings sont fréquents en Amérique. Les gangs les pratiquent afin de récolter des fonds (“votre chien ne vous sera rendu que contre une rançon de 100 000 dollars”).

c) Les dérives de la prohibition

L’alcoolisme des américains durant la prohibition est aussi critiqué dans cet album, ici Hergé nous montre avec humour le shérif tomber complètement ivre au pied d’un panneau qu’il a lui même planter afin de prévenir les citoyen des peines encourues en cas d’alcoolisme.

II) L’exploitation des Indiens

Hergé nous montre aussi dans cette case pathétique, la place des Indiens aux États-Unis, certains de ces Indiens ne sont là que pour être pris en photo tels des sites touristiques. Mais aussi, la facilité des Américains à spolier les Indiens de leurs terres lorsqu’il y a un intérêt financier derrière. Là on peut voir que l’américain achète pour vingt cinq dollars les terres (“Voici vingt-cinq dollars, vieil hibou”) avec le soutien de l’armée qui, une heure après l’achat, expulse les Indiens

III) Dénonciation des carences de la Justice américaine

Pour finir, Hergé dénonce aussi la justice Américaine, le lynchage et la pendaison arbitraire de Noirs (« J’ai donné l’alarme, on a immédiatement pendu sept nègres, mais le coupable s’est enfui… »,
« 44 nègres ont été lynchés »). Mais aussi l’auto-défense et la justice aveugle par les citoyens sans procès. Dans la vignette suivante Tintin se retrouve au bout d’une corde sans comprendre pourquoi. Le bourreau est encouragé par les spectateurs qui crient « A mort! »

Conclusion

On a souvent dit d’Hergé qu’il était raciste dans Tintin au Congo ou anti-bolchevik dans Tintin au pays des Soviets mais ce sont deux oeuvres de jeunesse et de commande datant de 1930 – 1931 (commande émanant de son patron l’abbé Wallez) Hergé exprime enfin ses idées personnelles dans Tintin en Amérique, c’était son voeu initial d’envoyer Tintin dans le nouveau monde. Tous les travers de l’Amérique y sont représentés: L’alcoolisme, le début de la “malbouffe”, la guerre des gangs stigmatisée par Al Capone (seul personnage authentique figurant sous son vrai nom dans les aventures de Tintin), le lynchage des Noirs, les exécutions sans procès et l’exploitation des indiens spoliés de leurs territoires.Dans Tintin et le lotus bleu (1936), Hergé s’engagera encore et y dénoncera cette fois l’impérialisme japonais qui occupe la Chine avec l’assentiment de la SDN (Société Des Nations) et le racisme des occidentaux envers le peuple chinois, il récidivera dans Coke en Stock (1958) en défendant les Noirs musulmans destinés à un trafic
d’esclaves.

Le clou était sans conteste la tente de Bédouin installée dans les jardins de l’hôtel Marigny. Elle était incongrue, ce qui était probablement le but recherché. Elle ressemblait à celle que le petit Abdallah, avec tous ses serviteurs et sa panoplie de farces et attrapes, plante au beau milieu du salon du château de Moulinsart, au grand dam du capitaine Haddock, dans Coke en stock. Il y a un côté Abdallah chez Kadhafi.

Voir aussi:

Vu & commenté
Le petit Abdallah campe à Moulinsart
Dominique Dhombres
Le Monde
12.12.07

Question spectacle, le colonel Kadhafi n’a pas raté son entrée. Une heure de retard à Orly, qui a obligé Michèle Alliot-Marie, l’air renfrogné, à grelotter pour l’attendre dans le froid et sous la pluie.

Une limousine blanche interminable, un cortège d’une centaine de voitures, et bien sûr les athlétiques jeunes femmes en treillis qui lui servent de gardes du corps. Le clou était sans conteste la tente de Bédouin installée dans les jardins de l’hôtel Marigny. Elle était incongrue, ce qui était probablement le but recherché. Elle ressemblait à celle que le petit Abdallah, avec tous ses serviteurs et sa panoplie de farces et attrapes, plante au beau milieu du salon du château de Moulinsart, au grand dam du capitaine Haddock, dans Coke en stock.

Il y a un côté Abdallah chez Kadhafi. On pouvait suivre toutes ces facéties dans les journaux télévisés et sur les chaînes d’info, car le colonel était incontestablement, lundi 10 décembre, le héros du jour. On le voyait avancer lentement, et même très lentement, en gandoura brune et toque noire, dans la cour de l’Elysée. Il n’avait pas foulé ce gravier depuis 1973. Il savourait son plaisir. Question polémique, le colonel était également servi. Cela avait commencé tôt lundi matin avec l’entretien donné au Parisien par Rama Yade dans lequel celle-ci expliquait que la République n’était pas « un paillasson ». Plus tard dans la journée, la secrétaire d’Etat aux droits de l’homme, après avoir affirmé qu’elle ne démissionnerait pas, restait obstinément muette.

Bernard Kouchner ajoutait un gag à cet ensemble déjà fourni en déclarant, l’air mutin, qu’il ne pourrait se rendre au dîner donné lundi soir à l’Elysée en l’honneur du colonel car, « heureux hasard », il était retenu à Bruxelles pour des réunions importantes. Cela faisait un peu désordre, et Nicolas Sarkozy jugeait utile d’intervenir à son tour. « La France reçoit un chef d’Etat qui a choisi de renoncer définitivement au terrorisme », disait-il. L’argument selon lequel « la France parle à tout le monde » était classique. Les contrats industriels et d’armement aussi, d’ailleurs. Plus originale était la dénonciation des donneurs de leçons du Café de Flore. Nicolas Sarkozy visait probablement Bernard-Henri Lévy. Dans le flot de déclarations des uns et des autres, un propos se détachait. Il émanait d’un expert sur tout ce qui concerne le colonel Kadhafi. Sur LCI, Roland Dumas interprétait la phrase récemment prononcée par ce dernier à Lisbonne : « Il est normal que les faibles aient recours au terrorisme. » L’ancien ministre des affaires étrangères y voyait « davantage une tentative d’explication scientifique ou historique qu’une justification du terrorisme ». Le colonel a acquis de nouveaux fans, mais il en conserve quelques anciens.

Voir enfin:

Toutes les opinions sont libres, y compris celle de prétendre que je suis raciste… Mais enfin, soit! Il y a eu Tintin au Congo, je le reconnais. C’était en 1930. Je ne connaissais de ce pays que ce que les gens en racontaient à l’époque: «Les nègres sont de grands enfants… Heureusement pour eux que nous sommes là! etc…» Et je les ai dessinés, ces Africains, d’après ces critères-là, dans le plus pur esprit qui était celui de l’époque, en Belgique. Plus tard, au contraire, dans Coke en Stock – et même si l’on parle «petit nègre» -, il me semble que Tintin fait assez la preuve de son anti-racisme, non?… C’est comme avec les romanichels des Bijoux. L’attitude de Tintin et celle du capitaine Haddock sont identiques: ils prennent leur défense, à l’encontre de tous les préjugés. Seulement dans Coke en Stock, en montrant les Noirs promis à l’esclavage et des Arabes esclavagistes, je fais aussi du racisme, mais vis-à-vis des Arabes, cette fois! On en finira jamais!… Pour le Congo, tout comme pour Tintin au Pays des Soviets, il se fait que j’étais nourri des préjugés du milieu bourgeois dans lequel je vivais. En fait, Les Soviets et le Congo ont été des péchés de jeunesse. Ce n’est pas que je les renie. Mais enfin, si j’avais à les refaire, je les referais tout autrement, c’est sûr. Et puis quoi qu’il en soit, à tout péché miséricorde!… Et notez que, déjà dans Tintin en Amérique, je montrais la puissance blanche, la finance exploitant les Indiens. Pour un «raciste», je ne cachais pas mes sympathies, il me semble! Et mes Chinois du Lotus Bleu? Souvenez-vous des avanies que les Blancs leur faisaient subir… Je ne cherche pas à m’excuser: j’avoue que mes livres de jeunesse étaient typiques de la mentalité bourgeoise belge d’alors: c’étaient des livres «belgicains»!…

Blumenstein/Bohlwinckelc J’ai effectivement représenté un financier antipathique sous les apparences sémites, avec un nom juif: le Blumenstein de L’étoile mystérieuse. Mais cela signifie-t-il antisémitisme?… Il me semble que, dans ma panoplie d’affreux bonshommes, il y a de tout: j’ai montré pas mal de “mauvais” de diverses origines, sans faire un sort particulier à telle ou telle race. On a toujours raconté des histoires juives, des histoires marseillaises, des histoires écossaises. Ce qui, en soi, n’a rien de bien méchant. Mais qui aurait prévu que les histoires juives, elles, allaient se terminer, de la façon que l’on sait, dans les camps de la mort de Treblinka et d’Auschwitz?… A un moment donné, j’ai d’ailleirs supprimé le nom Blumenstein et je l’ai remplacé par un autre nom qui signifie, en bruxellois, une petite boutique de confiserie: bollewinkel. Pour faire plus “exotique” je l’ai ortographié Bohlwinckel. Et puis, plus tard, j’ai appris que ce nom était, lui aussi, un véritable patronyme israélite!

Numa Sadoul, Entretiens avec Hergé , 1971, pp, 74- 75.


ONU: Quand j’entends le mot culture, je sors mon Farouk! (UN: When I hear the word culture, I reach for my Farouk!)

24 mai, 2009
(The Office of War Information, 1943)Quand j’entends le mot culture, j’arme mon Browning! Thiemann (personnage de la pièce de 1933 du poète lauréat d’Hitler Hanns Johst sur le “martyr nazi” Albert Leo Schlageter exécuté pour sabotage dans la Ruhr par les Français en 1923)
S’ils disent la même chose que le Coran, ils sont inutiles; s’ils le contredisent, ils sont nuisibles; dans les deux cas, il faut les détruire. Calife Omar Al-Farouk (bâtisseur de la Mosquée du Rocher et brûleur de la Bibliothèque d’Alexandrie en 642)
J’ai dit: “Je brûlerai tous les livres israéliens moi-même, si jamais j’en trouvais un seul” ; c’était une hyperbole, une manière un peu populaire de dire qu’il n’y en a pas. Je suis sémite, comment serais-je antisémite? Farouk Hosni (ministre de la Culture égyptien)
Israël n’a jamais contribué à la civilisation à quelque époque que ce soit car il n’a jamais fait que s’approprier le bien des autres. Farouk Hosni (avril 2001)
La culture israélienne est une culture inhumaine; c’est une culture agressive, raciste, prétentieuse, qui se base sur un principe tout simple : voler ce qui ne lui appartient pas pour prétendre ensuite se l’approprier. Farouk Hosni (juin 2001)
Nous avons vécu avec nos mères qui nous ont élevés et éduqués tout en allant à l’université ou au travail sans hidjab. Pourquoi revenons-nous aujourd’hui en arrière? Des crimes se commettent aujourd’hui au nom du hidjab et du niqab. Le monde va de l’avant et nous ne progresserons pas tant que nous continuerons à penser de façon rétrograde et à aller écouter des fetwas de cheikhs à “trois millimes”. Farouk Hosni (novembre 2006)
Chaque année se tiennent en France des célébrations pour les “homosexuels” et il s’y rend pour célébrer avec eux. Ragab Helal Hemeida (député égyptien)
Je tends personnellement à croire que les porcs en vie aujourd’hui descendent de ces Juifs, et c’est pourquoi Allah nous en a interdit la consommation en ces termes: ‘Seront pour vous interdits [à la consommation] les charognes, le sang et la chair du porc [Coran 5:3].’ En outre, l’une des actions de Jésus quand il reviendra sur terre au Jour du Jugement sera de tuer tous les porcs, et c’est là la preuve qu’ils descendent des Juifs. Tous les porcs de la Terre seront détruits par Jésus au Jour du Jugement. Cheikh Ahmad Ali Othman (inspecteur des affaires relatives à la Dawa au ministère égyptien des cultes, extrait d’une fatwa demandant l’abattage des porcs, 9 mai 2009)
L’Organisation islamique pour l’Education, les Sciences et la Culture –ISESCO- a appelé tous les Etats membres à boycotter le Salon international du Livre à Paris dont l’invité d’honneur est Israël à l’occasion du 60e anniversaire de sa création. ISESCO (le 26 février 2008)
Plasticien ayant longtemps vécu à Rome et à Paris, cet homme, qui ne fait pas vraiment mystère d’une discrète homosexualité, cultive une image de progressiste ouvert à la modernité occidentale et luttant avec ténacité contre l’obscurantisme et le fanatisme religieux. Yves Gonzalez-Quijano
Il faut, sans délai, en appeler à la conscience de chacun pour éviter que l’Unesco ne tombe aux mains d’un homme qui, lorsqu’il entend le mot culture, répond par l’autodafé. Bernard-Henri Lévy, Claude Lanzmann et Elie Wiesel

A l’heure où le pays qui avait jadis recueilli la Sainte famille détruit aujourd’hui les églises, vitriole les jeunes chrétiennes et, profitant de la menace de l’épidémie de grippe porcine, appelle à détruire le seul moyen de subsistance d’une partie de sa population chrétienne

Appel à l’autodafé de livres israéliens, invitation de négationnistes à venir mettre en doute la Shoah à la télé, bloquage de l’ouverture d’un musée juif, interdiction de la présentation d’un film israélien au festival de cinéma du Caire, opposition à toute normalisation culturelle avec Israël 30 ans après les accords de Camp David …

Après la résolution “sionisme= racisme”, le pogrom symbolique de Durban, la Libye à la présidence de la commission des droits de l’homme (depuis 2003) et tout récemment une conférence sur le racisme présidée par la Lybie, l’Iran et Cuba et ouverte par le rayeur de cartes en personne …

Devinez qui l’ONU nous propose, avec le soutien des pays arabes et de l ‘Europe (dont l’Italie, l’Espagne et la France – date de clôture des candidatures le 30 mai prochain!), à l’un des postes de responsabilité culturelle les plus importants de la planète?

Comme nous le rappelions il y a un an et quelques rares personnalités françaises dans Le Monde il y a quelques jours, il ne s’agit rien de moins que l’inamovible ministre de la culture égyptien Farouk Hosni.

Qui depuis plus de 15 ans (entre – cherchez l’erreur ! – une courageuse condamnation du voile et une visite à nos fêtes sodomites?) multiplie les déclarations les plus littéralement incendiaires contre l’Etat avec lequel son propre pays a signé un traité de paix il y a maintenant 30 ans …

Unesco: la honte d’un naufrage annoncé

Bernard-Henri Lévy, Claude Lanzmann et Elie Wiesel
Le Monde
21.05.09

Qui a déclaré en avril 2001 : “Israël n’a jamais contribué à la civilisation à quelque époque que ce soit car il n’a jamais fait que s’approprier le bien des autres” – et a réitéré deux mois plus tard : “La culture israélienne est une culture inhumaine ; c’est une culture agressive, raciste, prétentieuse, qui se base sur un principe tout simple : voler ce qui ne lui appartient pas pour prétendre ensuite se l’approprier” ?

Qui a expliqué en 1997, et l’a répété ensuite sur tous les tons, qu’il était “l’ennemi acharné” de toute tentative de normalisation des rapports de son pays avec Israël ? Ou encore, en 2008, qui a répondu à un député du Parlement égyptien qui s’alarmait que des livres israéliens puissent être introduits à la bibliothèque d’Alexandrie : “Brûlons ces livres ; s’il s’en trouve, je les brûlerai moi-même devant vous” ?

Qui, en 2001, dans le journal Ruz Al-Yusuf, a dit qu’Israël était “aidé”, dans ses sombres menées, par “l’infiltration des juifs dans les médias internationaux” et par leur habileté diabolique à “répandre des mensonges” ? A qui devons-nous ces déclarations insensées, ce florilège de la haine, de la bêtise et du conspirationnisme le plus échevelé ?

INCENDIAIRE DES COEURS

A Farouk Hosni, ministre de la culture égyptien depuis plus de quinze ans et, à coup sûr, le prochain directeur général de l’Unesco si rien n’est fait avant le 30 mai, date de clôture des candidatures, pour arrêter sa marche irrésistible vers l’un des postes de responsabilité culturelle les plus importants de la planète.

Pire : les phrases que nous venons de citer ne sont que quelques-unes – et pas les plus nauséabondes – des innombrables déclarations de même teneur qui jalonnent la carrière de Farouk Hosni depuis une quinzaine d’années, et qui, par conséquent, le précèdent lorsqu’il prétend à un rôle culturel fédérateur à l’échelle du monde contemporain.

L’évidence est donc là : Farouk Hosni n’est pas digne de ce rôle ; Farouk Hosni est le contraire d’un homme de paix, de dialogue et de culture ; Farouk Hosni est un homme dangereux, un incendiaire des coeurs et des esprits ; il ne reste que très peu de temps pour éviter de commettre la faute majeure que serait l’élévation de Farouk Hosni à ce poste éminent entre tous.

Nous appelons donc la communauté internationale à s’épargner la honte que serait la désignation, déjà donnée pour quasiment acquise par l’intéressé lui-même, de Farouk Hosni au poste de directeur général de l’Unesco. Nous invitons tous les pays épris de liberté et de culture à prendre les initiatives qui s’imposent afin de conjurer cette menace et d’éviter à l’Unesco le naufrage que constituerait cette nomination.

Nous invitons le président égyptien lui-même, en souvenir de son compatriote Naguib Mahfouz, Prix Nobel de littérature, qui doit, à l’heure qu’il est, se retourner dans sa tombe, nous l’invitons, pour l’honneur de son pays et de la haute civilisation dont il est l’héritier, à prendre conscience de la situation, à désavouer de toute urgence son ministre et à retirer, en tout cas, sa candidature.

L’Unesco a, certes, commis d’autres fautes dans le passé – mais cette forfaiture-ci serait si énorme, si odieuse, si incompréhensible, ce serait une provocation si manifeste et si manifestement contraire aux idéaux proclamés de l’Organisation qu’elle ne s’en relèverait pas. Il n’y a pas une minute à perdre pour empêcher que soit commis l’irréparable.

Il faut, sans délai, en appeler à la conscience de chacun pour éviter que l’Unesco ne tombe aux mains d’un homme qui, lorsqu’il entend le mot culture, répond par l’autodafé.

Bernard-Henri Lévy, philosophe ;

Claude Lanzmann, cinéaste et directeur de la revue Les Temps modernes ;

Elie Wiesel, écrivain et Prix Nobel de la paix en 1986.


Discriminations: Nous ne sommes pas des sorciers (Albinos under threat as Africa struggles with its long witchcraft heritage)

15 mai, 2009
Brazilian albino pride
Nous ne sommes pas des sorciers. (…) C’est prouvé par la science… Association pour la protection et le développement de la personne albinos (Kisangani, RD Congo)
On apprend aux enfants qu’on a cessé de chasser les sorcières parce que la science s’est imposée aux hommes. Alors que c’est le contraire: la science s’est imposée aux hommes parce que, pour des raisons morales, religieuses, on a cessé de chasser les sorcières.
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la “victime inconnue”, comme on dirait aujourd’hui le “soldat inconnu”. Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard
La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujoud’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressourcs religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
Le massacre de sorcières dans la région remonte à des siècles, depuis au moins la colonisation néerlandaise des îles qui sont par la suite devenues l’Indonésie. Bien que légalement injustifiable, le massacre de sorcières a longtemps servi de mécanisme aux villages ruraux pour expulser les comportements antisociaux. TU Bagus Ronny Nitibaskara (anthropologue, université d’Indonésie)
C’est un phénomène très profond, qui ne pourra être résolu que par une lutte plus efficace contre les discriminations et les hiérarchies sociales et “mélaniques”, héritées de la colonisation. Pap Ndiaye
Tout ce qui est beau dans nos vies nous vient de la civilisation occidentale. (…) Le retard horrible dans lequel vivent certaines nations est le résultat inévitable de leur refus de [l'apport occidental] et de leur attitude consistant à se réfugier dans le déni et l’arrogance.(…) La civilisation occidentale a accordé la priorité à l’individu et subordonné ses institutions, lois et procédures à ce principe, tandis que dans la civilisation ancienne, l’individu [n'] était [qu'] une dent dans l’engrenage. (…) La seule civilisation qui reconnaît et respecte l’homme en tant qu’individu est la société occidentale (…) La civilisation occidentale est son propre produit et ne doit rien à aucune autre civilisation, hormis la civilisation grecque. Ibrahim Al-Buleihi (membre du Conseil saoudien de la Shura)

Salif KeitaYellowman (Jamaica)Johnny Winter (Texas)Connie Chiu (Chinese top model)Shauna Ross (African male model)The Albino codePowderSpidermanVictimes d’une affection qui sous des dizaines de formes plus ou moins visibles touche la planète entière animaux compris (1 cas pour 20.000 naissances, 0,005 % mais jusqu’à 1/1000 sous le cruel soleil africain) …

Soupçonnés de contaminer les gens à distance et cibles des crachats et de toutes les insultes (“sorcier blanc”, “enfants de djins” ou “de petit Blanc café au lait”, “fantômes” – sans compter les stéréotypes des films nigérians ou occidentaux à la “Matrix” ou “Da Vinci code”!) …

Privés d’accès à l’éducation à l’emploi et au mariage (et donc condamnés à une consanguinité ne pouvant que perpétuer leur handicap) …

Exclus du berceau à la tombe comprise de la compagnie des autres (infanticide, tombes cachées et scellées hors village) …

Accusés de sorcellerie et de pratiques magiques (jusqu’au soupçon d’immortalité) …

Mais aussi – ambivalence typique envers les groupes exclus – en même temps recherchés (selon le principe de la pensée magique qui veut que celui qui fait du mal est aussi le mieux placé pour guérir) pour leur pouvoirs bénéfiques

Au point de devenir la proie, jusqu’à l’assassinat et notamment à la veille de compétitions électorales ou sportives, d’un trafic lucratif d’organes destiné à des sorciers …

A l’heure où, de Durban au Vatican ou à la Maison Blanche, notre Occident n’a de cesse de battre sa coulpe …

Et que, poussant la lucidité jusqu’à reconnaître les limites de l’islam et les apports de la civilisation occidentale, quelques rares musulmans se sentent obligés de la réduire à sa seule dimension grecque, faisant ainsi l’impasse sur ses fondements judéo-chrétiens …

Pendant que certains trop pâles s’efforcent de se brunir et d’autres trop foncés tentent de se blanchir …

Retour sur le dernier chantier en date inspiré par ce singulier “souci des autres et des victimes” d’un Occident pourtant si vilipendé

A savoir cette longue lutte contre les superstitions et les pratiques magiques dans laquelle est à son tour engagée le Tiers-Monde et dont ces sortes de nouveaux (ou derniers) cagots que sont aujourd’hui les albinos pour l’Afrique sont les plus récentes victimes …

Extraits:

“Ces parties du corps sont vendues en Tanzanie. Ces gens disent qu’ils vont gagner 600 millions de shillings (380.000 euros) pour chaque corps d’albinos.

Procureur burundais

“Un groupe de bandits armés de fusils a attaqué hier à 21h00 la maison d’une albinos de six ans du nom de Cizanye à Bugongo. Ces malfaiteurs l’ont décapitée avant de couper ses jambes et ses bras, qu’ils ont emportés avec eux.”

Rémi Sengiyumva (administrateur de la commune de Kinyinya)

“Personne n’achète l’albinisme au marché. C’est un fait de Dieu et toutes les femmes peuvent mettre au monde des albinos.”

Mme Bouaré (mère d’un enfant albinos, Mali)

“C’est la première fois que je vois la dépouille d’un albinos car on m’a toujours appris que les albinos ne meurent pas.”

Jean-Pierre Obambi (ingénieur des travaux publics)

“Nos ancêtres nous ont toujours appris à tirer un cheveu après être entré en contact avec un albinos. Même si on le voit de loin, il faut toujours le faire. Cette couleur est contagieuse et peut généralement se transmettre par la simple vue et quand on ne le fait pas, on peut être frappé d’un mauvais sort”.

Jean-Pierre Obambi

“Les albinos sont des personnes comme vous. Nous ne sommes pas des sorciers. Nous ne manquons que de la mélanine qui rend la peau noire. C’est prouvé par la science…”

Association pour la protection et le développement de la personne albinos (Kisangani, RD Congo)

“Ils auraient des forces surnaturelles, ils pourraient prédire l’avenir, jeter des mauvais sorts et apporter la richesse. (…) Au moment des compétitions électorales, les albinos sont convoités par les candidats. Pendant cette période nous devons rester chez nous. Les albinos ne sont plus perçus comme des êtres humains mais comme des objets sacrificiels convoités pour leurs têtes ou pour leurs appareils génitaux, les parties du corps les plus puissantes. (…) Les superstitutions tendent à diminuer en Afrique car les gens sont moins ignorants et commencent à considérer l’albinisme comme une maladie. (…) Les associations ont très peu de moyens pourtant le continent est l’un des plus touchés par cette infection.”

Fédéré Sanon (président de l’association pour les personnes albinos ANIPA basée au Burkina Faso)

“Les personnes me suivaient pour me donner des cadeaux pour que je leur porte chance, j’ai toujours refusé. (…) Je ne suis presque jamais sortie de chez moi, par peur que l’on me fasse du mal. (…) Les Africains me regardent bizarrement, ils me toisent. Ils ont peur de moi. Je suis partie du Burkina Faso pour échapper aux croyances mais elles me poursuivent jusqu’en France.”

Korotomi Traoré (jeune femme burkinabé membre de l’association française pour les albinos Genespoir)

“Quand je suis né, mon père ne voulait pas de moi, heureusement le reste de ma famille l’a convaincu de me garder pensant que j’étais une bénédiction.”

Anguy Bajikila Mudimba (président d’Albinos sans frontières (ASF) en République démocratique du Congo)

Les albinos, victimes de sacrifices humains
Les croyances autour de l’albinisme persistent en Afrique
Stéphanie Plasse
Afrik
3 mai 2008

Génie des eaux, devin, mi-homme mi-dieu, tels sont les attributs que l’ont prête, dans certains pays d’Afrique, aux albinos. Recherchés pour leurs soi-disant pouvoirs bénéfiques ou maléfiques, ils sont souvent victimes de sacrifices humains. Pour mettre un terme aux croyances et aux pratiques occultes qui en découlent, des associations se battent au quotidien pour que les albinos ne soient plus marginalisés. Reportage.

Ils sont nombreux en Afrique à être atteints de cette maladie, l’albinisme, qui se caractérise par une absence de pigmentation. Outre les problèmes de vue et les risques de cancers de la peau directement liés à cette infection, les albinos font l’objet de croyances persistantes en Afrique. Malgré des campagnes de sensibilisation, les sacrifices humains ont toujours cours sur le continent [1]. Ainsi, il n’est pas rare de voir dans les journaux africains, à la rubrique des faits divers, le meurtre d’un albinos.

La persistance des sacrifices humains

L’ambivalence et l’ambiguïté que représente un être blanc né de deux parents noirs alimentent les croyances et les pratiques occultes autour des albinos. Dans la plupart des cas, c’est la femme qui est tenue responsable de cette maladie. « On l’accuse d’avoir dormi enceinte à la belle étoile dans un endroit interdit ou d’avoir été infidèle à son mari pendant la grossesse » explique à Afrik.com Fabéré Sanon, le président de l’association pour les personnes albinos (ANIPA) basée au Burkina Faso. On attribue souvent des pouvoirs maléfiques ou bénéfiques aux albinos. « Ils auraient des forces surnaturelles, ils pourraient prédire l’avenir, jeter des mauvais sorts et apporter la richesse », poursuit M. Sanon. Dans le meilleur des cas, les albinos se font offrir des présents. « Les personnes me suivaient pour me donner des cadeaux pour que je leur porte chance, j’ai toujours refusé » confie Korotomi Traoré, une jeune femme burkinabé arrivée depuis quatre ans en France et membre de l’association française pour les albinos baptisée Genespoir.

Malheureusement, les albinos sont recherchés pour les sacrifices humains, prometteurs en termes d’enrichissement ou d’élévation sociale. « Au moment des compétitions électorales, les albinos sont convoités par les candidats. Pendant cette période nous devons rester chez nous », indique Fédéré Sanon. « Les albinos ne sont plus perçus comme des êtres humains mais comme des objets sacrificiels convoités pour leurs têtes ou pour leurs appareils génitaux, les parties du corps les plus puissantes », ajoute-t-il.

C’est au niveau du corps social que les répercussions sont les plus influentes et les plus fréquentes. Même si cette pratique a tendance à devenir de moins en moins courante, les albinos peuvent être rejetés à leur naissance. « Quand je suis né, mon père ne voulait pas de moi, heureusement le reste de ma famille l’a convaincu de me garder pensant que j’étais une bénédiction », explique Anguy Bajikila Mudimba, le président d’Albinos sans frontières (ASF) en République démocratique du Congo. Souvent, perçus comme un mauvais présage, ils vivent reclus. « Je ne suis presque jamais sortie de chez moi, par peur que l’on me fasse du mal », affirme la burkinabé Korotimi Traoré. Les croyances mènent la vie dure aux albinos. Même en France, ils sont encore victimes de rejet. « Les Africains me regardent bizarrement, ils me toisent. Ils ont peur de moi », confie Mme Traoré. Je suis partie du Burkina Faso pour échapper aux croyances mais elles me poursuivent jusqu’en France », confie-t-elle.

Le rôle des associations en Afrique

« Les superstitutions tendent à diminuer en Afrique car les gens sont moins ignorants et commencent à considérer l’albinisme comme une maladie », explique Fabéré Sabon, le responsable d’ANIPA. « Les associations ont très peu de moyens pourtant le continent est l’un des plus touchés par cette infection », ajoute-t-il. Grâce à des campagnes de sensibilisation dans les villages, les albinos sont de moins en moins perçus comme des êtres à part. Un bon espoir pour les malades qui souhaitent à présent que les gouvernements soient plus attentifs aux problèmes de santé liés à l’albinisme.

[1] les pays les plus touchés en Afrique sont le Mali et le Cameroun

Voir aussi:

Kisangani: le dur combat des albinos pour se faire accepter
Pépé Mikwa
Syfia Grands Lacs /RD Congo
21-02-2008

Depuis que les albinos se sont regroupés en association pour lutter contre les préjugés trop répandus sur la couleur de leur peau, et défendre leurs droits, le regard que posent sur eux les habitants de Kisangani change. Même s’il reste encore du chemin à parcourir.

“As-tu déjà vu le cadavre d’un albinos ?”, interroge-t-on souvent dans les rues de Kisangani, quand on parle des personnes albinos. Selon une croyance très répandue dans le chef-lieu de la Province Orientale et dans presque toute la République démocratique du Congo, le corps d’un albinos disparaîtrait en effet après la mort. De nombreux autres préjugés circulent à leur sujet : ils sont sorciers, porte-malheur, inaptes au travail, ils disparaissent la nuit… La naissance dans une famille d’un bébé albinos est dès lors souvent source de conflit. “C’était à chaque fois un choc, une honte et une humiliation pour moi”, raconte Nafi Kifuku, une mère qui a deux enfants de cette couleur de peau.
Pourtant, l’un de rares préjugés “positifs” répandus dans cette région raconte qu’une mèche de cheveu d’un albinos accrochée à un filet de pêche apporte plus de poissons, ou plus d’intelligence à l’élève qui le noue à son stylo…

Pour combattre toutes ces croyances bien ancrées dans la société, les albinos de Kisangani se sont regroupés en Association pour la protection et le développement de la personne albinos (Aprodepa). A 162 membres, ils font désormais cause commune pour, disent-ils, “changer la perception négative que les gens ont de nous…” Dans les médias, les églises, lors des conférences-débats ou en faisant le porte-à-porte dans des familles, ils font passer des messages forts : “Les albinos sont des personnes comme vous. Nous ne sommes pas des sorciers. Nous ne manquons que de la mélanine qui rend la peau noire. C’est prouvé par la science…”

Briser l’isolement et les préjugés

Partout où ils peuvent se faire entendre, ils expliquent qu’ils ont les mêmes aptitudes physiques et intellectuelles que tout le monde, plaident pour leur accès à l’éducation, à l’emploi et au mariage. Leur président, Jean Janvier Ndumba, est parmi eux un exemple de courage, un homme débarrassé de tout complexe. “Quand j’avais 5 ans, ma mère me mettait du cirage sur mes cheveux pour les noircir”, rappelle-t-il avec humour. Agé aujourd’hui de 40 ans, directeur d’une école de personnes vivant avec un handicap, il a posé sa candidature aux législatives de 2006. “J’ai échoué mais j’ai beaucoup appris de cette expérience”, dit-il.

Pour espérer changer la perception du reste de la société à leur égard, les albinos ont d’abord commencé par briser les barrières qui existaient entre eux. Ils se réunissent, marchent ensemble dans la rue, ce qu’ils ne faisaient pas avant pour ne pas s’attirer le regard des gens. Lors des réunions, ils apprennent des leçons d’hygiène et de “réarmement moral” : toujours porter le chapeau et une chemise manche longue pour se protéger conte le soleil, se laver chaque jour, fréquenter l’école, ne pas se sous-estimer…Ils reçoivent en plus des crèmes solaires, des lunettes et apprennent à coudre ou à tricoter, ce qui leur permet de mieux se valoriser.

Beaucoup reste à faire

Nafi, la mère de deux albinos, reconnaît que la perception des membres de sa famille à l’égard de ses enfants a changé, depuis qu’ils suivent les conseils d’hygiène corporelle à l’Aprodepa. Dans les écoles, le regard n’est pas non plus aussi méfiant envers les élèves albinos. “Mes amis m’acceptent, je joue avec eux”, affirme John Motohato, 6 ans, qui partage son banc d’école avec d’autres petits.

Chargé des relations publiques à l’association, le frère de Jean Janvier, Servain Ndumba ne crie pas encore victoire. “Les gens nous approchent de plus en plus, car ils apprennent des choses qu’ils ignoraient sur l’albinisme, dit-il. Mais il y a encore beaucoup à faire surtout dans les milieux et familles peu lettrés”, où les préjugés ont encore la dent dure.

ENCADRE

L’albinisme, l’absence de pigmentation de la peau, ne frappe pas que les humains. La proportion chez l’homme, qu’il soit noir, blanc ou jaune, est d’un cas sur 20 000 mais les risques sont accrus en cas de mariage consanguin. La coloration de la peau est due à la présence dans l’épiderme de cellules capables de synthétiser un pigment brun : la mélanine. Mais la rencontre, lors de la fécondation, de deux gènes dits mutés entraîne un blocage de cette production. La peau et les cheveux de l’enfant seront blancs comme le lait, ses yeux très pâles avec parfois un reflet rouge au fond.

Voir également:

Les albinos s’insurgent contre leur marginalisation
Lyne Mikangou
Genespoir

Face aux brimades et à la marginalisation dont sont victimes les albinos au Congo, s’est créée la Fédération pour la Défense des Albinos du Congo. Témoignages.

Joséphine Ibouna, 48 ans, considérée comme la première albinos intellectuelle et qui a contribué à la création de la Fédération pour la Défense des Albinos du Congo, témoigne : “Nous albinos, pourtant Congolais au même titre que les autres, sommes marginalisés par la société entière qui nous rend responsables de tous les maux. Nous sommes accusés de sorcellerie, de pratiques magiques”. Une légende mystico-religieuse indique les albinos ne meurent jamais, mais disparaissent plutôt, qu’ils ne voient pas la nuit, ont les yeux rouges, une intelligence médiocre et un développement anormal.
L’histoire de J. Ibouna épouse depuis son enfance tous ces contours faits de malédictions et de superstitions. Elle est mère de 5 enfants, parfaitement noirs et donc “normaux”, selon les critères d’appréciation des Congolais. Elle est licenciée en santé publique et est responsable des questions liées à l’Information, l’Education et la Communication et est ainsi en contact régulier avec de nombreux interlocuteurs. Elle explique que lorsqu’elle animait des émissions radiophoniques en français et en langues locales, l’amplitude et le timbre de sa voix avaient charmé un inconditionnel à Libreville au Gabon”. Ce correspondant a insisté pour obtenir une photo dédicacée. Et ce qui devait ressembler à une relation suivie a laissé place à de l’amertume car recevant la photo, le correspondant a définitivement rompu les amarres.
En dépit du regard des autres, de sa différence, des humiliations, des moqueries, de l’étonnement, du désintéressement, J. Ibouna a pu se faire une place dans la société congolaise. Elle délivre un message fort et fait preuve d’une véritable introspection lorsqu’elle expose les difficultés rencontrées avec sa fille de 6 ans. “En me promenant un jour avec ma fille cadette, celle-ci a refusé que le lui prenne la main, certainement gênée devant ses petits camarades par mes cheveux et la couleur de ma peau”.
Religieuse de confession catholique, J. Ibouna, fervente croyante a puisé dans la religion et dans la foi en Dieu, le ressort nécessaire pour aller de l’avant dans son parcours scolaire et professionnel, ainsi que le réconfort dans ses moments de détresse, de doute et de chagrin dus à son handicap biologique.
“Pour que cessent les affronts subis au quotidien, il n’y a pas d’autres remèdes que de retrousser les manches. Tant qu’on ne fait rien, tout le reste ne sera que coup d’épée dans l’eau”, suggère-t-elle, toute confiante. Si J. Ibouna a pu dominer les affront de la vie, pour beaucoup d’albinos la situation est difficile. La plupart sont victimes de discrimination dans le système scolaire et la vie active. Au plan scolaire, par exemple, mal adaptés à leur environnement, les albinos souffrent des tares physiques et sont très peu scolarisés. Leur effectif est donc moins considérable du fait du complexe d’infériorité qui les hante. En revanche, ceux qui résistent n’arrivent souvent pas au terme de leurs études. Il suffit de considérer la représentativité de cette catégorie sur le marché du travail. “Les fréquentes tortures psychologiques et morales ne permettent pas aux albinos d’avoir accès à l’école. Ceux qui y vont ne terminent pas leurs études à cause de ces tortures. Alors, ils se renferment sur eux-mêmes”, déclare Symphorien Yara, président de la fédération pour la défense des albinos du Congo, faisant remarquer que le nombre très insignifiant des albinos sur le marché du travail s’explique par l’arrêt des études. Des propos que ne partagent Victorine Oniongo, étudiante en histoire à l’université Marien Ngouabi. Apparemment épanouie, cette étudiante née de parents normaux, a un albinisme partiel, localisé à l’œil et aux cheveux à mèches blanches. Elle ne veut pas se contenter de raler dans un coin, où très souvent, face aux curiosités humaines, les albinos opposent un silence mouillé de larmes. “Nous traînons derrière nous une longue tradition de maltraitance”, raconte-t-elle. “S’acharner à vouloir changer les autres est peine perdue. Se plaindre, geindre, gémir, accuser les autres de nos malheurs est pure perte de temps. Et croire que les choses s’arrangent d’elles-mêmes est veine illusion. Aussi, V. Oniongo propose-t-elle comme remède d’adopter un comportement conséquent qui éviterait bien des désagréments. Sur une centaine d’albinos établis à Brazzaville, deux seulement travaillent. Il s’agit de J. Ibouna et d’un homme enseignant dans un lycée. Ce dernier étant, hélas, décédé. Même la mort de cet enseignant a fait ressurgir le mythe de l’immortalité des albinos. C’est pourquoi à Ouenze, quartier nord de Brazzaville où étaient organisées les obsèques, des centaines de personnes s’empressaient de voir, même de toucher la dépouille, car pour nombre d’entre elles, les albinos ne meurent jamais, mais disparaissent sans laisser de traces. “C’est la première fois que je vois la dépouille d’un albinos car on m’a toujours appris que les albinos ne meurent pas”, s’étonne Jean-Pierre Obambi, ingénieur des travaux publics. “Cela témoigne des préjugés dont nous sommes victimes”, tente d’expliquer M. Yara. “Et cela se passe ainsi dans tous les domaines”, souligne-t-il. Claire Sita, restauratrice, témoigne : “il y a des hommes vicieux qui continuent de penser que la femme n’est qu’une objet dont on peut se servir comme on veut, juste pour voir si la femme albinos a les mêmes vibrations que les autres qu’ils considèrent normales. Mais on ne les laisse pas faire”. Il est fréquent de voir les parents s’opposer au mariage de leur fille avec un albinos, fait qu’ils jugent inimaginable. “Moi, j’ai du mal à faire comprendre aux parents de ma fiancée que je sui un homme comme tous les autres, mais ils s’opposent à notre union, parce qu’il est inimaginable que leur fille épouse un albinos”, se lamente Yara qui estime que seule l’instruction permettra aux albinos de s’imposer dans la société.
Leur “couleur”, particulière fait d’eux des êtres vulnérables. De même, on surprend un homme en train de tirer un cheveu de sa tête après avoir salué un albinos, parce que craignant d’être contaminé par la couleur de ce dernier. Jean-Pierre Obambi explique : “nos ancêtres nous ont toujours appris à tirer un cheveu après être entré en contact avec un albinos. Même si on le voit de loin, il faut toujours le faire. Cette couleur est contagieuse et peut généralement se transmettre par la simple vue et quand on ne le fait pas, on peut être frappé d’un mauvais sort”. Ces injustices ont conduit à créer la fédération pour la défense des albinos du Congo. Et ce dans le but de promouvoir leurs intérêts, de lutter pour leur insertion, leur acceptation et leur intégration. “Nous voulons promouvoir nos droits et convaincre nos semblables que les albinos sont des personnes à part entière et qu’il n’y a pas de raison de profiter de notre couleur pour nous brimer”, a déclaré M. Yara qui a lancé un appel à la communauté internationale et aux organisations sœurs dans le monde, afin d’aider les albinos du Congo à se faire accepter dans la société. Au plan officiel, les pouvoirs publics traînent les pieds à aider cette association à réaliser ses objectifs. Pour donner de l’espoir aux nombreux albinos du monde, M. Yara, qui est également auteur, a écrit quelques poèmes sur la situation des albinos. Parmi ces poèmes, figure “ne vous en faites pas”, qui dit entre autre “qu’être albinos n’est pas vœu”, et que “personne au monde ne choisit sa couleur, son sexe ni sa race”. Il termine par une phrase d’espoir “ne vous en faites pas”, comme pour dire “l’union des albinos du monde” aura raison des préjugés et l’albinos retrouvera sa place dans la société.

Voir enfin:

Enquête sur l’albinisme
Les Echos
Propos recueillis par Idrissa Sacko
22 juillet 2005

THIERNO DIALLO, UN ALBINOS DIRECTEUR GENERAL

« Tout couple peut avoir un albinos si l’anomalie génétique existe en eux »

Thierno Diallo, le directeur général de la Pyramide du souvenir, est un albinos. Dans l’entretien ci-dessous, il nous parle de l’albinisme, des préjugés à l’égard des albinos et de leurs conditions de vie.

Les Echos : Pouvez-vous nous dire ce que c’est que l’albinisme et comment le devient-on ?

T. D. : Je dois d’abord remercier « Les Echos » pour cette initiative, qui va certainement contribuer à éclairer la lanterne de plus d’un sur un sujet aussi vieux que le monde. Cela étant, l’albinisme est tout simplement l’absence de mélanine dans la peau. C’est une anomalie génétique héréditaire. Donc, tout couple peut avoir un albinos si cette anomalie génétique existe en eux.

Les Echos : Les causes étant connues, est-ce qu’il y a des mesures correctives pour qu’un enfant ne naisse pas albinos ?

T. D. : C’est vrai que la science a évolué, mais actuellement elle peut seulement détecter un albinos chez une femme enceinte de 3 mois. Peut-être bien que dans l’avenir ce sera possible d’éviter que l’enfant albinos très vite détecté naisse avec l’anomalie.

Les Echos : Comment, selon vous, l’albinos est accueilli dans sa famille d’abord, dans la société en général ?

T. D. : Ça dépend des concepts que les sociétés ont de ce phénomène.

L’albinos est bien accueilli par les spirituels parce que pour eux les écrits bibliques et autres disent que le prophète Noé était albinos. Certains musulmans trouvent que c’est la manifestation du prophète Mohamed dans les rêves. Par contre, il est mal accueilli par ceux-là qui pensent qu’il est le fruit des esprits, de la souillure (enfant conçu lors des périodes des règles de la femme), ce qui est scientifiquement faux tout comme des affirmations qui soutiennent qu’il y a albinos lorsque la femme fait l’amour à la belle étoile ou en plein jour. C’est pourquoi, certains l’appellent « enfant de la lune ».

Les Echos : Cela veut dire qu’il y a beaucoup de préjugés sur l’albinos ?

T. D. : Ah oui ! Quels que soient les concepts, l’albinos est victime de préjugés. Il servira de sacrifice parce que, pour certains, il porte en lui des pouvoirs magiques. Ou souvent, il est victime d’infanticide…

Les Echos : Comment se sent un albinos dans la communauté, un homme extraordinaire ou normal comme les autres ?

T. D. : C’est une question très difficile. Mais, personnellement, je ne sens pas de différence entre les autres et moi parce que éduqué dans un amour total de parents intellectuels. Souvent, il m’arrive de me demander est-ce que si je n’étais pas albinos, je serai ce que je suis. Cependant, certains albinos souffrent d’exclusion, de marginalisation compte tenu des préjugés évoqués tantôt.

Les Echos : Autres difficultés ?

T. D. : Il y a la fragilité pigmentaire et la faiblesse de la vue d’où le terme « yé-fégué », qui n’a rien de péjoratif. Ça signifie simplement quelqu’un qui n’a pas une bonne vue.

Les Echos : Existe-t-il au Mali, une association des albinos ?

T. D. : Il y a effectivement l’Association pour la promotion et l’insertion sociale des enfants albinos (SOS-Albinos) créée en 1992 par d’autres pour les albinos.

Les Echos : Comment doit-on se comporter à l’égard d’un albinos ?

T. D : On doit le traiter comme un homme tout court. Pour moi, il n’y a pas de demi-homme. On doit le traiter en homme normal sans tenir compter des préjugés. Certains des jeunes diplômés albinos n’arrivent pas à accéder à l’emploi du fait des préjugés. C’est dommage. Je saisis cette opportunité que vous m’offrez pour dire que l’albinisme n’est qu’une anomalie qui peut être uniquement oculaire, qu’il existe partout dans le monde, c’est-à-dire dans toutes les sociétés humaines et même animales. Ayons cela à l’esprit ! Toute personne bien portante est un handicapé potentiel.

LES ALBINOS Des victimes potentielles de cancers de la peau

L’albinisme est une anomalie génétique touchant la synthèse d’un pigment responsable de la coloration de la peau et des poils et donnant une coloration rouge aux yeux.

L’albinisme vient du latin « albus », qui signifie blanc. Il désigne la diminution ou l’absence totale de la matière colorante des téguments (la peau et les poils), suite à une anomalie génétique. Lorsque l’absence est double, la peau et les poils sont de couleur blanche, tandis que les yeux sont rougeâtres.

Parfois, la coloration des téguments est normale et seuls les yeux sont touchés. Cette matière colorante qui fait défaut s’appelle la mélanine, explique Dr. Minaba Traoré.

Un individu portant un albinis est appelé albinos. Aux dires de Dr. Traoré, contrairement à ce que pensent beaucoup de personnes, l’albinisme n’est pas une maladie dans le sens « altération de la santé », mais une « tare », une défectuosité dans la synthèse de mélanine.

Selon lui, il existe plus d’une dizaine de formes d’albinisme, dont certaines sont de transmissions récessives, d’autres dominantes et liées au sexe.

La forme la plus connue est l’albinisme oculo-cutané de type 1 ou plus simplement AOC type 1. Elle correspond aux dires de Dr. Minaba Traoré à une anomalie génétique touchant le gène codant pour une enzyme, la tyrosinase.

Ce qui explique la couleur rougeâtre de l’albinos, selon le spécialiste, c’est que l’iris et les autres structures de l’œil ne sont pas colorés du fait de l’absence de mélanine.

Consultations gratuites

On voit alors, par transparence, la rétine. Celle-ci est riche en vaisseau sanguin. L’albinisme peut exposer l’individu à certains problèmes, notamment au niveau de la peau et des yeux.

Les albinos à en croire, M. Traoré ont essentiellement des problèmes : sensibilité voire douleur des yeux à la luminosité, mouvements anormaux du globe oculaire, strabisme, problèmes relatifs et une mauvaise acuité visuelle de loin.

L’autre problème des albinos est leur sensibilité forte à la lumière du soleil, mais aussi un risque plus important de cancer de peau (défaut de protection contre les UV).

Il semble que les albinos soient plus nombreux dans le cercle de San que partout ailleurs au Mali.

Les dermatologues proposent à ceux qui sont en état précancéreux de se faire consulter le plus tôt possible pour éviter le cancer de peau qui, à un certain moment, s’avère irréversible.

Selon Dr. Pierre Traoré de l’Institut Marchoux, deux modes de protection s’imposent à ces patients.

Ils doivent, conseille-t-il, se protéger des rayons ultra violets (UV) en portant des chapeaux et en utilisant des substances chimiques anti-solaire (crèmes).

De façon systématique, ajoute-t-il, les albinos doivent se faire régulièrement consulter pour détecter à temps les lésions. Pour leur prise en charge, l’Institut Marchoux, affirme-t-il, procède depuis un certain temps à des consultations trimestrielles gratuites.

Il existe plusieurs types d’albinismes. Mais pour faire la différence entre eux, il faut au préalable faire des tests.

-Amadou Sidibé
Mohamed Daou

MOHAMED BOUARE DE FALADIE

La dure vie d’un enfant albinos

Le témoignage poignant de Mme Bouaré, mère d’un garçon de 9 ans, prouve à suffisance les difficultés que les enfants albinos rencontrent dans la vie quotidienne.

Les albinos sont des êtres comme tout le monde. Mais, au regard de la couleur de leur peau, ils suscitent souvent certaines interrogations et font objet de divers préjugés. Le petit Mohamed, albinos de 9 ans et élève en 3e année fondamentale à l’école de Faladié n’échappe pas à la règle.

Selon sa mère, Mohamed vit un calvaire dans son établissement à cause de ses camarades qui le rejettent. « Chaque jour que Dieu fait, si Mohamed ne vient pas les larmes aux yeux, il retourne avant l’heure tellement qu’il est embêté par ses petits camarades. C’est toujours le même langage. S’ils ne l’accusent pas d’être un sorcier blanc, ils le traitent d’enfant de djins ou de petit Blanc café au lait ».

Les rares camarades qui l’approchent sont vite dissuadés par d’autres qui prétextent que Mohamed va les contaminer avec sa peau tachetée.

Pis, dira Mohamed lui-même, ses voisins de classe refusent de partager ses goûters et l’excluent de tous les jeux dans la cour de récréation. Ne supportant pas ce traitement injuste, il préfère plier ses bagages et retourner à la maison alors qu’il est l’un des meilleurs élèves de la classe.

Face au mauvais comportement de ces élèves, la mère de Mohamed dit avoir interpellé le directeur de l’établissement.

« Malgré les menaces de ce dernier à l’endroit des élèves, mon fils reste ». C’est pourquoi, elle envisage de l’inscrire dans une école où il pourra étudier en toute quiétude.

Dans le quartier aussi, le petit albinos est souvent confronté au même problème. « Personne n’achète l’albinisme au marché. C’est un fait de Dieu et toutes les femmes peuvent mettre au monde des albinos.

Donc, soyons ouverts avec ces enfants qui sont des personnes comme nous tous », conseille Mme Bouaré. Elle appelle la société malienne à plus de tolérance envers les enfants albinos qui méritent, selon elle, respect et considération.

Sidiki Y. Dembélé

NIAMA KONE, CONTROLEUR DES POSTES

Albinos et fière de l’être

Agée d’une trentaine d’années, Melle Niama Koné est contrôleur des postes en service à la direction générale de la poste. Elle dit n’avoir aucun complexe quant à sa situation d’albinos et ne souffre pas plus de discrimination dans sa carrière qui a débuté en 1991.

Joviale et courtoise, Niama Koné est née d’un père médecin et d’une mère ménagère. Elle est le troisième enfant d’une famille qui en compte 10. Son frère cadet, infirmier de santé à Sikasso, est albinos comme elle.

C’est en 1991 qu’elle a été recrutée à la poste en qualité de contrôleur. Elle a effectué ses premiers pas dans le métier de postier à Sikasso. Après une mutation à Koulikoro, elle regagne Bamako.

« Je n’ai rencontré aucune difficulté jusqu’à ce jour, aucune frustration liée à la couleur de ma peau dans mes différents postes. Dans ma vie de tous les jours, c’est la même chose », indique Melle Koné.

Seul constat, qui ne la gêne d’ailleurs outre mesure, ce sont les quelques hostilités des enfants qui crachent au passage des albinos.

En toute humilité, Niama Koné, dont le cœur n’a pas encore rencontré l’âme sœur pense, que « tout part de Dieu et tout revient à Lui ».

Elle n’a pas honte de sa situation de célibataire même si elle souhaite, comme toute femme normale, mener une existence d’épouse et de mère.

Parlant de son frère albinos, elle juge ses relations satisfaisantes avec ses collègues, qui apprécient bien ses prestations. Le seul problème vécu par son jeune frère, Niama Koné le met au compte de l’Etat.

A ses dires, son frère, recruté dans la fonction publique en 1999, a été affecté à Diré au nord du pays où le mercure atteint souvent les 45°C.

Un climat défavorable à la santé des albinos. Toujours, selon elle, la famille a remué ciel et terre pour le ramener dans une région plus clémente pour lui éviter des maladies cutanées dues à l’effet du soleil.

« Malgré mes propres efforts, il a été retenu à Diré sous peine d’être radié de la fonction publique. La conséquence : il a souffert de problèmes dermatologiques. « Son ministère a été injuste », explique-t-elle.

C’est grâce à l’implication d’un cadre du Centre national des immunisations, qui a été sensible à son état de santé dégradant lors d’une mission à Diré, il fut alors muté à Sikasso.

Mlle Koné se réjouit d’avoir échappé à la formation militaire pour intégrer la fonction publique. Elle a pratiqué plutôt la forme civique.

Abdrahamane Dicko

TIBOU TELLY, SG ADJOINT DE L’UNTM

« Pas de discrimination contre les albinos »

Tibou Telly est l’un des monuments du syndicalisme malien. Enseignant de profession et secrétaire général du Syndicat national de l’éducation et de la culture (Snec), il occupe le poste de secrétaire général adjoint de l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM). M. Telly a près de 30 ans de vie syndicale bien remplie.

Fort de sa riche expérience, il affirme que son syndicat mère, l’UNTM, n’a été saisi d’aucune plainte émanant d’un albinos travailleur faisant état de discrimination ou brimade dans son service.

« De mémoire de syndicaliste, nous n’avons aucune information de ce genre », tranche-t-il.

Pour M. Telly, les albinos ne sont pas généralement rejetés dans notre société. Il fait allusion à un jeune releveur de l’EDM, qui a l’habitude de venir à la Bourse du travail et qui est choyé par le personnel syndical.

Cependant, ajoute-il, certains à cause des saignements de peau donnant des odeurs nauséabondes ou des taches noirâtres, peuvent penser qu’ils sont marginalisés ou répugnants.

A. D.

Le syndrome de l’albinisme

Dans notre société, on ne connaît pas d’anomalie biologique plus redoutée que l’hydrocéphalie et l’albinisme et le plus grand malheur qu’on puisse souhaiter à un homme ou à une femme est d’être le père ou la mère soit d’un albinos, soit d’un hydrocéphale. L’un ressemble au jinè, l’autre au bilisi, ce qui revient à la même chose, ces deux créatures étant de la même famille.

Quoique de compréhension scientifique facile, l’albinisme, surtout, est pris pour une calamité pour toutes les femmes en âge de procréer. Pour le citoyen ordinaire chez lequel dominent plus la superstition et l’animisme que le rationalisme cartésien, il n’est pas normal que deux individus de teint noir avéré puissent avoir comme rejeton une créature blanche avec les cheveux blond paille et des yeux étrangement immobiles de chatte enceinte.

Même pour l’élite dont beaucoup d’éléments croient plus aux puissances surnaturelles qu’au « Manifeste du Parti communiste » ou du « Discours de la méthode », l’accident biologique à l’origine de l’albinisme n’est pas tout à fait naturel. C’est pourquoi, quel que soit le milieu choisi, toute une littérature des plus mauvais goûts entoure cette malformation. La femme, de façon générale, en est tenue pour la principale responsable.

Lorsqu’elle se produit, elle est accusée soit d’avoir dormi enceinte à la belle étoile à un endroit où il ne le fallait pas, soit de s’être lavée au crépuscule à un lieu de passage des djins, permettant ainsi à l’un de ceux-ci de lui voler son bébé et de lui substituer un autre à mi-chemin entre le jinè et l’être humain.

Pourtant, des albinos, cela existe partout : même en Europe, même en Amérique et en Asie. Dans les pays scandinaves d’Europe du Nord, ils sont plus nombreux que dans le reste de l’Europe, mais, simplement appelés rouquins sous ces cieux, ils sont noyés dans la grande masse laiteuse de la multitude en mouvement et passe sans attirer l’attention.

Par contre, chez nous, l’albinos ne passe jamais inaperçu, tellement son image est négative. Sa peau excessivement blanche fait qu’on lui attribue des pouvoirs qu’il est loin de posséder. Sa nature particulière fait qu’il est tout à fait indiqué pour les sacrifices humains difficiles mais prometteurs en termes d’enrichissement ou d’élévation sociale.

Au moment des compétitions électorales, il est particulièrement recherché par les candidats comme d’autres recherchent les poulets et les moutons pour leurs sacrifices conformément aux sentences des oracles, des devins et autres marabouts.

Ils sont légion les albinos qui ont mystérieusement disparu dans la foulée des campagnes électorales et qu’on n’a pas retrouvés mais cela n’émeut personne, même pas leurs propres parents.

Dans les villes comme dans les campagnes, la condition d’albinos est un lourd fardeau. Dans certains coins de brousse, le garçon albinos n’est pas circoncis avec ses semblables, on se débrouille pour lui faire subir cette opération à part et presque en cachette.

Pour un père ou une mère, le mariage d’un albinos représente la chose la plus ardue au monde. S’il n’est pas de parents aisés, ayant quelque situation dans son milieu, à moins de tomber sur une fille de mêmes conditions et de même pigmentation que lui, le garçon albinos risque le célibat à vie.

Quant à la fille, sa situation est encore plus dure, surtout si elle sort d’un milieu pauvre. Les garçons la fuient comme la peste et invoquent des raisons tout à fait ridicules comme ses yeux qui font peur, son odeur suffocante, sa peau qui colle, etc, pour ne pas la fréquenter. En un mot, tout est prétexte pour lui trouver des poux sur la tête.

Dans les temps anciens, l’albinos n’était pas enterré au village. Son corps était conduit nuitamment en brousse et déposé dans une grotte qu’on refermait sommairement avec des branchages. Dans certaines zones, il était transporté loin du village et jeté en pâture aux hyènes, aux vautours et aux charognards.

L’introduction de l’islam a un peu modifié le comportement des gens avec les cadavres d’albinos qui ne sont plus jetés mais enterrés, même si cet enterrement est encore entouré du plus grand secret et du plus grand mystère.

Rares sont d’ailleurs les gens qui en ville pensent se targuer d’avoir assister à un enterrement d’albinos et dans le plus grand cimetière de Bamako on chercherait en vain le tombeau d’un albinos.

Et en réalité, hormis les parents biologiques, personne ne sait ce qui peut advenir des corps d’un albinos, même aujourd’hui.