Déclaration Balfour: Un message à toutes les terres où la race juive a été dispersée (Morris on Shlaim’s latest extended exercise in anti-Zionism)

5 décembre, 2009
Balfour declarationEn gros l’islam aurait remplacé le bouddhisme pour celles et ceux qui ne connaissent de l’islam que le thé à la menthe à la mosquée de Paris, le couscous chez le “copain maghrébin” les vacances au Maroc et la nounou sympa qui fait aussi le ménage, bref, l’islam est appréhendé comme fait uniquement culturel et exotique ou le vieil orientalisme qui faisait aimer la Turquie par Théophile Gauthier lorsqu’il en parlait au club des Hachichins. Ce qui fait que la dimension politique de l’islam sera évacuée et que toute critique à son égard sera taxée de racisme, y compris lorsque l’islam recèle les mêmes propositions de vie que dans le christianisme et le judaïsme alors que celles-ci seront vivement critiquées par les mêmes qui devant l’islam font par contre silence, ce silence de cristal qui fascina certains écrivains dans les années 30 lorsqu’ils virent s’ériger le nazisme et le fascisme. Lucien Oulahbib

Les mosquées sont nos casernes, les coupoles nos casques, les minarets nos baïonnettes et les croyants nos soldats. Erdogan (1998)

Vous avez la psychologie d’un coupable (…) Vous savez très bien tuer les gens. Erdogan (à Peres, Davos, janvier 2009)
Bienvenue, conquérant de Davos! Slogan accueillant le premier ministre turc à son retour de Davos (janvier 2009)
Recep Tayyip Erdogan a dit la vérité, en faisant triompher la justice, la liberté et le peuple palestinien. Tu nous rappelles la position glorieuse de tes ancêtres ottomans. Que les dirigeants musulmans écoutent comment l’Histoire fait des héros et comment les hommes font l’Histoire. Khalil al-Hayya (chef du Hamas à Gaza, le 30 janvier 2009)
La Turquie est en Europe (…) Les opposants à l’adhésion avancent de faux prétextes. En réalité, ils veulent maintenir une Europe conçue comme un club chrétien, réservé aux pays de tradition chrétienne. De même qu’on a souhaité l’adhésion de pays de l’Est parce qu’ils sortaient du communisme, il convient de tendre la main à la Turquie, le seul pays musulman à avoir su organiser la séparation entre la religion et l’Etat. Bernard Kouchner (le 11 décembre 2002)

Pour ceux qui croiraient encore qu’Israël a été créé dans le seul but de remercier l’Alfred Nobel juif …

Au lendemain de la mort à New York du dernier prétendant au trône de la Sublime Porte, le petit-fils du sultan Abdulhamid II Osman Ertugrul et à la veille de l’arrivée à Washington d’un président qui déclarait il y à peine dix ans que “les mosquées sont nos casernes” …

Et qui, suite à son coup de colère de Davos contre son homologue israélien, fut accueilli en nouveau conquérant par un pays en pleine nostalgie d’un empire qui avait, pendant 600 ans et des Balkans à l’Océan indien et jusqu’aux portes de Vienne (y compris, sous ses successeurs, par le génocide ), imposé l’islam à près des deux tiers de l’humanité …

Pendant que, profitant du complexe de culpabilité d’un Occident postmoderne déstabilisé par la crise financière (les croisades et le colonialisme comme seules explications du sous-développement des pays musulmans !), les islamistes masqués avancent leurs pions (minarets, appels à la prière, tribunaux spécifiques, voiles, burkas) …

Et que nos prétendument progressistes anti-mondialistes (d’ailleurs rejoints sur ce point par l’extrême-droite opposée à la globalisation libérale) tentent de se refaire une santé en nous vendant l’islam comme “nouveau creuset révolutionnaire” et “résistance face à l’américanisation du monde” et à la menace d’un petit Etat de 7 millions d’habitants qui refuse de collaborer à sa propre disparition (notamment via les 4,5 millions voire 7 millions de prétendus réfugiés que voudraient lui imposer, avec la complicité occidentale, l’Autorité palestinienne ou le Hamas) .…

Favoriser l’engagement des Etats-Unis et des juifs dans la guerre, préempter la Palestine face à la France, protéger le Canal de Suez et les routes commerciales de l’Empire, satisfaire les fondamentalistes protestants, limiter les frais de l’effort de guerre, remercier Weizmann pour la synthèse de l’acétone …

Les historiens n’ont, on le voit en ces temps de révisonnisme rampant, jamais manqué d’imagination pour expliquer la fameuse Déclaration de Balfour de 1917 pour l’établissement d’un foyer juif.

Tout ça pour éviter, comme le montre l’historien israélien Benny Morris à l’occasion de la sortie du dernier ouvrage d’Avi Shlaim (“Israel and Palestine: Reappraisals, Revisions, Refutations”), de reconnaître que, derrière les considérations impériales classiques, les dirigeants britanniques aient pu sincèrement se sentir redevables d’un des peuples les plus persécutés de l’histoire humaine.

Et ce, non seulement de la part des Européens, mais également de l’Empire ottoman et ses siècles d’oppression et d’expulsions.

D’où l’intérêt de ce discours oublié de Lord Balfour qu’il cite au moment où était remise en cause au sein même de son parti l’accès à l’auto-détermination du peuple juif que venait d’ouvrir, après six siècles de domination sans partage, la destruction de l’Empire ottoman.

Et qui, dans son langage nécessairement daté et au-delà des siècles de persécutions occidentales mais aussi ottomanes, avait le mérite de rappeler l’apport totalement disproportionné du peuple juif à l’humanité dont, alors comme aujourd’hui et avec les mêmes conséquences de sous-développement et d’archaïsme, le monde musulman s’obstine à vouloir se priver …

Extraits (traduits au babelfish):

Mon noble ami nous a dit dans son discours, et je le crois absolument, qu’il n’a aucun préjugé contre les juifs. Je pense que je peux dire que je n’ai aucun préjugé en leur faveur. Mais leur position et leur histoire, leurs liens avec les religions et la politique du monde sont absolument uniques. Ces liens sont sans précédent et sans et sans pareil dans n’importe quelle autre branche de l’histoire humaine. Voici une petite race habitant à l’origine un petit pays, pas plus grand je le pense que le Pays de Galles ou la Belgique, en tout cas de taille comparable à ces deux petits pays, n’ayant possédé à aucun moment de son histoire ce que l’on pourrait considérer comme une puissance temporelle, parfois écrasé entre de grandes monarchies orientales, ses habitants expulsés, puis dispersés, puis expulsés tout à fait de toutes les parties du monde et pourtant maintenant une continuité de tradition religieuse et raciale dont nous n’avons aucun parallèle ailleurs.

(…)

De façon à que nous puissions envoyer un message à toutes les terres où la race juive a été dispersée, un message qui leur indiquera que la Chrétienté n’est pas oublieuse de leur foi, du service qu’ils ont rendu aux grandes religions du monde et surtout à la religion que la majorité de Vous mes Lords professent, et que nous désirons autant que possible leur donner cette occasion de développer… ces grands cadeaux que jusqu’ici ils ont été contraints de faire fructifier dans des pays qui ne connaissent pas leur langue et n’appartiennent pas à leur race ? Tel est l’idéal que je désire voir accompli, tel est le but qui se trouve à la racine de la politique que j’essaie de défendre ; et bien que celle-ci soit défendable en effet à tous les niveaux, tel est le principal motif qui anime mon action. Lord Balfour (Discours à la Chambre des Lords, 1922)

Voir aussi les extraits de Morris :

Shlaim omet complètement de mentionner la pertinence du philo-sémitisme et du philo-sionisme comme facteur décisif dans l’établissement de la déclaration. En effet, c’était probablement le facteur le plus important dans l’appui des membres du Cabinet britannique: Lloyd George, Arthur James Balfour lui-même, Lord Milner, Robert Cecil, et janv. Smuts. Elevé dans la lecture de la Bible et dans croyance à la contribution des juifs à la civilisation judéo-chrétienne, ces leaders croyaient que la chrétienté avait une dette envers les juifs – et qu’elle devait réparer deux mille ans de persécution en leur rendant leur terre.

(…)

Comme Balfour l’avait déclaré à la Chambre des Lords en 1922 :

Pour Shlaim, Balfour, George, Milner, Smuts, et Cecil étaient tous des menteurs ou des dissimulateurs. Je préfère les croire. C’était principalement leur estime et leur sympathie pour les juifs qui les ont conduits à soutenir l’arrangement écervelé connu sous le nom de sionisme. Même si bien sûr les intérêts matériels de guerre et le calcul impérial d’après-guerre y ont également joué un rôle.

(…)

Les aspirations politiques palestiniennes, alors et maintenant, étaient « justes » selon Shlaim. Il n’applique jamais le mot aux aspirations sionistes, avant 1948 ou après. L’établissement d’Israël était-il « juste» et son existence continue « juste » à la lumière de l’ « injustice » monumentale qu’elle avait causé aux Palestiniens ? Les juifs n’auraient-ils jamais dû établir leur Etat en Palestine ? Shlaim laisse implicitement sur la table l’argument palestinien standard que les Palestiniens ont dû payer une injustice commise contre les juifs par d’autres.

Nulle part dans ce livre Shlaim ne dit un mot au sujet du lien vieux de 3000 ans du peuple juif à la terre d’Israël–que cette terre était le berceau du peuple juif; qu’ils ont plus tard régné sur elle, par intermittence, pendant plus de mille ans ; et que pendant les deux millénaires suivants, après l’entrée dans l’exil, ils ont aspiré et désiré ardemment d’y retourner.

Ni ne mentionne-t-il que les Arabes, qui n’avaient aucun lien avec la Palestine, l’ont arraché « injustement » au septième siècle à l’empire bizantin et s’y sont« illégalement » installés, la convertissant de force en terre « arabe ». Si la conquête n’accorde pas de revendication légitime, cela ne devrait-il pas être universellement vrai?

Nulle part Shlaim ne nous parle de la persécution, de l’oppression, et de l’assassinat de masse occasionnel des juifs par les Arabes musulmans au cours des siècles, à commencer par la destruction des communautés juives du Hijaz par Mahomet et pour finir avec les pogroms d’Aden et du Maroc en 1947-1948.

Et nulle part Shlaim ne précise-t-il que les Arabes palestiniens ont eu une main indirecte dans la mort des juifs européens pendant l’Holocauste, en conduisant les Anglais, par la violence anti-Britannique et anti-sioniste, à fermer les portes de la Palestine, qui était le seul asile sûr possible, après que les Etats-Unis et le monde anglo-saxon aient fermé leurs portes aux juifs européens en fuite. Et, plus directement, que les leaders palestiniens (et arabes en général) ont contribué à l’Holocauste en soutenant politiquement Hitler et, dans le cas de Haj Amin Al Husseini, en travaillant réellement à Berlin pour le Troisième Reich, colportant la propagande nazie dans le monde arabe et levant des troupes pour la Wehrmacht.

(…)

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Modern History Sourcebook:
A.J. Balfour (1848-1930):
Defense of the Palestine Mandate, 1922

A.J. Balfour (1848-1930) was British Prime Minister from 1902-1905 and later the Foreign Secretary responsible for the “Balfour Declaration”. In 1922 he responded to an attack on the British promise to the Jewish People in this speech.

My noble friend told us in his speech, and I believe him absolutely, that he has no prejudice against the Jews. I think I may say that I have no prejudice in their favour. But their position and their history, their connection with world religion and with world politics is absolutely unique. There is no parallel to it, there is nothing approaching to a parallel to it, in any other branch of human history. Here you have a small race originally inhabiting a small country, I think of about the size of Wales or Belgium, at any rate of comparable size to those two, at no time in its history wielding anything that can be described as material power, sometimes crushed in between great Oriental monarchies, its inhabitants deported, then scattered, then driven out of the country altogether into every part of the world, and yet maintaining a continuity of religious and racial tradition of which we have no parallel elsewhere.

That itself, is sufficiently remarkable, but consider-it is not a pleasant consideration, but it is one that we cannot forget-how they have been treated during long centuries, during centuries which in some parts of the world extend to the minute and the hour in which I am speaking; consider how they have been subjected to tyranny and persecution; consider whether the whole culture of Europe, the whole religious organization of Europe, has not from time to time proved itself guilty of great crimes against this race. I quite understand that some members of this race may have given, doubtless did give, occasion for much ill-will, and I do not know how it could be otherwise, treated as they were; but, if you are going to lay stress on that, do not forget what part they have played in the intellectual, the artistic, the philosophic and scientific development of the world. I say nothing of the economic side of their energies, for on that Christian attention has always been concentrated.

I ask your Lordships to consider the other side of their activities. Nobody who knows what he is talking about will deny that they have at least – and I am putting it more moderately than I could do – rowed all their weight in the boat of scientific, intellectual and artistic progress, and they are doing so to this day. You will find them in every University, in every centre of learning; and at the very moment when they were being persecuted, when some of them, at all events, were being persecuted by the Church, their philosophers were developing thoughts which the great doctors of the Church embodied in their religious system. As it was in the Middle Ages, as it was in earlier times, so it is now. And yet, is there anyone here who feels content with the position of the Jews? They have been able, by this extraordinary tenacity of their race, to maintain this continuity, and they have maintained it without having any Jewish Home.

What has been the result? The result has been that they have been described as parasites on every civilization in whose affairs they have mixed themselves very useful parasites at times I venture to say. But however that may be, do not your Lordships think that if Christendom, not oblivious of all the wrong it has done, can give a chance, without injury to others, to this race of showing whether it can organize a culture in a Home where it will be secured from oppression, that it is not well to say, if we can do it, that we will do it. And, if we can do it, should we not be doing something material to wash out an ancient stain upon our own civilization if we absorb the Jewish race in friendly and effective fashion in these countries in which they are the citizens? We should then have given them what every other nation has, some place, some local habitation, where they can develop the culture and the traditions which are peculiarly their own.

I could defend – I have endeavoured, and I hope not unsuccessfully, to defend this scheme of the Palestine Mandate from the most material economic view, and from that point of view it is capable of defence. I have endeavoured to defend it from the point of view of the existing population, and I have shown I hope with some effect, that their prosperity also is intimately bound up with the success of Zionism. But having endeavoured to the best of my ability to maintain those two propositions, I should, indeed, give an inadequate view to your Lordships of my opinions if I sat down without insisting to the utmost of my ability that, beyond and above all this, there is this great ideal at which those who think with me are aiming, and which, I believe, it is within their power to reach.

It may fail. I do not deny that this is an adventure. Are we never to have adventures? Are we never to try new experiments? I hope your Lordships will never sink to that unimaginative depth, and that experiment and adventure will be justified if there is any case or cause for their justification. Surely, it is in order that we may send a message to every land where the Jewish race has been scattered, a message which will tell them that Christendom is not oblivious of their faith, is not unmindful of the service they have rendered to the great religions of the world, and, most of all, to the religion that the majority of your Lordships’ House profess, and that we desire to the best of our ability to give them that opportunity of developing, in peace and quietness under British rule, those great gifts which hitherto they have been compelled from the very nature of the case only to bring to fruition in countries which know not their language, and belong not to their race. That is the ideal which I desire to see accomplished, that is the aim which lay at the root of the policy I am trying to defend; and, though it be defensible indeed on every ground, that is the ground which chiefly moves me.

Source:

Reprinted in Brian McArthur, Penguin Book of Twentieth Century Speeches (London: Viking Penguin, 1992), pp. 88-90.

Voir aussi:

Derisionist History
Benny Morris
The Republic
November 28, 2009

Israel and Palestine: Reappraisals, Revisions, Refutations

By Avi Shlaim

(Verso, 392 pp., $34.95)

Avi Shlaim burst upon the scene of Middle Eastern history in 1988, with the publication of Collusion Across the Jordan: King Abdullah, the Zionist Movement, and the Partition of Palestine. Before that, as a young lecturer at Reading University in England, he had produced two books, British Foreign Secretaries Since 1945 (1977) and The United States and the Berlin Blockade, 1948–1949 (1983), and several revealing essays on modern Middle Eastern historical issues in academic journals. But it was Collusion Across the Jordan, with its 676 pages of solid and well-written research, that thrust him into the academic limelight.

Shlaim’s book traced the thirty-year relationship between the Jewish Agency for Palestine and, later, the government of Israel and Prince Abdullah (later King) of Transjordan (later Jordan), focusing on their secret friendly ties and mutual interests–the “collusion” of the title–during the 1948 war, and their unsuccessful secret peace negotiations, which were suspended just before Abdullah’s assassination by a Palestinian gunman in July 1951. Shlaim argued that Abdullah and the leadership of the Yishuv, the Jewish community in Palestine/Israel, were united in their fear and their hatred of Haj Amin Al Husseini, the leader of the Palestinian national movement, and also in coveting the territory of Palestine; and so they agreed, in the run-up to the 1948 war, to “collude” to prevent the Palestinians from establishing a state.

Bowing to the realities of power, Shlaim contended, the Hashemite king and the Zionists agreed to divide the territory between themselves. As it turned out, and despite fierce Israeli-Jordanian clashes in and around Jerusalem, this is exactly what happened in the course of the war, the Jordanians occupying and eventually annexing the West Bank–the core of the area allotted by the United Nations partition resolution of November 1947 for a Palestinian Arab state–and the Jews establishing the state of Israel on the remainder (minus the Gaza Strip, also allotted to the Palestinians, which Egypt occupied in the course of the war and held until 1967). And following the war, the two countries embarked on peace negotiations, but failed to conclude a deal. Shlaim argues that it was an unconciliatory Israel that was largely responsible for the diplomatic failure–as it was, also, for the failure to explore properly the options for peace with Syria and Egypt that opened up, in his view, in those immediate postwar years.

Much of Shlaim’s spadework, especially relating to Zionist-Arab diplomacy before, during, and after the war, was original, but his thesis itself, about the nature of Jordanian-Israeli relations before and during 1948, was not. Israel Ber–who had served as an important officer on the General Staff of the Haganah, the Yishuv’s main pre-state militia that changed its name later to the Israel Defense Forces (IDF), and on the General Staff of the IDF in 1949–1950 (before his resignation, he headed its Planning and Operations Department)–had suggested the “collusion” thesis in his book Israel’s Security: Yesterday, Today, and Tomorrow, published posthumously in 1966. And Dan Schueftan and Uri Bar-Joseph had presented and analyzed it in their learned and well-argued works, A Jordanian Option (1986) and The Best of Enemies (1987).

But Ber’s was an unannotated political essay by a discredited man–he was jailed in 1961 as a Soviet spy–and it appeared only in Hebrew. Schueftan’s work also appeared only in Hebrew, and Bar-Joseph’s drew little attention. Shlaim certainly did his work more thoroughly, and he wrote with verve and elegance. Though one or two critics suggested that Shlaim had given too much weight to oral testimony elicited decades after the events described, Collusion Across the Jordan enjoyed wide acclaim. Some of that, without a doubt, was owed to what was seen as the book’s anti-Israeli slant.

The title itself gave the game away. When two states, with whose policies and leaders one agrees, act in unison against a third party, their cooperation is usually described as an alliance or a partnership. “Collusion,” by contrast, is a pejorative term. The Concise Oxford Dictionary defines “collusion” as a “fraudulent secret understanding, especially between ostensible opponents as in a lawsuit.” For many Britons (the book first appeared in England), the word raised the specter of the “imperialist collusion” between Israel, Britain, and France in their attack on Nasser’s Egypt in 1956; all three were vilified by opponents of the war as conspiring against a relatively innocent and weak Third World third party. Heeding criticism of the loaded title, Shlaim later published an abridged version of his book under the title Politics of Partition, but subsequently he expressed remorse over his momentary lapse, and stated that he should have stayed with Collusion. (He resurrects the usage in his new book when he speaks of “the Sharon-Bush collusion” against the Palestinians during the Second Intifada.)

In Collusion Across the Jordan, only one of the parties to the “collusion” was pilloried–the Yishuv and its leaders, chiefly David Ben-Gurion, chairman of the Jewish Agency Executive and, from May 14, 1948, Israel’s prime minister and defense minister. Ben-Gurion is portrayed as conniving, inflexible, and war-mongering. The other party to the “collusion,” Jordan, was let off by Shlaim with barely a slap on the wrist. Indeed, Abdullah was held up as a wise, noble, and peace-craving statesman–a portrait, incidentally, that greatly endeared Shlaim to the Hashemite princes, and did much to open doors for him in Amman for his subsequent biography of King Hussein, Lion of Jordan: The Life of King Hussein in War and Peace, which appeared in 2008. (Abdullah was Hussein’s beloved grandfather.) The fact that Abdullah, in defiance of the U.N. resolution of 1947, had occupied the core area of the proposed Palestinian state, and during the following years did nothing to promote Palestinian statehood in the West Bank, and, indeed, did a great deal to stifle Palestinian nationalism, and that in 1949–1951 he had proved unable to persuade and unwilling to force his Cabinet to endorse peace or even a limited non-belligerency pact with Israel–all this was somehow exempted from the moral fervor that characterized Shlaim’s treatment of Israel.

To be sure, Shlaim’s attitude to Israel earned him prestige among his British, European, and Arab academic colleagues. So did his voluminous The Iron Wall (2000), a history of Israeli-Arab relations since 1948. In his new book, a collection of essays, in a piece called “Free Speech? Not for Critics of Israel,” Shlaim sums up that book not inaccurately: “The central theme of … The Iron Wall is that Israel throughout its history too readily resorted to military force, and has been unwilling to engage in meaningful diplomacy.”

In fact, The Iron Wall was more balanced than that. In the heat of his current pro-Palestinian righteousness, Shlaim forgets that The Iron Wall devoted many pages to the Israeli-Egyptian and Israeli-Syrian post–October War disengagement negotiations, which led to substantial Israeli troop withdrawals; and to the Israeli-Egyptian negotiations and peace treaty of 1977–1979, which saw Israel evacuate every last inch of the Sinai Peninsula; and to the Israel-PLO Oslo accords and the negotiations that resulted in the Israel-Jordan 1994 peace treaty. And while Ehud Barak’s (and Bill Clinton’s) efforts in 2000 to achieve an Israeli-Palestinian peace may not have been successful, they cannot be airily dismissed as “meaningless” diplomacy. Indeed, one can say that in the course of its sixty-year history, Israel has engaged in very meaningful diplomacy–and in diplomacy that resulted in its evacuation of huge swathes of territory (Sinai alone is three times the size of Israel) and in peace treaties with two of its Arab neighbors.

Shlaim often refers to himself as an Israeli, though Wikipedia’s designation of him as a “British historian” is more accurate: born in Baghdad in 1945 and educated as a historian in Britain, Shlaim has lived in the United Kingdom since 1966. He was one of a small group who emerged in the late 1980s and were lumped together and designated-actually by me, in an article in Tikkun, an American Jewish journal–as the “New Historians,” their collective work being the “New Historiography.” I included myself and my own work in this rubric. It countered the “Old Historiography” of the “Old Historians,” which painted a roseate portrait of Zionism and its works. The “Old Historians” generally ignored, omitted, or otherwise swept under the carpet all that was morally reprehensible and dubious and unwise in the activities of the Yishuv and Israel before and after 1948. The “New Historians,” availing themselves of Israel’s very liberal Archives Law and its newly opened archives (and also British, U.N., and American material), published a series of books in the late 1980s that were critical of the traditional Zionist historical narrative. Collusion Across the Jordan was one of those transgressive books.

Over the past decade, the New Historians–we were never a tightly knit school but were all, loosely, “of the Left”–have largely parted ways politically. Ilan Pappé, formerly of Haifa University and now of the University of Exeter; Tom Segev, a journalist at Ha’aretz who does history on the side (in The Seventh Million: Israelis and the Holocaust, an important work on the Yishuv’s reaction to the Holocaust and the role of the Holocaust in post-1948 Israeli politics, and most recently in 1967, a far less impressive work); and Avi Shlaim steadily drifted leftward (if that really is the direction of people expressing understanding and sympathy for the likes of Yasser Arafat and Hamas), largely under the impact of the Second Intifada. I myself, while still believing that a two-state solution is the only just solution to the Israeli-Palestinian conflict, have moved marginally rightward–and in Israel and Palestine, while mildly praising my historiographic work, Shlaim castigates me for this in an essay called “Benny Morris and the Betrayal of History.” (“Benny is in danger of becoming … ‘a genuine charlatan,’” Shlaim writes, which is a very British way of saying that I am a charlatan. Also “his post-conversion interpretation of history is old history with a vengeance … indistinguishable from the propaganda of the victors.” Shlaim fails to explain how, precisely, I have “betrayed history,” and his name-calling is motivated solely by political disagreement.)

Israel and Palestine, which will probably earn Shlaim more Israel-bashing brownie points than all his previous books combined, is a collection of academic essays and reviews, along with some journalistic articles about politics. The pieces are mostly an extended exercise in anti-Zionism, nothing more. There is also one interview, originally published in The New York Review of Books in 1999, in which Shlaim asks King Hussein about his meetings with Israeli officials and leaders from the 1960s until the 1990s, and about Jordan’s participation, or non-participation, in the wars of 1967 and 1973. The monarch’s responses are vague, fluffy, and imprecise (he often answers that he cannot remember but will later look for the relevant documents, which, of course, are never referred to again) and generally uninformative, heavily larded with avowals of goodwill and the love of peace.

The scholarly essays deal with “The Balfour Declaration and its Consequences”; “The Rise and Fall of the All-Palestine Government in Gaza,” an impotent, short-lived organization established by the Egyptians in September 1948 as a means of controlling Palestinian politics, countering King Abdullah’s territorial, claims and, if one is prone to generosity, providing the Palestinians with some sort of representation; and “Husni Zaim and the Plan to Resettle Palestinian Refugees in Syria.” This last essay, which was trailblazing when published in 1986, describes a peace overture by Husni Zaim, Syria’s short-lived prime minister.

Zaim ruled Syria from March 30, 1949, to August 14, 1949, when he was deposed and executed by his colleagues. Working through American and U.N. mediators, Zaim proposed peace with Israel, and also that Syria absorb a quarter of a million Palestinian refugees in exchange for Israeli cession of the eastern half of the Sea of Galilee (according to the U.N. partition resolution, the whole sea was to be within Israeli territory) and, by implication, the Israeli-owned strip of land to the east of the lake, which included Kibbutz Ein-Gev.

Israel and Syria were at the time in the middle of armistice negotiations, and Ben-Gurion suspected that Zaim’s move was a ploy to delay Syrian withdrawal from Israeli territory that it had conquered during the war, which Israel was demanding. At the same time Ben-Gurion believed that Zaim was not trustworthy. (The Syrian was apparently a CIA agent and had previously been in intermittent contact with Haganah intelligence officers.) Ben-Gurion was in any case unwilling to give up half of Israel’s major water resource, and to surrender hard-won territory in exchange for a bilateral peace agreement on which the Syrians could at any time renege. He refused to meet with Zaim until the Syrians agreed to withdraw from Israeli territory, and the Syrians rejected the Israeli proposal to negotiate at the foreign ministers level.

According to Shlaim, Zaim gave Israel “every opportunity to bury the hatchet and lay the foundations for peaceful coexistence in the long term,” but an “intransigent” Israel and a “short-sighted” Ben-Gurion “spurned” his offer and “frittered away” a “historic opportunity.” A historic opportunity? I am not so sure, and in the absence of Syrian documentation the seriousness of Zaim’s offer and his ability to carry it out remain unclear. (Itamar Rabinovich, in The Road Not Taken, highlighted Zaim’s internal problems in this respect.) Equally unclear is what would have been the fate, after Zaim’s death, of any agreement that he had signed. It is also worth asking whether a semi-arid country should give up half of its main water resource (and territory) in exchange for a peace treaty of doubtful longevity with a country that has just attacked it. Shlaim, intent on pillorying Israel, does not ask this question.

On the face of it, Shlaim’s essay on the Balfour Declaration–the British declaration of November 2, 1917, which supported the establishment of a “Jewish national home” in Palestine–appears to be a straightforward inquiry into what happened and why, based on the documents. Yet it exudes an unscholarly myopia, a selectivity in the use of documents, which hints at anti-Zionist prejudice. Why did the British issue such a seemingly uncalled-for and unrealistic declaration? After all, the Zionists, even “the Jews,” had little power in or over the British government or any other major government, and a very meager presence in Palestine itself. (In 1917 there were some 55,000 Jews and 650,000 Arabs in the country.) Indeed, the only Jew in the British government, Edwin Montagu, fiercely opposed Balfour’s declaration, and most of the world’s Jews were non-Zionists or anti-Zionists. All knew it would alienate tens of millions of Arabs and perhaps many Muslims besides.

So why did Britain issue the declaration? Shlaim devotes several pages to reviewing the prevailing explanations. Leonard Stein, in his classic study The Balfour Declaration, suggested that it was due to “the activity and skill [as a persuader]” of Zionist lobbyist and leader Chaim Weizmann. The historian Mayir Verete offered a contrary thesis: that the British government was motivated by “British imperial interests in the Middle East”–that is, safeguarding the Suez Canal from the east and keeping France out of Palestine. As an afterthought Shlaim adds that the British may have hoped to “enlist the support of the Jews of America and Russia” for the anti-German war effort, or to pre-empt a similar declaration by the German government. Again, imperial British wartime interests.

Shlaim then gives pride of place to Tom Segev’s explanation in his book One Palestine, Complete–“a [historiographic] step forward,” Shlaim calls it. According to Shlaim, quoting Segev, David Lloyd George, Britain’s prime minister in 1917, pushed the declaration out of “ignorance and prejudice.” Lloyd George “despised the Jews, but he also feared them,” believing in their world-embracing “power and influence.” The people who sired the document “believed the Jews controlled the world,” says Shlaim, quoting Segev. Which is to say, the Balfour Declaration was primarily a product of anti-Semitism. Historians love paradoxes, even fictitious ones.

Shlaim fails completely to mention the relevance of philo-Semitism and philo-Zionism as a decisive factor in the issuance of the declaration. Indeed, it was probably the single most potent factor in the support of the key Cabinet ministers: Lloyd George, Arthur James Balfour himself, Lord Milner, Robert Cecil, and Jan Smuts. Brought up on the Bible and on a belief in the Jews’ contribution to Judeo-Christian civilization, these potentates believed that Christendom owed the Jews a debt–and that it must atone for two thousand years of persecution by restoring them to their land. As Balfour told the House of Lords in 1922:

It is in order that we may send a message to every land where the Jewish race has been scattered, a message that will tell them that Christendom is not oblivious of their faith, is not unmindful of the service they have rendered to the great religions of the world, and most of all to the religion that the majority of Your Lordships’ house profess, and that we desire to the best of our ability to give them that opportunity of developing … those great gifts which hitherto they have been compelled to bring to fruition in countries that know not their language and belong not to their race? This is the ideal which I desire to see accomplished, that is the aim that lay at the root of the policy I am trying to defend; and though it be defensible indeed on every ground [he means imperial interests, and so on], that is the ground which chiefly moves me.

Shlaim would have it that Balfour, George, Milner, Smuts, and Cecil were all liars or dissemblers. I prefer to believe them. It was mainly their esteem and their sympathy for the Jews that drove them into supporting the harebrained scheme known as Zionism. No doubt material wartime interests and postwar imperial calculations also played a part. Yet Shlaim cannot resist an opportunity to assert his high ethical credentials, his anti-Zionism and anti-imperialism at once, two birds with one stone: “Britain had no moral right to promise a national home for a tiny Jewish minority”–why “tiny”? The Zionists expected millions to pour into the country, as in fact they did–“in a predominantly Arab country. It did so not for altruistic reasons but for selfish and misguided ones.”

Shlaim once said that he believes historians should not merely describe and analyze but also act as “judge and jury” (or was it “judge, jury, and executioner”?)–that it is their responsibility to pass moral judgment on the actions (and the thinking?) of their protagonists. He has a powerful confidence in his own “moral compass.” He once wrote that I had lost mine. I do not believe that historians should moralize in their historiography: it is a sign of hubris, and it is tedious. My belief is that historians should seek truth, not “justice,” and describe and analyze events, using as wide a range of sources as possible to try and work out why people acted as they did and what were the consequences–and then let the reader judge, using his or her own “moral compass,” whether the protagonists were right or wrong, wise or unwise.

Shlaim concludes his essay on the Balfour Declaration with the flat personal assertion that “I can only agree with Sir John Chancellor [British high commissioner to Palestine, 1928–1931] that the Balfour Declaration was a colossal blunder–it has proved to be a catastrophe for the Palestinians and it gave rise to one of the most intense, bitter, and protracted conflicts in modern times.” But of course it was not the declaration but Zionism itself–the successive waves of Jewish immigration to Palestine, and the creation of Jewish social and political and economic institutions there, with the aim of recreating a sovereign Jewish state–that gave rise to the conflict.

What does all this tell us about Shlaim’s views? Well, he sets out his credo in the introduction to Israel and Palestine, where he tells us that “The Jews are a people and, like any other people, they have a natural right to national self-determination. In the aftermath of the Second World War, the moral case for a Jewish state became unassailable…. This was the background to the U.N. resolution of 29 November 1947 … an international charter of legitimacy for the Jewish state…. Arabs … felt that the gift of Palestine to the Jews was illegal. However, a resolution passed by the UN General Assembly by a large majority cannot be illegal. It may be unjust but not illegal.” Subsequently, Israel and the Arab states agreed in armistice negotiations and accords on Israel’s borders. “These are the only borders,” Shlaim writes, “that I regard as legitimate.” So, he concludes, “I believe the creation of the State of Israel involved a terrible injustice to the Palestinians…. I fully accept the legitimacy of the State of Israel within its pre-1967 borders.”

In 1967, Israel conquered the West Bank, East Jerusalem, the Golan Heights, Sinai, and the Gaza Strip. In November of that year, the U.N. Security Council passed Resolution 242. The resolution, Shlaim informs us, stressed “the inadmissibility of the acquisition of territory by war, and the resolution … called on Israel to give up the territories it had captured in return for peace.” Actually, the resolution, in its definitive English version, spoke of giving up not “the territories” but “territories,” as Shlaim notes elsewhere in his book. “But,” he continues, “Israel preferred land to peace.” Actually, it has been a mixed bag–as Shlaim well knows. Israel gave up the Sinai Peninsula in exchange for peace with Egypt, and hundreds of square kilometers of territory in exchange for peace with Jordan, and on June 19, 1967 (and, again, in 1994–2000) offered to give up the Golan Heights in exchange for peace with Syria. It has also given up the Gaza Strip without getting any peace in return. In the case of the West Bank and East Jerusalem, matters have been more complicated and Israel has been less “giving.” But historically speaking, the bald claim that “Israel preferred land to peace” is something less than a half-truth.

About more recent times, Shlaim has this to say: “I reject, and reject utterly, completely and uncompromisingly, the Zionist colonial project beyond [the pre-1967 borders].” And also this: “Ilan Pappé and I [following the Second Intifada] … held on to our belief that Israel bears the primary responsibility for both the persistence and the escalation of the conflict” This is a persistent nonsense. Far fewer Israelis or Palestinians have died in the major bouts of violence of the past three decades than, say, in 1948, or 1973; and of course both peoples suffered far more in 1948. The recent Israeli-Palestinian bouts of violence, the First Intifada (roughly 1987–1991) and the Second Intifada (roughly 2000–2004), have been more prolonged than the previous wars, but far less bloody and exacting. And as for the wider Israeli-Arab conflict, the region has seen, strategically speaking, a substantial de-escalation, with two Arab states making peace with Israel during the past three decades. There were wars between Israel and Arab states in 1948, 1956, 1967, 1973, and 1982, but none since then. And the recent bouts of violence between Israel and Hezbollah in 2006 and Israel and Hamas in Gaza in 2008–2009 were extended campaigns between a state and terrorist organizations, not “wars.”

As for the future, Shlaim writes: “The only fair and reasonable solution is the partition of Palestine … a two-state solution.” Presumably he means a Jewish state called Israel in the pre-1967 borders and a Palestinian Arab state composed of the West Bank, Gaza, and East Jerusalem. He does not tell us whether he is amenable to minor border changes between the two states to allow, say, for the incorporation in Israel of Jewish settlement blocs along the Green Line (the pre-1967 demarcation line between Israel and the West Bank) or, for that matter, of border-hugging Israeli Arab settlements in a Palestinian state.

All in all, there is much to be said for Shlaim’s credo. The problem with Israel and Palestine is the dissonance, which is sometimes very jarring, between these lofty professions of faith and Shlaim’s assertions (and their tone) about the very recent history of the conflict, which are not just critical of Israel’s post-1967 expansionism, but also unrestrainedly anti-Zionist and anti-Israeli. On page 307, for example, he tells us that the establishment of Israel “involved a monumental injustice to the Palestinians,” and goes on to quote a leading British Foreign Office anti-Semite, John Troutbeck, in 1948, to the effect that the Americans were responsible “for the creation of a gangster state headed by ‘an utterly unscrupulous set of leaders’.” Shlaim comments: “I used to think this judgement was too harsh,” but then Israel’s “vicious” assault on Gaza in December 2008–January 2009 “reopened the question.” His logic here is faulty: either Israel’s leaders in 1948 were “unscrupulous” and Israel was, at its inception, a “gangster state,” or it was not. These have nothing to do with how Israel behaved, or allegedly behaved, sixty years later. But more alarming than Shlaim’s lapse of logic is the content of his assertion, which seems to involve a renunciation of the credo that I have just outlined. “Legitimate” and “gangster state” have some difficulty in co-existing.

Palestinian political aspirations, then and now, were “just,” according to Shlaim. He never applies the word to Zionist aspirations, before 1948 or after. Was Israel’s establishment “just,” and is its continued existence “just,” in light of the monumental “injustice” that it caused the Palestinians? Should the Jews never have established their state in Palestine? Shlaim implicitly leaves on the table the standard Palestinian argument that the Palestinians have had to pay for an injustice committed against the Jews by others. Nowhere in this book does Shlaim say a word about the Jewish people’s three-thousand-year-old connection to the Land of Israel–that this land was the Jewish people’s cradle; that they subsequently ruled it, on and off, for over a thousand years; and that for the next two millennia, after going into exile, they aspired and longed for repatriation. Nor does he mention that the Arabs, who had no connection to Palestine, in the seventh century conquered the land “unjustly” from the Byzantine Empire and “illegally” settled in it, forcibly converting it into an “Arab” land. If conquest does not grant rightful claim, then surely this should be true universally?

Nowhere does Shlaim tell us of the persecution, oppression, and occasional mass murder of Jews by Muslim Arabs over the centuries, starting with Muhammad’s destruction of the Jewish communities in Hijaz and ending with the pogroms in Aden and Morocco in 1947–1948. And nowhere does Shlaim point out that the Palestinian Arabs had an indirect hand in causing the death of European Jewry during the Holocaust, by driving the British, through anti-British and anti-Zionist violence, to shut the gates of Palestine, which was the only possible safe haven, after the United States and the Anglo-Saxon world had shut their gates to escaping European Jews. And, more directly, Palestinian (and other Arab) leaders contributed to the Holocaust by politically supporting Hitler and, in the case of Haj Amin al Husseini, actually working in Berlin for the Third Reich, peddling Nazi propaganda to the Arab world and raising troops for the Wehrmacht.

Most scholars try to be thoughtful, moderate, and balanced when putting their thoughts into print, even if they are more truculent and extreme in their speech. Shlaim is the opposite. On stage, he is all sweet reasonableness, sensitive and fair-minded, in the manner of an Oxonian gentleman; but in print he is harsh, unbalanced, immoderate, and occasionally wild. He calls the young Yitzhak Rabin a “predator.” Ariel Sharon is variously described as a “bully” and “merciless,” his career marked by “the most savage brutality.” Shlaim even speaks of Sharon’s “attempts to destroy the Palestinian people.” In 2002, at the height of the Second Intifada, when Sharon was prime minister, he “waged a savage war against [the Palestinian] people which included … the bombardment of refugee camps … attacks on medical facilities … and summary executions.”

To be sure, in the Second Intifada there was quite a bit of “savagery”–but most of it was Palestinian. I know that terrorism is the inevitable–and for Shlaim and his ilk, the “understandable”–weapon of the weak. But the massive terrorism of the Palestinians, religious and so-called secular (both Hamas and Fatah suicide bombers believed that they were headed for heaven), truly merited the designation “savage”; and it was the series of suicide bombings that culminated in the Passover bombing at the Park Hotel in Netanya, with thirty-five dead and dozens of severely wounded, that triggered the IDF reoccupation of the Palestinian cities, which was actually conducted with great care for the lives of civilians. Though the Palestinians shouted “massacre” at every turn, as they have done for more than sixty years whenever Israel retaliates following their own acts of savagery, there was almost no deliberate killing of civilians by Israel in the four-year-long Second Intifada (whereas most of Israel’s 1,300 or so dead were deliberately targeted civilians). Of the four thousand Arabs killed, less than one-third were civilians. This is not nothing, but it is not quite what Shlaim says it is.

The Israeli Air Force did not, as Shlaim states, “bomb refugee camps.” Had it done so, there would have been hundreds or thousands of dead after each mission, but this was not the case. The IAF bombed specific targets in refugee camps (and outside them)–terrorist headquarters, the homes of terrorist leaders, military bunkers, and so on. There certainly were casualties–but this was inevitable, given that the Palestinians, in 2002 as today, placed their arsenals, their command posts, and their hideaways inside and on the peripheries of refugee camps. During the Israeli assault on Hamas in Gaza at the end of 2008, the Hamas leaders sat out the campaign in the basement of Gaza’s Shifa Hospital, gambling-correctly–that Israel would not bomb or storm a hospital.

And is Shlaim fair in his description of Sharon’s career? Take the phrase “the most savage brutality.” Presumably he is referring to the young Sharon who, in October 1953, led the infamous IDF attack on the West Bank village of Kibya, in which about sixty villagers were killed (in retaliation for a terrorist grenade attack at the nearby Israeli settlement of Yehud, in which a mother and her two children were murdered). If Kibya may be described as “the most savage brutality,” then what words are left to describe, say, Iraq’s gassing of thousands of Kurds in the 1980s, or the Sudanese Arabs’ mass murder of Darfurians and Christians, or Syria’s slaughter of twenty thousand or so Muslims in its own city of Hama in 1982? Were Sharon’s various campaigns, including the assault on the PLO in Lebanon and the reoccupation of the West Bank’s cities in 2002, after a string of suicide bombings claimed hundreds of Israeli lives in Tel Aviv, Netanya, Haifa, and Jerusalem, really “attempts to destroy the Palestinian people”–as, say, Turkey’s slaughter of the Armenians in World War I or Hitler’s murder of the Jews in World War II, were “attempts to destroy” peoples? Orwell would have charged Shlaim with abusing the English language, and noted, too, that Shlaim’s careless and inflammatory hyperbole is always directed against only one party.

When it comes to the Arabs, Shlaim is often mealy-mouthed, hesitant, disingenuous, and laudatory. Thus he tells us at one point that “the Palestinian people succeeded in building the only genuine democracy in the Arab world with the possible exception of Lebanon and Morocco.” I am sure that the imprisoned opponents of the absolutist monarchy in Rabat would be much amused–as would various Shiites, Greek Catholics, and Sunni Muslims in Lebanon. So would the Fatah prisoners tortured in Hamas jails in Gaza, and the Hamas prisoners tortured in Fatah jails in the West Bank. Does a single relatively open and successful general election transform a polity into a democracy?

One-sidedness and plain unfairness permeate almost every subject touched and every argument propounded in Israel and Palestine, perverting and distorting history. Take Shlaim on the post–Second Intifada Sharon. In 2005, breaking away from the Likud, Sharon uprooted all Israeli settlements in, and withdrew from, the Gaza Strip, and indicated that he intended a similar unilateral withdrawal–as he believed there was no peace partner on the other side with whom he could reach agreement–from the bulk of the West Bank. The evacuation from Gaza should have cheered Shlaim, who supports Israeli withdrawal from the territories. Instead he divines a nefarious plot, hatched with George W. Bush’s complicity. “The real purpose behind the plan,” Shlaim writes, “was to sweep away the remnants of Oslo, to undermine the position of Yasser Arafat and the Palestinian Authority, and to derail the road map [for a two-state solution]…. The plan is a pitch for politicide.” Presumably, if and when Israel pulls out of the bulk of the West Bank–again unilaterally, as there is still no credible Palestinian partner for peace–Shlaim will continue to inveigh against Israeli plots and Israeli-American conspiracies.

Sharon, who a few months after the Gaza pullout had a massive stroke and departed the political arena, never made clear how much of the West Bank he intended to evacuate. He was the driving spirit behind the construction of the security barrier separating the territory from pre-1967 Israel. The barrier probably indicated the lines to which Sharon intended to withdraw, though the initial motivation for building the barrier was to keep out suicide bombers, and in this purpose it was highly successful. The barrier–more than 90 percent of it is a fence, though Shlaim refers to it, in line with common Arab and Western usage, as “the wall”–incorporates (or will do so, when it is finished) about 7 percent of the West Bank into Israel. This 7 percent includes the large border-hugging settlement blocs that Israel intends to keep, and that both President Clinton and President Bush agreed should be ceded to Israel, with Israel compensating the Palestinians with land elsewhere. In Shlaim’s account, however, the “wall will gobble up by the time it is completed … 15 to 25 percent” of the West Bank–an exaggeration by 200 to 300 percent–and, alongside the Barak-Clinton peace plan (or “parameters”) of July and December 2000, will slice up the West Bank into several “bantustans,” preventing a contiguous Palestinian state.

Of course, a Palestinian state, if it ever emerges, will never be contiguous, inasmuch as the West Bank and Gaza Strip are separated by Israeli territory; but neither the barrier nor the Barak-Clinton proposals would have violated the contiguity of the West Bank (see the relevant map at the start of Dennis Ross’s The Missing Peace). Shlaim also charges that the barrier creates “an environmental catastrophe.” This, too, is hysterical nonsense. It is true that the barrier separates several thousand villagers from their fields and workplaces, making their lives difficult and requiring complicated improvisatory solutions. But bombs exploding in downtown Tel Aviv and Haifa–as happened almost daily at the height of the Second Intifada, which is what drove the construction of the barrier–also creates “difficulties.” These “difficulties” never exercise Shlaim and his “moral compass.”

Shlaim fails in this volume to properly describe what was without doubt a historic turning point in the conflict: the Barak-Arafat-Clinton negotiations in Camp David in July 2000, and the subsequent “Clinton Parameters” of December 2000. He fails to inform his readers even of what it was that the Palestinians were offered. Instead he declares that “the most fundamental cause of the failure … lies not in Arafat’s psychological makeup but in Barak’s package.” He singles out Barak’s demand that the Palestinians agree that the offered package would be final–that is, agree to an “end of conflict” and an “end of claims.” “This remorseless insistence on finality,” Shlaim explains, “was in fact part of the problem, not the solution,” as if most peace treaties include a loophole that one of the parties may resume hostilities after signing the treaty if all its demands are not met.

The Barak offer–a Palestinian state on 100 percent of the Gaza Strip and 91 percent of the West Bank–“was a reasonable basis,” Shlaim says, “for an interim agreement, not for the final end of the conflict.” Is Shlaim hinting here that he supports such Palestinian demands as the full repatriation of the five million refugees to the territory of pre-1967 Israel, the “right of return” espoused by the PLO and Hamas (and all the Arab states)? He doesn’t tell us. Nor, indeed, does he tell his readers that Clinton, in his “Parameters,” substantially upped the ante by awarding the Palestinians 95 percent of the West Bank, and sovereignty over half of Jerusalem and the surface area of the Temple Mount–and that the Palestinians again responded with a flat “no.” Again, bizarrely, Shlaim speaks of an Israeli-American “conspiracy” to “corner” the lamb-like Palestinians, which they rightly defied.

Nowhere in this volume is Shlaim more scathing than in his criticism of Israel’s retaliatory assault on Hamas in Gaza in December 2008–January 2009. “Merciless,” “unremitting brutality,” “totally disproportionate,” “indiscriminate”: these are some of the phrases he uses. He concludes his book by asserting that Israel has “become a rogue state with ‘an utterly unscrupulous set of leaders’ … In Gaza it went too far: It sowed the wind and it will surely reap the whirlwind.” Is he referring to a possible Iranian nuclear attack on Israel? Is he justifying it in advance?

At one point Shlaim concedes that “Hamas is not an entirely innocent party in this conflict.” But he quickly buries this observation under his own display of the basic inability of many Western liberals to come to grips with the phenomenon that they are confronting: true believers with a fundamentalist ideology. Shlaim says that it is wrong to portray the Hamas as “just a bunch of religious fanatics…. The simple truth is that the Palestinian people are a normal people with normal aspirations. They are no better but they are no worse than any other national group.”

But the Hamas leaders daily repeat the slogan, from their Charter or Constitution of 1988, that “Israel will exist until … Islam will obliterate it.” Does that sound like a “normal aspiration”? Do most people around the world speak this way about their neighbors? What does this, or the mass festivities in the streets of Nablus and Gaza when a suicide bomber successfully exploded in a bus in Tel Aviv, tell us about the Palestinians, who voted Hamas into power in free elections in 2006? Shlaim blithely informs his readers that “like other radical movements, Hamas began to moderate its political program following its rise to power.” He acknowledges “the ideological rejectionism” of Hamas’s charter, but he declares confidently that Hamas has begun “to move towards pragmatic accommodation of a two-state solution. Its spokesmen said many times that they would accept a Palestinian state within the 1967 borders and offered a long-term truce on that basis.”

Shlaim hears what he wants to hear, not what is actually said. The “moderate” Hamas leader Ismail Haniya almost daily repeats that Hamas will never recognize Israel, and less frequently says that it will continue the struggle until all of Palestine reverts to Palestinian Muslim rule. Hamas “extremists” such as Khalid Mashal speak even more firmly about Israel’s eventual demise and its replacement with a Muslim polity governed in line with sharia law. Indeed, sharia has been gradually imposed, without much fanfare, in the Gaza Strip since Hamas gained dominion there–no mixing of the sexes in public, harsh dress codes, no alcohol, no cinemas, no Internet cafes, and, gradually, no Christians (a few have been murdered, most have left).

True, Hamas’s leaders over the past few years have sometimes spoken about a prolonged truce–if Israel first agrees to withdraw to the 1967 borders and accepts the “right of return” of the refugees. Is this tantamount to accepting a two-state solution? Of course not. And we are talking tactics, not strategy. Hamas, despite massive pressure by the Palestinian Authority, Israel, and the United States, has been firm in resisting changes in its political goals, which are the destruction of Israel and the imposition of sharia law. When Hamas leaders amend the Charter in accordance with Shlaim’s irenic fantasies, I will start to believe that it is changing; but not a moment before.

About Israel’s restrictions on the flow of goods into the Gaza Strip since the Hamas takeover, Shlaim observes that “the aim was to starve the people of Gaza into submission” and resulted in “a humanitarian catastrophe.” This is simply wild. Darfur is a humanitarian catastrophe. Somalia at times has been a humanitarian catastrophe. But Gaza? As far as I know, no Gazan has died of thirst or starvation. There are no African-style bloated bellies there. It is true that Israel has barred the importation of iron and steel and other materials needed for reconstructing houses destroyed or damaged in the December 2008–January 2009 campaign (and, in my view mistakenly, also barred the entry into Gaza of various other goods). But Israel argues, with solid logic, that Hamas would immediately use these materials to rebuild bunkers, munitions storage facilities, trenchworks, and the other institutions and instruments of its aggression.

Without a doubt, history has ill-served the Palestinians. They became a separate and distinct “people” (while remaining part of the greater Arab “people”) as a result of the Zionist enterprise and the Zionist challenge, and Zionism has caused them repeated bouts of suffering. Their persistent rejection of compromise, as expressed by their successive leaders, has had a major role in the perpetuation of this suffering. And this suffering appears to fuel Shlaim’s animosity toward Israel. But there is a mystery here. Many intellectuals, in Israel as in the West, have been moved by the Palestinians’ history and their plight, but at the same time they have remained sympathetic to Israel’s predicament, and admiring of its real and in some ways incomparable achievements over the past six decades. In Israel and Palestine, by contrast, there is no sign of any such complex sympathy. For Shlaim, Israel and its leaders can do no right. It all begins to seem very personal. What is the source of this bias and this resentment? It is always hazardous to speculate on the motives of writers and scholars. Perhaps one day Shlaim will enlighten us on this score.

Benny Morris is a professor of Middle Eastern history at Ben-Gurion University and the author, most recently, of 1948: A History of the First Arab-Israeli War (Yale University Press).


Cinéma: L’immigration comme perte de l’innocence (The much vaunted idyllic life of the Jews in Arab lands is a myth!)

30 novembre, 2009
Lettre à la prison (Marc Scialom)Personne ne nous fera croire que l’appareil judiciaire d’un Etat moderne prend réellement pour objet l’extermination des petits bureaucrates qui s’adonnent au café au lait, aux films de Fernandel et aux passades amoureuses avec la secrétaire du patron. René Girard (Critiques dans un souterrain, 1976)
Le thème du poète maudit né dans une société marchande (…) s’est durci dans un préjugé qui finit par vouloir qu’on ne puisse être un grand artiste que contre la société de son temps, quelle qu’elle soit. Légitime à l’origine quand il affirmait qu’un artiste véritable ne pouvait composer avec le monde de l’argent, le principe est devenu faux lorsqu’on en a tiré qu’un artiste ne pouvait s’affirmer qu’en étant contre toute chose en général. Albert Camus
Que pèse le rappel des vexations, des meurtres mêmes, devant la nécessité de croire en une complémentarité judéo-musulmane? Patrick Simon
Tahar est un jeune Tunisien envoyé par sa famille pour aller soutenir son frère, emprisonné à Paris pour meurtre. Mais quand il débarque à Marseille, Tahar ne prend pas le train. Il erre dans la ville frontière où se mêlent deux mondes, celui qu’il vient de quitter et celui qui a transformé son frère. Tel est le synopsis de » Lettre à la prison » , film réalisé par Marc Scialom. Un sujet qui aurait très bien pu être filmé en caméra numérique voici quelques semaines tant cette situation semble contemporaine. Rue 89
Nous sommes en 1969. La plupart font le voyage pour trouver du travail. Pas celui dont on entend la voix, en off : lui vient rendre visite à son frère, incarcéré à Paris, accusé d’un crime qu’il nie avoir commis. (…) Sur le mode du dérèglement sensoriel, du brouillage identitaire vertigineux, l’expérience de l’immigré est restituée ici comme une expérience de l’étrangeté absolue. Conduit à ruser avec des règles qui le limitent en tout, comme les barreaux d’une prison mentale, il en vient à se penser lui-même suspect. Ses certitudes vacillent. Après tout, peut-être son frère l’a-t-il bien tuée cette femme “trop blanche”, “trop riche”, cette femme “qui n’était pas pour lui”, comme le pense leur cousin. L’immigration comme perte de l’innocence, telle est la toile de fond de ce film magnifique, qui n’assène aucun message. Et c’est bien ce qui lui fut reproché. (…) A l’heure où “l’identité nationale” envahit le débat public, ce film réalisé par un immigré tunisien de culture juive sur un immigré tunisien de culture musulmane pose des questions essentielles, avec l’intelligence et le regard d’un grand artiste. Le Monde
En 1970, un jeune tunisien débarque pour la première fois de sa vie en France, où il est chargé par sa famille de porter secours à son frère aîné, accusé à tort d’un meurtre et emprisonné à Paris. Il fait d’abord halte à Marseille. Là, il rencontre des tunisiens étrangement différents de ceux qu’il croisait en Tunisie, des Français qui lui paraissent énigmatiques et une ambiance générale assez inquiétante à ses yeux pour le faire douter peu à peu de ce dont il était sûr, c’est-à-dire de l’innocence de son frère, de sa propre innocence, de sa propre intégrité mentale. Le thème développé dans ce film est celui d’une identité culturelle et personnelle mise en péril, sur fond de post-colonialisme. Résumé du film Lettre à la prison
J’étais un exilé moi-même et je voulais montrer ce que je connaissais: la perte d’identité de la jeune génération qui débarquait en France. Une perte culturelle, mais aussi personnelle : “Je suis arrivé en un lieu où je ne suis plus moi. Qui suis-je alors ?” Cette perte d’identité se doublait souvent, pour les arrivants, d’un sentiment de culpabilité qu’on leur flanquait à la gueule et qu’ils intériorisaient au point de se sentir devenir “le salaud” (…) l’aspect onirique du film n’a pas plu à l’époque. Jean Rouch trouvait le film surréaliste. C’était un compliment, mais quand je l’ai montré à Chris Marker, il ne m’a rien dit. Nous étions amis et il n’a pas déserré les dents. J’en étais très choqué et, plus tard, ses amis m’ont dit : “Pas politique !” Ça voulait dire que, pour eux, je m’éloignais du militantisme pour faire un cinéma de petit-bourgeois nombriliste. Dans ce milieu, parler de ses rêves, exprimer sa subjectivité, était mal vu. La gauche, que je fréquentais, n’a donc pas aimé le film, et les autres non plus parce que ça n’était pas un film montrant les Arabes sous un jour exotique. Le film n’entrait dans aucun créneau. On me disait : “Qu‘est-ce que vous voulez qu’on fasse avec ça ?” Marc Scialom
Le film qui m’a touché et encouragé, c’est A bout de souffle. Quand je l’ai vu sur les Champs-Elysées, je suis aussitôt aller acheter une lampe de poche et un carnet de notes et je suis retourné le voir plusieurs fois. Je sentais que l’énergie se situait non pas à l’intérieur de chaque plan, mais dans le passage de l’un à l’autre, dans le choc de la “collure”. C’est cette énergie que j’ai essayé de trouver dans Lettre à la prison. J’ai tourné sans argent, avec les gens que je trouvais. L’interprète principal était un ami d’amis. Il était algérien, et son personnage tunisien. C’était un ouvrier qui logeait dans un foyer Sonacotra, qui vivait mal, et qui a fini par retourner en Algérie parce qu’il ne supportait plus la France. Marc Scialom
Quand on voit maintenant les relations qu’ont les juifs avec les arabes, c’est triste quand on pense à la cohabitation qu’ils avaient avant (…) Pour moi, Belleville c’est à peu près l’image que j’ai de Tunis. Pourtant c’est un quartier délabré, les immeubles tombent en ruine, mais quand je vois des juifs, des arabes, des noirs, des blancs, des chrétiens… je vois de tout à Belleville, et je vois rarement de bagarres. Je me dis que ça devait être comme ça à Tunis. Quand je vois des gens qui crient par la fenêtre pour appeler leurs enfants, qu’il y a plein de gens dans la rue, une foule incroyable, des gens à la terrasse des restaurants en été, je me dis : “vraiment, ça devait être ça à Tunis”. Jeune fille d’origine tunisienne née à Paris en 1980 (entretien réalisé par l’historien Patrick Simon)
Quand j’étais jeune, on me disait : “le juif errant, celui qui était en Pologne, il a été en Allemagne, d’Allemagne il a été en Russie, de Russie il a été France, de France il a été…”. Heureusement que nous on n’est pas comme ça. On est bien, on vit bien, on travaille bien, on s’entend avec tout le monde. Et puis quand j’ai pris le bateau, j’ai dit : “bon Dieu, je deviens juif errant comme les autres”. Je quitte la Tunisie pour aller en France, je suis comme tous les juifs errants : d’un côté à l’autre, d’un côté à l’autre. Juif tunisien (né en 1921 à Tunis, parti en 1961)
La fameuse vie idyllique des juifs dans les pays arabes, c’est un mythe ! La vérité [...] est que nous étions d’abord une minorité dans un milieu hostile ; comme tels, nous avions toutes les peurs, les angoisses, le sentiment constant de la fragilité des trop faibles. Aussi loin que remontent mes souvenirs d’enfant, dans les récits de mon père, de mes grands-parents, de mes tantes et oncles, la cohabitation avec les Arabes n’était pas seulement malaisée, elle était pleine de menaces, périodiquement mises à exécution. Il faut tout de même rappeler ce fait lourd de signification : la situation des juifs pendant la colonisation était plus sûre, parce que plus légalisée. Car sur la période qui a précédé la colonisation, la mémoire collective des juifs de Tunisie ne laisse aucun doute. Il suffit de reprendre les quelques récits, les quelques contes qui en restent : c’est une sombre histoire. Les communautés juives vivaient dans les ténèbres de l’histoire, l’arbitraire et la peur, sous des monarques tout-puissants, dont les décisions ne pouvaient être abolie ni même discutées. Tout le monde, direz vous, était soumis à ces monarques, sultans, beys ou deys. Oui, mais les juifs n’étaient pas seulement livrés au monarque, mais à l’homme de la rue. Mon grand-père portait encore des signes vestimentaires distinctifs, et il vivait à une époque où tout passant juif était susceptible de recevoir des coups sur la tête de tout musulman qu’il rencontrait. Cet aimable rituel avait même un nom : la chtaka, et comportait une formule sacramentelle, que j’ai oubliée. Un arabisant français m’a objecté, lors d’une réunion ” En pays d’islam les chrétiens n’étaient pas mieux lotis”. C’est vrai, et alors ? C’est un argument à double tranchant : il signifie en somme que personne, aucun minoritaire, ne vivait en paix et dans la dignité dans un pays à majorité arabe ! ” (…) C’est notre complaisance de déracinés qui ont tendance à embellir le passé, qui, dans leur regret de l’Orient natal, minimisent, ou effacent complètement le souvenir des persécutions. Albert Memmi (“Juifs et Arabes”, 1974)
Cette représentation idyllique occupe une place d’autant plus importante dans la mémoire qu’elle propose une lecture optimiste des rapports judéo-musulmans, au moment où l’actualité est dominée par la tension constante en Israël. Bien entendu, la mémoire ment quand elle enjolive à l’excès la situation des juifs en Tunisie. Le besoin irrépressible de gommer les drames, de lisser les aspérités conflictuelles s’est manifesté très tôt. Il n’est du reste pas spécifique aux juifs tunisiens, mais a été constaté également pour le Maroc et l’Algérie. Albert Memmi attribue le succès de ce mythe à cinq facteurs, dont la propagande arabe qui aurait cherché, dans le cadre du conflit israélo-arabe, à opposer juifs maghrébins et européens. Mais la principale responsabilité serait portée par les juifs des pays arabes eux-mêmes que Memmi (auto)critique avec lucidité. Patrick Simon
Emeutes contre la Hara (janvier 1952, 1 mort), relations postales avec Israël supprimées et agressions nocturnes (1956), expropriations du vieux cimetière de Tunis (1957), suppression du statut juif (loi du 11 juillet 1958), tunisation de l’administration avec l’indépendance (1956), destruction de la grande synagogue de Tunis (1960), violences après l’affaire de Bizerte (1961), expropriations (1960-61 – argent emporté imité à un dinar = 2 euros), pillage du quartier juif de Tunis et synagogue saccagée (1967) …
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“A l’heure où “l’identité nationale” envahit le débat public, ce film réalisé par un immigré tunisien de culture juive sur un immigré tunisien de culture musulmane” dixit Le Monde …

“Un sujet qui aurait très bien pu être filmé en caméra numérique voici quelques semaines tant cette situation semble contemporaine.” dixit Rue 89

A l’heure où, avec la sortie d’un film jusqu’ici inédit du réalisateur français d’origine judéo-italo-tunisienne Marc Scialom (“Lettre à la prison”, tourné à Marseille en 1969 mais jamais sorti faute de financements), nos médias nous ressortent l’équation immigré juif tunisien-immigré musulman tunisien …

Et où, près de 70 ans après L’Etranger et sur l’air de 40 ans plus tard rien n’a changé, on nous rejoue le numéro de l’immigré comme étrangeté absolue ou le thème, que Camus avait lui-même dénoncé dans la Chute, du meurtrier innocent (ou accidentel comme dans “A bout de souffle”) …

Retour, avec les extraits d’une étude de la communauté judéo-tunisienne de Belleville par l’historien Patrick Simon, sur ce qu’occulte cette fascination pour ces nouveaux “bons sauvages” que sont devenus les immigrés musulmans et la vision prétendument idyllique des rapports franco ou judéo-musulmans (y compris pour les juifs eux-mêmes).

A savoir, le véritable arrière-plan historique de ce que fut l’exil, après 2000 ans d’histoire, des juifs de Tunisie …

Brutalement rappelés, notamment après la Crise de Bizerte (dont Sciamon avait d’ailleurs tiré un court roman – “Loin de Bizerte”, 1967) et surtout la Guerre des Six-Jours, à leur destin de juifs errants

(…)

Amorcée dès le début des années 50, l’émigration des juifs s’est précipitée avec l’accession à l’indépendance de la Tunisie en 1956. Pourtant, l’histoire et la situation de cette communauté ne se confondait pas avec l’expérience coloniale. La présence juive en Tunisie remonte aux premiers siècles de notre ère et si l’entrée en vigueur du protectorat français sur la Tunisie beylicale, après la signature du traité du Bardo en 1881, allait engager d’importantes transformations du statut des juifs, ceux-ci n’intégreront jamais la société des colons. Après la conquête française, les juifs de Tunisie ont continué à constituer une minorité distincte des musulmans, des Français et des nombreux Italiens ou Maltais venant compléter la mosaïque tunisienne. Le système de cohabitation reproduisait celui en vigueur dans l’empire ottoman, laissant une certaine autonomie aux minorités tout en leur attribuant des places subalternes6. Mais l’arrivée de la puissance coloniale française allait bouleverser la hiérarchie du pouvoir. Occupant les positions dominantes, les nouveaux maîtres du pays ont en quelque sorte contribué à atténuer les écarts entre les autres composantes de la société tunisienne qui sont devenus, par la force du pouvoir colonial, des « indigènes ».

La présence française favorise le mouvement d’occidentalisation de la communauté juive initié dès la seconde moitié du XIXe siècle. Cependant, la situation juridique du protectorat placera les juifs de Tunisie dans une position très différente de celle de leurs voisins d’Algérie. Placés sous l’autorité du Bey, ils ne bénéficieront d’aucune procédure de faveur pour accéder à la nationalité française qui leur reste pratiquement inaccessible jusqu’en 1927. Ce statut juridique aura, on s’en doute, des conséquences considérables pour l’avenir de la communauté, notamment lors de son départ hors de Tunisie. À la faveur de la redistribution du pouvoir politique, la communauté juive pu s’orienter vers de nouvelles activités économiques. L’essor du commerce et des échanges avec l’Europe (France et Italie essentiellement) favorise l’émergence d’une caste de négociants et de gros commerçants juifs, tandis que le développement d’une administration de type européen suscite la création d’une couche d’employés aux écritures travaillant dans les banques, assurances ou études d’avocat. Une classe moyenne se forme, dont le mode de vie se distinguera rapidement de celui des classes pauvres vivant dans la ‘Hara, le ghetto tunisien. Le développement urbain de la ville de Tunis autorise également une mobilité résidentielle hors du Ghetto, amplifiant la rupture socio-culturelle. Les familles juives en phase d’ascension sociale migrent vers les quartiers européens nouvellement construits, en commençant leur mouvement par les ruelles à la périphérie de la ‘Hara. En abandonnant la vie de misère du ghetto vétuste et insalubre, ces familles rompent également avec un environnement façonné par et pour la communauté. Elles entrent de plain-pied dans des territoires indifférenciés où elles s’exposent, mais c’est là leur désir, à une acculturation rapide (Tapia et Taïeb, 1975).

Le protectorat entre en crise dès 1950 et le conflit ira crescendo jusqu’à l’obtention de l’autonomie interne en juin 1955, puis la reconnaissance par la France de l’indépendance de la Tunisie le 20 mars 1956. La communauté juive n’a jamais été particulièrement visée par les attentats ou coups de main. Elle est apparue, tout au long du processus d’indépendance, partagée entre, d’une part, un soutien actif et militant au parti communiste tunisien et au néo-Destour de Bourguiba, et, principalement pour la frange occidentalisée, la défense de la présence française. Pour l’essentiel, les masses populaires resteront en retrait du débat et ne réagiront qu’aux secousses qui vont durcir les relations entre juifs et musulmans dans la jeune république tunisienne. La crise de Bizerte en 1961, au cours de laquelle les armées française et tunisienne s’affrontent au cours de combats meurtriers, provoque une montée de l’antisémitisme dans l’ensemble du pays, et tout particulièrement à Tunis où réside l’essentiel de la communauté juive7. Pour beaucoup de juifs de Tunisie, cette crise fournit le signal du départ. Elle est suivie en 1967 par l’épisode plus dramatique de la guerre des 6 jours en Israël. À l’annonce du conflit, des milliers de manifestants musulmans investissent les quartiers où réside la population juive. De nombreuses boutiques sont alors saccagées, tandis qu’on met le feu aux lieux de culte israélites, dont la Grande Synagogue de l’avenue de Paris.

Ces événements successifs ont précipité le rythme de l’émigration juive qui, indépendamment des crises politiques, avait discrètement commencé après la seconde guerre mondiale. Sous l’impulsion du mouvement sioniste bien implanté en Tunisie, que ce soit sous sa formulation révisionniste avec le Bétar ou l’obédience socialiste du mouvement Dror, l’Aliya touche un nombre croissant des juifs pauvres, mais également, particularité tunisienne, l’élite de la communauté8. P. Sebag estime à 25 000 personnes l’émigration de Tunisie vers Israël entre 1946 et 1956 et à 5 000 les flux vers la France à la même période (Sebag, 1991). Par ailleurs, de nombreux négociants juifs tunisiens entretiennent de fructueuses relations économiques avec la France. Au cours de leurs séjours, ils fréquentent les premières « colonies » juives tunisiennes et participent ainsi à leur formation. Le secteur de la rue Montmartre à Paris devient, au tournant des années 50, un point d’accueil et de rencontre de ces négociants. Dans le prolongement du développement du pôle juif tunisien du faubourg Montmartre, on relève également à Belleville l’ouverture, en 1952, d’une épicerie et d’un café-restaurant. Ces lieux de consommation attirent une clientèle juive tunisienne dans un quartier dominé par les juifs ashkénazes. Ils serviront par la suite de point d’appuis pour l’installation des grosses vagues de migrants, lorsque la situation se dégradera en Tunisie. Au moment de l’exode, les réseaux tissés entre Tunis et Paris seront mobilisés et les noms du faubourg Montmartre et de Belleville circuleront parmi les candidats au départ.

Après la crise de Bizerte, la décision de partir se prend dans l’urgence, tandis que les transferts de biens ou de liquidités hors de Tunisie sont strictement réglementés. Abandonnant leurs maigres possessions dans leur logement, les familles partent, avec, selon l’expression consacrée, « 20 kilos de bagages et un dinar en poche » (Touati, 1961). Elles quittent la Tunisie sans espoir de retour. Cet extrait de témoignage résume l’état d’esprit d’un départ qui s’inscrivait d’emblée dans une logique d’exil :

« Mes parents savaient qu’ils n’habiteraient plus la Tunisie. Qu’ils n’y retourneraient jamais ça non. Ne plus y habiter, oui, ils sont partis pour partir. Ils ne sont pas partis avec l’idée de retour. Pour eux, ils venaient s’installer en France ou alors ils venaient d’abord en France pour aller ensuite en Israël, ça pouvait n’être qu’une étape »9.

Même si rétrospectivement, le départ des juifs de Tunisie peut apparaître inéluctable, le pari du maintien et de la cohabitation a longtemps prévalu. La Tunisie n’a pas eu à connaître la terrible alternative algérienne de « la valise ou le cercueil » ; l’enracinement dans son quartier, l’absence de « communauté de destin » avec un autre espace, fut-il la France ou Israël, n’engagent pas à se couper de son univers familier. Le fait est que le départ s’impose à chaque fois comme une rupture dans les projets, une bifurcation subite et traumatisante dans les parcours. Quel que soit le milieu social, les témoignages indiquent le caractère brutal et irrémédiable de la migration. En quittant leur pays, les juifs de Tunisie mettaient fin à 2000 ans d’histoire et renouaient avec la malédiction du juif errant qu’ils s’étaient efforcés de conjurer :

« Quand j’étais jeune, on me disait : “le juif errant, celui qui était en Pologne, il a été en Allemagne, d’Allemagne il a été en Russie, de Russie il a été France, de France il a été…”. Heureusement que nous on n’est pas comme ça. On est bien, on vit bien, on travaille bien, on s’entend avec tout le monde. Et puis quand j’ai pris le bateau, j’ai dit : “bon Dieu, je deviens juif errant comme les autres”. Je quitte la Tunisie pour aller en France, je suis comme tous les juifs errants : d’un côté à l’autre, d’un côté à l’autre ».

Voir aussi:

Marc Scialom a aujourd’hui 73 ans. Il en avait 18 quand il a quitté la Tunisie. » Je suis arrivé à Marseille, puis rapidement, je suis monté à Paris. Là-haut, j’étais en lien avec des gens du Parti. » Emigré, juif, intellectuel, communiste, Marc Scialom regarde passer les années Flower power avec la rage. Lui entend encore les bombardements français sur les villages tunisiens. Il en fera d’ailleurs l’objet d’un de ses premiers films, » Parole perdue » .

(…)

» Peut-être parce que mon film s’appelait initialement « Le Chien », dit le vieil homme. Alors, en 69, j’ai fini par tourner le film sur mes propres deniers. Ce n’était pas vraiment le film d’ailleurs, plutôt un travail préparatoire pour tenter de convaincre à nouveaux les financeurs.

(…)

» Toute cette histoire m’a donné envie de reprendre la caméra, conclut Marc Scialom. Alors, j’ai fait comme les jeunes, j’ai acheté une caméra numérique, j’ai écrit un synopsis à la limite entre le documentaire et la fiction qui parle des communautés juives et musulmanes à Marseille… et personne n’a accepté de financer mon projet. Comme il y a quarante ans, on me répond que ce n’est pas du cinéma. Alors, comme il y a quarante ans, j’ai commencé à le faire sans aide, seul.»

Voir également:

La beauté enfin dévoilée de “Lettre à la prison”
Isabelle Regnier
Le Monde
28.11.09

Le noir est charbonneux, le blanc éblouissant. L’image est abîmée, parfois striée. Assise sur un lit, dans des draps blancs froissés, une femme rejette ses cheveux en arrière, au ralenti. Image de rêve ? On comprendra plus tard que c’est celle d’un fantôme, le fantôme d’une femme française, retrouvée morte au pied d’une voiture, sauvagement assassinée.

D’abord, le film nous embarque sur le quai d’un paquebot, l’Avenir, qui transporte des Tunisiens jusqu’au Port autonome de Marseille. Nous sommes en 1969. La plupart font le voyage pour trouver du travail. Pas celui dont on entend la voix, en off : lui vient rendre visite à son frère, incarcéré à Paris, accusé d’un crime qu’il nie avoir commis.

Sur le bateau, l’homme ébauche mentalement le brouillon d’une lettre qu’il voudrait lui écrire. Mais il n’a jamais rédigé de lettres personnelles. Comment exprimer des sentiments intimes ? Alors pendant toute la durée du film, il ressasse, change de registre, s’interroge. Il raconte son voyage, parle de la famille, de l’impression qu’il a de ne plus connaître son frère, depuis que celui-ci vit en France…

Avant de monter dans le train pour Paris, le jeune homme reste quelques jours à Marseille, hume l’air de la ville, s’installe dans une chambre d’hôtel spartiate, entend fuser des propos racistes ordinaires… Il passe un après-midi chez un cousin, où il perçoit le déracinement de ces immigrés déjà coupés de leurs enfants nés sur place.

Rien de misérabiliste ici – le déjeuner est joyeux -, rien de trop explicite non plus : des bribes de phrases, des sensations, montées ensemble comme dans un rêve, des images mentales étranges, qui s’insèrent entre deux plans documentaires. Sur le mode du dérèglement sensoriel, du brouillage identitaire vertigineux, l’expérience de l’immigré est restituée ici comme une expérience de l’étrangeté absolue. Conduit à ruser avec des règles qui le limitent en tout, comme les barreaux d’une prison mentale, il en vient à se penser lui-même suspect. Ses certitudes vacillent.

“PAS POLITIQUE”

Après tout, peut-être son frère l’a-t-il bien tuée cette femme “trop blanche”, “trop riche”, cette femme “qui n’était pas pour lui”, comme le pense leur cousin. L’immigration comme perte de l’innocence, telle est la toile de fond de ce film magnifique, qui n’assène aucun message. Et c’est bien ce qui lui fut reproché.

Réalisé, en 1969, par Marc Scialom, un jeune apprenti cinéaste d’origine juive tunisienne, avec le soutien de Chris Marker qui lui a prêté du matériel, c’est un film inachevé. La version qui ressort mercredi en salles est une maquette, conçue par l’auteur dans l’espoir de convaincre un producteur de financer le film. Mais l’accueil que lui ont fait les amis de Chris Marker lui a coupé les ailes. “Pas politique”, lui a-t-on asséné, ce qui revenait, dans le contexte de l’époque, à une condamnation sans appel.

Malgré le soutien de Jean Rouch, qui a salué “un des rares films surréalistes de l’histoire du cinéma”, le jeune cinéaste l’a enterré et n’a pas tardé à abandonner le cinéma pour se consacrer à l’enseignement. C’est à sa fille, Chloé Scialom, qu’il doit d’avoir exhumé cette copie de travail, et à l’association marseillaise Film Flamme de l’avoir restaurée.

Lettre à la prison n’est pas un film militant, mais c’est un film politique, visionnaire, dont le sens s’est intensifié avec les années. La liberté de son écriture, la poésie de son montage le distinguent radicalement des films engagés des années 1970 dont la plupart ne peuvent plus s’apprécier autrement que replacés dans le contexte de leur époque.

A l’heure où “l’identité nationale” envahit le débat public, ce film réalisé par un immigré tunisien de culture juive sur un immigré tunisien de culture musulmane pose des questions essentielles, avec l’intelligence et le regard d’un grand artiste.

Voir de même:

Monday, November 30, 2009
Marc Scialom. Lettre à la prison

We can see what the city of Marseille was like – with its past and present marked by immigration, likewise on the border between reality and fiction – in Lettre à la prison, filmed 40 years ago in Marseille and Tunisia. The film has remained invisible since then because its director, Marc Scialom, a French Tunisian with Italian blood, ran out of money and had to stop filming before he could run off a copy. With voices out of field, it is an atemporal narration that instead follows the interior movements of the leading player, a Tunisian boy who has landed in Marseille and tries to get to Paris. He goes to the station every day but never manages to leave. The words, which are not always connected with the images, compose the story: the young man has come to France to help his brother, accused of killing a French girl with whom he had a relationship. Little does it matter that the accusation is false: back then – as is the case today – he is the perfect culprit.

But the story, the letters that one man writes to the other, are merely fragments, a starting point to reveal much more. The young man’s wanderings through Marseille, composed of harsh angles, diagonal shots with a “cubist” air, tell us about racism, ostracism and mistrust. Men and women view immigrants suspiciously, considering them savages: Arab equals disease and filth. It makes no difference that they were bled first by colonialism and then by post-colonialism: the slums in which they live are dirty, their children dishevelled, barefoot and naked … There is a compelling feeling of contemporary life, of today’s world, in this film. Indeed, its power lies in not “theorizing” about it but, rather, allowing the contradictions and ambiguity of widespread violence to emerge: the frustration of a horrible deed – the young man throws his dog from the train because a hysterical Frenchwoman is shocked that the animal is peeing – is something that introjects marginality without having processed it into rebellion, making it all the more frightening. Scialom revisits cinéma vérité, but the most surprising aspect is the representation of immigration. The director takes uncommon liberties and perhaps this is what frightened producers at the time. The scene of the young man and a French girl on the reef – she urinating in front of him, he being transformed into all of the men of an aggressive culture without distinction – is extraordinary. The “scandal” of the film is its unconventionality, the fact that it works within a reciprocal imagination, touching on eroticism, sexuality and fantasies. Something that is ever topical in history. (Cristina Piccino, il manifesto, 6 July 2008)

Personne ou presque ne connaît Marc Scialom. Juif italien né à Tunis en 1934, ce cinéaste autodidacte a pourtant gagné un Lion d’Argent à Venise en 1972, avec le court-métrage Exils. Mais son seul long-métrage, Lettre à la prison (1969), n’est jamais sorti dans les salles. Trop onirique pour l’époque (post 68), très demandeuse de Politique. Mêlant prises de vues en noir et blanc tournées à l’arrache dans les rues de Marseille, et extraits d’un court métrage en couleur, Lettre à la prison est un magnifique film-poème sur l’immigration maghrébine. 35 ans plus tard, sa puissance reste intacte.
LETTRE A LA PRISON
Un film de Marc Scialom
Avec Tahar Aïbi, Marie-Christine Lefort, Myriam Tuil
Durée : 1h39

Voir enfin:

WHO IS AN ARAB JEW? *
Albert Memmi
February, 1975

* The term “Arab Jews” is obviously not a good one. I have adopted it for convenience. I simply wish to underline that as natives of those countries called Arab and indigenous to those lands well before the arrival of the Arabs, we shared with them, to a great extent, languages, traditions and cultures. If one were to base oneself on this legitimacy, and not on force and numbers, then we have the same rights to our share in these lands – neither more nor less – than the Arab Moslems. But one should remember, at the same time, that the term “Arab” is not a happy one when applied to such diverse populations, including even those who call and believe themselves to be Arabs.

The head of an Arab state (Muammar Ghadaffi) recently made us a generous and novel offer. “Return,” he told us, “return to the land of your birth!” It seems that this impressed many people who, carried away by their emotions, believed that the problem was solved. So much so that they did not understand what was the price to be paid in exchange: once reinstalled in our former countries, Israel will no longer have any reason to exist. The other Jews, those “terrible European usurpers”, will also be sent back “home” – to clear up the remains of the crematoria, to rebuild their ruined quarters, I suppose. And if they do not choose to go with good grace, in spite of everything, then a final war will be waged against them. On this point, the Head of State was very frank. It also seems that one of his remarks deeply impressed those present: “Are you not Arabs like us – Arab Jews?”

What lovely words! We draw a secret nostalgia from them: yes, indeed, we were Arab Jews- in our habits, our culture, our music, our menu. I have written enough about it. But must one remain an Arab Jew if, in return, one has to tremble for one’s life and the future of one’s children and always be denied a normal existence? There are, it is true, the Arab Christians. What is not sufficiently known is the shamefully exorbitant price that they must pay for the right merely to survive. We would have liked to be Arab Jews. If we abandoned the idea, it is because over the centuries the Moslem Arabs systematically prevented its realization by their contempt and cruelty. It is now too late for us to become Arab Jews. Not only were the homes of Jews in Germany and Poland torn down, scattered to the four winds, demolished, but our homes as well. Objectively speaking, there are no longer any Jewish communities in any Arab country, and you will not find a single Arab Jew who will agree to return to his native land.

I must be clearer: the much vaunted idyllic life of the Jews in Arab lands is a myth! The truth, since I am obliged to return to it, is that from the outset we were a minority in a hostile environment; as such, we underwent all the fears, the agonies, and the constant sense of frailty of the underdog. As far back as my childhood memories go – in the tales of my father, my grandparents, my aunts and uncles – coexistence with the Arabs was not just uncomfortable, it was marked by threats periodically carried out. We must, nonetheless, remember a most significant fact: the situation of the Jews during the colonial period was more secure, because it was more legalized. This explains the prudence, the hesitation between political options of the majority of Jews in Arab lands. I have not always agreed with these choices, but one cannot reproach the responsible leaders of the communities for this ambivalence – they were only reflecting the inborn fear of their co-religionists.

As to the pre-colonial period, the collective memory of Tunisian Jewry leaves no doubt. It is enough to cite a few narratives and tales relating to that period: it was a gloomy one. The Jewish communities lived in the shadow of history, under arbitrary rule and the fear of all-powerful monarchs whose decisions could not be rescinded or even questioned. It can be said that everybody was governed by these absolute rulers: the sultans, beys and deys. But the Jews were at the mercy not only of the monarch but also of the man in the street. My grandfather still wore the obligatory and discriminatory Jewish garb, and in his time every Jew might expect to be hit on the head by any Moslem whom he happened to pass. This pleasant ritual even had a name – the chtaka; and with it went a sacramental formula which I have forgotten. A French orientalist once replied to me at a meeting: “In Islamic lands the Christians were no better off!” This is true – so what? This is a double-edged argument: it signifies, in effect, that no member of a minority lived in peace and dignity in countries with an Arab majority! Yet there was a marked difference all the same: the Christians were, as a rule, foreigners and as such protected by their mother-countries. If a Barbary pirate or an emir wanted to enslave a missionary, he had to take into account the government of the missionary’s land of origin – perhaps even the Vatican or the Order of the Knights of Malta. But no one came to the rescue of the Jews, because the Jews were natives and therefore victims of the will of “their” rulers. Never, I repeat, never – with the possible exception of two or three very specific intervals such as the Andalusian, and not even then – did the Jews in Arab lands live in other than a humiliated state, vulnerable and periodically mistreated and murdered, so that they should clearly remember their place.

During the colonial period, the life of Jews took on a certain measure of security, even among the poorest classes, whereas traditionally only the rich Jews, those from the European part of town, were able to live reasonably well. In these quarters the population was mixed, and the French and Italian Jews were, in general, less in contact with the Arab population. Even they remained second-class citizens, a prey from time to time to outbursts of popular anger, which the colonial power – French, English or Italian – did not always repress in time, either out of indifference or for tactical reasons.

I have lived through the alarms of the ghetto: the rapidly barred doors and windows, my father running home after hastily shutting his shop, because of rumours of an impending pogrom. My parents stocked food in expectation of a siege, which did not always materialize, but this gives the measure of our anguish, our permanent insecurity. We felt abandoned then by the whole world, including, alas, the French protectorate officials. Whether these officials knowingly exploited these happenings for internal political reasons, as a diversion of an eventual rising against the colonial regime, I have no proof. But certainly this was the feeling of us Jews of the poor quarters. My own father was convinced that when the Tunisian riflemen left for the front during the war, the Jewish population had been delivered into their hands. At the least, we thought that the French and Tunisian authorities had shut their eyes to the depredations of the soldiery or the malcontents who streamed into the ghetto. Like the carabinieri in the song, the police never came, or if they did it was only hours after it was all over.

Shortly before the end of the colonial period, we endured an ordeal in common with Europe: the German occupation.

I have described in Pillar of Salt how the French authorities coldly left us to the Germans. But I must add that we were also submerged in a hostile Arab population, which is why so few of us could cross the lines and join the Allies. Some got through in spite of everything, but in most cases they were denounced and caught.

Nevertheless, we were inclined to forget that dreadful period after Tunisia attained independence. It must be acknowledged that not many Jews took an active part in the struggle for independence, but neither did the mass of Tunisian non-Jews. On the other hand our intellectuals, including the communists, who were very numerous, took an active role in the fight for independence; some of them fought in the ranks of the “Destour”. I was myself a member of the small group which founded the newspaper Jeune Afrique in 1956, shortly before independence, for which I had to pay dearly later on.

At all events, after independence the Jewish bourgeoisie, which was an appreciable part of the Jewish population, believed that they could collaborate with the new regime, that it was possible to coexist with the Tunisian population. We were Tunisian citizens and decided in all sincerity to “play the game”. But what did the Tunisians do? Just like the Moroccans and Algerians, they liquidated their Jewish communities cunningly and intelligently. They did not indulge in open brutalities as in other Arab lands – that would anyhow have been difficult after the services which had been rendered, the help given by a large number of our intellectuals, because of world public opinion, which was following events in our region closely; and also because of American aid which they needed urgently. Nonetheless they strangled the Jewish population economically. This was easy with the merchants: it was enough not to renew their licences, to decline to grant them import permits and, at the same time, to give preference to their Moslem competitors. In the civil service it was hardly more complicated: Jews were not taken on, or veteran Jewish officials were confronted with insurmountable language difficulties, which were rarely imposed upon Moslems. Periodically, a Jewish engineer or a senior official would be put in jail on mysterious, Kafkaesque charges which panicked everyone else.

And this does not take into account the impact of the relative proximity of the Arab-Israel conflict. At each crisis, with every incident of the slightest importance, the mob would go wild, setting fire to Jewish shops. This even happened during the Yom Kippur War. Tunisia’s President, Habib Bourguiba, has in all probability never been hostile to the Jews, but there was always that notorious “delay”, which meant that the police arrived on the scene only after the shops had been pillaged and burnt. Is it any wonder that the exodus to France and Israel continued and even increased?

I myself left Tunisia for professional reasons, admittedly, because I wanted to get back into a literary circle, but also because I could not have lived much longer in that atmosphere of masked, and often open, discrimination.

It is not a question of regretting the position of historical justice we adopted in favour of the Arab peoples. I regret nothing, neither having written The Colonizer and the Colonized nor my applause for the independence of the peoples of the Maghreb. I continued to defend the Arabs even in Europe, in countless activities, communications, signatures, manifestos. But it must be stated unequivocally, once and for all: we defended the Arabs because they were oppressed. But now there are independent Arab states, with foreign policies, social classes, with rich and poor. And if they are no longer oppressed, if they are in their turn becoming oppressors, or possess unjust political regimes, I do not see why they should not be called upon to render accounts. Besides, unlike most people, I was never willing to believe (as the liberals naively, and the communists artfully, repeat) that after independence there would be no more problems, that our countries would become secular states where Europeans, Jews and Moslems would happily coexist.

I even knew that there would not be much of a place for us in the country after independence. Young nations are very exclusive; and anyhow, Arab constitutions are incompatible with a secular ideology. And this, by the way, has been recently underlined most appositely by Colonel Qadhafi. He only said aloud what others think to themselves. I was equally aware of the problem of the “small” Europeans, the poor Whites; but I thought that all this was the inevitable end of a state of affairs condemned by history. I thought, in spite of everything, that the effort was worth making. After all, we had never occupied a major place; it would have been enough had they allowed us to live in peace. This was a drama, but a historical drama – not a tragedy; modest solutions did exist for us. But even that was not possible. We were all obliged to go, each in his turn.

Thus I arrived in France, and found myself up against the legend which was current in left-wing Parisian salons: the Jews had always lived in perfect harmony with the Arabs. I was almost congratulated for having been born in such a land where racial discrimination and xenophobia were unknown. It made me laugh. I heard so much nonsense about North Africa, and from people of the best intentions that, honestly, I did not react to it at all. The chattering only began to worry me when it became a political argument that is, after 1967. The Arabs then made up their minds to use this travesty of the truth, which fell on willing ears once the reaction against Israel had set in after her victory. It is now time to denounce this absurdity.

If I had to explain the success of the myth, I would list five converging factors. The first is the product of Arab propaganda: “The Arabs never did the Jews any harm, so why do the Jews come to despoil them of their lands, when the responsibility for Jewish misfortune is altogether European? The whole responsibility for the Middle East conflict rests on the Jews of Europe. The Arab Jews never wanted to create a separate country and they are full of trust and friendship towards the Moslem Arabs.” This is a double lie: the Arab Jews are much more distrustful of the Moslems than are the European Jews, and they dreamed of the Land of Israel long before the Russian and Polish Jews did.

The second argument stems from the cogitations of a part of the European Left: the Arabs were oppressed, therefore they could not be anti-Semites. This is ridiculously manichaeistic – as though one could not be oppressed and also be a racist! As if workers have not been xenophobic! Actually the argument is not convincing: the real purpose is to be able with a clear conscience to fight Zionism and thus serve the Soviet Union.

The third argument is the doing of contemporary historians, among whom, curiously enough, are certain Western Jews. Having undergone the dreadful Nazi slaughter, they could not imagine a similar thing happening elsewhere. However, if we except the massacres of the twentieth century (the pogroms in Russia after Kishinev and later by Stalin, as well as the Nazi crematoria), the total number of Jewish victims from Christian pogroms over the centuries probably does not exceed the total of the victims of the smaller and larger periodic pogroms perpetrated in Arab lands under Islam over the past millennium. Jewish history has so far been written by Western Jews; there has been no great Oriental Jewish historian. This is why only the “Western” aspects of Jewish suffering are widely known. One is reminded of the absurd distinction drawn by Jules Isaac, usually better inspired, between “true” and “false” anti-Semitism, “true” anti-Semitism being the result of Christianity. The truth is that it is not only Christianity that creates anti-Semitism, but the fact that the Jew is a member of a minority – in Christendom or in Islam. In making of anti-Semitism a Christian creation, Isaac, I regret to say, has minimized the tragedy of the Jews from Arab lands and helped to confuse people.

The fourth factor is that many Israelis, perturbed by the issue of coexistence with their Arab neighbours, wish to believe that this existed in the past; otherwise the whole undertaking would have to be discarded in despair! But in order to survive, it would be far wiser to take a clear view of the actual environment.

The fifth and last factor is our own complicity, the more or less unwitting complacency of us Jews from Arab countries – the uprooted who tend to embellish the past, who in our longing for our native Orient minimize, or completely efface, the memory of persecutions. In our recollections, in our imagination, it was a wholly marvelous life, even though our own newspapers from that period attest the contrary.

How I wish that all this had been true – that we had enjoyed a singular existence in comparison with the usual Jewish condition! Unfortunately, it is all a huge lie: Jews lived most lamentably in Arab lands. The State of Israel is not the outcome only of the sufferings of European Jewry. It is certainly possible, contrary to the thinking – if there is any thinking at all – of a part of the European Left, to free oneself from oppression and in turn to become an oppressor towards, for example, one’s own minorities. Indeed, this happens very often with many new nations.

And now?

Now it is no longer a question of our returning to any Arab land, as we are so disingenuously invited to do. Such an idea would seem grotesque to all the Jews who fled their homes – from the gallows of Iraq, the rapes, the sodomy of the Egyptian prisons, from the political and cultural alienation and economic suffocation of the more moderate countries. The attitude of the Arabs towards us seems to me to be hardly different from what it has always been. The Arabs in the past merely tolerated the existence of Jewish minorities, no more. They have not yet recovered from the shock of seeing their former underlings raise up their heads, attempting even to gain their national independence! They know of only one rejoinder: off with their heads! The Arabs want to destroy Israel. They pinned great hopes on the summit meeting in Algiers. Now what did this meeting demand? Two points recur as a leitmotiv: the return of all the territories occupied by Israel, and the restoration of the legitimate national rights of the Palestinians. The first contention can still create an illusion, but not the second. What does it mean? Settling the Palestinians as rulers in Haifa or Jaffa? In other words, the end of Israel. And if not that, if it is only a matter of partition, why do they not say so? On the contrary, the Palestinians have never ceased to claim the whole of the region, and their succeeding “summits” change nothing. The summit meeting in Algiers is linked to that of Khartoum (1967), there is no basic difference. Even today the official position of the Arabs, implicit or avowed, brutal or tactical, is nothing but a perpetuation of that anti-Semitism which we have experienced. Today, as yesterday, our life is at stake. But there will come a day when the Moslem Arabs will have to admit that we, the “Arab Jews” as well – if that is how they wish to call us – have the right to existence and to dignity.

Source: Israel Academic Committee on the Middle East, February, 1975


Présidence Obama: Après l’Obamania, la cartérisation (Manchurian candidate or just plain old carterization?)

29 novembre, 2009
Manchurian candidateDès qu’un organisateur entre dans une communauté, il ne vit, rêve, mange, respire et dort qu’une chose, et c’est d’établir la base politique de masse de ce qu’il appelle l’armée. Saul Alinsky (mentor politique d’Obama)
On se retrouve avec deux conclusions: 1) un président très inexpérimenté a découvert que toute la rhétorique de campagne facile et manichéenne de 2008 n’est pas facilement traduisible en gouvernance réelle. 2) Obama est engagé dans une course contre la montre pour imposer de force un ordre du jour plutôt radical et diviseur à un pays de centre-droit avant que celui-ci ne se réveille et que ses sondages atteignent le seuil fatidique des 40%. Autrement dit, il y a deux options possibles: Ou bien le pays bascule plus à gauche en quatre ans qu’il ne l’a fait en cinquante ou Obama entraine dans sa chute le Congrès démocrate et la notion même de gouvernance de gauche responsable, laissant ainsi derrière lui un bilan à la Carter. Victor Davis Hanson
Bientôt, M. Obama aura ses propres La Mecque et Téhéran à traiter, peut-être à Jérusalem et au Caire. Il ferait bien de jeter un œil au bilan de son co-lauréat au prix Nobel de la paix, comme démonstration de la manière dont les motifs les plus purs peuvent entrainer les résultats les plus désastreux. Bret Stephens

Et si, après leur choix de Jimmy Carter en 2003, le comité Nobel avait vu juste en récompensant dès sa première année son plus pur émule?

Incertitudes sur les circonstances exactes de sa naissance, sur sa nationalité, sur son identité religieuse, sur son itinéraire académique, liens avec l’extrême gauche ou les suprémacistes noirs, accession trouble au Sénat d’un des Etats les plus corrompus des Etats-Unis, soutien médiatique massif et campagne la plus chère de l’histoire américaine …

Nationalisations “provisoires” de pans entiers de l’industrie et de la banque, subventions gouvernementales, aggravation monstrueuse des déficits, montée inédite du chômage, nouvelle baisse du dollar, dépendance accrue envers les puissances financières étrangères, projet d’un service national de santé au coût toujours non budgété et impliquant un contrôle tout à fait inédit de la population, projet de la création d’un service national de la jeunesse, projet de musèlement des médias via une loi visant à imposer la diversité des opinions, mise en place de chargés de mission présidentiels dotés de pouvoirs étendus échappant au contrôle du Sénat, ouvertures tous azimuths envers l’islam, l’Iran, les Palestiniens, critique systématique de son prédécesseur au plan militaire tout en en maintenant l’essentiel des mesures, renoncement unilatéral au déploiement de missiles antimissiles en Europe de l’Est et abandon des pays ex-communistes ou ex-soviétiques, prix Nobel de la paix sur la seule foi de ses belles paroles …

En ces temps étranges où, dans l’incorrigible novlangue de nos médias, la tenue d’une élection démocratique suite à la tentative de “putsch légal” de la part du président précédent est qualifiée de “victoire des putschistes”

Mais où, juste retour des choses après le hold up du siècle et près d’un an de boulettes presque ininterrompues, le premier président multiculturel et post-moderne de l’histoire américaine redescend littéralement sur terre en passant pour la première fois sous la barre symbolique des 50% d’avis favorables dans les sondages …

Et où, à mesure que commencent à s’estomper les pires effets d’une crise financière qui avait poussés les électeurs dans les bras d’un virtuel inconnu, font retour à la surface tous les avertissements que tant d’entre eux avaient voulu ignorer il y a un an …

Retour, avec David Horowitz et Michel Gurfinkiel, sur l’une des accusations qui avaient surgi pendant la campagne du disciple de Saul Alinsky, à savoir celle d’être le fameux “candidat mandchourien”, qui, selon le célèbre roman de politique-fiction de la fin des années 50 de Richard Condon adapté à deux reprises au cinéma, voyait un soldat américain capturé par les Rouges pendant la guerre de Corée renvoyé aux Etats-Unis, après avoir été dument retourné et conditionné, pour y participer à un coup d’Etat.

Qui, derrière ses côtés franchement conspirationnistes, a le mérite de rappeler les côtés indéniablement ambigus et troubles d’un candidat ayant été soutenu non seulement par le Très Grand Capital à la George Soros mais par la myriade d’associations plus ou moins extrémistes et issus des milieux anti-mondialisation puis anti-guerre que subventionnait celui-ci

USA/ Le président de Mandchourie
Comme Carter en 1976, Obama a été mis en orbite en 2008 par des puissances qui le dépassent. Comme Carter, il ne résiste pas à l’épreuve du pouvoir.
Michel Gurfinkiel
Mercredi 11 novembre 2009

Depuis un demi-siècle, l’Amérique vit dans la hantise du « candidat de Mandchourie ». Derrière cette expression, il y a d’abord eu un roman de politique-fiction de Richard Condon, The Manchurian Candidate, paru en 1959. Puis deux films : par John Frankenheimer d’abord, en 1962, avec Frank Sinatra dans le rôle principal ; et par John Demme ensuite, en 2004, avec Denzel Washington.

Thème : la manipulation du système démocratique par des ennemis de la démocratie. Dans le roman de Condon et le premier film, il est question de soldats américains capturés par les Rouges pendant la guerre de Corée, robotisés à travers un « lavage de cerveau » et renvoyés aux Etats-Unis pour y participer à un coup d’Etat : l’un de ces soldats, conditionné pour être un assassin, devra tuer le président des Etats-Unis et assurer ainsi son remplacement par le vice-président, autre ancien captif des Nord-Coréens, qui a été programmé, quant à lui, pour livrer son pays, et l’ensemble du monde libre, au communisme.

Dans le second film, les événements se déroulent sur fond de guerre d’Irak. Et les manipulateurs ne sont plus les communistes, mais une société d’armement américaine, qui entend instaurer une dictature d’extrême droite.

D’une vision conservatrice, liée à la guerre froide, où l’Amérique représente le Bien, on est ainsi passé à une vision « politiquement correcte » d’extrême gauche, où elle incarne le Mal. Ce renversement date de l’assassinat de John Kennedy, en 1963. Les circonstances de ce drame se rapprochent de trop près, en effet, du roman de Condon et du film du Frankenheimer. L’assassin présumé de Kennedy, Lee Harvey Oswald, ex-Marine devenu communiste et marié à une Soviétique, semble avoir été une sorte de zombie, manipulé par des puissances qui le dépassaient. Son assassinat, quarante-huit heures après son arrestation, s’apparente à la liquidation d’un simple exécutant devenu inutile. Et l’arrivée au pouvoir du vice-président Lyndon Johnson, qui décide immédiatement d’envoyer un corps expéditionnaire au Vietnam du Sud afin de résister aux agressions du Nord communiste, peut passer comme un putsch silencieux ourdi par le « parti de la guerre ».

L’affaire du Watergate, au début des années 1970, semble confirmer un peu plus la thèse de complots permanents des « fascistes » américains contre la démocratie. Bien avant le remake de 2004, le Manchuria Candidate inspire de nombreux films et livres, notamment Les Trois Jours du Condor de Sidney Pollack, réalisé en 1975, où une police secrète procède en toute impunité à des massacres en plein Washington…

Mais alors même que la thématique du Manchuria Candidate bascule à gauche, de véritables « candidats mandchouriens » sont élus à la tête des Etats-Unis. Le premier est Jimmy Carter, président de 1977 à 1981, médiocre gouverneur d’un Etat du Sud, pris en main par un universitaire ambitieux d’origine est-européenne, Zbigniew Brzezinski, qui lui même agit pour un cartel d’hommes d’affaires et de politiques américains, européens et japonais décidés à « dépasser la guerre froide » et à conclure une sorte de Grande Alliance avec le bloc communiste : la Commission Trilatérale. Au bout de quatre ans, le bilan est si catastrophique pour l’Amérique que Ronald Reagan, le candidat de la droite pure et dure – des « bons » du livre de Condon et du film de Frankenheimer -, remplaçait Carter à la Maison Blanche.

Le second, c’est Barack Obama. Un homme politique jeune (moins de cinquante ans), sans fortune, au profil personnel ambigu (incertitudes sur les circonstances exactes de sa naissance, sur sa nationalité, sur son identité religieuse, sur son itinéraire académique), lié à l’extrême gauche, est mis en orbite dès 2004 en tant que sénateur de l’Illinois (l’un des Etats les plus corrompus des Etats-Unis). Puis lancé, avec un soutien médiatique immédiat et massif, en tant que candidat aux primaires démocrates de 2008. Puis élu, au terme de la campagne la plus chère de l’histoire américaine, à la présidence. Le fait qu’il soit Africain et musulman par son père, musulman par son père adoptif indonésien, et qu’il apparaisse donc comme Noir, semi-musulman, et fils du tiers-monde, a sans doute beaucoup joué dans la décision de ses parrains : en gros, la Trilatérale des années 1970, élargie aux dictatures national-socialistes russe et chinoise et aux régimes totalitaires ou autoritaires islamiques.

Le slogan de la campagne d’Obama en 2008 – Yes I Can ! (« Oui, je peux le faire ! ») – a caché le programme. Mais aujourd’hui, les Américains découvrent ce dernier à travers la politique de leur président et les lois qu’il tente de faire approuver par le Congrès. Et leur soutien s’effrite. Elu voici un an avec 53 % de suffrages, Obama a perdu – ou plutôt son parti a perdu, mais cela revient au même – les élections locales du 4 novembre 2009, y compris dans des circonscriptions qui avaient été démocrates depuis cent ans. Près de 80 % des Américains lui faisaient confiance lors de son investiture, fin janvier 2009 : une dizaine de mois plus tard, ils ne sont plus que 50 % à peine, voire 48 % selon Rasmussen, un institut classé à droite mais particulièrement fiable. Les électeurs dits indépendants – ni républicains, ni démocrates, et donc facteur déterminant en période de scrutin – ont été les premiers à faire défection.

La politique économique du président – nationalisations « provisoires » de pans entiers de l’industrie et de la banque, subventions gouvernementales, aggravation des déficits – ne convainc pas : elle s’accompagne en effet d’une montée du chômage, d’une nouvelle baisse du dollar et d’une dépendance accrue envers les puissances financières étrangeres, notamment asiatiques.

Les réformes sont mal acceptées. 60 % des Américains s’opposent au projet d’un service national de santé, qui passait pourtant l’an dernier pour être l’un des points forts du programme démocrate. Ils estiment que cette nouvelle couverture médicale serait plus coûteuse que le système actuel, qu’elle ralentirait la création d’emplois et acculerait de nombreuses PME à la faillite, qu’elle impliquerait un fichage de la population, et même qu’elle instituerait certaines formes d’euthanasie. La Chambre des Représentants a approuvé une version remaniée du projet présidentiel, en dépit des réserves de nombreux démocrates mais grâce au ralliement in extremis d’un républicain. Le Sénat sera plus difficile à convaincre.

D’autres réformes suscitent encore plus de défiance dans l’opinion. La création d’un service national de la jeunesse – les « Jeunesses Obama », a-t-on dit – paraît pour le moins incongrue dans un pays qui n’a institué le service militaire qu’en période de péril national. Un projet de loi selon lequel les médias devraient obligatoirement tenir compte de la diversité des opinions paraît difficilement compatible avec le Ier amendement de la Constitution américaine, qui garantit une liberté d’expression absolue et le droit à la singularité. Non moins inacceptable aux yeux de nombreux Américains : la mise en place de chargés de mission présidentiels dotés de pouvoirs étendus. Ces « tsars », comme on les a surnommés, semblent constituer un gouvernement parallèle qui, à la différence du gouvernement officiel, échapperait au contrôle du Sénat.

La politique étrangère d’Obama est illisible. Il a inauguré son administration avec des ouvertures tous azimuths envers l’islam, l’Iran, les Palestiniens. Mais en même temps, il parle de renforcer l’engagement américain en Afghanistan. En renonçant unilatéralement au déploiement de missiles antimissiles en Europe de l’Est, il a porté atteinte à la confiance que les pays ex-communistes ou ex-soviétiques portaient en l’Amérique. Et relancé le débat sur le maintien de l’Otan dans sa structure actuelle. L’attribution d’un prix Nobel de la paix sur la seule teneur de quelques discours n’a pas amélioré son image auprès de l’opinion américaine, qui croit plus aux actes qu’aux mots.

Obama, en un mot, se cartérise. Même s’il y en lui des virtualités qui manquaient à Carter. Le second « président de Mandchourie » n’a peut-être jamais été dupe, à la différence du premier, des circonstances à travers lesquelles il a accédé à la Maison Blanche. Il aime peut-être trop le pouvoir pour ne pas chercher, désormais, à échapper à ses mentors. Rendez-vous dans un an – aux midterms, les élections de la « mi-mandat » – pour en juger.

Voir aussi:

The Manchurian Candidate
David Horowitz
Front Page Mag
September 11, 2009

Barack Obama emerges as the radical leader of a new popular front.
Those who were surprised by the White House appointment of Van Jones – a self-styled “communist,” and a proponent of the idea that the Katrina catastrophe was caused by “white supremacy,” haven’t been paying attention to developments on the left since the fall of Communism, or to president Obama’s extensive roots in its political culture. Van Jones is the carefully groomed protégé of a network of radical organizations — including Moveon.org — and of Democratic sponsors like billionaire George Soros and John Podesta, former Clinton chief of staff and co-chair of the Obama transition team.

At the time of his appointment as the President’s “Green Jobs” czar – and despite a very recent 10-year history of “revolutionary” activity – Jones was a member of two key organizations at the very heart of what might be called the executive branch of the Democratic Party. The first is the Center for American Progress which was funded by Soros and is headed by Podesta. The second is the Apollo Alliance, on whose board Jones sits with Podesta, Carol Browner and Al Gore. This is a coalition of radicals, leftwing union leaders and corporate recruits, which had a major role in designing Obama’s green economy plans, including the “cash for clunkers” program. The New York director of the Alliance, who will be writing its applications for tens of millions of dollars in “stimulus” funds, is Jeff Jones (no relation) who was a co-leader of the terrorist Weather Underground along with Obama’s close friend and political ally William Ayers.

According to his own account, Van Jones became a “communist” during a prison term he served after being arrested during the 1992 Los Angeles race riots. For the next ten years Jones was an activist in the Maoist organization STORM – “Stand Together to Organize a Revolutionary Movement.” When STORM disintegrated Jones joined the Apollo Alliance and the Center for American Progress Democrats. As he explained to the East Bay Express in a 2005 article, he still considered himself a “revolutionary, but just a more effective one.” “Before,” he told the Express, “we would fight anybody, any time. No concession was good enough;… Now, I put the issues and constituencies first. I’ll work with anybody, I’ll fight anybody if it will push our issues forward…. I’m willing to forgo the cheap satisfaction of the radical pose for the deep satisfaction of radical ends.”

Pursuing the deep satisfaction of radical ends is the clear sub-text of Jones’ 2007 book, The Green Collar Economy which comes with a Forward by Robert Kennedy Jr. and enthusiastic blurbs from Nancy Pelosi and Al Gore. According to Jones, the Katrina tragedies were caused by global warming, white supremacy, free market economics and the “war for oil” in Iraq. This “perfect storm” of social evils deprived poor blacks of the protection of adequate levees and private vehicles which would have allowed them to escape. The fact that a fleet of public buses was available but the black mayor and the black power structure in New Orleans failed to deploy them go unmentioned in Jones’ indictment of white racism. Instead, “The Katrina story illustrates clearly the two crises we face in the United States: radical socioeconomic inequality and rampant environmental destruction.” To deal with these crises “we will need both political and economic transformation – immediately.”

How did John Podesta and Al Gore and Barack Obama come to be political allies of a far left radical like Van Jones, a 9/11 conspiracy “truther” and a supporter of the Hamas view that the entire state of Israel is “occupied territory?” To answer this question requires an understanding of developments within the political left that have taken place over the last two decades, and in particular the forging of a “popular front” between anti-American radicals and “mainstream liberals” in the Democratic Party.

The collapse of Communism in the early Nineties did not lead to an agonizing reappraisal of its radical agendas among many who had supported it in the West. Instead, its survivors set about creating a new socialist international which would unite “social justice” movements, radical environmental groups, leftwing trade unions, and traditional communist parties – all dedicated to the revival of utopian dreams.

The new political force made its first impression at the end of the decade when it staged global demonstrations against the World Trade Organization and the World Bank. The demonstrations erupted into large-scale violence in Seattle in 2001 when 50,000 Marxists, anarchists and environmental radicals, joined by the giant leftwing unions AFSCME and SEIU, descended on the city, smashed windows and automobiles, and set fire to buildings to protest “globalization” – the world capitalist system.

In the direct aftermath of the 9/11 attacks, the anti-globalization forces morphed into what became known as the “anti-war” movement. An already scheduled anti-globalization protest on September 29 was re-redirected (and re-named) to target America’s retaliation against al-Qaeda and the Taliban. The new “peace” movement grew to massive proportions in the lead up to the war in Iraq but it never held a single protest against Saddam’s violation of 17 UN arms control resolutions, or his expulsion of the UN arms inspectors. It did, however, mobilize 35 million people in world-wide protests against America’s “imperialist war for oil.” The orchestrators of the demonstrations were the same leaders and the same organizations, the same unions and the same “social justice” groups that had been responsible for the Seattle riots against the World Trade Organization and the international capitalist system.

A second watershed came in the run-up to the 2004 elections when billionaire George Soros decided to integrate the radicals – including their political organization ACORN — into the structure of Democratic Party politics. Together with a group of like-minded billionaires, Soros created a “Shadow Party” (as Richard Poe and I documented in a book by that name) whose purpose was to shape the outcome of the 2004 presidential race. “America under Bush,” Soros told The Washington Post, “is a danger to the world,…” To achieve his goal, Soros created a galaxy of 527 political organizations headed by leftwing union leaders like SEIU chief Andrew Stern and Clinton operatives like Harold Ickes. As its policy brain he created the Center for American Progress.

Soros failed to achieve his goal in 2004 but he went on working to create new elements of the network, such as the Apollo Alliance. Four years later the Shadow Party was able to elect a candidate who had spent his entire political career in the bowels of this movement. Obama’s electoral success was made possible by the wide latitude he was given by the press and the public, partly because he was the first African-American with a chance to be president and partly because his campaign was deliberately crafted to convey the impression that he was a tax-cutting centrist who intended to bring Americans together to find common solutions to their problems. When confronted with his long-term associations and working partnerships with anti-American racists like Jeremiah Wright and anti-American radicals like William Ayers, he denied the obvious and successfully side-stepped its implications.

Just eight months into his presidency, however, a new Barack Obama has begun to emerge. With unseemly haste Obama has nearly bankrupted the federal government, amassing more debt in eight months than all his predecessors combined. He has appeased America’s enemies abroad and attacked America’s intelligence services at home. He has rushed forward with programs that require sweeping changes in the American economy and is now steamrolling a massive new health-care program that will give the government unprecedented control of its citizens.

Among the hallmarks of this new radical regime the appointment of Van Jones stood out for its blatant departure from political normalcy. In his White House role, the radical Jones would have represented the president in shaping a multi-billion stimulus package, which could easily function as a patronage program of particular interest to his political allies in the “Apollo Alliance,” ACORN and the leftwing unions. In the classic manual for activists on how to achieve their radical goals, Obama’s political mentor Saul Alinsky wrote: “From the moment an organizer enters a community, he lives, dreams, eats, breathes, sleeps only one thing, and that is to build the mass power base of what he calls the army.” As the president’s green jobs commissar, Van Jones had entered the trillion-dollar community of the federal government and would soon have been building his radical army. The rest of us should be wondering who his sponsors were within the White House (senior presidential advisor and long-time “progressive” Valerie Jarrett was certainly one). Then we should ask ourselves what they are planning next.

David Horowitz is the founder of The David Horowitz Freedom Center and author of the new book, One Party Classroom

Voir enfin:

The Carter Ricochet Effect
Jimmy Carter’s presidency offers a lesson in how the purest intentions can lead to the most disastrous results.
Bret Stephens
The WSJ
November 23, 2009

An idealistic president takes office promising an era of American moral renewal at home and abroad. The effort includes a focus on diplomacy and peace-making, an aversion to the use of force, the selling out of old allies. The result is that within a couple of years the U.S. is more suspected, detested and enfeebled than ever.

No, we’re not talking about Barack Obama. But since the current administration took office offering roughly the same prescriptions as Jimmy Carter did, it’s worth recalling how that worked out.

How it worked out became inescapably apparent 30 years ago this month. On Nov. 20, 1979, Sunni religious fanatics led by a dark-eyed charismatic Saudi named Juhayman bin Seif al Uteybi seized Mecca’s Grand Mosque, Islam’s holiest site. After a two week siege distinguished mainly by its incompetence, Saudi forces were able to recapture the mosque at a cost of several hundred lives.

By any objective account—the very best of which was offered by Wall Street Journal reporter Yaroslav Trofimov in his 2007 book “The Siege of Mecca”—the battle at the Grand Mosque was a purely Sunni affair pitting a fundamentalist Islamic regime against ultra-fundamentalist renegades. Yet throughout the Muslim world, the Carter administration was viewed as the main culprit. U.S. diplomatic missions in Bangladesh, India, Turkey and Libya were assaulted; in Pakistan, the embassy was burned to the ground. How could that happen to a country whose president was so intent on making his policies as inoffensive as possible?

The answer was, precisely, that Mr. Carter had set out to make America as inoffensive as possible. Two weeks before Juhayman seized the Grand Mosque, Iranian radicals seized the U.S. Embassy in Tehran, taking 66 Americans hostage. They did so after Mr. Carter had refused to bail out the Shah, as the Eisenhower administration had in 1953, and after Andrew Young, Mr. Carter’s U.N. ambassador, had described the Ayatollah Khomeini as “somewhat of a saint.”

They also did so after Mr. Carter had scored his one diplomatic coup by brokering a peace deal between Egypt and Israel. Today, the consensus view of the Obama administration is that solving the Israeli-Palestinian conflict would ease tensions throughout the region. But worthy though it was in its own right, peace between Egypt and Israel was also a fillip for Sunni and Shiite radicals alike from Tehran to Damascus to Beirut to Gaza. Whatever else the Middle East has been since the signing of the Camp David Accords, it has not been a more peaceful place.

Nor has it been any less inclined to hate the U.S., no matter whether the president is a peace-loving Democrat or a war-mongering Republican. “Everywhere, there was the same explanation,” Mr. Trofimov writes in his account of the attack on the U.S. Embassy in Islamabad. “American institutions, declared a student leader in Lahore, had to be burned down because ‘the Holy Kaaba had been occupied by Americans and the Jews.’”

On the other hand, among Muslims inclined to favor the U.S., the Carter administration’s instincts for knee-jerk conciliation and panicky withdrawals only had the effect of alienating them from their ostensible protector. Coming as it did so soon after Khomeini’s rise to power and the revolutionary fervors which it unleashed, the siege of Mecca carried the real risk of undermining pro-American regimes throughout the region. Yet American embassies were repeatedly instructed not to use their Marines to defend against intruders, as well as to pull their personnel from the country.

“The move didn’t go unnoticed among Muslim radicals,” notes Mr. Trofimov. “A chain of events unleashed by the takeover in Mecca had put America on the run from the lands of Islam. America’s foes drew a conclusion that Osama bin Laden would often repeat: when hit hard, America flees, ‘dragging its tail in failure, defeat, and ruin, caring for nothing.’” It is no accident, too, that the Soviet Union chose to invade Afghanistan the following month, as it observed a vacillating president who would not defend what previously were thought to be inviolable U.S. strategic interests.

Today, President Obama likes to bemoan the “mess” he inherited overseas, the finger pointed squarely at President Bush. But the real mess he inherited comes straight out of 1979, the serial debacles of which define American challenges in the Middle East just as surely as the triumphs of 1989 define our opportunities in Europe. True, the furies that were unleashed that year in Mecca, Tehran and elsewhere in the Muslim world were not of America’s making. But absence of guilt is no excuse for innocence of policy.

Pretty soon, Mr. Obama will have his own Meccas and Tehrans to deal with, perhaps in Jerusalem and Cairo. He would do well to cast a backward glance at the tenure of his fellow Nobel peace laureate, as an object lesson in how even the purest of motives can lead to the most disastrous results.



Art négrier: C’est le produit de ces pillages que l’on étudie avec tant d’intérêt (Quai Branly celebrates five centuries of slave trading art)

28 novembre, 2009
Branly celebrates slavetrading artQu’une exposition au Musée du quai Branly s’attache à nommer les créateurs de la cour royale d’Abomey est important du point de vue de la connaissance historique. Mais surtout d’un point de vue politique et moral, parce que c’est l’une des premières fois qu’une telle tentative est osée en France. Le temps de l’indistinction et de l’anonymat s’achèverait-il enfin? (…) Le temps de l’art “nègre” ou “africain” finit; celui des artistes africains commence. Le Monde
Cette nouvelle et passionnante approche peut s’appliquer aux artistes d’Abomey, parce que les collections françaises sont d’une exceptionnelle richesse. Elles le sont parce que la France a envahi et détruit le royaume d’Abomey en deux guerres, en 1890 et en 1892, et forcé le roi Béhanzin à l’exil. Ses palais ont été pillés et c’est le produit de ces pillages que l’on étudie avec tant d’intérêt. Le Monde
Les collections françaises conservent des objets arrivés dans des contextes variés, du cadeau diplomatique au don ou aux commandes en passant par le butin de guerre coloniale. (…) Quatorze rois se sont succédés de 1625 à 1900 à Abomey, capitale du royaume du Danhomè. Ils ont rassemblé autour d’eux des artistes d’origines diverses : Yoruba, Fon, Mahi ou Haoussa régis par le même mécénat. Leurs noms se confondent avec l’histoire de l’agrandissement du royaume ; certains ont participé à sa fondation, d’autres y sont arrivés comme esclaves. Gaëlle Beaujean (commissaire de l’exposition)
Guezo fut également un administrateur extrêmement avisé. Grâce aux revenus de la traite, il put abaisser les impôts, stimulant ainsi l’économie agricole et marchande (…) Il fut très aimé et sa mort subite dans une bataille contre les Yorubas fut une véritable tragédie. Wikipedia
Les chefs traditionnels n’ont pas à être reconnus par la Constitution tant qu’ils n’ont pas présenté leurs excuses aux familles des descendants des victimes de l’esclavage. Shehu Sani (président du Congrès des droits civiques nigérian)

“Le temps de l’art ‘nègre’ ou ‘africain’ finit; celui des artistes africains commence.” A quand celui de l’art… négrier?

Alors que le pourtant (à moitié) noir et même pas né à l’époque Pleurnicheur en chef demande pardon cinq fois par jour …

La perfide Albion débaptise ses rues …

Notre propre Pays des droits de l’homme fait tourner la planche à billets législative

A l’heure où, du fond de son exil berlinois dument subventionnée par les deniers publics (avec 50 000 euros, t’as plus rien !), notre Goncourt franco-sénégalaise “trouve la France monstrueuse”

Et où l’un de nos anciens ambassadeurs co-rédacteur de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et membre du comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine dénonce haut et fort “une société où on expulse les sans-papiers”

Etrange pudeur du Monde dans l’édiorial et le compte-rendu qu’il consacre à l’actuelle exposition du Musée Chirac (pardon: du Quai Branly) sur les “artistes” du royaume africain du Dahomey (pardon: Danhomè) et actuel Bénin …

Qui, même s’il fait allusion aux guerres et pillages de la France coloniale, ne mentionne même pas une fois, dans sa célébration de “l’Art de cour exceptionnel” et des “artistes de génie” des “Rois mécènes” de ce qui fut pourtant l’une des plus grandes plaques tournantes de la traite atlantique, le mot esclave!

Heureusement, la commissaire de l’exposition veille et rappelle, pour évoquer la place de l’esclavage dans la richesse dudit royaume, que la traite des esclaves avait “depuis plus d’un siècle” été “mise en place par les Européens”.

Que le Danhomè se contentait de faire des “prisonniers de guerre” que les acheteurs européens “revendaient comme esclaves en Amérique”.

Mais là où l’on ne comprend plus, c’est quand elle reconnait (certes du bout des lèvres) concernant le mode d’acquisition des “artistes”que “certaines familles d’artistes sont des prisonniers rescapés” dont la seule “qualité pouvait aussi motiver une guerre “ou que d’autres sont “arrivés comme esclaves”.

Encore un peu et elle nous ressortait les mouvements anti-esclavagistes notamment anglais ayant contraint les rois dahoméens à exporter désormais moins ouvertement leurs esclaves et à se recentrer sur les produits agricoles.

Ou, pire encore, le fait que c’est la conquête coloniale qui met finalement un terme au “commerce d’ébène“.

Voire, abomination des abominations, les actuels débuts de demandes de comptes en Afrique-même sur les descendants des “rois-traitres”, sans lesquels n’auraient été possibles ni le fameux commerce triangulaire ni les traites interne et arabe!

Edito du Monde
Artiste africain
LE MONDE
28.11.09

Il était courant en Europe, il y a un siècle, d’affirmer qu’il n’y avait pas d’art en Afrique, rien que des “fétiches”. Picasso, Matisse, Apollinaire, Breton, peintres et poètes ont fait justice de cette absurdité. Ainsi est né “l’art nègre” – formule ambiguë. Elle reconnaît la qualité artistique des sculptures ou des masques. Mais elle confond tous les peuples, tous les styles, toutes les époques sous un seul terme, trop simple, trop vague. “Africain” vaut-il mieux ? Oserait-on parler d’art “européen” pour qualifier à la fois les sculpteurs romans et Rodin, Giotto et Poussin, Rembrandt et Cézanne ?

“Africain” n’en a pas moins pris la succession de “nègre”. Sans doute l’ethnologue, le spécialiste ou le collectionneur pratiquaient-ils déjà des distinctions subtiles entre des styles variables d’un village à un autre, d’une société à une autre, mais il manquait cette notion essentielle : les artistes, des individus identifiés, des noms, des mains, des manières particulières de travailler. Il n’y a pas si longtemps, un discours officiel croyait encore pouvoir interpeller “l’homme africain” : encore une généralité, encore un schématisme.

Qu’une exposition au Musée du quai Branly s’attache à nommer les créateurs de la cour royale d’Abomey est important du point de vue de la connaissance historique. Mais surtout d’un point de vue politique et moral, parce que c’est l’une des premières fois qu’une telle tentative est osée en France. Le temps de l’indistinction et de l’anonymat s’achèverait-il enfin ?

Les oeuvres présentées dans l’exposition sont à Paris depuis des décennies, depuis le pillage des palais du roi Béhanzin par les troupes coloniales françaises à la fin du XIXe siècle. Si elles sont montrées aujourd’hui d’une façon si neuve, ce n’est donc pas parce qu’elles seraient elles-mêmes nouvelles, mais parce que les regards et les esprits évoluent. Le temps de l’art “nègre” ou “africain” finit ; celui des artistes africains commence.

Sans doute faut-il voir également dans cette évolution un effet de l’art actuel : les artistes qui travaillent aujourd’hui au Bénin, au Cameroun ou au Nigeria sont de plus en plus connus. Ils signent des oeuvres singulières et individuelles. Ils exposent de plus en plus, y compris en Afrique, et la question de leur statut d’artistes ne se pose évidemment pas. C’est à la lumière de ce présent que le passé est considéré désormais. Il est profondément logique, et satisfaisant, que ce soit une fondation africaine spécialisée dans l’art actuel qui soit le mécène du catalogue de l’exposition des “Artistes d’Abomey”.

Voir aussi:

Enfin les artistes africains ne sont plus anonymes
Philippe Dagen
Le Monde
28.11.09

Statue dogon”, “masque fang” : ainsi s’exprime-t-on en matière d’arts de l’Afrique. Il semble admis que les fonctions religieuses et sociales des objets étaient si déterminantes qu’il est logique de les classer par peuples, cultes, sociétés secrètes ou types. Il est tout aussi logique que le nom de leur auteur ait disparu, puisqu’il n’aurait été que l’exécutant d’un désir et d’un système collectifs.

L’absence de traces écrites jusqu’à une date assez récente et les conditions dans lesquelles les oeuvres ont été collectées par les Occidentaux ont contribué à cette situation : si nul ne conteste plus l’existence d’artistes africains, il semble tout aussi admis qu’ils ne peuvent que demeurer anonymes.

Nombreux en effet sont les artistes africains qui resteront anonymes : ceux des siècles antérieurs au XIXe, faute de témoignages écrits ; et tous ceux, plus récents, sur lesquels des informations auraient pu être sauvegardées mais ne l’ont pas été : ceux qui ont collecté les objets – ethnologues compris – n’ont pas pu ou su poser les bonnes questions.

Et pourtant on peut pratiquer avec les sculptures africaines ce qui se pratique avec l’art européen : les comparaisons stylistiques, la recherche du détail d’un individu, une marque de fabrique. Les efforts pour les identifier tendent à se multiplier, jusque dans les catalogues de vente. Après des tentatives pionnières, mais éparpillées, de chercheurs allemands, britanniques ou français, sont venus les premiers travaux marquants : une exposition sur les sculpteurs du Nigeria au Metropolitan Museum de New York en 1997, les essais de classification de l’ethnologue français Louis Perrois et, surtout, à Bruxelles, en 2001, l’exposition “Mains de maîtres”, conçue par l’historien et marchand belge Bernard de Grunne. En étudiant huit cas, elle essayait d’identifier des styles personnels et des maîtres, exactement comme le font les attributionnistes spécialistes des primitifs florentins ou siennois.

C’est à ces derniers que l’on pense dans l’exposition “Artistes d’Abomey” au Musée du quai Branly. A quoi comparer les ateliers de la cour d’Abomey, capitale du royaume du Danhomè – l’actuel Bénin – du XVIIe au XIXe siècle, sinon aux ateliers des cités toscanes de la Renaissance ? Dans les deux cas, la transmission et le perfectionnement d’un savoir-faire s’accomplissent au sein d’une famille, les fils les recevant en héritage des pères et des oncles.

A Abomey, ces familles et ateliers ont pour nom Hountondji, Alagbé, Yémadjé ou Akati. Actifs durant de longues périodes, ces ateliers exécutent les commandes des rois successifs du Danhomè, comme d’autres celles des Médicis. Leurs liens avec le pouvoir sont étroits, vitaux même.

De la faveur du roi dépendent ses commandes et celles que passent aux mêmes artistes les nobles de sa cour. Les sujets sont déterminés par les modes d’exercice du pouvoir, ses mythes fondateurs, sa rhétorique héroïque. Celle-ci veut des lions, des requins et des effigies effrayantes du dieu Gou, dieu du feu et de la guerre : les sculpteurs s’y emploient, en variant légèrement d’après des modèles stables.

Il faut des trônes et des spectres, les “récades”, spécialité de la famille Houndo, qui excelle aussi dans la sculpture des plateaux de divination. Il faut des armes de parade et d’autres pour les exécutions capitales, des vêtements de cérémonie, des tentures, des bracelets – et donc des dynasties d’armuriers, d’orfèvres et de tisseurs.

La généalogie des rois d’Abomey va donc de pair avec celle de leurs “fournisseurs”, dont noms et dates sont connus. Ainsi des deux statues de Gou : celle du Musée du quai Branly est l’oeuvre d’Ekplékendo Akati vers 1860 ; celle du Musée Dapper est sans doute le travail de Ganhu Hountondji, maître de la fonte, alors qu’Akati associe le bois et le fer.

PALAIS PILLÉS

Dans l’exposition, les données politiques nécessaires – structures et rites du pouvoir – sont indiquées par une longue chronologie murale et des bornes sonores qui diffusent de brèves explications. Une fois précisées ces conditions historiques et sociales, le regard peut s’attacher aux questions de styles et de maîtres. D’autant que le classement des objets par genre et par fonction favorise l’examen des différences stylistiques en proposant des comparaisons constantes. Tout cela est très bien réalisé.

Cette nouvelle et passionnante approche peut s’appliquer aux artistes d’Abomey, parce que les collections françaises sont d’une exceptionnelle richesse. Elles le sont parce que la France a envahi et détruit le royaume d’Abomey en deux guerres, en 1890 et en 1892, et forcé le roi Béhanzin à l’exil. Ses palais ont été pillés et c’est le produit de ces pillages que l’on étudie avec tant d’intérêt.

“Artistes d’Abomey”.

Musée du quai Branly, 37, quai Branly, Paris 7e. Tél. : 01-56-31-70-00. Du mardi au dimanche, de 11 heures à 19 heures ; jeudi, vendredi et samedi jusqu’à 21 heures. 7 €. Jusqu’au 31 janvier. Catalogue publié par la Fondation Zinsou, 250 p. 38 €.

Voir enfin:

Artistes d’Abomey – Dialogues sur un royaume africain au musée du Quai Branly
Vendredi, 23 Octobre 2009 15:45 audrey laroque Actualités – Art

Du 10 Novembre 2009 au 31 Janvier 2010

Musée du Quai Branly

Art Africain

De 1600 à 1894, Abomey fut la vitrine du royaume du Danhomè, situé dans l’actuelle république du Bénin. Un art de cour exceptionnel s’y est développé, avec des artistes dont le génie, le talent et l’inspiration servaient avant tout la gloire du Roi. Grâce à d’importantes recherches menées par le commissaire et les deux conseillers scientifiques de l’exposition, il est aujourd’hui possible d’associer des artistes et familles d’artistes à chaque type d’objets présentés, fait rare dans l’art africain. A travers 82 objets et 8 documents graphiques anciens, Artistes d’Abomey, dialogue sur un royaume africain est l’occasion de découvrir ces dynasties d’artistes, et de comprendre leur rôle et statut au sein de la société danhoméenne

La ville d’Abomey est l’ancienne capitale du royaume du Danhomè (Bénin actuel), sur la côte Atlantique. Vers 1735, la ville portuaire de Ouidah entre en possession du Danhomè. Là, depuis plus d’un siècle s’organise la traite des esclaves mise en place par les Européens. Le lien entre le Danhomè et l’Europe remonte donc au XVIIIe siècle. La première des 41 lois du royaume impose au monarque d’accroître le territoire tout son règne durant. Le Danhomè s’est doté d’une organisation politique et militaire qui a favorisé son hégémonie. Les prisonniers de guerre connaissaient des sorts variables : vendus aux Européens qui les revendaient comme esclaves en Amérique ; future épouse du roi et peut-être mère du vidaho1 ; agriculteurs ou dotés d’un talent qui permettra au Danhomè de rayonner. Certaines familles d’artistes sont des prisonniers rescapés. La qualité d’un artiste pouvait aussi motiver une guerre afin qu’il soit au service du roi mécène. Chaque roi a doté le Danhomè d’artistes qui apportèrent des formes nouvelles dans la capitale.

La langue fon distingue l’artiste, homme inspiré, de l’artisan. Leurs productions exaltaient les regalia, honoraient les ancêtres, renforçaient la prestance sociale ou bien sublimaient la puissance militaire et divinatoire. Enfin, le défilé annuel des richesses et objets royaux dans la cité permettait à l’ensemble des sujets d’admirer cet art ostentatoire, riche en métal et en couleurs…

Les œuvres de cour témoignent aussi de l’histoire du contact entre la France et le Danhomè. Les collections françaises conservent des objets arrivés dans des contextes variés, du cadeau diplomatique au don ou aux commandes en passant par le butin de guerre coloniale. La rencontre avec les descendants d’artistes, de la famille royale, de dignitaires et de roturiers a permis de repérer quelles étaient ces familles d’artistes et de définir les caractéristiques de leurs styles à partir des photographies d’objets aujourd’hui conservés hors d’Abomey. L’iconographie catholique a inspiré les artistes de cour d’Abomey tout comme celle des Yoruba à l’est, des Ashanti à l’ouest, des Bariba ou des Haoussa au nord. Il est tout à fait certain que la circulation des œuvres a favorisé la créativité de ces acteurs pacifiques. La démarche globalisante des artistes d’Abomey, souhaitée par le roi, est une allégorie des choix politiques qui visent aussi à globaliser.

Gaëlle Beaujean, commissaire de l’exposition

PARCOURS DE L’EXPOSITION

Les artistes africains peuvent-ils tous rester anonymes ? L’absence de nom s’explique dans nombre de cas par le secret qui entoure la conception de l’objet. Mais la généralité n’est pas de règle, preuve en est pour l’art de cour d’Abomey. Trois complices, Léonard Ahonon, Gaëlle Beaujean et Joseph Adandé sont allés à la rencontre des descendants de rois, de dignitaires et d’artistes de cour. Ils restituent ici les résultats d’une enquête réalisée à Abomey en 2008 qui a permis d’attribuer plus finement les œuvres et de réunir des informations sur les artistes de cour.

Quatorze rois se sont succédés de 1625 à 1900 à Abomey, capitale du royaume du Danhomè. Ils ont rassemblé autour d’eux des artistes d’origines diverses : Yoruba, Fon, Mahi ou Haoussa régis par le même mécénat. Leurs noms se confondent avec l’histoire de
l’agrandissement du royaume ; certains ont participé à sa fondation, d’autres y sont arrivés comme esclaves.

Après un espace introductif présentant une carte ancienne et une généalogie des rois d’Abomey, l’exposition explique en cinq séquences le statut et le rôle de l’artiste au sein de la société danhoméenne. Plusieurs multimédia ponctuent l’exposition et proposent aux visiteurs de découvrir, de plus près, une sélection d’œuvres choisies par le commissaire de l’exposition.

1. La mémoire des noms
Dans les arts de cour d’Abomey, l’œuvre est associée immédiatement à son commanditaire : le roi. Mais le type d’objets, le matériau et la technique permettent d’identifier une signature et un savoir-faire maîtrisé par une famille. Les métaux précieux comme l’argent ou le cuivre sont travaillés par les Hountondji, les soies et cotons d’importation composent les tentures cousues par les Yémadjé. Certains noms restent en mémoire comme ont pu le montrer différentes sources, de terrain et littéraires, en dévoilant les noms de plusieurs artistes de la fin du 19e siècle.

2. L’artiste de cour, maître-servant
Dans cette section, l’exposition s’intéresse à la place des artistes : comment devient-on artiste du roi ? Quels sont les avantages du maître et les indices de l’asservissement ? Pour le roi, il était important d’étendre son influence au-delà des frontières, d’afficher la puissance de son royaume, et selon la devise, « faire le Danhomè toujours plus grand ». Il lui fallait donc sans cesse innover et marquer son temps, y compris dans le domaine des arts, en perpétuelle transformation : la sculpture sur bois ou métal, l’appliqué sur tissu, le tissage et les danses cérémonielles et royales de cour. Les artistes, repérés parfois parmi les prisonniers de guerre et donc détenteurs d’un art d’une autre localité, se voyaient attribuer un espace sur prescription du roi. Il arrivait même que le roi motive une guerre pour leur capture.
Ces créateurs dont le génie et le talent étaient reconnus par le roi bénéficiaient de privilèges : équipements, matériaux, domicile et soutiens divers. Leur implantation à proximité du palais facilitait le contact, discret ou non, avec le roi pour les commandes qu’ils devaient honorer.

3. Le palais, vitrine du monde
Les rois du Danhomè entendaient faire des palais une vitrine du monde. Ils recevaient des présents de toutes sortes et de toutes provenances. Ils en offraient autant. Pour séduire leur peuple, ils organisaient chaque année un défilé de toutes leurs richesses et en redistribuaient une partie lors de ces cérémonies traditionnelles. L’ambition du roi Agadja (1711-1740) de faire affaire directement avec l’Occident, garant de cette richesse, l’a contraint à vaincre les
royaumes cousins d’Allada et Sahè (ou Savi) pour prendre possession de Ouidah vers 1735. Dès lors, les rois du Danhomè ont pu intensifier leur commerce, échangeant les prisonniers de guerre (futurs esclaves) et les vivres contre des tissus industriels et de métaux rares qui ont donné un nouvel essor aux arts de cour.

4. La distinction par les arts
Parures, vêtements, insignes, matériel divinatoire ou amulettes permettaient de distinguer chacun des acteurs politiques, religieux et militaires de la vie d’Abomey. La possession d’œuvres provenant des ateliers royaux constituait un privilège. Ainsi, les artistes d’Abomey concevaient des vêtements, protections magiques et armes spécialement pour le premier ministre ou migan, qui portait la lourde responsabilité d’exécuter des prisonniers par décapitation. Ces condamnés avaient la mission de remettre des messages aux ancêtres royaux. Différentes familles d’artistes se groupaient pour réaliser les récades de prêtres vodoun ou de chefs de bataillon ainsi que les vêtements, armes et amulettes des femmes soldats, les Amazones.

5. Sur les murs des palais
Le développement du Danhomè s’est affirmé par l’expansion territoriale, humaine et l’acquisition de biens matériels et immatériels grâce aux conquêtes et aux échanges. Chaque
nouveau roi faisait construire un nouveau palais près de celui de son prédécesseur. Sur les murs des palais royaux d’Abomey, des bas-reliefs sont modelés ; entre ces murs, des tentures sont conservées. L’histoire officielle se matérialisait sur ces supports par un ensemble d’images, parfois associées à des chants. Une image peut renvoyer à une sentence, un combat ou un événement marquant dans l’histoire du royaume, comme à une qualité, un ordre moral que les rois mettaient en valeur pour concilier la nation.

Artistes d’Abomey – Dialogues sur un Royaume Africain

10 Novembre 2009 – 31 Janvier 2010

Musée du Quai Branly

37, quai Branly
75007 – Paris

Métro : Alma Marceau, Iena, Ecole Militaire, Bir Hakeim

Tél : 01 56 61 70 00
mardi, mercredi et dimanche : de 11h à 19h
jeudi, vendredi et samedi : de 11h à 21h

Tarifs : billet Exposition(s) temporaire(s)
billet 7 € (plein tarif) / 5 € (tarif réduit)

billet jumelé (collections permanentes + expositions temporaires)
billet 10 € (plein tarif) / 7 € (tarif réduit)

www.quaibranly.fr


Anniversaires: Les sionistes ont même inventé l’Amérique! (Zionists even invented America!)

26 novembre, 2009
The Melting pot (Zanvill, 1908)Melting pot: Ce terme provient de la pièce de théâtre d’Israel Zangwill (1864-1926) The Melting Pot, dont le message était que tous les immigrants arrivés aux États-Unis pouvaient devenir américains, un peuple formé dans un creuset de démocratie, de liberté et de responsabilité civique. Wikipedia
Understand that America is God’s Crucible, the great Melting-Pot where all the races of Europe are melting and re-forming! Here you stand, good folk, think I, when I see them at Ellis Island, here you stand in your fifty groups, your fifty languages, and histories, and your fifty blood hatreds and rivalries. But you won’t be long like that, brothers, for these are the fires of God you’ve come to – these are fires of God. A fig for your feuds and vendettas! Germans and Frenchmen, Irishmen and Englishmen, Jews and Russians—into the Crucible with you all! God is making the American.” The Melting pot (Israel Zangwill, 1908)
Shlomo Sand has written a remarkable book. In cool, scholarly prose he has, quite simply, normalized Jewish history. In place of the implausible myth of a unique nation with a special destiny – expelled, isolated, wandering and finally restored to its rightful home – he has reconstructed the history of the Jews and convincingly reintegrated that history into the general story of humankind. The self-serving and mostly imaginary Jewish past that has done so much to provoke conflict in the present is revealed, like the past of so many other nations, to be largely an invention. Tony Judt
Every nation cherishes its own myths and legends. Most Americans believe themselves to be anti-imperialists, though their ancestors colonised a continent, almost annihilating its native inhabitants. The French fancy themselves descended from ancient Gauls, though like the rest of us they are mongrels. Max Hastings
Sand confuses ethnicity – which, in the case of the Jews, is indeed impure, heterogeneous and much travelled – with an identity that evolves as the product of common historical experience. Rabbinical arguments may rest on an imaginary definition of ethnicity, but the legitimacy of a Jewish homeland does not. Ultimately, Israel’s case is the remedy for atrocity, about which Sand has nothing to say.
Sand (…) argues there actually was no mass forced “exile” so there can be no legitimate “return”. (…) It is undoubtedly right to say that a popular version of this idea of the exile survives in most fundamentalist accounts of Jewish history. It may well be the image that many Jewish children still have. But it is a long time since any serious historian argued that following the destruction of the Second Temple, the Romans emptied Judea. But what the Romans did do, following the Jewish revolt of AD66-70 and even more exhaustively after a second rebellion in AD135, was every bit as traumatic: an act of cultural and social annihilation – mass slaughter and widespread enslavement. But there was also the mass extirpation of everything that constituted Jewish religion and culture; the renaming of Jerusalem as Aelia Capitolina, the obliteration of the Temple, the prohibition on rituals and prayers. Sand asserts, correctly, that an unknowable number of Jews remained in what the Romans called Palestina. The multitudes of Jews in Rome had already gone there, not as a response to disaster but because they wanted to and were busy proselytising.
(…)
But Sand appears not to notice that it undercuts his argument about the non-connection of Jews with the land of Palestine rather than supporting it. Put together, the possibility of leading a Jewish religious life outside Palestine, with the continued endurance of Jews in the country itself and you have the makings of that group yearning – the Israel-fixation, which Sand dismisses as imaginary. What the Romans did to the defeated Jews was dispossession, the severity of which was enough to account for the homeland-longing by both the population still there and those abroad. That yearning first appears, not in Zionist history, but in the writings of medieval Jewish teachers, and never goes away. Simon Schama
Où l’on découvre que, dans leur mythomanie délirante, les Sionistes ont non seulement inventé l’Amérique, mais… leur propre Etat d’Israël!
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En ce jour où, via leur mythe de Thanksgiving Day, nos amis américains voudraient à nouveau nous faire croire que leurs ancêtres massacreurs d’Indiens étaient tous sur le Mayflower
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Et où, sous le coup des efforts conjugués d’une immigration et de nos belles âmes et idiots utiles qui tentent d’en nier chaque jour un peu plus la légitimité, les prétendus descendants des Gaulois s’interrogent sur leur propre identité
.
Pendant que France 2 et son indéboulonnable faussaire Charles Enderlin comme l’acteur François Cluzet nous refont le coup du terroriste victime (Salah Hamouri du FLP) et qu’une ville française (Vitry-sur-Seine) se choisit comme citoyen d’honneur le créateur des Brigades des martyrs al-Aqsa du Fatah Marouane Barghouti quand un soldat franco-israélien est toujours retenu comme otage depuis trois ans par le mouvement terroriste Hamas (Gilad Shalit) …

Ne voilà-t-il pas que l’on découvre que les mêmes sionistes auxquels les Américains avaient eu recours pour leur inventer leur mythe fondateur du “creuset” (sans compter les “terre promise”, “ville sur la montagne”, “destinée manifeste” et tant d’autres), avaient fait la même chose pour leur propre Etat d’Israël!

Et ce naturellement sous la propre plume d’un historien israélien, Shlomo Sand, dont l’ouvrage vient d’être traduit en anglais (“The Invention of the Jewish People”).

Et qui, à l’heure où un Etat tout entier prépare activement sa bombe pour la Solution finale, démontre brillamment comment, sous le prétexte imaginaire que la totalité de leurs ancêtres auraient été massivement déportés de leur pays par les Romains il y a près de 2000 ans, lesdits sionistes continuent non seulement à revendiquer un prétendu droit au retour en Israël.

Mais, scandale des scandales,… à refuser de collaborer à leur propre disparition !!!

Book Calls Jewish People an ‘Invention’
Patricia Cohen
The New York Times
November 24, 2009

Despite the fragmented and incomplete historical record, experts pretty much agree that some popular beliefs about Jewish history simply don’t hold up: there was no sudden expulsion of all Jews from Jerusalem in A.D. 70, for instance. What’s more, modern Jews owe their ancestry as much to converts from the first millennium and early Middle Ages as to the Jews of antiquity.

Other theories, like the notion that many of today’s Palestinians can legitimately claim to be descended from the ancient Jews, are familiar and serious subjects of study, even if no definitive answer yet exists.

But while these ideas are commonplace among historians, they still manage to provoke controversy each time they surface in public, beyond the scholarly world. The latest example is the book “The Invention of the Jewish People,” which spent months on the best-seller list in Israel and is now available in English. Mixing respected scholarship with dubious theories, the author, Shlomo Sand, a professor at Tel Aviv University, frames the narrative as a startling exposure of suppressed historical facts. The translated version of his polemic has sparked a new wave of coverage in Britain and has provoked spirited debates online and in seminar rooms.

Professor Sand, a scholar of modern France, not Jewish history, candidly states his aim is to undercut the Jews’ claims to the land of Israel by demonstrating that they do not constitute “a people,” with a shared racial or biological past. The book has been extravagantly denounced and praised, often on the basis of whether or not the reader agrees with his politics.

The vehement response to these familiar arguments — both the reasonable and the outrageous — highlights the challenge of disentangling historical fact from the sticky web of religious and political myth and memory.

Consider, for instance, Professor Sand’s assertion that Palestinian Arab villagers are descended from the original Jewish farmers. Nearly a century ago, early Zionists and Arab nationalists touted the blood relationship as the basis of a potential alliance in their respective struggles for independence. Israel’s first prime minister, David Ben-Gurion, and Yitzhak Ben Zvi, Israel’s longest-serving president, made this very argument in a book they wrote together in 1918. The next year, Emir Feisal, who organized the Arab revolt against the Ottoman empire and tried to create a united Arab nation, signed a cooperation agreement with the Zionist leader Chaim Weizmann that declared the two were “mindful of the racial kinship and ancient bonds existing between the Arabs and the Jewish people.”

Both sides later dropped the subject when they realized it was not furthering their political goals.

(Though no final consensus has emerged on the ancestral link between Palestinians and Jews, Harry Ostrer, director of the Human Genetics Program at New York University Langone Medical Center, who has been studying the genetic organization of Jews, said, “The assumption of lineal descent seems reasonable.”)

Books challenging biblical and conventional history continually pop up, but what distinguishes the dispute over origins from debates about, say, the reality of the exodus from Egypt or the historical Jesus, is that it is so enmeshed in geopolitics. The Israeli Declaration of Independence states: “After being forcibly exiled from their Land, the People kept faith with it throughout their Dispersion and never ceased to pray and hope for their return to it.” The idea of unjust exile and rightful return undergirds both the Jews’ and the Palestinians’ conviction that each is entitled to the land.

Since Professor Sand’s mission is to discredit Jews’ historical claims to the territory, he is keen to show that their ancestry lines do not lead back to ancient Palestine. He resurrects a theory first raised by 19th-century historians, that the Jews of Central and Eastern Europe, to whom 90 percent of American Jews trace their roots, are descended from the Khazars, a Turkic people who apparently converted to Judaism and created an empire in the Caucasus in the eighth century. This idea has long intrigued writers and historians. In 1976, Arthur Koestler wrote “The Thirteenth Tribe” in the hopes it would combat anti-Semitism; if contemporary Jews were descended from the Khazars, he argued, they could not be held responsible for Jesus’ Crucifixion.

By now, experts who specialize in the subject have repeatedly rejected the theory, concluding that the shards of evidence are inconclusive or misleading, said Michael Terry, the chief librarian of the Jewish division of the New York Public Library. Dr. Ostrer said the genetics also did not support the Khazar theory.

That does not negate that conversion played a critical role in Jewish history — a proposition that many find surprising given that today’s Jews tend to discourage conversion and make it a difficult process. Lawrence H. Schiffman, chairman of the Skirball department of Hebrew and Judaic Studies at New York University, said most historians agree that over a period of centuries, Middle Eastern Jews — merchants, slaves and captives, religious and economic refugees — spread around the world. Many intermarried with people from local populations, who then converted.

There is also evidence that in antiquity and the first millennium Judaism was a proselytizing religion that even used force on occasion. From the genetic research so far, Dr. Ostrer said, “It’s pretty clear that most Jewish groups have Semitic ancestry, that they originated in the Middle East, and that they’re more closely related to each other than to non-Jewish groups.” But he added that it was also clear that many Jews are of mixed descent.

“The ancient admixed ancestry explains the blond hair and blue eyes of Ashkenazi Jews whose grandparents and great-grandparents all lived in shtetls two and three generations ago,” Dr. Ostrer said. They brought the genes for coloration with them to Eastern Europe. These genes were probably not contributed by their Cossack neighbors.”

What accounts for the grasp that some misconceptions maintain on popular consciousness, or the inability of historical truths to gain acceptance? Sometimes myths persist despite clear contradictory evidence because people feel the story embodies a deeper truth than the facts. Marie Antoinette never said “Let them eat cake,” but the fictional statement captured the sense of a regime that showed disdain for the public’s welfare.

A mingling of myth, memory, truth and aspiration similarly envelopes Jewish history, which is, to begin with, based on scarce and confusing archaeological and archival records.

Experts dismiss the popular notion that the Jews were expelled from Palestine in one fell swoop in A.D. 70. Yet while the destruction of Jerusalem and Second Temple by the Romans did not create the Diaspora, it caused a momentous change in the Jews’ sense of themselves and their position in the world. For later generations it encapsulates the essential truth about the Jews being an exiled and persecuted people for much of their history.

Professor Sand accuses Zionist historians from the 19th century onward — the very same scholars on whose work he bases his case — of hiding the truth and creating a myth of shared roots to strengthen their nationalist agenda. He explains that he has uncovered no new information, but has “organized the knowledge differently.” In other words, he is doing precisely what he accuses the Zionists of — shaping the material to fit a narrative.

In that sense, Professor Sand is operating within a long established tradition. As “The Illustrated History of the Jewish People,” edited by Nicholas Lange (Harcourt, 1997), notes, “Every generation of Jewish historians has faced the same task: to retell and adapt the story to meet the needs of its own situation.” The same could be said of all nations and religions.

Perhaps that is why — on both sides of the argument — some myths stubbornly persist no matter how often they are debunked while other indubitable facts continually fail to gain traction.

Voir aussi:

The Invention of the Jewish People by Shlomo Sand
Max Hastings
The Sunday Times
November 15, 2009

Every nation cherishes its own myths and legends. Most Americans believe themselves to be anti-imperialists, though their ancestors colonised a continent, almost annihilating its native inhabitants. The French fancy themselves descended from ancient Gauls, though like the rest of us they are mongrels.

But Israel’s favoured historical narrative possesses special significance, because it defines the states’ proclaimed right to existence. It holds that the world’s Jews are descended from the ancient tribes of Israel, evicted by the Romans following the fall of the temple in AD70, and today permitted to return to their rightful homeland after almost 2,000 years of foreign persecution.

Shlomo Sand, who teaches contemporary history at Tel Aviv University, rejects most of this as myth. He argues that the alleged history of the Jewish people has been distorted, reshaped or invented in modern times to fit the political requirements of Zionism.

His book, first published in Hebrew, has caused widespread outrage in his native land. But it represents, at the very least, a formidable polemic against claims that Israel has a moral right to define itself as an explicitly and exclusively Jewish society, in which non-Jews, such as Palestino-Israelis, are culturally and politically marginalised.

He disputes the claim that Israel existed for thousands of years as a nation. This, he says, relies chiefly on a willingness to believe that the Old Testament story is broadly valid, in defiance of archeological and other historical evidence. He refuses to believe that a unified Jewish nation occupied Canaan in the era of David and Solomon,or that the flight from Egypt occured as described. The Old Testament is not a narrative that can instruct us about the time it describes – centuries before ot was written – but is instead an impressive didactic theological discourse.

He rejects the assertion, dependent on the testimony of the 1st-century Hellenised Jewish historian Josephus, that Jews were forcibly deported from Jerusalem after the fall of the Temple. Rome behaved savagely to defeated rebels, but never expelled whole populations, not least because it required their services.

Historical evidence, says Sand, shows large Jewish communities living all over the Mediterranean, including Rome, before AD70. Cicero complained in 59BC: “You know how numerous that crowd is, how great is its unanimity, and of what weight it is in popular assemblies.”

The author suggests that there was steady economic migration from Palestine after the fall of the Temple, but most Jews remained, eventually to be converted to Islam following the Muslim conquest in the 7th century and afterwards. Some modern Palestinians are more likely to be descended from the ancient Israelites than are modern Israelis who have migrated from Russia.

Acknowledging uncertainty about much that happened in the last millennium before Christ and the first thereafter, Sand dismisses the proposition of Zionist historians that the Jewish communities that grew up all over Europe were descended from Jews driven out of Israel. Many, he says, were indigenous people converted by small numbers of wandering, literate Jews.

He focuses special attention on the Khazar empire, the Jewish society that flourished around the Volga and Caucasus between the 4th and 13th centuries, and provided seed for the large Jewish communities of eastern Europe. Zionists assert that those Jews had migrated east from Germany. Sand says there is no evidence for this, save that they spoke Yiddish.

He believes, instead, that these were locals who adopted the Jewish religion. He claims that modern Israeli historians refuse to study the Khazar empire honestly, lest they find themselves confronted by evidence that might seem to deligitimise Israel. He writes scornfully of Zionists entirely caught up in the mythology of an eternal ethnic time.

Sand launches a further broaside at Israeli geneticists who have devoted much energy to identifying a common Jewish gene among diaspora communities around the world. He is scornful of such research, perhaps because not least of the ghastly memory of Nazi scientists who pursued alleged aryan identity.

Sand’s fundamental thesis is that the Jewish people are joined by bonds of religion, not race or ancient nationhood. He deplores the explicit racial basis of the Israeli state, in which the Arab minority are second-class citizens. No Jew who lives today in a western democracy would tolerate the discrimination and exclusion experienced by the Palestino-Israelis … The state’s ethnocentric foundation remains an obstacle to its [liberal democratic] development.

It is easy to see why Sand’s book has attracted fierce controversy. The legend of the ancient exile and modern return stands at the heart of Israel’s self-belief. It is no more surprising that its people enjoy supposing that Joshua’s trumpets blew down the walls of Jericho — at a time when, Sand says, Jericho was a small town with no walls — than that we cherish tales of King Alfred and his cakes.

The author rightly deplores the eagerness of fanatics to insist upon the historical truth of events convenient to modern politics, in defiance of evidence or probability. No modern British historian’s reputation could survive, for instance, claiming he factual accuracy of all the charming medieval stories in Froissart’s Chronicles, which nonetheless bear a closer relationship to events than does the Old Testament.

Yet Sand, whose title is foolishly provocative, displays a lack of compassion for the Jewish predicament. It is possible to accept his view that there is no common genetic link either between the world’s Jews or to the ancient tribes of Israel, while also trusting the evidence of one’s senses that there are remarkable common jewish characteristics- indeed a Jewish genius – that cannot be explained merely by religion.

Jewish faith is visibly declining in Israel as much as anywhere else. There is much dismay among diaspora communities about the steady increase in the frequency of their members marrying out. Yet who can doubt that Jews possess an identity that transcends any narrow issue of belief? Sand produces some formidable arguments about what Jews may not be, but he fails to explain what it is they are.

His book serves notice on Zionist traditionalists: if an Israeli historian can display such plausible doubts about important aspects of the Israeli legend, any Arabs hostile to the state of Israel can exploit a fertile field indeed.

Yet whatever the rights and wrongs of the past, Israel has established its existence. If the Middle east is to advance beyond perpetual conflict, all parties must abandon both claims and grievances rooted in history and address the now and the future.

Voir enfin:

The Invention of the Jewish People
Review by Simon Schama
The Financial Times
November 13 2009

The Invention of the Jewish People
By Shlomo Sand
Translated by Yael Lotan
Verso £18.99, 398 pages
FT Bookshop price: £15.19

From its splashy title on, Shlomo Sand means his book to be provocative, which it certainly is, though possibly not in the way he intends. Its real challenge to the reader is separating the presentation of truisms as though they were revolutionary illuminations and the relentless beating on doors that have long been open, from passages of intellectual sharpness and learning.

Sand’s self-dramatising attack in The Invention of the Jewish People is directed against those who assume, uncritically, that all Jews are descended lineally from the single racial stock of ancient Hebrews – a position no one who has thought for a minute about the history of the Jews would dream of taking.

Sand’s sense of grievance against the myths on which the exclusively Jewish right to full Israeli immigration is grounded is one that many who want to see a more liberal and secular Israel wholeheartedly share. But his book prosecutes these aims through a sensationalist assertion that somehow, the truth about Jewish culture and history, especially the “exile which never happened”, has been suppressed in the interests of racially pure demands of Zionist orthodoxy. This, to put it mildly, is a stretch.

To take just one instance: the history of the Khazars, the central Asian kingdom which, around the 10th century, converted to Judaism and which Sand thinks has been excised from the master narrative because of the embarrassing implication that present day Jews might be descended from Turkic converts. But the Khazars were known by every Jewish girl and boy in my neck of Golders Greenery and further flung parts of the diaspora, and celebrated rather than evaded.

For Sand, a professor of history at Tel Aviv University, the antidote to a national identity based on what he argues are fables, is to shed the fancy that there is any such thing as a shared Jewish identity independent of religious practice.

By this narrow reckoning you are either devoutly orthodox or not Jewish at all if you imagine yourself to have any connection to Israel past or present. Sand confuses ethnicity – which, in the case of the Jews, is indeed impure, heterogeneous and much travelled – with an identity that evolves as the product of common historical experience. Rabbinical arguments may rest on an imaginary definition of ethnicity, but the legitimacy of a Jewish homeland does not. Ultimately, Israel’s case is the remedy for atrocity, about which Sand has nothing to say.

His book is a trip (and I use the word advisedly) through a landscape of illusions which Sand aims to explode, leaving the scenery freer for a Middle East built, as he supposes, from the hard bricks of truth. This turns out to require not just the abandonment of simplicities about race, but any shared sense of historical identity at all on the part of the Jews that might be taken as the basis of common allegiance, which is another matter entirely. En route, he marches the reader through a mind-numbingly laborious examination of the construction of national identities from imagined rather than actual histories. A whole literature has been devoted to the assumption that nations are invariably built from such stories, in which, nonetheless, grains of historical truth are usually embedded. The important issue, however, is whether the meta-narrative that arises from those stories is inclusive enough to accommodate the tales of those whose experience is something other than racially and culturally homogeneous.

Sand’s point is that a version of Jewish national identity was written in the 19th and early 20th centuries – by historians such as Heinrich Graetz and Simon Dubnow – which took as its central premise a forced dispersion of the Jews from Israel. But, he argues, there actually was no mass forced “exile” so there can be no legitimate “return”. This is the take-away headline that makes this book so contentious. It is undoubtedly right to say that a popular version of this idea of the exile survives in most fundamentalist accounts of Jewish history. It may well be the image that many Jewish children still have. But it is a long time since any serious historian argued that following the destruction of the Second Temple, the Romans emptied Judea. But what the Romans did do, following the Jewish revolt of AD66-70 and even more exhaustively after a second rebellion in AD135, was every bit as traumatic: an act of cultural and social annihilation – mass slaughter and widespread enslavement. But there was also the mass extirpation of everything that constituted Jewish religion and culture; the renaming of Jerusalem as Aelia Capitolina, the obliteration of the Temple, the prohibition on rituals and prayers. Sand asserts, correctly, that an unknowable number of Jews remained in what the Romans called Palestina. The multitudes of Jews in Rome had already gone there, not as a response to disaster but because they wanted to and were busy proselytising.

All this is true and has been acknowledged. But Sand appears not to notice that it undercuts his argument about the non-connection of Jews with the land of Palestine rather than supporting it. Put together, the possibility of leading a Jewish religious life outside Palestine, with the continued endurance of Jews in the country itself and you have the makings of that group yearning – the Israel-fixation, which Sand dismisses as imaginary. What the Romans did to the defeated Jews was dispossession, the severity of which was enough to account for the homeland-longing by both the population still there and those abroad. That yearning first appears, not in Zionist history, but in the writings of medieval Jewish teachers, and never goes away.

There are many such twists of historical logic and strategic evasions of modern research in this book. To list them all would try your patience. Scholarly consensus now places the creation of the earliest books of the Old Testament not in the 6th or 5th centuries BC, but in the 9th century BC, home-grown in a Judah which had been transformed, as Israel Finkelstein has written “into a developed nation state”. The post-David kingdom of the 10th century BC may have been a pastoral warrior citadel, but the most recent excavations by Amihai Mazar have revealed it capable of building monumental structures. And the Judah in which the bible was first forged, its population swollen with refugees from the hard-pressed northern kingdom of Israel, was a culture that needed a text to bring together territory, polity and religion. It was a moment of profound cultural genesis. And don’t get me started again on the Khazars. No one doubts the significance of their conversion, but to argue that the entirety of Ashkenazi Jewry must necessarily descend from them is to make precisely the uncritical claim of uninterrupted genealogy Sand is eager to dispute in the wider context of Jewish history.

His assumption that the Jewish state is an oxymoron built on illusions of homogeneity is belied by the country’s striking heterogeneity. How else to explain the acceptance of the Beta Israel Ethiopian Jews or the Bene Israel Indians as Israeli Jews? Certainly that acceptance has never been without obstacles, and egregious discrimination has been shown by those who think they know what “real jews” should look like. Sand is right in believing that a more inclusive and elastic version of entry and exit points into the Jewish experience should encourage a debate in Israel of who is and who is not a “true” Jew. I could hardly agree more, and for precisely the reason that Sand seems not to himself embrace: namely that the legitimacy of Israel both within and without the country depends not on some spurious notion of religious much less racial purity, but on the case made by a community of suffering, not just during the Holocaust but over centuries of expulsions and persecutions. Unlike the Roman deportations, these were not mythical.

Sand would counter that such a refuge for the victims could have been in China, or on the moon, for all that Palestine had to do with the Jews. But since his book fails to sever the remembered connection between the ancestral land and Jewish experience ever since, it seems a bit much to ask Jews to do their bit for the sorely needed peace of the region by replacing an ethnic mythology with an act of equally arbitrary cultural oblivion.

Simon Schama is an FT contributing editor


Terrorisme: La France vient-elle d’éviter son propre Fort Hood? (Has France just avoided its own Fort Hood?)

24 novembre, 2009
CERNJe trouve cette France-là monstrueuse. (…) Je trouve détestable cette atmosphère de flicage, de vulgarité… Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux. Marie Ndiaye (prix Goncourt 2009)
Quand un jeune Français d’origine algérienne affiche un drapeau algérien, il y a cette dimension de renversement des anciennes dominations. Il se dit: “Je mets fin au rapport colonial, je montre clairement que l’ancienne colonie est indépendante.” Le message est aussi social: “On a été exploités dans les usines mais on joue au football aussi bien que les autres”. Michel Wieviorka (Ecole des hautes études en sciences sociales)
Comme tous les virus, le terrorisme infecte les personnes à basse résistance. Et sûrement le major Hasan n’est pas le seul musulman américain qui, pour des raisons d’histoire personnelle, a perdu son équilibre et est ainsi devenu vulnérable. (…) C’est un rappel que, contrairement au stéréotype de droite, l’Islam n’est pas une religion intrinsèquement belligérante. (…) Plus les Américains dénigrent l’Islam et se montrent soupçonneux des musulmans sur leur lieu de travail, plus le virus a des chances de se propager – et chaque apparition du virus tente à son tour plus de gens à dénigrer l’Islam et à se montrer soupçonneux des musulmans. Chaque fois que vous avez un tel système de rétroaction positive comme ceci, un incident isolé peut vous entrainer sur une pente glissante. Robert Wright
S’ils peinent à étayer leurs convictions par des faits, plusieurs chercheurs, sous le couvert de l’anonymat, dénoncent un contexte de “délire sécuritaire”, accentué par le sentiment “antimusulman” du fonctionnaire de défense en poste au CNRS. Il se murmure par exemple que la jeune musulmane chercheuse en microbiologie sanctionnée à Toulouse l’a été “parce que, dans le cadre de ses recherches, elle avait accès à des virus”. Le Monde
Si les faits sont avérés, comment un ingénieur d’un si haut niveau a-t-il pu être conduit à soutenir une telle organisation terroriste? Mathieu Guidère (professeur de veille stratégique multilingue à l’Université de Genève)
La réplique des Musulmans qui consiste à dénoncer ces attitudes comme autant de préjugés, comme le “nouvel antisémitisme” ou encore comme une “islamophobie” est aussi mal fondée que d’accuser les antinazis de “germanophobie” ou les anticommunistes de “russophobie”. Au lieu de se présenter comme des victimes, les Musulmans feraient mieux de contrer ces craintes en développant une version modérée, moderne et fraternelle de l’Islam qui rejetterait l’Islam radical, le djihad et l’assujettissement des “infidèles”. Daniel Pipes
Le terroriste isolé devient une menace de plus en plus sérieuse. Spécialiste du pôle antiterroriste parisien
Ces nouveaux profils sont d’autant plus difficiles à détecter qu’ils peuvent correspondre à des individus parfaitement insérés. Professionnel du renseignement à Paris

La France vient-elle d’éviter son propre Fort Hood?

Après la fusillade du 5 novembre dernier qui a fait 13 morts et une trentaine de blessés sur la base militaire américaine de Fort Hood au Texas par l’un de ses propres employés, le psychiatre militaire de 39 ans Nidal Malik Hasan …

Pendant que le bouffon préféré de nos belles âmes dénonce “l’injuste condamnation” du “combattant révolutionnaire” vénézuélien Carlos IlichRamirez Sanchez et qu’au moindre prétexte nos chères têtes blondes des banlieues désoeuvrées fleurissent nos rues de croissants rouges et de voitures brulées (qu’on imagine les conséquences d’une victoire frauduleuse de l’équipe de France contre.. leur Algérie chérie!) …

Et pour nos champions de la culture de l’excuse et de la repentance à sens unique qui, n’ayant toujours pas compris qu’on est en guerre, n’ont de cesse de critiquer la surveillance policière sur internet ou dans nos établissements de recherche

Retour sur l’arrestation, probablement déjà oubliée, d’un physicien franco-algérien du Cern le 12 octobre dernier en Isère qui projetait une attaque contre une caserne de chasseurs alpins d’Annecy pour “punir la France de son implication en Afghanistan”.

Qui confirme qu’avec la prolifération sur l’Internet des sites et forums islamistes et la religion et l’idéologie islamiste qui la motivent, “le terroriste isolé devient une menace de plus en plus sérieuse” et que “le terrorisme islamiste ne recrute pas que chez les chômeurs et les petits délinquants”.

Ou même les prétendument “dérangés”

Les projets fous de l’islamiste du Cern
Jean-Marc Leclerc
Le Figaro
23/11/2009
Outre les chasseurs alpins d’Annecy, il cherchait des cibles parmi des personnalités en France.

Le mystère Adlène Hicheur commence à s’éclaircir. Ce physicien franco-algérien de 32 ans, employé sur le site du Cern à Genève et arrêté le 12 octobre dernier à Vienne (Isère), envisageait de s’en prendre au 27e bataillon de chasseurs alpins d’Annecy. Outre cet objectif, une source de haut niveau confie au Figaro qu’«il devait faire valider par l’échelon algérien d’autres projets», comme «l’élimination de personnes physiques à haute responsabilité , des hommes politiques ou autres. Tout cela devait être vu et discuté avec ses interlocuteurs.» Le chercheur était en lien depuis des mois, via Internet, avec un correspondant identifié comme un membre d’al-Qaida pour le Maghreb islamique (Aqmi).

Concernant le 27e BCA, Hicheur l’aurait désigné pour «punir l’armée, et plus généralement la France, de son implication en Afghanistan», assure un magistrat. Dans un courriel à ses contacts, le terroriste présumé aurait même fourni des indications sur la caserne afin de préparer l’action.

Au quartier Tom-Morel, siège du 27e BCA, le silence est de rigueur. Mais un militaire constate que ce bataillon était une «cible à double titre». D’abord, fait-il valoir, «parce que le 27 a envoyé trois compagnies en Afghanistan». Ensuite, poursuit-il, «parce qu’il célèbre l’anniversaire de Sidi-Brahim, en souvenir d’un combat héroïque des chasseurs alpins en Algérie contre l’émir Abd el-Kader». Un fait d’armes qui, selon cet officier, «n’aura pas échappé aux islamistes, férus de symboles».

Au pôle antiterroriste parisien, un spécialiste voit dans cette affaire la confirmation que «le terroriste isolé devient une menace de plus en plus sérieuse». Quelques contacts pris sur Internet peuvent ainsi faire basculer la vie d’individus jusqu’alors inconnus des services de police. «C’est pour nous le pire des scénarios», estime un cadre de la Direction générale de la police nationale. Ce commissaire constate notamment l’influence croissante de certains sites et forums islamistes sur des personnalités à l’esprit plus ou moins dérangé. Des électrons libres en somme, qui peuvent frapper à tout moment, après s’être imprégnés de la prose de prêcheurs qui les téléguident. L’Unité de coordination de la lutte antiterroriste (Uclat) a multiplié les alertes en ce sens au cours de ses dernières réunions. La police a déjà identifié plus de vingt sites «particulièrement nocifs». Elle s’étonne même de l’augmentation des consultations dont ils font l’objet depuis l’Hexagone. Beaucoup de ces sites sont nés après la fermeture de minbar.com, qui fut le point de ralliement de nombreux moudjahidins à travers l’Europe.

Le 5 novembre dernier, la fusillade de Fort Hood, aux États-Unis, où treize personnes ont trouvé la mort, n’a fait que confirmer les craintes des experts de la Place Beauvau. Car le psychiatre militaire de 39 ans, Nidal Malik Hasan, à l’origine de cette action, n’avait éveillé les soupçons de personne. Et pourtant, selon les enquêteurs, ce lone terrorist avait consulté plusieurs sites se réclamant de la mouvance islamiste radicale. Il avait aussi échangé des courriels avec des personnes appartenant à cette nébuleuse.

«Ces nouveaux profils sont d’autant plus difficiles à détecter qu’ils peuvent correspondre à des individus parfaitement insérés», assure un professionnel du renseignement à Paris. Leur amateurisme sur le plan criminel reste malgré tout leur faille, car ils laissent des traces. «De ce point de vue, Internet est devenu un facteur déterminant pour l’enquête», explique un policier spécialisé. La police a d’ailleurs intensifié sa veille pour détecter les «signes prédictifs d’un passage à l’acte», explique-t-on dans l’entourage du ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux.

Cette traque est conduite en coulisse par les hommes de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) du préfet Bernard Squarcini. À partir de mots-clés, grâce à des logiciels spécialement conçus. En infiltrant également les forums de discussion, pour appâter les éventuels candidats à la guerre sainte.

Voir aussi:

Halim H., le physicien du CERN qui aimait trop Al-Qaida
Ian Hamel
Le Matin
10 octobre 2009-
Halim H., le physicien du CERN qui aimait trop Al-Qaida

Halim H., au CERN depuis 2003, avait manifesté son envie de commettre au moins un attentat. Il en était au stade « de souhait, d’envie », selon des sources proches du dossier.

Travaillant pour le CERN et à l’EPFL, Halim H., 32 ans, n’a absolument pas le profil des jeunes désoeuvrés des banlieues françaises attirés par Al-Qaida au pays du Maghreb islamique. La police française n’a pas encore sollicité la collaboration de la Suisse. A Lausanne, ses ordinateurs attendent d’être saisis

Jeudi dernier, la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) arrêtait à Vienne, dans le département de l’Isère (France), deux frères soupçonnés d’être en relation par Internet avec Al-Qaida au pays du Maghreb islamique (AQMI). Le plus jeune d’entre eux a été remis en liberté hier soir, sans charge retenue contre lui.

Fin mai 2009, une cellule d’Al-Qaida basée au Mali avait annoncé sur un site islamique qu’elle avait décapité Edwin Dyer, un touriste britannique, enlevé quelques mois auparavant en même temps qu’un couple de Suisse et une Allemande.

L’aîné, Halim H., 32 ans, est un physicien travaillant pour le Centre européen de recherche nucléaire (CERN) de Genève et chargé de cours à l’EPFL (lire encadré). L’un des derniers travaux de Halim porte sur le « contrôle des faisceaux éjectés du synchrotron à protons du CERN au moyen d’un ordinateur en mode conversationnel ». « Si les faits sont avérés, comment un ingénieur d’un aussi haut niveau a-t-il pu être conduit à soutenir une telle organisation terroriste ? » s’interroge Mathieu Guidère, professeur de veille stratégique multilingue à l’Université de Genève. Agrégé d’arabe, il est l’un des meilleurs spécialistes d’Al-Qaida au Maghreb. Habituellement, le terrorisme islamiste recrute chez les chômeurs et les petits délinquants. Pas chez les diplômés de l’université Pierre et Marie Curie de Paris.

Intention de passer à l’action

Que reproche-t-on à Halim et à son jeune frère âgé de 25 ans ? Non seulement d’être allés sur des sites Internet djihadistes proches de la mouvance d’Al-Qaida, comme Al-Ekhlass, mais aussi d’avoir répertorié des cibles potentielles pour commettre des attentats. « Pour qu’un magistrat délivre une commission rogatoire, on peut penser que les suspects ne se contentaient pas de fanfaronner. Ils envisageaient clairement de passer à l’acte », estime Mathieu Guidère. Les services secrets ont ainsi saisi au quartier de l’Ile, une cité HLM à Vienne, au sud de Lyon, deux ordinateurs portables, trois disques durs et des clés USB. Les deux suspects ont été transférés dans les locaux de la DCRI à Levallois-Perret dans les Hauts-de-Seine.

« C’est une famille très nombreuse, installée à Vienne depuis une vingtaine d’années. Le plus jeune n’a apparemment pas d’occupation bien précise. Quant au physicien, il travaillait très souvent à son domicile », raconte Benjamin Boutier, journaliste du Dauphiné Libéré à Vienne. Halim H., en présentant sa thèse en 2006, se définit comme « un jeune garçon qui a tenté le pari de l’école ».

Frapper la mouvance islamiste

« Al-Qaida au pays du Maghreb est l’organisation la plus antifrançaise. Elle est intervenue récemment pour dénoncer les propos de Nicolas Sarkozy sur la burqa. Mais jusqu’à présent, elle n’a jamais réussi à recruter des opérationnels, susceptibles de commettre des attentats sur le territoire français », fait remarquer Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences Po Paris également spécialiste d’Al-Qaida. La stratégie des services secrets français consiste à « frapper la mouvance islamiste avant qu’elle ne nous frappe ».

En ce qui concerne Halim H., toute la question est de savoir si l’on peut juger les intentions avant le passage à l’acte. Selon nos sources, il n’aurait pas acheté d’explosifs, ce que l’on appelle dans le jargon antiterroriste des « actes matériels de préparation ». Le journaliste Jacques-Marie Bourget, spécialiste du renseignement, se montre dubitatif. « Sarkozy a créé un grand service de renseignement, en regroupant la DST et les RG. La DCRI se retrouve dans l’obligation de faire du « chiffre », d’arrêter des « terroristes » pour montre son efficacité. On a vu ce qu’a donné l’enquête sur les sabotages de la SNCF : un fiasco total. Tous les suspects ont été libérés. »

Les ordinateurs du suspect seraient toujours à l’EPFL

Halim H. serait entre autres chargé de cours à l’EPFL. « Il y a une personne qui correspond aux descriptions parues dans les médias, confirme le porte-parole Jérôme Grosse. Mais il n’y a pas de certitude à ce stade. » Ce physicien venait à Lausanne une fois par semaine. Contacté, le directeur du Laboratoire de physique des hautes énergies au sein duquel le présumé terroriste travaillerait ne souhaite pas s’exprimer. « D’après ses collègues, il n’y avait rien de suspect dans son comportement », rapporte Jérôme Grosse. L’EPFL s’est mise à disposition de la police fédérale (FedPol). « Pour l’instant, les ordinateurs qu’il utilisait sont toujours chez nous. » A Berne, on affirmait hier soir ne pas encore avoir reçu de demande d’entraide de France. « Nous avons été informés de l’arrestation, mais l’affaire est entre leurs mains », précise le porte-parole de la FedPol. A. H.


Désinformation: Attention, une occupation peut en cacher une autre (What about the other nakbas?)

23 novembre, 2009
Conquête de la Jordanie et de l'Egypte en 48C’est la “Transjordanie” (créée en 1922 par l’empire britannique) qui a occupé et annexé les territoires de Judée et Samarie et Jérusalem-Est lors d’une guerre de conquête en 1947-1948. Elle devint alors la “Jordanie” et les territoires occupés, la “Cisjordanie”. Aucun mouvement de libération palestinien ne se leva contre cette occupation, ni contre celle de la bande de Gaza par l’Egypte. La “Palestine” n’était pas encore née.
L’existence d’Israël pose le problème du droit de vivre en sujets libre et souverains des nations non musulmanes dans l’aire musulmane. L’extermination des Arméniens, d’abord par l’empire ottoman, puis par le nouvel Etat turc a représenté la première répression d’une population dhimmie en quête d’indépendance nationale. Il n’y a quasiment plus de Juifs aujourd’hui dans le monde arabo-islamique et les chrétiens y sont en voie de disparition. Shmuel Trigano
Attention: une occupation et une expulsion peuvent en cacher bien d’autres!
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Retrait de nationalité, discrimination juridique suite à l’arabisation ou islamisation de la fonction publique, isolement et séquestration, spoliation économique, boycotts, suspensions des relations postales avec Israël, refus de passeports et donc de libre circulation, destructions de synagogues et profanations de cimetières, pogroms (1920, 1929, 1936 et 1939 pour la seule Palestine mandataire) et assassinats, expulsion (Egypte, Irak, Libye, Algérie), exclusion (Tunisie, Maroc, Syrie-Liban, Turquie, Yemen, Iran) …

Alors que, pendant qu’ils préparent tranquillement leur bombe pour la solution finale, les mollahs viennent, dans un “discours du Caire à l’envers”, de proposer un nouveau départ au Génuflexeur en chef avec leur “demande de rupture des relations américaines avec Israël” (ouvrant ainsi la voie à la “création immédiate d’un Etat palestinien”) …

Et que notre Dieudonné national est reçu par Ahmadinejad et annonce triomphalement le financement iranien d’un film contre l’Holocauste …

Retour, avec Shmuel Trigano et contre tant la légende noire d’Israël colonisant la Palestine et en expulsant les populations que celle, dorée, d’un âge d’or de tolérance des pays musulmans envers leurs populations non-musulmanes

Sur “le point aveugle de la conscience politique contemporaine”, à savoir, derrière la fable de la Shoah comme seule justification de l’État d’Israël et la mystification de la dépossession consécutive des Palestiniens de leur propre territoire, l’Exode oublié des juifs du Moyen-Orient.

Qui, entre 1940 et 1970 (mais en fait dès 1920) et de l’Egypte à la Turquie et de l’Iran au Yemen, a vu l’expulsion, de terres où ils résidaient depuis plus de deux millénaires, de quelque 900 000 juifs dont les deux tiers rejoindront Israël, le reste se répartissant entre la France et les Amériques.

Et ce donc bien avant la création de l’Etat d’Israël puisqu’il s’agit en fait, avec la décomposition de l’Empire ottoman et de la naissance du nationalisme arabe (mais aussi du mouvement d’auto-détermination juif dit sionisme comme de celui des Arméniens qui aboutit à leur génocide), de la continuation du statut inférieur issu de l’islam (la dhimmitude) et d’une sorte de punition collective pour les guerres (perdues) menées par les pays arabes contre Israël …

Le tout derrière le prétexte du départ, largement volontaire, de Palestine de 600 000 refugiés palestiniens alors qu’existait déjà dès 1922 un Etat palestinien, à savoir la (Trans)Jordanie à population à 75% palestinienne.

Qui, profitant de la guerre des pays arabes de 1948-49 contre Israël, se trouva être avec l’Egypte et pendant près de 20 ans… la véritable puissance occupante des territoires récupérées en 1967 par les Israéliens!

Déconstruire l’idéologie dominante
Shmuel Trigano
Octobre 2009

POUR ILLUSTRER NOTRE PROPOS, CI-JOINT UNE MODELISATION DE LA FIN DU JUDAISME EN TERRES D’ISLAM (lien vers pdf)

Le saviez-vous ? 900 000 Juifs ont été exclus ou expulsés des Etats arabo-musulmans entre 1940 et 1970.

L’histoire de la disparition du judaïsme en terres d’islam est la clef d’une mystification politique de grande ampleur qui a fini par gagner toutes les consciences. Elle fonde le récit qui accable la légitimité et la moralité d’Israël en l’accusant d’un pseudo « péché originel ».

La fable

La fable est simpliste : le martyre des Juifs européens sous le nazisme serait la seule justification de l’État d’Israël. Sa « création » par les Nations Unies aurait été une forme de compensation au lendemain de la guerre. Cependant, elle aurait entraîné une autre tragédie, la « Nakba », en dépossédant les Palestiniens de leur propre territoire.

Dans le meilleur des cas, ce récit autorise à tolérer que cet État subsiste pour des causes humanitaires, malgré sa culpabilité congénitale. Cette narration a, de fait, tout pour sembler réaliste. Elle surfe sur le sentiment de culpabilité d’une Europe doublement responsable : de la Shoah et de l’imposition coloniale d’Israël à un monde arabe innocent.

Dans le pire des cas, cette narration ne voit en Israël qu’une puissance colonialiste qui doit disparaître. Ce qui explique l’intérêt d’accuser sans cesse Israël de génocide et de nazisme : sa seule « raison d’être » (la Shoah) est ainsi sapée dans son fondement. La « Nakba » est le pendant de la Shoah.

La synthèse politiquement correcte de ces deux positions extrêmes est trouvée dans la doctrine de l’État bi-national ou du « retour » des « réfugiés » qui implique que les Juifs d’Israël mettent en oeuvre leur propre destruction en disparaissant dans une masse démographique arabo-musulmane.

Les implications

Ce discours manichéen a plusieurs implications symboliques et idéologiques :
- Il délégitime l’État d’Israël et justifie sa destruction
- Il implique que les Juifs ne sont pas un peuple et qu’ils n’ont aucun lien avec la « Palestine »
- Il entraîne que leur constitution en nation est en soi une violence et une mystification
- Il leur interdit la jouissance du droit à l’autodétermination qui est le privilège de tout groupe humain quel qu’il soit.
- Il accuse le sionisme d’avoir mis fin à la « coexistence pacifique » judéo-arabe : il aurait été responsable du départ des Juifs des pays arabo-musulmans
- Il innocente par principe les Palestiniens et les Etats arabo-musulmans
-Il « autochtonise » les « Palestiniens » alors que l’adjectif « palestinien » désignait auparavant les Juifs du Yichouv. La « Palestine » d’aujourd’hui est, en effet, une invention récente qui date des années 1970.

Or, ce récit s’expose à une contradiction majeure
- La majorité de la population israélienne n’est ni originaire d’Europe ni rescapée de la Shoah, et ce, dès les années 1950. Originaire des pays arabo-musulmans, elle est partie prenante de l’histoire politique et humaine de la région.

La mystification

Le destin de cette population est significatif : entre les années 1940 et 1970 elle a été expulsée ou exclue et poussée au départ. 900 000 Juifs d’alors ont dû fuir des pays où ils étaient présents bien avant l’invasion islamique du VII° siècle: 600 000 se sont réinstallés en Israël, le reste, en majorité en France.

- Dans leur grande majorité, ces populations ne sont pas parties volontairement mais sous le coup d’un véritable « statut des Juifs », d’un antisémitisme d’État, souvent systématique, soutenu par un arsenal de lois et de règlements.

- Cet événement massif et considérable, concernant 10 pays, sur une longue période, commençant dans les années 1920 pour certaines régions, est l’objet d’une véritable mystification qui prend la forme du mythe de la symbiose judéo-arabe que toute l’histoire dément, y compris l’âge andalou.

- Ce mythe n’est pas inoffensif : il est la couverture d’un projet de destruction de l’État d’Israël et connaît une diffusion mondiale, dans les pays les plus éloignés de l’arène du conflit. Il retentit sur la condition des Juifs dans les pays occidentaux et sur la réception de l’islam en leur sein.

Il est temps de restaurer le récit historique juif !

Ce n’est pas une question de mémoire, ni de dignité ou de reconnaissance, mais une question politique qui engage la justice.

Car les populations concernées sont toujours vivantes : la plus grande partie des Juifs du monde arabo-musulman constitue la majorité des citoyens israéliens et des Juifs de France.

Ils ont été victimes de violences, de graves spoliations économiques et financières de la part des nouveaux Etats arabes.

L’histoire des 40 dernières années a montré que les passer sous silence se retournait nécessairement contre elles.

Leur présence en Israël n’est pas une cause humanitaire – même si leur expulsion en fit des réfugiés contraints de quitter leur pays et d’abandonner leurs biens. Réfugiés, ils le furent clairement au Yémen, en Irak, en Egypte, en Libye. Ailleurs, ils le furent objectivement si partir précipitamment, sous la menace, en abandonnant ses biens, définit la condition de réfugié.

L’enjeu inavoué

- Les Juifs du monde arabe constituaient une nation dominée, assignée au statut infâme de dhimmi. La seule tolérance qu’ils connurent dans ces pays fut l’époque coloniale où ils échappèrent à cette condition dégradante de parias.
- Il faut voir dans l’immigration de ces populations en Israël le processus d’autodétermination d’une nation dominée du monde arabo-musulman au moment même où le nationalisme arabe conduisait à la création d’Etats qui n’existaient pas auparavant.
- Cette autodétermination s’identifiait naturellement avec le sionisme en quête d’auto-émancipation.
- C’est ainsi que l’existence d’Israël et le sionisme sont perçus dans la perspective du monde arabo-musulman : comme la rébellion d’une nation dominée contre la loi de l’islam et la oumma. C’est la cause unique du conflit israélo-arabe.
- La Palestine n’a jamais été une entité politique, culturelle, identitaire. Il n’y a pas de « Palestine » avant l’instauration du mandat britannique par la Société des Nations, en 1920. Une partie des Palestiniens sont des immigrés du monde arabe, installés là, à la fin du XIX° siècle et au début du XX°, favorisés par la politique ottomane et attirés par la prospérité économique, apportée par les Juifs. Ils sont au plus aussi « palestiniens » que les Juifs. Yasser Arafat comme Edward Saïd étaient des Egyptiens.

C’est un tout autre paysage historique et politique qui transparaît sous la chape de plomb de la mystification.

- L’État d’Israël, reconnu en 1948 par le Conseil de sécurité, est aussi légitime que les États arabes, pure invention post-coloniale. Ils n’existaient pas auparavant. Avant la colonisation européenne, leurs territoires étaient sous le pouvoir colonial – mais musulman – de l’empire ottoman.
- Il n’a pas de dette envers les Palestiniens. Un échange de populations s’est produit à cette époque d’après guerre : en Europe pour environ 18 000 000 de personnes (dont le déplacement vers l’Allemagne de 12 000 000 de ressortissants d’origine allemande, provenant de 5 pays) ; en Asie, pour les 12,5 millions d’Indous et de Pakistanais à la suite de la sécession du Pakistan musulman en 1947-1948. Rappelons le transfert avant-guerre de 1,3 millions de Grecs et de 400 000 Turcs, de 200 000 Bulgares en 1923-1933, et combien d’autres échanges de populations dans le monde entier. Parmi elles, 900.000 Juifs et 600.000 Palestiniens.
- Par contre, la dette arabe est réelle: les biens juifs spoliés sont 500 fois supérieurs à ceux des Palestiniens.
- Les Palestiniens et les États arabes sont les seuls responsables de leur situation :

* Ils ont systématiquement refusé tous les partages de la Palestine mandataire alors que les Juifs l’acceptaient.
* Un Etat palestinien s’est néanmoins déjà créé sur les deux tiers de la Palestine : la Jordanie. 75% de sa population est « palestinienne », même si le pouvoir est aux mains d’une minorité bédouine qui n’hésita pas à massacrer les « réfugiés palestiniens» lors du dramatique « Septembre noir » de 1970 (10 000 morts, 110 000 blessés).
* C’est la « Transjordanie » (créée en 1922 par l’empire britannique) qui a occupé et annexé les territoires de Judée et Samarie et Jérusalem-Est lors d’une guerre de conquête en 1947-1948. Elle devînt alors la « Jordanie » et les territoires occupés, la « Cisjordanie ». Aucun mouvement de libération palestinien ne se leva contre cette occupation, ni contre celle de la bande de Gaza par l’Egypte. La « Palestine » n’était pas encore née.
* Les réfugiés palestiniens ne sont pas innocents : ils étaient partie prenante de l’agression des États arabes contre Israël. Leur départ ou expulsion est directement lié à cette situation.
* Les Juifs des 10 pays arabo-musulmans, n’étaient pas sur le terrain du conflit armé, ni ne constituaient une puissance menaçant les États arabes où ils résidaient.

- Les Etats arabes n’ont pas intégré les réfugiés palestiniens, à l’inverse d’Israël pour ses réfugiés, pour en faire des foyers de guerre permanents.
- Les Palestiniens, y compris les « modérés », refusent toujours aujourd’hui le partage du territoire mandataire restant après la création de la Transjordanie, en refusant à Israël le droit à son caractère national juif, alors qu’ils définissent la Palestine comme arabe et islamique, une terre où, selon leurs documents constitutionnels et leur pratique, il n’y aurait plus aucun juif et où il n’y a déjà quasiment plus de chrétiens.
- L’existence d’Israël pose le problème du droit de vivre en sujets libre et souverains des nations non musulmanes dans l’aire musulmane. L’extermination des Arméniens, d’abord par l’empire ottoman, puis par le nouvel Etat turc a représenté la première répression d’une population dhimmie en quête d’indépendance nationale. Il n’y a quasiment plus de Juifs aujourd’hui dans le monde arabo-islamique et les chrétiens y sont en voie de disparition.

L’enjeu contemporain

Le critère déterminant d’appréciation de la situation d’Israël n’est pas seulement la Shoah des Juifs d’Europe mais celle dont le monde arabo-islamique menace l’Etat d’Israël qui résume l’impasse tragique que le « statut des Juifs », mis en oeuvre lors de la fondation des nouveaux États arabes, y annonçait et que la création de l’État et sa victoire militaire ont suspendue.

Elle plane toujours sur sa tête et la menace nucléaire iranienne lui donne toute sa crédibilité.

Le peuple juif n’est pas une cause humanitaire mais un peuple de l’histoire et il a le droit à la souveraineté sur une terre qui a connu trois Etats juifs et depuis la plus haute antiquité, en un temps où ni le mot arabe, ni le mot islam n’étaient encore connus. La condition des Juifs n’est pas vouée à la marginalité ou à la soumission par on ne sait quelle fatalité.

Ces quelques vérités constituent le B-A BA d’une vision saine et objective de la situation, fondée sur la réalité des faits.
Tels sont les éléments historiques et politiques qui doivent inspirer le discours juif aujourd’hui. Il est temps de reprendre l’initiative morale, symbolique, idéologique du débat et du combat.

Document élaborant le modèle historique de la fin des communautés juives en terres d’islam .

Bibliographie de l’auteur :
La fin du judaïsme en terres d’islam, (livre collectif sous sa direction), Editions Denoël, 2009.
« L’exclusion des Juifs des pays arabes » (livre collectif sous sa direction), Pardès, 28/2000, Editions In Press.
« La mémoire sépharade » (livre collectif sous la direction de Hélène et Shmuel Trigano), Pardès, 34/2003.
Le Monde Sépharade, histoire et civilisation, (livre collectif en 2 tomes sous sa direction), Le Seuil, 2006.


Terrorisme: Plus les Américains dénigrent l’Islam, plus le virus a des chances de se propager (Bush did it again to poor Hasan!)

22 novembre, 2009
Radicalized right wing extremistsIl faut constamment se battre pour voir ce qui se trouve au bout de son nez. George Orwell
Dès le début du procès … les frères doivent faire tout leur possible pour démontrer au juge qu’ils ont été torturés par la sécurité d’État. Manuel d’al Qaeda
Le mensonge pour le Jihad est permis. Moussaoui
Nous avons un réel problème quand une grande partie de l’establishment politique et journalistique n’hésite pas une seconde à imaginer que leurs tout ce qu’il y a de plus pacifiques adversaires politiques soient de mêche avec les extrémistes violents, mais est terrifié d’envisager la possibilité que les extrémistes violents soient vraiment des extrémistes violents par peur d’attirer l’attention sur le fait qu’il s’agit de musulmans. Jonah Goldberg

Si seulement Hasan était un fan de Glenn Beck! Jonah Goldberg
Nous ne saurons peut-être jamais si la religion était un facteur à Fort Hood. Chris Matthews (MSNBC)
Quant au suspect, Nadal Hasan, comme une femme d’officier me disait: ’si seulement il avait pu s’appeler Smith’. Martha Raddatz (ABC)
Comme tous les virus, le terrorisme infecte les personnes à basse résistance. Et sûrement le major Hasan n’est pas le seul musulman américain qui, pour des raisons d’histoire personnelle, a perdu son équilibre et est ainsi devenu vulnérable. (…) C’est un rappel que, contrairement au stéréotype de droite, l’Islam n’est pas une religion intrinsèquement belligérante. (…) Plus les Américains dénigrent l’Islam et se montrent soupçonneux des musulmans sur leur lieu de travail, plus le virus a des chances de se propager – et chaque apparition du virus tente à son tour plus de gens à dénigrer l’Islam et à se montrer soupçonneux des musulmans. Chaque fois que vous avez un tel système de rétroaction positive comme ceci, un incident isolé peut vous entrainer sur une pente glissante. (…) Bien que le 11 septembre 2001 a été un succès pour Oussama Ben Laden, il n’était en réalité qu’un petit triomphe tactique; ses aspirations grandioses dépassent bien le massacre de quelques milliers personnes et la destruction de quelques bâtiments. Peut-être estime-t-il que notre descente dans le carnage de l’Irak et de l’Afghanistan l’a rapproché un peu plus de son but. Mais s’il réussit à déchirer notre pays sur le terrain religieux et ethnique, il pourra vraiment déclarer victoire. Robert Wright

Avant le nouveau cirque que promet d’être le procès civil d’un des cerveaux des attentats du WTC …

Pendant que la Secrétaire américaine à la sécurité intérieure Janet Napolitano agite la terrible menace des groupes d’”extrême droite”

Voici, suite à la pire attaque terroriste sur le territoire américain depuis le 11/9 par un monsieur qui sur sa carte de visite avait inscrit “soldat du jihad” et avait poussé la compassion ou l’amour du travail bien fait jusqu’à achever ses victimes …

Après la tentative de médicalisation (le pauvre monsieur qui avait poussé la compassion avec ses frères agressés de par le monde jusqu’à une telle extrémité souffrait en fait de “syndrome pré-traumatique”)…

La dernière variation en date du thème favori de la gauche américaine, à savoir la bonne vieille culture de l’excuse.

En gros, si les pauvres terroristes en sont réduits à de telles extrémités, ce ne serait pas par pure compassion ou stress pré-traumatique mais tout simplement, comme pour les malheureux délinquants de nos ghettos,… notre faute!

Who Created Major Hasan?
Robert Wright
The New York Times
November 22, 2009

Princeton, N.J.

In the case of Maj. Nidal Malik Hasan and the Fort Hood massacre, the verdict has come in. The liberal news media have been found guilty — by the conservative news media — of coddling Major Hasan’s religion, Islam.

Liberals, according to the columnist Charles Krauthammer, wanted to medicalize Major Hasan’s crime — call it an act of insanity rather than of terrorism. They worked overtime, Mr. Krauthammer said on Fox News, to “avoid any implication that there was any connection between his Islamist beliefs … and his actions.” The columnist Jonah Goldberg agrees. Admit it, he wrote in The Los Angeles Times, Major Hasan is “a Muslim fanatic, motivated by other Muslim fanatics.”

The good news for Mr. Krauthammer and Mr. Goldberg is that there is truth in their indictment. The bad news is that their case against the left-wing news media is the case against right-wing foreign policy. Seeing the Fort Hood shooting as an act of Islamist terrorism is the first step toward seeing how misguided a hawkish approach to fighting terrorism has been.

The American right and left reacted to 9/11 differently. Their respective responses were, to oversimplify a bit: “kill the terrorists” and “kill the terrorism meme.”

Conservatives backed war in Iraq, and they’re now backing an escalation of the war in Afghanistan. Liberals (at least, dovish liberals) have warned in both cases that killing terrorists is counterproductive if in the process you create even more terrorists; the object of the game isn’t to wipe out every last Islamist radical but rather to contain the virus of Islamist radicalism.

One reason killing terrorists can spread terrorism is that various technologies — notably the Internet and increasingly pervasive video — help emotionally powerful messages reach receptive audiences. When American wars kill lots of Muslims, inevitably including some civilians, incendiary images magically find their way to the people who will be most inflamed by them.

This calls into question our nearly obsessive focus on Al Qaeda — the deployment of whole armies to uproot the organization and to finally harpoon America’s white whale, Osama bin Laden. If you’re a Muslim teetering toward radicalism and you have a modem, it doesn’t take Mr. bin Laden to push you over the edge. All it takes is selected battlefield footage and a little ad hoc encouragement: a jihadist chat group here, a radical imam there — whether in your local mosque or on a Web site in your local computer.

This, at least, is the view from the left.

Exhibit A in this argument is Nidal Hasan. By all accounts he was pushed over the edge by his perception of the Iraq and Afghanistan wars. He also drew inspiration from a radical imam, Anwar al-Awlaki. Notably, it had been eight years since Major Hasan actually saw Mr. Awlaki, who moved from America to Yemen after 9/11. And for most of those years the two men don’t seem to have communicated at all. But as Major Hasan got more radicalized by two American wars and God knows what else, the Internet made it easy to reconnect via e-mail.

The Fort Hood shooting, then, is an example of Islamist terrorism being spread partly by the war on terrorism — or, actually, by two wars on terrorism, in Iraq and Afghanistan. And Fort Hood is the biggest data point we have — the most lethal Islamist terrorist attack on American soil since 9/11. It’s only one piece of evidence, but it’s a salient piece, and it supports the liberal, not the conservative, war-on-terrorism paradigm.

When the argument is framed like this, don’t be surprised if conservatives, having insisted that we not medicalize Major Hasan’s crime by calling him crazy, start underscoring his craziness. The Iraq and Afghanistan wars, they’ll note, aren’t wars against Islam or against Muslims; Major Hasan must have been deluded to think that they are! Surely we can’t give veto power over our foreign policy to a crazy … well, not crazy, but, you know, not-entirely-sane person like Major Hasan.

It’s true that Major Hasan was unbalanced and alienated — and, by my lights, crazy. But what kind of people did conservatives think were susceptible to the terrorism meme? Like all viruses, terrorism infects people with low resistance. And surely Major Hasan isn’t the only American Muslim who, for reasons of personal history, has become unbalanced and thus vulnerable. Any religious or ethnic group includes people like that, and the post-9/11 environment hasn’t made it easier for American Muslims to keep their balance. That’s why the hawkish war-on-terrorism strategy — a global anti-jihad that creates nonstop imagery of Americans killing Muslims — is so dubious.

Central to the debate over Afghanistan is the question of whether terrorists need a “safe haven” from which to threaten America. If so, it is said, then we must work to keep every acre of Afghanistan (and Pakistan, Somalia, Sudan, etc.) out of the hands of groups like the Taliban. If not — if terrorists can orchestrate a 9/11 about as easily from apartments in Germany as from camps in Afghanistan — then maybe never-ending war isn’t essential.

However you come out on that argument, the case of Nidal Hasan shows one thing for sure: Homegrown American terrorists don’t need a safe haven. All they need is a place to buy a gun.

Concerns about homegrown terrorism may sound like wild extrapolation from limited data. After all, in the eight years since 9/11, none of America’s several million Muslims had committed violence on this scale.

That’s a reminder that, contrary to right-wing stereotype, Islam isn’t an intrinsically belligerent religion. Still, this sort of stereotyping won’t go away, and it’s among the factors that could make homegrown terrorism a slowly growing epidemic. The more Americans denigrate Islam and view Muslims in the workplace with suspicion, the more likely the virus is to spread — and each appearance of the virus in turn tempts more people to denigrate Islam and view Muslims with suspicion. Whenever you have a positive feedback system like this, an isolated incident can put you on a slippery slope.

And the Fort Hood shooting wasn’t the only recent step along that slope. Six months ago a 24-year-old American named Abdulhakim Mujahid Muhammad — Carlos Bledsoe before his teenage conversion to Islam — fatally shot a soldier outside a recruiting station in Little Rock, Ark. ABC News reported, “It was not known what path Muhammad … had followed to radicalization.” Well, here’s a clue: After being arrested he started babbling to the police about the killing of Muslims in Iraq and Afghanistan.

Both the Afghanistan and Iraq wars were supposed to reduce the number of anti-American terrorists abroad. It’s hardly clear that they’ve succeeded, and they may have had the opposite effect. Meanwhile, on the other side of the ledger, they’ve inspired homegrown terrorism — a small-scale incident in June, a larger-scale incident this month. That’s only two data points, but I don’t like the slope of the line connecting them.

Sept. 11, 2001, though a success for Osama bin Laden, was in the scheme of things only a small tactical triumph; his grandiose aspirations go well beyond the killing of a few thousand people and the destruction of some buildings. Maybe he feels that our descent into the carnage of Iraq and Afghanistan has moved him a bit closer to his goal. But if he succeeds in tearing our country apart along religious and ethnic lines, he will truly be able to declare victory.

Robert Wright, a senior fellow at the New America Foundation, is the author, most recently, of “The Evolution of God” and the editor in chief of the blog The Progressive Realist.

Voir aussi:

A Terror Suspect With Feet in East and West
Ginger Thompson
The New York Times
November 22, 2009

PHILADELPHIA — The trip from a strict Pakistani boarding school to a bohemian bar in Philadelphia has defined David Headley’s life, according to those who know the middle-age man at the center of a global terrorism investigation.

Raised by his father in Pakistan as a devout Muslim, Mr. Headley arrived back here at 17 to live with his American mother, a former socialite who ran a bar called the Khyber Pass.

Today, Mr. Headley is an Islamic fundamentalist who once liked to get high. He has a traditional Pakistani wife, who lives with their children in Chicago, but also an American girlfriend — a makeup artist in New York — according to a relative and friends. Depending on the setting, he alternates between the name he adopted in the United States, David Headley, and the Urdu one he was given at birth, Daood Gilani. Even his eyes — one brown, the other green — hint at roots in two places.

Mr. Headley, an American citizen, is accused of being the lead operative in a loose-knit group of militants plotting revenge against a Danish newspaper that published cartoons of the Prophet Muhammad. The indictment against him portrays a man who moved easily between different worlds. The profile that has emerged of him since his arrest, however, suggests that Mr. Headley felt pulled between two cultures and ultimately gravitated toward an extremist Islamic one.

“Some of us are saying that ‘Terrorism’ is the weapon of the cowardly,” Mr. Headley wrote in an e-mail message to his high school classmates last February. “I will say that you may call it barbaric or immoral or cruel, but never cowardly.”

He added, “Courage is, by and large, exclusive to the Muslim nation.”

Mr. Headley’s e-mail messages, including many that defended beheadings and suicide bombings as heroic, are among the evidence in the government’s case against him and his accused co-conspirator, Tahawwur Hussain Rana, who was born in Pakistan, is a citizen of Canada and runs businesses in Chicago.

The men, who became close friends in a military academy outside Islamabad, were arrested last month in Chicago. They are charged with plotting an attack they labeled the Mickey Mouse Project against Jyllands-Posten, the Danish newspaper whose cartoons provoked outrage across the Muslim world.

Since then, the investigation has widened beyond Chicago and Copenhagen. The authorities have learned more, with cooperation from Mr. Headley, about the two men’s network of contacts with known terrorist groups, including Al Qaeda and Lashkar-e-Taiba, a Pakistani militant group, as well as officials in the Pakistani government and military. United States and Indian investigators are also looking into whether the two Chicago men, who traveled to Mumbai before the deadly assault there last November, may have been involved in the plot.

Mr. Headley, 49, and Mr. Rana, 48, stand out from the young, poor extremists from fundamentalist Islamic schools who strike targets in or close to their homelands. Instead, their privileged backgrounds, extensive travel and bouts of culture shock make them more like Khalid Shaikh Mohammed, the self-proclaimed architect of the Sept. 11 attacks, who attended college in the United States, and Mohammed Atta, one of the lead hijackers.

Mr. Rana’s father is a former principal of a high school outside Lahore. One of his brothers is a Pakistani military psychiatrist who has written several books, and another is a journalist at a Canadian political newspaper, The Hill Times.

Trained as a physician, Mr. Rana immigrated to Canada in 1997 and became a citizen a few years later. Then he moved his wife and three children to Chicago, where he opened a travel agency that also provided immigration services on Devon Avenue, which cuts through the heart of the city’s Pakistani community. In 2002, he started a Halal slaughterhouse that butchers goats, sheep and cows according to Islamic religious laws.

He and his family live in a small brick house on the North Side with a huge satellite dish on the roof. Neighbors described Mr. Rana as a recluse who rarely spoke to anyone and whose children never played with others on the street.

“He seemed very committed to his Islamic religion,” said William Rodosky, who once managed Mr. Rana’s slaughterhouse, in Kinsman, Ill., about 65 miles southwest of Chicago. “He said he wanted the business so he could provide meat to his people and make a little money.”

Mr. Rodosky echoed the views of several others who knew and did business with Mr. Rana when he said he was “shocked about the terrorism charges.”

“As far as I knew, he was very nice man and a very good businessman,” Mr. Rodosky said.

But Mr. Headley did not draw the same expressions of shock. Those who knew him paint a more troubled image.

“Most people have contradictions in their lives, but they learn to reconcile them,” said William Headley, an uncle who owns a day care center in Nottingham, Pa. “But Daood could never do that. The left side does not speak to the right side. And that’s the problem.”

Daood Sayed Gilani was born in Washington, where his parents worked at the Pakistani Embassy. Friends of the family said his father, Sayed Salim Gilani, a dashing diplomat and an avid musicologist and poet, charmed his way into the heart of Serrill Headley, who had left Philadelphia’s Main Line to work as a secretary at the embassy.

In 1960, the couple and their infant son, Daood, left the United States bound for England aboard the ship America, and from there went on to Lahore. But the marriage quickly soured, friends said, as Mr. Gilani immersed himself in the traditions of his homeland and his bride refused to submit to them.

After Ms. Headley left Mr. Gilani and her son and a daughter, Syedah, in Pakistan, friends say, the details of her life become lost in a jumble of fact and fiction. Ms. Headley, a red-haired, green-eyed woman, told friends she married an “Afghan prince” but then had to flee Kabul after he was murdered.

She arrived back in Philadelphia, friends said, in the early 1970s, taking different office jobs and dating wealthy suitors until one of them lent her money to buy an old bar. She turned it into the Khyber Pass, decorated with billowing Afghan wedding tents and stocked with exotic beers.

In 1977, Pakistan’s government was overthrown in a military coup, and Ms. Headley, friends said, feared for her children. She traveled to Pakistan, withdrew her son from the Hasan Abdal Cadet College and brought him to live with her, a move recorded by The Philadelphia Inquirer. (Her daughter, Syedah, stayed behind with her father for several years.)

“He has never been alone with, much less had a date with, a girl, except the servant girls of his household,” the article said, referring to the teenage Daood Gilani. “But he has just this day found a cricket team to join. And he has just this day, after watching American TV, said to his mother in his soft Urdu-English that she is to him like the Bionic Woman.”

According to family friends, the teenager soon rebelled against his mother’s heavy drinking and multiple sexual relationships by engaging in the same behavior.

“Those were the days when girls, weed, and whatever, were readily available,” Jay Wilson, who worked at the Khyber Pass, wrote in an e-mail message from England. “Daood was not immune to the pleasures of American adolescence.”

Later, said Lorenzo Lacovara, another former worker at the bar, Daood Gilani began expressing anger at all non-Muslims.

“He would clearly state he had contempt for infidels,” Mr. Lacovara said in a telephone interview from New Mexico. “He kept talking about the return of the 14th century, saying Islam was going to take over the world.”

Ms. Headley tried to help her son straighten out his life. In 1985, she put him in charge of the Khyber Pass, but he proved to be such a poor manager that they lost the bar a couple of years later, friends of the family said.

Ms. Headley embarked on her third marriage, and her son set off for New York, where he opened two video rental stores in Manhattan. It is unclear where he got the money to start the ventures. But court files suggest that the source may not have been entirely legal.

In 1998, Mr. Gilani, then 38, was convicted of conspiring to smuggle heroin into the country from Pakistan. Court records show that after his arrest, he provided so much information about his own involvement with drug trafficking, which stretched back more than a decade, and about his Pakistani suppliers, that he was sentenced to less than two years in jail and later went to Pakistan to conduct undercover surveillance operationsfor the Drug Enforcement Administration.

In 2006, he changed his name to David Headley, apparently to make border crossings between the United States and other countries easier, court documents say. About that time, his uncle said, he moved his family to Chicago because it had a large Muslim community and he wanted to send his four children to religious schools.

There, the family lived in a small second-floor apartment. Mr. Headley claimed to work for Mr. Rana’s immigration agency. The two men attended the Jame Masjid mosque on Fridays, then stopped at the nearby Zam Zamrestaurant to eat and talk politics. Cricket, neighbors said, was their passion.

But Mr. Headley never seemed to fully fit in. Masood Qadir, who sometimes watched cricket with him, said he was “different” and kept mostly to himself.

E-mail messages show, however, that Mr. Headley stayed in regular contact with classmates from the military high school he attended in Pakistan, often engaging in impassioned debates about politics and Islam.

Earlier this year, Mr. Headley complained about “NATO criminal vermin dropping 22,000 lbs bombs on unsuspecting, unarmed Afghan villagers” or “napalming southeast Asian farmers.” Writing about Pakistan’s chief enemy, he said, “We will retaliate against India.”

And in an e-mail message defending the beheading of a Polish engineer by the Taliban in Pakistan, he wrote, “The best way for a man to die is with the sword.”

Reporting was contributed by Puk Damsgard in Islamabad, Pakistan; Emma Graves Fitzsimmons in Chicago; Nate Schweber and John Eligon in New York; and Ian Austen in Ottawa. Research was contributed by Barclay Walsh in Washington.

Voir également:


Sometimes, an extremist really is an extremist

If we act as if ‘Islam is the problem,’ we will guarantee that Islam will become the problem.
Jonah Goldberg
The LA Times
November 10, 2009

Army Maj. Nidal Malik Hasan demonstrated many things when he allegedly committed treason in the war on terror. For starters, he showed — gratuitously alas — that evil is still thriving.

He demonstrated that being a trained psychiatrist provides no immunity to ancient hatreds and religious fanaticism, nor does psychiatric training provide much acuity in spotting such things in others. For example, the London Telegraph reports that, in what was supposed to be a medical lecture, Hassan instead gave an hourlong briefing on the Koran, explaining to colleagues at Walter Reed Army Medical Center that nonbelievers should be beheaded, have boiling oil poured down their throats and set on fire.

His fellow psychiatrists completely missed this “red flag” — a suddenly popular euphemism for incandescently obvious evidence this man had no place in the U.S. Army.

He proved how lacking our domestic security system is. According to ABC News, intelligence agencies were aware for months that Hasan had tried to contact Al Qaeda. His colleagues reportedly knew he sympathized with suicide bombings and attacks on U.S. troops abroad, and one colleague said Hasan was pleased by an attack on an Army recruiting office and suggested more of the same might be desirable. That’s treason, even if you’re a Muslim.

Which raises the most troubling revelation: For a very large number of people, the idea that he is a Muslim fanatic, motivated by other Muslim fanatics, was — at least initially — too terrible to contemplate. How else to explain the reflexive insistence after the attack that the real culprit was “post-traumatic stress disorder”? The fact that PTSD is usually diagnosed in people who’ve been through trauma (hence the word “post”), and that Hasan had never in fact seen combat, didn’t seem to matter much.

Apparently the “P” in PTSD can now stand for “pre.”

A few months ago, an anti-Semitic old nut named James von Brunn allegedly took a gun to the U.S. Holocaust Memorial Museum to get payback against “the Jews” and killed a black security guard in the process.

In response to this horrific crime, the leading lights of American liberalism knew who was to blame: Glenn Beck, Rush Limbaugh and the GOP. One writer for the Huffington Post put it succinctly: “Thank you very much Karl Rove and your minions.”

The fact that Von Brunn was a 9/11 “truther” who railed against capitalism, neocons and the Bush administration didn’t matter. Nor did the glaring lack of evidence that Rove

et al ever showed antipathy for the museum. It was simply obvious that Von Brunn was the offspring of the “right-wing extremism [that] is being systematically fed by the conservative media and political establishment,” wrote columnist Paul Krugman.

If only Hasan was a fan of Glenn Beck!

President Obama was right when he said, in the early hours after the shooting, that people shouldn’t “jump to conclusions” (a lesson he might have learned when he jumped to the wrong conclusion about a white cop who arrested Henry Louis Gates, a black Harvard professor). But just as we should not jump to conclusions, we shouldn’t jump away from them.

Despite reports that Hasan had shouted “Allahu Akbar” as he opened fire, MSNBC’s Chris Matthews insisted that “we may never know if religion was a factor at Ft. Hood.” Thursday night, NBC and CBS refrained from even reporting the man’s name. Meanwhile, ABC’s Martha Raddatz’s reporting on the subject reflected a yearning for denial: “As for the suspect, Nadal Hasan, as one officer’s wife told me, ‘I wish his name was Smith.’ “

We have a real problem when much of the political and journalistic establishment is eager to jump to the conclusion that peaceful political opponents are in league with violent extremists, but is terrified to consider the possibility that violent extremists really are violent extremists if doing so means calling attention to the fact that they are Muslims.

I am more sympathetic toward this reluctance to state the truth of the matter than some of my colleagues on the right. There is a powerful case to be made that Islamic extremism is not some fringe phenomena but part of the mainstream of Islamic life around the world. And yet, to work from that assumption might make the assumption all the more self-fulfilling. If we act as if “Islam is the problem,” as some say, we will guarantee that Islam will become the problem. But outright denial, like we are seeing today, is surely not the beginning of wisdom either.

I have no remedy for the challenge we face. But I do take some solace in George Orwell’s observation that “to see what is in front of one’s nose needs a constant struggle.”

Voir enfin:

Two Ground Zeroes
Bret Stephens
The Wall Street Journal
November 18, 2009

I have long thought it would be a good idea to bring 9/11 mastermind Khalid Sheikh Mohammed and his accomplices to lower Manhattan. In my concept, the men would be taken by helicopter to a height of about 1,000 feet over Ground Zero and pushed out the door, so that they, too, could experience what so many of their victims did in the awful final flickering seconds of their lives.

And since al Qaeda intended the attacks as a spectacle for the benefit of its would-be recruits, I’d give al Jazeera the exclusive TV rights.

This, however, is not Eric Holder’s concept. In announcing his decision last week to send KSM and four other defendants to stand trial for their crimes in a federal courthouse just a few blocks from Ground Zero, the attorney general said the trial would offer the bereaved of 9/11 “the opportunity to see the alleged plotters of those attacks held accountable in court,” adding that he was “confident” the legal system would “rise to that challenge.”

We’ll see about that.

There are a few ways to predict the course of the trials. One is to consult what al Qaeda itself advises its members to do in the event that they are brought before a judge. “At the beginning of the trial . . . the brothers must insist on proving that torture was inflicted on them by state security before the judge,” goes a line in what is known as the Manchester Document, a 180-page al Qaeda how-to obtained by British police in 2000.

This is, of course, a prescription for lying, though it shouldn’t be a tough sell with the jury given that KSM was in fact waterboarded by the CIA some 183 times. If anything, it provides a perfect opening for him to turn the tables on his accusers and put the U.S. government on trial, while embellishing any which way he pleases. No small number of potential New York City jurors would find KSM a more credible witness than any number of Bush administration officials—think Alberto Gonzales or Dick Cheney—who might be called to the stand.

A second way to predict how the trials might go is to look back at the trial of al Qaeda’s Zacarias Moussaoui, often described as the “20th hijacker.” Moussaoui’s case has been cited by defenders of Mr. Holder’s decision as an example of how civilian courts have succeeded in dealing with some of the most hardened terrorists.

Really? Moussaoui was arrested in August 2001, and indicted that December. It would take until May 2006 before a jury would sentence him to life in prison, a single juror having spared him a death sentence. Assuming a similar time frame for the KSM trials, that means we can expect verdicts in 2015. That’s a long time to keep lower Manhattan in a perpetual state of red alert.

Yet the Moussaoui trial wasn’t merely interminable. It was also incompetent. Moussaoui did everything he could to turn it into a circus, at various times entering contradictory pleas on the view, as he put it, that “you’re allowed to lie for jihad.” Lawyers for the government were repeatedly accused of malfeasance, leading Judge Leonie Brinkema to observe at one point that “I have never seen such an egregious violation of a rule on witnesses.” The judge herself came close to dismissing the entire case, even as the Fourth Circuit had to step in to reverse one of her rulings.

And this was a comparatively clean case, unlike, say, those of El Sayyid Nosair, acquitted in 1991 of the murder of Jewish fanatic Meir Kahane; or of Omar Abdel Rahman, the blind sheikh at whose trial for the 1993 World Trade Center bombing critical intelligence information was disclosed that gave Osama bin Laden clues as to what the U.S. knew about his network.

The third way to consider the trials is to look at Ground Zero itself. After eight years of deliberation, planning, money and effort, what have we got? The picture nearby is the answer.

Let me be more precise. After eight years in which the views and interests of, inter alia, the Port Authority, NYPD, MTA and EPA, the several governors of New York and New Jersey, lease-holder Larry Silverstein, various star architects, the insurance companies, contractors, unions and lawyers, the families of the bereaved, their self-appointed spokespersons, the residents of lower Manhattan and, yes, even the fish of the Hudson river have all been duly consulted and considered, this is what we’ve got: a site of mourning turned into a symbol of defiance turned into a metaphor of American incompetence—of things not going forward. It is, in short, the story of our decade.

Barack Obama, energetic and smart, was elected largely to change all that. But the thrust of his presidency so far has been in the direction of bloated government, deficits and health-care bills; paralysis over Afghanistan and Iran; the convulsions over Gitmo and the CIA torture memos. And now this: An effort to demonstrate the purity of our methods and motives that is destined, as all these things have been, to wind up as the legal equivalent of Ground Zero. Khalid Sheikh Mohammed, for whom no real justice will ever be meted, understood his targets well.


Polémique Sarkozy/Berlin: Retrouverons jamais notre pleine confiance en l’Internet? (Information Age dealt another stunning blow after new factual error discovered on the Internet)

13 novembre, 2009
Sarko was there, too

 

Heureusement que Nicolas Sarkozyl n’a pas prétendu être là le jour de la prise de la Bastille, parce que je ne sais pas comment il s’en serait sorti! Ségolène Royal
Retrouverons jamais notre pleine confiance en l’Internet? Il est bien possible que nous assistions à l’aube d’une nouvelle ère de scepticisme dans laquelle nous ne prendrons plus pour argent comptant tout que nous lisons en ligne. Mais indépendamment de ce que l’avenir nous réserve, une chose est claire: le statut de l’Internet comme dépôt mondial ultime des faits incontestables a été compromis. Paul Boutin (rédacteur en chef de Wired)

Retrouverons jamais notre pleine confiance en l’Internet?

Alors que le monde assistait aux cérémonies du 20e anniversaire de la chute du mur de Berlin et prélude à la fin du communisme en Europe …

En l’absence du président censé être le chef de fil du Monde libre et représentant du principal pays à l’origine de l’événement …

Mais en présence du représentant d’un pays dont l’actuel premier ministre et ancien président (et accessoirement ex-kagébiste) qualifiait il y a quelques années l’événement de “plus grande catastrophe géopolitique du XXe siècle” et qui avouait tout récemment sa nostalgie pour la RDA …

Pendant que résistait héroïquement encore la dernière rue Lénine de nos banlieues sur fond de signature d’accords entre le parti de notre grand Timonier et son parti frère de Pékin …

Et que notre presse hexagonale s’écharpait, avant l’affaire Marie Diaye, sur la présence ou non du jeune Nicolas Sarkozy dès le premier jour, comme il le prétendait sur sa page Facebook, audit événement …

Et que les sites internet du Post et de Libération nous gratifiaient d’une réjouissante série de photos bidonnées où, à la “Zelig”, notre Timonier national se retrouvait participant ou témoin, du 11/9 à l’assassinat de Kennedy à Yalta et de la crucifixion à la Création du monde, des plus grands moments de l’histoire mondiale …

Retour, comme le rappelle le blog du NYT, sur l’un des grands moments de l’histoire du Net.

A savoir, ce jour fatidique de 2002 où le journal en ligne américain The Onion révélait à un monde atterré la première erreur factuelle confirmée de l’Internet, susceptible de miner à jamais la confiance de chacun de nous en ce merveilleux outil de l’Age de l’Information:

Un site de fans de la sitcom culte du Brady Bunch show avait incorrectement avancé la date de création de la série de (tenez-vous bien!)… une année entière!

Factual Error Found On Internet
The Onion
May 22, 2002

LONGMONT, CO—The Information Age was dealt a stunning blow Monday, when a factual error was discovered on the Internet. The error was found on TedsUltimateBradyBunch.com, a Brady Bunch fan site that incorrectly listed the show’s debut year as 1968, not 1969.

The shocking error.

Caryn Wisniewski, a Pueblo, CO, legal secretary and diehard Brady Bunch fan, came across the mistake while searching for information about the show’s first-season cast.

“When I first saw 1968 on the web page, I thought, ‘Wow, apparently, all those Brady Bunch books I’ve read listing 1969 as the show’s first year were wrong,’” Wisniewski told reporters at a press conference. “But even though I obviously trusted the Internet, I was still kind of puzzled. So I checked other Brady Bunch fan sites, and all of them said 1969. After a while, it slowly began to sink in that the World Wide Web might be tainted with unreliable information.”

Following up on her suspicion, Wisniewski phoned her public library, the ABC television network, and the office of Brady Bunch producer Sherwood Schwartz—all of whom confirmed that “Ted’s Ultimate Brady Bunch Site” was in error.

Attempts to contact the webmaster of “Ted’s Ultimate Brady Bunch Site,” identified as Ted Crewes of Naugatuck, CT, were unsuccessful. The page has been taken offline by its host, Cheaphost.net, which released a statement Tuesday.

“We at Cheaphost were deeply saddened and disturbed to learn that one of the millions of pages we host contained a factual discrepancy,” the web-posted statement read. “Please be assured that we are doing everything within our power to ensure that nothing of the sort happens again. We will not rest until the Internet’s once-sterling reputation as the world’s leading source for 100 percent reliable information is restored.”

Paul Boutin, senior editor of Wired, said the error is likely to have a profound effect on how the Internet is perceived.

“Will we ever fully trust the Web again?” Boutin asked. “We may well be witnessing the dawn of a new era of skepticism in which we no longer accept everything we read online at face value. But regardless of what the future holds, one thing is clear: The Internet’s status as the world’s definitive repository of incontrovertible fact has been jeopardized.”

Peter Luyck, 30, a Dallas-area graphic designer and frequent Internet user, was crestfallen.

“If it happens once, it can happen again,” Luyck said. “I shudder to think that, one dark day in the future, misinformation could again make its way online. In fact, it may already have. How do we know that trusted sites like the Drudge Report and Fucked Company are as accurate as we instinctively trust them to be? Can we blindly trust that SpideyRulez.com is correct in its reportage that the upcoming Spider-Man sequel will feature Christopher Walken as Dr. Octopus? Pandora is out of the box.”

Though the Brady Bunch error is the first confirmed instance of false information on the Internet, scares have occurred in the past. In 1998, an e-mail sent to a woman in Warner Robins, GA, made an unverifiable claim that she could earn thousands of dollars from an initial $5 investment. The claim was never conclusively proven false, and no charges were filed.


Identité nationale: Je trouve cette France-là monstrueuse (With elections looming Sarkozy finally gets back to national identity debate)

11 novembre, 2009
Niqab FranceLa seule façon dont un musulman peut justifier auprès de l’islam de servir dans l’armée américaine est si ses intentions suivent celles d’hommes comme Nidal. Imam Aulaqui
D’ailleurs, à propos de l’exode rural, les Aveyronnais qui ont conquis les cafés de Paris continuaient à vivre en symbiose avec leurs terres d’origine, sur lesquelles ils ont construit des maisons pour leur retraite. Il en est de même aujourd’hui à l’aune de la globalisation. On sait aussi que les phénomènes d’appartenance ne sont pas nécessairement exclusifs les uns par rapport aux autres. On peut se sentir parfaitement Français et en symbiose avec son terroir d’origine. N’oublions pas qu’hier c’étaient les Juifs que l’on accusait d’être apatrides ou d’avoir d’autres allégeances que celle de la nation. (…) si 500 femmes menacent la République, c’est qu’elle est décidément bien malade! (…) Ce danger est d’autant plus grand qu’une nation repose souvent sur l’oubli, voire le mensonge, comme le disait Renan. En France, nous n’avons jamais vraiment voulu voir que notre République est ethno-confessionnelle. Même à l’époque de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, les Français catholiques étaient un peu plus français que les autres, pourvu qu’ils ne fussent pas ultramontains. La République n’a pas eu de peine à coopter ses protestants. La République française a eu beaucoup de peine à admettre sa part juive, au point qu’elle l’a livrée à l’Holocauste lors de la seconde guerre mondiale. Et aujourd’hui nous entendons le ministre de l’intérieur parler de “prototype” de l’Arabe, pardon de l’Auvergnat! Il y a des démons d’exclusion dans l’histoire française. Jean-François Bayart (CNRS)
Il nous appartient tous ensemble de veiller à ce que cette société reste une société dont nous pouvons être fiers, c’est à dire pas une société où on expulse les sans-papiers … Stéphane Hessel (ancien ambassadeur, membre du comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine)
Toutes nos bonnes soeurs portent le voile! Et n’oublions pas que, jusque dans les années 60, on ne mettait pas un pied dans une église sans se couvrir! Cinquantenaire catholique
Il y a tellement de façons d’être français qu’il serait triste que le gouvernement nous dicte ce qu’est être français. Pap Ndiaye (Ecole des hautes études en sciences sociales)
Je trouve cette France-là monstrueuse. Le fait que nous ayons choisi de vivre à Berlin depuis deux ans est loin d’être étranger à ça. Nous sommes partis juste après les élections, en grande partie à cause de Sarkozy, même si j’ai bien conscience que dire ça peut paraître snob. Je trouve détestable cette atmosphère de flicage, de vulgarité… Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux. Je me souviens d’une phrase de Marguerite Duras, qui est au fond un peu bête, mais que j’aime même si je ne la reprendrais pas à mon compte, elle avait dit : “La droite, c’est la mort”. Pour moi, ces gens-là, ils représentent une forme de mort, d’abêtissement de la réflexion, un refus d’une différence possible. Et même si Angela Merkel est une femme de droite, elle n’a rien à voir avec la droite de Sarkozy: elle a une morale que la droite française n’a plus. Marie Ndiaye (prix Goncourt 2009, soeur du chercheur Pap NDiaye)
La seule chose qui ne me convienne pas, c’est le modèle de l’école publique. C’est incompatible avec nombre de mes principes religieux. Pour ma fille, j’ai déjà commencé l’école à la maison quelques heures par jour et l’apprentissage des quelques sourates de base. Plus tard, elle ira dans une école privée musulmane. Jeune mère de famille malienne voilée intégrale
Je ne tiens à vous dire qu’une chose. Nous sommes dirigés dans ce pays par des gens qui travaillent pour Satan. Jeune français de souche converti au salafisme
Nous sommes de plus en plus nombreux et bientôt nous vous laverons le cerveau! Musulman (“sortant” d’une mosquée en plein air, Paris XVIIIe)
Depuis trois ans, tout a basculé ici. L’atmosphère devient très pesante pour les riverains et les passants. Tous les vendredis, la rue est fermée pour permettre aux fidèles de prier jusque sur le trottoir à cause du manque de place à l’intérieur. Je n’ai rien contre l’islam et les croyants, mais là, il s’agit d’autre chose, les comportements sont excessifs. Certains vont même jusqu’à empêcher les femmes de circuler dans la rue parce qu’il y a une mosquée et que l’espace doit être réservé à la seule gent masculine. Habitante du quartier parisien du XVIIIe
L’identité nationale n’est pas en définitive un état de chose biologique – qui d’entre nous a pour ançêtre un Gaulois? – mais culturel : on est français par le fait qu’on s’exprime dans une certaine langue, qu’on intériorise une certaine culture, et qu’on participe à une vie politique et économique. Dominique Schnapper
Nous sommes dans une période de transition où le visage de la France change. D’importants transferts démographiques vont se produire avec l’arrivée de nouveaux immigrés extra-européens. Le problème est de savoir si nous pourrons, avec eux, faire évoluer la nation française, en conservant un certain nombre d’éléments décisifs pour son identité. Max Gallo

10 personnes en trois semaines à l’automne 2002 à Washington par un ancien tireur d’élite musulman converti, 12 morts et 42 blessés par un psychiatre de l’armée d’origine palestinienne de la base militaire de Fort Hood aujourd’hui …

Alors que l’Amérique bien-pensante d’un président qui n’a même pas daigné se déplacer pour fêter la victoire du monde libre sur le totalitarisme se réveille avec le pire attentat islamiste sur son propre territoire depuis le 11/9

Retour, en cette fête patriotique du 11 novembre où l’on va encore entonner le “Qu’un sang impur” et où on a faillir entendre le “Deutschland über alles” (“avant tout” en fait et non “avant tous”, comme voulaient le faire croire les nazis), sur la dernière lauréate de la principale récompense littéraire de France (franco-sénégalaise actuellement “exilée” en Allemagne – aux frais quand même de la princesse! – et donc multiculturelle à souhait en cette nouvelle ère Obama) qui, du haut de ses privilèges et sous prétexte de débat sur l’identité nationale chez nous, laisse éclater sa rage contre la société qui vient de la récompenser …

Et, dans certains de nos quartiers, sur d’autres qui, entre voile intégral et imprécations salafistes mais aussi “cités de la drogue”, bus sous escorte policière et agressions de médecins, s’emmurent chaque jour un peu plus …

L’écrivain Marie Ndiaye aux prises avec le monde
Nelly Kaprielian
Les Inrockuptibles
Le 30 août 2009

Dans Trois femmes puissantes, Marie NDiaye raconte des vies déchirées entre l’Afrique et la France. Une interrogation sur la condition humaine la plus contemporaine : les migrations et les questions d’appartenance. Le livre le plus dérangeant et obsédant de cette rentrée. Decryptage et interview.

Pourquoi vous intéressez-vous autant à la cruauté ?

La cruauté est souvent source de souffrance, de difficultés… J’aime bien l’idée de faire dire à certains personnages tout ce qu’ils ont en tête, les personnages qui n’ont aucune sorte d’inhibition, qui disent leurs pensées, leurs arrière pensées, bref tout ce qui est normalement indicible car cruel et qui relèverait du trop profondément enfoui ou impoli pour qu’on puisse oser le dire. Ça déstabilise les autres autour d’eux et c’est cette déstabilisation qui est intéressante littérairement.

Pour chaque récit, c’est comme si vous posiez les bases de la complexité d’une situation. Développer ne vous intéresse plus ?

Il y a sans doute de ça, même si j’ai conscience que si on peut un peu frustrer le lecteur, on ne peut pas le frustrer indéfiniment. Il y a des limites, il y a une sorte de jeu que l’on doit jouer avec lui car il risque de laisser tomber le livre, et ce n’est pas ce que je souhaite. J’essaie davantage aujourd’hui de ne pas être radicalement et systématiquement déceptive : c’est trop cruel et facile pour un écrivain de tenir le lecteur puis de le laisser tomber sans apporter de réponse à une question. J’essaie de me tenir sur cette frange-là, c’est-à-dire de lancer toutes sortes de questions et de répondre peut-être pas à toutes mais à quelques-unes quand même, tout en ménageant un espace suffisamment narratif pour que demeure un plaisir très basique de lecture. Ce qui fait qu’on lâche un livre ou pas… L’idée, bien sûr, n’est pas de répondre à des attentes précises du lecteur, d’une part parce que je les ignore, d’autre part parce que sinon on fait du Marc Levy. Disons que j’essaie de produire un bel objet, littérairement esthétique, harmonieux, mais aussi accessible. C’est accessible, mais rien n’est donné. On doit se débrouiller avec ces trois histoires.

Vous avez cette volonté, quand vous écrivez, de ne pas trop en dire ?

En tant que lectrice, il me semble qu’on revient d’autant plus souvent vers un livre, soit réellement, soit en pensée, lorsqu’il reste après lecture une certaine incompréhension… Sinon ce serait trop simple. Et puis en écrivant j’ai moi aussi l’impression de ne pas avoir toutes les réponses. Je ne prémédite pas tout. Les personnages et même l’histoire se font un peu à mesure que je les écris, donc à la fin je suis moi-même surprise de ce qui est arrivé. Même si je n’aime pas trop les écrivains qui disent que les personnages les ont entraînés, surpris, etc. Il ne faut quand même pas exagérer, il y a un travail intellectuel dans l’écriture. Mais parfois, d’une certaine façon, c’est un peu vrai.

Dans les trois histoires, la seule que vous menez à une résolution c’est la dernière, et c’est une résolution radicale : la mort.

Je n’avais pas envie que chaque fin soit lugubre. Cela peut vous paraître curieux mais pour moi c’est un livre gai, joyeux. Si à la fin de la troisième histoire il y a la mort, cela ne jette pas un voile de tristesse sur l’histoire. Elle meurt certes, mais elle meurt dans la “gloire” – même si je me méfie de ce mot, trop empreint de catholicisme, et je ne suis pas du tout mystique. L’histoire malheureuse de cette femme n’est pas désespérée car c’est quelqu’un qui ne s’oublie jamais, qui n’oublie jamais qui elle est même si c’est un être assez simple, et même si cela ne tient qu’à un nom, son nom propre, Kadhy Demba, qu’elle se répète, mais un nom c’est beaucoup. Dans la situation que je décris – et qui est assez douce par rapport à la réalité que subissent ces gens –, le nom est ce qui la personnifie encore : ces gens sont considérés comme une grosse masse même plus humaine, même pas une masse de bétail car le bétail on en prend soin car il rapporte… Ils sont traités comme des êtres qui n’ont plus leur unicité, leur valeur, leurs sentiments, leur vie, tout ce qui fait qu’un être humain est unique. Et ici, on a le plus grand mal à voir ces gens comme nos semblables…

Pourquoi votre héroïne n’abandonne-telle jamais, ne décide-t-elle pas de rester finalement en Afrique ?

D’après ce que je sais maintenant, une fois qu’on est parti, il est quasiment impossible de revenir en arrière. On serait dans une position d’échec absolu, on rentre chez soi en ayant honte et pour beaucoup de gens mieux vaut prendre le risque de mourir que de rentrer honteux, misérable et rejeté. Le seul intérêt de revenir serait certes de rester en vie, mais pour beaucoup de ces gens ça n’est pas le plus important. Donc une fois que le grand départ a eu lieu avec ce que cela implique de frais engagés, le retour est impossible… J’ai lu beaucoup de choses, d’articles, de récits de gens enfermés dans les centres de détention en Italie ou à Malte, dont le livre du journaliste italien Fabrizio Gatti, qui a fait un périple en suivant le trajet de réfugiés du Sénégal jusqu’en Italie (Bilal sur la route des clandestins – ndlr). Ce n’était pas extrêmement important de lire tout ça, mais je l’ai fait pour ne pas risquer d’introduire des détails absurdes ou incongrus…

Qu’est-ce que la littérature apporte par rapport aux reportages de presse ?

Précisément la personnification. Si la matière littéraire est assez intéressante ou prenante, ces trajectoires restent mieux en mémoire que ce qu’on peut lire dans les articles ou voir en images. Les articles peuvent dépersonnifier, on lit vite – un article, ça passe, ça reste comme anonyme. Pas la littérature.

Vos personnages sont africains. Votre père est sénégalais. Vous revendiquez-vous d’une culture africaine ?

Je m’en revendiquerais, m’en sentirais proche, si j’avais effectivement eu une culture double. Je me sentirais différente, mais aussi différente que si j’avais eu un père allemand et une mère italienne. La seule chose qui change quand on a une origine africaine, c’est qu’on est noir, c’est visible. Mais c’est tout. J’ai été élevé uniquement par ma mère, avec mon frère, en France. Pas par mon père, avec qui je n’ai jamais vécu, et que je ne suis pas allée voir en Afrique avant l’âge de 22 ans. J’ai été élevée dans un univers 100 % français. Dans ma vie, l’origine africaine n’a pas vraiment de sens – sinon qu’on le sait à cause de mon nom et de la couleur de ma peau. Bien sûr, le fait d’avoir écrit des histoires où l’Afrique est présente peut paraître contradictoire. Je suis allée deux ou trois fois en Afrique, c’est un lieu qui m’intrigue, me fascine aussi, car je sens que j’y suis radicalement étrangère. Quand j’y suis et que les gens voient mon nom et la couleur de ma peau, ils pensent que je suis des leurs. Or, par mon histoire, c’est faux. J’ai souvent rencontré des Français qui ont été élevés en Afrique et qui sont plus africains que moi. Alors qu’eux, en Afrique, dans le regard des autres, ils restent étrangers… Ironiquement, c’est en France que je peux paraître étrangère.

Le fait de vous sentir étrangère en Afrique et française en France où vous pouvez être perçue comme étrangère, est-ce que cela a apporté quelque chose à votre écriture ?

Oui, ça apporte le sentiment d’être en décalage. C’est propice à l’écriture, cette impression d’être toujours légèrement à côté. On a l’impression alors de mieux voir les choses, de les voir sous un autre angle.

Vous souvenez-vous de votre premier voyage en Afrique ?

Je ne reconnaissais rien, vraiment rien. Il n’y a strictement aucune transmission dans les gènes qui fait que quand on se retrouve dans le pays d’où vient son père, on se dise “ah, oui, bien sûr, c’est chez moi !”. C’était au contraire profondément étrange, très autre, mais autre dans le sens attirant, pas déplaisant.

Vous êtes la soeur du chercheur Pap NDiaye. Vous sentez-vous proche de ses travaux comme La Condition noire, de 2008, et de la question de la place des Noirs dans la société française ?

Je ne m’étais jamais posée cette question avant de le lire et qu’il m’en parle. Oui, je m’y intéresse de plus en plus et en même temps je me sens un peu étrangère à cette problématique car je suis dans une situation tellement originale que je ne peux absolument pas me plaindre de quoi que ce soit. Jamais je n’ai eu à faire une demande d’emploi ou une recherche d’appartement à louer seule, donc jamais je n’ai pu ressentir la moindre méfiance. Je ne me sens pas du tout visée par les problèmes que de nombreux Noirs rencontrent, même si ces problèmes sont réels. Ce que je trouve intéressant dans cette question, c’est que c’est une communauté visible qui réclame l’invisibilité. Du coup, je me suis rendu compte que beaucoup de Noirs, antillais donc français, ou étrangers, ont l’impression d’être exclus, surtout à Paris où ils sont sans cesse contrôlés. Ils sentent que dès qu’ils vont dans un endroit où il n’y a pas forcément que des Noirs on les voit comme Noirs avec tout ce que ça peut impliquer dans l’esprit de certains comme méfiance…

Vous en parlez avec votre frère ?

Oui. Lui aussi a pris conscience de tout ça récemment. Quand il avait 20 ou 30 ans – il a deux ans de plus que moi –, c’était une question qui ne lui était pas proche, exactement comme pour moi. La couleur de la peau n’importait pas, ce qui comptait c’était l’école, les diplômes, une égalité entre tous les citoyens dès lors qu’ils sont à un même niveau d’études… En fait, ça ne marche pas tout à fait comme ça. Il a fini par s’en apercevoir. Il habite depuis quelque temps porte de la Chapelle et prend tous les jours le RER gare du Nord, et même s’il est toujours absolument correct dans sa mise, avec costume, etc., il est sans arrêt contrôlé par la police, qui le tutoie d’emblée. Ce qui n’arriverait jamais avec le même genre d’homme s’il était blanc. Lui il est agrégé, peut réfléchir à ça, prendre de la distance, mais qu’est-ce que ça doit être dans la tête d’un jeune de 20 ans ? Quelle violence cela doit être, quelle haine ça doit développer… C’est très troublant.

Vous sentez-vous bien dans la France de Sarkozy ?

Je trouve cette France-là monstrueuse. Le fait que nous (avec son compagnon, l’écrivain Jean-Yves Cendrey, et leurs trois enfants – ndlr) ayons choisi de vivre à Berlin depuis deux ans est loin d’être étranger à ça. Nous sommes partis juste après les élections, en grande partie à cause de Sarkozy, même si j’ai bien conscience que dire ça peut paraître snob. Je trouve détestable cette atmosphère de flicage, de vulgarité… Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux. Je me souviens d’une phrase de Marguerite Duras, qui est au fond un peu bête, mais que j’aime même si je ne la reprendrais pas à mon compte, elle avait dit : “La droite, c’est la mort.” Pour moi, ces gens-là, ils représentent une forme de mort, d’abêtissement de la réflexion, un refus d’une différence possible. Et même si Angela Merkel est une femme de droite, elle n’a rien à voir avec la droite de Sarkozy : elle a une morale que la droite française n’a plus.

Vous avez publié votre premier roman à l’âge de 18 ans. En vingt-quatre ans d’écriture, qu’avez-vous appris ?

Quand on est jeune, c’est plus facile d’écrire des histoires systématiquement horribles pour dramatiser. Maintenant je me sens suffisamment mûre pour ne pas être systématiquement décourageante. C’est ce que j’ai appris en plus de vingt ans d’écriture, qui sont indissociables de vingt ans de vie. Tout naturellement, la façon dont je ressens les choses a changé. Heureusement ! Je suis contente de ne plus être jeune. Les choses me semblent moins terribles dans la manière que j’ai de les transcrire : je peux le faire de façon plus joyeuse. Avant, il n’y avait qu’une seule facette qui m’apparaissait, la terrible. Maintenant je vois qu’il y en a d’autres, et je me sens davantage capable de les décrire. Le champ s’est ouvert. D’ailleurs, ce que je montre dans le livre n’est pas forcément la façon dont je vois les choses. Je suis d’une nature plutôt optimiste… malgré les apparences (rires).

Enfant, vous avez longtemps bégayé. Est-ce qu’il y a une connexion avec l’écriture ?

Je pense qu’il y a un lien. C’est plus facile à l’écrit. En même temps, enfant, j’étais très bavarde, pas du tout renfermée. Ce qui est curieux c’est que d’une façon il y a un lien avec l’Afrique. Ce qui m’a frappée au Sénégal, c’est que plein d’hommes sont bègues… Je ne sais pas à quoi c’est dû. Du reste, je crois que mon père est plus ou moins bègue. Et chez les filles c’est rare. Peut-être le fait d’avoir vécu un an avec mon père m’a laissé ça. Quand on parle, il faut être lent, sinon la nervosité empêche de parler. Dans le récit, on a d’ailleurs l’impression d’un ralentissement comme si vous preniez plaisir à faire durer l’écriture. Mon maître en la matière est William Faulkner. Surtout dans Lumière d’août, qui est un très gros livre qu’on peut résumer en trois phrases puisqu’il s’y passe très peu de choses. On est dans l’intériorité assez brute de gens frustres dans une région écrasée de chaleur. Ou aussi Au-dessous du volcan, de Malcom Lowry, l’histoire d’un homme qu’on suit sur moins d’une journée, et sur ce temps bref on a l’idée de son existence entière.

Dans votre livre, chaque histoire est problématique. Est-ce dû à la mixité entre Africains et Français, ou tout simplement à la famille ?

Dans la vie des gens en général, ce qui pose le plus gravement problème, ce sont les gens qui nous sont le plus proches, enfants, parents, maris ou femmes. Ce sont nécessairement des histoires de famille, mais pas seulement parce que ces familles ou ces couples seraient franco-africains. Je ne fais pas d’histoires vraiment liées à la société, je n’en ai pas la puissance. J’aime l’idée de fresques, qui donne l’idée d’une société, mais malheureusement je n’ai pas ce sens de l’histoire. J’aimerais, mais ce n’est pas ma main. Après vingt ans d’écriture, on connaît ses limites. Il y a des renoncements. Souvent, un écrivain fait ce qu’il fait parce qu’il ne peut pas faire autre chose. C’est difficile d’avoir à la fois le sens de l’intime et le sens de l’histoire. Tolstoï l’avait.

Vous venez d’écrire un scénario pour le film de Claire Denis, White Material, qui se déroule en Afrique. Comment avez-vous travaillé ?

Claire ne me l’a pas demandé du fait de mes origines africaines, elle n’a pas besoin de cela et elle est bien plus africaine que je ne le serai jamais car c’est elle qui a passé sa jeunesse en Afrique et pas moi. Elle avait une idée assez précise de l’histoire (une plantation de café, une guerre civile) et je me suis donc coulée dans cette idée. Nous avons fait un voyage de repérage ensemble au Ghana, il y a trois ans. Cette rencontre avec Claire et tout ce qu’elle m’a appris de l’Afrique ont eu une importance considérable pour moi, elle m’a apporté, entre autres, ce que je n’ai pas : peut-être une culture africaine, mais surtout un mode de penser.

On a l’impression que vous menez une vie paisible, que vous vivez une situation familiale heureuse contrairement à celles que vous décrivez dans vos textes, que certaines choses que vous auriez pu voir comme difficiles dans votre vie ont glissé sur vous. Où puisez-vous la monstruosité de vos livres ?

C’est vrai que je n’ai pas du tout une vie romanesque… J’ai lu récemment le journal de Joyce Carol Oates, et elle a la vie la plus régulière, régulière, simple, normale, bourgeoise qui soit, et elle écrit des livres de monstre. Il y a cette chose qu’on appelle l’imagination, et ce n’est pas rien. Une imagination qui se construit aussi sur le réel de faits ou de rencontres, d’histoires que j’ai lues dans la presse ou qu’on m’a racontées. Le lieu où je vis m’influence aussi. Il y aura Berlin dans mon prochain livre, car c’est mon nouveau lieu géographique, donc mon nouvel univers mental. En Angleterre ou aux Etats-Unis, beaucoup d’écrivains sont issus d’origines ethniques différentes comme Zadie Smith, Monica Ali, Hari Kunzru, etc.

En France, nous n’avons pas ce type d’écrivains. Comment l’expliquez-vous ?

Je crois que c’est une question d’éducation. En général, les écrivains sont des gens qui ont fait des études, savent manier la langue et peut-être que ça n’est pas encore le cas pour nos minorités, qui se sentent peut-être exclues d’un certain savoir. Lorsqu’on voit d’où viennent les écrivains en France, pour une grande majorité d’entre eux, ils viennent de milieux bourgeois et/ou intellectuels, alors qu’aux Etats-Unis, par exemple, c’est moins le cas, Russell Banks ou Joyce Carol Oates n’ont pas été élevés au milieu de livres. Les parents d’Oates étaient fermiers, le père de Banks était plombier. Bref, il semblerait que les écrivains français viennent tous d’une bourgeoisie éclairée, cultivée, qui est un milieu assez restreint. Ce n’est pas complètement mon milieu : ma mère était prof de sciences naturelles dans un collège, ma famille n’était pas un lieu de livres. Jusqu’à l’âge de 13 ans, j’ai vécu à Fresnes et ensuite ma mère a déménagé à Bourg-la-Reine. C’était une banlieue très modeste, je vivais dans une barre HLM et les HLM dans les années 70 c’était autre chose qu’aujourd’hui. C’était plutôt pas mal, on a eu une enfance dans la rue, d’une liberté totale, sans crainte, ce que les enfants d’aujourd’hui n’ont pas. Quant à mon père, je crois que c’est un homme qui n’a jamais lu un roman de sa vie. Il a fait des études mais il venait d’un milieu misérable au Sénégal. Ma mère lit mes livres. Mon père, je n’en ai aucune idée. J’ai arrêté mes études très jeune pour écrire. Parfois, en interviews, je sens que je n’ai pas les outils pour parler de littérature, n’ayant pas fait Normale sup ou de longues études. Alors je réponds le plus simplement possible.

Trois femmes puissantes (Gallimard), 316 pages, 19 €, parution le 20 août

Voir aussi:

Le débat sur l’identité nationale au miroir de la presse étrangère
Le Monde
03.11.09

Qu’est-ce qu’être français ? C’est la question posée par le site Internet dédié au “grand débat sur l’identité nationale” voulu par le gouvernement. Un sujet qui intéresse les médias étrangers, qui n’hésitent pas à donner leur propre définition de l’identité française. Prensa latina, agence d’information latino-américaine, ébauche ainsi un portrait des Français : “Fiers de leur nationalité, ils portent aux nues les apports de leur pays à l’humanité et se disent inégalables en matière d’art culinaire, de vins, de mode et de parfums. Mais ils sont pleins de contradictions, enclins à la grève, aiment le verbe polémique. L’intégration des immigrés a radicalement changé leurs goûts ; l’insatisfaction les caractérise.”

NOSTALGIE

Le Times ironise sur la vision passéiste proposée par le gouvernement, qui veut remettre au goût du jour la “douce France”. La référence à cette chanson de Charles Trenet vient du porte-parole de l’UMP, Frédéric Lefebvre (“La défense de notre modèle culturel et de la “douce France” chantée par Charles Trenet passe par la redéfinition de notre identité nationale”). The Times constate qu’”il n’y a clairement aucune place dans cette vision du pays pour les banlieues violentes, pour les conflits raciaux et pour les manifestations virulentes devant des usines décrépies”.

Mais c’est surtout la manœuvre électoraliste du gouvernement, à quelques mois d’un scrutin régional, que retiennent les médias étrangers, notamment le Guardian et La Vanguardia. “Les élections riment, selon le sarkozisme, avec identité nationale”, souligne cette dernière. Le quotidien catalan rappelle qu’à la veille des municipales de 2008, le ministre de l’éducation avait annoncé l’introduction dans les programmes scolaires de la connaissance de l’hymne national. “Ce thème était réapparu peu avant les européennes de 2009, lorsque Nicolas Sarkozy avait envoyé sa feuille de route au ministre de l’immigration et de l’identité nationale, dans laquelle figurait clairement le lancement d’un tel débat. Cette mission se traduit dans les faits aujourd’hui, à quatre mois des régionales…”, constate le quotidien.

LES RISQUES D’UNE DÉFINITION

Plusieurs journaux dénoncent l’objectif même d’un tel questionnement sur l’identité nationale. Le Christian Science Monitor cite ainsi le chercheur Pap NDiaye, de l’Ecole des hautes études en sciences sociales, qui craint une dérive “autoritariste” du débat : “Il y a tellement de façons d’être français qu’il serait triste que le gouvernement nous dicte ce qu’est être français.” Coïncidence relevée par le CSM : le jour même où était lancé le débat, la sœur de l’historien, la romancière Marie NDiaye, symbole de l’identité multiple française, obtenait le prix Goncourt, principale récompense littéraire en France. Un pied de nez aux tentatives de figer l’identité nationale dans une définition.

L’Observateur paalga (Ouagadougou) se demande s’il ne vaudrait pas mieux “laisser dormir” le débat car “il va être difficile de prouver qu’il n’y a pas de soupçon d’exclusion derrière cette [tentative de définition de la] ‘francité’”. Et le quotidien burkinabé de rappeler les dérives d’un autre débat sur l’identité nationale, en Côte d’Ivoire cette fois, où le concept d’”ivoirité” avait conduit à écarter le candidat musulman du nord du pays, Alassane Ouattara, de la présidentielle de 1995. La France “a mieux à faire que d’emprunter cette voie”, conclut L’Observateur.

Le débat dépasse en tout cas les clivages droite-gauche, note Charles Bremner, le correspondant à Paris du Times, sur son blog. Il divise particulièrement le Parti socialiste, tiraillé entre la “gauche traditionnelle”, qui invoque un argument moral et dénonce un retour au “pétainisme”, et la “gauche populiste, incarnée par Ségolène Royal, qui demande que les politiques s’adressent aux peurs publiques”. Autre élément de trouble pour la gauche française, relevé par Charles Bremner : l’initiateur de ce débat n’est autre que l’ancien socialiste Eric Besson.

Mathilde Gérard

Voir enfin:

Enquête sur l’islam radical en France
Dossier coordonné par Cyril Drouhet – Reportage Nadjet Cherigui (texte) et Axelle de Russé
Le Figaro Magazine
06/11/2009

La vision de ces silhouettes fantomatiques dans les rues dérange, surprend et effraie parfois. En France, le voile intégral est objet de polémiques. Pourtant, ces femmes ne sont que la partie la plus visible et la plus frappante de l’iceberg d’une mouvance appelée salafiste. Nous avons rencontré ces «puristes» de l’islam, pour qui les règles du quotidien ne peuvent se calquer que sur celles du prophète Mahomet. Quitte à faire fi des lois de la République…

Ce reportage est un document. Un témoignage exceptionnel. Pour la première fois, en plein débat sur l’identité française, au moment même où le port du voile divise l’ensemble de la communauté musulmane, des femmes salafistes ont accepté de s’expliquer. De se livrer comme jamais et d’ouvrir leurs portes à des journalistes. Pour aller aussi loin, pour plonger ainsi au cœur de l’islam radical de France et gagner la confiance de ces femmes qui ne sortent que très rarement de chez elles, Nadjet Cherigui et Axelle de Russé ont négocié des semaines. Pas à pas. Puis, elles se sont immergées en profondeur, enquêtant comme personne n’avait réussi à le faire avant elles, en se plongeant dans un monde, semble-t-il, irrationnel, mais totalement codifié. Si certains salafistes ont accepté de jouer le jeu de la transparence, les accueillant chez eux, d’autres, notamment à proximité des mosquées les plus dures, les ont reçues avec des injures et parfois des menaces, leur interdisant même de prendre des photos dans des rues où la liberté de mouvement se restreint lentement. Pour approfondir ce voyage en terre inconnue, Le Figaro Magazine s’est aussi adressé au journaliste et écrivain Mohamed Sifaoui, spécialiste des mouvements intégristes. L’occasion de comprendre la nature réelle du salafisme, ce mouvement en plein essor qui attire à lui chaque année toujours plus de «convertis».

Tout commence simplement par un rendez- vous à quelques kilomètres de Paris, dans une petite ville de banlieue de l’Essonne. La cité, certes, est populaire, mais proprette. Aucun pitbull ni rottweiller à l’horizon. Ceux qui «tiennent» les halls sont de gentils retraités discutant pétanque bien au chaud. Fatima * nous reçoit chez elle. La jeune femme a fait le choix du minhaj (le chemin) salafi. Elle porte le jilbab (voir encadré p. 53), mais se voile intégralement lorsqu’elle est maquillée ou pour ne pas laisser apparaître son visage en photo. Derrière la porte, point de voile ni d’austérité, mais un accueil chaleureux et le sourire d’une beauté d’ébène au corps de liane. Elégante et féminine, la jeune femme a pris le soin d’accorder la couleur de ses boucles d’oreilles au bleu de son piercing au nez. Fatima, 23 ans, mère d’un bébé de six mois, nous invite gentiment à nous déchausser avant d’entrer. L’intérieur est impeccablement tenu, la décoration, ultraminimaliste. Pas de photo ni de tableau, aucune référence à l’islam si ce n’est quelques livres religieux reliés de dorures et soigneusement rangés dans un meuble du salon. Un épais rideau beige sépare la pièce principale du reste de l’appartement. « Cela nous permet de diviser l’espace lorsque je reçois mes amies. La mixité nous est interdite. Quand mes copines viennent prendre le thé ici, je baisse les rideaux et mon mari s’éclipse toujours dans une autre pièce.»

«L’école publique est incompatible avec mes principes religieux»

Fatima, d’origine malienne, est née et a grandi en France dans une famille musulmane de huit enfants. Son cheminement vers plus de religion s’est fait naturellement, explique-t-elle. «Je suis la seule de la famille à avoir fait le choix du voile. J’ai lu le Coran, étudié la vie du Prophète et de ses femmes, qui sont pour moi des modèles à suivre. C’est ainsi qu’elles se couvraient, je fais de même. J’ai trouvé en l’islam les réponses à mes questions, le din (la religion) est simple et les interdictions sont claires. Il n’y a qu’à suivre ce que disent les textes.» Pour le reste, Fatima raconte une vie de jeune femme comme les autres. Elle surfe sur le net, apprécie le shopping et les sorties au resto avec les copines. « Mes amies sont de toutes origines et confessions. On parle de tout et n’importe quoi, même de sexe ! Tant que cela se passe entre filles, il n’y a pas de tabou », précise-t-elle. Convaincue de son choix, Fatima n’émet aucun doute. Sa voie est certaine, c’est celle des salafis et de la sunna (la tradition du Prophète). Elle n’osera exprimer qu’un regret : l’exclusion du monde du travail. Mais aussi une douleur : les regards pesants, les sarcasmes cruels et les insultes blessantes. « Je ne comprends pas un tel déferlement de haine, je ne suis en aucun cas en dehors des lois de la République, se persuade-t- elle. Chaque fois que je suis sortie en sitar (voir encadré), j’ai accepté de me dévoiler pour les contrôles. La seule chose qui ne me convienne pas, c’est le modèle de l’école publique. C’est incompatible avec nombre de mes principes religieux. Pour ma fille, j’ai déjà commencé l’école à la maison quelques heures par jour et l’apprentissage des quelques sourates de base. Plus tard, elle ira dans une école privée musulmane. » Dans la République, point de salut !

La règle est claire : on baisse les yeux quand on s’adresse à son mari

Un bruit de serrure. Sur le pas de la porte, Yvon (son époux), accompagné de Bertrand, son frère jumeau, rentrent du travail. Aujourd’hui, Yvon a consenti une entorse à l’interdiction de la mixité afin d’échanger avec nous. Son épouse accepte également, mais rappelle que si la parole est libre, les règles, elles, sont claires : on doit baisser les yeux lorsque l’on s’adresse à son mari.

Rapidement, Yvon, en tenue de boulanger (c’est son métier), se retire pour réapparaître en kamis. Ce grand gaillard athlétique porte le cheveu court, la barbe longue et fournie comme il est de rigueur chez les « salafs ». Les deux frères «Français de souche, avec quelques origines juives», tiennent- ils à préciser se sont tous deux convertis à l’islam il y a huit ans. Une enfance difficile, le chômage, l’alcoolisme des parents, et puis très vite la délinquance. Vulnérables économiquement autant que socialement et psychologiquement, les jumeaux ont trouvé refuge dans les écrits salafs. Si eux s’en défendent, nombre de nouveaux convertis peuvent être la proie de ceux qui cherchent à attirer les plus égarés. «Nous étions des cas sociaux, l’islam nous a sauvés. Aujourd’hui, je ne me dégoûte plus. Si Dieu accueille le repenti et pardonne, je peux aussi me pardonner à moi-même.»

Yvon et Fatima sont mariés depuis quatre ans, après une seule et unique rencontre bien codifiée et surveillée. La moukabala, «un genre de speed dating à la musulmane », confie Fatima en souriant. Dans le milieu, pas question de se fréquenter hors mariage. Ceux qui sont désireux de convoler en justes noces le font savoir à l’entourage. Le réseau s’active et les propositions arrivent. «Il s’agit d’être précis quant aux critères physiques, d’âge, de couleur de peau, etc., explique Fatima. Ensuite on se rencontre, toujours en présence d’un tuteur pour la femme (un père, un oncle, un frère…).»

Loin d’être un rendez-vous galant romantique, la moukabala est un moment important. Pas de place au coup de foudre ! La priorité : partager les mêmes valeurs. On parle donc éducation des futurs enfants, vie de couple, pratique de la religion. Chacun prend alors «librement» nous dit-on la décision de poursuivre ou non et peut renouveler l’expérience tant que l’âme soeur n’est pas trouvée. Beaucoup plus au sud, à quelques centaines de kilomètres, dans les rues d’un quartier populaire d’Avignon, Kenza, 29 ans, s’avance entièrement couverte de noir. Son niqab ne laisse apparaître que des yeux que l’on devine rieurs. Babouches aux pieds, la jeune femme marche d’un pas énergique. Drapée de noir, elle surprend par son enthousiasme et sa spontanéité. «Je n’ai aucun problème avec mon niqab dans la rue, s’exclame- t-elle. Moi, j’ai le voile dans la peau !» Kenza presse le pas, elle est attendue chez sa meilleure amie, Marie-France, pour une leçon culinaire autour du couscous. Marie-France est une quinqua coquette, dynamique et enjouée, mais aussi une très fervente catholique. «C’est notre amour de Dieu qui nous a réunies. La seule différence, c’est que je mange du porc contrairement à Kenza. Pour le reste nous avons les mêmes valeurs et la même façon de pratiquer : ils ont le ramadan, nous avons le carême… Quarante jours, en plus ! J’ai un bon coup de fourchette et je peux vous dire que j’en souffre !» s’exclame-t-elle avec l’accent parfumé de la Provence. Dans le salon, Sainte-Thérèse, la Vierge Marie, Jésus, les flacons d’eau bénite et autres crucifix partagent très naturellement l’espace avec le poster d’une bimbo à moitié nue. «Cela ne vous choque pas tout de même… ? se moque Marie-France. Je la trouve belle tout simplement…»

La polémique autour du voile intégral, elle la refuse et défend son amie. «Toutes nos bonnes soeurs portent le voile ! Et n’oublions pas que, jusque dans les années 60, on ne mettait pas un pied dans une église sans se couvrir !» Etrange alliance de ces deux religions que bien des points opposent.

Le temps passe. Kenza doit aller chercher ses enfants à la sortie de l’école. Puis c’est la prière en famille avec Allal, le père, sur le tapis du salon. Sereinement, Allal et Kenza racontent leur choix de vie. « Je n’ai jamais forcé ma femme à porter le voile. C’est en lisant les textes qu’elle a pris seule sa décision.» La jeune femme acquiesce : «D’ailleurs, quand on s’est connus je ne portais rien… ; ah si, une culotte ! lâche-t-elle dans un éclat de rire. En tant que musulmans, nous sommes tous salafs. Notre devoir est de suivre les pratiques du Prophète à la lettre et c’est ce que je fais.» L’heure tourne et les enfants se pressent autour de leur mère pour le jeu du soir. Près d’une heure de questions-réponses autour de l’islam, du Coran et du prophète Mahomet. « Il n’y a pas pire péché que d’obéir par obligation, explique Allal. Il est essentiel pour nous d’éduquer nos enfants à la religion et cela peut être aussi ludique, la preuve !»

Quelques semaines plus tard en banlieue parisienne, à Gennevilliers. Le ton change. C’est jour de fête pour la communauté musulmane. La sublime mosquée tant attendue est enfin inaugurée. Dans la foule, Nadia, 40 ans. Cette mère de quatre enfants ne cache pas son émotion. « Cela fait près de dix ans que l’on attendait une mosquée plutôt que ces salles de prière aussi obscures que douteuses qui sont devenus des nids à salafs. Mes enfants viendront y suivre les cours de Coran donnés par l’association El Nour (La Lumière). Les éduquer, c’est le seul moyen de les protéger de toute manipulation idéologique.» Derrière l’inquiétude de cette mère de famille, il y a la colère d’une femme blessée. Mariée pendant près de quinze ans, Nadia a vu l’homme qu’elle aimait se transformer au point de ne plus le reconnaître. «Mon mari aimait la vie et sa famille jusqu’à ce qu’il commence à fréquenter des groupes de prière suspects et des forums de discussions salafistes. Très vite, il m’a reproché de travailler et d’être en contact avec d’autres hommes à l’extérieur. J’étais devenue sheitan (le diable). Il m’a quittée pour épouser le salafisme.»

Sur ses conseils, nous nous rendons dans l’une de ces mosquées qu’elle qualifie d’obscures. Au rez-de-chaussée, l’accueil des hommes est tout juste poli. L’étage réservé aux femmes est un espace exigu. L’atmosphère âpre, presque irrespirable, n’a rien à envier à l’ambiance. Au fond de la pièce, une femme voilée de noir fait les cent pas, récitant frénétiquement des versets du Coran. Trois jeunes filles, respectivement en niqab, sitar et jilbab (voir encadré) étudient à voix haute des passages du livre saint. Elles expriment des doutes quant à notre identité : «Vous pourriez être envoyées par les renseignements généraux», explique très sérieusement Salima du haut de ses 20 ans. Avec le même sérieux et un sourire glacial, elle dit ses certitudes quant à notre destinée de mécréants ou de catholiques (peu importe). L’issue sera forcément cruelle, douloureuse et inéluctable. «Vous brûlerez en enfer… à moins de vous convertir.» La jeune fille se ferme. L’échange s’arrête net. En sortant, quelques jeunes de la cité voisine nous interpellent, nous provoquent mais se ravisent très vite lorsque l’un d’entre eux lâche : «Laisse-les tranquilles, elles sortent de la mosquée !»

Un petit peu plus loin, aux abords de cette même mosquée, un très jeune couple s’avance. Lui est français et converti. Quant à son épouse, nous ne verrons d’elle que des mains délicates et soigneusement manucurées. Les échanges sont vifs, il n’est pas question «d’avoir à se justifier», «nous ne sommes pas des animaux», «laissez-nous vivre en paix». Bien plus virulente que son mari, la jeune femme n’a de cesse de répéter «excuse-moi, chéri», chaque fois qu’elle hausse le ton (les femmes n’ont pas le droit d’élever la voix). L’homme insiste sur un point : «Je ne tiens à vous dire qu’une chose. Nous sommes dirigés dans ce pays par des gens qui travaillent pour Satan.» Là encore, impossible de poursuivre, ils se sont déjà éloignés. Quand la doctrine est extrême, le dialogue devient impossible. Dans une librairie accolée à la mosquée, Thomas, derrière son comptoir, ne lève les yeux de son Coran que pour répondre à une cliente en quête d’un jilbab à sa taille. «J’ai un gros arrivage en provenance d’Arabie saoudite prévu la semaine prochaine, il y aura plus de choix.» Tenues islamiques et onguents au parfum d’Orient côtoient nombre de livres. Beaucoup de Coran de toutes les couleurs et de toutes les tailles. Pour le reste, l’essentiel des ouvrages proposés sont signés par les références de la pensée salafiste. Dans les rayons, des jeunes hommes barbus s’installent, plus pour lire qu’acheter. Thomas, le gérant, 26 ans, est né et a grandi dans un presbytère. Elevé dans une famille aux valeurs très catholiques (son frère a fait le séminaire), il a lu la Bible, la Torah, puis le Coran. Aucun doute pour lui : la vérité ne se trouve que dans ce dernier. Un choix et une conversion qu’il a payés le prix fort. Sa famille n’accepte pas et a rompu tout lien avec lui. «Je ne suis pas en colère, mon coeur ne leur sera jamais fermé s’ils veulent m’accepter comme je suis. Mais jamais je ne renoncerai à ma foi.» Thomas s’arrête, fait évacuer le magasin et baisse les rideaux pour quelques minutes. C’est l’heure de la prière.

Après la banlieue, retour à Paris dans une mosquée du XVIIIe arrondissement. Le lieu est un fief ostensiblement salafiste. Notre seule présence et nos questions provoquent une réaction en chaîne. D’abord quelques protestations, des invectives, et très vite viennent les menaces. L’argument ? La rue appartient aux fidèles et la loi, c’est eux. Francine n’est pas musulmane. Habitante du quartier, elle ne cache pas son exaspération et son inquiétude. «Depuis trois ans, tout a basculé ici. L’atmosphère devient très pesante pour les riverains et les passants. Tous les vendredis, la rue est fermée pour permettre aux fidèles de prier jusque sur le trottoir à cause du manque de place à l’intérieur. Je n’ai rien contre l’islam et les croyants, mais là, il s’agit d’autre chose, les comportements sont excessifs. Certains vont même jusqu’à empêcher les femmes de circuler dans la rue parce qu’il y a une mosquée et que l’espace doit être réservé à la seule gent masculine.» Dehors, l’ambiance est électrique. Sortant de la salle de prière, un homme nous interpelle. Complètement exalté, il confirme. «Nous sommes de plus en plus nombreux et bientôt nous vous laverons le cerveau !»

Le salafisme en dix questions
Mohamed Sifaoui *
Le Figaro magazine
06/11/2009

Dans Paris et dans toute la France, de nombreuses échoppes communautaires fleurissent et offrent la possibilité de se fournir en vêtements islamiques autant qu’en produits de beauté orientaux et livres saints. Crédits photo : (Axelle de Russé/Le Figaro Magazine)
Au moment où l’on parle du voile intégral, du salafisme, des religions et de l’identité nationale, faut-il s’inquiéter de la présence en France d’un mouvement fondamentaliste musulman que beaucoup qualifient d’extrémiste ? Décryptage…

1. Qui sont les salafistes ?

Le salafisme puise sa racine dans le mot arabe salaf, qui veut littéralement dire « les prédécesseurs ». On parle d’essalaf essalah, ou des « pieux prédécesseurs », pour désigner les premiers compagnons du prophète Mahomet. Aujourd’hui, les salafistes les prennent pour exemple et appellent à un retour à « l’islam des origines », expurgé de la bidaa ou des « innovations blâmables » qui, de leur point de vue, pervertissent la religion. Ainsi, toutes les influences occidentales, toutes les idées humanistes et les principes philosophiques, comme la démocratie ou la laïcité, sont-ils rejetés. C’est l’école de pensée hanbalite, fondée par l’imam Ahmed ibn Hanbal (780-855) au IXe siècle, qui a forgé les racines de l’idéologie salafiste. Deux disciples de cette doctrine, l’imam ibn Taymiya (1263-1328) et Mohamed ibn Abdelwahab (1703-1792), en deviendront ensuite les deux principales références idéologiques. Abdelwahab, fondateur du dogme wahhabite et néanmoins cofondateur de la monarchie saoudienne, donnera naissance à ce « salafisme missionnaire » (sujet de notre enquête) véhiculé de nos jours : inégalité entre les hommes et les femmes ; droit pénal reposant sur les châtiments corporels ; rigorisme dans les rapports sociaux ; rejet des droits de l’homme. Dopé à coups de pétrodollars, ce salafisme s’est progressivement propagé à travers le monde.

Au XXe siècle, cette pensée salafiste se politise également en se « réformant » sous l’impulsion des Frères musulmans, une confrérie intégriste fondée en Egypte, en 1928, par Hasan al-Banna (1906-1949). Les Frères n’hésitent pas à créer des partis et à s’engager dans la vie politique et associative. Néanmoins, leurs divergences doctrinales avec les tenants du wahhabisme ne font pas d’eux pour autant des « progressistes » : eux aussi prônent l’application de la charia (la loi coranique) et l’instauration de républiques islamistes. Les Frères musulmans, qu’on affuble parfois du qualificatif de « salafistes en costard-cravate », sont représentés en France par l’Union des organisations islamiques de France (UOIF). Partisans d’une réislamisation « en douceur », ils sont en apparence plus « ouverts » que les « salafistes en barbe et djellaba ».

D’autres salafistes, dits djihadistes, préfèrent la confrontation. Leur doctrine est suivie aujourd’hui par une nébuleuse comme al-Qaida. Qualifiés également de takfiris (ceux qui pratiquent l’excommunication), ces adeptes de la guerre sainte ont les mêmes références idéologiques que les autres.

2. Que veulent-ils ?

Bien que minoritaires dans le monde musulman, les salafistes occupent le devant de la scène grâce à l’activisme effréné de leurs militants et autres idéologues. La pensée salafiste contrôle aujourd’hui plusieurs mosquées et une grande partie de la littérature musulmane. S’agissant de l’Occident, ils appellent aussi au communautarisme, espérant réislamiser les membres de la communauté musulmane et convertir autant que faire se peut des personnes séduites par une idéologie politico-religieuse incompatible avec les valeurs universelles. Pour autant, contrairement à certains fantasmes entretenus par des milieux d’extrême droite, l’objectif principal des salafistes n’est pas l’islamisation de l’Europe, mais la mise en place de conditions qui leur permettraient de pratiquer leur vision de l’islam comme ils l’entendent, même si celle-ci est contradictoire avec l’esprit des Lumières. De leur côté, les Frères musulmans souhaitent ériger un groupe de pression à même de peser sur les débats nationaux et internationaux, et veulent constituer une force lobbyiste susceptible de faire naître un « vote musulman ».

3. Combien sont-ils en France ?

Il est difficile de connaître avec exactitude le nombre de salafistes présents en France (et en Europe). Il serait possible néanmoins d’avoir une estimation quand on sait que seuls 10 % des 5 millions de musulmans de France sont des pratiquants réguliers qui fréquentent les 1 900 mosquées et salles de prière avec assiduité. Ayant centré leur vie autour du lieu de culte et de la pratique, ils représentent une forte minorité de ces pratiquants. Mais ils donnent l’impression d’être majoritaires grâce à leur activisme, leur excitation militante, leur présence sur le net, leur accoutrement ostensiblement prosélyte, et à travers leur engagement dans l’action sociale au sein des quartiers. Les salafistes ont ainsi montré leur poids réel lors des manifestations contre la loi interdisant les signes religieux à l’école. A analyser également, les rencontres annuelles du Bourget qu’organise l’UOIF, cette filiale française de la pensée des Frères musulmans, qui peine à rassembler plus de 20 000 personnes, même si elle prétend le contraire.

Il existerait une cinquantaine de mosquées ou de lieux de prière tenus par les partisans du wahhabisme saoudien et de la pensée salafiste prosélyte, et beaucoup plus dirigés par l’UOIF, qui ne représente cependant qu’un tiers des musulmans pratiquants dans les instances du Conseil français du culte musulman (CFCM).

Les mosquées salafistes wahhabites sont souvent implantées au cœur des cités populaires. Il en existe en région parisienne – à Sartrouville, Argenteuil ou Gennevilliers notamment -, dans la région lyonnaise, dans le Nord, ainsi qu’à Marseille ou Besançon. Mais on en trouve aussi dans Paris intra-muros, au cœur des quartiers de Belleville et de Barbès.

4. Qui finance la propagation du salafisme ?

Outre l’Etat saoudien qui, au travers de la Ligue islamique mondiale, a longtemps financé cette idéologie, de nombreux mécènes arabes du golfe Persique accordent des millions d’euros par an pour faire rayonner à travers le monde le « vrai islam », comme ils aiment qualifier le salafisme. En France, plusieurs mosquées ont été construites grâce à des fonds provenant des monarchies arabes et de la Ligue islamique mondiale : les mosquées d’Evry et de Mantes-la-Jolie, par exemple. L’Arabie saoudite propage le salafisme en formant dans ses universités de Riyad, de La Mecque et de Médine des milliers d’étudiants saoudiens ou étrangers. Ce salafisme « missionnaire » a été véhiculé aussi par les écoles coraniques pakistanaises, notamment celle de Karachi, qui enseigne la pensée dite deobandie, une version indo-pakistanaise du salafisme ayant donné naissance aux fameux talibans. Les Frères musulmans ont, quant à eux, longtemps bénéficié de l’aide des Saoudiens, qui ont permis l’ouverture en Europe du Centre islamique de Genève, fondé par Saïd Ramadan (père de Tariq Ramadan et gendre de Hasan al-Banna). Et, lorsque l’UOIF est créée, au début des années 80, par des islamistes tunisiens et par l’activiste libanais Fayçal Mawlawi, l’organisation profitera de nombreux soutiens émanant des Emirats arabes unis. Aujourd’hui, l’UOIF recevrait, selon les différentes estimations, entre 30 et 60 % de son financement de pays ou de personnalités arabes. Les associations qui sont liées à l’UOIF tirent également une partie de leur argent de la certification halal, un commerce communautaire qu’ils ne cessent de promouvoir tant il est lucratif.

5. Qui sont leurs idéologues ?

Parmi les contemporains, on peut compter des Egyptiens issus des Frères musulmans comme Sayyid Qutb (1906-1966) ou Youssouf al-Qaradawi, qui ne cesse de justifier les attentats suicides et l’instauration de la charia. Bien qu’il s’en défende, Tariq Ramadan, qui se laisse complaisamment affubler parfois du titre de théologien, est en réalité un idéologue de la pensée salafiste des Frères musulmans. Il n’hésite pas à fustiger le wahhabisme saoudien, mais cela ne fait pas de lui un progressiste ou un libéral ni un réformateur. Ses références idéologiques demeurent les fondateurs de la pensée des Frères et les théoriciens qui l’ont sophistiquée pour en faire un instrument de lutte politico-idéologique, en l’occurrence son propre grand-père Hasan al-Banna, auquel il voue une admiration sans pareille, ou encore le Pakistanais Abu al-Ala al-Mawdoudi (1903-1979). Tariq Ramadan s’est singularisé en utilisant des codes de langage et d’écriture occidentaux pour propager une pensée frériste qui a su adapter son discours aux opinions publiques européennes. Il ne propose qu’une version d’un salafisme en apparence plus « doux ».

D’autres « penseurs », des Saoudiens, ont assuré le rayonnement du salafisme wahhabite à travers le monde. C’est le cas du cheikh Ibn Baz (1909-1999), qui a toujours prêché un islam pur et dur. Salih bin Fawzan al-Fawzan, un Saoudien, est « apprécié » par les salafistes européens : il recommande à ses adeptes de ne pas «ressembler aux mécréants dans ce qui leur est spécifique». Il est de ceux qui incitent les femmes à porter le voile intégral, refusant même le voile classique qui permet de laisser le visage des femmes visible. Autre gourou très écouté par les salafistes : le cheikh Mohamed ibn Saleh al-Otheimine. Il interdit, entre autres, de «féliciter les mécréants [juifs et chrétiens notamment] durant leurs fêtes religieuses». Enfin le cheikh Nacereddine al-Albani (1914-1999), un idéologue albano-syrien, a produit une floraison de fatwas (édits religieux) tout aussi intégristes les unes que les autres et a notamment prohibé l’usage de la télévision et de la radio.

6. Quels sont leurs relais médiatiques ?

Bien que certains idéologues interdisent la télévision, d’autres appellent à ce que l’utilisation de ce média soit exclusivement réservée à la propagation de l’islam. C’est le cas par exemple de plusieurs chaînes satellitaires arabes, qui accordent une large place à ces salafiste prêchant « la bonne parole » tant en direction des sociétés musulmanes que de l’Occident. Les prêcheurs se succèdent sur des chaînes qui, du Qatar à l’Egypte en passant par les Emirats, font de la surenchère en jouant sur les notions du licite et de l’illicite très chères à Youssouf al-Qaradawi. Une fois par semaine, celui-ci anime l’émission phare « Al-Sharia oua Al-Hayat » (la charia et la vie) sur les plateaux de la chaîne al-Jezira, au cours de laquelle il traite de toutes les questions d’actualité, parfois avec une violence inouïe. Cela dit, internet est devenu le moyen principal pour véhiculer les idées salafistes, que ce soient celles des Frères musulmans ou celles des wahhabites et même celles des djihadistes. Les sites et les forums se comptent par centaines et, là aussi, tous les sujets sont abordés. Actuellement, plusieurs salafistes tentent de se mobiliser sur le net contre une éventuelle loi sur le voile intégral. Mobilisation qui voit son prolongement sur le web 2.0 et notamment sur des réseaux sociaux tels que Facebook, qui recèle des dizaines de profils se revendiquant clairement de cette idéologie. Enfin, les nombreuses librairies dites musulmanes propagent en réalité l’idéologie salafiste. C’est le cas d’al-Tawhid à Lyon, qui diffuse la littérature des frères Ramadan et celle des penseurs fréristes, ou d’autres échoppes qui proposent, quant à elles, les ouvrages des idéologues saoudiens.

7. Le salafisme est-il compatible avec la République ?

Les salafistes sont contre la mixité, ils rejettent les minorités religieuses et sexuelles, encouragent le communautarisme, ne reconnaissent pas les valeurs de fraternité en dehors de l’oumma (la nation islamique) et refusent toutes les notions de liberté qui contredisent leur vision de l’islam. Les textes salafistes montrent l’étendue qui sépare cette idéologie totalitaire des principes républicains. Ainsi, le cheikh Otheimine, par exemple, appelle-t-il les femmes musulmanes à ne quitter leur domicile qu’en cas de nécessité et qu’avec «l’autorisation du mari ou du tuteur». Il précise : «La femme est libre chez elle, elle se rend dans toutes les pièces de la maison et travaille en accomplissant les tâches ménagères.» Et d’ajouter à leur intention : «Que ces femmes craignent Allah et délaissent les propagandes occidentales corruptrices!» Un autre cheikh, Salih bin Fawzan al-Fawzan, défenseur du voile intégral, affirmait dans l’une de ses fatwas que «le visage de la femme est une awrah (partie à dissimuler) et qu’il est obligatoire de le couvrir». Pour lui, «c’est la partie la plus forte en tentation». Et il en va de même pour d’autres principes fondamentaux qui forgent l’identité républicaine et laïque de la France. Le salafisme, par exemple, n’accepte pas la liberté de conscience. S’il cherche à endoctriner et à convertir des non-musulmans, il refuse catégoriquement qu’un musulman puisse renier l’islam pour une autre religion. L’auteur d’une telle apostasie doit être, selon eux, condamné à mort. De même que la liberté d’expression et d’opinion, la critique des dogmes et des religions est prohibée.

8. Le salafisme est-il violent ?

Les multiples courants salafistes représentent différents niveaux de dangerosité. Les djihadistes ou les takfiris prônent le djihad et donc les actions terroristes. Durant ces dernières années, plusieurs d’entre eux ont été arrêtés et condamnés dans des affaires «d’associations de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste».

Le courant objet de notre enquête se veut, lui, beaucoup plus réservé sur la question de la violence. Ces fondamentalistes missionnaires préfèrent généralement raffermir leur foi et considèrent parfois qu’étant donné les divergences qui existent entre les « théologiens » au sujet du djihad, il n’est pas permis de s’engager dans cette voie. Néanmoins, ils représentent un danger pour le vivre ensemble, et leur vision de l’islam est incompatible avec les règles d’une société laïque et démocratique. En effet, tous les salafistes, y compris ceux qui prétendent le contraire, rejettent la laïcité. Il ne peut y avoir, selon leurs idéologues, de séparation entre les Eglises et l’Etat puisque, pour eux, «l’islam est un englobant qui doit régir toute la vie du musulman». Idem pour la démocratie, qu’ils considèrent comme une mécréance dans la mesure où celle-ci consacre le principe de la souveraineté du peuple alors qu’ils estiment que «la souveraineté ne doit revenir qu’à Dieu et à Dieu seul».

Les Frères musulmans prétendent officiellement accepter ces deux valeurs. Le salafisme dit réformiste qu’ils incarnent prend part, en effet, au jeu démocratique lorsqu’il s’agit d’élections. C’est le cas des Frères musulmans égyptiens ou du Hamas palestinien. Cela étant dit, ils instrumentalisent la démocratie dans l’espoir de s’approprier le pouvoir et ne la considèrent certainement pas comme un système consacrant toutes les égalités et toutes les libertés.

9. Le voile est-il une obligation de l’islam ?

Au lendemain de la révolution iranienne en 1979, le voile est devenu, dans l’imaginaire collectif, le signe de l’oppression de la femme et notamment du militantisme politique. D’un point de vue théologique, les salafistes en font une véritable obsession, bien qu’il n’existe que deux versets coraniques qui évoquent, de manière peu explicite, le voile sans en déterminer sa forme exacte : «Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs grands voiles : elles en seront plus vite reconnues et éviteront d’être offensées. Dieu est Pardonneur et Miséricordieux.» (sourate 33, verset 59) ; et «Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines; et qu’elles ne montrent leurs atours qu’à leurs maris, ou à leurs pères, ou aux pères de leurs maris, ou à leurs fils, ou aux fils de leurs maris, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs sœurs, ou aux femmes musulmanes, ou aux esclaves qu’elles possèdent, ou aux domestiques mâles impuissants, ou aux garçons impubères qui ignorent tout des parties cachées des femmes. Et qu’elles ne frappent pas avec leurs pieds de façon que l’on sache ce qu’elles cachent de leurs parures. Et repentez-vous tous devant Dieu, ô croyants, afin que vous récoltiez le succès.» (sourate 24, verset 31).

Pour les littéralistes, ces versets seraient « clairs » et exigeraient le port du voile voire du niqab, mais pour beaucoup de penseurs et de rationalistes musulmans, le port du voile n’est pas une obligation. Gamal al-Banna, frère du fondateur des Frères musulmans, pense, lui, que le voile n’est plus valable de nos jours étant donné que ces versets s’adressaient à des femmes qui vivaient à une période précise où, de Médine à Athènes, toutes les femmes étaient voilées. D’ailleurs, nombre de musulmanes, en Tunisie ou en Turquie, y compris de ferventes pratiquantes, ne le mettent que lors de l’accomplissement des prières ; d’autres, plus âgées, le portent par tradition ou par pudeur. Récemment, le cheikh d’al-Azhar, le grand institut de théologie du Caire, a déclaré que le port du voile intégral relevait d’une «tradition et non pas du culte». Le cheikh Khaled Bentounès, guide spirituel du soufisme maghrébin, a affirmé pour sa part qu’«on a fait du voile un instrument idéologique pour avoir un stéréotype de femme modèle», dénonçant ainsi cet uniforme de l’idéologie salafiste. En tout état de cause, le retour du voile, sous ses différents aspects, coïncide avec l’avènement du salafisme contemporain.

10. Une loi contre le voile intégral est-elle applicable?

La question est actuellement en débat. La commission d’enquête parlementaire rendra son avis en janvier 2010. Pour l’heure, de nombreuses associations et des personnalités de la société civile sont auditionnées par les députés. Il aurait sans doute été préférable de créer une véritable commission d’enquête pour mieux connaître l’idéologie salafiste et son ancrage dans la société française.

Dans le cas de la mise en place d’une loi, il faudrait réfléchir dès à présent à son application. Nous sommes là devant une situation sensiblement différente de celle qui avait prévalu durant la polémique sur le voile à l’école, puisque l’interdiction de cet autre « signe » de l’islamisme fut appliquée par les responsables des établissements scolaires. Le respect d’une mesure visant à interdire le voile intégral devra cette fois être assuré par la force publique, qui devra verbaliser ou emmener au poste les éventuelles récalcitrantes. Et il y en aura ! Il faudrait en outre avoir l’assurance que cette loi, si elle venait à être promulguée, s’appliquera également l’été, lorsque les femmes et les filles ainsi que les servantes des riches princes saoudiens ou qataris déambuleront sur les Champs-Elysées.

* Journaliste, Mohamed Sifaoui est le coauteur avec Philippe Bercovici de «Ben Laden
dévoilé, la BD-attentat contre Al-Qaïda», Editions 12 Bis. Il est aussi l’auteur de «Pourquoi l’islamisme séduit-il ?», Editions Armand Colin, à paraître le 27 janvier 2010.