Procès Pistorius: Aurions-nous engendré un monstre à notre insu ? (Have we unwittingly cultivated a monster?)

14 septembre, 2014
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http://static.businessinsider.com/image/511e4fd4eab8eabb3100000e/image.jpgMa seule ligne de conduite, c’était gagner, conquérir, être le plus fort. J’en étais arrivé à penser que tout m’était dû, que telle ou telle fille devait coucher avec moi. Mike Tyson
 Aurions-nous engendré un monstre à notre insu ? Gianni Merlo (nègre d’Oscar Pistorius)
Nous étions très amoureux. Je ne pouvais pas rêver mieux et je sais qu’elle partageait ce sentiment. Oscar Pistorius
Je survivrai. Je gagne toujours. Oscar Pistorius
Reeva did these pictures when she was 14. They have been in the house a long time now, but we never realised what they were about. But there is a man standing in a field next to a tree and he is holding a gun. And then on the other side (the two paintings join together) is what could be Reeva wearing angel wings – and there is a ladder going up to heaven. We never really understood the painting but it almost seems like a premonition. If you look at it, she’s petrified. She’s showing horror. She’s terrified. Her hands are over her mouth. June Steenkemp
 « Je me suis réveillée ce matin, en sécurité dans ma maison, écrivit Reeva sur Instagram. Tout le monde n’a pas cette chance. Protestez contre le viol. Repose en paix Anene Booysen. #viol #crime #ditesNON.  Reeva Steenkemp
Oscar a certaines façons de faire avec les filles. Cette Reeva n’est probablement pas la seule et Oscar n’est sûrement pas le personnage que les gens imaginent. Samantha Taylor
Je suis si contente que Sam soit saine et sauve et qu’elle ait échappé à cet homme – quand ils sortaient ensemble, les choses auraient pu mal tourner, à cause de son pistolet. Mère de Samantha Taylor
Oscar Pistorius incarnait cette détermination à se battre contre vents et marées qui correspond à l’idée que se font les Sud-Africains de leur identité. Le meurtre a touché toutes les communautés de la « nation arc-en-ciel », pour toutes les mauvaises raisons. L’Afrique du Sud figure en tête, ou presque, des pires tableaux de statistiques : taux de meurtres, morts par balles, meurtres de femmes, nombre de femmes tuées par leur partenaire. Sur un plan purement statistique, Reeva Steenkamp est seulement l’une des trois femmes assassinées en moyenne chaque année par leur partenaire un soir de Saint-Valentin. Un chiffre sans doute sous-estimé : selon une étude publiée par la revue scientifique The Lancet en 2009, « au moins la moitié des femmes tuées en Afrique du Sud sont victimes de leur partenaire masculin ». (…) De fait, l’athlète était, semble-t-il, du genre possessif avec les femmes. En septembre 2012, il aurait promis à Quinton Van der Burgh, un magnat de la télévision et de l’industrie du charbon, de lui casser la gueule s’il n’arrêtait pas de tourner autour de sa petite amie de l’époque. Plus tard, quand un ami de Van der Burgh a demandé à Pistorius de se calmer, ce dernier l’aurait menacé de lui « casser les jambes ». Les trois hommes ont par la suite échangé des SMS au ton de plus en plus vif. Si vif que les Hawks, la brigade de police sud-africaine spécialisée contre le crime organisé, ont dû intervenir pour calmer les esprits. (…) Quelques mois avant la Saint-Valentin, Oscar avait déjà déchargé un pistolet à la table d’un restaurant de Johannesburg, Tashas. Il avait tiré en direction du sol, sans blesser personne. A l’époque, nul n’avait souhaité ébruiter l’affaire. Apparemment, il ne se déplaçait plus sans son calibre de 9 mm ; quand il était invité à dîner, il lui arrivait de poser son arme sur la table. L’opinion publique est très divisée à ce sujet. Détenir une arme à feu a beau être chose courante en Afrique du Sud, l’exhiber à tout bout de champ n’a rien de banal, surtout dans les milieux aisés que Pistorius fréquentait. Quelques-uns de ses proches ne se sont pas gênés pour le lui rappeler. D’autres ont considéré que son arme n’était jamais qu’une sorte d’accessoire de mode, un « truc cool ». Reeva Steenkamp elle-même n’avait rien contre les armes à feu, ni contre les voitures de sport, l’autre passion d’Oscar. (…) Au tribunal, l’accusation n’aura donc aucun mal à le dépeindre comme un amateur de gâchettes. En plus du 9 mm qu’il a dirigé contre sa petite amie, Pistorius avait demandé des autorisations pour six autres armes à feu en janvier 2013 : un revolver Smith & Wesson Model 500, trois fusils de chasse, Maverick, Winchester et Mossberg ; un revolver Special de calibre .38 et un fusil Vector .22. Il avait obtenu le droit de détenir une arme depuis 2010, après qu’une autorisation lui avait été refusée une première fois en 2008, pour une raison encore inconnue. D’autres histoires ont refait surface. Celle où il aurait pratiquement tiré sur son chien, Capone, dans un moment de panique. Puis celle de ce tweet tristement célèbre de novembre 2012, passé inaperçu à l’époque mais retrouvé après le meurtre : « Rien ne vaut de rentrer à la maison, entendre le bruit de la machine à laver, penser qu’un intrus est là et pénétrer dans la buanderie en mode close-combat ! Waah. » Curieux, certes. Mais rien de tout ça ne signifie meurtre prémédité. Au contraire, ses avocats vont insister sur cet aspect de sa personnalité : il était inquiet pour sa sécurité. Pendant sa période de détention provisoire, en février 2013, ses défenseurs ont longuement expliqué comment Pistorius avait sollicité la protection des Hawks. (…) Il pouvait aussi être impétueux, en témoigne cet accident de hors-bord en 2009 sur la rivière Vaal qui lui avait valu 172 points de suture au visage. Il avait toujours aimé faire du karting à toute vitesse, un style de conduite qu’il conservait en voiture. Un soir de décembre 2005, il avait aussi failli mourir en s’endormant au volant. Il s’en allait rejoindre sa petite amie, Vicky Miles, après une grosse engueulade au téléphone. Histoire tristement banale, la célébrité et ses privilèges provoquent parfois d’importants dégâts, particulièrement chez les jeunes qui ont grandi dans un environnement compliqué et que l’adulation des foules a éloignés des réalités. Mike Tyson, par exemple, a raconté comment il s’était mis à croire qu’il pouvait avoir tout ce qu’il voulait. « Ma seule ligne de conduite, c’était gagner, conquérir, être le plus fort, disait-il. J’en étais arrivé à penser que tout m’était dû, que telle ou telle fille devait coucher avec moi. » Oscar Pistorius vient certes d’un milieu plus favorisé que celui de Tyson, mais la célébrité a une dynamique propre. Si la gloire tend à corrompre, la gloire mondiale tend à corrompre à très grande échelle. Ajoutez à cela une passion pour les armes : l’explosion devient inévitable. Car, à ses yeux, la gloire c’était aussi cela, la possibilité de s’adonner pleinement à sa passion pour les voitures, les armes à feu et les filles, sans aucun contrepoids familial. En effet, depuis que ses parents s’étaient séparés, l’autorité morale de son père, Henke, avait faibli ; Oscar ne le considère d’ailleurs plus tellement comme un père et ils ne se sont pratiquement pas vus durant ces dix dernières années. Le 6 mars 2002, Henke s’était présenté inopinément au lycée de Pretoria pour annoncer à son fils la mort de sa mère. Sheila Pistorius était mal en point depuis quelque temps, elle avait été hospitalisée mais personne n’imaginait que sa vie était en danger. « J’ai cru que j’avais plutôt bien accepté sa mort, a écrit Oscar Pistorius dans son autobiographie parue en 2009. J’étais le seul à ne pas pleurer [à l'enterrement] et j’ai réconforté mon frère et ma soeur… mais le lendemain je me suis réveillé en larmes. J’avais complètement perdu mes repères. » (…) En public, Oscar se montrait toujours sous son meilleur jour, rares étaient ceux auxquels il laissait deviner la dureté de sa condition, ses moignons gonflés, égratignés et ensanglantés par les frottements dus à la course. (…) Sauver les apparences, refuser d’admettre la moindre faille dans son bonheur. Cela a un prix d’autant plus élevé que l’image sur-humaine qu’il renvoyait s’éloignait de la réalité. Mais avec qui pouvait-il en parler ? Certains, parmi ses proches, ont bien perçu son air préoccupé début 2013. L’un d’eux a même essayé d’aborder la question avec Oscar. Quand il a proposé son aide, il s’est entendu répondre que tout était sous contrôle. Compartimenter sa vie, pourquoi pas. A condition de conserver un regard honnête sur soi-même, de ne pas se présenter sous un jour différent d’une personne à l’autre. A mon avis, beaucoup de gens vont découvrir lors du procès des choses qu’ils ignoraient. En ce qui me concerne, je ne savais rien de sa passion pour les armes. Mais j’ai peur que certains détails de sa vie, les menaces qu’il a pu proférer, son attitude envers les femmes ou ses textos soient dévastateurs pour sa famille. D’autant plus si des preuves irréfutables de la préméditation devaient surgir. Comment admettre que derrière le  « héros » Pistorius, gentil garçon et athlète hors du commun, se cachait un meurtrier ? (…) Dans un pays gangrené par la corruption policière, où huit officiers ont récemment été inculpés de meurtre pour avoir ligoté un homme au pare-chocs arrière d’un fourgon avant de le traîner dans la rue (il fut plus tard retrouvé mort dans sa cellule), Hilton Botha est fier de ses vingt-quatre ans de service. « J’essaie d’enquêter sur chaque affaire comme si l’un des miens avait été assassiné », confie-t-il. Spécialiste des dossiers d’homicide, ce vétéran a considéré d’emblée le cas Pistorius comme une affaire simple : une femme tuée par son mari, son petit ami voire sa maîtresse. Ce genre de choses arrive hélas toutes les huit heures en Afrique du Sud. Il s’agit même de la principale cause de mort violente chez les femmes. (…) Tout trahissait l’homicide volontaire, assure l’inspecteur. Pourquoi un cambrioleur irait-il s’enfermer dans les toilettes ? Pourquoi les balles auraient-elles traversé le short de la victime si elle était assise sur la lunette des toilettes en pleine nuit ? Et pourquoi aurait-elle emporté son téléphone portable dans la salle de bains à trois heures du matin. Selon Botha, les balles l’avaient touchée au flanc droit. Autrement dit, elle n’était pas assise, mais probablement tapie derrière la porte verrouillée. D’après la disposition des projectiles dans la salle de bains, Botha estime que Pistorius avait appuyé sur la détente à moins d’un mètre cinquante de la porte. Selon lui, les impacts étaient orientés vers le bas, ce qui signifie que Pistorius portait bien ses prothèses à ce moment précis, contrairement à ce qu’il prétendra plus tard. Mais pourquoi aurait-il voulu pénétrer à l’endroit même où il pensait que le cambrioleur s’était caché ? Et pourquoi aurait-il ouvert le feu, au lieu d’attraper sa petite amie et de courir se mettre en lieu sûr ? (…) C’est en vivant comme si de rien n’était qu’Oscar Pistorius a surmonté une grave infirmité – il est né sans péroné, ce qui a nécessité l’amputation des jambes au-dessous du genou, à l’âge de 11 mois. « Ton frère enfile ses chaussures ; toi, tu enfiles tes jambes », lui répétait sa mère pour ancrer en lui l’idée qu’il ne devait par se laisser réduire à son handicap. Le divorce de ses parents quand il avait 6 ans puis la mort de sa mère neuf ans plus tard à cause d’une allergie à un médicament l’anéantirent. Brouillés avec leur père, son frère et lui se retrouvèrent comme deux « bateaux sans gouvernail », raconte-t-il dans ses mémoires Courir après un rêve (L’Archipel, 2010). Il se tatoua sur le bras les dates de naissance et de mort de sa maman, qui lui avait dit un jour : « Le vrai perdant n’est jamais celui qui franchit la ligne d’arrivée en dernier. Le vrai perdant, c’est celui qui reste sur la touche sans même essayer de courir. » Aucune autre femme n’a jamais pu égaler sa mère. Dans son livre, Oscar énumère ses déceptions sentimentales et ses ruptures. La piste a été son seul véritable amour. La presse l’a présenté comme « l’homme sans jambes le plus rapide du monde ». « À première vue, Oscar Pistorius a l’air d’un être surgi du futur, s’est enthousiasmé un journaliste de NBC. Il a la démarche d’un félin géant en maraude, si une telle créature était dotée de pieds en forme de nageoires au lieu de pattes. Quand il s’approche, avec ses lunettes Oakley dernier cri et son torse admirablement sculpté, on voit en lui un aperçu de notre évolution future : un personnage mi-homme mi-machine. » (…) Reeva rêvait d’apparaître dans Vanity Fair, confie sa mère, June Steenkamp, une femme blonde et menue, ajoutant tristement : « Il a fallu qu’elle perde la vie pour y parvenir. »  (…) La vie a joué un méchant tour à Reeva Steenkamp : sa mère et elle ont longtemps défendu avec passion les femmes victimes de violences. En Afrique du Sud, durant les années 2011 et 2012, on a enregistré 64 500 viols, soit un toutes les quatre minutes – un record mondial, selon le Département d’État américain. Même le président en exercice, Jacob Zuma, fut traduit en justice en 2006 pour le viol d’une militante de 31 ans avant d’être acquitté. (…) Elle se teignit les cheveux en blond, devint l’égérie de la marque Avon en Afrique du Sud, quitta son petit ami et Port Elizabeth pour les lumières de Johannesburg où, déclara-t-elle, elle voulait devenir mannequin. « Son père était tellement hostile à cette idée, il avait peur qu’une chose grave lui arrive, raconte June. C’est une jungle, Johannesburg, l’un des pires endroits du pays. »« Elle m’a téléphoné et m’a dit qu’elle arrivait tout juste de Port Elizabeth, qu’elle voulait devenir mannequin », confirme Jane Celliers, de l’agence Ice Model Management. Après lui avoir demandé ses mensurations, elle répondit : « Pour Ice, vous êtes trop petite. » Mais Reeva insista pour venir la voir. « Elle a franchi cette porte, et voilà : le coup de foudre. » Très vite, les photos de magazines et les spots télévisés s’enchaînèrent. Reeva était la superbe blonde publicitaire de nombreuses marques : les sucettes Pin Pop, Toyota, Kentucky Fried Chicken, la bière Cardinal et les chewing-gums Hollywood. Mais elle voulait aussi faire la couverture d’un magazine grand public. À l’époque, FHM était un mensuel masculin très en vogue. « Des filles en bikinis », résume Hagen Engler, l’ancien rédacteur en chef de l’édition sud-africaine. Il se souvient de la détermination farouche de Reeva, qui ne voulait pas seulement être vue, mais aussi être lue et entendue. Elle était un peu trop ronde pour poser en maillot de bains. Grâce au yoga, à un régime strict et à beaucoup d’exercice, elle mit peu de temps pour se sculpter une silhouette fine et bien galbée. « Reeva était toujours sexy, poursuit Engler. En bikini, elle pouvait déchirer. » En outre, elle pigeait ce qu’elle appelait « le jeu » : provoquer une émotion. Elle commença par charmer les 70 000 lecteurs de FHM « avec une minuscule photo d’elle en maillot, format timbre-poste, se remémore Engler, puis avec une autre, un peu plus grande ». Au bout de trois ans, elle décrochait la couverture du numéro de décembre 2011. Le rédacteur en chef n’a pas oublié cette séance en bikini fuchsia. Pendant l’interview, Reeva tint ce propos : « Ce qui me passionne, c’est de prendre la défense des gens qui n’ont pas conscience de leurs droits. » (…) Reeva avait décroché une apparition dans « Tropika Island of Treasure », une émission de télé-réalité que l’on m’a décrite comme « une version de “Koh Lanta” où l’on vous assure le gîte et le couvert ». Selon l’agent Jane Celliers, « Reeva n’était pas encore une célébrité, seulement un mannequin connu ; “Tropika” lui a permis d’accéder à un nouveau statut : on l’invitait dans les talk-shows ». Comme me l’a expliqué son agent de relations publiques, Sarit Tomlinson : « Quand vous êtes célèbre, vous avez une voix, un ton, une tribune, et vous pouvez vous faire entendre. Que ce soit sur Twitter, à la télé, à la radio, Reeva s’exprimait avec passion sur les violences infligées aux femmes, auxquelles elle prêtait sa voix. »(…) Tout en poursuivant sa carrière, elle sortit brièvement avec Francois Hougaard, la star du rugby sud-africain. (…) « Personne ne connaissait le véritable Oscar, personne ne voulait gratter la façade », admet le journaliste sportif Graeme Joffe. Selon les estimations, il touchait 1,5 million d’euros par an de ses sponsors, parmi lesquels Nike, Oakley et les parfums Thierry Mugler, et c’était un bon placement. « Il ne fallait surtout pas faire peur à un sponsor comme Nike, souligne Joffe. Les incidents devenaient des non-événements. » Quand Pistorius perdit le 200 mètres face au brésilien Alan Fonteles Cardoso Oliveira aux Jeux paralympiques de 2012, il critiqua le vainqueur qui aurait utilisé des lames de carbone plus longues que les siennes. « On sentait vraiment le dépit, estime Joffe. Il a pété un câble. Le lendemain, il s’est excusé ; non pour ce qu’il avait dit, mais pour la façon dont il s’était exprimé : sur la piste, juste après la course, devant tous les médias. » (…) Pistorius avait beau ne pas être au niveau pour les Jeux olympiques, il obtint tout de même son billet. Parce que c’était lui. « On a pris une décision politique », a répondu Fikile Mbalula, le ministre des sports sud-africain, lorsqu’il fut interrogé à la radio. « Oscar est arrivé en demi-finale du 400 mètres, se rappelle Joffe. Il était sur les starting-blocks devant 80 000 personnes dans le stade. Avant cela, les gens ne savaient même pas où était l’Afrique du Sud. C’était notre emblème, une figure mondiale, un symbole, un modèle pour des millions de gens dans le monde, un athlète infirme capable de se mesurer aux athlètes valides. Personne ne tente de déboulonner une telle idole. » Après les Jeux olympiques, Pistorius s’envola pour l’Amérique, où il participa à de grandes émissions de télévision comme le « Tonight Show » de Jay Leno. À son retour, Oscar le modeste avait disparu au profit de Pistorius l’invincible. « Il la ramenait sur ses aventures dans le monde, raconte un ancien proche. Il était du genre à dire “C’est moi le grand homme, c’est moi, Oscar. La planète me doit bien ça.” Comme si tout lui était dû. Il n’était pas comme ça. On l’a poussé dans cette direction. » Ses amis n’étaient plus les bons gars d’avant, mais les bandes de skinheads tatoués de Johannesburg Sud. « Il s’entourait de gens pour qui la violence et la colère tenaient lieu d’exutoire. Dieu me pardonne, je n’ai pas vu venir la suite. Mais je savais que quelque chose allait exploser. » Même Gianni Merlo, le journaliste italien qui avait aidé Pistorius à écrire ses mémoires, s’interrogeait : « Aurions-nous engendré un monstre à notre insu ? » La tension des Jeux laissa des traces. « Il était d’une humeur massacrante, se rappelle Jonathan McEvoy, le chroniqueur sportif du Daily Mail. Lors de ses entraînements, les mères de famille et les enfants qui fréquentaient aussi la salle de sport étaient un peu interloqués de l’entendre proférer des insultes. Tout d’un coup, il sortait de la salle au milieu d’une séance. Il était renfrogné et grossier. Apparemment, il survivait à coups de boissons énergétiques et de comprimés de caféine. » McEvoy interrogea Pistorius sur les armes dans sa chambre – « un flingue en acier noir sur la table de chevet, et un sinistre pistolet-mitrailleur Taurus sous la fenêtre ». Réponse du sprinteur : « C’est pour me protéger, mon frère. » McEvoy note : « Il était incapable de trouver le sommeil – ce qui n’était guère surprenant, vu les comprimés et tout le café qu’il avalait. Il se levait souvent au milieu de la nuit et se rendait au stand de tir avec son pistolet et deux boîtes de munitions. » Il avait un pitbull et un bull-terrier, deux tigres blancs (qu’il vendit à un zoo canadien quand les bêtes dépassèrent les 200 kg) et des parts dans au moins un cheval de course. Il possédait une collection de bolides et venait de commander une McLaren Spider à plus de 200 000 euros. Pour sa protection, il avait un pistolet avec permis et il avait déposé d’autres demandes pour trois fusils de chasse, une carabine et deux revolvers.En novembre 2011, il posta ce tweet : « Sur 50 tirs à plus de 300 m, j’ai touché la tête à 96 % ! Pan ! », avec une photo de lui tirant au pistolet sur un stand près de Gemona, en Italie, où il s’exerçait souvent. Six semaines avant les Jeux de Londres, en route pour un autre stand de tir, il tweeta : « Gonflé à bloc ! Yeaaah, mec ! » Selon un ami directeur d’hôtel interrogé par McEvoy, « Oscar disposait aussi de toute une panoplie de blondes ». Le 4 novembre 2012, il en rencontra une nouvelle. « Si vous cherchez la définition du mot “hot” dans le dictionnaire, vous y trouverez Reeva Steenkamp », écrivit un utilisateur de Twitter la veille de la rencontre entre Oscar et la jeune fille.  Mark Seal

Aurions-nous engendré un monstre à notre insu ? 

Contrats publicitaires de plusieurs millions de dollars, adulation des foules, mythe dans son propre pays, collection de voitures de sport, d’armes à feu et de blondes, amis propriétaires de yachts et de belles voitures qui l’initiaient à leur vie de flambeur, prises d’excitants, insomnies, paranoïa, rivalités avec d’autres sportifs …

Au lendemain de l’acquittement de l’athlète handisport sud-africain Oscar Pistorius pour meurtre mais de sa condamnation pour homicide involontaire par la seule juge Thokozile Matilda Masipa (l’Afrique du sud ne disposant pas de système de jurés) …

Et à l’heure où après les frasques de Tiger Woods et les mensonges de Lance Armstrong, l’équipementier sportif américain Nike qui l’avait affublé du slogan presque prémonitoire et en tout cas morbide de « balle dans le canon d’un pistolet » s’est enfin décidée à le retirer de ses campagnes …

Comment ne pas se poser la question du journaliste italien qui lui avait servi de nègre pour ses mémoires ?

Procès
Oscar Pistorius, la face cachée d’un demi-dieu

Mark Seal

Vanity Fair

June 2013

Pour avoir réussi à participer aux Jeux olympiques avec des jambes artificielles, Oscar Pistorius était une star et un exemple. Depuis le meurtre de sa compagne, le monde découvre la part sombre du héros. Vendredi 12 septembre, à la suite d’un long et médiatique procès, le verdict, clément, tombe : Oscar Pistorius est reconnu coupable d’homicide involontaire, la juge ayant écarté la préméditation et le meurtre. En Afrique du Sud, Mark Seal avait recueilli pour Vanity Fair les confidences du premier enquêteur chargé de l’affaire et remonté le cours des événements jusqu’à la nuit fatidique.
Le 14 février 2013, à 4 heures du matin, l’inspecteur Hilton Botha fut réveillé par un coup de téléphone de son supérieur. « Oscar a tiré sur sa fiancée », souffla-t-il à son épouse, Audrey, après avoir raccroché. Elle n’eut pas à lui demander qui était Oscar. « Nous le connaissons tous », m’explique-t-elle un mois plus tard, attablée avec son mari dans un café de Johannesburg. Le monde entier connaît Oscar Pistorius, l’homme qui a surmonté une amputation des deux jambes quand il était gamin avant de devenir le Blade Runner sud-africain, capable de concourir, à l’âge de 25 ans, aux Jeux olympiques de Londres en 2012 comme n’importe quel athlète de haut niveau. Mais Audrey Botha n’avait pas oublié non plus le jeune homme impétueux que son mari avait arrêté pour agression en 2009 : il était accusé d’avoir grièvement blessé une jeune femme en lui claquant une porte au visage lors d’une soirée. Pistorius contesta ces accusations et les poursuites furent abandonnées.

Un quart d’heure après cet appel nocturne, Hilton Botha était au domicile de Pistorius, à Silver Woods Country Estate, une enclave résidentielle sous haute sécurité de Pretoria, la capitale de l’Afrique du Sud. L’une des premières choses qu’il vit en franchissant la porte fut le corps de Reeva Steenkamp, magnifique blonde de 29 ans, mannequin et star de la télé-réalité. Pistorius, qui sortait avec elle depuis quatre mois, lui avait tiré trois fois dessus. « Je l’ai trouvée au pied de l’escalier, recouverte de serviettes, baignant dans une mare de sang », confie Botha. Quelques minutes après les coups de feu, Pistorius téléphona au responsable de la résidence pour le prier d’appeler une ambulance. Ensuite, il porta Reeva de la salle de bains jusqu’au bas des marches – « les jambes et les bras ballants », écrira un journal – et l’allongea sur le sol, avant de pratiquer le bouche-à-bouche. Quelqu’un aurait tenté de lui poser un garrot au bras, sur l’une des blessures, pour enrayer l’hémorragie. Botha se remémore les mots d’un témoin : « Elle respirait encore en émettant une sorte de râle étranglé. » Un médecin accouru d’une maison voisine a dit : « Ce garrot ne servira a rien, elle a été blessée à la tête. » Puis elle a cessé de respirer.

« C’était une grande maison, impeccablement propre et rangée, poursuit l’inspecteur. On voyait qu’il y avait de l’argent ici, avec tous ces meubles, ces portraits, ces toiles. Les étagères étaient remplies de trophées. Il y avait même une photo de Mike Tyson et son gant de boxe dédicacé. » L’enquêteur contourna le cadavre et monta l’escalier de marbre jusqu’à la chambre d’où l’on avait fait feu une heure plus tôt. La scène du crime se trouvait dans la salle de bains – une douche, deux vasques et un cabinet de toilette à la porte criblée de balles. Pistorius l’avait défoncée à coups de batte de cricket. Il prétendait avoir agi ainsi parce que Reeva était enfermée à l’intérieur. La batte ensanglantée gisait sur le sol de la salle de bains, près de deux téléphones portables et d’un pistolet Parabellum 9 mm.

Dans le café, Botha s’accroupit devant moi pour exposer sa thèse : la jeune femme se serait réfugiée à l’intérieur des toilettes, en croisant les bras, ce qui expliquerait pourquoi une balle avait transpercé les doigts avant de pénétrer dans le bras. Une autre l’avait atteinte à l’oreille droite, une troisième à la hanche. « Peu importe où elle se trouvait dans les toilettes, elle n’avait aucune chance d’en réchapper », explique-t-il.

Dans un pays gangrené par la corruption policière, où huit officiers ont récemment été inculpés de meurtre pour avoir ligoté un homme au pare-chocs arrière d’un fourgon avant de le traîner dans la rue (il fut plus tard retrouvé mort dans sa cellule), Hilton Botha est fier de ses vingt-quatre ans de service. « J’essaie d’enquêter sur chaque affaire comme si l’un des miens avait été assassiné », confie-t-il. Spécialiste des dossiers d’homicide, ce vétéran a considéré d’emblée le cas Pistorius comme une affaire simple : une femme tuée par son mari, son petit ami voire sa maîtresse. Ce genre de choses arrive hélas toutes les huit heures en Afrique du Sud. Il s’agit même de la principale cause de mort violente chez les femmes.

La thèse du cambrioleur
Botha insiste : « Il est exclu qu’il ait pu se produire autre chose. Il n’y avait qu’eux dans la maison et, d’après tous les registres de la sécurité, elle y était depuis deux ou trois jours. Il n’y a pas eu d’effraction. Le seul accès possible était la fenêtre ouverte de la salle de bains et nous avons tout fait pour voir si quelqu’un était passé par là. Réponse : impossible. J’ai pensé que ce serait une affaire vite bouclée. Il l’avait abattue, point final. J’ai donc dit à mon supérieur : “Vous lui avez lu ses droits, vous devez l’arrêter”. » Botha se rendit ensuite dans le garage : Pistorius, dont la chemise et le short étaient maculés de sang, portait ses prothèses aux jambes, assis sur un banc de musculation, au milieu de son matériel d’entraînement. « Il se tenait la tête et il pleurait. Il y avait du sang partout, mais rien sur ses mains. Nous lui avons demandé : “Vous vous êtes lavé les mains ? Il a répondu : “Oui, elles étaient couvertes de sang”. »
« Vous vous souvenez de moi ? demanda Botha, faisant allusion au jour où il avait arrêté Pistorius pour coups et blessures quatre ans plus tôt.
– Oui, répondit l’athlète.
– Que s’est-il passé ?
– J’ai cru que c’était un cambrioleur. »

Tout trahissait l’homicide volontaire, assure l’inspecteur. Pourquoi un cambrioleur irait-il s’enfermer dans les toilettes ? Pourquoi les balles auraient-elles traversé le short de la victime si elle était assise sur la lunette des toilettes en pleine nuit ? Et pourquoi aurait-elle emporté son téléphone portable dans la salle de bains à trois heures du matin. Selon Botha, les balles l’avaient touchée au flanc droit. Autrement dit, elle n’était pas assise, mais probablement tapie derrière la porte verrouillée. D’après la disposition des projectiles dans la salle de bains, Botha estime que Pistorius avait appuyé sur la détente à moins d’un mètre cinquante de la porte. Selon lui, les impacts étaient orientés vers le bas, ce qui signifie que Pistorius portait bien ses prothèses à ce moment précis, contrairement à ce qu’il prétendra plus tard. Mais pourquoi aurait-il voulu pénétrer à l’endroit même où il pensait que le cambrioleur s’était caché ? Et pourquoi aurait-il ouvert le feu, au lieu d’attraper sa petite amie et de courir se mettre en lieu sûr ?

« Cela ne tient pas la route », se dit Botha après avoir entendu cette histoire de cambriolage. Parce qu’il était sûr de lui et qu’il avait décidé d’accumuler les preuves, le détective eut alors l’impression qu’on le soupçonnait à son tour. Ses supérieurs ne tardèrent pas à lui retirer l’affaire. Peu après, il démissionna de la police. D’après lui, sa crédibilité et sa réputation ont été mises en doute pour une simple raison : il n’a pas cru un seul instant que Pistorius ait confondu Reeva avec un cambrioleur avant de l’abattre de sang-froid.

« un être surgi du futur »
C’est en vivant comme si de rien n’était qu’Oscar Pistorius a surmonté une grave infirmité – il est né sans péroné, ce qui a nécessité l’amputation des jambes au-dessous du genou, à l’âge de 11 mois. « Ton frère enfile ses chaussures ; toi, tu enfiles tes jambes », lui répétait sa mère pour ancrer en lui l’idée qu’il ne devait par se laisser réduire à son handicap. Le divorce de ses parents quand il avait 6 ans puis la mort de sa mère neuf ans plus tard à cause d’une allergie à un médicament l’anéantirent. Brouillés avec leur père, son frère et lui se retrouvèrent comme deux « bateaux sans gouvernail », raconte-t-il dans ses mémoires Courir après un rêve (L’Archipel, 2010). Il se tatoua sur le bras les dates de naissance et de mort de sa maman, qui lui avait dit un jour : « Le vrai perdant n’est jamais celui qui franchit la ligne d’arrivée en dernier. Le vrai perdant, c’est celui qui reste sur la touche sans même essayer de courir. » Aucune autre femme n’a jamais pu égaler sa mère. Dans son livre, Oscar énumère ses déceptions sentimentales et ses ruptures. La piste a été son seul véritable amour. La presse l’a présenté comme « l’homme sans jambes le plus rapide du monde ». « À première vue, Oscar Pistorius a l’air d’un être surgi du futur, s’est enthousiasmé un journaliste de NBC. Il a la démarche d’un félin géant en maraude, si une telle créature était dotée de pieds en forme de nageoires au lieu de pattes. Quand il s’approche, avec ses lunettes Oakley dernier cri et son torse admirablement sculpté, on voit en lui un aperçu de notre évolution future : un personnage mi-homme mi-machine. »

Face à l’ultime défi qui se dresse devant lui – éviter de finir ses jours en prison –, Oscar peut compter sur sa famille, ses amis et ses experts en communication. Leur stratégie : accuser tout le monde sauf lui de la mort de Reeva. Son oncle Arnold, un riche promoteur immobilier et porte-parole du clan, assure : « Nous ne doutons pas une seconde que les éléments de l’enquête réfuteront toute possibilité de meurtre avec préméditation, ou même de meurtre tout court. » Certains justifient la situation d’Oscar par son enfance : il a grandi à Johannesburg, la plus grande métropole d’Afrique du Sud, un foyer de racisme et de violence à l’époque de l’apartheid. D’autres soulignent la criminalité endémique du pays, où la moitié de la population gagne moins de 50 euros par mois. Le père d’Oscar, Henke, ses oncles et son grand-père ont affirmé posséder 55 armes à feu, utiles « pour la chasse » et pour leur « protection ». Quoi d’étonnant à cela ? « On ne peut pas se fier à la police, ajoute Henke. Dans un pays comme celui-ci, vous vous réveillez au milieu de la nuit et quelqu’un est entré chez vous : que faites-vous ? Vous croyez que c’est un membre de la famille ? Bien sûr que non. »

« Je ne peux pas imaginer Oscar perpétrant les actes commis dans cette pièce ce soir-là », confie Mike Azzie, que l’athlète appelle « Oncle Mike ». Cet ami de longue date a parlé à Pistorius presque chaque jour depuis le drame. Ils possèdent ensemble un cheval de course, dont Oscar essaie de revendre sa part pour couvrir les frais de procédure. « À chaque fois, je lui demande : “Comment tu te sens, Ozzie ?, et lui me répète : “Je suis un homme brisé, Oncle Mike”. Puis il évoque Reeva et sa famille. » Mike raconte le jour où son fils dormit chez Oscar : au milieu de la nuit, il s’était réveillé pour aller boire un verre d’eau mais il a fait un peu de bruit. « Oscar a déboulé un pistolet à la main, assure-t-il. En Afrique du Sud, personne n’est en sécurité. Ils ne se contentent pas d’entrer chez vous, de vous ligoter et de vous voler vos biens. Ils vous humilient devant votre famille. Ils violent votre femme, pissent sur vos enfants, tuent le chef de famille d’une balle dans la nuque et laissent les gamins orphelins. Ici, vous avez un gosse privé de ses jambes. Il entend du bruit dans la maison, sa petite amie est là et aussitôt il passe en mode combat et panique. Il se dit : je dois protéger cette fille. Je ne vois pas ce qui aurait pu se passer d’autre dans la tête de ce pauvre gamin. »

Un viol toutes les quatre minutes
À mon arrivée à Johannesburg, un porte-parole du clan Pistorius m’indique que la famille n’est pas disposée à accorder d’entretiens, que ses membres refusent d’être mêlés à des « parasitages médiatiques » comme celui provoqué par Henke avec ses commentaires jugés racistes (celui-ci a accusé l’ANC, le parti de Nelson Mandela, de refuser de protéger les Blancs). La famille consacre toute son énergie à la défense d’Oscar. Quant à Pistorius lui-même, qui communique avec moi par l’entremise d’un agent de relations publiques, il se dit « encore profondément affecté » par la mort de Reeva : « La dernière chose qui me viendrait à l’esprit, affirme-t-il, serait de parler avec un journaliste ou d’accepter une séance photo. »

En revanche, les amis et la famille de Reeva sont plus enclins à s’exprimer. Un soir, une partie de l’entourage se retrouve au domicile de Cecil Myers, que la jeune femme considérait comme son « papa de Jo’burg ». Lui et son épouse Desi, leurs deux filles et leurs amis racontent la relation entre Reeva et l’homme de sa vie. « J’ai dit que ce Pistorius pouvait pourrir en enfer et je le pensais, s’écrie Cecil, gagné par l’émotion. Il n’y en a aujourd’hui que pour Oscar, Oscar, Oscar. Et Reeva, alors ? »

Reeva rêvait d’apparaître dans Vanity Fair, confie sa mère, June Steenkamp, une femme blonde et menue, ajoutant tristement : « Il a fallu qu’elle perde la vie pour y parvenir. » Nous sommes chez June, une modeste demeure de Port Elizabeth, sur la côte sud du pays, pleine de photos de Reeva. Elle est encore scandalisée d’avoir reçu des fleurs accompagnées d’un mot « de la part du bureau d’Oscar Pistorius » : ce dernier a eu le toupet d’organiser sa propre cérémonie funéraire en la mémoire de Reeva. Peu après le meurtre, Arnold Pistorius, l’oncle d’Oscar, lui a téléphoné. Elle se rappelle lui avoir répondu : « Je n’ai rien à vous dire et je n’ai aucune envie d’entendre ce que vous avez à me raconter.
– Alors je suis tout à fait désolé de vous avoir importunée », a dit l’oncle.
« J’ai raccroché. Nous en sommes restés là, précise-t-elle. Il voulait peut-être m’inviter à leur cérémonie privée. J’ai trouvé cela franchement déplacé. » Le père de Reeva, Barry, grand gaillard barbu de 69 ans, préfère rester dehors. Il est incapable de parler sans fondre en larmes. « En fait, il est beaucoup plus émotif que moi », glisse June. Elle raconte : « Nous avons fait venir son corps ici pour la veillée funèbre. Il gelait. Elle ressemblait à une poupée de cire. Toujours aussi belle. Je me suis évanouie. Ils m’ont sortie. J’ai insisté pour y retourner. Je lui ai dit à quel point je l’aimais, et que je l’espérais enfin à l’abri, vu la façon dont elle était morte. »

La vie a joué un méchant tour à Reeva Steenkamp : sa mère et elle ont longtemps défendu avec passion les femmes victimes de violences. En Afrique du Sud, durant les années 2011 et 2012, on a enregistré 64 500 viols, soit un toutes les quatre minutes – un record mondial, selon le Département d’État américain. Même le président en exercice, Jacob Zuma, fut traduit en justice en 2006 pour le viol d’une militante de 31 ans avant d’être acquitté. Enfant, Reeva voulait être avocate, mais le destin la frappa une première fois quand elle était en faculté de droit. « Elle montait un de nos chevaux de course et elle est tombée sur le dos, révèle June. Bilan : deux vertèbres écrasées. Les médecins n’étaient pas certains qu’elle puisse marcher à nouveau. Elle est restée allongée six semaines, sans savoir si elle pourrait se relever un jour. »
Une fois rétablie, elle décida d’abandonner le terrain juridique pour mener une nouvelle vie. Elle se teignit les cheveux en blond, devint l’égérie de la marque Avon en Afrique du Sud, quitta son petit ami et Port Elizabeth pour les lumières de Johannesburg où, déclara-t-elle, elle voulait devenir mannequin. « Son père était tellement hostile à cette idée, il avait peur qu’une chose grave lui arrive, raconte June. C’est une jungle, Johannesburg, l’un des pires endroits du pays. »

« Elle m’a téléphoné et m’a dit qu’elle arrivait tout juste de Port Elizabeth, qu’elle voulait devenir mannequin », confirme Jane Celliers, de l’agence Ice Model Management. Après lui avoir demandé ses mensurations, elle répondit : « Pour Ice, vous êtes trop petite. » Mais Reeva insista pour venir la voir. « Elle a franchi cette porte, et voilà : le coup de foudre. »
Très vite, les photos de magazines et les spots télévisés s’enchaînèrent. Reeva était la superbe blonde publicitaire de nombreuses marques : les sucettes Pin Pop, Toyota, Kentucky Fried Chicken, la bière Cardinal et les chewing-gums Hollywood. Mais elle voulait aussi faire la couverture d’un magazine grand public. À l’époque, FHM était un mensuel masculin très en vogue. « Des filles en bikinis », résume Hagen Engler, l’ancien rédacteur en chef de l’édition sud-africaine. Il se souvient de la détermination farouche de Reeva, qui ne voulait pas seulement être vue, mais aussi être lue et entendue. Elle était un peu trop ronde pour poser en maillot de bains. Grâce au yoga, à un régime strict et à beaucoup d’exercice, elle mit peu de temps pour se sculpter une silhouette fine et bien galbée. « Reeva était toujours sexy, poursuit Engler. En bikini, elle pouvait déchirer. » En outre, elle pigeait ce qu’elle appelait « le jeu » : provoquer une émotion. Elle commença par charmer les 70 000 lecteurs de FHM « avec une minuscule photo d’elle en maillot, format timbre-poste, se remémore Engler, puis avec une autre, un peu plus grande ». Au bout de trois ans, elle décrochait la couverture du numéro de décembre 2011. Le rédacteur en chef n’a pas oublié cette séance en bikini fuchsia. Pendant l’interview, Reeva tint ce propos : « Ce qui me passionne, c’est de prendre la défense des gens qui n’ont pas conscience de leurs droits. »

« Elle avait alors 27 ans, l’âge de la maturité pour un mannequin, souligne Engler. Il fallait qu’elle y arrive, et vite. » La quasi-totalité de ses quatre années à Johannesburg, elle a vécu avec Warren Lahoud, un jeune exportateur de légumes au sourire enjoué. « Reeva était hypermotivée, passionnée et quand elle se fixait sur quelque chose, elle y allait, raconte-t-il. Elle me répétait tout le temps combien elle m’aimait. » Apparemment, tout le monde adorait Warren, surtout la mère de Reeva. « Un vrai gentleman, me confirme June Steenkamp. Je ne sais pas ce qui a mal tourné, mais elle commençait à avoir d’autres fréquentations. Il y avait sa carrière, et lui, il était plutôt casanier, vous voyez ? Elle m’a averti qu’elle miserait désormais tout sur le mannequinat, et elle multipliait les castings pour des films. »

Reeva avait décroché une apparition dans « Tropika Island of Treasure », une émission de télé-réalité que l’on m’a décrite comme « une version de “Koh Lanta” où l’on vous assure le gîte et le couvert ». Selon l’agent Jane Celliers, « Reeva n’était pas encore une célébrité, seulement un mannequin connu ; “Tropika” lui a permis d’accéder à un nouveau statut : on l’invitait dans les talk-shows ». Comme me l’a expliqué son agent de relations publiques, Sarit Tomlinson : « Quand vous êtes célèbre, vous avez une voix, un ton, une tribune, et vous pouvez vous faire entendre. Que ce soit sur Twitter, à la télé, à la radio, Reeva s’exprimait avec passion sur les violences infligées aux femmes, auxquelles elle prêtait sa voix. »

En 2012, Reeva et Lahoud finirent par rompre. « J’ai déménagé et je lui ai laissé l’appartement, dit le jeune homme. Il restait deux mois de bail. Nous avons dû admettre que ça ne marchait plus entre nous. » Reeva se mit à chercher un autre logement. Entre-temps, elle s’installa chez les parents de Gina Myers, une maquilleuse professionnelle qu’elle avait rencontrée lors d’une soirée de gala. Tout en poursuivant sa carrière, elle sortit brièvement avec Francois Hougaard, la star du rugby sud-africain.

Odieux avec les femmes
Après avoir téléphoné aux Steenkamp pour les informer de la tragédie qui avait frappé leur fille, Botha organisa le transfert du corps de Reeva afin de faire pratiquer une autopsie. Il donna instruction à ses collègues de conduire Pistorius dans un hôpital pour le soumettre à des analyses de sang et d’urine, dont les résultats n’ont pas été révélés. Puis il retourna sur la scène du crime recueillir des pièces à conviction et les placer sous scellés. Il y trouva des munitions non autorisées pour un revolver calibre 38, des flacons contenant un liquide non identifié ainsi que des seringues et des aiguilles. « Nous avons emporté les ordinateurs portables, les iPad, les téléphones, le pistolet, les cartouches… le tout étiqueté et transmis à divers départements de la police scientifique », précise-t-il. Il a même récupéré la porte des toilettes fracassée après que quelqu’un eut offert 40 000 euros à un policier pour la photographier. « Si quelqu’un la vole et la revend, notre dossier est vidé de sa substance », prévient Botha.

L’inspecteur s’est ensuite concentré sur le comportement de Pistorius. Un témoin s’est rappelé un dîner avec des amis, quelques semaines avant le meurtre de Reeva. L’un d’eux avait un pistolet, qu’il avait fait passer à Oscar sous la table. Le coup était parti, une balle avait ricoché, manquant d’atteindre le pied d’un convive.
Il y eut aussi un incident sur le circuit automobile de Kyalami, où Pistorius avait pris à partie Quinton van der Burgh, le magnat de l’industrie minière et producteur de télévision du Cap. Il avait entendu dire que Quinton était sorti avec l’une de ses ex. « Il s’est mis à hurler et il a menacé de lui casser la gueule s’il continuait à tourner autour de cette fille », dit Botha. Van der Burgh consulta un avocat pour obtenir une injonction d’éloignement. L’un des amis de l’homme d’affaires, l’ancien footballeur Marc Batchelor, conseilla vivement à Pistorius de le laisser tranquille. « Pistorius a menacé Batchelor de lui briser les jambes », poursuit Botha. L’intéressé déclara au Star, le quotidien de Johannesburg : « Il m’a appelé “petit bonhomme” et m’a dit qu’il n’avait pas peur de moi. Le personnage qui me parlait au téléphone ne ressemblait en rien à son image. Il emportait partout un pistolet, et il se comportait de façon odieuse avec les femmes. »

L’inspecteur se souvient de la première fois où il avait arrêté l’athlète, en septembre 2009. Pistorius était soupçonné d’avoir blessé une dénommée Cassidy Taylor-Memmory, lors d’une soirée chez lui, dans sa résidence de Silver Woods Country Estate. Au poste de police, il avait signé des autographes et posé avec des fonctionnaires de police visiblement sous le charme. Les plaintes furent vite abandonnées, Pistorius allant jusqu’à réclamer à Cassidy 22 millions de rands (1,7 million d’euros) de dommages et intérêts, au motif que son interpellation lui avait fait perdre des sponsors. La jeune femme contre-attaqua en justice. Pendant plusieurs années, aucune des deux parties ne céda. Quelques semaines après le meurtre de Reeva, Pistorius retira sa plainte.

J’ai rencontré les avocats de Cassidy, qui m’ont donné leur version de l’incident. Lors de cette soirée, la petite amie de Pistorius, le mannequin Melissa Rom, aurait eu une altercation avec lui après l’avoir surpris en train de flirter avec une autre femme. Furieux, Oscar s’était mis à l’injurier. Sous l’emprise de l’alcool, il aurait ensuite chassé Melissa et son amie Cassidy de sa maison. Une fois dehors, la seconde s’était aperçue qu’elle avait oublié son sac à main avec ses clefs de voiture. Quand elle voulut revenir les chercher, Pistorius aurait claqué la porte si violemment que des éclats auraient entaillé la jambe de la jeune fille. « Personne ne connaissait le véritable Oscar, personne ne voulait gratter la façade », admet le journaliste sportif Graeme Joffe. Selon les estimations, il touchait 1,5 million d’euros par an de ses sponsors, parmi lesquels Nike, Oakley et les parfums Thierry Mugler, et c’était un bon placement. « Il ne fallait surtout pas faire peur à un sponsor comme Nike, souligne Joffe. Les incidents devenaient des non-événements. » Quand Pistorius perdit le 200 mètres face au brésilien Alan Fonteles Cardoso Oliveira aux Jeux paralympiques de 2012, il critiqua le vainqueur qui aurait utilisé des lames de carbone plus longues que les siennes. « On sentait vraiment le dépit, estime Joffe. Il a pété un câble. Le lendemain, il s’est excusé ; non pour ce qu’il avait dit, mais pour la façon dont il s’était exprimé : sur la piste, juste après la course, devant tous les médias. »

Ses amis skinheads
Pistorius avait beau ne pas être au niveau pour les Jeux olympiques, il obtint tout de même son billet. Parce que c’était lui. « On a pris une décision politique », a répondu Fikile Mbalula, le ministre des sports sud-africain, lorsqu’il fut interrogé à la radio. « Oscar est arrivé en demi-finale du 400 mètres, se rappelle Joffe. Il était sur les starting-blocks devant 80 000 personnes dans le stade. Avant cela, les gens ne savaient même pas où était l’Afrique du Sud. C’était notre emblème, une figure mondiale, un symbole, un modèle pour des millions de gens dans le monde, un athlète infirme capable de se mesurer aux athlètes valides. Personne ne tente de déboulonner une telle idole. »

Après les Jeux olympiques, Pistorius s’envola pour l’Amérique, où il participa à de grandes émissions de télévision comme le « Tonight Show » de Jay Leno. À son retour, Oscar le modeste avait disparu au profit de Pistorius l’invincible. « Il la ramenait sur ses aventures dans le monde, raconte un ancien proche. Il était du genre à dire “C’est moi le grand homme, c’est moi, Oscar. La planète me doit bien ça.” Comme si tout lui était dû. Il n’était pas comme ça. On l’a poussé dans cette direction. » Ses amis n’étaient plus les bons gars d’avant, mais les bandes de skinheads tatoués de Johannesburg Sud. « Il s’entourait de gens pour qui la violence et la colère tenaient lieu d’exutoire. Dieu me pardonne, je n’ai pas vu venir la suite. Mais je savais que quelque chose allait exploser. » Même Gianni Merlo, le journaliste italien qui avait aidé Pistorius à écrire ses mémoires, s’interrogeait : « Aurions-nous engendré un monstre à notre insu ? »
“ Aurions-nous engendré un monstre à notre insu? ”

La tension des Jeux laissa des traces. « Il était d’une humeur massacrante, se rappelle Jonathan McEvoy, le chroniqueur sportif du Daily Mail. Lors de ses entraînements, les mères de famille et les enfants qui fréquentaient aussi la salle de sport étaient un peu interloqués de l’entendre proférer des insultes. Tout d’un coup, il sortait de la salle au milieu d’une séance. Il était renfrogné et grossier. Apparemment, il survivait à coups de boissons énergétiques et de comprimés de caféine. » McEvoy interrogea Pistorius sur les armes dans sa chambre – « un flingue en acier noir sur la table de chevet, et un sinistre pistolet-mitrailleur Taurus sous la fenêtre ». Réponse du sprinteur : « C’est pour me protéger, mon frère. » McEvoy note : « Il était incapable de trouver le sommeil – ce qui n’était guère surprenant, vu les comprimés et tout le café qu’il avalait. Il se levait souvent au milieu de la nuit et se rendait au stand de tir avec son pistolet et deux boîtes de munitions. » Il avait un pitbull et un bull-terrier, deux tigres blancs (qu’il vendit à un zoo canadien quand les bêtes dépassèrent les 200 kg) et des parts dans au moins un cheval de course. Il possédait une collection de bolides et venait de commander une McLaren Spider à plus de 200 000 euros. Pour sa protection, il avait un pistolet avec permis et il avait déposé d’autres demandes pour trois fusils de chasse, une carabine et deux revolvers.

En novembre 2011, il posta ce tweet : « Sur 50 tirs à plus de 300 m, j’ai touché la tête à 96 % ! Pan ! », avec une photo de lui tirant au pistolet sur un stand près de Gemona, en Italie, où il s’exerçait souvent. Six semaines avant les Jeux de Londres, en route pour un autre stand de tir, il tweeta : « Gonflé à bloc ! Yeaaah, mec ! »

Selon un ami directeur d’hôtel interrogé par McEvoy, « Oscar disposait aussi de toute une panoplie de blondes ». Le 4 novembre 2012, il en rencontra une nouvelle. « Si vous cherchez la définition du mot “hot” dans le dictionnaire, vous y trouverez Reeva Steenkamp », écrivit un utilisateur de Twitter la veille de la rencontre entre Oscar et la jeune fille. « Le 4 novembre, j’organisais une compétition automobile sur le circuit de Kyalami, au nord de Johannesburg, déclara Justin Divaris dans sa déposition. J’avais invité Oscar et Reeva séparément. » Après les présentations, il remarqua combien ils furent immédiatement attirés l’un par l’autre : « Ça sautait aux yeux. » Oscar lui proposa de l’accompagner à la cérémonie de remise des South African Sports Awards le jour même. Elle téléphona à sa copine maquilleuse, Gina Myers : « Il me faut absolument une robe pour ce soir !
– Pour quoi faire ?
– Je vais aux South African Sports Awards !
– Avec qui ?
– Avec Oscar. Mais en copains, hein.

Des cris et des coups de feu
Ce soir-là, dans une robe rose à franges très sexy, elle enflamma le tapis rouge. Oscar confia à Justin Divaris qu’entre Reeva et lui, « ça avait fait tilt ». Aussitôt, tout le monde voulut en savoir davantage sur la jeune femme. L’une des anciennes conquêtes d’Oscar, Samantha Taylor, mannequin intermittent, sortit les griffes : « Oscar a certaines façons de faire avec les filles, déclara-t-elle au journal City Press. Cette Reeva n’est probablement pas la seule et Oscar n’est sûrement pas le personnage que les gens imaginent. » Après la mort de Reeva, la mère de Samantha Taylor posta ce message sur Facebook : « Je suis si contente que Sam soit saine et sauve et qu’elle ait échappé à cet homme – quand ils sortaient ensemble, les choses auraient pu mal tourner, à cause de son pistolet. »

Pistorius ne lâcha plus Reeva. « Pour elle, ce ne fut pas le coup de foudre, mais pour Oscar, si », raconte l’agent Sarit Tomlinson. « Il est devenu envahissant », rapporte Gina Myers, ajoutant que son père, Cecil, aussi protecteur avec le jeune mannequin qu’avec ses deux filles, avait dit à l’athlète : « Si tu la veux, il va falloir la laisser respirer. » Mais il ne s’y est jamais résolu. « Il était tout le temps fourré ici, se souvient Cecil Myers. Ensuite, elle est sortie avec lui. Et on n’a plus jamais revu Oscar. » La semaine du 14 février devait être particulière pour Reeva. Jeudi, c’était la fête des amoureux et samedi sa première apparition dans « Tropika Island of Treasure ». Elle emballa son cadeau de Saint-Valentin pour Oscar – sans doute une photo d’eux ensemble. Ensuite, pour être sûre que ses parents puissent regarder ses débuts dans l’émission, elle vira 1 000 rands (80 euros) sur leur compte afin qu’ils puissent rétablir leur abonnement au câble, suspendu à cause de factures impayées. Elle passa la journée du 13 à peaufiner le discours qu’elle devait prononcer le lendemain devant des lycéens, en hommage à Anene Boysen, une jeune fille de 17 ans morte après un viol collectif dans une banlieue du Cap. « Je me suis réveillée ce matin, en sécurité dans ma maison, écrivit Reeva sur Instagram. Tout le monde n’a pas cette chance. Protestez contre le viol. Repose en paix Anene Booysen. #viol #crime #ditesNON. »

Son attaché de presse, Simphiwe Majola, raconte : « J’ai reçu son dernier e-mail à 17h15, elle est morte le lendemain matin. » Il me montre la messagerie de son ordinateur. Elle voulait s’engager à fond pour la marque de fitness Virgin Active, et lancer sa propre ligne de lingerie. Majola lui avait suggéré de s’inspirer d’une star internationale, Reeva a mentionné Cameron Diaz, qu’elle admirait pour sa simplicité et son humour.

Peu avant six heures ce soir-là, on aperçut Reeva franchir le portail massif de la résidence Silver Woods au volant de sa Mini Cooper. Un mois plus tard, je passai à mon tour ce portail, pénétrant dans un vaste lotissement entouré d’immenses clôtures. Ici, les cambrioleurs n’ont pu tromper la sécurité que deux fois au cours des quatre dernières années. Après quoi, les mesures de protection ont été sensiblement renforcées. Désormais, cette enclave possède une enceinte de sécurité électrifiée et, théoriquement, à toute épreuve.

La veille de sa mort, Reeva lança un sujet de conversation sur Twitter : « Quelle surprise réserves-tu à l’amour de ta vie pour demain ? » Rien ne laissait penser qu’une dispute éclaterait dans la maison de Pistorius entre deux et trois heures du matin. « Des voisins ont dit avoir entendu une jeune fille crier, me raconte Hilton Botha. Puis des coups de feu, encore des cris, et enfin d’autres coups de feu. » Sarit Tomlinson soupire : « Elle voulait qu’on l’entende et elle y est arrivée. » Son amie Gina Myers ajoute : « Je ne peux pas m’imaginer vivre sans elle, mais quelque chose de positif finira par sortir de cette histoire. Les gens l’ont enfin entendue, et ils continueront de l’entendre. Elle est devenue un symbole. »

« Mon  arme sous mon lit »
La procédure judiciaire contre Oscar commença avec une victoire capitale pour la partie civile : le crime fut qualifié de « meurtre avec préméditation ». En d’autres termes, Pistorius devra prouver à la cour qu’il se trouvait dans des « circonstances exceptionnelles » pour obtenir une libération sous caution. « À la minute où l’affaire fut classée dans cette catégorie, Oscar a senti le ciel lui tomber sur la tête, explique un avocat de Johannesburg qui a accès au dossier. Il va devoir dévoiler ses cartes. » Pour éviter de croupir deux années dans l’enfer d’une prison sud-africaine en attendant le procès, Pistorius a donné sa version des faits dans une déclaration sous serment. Son avocat l’a lue devant la cour, pendant qu’à côté de lui, il sanglotait : « Vers 22 heures le 13 février 2013, nous étions dans notre chambre. Elle faisait ses exercices de yoga et moi j’étais au lit, je regardais la télévision. J’avais retiré mes prothèses. Nous étions profondément amoureux et je n’aurais pas pu être plus heureux. Après ses exercices, Reeva s’est couchée et nous nous sommes endormis. Je suis conscient que des intrus peuvent pénétrer dans mon domicile avec une intention criminelle. J’ai déjà reçu des menaces de mort. Et j’ai aussi été victime de violences et de cambriolages. C’est la raison pour laquelle je garde mon arme, un Parabellum 9 mm, sous mon lit. »

Son handicap comme excuse
Très tôt ce matin-là, en se levant pour fermer les portes vitrées coulissantes de la chambre, Oscar dit avoir entendu du bruit dans la salle de bains.
« J’ai été terrifié. La fenêtre de la salle de bains n’a pas de barreaux et je me souvenais que les ouvriers venus chez moi pour des travaux avaient laissé des échelles dehors. Même sans mes prothèses, je suis assez mobile. J’ai cru que quelqu’un était entré. J’avais trop peur pour allumer la lumière. J’ai pris mon pistolet 9 mm sous mon lit. En m’approchant de la salle de bains, j’ai crié en direction de cet/ces individus pour qu’il/ils fiche/nt le camp. Et j’ai hurlé vers Reeva afin qu’elle appelle la police. Il faisait nuit noire dans la pièce et je croyais qu’elle était au lit. »
Il assure avoir perçu des « mouvements » dans les toilettes. Et là, pour la première fois, il contredit l’affirmation de toute une vie, à savoir que son infirmité ne le rend pas différent. À cet instant, il brandit son handicap comme une excuse.
« À l’idée qu’un ou plusieurs intrus étaient dans les toilettes, j’étais horrifié, terrorisé. J’ai pensé qu’ils étaient entrés par la fenêtre sans barreaux. Comme je n’avais pas mes prothèses, je me sentais extrêmement vulnérable, je savais que je devais nous protéger, Reeva et moi. Je me sentais pris au piège, parce que la porte de ma chambre était fermée à clef. Et que sur mes moignons, j’avais une mobilité réduite. J’ai tiré sur la porte des toilettes et j’ai hurlé à Reeva d’appeler la police. Elle n’a pas répondu. »
Quand il se rendit finalement compte que son amie n’était pas au lit, poursuit-il, il essaya d’ouvrir la porte des toilettes. Elle était verrouillée. Il empoigna sa batte de cricket « pour défoncer la porte » et c’est à ce moment-là qu’il l’aurait découverte.

Le lendemain de la lecture de cette déposition, Hilton Botha livrait son propre témoignage. Il déclara à la cour que le meurtre de Reeva Steenkamp ne pouvait « en aucun cas » être un acte de légitime défense. « C’est une femme sans défense, sans arme, qui a été abattue », affirma-t-il, en soulignant qu’il n’avait jamais cru la version de l’athlète. « L’accusé présente un risque, il pourrait s’enfuir », insista-t-il, avant de déconseiller une remise en liberté sous caution. « Il est passible d’une peine comprise entre quinze ans de prison et la perpétuité ; c’est une affaire grave et n’importe qui, à sa place, prendrait la fuite. »

Pendant le témoignage de l’inspecteur, Pistorius se tenait la tête entre les mains, sans pouvoir retenir ses larmes. Son avocat procéda à son tour à un contre-interrogatoire cinglant : comment les témoins interrogés par Botha savaient-ils que la dispute opposait Reeva à Oscar, et non d’autres voisins entre eux ? La vessie de la jeune femme était vide. Elle serait donc allée aux toilettes au milieu de la nuit. N’était-ce pas conforme aux déclarations de l’accusé ? Et ne se serait-elle pas enfermée, après avoir entendu son compagnon hurler qu’il y avait un cambrioleur dans la maison ? « Botha se débat dans les cordes », tweeta Andrew Harding, journaliste à la BBC. « L’inspecteur s’enferre et recule sur tous les points du dossier face à une défense mieux préparée », releva un autre chroniqueur judiciaire.

La suite fut encore pire. « Une vraie bombe », me confie Botha. À 21 heures, le jour de sa première déposition, il reçut un appel d’un collègue lui annonçant qu’une enquête vieille de deux ans, un temps abandonnée, venait d’être relancée. En 2011, alors que Botha et d’autres inspecteurs travaillaient sur le meurtre effroyable d’une femme, un taxi minibus fonça droit sur eux à plus de 160 kilomètres à l’heure. Le chauffard avait tenté de s’enfuir et Botha avait tiré dans les pneus. Et voilà que l’affaire reprenait, avec sept chefs d’inculpation pour tentative de meurtre, une pour chaque passager du taxi – lesquels s’en étaient tous sortis indemnes. « Je savais qu’ils avaient un dossier contre moi, me confie Botha. Je pense qu’ils se sont dit que si l’on me retirait l’affaire, il n’y aurait plus personne pour décrire la scène de crime. » Le lendemain, il était dessaisi du dossier Pistorius. « Ils ont cru que je ne témoignerais plus, me dit Botha. Mais ils me citeront à comparaître et je vais témoigner. »

L’inspecteur Hilton Botha à l’audience de la libération sous caution d’Oscar Pistorius, le 19 février 2013 à Prétoria (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP).

Le 22 février, le premier président de la cour, Desmond Nair, trancha : « Je suis arrivé à la conclusion que l’accusé a su plaider le bien-fondé de sa libération sous caution. » Légalement, Pistorius a désormais le droit de voyager et de participer à des compétitions, à condition de soumettre ses projets à la justice. « C’est comme s’il dansait sur la tombe de Reeva », lâche Jackie Mofokeng, de l’ANC Women’s league, une association de défense des droits des femmes.

Vérification des appels
Un avocat de Johannesburg m’a certifié que toute cette affaire reposerait sur l’analyse balistique et la vérification des appels passés du téléphone portable. « Je marchais sur mes moignons dans l’obscurité, et j’ai tiré quelques balles à travers la porte des toilettes », affirme Pistorius. Mais sous quel angle a-t-il tiré ? Se tenait-il debout sur ses prothèses ? A-t-il menti sur ce point ? L’étude de la trajectoire des balles à travers la porte livrera la vérité. L’avocat continue : « On a retrouvé le téléphone de Reeva dans la salle de bains. Elle a pu envoyer un SMS juste avant de mourir. » Les listes d’appel sont conservées sur le réseau pendant trente jours. Le contenu des messages et la teneur des échanges pourraient aussi contredire la version d’Oscar. Hilton Botha garde confiance en la justice. « Ils m’ont sacrifié comme un pion sur l’échiquier, mais maintenant, le roi est en échec », dit-il.

Pistorius et son entourage, eux, maintiennent leur ligne de défense. « Je survivrai », aurait déclaré l’athlète lors de son arrestation. Avant d’ajouter : « Je gagne toujours. »

Mise à jour du 12 septembre 2014 : Après six mois d’un procès particulièrement médiatique, la juge Thokozile Masipa ne retient pas les accusations de meurtre avec préméditation. Oscar Pistorius est finalement reconnu coupable d’homicide involontaire, échappant à une lourde peine, qui sera connue dans quelques semaines.

Voir aussi:

Oscar Pistorius rattrapé par son ombre
Matthew Pryor

Le Monde

14.02.2014

J’étais à Athènes en septembre 2004, je couvrais les Jeux paralympiques pour mon journal, The Times. Le stade olympique baignait dans une chaleur soporifique et la demi-finale du 200 mètres hommes semblait sans intérêt particulier, une formalité pour le grand favori, un Américain. Comme tout le monde ou presque dans les tribunes, je n’avais jamais entendu parler du concurrent installé dans le couloir d’à côté : un jeune Sud-Africain amputé des deux jambes au-dessous du genou. Il n’avait pas l’air très à l’aise avec la procédure de départ, les starting-blocks et le pistolet du starter. Il est resté cloué sur place quand la course a démarré et, lorsqu’il s’est enfin élancé sur ses prothèses en carbone, on aurait dit que plusieurs secondes s’étaient écoulées – il avait effectivement plusieurs secondes de retard.

C’est là que le miracle s’est produit, un de ces moments qui font se hérisser les poils des bras. Le temps s’est arrêté, le jeune homme était le seul à être en mouvement sur la piste, en route pour une victoire écrasante. « Blade Runner » était né. Une performance tellement ébouriffante, une victoire absolue et une domination totale, qui sera encore plus nette lors de la finale. Incroyable. Ce garçon de 17 ans, maladroit et timide, avec un appareil dentaire, s’était mis au sprint depuis quatre mois seulement. Oscar Pistorius, c’était son nom, semblait prédestiné à devenir une star. Il l’est devenu.

TRAGÉDIE SHAKESPEARIENNE

Neuf ans plus tard, au petit matin de la Saint-Valentin 2013, Oscar Pistorius, 26 ans, l’un des sportifs les plus célèbres au monde, a vidé le chargeur de son arme de poing, quatre balles, sur une jeune femme de 29 ans, sa petite amie, Reeva Steenkamp, un mannequin blond qu’il avait rencontré quelques mois auparavant. Elle est morte, et avec elle l’idée que le monde se faisait d’Oscar Pistorius. Comment l’épopée extraordinaire de l’adolescent que j’avais rencontré à Athènes peut-elle aboutir devant la cour d’assises du tribunal de Pretoria ? Car c’est là que se jouera le prochain acte de cette tragédie shakespearienne, l’ascension et la chute d’Oscar Pistorius, qui devrait être jugé à partir du 3 mars (A lire dans Le Monde, « Oscar Pistorius, bad runner »).
L’ascension vers la gloire olympique d’un garçon né à Pretoria sans péronés. La chute d’un athlète qui voudrait convaincre le monde entier que son geste fatal n’avait rien de prémédité et qui a enrôlé pour cela les meilleurs avocats. Parmi eux, Kenny Oldwage, un ancien policier du temps de l’apartheid, qui a contribué à l’acquittement de l’homme qui a tué l’arrière-petite-fille de Mandela. Pistorius a aussi fait appel à des experts en armes à feu, des médecins légistes. Face à eux, Thokozile Matilda Masipa, 66 ans, deuxième femme noire à être nommée juge en Afrique du Sud, décidera de son sort.

Lors du procès, ses défenseurs auront beau jeu d’insister sur la vulnérabilité de ce personnage hors normes – non sans une certaine ironie, tant il donnait l’image de quelqu’un qui refusait qu’on s’apitoie sur son sort. Oscar avait 11 mois quand ses parents ont décidé, après de nombreuses consultations, de le faire amputer. Son père lui a expliqué par la suite qu’il lui faudrait être patient face au regard des gens. Qu’il ne fallait pas pleurer si les choses tournaient mal. Plus tard, il a maîtrisé parfaitement l’art de raconter aux médias son enfance heureuse, où « handicap » et « je ne peux pas » ne faisaient pas partie du vocabulaire familial. « La perception que les gens ont de vous dépend de la perception que vous avez de vous-même », aimait répéter Pistorius au temps de sa gloire sportive, comme un mantra.

UN TEMPÉRAMENT CHANGEANT

Avant le meurtre de sa petite amie, des articles de presse avaient évoqué la face sombre d’Oscar, son tempérament changeant, de plus en plus ombrageux, son côté coureur de jupons. Mais cet homme rangeait sa vie et ses connaissances dans des compartiments. La famille – sa sœur et son frère, son père, Henke, mais aussi son oncle Arnold et sa tante Diana, chez qui il avait habité un an après la mort de sa mère. Son entraîneur, Ampie Louw. L’agent, Peet van Zyl, qu’Oscar décrivait comme une figure quasi paternelle et que son frère, Carl, n’a jamais aimé. Les nouveaux amis. Les anciens amis – nombre d’entre eux s’étaient éloignés depuis quelque temps.

Pendant une période, jusqu’en 2008, j’étais dans l’un de ces compartiments. Après Athènes, nous avons lié connaissance et il a donné son accord pour se prêter à la réalisation d’un documentaire. J’ai voyagé avec lui dans le monde entier, j’ai aussi rencontré sa famille, tout cela pour un documentaire, The Fastest Man On No Legs (l’homme sans jambes le plus rapide), pour la télévision anglaise. J’ai suivi de près ses tentatives répétées pour concourir avec des athlètes valides, avec les stars de l’athlétisme. En mai 2008, le tribunal arbitral du sport finira par accéder à ses folles ambitions. Trop tard pour prendre part aux Jeux olympiques de Pékin, mais bien assez tôt pour se préparer à ceux de Londres, en 2012, où il atteindra les demi-finales du 400 mètres. Avec les athlètes valides. Il était alors sur le point de signer les plus gros contrats de sponsoring de sa vie.

J’ai continué à le croiser après le documentaire diffusé, entre autres, sur Channel 5 et sur Arte en 2008, mais cela faisait trois ans qu’on ne s’était pas vus lorsque j’ai appris le meurtre de Reeva Steenkamp. Je l’ai vécu comme un choc, comme tout le monde. Oscar Pistorius est poursuivi pour crime prémédité. Lui affirme qu’il a tiré à quatre reprises à travers la porte des toilettes de sa maison parce qu’il croyait qu’un intrus s’était caché là et que son amie dormait toujours. Il faut attendre le procès pour disséquer les faits. Mais l’un d’eux, glacial, est établi : Oscar a tué une jeune femme. Elle n’est pas morte sur le coup. Difficile d’imaginer sa terreur quand les balles ont traversé la porte des toilettes. Oscar devra vivre avec ces images et ces cris pour le restant de ses jours.

UN MYTHE POUR L’AFRIQUE DU SUD

J’ai voulu essayer de comprendre ce qui s’était passé. Il y a quelques semaines, en janvier, je suis retourné en Afrique du Sud pour préparer un deuxième documentaire. Je n’ai pas revu Oscar – après huit jours de détention, la justice sud-africaine a ordonné sa libération sous caution, le 22 février 2013, et l’a placé en liberté surveillée. Mais j’ai pu parler avec quelques-uns de ses proches, notamment son oncle Arnold à Pretoria, et mesurer combien cette histoire représentait une tragédie nationale en Afrique du Sud.

Oscar Pistorius incarnait cette détermination à se battre contre vents et marées qui correspond à l’idée que se font les Sud-Africains de leur identité. Le meurtre a touché toutes les communautés de la « nation arc-en-ciel », pour toutes les mauvaises raisons. L’Afrique du Sud figure en tête, ou presque, des pires tableaux de statistiques : taux de meurtres, morts par balles, meurtres de femmes, nombre de femmes tuées par leur partenaire. Sur un plan purement statistique, Reeva Steenkamp est seulement l’une des trois femmes assassinées en moyenne chaque année par leur partenaire un soir de Saint-Valentin. Un chiffre sans doute sous-estimé : selon une étude publiée par la revue scientifique The Lancet en 2009, « au moins la moitié des femmes tuées en Afrique du Sud sont victimes de leur partenaire masculin ».

Pour les personnes que j’ai pu rencontrer, une chose est sûre : Oscar Pistorius vivait avec une pression toujours plus forte sur les épaules. D’où venait cette pression, comment se matérialisait-elle ? Ces questions risquent d’être parmi les plus importantes du procès, de celles qui partageront l’opinion. Dans ces conversations, un thème est revenu régulièrement : Oscar avait radicalement changé. Depuis quand ? C’est là que les versions divergent. Dans une interview que j’avais enregistrée à l’époque du documentaire, Vicky Miles, une ancienne petite amie, racontait un avant et un après-Athènes 2004 : « Avant, il avait l’air tellement jeune mais, deux mois plus tard, il n’était pas du tout le même. Il était devenu plus mature, débrouillard, c’est incroyable comme il avait évolué sur les plans émotionnel, spirituel et physique. »

UN NOUVEAU CERCLE D’AMIS
Première métamorphose. Pour certains de ses proches, les dérives ont commencé un peu après, pour d’autres, elles remontent aux lendemains des JO de Londres, à l’été 2012. Quelques-uns réfutent tout changement de caractère, ils pensent que la nuit de la Saint-Valentin n’a été qu’un moment de folie. Mais ceux-là mêmes reconnaissent qu’ils étaient perturbés par les récentes fréquentations de Pistorius. Oscar avait un nouveau cercle d’amis, des propriétaires de yachts et de belles voitures qui l’initiaient à leur vie de flambeur.
Justin Divaris, 40 ans, directeur du Daytona Group – détenteur des droits commerciaux de Rolls Royce, Aston Martin et Sunseeker Yachts pour l’Afrique du Sud –, était devenu son « vrai ami », disait-il. Après les JO de Londres, ils avaient voyagé ensemble à Las Vegas, pendant la tournée médiatique d’Oscar aux Etats-Unis. Il est l’une des premières personnes que Pistorius a appelées après le meurtre, vers 3 h 35 du matin.

Trois mois auparavant, c’est lui, Justin Divaris, qui avait présenté Reeva à Oscar sur le circuit automobile de Kyalami. Dès cette première rencontre, le 4 novembre 2012, l’athlète handicapé avait tout fait pour séduire la belle. Le soir même, il l’invitait à une cérémonie officielle, au plus grand désespoir de sa petite amie de l’époque. On lui avait déjà prêté d’autres liaisons avec des jeunes femmes blondes, comme le top-modèle russe Anastassia Khozissova qu’il avait rencontrée en juillet à New York.

DU GENRE POSSESSIF AVEC LES FEMMES

« Nous [Reeva et lui] étions très amoureux. Je ne pouvais pas rêver mieux et je sais qu’elle partageait ce sentiment », a déclaré Oscar Pistorius devant les magistrats avant d’être libéré sous caution. Après le meurtre de Reeva, Cecil Myers, le père de sa meilleure amie, a toutefois rappelé combien Oscar lui avait semblé « pressé, impatient, très ombrageux »en compagnie de la jeune femme. « Reeva m’a dit qu’il lui avait un peu forcé la main, qu’elle se sentait piégée. J’ai demandé à Oscar de la laisser respirer. »

De fait, l’athlète était, semble-t-il, du genre possessif avec les femmes. En septembre 2012, il aurait promis à Quinton Van der Burgh, un magnat de la télévision et de l’industrie du charbon, de lui casser la gueule s’il n’arrêtait pas de tourner autour de sa petite amie de l’époque. Plus tard, quand un ami de Van der Burgh a demandé à Pistorius de se calmer, ce dernier l’aurait menacé de lui « casser les jambes ». Les trois hommes ont par la suite échangé des SMS au ton de plus en plus vif. Si vif que les Hawks, la brigade de police sud-africaine spécialisée contre le crime organisé, ont dû intervenir pour calmer les esprits.

Quelques mois avant la Saint-Valentin, Oscar avait déjà déchargé un pistolet à la table d’un restaurant de Johannesburg, Tashas. Il avait tiré en direction du sol, sans blesser personne. A l’époque, nul n’avait souhaité ébruiter l’affaire. Apparemment, il ne se déplaçait plus sans son calibre de 9 mm ; quand il était invité à dîner, il lui arrivait de poser son arme sur la table. L’opinion publique est très divisée à ce sujet. Détenir une arme à feu a beau être chose courante en Afrique du Sud, l’exhiber à tout bout de champ n’a rien de banal, surtout dans les milieux aisés que Pistorius fréquentait. Quelques-uns de ses proches ne se sont pas gênés pour le lui rappeler. D’autres ont considéré que son arme n’était jamais qu’une sorte d’accessoire de mode, un « truc cool ». Reeva Steenkamp elle-même n’avait rien contre les armes à feu, ni contre les voitures de sport, l’autre passion d’Oscar.

INQUIET POUR SA SÉCURITÉ

Au tribunal, l’accusation n’aura donc aucun mal à le dépeindre comme un amateur de gâchettes. En plus du 9 mm qu’il a dirigé contre sa petite amie, Pistorius avait demandé des autorisations pour six autres armes à feu en janvier 2013 : un revolver Smith & Wesson Model 500, trois fusils de chasse, Maverick, Winchester et Mossberg ; un revolver Special de calibre .38 et un fusil Vector .22. Il avait obtenu le droit de détenir une arme depuis 2010, après qu’une autorisation lui avait été refusée une première fois en 2008, pour une raison encore inconnue.
D’autres histoires ont refait surface. Celle où il aurait pratiquement tiré sur son chien, Capone, dans un moment de panique. Puis celle de ce tweet tristement célèbre de novembre 2012, passé inaperçu à l’époque mais retrouvé après le meurtre : « Rien ne vaut de rentrer à la maison, entendre le bruit de la machine à laver, penser qu’un intrus est là et pénétrer dans la buanderie en mode close-combat ! Waah. » Curieux, certes. Mais rien de tout ça ne signifie meurtre prémédité. Au contraire, ses avocats vont insister sur cet aspect de sa personnalité : il était inquiet pour sa sécurité. Pendant sa période de détention provisoire, en février 2013, ses défenseurs ont longuement expliqué comment Pistorius avait sollicité la protection des Hawks.

Oscar Pistorius avait gardé de son éducation dans une école privée de bonnes manières, tout en charme et en politesse. Mais il lui arrivait de les oublier, comme ce jour de septembre 2012 où il avait mal encaissé sa défaite en demi-finale du 200 mètres des Jeux paralympiques de Londres face au Brésilien Alan Oliveira. Mauvais perdant, il avait dénoncé les conditions de cette course, rendues inéquitables selon lui par la longueur des prothèses de son vainqueur. Pour tous ceux qui le connaissaient bien, cette mauvaise humeur n’avait rien de passager, elle révélait un aspect de son caractère. Tout le monde, en revanche, connaissait son tempérament soupe au lait. Je me souviens que son frère et sa soeur lui en parlaient en 2007 en s’amusant. Il lui arrivait de s’assombrir, de se mettre en retrait, avant de redevenir plus souriant.

Il pouvait aussi être impétueux, en témoigne cet accident de hors-bord en 2009 sur la rivière Vaal qui lui avait valu 172 points de suture au visage. Il avait toujours aimé faire du karting à toute vitesse, un style de conduite qu’il conservait en voiture. Un soir de décembre 2005, il avait aussi failli mourir en s’endormant au volant. Il s’en allait rejoindre sa petite amie, Vicky Miles, après une grosse engueulade au téléphone.

« J’EN ÉTAIS ARRIVÉ À PENSER QUE TOUT M’ÉTAIT DÛ »

Histoire tristement banale, la célébrité et ses privilèges provoquent parfois d’importants dégâts, particulièrement chez les jeunes qui ont grandi dans un environnement compliqué et que l’adulation des foules a éloignés des réalités. Mike Tyson, par exemple, a raconté comment il s’était mis à croire qu’il pouvait avoir tout ce qu’il voulait. « Ma seule ligne de conduite, c’était gagner, conquérir, être le plus fort, disait-il. J’en étais arrivé à penser que tout m’était dû, que telle ou telle fille devait coucher avec moi. » Oscar Pistorius vient certes d’un milieu plus favorisé que celui de Tyson, mais la célébrité a une dynamique propre.

Si la gloire tend à corrompre, la gloire mondiale tend à corrompre à très grande échelle. Ajoutez à cela une passion pour les armes : l’explosion devient inévitable. Car, à ses yeux, la gloire c’était aussi cela, la possibilité de s’adonner pleinement à sa passion pour les voitures, les armes à feu et les filles, sans aucun contrepoids familial. En effet, depuis que ses parents s’étaient séparés, l’autorité morale de son père, Henke, avait faibli ; Oscar ne le considère d’ailleurs plus tellement comme un père et ils ne se sont pratiquement pas vus durant ces dix dernières années. Le 6 mars 2002, Henke s’était présenté inopinément au lycée de Pretoria pour annoncer à son fils la mort de sa mère. Sheila Pistorius était mal en point depuis quelque temps, elle avait été hospitalisée mais personne n’imaginait que sa vie était en danger. « J’ai cru que j’avais plutôt bien accepté sa mort, a écrit Oscar Pistorius dans son autobiographie parue en 2009. J’étais le seul à ne pas pleurer [à l'enterrement] et j’ai réconforté mon frère et ma soeur… mais le lendemain je me suis réveillé en larmes. J’avais complètement perdu mes repères. »

Lors du tournage du documentaire, nous avons connu un grand moment de tension alors que nous faisions le tour des maisons qu’il avait habitées dans sa jeunesse à Johannesburg. Ses meilleurs et ses pires souvenirs étaient là, dans la maison de son enfance, à Constantia Kloof. Une grande bâtisse surplombant la ville qu’il avait habitée avec ses frère et sœur et qu’ils avaient dû quitter au moment de la séparation de leurs parents, quand il avait 6 ans. Il n’y était jamais revenu. Le tournage se passait bien, jusqu’à ce qu’on évoque sa mère. « Je n’ai pas envie d’en parler, avait-il dit en se détournant de la caméra. Bien évidemment que je pense à ma mère ici. Mais cela ne regarde personne, je ne veux pas que qui que ce soit ait pitié de moi. »

« JE PENSE À ELLE PLUS QUE TOUT »

Oscar faisait plus que protéger sa vie privée. Même en famille, il ne parlait pas souvent de sa mère. Il était furieux quand, au soir de son 21e anniversaire, son frère Carl eut l’idée de lire à voix haute l’une des nombreuses lettres que Sheila avait écrites à ses trois enfants. Selon Carl, son aîné de vingt mois, Oscar avait pris l’habitude de déverser sa colère dans le sport après la mort de leur mère. A la suite d’une blessure sur un terrain de rugby, il était presque venu par hasard à l’athlétisme, un parfait exutoire. Sa mère est morte avant de l’avoir vu courir, sa plus grande tristesse. « Je pense à elle plus que tout, écrit-il dans son autobiographie, Blade Runner (Virgin Books Limited, 2009). Je sais qu’elle me protège. Le simple fait de penser à elle me donne du courage et m’apaise. »

En public, Oscar se montrait toujours sous son meilleur jour, rares étaient ceux auxquels il laissait deviner la dureté de sa condition, ses moignons gonflés, égratignés et ensanglantés par les frottements dus à la course. Vicky Miles se souvient de cette époque où, alors qu’on était en train de lui poser de nouvelles prothèses, il n’avait qu’une jambe équipée et se déplaçait avec des béquilles. « Au centre commercial, tout le monde le regardait. Il avait dû relever son jean sur la jambe manquante et on pouvait voir qu’il avait un handicap. » Elle avait été choquée par le regard des gens. Lui avait pris l’habitude d’en parler comme d’un faux problème : « Comment pourrais-je me considérer comme handicapé alors que j’ai tant de capacités plus importantes que ce handicap ? » Bien évidemment, ce n’était pas aussi simple. Il lui arrivait d’ouvrir sa porte sans ses prothèses, cela provoquait une gêne chez son interlocuteur. Même chez ses plus proches amis, cela causait toujours un effet de surprise tant ils étaient peu habitués à le voir ainsi.

Sauver les apparences, refuser d’admettre la moindre faille dans son bonheur. Cela a un prix d’autant plus élevé que l’image sur-humaine qu’il renvoyait s’éloignait de la réalité. Mais avec qui pouvait-il en parler ? Certains, parmi ses proches, ont bien perçu son air préoccupé début 2013. L’un d’eux a même essayé d’aborder la question avec Oscar. Quand il a proposé son aide, il s’est entendu répondre que tout était sous contrôle.

Compartimenter sa vie, pourquoi pas. A condition de conserver un regard honnête sur soi-même, de ne pas se présenter sous un jour différent d’une personne à l’autre. A mon avis, beaucoup de gens vont découvrir lors du procès des choses qu’ils ignoraient. En ce qui me concerne, je ne savais rien de sa passion pour les armes. Mais j’ai peur que certains détails de sa vie, les menaces qu’il a pu proférer, son attitude envers les femmes ou ses textos soient dévastateurs pour sa famille. D’autant plus si des preuves irréfutables de la préméditation devaient surgir. Comment admettre que derrière le  « héros » Pistorius, gentil garçon et athlète hors du commun, se cachait un meurtrier ?

(Adaptation Eric Collier)

Voir aussi:

Oscar Pistorius ou l’arme du clan
De notre envoyée spéciale Géraldine Catalano, avec Jaime Velazquez, publié le 03/06/2013 à 21:09, mis à jour le 04/06/2013 à 12:16

Derrière le sprinteur sud-africain accusé du meurtre de sa petite amie, toute une famille fait bloc. Un atout de poids pour l’athlète star qui va connaître ces jours-ci la date de son procès. Il peut compter sur cette riche dynastie afrikaner, sûre de son histoire et de sa réussite.

Curieux comme on oublie l’Afrique, depuis cette colline boisée de Pretoria. De grosses cylindrées longent en silence des résidences dont les propriétaires sont résolument blancs et nantis. En attendant le maître des lieux, Arnold Pistorius, qui joue avec le dernier-né de ses petits-enfants, on s’égare dans l’immense bâtisse de style colonial: au mur, des trophées de chasse et un portrait de l’aïeul Theodor, un ancien de la guerre des Boers, en vadrouille dans le bush. Une maîtresse de maison parfaite, des gendres robustes et décontractés, un jeune homme en jean, le visage dissimulé par une barbe naissante – Oscar, c’est bien lui, disparaîtra un peu plus tard après un salut poli de la main -, quelques domestiques et un petit étang traversé de cygnes complètent le tableau idyllique. L’athlète handisport le plus célèbre du monde est accusé du meurtre de sa petite amie, Reeva Steenkamp, tuée de trois balles de 9 mm aux premières heures de la Saint-Valentin. Carl, son frère, vient de comparaître pour avoir involontairement causé la mort d’une motocycliste, en 2008*. Mais la vie suit son cours dans le fief de l’impeccable famille Pistorius…

Infographie
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L’Express / Beeld
Comme dit l’oncle Arnold en sucrant son café: « Things happen » (« Il se passe des choses, parfois »). On a dû mal entendre: un simple « truc », la mort d’une jeune femme alors qu’elle se trouvait, seule et sans défense, enfermée dans la salle de bains de son compagnon, à 3 heures du matin? « Une erreur, comme nous pouvons tous en commettre », corrige le chef de famille, en s’assurant qu’un deuxième magnétophone tourne bien, sur la table. « Il ne se passe pas un jour sans qu’Oscar demande pardon pour ce qu’il a fait. Il prie, il pleure, il dort peu et mal. Mais Oscar n’a que 26 ans, il s’agissait d’un accident, et nous ne pouvons ramener Reeva à la vie. Alors, il nous faut affronter les événements en essayant de tirer les leçons du passé », explique-t-il, dans un anglais où cogne l’accent rugueux afrikaner.

Tout l’esprit des Pistorius se lit dans cette silhouette élégante et austère, ce langage de conquérant. C’est Carl, l’aîné protecteur adoré, qui a été, au sein de la famille, le premier averti, cette nuit-là. Le jeune homme, aussi réservé que son cadet de deux ans apprécie la lumière, a aussitôt téléphoné à Arnold. Il en va ainsi depuis le milieu des années 2000 et l’envol de la carrière du « Blade Runner », le « coureur aux lames ». A mesure que Henke, le père, a perdu en influence, l’oncle ainsi que Peet van Zyl et Ampie Louw, respectivement manager et coach du sprinteur, se sont rendus indispensables, exerçant sur « Ozzie » une forme de tutelle morale. L’oncle, surtout, dont l’oeil bleu glacier est capable de lancer des flammes. « Tant pis pour toi si tu meurs, mais si tu te brises le cou, tu deviens mon problème pour la vie ! » a-t-il rugi un jour où son sale gosse de neveu se prenait pour Schumacher, sur l’autoroute. La star, penaude, avait cédé le volant…

Quel contraste, chez Oscar, entre ce respect mêlé de crainte envers le meneur du clan et l’indifférence affichée pour son père! Henke, c’est, pour résumer, l’antithèse d' »oncle Arnold »: massif, divorcé, visiblement peu doué pour les affaires, hésitant, quand l’autre semble fait de granit. « Au fond de notre coeur, mon fils et moi restons proches », se contente de déclarer par téléphone, après avoir accepté, puis décliné, le principe d’une rencontre, cet homme de 59 ans longtemps spécialisé dans l’industrie minière. Sa prudence s’explique: deux de ses frères ne lui adressent plus la parole. Oscar ne trouve « pas grand-chose à lui dire », selon Arnold.

Même Gerti, la grand-mère du champion et le ciment du clan, a pris ses distances avec le plus inconstant de ses sept enfants. « Il est le mouton noir de notre famille », se plaint parfois la matriarche devant ses invités. A en croire l’entourage d’Oscar, Henke ne penserait qu' »à lui-même », aurait gâché l’argent de ses frères. Surtout, il s’est improvisé manager de son fils au lendemain des Jeux paralympiques de 2004, qui avaient vu le sprinter remporter la médaille d’or du 200 mètres. L’expérience avait viré au fiasco. « Il s’est servi de lui comme d’un tiroir-caisse. Oscar s’en est rendu compte et a cessé toute relation », témoigne un ami de la famille, qui préfère garder l’anonymat. Peet van Zyl confirme le malaise. « Henke a voulu profiter de la lumière qui rejaillissait sur son fils. Mais les autres Pistorius sont très soudés, dans les bons moments comme dans l’adversité, et ils ne lâcheront pas Oscar », raconte le manager, qui n’a pas oublié l’éclair de joie illuminant le regard de son protégé lorsque ce dernier a reconnu sa grand-mère, dans les tribunes du Stade olympique de Londres, en juillet. Au même moment, Henke multipliait les coups de fil pour obtenir une invitation…

Gerti et Hendrik Pistorius ont fêté, en décembre, leurs 70 ans de mariage, entourés de leurs enfants. De g. à dr. : Arnold, Heidi, Henke, Sonia, Theo, Reine et Leo (assis).

Photo by Gallo Images / Foto24 / Brendan Croft
A la mort de Sheila, la mère d’Oscar, en 2002, à la suite d’une erreur de diagnostic, la famille, déjà, avait fait bloc. Oscar et Carl sont alors âgés de 15 et 17 ans. Aimee, la petite dernière, en a tout juste 12. La jeune fille s’installe chez sa tante maternelle, Diana. Les garçons partent vivre auprès d’Arnold et de son épouse, tout en poursuivant leur scolarité au sein de la Pretoria Boys High School, un établissement chic et anglophone de la capitale administrative sud-africaine. Arnold règle la facture pour tout le monde. « Sheila, qui était une femme exceptionnelle, nous avait demandé de nous occuper des enfants si un malheur lui arrivait. Nous les avons traités tous les trois, et les considérons encore, comme les nôtres », explique-t-il. Quand Oscar a failli périr dans un accident de bateau, en 2009, alors qu’il naviguait – trop vite – sur la rivière Vaal, c’est à son oncle qu’il a téléphoné en premier. « Je suis en train de couler ! » a-t-il crié au téléphone, avant de sombrer dans le coma. A son réveil, trois jours plus tard, le « wonder boy » mi-homme, mi-machine n’était plus qu’un fatras d’os et de chair. Sa mâchoire ainsi que deux de ses côtes étaient brisées. Plus de 170 points de suture couturaient son visage. De son oeil tuméfié, il a pu voir l’essentiel : le clan, le « cercle de confiance », comme les Pistorius l’appellent parfois, l’entourait.

L’oncle a donc fait « ce qu’il devait faire » en cette nuit finissante de février où le sang de Reeva Steenkamp a coulé: il a foncé sur les lieux du drame, à Silver Woods, la résidence ultrasécurisée où habite son neveu, à 30 kilomètres au nord de Johannesburg. Lorsqu’il arrive sur place, une cavalcade d’ambulanciers, de policiers, de voisins s’affaire. A l’étage, une batte de base-ball ensanglantée, deux téléphones portables et un pistolet traînent sur le sol de la salle de bains, dont la porte est constellée d’impacts de balles. Oscar se trouve dans le garage de sa luxueuse villa, le visage enfoui dans ses mains, chemise et short maculés de sang, prostré. « Il ne cessait de pleurer. Je me suis assis à ses côtés et nous sommes ainsi restés très longtemps, en silence. Il avait juste besoin de ma présence. Il me rappelait ces bêtes sur lesquelles on vient de tirer, dans le bush : choquées, traumatisées, quasi mortes. » Le chef de famille, qui aime la précision, prend la peine de traduire l’expression consacrée en afrikaans (spier vlek, pour les curieux). Mais il oublie de relever la terrible ironie de ses propos : Reeva, jeune femme de 29 ans comme Oscar les adore – blonde, sexy, mannequin et presque célèbre -, n’a bénéficié d’aucun sursis, elle. Blessée à la tête, aux doigts, au bras et à la hanche, le top, qui militait, tout comme sa mère, contre les violences conjugales, avait cessé de respirer à l’arrivée de la police. Son corps gisait au pied de l’escalier de marbre de la maison.

Gerti, sa grand-mère, le soutient sur Facebook
Avant même que les cendres de la victime ne soient dispersées, au large du Cap, les médias du monde entier déferlaient en Afrique du Sud, enfiévrés par un fait divers à la fois glamour et banal, dans un pays où 42 personnes sont assassinées en moyenne chaque jour, selon une étude des Nations unies. Laissant les statisticiens à leurs additions, le clan Pistorius s’est mis sans tarder au travail. Fidèle à la technique du laager, ce campement défensif qui protégeait, jadis, ses ancêtres des attaques, il a encerclé l’idole déchue, en prenant soin de le faire savoir. Reeva adorait tweeter et envoyer des messages truffés de points d’exclamation à ses « friends », sur Facebook. « Oumie » Gerti aussi. Trois jours seulement après le drame, la grand-mère bientôt nonagénaire d’Oscar posait, tout sourire, vêtue d’un tee-shirt à la gloire de son petit-fils, aux côtés de Sonia et de Pascal, une tante et une cousine du sprinteur. « A cent pour cent derrière toi! » clamait la légende de la photo, comme à la veille d’une finale olympique. Flairant le danger, Arnold et les communicants de Vuma, l’agence alors chargée de superviser les relations de la famille avec la presse, ont vite resserré les rangs. Les comptes Twitter d’Aimee et de Carl ont été bloqués. Les interviews, réduites au minimum et centrées sur la seule figure d’Arnold. Coupable d’une sortie douteuse, dans les colonnes du Sunday Telegraph, sur la vulnérabilité des Sud-Africains blancs face à la criminalité noire, Henke a dû effectuer un humiliant rétropédalage sur Twitter. « Oscar était furieux », se souvient Peet van Zyl. Arnold aussi. Chez les Pistorius, on ne plaisante pas avec l’esprit de corps.

La vraie démonstration d’unité s’est produite entre le 15 et le 22 février, dans la salle trop petite du tribunal d’instance de Pretoria, où se décidaient les conditions de détention du triple médaillé des Jeux paralympiques de Londres. Le frère bâti comme un videur de boîte de nuit, l’oncle austère, la petite soeur au visage de marbre, et même Henke, le proscrit, tous étaient là, vêtus de noir, à quelques mètres seulement de l’accusé. Lors de cette semaine décisive, la famille s’est retrouvée chaque matin dès 6 heures au domicile d’Arnold pour réciter la prière et partager une collation dopée de quelques milligrammes d’acide ascorbique et de vitamine C: « On peut attraper un tas de maladies dans une salle de tribunal! » Leur « Yes! » victorieux, à l’annonce de la libération provisoire d’Oscar en échange d’une caution de 86 000 euros, a choqué une partie de l’opinion? Tant pis. L’athlète peut respirer le grand air jusqu’à son procès, dont la date devrait être fixée le 4 juin. Et la photo de groupe a gonflé d’orgueil le chef de famille. « J’étais si fier de la dignité dont ils ont fait preuve. Les enfants Pistorius ne ressemblent pas aux Sud-Africains moyens, avec leur coiffure excentrique, leur manie des tatouages, du maquillage, et des boucles d’oreilles… »

Il y a quelque chose de Dallas dans la saga de cette dynastie puissante et fortunée, le verre de whisky et le Stetson en moins: l’union de la terre et du business, une témérité qui frôle l’inconscience, un conservatisme hérité des ancêtres pionniers, venus d’Allemagne au XVIIIe siècle, Bible en main. La certitude d’appartenir à l’élite, aussi. « Je ne connais pas un Pistorius dont l’intelligence ne se situe pas au-dessus de la moyenne », énonce Arnold avec un naturel déconcertant. On ne vieillit pas, chez les Pistorius. On travaille, on prie, on chasse le koudou et éventuellement l’éléphant. On se marie en grand, on pilote ses propres avions. On les abîme, parfois – Hendrik, le grand-père d’Oscar, a survécu au crash de son appareil ; Arnold a dû atterrir en catastrophe dans le parc Kruger, en 2004. Et puis un jour, on meurt. Theodor avait 92 ans lorsqu’il a consenti à quitter ce bas monde. Hendrik traquait encore l’antilope l’an dernier.

Quelle place tant de virilité revendiquée accorde-t-elle aux épouses, aux filles, aux soeurs? Disons que celles-ci cultivent la discrétion et que la question de l’éducation des enfants leur tient très à coeur. Loïs, la tante d’Oscar, roule ainsi des yeux comme des billes quand on lui demande si elle accompagne parfois son mari à la chasse: « Mais enfin, il faut bien que quelqu’un s’occupe de préparer la viande! » C’est dit en plaisantant, mais c’est dit.

Une longue généalogie d’entrepreneurs avisés
Elle se félicite aussi de voir l’une de ses filles, brillamment diplômée, mettre sa carrière en sommeil pendant quelque temps afin d’agir « en bonne mère ». On pense à 7de Laan, un soap opera ultra-populaire diffusé chaque soir de la semaine sur la chaîne SABC 2. Les personnages féminins mêlant travail et vie de famille n’y semblent avoir le choix qu’entre deux sorts funestes : une fausse couche ou la mort de leur bébé (Emma, la seule épargnée par les scénaristes, était récemment condamnée à passer sa soirée à jouer… au bingo, se moquait récemment le Mail&Guardian, un hebdomadaire national) « Les Pistorius forment une minisociété patriarcale, généreuse, solidaire, mais condescendante et parfois arrogante vis-à-vis de ceux qui ne sont pas des leurs. Le public est divisé à leur égard : il admire leur courage, mais peine à ressentir de l’empathie en raison de ce qu’il vient de se passer », résume Lourensa Eckard, journaliste au quotidien afrikaner Beeld.

Arnold assume parfaitement son statut de « bread winner ». « Chez nous, ce sont les hommes qui rapportent de quoi nourrir la famille. » Et pourquoi réformer l’ordre si traditionnel des choses dès lors que les affaires tournent si bien? Oscar, ses trois villas et ses 3,5 millions d’euros par an obtenus de ses seuls sponsors (depuis le drame, Nike, Oakley et le parfumeur Thierry Mugler ont résilié leurs contrats) s’inscrit en effet dans une longue généalogie d’entrepreneurs avisés. Theodor, l’arrière-grand-père d’Oscar, a bâti une petite fortune en cultivant le tabac. « Il est parti de rien. A sa mort, il possédait sept fermes », raconte Arnold. Hendrik, ou plutôt « Oom Hendrik » (oncle Hendrik), comme le patriarche aime se faire appeler en signe de respect, s’est lancé, en 1944, dans la production d’engrais et de chaux, après avoir été tour à tour enseignant, boxeur et professeur de sport. A 95 ans, il reste PDG de son entreprise, H Pistorius & Co, où Leo, le plus jeune de ses quatre fils, occupe le poste de directeur général. A en croire Beeld, lui et trois de ses fils totalisent 120 sociétés. Leo et Theo, l’aîné de la fratrie, cumulent des intérêts dans la construction de véhicules blindés, le transport routier et aérien, et font des affaires au Mozambique. Arnold, le plus riche des Pistorius avec Theo, développe des centres commerciaux tout en investissant dans le tourisme et l’industrie minière. S’ajoutent à cela un hôtel de luxe dans la province du Kwazulu-Natal, des appartements au pied des pentes neigeuses d’Autriche, une réserve privée située à l’ouest du parc Kruger, où folâtrent lions, rhinocéros blancs et éléphants… Oscar et Carl ont, de leur côté, fondé quatre sociétés spécialisées dans le marketing.

La famille possède 55 armes à feu
Pour faire court, il y en a pour une fortune, que l’oncle se garde bien de traduire en chiffres. « Demandez donc à mon banquier si je ne suis pas endetté ! » plaisante-t-il, comme seuls se l’autorisent les vrais millionnaires. L’homme se montre à peine plus disert sur la passion familiale pour les armes à feu. En tout, le clan en posséderait 55 – « peut-être même plus », ajoute Arnold. Comme trois de ses frères, comme tous ses gendres, à chacun desquels il a offert une carabine Remington, le soixantenaire détient un permis de collectionneur. Son ami Koos Marais, 15 armes à lui tout seul, n’y voit aucun sujet d’étonnement. « En Afrique du Sud, les armes à feu sont considérées comme un sport national, l’équivalent des bijoux pour les femmes. La question n’est pas de savoir combien on en a, mais la manière correcte de s’en servir », théorise ce défenseur zélé de la chasse aux pachydermes.

Jusqu’à la mort de Reeva, Oscar, le garçon né sans péroné devenu un géant du tartan, l’adolescent qui s’amusait à tirer sur des cibles dans les fermes familiales, personnifiait à l’extrême l’esprit des Pistorius. Mais le jeune homme, shooté à l’adrénaline, et décrit par tous comme généreux, était aussi une star irritable, jalouse, anxieuse, voire paranoïaque, et, avec le recul, il paraît évident que les signaux d’alarme abondaient. En septembre 2009, l’athlète passe une nuit au poste après avoir claqué violemment une porte au visage d’une certaine Cassidy Taylor-Memmory. En 2011, il interrompt une interview accordée à la BBC après une question jugée déplacée sur son bras de fer avec l’IAAF (Association internationale des fédérations d’athlétisme), au sujet de sa volonté de concourir aux côtés des champions valides. Un an plus tard, il menace de « casser les jambes » du compagnon d’une ancienne petite amie. Le dernier incident s’est produit quelques semaines seulement avant le drame : Oscar avait fait involontairement feu dans un restaurant branché de Johannesburg alors qu’il manipulait le revolver d’un ami.

« J’aurais dû lui dire de ralentir »
Tout semble s’être précipité après l’étape triomphale londonienne. Celui qui est devenu une star planétaire en empochant trois médailles souhaite employer les services d’un garde du corps, ne sort plus en ville sans son 9 mm, à la stupéfaction de son manager et de son coach. Pour enrichir son arsenal de six nouveaux jouets, il obtient – trop facilement, au goût de certains, mais que n’accorderait-on pas au héros de la nation ? – le statut de jeune collectionneur auprès de la Lowveld Firearms Collectors Association. Sa nervosité est palpable. « Il se prenait pour Superman et ne touchait plus terre. J’aurais dû lui dire de ralentir », se désole Mike Azzie, un intime de la famille. « Même chez lui, Oscar était très agité. On se disait qu’il allait finir par tirer sur l’un d’entre nous », confie, presque malgré lui, un ami d’enfance. Le clan n’a-t-il rien décelé ? A-t-il choisi de ne pas voir ? Non, affirme catégoriquement l’oncle Arnold : « Il était impossible d’imaginer la tragédie à venir. Oscar est programmé d’une certaine manière. C’est cette singularité qui lui a permis d’atteindre le sommet. Tout petit, déjà, il était anxieux. Mais je ne l’ai jamais vu manifester une quelconque agressivité. Et puis il ne passait qu’entre trois et quatre mois par an au pays. Le contrôler n’aurait conduit qu’à l’éloigner davantage de nous. »

« Si ta vie n’est pas en ordre, tu ne peux pas réussir », dit souvent « Oom Hendrik » à sa descendance. L’avenir de « Blade Gunner », comme une partie de la presse sud-africaine le surnomme désormais, est suspendu à son procès. Sauf coup de théatre, deux thèses s’y affronteront. Celle, présentée par l’accusation, d’un meurtre né d’une dispute entre les deux amants qui aurait dégénéré – des cris auraient été entendus par des voisins, cette nuit-là. En face, Kenny Oldwage et Barry Roux, les deux stars du barreau employées par l’athlète, défendront le scénario d’une terrible méprise, ce dernier ayant confondu sa petite amie avec un cambrioleur. Oscar Pistorius encourt la prison à vie. Il peut aussi ressortir libre du tribunal, si l’intention de tuer n’est pas démontrée, comme ce fut le cas lors du procès de Bryce Moon, un footballeur sud-africain condamné le 12 avril dernier à une simple amende pour avoir tué sur la route une femme de chambre. En cellule comme à l’air libre, « Ozzie » sait qu’il peut compter sur les siens. Les Steenkamp, eux, ne reverront plus jamais leur enfant.

* Carl Pistorius a, depuis, été acquitté par la justice sud-africaine.

Voir encore:

Did Reeva look like Oscar’s mother?
Photos suggest that Reeva Steenkamp looked very similar to the mother of the man who shot her, Oscar Pistorius

Health 24

14 April 2014

Photos presented during Oscar Pistorius’ murder trial show Reeva with her natural hair colour. In these photos the slain model bears a striking resemblance to Pistorius’ late mother, Sheila.

This has raised questions about the complexities of Oscar and Reeva’s relationship and brought renewed focus to the interesting topic of mother-son dynamics.

Reeva’s hair was actually a dark brown. She used highlights to colour her hair blonde. Both the bone structure and freckled complexion of the two women is notably similar.

Research has shown that people consistently fall for partners who resemble their opposite-sex parent. Girls like boys who look like their fathers, boys like girls who look like their mothers.

Read: Has Oscar lost the plot?

Famous examples of this include Nigella Lawson whose former husband Charles Saatchi looked very similar to her father, Nigel Lawson.

Recent research which was conducted in Hungary and published in the journal Proceedings of the Royal Society B, lends support to what is known as the sexual imprinting hypothesis. This hypothesis claims that individuals create a sexual template based on their opposite-sex parent and, later in life, are attracted to individuals who fit this template.

This topic was also touched on by the famous psychoanalyst Dr Sigmund Freud who coined the term “Oedipus Complex”. The term refers to the way in which boys become sexually fixated on their mothers. The female version of this is the Electra Complex. While this fixation remains deep in the human subconscious – which explains why incest is not that common – it can, and does, influence one’s choice of mate.

The loss of Pistorius’ mother when he was 15 weighed heavily on the athlete who cites her as his role model and the driving force behind his success. Sheila Pistorius died at the age of 42 after being wrongly diagnosed with hepatitis. An adverse reaction to the medication she was given caused her death. Pistorius has the date of her death, as well as that of her birth, tattooed on his arm.

The similarity between Reeve and Sheila could explain why their relationship became serious so swiftly, despite Oscar stating at the time that he was not looking for a serious relationship.

Do you think the two women look alike? Sound off in the comments below.


Incidents de la synagogue de la Roquette: Attention, un piège peut en cacher un autre (Was supposed attack of Parisian synagogue no more than a turf war between Jewish and Muslim youth groups ?)

19 juillet, 2014
http://www.marianne.net/fredericploquin/photo/art/default/984092-1166609.jpg?v=1405337750http://scd.rfi.fr/sites/filesrfi/dynimagecache/0/0/3500/1977/1024/578/sites/images.rfi.fr/files/aef_image/2014-07-16T195530Z_1424722331_GM1EA7H0AO701_RTRMADP_3_FRANCE-PALESTINIANS-ISRAEL_0.JPGhttp://jssnews.com/content/assets/2014/07/Screen-Shot-2014-07-15-at-10.51.32-AM.pnghttp://www.cercledesvolontaires.fr/wp-content/uploads/2014/07/manifestation-palestine-19-juillet-2014.jpghttp://www.truthrevolt.org/sites/default/files/styles/content_full_width/public/field/image/articles/hamas_rockets.jpg?itok=qnRDYJV1Synagogue blocked up by pro-Hamas demonstrators (Rue de la roquette, Paris, Jul. 13, 2014)Pro-Hamas barricade  (Rue Popincourt, Paris, Jul. 13 2014)
La vérité est la première victime de la guerre. Eschyle
Cet ensemble d’éléments n’est pas un entassement circonstanciel de comportements et de discours. J’y trouve une rationalité qui est celle de l’idéologie qui domine aujourd’hui dans les pays démocratiques : le postmodernisme. Sa cible essentielle est, au recto, l’Etat-nation démocratique, l’identité nationale, la souveraineté du sujet collectif, avec pour verso la célébration de tout ce qui est extérieur à l’Occident et à la démocratie. C’est une utopie de la « démocratie » qui est l’ennemie du régime démocratique. Dans le monde illusoire que cette idéologie construit, la « communauté internationale », le « Tribunal international » doivent se substituer aux Etats. Et, d’ailleurs, il n’y aurait plus d’Etats mais des individus, des « citoyens du monde », de sorte qu’il n’y aurait plus de « guerres » mais des « différends », plus d’armées mais à la rigueur des « polices », plus de responsabilité mais des co-responsabilités, plus de coupable mais une culpabilité partagée, il n’y a plus de réalité mais des récits sur la réalité, etc. Les droits de l’homme, ou leur usage instrumentalisé, l’emportent alors sur les droits du citoyen, le pouvoir judiciaire s’impose au pouvoir politique, la loi n’est plus l’œuvre du peuple mais l’invention des juges, etc. C’est cette même idéologie qui, dans le monde et notamment en Europe, ouvre grandes les portes à l’islamisme. Shlomo Trigano
Les conflits au Moyen-Orient ont des répercussions de plus en plus importantes en France depuis le début des années 1980. L’attentat contre la synagogue de la rue Copernic a eu lieu en octobre 1980, il y a bientôt 34 ans… Ensuite il y a eu l’attentat contre le restaurant Goldenberg en août 1982, c’est-à-dire au moment où la guerre du Liban faisait rage. La nouveauté depuis les années 1990-2000 c’est que ce sont les Français d’origine maghrébine qui cherchent à en découdre et non plus des commandos envoyés par un acteur extérieur (OLP, Iran etc.). La raison principale est que la haine d’Israël et des Juifs est devenue un composant majeur de l’identité des Français d’origine arabe et africaine, c’est le ciment de la «beuritude». La haine d’Israël et des Juifs est devenue un composant majeur de l’identité des Français d’origine arabe et africaine, c’est le ciment de la «beuritude». Il s’agit sans doute d’une haine des Juifs et d’Israël et non pas d’une prise de position politique. C’est tout à fait légitime et parfois justifié de critiquer la politique israélienne mais la comparaison avec les autres conflits dans la région ne laisse pas de place au doute. Si il s’agissait là d’une véritable identification avec les victimes des bombardements de Gaza, alors on pourrait s’étonner que la crise syrienne avec ses 160 000 victimes n’ait pas déchainé une telle mobilisation et de telles passions! Je crois que ces manifestations trahissent un besoin profond de se définir comme adversaire d’Israël et des Juifs. (…) Le débat est ouvert et devrait le rester aussi longtemps qu’on échange des arguments rationnels. Or hurler «Israël assassin» et dénoncer un «génocide» à Gaza ne tombent pas dans cette catégorie. (…) Le communautarisme monte en France parce que trop de Français pensent que la décolonisation n’est pas terminée et que la France leur est redevable. Trop de musulmans vivent dans un sentiment d’humiliation séculaire et le rêve d’une vengeance qui restaurera leur honneur. L’Islam radical, qui n’a pas grand-chose avoir avec les enseignements et la vie de Mohamed, ainsi que la haine d’Israël, des Juifs et, plus largement de l’Occident et des «croisés» en sont les expressions. De ce point de vue, la logique qui a guidé le choix des victimes de Mohamad Merah est plein d’enseignements: des militaires français «bourreaux» des «frères» et ensuite des enfants juifs, l’incarnation du mal. Il y a une suite dans ces idées folles et la haine des Juifs n’est que la partie émergée de l’iceberg. (…) Malheureusement les forces en présence sont plus puissantes que nos élites politiques. Le monde entier est entré dans une phase «multi», portée par les échanges de plus en plus nombreux – voyage, internet -, l’homogénéité croissante de notre planète – partout les mêmes modes, les mêmes produits, les mêmes films, les mêmes magasins -, le rythme très rapide du changement et la précarisation galopante. Au milieu de ce tourbillon les valeurs républicaines traditionnelles ne font plus le poids surtout que l’Etat ne suit pas derrière avec les récompenses: croissance, emploi, sécurité, perspectives d’avenir. Notre civilisation est en crise et le modèle français n’y échappe pas. Dans ce contexte, quand l’avenir est plus une menace qu’une promesse, les appartenances jadis secondaires – religion, ethnie, communauté d’origine – remplissent le vide. Gil Mihaely
Dans toute la France, ce sont aujourd’hui des milliers de manifestant-e-s qui sont descendus dans la rue pour exiger l’arrêt de l’intervention militaire de l’État d’Israël dans la bande de Gaza, pour crier leur révolte face au plus de 300 morts palestiniens depuis le début de cette intervention. En interdisant dans plusieurs villes et notamment à Paris, les manifestations de solidarité avec la Palestine, Hollande et le gouvernement Valls ont enclenché une épreuve de force qu’ils ont finalement perdue. Depuis l’Afrique où il organise l’aventure militaire de l’impérialisme français, Hollande avait joué les gros bras « ceux qui veulent à tout prix manifester en prendront la responsabilité ». C’est ce qu’ont fait aujourd’hui des milliers de manifestant-e-s qui sont descendus dans la rue pour exiger l’arrêt de l’intervention militaire de l’État d’Israël dans la bande de Gaza, pour crier leur révolte face au plus de 300 morts palestiniens depuis le début de cette intervention. Et pour faire respecter le droit démocratique à exprimer collectivement la solidarité. En particulier à Paris, plusieurs milliers de manifestants, malgré l’impressionnant quadrillage policier, ont défié l’interdiction du gouvernement. C’est un succès au vu des multiples menaces de la préfecture et du gouvernement. En fin de manifestation, des échauffourées ont eu lieu entre des manifestants et les forces de l’ordre. Comment aurait-il pu en être autrement au vu de dispositif policier et de la volonté du gouvernement de museler toute opposition à son soutien à la guerre menée par l’Etat d’Israël. Le NPA condamne les violences policières qui se sont déroulées ce soir à Barbès et affirme que le succès de cette journée ne restera pas sans lendemain. Dès mercredi, une nouvelle manifestation aura lieu à l’appel du collectif national pour une paix juste et durable. La lutte pour les droits du peuple palestinien continue. Le NPA appelle l’ensemble des forces de gauche et démocratiques, syndicales, associatives et politiques, à exprimer leur refus de la répression et leur solidarité active avec la lutte du peuple palestinien. NPA
On va vous trancher la gorge. On a provoqué la LDJ, mais ils ont pas de couilles. Ils sont planqués derrière la police, la Ligue des Danseuses Juives … On est venu jusque devant leur synagogue. Ils sont cachés derrière la police, ces bâtards ! Alors, on est venu vous chercher, la LDJ. … On est là, on vous attend, nous. Les chiens ! Chiens de sionistes ! Il sont là, les Algériens, les Tunisiens, les Marocains ! Ils sont là, bandes de bâtards ! Allez, venez ! Commentaire d’une vidéo (tournée lors de la manifestation devant la synagogue d’Asnières, 13.07.14)
C’était un peu la Kristallnacht et on a échappé de peu à un véritable pogrom. Roger Cukierman (président du Conseil représentatif des institutions juives de France, Crif)
Jamais un tel événement ne s’était produit en France depuis le Moyen-Age. Arno Klarsfeld (ancien avocat des Fils et filles des déportés juifs de France)
Ces comparaisons historiques me semblent malvenues pour apprécier la situation. Les pogroms ou la Nuit de cristal, ce sont des mouvements de violence tolérés voire encouragés par les pouvoirs en place. En France, les autorités publiques réagissent, et absolument rien n’indique qu’une majorité de la population valide cela. L’émotion est très forte, mais elle n’est pas uniquement liée à ce qui s’est passé dimanche, elle est le produit de ces dernières années, avec les actes de Mohamed Merah et Mehdi Nemmouche, l’affaire Dieudonné, la manifestation Jour de colère (où des +Mort aux Juifs!+ ont été lancés, ndlr)… Il y a le sentiment, dans une partie de la communauté juive, qu’une lame de fond antisémite s’est installée. Samuel Ghiles-Meilhac (sociologue)
On constate une montée des actes antisémites le plus souvent en lien avec l’aggravation du conflit israélo-palestinien. Un «antisémitisme de contact», actif là où les deux communautés (juive et musulmane) sont présentes, et s’en prenant à ce qui est visible dans l’espace public: synagogues, mezouzahs sur les portes, hommes portant la kippa… On a le sentiment que, pour les rares cas où les agresseurs sont identifiés, les actes sont non seulement imputables à l’extrême-droite mais à des jeunes issus de l’immigration et qui se font une identité de substitution en s’identifiant aux victimes palestiniennes. Nonna Mayer (politologue)
Quand bien même il ne se serait rien passé rue de la Roquette, je considère qu’à partir du moment où, dans les rues de Paris, des manifestants brandissent le drapeau noir de l’Etat islamique au Levant ou des mini-roquettes, même en carton-pâte, il y a quelque chose qui ne colle pas. Jean-Yves Camus (directeur de l’observatoire des radicalités politiques, présent sur place)
Ils sont environ 7 000 à défiler dans les rues de Paris, ce dimanche 13 juillet, entre Barbès et la Bastille, pour dire leur solidarité avec les Palestiniens. Le parcours a été négocié par les responsables du NPA (Nouveau parti anticapitaliste), l’organisation héritière de la Ligue communiste révolutionnaire. Pourquoi avoir exigé un parcours qui s’achève à proximité du quartier du Marais, connu pour abriter plusieurs lieux de culte juif ? Le fait est que les responsables de la Préfecture de police l’ont validé. Parmi les manifestants, de nombreuses femmes, souvent voilées, mais surtout des jeunes venus de la banlieue francilienne. Les premiers slogans ciblent Israël, mais aussi la « complicité française ». Très vite, les « Allah Akbar » (Dieu est grand) dominent, donnant une tonalité fortement religieuse au cortège. La préfecture de police ne s’attendait pas à une telle mobilisation, mais ses responsables ont vu large au niveau du maintien de l’ordre, puisque cinq « forces mobiles », gendarmes et CRS confondues, ont été mobilisées. C’est à priori suffisant pour sécuriser tous les lieux juifs le long du parcours. Aucune dégradation, aucun incident n’est signalé en marge du cortège, jusqu’à l’arrivée à proximité de la Bastille. Un premier mouvement de foule est observé à la hauteur de la rue des Tournelles, qui abrite une synagogue. Les gendarmes bloquent la voie et parviennent sans difficulté à refouler les assaillants vers le boulevard Beaumarchais. Place de la Bastille, la dispersion commence, accélérée par une ondée, lorsque des jeunes décident de s’en prendre aux forces de l’ordre. De petites grappes s’engouffrent vers les rues adjacentes. Se donnent-ils le mot ? Ils sont entre 200 et 300 à marcher en direction de la synagogue de la rue de la Roquette… où se tient un rassemblement pour la paix en Israël, en présence du grand rabbin. Les organisateurs affirment avoir alerté le commissariat de police, mais l’information n’est apparemment pas remontée jusqu’à la Préfecture de police. Détail important : s’ils avaient su, les responsables du maintien de l’ordre auraient forcément barré l’accès à la rue. Les choses se compliquent très vite, car les manifestants ne sont pas les seuls à vouloir en découdre. Une petite centaine de membres de la LDJ (ligue de défense juive) sont positionnés devant la synagogue de la rue de la Roquette, casques de moto sur la tête et outils (armes blanches) à portée de main. Loin de rester passive, la petite troupe monte au contact des manifestants, comme ils l’ont déjà fait lors d’une manifestation pro-palestinienne organisée Place Saint-Michel quelques jours auparavant. On frôle la bagarre générale, mais la police parvient à s’interposer. Les assaillants refluent vers le boulevard, tandis que les militants juifs reviennent vers la synagogue. Frédéric Ploquin (Marianne)
Le président de la synagogue de la rue de la Roquette est très clair, depuis le début, son objectif a été « de remettre les choses dans leur contexte et dans leur mesure ». Et ce qui suit est éloquent. « Pas un seul projectile lancé sur la synagogue ». « A aucun moment, nous n’avons été physiquement en danger », précise-t-il. Alors d’où vient cette rumeur ? Serge Benhaïm pense à une « confusion » entre les événements survenus près d’une synagogue à Aulnay-sous-Bois, et ceux de la synagogue de la rue de la Roquette. iTELE
Pour lui [Erwan Simon], « il n’y a pas d’attaque de synagogue,  jamais ». L’affrontement entre bandes n’a jamais visé le lieu de culte et estime qu’il résulte d’une réponse « à des provocations racistes d’un groupuscule d’extrême-droite et nationaliste ». iTELE
Hier, en fin de manifestation, nous nous sommes postés sur la place de la Bastille côté rue de la Roquette en prévision d’une attaque de la Ligue de défense juive suite aux mises en garde de la police. Après l’agression ayant ciblé un rassemblement de soutien à la Palestine mercredi dernier à Saint-Michel, la milice sioniste avait promis, via ses réseaux sociaux de ‘s’en prendre à toutes les manifestations pro-palestiniennes’. Nous étions une vingtaine, tous identifiés et membres du service d’ordre. Suite à la fermeture du métro Bastille, plusieurs manifestants ont décidé de s’orienter vers le métro Voltaire. Nous leur avons conseillé de prendre plutôt la direction de Ledru-Rollin mais certains ne nous ont pas écoutés. À peine arrivés au milieu de la rue de la Roquette, ces personnes (essentiellement des familles), identifiées par leurs keffiehs et drapeaux, se sont faites accueillir par des insultes et des projectiles provenant du rassemblement sioniste derrière deux lignes de CRS. Deux personnes sont revenues nous prévenir. Nous avons donc décidé d’aller ramener ceux qui stagnaient encore à proximité de la synagogue de la Roquette afin d’éviter tout débordement. Nous y sommes allés discrètement pour éviter que les centaines de jeunes, déjà échaudés par les précédentes provocations ne nous suivent. Ce qui serait devenu incontrôlable. Arrivés à une cinquantaine de mètres du rassemblement, une femme, la quarantaine, nous traite de ‘sales pro palos’, hurle ‘Israël vaincra’, s’empare d’une chaise d’une terrasse de café et la jette sur notre ami T. Elle s’enfuit ensuite en courant vers le rassemblement de la LDJ et passe, sans difficultés, les deux lignes de CRS. Nous ne répondons pas à la provocation et continuons à avancer. Nous nous retrouvons alors sous une pluie de projectiles (tessons de bouteille, bouts de bois, casques etc.). Surexcitée, la cinquantaine de militants de la LDJ ‘mime’ de forcer le barrage de police en agitant des drapeaux israéliens. Une première altercation a lieu. La police les laisse faire. En revanche, les CRS nous matraquent et nous gazent. Un autre groupe de CRS arrive en provenance de la place. Encerclés par la police nous n’avons d’autre alternative que de prendre les rues adjacentes qui débouchent à nouveau vers le lieu des échauffourées. Les CRS continuent de tirer des gaz. Abdelkrim Branine (journaliste, Beur FM)
Sabrina précise qu’à l’approche de la place de la Bastille (« à quelques centaines de mètres »), des gérants de la manifestation commençaient à informer que « ça commençait à un petit peu dégénérer », les organisateurs « suppliant » les manifestants de « ne pas répondre aux provocations ». A l’arrivée place de la Bastille, elle décrit une bande de jeunes brandissant des drapeaux israéliens et un slogan, que l’on entend également dans cette vidéo Youtube, « Palestine, on t’encule! ». Sabrina précise à nouveau qu’à ce moment, les organisateurs redoublent d’efforts pour demander aux manifestants « de ne pas faire attention », de ne pas « calculer » ces provocations. Elle cite certaines phrases de ces organisateurs : « ils veulent nous provoquer, ils attendent que ça dégénère, on ne leur donnera pas ce plaisir, ne faites pas attention à eux ». Sabrina décrie une scène un peu chaotique, « ça courait dans tous les sens, des chaises, des tables, des bouts de bois, des femmes avec leurs enfants en train de leur couvrir la tête ». Venue pour « défendre une cause, le peuple palestinien », Sabrina Benalia regrette de s’être vue taxée de « participante à une manifestation antisémite ». C’est le sentiment qu’elle décrit avoir ressenti dans le traitement médiatique qu’elle a constaté le soir-même, en rentrant chez elle. (…) Sabrina dresse un constat amer des échauffourées du côté des manifestants pro-palestiniens. « Des jeunes qui ont cédé à la tentation de répondre à une provocation, c’est dommage, on a passé 3h30 de manifestation, et malheureusement on en vient à parler de 10 à 15 minutes où ça a dégénéré ». Elle ne cache pas s’être dit « qu’encore une fois, on va dire que c’est les Arabes, c’est les musulmans ». Elle avoue avoir « traité de cons ceux qui répondaient à la provocation », que ça allait « être une évidence », « toujours le même disque ». Sabrina, comme Erwan et le président de la synagogue de la rue de la Roquette Serge Benhaïm, dénonce la rumeur, la synagogue n’a pas été « assiégée », pour elle, « c’est un piège ». ITELE

Attention: un piège peut en cacher un autre !

A l’heure où, entre l’implantation délibérée de ses attaques comme de ses armes au milieu de sa population et le bidonnage non moins délibéré des images comme des chiffres, le bilan des victimes civiles de la nouvelle guerre des roquettes déclenchée par le Hamas ne peut que s’alourdir …

Et qu’avec la montée inexorable du décalage victimes palestiniennes-victimes israéliennes et l’incursion terrestre israélienne à Gaza même, la quasi-totalité des médias et de l’opinion mondiale n’a à nouveau pas de mots assez durs pour dénoncer le seul Etat juif …

Comment, avec le beau travail de la chaine en continu iTELE et contrairement aux outrances verbales de certains (allant jusqu’à parler, oubliant les risques inhérents aux propos précipités,  de « tentative de pogrom »), ne pas voir dans les incidents de la synagogue de la Roquette qui avaient tant ému l’opinion mondiale et notamment juive …

Autre chose qu’une contre-baston face à d’autres bastons et provocations entre groupes rivaux de jeunes musulmans et de jeunes juifs …

Dont la manifestation pro-palestinienne qui les avait précédés n’aurait alors été que le prétexte ?

Mais comment en même temps ne pas s’étonner, quelques semaines de surcroit après l’horrible forfait d’une bande de supporters du Beitar en Israël même,  de l’apparente naïveté de responsables communautaires juifs voire de forces publiques se laissant piéger par l’offre de « protection » de groupes de jeunes juifs à la réputation aussi sulfureuse que la Ligue de Défense Juive ?

Ou, le Parti anticapilatliste en tête,  de certains organisateurs, manifestants et observateurs qualifiant de bon enfant et ne voyant aucun problème à appeler à nouveau, même illégalement,  à la tenue d’une manifestation sur la voie publique …

Incluant, sans parler de l’évidente victimisation de la vérité (les roquettes et missiles partent et visent bien des zones résidentielles), mini-roquettes en carton mâché, drapeaux noirs des égorgeurs de Syrie et d’Irak, quenelles ou cris de « Allah akbar ! » voire de « Mort aux juifs ! » ?

Incidents rue de la Roquette: Serge Benhaim dément toute attaque de la synagogue

​Ceci est le second témoignage que nous avons recueilli, celui du président de la Synagogue Don Isaac Abravanel, située Rue de la Roquette, là où ont eu lieu les affrontements entre la Ligue de Défense Juive et les manifestants pro-palestiniens, en marge de la manifestation en soutien à la Palestine dimanche 13 juillet dernier, à Paris. Encore une fois, nous avons fait le choix de vous livrer cet entretien sans aucun montage et aucune coupure, vous entendrez donc les questions de notre journaliste Julien Nény ainsi que les réponses de Serge Benhaïm dans leur intégralité.

La synagogue, théâtre d’un rassemblement « pour la paix en Israël »

Serge Benhaïm confirme avoir décidé de faire une « prière pour la paix en Israël », en convoquant les fidèles par différents moyens, notamment celui de la page Facebook de la synagogue. Il indique qu’à chaque fois qu’une manifestation est organisée, les forces de polices sont prévenus, une pratique habituelle afin d’assurer la sécurité du lieu de culte et des fidèles qui s’y rendent.

« Aucun problème » pour maintenir cette manifestation, selon les forces de l’ordre

Lorsque le président de la synagogue de la rue de la Roquette a averti les forces de l’ordre (le commissariat local) de la tenue de cette « prière pour la paix », la police l’a informé en retour de la tenue du rassemblement pro-Palestine ce même jour avec pour terminus la place de la Bastille. Serge Benhaïm nous confie que les forces de l’ordre lui ont dit qu’il n’y avait « aucun problème », que c’était « hyper couvert, hyper sécurisé », la raison pour laquelle le président de la synagogue a pris la décision de ne pas annuler le rassemblement prévu à la synagogue Don Abravanel à 17h30 ce dimanche 13 juillet.

Les forces de l’ordre là pour « contrer les manifestants »

Serge Benhaïm contextualise l’intervention des forces de l’ordre, 4 policiers côté Bastille, 2 policiers postés devant la porte de la synagogue. Des policiers qui auraient ensuite demandé du renfort selon ses dires. Resté devant la synagogue, il indique avoir constaté que les grenades lacrymogènes lancées par les forces de l’ordre ont « stoppé l’élan des premiers manifestants » et que cela a « sécurisé le bas de la rue de la Roquette » (côté Bastille, ndlr).

Quel a été le rôle de la Ligue de Défense Juive dans le déroulement des échauffourées?

Le président de la synagogue de la rue de la Roquette précise que les fidèles sont toujours restés à l’intérieur du lieu de culte. En revanche, à l’extérieur, il estime à une quarantaine le nombre de jeunes présents, venue « au cas où il y aurait un problème ». Il décrit leur répartition de la façon suivante : 10 personnes de la SCPJ et une trentaine d’individus appartenant à la Ligue de Défense Juive. Selon lui, ces derniers n’ont « jamais bougé de la synagogue et n’étaient pas en contact avec les manifestants ». Il estime les mouvements de la LDJ à une « oscillation de 150 mètres sur la gauche à 150 mètres sur la droite » de la synagogue. Enfin, il assure « qu’à aucun moment », les jeunes de la LDJ « n’ont été à la recherche du contact ni vers la Bastille, ni vers Voltaire ».

La LDJ « briefée par les forces de l’ordre » sur place

Serge Benhaïm assure qu’il « n’a pas de contacts avec la LDJ », même s’il reconnait que le groupuscule a « une renommée un peu sulfureuse ». Il affirme s’être adressé aux forces de l’ordre pour leur demander de s’adresser à eux (la LDJ, ndlr). Il indique que les forces de l’ordre ont parlé avec la Ligue de Défense Juive en ces termes : « les gars, je veux pas de problèmes, vous restez ici ». Il estime d’ailleurs que ce contact entre les forces de l’ordre et la LDJ qui a permis de s’assurer que la LDJ reste « toujours derrière le cordon de police quand il y en a eu un ». Le président de la synagogue, « témoin de première ligne » selon ses termes, précise que lorsque les forces de l’ordre se sont déployées, « la Ligue de Défense Juive est passée derrière le rideau des forces de l’ordre ». Selon lui, il n’y a « pas eu de provocation » de la part de la LDJ. Il confirme néanmoins qu’il y a bien eu un « face-à-face ouvert entre les jeunes de la manifestation pro-Palestine et les gars de la LDJ » mais cet affrontement a été « une surprise ». Sur l’utilisation d’armes par la LDJ, le président de la synagogue de la rue de la Roquette confirme également que la LDJ a « cassé des chaises et des tables, pour aller livrer ce face-à-face » qu’il ne « cautionne pas ».

La LDJ a-t-elle été la première à provoquer les manifestants pro-palestiniens?

A cette question, Serge Benhaïm s’inscrit en faux. Selon lui, « pas de contact visuel entre le devant de la synagogue et la place de la Bastille ». Il estime que cette version des faits est « erronée » et qu’il n’y a pas eu d’appel aspirant de la LDJ pour faire venir les manifestants pro-palestiniens vers la rue de la Roquette.

La Ligue de Défense Juive doit-elle être dissoute?

Serge Benhaïm estime que si les gens de la Ligue de Défense Juive sont des « électrons libres et incontrôlés », comme n’importe quel mouvement, il faut « absolument » décider de sa dissolution. Selon ses termes, « ce n’est pas parce qu’ils sont juifs qu’ils ont l’autorisation d’être incontrôlables, ou incontrôlés ». Plus tard dans l’interview, il revient sur les tweets de provocation postés sur Twitter par certains utilisateurs affiliés à la Ligue de Défense Juive. Encore une fois, « il ne cautionne pas » et estime qu’il « n’autorisera personne à venir mettre en danger une communauté venue prier, même si c’est la LDJ, même si ce sont des juifs, même s’il devait prendre des positions très frontales avec eux ». Sur l’implication de la LDJ dans l’allumage de la mèche de ces affrontements, le président de la synagogue s’essaye à une métaphore qui montre la complexité de la situation : « je sais qu’une bombe peut exploser avec un détonateur qui pèse 13 grammes. Est-ce que ce sont les 13 grammes qui font exploser la bombe, ou est-ce le fait d’avoir une bombe ? ». Il déplore enfin « des tonnes de provocations entre juifs et musulmans, tous les jours, toutes les minutes sur Internet ».

La synagogue rue de la Roquette a-t-elle vraiment été « assiégée »?

Le président de la synagogue de la rue de la Roquette est très clair, depuis le début, son objectif a été « de remettre les choses dans leur contexte et dans leur mesure ». Et ce qui suit est éloquent. « Pas un seul projectile lancé sur la synagogue ». « A aucun moment, nous n’avons été physiquement en danger », précise-t-il. Alors d’où vient cette rumeur ? Serge Benhaïm pense à une « confusion » entre les événements survenus près d’une synagogue à Aulnay-sous-Bois, et ceux de la synagogue de la rue de la Roquette.

« S’appliquer à faire baisser la mousse de l’ébullition »

En conclusion de son entretien, Serge Benhaïm, en réaction aux propos de Roger Cukierman sur notre antenne, estime qu’il « faut voir le demi-verre plein ». « Grâce à Dieu, il n’y a pas eu de dégâts graves, pas de dégâts humains, à part des blessés légers ». A l’évocation d’un « pogrom », le président de la synagogue estime qu’on pourrait « faire grossir cet événement à la catastrophe », mais qu’il faudrait « surtout s’appliquer à faire baisser la mousse de l’ébullition et revenir aux relations qui étaient celles d’avant », avec la communauté musulmane.

Voir aussi:

Incidents rue de la Roquette: « ça a été un piège »

Dernier de nos témoignages, celui de Sabrina Benalia, 22 ans. Elle a participé à la manifestation du dimanche 13 juillet dernier, avec son mari et sa petite sœur. Elle revient pour nous sur le déroulé de cette manifestation et les incidents survenus rue de la Roquette dont elle a été témoin. Là encore, nous avons décidé de ne pas monter cette interview et de vous la livrer de façon brute, dans la longueur.

Une ambiance « sereine », une « cohésion » au sein de la manifestation pro-Palestine

Sabrina Benalia revient pour nous sur la raison de sa participation à cette manifestation, défendre « la cause palestinienne », manifester contre ce qu’elle « n’appelle pas forcément une guerre », mais plutôt un « génocide ». Coutumière des manifestations selon ses dires, Sabrina indique que cette fois-ci, elle a ressenti une « cohésion » et souligne la présence d’une association, l’UFJP, qui selon elle, matérialise le plus cette cohésion. Selon d’autres participants à la manifestation cités par Sabrina, la présence de l’UFJP représente « la paix », défendue dans cette manifestation.

Que s’est-il passé à l’approche de la place de la Bastille ?

Sabrina précise qu’à l’approche de la place de la Bastille (« à quelques centaines de mètres »), des gérants de la manifestation commençaient à informer que « ça commençait à un petit peu dégénérer », les organisateurs « suppliant » les manifestants de « ne pas répondre aux provocations ». A l’arrivée place de la Bastille, elle décrit une bande de jeunes brandissant des drapeaux israéliens et un slogan, que l’on entend également dans cette vidéo Youtube, « Palestine, on t’encule! ». Sabrina précise à nouveau qu’à ce moment, les organisateurs redoublent d’efforts pour demander aux manifestants « de ne pas faire attention », de ne pas « calculer » ces provocations. Elle cite certaines phrases de ces organisateurs : « ils veulent nous provoquer, ils attendent que ça dégénère, on ne leur donnera pas ce plaisir, ne faites pas attention à eux ».

Rue de la Roquette : « ça a été un piège »

Sabrina décrie une scène un peu chaotique, « ça courait dans tous les sens, des chaises, des tables, des bouts de bois, des femmes avec leurs enfants en train de leur couvrir la tête ». Venue pour « défendre une cause, le peuple palestinien », Sabrina Benalia regrette de s’être vue taxée de « participante à une manifestation antisémite ». C’est le sentiment qu’elle décrit avoir ressenti dans le traitement médiatique qu’elle a constaté le soir-même, en rentrant chez elle.

Les manifestants pro-palestiniens ont « répondu à la provocation »

Sabrina évalue à « 4 ou 5 les manifestants pro-palestiniens » présents dans les échauffourées, rejoints par plusieurs autres manifestants qui ont « répondu à la provocation » des membres de la Ligue de Défense Juive, qu’elle estime à « plusieurs dizaines ». Elle décrit avoir entendu des insultes à plusieurs reprises, « Palestine, on t’encule! ». Du côté du cortège, elle admet avoir entendu un seul slogan pouvant s’apparenter à cela, « Israël assassin ». Elle indique ne jamais avoir entendu « mort aux juifs », lors de sa présence dans cette manifestation et en tant que témoin des échauffourées en fin de soirée. Elle « ne pense pas qu’on puisse se permettre de dire « mort aux juifs », alors que même l’UFJP était présente » dans le cortège de la manifestation pro-Palestine de dimanche dernier.

« On voit clairement des policiers défendre les pro-israéliens »

A l’évocation des éléments déclencheurs des échauffourées rue de la Roquette, Sabrina raconte : « sur ma droite, un barrage de policiers et derrière la LDJ avec le drapeau israélien », aux cris de « Palestine, on t’encule! ». « A aucun moment », la police ne va leur demander de cesser ou les arrêter, selon elle.

Elle évoque également cette vidéo publiée depuis quelques jours sur différentes plateformes, où l’on voit « un jeune de la LDJ faire tomber une barre de fer et un policier de la BAC la ramasser et lui redonner ». Des « images enregistrées » qui ne mentent pas pour Sabrina, « on aurait dit des amis », « on voit clairement des policiers s’attaquer aux pro-palestiniens et défendre les pro-israéliens ».

« Encore une fois, on va dire que c’est les Arabes, les musulmans »

Sabrina dresse un constat amer des échauffourées du côté des manifestants pro-palestiniens. « Des jeunes qui ont cédé à la tentation de répondre à une provocation, c’est dommage, on a passé 3h30 de manifestation, et malheureusement on en vient à parler de 10 à 15 minutes où ça a dégénéré ».

Elle ne cache pas s’être dit « qu’encore une fois, on va dire que c’est les Arabes, c’est les musulmans ». Elle avoue avoir « traité de cons ceux qui répondaient à la provocation », que ça allait « être une évidence », « toujours le même disque ».

« Pourquoi s’en prendre encore une fois à des gens qui n’ont rien fait ? »

Sabrina, comme Erwan et le président de la synagogue de la rue de la Roquette Serge Benhaïm, dénonce la rumeur, la synagogue n’a pas été « assiégée », pour elle, « c’est un piège ». Elle défend son point de vue en ces termes : « pourquoi s’en prendre encore une fois à des gens qui n’ont rien fait ? On vient défendre justement des innocents en Palestine, on va pas venir s’attaquer à des innocents en France ».

Manifestation de samedi à Paris: « je souhaite du fond du cœur que ça ne dégénère pas »

A la question de sa présence à la manifestation de samedi à Paris, qui a été – à l’heure où nous écrivons ces lignes – interdite par la préfecture de police de Paris, Sabrina est formelle : « bien sûr, je serai présente avec ma famille, j’espère et je souhaite du fond du cœur que ça ne dégénère pas ». Elle pointe une nouvelle fois les « menaces » de la LDJ sur sa page Facebook et estime qu’il « faut arrêter d’accuser les personnes qui sont là pour demander la paix pour le peuple palestinien ».

A noter que nous avons contacté la Ligue de Défense Juive suite aux différentes mises en cause présentes dans ce témoignage, elle n’a pas souhaité nous répondre.

Voir également:

Incidents rue de la Roquette: la police est « responsable »

En relation avec notre enquête au sujet des incidents rue de la Roquette, la rédaction d’i>TELE s’est mobilisée afin d’aller à la rencontre de différents protagonistes qui ont participé à la manifestation pro-Palestine du dimanche 13 juillet dernier, ou de témoins des affrontements qui ont eu lieu rue de la Roquette, aux abords de la synagogue Don Isaac Abravanel. Premier de nos témoignages, celui d’Erwan Simon, qui fait partie du groupe de personne qui ont géré l’organisation de la manifestation qui a réuni 30.000 personnes pour soutenir la population de Gaza, de Barbès à la place de la Bastille.

« Mort aux Arabes, Israël vaincra »

Erwan, placé en tête de cortège, raconte l’arrivée au terme de la manifestation, place de la Bastille, il décrit sur la droite – comme Sabrina – un cortège de policiers derrière lequel se réfugient des individus « casqués », criant « mort aux Arabes, Israël vaincra ». Il fait appel à son expérience des manifestations pro-Palestine depuis des années pour affirmer que « ça ressemble très fortement à la Ligue de Défense Juive », sur « ce type d’action » et « ce type de racisme ».

La police est « responsable », elle a « laissé passer des gens » rue de la roquette

Erwan Simon « était au courant » de l’appel à manifester de la LDJ rue de la Roquette. Il confirme que le service d’ordre de la manifestation pro-Palestine a « demandé à ne pas aller là-bas » (rue de la Roquette, ndlr).

En tant qu’organisateur de la manifestation, il se défend: « vous dites clairement à la police, c’est fini (la manifestation, ndlr) il est 17h30, à ce moment-là, il est de la responsabilité de la police » de maintenir l’ordre. Une question lourde de sens lorsqu’on a regardé la vidéo des altercations : « pourquoi la police n’intervient pas, alors qu’il y a des centaines de policiers partout autour de Bastille ? »

Le discours de la paix de la LDJ « ne marche pas »

Erwan « n’accepte pas » cette « bagarre entre supporters, en train de se battre comme si on était là-bas ». Il estime se battre avec « la justice, le droit ». Il comprend néanmoins « que des gens soient en colère », la LDJ « depuis plus de 10 ans agresse, tape, brûle des lieux, casse des bras », il recense à ce sujet une « vingtaine d’événements » qui mettent en cause les agissements du groupuscule.

Pour lui, « le discours de paix » de la LDJ « ne marche pas », même s’il convient que la colère des manifestants pro-palestiniens qui ont été à l’affrontement ne doit pas « s’exprimer de cette façon ».

Des manifestants pro-palestiniens aux cris de « mort aux juifs » ?

Erwan est formel, il n’a « rien entendu de tel ». En revanche, il a entendu à plusieurs reprises les slogans « mort aux Arabes ». Il estime que les manifestants pro-palestiniens qui ont été à l’affrontement avec la LDJ étaient proches d’une centaine de personnes (« 80 à 100″) mais rappelle qu’il y avait « des centaines de familles dans la rue qui tentaient de rejoindre le métro ».

La synagogue a-t-elle été « assiégée » ?

Erwan pointe une nouvelle fois le rôle de la LDJ dans cette information « totalement erronée » selon lui. La synagogue est « prise par la Ligue de Défense Juive » qui « empêche les gens de sortir, qui leur fait peur ». Pour lui, « il n’y a pas d’attaque de synagogue, jamais ». L’affrontement entre bandes n’a jamais visé le lieu de culte et estime qu’il résulte d’une réponse « à des provocations racistes d’un groupuscule d’extrême-droite et nationaliste ».

« Quelles ont été les consignes du ministère de l’Intérieur ? »

Cette question résonne dans la bouche d’Erwan Simon, « derrière la LDJ, des rangs de policiers », « des gens ont eu des propos racistes et n’ont pas été arrêtés ». Pourquoi le gouvernement français « ne donne pas d’instructions claires pour empêcher tous les racismes » ?

Pour Erwan, « il n’y a pas de forces de l’ordre pro-Israël » comme l’estime Sabrina que nous avons également interrogée, les forces de l’ordre « font le travail qu’on leur demande ». Une question subsiste : « quelles ont été les consignes reçues de la part du ministère de l’Intérieur ? »

Interdiction de la manifestation de samedi à Paris : « on marche sur la tête »

Avant de parler de troubles à l’ordre public, « ce serait bien de les faire arrêter en faisant interdire la Ligue de Défense Juive », selon Erwan. Pour l’un des organisateurs de la manifestation pro-Palestine de dimanche dernier, « on marche sur la tête ». « On a le droit d’aller manifester dans la rue, les forces de l’ordre doivent assurer la protection des gens qui manifestent, c’est la question du droit, notre droit à manifester, l’un des principes de base ».

A noter que nous avons contacté la Ligue de Défense Juive suite aux différentes mises en cause présentes dans ce témoignage, elle n’a pas souhaité nous répondre.

Voir encore:

Affrontements rue de la Roquette : la vérité est toujours la première victime d’un conflit

iTELE
16-07-2014

LE PLUS. Le 13 juillet dernier, à Paris, des heurts ont éclaté entre militants pro-israéliens et pro-palestiniens, en marge d’une manifestation de soutien au peuple de Palestine. Des violences que les médias se sont empressées de dramatiser, estime le journaliste et écrivain Jacques-Marie Bourget. Il s’étonne du traitement médiatique de ces événements, et appelle les médias à plus de retenue.

Édité par Sébastien Billard

Capture d’écran d’une vidéo des affrontements entre pro-israéliens et pro-palestiniens, rue de la Roquette à Paris, le 13 juillet 2014.

Quand un journal aussi sérieux que le quotidien britannique « The Independent » titre « Conflit Israël-Gaza : Des synagogues attaquées quand une manifestation pro-palestinienne à Paris tourne à la violence », c’est qu’il y a danger. Danger pour deux vertus qui n’en sont qu’une : la vérité et l’exercice des libertés.

Sur cette seule base, celle d’un texte publié dans un journal qui fait autorité, tous les confrères du monde peuvent « sourcer » sans conteste leurs papiers sur ce sujet. Et faire naître dans l’esprit de leurs lecteurs des images de barbares antisémites commettant en France les attaques les plus graves.

La machine à mensonges en marche

Comment ce fait-il que « The Independent », véritable institution du journalisme international, publie une information si capitale qu’elle laisse à penser qu’être juif en France serait vivre entre « la valise et le cercueil » ? C’est simple, comme beaucoup de médias, le quotidien anglais a été victime de la rapidité lapidaire d’internet.

Faut-il rappeler la piteuse histoire de Timisoara en Roumanie, à l’heure de la chute de Ceausescu où, en chœur, la presse a rapporté des « massacres » alors que les victimes étaient mortes d’accident ou de maladie…

Comme un boomerang, sur leurs téléphones portables, les envoyés spéciaux recevaient de leurs rédacteurs en chef le buzz internet : « La ‘toile’ est remplie d’infos sur ce massacre. Qu’est-ce que tu attends pour nous envoyer ton papier ? » La machine à mensonges était en marche.

À propos des « hordes à l’assaut de deux synagogues parisiennes », la fumée des lacrymogènes n’était pas encore au ciel que des sites larguaient leurs bombes d’oxygène sur le feu.

Presqu’au hasard, prenons Slate :

« Des centaines de types hurlant ‘Allahou Akbar’ en chargeant contre des policiers. Une synagogue assiégée. Des menaces et des insultes antisémites lancées à des passants terrorisés. »

Ou encore Des Infos.com :

« Alors que des hordes antisémites attaquent des synagogues à Paris ou en Île-de-France sous couvert d’une prétendue solidarité avec les Palestiniens… »

Dreuze Info n’est pas le plus en retrait et publie en instantané des textes aujourd’hui introuvables sur le site :

« Alerte info : attaque violente de deux synagogues à Paris – des Juifs retenus en otage. »

Alarme qui sera bientôt suivi d’un constat à propos du rôle joué par la Ligue de défense juive (LDJ) :

« La LDJ, tant critiquée par la gauche juive, en protégeant la synagogue a sauvé de nombreuses vies. »

Une dramatisation excessive des faits

À lire cela à Hong Kong ou Miami, Paris et la rue de la Roquette, où se trouve une des synagogues « attaquées », sont en guerre. Cette information immédiate, qui tourne le dos à la vérité froide et apaisée, a le pire pour objectif : une dramatisation qui finira par marquer l’histoire, peut importe la réalité.

Selon cette « information/slogan », reprise par des milliers de tweets et SMS qui rajoutent au passage leur couche de fantasmes, c’est en France que se joue la vengeance de Gaza. Pourtant, comme toujours, la vérité est la première victime de ce conflit. Elle dépasse la fiction mais par le bas, décrivant des faits qui n’ont jamais existé.

Laissons la parole à Frédéric Ploquin, inconnu pour une quelconque passion pour la cause palestinienne, il est journaliste à « Marianne », un hebdomadaire qui n’est pas « La France Juive » de Drumont. Ploquin rapporte :

« Place de la Bastille, la dispersion commence, accélérée par une ondée, lorsque des jeunes décident de s’en prendre aux forces de l’ordre. De petites grappes s’engouffrent vers les rues adjacentes. Se donnent-ils le mot ? Ils sont entre 200 et 300 à marcher en direction de la synagogue de la rue de la Roquette… où se tient un rassemblement pour la paix en Israël, en présence du grand rabbin.

Les organisateurs affirment avoir alerté le commissariat de police, mais l’information n’est apparemment pas remontée jusqu’à la Préfecture de police. Détail important : s’ils avaient su, les responsables du maintien de l’ordre auraient forcément barré l’accès à la rue.

Les choses se compliquent très vite, car les manifestants ne sont pas les seuls à vouloir en découdre. Une petite centaine de membres de la LDJ (Ligue de défense juive) sont positionnés devant la synagogue de la rue de la Roquette, casques de moto sur la tête et outils (armes blanches) à portée de main.

Loin de rester passive, la petite troupe monte au contact des manifestants, comme ils l’ont déjà fait lors d’une manifestation pro-palestinienne organisée Place Saint-Michel quelques jours auparavant. On frôle la bagarre générale, mais la police parvient à s’interposer. Les assaillants refluent vers le boulevard, tandis que les militants juifs reviennent vers la synagogue. »

Passons au compte rendu publié sur son site par RTL :

« Selon la préfecture de police, ces heurts étaient dus à de petits groupes de jeunes gens qui ont été ‘facilement contenus’. Il y a eu six interpellations. Un certain nombre de manifestants pro-palestiniens ont toutefois tenté de se rendre vers des synagogues voisines, rue de la Roquette et rue des Tournelles, a-t-on dit à l’AFP de source policière. Des CRS sont intervenus pour les repousser et mettre fin à un « début d’échauffourée » avec des membres de la communauté juive devant la synagogue de la Roquette, ce qui a permis d’éviter toute intrusion dans les lieux de culte, a-t-on ajouté. »

Une réalité plus complexe que celle qui a été rapportée

Cet appel à « contre » manifester lancé par la LDJ, celui évoqué par Frédéric Ploquin, ne fait aucun doute, on le trouve sur Twitter et, le 9 juillet, lors d’une manifestation pro-palestinienne à Saint Michel, la faible troupe présente a bien été attaquée par la LDJ.

Dans l’affaire de la rue de la Roquette, il faut se demander pourquoi les « forces de l’ordre » n’ont pas été plus préventives en barrant la rue de la Roquette afin d’éviter les affrontements ?

Rapporté par Abdelkrim Branine, pilier de Beur FM et journaliste connu pour sa rigueur, voici le témoignage d’un membre du service d’ordre de la manif « pro Palestine » :

« Hier, en fin de manifestation, nous nous sommes postés sur la place de la Bastille côté rue de la Roquette en prévision d’une attaque de la Ligue de défense juive suite aux mises en garde de la police. Après l’agression ayant ciblé un rassemblement de soutien à la Palestine mercredi dernier à Saint-Michel, la milice sioniste avait promis, via ses réseaux sociaux de ‘s’en prendre à toutes les manifestations pro-palestiniennes’. Nous étions une vingtaine, tous identifiés et membres du service d’ordre.

Suite à la fermeture du métro Bastille, plusieurs manifestants ont décidé de s’orienter vers le métro Voltaire. Nous leur avons conseillé de prendre plutôt la direction de Ledru-Rollin mais certains ne nous ont pas écoutés. À peine arrivés au milieu de la rue de la Roquette, ces personnes (essentiellement des familles), identifiées par leurs keffiehs et drapeaux, se sont faites accueillir par des insultes et des projectiles provenant du rassemblement sioniste derrière deux lignes de CRS.

Deux personnes sont revenues nous prévenir. Nous avons donc décidé d’aller ramener ceux qui stagnaient encore à proximité de la synagogue de la Roquette afin d’éviter tout débordement. Nous y sommes allés discrètement pour éviter que les centaines de jeunes, déjà échaudés par les précédentes provocations ne nous suivent. Ce qui serait devenu incontrôlable.

Arrivés à une cinquantaine de mètres du rassemblement, une femme, la quarantaine, nous traite de ‘sales pro palos’, hurle ‘Israël vaincra’, s’empare d’une chaise d’une terrasse de café et la jette sur notre ami T. Elle s’enfuit ensuite en courant vers le rassemblement de la LDJ et passe, sans difficultés, les deux lignes de CRS. Nous ne répondons pas à la provocation et continuons à avancer. Nous nous retrouvons alors sous une pluie de projectiles (tessons de bouteille, bouts de bois, casques etc.).

Surexcitée, la cinquantaine de militants de la LDJ ‘mime’ de forcer le barrage de police en agitant des drapeaux israéliens. Une première altercation a lieu. La police les laisse faire. En revanche, les CRS nous matraquent et nous gazent. Un autre groupe de CRS arrive en provenance de la place. Encerclés par la police nous n’avons d’autre alternative que de prendre les rues adjacentes qui débouchent à nouveau vers le lieu des échauffourées. Les CRS continuent de tirer des gaz. »

Poursuivons avec un autre point de vue, qui n’est pas forcément faussé au seul prétexte qu’il est donné par un témoin lié au site Saphirnews.com ayant appelé au soutien des palestiniens de Gaza :

« Le traquenard est bien ficelé : ceux de la LDJ  finissent par se réfugier dans la synagogue, faisant ainsi croire que ces ‘hordes de jeunes’, qui n’étaient pour la plupart pas au courant qu’ils se laissaient amener vers le lieu de culte, sont venus s’en prendre aux ‘juifs’. C’est sur les réseaux sociaux que les mensonges de la LDJ prennent forme. Sous forme de tweets alarmistes, elle déclare que ’60 juifs à mains nues’ ont fait face à ‘300 casseurs armés’, dans un autre post, ‘de haches, de couteaux, de lacrymos, de battes de baseball criant ‘Mort aux juifs’. »

Pour finir, voilà ce qu’a vu et vécu Michèle Sibony, membre de l’Union juive française pour la paix :

« Alors je vais vous dire ce que j’ai vu, moi, pauvre juive infidèle (mais il n’y a de Dieu que Dieu) dans cette manif : sur le boulevard Beaumarchais, à peu près à la hauteur de Chemin vert, quatre ou cinq types de la Ligue de défense juive montés sur un banc, complètement entourés et protégés par deux rangs serrés de CRS qui jetaient projectiles et insultes sur la foule, et les services d’ordre, et les responsables calmant les manifestants : ne vous énervez pas ne répondez pas aux provocations, c’est ce qu’ils attendent… et bien sûr lors de la dispersion il y a eu des courses et des bagarres à l’entrée de la rue de la Roquette… comme prévu si j’ose dire. Et surtout j’ai aussi entendu la foule des manifestants crier depuis Barbès jusqu’à la Bastille : ‘médias français montrez la vérité’, ‘le peuple français veut la vérité. Et j’étais fière aujourd’hui de ce peuple là, de mon peuple. »

Hélas, le gouvernement choisit la voie liberticide

Moralité, vieille loi de presse perdue de vue : avant que l’encre ne coule et que les titres annoncés sur les écrans et leurs « bandes passantes » provoquent leurs déchirures, il serait mieux d’écouter et de réfléchir. De s’informer.

Aujourd’hui, alors que de multiples vidéos viennent conforter la version donnée par les différentes témoins que nous venons de citer, ni Hollande ni Valls n’en tiennent compte. Veulent-ils dire que les hommes et femmes qui s’indignent du sort fait à la Palestine sont des menteurs ? Certes, parfois, il ne sont pas « français de souche », voire musulmans…

Hollande et Valls ont préféré prendre le sombre chemin, la voie liberticide désignée par Estrosi, le « motodidacte » maire de Nice. Des manifestations pro-palestiniennes pourront être interdites en cas de « risques avérés ». C’est comme une deuxième mort.

Voir enfin:

Frédéric Ploquin

Marianne

14 Juillet 2014

Plusieurs manifestations pro-palestiennes ont eu lieu dimanche 13 juillet en France. A Paris, deux synagogues ont été prises pour cible. Voici les faits.

NICOLAS MESSYASZ/SIPA
NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Ils sont environ 7 000 à défiler dans les rues de Paris, ce dimanche 13 juillet, entre Barbès et la Bastille, pour dire leur solidarité avec les Palestiniens. Le parcours a été négocié par les responsables du NPA (Nouveau parti anticapitaliste), l’organisation héritière de la Ligue communiste révolutionnaire. Pourquoi avoir exigé un parcours qui s’achève à proximité du quartier du Marais, connu pour abriter plusieurs lieux de culte juif ? Le fait est que les responsables de la Préfecture de police l’ont validé.

Parmi les manifestants, de nombreuses femmes, souvent voilées, mais surtout des jeunes venus de la banlieue francilienne. Les premiers slogans ciblent Israël, mais aussi la « complicité française ». Très vite, les « Allah Akbar » (Dieu est grand) dominent, donnant une tonalité fortement religieuse au cortège.
La préfecture de police ne s’attendait pas à une telle mobilisation, mais ses responsables ont vu large au niveau du maintien de l’ordre, puisque cinq « forces mobiles », gendarmes et CRS confondues, ont été mobilisées. C’est à priori suffisant pour sécuriser tous les lieux juifs le long du parcours.

Aucune dégradation, aucun incident n’est signalé en marge du cortège, jusqu’à l’arrivée à proximité de la Bastille. Un premier mouvement de foule est observé à la hauteur de la rue des Tournelles, qui abrite une synagogue. Les gendarmes bloquent la voie et parviennent sans difficulté à refouler les assaillants vers le boulevard Beaumarchais.

Place de la Bastille, la dispersion commence, accélérée par une ondée, lorsque des jeunes décident de s’en prendre aux forces de l’ordre. De petites grappes s’engouffrent vers les rues adjacentes. Se donnent-ils le mot ? Ils sont entre 200 et 300 à marcher en direction de la synagogue de la rue de la Roquette… où se tient un rassemblement pour la paix en Israël, en présence du grand rabbin. Les organisateurs affirment avoir alerté le commissariat de police, mais l’information n’est apparemment pas remontée jusqu’à la Préfecture de police. Détail important : s’ils avaient su, les responsables du maintien de l’ordre auraient forcément barré l’accès à la rue.

Les choses se compliquent très vite, car les manifestants ne sont pas les seuls à vouloir en découdre. Une petite centaine de membres de la LDJ (ligue de défense juive) sont positionnés devant la synagogue de la rue de la Roquette, casques de moto sur la tête et outils (armes blanches) à portée de main. Loin de rester passive, la petite troupe monte au contact des manifestants, comme ils l’ont déjà fait lors d’une manifestation pro-palestinienne organisée Place Saint-Michel quelques jours auparavant. On frôle la bagarre générale, mais la police parvient à s’interposer. Les assaillants refluent vers le boulevard, tandis que les militants juifs reviennent vers la synagogue.

Durant le week-end, des manifestations similaires ont été organisées dans plusieurs grandes villes. Selon la police, ils étaient 2 300 à Lille, 1 200 à Marseille et autour de 400 à  Bordeaux. Aucun incident n’a été signalé.

Voir aussi:

Antisémitisme: la France confrontée à une hausse des actes, pas des opinions
Libération/AFP
19 juillet 2014

Les incidents près de synagogues parisiennes sont-ils le signe d’une montée de l’antisémitisme en France? Des experts répondent avec prudence, relevant que si une hausse des actes antisémites est observée, ce n’est pas le cas des opinions.

Plusieurs personnalités de la première communauté juive d’Europe ont exprimé leur émotion après un week-end agité: échauffourées rue de la Roquette à Paris, jet de cocktail Molotov contre une synagogue à Aulnay-sous-Bois, insultes devant une autre à Asnières…

«C’était un peu la Kristallnacht (la Nuit de cristal de 1938 en Allemagne, NDLR) et on a échappé de peu à un véritable pogrom», a estimé le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Roger Cukierman. «Jamais un tel événement ne s’était produit en France depuis le Moyen-Age», a écrit Arno Klarsfeld, ancien avocat des Fils et filles des déportés juifs de France, évoquant les «centaines d’individus» ayant «tenté de prendre d’assaut» la synagogue de la Roquette.

«Ces comparaisons historiques me semblent malvenues pour apprécier la situation», tempère le sociologue Samuel Ghiles-Meilhac auprès de l’AFP. «Les pogroms ou la Nuit de cristal, ce sont des mouvements de violence tolérés voire encouragés par les pouvoirs en place. En France, les autorités publiques réagissent, et absolument rien n’indique qu’une majorité de la population valide cela.»

«L’émotion est très forte, mais elle n’est pas uniquement liée à ce qui s’est passé dimanche, elle est le produit de ces dernières années, avec les actes de Mohamed Merah et Mehdi Nemmouche, l’affaire Dieudonné, la manifestation Jour de colère (où des +Mort aux Juifs!+ ont été lancés, ndlr)… Il y a le sentiment, dans une partie de la communauté juive, qu’une lame de fond antisémite s’est installée», ajoute le chercheur.

Directeur de l’observatoire des radicalités politiques, Jean-Yves Camus a assisté aux heurts près de la Bastille. «Quand bien même il ne se serait rien passé rue de la Roquette, je considère qu’à partir du moment où, dans les rues de Paris, des manifestants brandissent le drapeau noir de l’Etat islamique au Levant ou des mini-roquettes, même en carton-pâte, il y a quelque chose qui ne colle pas.»

Selon le politologue, lors de l’opération de l’armée israélienne Plomb durci en 2009, «des manifestations avaient déjà dérapé», attirant «beaucoup plus de monde».

«La mobilisation régresse en ampleur. Les radicaux sont d’autant plus visibles que, dans la manifestation, le rapport numérique est en leur faveur», note le chercheur.

- «Antisémitisme de contact» -

Les actes antisémites se maintiennent à un niveau élevé depuis 2000 et la seconde Intifada: le Service de protection de la communauté juive (SPCJ), qui en avait relevé 423 en 2013 selon les plaintes comptabilisées par le ministère de l’Intérieur, a noté une nouvelle hausse au premier trimestre 2014, avec 169 actions violentes et menaces recensées, soit 44% de plus que sur la même période de l’an dernier.

Selon le SCPJ, organisation communautaire qui travaille en lien avec les pouvoirs publics, les Juifs sont victimes de 40% des violences physiques racistes en France, alors qu’ils représentent moins de 1% de sa population.

«On constate une montée des actes antisémites le plus souvent en lien avec l’aggravation du conflit israélo-palestinien», commente la politologue Nonna Mayer. Un «antisémitisme de contact», actif là où les deux communautés (juive et musulmane) sont présentes, et s’en prenant à ce qui est visible dans l’espace public: synagogues, mezouzahs sur les portes, hommes portant la kippa…

Que sait-on des auteurs? «On a le sentiment que, pour les rares cas où les agresseurs sont identifiés, les actes sont non seulement imputables à l’extrême-droite mais à des jeunes issus de l’immigration et qui se font une identité de substitution en s’identifiant aux victimes palestiniennes», répond Nonna Mayer, qui invite cependant à ne pas «disserter doctement sur l’antisémitisme chez les jeunes issus de l’immigration» à partir de cas «extrêmement minoritaires».

Ne pas confondre actes et opinions: l’examen de ces dernières montre qu’«il n’y a absolument pas de progression de l’antisémitisme, plutôt la persistance de deux stéréotypes traditionnels, le pouvoir des Juifs et leur rapport à l’argent», constate la sociologue.

«Tous nos sondages montrent que c’est la minorité juive qui est de loin la mieux acceptée, qui a la meilleure image», poursuit-elle. A la différence des populations arabo-musulmanes et roms qui, selon le dernier rapport sur le racisme de la Commission nationale consultativedes droits de l’homme (CCNDH), «sont les cibles privilégiées» de l’actuelle «recrudescence de l’intolérance».

«Les Juifs ne sont victimes d’aucune discrimination sociale en France, ils sont parfaitement intégrés. Et en même temps, comme minorité, ils sont la cible d’une fixation haineuse», tente de résumer Samuel Ghiles-Meilhac, devant une «conjonction de phénomènes dont on n’a pas les cadres d’analyse».

AFP

Voir de même:

Pascal Boniface : «Critiquer la politique d’Israël, ce n’est pas être antisémite»
Alexandre Devecchio
Le Figaro
18/07/2014

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN- Alors que la préfecture de police de Paris a interdit une manifestation pro-palestienne prévue ce samedi, Pascal Boniface, auteur de la France malade du conflit israélo-palestinien, a accordé un grand entretien à FigaroVox.

Pascal Boniface est directeur de l’IRIS, auteur de Géopolitique du sport. Son dernier livre, La France malade du conflit israélo-palestinien, vient de paraître.

FigaroVox: Après les incidents violents qui ont émaillé les manifestations pro-israélienne dimanche 13 juillet, la préfecture de police a engagé une procédure informelle pour interdire une manifestation de soutien à Gaza prévue samedi. La société Française devient-elle la victime collatérale du conflit du Proche-Orient?

Pascal BONIFACE: La société française ne devient pas la victime collatérale du conflit du Proche-Orient, elle l’est depuis longtemps. La reprise des violences entre Israéliens et Palestiniens a provoqué une poussée de fièvre en France, mais que la France soit malade du conflit israélo-palestinien, n’est hélas pas une nouveauté. Aucun conflit extérieur ne suscite de telles passions, de mises en cause si importantes des individus qui prennent des positions qui déplaisent. Des amis de longue date, qui ne partageant pas le même point de vue sur le conflit et ses conséquences en France, peuvent se brouiller. On ne voit ça pour aucun autre conflit.

Quel est votre point de vue sur l’interdiction des manifestations? Celle-ci ne risque-t-elle pas d’être contre-productive?

Si le but est de ne pas opposer les communautés, interdire les manifestations produit l’effet inverse. Ceux qui veulent manifester peuvent avoir le sentiment que le gouvernement répond aux désirs des institutions communautaires juives. Par ailleurs, il y a une atteinte au droit de manifester. Où placer les limites? Faudra-t-il par la suite interdire les nombreuses et variées manifestations de soutien à Israël? Faudra-t-il interdire les articles critiques sur l’action du gouvernement israélien parce qu’ils seraient censés contribuer à alimenter l’antisémitisme? Le risque est de radicaliser une partie de ceux qui se sentent solidaires des Palestiniens.

La société française ne devient pas la victime collatérale du conflit du Proche-Orient, elle l’est depuis longtemps.

Selon vous, la confusion entre antisémitisme, antisionisme et critique du gouvernement israélien contribue à l’importation de ce conflit en France. Quelle différence faites-vous entre ces différentes notions?

Cette confusion est entretenue par les institutions communautaires et certains intellectuels juifs. L’antisémitisme c’est la haine des juifs, l’antisionisme c’est l’opposition à l’existence de l’État d’Israël. Mais cela n’a rien à voir avec la critique de l’action du gouvernement israélien ou alors des O.N.G. israéliennes, des personnalités comme Abraham Burg, des journalistes comme Gideon Lévy sont antisémites. Lorsque l’on critique la politique de Poutine on n’est pas accusé de faire du racisme anti-russes. Brandir l’accusation infamante d’antisémitisme dès que l’on émet une critique à l’égard du gouvernement israélien a pour fonction de protéger ce dernier. L’immense majorité de ceux qui se déclarent solidaires des Palestiniens combattent l’antisémitisme et toutes les formes de racisme, et se prononcent pour la solution des deux États, donc en faveur de l’existence d’Israël.

Vous-même en taxant le HCI d’islamophobie pour ses prises de positions, notamment contre le port du foulard islamique à l’université, n’opérez-vous pas une confusion dangereuse entre critique légitime du communautarisme et racisme antimusulman?

Lorsque l’été dernier le HCI a proposé d’interdire le port du foulard dans les universités, j’ai en effet estimé qu’il préconisait une mesure visant exclusivement les musulmans (on ne parlait pas des signes religieux en général) qui pouvait rallumer une guerre au moment où une majorité s’accordait pour dire qu’il fallait en rester à la loi de 2004 qui ne concerne pas l’enseignement supérieur.

L’immense majorité de ceux qui se déclarent solidaires des Palestiniens combattent l’antisémitisme et le racisme, et se prononcent pour la solution des deux États donc en faveur de l’existence d’Israël

Selon vous, de nombreux Français non-juifs, en particuliers les musulmans, ont le sentiment qu’il y a un «deux poids, deux mesures» dans la lutte contre le racisme et que les actes antisémites font l’objet d’un traitement médiatique plus conséquent que les autres actes racistes. Le risque de votre démarche n’est-il pas de verser dans la concurrence victimaire et de nourrir le ressentiment d’une certaine jeunesse de banlieue à l’égard des Juifs et de la France plus généralement?

Réclamer la fin du «deux poids, deux mesures» dans la lutte contre l’antisémitisme et le racisme anti-musulmans, qu’il s’agisse des médias ou des responsables politiques ne revient pas à nourrir le ressentiment d’une certaine jeunesse de banlieue, mais au contraire à le combattre. Dénoncer une injustice ou une inégalité de traitement est justement la meilleure façon de combattre la concurrence victimaire. Si chacun est placé sur un pied d’égalité, si tous les enfants de la République sont traités de la même façon il n’y a plus de concurrence victimaire et moins d’espace politique pour le ressentiment.

Avez-vous des exemples précis de «deux poids, deux mesures» …

De nombreuses agressions ont eu lieu contre des femmes voilées, qui n’ont pas suscité la mobilisation,qui aurait eu lieu si des hommes portant la kippa avaient été agressés. Il est vrai que présenter, comme le font certains journalistes, le port du voile comme faisant partie d’un complot pour mettre à genoux la République, a contribué à créer un climat malsain…

Quelques lignes dans Libération du 22 Février 2011, on apprend que la voiture et la moto de Dounia Bouzar, anthropologue spécialiste de l’islam, ont été vandalisées. On pouvait lire sur l’un des véhicules «non aux minarets». Un texte était également glissé: «Pour que Colombey les deux églises ne devienne pas Colombey les deux mosquées. Viendra le moment où les islamo-collabos devront rendre des comptes.» Imaginons que la même mésaventure soit arrivée à BHL ou Finkielkraut, cela aurait fait la Une de tous les journaux et toute la classe politique aurait manifesté sa solidarité.

Selon vous, il faut évoquer tous les racismes. Quel est votre point de vue sur le racisme anti-blanc?

Il peut y avoir des arabes ou des noirs qui soient racistes à l’égard de ceux qui sont différents d’eux. Il peut donc y avoir des blancs victimes de racisme. Mais il n’y a pas un racisme anti-blanc puissant, structuré, s’appuyant sur de nombreux textes, se développant sur les réseaux sociaux, relayé par la presse, soutenu par des déclarations d’hommes politiques, etc. Les blancs en France ne font pas l’objet de discriminations.

Vous avez eu beaucoup de difficultés pour faire éditer votre livre. Certains sujets restent-ils tabous en France? Pourquoi?

Nombreux sont ceux qui ont payé un prix fort pour avoir osé critiquer le gouvernement israélien.

Le conflit israélo-palestinien déclenchant les passions, beaucoup de gens veulent se tenir à l’abri à partir du moment où la critiques politiques du gouvernement israélien est très rapidement assimilée à de l’antisémitisme. Beaucoup de gens ne veulent pas prendre le risque d’être étiquetés de façon si infamante.

La presse française est pourtant loin d’être complaisante à l’égard du gouvernement israelien …

Je ne connais pas d’autres sujets qui paraissent aussi risqués pour les responsables politiques et les médias. Je ne connais pas de cas où des responsables politiques , des journalistes, des universitaires, qui se seraient signalés par un engagement profond, voire inconditionnel, à l’égard d’Israël, en aurait subi des sanctions personnelles ou professionnelles. Nombreux sont ceux qui ont payé un prix fort pour avoir osé critiquer le gouvernement israélien. Il est d’ailleurs assez paradoxal qu’en France, il soit moins risqué pour quiconque de critiquer les autorités nationales que celle d’un pays étranger, en l’occurrence Israël. Je connais beaucoup de personnes qui disent être entièrement d’accord avec mes analyses mais ne veulent pas le déclarer publiquement de peur de représailles. Je pense qu’à terme cette stratégie est très dangereuse même si elle peut s’avérer favorable à court terme à la protection du gouvernement israélien.

Voir par ailleurs:

L’incendie du centre juif était une banale vengeance
La destruction d’un centre social juif à Paris il y a dix jours n’était pas un acte antisémite. Un suspect, ancien gardien du local, de confession juive, était toujours en garde à vue hier soir. Il aurait saccagé les lieux par dépit après son éviction

Christophe Dubois et Geoffroy Tomasovitch

le Parisien

31.08.2004
L’AFFAIRE avait soulevé l’indignation de l’ensemble de la classe politique et des instances religieuses, de Paris à Tel-Aviv. Elle avait relancé le débat sur la montée de l’antisémitisme en France… Finalement, la destruction d’un centre social juif, cible d’un incendie volontaire la nuit du 21 au 22 août derniers dans le XIe arrondissement de Paris, aurait pour origine une banale vengeance personnelle.
C’est désormais la piste privilégiée avec, au coeur de l’enquête, un ancien employé du centre dont les responsables avaient la ferme intention de se séparer.

Des indices matériels

Hier, Raphaël B., un juif séfarade de 52 ans, s’est présenté spontanément à la brigade criminelle à Paris. Natif de Casablanca au Maroc, ce gardien occasionnel du local de la rue Popincourt se savait recherché par la police judiciaire. La brigade criminelle avait resserré ses investigations « à partir de l’enquête de voisinage, des analyses des faits et des témoignages des individus qui fréquentent le centre». Depuis vendredi dernier, une fiche de recherche avait été établie à son nom. Ce sont finalement des membres du centre social qui l’ont convaincu de se présenter au quai des Orfèvres. Raphaël B., qui venait de perdre son appartement, entretenait des relations ombrageuses avec les gestionnaires du centre. Au point que ces derniers avaient décidé de se séparer de lui. Le quinquagénaire, présenté comme un « peu simplet » et « plus ou moins sans domicile fixe », n’aurait pas supporté cette idée, assouvissant sa vengeance en s’attaquant au local de la rue Popincourt souillé par des inscriptions antisémites puis dévasté par le feu.

Selon une source policière, le suspect, « pas causant du tout », n’a pas reconnu l’incendie lors de ses premières heures de garde à vue. Cependant, des indices matériels semblent le désigner. Les policiers ont retrouvé à son domicile, un logement mis à sa disposition par le centre, les clés de la porte de service. Elle avait été retrouvée ouverte par les sapeurs-pompiers à leur arrivée, contrairement à la porte principale. Seules quatre ou cinq personnes possédaient ce trousseau. Toujours chez Raphaël B., les enquêteurs ont mis la main sur deux feutres, un rouge et un noir, qui pourraient correspondre à ceux qui ont servi à maculer le mur du centre social de croix gammées dessinées à l’envers et d’inscriptions antisémites truffées de fautes d’orthographe. Des analyses scientifiques devraient permettre de confirmer formellement ce point.Un « contexte tendu »

Selon nos informations, l’homme a fini par admettre du bout des lèvres être l’auteur de ces inscriptions. Enfin, les policiers disposent d’un autre élément à charge : ils ont localisé l’endroit où le suspect aurait acheté le liquide – de l’essence automobile – utilisé pour allumer le feu.

Le tournant pris par l’enquête semble définitivement contredire la thèse d’un acte antisémite, avancée publiquement par certains, haut et fort et un peu hâtivement. « Les collègues de la Crim n’en ont que plus de mérite. Il n’est pas facile de travailler dans un contexte aussi tendu», relève un policier parisien.

Plusieurs affaires récentes se sont ainsi « dégonflées » après avoir été présentées comme des actes antisémites. Tout le monde se rappelle l’indignation générale soulevée en juillet dernier par le récit de Marie Leblanc, cette jeune femme qui se disait victime d’une sauvage agression dans le RER D. La mythomane avait rapidement avoué aux policiers avoir tout inventé. Quelques jours plus tôt, l’agression à coups de couteau d’un lycéen juif à Epinay (Seine-Saint-Denis) avait provoqué des réactions d’une pareille ampleur. Or, l’auteur, un déséquilibré, ne s’en prenait qu’à ceux ayant le malheur de croiser son chemin…

« Tout cela ne doit pas jeter de discrédit sur la lutte contre l’antisémitisme », a mis en garde hier l’Union des étudiants juifs de France. Car le phénomène est bien réel et en hausse : le ministère de la Justice a déjà recensé 298 actes antisémites depuis début 2004.

Voir encore:

Incendie du centre juif: l’employé inculpé

la Libre Belgique

03 septembre 2004

DIX JOURS APRÈS L’INCENDIE DU CENTRE SOCIAL JUIF DE LA RUE POPINCOURT dans le XIe arrondissement de Paris, Raphaël Benmoha, un homme de confession juive âgé de 52 ans, a été mis en examen mercredi soir par un juge d’instruction parisien et écroué pour avoir mis le feu à l’immeuble. Raphaël Benmoha, qui a nié les faits tout au long des 48 heures de garde à vue à la brigade criminelle, est désormais poursuivi pour «destruction de biens appartenant à autrui par l’effet d’un incendie de nature à créer un danger pour des personnes», a-t-on indiqué de sources judiciaires. Les expertises ont conforté les policiers dans leurs certitudes quant à la culpabilité du suspect. Ce dernier se serait notamment inspiré d’un épisode de la série télévisée de France 2, «PJ», tourné l’an dernier au centre de la rue Popincourt. Cet épisode, qui n’a pas été diffusé dans un contexte tendu à la demande de la communauté juive, montre un feu dans le centre social juif provoqué par un employé licencié.


France: Le pays où le mensonge est roi (Lie, lie, something is sure to stick)

8 avril, 2014
zhttp://static.lexpress.fr/medias_7831/w_2000,h_870,c_crop,x_0,y_263/w_605,h_270,c_fill,g_north/ayrault-marseille-valls-taubira_4009805.jpgCeux qui peuvent vous faire croire à des absurdités peuvent vous faire commettre des atrocités. Voltaire (?)
Va ! calomnie hardiment, il en reste toujours quelque chose. Francis Bacon
Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose. Beaumarchais
Le mensonge n’est un vice que quand il fait mal. C’est une très grande vertu quand il fait du bien. Soyez donc plus vertueux que jamais. Il faut mentir comme un diable, non pas timidement, non pas pour un temps, mais hardiment et toujours. Mentez, mes amis, mentez, je vous le rendrai un jour. Voltaire (reprenant Beaumarchais qui reprenait Bacon, lettre à Thiriot du 21 octobre 1736)
Une seule injustice, un seul crime, une seule illégalité, surtout si elle est officiellement enregistrée, confirmée, une seule injure à l’humanité, une seule injure à la justice, et au droit surtout si elle est universellement, légalement, nationalement, commodément acceptée, un seul crime rompt et suffit à rompre tout le pacte social, tout le contrat social, une seule forfaiture, un seul déshonneur suffit à perdre, d’honneur, à déshonorer tout un peuple. Charles Péguy
La vérité, c’est tout simplement que le pouvoir socialiste ne tombera pas comme un fruit mûr. Et ceux qui laissent entendre que nous pouvons, c’est-à-dire nous la droite, revenir au pouvoir dans les mois qui viennent, ou même dans les deux années qui viennent se trompent, et trompent les Français. François Hollande (France inter, 1983)
Je n’ai pas, messieurs les députés, je n’ai jamais eu de compte à l’étranger, ni maintenant ni avant. Jérome Cahuzac
J’ai appris hier avec stupéfaction et colère les aveux de Jérôme Cahuzac devant les juges. Il a trompé les plus hautes autorités du pays: le chef de l’Etat, le chef du gouvernement, le Parlement et à travers lui tous les Français. (…) J’affirme ici que Jérôme Cahuzac n’a bénéficié d’aucune protection autre que celle de la présomption d’innocence et il a quitté le gouvernement à ma demande dès l’ouverture d’une information judiciaire. François Hollande (3 avril 2013)
Il s’agit d’une information judiciaire traitée par des magistrats du siège (…) Il s’agit de juges du siège indépendants sans relation avec la Chancellerie et par conséquent la réponse est très claire, je n’avais pas l’information avant. Christiane Taubira
[J'ai été informé] A l’occasion des révélations du Monde. Manuel Vals
Nous avons les preuves que le président a été parfaitement informé le 15 (…) Le 18, Edwy Plenel informe l’Elysée qu’ils ont toutes les preuves. Et Edwy Plenel est un ami personnel du président, ils ont même écrit un bouquin ensemble. (…)  je dis que le président, entre le 4 et le 18 décembre, a l’ensemble des informations lui permettant de se rendre compte que des preuves graves – selon lesquelles Jérôme Cahuzac détenait un compte en Suisse – existent.  Charles de Courson (président UDI de la commission Cahuzac)
Titulaire d’un diplôme de 3e cycle en sciences économiques, d’une licence en sociologie et d’un certificat en ethnologie afro-américaine obtenus à Paris, elle a également suivi un 3e cycle en agroalimentaire du Centre Français de la Coopération Agricole. Pendant de nombreuses années, les portraits médiatiques de la garde des Sceaux lui attribuent un, voire deux doctorat(s), en économie, en ethnologie ou en agroalimentaire, selon les sources (…) Dans son ouvrage Contre la justice laxiste (…), Philippe Bilger, ancien avocat général à la cour d’assises de Paris, laisse entendre que la garde des Sceaux ment sur son curriculum vitae : « Elle a laissé dire, et ne l’a jamais contesté dans l’espace médiatique, qu’elle avait deux doctorats, l’un en économie, l’autre en ethnologie [...]. ». Sollicité, le cabinet de Christiane Taubira, alors Garde des Sceaux, affirme que celle-ci n’a jamais dit elle-même qu’elle possédait ces diplômes et explique que ces mentions sont dues aux journalistes qui « travaillent un peu trop sur Wikipédia » (..). « À première vue, l’erreur semble venir d’une confusion entre le « troisième cycle d’économie » qu’elle a entrepris (qui pouvait conduire à l’époque à un DEA ou un DESS) et l’acquisition d’un doctorat, qui suppose d’avoir soutenu une thèse avec succès » — (Le Monde). Selon certaines enquêtes journalistiques, la ministre n’aurait pas menti (Christiane Taubira et l’intox des doctorats – Maxime Vaudano, Le Monde, 28 mars 2014 [archive] et « On a vérifié les mensonges présumés de Christiane Taubira sur son niveau de diplôme » – Europe 1).Wikipedia
Christiane Taubira : la ministre de la Justice est titulaire d’un doctorat en sciences économiques, d’une licence en sociologie et d’un certificat en ethnologie afro-américaine obtenus à Paris. Elle est également titulaire d’un doctorat d’agro-alimentaire du Centre Français de la Coopération Agricole. Orientations
La ministre n’a jamais dit qu’elle avait un doctorat, et aucun document validé par la ministre n’en fait état. La ligne de défense est donc simple : pas de doctorat certes, mais surtout pas d’affirmation de doctorat de la part de Christiane Taubira. Reste ce CV « paru sur le web » auquel le magistrat fait référence et qui se vanterait dudit doctorat en sciences économiques. Contacté par le Lab qui n’en trouvait pas trace, Philippe Bilger reconnaît qu’il n’existe pas, mais assure « avoir des informations fiables à ce sujet » : Moi, je ne l’ai pas vu ce CV. Au Lab, Philippe Bilger insiste particulièrement sur le « laisser dire » de la ministre. Selon lui, elle est surtout coupable de n’avoir jamais démenti être titulaire de ces diplômes. Il insiste particulièrement sur son passage dans Des paroles et des actes le 5 septembre 2013, révélateur selon lui de cette hypocrisie. La scène est facile à repérer puisqu’elle se déroule moins d’une minute avant le début de l’émission. David Pujadas égraine en effet les diplômes : « Vous avez un doctorat d’Economie, un doctorat d’Ethnologie, un diplôme supérieur d’Agroalimentaire. » Pourtant loin « d’opiner du chef » comme l’affirme le magistrat, Christiane Taubira reste statique et fronce même les sourcils. Elle commence son intervention en disant vouloir « revenir sur le portrait », puis s’oublie dans sa réponse et n’y revient jamais. Voyez plutôt : Plus tard, alors que le journaliste lui rappelle à nouveau qu’elle a un doctorat d’économie, Christiane Taubira rétorque : Arrêtez de m’additionner des diplômes. Bref, pas de fracassant démenti mais pas de validation non plus, contrairement à ce qu’écrit le magistrat et les sites reprenant l’information. >> Quels sont les réels diplômes avancés par Christiane Taubira ? Interrogé sur les réels diplômes de la ministre, son cabinet énumère ceux présents sur son site de députée, celui inactif depuis au moins deux ans. A savoir : – un troisième cycle en économie validé, « qui serait l’équivalent d’un Master 2 aujourd’hui ». (depuis la réforme LMD de 2003, le 3e cycle correspond soit à un doctorat, soit à un Master 2) ; – un troisième cycle en agro-alimentaire. Quant à la référence à la « sociologie » et à « l’ethnologie », elle correspond à des cours suivis durant ses études mais non validés, explique son cabinet. De fait, son CV ne les présente pas comme des diplômes. Notons qu’à date, Le Lab n’a pas été en mesure de vérifier si Christiane Taubira avait bien validé ses 3e cycle. Delphine Legouté
Au cabinet de la ministre, on explique que tout cela est dû aux erreurs de journalistes qui « travaillent un peu trop sur Wikipédia ». L’entourage de la garde des Sceaux jure que celle-ci n’a jamais dit elle-même qu’elle possédait ces diplômes. D’ailleurs, la notice biographique publiée sur le site du gouvernement ne comporte pas de section cursus. Ce qui est tout de même intriguant étant donné que c’est le cas de presque tous les autres ministres. A défaut de mentir, la ministre a-t-elle laissé dire ? Le cabinet fait savoir qu’il a toujours transmis au trombinoscope (sorte de Who’s Who du monde politico-médiatique français) des informations correctes (…) Le cabinet affirme que la ministre n’a pas de « press books » et ne consulte jamais sa page Wikipédia. Elle n’aurait donc jamais ressenti le besoin de corriger l’intox qui traîne donc depuis plus d’une décennie… (…) Dans son livre, Philippe Bilger note pourtant que la ministre ne reprend pas David Pujadas qui mentionne « deux doctorats » lors de son passage sur France 2, dans l’émission « Des paroles et des actes ». Rémy Noyon
Christiane Taubira n’a jamais soutenu de thèse. « Elle n’a jamais communiqué là-dessus ! », s’exaspère son cabinet, navré de devoir démentir une « non-information ». En effet, aucun document officiel émanant de la ministre ne mentionne un tel cursus. Sa notice biographique sur le site du gouvernement, la ministre est présentée comme « professeur de sciences économiques ». Même chose dans le « trombinoscope du gouvernement », un document transmis chaque année à la presse, où il est simplement précisé « 3e cycle de sciences économiques ». Le fait est que ces diplômes sont mentionnés depuis plus de dix ans dans les articles que la presse lui consacre. Ainsi, Le Monde du 4 décembre 2001 lui attribuait-il « un doctorat en sciences économiques et en agroalimentaire » dans un portrait réalisé à l’occasion de sa candidature à l’élection présidentielle. Depuis son retour sur le devant de la scène, avec son arrivée au ministère de la justice en 2012, on ne compte plus les titres de presse qui ont repris cette information, de France-Soir à Europe 1 (qui lui ajoute un doctorat de « sociologie et d’ethnologie afro-américaine »), en passant par Le Figaro ou encore France-Guyane. La faute, selon son cabinet, « aux fausses informations de Wikipédia », dont elle dit ne pas être responsable. A première vue, l’erreur semble venir d’une confusion entre le « troisième cycle d’économie » qu’elle a entrepris (qui pouvait conduire à l’époque à un DEA ou un DESS) et l’acquisition d’un doctorat, qui suppose d’avoir soutenu une thèse avec succès. L’abondance de la reprise de cette information permet toutefois de se poser la question : Christiane Taubira a-t-elle profité d’un malentendu et laissé courir la fausse rumeur ? C’est la thèse soutenue par ses détracteurs, qui pointent du doigt un extrait de l’émission « Des paroles et des actes », diffusée le 5 septembre 2013 sur France 2. La ministre n’aurait pas « sourcillé » quand David Pujadas l’a présentée comme titulaire d’« un doctorat d’économie » et d’un « doctorat d’ethnologie », se rendant par là même coupable d’un mensonge par omission : Si la caméra n’est pas pointée sur son visage au moment précis où l’animateur parle de ses doctorats, Mme Taubira ne corrigera jamais clairement l’erreur au cours de l’émission. En revanche, son cabinet insiste sur deux phrases qu’elle lâche pendant sa prestation. Après la présentation erronée de David Pujadas : « Je pense que je peux revenir sur le portrait, mais oui, c’est vrai. » Quand le journaliste Jeff Wittenberg flatte ses « notions » d’économie « parce que vous avez un doctorat d’économie, donc… », elle commence sa réponse par : « Arrêtez de m’additionner des diplômes ». Maxime Vaudano (Le Monde)

pour augmenter les impôts, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault a été rapide et efficace. La fiscalité est le seul domaine sur lequel les Français ont pu mesurer concrètement les résultats de l’action gouvernementale. Et c’est le choix d’augmenter les impôts que paie aujourd’hui le gouvernement. Les millions de ménages qui ont subi le coup d’assommoir lui en veulent. Et personne ne comprend exactement où sont partis les 32 milliards de la plus forte hausse d’impôt depuis la guerre. Car elle n’est pas visible dans la réduction du trou budgétaire: le déficit 2013, après avoir été annoncé à 3% du PIB, puis à 3,7 %, puis à 4,1 %, s’établit finalement à 4,3 %. On a rarement vu une telle glissade, alors que la conjoncture ne s’est pas détériorée. Où est donc passé tout cet argent, alors que la situation économique du pays ne s’est pas améliorée ? Tout d’abord, dans les dépenses supplémentaires. Elles ont augmenté de 2% en 2013, après un 3 % en 2012. Et le ralentissement de la hausse entre ces deux années n’est pas dû à la vertu soudaine, mais à la météo financière: les taux d’intérêt ont baissé, et la charge de la dette publique en a été réduite de près de 10 %. La dépense publique n’est donc en rien « stabilisée ». L’argent s’est ensuite volatilisé conformément aux prédictions d’Arthur Laffer, un économiste américain. Ce spécialiste de la fiscalité a expliqué naguère que le rendement de l’impôt décroît avec l’augmentation du taux de prélèvement. En clair, l’animal fiscal n’est pas plus bête qu’un autre. Lorsqu’il est malmené, il développe des comportements d’évitement. Travailler moins pour payer moins, ou travailler plus, mais au noir. Ou encore s’exiler à l’étranger. C’est exactement ce qui s’est passé chez nous. Laffer ne dit pas autre chose que les paysans et leur bon sens proverbial. Si le choc fiscal n’a pas eu d’effet sur les comptes, il a en revanche fait chuter l’investissement et les perspectives du pays.La seule inversion de courbe réussie à ce jour est celle de la confiance des agents économiques, au plus bas.Il l’a dit en français mais il l’a pensé en anglais. Quand Jérôme Cahuzac a demandé pardon, on a cru entendre Bill Clinton ou Lance Amstrong …
Eric Zemmour
S’il est avéré, sans l’ombre d’un doute, qu’un ministre a menti, il doit démissionner ou il est démissionné.  Sinon, il est obligé de s’expliquer devant des commissions au Congrès qui le soumettent à la question jusqu’à ce qu’il ne reste plus une zone d’ombre. Chaque audition remet du charbon dans la machine médiatique. La Maison-Blanche ne peut pas se le permettre. Ezra Suleiman (professeur de sciences politiques à l’université de Princeton)
Après son entretien à l’Élysée avec François Hollande, Christiane Taubira a admis s’être « trompée de date ». On pourrait persifler à bon droit qu’entre passer pour une incompétente ou une menteuse, la ministre a choisi la première option. Elle n’est pas la première à s’arranger avec la réalité. François Mitterrand avait, pendant le débat de la présidentielle 1988, piétiné la vérité en regardant Jacques Chirac « les yeux dans les yeux ». Sophie Coignard

Mensonges effrontés et répétés (Jérome Cahuzac), usurpation de fausse identité, contre-vérités et mensonges par omission (François Hollande), contre-vérités et mensonges par omission (Christiane Taubira), contre-vérités et mensonges par omission (Manuel Valls) , mensonges par omission (Jean-Marc Ayrault) …

Après les 20 ans de mensonges du génocide rwandais …

Et les écoutes « hollandaises » dignes de la Stasi …

Retour, avec Le Point et Causeur, sur  le pays où le mensonge est roi …

Le pays où le mensonge est roi

En France, un ministre peut mentir, puis « se tromper de date ». Aux États-Unis, on ne plaisante pas avec le mensonge, ni même avec les « imprécisions ».
Sophie Coignard
Le Point
14.03.14

« Barack Obama a reçu hier le ministre de la Justice, Eric Holder, pour le conforter dans ses fonctions, après cinq jours de grandes turbulences. C’est la révélation par le New York Times d’une enquête sur George Bush Jr qui a tout déclenché. Les conversations téléphoniques entre l’ancien président des États-Unis et son avocat avaient fait l’objet d’écoutes judiciaires. Le ministre de la Justice a prétendu dans un premier temps l’avoir appris par la presse, puis a dû reconnaître qu’il avait été informé par son administration. Cet épisode provoque un climat de chaos à Washington, au sein de l’exécutif. Fort du soutien présidentiel, Eric Holder a réaffirmé qu’il ne démissionnerait pas. »

Stop… C’est une plaisanterie. Une blague aussi grosse que les récriminations indignées de Christiane Taubira. Car à Washington, un ministre pris en flagrant délit de mensonge est écarté dans la minute. « S’il est avéré, sans l’ombre d’un doute, qu’un ministre a menti, il doit démissionner ou il est démissionné, explique Ezra Suleiman, professeur de sciences politiques à l’université de Princeton et grand connaisseur des institutions françaises et américaines. Sinon, il est obligé de s’expliquer devant des commissions au Congrès qui le soumettent à la question jusqu’à ce qu’il ne reste plus une zone d’ombre. Chaque audition remet du charbon dans la machine médiatique. La Maison-Blanche ne peut pas se le permettre. »

Le Congrès américain est infiniment plus puissant que le Parlement français, et dispose de moyens sans commune mesure. Hillary Clinton en a fait l’expérience quand elle a dû répondre de l’assassinat de l’ambassadeur américain à Benghazi, en Libye, le 11 septembre 2012. Susan Rice, ambassadrice aux Nations unies, a même perdu dans cette affaire le poste de secrétaire d’État que lui réservait Barack Obama pour son second mandat. Et il ne s’agissait pas de mensonge avéré, simplement de mauvaise appréciation de la situation sur le terrain.

Trompée de date !

Après son entretien à l’Élysée avec François Hollande, Christiane Taubira a admis s’être « trompée de date ». On pourrait persifler à bon droit qu’entre passer pour une incompétente ou une menteuse, la ministre a choisi la première option. Elle n’est pas la première à s’arranger avec la réalité. François Mitterrand avait, pendant le débat de la présidentielle 1988, piétiné la vérité en regardant Jacques Chirac « les yeux dans les yeux ».

Ce qui sauve, paradoxalement, la ministre de la Justice au pays du mentir vrai, ce sont ses adversaires. Michèle Alliot-Marie, qui souhaite aujourd’hui avec Jean-François Copé la démission de Christiane Taubira, est assez mal placée. Ou trop bien, au contraire. Elle parle d’expérience en effet, puisque l’ancienne ministre de l’Intérieur a été poussée hors du gouvernement après avoir nié ses liaisons dangereuses avec la Tunisie de Ben Ali.

Au ministère de la Justice, où elle est passée, certains anciens occupants ont déjà rencontré des problèmes dans leurs rapports avec le réel. Rachida Dati a été accusée d’avoir bidonné son CV. Son lointain prédécesseur Pierre Arpaillange s’était, lui, illustré à l’Assemblée nationale en expliquant : « En 1989, sur 52 évadés, on en a repris 53″ !

Voir aussi:

Eloge de Christiane Taubira, concise et flamboyante
Comment ose-t-on accuser la Garde des Sceaux de mensonge ?
Causeur
04 avril 2014

Le 12 mars dernier, à l’issue d’un conseil des ministres, Christiane Taubira évoquant devant des journalistes les écoutes téléphoniques dont l’ancien président de la République avait fait l’objet, déclarait fortement : « Je redis ici que je n’ai pas d’information concernant la date, la durée, le contenu des interceptions judiciaires » et, pour appuyer la véracité de ses dires, brandissait deux lettres, l’une de l’avocat général près la cour d’appel de Paris, l’autre du procureur financier, lettres dont des journalistes investigateurs, au nombre desquels Edwy Plenel ne figurait pas, montrèrent par un simple « zoom » qu’elles prouvaient exactement le contraire : le ministre avait été informé à la fois des dates (du 28 janvier au 11 février 2014) et de l’essentiel de leur contenu. Accusée de mensonge par des personnes malintentionnées et vraisemblablement racistes, elle s’en défendit en concédant toutefois qu’elle avait pu être un peu « imprécise ».

Quinze jours plus tard on apprend grâce à un autre investigateur, qui n’était toujours pas Edwy Plenel, on se demande pourquoi, que Mme Taubira, contrairement à ce qu’on peut lire depuis quinze ans dans les notices biographiques qui lui sont consacrées, y compris à la date du 4 décembre 2001 dans le « journal de référence », n’est ni docteur en économie, ni docteur en ethnologie, ni docteur en agroalimentaire. Certes, comme le précisera son cabinet, ses notices officielles font seulement état d’un cursus de « troisième cycle » et si elle n’a jamais pris la peine de démentir les fausses informations qui la concernent c’est qu’elle n’a pas de press book, qu’elle ne consulte jamais sa page Wikipédia – et ses conseillers en communication non plus, on l’imagine. Comme si la lourde charge de l’intérêt public laissait aux hommes et aux femmes politiques le loisir de se préoccuper de leur image ! C’est donc à juste titre que le « journal de référence » dénonce « l’intox des doctorats », attribuant manifestement cette « intox » non à la ministre, mais à ses détracteurs. Quant aux défenseurs de la ministre il ne fait aucun doute qu’ils sont prêts à se regarder mutuellement dans les yeux, à se tenir par la barbichette de la main gauche, à lever la main droite en disant « je le jure » et à répéter sans rire : « Oui, s’il s’était agi de Copé, de Guéant, d’Hortefeux ou de Christine Boutin, nous aurions dit exactement la même chose ».

Non seulement Christiane Taubira ne s’est pas rendue coupable d’un mensonge par omission, mais elle n’a même pas ici à confesser le péché véniel d’imprécision, comme auront pu le constater les spectateurs de l’émission Des paroles et des actes diffusée le 5 septembre 2013 sur France 2. Celle-ci commençait par un portrait de la ministre tracé par David Pujadas : « Vous avez un doctorat d’économie, un doctorat d’ethnologie, un diplôme supérieur d’agroalimentaire ». Invitée à réagir à ce portrait, le ministre déclare : « Je pense que je peux revenir sur ce portrait, mais oui, c’est vrai ». C’est pourtant clair ! Tous les spectateurs de bonne foi auront compris que « c’est vrai » se rapportait à l’ensemble du portrait à l’exclusion de la mention des diplômes tandis que « je pense que je peux revenir sur ce portrait » signifiait sans ambages : « Non, je ne suis titulaire d’aucun doctorat ». D’autant plus qu’un peu plus loin la ministre enfonçait le clou. Un autre journaliste, Jeff Wittenberg, lui ayant rappelé dans son intervention : « vous avez un doctorat d’économie », elle lui répond : « Il y a une situation – cessez de m’additionner des diplômes – il y a surtout une situation… ». Quel locuteur de langue française n’aura pas compris que « cessez de m’additionner des diplômes » signifie « Comme je l’ai dit à M. Pujadas tout à l’heure, je ne suis ni docteur en économie, ni docteur en ethnologie ». La formulation de Mme Taubira n’était pas imprécise, elle était concise, ce qui est une qualité.

Cependant la concision n’est pas la seule qualité de Christiane Taubira. Celle-ci a récemment publié aux éditions Flammarion un livre intitulé Paroles de liberté. Dans Libération, à la date du 1er avril, M. Fabrice Tassel nous donne à connaître un extrait de cet ouvrage rédigé dans un style qu’il qualifie de « flamboyant ». Jugez-en plutôt. Dénonçant la libération de la parole raciste sur Internet l’auteur écrit ceci : « Là où la bêtise peut circuler même quand le mazout de la haine et de la vulgarité lui englue les ailes, des doigts bouffis par la lâcheté flasque de l’anonymat tapaient, dans la rage de leur insignifiance, des mots qui se voulaient méchants, blessants et meurtriers ». On se demande par quel miracle ce n’est pas un « doctorat total » de littérature qui a été attribué à la ministre sur Wikipédia ou dans Le Monde. Christiane Taubira est à la fois concise et flamboyante, classique et romantique, ou, si l’on préfère, elle réunit les valeurs de l’apollinien et celles du dionysiaque. C’est une bonne nouvelle non seulement pour la justice qui doit concilier la vigueur dionysiaque du glaive et l’équilibre apollinien de la balance, mais encore pour la littérature, pour l’art et pour la philosophie.

Voir encore:

Sarkozy écouté : le cabinet de Taubira savait. Pas la ministre
Denis Demonpion
Le Nouvel Observateur
17-03-2014

« Je ne savais pas », a juré la ministre. Le pis, c’est que c’est vrai ! Sa directrice de cabinet était au courant mais n’a fait suivre l’information qu’à Matignon. Histoire d’un amateurisme coupable.

Eh bien non, Christiane Taubira n’a pas menti. N’en déplaise à Jean-François Copé, le président de l’UMP, qui hurle « à la démission ». Soupçonnée par l’opposition d’avoir été informée du contenu de la procédure judiciaire ouverte le 26 février contre Nicolas Sarkozy pour un présumé trafic d’influence, la ministre de la Justice a bel et bien été tenue dans l’ignorance – par son propre cabinet ! – de l’existence du placement sur écoutes de l’ancien président. Un de ses proches assure qu’il y a eu « un bug ». Le mot est juste même s’il est un peu faible pour traduire ce mélange d’amateurisme et d’improvisation dont a fait preuve la Chancellerie à cette occasion. Selon nos informations, ce n’est en effet que le mardi 11 mars au soir, après la livraison du « Canard enchaîné » daté du lendemain, que la ministre, sous le feu roulant des mises en cause, convoque une réunion de crise à la Chancellerie. Il est alors tout juste 20 heures.

Réunion d’urgence

Sous le titre « Taubira et Valls vraiment à l’écoute », l’hebdomadaire satirique affirme que la Garde des Sceaux a reçu « régulièrement un résumé du déroulé de l’enquête, comprenant une synthèse des écoutes téléphoniques ». A la lecture de ces lignes, son sang ne fait qu’un tour. De fait, à cette heure, la ministre ignore encore le détail de cette affaire. Afin d’y voir plus clair et surtout de se doter d’arguments pour répliquer au procès en instrumentalisation de la justice qui lui est intenté, elle convoque six personnes. Toutes sont sommées de s’expliquer. Au premier chef, sa directrice de cabinet, Christine Maugüé. Egalement présents, ce soir-là, le directeur adjoint de cabinet François Pion, le conseiller pénal Philippe Astruc, le porte-parole Pierre Rancé, la conseillère en communication Virginie Sainte-Rose, et bien sûr le fidèle et très énigmatique conseiller spécial, Jean-François Boutet. « Celui-ci n’est pas un relais de la pensée de la Garde, observe le député radical de gauche Alain Tourret. Peut-être l’est-il dans la réflexion, mais pas dans l’action ». Avocat au Conseil d’Etat, fils de Jacques Boutet, l’ancien président de TF1 et du Conseil supérieur de l’Audiovisuel, l’homme de l’ombre de la maison Taubira a surtout été longtemps été un des rouages du Parti radical de gauche dont Christiane Taubira fut la candidate lors de l’élection présidentielle de 2002.

« Un problème interne »

Interrogée par « le Nouvel Observateur », Christine Maugüé ne nie pas l’existence de cette réunion de crise tenue dans son bureau. C’est là, et là seulement, que le rapport qui fait polémique, transmis dès le 26 février au cabinet du Premier ministre, est remis en personne à la garde des Sceaux. Jusque-là, sa directrice de cabinet n’en avait rien fait. D’où le cafouillage des interventions médiatiques de Christiane Taubira, la veille en particulier dans le JT de 20 heures de TF1. Une fois le document en mains, la Garde choisira d’ailleurs de le brandir publiquement, dès le lendemain, lors d’une conférence de presse improvisée, à l’Elysée, à l’issue du conseil des ministres. « C’est un problème interne au cabinet », avoue Christine Maugüé, la voix blanche. « Je n’ai pas à répondre et je ne répondrai pas là-dessus », s’agace-t-elle avant même qu’on la relance : « Je ne répondrai plus sur les affaires », martèle-t-elle. Epiloguer sur celles-ci serait, selon elle, « gravement erroné. Point barre ».

Voir encore:

Christiane Taubira et l’intox des doctorats

Maxime Vaudano

Le Monde

28.03.2014

Le magistrat Philippe Bilger accuse la garde des sceaux de s’être attribué à tort deux doctorats. Ce que réfute la ministre.

Ainsi donc, la garde des sceaux, Christiane Taubira, aurait menti sur son CV. Dans son dernier ouvrage, à paraître le 2 avril, Contre la justice laxiste (éditions de l’Archipel), le magistrat Philippe Bilger assure que Mme Taubira « a laissé dire » à tort « qu’elle avait deux doctorats », sans jamais le contester dans « l’espace médiatique ».

L’accusation, relayée dans un « confidentiel » du Nouvel Observateur du jeudi 27 mars, s’est répandue comme une traînée de poudre sur Internet, notamment sur plusieurs sites d’extrême droite.

Pourquoi c’est plutôt faux

De ces deux doctorats, en économie et en ethnologie, Philippe Bilger n’a trouvé aucune trace. Et pour cause : Christiane Taubira n’a jamais soutenu de thèse. « Elle n’a jamais communiqué là-dessus ! », s’exaspère son cabinet, navré de devoir démentir une « non-information ». En effet, aucun document officiel émanant de la ministre ne mentionne un tel cursus.

Sa notice biographique sur le site du gouvernement, la ministre est présentée comme « professeur de sciences économiques ».
Même chose dans le « trombinoscope du gouvernement », un document transmis chaque année à la presse, où il est simplement précisé « 3e cycle de sciences économiques ».

Un mensonge par omission ?

Le fait est que ces diplômes sont mentionnés depuis plus de dix ans dans les articles que la presse lui consacre. Ainsi, Le Monde du 4 décembre 2001 lui attribuait-il « un doctorat en sciences économiques et en agroalimentaire » dans un portrait réalisé à l’occasion de sa candidature à l’élection présidentielle.

« Le Monde » du 4 décembre 2001, page 12.

Depuis son retour sur le devant de la scène, avec son arrivée au ministère de la justice en 2012, on ne compte plus les titres de presse qui ont repris cette information, de France-Soir à Europe 1 (qui lui ajoute un doctorat de « sociologie et d’ethnologie afro-américaine »), en passant par Le Figaro ou encore France-Guyane.

La faute, selon son cabinet, « aux fausses informations de Wikipédia », dont elle dit ne pas être responsable. A première vue, l’erreur semble venir d’une confusion entre le « troisième cycle d’économie » qu’elle a entrepris (qui pouvait conduire à l’époque à un DEA ou un DESS) et l’acquisition d’un doctorat, qui suppose d’avoir soutenu une thèse avec succès.

L’abondance de la reprise de cette information permet toutefois de se poser la question : Christiane Taubira a-t-elle profité d’un malentendu et laissé courir la fausse rumeur ?

C’est la thèse soutenue par ses détracteurs, qui pointent du doigt un extrait de l’émission « Des paroles et des actes », diffusée le 5 septembre 2013 sur France 2. La ministre n’aurait pas « sourcillé » quand David Pujadas l’a présentée comme titulaire d’« un doctorat d’économie » et d’un « doctorat d’ethnologie », se rendant par là même coupable d’un mensonge par omission :

Si la caméra n’est pas pointée sur son visage au moment précis où l’animateur parle de ses doctorats, Mme Taubira ne corrigera jamais clairement l’erreur au cours de l’émission. En revanche, son cabinet insiste sur deux phrases qu’elle lâche pendant sa prestation.

Après la présentation erronée de David Pujadas : « Je pense que je peux revenir sur le portrait, mais oui, c’est vrai. »
Quand le journaliste Jeff Wittenberg flatte ses « notions » d’économie « parce que vous avez un doctorat d’économie, donc… », elle commence sa réponse par : « Arrêtez de m’additionner des diplômes ».

Voir enfin:

« Trop de Wikipédia »
Taubira et ses prétendus doctorats : « C’est la faute aux journalistes »
Rémi Noyon
Rue89
28/03/2014

Nouveau cafouillage en vue pour Christiane Taubira. Dans son dernier livre – « Contre la justice laxiste » –, Philippe Bilger, magistrat cabot et prolifique, laisse entendre que la garde des Sceaux ment sur son CV :

« Elle a laissé dire, et ne l’a jamais contesté dans l’espace médiatique, qu’elle avait deux doctorats, l’un en économie, l’autre en ethnologie [...].

Pourtant, de ceux-ci, pas le moindre indice, pas le plus petit début de commencement de preuve ! »

L’ancien magistrat souligne qu’il n’existe aucune trace d’une thèse soutenue par Christiane Taubira sur la base de données Theses.fr. Lorsqu’on appelle les universités concernées, on ne trouve aucune mention des supposés diplômes.

La raison en est simple : Christiane Taubira a fait un troisième cycle en économie, des études en sociologie et ethnologie et un cursus au Centre français de la coopération agricole (CFCA). Mais de thèse, point.
« Trop de Wikipédia »

Pourtant, depuis plus de dix ans, les portraits de la garde des Sceaux mentionnent ces deux diplômes. Ainsi, Le Monde du 4 décembre 2001 parle d’« un doctorat de sciences économiques et en agroalimentaire [et non en ethnologie, ndlr] » et Libération, l’année suivante, raconte comment l’étudiante de Cayenne préparait « son doctorat de sciences éco » à Assas.
Voir le document

(Fichier PDF)

Au cabinet de la ministre, on explique que tout cela est dû aux erreurs de journalistes qui « travaillent un peu trop sur Wikipédia ». L’entourage de la garde des Sceaux jure que celle-ci n’a jamais dit elle-même qu’elle possédait ces diplômes.

D’ailleurs, la notice biographique publiée sur le site du gouvernement ne comporte pas de section cursus. Ce qui est tout de même intriguant étant donné que c’est le cas de presque tous les autres ministres. A défaut de mentir, la ministre a-t-elle laissé dire ? Le cabinet fait savoir qu’il a toujours transmis au trombinoscope (sorte de Who’s Who du monde politico-médiatique français) des informations correctes (voir PDF).
« Je peux revenir sur le portrait »

Le cabinet affirme que la ministre n’a pas de « press books » et ne consulte jamais sa page Wikipédia. Elle n’aurait donc jamais ressenti le besoin de corriger l’intox qui traîne donc depuis plus d’une décennie… Cette « polémique » aurait pour but de faire croire que « Dati et Taubira, c’est la même chose ».

Dans son livre, Philippe Bilger note pourtant que la ministre ne reprend pas David Pujadas qui mentionne « deux doctorats » lors de son passage sur France 2, dans l’émission « Des paroles et des actes » :

« Au cours de l’émission “Des paroles et des actes” du jeudi 5 septembre 2013, alors que David Pujadas la présente en rappelant qu’elle est titulaire de deux doctorats, elle opine du chef sans apporter aucune précision. »

Indignation du côté de la ministre : regardez les images ! « Elle n’opine pas du tout du chef. » Effectivement, la caméra reste braquée sur Pujadas.

David Pujadas : « Soyez la bienvenue. [...] Vous avez un doctorat d’économie, un doctorat d’ethnologie, un diplôme supérieur d’agroalimentaire, vous avez été professeur d’économie [...] C’est vrai que vous vouliez abandonner la politique en 2012, juste avant d’être appelée au gouvernement ? »

Christiane Taubira : « Je pense que je peux revenir sur le portrait, mais oui, c’est vrai. »

« Je pense que je peux revenir sur le portrait. » C’est cette petite phrase, qui selon le cabinet, devait mener à un correctif, mais la ministre s’est laissé embarquer dans d’autres explications…
« Arrêtez de m’additionner des diplômes »

Quelques minutes plus tard, la question du doctorat revient sur la table :

Jeff Wittenberg : « Mais vous avez quand même des notions et plus que des notions parce que vous avez un doctorat d’économie, donc… »

Christiane Taubira : « Il y a surtout – arrêtez de m’additionner des diplômes – il y a surtout une situation. Sous l’ancien quinquennat, la dégradation des finances publiques a augmenté de 600 [sic] milliards d’euros, 600 milliards d’euros. Sur les dix dernières années, sur les dix dernières années … »

Là aussi, il fallait comprendre qu’elle rectifiait son CV. Après la confusion autour des écoutes de Nicolas Sarkozy, cette (petite) histoire fait tout de même cafouillis. Surtout à quelques jours d’un probable remaniement.

Voir enfin:

On a vérifié les mensonges présumés de Christiane Taubira sur son niveau de diplôme

Delphine Legouté

Le Lab politique

Europe 1

28 mars 2014

L’information se diffuse ce 28 mars sur les sites réactionnaires de droite, nés sous la mouvance anti-mariage homo, comme Le Salon beige ou Boulevard Voltaire : Christiane Taubira aurait menti sur ses diplômes car elle ne possède pas de doctorat.

Ces deux sites se basent sur une information délivrée dans l’ouvrage de Philippe Bilger, ancien avocat général à la cour d’assises de Paris, auteur d’un livre à paraitre le 2 avril, Contre la justice laxiste. Une information elle-même mise en avant par le Nouvel Observateur du 27 mars dans ses « téléphones rouges ».

A la page 110 de cet ouvrage qui cible la politique ainsi que la personnalité de la garde des Sceaux, on comprend en effet que Christiane Taubira ment sur ses diplômes. Voici le passage :

Elle a laissé dire, et ne l’a jamais contesté dans l’espace médiatique, qu’elle avait deux doctorats, l’un en économie, l’autre en ethnologie. (…) Pourtant de ceux-ci pas le moindre indice ! Mieux elle fait tout pour que la confusion soit entretenue. Au cours de l’émission Des paroles et des Actes du jeudi 5 septembre 2013, alors que David Pujadas la présente en rappelant qu’elle est titulaire de deux doctorats, elle opine du chef, sans apporter aucune précision. Autre indice troublant : sur le site du gouvernement, une rubrique décrit le cursus, le parcours de chaque ministre. Elle est la seule pour laquelle l’article fait défaut.Dans son curriculum vitae paru sur le web n’est mentionné qu’un doctorat en sciences économiques soutenu à Paris-II Assas. Les recherches à ce sujet sur le site des thèses et au bureau des doctorats n’en confirment pas l’existence.

En reprenant un à un les seuls indices présentés par Philppe Bilger, il est cependant impossible de dire que la ministre ment sur ses diplômes.

>> Quid du CV mentionnant un doctorat ?

En réalité, il est très difficile de trouver la formation universitaire de la ministre sur le web. Si de nombreux sites d’informations la présentent comme titulaire de deux doctorats, aucun document officiel n’en fait mention. Comme le souligne Philippe Bilger, son cursus n’apparait pas sur le site du gouvernement. Mais elle n’est pas un cas à part puisque c’est vrai pour d’autres ministres, comme François Lamy.

Le seul site faisant état d’un CV détaillé est celui qu’elle possédait lorsqu’elle était députée de Guyane, qui n’existe plus aujourd’hui. Grâce au site « archive.org » on peut cependant retrouver son contenu. Christiane Taubira fait mention d’un 3e cycle en économie, d’un 3e cycle en agro-alimentaire et d’études en sociologie et ethnologie afro-américaine. Pas d’un doctorat.

Enfin, dans le trombinoscope politique, vers lequel renvoie son cabinet lorsqu’on lui demande un document officiel, il n’est fait mention que « d’un troisième cycle de sciences économiques ». Toujours pas de doctorat.

Le cabinet de la ministre va dans ce sens en confirmant qu’elle n’a « jamais fait de thèse ni de doctorat », qu’il est donc normal que Philippe Bilger n’en ait pas trouvé trace :

La ministre n’a jamais dit qu’elle avait un doctorat, et aucun document validé par la ministre n’en fait état.

La ligne de défense est donc simple : pas de doctorat certes, mais surtout pas d’affirmation de doctorat de la part de Christiane Taubira.

Reste ce CV « paru sur le web » auquel le magistrat fait référence et qui se vanterait dudit doctorat en sciences économiques. Contacté par le Lab qui n’en trouvait pas trace, Philippe Bilger reconnaît qu’il n’existe pas, mais assure « avoir des informations fiables à ce sujet » :

Moi, je ne l’ai pas vu ce CV.

>> Le passage dans Des paroles et des Actes

Au Lab, Philippe Bilger insiste particulièrement sur le « laisser dire » de la ministre. Selon lui, elle est surtout coupable de n’avoir jamais démenti être titulaire de ces diplômes. Il insiste particulièrement sur son passage dans Des paroles et des actes le 5 septembre 2013, révélateur selon lui de cette hypocrisie.

La scène est facile à repérer puisqu’elle se déroule moins d’une minute avant le début de l’émission. David Pujadas égraine en effet les diplômes : « Vous avez un doctorat d’Economie, un doctorat d’Ethnologie, un diplôme supérieur d’Agroalimentaire. » Pourtant loin « d’opiner du chef » comme l’affirme le magistrat, Christiane Taubira reste statique et fronce même les sourcils. Elle commence son intervention en disant vouloir « revenir sur le portrait », puis s’oublie dans sa réponse et n’y revient jamais.

Voyez plutôt :

Plus tard, alors que le journaliste lui rappelle à nouveau qu’elle a un doctorat d’économie, Christiane Taubira rétorque :

Arrêtez de m’additionner des diplômes.

Bref, pas de fracassant démenti mais pas de validation non plus, contrairement à ce qu’écrit le magistrat et les sites reprenant l’information.

>> Quels sont les réels diplômes avancés par Christiane Taubira ?

Interrogé sur les réels diplômes de la ministre, son cabinet énumère ceux présents sur son site de députée, celui inactif depuis au moins deux ans. A savoir :

- un troisième cycle en économie validé, « qui serait l’équivalent d’un Master 2 aujourd’hui ». (depuis la réforme LMD de 2003, le 3e cycle correspond soit à un doctorat, soit à un Master 2) ;

- un troisième cycle en agro-alimentaire.

Quant à la référence à la « sociologie » et à « l’ethnologie », elle correspond à des cours suivis durant ses études mais non validés, explique son cabinet. De fait, son CV ne les présente pas comme des diplômes.

Notons qu’à date, Le Lab n’a pas été en mesure de vérifier si Christiane Taubira avait bien validé ses 3e cycle.


Délinquance numérique: Ne cliquez pas si vous aimez Jésus (There shall arise false Christs: How your love for Jesus can help scammers)

2 avril, 2014
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/2/29/Luca_signorelli%2C_cappella_di_san_brizio%2C_predica_e_punizione_dell%27anticristo_01.jpg/800px-Luca_signorelli%2C_cappella_di_san_brizio%2C_predica_e_punizione_dell%27anticristo_01.jpgIl s’élèvera de faux Christs et de faux prophètes; ils feront de grands prodiges et des miracles, au point de séduire, s’il était possible, même les élus. Voici, je vous l’ai annoncé d’avance. Si donc on vous dit: Voici, il est dans le désert, n’y allez pas; voici, il est dans les chambres, ne le croyez pas. Jésus (Matthew 24: 24)
Que dirait-on si, dans un pays qui n’est pas la France, le principal adversaire du pouvoir en place, sur la base de soupçons que rien n’est venu étayer, était durant des mois surveillé, géolocalisé, espionné jusque dans les conversations qu’il entretient avec son propre avocat? On fustigerait fermement la dérive policière de ce triste régime, et l’on aurait raison. Que dirait-on si, dans une République moins «exemplaire» que celle dont Mme Taubira se veut la virulente égérie, le gouvernement, pris en flagrant délit de tentative d’élimination d’un rival politique, ne trouvait à opposer à l’évidence de ses turpitudes qu’un lamentable brouet de contradictions et de contrevérités? On dénoncerait hautement un scandale d’État, et l’on aurait raison. Mais nous sommes en France, et Mme Taubira peut «les yeux dans les yeux» mentir éhontément en direct à ses concitoyens et plaider deux jours plus tard le simple «malentendu». Nous sommes en France, et M. Valls peut prétendre, sans déclencher un ouragan de rires, qu’il a appris dans le journal – lui, l’homme censément le mieux informé de France – ce que ses subordonnés mobilisés par dizaines pour les écoutes et les perquisitions savaient pour certains depuis des mois! Nous sommes en France, et M. Hollande jurera ses grands dieux, comme dans l’affaire Cahuzac, qu’évidemment il ne savait rien, mais rien de rien, de ce que savaient ses ministres et le premier d’entre eux… sans doute parce que, comme le dit Mme Taubira, on n’aura pas voulu «l’importuner» avec une affaire d’aussi piètre importance. Alexis Brezet
If it sounds too good to be true, don’t click on it. If it’s something that’s obviously geared toward tugging on the heartstrings, check it out first. Tim Senft
Facebook will NOT donate money to any cause based on the number of likes or shares that a photo receives. Several photos of injured or sick children and animals are circulating on Facebook claiming that Facebook will donate a certain amount of money for each like or share the photo receives. Please do not share these photos with your friends. So many people have the mentality of, “What if it’s real.” Although they have good intentions, they probably don’t realize that spreading these photos can be painful to the parents and families of the children exploited by these hoaxes. Many of the children have passed, and imagine how devastating it would be for the parent to see the likeness of their child being misused in this way. Facecrooks
Often, Facebook pages are created with the sole purpose of spreading viral content that will get lots of likes and shares. Once the page creators have piled up hundreds of thousands of likes and shares, they’ll strip the page and promote something else, like products that they get a commission for selling. Or, they may turn around and sell the page through black-market websites to someone who does the same. It’s a way to trick Facebook’s algorithm, which is designed to give more value to popular pages than the ones, like scams and spam, that pop up overnight. « The more likes and shares and comments and that sort of thing you have, the more likely it is to be seen by other people, » Senft said. « If they’re looking to sell the page in a black-hat forum somewhere, that’s what the value of the page is. » Sometimes, the threat is more direct. The « new » page may be used to spread malware — software that attacks the user’s computer — or for phishing, the act of trying to gather credit card numbers, passwords or other personal information through links to phony giveaways or contests. Simply liking a post, or the page itself, can’t spread a virus or phish a user. But malicious Facebook apps can, as can external links that page owners may choose to share to their followers. If the page owner has access to Facebook’s developer tools, they can collect data on the people who like the page. Personal information like gender, location and age can be used to target more personalized attacks. The kind of posts used run a gamut from cute to tasteless, from manipulative to misleading. (…) « It’s anything that’s going to kind of tug at the heartstrings: the sick kids, the animal abuse, acting like it’s some kind of pet shelter, » Senft said. « That’s the bad part with the scammers. They hit people where they’re vulnerable, play on their emotions. » CNN
Célébrité à la réputation sulfureuse, sexe, scènes insolites… Les ingrédients pour fabriquer un article « prêt à partager » ne sont pas particulièrement originaux. Avec son titre aguicheur et sa photo suggestive, « Mon ex a posté; 21 photos de moi nue sur Facebook » a été particulièrement partagé sur le réseau social lors du week-end du 30 mars 2014. La pratique n’est pas récente. Au printemps 2011, le site PCInpact faisait état de la circulation ultra-rapide d’une vidéo frauduleuse appelée « Une femme complètement bourrée lors d’un jeu TV », hébergée par le bien nommé cdrole.fr (qui a fermé depuis). Aux Etats-Unis, des vidéos comme « Oh mon Dieu, je déteste Rihanna maintenant que j’ai vu cela » ou « EXCLU : la preuve que Lady Gaga est un homme » ont connu un relatif succès en mars 2012, rapporte ZDNet.com (en anglais). Que se passe-t-il si je clique dessus ? Dans tous les cas, vous n’aurez pas accès immédiatement à la vidéo croustillante que vous mourez d’envie de voir. Pour « Mon ex a posté 21 photos de moi nue sur Facebook », un avertissement ressemblant à un message de Facebook vous demandera de fermer deux fenêtres avant d’arriver enfin sur l’article. Pour, semble-t-il, prouver que vous êtes âgé de plus de 13 ans. Le problème, c’est que le bouton « Fermer » – le seul sur lequel il est possible de cliquer – ne ferme pas vraiment la fenêtre. En inspectant le code HTML de zzub.fr (ci-dessous), qui héberge l’article, on s’aperçoit qu’il s’agit d’un bouton « J’aime » déguisé. Il vous fera « liker » à votre insu des pages Facebook comme « Les pires montages », « Humour adulte +18″ ou encore « Les photos prises au bon moment ». Les pages en question raflent ainsi des centaines de milliers de fans sans que vous ne le remarquiez. Créée vendredi 28 mars, la page intitulée « Humour adulte +18″ a ainsi accumulé en un peu plus d’un week-end près de 220 000 « J’aime », soit autant que celle de francetv info en deux ans et demi d’existence. Le tout sans avoir publié le moindre contenu D’autres sites frauduleux utilisent cette méthode, appelée « clickjacking », pour placer un bouton « J’aime » invisible sur le bouton « Play » d’une vidéo racoleuse, comme le notait en mars 2011 le blog MyCommunityManager.fr. Mais quel est l’intérêt de me faire « aimer » ces pages ? Gagner de l’argent. « Une fois que les créateurs de la page auront amassé des centaines de milliers de ‘J’aime’ et de partages, ils pourront la renommer et l’utiliser pour faire de la publicité, par exemple pour des produits sur lesquels ils toucheront une commission », explique CNN.com (en anglais). « Ils pourront aussi se débarrasser de la page en question en la revendant à quelqu’un d’autre », bien que cette méthode soit strictement interdite par Facebook, poursuit le site américain. D’autres arnaqueurs peuvent avoir des intentions encore plus malveillantes, ajoute CNN. Ils peuvent utiliser la page pour faire la promotion d’un site de « phishing ». Les victimes sont alors redirigées vers une contrefaçon d’un site connu, comme celui d’une banque. Les internautes sont ensuite invités à remplir un formulaire, qui permettra aux escrocs de mettre la main sur les coordonnées bancaires de leurs victimes. Vincent Matalon

Au lendemain d’un 1er avril qui a eu comme d’habitude son lot de canulars et fausses nouvelles …

Et à l’heure où avec le dernier jeu de chaises musicales de son gouvernement, la France de Valls et Taubira repart comme si de rien n’était pour un nouveau tour de mensonges

Retour, avec le site spécialisé des fraudes numériques Facecrooks et Vincent Matalon, sur certaines des techniques des arnaqueurs numériques telles que le likefarming (pêche au j’aime) ou click jacking (détournement de clic) …

A qui votre amour immodéré de la chose ou de Jésus (comme vos instincts de bon samaritain ou de saint-bernard) peuvent rapporter gros …

« Mon ex a posté 21 photos de moi nue sur Facebook », ou comment repérer un article sur lequel il ne faut pas cliquer
Des articles aux titres aguicheurs circulent régulièrement sur le réseau social. Ces contenus viraux visent à faire « aimer » des pages à l’insu des utilisateurs.

Vincent Matalon

FranceTV info

01/04/2014

« Nabilla : son incroyable transformation physique ! », « PHOTO. Rihanna choque tout le web en se mettant entièrement nue sur un rappeur, regardez ! » Il y a de fortes chances que l’un de vos amis Facebook ait partagé un de ces articles durant le week-end du dimanche 30 mars.

Vous avez peut-être vous-même essayé de cliquer dessus. Qui pourrait vous le reprocher ? Le titre était mystérieux, l’image accrocheuse… Pourtant, derrière ces articles qui circulent à vitesse grand V sur Facebook se cachent souvent des arnaques qui peuvent rapporter gros à leurs auteurs. Francetv info vous explique comment.

A quoi ressemblent les articles frauduleux ?

Tous ces contenus ont pour point commun d’être hébergés par des sites dont personne n’a entendu parler, et d’avoir un titre et une photo racoleurs au possible, afin d’inciter le petit démon qui sommeille en vous à cliquer dessus, « juste pour voir ». Célébrité à la réputation sulfureuse, sexe, scènes insolites… Les ingrédients pour fabriquer un article « prêt à partager » ne sont pas particulièrement originaux.

L’article suivant, hébergé par un site appelé zzub.fr, a ainsi été particulièrement partagé samedi et dimanche.

Avec son titre aguicheur et sa photo suggestive, « Mon ex a posté; 21 photos de moi nue sur Facebook » a été particulièrement partagé sur le réseau social lors du week-end du 30 mars 2014.
La pratique n’est pas récente. Au printemps 2011, le site PCInpact faisait état de la circulation ultra-rapide d’une vidéo frauduleuse appelée « Une femme complètement bourrée lors d’un jeu TV », hébergée par le bien nommé cdrole.fr (qui a fermé depuis).

Aux Etats-Unis, des vidéos comme « Oh mon Dieu, je déteste Rihanna maintenant que j’ai vu cela » ou « EXCLU : la preuve que Lady Gaga est un homme » ont connu un relatif succès en mars 2012, rapporte ZDNet.com (en anglais).
Que se passe-t-il si je clique dessus ?

Dans tous les cas, vous n’aurez pas accès immédiatement à la vidéo croustillante que vous mourez d’envie de voir. Pour « Mon ex a posté 21 photos de moi nue sur Facebook », un avertissement ressemblant à un message de Facebook vous demandera de fermer deux fenêtres avant d’arriver enfin sur l’article. Pour, semble-t-il, prouver que vous êtes âgé de plus de 13 ans.

Le problème, c’est que le bouton « Fermer » – le seul sur lequel il est possible de cliquer – ne ferme pas vraiment la fenêtre. En inspectant le code HTML de zzub.fr (ci-dessous), qui héberge l’article, on s’aperçoit qu’il s’agit d’un bouton « J’aime » déguisé. Il vous fera « liker » à votre insu des pages Facebook comme « Les pires montages », « Humour adulte +18″ ou encore « Les photos prises au bon moment ».

Les pages en question raflent ainsi des centaines de milliers de fans sans que vous ne le remarquiez. Créée vendredi 28 mars, la page intitulée « Humour adulte +18″ a ainsi accumulé en un peu plus d’un week-end près de 220 000 « J’aime », soit autant que celle de francetv info en deux ans et demi d’existence. Le tout sans avoir publié le moindre contenu

D’autres sites frauduleux utilisent cette méthode, appelée « clickjacking », pour placer un bouton « J’aime » invisible sur le bouton « Play » d’une vidéo racoleuse, comme le notait en mars 2011 le blog MyCommunityManager.fr.

Mais quel est l’intérêt de me faire « aimer » ces pages ?

Gagner de l’argent. « Une fois que les créateurs de la page auront amassé des centaines de milliers de ‘J’aime’ et de partages, ils pourront la renommer et l’utiliser pour faire de la publicité, par exemple pour des produits sur lesquels ils toucheront une commission », explique CNN.com (en anglais). « Ils pourront aussi se débarrasser de la page en question en la revendant à quelqu’un d’autre », bien que cette méthode soit strictement interdite par Facebook, poursuit le site américain.

D’autres arnaqueurs peuvent avoir des intentions encore plus malveillantes, ajoute CNN. Ils peuvent utiliser la page pour faire la promotion d’un site de « phishing ». Les victimes sont alors redirigées vers une contrefaçon d’un site connu, comme celui d’une banque. Les internautes sont ensuite invités à remplir un formulaire, qui permettra aux escrocs de mettre la main sur les coordonnées bancaires de leurs victimes.

Que puis-je faire si j’ai cliqué sur un de ces articles ?

Pas de panique. Rendez-vous vite sur Facebook pour inspecter les pages que vous avez récemment « aimées ». Pour cela, allez sur votre profil, puis cliquez sur « historique personnel ». C’est ici :

Dans la colonne de gauche, cliquez ensuite sur « Mentions J’aime », puis sur « Pages et intérêts ». Vous pourrez ainsi passer en revue les différentes pages que vous avez aimées au fil de votre activité sur Facebook.

Une fois que vous avez identifié une page à laquelle vous êtes abonné à votre insu, ne cliquez pas immédiatement sur le petit crayon et « Je n’aime plus ». Passez d’abord votre souris dessus, et signalez-la à Facebook. L’équipe de modération du réseau social pourra ainsi la supprimer si de nombreuses alertes lui parviennent.
En signalant une page frauduleuse Facebook, le réseau social pourra la supprimer. En signalant une page frauduleuse à Facebook, le réseau social pourra la supprimer.


Voir aussi:

On Facebook, clicking ‘like’ can help scammers
Doug Gross
CNN
January 22, 2014

(CNN) — It’s an image that tugs at the heartstrings. A smiling 7-year-old girl poses in her cheerleading uniform, circled by a ring of pompons, her bald head a telltale sign of her chemotherapy treatments.

The photo hit Facebook last year and popped up all over with messages of support. « Like » to show this little girl you care. « Share » to tell her she’s beautiful. Pray for her to beat cancer.

But here’s the truth. The photo was nearly six years old. And neither the girl, nor her parents — who never posted it to Facebook — had any idea it was being used that way.

Welcome to the world of Facebook « like farming. »

Those waves of saccharin-sweet posts that sometimes fill your news feed may seem harmless. But all too often, they’re being used for nefarious purposes. At best, a complete stranger may be using the photos to stroke their own ego. At worst, experts say, scammers and spammers are using Facebook, often against the site’s rules, to make some easy cash.

And they’re wiling to play on the good intentions of Facebook users to do it.

« The average user doesn’t know any better, » said Tim Senft, founder of Facecrooks.com, a website that monitors scams and other illegal or unethical behavior on Facebook. « I think their common sense tells them it’s not true, but in the back of their minds, they think ‘What if it is true? What does it hurt if I press like?’ or whatever. »

What does it hurt?

« I was first shocked, » said Amanda Rieth of Northampton, Pennsylvania, whose daughter was the subject of that photo. « And then infuriated. »
Facebook royalty talks surveillance
Facebook to start video ads
Mother learns of son’s death on Facebook
How Facebook makes money

After being notified by a friend who recognized the girl in a Facebook post, Rieth tracked the image back to a link she’d posted to her Photobucket account in a community forum in 2009, two years after it was taken.

Her daughter, who was diagnosed with Stage IV neuroblastoma in early 2007, has been featured in local news segments for her fundraising efforts to fight cancer through Alex’s Lemonade Stand. But her mom said she was always part of the decision and was happy to help publicize the fight.

« This? This was entirely different and entirely out of our control, » Rieth said. « That’s the most gut-wrenching part: the total lack of control. »

Hurting the people featured in the posts, and their families, isn’t the only risk of sharing such content. Sometimes, a single click can help people who are up to no good.

Often, Senft said, Facebook pages are created with the sole purpose of spreading viral content that will get lots of likes and shares.

Once the page creators have piled up hundreds of thousands of likes and shares, they’ll strip the page and promote something else, like products that they get a commission for selling. Or, they may turn around and sell the page through black-market websites to someone who does the same.

It’s a way to trick Facebook’s algorithm, which is designed to give more value to popular pages than the ones, like scams and spam, that pop up overnight.

« The more likes and shares and comments and that sort of thing you have, the more likely it is to be seen by other people, » Senft said. « If they’re looking to sell the page in a black-hat forum somewhere, that’s what the value of the page is. »

It gets worse

Sometimes, the threat is more direct.

The « new » page may be used to spread malware — software that attacks the user’s computer — or for phishing, the act of trying to gather credit card numbers, passwords or other personal information through links to phony giveaways or contests.

Simply liking a post, or the page itself, can’t spread a virus or phish a user. But malicious Facebook apps can, as can external links that page owners may choose to share to their followers.

If the page owner has access to Facebook’s developer tools, they can collect data on the people who like the page. Personal information like gender, location and age can be used to target more personalized attacks.

The kind of posts used run a gamut from cute to tasteless, from manipulative to misleading.

Rieth said she still finds her daughter’s photo on Facebook from time to time, even though Facebook eventually deleted the original after she and others reported it.

On the most recent page she found, the picture appears in a feed alongside posts such as « Who loves French fries? Like & share if you do » and multiple images encouraging people to like and share if they love Jesus.

There’s an image of a premature baby, pictures of military troops cuddling puppies and an image of a young boy pouring water on a man’s cigarette with the text « Sorry papa … I need you. »

« It’s anything that’s going to kind of tug at the heartstrings: the sick kids, the animal abuse, acting like it’s some kind of pet shelter, » Senft said. « That’s the bad part with the scammers. They hit people where they’re vulnerable, play on their emotions. »

What to do

Because of Facebook’s sheer size, he said it sometimes takes lots of reports for the site to delete an offensive or misleading image, or shut down the page it came from. The best approach, Senft said, is to think before sharing.

« If it sounds too good to be true, don’t click on it, » he said. « If it’s something that’s obviously geared toward tugging on the heartstrings, check it out first. »

Facebook said it continues to work to make sure high-quality content surfaces for users and low-quality posts don’t. That includes trying to diminish the reach of posts that appear to be « like farming » attempts.

« People have told us they associate requests to like or share a post with lower quality content, and receiving that type of feedback helps us adjust our systems to get better at showing more high quality posts, » a Facebook spokesperson said via e-mail.

« If you see a post that’s low quality and seems to be focused only on gaining traffic, hover over the top-right corner of the post and click the arrow to report it. »

Facebook uses « automated and manual methods to swiftly remove links and pages that violate our policies, » the spokesperson said. « We’re always making improvements to our detection and blocking systems to stay ahead of threats. »

‘Truly angry’

Today, Rieth’s daughter is 13 — an eighth-grader who has shown no signs of her cancer since September 2007.

But her mom compares that cheerleading photo to the mythical hydra, a monster with many heads that sprouts two more each time one is cut off. Based just on the images she’s found and reported, the photo has been liked and shared on Facebook hundreds of thousands of times.

A search Monday also found it popping up on Pinterest, as well as one site where it was wrongly used alongside a 2010 article about actor Jackie Chan helping a girl with leukemia find a bone-marrow donor.

« What makes me truly angry, though, is knowing that they’re using it as an insidious way to make money, » Rieth said. « That’s not what her survival is about to us. »

For this article, CNN sent a Facebook message to the owner of the last page where Rieth found the photo.

When asked whether he planned to sell his page, the owner replied with two words:

« How much? »

Voir également:

Facebook Like-Farming Scams

Hoaxslayer

Overview
An increasing number of bogus Pages appearing on Facebook are designed to do nothing more than artificially increase their popularity by tricking users into « liking » them. This tactic has come to be known as « like-farming ». The goal of these unscrupulous like-farmers is to increase the value of Facebook Pages so that they can be sold on the black market to other scammers and/or used to market dubious products and services and distribute further scams. The more likes a Page has, the more resale and marketing value it commands.

How like-farming works
Here’s how a typical like-farming scam operates. The scammers first create a new Facebook Page geared to a certain product or service such as smartphones, gaming consoles, beauty products, or theme parks. The Page may state or imply that it is an official Page endorsed by a company such as Samsung, Apple, Sony or Disneyland and include stolen graphics that depict the targeted company’s products.
Like Farming Page

The Page then begins posting messages claiming that it will be giving away free products to selected users:
Like Farming Bogus Giveaway

But, nobody actually wins anything. Ever. The prizes do not even exist. The promised prizes are just the bait used to entice users into liking the page and sharing the promotional posts. By getting people to click the like button as well as spam out the bogus promotions by sharing them with their friends, these fake Pages can accumulate many thousands of likes, often within just a few hours.

Generally, a few days after the initial posting, when the first liking frenzy has died down, the scammers operating the Page will post a second – equally bogus – promotion thereby initiating a whole new round of like-harvesting. The scammers will continue posting new promotions every few days until they have gained enough likes to suit their needs.

What scammers gain out of creating like-farming Pages
When they have accumulated a large number of likes – perhaps 100,000 or more – the scammers can then sell the Page to unscrupulous marketers. These marketers can then re-purpose the Page to suit their needs and use its large « like » base to blast out spam messages promoting their products or services. Selling Facebook Pages is clearly against Facebook’s Terms of Service. Nevertheless, there is a thriving underground market for established Facebook Pages and the more likes the Page has the more that it can potentially be sold for. There are even marketplace websites and forums set up specifically to buy and sell Facebook Pages. The marketplace for Pages is quite volatile and there are significant variations in listed prices. But, a Page with 100,000 Likes can sell for $1000 or more. Often, prices are calculated on a « $ per K » basis, i.e., the seller might set a base price of – for example – $2 per thousand likes.

Like-farmers might have dozens of scam promotion Pages operating at the same time. Thus, they can make significant amounts of money out of their farming activities.

In some cases, like-farmers might rebrand the pages themselves and use them to promote products or launch further scam campaigns.

How to tell a like-farming scam from a genuine promotion or giveaway
Companies and organizations may operate legitimate Facebook driven promotions in which users receive a chance to win a prize in exchange for liking, sharing or otherwise participating. So, how can you tell if a promotion you come across on Facebook is genuine? Here’s a rundown:

Do the math!

Bogus promotions typically offer hundreds or even thousands of expensive prizes. If real, such promotions would cost very significant sums of money for the promoting company. In reality, it is vastly unlikely that any organization would give away many thousands of dollars worth of products for nothing more than a few Facebook Page « Likes ». Do some quick calculations. For example, suppose that the Page is claiming that it will give iPad’s to 2500 randomly chosen participants. That would work out to be several hundred thousand dollars in value for nothing more tangible than a few thousand Page likes. Such promotions are simply not economically viable.

Genuine promotions will typically offer participants a CHANCE to win a prize. They do NOT claim that several thousand participants will each receive an expensive prize. In genuine promotions, the number of prizes is likely to be limited to just a few.

Absurdity
The fake pages often make ridiculous assertions such as the claim that they are giving away the products because they are « unsealed ». It is of course nonsensical to suggest that any company would simply give away hundreds of thousands of dollars worth of products just because their packaging had been opened. The Pages often make other illogical claims that can be red flags for more astute observers. For example, the Page discussed above bills itself as a Samsung Galaxy promotion, but claims to be giving away products created by arch-rival Apple. The chances of that happening in real life are virtually nil. Some use very poor grammar and spelling in their posts, which is unlikely to occur on a genuine company Facebook Page. One recent like-farming Page supposedly offering free Disneyland tickets even misspelled « Disney » in its page address.

Terms and Conditions?

These bogus promotions are generally very vague about what company or organization is actually offering the prizes, what the promotion is hoping to achieve, how long the promotion will run, how winners will be chosen and how they will be notified. No conditions of entry are specified. Contact details for the entity running the supposed promotion are not made available. No legal terms are outlined.

On the other hand, genuine promotions are likely to include easily accessible terms and conditions of entry, set clear limits for the duration and giveaway values of the prizes, and make it clear what entity is responsible for the promotion.

Newly Created Pages

Scrolling down to the bottom of many like-farming Pages reveals that they were only created a few days or weeks earlier. Big brands offering promotions are likely to have older and very well established Facebook Pages that work hand in glove with the company’s official websites. Often, promotions aired on a company’s Facebook Page will also be mentioned on its main website as well as its other social media streams.

Do not give the unethical people who create these pages any satisfaction. Do not like their bogus Pages. Do not share their lies. And make sure that your Facebook friends are aware of how these scams operate so that they won’t get caught out either.

Sermon and Deeds of the Antichrist (Luca Signorelli, Fresco Chapel of San Brizio, Duomo, Orvieto, 1499-1502)

Voir enfin:
Le premier avril : rigolade certifiée depuis 1564 (?)
Jean-Christophe Piot

FranceTVinfo

1 avril 2014

Vérifiez bien votre dos aujourd’hui : il y a des chances que tôt ou tard vienne y pendouiller un poisson de papier plus ou moins convaincant, attaché là par un collègue ou un de vos proches particulièrement fier de son coup. Et ça fait quelques siècles que ça dure, sans que personne ne soit franchement fichu de savoir d’où est partie l’habitude de se payer la fiole de ses contemporains. Retour arrière sur différentes pistes, toutes authentiques. Ou non.

Passion, poissons et tribunaux

La première explication de l’origine du poisson d’avril est religieuse, comme souvent : il s’agirait d’une référence à la Passion du Christ et au sort de Jésus de Nazareth, baladé d’un tribunal à l’autre en Palestine, de Caïphe à Ponce Pilate et réciproquement, au début du mois d’avril. La scène, mainte fois reprise et racontée, faisait partie des grands archétypes des spectacles mis en scène par l’Eglise pour raconter la vie du Christ au peuple, en particulier dans le cadre des Mystères, ces représentations théâtrales des moments de la vie du Christ. Quelques farceurs impies se seraient au fil des décennies amusés à transposer l’histoire dans leur quotidien et à promener les naïfs d’un lieu à l’autre pour un motif quelconque. Le temps aidant, le mot Passion aurait glissé vers celui de poisson. Moui. L’explication, classique au 19e siècle, me semble à titre personnel légèrement tirée par les cheveux.

Permis de pêche

La deuxième explication renvoie à la pêche : en avril, celle-ci était généralement interdite par les autorités, soucieuses de laisser truites, carpes et brochets se reproduire tranquillement au début du printemps. Autrement dit, les amateurs de poisson pouvaient s’attendre à patienter un bon bout de temps avant d’y goûter à nouveau. Parvenir à offrir ou à vendre un (faux) poisson aux plus crédules, en plein mois d’avril, serait alors devenu un grand classique de la farce. L’expression « manger du poisson d’avril », synonyme de croire naïvement à n’importe quoi, a bel et bien existé.
Perdus dans le calendrier

La piste la plus crédible, cela dit, touche à une question de calendrier : j’avais déjà raconté ici-même la manière dont le 1er janvier finit par s’imposer partout en France comme date du Nouvel An, après quelques siècles de flottements variés. Un peu partout dans le pays, cette dernière commençait plutôt autour du 1er avril (le nom même du mois pourrait venir du latin aperire, ouvrir) date donc des étrennes, ces petits cadeaux en famille et entre amis. En août 1564, Charles IX finit par trancher et annonça que le Nouvel An serait fixé une bonne fois pour toutes au premier janvier. Sauf qu’il y a loin d’un décret royal aux coutumes populaires et que longtemps encore, bien des gens gardèrent l’habitude de s’offrir des cadeaux le 1er avril. Petit à petit pourtant, leur nombre diminua et leur habitude fut progressivement tournée en ridicule par quelques farceurs qui se firent un plaisir de leur offrir de faux présents ou des messages trompeurs.
Cartes postales et mystérieux prétendants

Avec le temps, les poissons d’avril se répandirent : canulars, fausses nouvelles, courriers mystérieux… Le début du 20e siècle en fit même une industrie, le poisson d’avril devenant un grand classique des cartes postales échangées entre amoureux ou prétendants, chacun envoyant à sa chacune une carte postale « anonyme », agrémentée d’un petit poème parfaitement cucul en général. La preuve.

carte-poisson-avril-amour

« Me reconnaissez-vous ?

Je n’oserais le croire

Si votre coeur jaloux

N’avait tant de mémoire. »

Bonus vidéo et arbres à spaghettis

Finissons sur un beau cadeau : ce très joli reportage du 1er avril 1957, dû à la vénérable BBC qu’on n’imaginait pas aussi potache.

C’est en anglais, mais disons que ce beau documentaire de 3 minutes raconte qu’en raison d’un hiver clément, les fermiers suisses profitent joyeusement d’une récolte abondante de spaghettis, cueillis directement sur l’arbre. Aux téléspectateurs (nombreux) qui appelèrent ensuite, avides d’apprendre comment faire pousser leurs propres arbres à nouilles, la BBC répondit par la voix de ses standardistes dûment formées qu’il « suffisait de mettre un brin de spaghetti dans une boite de sauce tomate et d’espérer que ça prenne. »

Manifestement, ça a pris.


Criminalité: Cachez cette religion que je ne saurai voir ! (Crime mystery of the century: Why don’t people turn to crime when times are tough ?)

11 décembre, 2013
http://mjcdn.motherjones.com/preset_51/381in_lead_a_630.jpghttp://prawfsblawg.blogs.com/.a/6a00d8341c6a7953ef0192ab9019c0970d-800wihttp://www.motherjones.com/files/blog_crime_baseline_lead_1.jpg
http://www.gasworks.org.uk/photos/large/471px-Hausbuch_Wolfegg_12r_Jupiter_LR.jpghttp://www.strangenotions.com/wp-content/uploads/Americas-Blessings.jpghttp://www.independent.org/images/books-hires/victory_of_reason_hirez.jpgNe croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison.  Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Quand les hommes se diront: Paix et sécurité! c’est alors que tout d’un coup fondra sur eux la perdition. Paul (lettre aux Thessaloniciens 5: 3)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ. Paul
Les mondes anciens étaient comparables entre eux, le nôtre est vraiment unique. Sa supériorité dans tous les domaines est tellement écrasante, tellement évidente que, paradoxalement, il est interdit d’en faire état. René Girard
On apprend aux enfants qu’on a cessé de chasser les sorcières parce que la science s’est imposée aux hommes. Alors que c’est le contraire: la science s’est imposée aux hommes parce que, pour des raisons morales, religieuses, on a cessé de chasser les sorcières. René Girard
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la «victime inconnue», comme on dirait aujourd’hui le «soldat inconnu». (….) le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. (…) il faut distinguer deux choses. Il y a d’abord le texte chrétien qui pénètre lentement dans la conscience des hommes. Et puis il y a la façon dont les hommes l’interprètent. De ce point de vue, il est évident que le Moyen Age n’interprétait pas le christianisme comme nous. Mais nous ne pouvons pas leur en faire le reproche. Pas plus que nous pouvons faire le reproche aux Polynésiens d’avoir été cannibales. Parce que cela fait partie d’un développement historique.(…)  Mais, s’il est très bien de compatir au sort des malheureux, il faut aussi reconnaître que nous vivons dans la meilleure société que le monde ait jamais connue. Nous connaissons une amélioration du social qui dure depuis le haut Moyen Age. Et notre souci des victimes, pris dans son ensemble comme réalité, n’a pas d’équivalent dans l’histoire des sociétés humaines. (…) On ne peut donc pas supprimer les possibilités positives de cet univers : nous sommes toujours plus libres, du bien et du mal. C’est ce qui fait que notre époque est loin d’être terne, ennuyeuse ou désenchantée. Elle est à mon avis extraordinairement mouvementée, tragique, émouvante et intéressante à vivre. C’est-à-dire toujours ouverte sur les extrêmes du bien et du mal. René Girard
Jusqu’à présent, les textes de l’Apocalypse faisaient rire. Tout l’effort de la pensée moderne a été de séparer le culturel du naturel. La science consiste à montrer que les phénomènes culturels ne sont pas naturels et qu’on se trompe forcément si on mélange les tremblements de terre et les rumeurs de guerre, comme le fait le texte de l’Apocalypse. Mais, tout à coup, la science prend conscience que les activités de l’homme sont en train de détruire la nature. C’est la science qui revient à l’Apocalypse. René Girard
La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
Religious Americans are more law abiding, have superior mental and physical health, are far more generous vis-à-vis charities, have much better family life, are more successful, and religious couples even have more satisfactory sex lives! The biggest by far has to do with the criminal justice system. If all Americans committed crimes at the same level as those who do not attend religious services, the costs of the criminal justice system would about double to, perhaps, $2 trillion annually. Rodney Stark
Les efforts des policiers dans les quartiers chauds de New York et de Los Angeles sont louables et ont contribué à améliorer la qualité de vie des résidants. Mais ces changements n’expliquent pas tout. Ceux qui y voient une réponse définitive font fausse route. Si la baisse s’expliquait par des changements dans le fonctionnement de la police dans les grandes villes, alors pourquoi observe-t-on une diminution du crime de façon uniforme, partout aux États-Unis? (…)  l’Occident au complet – et notamment le Canada – a connu une baisse du taux de criminalité au cours des 20 dernières années. L’internet, les cellulaires et les jeux vidéo ne peuvent expliquer la baisse, car les crimes ont commencé à chuter de façon uniforme dans les années 90, avant que ces inventions ne prennent leur envol. Et, pour la première fois depuis les années 70, le taux d’incarcération a commencé à baisser aux États-Unis, en 2007. Jumelé avec une hausse spectaculaire du chômage, cela aurait dû créer un mélange explosif. La réalité, c’est que nous n’avons pas de théorie qui puisse expliquer le phénomène. Pour l’instant, c’est un mystère. Frank E. Zimring (Berkeley)
If we eliminated every microgram of lead from the planet, we’d still have plenty of crime. So here’s a way to think about it. If you take a look at violent crime rates in America, you’d expect to see a sort of baseline level of crime. That level will depend on lots of things: poverty, drugs, guns, race, family structure, etc. But starting in the mid-60s, we saw an enormous rise in crime, well above any sensible sort of baseline. Then, in the 90s, we saw an equally enormous decline. (…) Most likely, the reason for this lies with all the usual suspects. But then … there’s the huge crime wave that lasted nearly 50 years from start to finish. That’s the part the lead hypothesis aims to explain. And the reason we need an explanation is simple: the usual suspects simply don’t seem to do a very good job of accounting for a gigantic, temporary rise and fall in violent crime rates. Within the criminology community, literally no one predicted the huge decline in crime that began in the early 90s. Their focus was on all the usual sociological causes, and they had no reason to think those were going to suddenly improve. And they were right. For the most part, they didn’t improve. It’s true that the crack epidemic of the 80s burned out, but no one really knows the underlying reason for that. Policing tactics changed in some places, but crime dropped everywhere, so that’s not a very compelling explanation either. Aside from that, poverty didn’t change much, and neither did race or guns or demographics or the number of broken familes or anything else. The truth is that there’s just not a good conventional explanation for both the huge rise and the huge fall in crime of the past half century. That’s one of the reasons the lead hypothesis deserves such serious consideration. Not only does it fit the data well and make sense based on what we know about the neurological effects of lead. It’s also just about the only good explanation we’ve got. Other factors are still important, and they probably explain rises and falls in the baseline rate of crime. But lead is the best explanation we have for the rest of it. Kevin Drum (Mother Jones)
The key factor is the demographic factor. Generally speaking, the people who go out and kill other people are males between the ages of 16 and 30. Samuel Huntington
Surprisingly, some sociologists think civilization is simply getting less violent and more civilized, Greenberg said. That theory was first proposed by German sociologist Norbert Elias in his book The Civilizing Process. Elias wrote that interpersonal violence had been in decline since the Middle Ages, a statement historians now accept. Elias said that for divine monarchs, like Louis XIV of France, their worth was more measured by their ability at witty badinage and manners than swordsmanship. This more civilized tendency spread to the European middle class and finally, in the nineteenth century, to the working classes. Joel N. Shurkin
At the deepest level, many of these shifts, taken together, suggest that crime in the United States is falling—even through the greatest economic downturn since the Great Depression—because of a big improvement in the culture. The cultural argument may strike some as vague, but writers have relied on it in the past to explain both the Great Depression’s fall in crime and the explosion of crime during the sixties. In the first period, on this view, people took self-control seriously; in the second, self-expression—at society’s cost—became more prevalent. It is a plausible case. Culture creates a problem for social scientists like me, however. We do not know how to study it in a way that produces hard numbers and testable theories. Culture is the realm of novelists and biographers, not of data-driven social scientists. But we can take some comfort, perhaps, in reflecting that identifying the likely causes of the crime decline is even more important than precisely measuring it. James Q. Wilson
Personal violent crime began declining in Western nations as early as the sixteenth century. While this research has emphasized violent crimes, similar processes may hold for crime more generally. Perhaps the rising crime rate from World War II through the early 1990s was simply a small spike that temporarily obscured a much longer downward trend. This long historical sweep may offer little solace to those confronted by crime today, but the encouraging long-term trend suggests explanations with deep roots. Eisner points to subtle shifts in parenting occurring over a long time span; Pinker suggests greater interdependence and broadened circles of people with whom we can empathize. Both draw on classic sociological work by Emile Durkheim and Norbert Elias, who attributed historical changes in crime and social disorder to changes in the relation between individuals and society. The centuries-long crime story is perhaps best explained by the gradual development of formal and informal social controls on our behavior. (…) U.S. homicide rates are more than double those of Canada, Japan, and much of Europe. Nevertheless, the U.S. crime picture has improved markedly, with significant across-the-board drops in violent and property offenses. Moreover, as Baumer points out, even behaviors like drinking, drug use, and risky sex are declining, especially among young people. We cannot explain such a sharp decline without reference to the social institutions, conditions, and practices shaping crime and its control. In particular, social scientists point to punishment, policing, opportunities, economics, demography, and history, though there is little consensus about the relative contribution of each. Further disentangling each factor’s unique contribution is a worthy endeavor, but it should not obscure a fundamental point: it is their entanglement in our social world that reduces crime.  (…) More than 90% of the “Part I” crimes reported to the police involve some kind of financial gain. The relationship between crime and the economy is more complicated than the simple idea that people “turn to crime” when times are tough, though. Contrary to popular expectations, for example, both victimizations and official crime showed especially steep declines from 2007 to 2009, when unemployment rates soared. Robbery, burglary, and household theft victimizations had been falling by a rate of about 4% per year from 1993-2006, but fell by an average of 6 to 7% per year during the Great Recession. This is not because crime is unrelated to economic conditions, but because crime is related to so many other things. For example, when people have less disposable income, they may spend more time in the relative safety of their home and less time in riskier places like bars. As noted above regarding opportunities, another reason crime rates are likely to drop when cash-strapped residents stay home at night in front of a television or computer screen is that their mere presence can help prevent burglary and theft. Chris Uggen and Suzy McElrath
[Dans] le cas de l’Estonie (…)  depuis 1995, les homicides ont chuté de 70 %, les vols de voitures de presque autant. Mais ce petit État postsoviétique n’est pas une exception. Dans les pays développés, la même tendance s’observe. Aux États-Unis, la chute a commencé en 1991 ; en Grande-Bretagne, autour de 1995. En France, la baisse date de 2001. Au Canada également ainsi que dans plusieurs pays d’Europe. (…) sur le cas américain, le plus impressionnant. La criminalité urbaine avait atteint des sommets au début des années 1990. Certains voyaient New York ou Los Angeles comme des jungles urbaines aux mains d’une faune de dealers, mafieux, proxénètes et squatters.
 Puis, contrairement aux prévisions, un véritable miracle s’est produit. La criminalité s’est mise à chuter à partir des années 1990. Globalement, elle a baissé d’un tiers dans les grandes villes, mais dans certains cas, elle a chuté de plus de 50 % ! À New York, le cas le plus spectaculaire, la criminalité a été divisée par quatre (- 78 %) entre le milieu des années 1990 et les années 2000. Sciences Humaines
Que vous soyez spécialiste de la question ou pas, vous avez sans doute déjà entendu cette théorie: quand les temps sont durs, la criminalité augmente. Pourtant, malgré une croissance économique stagnante et un chômage élevé, la criminalité a baissé dans la plupart des pays riches au cours de la dernière décennie. (…) Comment expliquer cette tendance générale qu’un rapide coup d’œil aux statistiques des Nations unies suffit à vérifier? Si la démographie est sans doute un facteur (la population vieillit, alors que ce sont les hommes de 16 ans à 24 ans qui commettent la plupart des crimes), The Economist souligne qu’elle ne peut pas expliquer à elle seule la baisse spectaculaire d’un certain type de criminalité dans des villes comme New York, Los Angeles ou Londres. D’autres hypothèses, comme l’augmentation du nombre de prisonniers, sont difficiles à prouver: si la population carcérale a doublé en Grande-Bretagne, en Australie et aux Etats-Unis, elle a diminué au Canada et aux Pays-Bas, pays qui ont aussi connu une baisse de la criminalité. (…) Le Guardian expliquait quand à lui en avril dernier que certains autres éléments concrets, comme de meilleurs antivols sur les voitures ou des portes et serrures plus résistantes rendaient les atteintes aux biens plus difficiles aujourd’hui. La technologie, qu’il s’agisse des tests d’ADN, de la localisation par téléphone portable ou des caméras de surveillance, a augmenté le risque de se faire prendre. Selon The Economist, l’explication la plus convaincante est plus simple encore. La police fait mieux son travail: « Une combinaison du fait que les policiers parlent aux habitants des quartiers où ils travaillent et du ciblage intensif des endroits mal famés a transformé la manière dont les rues sont protégées. » Si le poids de chaque facteur reste impossible à déterminer, la majorité des experts semblent aujourd’hui s’accorder sur un point: l’augmentation de la criminalité qui a eu lieu un peu partout entre les années 1950 et les années 1980 ressemble de plus en plus à une anomalie de l’histoire. Slate

Attention: une explication peut en cacher une autre !

A l’heure où, avec la France d’une gauche qui s’était une spécialité de le critiquer et une Amérique émasculée par son Carter noir, l’Europe semble enfin se décider à reprendre en Afrique le rôle plus que nécessaire de gendarme du monde

Et où, profitant d’une grève de la police et à l’instar des nouveaux barbares du sud et de l’est qui déferlent sur nos côtes et nos villes, les pillards mettent l’Argentine en coupe réglée …

Pendant que pour défendre leurs damnés de la terre, nos belles âmes de la culture de l’excuse continuent inlassablement à nous seriner avec l’accroissement des inégalités et la violence et le racisme de la répression policière …

Et que pour expliquer l’incroyable baisse de la criminalité (vols de voitures, cambriolages et atteintes aux personnes: homicides, coups et blessures) que connaissent actuellement les Etats-Unis (divisée par deux en une seule génération !) et tout particulièrement leur première ville (de  2 245 homicides en 1990 à  414 l’an dernier et… zéro le 26 novembre 2012 !),  la bible de la bonne conscience de gauche Mother Jones nous ressort l’argument de la baisse du plomb dans l’essence et les peintures …

Comment, derrière l’ensemble des hypothèses qui, du vieillissement de la population à l’amélioration des mesures de protection (alarmes et surveillance, puces électroniques antivol) et de l’action policière (doublement du taux d’incarcération; meilleure utilisation des forces de police: quadrillages ciblés, concentration sur « points chauds », contrôles systématiques) ont toutes à peu près été examinées et ont probablement plus ou moins contribué au résultat général …

Ne pas se réjouir de voir nos sociologues s’intéresser enfin à un phénomène originellement mis à jour par le sociologue allemand Norbert Elias

A savoir le « processus de civilisation », c’est-à-dire une sorte de domestication des pulsions qui vit dans les sociétés occidentales et à partir du XVIe siècle, sur fond de la centralisation des sociétés avec l’institution d’un monopole étatique central de la violence, l’intériorisation par les individus de normes sociétales progressivement plus civilisées ?

Mais, devant l’indéniable origine occidentale d’un phénomène désormais en voie de mondialisation accélérée, comment non plus ne pas s’étonner de l’aveuglement continué des mêmes sociologues …

Face à  l’origine, comme le rappelle inlassablement notre René Girard national, tout aussi indéniablement judéo-chrétienne du phénomène ?

Mais ce non seulement, comme l’a bien montré le sociologue Rodney Stark, au niveau de la pacification de la société par les idées et les adeptes du judéo-christianisme …

Mais aussi, en même temps de par la libération/dislocation des anciens cadres sociétaux qu’il permet/provoque, au niveau même du déclenchement de la crise généralisée que connaissent actuellement nos sociétés occidentales et par contagion désormais la planète entière ?

D’où aussi, comme semblent l’oublier tant les apologistes du christianisme que nos pour le coup bien trop optimistes sociologues et en attestent les récents épisodes d’extrême brutalisation de deux guerres mondiales et plusieurs génocides comme les pages (plus besoin pour cela des textes apocalyptiques de nos bibles) de nos journaux quotidiennement …

Son hélas inévitable pendant, à savoir tant l’extrême fragilité de ladite pacification que la possibilité proprement apocalyptique de son issue finale …

Mystery Of New York’s Falling Crime Rate Remains Unsolved

Are we just becoming more civilized?

Joel N. Shurkin

Inside Science News Service

Feb 13 2013

(ISNS) — In the last 15 years, something dramatic has happened in New York City: the crime rate has dropped precipitously, making the city — where crime once was of epic proportions — the safest major city in America.

How that happened is a matter of considerable controversy, with popular theories ranging from fiercer policing, to abortion, lead paint, and computer-assisted crime prevention programs.

David Greenberg, a sociologist at New York University, believes none of the theories stand up on their own. It could be all or none of the above, he said.

It could also be that Western civilization is just becoming more civilized and less violent, and it is finally showing up in the statistics, even with recent mass shootings in the United States.

Crime rates have fallen in most of the Western world as well as most American cities, but what has happened in New York City, with a population of 8 million, is extraordinary. The rate of violent crime began to decrease in the 1980s, before jumping in the 1990s when crack cocaine made it to the streets in many cities. Then it sank and has continued to do so.

In 1990, there were 2,245 murders in the city. Last year the number was 414, the lowest since police began keeping reliable records.

In one remarkable day, Nov. 26, 2012, there was not a single murder, stabbing or shooting reported in the nation’s largest city, possibly the only time that happened since New York was a small Dutch colony.

« The analysis for homicide showed that rates dropped in every precinct although more in some than in others, » Greenberg wrote in an article published in Justice Quarterly about the current trend. The same is true for other violent crimes, including robberies and assaults.

Greenberg said experts typically offer two common explanations. One is that in 1994 the New York Police Department installed CompStat, a computer program that tracks crime and allows police departments to manage personnel better. Another is the « broken windows » theory: police rigidly enforce misdemeanor crimes in an attempt to change the culture. Essentially, the police department believed that cracking down on offenses from prostitution to begging and excessive noise could help suppress felony crime. Either way, the NYPD takes credit.

For CompStat, the crime rate had already begun dropping when the software was installed. Greenberg also failed to find a causal relationship between an increase in misdemeanor charges and the overall crime rate.

Other theories also have been proposed. Steven Levitt and Steven Dubner, in the book « Freakonomics, » proposed the increase in legal abortions was a factor. There were fewer young males, the demographic sector most responsible for crime. Malcolm Gladwell, in the book « The Tipping Point, » said the increased police activity was just the last factor that ended an epidemic already ebbing. Both theories are highly controversial.

Another theory credits removal of lead from gasoline and paint. Lead causes brain damage and could account for some criminal activity so when lead was removed from gasoline and paint, fewer children were affected.

Greenberg said the evidence to support all those theories is weak.

So what is the answer?

Surprisingly, some sociologists think civilization is simply getting less violent and more civilized, Greenberg said.

That theory was first proposed by German sociologist Norbert Elias in his book The Civilizing Process. Elias wrote that interpersonal violence had been in decline since the Middle Ages, a statement historians now accept.

Elias said that for divine monarchs, like Louis XIV of France, their worth was more measured by their ability at witty badinage and manners than swordsmanship. This more civilized tendency spread to the European middle class and finally, in the nineteenth century, to the working classes.

The decrease also could be partly due to immigration to the city, an influx of people who may be particularly motivated to avoid legal trouble, especially if they are undocumented or because they are determined to make good lives for themselves, Greenberg said.

Then what caused the decline?

« I don’t know, » Greenberg said.

Andrew Karmen, a sociologist at John Jay College of Criminal Justice in New York agreed.

« People and organizations claimed credit and think they know the reason for the crime drop, but the evidence is insufficient, » Karmen said.

Crime also went down across America and in Europe where no one followed the NYPD tactics, said Karmen, who wrote a book on the subject,  » New York Murder Mystery: The True Story Behind the Crime Crash of the 1990s. »

Karmen agrees that the flow of immigration could be one reason, with the city’s population « refreshing » regularly. Another possibility, frequently ignored, is that New York is a college town. The City University of New York system alone enrolls 250,000 undergraduates and they are a substantial—and generally peaceful—portion of the young population.

Karmen said solving the mystery is important.

« If we don’t know why the crime rate went down, we won’t know what to do when it goes back up, » Karmen said.

Joel Shurkin is a freelance writer based in Baltimore. He is the author of nine books on science and the history of science, and has taught science journalism at Stanford University, UC Santa Cruz and the University of Alaska Fairbanks.

Voir aussi:

Hard Times, Fewer Crimes

The economic downturn has not led to more crime—contrary to the experts’ predictions. So what explains the disconnect? Big changes in American culture, says James Q. Wilson.

James Q. Wilson

The Wall Street Journal

May 28, 2011

When the FBI announced last week that violent crime in the U.S. had reached a 40-year low in 2010, many criminologists were perplexed. It had been a dismal year economically, and the standard view in the field, echoed for decades by the media, is that unemployment and poverty are strongly linked to crime. The argument is straightforward: When less legal work is available, more illegal « work » takes place.

The economist Gary Becker of the University of Chicago, a Nobel laureate, gave the standard view its classic formulation in the 1960s. He argued that crime is a rational act, committed when the criminal’s « expected utility » exceeds that of using his time and other resources in pursuit of alternative activities, such as leisure or legitimate work. Observation may appear to bear this theory out. After all, neighborhoods with elevated crime rates tend to be those where poverty and unemployment are high as well.

But there have long been difficulties with the notion that unemployment causes crime. For one thing, the 1960s, a period of rising crime, had essentially the same unemployment rate as the late 1990s and early 2000s, a period when crime fell. And during the Great Depression, when unemployment hit 25%, the crime rate in many cities went down. Among the explanations offered for this puzzle is that unemployment and poverty were so common during the Great Depression that families became closer, devoted themselves to mutual support, and kept young people, who might be more inclined to criminal behavior, under constant adult supervision. These days, because many families are weaker and children are more independent, we would not see the same effect, so certain criminologists continue to suggest that a 1% increase in the unemployment rate should produce as much as a 2% increase in property-crime rates.

Yet when the recent recession struck, that didn’t happen. As the national unemployment rate doubled from around 5% to nearly 10%, the property-crime rate, far from spiking, fell significantly. For 2009, the Federal Bureau of Investigation reported an 8% drop in the nationwide robbery rate and a 17% reduction in the auto-theft rate from the previous year. Big-city reports show the same thing. Between 2008 and 2010, New York City experienced a 4% decline in the robbery rate and a 10% fall in the burglary rate. Boston, Chicago and Los Angeles witnessed similar declines.

Some scholars argue that the unemployment rate is too crude a measure of economic frustration to prove the connection between unemployment and crime, since it estimates only the percentage of the labor force that is looking for work and hasn’t found it. But other economic indicators tell much the same story. The labor-force participation rate lets us determine the percentage of the labor force that is neither working nor looking for work—individuals who are, in effect, detached from the labor force. These people should be especially vulnerable to criminal inclinations, if the bad-economy-leads-to-crime theory holds. In 2008, though, even as crime was falling, only about half of men aged 16 to 24 (who are disproportionately likely to commit crimes) were in the labor force, down from over two-thirds in 1988, and a comparable decline took place among African-American men (who are also disproportionately likely to commit crimes).

The University of Michigan’s Consumer Sentiment Index offers another way to assess the link between the economy and crime. This measure rests on thousands of interviews asking people how their financial situations have changed over the last year, how they think the economy will do during the next year, and about their plans for buying durable goods. The index measures the way people feel, rather than the objective conditions they face. It has proved to be a very good predictor of stock-market behavior and, for a while, of the crime rate, which tended to climb when people lost confidence. When the index collapsed in 2009 and 2010, the stock market predictably went down with it—but this time, the crime rate went down, too.

So we have little reason to ascribe the recent crime decline to jobs, the labor market or consumer sentiment. The question remains: Why is the crime rate falling?

One obvious answer is that many more people are in prison than in the past. Experts differ on the size of the effect, but I think that William Spelman and Steven Levitt have it about right in believing that greater incarceration can explain about one-quarter or more of the crime decline. Yes, many thoughtful observers think that we put too many offenders in prison for too long. For some criminals, such as low-level drug dealers and former inmates returned to prison for parole violations, that may be so. But it’s true nevertheless that when prisoners are kept off the street, they can attack only one another, not you or your family.

Imprisonment’s crime-reduction effect helps to explain why the burglary, car-theft and robbery rates are lower in the U.S. than in England. The difference results not from the willingness to send convicted offenders to prison, which is about the same in both countries, but in how long America keeps them behind bars. For the same offense, you will spend more time in prison here than in England. Still, prison can’t be the sole reason for the recent crime drop in this country: Canada has seen roughly the same decline in crime, but its imprisonment rate has been relatively flat for at least two decades.

Another possible reason for reduced crime is that potential victims may have become better at protecting themselves by equipping their homes with burglar alarms, putting extra locks on their cars and moving into safer buildings or even safer neighborhoods. We have only the faintest idea, however, about how common these trends are or what effects on crime they may have.

Policing has become more disciplined over the last two decades; these days, it tends to be driven by the desire to reduce crime, rather than simply to maximize arrests, and that shift has reduced crime rates. One of the most important innovations is what has been called hot-spot policing. The great majority of crimes tend to occur in the same places. Put active police resources in those areas instead of telling officers to drive around waiting for 911 calls, and you can bring down crime. The hot-spot idea helped to increase the effectiveness of the New York Police Department’s Compstat program, which uses computerized maps to pinpoint where crime is taking place and enables police chiefs to hold precinct captains responsible for targeting those areas.

Researchers continue to test and refine hot-spot policing. After analyzing data from over 7,000 police arrivals at various locations in Minneapolis, the criminologists Lawrence Sherman and David Weisburd showed that for every minute an officer spent at a spot, the length of time without a crime there after the officer departed went up—until the officer had been gone for more than 15 minutes. After that, the crime rate went up. The police can make the best use of their time by staying at a hot spot for a while, moving on, and returning after 15 minutes.

Some cities now use a computer-based system for mapping traffic accidents and crime rates. They have noticed that the two measures tend to coincide: Where there are more accidents, there is more crime. In Shawnee, Kan., the police spent a lot more time in the 4% of the city where one-third of the crime occurred: Burglaries fell there by 60% (even though in the city as a whole they fell by only 8%), and traffic accidents went down by 17%.

There may also be a medical reason for the decline in crime. For decades, doctors have known that children with lots of lead in their blood are much more likely to be aggressive, violent and delinquent. In 1974, the Environmental Protection Agency required oil companies to stop putting lead in gasoline. At the same time, lead in paint was banned for any new home (though old buildings still have lead paint, which children can absorb).

Tests have shown that the amount of lead in Americans’ blood fell by four-fifths between 1975 and 1991. A 2007 study by the economist Jessica Wolpaw Reyes contended that the reduction in gasoline lead produced more than half of the decline in violent crime during the 1990s in the U.S. and might bring about greater declines in the future. Another economist, Rick Nevin, has made the same argument for other nations.

Another shift that has probably helped to bring down crime is the decrease in heavy cocaine use in many states. Measuring cocaine use is no easy matter; one has to infer it from interviews or from hospital-admission rates. Between 1992 and 2009, the number of admissions for cocaine or crack use fell by nearly two-thirds. In 1999, 9.8% of 12th-grade students said that they had tried cocaine; by 2010, that figure had fallen to 5.5%.

What we really need to know, though, is not how many people tried coke but how many are heavy users. Casual users who regard coke as a party drug are probably less likely to commit serious crimes than heavy users who may resort to theft and violence to feed their craving. But a study by Jonathan Caulkins at Carnegie Mellon University found that the total demand for cocaine dropped between 1988 and 2010, with a sharp decline among both light and heavy users.

Blacks still constitute the core of America’s crime problem. But the African-American crime rate, too, has been falling, probably because of the same non-economic factors behind falling crime in general: imprisonment, policing, environmental changes and less cocaine abuse.

Knowing the exact crime rate of any ethnic or racial group isn’t easy, since most crimes don’t result in arrest or conviction, and those that do may be an unrepresentative fraction of all crimes. Nevertheless, we do know the racial characteristics of those who have been arrested for crimes, and they show that the number of blacks arrested has been falling. Barry Latzer of the John Jay College of Criminal Justice has demonstrated that between 1980 and 2005, arrests of blacks for homicide and other violent crimes fell by about half nationwide.

It’s also suggestive that in the five New York City precincts where the population is at least 80% black, the murder rate fell by 78% between 1990 and 2000. In the black neighborhoods of Chicago, burglary fell by 52%, robbery by 62%, and homicide by 33% between 1991 and 2003. A skeptic might retort that all these seeming gains were merely the result of police officers’ giving up and no longer recording crimes in black neighborhoods. But opinion surveys in Chicago show that, among blacks, fear of crime was cut in half during the same period.

One can cite further evidence of a turnaround in black crime. Researchers at the federal Office of Juvenile Justice and Delinquency Prevention found that in 1980, arrests of young blacks outnumbered arrests of whites more than six to one. By 2002, the gap had been closed to just under four to one.

Drug use among blacks has changed even more dramatically than it has among the population as a whole. As Mr. Latzer points out—and his argument is confirmed by a study by Bruce D. Johnson, Andrew Golub and Eloise Dunlap—among 13,000 people arrested in Manhattan between 1987 and 1997, a disproportionate number of whom were black, those born between 1948 and 1969 were heavily involved with crack cocaine, but those born after 1969 used very little crack and instead smoked marijuana.

The reason was simple: The younger African-Americans had known many people who used crack and other hard drugs and wound up in prisons, hospitals and morgues. The risks of using marijuana were far less serious. This shift in drug use, if the New York City experience is borne out in other locations, can help to explain the fall in black inner-city crime rates after the early 1990s.

John Donohue and Steven Levitt have advanced an additional explanation for the reduction in black crime: the legalization of abortion, which resulted in black children’s never being born into circumstances that would have made them likelier to become criminals. I have ignored that explanation because it remains a strongly contested finding, challenged by two economists at the Federal Reserve Bank of Boston and by various academics.

At the deepest level, many of these shifts, taken together, suggest that crime in the United States is falling—even through the greatest economic downturn since the Great Depression—because of a big improvement in the culture. The cultural argument may strike some as vague, but writers have relied on it in the past to explain both the Great Depression’s fall in crime and the explosion of crime during the sixties. In the first period, on this view, people took self-control seriously; in the second, self-expression—at society’s cost—became more prevalent. It is a plausible case.

Culture creates a problem for social scientists like me, however. We do not know how to study it in a way that produces hard numbers and testable theories. Culture is the realm of novelists and biographers, not of data-driven social scientists. But we can take some comfort, perhaps, in reflecting that identifying the likely causes of the crime decline is even more important than precisely measuring it.

—Mr. Wilson is a senior fellow at the Clough Center at Boston College and taught previously at Harvard, UCLA and Pepperdine. His many books include « The Moral Sense, » « Bureaucracy, » and « Thinking About Crime. » This essay is adapted from the forthcoming issue of City Journal, published by the Manhattan Institute.

Voir également:

Six Social Sources of the U.S. Crime Drop

Chris Uggen and Suzy McElrath

The Society pages

Feb 4, 2013

Chris Uggen

Chris Uggen is a sociologist and criminologist at the University of Minnesota. He believes that good science can light the way to a more just and safer world. He is co-editor of The Society Pages.

Suzy

Suzy McElrath is in the sociology program at the University of Minnesota. She studies the sociology of law and criminology, with a focus on mass atrocity, transitional justice, collective memory, and gender violence.

Each year, when the federal government releases new crime statistics, reporters seek out crime experts to help interpret the numbers. But following three decades of climbing crime rates, the downward trend of the past two decades has left even the experts searching for answers. Crime dropped under Democrats like Bill Clinton and Barack Obama and when Republicans like George W. Bush were in charge. Crime dropped during times of peace and times of war, in the boom times of the late 1990s and in the Great Recession era from 2007 to 2009. In recent years, both criminologists and the public have been baffled by the improving crime situation—especially when many other social indicators looked so bleak.

But social scientists are starting to make sense of the big U.S. crime drop. At least among many of the “street” crimes reported by police and victims, today’s crime rate is roughly half what it was just two decades ago. This isn’t because people are twice as nice. Rather, the reasons behind the crime drop involve everything from an aging population to better policing to the rising ubiquity of cell phones. There’s no single “smoking gun” that can account for the drop: both formal social controls, such as police and prisons, and broader shifts in the population and economy play a part. That is, the main drivers are all social. Crime is less likely these days because of incremental changes in our social lives and interaction with others, including shifts in our institutions, technologies, and cultural practices. Before unpacking these social sources of the crime drop, we need to look a little more closely at its timing and variation across offenses, from auto theft to murder.

Dropping Like a Stone

It might not feel as though the United States is appreciably safer, but both violent and property crimes have dropped steadily and substantially for nearly twenty years. Whether looking to “official” crime (reported to the police) or victimization surveys, the story is the same—both violent and property crimes have dropped like a stone. While crime rose throughout much of the 1960s and ‘70s, most of today’s college freshmen have not experienced a significant rise in the crime rate over the course of their lives.

For all the talk about crime rates (technically, the number of offenses divided by the number of people or households in a given place and time to adjust for population changes), we only have good information about trends for a limited set of offenses—street crimes like murder, rape, robbery, aggravated assault, burglary, theft, auto theft, and arson. Criminologists generally look to two sources of data to measure these crimes, the “official statistics” reported to the police and compiled as “Part I” offenses in the FBI’s Uniform Crime Reports (UCR) and reports from crime victims in the large-scale annual National Crime Victimization Survey (NCVS). The official statistics are invaluable for understanding changes over time, because the reports have been consistently collected from almost every U.S. jurisdiction over several decades. The victimization data are also invaluable, because they help account for the “dark figure” of crime—offenses that go unreported to the police and are thus missing from the official statistics. Although both speak to the wellbeing of citizens and their sense of public safety, they do not necessarily show us the whole crime picture (they omit, for example, most white-collar crime and corporate malfeasance). Nevertheless, when victimization data tell the same story as police statistics, criminologists are generally confident that the trend is real rather than a “blip” or a mirage.

First, let’s look at the “Part I” crime rate according to the official FBI statistics. Property crimes like burglary and theft are much more common than violent crimes such as rape and robbery (as shown by the larger numbers on the left axis relative to the right axis). Both were clearly rising from the 1960s to about 1980. After some fluctuation in the 1970s and ‘80s, both rates of reported violence and property crime fell precipitously in 1991. Since then, official statistics show drops of about 49% and 43%, respectively. The sustained drop-off looks even more remarkable when compared to the earlier climb. Official 2011 statistics show offense rates on par with levels last seen in the 1960s for property crimes and in the early ‘70s for violent crime.

The federal government began taking victimization surveys from a nationally representative sample of households in the 1970s. The victimization picture is clouded by recall errors and other survey methodology challenges, but it’s less distorted by unreported crime than the official statistics. Because the survey was re-designed in 1992, we show only the trend in property and violent victimizations from 1993 onward.

Like the official statistics, the victimization data also show a broad-based and long-term crime decline, though there is some evidence of a slight uptick by 2011. There is a drop in violent victimizations through 2009 and a drop in property victimizations through 2010 (apart from a slight rise in 2006 that followed a change in survey methodology). Over this time, violent victimizations fell by 55% (from approximately 50 per 1,000 persons age 12 or older in 1993 to 23 per 1,000 in 2011). Property crimes fell by 57% (from 319 per 1,000 households in 1993 to 139 per 1,000 households in 2011). In both cases, the victim data suggest that the crime drop may be even larger than that suggested by the official statistics.

It isn’t just one type of crime that fell. All seven of the “Part I” offenses reported in the police statistics and the closest corresponding victimization offenses declined by at least 35% from 1993 to 2011. Although the specific offense categories are not directly comparable, similar types of crimes dropped in both the official statistics and the victimization data. For example, the steepest drops occurred for motor vehicle theft, which fell by 62% in official statistics and 74% in the victimization data. Taken together, this provides firm evidence that the crime drop is real, long-lasting, and broad in scope.

Six Social Sources

The big crime drop implies that either fewer people are participating in crime or that those who do participate are committing crime less frequently. But a society’s rate of crime is not a simple aggregation of the number of “crime-prone” individuals with particular psychological or biological characteristics. Under the right or, more precisely, the wrong social conditions, we are all prone to commit criminal acts. Communities therefore attempt to organize social life in ways that make crime less likely. While we often associate crime with institutions such as the police or courts, anything that alters patterns of human interaction can drive the crime rate up or down. This includes the technology in our cars, the places we go for entertainment, and the medical advances affecting reproduction and aging.

The idea that crime is social rather than individual is a prominent theme in much of the best new research. The crime drop partly reflects the work of institutions that are explicitly designed to increase social control, but it also reflects changes in other institutions designed to perform different societal functions.

Scholars have yet to neatly partition the unique contribution of the six social sources of the crime drop, but we can summarize current thinking about their likely impact.

Formal Social Control and Criminal Opportunities

Punishment

Punishment. No discussion of recent U.S. crime trends would be complete without considering our nation’s prison population, which increased from 241,000 in 1975 to 773,000 in 1990 to over 1.6 million in 2010. Because incarceration rose so rapidly, it is tempting to attribute the lion’s share of the crime drop to the incapacitating effects of prison. But if this were the case, as law professor Franklin Zimring points out, we should have seen an earlier crime drop (when incarceration first boomed in the 1970s). Instead, since crime is closely tied to the demography of the life course, new cohorts of potential offenders are always replacing those removed via incarceration. Moreover, many criminologists believe that prisons are actually criminogenic in the long-run, strengthening criminal ties and disrupting non-criminal opportunities when inmates are released.

In one of the most sophisticated studies of the effect of imprisonment on crime, sociologist Bruce Western estimates that roughly nine-tenths of the crime drop during the 1990s would have occurred without any changes in imprisonment. Economist Steven Levitt attributes up to one-third of the total decline to incarceration. Rising rates of imprisonment thus account for at least some of the crime drop in the 1990s and 2000s, with scholars attributing anywhere from 10 to 30% of the decline to America’s incarceration boom.

Policing

Policing. Both public and private policing strategies have changed considerably over the past several decades, as have the technologies available to law enforcement. Zimring and others conclude that “cops matter,” especially in explaining New York City’s crime decline. More specifically, criminologists David Weisburd and Cody Telep identify targeted policing of high-crime “hot spots,” gun crimes, and high-rate offenders, as well as proactive problem-oriented policing and the use of DNA evidence as police practices that reduce crime. In contrast, they find little evidence for the effectiveness of policing tactics like random preventive patrol, follow-up visits in domestic violence cases, and Drug Abuse Resistance Education (the DARE program).

While Levitt is skeptical about the role of new policing strategies, he attributes a portion of the 1990s crime drop to increases in the number of officers on the street. Because of the criminogenic effects of prison, scholars such as economist Steven Durlauf and criminologist Daniel Nagin propose shifting a greater share of criminal justice funding in policing. Effective law enforcement is part of the picture, says criminologist John MacDonald, but he also argues that public-private security partnerships such as targeted “business improvement districts” have helped to sustain the decline. The unique contribution of policing to the current crime drop is likely significant, but limited—accounting for perhaps 10 to 20% of the overall decline. Moreover, the effectiveness of the formal social controls provided by police depends, in large part, on support from informal social controls provided by families and communities.

Opportunities

Opportunities. Apart from changes in prisons and policing, the opportunities for crime have changed rapidly and dramatically since the 1990s. Technology isn’t an obvious social source of the crime drop, but people have been connecting in fundamentally different ways in the past two decades, altering the risks and rewards of criminal behavior. When it comes to “target hardening” (crime prevention through environmental design), simple changes can make an enormous difference. Recall that the biggest drop among all crime categories was in auto theft—in the United States and around the world, new technologies like car immobilizers, alarms, and central locking and tracking devices have effectively reduced this crime.

More generally, surveillance provides guardianship over ourselves and our property. It may even deter others from acting against us. With regard to a now-common technology, economists Jonathan Klick and Thomas Stratmann and criminologist John MacDonald point to the amazing proliferation of cell phones. They argue that cells increase surveillance and a would-be offender’s risk of apprehension, which affects the perceived costs of crime. Many potential victims now have easy access to a camera and are within a few finger-swipes of a call to 9-1-1. In a follow-up interview with the authors about his research, MacDonald said that the crime drop is “driven in part by target hardening, in part by consumer technological shifts, and in part by the movement of people’s nighttime activities back to the house.” In sum, where we spend our time and who is watching us likely plays a big role in the recent crime decline.

Of course, efforts to constrain criminal opportunities can also constrain non-criminal activities—and while most of us welcome the declining crime rates that accompany greater surveillance, we are far more ambivalent about being watched ourselves. As criminologist Eric Baumer explained to the authors, “not only are we spending more time off the streets and on a computer, but we are being watched or otherwise connected to some form of ‘social control’ pretty constantly when we are out and about.” It is difficult to quantify how myriad small changes in criminal opportunities affected the crime drop, but their combined contribution may be on a par with that of formal policing or prisons.

Social Trends and Institutional Change

Economics

Economics. More than 90% of the “Part I” crimes reported to the police involve some kind of financial gain. The relationship between crime and the economy is more complicated than the simple idea that people “turn to crime” when times are tough, though. Contrary to popular expectations, for example, both victimizations and official crime showed especially steep declines from 2007 to 2009, when unemployment rates soared. Robbery, burglary, and household theft victimizations had been falling by a rate of about 4% per year from 1993-2006, but fell by an average of 6 to 7% per year during the Great Recession.

This is not because crime is unrelated to economic conditions, but because crime is related to so many other things. For example, when people have less disposable income, they may spend more time in the relative safety of their home and less time in riskier places like bars. As noted above regarding opportunities, another reason crime rates are likely to drop when cash-strapped residents stay home at night in front of a television or computer screen is that their mere presence can help prevent burglary and theft.

Criminologists Richard Rosenfeld and Robert Fornango suggest that consumer confidence and the perception of economic hardship may account for as much as one-third of the recent reduction in robbery and property crime. Nevertheless, while economic recessions and consumer sentiment are likely to play some role, they cannot account for the long and steady declines shown in the charts above—boom or bust, crime rates have been dropping for twenty years. For this reason, most criminologists attribute only a small share of the crime drop to economic conditions.

Demography

Demography. Crime, it seems, is largely a young man’s game. For most offenses, crime and arrests peak in the late teen years and early twenties, declining quickly thereafter. During the 1960s and 1970s, the large number of teens and young adults in the Baby Boom cohort drove crime rates higher. In societies that are growing older, such as the contemporary United States, there are simply fewer of the young men who make up the majority of criminal offenders and victims. Due to these life course processes, the age and gender composition of a society is an underlying factor that structures its rate of crime.

An influx of new immigrants might also be contributing to lower crime rates. According to research by sociologist Robert Sampson and his colleagues, immigration can be “protective” against crime, with first-generation immigrants being significantly less likely to commit violence than third-generation Americans, after adjusting for personal and neighborhood characteristics.

While criminologists estimate that demographic changes can account for perhaps 10% of the recent crime drop, these factors are changing too slowly to explain why crime was essentially halved within the course of a single generation.

Social Dynamics

Longer-term Social Dynamics. Drawing back the historical curtain on U.S. crime rates puts the recent drop in perspective. So argued historian Eric Monkkonen, who showed that the urban homicide rates of the nineteenth and early twentieth centuries were on a par with the “peak” rates observed in the early 1990s. In fact, historical evidence amassed by scholars including psychologist Steven Pinker and historical criminologist Manuel Eisner convincingly shows that personal violent crime began declining in Western nations as early as the sixteenth century. While this research has emphasized violent crimes, similar processes may hold for crime more generally. Perhaps the rising crime rate from World War II through the early 1990s was simply a small spike that temporarily obscured a much longer downward trend.

This long historical sweep may offer little solace to those confronted by crime today, but the encouraging long-term trend suggests explanations with deep roots. Eisner points to subtle shifts in parenting occurring over a long time span; Pinker suggests greater interdependence and broadened circles of people with whom we can empathize. Both draw on classic sociological work by Emile Durkheim and Norbert Elias, who attributed historical changes in crime and social disorder to changes in the relation between individuals and society. The centuries-long crime story is perhaps best explained by the gradual development of formal and informal social controls on our behavior. In this light, Baumer argues that we should at least think more expansively about the contemporary crime drop. We cannot say for certain where the crime rate will be in five years, but if we had to bet where the crime rate would be in one hundred years, we could be reasonably confident it’d be measurably lower than it is today.

Room for Improvement

Criminologists almost universally acknowledge a sizeable crime drop over the last twenty years. This does not mean that everyone’s neighborhood became safer or that crime in the United States is low relative to other industrialized nations. In fact, U.S. homicide rates are more than double those of Canada, Japan, and much of Europe. Nevertheless, the U.S. crime picture has improved markedly, with significant across-the-board drops in violent and property offenses. Moreover, as Baumer points out, even behaviors like drinking, drug use, and risky sex are declining, especially among young people.

We cannot explain such a sharp decline without reference to the social institutions, conditions, and practices shaping crime and its control. In particular, social scientists point to punishment, policing, opportunities, economics, demography, and history, though there is little consensus about the relative contribution of each. Further disentangling each factor’s unique contribution is a worthy endeavor, but it should not obscure a fundamental point: it is their entanglement in our social world that reduces crime.

Recommended Reading

Eric P. Baumer and Kevin Wolff. Forthcoming. “Evaluating the Contemporary Crime Drop(s) in America, New York City, and Many Other Places,” Justice Quarterly. An up-to-the-minute appraisal of explanations for local, national, and global crime trends.

Manuel Eisner. 2003. “Long-Term Historical Trends in Violent Crime,” Crime and Justice. A rich treatment of the decline in European homicide rates from the 16th to 20th centuries.

Steven D. Levitt. 2004. “Understanding Why Crime Fell in the 1990s: Four Factors that Explain the Decline and Six that Do Not,” Journal of Economic Perspectives. A systematic appraisal of explanations for the crime decline by the renowned economist and Freakonomics author.

Eric H. Monkkonen. 2002. “Homicide in New York, Los Angeles, and Chicago,” The Journal of Criminal Law and Criminology. A careful historical examination of homicide in the 19th and 20th centuries.

Franklin E. Zimring. 2007. The Great American Crime Decline. A well-written and thoroughgoing account of the U.S. crime drop.

- See more at: http://thesocietypages.org/papers/crime-drop/#sthash.craHnp8m.dpuf

Voir encore:

America’s falling crime rate

Good news is no news

Americans are committing fewer crimes, though nobody seems to know quite why

Jun 2nd 2011

INTUITIVE theories are often easier to believe in than to prove. For instance: conventional wisdom says that the crime rate should rise during a recession. When people are out of work and out of money, the thinking goes, they turn to crime. But the evidence backing this theory is at best equivocal. There seem to be some links between crime and economic conditions, but they are neither as direct nor clear as one might assume. Crime rose during the Roaring Twenties then fell in the Depression. America’s economy expanded and crime rates rose in the 1960s. Rates fell throughout the 1990s, when America’s economy was healthy, but they kept falling during the recession in the early 2000s (see chart).

And during the current downturn, the unemployment rate rose as the crime rate fell. Between 2008 and 2009 violent crime fell by 5.3% and property crime by 4.6%; between 2009 and 2010, according to the preliminary Uniform Crime Report released by the FBI on May 23rd, violent crime fell by another 5.5% and property crime by 2.8%. Robberies—precisely the crime one might expect to rise during tough economic times—fell by 9.5% between 2009 to 2010. The decline in violent crimes was sharpest in small towns, where the rate dropped by more than 25%, and among regions sharpest in the South, which saw a 7.5% decline. Only two cities with more than 1m people—San Antonio and New York—saw their crime rates rise. And some perspective is warranted there: in 1991 around 2,200 people were murdered in New York. Last year just 536 were. Overall, America’s violent-crime rate is at its lowest level in around 40 years, and its murder rate at its lowest in almost 50.

According to the social scientists, this was not supposed to happen. In 1995 James Wilson, who came up with the “broken windows” theory of crime prevention widely credited with making New York safer, warned that by 2000 there would be “30,000 more young muggers, killers and thieves than we have now. Get ready.” One year later John DiLulio, another political scientist who studies crime, warned of a wave of “juvenile super-predators” wreaking havoc by 2010. Yet even as they wrote, the violent-crime rate had already begun to fall. Except for a bit of a rise from 2004 to 2006, it has fallen every year since 1991.

Although nobody predicted the striking decline in crime during the 1990s, in hindsight theories explaining it abound. Some give credit to smarter police tactics: particularly quantitative methods and “broken windows” policing. Others point to the increased availability of legal abortion in the 1970s, resulting in fewer children born to teenage, unwed and poor mothers: precisely the sorts of children who commit crimes at high rates during adolescence. There is also the waning of violence associated with the crack market, and the increased incarceration rate, which keeps more criminals off the street for longer (though at tremendous cost).

Although these factors explain the drop since the late 1980s, they do not explain the sharp drop in the past two years. For that Al Blumstein, a criminologist who heads the National Consortium on Violence Research, posits an “Obama effect”, in which the election of America’s first black president inspires a significant number of young black men away from violence. And indeed between 2008 and 2009, the numbers of blacks arrested for murder and robbery each declined by over 2%, though this theory has more narrative than evidentiary appeal.

Another theory concerns lead. Exposure to lead in childhood has been linked to aggression and criminal behaviour in adults. Jessica Wolpaw Reyes, an economist at Amherst College, argues that the decline in American children’s exposure to lead since it was phased out of gasoline in the 1970s and removed almost entirely by 1985, accounts for much of the decline in violent crime in the 1990s. It may account for even more, as more of America’s unleaded children enter adolescence and their early 20s. And then there are those perennial bogeymen, video games and the internet, affordable forms of entertainment that keep people inside, and away from real crime and drugs.

Voir de même:

America’s Real Criminal Element: Lead

New research finds Pb is the hidden villain behind violent crime, lower IQs, and even the ADHD epidemic. And fixing the problem is a lot cheaper than doing nothing.

Kevin Drum

Mother Jones

Jan. 3, 2013

When Rudy Giuliani ran for mayor of New York City in 1993, he campaigned on a platform of bringing down crime and making the city safe again. It was a comfortable position for a former federal prosecutor with a tough-guy image, but it was more than mere posturing. Since 1960, rape rates had nearly quadrupled, murder had quintupled, and robbery had grown fourteenfold. New Yorkers felt like they lived in a city under siege.

Throughout the campaign, Giuliani embraced a theory of crime fighting called « broken windows, » popularized a decade earlier by James Q. Wilson and George L. Kelling in an influential article in The Atlantic. [8] « If a window in a building is broken and is left unrepaired, » they observed, « all the rest of the windows will soon be broken. » So too, tolerance of small crimes would create a vicious cycle ending with entire neighborhoods turning into war zones. But if you cracked down on small crimes, bigger crimes would drop as well.

Giuliani won the election, and he made good on his crime-fighting promises by selecting Boston police chief Bill Bratton as the NYPD’s new commissioner. Bratton had made his reputation as head of the New York City Transit Police, where he aggressively applied broken-windows policing to turnstile jumpers and vagrants in subway stations. With Giuliani’s eager support, he began applying the same lessons to the entire city, going after panhandlers, drunks, drug pushers, and the city’s hated squeegee men. And more: He decentralized police operations and gave precinct commanders more control, keeping them accountable with a pioneering system called CompStat that tracked crime hot spots in real time.

The results were dramatic. In 1996, the New York Times reported [9] that crime had plunged for the third straight year, the sharpest drop since the end of Prohibition. Since 1993, rape rates had dropped 17 percent, assault 27 percent, robbery 42 percent, and murder an astonishing 49 percent. Giuliani was on his way to becoming America’s Mayor and Bratton was on the cover of Time. It was a remarkable public policy victory.

But even more remarkable is what happened next. Shortly after Bratton’s star turn, political scientist John DiIulio warned that the echo of the baby boom would soon produce a demographic bulge of millions of young males that he famously dubbed « juvenile super-predators [10]. » Other criminologists nodded along. But even though the demographic bulge came right on schedule, crime continued to drop. And drop. And drop. By 2010, violent crime rates in New York City had plunged 75 percent from their peak in the early ’90s.

All in all, it seemed to be a story with a happy ending, a triumph for Wilson and Kelling’s theory and Giuliani and Bratton’s practice. And yet, doubts remained. For one thing, violent crime actually peaked in New York City in 1990, four years before the Giuliani-Bratton era. By the time they took office, it had already dropped 12 percent.

The PB Effect

What happens when you expose a generation of kids to high lead levels? Crime and teen pregnancy data two decades later tell a startling story.

Second, and far more puzzling, it’s not just New York that has seen a big drop in crime. In city after city, violent crime peaked in the early ’90s and then began a steady and spectacular decline. Washington, DC, didn’t have either Giuliani or Bratton, but its violent crime rate has dropped 58 percent since its peak. Dallas’ has fallen 70 percent. Newark: 74 percent. Los Angeles: 78 percent.

There must be more going on here than just a change in policing tactics in one city. But what?

There are, it turns out, plenty of theories. When I started research for this story, I worked my way through a pair of thick [11] criminology tomes [12]. One chapter regaled me with the « exciting possibility » that it’s mostly a matter of economics: Crime goes down when the economy is booming and goes up when it’s in a slump. Unfortunately, the theory doesn’t seem to hold water—for example, crime rates have continued to drop recently despite our prolonged downturn.

Another chapter suggested that crime drops in big cities were mostly a reflection of the crack epidemic of the ’80s finally burning itself out. A trio of authors identified three major « drug eras » in New York City, the first dominated by heroin, which produced limited violence, and the second by crack, which generated spectacular levels of it. In the early ’90s, these researchers proposed, the children of CrackGen switched to marijuana, choosing a less violent and more law-abiding lifestyle. As they did, crime rates in New York and other cities went down.

Another chapter told a story of demographics: As the number of young men increases, so does crime. Unfortunately for this theory, the number of young men increased during the ’90s, but crime dropped anyway.

There were chapters in my tomes on the effect of prison expansion. On guns and gun control. On family. On race. On parole and probation. On the raw number of police officers. It seemed as if everyone had a pet theory. In 1999, economist Steven Levitt, later famous as the coauthor of Freakonomics, teamed up with John Donohue to suggest that crime dropped because of Roe v. Wade [13]; legalized abortion, they argued, led to fewer unwanted babies, which meant fewer maladjusted and violent young men two decades later.

But there’s a problem common to all of these theories: It’s hard to tease out actual proof. Maybe the end of the crack epidemic contributed to a decline in inner-city crime, but then again, maybe it was really the effect of increased incarceration, more cops on the beat, broken-windows policing, and a rise in abortion rates 20 years earlier. After all, they all happened at the same time.

To address this problem, the field of econometrics gives researchers an enormous toolbox of sophisticated statistical techniques. But, notes statistician and conservative commentator Jim Manzi in his recent book Uncontrolled [14], econometrics consistently fails to explain most of the variation in crime rates. After reviewing 122 known field tests, Manzi found that only 20 percent demonstrated positive results for specific crime-fighting strategies, and none of those positive results were replicated in follow-up studies.

Did Lead Make You Dumber?

Even low levels have a significant effect.

So we’re back to square one. More prisons might help control crime, more cops might help, and better policing might help. But the evidence is thin for any of these as the main cause. What are we missing?

Experts often suggest that crime resembles an epidemic. But what kind? Karl Smith, a professor of public economics and government at the University of North Carolina-Chapel Hill, has a good rule of thumb for categorizing epidemics [15]: If it spreads along lines of communication, he says, the cause is information. Think Bieber Fever. If it travels along major transportation routes, the cause is microbial. Think influenza. If it spreads out like a fan, the cause is an insect. Think malaria. But if it’s everywhere, all at once—as both the rise of crime in the ’60s and ’70s and the fall of crime in the ’90s seemed to be—the cause is a molecule.

A molecule? That sounds crazy. What molecule could be responsible for a steep and sudden decline in violent crime?

Well, here’s one possibility: Pb(CH2CH3)4.

In 1994, Rick Nevin was a consultant working for the US Department of Housing and Urban Development on the costs and benefits of removing lead paint from old houses. This has been a topic of intense study because of the growing body of research linking lead exposure in small children with a whole raft of complications later in life, including lower IQ, hyperactivity, behavioral problems, and learning disabilities.

But as Nevin was working on that assignment, his client suggested they might be missing something. A recent study had suggested a link between childhood lead exposure and juvenile delinquency later on. Maybe reducing lead exposure had an effect on violent crime too?

That tip took Nevin in a different direction. The biggest source of lead in the postwar era, it turns out, wasn’t paint. It was leaded gasoline. And if you chart the rise and fall of atmospheric lead caused by the rise and fall of leaded gasoline consumption, you get a pretty simple upside-down U: Lead emissions from tailpipes rose steadily from the early ’40s through the early ’70s, nearly quadrupling over that period. Then, as unleaded gasoline began to replace leaded gasoline, emissions plummeted.

Gasoline lead may explain as much as 90 percent of the rise and fall of violent crime over the past half century.

Intriguingly, violent crime rates followed the same upside-down U pattern. The only thing different was the time period: Crime rates rose dramatically in the ’60s through the ’80s, and then began dropping steadily starting in the early ’90s. The two curves looked eerily identical, but were offset by about 20 years.

So Nevin dove in further, digging up detailed data on lead emissions and crime rates to see if the similarity of the curves was as good as it seemed. It turned out to be even better: In a 2000 paper [16] (PDF) he concluded that if you add a lag time of 23 years, lead emissions from automobiles explain 90 percent of the variation in violent crime in America. Toddlers who ingested high levels of lead in the ’40s and ’50s really were more likely to become violent criminals in the ’60s, ’70s, and ’80s.

And with that we have our molecule: tetraethyl lead, the gasoline additive invented by General Motors in the 1920s to prevent knocking and pinging in high-performance engines. As auto sales boomed after World War II, and drivers in powerful new cars increasingly asked service station attendants to « fill ‘er up with ethyl, » they were unwittingly creating a crime wave two decades later.

It was an exciting conjecture, and it prompted an immediate wave of…nothing. Nevin’s paper was almost completely ignored, and in one sense it’s easy to see why—Nevin is an economist, not a criminologist, and his paper was published in Environmental Research, not a journal with a big readership in the criminology community. What’s more, a single correlation between two curves isn’t all that impressive, econometrically speaking. Sales of vinyl LPs rose in the postwar period too, and then declined in the ’80s and ’90s. Lots of things follow a pattern like that. So no matter how good the fit, if you only have a single correlation it might just be a coincidence. You need to do something more to establish causality.

As it turns out, however, a few hundred miles north someone was doing just that. In the late ’90s, Jessica Wolpaw Reyes was a graduate student at Harvard casting around for a dissertation topic that eventually became a study she published in 2007 as a public health policy professor at Amherst. « I learned about lead because I was pregnant and living in old housing in Harvard Square, » she told me, and after attending a talk where future Freakonomics star Levitt outlined his abortion/crime theory, she started thinking about lead and crime. Although the association seemed plausible, she wanted to find out whether increased lead exposure caused increases in crime. But how?

In states where consumption of leaded gasoline declined slowly, crime declined slowly. Where it declined quickly, crime declined quickly.

The answer, it turned out, involved « several months of cold calling » to find lead emissions data at the state level. During the ’70s and ’80s, the introduction of the catalytic converter, combined with increasingly stringent Environmental Protection Agency rules, steadily reduced the amount of leaded gasoline used in America, but Reyes discovered that this reduction wasn’t uniform. In fact, use of leaded gasoline varied widely among states, and this gave Reyes the opening she needed. If childhood lead exposure really did produce criminal behavior in adults, you’d expect that in states where consumption of leaded gasoline declined slowly, crime would decline slowly too. Conversely, in states where it declined quickly, crime would decline quickly. And that’s exactly what she found [17].

Meanwhile, Nevin had kept busy as well, and in 2007 he published a new paper looking at crime trends around the world [18] (PDF). This way, he could make sure the close match he’d found between the lead curve and the crime curve wasn’t just a coincidence. Sure, maybe the real culprit in the United States was something else happening at the exact same time, but what are the odds of that same something happening at several different times in several different countries?

Nevin collected lead data and crime data for Australia and found a close match. Ditto for Canada. And Great Britain and Finland and France and Italy and New Zealand and West Germany. Every time, the two curves fit each other astonishingly well. When I spoke to Nevin about this, I asked him if he had ever found a country that didn’t fit the theory. « No, » he replied. « Not one. »

Just this year, Tulane University researcher Howard Mielke published a paper [19] with demographer Sammy Zahran on the correlation of lead and crime at the city level. They studied six US cities that had both good crime data and good lead data going back to the ’50s, and they found a good fit in every single one. In fact, Mielke has even studied lead concentrations at the neighborhood level in New Orleans and shared his maps with the local police. « When they overlay them with crime maps, » he told me, « they realize they match up. »

Location, Location, Location

In New Orleans, lead levels can vary dramatically from one neighborhood to the next—and the poorest neighborhoods tend to be the worst hit.

Maps by Karen Minot

Put all this together and you have an astonishing body of evidence. We now have studies at the international level, the national level, the state level, the city level, and even the individual level. Groups of children have been followed from the womb to adulthood, and higher childhood blood lead levels are consistently associated with higher adult arrest rates for violent crimes [20]. All of these studies tell the same story: Gasoline lead is responsible for a good share of the rise and fall of violent crime over the past half century.

When differences of atmospheric lead density between big and small cities largely went away, so did the difference in murder rates.

Like many good theories, the gasoline lead hypothesis helps explain some things we might not have realized even needed explaining. For example, murder rates have always been higher in big cities than in towns and small cities. We’re so used to this that it seems unsurprising, but Nevin points out that it might actually have a surprising explanation—because big cities have lots of cars in a small area, they also had high densities of atmospheric lead during the postwar era. But as lead levels in gasoline decreased, the differences between big and small cities largely went away. And guess what? The difference in murder rates went away too. Today, homicide rates are similar in cities of all sizes [21]. It may be that violent crime isn’t an inevitable consequence of being a big city after all.

The gasoline lead story has another virtue too: It’s the only hypothesis that persuasively explains both the rise of crime in the ’60s and ’70s and its fall beginning in the ’90s. Two other theories—the baby boom demographic bulge and the drug explosion of the ’60s—at least have the potential to explain both, but neither one fully fits the known data. Only gasoline lead, with its dramatic rise and fall following World War II, can explain the equally dramatic rise and fall in violent crime.

If econometric studies were all there were to the story of lead, you’d be justified in remaining skeptical no matter how good the statistics look. Even when researchers do their best—controlling for economic growth, welfare payments, race, income, education level, and everything else they can think of—it’s always possible that something they haven’t thought of is still lurking in the background. But there’s another reason to take the lead hypothesis seriously, and it might be the most compelling one of all: Neurological research is demonstrating that lead’s effects are even more appalling, more permanent, and appear at far lower levels than we ever thought. For starters, it turns out that childhood lead exposure at nearly any level can seriously and permanently reduce IQ. Blood lead levels are measured in micrograms per deciliter, and levels once believed safe—65 μg/dL, then 25, then 15, then 10—are now known to cause serious damage. The EPA now says [22] flatly that there is « no demonstrated safe concentration of lead in blood, » and it turns out that even levels under 10 μg/dL can reduce IQ by as much as seven points. An estimated 2.5 percent of children nationwide have lead levels above 5 μg/dL.

Is there lead in your house? [2]

Is There Lead in Your House? [2]

But we now know that lead’s effects go far beyond just IQ. Not only does lead promote apoptosis, or cell death, in the brain, but the element is also chemically similar to calcium. When it settles in cerebral tissue, it prevents calcium ions from doing their job, something that causes physical damage to the developing brain that persists into adulthood.

Only in the last few years have we begun to understand exactly what effects this has. A team of researchers at the University of Cincinnati has been following a group of 300 children for more than 30 years and recently performed a series of MRI scans that highlighted the neurological differences between subjects who had high and low exposure to lead during early childhood.

High childhood exposure damages a part of the brain linked to aggression control and « executive functions. » And the impact turns out to be greater among boys.

One set of scans [23] found that lead exposure is linked to production of the brain’s white matter—primarily a substance called myelin, which forms an insulating sheath around the connections between neurons. Lead exposure degrades both the formation and structure of myelin, and when this happens, says Kim Dietrich, one of the leaders of the imaging studies, « neurons are not communicating effectively. » Put simply, the network connections within the brain become both slower and less coordinated.

A second study [24] found that high exposure to lead during childhood was linked to a permanent loss of gray matter in the prefrontal cortex—a part of the brain associated with aggression control as well as what psychologists call « executive functions »: emotional regulation, impulse control, attention, verbal reasoning, and mental flexibility. One way to understand this, says Kim Cecil, another member of the Cincinnati team, is that lead affects precisely the areas of the brain « that make us most human. »

So lead is a double whammy: It impairs specific parts of the brain responsible for executive functions and it impairs the communication channels between these parts of the brain. For children like the ones in the Cincinnati study, who were mostly inner-city kids with plenty of strikes against them already, lead exposure was, in Cecil’s words, an « additional kick in the gut. » And one more thing: Although both sexes are affected by lead, the neurological impact turns out to be greater among boys than girls.

Other recent [25] studies link [26] even minuscule blood lead levels with attention deficit/hyperactivity disorder. Even at concentrations well below those usually considered safe—levels still common today—lead increases the odds of kids developing ADHD.

In other words, as Reyes summarized the evidence in her paper, even moderately high levels of lead exposure are associated with aggressivity, impulsivity, ADHD, and lower IQ. And right there, you’ve practically defined the profile of a violent young offender.

Needless to say, not every child exposed to lead is destined for a life of crime. Everyone over the age of 40 was probably exposed to too much lead during childhood, and most of us suffered nothing more than a few points of IQ loss. But there were plenty of kids already on the margin, and millions of those kids were pushed over the edge from being merely slow or disruptive to becoming part of a nationwide epidemic of violent crime. Once you understand that, it all becomes blindingly obvious. Of course massive lead exposure among children of the postwar era led to larger numbers of violent criminals in the ’60s and beyond. And of course when that lead was removed in the ’70s and ’80s, the children of that generation lost those artificially heightened violent tendencies.

Police chiefs « want to think what they do on a daily basis matters, » says a public health expert. « And it does. » But maybe not as much as they think.

But if all of this solves one mystery, it shines a high-powered klieg light on another: Why has the lead/crime connection been almost completely ignored in the criminology community? In the two big books I mentioned earlier, one has no mention of lead at all and the other has a grand total of two passing references. Nevin calls it « exasperating » that crime researchers haven’t seriously engaged with lead, and Reyes told me that although the public health community was interested in her paper, criminologists have largely been AWOL. When I asked Sammy Zahran about the reaction to his paper with Howard Mielke on correlations between lead and crime at the city level, he just sighed. « I don’t think criminologists have even read it, » he said. All of this jibes with my own reporting. Before he died last year, James Q. Wilson—father of the broken-windows theory, and the dean of the criminology community—had begun to accept that lead probably played a meaningful role in the crime drop of the ’90s. But he was apparently an outlier. None of the criminology experts I contacted showed any interest in the lead hypothesis at all.

Why not? Mark Kleiman [27], a public policy professor at the University of California-Los Angeles who has studied promising methods of controlling crime, suggests that because criminologists are basically sociologists, they look for sociological explanations, not medical ones. My own sense is that interest groups probably play a crucial role: Political conservatives want to blame the social upheaval of the ’60s for the rise in crime that followed. Police unions have reasons for crediting its decline to an increase in the number of cops. Prison guards like the idea that increased incarceration is the answer. Drug warriors want the story to be about drug policy. If the actual answer turns out to be lead poisoning, they all lose a big pillar of support for their pet issue. And while lead abatement could be big business for contractors and builders, for some reason their trade groups have never taken it seriously.

More generally, we all have a deep stake in affirming the power of deliberate human action. When Reyes once presented her results to a conference of police chiefs, it was, unsurprisingly, a tough sell. « They want to think that what they do on a daily basis matters, » she says. « And it does. » But it may not matter as much as they think.

So is this all just an interesting history lesson? After all, leaded gasoline has been banned since 1996, so even if it had a major impact on violent crime during the 20th century, there’s nothing more to be done on that front. Right?

Wrong. As it turns out, tetraethyl lead is like a zombie that refuses to die. Our cars may be lead-free today, but they spent more than 50 years spewing lead from their tailpipes, and all that lead had to go somewhere. And it did: It settled permanently into the soil that we walk on, grow our food in, and let our kids play around.

That’s especially true in the inner cores of big cities, which had the highest density of automobile traffic. Mielke has been studying lead in soil for years, focusing most of his attention on his hometown of New Orleans, and he’s measured 10 separate census tracts there with lead levels over 1,000 parts per million.

To get a sense of what this means, you have to look at how soil levels of lead typically correlate with blood levels, which are what really matter. Mielke has studied this in New Orleans [28], and it turns out that the numbers go up very fast even at low levels. Children who live in neighborhoods with a soil level of 100 ppm have average blood lead concentrations of 3.8 μg/dL—a level that’s only barely tolerable. At 500 ppm, blood levels go up to 5.9 μg/dL, and at 1,000 ppm they go up to 7.5 μg/dL. These levels are high enough to do serious damage.

« I know people who have moved into gentrified neighborhoods and immediately renovate everything. They create huge hazards for their kids. »

Mielke’s partner, Sammy Zahran, walked me through a lengthy—and hair-raising—presentation about the effect that all that old gasoline lead continues to have in New Orleans. The very first slide describes the basic problem: Lead in soil doesn’t stay in the soil. Every summer, like clockwork, as the weather dries up, all that lead gets kicked back into the atmosphere in a process called resuspension. The zombie lead is back to haunt us.

Mark Laidlaw, a doctoral student who has worked with Mielke, explains how this works [29]: People and pets track lead dust from soil into houses, where it’s ingested by small children via hand-to-mouth contact. Ditto for lead dust generated by old paint inside houses. This dust cocktail is where most lead exposure today comes from.

Paint hasn’t played a big role in our story so far, but that’s only because it didn’t play a big role in the rise of crime in the postwar era and its subsequent fall. Unlike gasoline lead, lead paint was a fairly uniform problem during this period, producing higher overall lead levels, especially in inner cities, but not changing radically over time. (It’s a different story with the first part of the 20th century, when use of lead paint did rise and then fall somewhat dramatically. Sure enough, murder rates rose and fell in tandem.)

And just like gasoline lead, a lot of that lead in old housing is still around. Lead paint chips flaking off of walls are one obvious source of lead exposure, but an even bigger one, says Rick Nevin, are old windows. Their friction surfaces generate lots of dust as they’re opened and closed. (Other sources—lead pipes and solder, leaded fuel used in private aviation, and lead smelters—account for far less.)

We know that the cost of all this lead is staggering, not just in lower IQs, delayed development, and other health problems, but in increased rates of violent crime as well. So why has it been so hard to get it taken seriously?

There are several reasons. One of them was put bluntly by Herbert Needleman, one of the pioneers of research into the effect of lead on behavior. A few years ago, a reporter from the Baltimore City Paper asked him why so little progress had been made recently on combating the lead-poisoning problem. « Number one, » he said without hesitation [30], « it’s a black problem. » But it turns out that this is an outdated idea. Although it’s true that lead poisoning affects low-income neighborhoods disproportionately, it affects plenty of middle-class and rich neighborhoods as well. « It’s not just a poor-inner-city-kid problem anymore, » Nevin says. « I know people who have moved into gentrified neighborhoods and immediately renovate everything. And they create huge hazards for their kids. »

Tamara Rubin, who lives in a middle-class neighborhood in Portland, Oregon, learned this the hard way when two of her children developed lead poisoning after some routine home improvement in 2005. A few years later, Rubin started the Lead Safe America Foundation [31], which advocates for lead abatement and lead testing. Her message: If you live in an old neighborhood or an old house, get tested. And if you renovate, do it safely.

Another reason that lead doesn’t get the attention it deserves is that too many people think the problem was solved years ago. They don’t realize how much lead is still hanging around, and they don’t understand just how much it costs us.

It’s difficult to put firm numbers to the costs and benefits of lead abatement. But for a rough idea, let’s start with the two biggest costs. Nevin estimates that there are perhaps 16 million pre-1960 houses with lead-painted windows, and replacing them all would cost something like $10 billion per year over 20 years. Soil cleanup in the hardest-hit urban neighborhoods is tougher to get a handle on, with estimates ranging from $2 to $36 per square foot. A rough extrapolation from Mielke’s estimate to clean up New Orleans suggests that a nationwide program might cost another $10 billion per year.

We can either get rid of the remaining lead, or we can wait 20 years and then lock up all the kids who’ve turned into criminals.

So in round numbers that’s about $20 billion per year for two decades. But the benefits would be huge. Let’s just take a look at the two biggest ones. By Mielke and Zahran’s estimates, [32] if we adopted the soil standard of a country like Norway (roughly 100 ppm or less), it would bring about $30 billion in annual returns from the cognitive benefits alone (higher IQs, and the resulting higher lifetime earnings). Cleaning up old windows might double this. And violent crime reduction would be an even bigger benefit. Estimates here are even more difficult, but Mark Kleiman suggests that a 10 percent drop in crime—a goal that seems reasonable if we get serious about cleaning up the last of our lead problem—could produce benefits as high as $150 billion per year.

Put this all together and the benefits of lead cleanup could be in the neighborhood of $200 billion per year. In other words, an annual investment of $20 billion for 20 years could produce returns of 10-to-1 every single year for decades to come. Those are returns that Wall Street hedge funds can only dream of.

Memo to Deficit Hawks: Get the Lead Out

Lead abatement isn’t cheap, but the return on investment is mind-blowing.

There’s a flip side to this too. At the same time that we should reassess the low level of attention we pay to the remaining hazards from lead, we should probably also reassess the high level of attention we’re giving to other policies. Chief among these is the prison-building boom that started in the mid-’70s. As crime scholar William Spelman wrote a few years ago, states have « doubled their prison populations, then doubled them again, increasing their costs by more than $20 billion per year »—money that could have been usefully spent on a lot of other things. And while some scholars conclude that the prison boom had an effect on crime, recent research suggests that rising incarceration rates suffer from diminishing returns: Putting more criminals behind bars is useful up to a point, but beyond that we’re just locking up more people without having any real impact on crime. What’s more, if it’s true that lead exposure accounts for a big part of the crime decline that we formerly credited to prison expansion and other policies, those diminishing returns might be even more dramatic than we believe. We probably overshot on prison construction years ago; one doubling might have been enough. Not only should we stop adding prison capacity, but we might be better off returning to the incarceration rates we reached in the mid-’80s.

So this is the choice before us: We can either attack crime at its root by getting rid of the remaining lead in our environment, or we can continue our current policy of waiting 20 years and then locking up all the lead-poisoned kids who have turned into criminals. There’s always an excuse not to spend more money on a policy as tedious-sounding as lead abatement—budgets are tight, and research on a problem as complex as crime will never be definitive—but the association between lead and crime has, in recent years, become pretty overwhelming. If you gave me the choice, right now, of spending $20 billion less on prisons and cops and spending $20 billion more on getting rid of lead, I’d take the deal in a heartbeat. Not only would solving our lead problem do more than any prison to reduce our crime problem, it would produce smarter, better-adjusted kids in the bargain. There’s nothing partisan about this, nothing that should appeal more to one group than another. It’s just common sense. Cleaning up the rest of the lead that remains in our environment could turn out to be the cheapest, most effective crime prevention tool we have. And we could start doing it tomorrow.

Support for this story was provided by a grant from the Puffin Foundation Investigative Journalism Project.

Source URL: http://www.motherjones.com/environment/2013/01/lead-crime-link-gasoline

Links:

[1] http://www.motherjones.com/environment/2013/01/lead-crime-link-gasoline

[2] http://www.motherjones.com/environment/2013/01/lead-poisoning-house-pipes-soil-paint

[3] http://www.motherjones.com/environment/2012/12/soil-lead-researcher-howard-mielke

[4] http://www.motherjones.com/blue-marble/2013/01/lead-shooting-ranges-osha

[5] http://www.motherjones.com/kevin-drum/2013/01/does-lead-paint-produce-more-crime-too

[6] http://www.motherjones.com/kevin-drum/2012/08/lead-in-tap-water

[7] http://www.motherjones.com/topics/lead-and-crime

[8] http://www.theatlantic.com/magazine/archive/1982/03/broken-windows/304465/

[9] http://www.nytimes.com/1996/12/20/nyregion/new-york-crime-rate-plummets-to-levels-not-seen-in-30-years.html?pagewanted=all&src=pm

[10] http://www.city-journal.org/html/6_2_my_black.html

[11] http://www.powells.com/biblio/61-9780521681483-1

[12] http://www.powells.com/biblio?isbn=0195399358

[13] http://www.slate.com/articles/news_and_politics/dialogues/features/1999/does_abortion_prevent_crime/_2.html

[14] http://www.powells.com/biblio/64-9780465023240-0

[15] http://modeledbehavior.com/2012/01/08/on-lead/

[16] http://www.ricknevin.com/uploads/Nevin_2000_Env_Res_Author_Manuscript.pdf

[17] http://www.nber.org/papers/w13097

[18] http://pic.plover.com/Nevin/Nevin2007.pdf

[19] http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0160412012000566

[20] http://www.plosmedicine.org/article/info:doi/10.1371/journal.pmed.0050101

[21] http://bjs.ojp.usdoj.gov/content/homicide/city.cfm

[22] https://www.motherjones.com/documents/531159-americas-children-and-the-environment-epa#document/p42/a84512

[23] http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2789851/

[24] http://www.plosmedicine.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pmed.0050112

[25] http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2810427/

[26] http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/17185283

[27] http://publicaffairs.ucla.edu/mark-ar-kleiman

[28] http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S004896970700842X

[29] http://urbanleadpoisoning.com

[30] http://www2.citypaper.com/news/story.asp?id=9738

[31] http://www.leadsafeamerica.org/leadsafeamerica.org/Home.html

[32] http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0048969710012672

Voir aussi:

Lead and Crime: Baselines vs. Crime Waves

Kevin Drum

Mother Jones

Jan. 10, 2013

Whenever you write about a complicated subject, you struggle with how best to explain things. In the end, you always hope you got your point across in a way that sinks in, but you’re never quite sure. And one of the things I’m not sure I explained well in my piece about the link between lead and violent crime [1] is precisely how important the effect of lead on crime is. After all, the causes of crime are varied and complex. Surely lead isn’t the whole answer?

It’s not, and I don’t want anyone to come away from my article thinking that. If we eliminated every microgram of lead from the planet, we’d still have plenty of crime. So here’s a way to think about it. If you take a look at violent crime rates in America, you’d expect to see a sort of baseline level of crime. That level will depend on lots of things: poverty, drugs, guns, race, family structure, etc. But starting in the mid-60s, we saw an enormous rise in crime, well above any sensible sort of baseline. Then, in the 90s, we saw an equally enormous decline. The chart below illustrates this. (The numbers themselves aren’t precise, so don’t take them too seriously. I’m just trying to illustrate a point.)

The baseline crime rate is the light red portion at the bottom. It goes up and down a bit over time, but also—and I’m guessing here—shows a steady, modest rise since the 60s. Most likely, the reason for this lies with all the usual suspects.

But then, in dark red, there’s the huge crime wave that lasted nearly 50 years from start to finish. That’s the part the lead hypothesis aims to explain. And the reason we need an explanation is simple: the usual suspects simply don’t seem to do a very good job of accounting for a gigantic, temporary rise and fall in violent crime rates. Within the criminology community, literally no one predicted the huge decline in crime that began in the early 90s. Their focus was on all the usual sociological causes, and they had no reason to think those were going to suddenly improve.

And they were right. For the most part, they didn’t improve. It’s true that the crack epidemic of the 80s burned out, but no one really knows the underlying reason for that. Policing tactics changed in some places, but crime dropped everywhere, so that’s not a very compelling explanation either. Aside from that, poverty didn’t change much, and neither did race or guns or demographics or the number of broken familes or anything else.

The truth is that there’s just not a good conventional explanation for both the huge rise and the huge fall in crime of the past half century. That’s one of the reasons the lead hypothesis deserves such serious consideration. Not only does it fit the data well and make sense based on what we know about the neurological effects of lead. It’s also just about the only good explanation we’ve got. Other factors are still important, and they probably explain rises and falls in the baseline rate of crime. But lead is the best explanation we have for the rest of it.

Source URL: http://www.motherjones.com/kevin-drum/2013/01/lead-and-crime-baselines-vs-crime-waves

Links:

[1] http://www.motherjones.com/environment/2013/01/lead-crime-link-gasoline

Voir enfin:

From the Archives: Is Lead Really the Main Cause of Violent Crime?

No. But it is the main cause of the great crime wave of 1965-2010.

Kevin Drum

Mother Jones

Aug. 13, 2013

Maybe it’s just coincidence, but over the past week I’ve suddenly gotten a flurry of new responses to my January piece about lead and crime. [1] Roughly speaking, they’re mostly complaints that crime has lots of causes, and it’s a mistake to claim that lead is preeminently important. I understand where this criticism comes from, but here’s the thing: I agree with it. That’s why it’s important to understand exactly what the lead hypothesis claims to explain: not all crime, but only the specific crime wave of 1965-2010. (In America, anyway. The dates vary in other regions of the world.) So because this has cropped up again, I’m going to reproduce a post [2] I wrote shortly after the article came out. Of all the things I didn’t explain well enough in the original piece, this is the one I most wish I had illustrated more clearly.

Whenever you write about a complicated subject, you struggle with how best to explain things. In the end, you always hope you got your point across in a way that sinks in, but you’re never quite sure. And one of the things I’m not sure I explained well in my piece about the link between lead and violent crime [3] is precisely how important the effect of lead on crime is. After all, the causes of crime are varied and complex. Surely lead isn’t the whole answer?

It’s not, and I don’t want anyone to come away from my article thinking that. If we eliminated every microgram of lead from the planet, we’d still have plenty of crime. So here’s a way to think about it. If you take a look at violent crime rates in America, you’d expect to see a sort of baseline level of crime. That level will depend on lots of things: poverty, drugs, guns, race, family structure, etc. But starting in the mid-60s, we saw an enormous rise in crime, well above any sensible sort of baseline. Then, in the 90s, we saw an equally enormous decline. The chart below illustrates this. (The numbers themselves aren’t precise, so don’t take them too seriously. I’m just trying to illustrate a point.)

The baseline crime rate is the light red portion at the bottom. It goes up and down a bit over time, but also—and I’m guessing here—shows a steady, modest rise since the 60s. Most likely, the reason for this lies with all the usual suspects.

But then, in dark red, there’s the huge crime wave that lasted nearly 50 years from start to finish. That’s the part the lead hypothesis aims to explain. And the reason we need an explanation is simple: the usual suspects simply don’t seem to do a very good job of accounting for a gigantic, temporary rise and fall in violent crime rates. Within the criminology community, literally no one predicted the huge decline in crime that began in the early 90s. Their focus was on all the usual sociological causes, and they had no reason to think those were going to suddenly improve.

And they were right. For the most part, they didn’t improve. It’s true that the crack epidemic of the 80s burned out, but no one really knows the underlying reason for that. Policing tactics changed in some places, but crime dropped everywhere, so that’s not a very compelling explanation either. Aside from that, poverty didn’t change much, and neither did race or guns or demographics or the number of broken familes or anything else.

The truth is that there’s just not a good conventional explanation for both the huge rise and the huge fall in crime of the past half century. That’s one of the reasons the lead hypothesis deserves such serious consideration. Not only does it fit the data well and make sense based on what we know about the neurological effects of lead. It’s also just about the only good explanation we’ve got. Other factors are still important, and they probably explain rises and falls in the baseline rate of crime. But lead is the best explanation we have for the rest of it.

Links:

[1] http://www.motherjones.com/environment/2012/11/criminal-element

[2] http://www.motherjones.com/kevin-drum/2013/01/lead-and-crime-baselines-vs-crime-waves

[3] http://www.motherjones.com/environment/2013/01/lead-crime-link-gasoline

Voir par ailleurs:

http://www.scienceshumaines.com/pourquoi-la-criminalite-chute_fr_31470.html

Pourquoi la criminalité chute

Achille Weinberg

Sciences humaines

03/10/2013

Mensuel N° 253 – novembre 2013

Comment expliquer le déclin de la criminalité constaté depuis quinze ans dans beaucoup de grands pays occidentaux ? Les spécialistes émettent plusieurs hypothèses.

Pour celui qui écoute régulièrement l’actualité, entendre dire que la criminalité chute est pour le moins surprenant. Que dites-vous ? La criminalité chute ? Et la série de meurtres à Marseille ? Et les bijouteries ou bureaux de tabac dévalisés ? Et les vols de portables ou de sacs dans le métro ? Précisons donc de quoi l’on parle.

La chute de la criminalité dont il est question ici est un constat massif qui concerne les principaux pays occidentaux sur une période de plus quinze ans. Le constat est assez unanime chez les spécialistes, mais les causes restent très disputées. The Economist a consacré sa couverture à cette énigme en juillet 2013.

Une tendance de fond

L’article commence par livrer quelques chiffres impressionnants. Pour frapper les esprits, le cas de l’Estonie est mis en avant : depuis 1995, les homicides ont chuté de 70 %, les vols de voitures de presque autant. Mais ce petit État postsoviétique n’est pas une exception. Dans les pays développés, la même tendance s’observe. Aux États-Unis, la chute a commencé en 1991 ; en Grande-Bretagne, autour de 1995. En France, la baisse date de 2001. Au Canada également ainsi que dans plusieurs pays d’Europe. Mais de quels crimes parle-t-on ? Un tableau l’illustre : principalement des vols (vols de voitures, cambriolages) et des atteintes aux personnes (homicides, coups et blessures).

Arrêtons-nous sur le cas américain, le plus impressionnant. La criminalité urbaine avait atteint des sommets au début des années 1990. Certains voyaient New York ou Los Angeles comme des jungles urbaines aux mains d’une faune de dealers, mafieux, proxénètes et squatters.

Puis, contrairement aux prévisions, un véritable miracle s’est produit. La criminalité s’est mise à chuter à partir des années 1990. Globalement, elle a baissé d’un tiers dans les grandes villes, mais dans certains cas, elle a chuté de plus de 50 % ! À New York, le cas le plus spectaculaire, la criminalité a été divisée par quatre (- 78 %) entre le milieu des années 1990 et les années 2000 (encadré ci-dessous) ! Que s’est-il donc passé ?

Où sont passés les délinquants ?

Les explications des experts ne manquent pas.

• Le travail de la police. La première explication qui vient à l’esprit est celle de l’action policière. Dans les grandes villes, des politiques offensives de reprise en main de la situation ont été menées. L’intervention policière a été déterminante. Pour certains criminologues, la criminalité a baissé parce qu’une partie des délinquants est désormais sous les verrous ! Aux États-Unis, le nombre de prisonniers a doublé dans les vingt dernières années. En Grande-Bretagne et en Australie aussi. Le message serait donc clair : la répression paye. Sauf que cette théorie répressive ne marche pas partout. Aux Pays-Bas et au Canada, la criminalité a également chuté alors que le nombre de prisonniers n’a pas augmenté et qu’il n’y a pas eu de mobilisation générale de la police. À New York, le taux d’incarcération est beaucoup moins important qu’à Los Angeles ou Chicago et les résultats se révèlent bien meilleurs ! Il faut donc trouver d’autres explications que la seule action policière.

• Une baisse démographique ? Certains experts ont avancé un argument démographique : le vieillissement de la population. Il y a moins de jeunes donc moins de délinquants. Steven Levitt a même soutenu dans son best-seller Freakonomics que l’avortement, dans les années 1970, avait été un facteur déterminant : dans les milieux les plus défavorisés où se recrutent le plus de délinquants, on fait désormais moins d’enfants.

Cependant, ce facteur démographique a lui aussi été contesté. À Londres et dans nombre de villes américaines, le taux de jeunes n’a pas diminué de façon significative alors que la criminalité s’est effondrée. C’est peut-être alors que les jeunes sont désormais scolarisés plus longtemps, donc mieux éduqués ? L’économiste Jessica Wolpaw Reyes a inventé une théorie pour le moins étonnante : la rénovation du plomb dans l’essence serait l’explication du déclin de la violence. En somme, moins de plomb entraîne moins de débiles (par saturnisme) donc moins de délinquants !

• La fin de l’« épidémie de crack ». Un autre phénomène semble avoir compté : la chute de la consommation du crack (un dérivé de la cocaïne). Cette drogue avait fait des ravages durant les années 1980 : elle exacerbait non seulement la guerre des gangs, mais poussait les drogués à commettre de nombreux délits pour se payer leur dose. L’épidémie de crack a commencé à baisser aux États-Unis au début des années 1990, et cette chute épouse celle de la criminalité. Cela ne veut pas dire que la consommation de drogue diminue globalement, mais elle est moins criminogène. Les « junkies » des années 1980 sont moins nombreux et la drogue a changé de nature.

• Les alarmes et la surveillance. Si les atteintes aux biens baissent, c’est, selon le criminologue néerlandais Jan Van Dijk, parce qu’il est moins facile de voler : magasins, entreprises, habitations, automobiles sont équipés de dispositifs de surveillance de plus en plus nombreux et sophistiqués. La chute spectaculaire des vols de voitures est incontestablement liée aux alarmes et aux puces électroniques antivol dont elles sont équipées. En revanche, les « vols à la tire » de portefeuilles et de téléphones portables ont explosé, même s’ils font l’objet de beaucoup moins de plaintes.

• Retour de la croissance. La dynamique de croissance qui a marqué les États-Unis et la Grande-Bretagne dans les années 1990-2000 a également été évoquée. Mais dans ce cas, la crise depuis 2008 aurait dû s’accompagner d’une flambée de la criminalité dans les pays les plus touchés par la crise. Cela n’a pas été le cas. The Economist plaide pour une convergence de facteurs tout en reconnaissant qu’au final, la chute de la criminalité reste à la fois une sorte de petit miracle et une énigme non résolue.

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Le cas new-yorkais

À fin des années 1980, le taux de criminalité a atteint des pics à New York. C’est alors que fut élu le républicain Rudolf Giuliani (1994-2001). Il décida de chasser de la ville criminels,
 prostituées, SDF…
La présence policière fut renforcée, des actions commandos mises en place, une politique de contrôle systématique imposée à la population. Entre 1993 et 1998, le nombre annuel de 
meurtres a été divisé
par trois, la délinquance ordinaire a chuté. 
Certains ont parlé d’un véritable miracle et proposé que le « peace maker » R. Giuliani soit lauréat du prix Nobel de la paix : grâce à lui, des milliers de vies et de victimes potentielles ont été épargnées.

Les experts criminologues sont plus dubitatifs. Dans son livre The City That Became Safe (2012), Franklin M. Zimring, criminologue à Chicago, avance deux idées clés. Le rôle de la police a été décisif. F.M. Zimring n’hésite pas à le dire et à se démarquer des positions habituelles des criminologues prompts à considérer que seules les politiques sociales peuvent durablement venir à bout de la criminalité. Selon l’auteur, la chute de la criminalité
à New York s’est effectuée à niveau socio-économique équivalent. C’est donc bien l’action de la police qui a été déterminante.

Pour autant, ce n’est pas la politique de « tolérance zéro » qui a payé. À New York, le nombre de criminels mis sous les verrous a moins augmenté qu’ailleurs (20 % dans les années 1990-2000). L’action principale de la police a consisté à déminer le terrain par des quadrillages ciblés, concentrés sur des points chauds, accompagnés de contrôles systématiques (procédures de « stop and frisk ») : arrestations, fouilles, harcèlement des criminels ont abouti à nettoyer une à une les zones de trafics et d’agressions.

Achille Weinberg

Voir aussi:

États-Unis: le crime à son plus bas niveau

À New York, le changement a été radical. Au début des années 90, 700 000 crimes étaient rapportés chaque année. L’an dernier, moins de 105 000 crimes ont été signalés aux autorités.

Nicolas Bérubé

La Presse

15 juillet 2012

(Los Angeles) Durant des années, un gardien armé était posté jour et nuit devant les ateliers remplis d’outils spécialisés du Los Angeles Department of Water and Power, rue Hoover. Puis, un matin, le gardien n’était plus là.

«Ça fait deux ou trois ans de cela, se souvient Carlos Mendes, propriétaire d’une petite boutique d’antiquités, en face. La protection intensive, ça fait partie d’une autre époque. Aujourd’hui, le quartier est beaucoup plus sûr.»

La nuit, M. Mendes avait l’habitude de s’endormir au son des rotors d’hélicoptères de la police de Los Angeles (LAPD), qui patrouillaient dans le secteur. «Maintenant, les jeunes familles achètent des maisons par ici et font des rénovations. Les gens se promènent le soir. C’est un changement radical.»

Ce qui se passe rue Hoover n’est pas un cas isolé. Les actes de violence et les crimes sont à leur plus bas niveau en 40 ans aux États-Unis, selon les données du gouvernement fédéral.

À Los Angeles, le nombre de crimes chute chaque année depuis 10 ans. L’an dernier, 298 homicides ont été commis sur le territoire du LAPD. Au milieu des années 90, plus de 1200 meurtres étaient enregistrés annuellement. Tout ça, dans une ville dont la population croit constamment.

Même les quartiers durs ont vu la violence diminuer. Compton, par exemple, a connu 17 meurtres en 2011, une baisse de 60 % par rapport à 2007.

À New York, le changement a aussi été radical. Au début des années 90, 700 000 crimes étaient rapportés chaque année. L’an dernier, moins de 105 000 crimes ont été signalés aux autorités.

Qu’est-ce qui a changé? George Tita, professeur au département de criminologie de l’Université de la Californie à Irvine, dit être surpris de voir la violence et la criminalité baisser, et ce, malgré la hausse du taux de chômage.

«Le nombre d’Américains qui vivent dans la pauvreté a augmenté depuis la crise financière de 2008, dit-il en entrevue avec La Presse. Le stress, la frustration, le manque de revenus: tout ça semble laisser présager une hausse de la criminalité. Or, le contraire s’est produit.»

Les experts ont cité plusieurs causes possibles, allant de la fin de l’épidémie de crack des années 90 à la hausse du niveau d’incarcération, ce qui garde les criminels loin de la rue.

Pour M. Tita, ces facteurs jouent un rôle, tout comme l’émergence de l’internet et des téléphones cellulaires.

«Avant, les vendeurs de drogue occupaient les coins de rue, ce qui créait un climat d’intimidation. Aujourd’hui, ils correspondent avec leurs clients par messages texte.»

Les jeunes hommes – groupe traditionnellement responsable d’une partie importante des crimes – passent aussi plus de temps à l’intérieur.

«La violence survient quand il y a des jeunes qui n’ont rien à faire, dit M. Tita. Depuis quelques années, les jeunes sont sur Facebook ou devant des jeux vidéo. Ils trainent moins dans la rue.»

La passion du moment

Dans un récent entretien au réseau NPR, l’ancien chef de la police de New York et de Los Angeles, William Bratton, a dit qu’il faut d’abord remercier la police pour la baisse de la criminalité.

Sous sa supervision, la police de New York et de Los Angeles a commencé à travailler sur les crimes dits «liés à la qualité de vie». Les gens qui sautaient les tourniquets dans le métro, par exemple, ou les petits revendeurs de drogue qui opéraient impunément au coin des rues.

«En contrôlant les comportements, la police a, dans les faits, lancé le message que la loi est là pour être respectée, a-t-il dit. Une personne est prise dans la passion du moment et décide de commettre un crime. C’est ici que la police entre en jeu. La police est là pour contrôler les comportements.»

Frank E. Zimring n’y croit pas. Professeur de droit à l’Université Berkeley et auteur de plusieurs livres sur la violence dans la société américaine, M. Zimring est l’un des experts les plus souvent cités en matière de prévention de la criminalité aux États-Unis.

Les efforts des policiers dans les quartiers chauds de New York et de Los Angeles sont louables et ont contribué à améliorer la qualité de vie des résidants, note-t-il. «Mais ces changements n’expliquent pas tout. Ceux qui y voient une réponse définitive font fausse route», explique-t-il en entrevue téléphonique.

Si la baisse s’expliquait par des changements dans le fonctionnement de la police dans les grandes villes, alors pourquoi observe-t-on une diminution du crime de façon uniforme, partout aux États-Unis? demande-t-il.

M. Zimring fait remarquer que l’Occident au complet – et notamment le Canada – a connu une baisse du taux de criminalité au cours des 20 dernières années.

«L’internet, les cellulaires et les jeux vidéo ne peuvent expliquer la baisse, car les crimes ont commencé à chuter de façon uniforme dans les années 90, avant que ces inventions ne prennent leur envol», dit-il.

Et, pour la première fois depuis les années 70, le taux d’incarcération a commencé à baisser aux États-Unis, en 2007. Jumelé avec une hausse spectaculaire du chômage, cela aurait dû créer un mélange explosif, note M. Zimring.

Voir également:

ÉTATS-UNIS

Mais pourquoi la criminalité baisse ?

Malgré la récession, les crimes et délits sont en net recul. Les spécialistes se creusent les méninges pour expliquer le phénomène.

The Economist

traduction Courrier international

23 juin 2011

Voilà qui semble une évidence : en période de récession, le taux de criminalité augmente. Pourtant, depuis le début de la crise financière, la hausse du taux de chômage s’est accompagnée d’une baisse du taux de criminalité. Entre 2008 et 2009, les crimes avec violence ont reculé de 5,3 % et les infractions contre les biens de 4,6 %. La baisse s’est poursuivie de 2009 à 2010, avec une diminution de 5,5 % et 2,8 % respectivement. Le vol qualifié (une infraction que l’on pourrait s’attendre à voir se multiplier en temps de crise) a même reculé de 9,5 % entre 2009 et 2010. D’une manière générale, les crimes avec violence sont à leur niveau le plus bas depuis quarante ans et les homicides à leur niveau le plus bas depuis cinquante ans.

A en croire les spécialistes, cela n’aurait pas dû se produire. James Wilson, l’auteur de la fameuse théorie du “carreau cassé” en matière de prévention de la délinquance [selon laquelle il faut réparer immédiatement toute dégradation sous peine de les voir se multiplier] avait annoncé en 1995 que le pays compterait en l’an 2000 “30 000 jeunes agresseurs, meurtriers et voleurs de plus qu’aujourd’hui”. Un an plus tard, le politologue John DiLulio mettait en garde contre un raz-de-marée d’“adolescents superprédateurs” qui, à l’horizon 2010, allaient semer le chaos. Pourtant, au moment même où ils formalisaient leurs prédictions, la criminalité avait déjà commencé à baisser et, hormis une légère hausse entre 2004 et 2006, elle n’a cessé de reculer depuis 1991.

Si personne n’avait prévu la baisse spectaculaire de la délinquance des années 1990, les théories pour l’expliquer rétrospectivement abondent. Certains l’attribuent à l’amélioration des stratégies policières. D’autres mettent en avant l’accès de plus en plus large à l’avortement, qui a permis de diminuer les naissances d’enfants de mères adolescentes, célibataires et pauvres – ceux, en d’autres termes, qui ont le plus de risques de sombrer dans la délinquance à l’adolescence. Parmi les autres facteurs avancés figurent le déclin des violences liées au trafic de crack et l’augmentation du taux d’incarcération.

Mais si ces facteurs peuvent expliquer la baisse de la criminalité depuis la fin des années 1980, ils ne disent rien de sa chute spectaculaire au cours des deux dernières années. Pour cela, le criminologue Al Blumstein, qui dirige le National Consortium on Violence Research (NCOVR), avance un “effet Obama” : l’élection du premier président noir de l’histoire des Etats-Unis aurait éloigné de la violence un nombre important de jeunes Noirs. De fait, entre 2008 et 2009, le nombre de Noirs arrêtés pour homicide ou vol a reculé de 2 %. Une autre hypothèse pointe du doigt le plomb. En effet, des liens ont été mis en évidence entre exposition au plomb dans l’enfance et comportement délinquant à l’âge adulte. Jessica Wolpaw Reyes, économiste au Amherst College, estime que la moindre exposition des petits Américains au plomb explique pour une bonne part la diminution des crimes violents dans les années 1990. D’autres enfin mettent en cause ces éternels épouvantails que sont les jeux vidéo et Internet, arguant qu’ils permettent de maintenir les individus à l’intérieur de leur foyer et donc de les tenir éloignés du crime et des drogues.

Voir enfin:

La criminalité continue de baisser dans les pays riches malgré la crise

Grégoire Fleurot

Slate

22 juillet 2013

Que vous soyez spécialiste de la question ou pas, vous avez sans doute déjà entendu cette théorie: quand les temps sont durs, la criminalité augmente. Pourtant, malgré une croissance économique stagnante et un chômage élevé, la criminalité a baissé dans la plupart des pays riches au cours de la dernière décennie.

L’hebdomadaire britannique The Economist s’est intéressé dans un long article à cette tendance plutôt contre-intuitive qui a commencé en 1991 aux Etats-Unis, autour de 1995 en Grande-Bretagne et en 2001 en France pour les atteintes aux biens.

Comment expliquer cette tendance générale qu’un rapide coup d’œil aux statistiques des Nations unies suffit à vérifier? Si la démographie est sans doute un facteur (la population vieillit, alors que ce sont les hommes de 16 ans à 24 ans qui commettent la plupart des crimes), The Economiste souligne qu’elle ne peut pas expliquer à elle seule la baisse spectaculaire d’un certain type de criminalité dans des villes comme New York, Los Angeles ou Londres.

D’autres hypothèses, comme l’augmentation du nombre de prisonniers, sont difficiles à prouver: si la population carcérale a doublé en Grande-Bretagne, en Australie et aux Etats-Unis, elle a diminués au Canada et aux Pays-Bas, pays qui ont aussi connu une baisse de la criminalité.

Le blog de «factchecking» de la chaîne britannique Channel 4 s’est également posé la question, alors que les autorités viennent d’annoncer une nouvelle baisse de la criminalité malgré des réductions budgétaires significatives, et rappelle que «la plupart des experts concluent que les causes du crime sont si complexes que les changements économiques seuls ne l’emportent pas forcément sur d’autres facteurs».

Le Guardian expliquait quand à lui en avril dernier que certains autres éléments concrets, comme de meilleurs antivols sur les voitures ou des portes et serrures plus résistantes rendaient les atteintes aux biens plus difficiles aujourd’hui. La technologie, qu’il s’agisse des tests d’ADN, de la localisation par téléphone portable ou des caméras de surveillance, a augmenté le risque de se faire prendre.

Selon The Economist, l’explication la plus convaincante est plus simple encore. La police fait mieux son travail:

«Une combinaison du fait que les policiers parlent aux habitants des quartiers où ils travaillent et du ciblage intensif des endroits mal famés a transformé la manière dont les rues sont protégées.»

Si le poids de chaque facteur reste impossible à déterminer, la majorité des experts semblent aujourd’hui s’accorder sur un point: l’augmentation de la criminalité qui a eu lieu un peu partout entre les années 1950 et les années 1980 ressemble de plus en plus à une anomalie de l’histoire.


Journées du Patrimoine/29e: A Pantin, une cathédrale du vandalisme qui va disparaître (European Heritage Open Days: France mourns vandals’ spawning ground)

19 septembre, 2013
http://erreur14.com/wp-content/uploads/2012/09/dimanche_street.jpgIMG_1715La société du spectacle, [selon] Roger Caillois qui analyse la dimension ludique dans la culture (…), c’est la dimension inoffensive de la cérémonie primitive. Autrement dit lorsqu’on est privé du mythe, les paroles sacrées qui donnent aux œuvres pouvoir sur la réalité, le rite se réduit à un ensemble réglés d’actes désormais inefficaces qui aboutissent finalement à un pur jeu, loedos. Il donne un exemple qui est extraordinaire, il dit qu’au fond les gens qui jouent au football aujourd’hui, qui lancent un ballon en l’air ne font que répéter sur un mode ludique, jocus, ou loedos, société du spectacle, les grands mythes anciens de la naissance du soleil dans les sociétés où le sacré avait encore une valeur. (…) Nous vivons sur l’idée de Malraux – l’art, c’est ce qui reste quand la religion a disparu. Jean Clair
When you think back, and saw what eventually happened to the trains, you feel bad about it, said Taki, who asked that his last name not be used. « I never thought it would be such a big thing. » (…) Now, in an irony that would please city officials, Taki has his own graffiti problem, on his shopfront. « I am a victim, » he said, smiling. « I painted it over and two weeks later it was all written up again. But I guess what goes around, comes around. It’s justice. Joel Siegel (Daily News, April 9, 1989)
Pourquoi pas un musée du street art, au lieu d’une vulgaire agence de pub? Anonyme
A Pantin, une cathédrale du graff qui va disparaître. Rue 89

En ces temps étranges où la transgression a été littéralement élevée  au rang d’art …

Et où à l’occasion des Journées européennes du patrimoine l’une des principales frayères du vandalisme mural du pays se visite comme un musée …

Comment encore s’étonner, de la part de nos médias et gouvernants, de cette énième célébration d’une activité …

Qui, ayant désormais contaminé la planète entière, coûte probablement chaque année des centaines de millions à la communauté à nettoyer ?

Visite privée

Street-art : à Pantin, une cathédrale du graff qui va disparaître

Elodie Cabrera

Rue89

14/09/2013

Audrey Cerdan | Photographe Rue89

Ils n’allaient pas le laisser filer comme ça. En Seine-Saint-Denis, amarré au canal de l’Ourcq, les anciens magasins généraux de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris (aussi dit « bâtiment des douanes ») va changer de vie. Ce paquebot de béton, 41 000 mètres carrés de surface, accueillera d’ici 2015 les locaux d’une agence de publicité.

Les magasins généraux à Pantin, au milieu du XXe siècle (© AM Pantin) et en 2013 (Audrey Cerdan/Rue89)

Pour la première et la dernière fois, la mairie de Pantin se montre fière de cet édifice et l’ouvre pour les Journées du patrimoine. Ce week-end avaient lieu des concerts, projections et visite de monument historique. Des visites « strictement » encadrées.

Abandonnés à la fin des années 90

1929-1931. La ville de Paris décide d’élargir le canal de l’Ourcq pour faciliter la navigation des bateaux. Après d’importants travaux de remblai et de stabilisation des rives, les magasins généraux sont édifiés sur l’ancien lit du canal.

1931-fin des années 90. Les entrepôts stockent des marchandises (grains, papier de presse, fuel, bois, automobiles) surtout en provenance de l’étranger. L’activité diminue, jusqu’à l’arrêt complet à la fin des années 90.

2004. La vile de Pantin rachète à la ville de Paris les terrains de la CCIP pour 7 millions d’euros.

2006. De jour comme de nuit, les graffeurs s’approprient les lieux.

2013. Début des travaux pour créer le nouveau siège de l’agence de pub BETC.

Mais Rue89 s’est introduit là où vous n’aurez pas forcément le droit d’aller, dans ces deux énormes cubes en béton armé qui se dressent : 60 mètres de largeur sur 30 mètres de hauteur, reliés entre eux par des passerelles jetées dans le vide.

Le sol crépite. Un mélange de pierre éboulée et d’éclats de verre pilé, vestiges du temps qui passe et de soirées bien arrosées.

De larges portes métalliques protègent l’édifice de (presque) toute intrusion. Ces mêmes portes qui rythmaient le ballet des marchandises et des dockers. La singularité du bâtiment des douanes est sa résistance au sol : de 1 800 à 400 kilos au mètres carrés, les charges les plus lourdes étaient stockées au premier niveau.

Aux magasins généraux à Pantin (Audrey Cerdan/Rue89)

Depuis une coursive (Audrey Cerdan/Rue89)

D’’un niveau à l’autre, on retrouve de vastes plateaux éclairés par d’immenses baies vitrées en structure métallique, brisées pour la plupart. Partout, des vitraux, de la pierre, des gravats, des cloisons. Puis des pierres, du verre, oh… des cadavres de bombes de peinture (encore), des gravats…

Les techniciens qui préparent les éclairages pour les concerts de ce week-end ont fléché le sol, utilisant la même méthode que les artistes-squatteurs qui tatouaient le lieu de part en part.

Les grands noms du graff sur les façades, les locaux à l’intérieur

Presque chaque centimètre de son épiderme porte la trace des artistes qui s’y sont succédé depuis 2006. A l’intérieur, ce sont plutôt les « crews » (« équipes ») du coin. Les grands noms du graff, eux, se réservent les façades. Plus visibles et donc plus convoitées, mais aussi plus dangereuses.

Perchés sur des escabeaux, les graffeurs s’installaient sur les coursives qui ressemblent comme deux gouttes d’eau aux allées d’un bateau. Encerclant chaque étage, elles sont si étroites qu’il est impossible de prendre du recul sur son œuvre.

Artof Popof, Dacruz et Marko93, trois serial painters, ont même été mandatés par le comité départemental du tourisme de la Seine-Saint-Denis, l’année dernière pour « redonner des couleurs au bâtiment ». Et si un petit dernier se prend d’envie de recouvrir leurs créations, un message le met en garde : « Si tu touches, on te couche. »

Les anciens magasins généraux, à Pantin (Audrey Cerdan/Rue89)

D’autres graffeurs ont également apposé leur blase sur les façades, comme Bezyr, Kevlar ou encore Lilyluciole. Elle se souvient :

« J’ai toujours vu ce bâtiment de très loin. Il était là, incroyable, fantastique, sorti de nulle part. J’ai rencontré Artof Popof qui m’a invité à venir peindre l’extérieur. Et j’ai pu visité cet édifice insolite, de la tête au pied. [...]

Personne ne s’est battu pour avoir les meilleurs morceaux. Il restait encore beaucoup place. Ce n’est pas un gâchis mais presque. »

« Un monstre du graff, comme le 5PointZ »

Pour Lilyluciole, le bâtiment des douanes lui rappelle un emblème du graff de l’autre côté de l’Atlantique, le 5Pointz, dans le quartier du Queens à New-York.

« C’est aussi un monstre du graff. Là-bas les artistes se battent pour préserver ce monument. Peut-être que le bâtiment des douanes aurait pu devenir un lieu de rencontre pour les artistes internationaux. »

Paris/Pantin : stop-motion & street art !

Au cinquième étage, les terrasses. Plus de dessins, mais la vue. Presque l’intégralité de la surface des deux bâtiments s’étend jusqu’au précipice. Ni rambardes, ni filet de sécurité. Et au centre, deux alcôves entourées de baies vitrées métalliques s’étirent.

Dans une pièce de plus de dix mètres sous plafond, s’élèvent des escaliers en métal qui grimpent. La dernière terrasse, la plus haute et la plus petite, offre une vue panoramique sur toute la Seine-Saint-Denis jusqu’à Paris.

Voir aussi:

Les anciens entrepôts de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris à Pantin

Le bâtiment « des douanes » situé à Pantin sur les berges du canal est devenu un formidable « terrain de jeu » pour de nombreux artistes graffeurs par ailleurs très actifs sur toute cette portion du canal. Dans le cadre de l’édition 2012 de l’Eté du canal, des artistes s’emparent des murs extérieurs du bâtiment pour célébrer, au travers d’un œuvre collective, la fin joyeuse de sa vie transitoire de spot artistique et sa nouvelle vie, L’œuvre collective sera ancrée sur la façade ouest, la plus visible depuis Pantin. Puis chacun des trois artistes, Artof Popof, Da Cruz et Marko, laissera sa propre esthétique envahir tel un flux horizontal un niveau de la façade nord, qui longe le canal. Les performances graff auront lieu chaque week-end du 23 juin au 26 août 2012, au Bâtiment des Douanes (métro église de Pantin).

Les entrepôts de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris (CCIP) s’installent sur les rives du canal de l’Ourcq en 1929 après l’élargissement du canal pour la création du port de Pantin. La plate-forme portuaire, gérée par la CCIP, est constituée du remblai de l’ancien lit du canal. Le site se composait, à l’origine, de deux entrepôts monumentaux situés de part et d’autre du canal. Ceux de la rive gauche ont été détruits par un violent incendie en juin 1995.

Le bassin de Pantin devient le plus grand port du canal de l’Ourcq

Le canal de l’Ourcq, long d’une centaine de kilomètres entre Mareuil-sur-Ourcq et le bassin de La Villette, est ouvert en 1822. Sa traversée de Pantin coupe le village en deux, mais la communication est rétablie grâce à la construction de deux ponts. Dans un premier temps, seules les galiotes, longs bateaux couverts, circulent sur le canal, transportant à la fois des marchandises et des passagers. Puis, le trafic de plus en plus florissant donne naissance à une flottille spéciale, les flûtes de l’Ourcq. Utilisées que sur ce canal, elles profitent de la descente pour se laisser porter par la vitesse du courant, évitant la traction humaine ou animale. D’une longueur de 28 mètres sur 3 mètres de large, ces bateaux peuvent transporter 40 à 50 tonnes de bois ou de matériaux de construction.

Dans son ouvrage sur Pantin, Roger Pourteau raconte qu’en 1837, deux organisateurs de voyages ont l’astucieuse idée de mettre en service un cargo en fer, long d’une vingtaine de mètres, qui assure un service régulier entre Paris et Meaux à raison de deux départs quotidiens dans chaque sens. Tracté par quatre chevaux, ce cargo file à la vitesse de quatre lieues à l’heure. Les affiches publicitaires précisent que « Les salons sont chauffés en hiver ». Le canal devient trop étroit et ne correspond plus au trafic. Dès 1892, il a fallu agrandir le canal entre la Villette et la mairie de Pantin, puis, en 1895, prolonger quelque peu vers l’amont cette mis à grande section. Pour ces travaux d’élargissement et d’approfondissement, la municipalité est mise à contribution à hauteur de 600 000 francs de l’époque. Somme considérable que la commune s’empresse d’amortir en établissant une « taxe de tonnage » sur les marchandises embarquées et débarquées dans la zone portuaire. À cette époque, le trafic atteint 95 800 tonnes par an.

En 1899 la Chambre de commerce de Paris, consciente du rôle majeur du canal de l’Ourcq, exprime le souhait d’établir à Pantin « des magasins appropriés à chaque nature de marchandises. La situation permettrait de faire arriver bateaux et wagons sans remplir aucune formalité d’octroi et d’effectuer de même les réexpéditions pour le dehors sans que la Ville de Paris puisse craindre aucune fraude. Ce serait, si l’on admet cette expression, un grand bassin de triage. ». Mais il faudra attendre 30 ans, le 10 mai 1929, pour que la mise en eau du bassin ait lieu. A ce moment le bassin de Pantin est devenu le port le plus important du canal de l’Ourcq, recevant les plus gros bateaux de la navigation intérieure en provenance de Rouen, via la Seine et la canal Saint-Denis.

Ces aménagements sont réalisés dans le cadre d’un ambitieux projet de prolongation de d’élargissement du canal qui le transforme en voie navigable pour les grands chalands. Au début de 1931 les deux magasins entrent en activité et stockent des produits variés.

Deux grands entrepôts à l’aspect d’un paquebot en bordure de berge

Ancienne CCIP – Crédit photo Gil Gueu – Ville de PantinLes magasins de la CCIP avaient pour fonction essentielle de recevoir des grains et des farines. La Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris est, à cette époque, raccordée aux gares de Pantin et de Noisy-le-Sec dont les voies ferrées desservaient les deux rives du canal. Les deux grands entrepôts qui dominent encore la rive droite sont particulièrement intéressants du point de vue de l’architecture. Construits sur six niveaux communiquant entre eux par des passerelles métalliques, leur structure est en béton et la façade composée d’un remplissage en briques gris claire dont la bichromie forme des motifs réguliers. De grandes verrières en façade éclairent les six étages tandis que les balcons soulignent l’horizontalité du bâtiment à l’aspect de paquebot.

Le grain y était à l’origine acheminé par bateaux. Un outillage pneumatique permettait de l’aspirer directement dans une tour de distribution, située dans la partie supérieure de l’édifice, tandis que des grues permettaient l’approvisionnement des bâtiments à partir des balcons. Avant d’être désaffectée, la Chambre de Commerce et d’Industrie devient un lieu de stockage pour le fret venant des villes du nord. Celui-ci arrivant par route, une gare routière est ouverte à la demande de l’administration des douanes en 1950. Avec les Grands Moulins de Pantin, les entrepôts de la CCIP demeurent les témoins visibles du rôle majeur qu’ont tenu la Seine-Saint-Denis en général et Pantin en particulier dans l’approvisionnement de Paris.

Sur le plan architectural, la volumétrie des bâtiments, qui totalisent une surface utile de 41 000 m2, est des plus simples. Pour chacun, il s’agit d’un empilement de 6 plateaux identiques, desservis par des coursives extérieures, en porte-à-faux sur les quatre façades. Toute l’ossature des deux bâtiments est en béton armé. Dans un souci d’économie ou d’esthétique, le constructeur a pris le soin d’augmenter la taille des poteaux au fur et à mesure qu’on s’approche du soubassement comme s’il s’agissait d’exprimer la transmission des efforts et des surcharges dans le squelette de l’édifice. En façade, l’effet produit est singulier puisqu’à chaque niveau la section des poteaux change. Au rez-de-chaussée, de puissantes piles supportent tout le poids de l’édifice et son contenu, tandis qu’au dernier niveau les piles se sont amincies et laissent davantage de place aux éléments de remplissage en briques polychromes et aux surfaces vitrées.

Une reconversion en activités culturelle, résidentielle et de loisirs

Ancienne Chambre de Commerce de Paris à PantinL’ère industrielle étant révolue, la reconquête des berges du canal est à l’ordre du jour. L’emprise des bâtiments de la CCIP fait actuellement l’objet d’une requalification. Celle-ci s’inscrit dans la réalisation d’un nouveau quartier, identifié sur le plan local d’urbanisme comme la ZAC Sud Canal, qui s’articulera autour de deux axes principaux occupant pas moins de quatre hectares entre la voie d’eau et l’avenue Jean-Lolive. Les bâtiments jumeaux de l’ancienne Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris seront réhabilités afin d’y accueillir des activités économiques. Sur la partie sud du site, un espace résidentiel (de 400 logements), de loisirs et de promenade devrait être aménagé. Si l’on y intègre l’ancienne cité administrative devenue le Centre national de la Danse et les Grands Moulins de Pantin, la reconversion du site de la CCIP constituera une continuité cohérente de la problématique patrimoniale de l’architecture industrielle depuis le parc de la Villette.

Crédit photo 1 : Gil Gueu – Ville de Pantin

Crédit photo 2 : Hélène Sallet-Lavorel – Comité départemental du tourisme

Télécharger le fac-similé la transformation du canal de l’Ourcq en voie navigable à grande section et la création d’un port à Pantin, le génie civil, samedi 11 octobre 1930 (format pdf, 4,4 Mo). Ce document est conservé au pôle Mémoire et Patrimoine de la ville de Pantin.


Salinger: Attention, lire peut tuer (Looking back at the violent subtext of The Catcher in the Rye)

18 septembre, 2013
http://jcdurbant.files.wordpress.com/2013/09/84433-mugshot.jpg?w=240&h=293http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/d9/John_Hinckley,_Jr._Mugshot.pnghttp://jcdurbant.files.wordpress.com/2013/09/d94f3-police_photo.jpeg?w=240&h=312C’est une casquette de chasse à l’homme. Moi je la mets pour chasser l’homme. Holden Caulfield (Catcher in the rye, chap. 3)
Quelqu’un avait écrit « je t’encule » sur le mur … J’aurais bien tué celui qui avait écrit ça … je me voyais le prendre sur le fait et lui écraser la tête contre les marches de pierre jusqu’à ce qu’il soit mort et en sang. Holden Caulfield
Most young male characters in the movies are based on the character of Holden Caulfield. It’s been a very steady influence in the last 30 years. Every young man goes through the experiences of Holden Caulfield. Toby Maguire has made a career of being an updated Holden Caulfield. ‘The Ice Storm’ is almost a direct takeoff on ‘Catcher in the Rye.’ Since ‘Dead Poets Society,’ Ethan Hawke has played on that type of theme. Even Edward Burns, although not as young as the others, seems to fit that category. Raymond Haberski
Salinger touched on what’s at the heart of American repression: familial neglect. Parents are not paying attention or are aware of the movement of their children. That’s one of the worst things you can do. My ‘Good Girl’ character is disturbed, and I place the blame on the parents. Jake Gyllenhaal
I’ve been comparing ‘Igby’ to ‘Catcher in the Rye, Like Holden, Igby is very bright and very ironic, while the adults are lost and miserable and also affluent. When I first read ‘Catcher in the Rye,’ I didn’t identify with that kind of rebel. At the time, I thought he should get his act together. Boys are just much slower to mature in ways critical to society. They’re a couple of years behind the gals. It’s a developmental kind of glitch. Susan Sarandon
I wasn’t consciously influenced by ‘Catcher in the Rye’. I got kicked out of a prep school in Connecticut and a military school in Indiana. I liken it to being a musician and being influenced by the music ingrained in you, like the Beatles. It’s that journey of finding out. It’s a mythic story — just like ‘The Graduate’ or ‘The 400 Blows’ or ‘Hamlet.’ You feel like an anachronism in the world you’ve been born into. Everyone around you seems insane, and they see you as insane. A lot of movies have been influenced by this myth: ‘Flirting,’ ‘Rushmore,’ ‘The Graduate,’ ‘Y Tu Mama Tambien.’ I don’t think this situation will ever be played out. It’s mythic. It didn’t start with ‘Catcher in the Rye.’ It started with Christ, who rebelled against everything around him. It’s always been about iconoclasts rebelling against what came before them, challenging the rules and customs. Burr Steers
To me, ‘Catcher in the Rye’ is part of a literary trend that goes back to Goethe’s ‘The Sorrows of Werther’ (1774). I don’t think Salinger discovered it. He just did the quintessential American version. Mike White
« American Beauty, » for example, is at odds with « the tone and general warmth of Salinger. Salinger’s influence takes a comedic form, a life-affirming form. ‘American Beauty’ showed the dark underside of American culture, going further than I think Salinger would ever dream of. As for « Finding Forrester, you might find some kind of resonance with Salinger himself in Sean Connery’s character, although the boy (Rob Brown) is a little bland rather than plucky. And there is a kinship with ‘Wonder Boys.’ Toby Maguire’s character is plucky to a certain extent, and he takes chances. Anthony Caputi (Cornell University)
Ever since the book came out, it’s been a touchstone of that demographic — the 17-year-old kid who sees himself not fitting in. Movies like ‘American Pie’ and ‘Beavis & Butthead’ — guys looking for a good time — that genre is playing out. ‘Y Tu Mama Tambien’ is the perfect example of a movie that bridges the two kinds of movies. It starts out like ‘Dude, Where’s My Car?’ but becomes a thoughtful movie about the kids’ relationship to society. ‘Orange County’ (the teen movie White wrote last year starring Colin Hanks) had a Salinger element. It featured a book that changed a young man’s life, and he goes and seeks out the professor who wrote it. For me, it was about a kid’s quest for the meaning of life. Maybe a more thoughtful teenage coming-of-age movie is coming back into vogue. Mike White
it’s likely that Hinton’s echo of the testimonial frame Salinger used in “The Catcher in the Rye” (“If you really want to hear about it”) wasn’t consciously intended, nor was Hinton’s literalization of Holden’s “If a body catch a body coming through the rye” into the rescue of a group of children from a burning church. In fact, what struck me most as an adult reader (and sometime Y.A. novelist) is the degree to which “The Outsiders” is derivative of the popular literature of its time, sometimes obliquely, as in the Salinger parallels, sometimes more directly. Dale Peck
A substitute teacher out on Long Island was dropped from his job for fighting with a student. A few weeks later, the teacher returned to the classroom, shot the student unsuccessfully, held the class hostage and then shot himself. Successfully. This fact caught my eye: last sentence. Times. A neighbor described him as a nice boy. Always reading Catcher in the Rye. John Guare (« Six degrees of separation »)
You talkin’ to me? You talkin’ to me? You talkin’ to me? Then who the hell else are you talkin’ to? You talkin’ to me? Well I’m the only one here. Who the fuck do you think you’re talking to? Travis Bickle (« Taxi driver »)
God is a concept by which we measure our pain I don’t believe in Bible I don’t believe in Jesus (…) I don’t believe in Beatles (…) I just believe in me Yoko and me and that’s reality … John Lennon
Imagine there is no heaven It’s easy if you try No hell below us Above us only sky It isn’t hard to do (…) Nothing to kill or die for And no religion, too. (…) Imagine no possessionsJohn Lennon
When I left England I still couldn’t go on the street. It was still Carnaby Street and all that stuff was going on. We couldn’t walk around the block and go to a restaurant unless you wanted to go with the business of ‘the star going to the restaurant’ garbage. Now, here, I’ve been walking the streets for the last seven years. When we first moved to New York we actually lived in the village, Greenwich Village, the arty farty section of town where all the students and the would-be’s live, and a few old poets. Yoko told me, « Yes, you can walk on the street! » but I would be walking all tense-like, waiting for someone to say something or jump on me. It took me two years to unwind. I can go out of this door now and go to a restaurant. Do you want to know how great that is? Or go to the movies? People come up and ask for autographs or say « Hi! » but they won’t bug you. They say « How ya doing? Like your record » or « How ya doing? How’s the baby?… John Lennon
Who does he think he is saying these things about God and heaven and the Beatles? Mark David Chapman
I wasn’t killing a real person. I was killing an image. I was killing an album cover. Mark David Chapman
The notorious murderer Haig who killed and drank blood said he was inspired by the sacrament of the Eucharist. Does that mean we should ban the Bible? Anthony Burgess
I begin to accept that as a novelist, I belong to the ranks of the menacing. Anthony Burgess
I discussed the matter of the novelist’s moral responsibility with George Dwyer in his Leeds Bishopric. I was invited to a Yorkshire Post literary luncheon at which he said grace. George had written his master thesis on Baudelaire and knew all about flowers of evil. Literature, even the kind celebrated at a literary luncheon, was an aspect of the fallen world and one of its tasks was to clarify the nature of the fall. Thoughtful readers of novels with criminal, or merely sinful protagonists achieved catharsis through horror, setting themselves at a distance from their own sinful inheritance. As for thoughtless readers, there was no doing anything with them. With the demented literature could prime acts of evil, but that was not the fault of literature. the Bible had inspired a New York killer to sacrifice children to a satanic Jehovah; the murderer Haigh, who drank the blood of the women he slaughtered, was obsessed with the Eucharist. Anthony Burgess
The city’s schisms reflect a cultural schizophrenia as well. As Paul explains in a soliloquy inspired by  »The Catcher in the Rye, » we live in a time when imagination has become  »something outside ourselves » – not an integral part of our identities, a tool for the essential act of self-examination, but an anesthetizing escape from the inner life we should be embracing and exploring. So topsy-turvy is our definition of culture, in Paul’s view, that J. D. Salinger’s  »touching, beautiful, sensitive story » has been turned into  »a manifesto of hate » by assassins like Mark David Chapman and John Hinckley who use Holden Caulfield’s social estrangement as an excuse to commit murder. Frank Rich
The nitwit — Chapman — who shot John Lennon said he did it because he wanted to draw the attention of the world to The Catcher in the Rye and the reading of the book would be his defense. And young Hinckley, the whiz kid who shot Reagan and his press secretary, said if you want my defense all you have to do is read Catcher in the Rye. It seemed to be time to read it again. (…) I borrowed a copy from a young friend of mine because I wanted to see what she had underlined and I read this book to find out why this touching, beautiful, sensitive story published in July 1951 had turned into this manifesto of hate. I started reading. It’s exactly as I remembered. Everybody’s a phony. Page two: « My brother’s in Hollywood being a prostitute. » Page three: « What a phony his father was. » Page nine: « People never notice anything. » Then on page 22 my hair stood up. Remember Holden Caulfield — the definitive sensitive youth — wearing his red hunter’s cap. « A deer hunter hat? Like hell it is. I sort of closed one eye like I was taking aim at it. This is a people-shooting hat. I shoot people in this hat. » Hmmm, I said. This book is preparing people for bigger moments in their lives than I ever dreamed of. Then on page 89: « I’d rather push a guy out the window or chop his head off with an ax than sock him in the jaw…I hate fist fights…what scares me most is the other guy’s face… » I finished the book. It’s a touching story, comic because the boy wants to do so much and can’t do anything. Hates all phoniness and only lies to others. Wants everyone to like him, is only hateful, and he is completely self-involved. In other words, a pretty accurate picture of a male adolescent. And what alarms me about the book — not the book so much as the aura about it … John Guare
If one person uses something I have written as the justification for killing somebody, I’d say: “God, people are crazy!” But if three people use something I’d written as justification, I would be very very troubled by it. John Guare
In the months and years after Lennon’s murder, it was as if the secret life of The Catcher in the Rye came above ground for the first time since the book’s publication in 1951. It was found in Hinckley’s hotel room after he was arrested, and in 1989 Robert John Bardo had a copy of it on him when he murdered the actress Rebecca Schaeffer. The next year, in John Guare’s play Six Degrees of Separation, the con man protagonist holds forth on the book’s attraction to the violently disturbed, quoting Holden’s remark that his ever-present red hat is a “people-shooting hat.” In Richard Donner’s 1997 thriller Conspiracy Theory, the mere purchase of the book at a Barnes & Noble is enough to trip a signal to the computers of an unnamed government agency. Whoever reads Catcher, it seems, is up to no good. You could say that those events are signposts on the novel’s journey from shared totem to shared joke, or that the journey is part of the postmodern irony we’re all drowning in, when we’ve become too cool to be affected by Holden’s open wound of a psyche. But Catcher has become something even less harmless than a joke or postmodernism: a classic. The generations that once had to read it on the sly, or who saw their teachers face the ire of school boards and parents for assigning it, are now senior citizens or entering late middle age. While the book has retained its status as one of the most-censored books in American schools, that distinction now seems almost quaint. But God help The Catcher in the Rye should it ever stop being persecuted. What better confirmation for Holden’s disciples of the threat still posed by the phonies? It’s axiomatic that Holden Caulfield is the patron saint of adolescent sensitivity, that Catcher shows the cruelty with which the world treats such sensitivity and that the novel ends with a saddened, bruised Holden poised to re-enter that world and thus aware that, to make his way in it, he has to leave his sensitivity behind. What makes it hard to sustain that image of the book is reading it. “The cruellest thing you can do to Kerouac is to reread him at thirty-eight,” says a character in Hanif Kureishi’s The Buddha of Suburbia. The cruelest thing you can do to Salinger, who died a year ago, on January 27, is to reread his fiction when an adolescent’s sneer and perpetual outrage over perceived injustice no longer seem an adequate way to view the world. If Holden Caulfield, that relentless hunter of phonies, hadn’t been there for Mark David Chapman to discover, Chapman could have invented him. Chapman’s claim that the book was his statement is disarmingly honest. Chapman, like many of us, heard the hypocrisy in John Lennon’s singing “Imagine no possessions.” But Chapman couldn’t chalk that silly line up to rock-star folly or, as Neil Young did many years later in a telethon performance to raise money for 9/11 families, rewrite the line to point it back at the person singing it: “Imagine no possessions/I wonder if I can.” Chapman, a 25-year-old with the zero-sum ethics of the most self-dramatizing adolescent, saw it as the inevitable betrayal. How dare Lennon sing about imagining no possessions while living in the Dakota? (…) As a public figure, Salinger was due the kind of freedom and anonymity Lennon enjoyed in Manhattan. But in the small town in New Hampshire to which Salinger retreated in 1953, you really can withdraw from the world. Yet for Salinger, retreat was immersion in a familiar point of view. Withdrawal—physical, emotional, spiritual—is the overriding preoccupation of his fiction. There are few authors who argue so strenuously, so consistently for exclusivity and insularity, who are so repulsed by human imperfection, especially the physical kind, as Salinger. In his fictional world compassion is extended only to those who have made the cut or whose need of compassion—like the mythical Fat Lady at the end of Franny and Zooey—can provide a vessel into which the characters can pour their higher sensibility. (…) Just as the stories constrict physically, they retreat emotionally into realms of Eastern mysticism that, for all the words Salinger lavishes on them, remain vague astral paths to some presumed higher state of consciousness. It all starts with Way of the Pilgrim, the book that unhinges Franny; and though it’s a Christian tract, Zooey likens its aim of automatic incessant prayer to the Eastern concept of the seven chakras, the opening of the third eye and such. It’s a short hop from there to Buddy (in “Seymour; an Introduction”) saying that the true poet or painter is “the only seer we have on earth” and that Seymour’s aim, the “hallmark, then, of the advanced religious,” was to find Christ in the most unimaginable places, Seymour’s preferred spot for Savior-sighting being loaded ashtrays. Some people take those spiritual preoccupations very seriously. In his new Salinger bio, Kenneth Slawenski suggests that the reason Mary McCarthy couldn’t abide Franny and Zooey is that her memoir Memories of a Catholic Girlhood, revealed “her disgust with religion, her descent into atheism, and the transfer of her faith into her own intellect.” The crude reduction of McCarthy’s book aside, it’s clear that acolytes, not apostates, are the ones qualified to enter Salinger’s higher realms. (…) The Catcher in the Rye, written before Salinger started larding his work with quotations from The Way of a Pilgrim and koans from the Mu Mon Kwan, can’t fall back on higher aspirations to disguise its misanthropy. The book squirms with a physical revulsion that is far too consistent and far too strong to belong merely to Holden—and besides, it remained a staple of Salinger’s writing. Salinger couldn’t get through the first paragraph of “A Perfect Day for Bananafish” without having Muriel tweezing hairs from a mole. Franny imagines the Fat Lady as not just having veiny legs but cancer. Catcher has a puerile, disgusted fascination with nose-picking, toenail clippings, grotty teeth, razors clogged with hair and lather. The essentials of a prep-school wardrobe can’t disguise the unkempt bodies they adorn. At times, the novel is all pimples and tweed. (…) Because so many of the people who repulse Holden are Ivy Leaguers or preps or the sort who might get fawned over by a snobbish bartender, it has been easy to talk of Catcher as a book about being an outsider when really it’s the exact opposite. There are so few people who make the cut—not just in Catcher but in all of Salinger’s work—that the reader who surrenders is reduced to hoping he or she is cool enough to be admitted to this club. This is what Mary McCarthy meant when she said that the book reads us. Don’t ever tell anybody anything,” the book ends. “If you do, you start missing everybody,” affirming silence over an admission of need. Only disconnect. It’s an attitude that puts Catcher in opposition to the great American coming-of-age novels—The Adventures of Huckleberry Finn, The Member of the Wedding, True Grit—all books in which the protagonist is brought into close contact with people very unlike the protagonist, people whose humanity he or she can’t deny. Charles Taylor

John Lennon (pour attirer l’attention de la jeune actrice du « Taxi driver » de Scorsese), Reagan (via le même « Taxi driver » inspiré du journal de l’assassin de George Wallace et son « se regarder devenir un gros dur dans la glace des lavabos »), Rebecca Schaeffer

A l’heure où l’un des jeux vidéo les plus violents de l’histoire qui apprend à nos jeunes à abattre de simples passants se voit qualifier par nos sociologues de « fresque digne des œuvres de Steinbeck ou de Welles » …

Et suite à nos deux derniers billets sur la sortie d’une nouvelle biographie et d’un documentaire sur l’auteur culte de L’Attrape-coeurs » …

Comment ne pas repenser à tous ces livres ou films qu’il a plus ou moins directement ou consciemment influencés …

Mais aussi à tous ces livres qui, comme son « Catcher in the rye » avec son bilan de pas moins de trois assassinats ou tentatives d’assassinat, ont pu inspirer la pire violence ?

When books kill

Movies and video games get blamed for acts of senseless violence all the time. But some famous murderers got their ideas from literature.

Aidan Doyle

Salon

Dec 15, 2003

We’ve all heard about how computer games and films have supposedly influenced people to commit violence. In October a $246 million lawsuit was lodged against the makers of the game Grand Theft Auto III by the families of two people shot by teenagers allegedly inspired by the game. Such movies as “Natural Born Killers,” “A Clockwork Orange” and “Money Train” have routinely been accused of inspiring copycat crimes. But what about novels? Is literature incapable of inspiring moronic acts of mayhem?

Many of the controversial novels of the last century were publicly condemned because it was believed they would lead to a decay in public morals. These criticisms were often patronizing (“Won’t somebody please think of the children?”), expressing the belief that less educated members of society were likely to imitate anything and everything they read. The prosecutor in the 1960 British obscenity trial of “Lady Chatterley’s Lover” asked jurors if it was the kind of book they wanted their wife or servants to read.

As ludicrous as that may sound today, obviously people are influenced by what they see and read, and authors have little control over how people will react to the ideas in their books. Although Isaac Asimov was a fierce critic of religion and New Age thinking, the Japanese doomsday cult Aum Shinrikyo was heavily influenced by his “Foundation” series of novels. The novels depict a universe where a galactic empire has become decadent and ripe for collapse. The empire’s ruling planet is a vast hive of people and the only natural environment is the garden surrounding the emperor’s palace. Only the foresight of Hari Seldon and his secret society of scientists can preserve civilization’s knowledge before it is lost in the dark ages. Seldon’s followers convert their society into a religion, believing “it is the most potent device known with which to control men and worlds.”

Although Asimov based his empire on ancient Rome, members of Aum Shinrikyo saw similarities between Asimov’s empire and modern Japanese society. The cult’s founder, Shoko Asahara, preached that civilization was coming to an end and only the faithful would survive. He gathered around him a team of scientists from diverse disciplines. David Kaplan and Andrew Marshall’s “The Cult at the End of the World” outlines how the cult’s chief scientist, Hideo Murai, saw Aum’s mission to save humanity from the coming apocalypse as mirroring the Foundation’s struggle:

“In an interview, Murai would state matter-of-factly that Aum was using the Foundation series as the blueprint for the cult’s long term plans. He gave the impression of ‘a graduate student who had read too many science fiction novels,’ remembered one reporter. But it was real enough to the cult. Shoko Asahara, the blind and bearded guru from Japan, had become Hari Seldon; and Aum Shinrikyo was the Foundation.”

Asahara directed his scientists to create a variety of chemical and biological weapons to fight their enemies. When the predicted apocalypse wasn’t forthcoming, Asahara decided to take matters into his own hands. On March 20, 1995, some of his followers released sarin gas in the Tokyo subway, killing 12 people and injuring more than 5,000.

An article in the Guardian, the British newspaper, speculated that “Foundation” may have also influenced Osama bin Laden and al-Qaida. It related claims that “Foundation” had been translated into Arabic under the title “al-Qaeda” — which means the base or foundation — and that bin Laden might have identified with the idea of a small group of rebels fighting against a decadent evil empire. This speculation has not, however, been widely accepted. It isn’t even clear that an Arabic version of the novel was ever published.

“Foundation” is not the only novel to have influenced terrorists. A copy of “The Turner Diaries” was found in Timothy McVeigh’s car when he was arrested. The novel was written by a leader of the National Alliance and tells the story of a white supremacist group that overthrows the government and subsequently eradicates nonwhites as well as “race traitors.” The narrator destroys FBI headquarters by detonating a truck loaded with ammonium nitrate and fuel oil. McVeigh used a similar mechanism to destroy the federal building in Oklahoma City, killing 168 people.

Several of McVeigh’s friends testified he had given them copies of the book, encouraging them to read it. McVeigh had highlighted phrases in his copy of the book including: “the real value of all of our attacks today lies in the psychological impact, not in the immediate casualties,” as well as one promising that politicians will not escape: “We can still find them and kill them.” The novel ends with the narrator flying a bomb-laden plane into the Pentagon.

Another bomber with a fondness for reading was Ted Kaczynski. The Unabomber was a big fan of Joseph Conrad’s “The Secret Agent,” an ironic novel in which a university professor turned anarchist is recruited to blow up a scientific icon, London’s Greenwich Observatory. A Washington Post article revealed that prior to Kaczynski’s arrest, the FBI had suspected the novel’s influence and contacted Conrad scholars to help them in constructing their profile.

Author Joe Haldeman has spoken about the unintended influence of a short story he published in the Magazine of Science Fiction & Fantasy in 1974. In “To Howard Hughes: A Modest Proposal,” a blackmailer forces world disarmament by developing his own nuclear bomb. Haldeman says the story contained “pretty detailed instructions for acquiring plutonium and constructing a subcritical nuclear device (information not that easy to find, pre-Internet, but nothing classified) … [Someone] used the story as a template and wrote a blackmail letter to the mayor of Los Angeles, saying he had a van parked somewhere downtown with a nuclear bomb in it, and he’d blow it up in 24 hours if he didn’t get a million dollars, delivered to such-and-such a park at noon. Evidently the details were accurate enough for them to respond with a suitcase full of money, and of course a park full of agents disguised as normal people. The miscreant turned out to be a 15-year-old science fiction fan.”

Science fiction operates on a grander scale than other genres, often portraying world-changing events that can be attractive to people who want to change the world. Such was the case with Robert Heinlein’s highly influential novel “Stranger in a Strange Land.” Time magazine reported that Charles Manson used the novel as a blueprint for his infamous family and that it led to the murder of Sharon Tate and others. It was later revealed, however, that Manson had never read the novel.

Some of Manson’s followers had indeed adopted ideas and terminology from the book into their rituals. “Stranger in a Strange Land” features a Martian with superpowers who comes to earth and starts a free love movement. The novel also influenced others to form their own polygamous societies, including a “neo-pagan” group known as the Church of All Worlds. The church’s Web site explains how its founders were inspired by Heinlein’s novel: “This book suggested a spiritual and social way of life and was a metaphor expressing the awakening social consciousness of the times.” (The Church of All Worlds has not been linked to any murders.)

Films reach a much wider audience than novels and often the real public outcry about a book isn’t raised until the film version is released. “A Clockwork Orange” was blamed for inspiring so many copycat crimes — from homeless people beaten to death to a gang rape where the attackers sang “Singin’ in the Rain” — that director Stanley Kubrick had it withdrawn from cinemas in England. The book’s author, Anthony Burgess, insisted that there was no definitive proof “that a work of art can stimulate antisocial behavior … the notorious murderer Haig who killed and drank [his victims'] blood said he was inspired by the sacrament of the Eucharist. Does that mean we should ban the Bible?”

Burgess was later to change his mind after the 1993 murder near Liverpool, England, in which 2-year-old James Bulger was abducted and tortured to death by two 10-year-old boys. The horror film “Child’s Play 3″ was linked to the case, and Burgess wrote that he now accepted the arts could exert a negative influence, adding, “I begin to accept that as a novelist, I belong to the ranks of the menacing.”

Criminals will sometimes blame a work of fiction for their crimes, hoping to shift responsibility. These claims are inevitably treated with considerable skepticism. But one book that has been linked to a number of serial killers is John Fowles’ “The Collector.” The 1963 novel tells the story of a butterfly collector who becomes so obsessed with a woman called Miranda that he kidnaps and imprisons her in his cellar. California serial killers Charles Ng and Leonard Lake named one of their schemes “Operation Miranda.” Lake later committed suicide, but Ng was found guilty of the imprisonment, torture and murder of 11 people during the 1980s. Ng blamed Lake for the murders and said he had been inspired to capture the women after reading “The Collector.”

In Fowles’ novel, Miranda encourages her kidnapper to read “The Catcher in the Rye,” hoping he might identify with Holden Caulfield’s feelings of alienation. Her captor complains that he doesn’t like the book and is annoyed that Holden doesn’t try harder to fit into society. There are enough rumors about murders linked to J.D. Salinger’s classic that the unwitting assassins in the Mel Gibson film “Conspiracy Theory” are portrayed as being brainwashed with the urge to buy the novel.

John Lennon’s murderer, Mark David Chapman, was famously obsessed with “The Catcher in the Rye.” Chapman wanted to change his name to Holden Caulfield and once wrote in a copy of the book “This is my statement,” and signed the protagonist’s name. He had a copy of the book in his possession when the police arrested him.

French author Max Valentin (a pseudonym) got more than he bargained for when he wrote “On the Path of the Golden Owl,” a 1993 novel featuring clues to the location of a real-life buried treasure. France was gripped with treasure-hunting fever as readers tried to find a replica of the golden owl (which could be exchanged for the real one) that Valentin had buried somewhere in rural France. In an interview with the Times of London, the author said he had received death threats and bribes amid the torrent of mail from people wanting to know where the owl was hidden.

He does not customarily respond to questions about the owl’s location, but once had to intervene to stop someone from digging up a cemetery. Others have gone even further. “There was one who tried to dig up a train track,” he said, “and another who walked into a bank with a pickaxe and started to dig up the floor of the lobby. I’ve told everyone it is buried in a public place but some people are crazy … a man had firebombed a church and left behind a book containing the message: ‘The golden owl is underneath the chapel.’” After more than 10 years, no one has yet managed to find the golden owl.

Voir aussi:

The Ballad of John and J.D.: On John Lennon and J.D. Salinger

Mark David Chapman was carrying a copy of The Catcher in the Rye when he shot John Lennon. The murder was a collision of cultures.

Charles Taylor

The Nation

January 26, 2011 (February 14, 2011 edition)

“A local crackpot.” That’s how a New York City cop, quoted by a TV reporter, described the man who had just been arrested for shooting John Lennon at the entrance to the Dakota. The cop turned out to be only half right: Mark David Chapman had come from Hawaii.

I can’t find the remark in any of the accounts of December 8, 1980, but it has stuck with me for thirty years. The cop didn’t appear on camera, but the way the reporter quoted him still makes me think that I’d heard the remark straight from his mouth. Cutting through all the breaking-news urgency, through the anchors and reporters who, having failed to rise to an unthinkable occasion, fumbled for shopworn lines about the man whose music united a generation, the policeman’s words conveyed disgust, dismissiveness, a determination to keep this killer, whoever he was, in his place. Who, the cop was asking, was this nobody to have murdered John Lennon?

Chapman’s identity, as it was pieced together through the following day, was slotted into a narrative predicated on his being a nobody. He was a fat loser who couldn’t hold a job, the newscasters said, who drifted from place to place, who wrestled with mental problems. Killing John Lennon was Chapman’s shortcut to fame—just as shooting Ronald Reagan would be John Hinckley’s a few months later.

But to Chapman, the nobody was Lennon. Chapman later reportedly said that in the week before the assassination he’d been listening to John Lennon/Plastic Ono Band, the raw and abrasive 1970 record on which Lennon purged his music of the gorgeous harmonies and studio lushness of the Beatles. And yet for everything that was stripped down about the record, it is, like the music it turned its back on, magisterial. The penultimate track, “God,” builds to a close with Lennon’s rising list of denunciations: “I don’t believe in Bible … I don’t believe in Jesus … I don’t believe in Beatles.” “Who does he think he is,” Chapman remembered thinking, “saying these things about God and heaven and the Beatles?”

“I kept wanting to kill whoever’d written it…. I kept picturing myself catching him at it, and how I’d smash his head on the stone steps till he was good and goddam dead and bloody.” That’s not Chapman talking, though he had wished that it was. The voice belongs to Holden Caulfield, the name that Chapman signed in the paperback copy of The Catcher in the Rye that he was carrying with him when he shot Lennon. The signature appeared under the words “This is my statement.” After murdering Lennon, Chapman began reading from J.D. Salinger’s novel, which is what he was doing when the cops found him. A few months later at his sentencing hearing, asked if he wished to give a statement, Chapman offered these lines from Catcher:

Anyway, I keep picturing all these little kids playing some game in this big field of rye and all. Thousands of little kids, and nobody’s around—nobody big, I mean—except me. And I’m standing on the edge of some crazy cliff. What I have to do, I have to catch everybody if they start to go over the cliff—I mean if they’re running and they don’t look where they’re going I have to come out from somewhere and catch them. That’s all I’d do all day. I’d just be the catcher in the rye and all.

Using Caulfield’s words to explain himself was taken as more proof that Chapman, who instructed his lawyer not to mount an insanity defense, was crazy. In any event, at the time it was easier to think Chapman was nuts than to think about the collision of two totems, easier than asking how many members of the American generation that had embraced John Lennon could also feel their adolescent angst was given voice by a book so opposed to everything Lennon and the Beatles had stood for. No one dwelt on that side of the story.

* * *

In the months and years after Lennon’s murder, it was as if the secret life of The Catcher in the Rye came aboveground for the first time since the book’s publication in 1951. It was found in Hinckley’s hotel room after he was arrested, and in 1989 Robert John Bardo had a copy of it on him when he murdered the actress Rebecca Schaeffer. The next year, in John Guare’s play Six Degrees of Separation, the con man protagonist holds forth on the book’s attraction to the violently disturbed, quoting Holden’s remark that his ever-present red hat is a “people-shooting hat.” In Richard Donner’s 1997 thriller Conspiracy Theory, the mere purchase of the book at a Barnes & Noble is enough to trip a signal to the computers of an unnamed government agency. Whoever reads Catcher, it seems, is up to no good.

You could say that those events are signposts on the novel’s journey from shared totem to shared joke, or that the journey is part of the postmodern irony we’re all drowning in, when we’ve become too cool to be affected by Holden’s open wound of a psyche. But Catcher has become something even less harmless than a joke or postmodernism: a classic. The generations that once had to read it on the sly, or who saw their teachers face the ire of school boards and parents for assigning it, are now senior citizens or entering late middle age. While the book has retained its status as one of the most-censored books in American schools, that distinction now seems almost quaint. But God help The Catcher in the Rye should it ever stop being persecuted. What better confirmation for Holden’s disciples of the threat still posed by the phonies?

It’s axiomatic that Holden Caulfield is the patron saint of adolescent sensitivity, that Catcher shows the cruelty with which the world treats such sensitivity and that the novel ends with a saddened, bruised Holden poised to re-enter that world and thus aware that, to make his way in it, he has to leave his sensitivity behind. What makes it hard to sustain that image of the book is reading it. “The cruellest thing you can do to Kerouac is to reread him at thirty-eight,” says a character in Hanif Kureishi’s The Buddha of Suburbia. The cruelest thing you can do to Salinger, who died a year ago, on January 27, is to reread his fiction when an adolescent’s sneer and perpetual outrage over perceived injustice no longer seem an adequate way to view the world.

If Holden Caulfield, that relentless hunter of phonies, hadn’t been there for Mark David Chapman to discover, Chapman could have invented him. Chapman’s claim that the book was his statement is disarmingly honest. Chapman, like many of us, heard the hypocrisy in John Lennon’s singing “Imagine no possessions.” But Chapman couldn’t chalk that silly line up to rock-star folly or, as Neil Young did many years later in a telethon performance to raise money for 9/11 families, rewrite the line to point it back at the person singing it: “Imagine no possessions/I wonder if I can.” Chapman, a 25-year-old with the zero-sum ethics of the most self-dramatizing adolescent, saw it as the inevitable betrayal. How dare Lennon sing about imagining no possessions while living in the Dakota?

* * *

Salinger and Lennon may each have been a touchstone for youth culture, but Lennon’s sensibility could not help irritating the preciousness of Salinger’s. Lennon was hungry, ambitious (“I came out of the fuckin’ sticks to take over the world”). His vision, even with his slashing, acerbic wit, was exclusive, expansive. (“Love you every day, girl … Eight days a week,” as if time itself could expand to encompass the parameters of his love.) He argued for living in the world openly, even foolishly. You could send two acorns to world leaders and ask each to plant a tree for peace; or spend your honeymoon in bed with your bride, invite reporters over to talk about peace and even record a new single at your bedside. Or you could do something as petty and self-serving as returning your MBE to the queen, conflating Britain’s presence in Nigeria with your new single, “Cold Turkey,” slipping down the charts.

Lennon dropped out of the public eye for five years or so after the birth of his and Yoko Ono’s son, Sean, and his victory over the witch hunt begun by President Nixon to deport him. But if you want to cut yourself off from humanity, you don’t decide to retreat to New York City. “I can go out this door now and go into a restaurant,” Lennon was quoted as saying in Jay Cocks’s Time magazine cover story on his murder. “Do you want to know how great that is?” What Lennon was saying is that, after unimaginable, isolating fame, New York offered him what might be called companionable anonymity.

As a public figure, Salinger was due the kind of freedom and anonymity Lennon enjoyed in Manhattan. But in the small town in New Hampshire to which Salinger retreated in 1953, you really can withdraw from the world. Yet for Salinger, retreat was immersion in a familiar point of view. Withdrawal—physical, emotional, spiritual—is the overriding preoccupation of his fiction. There are few authors who argue so strenuously, so consistently for exclusivity and insularity, who are so repulsed by human imperfection, especially the physical kind, as Salinger. In his fictional world compassion is extended only to those who have made the cut or whose need of compassion—like the mythical Fat Lady at the end of Franny and Zooey—can provide a vessel into which the characters can pour their higher sensibility. Empathy, a new fragrance by Chanel.

Nothing Salinger wrote takes place on as large a physical scale as Catcher, in which Holden roams over New York City. The first half of Franny and Zooey occurs in a crowded restaurant, the second half in the Glass family’s overstuffed New York apartment—and most of that in the bathroom. Raise High the Roof Beam, Carpenters is set in an uncomfortably crowded and sweltering hired car (there never seems to be enough air in any of Salinger’s locales), and then that crowd transfers to Buddy and Seymour Glass’s small, sweltering Manhattan apartment. “Seymour; an Introduction,” from 1959, never leaves the confines of Buddy’s head. Even if it did, where would we be? In his cabin in the woods, a place to squawk over the inanity of the papers his job as a college professor obliges him to grade, and a meaner version of the home his creator had retreated to six years earlier.

Just as the stories constrict physically, they retreat emotionally into realms of Eastern mysticism that, for all the words Salinger lavishes on them, remain vague astral paths to some presumed higher state of consciousness. It all starts with Way of the Pilgrim, the book that unhinges Franny; and though it’s a Christian tract, Zooey likens its aim of automatic incessant prayer to the Eastern concept of the seven chakras, the opening of the third eye and such. It’s a short hop from there to Buddy (in “Seymour; an Introduction”) saying that the true poet or painter is “the only seer we have on earth” and that Seymour’s aim, the “hallmark, then, of the advanced religious,” was to find Christ in the most unimaginable places, Seymour’s preferred spot for Savior-sighting being loaded ashtrays. Some people take those spiritual preoccupations very seriously. In his new Salinger bio, Kenneth Slawenski suggests that the reason Mary McCarthy couldn’t abide Franny and Zooey is that her memoir Memories of a Catholic Girlhood, revealed “her disgust with religion, her descent into atheism, and the transfer of her faith into her own intellect.” The crude reduction of McCarthy’s book aside, it’s clear that acolytes, not apostates, are the ones qualified to enter Salinger’s higher realms.

The attempt to move beyond the corporeal is always, in the most fundamental sense, inhuman. In Salinger, though, it’s a pretense for a tone that’s overwhelmingly judgmental, sneering and cruel. Consider the kind of people who don’t merit sympathy in Salinger. The cracked guru Seymour Glass permanently scars a little girl’s face by throwing a stone at it because “she looked so beautiful sitting there in the middle of the driveway” with his sister’s cat. There are also fleeting hints that Seymour held up an impossible standard for his younger siblings to follow. “Is he never wrong?” Buddy asks on the last page of “Seymour; an Introduction.” (“Seymour; an Intervention” might have accomplished more.) But the people whose life Seymour makes hell are afforded no sympathy. Certainly not Muriel, the bride he leaves at the altar in Raise High the Roof Beam, Carpenters, because he’s “indisposed by happiness.” Muriel’s bridesmaid, worried for her friend and angered at how she’s being treated, is presented throughout the story as a meddling bitch. Salinger ends “A Perfect Day for Bananafish” before we have to register Muriel’s shock and horror at waking from her nap to find Seymour has blown his brains out. Earlier in the story we learn that Seymour calls his wife “Miss Spiritual Tramp of 1948,” and by that point Salinger has already spent pages characterizing Muriel as a vapid bimbo—washing, primping and reading a crummy women’s magazine.

Salinger’s characters don’t want higher knowledge; they just want to be left alone. Franny and Zooey—which ends with Zooey’s plea to his sister, Franny, to recognize the holy in the everyday, “a cup of consecrated chicken soup”—isn’t an argument for experiencing life on a higher plane but for being superior to it. Zooey tells his sister about how Seymour chastised him for disdaining the audience of the radio show the Glass brood were all on as children by telling him to remember the Fat Lady, listening at home. “This terribly clear, clear picture of the Fat Lady formed in my mind,” says Zooey. “I had her sitting on this porch all day, swatting flies, with her radio going full-blast from morning till night.” Seymour told Franny, too, it turns out, and she pictured the Fat Lady with “very thick legs, very veiny. I had her in an awful wicker chair. She had cancer, too, though, and she had the radio going full-blast all day!” Neither Franny nor Zooey is expected to engage with the Fat Lady, to talk to her, to get beyond her tacky furnishings or veiny legs or cancer, to see her as a person. They are performers, she is the audience, and they are expected merely to lavish their presence on her. For someone whose characters loved to talk about the phoniness of Hollywood, Salinger was outdone by the movies. In 1950, seven years before “Zooey” appeared in The New Yorker, Billy Wilder ended Sunset Boulevard with Gloria Swanson’s crazy Norma Desmond lauding “those wonderful people out there in the dark.” The noblesse oblige Wilder satirized is what Salinger holds up as salvation.

The Catcher in the Rye, written before Salinger started larding his work with quotations from The Way of a Pilgrim and koans from the Mu Mon Kwan, can’t fall back on higher aspirations to disguise its misanthropy. The book squirms with a physical revulsion that is far too consistent and far too strong to belong merely to Holden—and besides, it remained a staple of Salinger’s writing. Salinger couldn’t get through the first paragraph of “A Perfect Day for Bananafish” without having Muriel tweezing hairs from a mole. Franny imagines the Fat Lady as not just having veiny legs but cancer. Catcher has a puerile, disgusted fascination with nose-picking, toenail clippings, grotty teeth, razors clogged with hair and lather. The essentials of a prep-school wardrobe can’t disguise the unkempt bodies they adorn. At times, the novel is all pimples and tweed.

* * *

John Lennon was not above that kind of physical disgust. In the “Lennon Remembers” interviews he did for Rolling Stone in 1971, he told Jann Wenner about the nightmare of having crippled children foisted on the Beatles, as if they were capable of healing them. He said of the group’s first American tour, “When we got here you were all walking around in fucking Bermuda shorts with Boston crew cuts and stuff on your teeth…. The chicks looked like fuckin’ 1940s horses. There was no conception of dress or any of that jazz. I mean we just thought, ‘What an ugly race.’”

But Lennon was also one of the most frankly sexual rock ‘n’ roll singers, the man who was capable of bringing an erotic urgency to the Beatles’ cover of Smokey Robinson’s “You Really Got a Hold on Me” that wasn’t present in the original, and to the wry reverie of “Norwegian Wood,” his tale of a one-night stand that should have been. He was a man who, in one of the gestures of foolish bravery that caused Norman Mailer to mourn, “We have lost a genius of the spirit,” put the imperfect bodies of himself and his new lover bollocks-naked on an album cover.

It’s that kind of openness that both Holden Caulfield and his creator are incapable of imagining. In Salinger’s work, when people are not physically ugly, they are spiritually ugly: old Sally Hayes, who says “grand” and “marvelous,” and her Ivy League friend whose verdict on the Lunts is that they’re “angels.” There are the cabdrivers who can’t be asked a question without taking it as an invitation to a fight, hotel elevator operators who are pimps, bartenders who won’t talk to you unless you’re a celebrity, tourists dumb enough to think Gary Cooper has just sauntered into a shabby nightclub, and the “flits” (Salinger has a special distaste for homosexuals).

Because so many of the people who repulse Holden are Ivy Leaguers or preps or the sort who might get fawned over by a snobbish bartender, it has been easy to talk of Catcher as a book about being an outsider when really it’s the exact opposite. There are so few people who make the cut—not just in Catcher but in all of Salinger’s work—that the reader who surrenders is reduced to hoping he or she is cool enough to be admitted to this club. This is what Mary McCarthy meant when she said that the book reads us.

John Lennon read us a little, too. He couldn’t possess sarcastic wit without some sense of superiority. And yet he chose to work in the most populist art form, rock ‘n’ roll, always touting it above all the avant-gardisms and political trends he fell for. As part of the Beatles, he delineated a utopian vision that nonetheless admitted contingency, ambiguity and heartbreak, a vision in which camaraderie and love colored every aspect of life, made the work of living worthwhile: “It’s been a hard day’s night, and I’d been working like a dog … But when I get home to you I find the things that you do/Will make me feel alright”; “Life is very short, and there’s no time/For fussing and fighting, my friend”—those last two words asserting the bonds always present in Lennon’s work, whether the friend was Paul McCartney or, later, Yoko (“My best friend’s me wife,” he said in a radio interview on the day he was killed).

These human bonds are denied by Holden throughout Catcher and are what Salinger had no use for in any subsequent work. “Don’t ever tell anybody anything,” the book ends. “If you do, you start missing everybody,” affirming silence over an admission of need. Only disconnect. It’s an attitude that puts Catcher in opposition to the great American coming-of-age novels—The Adventures of Huckleberry Finn, The Member of the Wedding, True Grit—all books in which the protagonist is brought into close contact with people very unlike the protagonist, people whose humanity he or she can’t deny.

* * *

For all the books that have been called descendants of The Catcher in the Rye, to me the closest relative to Holden Caulfield is Patrick Bateman, the serial-killer protagonist of American Psycho (1991). The sadistic torture killings Patrick inflicts on the trendy girls he picks up feel like the logical extreme of the contempt Holden shows the girls he meets in the nightclub, a demented echo of the way he recoils from the vulgarity of the prep crowd. The pages near the beginning detailing the products Patrick uses to clean and groom himself could have been inspired by the pages devoted to Zooey’s near-ritualistic ablutions.

There is, too, a connection between the era Bret Easton Ellis attempts to satirize in the book, the greed-is-good ’80s, and the time of Lennon’s murder, one month after the election of Ronald Reagan, the man who would make that era possible. In Lennon’s Rolling Stone obituary, Greil Marcus was the first person to note that “nothing like Lennon’s killing has happened before.” While Marcus was careful to say that Reagan’s election did not inspire Mark David Chapman—any more than Salinger did—he did note the confluence of Chapman’s actions with the “secret message” of Reagan’s election: “some people belong in this country, and some people don’t; that some people are worthy, and some are worthless; that certain opinions are sanctified, and some are evil.” He went on, “Such a message, which tells people they are innocent and others are to blame, can attach a private madness to its public justification.”

In 1980 John Lennon was far from the canonized figure he has become. The people who grew up with the Beatles had not yet moved into controlling positions in the media. In his Time cover story, Jay Cocks was talking about himself and his contemporaries when he wrote that some people “wondered what all the fuss was about and could not quite understand why some of the junior staff at the office would suddenly break into tears in the middle of the day.” It’s easy to dismiss Cocks’s piece for its openness of feeling. For all the things that Cocks had to do, and did exquisitely, in that piece—it was a news story, an obituary, a career retrospective—what still comes through strongest is shellshock, his disbelief that he is writing the story. Which is why it was a risk, and essential, for him to insist that the shooting was an assassination. Putting Lennon’s killing in the company of the killings that had preceded it in the previous decades is not, though, a contradiction of Marcus’s claim that this had never happened before. It had—but not to a popular artist. What both Cocks and Marcus understood was that Lennon’s murder was a symbolic murder of what he represented. Chapman was disturbed by the denunciations that ended “God,” Lennon’s brutal elaboration of Dylan’s line “don’t follow leaders.” But the Beatles, for all the adoration they inspired, stood for a vision in which people, as Marcus wrote, did not lose their identity but found it.

A vision that tells you it’s possible to live a good life and to live it your own way holds out possibilities that other visions—Reagan’s or Salinger’s—deny. Those visions judge who belongs and who doesn’t, who shuns contact with the wrong kind of people, chooses to withdraw from or tries to control the world rather than embrace it. Reagan’s America gave us the dimwit Forrest Gump as a fount of wisdom. Salinger gives us Phoebe Caulfield, and all the other little girls who turn up in his work, children who have not yet been contaminated by knowledge or experience.

Mary McCarthy called Salinger’s work a closed circuit. It can just as easily be an exclusive club, a nation drawing psychic borders around a false vision of itself, a monastery whose holy relics are those spare, monkish volumes designed by the high priest, Salinger himself. Because really, what is there to read after you’ve prostrated yourself before Salinger? What wouldn’t seem like a regression back to the dirty world? Better to immerse yourself further in the book, as Salinger’s perfect reader, Mark David Chapman, did, to open the book and turn from the still-warm body lying a few feet away.

Voir encore:

‘Rye’ misfit’s rugged spirit inspires works

« The Catcher in the Rye » has influenced the work of many writers, filmmakers and musicians. Here’s a look at some of the more notable entries.

Rachel Leibrock

The Sacramento Bee

June 7 2001

« The Blackboard Jungle » (1954): Evan Hunter’s novel about New York City’s public-school system may seem a million miles away from Holden’s tony prep-school environment – but the adults vs. kids theme is similar.

« Rebel Without a Cause » (1955): Nicholas Ray’s classic film stars James Dean as Jim Stark – the title rebel – a character that shares the same overwhelming sense of angst and alienation as Holden Caulfield.

« The Outsiders » (1967): S.E. Hinton’s story about the greasers and the socs (socials) is the quintessential tale of adolescent distress generated by social classes. The 1983 film version starred Matt Dillon and C. Thomas Howell.

« The Graduate » (1969): Benjamin Braddock, portrayed by Dustin Hoffman, is basically Holden Caulfield as he faces a lifetime of plastics.

« Heathers » (1989): A tour de force of teen isolation. Stars an anguished, ostracized Winona Ryder fighting for nonconformity and authenticity.

« Six Degrees of Separation » (1990): John Guare’s play (the 1993 silver-screen adaptation starred Will Smith and Stockard Channing) chronicles the exploits of Paul, an impostor who tries to ingratiate himself with a high-society New York family. Pretending to be a Harvard undergraduate, Paul claims that his thesis is devoted to « The Catcher in the Rye » and its connection to criminal loners.

« Smells Like Teen Spirit » (1992): The classic Nirvana song (from the album « Nevermind ») sums up an entire generation of Holden Caulfield-esque angst with just one line: « Well, whatever nevermind … »

« Who Wrote Holden Caulfield? » (1992): From Green Day’s album « Kerplunk, » this song muses about a boy « who fogs his world and now he’s getting lazy / there’s no motivation and frustration makes him crazy. »

« Buffy the Vampire Slayer » (1997): The 1992 movie spawned this popular TV series about a young vampire slayer’s quest to save the world. The theme evokes Holden’s timeless wish to be the « catcher in the rye. »

« The Perks of Being a Wallflower » (1999): Stephen Chbosky’s novel gives us the shy and intelligent Charlie. We learn his story through a series of letters he writes to an unknown person (that person’s name, age or gender is never revealed) and in the process rediscover truths about adolescence.

Voir de même:

Holden Caulfield’s many pretenders / Protagonist of ‘The Catcher in the Rye’ is a continuing influence on Hollywood

Nancy Mills

The Chronicle

August 25, 2002

Hollywood — When J.D. Salinger’s « The Catcher in the Rye » was published in 1951, millions of teenage boys found a model for their confusion and rebellion in protagonist Holden Caulfield. Naturally, Hollywood wanted a piece of the character.

But Salinger would never allow his novel to be filmed. In fact, Holden consistently puts Hollywood down with such choice comments as: « Now he’s out in Hollywood, D.B. (his older brother), being a prostitute. If there’s one thing I hate, it’s the movies. »

But Salinger’s refusal hasn’t stopped the studios from borrowing the Holden model for such movies as « The Graduate, » « Diner, » « Dead Poets Society, » « Rushmore, » « American Beauty » and « The Royal Tenenbaums. »

« Most young male characters in the movies are based on the character of Holden Caulfield, » says Raymond Haberski, 33, author of « It’s Only a Movie! Films and Critics in American Culture. » « It’s been a very steady influence in the last 30 years. Every young man goes through the experiences of Holden Caulfield.

« Toby Maguire has made a career of being an updated Holden Caulfield. ‘The Ice Storm’ is almost a direct takeoff on ‘Catcher in the Rye.’ Since ‘Dead Poets Society,’ Ethan Hawke has played on that type of theme. Even Edward Burns, although not as young as the others, seems to fit that category. »

Add Jake Gyllenhaal to the list. In the current « The Good Girl, » Jennifer Aniston starts an affair with Gyllenhaal, a disturbed young man who has renamed himself Holden and is fascinated with « The Catcher in the Rye. »

Gyllenhaal, 21, has epitomized qualities of Holden in all his most recent films: « Donnie Darko, » « Lovely & Amazing, » « The Good Girl » and the forthcoming « Moonlight Mile. » « I’ve read all of J.D. Salinger’s books, and my production company is called Nine Stories Productions (named after a Salinger book of short stories), » Gyllenhaal says.

« Salinger touched on what’s at the heart of American repression: familial neglect. Parents are not paying attention or are aware of the movement of their children. That’s one of the worst things you can do. My ‘Good Girl’ character is disturbed, and I place the blame on the parents. »

The parents are also the bad guys in « Igby Goes Down, » opening Sept. 13. « Igby » depicts yet another young man, played by Kieran Culkin, floundering through adolescence. « I’ve been comparing ‘Igby’ to ‘Catcher in the Rye,’  » says Susan Sarandon, who plays Igby’s mother. « Like Holden, Igby is very bright and very ironic, while the adults are lost and miserable and also affluent. »

Young women may not identify with Holden in quite the same way as young men,

but they are equally responsive to films about such characters, Sarandon adds.

« When I first read ‘Catcher in the Rye,’ I didn’t identify with that kind of rebel. At the time, I thought he should get his act together. Boys are just much slower to mature in ways critical to society. They’re a couple of years behind the gals. It’s a developmental kind of glitch. »

« Igby » writer and director Burr Steers, 36, contends his script is more of an autobiography than a nod to Salinger.

« I wasn’t consciously influenced by ‘Catcher in the Rye,’  » he insists. « I got kicked out of a prep school in Connecticut and a military school in Indiana. »

Yet he recognizes the influence of the book: « I liken it to being a musician and being influenced by the music ingrained in you, like the Beatles. It’s that journey of finding out. »

Steers, whose uncle is Gore Vidal, sees « Catcher in the Rye » as « a mythic story — just like ‘The Graduate’ or ‘The 400 Blows’ or ‘Hamlet.’ You feel like an anachronism in the world you’ve been born into. Everyone around you seems insane, and they see you as insane. A lot of movies have been influenced by this myth: ‘Flirting,’ ‘Rushmore,’ ‘The Graduate,’ ‘Y Tu Mama Tambien.’

« I don’t think this situation will ever be played out. It’s mythic. It didn’t start with ‘Catcher in the Rye.’ It started with Christ, who rebelled against everything around him. It’s always been about iconoclasts rebelling against what came before them, challenging the rules and customs. »

Mike White, 32, who wrote « The Good Girl, » agrees.

« To me, ‘Catcher in the Rye’ is part of a literary trend that goes back to Goethe’s ‘The Sorrows of Werther’ (1774), » he says. « I don’t think Salinger discovered it. He just did the quintessential American version. »

According to Anthony Caputi, a Cornell University dramatic literature specialist and avid moviegoer, « The Catcher in the Rye » inspires variations as well as imitations. « American Beauty, » for example, is at odds with « the tone and general warmth of Salinger, » Caputi believes.

« Salinger’s influence takes a comedic form, a life-affirming form. ‘American Beauty’ showed the dark underside of American culture, going further than I think Salinger would ever dream of. »

As for « Finding Forrester, » Caputi says, « You might find some kind of resonance with Salinger himself in Sean Connery’s character, although the boy (Rob Brown) is a little bland rather than

plucky. And there is a kinship with ‘Wonder Boys.’ Toby Maguire’s character is plucky to a certain extent, and he takes chances. »

« The Good Girl’s » writer and co-star White, who has also written for such teen series as « Freaks & Geeks » and « Dawson’s Creek, » thinks « The Catcher in the Rye » may become even more influential in Hollywood.

« Ever since the book came out, it’s been a touchstone of that demographic –

the 17-year-old kid who sees himself not fitting in, » he says.

« Movies like ‘American Pie’ and ‘Beavis & Butthead’ — guys looking for a good time — that genre is playing out. ‘Y Tu Mama Tambien’ is the perfect example of a movie that bridges the two kinds of movies. It starts out like ‘Dude, Where’s My Car?’ but becomes a thoughtful movie about the kids’ relationship to society.

 » ‘Orange County’ (the teen movie White wrote last year starring Colin Hanks) had a Salinger element. It featured a book that changed a young man’s life, and he goes and seeks out the professor who wrote it. For me, it was about a kid’s quest for the meaning of life.

« Maybe a more thoughtful teenage coming-of-age movie is coming back into vogue. »

 Voir encore:

Six Degrees of Separation

from the play « Six Degrees of Separation » written by John Guare

(Paul, a black man in his early twenties, has conned his way into the posh New York apartment of an art dealer and his wife, Louisa and Flan. They are examples of the politically correct and the socially concerned; he is an example of a con man par excellence, who has convinced them he is the son of Sidney Poitier, knows their children, and graduated from Harvard. They inquire about his thesis and how he became intrigued with its subject.)

Paul: Well…a substitute teacher out on Long Island was dropped from his job for fighting with a student. A few weeks later, the teacher returned to the classroom, shot the student unsuccessfully, held the class hostage and then shot himself. Successfully. This fact caught my eye: last sentence. Times. A neighbor described him as a nice boy. Always reading Catcher in the Rye.

The nitwit — Chapman — who shot John Lennon said he did it because he wanted to draw the attention of the world to The Catcher in the Rye and the reading of the book would be his defense.

And young Hinckley, the whiz kid who shot Reagan and his press secretary, said if you want my defense all you have to do is read Catcher in the Rye. It seemed to be time to read it again.

Flan: I haven’t read it in years. (Louisa shushes him.)

Paul: I borrowed a copy from a young friend of mine because I wanted to see what she had underlined and I read this book to find out why this touching, beautiful, sensitive story published in July 1951 had turned into this manifesto of hate.

I started reading. It’s exactly as I remembered. Everybody’s a phony. Page two: « My brother’s in Hollywood being a prostitute. » Page three: « What a phony his father was. » Page nine: « People never notice anything. »

Then on page 22 my hair stood up. Remember Holden Caulfield — the definitive sensitive youth — wearing his red hunter’s cap. « A deer hunter hat? Like hell it is. I sort of closed one eye like I was taking aim at it. This is a people-shooting hat. I shoot people in this hat. »

Hmmm, I said. This book is preparing people for bigger moments in their lives than I ever dreamed of. Then on page 89: « I’d rather push a guy out the window or chop his head off with an ax than sock him in the jaw…I hate fist fights…what scares me most is the other guy’s face… »

I finished the book. It’s a touching story, comic because the boy wants to do so much and can’t do anything. Hates all phoniness and only lies to others. Wants everyone to like him, is only hateful, and he is completely self-involved. In other words, a pretty accurate picture of a male adolescent. And what alarms me about the book — not the book so much as the aura about it — is this: the book is primarily about paralysis. The boy can’t function. And at the end, before he can run away and start a new life, it starts to rain and he folds.

Now there’s nothing wrong in writing about emotional and intellectual paralysis. It may indeed, thanks to Chekhov and Samuel Beckett, be the great modern theme.

The extraordinary last lines of Waiting For Godot — « Let’s go. » « Yes, let’s go. » Stage directions: they do not move.

But the aura around this book of Salinger’s — which perhaps should be read by everyone but young men — is this: it mirrors like a fun house mirror and amplifies like a distorted speaker one of the great tragedies of our times — the death of the imagination.

Because what else is paralysis?

The imagination has been so debased that imagination — being imaginative — rather than being the lynchpin of our existence now stands as a synonym for something outside ourselves like science fiction or some new use for tangerine slices on raw pork chops — what an imaginative summer recipe — and Star Wars! So imaginative! And Star Trek — so imaginative! And Lord of the Rings — all those dwarves — so imaginative –

The imagination has moved out out the realm of being our link, our most personal link, with our inner lives and the world outside that world — this world we share. What is schizophrenia but a horrifying state where what’s in here doesn’t match up with what’s out there?

Why has imagination become a synonym for style?

I believe that the imagination is the passport we create to take us into the real world.

I believe the imagination is another phrase for what is most uniquely us.

Jung says the greatest sin is to be unconscious.

Our boy Holden says « What scares me most is the other guy’s face — it wouldn’t be so bad if you could both be blindfolded — most of the time the faces we face are not the other guys’ but our own faces. And it’s the worst kind of yellowness to be so scared of yourself you put blindfolds on rather than deal with yourself… »

To face ourselves.

That’s the hard thing.

The imagination.

Voir enfin:

Who Was J. D. Salinger?
Adam Gopnik
The New Yorker
September 5, 2013

Sometime in late 1968, Charles Manson was listening to “The Beatles,” to use the proper name of what’s most often called the White Album, and decided that “Helter Skelter,” an upbeat rocker about a roller coaster at an English amusement park, was a call to black insurrection in America, to be set off by the brutal murders of an actress, a hairdresser, a coffee heiress, and several other innocents. The question that this horrible incident has always provoked was not just: How could anyone have thought anything so murderously insane? It was also: Why was Charles Manson listening with such hallucinative intensity to an album whose other highlights were John Lennon’s delicate bossa-nova ballad to his mother Julia, Paul McCartney’s lyrical invocation of Noël Coward, and George Harrison’s mystical celebration of the varieties in a box of English chocolates—not to mention a nine-minute-long tribute to concrete music? Why did he pay such close attention to something so inherently unsympathetic to his, ahem, sensibility?

The simple, sad answer is: because everyone did. There are certain artists, and some art, that become so popular that everyone peers into them, finding whatever they will, however they will. All the usual tests of sympathy, natural feeling, and do-I-really-respond-to-this? are lost in the gravitational pull of ubiquity. Not surprisingly, the artists who are, briefly, the beneficiaries and thereafter the victims of this kind of attention get totally freaked out by the intensity of it all: not too long after, Bob Dylan, another of the tribe, recorded his notorious “Self Portrait,” just back out in a new version, trying to demonstrate to his admirers the simple truth that he was an American singer, with a broad taste for American songs, not some kind of guru or mystic or oracle, please go away. It didn’t help.

These questions come to mind in reading David Shields and Shane Salerno’s heavily hyped biography “Salinger” (Simon & Schuster), not least because, in one of the most bizarre sections of a bizarre book, they themselves raise the issue of murder-by-bad-reading, in connection with the murder (fearful symmetry!) of the Beatles’ John Lennon by Mark Chapman, who happened to have hallucinated a motive within “The Catcher in the Rye.” Shields and Salerno’s own peculiar view of Salinger forces them to insist that Chapman was not just a crazy hallucinant, but in his own misguided way an insightful reader, responding to the “huge amount of psychic violence in the book.” Now, there is a section in “Catcher” in which Holden fantasizes about shooting the pimp who has set him up with a prostitute, but it is exactly a bit of extended irony about the movies and their effect on everyone’s imagination: a defusing of vengeance fantasies. In Salerno’s “acclaimed documentary film” (as the book’s jacket calls it), meanwhile, a witness points out that the word “kills” occurs with ominous regularity in the text—failing to acknowledge that this is Holden’s slang for the best things that happen to him. “She kills me” is what Holden says about his beloved little sister Phoebe. There’s no more “violence” implicit in the usage than there is sublimated religiosity in Holden’s New York cabbies saying “Jesus Christ!” It’s just an American idiom, lovingly preserved by a master of them.

That Chapman’s reading strikes the authors as logical, if unfortunate, is just one demonstration, in a strange chop-shop biography, that they are no more interested in Salinger the writer or artist than the people who go through Dylan’s garbage cans are really interested in Dylan. In both book and bad movie, a simple theory is flogged: that Salinger was a victim of P.T.S.D., screwed up by a brutal combat experience in the Second World War. It’s a truth that, as far as it goes, Salinger himself dramatized at beautiful length in his story “For Esmé—with Love And Squalor,” and then left behind. (Holden is far too young to be a veteran, and Seymour Glass, so far as a close reader can tell, was in the armed forces, like most of his generation, but never in combat: the proximate cause of his suicide is a bad marriage, not a bad war.)

In any case, Salinger’s work emphatically editorializes its moral point, which is about as far from celebrating or even sublimating violence as any writing can be. No writer could ever have had his moral pluses and minuses so neatly, so columnarly, arranged and segregated off from each other. Phoebe, the Fat Lady, Esmé, innocence, and small domestic epiphanies are good. Violence, the military, cruelty are all bad. To make this view somehow its opposite is to refuse to read what’s there on the page, in search of something that might sit better on Page Six. That Salinger was wounded, like many of a generation, by combat is obvious; that it “explains” everything he wrote after is the kind of five-cent psychiatry that gives a bad name to nickels. (In any case, as the authors admit, Salinger already had six or so chapters of the book finished before he set foot in France, while the Holdenish sensibility—if not Holden’s sweetness and essential helplessness—was shared by hundreds of artists of the period, most of whom had never held a rifle.)

***

But then Salinger as writer, or craftsman, or just listener—with a perfect ear for the sound of American mid-century speech—is invisible throughout. The subject of the book and documentary is not Salinger the writer but Salinger the star: exactly the identity he spent the last fifty years of his life trying to shed. Cast entirely in terms of celebrity culture and its discontents, every act of Salinger’s is weighed as though its primary purpose was to push or somehow extend his “reputation”—careerism is simply assumed as the only motive a writer might have. If he withdraws from the world, well, what could be more of a come on? If it turns out that he hasn’t entirely withdrawn from the world but has actually participated in it happily enough on his own terms: well, didn’t we tell you the whole recluse thing was an act? This kind of scrutiny might possibly say something about a writer like Mailer, whose loudest energies (if not his best ones) were spent playing in the public square, not to mention Macy’s windows. But it couldn’t be worse suited to a writer like Salinger, the spell of whose work is cast, after all, entirely by the micro-structure of each sentence—on choosing to italicize this word, rather than that; on describing a widower’s left rather than right hand; on the ear for dialogue and the feeling for detail; above all, on the jokes. (Salinger, as Wilfrid Sheed long ago pointed out in the best thing ever written about his style, was first of all a humorist, trained on other humorists. The two writers who meant the most to Salinger, Ring Lardner and Scott Fitzgerald, seem left largely, if not completely, out of the book’s discussion—though Hemingway, the celebrity writer whom he briefly courted but never imitated, is made much of. A book about J. D. Salinger with no Ring Lardner in it, one can say with certainty, is a book about something other than J. D. Salinger.)

The “documentary” method that the book employs is what was once quaintly called a “clip-job”—the kind of celebrity bio where, in the guise of research, previously published work is passed off, with varying degrees of honesty, as original discovery. Journalists who never met Salinger, old “friends” who saw him last in 1948, are quoted fragmentarily, in the manner of the kind of oral history that Jean Stein and George Plimpton used to honorably assemble, while large chunks of quotations are lifted out of other people’s published work and plunked right down alongside the rest, as though these writers, too, had stopped by for a chat. These unwilling contributors see their work chopped up and recycled without any indication on the page of its source. (You can, with diligent effort, figure out what’s from where by consulting the notes in the back, but surely the ordinary reader can’t be expected to show such diligence, and will understandably assume that everything is, so to speak, on the same level.) Gossip is offered interchangeably with fact, bald speculation is sold as though double-checked, salacious rumor (Salinger had one testicle!) is accepted with a shrug: well, somebody said it. To take one example among a hundred, John Updike’s intricately wrought review of “Franny and Zooey”—indicating both his debt to Salinger, which he admits is enormous, and his qualms about “Zooey,” which are real, and his conviction that, in any case, Salinger was a brave artist making a journey on behalf of us all—is reduced to a “merciless” dismissal, one writer from the grave breezily zinging another. (A significant bit of praise from that review appears in another place, pages from the put-down.)

Shields, of course, has written an entire testament, the manifesto-like book called “Reality Hunger,” in defense of the chop-shop approach to prose, with a high-minded po-mo appeal to the constant recycling of other people’s words as itself a kind of originality. Like many other capitalist ventures, though, this involves taking intricate handiwork done by other people, breaking it up, and selling it off again without permission, not to mention payment. If you have persuaded yourself that invention and recycling are the same thing, then you can’t begin to make sense of someone who would spend seven or eight hours a day laboring over a single line. This puts you in terrible shape with a writer like Salinger, who feels his entire life at stake over a semi-colon. What can he be doing all day in his “bunker” except stewing over his obsessions?

Throughout book and film both, the focus is leeringly on Salinger’s presumed oddities, the authors of this book seeming never to have met any others. That the writer who can be contagiously charming on the page might be actually rather ornery and difficult to live with is a revelation only to one who has never spoken to a writer’s spouse. And an urge to escape from the world, far from being an aberrant impulse driven by neurosis, or shame at an anatomical oddity, is just part of what American writers have always been up to. E. B. White, as Sheed points out, beat Salinger to the north country by a decade, for similar reasons, while Thomas Merton became a major literary figure in those same fifties by going into a honest-to-God monastery and publishing his stuff from there.

What is true is that Salinger, through no fault or even an act of his own, save publishing a book whose reception no one could have anticipated, became the victim/beneficiary of the kind of hyper-fame that usually gets reserved for singers and actors. Seen that way, there is little that’s peculiar or pathological about Salinger’s retreat, though much in it that’s sad. A book about a week in the life of a sensitive, observant kid—affectionately viewed by the author, as one might a teen-age son or a younger brother, but hardly idolized—became a bible to a whole generation. (The ironies could not have eluded the author, since the one thing that a loner like Holden doesn’t want to be is the voice of a generation—his contemporaries being the very thing he has most contempt for.)

That the book gave Salinger the real, mind-bending, freak-out kind of fame early on was a blessing in certain respects—one important reason that he didn’t publish was because he didn’t have to. It was a curse in most others, however, since it created the circumstance in which a parade of random stalkers felt free to come up to his driveway and ask him to tell them how to run their lives. His trouble was that the writing was him, or seemed to be, in the sense that the stories gave an impression, however misleading, of being personal sources of wisdom, judgment, or good advice. Most people who get this treatment retreat to a Graceland or Neverland. Salinger retreated to New Hampshire. (Philip Roth got the treatment for a period after “Portnoy,” and it was so disconcerting—success on such a scale being “as baffling as misfortune”—that he wrote a couple of novels just about what it felt like.) For what it’s worth, the movie suggests that Salinger responded to most of the stalkers with surprising generosity, trying to explain to them that he was a fiction writer, not a guru. It didn’t help him, either.

For the rest—aside from the genuine news that Salinger made a strange, short marriage to a German girl he met during the occupation—there are no real revelations here, with the New Hampshire years mostly sketched from already familiar memoirs by family members and ex-lovers. There is a lot of prurient gossip about Salinger and his courtship of teen-age (not, to be sure, prepubescent) girls, although it does seem that if you had been imprinted on, and then rejected by, the exquisite seventeen-year-old Oona O’Neill, there would be no mystery in spending your life searching for her duplicate. (Of their claim of new books to come from Salinger, tacked on in the movie in titles with pointlessly ominous music playing, about all one can say is, Hope so! And add that it seems unlikely that someone with so good an ear would call anything “The Family Glass,” and that one of the few forthcoming stories specified, about a party in the nineteen-twenties, was already explicitly promised by Salinger himself, in the introduction to his story “Hapworth 16, 1924.”)

We have decided, legally and mostly morally, that our interest in telling truths about human life is always greater than our need to protect people’s privacy, at least after the people are dead, and so be it. But if you want to grasp why silence is so appealing to artists whose audience has grown too loud—John Lennon himself withdrew for many years, then tried peeking out again, with the tragic results we know—here it is. Indeed, the great advantage of the whole new episode is this: from now on, if you want to understand why the young J. D. Salinger fled New York publishing, fanatic readers, eager biographers, disingenuous interpreters, character assassination in the guise of “scholarship,” and the literary world generally, you need only open this book.


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