Chute du Mur/20e: Pour nous, tout a commencé à Prague le 17 novembre… (There is more to statesmanship than making speeches)

17 novembre, 2009
International Students Day
La destruction de l’URSS fut la plus grande catastrophe géopolitique du siècle. Poutine (le 25 avril 2005)
Nous avons besoin de nouveaux manuels qui rendent les jeunes fiers de leur pays. Poutine
La politique étrangère de l’Administration Obama a dirigé beaucoup d’optimisme et de bonne volonté vers les amis et les ennemis. Des perspectives si gaies sont louables tant qu’elles ne s’opposent pas à la réalité. (…) M. Poutine s’est servi des droits de l’homme et de la démocratie comme monnaies d’échange parce que ces choses importent à l’Occident et pas à lui. Jusqu’à ce que le jeu soit joué avec des enjeux de valeur pour le Kremlin, ce sera une confrontation à sens unique. (…) la politique, c’est bien plus que d’imprimer de l’argent et de faire des beaux discours. L’inflation rhétorique peut, comme l’inflation monétaire, mener au désastre. Garry Kasparov
En Russie, le régime est plus moderne, plus démocratique et plus sophistiqué que le stalinisme. Mais il faut être vigilant. L’action de Poutine doit au moins nous inviter à la prudence. Avec lui, la Russie veut restaurer sa zone d’influence, son « étranger proche », comme ils disent là-bas. Nous n’avons pas le droit de fermer les yeux et de le laisser faire. Vaclav Havel
Pendant qu’après avoir tout lâché (et d’abord ses alliés géorgiens, polonais ou tchèques) face au nostalgique de l’URSS et accessoirement l’une des probables plus grandes fortunes du monde mais aussi trahi (notamment sur le climat) ses thuriféraires européens, le Génuflexeur en chef poursuit sa tournée mondiale de dénigrement de son propre pays …
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Retour, en cette Journée internationale des étudiants commémorant l’assassinat par les nazis en 1939 de neufs étudiants de l’Université de Prague (comme l’envoi de 1200 dans les camps de concentration), sur un autre 17 novembre (suite à l’annonce, celle-ci infondée, d’un nouveau Jan Opletal tué par la police) qui, comme le rappelle Vaclav Havel, marqua 50 ans plus tard le début de la fin du communisme en Tchécoslovaquie.

Et surtout sur l’avertissement de l’ancien dissident tchèque sur le nouveau danger de la Russie de l’ex-cagébiste Poutine …

Vaclav Havel : «Le régime s’effondrait d’heure en heure»
J.-M. G.
Le Figaro
30/10/2009

De passage à Paris pour recevoir un doctorat honoris causa de Sciences-Po, Vaclav Havel, l’ancien dissident tchèque devenu président revient sur la «révolution de velours».

Le Figaro Magazine – A quand remonte la véritable mort du communisme en Tchécoslovaquie, 1968 ou 1989 ?

Vaclav Havel – Certainement 1989. Le Printemps de Prague de 1968 était quelque chose d’ambigu. C’était un réveil, un sursaut qui s’est, malheureusement, arrêté à mi-chemin. Le pouvoir n’a pas compris ce que la société voulait exprimer. 1968, c’était une tentative de changement avortée qui s’est achevée par une brutale intervention militaire.

En 1989, nous avons commencé par suivre de près l’exode des Allemands de l’Est. C’était une fuite massive, notamment via Prague. Ils campaient dans le parc de l’ambassade d’Allemagne fédérale. Je m’étais rendu sur place pour voir ça de mes yeux. J’ai compris que le cours des choses avait changé. Les Tchèques leur témoignaient leur solidarité en apportant du thé, des couvertures… Le mouvement prenait de l’ampleur, y compris chez nous.

La «révolution de velours» naît-elle naturellement de la chute du Mur ?

En premier lieu, elle est partie de profonds changements dans la société. Dans chacun des pays socialistes, il a fallu lutter pour la liberté et la conquérir. Nulle part, il n’était garanti que cela allait se passer de manière pacifique et non-violente. Mais partout, on sentait quelque chose dans l’air. On devinait que l’Union soviétique ne pouvait plus intervenir sous peine d’ouvrir une crise internationale et de rompre toute la nouvelle politique de perestroïka. Mais personne ne savait où et comment l’avalanche partirait. Chez nous, tout a commencé à Prague le 17 novembre avec une manifestation d’étudiants que la police a brutalement réprimée.

Comment vous et vos amis dissidents avez pris les rênes du pouvoir ?

La dissidence n’était pas prête. Nous n’avions pas prévu de gouverner le pays. Le mouvement des dissidents disait seulement à haute voix ce qu’il se passait vraiment dans le pays. Nous répondions ainsi à la propagande monolithique du régime qui se faisait passer pour la voix de la société. Notre objectif consistait à promouvoir et exprimer une réflexion libre.

Nous n’avons eu qu’une influence minime sur les événements eux-mêmes. Mais quand le pouvoir a cherché à dialoguer, il a fait de nous ses interlocuteurs. Il n’existait pas de mouvement politique organisé auquel il pouvait parler. Nous avons alors fondé le Forum civique dans ce but. Rien n’était calculé. Et cela d’autant moins que l’effondrement du communisme s’est produit beaucoup plus tôt que nous le pensions.

Le communisme tchécoslovaque était au bout du rouleau…

Je sais qu’en France le Printemps de Prague a eu un grand retentissement. Mais ce qui l’a suivi a été terrible pour le pays. Des centaines de milliers de cadres ont été limogés et remplacés par les plus conservateurs. L’Etat a été placé entre les mains de gens de deuxième catégorie, des incompétents. L’intervention et l’occupation soviétiques ont produit une situation pire que dans tout le reste du bloc socialiste.

En 1989, pourtant, les choses se sont déroulées sans drame. Les Tchèques ont été conséquents. Mais ils n’ont pas cru un instant au communisme réformé, à une sorte de retour du Printemps de Prague vingt ans après.

Alexander Dubcek, figure de proue du Printemps, a tout de même été ressorti de l’oubli…

Il a fallu le tirer par la manche pour qu’il apparaisse au balcon face à la foule de Prague. Il avait préparé un long discours que nous lui avions demandé d’abréger. Les gens ne l’écoutaient pas, ils ne l’écoutaient plus. Ce qu’il disait n’était pas en phase avec la société de 1989. En plus, c’était un piètre orateur. Dans les jours qui ont suivi, il s’est révélé comme une sorte de pleurnichard qui versait des larmes sur chaque compromis passé entre le pouvoir et le Forum civique.

Pourquoi le communisme tchécoslovaque se réclamait-il d’une légitimité populaire ?

C’est une circonstance historique. Il n’avait pas d’ancrage particulier chez nous. Mais il est vrai qu’après la guerre le PC avait récolté 37 % des voix. C’était dû à l’atmosphère du moment. Les Soviétiques nous avaient libérés. Le nazisme était né d’une grave crise du capitalisme. Et le lâchage de Munich avait donné le sentiment aux gens que nous avions été abandonnés par l’Occident. Si l’on avait voté six mois plus tard, le PC n’aurait jamais récolté autant de voix. C’est pour ça que les communistes ont fait le coup de Prague en 1948.

Comment avez-vous conduit l’après-communisme ?

Nos idéaux étaient restés les mêmes. Les premières réformes se résumaient aux principes de la dissidence : élections libres, pluralisme, économie de marché, Etat de droit, respect des libertés individuelles. Ensuite, notre priorité a consisté à démettre et écarter tous les responsables des exactions du communisme.

Mais au-delà de ces bases établies très vite, il a fallu administrer le pays car le régime s’est effondré à une vitesse vertigineuse. Il s’écroulait d’heure en heure. Nous n’étions pas prêts à assumer ces responsabilités. Mais faute de classe politique de remplacement, nous avons pris le relais. Je me souviens que j’ai dû implorer un grand nombre d’amis pour qu’ils acceptent des fonctions ministérielles.

Quel regard portez-vous sur Gorbatchev ?

C’est une figure tragique de l’Histoire. Il a ouvert la chaudière du communisme pour faire baisser la pression. Elle lui a sauté au visage. Mais, d’un autre côté, sans la glasnost et la perestroïka, le communisme aurait chuté plus tard et Dieu sait dans quelles conditions et dans quel état.

Avec votre ami Milos Forman, vous voulez adapter le livre de Georges-Marc Benamou, « Le Fantôme de Munich ». Cet esprit a-t-il hanté votre pays après Yalta ?

Il est difficile de comparer Munich et Yalta. Mais on a exagéré la signification des accords de Yalta. C’était une répartition de zones militaires qu’on a transformées ensuite en sphères d’influence. En Crimée, on s’est distribué les rôles pour combattre le nazisme. Pas plus. Tandis qu’à Munich, on a passé un compromis avec le Mal.

Vous multipliez les mises en garde contre la Russie de Poutine. Le «fantôme» est-il de retour ?

En Russie, le régime est plus moderne, plus démocratique et plus sophistiqué que le stalinisme. Mais il faut être vigilant. L’action de Poutine doit au moins nous inviter à la prudence. Avec lui, la Russie veut restaurer sa zone d’influence, son « étranger proche », comme ils disent là-bas. Nous n’avons pas le droit de fermer les yeux et de le laisser faire.

Voir aussi:

Russia Worries About the Price of Oil, Not a Nuclear Iran
The Obama administration’s foreign-policy goodwill has yet to be repaid in kind.
Garry Kasparov
The Wall Street Journal
October 18, 2009

Last Wednesday in Moscow, the remaining illusions the Obama administration held for cooperation with Russia on the Iranian nuclear program were thrown in Secretary of State Hillary Clinton’s face. Stronger sanctions against Iran would be “counterproductive,” said Russian Foreign Minister Sergei Lavrov, just days after President Dmitry Medvedev said sanctions were likely inevitable. This apparent inconsistency should remind us that Mr. Medvedev is little more than a well-placed spectator, and that Prime Minister Vladimir Putin, who discounted sanctions in a statement from Beijing, is still the voice that matters.

This slap comes after repeated concessions—canceling the deployment of missile defenses in Eastern Europe, muted criticism of Russia’s sham regional elections—from the White House. Washington’s conciliatory steps have given the Kremlin’s rulers confidence they have nothing to fear from Mr. Obama on anything that matters.

And nothing matters more to Mr. Putin and his oligarchs than the price of oil. Even with oil at $70 a barrel, Russia’s economy is in bad straits. Tension in the Middle East, even an outbreak of war, would push energy prices higher. A nuclear-armed Iran would, of course, be harmful to Russian national security, but prolonging the crisis is beneficial to the interests of the ruling elite: making money and staying in power.

The Obama administration’s foreign policy has directed a great deal of optimism and good will toward friends and foes. Such a cheery outlook is commendable as long as it does not clash with reality. Unfortunately, there were several clashes in the past week.

On Wednesday, a top Russian security chief, Nikolai Patrushev, said in an interview in Izvestia, one of the main Kremlin propaganda papers, that Russia was planning to reshape its policies on nuclear force to allow for pre-emptive strikes and use in regional conflicts. Since it cannot be a coincidence that this news leaked while Mrs. Clinton was still in Moscow, it can be considered a response to Mr. Obama’s talk of a world without nuclear weapons and rescinding the deployment of missile defenses.

Also last week, Lt. Gen. Vladimir Shamanov was cleared of wrongdoing for dispatching a squad of his paratroopers to interfere with the criminal investigation of a firm owned by his son-in-law. Transcripts of the general’s phone calls demonstrating his involvement were published in Novaya Gazeta newspaper, the last print outlet critical of the Kremlin. But this was not enough to cause trouble for this idol of the second Chechen war, where his forces were repeatedly accused by Human Rights Watch and other organizations of atrocities against civilians.

Then there was the spectacle of Russia’s regional elections. They were as fraudulent and superfluous as every election under Mr. Putin’s reign, with real opposition candidates barred and the ruling United Russia party receiving its predetermined majority. This time the fraud was too blatant even for Kremlin-allowed opposition party leaders Alexander Zhirinovsky and Gennady Zyuganov, who loudly protested results that have moved Russia to the verge of a one-party dictatorship. Mr. Medvedev asserted that the elections had gone perfectly well. Meanwhile, the U.S. statement expressed the usual concerns and quoted President Medvedev’s own words on the importance of free and fair elections—as if he would be shamed by them.

From the shameless expect no shame. And from a corrupt and criminal regime, expect no changes unless real consequences are put on the table. With Russia, this would mean going after Mr. Putin’s coterie of oligarchs and hitting them where it hurts: their privileges and their pocketbooks. If the European Union and the U.S. started canceling visas and prying into finances, they would find the Kremlin far more interested in sanctions against Iran. Mr. Putin has used human rights and democracy as bargaining chips because these things matter to the West and not to him. Until the game is played for stakes with value to the Kremlin, it’s a one-sided contest.

If the U.S. is serious about preventing Iran from getting a nuclear weapon, then Mr. Obama must get to the point and state the penalties unequivocally. Repeating over and over that it is “unacceptable” has become a joke. For more than 10 years a nuclear North Korea was also “unacceptable.” If Mr. Obama says the U.S. will do whatever it takes to prevent Iran from attaining a nuclear weapon, then we will see if Tehran blinks. At a minimum, the White House should publicly promise that any attack on Israel with weapons of mass destruction will be treated as an attack on American soil and urge NATO to make a similar commitment.

Like many Russians, I was encouraged by Mr. Obama’s inspirational speech in Moscow last July, but he must know there is more to statesmanship than printing money and making speeches. Inflated rhetoric, like inflated currency, can lead to disaster. The goodwill bubble Mr. Obama is creating will burst unless there are real results soon.

Mr. Kasparov, leader of The United Civil Front, is a contributing editor of The Wall Street Journal.

Voir enfin:

RUSSIE | L’histoire selon Vladimir Poutine
Marin Coudreau
Europa
08/11/07

Depuis l’élection de Vladimir Poutine, une révolution idéologique s’est opérée en Russie, réhabilitant le passé soviétique, jusque dans les manuels d’histoire des écoliers.

« He who controls the past controls the future. And he who controls the present controls the past. » Vladimir Poutine semble bien avoir fait sienne cette maxime d’Orwell. Si le passé soviétique de la Russie a toujours été source d’embarras pour le Kremlin, le président russe, lui, ne se gêne pas pour réhabiliter certains aspects de l’histoire russe synonymes d’une puissance et d’un rayonnement aujourd’hui révolus, quitte à en occulter ses facettes les plus sombres. Avec l’éclatement de l’URSS en 1991, Boris Eltsine avait entamé une “désoviétisation” de la Russie dont l’aboutissement symbolique logique aurait dû être l’enterrement de Lénine – momifié à sa mort en 1924. Cependant, la dépouille de Vladimir Ilitch Oulianov repose toujours dans son écrin du mausolée de la Place Rouge, et comme elle, le fantôme de l’URSS ne cesse de planer sur la Russie. Aujourd’hui la page de l’autocritique semble définitivement tournée. Depuis son entrée en fonction en 2000, Vladimir Poutine a entamé une révolution idéologique. Au nom d’un certain relativisme historique et d’une approche “patriotique” du passé russe, l’ex-officier du KGB réhabilite nombre de personnages et d’évènements de sinistre mémoire. «Nos pages noires n’étaient pas si terribles…» a lâché dernièrement le président russe jugeant l’histoire américaine bien plus dramatique. Pour Poutine, l’éclatement de l’URSS en 1991 est «la plus grande catastrophe géopolitique du XXe siècle». Étrangement, les manuels scolaires avaient jusqu’alors été épargnés. Mais depuis le printemps 2004, le Kremlin s’est affairé à “éliminer les distorsions de l’histoire dues au pseudo-libéralisme”. Aujourd’hui, dans les nouveaux manuels, beaucoup de crimes sont occultés par les litanies sur les victoires glorieuses de l’URSS. Le passé est désormais relu à la lumière des ambitions de retour à la puissance et à la grandeur de la Russie. On oublie le pacte germano-soviétique (union entre Berlin et Moscou en 1939), la police politique, et on encense la “Grande Guerre patriotique” – dont le mythe est extrêmement vivace – l’”antifascisme” et la victoire contre le nazisme, la conquête de l’espace, la puissance militaire et le rayonnement international de l’URSS d’après-guerre. Staline est moins dépeint comme le dictateur terrible des heures de la Grande Terreur et du Goulag que comme l’unique artisan de la victoire de 1945. Quant à Lénine, le créateur du système, il est perçu comme un grand chef et non comme le démiurge de l’État-parti soviétique et l’idéologue de la violence et de l’intolérance. Un ancien professeur de marxisme-léninisme travaille actuellement sur de nouveaux manuels visant l’”éducation national-patriotique” des élèves… « Nous avons besoin de nouveaux manuels qui rendent les jeunes fiers de leur pays » a déclaré Poutine.


Chute du mur/20e: Attention, un mur peut en cacher d’autres (What about Vietnam?)

9 novembre, 2009
Vietnamese dissidents arrestedRappelons que tous les murs ne sont pas abattus! Les Chinois, les Nord-Coréens, les Cubains, les Vietnamiens ne sont toujours pas libres de sortir comme ils l’entendent de leur paradis communiste. Ces murs-là ne sont plus en béton : le contrôle des frontières, la censure d’internet sont des alternatives plus sophistiquées que ne fut le Mur primitif de Berlin. Mais le principe est le même : l’enfermement reste indissociable de tout régime communiste, tandis qu’aucun pays capitaliste ne s’est jamais emmuré. On m’objectera les murs qui séparent Israël et la Cisjordanie et celui qui coupe le Mexique des Etats-Unis. On peut, on doit regretter leur existence mais leur fonction est sécuritaire, pas idéologique: le Mur de Berlin et ceux qui lui ressemblent encore, sont uniques et sont seuls à symboliser une idéologie. Guy Sorman
De Stettin sur la Baltique à Trieste sur l’Adriatique, un rideau de fer s’est abattu à travers le continent. Winston Churchill (Westminster College, Fulton, Missouri, le 5 mars 1946)
Faites tomber ce mur, M. Gorbatchev! Ronald Reagan (Berlin, juin 1987)
Un président américain ratera les événements qui souligneront la fin d’un combat auquel nous avons, en tant que nation et sous des présidents des deux partis – consacré sang et argent pendant 50 années. Pour Barack Obama, 1989 est juste une autre année lointaine – et le Parti démocrate d’hommes comme Harry Truman et JFK n’a jamais été aussi lointain. Rich Lowry
La torture est maintenant une pratique répandue dans les prisons palestiniennes. Les techniques ont évolué. Les différents services de sécurité de l’Autorité palestinienne utilisent à présent des méthodes qui laissent moins de traces. Ils s’inspirent souvent des Israéliens, mais aussi des Américains, qui les entraînent en Jordanie. Shawan Jabarin (directeur de l’organisation de défense des droits de l’homme al-Haq)
Les membres du Fatah ont beaucoup appris dans les prisons israéliennes. Abou Ali (ministre de l’Intérieur de l’Autorité palestinienne)
D’ailleurs, l’immense majorité des dissidents de l’Est ne manifestaient pas pour le capitalisme. Slavoj Zizek
Pour tous ceux qui ont regardé le discours d’investiture de Barack Obama la semaine dernière depuis un pays non libre, assurément l’une des phrases les plus remarquable a été : « Eh oui, à tous les autres peuples et gouvernements qui nous regardent aujourd’hui, [...] sachez que l’Amérique est l’amie de chaque nation, de chaque homme, femme ou enfant qui cherche un avenir de paix et de dignité. Et nous sommes prêts à mener le mouvement une fois de plus. Le Vietnam serait l’endroit parfait pour commencer. Duy Hoang (membre du parti réformiste interdit Viet tan)
Le Vietnam est gouverné par une dictature corrompue et responsable de l’un des pires bilans sur les droits de l’homme dans le monde. Le pays a une population dynamique, jeune dont la vie et les aspirations sont réprimées par un appareil de sécurité et des “lois” arbitraires destinées à protéger le Parti communiste des points de vue dissidents et d’une opposition organisée. Do Hoang Diem (Viet Tan)

Attention: un mur peu en cacher d’autres!

En ce 20e anniversaire de la Chute du mur de Berlin (qui est aussi le 71e de la Nuit de cristal) et Journée mondiale de la liberté institué en novembre 2001 par George Bush (à quand, à défaut d’un nouveau Nuremberg, une Journée commémorative pour les quelque 70millions de victimes?) …

Snobés par un nouveau chef de file du Monde libre trop occupé à dénigrer son propre pays (y compris pour ses… victoires!) et courtiser les tyrans de la planète, comme en témoigne l’annonce de sa rencontre avec les dictateurs birmans en fin de semaine …

Pendant que, dans les Etats policiers du Moyen-Orient et sous couvert d’une véritable orgie de critiques contre le seul “mur israélien”, continuent plus que jamais tortures et exécutions extra-judiciaires comme purification religieuse contre les non-musulmans ou censure de toute référence au bouc émissaire sioniste jusqu’au Journal d’Anne Frank

Corruption généralisée, arrestations et détentions arbitraires (3 journalistes et 17 blogueurs), non-respect de la liberté de parole et d’expression, intimidation des militants pour la démocratie, restrictions sur l’indépendance des organisations religieuses et politiques, confiscations des biens de l’Eglise catholique, surveillance policière et harcèlement de l’église mennonite dans les zones des minorités ethniques, interdiction de créer un syndicat des travailleurs indépendant, mauvaises conditions de travail, bas salaires et traitements dégradants …

Retour sur ces autres murs qui, comme le rappelait tout récemment Guy Sorman, n’ont “plus besoin, avec les alternatives plus sophistiquées du contrôle des frontières et de la censure d’internet, d’être en béton” mais restent appuyés sur la force militaire et policière.

Et notamment, derrière les cas notoires des Chine, Corée du nord et Cuba, celui, “glissé sous le radar” après un début de libéralisation pendant que d’autres conflits occupaient les unes des médias, du Vietnam.

Que, malgré les efforts du Parti réformiste Viet Tan et après avoir payé pourtant de la vie de près de 60 000 de ses soldats, le Monde libre semble apparemment avoir décidé d’abandonner à son triste sort …

M. Obama, rendez le Vietnam libre!
Duy Hoang
Wall Street Journal
30 janvier 2009

La “douce” puissance Américaine peut inciter au changement démocratique.

Pour tous ceux qui ont regardé le discours d’investiture de Barack Obama la semaine dernière depuis un pays non libre, assurément l’une des phrases les plus remarquable a été : « Eh oui, à tous les autres peuples et gouvernements qui nous regardent aujourd’hui, [...] sachez que l’Amérique est l’amie de chaque nation, de chaque homme, femme ou enfant qui cherche un avenir de paix et de dignité. Et nous sommes prêts à mener le mouvement une fois de plus. »

Le Vietnam serait l’endroit parfait pour commencer.

D’un point de vue purement stratégique, le Vietnam se trouve en plein milieu de l’Asie du Sud-Est, à côté de la Chine et de la Thaïlande, et en parallèle avec les importantes lignes maritimes de la mer de Chine méridionale. L’Amérique ne pourrait que se réjouir de voir s’instaurer là-bas un régime pacifique et démocratique. Dans une perspective plus large, l’un des plus importants faux pas de la politique étrangère de l’Amérique au 20e siècle a été l’abandon du Vietnam au Parti communiste. Les temps ont changé, mais pas le Vietnam qui dispose pourtant d’un potentiel d’ancrage économique dynamique et libéral en Asie du Sud-Est. En utilisant la puissance douce, les États-Unis disposent des moyens diplomatiques permettant d’aider le peuple vietnamien, et les intérêts américains.

Le Vietnam est prêt pour le changement. Le Vietnam n’est pas la Malaisie ou l’Indonésie, en proie à des conflits sectaires. Il n’est pas non plus comme la Chine, malgré les ressemblances superficielles des gouvernements communistes dans des pays de culture confucéenne, gouvernements qui ont essayé d’offrir à leur peuple la croissance économique en échange d’une allégeance politique.

Alors que les dirigeants chinois aspirent au statut de grande puissance, les communistes du Vietnam maintiennent une position de subordonné avec la Chine, en s’appuyant sur le soutien politique de Pékin. En conséquence, alors que le Parti communiste chinois peut manipuler les sentiments nationalistes pour asseoir son contrôle, le Parti communiste vietnamien doit tempérer le nationalisme de peur de voir son pouvoir menacé. Hanoi est déjà confronté à une facture élevée pour ses mauvaises politiques et ses échecs de la réforme. Les compagnies multinationales ne peuvent pas ignorer l’énorme marché chinois, mais elles peuvent se permettre de faire l’impasse sur le Vietnam si l’environnement devient trop difficile ou le système politique trop répressif.

Un autre facteur décisif est la relative homogénéité des attitudes et de la diaspora vietnamienne. Estimée à 1,5 millions de personnes aux États-Unis et à trois millions dans le monde, les Vietnamiens de l’étranger sont pour la plupart des boat people qui ont fui en tant que réfugiés politiques à partir de 1975. Avec un passé commun, nombreux sont ceux qui partagent l’espoir d’un Vietnam libre et démocratique pour l’avenir. Pendant ce temps, le Vietnam possède l’une des populations les plus pro-américaines dans le monde. Au Vietnam, le régime n’apprécie pas les États-Unis, mais « la rue » aime l’Amérique. Tant que la politique américaine reste concentrée sur la mobilisation de la population vietnamienne, elle peut s’appuyer sur un énorme réservoir de bonne volonté.

Ce qui ne veut pas dire que Washington doive enfreindre la loi pour renverser le régime de Hanoi. Les changements politiques, lorsqu’ils arrivent, devront être l’œuvre du peuple vietnamien. Mais si M. Obama veut encourager l’évolution politique au Vietnam, il a des outils à sa disposition qui pourraient avoir un impact important. L’outil le plus important est tout simplement le ton que Washington donne à ses relations avec Hanoi. Les responsables américains doivent clairement faire savoir que les États-Unis travailleront avec le régime dans la mesure où c’est le gouvernement actuel, mais que l’Amérique est d’abord et avant tout un partenaire du peuple vietnamien.

Les États-Unis pourraient commencer en se prononçant contre les arrestations arbitraires, l’intimidation des militants pour la démocratie et les restrictions sur l’indépendance des organisations religieuses et politiques. Pour que les États-Unis parlent d’une seule voix, toutes les administrations impliquées au Vietnam, comme le Département d’État, du Commerce et de la Défense doivent avoir des priorités cohérentes. Une politique plus forte des droits de l’homme exige aussi que l’administration se conforme à la lettre et à l’esprit de la Loi sur la Liberté Religieuse Internationale. L’administration Bush a fait une erreur lorsqu’elle a retiré le Vietnam de la liste des pays particulièrement préoccupants pour les violations de la liberté religieuse afin de faire avancer d’autres objectifs diplomatiques.

Les États-Unis devraient s’impliquer dans toutes les facettes de la société vietnamienne. L’éducation est un domaine clé. Les programmes pour que les jeunes vietnamiens puissent étudier dans les universités américaines devraient recevoir un financement accru. Dans le même temps, les opportunités doivent être créés pour des universitaires et des experts basés aux USA d’échanger des idées avec le public, au Vietnam, par exemple par le biais de forums organisés par l’ambassade américaine à Hanoi. Les discussions politico-militaires des USA avec le gouvernement vietnamien et le Programme International d’Entrainement et de Formation Militaire du Pentagone encourageront l’Armée populaire du Vietnam, non seulement à moderniser ses capacités opérationnelles, mais aussi à modifier sa manière de penser en termes d’équilibre des relations civiles et militaires pour se concentrer sur la mission fondamentale de l’armée – qui est de défendre le pays contre des menaces extérieures.

Les États-Unis peuvent également aider pour que le peuple vietnamien ait son mot à dire sur son propre avenir en soutenant la société civile. Les programmes dirigés par le gouvernement vietnamien et d’autres canaux officiels sur la santé, l’éducation, la micro finance ne constituent pas une solution à long terme. Les États-Unis peuvent soutenir des capacités locales en explorant toutes les possibilités de coopérer directement avec le secteur privé vietnamien, avec des individus et des organisations communautaires. Les États-Unis doivent établir le dialogue avec les organisations vietnamiennes pro-démocratie ainsi qu’avec des éléments favorables aux réformes au sein du régime. Le message des États-Unis devrait être : « Il appartient au peuple vietnamien de choisir son propre gouvernement. En tant qu’ami du Vietnam, nous sommes prêts à écouter tous ceux qui ont des vues constructives. »

En effet, la politique américaine doit répondre à l’enthousiasme pour le changement sur le terrain. S’appuyant sur l’expérience de l’Europe de l’Est et d’ailleurs, les États-Unis peuvent également contribuer à rassurer ceux qui sont au pouvoir que le changement ne doit pas être destructeur ni mener au chaos.

Les principales décisions de la politique des États-Unis envers le Vietnam depuis la normalisation des relations en 1995 – comme l’accord de commerce bilatéral et les relations commerciales normales permanentes – ont souvent été justifiées par leur effet à long terme favorisant une plus grande ouverture. Mais le long terme peut se situer très loin. Le choix de la politique de l’administration Obama n’est pas de savoir si le Vietnam libre est simplement un résultat souhaitable à long terme, mais s’il devrait être un objectif réel à plus court terme. En se tenant du côté du peuple vietnamien, les États-Unis ont la possibilité de transformer le Vietnam et, en définitive, une large région de l’Asie.

M. Hoang est un des dirigeants de Viet Tan aux États-Unis, un parti politique pro-démocratie et non autorisé au Vietnam.

Voir aussi:

Témoignage de Viet Tan sur la situation des droits de l’homme devant le Parlement australien
Do Hoang Diem
Viet Tan
19/03/2009

Exposé de M. Do Hoang Diem
Président de Viet Tan

Témoignage devant la Sous-Commmission des Droits de l’Homme,
la Commission permanente mixte des Affaires étrangères, de la Défense et du Commerce,

le Parlement d’Australie

Enquête sur les Mécanismes des Droits de l’Homme en Asie-Pacifique
19 mars 2009

***

Mesdames et messieurs,

Je vous remercie d’avoir invité Viet Tan (Parti pour la Réforme du Vietnam) à témoigner lors de cette audience publique d’aujourd’hui, dans le cadre de l’enquête sur les mécanismes des droits de l’homme en Asie-Pacifique. Viet Tan est un parti défenseur de la démocratie, actif au Vietnam bien qu’il y soit officiellement interdit. Notre objectif est d’améliorer la situation actuelle des droits de l’homme et de susciter un changement politique pacifique à travers le pouvoir du peuple vietnamien. Nous croyons qu’une société libre, non seulement est le meilleur moyen d’exploiter le vaste potentiel du pays et de son peuple, mais aussi constitue les fondations des mécanismes des droits de l’homme. En outre, un Vietnam démocratique peut être un pilier de prospérité et de stabilité dans la zone Asie-Pacifique.

Situation actuelle au Vietnam

Le Vietnam est gouverné par une dictature corrompue et responsable de l’un des pires bilans sur les droits de l’homme dans le monde. Le pays a une population dynamique, jeune dont la vie et les aspirations sont réprimées par un appareil de sécurité et des « lois » arbitraires destinées à protéger le Parti communiste des points de vue dissidents et d’une opposition organisée.

Je voudrais illustrer plusieurs sujets de préoccupation

1. Arrestation et détention arbitraires

Le gouvernement utilise des décrets ambiguës et des dispositions juridiques visant à criminaliser l’expression politique et à considérer une opposition légitime et pacifique comme attentant à la sécurité nationale. Usant de lois aussi puissantes, le gouvernement vietnamien a lancé une série de répressions que Human Rights Watch a qualifié de pire en 20 ans. Plus récemment, en septembre 2008, de nombreux militants pour la démocratie (dont Nguyen Xuan Nghia, Pham Thanh Nghien, Ngo Quynh, Vu Hung, Tran Duc Thach, Nguyen Van Tuc et Pham Van Troi) ont été arrêtés pour avoir distribué des tracts en faveur de la démocratie et pour avoir diffusé des slogans critiquant le gouvernement. Ils sont toujours détenus sans aucune accusation formelle. Dans le cas de Pham Thanh Nghien, bien qu’elle soit détenue depuis déjà six mois, sa famille n’a pas encore été autorisée à lui rendre visite. Sa santé serait en train de se détériorer.

2. Liberté de parole et d’expression

La constitution du Vietnam garantit la liberté d’expression et de la presse ; pourtant le gouvernement continue d’étouffer les journalistes indépendants d’esprit et Internet. Les autorités persécutent notamment ceux qui discutent de pluralisme politique ou qui s’interrogent sur les politiques concernant des questions sensibles comme la corruption impliquant des fonctionnaires du gouvernement ou des différends frontaliers avec la Chine. Par exemple deux journalistes, Nguyen Viet Chien et Nguyen Van Hai, respectivement des quotidiens Thanh Nien et Tuoi Tre, ont été arrêtés pour avoir exposé le scandale de corruption politique portant sur plusieurs millions de dollars et impliquant le détournement de fonds, les jeux de hasard et la prostitution au ministère des Transports (PMU-18) [1]. Ces hommes ont ensuite été jugés, condamnés et accusés d’avoir « abusé des libertés démocratiques ».

De même, ces derniers mois, les autorités ont lancé une campagne pour faire taire les militants sur Internet. Un blogueur bien connu, Dieu Cay, a été arrêté après avoir critiqué la politique du gouvernement sur les litiges territoriaux avec la Chine. Il a été condamné à 30 mois de prison pour « fraude fiscale » dans un procès qui a été condamné par la communauté internationale. Sa famille et ses collègues blogueurs ont été constamment harcelés et menacés.

Le gouvernement est même allé jusqu’à promulguer un nouveau décret en décembre 2008 interdisant aux blogueurs de publier des articles susceptibles d’être considérés comme « attentant à la sécurité nationale ». Ce nouveau décret impose aux fournisseurs internationaux de services Internet de fournir aux autorités des informations sur les utilisateurs privés.

3. Liberté religieuse

Toutes les organisations et pratiques religieuses au Vietnam doivent être officiellement enregistrées et reconnues par le gouvernement. L’Église Bouddhique Unifiée du Vietnam (EBUV) est toujours hors-la-loi et son plus haut dirigeant, le Vénérable Thich Quang Do, a été soumis arbitrairement à la détention à domicile et au harcèlement depuis plus de trente ans.

L’Église catholique souffre encore de grandes restrictions. Toute nomination ou affectation de son clergé exige l’approbation du gouvernement. En septembre 2008, plusieurs grandes veillées de masse ont été effectuées par l’archevêque de Hanoï et la paroisse de Thaï Ha, avec parfois la présence de plus de 15 000 fidèles, veillées demandant la restitution des propriétés confisquées de l’Église. Huit de ces paroissiens ont été arrêtés puis condamnés.

Mais plus opprimée encore est l’Église mennonite, là où ses adeptes appartiennent principalement à des minorités ethniques vivant dans les Hauts Plateaux du centre du Vietnam. Un des dirigeants de l’Église, le pasteur Nguyen Hong Quang a été maintes fois arrêté et emprisonné pour avoir exercé sans autorisation officielle. Lui et ses collègues font actuellement l’objet d’une surveillance policière et de harcèlement.

4. Droits des travailleurs

Il n’y a pas de syndicat des travailleurs indépendant reconnu au Vietnam. Il est interdit aux travailleurs de former un tel syndicat ou d’y adhérer.

Le seul syndicat qui existe est un organe de l’État appelé Confédération Générale du Travail du Vietnam, qui répond directement au Parti communiste vietnamien. En raison de cette antinomie, les droits des travailleurs sont souvent violés et négligés. Ces dernières années, des grèves à grande échelle ont eu lieu dans tout le pays en raison de mauvaises conditions de travail, de bas salaires et de traitements dégradants. Des milliers de travailleurs ont participé à ces grèves et de nombreux chefs de file de ces grèves ont été arrêtés et emprisonnés. Selon la loi vietnamienne, les grèves sans autorisation du gouvernement sont considérées comme illicites ; par conséquent, les travailleurs eux-mêmes prennent souvent un risque important d’être persécutés par les autorités et licenciés par leur employeur. L’agitation dans le monde du travail reflète les difficultés économiques et le mécontentement social. Le contrôle étroit des travailleurs exercé par le gouvernement et les restrictions au droit de grève enfreignent gravement le Code du travail.

Recommandations

1. Dialogue sur les droits de l’homme

Le dialogue Australie-Vietnam sur les droits de l’homme peut être un mécanisme efficace pour encourager une plus grande liberté politique au Vietnam. Pour accroître son efficacité, nous suggérons un renforcement des programmes concrets. Les programmes devraient en particulier se concentrer sur la promotion de la liberté des médias, de la libre utilisation d’Internet et de la liberté d’association. Toute aide financière pour ces projets doit avoir des repères clairs ; Il faut que soient documentés clairement des objectifs précis ainsi que les progrès effectués. Les résultats doivent être communiqués à la Commission permanente mixte et être transparents de telle sorte que le public puisse les étudier.

2. Soutien parlementaire pour le changement démocratique

Alors qu’est nécessaire l’institution de mécanismes de prévention et de réparation des violations des droits de l’homme, il importe également de promouvoir la démocratie car elle contribue à garantir ces mécanismes dans le long terme. Un système autoritaire à parti unique est un terrain fertile pour les violations des droits de l’homme. Nous pensons que la solution aux droits de l’homme est une société démocratique où les citoyens ont le droit de faire des choix politiques et de tenir le gouvernement pour responsable de ses actions. Le parlement australien peut soutenir le peuple du Vietnam et d’autres peuples réprimés en critiquant les persécutions, en discutant avec la société civile et les groupes démocratiques, en continuant à pousser au changement le régime actuel.

3. Commission des droits de l’homme de l’ ASEAN [2]

Nous appuyons fermement l’initiative du Groupe de Travail pour un Mécanisme des Droits de l’Homme de l’ASEAN de former une commission intergouvernementale des droits de l’homme. Nous recommandons que tous les États membres de l’ ASEAN soient automatiquement membres de cette commission et soient ainsi tenus de respecter les normes internationales des droits de l’homme. La Commission agira comme un organe de contrôle veillant à ce que les plaintes puissent être entendues et que ses recommandations soient mises en œuvre. Nous préconisons aussi que la Commission des droits de l’ASEAN puisse recommander une Cour qui, dans certaines circonstances pourrait prendre une décision collective à valeur contraignante. Bien que l’Australie ne soit pas membre de l’ASEAN, avec sa longue histoire d’une étroite relation de travail et d’un engagement dans la région, nous pensons que l’Australie peut engager un dialogue avec l’ASEAN et le Forum Asie-Pacifique afin de faire progresser la protection des droits de l’homme dans la région.

Voir également:

Appel pour faire cesser les pratiques arbitraires au Vietnam
Appel à l’Organisation des Nations Unies et aux pays concernés pour mettre fin aux pratiques arbitraires du gouvernement du Vietnam
Viet Tan
16/10/2009

À l’attention de :

* Le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, Ban Ki-moon
* Les dirigeants des nations démocratiques
* Les organisations internationales de défense des droits de l’homme

Nous, soussignés, familles des patriotes vietnamiens suivants :

* L’écrivain Nguyen Xuan Nghia
* L’enseignant Vu Hung
* L’ingénieur Pham Van Troi
* L’étudiant Ngo Quynh
* M. Nguyen Van Tinh
* M. Nguyen Van Tuc
* M. Nguyen Kim Nhan

Nos proches ont été arrêtés en septembre 2008 simplement pour avoir parlé de la souveraineté territoriale du Vietnam, de la lutte contre la corruption, de la démocratie et des droits de l’homme. Pendant quatre jours, du 6 au 10 octobre 2009, ils ont été jugés et condamnés pour « propagande contre l’État socialiste » au sens de l’article 88 du code pénal vietnamien et condamnés à de sévères peines d’emprisonnement.

Par cette lettre, nous tenons à remercier sincèrement les pays et les organisations qui ont manifesté leurs préoccupations pour nos proches, cherché des informations sur leur situation, et envoyé des représentants pour assister et de comprendre de visu comment les tribunaux fonctionnent actuellement au Vietnam. Par cette lettre, nous dénonçons également l’arbitraire dans les mécanismes juridiques et les conditions de détention inhumaines au Vietnam.

1. La nature inhumaine de la détention et les procédures juridiques au Vietnam.

Tout au long de la période de détention provisoire de nos proches, les autorités ont créé toutes sortes de difficultés pour qu’ils ne puissent pas bénéficier de visites ni de soins. Dans le cas de l’enseignant Vu Hung, sa famille n’a été autorisée à lui rendre visite durant une année entière. Concernant M. Nguyen Van Tinh, les autorités ont interdit à sa famille de lui rendre visite, même en sachant qu’il était gravement malade.

Les autorités ont déclaré que les procès seraient ouverts au public. Cependant, aux procès de Vu Hung et Pham Van Troi à Hanoi, seuls deux membres de leurs familles respectives ont été autorisés à être présents. Lors du procès des six autres personnes à Hai Phong, chaque prévenu n’avait le droit d’avoir un seul membre de la famille dans la salle d’audience. Pourtant, les salles d’audience étaient pleines de gens dont nous croyons fermement qu’ils étaient des policiers en civil se faisant passer pour des citoyens lambda. Entre-temps, à l’extérieur du tribunal, une centaine de sympathisants et amis n’est pas seulement privée du procès, mais a également été intimidée et dispersée par les forces de la Sécurité Publique.

2. Les raisons arbitraires données par le tribunal pour condamner nos proches sont écrites nulle part dans la loi vietnamienne.

Lors des procès, le parquet a fourni les pièces à convictions suivantes :

* Des banderoles disant que Hoang Sa (Paracel) et Truong Sa (Spratly) sont des îles vietnamiennes, appelant à tous les citoyens de combattre la corruption, demandant la démocratie et des droits de l’homme pour le Vietnam.
* Les articles diffusés sur Internet critiquant la corruption et réclamant la justice pour les victimes d’agressions physiques dont la Sécurité Publique a non seulement échoué à prévenir, mais qui ont sciemment dissimulé.

Sur la base des éléments ci-dessus, nous demandons sincèrement votre soutien et vous demandons de prendre contact avec le gouvernement et les tribunaux du Vietnam afin de clarifier les questions suivantes :

* Est-ce que le patriotisme et l’affirmation de la souveraineté territoriale sont des crimes et, si oui, en vertu de quels articles de la constitution vietnamienne et du code pénal ?
* Est-ce que protester contre la corruption et parler au nom des personnes défavorisées sont des crimes et, si oui, en vertu de quels articles de la constitution vietnamienne et du code pénal ?
* Est-ce qu’utiliser Internet pour diffuser et recevoir des informations est un crime et, si oui, en vertu de quels articles de la constitution vietnamienne et du code pénal ?

En devenant volontairement membre de l’Organisation des Nations Unies et de l’Organisation Mondiale du Commerce, le Vietnam doit respecter les lois relatives aux droits de l’homme. En particulier, l’article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme déclare que les citoyens de tous les pays ont le « droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières » et l’article 9 de la Déclaration stipule que : « Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé ».

Nous condamnons les sentences injustes rendues par les tribunaux vietnamiens sur nos proches. Nous prions instamment le Secrétaire général de l’ONU et les chefs d’Etat d’intervenir directement auprès de Nguyen Minh Triet, Président de la République Socialiste du Vietnam, et demandons au gouvernement vietnamien de respecter les droits de l’homme, mettre fin aux pratiques judiciaires arbitraires, et de libérer immédiatement notre proches.

Nous vous remercions pour votre attention.

Signés conjointement,

1. Nguyen Thi Nga, épouse de Nguyen Xuan Nghia, Hai Phong, Viet Nam
2. Ly Thi Tuyet Mai, épouse de Vu Hung, Ha Tay, Viet Nam
3. Nguyen Thi Huyen Trang, épouse de Pham Van Troi, Ha Tay, Viet Nam
4. Ngo Quyen, frère de Ngo Quynh, Bac Giang, Viet Nam
5. Duong Thi Hai, épouse de Nguyen Van Tinh, Hai Phong, Viet Nam
6. Bui Thi Re, épouse de Nguyen Van Tuc, Thai Binh, Viet Nam
7. Ngo Thi Loc, épouse de Nguyen Kim Nhan, Bac Giang, Viet Nam

Voir par ailleurs:

Viêt-nam
RSF
le 7 février 2008

Les élections législatives de mai 2007 ont été l’occasion pour le parti unique de rappeler que l’opposition n’avait pas le droit d’exister. Dans certains quartiers d’Hô Chi Minh-Ville, le taux de participation s’est élevé à 100%, et aucun candidat indépendant n’a été élu. La presse a été contrainte de s’enthousiasmer pour ces élections jouées d’avance.

Répondant à une question d’un journaliste européen sur la situation des droits de l’homme, le président Nguyen Minh Triet a déclaré en mai : “Peut-être qu’il est difficile pour vous de comprendre l’amour que nous avons pour les gens, et l’amour que nous avons pour les droits de l’homme. Mais les gens qui violent la loi doivent être poursuivis.” Quelques semaines auparavant, le père Nguyen Van Ly, responsable de la revue dissidente Tu do Ngôn luan, et quatre de ses collaborateurs, avaient été condamnés à de lourdes peines de prison à l’issue d’un procès expéditif. Ils avaient été reconnus coupables de “propagande contre la République socialiste du Viêt-nam”.

Des procès staliniens contre les dissidents

Le procès du père Nguyen Van Ly et ses quatre coaccusés n’a duré qu’un peu plus de trois heures. Affaibli par une grève de la faim, le prêtre a refusé de se lever pour énoncer son nom devant le juge du tribunal populaire de Hué (Centre). Après avoir entendu sa condamnation à huit ans de prison, il a crié : “A bas le Parti communiste du Viêt-nam !” Condamné à six ans de prison, son collègue Nguyen Phong a déclaré face au juge : “Pour la nation vietnamienne, je continuerai à me battre pour les valeurs de liberté et de démocratie.” Nguyen Binh Thanh, condamné à cinq ans de prison, s’est défendu en affirmant qu’il n’avait fait qu’agir dans le respect des “lois internationales”. Hoang Thi Anh Dao et Le Thi Le Hang ont été condamnées à un an et demi de prison avec sursis.

Arrêté en février, le père Nguyen Van Ly est l’un des responsables du magazine clandestin Tu do Ngôn luan (Liberté d’expression), publié à Hué. En 2007, deux autres animateurs de la revue, le père Chan Tin et le père Phan Van Loi, ont été placés en résidence surveillée. Le magazine a continué à être diffusé à l’étranger et, sous le manteau, au Viêt-nam.

Le retour des “tribunaux populaires”

Les autorités ont de nouveau mobilisé les “tribunaux populaires” pour intimider les dissidents. Les habitants des quartiers sont alors invités à s’exprimer devant la cour pour dénoncer et condamner un accusé. En août, Nguyen Khac Toan, rédacteur en chef adjoint de la publication dissidente en ligne Tu Do Dân Chu (Liberté et démocratie), a été jugé devant l’un de ces tribunaux à Hanoi. Une dizaine de cadres du Parti et des policiers l’ont accusé d’avoir incité des paysans à manifester dans la capitale, avant de recommander de l’envoyer dans un camp de rééducation pour l’”écarter de la société”. Ce procès s’est fait en parallèle d’une campagne de presse contre lui, l’accusant d’être un “opportuniste politique démasqué”.

En février déjà, l’avocat de plusieurs dissidents emprisonnés, Nguyen Van Dai, avait dû affronter une “tribunal populaire” du district de Bach Khoa, accusé d’avoir “trahi son pays”. Les “juges” avaient exigé que son droit d’exercer son métier d’avocat lui soit retiré et que son cabinet soit fermé.

Les autorités sont allées bien au-delà des recommandations du peuple, puisqu’en mars, Nguyen Van Dai, également animateur du blog nguyenvandai.rsfblog.org, et une autre avocate, Le Thi Cong Nhan, ont été arrêtés à Hanoi. Leur détention ayant été critiquée à l’étranger, les forces de sécurité ont ordonné à leurs familles de ne plus s’exprimer publiquement par l’intermédiaire des médias étrangers. En mai, les deux avocats ont été condamnés respectivement à cinq et quatre ans de prison en vertu de l’article 88 du code pénal.

Les dissidents Le Nguyen Sang, médecin, Huynh Nguyen Dao, journaliste, et Nguyen Bac Truyen, tous membres du Parti populaire démocratique (interdit) ont également été condamnés à des peines de prison par un tribunal de Hô Chi Minh-ville. Ils étaient accusés d’avoir publié des documents hostiles au régime par le biais d’Internet. Tran Quoc Hien, porte-parole de l’Union des ouvriers et des paysans (United Workers-Farmers Organization, illégale), a quant à lui été arrêté en janvier pour “propagande contre le régime”. Il avait diffusé sur Internet de nombreuses informations sur la situation des travailleurs vietnamiens.

Une journaliste française détenue pour “terrorisme”

“Entre quatre murs, j’étais angoissée car je n’arrivais pas à imaginer une issue à cette situation. Il n’y a jamais eu de violence contre moi, mais j’étais interrogée tous les jours, sauf le dimanche, pendant une ou deux heures, par des policiers. Ils essayaient de me déstabiliser. C’était une forme de terreur morale”, a raconté la journaliste d’opposition Nguyen Thi Thanh Van, détenue du 17 novembre au 12 décembre à Hô Chi Minh-Ville. Munie de son passeport français, elle était entrée au Viêt-nam afin de faire la promotion de la radio Chan Troi Moi (Nouvel Horizon), proche du parti d’opposition Viet Tan, et réaliser des interviews de dissidents.

Cette affaire a illustré l’hostilité affichée des autorités vis-à-vis des radios internationales qui émettent en vietnamien. En décembre, quatre syndicalistes ont été jetés en prison pour avoir communiqué des informations à Radio Free Asia. Tandis que l’ambassade du Viêt-nam a menacé à plusieurs reprises des journalistes de Radio France Internationale, privant certains de visas.

Les journaux libéraux, notamment Tuoi Tre (La Jeunesse), ont tenté de repousser les limites de la censure officielle. Mais le gouvernement s’est appuyé sur une législation répressive pour rappeler à l’ordre les plus téméraires. Une loi adoptée en 2006 prévoit des amendes et des suspensions de licence pour les médias et les journalistes qui diffament et mettent en cause le “prestige de l’Etat”.

La presse officielle, qui compte plus d’une centaine de radios et de télévisions, autant de sites Internet et près de 600 publications, n’a pas profité en 2007 des espaces de débat ouverts en 2006 pendant la préparation du Congrès du Parti communiste. Au contraire, les médias, notamment les journaux du Parti, Nhân Dân (Le Peuple), et de la police, An Ninh Thu Do (La sécurité de la capitale), ont été mobilisés pour dénoncer les “agitateurs et les terroristes” de l’intérieur et de l’extérieur. Certains gouvernements étrangers et des organisations internationales, comme Reporters sans frontières, ont été accusés de soutenir les ennemis du régime.

Internet a fêté ses dix ans d’existence au Viêt-nam

En 2007, le pays a connu sa vague de répression la plus forte depuis 2002. En une semaine, six cyberdissidents ont été condamnés à des peines de prison allant de trois à cinq ans. Depuis qu’il est devenu le 150e membre de l’Organisation mondiale du commerce, le Viêt-nam a adopté un comportement contraire à celui qu’il avait montré à la communauté internationale avant son intégration. Il est l’un des pays les plus autoritaires de la planète et suit scrupuleusement le modèle chinois en matière d’atteinte à la liberté d’expression sur Internet. Au 1er janvier 2008, huit cyberdissidents étaient derrière les barreaux pour avoir usé de leur droit d’expression sur le Web.

En septembre, la police et le ministère de la Culture ont ordonné au site Intellasia.com de “fermer”. Animée par un Australien et spécialisée dans l’information économique, Intellasia.com diffusait des articles politiques sur le Viêt-nam.

Voir enfin:

Viêt-nam
166 sur 175 dans le dernier classement mondial

A l’exception des publications dissidentes qui circulent sous le manteau et sur le Web, il n’existe pas de médias indépendants dans le pays. La presse écrite, la télévision et les radios sont toutes contrôlées par les autorités de Hanoi. Pour autant, la presse poursuit sa modernisation et tente de repousser les limites de la censure. Une dizaine de journalistes et cyberdissidents sont actuellement emprisonnés.

En 2008, le gouvernement a donné un coup d’arrêt à l’émancipation progressive de la presse réformiste. Deux journalistes d’investigation des journaux Thanh Niên et Tuoi Tré ont été jugés pour avoir révélé une affaire de corruption retentissante. L’un d’eux a été condamné à deux ans de prison pour “abus des libertés démocratiques pour enfreindre les intérêts de l’Etat”. Il n’a été libéré début 2009 qu’en raison de fortes protestations internationales.

Ce procès s’est accompagné d’une purge au sein des médias les plus ouverts. Résultat : “Ces médias ont perdu leur ton mordant. Nous sommes revenus dix ans en arrière”, estime un journaliste vietnamien.

La concurrence s’accentue entre les principales rédactions, bien que les médias restent placés sous l’autorité de leur institution de tutelle : le Parti communiste, l’armée, l’agence de presse officielle ou les municipalités, selon le cas. Mais les journalistes, notamment ceux issus de la jeune génération, de mieux en mieux formée, s’écartent de temps en temps des directives éditoriales du parti unique. Le média le plus libre est sans conteste le site VietnamNet qui ose encore soulever des questions embarrassantes.

Les radios nationales, contrôlées par le cabinet du Premier ministre et par le comité central du Parti communiste, sont très écoutées, tout comme les programmes en vietnamien des radios internationales (BBC, RFI). Ces dernières ne peuvent malheureusement être captées qu’en ondes moyennes ou courtes, car le gouvernement refuse de leur accorder des licences en modulation de fréquence, sans aucun doute afin de limiter leur audience.

Par ailleurs, la police politique mène une lutte implacable contre les mouvements d’opposition et les publications dissidentes. Début 2009, deux journalistes et sept cyberdissidents étaient emprisonnés. Ainsi, le père Nguyen Van Ly, responsable de la revue dissidente Tu do Ngôn luan, a été condamné à huit ans de prison pour “propagande contre la République socialiste du Viêt-nam”.

La police utilise également les “tribunaux populaires” pour intimider les dissidents. Les habitants des quartiers sont alors invités à s’exprimer devant la cour pour dénoncer et condamner un accusé. Une justice d’un autre âge, qui fait fi du droit à la défense, sans parler d’équité.

Les autorités surveillent le Web, très populaire dans le pays. L’accès aux sites jugés « réactionnaires », particulièrement ceux des dissidents réfugiés à l’étranger, est bloqué. Depuis 2002, une trentaine de cyberdissidents ont été arrêtés. L’un d’entre eux a été condamné à 12 ans de prison. En janvier 2009, le gouvernement a adopté la “Circulaire n°7” qui interdit les contenus politiques sur les blogs. Et la cyberpolice est chargée de renforcer la surveillance. Le défenseur des droits de l’homme Nguyen Hoaong Hai, surnommé Dieu Cay, en fait les frais. Il a été condamné à deux ans et demi de prison, après avoir notamment créé le Free Vietnamese Journalists Club, regroupant des blogueurs indépendants.

En plus des “organes d’Etat”, notamment Le Peuple, quotidien du Parti communiste, on compte plus de 600 titres. Mais ils sont tous susceptibles d’être sanctionnés pour “violation grave de la loi sur la presse”. C’est le cas du magazine Du Lich, un organe de la direction du tourisme, suspendu pendant trois mois pour avoir publié des articles traitant des îles Paracels et Spratleys, objet d’un important contentieux territorial avec la Chine.

Répondant à une question d’un journaliste européen sur la situation des droits de l’homme, le président Nguyen Minh Triet a déclaré en mai 2008 : “Peut-être qu’il est difficile pour vous de comprendre l’amour que nous avons pour les gens, et l’amour que nous avons pour les droits de l’homme. Mais les gens qui violent la loi doivent être poursuivis.”


Nobel 2009: Obama est le Brésil de la politique (Obama is the Brazil of today’s politicians)

30 octobre, 2009
BrazilC’est si comique. Absurde. Un prix décerné à Kellogg et Briand, Le Duc Tho et Arafat, et Rigoberta Menchú, et finalement à Obama en dit long. Pour Obama, ce n’est pas très bon parce que cela réaffirme les stéréotypes à son sujet comme célébrité vide. (…) C’est un homme de promesse perpétuelle. Il y avait une plaisanterie cruelle qui disait que le Brésil est le pays de l’avenir et qu’il le sera toujours; Obama est le Brésil des politiciens d’aujourd’hui. Il n’a évidemment rien accompli. Et dans le contexte américain, être le héros de cinq gauchistes norvégiens n’est pas exactement positif du point de vue politique. Charles Krauthammer

Contre l’obamalâtrie ambiante qui menace de nous emporter tous …

A lire d’urgence, sur le site du Spiegel (merci lagrette), l’une des rares voix outre-Atlantique à avoir gardé son sens critique.

Celle de l’immense Krauthammer, loyale opposition à lui tout seule à sa Majesté.

Sur le prix Nobel, sur l’élection sans précédent du Prince de sang-mêlé, sur son jusqu’ici inédit (pour un président américain) positionnement du côté de la gauche radicale, sur l’incroyable naïveté de sa politique étrangère, sur le bilan de son prédécesseur, sur l’avenir du parti Républicain …

Extraits (traduits au babelfish):

Ce qui rendait Obama unique, c’est qu’il était le politicien charismatique par excellence – le plus total inconnu à jamais accéder à la présidence aux Etats-Unis. Personne ne savait qui il était, il sortait de nulle part, il avait cette figure incroyable qui l’a catapulté au-dessus de la mêlée, il a annihilé Hillary, pris le contrôle du parti Démocrate et est devenu président. C’est vraiment sans précédent : un jeune inconnu sans histoire, dossiers, associés bien connus, auto-créé. Il y avait une bonne volonté énorme, même moi j’étais aux anges le jour de l’élection, quoique j’aie voté contre lui et me sois opposé à son élection. C’était rédempteur pour un pays qui a commencé dans le péché de l’esclavage de voir le jour, je ne croyais pas personnellement le voir jamais de mon vivant, quand un président noir serait élu. Certes, il n’était pas mon candidat. J’aurais préféré que le premier président noir soit quelqu’un d’idéologiquement plus à mon goût, comme par exemple Colin Powell (que j’ai encouragé à se présenter en 2000) ou Condoleezza Rice. Mais j’étais vraiment fier d’être Américain à la prestation de serment. Je reste fier de ce succès historique.

(…)

il s’avère qu’il est de gauche, non du centre-droit à la manière de Bill Clinton. L’analogie que je donne est qu’en Amérique nous jouons le jeu entre les lignes des 40 yards, en Europe vous jouez tout le terrain d’une ligne de but à l’autre. Vous avez les partis communistes, vous avez les partis fascistes,nous, on n’a pas ça, on a des partis très centristes. Alors qu’ Obama veut nous pousser aux 30 yards, ce qui pour l’Amérique est vraiment loin. Juste après son élection, il s’est adressé au Congrès et a promis en gros de refaire les piliers de la société américaine — éducation, énergie et soins de santé. Tout ceci déplacerait l’Amérique vers un Etat de type social-démocrate européen, ce qui est en dehors de la norme pour l’Amérique.

(…)

Obama a mal interprété son mandat. Il a été élu six semaines après un effondrement financier comme il n’y en avait jamais eu en 60 ans ; après huit ans d’une présidence qui avait fatigué le pays; au milieu de deux guerres qui ont fait que le pays s’est opposé au gouvernement républicain qui nous avait lancé dans ces guerres; et contre un adversaire complètement inepte, John McCain. Et pourtant, Obama n’a gagné que par 7 points. Mais il a cru que c’était un grand mandat général et qu’il pourrait mettre en application son ordre du jour social-démocrate.

(…)

[la gauche du parti Democratique] ils sont déçus parce qu’il a ignoré une partie de leur ordre du jour social, tels que les droits des homosexuels; poursuivi certaines des politiques de Bush qu’il avait par le passé dénoncées, comme la détention sans preuve pour les terroristes; et son grand ordre du jour pour l’éducation et l’énergie, où il n’a eu aucun succès.

(…)

Le prix pourrait avoir deux effets contraires. Cela pourrait l’inciter à envoyer plus de troupes pour prouver à sa propre population qu’il n’est pas un instrument de cinq gauchistes norvégiens. Ou ça pourrait marcher en sens inverse où, pour ne pas perdre la popularité qu’il sent évidemment de l’Europe, il serait moins incliné à le faire. Je crois que dans un sens ou dans l’autre, ces considérations se neutralisent. Le prix aura donc un effet nul sur sa décision.

(…)

[sur l'Afghanistan] la stratégie sur laquelle il revient n’est pas la stratégie de Bush, c’est la stratégie d’Obama. Le 27 mars, il a pris la parole sur un fond de drapeaux, la secrétaire d’état Hillary Clinton d’un côté et le Secrétaire de la Défense Robert Gates de l’autre, et a déclaré: “Aujourd’hui, j’annonce une nouvelle et complète stratégie pour l’Afghanistan et le Pakistan.” Alors ne me dites pas que c’est revoir les huit ans de la stratégie de Bush, ce n’est pas vrai. Depuis toutes ces semaines et mois il remet à jour sa propre stratégie, et c’est tout à fait légitime, on peut faire cela. Mais si vous êtes président et commandant-en-chef et que vos hommes se font tirer dessus et tuer sur le champ de bataille, et vous pensez: ” peut-être que la stratégie que j’ai moi-même annoncée en grande fanfare il y a six mois a besoin d’être remise à jour”; faites-le discrètement. Ne montrez pas au monde que vous ne savez plus où vous en êtes et que vous n’avez aucune idée de ce que vous voulez faire ! Vos alliés européens sont déjà nerveux et peu disposés, se demandant s’ils doivent continuer. C’est votre propre stratégie, si elle ne marche pas, alors remettez la à jour et arrangez la. Simplement ne démoralisez pas vos alliés.

(…)

Le Général Stanley McCrystal est un expert mondialement reconnu en matière d’anti-terrorisme. Pendant cinq ans il a dirigé l’opération anti-terroriste probablement la plus réussie de l’histoire du monde : ses hommes ont poursuivi l’ennemi en Irak, réalisé toutes sortes d’opérations spéciales, employé des avions sans pilote et ont tué des milliers de jihadistes dont on n’a même aucune idée, tout ça s’est passé sous le radar. Et maintenant ce même général dit à Obama que la stratégie d’anti-terrorisme en Afghanistan va échouer, qu’il faut faire de la contre-insurrection, de la protection de la population. Cela m’a l’air un argument extrêmement persuasif que l’anti-terrorisme ne marcherait pas.

(…)

sa vision du monde me semble si naïve que je ne suis même pas sûr qu’il est capable de développer une doctrine. Il a la vision d’un monde régulé par des normes internationales auto-suffisantes, où la paix est gardée par un certain genre de consensus international vague, quelque chose appelé la communauté internationale, qui pour moi est une fiction, via des agences internationales évidemment insatisfaisantes et sans valeur. Je n’éleverais pas ce genre de pensée au niveau d’ une doctrine parce que j’ai trop de respect pour le mot de doctrine.

(…)

Peut-être que quand il aboutira à rien sur l’Iran, rien sur la Corée du Nord, quand il n’obtiendra rien des Russes en échange de ce qu’il a fait aux Polonais et aux Tchèques, rien dans les négociations de paix au Moyen-Orient – peut-être qu’à ce moment-là, il commencera à se demander si le monde fonctionne vraiment selon des normes internationales, le consensus et la douceur et la lumière ou s’il repose sur la base de la puissance américaine et occidentale qui, au bout du compte, garantit la paix.

(…)

Henry Kissinger a dit une fois que la paix peut être réalisée seulement de deux manières : l’hégémonie ou l’équilibre des forces. Ca, c’est du vrai réalisme. Ce que l’administration Obama prétend être du réalisme est du non-sens naïf.

(…)

[sur le changement climatique] Ce n’est pas le fait des institutions, c’est la convergence d’intérêts parmi les nations, comme, par exemple la grippe porcine ou la poliomyélite, vous pouvez avoir des institutions internationales fiables comme l’Organisation mondiale de la santé. Et vous pouvez agir. Le changement climatique est différent parce que la science demeure hypothétique et les coûts économiques potentiels exorbitants.

(…)

Pour moi, il y a bien réchauffement climatique lié à l’activité humaine. A plusieurs occasions, j’ai écrit que je ne crois pas qu’on puisse pomper du CO2 dans l’atmosphère indéfiniment et ne pas avoir de réaction. Mais il y a de grands scientifiques tels que Freeman Dyson, un des plus grands physiciens des cent dernières années, qui a étudié la question, qui croit tout à fait l’opposé. La raison pour laquelle l’action transnationale est si difficile, c’est parce que le problème majeur avec le changement climatique est, A, qu’il n’y a aucun consensus, et, B, que le coût économique est simplement exorbitant. Tout remettre en question pourrait entrainer la destruction de l’économie industrielle moderne.

Je ne suis pas contre des institutions internationales qui essayeraient d’aborder la question. Mais la voie à suivre, au moins à court terme, c’est l’énergie nucléaire. C’est incroyable pour moi que des gens qui s’inquiètent tant du réchauffement global soient si peu disposés à adopter l’évidente solution à court terme – la transition jusqu’au jour où nous aurons l’énergie renouvelable accessible – de l’énergie nucléaire. Ca me semble intellectuellement malhonnête. Le nucléaire n’est évidemment pas la réponse définitive parce qu’il produit ses propres déchets – mais vous avez un choix. Rien n’est gratuit. Si vous voulez une économie industrielle, vous avez besoin d’énergie. Si vous voulez de l’énergie, elle produira de la pollution. Vous pouvez l’avoir sous deux formes. Vous pouvez la faire absorber dans l’atmosphère – comme le CO2 – que vous ne pouvez alors récupérer, ou vous pouvez avoir les déchets concentrés sur un petit espace comme le nucléaire, ce qui est bien plus facile à traiter. L’idée que vous pouvez créer de l’énergie renouvelable à un prix proche du prix actuel du pétrole ou du gaz ou du charbon est une illusion.

[sur Obama en tant que président à un seul mandat] Non, je pense qu’il a une très bonne chance de réélection. Pour deux raisons. D’abord, il n’y a aucun vrai candidat de l’autre côté, et vous ne pouvez pas battre quelque chose avec rien. Deuxièmement, ça dépendra de l’économie – et en regardant juste l’histoire américaine, on sait que dans les cycles économiques normaux, les présidents qui ont leurs récessions au début de leur premier mandat sont réélus (Reagan, Clinton, Bush II), mais pas les présidents qui les ont à la fin de leur première mandat (Carter, Bush I). Obama perdra beaucoup de sièges à l’élection congressionnelle de l’an prochain, mais l’économie devrait s’améliorer en 2012.

(…)

Il y a des cycles dans la politique américaine. Les cycles des USA sont bien plus prononcés parce que nous autres Américains avons un système présidentiel totalement entreprenial. Nous n’avons pas de partis d’opposition parlementaires avec un premier ministre et des cabinets fantômes. Tous les quatre ans, l’opposition se réinvente. Nous n’avons aucune idée qui sera le candidat nommé républicain en 2012. Les structures de parti sont très fluides. Nous avons une histoire de partis politiques jetés de la Maison Blanche après deux mandats – comme cela s’est produit à chaque fois avec une seule exception (Ronald Reagan) depuis la deuxième guerre mondiale. L’idée qu’un parti est fini aux USA est idiote. Les Républicains se sont fait massacrer en 2006 et 2008, mais ils seront de retour.

(…)

Et si les Républicains n’en ont pas un [leader capable] d’ici 2012, ils perdront et devront attendre jusqu’à 2016. Ca pourrait prendre huit ans à développer. Vous savez, les gens disent — la Maison Blanche avait lancé l’idée — que le présentateur de talk show Rush Limbaugh était le chef de l’opposition parce qu’il n’y avait personne d’autre. Mais, posez-vous la question: en 2001, 2002 et 2003, qui était le chef du parti démocrate ? Il n’y en avait aucun. Nous n’avons pas de système parlementaire dans lequel les leaders sont désignés.

(…)

Quelques uns des candidats présidentiels de l’an dernier reviendront en 2012. Sarah Palin n’est pas une candidate sérieuse, mais quelqu’un comme Mitt Romney oui. C’est un type sérieux, il comprend l’économie. Il y aura également quelques jeunes dont beaucoup n’ont pas encore entendu parler, comme le représentant Paul Ryan ou le gouverneur Tim Pawlenty. Ou des outsiders comme le cerveau du “surge” en Irak, le général David Petraeus, qui pourrait quitter l’Armée et prendre part à la présidentielle sur le ticket républicain.

(…)

[sur Bush] Fondamentalement je pense que Bush aura la même réhabilitation historique que Truman. (…) Truman est parti au milieu d’une guerre inpopulaire, pour employer votre expression, une guerre de choix. Truman n’avait pas à intervenir en Corée du Sud. Et il a été fustigé et ridiculisé pour l’impasse qui en a résulté. Maintenant, il est reconnu comme l’un des grands présidents du 20e siècle. Je pense que Bush a réellement mieux géré la guerre d’Irak que Truman la guerre de Corée. D’abord, il n’a eu qu’un dixième des pertes. Deuxièmement, il a pris la bonne décision avec le “surge”. Troisièmement, si l’Irak s’en sort bien, c’est-à-dire devient un pays assez autosuffisant et assez amical envers l’Occident, cela aura un effet plus important sur l’Occident que le fait d’avoir une Corée du Sud non-communiste. Stratégiquement, le Moyen-Orient est une région bien plus importante. La pire erreur de Bush, c’était la conduite de la guerre d’Irak dans les années 2004-2006 et la tentative de gagner à l’économie, avec un impact minimum.

D’un autre côté, je crois qu’il a fait exactement ce qu’il fallait après le 11/9. Regardez le Patriot Act, qui a révolutionné la manière dont nous appréhendons le terrorisme domestique, qu’il a réussi à faire passer à moins de six semaines du 9/11 dans la fureur du moment. La preuve que Bush a bien maitrisé la chose est que les Démocrates, qui controlent à présent le Congrès et qui l’avaient fortement critiqué, le réautorisent après huit ans avec presque aucun changement crucial.

L’Afghanistan est plus problématique. Réussir à renverser les Talibans en 100 jours était remarquable. C’est l’un des grands succès militaires de l’histoire. D’un autre côté, tenir l’Afghanistan est beaucoup plus dur que le prendre, et à ce jour nous ne sommes pas sûrs de savoir comment nous y prendre. Mais le succès initial de 2001-2002 a décimé et dispersé al-Qaida. Ce n’est pas un hasard si nous n’avons pas subi une deuxième attaque, chose que personne qui vivait à Washington le 11 septembre ne croyait possible. Je suis sûr qu’il sera réhabilité à long terme.

Clare Booth Luce a dit une fois qu’on se souvient de chaque président pour une chose, et c’est précisément la chose pour laquelle on se souviendra de Bush: il nous a protégés.

Interview with Charles Krauthammer
‘Obama Is Average’
Spiegel Online
10/26/2009

In a Spiegel interview, Charles Krauthammer, the leading voice of America’s conservative intellectuals, discusses Barack Obama’s Nobel Peace Prize, the president’s failures and the state of the United Nations and the international community.

SPIEGEL: Mr. Krauthammer, did the Nobel Commitee in Oslo honor or doom the Obama presidency by awarding him the Peace Prize?

Charles Krauthammer: It is so comical. Absurd. Any prize that goes to Kellogg and Briand, Le Duc Tho and Arafat, and Rigoberta Menchú, and ends up with Obama, tells you all you need to know. For Obama it’s not very good because it reaffirms the stereotypes about him as the empty celebrity.

SPIEGEL: Why does it?

Krauthammer: He is a man of perpetual promise. There used to be a cruel joke that said Brazil is the country of the future, and always will be; Obama is the Brazil of today’s politicians. He has obviously achieved nothing. And in the American context, to be the hero of five Norwegian leftists, is not exactly politically positive.

SPIEGEL: It hardly makes sense to blame him for losing the Olympic bid in one week, and then for winning the Nobel Prize the next.

Krauthammer: He should have simply said: “This is very nice, I appreciate the gesture, but I haven’t achieved what I want to achieve.” But he is not the kind of man that does that.

SPIEGEL: Should he have turned down the prize?

Krauthammer: He would never turn that down. The presidency is all about him. Just think about the speech he gave in Berlin. There is something so preposterous about a presidential candidate speaking in Berlin. And it was replete with all these universalist clichés, which is basically what he’s been giving us for nine months.

SPIEGEL: Why do Europeans react so positively to him?

Krauthammer: Because Europe, for very understandable reasons, has been chaffing for 60 years under the protection, but also the subtle or not so subtle domination of America. Europeans like to see the big guy cut down to size, it’s a natural reaction. You know, Europe ran the world for 400 or 500 years until the civilizational suicide of the two World Wars. And then America emerged as the world hegemon, with no competition and unchallenged. The irony is America is the only hegemonic power that never sought hegemony, unlike, for example, Napoleonic France. Americans are not intrinsically imperial, but we ended up dominant by default: Europe disappeared after the Second World War, the Soviet Union disappeared in 1991, so here we are. Of course Europeans like to see the hegemon diminished, and Obama is the perfect man to do that.

SPIEGEL: Maybe Europeans want to just see a different America, one they can admire again.

Krauthammer: Admire? Look at Obama’s speech at the UN General Assembly: “No one nation can or should try to dominate another nation.” Take the first half of that sentence: No nation can dominate another. There is no eight year old who would say that — it’s so absurd. And the second half? That is adolescent utopianism. Obama talks in platitudes, but offers a vision to the world of America diminished or constrained, and willing to share leadership in a way that no other presidency and no other great power would. Could you imagine if the Russians were hegemonic, or the Chinese, or the Germans — that they would speak like this?

SPIEGEL: Is America’s power not already diminished?

Krauthammer: Relative to what?

SPIEGEL: To emerging powers.

Krauthammer: The Chinese are rising, the Indians have a very long way to go. But I’m old enough to remember the late 1980s, “The Rise and Fall of the Great Powers” by Paul Kennedy and the prevailing view that America was in decline and Japan was the rising power. The fashion now is that the Chinese will overtake the United States. As with the great Japan panic, there are all kinds of reasons why that will not happen.

Look, eventually American hegemony will fade. In time, yes. But now? Economically we now have serious problems, creating huge amounts of debt that we cannot afford and that could bring down the dollar and even cause hyperinflation. But nothing is inevitable. If we make the right choices, if we keep our economic house in order, we can avert an economic collapse. We can choose to decline or to stay strong.

SPIEGEL: Do you really believe that Obama deliberately wants to weaken the US?

Krauthammer: The liberal vision of America is that it should be less arrogant, less unilateral, more internationalist. In Obama’s view, America would subsume itself under a fuzzy internationalism in which the international community, which I think is a fiction, governs itself through the UN.

SPIEGEL: A nightmare?

Krauthammer: Worse than that: an absurdity. I can’t even imagine serious people would believe it, but I think Obama does. There is a way America will decline — if we choose first to wreck our economy and then to constrain our freedom of action through subordinating ourselves to international institutions which are 90 percent worthless and 10 percent harmful.

SPIEGEL: And there is not even 1 percent that is constructive?

Krauthammer: No. The UN is worse than disaster. The UN creates conflicts. Look at the disgraceful UN Human Rights Council: It transmits norms which are harmful, anti-liberty, and anti-Semitic among other things. The world would be better off in its absence.

SPIEGEL: And Obama is, in your eyes, …

Krauthammer: He’s becoming ordinary. In the course of his presidency, Obama has gone from an almost magical charismatic figure to an ordinary politician. Ordinary. Average. His approval ratings are roughly equal to what the last five presidents’ were at the same time in their first term. Other people have already said he’s done and finished because his health care plans ran into trouble; but I say they’re wrong. He’s going to come back, he will pass something on health care, there’s no question. He will have a blip, be somewhat rehabilitated politically, but he won’t be able to pass anything on climate change. He will not be the great transformer he imagines himself to be. A president like others — with successes and failures.

SPIEGEL: Every incoming president to the White House has to confront reality and disappoint voters.

Krauthammer: True. But what made Obama unique was that he was the ultimate charismatic politician — the most unknown stranger ever to achieve the presidency in the United States. No one knew who he was, he came out of nowhere, he had this incredible persona that floated him above the fray, destroyed Hillary, took over the Democratic Party and became president. This is truly unprecedented: A young unknown with no history, no paper trail, no well-known associates, self-created.

There was tremendous goodwill, even I was thrilled on Election Day, even though I had voted against him and argued against him.

SPIEGEL: What moved you that day?

Krauthammer: It’s redemptive for a country that began in the sin of slavery to see the day, I didn’t think I would live to see the day, when a black president would be elected.

Now he was not my candidate. I would have preferred the first black president to have been somebody ideologically congenial to me, say, Colin Powell (whom I encouraged to run in 2000) or Condoleezza Rice. But I felt truly proud to be an American as I saw him sworn in. I remain proud of this historic achievement.

SPIEGEL: What major mistakes has Obama made?

Krauthammer: I don’t know whether I should call it a mistake, but it turns out he is a left-liberal, not center-right the way Bill Clinton was. The analogy I give is that in America we play the game between the 40-yard lines, in Europe you go all the way from goal line to goal line. You have communist parties, you have fascist parties, we don’t have that, we have very centrist parties.

So Obama wants to push us to the 30-yard line, which for America is pretty far. Right after he was elected, he gave an address to Congress and promised to basically remake the basic pillars of American society — education , energy and health care. All this would move America toward a social democratic European-style state. It is outside of the norm of America.

SPIEGEL: Yet, he had promised these reforms during the campaign.

Krauthammer: Hardly. He’s now pushing a cap-and-trade energy reform. During the campaign he said that would cause skyrocketing utility rates. On healthcare, the reason he’s had such resistance is because he promised reform, not a radical remaking of the whole system.

SPIEGEL: So he didn’t see the massive resistance coming?

Krauthammer: Obama misread his mandate. He was elected six weeks after a financial collapse unlike any seen in 60 years; after eight years of a presidency which had tired the country; in the middle of two wars that made the country opposed to the Republican government that involved us in the wars; and against a completely inept opponent, John McCain. Nevertheless, Obama still only won by 7 points. But he thought it was a great sweeping mandate and he could implement his social democratic agenda.

SPIEGEL: Part of the problem when it comes to health care is the lack of solidarity in the American way of thinking. Can a president change a country?

Krauthammer: Yes. Franklin D. Roosevelt did it. Back then, we didn’t have a welfare state, we didn’t have old age pensions, we didn’t have unemployment insurance. This country was the Wild West until FDR. Yes, you can change the spirit of America.

SPIEGEL: If Obama is so radical, why is the left wing of the Democratic Party so unhappy with him?

Krauthammer: They are disillusioned because he has ignored some of their social agenda, such as gay rights; continued some of the Bush policies he had once denounced, such as the detention without trial for terrorists; and on his large agenda for education and energy, where he has had no success.

SPIEGEL: How could Obama still win Republican support for healthcare reform?

Krauthammer: He should finally realize that we need to reform our insane malpractice system. The US is spending between $60 and $200 billion a year on protection against lawsuits. I used to be a doctor, I know how much is wasted on defensive medicine. Everybody I practiced with spends hours and enormous amounts of money on wasted tests, diagnostic and procedures — all to avoid lawsuits. The Democrats will not touch it. When Howard Dean was asked why, he said honestly and explicitly that Democrats don’t want to antagonize the trial lawyers who donate huge amounts of money to the Democrats.

SPIEGEL: What would be your solution?

Krauthammer: I would make Americans pay half a percent tax on their health insurance and create a pool to socialize the cost of medical errors. That would save hundreds of billions of dollars that could be used to insure the uninsured. And second, I would abolish the absurd prohibition against buying health insurance in another state — that reduces competition and keeps health insurance rates artificially high.

SPIEGEL: But you also need to cut back on healthcare expenses.

Krauthammer: It is absolutely crazy that in America employees receive health insurance from their employers — and at the same time a tax break for this from the federal government. It’s a $250 billion a year loophole in the government’s budget. If you taxed healthcare benefits, you would have enough revenue for the government to give back to the individual to purchase their own insurance. If you did those two reforms alone, you would have the basis for affordable health insurance in America.

What the Democrats seem to be aiming for, however, is something somewhat different: the government gets control of the healthcare system by proxy; you heavily regulate the insurance companies, you subsidize the uninsured. That kind of reform would also work, but less efficiently — and because of its unsustainable costs, we would, in the end, have to go to a system of rationing, the way the British do, the way the Canadians do, there is no other way. Obama can’t say any of that, the word rationing is too unpopular.

SPIEGEL: Mr. Krauthammer, can a Nobel Peace Prize winner send more troops to Afghanistan?

Krauthammer: Sure, I don’t see why not. The prize could have two contrary effects. It could give him an incentive to send more troops to show his own people that he is not an instrument of five Norwegian leftists. Or it can work the other way where in order not to lose the popularity he obviously feels from Europe, he would be less inclined. I think whatever impulses come out of those considerations neutralize each other. The prize will have zero effect on his decision.

‘What the Obama Administration Pretends Is Realism Is Naïve Nonsense’

SPIEGEL: You have called him a “young Hamlet” over his hesitation about making a decision on Afghanistan. However, he’s just carefully considering the options after Bush shot so often from the hip.

Krauthammer: No. The strategy he’s revising is not the Bush strategy, it’s the Obama strategy. On March 27, he stood there with a background of flags, Secretary of State Hillary Clinton on one side and Secretary of Defense Robert Gates on the other, and said: “Today, I’m announcing a comprehensive, new strategy for Afghanistan and Pakistan.” So don’t tell me this is revising eight years of Bush, he’s not. For all these weeks and months he’s been revising his own strategy, and that’s okay, you’re allowed to do that. But if you’re president and you’re commander-in-chief, and your guys are getting shot and killed in the field, and you think “maybe the strategy I myself announced with great fanfare six months ago needs to be revised,” do it in quiet. Don’t show the world that you’re utterly at sea and have no idea what to do! Your European allies already are skittish and reluctant, and wondering whether they ought to go ahead. It’s your own strategy, if it’s not working, then you revise it and fix it. You just don’t demoralize your allies.

SPIEGEL: Is Afghanistan still a war of necessity, still a strategic interest?

Krauthammer: The phrase “war of necessity and war of choice” is a phrase that came out of a different context. Milan Kundera once wrote, “a small country is a country that can disappear and knows it.” He was thinking of prewar Czechoslovakia. Israel is a country that can disappear and knows it. America, Germany, France, Britain, are not countries that can disappear. They can be defeated but they cannot disappear. For the great powers, and especially for the world superpower, very few wars are wars of necessity. In theory, America could adopt a foreign policy of isolationism and survive. We could fight nowhere, withdraw from everywhere — South Korea, Germany, Japan, NATO, the United Nations — if we so chose. From that perspective, every war since World War II has been a war of choice.

So using those categories — wars of necessity, wars of choice — is unhelpful in thinking through contemporary American intervention. In Afghanistan the question is: Do the dangers of leaving exceed the dangers of staying.

SPIEGEL: General Stanley McCrystal is asking for more troops. Is that really the right strategy?

Krauthammer: General Stanley McCrystal is the world expert on counterterrorism. For five years he ran the most successful counterterrorism operation probably in the history of the world: His guys went after the bad guys in Iraq, they ran special ops, they used the Predators and they killed thousands of jihadists that we don’t even know about, it was all under the radar. And now this same general tells Obama that the counterterrorism strategy in Afghanistan will fail, you have to do counterinsurgency, population protection. That would seem an extremely persuasive case that counterterrorism would not work.

SPIEGEL: You famously coined the term “Reagan Doctrine” to describe Ronald Reagan’s foreign policy. What is the “Obama Doctrine?”

Krauthammer: I would say his vision of the world appears to me to be so naïve that I am not even sure he’s able to develop a doctrine. He has a view of the world as regulated by self-enforcing international norms, where the peace is kept by some kind of vague international consensus, something called the international community, which to me is a fiction, acting through obviously inadequate and worthless international agencies. I wouldn’t elevate that kind of thinking to a doctrine because I have too much respect for the word doctrine.

SPIEGEL: Are you saying that diplomacy always fails?

Krauthammer: No, foolishness does. Perhaps when he gets nowhere on Iran, nowhere with North Korea, when he gets nothing from the Russians in return for what he did to the Poles and the Czechs, gets nowhere in the Middle East peace talks — maybe at that point he’ll begin to rethink whether the world really runs by international norms, consensus, and sweetness and light, or whether it rests on the foundation of American and Western power that, in the final analysis, guarantees peace.

SPIEGEL: That is the cynical approach.

Krauthammer: The realist approach. Henry Kissinger once said that peace can be achieved only one of two ways: hegemony or balance of power. Now that is real realism. What the Obama administration pretends is realism is naïve nonsense.

SPIEGEL: How do you solve problems like climate change if international institutions are failing?

Krauthammer: It’s not the institution that does it, it’s the confluence of interests. Where there is a confluence of interests among nations, as, for example the swine flu or polio, you can get well functioning international institutions like the World Health Organization. And you can act. Climate change is different, because the science remains hypothetical and the potential costs staggering.

SPIEGEL: You think it’s a speculative theory?

Krauthammer: My own view is that there is man-made warming. On several occasions I have written that I don’t think you can pump carbon dioxide into the atmosphere indefinitely and not have a reaction. But there are great scientists such as Freeman Dyson, one of the greatest physicists of the last hundred years, who has studied the question, who believes quite the opposite. The reason transnational action is so difficult is because the major problem with climate change is, A, that there is no consensus, and, B, that the economic cost is simply staggering. Reversing it completely might mean undoing the modern industrial economy.

I’m not against international institutions that would try to tackle it. But the way to go, at least in the short run, is to go to nuclear power. It’s amazing to me that people who are so alarmed about global warming are so reluctant to adopt the obvious short-term solution — the bridge until the day when we have affordable renewable energy — of nuclear power. It seems to me intellectually dishonest. Nuclear is obviously not the final answer because it produces its own waste — but you have a choice. There’s no free lunch. If you want an industrial economy, you need energy. If you want energy, it will produce pollution. You can have it in two forms. You can have it dissipated in the atmosphere — like carbon dioxide — which then you cannot recover, or you can have the waste concentrated in one small space like nuclear. That is far easier to deal with. The idea that you can be able to create renewable energy at a price anywhere near the current price for oil or gas or coal is a fantasy.

SPIEGEL: Do you basically think Obama is going to be a one-term president?

Krauthammer: No, I think he has a very good chance of being reelected. For two reasons. First, there’s no real candidate on the other side, and you can’t beat something with nothing. Secondly, it’ll depend on the economy — and just from American history, in the normal economic cycles, presidents who have their recessions at the beginning of their first term get reelected (Reagan, Clinton, the second Bush), and presidents who have them at the end of their first term don’t (Carter, the first Bush). Obama will lose a lot of seats in next year’s Congressional election, but the economy should be on the upswing in 2012.

SPIEGEL: Is the conservative movement in the United States in decline?

Krauthammer: When George W. Bush won in 2004, there was lots of stuff written that about the end of liberalism and the death of the Democratic Party. Look where we are now.

SPIEGEL: A Democrat is back in the White House, the party also controls Congress.

Krauthammer: Exactly. We see the usual overreading of history whenever one side loses. Look, there are cycles in American politics. US cycles are even more pronounced because we Americans have a totally entrepreneurial presidential system. We don’t have parliamentary opposition parties with a shadow prime minister and shadow cabinets. Every four years, the opposition reinvents itself. We have no idea who will be the Republican nominee in 2012. The party structures are very fluid. We have a history of political parties being thrown out of the White House after two terms — as has happened every single time with only one exception (Ronald Reagan) since World War II. The idea that one party is done in the US is silly. The Republicans got killed in 2006 and 2008, but they will be back.

SPIEGEL: The party lacks a strong, intelligent leader.

Krauthammer: Yes. And if the Republicans don’t have one by 2012, they’ll lose and they’ll have to wait till 2016. It could take eight years to develop. You know, people say — the White House was pushing this idea — that the radio talk show host Rush Limbaugh is the leader of the opposition because there’s no other leader. Well, ask yourself, in 2001 and 2002 and 2003, who was the leader of the Democratic Party? There was none. We don’t have a parliamentary system in which opposition leaders are designated.

SPIEGEL: Some people say you’re that leader.

Krauthammer: I’m just getting to an age where a lot of my contemporaries are retiring or dying. So I’m on default a voice of authority. I don’t attribute very much to that.

SPIEGEL: Who will be the next leader of the Republican Party?

Krauthammer: Some presidential candidates from last year will return in 2012. Sarah Palin is not a serious contender, but somebody like Mitt Romney will be. He is a serious guy, he understands the economy. There will also be some young people many haven’t yet heard about, such as Rep. Paul Ryan or Gov. Tim Pawlenty. Or outsiders like the mastermind behind the surge in Iraq, General David Petraeus, who might retire from the military and run for President on the Republican ticket.

SPIEGEL: Many people, however, currently think the Republicans are the party of “no.”

Krauthammer: That perception is a serious problem for them.

SPIEGEL: At the end of Bush’s second term, he granted you a long interview. Afterwards, you wrote that history would judge Bush kindly. Why?

Krauthammer: Basically I think Bush will have the same historical rehabilitation that Harry Truman did.

SPIEGEL: And why is that?

Krauthammer: Truman left in the middle of an unpopular war, to use your phrase, a war of choice. Truman didn’t have to go into South Korea. And he was reviled and ridiculed for the stalemate that resulted. Now, he’s seen as one of the great presidents of the 20th century.

I think Bush actually handled the Iraq War better than Truman handled the Korean War. For one thing, the number of losses is about one-tenth. Secondly, he made the right decision with the surge. Thirdly, if Iraq turns out well, meaning becomes a country fairly self-sufficient and fairly friendly to the West, it will have a more important effect on the West than having a non-communist South Korea. The Middle East is strategically a far more important region.

Bush’s worst mistake was the conduct of the Iraq war in the middle years — 2004-2006 — and the attempt to win on the cheap, with a light footprint.

On the other hand, I think he did exactly the right thing after 9/11. Look at the Patriot Act, which revolutionized how we deal with domestic terrorism, passed within six weeks of 9/11 in the fury of the moment. Testimony to how well Bush got it right is that Democrats, who now control Congress and had been highly critical of it, are now after eight years reauthorizing it with almost no significant changes.

Afghanistan is more problematic. Our success in overthrowing the Taliban in 100 days was remarkable. It’s one of the great military achievements of all time. On the other hand, holding Afghanistan is a lot harder than taking it, and to this day we are not sure how to do it. But the initial success in 2001-2002 did decimate and scatter al-Qaida. It is no accident that we have not suffered a second attack — something no one who lived in Washington on Sept. 11 thought possible.

I’m sure he will be rehabilitated in the long term.

Clare Booth Luce once said that every president is remembered for one thing, and that’s what Bush will be remembered for. He kept us safe.

SPIEGEL: Is it too early to foresee what Obama will be remembered for?

Krauthammer: It is quite early. It could be his election.

SPIEGEL: Mr. Krauthammer, we thank you for this interview.

Interview conducted by Klaus Brinkbäumer and Gregor-Peter Schmitz.


Nobel 2009: La mise en cause de George Bush ne divise plus le Comité Nobel (Nobel Committee Honors Obama, Disses Bush)

30 octobre, 2009
Just for changing the bumper stickerJe pense que nous ne pouvons pas nous soustraire à l’obligation de travailler au Conseil de sécurité des Nations unies, d’attendre que nous y obtenions la condamnation de Saddam Hussein, de le forcer, à travers les Nations unies, à se plier à des inspections illimitées et de nous assurer qu’il détruise toutes ses armes de destruction massive, ainsi que ses capacités de production d’armes nucléaires, dans l’avenir. Carter (CNN)
Il est clair que, compte tenu de la position prise par M. Carter sur cette question, cela peut aussi être pris comme une critique de la ligne adoptée par l’administration américaine actuelle vis-à-vis de l’Irak. Gunnar Berge (président du Comité Nobel, octobre 2002)
Faut-il voir dans le choix du Comité Nobel norvégien d’attribuer le prix Nobel de la paix à l’ancien président américain Jimmy Carter une critique explicite de la politique de son successeur, George W. Bush, en ces temps de préparation de guerre contre l’Irak ? La question agite le Tout Oslo après les propos controversés tenus vendredi 11 septembre par le président du Comité, Gunnar Berge. Le Monde (octobre 2002)
L’homme que le jury d’Oslo a choisi pour le Nobel de la paix 2002 incarne autant l’Amérique que George W. Bush. Il symbolise à merveille l’une des facettes de l’Amérique: l’engagement militant, la générosité, l’optimisme humaniste, l’ouverture à l’Autre – le contraire d’un hyper-patriotisme un tantinet paranoïaque, dont certains des tenants disent leur fierté de ne pas posséder de passeport et ignorent superbement une scène internationale à laquelle, jurent-ils, les Etats-Unis n’auraient pas à rendre de comptes. (…) Jimmy Carter incarne une autre Amérique que l’officielle. Et cette Amérique-là méritait le Nobel de la paix. Le Monde (éditorial, octobre 2002)

Pour ceux qui n’ont toujours compris qu’Obama était le nouveau Carter

Faut-il voir dans le choix du Comité Nobel norvégien d’attribuer le prix Nobel de la paix à l’actuel président américain une critique explicite de la politique de son prédécesseur, George W. Bush?
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Nouvelle confirmation, à la relecture de ces articles du Monde de 2002 (dont on apprécié au passage la leçon d’antiaméricanisme à la Frédo sur “l’autre Amérique”), que l’attribution du prix à l’actuelle “incarnation même de la naïveté et de l’impuissance sur la scène internationale” est bien à nouveau le contre-prix destiné en fait à l’ancien président américain Bush qu’il avait déjà été il y a sept ans face à Carter (qui lui aussi, autre redécouverte, semblait croire à la présence d’ADM en Irak).

Sauf bien sûr que cette année la question ne semble plus agiter grand monde à Oslo ou ailleurs

La mise en cause de George Bush divise le Comité Nobel
Antoine Jacob
Le Monde
13.10.02

Faut-il voir dans le choix du Comité Nobel norvégien d’attribuer le prix Nobel de la paix à l’ancien président américain Jimmy Carter une critique explicite de la politique de son successeur, George W. Bush, en ces temps de préparation de guerre contre l’Irak ? La question agite le Tout Oslo après les propos controversés tenus vendredi 11 septembre par le président du Comité, Gunnar Berge.

Comme le veut la tradition, celui-ci a lu devant la presse les attendus motivant le choix de l’institution qu’il préside, avant de répondre aux questions des journalistes. Interrogé sur le fait de savoir si le choix de Jimmy Carter pouvait être interprété comme une critique de la politique irakienne de l’actuel président américain, l’ancien ministre et député travailliste a répondu par l’affirmative : « Il est clair que, compte tenu de la position prise par M. Carter sur cette question, cela peut aussi être pris comme une critique de la ligne adoptée par l’administration américaine actuelle vis-à-vis de l’Irak. »

Dans ses attendus, le Comité Nobel s’est bien gardé de donner une telle dimension polémique à son choix. Seul le dernier paragraphe évoque la tension à propos de l’Irak : « Dans une situation actuellement marquée par des menaces d’utilisation de la force, peut-on lire, M. Carter s’en est tenu aux principes selon lesquels les conflits doivent, autant que possible, être résolus par la médiation et la coopération internationale, fondées sur le droit international, le respect des droits de l’homme et le développement économique. »

Les propos de M. Berge ont surpris deux des quatre autres membres du Comité Nobel, avec lesquels il avait pourtant longuement discuté, ces dernières semaines, de la désignation du lauréat du prix 2002. Une critique de la politique américaine « n’était pas un thème de discussion lors des réunions du Comité, a assuré Inger Marie Ytterhorn. Nous sommes tous unis derrière l’attribution du prix et sa justification, mais M. Berge n’avait pas pour mandat d’aller plus loin que cela ». Mme Ytterhorn, qui est conseillère auprès du Parti du progrès, une formation populiste et xénophobe représentée au parlement norvégien, a été épaulée dans ses critiques par un autre membre du Comité, Hanna Kvanmo, du bord politique opposé puisqu’elle est une ancienne députée des Socialistes de gauche. M. Berge a toutefois reçu le soutien public d’un autre membre, l’évêque Gunnar Johan Staalsett, et du secrétaire du Comité Nobel.

Divergences internes

Les cinq membres de cette institution sont élus par le Parlement norvégien pour une période de six ans renouvelable. Durant leur mandat, ils sont censés mettre leurs opinions politiques de côté, ce qu’ils parviennent généralement à faire. Les divergences internes, s’il y en a, ne sont que rarement étalées en public, ce qui rend plus étonnant encore la polémique suscitée par les déclarations de M. Berge. Ce n’est toutefois pas la première fois que le Comité Nobel prend des risques dans le choix des lauréats. La décision de récompenser Yasser Arafat, Yitzhak Rabin et Shimon Pérès, en 1994, avait été considérée comme prématurée et lourde de sens politique. Un des membres du Comité avait d’ailleurs démissionné pour protester contre l’attribution du prix au dirigeant palestinien – l’un des rares autres éclats à avoir entaché le choix du Comité.

La Norvège, qui siège actuellement parmi les membres non permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, y appuie Washington et Londres à propos de l’Irak. Le ministre norvégien des affaires étrangères, le conservateur Jan Petersen, s’est dit « un peu surpris » par les propos de M. Berge. Mais la plupart des autres responsables norvégiens, ainsi que de nombreuses capitales de par le monde, de Tel Aviv à La Havane, ont choisi de ne pas évoquer la controverse, préférant se féliciter du choix de M. Carter et rappeler ses initiatives multiples en faveur de la paix.

Voir aussi:

L’attribution du prix Nobel de la paix à Jimmy Carter irrite Washington
Patrick Jarreau
Le Monde
13.10.02

Selon l’ancien président, il appartient à l’ONU de gérer la crise avec l’Irak

Commençant sa journée, comme d’habitude, à 7 heures du matin, George W. Bush a téléphoné à Jimmy Carter pour le féliciter de s’être vu attribuer le prix Nobel de la paix. « Il m’a dit que ç’aurait dû être fait depuis longtemps », a raconté M. Carter, quelques heures plus tard, sur CNN.

M. Bush a profité de l’occasion pour remercier l’ancien président démocrate du travail qu’il avait fait, avec le républicain Gerald Ford, à la tête d’une commission chargée de proposer une réforme des opérations électorales après le long contentieux de l’élection présidentielle de 2000 en Floride. M. Carter a fait observer à M. Bush que la réforme avait certes progressé au Congrès, mais qu’elle n’était toujours pas financée. « Il m’a assuré qu’il allait faire en sorte qu’elle le soit. Ce fut donc une conversation très agréable », a résumé M. Carter avec son insoupçonnable sourire.

Le ton était moins amène à la Maison Blanche. Interrogé sur les propos du président du comité Nobel, qui avait opposé les accords de Camp David entre l’Egypte et Israël, patronnés par M. Carter, à la politique de l’administration Bush au Proche-Orient, le porte-parole de la présidence, Ari Fleischer, a répété plusieurs fois : « Le président pense que c’est un grand jour pour Jimmy Carter. Il s’est concentré là-dessus. » « N’est-ce pas un grand jour pour le peuple américain ? », a lancé Helen Thomas, la très impulsive doyenne des journalistes de la Maison Blanche, qu’elle suit depuis Kennedy. « La conversation a été amicale. Elle a aussi été courte », a répondu M. Fleischer.

En dehors de l’importance qu’a pour eux la religion, tout oppose M. Bush et M. Carter. Celui-ci a déclaré que s’il avait siégé au Congrès il aurait voté contre la résolution soutenant la politique du président au sujet de l’Irak. « Je pense, a-t-il dit sur CNN, que nous ne pouvons pas nous soustraire à l’obligation de travailler au Conseil de sécurité des Nations unies, d’attendre que nous y obtenions la condamnation de Saddam Hussein, de le forcer, à travers les Nations unies, à se plier à des inspections illimitées et de nous assurer qu’il détruise toutes ses armes de destruction massive, ainsi que ses capacités de production d’armes nucléaires, dans l’avenir. »

Le voyage à la havane

Pour M. Carter, « tout cela doit être fait à travers les Nations unies et non pas, unilatéralement, par les Etats-Unis ». Il s’est félicité des choix que M. Bush a faits contre « le secrétaire à la défense et le vice-président », Donald Rumsfeld et Richard Cheney, « qui appelaient à agir unilatéralement et à contourner les Nations unies » d’emblée.

Le président a décidé d’aller devant les Nations unies, le 12 septembre, mais la résolution qu’il a obtenue du Congrès l’autorise à agir hors du cadre de l’ONU s’il le juge nécessaire.

M. Bush ne pouvait manquer de féliciter M. Carter, mais il avait certainement présente à l’esprit l’initiative récente de l’ancien président démocrate de se rendre à La Havane, en mai, pour appuyer ceux qui plaident en faveur de l’abandon de l’embargo américain sur les échanges avec Cuba. M. Bush a décidé, au contraire, de maintenir cet embargo, toute autre attitude ne pouvant que profiter, selon lui, à Fidel Castro. Le gouvernement cubain a d’ailleurs exprimé sa « grande satisfaction » de l’attribution du prix Nobel à M. Carter.

L’ancien président Bill Clinton a salué le prix Nobel de M. Carter avec une chaleur très politique. « Personne n’en est plus digne », a-t-il déclaré, voyant dans cette distinction « un hommage à l’Amérique, à la cause de la paix dans le monde et, spécialement, au président Carter pour une vie au service de l’intérêt commun ».

L’exécutif s’est gardé de polémiquer avec le comité Nobel et de répondre aux propos de M. Carter sur l’Irak, mais l’honneur fait à l’ancien président démocrate ne peut qu’irriter une administration républicaine aux yeux de laquelle il est l’incarnation même de la naïveté et de l’impuissance sur la scène internationale.

Voir enfin:

EDITORIAL

L’autre Amérique
Le Monde
13.10.02

LA LEÇON S’ADRESSE, peut-être involontairement, aux antiAméricains. Elle vise ceux d’entre eux qui « démonisent » en réduisant, en simplifiant, en gommant la pluralité et la diversité d’un pays comme les Etats-Unis. Car, en distinguant Jimmy Carter, vendredi 11 octobre, ce sont bien les Etats-Unis que le comité Nobel a décidé d’honorer. L’homme que le jury d’Oslo a choisi pour le Nobel de la paix 2002 incarne autant l’Amérique que George W. Bush. Il symbolise à merveille l’une des facettes de l’Amérique : l’engagement militant, la générosité, l’optimisme humaniste, l’ouverture à l’Autre – le contraire d’un hyper-patriotisme un tantinet paranoïaque, dont certains des tenants disent leur fierté de ne pas posséder de passeport et ignorent superbement une scène internationale à laquelle, jurent-ils, les Etats-Unis n’auraient pas à rendre de comptes.

Le jugement que l’Histoire portera sur le mandat de Jimmy Carter à la Maison Blanche (1976-1980) peut être divers. Pour certains, il est l’homme dont les hésitations ont conduit à l’humiliation de l’Amérique en Iran ; celui dont la préoccupation pour les droits de l’homme a laissé le champ libre à l’expansionnisme soviétique ; le président qui a donné du pays une image de faiblesse, qu’il reviendra au flamboyant Ronald Reagan de corriger. Pour d’autres, il restera le bâtisseur de la paix israélo-égyptienne – qui a changé la face du Proche-Orient ; celui qui, réglant l’épineuse question du canal de Panama, a contribué à des relations plus confiantes avec le sud du continent. Ce n’est pas rien ; c’est même beaucoup.

Mais son action politique ne s’est pas arrêtée à sa sortie de la Maison Blanche. L’homme ne sera pas l’un de ses ex-présidents courant le cachet sur les circuits des conférences (façon George Bush père et Bill Clinton). Il va se battre pour la paix et le développement ; il va montrer l’importance que peut prendre une ONG dans la vie publique ; il va tenter de promouvoir une éthique du règlement des conflits par la négociation. Exaspérant d’angélisme et de bonne conscience ? Peut-être. Mais l’Amérique est bien là, aussi, dans cette part de rêve d’un monde moins cruel, dans la conviction que les problèmes ont des solutions, dans l’utopie entretenue que le meilleur de l’homme peut, parfois, prendre le dessus. Jimmy Carter ou le progressisme version baptiste.

Il n’est pas indifférent que l’attribution du Nobel attire l’attention sur son opposition à la politique irakienne de George W. Bush. Mais elle manifeste aussi la pluralité d’une Amérique trop souvent caricaturée en Europe, et particulièrement en France. Parce que Jimmy Carter est très « américain », ce Nobel brouille l’image d’une Amérique en proie à une crise aiguë d’unilatéralisme belliqueux. Les Etats-Unis sont un lieu de pouvoirs – et de contre-pouvoirs ; un pays qui cultive institutionnellement la contradiction ; une nation qui hésite, débat et doute, irréductible à une administration ou à une politique.

Jimmy Carter incarne une autre Amérique que l’officielle. Et cette Amérique-là méritait le Nobel de la paix.


Nobel: Nous avons besoin d’un candidat qui n’est pas pour Bush (Bush did it again!)

29 octobre, 2009
Nobel for not being BushNous avons besoin d’un candidat qui n’est pas pour Bush, mais pour Obama. Werner Faymann (chancelier autrichien)
En vous décernant son prix le plus prestigieux, le Comité (…) consacre (…) le retour de l’Amérique dans le cœur de tous les peuples du monde. Nicolas Sarkozy
En tournant le dos à la politique de George Bush et son horrible choc des civilisations, en défendant une approche multilatérale des relations internationales, en menant le difficile combat pour les Droits de l’Homme partout dans le monde, en s’engageant dans le processus de paix israélo-palestinien et en pesant de tout son poids pour le désarmement nucléaire, Barack Obama oeuvre de manière déterminante pour la construction d’une paix durable dans le monde. Martine Aubry
Barack Obama n’a pas attendu la fin de son mandat pour engager les efforts de paix au Proche-Orient. Ses discours ont affirmé avec force la volonté de tourner une page obscure. Les prétentions impériales d’une Amérique ivre de puissance ont laissé place à une politique de coopération, fondée sur le respect et l’intérêt mutuels, sur la compréhension lucide de l’autre et le dépassement des antagonismes. Ségolène Royal
Nous désirons voir dans cette décision, plus qu’un prix au président des Etats-Unis, une critique contre la politique génocidaire qu’ont suivie nombre de présidents de ce pays, une exhortation à la paix et à la recherche de solutions conduisant à la survie de l’espèce. Castro
Après la période sombre de la présidence Bush marquée par la doctrine du choc des civilisations Obama s’évertue à restaurer des bases plus saines pour les relations internationales. SOS Racisme
Le prix Nobel de la Paix est désormais une illustration de l’inversion des valeurs qui caractérise le monde de Big Brother. Il est attribué cette année au dirigeant qui mène les guerres les plus importantes du moment et les plus onéreuses de l’histoire, et qu’aucune considération morale ou de droit international ne peut justifier. Jean-Marie Le Pen
Ce prix suscite de l’étonnement et de l’incompréhension. Parti communiste français
Ce n’est pas tous les jours qu’une belle âme est à la tête de la première puissance militaire mondiale. Cela aurait valu que, le lendemain même de son investiture, les jurés norvégiens se réunissent pour lui décerner le Nobel de la Paix. Il le méritait. François Miclo

A l’heure où, pour cause de canicherie bushienne, Tony Blair pourrait se voir privé de présidence de l’Europe …

Retour de l’Amérique dans le cœur de tous les peuples du monde, réconciliation, échec au choc des civilisations, tournant le dos à la politique de George Bush et son horrible choc des civilisations, tourner une page obscure, les prétentions impériales d’une Amérique ivre de puissance, critique contre la politique génocidaire, Après la période sombre de la présidence Bush marquée par la doctrine du choc des civilisations …

Confirmation, dans la belle unanimité qui, de Sarkozy à Castro et d’Aubry à SOS racisme, a salué la récente nobélisation du Prince au sang mêlé, que celui-ci n’était pas tant une récompense destinée à l’actuel président américain qu’un contre-prix pour son prédécesseur …

A croire qu’il n’y a que la haine d’un Le Pen ou la marginalité d’un PCF pour oser dire que le roi est nu …

Ou, fort heureusement sur Causeur, ce remarquable et réjouissant commentaire du philosophe et éditeur François Miclo …

Nobel: t’as le bonjour d’Alfred!

Les pacifistes tentent la blitzkrieg
François Miclo
Causeur
le 16 octobre 2009

Il était temps. Le monde se languissait d’attendre. Barack Obama était installé à la Maison Blanche depuis neuf longs mois déjà et il n’avait toujours pas de Nobel à poser sur la cheminée du bureau ovale. Lorsque, dans deux ou trois semaines, le temps aura fait son œuvre, les historiens nous expliqueront pourquoi cette distinction a été décernée aussi tardivement au président américain.

Ce n’est pas tous les jours qu’une belle âme est à la tête de la première puissance militaire mondiale. Cela aurait valu que, le lendemain même de son investiture, les jurés norvégiens se réunissent pour lui décerner le Nobel de la Paix. Il le méritait.

Certes, Barack Obama n’a rien fait. Mais il n’en pense pas moins. Son âme est emplie de bons sentiments, sa bouche de vœux pieux et son cœur de louables intentions.

Barack Obama l’a dit lui-même : il est pour la paix. Il est favorable au désarmement. Ce qui le révulse le plus, c’est la guerre et l’injustice sous toutes ses formes : les inégalités, le racisme, la mort, les maladies (y compris la grippe A).

S’il a renvoyé récemment 13 000 soldats en Afghanistan et qu’il s’apprête à y expédier de nouveaux renforts, s’il augmente de 30 % le budget 2010 des opérations extérieures, s’il poursuit la modernisation de l’armée américaine entamée sous George W. Bush, s’il continue à assumer presque la moitié des dépenses mondiales de défense, s’il ne reçoit pas le Dalaï Lama pour ne pas mettre en rogne les Chinois, c’est à son corps défendant qu’il le fait.

Pour le reste, c’est-à-dire pour ce qui ne concerne pas la réalité de son action politique, Obama est nickel avec son Nobel. Et le comité norvégien n’a pas besoin de se fendre de longues explications pour justifier son choix : il a décidé d’attribuer le prix à Barack Obama pour “ses efforts extraordinaires en faveur du renforcement de la diplomatie et de la coopération internationale entre les peuples”.

En langage clair, cela signifie que Barack Obama est le cador incontesté de la paix dans le monde, car il n’a encore déclaré la guerre à personne et sait se tenir à table lorsqu’il est invité à l’étranger.

C’est un peu court pourtant. Les bonnes intentions et les lettres au Père Noël ne valent rien face à la réalité. Et la réalité est que le président américain n’est pas tant attaché à s’illustrer dans un irénisme sans frein qu’à faire honorablement sortir son pays de la pétaudière irakienne, tout en trouvant une solution militaire à l’ornière afghane. Il est vrai qu’il a peut-être trouvé la voie de la paix… avec l’Iran, en décidant de laisser les mollahs faire leur omelette nucléaire en regardant ailleurs.

Lorsque le comité norvégien décerna, en 1926, le prix Nobel de la paix à Gustav Stresemann et Aristide Briand, c’était pour encourager les “efforts extraordinaires” des deux hommes d’Etat en faveur du rapprochement franco-allemand. On connaît la suite : le succès du rapprochement fut tel que nos voisins nous occupèrent cinq ans durant. En matière de guerre et de paix, ce n’est pas l’intention ni l’effort qui comptent, mais l’action et la volonté.

Et si ces sottes histoires de guerre et de paix n’intéressaient pas le comité Nobel ? Composé de parlementaires norvégiens, dont les compétences en géopolitique sont aussi certaines que celles de Jean Sarkozy en aménagement urbain, le comité Nobel semble s’être résolu à sacrifier à l’obamania ambiante, sans se poser d’autres questions.

Mais qui trop embrasse peu étreint : il se pourrait bien que ce prix Nobel de la Paix soit très difficile à porter par le chef d’un Etat engagé dans deux opérations extérieures délicates et que la couronne faite aujourd’hui de lauriers se révèle être, dans les mois qui viennent, tressée entièrement d’épines. Bien loin d’encourager les “efforts extraordinaires” de Barack Obama, le comité Nobel lui a peut-être lié, définitivement, les mains.

Soyons pourtant optimistes : un autre prix Nobel attend bientôt Barack Obama. Celui de littérature, qu’on lui décernera en 2010 pour son œuvre littéraire en général et son discours de réception du prix Nobel de la paix 2009 en particulier.

Voir aussi:

OBAMA PRIX NOBEL
Les réactions mitigées au Nobel de la Paix de Barack Obama
NOUVELOBS
12.10.2009

Voici les réactions, en France et dans le monde, à l’attribution du prix Nobel de la Paix au président américain Barack Obama, vendredi 9 octobre :

Les réactions en France

Dominique Paillé, porte-parole adjoint de l’UMP
“Je me réjouis qu’Obama ait reçu ce titre. Je le félicite. C’est pour moi une surprise. Personne ne s’y attendait. C’est un prix d’encouragement car dans le domaine de la paix, il n’a pas encore obtenu de résultats tangibles”.”Je note simplement qu’il s’agissait de récompenser un politique. Il y avait d’autres personnes qui auraient pu être récompensées, comme Nicolas Sarkozy qui à la tête de l’Union européenne a mis fin au conflit en Géorgie. Il s’est illustré contre la prolifération nucléaire en Iran avec fermeté. Il y a aussi les mesures admises par tous au G20. Or si le plan de relance n’avait pas été arrêté, cela aurait été déstabilisant pour la paix internationale.”

Nicolas Sarkozy
Le président de la République a adressé vendredi ses “plus chaleureuses félicitations” à Barack Obama, saluant les “efforts extraordinaires” du président américain “en faveur du renforcement de la diplomatie et de la coopération internationale”. “En vous décernant son prix le plus prestigieux, le Comité récompense votre engagement déterminé pour les droits de l’Homme, pour la justice et pour la propagation de la paix à travers le monde, selon les volontés de son fondateur, Alfred Nobel”, écrit Nicolas Sarkozy à Barack Obama. “Il rend aussi justice à votre vision en faveur de la tolérance et du dialogue entre les Etats, les cultures et les civilisations. Il consacre, enfin, le retour de l’Amérique dans le cœur de tous les peuples du monde”, poursuit le chef de l’Etat.
“Si je me réjouis autant que ce prix vous soit aujourd’hui attribué, c’est aussi parce que je sais qu’il confortera votre détermination à agir pour la justice, pour la paix et pour préserver les grands équilibres de notre planète. Je suis convaincu que chacun, partout dans le monde, y puisera une volonté encore plus forte de coopérer avec vous-même et avec l’Amérique pour atteindre ces objectifs communs”, ajoute Nicolas Sarkozy.
“Sachez que sur ce chemin, vous pourrez compter sur mon soutien résolu et sur celui de la France”, conclut le président. (Courrier, vendredi 9 octobre)

François Fillon, Premier ministre
“Une personnalité dont le parcours exceptionnel constitue un symbole d’espoir et de renouveau”.
“Cette récompense illustre le message d’ouverture et de réconciliation qu’a représenté son élection à la présidence des Etats-Unis”. “Depuis son élection, le président Obama a œuvré en faveur de la réconciliation et de la paix. Il a prononcé au Caire un discours majeur qui vise à faire échec au choc des civilisations”.”Barack Obama a aussi su faire évoluer en profondeur le message que les Etats-Unis adressent au monde. Qu’il s’agisse du désarmement, de l’environnement ou de la fermeture du camp de Guantanamo, il a pris des positions courageuses qui sont autant de messages d’ouverture”.”Au-delà de la personnalité du président Obama, ce prix Nobel de la Paix consacre la force des idéaux qu’incarnent les Etats-Unis, la force de l’engagement collectif, la force du rêve américain. Il nous encourage, plus que jamais, à oeuvrer avec les Etats-Unis pour la justice et pour la paix”.(Communiqué)

Les députées Aurélie Filippetti (PS) et Marie-Georges Buffet (PCF) ont interrompu les débats à l’Assemblée. Aurélie Filippetti s’est levée pour annoncer à l’hémicycle l’attribution du prix Nobel. Marie-Georges Buffet, qui devait intervenir à ce moment, a renchéri en félicitant le président américain. (Déclarations à l’Assemblée nationale, vendredi 9 octobre)

Martine Aubry, première secrétaire du PS
“Avec audace, force et courage, Barack Obama est parvenu à créer un nouveau climat dans les relations politiques internationales. En tournant le dos à la politique de George Bush et son horrible choc des civilisations, en défendant une approche multilatérale des relations internationales, en menant le difficile combat pour les Droits de l’Homme partout dans le monde, en s’engageant dans le processus de paix israélo-palestinien et en pesant de tout son poids pour le désarmement nucléaire, Barack Obama oeuvre de manière déterminante pour la construction d’une paix durable dans le monde”. (Communiqué, vendredi 9 octobre)

Xavier Bertrand, secrétaire général de l’UMP
“Son élection et ses actions au quotidien sensibilisent déjà le monde à la paix, et cela est essentiel pour pacifier les relations entre les pays, les communautés, les cultures et les civilisations. Ses efforts en faveur du renforcement de la diplomatie et de la coopération internationale sont ainsi récompensés. Ce Prix Nobel est un véritable encouragement à la réalisation de grands projets diplomatiques et une incitation à promouvoir la paix dans le monde”. (Communiqué, vendredi 9 octobre)

Parti communiste français (PCF)
“Ce prix suscite de l’étonnement et de l’incompréhension. On comprend que son engagement déclaré pour le désarmement nucléaire puisse soulever un espoir, comme ses déclarations en faveur d’une solution politique au Proche Orient. Mais pour l’instant, malgré les engagements pris et les grands discours, rien de positif n’est intervenu (…) Les crises du Moyen Orient ont atteint un degré de gravité inquiétant et des impasses dramatiques (…) Barack Obama est devant des choix urgents et cruciaux, et ceux qui viennent de le couronner le rappellent finalement à ses engagements et donc à sa responsabilité”. (Communiqué, vendredi 9 octobre)

Axel Poniatowski, député UMP du Val-d’Oise
“Ce choix peut paraître surprenant mais il est assez compréhensible. C’est une façon de délivrer un satisfecit et un encouragement à une nouvelle politique. Vu l’action qui a été la sienne depuis 24 mois, Nicolas Sarkozy aurait tout autant pu prétendre avoir le Nobel. Il faisait d’ailleurs partie des nominés. Mais on voit là une différence de puissance entre nos pays (Etats-Unis et France) et de poids à travers le monde” (Entretien au JDD.fr vendredi 9 octobre).

Ségolène Royal, présidente (PS) de la région Poitou-Charentes
“C’est la juste récompense d’un courage politique exceptionnel, mis au service d’une volonté ardente de réconciliation de l’Amérique. Barack Obama n’a pas attendu la fin de son mandat pour engager les efforts de paix au Proche-Orient. Ses discours ont affirmé avec force la volonté de tourner une page obscure. Les prétentions impériales d’une Amérique ivre de puissance ont laissé place à une politique de coopération, fondée sur le respect et l’intérêt mutuels, sur la compréhension lucide de l’autre et le dépassement des antagonismes. C’est l’espérance d’une histoire dans laquelle l’humanité montrera enfin le meilleur d’elle-même”. (Communiqué vendredi 9 octobre)

Jean-Marie Le Pen, président du Front national
“Le prix Nobel de la Paix est désormais une illustration de l’inversion des valeurs qui caractérise le monde de Big Brother. Il est attribué cette année au dirigeant qui mène les guerres les plus importantes du moment et les plus onéreuses de l’histoire, et qu’aucune considération morale ou de droit international ne peut justifier. Le comité Nobel devrait maintenant créer un prix Nobel de la Vérité pour l’attribuer au plus grand menteur, mais là il aura beaucoup de mal à départager les candidats”. (Communiqué, vendredi 9 octobre)

Hervé Morin, ministre de la Défense
“Aujourd’hui, à travers ce prix Nobel de la paix, c’est plus de 6 milliards de personnes qui adressent un message de confiance, d’optimisme et d’espoir à un homme qui, par son action contribuera à l’avenir de notre planète. Barack Obama symbolise, au-delà des frontières, la réconciliation des hommes et donne l’espoir qu’un autre monde est possible. Car l’heure des décisions importantes est venue pour faire face aux nouveaux défis environnementaux, pour installer durablement la paix dans les régions instables, pour ériger en lois universelles la liberté et l’égalité”. (Communiqué, vendredi 9 octobre)

Les réactions en Europe

Angela Merkel, chancelière allemande
Angela Merkel félicite Barack Obama pour son Prix Nobel de la paix qui constitue “une incitation pour le président et pour nous tous” à faire encore plus pour la paix.
Barack Obama “a réussi en peu de temps à instaurer un nouveau ton et à permettre une ouverture au dialogue”. Ce prix constitue une “incitation pour le président et pour nous tous” à “œuvrer encore mieux pour la paix dans le monde”, a souligné la chancelière conservatrice. (Déclaration à la presse, vendredi 9 octobre)

Lech Walesa, Nobel de la Paix en 1983 et ancien président polonais
“Qui, Obama ? Si vite? Trop vite ! Il n’a pas eu le temps de faire quoi que ce soit. Pour le moment il ne fait que proposer”, affirme Lech Walesa.
“Parfois, le Comité Nobel donne son prix pour encourager une action responsable. Alors, donnons-lui une chance, à Obama”. (Déclaration à l’AFP, vendredi 9 octobre)

José Manuel Barroso, président de la Commission européenne
“L’attribution du prix au président Obama, leader de la puissance militaire la plus importante dans le monde, au début de son mandat, est le reflet des espoirs qu’il a soulevés au niveau mondial avec sa vision d’un monde sans armes nucléaires”. “Ce prix est un encouragement pour l’engagement de tous ceux qui peuvent contribuer à faire naître un monde plus sûr”. Le prix constitue également “une reconnaissance des attentes créées partout par la volonté du président Obama de travailler en étroite collaboration avec les partenaires des Etats-Unis pour façonner des réponses mondiales aux défis internationaux auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui”, a estimé le chef de l’exécutif européen. (Communiqué vendredi 9 octobre)

Silvio Berlusconi, chef du gouvernement italien
“Nous avons entendu au cours du Conseil des ministres que le (Prix) Nobel de la paix a été attribué à Barack Obama et nous avons applaudi avec conviction”, raconte Silvio Berlusconi. Le président américain devra observer désormais “un comportement oecuménique” à l’égard du monde entier, estime-t-il. Il y a deux semaines Silvio Berlusconi avait de nouveau qualifié Barack Obama et sa femme Michelle de “bronzés”. (Déclaration, vendredi 9 octobre)

Le Vatican
“L’attribution du Nobel de la paix au président Obama est accueillie favorablement au Vatican à la lumière de l’engagement démontré du président en faveur de la promotion de la paix au niveau international et en particulier, tout à fait récemment, en faveur du désarmement nucléaire”, a déclaré le porte-parole du Vatican, père Federico Lombardi. “Nous espérons que ce prix très important encouragera davantage encore cet engagement difficile mais fondamental pour l’avenir de l’humanité”. (Déclaration à la presse, vendredi 9 octobre)

José Luis Zapatero, chef du gouvernement espagnol
Ce prix Nobel, à l’”intérêt hautement stratégique”, est une “incitation, un soutien au président pour qu’il remporte des succès dans la recherche de la paix”. “Les objectifs de Barack Obama sont des objectifs positifs pour le monde entier et nous devons réfléchir à ce que nous devons faire pour les mettre en pratique”. (Conférence de presse, vendredi 9 octobre)

Javier Solana, diplomate en chef de l’UE
“Ce prix est un hommage mérité à l’extraordinaire leadership du président Obama, son dévouement à la cause de la paix et son engagement sans faille à l’égard de la diplomatie internationale”. (Communiqué, vendredi 9 octobre)

Anders Fogh Rasmussen, secrétaire général de l’Otan
“Comme le comité Nobel l’a déclaré, le président Obama a fait des efforts extraordinaires pour renforcer la diplomatie et la coopération internationale entre les peuples”. Le président américain “a également démontré son engagement résolu à aider à bâtir la paix et défendre les droits humains fondamentaux, y compris par l’Alliance atlantique. Cet honneur est bien mérité”. (Communiqué, vendredi 9 octobre)

Mairead Corrigan Maguire, lauréate du prix Nobel de la paix 1976
L’Irlandaise du nord, récompensée avec Betty Williams pour une campagne de marches pour la paix dans la province britannique alors minée par les violences interreligieuses, critique l’attribution du prix au président américain estimant qu’il s’agit d’une décision “très triste”. “Le président Obama doit encore prouver qu’il va faire sérieusement bouger les choses au Moyen-Orient, et qu’il mettra fin à la guerre en Afghanistan et à beaucoup d’autres problèmes”. “Le comité Nobel n’a pas rempli les critères indiqués dans le testament d’Alfred Nobel, puisqu’il avait stipulé que le prix devait être donné aux gens qui mettent fin au militarisme et sont pour le désarmement”. (Déclaration, vendredi 9 octobre)

Les réactions dans le reste du monde

La famille kényane de Barack Obama
“C’est un honneur pour la famille… nous sommes très contents que l’un d’entre nous ait été consacré. Nous félicitons Barack”, déclare le demi-frère du président, Saïd Obama, depuis le village de Kogelo. Ce prix “touche beaucoup de monde” car le président représente “des gens d’horizons très divers”.
Le président américain, dont le père kényan aujourd’hui décédé est né à Kogelo, est considéré au Kenya comme un enfant du pays où il jouit d’une grande popularité. (Déclaration, vendredi 9 octobre

Hamid Karzaï, président de l’Afghanistan
Le président américain Barack Obama est la “bonne personne” pour une telle distinction, a estimé Hamid Karzaï, le président de l’Afghanistan, où Barack Obama doit décider de l’envoi ou non de soldats en renfort contre les talibans. “Nous félicitons M. Obama pour avoir remporté le Prix Nobel”, déclare Siamak Hiraï, porte-parole de la présidence afghane. “Son travail acharné et son projet pour de nouvelles relations internationales, sa volonté et ses efforts pour créer une atmosphère d’amitié et de bonnes relations, ainsi que pour la paix dans le monde, en faisaient la bonne personne pour recevoir le Prix Nobel de la paix.” (Déclaration, vendredi 9 octobre)

Fidel Castro, leader cubain
“Je ne partage pas toujours les positions de cette institution mais je me dois de reconnaître que cette fois cela a été une mesure positive. Cela compense l’échec qu’a subi Obama à Copenhague alors que Rio de Janeiro et non Chicago a été désigné pour accueillir les Jeux Olympiques de 2016, ce qui a provoqué les attaques de ses adversaires de l’extrême droite”. “Plusieurs pensent qu’il n’avait pas encore gagné le droit de recevoir une telle distinction. Nous désirons voir dans cette décision, plus qu’un prix au président des Etats-Unis, une critique contre la politique génocidaire qu’ont suivie nombre de présidents de ce pays, une exhortation à la paix et à la recherche de solutions conduisant à la survie de l’espèce”. (Billet sur le site cubadebate.cu)

Dmitri Medvedev, président russe
“Je considère que cette décision du Comité Nobel est l’évidence d’une vision réaliste des dynamiques du développement mondial”.”J’espère que cette décision sera un encouragement supplémentaire à joindre les efforts pour créer un nouveau climat dans les relations internationales et promouvoir des initiatives d’une importance cruciale pour la sécurité globale”. (Déclaration à la presse)

Les Talibans
“Nous n’avons perçu aucun changement de stratégie pour la paix, il n’a rien fait pour la paix en Afghanistan, il n’a pas pris une seule mesure pour cela ou pour rendre le pays plus stable”, commente Zabihullah Mujahid, le porte-parole des talibans. “Nous condamnons l’attribution du Nobel de la paix à Obama.” (Déclaration, vendredi 9 octobre)

Rebiya Kadeer, dissidente ouïghoure en exil
Je suis très heureuse qu’il (Barack Obama) ait reçu le prix. Maintenant il doit en faire quelque chose. Cela augmente les attentes de le voir défendre les nations opprimées”. Le nom de la dissidente ouïghoure avait été cité comme lauréate possible du Nobel de la Paix. “Des Ouïghours sont tués en ce moment même. Avec le prix, il (Obama) doit savoir comment parler aux dictatures du genre de la Chine”, a dit Rebiya Kadeer, qui réside dans la région de Washington. (Déclaration, vendredi 9 octobre)

Mahmoud Ahmadinejad, président de l’Iran
“Nous espérons que cela l’incitera à emprunter la voie qui apportera la justice dans le monde”, a indiqué Ali Akbar Javanfekr, son porte-parole. “Nous ne sommes pas contrariés et nous espérons qu’en recevant ce prix, il commencera à entreprendre des démarches concrètes en vue de mettre fin à l’injustice dans le monde.” (déclaration, vendredi 9 octobre)

La fondation Nelson Mandela
“La Fondation Nelson Mandela, au nom de son fondateur Nelson Mandela, salue l’attribution du Prix Nobel de la Paix au président Barack Obama”, écrit le directeur de la fondation Verne Harris dans un communiqué. “Nous sommes certains que ce prix va lui permettre de renforcer son engagement, en tant que leader de la nation la plus puissante du monde, pour continuer de promouvoir la paix et la fin de la pauvreté”, poursuit-il. Nelson Mandela, premier président noir d’Afrique du Sud avait également reçu en 1993 cette distinction du comité Nobel. (Communiqué, vendredi 9 octobre)

Le dalaï lama
“Je continue à affirmer que les pères fondateurs des Etats-Unis ont fait de ce pays la plus grande démocratie du monde et le défenseur de la liberté”. “Il est donc important que les leaders américains fondent leur influence sur ces idéaux. Une telle approche ne va pas seulement mettre en valeur la réputation des Etats-Unis, mais va aussi formidablement contribuer à réduire les tensions dans le monde”. (Communiqué)

Mohamed ElBaradei
Barack Obama, apporte “l’espoir d’un monde en paix avec lui-même”, a déclaré le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) Mohamed ElBaradei. Il s’est dit “absolument enchanté” du choix du président américain, qui, “au pouvoir depuis moins d’un an”, “a transformé notre façon de nous voir nous-mêmes et de voir le monde dans lequel nous vivons”. “Il a ravivé l’espoir pour un monde en paix avec lui-même”. Le chef de l’Etat américain “a fait preuve d’un leadership extraordinaire” en prônant un monde dénucléarisé et “d’un engagement inébranlable pour la diplomatie, le respect mutuel et le dialogue comme étant les meilleurs moyens de résoudre les conflits”. (Communiqué, vendredi 9 octobre)

Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU
Ban Ki-moon “félicite de tout cœur” Barack Obama. “Le président Obama personnifie un nouvel esprit de dialogue et d’engagement personnel sur les plus grands problèmes mondiaux comme le réchauffement climatique, le désarmement nucléaire et une grande variété de menaces à la paix et à la sécurité internationale”. (Communiqué, vendredi 9 octobre)

Michael Steele, président du parti républicain américain
“Une chose est sûre : le président Obama ne recevra pas de récompense des Américains pour les créations d’emplois, la responsabilité budgétaire, ou pour avoir lié ses paroles à des actes”. “Qu’a donc accompli le président Obama ?”.
“Il est fâcheux que le vedettariat du président ait éclipsé d’inlassables militants qui ont obtenu des résultats en matière de paix et de droits de l’homme”, a-t-il ajouté. (Communiqué, vendredi 9 octobre)

Manuel Zelaya, président déchu du Honduras
“Je veux féliciter le président Barack Obama pour le Prix Nobel. Je considère que c’est un défi pour le président des Etats-Unis en personne d’assumer la responsabilité du symbole de la paix”. (Déclaration à l’AFP)

Luiz Inacio Lula da Silva, président brésilien
“J’ai déjà envoyé un télégramme de félicitations à Obama, et il est possible que je lui parle sous peu. Je pense que le prix est en de bonnes mains et j’espère que la paix mondiale deviendra une réalité et que nous n’aurons plus de bombes nucléaires”. “Je n’y ai vraiment pas pensé (à avoir le prix, ndlr) Le jour où je voudrais être candidat à ce prix, je m’inscrirai moi-même”. (Déclaration à la presse)

Benjamin Netanyahu, Premier ministre israélien
“Je me réjouis d’avance d’œuvrer en étroite collaboration avec vous pendant les prochaines années pour faire avancer la paix et donner l’espoir aux peuples de la région qui méritent de vivre en paix, en sécurité et dans la dignité”. “Vous avez déjà inspiré tellement de gens à travers le monde, et je sais que cette récompense exprime aussi l’espoir que votre présidence sera annonciatrice d’une nouvelle ère de paix et réconciliation”. “Nulle part ailleurs qu’au Moyen-Orient, une région longtemps endeuillée par le terrorisme et les effusions de sang, la paix est à ce point nécessaire”, a également plaidé Benjamin Netanyahu. (Communiqué, vendredi 9 octobre)

Shimon Peres, président israélien et lauréat du prix en 1994
“Vous avez apporté à l’humanité toute entière un nouvel espoir (…). Sous votre leadership, la paix est devenue une vraie priorité”. “Très peu de leaders sont parvenus à changer l’état d’esprit du monde en si peu de temps et avec un tel impact”. (Message à Barack Obama, vendredi 9 octobre)

Le roi du Maroc Mohammed VI salue (son) “engagement personnel résolu, (son) action continue et (ses) efforts sincères, en faveur de la paix et de la sécurité internationales”. Cette récompense est une “reconnaissance à vos décisions judicieuses et vos initiatives constructives sur la voie de la réalisation de la paix mondiale, notamment au Proche-Orient, ainsi qu’aux efforts soutenus que vous ne cessez de déployer pour limiter la prolifération des armes nucléaires”. “Cette consécration internationale ne manquera pas de renforcer votre détermination à poursuivre vos nobles actions en faveur d’un climat de confiance, de rapprochement et de compréhension entre les différents peuples, civilisations et religions, en particulier votre vision positive des relations entre l’Occident et le monde islamique, et d’un avenir meilleur pour l’humanité et notre planète”. (Message au président des Etats Unis)

Adolfo Perez Esquivel, Prix Nobel de la Paix argentin
“Je suis surpris par l’attribution du Prix à Obama, qui est le président du pays qui commet le plus d’agressions au monde, et qui impose les choses du point de vue du complexe militaro-industriel, les guerres et les conflits”.
Il espère qu’Obama “utilise (le Prix) au service des peuples, pour résoudre les graves conflits dans lesquels les Etats-Unis sont impliqués, les guerres en Irak et en Afghanistan, et les graves violations des droits de l’Homme dans ces pays”. (Déclaration à la presse)

Alvaro Garci, vice-président bolivien
“Nous saluons et nous nous réjouissons de cette nomination, sans aucun doute pour un président qui a beaucoup fait pour les droits du peuple américain”, a dit le vice-président bolivien Alvaro Garcia, au cours d’une conférence de presse. Il “a des difficultés, nous le sentons prisonniers d’un réseau impérial qui bouge de façon presque indépendante au dessus de lui”. “Au-delà du fait que le président Obama soit prisonnier de l’empire, disons, de la machine impériale, nous saluons sa nomination”. (Déclaration à la presse)

Les associations et organisations humanitaires

SOS Racisme
“Barack Obama qui a su transformer profondément l’image des Etats-Unis dans le monde. (…) Après la période sombre de la présidence Bush marquée par la doctrine du choc des civilisations Obama s’évertue à restaurer des bases plus saines pour les relations internationales”, écrit l’association dans un communiqué. “Nous nous réjouissons que ce prix Nobel viennent récompenser un homme qui a redonné au dialogue ses lettre de noblesse sur le plan international”. (Communiqué, vendredi 9 octobre)

La FIDH
“Le Prix Nobel de la Paix à Obama, c’est aussi une incitation méritée à ne pas revenir sur les principes universels qu’il a remis à l’honneur. C’est une reconnaissance et une nouvelle légitimité pour qu’il fasse preuve de plus de fermeté sur les principes”, a déclaré la Fédération internationale des ligues des Droits de l’Homme (FIDH).
“On l’a entendu sur les principes. Aujourd’hui, il faut le passage à l’acte: le prix Nobel peut l’encourager”, a dit Souhayr Belhassen.
“Nous aurions préféré voir un défenseur des droits de l’homme comme Oleg Orlov, de Memorial, en Russie, ou à titre posthume Natalia Estemirova”, militante des droits de l’homme assassinée en juillet dernier en Tchétchénie. (Déclaration, vendredi 9 octobre)

Handicap International
L’organisation invite Barack Obama “à renforcer le contrôle des armes conventionnelles, en signant les deux traités d’interdiction des mines antipersonnel et des bombes à sous-munition”. L’ONG rappelle que les Etats-Unis refusent depuis 1997 “de signer le Traité d’Ottawa interdisant les mines antipersonnel, adopté par 156 Etats”, et n’envisagent “toujours pas de signer le Traité d’Oslo de décembre 2008″ interdisant les bombes à sous-munition. (Communiqué, vendredi 9 octobre)

(Nouvelobs.com avec AFP, AP et Reuters)


Oslo/Décryptage d’un Nobel (Michel Gurfinkiel: The Nobel committee has always put ideology before facts)

20 octobre, 2009
Arafat Nobel disgrace (1994)C’est un terrible avantage de n’avoir rien fait, mais il ne faut pas en abuser. Rivarol.
Quand Alfred Nobel créa ses prix, à la fin du XIXe siècle, la Suède et la Norvège étaient confédérés sous un seul et même monarque. L’inventeur de la dynamite, Suédois, voulut confier aux Norvégiens l’une de ses distinctions. Ce fut le prix de la paix. Mais Oslo n’ayant pas d’Académie prestigieuse, analogue à l’Institut Karolinska de Stockholm, le choix des lauréats fut confié à un comité de cinq membres élu par le parlement local. A parlement de gauche, comité de gauche, et inversement : il en va ainsi depuis plus d’un siècle. Et le Nobel de la paix s’en ressent. Le comité actuel est dirigé par Thorbjorn Jagland, ancien premier ministre socialiste et ancien ministre des Affaires étrangères, dont les passages au pouvoir ont tous été entachés de scandales, de gaffes diverses et de prises de position anti-américaines ou anti-israéliennes. On sait également aujourd’hui qu’il était considéré par le KGB, tout au long des années 1970 et 1980, comme un “contact confidentiel”. Voilà qui explique beaucoup de choses, on en conviendra. Michel Gurfinkiel
Combien de Sakharov ou de Mère Térésa pour faire passer les Le Duc Tho et les Arafat?

29 sur 52 personnalités ou organisations liées au tiers-monde; 16 à des ONG de gauche ou d’extrême-gauche; 6 à l’Onu ou à des Etats ou organisations totalitaires; 4 à des pays musulmans ou à des organisations terroristes; 3 à des militants ou organisations écologistes; 17 seulement pour avoir défendu les valeurs démocratiques dont 5 (Kissinger, Sato, Begin, Peres, Rabin comme faire-valoir à des colauréats “mieux-disants” (Le Duc Tho – qui seul avec Sartre a eu la décence de le refuser! -, McBride, Sadate, Arafat – qui provoqua la seule démission à ce jour d’un membre du comité, l’honoralissime démocrate-chrétien Kaare Kristiansen); 12 lauréats occidentaux ou pro-occidentaux honorés en fait en tant que tels (Sakharov, Mère Térésa, Walesa, Wiesel, le Dalai-Lama, Hume, Trimble, Kim, Ximenes Belo, Ramos-Horta, Yunus, Ahtissari) …

Pour ceux qui s’étonneraient encore, après les Annan, Carter, Ebadi, Maathai, ElBaradei et Gore des sept dernières années, du prix attribué sur la foi de ses seuls discours au Pleurnicheur en chef …

Magistral décryptage, par Michel Gurfinkiel, de la longue tradition derrière l’apparence de rupture (au moins depuis 35 ans et sans compter le brillant duo de 1926), de choix en fait idéologiques du comité norvégien …

Oslo/Décryptage d’un Nobel
Michel Gurfinkiel
Mercredi 14 octobre 2009
Le comité Nobel norvégien a toujours fait passer l’idéologie avant les faits. Et il est dirigé par un ancien “contact” soviétique. Deux raisons de couronner Obama.

« En distinguant le président américain sur la foi de ses discours, le jury d’Oslo rompt avec sa tradition ». C’est ainsi que Le Monde, le 9 octobre, commente l’attribution du prix Nobel de la paix à Barack Obama. Jusqu’à présent, le prix avait toujours récompensé des actes, plutôt que de simples intentions. Désormais, les intentions priment les actes. Obama, installé à la Maison Blanche depuis neuf mois seulement, s’est hâté d’associer à ses honneurs une lauréate plus ancienne, la militante démocrate birmane Aung San Suu Kyi. Pour échapper, au moins en partie, au ridicule de la situation : « C’est un terrible avantage de n’avoir rien fait, mais il ne faut pas en abuser », disait Antoine de Rivarol.

Mais le jury d’Oslo a-il réellement rompu avec une « tradition », comme l’affirme le Monde ? Voire. Il avait pris l’habitude d’attribuer le Nobel de la paix en fonction d’une idéologie plutôt que de faits. De là à couronner l’idéologie elle-même, il n’y avait qu’un pas.

La liste des lauréats sur les trente-cinq dernières années, de 1973 à 2008, est révélatrice. Au total, cinquante-deux personnalités ou organisations ont reçu le prix pendant cette période. Vingt-neuf sont liées à des pays du tiers-monde ; seize à des ONG de gauche ou d’extrême-gauche ; six à l’Onu ; six à des Etats ou organisations totalitaires ; quatre à des pays musulmans ; quatre à des organisations terroristes ; trois à des militants ou organisations écologistes. En regard, dix-sept lauréats seulement, toutes origines confondues, ont été explicitement honorés pour avoir défendu les valeurs d’une société démocratique et humaniste de type occidental. Encore faudrait-il en retrancher cinq (Henry Kissinger, Eisaku Sato, Menahem Begin, Shimon Peres, Yitzhak Rabin), qui servent de faire-valoir à des colauréats « mieux-disants » (Le Duc Tho, Sean McBride, Anouar el-Sadate, Yasser Arafat). Ce qui ramène les lauréats occidentaux ou pro-occidentaux honorés en tant que tels à douze seulement (Andréi Sakharov, Mère Thérésa, Lech Walesa, Elie Wiesel, le Dalai-Lama, John Hume, David Trimble, Kim Dae Jung, Carlos Felipe Ximenes Belo, Jose Ramos-Horta, Muhamad Yunus, Marrti Ahtissari).

Derrière de tels choix, on retrouve sans cesse l’illusion de l’ « arbitrage », que partageait assurément Alfred Nobel, selon lequel la paix est une affaire de bons sentiments, le produit d’une « conversion des cœurs », plutôt que le résultat d’un rapport de forces ; mais aussi le sophisme infiniment plus pervers des « pacifistes » qui, avant 1939, se proposaient de coexister avec le IIIe Reich, et qui plus tard, pendant la guerre froide, ne se souciaient de désarmer l’Ouest, selon le mot de François Mitterrand, que pour mieux armer l’Est ; et surtout le fantasme antinomiste – dont un Alain Badiou, en France, est le pyrotechnicien quasi-officiel – selon laquelle le Mal serait porteur de Bien, le Bien un Mal déguisé, la liberté un leurre, la tyrannie une liberté, le droit une imposture, la progression du niveau de vie une paupérisation, la civilisation une barbarie et les Barbares de vrais civilisés.

Ces rêves ou ces délires se nourrissent de leur inassouvissement. Là encore, il convient de relire la liste des lauréats. L’Américain Ralph Bunche obtint le Nobel de la paix, en 1950, pour sa médiation dans le conflit israélo-palestinien et israélo-arabe. Sadate et Begin, en 1978, Arafat, Rabin et Peres, en 1994, Obama en 2009, l’ont obtenu pour les mêmes raisons. Mais la guerre continue : ce qui signifie, au minimum, que cinq prix sur six n’ont servi à rien. Kissinger et Le Duc Tho ont été couronnés en 1973 pour leurs accords de paix en Indochine : deux ans plus tard, la guerre reprenait, et le communisme massacrait ou expulsait des millions d’êtres humains au Vietnam et au Cambodge. Kofi Annan et l’Onu ont été honorés en 2001 : au moment où les médias commençaient à évoquer le scandale « Pétrole contre nourriture ». L’Agence internationale de l’Energie atomique, dirigée par l’Egyptien Mohamed El-Baradei, a été distinguée en 2005 pour sa lutte contre la prolifération des armes nucléaires : elle n’avait pourtant rien fait pour empêcher l’accession de l’Inde et du Pakistan, en 1998, à ce type d’armements ; et ne fera rien pour freiner la Corée du Nord, puissance déclarée en 2008, ou l’Iran.

Tous les jurés d’Oslo n’ont pas perdu le sens commun. Tous ne sont pas restés passifs devant un tel bilan. Kaare Kristiansen démissionna du Comité Nobel en 1994 plutôt que de cautionner la remise du prix de la paix à Arafat. Mais ce ne sont là que des exceptions qui confirment la règle. Pourquoi ?

Quand Alfred Nobel créa ses prix, à la fin du XIXe siècle, la Suède et la Norvège étaient confédérés sous un seul et même monarque. L’inventeur de la dynamite, Suédois, voulut confier aux Norvégiens l’une de ses distinctions. Ce fut le prix de la paix. Mais Oslo n’ayant pas d’Académie prestigieuse, analogue à l’Institut Karolinska de Stockholm, le choix des lauréats fut confié à un comité de cinq membres élu par le parlement local. A parlement de gauche, comité de gauche, et inversement : il en va ainsi depuis plus d’un siècle. Et le Nobel de la paix s’en ressent.

Le comité actuel est dirigé par Thorbjorn Jagland, ancien premier ministre socialiste et ancien ministre des Affaires étrangères, dont les passages au pouvoir ont tous été entachés de scandales, de gaffes diverses et de prises de position anti-américaines ou anti-israéliennes. On sait également aujourd’hui qu’il était considéré par le KGB, tout au long des années 1970 et 1980, comme un « contact confidentiel ». Voilà qui explique beaucoup de choses, on en conviendra.


Présidence Obama: Et si la vieille Europe n’était plus où on la croyait? (Caught in the headlights: Will freshly nobelized Bambi ever learn what it takes to be a US president?)

18 octobre, 2009
Bambi caught in the headlightsCette rhétorique messianique, qui justifie tous les raccourcis et tous les accommodements avec la réalité pour atteindre l’hagiographie, est (…) le syndrome inverse de la diabolisation de Bush et consorts. Il lui succède de façon logique : pour tirer un trait définitif sur un Mal épouvantable, il fallait un Bien hors du commun – et peu importe que ce dernier doive beaucoup à l’imaginaire et s’applique à un homme dont finalement on ne sait pas grand chose. Le délire anti-Bush a mené à l’adoration pro-Obama. Ludovic Monnerat
Nous pensions que nous ne verrions jamais le jour où un président français montrerait plus de résolution que le commandant en chef de l’Amérique pour affronter un des plus graves défis posés à la sécurité mondiale. Eh bien, nous y sommes. Le WSJ
Quand il se retrouve à côté d’un Sarkozy plus peitit en taille mais plus grand en stature, Obama a presque maintenant des airs de pré-adolescent. Victor Davis Hanson
La vieille Europe vit dans un monde de retraites publiques qui ne sont plus finançables, de trop peu d’emplois créés pour ses plus jeunes travailleurs, de taux de natalité insuffisants pour le remplacement des générations, de grasses subventions pour des fermes datant du Moyen-Age, d’impôts élevés pour payer la grande vie du secteur public et, la preuve historique la plus cruciale du déclin, l’incapacité à financer ses propres armées. Seuls cinq des 28 pays membres de l’OTAN (le Royaume-Uni, la France, la Turquie, la Grèce et l’Espagne) atteignent le seuil minimum de 2% du PNB consacré à la défense.
Peut-être que le témoin le plus intrigant de cette éducation est l’Européen Nicolas Sarkozy. Dans ses bons jours, le président français semble avoir pris conscience du déclin politique et économique dont il a hérité. Ainsi était-il frappant aux Nations Unies le mois dernier quand M. Sarkozy a dit que “M. Obama rêve d’un monde sans armes nucléaires”. Puis, décrivant la menace nucléaire iranienne, il a ajouté : “A un certain moment des évènements graves nous forceront à prendre des décisions”. Par “nous”, il voulait dire que c’était aux États-Unis de prendre l’initiative. En Occident, seul le président des États-Unis peut encore transformer des décisions basées sur la dure réalité au lieu de se réfugier dans le moralisme mou. Le jour où cela ne sera plus vrai, les États-Unis mériteront enfin leur Nobel décadent. Daniel Henninger
Quand les éditorialistes du WSJ félicitent un président français pour son réalisme et sa détermination face à la pusillanimité de leur fraichement nobélisé président… pas une mais deux fois en à peine deux semaines!

Et un historien militaire américain en vient à lui trouver plus de stature face aux airs pré-adolescents du Pleurnicheur en chef …

A Decadent Nobel
A prize for soft moralism.
Daniel Henninger
The Wall Street Journal
Thursday, October 15, 2009

So Donald Rumsfeld was right about Old Europe.

The Norwegian Nobel Committee has taken it in the neck for awarding this year’s Peace Prize to a nine-month old American presidency. There’s been much mockery of pencil-necked Norwegian academics in faraway Oslo. This is unfair.

The committee said it chose Barack Obama for his “vision of . . . a world without nuclear weapons” and for “meeting the great climatic challenges the world is confronting.” I’d say that completes the argument over old and new Europe. This is a Nobel of decadence.

Let’s be clear. This decadence isn’t primarily about Roman Polanski or Silvio Berlusconi’s playboy club or French culture minister Frederic Mitterrand’s adventures in Thailand. Though these are not irrelevant.

This Nobel is about political decadence.

“Decadence,” an enduring word, emerged from the Latin “de-cadere,” which means “to fall down.” Decadence stripped bare means decay.

The unanswered question at the center of this odd Nobel is whether Barack Obama admires Old Europe for the same reasons it admires him.

When it was a vibrant garden of ideas, Europe gave the world more good things than one can count. Then it discovered the pleasures of the welfare state.

Old Europe now lives in a world of unpayable public pension obligations, weak job creation for its youngest workers, below-replacement birth rates, fat agricultural subsidies for farms dating to the Middle Ages, high taxes to pay for the public high-life, and history’s most crucial proof of decay—the inability to finance one’s armies. Only five of the 28 nations in NATO (the U.K., France, Turkey, Greece and Spain) achieve the minimum defense-spending benchmark of 2% of GDP.

The effect of arriving at a state of political decadence, of no longer being able to rise in the world, is that many people increasingly discover that soft moralism is a more congenial pastime than producing answers for the hard questions. As when David Cameron, the Tory leader and likely next British prime minister wonders: “The insatiable consumption and materialism of the past decade; has it made us happier or more fulfilled?”

This isn’t to say that soft moralism is about nothing. But when matters such as climate change become life’s primary concerns, it means one is going to spend more time preaching, which is easy, than doing, which is hard. One thinks of Nobelist Al Gore’s unstoppable sermons.

Among the hardest questions Europe faced after World War II was the placement of anti-Soviet Pershing missiles on Europe’s soil in 1983. Led by Helmut Kohl and Maggie Thatcher, Europe did something hard: It overcame its pacifists. A decade later, with the siege of Sarajevo, old Europe came to understand that making the hardest decisions was now beyond its reach.

Current hard questions include Pakistan and Afghanistan. Darfur is a hard question. Where to hold captured terrorists is a hard question.

Americans heard often the past four years how much Europe “hated” us because of that most complex of hard questions, the Iraq war. Unpopular wars cause bad feelings to be sure, but past some point Europe’s antipathy toward the U.S. over Iraq began to sound a lot like moralistic decadence. It is a neurotic resentment of a superpower merely because it possesses the resources to do something Europe can no longer do, for good or ill.

What we are in the process of discovering is just how much President Obama’s worldview coincides with that of the continent that claims to have seen itself reflected in him and its Peace Prize.

Mr. Obama is at a crossroads in his presidency. As George W. Bush departed the White House, he said his successor would one day arrive at the need to make a decision that made clear the reality of being the American president. That moment has arrived. It is the pending troop-deployment for Afghanistan, a very hard decision.

After that, Mr. Obama will go to Oslo Dec. 10 to receive the Prize itself. That will occur in the middle of the Dec. 7-18 United Nations Climate Conference in Copenhagen, whose goal is among the explicit reasons why Mr. Obama was given the Nobel Peace Prize.

Between Afghanistan and Oslo, we’re going to get some clarity about the Obama presidency.

Perhaps the most intriguing onlooker to this education is European Nicolas Sarkozy. On his good days, France’s president seems aware of the political and economic decay he has inherited. So it was striking at the United Nations last month when Mr. Sarkozy said that Mr. Obama “dreams of a world without nuclear arms.” Then, describing Iran’s nuclear threat, he said, “At a certain moment hard facts will force us to make decisions.”

By “us” he means that the U.S. must lead. In the West, only the U.S. president can still make decisions based on hard facts rather than recede into soft moralism. The day that is no longer true, the U.S. will finally deserve a decadent Nobel.

Voir aussi:

The naif-in-chief
New York Post
September 24, 2009

Who wrote President Obama’s speech for the start of the UN General As sembly yesterday — Rodney King? You know, the guy whose videotaped run-in with cops sparked the 1992 LA riots, leading King to ask: “Can’t we all just get along?”

Today that question is used derisively, to mock naive “solutions” for social ills. But it essentially sums up Obama’s 38-minute UN plea, as Washington’s former UN envoy John Bolton noted.

Except that Obama is supposed to be the wise leader of the Free World.

What a truly pathetic performance.

Not only because of the president’s stunning cluelessness about the world’s nature. But also because of his repeated insults to America. And his back-stabbing of Washington’s top Mideast ally, Israel.

Obama, yet again, focused on the world’s “distrust” of this nation, thanks to the “belief . . . that America has acted unilaterally, without regard for the interest of others” — presumably, under George W. Bush’s presidency.

Not to fear, though; Obama’s here: He’s closing Gitmo, he said, banning torture, quitting Iraq, scrapping nukes . . .

What about protecting America?

Obama believes “deeply,” he said, that “the interests of nations and peoples are shared.” (Cue the Kumbaya singers.)

Indeed, he practically begged world leaders to take their “share of responsibility” in responding to global challenges.

Did no one brief him about who’d be at the event? Like lunatic Libyan murderer-in-chief Moammar Khadafy (who ranted for 95 minutes)? And Holocaust-denying, terror-sponsoring, nuke-building, election-stealing Iranian President Mahmoud Ahmadinejad?

Obama can’t truly believe these guys will do their “share” to make the world safe, however much he pleads.

And what’s up with those gratuitous slams at Jerusalem? “America does not accept the legitimacy of continued Israeli settlements,” Obama hissed. He insisted that “Israel respect the legitimate claims . . . of the Palestinians.”

Memo to POTUS: Israel has always respected legitimate Palestinian claims.

Indeed, it is neither Israeli disrespect nor settlements that stand in the way of peace there — but the Palestinian fantasy (fueled by folks like Ahmadinejad) of wiping the Jewish state off the map.

Obama can wish all he wants for everyone to “just get along.”

But wishing won’t make it happen.

He’s got some serious learning to do.


Présidence Obama: Aucune nation ne peut ni ne doit tenter d’en dominer une autre (No balance of power among nations will hold)

15 octobre, 2009
No meddling Obama doctrine
Les Etats sont perdus quand ils ne savent plus distinguer les bons des mauvais hommes. Antisthène
Les Hautes Parties contractantes déclarent solennellement au nom de leurs peuples respectifs qu’elles condamnent le recours à la guerre pour le règlement des différends internationaux, et y renoncent en tant qu’instrument de la politique nationale dans leurs relations mutuelles.
Les Hautes Parties contractantes reconnaissent que le règlement ou la solution de tous les différends ou conflits, de quelque nature ou de quelque origine qu’ils puissent être, qui pourront surgir entre elles, ne devra jamais être recherché que par des moyens pacifiques.
Le Président du Reich allemand, le Président des Etats-Unis d’Amérique, Sa Majesté le Roi des Belges, le Président de la République française, Sa Majesté le Roi de Grande-Bretagne, d’Irlande et des territoires britanniques au-delà des mers, Empereur des Indes, Sa Majesté le Roi d’Italie, Sa Majesté l’Empereur du Japon, le Président de la République de Pologne, le Président de la République tchécoslovaque (Pacte Kellog-Briand , article I et II, Paris, le 27 août 1928)
Aucune nation ne peut ni ne doit tenter d’en dominer une autre. Aucun ordre mondial qui place un pays ou un groupe de pays au-dessus d’un autre ne réussira. Aucun équilibre des forces entre les pays ne tiendra. Barack Obama
Pas de paix sans hégémonie et équilibre des forces. Henry Kissinger
Plus Obama brouille la différence entre alliés et ennemis, plus il démoralise les premiers et encourage les derniers. Victor Davis Hanson

Conseil de sécurité, G-20, alliance occidentale, OTAN, alliance avec le Japon et la Corée du sud, Union européenne?

Omaha beach, Iwo Jima, Buchenwald, Europe de la Guerre froide, Irak, Corée, tremblements de terre, tsunamis, famines, Désert du Sinai, voies maritimes du Pacifique et de l’Atlantique?

Au lendemain, après Carter en 2002 et Gore en 2007, d’une nouvelle attribution – ô combien prématurée après seulement 9 mois de mandat! – du prix Nobel de la paix à un Américain au seul titre de son opposition à l’ancien président George W. Bush …

Et, après le renvoi d’un premier commandant du théâtre afghan, les remises en cause de plus en plus ouvertes au sein même de l’Administration au pouvoir, de la stratégie pour une guerre censée être celle de la nécessité …

Retour, avec l’éditorialiste Charles Krauthammer et le politologue Robert Kaplan, sur l’incroyable naïveté de la nouvelle Doctrine Obama.

Qui, dans son obsession du multilatéralisme et de l’auto-flagellation en vient à condamner, au mépris de toute l’histoire américaine comme mondiale récente et contre tout principe de réalité, non seulement le principe de la dissuasion nucléaire mais tout rapport de force et toute espèce d’alliances.

Oubliant même, comme est obligé de le rappeler l’éditorialiste du NYT Thomas Friedman, qu’il n’y a en fait “pas de paix sans soldats de la paix” …

Charles Krauthammer on the loss of American hegemony.
The Wall Street Journal
October 11, 2009

Washington Post columnist Charles Krauthammer in the Manhattan Institute’s Wriston Lecture, delivered last week in New York:

Henry Kissinger once noted that the only way to achieve peace is through hegemony or balance of power.

Well, hegemony is out. As Obama said in his General Assembly address, “No one nation can or should try to dominate another nation.” (The “can” in that declaration is priceless.) And if hegemony is out, so is balance of power: “No balance of power among nations will hold.”

The president then denounced the idea of elevating any group of nations above others—which takes care, I suppose, of the Security Council, the G-20, and the Western alliance. And just to make the point unmistakable, he denounced “alignments of nations rooted in the cleavages of a long-gone Cold War” as “making no sense in an interconnected world.”

What does that say about NATO? Of our alliances with Japan and South Korea? Or even of the European Union?

Surely this is nonsense. But it is not harmless nonsense. It’s nonsense with a point. It reflects a fundamental view that the only legitimate authority in the international system is that which emanates from the “community of nations” as a whole. Which means, I suppose, acting through its most universal organs such as, again I suppose, the U.N. and its various agencies. . . .

To be sure, the idea of the international community acting through the U.N.—a fiction and a farce respectively—as enforcer of norms and maintainer of stability is absurd. . . .

But whatever bizarre form of multilateral or universal structures are envisioned for keeping world order, certainly hegemony—and specifically American hegemony—is to be retired.

Voir aussi:

Obama needs to get behind his chosen general and put the spectacle of indecisiveness behind him. Otherwise, in the coming months, the Democrats may be seen as having lost a war. And if that happens, not even the Nobel Peace Prize will rescue his reputation.

Time for Decisiveness on Afghanistan
Robert D. Kaplan
The Atlantic
October 12, 2009

When it comes to foreign policy, Republicans and Democrats are each suspect in their own way. Republicans used to be the party of competence in world affairs. They lost that aura during President George W. Bush’s first six years in office, when he mismanaged the wars both in Iraq and in Afghanistan. The Democrats, for their part, are often accused of being wobbly on national security, lacking both toughness and gumption. Unfortunately, President Barack Obama’s recent handling of the war in Afghanistan plays to those charges. Being awarded the Nobel Peace Prize will only intensify the perception that he is a weak war leader.

It’s perfectly legitimate for Obama to review Afghanistan strategy and troop numbers. But by calling into question the very strategy that he put into place earlier in the year, when he called Afghanistan the “necessary war,” and promised to properly resource it, Obama is courting charges from the right that he is another ineffectual Jimmy Carter—that other Nobel Peace Prize winner.

But what Obama’s second-guessing of his own strategy in fact suggests is poor policy coordination at the White House. There’s more than a passing similarity between the White House’s hiccups on health care and its confusion on Afghanistan. In each case, the executive branch went forward on an issue without being fully staffed out, or in agreement on the specifics.

Furthermore, in this highly networked media age you only get to fire a general once. It’s not like the Civil War era, when Abraham Lincoln could quietly relieve one commander after another until he found Ulysses Grant. Last May, the Obama Administration fired Army Gen. David McKiernan, then the commander in Afghanistan, in a particularly humiliating manner. McKiernan wasn’t a failed general; he simply wasn’t the best man for the job. Yet he’ll forever be known as the first wartime commander to have been relieved of his duties since President Harry Truman fired Army Gen. Douglas MacArthur in Korea. The Administration chose Army Gen. Stanley McChrystal to take his place. It was during the selection process for the new general that a policy review would have made sense—though only behind closed doors. And the time to roll out a new or adjusted strategy would have been when McChrystal’s selection was announced, so that he could become the face of the new policy.

The Administration had many months, beginning the moment Obama was elected, to recalibrate Afghan strategy. Yet it’s now in the position of publicly questioning the fundamental wisdom of the general it has chosen. The position Obama’s now in is similar to that of former Defense Secretary Donald Rumsfeld some years back—appearing not to be listening to his generals. If the president doesn’t agree with his field commander, that’s fine. Just don’t make a public spectacle of it.

Even if Obama does end up making the correct decision on Afghanistan strategy (by which I mean adding troops, since counterinsurgency is manpower-intensive), the public agony over his deliberations may already have done incalculable damage. The Afghan people have survived three decades of war by hedging their bets. Now, watching a young and inexperienced American president appear to waiver on his commitment to their country, they are deciding, at the level of both the individual and the mass, whether to make their peace with the Taliban—even as the Taliban itself can only take solace and encouragement from Obama’s public agonizing. Meanwhile, fundamentalist elements of the Pakistani military, opposed to the recent crackdown against local Taliban, are also taking heart from developments in Washington. This is how coups and revolutions get started, by the middle ranks sensing weakness in foreign support for their superiors.

Obama’s wobbliness also has a corrosive effect on the Indians and the Iranians. India desperately needs a relatively secular Afghan regime in place to bolster Hindu India’s geopolitical position against radical Islamdom, and while the country enjoyed an excellent relationship with bush, Obama’s dithering is making it nervous. And Iran, in observing Washington’s indecision, can only feel more secure in its creeping economic annexation of western Afghanistan. So, too, other allies far and wide—from the Middle East to East Asia, and Israel to Japan—will start to make decisions based on their understanding that Washington under Obama may not have their backs in a crisis. Again, the awarding of the Nobel Peace Prize to Obama only plays to such fears.

What to do? Obama needs to get behind his chosen general as soon as possible and put this spectacle of indecisiveness behind him. Gen. McChrystal must become the face of a policy that is supported at every level of the Administration, just as Army Gen. David Petraeus was the face of the surge in Iraq during Bush’s last two years of his presidency. Obama must capture the toughness and competence that Bush displayed as a war leader at the end of his term. Otherwise, in the coming months, the Democrats may be seen as having lost a war. And if that happens, not even the Nobel Peace Prize will rescue Obama’s reputation.

Voir enfin:

The Peace (Keepers) Prize
Thomas L. Friedman
The NYT
October 11, 200

(…)

I will accept this award on behalf of the American soldiers who landed on Omaha Beach on June 6, 1944, to liberate Europe from the grip of Nazi fascism. I will accept this award on behalf of the American soldiers and sailors who fought on the high seas and forlorn islands in the Pacific to free East Asia from Japanese tyranny in the Second World War.

“I will accept this award on behalf of the American airmen who in June 1948 broke the Soviet blockade of Berlin with an airlift of food and fuel so that West Berliners could continue to live free. I will accept this award on behalf of the tens of thousands of American soldiers who protected Europe from Communist dictatorship throughout the 50 years of the cold war.

“I will accept this award on behalf of the American soldiers who stand guard today at outposts in the mountains and deserts of Afghanistan to give that country, and particularly its women and girls, a chance to live a decent life free from the Taliban’s religious totalitarianism.

“I will accept this award on behalf of the American men and women who are still on patrol today in Iraq, helping to protect Baghdad’s fledgling government as it tries to organize the rarest of things in that country and that region — another free and fair election.

“I will accept this award on behalf of the thousands of American soldiers who today help protect a free and Democratic South Korea from an unfree and Communist North Korea.

“I will accept this award on behalf of all the American men and women soldiers who have gone on repeated humanitarian rescue missions after earthquakes and floods from the mountains of Pakistan to the coasts of Indonesia. I will accept this award on behalf of American soldiers who serve in the peacekeeping force in the Sinai desert that has kept relations between Egypt and Israel stable ever since the Camp David treaty was signed.

“I will accept this award on behalf of all the American airmen and sailors today who keep the sea lanes open and free in the Pacific and Atlantic so world trade can flow unhindered between nations.

“Finally, I will accept this award on behalf of my grandfather, Stanley Dunham, who arrived at Normandy six weeks after D-Day, and on behalf of my great-uncle, Charlie Payne, who was among those soldiers who liberated part of the Nazi concentration camp of Buchenwald.

“Members of the Nobel committee, I accept this award on behalf of all these American men and women soldiers, past and present, because I know — and I want you to know — that there is no peace without peacekeepers.

“Until the words of Isaiah are made true and lasting — and nations never again lift up swords against nations and never learn war anymore — we will need peacekeepers. Lord knows, ours are not perfect, and I have already moved to remedy inexcusable excesses we’ve perpetrated in the war on terrorism.

“But have no doubt, those are the exception. If you want to see the true essence of America, visit any U.S. military outpost in Iraq or Afghanistan. You will meet young men and women of every race and religion who work together as one, far from their families, motivated chiefly by their mission to keep the peace and expand the borders of freedom.

“So for all these reasons — and so you understand that I will never hesitate to call on American soldiers where necessary to take the field against the enemies of peace, tolerance and liberty — I accept this peace prize on behalf of the men and women of the U.S. military: the world’s most important peacekeepers.”


Laurent Murawiec: La pensée néo-conservatrice perd l’un de ses plus vaillants soldats (In memoriam)

10 octobre, 2009
Laurent Murawiec 's Prince of darknessAFP : agence de presse chargée de la propagande extérieure de l’Autorité palestinienne. (Voir aussi Reuters).

Le Monde : journal clérical pratiquant de confession laïco-islamique. Bêtisier permanent de la génuflexion islamophile.

Envoyé spécial : toujours disponible au bar du grand hôtel pour partager ses tuyaux avec ses collègues, qui les ont reçus des mêmes sources. Aurait pu écrire son papier avant d’arriver, sauf le prénom (Ahmed) du chauffeur de taxi, qui permet de donner un visage humain à la souffrance palestinienne.

Enderlin (Charles) : Scénariste et producteur de fictions. Capable de transformer le vivant en mort ; de faire apparaître et disparaître les cicatrices ; d’empêcher les blessures par balles de guerre de saigner. Journaliste à l’objectivité sans faille. Modèle professionnel de Jacques Chirac et des journalistes français. Détenteur de rushes invisibles, mais néanmoins accablants. Les montrera le jour suivant la Saint-GlinGlin 2019, à cause d’une clause signée avec les acteurs, MM. Al-Dura père et fils. Laurent Murawiec

L’approche américaine du Moyen-Orient depuis 1945 a été tout entière guidée par l’impératif géostratégique – parfaitement légitime en tant que tel, insistons-y – du pétrole : s’assurer de la “station-service”, empêcher que d’autres puissances n’en privent les États-Unis ou s’y servent elles-mêmes. (…) Témoignage de son importance, cette stratégie acquit même un nom en 1956 : la “doctrine Eisenhower”. (…) L’impunité et l’immunité ont pris fin à la date du 11 septembre 2001. (…) Afin de mener la guerre contre le terrorisme, le président Bush a répudié et abrogé la “doctrine Eisenhower”. Laurent Murawiec
Les “pacifistes” croient donner une chance à la paix. En fait, s’ils donnent une chance, c’est à l’aveuglement et à lui seul. Les manifestations de samedi dernier c’est l’union sacrée de John Lennon et de Neville Chamberlain. Une naïveté poussée jusqu’à l’absence complète de discernement le dispute au mépris de la réalité. Il n’y a rien à attendre d’une telle alliance. Laurent Murawiec
Obama demande pardon pour les faits et gestes de l’Amérique, son passé, son présent et le reste, il s’excuse de tout. Les relations dégradées avec la Russie, le manque de respect pour l’Islam, les mauvais rapports avec l’Iran, les bisbilles avec l’Europe, le manque d’adulation pour Fidel Castro, tout lui est bon pour battre la coulpe de l’Amérique. Plus encore, il célèbre la contribution (totalement inexistante) de l’Islam à l’essor de l’Amérique, et il se fend d’une révérence au sanglant et sectaire roi d’Arabie, l’Abdullah de la haine. Il annule la ceinture anti-missiles sise en Alaska et propose un désarmement nucléaire inutile. (…) Plus encore, cette déplorable Amérique a semé le désordre et le mal partout dans le monde. Au lieu de collaborer multilatéralement avec tous, d’œuvrer au bien commun avec Poutine, Chavez, Ahmadinejad, Saddam Hussein, Bachir al-Assad, et Cie, l’insupportable Bush en a fait des ennemis. (…) Il n’y a pas d’ennemis, il n’y a que des malentendus. Il ne peut y avoir d’affrontements, seulement des clarifications. Laurent Murawiec

Qu’aurions-nous fait (et qu’allons-nous faire) sans la lucidité et la plume affutée de Laurent Murawiec?

A l’heure où, avec le Comité Nobel, “l’union sacrée de John Lennon et de Neville Chamberlain” vient de révéler au monde toute l’étendue de son ineptitude …

Retour, en forme d’hommage en ce lendemain de sa disparition (58 ans suite à un cancer), sur l’un des très rares chercheurs français à avoir gardé, tout au long des années Bush et de la longue Guerre d’Irak, sa lucidité face aux génuflecteurs islamophiles de nos médias comme au véritable tsunami d’obamalâtrie qui a depuis envahi le monde.

A savoir l’analyste stratégique franco-américain Laurent Murawiec, qualifié tout à tour, par la presse française quand elle consent à parler de lui, de “faucon français” (Figaro), “néoconservateur français” (RFI), “parcours atypique” (Le Monde) ou “ancien conseiller de LaRouche (qu’il reconnaitra avoir effectivement fréquenté quelques années) et de Chevènement” (Réseau Voltaire du négationniste Thierry Meyssan).

Et dont l’énorme érudition et la langue comme la plume acerbes avaient fait la réputatio (à l’instar de son Petit dictionnaire d’idées reçues qui nous avait valu notre exclusion des blogs du Monde).

De la Rand où il avait atteint le plus haut niveau (“senior policy analyst”) mais s’était fait remercier suite à la médiatisation d’un virulent rapport sur le “seul business familial ayant un siège aux Nations unies” (alias l’Arabie saoudite) qu’il proposait de confronter après les attentats du 11/9 (18 des 19 terroristes sans compter l’essentiel du financement étaient, on s’en souvient, saoudiens), au non moins célèbre Hudson Institute où il poursuivait sa brillante carrière jusqu’à sa disparition.

Echantillons avec la longue interview qu’en avait fait il y a un an notre confrère du blog Drzz …

Extraits:

Sur Chirac et Sarkozy:

Il y a eu le long épisode d’hystérie et d’imbécillité chiraquienne, où Chirac a fait des tas de choses inutiles, s’est pris pour le chef du Tiers-Monde, avec un crétinisme parfaitement chiraquien, et a pissé sur les rapports franco-américains, de façon parfaitement ridicule, inutile, la moins nécessaire. On aurait parfaitement pu considérer que la France ait dit, en 2003 : « – on est contre l’intervention, mais les Etats-Unis sont notre allié ». On ne fait pas comme l’autre crétin de De Villepin, le tour des dictateurs du tiers-monde, pour voir si Mugabe est contre « l’attitude anti-démocratique » des Etats-Unis pour le rallier sous la bannière blanche de Pierre Laval et du Maréchal Pétain… C’est Talleyrand qui disait de l’assassinat du Duc d’Enghien : « – c’est pire qu’un crime c’est une faute », ça décrit assez bien ce qu’a fait Chirac. Chirac a mobilisé sur l’antique haine des Etats-Unis. Des gens comme J.F. Revel ont écrit là-dessus, et je n’ai rien à y ajouter, sur cette espèce d’énervement pathologique des élites françaises, « qui ne pardonnent jamais à ceux qui leur ont sauvés la peau à plusieurs reprises »… Sarkozy est un juste retour des choses. C’est un rapport apaisé.

En affaires internationales, on n’a pas d’amis permanents on a que des intérêts permanents, c’est Disraeli qui l’a dit, je crois. Mais, il n’y a pas de raison de s’attendre à une « idylle »…

Mais là, au Moyen-Orient avec une Politique américaine idiote, et par-dessus le marché, Paris qui en rajoute dans les pires zig-zag : c’est une véritable honte ( !), cette invitation de la Syrie, qui est quand même celle qui nous a tué 58 paras (Drakkar, 1983), on a toujours pas tué Rifaat El Assad, – ce qu’on aurait dû faire depuis longtemps-, on a vendu le Liban pour rien, on continue, c’est épouvantable ! Et la visite clownesque à Beyrouth fait mal au ventre, c’est une honte, ils sont passés devant les caméras du Hezbollah, ils ont donc leurs bobines dans les archives informatisées du Hezb., vraiment c’est glorieux ! Ce n’est pas la première fois que la France trahit le Liban, pas la première et sans doute pas la pire, mais ça continue. Et de ce point de vue-là il (Sarkozy) ne fait pas mieux que Chirac !

Sur Obambi:

La vulnérabilité d’Obama, c’est qu’il présente une persona qui n’a rien à voir avec sa carrière réelle. Ca tient à des choses comme le fait qu’il bosse depuis longtemps avec un mouvement d’extrême gauche très violent, Acorn[5], et en tant que membre du conseil d’une fondation ou autre chose, il a contribué à leur donner des centaines de milliers de $ ; eux, en retour, ont été les troupes de sa campagne électorale au Sénat, il y a 3 ans ; et récemment, ils ont fait campagne pour lui. il y a une synergie entre l’un et les autres. Vous trouverez cela dans National Review on line : Stanley Kurtz, qui est un journaliste remarquable a fait un boulot d’enquête formidable à Chicago, qui fait partie des choses qui vont sortir ; et l’image « lisse », actuellement, d’Obama est un peu écornée, donc…

Interview exclusive : Laurent Murawiec (1)

INTERVIEW EXCLUSIVE “LE BLOG DRZZ”
Entretien réalisé par Marc Brzustowski pour le compte du blog drzz

1ere partie : Géopolitique

MARC B. : Tout d’abord, Laurent Murawiec, je vous remercie de bien vouloir accepter de répondre aux questions des lecteurs du Blog Drzz.

J’aimerais vous poser quelques questions au sujet de la reconfiguration de la carte du Proche et Moyen-Orient, à la veille du départ de G.W Bush de la Maison Blanche:

A posteriori : l’administration Bush a t- elle, selon vous, pris les bonnes options (l’Irak/Afghanistan) ou les seules possibles à l’époque ?

L’Afghanistan d’abord :

MURAWIEC : On a fait ce qui fallait, on a renversé les Taliban, on les a chassés. On a essayé d’installer dans un pays qui n’a jamais réellement eu d’Etat central effectif, – parce que c’est une mosaïque de tribus-, un gouvernement central qui marche cahin-caha, avec le problème lié aux services de Renseignements de l’armée pakistanaise, qui sont les créateurs des Taliban. (Services) qui ont essayé de reconstruire leur créature, de recréer un mini-Talibanistan au Waziristân, autour de Peshawar. Et, tant que la question, particulièrement difficile, du Pakistan ne sera pas réglée, on aura des problèmes en Afghanistan. Dans ce cadre-là, sachant que le Pakistan est le problème et pas la solution, les options prises sont les bonnes. Rien ne fera de l’Afghanistan un pays stable et bien gouverné ; ce qu’on peut espérer c’est qu’il ne sème pas le désordre partout aux alentours, tant que subsisteront un certain nombre de problèmes, et l’un est particulièrement grave : c’est celui de l’Empire de la drogue, – dont font partie les Taliban-, qui, remonte de tous les côtés, vers l’Asie Centrale notamment, et qui pourrit tout son environnement. Voilà pour l’Afghanistan…

MARC B. : L’Irak ensuite ?

MURAWIEC : Concernant l’Irak : on a renversé Saddam Hussein et c’était une bonne chose à faire. On est en train de gagner cette guerre en ayant infligé une défaite écrasante et humiliante à Al Qaeda ; ce qui n’était pas notre objectif au départ, mais ce n’est pas une mauvaise raison même a posteriori.

MARC B. : Y a eu plusieurs périodes dans cette guerre, dont certaines n’étaient peut-être pas envisagées ou évaluées correctement au départ ? Dont cet afflux massif d’Al Qaeda…

MURAWIEC : Il y a eu au moins trois phases dans cette guerre : la phase militaire de trois semaines, le renversement de Saddam, qui a été brillante ; une période où la stratégie américaine a complètement déraillé et qui nous a coûté très cher, avec des erreurs majeures qui n’étaient pas nécessaires, tenant plus de Washington que de l’Irak ; et une troisième phase, à partir de la nomination du Général Petraeus et du Général Odierno, où cette guerre est gagnée, et où les terribles erreurs et leurs terribles conséquences ont été rattrapées in extremis.

La meilleure documentation sur la nature de ces erreurs et leur origine est, sans doute, l’ouvrage de Douglas Faith[1], qui est une documentation assez implacable de la manière dont ça s’est passé.

Quoi qu’il en soit, on est aujourd’hui, dans une situation où Al Qaeda a été écrasé, où les milices chiites, l’Armée du Mahdi, ont été écrasées et ont dû reculer, reculer, reculer, à Bassorah ou ailleurs. Où une grande partie des tribus chiites se sont ralliées, pour des raisons qui sont les leurs, à notre bagarre contre Al Qaeda et contre les milices chi’ites ; et où l’Iran, – je le dis de façon prudente parce qu’on a fait beaucoup de bêtises à cet égard -, où l’Iran ne s’est pas emparé de l’Irak.

MARC B. : Est-ce que cela ne concerne « que » l’Armée du Mahdi (cette infiltration, mise en orbite de relais pro-iraniens), ou d’autres segments ? Je sous-entends, y compris dans les arcanes du pouvoir, je pense à certaines franges du parti Al Dawah, ou encore au SIIC (Conseil suprême Islamique Irakien), ses Brigades Badr[2]…

MURAWIEC : Ecoutez, il y a une erreur à ne pas commettre, lorsqu’on parle du monde arabe en général et de l’Irak en particulier : c’est, je crois, qu’il faut se garder de considérer les partis arabes comme des structures équivalentes à leur formes européennes. Ce n’est pas un monde wébérien[3], où les partis sont organisés, régulés et représentent des structures permanentes… etc. Les groupes politiques en pays arabes, – lorsqu’il y a de la politique : c’est-à-dire qu’en Arabie Saoudite, il n’y a pas de politique, actuellement ; en Egypte, il n’y a pas de politique (intérieure) ; – Mais, ces partis fonctionnent sur une base clanique, familiale, tribale, à base de qui met la main sur l’argent de la corruption… Et donc quand on regarde, que ce soit Al Dawah ou d’autres, ce sont des regroupements fluctuants.

Et d’un côté, et bien l’Irak a comme voisin l’Iran. Comme le dit Auguste Comte, « la géographie est un Destin ». Nous, Américains on s’en ira, mais l’Iran, lui, ne s’en ira pas. Quel que soit l’Iran en question, d’ailleurs.

MARC B. : C’est ce qui explique les déplacements d’Al Maliki en Iran, qui ne concernent pas les Américains – i.e : qu’on ne peut interpréter comme une façon indirecte pour les Américains de « négocier » avec un Etat désigné comme « voyou » ?

MURAWIEC : On négocie en permanence avec le doigt sur la gâchette et le kandjar -la dague recourbée- derrière le dos, en essayant de tirer avantage maximum d’une situation. Mais, je ne blâme pas du tout Al Maliki d’aller rencontrer ce criminel d’Ahmadinedjad, parce que c’est son voisinage. L’Irak a, pour son malheur, comme voisins : l’Iran, la Syrie, l’Arabie Saoudite, la Jordanie et la Turquie, – la Jordanie et Turquie, c’est déjà mieux, mais c’est quand même pas un voisinage très plaisant !

Et donc cette guerre on a fini par la gagner, mais comme Churchill le disait : « les Américains font ce qu’il faut faire… après avoir essayé tout le reste ! » Et on peut dire que c’est exactement ce qu’on a fait en Irak. Quoque, franchement, l’histoire la 2nde Guerre mondiale n’est pas si glorieuse si on la regarde de près, que lorsqu’on la regarde avec un demi-siècle de distance. Il y a aussi eu, à l’époque, des imbécilités militaires et politiques qui sont à crier de honte, mais cette guerre, on l’a gagnée.
Donc voilà une longue réponse à votre question, je crois !

MARC B. : Que peut-on dire aujourd’hui de la fameuse « stratégie des dominos » -a-t-elle vécu ?-, qui consistait à promouvoir par l’exemple l’effondrement des « régimes-voyous » ? Parce qu’au moins deux pays-clés, l’Iran et la Syrie, subsistent aisément et, même pire, continuent d’avancer leurs pions… ? C’est ce qui semble être le lot du futur président, quelles que soient ses options…

MURAWIEC : Personnellement, je blâme énormément Bush pour avoir été incohérent, avoir mené une politique en zigzag, sans continuité. En 2003, quand on a pris Bagdad, il faut savoir qu’à Damas, le régime Assad faisait déjà ses valises, tellement il avait peur qu’on lui envoie deux ou trois tanks… Et puis, à l’époque le secrétaire d’Etat Colin Powell a pris l’initiative, sans en référer à Bush, d’ailleurs, d’aller à Damas l’assurer de nos « bons sentiments ».

Alors, primo, on a assuré la pérennité du régime baasiste d’Assad, deuxio, on lui a permis d’assurer la complicité plus qu’active du régime dans l’infiltration d’Al Qaeda contre nous et le gouvernement Irakien ; et tertio, pire que ça, on l’a laissé faire au Liban : on a soutenu la « révolution du Cèdre » et puis, quand les Syriens ont assassiné Hariri – et ce, après toute une ribambelle d’hommes politiques en général maronites – on a laissé faire sans rien dire, on l’a assuré de son impunité. Au Moyen-Orient où c’est encore la force et la puissance qui comptent, l’impunité leur a permis d’agir à sa guise. Aujourd’hui, je blâme l’Occident pour la perte du Liban. Le Hezbollah et les Aounistes ont la quasi-totalité des rênes du pouvoir entre leurs mains…

MARC B. : Et sur l’Armée… ?

MURAWIEC : L’Armée au Liban, c’est une farce ubuesque de même que son actuel Président, d’ailleurs (Michel Sleiman), c’est « farcesque ». Je blâme donc très vivement Bush d’avoir accepté la coexistence de plusieurs politiques, d’avoir laissé toute une autre politique se développer au sein de son propre gouvernement, de l’avoir laissé faire et, – en rapport aux dominos-, ceux qui auraient dû tombés ne sont pas tombés, au contraire. Le seul domino, éventuellement, à être tombé, c’est le programme nucléaire de Muhamad Khadafi qui a su lire, ce qui était marqué « sur le mur »[4] pour reprendre l’image de Nabuchodonosor dans la Bible, et en a tiré ses conclusions avec sagesse.

Ceux qui commençaient à avoir peur se sont rassurés en disant, « les Américains n’ont pas de suite dans les idées, ou ils ont trop d’ennuis en Irak pour venir nous ennuyer » ; et, hélas, ils ont eu raison.

MARC B. : Aujourd’hui, on a un peu l’impression d’un double-encerclement : certes, de l’Iran/Syrie d’un côté, mais aussi par effet de rétorsion, d’Israël, par le Hezbollah, Hamas, Syrie… ? Est-ce une vision qui se tient ? Celle d’un équilibre de la terreur ?

MURAWIEC : L’Iran serait encerclé s’il y avait une stratégie américaine visant à écrabouiller, destituer les Mollahs d’une manière ou d’une autre. Il n’y a, d’ailleurs, pas besoin de leur envoyer des bombes ; je pense qu’un mois d’embargo de toutes leurs exportations (notamment pétrolières) serait un coup de semonce terrible pour eux pour les amener à un certain code de comportement (sinon à être « raisonnables »). On cause aux Iraniens et on ne fait absolument rien de sérieux.

Mais, actuellement, il n’y a plus aucun équilibre, Bush peut manier une certaine rhétorique, elle ne trouve aucun prolongement dans la politique suivie, aucune cohérence et aucune stratégie. Il y a des bouts de stratégies et autant ne rien faire que de suivre une stratégie incohérente.

MARC B. : On peut considérer que Colin Powell, Condi Rice, etc, ont constitué une sorte de minorité de blocage au sein de l’Administration tout au long de ce mandat ?

MURAWIEC : Il n’y a eu aucune suite politique logique. Ca fait bien longtemps qu’un certain nombre de secteurs de l’Administration est en insurrection ouverte contre la politique déclarée de Bush, et il ne leur est jamais rien arrivé. Il a choisi les mauvais hommes ou femmes, le Département d’Etat et la CIA sont en mutinerie déclarée depuis 2002. Et si vous avez les 2/3 qui sabotent votre politique par tous les moyens possibles, vous n’arrivez pas à grand-chose. Je ne vois aucune stratégie contre l’Iran, Bush agit au coup par coup.

Il y a le second « encerclement » : celui d’Israël, d’abord c’est le problème d’Israël (l’Amérique n’est pas directement en cause). Entre le Liban-Sud, le Golan et Hamas à Gaza, Israël risque de devoir faire face sur 3 fronts. Ce pseudo-gouvernement Olmert-Livni-Barak a perdu une guerre, il y a deux ans, qu’il aurait dû normalement gagner. Et ils se sont mis dans un pétrin épouvantable – et évitable ; une situation extrêmement dangereuse. Ils ont reconstitué l’armée, qui est capable de mener ses missions, ce qu’elle n’était pas, il y a deux ans. Et admettons qu’Olmert finisse par partir à la poubelle, ni Livni ni Barak ne sont dotés d’un esprit, d’une réelle vision stratégique. Barak est un tacticien hors-pair ; Livni est une « diplomate » avec une politique assez lamentable. Et au bout du compte, l’actuel Kadima est l’héritier du dernier Sharon. A l’époque, étant partisan du premier Sharon, j’étais plutôt pour ce retrait ; mais il est maintenant d’une évidence criante que ça été une erreur stratégique de première ampleur, on a donné le pouvoir à Hamas et le Hamas s’en sert aujourd’hui. Et Israël ne fera pas l’économie d’une reconquête de Gaza, qui fera couler beaucoup de sang et dont les résultats ne seront pas permanents.

MARC B. : Oui, mais, une reconquête, pour quel résultat ? Qui va reprendre et gérer Gaza ? Est-ce qu’Abbas est en mesure de reprendre les choses en main ?

MURAWIEC : Abbas est un notable de province sans pouvoir, sans capacité d’imposer quoi que ce soit. Il est une sorte de fonctionnaire qui gère l’héritage (d’Arafat) et réunit tous les mythes de la cause palestinienne de vieille date, si on veut. Mais, il est incapable de gérer Gaza ou quoi que ce soit d’autre. Si son pouvoir tient, en Judée-Samarie, c’est uniquement grâce à l’Armée Israélienne. Il n’a pas les moyens de s’imposer. Il n’y a pas de solution politique ou diplomatique à la clé parce que pour qu’il y en ait une, il faudrait être deux… Or Israël n’a pas d’interlocuteur (de poids). Il n’y a rien – de tangible – de l’autre côté.

http://www.drzz.info/article-20718929.html

2eme partie : La complexité des politiques moyen-orientales américaines :

MARC B. : La Guerre anti-terroriste a t- elle généré une dépendance accrue d’Israël vis-à-vis des Etats-Unis ou, au contraire, peut-on dire que les liens, le partenariat stratégique, se sont renforcés (concernant Israël/Etats-Unis) ?

MURAWIEC : Ecoutez, il me semble qu’à mesure que les choses s’aggravent, dans le monde arabo-musulman : 1) la Turquie n’est plus un allié sûr des Etats-Unis comme durant 1⁄2 siècle, 2) l’Egypte est dirigée par un despote vieillissant, avec un gros point d’interrogation sur ce qui vient après … dans ce contexte, les Etats- Unis ont en Israël un allié stable, extrêmement important. C’est un rapport stratégique qui est extrêmement étroit, dans le militaire, le renseignement …

D’autre part, quand on analyse les rapports israélo-américains, il faut se méfier des simplifications. Elles sont très faciles en l’occurrence. Parce qu’il n’y a pas, jamais, pour le Moyen-Orient comme pour le reste, une seule politique américaine : il y a une coexistence de plusieurs politiques qui se déploient simultanément. Le gouvernement des Etats-Unis, lui-même,- contrairement à ce que croient beaucoup de gens dans le reste du monde-, n’est pas une espèce de monolithe qui agit d’un seul tenant. Il y a toujours plusieurs lignes qui coexistent y compris pour le Moyen-Orient. Depuis 1944, la ligne dominante est celle qui dit : « – au Moyen-Orient il y a du pétrole. Au-dessus du pétrole, il y a des émirs et des dictateurs, sunnites en général, c’est donc avec eux qu’il faut faire affaire et rien d’autre ne compte ».

C’est une des lignes permanentes. Une autre dit : « – mais non mais non, Israël, pays démocratique compte énormément, c’est un allié sûr, on l’a vu en 67 et 73, contre les Soviétiques, on l’a vu depuis. On peut compter sur eux, Israël est un allié précieux » … Mais, ces deux lignes ne sont pas les seules, au-dessus il y en a encore bien d’autres…

Nous parlons d’un pays aussi extraordinairement puissant que les Etats-Unis, avec des intérêts mondiaux aussi multiples et une situation nationale aussi diversifiée,… Il n’y a pas « une » politique pétrolière américaine, il y en a même plusieurs. Pourquoi ? Parce que les compagnies pétrolières n’ont pas les mêmes objectifs, les mêmes réserves, les mêmes fournisseurs, donc les mêmes intérêts…

J’essaie toujours de souligner à quel point les simplismes pour le Moyen-Orient ne sont vraiment pas de mise. L’action des Etats-Unis est toujours la résultante de forces et de lignes extrêmement diverses.

Ainsi donc, les rapports israélo-américains sont compliqués…

En ce qui concerne Israël, ça paraît plus facile, mais c’est finalement pas si simple que ça, puisqu’il n’y a pas que les Américains : en Israël, il y a aussi la gauche israélienne, dont la ligne n°1 depuis plus de 30 ans est de dire : il faut faire en sorte que les Américains forcent Israël à rendre les Territoires, Israël est trop puissant, pour son propre bien, il faut qu’il rende les territoires,… Ces idées ont été exprimées, pour la première fois, par le Général à la retraite Harkabi[1]. Et depuis, toute la gauche, toute une intelligentsia de gauche très active, ont pour objectif n°1 de faire en sorte qu’Israël ait les poings liés par les Etats- Unis !… Et tous les Américains, (-heureusement !-) ne sont pas d’accord avec ça ! Mais ça donne un rapport éminemment complexe !

Cela dit, dans le Moyen-Orient présent, avec la question du nucléaire iranien en première ligne, les Etats-Unis ont besoin d’une alliance étendue avec Israël.

Ce qui me soucie le plus, je vous l’avouerais, c’est la présence, à Washington, d’un certain nombre de gens qui comptent sur Israël pour faire le « sale boulot » avec l’Iran, cette tendance est là depuis plusieurs années : « ils (les Israéliens) ont un problème de survie : ils vont, à tout le moins, nous gagner plusieurs années en écrasant une partie du programme nucléaire iranien, et de notre côté on pourra dire : « ah non ! C’est très vilain », et les féliciter par derrière,… je crains vraiment cette attitude.

MARC B. : C’est ce qui semble se dessiner (notamment avec le rapport de la NIE –de novembre-décembre 2007) ?

MURAWIEC : C’est ce que je disais, tout- à- l’heure, en parlant d’insurrection de la CIA contre Bush, ç’en est un exemple flagrant. Et aujourd’hui, même si le Patron de la CIA, lui-même et d’autres, ont laissé entendre que le titre – et non pas le rapport en totalité-, ou les premières phrases du rapport, étaient complètement faussées et délirantes, on souffre encore d’une absence de stratégie, de véritable politique de la part de l’Administration à l’égard de l’Iran ; d’où le danger : parce qu’il y a une disproportion des motifs : pour Israël c’est un problème existentiel à court terme, pour, admettons, les 5 à 10 années qui viennent, pour les USA c’est un danger stratégique à moyen terme.

La disproportion des motifs est telle que s’il y avait une vraie stratégie, une politique cohérente, on se baserait sur le moyen et long terme, pour pouvoir agir à court terme. Nous ne le faisons pas, et donc ça laisse Israël, qui est pressée de beaucoup plus près, dans une position, à tout le moins, très inconfortable.

MARC B. : Quand on parle des pouvoirs d’obédience chiites/sunnites : que penser depuis Doha de cette bipolarisation : avec, d’un côté, les pays arabes réputés « modérés »/ et de l’autre, ceux qui sont sous dominante et influence iranienne (chiites ou non) ?

MURAWIEC : Que nous avons laissé l’Iran se créer une position stratégique assez enviable : c’est la première fois, depuis les Fatimides du Caire[2], qu’une puissance Chiite a pignon sur rue, sur la Méditerranée, par exemple. C’est une chose qui, stratégiquement parlant, est d’une grande importance. Bon, d’un autre côté, il n’y a pas, à proprement parler, « de croissant chiite »[3], parce que la Syrie –hors alliances stratégiques – n’est pas chiite. Si on devait faire quelque chose avec la Syrie, c’est avec la majorité sunnite qu’on aurait en face de nous, qu’il faudrait le faire ; quelque soit ce qui en sortirait, et là on peut douter – et s’inquiéter – de ce que cette société déstructurée pourrait engendrer, mais c’est une autre affaire …

Quand on regarde le Moyen-Orient, il me semble qu’on peut partir du principe d’analyse suivant : quand chacun des chefs d’Etats de la région se lève ce matin et se regarde dans le miroir pour se raser, – se regarde dans le miroir sans se raser pour certains-, il calcule ce qu’est le rapport de force du jour et se dit : « quel est le rapport de force ? – le Roi d’Arabie Saoudite, par exemple- : entre moi et l’Iran, moi et les Américains, x, y, et z ? ». Chacun fait la même chose, et se repositionne en permanence. Il fait une espèce de calcul intégral. L’art de gouverner des Arabes, c’est ça. Ce n’est pas de faire des choses, c’est de calculer le rapport de forces, au jour le jour, pour savoir si untel a la capacité de les tuer aujourd’hui ou demain. Ou si, lui, a la capacité de tuer l’autre ou celui qui le menace directement, aujourd’hui ou demain. Et tout le monde fait la même chose. Quand on parle de « politique arabe », « arabo-musulmane » ou d’ « axe sunnite/chiite »… Dès que les Etats-Unis agissent de façon un peu sérieuse, y compris vis-à-vis de l’Iran, -ça arrive-, untel ou untel, dirigeant arabe se dit : « – Tiens, les Américains… Attention, il faut que j’y mette 5% de plus »,

Quand l’Ambassadeur américain rencontre l’Ambassadeur Iranien à Bagdad, c’est comme ça que ça se passe, le roi d’Arabie Saoudite se dit : « – tiens, il faut que je fasse quelques risettes aux Iraniens… tiens, il faut que j’invite Ahmadinedjad à Ryad… » ; en réalité c’est comme ça que ça se passe au jour le jour…

Quand les Américains sont arrivés à Bagdad, quand tout le monde a cru qu’on allait écraser le régime syrien, les Iraniens ont eu très peur [4] et ils ont baissé le ton sur un certain nombre de choses…

Ou encore : quand la guerre de juillet 2006 a débuté, tout le monde s’est dit : Israël ne va faire qu’une bouchée du Hezbollah. Et l’Arabie Saoudite a émis, au début, un soutien absolument sans équivoque à Israël. Il y a eu une tapée de clercs saoudiens qui ont émis une fatwa condamnant l’action et la provocation du Hezbollah. Et, parce qu’on a vu qu’on s’était mis le doigt dans l’œil, que la stratégie israélienne était inepte, quand tout le monde a vu que ça n’allait pas dans le sens prévu, à ce moment-là…, on s’est dit : « ah, ben… »

MARC B. : Je crois me souvenir de votre position, en 2002, après le 11 septembre, de votre exigence d’action énergique contre l’Arabie Saoudite, que vous considériez comme le problème et non comme un élément de la solution. Vous disiez que, parallèlement à l’Irak, il fallait aussi en faire payer le prix à l’Arabie Saoudite. Votre position est-elle identique aujourd’hui ou a t- elle évolué avec le temps… ?

MURAWIEC : Le Djihad contemporain a deux grandes sources : la source wahhabite et la révolution islamique chiite iranienne, ça n’a pas changé du tout. Ce que j’ai proposé en 2002 au Pentagone, je ne vois, actuellement, pas de grandes raisons de changer d’avis : le royaume wahhabite, autant que l’Iran, est une vraie menace, parce que le Royaume est à la source du Djihad contemporain. Donc je suis toujours partisan de parler fort et de taper très fort du poing sur la table, j’avais préconisé au Pentagone de donner un ultimatum au Royaume : « – vous faites les choses qui suivent ou ça ira très mal ». C’est vrai qu’on s’est, sans doute, relativement affaibli dans notre capacité d’action depuis, mais la puissance américaine n’est pas entamée, donc il n’y a pas de raison de ne pas les mettre en garde.

MARC B. : Et est-ce que le « message est passé » en toute ou partie ? Est-ce que cette voie de la « réforme » ou des réformettes a changé des choses ? Ou c’est encore un rapport de forces ?

MURAWIEC : On donne des miettes au petit canard qu’est là ; le canard veut qu’on arrête d’enfermer les femmes dans des sacs à patates noirs, alors on donne quelques permis de conduire,… Tout ça, c’est du vent, il y a une oligarchie parasitaire de rois fainéants dont le seul talent est de piller, de prélever la djezia (pétrolière) sur les Dhimmis et de survivre. Rien n’a changé.

Le royaume saoudien, et la famille Al Saoud, se fonde depuis 1745 sur l’alliance wahhabite, sur l’interpénétration avec les clans les plus radicaux. Les deux sont consanguins, c’est un mariage consanguin sans cesse renouvelé, où l’élite du royaume résulte de branches incestueuses. Alors que Machin, Truc, parmi les Princes soit un alcoolique, ou ne pratique pas l’islam comme Al Wahhab le préconisait, moi je viens bien, qu’est-ce que ça change ? Vous savez, sous le Troisième Reich, l’homosexualité était extrêmement répandue chez les SA et SS, d’un côté ; et, de l’autre, ça n’empêchait pas le Reich d’enfermer les homosexuels, non membres du Parti, en camp de concentration. La Nomenklatura soviétique ne faisait pas ce qu’elle disait, mais ça ne l’empêchait pas de l’imposer aux autres. Ce n’est pas parce que certains prendraient des libertés que l’ordre en est modifié.

J’avais lu une étude qui avait analysé le cas de 150 djihadistes capturés en Irak sur une période assez courte, et, parmi eux, il y avait 65% de Saoudiens. Ils étaient le contingent n°1, de très loin, et c’est plus parlant que le baratin sur les réformes. Ils ont fait le Royaume d’une certaine manière et le Royaume selon la façon dont ils l’ont fait, est djihadiste.

MARC B. : Oui, on ne peut même pas penser qu’il s’agirait de « dissidents », de plus « extrémistes » ne trouvant pas à s’exprimer chez eux ?

MURAWIEC : Le roi Abdallah a maintenu le contact avec les extrémistes, a conçu son pouvoir sur l’équilibre des forces avec les Djihadistes, c’est la même chose que ce qu’on disait tout- à- l’heure pour les rapports interarabes ; La politique saoudienne, se résume comme suit : le Roi reçoit, toutes les semaines, les chefs tribaux , des tas de gens qui veulent quelque chose. Il a son Majliss, chacun de ceux qui a accès au Roi fait la même chose, chacun des princes fait la même chose etc. C’est la structure tribale traditionnelle. Les princes ont constamment maintenu, certains plus que d’autres, le contact avec les extrémistes. On est globalement dans le même monde.

MARC B. : Est-ce qu’on peut dire sensiblement la même chose concernant le Pakistan ?

MURAWIEC : Le Pakistan, ce n’est pas le même type de société, beaucoup plus développée, évoluée, avancée. C’est une autre paire de manches, la situation au Pakistan était extrêmement pourrie, dégénérée, extrêmement difficile. Mais au Pakistan, il y a une société éduquée, civile, des universités qui fonctionnent sur un mode non-wahhabite. Il n’y a pas ce mépris du travail, si typique de l’Islam, qu’on retrouve en Arabie Saoudite, en premier lieu. Le paysan pendjabi est quelqu’un qui travaille très dur. Il y a de l’industrie, du commerce, le Pakistan n’est pas un parasite sur l’économie mondiale. Autant c’est un pays qui a échoué à se créer une vraie conscience nationale, mais autant il y a une différence formidable entre les rentiers tribaux d’Arabie Saoudite et un pays comme le Pakistan.

http://www.drzz.info/article-20719965.html

3eme partie : relations internationales / présidentielles américaines

MARC B. : Les lobbies moyen-orientaux aux Etats-Unis : que pourriez-vous nous dire du pouvoir d’influence du lobby saoudien à Washington ? Comme il s’exprime à travers des « hommes de paille », tels que « Dhimmi » Carter ?

MURAWIEC : Le lobby saoudien, c’est d’abord un type : le Prince Al Waleed. C’est un lobby hyper-centralisé – quand j’entends des crétins comme John Mearsheimer et Stephen Walt qui parlent du « Lobby Juif » je rigole doucement, car ce n’est encore rien comparé au Lobby Saoudien, qui est extrêmement influent !- Pendant 23 ans le prince Bandar, fils du Prince Sultan, a été le grand corrupteur des EU, et il a fait des ravages énormes et ça continue ; ou le prince Al Waleed (Ben Talal Ben Abdul Aziz)[1] : Georgetown a reçu 20 millions de $ du prince Al Waleed, on y a établi un centre « pour la compréhension islamo-chrétienne », dirigée par John Esposito[2]. C’est un centre de propagande. De même, Harvard a reçu 20 millions du Prince en question. Carter est un « homme de paille », mais ça va beaucoup, beaucoup plus loin. Des types comme Brent Scowcroft[3], patron du CSCI sous Bush Senior, pourtant républicain, opposé résolument à la guerre en Irak. Mais encore, de grandes firmes de lobbying, de grands cabinets d’avocats, etc. sont dans la poche des Saoudiens : le Carlyle Group[4], un énorme groupe d’investissements privés, qui est une importante banques d’affaires, avec des tas de gens qui ont tenu les rênes du pouvoir : comme Franck Carlucci, ancien directeur-adjoint à la CIA sous Carter, puis à la Défense (sous Reagan). Voilà ce qu’est cette corruption saoudienne, avec toutes les bonnes raisons du monde ( !). Le lobby saoudien est extrêmement puissant, centralisé et l’homme qui compte c’est l’Ambassadeur.

MARC B. : Et là, par contre, il y a une « vraie stratégie » ?

MURAWIEC : La stratégie, c’est corrompre un maximum de gens et ils peuvent compter sur des amitiés extrêmement diversifiées pour s’ouvrir un maximum de portes (« Super Door Openers »)

MARC B. : Il y a d’autres lobbies (affaire Rezko : accointances pétrole contre Nourriture), le NIAC de Trita Parsi, qui le concurrencent,… comment est-ce que tout cela s’organise ?

MURAWIEC : Le NIAC, c’est très américain, c’est un marché, parfaitement légal, on peut même y trouver une base constitutionnelle qui donne le droit de pétitionner en vue de groupes d’intérêts ; mais ça fonctionne comme un marché, où le lobby des lobbies est saoudien. Mais les Etats-Unis sont tellement puissants qu’il n’y a rien qui se passe dans le monde qui n’influe sur la politique des Etats-Unis, ni rien aux Etats-Unis qui n’ait pas un retentissement dans le monde : qui sera le président, qui sera à la chambre, qui sera au Foreign Relations Committee du Sénat,… Et tout un chacun s’efforce d’acquérir, d’acheter de l’influence à Washington, parce que Washington est la capitale du monde : il faut y avoir son pied à terre, « pignon sur pouvoir », si j’ose dire ; franchement ça devait être la même chose à Rome en l’an 200 après JC, et la même chose, de façon moins diversifiée, dans la Grande-Bretagne impériale de 1900 : si vous êtes la Capitale du monde, tout le monde veut y être. Et vous avez besoin d’être partout.

MARC B. : Parmi ceux qui prônent le dialogue avec les Mollahs (Kissinger, Allbright…) : peut-on différencier, de l’extérieur, un travail de lobbying en arrière-fond d’un raisonnement dans l’intérêt strict des Etats-Unis ?…

MURAWIEC : Cela dépend des individus, certains je les soupçonne beaucoup moins de corruption ; quand on dit corruption il faut faire preuve d’imagination, ce n’est pas que l’argent : mais du prestige, de la flatterie, des invitations, une remise en selle quand on a disparu de la scène publique…

Quand Schultze, par exemple, dit quelque chose, je ne le soupçonne pas de corruption, parce qu’il est là depuis longtemps, on le connaît… par contre, quand je vois Scowcroft faire quelque chose, le soupçon monte immédiatement, parce que j’ai une idée assez claire de la manière dont il procède et du pourquoi, de même qu’il fait partie des pires courants qui réclament depuis toujours l’impunité pour les dictateurs.

MARC B. : Que dire aujourd’hui des rapports France/Etats-Unis, de leur « jeu de rôles », avec, en arrière-fond, la pilule amère de : Bachar à Paris/ La France à Beyrouth ?

MURAWIEC : Il y a eu le long épisode d’hystérie et d’imbécillité chiraquienne, où Chirac a fait des tas de choses inutiles, s’est pris pour le chef du Tiers-Monde, avec un crétinisme parfaitement chiraquien, et a pissé sur les rapports franco-américains, de façon parfaitement ridicule, inutile, la moins nécessaire. On aurait parfaitement pu considérer que la France ait dit, en 2003 : « – on est contre l’intervention, mais les Etats-Unis sont notre allié ». On ne fait pas comme l’autre crétin de De Villepin, le tour des dictateurs du tiers-monde, pour voir si Mugabe est contre « l’attitude anti-démocratique » des Etats-Unis pour le rallier sous la bannière blanche de Pierre Laval et du Maréchal Pétain… C’est Talleyrand qui disait de l’assassinat du Duc d’Enghien : « – c’est pire qu’un crime c’est une faute », ça décrit assez bien ce qu’a fait Chirac. Chirac a mobilisé sur l’antique haine des Etats-Unis. Des gens comme J.F. Revel ont écrit là-dessus, et je n’ai rien à y ajouter, sur cette espèce d’énervement pathologique des élites françaises, « qui ne pardonnent jamais à ceux qui leur ont sauvés la peau à plusieurs reprises »… Sarkozy est un juste retour des choses. C’est un rapport apaisé.

En affaires internationales, on n’a pas d’amis permanents on a que des intérêts permanents, c’est Disraeli qui l’a dit, je crois. Mais, il n’y a pas de raison de s’attendre à une « idylle »…

Mais là, au Moyen-Orient avec une Politique américaine idiote, et par-dessus le marché, Paris qui en rajoute dans les pires zig-zag : c’est une véritable honte ( !), cette invitation de la Syrie, qui est quand même celle qui nous a tué 58 paras (Drakkar, 1983), on a toujours pas tué Rifaat El Assad, – ce qu’on aurait dû faire depuis longtemps-, on a vendu le Liban pour rien, on continue, c’est épouvantable ! Et la visite clownesque à Beyrouth fait mal au ventre, c’est une honte, ils sont passés devant les caméras du Hezbollah, ils ont donc leurs bobines dans les archives informatisées du Hezb., vraiment c’est glorieux ! Ce n’est pas la première fois que la France trahit le Liban, pas la première et sans doute pas la pire, mais ça continue. Et de ce point de vue-là il (Sarkozy) ne fait pas mieux que Chirac !

Pour résoudre le problème libanais, il faut casser la gueule aux Iraniens et tuer Nasrallah, là le Liban aura une chance. Une autre occasion n’a pas été exploitée : c’est le fameux rapport Mehlis concernant le Tribunal International, de la faute des Etats-Unis et de la France, on a eu une chance avec le rapport Mehlis, pour l’instant ça traîne et on a rien fait. Pour l’instant, il n’a pas grande incidence : si, en plus, on invite Bachar, on ne va pas le traduire (en justice), c’est le discours de Marc Antoine, dans Jules César de Shakespeare, le discours funéraire de J.C, à qui l’auteur fait dire : « parce que Brutus et Cassius sont des hommes honorables » tant et tant qu’à force de le répéter, on comprend que ce sont des crapules, ici, c’est pareil, « Bachar est un homme respectable, on ne va quand même pas l’ennuyer »… Donc hélas, il faut craindre que ce rapport et ce Tribunal International, il n’en sorte pas grand-chose…

MARC B. : Pour conclure, quel serait votre pronostic socio-politique concernant la présidentielle américaine : Obama/ le clan Clinton/son rapprochement éventuel avec Mc Cain… ?

MURAWIEC : Mme Clinton doit, à la fois, avoir l’air de faire campagne pour Obama pour ne pas se perdre aux yeux du Parti Démocrate et faire en sorte qu’il perde pour pouvoir se glisser à sa place dans 4 ans. Elle doit gigoter beaucoup, c’est son problème, pas le mien. Et les Clinton ont une propension au gigotement sans équivalent.

Quand va arriver le mois de septembre, les Républicains vont commencer à sortir les tombereaux de dossiers sur Obama, un dossier qui n’est pas piqué des vers( !). Il y a eu un certain nombre de choses (qui sont déjà sorties), mais rien en comparaison à ce qui sortira à l’automne ; ça ne sert à rien de sortir ces rapports trop tôt. Mais 15 jours après la convention démocrate, vers mi-août, les choses vont commencer à sortir. Je pense que ça va saigner beaucoup. La vulnérabilité d’Obama, c’est qu’il présente une persona qui n’a rien à voir avec sa carrière réelle. Ca tient à des choses comme le fait qu’il bosse depuis longtemps avec un mouvement d’Extrême Gauche très violent, Acorn[5], et en tant que membre du conseil d’une fondation ou autre chose, il a contribué à leur donner des centaines de milliers de $ ; eux, en retour, ont été les troupes de sa campagne électorale au Sénat, il y a 3 ans ; et récemment, ils ont fait campagne pour lui. il y a une synergie entre l’un et les autres. Vous trouverez cela dans National Review on line : Stanley Kurtz, qui est un journaliste remarquable a fait un boulot d’enquête formidable à Chicago, qui fait partie des choses qui vont sortir ; et l’image « lisse », actuellement, d’Obama est un peu écornée, donc… Et pour peu que Mc Cain fasse une bonne campagne comme il faut, … à voir. Au départ, je ne suis pas d’un grand enthousiasme mais je voterai Mc Cain : on a besoin de lui, donc, prenons-le, je pense qu’il va gagner mais ce n’est pas dans la poche.

Il y a des choses extrêmement indicatives de l’état de l’opinion, ce qu’on appelle le Middle America, notamment sa déclaration à San Francisco sur les « petzouilles » qui « collent à leur religion et leur fusil » : il a perdu 7 à 8 points en Pensylvanie en quelques jours. Si vous voulez, j’habite Washington, itou à San Francisco, qui ont voté Kerry à 90% ; par contre, quand on est en West-Virginia ou au Texas, etc., ce sont 2 pays très différents, ce qu’on peut appeler l’Amérique moyenne, le « pays réel ».

C’est, un peu aussi, une des erreurs les plus graves de gens comme Ben Laden est qu’ils confondent Hollywood et CNN avec le pays réel, Saïd Houd a passé 2/3 années aux Etats Unis, il n’a rien vu rien compris. Et quand tous ces types-là parlent des Etats-Unis, ils ne comprennent pas et, comme ils ne les comprennent pas, ils font des bêtises. Ils ne voient jamais le pays réel. Le pays réel, c’est hors Washington et hors- Obama, qui, dans un autre sens, est un pur produit intellectuel Harvardien de la plus belle eau.

MARC B. : Que penser du Rôle des guerres, dans cette élection ? L’Amérique est-elle lassée et capable de se laisser tentée par le ticket Obama ? Une voie de retour aux préoccupations ordinaires, « isolationnistes » ?

MURAWIEC : Le plus problématique là-dedans est, selon moi, à quel point on paye maintenant, le prix de 7 ans de Bush. Et l’incapacité radicale de Bush à mener et faire passer sa politique. J’attends avec impatience les débats Mc Cain-Obama qui vont être, pour la première fois depuis très longtemps, de vrais débats avec de la substance. Les débats Kerry-Bush, il y a 4 ans, en comparaison, ont été terribles… Là on va avoir deux candidats qui parlent anglais, à la différence de Bush ; l’incapacité de Bush à s’exprimer, à expliquer pourquoi ses décisions, ce n’est pas seulement un problème de communication, comme on dit, mais bien de substance, de décision, de suivi etc. Mais ça fera du bien d’avoir de vrais débats sérieux… là je crois qu’on paie 7 ans de Bush…

MARC B. : Et comparativement, Mc Cain est un vrai candidat ? Il sait s’exprimer ?

Mc Cain, oui, oui, sans aucun doute, je l’ai entendu, ce type, dans des conférences, à plusieurs reprises, etc. il parle bien, il est drôle, il sait être convaincant. Encore une fois, ce n’est pas un type qui m’enthousiasme énormément, il y a des points de son programme qui m’ennuient sérieusement,… Mais c’est un type qui a de la ressource, beaucoup plus que Bush.

Mais, d’autre part, les Républicains vont prendre une dégelée, une rouste terrible, au Sénat et à la Chambre, ils vont perdre plusieurs sièges au Sénat, peut-être plusieurs dizaines à la Chambre. Et si Mc Cain gagne, son problème sera sans doute d’être face à une grosse majorité démocrate. Le Président propose et la chambre des représentants dispose. Ce n’est pas le Président qui décide du budget pour les Etats- Unis : la constitution donne primauté à la Chambre et au Congrès, sur un certain nombre de points. Le président a le pouvoir de la parole, une puissance d’initiative formidable. Reagan, par exemple, a dû gouverner durant la totalité de ses deux mandats, avec une majorité démocrate, ce qui ne l’a pas empêché de faire de merveilleuses choses. Mais ça complique énormément les choses….

MARC B. : D’autres choses que vous aimeriez préciser avant que l’on se quitte ?

MURAWIEC : Je crois qu’on couvert beaucoup de choses, on a fait le tour de pas mal de points… On ne va quand même pas étouffer vos lecteurs ! C’est un peu étouffe-chrétiens !

(off-record) J’ai de la sympathie pour ce que fait Drzz (prononcé d’edzedzed à la façon de la guêpe…) fait, c’est bien, un peu comme Pajama medias, les « vaches vertes » ici, y en a besoin.

MARC B. : C’est aussi un blog qui permet de rendre compte d’une politique qui n’a pas toujours été bien comprise, c’est le moins que l’on puisse dire, notamment, en France…

MURAWIEC : C’est le moins qu’on puisse dire ! A ce sujet, vous savez, j’ai été invité par la France officielle pour la 1er fois depuis 4 ans en mars dernier, ça c’est un effet-Sarkozy, après 4 ans d’embargo où je n’étais pas « en cour » si j’ose dire. Et là je reçois une invitation, ils veulent m’entendre, ben c’est bien, tant mieux pour eux (rires) ! …

Ma 1ère préoccupation est me débarrasser du cancer qui me fait chier, ça pourrait être fait rapidement si diverses choses marchent. Si je suis bien, je serais en France en aout, en vacances, mais on verra l’an prochain. Je pense que j’aurais des trucs à faire en France. Je suis plus en Chine qu’en Europe… Si à l’occasion je peux rencontre les Drziiistes, on fait un déjeuner avec plusieurs drzzzziiiistes et… c’est bien de se connaître ! Ok !

MARC B. : Je vous souhaite un prompt rétablissement et je vous dis donc à très bientôt, Monsieur Laurent Murawiec…

MURAWIEC : Oh ! Pas besoin du « Monsieur » !

MARC B. : Donc, à très bientôt, Laurent !

[1] War and Decision, mises en cause, notamment : de Colin Powell, Tommy Franks et Paul Bremer

[2] NDLR : qui se sont récemment -2006 – défaits de leur allégeance à l’égard de l’Iran (Qom) et du principe de : Velayat-e-faquih : celui-ci impose et reconnaît comme seule autorité le gouvernement du « Docte » juriste-théologien, soit l’inféodation aux décisions du Guide Suprême. Ce principe n’est plus valide dès que les chiites Irakiens se réfèrent à l’autorité de l’Ayatollah Ali Sistani et à l’école de Nadjaf.

[3]Max Weber : Le Savant et le Politique (1919), préface de R. Aron et traduction par J. Freund, Plon, 1959.

[4] L’angoisse de Balthazar, l’un des successeurs babyloniens de Nabuchodonosor voyant selon la bible s’écrire sur le mur les mots : Méné, Téqel, Uofarsin… lit-on dans un des derniers chapitres du prophète Daniel : « ton règne a été pesé, tes raisons trouvées légères, et tout sera divisé ».

[1] Major-Général « Fati » Yehoshafat Harkabi, l’un des négociateurs de l’Armistice de 1949, ancien chef du renseignement militaire israélien, à partir de 1955 et universitaire orientaliste (ou islamologue), diplômé d’Harvard. « Arab attitudes to Israel », écrit en 1972, est à la base de ses théories « pessimistes » sur l’avenir de la Région. La Guerre de 1967 est, selon lui, une opportunité pour la Paix. Il recommande un retrait total des Territoires « disputés ». Il devient le Gourou de Shalom Akhshav, la « paix maintenant », mais reste en très mauvais terme, y compris avec l’Itzakh Rabin d’après 1993.

[2] La ville du Caire (Al-Q_hira, La Victorieuse ou La Martienne en raison de l’horoscope) fut fondée en 969 comme résidence royale des califes fatimides, qui se prétendaient descendants de Fatima, la fille de Mahomet. Les chiites Fatimides s’installent en Egypte et établissent leur capitale au Caire, réduisant l’autorité des Abbassides. Le tracé de la ville est fait au Nord des faubourgs de l’ancienne capitale musulmane du pays, Fûstat. La construction de la mosquée d’Al-Azhar commencera un an plus tard.

[3] « Le croissant chiite » : slogan, mythe ou réalité ? François Thual, Hérodote, n° 124, 1er Trimestre 2007.

[4] Ce serait, alors, le sens des indices du rapport de la NIE : programme « gelé » par Khatami et relancé presque aussitôt.

MARC B. : Donc, à très bientôt, Laurent !

[1] Al Waleed (Ben Talal Ben Abdul Aziz) : considéré comme l’homme le plus riche du monde après Bill Gates. Investissements dans la Banque Citigroup, en crise dans les années 90, renflouées par Al Waleed à hauteur de 600 millions de $.

[2] J. Esposito : Modernizing Islam, St Petersburg, Florida, 2003.

* [3] Brent Scowcroft, a co-signé avec Zbigniew Brzezinski, et Richard Murphy, un texte intitulé Differentiated Containment, dans lequel ils appelaient à en finir avec la stratégie de « double endiguement » visant à la fois l’Iran et l’Iraq et ils souhaitaient l’ouverture de négociations entre Washington et Téhéran, notamment sur l’appui de la République islamique au terrorisme, son refus d’accepter les accords de paix israélo-arabes et ses tentatives de se procurer des armes de destruction massive (et notamment de se doter de l’arme nucléaire).
* Membre du directoire de Qualcomm depuis 1994. [1] [2]
* Fondateur et président de The Scowcroft Group. [3]
* Membre du comité directeur et administrateur du Forum for International Policy. [4] [5]
* Administrateur du CSIS. [6]

[4] http://www.infoguerre.fr/fichiers/Le%20Reseau%20Carlyle.pdf : critique de la relative désinvolture de « le Réseau Carlyle », où François Missen, journaliste, lauréat du Prix Pulitzer et du prix Albert Londres, met en lumière les compromissions politico-économiques du Groupe Carlyle. Cela dit, le style adopté reste celui du « romanquête » de BHL. Y sont décrits notamment : le travail de « recrutement » de « super Door openers », dont le premier d’entre eux est Frank Carlucci, Directeur adjoint à la CIA en 1978 sous Jimmy Carter, secrétaire d’Etat à la Défense, 7 ans plus tard, emblème de la portée et de la puissance que peut avoir le Groupe. Il y aura ensuite, l’arrivée de James Baker à la tête du groupe. 1994 : entrée de George Soros, puis, le 12 septembre 2001, entrée du Saudi Ben Laden Group à hauteur de 2 Millions de $ US… La famille Ben Laden pourra quitter les Etats-Unis peu de temps après, par un avion affrété par… Carlyle Group.

[5] http://article.nationalreview.com/?q=NDZiMjkwMDczZWI5ODdjOWYxZTIzZGIyNzEyMjE0ODI= http://article.nationalreview.com/?q=NDZiMjkwMDczZWI5ODdjOWYxZTIzZGIyNzEyMj


Nobel: Chamberlain enfin récompensé 70 ans après! (Norwegian quislings repair one of History’s greatest injustices)

9 octobre, 2009
Chamberlain-Obama
Nous avons subi une défaite totale et sans mélange (…). Notre peuple doit savoir que nous avons subi une défaite sans guerre, dont les conséquences nous accompagneront longtemps sur notre chemin. (…) Ils ont accepté le déshonneur pour avoir la paix. Ils auront le déshonneur et la guerre. Churchill (1938)
Le pacifisme multiplie quelquefois les guerres et l’indulgence, la criminalité. Marcel Proust (1918)
‘Avoir la paix’, le grand mot de toutes les lâchetés civiques et intellectuelles. Péguy
Quand je me suis réveillé, je suis allé sur le site du New York Times et j’ai cru que j’étais sur la page de l’Onion. Richard Kim (The Nation)
Il y a un léger relent de condescendance dans l’annonce de l’attribution du prix Nobel de la paix à Barack Obama. Une impression qu’Obama a gagné juste parce qu’il n’était pas George Bush. Une Europe décadente félicite une Amérique turbulente de s’être assagie et de ne pas avoir amené de flingues au dîner. Joe Klein (Time)
Beaucoup pensaient qu’Obama aurait dû attendre un an ou deux pour décrocher le prix. Mais maintenant que c’est fait, le Comité du prix Nobel a dégagé la piste pour l’an prochain. Vous ne voyez pas ? ‘À Mahmoud Ahmadinejad – pour être venu à la table des négociations!’ Vous riez. Rendez-vous dans un an. Jennifer Rubin (Commentary)
Ainsi, du point de vue norvégien de gauche, c’est un coup double: dénigrer Bush et en même temps museler Obama. Daniel Pipes
Ceci révèle parfaitement l’illusion qu’est Barack Obama. Avec ce prix, les élites mondiales poussent Obama, l’homme de paix, à ne pas envoyer plus de troupes en Afghanistan, à ne pas s’en prendre à l’Iran et son programme nucléaire et en somme à continuer à émasculer les Etats-Unis. Ce qu’ils aiment par dessus tout, c’est des Etats-Unis affaiblis et castrés et c’est leur manière de promouvoir ce concept. Rush Limbaugh
Cela peut et doit aussi être interprété comme une critique de la politique de l’administration actuellement au pouvoir aux Etats-Unis vis-à-vis de l’Irak. (…) Elle constitue en outre une critique à tous les pays qui ont adopté la même position que les Etats-Unis. Gunnar Berge (président du Comité Nobel, sur l’attribution du prix à Carter, 2002)

Après Quisling, Carter, Arafat, le bon Dr. Mads Gilbert

Un grand bravo à nos amis norvégiens pour avoir réparé l’une des plus grandes injustices de l’Histoire …

Et d’avoir enfin reconnu, 70 ans après et via son dernier avatar,… les incommensurables mérites de Chamberlain!

What did Obama do to win the Nobel Peace Prize?
Gideon Rachman
Financial Times
October 8, 2009

In an earlier version of this article, posted late last night (see post below this one), I expressed some scepticism about the Nobel Peace Prize, even suggesting that it might be pointless. Now that Barack Obama has been awarded the peace prize, I would like to withdraw this criticism. The prize is clearly an award of huge significance, awarded after only the deepest reflection, and won only by demi-Gods. (See reactions further down.)

I am a genuine admirer of Obama. And I am very pleased that George W Bush is no longer president. But I doubt that I am alone in wondering whether this award is slightly premature. It is hard to point to a single place where Obama’s efforts have actually brought about peace – Gaza, Iran, Sri Lanka? The peace prize committee say that he is being rewarded for his “extraordinary efforts to strengthen international diplomacy”. But while it is OK to give school children prizes for “effort” – my kids get them all the time – I think international statesmen should probably be held to a higher standard.

It is also very odd timing. In the next couple of weeks, Obama is likely to yield to the wishes of his generals and to send many thousands more troops to Afghanistan. That will mean he is a wartime president, just as much as Bush or Lyndon Johnson. If Afghanistan ends up being Obama’s Vietnam, giving him the Nobel Peace Prize will look even sillier in a few years time.

Voir aussi:

Barack Obama Wins Nobel Peace Prize. For What?
Iain Martin
WSJ blogs
October 9, 2009

This is completely bizarre. President Barack Obama has just won the Nobel Peace Prize. It is unclear why. For making peace, of a kind, with Hillary Clinton? For giving up the missile shield and cheering up the Iranians? For preparing a surge of troops and weaponry in Afghanistan?

Of course, traditionally it has been standard procedure that winners of the prize do their peacemaking first and are only given the prize after they have achieved something. But this innovation sweeps aside such old-fashioned notions of reward following effort.

Think about it, it’s so post-modern: a leader can now win the peace prize for saying that he hopes to bring about peace at some point in the future. He doesn’t actually have to do it, he just has to have aspirations. Brilliant.

Voir également:

Barack Obama, Nobel Peace Laureate: Whatever Happened to Awarding for Deeds Actually Done?
Michael Russnow
The Huffington Post
October 9, 2009

I am generally a supporter of Barack Obama. I voted for him and campaigned in print for his election. However, as I turned on CNN early this morning and saw the news that he’d been awarded the Nobel Peace Prize, I actually gasped in disbelief. Twitter, Facebook and YouTube videos were destined to be in overdrive, not to mention the texts on millions of BlackBerrys.

As the 2 a.m. PDT CNN commentator interviewed Norwegian experts and past Peace Laureates, just about all of them repeated the obvious: Obama was being honored for the hope of what he might accomplish as opposed to what he has actually achieved.

The Nobel Peace Committee has been accused in the past of trying to make a political statement, and perhaps, because they admire Obama and his groundbreaking presidency, in addition to his earlier anti-war statements and recent speech to the Muslim world, they are, by this action, hoping to jump start his ending the wars in Iraq and Afghanistan.

Why else give him the honor now? Whatever one might feel about Obama, he has not earned this singular award. Few American presidents have received it and of those who have it was bestowed after they’d been engaged in something special. Theodore Roosevelt had helped to negotiate peace in the Russo-Japanese War. Woodrow Wilson had tirelessly worked for the creation of the League of Nations — a struggle that was blamed for causing the serious stroke he suffered, which left him disengaged in the last years of his presidency.

Jimmy Carter received the Peace Prize after he left office, but in the wake of huge achievements monitoring worldwide elections and in his efforts with Habitat for Humanity, building homes for the poor.

Former Vice President Al Gore got the prize after years of working for the environment. And whether you appreciated Henry Kissinger’s getting the award it was in response to his efforts to effect a peace in the Vietnam War.

So, at the moment, I believe it is enormously premature for Obama to be getting this great tribute, which to a certain extent cheapens the prior recipients and the work all of them performed over so many years.

It is traditional for Nobel honorees to be named a long time after their achievements in the sciences and literature. Indeed, the winners announced this week in other categories performed their amazing work and discoveries decades ago. Obama’s designation is akin to giving an Oscar to a young director for films we hope that he or she will produce or for a first-time published author getting a Pulitzer for a book he is destined to write some day.

The time has not yet arrived and circumstances have not yet evolved where Barack Obama is anywhere near the point where he has earned this prize. I don’t blame him for this capricious action; it was the Nobel Peace Committee which committed the offense, which no doubt has Alfred Nobel thumping his head against his casket.

I only hope that President Obama takes this honor to heart to the extent that his policies and statements and deeds will someday make him deserving of this singular trophy. However, that time has not yet arrived, and I fear there will be a backlash to this announcement that may well lessen the significance this award has generally meant for well over a century.

Michael Russnow’s website is www.ramproductionsinternational.com.

Voir de même:

Nobel prize for President Obama is a shocker. He should turn it down.

Benedict Brogan
The Telegraph
October 9th, 2009

They could have awarded it to Kylie Minogue and I wouldn’t have been half as surprised as I am watching the television screens around me proclaiming that Barack Obama has been awarded the 2009 Nobel peace prize. The whole business of a bunch of Scandinavian worthies doling out the profits of a long-gone dynamite maker’s fortune has always smacked of the worst sort of self-satisfied plutocratic worthiness. But this takes the biscuit. President Obama remains the barely man of world politics, barely a senator now barely a president, yet in the land of the Euro-weenies (copyright PJ O’Rourke) the great and the good remain in his thrall. To reward him for a blank results sheet, to inflate him when he has no achievements to his name, makes a mockery of what, let’s face it, is an already fairly discredited process (remember Rigoberta Menchu in 1992? Ha!). That’s not the point. What this does is accelerate the elevation of President Obama to a comedy confection, which he does not deserve, and gives his critics yet another bat to whack him with. Shame on the Swedes Norwegians*. He should turn it down, even if he does look great in white tie and tails.

*Thank you to Morten Josefsen for reminding me that it is in fact the Norwegians who award the peace prize.

Voir de plus:

Barack Obama and the Nobel peace prize
Even greater expectations
The Economist
Oct 9th 2009

Is it premature to give Barack Obama the Nobel peace prize, less than a year into his presidency?

BARACK OBAMA, who has been America’s president for just nine months, has won the 2009 Nobel peace prize. Perhaps the Nordic judges felt it was a suitable consolation after Chicago lost out to Rio de Janeiro in its bid to host the 2016 Olympic games. Or the prizegivers might have felt moved by Mr Obama’s personal story: that a mixed-race man is president says much about the peaceful progress on race relations in America. Instead they emphasised Mr Obama’s aspirations and his commitment to diplomacy, even if, so far, he has achieved little that is concrete.

Most broadly, he has sought to engage with opponents, saying that America would “extend a hand, if you unclench your fist”, for example to those who were earlier dismissed as an “axis of evil”. Somewhat to the discomfort of Iran’s president, Mahmoud Ahmadinejad, who had bolstered his domestic support by vilifying America as an aggressor, Mr Obama has proposed holding talks about nuclear affairs, removing a precondition that Iran first abandon enrichment of uranium. Mr Obama made withdrawal of American forces from Iraq one of the main pledges of his election campaign and has since overseen a slightly quicker run down of troops than was envisaged by Mr Bush. Towards North Korea, too, Mr Obama has dangled the prospect of bilateral talks and closer engagement.

Regarding Russia Mr Obama has developed a policy of notably warmer ties, dubbed “hitting the reset button”. Relations had become especially frosty towards the end of Mr Bush’s presidency when war broke out between Georgia, an ally of America, and Russia. Since coming to office Mr Obama has also overseen talks aimed at reducing the nuclear arsenals of Russia and America, while speaking of his ultimate wish to “get to zero”—somehow ridding the world of all nuclear weapons. Most substantially (and to the dismay of the Polish and Czech governments), he has scrapped an earlier plan to deploy a missile-defence shield on land in eastern Europe, which had been seen as a provocation by Russia.

Yet Mr Obama’s main achievement is a change of tone in foreign policy. A speech given in Egypt in June was an eloquent call for a new understanding between America and Islam. It was designed both to assure Muslims, now thought to number 1.6 billion around the world, that America is not set on a crusade. Similarly it was intended to convey to any Americans (and others) who believe in the notion of a “clash of civilisations” that friendly ties between religions is eminently possible.

Similarly, American policy towards small and repressive regimes, ranging from Myanmar to Cuba, has shifted in mood, if not yet substance, by offering the prospect of engagement if governments demonstrate progress towards democracy. Some may also see Mr Obama’s push for more action to tackle climate change as a factor—he is urging Congress to pass a cap-and-trade bill and has said that his administration would decree new environmental rules if Congress fails to do so. (Al Gore, another Democratic figure, also won the Nobel prize, for his campaigns against climate change.)

Yet critics will have plenty to complain about. The prize-giving committee was at pains to emphasise Mr Obama’s “extraordinary efforts to strengthen international diplomacy and co-operation between peoples”. In the citation, the committee argued that his “diplomacy is founded in the concept that those who are to lead the world must do so on the basis of values and attitudes that are shared by the majority of the world’s population.” But is the award premature? Although the prize may be given in the spirit of encouraging Mr Obama’s government, it might have been better to wait for more solid achievements. With so many good intentions, and so many initiatives scattered around the world (and an immensely busy domestic agenda, including health-care reform and averting economic collapse), Mr Obama appears to be racing around trying everything without yet achieving much.

One might point to Mr Obama’s lauded decision to close the military prison for terrorist suspects in Guantánamo Bay, and his explicit rejection of the use of torture by American spies and interrogators. Both are welcome, but for now Guantánamo Bay remains open. Carrying through on promises is proving far harder than making them. Similarly Mr Obama made progress in encouraging Israeli and Palestinian leaders to hold talks about peace earlier this year, but as he is distracted by other concerns both parties have since drifted away from negotiations. And so far North Korea, Iran, Cuba and Russia—among others—have offered nothing of substance to demonstrate that a policy of engagement will bring more results than Mr Bush’s tough line.

More troubling is Afghanistan. Although the Nobel committee has now rewarded Mr Obama with a title of peacemaker (plus $1.4m or so), he remains a war president. He must shortly decide whether to deploy an additional 40,000 soldiers to fight against Taliban and other insurgents in a conflict that has lasted for eight years. With no obvious means of ending that war, there is a serious possibility that Mr Obama’s presidency will become dominated by worsening conditions there.

Mr Obama’s aspirations may be laudable, but he has several tough years ahead. The Nobel committee evidently wants to encourage him but it might have been wiser to hold judgment until he has achieved more. In America itself, the decision has already infuriated conservative commentators, ensuring there will be no peace on the home front, at least.

Voir enfin:

Meet the People Who Were Passed Over for Obama
Mary Katharine Ham
The Weekly Standard
October 9, 2009

Sima Samar, women’s rights activist in Afghanistan: “With dogged persistence and at great personal risk, she kept her schools and clinics open in Afghanistan even during the most repressive days of the Taliban regime, whose laws prohibited the education of girls past the age of eight. When the Taliban fell, Samar returned to Kabul and accepted the post of Minister for Women’s Affairs.”

Ingrid Betancourt: French-Colombian ex-hostage held for six years.

Handicap International and Cluster Munition Coalition: “These organizations are recognized for their consistently serious efforts to clean up cluster bombs, also known as land mines. Innocent civilians are regularly killed worldwide because the unseen bombs explode when stepped upon.”

“Hu Jia, a human rights activist and an outspoken critic of the Chinese government, who was sentenced last year to a three-and-a-half-year prison term for ‘inciting subversion of state power.’”

“Wei Jingsheng, who spent 17 years in Chinese prisons for urging reforms of China’s communist system. He now lives in the United States.”

“Dr. Denis Mukwege: Doctor, founder and head of Panzi Hospital in Bukavu, Democratic Republic of Congo. He has dedicated his life to helping Congolese women and girls who are victims of gang rape and brutal sexual violence.”

Video of Denis Mukwege:

Update: Flashback to 2007, and you’ll find some remarkable people passed over for Al Gore:

Irena Sendlerowa (also known as Irena Sendler): “A Roman Catholic who created a network of rescuers in Poland who smuggled about 2,500 Jewish children out of the Warsaw ghetto in World War II, some of them in coffins.” She died in 2008. Read the entire obituary for the extent of her heroism. She smuggled children through underground tunnels, with fake documents, under ambulance floorboards, all at the risk of her own life.

She once said of her work: “Every child saved with my help and the help of all the wonderful secret messengers, who today are no longer living, is the justification of my existence on this earth, and not a title to glory.”