Plagiat: L’université aussi ! (Who will watch the watchmen ?)

10 avril, 2013
A qui se fier ? Qui gardera les gardiens ? Philippe Bilger
Non, malheureusement pour moi. Mon éditeur ne me refuse rien. Il me faut deviner si le livre est mauvais ou non, parce qu’il ne me le dira pas. Frédéric Beigbeder
Il nous semble qu’il occulte en l’occurrence la dimension cosmique desdits phénomènes ; une dimension qui, selon le paradigme astrologique – et notre conviction – vient coiffer le social. En effet, le social est loin d’expliquer toutes les “crises… qui se produisent dans la société”. À preuve les actions totalement illogiques, non linéaires, non-logiques et inexplicables autrement que par le paramètre astral qui joue alors le rôle de paramètre éclairant et englobant coiffant le non-logique apparent. Dr. Elizabeth Tessier
C’est l’occasion pour moi de revenir sur deux idées fausses. [...] L’autre erreur est de m’accorder le rôle de corédacteur de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Stéphane Hessel
Démissionner sur une initiative personnelle (…) serait un acte d’orgueil alors je me dois d’agir aujourd’hui dans la plus grande humilité. Gilles Bernheim

Je n’ai rien à cacher aussi bien sur des choses anciennes que sur des choses à venir. Lorsqu’une faute a été commise, je le dis, et là-dessus c’est parfaitement acté. Et j’ajoute par ailleurs que lorsqu’un livre est imprimé, il y a parfois des étapes intermédiaires. Cela n’enlève rien à ma responsabilité. (…) Ce qui montre bien que ma démarche était soit suicidaire, soit parsemée d’un certain nombre d’erreur liées à la confiance mal donnée ou accordée à tel ou tel qui se servent de textes et qui ne donne ni la référence ni les guillemets. En toute situation j’assume et je suis pleinement responsable. (…) Mais ceci étant dans l’activité rabbinique qui est la mienne depuis prés de quatre ans et demi, je n’ai pas commis de fautes et l’histoire de l’agrégation, l’histoire des emprunts ou des plagiats. Ceux sont des faits importants, moralement graves. Mais je n’ai pas commis de fautes dans l’exercice de ma fonction dans l’attachement aux causes qui sont les miennes. Gilles Bernheim

Je me permettrais d’ajouter que lorsque je me suis présenté en 2008 à l’élection pour le Grand Rabbinat de France, l’information avait déjà circulé à l’époque. Je n’ai strictement rien dit et d’ailleurs vous observerez qu’au dos de tous mes écrits, jamais n’apparait l’expression : agrégé de philosophie. Que sur des notices, cela ait pu apparaître parce que les notices, elles, elles ne sont pas faites par l’auteur, par le sujet que je suis. Elles peuvent être faites par d’autres personnes qui s’appuient les uns sur certains réseaux d’informations, d’autres sur le net ou d’autres choses. Il y a des erreurs qui se véhiculent et qui finissent par devenir pour beaucoup des vérités. Pour ma part, je le regrette profondément. Gilles Bernheim
Cette affaire confirme que la pratique du plagiat est rarement ponctuelle – le fait malheureux d’un auteur qui a failli accidentellement -, mais bien une méthode d’écriture par procuration, parfaitement au point chez certains publiants – inutile de parler d’auteurs, et encore moins d’écrivains. Encore que ces types de livres soient quelquefois les plus lus, puisqu’ils sont plus des produits de promotion d’une personnalité ou d’une institution qu’un véritable travail intellectuel s’inscrivant dans une réflexion personnelle. Hélène Maurel-Indart
Même les trois pages de remerciements, très originaux, avaient été plagiées. Seul les noms des personnes remerciées avaient été changés! Jean-Noël Darde
Au mois de décembre, on a démasqué un cadre qui se prétendait diplômé de Polytechnique alors qu’il n’y avait jamais mis les pieds. Quand je l’ai rappelé, il m’a dit que nous étions les premiers à nous en rendre compte en vingt ans de carrière. Emmanuel Chomarat (président du directoire de Verifdiploma)
Comme le nuage de TcherNobel, le phénomène des faux diplômes s’arrêterait juste du bon côté de la frontière ? Ouf, nous voilà rassurés ! Mais, en insistant un peu, la plupart des recruteurs lâchent une petite anecdote sur un candidat affabulateur, voire faussaire. Ainsi, Florian Mantione, directeur du cabinet du même nom, n’oubliera pas ce cadre qui prétendait avoir fait Sup de Co Toulouse en 1972 : "Malheureusement pour lui, c’était justement mon école, ma promotion, et je ne l’avais jamais vu." Pas de chance ! Pour l’instant, les menteurs sont plus nombreux que les faussaires. Mais, récemment, le patron de Verifdiploma a découvert que le diplôme de BTS d’un jeune candidat était un faux. Courrier cadres

Attention un "funeste secret de famille" peut en cacher un autre !

Plagiats de thèses massifs (jusqu’aux remerciments !), logiciels d’analyse automatique des textes dépassés par les traductions ou les reformulations, mode de financement des laboratoires de recherche  fondé sur le nombre de publications réalisées par les chercheurs,  universités et institutions de recherche en lutte de plus en plus féroce pour les financements et pour progresser dans les classements internationaux, absence d’instances internes aux établissements d’enseignement supérieur adaptées, chasseur de plagiats voyant ses cours et ses primes de recherche suspendues, plagiés qui ne prennent même pas la peine de déposer plainte  …

A l’heure où, affaire Cahuzac oblige et après le mensonge légal du mariage pour tous, nos dirigeants et députés rivalisent de candeur soudaine …

Et qu’après nombre de nos journalistes et gens de lettres et sans compter l’évident abus de faiblesse dont a été tout récemment victime notre grand Hessel national, c’est au tour d’un étrangement cryptomnésiaque et (déformation professionnelle?) casuistissime grand rabbin de France lui-même de se faire prendre (jusqu’au plagiat systématique, "trahi" selon la formule consacrée "par son assistant d’écriture",  et à l’usurpation de titre !) par le miroir aux alouettes médiatiques…

Pendant qu’en ces temps – internet oblige – d’industrialisation de la triche, les têtes tombent en Allemagne ou en Corée  …

Comment ne pas voir avec ce président d’université cité dans un article du Figaro évoquant déjà l’an dernier une institution et des chercheurs français paupérisés et sommés de « publier ou mourir » pour retrouver des financements et remonter des profondeurs des classements internationaux

Que le plagiat, pourtant devenu massif et sans parler des faux CV et diplômes (voire, au pays des madames Soleil docteurs en sociologie, des thèses fantaisistes), n’est pas près de "faire partie des objectifs de recherche" ?

Thèses, doctorats : le plagiat reste tabou à l’université

Quentin Blanc

Le Figaro

18/10/2012

La ministre allemande de l’Éducation vient d’être mise en cause dans une affaire de plagiat qui pourrait la pousser à démissionner. En France, la plupart des établissements préfèrent fermer les yeux dans de tels cas. Une situation jugée honteuse par certains universitaires.

Annette Schavan, ministre de l’Éducation allemande pourrait bien être obligée de démissionner dans les jours qui viennent. Elle aurait plagié de larges passages de sa thèse de doctorat. L’année dernière, déjà, le ministre de la défense et étoile montante du parti de Mme Merkel avait du quitter son poste suite à une révélation similaire.

En France, nos dirigeants passent avant tout par l’ENA ou les grandes écoles. Ils sont peu nombreux à avoir soutenu une thèse. Laissant le phénomène dans l’ombre des amphis. Pourtant «Le plagiat a pris de l’ampleur à l’université, s’offusque Michelle Bergadaà, spécialiste du sujet, mais il n’est pas pris au sérieux». Pour que ces fraudes ne restent pas impunies, des universitaires français ont décidé de dénoncer les cas, de sensibiliser leurs collègues, d’exposer sur des blogs les textes incriminés.

Des thèses plagiées à 99 %

Les «emprunts» sont souvent spectaculaires. «Les cas dont je parle et que je présente sur mon site sont des thèses qui sont entre 75 et 99 % plagiées» précise M. Jean-Noël Darde, maître de conférence à Paris 8 et auteur d’un blog consacré au sujet. Il cite «un cas où même les trois pages de remerciements, très originaux, avaient été plagiées. Seul les noms des personnes remerciées avaient été changés!»

Les moyens nouveaux de traquer ces abus se développent. Des logiciels comme Compilatio, par exemple, analysent automatiquement les textes à la recherche d’emprunts. Ils sont malheureusement faciles à tromper. Les traductions ou les reformulations lui échappent le plus souvent. Le cas de l’ex-ministre allemand de la Défense est un bon exemple. Des milliers d’internautes avaient du s’allier pour traquer tous les emprunts non sourcés dans sa thèse.

En France, les chasseurs de plagiaires sont encore peu nombreux. Il revient aux professeurs de se montrer vigilants. «Il n’y a rien de déshonorant à être abusé par un plagiaire. Ce qui l’est, c’est de ne pas réagir lorsque l’on s’en aperçoit» explique M. Darde. Et d’accuser: «Trop souvent, les autorités académiques ignorent les cas signalés». Elisabeth Sledziewski, philosophe à l’université de Rennes, parle même de «funestes secrets de famille».

«Les établissements se décrédibilisent aux yeux du public»

Le plus souvent, «il n’existe pas d’instances internes aux établissements d’enseignement supérieur adaptées à ces nouveaux enjeux» selon Mme Bergadaà. En conséquent, «les cas de plagiat doivent être traités par la justice civile. Ce qui implique qu’il y ait un dépôt de plainte réalisé par l’auteur plagié. C’est rarement le cas.» Elle estime que cette politique de l’autruche dessert les établissements d’enseignement supérieur: «Ils se décrédibilisent aux yeux du public et des étudiants car ils sèment le doute sur leur intégrité.» Dénoncer publiquement les cas avérés reste généralement la seule solution possible.

Mme Bergadaà, comme d’autres, pointe «le mode de financement des laboratoires de recherche qui est fondé sur le nombre de publications réalisées par les chercheurs. S’il faut publier beaucoup, et vite, eh bien, on hésitera moins à aller se servir discrètement dans les œuvres des autres.»

Or, aujourd’hui plus que jamais, nos universités se battent pour leurs financements et pour progresser dans les classements. Dans ce contexte, sont-elles vraiment prêtes à lutter contre ce problème? La question mérite d’être posée. Car en attendant, M. Darde a vu ses cours supprimés et sa prime de recherche suspendue par Paris 8. Bien qu’il se défende de tout laxisme, le président de l’établissement lui a adressé une lettre lui expliquant que le plagiat ne faisait pas partie des objectifs de recherche de l’université.

Voir aussi:

Un scandale "typisch deutsch"

Frédéric Lemaitre

07 février 2013

Annette Schavan et la chancelière Angela Merkel, le 13 décembre au Bundestag, à Berlin. Photo : Rainer Jensen/AP

Annette Schavan, ministre de l’éducation et de la recherche, est sans doute sur le départ. Lundi 4 février, l’université de Düsseldorf où elle a fait ses études de philosophie, lui a retiré son titre de docteur. Sa thèse, soutenue il y a plus de trente ans, contient trop de passages "empruntés à d’autres" sans qu’il y soit fait référence. Dans ce pays où le titre de docteur est un précieux sésame – que l’on ajoute à son état civil –, on ne plaisante pas avec le plagiat.

En 2011, le baron Karl-Theodor zu Guttenberg, alors ministre de la défense, que certains voyaient déjà chancelier, avait dû démissionner pour les mêmes raisons.

Pourtant, les deux cas ne sont pas tout à fait identiques. "K-T" comme l’appelaient les Allemands, avait carrément plagié 60% de sa thèse, rédigée à la va-vite quand il était déjà responsable politique dans le seul but d’être non seulement baron mais aussi docteur.

Le cas Schavan est plus compliqué. Cette célibataire de 57 ans, catholique pratiquante un brin austère, est une bosseuse reconnue et discrète. Le contraire du flamboyant "Baron de Googleberg", comme on a surnommé son ex-collègue. De plus, le plagiat est moins flagrant. D’ailleurs, le conseil de l’université n’a pas rendu son avis à l’unanimité. La communauté scientifique est divisée. Si l’opposition réclame la démission d’Annette Schavan, ce n’est pas l’hallali.

Reste qu’Annette Schavan est ministre de la recherche et qu’on la voit mal rester crédible à un tel poste.

Alors que la ministre est – opportunément – en voyage en Afrique du Sud et ne rentre que ce vendredi à Berlin, Angela Merkel, dont elle est une amie proche, lui a renouvelé sa "pleine confiance". Les deux femmes devraient se rencontrer dès vendredi soir. Et Angela Merkel tranchera. A quelques mois de l’élection, la plupart des commentateurs parient sur la démission de la ministre. Malgré tout, celle-ci se défend. "Non pas pour mon titre mais pour mon intégrité", dit-elle. Elle a d’ores et déjà intenté un recours devant le tribunal administratif. Mais outre qu’il n’est pas très glorieux pour un ministre de la recherche de demander à des juges de contredire des scientifiques, aucun magistrat n’aurait, depuis les années 1960, donné raison à un plaignant dans ce cas de figure.

Voir également:

Comme Annette Shavan, peut-on perdre son doctorat en France ?

Michel Alberganti

Globule et téléscope

6/02/2013

Un doyen de faculté qui s’avance vers les caméras pour annoncer que le doctorat de philosophie de la ministre de l’éducation et de la recherche, Annette Schavan, est invalidé 33 ans après lui avoir été décerné… La scène s’est déroulée en Allemagne, le 5 février 2013, à l’université de Düsseldorf. Quelque chose me dit qu’elle est difficilement imaginable en France. Mais pourquoi, au fond ?

1°/ Le titre de “Doktor” jouit d’une grande notoriété outre-Rhin

Alors qu’en France, seuls les docteurs en médecine peuvent espérer voir leur titre accolé à leur nom, en Allemagne, Herr Doktor jouit d’une aura considérable quelle que soit la discipline. Le paradoxe de l’université française conduit ainsi son diplôme le plus prestigieux a n’être jamais mis en avant par ceux qui l’ont obtenu après, au moins, une dizaine d’années de laborieuses études. Ainsi, alors que je reçois chaque année environ 200 scientifiques dans Science Publique, l’émission que j’anime sur France Culture, très rares sont ceux qui se présentent comme docteurs alors que bon nombre le sont. Pourquoi ? Il semble que la filière du doctorat reste refermée sur l’université. La vocation d’un docteur est de devenir professeur et/ou directeur de recherche. Même s’ils entrent au CNRS, les docteurs ne sortent guère des murs de ces institutions.

En Allemagne, après leur thèse, la plupart des Doktor font leur carrière dans l’industrie. Leur visibilité n’a alors pas de commune mesure. Surtout dans un pays où l’industrie est également fortement valorisée.

En France, conscient de ce problème qui leur barre souvent la route vers des emplois dans les entreprises alors que l’université est saturée, les docteurs se sont réunis dans une association nationale des docteurs, l’ANDès dont l’objectif affiché est de “promouvoir les docteurs”. Étonnant paradoxe… Le titre le plus élevé a donc besoin de “promotion”. C’est pourtant justifié. Le docteur reste loin d’avoir la même cote, dans l’industrie, d’un polytechnicien ou d’un centralien. Résultat, le faible nombre de docteurs dans les entreprises est l’une des principales causes du retard français en matière de pourcentage du PIB consacré à la recherche.

2°/ Pas besoin d’être docteur pour être ministre de la recherche en France

En Allemagne, donc, on ne badine pas avec le doctorat. Et même, ou surtout, un ministre de la recherche ne saurait avoir usurpé son titre. En France, ce cas de figure a d’autant moins de chances de se produire que… les ministres de la recherche sont rarement docteurs. A partir d’Hubert Curien, docteur es sciences, ministre de la recherche jusqu’en 1993, on ne trouve guère que 3 docteurs sur ses 19 successeurs: Claude Allègre, docteur es sciences physiques, ministre de 1997 à 2000, Luc Ferry, docteur en science politique, ministre de 2002 à 2004 et Claudie Haigneré, docteur ès sciences, option neurosciences, ministre déléguée de 2002 à 2004.

Force est de constater que ces trois ministres n’ont pas laissé un souvenir impérissable. Lorsque Luc Ferry et Claudie Haigneré étaient aux commandes, l’un des plus forts mouvements de révolte des chercheurs s’est produit avec “Sauvons la recherche“, en 2003. Il a fallu un autre couple, beaucoup plus politique, François Fillon et François d’Aubert, pour rétablir l’ordre et redonner un peu d’espoir dans les laboratoires.

3°/ Pas besoin d’une thèse de valeur pour être docteur en France

C’est peut-être ce qui fait le plus mal à l’image de l’université française. Et c’est peut-être lié à la sous-valorisation du doctorat. Même s’ils peuvent paraître anecdotiques, trois exemples publics ont suffi pour jeter un discrédit tenace sur l’institution qui délivre les doctorats. Il s’agit du diplôme décerné à Elizabeth Teissier, docteur en sociologie en 2001 avec sa thèse intitulé “Situation épistémologique de l’astrologie à travers l’ambivalence fascination-rejet dans les sociétés postmodernes”. Ex mannequin et comédienne, Elizabeth Teissier est surtout astrologue depuis 1968. Elle avait, certes, obtenu un DEA en Lettres modernes… en 1963.

Les autres exemples de doctorats ayant défrayé la chronique sont, bien entendu, ceux des frères Bogdanoff en mathématiques appliquées et en physique théorique. Ces cas sont-ils des exceptions ou la partie émergée de l’iceberg ? C’est toute la question.

Mais la France aurait sans doute besoin d’une “affaire Schavan”. Pas forcément, d’ailleurs, concernant le doctorat, rare, d’un ministre de la recherche. Mais juste une reconnaissance d’erreur. Histoire de montrer que l’institution universitaire est capable de revenir sur la décision de l’un de ses directeurs de thèse et d’un jury. L’erreur étant humaine, son absence est d’autant plus suspecte. Lorsqu’un peu moins de 10 000 thèses sont soutenues chaque année en France (contre environ 15 000 en Allemagne), une faute devrait être pardonnée. Encore faudrait-il qu’elle soit avouée ou déclarée…

Voir encore:

Texte intégral de l’interview de Gilles Bernheim sur radio Shalom

Israel Infos

10.04.2013 – 30 Nisan 5773

Nous reproduisons ci dessous le texte intégral de l’entretien réalisé par Pierre Gandus sur radio Shalom, le 9 Avril 2013. Transcription : Franck Sebbah

[Gilles Bernheim] PIERRE GANDUS :

Le Grand Rabbin de France s’exprime ce soir et en direct sur Radio Shalom. Dans une tourmente médiatique concernant plusieurs faits qui vous sont reprochés et qui pour certains d’entre eux vous avez reconnu.

Ces révélations, Gilles Berheim, ont provoqué étonnement, stupeur voire même un sentiment de trahison quant on sait le temps et les difficultés qui ont été les vôtres et celle de votre équipe pour imprimer une nouvelle image au judaïsme français plus moderne, plus dynamique, plus en phase avec la société française.

Nous allons parler de cela en toute franchise car ce soir la communauté juive attend vos réponses qui comme mes confrères de la presse et toux ceux qui nous écoutent et qui ne sont ni juifs, ni journalistes.

Alors on va dans un premier temps être assez factuel.

Première affaire, suite à de nombreuses attaques de plagiat sur Internet concernant "Les 40 méditations juives" parus en 2011, vous déclarez le 20 mars que l’emprunt aurait été le fait du philosophe Jean-François Liottard et de son interlocutrice qui aurait eu entre les mains la photocopie manuscrite d’un cours tenu par vous alors que vous étiez aumônier des étudiants.

Devant l’afflux des révélations alors que vous vous trouviez en Israël pour la clôture de la fête juive de Pessah, vous avez changé de discours en reconnaissant le plagiat et l’utilisation d’un nègre et en demandant à votre éditeur de retirer l’ouvrage de la vente ainsi que de votre bibliographie. Vous précisez aussi que c’est la seule et unique fois où vous vous êtes livré à un tel arrangement. Pourquoi cette réponse en deux temps et pourquoi vous êtes- vous enferré dans ce mensonge ?

GILLES BERNHEIM :

Vous savez lorsqu’un fait comme celui-là, quand des faits comme ceux-là sont révélés brutalement sur la place publique, que vous ne vous y attendiez pas, que vous n’êtes pas du tout préparé à la réaction, vous mentez bêtement.

Quand je dis, vous mentez bêtement, vous vous défendez immédiatement sans réfléchir.

Et pour ma part, je regrette profondément aujourd’hui.

PIERRE GANDUS :

La Deuxième affaire concerne "Le souci des autres, fondements de la loi juive" paru en 2002 où ce sont plusieurs pages qui ont été empruntés à Jean-Loup Charvet dans son livre "L’éloquence des larmes" dont la révélation a pris corps aujourd’hui même.

Sur cette affaire que répondez-vous ?

GILLES BERNHEIM :

Très simplement.

Le livre "Le souci des autres" est un livre de cours que j’ai donnés en tant qu’aumônier des étudiants pendant de très nombreuses années au Centre Edmond Fleg devant des dizaines et des dizaines d’étudiants.

Ce qui veut dire quoi ?

Ce qui veut dire que beaucoup plus tard, il m’a été demandé d’en faire un livre.

Et que pour illustrer – pas illustrer au sens d’illustration – mais parfois pour rendre plus clairs, plus pédagogiques, plus compréhensibles des enseignements de Torah que j’avais retranscrits de mes cours, soit j’ai demandé à des personnes de me faire ce travail plus pédagogique avec donc des références littéraires ou autres (et même si d’autres ont commis des fautes, j’en suis le seul responsable puisque c’est moi qui l’ai demandé, que ceci soit parfaitement clair), soit, et cela a pu arriver à plusieurs reprises, lorsque je préparais les cours durant toutes ces années, c’est-à-dire depuis le début des années quatre-vingts où j’ai enseigné au Centre Edmond Fleg – et c’est ma faute mais c’est une réalité – à savoir que pour rendre plus fluides et plus accessibles des enseignements de Torah qui sont parfois d’une certaine exigence, d’une certaine rigueur, d’une certaine difficulté du langage, je me suis servi, je prenais des notes à la main, j’écrivais au crayon pour reprendre dans tel ou tel livre quelque chose qui me semblait très proche du raisonnement de tel ou tel maître de la tradition rabbinique.

Et la faute qui est la mienne et je le dis très clairement, c’est que je ne mettais pas de références au point que ces notes devenaient miennes.

Jusqu’au jour où j’en ai fait un livre avec, très certainement, des emprunts – ce que d’autres appelleront des plagiats – de textes qui convergent avec l’essentiel de l’enseignement des maîtres rabbiniques mais qui restent des emprunts et, cela, non seulement je le regrette profondément mais je sais que c’est une faute morale.

PIERRE GANDUS :

D’autant que vous auriez pu signaler la référence.

GILLES BERNHEIM :

Tout à fait.

PIERRE GANDUS :

Troisième affaire, le 21 décembre dernier dans son discours annuel à la Curie romaine, lors d’un discours très attendu, le Pape Benoit XVI avait cité votre plaquette contre "le mariage pour tous", publiée le 18 octobre dernier sous le titre : "Mariage homosexuel, homoparentalité et adoption, ce que l’on oublie souvent de dire."

Un événement salué par la communauté juive et la presse dans le monde entier.

Là encore, on vous reproche d’avoir emprunté plusieurs pages de son livre à Joseph Marie Verlinde : "L’idéologie du Gender – Identité reçue ou choisie ?" publié en mars 2012.

Vous confirmez ou vous infirmez aussi cet emprunt ?

GILLES BERNHEIM :

Je confirme.

Je n’ai rien à cacher aussi bien sur des choses anciennes que sur des choses à venir.

Lorsqu’une faute a été commise, je le dis, et là-dessus c’est parfaitement acté. Et j’ajoute par ailleurs que lorsqu’un livre est imprimé, il y a parfois des étapes intermédiaires. Cela n’enlève rien à ma responsabilité.

Ce que j’entends par une étape, c’est que d’aucuns peuvent reprendre du texte et reprendre à leur compte et ensuite vous l’utilisez.

Il m’est arrivé, enseignant au Centre Edmond Fleg, de laisser des gens enregistrer et de retrouver des lignes ou des pages dans d’autres livres.

Parfois, en général légèrement remaniées et puis, je vais vous dire une chose, si vous imprimez une page telle quelle, c’est complètement imbécile.

Quelqu’un qui est complètement pervers et qui veut se servir du travail des autres, il n’imprime pas les choses telles quelles.

Il les réécrit à sa façon pour s’en inspirer. Ce qui montre bien que ma démarche était, soit suicidaire, soit parsemée d’un certain nombre d’erreurs liées à la confiance mal donnée ou accordée à tel ou tel qui se servent de textes et qui ne donnent ni la référence ni les guillemets.

En toute situation j’assume et je suis pleinement responsable.

PIERRE GANDUS :

Et entre les deux, entre l’attitude suicidaire et la confiance mal donnée. Vous choisissez quoi ?

GILLES BERNHEIM :

Je choisis d’abord la deuxième solution non pas parce qu’elle m’arrange mais parce qu’elle est réelle. Et aussi des textes en d’autres circonstances qu’il m’est arrivé de reprendre dans les conditions que j’ai évoquées tout à l’heure.

À savoir que pour construire quelque chose, je me suis servi de textes anciens sans mettre moi-même la référence sur mes notes. Jusqu’à faire comme si elles m’appartenaient.

PIERRE GANDUS :

Dernier point il concerne votre agrégation de philosophie.

La société des agrégés n’a pas de trace de votre agrégation.

"Soit il n’est pas agrégé, soit il s’agit d’une erreur de transcription", c’est ce qu’avance la présidente de cette société.

On a entendu plein de choses au sujet de cette agrégation sauf votre version.

GILLES BERNHEIM :

Ma version est très simple, non pas parce que l’affaire fut simple à ce moment-là.

Nous sommes près de 40 ans plus tard, disons 37 ans plus tard. Il s’est simplement passé une chose. Lorsque vous arrivez à un concours, cela peut arriver.

Et c’est ce qui m’est arrivé, alors que les choses étaient très largement bien engagées avec une réussite sinon certaine, en tout les cas probable ou très possible, de craquer.

Craquer non pas sur une note mais parce qu’un événement tragique arrive à un moment où l’on ne peut pas se permettre de subir dans sa vie intime des événements extérieurs au travail intellectuel. Cela s’est passé ainsi.

L’événement tragique et puis ensuite on entre dans le déni.

C’est-à-dire, le fait, non pas de proclamer partout, mais de laisser dire que l’on est agrégé, permet de mettre un pansement sur une blessure qui est très forte et de vivre longtemps avec.

Je me permettrais d’ajouter que lorsque je me suis présenté en 2008 à l’élection pour le Grand Rabbinat de France, l’information avait déjà circulé à l’époque.

Je n’ai strictement rien dit et d’ailleurs vous observerez qu’au dos de tous mes écrits, jamais n’apparait l’expression : agrégé de philosophie.

Que sur des notices, cela ait pu apparaître parce que les notices, elles, elles ne sont pas faites par l’auteur, par le sujet que je suis.

Elles peuvent être faites par d’autres personnes qui s’appuient les uns sur certains réseaux d’informations, d’autres sur le net ou d’autres choses.

Il y a des erreurs qui se véhiculent et qui finissent par devenir pour beaucoup des vérités.

Pour ma part, je le regrette profondément.

PIERRE GANDUS :

Donc vous nous dites ce soir que vous n’êtes pas agrégé de philosophie.

GILLES BERNHEIM :

Non

PIERRE GANDUS :

Jean-Noël Darde, spécialiste des plagiats, est à l’origine de toutes ces révélations.

Est-ce que vous le connaissez ?

Est-ce qu’il y a un contentieux entre vous et pourquoi ces révélations sortent maintenant alors que les livres cités ont été publiés plusieurs années auparavant ?

GILLES BERNHEIM :

Je ne connais pas cet homme du tout.

Et jusqu’à cette affaire, j’en ignorais l’existence.

Je n’ai strictement rien à dire sur une personne que je ne connais pas.

Quant à la deuxième question – à savoir pourquoi cette affaire sort maintenant – permettez-moi de ne pas y répondre.

Parce que l’heure n’est pas à l’explication de l’histoire, de l’interprétation.

L’heure est à une prise de conscience personnelle des erreurs que j’ai commises.

De manière à en tirer des leçons.

Parce que vous le savez, lorsque l’on a des responsabilités très lourdes, beaucoup de gens – si vous réussissez un temps soit peu dans ce que vous faites- vous perçoivent comme une espèce de héros. Comme quelqu’un qui aurait de très grandes capacités ou des grandes compétences et donc vous n’avez pas envie de les décevoir et de vous enfermer dans l’image que les autres peuvent avoir de vous et finalement que vous vous donnez à vous-même.

Et je pense qu’à l’instant présent, c’est non seulement l’humilité mais la remise en question qui s’impose à moi.

De manière à vérifier chaque jour, à ne pas commettre de fautes, d’erreurs.

De ne pas viser plus haut que ce que je suis capable de faire en terme d’efforts, de réussite. Autrement dit d’être pleinement homme et ne pas se vouloir plus qu’un homme au-dessus des autres. Et je me permettrais de rajouter ce qu’enseigne le Baal Chem Tov, à savoir que "l’homme est le bégaiement de D-ieu". Il faut savoir parfois accepter de ne pouvoir bégayer et pas toujours parler parfaitement pour rien.

PIERRE GANDUS :

Vous parliez à l’instant de cette prise de conscience personnelle.

Je suppose que vous-même, vous vous posez des questions sur ce qui vous a poussé à agir ainsi.

Est-ce que vous avez un début de réponse ?

GILLES BERNHEIM :

Qu’est-ce qui pousse à agir ainsi ?

Vous savez ce que m’a rapporté l’histoire de l’agrégation ?

Je n’en ai jamais profité.

Je n‘ai jamais demandé un bénéfice, un profit, un poste, un avantage quelconque.

Que ce soit en termes de situation, que ce soit en termes d’argent, de représentation.

Là où j’ai été pour parler, pour enseigner, pour partager la Torah à l‘épreuve du monde, c’est-à-dire la pensée de la Torah à l’épreuve de la pensée occidentale, je l’ai fait oralement, sans notes, rarement avec des notes.

Ce qui nécessite une certaine compétence, un vrai travail de préparation, de réflexion, de clarté, de pédagogie.

Lorsque vous débattez avec de grands philosophes contemporains, avec ou sans titre d’agrégation, que vous débattez sans notes, vous n’existez que si vous êtes à la hauteur, si vous maitrisez votre savoir et ensuite c’est aux autres d’en juger.

De juger de la qualité de vos prestations.

Et vous savez depuis tant d’années, c’est-à-dire depuis 1978 où je suis rabbin, à Paris, en France, en Europe, en Israël et ailleurs, les débats publics ont été très nombreux. L’enseignement de la Torah, j’en parlais tout à l’heure, je l’ai pratiqué dans le cadre de l’aumônerie des étudiants puis de la Synagogue de la Victoire. Ces enseignements ont été multiples. Enseignement sans notes, dont des générations et des générations d’étudiants ont fait leur vie, se souviennent et ce sont eux qui peuvent en témoigner. Le livre en hébreu devant l’orateur et c’est tout.

Que vous dire d’autre ?

PIERRE GANDUS :

Internet où tout se dit sans limites s’est très vite emparé de cette affaire avec aussi bien des comités de soutien à votre encontre que des collectifs appelant à votre démission. Ce soir, que dites-vous à ceux qui nous écoutent ?

Allez-vous démissionner ou rester à votre poste ?

J’ajoute d’ailleurs que certains de ceux qui veulent votre démission vous ont menacé de nouvelles révélations si vous vous maintenez à votre poste.

GILLES BERNHEIM :

Permettez-moi de dire une chose très simple.

C’est que démissionner sur une initiative personnelle relèverait d’une désertion.

Que, par ailleurs, ce ne serait pas conforme à ce que j’ai toujours été dans la vie privée et dans la vie publique. À savoir un homme qui sait prendre ses responsabilités.

J’ajouterais également que ce serait un acte d’orgueil alors que je dois agir aujourd’hui dans la plus grande humilité.

Et puis permettez-moi de dire pour terminer que ce serait contraire à la collégialité qui préside à une telle décision.

Je crois que mon propos est très clair, je travaille, j’assume ma fonction pleinement. Les menaces sont évidemment toujours très brutales et ont pour finalité d’exercer une forme de violence, de casser la personne.

Je suis solide et, dans cette esprit de collégialité dont je viens de parler, j’assume chaque jour pleinement ma fonction de Grand Rabbin de France.

PIERRE GANDUS :

Donc vous ne démissionnez pas.

Est-ce que le Consistoire central vous soutient ?

GILLES BERNHEIM :

Le Consistoire central est un ensemble de personnes.

Il y a des gens qui me soutiennent, il y a des gens qui me soutiennent moyennement, il y a des gens qui s’opposent à moi, d’autres qui ne me soutiennent pas du tout.

Il y a un peu de tout si vous me permettez cette expression.

Vous savez, des gens qui vous soutiennent, des gens qui s’opposent à vous, cela a toujours existé. J’en ai vécu des situations d’opposition, voire de confrontations violentes.

Rappelez-vous en 2008, l’élection au poste de Grand Rabbin de France, rappelez-vous d’autres situations antérieures…

J’assume. Il n’y a que les gens qui ne s’engagent pas qui n’ont aucun ennemi, aucun adversaire et qui, quelque part, survivent à toutes les situations parce qu’ils sont passés entre les gouttes d’eau.

PIERRE GANDUS :

Je voudrais à présent aborder votre travail comme GRF, vous en en parliez à l’instant.

Avec votre équipe, je le disais au début de cette émission, vous avez imprimé une nouvelle image au judaïsme français.

Plus moderne, plus dynamique, plus en phase avec la situation française.

Vous avez été de tous les combats comme pour redonner un nouveau souffle au rabbinat français, réformer le séminaire israélite : rendre plus saine la filière de la cacherout en France ; se battre contre ceux qui voulaient interdire l’abattage rituel avec le Grand Rabbin Bruno Fison ; le dossier des circoncisions avec le Grand rabbin Moshe Lewine qui est aussi votre porte-parole ; celui des derniers devoirs dus aux morts avec le Grand Rabbin Claude Mamane.

Vous avez alerté les pouvoirs publics sur la résurgence de l’antisémitisme en France. Vous avez rendu visite à de très nombreuses communautés juives à travers toute la France.

Un travail de tous les jours avec une équipe qui est à vos côtés depuis quatre ans et, pour certains, depuis bien plus longtemps.

Qu’avez-vous envie de leur dire ce soir et que dites-vous aux juifs de France qui vous ont soutenus, qui ont cru en vous pour tout ce que je viens d’énoncer.

GILLES BERNHEIM :

Ce que je voudrais leur dire c’est qu’une épreuve, traverser une épreuve comme celle que je traverse, comme celle que ma famille, mes proches, mes collaborateurs et collaboratrices traversent doit rendre plus fort.

Être plus fort, tirer des leçons, ne pas commettre à nouveau les mêmes erreurs, afin d’aller de l’avant…

La Techouva n’existe qu’à condition que l’on sache ne pas répéter les mêmes fautes.

Et donc être plus exigeant, beaucoup plus vigilant après que ce que l’on n’était avant. C’est la première chose que je veux leur dire.

La deuxième chose, c’est au sujet de l’image que j’ai de la communauté, l’idée que je me fais du judaïsme en France – et je voudrais associer le Grand Rabin Haim Korsia qui n’a pas été mentionné tout à l’heure parmi mes collaborateurs et il y en a encore d’autres, qu’ils ne se vexent pas de ne pas être tous rappelés ce soir –, pour imprimer au judaïsme en France un souffle important.

Et quand je dis un souffle, une plus grande proximité entre les Juifs et les non Juifs. Une plus grande proximité entre toutes sortes de Juifs.

Ceux qui pratiquent et ceux qui ne pratiquent pas et ceux qui sont "tièdes".

C’est à dire non pas un judaïsme de clans où il y aurait différents types de Juifs… mais sans lien entre eux.

C’est très difficile parce que cela exige du respect, parfois de la tolérance.

Beaucoup de patience, là où des gens veulent réussir très vite et valoriser leurs réseaux parce qu’ils ont leurs intérêts.

Et c’est vrai que ce travail doit être poursuivi.

C’est ce que je souhaiterais accomplir si la communauté m’accorde sa confiance et si l’histoire me permet de continuer comme je le souhaite, d’aller de l’avant.

Vous avez parlé de l’école rabbinique.

Il y a là un gros chantier qui a été confié au Grand rabbin Kauffman et je l’épaulerai autant que faire se peut avec la commission administrative de l’École rabbinique.

Avec l’amitié, le soutien et la confiance du président du Consistoire central.

Et puis le travail social, le travail interreligieux.

Vous avez parlé de la cacherout, vous avez parlé de la formation continue des rabbins.

Cette formation continue que nous donnons aux rabbins, c’est pour leur permettre de mieux affronter les problèmes des familles, les problèmes sociaux, les problèmes économiques.

Pour pouvoir apporter des réponses, orienter les gens.

Pour pouvoir être de vrais relais lorsque les problèmes se posent à eux dans la communauté. C’est là le travail qui a été accompli déjà depuis quelques années maintenant.

Dans les hôpitaux, avec l’aumônerie des hôpitaux, c’est extrêmement important parce que nous savons que c’est dans les moments de souffrance que les gens réfléchissent, ont besoin des autres, veulent aller de l’avant.

Parfois ils ont des choix cruciaux à faire.

Et l’aumônier des hôpitaux est là pour aider ceux qui sont en grande souffrance ainsi que leurs familles. Je n’ai fait que recenser quelques tâches importantes, il y en beaucoup d’autres.

Le travail dans les petites communautés, les voyages, les visites, les encouragements, les enseignements et surtout, surtout, surtout, dispenser un enseignement de Torah qui parle à toutes sortes de juifs.

Qui leur donne à penser.

Que ce soit dans un langage simple ou que ce soit dans un langage intellectuel mais une Torah qui élève, qui donne l’amour de l’autre. Une Torah qui n’exclut pas, une Torah qui relie.

Et c’est cette Torah que je continuerai à enseigner chaque jour, chaque semaine et, sans doute après l’épreuve que je traverse, une Torah que je veux enseigner encore beaucoup plus et plus encore l’étudier moi-même chaque jour.

PIERRE GANDUS :

Dernier question : comment avez-vous l’intention de renouer les fils de la confiance qui se sont établis entre vous et la communauté juive ?

Entre vous et les gens qui travaillent avec vous au quotidien ?

GILLES BERNHEIM :

Ce sont en fait deux questions.

D’une part avec la communauté, d’autre part avec ceux qui travaillent avec moi au quotidien, et cela c’est important de le dire.

Pour commencer, ceux qui travaillent avec moi au quotidien peuvent être déçus, peuvent avoir l’impression d’avoir été trompés ou d’avoir été trahis.

Il m’appartient de demander pardon à ceux que j’ai pu décevoir, de leur dire et qu’ils puissent l’entendre. C’est comme demander pardon à ses proches.

Parce que les proches souffrent dans cette épreuve. Les proches, ce sont les amis, la famille, et la famille représente, pardonnez-moi l’expression, la partie la plus intime.

Et puis vis à vis de la communauté, c’est un problème d’images.

Elle est à restaurer, à reconstruire.

Ceci étant, dans l’activité rabbinique qui est la mienne depuis près de quatre ans et demi, je n’ai pas commis de fautes et l’histoire de l’agrégation, l’histoire des emprunts ou des plagiats, ce sont des faits importants, moralement graves, mais je n’ai pas commis de fautes dans l’exercice de ma fonction, dans l’attachement aux causes qui sont les miennes.

Dans l’accomplissement des nombreuses obligations qui me sont conférées et cela m’aidera à retisser, à reconstruire une image de confiance, je l’espère, si D-ieu le veut, avec l’aide du Tout Puissant.

PIERRE GANDUS :

Gilles Bernheim, merci pour ce moment de franchise et de vérité sur Radio Shalom. C’est la fin de cette émission.

Bonne soirée.

Interview réalisée par Pierre Gandus

German Fascination With Degrees Claims Latest Victim: Education Minister

Nicholas Kulish and Chris Cottrel

The New York Times

February 9, 2013

BERLIN — For 32 years, the German education minister’s 351-page dissertation sat on a shelf at Heinrich Heine University in Düsseldorf gathering dust while its author pursued a successful political career that carried her to the highest circles of the German government.

The academic work was a time bomb, however, and it exploded last year when an anonymous blogger published a catalog of passages suspected of having been lifted from other publications without proper attribution.

The university revoked the doctorate of the minister, Prof. Dr. Annette Schavan, on Tuesday (she retains the title pending appeal), and on Saturday she was forced to resign her cabinet post. It was the second time a minister had resigned from the government of Chancellor Angela Merkel over plagiarism in less than two years.

In an emotional news conference, Dr. Schavan said that she would sue to win back the doctorate, but in the meantime she would resign for the greater good. “First the country, then the party and then yourself,” she said.

Standing beside her, Dr. Merkel, who herself has a doctorate from the University of Leipzig, said that she accepted Dr. Schavan’s resignation “only with a very heavy heart,” but that politically there was no alternative.

Coming after Karl-Theodor zu Guttenberg was forced to step down as defense minister over plagiarism charges in 2011, Dr. Schavan’s déjà-vu scandal can only hurt Dr. Merkel ahead of September’s parliamentary election. But the two ministers are far from the only German officials to have recently had their postgraduate degrees revoked amid accusations of academic dishonesty, prompting national soul-searching about what the cases reveal about the German character.

Germans place a greater premium on doctorates than Americans do as marks of distinction and erudition. According to the Web site Research in Germany, about 25,000 Germans earn doctorates each year, the most in Europe and about twice the per capita rate of the United States.

Many Germans believe the scandals are rooted in their abiding respect, and even lust, for academic accolades, including the use of Prof. before Dr. and occasionally Dr. Dr. for those with two doctoral degrees. Prof. Dr. Volker Rieble, a law professor at Ludwig Maximilian University of Munich, calls this obsession “title arousal.”

“In other countries people aren’t as vain about their titles,” he said. “With this obsession for titles, of course, comes title envy.”

A surprising number of doctors of nonmedical subjects like literature and sociology put “Dr.” on their mailboxes and telephone-directory listings. The Web site of the German Parliament, the Bundestag, shows that 125 of 622 people elected to the current Parliament (including Dr. Schavan and Mr. Guttenberg) had doctorates when sworn in.

Dr. Merkel appointed Prof. Dr. Johanna Wanka, the state minister of science and culture in Lower Saxony, to take over Dr. Schavan’s position. Prof. Dr. Wanka got her doctorate in 1980, the same year as Dr. Schavan.

The finance minister, Wolfgang Schäuble, is a doctor of law. The vice chancellor, Philipp Rösler, is an ophthalmologist and thus the only one most Americans would call “doctor.”

For the plagiarism scalp hunters, the abundance of titles provides what in military circles is known as a target-rich environment, and digging up academic deception by politicians has become an unlikely political blood sport.

There is even a collaborative, wiki-style platform where people can anonymously inspect academic texts, known as VroniPlag.

Here in the homeland of schadenfreude, the zeal for unmasking academic frauds also reflects certain Teutonic traits, including a rigid adherence to principle and a know-it-all streak. “I just think that many Germans have a police gene in their genetic makeup,” Dr. Rieble said.

The University of Heidelberg revoked the doctorate of Silvana Koch-Mehrin, former vice president of the European Parliament and a leading member of Germany’s Free Democratic Party, in 2011, and she is still fighting the charges in court.

Another German member of the European Parliament, Jorgo Chatzimarkakis, saw his doctorate of philosophy revoked by the University of Bonn in 2011 after the VroniPlag Web site uncovered a number of dubious passages. Florian Graf, head of the Christian Democrats’ delegation in the Berlin city legislature, lost his Ph.D. last year after admitting to copying from other scholars’ works without properly crediting them.

In many countries, busy professionals with little interest in tenure-track positions at universities do not tend to bother writing dissertations. In Germany, academic titles provide an ego boost that lures even businesspeople to pursue them.

Prof. Dr. Debora Weber-Wulff, a plagiarism expert at the University of Applied Sciences in Berlin and an active participant in VroniPlag, suggested getting rid of superfluous doctoral titles outside of academia. “A doctor only has meaning at a university or in academia,” she told German television. “It has no business on political placards.”

But she is originally from Pennsylvania. Here the attitudes are deeply ingrained, and few think habits will change anytime soon. “It is a proof that you can handle academic stuff and that you can keep on task for quite a while,” Dr. Peter Richter, a correspondent in New York for the newspaper Süddeutsche Zeitung, said in an e-mail.

It can be a shock to Americans unfamiliar with the practice, as Dr. Richter has experienced in New York. “Here people instantly think that I’m a medicine man when they read my name,” he said.

Even within Germany the practice differs by region, he said, with those in the conservative south insisting on titles more than those in northern cities like Hamburg. There are other divides, with many members of the counterculture generation of 1968 rejecting titles, though many have come to enjoy them as they have grown older.

Dr. Schavan, 57, whose parliamentary district is in the southwestern state of Baden-Württemberg, was granted her doctorate in 1980; her dissertation was titled “Person and Conscience.” Despite that title, she was not shy about chastising Mr. Guttenberg, once an up-and-coming star from neighboring Bavaria, when his plagiarism scandal struck in 2011. One of her fellow cabinet member’s most prominent and outspoken critics, she told Süddeutsche Zeitung that she was “ashamed, and not just secretly,” about the charges against him.

The accusations against Dr. Schavan surfaced the following year on a bare-bones, anonymous Web site. The accusations were particularly significant for Dr. Schavan because she led the federal Ministry of Education and Research.

When Dr. Schavan’s doctorate was revoked, Dr. Merkel said through a spokesman that she had “complete trust” in her. While that may have sounded like a show of support, it was also exactly the same phrase she used for Mr. Guttenberg, right before he had to resign for plagiarizing passages of his dissertation.

Unlike Mr. Guttenberg, Dr. Schavan was widely known to be a friend and a confidante of Dr. Merkel’s, but few here expected that to save her job. The two women met privately on Friday evening to discuss the matter, announced at the chancellery building on a snowy Saturday afternoon. Dr. Merkel was unstinting in her praise for the departing minister but ultimately chose politics over personal ties.

“A health minister doesn’t need to be a medical doctor, but if he is one, then he can’t have committed malpractice,” Dr. Rieble said. “An education minister doesn’t need to have a Ph.D., but if he does, then his dissertation cannot be plagiarized.”

Victor Homola contributed reporting.

Voir par ailleurs:

The cheating epidemic at Britain’s universities

A cheating epidemic is sweeping universities with thousands of students caught plagiarising, trying to bribe lecturers and buying essays from the internet.

David Barrett

The Daily Telegraph

05 Mar 2011

A survey of more than 80 universities has revealed that academic misconduct is soaring at institutions across the country.

See the full list of cheating incidents at British universities

More than 17,000 incidents of cheating were recorded by universities in the 2009-10 academic year – up at least 50 per cent in four years.

But the true figure will be far higher because many were only able to provide details of the most serious cases and let lecturers deal with less serious offences.

Only a handful of students were expelled for their misdemeanours among those universities which disclosed how cheats were punished.

Most of the incidents were plagiarism in essays and other coursework, but others examples include:

* Three cases categorised as "impersonation" by Derby University and three at Coventry, along with 10 "uses of unauthorised technology"

* Kent University reported at least one case where a student attempted to "influence a teacher or examiner improperly".

* At the University of East Anglia students submitted pieces of work which contained identical errors, while others completed reports which were "almost identical to that of another student", a spokesman said, while one was caught copying sections from the Wikipedia website.

* A student sitting an exam at the University of the West of Scotland was caught with notes stored in an MP3 player.

* A Bradford University undergraduate completed work at home, smuggled it into an examination then claimed it had been written during the test.

* The University of Central Lancashire, at Preston, reported students had been caught using a "listening and/or communications device" during examinations.

* Keele undergraduates sitting exams were found to have concealed notes in the lavatory, stored on a mobile telephone and written on tissues while two students were found guilty of "falsifying a mentor’s signature on practice assessment documents to gain academic benefit".

Many institutions reported students buying coursework from internet-based essay-writing companies.

Dozens of websites offering the services are available on the web, providing bespoke essays for fees of £150 and upwards. Some offer "guaranteed first class honours" essays at extra cost and many "guarantee confidentiality and privacy" – hinting that the essays can be used to cheat.

In one website offering "creative, unique, original, credible" essays, a testimonial from a previous customer says: "I am very satisfied with my order because I got the expected result."

There are even sites which offer express services, while many claim the work is written by people with postgraduate qualifications.

Nottingham Trent discovered examples of bespoke essays, and Newcastle reported three cases of essays being purchased from a third party.

Two students bought work at Salford and cases were also reported at East London University, Greenwich and London South Bank, which uncovered three incidents.

Professor Geoffrey Alderman, from the University of Buckingham, who is a long-standing critic of falling standards in higher education, said: "I think it is a pretty depressing picture.

"It is worrying that students now resort to cheating on such a widespread scale and that the punishments on the whole are not robust enough.

"In my book it should be ‘two strikes and you’re out’.

"Although universities are perhaps better than they were at detecting certain types of cheating, such as plagiarism, when I talk to colleagues across the sector there is a view that cheating has increased."

Professor Alderman said the style of teaching and assessment now used at some institutions was partly to blame for the rise in academic dishonesty.

"There has been a move away from unseen written examinations and most university degree courses are now assessed through term papers, which makes it more tempting to commit plagiarism," he said.

"I advocate a return to the situation where it is impossible to pass a degree unit without achieving a minimum score in an unseen written test."

The survey exposed for the first time a huge leap in the number of incidents compared with just four years earlier, with a 53 per cent jump from 9,100 to 14,200 among the 70 institutions able to provide comparable data.

Cheating was reported widely among undergraduates but there were also significant numbers reported among postgraduates. For example, Loughborough reported 151 incidents last year of which 43 were committed by postgraduates.

Greenwich University had the largest number of incidents overall, with 916, compared with 540 in 2005-06, but this may indicate the south-east London institution is more successful at detecting cheating than other universities.

Sheffield Hallam had the second largest number with 801 last year, more than 500 of which were for plagiarism.

The institution had 35,400 students which means 2.3 per cent were caught cheating.

East London University said that among its 733 cases of cheating last year there were 612 of plagiarism, 50 of collusion, 49 of "importation" and three where students had bought work.

One student at Kingston falsified paperwork supporting their application for "mitigating circumstances", in a bid to win higher marks, and at the same institution 14 students were caught out when their mobile rang in the examination hall.

At Leicester, an undergraduate forged a medical certificate before taking an exam.

In 2005-06, Liverpool recorded two cases where a student was impersonating another examination candidate, and one candidate at London South Bank took an "annotated calculator" into the examination hall.

Few cheating students saw their academic careers brought to an end. Durham expelled four students last year for smuggling unauthorised material into exams or plagiarism, and one was expelled in 2005-06.

Goldsmith’s dismissed four students last year – undergraduates in history, politics, psychology and sociology.

Oxford reported 12 cases of academic misconduct, including plagiarism, last year and in two cases students were expelled, while others were marked down.

The university fined one student £100 for taking revision notes into an examination and imposed other fines for talking in an exam and taking mobile telephones into the examination hall.

Bournemouth University proved 53 cases of cheating last year but none of the students was expelled. Instead, most were marked down to nil marks for that piece of coursework or exam.

From Cardiff’s 301 cases of cheating last year, none was expelled but in one case a recommendation was made that the vice-chancellor should disqualify the student from further exams. The remainder of the offenders were reprimanded, marked down or sent on a "study skills" course.

Queen Mary reported one expulsion – for an exam offence and ghostwriting – last year out of 74 cases of cheating.

Voir enfin:

Comment devenir docteur en sociologie sans posséder le métier de sociologue ?1

Bernard Lahire

Revue européenne des sciences sociales

2002

Abstract

Peut-on devenir docteur en sociologie sans avoir acquis les compétences constitutives du métier de sociologue ? Une telle interrogation peut paraître provocatrice. Or, l’examen rigoureux et détaillé d’une thèse soutenue le 7 avril 2001 à l’université de Paris V, sous la direction de Michel Maffesoli (G. Elizabeth Hanselmann-Teissier, Situation épistémologique de l’astrologie à travers l’ambivalence fascination/rejet dans les sociétés postmoderne), conduit malheureusement à émettre une réponse positive à une question apparemment saugrenue. L’objectif premier de cet article est d’apporter les multiples preuves de l’absence de sociologie (de point de vue sociologique, de problématique, de rigueur conceptuelle, de dispositif de recherche débouchant sur la production de données empiriques…) dans la thèse en question. Mais le jugement sur ce cas précis fait apparaître, en conclusion, l’urgence qu’il y a à engager une réflexion collective sur les conditions d’entrée dans le métier de sociologue.

1Le samedi 7 avril 2001, Madame G. Elizabeth Hanselmann-Teissier (connue publiquement sous le nom d’Elizabeth Teissier) soutenait une thèse de sociologie (intitulée Situation épistémologique de l’astrologie à travers l’ambivalence ­fascination/rejet dans les sociétés postmodernes) à l’Université Paris V, sous la direction de Michel Maffesoli2. Les membres présents de son jury – il s’agissait, outre son directeur de thèse, de Serge Moscovici3, Françoise Bonardel4 et Patrick Tacussel5 (Gilbert Durand6 s’étant excusé de ne pouvoir être présent et Patrick Watier7 n’ayant pu se rendre à la soutenance en raison de grèves de train) – lui ont accordé la mention « Très honorable ». Cette mention est la plus haute qu’un candidat puisse recevoir et le fait qu’elle ne soit pas assortie des félicitations du jury n’ôte rien à l’appréciation très positive qu’elle manifeste (de nombreux universitaires rigoureux ne délivrant la mention « très honorable avec les félicitations » que dans les cas de thèses particulièrement remarquables). Deux professeurs avaient préalablement donné un avis favorable à la soutenance de cette thèse sur la base d’une lecture du document : Patrick Tacussel et Patrick Watier. Formellement, Madame Elizabeth Teissier est donc aujourd’hui docteur en sociologie de l’université de Paris V et peut – entre autres choses – prétendre, à ce titre, enseigner comme chargée de cours dans les universités, solliciter sa qualification afin de se présenter à des postes de maître de conférences ou déposer un dossier de candidature à un poste de chargée de recherche au CNRS.

8 Un tel travail de lecture demande beaucoup de temps et porte plus que l’ombre du doute sur les lec (…)

2Une lecture rigoureuse et précise de la thèse dans son entier (qui fait environ 900 pages8 si l’on inclut l’annexe intitulée « Quelques preuves irréfutables en faveur de l’influence planétaire », p. XII-XL) conduit à un jugement assez simple : la thèse d’E. Teissier n’est, à aucun moment ni en aucune manière, une thèse de sociologie. Il n’est pas même question d’un degré moindre de qualité (une « mauvaise » thèse de sociologie ou une thèse « moyenne »), mais d’une totale absence de point de vue sociologique, ainsi que d’hypothèses, de méthodes et de « données empiriques » de nature sociologique.

3Ce sont les différents éléments qui nous conduisent à ce jugement que nous voudrions expliciter au cours de cet article en faisant apparaître que la thèse 1) ne fait que développer un point de vue d’astrologue et 2) est dépourvue de tout ce qui caractérise un travail scientifique de nature sociologique (problématique, rigueur conceptuelle, dispositif de recherche débouchant sur la production de données empiriques…). Enfin, nous conclurons sur le fait que, s’il vaut la peine de faire l’analyse critique de cette thèse, c’est parce que celle-ci n’a rien d’anodin ou d’anecdotique et qu’elle remet gravement en cause la crédibilité scientifique de la sociologie et de tous les sociologues qui font leur métier et forment les étudiants avec toute la rigueur requise : si c’est bien la personnalité d’une astrologue connue des médias qui a été à l’origine de l’intérêt public porté à la soutenance, un tel événement pose au fond la question plus générale du fonctionnement collectif de notre discipline.

Un point de vue d’astrologue

9 C’est pour cela que nous ne pouvons pas suivre Jean Copans (« La sociologie, astrologie des scienc (…)

4Que l’astrologie (l’existence bien réelle d’astrologues), les modes d’usage et les usagers (à faible ou forte croyance) de l’astrologie constituent des faits sociaux sociologiquement étudiables, que l’on puisse rationnellement (et notamment sociologiquement ou ethnologiquement, mais aussi du point de vue d’une histoire des savoirs) étudier des faits scientifiquement perçus comme irrationnels, qu’aucun sociologue n’ait à décider du degré de dignité des objets sociologiquement étudiables (en ce sens l’astrologie comme fait social est tout aussi légitimement étudiable que les pratiques sportives, le système scolaire ou l’usage du portable), qu’un étudiant ou une étudiante en sociologie puisse prendre pour objet d’étude une réalité par rapport à laquelle il a été ou demeure impliqué (travailleur social menant une recherche sur le travail social, instituteur faisant une thèse de sociologie de l’éducation, sportif ou ancien sportif pratiquant la sociologie du sport…), ne fait à nos yeux aucun doute et si les critiques adressées à Michel Maffesoli et aux membres du jury étaient de cette nature, nul doute que nous nous rangerions sans difficulté aux côtés de ceux-ci. Tout est étudiable sociologiquement, aucun objet n’est a priori plus digne d’intérêt qu’un autre, aucun moralisme ni aucune hiérarchie ne doit s’imposer en matière de choix des objets9, seule la manière de les traiter doit compter.

10 Tout ce que nous mettons entre guillemets dans ce texte sont des extraits de la thèse. Les italiqu (…)

5Mais de quelle manière E. Teissier nous parle-t-elle d’astrologie tout au long de ses 900 pages ? Qu’est-ce qui oriente et structure son propos ? La réponse est assez simple, car il n’y a aucune ambiguïté possible sur ce point : le texte d’E. Teissier manifeste un point de vue d’astrologue qui défend sa « science des astres » du début jusqu’à la fin de son texte, sans repos. Et pour ne pas donner au lecteur le sentiment d’un parti-pris déformant, nous multiplierons les extraits tirés du texte de la thèse en indiquant entre parenthèses la référence des pages (afin de donner la possibilité de retourner aisément au texte)10.

Des commentaires astrologiques

6La première caractéristique notable de cette thèse est l’absence de distance vis-à-vis de l’astrologie. On y découvre de nombreux commentaires astrologiques sur des personnes, des événements, des époques. Par exemple, sous le titre « Application de la méthode astrologique : l’analyse du ciel natal d’André ­Malraux », les pages 120 à 131 de la thèse relèvent clairement d’une « analyse astrologique » de la destinée de l’écrivain et ancien ministre (« plutonien grand teint »). M. Weber est qualifié de « taureau pragmatique » (p. 38) et l’on « apprend » diversement que G. Simmel est « Poisson », que W. Dilthey est « Scorpion », que le psychologue C. G. Jung est « Lion » (p. 250), que l’ancien PDG d’Antenne 2, Marcel Jullian, est « Verseau », etc. À chaque fois l’auteur, nous gratifie d’une analyse mettant en correspondance le « ciel natal » de la personnalité et sa pensée :

« Par ailleurs, nous découvrîmes que, par exemple, les systèmes philosophiques et religieux étaient en correspondance avec leurs auteurs via leurs personnalités. [...] Autrement dit, qu’ils étaient hautement relatifs et ne pouvaient être qu’à l’image de leurs concepteurs, résultante d’un regard unique, celui de leur ciel natal. » (p. XI)

« L’astrologue n’est pas étonné de constater une amusante convergence entre ce côté ‘flottant’, mouvant, quelque peu imprécis ou fantasque et les Poissons, signe astrologique de Simmel; le signe par excellence, avec le cancer (autre signe d’eau) [...] de la mobilité adaptable, de la rêverie, du sens de l’illimité et du cosmique, d’une intuition fine et sensorielle. Signe double de surcroît, reflétant la dualité fondamentale de la philosophie simmelienne [...]. C’est à ses planètes en Verseau que Simmel doit son goût pour l’altérité, la communication, mais aussi son originalité, son amour du paradoxe et sa nature imprévisible. » (note 47, p. 34)

« Petit clin d’œil de l’astrologue : Dilthey, créateur d’une nouvelle théorie de la connaissance fondée sur la compréhension, né le 19 novembre 1833, était Scorpion et théologien de formation… » (note 91, p. 61)

« après avoir démontré par un exemple concret (l’analyse du ciel natal d’André Malraux) l’application pratique, venons-en à son histoire » (p. 132)

« Puisqu’il s’agit ici de rendre également compte d’une expérience personnelle… en effet, c’est à l’âge de 14 ans et demi (à la mi-temps du cycle de Saturne, planète de la réalisation de soi, surtout pour le Saturnien qu’est le Capricorne) qu’est né notre éveil pour l’astrologie. » (p. 288)

« Elle [l’astrologie] participe de cette mutation culturelle, scientifique, philosophique et morale de notre époque [...] au même titre que l’idée de solidarité et de fraternité libertaire incluses dans le symbolisme du Verseau. » (p. 509)

7E. Teissier est d’ailleurs très claire quant à la primauté de l’explication astrologique sur tout autre point de vue (dont le point de vue sociologique qu’elle est censée mettre en œuvre dans le cadre d’une thèse de sociologie) pour comprendre les faits sociaux. Critiquant une citation de Serge Moscovici qui évoque les causes sociales des crises, elle écrit : « il nous semble qu’il occulte en l’occurrence la dimension cosmique desdits phénomènes; une dimension qui, selon le paradigme astrologique – et notre conviction – vient coiffer le social. En effet, le social est loin d’expliquer toutes les ‘crises… qui se produisent dans la société’. À preuve les actions totalement illogiques, non linéaires, non-logiques et inexplicables autrement que par le paramètre astral qui joue alors le rôle de paramètre éclairant et englobant coiffant le non-logique apparent. » (p. 525). C’est l’astrologie qui explique les faits psychologiques, sociaux et historiques :

[Dans le cadre d’une partie intitulée « La cyclicité planétaire », p. 265-271] « Mais il va de soi que ce sont les mêmes astres avec leurs harmonies et leurs dissonances qui jouent sur les destins individuels. » (p. 268); « Jusqu’au jour où nous réalisons que le 2 décembre correspond à une position de Soleil de 9-10° en Sagittaire, qui se trouvait très impliquée dans le thème de Napoléon Bonaparte » (p. 269); « Le mystère s’éclaircit dès lors que l’on a recours au sésame astrologique : hasard exclu ! »; « Quant aux songes répétitifs, ils s’expliquent par l’angle que fait Neptune (rêves) avec ce même point en Scorpion (10 novembre). CQFD » (p. 270)

« Cette lettre et notre réponse, reproduites in extenso [...] sont aussi un exemple significatif du désarroi psychologique dans lequel peuvent nous plonger certaines dissonances planétaires » (p. 321)

« C’est ainsi que nous avons été en mesure de prévoir, entre autres, le krach boursier du 19 octobre 1987, ainsi que de nombreuses turbulences boursières exceptionnelles, souvent assimilées à des mini-krachs… » (p. 432)

« Signalons que, pour l’astrologue, cette période de convulsions sociologiques et philosophiques ne s’inscrit pas dans le hasard, mais se trouve reflétée par les grands cycles cosmiques. » (p. 830)

8Et c’est E. Teissier qui conclut elle-même son premier tome par un lapsus (sociologiquement compréhensible) ou un aveu, comme on voudra, consistant à parler de sa réflexion comme relevant d’un travail d’astrologue et non de sociologue : « Le travail de l’astrologue sera maintenant d’interpréter ces données, de tenter aussi de les expliquer. Et ce, ainsi que nous sommes convenus depuis notre étude, à travers l’outil de la compréhension. Rappelons-nous en quels termes Weber définit la sociologie dans Wirtschaft und Gesellschaft… » (p. 463)

9L’astrologie est à ce point structurante du propos que, bien souvent, la manière dont E. Teissier conçoit son rapport à la sociologie consiste à puiser dans les textes de sociologues des éléments qui lui « font penser » à ce que dit ou fait l’astrologie. Dans la sociologie, une astrologie sommeille :

[À propos de la notion astrologique d’interdépendance universelle] « Une notion qui, en sociologie, peut être rapprochée du Zusammenhang des Lebens (liaison du vécu au quotidien) de Dilthey, d’une cohérence de la vie où chaque élément est pris en compte et complète le donné social » (p. XIV)

« À noter que la typologie zodiacale rappelle la théorie wébérienne de l’idéal-type, dans la mesure où chaque signe correspond au prototype purement théorique d’une personnalité, en liaison avec le symbolisme du signe. » (p. 248)

« Plus concrètement, cette empathie, pierre angulaire de la consultation, oblige l’astrologue à se mettre à la place de son consultant, d’entrer en quelque sorte dans sa peau afin de comprendre son fonctionnement psychologique. On peut en l’occurrence transposer ici la parole de Weber, afférente à la démarche cognitive de l’observateur en sociologie. [...] En réalité, cette sympathie, cette empathie par rapport à l’expérience d’autrui, une des clefs de la sociologie compréhensive, est aussi le sésame de tout praticien, dont l’objet est la psyché humaine. L’idéal-type de l’astrologue devra, même si c’est difficile, satisfaire à ces conditions opérationnelles de la consultation en engageant la totalité de son être. » (p. 390)

Point de vue normatif et envolées prophétiques

11 M. Maffesoli, « Éloge de la connaissance ordinaire », Le Monde daté du 24 avril 2001.

10Le point de vue sociologique n’est pas un point de vue normatif porté sur le monde. Le sociologue n’a pas, dans son étude des faits sociaux, à dire le bien et le mal, à prendre partie ou à rejeter, à aimer ou à ne pas aimer, à faire l’éloge11 ou à condamner. En l’occurrence, une sociologie de tel ou tel aspect du « fait astrologique » ne doit en aucun cas se prononcer en faveur ou en défaveur de l’astrologie, dire si c’est une bonne ou une mauvaise chose. Or, Elizabeth Teissier demeure en permanence dans l’évaluation normative des situations, des personnes et des points de vue, prouvant qu’elle écrit en tant qu’astrologue et non en tant que sociologue des pratiques astrologiques. Ce jugement normatif se manifeste, comme nous le verrons tout au long de ce rapport de lecture, à différents niveaux :

12 Nous ne vérifierons pas ici la véracité des sentiments positifs à l’égard de l’astrologie que l’au (…)

1) Dans l’évaluation positive (défense) de l’astrologie. De ce point de vue, tous les moyens sont bons pour prouver l’intérêt de l’astrologie. E. Teissier se sert de façon générale de la légitimité des « grands » qui auraient accordé de l’intérêt pour l’astrologie12, quelle que soit la nature de leur « grandeur » (elle peut ainsi tout aussi bien citer Balzac, Goethe, Fellini, Thomas d’Aquin, Bacon, Newton, Kepler, Einstein, Jung, Laborit, le roi Juan Carlos d’Espagne ou l’ancien Président François Mitterrand) : politique, cinématographique, philosophique, littéraire et, bien sûr, scientifique.

2) Dans l’évaluation négative de la partie des astrologues jugés peu sérieux, mais aussi de la voyance et autres pratiques magiques. Si E. Teissier ne se prive pas d’être dans le jugement positif à l’égard de l’astrologie qu’elle qualifie de « sérieuse », elle n’hésite pas à porter un regard négatif sur les autres pratiques. En portant de telles appréciations, elle se comporte alors en astrologue en lutte pour le monopole de la définition de l’astrologie légitime, et nullement en sociologue :

« Qu’il s’agisse de la presse écrite, de la télévision, du minitel ou d’internet, les horoscopes foisonnent, noyés dans un contexte qui, la plupart du temps, n’est qu’une grossière caricature d’ésotérisme – voyance, cartomancie, tarots, numérologie et autres retours d’affection appartenant à l’univers magico-mystificateur de pratiques paranormales » (p. 4)

[Fustigeant ses confrères sur minitel] « rares sont les programmes vraiment sérieux – on peut les estimer à un nombre situé entre 50 et 100 – qui pratiquent une astrologie digne de ce nom. Les autres ? Des avatars plus ou moins ludiques, des cocktails habiles et mystificateurs qui usurpent le nom astrologie, leurs concepteurs nourrissant l’espoir que cela leur donnera une coloration peu ou prou scientifique » (p. 74)

« séparer le bon grain (les astrologues compétents) de l’ivraie (les exploiteurs opportunistes d’une crédulité générale latente) » (p. 294).

Critique de la « fast-astrology » d’une « pauvreté parfois consternante » (p. 305).

[Les rédacteurs en chef de magazines ou journaux acceptent de publier] « des prévisions bateau minimalistes et d’un niveau intellectuel souvent consternant » (p. 556)

3) Dans l’évaluation négative des scientifiques (astronomes notamment, mais pas seulement) qui ne veulent pas reconnaître la légitimité de la « science des astres » (cf. infra « L’astrologie victime d’un consensus socioculturel et de la domination de la ‘science officielle’ »).

4) Dans l’évaluation négative de nombres de journalistes ou de médias qui se moquent des astrologues et de l’astrologie (cf. infra « Les ‘données’ : anecdotes de la vie personnelle, médiatique et mondaine d’E. Teissier »).

13 Elle peut soutenir à d’autres moments que la vérité sort de la bouche du peuple, parce que – mythe (…)

5) Dans l’évaluation négative d’une partie du public usager des prédictions astrologiques. E. Teissier manifeste un souverain mépris, parfois teinté d’ironie ou d’une extrême condescendance, vis-à-vis d’une partie de son propre public13 :

[Dans les « appels à l’aide » du courrier, des lecteurs lancent de] « véritables cris d’alarme ou de désarroi jetés par des déprimés las de vivre et de se battre contre l’adversité » et certains « se lancent alors dans un historique englobant toute leur misérable existence et nous gratifient d’une épître interminable couvrant parfois une vingtaine de pages d’une petite écriture serrée et frileuse. » (p. 312)

[À propos d’une lectrice qui lui demande si elle croit aux envoûtements car elle pense que ses voisins marocains l’ont envoûtée et qui lui demande si elle connaît des « sorciers sérieux » qui pourraient l’aider] « Manifestement cette lectrice était affligée d’une confusion intellectuelle – sinon mentale – évidente. Car [...] elle assimilait la pratique astrologique à la magie et à la sorcellerie, auxquelles l’astrologie est totalement étrangère [...] » (p. 372)

[À propos d’un allemand qui lui envoie du courrier depuis 1981, « deux à trois lettres par semaine, parfois des petits paquets contenant des bibelots kitsch »] « Il a ainsi dépensé une véritable fortune en timbres depuis presque vingt ans qu’il s’adonne à cette déviance unilatérale, à ce monologue pervers. » (p. 377)

« Les couches les moins cultivées de la société, ouvriers et agriculteurs, sont peut-être les plus vulnérables à cette fascination globale et non discriminatoire. [...] pour peu qu’une idée soit séduisante et si possible étrange, les gens gobent sans discrimination ce qu’on leur sert, tant est profond le goût du merveilleux et mystérieux le besoin de renouer le dialogue avec l’ordre primordial, avec le cosmos. » (p. 470-471)

À propos de T. W. Adorno qui, dans un ouvrage critique sur l’astrologie, dit que celle-ci participe de l’acceptation par les dominés de l’ordre établi, E. Teissier écrit : « En l’occurrence, à quoi servirait de faire sentir à ces petites gens leur dépendance, de les appeler à la révolte ? Peut-être à les rendre plus malheureux encore qu’ils ne sont ? » (p. 582); et elle rajoute une page plus loin, sans s’apercevoir qu’elle semble parler d’elle-même : « Bref, le mépris et l’arrogance percent sans arrêt à travers ces textes, de même qu’un esprit dénué totalement de sérénité et d’objectivité. » (p. 583)

11Mais de même qu’il ne doit être ni dans l’éloge ni dans la détestation, le sociologue n’étudie que ce qui est et non ce qui sera. Or, E. Teissier annonce l’avenir à de nombreuses reprises, prophétisant ce qu’elle désire ou, comme on dit plus ordinairement, prenant ses désirs pour des réalités (à venir). Si l’astrologue critique la lecture de l’avenir dans le marc de café, elle n’hésite cependant pas elle-même à prédire l’avenir sur la base de ses simples intuitions personnelles :

« Mais notre regard se portera plus loin et tentera de se projeter sur une vision prospective, essayant de pressentir et de supputer, étant donné le contexte sociétal d’aujourd’hui, la probable évolution du phénomène bifide qui nous occupe : y aura-t-il fusion, intégration harmonieuse de cette conjonctionis oppositurum, dans une sorte de synthèse féconde, et alors quelle forme pourrait prendre cette dernière ? [...] En d’autres termes, dans quel sens ira, selon toute vraisemblance, cette mouvance sociale ? » (p. 9)

« Nous oserons même tenter une incursion imaginaire dans l’avenir, à la recherche, en quelque sorte, du temps futur et de l’évolution probable du phénomène socio-astrologique » (p. 69)

« Car la raison sèche, la raison ratiocinante a fait son temps. Voici venir l’âge d’une raison ouverte, d’une ‘raison plurielle’, réconciliée avec la passion et le vital en l’homme, sa libido – ou pulsion vitale – véhiculant à la fois sa sensibilité et son feu intérieur. » (p. 834)

« Mais les nouvelles énergies sont en marche, comme l’annonce Abellio, ‘l’incendie de la nouvelle science fera irruption dans le monde’ » (p. 850)

L’astrologie est une science, voire la plus grande des sciences

14 « [...] je n’ai lu nulle part dans sa thèse que l’astrologie était scientifique », A. Touraine, « (…)

15 Elle écrit par ailleurs : « D’autre part, la télépathie ne s’est elle pas imposée comme discipline (…)

12Contrairement à certains lecteurs pressés, et empressés de communiquer à la presse le résultat de leur précipitation, qui soutiennent que E. Teissier n’a jamais défendu l’idée que l’astrologie était une science14, une lecture exhaustive de la thèse fait apparaître très exactement le contraire. L’auteur parle diversement de la « science des astres » (à de très nombreuses reprises tout au long de la thèse) ou de « la science empirique des astres » (p. 258), de « la science par excellence de la caractérologie » (p. XI), de « la science par excellence de la personnalité » (p. 92 ou 815), de la « science de la qualité du temps » (p. 112), d’une « science empirique par définition » (p. 769) ou de « la reine des sciences » (p. 72)15. Parfois l’astrologie est considérée comme une science sociale parmi d’autres, parfois comme une « science de l’esprit » opposée aux « sciences de la nature » ou une « science humaine » (p. 98) opposée à l’astronomie comme « science de l’observation ».

« à défaut de pouvoir être classé dans les sciences exactes, s’agit-il d’un savoir à connotation scientifique – fût-ce par le biais des sciences humaines ? [...] Pour une large part, celle-ci, en tant que science empirique, est de l’ordre du vérifiable et échappe ipso facto à la notion de ‘croyance’. Car l’astrologie, en tant que système culturel cohérent, a pour ambition de déchiffrer le réel à l’aide d’un référentiel universel et permanent – l’alphabet céleste du système solaire – référentiel invariable et donc prévisible dans sa rigueur mathématico-astronomique » (p. 24-25)

« En effet, l’astrologie étant, au même titre que la psychologie, la sociologie ou la religion, une science de l’esprit [...] par opposition à une science de la nature (bien qu’elle englobe celle-ci dans son objet), il n’est pas question ici de faire appel à un positivisme rationaliste expérimental qui ne relèverait que du quantitatif » (p. 27)

« la problématique épistémologique soulevée par la nature des sciences sociales en général et par l’astrologie en particulier » (p. 48)

« Selon nous, on l’aura compris, l’astrologie est un système cohérent, mathématiquement rationnel (supra-rationnel, selon Fischler) et vérifiable d’un astrologue à l’autre, ayant pour soubassement les données astronomiques fournies par les observatoires, à l’encontre de pratiques occultes et plus ou moins gratuites. » (p. 579)

13Mais on trouve aussi, toujours dans l’ordre de la référence scientifique, des revendications de plus grande dignité et de supériorité. Non seulement l’astrologie est une science, mais c’est la plus haute des sciences :

« On peut dire en somme que sans être classable dans l’une ou l’autre de ces catégories de la connaissance, l’astrologie est une émanation partielle de chacune de ces disciplines qu’elle englobe en un système ambitieux. » (p. 22)

« Elle apparaît de ce fait comme peut-être la seule science objective de la subjectivité, avec ce qu’elle peut contenir d’hénaurme, au sens ubuesque du mot, et de dérangeant. » (p. 250)

« L’astrologie est la mathématique du tout(dans la Rome antique, les astrologues étaient d’ailleurs appelés les mathematici). Elle est holistiquement logique, au contraire d’une logique fragmentaire, linéairement rationnelle. » (p. 501)

« Que connaissaient-ils tous de cette science ? Car à nos yeux, c’en était une, une science humaine bien plus charpentée que beaucoup d’autres, qui étaient respectées, elles. D’où venait que la plus vérifiable était justement la plus tabou, la plus salie, la plus rejetée ? À croire que la vérité était maudite quelque part. » (p. 597-598)

14Il ne faut cependant pas attendre de l’auteur trop de cohérence au sujet de la scientificité de l’astrologie, car elle peut tout aussi bien soutenir à d’autres moments que ce savoir se situe entre le mythe et la science ou qu’il est finalement en lien avec la plupart des sciences humaines et sociales, la philosophie, la poésie, la religion et la mythologie. Cette variété des définitions hétérogènes participe de la volonté de mettre en évidence l’extraordinaire richesse et l’irréductible complexité de l’astrologie :

« S’appuyant sur un langage symbolique en congruence avec tous les niveaux de réalité de L’Etant, et ce aussi bien sur un plan collectif qu’individuel, elle participe avant tout des sciences qui étudient l’homme, comme la philosophie (en particulier la métaphysique, à travers la cosmogonie qu’elle implique), la psychologie, la médecine, la biologie; elle flirte avec la poésie; mais elle est partie prenante également des sciences qui étudient la société humaine et ses produits, comme l’histoire et les sciences politiques (à travers la théorie des cycles), les sciences sociales (à travers les modes, les mouvements collectifs et les mentalités), la prospective (via la prévision qu’elle permet). Et n’oublions pas la religion (en liaison avec son caractère originellement sacré, l’éthique et l’esthétique qu’elle sous-tend), ni, bien entendu la mythologie. » (p. 21).

« Nous verrons que l’astrologie se situe effectivement quelque part entre ces deux univers du mythe immémorial et de la pure scientificité… » (p. 210)

« L’astrologie qui se situe au carrefour de la philosophie métaphysique, de la religion et de la science, qui participe à la fois de l’image et du concept, se place également quelque part entre le sacré et le profane. » (p. 478)

15Ailleurs encore, l’astrologie est présentée comme étant presque à l’avant-garde du « Nouvel esprit scientifique » et participant d’une « épistémologie de la complexité ». Non seulement elle est une science, et l’une des plus grandes d’entre elles, mais en plus elle s’avère plus avancée que toutes les autres :

Le « système astrologique » est « orienté sur la loi hermétique des correspondances, sur l’idée de sympathie universelle, autrement dit sur la notion, essentielle pour le Nouvel Esprit scientifique, d’interdépendance universelle » (p. XIV)

« l’astrologie [...] non seulement ne serait pas en contradiction avec le paradigme du Nouvel esprit scientifique, mais serait au contraire depuis toujours en congruence totale avec ce dernier » (p. 752)

« On peut donc imaginer que la science n’admettra la validité de l’astrologie que lorsqu’elle aura elle-même changé de paradigme en se rangeant du côté du nouvel esprit scientifique et en acceptant de reconnaître la réalité de l’esprit. Car en dernier ressort, la science finira par atteindre ses propres limites en touchant les limites de la matière… » (p. 765)

« cette ‘crise de la science’ aboutit à une nouvelle Weltansschauung qui ne demande qu’à renaître, celle de la complexité (Morin). Tournant paradigmatique, donc, équivalent à un glissement d’une épistémologie vers une ontologie, cette épistémologie étant celle de la complexité (Morin) » (p. 843).

16Mais si l’astrologue est si en avance, c’est – nous explique l’auteur sans rire – qu’à la différence de l’astronome « qui a en général une approche purement physique et mécaniste de sa science » et qui « est hypnotisé par la petitesse des astres, leur éloignement, leur faible masse par rapport au soleil », lui, « en écoute la musique » (p. 98). La tristesse du savoir de celui qui « évalue le poids et la matière du disque, ses dimensions et sa température, suppute sa densité » (p. 98) est grande face à la joie de celui qui sait écouter « la musique des sphères, chère déjà à Plotin, avant qu’elle ne fasse rêver Kepler » (p. 98).

L’astrologie victime d’un consensus socioculturel

et de la domination de la « science officielle »

17Pourquoi, se demande E. Teissier, l’astrologie ne bénéficie-t-elle pas de la légitimité académique (universitaire) et scientifique (au CNRS) ? Sa réponse – formulée à maintes reprises dans le texte – est la suivante : l’astrologie (« la science des astres ») est victime d’un rapport de domination qui est parvenu à instaurer un véritable consensus socioculturel en sa défaveur. La science, souvent rebaptisée « science officielle », « pensée unique » ou « conformiste », opprime l’astrologie et fait croire au plus grand nombre qu’il s’agit d’une « fausse science » en cachant la réalité des choses (« conjuration du silence », p. 816). La « science officielle » est donc considérée comme une idéologie dominante, un « lieu totalitaire », un « impérialisme » ou un « terrorisme » face à cette « contre-culture » astrologique qui est maintenue dans un véritable « ghetto ». Pire encore, la science n’est qu’affaire de « mode » et de « convention » et ne parvient à maintenir sa domination que par un enseignement officiel qui dicte à tous ce qu’il est bon de penser :

« Plus ou moins consciemment, nous étions convaincue, à l’instar de toute personne fermée à l’astrologie a priori et par convention, que l’absence de tout enseignement officiel reléguait la science des astres dans les fausses sciences. » (p. IX)

« Presque aussi ahurissante était l’occultation de ce paramètre philosophique dans notre culture occidentale, le fait qu’à travers toutes nos études – jusqu’à vingt-quatre ans – jamais nous n’avions entendu parler d’astrologie. Mieux : on nous avait soigneusement caché – comme on continue de le faire – que les plus grands esprits – R. Bacon, St Thomas d’Aquin, Newton, Kepler, Balzac, Goethe, Einstein, Jung… avaient soit pratiqué, soit vénéré la science des astres. Pourquoi ce parti pris de mise au ban de la plus pérenne des connaissances humaines ? Nous prîmes alors conscience de la relativité du consensus intellectuel d’une époque, vouée aux modes, muselée par ses courants de pensée; nous nous apercevions que l’enseignement officiel était un colosse aux pieds d’argile » (p. X)

« un pays, une culture sont le reflet de leur enseignement académique qui dicte ce qu’il convient de penser, le bien penser. La doxa (l’opinion), véhiculée en particulier par les médias, tout en ayant la coloration du sens commun, reste néanmoins sous l’influence de la pensée conformiste qui lui sert de référence » (p. XII-XIII)

« cette allergie aux astres qui débouche sur l’ostracisme culturel face à une contre-culture provocatrice » (p. XIII)

« Les résultats de telles recherches pourraient changer l’actuel consensus socioculturel, entraînant un changement dans les mentalités, et ce notamment au sein d’une certaine intelligentsia que J.-M. Domenach appelle les gens du demi-savoir. » (p. XVI)

« croyance illicite, donc persécutée, ses partisans faisant éventuellement office de bouc émissaire. » (p. 24)

« un certain terrorisme desséché de la pensée scientifique officielle » (p. 25)

« du fait de sa ghettoïsation, le milieu astrologique peut s’inscrire parmi les minorités culturelles » (p. 32)

« lobby scientifique face à l’astrologie » (p. 52)

« rationalisme dominant, lequel se trouve également à la source de la suppression de l’enseignement officiel de l’astrologie » (p. 88)

« C’est seulement au XVIIème siècle que ces deux sciences bifurquent. La mode est désormais à l’astronomie, sœur matérialiste de l’astrologie. » (p. 94-95)

« Et, forte du consensus socio-culturel qui la soutient tel un socle confortable, elle [la science] se permet d’opérer des évaluations [...] et des appréciations [...] » (p. 736)

« La science apparaît comme un lieu totalitaire qu’il ne faut pas remettre en question, où la compétition et le mandarinat jouent un rôle essentiel pour nombre de scientifiques. » (p. 737)

18Les « préjugés » et les « clichés » sont ainsi du côté de la « science officielle ». Les rationalistes sont « agressifs », « dogmatiques », « attardés » et sont accusés de manque de curiosité pour ne pas vouloir s’intéresser à l’astrologie et, surtout, pour ne pas lui trouver de l’intérêt : « Aujourd’hui, l’obscurantisme, l’opposition aux Lumières n’est plus du côté que l’on croit. » (p. 816).

« la raison en tant que telle n’a-t-elle pas outrepassé ses prérogatives et trahi sa vocation de sereine souveraineté pour se scléroser, tel un vieillard tyrannique ? » (p. 7)

« dogme implicite et respecté de la pensée dominante d’une société, en l’occurrence de la nôtre » (p. 11)

« rationalistes agressifs et allergiques aux astres » (p. 42)

« C’est un truisme d’affirmer que les décideurs, les hommes d’affaires sont de grands pragmatistes : ils retiennent ce qui marche, et s’encombrent peu, si les faits le commandent, des préjugés inhibants des rationalistes purs et durs. » (p. 430)

« C’est bien là la problématique de l’astrologie face à la condamnation des rationalistes purs et durs : l’inadéquation du système rationaliste. Sous cet aspect, on peut sans doute se ranger du côté d’Abellio qui traitait ces derniers d’attardés. Lorsque les représentants de cette tendance se retrouvent dans les médias, ils se muent en robots de la pensée, en mercenaires du système rationaliste. » (p. 638)

« Comme on l’a vu dans Duel sur la cinq, le scientifique se retranche derrière ses phrases clés, des phrases à consonance magique, aussi paradoxal que cela puisse paraître pour un savant : ‘L’astrologie n’est pas scientifique’… Lorsque cet argument est ainsi récurrent, il fait figure à la fois de défense, d’attaque, de bouclier, à l’instar de l’encre projetée par la seiche. Visiblement on ne veut – on ne peut – accepter l’échange, la discussion, l’argumentation. On fait appel à ce qui ressemble à un véritable credo, celui de la science officielle. Derrière cette attitude on trouve bien évidemment de l’arrogance, du mépris, une condescendance de bon aloi, mais aussi beaucoup de peur; la peur d’être déstabilisé, la peur d’être confronté à un inconnu qu’on ne pourra ni intégrer ni gérer. D’où l’attitude iconoclaste du scientifique positiviste, qui se réfugie dans la déliance (à l’opposé de la reliance), dans un splendide isolement. » (p. 729)

« refus d’expérimenter que l’on constate presque universellement dans le domaine de la science officielle » (p. 756)

L’argument relativiste

19On voit bien qu’invoquant le consensus socio-culturel et la domination, E. Teissier avance les éléments clefs de la position la plus naïvement relativiste. Remplacez les enseignants de physique par des enseignants d’astrologie, appelez l’astrologie la « science des astres » et imposez la à tous ceux qui passent par l’institution scolaire et vous verrez que la théorie de la relativité ne vaut guère mieux que l’analyse astrologique du ciel natal. Tout est affaire de mode et d’imposition purement arbitraire. Tout est relatif.

« Nous ne pouvions accepter – ni même envisager – l’idée qu’une société entière, surtout en notre époque postmoderne – donc, pensions-nous, évoluée – pouvait avoir tort, qu’elle était, elle aussi, comme toutes celles qui ont précédé, essentiellement relative. » (p. IX)

« La valeur d’une discipline n’est-elle pas relative à ceux qui la jugent; or, ceux-ci peuvent-ils juger ex nihilo, dégagés de tout a priori, de toute influence, de toute détermination socioculturelle ? » (p. XVI)

20Il suffirait donc de changer les « critères scientifiques » et de conception de ce que l’on appelle une « preuve » pour faire passer l’astrologie de l’état de connaissance opprimée à l’état de véritable science :

« chaque fois, on voulut faire rentrer l’astrologie dans le moule des critères classiques de scientificité, et celui de Procuste était chaque fois trop petit, on s’en doute. » (p. 743)

« Tout le problème [...] réside dans l’acception qu’on peut donner du mot preuve, car ce que les astrologues allégueront sous ce nom sera dénié par les scientifiques hostiles à l’astrologie. » (p. XIV)

21Par ailleurs, si E. Teissier insiste à de nombreuses reprises sur l’absence d’enseignement de l’astrologie à l’université et sur l’absence de département de recherche astrologique au CNRS, c’est bien pour défendre la thèse de la valeur relative de la science actuelle et de l’enseignement tel qu’il est pratiqué. À partir d’un tel argument, fondé sur l’idée de vérité comme pur effet d’un rapport de force, on pourrait tout aussi bien dire qu’en enseignant officiellement l’« art de lire dans les lignes de la main » et en rebaptisant la chiromancie « science de la prédiction des destins individuels » on pourrait imposer un nouvel état de la pensée scientifique, ni plus ni moins valable que le précédent ou que le suivant :

« Un fait sociologique surtout nous interpellait : le vide pédagogique de l’astrologie dans les institutions officielles en notre époque. L’intelligentsia semble ignorer en général que cette discipline fut en réalité enseignée à la Sorbonne jusqu’en 1666 et en Allemagne jusqu’en 1821. » (p. XII)

« [Nous nous demanderons] quelles pourraient être les chances de réhabilitation officielle de l’astrologie liée à une situation épistémologique évolutive » (p. 69)

« L’absence de recherches officielles – pour lesquelles il faudrait des subventions de l’Etat –, le refus de prendre en considération le paradigme astrologique, ne serait-ce que pour le réfuter, par exemple au moyen d’un département d’études au CNRS, sont là des symptômes évidents de l’attitude volontairement partiale, omniprésente dans la science officielle. » (p. 762)

22E. Teissier émet donc des commentaires astrologiques, se livre à une défense de l’astrologie qui est, pour elle, la « reine des sciences » et adopte sans discontinuité le point de vue normatif de l’astrologue plutôt que le point de vue cognitif du sociologue étudiant l’astrologie. Est-ce que, malgré tout, ce point de vue d’astrologue et ce plaidoyer pour l’astrologie s’accompagnent d’une réflexion et d’un travail de recherche sociologiques ? L’objet de notre deuxième partie est de montrer qu’il n’en est rien.

Le mauvais traitement de la sociologie

23Il n’y a, dans le texte d’E. Teissier, aucune trace de problématique sociologique un tant soit peu élaborée, de données empiriques (scientifiquement construites) ou de méthodes de recherche dignes de ce nom. L’« hypothèse » floue annoncée (« à savoir cette ambivalence sociétale où prime cependant la fascination, ambivalence qui frise parfois le paradoxe et qui fait figure de schyzophrénie (sic) collective », p. 7) n’est d’ailleurs qu’une affirmation parmi d’autres qui ne débouche sur aucun dispositif de recherche en vue d’essayer de la valider (mais telle qu’elle est formulée, on a en effet du mal à savoir ce qui pourrait être validé ou invalidé).

24En revanche, on a affaire, comme nous allons le voir, à de nombreux usages douteux des références sociologiques, à des propos clairement a-sociologiques et anti-rationalistes exprimés dans un style d’écriture pompeux et creux, ainsi qu’à des « données » anecdotiques et narcissiques (E. Teissier à la télévision, E. Teissier et la presse écrite, E. Teissier et ses démêlés avec les scientifiques, E. Teissier et les hommes de pouvoir, Le courrier des lecteurs d’E. Teissier…) suivis de commentaires le plus souvent polémiques (règlements de compte ou récits des règlements de compte avec telle ou telle personnalité de la télévision, tel ou tel scientifique, etc.) ou d’une série de citations d’auteurs rarement en rapport avec les propos qui les précèdent et avec ceux qui les suivent.

Contresens et mauvais usages

25La thèse est truffée de références sociologiques souvent affligeantes pour leurs auteurs (Durkheim, Weber, Berger et Luckmann…) et se lance parfois dans des critiques qui montrent que les auteurs critiqués n’ont pas été compris. Il faudrait évidemment des dizaines de pages pour relever chaque erreur de lecture, chaque absurdité, chaque transformation des mots et des idées des auteurs cités et expliquer pourquoi ce qui est dit ne veut rien dire étant donné ce que les auteurs commentés voulaient asserter.

26Par exemple, le sociologue allemand Max Weber est particulièrement mal traité, systématiquement détourné dans le sens où l’auteur de la thèse a choisi de le faire témoigner. Weber, présenté comme le défenseur d’un « subjectivisme compréhensif » (p. 37) est ainsi inadéquatement invoqué à propos de l’« interactionnisme » :

[À propos des gens qui sont nés le même jour et qui se rendent compte qu’ils ont des points communs] : « On a ainsi des questions du genre : ‘Au fait, que vous est-il arrivé en 1978 ? N’avez-vous pas comme moi divorcé ?’ Et l’autre de rétorquer : ‘Tiens donc, c’est intéressant. C’est bien fin 1978 que mon couple a connu la crise la plus forte et il est vrai qu’avec ma femme nous avons songé à nous séparer…’ À n’en pas douter, ce genre de similitude crée des liens, dans la mesure où l’on se retrouve peu ou prou dans l’Autre et/ou que l’on s’y projette. À travers le dialogue qui s’instaure, on a affaire à un véritable interactionnisme qui, selon Weber, est ‘une activité [...] qui se rapporte au comportement d’autrui, par rapport auquel s’oriente son déroulement’ » (p. 405-406)

27La « sociologie compréhensive » est invoquée à tort et à travers. L’auteur écrit qu’elle va mettre en œuvre « la méthode de la compréhension » (p. VII) en interprétant vaguement la « sociologie compréhensive » comme une sociologie qui donnerait raison aux acteurs (et, en l’occurrence, aux astrologues). Ne pas rompre avec l’astrologie, lui (se) donner d’emblée raison et voir en quoi tout ce qu’on peut lui reprocher est de mauvaise foi : voilà ce qu’E. Teissier comprend du projet scientifique de la sociologie compréhensive appliquée à l’astrologie. Et l’on pourrait faire les mêmes remarques à propos des références à l’« interactionnisme symbolique » dont l’auteur semble à peu près ne connaître que le nom :

« À travers ce que l’on pourrait appeler une herméneutique de l’expérience, c’est la recherche de ce sens, aussi complexe qu’il se révèle, qui sera l’objet du second volet, où nous pratiquerons une sorte d’interactionnisme symbolique (selon l’École de Chicago). Recherche du sens sous-tendu par cette Lebenswelt de l’astrologie, par le donné social, à l’aube de ces temps nouveaux. » (p. 463)

28L’on voit aussi se développer les « talents » d’argumentation critique de l’auteur dans ce commentaire de Durkheim, où l’on saisit que l’idée de traiter les faits sociaux comme des choses est « abusive, et donc difficile à admettre parce qu’inadéquate » :

« Dans Les règles de la méthode sociologique, Durkheim affirme que ‘les faits sociaux sont des choses’. Encore qu’à coup sûr il faille compter la mouvance astrologique dans les faits sociaux, cette identification, qui consiste à chosifier ainsi un phénomène qui est de l’ordre de l’esprit et du vivant, nous paraît abusive, et donc difficile à admettre parce qu’inadéquate. » (p. 278)

29Et que faire, sinon rire, face au drolatique contre-sens sur la pensée de Michel Foucault concernant l’« intellectuel spécifique ». L’auteur de la thèse n’ayant de toute évidence pas lu Michel Foucault invoque la soi-disant critique des « intellos spécifiques » (sic) par un Michel Foucault qui justement défendait (en grande ­partie contre Sartre) la figure de l’« intellectuel spécifique » contre celle d’un « intellectuel universel » : « quoique puissent en dire les ‘intellos spécifiques’, hostiles au savoir transdisciplinaire, stigmatisés par Michel Foucault » (p. 860).

Des propos a-sociologiques et parfois anti-rationalistes

30On a déjà fait remarquer que l’auteur de la thèse privilégiait le point de vue astrologique sur l’explication sociologique. Mais souvent les explications apportées sont clairement a-sociologiques et trop floues ou trop générales pour être considérées comme de véritables explications. Qu’elle évoque l’« atavisme » ou les « dispositions humaines ataviques » (p. 62), « la part d’ombre » (p. 8) de chacun d’entre nous, la « reliance astrologique intemporelle inscrite au cœur de l’humanité » (p. 62), le « réflexe de l’homme, archaïque et intemporel, universel et omniprésent, qui le porte depuis la nuit des temps à voir une admirable homothétie entre la structure de l’univers et la sienne propre d’une part, la nature qui l’entoure d’autre part » (p. 200), l’« héritage génétique » et le « ciel de naissance » (p. 243), l’« Urgrund commun à toute l’humanité » (p. 253), « la permanence et la similitude de la nature humaine, à la fois sur le plan diachronique et synchronique » (p. 483), E. Teissier explique la fascination des uns et le rejet des autres par la nature humaine, les planètes ou une vague « intuition miraculeuse ». Ainsi, commentant les résultats d’un sondage effectué par le journal Le Monde, outre sa polémique avec le journal, E. Teissier se demande face à l’information selon laquelle les femmes seraient plus intéressées que les hommes par l’astrologie : « Faut-il y voir la conséquence d’un syncrétisme ontologique qui la porte à davantage de perméabilité spontanée à tout ce qui est de l’ordre de la Nature, sans la mettre en porte-à-faux avec une intuition qu’elle ne renie pas… » (p. 280). Les exemples de la sorte sont très nombreux :

« faut-il y voir [dans la fascination pour l’astrologie] un souvenir béni de la mémoire collective, une intuition miraculeuse du fil ténu qui le rattache au cosmos et à mère Nature, comme sa sauvegarde, en somme, en ce monde où une science mécaniste et une société déshumanisée voudraient le maintenir cloué au sol ? Plus concrètement, ce clivage sociétal est-il à rapprocher de catégories socioprofessionnelles particulières, de certaines classes d’âge, de la différence de sexe, ou faut-il le chercher dans l’individu lui-même, dans sa part d’ombre, quelle que soit sa place dans la société ? » (p. 8)

« une recherche des dispositions humaines ataviques et récurrentes pour cette reliance astrologique intemporelle inscrite, semble-t-il, au cœur de l’humanité. » (p. 62)

« on pourrait parler de données immédiates de la conscience collective pour qualifier ce réflexe de l’homme, archaïque et intemporel, universel et omniprésent, qui le porte depuis la nuit des temps à voir une admirable homothétie entre la structure de l’univers et la sienne propre d’une part, la nature qui l’entoure d’autre part » (p. 200)

« En somme, on pourrait comparer l’influence astrale à un vent (cosmique) qui soufflerait dans une certaine direction, induisant des climats et des événements probables, sans préjuger de la réaction de l’homme. Celle-ci étant fonction de sa personnalité propre, elle-même héritée à la fois génétiquement et par le ciel qui l’a vu naître » (p. 243)

« On est ici au cœur d’un anthropomorphisme intemporel, immémorial, atavique, qui participe de cet Urgrund commun à tout l’humanité. » (p. 253)

31Mais c’est plus généralement toute explication un tant soit peu rationnelle qui est explicitement rejetée par l’auteur. Devant la trop grande complexité des choses, il faudrait abandonner tout espoir de parvenir à en rendre véritablement raison et laisser parler l’intuition sensible et le langage des symboles. Il est vrai que l’auteur est bien aidée dans cette voie par les auteurs qu’elle ne cesse de citer et qui s’affirment assez nettement anti-rationalistes :

« une question primordiale apparaît être la suivante : faut-il voir dans l’approche astrologique une émanation de l’Absolu qui, bien qu’éloignée des religions révélées, serait une tentative humaine pour appréhender, à travers l’ordre cosmique conçu par un Dieu créateur, la manifestation d’une transcendance ? Ou bien doit-elle être considérée comme le code explicatif et immanent d’une influence astrale purement physique, phénomène à rapprocher des sciences de la nature ? Et dans ce cas, quelle serait la source ontogénétique de cette miraculeuse adéquation universelle, le primum mobile ? La réponse à cette question ontologique ne peut qu’être individuelle, car elle se place hors du domaine de la Raison pure, dans celui de l’indémontrable. » (p. 263)

[Citation de Michel Maffesoli] « il convient de dépasser, sans nostalgie aucune, toutes les idéologies se réclamant des prémisses rationalistes (Éloge de la raison sensible, p. 44) » (p. 643)

[Citation en exergue de Michel Maffesoli] « Le rationalisme classique (en sociologie) a fait son temps… » (p. 813)

Refus de toute objectivation

32On aura compris que tout ce qui pourrait permettre d’objectiver et de saisir même partiellement la réalité censée être étudiée est rejeté par l’auteur fascinée, séduite (« Simmel étant par ailleurs – et avant tout – un philosophe de la vie, au même titre que Schopenhauer, Bergson ou Nietzsche, cela également était fait pour nous séduire [...] », p. 50) par « la vie » dans toute sa complexité; complexité que les rationalistes, les sociologues positivistes, etc., s’acharnent à vouloir réduire et abîmer. La « méthode » qui convient à un objet aussi complexe et subtil est celle qui est « sensible à l’univers mystérieux, voire insondable, de l’âme humaine ». Cette « méthode » est indistinctement désignée par les termes de « méthode phénoménologique », d’« empathie » ou de « sociologie compréhensive » :

« Du fait que l’objectivité parfaite rêvée par la sociologie positiviste se cantonne dans un idéal par définition inaccessible, du fait surtout de la nature de notre sujet, essentiellement complexe, parfois contradictoire dans ses manifestations, un sujet ayant de surcroît pour objet et pour centre un univers subtil où convergent croyance, philosophie, tradition, sacré, affect fait de peur et de fascination, une méthode quantifiante et axée sur des analyses purement rationnelles passerait à côté de la vraie nature du problème. Une autre méthode s’avère donc nécessaire, sensible au monde vécu quotidien d’une part, à l’univers mystérieux, voire insondable, de l’âme humaine d’autre part. S’impose dès lors une méthode phénoménologique qui privilégie l’empathie et ayant pour atout le mérite d’une proximité de l’objet : la méthode dictée par la sociologie wébérienne, bâtie sur la compréhension, prend alors toute sa valeur. » (p. 34-35)

33La pensée de l’auteur fonctionne à la façon de la pensée mythique, sans crainte de la contradiction. Pour elle, le « quantitatif » s’oppose au « qualitatif » comme le « carré » s’oppose au « courbe », le « simple » au « complexe » (ou au « subtil »), l’« artificiel » au « naturel », etc. Si elle n’aime pas les méthodes quantitatives, c’est à cause de leur « caractère plaqué et artificiel » (p. 57); si elle n’apprécie pas les statistiques, c’est parce qu’elle sont trop « carrées et linéaires » (p. 295), etc.

« Utilisant des matériaux aussi variés que parfois difficiles à appréhender parce qu’appartenant davantage à l’univers subtil du qualitatif qu’à celui, mesurable mais tellement moins riche, du quantitatif… » (p. 10)

« Il est néanmoins possible que certains esprits plutôt attachés aux chiffres, aux statistiques et aux faits bruts et simples (encore que l’existence de tels faits soit douteuse et carrément niée par Schutz) puissent trouver cette méthode trop libre, trop fluctuante (ondoyante, dirait Simmel… ou Montaigne !) et subjective, donc manquant de rigueur. » (p. 56)

34Mais si les statistiques sont trop grossières pour l’esprit subtil d’E. Teissier, elles peuvent aussi à l’occasion être utiles si on peut leur faire dire des choses positives sur l’astrologie. Par exemple, commentant un sondage sur l’astrologie publié dans Science et vie junior (p. 287-290), elle réagit au fait que les jeunes soient apparemment les plus intéressés par l’astrologie de la manière suivante : « on peut d’ailleurs se demander si cela ne traduit pas un lien avec le cosmos resté plus vivant – et pourquoi pas diraient les adeptes de la réincarnation, un résidu des vies antérieures ? » (p. 288). D’un seul coup d’un seul, les pauvres statistiques se transforment, tel le crapaud devenant prince charmant, en preuves irréfutables du sérieux et de la véridicité des analyses astrologiques :

« Car nonobstant nos réserves déjà annoncées plus haut, quant à la valeur des analyses quantitatives en général, il reste que des indications chiffrées sur les secteurs de populations adhérant à cette discipline – ou simplement intéressées par cette dernière à divers degrés – ne peuvent que s’avérer des plus précieuses. » (p. 81)

« il y a les statistiques qui sont favorables à l’astrologie d’une façon à la fois péremptoire et éclatante » (p. XV)

35Et l’auteur se lance parfois elle-même hardiment dans l’évaluation chiffrée, mais totalement intuitive, des faits sociaux : « je pense que ceux qui aujourd’hui en France, font profession d’astrologue et chez qui la spécialité ‘astrologie’ proprement dite constitue effectivement 90 % et plus de la pratique professionnelle, doivent être moins d’un millier. C’est plus une impression qu’un décompte minutieux, mais ce chiffre me paraît plausible. » (p. 302).

Un étrange discours de la méthode

36Le discours de la méthode chez E. Teissier est aussi précis que ses hypothèses et sa « problématique ». Tout d’abord, l’« objectivité » est selon elle un idéal parfaitement inatteignable (un paragraphe entier est consacré au thème de « L’utopie de l’objectivité », p. 28-31). Mais, comme à son habitude, peu hantée par le principe de non-contradiction, E. Teissier peut critiquer la prétention « positiviste » à l’« objectivité » et dire que les scientifiques manquent d’objectivité, ou encore affirmer qu’elle est elle-même animée par un « souci d’objectivité ». La question de la possibilité ou l’impossibilité d’une objectivité est donc beaucoup plus complexe que ce qu’un lecteur rationaliste peut modestement imaginer : son sort dépend de la phrase dans laquelle le mot « objectivité » s’insère. Et l’on comprendra que l’auteur revendique l’« objectivité » lorsqu’il s’agit pour elle de défendre l’astrologie :

« Du fait que l’objectivité parfaite rêvée par la sociologie positiviste se cantonne dans un idéal par définition inaccessible [...] » (p. 34)

« Si l’on veut faire œuvre de sociologue visant à une certaine objectivité, on ne peut donc reprocher à l’art royal des astres, d’être lui aussi, à l’instar de toute croyance, de toute idéologie ou de toute religion, peu ou prou tigrée – pour reprendre le joli titre durandien – de superstition, dans la mesure où cette dernière est omniprésente (et tellement relative au point de vue et à la culture de référence) dans la psyché humaine. » (p. 471)

« Les points que nous avons cru devoir mettre en relief sont relatifs à la fois à notre ­expérience et à notre sensibilité, donc à ce qui nous est proposé et que nous essayons de communiquer avec un souci d’objectivité. Mais qui peut prétendre à l’objectivité ? » (p. 534)

« Il est vrai que ce déchiffrage ne fut pas toujours aisé, dans la mesure où, étant impliquée nous-même, il nous fallait cependant faire preuve d’un maximum d’objectivité. » (p. 825)

37Pour E. Teissier tout est « méthode ». Par exemple, lorsqu’elle écrit : « D’où l’importance essentielle de la démarche méthodologique choisie, qui consistera à cerner les motivations et sources secrètes des attitudes et comportements sociaux. » (p. 20), on constate qu’une vague volonté de « cerner des motivations » équivaut pour elle à une « démarche méthodologique ». Lorsqu’elle écrit aussi que, dans sa thèse, « la méthode empirique paraît s’imposer » et qu’« elle sera (son) outil de référence » (p. 10), on voit que le mot « méthode », équivalent d’« outil de référence », est utilisé avec l’imprécision la plus grande : « la méthode empirique » semble s’opposer à d’autres « méthodes » (qui ne le sont pas), mais on ne sait pas de quelle méthode précisément il s’agit.

38Les termes « méthodes », « paramètres », « facteurs », « outils », etc., sont, en fait, utilisés de manière sémantiquement aléatoire, tant la fonction essentielle de ces usages lexicaux réside dans l’effet savant que l’auteur entend produire sur elle-même et sur le lecteur. Le fait que dans la première citation, E. Teissier dise que les « paramètres » dont elle parle (équivalent ici de « notions ») apparaîtront « ici où là, au hasard de cette étude », fait bien apparaître le caractère extrêmement rigoureux de la « démarche méthodologique » mise en œuvre…

« Et si les dieux me sont favorables, peut-être pourrons-nous apporter quelques modestes lumières sur l’univers astrologique d’aujourd’hui par rapport à cinq paramètres élémentaires qui, selon NISBET, caractérisent plus que tout autre la sociologie : communauté, autorité, statut, sacré, aliénation, toutes notions qui, ici où là, au hasard de cette étude, la marqueront d’une empreinte en filigrane » (p. 44)

Un grand paragraphe s’intitule « Les outils ou paramètres d’étude » (p. 60-86); « Si l’on vise l’efficacité d’une méthode, celle-ci doit impérativement s’instrumentaliser à travers des outils, ces auxiliaires de la connaissance. Ils nous permettront de prendre en compte les différentes couches de la population concernées par le phénomène astrologique » (p. 60); « Un dernier facteur sera effleuré (car trop important pour être traité en profondeur) avec les rapports de l’astrologie et du pouvoir » (p. 66); « Dans la liste des outils/miroirs de cette investigation… » (p. 83)

39En sachant tout cela, tout lecteur peut mesurer l’effet comique de la prétention toute verbaliste à la rigueur qu’affiche l’auteur de la thèse : « nous avons eu l’occasion de développer l’esprit de rigueurdont l’exigence nous habite depuis toujours. À cela s’ajoutait un souci de rationalité, de cohérence, mais cela à travers une forte curiosité intellectuelle au service d’une recherche de la vérité » (p. VIII). Visiblement, l’esprit ne parvient pas à guider les gestes.

Les « données » : anecdotes de la vie personnelle, médiatique et mondaine d’Élizabeth Teissier

40Si l’on entend par « données empiriques » des matériaux qui sont sélectionnés, recueillis et/ou produits en vue de l’interprétation la plus fondée possible de tel ou tel aspect du monde social, c’est-à-dire à des corpus de données dont les principes de constitution et de délimitation sont explicitement énoncés, on peut dire sans risque que la thèse d’E. Teissier ne contient strictement aucune donnée empirique. Si l’auteur avait une conception un tant soit peu empirique de la pratique de recherche en sociologie (rappelons qu’elle dit mettre en œuvre « la méthode empirique »), elle n’oserait par exemple pas écrire avec autant de légèreté et d’inconscience empirique qu’elle va suivre l’évolution de l’astrologie « à travers le temps et l’espace dans les sociétés les plus diverses, de la nuit des temps à nos jours » en annonçant explicitement qu’elle se livrera « à un rapide survol, aussi bien chronologique que géographique, diachronique que synchronique… » (p. 93). Mais pourquoi se donner la peine de mettre en place un véritable dispositif de recherche lorsque l’on pense que « la vitalité de l’astrologie aujourd’hui ne fait aucun doute » et que « pour preuve, il suffit d’ouvrir les yeux et les oreilles » (p. 792) ?

41De même, comment apporter une preuve de « l’intérêt de plus en plus marqué des médias pour l’astrologie » ? E. Teissier répond : « il n’y a pas une semaine où nous ne soyons pas sollicitée à participer, ici ou là, en France ou à l’étranger, à une émission de ce genre » (p. 274). En fait, E. Teissier enchaîne de manière aléatoire les anecdotes personnelles au gré de l’association de ses souvenirs : « Dans le contexte de l’être-ensemble, une autre histoire nous revient à l’esprit, où nous étions à la fois témoin et partie » (p. 412); « Une autre histoire exemplaire nous revient à l’esprit. » (p. 383), etc. Elle raconte ce qu’on lui a dit ou écrit et ce qu’elle a répondu. Ses commentaires, quand il y en a, se contentent de prolonger la polémique lorsqu’il y avait polémique (avec les journalistes, les animateurs de télévision, les scientifiques, etc.) et de souligner l’intérêt pour l’astrologie – malgré le consensus culturel en défaveur de l’astrologie et la ghéttoïsation de cette dernière – qu’illustrent certaines anecdotes. L’anecdote tirée « au hasard » (signe sans doute d’objectivité à ses yeux) fait toujours preuve :

« Nous pourrions allonger indéfiniment la liste de ces lettres qui sont autant de témoignages du puissant impact sociétal de l’astrologie aujourd’hui » (p. 345)

« Pour montrer que l’impact de l’astrologie n’a pas de frontières et s’exerce en priorité sur les jeunes intellectuels, mentionnons encore cette lettre qui nous parvint… » (p. 354)

« nous avons tenté de dresser un panel évocateur des diverses activités sociétales reflétant l’attraction des diverses couches de la société contemporaine pour l’astrologie… » (p. 462)

« Parmi les éléments qui tendraient à refléter la notion de fascination, on peut estimer que le simple fait que le président des Français ait fait appel à nous est en soi signifiant. » (p. 440)

« À travers ces quelques expériences exemplaires, choisies au hasard dans notre parcours, nous retrouverons des Leitmotive qui se répondent en contrepoint, manifestations quasi permanentes, voire endémiques du rejet socioculturel, du tabou de l’astrologie aujourd’hui. » (p. 544)

42Si elle fait également le compte rendu d’échanges de courriers avec certains lecteurs, pour « preuve » de l’ambivalence fascination/rejet vis-à-vis de l’astrologie (« C- Le courrier des lecteurs et téléspectateurs, baromètres de notre société », p. 311-386), il n’est aucunement question de constituer un corpus, ni même de faire une analyse sociologique, mais de donner à lire le courrier reçu, ainsi que les réponses envoyées (« Voici ce que nous avons répondu à ce lecteur :… », p. 319; « Voici la réponse que nous adressâmes à cette lectrice désorientée », p. 327). On n’a pas même d’évaluation précise des différents types de courriers qu’elle reçoit. Ainsi, à propos des lettres qu’elle range dans la rubrique « Les appels à l’aide », elle écrit de manière approximative : « Il s’agit certainement, quantitativement parlant, de la masse la plus importante de lettres reçues » (p. 312) ou encore que « Parmi les appels à l’aide, les lettres émanant de prisonniers ne sont pas rares » (p. 321).

43Et l’on va ainsi d’une anecdote à l’autre : E. Teissier en « face-à-face avec un astronome monolithique dans son agressivité » (p. 543), E. Teissier et Marcel ­Jullian, PDG d’Antenne 2 (p. 588-629) à propos de l’émission Astralement vôtre, E. Teissier et l’émission allemande Astrow-show entre 1981 et 1983 (p. 645 et suivantes), E. Teissier et l’émission Comme un lundi de Christophe Dechavanne du 8 janvier 1996 (p. 671-685), E. Teissier et l’émission Duel sur la cinq du 10 juin 1988 (p. 709-725), etc. Et à chaque fois, l’auteur émet des jugements péremptoires, polémique, formule des réponses agressives. Elle n’étudie donc pas les réactions à l’astrologie, elle la défend. Elle ne fait pas l’analyse des polémiques autour de l’astrologie, mais est dans la polémique, continuant dans cette thèse – comme sur les plateaux de télévision, sur les ondes radiophoniques ou dans la presse écrite – à batailler contre ceux qui considèrent que ce n’est pas une science.

16 Le lecteur aura noté au passage qu’une formation d’une durée de six mois permet d’acquérir « les f (…)

44Dans tous les cas, le narcissisme naïf est grand, bien que totalement dénié : « Bien que nous refusions dans ce travail de nous mettre en avant pour des raisons à la fois d’objectivité et d’une décence de bon aloi, on aura remarqué que nous fûmes à travers toute l’émission la seule astrologue à être prise à parti… » (p. 686). Non seulement les exemples pris par E. Teissier ne concernent qu’E. Teissier (alors même qu’elle aurait pu s’intéresser à d’autres collègues astrologues), mais les récits mettent toujours en avant la vie héroïque ou passionnante d’E. Teissier. C’est ainsi qu’elle raconte par exemple comment la rencontre de l’astrologie fut « le grand tournant de sa vie » : « Nous eûmes droit à notre nuit de Pascal – nuit boréale en réalité, car l’‘illumination’ dura quelque six mois, le temps d’apprendre les fondements cosmographiques et symboliques de l’art royal des astres16, suffisamment pour être éblouie des ‘convergences’ d’une part psychologiques, d’autre part événementielles avec notre caractère et notre vécu, ou ceux de notre entourage » (p. X). Ou encore, faisant le récit du contexte dans lequel elle a été contactée pour présenter l’émission allemande Astro-Show : « Lorsque, au tout début de 1981, à notre retour d’un voyage en Inde, nous trouvâmes trois messages consécutifs et quelque peu impatients de l’ARD (première chaîne télévisuelle allemande), nous fûmes plutôt surprise. Jusque-là en effet notre rayon d’action n’avait pas passé les limites du Rhin. » (p. 646).

45Le narcissisme rejoint l’indécence lorsque, après avoir donné à lire le courrier d’un lecteur, jeune maghrébin incarcéré aux Baumettes, elle écrit avec misérabilisme et condescendance et sans prendre conscience du ridicule : « Nous étions consciente à quel point le fait de dialoguer pouvait être important pour ce jeune homme visiblement égaré, tel un zombie, en ce bas monde. [...] Voici la teneur de notre réponse audit prisonnier : ‘Cher Eric, je ne trouve hélas le temps de répondre à votre lettre qu’au retour d’un séjour à l’étranger. Je vous envoie une analyse à titre tout à fait exceptionnel, et pour la somme purement symbolique d’un franc (vu votre situation actuelle). Votre thème me montre que votre futur florissant vous permettra de m’envoyer ce que bon vous semblera en temps venu. Sachez que vous devez ce cadeau d’une part à vos bonnes étoiles [...], d’autre part au fait que votre lettre m’a touchée, également du fait que j’ai deux filles, l’une Poisson, l’autre née en 1973, comme vous !… Je vous demande en revanche de bien vouloir en garder le secret, puisque l’ébruiter pourrait faire des jaloux [...]’ » (p. 323).

Une écriture boursouflée et creuse

46Le problème essentiel avec le style d’écriture que l’on trouve dans une thèse comme celle d’E. Teissier, réside dans le fait que l’on aura beau multiplier les « échantillons », répéter les citations en vue de prouver que l’on a affaire à une écriture jargonnante, peu rigoureuse, souvent incompréhensible, parfois proche de l’absurde, d’autres verront au contraire dans les mêmes extraits toutes les marques de la profondeur ou de l’intelligence du propos. Question d’habitude pourrait-on dire. S’il est habitué à un usage déréglé de la langue, le lecteur appréciera les acrobaties verbales ou les associations aléatoires d’idées un peu comme s’il était devant un grand poème pseudo-savant. Mais là réside exactement le problème : le sociologue n’est pas un poète. On peut apprécier les poèmes de René Char ou de Stéphane Mallarmé et ne pas accepter, en matière de sciences sociales, ceux qui s’acharnent à faire dans le creux et le vague en faisant passer le creux pour du profond et le vague pour du riche et du complexe. Devant un grand nombre de passages de cette thèse, nous pourrions émettre le jugement suivant : dans la mesure où nous croyons savoir ce que parler en sociologue veut dire, nous pouvons témoigner du fait que nous n’avons rien compris à ce qui a été dit. Mais qu’y aurait-il à comprendre lorsque rien n’a été vraiment dit ?

17 Sur les habitudes discursives et mentales voir B. Lahire, L’Invention de l’« illettrisme ». Rhétor (…)

47Que des sociologues en France aient contracté de mauvaises habitudes de parler et d’écrire, qu’ils tentent de les transmettre régulièrement à des centaines, voire à des milliers d’étudiants, cela constitue un fait social majeur. Cependant, on peut avoir acquis auprès de maîtres, prestigieux ou moins prestigieux, de telles mauvaises habitudes17, et vouloir néanmoins s’en débarrasser une fois qu’on en a pris conscience. Mais encore une fois ce que l’on peut appeler « mauvaise habitude de parler et d’écrire », à partir d’une conception un tant soit peu rationaliste de l’argumentation, est malheureusement perçue par beaucoup de ceux qui les mettent en œuvre comme un signe d’intelligence et de pensée originale et profonde. L’écriture et la parole déréglées peuvent ainsi se transmettre de génération en génération, sans que ceux qui transmettent ni ceux qui se les approprient ne sachent exactement de quoi ils parlent, dans l’obscurité de la relation enchantée de maîtres à élèves (ou disciples) où se constituent ordinairement de telles habitudes. Il suffit d’être fasciné, de trouver cela beau, profond, sensible, original, pour avoir envie de faire de même et paraître à son tour intelligent, original, sensible et profond. Le sens de tout cela peut très bien être totalement absent des mots qui s’écrivent et s’échangent et se situer exclusivement dans la relation fascinée au maître. Peu de signification discursive, beaucoup de signification sociale.

48Délire sémantique ou esbroufe verbale, plaisir des mots savants qui sonnent bien accolés les uns aux autres pour asserter des banalités sur un ton sérieux, enchaînements des citations d’auteurs aussi ésotériques les unes que les autres, la panoplie de l’écriture pseudo-savante et réellement floue est assez complète. Donnons-en quelques exemples en garantissant au lecteur que l’effet d’étrangeté n’est pas le produit d’une injuste décontextualisation :

« [...] à la recherche de cet infracassable noyau de nuit qui hante le cœur de l’homme depuis des temps immémoriaux ? » (p. 7)

[M. Maffesoli parle du « sentiment cosmique » qui « incline vers le vrai organique, le vivant, c’est-à-dire vers le naturalisme »] « Ce sentiment cosmique se trouvant de plus en plus impliqué comme trame de fond dans notre recherche, dont il constitue en quelque sorte le tissu, il allait de soi qu’il serve aussi de reliance et de sésame heuristique dans notre démarche, c’est-à-dire, dit concrètement,de fil rouge instrumental au service de notre projet de décrypter le donné social de ce que Dilthey appellerait la structure psychique que constitue l’astrologie. » (p. 49)

« Ainsi, comme lanterne magique pour nous guider à travers ces méandres heuristiques, nous utiliserons, comme accessoire à la raison objective et raisonnante la raison sensible maffésolienne ou l’intuition intellectuelle d’un R. Guenon, telle qu’elle est évoquée par F. Bonardel. » (p. 53)

« Au-delà de cette complexité qui ne doit pas être un mot refuge, nous cultivons l’espoir – l’utopie ? – qu’en fin d’analyse, ayant, même imparfaitement, décrypté les arcanes de notre problématique, nous pourrons adhérer pleinement à l’affirmation du sociologue lorsqu’il déclare que la complexité est ‘le défi à affronter, ce qui aide à le relever, et parfois même à le surmonter’ (E. Morin, Introduction à la pensée complexe) » (p. 68)

« En tout état de cause, on assiste ici à un triple trajet – ou trajectorialité, au sens durandien –, dans un va-et-vient simmélien qui s’inscrit en premier lieu entre le consultant et le système astrologique » (p. 76)

« Mais on trouve également un autre vecteur de cette trajectivité, à savoir celui entre ce même acteur social et la réelle présence (pour reprendre un expression chère à G. ­Steiner) du consulté, de l’astrologue en l’occurrence. En effet, il s’agit bien de la manifestation symbolique d’un présentéisme dépouillé de tout jugement moral, où seul intervient le laisser-être, à l’exclusion d’un aspect quelconque de contrainte, d’un devoir-être ». (p. 77)

« Ne doutons pas que c’est dans cette effervescence que se trouve la vérité sociétale. Et cette effervescence se focalise de plus en plus sur le monde des astres, nous l’avons, pensons-nous largement montré au cours de notre survol. On assiste en effet de plus en plus et dans tous les domaines du quotidien à une infiltration diffuse et effervescente de l’astral en nos sociétés postmodernes, en résonance, quelque part, à la coupure épistémologique, déjà évoquée, d’une postmodernité dont Maffesoli donne la définition suivante : ‘Sorte d’agglutination, à la fois disparate et tout à fait unie, d’éléments les plus divers’, impliquant un ‘style organique’, ce dernier se révélant ‘une bonne manière d’appréhender la raison interne d’une connaissance’ (Préface à Durkheim, Les Formes élémentaires de la vie religieuse, p. 90) » (p. 851)

« Tout au long de notre thèse, nous avons à l’instar de ce qui est la vocation et l’objectif du chercheur, tenté de déceler les prémices sous-jacents, les frémissements de ce qui est ‘en train de naître’ et qui se font sentir dans la réalité sociétale aujourd’hui. Cela en pratiquant ce que G. Durand appelle une ‘pensée concentrique’, c’est-à-dire une ‘pensée formant un système ouvert qui refuse de rester au centre mais qui va glaner ce qui se passe et se propage en périphérie à la recherche de l’humus sous-jacent’. Autrement dit, il s’agissait de suivre un processus de va-et-vient, en vases communiquants, tout en refusant de rester prisonnier d’une idée, d’aller à la rencontre de l’inconnu, de ce qui se vit dans le donné social, de ce qui émerge dans le champ expérimental du chercheur. De tout ce vécu, de cet observé, nous avons tenté de dégager la dynamique à travers une synergie de la pensée, en délaissant son contraire : la pensée unique, sous forme d’une doxa synonyme d’apparence. Nous avons ainsi pu faire état de ce maillage multiple, de ces innombrables passerelles qui s’effectuent entre échanges de savoirs, dans un désir commun de s’ouvrir à d’autres connaissances et de partager son intérêt, mais aussi à travers ces nouvelles technologies, longuement évoquées, où tout un chacun fait un pied-de-nez à cette pensée conformiste représentée par ceux qui détiennent un pseudo-savoir – un ‘demi-savoir’ selon J.-C. (sic) Domenach. Au fil de notre travail, nous avons pu mettre le doigt sur la confusion qui émerge par rapport à ces données, où sont mis à mal ceux qui croyaient détenir le savoir, cette pensée bien gardée, convenable, intellectuellement correcte, tout en montrant que son impérialisme peu à peu se désagrège – et ce en dépit d’un combat d’arrière-garde qui se voit voué à un échec à long terme. Comme nous avons montré, pensons-nous, l’inanité d’un intellectualisme desséché. ‘Le règne absolu de l’idée ne peut s’établir ni surtout se maintenir : car c’est la mort’ (in Le suicide de Durkheim cité par Maffesoli dans sa préface aux Formes élémentaires de la vie religieuse, p. 11). En paraphrasant K. Jaspers, on pourrait dire que ‘c’est dans la communication qu’on atteint le but de l’astrologie (la philosophie)’ (Introduction à la philosophie, p. 25), dans cet échange chaleureux (dionysiaque ?) entre esprits branchés sur des intérêts semblables, orientés en l’occurrence sur les arcanes célestes. » (p. 861)

Ce qui nuit réellement à la discipline 9« À Londres, s’il n’y a pas non plus de chaire d’astrologie à l’université, du moins peut-on obtenir un P.H.D. (doctorat) en astrologie si cette discipline est officiellement dépendante de la branche Psychologie; même biais possibles en France à condition de choisir un sujet de thèse limitrophe de la Sociologie, de la Philosophie ou de l’Histoire des religions et de se placer officiellement sous l’égide ces disciplines : on est obligé de camoufler, de tricher, de contourner les institutions qui sont manifestement en retard sur la réalité d’un consensus de plus en plus évident. » (p. 815-816). La vérité de la thèse d’E. Teissier est très clairement énoncée dans ces pages. Pour défendre la cause de l’astrologie, il faut avancer masqué : philosophie, histoire de religion ou sociologie peuvent être des entrées possibles pour l’astrologue. Mais si de telles stratégies de légitimation peuvent être imaginées, c’est que notre communauté scientifique les rend possibles. Et c’est cela qui pose fondamentalement problème au-delà du cas particulier de cette thèse. Que les choses soient claires : E. Teissier ne peut être tenue pour responsable de ce qui s’est passé à la Sorbonne et elle n’aurait pas même eu l’idée de frapper à la porte de notre discipline pour trouver un lieu de légitimation de ses propres intérêts d’astrologue, si celle-ci n’était pas le refuge d’enseignants-chercheurs dépourvus de rigueur et parfois très explicitement anti-rationalistes.

50Revenons à notre point de départ : des « collègues » (abondamment cités dans cette thèse) ont délivré un droit de soutenance à l’auteur de cette thèse, puis, avec d’autres, ont décidé de lui attribuer la mention « Très honorable ». Après lecture du compte rendu précédent, on comprend à quel point le sentiment de scandale du lecteur de la thèse est grand.

18 Lorsque l’on compte le nombre de thèses de doctorat soutenues par directeur de thèse, en France en (…)

19 M. Maffesoli, courriel daté du 23. 04. 01 adressé à de nombreux sociologues.

20 Et ce d’autant plus qu’on a contribué à banaliser sa présence au sein de la discipline dans des ma (…)

21 Lettre de M. Maffesoli adressée par courrier électronique le 23. 04. 01. Une autre variante se ret (…)

22 M. Maffesoli, courriel daté du 25. 04. 01 adressé à de nombreux sociologues.

23 On a pu lire ainsi dans la presse qu’« Elizabeth Teissier pourrait devenir le pion qu’on avance en (…)

51Évidemment, le directeur de la thèse, Michel Maffesoli, est Professeur de sociologie à l’université de Paris V et a même été promu à la première classe par le CNU, il publie régulièrement des ouvrages, préface des classiques de la sociologie, dirige une revue et fait soutenir des thèses à un rythme particulièrement élevé18, etc. Il soutient, avec l’aplomb cynique de celui qui sait pertinemment que la thèse ne sera pas lue intégralement par les étudiants ni même par les sociologues professionnels qui ont généralement d’autres tâches plus urgentes à faire, que la thèse d’E. Teissier est une thèse « sur l’astrologie » (à quelques « dérapages » près avoue-t-il19, en rajoutant de manière insultante pour tous les sociologues qui font leur travail d’évaluation des thèses sérieusement : « En toute honnêteté, lequel d’entre nous, directeur de thèse n’a pas laissé passer de tels ‘dérapages’ ? ») et non une « thèse d’astrologie ». Il peut donc utiliser l’argument du meurtre d’une école de pensée20 (« Il ne faudrait pas que cette thèse serve de prétexte à un nouveau règlement de compte contre une des diverses manières d’envisager la sociologie. »21) et dénoncer la « chasse à l’homme » qui est lancée contre lui : « Est ce que cette thèse n’est pas un simple prétexte pour marginaliser un courant sociologique, et disons le crûment, pour faire une chasse à l’homme, en la matière contre moi-même ? »22 Et c’est bien comme cela que certains collègues ont interprété les réactions négatives à cette soutenance de thèse et à l’attribution d’un titre de docteur en sociologie23. Or, il n’est bien sûr pas question de querelles d’écoles dans cette affaire, mais de rigueur scientifique (et même, plus largement, de rigueur intellectuelle) et de définition du métier de sociologue.

52Les véritables questions au fond que pose une telle « affaire » nous semblent être les suivantes : Comment parvenir à transformer collectivement les produits d’une histoire (académique et scientifique) mal faite (attributions abusives du titre de docteur en sociologie, recrutements universitaires peu rigoureux, revues scientifiques à faible contrôle scientifique…) ? Comment justifier, sans apparaître injuste et terroriste, l’affirmation selon laquelle Michel Maffesoli (entre autres) n’est pas sociologue et n’est pas en mesure de former les étudiants dont il dirige les travaux de recherche au métier de sociologue ? Ce sont ces questions que les sociologues doivent affronter. Sans prise de conscience collective de notre communauté scientifique, il n’y a aucune raison que ce genre de faits ne se renouvelle pas à l’avenir, avec moins de fracas, car tous les candidats n’auront pas l’honneur de la grande presse.

24 M. Maffesoli, courriel daté du 25. 04. 01, op. cit. Voir aussi sa réponse à l’article de Jean Bric (…)

25 M. Maffesoli a qualifié, de manière tout à fait insultante, l’« ennuyeux jargon » des sociologues (…)

26 J. Bouveresse, Le Philosophe chez les autophages, Paris, Minuit, « Critique », 1984, p. 114.

53« Mais se servir de cette thèse, pour régler des comptes, pour sonner l’hallali, ne me paraît pas sain et, en tout cas, risque de nuire à notre discipline, en général », écrit Michel Maffesoli24. Nous espérons avoir contribué ici à montrer que ce qui « nuit à notre discipline » et ce qui n’est « pas sain », c’est très précisément le genre de spectacle dont la Sorbonne a été le théâtre sous la responsabilité d’un jury en grande partie composé de sociologues. Personnage cynique25, fin stratège, maniant habilement l’art du renversement des situations, Michel Maffesoli voudrait nous faire croire que « les fautifs ne sont pas ceux qui commettent les fautes [...], mais ceux qui ont l’impudence de les dénoncer »26. Gageons que les diverses réactions saines à cette affaire malsaine puissent donner l’occasion d’une réflexion collective sur le métier de sociologue et sur les conditions d’entrée dans ce métier.

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Notes

1 Je tiens à remercier Stéphane Beaud et Christine Détrez pour la lecture des premières versions de ce texte, ainsi que Charles Soulié pour les données sur les thèses soutenues en sociologie entre 1989 et 1995 qu’il m’a communiqué.

2 Ce n’était pas la première fois que M. Maffesoli faisait soutenir une thèse en rapport avec l’astrologie. Ainsi, en 1989, S. Joubert a soutenu une thèse de doctorat intitulée Polythéisme des valeurs et sociologie : le cas de l’astrologie à l’Université de Paris V, sous sa direction. Le résumé de cette thèse manifeste un style d’écriture d’une aussi douteuse clarté que celui que l’on découvre dans la thèse d’Élizabeth Teissier : « Les figures polythéistes loin d’être les images obsolètes d’un passé primitif ou révolu, sont l’expression d’un agencement métaphorique dans lequel le face-à-face des dieux témoigne d’un éclatement des valeurs dont il s’agit de reconnaître toute la puissance heuristique. Le polythéisme des valeurs pousse la connaissance vers une épistémologie psycho-mythique qui semble aujourd’hui sensibiliser, tant les sciences exactes que les sciences humaines; en congruence avec cette mutation épistémologique émergent des indicateurs sociaux qui confirment la transformation paradigmatique à l’œuvre dans la post-modernité, telle l’astrologie dont le succès que l’on connaît tend à exacerber certaines valeurs comme la synthèse, le holisme, l’interdisciplinarité, la complexité, l’analogie, la synchronicité, etc… En toile de fond de cet engouement populaire se dessine plus ou moins nettement un certain nombre d’enjeux essentiels un peu comme si l’anodin servait à l’occasion de miroir reflétant à contre-jour les orientations que la post-modernitése donne à elle-même. » (Source : Docthese 1998/1). La thèse vient de paraître (L’homme d’aujourd’hui et les autres : fascination et rejet, Paris, Plon, 2001).

3 Directeur d’études à l’EHESS (psychologie sociale).

4 Professeur de philosophie à l’Université de Paris I.

5 Professeur de sociologie à l’Université de Montpellier III.

6 Professeur émérite à l’Université de Grenoble II, Fondateur du Centre de Recherche sur l’Imaginaire.

7 Professeur de sociologie à l’Université de Strasbourg II.

8 Un tel travail de lecture demande beaucoup de temps et porte plus que l’ombre du doute sur les lectures d’« un jour », comme celle d’Alain Touraine, qui affirme ainsi : « Je me suis présenté le premier et j’ai consacré la journée du 15 mai à sa lecture » (« De quoi Élizabeth Teissier est-elle coupable ? », Le Monde daté du 22 mai 2001).

9 C’est pour cela que nous ne pouvons pas suivre Jean Copans (« La sociologie, astrologie des sciences sociales ? », Le Monde daté du 30. 04. 01) lorsqu’il fait porter la critique sur les objets jugés trop futiles (« Les incivilités dans le 93 », « Mon portable, mon ordinateur et ma belle-fille », « L’interculturel entre la rue des Rosiers et le quartier de la Rose »).

10 Tout ce que nous mettons entre guillemets dans ce texte sont des extraits de la thèse. Les italiques sont des choix de soulignement de l’auteur de la thèse et les gras sont nos propres soulignements de lecteur.

11 M. Maffesoli, « Éloge de la connaissance ordinaire », Le Monde daté du 24 avril 2001.

12 Nous ne vérifierons pas ici la véracité des sentiments positifs à l’égard de l’astrologie que l’auteur prête à diverses personnalités.

13 Elle peut soutenir à d’autres moments que la vérité sort de la bouche du peuple, parce que – mythe du « bon peuple » oblige – celui-ci serait moins perverti par les institutions académiques, culturelles et médiatiques officielles : « Les gens simples, moins victimes d’a priori (il s’agit d’un terrain intellectuel en quelque sorte vierge) sont plus réceptifs, donc plus vrais par rapport à ce genre de constat, de reconnaissance. » (p. 483). Ou encore : « Il est certain que l’instinct populaire, très sûr parce que nourri de toute l’expérience humaine, cet ‘inconscient collectif’ cher au psychologue C. G. Jung, a depuis toujours l’intuition d’une action du ciel sur ce qui vit sur terre. » (p. XV).

14 « [...] je n’ai lu nulle part dans sa thèse que l’astrologie était scientifique », A. Touraine, « De quoi Élizabeth Teissier est-elle coupable ? », op. cit.

15 Elle écrit par ailleurs : « D’autre part, la télépathie ne s’est elle pas imposée comme discipline scientifique depuis les expériences de Rhine ? » (p. 281).

16 Le lecteur aura noté au passage qu’une formation d’une durée de six mois permet d’acquérir « les fondements cosmographiques et symboliques de l’art royal des astres ». L’effort n’est finalement pas si considérable que cela pour pouvoir « écouter la musique » des planètes.

17 Sur les habitudes discursives et mentales voir B. Lahire, L’Invention de l’« illettrisme ». Rhétorique publique, éthique et stigmates, Paris, Éditions la Découverte, Coll. « Textes à l’appui », 1999.

18 Lorsque l’on compte le nombre de thèses de doctorat soutenues par directeur de thèse, en France entre 1989 et 1995, on s’aperçoit que Michel Maffesoli arrive très largement en tête des directeurs de thèse avec 49 thèses (en 7 ans, soit en moyenne 7 thèses par an) soutenues, loin devant Louis-Vincent Thomas (33). Puis viennent Pierre Ansart (22), Jean Duvignaud (22), Pierre Fougeyrollas (19), Raymond Bourdon (17), Annie Kriegel (14), Alain Touraine (14), Jacques Lautmann (12), Robert Castel (11), Jean-Michel Berthelot (10) et Roger Establet (10).

19 M. Maffesoli, courriel daté du 23. 04. 01 adressé à de nombreux sociologues.

20 Et ce d’autant plus qu’on a contribué à banaliser sa présence au sein de la discipline dans des manuels universitaires « respectueux de la pluralité des écoles et des sensibilités », comme le mentionne la quatrième de couverture de l’ouvrage La Sociologie française contemporaine (sous la direction de J.-M. Berthelot, Paris, PUF, 2000); ouvrage qui comprend un chapitre, signé par Patrick Tacussel, intitulé « La sociologie interprétative. Un tournant postempiriste dans les sciences humaines en France », p. 117-125.

21 Lettre de M. Maffesoli adressée par courrier électronique le 23. 04. 01. Une autre variante se retrouve dans le texte accompagnant le courrier : « Une question de bon sens se pose, est-ce que, finalement, cette thèse non lue, n’est pas prétexte à règlement de compte contre un type de sociologie que je représente ? »

22 M. Maffesoli, courriel daté du 25. 04. 01 adressé à de nombreux sociologues.

23 On a pu lire ainsi dans la presse qu’« Elizabeth Teissier pourrait devenir le pion qu’on avance en surface pour régler des affaires plus souterraines, relevant des querelles de chapelle ou des jeux de pouvoir entre ‘grands’ de la sociologie » (O. Piriou, « Banalité d’Elizabeth Teissier », Le Monde daté du 30. 04. 01).

24 M. Maffesoli, courriel daté du 25. 04. 01, op. cit. Voir aussi sa réponse à l’article de Jean Bricmont et Diana Johnston (« Le monde diplomatique », août 2001) : « L’astrologie, la gauche et la science », in « Le monde diplomatique », 2 octobre 2001, p. 2.

25 M. Maffesoli a qualifié, de manière tout à fait insultante, l’« ennuyeux jargon » des sociologues d’« argot de proxénètes » dans la préface au livre de Alfred Schutz, Le Chercheur et le quotidien, Paris, Méridiens Klincksieck, 1987, p. I.

26 J. Bouveresse, Le Philosophe chez les autophages, Paris, Minuit, « Critique », 1984, p. 114.


Affaire Cahuzac: Attention, un séisme peut en cacher un autre ! (From butterfly effect to perfect storm: Will the French government be the first collateral victim of OffshoreLeaks?)

4 avril, 2013
http://img2.imagesbn.com/p/9780393337013_p0_v1_s260x420.JPGWhat $40 will buy Fascinating story in The West Australian on Saturday that unfortunately isn’t posted on the internet. It tells the tale of a Perth internet cafe owner Henk Beugelaar who purchased a job-lot of items at the Firepower liquidation sale. One of the items was a computer that, when fired up, spat out about 9,000 emails and documents – a small glimpse of the early history of Firepower in Perth. The newspaper devoted three pages to the saga, emphasising the continuing interest in Australia’s most spectacular fraud. Gerard Ryle
I find it funny to see how the media describes me as a happy hippy. I spend 3 months investigating the firepower server computer and have now placed it on the internet.I did a hardcopy printout for the AU government and now he is busted because of my work. I am not an egotist but don’t like to be taken for an idiot.The download is at http://www.mininova.org/tor/3158221 No offence meant. Henk Beugelaar
La cascade de révélations qui se déverse actuellement dans la presse mondiale, et notamment en France sur l’ancien trésorier de campagne de François Hollande, Jean-Jacques Augier, est partie d’un disque dur truffé de données reçu il y a plus de 18 mois par Gerard Ryle alors qu’il était journaliste d’investigation en Australie où il venait de boucler une enquête sur une vaste fraude financière. "Ces données étaient quasiment impossibles à lire. Elles faisaient planter mon ordinateur à répétition. Il y avait beaucoup de noms de personnes de partout dans le monde mais qui ne me disaient rien", raconte-t-il à l’AFP. Gerard Ryle ne dit pas à quel moment précis il a reçu ce mystérieux et précieux envoi. Son instinct lui dit qu’il s’agit de quelque chose de "gros". Le hasard va lui permettre d’en avoir le coeur net. Après avoir reçu ce colis, Gerard Ryle quitte son pays d’origine et émigre à Washington à l’automne 2011 pour prendre la tête du Consortium des journalistes indépendants (ICIJ), une organisation non-gouvernementale fondée en 1997 pour coordonner le travail des reporters sur la corruption. "J’ai toujours eu en tête de demander de l’aide à des reporters à travers le monde. C’était l’instrument idéal", souligne-t-il. Sur le modèle de Wikileaks, qui avait publié des câbles diplomatiques, Gerard Ryle va faire appel à un réseau de grands journaux à travers le monde (The Guardian, Le Monde, The Washington Post…) pour l’aider à recouper les informations, à en évaluer l’intérêt pour le grand public et coordonner quinze mois d’enquête. "Il ne suffisait pas de s’asseoir et d’écrire un article. Les dossiers sont incroyablement complexes et il fallait avoir le contexte. On se demandait tout le temps: est-ce qu’il y a une histoire ?", poursuit-il, ajoutant que certaines investigations, au Japon notamment, n’ont pas abouti. Challenges

Effet papillon ou tempête du siècle ?

2,5 millions de fichiers, plus de 120.000 sociétés et trust offshore (îles Vierges britanniques, Caïmans, îles Cook, Samoa, Singapour), gangsters et oligarques, politiciens et simples particuliers, entre 1.000 et 1.600 milliards de dollars annuels (pour un total du PIB des Etats-Unis et du Japon réunis), 170 pays (entre Australie, Indonésie, Amérique du nord, Europe, Chypre, Russie, Azerbaïdjan, Kazakhstan, Thaïlande, Philippines, Birmanie, Zimbabwe et Iran), centaine de Français potentiellment impliqués, sur près de 30 années, 160 fois WikiLeaks, 86 journalistes de 46 pays, 15 mois de dépouillement …

Au lendemain du véritable séisme qui vient d’atteindre le gouvernement Hollande et la gauche en général (l’improbable conjonction, que nous évoquions hier et que les anglo-saxons nomment "tempête parfaite" – fonctionnaire sanctionné-élu battu-femme bafouée-site d’information attendant son rainbow warrior) …

Suivi – incroyable hasard du calendrier ! – aujourd’hui même par le début de publication, par un consortium international de grands journaux, d’une montagne de documents dite Offshore leaks (2, 5 millions de fichiers, plus de 160 fois plus importante que la fuite Wikileaks d’il y a trois ans) révélant les secrets de plus de 120.000 sociétés et trust offshore aynt permis la fraude fiscale à grande échelle de centaines de politiciens, escrocs et très grosses fortunes à travers le monde dont l’ancien trésorier de la campagne Hollande …

Retour, sur l’homme qui a lancé l’affaire il y a six ans, le journaliste australien Gerard Ryle enquêtant alors sur l’escroquerie massive dite du Firepower, du nom d’une pilule miracle censée, selon son initiateur un certain Tim Johnston, à la fois réduire et purifier la consommation d’essence mais qui en fait couvrait une opération massive de détournement et blanchiment d’argent …

Mais aussi sur le propriétaire d’un café internet de Perth, un certain Henk Beugelaar, qui eut l’idée de racheter un lot de matériel de la société mise en liquidation judiciaire dont, pour 40 malheureux dollars australiens (à peine plus de 30 euros), un ordinateur qui avait gardé en mémoire quelque 9 000 emails et documents qu’il fera passer à la justice de son pays et à la presse australienne ..

Suscitant ainsi indirectement, via l’envoi quelques années plus tard à Gerard Ryle d’une mine d’informations confidentielles par d’anciens salariés de deux entreprises de services financiers offshore, l’actuel raz de marée …

Qui, hélas pour l’équipe socialiste actuellement au pouvoir en France et à l’instar du battement d’ailes du papillon déclenchant une tornade de l’effet du même nom, pourrait se révéler encore bien plus dévastatrice …

Qu’est-ce que l’opération "Offshore Leaks"?

Challenges

04-04-2013

Menée par l’International consortium of investigative journalists (ICIJ) et 36 médias internationaux, cette investigation a ouvert une brèche dans le secret des paradis fiscaux.

2,5 millions de fichiers secrets et 48 pays concernés: la vaste enquête journalistique qui a donné naissance à une sorte de "WikiLeaks" des paradis fiscaux n’aurait jamais vu le jour sans une petite ONG de Washington (ICIJ) et l’envoi d’un mystérieux courrier par la poste.

La cascade de révélations qui se déverse actuellement dans la presse mondiale, et notamment en France sur l’ancien trésorier de campagne de François Hollande, Jean-Jacques Augier, est partie d’un disque dur truffé de données reçu il y a plus de 18 mois par Gerard Ryle alors qu’il était journaliste d’investigation en Australie où il venait de boucler une enquête sur une vaste fraude financière.

"Ces données étaient quasiment impossibles à lire. Elles faisaient planter mon ordinateur à répétition. Il y avait beaucoup de noms de personnes de partout dans le monde mais qui ne me disaient rien", raconte-t-il à l’AFP.

Gerard Ryle ne dit pas à quel moment précis il a reçu ce mystérieux et précieux envoi. Son instinct lui dit qu’il s’agit de quelque chose de "gros".

Sur le modèle de Wikileaks

Le hasard va lui permettre d’en avoir le coeur net. Après avoir reçu ce colis, Gerard Ryle quitte son pays d’origine et émigre à Washington à l’automne 2011 pour prendre la tête du Consortium des journalistes indépendants (ICIJ), une organisation non-gouvernementale fondée en 1997 pour coordonner le travail des reporters sur la corruption.

"J’ai toujours eu en tête de demander de l’aide à des reporters à travers le monde. C’était l’instrument idéal", souligne-t-il.

Sur le modèle de Wikileaks, qui avait publié des câbles diplomatiques, Gerard Ryle va faire appel à un réseau de grands journaux à travers le monde (The Guardian, Le Monde, The Washington Post…) pour l’aider à recouper les informations, à en évaluer l’intérêt pour le grand public et coordonner quinze mois d’enquête.

"Il ne suffisait pas de s’asseoir et d’écrire un article. Les dossiers sont incroyablement complexes et il fallait avoir le contexte. On se demandait tout le temps: est-ce qu’il y a une histoire ?", poursuit-il, ajoutant que certaines investigations, au Japon notamment, n’ont pas abouti.

L’appel à la presse étrangère se fait autant par vocation que par nécessité. L’ICIJ ne compte que trois salariés permanents qui ne sont pas en mesure de traiter une masse d’informations qui serait, selon l’ONG, "160 fois" plus vaste que celle collectée par Wikileaks.

Un vaste réseau de journaliste dans le monde

L’ICIJ a également bénéficié de l’aide cruciale d’une société australienne qui leur a fourni gratuitement un logiciel de lecture et de décryptage de données complexes.

"Je les ai contactés et je leur dit: +ne me demandez pas pourquoi j’en ai besoin mais acceptez-vous de me le donner ?+", se souvient Gerard Ryle, soulignant que l’ICIJ n’avait "absolument pas les moyens" de se payer un tel logiciel.

En professionnel averti, Gerard Ryle savait aussi qu’il y avait un autre obstacle à franchir: faire travailler ensemble des journalistes d’investigation. "Ce n’est pas quelque chose que nous faisons traditionnellement. Nous préférons travailler chacun de son côté et garder nos secrets".

Il en est aujourd’hui convaincu: l’enquête n’a de valeur que parce qu’elle associe "un vaste réseau" de journalistes dans le monde.

A présent, le patron de l’ICIJ assure que d’autres révélations "sont à venir" mais récuse tout rôle de procureur et affirme ne pas se soucier de savoir si des enquêtes pénales et fiscales sont lancées.

"Notre travail est d’informer le public sur des faits qu’il ne connaît pas. Ce qu’en font les gens et les autorités après ne regarde qu’eux".

(Avec AFP)

Voir aussi:

Offshore Leaks: voici l’enquête internationale

Une mémoire tampon de 2,5 millions de fichiers a trahi les secrets de plus de 120.000 sociétés et trust offshore (à l’étranger), révélant au grand jour des arrangements cachés de politiciens, d’escrocs et de très grosses fortunes à travers le monde. Ces fichiers obtenus par l’International Consortium of Investigative Journalists (ICIJ). Les enregistrements mettent à nu les noms derrière les entreprises clandestines et les trusts privées dans les îles Vierges britanniques, les îles Cook et d’autres refuges offshore.

Parmi ceux-ci, des dentistes et médecins américains, des bourgeois grecs ainsi que des familles et associés de despotes de longues dates, des escrocs de Wall Street, des milliardaires d’Europe de l’Est, des dirigeants d’entreprises russes, des marchands d’armes internationaux, une société écran dirigée par un homme de paille que l’Union européenne a étiqueté comme l’un des rouages de l’élaboration du programme de développement nucléaire de l’Iran.

Les fuites fournissent faits et chiffres – des transactions en espèces, des dates d’incorporation (assimilation?), des liens entre entreprises et particuliers – qui illustrent à quel point le secret financier offshore s’est largement propagé dans le monde entier. Qui permet aux riches et aux longs bras d’éluder les impôts et d’alimenter la corruption et les maux économiques dans de nombreux pays, riches et pauvres. Les documents détaillent les avoirs offshore d’entreprises et de particuliers dans plus de 170 pays et territoires.

Ce trésor de données représente la plus grande réserve d’informations confidentielles sur le système offshore jamais obtenue par un organe de presse. La taille totale des fichiers, mesurée en gigaoctets, est plus de 160 fois plus importante que la fuite du département d’État des États-Unis interceptée par Wikileaks en 2010.

Pour analyser ces documents, les 86 journalistes de 46 pays ont utilisé des outils high-tech de traitement de données et investigué en profondeur pour passer au crible emails, livres de comptes et autres fichiers couvrant près de trente années.

Gangsters et oligarques

La vaste flux d’argent offshore – légal et illégal, personnes physiques et morales – peut perturber des économies et monter des nations les unes contres les autres. La persistance de la crise financière européenne a été alimentée par une catastrophe fiscale grecque et exacerbée par la fraude fiscale offshore et par une grave crise bancaire dans le minuscule paradis fiscal de Chypre, où les actifs des banques locales ont été gonflés par des vagues de liquidités en provenance de Russie. La Stolen Asset Recovery Initiative, un programme de la Banque mondiale et de l’Organisation des Nations Unies, a estimé que les flux transfrontaliers des recettes mondiales des crimes financiers totalisaient un montant annuel estimé entre 1.000 et 1.600 milliards de dollars.

Les clients offshore identifiés dans les documents :

- Des particuliers et des sociétés liés à l’affaire Magnitski en Russie, un scandale de fraude fiscale qui a égratigné les relations américano-russes. Il en avait résulté l’interdiction pour les Américains d’adopter des orphelins russes.

- Un magnat de l’entreprise qui a gagné des milliards de dollars en contrats en plein boom de la construction du Président azerbaïdjanais Ilham Aliyev, alors même qu’il officiait en tant que directeur des sociétés offshore détenues par des filles du président.

- Des milliardaires indonésiens ayant des liens avec l’ancien dictateur Suharto, qui a enrichi un cercle d’élites au cours de ses décennies au pouvoir.

Les documents fournissent également de possibles nouveaux indices sur des crimes et pistes financières non-résolus ou abandonnés.

Après avoir appris que l’ICIJ avait identifié la fille aînée de l’ancien dictateur Ferdinand Marcos, Maria Imelda Marcos Manotoc, en tant que bénéficiaire d’un trust des Îles Vierges Britanniques, les responsables philippins n’ont pas caché leur impatience de savoir si les actifs du trust faisaient partie des 5 milliards de dollars (estimation) que son père a amassés par la corruption. Manotoc, un gouverneur de province aux Philippines a refusé de répondre à une série de questions sur ledit trust.

D’autres noms de haut niveau ont été identifiés dans les données offshore. Ils comprennent l’épouse du Premier vice-Premier ministre russe, Igor Chouvalov, et deux cadres supérieurs chez Gazprom, le plus gros extracteur de gaz naturel au monde, propriété du Gouvernement russe. Les fichiers récupérés montrent que la femme de Chouvalov et les responsables de Gazprom ont tous les trois des participations dans des sociétés sur les Îles Vierges britanniques.

L’essor de l’offshore

L’anonymat du monde offshore rend les flux d’argent difficiles à tracer. Une étude réalisée par James S. Henry, ancien économiste en chef au sein de McKinsey & Company, estime que les personnes riches ont entre 21.000 et 32.000 milliards de dollars en patrimoine financier privé niché dans les paradis offshore – à peu près l’équivalent des économies américaine et japonaise additionnées.

Même si l’économie mondiale a trébuché, le monde offshore a continué de croître, a déclaré Henry, qui est un membre du conseil du Tax Justice Network, un groupe international de recherche et d’influence critique à l’égards des paradis fiscaux. Ses recherches montrent, par exemple, que les actifs gérés par les 50 plus grandes “banques privées” du monde – qui utilisent souvent des paradis fiscaux pour servir leurs clients à “valeur nette élevée" – sont passés de 5.400 milliards de dollars en 2005 à plus de 12.000 milliards de dollars en 2010.

Les défenseurs de l’offshore répliquent que la plupart des clients offshore sont engagés dans des opérations légales. Les centres offshore, disent-ils, permettent aux entreprises et aux particuliers de diversifier leurs investissements, forger des alliances commerciales à travers les frontières nationales et faire des affaires dans les zones favorables à l’entrepreneuriat qui ne s’embarrassent pas des règles et des lourdes formalités administratives du monde onshore.

Une grande partie du rapport de l’ICIJ a mis l’accent sur les travaux de deux sociétés offshore, l’une, Portcullis TrustNet, basée à Singapour et l’autre, Commonwealth Trust Limited (CTL), sur les Îles vierges britaniques. Celles-ci auraient aidé des dizaines de milliers de personnes à créer des sociétés et trusts offshore ainsi que des comptes en banque difficiles à tracer. Les organismes de régulation des Îles Vierges britanniques ont révélé que CTL a violé à plusieurs reprises les lois anti-blanchiment entre 2003 et 2008 en omettant de vérifier et d’enregistrer les identités et l’antécédents de ses clients. «Cette entreprise a connu des problèmes de blanchiment d’argent systémique au sein de son organisation», a déclaré l’année dernière un responsable de la Commission des Services financiers des Îles vierges britanniques.

Les documents montrent, par exemple, que CTL a mis sur pied 31 entreprises en 2006 et 2007 pour un individu identifié par la suite par le tribunal britannique comme un homme de paille pour Mukhtar Ablyazov, un magnat de la banque kazakhe accusé d’avoir volé 5 milliards de dollars de l’une des plus anciennes banques de Russie. Ablyazov dément avoir commis le moindre acte répréhensible.

L’examen des documents de TrustNet a également permis d’identifier 30 clients américains accusés de fraude, de blanchiment d’argent, ou de tout autre faute financière grave dans des procès ou des affaires criminelles. Ils comprennent les ex-titans de Wall Street Paul Bilzerian, un “raider” d’entreprise reconnu coupable de fraude fiscale et de violation de valeurs mobilières en 1989, et Raj Rajaratnam, un gestionnaire de fonds de couverture milliardaire envoyé en prison en 2011 à l’issue de l’un des plus grands scandales de délits d’initiés de l’histoire américaine. TrustNet a refusé de répondre à une série de questions à ce sujet.

“Guichet unique”

Les clients offshore sont servis par une industrie d’intermédiaires grassement rétribués. Des comptables, des avocats et des banques qui leur procurent un abri et leur montent des structures financières et des actifs aléatoires en leur nom.

Des documents obtenus par l’ICIJ montrent comment deux premières banques suisses, UBS et Clariden, ont travaillé avec TrustNet à fournir à leurs clients des sociétés secrètes et blindées dans les Îles Vierges britanniques et d’autres centres offshore. Clariden, détenue par le Credit Suisse, aurait requis de tels niveaux de confidentialité pour certains clients qu’un responsable chez TrustNet a décrit la demande de la banque comme le «Saint Graal» des entités offshore – une entreprise tellement anonyme que la police et les régulateurs tomberaient sur un “mur blanc” s’ils essayaient de découvrir les identités des propriétaires (actionnaires).

Un porte-parole d’UBS a déclaré que la banque applique «les plus hautes normes internationales» pour lutter contre le blanchiment d’argent et que TrustNet "est l’un des 800 fournisseurs de services à l’échelle mondiale avec qui les clients UBS choisissent de travailler pour subvenir à leurs besoins de richesses et de planification de la relève. Ces fournisseurs de services sont également utilisés par les clients d’autres banques."

TrustNet se décrit comme un «guichet unique» – son personnel comprend des avocats, des comptables et autres experts qui peuvent façonner des “packages” secrets pour s’adapter aux besoins et aux valeurs nettes de ses clients. Ces forfaits peuvent être simples et pas chers, comme une société à affrétée dans les îles Vierges britanniques. Ou ils peuvent prendre la forme de structures complexes qui tissent de multiples couches de trusts, des sociétés, des fondations, des produits d’assurance et ces fameux administrateurs et actionnaires “nominés”.

Quand ils créent des entreprises pour leurs clients, les entreprises de services offshore nomment souvent de faux administrateurs et actionnaires – des procurations qui font office de “stands-in” lorsque les véritables propriétaires d’entreprises ne veulent pas que leur identité soit connue. Grâce à la prolifération d’administrateurs et d’actionnaires de paille, les traqueurs de blanchiment d’argent et autres crimes financiers se retrouvent souvent dans des impasses quand ils essayent de découvrir qui se trouve réellement derrière les sociétés offshore.

Une analyse menée de concert par l’ICIJ, la BBC et le Guardian a identifié un groupe de 28 administrateurs de paille qui ont servi en tant que représentants sur le papier de plus de 21.000 entreprises entre elles. Ces administrateurs représentant 4.000 entreprises chacun.

Parmi les hommes de paille identifiés dans les documents obtenus par l’ICIJ figure un agent britannique qui a servi en tant qu’administrateur pour une société basée aux Îles vierges britanniques, Tamalaris Consolidated Limited. Organisation que l’Union européenne a étiqueté comme une société écran de la Compagnie de Navigation de la République islamique d’Iran. L’UE, l’ONU et les Etats-Unis ont accusé l’IRISL d’aider l’Iran à l’élaboration de son programme nucléaire.

Article rédigé par Gerard Ryle, Marina Walker Guevara, Michael Hudson, Nicky Hager, Duncan Campbell and Stefan Candea.

Ont également contribué à l’enquête : Mar Cabra, Kimberley Porteous, Frederic Zalac, Alex Shprintsen, Prangtip Daorueng, Roel Landingin, Francois Pilet, Emilia Díaz-Struck, Roman Shleynov, Harry Karanikas, Sebastian Mondial et Emily Menkes.

Traduit de l’anglais par Olivier Croughs.

"Offshore Leaks" : une enquête choc aux multiples ressorts

Constance Jamet

Le Figaro

04/04/2013

Une trentaine de médias publient les résultats d’une longue enquête collaborative sur les sociétés offshore et leurs riches clients. Parmi les noms mentionnés dans les données figure celui du trésorier de campagne de François Hollande.

Après WikiLeaks, Vatileaks, Offshore Leaks sera-t-il le nouveau scandale mondial en vue? Une trentaine de médias étrangers et Le Monde pour la France publient jeudi matin les résultats d’une longue enquête collaborative sur les sociétés offshore et les paradis fiscaux. Plus de 2,5 millions de documents ont été analysés, expliquent le journal suisse Le Matin et le Guardian , deux des titres impliqués dans l’enquête. Mises à disposition par le consortium journalistique d’investigation américain ICIJ, les données exploitées sont issues de deux sociétés spécialisées dans les domiciliations offshore: Commonwealth Trust Limited, à Tortola, dans les îles Vierges britanniques et Portcullis Trustnet, basée à Singapour.

«Ces fuites, qui ont le potentiel de causer un choc sismique, montrent à quel point la finance offshore s’est répandue dans le monde», explique le Guardian. Les données – contrats, photocopies de passeport, feuilles de calcul, livres de comptes – concernent environ 122 000 entités, liées à plus de 130 000 personnes dans 140 pays, précise Le Matin. Le Guardian souligne la diversité des utilisateurs d’investisseurs offshore. Dans cette liste de noms, «on trouve des dentistes américains, des proches de despotes, des villageois de la classe moyenne grecque, des escrocs de Wall Street, des milliardaires indonésiens et d’Europe de l’Est, des dirigeants russes, des marchands d’armes et une société présentée comme la tête de pont du programme nucléaire iranien», énumèrele Guardian. «Le fait que des milliers de gens ordinaires apparaissent dans ces fichiers indique que les sociétés offshore ne sont pas uniquement le repaire de malfrats ou de politiciens voulant dissimuler de l’argent. Des anonymes adoptent ce système car ils ne se sentent pas à l’abri dans les institutions bancaires de leur propre pays», insiste la directrice adjointe de l’ICIJ.

Un disque dur de 260 gigaoctets

Le Guardian a mis en exergue quelques personnalités mentionnées dans ces documents. On y trouve l’ancien ministre des Finances de Mongolie, le président d’Azerbaïdjan et sa famille, l’épouse du premier ministre adjoint russe Igor Chouvalov, l’époux d’une sénatrice canadienne, la collectionneuse d’art espagnole la baronne Carmen Thyssen-Bornemisza. Côté français, 130 individus seraient concernés mais le nom qui fait le plus de bruit est celui de Jean-Jacques Augier. Le trésorier de la campagne présidentielle de François Hollande, qui a racheté le magazine Têtu, est actionnaire de deux sociétés offshore dans les îles Caïmans, via son holding financier Eurane, affirment Le Monde et le Guardian. «J’ai investi dans cette société par l’intermédiaire de la filiale d’Eurane en Chine. L’investissement dans International Bookstores apparaît au bilan de cette filiale. Rien n’est illégal», a déclaré l’intéressé au Monde. Jean-Jacques Augier souligne ne détenir «ni compte bancaire personnel ouvert aux Caïmans ni investissement personnel direct dans ce territoire». Les rares personnalités citées dans le Guardian et qui ont accepté de s’expliquer, comme la baronne Carmen Thyssen-Bornemisza, assurent, elles aussi, de la légalité de leurs investissements.

Les coulisses de cette enquête internationale qui a réuni 86 journalistes et 35 publications sont aussi fascinantes que ses conclusions. Tout a commencé, il y a quinze mois, avec l’envoi anonyme d’un paquet en Australie. Son destinataire est le journaliste Gerard Ryle, qui sort d’une investigation de trois ans sur le scandale du Firepower. À la réception du disque dur, Gerard Ryle s’en va trouver le consortium ICIJ pour bénéficier de son expertise en matière de collaboration internationale. Mais contrairement à WikiLeaks, les données ne sont ni organisées, ni classées, un programmeur a donc construit une base de données pour permettre aux reporters de télécharger et de chercher les documents et mis en place un forum pour faciliter la communication. Le disque dur d’Offshore Leaks contient 260 gigaoctets de fichiers, soit un volume 160 fois plus important que les câbles diplomatiques américains publiés par WikiLeaks en 2010. De quoi distiller des révélations sur toute une année.

Voir encore:

Firepower: the most spectacular fraud in Australian history

Gerard Ryle

Investigative journalist

The book originated from a newspaper article I wrote for The Sydney Morning Herald in January 2007, raising questions about the validity of a mysterious fuel technology company called Firepower that had suddenly become the biggest sporting sponsor in the country.

Firepower reacted by taking out four lawsuits – two against my newspaper and two against me personally. We fought the lawsuits in the courts for more than 18 months before Firepower’s own lawyers moved to have the company placed into liquidation because of unpaid bills.

But initially everyone from the Australian Prime Minister, John Howard, to the various professional bodies that run sport in Australia, as well as the corporate watchdog, the Australian Securities and Investment Commission, were all seemingly content to adopt the myth that Firepower was a business miracle.

By then, millions of shares in Firepower had been sold to about 1300 enthusiastic investors, including high-profile sports personalities, diplomats, doctors, accountants, and senior media figures.

It took more than 60 newspaper articles over a two-year period to demolish the fairytale, exposing a wobbly financial pyramid and revealing the company’s main product – a fuel pill said to cut fuel consumption and reduce emissions – was little more than the same white tar fumigant used in mothballs.

The story had tentacles that spread around the world; from the Federal Government, to the KGB; from high-flying Australian diplomats, to international arms dealers; from convicted drug dealers, to the Australian Trade Commission.

The full implications are set to send quakes through the business, political and sporting worlds for years to come. The immediate ramifications however saw Federal Court charges brought against those selling the shares.

Firepower caused havoc in each of the sporting teams the company sponsored. It led to the death of the Sydney Kings – the most successful basketball franchise in the country – and it threw the future of the entire National Basketball League into question. Firepower contributed to unrest in the private ownership of the iconic South Sydney Rabbitohs, between Hollywood star Russell Crowe and the businessman Peter Holmes a Court.

The Western Force Super-14 club was fined $150,000 (since reduced) after revelations about secret payments by Firepower to high-profile Wallaby players, and it too faces both an exodus of star players and a financial crisis now that the Firepower dream is dead.

There were many other inquiries along the way … by the tax office, the Department of Foreign Affairs, the West Australian Department of Consumer and Employment Protection, hearings in the Industrial Relations Commission and two separate actions by liquidators.

My stories were eventually followed up nationally and internationally, including by Four Corners and by every major television and newspaper outlet in the country. They led to a worldwide manhunt for Firepower founder Tim Johnston, with the international media dubbing him ‘The Most Wanted Man in Australia’.

The book explains in detail the rise and fall of Tim Johnston, the man behind Firepower. It traces the history of his life through numerous previous frauds and it provides the context that allowed him to pull it off. It portrays a man of many contradictions, not least his preference for studying the Bible while flying first-class on his way to negotiate what turned out to be imaginary multi-million dollar deals.

The book raises serious questions about the corporate regulatory system in Australia – one that allowed Johnston to sell nearly $100 million worth of shares in a British Virgin Islands entity without so much as a prospectus.

It asks why Firepower benefited from such enthusiastic government support, getting huge taxpayer grants, when some of the Firepower-related entities the Federal Government helped promote never even existed. They were simply made up.

Voir encore:

Pop goes the pill prince

Firepower was a $100 million fraud on investors too eager for profits and too distracted to demand proper answers to the right questions, writes Gerard Ryle.

Business day

May 2, 2009

Tim Johnston needed a distraction. In Australia, none comes bigger than sport, a national obsession. Where else would athletes regularly nudge aside doctors, scientists and humanitarians to the nation’s highest honours?

Johnston’s friend Peter O’Meara had a sporting team. O’Meara was chief executive of the Western Force, a Perth-based franchise in the world’s best rugby union competition, which pitted against each other the finest players from Australia, New Zealand and South Africa. But O’Meara’s team was the league’s worst. Could O’Meara get Johnston the big distraction he wanted?

It was 2006 and by then Johnston had moved from poverty to plenty with barely a hitch in his stride. Already people were tipping him for greatness. Just as Thomas Edison had revolutionised the world with the invention of the light bulb, many believed Johnston was about to radically affect the biggest emergency facing mankind – the global energy crisis. Some of Australia’s brightest business leaders figured him to be the new Bill Gates, the founder of the world’s biggest company, Microsoft. Johnston was surely about to enjoy the same commercial success. Like Edison, his product also fitted neatly into the palm of one hand. It was a little brown pill about the size of a 5 cent piece.

Johnston was 50 and given to hyperbole. He had been asked by the then prime minister, John Howard, to advise the country on the pressing issue of climate change. The British prime minister, Tony Blair, was a silent investor in his various schemes. Both houses of the Russian parliament had ordered his technology to be adopted in every farm, factory and furnace. The contracts were worth millions. Perhaps billions.

It was difficult to know where untruths began and ended with Johnston. His world was filled with unexpected surprise. John Howard invited him to dinner at the Lodge, the prime ministerial residence in Canberra.

They dined with Julie Bishop, the minister for science, and they discoursed on the issue of Johnston’s great invention. The prime minister invited him back to dine again. And Johnston, who liked to study the Bible, gave thanks to his God for the meals. His favourite topic of conversation – outside his yearning to save the planet – was his professed desire for honesty and integrity.

The contradiction was not always immediately apparent.

Johnston began his marketing career as a shampoo salesman. His clean-cut image served him well when he moved to other things. Like selling bacteria that ate cow dung, or cures for medical ailments, or paint that was so light that aircraft manufacturers were animated about its fuel-saving possibilities.

And it was here, in the area of fuel saving, that he finally hit it big. Not with the paint, but with the little brown pill.

It was easy to see the attraction. By the time Johnston truly arrived on the scene in Australia, the public had breached another oil consumption record. The number of cars and trucks nearly matched the Australian population, and consumed 36 billion litres of petrol and diesel a year.

Johnston’s little brown pill promised to cut this $29 billion annual bill by 20 per cent in one easy stroke. Moreover, he claimed the pill would effectively eliminate all poisonous emissions from vehicles.

The excitement over his invention allowed Johnston to collect money from all corners of the globe. The message was clear: invest in Firepower or lose out on the chance of a lifetime. The pill, he said, would make everyone extremely wealthy. By the time Johnston finished, investors had handed over more than $100 million.

Johnston surrounded himself with substantial people. His business partners included Gordon Hill, a former West Australian police minister.

There was Warren Anderson, one of the country’s better known property developers, and Grigory Luchansky, a Russian oligarch who regularly featured in newspaper stories around the world. Both the former governor-general Michael Jeffery and the then Queensland premier, Peter Beattie, turned up for Firepower-sponsored events.

Bill Moss, the former Macquarie Bank director, was scheduled to be the chairman of Firepower and Firepower’s chief executive officer was John Finnin, one of Australia’s most senior public servants. Johnston told everyone they were going to be rich when he listed his company in London. Even in those heady days, Firepower appeared too good to be true. So good in fact that rumours sprang up that it was really a money-laundering front for the Russian mafia, or a product of the KGB or the CIA. The reasons were never quite clear. Nobody seemed to care as long as the money flowed.

And flow it did, while few took the time to learn what Firepower was really about, or to look into Johnston’s colourful history.

Johnston spent much of 2006 on board first-class flights and on private jets. He spent long hours explaining the deals he was signing up. World leaders – prime ministers and presidents – begged for his help. They wanted to improve their refineries, their factories and their methods of food production. His technology, he indicated, also had military applications. That made it a danger to powerful interests – not least the big oil companies. Johnston came to feel the panic, the rush of doubt, well before the end of 2006. Various strands of his story grew contradictory. The portrait he had built up remained unconvincing. Despite the millions of words that were poured into explaining the gulf between science and science fiction, the two remained unreconciled. In short, Johnston needed a distraction. He needed something to draw attention from the fundamental questions – the scientific proof, the stock market listing. Johnston found it in sport.

Johnston conceived his plan for the big distraction over Sunday afternoon drinks at his friend Peter O’Meara’s comfortable pad in the Perth beachside suburb of Cottesloe, not far from the $16 million mansion Johnston had recently occupied. He began by luring the best rugby players in the land, including Matt Giteau and Drew Mitchell, the stars of the Australian national team. Johnston was soon the most powerful person in West Australian rugby.

But Johnston had mammoth ambitions. As his boasts grew, so did the distraction. He began to build the biggest sporting sponsorship portfolio Australia had seen. The Firepower name was soon brashly displayed across the country, in boxing rings, on horse tracks, on racing cars, on motorbikes, even on surfboards. He began sponsoring the Sydney Kings, Australia’s best-known basketball team, and ended up buying the franchise.

Johnston’s brash style often clashed with the culturally conservative, but many people were drawn to his fervour and his money. He was good at identifying weaknesses in others. He was good at understanding rules and laws and the ways they could be broken. He was good at making sure people who might have spoken up couldn’t, because they were compromised.

Those who probably should have known better often left their good sense behind when they signed on for the camaraderie, the dollars, and the excitement. And like a children’s party, people didn’t doubt the integrity of the magician.

At the height of his popularity, in September 2006, a 4200-tonne navy guided missile frigate was handed over at taxpayers’ expense for a gala sponsorship function soon after Defence Force chiefs became Firepower investors. HMAS Sydney was moored at the navy’s base at Garden Island, with views over the Opera House, when it was used for the official launch of the Sydney Kings basketball season. By then, the Chief of Defence Force, Air Chief Marshal Angus Houston, the Deputy Chief of Navy, Rear Admiral Davyd Thomas, a former senior naval officer, Commodore Kevin Taylor, and the former air force chief, Air Marshal Errol McCormack, were all on board the dream as investors, though none was involved in the decision to hand over the ship.

Johnston’s attentions were not confined to Australia. His sporting heroes were scattered across the world, from New Zealand to Tonga to Russia. He had his people draw up plans to sponsor Chelsea soccer club in the English Premier League and formula one motor racing. He was funding a Welsh rugby team.

All things seemed possible. Johnston began socialising with Russell Crowe, the Oscar-winning Hollywood actor, and Peter Holmes a Court, one of Australia’s best-known businessmen. The two men owned the South Sydney Rabbitohs rugby league team. Firepower had just become a major sponsor, its millions helping revive South’s on-field struggle.

Investors came from all walks of life – and included doctors, accountants, media figures and public servants. They came from the airy elite of international diplomacy, like the Australian high commissioner to Pakistan, Zorica McCarthy. They even came from the centre of Johnston’s own big distraction – the world of sport.

A group of Australian rules footballers decided Firepower was the next big thing. Leading the investment scramble was Mark Ricciuto, captain of the Adelaide Crows, and Wayne Carey, the former all-Australian captain. Carey told current and former players it was a great way to increase their money tenfold. Most Adelaide Crows signed up, including coaches. And Johnston drew up plans to share profits from the sale of his pills with the Crows Foundation, the club’s charitable arm.

A former player and Firepower investor hosted an Adelaide radio show on the Triple-M network. Players and former players began a game, competing on air to see how many times they could name Firepower during interviews. Adelaide’s newspaper wrote about it in the social pages. The private comedy became public. And everyone was laughing at Johnston’s distraction.

But the real joke was on them.

This is an edited extract from Gerard Ryle’s Firepower, published by Allen and Unwin from Monday, $35.

Voir enfin:

Rise of a man with a magic mystery pill

Gerard Ryle

The Sydney Morning Herald

January 8, 2007

FOR A man determined to remain a mystery, Tim Johnston makes some contradictory moves.

Over a series of remarkable weeks in November, the chairman of the little-known Perth-based fuel technology company Firepower was revealed as the main sponsor of the South Sydney Rabbitohs.

The reported $3 million deal was unveiled by the Rabbitohs’ part-owner Russell Crowe – on Jay Leno’s American Tonight show. The ink had barely dried on that when Firepower said it would also be throwing its financial clout behind the Sydney Kings basketball team, which changed its name to the Firepower Sydney Kings. Days later, Johnston bought the Kings.

In three smooth steps, Johnston had thrust deep into the Australian sporting scene. He went from zero to hero in a world that rarely asks too many questions as long as you have the answer when they throw out the challenge that matters most. It’s the Jerry Maguire test: "Show me the money!"

And therein lies the real mystery of Tim Johnston and Firepower. Just how does the company make its money, and are its eye-popping business deals all that they appear? Firepower has been the beneficiary of enthusiastic Federal Government support in its push overseas, but there are questions over how much Australian agencies know about the company they support and the products it promotes. And those products – bits of fuel-technology wizardry, including a pill to improve vehicle efficiency and reduce pollution – may be the biggest Firepower mystery of all. Have they been properly tested, do they work, how many are sold, and who is using them?

The answers are obscure in a story whose ripples reach as far as the arms trade in Romania and a multi-level marketing scheme based in New Zealand, and features links to a Russian who won a multimillion-dollar legal suit against The Times in London over claims he was involved in one of the world’s biggest money-laundering scandals.

It embraces the Prime Minister, John Howard; the Queensland Premier, Peter Beattie; and a former West Australian police minister, Gordon Hill. It also involves several Federal Government-funded trade missions, where some of the companies that have represented Australia are unknown to the corporate regulator.

Those familiar with Firepower’s range of products swear with the zeal of an Amway salesman that they are the best thing since sliced bread. "Look out the window in Sydney and see the haze out there," urges Michael Powe, who distributes the products in Tasmania. "If everybody used Firepower you would probably would be able to reduce that by 50 per cent."

One of the products is a pill about the size of a five cent piece that you put in your fuel tank every time you fill up.

The pills cost $1.50 and anonymous testimony on the back of the product – from "Joseph and Julie in Fiji" – claims that they not only reduce pollutants, but make fuel 12 per cent more efficient.

The pills are claimed to be on sale in more than 50 countries. Press clippings state that Firepower’s pollution reducing/fuel extending products – four are in liquid form – are used by heavy industry, in power generation, by railways and by the armed forces of Australia, New Zealand, Russia, Thailand and Indonesia.

Rumours abound – that the company has a joint venture with Shell, and that it is already in the pocket of Macquarie Bank.

On its website, Firepower says it is working in a technical capacity with General Motors Holden. Mr Johnston says it is about to list on the London Stock Exchange.

Prominent on the Firepower website is a picture of Mr Howard and the Pakistani Prime Minister, Shaukat Aziz at the signing of a memorandum of understanding in November 2005 between Firepower and a Pakistani company over a reported $US35 million facility to be built in Karachi.

The deal is one of many, collectively worth hundreds of millions of dollars, which the company says it has signed. Many are centred in Russia and other parts of the former Soviet bloc.

In June, Firepower and the Queensland Government – in that order – were sponsors of Australia Week in Moscow, an annual fair organised by the Australian Trade Commission (Austrade).

"The only thing wrong with Firepower is that they’re not in Queensland," Peter Beattie told The Bulletin at the time.

The magazine reported that Mr Beattie, who attended the show, was trying to woo Firepower away from Perth after the company said it had ended the week with joint venture deals worth $400 million.

"Firepower Group is a wonderful example of the innovative thinking and advanced technology that Australian companies produce," said Gregory Klumov, Austrade’s senior trade commissioner in Moscow.

From the extent of Firepower’s sporting patronage, its public statements and press coverage, you might expect to find a $1 billion company. Aside from the Rabbitohs and the Kings, the company is involved in V8 Supercar racing, and is a patron of the Western Force rugby team, the Tongan national rugby team, the Porsche Carrera Cup and the Australian Superbike Championship.

But scratch the surface and it soon becomes clear that Firepower products are sold domestically in only a few dozen motorcycle outlets and truck stops in Western Australia and Darwin, and a marine supply shop in Hobart.

There is no joint venture with Shell, nor a technical agreement with General Motors Holden, nor any association with Macquarie Bank, according to representatives of those companies. And neither the Australian nor the New Zealand military has any record of having purchased Firepower products.

The Australian Securities and Investments Commission has no record of a company called Firepower Group Pty Ltd, the company presented by the taxpayer-funded Austrade as an export success story in Russia.

Nor does the commission have any records of a company that represented Australia in another Austrade investment mission to Malaysia in August last year – Firepower International Pty Ltd. The commission does not even have records of the company that appears on the Firepower website – Firepower Technology Ltd.

The business listed in the phone book – Firepower Operations Pty Ltd – is a $1 company, first registered in December 2004. It is owned by Firepower Holdings Group Ltd, a company with an address in the British Virgin Islands.

Mr Johnston offers little explanation. "I don’t know you. You say you are from The Sydney Morning Herald but I don’t know," he states, after demanding questions in writing. The questions are never answered. Meetings never take place. Conference calls never eventuate.

The latter offer comes at the end of weeks of trying to get information on the company, weeks that included the following exchange with a company spokesman:

What sort of sales did you have last year in Australia?

"No comment on that."

What about overseas?

"No comment."

Is there any reason?

"It is basically the way that it operates."

How does the company sell its product?

"Again, no comment. We have to leave it at that. I can’t divulge any more … On the website, that’s the information that is released to the public."

Before another question can be answered, the spokesman hangs up.

Some of the wilder rumours share the features of a John Le Carre novel, taking in organisations such as the former Russian spy agency, the KGB, and the American space agency, NASA.

Take Firepower’s joint venture partner in Russia, who was revealed at the Moscow trade show. He is Grigory Luchansky, a dual Russian-Israeli citizen who was the subject of a Time magazine investigation in 1996.

At the time, Luchansky was the head of a Vienna-based company called Nordex. According to other reports, Nordex was created in 1989 as a source of hard currency for the KGB.

Luchansky has reportedly been the subject of intense scrutiny by Interpol, Britain’s MI6 and Israeli law enforcement. He has at times been banned from entering Canada and once was denied entry to Britain and the US.

Apart from spending some years in a gulag early in his life, he has never been prosecuted. He rejects the charges made by Time. Luchansky successfully sued The Times when it later reported that the CIA had described Nordex as an organisation associated with Russian criminal activity.

He was photographed at a White House fund-raising dinner with then-president Bill Clinton in October 1993, but the claims did not stop. The Times repeated allegations that Nordex may have been involved in the smuggling of nuclear material.

The newspaper also accused Luchansky of being linked to one of the world’s biggest money-laundering investigations – an alleged plot to launder $US7 billion in Russian organised crime proceeds through the Bank of New York.

Luchansky has repeatedly denied all of the accusations levelled against him, and the Herald is not suggesting he or anyone involved in Firepower is guilty of committing any offence.

In refusing an appeal by The Times, the English courts held that the newspaper had no prospect of proving the laundering claim, and that it did not attempt to prove the other accusations.

The shadowy threat of Russian organised crime raised its head in relation to Tim Johnston last year when he allegedly received death threats after Firepower signed a multimillion deal with the country’s largest coal producer, Kuzbassrazrezugol.

The Australian embassy in Moscow took the threat so seriously it organised four bodyguards from Russia’s special forces unit to accompany Mr Johnston during the trade show. The bodyguards were paid by Firepower, an Austrade spokesman said.

"The threat came from Kuzbass, in Siberia, where we reduced fuel consumption [at Kuzbassrazrezugol] by 40 per cent," Mr Johnston told the Herald at the time.

"We’ve been selling a lot there, and the people who had been supplying [the mining company] with diesel fuel weren’t happy. I didn’t get a Christmas card. They said: ‘Tim Johnston, you keep out of Russia, or else’."

The link between Luchansky and Firepower appears to have been known to Austrade. And it seems clear Austrade has been an integral part of Mr Johnston’s recent success.

Deals cut in Russia, Kazakhstan, Malaysia and Romania with the help of Austrade have allowed his company to be portrayed as a multimillion-dollar exporter of fuel technology.

Those deals helped Mr Johnston parlay his small business of the late 1990s into a player on the international scene, with offices in Australia, Germany, Romania and Russia.

What also seems certain is that Austrade did not check whether all the companies that attended its trade missions or sponsored its trade fairs, according to the names that appeared in press releases, were registered in Australia.

"It concerns me," said an Austrade spokesman when the Herald produced the evidence that some were not.

"The Firepower Group is not a company, as you quite clearly [point out] … They exist as an Australian business, they don’t exist as a registered company."

He added: "We are not assisting the company that is registered in the Virgin Islands. What we are assisting is an Australian business that operates out of Perth, which is public knowledge and which is on the internet."

One of the deals set up through Austrade was to have a Firepower product – a machine that cleans fuel systems – manufactured in Romania under an arrangement with a British arms dealer, BAE Systems.

The Herald understands that BAE Systems assisted in the manufacture of the machines to satisfy what is known as an "offset agreement" with the Romanian Government. Offset agreements are common practice in large international arms deals. They require a supplier to direct some benefits – usually work or technology – back to the purchaser as a condition of the sale.

While the Herald does not suggest that the deal involving Firepower’s products was anything other than a normal business transaction, allegations concerning some of BAE Systems’ dealings in Romania and four other countries are being investigated by the Serious Fraud Office in Britain. The company did not respond to a Herald request for comment.

One of the people pictured in Pakistan with John Howard in November 2005 is Don Klick, who was described in the photo caption as Firepower’s president for international business. Mr Klick also represented the apparently non-existent Firepower International Pty Ltd during the Austrade mission to Malaysia.

The Herald understands Mr Klick is an American Vietnam War veteran who once worked with the giant US military contractor Dyncorp.

Other people associated with Firepower include Mr Hill, a former police minister in the former West Australian Labor government of Brian Burke. Until February this year he was the only other director, with Mr Johnston, of Firepower Operations Pty Ltd, the company listed in the phone book.

The Herald understands Mr Hill was recruited to help get the company a listing on the Alternative Investment Market in London, which is part of the London Stock Exchange. It was something Mr Johnston boasted to The Bulletin would happen in October. The listing has yet to go ahead.

Mr Hill declined to comment on his directorship with Firepower other than to say he was no longer involved with the company. Nor would he comment on an action being taken in the West Australian Supreme Court by the wife of another former Firepower executive, Trevor Nairn.

Lawyers representing Rhonda Nairn and Mr Hill first appeared in court in October, where it was alleged that the value of 12.5 million shares in the company held by Mrs Nairn was lost as part of the restructuring of the Firepower group of companies in 2004 and 2005. The action is believed to have since been settled after shares were issued in the Virgin Islands holding company.

Mr Nairn, who also declined to comment on the case or on his involvement in Firepower, is a Perth accountant.

Mr Nairn and Mr Johnston were directors of a number of companies that preceded Firepower, such as TLC Engine Care System Pty Ltd and TPS Group Pty Ltd. These companies were registered in 2000 and 1999 respectively.

They were small companies. And back then, according to those familiar with the businesses, Mr Johnston was living in a rented house in Perth – just another struggling small businessman with a good idea.

Today, he lists his residence as a $9 million mansion in Perth, bought in April last year by the property tycoon Warren Anderson. Mr Anderson’s involvement, if any, with Firepower is unclear. A spokesman said Mr Anderson preferred not speak to the media.


Affaire Cahuzac: Attention, une affaire peut en cacher une autre ! (Looking back at the perfect storm of fiscal nip and tuck which finally brought down France’s ex-plastic surgeon budget minister)

3 avril, 2013
http://0.tqn.com/d/politicalhumor/1/0/a/1/3/nip-tuck.jpgJe suis intervenu parce que la question de survie de la coopérative m’a convaincu. Jérome Cahuzac
Moi, je n’avais aucune rancœur contre lui à l’époque. Il avait fait son boulot d’élu local dans l’affaire France Prune, même si par la suite il aurait pu intercéder en ma faveur comme député après les premières sanctions dont j’avais fait l’objet. Rémy Garnier
Condamné sans peine ni inscription au casier judiciaire. Il n’a pas fallu plus de cinq minutes au tribunal de la 31e chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Paris pour prendre sa décision. L’avocat général avait demandé une « amende proportionnelle aux revenus du prévenu », Jérôme Cahuzac, député de Villeneuve depuis le printemps dernier, maire de la localité et chirurgien parisien. La cour n’a pas retenu cette suggestion. Il est vrai que d’entrée de jeu, les juges avaient déclaré avoir à se prononcer sur une affaire « qui ne mérite pas un ample développement ». De quoi s’agit-t-il ? D’une affaire de femme de ménage philippine sans papier employée au noir et payée en liquide de juillet 2003 à novembre 2004 pour 40 heures mensuelles à raison de 250 € par mois. Le pot-aux-roses a été révélé par une lettre anonyme postée en Lot-et-Garonne, diligentée à petite vitesse et qui atterrit étrangement sur la table d’un procureur de la République parisien. Pas de plainte déposée, pas de partie civile à la barre du tribunal. Visiblement stressé, Jérôme Cahuzac qu’accompagne son avocat, Me Jean-Alain Michel, reconnaît d’entrée de jeu « une erreur, une négligence ». Oui, il a employé en la rémunérant en liquide, de juillet 2003 à novembre 2004, cette jeune femme à sa clinique pour de menus travaux sur recommandation de son employée de maison qui la connaissait sans vérification de ses titres de séjour. L’essentiel de l’infraction est là et l’enquête de police n’en a pas trouvé d’autre. Depuis, Jérôme Cahuzac a payé ce qu’il devait pour cet emploi clandestin à l’URSAFF. Depuis, la jeune femme arrivée en France en janvier 1998 pour rejoindre sa mère malade et la soigner s’est mariée et a obtenu son titre de séjour. Jérôme Cahuzac l’a aidée dans ses démarches et a réglé l’essentiel des frais d’avocat déboursés à cette fin. Il l’a embauchée à plein-temps et de façon tout à fait régulière pour des travaux de ménage, les seuls qu’elle ait jamais effectués dans la clinique. (…) Il est surprenant qu’une affaire de si médiocre importance arrive à l’audience d’un tribunal correctionnel. Généralement, la découverte d’une infraction de ce type qui, du propre aveu du tribunal, « ne mérite pas un ample développement » trouve sa solution dans un rappel à la loi et une vérification que tout est rentré dans l’ordre. La Dépêche (2007)
Avant, pour vous discréditer, on vous accusait de financer les campagnes électorales avec de l’argent africain. Aujourd’hui, on tombe pour la taille d’un appartement ou pour un compte off-shore. Membre du gouvernement
Mediapart, qui a révélé l’existence du compte suisse de Cahuzac, a expliqué que c’était l’étrange indulgence du nouveau ministre socialiste du Budget à l’égard d’Eric Woerth qui l’avait conduit à se pencher sur son passé. Un des premiers gestes de Cahuzac à son arrivée au gouvernement avait effectivement été de commander une consultation juridique puis un mémoire dont les conclusions allaient dédouaner son prédécesseur dans l’affaire de l’hippodrome de Compiègne… (…) Les malheurs de Cahuzac sont révélateurs de la mentalité et des mœurs d’une fraction des élites qui se juge au-dessus de la morale commune et s’estime suffisamment puissante pour échapper aux sanctions. La fraude fiscale à grande échelle est une pratique particulièrement répandue chez les possédants, chaque type de délinquance ayant son profil sociologique. (…) Dans l’univers médiatique aussi, certains réflexes de défense de Cahuzac ont pu se manifester du temps de sa splendeur. Les révélations de Mediapart, en décembre dernier, ont été accueillies avec des pincettes, c’est le moins qu’on puisse dire, par nombre de ses confrères. Le Monde a mis quelques jours avant de donner à cette affaire l’importance qu’elle méritait. Plus tard, on se souvient des contre-feux allumés dans certains médias prompts à croire en l’innocence du ministre. Le Nouvel Observateur puis le Journal du Dimanche ont donné une forte publicité à une étrange réponse des autorités fédérales suisse transmise à Bercy. Le cas le plus caricatural de refus de prendre au sérieux les informations de Médiapart reste celui du journaliste vedette Jean-Michel Aphatie, qui a dû attendre les aveux de l’ancien ministre pour saluer chapeau bas le site d’information. Cet ensemble disparate de solidarités de caste, plus ou moins conscientes et abouties, favorise un sentiment d’impunité chez les puissants. En France, le réflexe de maudire la presse et les juges lorsqu’une affaire éclate demeure beaucoup trop répandu. Nombre de commentateurs ou d’acteurs politiques semblent plus incommodés par ceux qui révèlent ou poursuivent les scandales que par les scandales eux-mêmes. Eric Dupin
Ce n’est pas uniquement le monde politique qui est gravement ébranlé, aux yeux de l’opinion. La presse et la justice ne s’en sortent guère mieux. Les quelques informateurs qui ont choisi d’alimenter Médiapart, après avoir démarché en vain d’autres supports, l’ont fait dans un premier temps pour contourner la justice et assouvir publiquement les désirs de vengeance d’un ancien adversaire politique de Cahuzac et de son épouse, engagée dans un divorce tendu. Dans son édition de mercredi, Le Canard Enchaîné rappelle pourquoi la grande majorité des médias, lui y compris, a « regardé le début de la pièce avec prudence et circonspection ». Les fausses accusations médiatiques dans les affaires Baudis ou Clearstream sont des précédents qui ont rendu prudents beaucoup de journalistes, qui ne sont pas des justiciers. Mediapart sort vainqueur de cette affaire, après avoir brûlé des feux rouges et alimenté la désastreuse confusion entre la presse et la justice. Je prends acte de cette victoire. Mais je persiste à penser qu’il aurait été plus sain, pour la démocratie, que les dénonciateurs des turpitudes du ministre de la lutte contre la fraude fiscale saisissent directement la justice, qui est là pour ça. A moins d’en conclure qu’elle aussi est devenue une institution suspecte de parti pris, de double jeu, de dépendance, d’incompétence. Combien de temps ce monde vermoulu teindra-t-il encore debout ? Ivan Rioufol
Mais l’avocat n’a pas que des amis. L’un de ses critiques, qui préfère ne pas être nommé, le décrit comme un "personnage fourbe" et "douteux", n’hésitant pas sur les moyens pour parvenir à ses fins, qui a déjà utilisé des "enregistrements pour déstabiliser une équipe municipale", sans vouloir en dire plus. (…) L’enregistrement, a raconté plusieurs fois Michel Gonelle, était le fruit du hasard. Un message laissé en 2000 sur son répondeur par le chirurgien Jérôme Cahuzac, ne sachant pas qu’il était enregistré et s’adressant à une autre personne, et évoquant un compte en Suisse. Gonelle, conscient de son caractère "sensible", n’a en tout cas pas hésité à le conserver et à éviter sa destruction, pendant plus de douze ans. En janvier dernier, il a été entendu par les policiers de la brigade financière de la police judiciaire, auxquels il a dit avoir remis "la sauvegarde de l’enregistrement sur un mini-CD". L’Express
On nous fait passer pour des excités et non pas des journalistes. Si c’est ce qu’il faut pour gagner des lecteurs… En effet oui, on aime bien avoir des lecteurs, c’est extrêmement pervers ça, non ? Et oui, on feuilletonne. On est une petite barque et on s’attaque à un État, à des services, alors oui, il faut être malin parfois. Si tu fais le bilan des courses, ça ne nous a pas desservi. (…) L’affaire Cahuzac est un super révélateur de ce que sont les affaires sous la gauche. Un reportage de Media magazine rapporte la scène suivante: en marge d’une conférence de presse de Cahuzac, la journaliste de Média magazine demande à un confrère pourquoi personne ne pose de questions sur son compte. Le journaliste méfiant répond carrément : “j’ai connu Bérégovoy, j’ai connu Woerth…” C’est incroyable, Woerth est quand même mis en examen ! Ça me rappelle quand Laurent Mauduit (journaliste d’investigation à Mediapart) a sorti l’affaire Tapie : je me souviens très bien d’un titre d’un article des Echos : “Le dossier est vide”. (…) C’est un énorme problème pour le journal, cette pratique du journalisme de commentaire. A la télé, tu lances un sujet, et il y a un mec qui est pour, un qui est contre. Nous, on s’est construit contre la société du commentaire. Je revendique qu’on produise de l’intranquilité, y compris chez les confrères. On ne tape pas sur les médias, c’est d’abord un écosystème qu’on dénonce, la situation capitalistique des médias en France. Nous, on est un journal de combat. La guerre, on la gagne comme ça, sans concession. Pour moi, il n’y a pas de journalisme d’investigation. Nous sommes un site d’information. (…) S’il n’y a rien (sur le compte suisse supposé de Cahuzac), je l’ai dit, je me couvre la tête de cendre et j’arrête le métier. Sauf que je ne vais pas arrêter. Même Cahuzac dit “il y aura un mort, soit Mediapart, soit moi“. Plenel est un capitaine quand le navire est dans la tempête, il est debout sur la table. Bonnet (le rédacteur en chef de Mediapart, ndlr) pareil. Quand il y a eu l’article du JDD, il m’a dit : “On est là.” C’est cul-cul à dire mais il y a un truc de camaraderie hyper précieux. Plenel s’est mis lui-même dans la balance, ça je ne l’oublierai jamais, quand il a dit : “On en a plus que quand nous avions sorti l’affaire du Rainbow Warrior.” Fabrice Arfi (Médiapart)
Il existe un témoin clé, le docteur Patricia Cahuzac, épouse et ex-associée de Jérôme Cahuzac dans une clinique des beaux quartiers de Paris spécialisée dans les implants capillaires. Elle a engagé une procédure de divorce et un détective privé pour « piéger » son mari en compagnie de ses conquêtes extraconjugales. Le détective assure avoir entendu parler du compte suisse à plusieurs reprises, notamment lors d’une conversation à laquelle participait Mme Cahuzac. « Je ne m’en souviens plus », aurait répondu Patricia Cahuzac qui refuse de s’exprimer. Peut-elle lâcher le morceau ? Ou bien garder le silence pour négocier le litige au centre du divorce, un appartement de 135m² avenue de Breteuil dont elle estime la valeur sous-évaluée (une enquête du fisc est ouverte) ? Le Républicain lorrain
Parti à la retraite en 2010, mais toujours engagé dans une bataille judiciaire contre l’administration, Rémy Garnier a demandé à être reçu par Jérôme Cahuzac au ministère du Budget. Les deux hommes se sont récemment rencontrés pour évoquer les rapports conflictuels qu’entretient l’ex-agent avec son administration, mais le ministre a réfusé d’intervenir en sa faveur. Interrogé mercredi par Europe1, Rémy Garnier attaque: «Je considère que la parole d’un ministre a perdu tout crédit à partir du moment où il soutient sciemment les éléments les plus corrompus de son administration (…) Pour moi, M. Cahuzac n’a plus aucune crédibilité." Le Figaro
Qu’un inspecteur des impôts à la retraite, en délicatesse avec son administration depuis plus d’une dizaine d’années, ait pu écrire, à un moment, des éléments portant insinuations, dénonciations, dont il reconnaît lui-même ne pas avoir le début d’une preuve, ne saurait constituer… une preuve. Qu’il se soit senti désavoué, blessé et par la suite déshonoré dans l’exercice de ses fonctions, je peux en convenir. Mais en aucun cas ceci ne peut être qualifié de preuve matérielle.  Jérome Cahuzac
Rémy Garnier lui même en convient : son profil le désigne comme un parfait détonateur de l’affaire, et pas simplement pour la rédaction du rapport sur Cahuzac en 2008. N’est-ce pas une intervention de Jérôme Cahuzac, voilà douze ans, qui se trouve être à l’origine des déboires qui ont opposé Garnier à son administration jusqu’à sa retraite ? Garnier n’a-t-il pas enquêté, quelques années plus tard, sur le profil fiscal de Jerôme Cahuzac, violant le règlement ? Et surtout, l’ancien limier du fisc n’a-t-il pas vu récemment le ministre, fin octobre, pour lui demander une réhabilitation… sans obtenir gain de cause, quelques semaines donc avant que n’éclate le scandale ?  Libération
Dans sa quête de réhabilitation, Garnier a également beaucoup cherché, toujours en vain, le secours de sa tutelle, prenant fréquemment la plume pour écrire aux ministres du Budget qui se sont succédé ces dernières années afin d’obtenir une intervention de leur part. François Baroin, Eric Woerth et Valérie Pécresse ont reçu ses courriers… avant que Garnier ne retrouve Jérôme Cahuzac. Le 8 mai dernier, deux jours après l’élection de François Hollande, Pécresse, sur le départ, était destinataire d’une ultime lettre. Selon Sud Ouest, qui racontait récemment l’anecdote, Garnier demande à la ministre de faire suivre la requête à son successeur. La lettre se termine par ces mots : «Par un caprice de l’histoire, il se nommera peut-être Jérôme Cahuzac.» Ce qui advint. Situation saugrenue : c’est donc auprès de Cahuzac, agent indirect de sa chute, puis objet de ses investigations buissonières, que Garnier va désormais demander sa réhabilitation. Lors de la campagne des législatives, Rémy Garnier croise une première fois Jérôme Cahuzac à l’occasion d’une réunion publique à Laroque-Thimbaut. Suivront une rencontre avec un proche de Cahuzac, puis enfin avec le ministre lui même. Celle-ci s’est tenue le 26 octobre, en mairie de Villeneuve-sur-Lot, comme le confirme l’entourage de Cahuzac. «Trente minutes très courtoises», dit Garnier. D’autant plus courtoises que, d’après les deux parties, Cahuzac, s’il avait en mémoire les suites que l’affaire France Prune avait entraîné pour Garnier, ignorait en revanche l’existence du dossier rédigé sur son compte par l’agent du fisc en 2008. Un dossier dont il ne prendra connaissance, selon l’entourage du ministre, que mardi soir. Durant l’entretien, il ne fut donc question à aucun moment du compte en Suisse supposé de Jérôme Cahuzac, mais uniquement de la guérilla opposant depuis dix ans l’agent du fisc à son administration, et une éventuelle intervention du ministre. «Le ministre a reconnu la justesse de mon combat, il a reconnu que je gagnerai sans doute, mais m’a dit qu’il n’interviendrait pas», assure Rémy Garnier. L’entourage de Cahuzac donne une version approchante de la teneur de l’échange : «Jérôme Cahuzac lui a expliqué qu’il ne pourrait intervenir personnellement dans une affaire gérée par son administration, et qu’une intervention politique ne saurait laver l’honneur d’un homme.» Garnier reconnaît qu’il est sorti en colère. «Je demandais l’annulation des procédures et une transaction. 100 000 euros et la mise en place d’un statut protégeant les vérificateurs du fisc m’auraient suffi.» Une colère devient rage quand, affirme-t-il, il apprend quelques jours plus tard que l’administration fiscale a déposé deux mémoires en défense auprès de la cour d’appel administrative et du tribunal administratif de Bordeaux dans les deux procédures dans lesquelles il se débat pour annuler son avertissement et obtenir des indemnités. Libération

Et si le ministre n’avait pas refusé d’intervenir en faveur de son subordonné ?

Alors que, comme pour se faire pardonner leur jusqu’ici particulière complaisance (envers une affaire certes glauque de haines et trahisons croisées), nos médias comme ses anciens collègues du gouvernement et du PS rivalisent désormais dans la condamnation de celui qui était, jusqu’il y a quelques semaines et à une bonne philippine au noir près, l’un des ministres les plus compétents de l’actuel gouvernement, à savoir  l’ancien ministre du Budget Jérome Cahuzac

Pendant que multipliant les mesures aussi cosmétiques que démagogiques que le mariage pour tous, un gouvernement obsédé par la redistribution pourrait bien un de ces jours atteindre, mais cette fois dans les sondages et en taux de mécontents, le taux confiscatoire et quasi-pousse au crime de 75% qu’il tient tant à imposer aux plus riches …

Et qu’en Corée des ministres surmenés se voient contraints au travail de nuit et que le Messie noir de la Maison Blanche nous la joue "hommes blancs ne savent pas sauter"

Retour, derrière l’investigation saluée de toute part d’un petit et encore jeune site d’information peinant quoi qu’on en dise à faire sa place dans la cour des grands (Médiapart) et la conjonction des haines croisées de la femme bafouée (par détective interposé) et de l’élu battu (l’avocat et détenteur de l’enregistrement ayant servi de pièce à conviction Michel Gonelle – et accessoirement avocat de Rémy Garnier!) …

Sur celui par qui par le scandale est arrivé …

A savoir l’ex-inspecteur des impôts lâché puis sanctionné par sa hiérarchie Rémy Garnier …

Mais surtout, selon le bon vieux principe derrière le scandale du jour de celui de la situation qui passait jusque là pour normale, sur l’un de ces innombrables épisodes d’interventionnisme politique et d’atteinte à l’équité qui font le lot quotidien de notre vie politique …

Sous la forme, comme souvent, de ces non moins innombrables annulations "politiques" de redresssement fiscal qui font chez nous les longues carrières politiques …

Et qui n’atteignent justement jamais, sauf exception (la proprement abracadabrantesque conjugaison – les anglo-saxons parlent de "tempête parfaite" – fonctionnaire sanctionné-élu battu-femme bafouée-site d’information attendant son rainbow warrior),  le statut d’affaires …

Entre Cahuzac et l’agent du fisc, un vieux conflit

Jim Jarrassé, Laurence De Charette

Le Figaro

05/12/2012

La source de Mediapart, Rémy Garnier, est un ex-inspecteur des impôts d’Agen qui a connu un contentieux en 1999 avec celui qui est désormais ministre du Budget.

Ses anciens collègues du fisc le surnommaient «Columbo». Réputé pour son intransigeance et son travail minutieux, Rémy Garnier était dans les années 1990 l’un des fins limiers de la direction du contrôle fiscal du Sud-Ouest. Avant d’être sanctionné par sa hiérarchie suite à une série de conflits. Au cœur de ces différends, Jérôme Cahuzac, député du Lot-et-Garonne devenu ministre du Budget, qu’il a notamment soupçonné de posséder un compte bancaire en Suisse. Des accusations reprises par le site d’informations Mediapart.

Entre les deux hommes, le torchon brûle depuis la fin de l’année 1998. L’agent du fisc venait alors de prononcer un redressement fiscal de 450.000 euros contre la coopérative France Prune, alors leader dans le secteur du pruneau. «Une figure de proue de l’agriculture départementale», selon le quotidien régional Sud Ouest. L’entreprise est basée à Casseneuil, non loin de Villeneuve-sur-Lot, ville dont Jérôme Cahuzac était alors le député, avant d’en devenir également le maire en 2001. Sollicité, l’élu serait intervenu auprès de Christian Sautter, alors ministre du Budget de Lionel Jospin, pour obtenir l’annulation du redressement. Ce qui sera fait, dès janvier 1999.

Furieux d’avoir été lâché par sa hiérarchie suite à ce qu’il considère comme un interventionnisme politique, Rémy Garnier assure dans un rapport qu’il «maintient ses analyses et conclusions» sur France Prune. Selon Sud Ouest , l’agent alimente «en interne, via des messageries et des courriers un débat très citoyen sur les atteintes à l’équité fiscale». Au passage, il met en cause quelques entreprises locales, comme la société fondée par le père de Laurence Parisot, actuelle présidente du Medef. À Agen, son activisme dérange. «Il était défendu par la CGT, se souvient un ancien vérificateur comme lui, et, même si nous n’avions pas accès à l’ensemble des informations, car toutes les procédures chez nous restent secrètes, les collègues ont vécu cela comme une injustice. Il avait fédéré des sympathies autour de lui». Placardisé par sa hiérarchie, l’inspecteur des impôts est mis à pied en 2004 pour une durée de deux ans. Une exclusion jugée «disproportionnée» par le tribunal administratif de Bordeaux, qui l’a finalement annulée.

«M. Cahuzac n’a plus aucune crédibilité»

De retour à son poste, il est à nouveau sanctionné par l’administration fiscale en 2008, pour avoir consulté sans autorisation le dossier fiscal de Jérôme Cahuzac. dont il n’est pas chargé. Le fichier «Adonis», qui contient des milliers de données sur les contribuables, suscite chaque année la curiosité non expliquée de plusieurs dizaines d’agents fiscaux, qui se branchent sans autorisation sur le réseau. En général, ses consultations pirates sont sanctionnées, mais ne donnent pas lieu en elle même à des exclusions.

Devant la justice administrative, l’agent tente de justifier son geste. Dans son mémoire en défense, consulté par Mediapart dans les archives du tribunal de Bordeaux, Rémy Garnier assure avoir obtenu «de plusieurs sources extérieures à l’administration fiscale» des informations selon lesquelles le député a ouvert «un compte bancaire à numéro en Suisse». Il note cependant que les «constatations effectuées» sur les déclarations fiscales de Jérôme Cahuzac «ne permettent pas de valider ni d’infirmer ces renseignements» et demande l’ouverture d’un «examen approfondi de situation fiscale personnelle». Une enquête qui n’a, semble-t-il, jamais vu le jour.

Parti à la retraite en 2010, mais toujours engagé dans une bataille judiciaire contre l’administration, Rémy Garnier a demandé à être reçu par Jérôme Cahuzac au ministère du Budget. Les deux hommes se sont récemment rencontrés pour évoquer les rapports conflictuels qu’entretient l’ex-agent avec son administration, mais le ministre a réfusé d’intervenir en sa faveur. Interrogé mercredi par Europe1, Rémy Garnier attaque: «Je considère que la parole d’un ministre a perdu tout crédit à partir du moment où il soutient sciemment les éléments les plus corrompus de son administration (…) Pour moi, M. Cahuzac n’a plus aucune crédibilité.»

Voir aussi:

L’affaire Cahuzac

Des révélations de Médiapart aux aveux de l’ancien ministre.

Politiques

L’étonnante histoire de "Columbo" et Cahuzac

Récit Rémy Garnier, ancien vérificateur fiscal d’Agen, avait le premier mentionné un éventuel compte suisse de Jérôme Cahuzac en 2008. Sans rien nier du passif qui l’oppose à l’actuel ministre du Budget, il se défend d’être à l’origine de l’affaire.

Cédric Mathiot

Libération

6 décembre 2012

Quel rôle a donc joué le «Columbo d’Agen» dans l’affaire Cahuzac, accusé d’avoir détenu un compte en Suisse pendant de longues années ? Depuis deux jours, Rémy Garnier, ex-vérificateur fiscal en retraite depuis juillet 2010, est présenté comme le principal accusateur de l’affaire. Il est celui qui, aux dires de Médiapart, a fait état pour la première fois d’un supposé compte suisse du ministre. «L’existence du compte secret de M. Cahuzac avait été évoquée dès le mois de juin 2008 par un agent du fisc du Sud-Ouest, Rémy Garnier, dans un mémoire adressé à sa hiérarchie», écrivait le site d’information dans son premier article, citant largement ledit mémoire.

Dans les 24 heures qui ont suivi la publication, Garnier a été la cible principale de la contre-offensive menée par le ministre. «Qu’un inspecteur des impôts à la retraite, en délicatesse avec son administration depuis plus d’une dizaine d’années, ait pu écrire, à un moment, des éléments portant insinuations, dénonciations, dont il reconnaît lui-même ne pas avoir le début d’une preuve, ne saurait constituer… une preuve. Qu’il se soit senti désavoué, blessé et par la suite déshonoré dans l’exercice de ses fonctions, je peux en convenir. Mais en aucun cas ceci ne peut être qualifié de preuve matérielle», écrivait hier soir Cahuzac sur son blog.

«Tout pourrait faire croire que je suis dans la vengeance»

Rémy Garnier lui même en convient : son profil le désigne comme un parfait détonateur de l’affaire, et pas simplement pour la rédaction du rapport sur Cahuzac en 2008. N’est-ce pas une intervention de Jérôme Cahuzac, voilà douze ans, qui se trouve être à l’origine des déboires qui ont opposé Garnier à son administration jusqu’à sa retraite ? Garnier n’a-t-il pas enquêté, quelques années plus tard, sur le profil fiscal de Jerôme Cahuzac, violant le règlement ? Et surtout, l’ancien limier du fisc n’a-t-il pas vu récemment le ministre, fin octobre, pour lui demander une réhabilitation… sans obtenir gain de cause, quelques semaines donc avant que n’éclate le scandale ? «Tout pourrait faire croire que je suis dans la vengeance», reconnaît Rémy Garnier. Bombardé de coups de fil des journalistes depuis le début de l’affaire, Garnier, qui se dit lessivé, s’est longuement entretenu avec Libération. Il affirme n’être à l’origine de rien. Tout en détaillant sa version de l’étonnante histoire qui le lie – et l’oppose – à l’actuel ministre du Budget depuis une dizaine d’années.

Entre Garnier et Cahuzac, le début de l’histoire remonte à 1999. Sur la base des investigations de Garnier, alors vérificateur fiscal à la brigade d’Agen, un redressement fiscal conséquent (3 millions de francs de l’époque – 450 000 euros -) est notifié à France Prune, coopérative lot-et-garonnaise qui règne alors sur le pruneau français. Sur intervention de Jérôme Cahuzac, alors député du Lot-et-Garonne, le ministre du Budget de l’époque, Christian Sautter, enterre l’affaire. Jérôme Cahuzac s’expliquera par la suite sur son intervention, selon Sud Ouest qui cite l’actuel ministre : «Je suis intervenu parce que la question de survie de la coopérative m’a convaincu.»

«A partir de là, j’ai été placardisé»

Mais les choses n’en restent pas là. Rémy Garnier, à qui sa réputation de limier d’exception avait valu le surnom de Columbo, maintient ses accusations, qui lui reviennent comme un boomerang dans la figure une grosse année plus tard. Dessaisi de ses dossiers, il entame une descente aux enfers professionnelle dont il ne sortira jamais. «A partir de là, j’ai été placardisé. J’ai passé trois ans au service du contentieux, puis un an aux domaines, avant un nouvel emploi fictif à la programmation du contrôle fiscal, à partir de 2006, à Agen. Ma direction, à Bordeaux, ne me fournissait aucune mission, j’étais totalement sous-alimenté en travail.»

C’est à cette époque, raconte-t-il, qu’il reçoit une information d’un «aviseur anonyme» – qui lui affirme que Jérôme Cahuzac détient depuis plusieurs années un compte en Suisse. Rémy Garnier fait ses recherches sur le serveur interne «Adonis», permettant d’accéder aux dossiers des contribuables. Une démarche encadrée par les réglements, très sourcilleux sur le fait que les dossiers personnels ne doivent être consultés que quand cela est nécessaire à la mission de l’agent. Rémy Garnier reconnaît aujourd’hui «un petit dérapage», mais jure ses grands dieux que sa recherche ne répondait à aucun souci de représaille.

«On me donne des infos, et il s’avère par hasard que cela concerne Jérôme Cahuzac. Moi, je n’avais aucune rancœur contre lui à l’époque. Il avait fait son boulot d’élu local dans l’affaire France Prune, même si par la suite il aurait pu intercéder en ma faveur comme député après les premières sanctions dont j’avais fait l’objet.» Pour sa direction, Garnier a franchi la ligne jaune, d’autant que ses recherche sur Adonis ont aussi concerné… des supérieurs hiérarchiques avec qui il était en bisbille. «Je ne regrette rien de cela. Pour m’abattre, eux avaient enquêté en vain sur mes frais de déplacements…» Il est mis en cause pour s’être servi des fichiers dans un but personnel.

C’est alors qu’il constitue à l’adresse de sa hiérarchie un mémoire de défense pour justifier son utilisation hors des clous de l’outil informatique du fisc. C’est le document que cite Médiapart. Garnier affirme à Libération qu’il l’avait nourri d’éléments fournis par l’informateur anonyme, et des quelques points soulevés en consultant le dossier fiscal de l’élu. On y trouve donc la fameuse mention d’un compte suisse, ainsi que des affirmations selon lesquelles Jérôme Cahuzac serait propriétaire de deux propriétés, à Marrakech et à la Baule. Des données que la défense de Cahuzac s’est fait un plaisir de tailler en pièce, hier. «Il y avait sûrement des choses fausses dedans, affirme sans gêne Garnier. Concernant les propriétés à Marrakech ou à la Baule, qui probablement n’existent pas, j’utilisais le conditionnel. Je n’ai pas affirmé avoir de preuves. Mais il y avait des enjeux financiers qui me semblaient nécessiter une enquête.»

Garnier demande un enquête fiscale approfondie (ESFP, pour examen de situation fiscale personnelle, dans le jargon). Au lieu de quoi il écope d’un avertissement disciplinaire qui plombe encore, si besoin était, sa situation professionnelle. Il y voit une nouvelle injustice. «Nombre d’agents ont été seulement avertis pour des faits similaires. Moi j’ai été directement sanctionné.»

Quête de réhabilitation

L’avertissement a occasionné l’ouverture d’un nouveau front procédural. Un énième. Car, ces dernières années, Rémy Garnier a bataillé devant quantité de juridictions pour «défendre son honneur». Accusé en 2005 d’outrage envers deux supérieurs, il est condamné en 2008 avant d’être blanchi par la Cour de cassation en 2011. Insuffisant. Car Garnier demande aujourd’hui 600 000 euros d’indemnités devant le tribunal administratif de Bordeaux au titre de la carrière qu’il aurait pu avoir, mais aussi l’annulation de l’avertissement reçu suite à ses consultations du serveur Adonis.

Dans sa quête de réhabilitation, Garnier a également beaucoup cherché, toujours en vain, le secours de sa tutelle, prenant fréquemment la plume pour écrire aux ministres du Budget qui se sont succédé ces dernières années afin d’obtenir une intervention de leur part. François Baroin, Eric Woerth et Valérie Pécresse ont reçu ses courriers… avant que Garnier ne retrouve Jérôme Cahuzac. Le 8 mai dernier, deux jours après l’élection de François Hollande, Pécresse, sur le départ, était destinataire d’une ultime lettre. Selon Sud Ouest, qui racontait récemment l’anecdote, Garnier demande à la ministre de faire suivre la requête à son successeur. La lettre se termine par ces mots : «Par un caprice de l’histoire, il se nommera peut-être Jérôme Cahuzac.» Ce qui advint. Situation saugrenue : c’est donc auprès de Cahuzac, agent indirect de sa chute, puis objet de ses investigations buissonières, que Garnier va désormais demander sa réhabilitation.

Lors de la campagne des législatives, Rémy Garnier croise une première fois Jérôme Cahuzac à l’occasion d’une réunion publique à Laroque-Thimbaut. Suivront une rencontre avec un proche de Cahuzac, puis enfin avec le ministre lui même. Celle-ci s’est tenue le 26 octobre, en mairie de Villeneuve-sur-Lot, comme le confirme l’entourage de Cahuzac. «Trente minutes très courtoises», dit Garnier. D’autant plus courtoises que, d’après les deux parties, Cahuzac, s’il avait en mémoire les suites que l’affaire France Prune avait entraîné pour Garnier, ignorait en revanche l’existence du dossier rédigé sur son compte par l’agent du fisc en 2008. Un dossier dont il ne prendra connaissance, selon l’entourage du ministre, que mardi soir. Durant l’entretien, il ne fut donc question à aucun moment du compte en Suisse supposé de Jérôme Cahuzac, mais uniquement de la guérilla opposant depuis dix ans l’agent du fisc à son administration, et une éventuelle intervention du ministre. «Le ministre a reconnu la justesse de mon combat, il a reconnu que je gagnerai sans doute, mais m’a dit qu’il n’interviendrait pas», assure Rémy Garnier.

«Une intervention politique ne saurait laver l’honneur d’un homme»

L’entourage de Cahuzac donne une version approchante de la teneur de l’échange : «Jérôme Cahuzac lui a expliqué qu’il ne pourrait intervenir personnellement dans une affaire gérée par son administration, et qu’une intervention politique ne saurait laver l’honneur d’un homme.» Garnier reconnaît qu’il est sorti en colère. «Je demandais l’annulation des procédures et une transaction. 100 000 euros et la mise en place d’un statut protégeant les vérificateurs du fisc m’auraient suffi.» Une colère devient rage quand, affirme-t-il, il apprend quelques jours plus tard que l’administration fiscale a déposé deux mémoires en défense auprès de la cour d’appel administrative et du tribunal administratif de Bordeaux dans les deux procédures dans lesquelles il se débat pour annuler son avertissement et obtenir des indemnités.

La rage ne l’avait pas quitté, quelques semaines plus tard, après qu’avait éclaté l’affaire Cahuzac. Au micro d’Europe 1, qui a obtenu sa première réaction, Rémy Garnier a déclaré : «Je considère que la parole d’un ministre a perdu tout crédit à partir du moment où il soutient sciemment les éléments les plus corrompus de son administration. Moi, je suis victime de l’omerta. Depuis de nombreuses années, l’administration fait barrage. Pour moi, M. Cahuzac n’a plus aucune crédibilité. C’est tout ce que j’ai à dire pour l’instant.»

A Libération, Rémy Garnier a répété que son combat personnel, pas plus que sa dernière entrevue infructueuse avec le ministre du Budget, n’étaient à l’origine des «révélations» de Médiapart. Sans aller jusqu’à faire mine de les déplorer pour autant.

Voir également:

Affaire Cahuzac: protagonistes et enjeux

l’Echo républicain

02/04/13

Un compte non déclaré à l’étranger, un enregistrement terriblement incriminant, des adversaires politiques, un site d’informations et un ministre star du gouvernement contraint à la démission puis à la contrition: protagonistes et enjeux de l’affaire Cahuzac.

LES PROTAGONISTES

- Jérôme Cahuzac: l’ex-ministre du Budget, ce chirurgien de 60 ans qui a fait fortune dans les implants capillaires, est finalement tombé face aux accusations d’avoir détenu un compte bancaire en Suisse, portées depuis décembre par Mediapart, ce qu’il a démenti formellement pendant des semaines. Le 2 avril, celui qui s’était posé en adversaire résolu de la fraude fiscale reconnaît avoir menti.

- Mediapart: le site d’investigation a dégainé le 4 décembre avec une enquête sur un compte "non déclaré" à l’Union des banques suisses (UBS) de Genève, dont les avoirs ont été finalement déplacés à Singapour.

- Michel Gonelle: le principal élément présenté par Mediapart est un enregistrement que dit détenir, depuis 12 ans, cet avocat, ex-rival politique de Jérôme Cahuzac dans le Lot-et-Garonne. Dans cette conversation, un homme, présenté par Mediapart comme étant M. Cahuzac, évoque son compte chez UBS.

"Ca me fait chier d’avoir un compte ouvert là-bas, l’UBS c’est quand même pas forcément la plus planquée des banques", dit l’homme sur l’enregistrement diffusé par Mediapart et dont l’enquête déterminera qu’il s’agit, sans guère de doute possible, de Cahuzac.

- Rémy Garnier: cet ex-agent du fisc a rédigé en 2008 un mémoire accusant Jérôme Cahuzac, entre autres, d’avoir un compte caché en Suisse.

Mehdi Fedouach/AFP L’avocat et ex-rival politique de Jérôme Cahuzac,Michel Gonelle, le 20 mars 2013 à Villeneuve-sur-Lot

- Patricia Cahuzac: selon un détective qu’elle avait embauché, l’épouse du ministre, d’avec qui elle est en instance de divorce, aurait évoqué ce compte.

OU EN EST L’ENQUETE?

Le parquet de Paris avait ouvert le 8 janvier une enquête préliminaire pour blanchiment de fraude fiscale, afin de vérifier si Jérôme Cahuzac a réellement détenu un compte caché en Suisse.

Le ministre avait d’abord salué l’initiative, estimant qu’elle permettrait "de démontrer sa complète innocence". Auparavant, il avait déposé plainte avec constitution de partie civile en diffamation contre Mediapart.

Mais loin de le blanchir, l’enquête aboutit à une information judiciaire, notamment pour "blanchiment de fraude fiscale", qui provoque sa démission immédiate, puis sa mise en examen mardi.

L’information judiciaire s’intéresse notamment aux "avantages" dont il aurait bénéficié, comme médecin, de la part de laboratoires, comme l’a affirmé un témoin aux enquêteurs qui vont notamment s’attacher à tracer l’origine des fonds. Selon son avocat, "l’essentiel de ses revenus provenait de son activité de chirurgien et, accessoirement", de l’"activité de consultant" de celui qui fut conseiller d’un ministre socialiste de la Santé.

UNE CARRIERE POLITIQUE EN LAMBEAUX

"Je n’ai pas, je n’ai jamais eu de compte à l’étranger. Ni maintenant, ni avant". Par ce démenti solennel, le 5 décembre devant les députés, le ministre s’était privé de toute échappatoire.

Dès l’ouverture d’une information judiciaire le 19 mars, François Hollande a décidé de mettre "fin aux fonctions de Jérôme Cahuzac, à sa demande". Après sa mise en examen, l’ex-ministre s’est excusé auprès de François Hollande, se disant "dévasté par le remords".

La présidence, en rapportant fin décembre avoir été contactée par Michel Gonelle et lui avoir recommandé de communiquer ses éléments à la justice, n’avait exclu de facto aucune hypothèse.

Reste à démontrer l’impact qu’aura cette affaire sur François Hollande et sur le gouvernement.

LE VOLET FISCAL

Mediapart affirme qu’une enquête est parallèlement menée par le fisc, qui soupçonne le ministre, selon le site, d’avoir sous-évalué d’au moins 10% le montant de son appartement parisien et pris en compte un prêt parental en fait déjà remboursé.

Voir encore:

Cahuzac : l’épouse témoin clé

L’affaire de compte en Suisse présumé qui menace le ministre du Budget est relancée après de nouvelles affirmations de Mediapart.

Pascal Jalabert

Le Républicain lorrain

17/03/2013

Le ministre du budget Jérôme Cahuzac a-t-il possédé un compte en Suisse et l’a-t-il transféré à Singapour en 2010 pour préserver sa carrière politique ? La question reste posée trois mois après l’allégation du site internet Mediapart. C’est retour à la case départ.

• L’enregistrement authentifié ? Les accusateurs de l’ancien chirurgien esthétique s’appuient toujours sur un enregistrement dans lequel un homme parle de ce compte et déclare vouloir s’en débarrasser. S’agit-il de Jérôme Cahuzac ? Mediapart soutient que les enquêteurs ont authentifié la voix du ministre du Budget. Le parquet de Paris ne confirme pas et dit ne pas avoir reçu les conclusions de l’expertise de l’enregistrement récupéré en 2000 par Michel Gonelle, l’opposant politique local de Jérôme Cahuzac. L’avocat du ministre a expliqué hier que Cahuzac « ne se laisse pas plus impressionner aujourd’hui qu’hier ou demain » par les « allégations » de Médiapart.

• La preuve suisse ? Le ministre n’a pas obtenu la certification de la banque UBS qu’il ne possédait aucun compte. Mais dans le cadre d’une entraide fiscale, un document a été transmis au fisc sur lequel, selon des fuites, la Suisse signifierait qu’aucun compte n’existe au nom de M. Cahuzac dans les années 2006 à 2012. Le document n’a pas été rendu public. La justice peut toujours interroger la banque UBS dans le cadre des accords d’entraide franco-suisse. Mais vu qu’il n’y a pas fraude, la Suisse n’est pas obligée de répondre. En outre, la bascule du compte de Suisse vers Singapour a pu intervenir avant 2010. Le face à face Mediapart Cahuzac se résume toujours à un duel parole contre parole, chacun avec sa preuve. La justice a-t-elle les moyens de savoir ?

• L’épouse parlera-t-elle ? Oui. Il existe un témoin clé, le docteur Patricia Cahuzac, épouse et ex-associée de Jérôme Cahuzac dans une clinique des beaux quartiers de Paris spécialisée dans les implants capillaires. Elle a engagé une procédure de divorce et un détective privé pour « piéger » son mari en compagnie de ses conquêtes extraconjugales. Le détective assure avoir entendu parler du compte suisse à plusieurs reprises, notamment lors d’une conversation à laquelle participait Mme Cahuzac. « Je ne m’en souviens plus », aurait répondu Patricia Cahuzac qui refuse de s’exprimer. Peut-elle lâcher le morceau ? Ou bien garder le silence pour négocier le litige au centre du divorce, un appartement de 135m² avenue de Breteuil dont elle estime la valeur sous-évaluée (une enquête du fisc est ouverte) ? L’épouse bafouée est devenue le personnage central de cette affaire dont l’impact politique n’est pas neutre. Si l’existence du compte suisse est prouvée, cela signifierait que le ministre a menti. Il sortirait alors du gouvernement.

Voir de plus:

Michel Gonelle, l’homme par qui le scandale Cahuzac est arrivé

Le Point

20/03/2013

Gonelle est le plus ancien rival politique de Cahuzac, qui lui avait ravi la mairie de Villeneuve-sur-Lot il y a 12 ans.

L’Express

Le détenteur de la bande sur laquelle l’ex-ministre du Budget Jérôme Cahuzac évoque, probablement selon la justice, un compte en Suisse, l’homme par qui le scandale est arrivé, est son plus ancien rival politique, à qui Cahuzac avait ravi la mairie de Villeneuve-sur-Lot il y a 12 ans.

Michel Gonelle, 64 ans, avocat, ancien bâtonnier du barreau d’Agen, est une personnalité connue et influente dans le Lot-et-Garonne, où il a gravi localement tous les échelons de la politique à partir de 1977, non sans ennemis.

Conseiller municipal sans étiquette du petit village de Montpezat en 1977, il a ensuite été adjoint au maire d’Agen à partir de 1983, député RPR en 1986, avant de devenir maire de Villeneuve-sur-Lot en 1993 lors d’une élection anticipée, restant à la tête de la ville jusqu’en 2001.

Jérôme Cahuzac l’avait alors battu, au second tour, à la faveur d’une triangulaire qui l’opposait également au gaulliste Jean-Luc Barré.

Rivaux

Gonelle, fils d’un agriculteur du Lot-et-Garonne, marié depuis 44 ans et père de deux enfants, est resté conseiller régional de 2001 à 2004, et conseiller municipal d’opposition face à Cahuzac à Villeneuve-sur-Lot jusqu’en 2008. Il s’est retiré depuis de la vie politique.

Gonelle et Cahuzac ont été présentés l’un à l’autre en 1996 par le maire socialiste de Marmande Gérard Gouze, lui-même avocat, au cours d’un dîner avec leurs épouses respectives.

À Villeneuve-sur-Lot, où la droite a régné sans partage, mais non sans divisions pendant les années 1990, Gonelle est un notable qui a aussi fréquenté le juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière ou encore l’ex-contrôleur du fisc Rémy Garnier, autre personnage de l’affaire Cahuzac, auteur en 2008 d’un mémoire interne suggérant aussi que Jérôme Cahuzac était détenteur d’un compte à l’étranger.

Mais l’avocat n’a pas que des amis. L’un de ses critiques, qui préfère ne pas être nommé, le décrit comme un "personnage fourbe" et "douteux", n’hésitant pas sur les moyens pour parvenir à ses fins, qui a déjà utilisé des "enregistrements pour déstabiliser une équipe municipale", sans vouloir en dire plus.

Sur Gonelle, Jean-Luc Barré, qui fut son ancien adjoint à la Culture, a aussi des mots durs.

"Lorsque j’étais son adjoint, j’ai déjà eu à subir ses manoeuvres politiciennes", se souvient-il. "Pour moi, ce type de comportement ressemble à de la tambouille radicale, cela n’a rien à voir avec le gaullisme."

L’affaire Cahuzac, regrette-t-il, "ne sert ni les intérêts du pays ni ceux de la petite ville de Villeneuve-sur-Lot".

Gérard Gouze, lui, décrit en revanche "un excellent juriste", et un avocat qui a, dans cette profession, "toujours été loyal" et a "respecté la déontologie des avocats".

L’enregistrement, ce fruit du hasard

L’enregistrement, a raconté plusieurs fois Michel Gonelle, était le fruit du hasard. Un message laissé en 2000 sur son répondeur par le chirurgien Jérôme Cahuzac, ne sachant pas qu’il était enregistré et s’adressant à une autre personne, et évoquant un compte en Suisse.

Gonelle, conscient de son caractère "sensible", n’a en tout cas pas hésité à le conserver et à éviter sa destruction, pendant plus de douze ans.

En janvier dernier, il a été entendu par les policiers de la brigade financière de la police judiciaire, auxquels il a dit avoir remis "la sauvegarde de l’enregistrement sur un mini-CD".

Michel Gonelle assure sans ciller que ses rapports avec Cahuzac se sont "normalisés" au fil des ans.

"Je n’ai jamais eu d’esprit de vengeance, je n’ai jamais eu de la haine pour qui que ce soit. J’ai tenu ma place dans l’opposition jusqu’en 2008, nous nous respections comme adversaires politiques. Mais depuis, nos rapports ont changé et sont devenus plus apaisés encore", assure M. Gonelle.

"Il n’y a aucune animosité. Par contre, depuis que cette affaire s’est déclenchée, je l’ai entendu dire que l’enregistrement était un montage, ou une imitation. Là, évidemment je défends mon honneur", ajoute-t-il, avant de traiter son ancien rival de "menteur".

Voir de même:

Mediapart : cinq ans de journalisme à risque

Geoffrey Le Guilcher

Les Inrocks

25/03/2013

Depuis sa création en 2008, Mediapart s’est beaucoup attaqué à Sarkozy et à son entourage. Aujourd’hui, il n’épargne pas la gauche au pouvoir, avec les charges répétées contre Jérôme Cahuzac. L’indépendance, marque de fabrique du journal en ligne.

Le 8 juillet 2010, à mi-chemin entre les places de la Bastille et de la Nation, une forêt de caméras et de micros s’agite au pied du siège de Mediapart. Face au portail de métal anthracite du passage Brûlon, “les deux Fabrice”, Lhomme et Arfi, journalistes d’investigation, sont attendus.

“Pour la première fois, je me suis retrouvé pendant vingt-quatre heures dans la peau des gens dont je parle régulièrement, décrit Lhomme qui travaille aujourd’hui au Monde. C’est-à-dire dans la position du mec traqué.”

Le matin même, Le Figaro avait titré sur “La romance de Mediapart”. Un coup de bâton contre leur article publié deux jours plus tôt sur le pure player payant. Version du Figaro : en écrivant que Nicolas Sarkozy “recevait son enveloppe” d’argent liquide chez les Bettencourt, Arfi et Lhomme ont surinterprété les déclarations de Claire Thibout, l’ex-comptable de la femme la plus fortunée au monde.

On l’ignore alors, mais dans les quarante-huit heures séparant la publication de l’article de Mediapart et celui du Figaro, la brigade financière, soutenue par deux cars de CRS et plusieurs estafettes de gendarmerie, a cueilli la comptable dans la maison de ses cousins. Dans Sarko m’a tuer, sorti un an après cet épisode et écrit par Fabrice Lhomme et Gérard Davet, Claire Thibout donne des détails sur son passage dans “ce commissariat sinistre”. Les policiers, explique-t-elle, l’ont intimidée et poussée à infléchir ses propos.

“Les policiers n’étaient pas contents (de l’interview sur Mediapart), ils voulaient que je leur dise que tout était faux. Ils subissaient eux-mêmes une incroyable pression. À chaque feuillet tapé, l’un des quatre policiers faxait le PV à sa hiérarchie et au parquet de Nanterre, qui rappelait pour faire changer tel ou tel mot.”

Ce 8 juillet donc, à l’abri en Bretagne, Fabrice Arfi peine à faire taire son téléphone. Fabrice Lhomme, lui, voit la meute de journalistes aux aguets. Il l’esquive en filant par un autre portail, ouvrant directement sur l’impasse Druinot. Le quinquennat sarkozyste, Mediapart l’a vécu un peu comme ça. Sans arrêt attendu au tournant par les confrères à chacune de ses révélations. Les politiques, eux, attaquèrent à chaque coup porté contre leur camp. Dans un élan caricatural de la violence verbale du précédent gouvernement contre le site internet, un certain Xavier Bertrand, alors secrétaire national de l’UMP, qualifia la publication des écoutes Bettencourt de “méthodes fascistes”*.

De 20 000 à 50 000 abonnés en un an

L’autre conséquence, positive celle-là, fut que la courbe des lecteurs épousa celle des révélations. En 2010, boosté par l’affaire Bettencourt, Mediapart est passé de 20 000 à 50 000 abonnés. Son point d’équilibre. D’autres affaires d’État, devenues mots-clés depuis, ont suivi : “Karachi”, “Takieddine”, “Tapie-Lagarde”, “Kadhafi-Sarkozy”… L’enquête, “cœur nucléaire du journal”, dixit le rédacteur en chef François Bonnet, a prouvé sa rentabilité. En 2011, le pure player payant engrange 500 000 euros de bénéfices, 700 000 euros l’année dernière.

Aujourd’hui, au premier étage du passage Brûlon, aucun des journalistes ne manque de rappeler les moqueries qui ont accompagné les débuts du site, en 2007. “Dès le départ, on nous disait : ‘Vous êtes des vieux, le web c’est forcément gratuit’, explique Bonnet. On est donc entré en conflit avec une large partie de la profession et des experts d’internet.”

Mars 2008, le site web définitif de Mediapart est en ligne. Une trentaine de journalistes, dont une bonne partie en provenance du Monde, se fédèrent autour d’un constat critique de la presse généraliste française, jugée peu insolente et trop dépendante de gros actionnaires. Martine Orange, journaliste d’enquête spécialisée en économie, débarque justement du “quotidien de référence”. Lors de son transfert à Mediapart, elle perd les deux tiers de son carnet d’adresses, “alors que, quand j’étais au Monde, tout le monde voulait me voir”, souligne-t-elle. Mais au moins maintenant, je ne me sens pas obligée de réaliser des interviews de grands patrons négociées en amont avec les conseillers de com”.

Ce constat acerbe de l’écosystème médiatique est largement partagé en interne. Quelques collègues plaident toutefois pour tempérer la critique. Sophie Dufau, rédactrice en chef adjointe du site, pense “qu’une des difficultés par rapport aux confrères provient du ton péremptoire qu’on peut avoir parfois : ‘L’info part de là” (devise du site – ndlr). C’est vrai qu’on bouscule les pratiques et le ronron dans une espèce de volonté d’enquête de révélation. Mais ce qui ressort souvent de Mediapart dans les journaux, c’est le côté donneur de leçon.”

La méfiance des vieux médias français ne s’est jamais totalement effacée. Dernier exemple en date, l’affaire du compte bancaire qu’aurait détenu en Suisse (avant 2006) Jérôme Cahuzac, le désormais ex-ministre du Budget, qui était en charge, notamment, de la lutte contre l’évasion fiscale. Au fil des articles et des émissions spécialisées, les médias se sont montrés prudents, parfois distants, avec les affirmations du site d’information (cet article paru dans le numéro 903 des Inrockuptibles a été bouclé le 18 mars, avant l’ouverture d’une information judiciaire sur l’affaire Cahuzac – ndlr). “En ce moment, dès que je croise une connaissance, elle me demande si l’on est solide sur Cahuzac”, se désole Louise Fessard, jeune journaliste en charge des questions de sécurité à Mediapart. Sa collègue, Jade Lindgaard, d’ajouter que “force est de constater que tous nos éléments probants n’ont pas suffi à emporter la conviction, y compris de gens qui nous font confiance”.

L’adversaire le plus actif de Mediapart a sans doute été Jean-Michel Aphatie, le chroniqueur politique star de RTL et du Grand Journal de Canal+. Au téléphone, il reconnaît volontiers avoir “réagi et surréagi” sur cette histoire. Mais il défend ses doutes et perçoit le danger d’un “populisme effréné”. “Quand vous êtes ministre, l’a priori, c’est que vous êtes pourri, dit Aphatie. Je pense que le journalisme ne peut pas être accusatoire, comme ici.” Pour lui, l’utilisation du conditionnel aurait été nécessaire. “Accepter ces pratiques, basées en partie sur des sources anonymes, c’est la porte ouverte aux manipulations.”** Faut-il remettre en cause le secret des sources ? “Non, mais si six mois d’enquête ne permettent pas de sortir une info, on ne la sort pas”, répond Jean-Michel Aphatie qui regrette aussi que l’enquête préliminaire pour “blanchiment de fraude fiscale” fut ouverte après une lettre d’Edwy Plenel au procureur de Paris.

“Mediapart est un petit poisson face à de gros requins dans une mer polluée”

Dissimulé à dessein par des étagères ouvertes blanches, le bureau du célèbre moustachu directeur de la publication de Mediapart semble encastré au fond de l’open space de la rédaction. De ce poste de pilotage, Edwy Plenel refuse en bloc l’étiquette de “journaliste-procureur”.

“On s’adapte simplement au terrain propre à chaque affaire. Quand Sarkozy a porté plainte contre nous pour faux et usage de faux sur notre document libyen (stipulant que le régime de Kadhafi a donné son accord pour financer la campagne de 2007 de Sarkozy à hauteur de 50 millions d’euros – ndlr), on répond deux jours plus tard en portant plainte pour dénonciation calomnieuse.”

Quand on l’interroge sur un service après-vente des informations parfois ressenti comme abusif, Edwy Plenel hoche la tête avant la fin de notre question. Pour le patron de Mediapart, c’est un problème imposé par l’extérieur : “On nous met parfois dans cette position, concède-t-il. On en vient à faire la promotion de notre travail et c’est un piège. Les médias résument Cahuzac contre Mediapart.” La conséquence d’un journalisme accusatoire ? “Joffrin (directeur du Nouvel Observateur – ndlr) et Aphatie ne jugent que le bruit, comme tout ce qu’ils font d’ailleurs, évacue Plenel. Nous, nous nous battons, nos infos on les assume en se battant. Mediapart est un petit poisson face à de gros requins dans une mer polluée.”

Entre une info sensible, de celles qu’un journaliste sait absolument “vraies”, et une info qu’il jugerait “publiable”, existe souvent une zone grise. Un petit espace balisé de panneaux d’alerte : “ligne éditoriale”. “prudence”, “goût du risque”, parfois du “scandale”, “éthique” ou encore “loi de la presse”. Cette zone grise, Mediapart la traverse plus rapidement que les autres journaux. Non par empressement, mais par choix éditorial. Le jeune média pratique une sorte de “journalisme à risques” assumé.

“Le vrai journaliste est celui qui vend la mèche en se brûlant les doigts”

Fabrice Arfi, l’enquêteur chevelu et barbu qui a sorti l’affaire Cahuzac, a théorisé ce parti pris. Il emprunte une phrase à l’historien Pierre Nora : “Le vrai journaliste est celui qui vend la mèche en se brûlant les doigts.” Maxime appliquée à la lettre dans l’affaire Bettencourt. Les enregistrements pirates réalisés par le majordome dans le bureau où conversaient Liliane Bettencourt et son gestionnaire de fortune Patrice de Maistre, un avocat les avait proposés à plusieurs journaux avant Mediapart. Trois les ont déclinés : Le Monde, Le Nouvel observateur et Le Canard enchaîné. Ce dernier, sans connaître leur contenu, refusa de garantir un article de quatre pages sur cette affaire à l’avocat détenteur des enregistrements***. Les deux autres journaux, eux, estimèrent que le droit à la protection de la vie privée l’emportait.

C’est le vieux débat qui divise la presse. De quels moyens peut-on user pour obtenir certaines informations d’intérêt général ? On parle ici d’informations liées à la fraude fiscale de haut vol, aux soupçons de financements illicites des partis politiques et des campagne électorales, au conflit d’intérêt du ministre Éric Woerth, etc. Dans l’affaire Bettencourt, la justice a provisoirement répondu. Après deux jugements favorables à Mediapart en première et seconde instance, la Cour de cassation a finalement estimé, le 6 octobre 2011, que la publication des bandes pirates n’était pas légitime. L’affaire a été renvoyée devant la cour d’appel de Versailles. Six mois plus tard, Edwy Plenel, Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme (ainsi que deux journalistes du Point) ont été mis en examen pour violation de la vie privée. Vendre la mèche en se brûlant les doigts… Pour avoir défendu de nombreux journaux comme Libération, Ouest-France et Le Nouvel Obs, Jean-Pierre Mignard, avocat du site internet, nous certifie néanmoins “qu’en comparaison avec les autres médias, Mediapart est très peu condamné”.

Face à ce journalisme engagé, les premiers déboussolés sont les communicants. Par “le hasard de la vie”, qu’elle juge aujourd’hui “romanesque”, Marion Bougeard, ancienne journaliste recrutée par l’agence de com Euro RSCG devenue Havas Worldwide, a conseillé deux clients confrontés aux révélations de Mediapart. Pas n’importe lesquels. C’est elle qui fut la stratège de Liliane Bettencourt au cœur de la tempête médiatique. Elle encore qui travaillait au cabinet de… Jérôme Cahuzac. Plutôt goguenarde au téléphone, Marion Bougeard assure n’avoir “ni affection ni haine envers Mediapart, je vis avec c’est tout”. C’est son côté “maître Yoda”, ajoute-t-elle. “Par la guerre, nul ne devient grand. Je peux juste dire que c’est un média de combat. Mais en fait, je ne travaille avec aucun de leurs journalistes.” Que signifie travailler avec un journaliste ?

“Mon boulot, c’est de donner et recouper des infos. Là, Fabrice Arfi m’envoie des mails avec des questions absurdes et je lui donne des réponses auxquelles il ne croit pas.”

Pour Jean-Marie Charon, sociologue au CNRS, spécialiste des médias et coauteur d’un livre sur les journalistes d’investigation****, “il y a une dimension militante chez les journalistes de Mediapart”. Pas au sens politisé ou encarté, bien que le journal s’estampille lui-même de gauche, mais au sens où ses journalistes revendiquent une mission d’intérêt général dans la société. Dans les rédactions françaises, le chercheur a observé que les enquêteurs fonctionnent souvent en “loup solitaire”, écrivent des livres “à l’instar d’un Pierre Péan ou d’un Denis Robert. Les journalistes de Mediapart, eux, lient systématiquement leur discours à la démocratie”, complète Jean-Marie Charon.

Dans son dernier livre, Le Droit de savoir, Edwy Plenel développe cette approche du métier. Une conception qui a permis, selon le directeur de Mediapart, d’effleurer aujourd’hui les 65 000 abonnés et de lancer, pour l’anniversaire de ses 5 ans, le 16 mars, une nouvelle version du site. Fier et taquin, Plenel souffle que “Mediapart a fait aussi gagner beaucoup d’argent à la France”. Une façon de rappeler que la publication des écoutes pirates fut à l’origine du redressement fiscal record, 77 millions d’euros, subi par l’héritière de L’Oréal.

* Poursuivi en diffamation par le journal numérique, l’ancien ministre et actuel député de l’Aisne attend le jugement du tribunal le 26 mars.

** Jean-Michel Aphatie tenait également à indiquer que l’article du JDD titrant “Les Suisses blanchichessent Jérôme Cahuzac”, rédigé à partir d’un document (qu’aucun journaliste n’a vu) émanant de l’administration fiscale, sous tutelle du ministère de Jérôme Cahuzac, “comporte le même défaut que les révélations de Mediapart. Pour moi, il n’existe pas non plus”, tranche le chroniqueur de RTL et du Grand Journal.

*** Ce passage a été modifié par rapport à la version initiale de l’article paru dans le numéro 903 des Inrockuptibles. C’est seulement après la révélation des enregistrements par Mediapart que Le Canard enchaîné s’est positionné. Dans un article intitulé Parce que ça le vaut bien ?, daté du 27 octobre 2010, le palmipède a rappelé l’importance, à ses yeux, du droit à la protection de la vie privée.

**** Un secret si bien violé : la loi, le juge et le journaliste de Jean-Marie Charon et Claude Furet (Le Seuil, 2000).

Voir aussi:

Fabrice Arfi : “Même Cahuzac a dit: il y aura un mort, soit Mediapart, soit moi”

Les Inrocks

20/03/2013

Il y a moins d’un mois, nous réalisions un entretien avec Fabrice Arfi, journaliste d’investigation à Mediapart, pour notre enquête sur le site d’Edwy Plenel (à lire dans les Inrocks n° 903, en kiosque aujourd’hui). Il expliquait alors son étonnement devant les réactions des confrères à chacune des révélations du site d’information.

Mediapart se fait un peu chahuter en ce moment avec l’affaire Cahuzac…

Oui, on est dans un tel combat d’opinion que si on sort un truc, on doit désormais taper haut. Le rapport de la profession à l’affaire Cahuzac est quand même étrange. Un papier de l’Express a quand même indiqué, après la non-info sur la Suisse, (se référant à l’article du JDD “Les Suisses blanchissent Cahuzac”) : “Mediapart n’a toujours pas réagi“… On n’est pas un adversaire politique. Nous, on informe. C’est vraiment surprenant la façon dont nous traitent les confrères.

Perçois-tu une sorte “d’attente au tournant” de la part des autres médias ?

Tout le monde nous dit : “vous nous faites chier depuis cinq ans, vous êtes de grands donneurs de leçons“. C’est très juste de dire que dans la plupart des affaires qu’on a révélées, il y a une sorte de stratégie, une stratégie de l’isolement de Mediapart auprès de l’opinion et des autres médias.

La contrepartie positive demeure quand même l’afflux de lecteurs à chaque révélation.

On nous fait passer pour des excités et non pas des journalistes. Si c’est ce qu’il faut pour gagner des lecteurs… En effet oui, on aime bien avoir des lecteurs, c’est extrêmement pervers ça, non ? Et oui, on feuilletonne. On est une petite barque et on s’attaque à un État, à des services, alors oui, il faut être malin parfois. Si tu fais le bilan des courses, ça ne nous a pas desservi.

Tu penses aux révélations en deux temps sur Cahuzac, la publication de l’enregistrement le lendemain de ton premier papier ?

Sur Cahuzac, pour mon premier papier (publié le 4 décembre), je n’avais pas encore l’autorisation de ma source pour publier l’enregistrement. Le second jour, devant la pression de l’opinion et des médias, j’ai convaincu ma source. Mais si on se rappelle bien, sur la publication des écoutes Bettencourt, on avait aussi connu une énorme violence. Le Monde les avait refusées tandis que nous on avait exigé les 21 heures du majordome. On a fait le tri, on a eu un débat en interne, c’était ici d’ailleurs (il ouvre grand les bras au milieu de ce qu’on pourrait appeler la salle de conférence de rédaction de Mediapart) et on y est allé.

Sur Cahuzac, il semblerait qu’il y ait un blocage un peu différent.

L’affaire Cahuzac est un super révélateur de ce que sont les affaires sous la gauche. Un reportage de Media magazine rapporte la scène suivante: en marge d’une conférence de presse de Cahuzac, la journaliste de Média magazine demande à un confrère pourquoi personne ne pose de questions sur son compte. Le journaliste méfiant répond carrément : “j’ai connu Bérégovoy, j’ai connu Woerth…” C’est incroyable, Woerth est quand même mis en examen ! Ça me rappelle quand Laurent Mauduit (journaliste d’investigation à Mediapart) a sorti l’affaire Tapie : je me souviens très bien d’un titre d’un article des Echos : “Le dossier est vide”.

Les médias seraient donc frileux, voire démineurs, chaque fois que vous sortez une affaire ?

C’est un énorme problème pour le journal, cette pratique du journalisme de commentaire. A la télé, tu lances un sujet, et il y a un mec qui est pour, un qui est contre. Nous, on s’est construit contre la société du commentaire. Je revendique qu’on produise de l’intranquilité, y compris chez les confrères. On ne tape pas sur les médias, c’est d’abord un écosystème qu’on dénonce, la situation capitalistique des médias en France. Nous, on est un journal de combat. La guerre, on la gagne comme ça, sans concession. Pour moi, il n’y a pas de journalisme d’investigation. Nous sommes un site d’information.

Comment vis tu “la tempête” autour de l’affaire Cahuzac ?

A chaque fois, tout ça me plaît malgré tout. S’il n’y a rien (sur le compte suisse supposé de Cahuzac), je l’ai dit, je me couvre la tête de cendre et j’arrête le métier. Sauf que je ne vais pas arrêter. Même Cahuzac dit “il y aura un mort, soit Mediapart, soit moi“. Plenel est un capitaine quand le navire est dans la tempête, il est debout sur la table. Bonnet (le rédacteur en chef de Mediapart, ndlr) pareil. Quand il y a eu l’article du JDD, il m’a dit : “On est là.” C’est cul-cul à dire mais il y a un truc de camaraderie hyper précieux. Plenel s’est mis lui-même dans la balance, ça je ne l’oublierai jamais, quand il a dit : “On en a plus que quand nous avions sorti l’affaire du Rainbow Warrior.”

Recueilli par Geoffrey Le Guilcher

Voir par ailleurs:

Jérôme Cahuzac reconnu coupable, mais sans peine

La Dépêche

10/11/2007

Condamné sans peine ni inscription au casier judiciaire pour avoir employé une jeune femme sans papier.

Jérôme Cahuzac reconnu coupable, mais sans peine

Condamné sans peine ni inscription au casier judiciaire. Il n’a pas fallu plus de cinq minutes au tribunal de la 31e chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Paris pour prendre sa décision. L’avocat général avait demandé une « amende proportionnelle aux revenus du prévenu », Jérôme Cahuzac, député de Villeneuve depuis le printemps dernier, maire de la localité et chirurgien parisien.

La cour n’a pas retenu cette suggestion. Il est vrai que d’entrée de jeu, les juges avaient déclaré avoir à se prononcer sur une affaire « qui ne mérite pas un ample développement ». De quoi s’agit-t-il ? D’une affaire de femme de ménage philippine sans papier employée au noir et payée en liquide de juillet 2003 à novembre 2004 pour 40 heures mensuelles à raison de 250 € par mois. Le pot-aux-roses a été révélé par une lettre anonyme postée en Lot-et-Garonne, diligentée à petite vitesse et qui atterrit étrangement sur la table d’un procureur de la République parisien. Pas de plainte déposée, pas de partie civile à la barre du tribunal.

négligence

Visiblement stressé, Jérôme Cahuzac qu’accompagne son avocat, Me Jean-Alain Michel, reconnaît d’entrée de jeu « une erreur, une négligence ». Oui, il a employé en la rémunérant en liquide, de juillet 2003 à novembre 2004, cette jeune femme à sa clinique pour de menus travaux sur recommandation de son employée de maison qui la connaissait sans vérification de ses titres de séjour. L’essentiel de l’infraction est là et l’enquête de police n’en a pas trouvé d’autre. Depuis, Jérôme Cahuzac a payé ce qu’il devait pour cet emploi clandestin à l’URSAFF.

Depuis, la jeune femme arrivée en France en janvier 1998 pour rejoindre sa mère malade et la soigner s’est mariée et a obtenu son titre de séjour. Jérôme Cahuzac l’a aidée dans ses démarches et a réglé l’essentiel des frais d’avocat déboursés à cette fin. Il l’a embauchée à plein-temps et de façon tout à fait régulière pour des travaux de ménage, les seuls qu’elle ait jamais effectués dans la clinique.

CONTEXTE POLITIQUE

Relayant son client à la barre, Me Jean-Alain Michel évoque « un contexte politique local » et « des amis qui vous veulent du bien ». Il évoque une demande de copie du dossier par un avocat qui se réclamait de la partie civile et parle de « mensonge » car jamais la jeune Philippine n’a souhaité se porter partie civile. Il produit une lettre signée de la jeune femme qui en atteste et fournit les preuves de la régularisation de la situation. Jérôme Cahuzac a accueilli avec soulagement le verdict. « Tout ça pour ça ».

« Sortir de la médiocrité… »

Il est surprenant qu’une affaire de si médiocre importance arrive à l’audience d’un tribunal correctionnel. Généralement, la découverte d’une infraction de ce type qui, du propre aveu du tribunal, « ne mérite pas un ample développement » trouve sa solution dans un rappel à la loi et une vérification que tout est rentré dans l’ordre.

À l’issue de l’audience parce qu’« on ne commente pas une décision de justice », le député maire de Villeneuve-sur-Lot s’est refusé à tout commentaire. Va-t-il porter plainte pour la demande de copie du dossier par une prétendue partie civile ? Hier, Jérôme Cahuzac souhaitait sortir de « cette médiocrité et respirer un autre air ».

Voir par ailleurs:

L’affaire Cahuzac reflète le sentiment d’impunité d’une certaine caste politique

La sidération qui a suivi les aveux de l’ancien ministre du Budget est révélatrice de la mentalité d’une fraction des élites qui se juge au-dessus de la morale commune.

Eric Dupin

Slate

03/04/2013

La sidération qui s’est emparée de la classe politique depuis la chute brutale de Jérôme Cahuzac a de quoi mettre la puce à l’oreille. Les réactions outrées à la détention d’un compte à l’étranger de la part d’un ancien ministre du Budget, en charge de la lutte contre la fraude fiscale, contrastent avec la complaisance dont il a longtemps bénéficié face à ses accusateurs. Comme s’il fallait à tout prix ramener cet épisode fâcheux au rang d’une faillite morale individuelle.

La fébrilité qui a immédiatement gagné les sommets de l’Etat suggère pourtant que l’affaire est d’une autre ampleur. Jean-Marc Ayrault ayant été incapable d’éteindre l’incendie, mardi soir sur France 2, François Hollande a dû prononcer dés le lendemain une allocution aussi solennelle qu’improvisée. En annonçant trois mesures plus ou moins nouvelles, le président de la République a implicitement reconnu que l’affaire Cahuzac éclaboussait l’ensemble de la classe politique.

La droite s’est acharnée sur Cahuzac après qu’il eut avoué son forfait, pour mieux faire oublier la mansuétude qu’elle a manifestée à son endroit. Le mensonge de l’ancien ministre socialiste, longtemps persuadé qu’il se tirerait de ce mauvais pas par la force de son caractère et la variété de ses appuis, s’inscrit dans un contexte de services rendus assez trouble.

Une complaisance transpartisane

Mediapart, qui a révélé l’existence du compte suisse de Cahuzac, a expliqué que c’était l’étrange indulgence du nouveau ministre socialiste du Budget à l’égard d’Eric Woerth qui l’avait conduit à se pencher sur son passé. Un des premiers gestes de Cahuzac à son arrivée au gouvernement avait effectivement été de commander une consultation juridique puis un mémoire dont les conclusions allaient dédouaner son prédécesseur dans l’affaire de l’hippodrome de Compiègne… Troublant.

«Eric Woerth est, je crois, un honnête homme», déclarait le président socialiste de la commission des Finances de l’Assemblée nationale dès juin 2010. Selon lui, il n’y avait «ni affaire Bettencourt, ni affaire Woerth».

L’ancien ministre UMP lui a récemment renvoyé impeccablement l’ascenseur, expliquant avoir «calmé» ses collègues parlementaires. «Je ne voulais pas qu’on lui fasse ce que les socialistes m’avaient fait subir», a-t-il argumenté. Touchante compassion de la part de l’ancien trésorier de Nicolas Sarkozy.

Woerth n’a pas eu trop de mal à «calmer» Jean-François Copé. Celui-ci crie d’autant plus fort aujourd’hui qu’il s’était montré fort complaisant avec Cahuzac. Le secrétaire général de l’UMP assurait, il y a peu de temps, le ministre socialiste de son «estime personnelle» en insistant lourdement sur la «présomption d’innocence».

Il faut dire que l’ancien avocat d’affaires Copé n’a jamais été un fanatique de la transparence. En décembre 2010, avec son complice Christian Jacob, il avait tenté, par voie d’amendement à un projet de loi, de réduire les pouvoirs de la Commission pour la transparence financière de la vie politique.

Les us et coutumes d’un petit monde

Les malheurs de Cahuzac sont révélateurs de la mentalité et des mœurs d’une fraction des élites qui se juge au-dessus de la morale commune et s’estime suffisamment puissante pour échapper aux sanctions. La fraude fiscale à grande échelle est une pratique particulièrement répandue chez les possédants, chaque type de délinquance ayant son profil sociologique.

Or cet homme de «gauche» assez cynique, selon Le Monde, pour avoir fait de louches affaires avec d’anciens militants du GUD, avait rejoint le monde de la richesse, au point de pouvoir se faire cambrioler 100.000 euros de montres dans son vaste appartement du VIIème arrondissement de Paris. L’ancien chirurgien, reconverti dans de rémunératrices activités d’implants capillaires, avait d’autre part côtoyé, comme conseiller ministériel de Claude Evin, l’univers tentateur des laboratoires pharmaceutiques. Après cette expérience, il gagnera même de l’argent comme conseiller de ces laboratoires…

Le député écologiste Noël Mamère est persuadé que Nicolas Sarkozy connaissait beaucoup de choses du passé encombrant de Cahuzac lorsqu’il donna son aval à son élection à la présidence de la commission des Finances de l’Assemblée. Toujours est-il que ce personnage appartenait à un monde qui lui a fait croiser nombre d’acteurs des affaires qui ont défrayé la chronique au cours de la dernière période.

Cahuzac fut proche de Dominique Strauss-Kahn, qui a connu la chute que l’on sait. Comme son ancien mentor, il cultivait des amitiés dans le monde des affaires transcendant allègrement le clivage droite-gauche. Une enquête du Monde nous apprend ainsi qu’il était proche d’Henri Proglio, grand patron sarkozyste d’EDF, qui avait même nommé «l’ancien banquier d’HSBC Antoine Cahuzac, frère de Jérôme, à la tête d’EDF Energies nouvelles».

Au ministère du Budget, Cahuzac avait embauché comme «responsable des relations extérieures» une protégée du communicant d’Euro RSCG Stéphane Fouks, Marion Bougeard, qui avait elle-même auparavant été en charge la communication de… Liliane Bettencourt. Oui, la vieille, très riche et fort généreuse dame qui crée aujourd’hui des ennuis à Sarkozy. Un tout petit monde, vous dit-on.

Difficile de croire que Hollande —mis en garde au demeurant, par certains de ses propres amis, à propos de Cahuzac— ignorait tout cela. Jean-Luc Mélenchon est fondé à déplorer un «copinage généralisé» propice aux pratiques les plus douteuses. Un «profiler» aurait pu aisément démontrer au chef de l’Etat que la nomination de Cahuzac au ministère du Budget était dangereuse.

Complicités médiatiques

Dans l’univers médiatique aussi, certains réflexes de défense de Cahuzac ont pu se manifester du temps de sa splendeur. Les révélations de Mediapart, en décembre dernier, ont été accueillies avec des pincettes, c’est le moins qu’on puisse dire, par nombre de ses confrères. Le Monde a mis quelques jours avant de donner à cette affaire l’importance qu’elle méritait.

Plus tard, on se souvient des contre-feux allumés dans certains médias prompts à croire en l’innocence du ministre. Le Nouvel Observateur puis le Journal du Dimanche ont donné une forte publicité à une étrange réponse des autorités fédérales suisse transmise à Bercy. Le cas le plus caricatural de refus de prendre au sérieux les informations de Médiapart reste celui du journaliste vedette Jean-Michel Aphatie, qui a dû attendre les aveux de l’ancien ministre pour saluer chapeau bas le site d’information.

Cet ensemble disparate de solidarités de caste, plus ou moins conscientes et abouties, favorise un sentiment d’impunité chez les puissants. En France, le réflexe de maudire la presse et les juges lorsqu’une affaire éclate demeure beaucoup trop répandu.

Nombre de commentateurs ou d’acteurs politiques semblent plus incommodés par ceux qui révèlent ou poursuivent les scandales que par les scandales eux-mêmes. C’est peut-être d’abord cet état d’esprit qu’il faudrait changer.

Voir enfin:

François Hollande rocked as minister confesses to lying over tax evasion

Former Budget Minister admits he had €600,000 in an illegal offshore bank account

John Lichfield

The Independent

2 April 2013

In a bombshell confession, the former French Budget Minister, Jerome Cahuzac, has admitted that he had lied repeatedly to the President, parliament and public and had cheated on his taxes for 20 years.

Mr Cahuzac’s admission he had €600,000 in an illegal offshore bank account dealt a devastating blow to a Socialist president and government already facing public rage over tax rises, cuts and high unemployment.

President François Hollande said tonight that Mr Cahuzac had committed an "unpardonable moral fault" by lying for four months to the Elysée Palace and the National Assembly. However, in a further, deep embarrassment for the President, the investigative newspaper, Le Canard Enchainé will report today that Mr Hollande saw evidence pointing to Mr Cahuzac’s possible guilt as long ago as December.

Mr Cahuzac, 60, previously a highly paid plastic surgeon, was fired by the Elysée last month from his high-profile job as Budget Minister – in effect the minister responsible for spending cuts and tax enforcement. This followed a declaration by the state prosecution service that the voice in a recorded telephone conversation from 2000, admitting ownership of an illegal, Swiss account, appeared to be the minister.

At the time, Mr Cahuzac continued to proclaim his innocence. After months of denials, he made a double confession: publicly in his blog and privately, to two magistrates.

"I was caught up in spiral of lies," he wrote. "I fought a torturous internal battle to try to resolve the conflict between my duty to tell the truth and my anxiety to fulfil the mission with which I had been entrusted."

The admission bears some resemblance to the confession, after years of denials, by the former British environment minister, Chris Huhne, that he had conspired with his wife Vicky Pryce to avoid speeding penalty points. Several French newspapers have suggested that media allegations about Mr Cahuzac’s off-shore account, may be linked to a contested divorce with his wife, Patricia Cahuzac.

Mr Cahuzac, admitted that he had held illegal accounts abroad – first in Switzerland and then in Singapore – for 20 years. He said that he had ordered that €600,000 remaining on his Singapore account to be transferred to France.

The French investigative website, Mediapart, which has also led the way in allegations of wrongdoing against ex-President Nicolas Sarkozy, first revealed the existence of Mr Cahuzac’s Swiss account last December.

Mediapart placed online a recorded telephone conversation from the year 2000 in which a politician discussed his embarrassment at having an account with UBS in Switzerland. Mr Cahuzac denied to President Hollande and to the Prime Minister, Jean-Marc Ayrault, that the voice was his. However, Le Canard Enchainé will report today that President Hollande was told by the interior ministry in December that the voice on the tape was "close to" that of Mr Cahuzac.

The former minister also faces investigation over the source of the funds paid into the Swiss and Singapore accounts. His lawyers said that the money came from his lucrative and successful practice as one of Europe’s leading specialists in hair transplants.

Magistrates are, however, investigating allegations that some or all of the money came from under-the-counter payments by pharmaceutical companies to promote their products.

The shockwaves from Mr Cahuzac’s initial dismissal last month were rapidly overwhelmed by news that ex-President Sarkozy had been formally accused of abusing the mental weakness of a billionaires to fund his 2007 campaign.

Politicians on the moderate left said that Mr Cahuzac’s repeated lies had compounded a "crisis for democracy in France".


Délinquance: Cachez ces chiffres que je ne saurai voir (No crime figures please, we’re French)

28 février, 2013
Vos questions vont singulièrement vous compliquer l’existence. Une meute de persécuteurs polyvalents, d’antifascistes oniriques, de suffragettes de ligues de vertu, va vous tomber sur le poil. Xavier Raufer (criminologue)
Ce livre est parfaitement scandaleux. C’est le dernier avatar du lobby sécuritaire. C’est du marketing commercial pour faire peur aux gens car ces chiffres étaient connus depuis longtemps. Il finit en conclusion par dire que la violence, c’est la faute des immigrés. Bref, du sous-journalisme au service du tout sécuritaire. Laurent Mucchielli (auteur de l’ "Invention de la violence")
L’immense majorité des journalistes (94% selon une enquête de Marianne) et des étudiants en journalisme (jusqu’à 100% d’entre eux dans certaines écoles) se revendiquent de la gauche et de l’extrême gauche. Ils ont un logiciel idéologique dans la tête, qui n’est pas compatible avec le devoir d’informer. Par réflexe, ils nient la réalité, l’édulcorent, la minimisent, éventuellement méprisent, culpabilisent ou insultent ceux qui osent la montrer du doigt. Entre grands médias, c’est une compétition à celui qui ira le plus loin dans l’excuse et la compréhension du criminel. Les gens le savent, donc ils ne lisent plus cette presse-là, qui est maintenue en vie par des subventions publiques plus ou moins déguisées, pour donner l’illusion qu’une information indépendante existe encore et que notre démocratie se porte bien. Tout ça est un théâtre et même, hélas, une tragédie(…) La plupart des grands médias se taisent, et nous font parfois savoir, comme La Croix ou Le Parisien, qu’ils le font pour des raisons idéologiques. Or des milliers de victimes témoignent que l’insécurité n’est pas une idéologie. (…) L’hétérogénéité d’une nation est non seulement un facteur de criminalité, mais aussi un facteur d’incivisme, de précarité, d’effondrement du “capital social”, comme l’a démontré le célèbre sociologue – de gauche – Robert Putnam, duquel je parle longuement dans La France orange mécanique. C’est un constat : les pays hétérogènes sont plus violents que les pays homogènes. Il n’est pas question de réécrire cette réalité sous prétexte qu’elle pousserait des gens à se radicaliser. Aujourd’hui, dans notre pays, des milliers de criminels radicaux agressent, violent et tuent d’honnêtes gens sans que ça n’intéresse personne. Ceux qui fuient cette réalité en brandissant le fantasme de l’extrême droite se font les complices de ces criminels. Mais ils n’ont plus le choix : leur idéologie est boiteuse, et ce fantasme de l’extrême droite est leur seule béquille. (…) Je note que cette radicalisation est consubstantielle aux populations musulmanes installées en Europe. Elle est un accélérateur identitaire de la tribalisation de certaines communautés. (…) Leur morale est celle de leur groupe, hiérarchisé selon des règles qui ne sont pas les nôtres. C’est une loi anthropologique : tuer un membre de son groupe est interdit, tuer un étranger est admis, parfois encouragé. En témoigne le soutien sans faille des “proches” de “jeunes” interpellés par la police, quoi qu’ils aient fait. (…) Je constate que les villes aux populations homogènes, qui comportent leur lot d’habitants pauvres, sont très peu criminelles. Le Paris du début du XXe siècle ou même du XIXe était particulièrement pauvre et surpeuplé. Pourtant, il était beaucoup moins violent qu’il ne l’est depuis les années 60. La ville ne fait pas le criminel, disons qu’elle lui sert de refuge. Ce qui fait le criminel, c’est la sous-adaptation culturelle, la tribalisation du pays, le laxisme judiciaire, la morale de l’excuse. (…) Entre la paperasse, la politique du chiffre, la barbarie de la rue, les consignes pour ne pas “provoquer”, le mépris médiatique, la colère populaire, les policiers, désabusés, font ce qu’ils peuvent, avec courage et efficacité. En revanche, la justice ne suit plus depuis longtemps. 53 000 places de prison, 67 000 détenus. 82 000 peines non exécutées chaque année, faute de place. Construire des prisons ? “Ça coûte cher”, nous explique-t-on sans trembler du côté du syndicat de la magistrature. Pas un seul gouvernement n’a eu le courage de mettre au pas son administration pour construire des prisons. Pourquoi ? Parce que construire des prisons serait reconnaître l’explosion de la criminalité depuis l’ordonnance de 1945 et la généralisation du laxisme judiciaire. Idéologiquement, les progressistes ne peuvent pas admettre l’échec de leurs utopies. Ils préfèrent couler à la barre du navire. Ce qu’ils décident n’a rien à voir avec la réalité empirique, ce sont des “avancées” morales sur lesquelles personne ne doit jamais revenir. C’est un comportement suicidaire. (…) Dans tous les pays d’Europe, la criminalité a explosé à partir des années 1950, avec la mondialisation, l’immigration et la fin de la justice strictement punitive. Ce n’est pas une fatalité : les pays qui ont abandonné le laxisme judiciaire, comme les États-Unis, ont obtenu d’excellents résultats en matière de lutte contre la criminalité. Aujourd’hui, la criminalité des États-Unis est proportionnellement inférieure à celle de la France. Laurent Obertone

 Cachez ces chiffres que je ne saurai voir !

Chiffres de la délinquance trois fois plus élevé que ceux du ministère de l’Intérieur, 53 000 places de prison pour 67 000 détenus, 82 000 peines non exécutées chaque année faute de place …

A l’heure où, entre manque chronique de places de prison et arrivée massive d’immigrés irréguliers comme laxisme judiciaire et relativisme culturel, la fracture sécuritaire ne cesse de s’aggraver entre les belles âmes protégées des beaux quartiers et rien de moins que la majorité de la population …

Pendant qu’entre propositions de dépénalisation du cannabis (du ministre de l’Education, s’il vous plait!) et d’élections pour les étrangers comme de mariage et bientôt gestation pour tous, un gouvernement d’irresponsables enfonce chaque jour un peu plus le pays dans le chômage et les déficits …

Et que, pour ne prendre qu’un exemple ô combien symptomatique, nos concitoyens juifs en sont depuis des années réduits à pratiquer leur religion sous protection policière …

Retour, dans Causeur, avec l’auteur (sous pseudonyme ?) de "La France Orange mécanique"

Sur ces chiffres que personne ne veut voir …

La criminalité a explosé

Entretien avec Laurent Obertone, auteur de La France Orange mécanique

Causeur

08 février 2013

Dans La France Orange Mécanique (Ring éditions), Laurent Obertone décrit « l’ensauvagement d’une nation » et montre une France où l’ultra-violence progresse sans rencontrer d’autre opposition qu’une culture de l’excuse institutionnalisée. Rencontre avec un journaliste brise-tabous, sans œillères ni langue de bois.

Votre essai s’appuie sur des chiffres différents de ceux du ministère de l’Intérieur. En quoi sont-ils plus fiables que les statistiques officielles ?

En France, toutes les 24 heures, on compte 13 000 vols, 2 000 agressions et 200 viols. Ces chiffres sont ceux de l’Office national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP), institut public qui réalise depuis plusieurs années des enquêtes de victimisation auprès de 17 000 personnes. Ces enquêtes jugées fiables par les criminologues (et désormais par Manuel Valls) recensent 12 millions de crimes et délits, soit trois fois plus que les chiffres avancés par le ministère de l’Intérieur, basés uniquement sur les plaintes, et sujets à quantité de manipulations. L’enquête de l’ONDRP y échappe, et échappe donc aux indécentes petites querelles politiciennes autour d’oscillations infimes d’un taux de criminalité qui a explosé depuis les années 60, et qu’aucune politique n’a su ou voulu contenir.

Vous semblez nourrir une très mauvaise opinion des médias français. Sont-ils vraiment tous aveugles et angéliques face à l’insécurité ?

L’immense majorité des journalistes (94% selon une enquête de Marianne) et des étudiants en journalisme (jusqu’à 100% d’entre eux dans certaines écoles) se revendiquent de la gauche et de l’extrême gauche. Ils ont un logiciel idéologique dans la tête, qui n’est pas compatible avec le devoir d’informer. Par réflexe, ils nient la réalité, l’édulcorent, la minimisent, éventuellement méprisent, culpabilisent ou insultent ceux qui osent la montrer du doigt. Entre grands médias, c’est une compétition à celui qui ira le plus loin dans l’excuse et la compréhension du criminel. Les gens le savent, donc ils ne lisent plus cette presse-là, qui est maintenue en vie par des subventions publiques plus ou moins déguisées, pour donner l’illusion qu’une information indépendante existe encore et que notre démocratie se porte bien. Tout ça est un théâtre et même, hélas, une tragédie.

Mais la presse parle de votre livre…

Une certaine presse. Valeurs actuelles, Atlantico, Éric Brunet, Éric Zemmour… La plupart des grands médias se taisent, et nous font parfois savoir, comme La Croix ou Le Parisien, qu’ils le font pour des raisons idéologiques. Or des milliers de victimes témoignent que l’insécurité n’est pas une idéologie.

En pointant le multiculturalisme comme source de la délinquance, ne redoutez-vous pas de radicaliser certaines personnes, soit vers l’extrême droite soit vers un fanatisme de type salafiste ?

L’hétérogénéité d’une nation est non seulement un facteur de criminalité, mais aussi un facteur d’incivisme, de précarité, d’effondrement du “capital social”, comme l’a démontré le célèbre sociologue – de gauche – Robert Putnam, duquel je parle longuement dans La France orange mécanique. C’est un constat : les pays hétérogènes sont plus violents que les pays homogènes. Il n’est pas question de réécrire cette réalité sous prétexte qu’elle pousserait des gens à se radicaliser. Aujourd’hui, dans notre pays, des milliers de criminels radicaux agressent, violent et tuent d’honnêtes gens sans que ça n’intéresse personne. Ceux qui fuient cette réalité en brandissant le fantasme de l’extrême droite se font les complices de ces criminels. Mais ils n’ont plus le choix : leur idéologie est boiteuse, et ce fantasme de l’extrême droite est leur seule béquille.

Quid de la dérive islamiste ?

Je note que cette radicalisation est consubstantielle aux populations musulmanes installées en Europe. Elle est un accélérateur identitaire de la tribalisation de certaines communautés.

À vous lire, certains délinquants sont parfaitement de bonne foi lorsqu’ils pensent ne transgresser aucun interdit en commettant des délits ou des viols…

En effet. Leur morale est celle de leur groupe, hiérarchisé selon des règles qui ne sont pas les nôtres. C’est une loi anthropologique : tuer un membre de son groupe est interdit, tuer un étranger est admis, parfois encouragé. En témoigne le soutien sans faille des “proches” de “jeunes” interpellés par la police, quoi qu’ils aient fait.

Vous expliquez que, contrairement à une idée bien ancrée, la délinquance et la criminalité ne sont pas liées à des facteurs économiques. Mais peut-on sérieusement comparer des départements ruraux, certes classés parmi les plus pauvres et des zones hyper urbanisées comme le 93?

Je constate que les villes aux populations homogènes, qui comportent leur lot d’habitants pauvres, sont très peu criminelles. Le Paris du début du XXe siècle ou même du XIXe était particulièrement pauvre et surpeuplé. Pourtant, il était beaucoup moins violent qu’il ne l’est depuis les années 60. La ville ne fait pas le criminel, disons qu’elle lui sert de refuge. Ce qui fait le criminel, c’est la sous-adaptation culturelle, la tribalisation du pays, le laxisme judiciaire, la morale de l’excuse.

D’où vient la quasi-impunité que vous dénoncez ? De la police ou de la justice?

Entre la paperasse, la politique du chiffre, la barbarie de la rue, les consignes pour ne pas “provoquer”, le mépris médiatique, la colère populaire, les policiers, désabusés, font ce qu’ils peuvent, avec courage et efficacité. En revanche, la justice ne suit plus depuis longtemps. 53 000 places de prison, 67 000 détenus. 82 000 peines non exécutées chaque année, faute de place. Construire des prisons ? “Ça coûte cher”, nous explique-t-on sans trembler du côté du syndicat de la magistrature. Pas un seul gouvernement n’a eu le courage de mettre au pas son administration pour construire des prisons. Pourquoi ? Parce que construire des prisons serait reconnaître l’explosion de la criminalité depuis l’ordonnance de 1945 et la généralisation du laxisme judiciaire. Idéologiquement, les progressistes ne peuvent pas admettre l’échec de leurs utopies. Ils préfèrent couler à la barre du navire. Ce qu’ils décident n’a rien à voir avec la réalité empirique, ce sont des “avancées” morales sur lesquelles personne ne doit jamais revenir. C’est un comportement suicidaire.

Ce n’est donc pas de la responsabilité de Christiane Taubira, l’actuelle Garde des Sceaux ?

Taubira est autant responsable de la situation que ses prédécesseurs, elle a l’immense mérite de passer pour ce qu’elle est.

Plus que le niveau de sécurité, n’est-ce pas notre seuil de tolérance face à la criminalité et à la délinquance qui a fléchi au cours des dernières décennies ?

Si les médias tentaient d’amplifier ce phénomène, ils commenceraient sans doute par ne plus parler de “sentiment”, de “jeunes”, ou “d’incivilités”. Dans La France orange mécanique, je montre que la criminalité française était insignifiante des années 1830 aux années 1950. Dans tous les pays d’Europe, la criminalité a explosé à partir des années 1950, avec la mondialisation, l’immigration et la fin de la justice strictement punitive. Ce n’est pas une fatalité : les pays qui ont abandonné le laxisme judiciaire, comme les États-Unis, ont obtenu d’excellents résultats en matière de lutte contre la criminalité. Aujourd’hui, la criminalité des États-Unis est proportionnellement inférieure à celle de la France.

Votre constat est effrayant, mais quelles solutions préconisez-vous ?

Aucune, ce n’est pas mon rôle. Je suis un témoin, je pose un constat. Constat de faillite judiciaire, de faillite du multiculturalisme, de faillite de la morale progressiste. Avant de s’attaquer à la réalité, il faut cesser de l’ignorer. C’est tout le thème de mon livre.

Laurent Obertone, La France orange mécanique (Ring éditions).

Voir aussi:

"France Orange mécanique" : omerta à tous les étages…

André Bercoff

Ecrivain, journaliste.

Il fut notamment journaliste à l’Express, directeur de la rédaction de France-Soir et directeur littéraire dans plusieurs maisons d’édition dont Belfond et Robert Laffont. Auteur d’une quarantaine de livres.

Voici un drôle d’OINI (objet imprimé non identifié). Pas normal. Pas formaté. Loin de la juste ligne du camp du Bien, celui de la Morale et des Droits de certains Hommes à disposer des autres. Pis : il les combat, les décrypte, les dénude. Si l’on considère « La France orange mécanique » du jeune journaliste Laurent Obertone du point de vue de l’intelligentsia bobocratique, la messe est dite : cet infâme torchon se situe à la droite de Le Pen, stigmatise des minorités aussi visibles que victimes, et contribue à la division des Français mille fois plus que les honorables causes du mariage gay et du droit de vote des étrangers. Laurent Obertone serait, au mieux, un réac identitaire, plus vraisemblablement un néonazi qui ne s’ignore pas. Fermez le ban. Omerta à tous les étages.

Il se trouve que l’auteur a fait tout simplement un travail de journaliste. Plus précisément de documentaliste. Il a recensé, en feuilletant pendant des mois la presse locale et régionale de ce cher et doux pays – presse qu’on ne cite pratiquement jamais – et y a relevé les faits de violence, d’incivilité, d’agression, de viol – faits que l’on baptise si pudiquement « divers » – et autres bonnes actions qui se répandent comme une traînée de poudre dans la France de ce début de XXIe siècle. Les chiffres parlent : toutes les 24 heures, 13 000 vols, 2 000 agressions, 200 viols. Excusez du peu. Ces chiffres sont connus mais l’un des apports d’Obertone est qu’il reproduit, en citant à chaque fois ses sources, le détail de ces « petits » crimes au quotidien. De ce fait, il rappelle la souffrance infinie de cette population que les grands médias ignorent quand elles ne viennent pas du Mexique ou d’ailleurs : les victimes. Celles qui n’ont rien demandé, qui passaient par là, qui ne voulaient de mal à personne, en un mot innocentes, et qui se font massacrer pour un regard, une cigarette refusée, un portable ou, si elles sont femmes, violer dans un train ou sous une porte cochère, devant des témoins aussi muets que passifs. Quand on vit, soit dans des beaux quartiers, soit dans des villes protégées, quand on est loin du chaos qui, lui, a bien réussi son intégration, on se dit que l’auteur exagère, mais les descriptions sont là et elles sont accablantes.

Mais le livre va évidemment plus loin. Il analyse le pourquoi de cette violence, pointe là aussi le poids de certaines communautés dans les prisons, la perte absolue des repères et des valeurs qui transforment des individus en tribus qui n’ont d’autres objectifs que défendre leurs territoires pour y exercer leurs trafics et leurs tournantes et pour qui le vivre ensemble (c’est-à-dire, avec les autres citoyens) ne veut strictement rien dire. De ces semeurs de haine, Obertone montre la magnifique complicité, voire l’appui des fabricants d’excuses : les moralistes des médias et de la politique, les experts, journalistes, juges, universitaires, qui n’ont de cesse d’expliquer la violence uniquement par l’économie et le social, la ghettoïsation et l’appauvrissement, alors que, si l’on regarde, comme le fait l’auteur, les statistiques, les départements les plus pauvres de France sont ceux où il y a le moins d’agressions, et surtout l’évidence : il y a huit millions de pauvres en France. Je ne sache pas qu’il y ait huit millions d’agresseurs actifs. Évidence trop aveuglante pour nos autruches assermentées.

Mais l’ouvrage pointe aussi du doigt la formidable lobotomisation des victimes elles-mêmes, devenues pratiquement consentantes, soit par peur de représailles et on les comprend ; soit – et c’est là où le bât blesse – pour ne pas « amalgamer », stigmatiser, etc. Elles ont dans certains cas – heureusement, il y a des exceptions – tellement intégré le fait qu’elles appartiennent à la frange « souchienne », colonialiste, petite bourgeoise, coupable, qu’elles pardonnent à l’avance à leurs bourreaux. Mieux : elles lui trouvent des excuses. L’exemple est frappant (c’est le cas de le dire) d’une agression dans un Noctilien parisien en décembre 2008. La caméra posée dans le bus a filmé un jeune homme de 19 ans violemment tabassé pendant un quart d’heure par d’autres jeunes encapuchonnés. Quelques mois plus tard, la vidéo circule sur Internet et la victime, retrouvée par Le Figaro, déclare : « La vidéo de mon agression apparaît comme très stéréotypée car, ce soir-là, je suis habillé de façon bourgeoise et je suis face à quatre jeunes qui faisaient beaucoup de bruit. En aucun cas, je ne veux passer pour l’incarnation d’une certaine image sociale qui aurait été prise à parti par des étrangers. Je ne l’ai pas ressenti comme cela… Il y a eu un grave amalgame entre la réalité de cette scène et sa représentation. Cette vidéo a circulé sur des sites extrémistes et a été exploitée par des politiques. Or, je ne veux pas être instrumentalisé. » Cette personne était à l’époque étudiant à Sciences Po. L’un de ses professeurs, Olivier Duhamel, a félicité son jeune étudiant pour sa réaction exemplaire. À ce niveau, cela devient beau comme l’antique.

On peut certes reprocher à « La France orange mécanique », des lourdeurs, des répétitions, et un éloge certain de l’agressivité considérée comme une vertu cardinale qui peut, elle aussi, donner lieu à de sacrés débordements. Il n’empêche : la réalité que décrit Obertone a été – et est encore – tellement occultée par la pensée et les médias dominants, que cette piqûre d’éveil mérite largement d’être connue. Et encouragée.

André Bercoff, le 31 janvier 2013

Voir également:

Orange mécanique : le livre choc qui donne (enfin) à voir la délinquance telle qu’elle est

Dans "La France Orange Mécanique", Laurent Obertone ose s’intéresser aux deux violences faites à la société d’aujourd’hui : la délinquante et la médiatique.

Pierre Cormary

Atlantico

"On appelle ça une victime. En un sens, docteur, je trouve ça peut-être plus répugnant à voir que le coupable."

(Le personnage du maire dans Monsieur Ouine de Bernanos.)

Sur ce livre choc qui en défrisera plus d’un, et, comme le remarque malicieusement Xavier Raufer dans sa préface, fera passer son auteur d’abord comme un falsificateur indigne doublé d’un répressif tout azimut à la solde du Front National (et sans lire ce que celui-ci dit vraiment du FN et la façon dont il lui règle son compte), puis, une fois qu’on aura vérifié la véracité hallucinante de ses informations, comme un défonceur de portes ouvertes qui n’a rien inventé et se contente d’accumuler la liste des horreurs pour semer la panique dans les foyers, enfin, quand tout aura été digéré, repensé, reconnu, pour un vrai journaliste qui a fait son boulot et osé, le salaud, nous parler de cette chose répugnante qui s’appelle "le réel", on pourra dire cinq choses.

5. La France Orange mécanique est avant tout un livre d’informations. Un document incroyablement fourni sur tout ce qui se passe depuis vingt ans au pays des Droits de l’Homme en matière de délinquance et de criminalité. Un recensement accablant, quasi surréaliste, où il apparaît, d’après l’ "office national d’observation de la délinquance et des réponses pénales" (l’ONDRP), qu’il y a en France chaque jour près de 6000 atteintes aux bien, 1300 atteintes à l’intégrité physique, 1000 escroqueries économiques et infractions financières, 470 véhicules détruits ou dégradés, 330 violences physiques crapuleuses, 100 incendies volontaires de biens privés. Pire, qu’on compte 200 viols toutes les 24 heures – et un nombre impressionnant de violeurs rejetés dans la nature.

De ce triste livre des records, on apprendra aussi comment toutes les formes de délinquance ont explosé, à commencer par celle des mineurs (il n’est plus rare de voir des assassins de quinze au treize ans) et celle des filles (le taux d’adolescentes mises en cause entre 1996 et 2009 a connu une augmentation de 113 %). Facile de convaincre par des listes, rétorqueront les "sceptiques", ces gens à qui il n’est jamais rien arrivé et qui prennent toujours de haut les plaintes de ceux à qui il est arrivé quelque chose. Le réel est racoleur, c’est bien connu. Et il a bien souvent le mauvais goût d’être démocratique et égalitaire : on peut être un ado et violer une octogénaire comme en juin 2012 à Marseille (20 minutes, 16/06/12) comme on peut être un septuagénaire et, quelques jours plus tard, séquestrer, filmer et violer une jeune femme à Lessard-le-National (Le journal de Saône-et-Loire, 30/06/12). Sans oublier ces cas d’école qui seraient comiques s’il n’étaient pas vrais, comme cet homme jugé en novembre 2012 à Saint Nazaire pour avoir tué sa femme enceinte de 33 coups de couteau, parce qu’elle voulait appeler leur bébé "Yanis" et lui préférait "Gianni" (Ouest-France, 09/11/12).

4. Bien entendu, il ne manquera pas d’âmes sensibles pour stigmatiser la violence intrinsèque de ce livre conçu lui-même, avec son titre spectaculaire et sa couverture orange brutale, comme un compte à rebours façon Irréversible de Gaspard Noé (les chapitres allant de 10 à un hypothétique quoique "explosif" zéro) ou même comme une thérapie de choc destinée à excéder le lecteur en le saturant d’informations toutes plus horribles les unes que les autres et finir par le persuader que décidément la violence est partout et que lui-même peut en être la victime, un peu comme ce que l’on fait justement subir à Alex dans le film de Stanley Kubrick. C’est là l’indéniable côté "traitement Luduvico" de cette France Orange mécanique – à la différence de taille qu’il s’agit là non d’endormir les conscience mais bien de les réveiller.

Certes, Laurent Obertone n’y va pas avec le dos de la cuillère et n’est pas toujours à l’abri de facilités, de raccourcis ou de jugement à l’emporte pièce dont on peut comprendre qu’ils représentent un défouloir mais qui finissent par altérer la réflexion. De même sa vision, disons génético-animalière du monde, étayée, d’ailleurs brillamment, par les thèses du biologiste Richard Dawkins selon lesquelles nous serions prisonniers de nos gènes et du zoologiste Konrad Lorenz pour qui l’agressivité est déjà dans la bactérie, pourra apparaître quelque peu univoque – même si l’on comprend que pour le criminologue, c’est le monde entier qui devient à un certain moment criminogène. Il n’empêche que la subjectivité, parfois discutable, du jugement est toujours amortie par l’objectivité du constat. N’en déplaise aux esprits forts, c’est le réel qui est choquant, non le dégoût qu’il suscite.

3. Voici donc un livre certainement excessif mais d’un excès qui est à la mesure de la réalité. Et une réalité qui, comme toujours, a l’art de contrarier les dogmes de la sociologie dominante. Ainsi, un bourdivin sera fort irrité d’apprendre que la criminalité ne va pas forcément de pair avec la pauvreté, l’environnement et le chômage, et que, par exemple, des départements comme la Creuse, le Cantal et le Lot, qui ont le PIB le plus bas de France, sont aussi ceux qui ont le taux de criminalité et de délinquance le moins élevé alors que des départements à forte criminalité comme l’Essonne, le Val-de-Marne ou la Seine-et-Marne, sont beaucoup plus riches, beaucoup plus entreprenants, et le comble, beaucoup plus subventionnés.. C’est que contrairement à ce que pensent nos journalistes officiels, évidemment tous de gauche (car comme le rappelle Obertone, citant une étude étonnamment sérieuse de Marianne datant du 23 avril 2001 : 94 % des journalistes votent à gauche – ou au centre pour les plus subversifs d’entre eux), les problèmes sont parfois beaucoup moins "sociaux" qu’ethniques et religieux. Et force est de constater, avec Eric Zemmour, Malek Boutih, les sociologues Hugues Lagrange et Sébastien Roché, et n’importe quel Ministre de l’Intérieur qui daignerait montrer ses chiffes, qu’il y a en effet une sur-délinquance des Noirs et des Arabes. Mais qu’on se rassure, la criminalité des autochtones a augmenté elle aussi. Ouf !

2. Mais tout de même, et quelle que soit la justesse du constat, n’est-ce pas faire le jeu du Front National que d’exposer tout cela au grand public, s’inquiètera telle grande conscience citoyenne et vigilante tant il est vrai que pour elle l’inquiétant n’est pas tant ce qui se passe dans la rue que dans la tête des gens qui habitent cette rue, et que l’essentiel est moins de protéger les gens des voyous que d’eux-mêmes et de leurs réflexes xénophobes. La culture de l’excuse pour tous mais pas pour le raciste, attention ! Lui n’a aucune circonstance atténuante, aucune possibilité de repentance ou de remise de peine, aucune chance morale et pénale – et l’on se dit alors que si l’on traitait médiatiquement, moralement et pénalement les délinquants comme on traite les racistes, ça rigolerait beaucoup moins dans le neuf trois. Il n’empêche que le Front National, loin d’apparaître comme ce qui pourrait nous assurer le salut, ne sort au contraire pas du tout indemne de la critique obertonienne : "le Front National de Marine Le Pen, écrit ce dernier, ne propose rien qui permette de sortir de la spirale à emmerdements : en souhaitant réserver les prestations sociales aux Français (et même les augmenter), il ne fera qu’amorcer la fabrication de sous-sociaux bien de chez nous, made in France. (…) Son programme relève du gauchisme social, l’origine de beaucoup de nos maux." On ne saurait à la fois être plus engagé et moins partisan.

1. Ce que montre en définitive cette enquête, c’est qu’en France les "débats" sont la plupart du temps idéologiquement faussés. Ainsi des féministes, toujours prêtes à se battre contre un "mademoiselle" ou une campagne de mode jugée putassière, mais rarement sur place lorsqu’il s’agit de juger de ce qui se passe vraiment dans les cités – au contraire de ce documentaire de Cathy Sanchez, intitulé La Cité du Mâle, diffusé, après moult hésitations par peur d’être accusé de "discrimination", sur Arte en septembre 2010, et dans lequel des djeuns, nourris au rap et au RnB, parlaient librement de leur conception de la femme, assez éloignée, il faut le reconnaître, de celle de Marianne. Pour certains commentateurs officiels, c’était ces jeunes que la réalisatrice avait "piégés". Culpabiliser les coupables, ça ne se fait pas. En revanche, ce sont les innocents qu’il faut convaincre de mauvaise conscience. Et le travail de sape par les médias est telle que l’on tombe parfois sur des victimes d’agression qui plutôt de s’indigner de leur agression, s’indignent qu’on "l’instrumentalise" – tel ce jeune homme de 19 ans qui en décembre 2008 se voit provoqué, volé et tabassé par une bande de voyous en plein Noctilien parisien, et qui, parce qu’on a filmé son agression et qu’elle est passée sur Internet, ne trouve rien de mieux à dire qu’il ne veut surtout pas qu’on en fasse un "amalgame", parce que ce soir là, il était habillé "de façon bourgeoise" (donc sans doute un chouïa provocante pour les voyous qui l’ont pris à partie) et qu’il ne voudrait surtout pas qu’on stigmatise ces derniers, tant il tient plus que tout à ce que l’on préserve ce vivre-ensemble plutôt que son instinct de survie à lui. Il est vrai qu’à notre époque, l’ordre est devenu caduque, alors que c’est le premier besoin de l’âme, comme le disait Simone Weil, et le premier souci des pauvres – un souci qui n’est visiblement pas celui de Christine Taubira ni de Noël Mamère pour qui "la justice n’est pas là pour envoyer des gens en prison". Punir, pour ces gens qui raisonnent comme le maire de Monsieur Ouine, c’est ajouter du mal au mal, c’est dramatiser encore plus un meurtre ou un viol, c’est insister trop sur le scandale de la violence. Malheur à celui par qui le scandale arrive ! Malheur, surtout, à la victime qui oserait se rebeller – tel ce père qui ose gifler le violeur de 13 ans de sa fillette de 4 ans et qui se voit traîner au tribunal par la mère du premier et condamné à 200 euros d’amende avec sursis. "La part des victimes, c’est la part des ténèbres", écrit superbement Obertone dans ce livre qui pourrait, pour ceux qui croient encore à la justice et au contrat social, être une lueur d’espoir.

Laurent Obertone, La France Orange Mécanique, Editions Ring, 352 pages, 18 euros, n vente le 17 janvier 2013.


Délinquance: De véritables razzias à Paris et en banlieue (The Barbarians are already within the gates)

20 février, 2013
Alaric's sack of RomeSuis-je le gardien de mon frère? Caïn (Genèse 4: 9)
C’est précisément en raison de la mort de l’impérialisme que nous voyons l’apparition du monde pré-moderne. Aujourd’hui, il n’y a aucune puissance coloniale qui accepte de s’atteler à cette tâche, cependant les occasions, peut-être même le besoin de colonisation, sont aussi grands qu’ils ne l’ont jamais été au XIXe siècle. (…) Le cas d’Ossama Ben Laden a maintenant démontré, pour ceux qui ne l’avait pas déjà réalisé, qu’aujourd’hui le monde entier est, potentiellement au moins, notre voisin. Robert Cooper
Il y a une espèce d’omerta totale sur la circulation des produits. Il n’y a pas de contrôle autre que bactériologique. Donc comme le prix de la viande chevaline s’est effondré en Roumanie, parce qu’on interdit la circulation des chevaux sur les routes, il y a des affaires juteuses à faire. José Bové
As a Muslim and a mother I believe it’s so damaging to hide from the truth about Asian sex gangs. Yasmin Alibhai – Brown
Avant, on était dans une situation de liberté totale. Maintenant, quand on entre dans un magasin, si les employés se rendent compte qu’on est des Roms, on est suivi partout dans les rayons où l’on va, jusqu’à la sortie du magasin. On ne peut plus rien voler. Elena B. (Rom de Rouen, 13.08.10)
Qu’ils aillent, les gens des associations, faire un tour un Roumanie. On parle de “régler le problème à la source”. Mais les Roumains eux-mêmes sont excédés. Non seulement par le fait que les agissements des Roms à Paris créent la confusion entre Roms et Roumains, mais parce que certains Roms, bien que sédentarisés, gardent un mode vie d’un autre âge et commettent à-peu-près les mêmes méfaits qu’ici. Tout le monde est affecté par le chômage et par la vie dure en Roumanie (les professeurs universitaires ou les médecins gagnent 300 euros/mois, le loyer d’un studio à Bucarest), mais tout le monde ne se presse pas aux carrefours de Paris en criant à la stigmatisation. Allez voir là-bas comment les Roms ne déclarent pas leurs enfants à l’Etat civil, comment ils ne les envoient pas à l’école, gratuite cependant, comment ils marient leurs filles à 12 ans, comment à Ferentari, le quartier rom, ils jettent les poubelles par la fenêtre au lieu de les descendre, et d’autres. Allez faire un tour boulevard Haussmann ou sous les colonnes de la galerie Vivienne, ou campent des Roms, pour les entendre le soir planifier à quel endroit ils vont mettre les enfants au travail le lendemain. Revoyez ces interviews passées dans les JT français ou des Roms déclarent qu’ils préfèrent mendier ici car ils gagnent ici plus en un mois que s’ils travaillaient le même temps en Roumanie. Je vais transmettre cette idée à mon amie médecin neurologue qui se tue au travail à Bucarest pour, comme je le disais, 300 euros par mois. Le seul travail à faire, c’est un travail d’éducation, de sensibilisation à l’intégration dans la société dont ils attendent des choses en retour, sans tellement respecter ses lois. (…) J’ai toujours voté à gauche mais non seulement je soutiens ces démantèlements mais aussi la suppression de l’aide au retour dont, faute des papiers, il est très difficile de savoir qui en a profité, car c’est aussi cette aide, qu’ils touchent à répétition, qui les fait revenir à chaque fois. Paris 77
Certaines refusent les rares propositions qui sont souvent en grande banlieue. «Elles sont attachées au quartier car des habitudes d’entraide se sont mises en place. Les voisins ont organisé des distributions de repas et de vêtements. C’est dur à admettre, mais cette solidarité a d’une certaine manière fixé ces familles dans la rue et dans une position de mendicité. La solidarité est importante, sauf si elle maintient la personne dans la précarité», explique Evangeline Masson-Diez, responsable de la mission Roms au Secours catholique de Paris et auteure d’un ouvrage qui raconte le quotidien des familles roms en France. Une solidarité des riverains particulière à ces quartiers relativement aisés de la capitale et "qu’on ne retrouve pas pour les Roms installés dans les quartiers pauvres ou sur les bords des autoroutes", note-t-elle. Libération
Ce soir-là, Larissa et ses enfants dormaient appuyés contre le système de ventilation de la supérette, pour profiter de l’air chaud. Ainsi, ils n’ont pas trop froid, m’explique-t-elle, tandis que dans la rue défilent les Parisiens emmitouflés. (…) Avec deux amies, nous allons au supermarché faire des courses pour Larissa. Du basique. Eau, pain, bananes, gâteaux. Une manière comme une autre d’aider. Une manière aussi de s’acheter une bonne conscience, peut-être. Les paquets font plaisir à Larissa. Elle donne de l’eau à ses enfants, boit avidement. (…) Il faut dire qu’à la capitale, les Roumains ne sont pas aimés. Faites l’expérience de prononcer le mot "roumain" dans le métro. Hostilité et paranoïa, au mieux pitié. Le racisme envers les Roumains et les Roms est devenu ordinaire, on ne s’en cache pas. Ce racisme-là est un peu comme l’antisémitisme d’il y a un siècle: il ne choque pas tant que ça. Je suis revenue voir Larissa. Elle n’était plus au même endroit. À la place j’ai rencontré sa sœur. Puis j’ai rencontré Marissa. Elle s’abrittait de la pluie sous l’auvent d’une banque, son petit garçon endormi sur ses genoux. Elle m’a demandé des couches – "numéro cinq" – pour son enfant, qui n’avait pas été changé depuis deux jours. Dans la supérette, j’ai acheté un chocolat chaud. "C’est bien triste", m’a dit le vigile, quand il a su à qui mes courses hétéroclites étaient destinées. "Avant, on leur donnait des invendus, mais plus maintenant: des bagarres éclataient entre eux". Emilienne Malfatto (étudiante Sciences Po)
Les cours du cuivre comme ceux de l’acier et du plomb grimpent à nouveau en flèche. Du coup, les pillages de voies ferrées, de tombes ou de plaques d’égout progressent aussi. (…) Pas une semaine ne se passe sans que des plaques d’égout soient volées, des ornements de tombes subtilisés, des plaques de cuivre retirées des transformateurs de la SNCF, des tresses de métal arrachées le long des autoroutes. Le coût pour les entreprises et les collectivités sont exorbitants. Le Figaro
 C’est bien connu, on ne parle que des trains qui n’arrivent pas à l’heure. Mais on en ignore le plus souvent les raisons. Or l’une des causes principales, selon la SNCF, est liée au vol de câbles de cuivre le long de ses lignes. Ce véritable pillage en règle occasionne des retards à répétition. Les câbles sont déterrés puis arrachés. Aussitôt la signalisation s’en trouve perturbée et ce sont des milliers de passagers qui, sur le quai de gare, pestent contre ces trains qui se font désirer. Le Figaro
"Au début, il s’agissait d’une délinquance itinérante, d’équipes qui écumaient le pays. Dorénavant, dans 50% des cas, il s’agit d’habitants sédentaires qui volent dans leur région", raconte Stéphane Ottavi. La part des étrangers impliqués dans ces vols a par ailleurs doublé, passant de 10% en 2009 à 20% aujourd’hui. On se passe donc le mot pour dire que la rapine est aussi facile qu’elle rapporte gros. Le Figaro
Vols de métaux, de matériel, chantage à l’embauche… Pour les entrepreneurs du BTP, la vie de chantier prend parfois des allures de parcours du combattant. (…) Ils craignent également des représailles physiques ou sur leurs biens. Car au-delà des vols, notamment de cuivre qui se sont multipliés avec la flambée des cours des métaux, le phénomène du chantage à l’embauche et du racket fait aussi de nombreux dégâts. La méthode : des hommes se présentent sur le chantier, demandant un emploi que souvent ils n’exerceront d’ailleurs jamais, sans quoi ils menacent l’entrepreneurs de dégradation de matériel, de vols ou d’agressions. 20 Minutes
Pour les cambriolages, c’est autre chose. Tous les experts savent que le phénomène est amplifié par la suractivité de certains gangs de pays de l’Est, organisés en mafias, qui effectuent de véritables razzias à Paris et en banlieue. Bruno Beschizza (secrétaire national de l’UMP chargé de la sécurité et élu régional de Seine-Saint-Denis)
L’envolée du cours de l’or aiguise l’appétit pour les bijoux et la profusion des biens facilement transportables favorise leur transport et le recel au marché noir. La montée en puissance des gangs de casseurs témoigne d’un transfert de délinquance vers une activité criminelle moins exposée pénalement et tout aussi lucrative que les trafics de drogue ou les braquages. Christophe Soullez (criminologue, chef de l’ONDRP)
Délinquants itinérants issus des gens du voyage ou «petites mains» pilotées à distance par des mafias des pays de l’Est, ces bandes de cambrioleurs ignorant les frontières n’hésitent plus à couvrir des centaines de kilomètres lors de raids nocturnes pour repérer puis investir des demeures isolées. En quelques années, les «voleurs dans la loi» géorgiens sont devenus les «aristocrates» de la discipline. Organisés de façon quasi militaire et placés sous la férule de lieutenants, ces «Rappetout» venus du froid écument avec méthode les territoires les plus «giboyeux» du pays, notamment dans le Grand Ouest, les régions Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d’Azur ou encore Languedoc-Roussillon. Selon une estimation récente, la valeur marchande de leur colossal butin frise les 200.000 euros par semaine. Continuant à se propager dans les grandes villes, le fléau gangrène à une vitesse étourdissante les campagnes et les petites agglomérations: entre 2007 et 2012, le nombre de villas et résidences «visitées» en zone gendarmerie a bondi de 65 %. Soit 35.361 faits constatés de plus en cinq ans. En plein cœur du département de la Marne, où les cambriolages ont flambé de 47 % en un an, des clans albanais retranchés près de Tirana ont dépêché des «soldats» pour piller des maisons de campagne situées dans des villages jusque-là préservés tels que Livry-Louvercy, aux Petites-Loges ou encore à Gueux. Le Figaro

Après les médecins ou les journalistes, voici les pillards sans frontières!

Gangs très spécialisés qui pillent domiciles, mais aussi commerces et locaux industriels, délinquants itinérants issus des gens du voyage ou «petites mains» pilotées à distance par des mafias des pays de l’Est, bandes de cambrioleurs ignorant les frontières, gazage de victimes dans leurs propres habitations  …

Vol de métaux, matériel, cables, plaques d’égout, décorations de tombes, grilles de maison, racket et chantage à l’embauche

Alors que la piraterie ou les preneurs d’otages ravagent nos grandes routes maritimes ou nos lieux de vacances

Pendant qu’entre l’Armée chinoise et les mafias russes ou d’Europe de l’Est et sans parler de nos centres commerciaux ou à présent aéroports, nos entreprises ou Etats sont régulièrement victimes d’attaques informatiques …

Et que, drapés dans la légendaire générosité de leurs beaux quartiers (proportionnelle, généralement, à la distance au problème et peu soucieuse du risque de non-assistance en populations en danger), nos belles âmes et dirigeants crient au racisme à la moindre évocation des réalités qui fâchent …

Bienvenue à l’Europe sans frontières

Et derrière les familles entières qui campent désormais littéralement dans nos rues, parcs ou cabines téléphoniques …

Aux véritables razzias téléguidées par des gangs de pays de l’Est auxquelles, sans parler de nos assiettes, sont de plus en plus soumis nos villes et nos campagnes comme nos voies ferrées et autoroutes ou nos locaux industriels ou agricoles !

Explosion historique des cambriolages à Paris

Jean-Marc Leclerc

Le Figaro

19/02/2013

INFO LE FIGARO – Les vols dans les résidences principales et secondaires ont augmenté de 58% à Paris intra-muros et de 41% dans l’agglomération. Du jamais vu.

Les analystes de la préfecture de police de Paris ont dû se frotter les yeux en découvrant le bilan mensuel des crimes et délits dans la capitale en janvier. Selon nos informations, les cambriolages à Paris intra-muros sont passés de 703 faits enregistrés dans les commissariats en janvier 2012 à 1117 faits en janvier 2013, soit une hausse historique de 58,89%.

Dans l’ensemble de l’agglomération, incluant les trois départements de la petite couronne (92, 93 et 94), de 2462 infractions de ce type constatées en janvier 2012, les cambriolages déclarés à la police sont passés à 3489, soit une hausse de 41,71%. Là encore, une explosion sans précédent.

Les vols à la tire explosent aussi

Le gouvernement pourrait être tenté d’expliquer que si les chiffres grimpent de la sorte, c’est qu’ils étaient masqués auparavant. Mais voilà: un commissaire de quartier explique au Figaro qu’«il est impossible d’occulter de tels faits, puisque les victimes sont obligées de déposer plainte pour espérer être remboursées par les assurances». Les chiffres seraient donc fiables et attesteraient d’une augmentation objective du phénomène.

Par ailleurs, d’autres indicateurs sèment le trouble, comme les infractions dans les réseaux ferrés d’Ile-de-France. En janvier, dans toute l’agglomération du Grand Paris, sous la responsabilité du préfet Bernard Boucault, les vols à la tire dans le métro et le RER sont passés de 752 à 1192, soit une explosion de 58%, les vols simples, de 873 à 1123, soit une augmentation de 28% et les vols avec violence de 597 à 638, soit une hausse de près de 7%.

A Paris même, les vols à la tire sont passés de 529 à 874, soit une hausse de 65%. Les vols simples sont passés de 581 à 723, soit +24%. Quant aux vols avec violence, ils ont crû de 7%, passant de 315 à 340 faits recensés. La Seine-Saint-Denis détient la palme de l’augmentation des vols à la tire dans les réseaux ferrés avec une hausse de 98% sur un mois!

L’UMP y voit l’effet d’un sentiment d’impunité

À quoi peut tenir cette dégradation inquiétante? Pour Bruno Beschizza, secrétaire national de l’UMP chargé de la sécurité et élu régional de Seine-Saint-Denis, «elle tient d’abord au sentiment d’impunité qui progresse chez les voyous, sous l’effet de la politique Taubira». Et l’élu d’ajouter: «Les vols à la tire, les vols de métaux et tout ce que je constate dans ma circonscription ne sont pas sans lien avec l’implantation calamiteuse de campements de la honte tout autour de Paris, où prospèrent des réseaux d’exploitation de la misère.»

«Pour les cambriolages, selon lui, c’est autre chose. Tous les experts savent que le phénomène est amplifié par la suractivité de certains gangs de pays de l’Est, organisés en mafias, qui effectuent de véritables razzias à Paris et en banlieue.»

Voir aussi:

Un cambriolage toutes les 90 secondes

Christophe Cornevin

Le Figaro

04/02/2013

INFOGRAPHIE – Sous l’effet des gangs internationaux, ce fléau a pris des dimensions industrielles.

Soixante-dix fermes et maisons dévalisées en un temps record dans les Deux-Sèvres, le Maine-et-Loire, la Charente et la Dordogne par une équipe de six malfaiteurs – dont deux femmes – qui jouaient les campeurs le jour et portaient la cagoule la nuit. Une cinquantaine de demeures pillées en Franche-Comté mais aussi en Bourgogne et en Champagne-Ardenne par un gang d’une vingtaine de forçats de l’effraction venus du Jura…

Ces affaires récentes ne sont que la énième illustration d’un fléau qui atteint désormais des dimensions extravagantes. Selon un dernier état des lieux de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP), la France a été le théâtre de pas moins de 352.600 cambriolages en tous genres en 2012. Soit un fait toutes les 90 secondes! Le phénomène visant les habitations principales, qui ne cesse d’enfler, a été marqué par une augmentation de 8,5 % l’année dernière, sachant que 2011 avait déjà été calamiteuse avec une explosion de 17 % des délits enregistrés. Ce chiffre est d’autant plus préoccupant qu’il ne reflète qu’une partie de la réalité: à peine six ménages victimes sur dix disent porter plainte quand ils constatent une effraction ou une tentative.

Un savoir-faire déconcertant

Ce qui était l’apanage des «monte-en-l’air» et des vieux briscards de la cambriole du siècle dernier a cédé le pas à des gangs très spécialisés qui pillent domiciles, mais aussi commerces et locaux industriels, avec une extraordinaire frénésie. Stakhanovistes du pied-de-biche, ils font preuve d’une boulimie et d’un savoir-faire qui déconcertent les experts. «L’envolée du cours de l’or aiguise l’appétit pour les bijoux et la profusion des biens facilement transportables favorise leur transport et le recel au marché noir, observe le criminologue Christophe Soullez, chef de l’ONDRP. La montée en puissance des gangs de casseurs témoigne d’un transfert de délinquance vers une activité criminelle moins exposée pénalement et tout aussi lucrative que les trafics de drogue ou les braquages.» «À chaque reprise, le cambriolage a un fort impact sur le sentiment général d’insécurité car tout le monde connaît une victime dans son proche entourage, rappelle un officier spécialisé. Sur le plan personnel, ce délit est vécu de façon très traumatique, comme un viol de l’intimité quand disparaît l’alliance en or ou encore l’ordinateur qui recelait les photos de famille…»

Délinquants itinérants issus des gens du voyage ou «petites mains» pilotées à distance par des mafias des pays de l’Est, ces bandes de cambrioleurs ignorant les frontières n’hésitent plus à couvrir des centaines de kilomètres lors de raids nocturnes pour repérer puis investir des demeures isolées. En quelques années, les «voleurs dans la loi» géorgiens sont devenus les «aristocrates» de la discipline. Organisés de façon quasi militaire et placés sous la férule de lieutenants, ces «Rappetout» venus du froid écument avec méthode les territoires les plus «giboyeux» du pays, notamment dans le Grand Ouest, les régions Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d’Azur ou encore Languedoc-Roussillon. Selon une estimation récente, la valeur marchande de leur colossal butin frise les 200.000 euros par semaine.

Continuant à se propager dans les grandes villes, le fléau gangrène à une vitesse étourdissante les campagnes et les petites agglomérations: entre 2007 et 2012, le nombre de villas et résidences «visitées» en zone gendarmerie a bondi de 65 %. Soit 35.361 faits constatés de plus en cinq ans. En plein cœur du département de la Marne, où les cambriolages ont flambé de 47 % en un an, des clans albanais retranchés près de Tirana ont dépêché des «soldats» pour piller des maisons de campagne situées dans des villages jusque-là préservés tels que Livry-Louvercy, aux Petites-Loges ou encore à Gueux.

Prélèvements d’indices

L’acharnement des malfaiteurs ne semble plus guère avoir de limite. Début janvier encore, un quadragénaire de nationalité roumaine est mort à Stains (Seine-Saint-Denis) en tombant du toit d’une maison paroissiale dans laquelle des policiers avaient pénétré après avoir été prévenus qu’un cambriolage était en cours. À la vue des uniformes, le voleur a chuté de plusieurs mètres. Récidiviste endurci, il aurait préféré sauter plutôt que de se faire prendre.

Commerçants et particuliers, eux, se barricadent au mieux. Quelque 3 % des ménages sondés en 2010 par l’Insee et l’ONDRP ont déploré un cambriolage, tenté ou réussi, au cours des deux dernières années. Après avoir déposé plainte, 75 % d’entre eux ont assuré n’avoir plus jamais eu aucune nouvelle de leur affaire. Seuls 8 % ont été informés d’un classement sans suite.

Désormais, policiers et gendarmes déployés sur le terrain disposent de mallettes pour relever des indices sur toutes les scènes d’infraction. «Ces prélèvements de traces sont une des clefs de l’élucidation et le recours aux moyens de la police technique et scientifique doit être systématisé», martèle Manuel Valls. Soucieux de démanteler des «équipes rodées, des filières souvent étrangères, spécialisées dans la délinquance sérielle et itinérante», le ministre de l’Intérieur veut renforcer l’action des cellules anti-cambriolages (CAC) installées sur l’ensemble du pays.

Appelant à une «réflexion sur le niveau de protection des habitations», le ministre pourrait dévoiler d’ici à l’été les contours d’un nouveau plan national d’action. Selon nos informations, la gendarmerie vient de lancer au cœur de son pôle judiciaire à Pontoise (Val-d’Oise) un nouveau Service central d’analyse génétique de masse, capable de traiter à la chaîne 4000 traces de toutes natures par mois. Soit dix fois plus qu’auparavant.

Voir également:

Des Roms posés au cœur de la ville

7 novembre 2012 à 19:06

Depuis quelques mois, des familles entières vivent et dorment sur les trottoirs de Paris.

Alice Géraud

Ils sont là la journée lorsque passent les passants. Femmes mendiantes assises sur les bancs publics ou des matelas. Enfants courant sur les trottoirs. Nourrissons emmaillotés dans des couvertures. A côté d’eux, des sacs et des poussettes où ils entassent quelques vêtements, parfois des provisions. Ils sont là à la nuit tombée lorsque les habitants du quartier rentrent chez eux. Là le soir lorsque les bars de Bastille se remplissent puis se vident. Ils sont là la nuit lorsque la ville dort. Contorsionnés dans des cabines téléphoniques, abris dérisoires à l’ergonomie absurde. C’est dans ces vitrines verticales et nocturnes de la misère, que Marc Melki (1) a photographié quotidiennement pendant trois mois le sommeil de ces familles, roms pour la plupart, qui vivent sur des trottoirs en plein centre de Paris.

Venus de Roumanie et de Bulgarie

Les premières familles sont arrivées il y a un an et demi. Sans que l’on sache pourquoi elles se sont installées là. Il y en a eu une, puis d’autres, remontant dans le XIe arrondissement, vers la place Léon-Blum. Au printemps et à l’été derniers, un grand nombre d’entre elles se sont aussi posées aux alentours de la place de la République dans le IIIe puis le Xe arrondissement. Leurs récits de vie sont vagues et parfois contradictoires. Les familles viennent de Roumanie ou de Bulgarie. Certaines expliquent avoir fui les grands campements à l’extérieur de Paris et leurs démantèlements, d’autres avoir été «déposées» en France, d’autres encore être venues rejoindre une partie de leur famille. Certaines disent avoir déjà bénéficié de l’aide au retour en Roumanie (300 euros par adulte, 100 euros par enfant), que Manuel Valls prévoyait de réformer, avant de revenir en France.

A Bastille, plusieurs familles s’apprêtent à passer leur deuxième hiver sur le trottoir. Durant la journée, les hommes et les enfants les plus grands fouillent les poubelles. Les jours de marché, boulevard Richard-Lenoir, ils récupèrent les invendus. Son bébé toussant dans les bras, une jeune mère répète être mieux en France qu’en Roumanie où il n’y a «pas d’argent». Certains s’accrochent à des espoirs dérisoires. Comme cette rumeur selon laquelle un touriste américain aurait donné 200 euros à une famille rom l’an dernier place de la Bastille. «Il y a un vrai danger que des enfants meurent dans la rue. On essaie de trouver des solutions d’hébergement mais ce n’est pas satisfaisant. Nous sommes face à des familles perdues, usées, traumatisées, qui ne parlent pas français et qui sont dans l’errance depuis longtemps. C’est très compliqué à gérer», explique Jacques Daguenet, adjoint communiste en charge de l’exclusion à la mairie du XIe arrondissement.

Une solidarité qui les a fixés ici

L’an dernier, la Ville de Paris, paniquée à l’idée qu’il finisse par y avoir des morts, a mandaté une association, Emmaüs coup de main, pour prendre en charge les situations les plus urgentes. Les moyens demeurent inadaptés et insuffisants.

Depuis quelques semaines, avec l’arrivée du froid, certaines familles ont pu bénéficier de quelques nuitées d’hôtel. Trois, quatre jours, avant de retourner sur leur bout de trottoir. La veille sociale parvient parfois à trouver des places en hôpital pour les enfants. Mais les familles reviennent. Certaines refusent les rares propositions qui sont souvent en grande banlieue. «Elles sont attachées au quartier car des habitudes d’entraide se sont mises en place. Les voisins ont organisé des distributions de repas et de vêtements. C’est dur à admettre, mais cette solidarité a d’une certaine manière fixé ces familles dans la rue et dans une position de mendicité. La solidarité est importante, sauf si elle maintient la personne dans la précarité», explique Evangeline Masson-Diez, responsable de la mission Roms au Secours catholique de Paris et auteure d’un ouvrage qui raconte le quotidien des familles roms en France (2). Une solidarité des riverains particulière à ces quartiers relativement aisés de la capitale et «qu’on ne retrouve pas pour les Roms installés dans les quartiers pauvres ou sur les bords des autoroutes», note-t-elle. La mairie du XIe et les associations sont en effet assaillies de coups de fils et de courriers d’habitants choqués et démunis face au spectacle de ces enfants et ces bébés dormant sous leurs fenêtres dans des cabines téléphoniques.

(1) http://www.marcmelki.com (2) «Micha, Elena et les autres», Lacurne, 2011.

Voir encore:

Invasion of the pickpockets: As 1,700 fall victim every day in run-up to Olympics, this is how the Eastern European gangs do it

Pickpocketing has increased 17% over the last two years

BBC investigation exposes tactics of professional gangs

625,000 ‘thefts from person’ were recorded in 2011/12

Homicides at level in 30 years… down 14% on last year

Figures released by Crime Survey of England and Wales

Jack Doyle

The Daily Mail

20 July 2012

Britain is in the grip of a pickpocketing epidemic as Eastern European gangs descend on London ahead of the Olympic Games.

A surge in sneak street thefts means more than 1,700 people fall victim every day – an increase of nearly a fifth in only two years, according to official crime figures released yesterday.

At the same time, police warned that professional gangs from Romania, Lithuania and even South America who operate in capitals across Europe are heading to Britain, intent on cashing in on unwitting tourists at London 2012.

A BBC investigation exposed the tactics used by Romanian thieves, who were previously operating in Barcelona, to dupe their victims.

The criminals boasted of their ‘one-second’ theft techniques which leave targets unaware that anything has happened until it is too late. They can make £4,000 a week taking wallets, smartphones and laptop bags. The goods are then shipped back to Romania and sold on the black market.

Scotland Yard has made more than 80 arrests already and warned thieves the capital will be a ‘hostile environment’ in the coming weeks.

The Met has even drafted in a team of Romanian police officers to deal with the problem and patrol in the West End of London and Westminster during the Games. They will not have arrest powers.

Mayor of London Boris Johnson said: ‘These Romanian officers will prove to be a huge asset in cracking down on certain criminal networks who are targeting tourists in central London.’

Official statistics released yesterday showed pickpocketing thefts rose 17 per cent in the past two years.

In 2011/12, a total of 625,000 people fell victim, the Crime Survey of England and Wales showed.

That is an increase of more than 102,000 since 2009/10.

The vast majority of the total are classified as ‘stealth thefts’, but in 83,000 cases the victims’ possessions were ‘snatched’.

The BBC report showed the first member of a pickpocket gang approaching their victim with a request for directions.

Another member of the gang then plays drunk to get close to the target, while taking their wallet or mobile phone. The stolen goods are handed to a third member and quickly spirited away.

The thieves told the BBC reporter they were examining online maps of London to help plan escape routes.

Detective Inspector Mark Teodorini, the head of Scotland Yard’s Olympics crime team, called for public vigilance. Officers have conducted a series of raids in recent weeks on properties where suspected thieves were living.

He said: ‘We know where people are. We know the addresses they are using, we know the vehicles they are using, and we will come through their door very robustly – and if we find anything on them, we will arrest them.’

He added: ‘We won’t always get them in the act but we are trying to disrupt their activity.

‘It is going to be a hostile environment for pickpockets. My advice to them is “don’t bother”.’

Javed Khan, chief executive of Victim Support, said: ‘The rise in pickpocketing, thefts of wallets and unattended bags is worrying and can be the cause of upset for many victims.

‘So we cannot afford to be complacent in the fight against crime.’

In April, a family of Romanian pickpockets who built expensive homes in their home country with the proceeds of thefts from commuters were jailed.

Voir encore:

Gassed in their beds by Riviera robbers: Terrifying ordeal of the British tourists falling victim to Mediterranean gang crimewave

Emily Andrews

The Daily Mail

13 August 2010

Britons on the French Riviera are being drugged and robbed by thieves who gas them as they sleep.

The gangs quietly break in or slip inside patio doors left open because of the heat.

They then crouch down and release the gas into air conditioning units or under the victims’ bedroom doors.

After waiting outside for the gas to take effect, they creep back in and can take their time to ransack the rooms and steal cash, jewellery, credit cards, cameras and laptops.

The thieves wear masks to stop them succumbing themselves.

One victim, Lisa Smythe, was staying with her two sons in a four-bedroom house in Valbonne when they fell victim to an £80,000 robbery.

The family were gassed through the letter box, but when one of the sons woke up to find masked men in his room they injected him with something to knock him out.

Mrs Smythe, 38, woke up feeling groggy and struggled to wake her sons.

Her eight-year-old, Robbie, had a needle mark on his arm, and he had to be tested for HIV.

Jewellery, cash and computers worth £50,000 had been stolen, as well as a £30,000 Mercedes CLK Cabriolet.

Mrs Smythe said: ‘It was a horrific and incredibly scary experience.

‘I felt sick, I knew we’d been gassed and robbed immediately as there’s been a spate of these sort of burglaries in the area and seeing a needle mark in my son’s arm was the worst moment of my life.

‘My other son, Tom, who is five, was very groggy and out of sorts and I had a banging headache and sore throat.

‘We believe that after we went to bed, burglars gassed us through the letterbox but there wasn’t enough to do the whole house and Robbie woke up.

‘The police didn’t really react, they just took a statement and they wouldn’t confirm we had been gassed.’

French police suspect the involvement of Russian mafia and Romanian gangs who target English-speaking tourists and expats, believing them to be rich and owning expensive cars and yachts.

Mrs Smythe said: ‘I got a private investigator involved, but he told me not to pursue it, saying it was most likely Russian mafia and if I did anything to get them imprisoned I’d be risking my life.

‘He said the other gangs are French burglars from Nice, or Italian Mafia and even Romanian gangs who send in small children through the windows to open up the house.’

The French Riviera, including the glamorous resorts of Cannes, St Tropez and Nice, is incredibly popular with the British during the summer.

Police fear the trend is spreading to other areas of Europe popular with Brits.

It has escalated since Trinny Woodall and Susannah Constantine fell victim to a gang as they slept in a villa in Cannes in 2002.

The thieves are understood to have broken in and smothered the What Not To Wear presenters with chloroform-soaked pads before stealing their jewellery and cash.

Two weeks ago Lucy Mclean and her husband Michael woke in their villa on the Cap D’Antibes to find £30,000 of their belongings had gone, including her engagement ring.

Mrs Mclean, who is 35 and five months pregnant, believes the gangs are using nitrous oxide stolen from dentists.

She added: ‘It’s so scary and upsetting and I won’t sleep in the house on my own now, we’re definitely going to move but it seems to be all over the French Riviera.

‘Almost everyone I know has had at least one break-in. They are definitely targeting British tourists, because they see all the yachts along the coast, which they think they are owned by us, so they think we are all really rich.

‘Rather than waiting until you are out of the house, now they want you to be at home as you’ll have all your cards and cash on you.

‘Once they’ve knocked you out with the gas they can take their time as they have a good six hours before you wake up.’

The Mcleans lost a laptop, cards, cash, jewellery, cameras and mobile phones.

A French police officer from the specialist burglary squad said: ‘It’s the time of year – the thieves go for tourists who they see as rich.

‘Hire cars have special number plates here so that’s one big giveaway.

‘There are a couple of break-ins a night and these new gangs are very organised.

‘Gassing victims seems to be a worrying trend that is sweeping Europe.’

Voir également:

Police battling 7,500 crime gangs that cost the country £100 million a day

Police are now battling against 7,500 organised crime gangs after the number increased eight fold in just a decade, The Daily Telegraph can disclose.

Tom Whitehead, Security Editor

25 Jan 2013

The criminal enterprises cost the country more than £100 million a day in crime and lost revenues and involve more than 30,000 offenders.

Mass immigration and the explosion of cyber crime are among the driving forces for the growing problem.

Writing for this newspaper, Home Office minister Jeremy Browne said the figures show why the new National Crime Agency (NCA), which will be formally launched later this year, is needed.

But a leading chief constable said the Government must back up its tough rhetoric with funding and called for dedicated funding to tackle organised crime.

Mr Browne, the crime prevention minister, said: “International crime is big business. Gun smuggling, money laundering and people trafficking all operate across borders.

“Large-scale crime needs a parity of resilience. We cannot allow organised criminal networks to be better organised than the crime-fighting authorities which are meant to thwart them.”

Police agencies and the Home Office estimated there are 7,500 organised crime gangs operating in the UK – up from 6,000 in 2010.

In 2001, the then National Criminal Intelligence Service estimated there was between 800 and 900 such gangs operating.

Mass immigration over the last decade and freer movement between borders is partly to blame and Eastern European gangs from the former Eastern Bloc countries are known to target Britain.

The ever increasing role of the internet in every day life has also led to a massive increase in cyber crime such as identity theft and online fraud.

One police source said drugs gangs have even been known to switch to cigarette smuggling because they have networks in place, the profits are almost as high and the penalties are far lower.

Organised crime costs the country some £40 billion a year – more than £100 million a day – in terms of policing it, the criminal justice system and lost revenues.

Mr Browne said: “Many high value cars stolen in Britain are illegally exported; most fake cigarettes smoked in Britain are illegally imported.

“Heroin and cocaine are not produced in Britain, but they are consumed here.

“Meanwhile the internet provides huge opportunities for organised international crime. It is widely used for importing prohibited goods, fraud and scams, and child pornography – much of which originated overseas.

“Local police forces have a vital role to play in fighting crime, but even the larger forces do not routinely have the scale of resilience to match the scale of the threat, which also often originate from outside their geographical area.”

The NCA will replace the Serious Organised Crime Agency and will incorporate the Child Exploitation and Online Protection centre, which tackles child abuse.

But a budget for the new agency is still to be finalised.

Mick Creedon is the Derbyshire Chief Constable and the spokesman on organised crime issues for the Association of Chief Police Officers.

He said the Government should consider dedicated resources to tackle organised crime.

“It is only in recent years that we have really begun talking about organised crime and what I would say to ministers is show us your investment.

“There is £550m dedicated for counter terrorism. Is there an equivalent for organised crime?”

Mr Creedon said the number of gangs is not a sign of an increased problem but a better ability to identify them, which is allowing a true picture of the scale to now emerge.

Voir encore:

Français enlevés au Cameroun: l’Afrique, un continent à risques pour les voyageurs?

L’Express

20/02/2013

L’enlèvement mardi de sept touristes français au Cameroun rappelle les dangers qui guettent les ressortissants étrangers en Afrique. Le point sur les destinations plus ou moins déconseillées aux voyageurs.

Français enlevés au Cameroun: l’Afrique, un continent à risques pour les voyageurs?

ENLEVEMENTS/AFRIQUE – De nombreux pays du Sahel sont plus ou moins déconseillés aux voyageurs. Ici, la carte du ministère des Affaires étrangères en date du 15 janvier 2013.

Conseil aux voyageurs/diplomatie.gouv.fr

Au lendemain de l’enlèvement de sept Français dont quatre enfants au Cameroun, emmenés depuis au Nigeria, le quai d’Orsay est clair. "Au regard de la menace terroriste qui pèse sur la région [du Sahel], aucun endroit ne peut plus désormais être considéré comme sûr", écrit le Conseil aux voyageurs sur le site du ministère des Affaires étrangères diplomatie.gouv.fr.

Lire l’article: Sahara, la grande peur des expatriés

L’intervention française au Mali, lancée le 11 janvier, a contribué à renforcer les risques de prises d’otages dans toute la région du Sahel. Les ressortissants français sont donc invités à la plus grande prudence. Les sites de la couronne sahélienne (Burkina Faso, Sénégal, Tchad, Nigeria, Niger, Mauritanie) sont particulièrement sensibles selon le ministère. L’augmentation des risques d’attentats ou d’enlèvements pour les expatriés n’est cependant pas circonscrite à ces pays.

Cameroun.

Les mesures de précautions prônées par le ministère des Affaires étrangères pour le pays dans lequel ont été enlevés ce mardi sept ressortissants français d’une même famille n’étaient pas les plus importantes au moment de l’enlèvement. Les ressortissants français qui se trouveraient actuellement dans l’extrême-nord du pays "doivent impérativement se mettre en lieu sûr et quitter la zone au plus vite", alerte désormais le Quai d’Orsay.

Algérie

"Tout déplacement est formellement déconseillé à nos ressortissants au sud et au centre" du pays, prévient la rubrique ‘Conseil aux voyageurs’ du site diplomatie.gouv.fr. L’attaque terroriste menée sur le site gazier d’In Amenas le 16 janvier dernier, qui a coûté la vie à une trentaine de ressortissants étrangers dont un Français, incite le gouvernement à la méfiance

Maroc

Dans ce pays, le gouvernement appelle simplement ses ressortissants à "faire preuve de la plus grande vigilance dans les lieux publics et les rassemblements". Cette mise en garde fait écho à l’explosion d’origine criminelle qui s’est produite le 28 avril 2011 au restaurant "Argana" sur la place Jemaa el-Fna. 17 personnes ont péri et 20 autres ont été blessées lors de cet attentat.

Tunisie

L’assassinat au début du mois de l’opposant Chokri Belaïd a entraîné de nombreuses protestations dans diverses villes du pays. Le ministère des Affaires étrangères recommande en conséquence de "se tenir à l’écart de toute manifestation et de suivre les consignes dispensées sur le site de l’ambassade de France en Tunisie".

Egypte

Les différents rassemblements et manifestations qui ont lieu pour célébrer le deuxième anniversaire de la révolution égyptienne "sont toujours susceptibles de dégénérer", écrit diplomatie.gouv.fr. "Les lieux de rassemblement habituels au centre-ville du Caire tels que la place Tahrir et les abords des bâtiments officiels doivent impérativement être évités, tout comme le quartier d’Héliopolis où se trouve la présidence de la République", ajoute le site du Quai d’Orsay.

Ghana

Il est recommandé aux résidents ou touristes français dans ce pays de se montrer très vigilants, compte tenu de l’intervention militaire au Mali et de la participation d’Accra à la Mission internationale de soutien au Mali (MISMA). De plus, une recrudescence des agressions armées envers les ressortissants étrangers a récemment été constatée à Accra, la capitale ghanéenne, indique le site du ministère des Affaires étrangères.

Voir enfin:

Cyber-espionnage: l’armée chinoise formellement accusée par un rapport

Nabil Bourassi

La Tribune

20/02/2013

Une société privée de protection informatique accuse, dans un rapport, le gouvernement chinois d’avoir mis sur pied une unité militaire de cyber-espionnage. D’après Mandiant, cette unité aurait dérobé plusieurs centaines de térabytes de données à des secteurs industriels jugés stratégiques. La Chine se défend de ces accusations et estime qu’elle est elle-même la cible de cyber-attaques en provenance des Etats-Unis.

La Chine est-elle la cible d’une campagne de dénigrement, ou se livre-t-elle réellement à des activités secrètes de cyber-espionnage ? Depuis plusieurs semaines, l’opinion publique américaine s’interroge après les attaques de plusieurs médias qui auraient révélé des informations compromettantes pour Pékin. Un rapport du National Intelligence Estimate a même identifié le territoire chinois comme le premier abri de cyber-espions au monde.

L’armée chinoise dans le viseur

Cette fois, une société privée américaine, Mandiant, va plus loin et désigne directement le gouvernement chinois comme le principal commanditaire dans un rapport. La société de protection informatique serait remontée jusqu’à lui après avoir démêlé les fils de nombreuses cyber-attaques depuis 2006. Mandiant aurait ainsi identifié une unité de hackers mise sur pied par l’armée chinoise à des fins d’espionnage. Cette unité que Mandiant a baptisé APT1 (advanced persistent threat) serait d’après la société, le second bureau du 3è département de l’état-major de l’armée de libération populaire, ou plus communément appelé par les militaires chinois l’unité 61398.

Pour Mandiant, l’activité d’APT1 est la plus "prolifique" de toutes les unités de hackers qu’il a identifiées à travers le monde. Ses motivations reposent sur l’intelligence économique. Ainsi, le rapport estime que les entreprises visées font parties des quatre secteurs industriels classés prioritaires par le 12è plan quinquennal chinois. Le butin estimé par la société privée américaine se compterait par "centaines de terabytes de données auprès d’au-moins 141 organisations". Autrement dit, le préjudice financier serait potentiellement considérable, pour peu que les informations dévoilées soient classées sensibles, voire stratégiques.

Des attaques confondues par leurs adresses IP

Les investigations menées par Mandiant lui ont permis d’identifier les principales caractéristiques de ce groupe de hackers : de son adresse exacte jusqu’au modus operandi de ses actions. APT1 siègerait en partie à Shanghaï dans un immeuble construit en 2007, dans la zone nouvelle de Pudong. Cet immeuble abriterait des "centaines, peut-être des milliers de personnes". Ensuite, Mandiant a suivi la trace des nombreuses adresses IP identifiées à l’occasion d’une série d’attaques sur deux ans. Elles présentent les mêmes caractéristiques, utilisent les mêmes logiciels Microsoft, et les mêmes types de claviers.

La Chine dément fermement

Le gouvernement chinois, lui, s’insurge contre ces accusations qu’il estime infondées. Un porte-parole du ministère chinois des Affaires Etrangères a ainsi déclaré au Wall Street Journal : "les cyberattaques sont anonymes et transnationales et il est difficile de retracer l’origine des attaques. Je ne sais donc pas comment les conclusions du rapport peuvent être crédibles". Il a d’ailleurs ajouté que la Chine était elle-même victime d’attaques en provenance des Etats-Unis sans toutefois désigner un quelconque responsable. De son côté, le ministre chinois de la Défense a rappelé que "l’armée chinoise n’avait jamais supporté en aucune sorte des activités de hacking".

Voir enfin:

The Barbarians Inside Britain’s Gates

All the young rioters will have had long experience with the justice system’s efforts to confer impunity upon law breakers.

Theodore Darlymple

OPINION

The Wall Street Journal

August 15, 2011

The youth of Britain have long placed a de facto curfew on the old, who in most places would no more think of venturing forth after dark than would peasants in Bram Stoker’s Transylvania. Indeed, well before the riots last week, respectable persons would not venture into the centers of most British cities or towns on Friday and Saturday nights, for fear—and in the certainty—of encountering drunken and aggressive youngsters. In Britain nowadays, the difference between ordinary social life and riot is only a matter of degree, not of type.

A short time ago, I gave a talk in a school in an exquisite market town, deep in the countryside. Came Friday night, however, and the inhabitants locked themselves into their houses against the invasion of the barbarians. In my own little market town of Bridgnorth, in Shropshire, where not long ago a man was nearly beaten to death 20 yards from my house, drunken young people often rampage down one of its lovely little streets, causing much damage and preventing sleep. No one, of course, dares ask them to stop. The Shropshire council has dealt with the problem by granting a license for a pub in the town to open until 4 a.m., as if what the town needed was the opportunity for yet more and later drunkenness.

If the authorities show neither the will nor the capacity to deal with such an easily solved problem—and willfully do all they can to worsen it—is it any wonder that they exhibit, in the face of more difficult problems, all the courage and determination of frightened rabbits?

The rioters in the news last week had a thwarted sense of entitlement that has been assiduously cultivated by an alliance of intellectuals, governments and bureaucrats. "We’re fed up with being broke," one rioter was reported as having said, as if having enough money to satisfy one’s desires were a human right rather than something to be earned.

"There are people here with nothing," this rioter continued: nothing, that is, except an education that has cost $80,000, a roof over their head, clothes on their back and shoes on their feet, food in their stomachs, a cellphone, a flat-screen TV, a refrigerator, an electric stove, heating and lighting, hot and cold running water, a guaranteed income, free medical care, and all of the same for any of the children that they might care to propagate.

Looters take electrical goods after breaking into a store during the second night of civil disturbances in central Birmingham, England.

But while the rioters have been maintained in a condition of near-permanent unemployment by government subvention augmented by criminal activity, Britain was importing labor to man its service industries. You can travel up and down the country and you can be sure that all the decent hotels and restaurants will be manned overwhelmingly by young foreigners; not a young Briton in sight (thank God).

The reason for this is clear: The young unemployed Britons not only have the wrong attitude to work, for example regarding fixed hours as a form of oppression, but they are also dramatically badly educated. Within six months of arrival in the country, the average young Pole speaks better, more cultivated English than they do.

The icing on the cake, as it were, is that social charges on labor and the minimum wage are so high that no employer can possibly extract from the young unemployed Briton anything like the value of what it costs to employ him. And thus we have the paradox of high youth unemployment at the very same time that we suck in young workers from abroad.

The culture in which the young unemployed have immersed themselves is not one that is likely to promote virtues such as self-discipline, honesty and diligence. Four lines from the most famous lyric of the late and unlamentable Amy Winehouse should establish the point:

I didn’t get a lot in class

But I know it don’t come in a shot glass

They tried to make me go to rehab

But I said ‘no, no, no’

This message is not quite the same as, for example, "Go to the ant, thou sluggard, consider her ways and be wise."

Furthermore, all the young rioters will have had long experience of the prodigious efforts of the British criminal justice system to confer impunity upon law breakers. First the police are far too busy with their paperwork to catch the criminals; but if by some chance—hardly more than one in 20—they do catch them, the courts oblige by inflicting ludicrously lenient sentences.

A single example will suffice, but one among many. A woman got into an argument with someone in a supermarket. She called her boyfriend, a violent habitual criminal, "to come and sort him out." The boyfriend was already on bail on another charge and wore an electronic tag because of another conviction. (Incidentally, research shows that a third of all crimes in Scotland are committed by people on bail, and there is no reason England should be any different.)

The boyfriend arrived in the supermarket and struck a man a heavy blow to the head. He fell to the ground and died of his head injury. When told that he had got the "wrong" man, the assailant said he would have attacked the "right" one had he not been restrained. He was sentenced to serve not more than 30 months in prison. Since punishments must be in proportion to the seriousness of the crime, a sentence like this exerts tremendous downward pressure on sentences for lesser, but still serious, crimes.

So several things need to be done, among them the reform and even dismantlement of the educational and social-security systems, the liberalization of the labor laws, and the much firmer repression of crime.

David Cameron is not the man for the job.

Theodore Dalrymple is the pen name of the physician Anthony Daniels.


Présidentielle américaine/2012: Le père Noël était une ordure et nous le savions ! (In a nation of children, Santa Claus wins)

8 novembre, 2012
Mitt Romney and his family would have been the essence of exactly what this country needs. But what was Romney’s recipe? Romney’s recipe was the old standby: American route to success, hard work. That gets sneered at. I’m sorry. In a country of children where the option is Santa Claus or work, what wins? And say what you want, but Romney did offer a vision of traditional America. In his way, he put forth a great vision of traditional America, and it was rejected. It was rejected in favor of a guy who thinks that those who are working aren’t doing enough to help those who aren’t. And that resonated. The Obama campaign was about small stuff. War on Women, binders, Big Bird, this kind of stuff. The Romney campaign was about big things, was about America. (…) One of the greatest misunderstandings in this country, if you boil all this down, is what creates prosperity. The Romney campaign was essentially about that, and the Romney campaign was devoted to the traditional American view and history — vision, as well — of what creates prosperity. The old capitalism, the old arguments of hard work, stick-to-itiveness, self-reliance, charity, helping out in the community. All of these things that define the traditional institutions that made this country great, that’s what the Romney campaign was about. It was rejected. That way, or that route to prosperity was sneered at. That route to prosperity was rejected. The people who voted for Obama don’t believe in it. They don’t think it’s possible. They think the game’s rigged. They think the deck is stacked against them. They think that the only way they’re gonna have a chance for anything is if somebody comes along and takes from somebody else and gives it to them. Santa Claus! And it’s hard to beat Santa Claus. Especially it’s hard to beat Santa Claus when the alternative is, "You be your own Santa Claus." (…) There is no rising to responsibility. There is no accepting responsibility. There’s just a demand that the gravy train continue, and we have an administration that’s promising an endless gravy train. All you have to do to stay on that gravy train is vote. Rush Limbaugh
We have never quite had the present perfect storm of nearly half not paying federal income taxes, nearly 50 million on food stamps, and almost half the population on some sort of federal largess — and a sophistic elite that promotes it and at the same time finds ways to be exempt from its social and cultural consequences. For an Obama, Biden, Kerry, Pelosi, or Feinstein, the psychological cost for living like 18th-century French royalty is the promotion of the welfare state for millions of others who for now will be kept far away, in places like Bakersfield or Mendota. The solution, I fear, may be near-insolvency along the Wisconsin model, and self-correction after some dark Greek-like years, or, in contrast, in extremis blue politicians having to deal with the consequences of their own policies. In the manner that an Obama can vastly expand drones and renditions without a whimper of liberal angst, so too someone like him will have to deal with bounced Medicare reimbursements or free cell phones that can’t be replaced when they break, or long lines in federal health clinics emptied of doctors who have gone elsewhere. The laws of physics ultimately prevail. In Michigan in September I had a talk with a retired auto worker who did not care that the bailout cost $25 billion, was not sustainable, shorted the legal first-in-line creditors, shorted politically incorrect managerial pensioners, or ensured the Volt debacle. He simply said to me, “Obama saved my son’s job and I don’t care about much else.” That’s the rub in the short term that seems to the norm in at least the past and future few years. It means that the Republicans, without a once-in-a-lifetime Reagan-like perfect candidate — or some sort of national crisis in the manner that Iran once derailed Jimmy Carter, or Ross Perot once caused incumbent George H. W. Bush to implode — can’t quite get that extra 2 to 3 percentage points they need on the national scene to succeed. Victor Davis Hanson
Barack Obama n’avait (…) pas hésité à jouer sur la peur d’un retour au pouvoir d’un parti républicain particulièrement rétrograde sur des questions de société tels que les droits des femmes ou encore le mariage gay. L’enjeu était d’autant plus important que, en plus de l’élection présidentielle, se tenaient les élections législatives ainsi qu’une série de votes par référendum dans plusieurs Etats sur des sujets tels que l’euthanasie, le cannabis ou l’union homosexuelle (qui) de leur côté ont également donné des résultats qui, hors période d’élection présidentielle, auraient fait la une des journaux nationaux. Les militants de la dépénalisation du cannabis ont en effet pu célébrer les résultats des votes dans les Etats du Colorado et l’Etat Washington dont les électeurs ont voté en faveur d’une proposition visant à légaliser l’usage récréatif. Concernant les droits des homosexuels, les électeurs des Etats du Maine, de Washington et du Maryland ont été les premiers à approuver par référendum le principe du mariage, créant ainsi une énorme brèche dans ce débat au niveau national. Autant que la réélection de Barack Obama en elle-même, ces différentes victoires ont contribué à créer un véritable sentiment de renouveau progressiste. Pour le site Buzzfeed, nous pourrions même assister à l’avènement de « l’Amérique libérale ». (…) grâce à ces différentes victoires, Barack Obama pourrait même endosser le rôle historique de leader idéologique d’une nouvelle ère progressiste, comme son prédécesseur Ronald Reagan l’avait fait pour les conservateurs dans les années 80. Le Nouvel observateur
Je rêve que mes quatre petits enfants vivront un jour dans un pays où on ne les jugera pas à la couleur de leur peau mais à la nature de leur caractère. Martin Luther King
Si Obama était blanc, il ne serait pas dans cette position. Et s’il était une femme, il ne serait pas dans cette position. Il a beaucoup de chance d’être ce qu’il est. Et le pays est pris par le concept. Geraldine Ferraro (ex-colistière du candidat démocrate de 1984 Walter Mondale et proche d’Hillary Clinton, Daily Breeze, 07.03.08)
En 1984, si je m’étais appelée Gerard Ferraro au lieu  de Geraldine Ferraro, je n’aurais jamais été choisie comme candidate à la vice-présidence. Cela n’a rien à voir avec mes qualifications. Geraldine Ferraro
Ma propre ville de Chicago a compté parmi les villes à la politique locale la plus corrompue de l’histoire américaine, du népotisme institutionnalisé aux élections douteuses. Barack Obama (Nairobi, Kenya, août 2006)
Though Obama, the son of a Kenyan immigrant, lagged in polls as late as mid-February, he surged to the front of the pack in recent weeks after he began airing television commercials and the black community rallied behind him. He also was the beneficiary of the most inglorious campaign implosion in Illinois political history, when multimillionaire Blair Hull plummeted from front-runner status amid revelations that an ex-wife had alleged in divorce papers that he had physically and verbally abused her. After spending more than $29 million of his own money, Hull, a former securities trader, finished third, garnering about 10 percent of the vote. (…) Obama ascended to front-runner status in early March as Hull’s candidacy went up in flames amid the divorce revelations, as well as Hull’s acknowledgment that he had used cocaine in the 1980s and had been evaluated for alcohol abuse. The Chicago Tribune (17.03.04)
Axelrod is known for operating in this gray area, part idealist, part hired muscle. It is difficult to discuss Axelrod in certain circles in Chicago without the matter of the Blair Hull divorce papers coming up. As the 2004 Senate primary neared, it was clear that it was a contest between two people: the millionaire liberal, Hull, who was leading in the polls, and Obama, who had built an impressive grass-roots campaign. About a month before the vote, The Chicago Tribune revealed, near the bottom of a long profile of Hull, that during a divorce proceeding, Hull’s second wife filed for an order of protection. In the following few days, the matter erupted into a full-fledged scandal that ended up destroying the Hull campaign and handing Obama an easy primary victory. The Tribune reporter who wrote the original piece later acknowledged in print that the Obama camp had  »worked aggressively behind the scenes » to push the story. But there are those in Chicago who believe that Axelrod had an even more significant role — that he leaked the initial story. They note that before signing on with Obama, Axelrod interviewed with Hull. They also point out that Obama’s TV ad campaign started at almost the same time. The NYT (01.04.07)
One lesson, however, has not fully sunk in and awaits final elucidation in the 2012 election: that of the Chicago style of Barack Obama’s politicking. In 2008 few of the true believers accepted that, in his first political race, in 1996, Barack Obama sued successfully to remove his opponents from the ballot. Or that in his race for the US Senate eight years later, sealed divorced records for both his primary- and general-election opponents were mysteriously leaked by unnamed Chicagoans, leading to the implosions of both candidates’ campaigns. Or that Obama was the first presidential candidate in the history of public campaign financing to reject it, or that he was also the largest recipient of cash from Wall Street in general, and from BP and Goldman Sachs in particular. Or that Obama was the first presidential candidate in recent memory not to disclose either undergraduate records or even partial medical. Or that remarks like “typical white person,” the clingers speech, and the spread-the-wealth quip would soon prove to be characteristic rather than anomalous. Few American presidents have dashed so many popular, deeply embedded illusions as has Barack Obama. And for that, we owe him a strange sort of thanks. Victor Davis Hanson
La condamnation de M. Blagojevich met une fois de plus la lumière sur la scène politique corrompue de l’Etat dont la plus grande ville est Chicago. Cinq des neuf gouverneurs précédents de l’Illinois ont été accusés ou arrêtés pour fraude ou corruption. Le prédécesseur de M. Blagojevich, le républicain George Ryan, purge actuellement une peine de six ans et demi de prison pour fraude et racket. M. Blagojevich, qui devra se présenter à la prison le 16 février et verser des amendes de près de 22 000 dollars, détient le triste record de la peine la plus lourde jamais infligée à un ex-gouverneur de l’Illinois. Ses avocats ont imploré le juge de ne pas chercher à faire un exemple avec leur client, notant que ce dernier n’avait pas amassé d’enrichissement personnel et avait seulement tenté d’obtenir des fonds de campagne ainsi que des postes bien rémunérés. En plein scandale, M. Blagojevich était passé outre aux appels à la démission venus de son propre parti et avait nommé procédé à la nomination d’un sénateur avant d’être destitué. Mais le scandale a porté un coup à la réputation des démocrates dans l’Illinois et c’est un républicain qui a été élu l’an dernier pour occuper l’ancien siège de M. Obama. AFP (08.12.11)
C’est un système pourri, une toile d’araignée qui organise sa survie en nommant ses amis à des postes clés de l’administration en échange de leur soutien politique et financier.  Anthony Peraica
Selon le professeur Dick Simpson, chef du département de science politique de l’université d’Illinois, «c’est à la fin du XIXe siècle et au début du XXe que le système prend racine». L’arrivée de larges populations immigrées peinant à faire leur chemin à Chicago pousse les politiciens à «mobiliser le vote des communautés en échange d’avantages substantiels». Dans les années 1930, le Parti démocrate assoit peu à peu sa domination grâce à cette politique «raciale». Le système va se solidifier sous le règne de Richard J. Daley, grande figure qui régnera sur la ville pendant 21 ans. Aujourd’hui, c’est son fils Richard M. Daley qui est aux affaires depuis 18 ans et qui «perpétue le pouvoir du Parti démocrate à Chicago, en accordant emplois d’État, faveurs et contrats, en échange de soutiens politiques et financiers», raconte John McCormick. «Si on vous donne un permis de construction, vous êtes censés “payer en retour”», explique-t-il. «Cela s’appelle payer pour jouer», résume John Kass, un autre éditorialiste. Les initiés affirment que Rod Blagojevich ne serait jamais devenu gouverneur s’il n’avait croisé le chemin de sa future femme, Patricia Mell, fille de Dick Mell, un conseiller municipal très influent, considéré comme un rouage essentiel de la machine. Le Figaro
Dans ce contexte local plus que trouble, Peraica affirme que la montée au firmament d’Obama n’a pu se faire «par miracle».«Il a été aidé par la machine qui l’a adoubé, il est cerné par cette machine qui produit de la corruption et le risque existe qu’elle monte de Chicago vers Washington», va-t-il même jusqu’à prédire. Le conseiller régional républicain cite notamment le nom d’Emil Jones, l’un des piliers du Parti démocrate de l’Illinois, qui a apporté son soutien à Obama lors de son élection au Sénat en 2004. Il évoque aussi les connexions du président élu avec Anthony Rezko, cet homme d’affaires véreux, proche de Blagojevich et condamné pour corruption, qui fut aussi le principal responsable de la levée de fonds privés pour le compte d’Obama pendant sa course au siège de sénateur et qui l’aida à acheter sa maison à Chicago. «La presse a protégé Barack Obama comme un petit bébé. Elle n’a pas sorti les histoires liées à ses liens avec Rezko», s’indigne Peraica, qui cite toutefois un article du Los Angeles Times faisant état d’une affaire de financement d’un tournoi international de ping-pong qui aurait éclaboussé le président élu. (…) L’équipe du président élu «n’en est pas moins très embarrassée par le scandale», affirme le politologue Ola Adeyoje, spécialiste de la politique locale à Chicago. Les écoutes téléphoniques révèlent en effet un gouverneur persuadé d’être en contact et en négociation quasi directe avec Barack Obama pour la désignation d’un successeur au Sénat. Sentant venir la polémique, le nouveau chef de l’État a donc promis de passer au crible les discussions que son entourage aurait pu avoir avec Blagojevich. À ce titre, le directeur de cabinet d’Obama, Rahm Emanuel, est dans la ligne de mire des républicains car il apparaît qu’il a été en contact avec le gouverneur sur ce thème, selon le Chicago Tribune. Lundi, les deux chambres du Parlement de l’Illinois se sont rassemblées pour décider d’une éventuelle procédure de destitution du gouverneur, qui ne se presse pas de démissionner. La plupart des leaders démocrates jugent impensable qu’il puisse rester à son poste et décider de la nomination d’un nouveau sénateur. Mais une procédure de destitution d’un gouverneur, phénomène rarissime dans l’histoire des États-Unis où cela ne s’est produit qu’en Californie et au Dakota du Nord, risque de durer des mois… empoisonnant le climat politique, de Chicago à Washington. Le Figaro (décembre 2008)

Invalidations systématiques, dès son premier casse électoral de Chicago de 1996  pour les sénatoriales d’état, des candidatures de ses rivaux sur les plus subtils points de procédure (la qualité des signatures) jusqu’à se retrouver seul en lice …

Déballages forcés,  quatre ans plus tard aux élections sénatoriales fédérales de 2004, des problèmes de couple (un cas apparemment de violence domestique) ou frasques supposées (des soirées dans des club échangistes) de ses adversaires, que ce soit son propre collègue Blair Hull aux primaires ou le Républicain Jack Ryan à la générale de manière à se retrouver sans opposition devant les électeurs …

Tentative de rebelote, lors des primaires de 2008, contre sa rivale démocrate malheureuse Hillary Clinton …

A l’heure où, quatre ans après le holdup du siècle et devant la remontée de son adversaire républicain et les millions d’Hollywood, l’Imposteur en chef de Chicago nous ressort, après le coup du "mariage homosexuel" et celui de la "surprise d’octobre" sans compter le manque de motivation républicain, le 2e casse du siècle

Comment ne pas repenser, avec Rush Limbaugh (merci sil) et tous les petits mais à terme coûteux cadeaux du nouveau réélu aux minorités, homos et autres amateurs de drogues récréatives, à la stratégie père Noël qui avait permis il y a cinq mois à une « gauche champagne«   alliée avec une extrême gauche ouvertement totalitaire  de faire passer pour victoire l’auto-sabordage d’une droite divisée  par le plus violent des terrorismes intellectuels ?

Mais aussi à la formidable imposture entretenue (comme toutes proportions gardées pour notre François Hollande national) depuis quatre ans par nos journaux et médias de révérence, sur la réalité de la tristement fameuse machine politique de Chicago dont est issu, comme il l’avait une fois reconnu lui-même, l’auteur du 2e casse du siècle et squatter renouvelé de la Maison Blanche ?

Dans les bas-fonds politiques de Chicago

Laure Mandeville, envoyée spéciale à Chicago

16/12/2008

Rod Blagojevich, aujourd’hui accusé de corruption, prête serment lors de sa prise de fonction en tant que gouverneur de l’Illinois en août 2007. Pour la plupart des commentateurs, Barack Obama a su naviguer à travers la politique locale «sans se compromettre».

Le scandale de corruption qui frappe le gouverneur de l’Illinois Rod Blagojevich révèle le système de connivence et de passe-droits niché au cœur du fief politique d’Obama.

Des manches de chemise re­troussées. Une courte barbe grise. Des lunettes qui laissent entrevoir des yeux scrutateurs et malicieux. Voici donc John McCormick, le fameux journaliste dont le gouverneur de l’Illinois, Rod Blagojevich, voulait la tête. Celui qu’il rêvait de faire limoger du comité éditorial du Chicago Tribune. En échange de la mise à l’écart de plusieurs éditorialistes critiques, «Blago» se proposait de donner son feu vert à l’octroi d’une aide financière de 100 millions de dollars au propriétaire du journal, Sam Zell, pour que ce dernier puisse procéder à la vente du terrain de base-ball de Wrigley, et éponger ses dettes. «Je constate surtout que cela n’a pas marché !, précise John, en riant. Je me sens plutôt honoré d’être mis en balance avec 100 millions de dollars. Et surtout reconnaissant à mon employeur, si les allégations portées par le procureur Patrick Fitzgerald sont réelles.»

Dans les étages supérieurs d’une tour néogothique inspirée de Notre-Dame de Paris, qui abrite depuis plus de cent cinquante ans le vénérable journal, «l’enc… de journaliste», dont les éditoriaux irritaient le gouverneur, est en plein travail. Depuis que le scandale a rattrapé Rod Blagojevich, accusé par le procureur des États-Unis Patrick Fitzgerald d’avoir tissé une véritable toile de corruption autour de son poste, le journal est mobilisé vingt-quatre heures sur vingt-quatre. «J’ai sept pages débats à boucler», explique McCormick, chef adjoint du comité éditorial. Il dit avoir reçu un coup de fil d’un ancien professeur de journalisme. «Elle m’a dit :“100 millions ? Je n’aurais pas misé deux dollars sur toi !”», raconte-t-il en riant.

«Je veux faire de l’argent»

Le scandale qui a éclaté mardi dernier a provoqué un véritable séisme aux États-Unis, chassant de la une des journaux les questions liées à la transition Bush-Obama. Il est vrai qu’outre l’affaire des journalistes, dont John McCormick est devenu le héros involontaire, de graves accusations ont été portées par le procureur Fitzgerald sur la manière dont Blagojevich entendait négocier son pouvoir exclusif de désignation du successeur d’Obama au Sénat. Les écoutes téléphoniques menées par le FBI, et consignées dans un rapport de 76 pages dont Le Figaro a obtenu copie, révèlent son obsession d’arracher un poste lucratif pour lui ou son épouse. «Je veux faire de l’argent», lâche-t-il carrément au téléphone. «C’est du p… d’or», insiste-t-il. Le caractère vulgaire et brutal de ses conversations a choqué l’opinion américaine. Dans le bus qui promène les touristes à travers les hauts lieux mafieux de l’époque de la prohibition, un retraité confie sa stupeur devant tant de grossièreté, car «nous aimons à penser que nous sommes dirigés par des gens de haute tenue». «C’est surtout un imbécile, note le guide de l’excursion. Comment a-t-il pu parler de son désir de vendre un siège de sénateur alors qu’il faisait l’objet d’une enquête fédérale ? Al Capone était plus intelligent !»

Mais est-ce vraiment de la stupidité ? Ou ce mode de fonctionnement paraissait-il si naturel à Blagojevich qu’il en est venu à perdre le sens de la réalité ? Ce qui frappe dans le rapport du FBI, c’est qu’il accuse le gouverneur d’avoir usé de telles pratiques dès son arrivée aux affaires, en 2002, alors qu’il s’était fait élire sur une plate-forme de chevalier anticorruption. L’accusation révèle que le gouverneur aurait systématiquement monnayé sa position d’influence, levant des fonds privés pour l’organisation «Les amis de Blagojevich» en échange d’octrois de contrats ou de privilèges. Les multiples témoignages d’hommes véreux, condamnés depuis à la prison ferme, ajoutent au tableau une crédibilité dérangeante. Même si Blagojevich reste présumé innocent, les charges réunies dessinent les contours d’un monde incroyablement obscur et corrompu. «C’est la machine politique de Chicago», résument les journalistes locaux. Dans son édition de dimanche, le Chicago Tribune attaque carrément : «Il y a une raison pour laquelle l’Illinois a une longue histoire de scandale, dénonce le quotidien à la une. La machine politique carbure à l’argent.»

«Cela s’appelle payer pour jouer»

Selon le professeur Dick Simpson, chef du département de science politique de l’université d’Illinois, «c’est à la fin du XIXe siècle et au début du XXe que le système prend racine». L’arrivée de larges populations immigrées peinant à faire leur chemin à Chicago pousse les politiciens à «mobiliser le vote des communautés en échange d’avantages substantiels». Dans les années 1930, le Parti démocrate assoit peu à peu sa domination grâce à cette politique «raciale». Le système va se solidifier sous le règne de Richard J. Daley, grande figure qui régnera sur la ville pendant 21 ans. Aujourd’hui, c’est son fils Richard M. Daley qui est aux affaires depuis 18 ans et qui «perpétue le pouvoir du Parti démocrate à Chicago, en accordant emplois d’État, faveurs et contrats, en échange de soutiens politiques et financiers», raconte John McCormick. «Si on vous donne un permis de construction, vous êtes censés “payer en retour”», explique-t-il. «Cela s’appelle payer pour jouer», résume John Kass, un autre éditorialiste. Les initiés affirment que Rod Blagojevich ne serait jamais devenu gouverneur s’il n’avait croisé le chemin de sa future femme, Patricia Mell, fille de Dick Mell, un conseiller municipal très influent, considéré comme un rouage essentiel de la machine.

Anthony Peraica, un immigrant croate, débarqué aux États-Unis à l’âge de 13 ans, qui a fait de brillantes études de droit avant de se lancer en politique, affirme être bien placé pour raconter le système. Originaire du district de Bridgeport, le cœur de la machine Daley, ce conseiller régional républicain du comté de Chicago dit avoir été lui-même happé par le Parti démocrate avant de le quitter «écœuré» par les passe-droits qu’il y avait découverts. «C’est un système pourri, une toile d’araignée qui organise sa survie en nommant ses amis à des postes clés de l’administration en échange de leur soutien politique et financier», accuse-t-il. Anthony Peraica, qui a raté de peu la présidence du conseil régional du comté, affirme que seule l’intervention d’un syndicat ayant mis des millions de dollars dans la bataille médiatique pour le discréditer l’a empêché de gagner. «Les donateurs privés que je sollicite ont peur de me financer car ils craignent pour leurs avantages», poursuit-il. «Il n’y pas de système bipartisan ici, c’est une autocratie», dit le républicain, qui affirme que des inconnus ont plusieurs fois forcé ses bureaux d’avocat, dans la partie sud de Chicago, «sans doute pour m’intimider». «La seule chose qui pourrait changer le système, c’est un financement public des campagnes à l’européenne, et des temps d’accès aux médias réglementés.»

Dans ce contexte local plus que trouble, Peraica affirme que la montée au firmament d’Obama n’a pu se faire «par miracle».«Il a été aidé par la machine qui l’a adoubé, il est cerné par cette machine qui produit de la corruption et le risque existe qu’elle monte de Chicago vers Washington», va-t-il même jusqu’à prédire. Le conseiller régional républicain cite notamment le nom d’Emil Jones, l’un des piliers du Parti démocrate de l’Illinois, qui a apporté son soutien à Obama lors de son élection au Sénat en 2004. Il évoque aussi les connexions du président élu avec Anthony Rezko, cet homme d’affaires véreux, proche de Blagojevich et condamné pour corruption, qui fut aussi le principal responsable de la levée de fonds privés pour le compte d’Obama pendant sa course au siège de sénateur et qui l’aida à acheter sa maison à Chicago. «La presse a protégé Barack Obama comme un petit bébé. Elle n’a pas sorti les histoires liées à ses liens avec Rezko», s’indigne Peraica, qui cite toutefois un article du Los Angeles Times faisant état d’une affaire de financement d’un tournoi international de ping-pong qui aurait éclaboussé le président élu.

Rahm Emanuel dans la ligne de mire

La plupart des commentateurs, dont John McCormick, ne souscrivent pas à cette analyse. Pour eux, le président élu a su naviguer à travers la politique locale «sans se compromettre». Il s’est dissocié de Rezko avant sa dernière campagne. Il est aussi celui qui a fait passer une législation éthique qui devrait mieux contrôler les donations privées à partir du 1er janvier 2009 dans l’Illinois.

L’équipe du président élu «n’en est pas moins très embarrassée par le scandale», affirme le politologue Ola Adeyoje, spécialiste de la politique locale à Chicago. Les écoutes téléphoniques révèlent en effet un gouverneur persuadé d’être en contact et en négociation quasi directe avec Barack Obama pour la désignation d’un successeur au Sénat. Sentant venir la polémique, le nouveau chef de l’État a donc promis de passer au crible les discussions que son entourage aurait pu avoir avec Blagojevich. À ce titre, le directeur de cabinet d’Obama, Rahm Emanuel, est dans la ligne de mire des républicains car il apparaît qu’il a été en contact avec le gouverneur sur ce thème, selon le Chicago Tribune. Lundi, les deux chambres du Parlement de l’Illinois se sont rassemblées pour décider d’une éventuelle procédure de destitution du gouverneur, qui ne se presse pas de démissionner. La plupart des leaders démocrates jugent impensable qu’il puisse rester à son poste et décider de la nomination d’un nouveau sénateur. Mais une procédure de destitution d’un gouverneur, phénomène rarissime dans l’histoire des États-Unis où cela ne s’est produit qu’en Californie et au Dakota du Nord, risque de durer des mois… empoisonnant le climat politique, de Chicago à Washington.

Voir aussi:

In a Nation of Children, Santa Claus Wins

Rush Limbaugh

November 07, 2012

Listen to it Button

RUSH: Hey, any of you guys in there want to come sit in my chair today? Anybody? Nobody wants to come sit in my chair here? None of you? I mean, I’m giving you a golden opportunity to speak to, what, 50 million people.

(interruption)

I can handle it. Okay, all right. So nobody wants to come sit in my chair today. Greetings, my friends. What happened? That’s what we’re going to try to find out. We’re not gotta be able to explain this away in one day. We’re gonna get close. We are not gonna be able to come up with all the answers and solutions in one day, but I want to try to take you through the night for me last night, various thoughts that I had as things happened, beginning with my getting and receiving the exit polls at five o’clock.

But first, let me tell you, small things beat big things yesterday. Conservatism, in my humble opinion, did not lose last night. It’s just very difficult to beat Santa Claus. It is practically impossible to beat Santa Claus. People are not going to vote against Santa Claus, especially if the alternative is being your own Santa Claus.

Now, everybody is jumping on Romney’s chain today, getting in his chili. Look, he may have not been the most optimal candidate, but he’s a fine man. He would have been great for this country. Mitt Romney and his family would have been the essence of exactly what this country needs. But what was Romney’s recipe? Romney’s recipe was the old standby: American route to success, hard work. That gets sneered at. I’m sorry. In a country of children where the option is Santa Claus or work, what wins? And say what you want, but Romney did offer a vision of traditional America. In his way, he put forth a great vision of traditional America, and it was rejected. It was rejected in favor of a guy who thinks that those who are working aren’t doing enough to help those who aren’t. And that resonated.

The Obama campaign was about small stuff. War on Women, binders, Big Bird, this kind of stuff. The Romney campaign was about big things, was about America. It’s mind-boggling to go through these exit polls. You want to hear a statistic that is somewhat surprising? Romney received two and a half million fewer votes than McCain did. Now, who would have called that? Who in the world would have? I think Obama’s vote tally was down ten million from 2008, and we still lost. We lost 50 to 48 nationally. We were not able to build a turnout model that looked like 2004. Very puzzling.

Something else. Just stream of consciousness here. The usual suspects are out, and they’re saying, "Rush, we gotta reach out now to the Hispanics and reach out to the minorities, blacks." Okay, let me remind you of something. Just ask you a question. And we will be getting your phone calls of course today, you weigh in on this, 800-282-2882 is the number. Let me take you back to the Republican convention. We had Suzanne Martinez, female Hispanic governor, New Mexico. We had Condoleezza Rice, African-American, former secretary of state. Both of those people imminently qualified, terrifically achieved. They have reached the pinnacles of their profession.

We had Marco Rubio. We had a parade of minorities who have become successful Americans. And they all had a common story: up from nothing, hard work, their parents sacrificed for them. Now, why didn’t that work, folks? The answer to that is our future. Why didn’t it work? Some people say, "Well, Rush, we pandered." No, we didn’t pander. Everybody says that we need to reach out to minorities. We have plenty of highly achieved minorities in our party, and they are in prominent positions, and they all have a common story. They all came from nothing. Their parents came from nothing. They worked hard. They told those stories with great pride. Those stories evoked tears. It didn’t work. And don’t tell me that people didn’t watch the convention or people didn’t see it. I mean, there’s a reason it doesn’t work.

I went to bed last night thinking we’re outnumbered. I went to bed last night thinking all this discussion we’d had about this election being the election that will tell us whether or not we’ve lost the country. I went to bed last night thinking we’ve lost the country. I don’t know how else you look at this. The first wave of exit polls came in at 5 p.m. I looked at it, I read the first two pages, and I said to myself, "This is utter BS." And I forwarded the exit poll data that I had to three or four people, and my message to each of them, "This is utter BS, and if it isn’t, then we’ve lost the country." Let me take you through some of it.

Based on early exit polls, Obama is locked in a tight race with Governor Romney. Nationally we believe the race to be as tight as it could be, and to the extent that Obama is running strong and can win, it is because they see him as someone who cares about people like them. They feel he did a very good job in the response to Hurricane Sandy. When I saw that, I thought this thing is starting to read like a Democrat campaign speech, this exit poll data. Hurricane Sandy and the aftermath and the way Obama handled that, what did Obama do? He showed up one day, he bear hugged Chris Christie, and then he left. The situation on the ground is devastating, and yet Obama triumphs in the exit polls with that.

He successfully painted Romney’s policies as caring primarily about the rich. He successfully convinced roughly half the country that his policies will favor the middle class. Now, measure that against reality. The reality is that the economy of this country is crumbling. The unemployment situation is worsening. The debt situation is worsening. Everything for the very people who think Obama’s gonna help them is getting worse, and yet they told the exit poll people that they thought Obama’s the best guy to handle

Obamacare.

A majority of people like Obamacare in the exit poll. That goes against everything we’ve ever heard in any poll. Voters trust him more than Romney in an international crisis. What? How in the world can that be? In a rational, intelligent world, how can that be? "He’s running very strong with African-Americans, Latinos, and women. If he wins, this data will be consistent with stories about the changing nature of US demographics."

And I saw this next one. This is the one that made me think this exit poll was BS. I just, intellectually, had trouble with this one. "More than half the people who voted yesterday said that they still blame Bush for the economy." More than half the people who…? After four years! Well, now, what is the answer to this? How in the world do you deal with this? There are ways, and we didn’t do them. There were too many assumptions made about what the American people thought, about what they knew.

Too many assumptions were made. But look, I don’t want to nitpick the campaign today. That’s not the point. There are larger things here at work. "Roughly half voters want the health care law as it is or expanded, and they are voting for Obama." Really? I haven’t seen a poll like that anywhere. Every poll — every poll! — I have seen on Obamacare features a majority and close to 60% who don’t like it, but this is an exit poll of people who voted.

"People who say they are looking for a strong leader and someone who has more of a vision for the future support Romney. Romney even wins among voters voting for ‘a candidate who shares my values.’ Voters believe the economy’s weak and Romney will be better able to manage the economy." Now, this is for people the exit pollers say, this is the reason if Romney wins. This is why. Well, obviously, those people were vastly outnumbered, which is where we are today.

We’re outnumbered.

One of the greatest misunderstandings in this country, if you boil all this down, is what creates prosperity. The Romney campaign was essentially about that, and the Romney campaign was devoted to the traditional American view and history — vision, as well — of what creates prosperity. The old capitalism, the old arguments of hard work, stick-to-itiveness, self-reliance, charity, helping out in the community.

All of these things that define the traditional institutions that made this country great, that’s what the Romney campaign was about. It was rejected. That way, or that route to prosperity was sneered at. That route to prosperity was rejected. The people who voted for Obama don’t believe in it. They don’t think it’s possible. They think the game’s rigged. They think the deck is stacked against them.

They think that the only way they’re gonna have a chance for anything is if somebody comes along and takes from somebody else and gives it to them. Santa Claus! And it’s hard to beat Santa Claus. Especially it’s hard to beat Santa Claus when the alternative is, "You be your own Santa Claus." "Oh, no! I’m not doing that. What do you mean, I have to be my own Santa Claus? No, no. No, no, no. I want to get up every day and go to the tree. You’re the elves," meaning us.

You throw Hurricane Sandy in here. I must admit, I am genuinely puzzled that Hurricane Sandy and the aftermath helped Obama and hurt Romney. But it did. According to the exit polls. I mean, what they say is what they say. The polls were right on the money, as it turned out. But until people understand why and how big government reduces prosperity for all, they’re gonna continue to be fooled by little things.

By marketing, by smooth talkers, by faux compassion. So we’ll see what happens with the economy as we go forward. Some people think, "Hey, Rush, the economy is resilient in this country, and it’s gonna naturally rebound. No matter what." There are people today scared the economy is going to rebound despite what’s happening in the stock market today and Obama’s policies are gonna get credit for it.

A bunch of libs are salivating over that. They think the economy is gonna come back no matter what, and that Obama’s big government is going to end up being the explanation for the rest of our lives as to how that happened. Just like in Japan, just like in Greece. But look, you bring up Greece and you bring up Europe, and they’re where we’re headed. Their problems are acute.

The difference is that none of those European countries are anywhere near the leading economy of the world like we are. The world depends on what happens here. The world does not depend on what happens in Spain or Greece or Italy. Not to put them down. But regardless, wherever you go… Look at Greece. Whenever necessary austerity measures are proposed, what happens?

"No, you don’t! You’re not taking it away from me!" There is no rising to responsibility. There is no accepting responsibility. There’s just a demand that the gravy train continue, and we have an administration that’s promising an endless gravy train. All you have to do to stay on that gravy train is vote. But it doesn’t matter.

The thing that’s mind-boggling is that there is no new prosperity in America. There is no improved standard of living. It’s all going down. "But Obama cares. He really cares! He cares much more than Romney. He really, really cares. In fact, he cares so much, we’re gonna give him a do-over. We’re gonna give him a second term to do what we know he wanted to do in the first term but wasn’t able to for whatever reason."

Voir également:

Three Ways of Explaining Defeat

Victor Davis Hanson

The National Review online

November 7, 2012

Conservatives are divided, acrimoniously so, over three schools of explaining The Defeat.

1. The Near Fatalists. Some are terrified that we are witnessing the final establishment of the long-feared dependency majority, where half the country is not paying federal income taxes and are on the receiving end of government largess and expect “them” to pay their fair share to pay for it;

2. The Should’ve, Could’ve, Would’ve What If-ers. The disappointed tacticians believe that should/would/could Romney have run differently (e.g., hit harder on Benghazi, mixed it up in the second and third debates, organized a Contract with America as a broad-based conservative crusade, etc.) he could have gotten the necessary 1 to 2 million extra votes in the swing states. Similarly, had the storm not arisen, or had Christie just been civil rather than going gaga over Obama/Springsteen, Romney’s momentum would not have been lost the last week;

3. The Big Tenters. The strategic centrists will now call for compromising on social issues, abortion, illegal immigration, fiscal policies, etc., to widen the tent in order to bring in young women, blacks, Latinos, gays, etc. and build “a new conservative majority.”

Not all these three positions, of course, are mutually exclusive. But I am not convinced by explanation (2): Romney was a good, and good enough, candidate to win. None of the other primary candidates would have done as well, and would have been far more easily Axelrodded. An especially well-informed Romney did well in the debates and spoke better each week. He raised lots of money, and he seemed presidential in comparison with a shrinking, Big Bird Obama. Similarly, while there were lots of Benghazi, Hurricane Sandy, and Chris Christie what-if moments that might have been better massaged, so were there for Obama as well: He blew the first debate; he needlessly lost his cool with stupid comments like bulls**tter, “revenge,” “you didn’t build that business,” etc. Biden was an unhinged disaster on the campaign trail. All these foul-ups would have been cited as what-ifs had Obama gotten 2 million votes less in key places and lost.

The problem with diagnosis (3) is that there were plenty of good minority kingpins in the party –Condoleezza Rice, Marco Rubio, and an entire new generation of Hispanic and Asian governors and senators. Allen West lost despite being black and because he was conservative. An independent, successful Michele Bachman or Sarah Palin is hated more than stay-at-home liberal housewives. Race matters, but not without ideology. For now, voting conservative is considered “acting white” or “docile,” and minorities and young women will only be considered legitimate when they vote for big government, which for many brings logical dividends.

Moreover, if Republicans would deal on illegal immigration, and propose paths to citizenship for the law-abiding who were brought here as children, the Latino leadership would still not, in turn, allow deportation for the felons and those not working and entirely on public assistance, or agree to close the border with finishing the fence, fining employers, and cross-checking federal documents. And why should they? A forever-blue California is their model, and many activists think it soon can be replicated in the American Southwest with sufficient cycles of open borders and cyclical euphemistic amnesties. As far as young unattached women, or the youth vote in general, the argument was made to them on economic terms (e.g., you are unemployed or underemployed and crushed by student loans in an ossified economy), and it went largely nowhere. Moreover, what does one do with a lily-white and well-off place like Washington, or the Connecticut suburbs, or the California coast, where blue counties of upscale yuppie married couples went overwhelmingly for Obama?

Instead, I fear exegesis (1) is, with each year, more telling. We have never quite had the present perfect storm of nearly half not paying federal income taxes, nearly 50 million on food stamps, and almost half the population on some sort of federal largess — and a sophistic elite that promotes it and at the same time finds ways to be exempt from its social and cultural consequences. For an Obama, Biden, Kerry, Pelosi, or Feinstein, the psychological cost for living like 18th-century French royalty is the promotion of the welfare state for millions of others who for now will be kept far away, in places like Bakersfield or Mendota.

The solution, I fear, may be near-insolvency along the Wisconsin model, and self-correction after some dark Greek-like years, or, in contrast, in extremis blue politicians having to deal with the consequences of their own policies. In the manner that an Obama can vastly expand drones and renditions without a whimper of liberal angst, so too someone like him will have to deal with bounced Medicare reimbursements or free cell phones that can’t be replaced when they break, or long lines in federal health clinics emptied of doctors who have gone elsewhere. The laws of physics ultimately prevail.

In Michigan in September I had a talk with a retired auto worker who did not care that the bailout cost $25 billion, was not sustainable, shorted the legal first-in-line creditors, shorted politically incorrect managerial pensioners, or ensured the Volt debacle. He simply said to me, “Obama saved my son’s job and I don’t care about much else.” That’s the rub in the short term that seems to the norm in at least the past and future few years. It means that the Republicans, without a once-in-a-lifetime Reagan-like perfect candidate — or some sort of national crisis in the manner that Iran once derailed Jimmy Carter, or Ross Perot once caused incumbent George H. W. Bush to implode — can’t quite get that extra 2 to 3 percentage points they need on the national scene to succeed.

Voir encore:

Obama played hardball in first Chicago campaign

Story Highlights

Sen. Barack Obama used the rule book to win first race for Illinois state Senate

Democrat challenged opponents’ petitions and forced them off the ballot

Opponent says Obama’s move « wasn’t honorable »

Drew Griffin and Kathleen Johnston

CNN

30.05.08

(CNN) — When the Democratic National Committee meets Saturday on the thorny issue of seating the Florida and Michigan delegations at its August convention, party officials will have to fashion a solution that satisfies supporters of Sen. Hillary Clinton and presidential nominee front-runner Sen. Barack Obama.

It may take a Solomon-like decision to appease both candidates.

Clinton has argued that the primary results of two of the nation’s largest states should count because, otherwise, millions of voters are being disenfranchised. Obama has said he is willing to work out some compromise.

But he is insistent that the primary results are invalid because the two states failed to follow party rules and that the rules are the rules.

The DNC has not seated the Florida and Michigan delegates because the two states violated party edicts in holding their primaries early.

Although neither candidate campaigned in the two states, Clinton won about 50 percent of the Florida vote, compared with 33 percent for Obama. She won 55 percent of the vote in Michigan, where Obama’s name was not on the ballot.

In his first race for office, seeking a state Senate seat on Chicago’s gritty South Side in 1996, Obama effectively used election rules to eliminate his Democratic competition.

As a community organizer, he had helped register thousands of voters. But when it came time to run for office, he employed Chicago rules to invalidate the voting petition signatures of three of his challengers.

The move denied each of them, including incumbent Alice Palmer, a longtime Chicago activist, a place on the ballot. It cleared the way for Obama to run unopposed on the Democratic ticket in a heavily Democrat district.

« That was Chicago politics, » said John Kass, a veteran Chicago Tribune columnist. « Knock out your opposition, challenge their petitions, destroy your enemy, right? It is how Barack Obama destroyed his enemies back in 1996 that conflicts with his message today. He may have gotten his start registering thousands of voters. But in that first race, he made sure voters had just one choice. » Watch how Obama shut out challengers in his first race »

Obama’s challenge was perfectly legal, said Jay Stewart of the Chicago’s Better Government Association. Although records of the challenges are no longer on file for review with the election board, Stewart said Obama is not the only politician to resort to petition challenges to eliminate the competition.

« He came from Chicago politics, » Stewart said. « Politics ain’t beanbag, as they say in Chicago. You play with your elbows up, and you’re pretty tough and ruthless when you have to be. Sen. Obama felt that’s what was necessary at the time, that’s what he did. Does it fit in with the rhetoric now? Perhaps not. »

The Obama campaign called this report « a hit job. » It insisted that CNN talk to a state representative who supports Obama, because, according to an Obama spokesman, she would be objective. But when we called her, she said she can’t recall details of petition challenges, who engineered them for the Obama campaign or why all the candidates were challenged.

But Will Burns does. Now running himself for a seat in the Illinois legislature, Burns was a young Obama volunteer during the presidential candidate’s first race.

Burns was one of the contingents of volunteers and lawyers who had the tedious task of going over each and every petition submitted by the other candidates, including those of Alice Palmer.

« The rules are there for a reason, » Burns said.

He said that challenging petitions is a smart way to avoid having to run a full-blown expensive race.

« One of the first things you do whenever you’re in the middle of a primary race, especially in primaries in Chicago, because if you don’t have signatures to get on the ballot, you save yourself a lot of time and effort from having to raise money and have a full-blown campaign effort against an incumbent, » Burns said.

Burns said he believed that Obama did not enjoy using the tactic to knock off Palmer.

« It was not something he particularly relished, » Burns said. « It was not something that I thought he was happy about doing. » Watch Burns describe how Obama used the rules to his advantage »

But Obama did it anyway, clearing the field of any real competition.

Obama’s staff would not comment on what the senator thinks about that petition challenge now. Instead, they referred CNN to this 2007 comment made by Obama to the Chicago Tribune.

« To my mind, we were just abiding by the rules that had been set up, » the senator is quoted as saying in the Tribune. « My conclusion was that if you couldn’t run a successful petition drive, then that raised questions in terms of how effective a representative you were going to be. »

But in that same newspaper story, Obama praised Palmer.

« I thought she was a good public servant, » he said.

Palmer, who has campaigned for Clinton, told CNN that she did not want to be part of this story.

Obama supporters claim that Palmer has only herself to blame because she indicated she would not run for the 1996 state Senate and instead aimed for Congress. After losing in that bid, she returned to running for the state Senate seat, a move Obama supporters claim amounted to reneging on a promise not to run.

But Palmer supporters, who did not want to be identified, said that she never anointed Obama as her successor and that the retelling of the story by Obama supporters is designed to distract from the fact he muscled his way into office.

One other opponent who Obama eliminated by challenging his petitions, Gha-is Askia, said he has no hard feelings today about the challenge and supports Obama’s presidential aspirations.

But back at the time he was running for state Senate, Askia said, he was dismayed Obama would use such tactics.

« It wasn’t honorable, » he said. « I wouldn’t have done it. »

He said the Obama team challenged every single one of his petitions on « technicalities. »

If names were printed instead of signed in cursive writing, they were declared invalid. If signatures were good but the person gathering the signatures wasn’t properly registered, those petitions also were thrown out.

Askia came up 69 signatures short of the required number to be on the ballot.

Kass, the Chicago Tribune columnist, said the national media are naive when it comes to Chicago politics, which is a serious business.

He said they have bought into a narrative that Obama is strictly a reformer. The truth, Kass says, is that he is a bare-knuckled politician. And using the rules to win his first office is part of who Obama is.

« It’s not the tactics of ‘let’s all people come together and put your best ideas forward and the best ideas win,’  » Kass said. « That’s the spin; that’s in the Kool-Aid. You can have some. Any flavor. But the real deal was, get rid of Alice Palmer.

« There are those who think that registering people to vote and getting them involved in politics and then using this tactic in terms of denying Alice Palmer the right to compete, that these things are inconsistent. And guess what? They are. They are inconsistent. But that’s the politics he plays. »

And this weekend, DNC delegates will have to decide what kind of rules it will invoke in helping choose its next candidate.

 Voir enfin:

Ryan quits race

State GOP scrambles to find replacement to face Obama

Republican Senate nominee cites fixation on divorce files

Liam Ford and Rudolph Bush, Tribune staff reporters. Tribune staff reporters Christi Parsons, Ray Long, John Chase, David Mendell and Rick Pearson contributed to this report

June 26, 2004

Beleaguered Republican U.S. Senate hopeful Jack Ryan ended his campaign Friday, leaving his party scrambling to find a replacement with enough money and magnetism to mount a serious challenge against Democratic candidate Barack Obama.

Ryan had been under attack by a wide range of party leaders for a lack of candor following the release this week of previously sealed records from his divorce from TV actress Jeri Ryan, giving rise to what one prominent Republican called « buyer’s remorse. »

Jack Ryan had fought the release, insisting he was trying only to protect his son and not to hide embarrassing information. But the files showed Jeri Ryan had accused her ex-husband of taking her to sex clubs and trying to pressure her into having sex in front of others.

Ryan met with staff Friday morning to inform them of his decision to quit the race. Later, he issued a statement explaining he was stepping down because a fixation on the divorce charges meant that a « debate between competing visions and philosophies » could not take place in the Senate race.

« What would take place, rather, is a brutal, scorched-earth campaign–the kind of campaign that has turned off so many voters, the kind of politics I refuse to play, » Ryan said.

Republican pressure on Ryan to step aside began Monday with the release of the files, including one document in which Ryan vigorously denied the allegations of his ex-wife.

Los Angeles Superior Court Judge Robert Schnider released the information as the result of motions filed by the Chicago Tribune and WLS-Ch. 7.

Calls for Ryan’s withdrawal intensified throughout the week as party officials–saying Ryan misled them about the extent of his ex-wife’s allegations–warned of the damage he could do to an already struggling party’s chances in November.

On Thursday, U.S. House Speaker Dennis Hastert of Plano and state GOP chairwoman Judy Baar Topinka called U.S. Sen. George Allen, chairman of the National Republican Senatorial Committee. They asked him to pull the plug on Ryan’s campaign, according to a GOP source who spoke frequently with top Ryan campaign staffers.

Ryan held out until Friday, as U.S. Sen. Peter Fitzgerald, whom Ryan was seeking to replace, and some other GOP senators urged him to fight on. Even before the release of the court files, Ryan had trailed Obama by a wide margin in public opinion polls, and his decision to quit came after his campaign commissioned yet another poll to gauge public response to the growing divorce file controversy, the Republican source said.

The results arrived Friday morning and convinced Ryan that he had been too damaged by the revelations to recover, the source said.

On Friday, Topinka said Ryan’s « decision was a personal one. » She denied that the state Republican Party pressured Ryan to drop out, saying state leaders recently backed off to ensure Ryan felt it was his decision alone.

« He had a lot of great ideas, but they probably would have been overshadowed by this controversy, » Topinka said. « We appreciate what he did for the greater good of the party. »

Meanwhile, Obama, a Democratic state senator, praised the work Ryan has « done as a teacher and as a civic leader throughout the state. »

« What happened to him over the last three days was unfortunate, » Obama said. « It’s not something I certainly would wish on anybody. And having said that, from this point forward, I think we will be continuing to talk about the issues. »

Republicans will move quickly to replace Ryan, Topinka promised. The party’s 19 central committee members should « reach out » to constituents and try to have a replacement candidate within three weeks, she said.

But with its top ranks decimated by scandal and widespread electoral losses in 2002 that handed almost total control of state government to Democrats, the party may have difficulty finding a high-profile candidate with as deep pockets as had Ryan, whose personal fortune is estimated at up to $95 million.

Two former governors mentioned as possible candidates, James R. Thompson and Jim Edgar, have both indicated they will not run, said Topinka, who also ruled out her own candidacy. A leading contender who has not said no is Ron Gidwitz, 59, a wealthy businessman and the former chairman of the state Board of Education, according to several Republican sources.

On Friday, U.S. Rep. Don Manzullo also was making an open pitch for state Sen. Steve Rauschenberger (R-Elgin), one of several candidates who lost to Ryan in the primary.

« Steve entered the primary against three millionaires, and two more weeks [of campaigning] and he would have won it, » Manzullo said.

U.S. Rep. John Shimkus said Ryan’s departure has led to « a sense of relief and a little bit of excitement, » at moving past the scandal.

State Sen. Kirk Dillard, chairman of the DuPage County Republican Party, said calls to his party headquarters were almost unanimously against Ryan staying in the race.

« It wasn’t really over the substance of what he did or did not do with his wife, » Dillard said. « It was, they thought that he deliberately withheld information before the March primary and we had a lot of buyer’s remorse. »

Ryan’s demise came after years of groundwork carefully laid by the Wilmette native, who several years ago began attending Republican party Lincoln Day dinners throughout the state to gauge reaction to his entering the political arena.

Ryan entered the race more than a year ago, weeks after Fitzgerald said he would not seek re-election. A former investment banker who took a job as a teacher at Hales Franciscan High School on the South Side, Ryan had also been courted by the national GOP as a possible opponent for U.S. Sen. Richard Durbin in 2002. Ryan opted not to make that run.

The divorce file issue first surfaced for Ryan during the March primary campaign as an outgrowth of a flap that sank the once front-running campaign in the Democratic Senate primary of millionaire Blair Hull. Under pressure, Hull released sealed divorce files which showed one of his ex-wives had accused him of abusive behavior.

Unlike Hull, Ryan refused to release his files, assuring state party officials that there was nothing embarrassing in them and to do so would only hurt his 9-year-old son.

As he exited the race Friday, Ryan singled out the Tribune for criticism because it went to court to force release of the custody files.

« The media has gotten out of control, » Ryan complained. « The fact that the Chicago Tribune sues for access to sealed custody documents and then takes unto itself the right to publish details of a custody dispute over the objections of two parents who agree that the re-airing of their arguments will hurt their ability to co-parent their child and will hurt their child is truly outrageous. »

Conservative backers, including Fitzgerald, were dismayed by Ryan’s announcement. Fitzgerald lashed out at the state Republican leadership for abandoning Ryan. « The piranhas were circling, » he said. « It was not the Democrats; it was the Illinois party brass. »

But the state’s Republican national committeeman, Robert Kjellander, said Ryan’s departure frees the party to try to focus on election issues–and Obama’s record.

« Yes, it’s certainly a setback, » Kjellander said. « But it’s not one that’s fatal and both the Senate campaign committee and the president’s campaign see Illinois as an opportunity and we’re going to move ahead. »


Antisémitisme/France: "Les juifs, ils ont tout, même Coca-Cola" (Will massive Muslim immigration definitely mark the end of "happy like a Jew in France"?)

23 août, 2012
Heureux comme Dieu en France. Traduction de l’expression allemande, à l’origine yiddish, wie Gott in Frankreich leben qui implique que dans un pays tôt déchristianisé, Dieu n’aurait d’autre souci que de profiter de la vie sans avoir à se soucier de ses ouailles. Wiktionnaire
Ils ont tout, c’est connu. Vous êtes passé par le centre-ville de Metz ? Toutes les bijouteries appartiennent aux juifs. On le sait, c’est tout. Vous n’avez qu’à lire les noms israéliens sur les enseignes. Vous avez regardé une ancienne carte de la Palestine et une d’aujourd’hui ? Ils ont tout colonisé. Maintenant c’est les bijouteries. Ils sont partout, sauf en Chine parce que c’est communiste. Tous les gouvernements sont juifs, même François Hollande. Le monde est dirigé par les francs-maçons et les francs-maçons sont tous juifs. Ce qui est certain c’est que l’argent injecté par les francs-maçons est donné à Israël. Sur le site des Illuminatis, le plus surveillé du monde, tout est écrit. (…) On se renseigne mais on ne trouve pas ces infos à la télévision parce qu’elle appartient aux juifs aussi. Si Patrick Poivre d’Arvor a été jeté de TF1 alors que tout le monde l’aimait bien, c’est parce qu’il a été critique envers Nicolas Sarkozy, qui est juif… (…)  Mais nous n’avons pas de potes juifs. Pourquoi ils viendraient ici ? Ils habitent tous dans des petits pavillons dans le centre, vers Queuleu. Ils ne naissent pas pauvres. Ici, pour eux, c’est un zoo, c’est pire que l’Irak. Peut-être que si j’habitais dans le centre, j’aurais des amis juifs, mais je ne crois pas, je n’ai pas envie. J’ai une haine profonde. Pour moi, c’est la pire des races. Je vous le dis du fond du cœur, mais je ne suis pas raciste, c’est un sentiment. Faut voir ce qu’ils font aux Palestiniens, les massacres et tout. Mais bon, on ne va pas dire que tous les juifs sont des monstres. Pourquoi vouloir réunir les juifs et les musulmans ? Tout ça c’est politique. Cela ne va rien changer. C’est en Palestine qu’il faut aller, pas en France. Karim
Ce sont les cerveaux du monde. Tous les tableaux qui sont exposés au centre Pompidou appartiennent à des juifs. A Metz, tous les avocats et les procureurs sont juifs. Ils sont tous hauts placés et ils ne nous laisseront jamais monter dans la société. "Ils ont aussi Coca-Cola. Regardez une bouteille de Coca-Cola, quand on met le logo à l’envers on peut lire : "Non à Allah, non au prophète". C’est pour cela que les arabes ont inventé le "Mecca-cola". Au McDo c’est pareil. Pour chaque menu acheté, un euro est reversé à l’armée israélienne. Les juifs, ils ont même coincé les Saoudiens. Ils ont inventé les voitures électriques pour éviter d’acheter leur pétrole. C’est connu. On se renseigne. (…) Si Mohamed Merah n’avait pas été tué par le Raid, le Mossad s’en serait chargé. Il serait venu avec des avions privés. Ali
En fait, tout est écrit dans le Coran. Le châtiment des juifs, c’est l’enfer. L’histoire de Moïse est belle. Dieu lui a fait faire des miracles. Il a coupé la mer en deux pour qu’il puisse la traverser. Mais après tous ces miracles, les juifs ont préféré adorer un veau d’or. C’est à cause de cela que ce peuple est maudit par Dieu. Je parle avec mon père de ces choses-là. Parce que parmi les autres musulmans, il y a des sectes, des barbus qui peuvent t’envoyer te faire exploser je ne sais où. Alors je mets des remparts avec eux. Je suis fragile d’esprit, je préfère parler de ça avec ma famille, elle m’apporte l’islam qui me fait du bien. Djamal
Je suis d’une génération pour qui l’antisémitisme était mort avec la Shoah. Je n’avais pas pensé qu’il reviendrait d’ailleurs. La première fois, c’était en 1998 dans une classe de 5e. Lorsqu’on a abordé le chapitre sur l’islam, une gamine a râlé : "On ne fait que quatre heures sur l’Islam, alors que l’année dernière, on a fait les Hébreux pendant au moins dix heures ! De toute façon, moi j’aime pas les juifs." Je suis tombé des nues. Ce n’était que le début. Au tournant des années 2000, deux évènements ont libéré la parole : le 11 septembre et la seconde Intifada. Je me souviens précisément du 12 septembre 2001. La plupart de mes élèves étaient atterrés, mais l’un d’eux avait déjà une explication "complotiste" : "Il n’y avait pas un juif hier dans les tours, c’est eux qui l’ont fait." Pour une minorité, c’était "bien fait pour les Américains et pour les juifs". Presque toujours, ces propos viennent d’enfants issus de l’immigration et se réclamant de l’Islam. (…) En salle des profs, quand je soulevais le problème, on me parlait du malaise social et de la politique israélienne, quand on ne me prenait pas pour un réac de droite. Le déni est ce qui m’a le plus choqué. (…) On m’a dit que j’inventais, que je dramatisais, que je manipulais mes élèves pour leur faire dire des horreurs. Au motif qu’elle est au côté des opprimés, la gauche n’a pas voulu voir le problème. Ça a été une claque pour moi, que mes amis politiques ne réagissent pas. Ceux qui s’étaient levés sur Carpentras sont restés assis et muets. Pour eux, ces jeunes sont des victimes sociales et ne peuvent donc pas être antisémites. Comme si l’on ne pouvait être les deux à la fois. Et puis, j’ai l’impression que pour certains, l’idée que des juifs sont victimes est lassante. Du genre : "C’est bon, ils ont déjà la Shoah, de quoi se plaignent-ils encore ?" Avec la minute de silence après la tuerie de Mohamed Merah dans une école juive, les choses ont changé. Combien de jeunes ont refusé de respecter cette cérémonie, au motif qu’on n’en fait "pas autant pour les enfants palestiniens" ? Beaucoup de profs en Seine-Saint-Denis, et plus seulement les profs d’histoire dans le huis clos de leurs classes, ont découvert cet antisémitisme. (…) Ces enfants sont les premiers à dire "le racisme c’est pas bien", mais ils ont une vision communautariste de la société. Pour eux il y a d’un côté les "Français", c’est à dire les blancs et les juifs, et de l’autre, eux. Quand un garçon me dit "les racistes du PSG c’est que des juifs !", il est dans un degré de confusion tel que l’incantation morale n’a aucun poids. Il entend probablement toute la journée que les juifs sont riches, puissants, racistes et tirent sur des enfants palestiniens, alors que Ben Laden et Merah sont des héros. Iannis Roder (professeur d’histoire-géographie, Saint-Denis)
The Toulouse massacre did not bring French anti-Semitism to a halt. It actually increased. (…) The immediate reason for Jewish pessimism in France (…) may be the Toulouse massacre last March: the murder in cold blood of three Jewish children and a Jewish teacher by Mohamed Merah, a Muslim terrorist, on their school’s premises. This crime, instead of instilling more compassion and understanding towards the Jewish community, has actually generated more anti-Jewish violence and hate talk, as if Merah was not seen as a vile thug but rather as a model by parts of the population. There were no less than six cases of aggravated assault on Jewish youths or rabbis in France from March 26 to July 5, including one case in Toulouse again. According to the Representative Council of French Jewish Organizations (CRIF), anti-Semitic incidents of all sorts have increased by 53% compared to the same period last year. (…) The connection between Muslim immigration — or Muslim-influenced Third World immigration — and the rise of a new anti-Semitism is a fact all over Europe. Muslims come from countries (or are culturally attuned to countries) where unreconstructed, Nazi-style Jew-bashing dominates. They are impervious to the ethical debate about the Holocaust and the rejection of anti-Jewish stereotypes that were gradually incorporated into the European political discourse and consciousness in the second half of the 20th century (to the point that lessons on the Holocaust are frequently dropped from the curriculum at schools with a plurality or a majority of Muslim pupils), and are more likely than non-Muslims to engage in assaults, attacks, or harassment practices directed at Jews. Moreover, Muslim anti-Semitism reactivates in many places a dormant, but by no means extinct, non-Muslim European anti-Semitism. Once Muslims are unopposed, or at least unprosecuted, when they challenge the historical veracity of the Holocaust or when they refer to the The Protocols of the Elders of Zion as an authentic document, a growing number of non-Muslims feel free to do the same. (…) Muslim immigration is nurturing European anti-Semitism in more surprising ways as well. One unintended and ironic consequence of European Islam’s demographic growth is that Jews are frequently amalgamated with Muslims. Many people use a widespread concern about a growing influence of Islam in Europe as a way to hurt Jews as well, or to hit them first. (…)  to wrest Europe or any historically Christian part of the world from Christianity; recognizes the supremacy of state law over religious law in non-ritual matters; and sees Western democracy — a polity based on the rule of law — as the most legitimate political system. But Europeans are not culturally equipped to understand such nuances or to keep them in mind (far less than the Americans, who are more religious-minded, more conversant in Biblical matters, and more familiar with the Jewish way of life). (…) And what usually originates as a reaction against difficulties linked to radical brands of Islam quickly evolves into a primarily anti-Jewish business. (…) Earlier this year in France, during the last months of the conservative Sarkozy administration, a debate about the rapidly growing halal meat industry led to attacks against the kosher meat industry as well, complete with uncomely remarks about “old-fashioned rituals” by then-Prime Minister François Fillon. While Fillon subsequently “clarified” his views, the Sarkozy administration upheld its support for some kind of “tagging” of “ritually slaughtered meat,” a European Union-promoted practice that would prompt commercial boycott of such food and thus make it financially unaffordable for most prospective buyers. Since kosher meat regulations are much stricter than halal meat regulations, religious Jews would be more hurt at the end of the day than religious Muslims. (…) In Germany, a rare case of malpractice by a German Muslim doctor in a Muslim circumcision led a court in Cologne to ban circumcision on children all over Germany on June 19, on the quite extravagant grounds that only legal adults may decide on issues irreversibly affecting their body, except for purely medical reasons. Which is tantamount, in the considered issue, to denying parents the right to pass their religion to their children. Conservative Chancellor Angela Merkel immediately filled a bill to make religious circumcision legal in Germany, and it was passed on July 19 by the Bundestag (somehow, German conservatives are nowadays more genuinely conservative than, say, their French counterparts). But according to a YouGov poll for the DPA news agency released at about the same moment, 45% of Germans support the ban, while only 42% oppose it. In an even more ominous instance, Judaism has been singled out in a protracted intellectual debate in France since early June, as the fountainhead, past and present, of totalitarianism and political violence and thus as a more dangerous religion than radical Islam. (…) The second half of the 20th century was a golden age for French Jews, both in terms of numbers (from 250,000 souls in 1945 to 700,000 in 1970 due to population transfers and natural growth) and in terms of religious and cultural revival. There was only one shadow: the French government’s anti-Israel switch engineered by Charles de Gaulle in 1966, in part as a consequence of a more global anti-American switch. The 21st century may however be a much darker age. After a first wave of anti-Jewish violence in the early 2000s, some Jews left for Israel or North America. Emigration never really ceased since then, and may soon reach much more important proportions. Michel Gurfinkiel

L’immigration massive de musulmans finira-t-elle par définitivement refermer la page du "heureux comme un juif en France"?

Alors que cinq mois après l’infâme tuerie de Toulouse, la déclassification partielle du dossier Mohamed Mérah semble contredire de plus en plus la thèse de l’ancien patron de la DCRI, Bernard Squarcini, d’un loup solitaire autoradicalisé en prison au profit de celle du membre d"une véritable  "mouvance salafiste radicale toulousaine" et "d’une fratrie d’islamo-délinquants" aux contacts multinationaux, autrement dit  l’arrivée d’une "nouvelle génération d’islamistes toulousains" …

Et qu’entre multiplication des incidents et agressions comme des graffitis ou tags à sa gloire, les mois qui ont suivi son équipée sanglante (sept victimes dont trois dans une école confessionnelle juive) continuent de démontrer la complaisance que semble encore susciter le djihadiste toulousain dans au moins une partie de la communauté et notamment de la jeunesse musulmane …

Retour, avec un dossier du mois dernier du Nouvel Observateur, sur ce nouvel antisémitisme dans lequel semble s’installer durablement la France (ou plus largement l’Europe) comme la violence qui en résulte et que doivent subir au quotidien de plus en plus de nos concitoyens d’origine juive …

Mais aussi plus inquiétant, alimenté par le flot continu d’antisionisme diffusé quotidiennement par nos médias et l’internet (mais nos intellectuels ne sont pas en reste) et sous-tendant tout cela …

L’incroyable degré de confusion mentale, comme le rappellent un professeur d’histoire de Saint-Denis ainsi que l’éditorialiste Michel Gurfinkiel, dans lequel semblent vivre, sans hélas exclure le reste de la population en général, nombre des membres de ces nouvelles générations d’immigrés d’origine musulmane …

"Les juifs, ils ont tout, même Coca-Cola"

04-07-2012

Sarah Diffalah

REPORTAGE – A écouter parler Karim, Djamal et Ali, l’hégémonie de la communauté juive sur le monde serait incontestable…

Nouvel Observateur

Devant le centre Petit Bois de Borny, un quartier à trois kilomètres de Metz, il y a Karim, 23 ans, Ali, 29 ans, et Djamal, 21 ans. Ils sont une dizaine à s’activer autour de leurs voitures pour installer un drapeau espagnol sur un capot : ce sont des supporters de la Roja, l’équipe de foot espagnole. Interrogés sur la communauté juive, ils n’éludent aucune question. Au contraire. Le flot de préjugés est incessant, le débit rapide, le ton emporté, parfois railleur. Des juifs, ils n’en côtoient pourtant pas, mais les certitudes sont enracinées, à chaque fois appuyées par des exemples aussi imaginaires que précis.

Lobby juif, théories du complot, conflit israélo-palestinien… Tout se mêle, en boucle, maladroitement, confusément. Pour eux l’hégémonie de la communauté juive sur le monde est incontestable. Extraits de la conversation.

- Karim : Ils ont tout, c’est connu. Vous êtes passé par le centre-ville de Metz ? Toutes les bijouteries appartiennent aux juifs. On le sait, c’est tout. Vous n’avez qu’à lire les noms israéliens sur les enseignes. Vous avez regardé une ancienne carte de la Palestine et une d’aujourd’hui ? Ils ont tout colonisé. Maintenant c’est les bijouteries. Ils sont partout, sauf en Chine parce que c’est communiste. Tous les gouvernements sont juifs, même François Hollande. Le monde est dirigé par les francs-maçons et les francs-maçons sont tous juifs. Ce qui est certain c’est que l’argent injecté par les francs-maçons est donné à Israël. Sur le site des Illuminatis, le plus surveillé du monde, tout est écrit.

- Ali : Oui, c’est vrai. Ce sont les cerveaux du monde. Tous les tableaux qui sont exposés au centre Pompidou appartiennent à des juifs. A Metz, tous les avocats et les procureurs sont juifs. Ils sont tous hauts placés et ils ne nous laisseront jamais monter dans la société. "Ils ont aussi Coca-Cola. Regardez une bouteille de Coca-Cola, quand on met le logo à l’envers on peut lire : "Non à Allah, non au prophète". C’est pour cela que les arabes ont inventé le "Mecca-cola". Au McDo c’est pareil. Pour chaque menu acheté, un euro est reversé à l’armée israélienne. Les juifs, ils ont même coincé les Saoudiens. Ils ont inventé les voitures électriques pour éviter d’acheter leur pétrole. C’est connu. On se renseigne.

- Karim : On se renseigne mais on ne trouve pas ces infos à la télévision parce qu’elle appartient aux juifs aussi. Si Patrick Poivre d’Arvor a été jeté de TF1 alors que tout le monde l’aimait bien, c’est parce qu’il a été critique envers Nicolas Sarkozy, qui est juif…

- Ali : Si Mohamed Merah n’avait pas été tué par le Raid, le Mossad s’en serait chargé. Il serait venu avec des avions privés.

- Djamal : En fait, tout est écrit dans le Coran. Le châtiment des juifs, c’est l’enfer. L’histoire de Moïse est belle. Dieu lui a fait faire des miracles. Il a coupé la mer en deux pour qu’il puisse la traverser. Mais après tous ces miracles, les juifs ont préféré adorer un veau d’or. C’est à cause de cela que ce peuple est maudit par Dieu. Je parle avec mon père de ces choses-là. Parce que parmi les autres musulmans, il y a des sectes, des barbus qui peuvent t’envoyer te faire exploser je ne sais où. Alors je mets des remparts avec eux. Je suis fragile d’esprit, je préfère parler de ça avec ma famille, elle m’apporte l’islam qui me fait du bien.

- Ali : Ici, il y a des salafistes, des "chameaux", ce sont des musulmans mais ils ont le cœur noir.

- Djamal : Les juifs devraient dire pardon à Dieu l’unique. Quel dieu ? Je ne sais même pas ce que c’est le judaïsme. Il faudrait leur demander.

- Karim : Mais nous n’avons pas de potes juifs. Pourquoi ils viendraient ici ? Ils habitent tous dans des petits pavillons dans le centre, vers Queuleu. Ils ne naissent pas pauvres. Ici, pour eux, c’est un zoo, c’est pire que l’Irak. Peut-être que si j’habitais dans le centre, j’aurais des amis juifs, mais je ne crois pas, je n’ai pas envie. J’ai une haine profonde. Pour moi, c’est la pire des races. Je vous le dis du fond du cœur, mais je ne suis pas raciste, c’est un sentiment. Faut voir ce qu’ils font aux Palestiniens, les massacres et tout. Mais bon, on ne va pas dire que tous les juifs sont des monstres. Pourquoi vouloir réunir les juifs et les musulmans ? Tout ça c’est politique. Cela ne va rien changer. C’est en Palestine qu’il faut aller, pas en France.

- Ali : Mais s’il y a des gens qui veulent engager le dialogue entre musulmans et juifs, c’est pour calmer les tensions. Dans les autres grandes villes, c’est pire. C’est vrai que certains Arabes foutent la merde, ils nous salissent. Nous, on n’ira jamais agresser des juifs. J’ai rien contre eux en fait, c’est contre les sionistes. J’ai déménagé il y a sept ans, mon voisin est un juif, mais je ne parle pas de cela avec lui. Ils nous boycottent. Dans le centre-ville, il y a une boîte tenue par une personne de la communauté juive, et bien elle ne veut pas d’Arabes dans son club. C’est comme ça.

- Karim : A Borny, il n’y a pas de juifs. C’est très bien comme ça, il n’y a pas de problème.

Voir aussi:

Le jour où une élève m’a dit : "Moi, j’aime pas les juifs"

05-07-2012

Iannis Roder

prof d’histoire-géo

Iannis Roder est professeur d’histoire-géographie à Saint-Denis. Les réflexions antisémites, il en entend régulièrement dans les salles de classe et s’interroge : comment expliquer un tel phénomène ? Le Nouvel Observateur publie cette semaine un dossier spécial "Antisémitisme : ce qu’on ne veut pas dire" (édition du 5 juillet), où vous pouvez retrouver ce témoignage.

Édité par Maxime Bellec Auteur parrainé par Isabelle Monnin

Je suis d’une génération pour qui l’antisémitisme était mort avec la Shoah. Je n’avais pas pensé qu’il reviendrait d’ailleurs.

"Il n’y avait pas un juif hier dans les tours"

La première fois, c’était en 1998 dans une classe de 5e. Lorsqu’on a abordé le chapitre sur l’islam, une gamine a râlé : "On ne fait que quatre heures sur l’Islam, alors que l’année dernière, on a fait les Hébreux pendant au moins dix heures ! De toute façon, moi j’aime pas les juifs."

Je suis tombé des nues. Ce n’était que le début. Au tournant des années 2000, deux évènements ont libéré la parole : le 11 septembre et la seconde Intifada. Je me souviens précisément du 12 septembre 2001. La plupart de mes élèves étaient atterrés, mais l’un d’eux avait déjà une explication "complotiste" : "Il n’y avait pas un juif hier dans les tours, c’est eux qui l’ont fait." Pour une minorité, c’était "bien fait pour les Américains et pour les juifs".

Presque toujours, ces propos viennent d’enfants issus de l’immigration et se réclamant de l’Islam. En 2002, un garçon m’a expliqué que "Hitler aurait fait un bon musulman". Cela fait dix ans que je sais que c’est là, latent chez certains. Dès qu’on évoque la Shoah ou qu’ils comprennent qu’un des personnages est juif, ça sort.

Par exemple, cette année, Ousmane, 15 ans, alors que je parlais de Léon Blum : "Il est juif, qu’il crève !" Comme ça, direct. Je l’ai envoyé chez le proviseur qui a convoqué sa mère. Elle a pleuré et décidé de le changer d’établissement. Plus tard, des copains d’Ousmane m’ont rapporté ses propos : "Roder, il s’est énervé pour rien, un truc de fou." Il ne voyait pas le mal.

Pourquoi nie-t-on cette réalité dramatique ?

En salle des profs, quand je soulevais le problème, on me parlait du malaise social et de la politique israélienne, quand on ne me prenait pas pour un réac de droite. Le déni est ce qui m’a le plus choqué.

Avant, dans les années 80, au moindre soupçon d’antisémitisme, l’indignation était immédiate. Je me souviens de la manifestation après la profanation du cimetière juif de Carpentras, en 1990, tout le monde était dans la rue. Là, personne, rien.

On m’a dit que j’inventais, que je dramatisais, que je manipulais mes élèves pour leur faire dire des horreurs. Au motif qu’elle est au côté des opprimés, la gauche n’a pas voulu voir le problème. Ça a été une claque pour moi, que mes amis politiques ne réagissent pas. Ceux qui s’étaient levés sur Carpentras sont restés assis et muets. Pour eux, ces jeunes sont des victimes sociales et ne peuvent donc pas être antisémites. Comme si l’on ne pouvait être les deux à la fois.

Et puis, j’ai l’impression que pour certains, l’idée que des juifs sont victimes est lassante. Du genre : "C’est bon, ils ont déjà la Shoah, de quoi se plaignent-ils encore ?"

Avec la minute de silence après la tuerie de Mohamed Merah dans une école juive, les choses ont changé. Combien de jeunes ont refusé de respecter cette cérémonie, au motif qu’on n’en fait "pas autant pour les enfants palestiniens" ?

Beaucoup de profs en Seine-Saint-Denis, et plus seulement les profs d’histoire dans le huis clos de leurs classes, ont découvert cet antisémitisme. Désormais, j’ai le sentiment que la communauté scolaire sait, et peut commencer à se demander comment lutter contre ces préjugés.

Que faire contre ce fléau ?

Ces enfants sont les premiers à dire "le racisme c’est pas bien", mais ils ont une vision communautariste de la société. Pour eux il y a d’un côté les "Français", c’est à dire les blancs et les juifs, et de l’autre, eux. Quand un garçon me dit "les racistes du PSG c’est que des juifs !", il est dans un degré de confusion tel que l’incantation morale n’a aucun poids. Il entend probablement toute la journée que les juifs sont riches, puissants, racistes et tirent sur des enfants palestiniens, alors que Ben Laden et Merah sont des héros.

Voir encore:

Voyage au bout du nouvel antisémitisme

Isabelle Monnin

le Nouvel observateur

03-07-2012

Un jeune juif a été roué de coups dans un train entre Toulouse et Lyon. Dans la France de 2012, ils sont de plus en plus nombreux à subir cette violence au quotidien. L’enquête du "Nouvel Observateur".

C’est une goutte. Le 11 juin à Paris, Elie M., 12 ans, a dit à ses parents qu’il faudrait changer de nom : au collège on l’avait traité de "sale juif". Le 30 avril à Marseille, deux jeunes garçons ont été interpellés dans la rue : "Nous, on est pour la Palestine, on n’aime pas les juifs, on va tous vous tuer, on va tous vous exterminer, sales juifs que vous êtes." Puis ils se sont fait casser la gueule. Le 8 juin à Sarcelles, un adolescent a été insulté par trois jeunes : "Ferme ta gueule, sale juif." Il s’est défendu ; l’un d’eux l’a tenu au cou pendant que les deux autres le frappaient. Ça ne fait pas de bruit, une goutte, on ne l’entend que si on tend l’oreille.

Le 26 mars à Paris, un enfant de 11 ans portant tsitsits, ces franges traditionnelles, a pris des coups de poing au visage à quelques mètres de son école. "Sale juif", a dit son agresseur. Le même jour à Rillieux-la-Pape, dans le Rhône, en rentrant de la synagogue, un rabbin a été insulté par une bande de gamins de 12 ans environ. Ils lui ont jeté des pierres.

"J’aime pas les juifs, c’est comme ça"

Quatre jours plus tôt, Mohamed Merah avait été abattu par la police à l’issue d’une équipée sanglante dans laquelle il avait tué sept personnes dont trois enfants juifs et un rabbin dans une école confessionnelle. Chaque fois c’est pareil : on pense que l’horreur d’un crime éteindra les mauvais instincts. Mais l’émotion, pour être générale, n’est jamais unanime. Au contraire. Le djihadiste toulousain est devenu un genre de héros pour une petite minorité. Des tags à sa gloire, un peu partout, ont fleuri. Lors de la minute de silence imposée dans toutes les écoles en hommage aux victimes de l’école Ozar Hatorah, de nombreux incidents ont été répertoriés.

A Caussade, dans le Tarn-et-Garonne, une collégienne a dit : "Pour les juifs, je m’en fiche, mais s’il y a des Arabes, on peut le faire. J’aime pas les juifs, c’est comme ça." Convoqués, ses parents l’ont soutenue : "Vous ne faites rien pour les Palestiniens." A Marseille, une famille a été prise à partie par un doctorant en physique de 24 ans. Fils d’une universitaire et d’un ingénieur, il voulait "parler de la Palestine" avec le père de famille et lui a cassé la mâchoire. "J’ai vu à sa tête qu’il était sioniste", a expliqué à ses juges celui pour qui Mohamed Merah était un "résistant". Il a été condamné à un an ferme.

"Un climat"

Une goutte dans un océan d’actualité. Une de plus. On aimerait l’oublier, la laisser tomber puis sécher dans son coin, la dédaigner. Mais elle revient toujours, avec une régularité de métronome. La France n’en a pas fini avec l’antisémitisme.

Bien sûr, les juifs n’ont pas le monopole de la crainte. Ils ne sont pas la seule communauté à souffrir d’agressions de toute sorte. Ils ont moins de soucis que d’autres pour trouver un logement ou un travail. Mais s’ils portent une kippa, ils ne peuvent plus se promener sans peur dans certains quartiers. Des rabbins se font chahuter, on leur pique leur chapeau en passant, quand on ne les insulte pas. Les jours de shabbat, où les plus pratiquants des juifs sont les plus visibles et aussi les plus vulnérables (se déplaçant à pied et sans téléphone portable, pour respecter le dogme), les incidents se multiplient.

Dans certains quartiers populaires des régions parisienne, marseillaise ou lyonnaise, il y a, comme on dit, "un climat". Pas forcément une tension. Mais "un climat", malsain. Une vieille femme, vivant depuis toujours dans son immeuble à Marseille, trouve un matin la mention "sale juive" sur sa boîte aux lettres. Romy H., à Cannes, se demande si sa voisine, qui râle sans cesse contre ses "odeurs de cuisine" et trouve que la mezouzah qu’elle a mise au seuil de sa porte conformément à sa tradition religieuse dégrade les parties communes, n’a pas "un problème avec les juifs".

La plupart des incidents ne vont pas jusqu’à la violence et ne se terminent pas dans le sang comme début juin à Villeurbanne lorsque trois juifs ont été attaqués par une bande. Ce jour-là, l’un d’eux a été frappé à la tête avec un marteau. En général, il n’y a même pas de quoi porter plainte : à quoi bon prendre le risque de représailles pour si peu ?

Grand défouloir

C’est obsédant, une goutte. Ca peut rendre fou. Le récit de ce nouvel antisémitisme, diffusé à la vitesse du clic, va plus vite que le cheval au galop du shtetl d’antan. Les médias sont accusés d’être les amis des Arabes et donc, par paresseuse et injuste translation, forcément antisémites. Dans les boîtes mail, les listes de diffusion, mayonnaise anxiogène, font tourner en boucle les incidents, les amplifient.

De l’autre côté, le Net charrie son torrent de haine loin de tous ces médias (les mêmes) accusés immanquablement d’être dans la main du "lobby juif". Les modérateurs des sites internet le savent bien, qui doivent bloquer l’accès aux commentaires dès qu’il se passe quelque chose au Proche-Orient : la Toile est le grand défouloir des haines. Cette hypersensibilité se double parfois d’une maladresse, voire d’une tendance paranoïaque à faire de tout acte contre un juif une preuve indiscutable de l’antisémitisme rampant.

Le nombre d’acte antisémites flambe

Pour désamorcer les critiques en exagération, le Conseil représentatif des Institutions juives de France (Crif ) s’est doté en 2003 d’un outil de comptabilisation des actes antisémites validés par le ministère de l’intérieur. Le Service de Protection de la Communauté juive (SPCJ), enregistre et centralise toutes les plaintes.

Dans l’obs : Antisémitisme, ce qu’on ne veut pas dire, par Laurent Joffrin

En 2011, 389 actes ou menaces ont été recensés, contre 466 en 2010. Ce qui fait dire à Ariel Goldmann, vice-président du Crif et porte-parole du SPCJ, que "depuis dix ans on est systématiquement à plus de 300 actes par an". Depuis le début de l’année 2012, et surtout depuis l’affaire Merah en mars, les chiffres flambent : fin mai, déjà 268 actes répertoriés, dont 78 actions violentes (dégradations, violences sur personne) et 190 menaces et actes d’intimidation (tracts, tags, injures).

La majorité des signalements se situent à Paris, en Ile-de-France, en banlieue lyonnaise et à Marseille. "L’antisémitisme d’extrême droite est plus organisé, selon le service juridique de la Ligue internationale contre le Racisme et l’Antisémitisme (Licra). Celui des banlieues semble plus spontané, non prémédité : ils se promènent, ils voient une kippa, ils se lâchent…" Comme si les uns disaient tout haut ce que d’autres pensent tout bas.

Un antisémitisme souvent le fait de jeunes se disant musulmans

Ca revient toujours sur le lieu de son crime, une goutte. Eternellement par le même chemin. Si l’antisémitisme aujourd’hui est souvent le fait de jeunes issus du Maghreb ou d’Afrique noire et se disant musulmans, il n’est pas éloigné de l’antisémitisme occidental, si banal et florissant dans les années 1930. S’y ajoute la mélasse politico-religieuse transposée du confit israélo-palestinien et de l’antiaméricanisme. Mis à l’envers, le logo de Coca-Cola voudrait dire : "Pas d’Allah, pas de Mecque" en arabe. "On m’a même expliqué très sérieusement que lorsqu’on débouche une bouteille de Coca, on entend le mot "juif" !" sourit un professeur.

Ainsi, comme un démon increvable, l’antisémitisme renaît toujours, crachant les mêmes clichés (le-juif-est-riche-puissant-solidaire), grimaçant la même haine (éradiquons-le-juif), mélangeant sa mauvaise bouillie (le-juif-tue-les-Palestiniens). Pour Nicole Yardeni, du Crif de Midi-Pyrénées, ces jeunes perpétuent un antisémitisme très virulent dans le monde arabe, que les juifs issus d’Afrique du Nord ont connu autrefois et que les jeunes Arabes de France ont dans leurs mémoires. Le cliché du juif et de l’argent est plutôt fort dans le monde chrétien. Dans le monde arabe, on assimilerait plutôt le juif à la femme, c’est-à-dire à l’inférieur."

Le 14 mai, dans le métro parisien, Roger O. a été agressé par un homme noir qui lui a dit : "Salope, tapette, tu es juif : tu as vu comment tu es habillé ?"

Qui est juif ? Qui est musulman ?

Des clichés, Isabelle Wekstein, avocate de confession juive, en a entendu depuis qu’elle fréquente les établissements scolaires avec Mohamed Ulad, un réalisateur d’origine marocaine. L’idée de départ est simple : demander aux élèves lequel des deux est juif, lequel est musulman. Un garçon, s’adressant à Mohamed Ulad :

- "Vous, monsieur, à 100%, vous êtes juif . A cause de votre coupe de cheveux."

Combien y a-t-il de juifs en France, d’après vous ? demandent-ils ensuite aux adolescents.

- "Au moins 30 millions, répond une fille, mais ils se cachent, on ne le sait pas."

Se souviennent-ils d’Ilan Halimi, ce jeune juif supplicié par le "gang des barbares" de Youssouf Fofana ?

- "Oui, c’était un Israélien qui a été tué parce qu’il avait de l’argent, les juifs sont riches. S’il aurait [sic] été juif, Fofana serait pas parti en prison à vie, les juifs s’en sortent mieux que les Noirs et les Arabes."

"Il y a quelques années, l’antisémitisme de ces jeunes se référait a u confit israélo-palestinien, dit Isabelle Wekstein. Aujourd’hui, il ressemble de plus en plus à celui des années 1930." Pour le président de la Licra, Alain Jakubowicz, "la ‘dieudonnisation’ des esprits qui gagne dans les banlieues n’est pas moins dangereuse que la lepénisation dont elle est le complément d’objet direct".

La tentation du repli

C’est destructeur, une goutte. "Le grand trauma de la communauté juive reste la vague d’antisémitisme des années 2000-2002 dans les banlieues, analyse l’historien Tal Bruttmann. Une partie de la communauté s’est sentie abandonnée par le gouvernement Jospin et a basculé à droite. Elle reproche à la gauche de ne pas se détacher de cette idée bien-pensante selon laquelle une minorité ne pourrait pas elle-même se montrer raciste. Or c’est bien le cas, et c’est vrai dans les deux sens : la hausse de cet antisémitisme-là conforte le racisme et l’islamophobie d’un certain nombre de juifs."

Depuis dix ans, le nombre d’enfants quittant l’école publique pour des écoles juives ne cesse d’augmenter. Ils sont 30.000 aujourd’hui (sur une communauté globale estimée à 600.000 juifs), repliés derrière les murs protégés de ces établissements. "Les gens se demandent s’ils doivent rester", assure Sammy Ghozlan, responsable du Bureau national de Vigilance contre l’Antisémitisme. Des jeunes s’inventent un avenir ailleurs, aux Etats-Unis, les plus anciens se disent qu’ils pourraient aller vivre en Israël. D’autres s’alarment d’une montée des tensions : "On ne sait plus comment tenir nos jeunes qui chaque samedi se font insulter en boîte de nuit, dit Michèle Teboul, responsable du Crif Marseille Provence. Notre équipe de foot ne peut plus participer aux compétitions, ça tournait chaque fois au pugilat. Mais nous ne pouvons pas les priver de tout."

A Toulouse, les jeunes ont un numéro de téléphone où appeler pour obtenir de l’aide : des amis arrivent alors en scooter, "pour faire nombre". Ariel Goldmann veut nuancer :

On vit très bien son judaïsme en France, mais il y a des endroits où c’est plus difficile. Ces endroits sont difficiles pour tout le monde, nous ne prétendons pas en être les seules victimes."

Toujours la crainte d’en faire trop et d’alimenter cette idée ancrée qu’il n’y en a que pour les juifs. Alors beaucoup se taisent, effacent le graffiti sur la devanture du magasin casher, réparent la mezouzah dix fois dégradée, ne veulent pas faire de vagues.

"L’un d’eux l’a poignardé à plusieurs reprises"

David, lui, est corse. Il y a deux ans, il était avec un de ses amis sur un banc, dans un square du 13e arrondissement de Paris, quand une dizaine de jeunes gens les ont pris à partie. "Soudain l’un d’eux a crié : ‘Sale juif’. Je pense qu’il avait vu l’étoile de David autour du cou de mon ami. Ca a été comme un top départ. Ils l’ont roué de coups de pied et de poing et l’un d’eux l’a poignardé à plusieurs reprises dans le bras. Ils disaient : ‘On va te saigner, sale juif’. Avant cela, comme beaucoup de gens, je pouvais penser que les juifs sont dans la victimisation, qu’ils exagèrent. Depuis cela, je sais que l’antisémitisme existe. Ils l’auraient tué si je ne les avais pas finalement fait fuir. Juste parce qu’il est juif. Ils ont été arrêtés, ils avaient entre 15 et 17 ans."

A Marseille, on raconte l’histoire de cette vieille dame de 83 ans. Cambriolée, elle a vu son voleur revenir après son forfait. "Il a dû voir sa mezouzah en sortant", souffle Michèle Teboul. Alors, il l’a violée. "Ne me fais pas ça, je suis tunisienne comme toi", suppliait la dame. "Tu n’es pas tunisienne, tu es juive", lui aurait dit le violeur. Confondu par son ADN, il a été arrêté. Il a 15 ans. C’est monstrueux, une goutte.

Voir enfin:

French Jews/ No Future

 The Toulouse massacre did not bring French anti-Semitism to a halt. It actually increased.

 Michel Gurfinkiel

 August 12, 2012

“Any time young people approach me in order to get married, I ask them various questions about their future. Eighty percent of them say they do not envision any future in France.” This is what one rabbi in Paris told me last week. I heard similar statements from other French rabbis and lay Jewish leaders: “We have a feeling the words are on the wall now,” one leader in the Lyons area confided to me. “It is not just our situation in this country deteriorating; it is also that the process is much quicker than expected.”

Even the chief rabbi of France, Gilles Bernheim, may be sharing that view now. A philosopher (holding a prestigious French agrégation degree in philosophy), a graduate of the French Rabbinical School in Paris, and a former student at some of the most orthodox yeshivoth (Talmudic academies) in Jerusalem, Bernheim was until recently very eager to reconcile traditional Judaism with Europe’s “open society.” He has just devoted a book to France as a nation and how Jews can contribute to France’s public debates (N’oublions Pas De Penser La France), and in 2008, the year he was elected chief rabbi, he coauthored a book on Judeo-Christian dialogue (Le Rabbin et le Cardinal) with Cardinal Philippe Barbarin.

Despite all that, Bernheim suddenly warned Jewish leaders a few weeks ago about a growing “rejection” of Jews and Judaism in France, something he linked to the global passing of “Judeo-Christian values” in French society as a whole.

The immediate reason for Jewish pessimism in France and for Bernheim’s change of heart may be the Toulouse massacre last March: the murder in cold blood of three Jewish children and a Jewish teacher by Mohamed Merah, a Muslim terrorist, on their school’s premises. This crime, instead of instilling more compassion and understanding towards the Jewish community, has actually generated more anti-Jewish violence and hate talk, as if Merah was not seen as a vile thug but rather as a model by parts of the population.

There were no less than six cases of aggravated assault on Jewish youths or rabbis in France from March 26 to July 5, including one case in Toulouse again. According to the Representative Council of French Jewish Organizations (CRIF), anti-Semitic incidents of all sorts have increased by 53% compared to the same period last year.

President François Hollande and Minister of the the Interior Manuel Valls must be credited for taking the present anti-Semitic crisis seriously, a noted departure from the ambivalent attitude of the last socialist administration of Prime Minister Lionel Jospin ten years ago. On July 22 — on the seventieth anniversary of the “grande raffle” (“great round-up”) of Jews by the Vichy government police in 1942 — Hollande drew a parallel between the Toulouse massacre and the deportation and mass murder of Jewish children during the Holocaust. As for Valls, he not only repeatedly acknowledged that “there was an upsurge of anti-Semitism in France,” but on July 8 went so far as to stigmatize the “most stupid, most dangerous new anti-Semitism” brooding among “young and not-so-young people” in the “neighborhoods” (a code word for Muslim enclaves). Quite a bold statement, since the Socialist party and the Left at large primarily derive their present electoral edge in France from the Muslim vote. Valls and his staff may also have inspired several no-nonsense reports on anti-Semitism that were recently published in the liberal, pro-socialist press.

The connection between Muslim immigration — or Muslim-influenced Third World immigration — and the rise of a new anti-Semitism is a fact all over Europe. Muslims come from countries (or are culturally attuned to countries) where unreconstructed, Nazi-style Jew-bashing dominates. They are impervious to the ethical debate about the Holocaust and the rejection of anti-Jewish stereotypes that were gradually incorporated into the European political discourse and consciousness in the second half of the 20th century (to the point that lessons on the Holocaust are frequently dropped from the curriculum at schools with a plurality or a majority of Muslim pupils), and are more likely than non-Muslims to engage in assaults, attacks, or harassment practices directed at Jews. Moreover, Muslim anti-Semitism reactivates in many places a dormant, but by no means extinct, non-Muslim European anti-Semitism. Once Muslims are unopposed, or at least unprosecuted, when they challenge the historical veracity of the Holocaust or when they refer to the The Protocols of the Elders of Zion as an authentic document, a growing number of non-Muslims feel free to do the same.

Muslim immigration is nurturing European anti-Semitism in more surprising ways as well. One unintended and ironic consequence of European Islam’s demographic growth is that Jews are frequently amalgamated with Muslims. Many people use a widespread concern about a growing influence of Islam in Europe as a way to hurt Jews as well, or to hit them first.

Clearly, there are outward similarities between Judaism and Islam. Both religions originated in the Near East, and are — as of 2012 — related to Near or Middle East countries. Both use Semitic languages. Both insist on rituals, particularly in terms of gender roles, family life, or food, that do not fit with the current mainstream European way of life

However, differences between Judaism and Islam may outweigh similarities. As far as Near Eastern or Middle Eastern countries are concerned, Muslims turn to Saudi Arabia and Pakistan, the strongholds of anti-Western hatred, while Jews turn to Israel, the super-Western “start-up nation.” In terms of ritual, kosher slaughtering — a quasi-surgical operation — is as remote from halal slaughtering as from secular slaughtering. Jewish circumcision is performed on newborn babies and is much closer to secular prophylactic circumcision (as it is largely practiced in the United States) than to Islamic circumcision, which is performed on boys in their preteens or early teens. And when it comes to relations between politics and religion, there is simply a chasm between the two religions. Judaism (including Orthodox Judaism) is not interested in mass conversion; does not seek to wrest Europe or any historically Christian part of the world from Christianity; recognizes the supremacy of state law over religious law in non-ritual matters; and sees Western democracy — a polity based on the rule of law — as the most legitimate political system.

But Europeans are not culturally equipped to understand such nuances or to keep them in mind (far less than the Americans, who are more religious-minded, more conversant in Biblical matters, and more familiar with the Jewish way of life). Jules Renard, an early 20th century French writer, wrote about his cat: “I keep telling him to hunt mice and let the canaries alone. Very subtle guidelines, I must admit. Even intelligent cats can get wrong on this issue.” And decide that eating canaries is easier and more satisfying than hunting mice. Regarding Judaism and Islam, most Europeans are like Renard’s cat. And what usually originates as a reaction against difficulties linked to radical brands of Islam quickly evolves into a primarily anti-Jewish business.

Earlier this year in France, during the last months of the conservative Sarkozy administration, a debate about the rapidly growing halal meat industry led to attacks against the kosher meat industry as well, complete with uncomely remarks about “old-fashioned rituals” by then-Prime Minister François Fillon. While Fillon subsequently “clarified” his views, the Sarkozy administration upheld its support for some kind of “tagging” of “ritually slaughtered meat,” a European Union-promoted practice that would prompt commercial boycott of such food and thus make it financially unaffordable for most prospective buyers. Since kosher meat regulations are much stricter than halal meat regulations, religious Jews would be more hurt at the end of the day than religious Muslims. The reason why French conservatives were so fond of tagging is that a 2009 poll shows a 72% rejection of “ritual slaughtering” writ large. And Marine Le Pen, the far-right presidential candidate, dwelled on that issue for a while.

In Germany, a rare case of malpractice by a German Muslim doctor in a Muslim circumcision led a court in Cologne to ban circumcision on children all over Germany on June 19, on the quite extravagant grounds that only legal adults may decide on issues irreversibly affecting their body, except for purely medical reasons. Which is tantamount, in the considered issue, to denying parents the right to pass their religion to their children.

Conservative Chancellor Angela Merkel immediately filled a bill to make religious circumcision legal in Germany, and it was passed on July 19 by the Bundestag (somehow, German conservatives are nowadays more genuinely conservative than, say, their French counterparts). But according to a YouGov poll for the DPA news agency released at about the same moment, 45% of Germans support the ban, while only 42% oppose it.

In an even more ominous instance, Judaism has been singled out in a protracted intellectual debate in France since early June, as the fountainhead, past and present, of totalitarianism and political violence and thus as a more dangerous religion than radical Islam.

The charge was made in Le Point, an important right-of-center newsmagazine, by Michel Onfray, a commercially successful dabbling philosopher and a long-time supporter of the radical Left, who himself reviewed and approvingly quoted Who Is God? (Qui est Dieu), an essay by another controversial author, the former diplomat Jean Soler.

In the 1970s Soler, who holds an agrégation degree in Greek and Latin classical studies but was never academically trained in anthropology, Semitics, or Near Eastern history, applied a structuralist approach to the study of Jewish rituals and won some polite applause from French, Israeli, and American scholars. Later on, when structuralism fell out of fashion, he sort of remixed his early work with neo-Marcionite currents in 19th century and early 20th century German and French Biblical criticism which claimed there was no spirituality at all, and indeed no real monotheism, in the Old Testament, a narrowly “tribalist” book. Or that everything spiritual in the Old Testament was a transplant from other cultures, either Pharaonic Egypt or Indo-European Iran.

Very few people in France realize what Soler’s later writing is really about, and that his approach or sources do not fit present academic standards. Even fewer people are aware that the neo-Marcionite hypothesis to which Soler has switched and which Onfray supports exerted a major influence on Nazi anti-Semitism (including the so-called “German Christian” movement) and remained after 1945 a major polemical tool in neo-Nazi or post-Nazi circles. So much so that the media had no qualms engaging for weeks in multifaceted debates and discussions about the Soler/Onfray contentions and thus, for all practical matters, promoted them.

The second half of the 20th century was a golden age for French Jews, both in terms of numbers (from 250,000 souls in 1945 to 700,000 in 1970 due to population transfers and natural growth) and in terms of religious and cultural revival. There was only one shadow: the French government’s anti-Israel switch engineered by Charles de Gaulle in 1966, in part as a consequence of a more global anti-American switch. The 21st century may however be a much darker age. After a first wave of anti-Jewish violence in the early 2000s, some Jews left for Israel or North America. Emigration never really ceased since then, and may soon reach much more important proportions.

Michel Gurfinkiel is the Founder and President of the Jean-Jacques Rousseau Institute, a conservative think-thank in France, and a Shillman/Ginsburg Fellow at Middle East Forum.

© Michel Gurfinkiel & PJMedia, 2012


Délinquance étrangère: Le PS, quant à lui, s’est aussitôt élevé contre cette "politique du bouc émissaire" (Grateful Champs Elysees tourists to finally get their Romanian beggars back)

26 juin, 2012
Avant, on était dans une situation de liberté totale. Maintenant, quand on entre dans un magasin, si les employés se rendent compte qu’on est des Roms, on est suivi partout dans les rayons où l’on va, jusqu’à la sortie du magasin. On ne peut plus rien voler. Elena B. (Rom de Rouen, 13.08.10)
Xénophobie: La France épinglée par la presse internationale. En multipliant les déclarations discriminatoires à l’encontre des “Français d’origine étrangère” puis des Roms, Nicolas Sarkozy et ses proches cherchent avant tout à reconquérir une partie de leurs électeurs déçus en tablant sur leurs préjugés racistes, constatent les commentateurs étrangers qui s’inquiètent de ces dérives. Courrier international
Le maire PS de Paris avait dénoncé une mesure stigmatisante. Le Figaro
Le PS, quant à lui, s’est aussitôt élevé contre cette «politique du bouc émissaire». Le Figaro
Les chefs de réseau n’hésitaient pas à se battre, parfois au couteau, pour récupérer des mendiants handicapés car ces derniers pouvaient gagner quotidiennement trois fois plus qu’un valide, soit 150 euros. Direction départementale de la sécurité publique de Haute-Savoie. Direction départementale de la sécurité publique de Haute-Savoie
On a fait des études qui montrent que le taux de paiement des amendes est proche de 0, la sanction est très peu incitative et il y a eu des évolutions juridiques qui nous poussent à repenser nos reconduites à la frontières. Par exemple un Roumain -citoyen de l’Union européenne- reconduit dans son pays "se retrouve à nouveau trois jours après sur les Champs Elysées.  M. Lerner (directeur-adjoint de cabinet du préfet de police de Paris)

A l’heure où après avoir été délivrée du néo-pétainisme sarkozyen, une France  reconnaissante s’impatiente comme ses voisins de recevoir la suite des nombreux cadeaux promis …

Et en ce jour où le préfet de Paris nouvellement nommé vient d’abroger l’une des mesures les plus "stigmatisantes" d’une véritable "politique de bouc émissaire" …

Pendant que dans nos lointaines provinces la machine stigmatisante continue à marcher à plein régime …

Retour justement sur cette ignominieuse tentative de l’ancien et néo-fasciste ministre de l’Intérieur Claude Guéant de priver nos Champs Elysées mêmes des joyeuses bandes de chérubins roumains qui égayaient  si délicieusement jusqu’alors le séjour de nos chers touristes …

Claude Guéant s’attaque à la délinquance roumaine

Jean-Marc Leclerc

Le Figaro

12/09/2011

INFOGRAPHIE – L’Intérieur annonce des mesures radicales pour éloigner les mineurs pris en flagrant délit. La mendicité est interdite sur les Champs-Élysées à compter de mardi.

Une mesure «exceptionnelle mais proportionnée». C’est en ces termes que le préfet de police de Paris, Michel Gaudin, qualifie l’arrêté antimendicité qu’il édicte à compter de ce jour sur les Champs-Élysées. Depuis lundi soir à minuit, sur «la plus belle avenue du monde», il est donc devenu interdit de se livrer tant à la mendicité qu’à ses «formes assimilées», comme la présentation aux passants de fausses pétitions en vue de récolter de l’argent.

La mesure est valable six mois, jusqu’au 6 février, pour inclure la période des fêtes de fin d’année. Et elle vise bien en priorité les groupes de Roumains, souvent mineurs, pris en charge par des réseaux mafieux qui ont mis en coupe réglée certains secteurs de la capitale, mais aussi ses transports. Le ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, qui présentait lundi à Paris, son plan contre cette forme de délinquance, s’est voulu parfaitement clair: «Cela suffit, ce n’est plus possible pour nos concitoyens, il faut y mettre fin», a-t-il martelé.

D’emblée, le premier flic de France a situé les enjeux. Selon lui, 10% des personnes passant devant les tribunaux parisiens sont aujourd’hui de nationalité roumaine. La moitié de ces interpellés sont mineurs. Ces mêmes Roumains pèseraient, à eux seuls, 2% de la délinquance générale en France, s’illustrant dans le vol à la tire ou à la sortie des distributeurs de billets, dans les cambriolages ou les ventes à la sauvette.

Amende de 38 euros

Sur les sept premiers mois de l’année, la Préfecture de police a mis en cause 4.800 Roumains contre 2.500 pour la même période en 2010, soit une augmentation «de plus de 90%», s’est exclamé le ministre. Des augmentations importantes de l’activité policière ont également été constatées à Marseille et à Lyon. «Je ne stigmatise rien, ni personne, a assuré Claude Guéant. C’est une réalité judiciaire. Il y a une montée très importante de cette délinquance.» Qui appelle donc, dans son esprit, une réponse ferme et rapide. «Il faut passer à la vitesse supérieure en ce qui concerne le retour des présumés délinquants roumains dans leur pays d’origine», soit «volontaires, soit forcés», a-t-il d’abord ordonné. L’arrêté antimendicité parisien prend dès lors tout son sens, puisque son non-respect, sanctionné d’une amende de 38 euros, permet surtout un contrôle d’identité et donc des mesures d’éloignement en cas d’infraction aux règles de séjour.

Pourquoi alors ne pas l’avoir étendu à d’autres secteurs? La «P.P.» a préféré opter pour une démarche «expérimentale sur un lieu symbolique», quitte à prendre d’autres arrêtés plus tard, dans d’autres quartiers, comme autour du Sacré-Cœur, par exemple.

Lundi, Claude Guéant arguait du caractère national de son plan contre cette forme de délinquance. Il s’est félicité de la prochaine nomination d’un juge roumain à Paris pour suivre les dossiers et de la coopération des services d’aide à l’enfance roumains pour prendre en charge les mineurs renvoyés dans leurs familles. Il a aussi promis une surveillance des points d’entrée des Roumains sur le territoire français. Le PS, quant à lui, s’est aussitôt élevé contre cette «politique du bouc émissaire».

Voir aussi:

Les arrêtés anti-mendicité pas reconduits à Paris

Nouvel Observateur

 20-06-2012

Le nouveau préfet de police de Paris ne reconduira pas les arrêtés anti-mendicité pris il y a un an dans certains quartiers du centre de la capitale, estimant notamment que "la sanction associée" s’est révélée "peu dissuasive"

Le nouveau préfet de police de Paris Bernard Boucault s’est démarqué de son prédécesseur Michel Gaudin en ne reconduisant pas les arrêtés anti-mendicité, les jugeant pas assez efficaces, tout en annonçant son projet d’accélérer la lutte contre les réseaux mafieux.

Trois arrêtés anti-mendicité avaient été pris il y a un an tout juste sur les secteurs des Champs-Elysées, des Grands magasins et du Louvre.

Interrogé mercredi par des élus UMP qui ont demandé leur prolongation, Nicolas Lerner, directeur-adjoint de cabinet du préfet de police, a annoncé au Conseil de Paris qu’ils ne seraient "pas reconduits dans l’immédiat" mais que "cette décision pourra être reconsidérée en fonction de l’évolution du cadre juridique et de la situation sur le terrain".

La préfecture de police a admis que ces arrêtés avaient –sur le moment– fait diminuer les "nuisances" et les "délits" associés à "certaines formes de mendicité" (comprendre la mendicité Rom essentiellement, ndlr), mais ils ont très vite trouvé leur limite.

Par exemple la mendicité est actuellement verbalisée 38 euros, et si le contrevenant "récidive", il peut être amené à être reconduit dans son pays pour motif de "trouble à l’ordre public".

"On a fait des études qui montrent que le taux de paiement des amendes est proche de 0, la sanction est très peu incitative et il y a eu des évolutions juridiques qui nous poussent à repenser nos reconduites à la frontières", a ensuite expliqué à la presse M. Lerner. Par exemple un Roumain -citoyen de l’Union européenne- reconduit dans son pays "se retrouve à nouveau trois jours après sur le Champs Elysées".

Le préfet bientôt en Roumanie Pour l’année 2011, la préfecture de police a ainsi reconduit 250 Roumains pour toute la capitale mais sur les zones des arrêtés cela n’a concerné qu’une trentaine de personnes.

Quant à celles placées en rétention avant leur expulsion, a ajouté M. Lerner, "lorsqu’elles contestent les décisions devant le tribunal administratif, celui-ci leur donne quasi-systématiquement raison".

Le ministre de l’Intérieur de l’époque Claude Guéant avait jugé ces arrêtés "utiles" tandis que le maire PS de Paris avait dénoncé une mesure stigmatisante.

L’adjointe PS chargée de la sécurité Myriam El Khomri a ainsi demandé au préfet mercredi de ne pas renouveler ces arrêtés "non pas par dogmatisme stérile ni pas angélisme mal placé", mais "par souci constant d’efficacité".

Elle a demandé "un bilan quantitatif et qualitatif de l’impact de ces arrêtés anti-mendicité" et reste "convaincue que la conséquences de ces arrêtés est le déplacement de la misère d’une rue à une autre", ce qu’a constaté la préfecture de police.

Le maire UMP du Ier arrondissement que couvrait partiellement un des arrêtés a souhaité que "la fin des arrêtés ne coïncide pas avec une recrudescence brutale" de la mendicité.

Le patron de la fédération UMP de Paris et maire du XVe Philippe Goujon, qui en avait réclamé un dans son arrondissement, a regretté que "le préfet de police, pour des raisons sans doute idéologiques, cédant à la pression du maire de Paris, prive la police et la justice d’un outil qui pouvait permettre de s’opposer à la mendicité agressive et contribuer au démantèlement des réseaux mafieux".

M. Lerner a justement rappelé que "l’objectif prioritaire" est "l’accélération des affaires de démantèlement des réseaux et la mise hors d’état de nuire des bénéficiaires de ces trafics".

M. Boucault va organiser une réunion au parquet "pour faire le point des affaires en cours", et il se rendra en Roumanie "dès la rentrée prochaine" pour y rencontrer les autorités policières.

Voir également:

Une filière de mendiants esclaves à la frontière suisse

Christophe Cornevin

Le Figaro

25/06/2012

Une cinquantaine de personnes originaires d’un même village de Roumanie ont été interpellées pour mendicité massive. Le responsable de l’organisation a été mis sous écrou.

Six mois d’investigations serrées et la collaboration policière de trois pays ont été nécessaires pour mener à bien le démantèlement d’une filière de traite des êtres humains. Elle réduisait des compatriotes à l’esclavage, les obligeant à mendier à la frontière franco-suisse. Au total, 54 Roms ont été interpellés, parmi lesquels figurent les lieutenants de l’organisation et le chef du réseau, qui a été incarcéré.

L’affaire, particulièrement sordide, a démarré dans le cadre d’une enquête préliminaire déclenchée en Haute-Savoie en décembre dernier. Les policiers de la Sécurité publique sont alertés par le déferlement de dizaines de mendiants aux pratiques agressives, installés sur la commune de Gaillard, entre Annemasse et Genève. Tous exilés de la ville de Barbulesti, village isolé des Carpates où règne la misère, ils y ont contracté contre leur gré des «dettes», des caïds locaux les forçant notamment à jouer – et bien sûr perdre – aux dés. «Ces pauvres gueux, qui devaient ensuite rembourser leurs créanciers à des taux usuraires, tombaient sous le joug absolu de l’organisation», précise une source proche du dossier.

Ils vivaient dans des épaves de voitures

En guenilles, ils vivaient dans des garages désaffectés, sur des matelas découpés posés à même la rue, dans des caves ou encore dans des épaves de voitures, moyennant une «taxe de séjour» de 150 euros par semaine exigée par une poignée de nervis les tenant sans cesse sous leur férule. « Âgés de 18 à 60 ans, ces forçats de la main tendue, dont un bon tiers de femmes, ont été envoyés à la frontière sans jamais pouvoir se rebeller, par peur des représailles», observe le commissaire principal Philippe Guffon, qui a supervisé l’enquête. Au gré des surveillances et des filatures, les policiers ont démonté un système bien huilé. Sous l’œil de cerbères qui les surveillaient, les mendiants quittaient au petit matin leurs caches sordides pour franchir la frontière en bus, en tramway, voire à pied, et rejoindre les rues de Genève pour accoster avec insistance les passants.

Chacun devait rapporter au minimum 50 euros

La ville suisse «est réputée comme l’une des plus riches d’Europe et la mendicité est devenue un tel problème que les habitants n’hésitent plus à s’organiser entre eux pour évacuer cette présence indésirable», assure un enquêteur français. Selon certaines estimations, chaque mendiant devait rapporter chaque soir au minimum 50 euros en revenant en France. «Les chefs de réseau n’hésitaient pas à se battre, parfois au couteau, pour récupérer des mendiants handicapés car ces derniers pouvaient gagner quotidiennement trois fois plus qu’un valide, soit 150 euros», précise-t-on à la Direction départementale de la sécurité publique de Haute-Savoie.


Bilan Chirac: Nous avons été présidés par un délinquant pendant 12 ans et nous ne le savions pas! (Justice finally catches up with France’s first former head of state since WWII)

22 décembre, 2011
Voici un homme qui a dû se représenter à  sa réélection l’an dernier afin de préserver son immunité  présidentielle des poursuites judiciaires pour de graves accusations de corruption. Voici un homme qui a aidé Saddam Hussein à construire un réacteur nucléaire et qui savait très bien ce qu’il comptait en faire. Voici un homme à la tête de la France qui est en fait ouvertement à vendre. Il me fait penser au banquier de « L’Education Sentimentale » de Flaubert : un homme si habitué à la corruption qu’il payerait pour le plaisir de se vendre lui-même. Ici, également, est un monstre positif de vanité. Lui et son ministre des affaires étrangères, Dominique de Villepin, ont mielleusement déclaré que la "force est toujours le dernier recours. " Vraiment ? Ce n’était pas la position de l’establishment français quand des troupes ont été envoyées au Rwanda pour tenter de sauver le client-régime qui venait de lancer un ethnocide contre les Toutsis. Ce n’est pas, on présume, la position des généraux français qui traitent actuellement comme leur fief  la population et la nation ivoiriennes. Ce n’était pas la position de ceux qui ont commandité la destruction d’un bateau désarmé, le Rainbow oà l’ancre dans un port de Nouvelle Zélande après les manifestations contre la pratique officielle française d’essais nucléaires atmosphériques dans le Pacifique. (…) Nous nous rendons tous compte du fait que Saddam Hussein doit beaucoup d’argent à des compagnies françaises et à l’Etat français. Nous espérons tous que le parti Baath irakien n’a fait aucun cadeau privé à des personnalités politiques françaises, même si le moins qu’on puisse dire c’est que de tels scrupules des deux côtés seraient une anomalie. Est-il possible qu’il y ait plus en jeu que cela ? Il est très possible que le futur gouvernement de Bagdad ne se considère plus tellement responsable des dettes de Saddam. Ce seul fait conditionne-t-il la réponse de Chirac à une fin de régime en Irak ? (…) Charles de Gaulle avait un égo colossal, mais il se sentit obligé à un moment crucial de représenter une certaine idée de la  France à un moment où cette nation avait été trahie dans le servitude et la honte par son establishment politique et militaire. (…) Il avait un sens de l’histoire. Aux intérêts permanents de la France, il tenait à joindre une certaine idée de la liberté aussi. Il aurait approuvé les propos de Vaclav Havel – ses derniers en tant que président tchèque – parlant hardiment des droits du peuple irakien. Et on aime à penser qu’il aurait eu un mépris  pour son pygmée de successeur, l’homme vain, poseur et vénal qui, souhaitant jouer le rôle d’une Jeanne d’Arc travestie, fait de la France le proxénète abject de Saddam. C’est le cas du rat qui voulait rugir. Christopher Hitchens (2003)
Attendu  que (…)  Jacques Chirac a été l’initiateur et l’auteur principal des délits d’abus de confiance, détournement de fonds publics, ingérence et prise illégale d’intérêts (…) [et] que l’ancienneté des faits, l’absence d’enrichissement personnel (…), l’indemnisation de la Ville de Paris (…), l’âge et l’état de santé actuel  (…) ainsi que les éminentes responsabilités de chef de l’Etat qu’il a exercées pendant (…) douze années  (…) ne sauraient occulter le fait que (…) Jacques Chirac a manqué à l’obligation de probité qui pèse sur les personnes publiques (…) au mépris de l’intérêt général (…). Verdict de la 11e chambre correctionnelle de Paris (15.12.11)
Jacques Chirac reste la personnalité préférée des Français, selon une étude réalisée par Ifop pour Paris Match. (…) Jacques Chirac, qui fait toujours l’objet d’une procédure judiciaire et dont les problèmes de santé ont été rendus publics, est toujours en tête du classement, malgré une baisse de un point avec 73 % de bonnes opinions. Le Point (13.09.11)
Nous avons été présidés par un délinquant pendant 12 ans, et mon adversaire de 2002 est quelqu’un qui aurait dû être condamné à la prison. Le Pen
Ce jugement rendu après un véritable marathon judiciaire est la preuve de la nécessité et de l’utilité d’une justice indépendante et qui juge à égalité l’ensemble des citoyens (…) Aujourd’hui, la justice est faite et c’est moins la sanction que la condamnation qui est aujourd’hui centrale. Nul citoyen ne doit être au-dessus des lois si nous voulons redonner confiance dans la justice et la démocratie. Dans une République exemplaire, c’est le devoir des femmes et des hommes politiques que d’en finir avec ces pratiques malsaines. Eva Joly (candidate écologiste à l’élection présidentielle)
Ces circonstances ne doivent pas faire oublier l’engagement constant de Jacques Chirac au service de la France, ce qui lui vaut et lui vaudra encore l’estime des Français. Nicolas Sarkozy
C’est une décision qui à mon sens ne viendra pas altérer la relation personnelle qui existe entre les Français et Jacques Chirac. François Fillon
Ce que démontre ce procès, c’est que ce président aura beaucoup triché avec les règles pour se faire élire.  Denis Baupin (adjoint EELV au maire de Paris)
Je me félicite que la justice passe, qu’elle ne distingue pas les justiciables selon qu’ils soient puissants ou pas. C’est un bon signe pour la démocratie française qu’une justice indépendante puisse prononcer un tel verdict à l’égard d’un ancien président de la République. Cela confirme qu’il y avait donc bien eu à la mairie de Paris ce que nous savions déjà –puisque l’UMP avait indemnisé la Ville de Paris– il y avait donc eu un manque de probité dans ce système d’emplois fictifs. Benoît Hamon (porte-parole du Parti socialiste)

Nous avons été présidés par un délinquant pendant 12 ans et nous ne le savions pas!

Marchés truqués, voyages et frais de bouche bidouillés, faux électeurs et emplois fictifs, valises  et mallettes de billets africainesbarils de pétrole irakien

Une semaine après la condamnation historique du premier ancien chef d’Etat français depuis la guerre soit depuis 66 ans pour huit présidences mais aussi, sans compter la courageuse ténacité du militant vert parisien Pierre-Alain Brossault, 17 longues années de procédure et de manoeuvres dilatoires pour une peine largement symbolique …

Et à l’heure où le Canard enchainé confirme que ce n’est que sous la menace de tout déballer de ses trois anciens directeurs de cabinet à la mairie de Paris, peu désireux de payer tout seuls pour leur ex-patron, que le délinquant multirécidiviste qui nous a tenu lieu de président pendant 12  ans s’est résigné à ne pas faire un énième appel …

Et contre toutes les larmes de crocodiles de ceux qui, l’actuel président Sarkozy et son premier ministre Fillon en tête, se félicitent de ce que  "l’engagement constant de Jacques Chirac au service de la France lui vaut et lui vaudra encore l’estime des Français" …

Comme ceux qui tentent de se rassurer à bon compte d’un prétendu bon fonctionnement de la justice et de la démocratie françaises

Comment ne  pas s’inquiéter quand on voit que, mise à part l’heureuse exception de la candidate écologiste, ancienne juge et d’origine nordique (seule à demander par ailleurs sa démission du Conseil constitutionnel dont il est membre à vie) …

C’est comme d’habitude le seul éternel repoussoir de la politique française et fondateur du parti le plus vilipendé du pays qui aura le courage de dire la triste vérité

A savoir que "nous avons été présidés par un délinquant pendant 12 ans" et que nous ne le savons toujours pas?

Procès Chirac : le verbatim du verdict

Jacques Chirac a été condamné à deux ans de prison avec sursis dans le cadre de l’affaire des emplois fictifs de la ville de Paris. Dans ses attendus, le tribunal évoque notamment le fait que l’ancien président a "manqué l’obligation de probité qui pèse sur les personnes publiques". Voici les principaux extraits de ce jugement.

"Attendu que la responsabilité de Jacques Chirac, maire de Paris, découle du mandat reçu de la collectivité des Parisiens; qu’elle résulte également de l’autorité hiérarchique exercée par lui sur l’ensemble du personnel de la Ville de Paris et singulièrement sur ses collaborateurs immédiats au premier rang desquels son directeur de cabinet;

Attendu que le dossier et les débats ont établi que Jacques Chirac a été l’initiateur et l’auteur principal des délits d’abus de confiance, détournement de fonds publics, ingérence et prise illégale d’intérêts;

Que sa culpabilité résulte de pratiques pérennes et réitérées qui lui sont personnellement imputables (…)

Qu’en multipliant les connexions entre son parti et la municipalité parisienne, Jacques Chirac a su créer et entretenir entre la collectivité territoriale et l’organisation politique une confusion telle qu’elle a pu entraîner ses propres amis politiques;

Que le gain en résultant (…) a pu prendre la forme soit d’un renforcement des effectifs du parti politique dont il était le président soit d’un soutien à la contribution intellectuelle pour l’élaboration du programme politique de ce parti;

Attendu que par l’ensemble de ces agissements, Jacques Chirac a engagé les fonds de la Ville de Paris pour un montant total d’environ 1.400.000 euros;

Attendu que l’ancienneté des faits, l’absence d’enrichissement personnel de Jacques Chirac, l’indemnisation de la Ville de Paris par l’UMP et Jacques Chirac, ce dernier à hauteur de 500.000 euros, l’âge et l’état de santé actuel de Jacques Chirac, dont la dégradation est avérée, ainsi que les éminentes responsabilités de chef de l’Etat qu’il a exercées pendant les douze années ayant immédiatement suivi la période de prévention, sont autant d’éléments qui doivent être pris en considération pour déterminer la sanction qu’il convient d’appliquer à son encontre;

Attendu que ces éléments ne sauraient occulter le fait que, par son action délibérée, en ayant recours au cours de ces cinq années à dix neuf emplois totalement ou partiellement fictifs, Jacques Chirac a manqué à l’obligation de probité qui pèse sur les personnes publiques chargées de la gestion des fonds ou des biens qui leur sont confiés, cela au mépris de l’intérêt général des Parisiens;

Que dans ces conditions, le recours à une peine d’emprisonnement avec sursis dont le quantum sera fixé à 2 années apparaît tout à la fois adapté à la personnalité du prévenu ainsi qu’à la nature et la gravité des faits qu’il a commis."

La rédaction (avec AFP) – leJDD.fr

Voir aussi:

Sarkozy évoque "l’engagement constant de Chirac au service de la France"

Le JDD

15 décembre 2011

Retrouvez toutes les réactions politiques à la condamnation de Jacques Chirac.

Nicolas Sarkozy. Dans un communiqué, la présidence de la République indique que Nicolas Sarkozy "a pris acte de la décision de justice qui vient d’être prise à l’encontre du Président Jacques Chirac". "Il ne lui appartient pas de la commenter", précise le texte, qui se conclut par : "Ces circonstances ne doivent pas faire oublier l’engagement constant de Jacques Chirac au service de la France, ce qui lui vaut et lui vaudra encore l’estime des Français."

Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre de Jacques Chirac. Jean-Pierre Raffarin a qualifié mercredi sur France 3 la condamnation de l’ancien président de "triste nouvelle", estimant que ce jugement était "d’une grande sévérité et surprenant". "Je suis franchement surpris parce qu’il y a quelque chose d’un peu anachronique : on juge aujourd’hui des situations d’une autre époque, entre-temps de nombreuses lois ont changé la donne", a souligné le sénateur UMP. Pour Jean-Pierre Raffarin, Jacques Chirac "est quelqu’un qui est en paix avec lui-même, il a conscience qu’il a donné le meilleur de lui-même pour le pays", "mais ce genre de décision laisse forcément des cicatrices". "Aujourd’hui mon raisonnement n’est pas juridique mais personnel et c’est de la tristesse au coeur", a-t-il conclu.

Christian Jacob, président du groupe UMP à l’Assemblée nationale. Christian Jacob, très proche de Jacques Chirac, s’est dit jeudi "affecté" et "triste" de la condamnation de l’ancien président de la République. "Il souhaitait être jugé et être jugé comme un citoyen normal et assumer l’entièreté de ses responsabilités. Moi je pense qu’on aurait pu s’éviter ce procès mais ça n’était pas le souhait de Jacques Chirac", a-t-il déclaré sur France 2. "Jacques Chirac a fait le choix de se comporter comme il s’est toujours comporté, c’est-à-dire en chef, en disant : ‘j’assume l’entière responsabilité des faits’ et en protégeant ainsi en quelque sorte ses collaborateurs, ce qui est tout à son honneur", a ajouté le député de Seine-et-Marne.

François Hollande, candidate du PS à la présidentielle. François Hollande a déclaré jeudi que "la justice" était "passée" après la condamnation de Jacques Chirac à deux ans de prison avec sursis, mais a exprimé aussi "une pensée pour l’homme". "La justice est passée et elle devait passer pour que ne s’installe pas un sentiment d’impunité", a-t-il déclaré à Bondy (Seine-Saint-Denis) en marge d’une visite sur le thème de la formation des enseignants. Il a souligné le "retard par rapport aux faits" dans le dossier des emplois fictifs de Paris, ce qui "renvoie à la question du statut pénal du chef de l’Etat". "J’ai une pensée pour l’homme qui connaît en plus des ennuis de santé’", a-t-il ajouté.

François Fillon, Premier ministre. François Fillon a estimé jeudi que le jugement visant Jacques Chirac dans l’affaire des emplois fictifs de la Ville de Paris arrivait "vraiment trop tard", 20 ans après les faits, assurant qu’il n’allait pas modifier la bonne opinion qu’ont les Français de l’ex-président. "Je n’ai pas l’habitude de commenter des décisions de justice, je pense simplement que celle-ci arrive vraiment trop tard, plus de 20 ans après les faits", a déclaré le Premier ministre français lors d’une visite officielle au Brésil. "C’est une décision qui à mon sens ne viendra pas altérer la relation personnelle qui existe entre les Français et Jacques Chirac".

Jean-Louis Borloo, président du Parti radical. "Ca prouve que notre République, notre démocratie fonctionnent, que la justice s’applique à tous. A titre absolument personnel, ayant travaillé sous l’autorité de Jacques Chirac, notamment sur la rénovation urbaine des banlieues, permettez-moi d’être touché pour lui et sa famille", a déclaré l’ancien ministre sur RFI et France 24.

Eva Joly, candidate d’EELV à l’élection présidentielle : "Ce jugement rendu après un véritable marathon judiciaire est la preuve de la nécessité et de l’utilité d’une justice indépendante et qui juge à égalité l’ensemble des citoyens", estime la candidate d’Europe Ecologie – Les Verts. "Aujourd’hui, la justice est faite" et "c’est moins la sanction que la condamnation qui est aujourd’hui centrale. Nul citoyen ne doit être au-dessus des lois si nous voulons redonner confiance dans la justice et la démocratie. Dans une République exemplaire, c’est le devoir des femmes et des hommes politiques que d’en finir avec ces pratiques malsaines", assure Eva Joly dans un communiqué. Sur BFMTV, elle a également demandé la démission de Jacques Chirac du Conseil constitutionnel, dont il est membre à vie.

Denis Baupin, adjoint EELV au maire de Paris. "C’est une bonne nouvelle que la justice confirme ce que nous disions depuis de nombreuses années, qu’il y avait eu à Paris des pratiques frauduleuses", a estimé Denis Baupin. "Le regret, c’est qu’elle le dise si tard. Cela ne permet pas d’avoir un impact sur la vie politique, alors que ce que démontre ce procès, c’est que ce président aura beaucoup triché avec les règles pour se faire élire. Ca en dit long sur les pratiques de ce camp politique pendant des années pour accéder au pouvoir", a-t-il ajouté à l’AFP.

Benoît Hamon, porte-parole du Parti socialiste : "Je me félicite que la justice passe, qu’elle ne distingue pas les justiciables selon qu’ils soient puissants ou pas. C’est un bon signe pour la démocratie française qu’une justice indépendante puisse prononcer un tel verdict à l’égard d’un ancien président de la République", a-t-il déclaré à l’AFP. "Cela confirme qu’il y avait donc bien eu à la mairie de Paris ce que nous savions déjà –puisque l’UMP avait indemnisé la Ville de Paris– il y avait donc eu un manque de probité dans ce système d’emplois fictifs", ajoute Benoît Hamon.

André Vallini, sénateur socialiste de l’Isère : "Le statut actuel du chef de l’Etat est inacceptable, parce qu’aujourd’hui le chef de l’Etat est totalement irresponsable sur le plan judiciaire, sur le plan pénal et Nicolas Sarkozy a encore aggravé, en 2008, cette impunité présidentielle", a déclaré sur BFMTV celui qui est chargé des questions de justice dans l’équipe de François Hollande. "Nous proposons une réforme du statut pénal du chef de l’Etat qui en ferait un justiciable ordinaire pour tous les actes délictueux qu’il aurait commis avant son entrée en fonction pendant son mandat, mais détachable de sa fonction. On ne peut pas rester en l’état actuel avec un Président irresponsable."

Bernard Debré, député UMP de Paris : "La justice est passée et je n’ai rien à dire. Finalement les faits sont avérés, les emplois fictifs qui étaient en réalité pour beaucoup des emplois du RPR, étaient anormaux et illégaux. A cette époque c’était monnaie courante, quand on regarde ce qui se passait à l’Elysée", a-t-il réagi sur BFMTV.

Jacques Le Guen, député UMP du Finistère : "Je suis abasourdi par une décision prise par le tribunal, qui est respectable", a-t-il affirmé sur BFMTV. "Je pensais qu’on allait vers la relaxe parce que les faits reprochés correspondent à des événements anciens qui n’ont plus aucun intérêt. On reproche au Président Chirac des emplois fictifs qui existaient dans tous les partis politiques. Alors attaquer ensuite en justice un homme qui a servi la France, je trouve cela désolant."

Jean-Marie Le Pen, président d’honneur du Front national : "On pouvait désespérer de la possibilité de faire condamner des coupables de haut niveau dans notre pays. Cette exception confirme la règle. Monsieur Chirac s’est fait pincer les doigts dans la porte avec une condamnation très grave, condamnation à la prison quand on voit que le sursis n’a été attribué que pour des raisons d’âge et de sénilité", a lancé l’ex-leader frontiste sur BFMTV. st pas la seule affaire. "Nous avons été présidés par un délinquant pendant 12 ans, et mon adversaire de 2002 est quelqu’un qui aurait dû être condamné à la prison", a-t-il estimé.

Voir également:

French ex-president Chirac convicted of corruption

Edward Cody

The Washington Post

December 15, 2011

PARIS — In a landmark decision, a French court convicted former president Jacques Chirac on Thursday of embezzling government money while he was mayor of Paris and handed him a two-year suspended sentence.

The ruling against Chirac, at 79 a grandfatherly figure who is widely admired in the polls, stained a long record of political service that started under Charles de Gaulle and included two terms as president, from 1995 to 2007. His attorneys said he would not appeal but considered the verdict unjustified.

Chirac was found guilty of embezzling money, abusing the public trust and conflict of interest by creating false jobs at Paris City Hall, which he ran from 1977 until 1995. He diverted the tax-funded salaries to finance his conservative political organization, Rally for the Republic, as he laid the groundwork for his run for the presidency, the court found.

The conviction, after a lengthy trial, was considered historic because Chirac was France’s first former head of state to face prosecution since just after World War II. Moreover, it dramatized a change in public and official attitudes toward the financing of parties and political figures in France. Until recently, sleight of hand such as Chirac’s was common practice, and many high-ranking officials were paid with paper bags stuffed with cash taken from secret slush funds.

Foreign Minister Alain Juppe, for instance, was convicted in 2004 of similar charges and given a suspended sentence of 14 months in prison along with a year of ineligibility for public office. After a spell in Canada and the United States, he returned to become mayor of Bordeaux and, eventually, foreign minister under President Nicolas Sarkozy.

Although the accusations against Chirac arose years ago, he was immune from prosecution during his years as president. After he left office, his attorneys found one reason after another to delay the proceedings, prompting anti-corruption activists to complain of favoritism. Throughout the trial, Chirac maintained that he had done nothing illegal or immoral.

The former president did not attend the hearing at which his conviction was announced. Appearing enfeebled in recent outings, he was found to be suffering from a neurological affliction leading to memory loss and received a dispensation from the obligation to attend.

An adopted daughter, Anh Dao Traxel, told reporters after the hearing that the court’s ruling seemed harsh for an elderly former president in poor health. “Our family has, more than ever, to show solidarity and be supportive,” Traxel said, tears in her eyes.

Sarkozy’s office issued a statement expressing hope that the verdict will not overshadow Chirac’s achievements in a long political career. Prime Minister Francois Fillon — queried by reporters traveling with him on a trip to Brazil — said the decision came too long after the facts.

Chirac had no immediate comment. His lead attorney, Georges Keijman, expressed hope that the conviction will not diminish the affection many people feel for Chirac.

A beer-drinking bon vivant with a fondness for earthy French dishes, Chirac is known for his readiness to pose for photos or sign a napkin for admirers. His down-home friendliness has been compared favorably to Sarkozy’s more hurried approach to public life.

Chirac caused chuckles across the country last summer when photographers snapped him drinking piña coladas and flirting with girls on the terrace of a cafe at a chic Mediterranean resort town — until his wife, Bernadette, came by and, in a scolding tone, told him it was time to leave.

Voir enfin:

The Rat That Roared

Christopher Hitchens

The Wall Street Journal

February 6, 2003

To say that the history of human emancipation would be incomplete without the French would be to commit a fatal understatement. The Encyclopedists, the proclaimers of Les Droits de l’Homme, the generous ally of the American revolution . . . the spark of 1789 and 1848 and 1871, can be found all the way from the first political measure to abolish slavery, through Victor Hugo and Emile Zola, to the gallantry of Jean Moulin and the maquis resistance. French ideas and French heroes have animated the struggle for liberty throughout modern times.

There is of course another France — the France of Petain and Poujade and Vichy and of the filthy colonial tactics pursued in Algeria and Indochina. Sometimes the U.S. has been in excellent harmony with the first France — as when Thomas Paine was given the key of the Bastille to bring to Washington, and as when Lafayette and Rochambeau made France the « oldest ally. » Sometimes American policy has been inferior to that of many French people — one might instance Roosevelt’s detestation of de Gaulle. The Eisenhower-Dulles administration encouraged the French in a course of folly in Vietnam, and went so far as to inherit it. Kennedy showed a guarded sympathy for Algerian independence, at a time when France was too arrogant to listen to his advice. So it goes. Lord Palmerston was probably right when he said that a nation can have no permanent allies, only permanent interests. It is not to be expected that any proud, historic country can be automatically counted « in. »

However, the conduct of Jacques Chirac can hardly be analyzed in these terms. Here is a man who had to run for re-election last year in order to preserve his immunity from prosecution, on charges of corruption that were grave. Here is a man who helped Saddam Hussein build a nuclear reactor and who knew very well what he wanted it for. Here is a man at the head of France who is, in effect, openly for sale. He puts me in mind of the banker in Flaubert’s « L’Education Sentimentale »: a man so habituated to corruption that he would happily pay for the pleasure of selling himself.

Here, also, is a positive monster of conceit. He and his foreign minister, Dominique de Villepin, have unctuously said that « force is always the last resort. » Vraiment? This was not the view of the French establishment when troops were sent to Rwanda to try and rescue the client-regime that had just unleashed ethnocide against the Tutsi. It is not, one presumes, the view of the French generals who currently treat the people and nation of Cote d’Ivoire as their fief. It was not the view of those who ordered the destruction of an unarmed ship, the Rainbow Warrior, as it lay at anchor in a New Zealand harbor after protesting the French official practice of conducting atmospheric nuclear tests in the Pacific. (I am aware that some of these outrages were conducted when the French Socialist Party was in power, but in no case did Mr. Chirac express anything other than patriotic enthusiasm. If there is a truly « unilateralist » government on the Security Council, it is France.)

We are all aware of the fact that French companies and the French state are owed immense sums of money by Saddam Hussein. We all very much hope that no private gifts to any French political figures have been made by the Iraqi Baath Party, even though such scruple on either side would be anomalous to say the very least. Is it possible that there is any more to it than that? The future government in Baghdad may very well not consider itself responsible for paying Saddam’s debts. Does this alone condition the Chirac response to a fin de regime in Iraq?

Alas, no. Recent days brought tidings of an official invitation to Paris, for Robert Mugabe. The President-for-life of Zimbabwe may have many charms, but spare cash is not among them. His treasury is as empty as the stomachs of his people. No, when the plumed parade brings Mugabe up the Champs Elysees, the only satisfaction for Mr. Chirac will be the sound of a petty slap in the face to Tony Blair, who has recently tried to abridge Mugabe’s freedom to travel. Thus we are forced to think that French diplomacy, as well as being for sale or for hire, is chiefly preoccupied with extracting advantage and prestige from the difficulties of its allies.

This can and should be distinguished from the policy of Germany. Berlin does not have a neutralist constitution, like Japan or Switzerland. But it has a strong presumption against military intervention outside its own border and Herr Schroeder, however cheaply he plays this card, is still playing a hand one may respect. One does not find German statesmen positively encouraging the delinquents of the globe, in order to reap opportunist advantages and to excite local chauvinism.

Mr. Chirac’s party is « Gaullist. » Charles de Gaulle had a colossal ego, but he felt himself compelled at a crucial moment to represent une certaine idee de la France, at a time when that nation had been betrayed into serfdom and shame by its political and military establishment. He was later adroit in extracting his country from its vicious policy in North Africa, and gave good advice to the U.S. about avoiding the same blunder in Indochina. His concern for French glory and tradition sometimes led him into error, as with his bombastic statements about « Quebec libre. » But — and this is disclosed in a fine study of the man, « A Demain de Gaulle, » by the former French leftist Regis Debray — he always refused to take seriously the claims of the Soviet Union to own Poland and Hungary and the Czech lands and Eastern Germany. He didn’t believe it would or could last: He had a sense of history.

To the permanent interests of France, he insisted on attaching une certain idee de la liberte as well. He would have nodded approvingly at Vaclav Havel’s statement — his last as Czech president — speaking boldly about the rights of the people of Iraq. And one likes to think that he would have had a fine contempt for his pygmy successor, the vain and posturing and venal man who, attempting to act the part of a balding Joan of Arc in drag, is making France into the abject procurer for Saddam. This is a case of the rat that tried to roar.

[RESUME]

Réseau Voltaire

 Il existe une France qui défend historiquement les libertés et « Les Droits de l’Homme », alliée traditionnelle des États-Unis, mais il y a aussi une France de Pétain, Poujade, Vichy et des colonies. Jacques Chirac est un homme corrompu qui s’est présenté à l’élection présidentielle pour ne pas être jugé. Un homme qui a aidé Saddam Hussein à construire un réacteur nucléaire. Un homme qui déclare que « la force est toujours le dernier recours », mais qui n’a jamais protesté contre l’envoi de troupes française pour protéger les auteurs de l’ethnocide du Rwanda, contre la domination des militaires français sur la Côte d’Ivoire et contre la destruction du Rainbow Warrior. En réalité, la France est le vrai pays unilatéraliste du Conseil de sécurité. Saddam Hussein doit beaucoup d’argent aux entreprises française et a offert de nombreux cadeaux aux hommes politiques français. Un nouveau gouvernement en Irak ferait tout perde à Paris. La position française n’est cependant pas qu’une question d’argent, la France a pour habitude de chercher des avantages et du prestige dans les difficultés de ses alliés, comme le montre l’invitation faite à Robert Mugabe à Paris. La politique de la France doit être différenciée de celle de l’Allemagne qui a toujours été réticente face à une intervention militaire hors de ses frontières, ce qui est une position beaucoup plus respectable que l’opportunisme français. Jacques Chirac se dit « gaulliste » mais malgré son ego colossal, De Gaulle avait un sens de l’histoire, contrairement à son pygmée de successeur qui est tel un rat qui essaye de rugir.


Affaire Macé-Scaron: Tout le monde le fait (It’s intertextuality, stupid!)

14 septembre, 2011
Etxebarria s’est alors défendue en revendiquant le droit de tout auteur à l’intertextualité – utilisation d’idées et phrases d’autres auteurs comme source d’inspiration – et est arrivée à affirmer qu’elle était victime d’un "harcèlement mediátique" ayant eu un effet "aussi traumatique qu’un viol". El Mundo
Je prends habituellement en note sur un cahier des éléments que je lis, qui me semblent intéressants ou drôles. À l’origine, je ne pensais pas me servir de ces extraits. Je pensais les retravailler plus tard. J’ai dit dans mon livre que je me suis inspiré de cet auteur, je l’ai d’ailleurs cité dans mon livre.
La littérature ne s’écrit pas ex-nihilo, les auteurs se nourrissent les uns des autres et l’ont toujours fait. L’intertextualité, c’est un classique de la littérature, même si je n’ai pas la prétention de me mettre à la hauteur des grands auteurs. Il y a par exemple chez Montaigne 400 passages empruntés à Plutarque. Avant, en littérature, quand il y avait un clin d’œil, on applaudissait, aujourd’hui on tombe à bras raccourcis sur l’auteur [...]. Et les emprunts, cela devient un crime, un blasphème. Le plagiat, c’est une accusation archétypale en littérature. On lance un soupçon et au fur et à mesure le point d’interrogation derrière ce terme tombe. (…) Après, les gens vont dire Macé-Scaron égale PPDA. Joseph Macé-Scaron
J’ai dit et j’ai écrit du plagiat qu’il représentait, à l’instar de la lettre écarlate, une tache indélébile d’infamie. J’ai joué inconsidérément avec cette notion. Sans doute par un goût absurde de la désinvolture et selon une propension paradoxale à la mise en danger que je contemple aujourd’hui amèrement. J’ai pêché par aveuglement et par orgueil. Je ne le cache pas. (…) Je veux rappeler ici que, dans «Ticket d’entrée» et dans mes autres livres, je me suis bien adonné à une pratique d’emprunts, de clins d’œil, de citations intertextuelles. Je ne voudrais pas toutefois que, dans le feu de la polémique, on amalgame cette pratique littéraire avec une autre pratique – fautive celle-là – qui a parfois consisté, pour moi, dans l’empressement de mon activité de journaliste, à citer et reprendre sans référence et sans guillemet. Et que les confrères ou consœurs concernés m’en excusent s’ils le veulent bien, s’ils consentent à comprendre ce que j’écris ici – et ainsi des lectrices et des lecteurs. L’un des enseignements les plus personnels de cette affaire est la nécessité absolue de se recentrer sur l’essentiel. Grisé par ce métier que j’aime, j’ai cru qu’il était possible de se démultiplier professionnellement. Non par frénésie de pouvoir – même si, comme tout un chacun, je ne le dédaigne pas forcément -, mais par souci de faire partager au plus grand nombre des idées, des découvertes et des textes qui me sont chers. Qui trop embrasse, mal étreint – et que l’on me pardonne cette formule populaire, mais si juste. Sans doute se demandera-t-on pourquoi cette déclaration apparaît si tardivement. Certainement en raison de quelque faiblesse innée, mais aussi parce qu’il me semble que l’époque récuse, encore plus qu’elle ne la méconnait, une quelconque notion de purgatoire. Sans doute ai-je trop attendu avant de réaliser pleinement que le journalisme ne saurait être un jeu. J’en fais aujourd’hui l’expérience. Le journalisme n’est pas un jeu. C’est un métier. C’est aussi le mien. Mais ce ne peut être la continuation de la guerre par d’autres moyens. Joseph Macé-Scaron
D’abord, de quoi s’agit-il précisément ? D’emprunts, dans des livres et des articles, de quelques lignes formant parfois un paragraphe réinjectées dans des livres ou des articles (pour la plupart jugés excellents) écrits par Joseph Macé-Scaron. La pratique était, semble-t-il, devenue chez lui récurrente. (…) Sur la polémique littéraire qui s’en est suivie – le rôle et la place de l’emprunt dans le roman, le principe d’intertextualité – je ne me prononcerai pas, ne disposant d’aucune compétence ni crédibilité en la matière. (…) Mais, évidemment, nulle échappatoire possible quant aux emprunts journalistiques. Ils relèvent de mon métier et donc, au sein de Marianne, de ma responsabilité. Rappelons à cet instant quelques règles usuelles : dépourvus de citation entre guillemets et de notes de renvoi en fin d’article, ces emprunts ont toujours été bannis dans notre pratique professionnelle, dans ce code d’éthique qui, formellement, n’existe pas et que nous respectons pourtant. Pour le dire plus clairement encore, la technique de l’emprunt sans citation est inconcevable. Joseph Macé-Scaron a donc porté atteinte non seulement à sa réputation professionnelle, mais aussi à la crédibilité de Marianne, son journal, notre journal, votre journal. (…) Lucide quant aux dégâts provoqués, Joseph Macé-Scaron m’a donc proposé dès la semaine dernière de renoncer dans le contexte présent à tout article éditorialisé, d’en revenir à un journalisme d’enquête, de récit, d’analyse. J’ai accepté. Maurice Szafran (PDG de Marianne)
Pour ma part, pas une seconde, pas un instant, je n’ai suspecté JMS de plagiat ou de contrefaçon. Bien a contraire. Je me suis dit que l’emprunt d’une formule aisément identifiable, facilement repérable (tous ceux qui ont lu le roman de Jay McInerney se souviennent de ce passage, tant il est marquant) ne pouvait être qu’une sorte d’hommage rendu à l’écrivain américain, mais aussi au personnage de la "vraie vie" qui avait servi de modèle à l’académicien espiègle et séducteur campé par JMS. Et mieux encore, non seulement ne n’ai jamais suspecté JMS de plagiat, mais tout au contraire, le seul débat qui m’intéressa, dans la mesure où je suis moi même édité dans une maison qui n’est pas sans lien avec le modèle de JMS, fut de savoir si, littérairement parlant, il aurait pu exprimer sa nostalgie du temps perdu de cette façon là. Tout cela pour dire que, pas une seule seconde, je n’ai eu la sottise de prêter à JMS la bêtise de plagier une phrase identifiable entre cent mille pour tous les amoureux de McInerney. J’ai considéré, ainsi que JMS le proclame pour sa défense, que cet emprunt était une forme de clin d’œil, d’hommage et de jeu. Point. J’ai fait preuve d’une bienveillance totale. Est-ce un tort ? Et, qui sait si Macé Scaron ne s’est pas amusé à multiplier encore les références de ce type ? Faut-il dorénavant multiplier les notes en bas de page : "Attention, là, j’emprunte à Machin dans le but de jouer avec une référence littéraire ?" Bruno Roger-Petit
Il y a deux moyens de tuer un homme politique : l’accusation de négationnisme et le soupçon de pédophilie. Il n’y a qu’un moyen de tuer un écrivain : le traiter de plagiaire. Il ne s’en remettra pas. La casserole tintera à ses basques jusqu’à la consommation des siècles. Il la portera dans sa biographie comme la femme adultère du roman de Nathaniel Hawthorne sa "lettre écarlate" sur la poitrine. Joseph Macé-Scaron en fait l’amère expérience depuis le début de la semaine. Journaliste, il occupe des postes de direction à Marianne et au Magazine littéraire (auquel je m’honore de collaborer, honni soit qui mal y pense – devise anglaise piquée sans vergogne à l’Ordre de la Jarretière) ; chroniqueur, il commente et débat régulièrement sur iTélé, Canal+, RTL, France Culture et c’est tout ; écrivain, il a publié sans problème huit livres, et un neuvième à problème. Ticket d’entrée (Grasset, 330 p., 19 €), roman à clés si peu opaque qu’il semble fourni avec le trousseau, est une satire corrosive des milieux politiques et journalistiques au prisme gay à l’ère vétéro-sarkozyste, et de l’atmosphère de délation qui corrompt ce petit monde. (…) Pour sa défense, -Joseph Macé-Scaron reconnaît : "C’est une connerie." Entendez que s’il a un regret à formuler, c’est bien celui-ci : cette affaire témoigne de ce que la littérature ne peut plus se permettre de clins d’oeil, d’échos, d’hommages de ce type alors que le cinéma, la peinture, le théâtre, la musique sans oublier l’Internet en regorgent. "Au XXe siècle, les travaux de Kristeva, de Compagnon (sur Montaigne d’ailleurs), de Barthes et de Genette (Palimpsestes) ont montré que l’innutrition était la principale source de littérature, qu’elle soit ancienne ou moderne. On ne reprend pas des morceaux de la réalité : on reprend des morceaux des autres livres. C’est ce qu’on appelle désormais l’intertextualité, que tout étudiant en lettres connaît très bien", nous dit-il. Il cite Montaigne et ses quelque quatre cents emprunts à Plutarque avant de rejeter des deux mains le moindre soupçon de plagiat. D’autant qu’il rend hommage à Bill Bryson et ses chroniques américaines dans le corps même de son texte. Ce qui reviendrait à tendre une verge pour se faire battre s’il n’avait pas eu la conscience tranquille. Après tout, Michel Houellebecq n’avait pas agi autrement en recopiant des pages d’une encyclopédie interactive dans La Carte et le Territoire, sans même prendre la peine de citer sa source, et cela n’avait guère posé de problème. Or la justification littéraire de Macé-Scaron est parfaitement identique à la sienne ; sauf que Houellebecq, lui, peut tout se permettre : son cynisme, son sens de l’autodérision et son statut de "grand écrivain" le protègent. Pierre Assouline
On a donc moins à faire à des dérapages isolés qu’à un système. Les mauvaises habitudes de "JMS" ne datent pourtant pas d’hier. Plusieurs anciens du service politique du Monde ont encore en mémoire un épisode remontant à la fin des années 80, époque où Macé-Scaron écrivait dans Le Figaro. "Un jour, se souvient Olivier Biffaud, alors journaliste politique au Monde, je tombe sur l’un de ses articles dans lequel je reconnais des blocs entiers de l’un des miens ! Sidéré, je lui ai envoyé une lettre pour me plaindre, lui suggérant même ironiquement de me communiquer le sujet de ses prochaines enquêtes, pour que je puisse lui mâcher le travail…" Quelques jours plus tard, mot chantourné de Macé-Scaron à Biffaud, accompagné d’une caisse de champagne – qui sonne comme un aveu… On le voit, on est ici loin, très loin, des réminiscences proustiennes et des palimpsestes chers au théoricien Gérard Genette. A moins que Joseph Macé-Scaron n’invoque cette fois-ci pour sa défense quelque "inter-journalité" ? Jérôme Dupuis (L’Express)
La conception des hiérarchies journalistiques que révèle ainsi, involontairement, Szafran, n’est pas seulement la sienne. C’est celle d’une grande majorité de la presse française (même si Marianne, dans le paysage, est l’hebdo qui pousse à l’extrême la logique de la supériorité de l’expression des opinions sur la recherche et l’exposé des faits). Le mal est profond. Le journaliste français moyen, avant de chercher à savoir exactement ce qui s’est passé, se demande d’abord avec angoisse ce qu’il faut en penser. Est-ce une caractéristique culturelle du journalisme latin, opposé au culte du "fact-checking" anglo-saxon ? Est-ce la conséquence de l’absence, en France, d’un véritable pouvoir judiciaire, qui rend vaine toute révélation des turpitudes des puissants ? Est-ce le reflet des désirs profonds de la majorité des lecteurs qui, quoiqu’ils en disent, pardonnent volontiers aux journalistes d’écrire faux, pourvu qu’ils écrivent dans la ligne ? Eternelles questions sans réponse. Une enquête s’imposerait. Daniel Schneidermann

Nouvelle victime du postmodernisme et du relativisme culturel?

Auteur reconnu et primé de neuf livres (prix de la Coupole), journaliste et directeur de magazines (Magazine littéraire, directeur adjoint du magazine Marianne) mais aussi ancien rédacteur en chef du Figaro et ex-directeur du Figaro Magazine, chroniqueur multicartes des émissions de radio et de télé les plus en vue (RTL, France Culture, Canal + , I-Télé) …

Pris la main dans le sac, d’abord dans ses romans  puis dans ses articles, du parfait petit plagiaire (pardon: du maitre génial, après la Virginie Despentes espagnole Lucia Etxebarria, de "l’intertextualité" et de  "clins d’oeil, échos et hommages" à pas moins de six auteurs (Jünger, Cioran, Giono, Malka, Bryson, McInerney et Cusk) sans compter nombre de ses petits camarades journalistes …

Et dorénavant privé, par son propre patron, du noble art des "articles éditorialisés" et condamné au lot quotidien du "journalisme d’enquête, de récit, d’analyse" …

Où l’on redécouvre

Avec l’affaire Macé-Scaron

Mais après celles de BHL, PPDA, Drucker ou Boniface

Le dur métier d’écrivain-journaliste-chroniqueur multicartes …

Mais aussi, comme le repère bien Daniel Schneidermann, à travers le châtiment infligé à l’impétrant par sa direction, …

La "conception des hiérarchies journalistiques" d’une bonne partie du journalisme français !

Macé-Scaron, analyse d’un châtiment

Daniel Schneidermann

Arrêts sur images

13/09/2011

Chapeau les artistes ! L’opération millimétrée de sauvetage du soldat Joseph Macé-Scaron par son directeur, Maurice Szafran, manifestement longuement négociée entre les deux protagonistes, a plutôt bien réussi. En échange de la reconnaissance d’une moitié de ses torts (le plagiat, s’il est interdit au journaliste, est donc, dans le droit canon édicté par Marianne, définitivement autorisé à l’écrivain), Macé-Scaron sauve son poste de directeur adjoint à Marianne (tout notre dossier est ici).

Toute faute méritant châtiment, il devra néanmoins, écrit Szafran, "revenir à un journalisme d’enquête, de récit, d’analyse", à l’exclusion de "tout article éditorialisé". Ne plaisantons pas sur la sévérité de la sanction: dans un journal comme Marianne, cette condamnation à l’enquête représente l’équivalent d’une déportation dans les mines de sel, d’un envoi en rizière sous les khmers rouges, ou d’une affectation place de l’Opéra à l’heure des embouteillages, pour un flic ripou. Au nombre des trésors de son patrimoine, soigneusement entreposée dans une pièce ultra-sécurisée, comme le mètre étalon du pavillon de Breteuil, Marianne compte sa "ligne éditoriale". Tout article d’exégèse, ou d’application de cette ligne au monde extérieur, est désormais interdit au forçat Macé-Scaron, qui devra se contenter de l’appliquer.

La conception des hiérarchies journalistiques que révèle ainsi, involontairement, Szafran, n’est pas seulement la sienne. C’est celle d’une grande majorité de la presse française (même si Marianne, dans le paysage, est l’hebdo qui pousse à l’extrême la logique de la supériorité de l’expression des opinions sur la recherche et l’exposé des faits). Le mal est profond. Le journaliste français moyen, avant de chercher à savoir exactement ce qui s’est passé, se demande d’abord avec angoisse ce qu’il faut en penser. Est-ce une caractéristique culturelle du journalisme latin, opposé au culte du "fact-checking" anglo-saxon ? Est-ce la conséquence de l’absence, en France, d’un véritable pouvoir judiciaire, qui rend vaine toute révélation des turpitudes des puissants ? Est-ce le reflet des désirs profonds de la majorité des lecteurs qui, quoiqu’ils en disent, pardonnent volontiers aux journalistes d’écrire faux, pourvu qu’ils écrivent dans la ligne ? Eternelles questions sans réponse. Une enquête s’imposerait.

Voir aussi:

Joseph Macé-Scaron s’explique. Marianne aussi.

Marianne

12 Septembre 2011

Face à la dimension qu’ont prise les accusations de plagiat à son encontre, Joseph Macé-Scaron a décidé de s’expliquer. Marianne en profite également – par la voix de Maurice Szafran – pour donner son sentiment sur cette affaire.

L’indispensable explication de Joseph Macé-Scaron

J’ai dit et j’ai écrit du plagiat qu’il représentait, à l’instar de la lettre écarlate, une tâche indélébile d’infamie. J’ai joué inconsidérément avec cette notion. Sans doute par un goût absurde de la désinvolture et selon une propension paradoxale à la mise en danger que je contemple aujourd’hui amèrement. J’ai pêché par aveuglement et par orgueil. Je ne le cache pas.

D’aucuns peuvent se réjouir du « supplice médiatique » qui s’en est suivi. Ce supplice, qui maintenant précède tout procès, permet à certains de jeter un opprobre indistinct sur mes travaux littéraires et sur mon travail de journaliste.

Je veux rappeler ici que, dans «Ticket d’entrée» et dans mes autres livres, je me suis bien adonné à une pratique d’emprunts, de clins d’œil, de citations intertextuelles. Je ne voudrais pas toutefois que, dans le feu de la polémique, on amalgame cette pratique littéraire avec une autre pratique – fautive celle-là – qui a parfois consisté, pour moi, dans l’empressement de mon activité de journaliste, à citer et reprendre sans référence et sans guillemet. Et que les confrères ou consœurs concernés m’en excusent s’ils le veulent bien, s’ils consentent à comprendre ce que j’écris ici – et ainsi des lectrices et des lecteurs.

L’un des enseignements les plus personnels de cette affaire est la nécessité absolue de se recentrer sur l’essentiel. Grisé par ce métier que j’aime, j’ai cru qu’il était possible de se démultiplier professionnellement. Non par frénésie de pouvoir – même si, comme tout un chacun, je ne le dédaigne pas forcément -, mais par souci de faire partager au plus grand nombre des idées, des découvertes et des textes qui me sont chers. Qui trop embrasse, mal étreint – et que l’on me pardonne cette formule populaire, mais si juste.

Je dis : « aveuglement, empressement, démultiplication … ». Ce ne sont pas là des éléments de plaidoirie. Il n’est pas de défense possible en la matière. Ce n’est en aucun cas une volonté de justification. C’est une explication.

Je sais cependant, en écrivant ces lignes, qu’aucune circonstance atténuante ne me sera accordée. Non seulement on ne portera pas au crédit de quelqu’un le fait qu’il reconnaisse sa faute, ou sa « connerie », mais encore on frappera volontiers d’indignité tout ce qu’il a pu faire auparavant – fussent les milliers d’articles qu’il a pu écrire jusque là.

Je mesure pleinement et accepte mes torts, tous mes torts, mais je ne saurais endosser la généralisation du soupçon et l’emballement de la diabolisation, ces tentations accrues à l’ère de l’opinion et auxquelles trop s’abandonnent, même involontairement.

Sans doute se demandera-t-on pourquoi cette déclaration apparaît si tardivement. Certainement en raison de quelque faiblesse innée, mais aussi parce qu’il me semble que l’époque récuse, encore plus qu’elle ne la méconnait, une quelconque notion de purgatoire. Sans doute ai-je trop attendu avant de réaliser pleinement que le journalisme ne saurait être un jeu. J’en fais aujourd’hui l’expérience. Le journalisme n’est pas un jeu. C’est un métier. C’est aussi le mien. Mais ce ne peut être la continuation de la guerre par d’autres moyens.

Moi- même j’aurais aimé penser que cette dernière formule ne fût que rhétorique. Le fait est que, chargée d’instruire un article sur cette affaire, une consoeur d’un grand journal où je compte des collègues qui ont toute mon estime, s’est cru autorisée, samedi soir, à questionner un de mes enfants.

Est-il devenu, aujourd’hui, nécessaire de rappeler que celui-ci n’a rien à voir ni avec ce métier, ni avec cette affaire et qu’il ne saurait être, tout en étant mon enfant, justiciable de rien de ce que je suis, de rien de ce que je fais ?

Je n’ignore pas ce que la course à l’information peut avoir de rude, d’ambivalent, voire d’ambigu. Mais là, c’est passer les bornes. L’intrusion est inacceptable, l’instrumentalisation inadmissible.

Nous connaissons tous une course éperdue en un temps où le temps fait défaut à lui-même. J’y ai failli. Ce que j’ai appris, outre une salutaire leçon personnelle, encore une fois sans diminuer les errances et les erreurs qui sont miennes, c’est que cette course nous fait suivre la pente de l’époque au point de la précéder et de la précipiter.

Enfin, si j’ai considéré que cette explication était indispensable, je la crois aussi définitive pour ce qui me concerne. Je n’entends pas ici que cette affaire cessera de résonner en moi et qu’elle ne continuera pas à m’inciter à me recentrer. Je veux dire simplement qu’il revient désormais à celles et ceux qui voudront la décortiquer de savoir, en conscience, pourquoi ils le feront.

Quant aux livres, pour conclure sur l’essentiel, et ce n’est pas une bravade, ils ont fait ma vie et ne sauraient la défaire.

Joseph Macé-Scaron

L’affaire Macé-Scaron et Marianne

Il est grand temps que je m’exprime sur ce qu’il convient d’appeler «l’affaire Macé-Scaron». Sinon ce serait de ma part signe d’indifférence ou de lâcheté.

D’abord, de quoi s’agit-il précisément ? D’emprunts, dans des livres et des articles, de quelques lignes formant parfois un paragraphe réinjectées dans des livres ou des articles (pour la plupart jugés excellents) écrits par Joseph Macé-Scaron. La pratique était, semble-t-il, devenue chez lui récurrente.

Voilà le contexte, voilà l’affaire. Ni plus ni moins.

Sur la polémique littéraire qui s’en est suivie – le rôle et la place de l’emprunt dans le roman, le principe d’intertextualité – je ne me prononcerai pas, ne disposant d’aucune compétence ni crédibilité en la matière. J’ai écrit, depuis 35 ans, des milliers d’articles et une dizaine d’essais, récits politiques ou biographies sans jamais avoir osé la moindre tentative romanesque. On m’accordera donc de passer mon tour à propos de la place et du rôle de l’intertextualité dans la création littéraire.

Mais, évidemment, nulle échappatoire possible quant aux emprunts journalistiques. Ils relèvent de mon métier et donc, au sein de Marianne, de ma responsabilité.

Rappelons à cet instant quelques règles usuelles : dépourvus de citation entre guillemets et de notes de renvoi en fin d’article, ces emprunts ont toujours été bannis dans notre pratique professionnelle, dans ce code d’éthique qui, formellement, n’existe pas et que nous respectons pourtant. Pour le dire plus clairement encore, la technique de l’emprunt sans citation est inconcevable. Joseph Macé-Scaron a donc porté atteinte non seulement à sa réputation professionnelle, mais aussi à la crédibilité de Marianne, son journal, notre journal, votre journal. C’est ainsi : cette affaire est dommageable à notre collectivité toute entière, salariés et lecteurs de Marianne confondus. Il est nécessaire d’en avoir conscience pour être en mesure de passer enfin à autre chose.

Lucide quant aux dégâts provoqués, Joseph Macé-Scaron m’a donc proposé dès la semaine dernière de renoncer dans le contexte présent à tout article éditorialisé, d’en revenir à un journalisme d’enquête, de récit, d’analyse. J’ai accepté. C’est déjà le cas dans le numéro de Marianne actuellement en vente : il raconte le cheminement de Ségolène Royal dans la primaire socialiste. De l’excellent journalisme.

Qu’on m’autorise aussi quelques remarques à la fois personnelles et générales :

- Les circonstances d’un long parcours professionnel ont voulu que je me sois retrouvé à l’origine d’évolutions notoires dans la carrière de Joseph Macé-Scaron: ses débuts à la radio ; ses premières critiques littéraires ; son arrivée a la tête du Magazine Littéraire ; sa nomination au sein de la direction de la rédaction de Marianne… Je puis certifier que le journaliste Macé-Scaron compte parmi les plus brillants d’entre nous, parmi les plus inventifs, à la fois capable de sentir et pressentir les évolutions de la société, de les raconter et de les faire raconter, de mettre tout cela en scène avec brio et intelligence, de trouver le bon titre, d’exiger la photo adéquate. C’est précisément en raison de cet ensemble de qualités que la pratique de l’emprunt m’apparaît incompréhensible. Si l’un d’entre nous n’en avait pas besoin, c’est précisément Joseph Macé-Scaron. D’où ma persistante perplexité.

- Marianne est un journal complexe à penser, à construire, à mettre en scène car l’une de nos priorités est d’échapper aux classifications toutes faites. Je puis certifier que, depuis son arrivée parmi nous, Joseph Macé-Scaron a compris au quart de tour les exigences si particulières a notre journal. L’affaire des emprunts n’y change rien.

- Nous n’avons jamais cédé aux effets de meute, même quand il y avait indubitablement erreur ou manquement. Dans le cas présent, la faute n’est certes pas vénielle, mais ce qu’on inflige à Joseph Macé-Scaron, un tel dévoilement psychologique, personnel et intime commence à dépasser l’entendement. Tout y passe : ses engagements politiques, philosophiques, religieux et éditoriaux, sa vie familiale et sexuelle, sa boulimie professionnelle et jusqu’à sa dégaine. Trop. C’est trop, et il est aussi de mon devoir de le relever.

Nous ne participons pas aux lynchages médiatiques, ni de près ni de loin. Nous n’y avons jamais participé. Il ferait beau voir que nous changions d’attitude, que nous donnions satisfaction aux réducteurs de tête, précisément parce que cela concerne… l’un des nôtres. L’excommunication, rappelons-le, n’est pas notre genre. Si nous y cédions, nous aurions alors perdu le sens de la mesure et égaré une part de notre dignité.

- Enfin l’amitié que je porte sans faillir à Joseph Macé-Scaron ne saurait s’accommoder d’une moindre exigence que celle manifestée par Marianne à l’égard de nos confrères avec une acuité que ceux-ci nous reprochent parfois. Il a maintenant devant lui le défi d’une reconquête et d’une reconstruction par le travail journalistique. Gardons cela en mémoire : Marianne est par définition une aventure professionnelle, culturelle et politique qui ne saurait être ni déshumanisée ni amorale.

Maurice Szafran, PDG de Marianne

Voir également:

Joseph Macé-Scaron plagiaire ?

Acrimed

22 août 2011

Joseph Macé-Scaron est un donneur de leçons. Sur I-Télé il débat tous les soirs avec Yves Thréard. On le retrouve aussi comme chroniqueur régulier sur RTL dans « On refait le monde » et sur Canal + dans « Le Grand journal ». Mais sa passion, c’est les livres. Dans Marianne, dont il est directeur adjoint, il s’occupe des pages littéraires et distribue les bons et les mauvais points. Et surtout, il est le directeur du très sérieux Magazine littéraire…

Il aime les livres au point d’en écrire. Son dernier roman, Ticket d’entrée (publié chez Grasset), a reçu un accueil dithyrambique. Europe 1, Le Point, Canal +, Le Nouvel Observateur… tout le monde a adoré. A tel point que les mêmes lui ont remis le très parisien prix littéraire de la Coupole (du nom de la célèbre brasserie de Montparnasse) [1].

Bravo.

Sauf que Macé-Scaron s’est fortement inspiré d’un livre de Bill Bryson, American rigolos – chroniques d’un grand pays (2003, éd. Payot & Rivages), qu’il ne cite qu’une seule fois et de manière anodine. Il pratique même le copier-coller à l’excès. Plagiat ? Au lecteur de juger…

Quelques exemples :

1) Macé-Scaron, p. 216 :

Et c’était reparti. Il s’avéra enfin que le numéro de série de mon ordinateur était gravé sur une petite plaque de métal vissée derrière la grosse boîte où il y avait mon ordinateur. J’étais peut-être un nouveau réac, mais si j’avais eu à inscrire un numéro d’identification sur les ordinateurs que je produisais, un numéro que le client aurait dû débiter à chaque fois qu’il entrait en contact avec moi, je ne pense pas que je l’aurais placé à un endroit qui exigeait d’appeler des collègues pour déménager le bureau à chaque demande de renseignements.

Bill Bryson, p. 14 :

Et c’est parti. Il s’avère enfin que le numéro de série de mon ordinateur est gravé sur une petite plaque de métal vissée sur le fond de la grosse boîte où il y a le tiroir à CD qui est si rigolo à ouvrir et fermer. Traitez-moi d’idéaliste passéiste si vous voulez, mais si moi j’avais à inscrire un numéro d’identification sur les ordinateurs que je produis, un numéro que mon client devrait me débiter à chaque fois qu’il veut entrer en contact avec moi, je ne pense pas que je le placerais à un endroit qui exige d’appeler le voisin pour déménager le bureau à chaque demande de renseignements.

2) Macé-Scaron, p. 216 :

– Et vous avez combien de RAM ? J’ai fait semblant de ne pas entendre.

- Est-ce bien le numéro de mon appareil qui se trouve près de l’écran ?

- Ça dépend, votre modèle, c’est un ZX-40 multimédia HP ou bien le ZX46/24 Chromium B-Bop ?

Bryson, p. 13 :

J’anticipe avec effroi le moment fatidique où il va me demander combien de RAM je possède.

- Est-ce que ça se trouverait par hasard près du bidule de l’écran de télé ? je hasarde, désemparé.

- Ça dépend, votre modèle, c’est un ZX-40 LX Multimédia HPII ou bien le ZX46/2Y Chromium B-Bop ?

3) Macé-Scaron, p. 217 :

Du coup, une ou deux heures plus tard, pour me venger, j’ai appelé à nouveau le service informatique pour leur signaler que le porte-gobelet de mon ordinateur était cassé.

- Le porte-gobelet ? a demandé mon honorable correspondant (…)

- Pas du tout, il m’a été livré de série avec l’ordinateur.

- Mais nos ordinateurs ne sont pas dotés de porte-gobelets !

- Pardonnez-moi, je ne connais pas grand-chose à l’informatique mais ils le sont ! J’ai le mien précisément sous les yeux au moment où je vous parle. Je presse un petit bouton en bas de l’appareil et il y a un petit tiroir qui s’ouvre.

Comme vous n’êtes pas aussi handicapés que moi, vous aurez compris que je parlais du tiroir du lecteur de CD de mon ordinateur censé m’offrir un reposoir pour ma tasse à café.

Bryson, p. 131 :

Un homme appelle le service assistance d’un fabricant d’informatique pour signaler que le porte-gobelet de son ordinateur est cassé.

- Le porte-gobelet ? demande son correspondant, intrigué (…)

- Pas du tout il m’a été livré de série avec l’ordinateur.

- Mais nos ordinateurs ne sont pas livrés avec des porte-gobelets !

- Pardonnez-moi, mon ami, mais ils le sont ! (…) J’ai le mien précisément sous les yeux en ce moment. On pousse un bouton en bas de l’appareil et il y a un petit tiroir qui s’ouvre.

On aura compris que l’homme s’était servi du tiroir du lecteur CD de son ordinateur pour y déposer sa tasse de thé.

4) Macé-Scaron, p. 222 :

Il aimait quand le serveur dans un restaurant l’informait qu’il s’appelait Bill et serait à sa disposition pour le servir toute la journée. Dans ce cas, je devais me retenir pour ne pas lancer : « C’est d’un cheeseburger que j’ai besoin, Bill, pas d’une liaison ».

Bryson, p. 187 :

Notamment quand le serveur m’informe que son nom est Bob et qu’il sera à ma disposition pour me servir toute la soirée, je dois me retenir pour ne pas lui lancer : « C’est un cheeseburger que je veux, Bob, pas une liaison ».

La suite

Acrimed (avec les informations fournies par Evelyne Larousserie)

Post-Scriptum :

Une heure après la publication de cet article, « Arrêts sur Images » publiait à son tour, sur son site, un article reprenant l’information, agrémenté d’une confirmation verbale de Joseph Macé-Scaron. Les extraits cités sont les mêmes, puisque la « source » est… la même.

Notes

[1] Le jury est composé de douze « personnalités » : François Armanet (président), Bayon, Sylvain Bourmeau, François Busnel, Clara Dupont-Monod, Guillaume Durand, Alix Girod de L’Ain, Marc Lambron, Gilles Martin-Chauffier, Fabienne Pascaud, Bertrand de Saint-Vincent (secrétaire général) et Pierre Vavasseur.

Voir de plus:

Les quatre nouveaux plagiats de Macé-Scaron

Après l’écrivain, c’est au journaliste d’être scruté. S’il est encore permis d’épaissir le dossier Macé-Scaron, Slate peut révéler 4 nouveaux plagiats dans ses éditos pour le Magazine Littéraire qu’il dirige.

Vincent Glad

Slate

Joseph Macé-Scaron vit un supplice médiatique depuis trois semaines. Tout a commencé le 22 août par un article d’Acrimed qui révélait d’étranges similitudes entre son roman Ticket d’entrée et un livre de l’écrivain américain Bill Bryson. Quelques jours plus tard, le Nouvel Obs en rajoute une couche en montrant qu’on peut également retrouver des bribes de Jay McInerney dans le roman du directeur adjoint de Marianne. Puis L’Express relève d’autres reprises non sourcées dans son premier roman Trébizonde avant l’oubli, visiblement inspiré d’un livre d’Ernst Jünger. Le Monde s’attaque ensuite à son deuxième roman, Le Cavalier de la nuit, fortement impregné d’un livre de Victor Malka.

Face à cette avalanche d’articles de presse, Joseph Macé-Scaron trouve encore la force d’être convaincant. Sur le plateau du Petit Journal le 30 août, il revendique d’autres plagiats et plaide pour «un débat sur ce qu’est la littérature aujourd’hui: on n’écrit pas ex nihilo, on écrit par rapport à ce qu’on lit».

L’argument est recevable. Comme le plaide notre journaliste-écrivain-plagiaire Quentin Girard, le plagiat en milieu littéraire n’a pas vraiment de sens. Il peut être une imposture mais il peut aussi s’apparenter à un effet de style ou à un jeu avec le lecteur, quelque chose d’aussi banal et moderne que le mash-up en musique. Le mot plagiat, qui était pourtant revendiqué par Lautréamont, plagiaire multi-récidiviste, ne convient plus à notre époque pour ce genre de pratiques littéraires tant il est connoté négativement. On peut lui préférer le concept plus chic d’«intertextualité» que revendique Joseph Macé-Scaron.

Les choses se compliquent pour le journaliste quand L’Express révèle le 6 septembre 2 reprises non sourcées de passages du magazine Lire dans des articles de Macé-Scaron pour Marianne. «On a donc moins à faire à des dérapages isolés qu’à un système», écrit L’Express. Et surtout Macé-Scaron n’a plus d’excuses, le concept d’interjournalité n’étant pas encore développée sur les campus. Le journaliste n’a pas réagi depuis.

Le plagiat littéraire n’en est pas vraiment un, mais le plagiat des essayistes, chercheurs ou journalistes relève par contre de l’imposture intellectuelle. Le ministre allemand de la Défense, dont on avait découvert de nombreux copié-collés dans sa thèse de droit, en a fait les frais et a été poussé à la démission. S’il est encore permis d’épaissir le dossier Macé-Scaron, Slate peut révéler 4 nouveaux plagiats dans ses éditos pour le Magazine Littéraire qu’il dirige.

Macé-Scaron décompose Cioran

Dans un édito sur Jean Genet, Macé-Scaron reprend très largement des passages de Cioran, issu de son fameux Précis de décomposition. Le nom de l’écrivain roumain est rapidement cité, juste pour lui reconnaître cette citation assez faiblarde: «[Diogène], le plus grand connaisseur des humains.» Les passages de Cioran sont mélangés et quelque peu élagués, le clin d’oeil aux lecteurs est difficilement défendable.

Joseph Macé-Scaron dans le Magazine Littéraire le 24/11/2010

Jusqu’à Genet, l’écrivain a une résignation d’automate: affecter un semblant de ferveur et en rire secrètement; ne se plier aux conventions que pour les répudier en cachette; figurer dans tous les registres; sauver la face alors qu’il serait si important de la perdre… [...] Que le plus grand connaisseur des humains pour Cioran ait été surnommé «Chien», cela prouve qu’en aucun temps l’homme n’a eu le courage d’accepter sa véritable image et qu’il a toujours réprouvé les vérités sans ménagement. L’écrivain qui réfléchit sans illusion sur la réalité humaine, s’il choisit la place publique comme espace de sa solitude, déploie sa verve à railler ses «semblables».

Emil Cioran, Précis de décomposition, 1949

Le penseur qui réfléchit sans illusion sur la réalité humaine, s’il veut rester à l’intérieur du monde, et qu’il élimine le mystique comme échappatoire, aboutit à une vision dans laquelle se mélangent la sagesse, l’amertume et la farce; et, s’il choisit la place publique comme espace de sa solitude, il déploie sa verve à railler ses «semblables» [...] Que le plus grand connaisseur des humains ait été surnommé chien, cela prouve qu’en aucun temps l’homme n’a eu le courage d’accepter sa véritable image et qu’il a toujours réprouvé les vérités sans ménagements. [...] Résignation d’automate: affecter un semblant de ferveur et en rire secrètement; ne se plier aux conventions que pour les répudier en cachette; figurer dans tous les registres, mais sans résidence dans le temps; sauver la face alors qu’il serait impérieux de la perdre…

Macé-Scaron plagie son propre article

Une courte citation mais un joli combo de plagiat: une resucée d’une interview de Finkielkraut… par Macé-Scaron dans Le Figaro en 2002. Aucune mention du philosophe n’est faite dans cet éditorial du Magazine Littéraire.

Joseph Macé-Scaron dans Le Magazine Littéraire le 29/12/2008 (lien)

Aujourd’hui, quand le passé est invoqué, c’est pour montrer son imperfection. Et ce n’est qu’habillé des derniers oripeaux de la mode, consacré vintage, qu’il se révélera «chic». Imbu de sa supériorité morale, le présent ne transmet plus que lui-même.

Alain Finkielkraut interviewé dans Le Figaro par Joseph Macé-Scaron et Alexis Lacroix le 14 novembre 2002

Si le passé est invoqué, c’est toujours pour montrer son abjection ou, au moins, son imperfection. Imbu de sa supériorité morale, le présent ne transmet plus que lui-même.

Le prof de littérature plagié

Cette fois, ce n’est pas à Cioran que Macé-Scaron oublie de payer sa dette mais à Patrick Sultan, agrégé de lettres classiques, qui écrit régulièrement sur des sites littéraires. C’est à se demander s’il a vraiment lu le livre de Jean-François Mattéi dont il est fait état.

Joseph Macé-Scaron dans Le Magazine Littéraire du 27/01/2011 (lien)

Dans son ouvrage extrêmement stimulant De l’indignation (éd. La Table ronde, 2005), le philosophe Jean-François Mattéi dévoile «la scène primitive de l’indignation philosophique» qui est non pas la mort de Socrate, mais son procès. En effet, l’indignation ne consiste pas à s’apitoyer sur son sort, à pleurer sur ses propres malheurs. [...] Aussi, contrairement à la colère, qui est le résultat d’une émotion et qui peut exploser pour les motifs les plus variés, l’indignation repose sur un fond de vérité rationnelle qui ne demande qu’à s’expliciter. Révolté par le spectacle de l’injustice (Socrate devant ses «juges»), le philosophe brûle de faire valoir les arguments de la justice. Cette ardeur éveille à l’éthique; le démon de l’indignation est une ouverture au Bien comme l’étonnement est le premier moment du savoir ontologique.

Patrick Sultan, Les visages de Némésis, 26 mai 2005 (lien)

[Jean-François Mattéi] dévoile «la scène primitive de l’indignation philosophique», un événement à la fois politique, religieux, moral; il s’agit non pas de la mort de Socrate mais de son procès. L’indignation ne consiste pas en effet à s’apitoyer sur son sort, à pleurer sur ses propres malheurs mais à s’insurger contre ceux qui font du mal à des personnes qui n’ont pas mérité une telle indignité. [...] À la différence cependant de la colère qui peut bouillonner et exploser sous l’effet de n’importe quelle cause, l’indignation, entre réflexion et désir, repose sur un fond de vérité rationnelle qui ne demande qu’à s’expliciter. Le sage, confiant dans la justice ultime, n’a pas à s’indigner mais le philosophe, révolté par le spectacle de l’injustice, brûle de faire valoir les arguments de la justice. Cette ardeur éveille à l’éthique; le démon de l’indignation est une ouverture au Bien comme l’étonnement est le premier moment du savoir ontologique.

Le clin d’oeil appuyé à Jean Giono

Pour celle-ci, on laissera le bénéfice du doute à Macé-Scaron. Il peut effectivement s’agir d’un clin d’oeil littéraire, même si la citation tirée d’un recueil de chroniques de Giono est reconfigurée.

Joseph Macé-Scaron dans Le Magazine Littéraire du 29/09/2008 (lien)

Il suffit simplement d’imaginer qu’il a fallu une rude poigne pour comprimer les étoiles et que c’est peut-être la même qui a serré le corps du monde jusqu’à l’éblouissante lumière et la dureté du diamant.

Jean Giono, La chasse au bonheur, 1966-1970

Il a fallu une rude poigne pour comprimer les étoiles; c’est la même qui a serré le corps du monde jusqu’à l’éblouissante lumière et la dureté du diamant.

Dans la même catégorie, Macé-Scaron reprend sans le citer dans un autre édito une phrase de Maurice Maeterlinck: «Si grande que soit notre lampe, ne donnons jamais l’huile qui l’alimente mais la flamme qui le couronne.»

Joseph Macé-Scaron n’a pas donné suite à nos demandes d’explication.

Vincent Glad est journaliste à Slate.fr et étudiant à l’EHESS.

Voir aussi:

Joseph Macé-Scaron et l’affaire du plagiat: "Tout le monde le fait"

L’Express

le 30/08/2011

Le journaliste-écrivain était invité du Petit Journal ce mardi soir sur Canal+ pour répondre à ceux qui l’accusent de plagiat qu’aucun écrivain n’écrit ex-nihilo.

Joseph Macé-Scaron est soupçonné d’avoir emprunté des passages à cinq auteurs différents – Bill Bryson, Ernst Jünger, Jay McInerney, Victor Malka et Rachel Cusk – dans trois de ses romans – Trébizonde, avant l’oubli (Robert Laffont), Le cavalier de minuit (Julliard), Ticket d’entrée (Grasset) -, Joseph Macé-Scaron. Le directeur adjoint de la rédaction de Marianne et directeur du Magazine littéraire se retranche derrière le concept d’ "intertextualité".

Invité du Petit Journal ce mardi soir sur Canal+, il est revenu sur ces accusations.

"Je pourrais dire c’est Macé ou Scaron qui l’a fait, mais oui, j’ai fait un emprunt. Quand on m’a demandé si j’avais fait un emprunt, j’ai dit oui je l’ai fait (…) C’est pas une création littéraire, c’est un clin d’oeil fait à Bryson (…) Quand on aime un auteur… si on vaut faire un clin d’oeil, on prend note, on modifie plus au moins, ça dépend du degré de connivence qu’on veut établir entre l’auteur et le lecteur."

"Je me suis même auto-copié! S’il peut y avoir en France un débat sur ce qu’est la littérature, admettre qu’on n’écrit pas ex-nihilo… tous les auteurs le font. La prochaine fois, je ferai une postface pour remercier tous ceux qui m’ont encouragé."

Voir également :

http://www.lexpress.fr/culture/livre/l-autre-plagiat-de-joseph-mace-scaron_1023881.html

L’autre plagiat de Joseph Macé-Scaron

Jérôme Dupuis

L’Express

25/08/2011

Il n’en est pas à son coup d’essai. Dans « Trébizonde avant l’oubli », publié en 1990, Joseph Macé-Scaron s’est clairement inspiré du « Premier Journal Parisien » d’Ernst Jünger.

Accusé par les sites Arrêt sur images et Acrimed d’avoir plagié plusieurs extraits d’un ouvrage de Bill Bryson dans son roman Ticket d’entrée (Grasset), paru au printemps, Joseph Macé-Scaron, directeur adjoint de la rédaction de Marianne, directeur du Magazine Littéraire et chroniqueur habitué des studios de télévision, a tout d’abord reconnu avoir fait une "connerie", avant d’invoquer, dans un second temps, une "intertextualité" assez peu convaincante.

LEXPRESS.fr peut pourtant révéler que Joseph Macé-Scaron n’en était pas à son coup d’essai et s’était déjà livré à un plagiat dans son premier roman, Trébizonde avant l’oubli, paru en 1990 chez Robert Laffont. Le chapitre 28 est clairement démarqué du Premier Journal Parisien, 1941-1943 (Christian Bourgois) d’Ernst Jünger. A la date du 29 mai 1941, l’écrivain allemand y décrit une exécution capitale à laquelle il assiste dans un petit bois de Robinson, près de Paris. Dans Trébizonde avant l’oubli, qui se déroule au XVe siècle, Macé-Scaron relate également une exécution capitale.

Comparaison de quelques extraits :

Ernst Jünger: "On donne lecture de la sentence. Le condamné écoute avec une extrême attention et cependant j’ai l’impression que le texte lui échappe. Ses yeux sont grand ouverts."

Macé-Scaron: "Un juge donne lecture de la sentence. Le condamné écoutait le texte avec une extrême attention, et cependant j’avais la curieuse impression que son sens lui échappait. Ses yeux étaient grand ouverts."

Ernst Jünger: "Une minuscule mouche danse autour de sa joue gauche, et se pose plusieurs fois tout près de son oreille ; il fait un mouvement de l’épaule et secoue la tête."

Macé-Scaron: "Une abeille tournait autour de sa joue et cherchait à se poser sur son visage ; il secoua la tête dans un mouvement brusque."

Ernst Jünger : "Je dois lui demander s’il veut qu’on lui bande les yeux. Le prêtre répond oui à sa place, tandis que les gardiens l’attachent…"

Macé-Scaron : "On lui demanda s’il voulait qu’on lui bandât à nouveau les yeux. Le prêtre répondit oui à sa place, tandis que les bourreaux le hissaient…"

Pour se défendre des premières accusations concernant ses emprunts à Bill Bryson, qui relevaient du "copier/coller", Joseph Macé-Scaron avait rejeté toute comparaison avec PPDA et sa fameuse biographie d’Hemingway. En opérant d’infimes changements entre le texte de Jünger et le sien – "la mouche" devient une "abeille", etc – il a pourtant utilisé la même méthode, sans doute destinée à brouiller les pistes. Et le fait que l’exergue de Trébizonde avant l’oubli soit tiré du Coeur aventureux d’Ernst Jünger n’y change pas grand-chose.

Alors, "connerie", intertextualité ou système ? Contacté par LEXPRESS.fr, Joseph Macé-Scaron n’a pour l’instant pas donné suite à notre demande.

Voir de même:

Comment démonter l’accusation de plagiat contre Macé-Scaron en une leçon

LITTÉRATURE. L’auteur de "Ticket d’entrée" n’est pas un plagiaire, mais un joueur et amoureux de littérature à qui l’on fait un mauvais procès.

Bruno Roger-Petit Chroniqueur politique

La cause est entendue : depuis que les sites Acrimed et Arrêts sur images ont indiqué que certains passages du dernier roman de Joseph Macé-Scaron (Ticket d’entrée) étaient comparables à des passages d’un roman américain antérieur (Americans rigolos, Chroniques d’un grand pays de Bill Bryson), le journaliste-écrivain doit affronter la plus humiliante des accusations : plagiat.

Sollicité une première fois par Arrêts sur images, JMS s’est défendu en reconnaissant "une connerie". "Je prends habituellement en note sur un cahier des éléments que je lis, qui me semblent intéressants ou drôles. À l’origine, je ne pensais pas me servir de ces extraits. Je pensais les retravailler plus tard. J’ai dit dans mon livre que je me suis inspiré de cet auteur, je l’ai d’ailleurs cité dans mon livre".

La polémique enflant, JMS a été contraint d’en dire plus à l’AFP : "La littérature ne s’écrit pas ex-nihilo, les auteurs se nourrissent les uns des autres et l’ont toujours fait. L’intertextualité, c’est un classique de la littérature, même si je n’ai pas la prétention de me mettre à la hauteur des grands auteurs. Il y a par exemple chez Montaigne 400 passages empruntés à Plutarque. Avant, en littérature, quand il y avait un clin d’œil, on applaudissait, aujourd’hui on tombe à bras raccourcis sur l’auteur [...]. Et les emprunts, cela devient un crime, un blasphème. Le plagiat, c’est une accusation archétypale en littérature. On lance un soupçon et au fur et à mesure le point d’interrogation derrière ce terme tombe". Et de conclure : "Après, les gens vont dire Macé-Scaron égale PPDA".

En dépit de cette explication, l’accusation persiste, la meute continue de se déchaîner. Pensez donc, un "éditocrate" "un donneur de leçons" pris en flagrant délit de plagiat ! L’occasion est trop belle. Et tant pis si la question de la distinction emprunt/plagiat est aussi vieille que la littérature, l’objectif semble d’abord et avant tout de faire mettre genou à terre à "l’éditocrate" et "donneur de leçons" tombé dans les filets d’Acrimed et d’Arrêt sur images.

Le problème, c’est que beaucoup de ces procureurs, qui font assaut de culture et d’indignation pour accabler Macé-Scaron, se limitent à la paresseuse reprise des quatre extraits jetés en pâture. Or, Macé-Scaron n’a pas fait qu’emprunter quelques passages à Bryson. Il en a également emprunté au moins un à autre écrivain américain de renom : Jay McInerney.

Que le lecteur me pardonne, mais parvenu à ce stade du développement, je suis maintenant contraint de faire part de mon expérience personnelle, modeste et n’engageant que moi, non dans le but d’accabler JMS en révélant un nouveau plagiat, mais bien au contraire dans le but de le disculper.

Emprunt

Quand j’ai lu Ticket d’entrée, au printemps dernier, un passage situé à la page 253 retint mon attention. Le narrateur, rédacteur en chef du Gaulois Magazine, journal imaginaire appartenant à un grand groupe de presse, et qui offre quelques similitudes avec un groupe existant, présente un personnage d’académicien, ancien directeur du quotidien phare du groupe le Gaulois, encore éditorialiste, amoureux de Chateaubriand, de Proust et de Venise. Voici ce que fait dire JMS à ce personnage :

"Moi, ce que je voudrais, c’est me retrouver sur la plage du Lido. Sur la plage comme quand j’avais six ans et que personne n’était mort, et je voudrais que ce printemps italien ne s’arrête jamais. J’avais l’impression que c’était comme ça, que ça durerait pour toujours et que jamais rien de mal n’arriverait".

J’avais déjà lu cette cette sentence ailleurs et je m’en souvenais parce qu’elle est forcément inoubliable, tant elle correspond à ce que peut être la nostalgie du temps perdu lorsque l’on constate que les années passent et que les gens nous quittent. Cette formule figure en effet dans un roman de Jay McInerney, paru en 2007, La Belle vie :

"Moi, ce que je voudrais, c’est me retrouver sur la plage. Sur la plage comme quand j’avais six ans et que personne n’était mort, et je voudrais que l’été ne s’arrête jamais. J’avais l’impression que c’était comme ça, que ça durerait pour toujours et que jamais rien de mal n’arriverait".

Sous la plume de JMS, "l’été" est devenu "printemps italien" et la plage est située à Venise, mais pour le reste, c’est pareil en tous points. Ce nouveau "plagiat" a donc échappé aux fins limiers d’Acrimed, mais il est vrai que si un dénonciateur anonyme ne leur avait pas signalé les passages empruntés à Byron, ils n’auraient pu lancer leur "fatwa" littéraire.

Pour ma part, pas une seconde, pas un instant, je n’ai suspecté JMS de plagiat ou de contrefaçon. Bien a contraire. Je me suis dit que l’emprunt d’une formule aisément identifiable, facilement repérable (tous ceux qui ont lu le roman de Jay McInerney se souviennent de ce passage, tant il est marquant) ne pouvait être qu’une sorte d’hommage rendu à l’écrivain américain, mais aussi au personnage de la "vraie vie" qui avait servi de modèle à l’académicien espiègle et séducteur campé par JMS. Et mieux encore, non seulement ne n’ai jamais suspecté JMS de plagiat, mais tout au contraire, le seul débat qui m’intéressa, dans la mesure où je suis moi même édité dans une maison qui n’est pas sans lien avec le modèle de JMS, fut de savoir si, littérairement parlant, il aurait pu exprimer sa nostalgie du temps perdu de cette façon là.

Tout cela pour dire que, pas une seule seconde, je n’ai eu la sottise de prêter à JMS la bêtise de plagier une phrase identifiable entre cent mille pour tous les amoureux de McInerney. J’ai considéré, ainsi que JMS le proclame pour sa défense, que cet emprunt était une forme de clin d’œil, d’hommage et de jeu. Point. J’ai fait preuve d’une bienveillance totale. Est-ce un tort ? Et, qui sait si Macé Scaron ne s’est pas amusé à multiplier encore les références de ce type ? Faut-il dorénavant multiplier les notes en bas de page : "Attention, là, j’emprunte à Machin dans le but de jouer avec une référence littéraire ?"

Polémique

Il est dès lors possible de clore cette polémique, qui sent la malveillance, la méchanceté, la jalousie et la bêtise à plein nez, en arguant que les plagiats (contrefaçons) les plus célèbres de ces dernières années portent sur la reprise de nombreuses pages (cf. les affaires PPDA/Hemingway, Ardisson/Pondichéry) mais jamais sur de courts extraits empruntés, ici et là, clairement repérables autant qu’identifiables.

Cette affaire qui n’en est une que pour ceux qui ont envie qu’elle le soit prouve au moins une chose : il n’est de pire procès en littérature que celui qui est instruit par des gens que ne savent pas lire.

Il y a deux moyens de tuer un homme politique : l’accusation de négationnisme et le soupçon de pédophilie. Il n’y a qu’un moyen de tuer un écrivain : le traiter de plagiaire. Il ne s’en remettra pas. La casserole tintera à ses basques jusqu’à la consommation des siècles. Il la portera dans sa biographie comme la femme adultère du roman de Nathaniel Hawthorne sa "lettre écarlate" sur la poitrine.

Joseph Macé-Scaron en fait l’amère expérience depuis le début de la semaine. Journaliste, il occupe des postes de direction à Marianne et au Magazine littéraire (auquel je m’honore de collaborer, honni soit qui mal y pense – devise anglaise piquée sans vergogne à l’Ordre de la Jarretière) ; chroniqueur, il commente et débat régulièrement sur iTélé, Canal+, RTL, France Culture et c’est tout ; écrivain, il a publié sans problème huit livres, et un neuvième à problème.

Ticket d’entrée (Grasset, 330 p., 19 €), roman à clés si peu opaque qu’il semble fourni avec le trousseau, est une satire corrosive des milieux politiques et journalistiques au prisme gay à l’ère vétéro-sarkozyste, et de l’atmosphère de délation qui corrompt ce petit monde. Le livre est paru en mai, il a eu le temps de gagner un vaste public et le prix de la Coupole, mais le problème est survenu ces jours-ci.

Le site de critique des médias Acrimed a dénoncé les similitudes portant notamment sur la description de la technique d’identification des numéros d’ordinateur (passionnant…) entre quelques brefs passages de Ticket d’entrée et deux pages d’American rigolos (Rivages) de l’écrivain américain Bill Bryson, sous le titre : "Joseph Macé-Scaron plagiaire ?" Dans le même temps, le site Arrêt sur images, ayant bénéficié du même informateur avant d’interroger l’auteur, et celui-ci s’étant fait piéger en admettant "des emprunts" aussitôt traduit "un plagiat", c’est l’emballement médiatique, cet orage puis cette essoreuse dont on ressort en loques. La -Toile s’enflamme sans nuance, les blogs se déchaînent, les médias traditionnels suivent. Les forums de discussion dégueulent un florilège haddockien : "Kleptomane d’idées !… Voleur !… Sophiste !.. Menteur !… Manipulateur !… Faus-saire !… Activiste !… Minable !… Arbitre des élégances culturelles !… Pompeur deux fois plutôt qu’une !… Donneur de leçons !…", cette dernière étant la pire injure, celle qui revient le plus souvent, rançon de l’omniprésence médiatique du commentateur de l’actualité. Les internautes ne doutent guère qu’il a été pris en "flagrant délit de troussage de livre un peu limite". En quelques heures, le point d’interrogation a sauté, le coupable lynché. Plagiaire. Même si le mot ne veut rien dire en droit, où l’on parle en l’espèce de "contrefaçon totale ou partielle".

Adieu clins d’oeil, échos, hommages

Tout ça pour ça ? Pour sa défense, -Joseph Macé-Scaron reconnaît : "C’est une connerie." Entendez que s’il a un regret à formuler, c’est bien celui-ci : cette affaire témoigne de ce que la littérature ne peut plus se permettre de clins d’oeil, d’échos, d’hommages de ce type alors que le cinéma, la peinture, le théâtre, la musique sans oublier l’Internet en regorgent. "Au XXe siècle, les travaux de Kristeva, de Compagnon (sur Montaigne d’ailleurs), de Barthes et de Genette (Palimpsestes) ont montré que l’innutrition était la principale source de littérature, qu’elle soit ancienne ou moderne. On ne reprend pas des morceaux de la réalité : on reprend des morceaux des autres livres. C’est ce qu’on appelle désormais l’intertextualité, que tout étudiant en lettres connaît très bien", nous dit-il.

Il cite Montaigne et ses quelque quatre cents emprunts à Plutarque avant de rejeter des deux mains le moindre soupçon de plagiat. D’autant qu’il rend hommage à Bill Bryson et ses chroniques américaines dans le corps même de son texte. Ce qui reviendrait à tendre une verge pour se faire battre s’il n’avait pas eu la conscience tranquille. Après tout, Michel Houellebecq n’avait pas agi autrement en recopiant des pages d’une encyclopédie interactive dans La Carte et le Territoire, sans même prendre la peine de citer sa source, et cela n’avait guère posé de problème. Or la justification littéraire de Macé-Scaron est parfaitement identique à la sienne ; sauf que Houellebecq, lui, peut tout se permettre : son cynisme, son sens de l’autodérision et son statut de "grand écrivain" le protègent.

Voir aussi:

Plagiat: Macé-Scaron le journaliste aussi…

Jérôme Dupuis

L’Express

06/09/2011

Joseph Macé-Scaron ne réserve pas l’ "intertextualité" à ses ouvrages littéraires. Dans ses articles de presse, il recopie également des passages entiers sur ses confrères. Exemples.

A ce jour, Joseph Macé-Scaron a publié trois romans. On sait, depuis les révélations de ces dernières semaines, que le directeur adjoint de la rédaction de Marianne, directeur du Magazine littéraire et célèbre chroniqueur télé, a fait des "emprunts" non signalés dans les trois: à Ernst Jünger dans Trébizonde, avant l’oubli (Robert Laffont), à Victor Malka pour Le cavalier de Minuit (Julliard) et à pas moins de trois auteurs – Bill Bryson, Jay McInerney et Rachel Cusk – pour Ticket d’entrée (Grasset), best-seller de ces derniers mois avec 40 000 exemplaires écoulés. Un petit parfum de scandale plane sur Saint-Germain-des-Prés.

Pour se défendre de ces accusations de plagiat, Macé-Scaron a invoqué, sans vraiment convaincre, l’ "inter-textualité", un concept des années 70, qui étudie les rapports d’un texte avec ceux qui l’ont précédés. Et d’appeler à la rescousse le pauvre Montaigne, accusé d’avoir allègrement pillé Plutarque. Rappelons donc que le philosophe de l’Antiquité est cité la bagatelle de 88 fois (!) dans les Essais et que Montaigne annonce dès les premières pages de son oeuvre qu’il va continuellement y puiser, comme dans le tonneau des Danaïdes…

Mais L’Express peut aujourd’hui révéler que le Macé-Scaron romancier n’est pas le seul à pratiquer le plagiat : le Macé-Scaron journaliste s’y livre également avec assiduité. Prenons par exemple l’article qu’il a publié le 8 juillet 2006 dans Marianne, intitulé "Catulle, le Rimbaud de Vérone". Voilà ce qu’on y lit :

La critique du Roman de Catulle par Laurence Liban, juillet 2004

"C’est qu’il se passe toujours quelque chose chez Catulle: une noce, une danse, des ragots d’alcôve et de caniveau, un copain cocu, des blagues de potaches bourrés au falerne, des cons finis [...] Mais, après la bonne fortune, viennent les chagrins d’amour, la mort d’un frère, un voyage au loin pour oublier et la beauté des mythes grecs traduits avec une infinie tendresse: ‘Bien que le lourd chagrin qui sans trêve me ronge/Me tienne loin, mon Ortalus, des doctes Vierges.’ Catulle a gardé intacte sa veine sarcastique, mais il est atteint au plus profond. C’est le roman d’un homme blessé qui donne à voir ses plaies sans forfanterie. On est touché au coeur."

"Il se passe toujours quelque chose chez Catulle: une noce, une danse, des ragots d’alcôve et de caniveau, un copain cocu, des blagues de potaches bourrés au falerne pur. (…) Mais après la bonne fortune viennent les chagrins d’amour, la mort d’un frère, un voyage au loin pour oublier et la beauté des mythes grecs traduit avec une infinie tendresse : ‘Bien que le lourd chagrin qui sans trêve me ronge/Me tienne loin, mon Ortalus, des doctes vierges.’ Catulle a gardé intacte sa veine sarcastique, mais il est atteint au plus profond. C’est le roman d’un homme blessé qui donne à voir ses plaies sans forfanterie. On est touché au coeur."

Belle envolée. Sauf qu’elle est parue mot pour mot deux ans plus tôt dans le mensuel Lire, sous la plume de la journaliste Laurence Liban (lire l’article intégral). Comme pour plusieurs autres passages du même article, Macé-Scaron a fait un pur copier/coller, sans modifier la moindre syllabe. Pour sa chance, Laurence Liban ne s’est jamais rendu compte de ce plagiat.

En revanche, à peine quelques semaines plus tard, le boulet est passé près. Toujours dans Marianne, le 16 septembre 2006, Macé-Scaron co-signe un article intitulé "Le tiers état culturel". Dans la partie qui, selon nos vérifications, lui incombait, il a recopié à la virgule près un paragraphe d’un article publié trois semaines plus tôt par la journaliste Delphine Peras, encore dans Lire (lire l’article), décidément source d’inspiration récurrente pour le patron du Magazine Littéraire. Voici les lignes incriminées, qui font référence à un livre de Bernard Lahire sur les écrivains :

La critique de La condition littéraire par Delphine Peras, septembre 2006

"Une somme sans précédent qui bat totalement en brèche cette vision désincarnée de l’écrivain tout entier consacré à son art, et qui éclaire d’un jour nouveau le paradoxe de l’écriture littéraire, ‘activité à la fois valorisée symboliquement dans un monde social et culturel hiérarchisé, et pratiquée en grande partie par des individus qui ne tirent pas l’essentiel de leurs revenus de son exercice’. [...] En clair, la (vraie) littérature ne nourrit pas son homme [...].

"Une somme sans précédent qui bat totalement en brèche cette vision désincarnée de l’écrivain tout entier consacré à son art, et qui éclaire d’un jour nouveau le paradoxe de l’écriture littéraire, ‘activité à la fois valorisée symboliquement dans un monde social et culturel hiérarchisé, et pratiquée en grande partie par des individus qui ne tirent pas l’essentiel de leurs revenus de son exercice.’ En clair, la (vraie) littérature ne nourrit pas son homme."

Ulcérée par le procédé – s’il arrive que des journalistes reprennent des informations de confrères sans les citer, les plagiats caractérisés sont, eux, rarissimes -, Delphine Peras s’est plainte aussitôt dans une lettre adressée à Jean-François Kahn, grand patron de Marianne. Sans grand effet, semble-t-il… Joint par L’Express, Joseph Macé-Scaron n’a pas donné suite à nos demandes.

La critique du Matin en 1987

"[Il aime] l’écriture minimale, les phrases en sauts de puces, les formes brèves, toute une microspéléologie avec laquelle l’écrivain sonde ses propres errances, ses incertitudes, ses diaboliques glissades dans ce grand vide central dont le roman se nourrit depuis qu’il est ce qu’il est: une machine à distiller les chimères, un alambic à illusions."

On pourrait encore citer cette chronique consacrée aux romans de l’écrivain italien Antonio Tabucchi, parue dans Marianne, en mai 2006, dont le paragraphe le plus brillant -"Une écriture minimale, des phrases en sauts de puce, des formes brèves, toute une microspéléologie avec laquelle l’écrivain sonde ses propres errances, ses incertitudes, ses diaboliques glissades dans ce grand vide central dont la fiction se nourrit depuis qu’elle est ce qu’elle est, c’est à dire depuis Homère: une machine à distiller les chimères, un alambic à illusions"- est purement et simplement recopié sur un article paru dans Le Matin, en 1987. Macé-Scaron n’a pas eu à le chercher bien loin, puisque l’éditeur desdits romans avait choisi cet article du Matin comme accroche publicitaire en quatrième de couverture du volume!

On a donc moins à faire à des dérapages isolés qu’à un système. Les mauvaises habitudes de "JMS" ne datent pourtant pas d’hier. Plusieurs anciens du service politique du Monde ont encore en mémoire un épisode remontant à la fin des années 80, époque où Macé-Scaron écrivait dans Le Figaro. "Un jour, se souvient Olivier Biffaud, alors journaliste politique au Monde, je tombe sur l’un de ses articles dans lequel je reconnais des blocs entiers de l’un des miens ! Sidéré, je lui ai envoyé une lettre pour me plaindre, lui suggérant même ironiquement de me communiquer le sujet de ses prochaines enquêtes, pour que je puisse lui mâcher le travail…" Quelques jours plus tard, mot chantourné de Macé-Scaron à Biffaud, accompagné d’une caisse de champagne – qui sonne comme un aveu…

On le voit, on est ici loin, très loin, des réminiscences proustiennes et des palimpsestes chers au théoricien Gérard Genette. A moins que Joseph Macé-Scaron n’invoque cette fois-ci pour sa défense quelque "inter-journalité" ?

Voir encore:

Ticket d’entrée: Macé-Scaron rejette le terme de plagiat

L’Express avec AFP

22/08/2011

Joseph Macé-Scaron reconnait des "emprunts" à l’auteur Bill Bryson dans son dernier roman « Ticket d’entrée », mais se réclame de "l’intertextualité".

S’il reconnaît des emprunts à un écrivain américain pour son livre Ticket d’entrée, le directeur adjoint de Marianne refuse de parler de "plagiat".

Joseph Macé-Scaron s’est défendu dans une interview accordée à l’AFP mardi. "Il n’y a pas de malhonnêteté intellectuelle de ma part, ni de dissimulation. Je reconnais dix fois des emprunts au livre de Bill Bryson, qui n’étaient pas du tout cachés mais l’une des clés de ce roman, et je rejette le terme de plagiat", at-il déclaré.

Il a rapellé avoir cité le roman de Bill Bryson, American rigolos : chroniques d’un grand pays (2003, Payot et Rivages) à la page 83 de son ouvrage, en en parlant comme "pétri d’humour".

"L’intertextualité, c’est un classique de la littérature"

"La littérature ne s’écrit pas ex-nihilo, les auteurs se nourrissent les uns des autres et l’ont toujours fait. L’intertextualité, c’est un classique de la littérature, même si je n’ai pas la prétention de me mettre à la hauteur des grands auteurs. Il y a par exemple chez Montaigne 400 passages empruntés à Plutarque…", relève-t-il.

"Avant, en littérature, quand il y avait un clin d’oeil, on applaudissait, aujourd’hui on tombe à bras raccourcis sur l’auteur (…). Et les emprunts, cela devient un crime, un blasphème", ajoute-t-il.

"Le plagiat, c’est une accusation archétypale en littérature. On lance un soupçon et au fur et à mesure le point d’interrogation derrière ce terme tombe", regrette l’écrivain.

Pas question d’être assimilé à PPDA

"Après, les gens vont dire "Macé-Scaron égale PPDA" [accusé de plagiat dans sa biographie d'Ernest Hemingway, rappelle l'AFP], or ce n’est pas du tout la même chose", affirme l’auteur.

"Cette prétendue découverte des emprunts, c’est aussi une manière de se payer quelqu’un qui a un succès littéraire et appartient à un média, Marianne, dont on dit qu’il est donneur de leçon", avance-t-il.

"Si on ne connaît pas un sujet, on invente ou on le prend dans d’autres textes. Moi, je ne connais rien à l’informatique et c’est pourquoi j’ai emprunté des passages des chroniques de Bill Bryson où il en était question", argumente l’auteur de Ticket d’entrée.

Les arguments de Joseph Macé-Scaron vous semblent-ils convaincants? Donnez-nous votre avis dans les commentaires!

Voir enfin:

Il n’y a pas d’affaire Macé-Scaron

Pierre Assouline

Le Monde des livres

25.08.11

Il y a deux moyens de tuer un homme politique : l’accusation de négationnisme et le soupçon de pédophilie. Il n’y a qu’un moyen de tuer un écrivain : le traiter de plagiaire. Il ne s’en remettra pas. La casserole tintera à ses basques jusqu’à la consommation des siècles. Il la portera dans sa biographie comme la femme adultère du roman de Nathaniel Hawthorne sa "lettre écarlate" sur la poitrine.

Joseph Macé-Scaron en fait l’amère expérience depuis le début de la semaine. Journaliste, il occupe des postes de direction à Marianne et au Magazine littéraire (auquel je m’honore de collaborer, honni soit qui mal y pense – devise anglaise piquée sans vergogne à l’Ordre de la Jarretière) ; chroniqueur, il commente et débat régulièrement sur iTélé, Canal+, RTL, France Culture et c’est tout ; écrivain, il a publié sans problème huit livres, et un neuvième à problème.

Ticket d’entrée (Grasset, 330 p., 19 €), roman à clés si peu opaque qu’il semble fourni avec le trousseau, est une satire corrosive des milieux politiques et journalistiques au prisme gay à l’ère vétéro-sarkozyste, et de l’atmosphère de délation qui corrompt ce petit monde. Le livre est paru en mai, il a eu le temps de gagner un vaste public et le prix de la Coupole, mais le problème est survenu ces jours-ci.

Le site de critique des médias Acrimed a dénoncé les similitudes portant notamment sur la description de la technique d’identification des numéros d’ordinateur (passionnant…) entre quelques brefs passages de Ticket d’entrée et deux pages d’American rigolos (Rivages) de l’écrivain américain Bill Bryson, sous le titre : "Joseph Macé-Scaron plagiaire ?" Dans le même temps, le site Arrêt sur images, ayant bénéficié du même informateur avant d’interroger l’auteur, et celui-ci s’étant fait piéger en admettant "des emprunts" aussitôt traduit "un plagiat", c’est l’emballement médiatique, cet orage puis cette essoreuse dont on ressort en loques. La -Toile s’enflamme sans nuance, les blogs se déchaînent, les médias traditionnels suivent. Les forums de discussion dégueulent un florilège haddockien : "Kleptomane d’idées !… Voleur !… Sophiste !.. Menteur !… Manipulateur !… Faus-saire !… Activiste !… Minable !… Arbitre des élégances culturelles !… Pompeur deux fois plutôt qu’une !… Donneur de leçons !…", cette dernière étant la pire injure, celle qui revient le plus souvent, rançon de l’omniprésence médiatique du commentateur de l’actualité. Les internautes ne doutent guère qu’il a été pris en "flagrant délit de troussage de livre un peu limite". En quelques heures, le point d’interrogation a sauté, le coupable lynché. Plagiaire. Même si le mot ne veut rien dire en droit, où l’on parle en l’espèce de "contrefaçon totale ou partielle".

Adieu clins d’oeil, échos, hommages

Tout ça pour ça ? Pour sa défense, -Joseph Macé-Scaron reconnaît : "C’est une connerie." Entendez que s’il a un regret à formuler, c’est bien celui-ci : cette affaire témoigne de ce que la littérature ne peut plus se permettre de clins d’oeil, d’échos, d’hommages de ce type alors que le cinéma, la peinture, le théâtre, la musique sans oublier l’Internet en regorgent. "Au XXe siècle, les travaux de Kristeva, de Compagnon (sur Montaigne d’ailleurs), de Barthes et de Genette (Palimpsestes) ont montré que l’innutrition était la principale source de littérature, qu’elle soit ancienne ou moderne. On ne reprend pas des morceaux de la réalité : on reprend des morceaux des autres livres. C’est ce qu’on appelle désormais l’intertextualité, que tout étudiant en lettres connaît très bien", nous dit-il.

Il cite Montaigne et ses quelque quatre cents emprunts à Plutarque avant de rejeter des deux mains le moindre soupçon de plagiat. D’autant qu’il rend hommage à Bill Bryson et ses chroniques américaines dans le corps même de son texte. Ce qui reviendrait à tendre une verge pour se faire battre s’il n’avait pas eu la conscience tranquille. Après tout, Michel Houellebecq n’avait pas agi autrement en recopiant des pages d’une encyclopédie interactive dans La Carte et le Territoire, sans même prendre la peine de citer sa source, et cela n’avait guère posé de problème. Or la justification littéraire de Macé-Scaron est parfaitement identique à la sienne ; sauf que Houellebecq, lui, peut tout se permettre : son cynisme, son sens de l’autodérision et son statut de "grand écrivain" le protègent.

Dans la brève notice biographique de Joseph Macé-Scaron sur Wikipédia, l’affaire occupe déjà quatre lignes, espace disproportionné. Gageons qu’il ne diminuera pas avant longtemps. Le mal est fait. "Quand les événements nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs", suggère un fameux aphorisme attribué à Clemenceau ou à Cocteau selon les sources, l’un ayant plagié l’autre. Nous ne serions donc pas surpris d’apprendre que Joseph Macé-Scaron consacrera un prochain numéro spécial du Magazine littéraire au plagiat.


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