Art négrier: C’est le produit de ces pillages que l’on étudie avec tant d’intérêt (Quai Branly celebrates five centuries of slave trading art)

28 novembre, 2009
Branly celebrates slavetrading artQu’une exposition au Musée du quai Branly s’attache à nommer les créateurs de la cour royale d’Abomey est important du point de vue de la connaissance historique. Mais surtout d’un point de vue politique et moral, parce que c’est l’une des premières fois qu’une telle tentative est osée en France. Le temps de l’indistinction et de l’anonymat s’achèverait-il enfin? (…) Le temps de l’art “nègre” ou “africain” finit; celui des artistes africains commence. Le Monde
Cette nouvelle et passionnante approche peut s’appliquer aux artistes d’Abomey, parce que les collections françaises sont d’une exceptionnelle richesse. Elles le sont parce que la France a envahi et détruit le royaume d’Abomey en deux guerres, en 1890 et en 1892, et forcé le roi Béhanzin à l’exil. Ses palais ont été pillés et c’est le produit de ces pillages que l’on étudie avec tant d’intérêt. Le Monde
Les collections françaises conservent des objets arrivés dans des contextes variés, du cadeau diplomatique au don ou aux commandes en passant par le butin de guerre coloniale. (…) Quatorze rois se sont succédés de 1625 à 1900 à Abomey, capitale du royaume du Danhomè. Ils ont rassemblé autour d’eux des artistes d’origines diverses : Yoruba, Fon, Mahi ou Haoussa régis par le même mécénat. Leurs noms se confondent avec l’histoire de l’agrandissement du royaume ; certains ont participé à sa fondation, d’autres y sont arrivés comme esclaves. Gaëlle Beaujean (commissaire de l’exposition)
Guezo fut également un administrateur extrêmement avisé. Grâce aux revenus de la traite, il put abaisser les impôts, stimulant ainsi l’économie agricole et marchande (…) Il fut très aimé et sa mort subite dans une bataille contre les Yorubas fut une véritable tragédie. Wikipedia
Les chefs traditionnels n’ont pas à être reconnus par la Constitution tant qu’ils n’ont pas présenté leurs excuses aux familles des descendants des victimes de l’esclavage. Shehu Sani (président du Congrès des droits civiques nigérian)

“Le temps de l’art ‘nègre’ ou ‘africain’ finit; celui des artistes africains commence.” A quand celui de l’art… négrier?

Alors que le pourtant (à moitié) noir et même pas né à l’époque Pleurnicheur en chef demande pardon cinq fois par jour …

La perfide Albion débaptise ses rues …

Notre propre Pays des droits de l’homme fait tourner la planche à billets législative

A l’heure où, du fond de son exil berlinois dument subventionnée par les deniers publics (avec 50 000 euros, t’as plus rien !), notre Goncourt franco-sénégalaise “trouve la France monstrueuse”

Et où l’un de nos anciens ambassadeurs co-rédacteur de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et membre du comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine dénonce haut et fort “une société où on expulse les sans-papiers”

Etrange pudeur du Monde dans l’édiorial et le compte-rendu qu’il consacre à l’actuelle exposition du Musée Chirac (pardon: du Quai Branly) sur les “artistes” du royaume africain du Dahomey (pardon: Danhomè) et actuel Bénin …

Qui, même s’il fait allusion aux guerres et pillages de la France coloniale, ne mentionne même pas une fois, dans sa célébration de “l’Art de cour exceptionnel” et des “artistes de génie” des “Rois mécènes” de ce qui fut pourtant l’une des plus grandes plaques tournantes de la traite atlantique, le mot esclave!

Heureusement, la commissaire de l’exposition veille et rappelle, pour évoquer la place de l’esclavage dans la richesse dudit royaume, que la traite des esclaves avait “depuis plus d’un siècle” été “mise en place par les Européens”.

Que le Danhomè se contentait de faire des “prisonniers de guerre” que les acheteurs européens “revendaient comme esclaves en Amérique”.

Mais là où l’on ne comprend plus, c’est quand elle reconnait (certes du bout des lèvres) concernant le mode d’acquisition des “artistes”que “certaines familles d’artistes sont des prisonniers rescapés” dont la seule “qualité pouvait aussi motiver une guerre “ou que d’autres sont “arrivés comme esclaves”.

Encore un peu et elle nous ressortait les mouvements anti-esclavagistes notamment anglais ayant contraint les rois dahoméens à exporter désormais moins ouvertement leurs esclaves et à se recentrer sur les produits agricoles.

Ou, pire encore, le fait que c’est la conquête coloniale qui met finalement un terme au “commerce d’ébène“.

Voire, abomination des abominations, les actuels débuts de demandes de comptes en Afrique-même sur les descendants des “rois-traitres”, sans lesquels n’auraient été possibles ni le fameux commerce triangulaire ni les traites interne et arabe!

Edito du Monde
Artiste africain
LE MONDE
28.11.09

Il était courant en Europe, il y a un siècle, d’affirmer qu’il n’y avait pas d’art en Afrique, rien que des “fétiches”. Picasso, Matisse, Apollinaire, Breton, peintres et poètes ont fait justice de cette absurdité. Ainsi est né “l’art nègre” – formule ambiguë. Elle reconnaît la qualité artistique des sculptures ou des masques. Mais elle confond tous les peuples, tous les styles, toutes les époques sous un seul terme, trop simple, trop vague. “Africain” vaut-il mieux ? Oserait-on parler d’art “européen” pour qualifier à la fois les sculpteurs romans et Rodin, Giotto et Poussin, Rembrandt et Cézanne ?

“Africain” n’en a pas moins pris la succession de “nègre”. Sans doute l’ethnologue, le spécialiste ou le collectionneur pratiquaient-ils déjà des distinctions subtiles entre des styles variables d’un village à un autre, d’une société à une autre, mais il manquait cette notion essentielle : les artistes, des individus identifiés, des noms, des mains, des manières particulières de travailler. Il n’y a pas si longtemps, un discours officiel croyait encore pouvoir interpeller “l’homme africain” : encore une généralité, encore un schématisme.

Qu’une exposition au Musée du quai Branly s’attache à nommer les créateurs de la cour royale d’Abomey est important du point de vue de la connaissance historique. Mais surtout d’un point de vue politique et moral, parce que c’est l’une des premières fois qu’une telle tentative est osée en France. Le temps de l’indistinction et de l’anonymat s’achèverait-il enfin ?

Les oeuvres présentées dans l’exposition sont à Paris depuis des décennies, depuis le pillage des palais du roi Béhanzin par les troupes coloniales françaises à la fin du XIXe siècle. Si elles sont montrées aujourd’hui d’une façon si neuve, ce n’est donc pas parce qu’elles seraient elles-mêmes nouvelles, mais parce que les regards et les esprits évoluent. Le temps de l’art “nègre” ou “africain” finit ; celui des artistes africains commence.

Sans doute faut-il voir également dans cette évolution un effet de l’art actuel : les artistes qui travaillent aujourd’hui au Bénin, au Cameroun ou au Nigeria sont de plus en plus connus. Ils signent des oeuvres singulières et individuelles. Ils exposent de plus en plus, y compris en Afrique, et la question de leur statut d’artistes ne se pose évidemment pas. C’est à la lumière de ce présent que le passé est considéré désormais. Il est profondément logique, et satisfaisant, que ce soit une fondation africaine spécialisée dans l’art actuel qui soit le mécène du catalogue de l’exposition des “Artistes d’Abomey”.

Voir aussi:

Enfin les artistes africains ne sont plus anonymes
Philippe Dagen
Le Monde
28.11.09

Statue dogon”, “masque fang” : ainsi s’exprime-t-on en matière d’arts de l’Afrique. Il semble admis que les fonctions religieuses et sociales des objets étaient si déterminantes qu’il est logique de les classer par peuples, cultes, sociétés secrètes ou types. Il est tout aussi logique que le nom de leur auteur ait disparu, puisqu’il n’aurait été que l’exécutant d’un désir et d’un système collectifs.

L’absence de traces écrites jusqu’à une date assez récente et les conditions dans lesquelles les oeuvres ont été collectées par les Occidentaux ont contribué à cette situation : si nul ne conteste plus l’existence d’artistes africains, il semble tout aussi admis qu’ils ne peuvent que demeurer anonymes.

Nombreux en effet sont les artistes africains qui resteront anonymes : ceux des siècles antérieurs au XIXe, faute de témoignages écrits ; et tous ceux, plus récents, sur lesquels des informations auraient pu être sauvegardées mais ne l’ont pas été : ceux qui ont collecté les objets – ethnologues compris – n’ont pas pu ou su poser les bonnes questions.

Et pourtant on peut pratiquer avec les sculptures africaines ce qui se pratique avec l’art européen : les comparaisons stylistiques, la recherche du détail d’un individu, une marque de fabrique. Les efforts pour les identifier tendent à se multiplier, jusque dans les catalogues de vente. Après des tentatives pionnières, mais éparpillées, de chercheurs allemands, britanniques ou français, sont venus les premiers travaux marquants : une exposition sur les sculpteurs du Nigeria au Metropolitan Museum de New York en 1997, les essais de classification de l’ethnologue français Louis Perrois et, surtout, à Bruxelles, en 2001, l’exposition “Mains de maîtres”, conçue par l’historien et marchand belge Bernard de Grunne. En étudiant huit cas, elle essayait d’identifier des styles personnels et des maîtres, exactement comme le font les attributionnistes spécialistes des primitifs florentins ou siennois.

C’est à ces derniers que l’on pense dans l’exposition “Artistes d’Abomey” au Musée du quai Branly. A quoi comparer les ateliers de la cour d’Abomey, capitale du royaume du Danhomè – l’actuel Bénin – du XVIIe au XIXe siècle, sinon aux ateliers des cités toscanes de la Renaissance ? Dans les deux cas, la transmission et le perfectionnement d’un savoir-faire s’accomplissent au sein d’une famille, les fils les recevant en héritage des pères et des oncles.

A Abomey, ces familles et ateliers ont pour nom Hountondji, Alagbé, Yémadjé ou Akati. Actifs durant de longues périodes, ces ateliers exécutent les commandes des rois successifs du Danhomè, comme d’autres celles des Médicis. Leurs liens avec le pouvoir sont étroits, vitaux même.

De la faveur du roi dépendent ses commandes et celles que passent aux mêmes artistes les nobles de sa cour. Les sujets sont déterminés par les modes d’exercice du pouvoir, ses mythes fondateurs, sa rhétorique héroïque. Celle-ci veut des lions, des requins et des effigies effrayantes du dieu Gou, dieu du feu et de la guerre : les sculpteurs s’y emploient, en variant légèrement d’après des modèles stables.

Il faut des trônes et des spectres, les “récades”, spécialité de la famille Houndo, qui excelle aussi dans la sculpture des plateaux de divination. Il faut des armes de parade et d’autres pour les exécutions capitales, des vêtements de cérémonie, des tentures, des bracelets – et donc des dynasties d’armuriers, d’orfèvres et de tisseurs.

La généalogie des rois d’Abomey va donc de pair avec celle de leurs “fournisseurs”, dont noms et dates sont connus. Ainsi des deux statues de Gou : celle du Musée du quai Branly est l’oeuvre d’Ekplékendo Akati vers 1860 ; celle du Musée Dapper est sans doute le travail de Ganhu Hountondji, maître de la fonte, alors qu’Akati associe le bois et le fer.

PALAIS PILLÉS

Dans l’exposition, les données politiques nécessaires – structures et rites du pouvoir – sont indiquées par une longue chronologie murale et des bornes sonores qui diffusent de brèves explications. Une fois précisées ces conditions historiques et sociales, le regard peut s’attacher aux questions de styles et de maîtres. D’autant que le classement des objets par genre et par fonction favorise l’examen des différences stylistiques en proposant des comparaisons constantes. Tout cela est très bien réalisé.

Cette nouvelle et passionnante approche peut s’appliquer aux artistes d’Abomey, parce que les collections françaises sont d’une exceptionnelle richesse. Elles le sont parce que la France a envahi et détruit le royaume d’Abomey en deux guerres, en 1890 et en 1892, et forcé le roi Béhanzin à l’exil. Ses palais ont été pillés et c’est le produit de ces pillages que l’on étudie avec tant d’intérêt.

“Artistes d’Abomey”.

Musée du quai Branly, 37, quai Branly, Paris 7e. Tél. : 01-56-31-70-00. Du mardi au dimanche, de 11 heures à 19 heures ; jeudi, vendredi et samedi jusqu’à 21 heures. 7 €. Jusqu’au 31 janvier. Catalogue publié par la Fondation Zinsou, 250 p. 38 €.

Voir enfin:

Artistes d’Abomey – Dialogues sur un royaume africain au musée du Quai Branly
Vendredi, 23 Octobre 2009 15:45 audrey laroque Actualités – Art

Du 10 Novembre 2009 au 31 Janvier 2010

Musée du Quai Branly

Art Africain

De 1600 à 1894, Abomey fut la vitrine du royaume du Danhomè, situé dans l’actuelle république du Bénin. Un art de cour exceptionnel s’y est développé, avec des artistes dont le génie, le talent et l’inspiration servaient avant tout la gloire du Roi. Grâce à d’importantes recherches menées par le commissaire et les deux conseillers scientifiques de l’exposition, il est aujourd’hui possible d’associer des artistes et familles d’artistes à chaque type d’objets présentés, fait rare dans l’art africain. A travers 82 objets et 8 documents graphiques anciens, Artistes d’Abomey, dialogue sur un royaume africain est l’occasion de découvrir ces dynasties d’artistes, et de comprendre leur rôle et statut au sein de la société danhoméenne

La ville d’Abomey est l’ancienne capitale du royaume du Danhomè (Bénin actuel), sur la côte Atlantique. Vers 1735, la ville portuaire de Ouidah entre en possession du Danhomè. Là, depuis plus d’un siècle s’organise la traite des esclaves mise en place par les Européens. Le lien entre le Danhomè et l’Europe remonte donc au XVIIIe siècle. La première des 41 lois du royaume impose au monarque d’accroître le territoire tout son règne durant. Le Danhomè s’est doté d’une organisation politique et militaire qui a favorisé son hégémonie. Les prisonniers de guerre connaissaient des sorts variables : vendus aux Européens qui les revendaient comme esclaves en Amérique ; future épouse du roi et peut-être mère du vidaho1 ; agriculteurs ou dotés d’un talent qui permettra au Danhomè de rayonner. Certaines familles d’artistes sont des prisonniers rescapés. La qualité d’un artiste pouvait aussi motiver une guerre afin qu’il soit au service du roi mécène. Chaque roi a doté le Danhomè d’artistes qui apportèrent des formes nouvelles dans la capitale.

La langue fon distingue l’artiste, homme inspiré, de l’artisan. Leurs productions exaltaient les regalia, honoraient les ancêtres, renforçaient la prestance sociale ou bien sublimaient la puissance militaire et divinatoire. Enfin, le défilé annuel des richesses et objets royaux dans la cité permettait à l’ensemble des sujets d’admirer cet art ostentatoire, riche en métal et en couleurs…

Les œuvres de cour témoignent aussi de l’histoire du contact entre la France et le Danhomè. Les collections françaises conservent des objets arrivés dans des contextes variés, du cadeau diplomatique au don ou aux commandes en passant par le butin de guerre coloniale. La rencontre avec les descendants d’artistes, de la famille royale, de dignitaires et de roturiers a permis de repérer quelles étaient ces familles d’artistes et de définir les caractéristiques de leurs styles à partir des photographies d’objets aujourd’hui conservés hors d’Abomey. L’iconographie catholique a inspiré les artistes de cour d’Abomey tout comme celle des Yoruba à l’est, des Ashanti à l’ouest, des Bariba ou des Haoussa au nord. Il est tout à fait certain que la circulation des œuvres a favorisé la créativité de ces acteurs pacifiques. La démarche globalisante des artistes d’Abomey, souhaitée par le roi, est une allégorie des choix politiques qui visent aussi à globaliser.

Gaëlle Beaujean, commissaire de l’exposition

PARCOURS DE L’EXPOSITION

Les artistes africains peuvent-ils tous rester anonymes ? L’absence de nom s’explique dans nombre de cas par le secret qui entoure la conception de l’objet. Mais la généralité n’est pas de règle, preuve en est pour l’art de cour d’Abomey. Trois complices, Léonard Ahonon, Gaëlle Beaujean et Joseph Adandé sont allés à la rencontre des descendants de rois, de dignitaires et d’artistes de cour. Ils restituent ici les résultats d’une enquête réalisée à Abomey en 2008 qui a permis d’attribuer plus finement les œuvres et de réunir des informations sur les artistes de cour.

Quatorze rois se sont succédés de 1625 à 1900 à Abomey, capitale du royaume du Danhomè. Ils ont rassemblé autour d’eux des artistes d’origines diverses : Yoruba, Fon, Mahi ou Haoussa régis par le même mécénat. Leurs noms se confondent avec l’histoire de
l’agrandissement du royaume ; certains ont participé à sa fondation, d’autres y sont arrivés comme esclaves.

Après un espace introductif présentant une carte ancienne et une généalogie des rois d’Abomey, l’exposition explique en cinq séquences le statut et le rôle de l’artiste au sein de la société danhoméenne. Plusieurs multimédia ponctuent l’exposition et proposent aux visiteurs de découvrir, de plus près, une sélection d’œuvres choisies par le commissaire de l’exposition.

1. La mémoire des noms
Dans les arts de cour d’Abomey, l’œuvre est associée immédiatement à son commanditaire : le roi. Mais le type d’objets, le matériau et la technique permettent d’identifier une signature et un savoir-faire maîtrisé par une famille. Les métaux précieux comme l’argent ou le cuivre sont travaillés par les Hountondji, les soies et cotons d’importation composent les tentures cousues par les Yémadjé. Certains noms restent en mémoire comme ont pu le montrer différentes sources, de terrain et littéraires, en dévoilant les noms de plusieurs artistes de la fin du 19e siècle.

2. L’artiste de cour, maître-servant
Dans cette section, l’exposition s’intéresse à la place des artistes : comment devient-on artiste du roi ? Quels sont les avantages du maître et les indices de l’asservissement ? Pour le roi, il était important d’étendre son influence au-delà des frontières, d’afficher la puissance de son royaume, et selon la devise, « faire le Danhomè toujours plus grand ». Il lui fallait donc sans cesse innover et marquer son temps, y compris dans le domaine des arts, en perpétuelle transformation : la sculpture sur bois ou métal, l’appliqué sur tissu, le tissage et les danses cérémonielles et royales de cour. Les artistes, repérés parfois parmi les prisonniers de guerre et donc détenteurs d’un art d’une autre localité, se voyaient attribuer un espace sur prescription du roi. Il arrivait même que le roi motive une guerre pour leur capture.
Ces créateurs dont le génie et le talent étaient reconnus par le roi bénéficiaient de privilèges : équipements, matériaux, domicile et soutiens divers. Leur implantation à proximité du palais facilitait le contact, discret ou non, avec le roi pour les commandes qu’ils devaient honorer.

3. Le palais, vitrine du monde
Les rois du Danhomè entendaient faire des palais une vitrine du monde. Ils recevaient des présents de toutes sortes et de toutes provenances. Ils en offraient autant. Pour séduire leur peuple, ils organisaient chaque année un défilé de toutes leurs richesses et en redistribuaient une partie lors de ces cérémonies traditionnelles. L’ambition du roi Agadja (1711-1740) de faire affaire directement avec l’Occident, garant de cette richesse, l’a contraint à vaincre les
royaumes cousins d’Allada et Sahè (ou Savi) pour prendre possession de Ouidah vers 1735. Dès lors, les rois du Danhomè ont pu intensifier leur commerce, échangeant les prisonniers de guerre (futurs esclaves) et les vivres contre des tissus industriels et de métaux rares qui ont donné un nouvel essor aux arts de cour.

4. La distinction par les arts
Parures, vêtements, insignes, matériel divinatoire ou amulettes permettaient de distinguer chacun des acteurs politiques, religieux et militaires de la vie d’Abomey. La possession d’œuvres provenant des ateliers royaux constituait un privilège. Ainsi, les artistes d’Abomey concevaient des vêtements, protections magiques et armes spécialement pour le premier ministre ou migan, qui portait la lourde responsabilité d’exécuter des prisonniers par décapitation. Ces condamnés avaient la mission de remettre des messages aux ancêtres royaux. Différentes familles d’artistes se groupaient pour réaliser les récades de prêtres vodoun ou de chefs de bataillon ainsi que les vêtements, armes et amulettes des femmes soldats, les Amazones.

5. Sur les murs des palais
Le développement du Danhomè s’est affirmé par l’expansion territoriale, humaine et l’acquisition de biens matériels et immatériels grâce aux conquêtes et aux échanges. Chaque
nouveau roi faisait construire un nouveau palais près de celui de son prédécesseur. Sur les murs des palais royaux d’Abomey, des bas-reliefs sont modelés ; entre ces murs, des tentures sont conservées. L’histoire officielle se matérialisait sur ces supports par un ensemble d’images, parfois associées à des chants. Une image peut renvoyer à une sentence, un combat ou un événement marquant dans l’histoire du royaume, comme à une qualité, un ordre moral que les rois mettaient en valeur pour concilier la nation.

Artistes d’Abomey – Dialogues sur un Royaume Africain

10 Novembre 2009 – 31 Janvier 2010

Musée du Quai Branly

37, quai Branly
75007 – Paris

Métro : Alma Marceau, Iena, Ecole Militaire, Bir Hakeim

Tél : 01 56 61 70 00
mardi, mercredi et dimanche : de 11h à 19h
jeudi, vendredi et samedi : de 11h à 21h

Tarifs : billet Exposition(s) temporaire(s)
billet 7 € (plein tarif) / 5 € (tarif réduit)

billet jumelé (collections permanentes + expositions temporaires)
billet 10 € (plein tarif) / 7 € (tarif réduit)

www.quaibranly.fr


Chute du mur/20e: Attention, un mur peut en cacher d’autres (What about Vietnam?)

9 novembre, 2009
Vietnamese dissidents arrestedRappelons que tous les murs ne sont pas abattus! Les Chinois, les Nord-Coréens, les Cubains, les Vietnamiens ne sont toujours pas libres de sortir comme ils l’entendent de leur paradis communiste. Ces murs-là ne sont plus en béton : le contrôle des frontières, la censure d’internet sont des alternatives plus sophistiquées que ne fut le Mur primitif de Berlin. Mais le principe est le même : l’enfermement reste indissociable de tout régime communiste, tandis qu’aucun pays capitaliste ne s’est jamais emmuré. On m’objectera les murs qui séparent Israël et la Cisjordanie et celui qui coupe le Mexique des Etats-Unis. On peut, on doit regretter leur existence mais leur fonction est sécuritaire, pas idéologique: le Mur de Berlin et ceux qui lui ressemblent encore, sont uniques et sont seuls à symboliser une idéologie. Guy Sorman
De Stettin sur la Baltique à Trieste sur l’Adriatique, un rideau de fer s’est abattu à travers le continent. Winston Churchill (Westminster College, Fulton, Missouri, le 5 mars 1946)
Faites tomber ce mur, M. Gorbatchev! Ronald Reagan (Berlin, juin 1987)
Un président américain ratera les événements qui souligneront la fin d’un combat auquel nous avons, en tant que nation et sous des présidents des deux partis – consacré sang et argent pendant 50 années. Pour Barack Obama, 1989 est juste une autre année lointaine – et le Parti démocrate d’hommes comme Harry Truman et JFK n’a jamais été aussi lointain. Rich Lowry
La torture est maintenant une pratique répandue dans les prisons palestiniennes. Les techniques ont évolué. Les différents services de sécurité de l’Autorité palestinienne utilisent à présent des méthodes qui laissent moins de traces. Ils s’inspirent souvent des Israéliens, mais aussi des Américains, qui les entraînent en Jordanie. Shawan Jabarin (directeur de l’organisation de défense des droits de l’homme al-Haq)
Les membres du Fatah ont beaucoup appris dans les prisons israéliennes. Abou Ali (ministre de l’Intérieur de l’Autorité palestinienne)
D’ailleurs, l’immense majorité des dissidents de l’Est ne manifestaient pas pour le capitalisme. Slavoj Zizek
Pour tous ceux qui ont regardé le discours d’investiture de Barack Obama la semaine dernière depuis un pays non libre, assurément l’une des phrases les plus remarquable a été : « Eh oui, à tous les autres peuples et gouvernements qui nous regardent aujourd’hui, [...] sachez que l’Amérique est l’amie de chaque nation, de chaque homme, femme ou enfant qui cherche un avenir de paix et de dignité. Et nous sommes prêts à mener le mouvement une fois de plus. Le Vietnam serait l’endroit parfait pour commencer. Duy Hoang (membre du parti réformiste interdit Viet tan)
Le Vietnam est gouverné par une dictature corrompue et responsable de l’un des pires bilans sur les droits de l’homme dans le monde. Le pays a une population dynamique, jeune dont la vie et les aspirations sont réprimées par un appareil de sécurité et des “lois” arbitraires destinées à protéger le Parti communiste des points de vue dissidents et d’une opposition organisée. Do Hoang Diem (Viet Tan)

Attention: un mur peu en cacher d’autres!

En ce 20e anniversaire de la Chute du mur de Berlin (qui est aussi le 71e de la Nuit de cristal) et Journée mondiale de la liberté institué en novembre 2001 par George Bush (à quand, à défaut d’un nouveau Nuremberg, une Journée commémorative pour les quelque 70millions de victimes?) …

Snobés par un nouveau chef de file du Monde libre trop occupé à dénigrer son propre pays (y compris pour ses… victoires!) et courtiser les tyrans de la planète, comme en témoigne l’annonce de sa rencontre avec les dictateurs birmans en fin de semaine …

Pendant que, dans les Etats policiers du Moyen-Orient et sous couvert d’une véritable orgie de critiques contre le seul “mur israélien”, continuent plus que jamais tortures et exécutions extra-judiciaires comme purification religieuse contre les non-musulmans ou censure de toute référence au bouc émissaire sioniste jusqu’au Journal d’Anne Frank

Corruption généralisée, arrestations et détentions arbitraires (3 journalistes et 17 blogueurs), non-respect de la liberté de parole et d’expression, intimidation des militants pour la démocratie, restrictions sur l’indépendance des organisations religieuses et politiques, confiscations des biens de l’Eglise catholique, surveillance policière et harcèlement de l’église mennonite dans les zones des minorités ethniques, interdiction de créer un syndicat des travailleurs indépendant, mauvaises conditions de travail, bas salaires et traitements dégradants …

Retour sur ces autres murs qui, comme le rappelait tout récemment Guy Sorman, n’ont “plus besoin, avec les alternatives plus sophistiquées du contrôle des frontières et de la censure d’internet, d’être en béton” mais restent appuyés sur la force militaire et policière.

Et notamment, derrière les cas notoires des Chine, Corée du nord et Cuba, celui, “glissé sous le radar” après un début de libéralisation pendant que d’autres conflits occupaient les unes des médias, du Vietnam.

Que, malgré les efforts du Parti réformiste Viet Tan et après avoir payé pourtant de la vie de près de 60 000 de ses soldats, le Monde libre semble apparemment avoir décidé d’abandonner à son triste sort …

M. Obama, rendez le Vietnam libre!
Duy Hoang
Wall Street Journal
30 janvier 2009

La “douce” puissance Américaine peut inciter au changement démocratique.

Pour tous ceux qui ont regardé le discours d’investiture de Barack Obama la semaine dernière depuis un pays non libre, assurément l’une des phrases les plus remarquable a été : « Eh oui, à tous les autres peuples et gouvernements qui nous regardent aujourd’hui, [...] sachez que l’Amérique est l’amie de chaque nation, de chaque homme, femme ou enfant qui cherche un avenir de paix et de dignité. Et nous sommes prêts à mener le mouvement une fois de plus. »

Le Vietnam serait l’endroit parfait pour commencer.

D’un point de vue purement stratégique, le Vietnam se trouve en plein milieu de l’Asie du Sud-Est, à côté de la Chine et de la Thaïlande, et en parallèle avec les importantes lignes maritimes de la mer de Chine méridionale. L’Amérique ne pourrait que se réjouir de voir s’instaurer là-bas un régime pacifique et démocratique. Dans une perspective plus large, l’un des plus importants faux pas de la politique étrangère de l’Amérique au 20e siècle a été l’abandon du Vietnam au Parti communiste. Les temps ont changé, mais pas le Vietnam qui dispose pourtant d’un potentiel d’ancrage économique dynamique et libéral en Asie du Sud-Est. En utilisant la puissance douce, les États-Unis disposent des moyens diplomatiques permettant d’aider le peuple vietnamien, et les intérêts américains.

Le Vietnam est prêt pour le changement. Le Vietnam n’est pas la Malaisie ou l’Indonésie, en proie à des conflits sectaires. Il n’est pas non plus comme la Chine, malgré les ressemblances superficielles des gouvernements communistes dans des pays de culture confucéenne, gouvernements qui ont essayé d’offrir à leur peuple la croissance économique en échange d’une allégeance politique.

Alors que les dirigeants chinois aspirent au statut de grande puissance, les communistes du Vietnam maintiennent une position de subordonné avec la Chine, en s’appuyant sur le soutien politique de Pékin. En conséquence, alors que le Parti communiste chinois peut manipuler les sentiments nationalistes pour asseoir son contrôle, le Parti communiste vietnamien doit tempérer le nationalisme de peur de voir son pouvoir menacé. Hanoi est déjà confronté à une facture élevée pour ses mauvaises politiques et ses échecs de la réforme. Les compagnies multinationales ne peuvent pas ignorer l’énorme marché chinois, mais elles peuvent se permettre de faire l’impasse sur le Vietnam si l’environnement devient trop difficile ou le système politique trop répressif.

Un autre facteur décisif est la relative homogénéité des attitudes et de la diaspora vietnamienne. Estimée à 1,5 millions de personnes aux États-Unis et à trois millions dans le monde, les Vietnamiens de l’étranger sont pour la plupart des boat people qui ont fui en tant que réfugiés politiques à partir de 1975. Avec un passé commun, nombreux sont ceux qui partagent l’espoir d’un Vietnam libre et démocratique pour l’avenir. Pendant ce temps, le Vietnam possède l’une des populations les plus pro-américaines dans le monde. Au Vietnam, le régime n’apprécie pas les États-Unis, mais « la rue » aime l’Amérique. Tant que la politique américaine reste concentrée sur la mobilisation de la population vietnamienne, elle peut s’appuyer sur un énorme réservoir de bonne volonté.

Ce qui ne veut pas dire que Washington doive enfreindre la loi pour renverser le régime de Hanoi. Les changements politiques, lorsqu’ils arrivent, devront être l’œuvre du peuple vietnamien. Mais si M. Obama veut encourager l’évolution politique au Vietnam, il a des outils à sa disposition qui pourraient avoir un impact important. L’outil le plus important est tout simplement le ton que Washington donne à ses relations avec Hanoi. Les responsables américains doivent clairement faire savoir que les États-Unis travailleront avec le régime dans la mesure où c’est le gouvernement actuel, mais que l’Amérique est d’abord et avant tout un partenaire du peuple vietnamien.

Les États-Unis pourraient commencer en se prononçant contre les arrestations arbitraires, l’intimidation des militants pour la démocratie et les restrictions sur l’indépendance des organisations religieuses et politiques. Pour que les États-Unis parlent d’une seule voix, toutes les administrations impliquées au Vietnam, comme le Département d’État, du Commerce et de la Défense doivent avoir des priorités cohérentes. Une politique plus forte des droits de l’homme exige aussi que l’administration se conforme à la lettre et à l’esprit de la Loi sur la Liberté Religieuse Internationale. L’administration Bush a fait une erreur lorsqu’elle a retiré le Vietnam de la liste des pays particulièrement préoccupants pour les violations de la liberté religieuse afin de faire avancer d’autres objectifs diplomatiques.

Les États-Unis devraient s’impliquer dans toutes les facettes de la société vietnamienne. L’éducation est un domaine clé. Les programmes pour que les jeunes vietnamiens puissent étudier dans les universités américaines devraient recevoir un financement accru. Dans le même temps, les opportunités doivent être créés pour des universitaires et des experts basés aux USA d’échanger des idées avec le public, au Vietnam, par exemple par le biais de forums organisés par l’ambassade américaine à Hanoi. Les discussions politico-militaires des USA avec le gouvernement vietnamien et le Programme International d’Entrainement et de Formation Militaire du Pentagone encourageront l’Armée populaire du Vietnam, non seulement à moderniser ses capacités opérationnelles, mais aussi à modifier sa manière de penser en termes d’équilibre des relations civiles et militaires pour se concentrer sur la mission fondamentale de l’armée – qui est de défendre le pays contre des menaces extérieures.

Les États-Unis peuvent également aider pour que le peuple vietnamien ait son mot à dire sur son propre avenir en soutenant la société civile. Les programmes dirigés par le gouvernement vietnamien et d’autres canaux officiels sur la santé, l’éducation, la micro finance ne constituent pas une solution à long terme. Les États-Unis peuvent soutenir des capacités locales en explorant toutes les possibilités de coopérer directement avec le secteur privé vietnamien, avec des individus et des organisations communautaires. Les États-Unis doivent établir le dialogue avec les organisations vietnamiennes pro-démocratie ainsi qu’avec des éléments favorables aux réformes au sein du régime. Le message des États-Unis devrait être : « Il appartient au peuple vietnamien de choisir son propre gouvernement. En tant qu’ami du Vietnam, nous sommes prêts à écouter tous ceux qui ont des vues constructives. »

En effet, la politique américaine doit répondre à l’enthousiasme pour le changement sur le terrain. S’appuyant sur l’expérience de l’Europe de l’Est et d’ailleurs, les États-Unis peuvent également contribuer à rassurer ceux qui sont au pouvoir que le changement ne doit pas être destructeur ni mener au chaos.

Les principales décisions de la politique des États-Unis envers le Vietnam depuis la normalisation des relations en 1995 – comme l’accord de commerce bilatéral et les relations commerciales normales permanentes – ont souvent été justifiées par leur effet à long terme favorisant une plus grande ouverture. Mais le long terme peut se situer très loin. Le choix de la politique de l’administration Obama n’est pas de savoir si le Vietnam libre est simplement un résultat souhaitable à long terme, mais s’il devrait être un objectif réel à plus court terme. En se tenant du côté du peuple vietnamien, les États-Unis ont la possibilité de transformer le Vietnam et, en définitive, une large région de l’Asie.

M. Hoang est un des dirigeants de Viet Tan aux États-Unis, un parti politique pro-démocratie et non autorisé au Vietnam.

Voir aussi:

Témoignage de Viet Tan sur la situation des droits de l’homme devant le Parlement australien
Do Hoang Diem
Viet Tan
19/03/2009

Exposé de M. Do Hoang Diem
Président de Viet Tan

Témoignage devant la Sous-Commmission des Droits de l’Homme,
la Commission permanente mixte des Affaires étrangères, de la Défense et du Commerce,

le Parlement d’Australie

Enquête sur les Mécanismes des Droits de l’Homme en Asie-Pacifique
19 mars 2009

***

Mesdames et messieurs,

Je vous remercie d’avoir invité Viet Tan (Parti pour la Réforme du Vietnam) à témoigner lors de cette audience publique d’aujourd’hui, dans le cadre de l’enquête sur les mécanismes des droits de l’homme en Asie-Pacifique. Viet Tan est un parti défenseur de la démocratie, actif au Vietnam bien qu’il y soit officiellement interdit. Notre objectif est d’améliorer la situation actuelle des droits de l’homme et de susciter un changement politique pacifique à travers le pouvoir du peuple vietnamien. Nous croyons qu’une société libre, non seulement est le meilleur moyen d’exploiter le vaste potentiel du pays et de son peuple, mais aussi constitue les fondations des mécanismes des droits de l’homme. En outre, un Vietnam démocratique peut être un pilier de prospérité et de stabilité dans la zone Asie-Pacifique.

Situation actuelle au Vietnam

Le Vietnam est gouverné par une dictature corrompue et responsable de l’un des pires bilans sur les droits de l’homme dans le monde. Le pays a une population dynamique, jeune dont la vie et les aspirations sont réprimées par un appareil de sécurité et des « lois » arbitraires destinées à protéger le Parti communiste des points de vue dissidents et d’une opposition organisée.

Je voudrais illustrer plusieurs sujets de préoccupation

1. Arrestation et détention arbitraires

Le gouvernement utilise des décrets ambiguës et des dispositions juridiques visant à criminaliser l’expression politique et à considérer une opposition légitime et pacifique comme attentant à la sécurité nationale. Usant de lois aussi puissantes, le gouvernement vietnamien a lancé une série de répressions que Human Rights Watch a qualifié de pire en 20 ans. Plus récemment, en septembre 2008, de nombreux militants pour la démocratie (dont Nguyen Xuan Nghia, Pham Thanh Nghien, Ngo Quynh, Vu Hung, Tran Duc Thach, Nguyen Van Tuc et Pham Van Troi) ont été arrêtés pour avoir distribué des tracts en faveur de la démocratie et pour avoir diffusé des slogans critiquant le gouvernement. Ils sont toujours détenus sans aucune accusation formelle. Dans le cas de Pham Thanh Nghien, bien qu’elle soit détenue depuis déjà six mois, sa famille n’a pas encore été autorisée à lui rendre visite. Sa santé serait en train de se détériorer.

2. Liberté de parole et d’expression

La constitution du Vietnam garantit la liberté d’expression et de la presse ; pourtant le gouvernement continue d’étouffer les journalistes indépendants d’esprit et Internet. Les autorités persécutent notamment ceux qui discutent de pluralisme politique ou qui s’interrogent sur les politiques concernant des questions sensibles comme la corruption impliquant des fonctionnaires du gouvernement ou des différends frontaliers avec la Chine. Par exemple deux journalistes, Nguyen Viet Chien et Nguyen Van Hai, respectivement des quotidiens Thanh Nien et Tuoi Tre, ont été arrêtés pour avoir exposé le scandale de corruption politique portant sur plusieurs millions de dollars et impliquant le détournement de fonds, les jeux de hasard et la prostitution au ministère des Transports (PMU-18) [1]. Ces hommes ont ensuite été jugés, condamnés et accusés d’avoir « abusé des libertés démocratiques ».

De même, ces derniers mois, les autorités ont lancé une campagne pour faire taire les militants sur Internet. Un blogueur bien connu, Dieu Cay, a été arrêté après avoir critiqué la politique du gouvernement sur les litiges territoriaux avec la Chine. Il a été condamné à 30 mois de prison pour « fraude fiscale » dans un procès qui a été condamné par la communauté internationale. Sa famille et ses collègues blogueurs ont été constamment harcelés et menacés.

Le gouvernement est même allé jusqu’à promulguer un nouveau décret en décembre 2008 interdisant aux blogueurs de publier des articles susceptibles d’être considérés comme « attentant à la sécurité nationale ». Ce nouveau décret impose aux fournisseurs internationaux de services Internet de fournir aux autorités des informations sur les utilisateurs privés.

3. Liberté religieuse

Toutes les organisations et pratiques religieuses au Vietnam doivent être officiellement enregistrées et reconnues par le gouvernement. L’Église Bouddhique Unifiée du Vietnam (EBUV) est toujours hors-la-loi et son plus haut dirigeant, le Vénérable Thich Quang Do, a été soumis arbitrairement à la détention à domicile et au harcèlement depuis plus de trente ans.

L’Église catholique souffre encore de grandes restrictions. Toute nomination ou affectation de son clergé exige l’approbation du gouvernement. En septembre 2008, plusieurs grandes veillées de masse ont été effectuées par l’archevêque de Hanoï et la paroisse de Thaï Ha, avec parfois la présence de plus de 15 000 fidèles, veillées demandant la restitution des propriétés confisquées de l’Église. Huit de ces paroissiens ont été arrêtés puis condamnés.

Mais plus opprimée encore est l’Église mennonite, là où ses adeptes appartiennent principalement à des minorités ethniques vivant dans les Hauts Plateaux du centre du Vietnam. Un des dirigeants de l’Église, le pasteur Nguyen Hong Quang a été maintes fois arrêté et emprisonné pour avoir exercé sans autorisation officielle. Lui et ses collègues font actuellement l’objet d’une surveillance policière et de harcèlement.

4. Droits des travailleurs

Il n’y a pas de syndicat des travailleurs indépendant reconnu au Vietnam. Il est interdit aux travailleurs de former un tel syndicat ou d’y adhérer.

Le seul syndicat qui existe est un organe de l’État appelé Confédération Générale du Travail du Vietnam, qui répond directement au Parti communiste vietnamien. En raison de cette antinomie, les droits des travailleurs sont souvent violés et négligés. Ces dernières années, des grèves à grande échelle ont eu lieu dans tout le pays en raison de mauvaises conditions de travail, de bas salaires et de traitements dégradants. Des milliers de travailleurs ont participé à ces grèves et de nombreux chefs de file de ces grèves ont été arrêtés et emprisonnés. Selon la loi vietnamienne, les grèves sans autorisation du gouvernement sont considérées comme illicites ; par conséquent, les travailleurs eux-mêmes prennent souvent un risque important d’être persécutés par les autorités et licenciés par leur employeur. L’agitation dans le monde du travail reflète les difficultés économiques et le mécontentement social. Le contrôle étroit des travailleurs exercé par le gouvernement et les restrictions au droit de grève enfreignent gravement le Code du travail.

Recommandations

1. Dialogue sur les droits de l’homme

Le dialogue Australie-Vietnam sur les droits de l’homme peut être un mécanisme efficace pour encourager une plus grande liberté politique au Vietnam. Pour accroître son efficacité, nous suggérons un renforcement des programmes concrets. Les programmes devraient en particulier se concentrer sur la promotion de la liberté des médias, de la libre utilisation d’Internet et de la liberté d’association. Toute aide financière pour ces projets doit avoir des repères clairs ; Il faut que soient documentés clairement des objectifs précis ainsi que les progrès effectués. Les résultats doivent être communiqués à la Commission permanente mixte et être transparents de telle sorte que le public puisse les étudier.

2. Soutien parlementaire pour le changement démocratique

Alors qu’est nécessaire l’institution de mécanismes de prévention et de réparation des violations des droits de l’homme, il importe également de promouvoir la démocratie car elle contribue à garantir ces mécanismes dans le long terme. Un système autoritaire à parti unique est un terrain fertile pour les violations des droits de l’homme. Nous pensons que la solution aux droits de l’homme est une société démocratique où les citoyens ont le droit de faire des choix politiques et de tenir le gouvernement pour responsable de ses actions. Le parlement australien peut soutenir le peuple du Vietnam et d’autres peuples réprimés en critiquant les persécutions, en discutant avec la société civile et les groupes démocratiques, en continuant à pousser au changement le régime actuel.

3. Commission des droits de l’homme de l’ ASEAN [2]

Nous appuyons fermement l’initiative du Groupe de Travail pour un Mécanisme des Droits de l’Homme de l’ASEAN de former une commission intergouvernementale des droits de l’homme. Nous recommandons que tous les États membres de l’ ASEAN soient automatiquement membres de cette commission et soient ainsi tenus de respecter les normes internationales des droits de l’homme. La Commission agira comme un organe de contrôle veillant à ce que les plaintes puissent être entendues et que ses recommandations soient mises en œuvre. Nous préconisons aussi que la Commission des droits de l’ASEAN puisse recommander une Cour qui, dans certaines circonstances pourrait prendre une décision collective à valeur contraignante. Bien que l’Australie ne soit pas membre de l’ASEAN, avec sa longue histoire d’une étroite relation de travail et d’un engagement dans la région, nous pensons que l’Australie peut engager un dialogue avec l’ASEAN et le Forum Asie-Pacifique afin de faire progresser la protection des droits de l’homme dans la région.

Voir également:

Appel pour faire cesser les pratiques arbitraires au Vietnam
Appel à l’Organisation des Nations Unies et aux pays concernés pour mettre fin aux pratiques arbitraires du gouvernement du Vietnam
Viet Tan
16/10/2009

À l’attention de :

* Le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, Ban Ki-moon
* Les dirigeants des nations démocratiques
* Les organisations internationales de défense des droits de l’homme

Nous, soussignés, familles des patriotes vietnamiens suivants :

* L’écrivain Nguyen Xuan Nghia
* L’enseignant Vu Hung
* L’ingénieur Pham Van Troi
* L’étudiant Ngo Quynh
* M. Nguyen Van Tinh
* M. Nguyen Van Tuc
* M. Nguyen Kim Nhan

Nos proches ont été arrêtés en septembre 2008 simplement pour avoir parlé de la souveraineté territoriale du Vietnam, de la lutte contre la corruption, de la démocratie et des droits de l’homme. Pendant quatre jours, du 6 au 10 octobre 2009, ils ont été jugés et condamnés pour « propagande contre l’État socialiste » au sens de l’article 88 du code pénal vietnamien et condamnés à de sévères peines d’emprisonnement.

Par cette lettre, nous tenons à remercier sincèrement les pays et les organisations qui ont manifesté leurs préoccupations pour nos proches, cherché des informations sur leur situation, et envoyé des représentants pour assister et de comprendre de visu comment les tribunaux fonctionnent actuellement au Vietnam. Par cette lettre, nous dénonçons également l’arbitraire dans les mécanismes juridiques et les conditions de détention inhumaines au Vietnam.

1. La nature inhumaine de la détention et les procédures juridiques au Vietnam.

Tout au long de la période de détention provisoire de nos proches, les autorités ont créé toutes sortes de difficultés pour qu’ils ne puissent pas bénéficier de visites ni de soins. Dans le cas de l’enseignant Vu Hung, sa famille n’a été autorisée à lui rendre visite durant une année entière. Concernant M. Nguyen Van Tinh, les autorités ont interdit à sa famille de lui rendre visite, même en sachant qu’il était gravement malade.

Les autorités ont déclaré que les procès seraient ouverts au public. Cependant, aux procès de Vu Hung et Pham Van Troi à Hanoi, seuls deux membres de leurs familles respectives ont été autorisés à être présents. Lors du procès des six autres personnes à Hai Phong, chaque prévenu n’avait le droit d’avoir un seul membre de la famille dans la salle d’audience. Pourtant, les salles d’audience étaient pleines de gens dont nous croyons fermement qu’ils étaient des policiers en civil se faisant passer pour des citoyens lambda. Entre-temps, à l’extérieur du tribunal, une centaine de sympathisants et amis n’est pas seulement privée du procès, mais a également été intimidée et dispersée par les forces de la Sécurité Publique.

2. Les raisons arbitraires données par le tribunal pour condamner nos proches sont écrites nulle part dans la loi vietnamienne.

Lors des procès, le parquet a fourni les pièces à convictions suivantes :

* Des banderoles disant que Hoang Sa (Paracel) et Truong Sa (Spratly) sont des îles vietnamiennes, appelant à tous les citoyens de combattre la corruption, demandant la démocratie et des droits de l’homme pour le Vietnam.
* Les articles diffusés sur Internet critiquant la corruption et réclamant la justice pour les victimes d’agressions physiques dont la Sécurité Publique a non seulement échoué à prévenir, mais qui ont sciemment dissimulé.

Sur la base des éléments ci-dessus, nous demandons sincèrement votre soutien et vous demandons de prendre contact avec le gouvernement et les tribunaux du Vietnam afin de clarifier les questions suivantes :

* Est-ce que le patriotisme et l’affirmation de la souveraineté territoriale sont des crimes et, si oui, en vertu de quels articles de la constitution vietnamienne et du code pénal ?
* Est-ce que protester contre la corruption et parler au nom des personnes défavorisées sont des crimes et, si oui, en vertu de quels articles de la constitution vietnamienne et du code pénal ?
* Est-ce qu’utiliser Internet pour diffuser et recevoir des informations est un crime et, si oui, en vertu de quels articles de la constitution vietnamienne et du code pénal ?

En devenant volontairement membre de l’Organisation des Nations Unies et de l’Organisation Mondiale du Commerce, le Vietnam doit respecter les lois relatives aux droits de l’homme. En particulier, l’article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme déclare que les citoyens de tous les pays ont le « droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières » et l’article 9 de la Déclaration stipule que : « Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé ».

Nous condamnons les sentences injustes rendues par les tribunaux vietnamiens sur nos proches. Nous prions instamment le Secrétaire général de l’ONU et les chefs d’Etat d’intervenir directement auprès de Nguyen Minh Triet, Président de la République Socialiste du Vietnam, et demandons au gouvernement vietnamien de respecter les droits de l’homme, mettre fin aux pratiques judiciaires arbitraires, et de libérer immédiatement notre proches.

Nous vous remercions pour votre attention.

Signés conjointement,

1. Nguyen Thi Nga, épouse de Nguyen Xuan Nghia, Hai Phong, Viet Nam
2. Ly Thi Tuyet Mai, épouse de Vu Hung, Ha Tay, Viet Nam
3. Nguyen Thi Huyen Trang, épouse de Pham Van Troi, Ha Tay, Viet Nam
4. Ngo Quyen, frère de Ngo Quynh, Bac Giang, Viet Nam
5. Duong Thi Hai, épouse de Nguyen Van Tinh, Hai Phong, Viet Nam
6. Bui Thi Re, épouse de Nguyen Van Tuc, Thai Binh, Viet Nam
7. Ngo Thi Loc, épouse de Nguyen Kim Nhan, Bac Giang, Viet Nam

Voir par ailleurs:

Viêt-nam
RSF
le 7 février 2008

Les élections législatives de mai 2007 ont été l’occasion pour le parti unique de rappeler que l’opposition n’avait pas le droit d’exister. Dans certains quartiers d’Hô Chi Minh-Ville, le taux de participation s’est élevé à 100%, et aucun candidat indépendant n’a été élu. La presse a été contrainte de s’enthousiasmer pour ces élections jouées d’avance.

Répondant à une question d’un journaliste européen sur la situation des droits de l’homme, le président Nguyen Minh Triet a déclaré en mai : “Peut-être qu’il est difficile pour vous de comprendre l’amour que nous avons pour les gens, et l’amour que nous avons pour les droits de l’homme. Mais les gens qui violent la loi doivent être poursuivis.” Quelques semaines auparavant, le père Nguyen Van Ly, responsable de la revue dissidente Tu do Ngôn luan, et quatre de ses collaborateurs, avaient été condamnés à de lourdes peines de prison à l’issue d’un procès expéditif. Ils avaient été reconnus coupables de “propagande contre la République socialiste du Viêt-nam”.

Des procès staliniens contre les dissidents

Le procès du père Nguyen Van Ly et ses quatre coaccusés n’a duré qu’un peu plus de trois heures. Affaibli par une grève de la faim, le prêtre a refusé de se lever pour énoncer son nom devant le juge du tribunal populaire de Hué (Centre). Après avoir entendu sa condamnation à huit ans de prison, il a crié : “A bas le Parti communiste du Viêt-nam !” Condamné à six ans de prison, son collègue Nguyen Phong a déclaré face au juge : “Pour la nation vietnamienne, je continuerai à me battre pour les valeurs de liberté et de démocratie.” Nguyen Binh Thanh, condamné à cinq ans de prison, s’est défendu en affirmant qu’il n’avait fait qu’agir dans le respect des “lois internationales”. Hoang Thi Anh Dao et Le Thi Le Hang ont été condamnées à un an et demi de prison avec sursis.

Arrêté en février, le père Nguyen Van Ly est l’un des responsables du magazine clandestin Tu do Ngôn luan (Liberté d’expression), publié à Hué. En 2007, deux autres animateurs de la revue, le père Chan Tin et le père Phan Van Loi, ont été placés en résidence surveillée. Le magazine a continué à être diffusé à l’étranger et, sous le manteau, au Viêt-nam.

Le retour des “tribunaux populaires”

Les autorités ont de nouveau mobilisé les “tribunaux populaires” pour intimider les dissidents. Les habitants des quartiers sont alors invités à s’exprimer devant la cour pour dénoncer et condamner un accusé. En août, Nguyen Khac Toan, rédacteur en chef adjoint de la publication dissidente en ligne Tu Do Dân Chu (Liberté et démocratie), a été jugé devant l’un de ces tribunaux à Hanoi. Une dizaine de cadres du Parti et des policiers l’ont accusé d’avoir incité des paysans à manifester dans la capitale, avant de recommander de l’envoyer dans un camp de rééducation pour l’”écarter de la société”. Ce procès s’est fait en parallèle d’une campagne de presse contre lui, l’accusant d’être un “opportuniste politique démasqué”.

En février déjà, l’avocat de plusieurs dissidents emprisonnés, Nguyen Van Dai, avait dû affronter une “tribunal populaire” du district de Bach Khoa, accusé d’avoir “trahi son pays”. Les “juges” avaient exigé que son droit d’exercer son métier d’avocat lui soit retiré et que son cabinet soit fermé.

Les autorités sont allées bien au-delà des recommandations du peuple, puisqu’en mars, Nguyen Van Dai, également animateur du blog nguyenvandai.rsfblog.org, et une autre avocate, Le Thi Cong Nhan, ont été arrêtés à Hanoi. Leur détention ayant été critiquée à l’étranger, les forces de sécurité ont ordonné à leurs familles de ne plus s’exprimer publiquement par l’intermédiaire des médias étrangers. En mai, les deux avocats ont été condamnés respectivement à cinq et quatre ans de prison en vertu de l’article 88 du code pénal.

Les dissidents Le Nguyen Sang, médecin, Huynh Nguyen Dao, journaliste, et Nguyen Bac Truyen, tous membres du Parti populaire démocratique (interdit) ont également été condamnés à des peines de prison par un tribunal de Hô Chi Minh-ville. Ils étaient accusés d’avoir publié des documents hostiles au régime par le biais d’Internet. Tran Quoc Hien, porte-parole de l’Union des ouvriers et des paysans (United Workers-Farmers Organization, illégale), a quant à lui été arrêté en janvier pour “propagande contre le régime”. Il avait diffusé sur Internet de nombreuses informations sur la situation des travailleurs vietnamiens.

Une journaliste française détenue pour “terrorisme”

“Entre quatre murs, j’étais angoissée car je n’arrivais pas à imaginer une issue à cette situation. Il n’y a jamais eu de violence contre moi, mais j’étais interrogée tous les jours, sauf le dimanche, pendant une ou deux heures, par des policiers. Ils essayaient de me déstabiliser. C’était une forme de terreur morale”, a raconté la journaliste d’opposition Nguyen Thi Thanh Van, détenue du 17 novembre au 12 décembre à Hô Chi Minh-Ville. Munie de son passeport français, elle était entrée au Viêt-nam afin de faire la promotion de la radio Chan Troi Moi (Nouvel Horizon), proche du parti d’opposition Viet Tan, et réaliser des interviews de dissidents.

Cette affaire a illustré l’hostilité affichée des autorités vis-à-vis des radios internationales qui émettent en vietnamien. En décembre, quatre syndicalistes ont été jetés en prison pour avoir communiqué des informations à Radio Free Asia. Tandis que l’ambassade du Viêt-nam a menacé à plusieurs reprises des journalistes de Radio France Internationale, privant certains de visas.

Les journaux libéraux, notamment Tuoi Tre (La Jeunesse), ont tenté de repousser les limites de la censure officielle. Mais le gouvernement s’est appuyé sur une législation répressive pour rappeler à l’ordre les plus téméraires. Une loi adoptée en 2006 prévoit des amendes et des suspensions de licence pour les médias et les journalistes qui diffament et mettent en cause le “prestige de l’Etat”.

La presse officielle, qui compte plus d’une centaine de radios et de télévisions, autant de sites Internet et près de 600 publications, n’a pas profité en 2007 des espaces de débat ouverts en 2006 pendant la préparation du Congrès du Parti communiste. Au contraire, les médias, notamment les journaux du Parti, Nhân Dân (Le Peuple), et de la police, An Ninh Thu Do (La sécurité de la capitale), ont été mobilisés pour dénoncer les “agitateurs et les terroristes” de l’intérieur et de l’extérieur. Certains gouvernements étrangers et des organisations internationales, comme Reporters sans frontières, ont été accusés de soutenir les ennemis du régime.

Internet a fêté ses dix ans d’existence au Viêt-nam

En 2007, le pays a connu sa vague de répression la plus forte depuis 2002. En une semaine, six cyberdissidents ont été condamnés à des peines de prison allant de trois à cinq ans. Depuis qu’il est devenu le 150e membre de l’Organisation mondiale du commerce, le Viêt-nam a adopté un comportement contraire à celui qu’il avait montré à la communauté internationale avant son intégration. Il est l’un des pays les plus autoritaires de la planète et suit scrupuleusement le modèle chinois en matière d’atteinte à la liberté d’expression sur Internet. Au 1er janvier 2008, huit cyberdissidents étaient derrière les barreaux pour avoir usé de leur droit d’expression sur le Web.

En septembre, la police et le ministère de la Culture ont ordonné au site Intellasia.com de “fermer”. Animée par un Australien et spécialisée dans l’information économique, Intellasia.com diffusait des articles politiques sur le Viêt-nam.

Voir enfin:

Viêt-nam
166 sur 175 dans le dernier classement mondial

A l’exception des publications dissidentes qui circulent sous le manteau et sur le Web, il n’existe pas de médias indépendants dans le pays. La presse écrite, la télévision et les radios sont toutes contrôlées par les autorités de Hanoi. Pour autant, la presse poursuit sa modernisation et tente de repousser les limites de la censure. Une dizaine de journalistes et cyberdissidents sont actuellement emprisonnés.

En 2008, le gouvernement a donné un coup d’arrêt à l’émancipation progressive de la presse réformiste. Deux journalistes d’investigation des journaux Thanh Niên et Tuoi Tré ont été jugés pour avoir révélé une affaire de corruption retentissante. L’un d’eux a été condamné à deux ans de prison pour “abus des libertés démocratiques pour enfreindre les intérêts de l’Etat”. Il n’a été libéré début 2009 qu’en raison de fortes protestations internationales.

Ce procès s’est accompagné d’une purge au sein des médias les plus ouverts. Résultat : “Ces médias ont perdu leur ton mordant. Nous sommes revenus dix ans en arrière”, estime un journaliste vietnamien.

La concurrence s’accentue entre les principales rédactions, bien que les médias restent placés sous l’autorité de leur institution de tutelle : le Parti communiste, l’armée, l’agence de presse officielle ou les municipalités, selon le cas. Mais les journalistes, notamment ceux issus de la jeune génération, de mieux en mieux formée, s’écartent de temps en temps des directives éditoriales du parti unique. Le média le plus libre est sans conteste le site VietnamNet qui ose encore soulever des questions embarrassantes.

Les radios nationales, contrôlées par le cabinet du Premier ministre et par le comité central du Parti communiste, sont très écoutées, tout comme les programmes en vietnamien des radios internationales (BBC, RFI). Ces dernières ne peuvent malheureusement être captées qu’en ondes moyennes ou courtes, car le gouvernement refuse de leur accorder des licences en modulation de fréquence, sans aucun doute afin de limiter leur audience.

Par ailleurs, la police politique mène une lutte implacable contre les mouvements d’opposition et les publications dissidentes. Début 2009, deux journalistes et sept cyberdissidents étaient emprisonnés. Ainsi, le père Nguyen Van Ly, responsable de la revue dissidente Tu do Ngôn luan, a été condamné à huit ans de prison pour “propagande contre la République socialiste du Viêt-nam”.

La police utilise également les “tribunaux populaires” pour intimider les dissidents. Les habitants des quartiers sont alors invités à s’exprimer devant la cour pour dénoncer et condamner un accusé. Une justice d’un autre âge, qui fait fi du droit à la défense, sans parler d’équité.

Les autorités surveillent le Web, très populaire dans le pays. L’accès aux sites jugés « réactionnaires », particulièrement ceux des dissidents réfugiés à l’étranger, est bloqué. Depuis 2002, une trentaine de cyberdissidents ont été arrêtés. L’un d’entre eux a été condamné à 12 ans de prison. En janvier 2009, le gouvernement a adopté la “Circulaire n°7” qui interdit les contenus politiques sur les blogs. Et la cyberpolice est chargée de renforcer la surveillance. Le défenseur des droits de l’homme Nguyen Hoaong Hai, surnommé Dieu Cay, en fait les frais. Il a été condamné à deux ans et demi de prison, après avoir notamment créé le Free Vietnamese Journalists Club, regroupant des blogueurs indépendants.

En plus des “organes d’Etat”, notamment Le Peuple, quotidien du Parti communiste, on compte plus de 600 titres. Mais ils sont tous susceptibles d’être sanctionnés pour “violation grave de la loi sur la presse”. C’est le cas du magazine Du Lich, un organe de la direction du tourisme, suspendu pendant trois mois pour avoir publié des articles traitant des îles Paracels et Spratleys, objet d’un important contentieux territorial avec la Chine.

Répondant à une question d’un journaliste européen sur la situation des droits de l’homme, le président Nguyen Minh Triet a déclaré en mai 2008 : “Peut-être qu’il est difficile pour vous de comprendre l’amour que nous avons pour les gens, et l’amour que nous avons pour les droits de l’homme. Mais les gens qui violent la loi doivent être poursuivis.”


France/USA: Un jour ils auront des vins (Judgement of Paris: The day France lost to America at wine)

2 novembre, 2009
Bottle shockBottle shockCorked!
Nous autres, civilisations, savons maintenant que nous sommes mortelles. Paul Valéry (1919)
Vous comprendrez, quand vous verrez l’Amérique, qu’un jour ils auront des peintres, parce que ce n’est pas possible, dans un pays pareil, qui offre des spectacles visuels aussi éblouissants, qu’il n’y ait pas de peintres un jour. Matisse (1933)
Où il y a de la vigne, il y a de la civilisation, il n’y a pas de barbarie. Hubert de Montille (propriétaire et viticulteur bourguignon, in “Mondovino”, 2004)
Le vin, c’est l’histoire qui vit, qui respire, en relation constante avec le passé, celui du terroir, celui de cette bouteille elle-même, un passé qui continue de vivre au présent, voire qui s’améliore avec le temps. C’est un des liens essentiels qui nous restent avec notre propre histoire. En cela, le vin est progressiste et notre histoire est menacée par l’acte commercial envisagé comme unique raison d’être. Jonathan Nossiter
Le même vin, partout, chaque année, on y vient. Comme le Coca. Comme les McDo. Tout le monde aime la même chose, tout le monde est d’accord. Ce que Hollywood a réussi en un peu plus d’un siècle, la Californie du vin et ses alliés sont en passe de le réaliser en moins de vingt ans. Très fort. Le Nouvel observateur
Soyons clairs, le vin est mort. Et pas seulement les vins, mais aussi les fruits, les fromages (…) Souvenez-vous qu’aux jeux Olympiques d’Athènes, une seule boisson était autorisée: Coca-Cola. Toutes les autres étaient interdites! Aimé Guibert (“Mondovino”)

Pour ceux qui croient encore que le Jugement de Paris est une toile de Cézanne

A la veille de la sortie française du dernier opus du documenteur américain préféré des Français dénonçant une énième fois le capitalisme américain ..

Petit retour sur quelques films que vous n’êtes en revanche pas prêts de voir en France.

Comme par exemple deux petits films américain et britannique (“Bottle shock” et “Judgement of Paris” ) qui ont le malheur de toucher à l’une de nos vaches sacrées.

A savoir, le fameux et depuis longtemps refoulé concours de dégustation de 1976 (l’année du bicentenaire des Etats-Unis, dite justement “Jugement de Paris” ) qui, organisée par un marchand de vin britannique et en aveugle mais avec 9 juges français sur 11 (dont notre pauvre Raymond Oliver national!), vit les vins californiens battre à plate couture leurs homologues français.

Marquant ainsi, à la manière du légendaire Armory show de New York de 1913 pour la peinture (où, après l’humiliation de leurs paysagistes à l’Exposition universelle de 1876 et face à la crème des peintres français, Edward Hopper vendit son premier tableau), la naissance officielle des vins américains dans le saint des saints de l’œnologie d’alors, jusque là véritable chasse gardée des grands crus français.

Sans compter que, histoire de bien remuer le couteau dans la plaie et balayant l’excuse française selon laquelle les vins américains ne vieilliraient pas aussi bien (reprise en chœur par la presse parisienne – le Figaro tentant notamment de donner le change en titrant ironiquement “La guerre des crus a-t-elle eu lieu?”), ces perfides Anglo-saxons avaient remis ça à trois reprises (1978, 1986 et 2006 pour le 30e anniversaire) avec quasiment les mêmes résultats.

Contraignant ainsi la terre natale de Gault et Millau à une remise en question aussi malvenue que déchirante (certains disent pour le meilleur, comme semble l’indiquer une dernière dégustation plus internationale début de l’année à Montréal?).

Et se payant même, tout dernièrement, le luxe de l’autodérision avec la sortie d’un faux documentaire (“Corked!”).

Que nous aurons d’ailleurs peut-être la chance de voir un jour en France, puisque, à l’instar du “Mondani” de Jonathan Nossiter qui dénonçait il y a cinq ans le rouleau compresseur californien Mondani rachetant à coup de millions de dollars des vignobles européens comme la mondialisation du goût imposée par le tastemaker Robert Parker, il moque le snobisme oenologique californien…

Guerre du vin à Hollywood

Courrier intrnational

le 3 août 2007

En 1976, une dégustation en aveugle menée par onze experts reconnus – dont neuf français – concluait à la supériorité des vins californiens sur les vins français. Deux films rivaux s’intéressent à cette histoire et se livrent aujourd’hui un combat sans merci.

La nouvelle fit l’effet d’une bombe dans le milieu viticole français – et marqua le début d’une guerre du vin qui continue de faire rage. En 1976, un groupe de 11 œnologues distingués fut convié à une dégustation en aveugle. Il s’agissait de comparer des grands millésimes français à des vins californiens inconnus. A l’époque, nul n’aurait osé remettre en cause la suprématie des vins français. La France produisait les meilleurs vins au monde, un point c’est tout. Mais l’impensable arriva : tous les juges – dont neuf étaient français – sans exception accordèrent les meilleures notes aux vins américains. Trente ans plus tard, le milieu vinicole français ne s’en est toujours pas remis et ce douloureux souvenir hante encore les mémoires.

Aujourd’hui, cet événement déchaîne à nouveau les passions. Deux films hollywoodiens qui ont pris pour thème ce jugement légendaire se livrent une concurrence impitoyable. A l’époque, les Français avaient crié à la supercherie. Le verdict était caduc puisque tout amateur de vin un peu éclairé ressent dans sa chair et son âme la supériorité des vins français sur les vins californiens. Le négociant en vin britannique Steven Spurrier, organisateur de l’événement, a été accusé d’être à la solde de la “perfide Albion”, tandis que les goûteurs français recevaient des courriers assassins leur reprochant d’ avoir “laissé tomber la France.”

Steven Spurrier a participé au film “officiel”, Le Jugement de Paris, adapté du livre de George Taber, de Time Magazine, seul journaliste présent lors de la dégustation. Steven Spurrier accuse de “diffamation et de grossière réinterprétation” les producteurs du film concurrent – Bottle Shock, avec Alan Rickman dans le rôle de Steven Spurrier et Danny De Vito dans celui de Mike Grgich, propriétaire du chardonnay de la Napa Valley et vainqueur de la dégustation de 1976.

Furieux d’être dépeint comme un “snob de la pire espèce”, il s’est senti insulté à la lecture du scénario et il a écrit aux producteurs de Bottle Shock pour les menacer de les attaquer en justice si son nom n’était pas retiré du générique. “En ce qui me concerne, ce scénario est un ramassis d’inventions fantaisistes”, s’est indigné Steven Spurrier dans Decanter, un magazine dont il est rédacteur consultant.

M. Spurrier, qui a organisé une nouvelle dégustation à l’aveugle pour les trente ans du Jugement de Paris – avec le même résultat –, a été profondément choqué par la façon dont il était présenté dans Bottle Shock. “C’est n’importe quoi ! Je suis censé avoir des employés que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam, avoir été dans des endroits où je n’ai jamais mis les pieds et avoir emprunté de l’argent dont je n’ai jamais vu la couleur”, a-t-il déclaré récemment. “Mon nom a été retiré du script et, si ce film voit le jour, j’espère qu’il sera présenté comme une fiction et non comme une histoire vraie.” La société de production américaine du film officiel Le Jugement de Paris, qui détient les droits de l’histoire de Steven Spurrier, envisage également de poursuivre la production concurrente.

M. Spurrier, qui avait 34 ans à l’époque de la première dégustation, raconte que la production lui a proposé des grands noms du cinéma pour interpréter son personnage. “Je leur ai dit que je voulais un acteur anglais, ils m’ont proposé Hugh Grant mais il était trop vieux à mon goût, ils ont ensuite proposé Jude Law mais je le trouve trop beau !” D’autres grands noms de Hollywood comme George Clooney et Keanu Reeves ont également été pressentis.

Pour sa part, Bottle Shock, actuellement en tournage, devrait sortir l’année prochaine. Les deux films cherchent à profiter de l’engouement des spectateurs pour les films sur le vin, comme Sideways, qui a reçu un Oscar en 2005. Nadine Jolson, porte-parole de Bottle Shock, a déclaré que le film retracera un événement historique et que “personne ne détient les droits de ce genre de chose”.

Cette dégustation catastrophique a eu lieu le 24 mai 1976 sur la terrasse de l’hôtel InterContinental. M. Spurrier, propriétaire d’une cave à vin dans le centre de Paris et d’une école d’œnologie, voulait attirer l’attention sur des vins exceptionnels venus de Californie et demeurés inconnus à Paris. Il rassembla un panel de juges, comprenant entre autres Odette Khan, rédactrice en chef de La Revue du vin de France, célèbre sommelier et propriétaire de l’un des meilleurs restaurants de France.

“Je ne pouvais rêver mieux comme jury. Je voulais simplement attirer l’attention sur ces nouveaux vins. Or j’ai rapidement compris que pour les persuader de les goûter il fallait procéder à une dégustation en aveugle et leur dire qu’il y avait de très grands vins français en jeu, raconte M. Spurrier. Des grands crus de Bourgogne et de Bordeaux contre des chardonnays et des cabernets californiens. J’avais tout fait pour que les Français gagnent. Une demi-douzaine de vins inconnus de Californie contre les meilleurs vins français, le résultat était couru d’avance !”

M. Spurrier raconte que, pour les juges français, il s’agissait d’un exercice purement intellectuel et que leur suffisance leur a joué des tours. “Ce vin est trop riche, disaient-ils, il doit être californien, alors qu’il s’agissait d’un vin français, et ils donnaient les meilleures notes à un vin en étant persuadé qu’il était français. L’annonce des résultats a jeté un froid. L’une des juges voulait même reprendre ses notes et elle a ensuite écrit un article disant que j’avais truqué la dégustation, mais les autres goûteurs se sont montrés beaux joueurs. En 1976, nous avons montré que les vins californiens étaient meilleurs que les meilleurs vins français. C’était un signal d’alarme pour les exploitants français et ils n’en ont malheureusement pas tenu compte.”

Voir aussi:

“Mondovino”, de Jonathan Nossiter

La guerre du vin

Pascal Mérigeau

Le Nouvel Observateur

28/10/2004

Aujourd’hui, le vin est un marché aux enjeux colossaux. Dans son film, présenté au dernier Festival de Cannes, l’Américain Jonathan Nossiter a mené l’enquête sur trois continents pour montrer que la mondialisation du goût est en marche. Entre se soumettre et résister, le choix, dit-il, est encore possible

«Mais pourquoi y a-t-il autant de chiens dans votre film?» Impossible d°¶y couper, la question revient toujours dans la bouche des journalistes et celle des spectateurs. Ce soir-là encore, à Montpellier, où était organisée la première séance publique après la présentation du film à Cannes, Jonathan Nossiter y a eu droit. La salle de 350places était comble, plusieurs dizaines de personnes navaient pas pu entrer. Tous ces gens pour un film sur le vin? Il est vrai que la région s°¶y prête, et parmi les spectateurs se trouvaient nombre de viticulteurs et d°¶étudiants en œnologie. Mais il faut dire surtout qu°¶en questionnant le monde du vin sur trois continents Nossiter a ouvert une porte sur quelques-uns des problèmes majeurs de ce temps, de ceux qui concernent tout le monde, tous les jours, à tous moments. Une affaire de goût? Oui, justement. Mais s’agit-il de votre goût, vraiment, ou de celui que le marché vous impose?

Hubert de Montille, propriétaire et viticulteur bourguignon, est une des vedettes de «Mondovino», pas uniquement parce que son crâne déplumé apparaît sur l°¶affiche du film. Une de ses phrases peut servir de première clé: «Où il y a de la vigne, il y a de la civilisation, il n’y a pas de barbarie.» Jonathan Nossiter est allé voir là où il y a de la vigne, au Brésil et en Sardaigne, en Bourgogne et en Argentine, dans le Bordelais et en Californie. Voir, et écouter ce que les gens ont à dire. Et pour qu°¶ils s°¶expriment, ces gens, il est entré chez eux le sourire aux lèvres, on le voit dans le film, accompagné seulement de deux complices, la photographe Stéphanie Pommez et un cinéaste uruguayen vivant à Paris, Juan Pittaluga: «Ceux qui nous recevaient ne voyaient pas débarquer une équipe de cinéma ou de télévision, mais trois copains avec lesquels ils pouvaient parler tout en continuant de se promener dans leurs vignes ou de goûter leur vin.» Deux complices qui ne s°¶intéressent pas particulièrement au vin, c°¶est ce qu°¶il souhaitait, parce qu°¶il voulait que le film ne se limite pas aux connaisseurs et amateurs de la chose: «Quand Juan tenait la caméra, comme il se fiche du vin, son regard se portait sur les à-côtés, grâce à lui j°¶ai vu ensuite des choses que je n°¶aurais pas remarquées.» Un chauffeur qui attend son maître, un ouvrier sur son échelle, des mains de filles qui se tordent tandis qu°¶on célèbre les noces de la Californie et du Bordelais, ces arrière-plans irriguent le film, fondent son humanité. La plupart du temps, cependant, Jonathan Nossiter tenait lui-même la caméra, comme une troisième casquette vissée sur la tête, avec celle du réalisateur et du sommelier. Au départ, il prévoyait deux mois de tournage et un de montage, finalement trois années ont passé.

Quelle impression a-t-il rapporté de l°¶aventure, lui demande une spectatrice? «On trouve chez les vignerons ce qu°¶il y a de plus beau chez les grands artistes, la prétention en moins.» Le temps, en effet, se charge de dégonfler les têtes. Le temps qui passe et le temps qu°¶il fait. Le soleil qui brille au mauvais moment, la pluie qui tombe quand il ne faudrait pas, le gel qui fiche tout en l°¶air, la vanité ne tarde pas à en prendre un coup. Le vin comme une école de l°¶humilité. Le ciel ne se soucie pas de l°¶orgueil des hommes et se moque de leurs besoins d°¶argent. Mais quand il y a beaucoup à gagner? Là, cela devient autre chose, le vin ne peut être la seule marchandise qui se dérobe aux impératifs du marché, il faut que sa qualité soit constante, il faut qu°¶il séduise, chaque année, qu°¶il neige ou qu°¶il pleuve, que la récolte soit abondante ou maigre, on ne plaisante pas avec le business. D°¶où le mot de l°¶importateur new-yorkais Neal Rosenthal, qui parle d°¶une «guerre entre résistants et collaborateurs». Résistance et collaboration, le film s°¶organise autour de ces deux pôles. Jonathan Nossiter: «Le vin, c°¶est l°¶histoire qui vit, qui respire, en relation constante avec le passé, celui du terroir, celui de cette bouteille elle-même, un passé qui continue de vivre au présent, voire qui s°¶améliore avec le temps. C°¶est un des liens essentiels qui nous restent avec notre propre histoire. En cela, le vin est progressiste et notre histoire est menacée par l°¶acte commercial envisagé comme unique raison d°¶être.»

Il a rencontré Michel Rolland, œnologue consultant de plusieurs centaines de vignerons de par le monde, Bordeaux, Californie, Argentine, Maroc, Inde, entre autres. L°¶homme qui «micro-bulle» à tour de bras (c°¶est son truc), se marre tout le temps et professe que l°¶on peut faire du vin partout. Le cinéaste l°¶a filmé dans sa voiture, dans son bureau, dans son labo. Pas dans les vignes? «Non, j°¶ai passé six heures avec lui, je n°¶ai pas choisi les lieux. Avec Aimé Guibert (autre vigneron, autre vedette du film), je n°¶ai passé que deux heures, dans ses vignes.» Michel Rolland est un ami de Robert Parker, le critique qui pour quelques points de plus ou de moins (il note les vins sur 100) fait la fortune d°¶un vigneron ou décide de sa ruine. Dans le Bordelais et la vallée du Rhône, on lui élèverait volontiers une statue, il la mérite. Mais aujourd°¶hui, son jugement fait loi, ce n°¶est plus une affaire de goût, c°¶est une question de pouvoir et d°¶argent. Et pour lui plaire, certains vignerons ont cessé de faire le vin qu°¶ils aimaient, celui de leur terroir, pour fabriquer celui que Parker aime. Quand Mondavi, qui règne sur le vin de Californie et sur quelques-uns des beaux crus de par le monde, rachète un vignoble toscan, les critiques américains décrètent d°¶un même élan que le vin produit est «le meilleur au monde», et si dans le même temps Parker lui attribue 100 sur 100 (cela peut arriver, c°¶est peut-être un hasard), le prix de la bouteille est multiplié par 100. Limpide. Le même vin, partout, chaque année, on y vient. Comme le Coca. Comme les McDo. Tout le monde aime la même chose, tout le monde est d°¶accord. Ce que Hollywood a réussi en un peu plus d°¶un siècle, la Californie du vin et ses alliés sont en passe de le réaliser en moins de vingt ans. Très fort.

Face aux puissants, des culs-terreux, des attardés, des rétrogrades, c°¶est ainsi que les désignent ceux qui prétendent vivre avec leur temps. Ce n°¶est pas si simple, et dans «Mondovino» il n°¶y a ni bons ni méchants, ou du moins la distinction n°¶est-elle pas si tranchée. Aimé Guibert, qui a parcouru pour l°¶occasion les 30 kilomètres qui séparent ses vignes d°¶Aniane de Montpellier: «Sous Franco, il existait plusieurs catégories de criminels politiques et Nossiter me paraît correspondre à l°¶une d°¶elles: il est un anarchiste modéré.» Dans «Mondovino» comme chez Renoir, le problème est que tout le monde a ses raisons. Celles d°¶Hubert de Montille et de ses enfants, la jolie Alix en tête, ne sont pas celles du marché. Les vins dont on nous dit qu°¶ils sont meilleurs, ceux qui plaisent, donc, «vous bluffent, vous en mettent plein la gueule dès le départ et vous lâchent d°¶un seul coup, et alors il n°¶y a plus rien». La conclusion d°¶Hubert de Montille, dans le film: «Le monde moderne, parce qu°¶il n°¶a plus le temps de rien, est habitué à cela, il aime se faire bluffer.» Des vins bourrés d°¶effets spéciaux, si l°¶on veut. Aimé Guibert le dit autrement, mais cela revient au même: «Soyons clairs, le vin est mort. Et pas seulement les vins, mais aussi les fruits, les fromagesˇ» Le bonhomme joue volontiers les provocateurs, en tout cas il continue de faire comme il l°¶entend, attaché à ce «métier de poète» qui consiste à élever de grands vins. Le mystère n°¶est pas près de se dissiper, qui dure depuis aussi longtemps que la civilisation et que des milliers de gens dans le monde cultivent.

On dira peut-être qu°¶il y en a pour tous les goûts, des vins à l°¶épate, des grands, des bons et même d°¶infâmes piquettes. Oui, maisˇ «Souvenez-vous qu°¶aux jeux Olympiques d°¶Athènes, une seule boisson était autorisée: Coca-Cola. Toutes les autres étaient interdites!», tempête Aimé Guibert. Pas si loin de là, un vigneron sarde rappelle que «même les animaux choisissent ce qu°¶ils mangent».

Les clebs courent dans les vignes derrière leur maître. Ils sont les veilleurs, les gardiens, comme des totems, la truffe au ras des grappes. Allez savoir si le vin serait le même si parfois ils ne levaient pas la patte sur les ceps. Robert Parker, lui aussi, a des chiens. L°¶un d°¶eux est pétomane.

«Mondovino», de Jonathan Nossiter. En salles le 3 novembre.

Jonathan Nossiter, né aux Etats-Unis il y a 42 ans, cinéaste et documentariste, a réalisé notamment «Sunday»,«Resident Alien» et «Signs and Wonders».

Voir également:

Corked!

Film Review

Duane Byrge

The Hollywood reporter

May 22, 2009

CANNES — A satire of “fine wine” has found its time. A mockumentary in the “Spinal Tap” tradition, “Corked!” pops off the pretensions of the Northern California wine community. This aromatic outing distills all the pretentious sniffing and snobbing that accompanies the wine biz.

Drier and frothier than recent mockumentaries made by recognized Hollywood comics, “Corked!” is a pithy delight. It’s a brilliant lampoon of winemaking and will go well with either Milk Duds or organic popcorn.

If picked, this TriCoast Worldwide entertainment will entice on the select-site circuit, and perform superbly in festivals. With its ripe subject matter and brainy humor, “Corked!” could pop on cable outlets, from comedy channels to the food-stuff channels.

Written and directed by Ross Clendenen and Paul Hawley, “Corked!” blends the stories of four different, Northern California wineries. Poured out in a dead-on documentary style of interviews from vinters, wine critics, marketers and pickers, it’s like to tantalize the funny-bones of all of us who have endured wine-connoisseur talk. Hilarious and smart, it never falls flat, only occasionally bursting its bubble of documentary plausibility. So well-honed is “Corked!” that many viewers are not going to realize it’s a fictional entertainment.

Blue ribbons to filmmakers Clendenen and Hawley, and to their talented cast. In particular, plaudits to Todd Norris for his performance as a protector of the grapes, who blasts high-decibel jaguar sounds across the vineyards to startle starlings as well as other unsavory interlopers.

As two knucklehead wine-marketers, one in AA and the other a Bud man, Ben Tolpin and Rob Reinis are uproarious, while Ross Clendenen is perfect as a snooty, effete vineyard mogul.

Tech contributions are a perfect blend: Special praise to cinematographer/editor Miguel Medina for his acidic comic compositions and devilishly dry cuts.

Section: Market

Sales: TriCoast Worldwide

Production companies: TriCoast Worldwide and 28 Entertainment

Cast: Ross Clendenen, Ben Tolpin, Rob Reinis, Jeffrey Weissman, Devin Westberg, Martina Finch, Todd Norris.

Directors/Screenwriters: Ross Clendenen, Paul Hawley

Producer: Brian A. Hoffman

Director of photography/Editor: Miguel Medina

Music: Erin Davis, Dave Foley, Errol Reifman

No rating, 90 minutes.

WINE TALK

The Day California Shook the World

Frank J. Prial

The NYT

May 9, 2001

ON May 24, 1976, six weeks before America’s bicentennial celebration, there occurred in Paris a tasting that American winemakers and cultural historians have come to characterize as the defining moment in the evolution of fine wine in this country.

The effects on the California wine industry, as well as its distributors and, indeed, their customers, were profound. The winemakers had known they could make great wine; wineries like Beaulieu and Inglenook had been doing it for at least 30 years. What the Paris tasting did was bolster their self-esteem. It encouraged many who had been content making mediocre wine to go for the very best.

More important, it showed American consumers that they no longer had to look abroad for fine wine. Little more than a decade earlier, a general American embarrassment had greeted President Lyndon B. Johnson’s decree that American embassies serve only American wines.

At that tasting 25 years ago, nine judges, all prominent French food and wine people, gathered in the enclosed courtyard of the Paris Inter-Continental Hotel and tasted 20 wines, red and white, French and American. The tasting was blind; all the bottles were covered; no one was told which were French, which were American.

When the bottles were unwrapped, the tasters were astonished to discover that the highest scorers were American: a 1973 cabernet sauvignon from Stag’s Leap Wine Cellars and a 1973 chardonnay from Chateau Montalena, both from the Napa Valley. Under the headline ”Judgment of Paris,” Time magazine said that the ”unthinkable” had happened: ”California defeated all Gaul.”

The tasting had been staged by Steven Spurrier, a 34-year-old Englishman who ran a wine shop and wine school just off the Place de la Madeleine. It grew from the influence of many of his customers and students, most of whom were American. I.B.M.’s French headquarters, with its cadre of upwardly mobile young Yankee executives, was just across the street.

In 1975, intrigued by their talk of American wines, he sent his American partner, Patricia Gallagher, to California. She was so impressed that Mr. Spurrier made his own voyage of discovery.

He returned to France excited by what he had found and determined to arrange a tasting event. He hoped to twit the xenophobic French, publicize the fine California wines he had found and, understandably, win some publicity for himself.

He succeeded on all three counts. The French tasters, who included the chief inspector of the National Institute of Controlled Appellations, the owners of two famous Paris restaurants and the sommelier of a third, were true to form. They lavished praise on what they thought were French wines and derided those they thought were American.

The California reds were all cabernet sauvignon; the French reds all cabernet-based Bordeaux. The California whites were chardonnay, the French whites Burgundy chardonnay. Here is how the judges ranked the wines.

The reds, in order of finish: Stag’s Leap Wine Cellars, 1973; Mouton-Rothschild, 1970; Haut-Brion, 1970; Montrose, 1970; Ridge Vineyards Monte Bello, 1971; Léoville-Las-Cases, 1971; Mayacamas Vineyards, 1971; Clos du Val, 1972; Heitz Cellars, Martha’s Vineyard, 1970; Freemark Abbey, 1969.

White: Chateau Montelena, 1973; Domaine Roulot, Meursault-Charmes, 1973; Chalone Vineyard, 1974; Spring Mountain Vineyards, 1973; Joseph Drouhin, Beaune Clos des Mouches, 1973; Freemark Abbey, 1972; Ramonet-Prudhon, Bâtard-Montrachet, 1973; Domaine Leflaive, Puligny-Montrachet, Les Pucelles, 1972; Veedercrest Vineyards, 1972; David Bruce, 1973.

”The egg on the judges’ collective faces,” wrote Paul Lukacs in his ”American Vintage” (Houghton Mifflin, 2000), ”came from their inability to discern what until then everyone had assumed was obvious — namely that great French wines tasted better than other wines because they tasted, well, French.”

Still, there is one notion that the tasting should have dispelled, and that is that California wines do not last. I don’t know why the doubt persisted, but perhaps because it did, Mr. Spurrier decided to recreate the red-wine tasting in 1986.

By then, the wines were 13 to 16 years old. The French ones were in perfect condition, but so were the Americans. And a California wine again placed first — this time, Clos du Val — and the Ridge Monte Bello was second. The Stag’s Leap 1973 was sixth, after three French wines, but hardly because of age. Warren Winiarski, who owns Stag’s Leap Wine Cellars, served it at a dinner I attended at Stag’s Leap six weeks ago. It was in beautiful condition.

For the French, the impact of all the comparisons, starting with the first tasting, has been subdued. One early result was that it became easier for French and American winemakers to overcome their mutual suspicion and begin to exchange visits and information. It is a rare California winery these days that doesn’t employ a French apprentice or two, while young Americans can be found pulling hoses and scrubbing tanks in wineries in France.

But the overall effect on the French has become more evident over the years: American wines may still be rare in the French market, but then many French wines, particularly Bordeaux, now taste like American wines. Bordeaux producers have always prided themselves on their wines’ restraint, elegance and subtlety. But anyone who tastes them regularly can attest to how much more fruity, full-bodied and forward many have become.

Once, chateau owners were proud to say their wines took three decades to mature. Now there are Bordeaux winemakers who, like many Californians, insist that their wines are ready to drink after a few years.

One major change, both in France and California, is price. In its June 7, 1976, issue, Time magazine said of the Paris tasting: ”The U.S. winners are little known to wine lovers, since they are in short supply even in California and rather expensive.”

Time’s definition of expensive?

”$6 plus.”

Photos: BIG MOMENT — In 1976, Steven Spurrier, left, held a tasting in Paris at which American wines placed highest. (Jean-Luce Huré for The New York Times

The Judgment of Paris

What the French didn’t learn from the legendary wine-tasting.

By Mike Steinberger

Slate Magazine

May 24, 2006

Today is the 30th anniversary of the Judgment of Paris, the legendary tasting in which a pair of unheralded California wines bested some of France’s most celebrated reds and whites. It was, you might say, the collective slurp heard round the world. France losing to the United States at wine? Unthinkable. In a century filled with indignities for France, the Judgment of Paris was another cruel blow. For the most part, though, the French refused to take the result seriously, dismissing it as either an aberration or, worse, the product of Anglo-American chicanery (the tasting was organized by a Brit, Steven Spurrier, who was accused of serving French wines that were either too young or from inferior vintages). The central lesson of the tasting—that competition was now at hand and that French wines would no longer necessarily enjoy a presumption of superiority—was lost on the French. Thirty years later, some of them are paying dearly for their complacency.

The story of the Great Vinous Smackdown is retold in the recently published Judgment of Paris: California vs. France and the Historic 1976 Paris Tasting That Revolutionized Wine, written by George M. Taber, the Time magazine correspondent who covered the event. The tasting featured nine French wine experts, among them Odette Kahn, editor of the influential Revue du Vin de France; and Christian Vannequé, sommelier of the three-star Parisian restaurant La Tour d’Argent. The French wines were no less reputable and included the 1970 Haut-Brion, the 1970 Mouton Rothschild, and the 1973 Domaine Leflaive Puligny-Montrachet Les Pucelles. But when the scores were tallied that afternoon at Paris’ InterContinental Hotel, it was the 1973 Chateau Montelena Chardonnay from Napa that finished first among the whites, and the 1973 Stag’s Leap Wine Cellars Cabernet Sauvignon, also from Napa, that was tops among the reds. According to Taber, one unnamed, aggrieved Bordeaux chateau owner later told Spurrier, “You’ve spat in our soup.”

Taber’s book has inspired a number of commemorative tastings in the lead-up to the anniversary. But the most eagerly awaited Judgment of Paris re-creation is the one being held today—an event organized primarily by Spurrier that is taking place simultaneously in London and Napa. Once more, an impressive panel has been assembled, although this one is not exclusively French; the judges include Vannequé; two British masters of wine, Jancis Robinson and Michael Broadbent; and the journalist Michel Bettane, often called France’s Robert Parker. With a few exceptions, the wines are equally stellar. However, unlike the original Judgment of Paris, which became controversial only after the fact, the sequel has been plagued with problems from the outset.

Earlier this month, the Wall Street Journal ran a front-page story detailing the difficulties Spurrier has encountered. According to the Journal, the leading Bordeaux châteaux were reluctant to submit any recent vintages for a comparative tasting and ultimately persuaded Spurrier not to put the younger French wines up against their California counterparts (the concern is that the French wines, being slower to mature, would be at a disadvantage). Thus, the only competitive, fully blind portion of today’s tasting will be the first flight, featuring the same 10 red wines that were part of the 1976 event. The younger wines (from 2000 to 2004) will be segregated geographically and tasted semiblind—the participants won’t know which wine is which, but they will know that Flight 3 consists only of white Burgundies, Flight 4 California cabernets, and so forth.

This arrangement has caused much outrage in the wine blogosphere, where the French are being accused of—what else?—cowardice. (Never mind that two California wineries, Harlan and Kistler, declined to participate.) But when I spoke with Spurrier this week, he insisted the French didn’t have to twist his arm regarding the format. He agreed that it would be unfair to pit young Bordeauxs against equally youthful California cabernets in a blind tasting, because the wines do age differently. In 1976, when California wines still had something to prove, he explained, a head-to-head match-up was necessary. But California established its worthiness 30 years ago.

Still, I think it’s a pity they went with a watered-down format. True, we don’t need a competitive tasting to tell us that California makes great wines. But a second Judgment of Paris, done well, might have been even more interesting and revealing than the original. A blind tasting that included the three other major grape varieties in which the United States now produces noteworthy wines—merlot, syrah, and pinot noir—could have answered, or raised, all sorts of intriguing questions. Probably the most remarkable aspect of the 1976 tasting, for instance, was how often the California chardonnays were mistaken for white Burgundies. Today, would California chardonnays—which have generally become oakier and more alcoholic over the years—prove equally deceptive? And what about California pinot noir? It’s generally considered an entirely different breed than its Burgundian cousin, but who knows what a blind tasting would have turned up.

This new Judgment of Paris comes at a time when a large segment of the French wine industry is mired in crisis—a crisis that might have been mitigated had the French not ignored the message of the first Judgment of Paris. France is currently sitting on an ocean of unsold wine, a glut that has led to a collapse in prices at the cheaper end of the spectrum. According to the New York Times, some 100 million liters of Appellation d’Origine Controlee wine was distilled into ethanol last year. That’s enough to fill 133 million bottles. Across France, hundreds of winemakers, and possibly thousands, are on the verge of bankruptcy; it has been suggested by some trade organizations that in the Languedoc, the hardest-hit region, 30 to 50 percent of wineries may ultimately be forced out of business. There have been a number of protests tied to the crisis, and several suicides, as well.

The proximate cause of all this unhappiness is that sales of French wines have been plummeting at home and overseas, especially at the lower price points. Domestic consumption has dropped by more than 40 percent over the last four decades. And France has been hemorrhaging market share abroad, particularly in the two fastest-growing markets, the United States and Britain. The French share of the American market for imported wines fell from 26 percent in 1994 to 14 percent in 2004. Inept marketing is one big reason for the decline, and this ineptitude can be put down to complacency and chauvinism.

The French have been blindsided by the emergence of aggressive competition from Italy, Spain, Australia, South America, and other regions. This isn’t true of the very finest French producers; thanks in part to the Judgment of Paris, they recognized early on that the New World was capable of making excellent wine, and they worked to improve their own offerings (which they have done—the good French wines have never been better). By and large, though, after 1976, the French continued to assume that their wines were the only ones worth drinking. They had little interest in foreign wines (even now, French wine shops offer astonishingly few imports), and they put little effort into salesmanship because they figured that French wines, simply by virtue of being French, would sell themselves. Interviewed several years ago, one Burgundian winemaker, Patrick Hudelot, put it well: “In France, there is a belief that you don’t need to market your wine, that France’s reputation is enough. And that way we are being left behind.”

So they are. Thirty years after the Judgment of Paris, shrewdly marketed brands like Australia’s Yellow Tail are winning over budget-minded drinkers around the world while a bloated, inefficient French wine industry grapples with millions of liters of unwanted wine and a growing army of destitute vintners. The French can’t say they weren’t warned.

The 1976 Judgment of Paris tasting still has the French spluttering with indignation. Not only did a handful of then relatively obscure wines from California trounce the greatest names in France, but they did so in a blind tasting organised by an Englishman, in Paris, with a panel of judges including highly respected French wine trade luminaries.

Thirty years on denial still clouds the French viewpoint, but the Paris tasting proved pivotal for the confidence of New World wines. Americans began to buy top-end California wines and the concept of collectable “blue chip” wines emerged as select estates ratcheted up the price on their small batches of wine.

And Paris almost certainly proved the spur for the seminal Mondavi-Rothschild joint venture in 1979 that saw the creation of Opus One, forerunner of a host of similar high-profile Gallic-New World winemaking projects.

What began as “a fairly run-of-the-mill tasting” helped fuel the global rise in quality and diversity we see today. And, although our Gallic neighbours would never admit it, this rivalry has driven the quality of France’s wines to new heights.

Hollywood goes nose to nose over French wine’s darkest moment

Rival films to tell tale of 1976 tasting when classics were humbled by the New World

Kim Willsher in Paris

Andrew Catchpole

The Guardian

1 August 2007

Wine tasting

It was a calamity for French viticulture – and it sparked a wine war that rages even to this day.

In 1976 a group of 11 distinguished wine experts were asked to compare some of France’s finest wines with some little-known California bottles in a blind test. At the time it was carved in stone that France produced the best wines in the world.

When the unthinkable happened and every one of the judges – nine of them French – awarded top marks to the American wines, the reaction brought a whole new meaning to the phrase grapes of wrath. Three decades on, French viticulture has never completely recovered and some in France still find the event too painful to discuss.

Now the tasting is the reason behind another round of bloodletting, this time over two rival Hollywood films – one starring British actor Alan Rickman – that are being made about the legendary judgment.

At the time the French cried foul, dismissed the result as a fluke and declaring that anyone who knew anything knew as a matter of fact and instinct that French wines were better than California wines. The British wine merchant Steven Spurrier, who had organised the competition, was shunned as an agent of perfidious Albion, while the Gallic tasters received hate mail for “letting France down”.

Mr Spurrier is involved in the so-called “official” version of the event, a film called Judgment of Paris based on a book by Time journalist George Taber, the only reporter present at the tasting. Mr Spurrier has accused the producers of a rival movie, entitled Bottle Shock and starring Rickman as Mr Spurrier and Danny DeVito as Mike Grgich, a celebrated Californian winemaker whose Napa Valley Chardonnay triumphed in the 1976 tasting, of “defamation and gross misinterpretation”.

Having read the script Mr Spurrier is reportedly outraged that he is being portrayed as an “impossibly effete snob” and says the portrayal of his character is “deeply insulting”. He has now written to the Bottle Shock producers threatening to sue and demanding that his name is excised from the story.

“There is hardly a word that is true in the script and many, many pure inventions as far as I am concerned,” Mr Spurrier said in Decanter magazine, where he works as consultant editor.

Mr Spurrier, who organised a re-run of the tasting – with the same results – last year, added that some “if not all” representations of him in the rival film are “false, defamatory and disparaging”, and show him in a “false light”.

“It’s absolute rubbish the way they portray me. I’m supposed to have employees I never had, been in places I’ve never been, borrowed money from banks I never borrowed,” he said yesterday. “I’ve had my name taken off the script and I hope that if they make the film it will be as fiction rather than a true story.”

The American production company making the official Judgment of Paris, which owns the rights to Mr Spurrier’s story, is also considering suing the rival production.

Mr Spurrier, who was 34 at the time of the original tasting, said the production company had mooted some big names to play his character. “I said I wanted an English actor and they suggested Hugh Grant, but I said he’s too old. They said Jude Law, I said too beautiful.”

Other Hollywood leading men, including George Clooney and Keanu Reeves, have been suggested for major supporting roles.

Bottle Shock, which is currently being filmed, is due for release next year. Both films are hoping to cash in on the success of 2005’s wine-themed Oscar winner Sideways. Nadine Jolson, a spokesman for Bottle Shock, said the film was about a historical event “and nobody owns the rights to that”.

The infamous Paris tasting took place on May 24, 1976 in the covered terrace at the Intercontinental hotel. Mr Spurrier, who owned a small wine shop in the centre of the city and a wine school next door, wanted to draw attention to some exceptional wines from California, then unknown in Paris. He brought together a panel of judges, including Odette Kahn, editor of La Revue de Vin de France, a top sommelier and the owner of one France’s top restaurants.

“It was an absolutely impeccable range of tasters. My intention was simply to draw attention to these new wines but I realised the only way to persuade them to taste them was to do it blind and say there were benchmarks of French wine in there,” said Mr Spurrier.

He pitted premier and first cru Burgundy wines and grand and premier cru Bordeaux wines against Californian Chardonnay and Cabernet. “I had rigged the whole thing for the French to win. You don’t take half a dozen unknown Californian wines and put them up the very best of French wine,” he said.

Mr Spurrier said the French judges had treated the tasting as an intellectual exercise with only one outcome.

“They were saying things like “this is rather rich, it must be Californian”, when it was a French wine, and they gave top marks to a wine convinced it was French. When they found out it wasn’t there was general consternation,” he said. “One of the judges wanted her notes back to change them, then wrote an article saying I had rigged the tasting, but the other testers were all very gentlemanly.

“What we showed in 1976 was that the Californian wines were better than the best French wines. It was a wake-up call to French winemakers. Sadly, it is a wake-up call they didn’t heed.”

A taste of the future

The 1976 Judgment of Paris tasting still has the French spluttering with indignation. Not only did a handful of then relatively obscure wines from California trounce the greatest names in France, but they did so in a blind tasting organised by an Englishman, in Paris, with a panel of judges including highly respected French wine trade luminaries.

Thirty years on denial still clouds the French viewpoint, but the Paris tasting proved pivotal for the confidence of New World wines. Americans began to buy top-end California wines and the concept of collectable “blue chip” wines emerged as select estates ratcheted up the price on their small batches of wine.

And Paris almost certainly proved the spur for the seminal Mondavi-Rothschild joint venture in 1979 that saw the creation of Opus One, forerunner of a host of similar high-profile Gallic-New World winemaking projects.

What began as “a fairly run-of-the-mill tasting” helped fuel the global rise in quality and diversity we see today. And, although our Gallic neighbours would never admit it, this rivalry has driven the quality of France’s wines to new heights.


Etats-Unis: En attendant la Saint Obama… (Hallmark holidays: Turning holidays into card-sending occasions)

16 octobre, 2009

Hallmark holidays

To everything – turn, turn, turn There is a season – turn, turn, turn And a time for every purpose under heavenPete Seeger (adapté de l‘Ecclesiaste, 1959, chanté par les Byrds, 1965)

St Valentin, Fête des docteurs, Fête des secrétaires, Fêtes des mères, Fête des pères, Fête de l’amitié, Fête des sœurs, Fête des grands-parents, Fête des porteurs de journaux, Fête des femmes d’affaires, Journée du clergé, Fête des enfants, Fête des cannes blanches, Journée-souvenir des morts-nés, Jour des infirmières …

Entre la fête des patrons (“Boss’s Day” aujourd’hui) et celle des bonbons (“Sweetest Day”, demain) …

Et, sans parler des “Teacher’s Day” et des “Take Your Daughter to Work Day”(et de leurs versions electroniques), au moment où avant la nul doute très prochaine “Saint Obama” notre Pleurnicheur en chef a tenté de nous faire le coup de sa fête du 100e jour

Petit retour sur ces “fêtes Hallmark” comme leurs critiques les appellent outre-Atlantique, du nom du géant américain de la carte de vœux (45% du seul marché américain et une cinquantaine de fêtes en catalogue soit plus d’une par semaine!) qui, affaires obligent , fait largement sa pluie et son beau temps dans le domaine comme celui des confiseurs, floristes et autres bijoutiers.

Le tout constituant, si l’on en croit la littérature interne, une véritable industrie avec quelque sept milliards de cartes échangées annuellement pour un chiffre d’affaires d’autant de dollars, le foyer américain moyen achetant 30 cartes par an et le destinataire moyen plus de 20 dont environ un tiers pour les anniversaires …

How a Holiday Becomes A Card-Sending Occasion

Hallmark strives to provide consumers with the products they need to express themselves and enhance their relationships with family, friends and other important people in their lives. With one of the world’s largest creative staffs – around 800 artists, designers, stylists, writers, editors and photographers – and the best researchers in the industry, Hallmark is a true leader in the personal expressions business. We provide cards and products for many occasions, including more than 20 holidays.

While we’re honored that people so closely link the Hallmark name with celebrations and special occasions, we can’t take credit for creating holidays. Congressional resolutions, proclamations, religious observances, cultural traditions, and grassroots leadership by ordinary people create these special days. It’s really the public who give occasions like Valentine’s Day, Mother’s Day and Father’s Day widespread acceptance as celebration events.

How a Holiday Is Created
People have felt the need to celebrate significant days and events since earliest recorded history, and quite likely, even long before that. Most such celebrations, at least until the past few centuries, stemmed from religious beliefs and practices – some of them pagan. They became known as “holy days” from the Anglo-Saxon words “halig daeg.” From this religious term evolved the secular term “holiday.” This is the origin of occasions such as Easter, Halloween and Christmas.

Today’s calendars also contain designated legal federal holidays, such as Memorial Day and Independence Day, which often result in a day off work or school for many Americans. Technically, there are no national holidays in the U.S. The President and Congress designate by law the holidays to be observed in the District of Columbia and by federal employees throughout the United States. Federal offices, banks and schools typically are closed on legal federal holidays. However, the federal government cannot declare a holiday to be observed by the entire country. Instead each state governor has the authority to specify the holidays for the state. It is customary for states to coordinate major holidays to fall on the same date across the country.

Throughout the years, individuals have led grassroots efforts to establish holidays such as Mother’s Day, Father’s Day, Grandparents Day and Sweetest Day. As word of these new observances spread, many others joined in supporting and celebrating the holidays. Eventually, some individuals took the observances to governmental or professional organizations for official national recognition.

The President of the United States and the U.S. Congress have recognized many special days in the form of proclamations or resolutions. For many years, Congress played an active role in declaring special observances for people, events or other activities deemed worthy of national recognition. However, since passing these resolutions occupied a significant amount of time and effort, Congress decided to discontinue this process in January 1995. Some state legislatures and governors, as well as city officials, still proclaim special days for their regions. Other holidays have been acknowledged by registering them with the U.S. Chamber of Commerce or other professional organizations.

Being listed in Chase’s Calendar of Events is a way for new celebrations and events to achieve recognition and status. In recent years, many individuals and organizations have found that declaring a holiday by naming a day, week or month and promoting it to the public has become an effective way to draw attention to their causes, even without the “official” holiday status.

How a Holiday Gets Its Greetings
Hallmark was founded in 1910 and began making cards for holidays in the decade that followed. To respond appropriately to consumers’ celebration needs, Hallmark has always paid close attention to trends and monitored demand for holiday products.

While consumer demand is an important part of the overall equation, it alone is not enough to prompt Hallmark to create greetings for holidays. Some holidays lend themselves to sending cards more than others. When evaluating a potential holiday offering, we consider: 1) “sendability” (How likely are consumers to send cards for this occasion?) and 2) whether or not there is a large enough market across the United States to justify manufacturing products for it.

In the digital age, e-cards continue to be popular for some holidays and occasions, especially those such as Groundhog Day and Earth Day. E-cards offer Hallmark ways to help people connect at times when they find less need for a tangible paper card. This technology also provides us with a new avenue to test the demand people have for potential products for new occasions and situations.

Stories Behind the Holidays
So if you think that special date on the calendar is a “just a Hallmark holiday,” think again. There are fascinating histories behind every holiday for which Hallmark makes cards. We are happy to share the stories behind the holidays and the individuals who brought them to national recognition.

Return to the Holidays & Celebrations page to find out more about the history of individual holidays and details from Hallmark’s research, as well as to learn how Hallmark meets consumer needs for celebrating the holidays.

Voir le calendrier annuel des fêtes américaines:

Nouvel An (New Year’s Day), Fête des rois (Three Kings Day, January 6), Martin Luther King Day (January 15), Jour de la marmotte (Groundhog Day, February 2), Lincoln’s Birthday, February 12), St Valentin (Valentine’s Day, February 14), Jour de l’an chinois (February 18), Fête des présidents (Presidents’ Day, February 19), Mercredi des cendres (Ash Wednesday, February 21), Jour des présidents (Washington’s Birthday February 22), Pourim (Purim, March 4), St Patrick (St. Patrick’s Day, March 17, St. Joseph (St. Joseph’s Day, March 19), Fête des docteurs (National Doctors’ Day, March 30), 1er avril (April Fools’ Day), Dimanche des palmes (Palm Sunday, April 1, Pessah (Passover, April 3), Vendredi saint (Good Friday, April 6), Pâques (Easter, April 8), Jour des impôts (Tax Day, April 15), Earth Day, April 22), Fête des secrétaires (Administrative Professionals Day, April 25), Jour national de prière (National Day of Prayer, May 3), Cinco de Mayo (May 5), Jour des infirmières (National Nurses Day, May 6), Fêtes des mères (Mother’s Day, May 13), Jour des forces armées (Armed Forces Day, May 19), Memorial Day (May 30), Fête du drapeau (Flag Day, June 14), Fête des pères (Father’s Day, June 17), Jour de l’indépendance (Independence Day, July 4), Fête de l’amitié (Friendship Day (August 5), Fête des sœurs (Sisters’ Day, August 5), Fête du Travail (Labor Day, September 3), Fête des porteurs de journaux (Newspaper carrier day, Sep. 4), Grandparents Day, September 9), Patriot Day, September 11) Patriot Day, Roch Achana (Nouvel an juif Jewish New, September 16, Ramadan (September 13), Fête de la Constitution et de la Citoyenneté (Citizenship Day ou Constitution Day, September 17), Yom Kippour (September 22), Fête des femmes d’affaires (Businesswomen Day, Sep. 22), Jour de Christophe Colomb (Columbus Day October 12, Aïd (Eid al-Fitr, October 13), Journée du clergé (Clergy Appreciation Day, October 14), Fête des enfants (National Children’s Day, October 14), Fête des cannes blanches (White cane safety Day, Oct. 15), Journée-souvenir des morts-nés (Stillbirth remembrance Day, Oct. 15), Fête des patrons (National Boss Day, October 16), Fête des bonbons (Sweetest Day, October 20), Journée des Nations unies (United Nations Day, October 24), Halloween (October 31), Toussaint (All Saints Day, November 1), Election Day (November 6), Diwali (November 9), Veterans Day, November 11, Thanksgiving Day (November 22), Hanoukkah (December 5 – 12), Noël (Christmas, December 25), Kwanzaa (December 26 – January 1), Réveillon du nouvel An (New Year’s Eve, December 31) …

Voir aussi:

What is it that we celebrate on Mother’s Day?
Thomas L. Steiger
The Tribune-Star
TERRE HAUTE
May 14, 2007

— Officially, today is the 93rd Mother’s Day. Unofficially, this is perhaps the 150th Mother’s Day in America. Based on my 15 minutes of Internet research, celebrations of mothers can be traced back to ancient Greece and Rome. Both sound to me like fertility rites. Ancient Christians began to celebrate the fourth Sunday in May to honor Mary, Jesus’ Mother.
The origin of Mother’s Day in the United States is credited to Anna Jarvis, who organized a day to raise awareness of poor health conditions in her Appalachian community. She thought mothers would be natural advocates. Fifteen years later, Juliet Ward Howe, a poet and activist, organized a day for mothers to rally for peace (today’s celebration won’t carry any political overtones I’m sure).
Then in 1905, the daughter of Anna Jarvis, began organizing a memorial to her mother’s work. Many of today’s symbols of Mother’s Day originated in the memorial to Anna Jarvis. In 1914 Woodrow Wilson signed a bill to recognize Mother’s Day as a national holiday on the second Sunday in May. I thought it was a “Hallmark Holiday.”
Early on, Mother’s Day was celebrated by going to church. Pretty quickly gift-giving and more secular activities began. Anna Jarvis’ daughter, the founder of our Mother’s Day, didn’t care for the materialistic turn of Mother’s Day and actually sued to try to stop a Mother’s Day festival. Before her death in 1948, she expressed regret at what the holiday had become.
I found some statistics related to Mother’s Day. According to the U.S. Census Bureau there are more than 80 million mothers in the U.S. According to Hallmark, about 96 percent of consumers take part somehow in celebrating Mother’s Day. Cards are popular. So are telephone calls as it is a peak day for long distance service. I know that on more than one occasion over the years I have gotten the recording telling me “all circuits are busy.” Mother’s Day is the busiest day of the year for many restaurants. After Christmas, Mother’s Day is the biggest gift-giving holiday of the year. I didn’t see any statistics for church attendance on Mother’s Day. Perhaps it follows Christmas and Easter.
Now what I am going to write next will seem just downright odd, but give me to the end of the paragraph. What exactly are we celebrating? Are we celebrating fertility like the ancient Greeks and Romans? Or are we celebrating the work of mothering children? I wonder because as an adopted child, I have a “birth mother” and my mother, the one who raised me. All these years, I’ve never given any thought on Mother’s Day to my birth mother. Have I been disrespecting her all these years?
As a kid, other kids used to give me grief about not living with my “real” mother. I thought that was nonsense then and still do. I only know one mother. Yet, what if the telephone rings today and the voice says, “I gave you life nearly 49 years ago.” Should I buy that woman a card and invite her out to dinner?
About now, my mother is probably beginning to shake because she thinks this has actually happened. “No Mom, I’m just writing an essay. Nothing like that happened.”
What about kids who are conceived using donor eggs, dad’s sperm, but implanted in mom’s uterus? One mom or two on Mother’s Day? I know a young woman who gave up her son for adoption, but it is an open adoption and she knows the family and gets regular updates on her “birth son”(?). Does he buy two Mother’s Day cards? I should check more closely the card selections to see if they have cards that differentiate the birthing from the raising portions of motherhood. Maybe they are color-coded.
What about those folks walking around with a donor heart, lung, liver, or kidney from someone other than a sibling? Without another mom, they’d not have life now. Does one send a card to the mother of the donor? How about moms who abandon their kids? Do they still get an invite to Olive Garden today?
I take for granted my entry into this world. As I suspect most do. What I celebrate today is not the giving of life but the sustaining of it, not the biological role of reproduction but the social role of mothering, not the genetic material but the support, the guidance, the love, and never ending parenting.
Thanks, Mom, and happy Mother’s Day.

Thomas L. Steiger is a professor of sociology and women’s studies at Indiana State University. E-mail tsteiger@isugw.indstate.edu.

Voir également:

Off the Rack: Store Bought Emotions and the Presentation of Self
Linda Mooney
Electronic Journal of Sociology (1998)

Department of Sociology
East Carolina University
mooneyl@mail.ecu.edu

Sarah C Brabant
University of Southwestern Louisiana

The authors would like to thank Jon Beckert for his helpful assistance. Direct all correspondence to Linda A. Mooney
Abstract

The impact of relational status (husband-wife, parent-child, etc.) and age diversity (same cohort, younger, older) were measured on two of Goffman’s interactional rituals — deference and demeanor. While deference refers to an Actor’s definition o f Other as conveyed through an expression of sentiment, demeanor refers to an Actor’s presentation of self through “deportment, dress, and bearing” (1967: 58,77). In order to measure deference and demeanor, 535 birthday cards were randomly selected from 1 4 retail outlets and a subset of 244 cards in which relational status was known was identified and analyzed. Deference was measured by card content i.e., sentiment conveyed to receiver, and demeanor was measured by such “decorations” as card make, cost, a nd design. Results indicate that while deference is not consistently related to relational status or age diversity, positive demeanor is directly related to intimacy of sender-receiver relationship.

Introduction

Despite only recent attention to the sociology of emotions, much of Simmel’s and Durkheim’s writings solidly place the study of emotional life within the sociological arena. Although seemingly an unlikely area for scientific inquiry, and in particular for macro- sociological theorizing, many early examinations of emotions concentrated on their role in the emergence and development of modern societies (Gerhards 1986: 903). However, more recent sociological studies are often micro- sociolog ical in nature focusing on the ways in which emotions are socially constructed, “interpreted, propagated, and deployed’ (Jackson 1993: 209).

The social construction of emotions, whether in reference to etiology, content or consequence, is methodologically difficult to investigate. Jackson, in studying what she calls “emotional literacy” states that love, for example, can not be explored (19 93: 204):

except through the ways in which it is talked about and written about. Language itself, moreover, contributes to the cultural construction of emotions and is a means by which we participate in creating a shared sense of what emotions are.

Investigating emotions thus requires an examination of the linguistic tools through which they are conveyed. One such innovative method is an examination of greeting cards. While greeting cards have been used to investigate a number of emotions (cf. Cl ark’s (1989) “store bought sympathy” ), the present study examines not only the sentiments conveyed, but the nature of the relationship between card sender and receiver.
Greeting Cards

The first known greeting card was sent over 150 years ago when Henry Cole, a British civil servant, had copies of a hand-painted Christmas scene lithographed and sent to co-workers, friends, and relatives (Sinha 1995). Since that time, greeting cards h ave become a multi-billion dollar business with Hallmark and American Greetings recording 1995 sales of over three and two billion dollars respectively (AGC 1996; “The Hallmark Story” 1996).

Americans send more greeting cards than any other people in the world (Sinha 1995). In a recent industry-sponsored study of over 1,000 adults, 90 percent of the participants stated that they respond immediately to receiving an unexpected card either by telephoning the sender or by sending a card or letter (Audits and Surveys, Inc. 1996). Further, 92 percent of the respondents reported sending at least one card in the previous year, with an average of 25 cards a year being sent and 27 cards a year being received — excluding Christmas cards.

What is it about receiving a greeting card that makes it a keepsake, elicits an immediate response, or brings people to tears? The answer lies in what greeting cards most often communicate — sentiments. Sentiments are socially significant feelings — each sentiment signifying a pattern of sensations, emotions, actions, and cultural beliefs appropriate to a social relationship (Michner, DeLamater and Schwartz 1991; Gordon 1989).

Greeting cards then are one element of “emotional culture” or the “patterns of meanings embodied in symbols, by which people communicate, perpetuate, and develop their knowledge about and attitudes toward emotions” (Gordon 1989: 115). Emotional culture is conveyed through “language, rituals, art forms, and other publicly available, symbolic vehicles of meaning” (Gordon 1989: 115). Greeting cards, as symbolic vehicles of meaning or what Goffman (1967) calls “ceremonial tokens”, are an unobtrusive yet re adily available measure of emotional culture. The present research examines greeting cards and, specifically, what Clark (1989) calls “off-the-rack sentiments” within the framework of Goffman’s theoretical analysis of deference and demeanor.

Deference And Demeanor

Card giving occasions, like gift giving occasions, are governed by “ceremonial rules,” “rules of etiquette” (Goffman 1967) or “rules of civil propriety” (Denzin 1970). Ceremonial rules have their primary importance “as a means of communication by which the individual expresses his character or conveys his appreciation of the other participants…” (Goffman 1967: 74).

As in all ceremonial activity, conformity to or violation of ceremonial practices convey information about the actor through the two major components of ceremonial idiom, deference and demeanor. Deferential behavior entails actions in which a participa nt “celebrates and confirms his relationship to a recipient” by symbolically conveying “a sentiment of regard” (e.g. appreciation, respect, compliments, etc.) for Other (Goffman 1967: 55-62).

Alternatively, demeanor connotes a “presentation of self” to Other, by an Actor performing or failing to perform in accordance with established ceremonial rules, thereby conveying the image of an individual who has “certain desirable or undesirable qua lities” i.e., is either properly or improperly demeaned (Goffman 1997: 77). It is, thus, through demeanor that an individual “creates an image of self” (Goffman 1967: 77-78).

Deference and demeanor, while theoretically distinct, are often analytically inseparable for the granting or withholding of proper deference may infer good or bad demeanor (Goffman 1967: 81).

It may be illustrated from recent material on doctor-patient relationships, where it is suggested that one complaint a doctor may have against some of his patients is that they do not bathe before coming for an examination; while bathing is a way of paying deference to the doctor it is at the same time a way for the patient to present himself as a clean, well demeaned person (Goffman 1967: 81-82).

Similarly, proper or improper demeanor may not only convey an appreciation of Other, it may demonstrate the Actor’s value as a worthwhile role occupant.

Gifts, for example, are ceremonial tokens that convey information about the giver and the receiver in terms of deference and demeanor. In his classic essay on the social psychology of gifts, Schwartz (1967: 2) argues that gifts “impose an identity upon the giver as well as the receiver” for gifts “are most frequently given which are consonant with the character of the recipient” and are, as well, “self-defining” of the giver. Similarly, as noted by Schwartz (1967), Emerson (1936: 358) writes, “a man’s biography is conveyed in a gift” and Levi-Strauss notes (1965: 77) that:

…the refinement of selection [of Christmas cards], their outstanding designs, their price, the quantity sent or received, give evidence (ritually exhibited on the mantelpiece during the week of celebration) of the recipients social bonds and the degree of his prestige.

Thus, the most seemingly trivial ceremonial acts, giving a gift or sending a greeting card, carry with them information about sender and receiver for cards, as gift giving in general, “not only confirm social bonds but also identities” (Komter 1996: 31 0). The present research analyzes deference and demeanor through the examination of one ceremonial token, birthday cards. While card content is used as an indicator of “a sentiment of regard” for Other, card characteristics (what Goffman [1959; 1979] call s “decorations”) such as style and design as suggested by Levi-Strauss (1965) are used as indicators of a sender’s “presentation of self.” Specifically, the present research examines the two major components of ceremonial activity, deference and demeanor, as a function of relational status and age diversity of card sender and receiver.

Methodology

Greeting cards transmit “meaning” between social actors — meanings which are evaluated by the card sending population in selecting the appropriateness of a card. Cards are defined as appropriate not only because they contain suitable “decorations ” given relational status and age considerations, but because they convey the desired emotion. While it could be argued that greeting cards more accurately reflect the writers’ and artists’ conceptions of appropriateness than the general publics’, the ext ensive consumer testing procedures used by the greeting card industry assure that the cards appearing in retail displays “meet the approval of a significant segment of the card buying and receiving public” (Finn 1980) “reflecting changes in the way people communicate” (The Hallmark Story 1996). Nonetheless, it should be noted that the present research examines deference and demeanor as ostensibly conveyed between send and receiver as measured by one type of ceremonial token — greeting cards.

While some greeting card sending and receiving populations are limited by age (e.g. wedding), sex (e.g. Bar mitzvah), ethnicity (St. Patrick’s Day) and/or relational status (e.g. Mother’s Day), birthday card senders and receivers constitute a culturall y heterogeneous population, 90% of Americans aged 16-69 reporting that they received a card on their last birthday (Brown 1995). Because of their universality, the present analysis was confined to birthday cards.

In order to secure a representative sample of birthday cards, fourteen retail outlets in a mid-size city in southwestern Louisiana were selected. The stores selected represented the variety of retail outlets available to the card-buying population incl uding large discount stores such as K-Mart, as well as drug stores/pharmacies, dime stores, department (e.g. Sears, Penny’s) and grocery stores (e.g. Albertson’s), and small specialty “card shops”. Stores included for sampling purposes represented geograp hically distinct, high traffic areas as well as diverse socioeconomic areas of the community.

Prior to entering a store, a number between one and ten was randomly selected. Upon entering a store, the card display was located and, beginning at the upper-most left corner of the birthday card rack, cards were counted to the predetermined number un til the “start card” was reached. That card was selected and became card number 001. From that card forward, every tenth card was selected for inclusion in the sample. Thus, store sample size varied in proportion to the inventory available to customers an d the total sample represents 10.0% of the cards available in the targeted stores.

A total of 535 cards were collected, assigned identification numbers and coded twice, first by each of the researchers independently and then, for reliability, collectively. When discrepancies in coding existed, a third judge was used to resolve the di fferences. Given the unmistakable nature of many of the variables (e.g. cost of card, manufacturer of card, presence or absence of a word) however, few disagreements emerged.

Cards were then coded as to the intended receiver (e.g. mother, father, aunt, uncle), if known. Of the 535 cards collected, a subsample was identified in which intended receiver, and thus the relationship between sender and receiver, was known (N=244). Since it is more profitable for card manufacturers to produce cards that are not limited by “status identifiers” (Goffman 1967) such as “To a Fine Son” or “To my Nephew on his Birthday”, it is not surprising that over half of the cards were eliminated fr om the present analysis.

Measurement of the Independent Variables

The first independent variable is relational status i.e., the specific kin relationship between card sender and card receiver. Relational status has been shown to impact gift giving behavior in a variety of ways and settings (cf. Mauss 1989 [1923]); Ma linowski 1922; Sahlins 1972; Komter and Vollebergh 1997; Komter 1996). The six relational status categories include husband-wife (N=25), parent-child (N=113), siblings (N=43), grandparent-grandchild (N=26), uncle/aunt-niece/nephew (N=22), and in-laws (N=1 5).

The second independent variable is age diversity. Goffman theorizes that the rules of deference and demeanor vary between social equals, i.e., those in a symmetrical relationship, and those in an asymmetrical relationship (1967: 78). Cards were thus coded into three categories: 1) cards likely, on the basis of age, to be between “social equals”, that is, members of the same age cohorts (to husband, wife, sibling, brother-in-law, or sister-in-law, N=74) versus cards intended for receivers likely to be 2 ) younger than the card sender (to son, daughter, granddaughter, grandson, niece, nephew, daughter- in-law, or son-in-law, N=73) or 3) older than the card sender (to mother, father, grandmother, grandfather, aunt, uncle, mother-in-law, or father-in-law, N =97).
Measurement of the Dependent Variables

Goffman’s theoretical constructs of deference and demeanor were operationalized and measured through the analytical technique of content analysis. Deference, or “a sentiment of regard” for others, was measured by card content. Cards were coded in terms of the presence or absence of the expression of: 1) love (e.g “A mother’s love” “To the Man I Love”), 2) praise (e.g. “One in a Million”, “Perfect in Every Way” “To a Good Boy”), 3) gratitude (e.g. “I’m so thankful you’re in our family!”, “You’re always there in a time of need”), and 4) caring (e.g. “You are so dear to me”, “To a Special Aunt”). Cards were also coded as to 5) whether or not the message contained a reference to the sender or receiver being in the others’ thoughts (“I think of you often”, “Thinking of you Grandma on your Special Day”). The sum of the five deference indicators (PRAISE + LOVE + GRATITUDE + CARING + THOUGHT) comprise a summary measure of the expression of positive sentiment. Ranging from a minimum of five to a maximum of ten, the sentiment index has a mean of 7.42, and a mode and median of 7.00. The higher the score on the deference index, the more positive the sentiment conveyed from sender to receiver i.e., the greater the “sentiment of regard”.

The second dependent variable, demeanor, represents the presentation of self that is conveyed by a card to the receiver. It should be remembered that it is “through demeanor the individual creates an image of himself” to others (Goffman 1967: 78) and t he selection and sending of a greeting card is one way in which that image is constructed. As Furnham (1991: 60) writes:

What do cards tell us about the senders? Consider the hidden messages: those not contained in the words in the cards (though these are interesting in their own right), but ones that reflect the values, personality and self-concept of the sende r.

Indeed, capitalizing on the knowledge that cards convey information about the sender, Hallmark’s motto “when you care enough to send the very best” and, more recently, “…go ahead and look” reinforces the idea that if the sender really cared, they’d s end a Hallmark. Hallmark’s 40 percent share of the market and research, confirms the success of the campaign (Woodyard 1997). For example, Andrus, Silver and Johnson (1997) report that buying “status brand” gifts increases the symbolic meaning of the pres ent as well as the positive regard in which the sender is held.

Thus, cards were categorized by card decorations including: 1) whether or not the card was from one of the two major greeting card manufacturer (off-brands v. Hallmark and American Greeting), 2) whether the card was below or above the average card cost , 3) finish (dull v. shiny, metallic, glitter), 4) shape (regular v. irregular, over-sized, cut-a-ways, etc. ), 5) surface (flat/smooth v. raise/ embossed pictures and/or letters) and 6) extra (the absence or presence of some “bonus” [e.g. an enclosure, i nsert sheets, four or more sides with writing, etc.]). The sum of these six indicators (MAKE + COST + FINISH + SHAPE + SURFACE + EXTRA) comprises the decoration index ranging from a low of six to a high of twelve, with a mean, median and mode of 9.00. The higher the indicator or index mean, the more positive, theoretically, the demeanor conveyed. Following Wright (1986: 228-229), differences of ten percent or more were considered meaningful.
Results

Deference

Of the five deference indicators, the expression of caring, praise, and love are the most frequently occurring with 83%, 74%, and 52% of the cards respectively expressing these sentiments. Gratitude (21%), as well as remarks indicating that the recipie nt, the sender, or both were “in one’s thoughts”, is less likely with only thirty of the 244 cards (12%) containing this message.

When holding relational status constant, some interesting results are revealed (see Table 2). Eighty percent of cards between husbands and wives contain the expression of love while only 65% of cards between grandparents and grandchildren, and 62% of c ards between parents and children, express love between role occupants.

Grandparent-grandchild cards contain the highest proportion of references to caring (96%) and gratitude (35%), followed by husband-wife cards in which the expression of caring (88%) far exceeded the expression of gratitude (28%). Being in each other’s thoughts, however, is most likely to be expressed between uncles/aunts and nieces/nephews (18%), while 100% of in-law cards contain some reference to praise.

An examination of the mean sentiment index scores indicate that the grandparent-grandchild relationship is characterized by the highest frequency of positive sentiments. The mean sentiment score for this relationship is 7.89 followed by that between hu sband-wife (7.56), parent-child (7.51), in-laws (7.27), uncles-aunts-nieces/ nephews (7.14), and siblings (7.02).

“In thoughts” and the expression of caring reveal few differences in the symmetry of the relationship with means for the three age diversity categories differing little. However, while gratitude is most likely to be expressed upward i.e., to older card recipients (31%) when compared to those of the same age (18%) or younger (12%), praise is more likely to be expressed to younger card recipients (80%).

Love, like gratitude, is most frequently expressed to older recipients. Of all cards to older recipients, 64% contain a reference to love compared to 45% of all cards to younger recipients and 43% of card receivers in the same age cohort. Given these r esults, it is not surprising that the sentiment index scores are highest among younger sender-older recipients (7.67), followed by members of the same cohort (7.34), and the older sender-younger recipient category (7.24).
Demeanor

Unlike the sentiment analysis, there appears to be a fairly consistent link between card decoration and relational status. For three of the variables, make, cost and surface, as relational distance increases from husband-wife to uncle/aunt-niece/nephew (Sahlins 1972; Liao and Stevens 1994), each of the dependent indicators decreases. Thus, for example, 44% of cards between husbands and wives are above average in cost while only 5% of cards between uncle/aunt-niece/nephew are above average in cost.

Not surprisingly, the decoration index scores reflect this trend. In general, the greater the likely intimacy between sender and receiver, the higher the card decoration score. Thus, cards between husbands and wives were more ornate, with a mean index score of 9.40, than cards between parents and children (mean=9.26), siblings (mean=9.12), grandparents and grandchildren (mean=8.54), and uncles/aunts-nieces/nephews (mean=8.18).

Cards between in-laws, however, had a higher card decoration index score (mean=9.27) than all other role relationships except husband-wife and thus serves as the only exception to the general trend. No such trend exists for the age diversity or symmetr y analysis. In general, cards to older recipients had the highest number of displays as indicated by a decoration index mean score of 9.44. However, cards to younger receivers where the most likely to be irregular in shape or size, and cards within the sa me age cohort were the most likely to be name brand (88%). Further, percentage differences between age categories are minimal suggesting that, as with deference, the present investigation was unable to uncover any consistent way in which the symmetry (or lack thereof) of a relationship is linked to demeanor.
Discussion

The results of the present research indicate that “a sentiment of regard”, as one measure of an Actor’s deference toward Other, varies between relational status and age diversity although with few consistent and clear patterns. Positive sentiments are most often expressed within the context of three role relationships, in rank order: 1) grandparent-grandchild, 2) husband-wife, and 3) parent-child. Further, the age diversity analysis suggest that, although there are indicator differences, the direction of sentiment expressed is most often from younger sender to older receiver i.e., from grandchild to grandparent and from child to parent. This finding supports what Goffman calls a common sense understanding of deference — it is “something a subordi nate owes to…[a] superordinate” (1967: 59) i.e., it occurs more often in asymmetrical relationships.

Alternatively, demeanor, or the presentation of self to Other as measured by card decoration, is generally linked to the intimacy of the Actor-Other relationship: the closer the role occupants, the more favorable the demeanor or presentation of self. T his finding is consistent with gift giving research results which report that gift exchange occurs more frequently between friends or family members, and that the nature of the gift differs as proximity increases (Komter 1996; Komter and Vollebergh 1997).

How are we to interpret the rather ambiguous findings? It is important to remember that card sending, in general, is part of what Di Leonardo (1987, p. 443) calls “kin work”, a gender based phenomena in which women bear the responsibility for:

…the conception, maintenance, and ritual celebration of cross-household ties, including visits, letters, telephone calls, presents, and cards to kin; the organization of holiday gatherings; the creation and maintenance of quasi-kin relations ; [and] decisions to neglect or to intensify particular ties…it is kinship ties across households, as much as women’s work within them, that fulfill our cultural expectations of satisfying family life.

De Leonardo’s argument is strengthened by research results which indicate that women express positive sentiments more often than men (cf. Cancian 1985), are disproportionately represented in the card purchasing and sending population (Audits and Survey s, Inc. 1996; Brown 1995) and, therefore, are more often used in consumer testing of cards (Rhodes 1971; “The Hallmark Story” 1996). Further, considerable evidence exists that women buy cards for others to send — most notably for husband and childre n (Greene and Polivka 1985; Kansas City Star 1996), and are more likely to send birthday cards than men, 17 cards a year on the average (Brown 1995).

Hochschild’s analysis of “emotion work” is also relevant for she argues that women not only do more emotion work but do “extra emotion work — especially work that affirms, enhances, and celebrates the well-being and status of others” (Hoch schild 1983: 165). Consistent with De Leonardo’s (1987) and Hochschild’s (1983) theoretical insights, gift giving, in general, has been found to be “women’s work” from selection and purchase, to wrapping and presentation (Cheal 1988; Caplow 1982; 1984; Mi ller 1993; Komter 1996; Komter and Volleberge 1997).

The sentiment recorded in the present investigation as one measure of deference is likely to be a woman’s definition of the appropriateness of expressing certain sentiments to various role occupants or, minimally, her definition of what she beli eves others believe to be the ideal. The card quality or decoration she selects also varies directly with the demeanor she believes should be conveyed of herself or of the sender for which she is buying the card. The closer the relationship, the more positive the image conveyed — this act of ceremonial idiom conveying a presentation of self as a valued role occupant — a good son, a fine daughter, or a loving husband. At the center of ceremony, at least in terms of the communicati on of deference and demeanor through birthday cards, is a women — her choices limited by card availability and card availability determined by the choices she makes in consumer testing trials.

The greeting card industry, however, is changing. Hallmark and American Greeting, now in the business of communication, have opened “social expression stores” on the Internet, video and audio “do-it-yourself” greeting cards are available on manufacture rs’ homepages, “build-a-card” computer machines frequent discount stores, and Microsoft and Hallmark offer “personal expression” software. These changes may alter the expression of deference and demeanor between sender and receiver as sender, rather than manufacturer or marketing research, determines card sentiment. Additionally, the differential access to and availability of “cybercards” may impact the demographics of the card sending and receiving populations.

In addition to new card technologies, there has also been a significant increase in the sale of non-occasion or “anyday cards” with unit sales increasing at an estimated rate of 10% a year compared to a growth rate of 3% per year for all cards (Wandycz 1991; “The Hallmark Story” 1996). Traditionally, cards are sent to mark special occasions many of which are socially constructed as store displays and industry commercials dictate appropriate card-sending events — Father’s Day, Sweetest Day, Secret ary’s Day, Nurses’ Day, and the like.

In part, the increased popularity of “anyday cards” speaks to the industries success at socially constructing non-traditional card sending occasions — the need for an apology — the expression of anger — even the inability to express s entiments becomes worthy of a ceremonial token or “sign vehicle”. Congratulations cards aren’t just for wedding announcements, babies, and promotions. One Hallmark card in their “Just How I Feel” line states, “I’m really proud of you! Not only did you hav e the courage to admit you needed help, but you’ve worked hard to put your life back in order and keep it that way.”

Finally, the increase in non-occasion cards may also reflect that today “… people prefer cards that are honest and immediate in their sentiments. This is a major shift from the formal and oblique messages in cards of earlier years” (Heubusch 1997: 32 ). Anyday cards thus provide the researcher with an unobtrusive and welcomed measure of emotional culture as senders present themselves, as well as their regard for Other, in a variety of newly defined card sending events as evidenced by Hallmarks “Just H ow I Feel” line. It is through these cards that senders express a wider range of socially significant emotions — including the elements of deference and demeanor.

References

Andrus, David M., Edward Silver and E. Dallas Johnson. 1996.”Status Brand Management and Gift Purchase: A Discriminant Analysis.” Journal of Consumer Marketing 3 (1): 5-9.

American Greetings Corporation (AGC). 1996. “Corporate Profile.” http://www.amgreetings.com.

Audits and Surveys, Inc. 1996. “What a Card.” Psychology Today. January. p. 18.

Brown, Camala. 1995. “Cakes, Cards and Candles. American Demographics(March).

Cancion, F.M. 1985. “Gender Politics: Love and Power in the Public and Public and Private Sphere. Pp. 253-264 in Gender and the Life Course Alice Rossi (ed). New York: Aldine.

Clark, Candace. 1989. “Studying Sympathy: Methodological Confessions”. Pp. 137-152 in Sociology of Emotions: Original Essays and Research Papers. David Frans and E. Doyle McCarthy (eds.). Greenwich, Conn: JAI Press.

Company News, 1996. “Demand Grows for Ethnic Valentines.” Press Release. http://www.prnewswire.com.

Caplow, Theodore. 1982. Christmas Gifts and Kin Networks. American Sociological Review 47: 383-92.

Caplow, Theodore. 1984. Middletown. American Journal of Sociology 89: 1306-23.

Cheal, D. 1988. The Gift Economy. London: Routledge.

Denzin, Norman. (1970). Rules of Conduct and the Study of Deviant Behavior: Some Notes on Social Relationships. Pp. 120-159 in J. Douglas (ed.) Deviance and Respectability: The Social Construction of Moral Meaning. New York: Basic Books.

Di Leonardo, M. 1987.”The Female World of Cards and Holidays: Women, Families, and the Work of Kinship.” Signs 12: 440-453.

Emerson, Ralph Waldo. 1936. “Gifts” in Emerson’s Essays. Philadelphia: Spencer Press.

Finn, P. 1980. “Attitudes toward Drinking Conveyed in Studio Greeting Cards.” American Journal of Public Health 70: 826-829.

Furnham, Adrian. 1991. “Send as You Would be Sent To.” New Scientist December (21-28): 60-61.

Gerhards, Jurgen. 1986. “Georg Simmel’s Contribution to a Theory of Emotions. ” Social Science Information 25 (4): 901-924.

Goffman, Erving. 1967 Interactional Ritual. Chicago: Aldine.

Goffman, Erving. 1979. Gender Advertisements. New York: Harper and Row.

Goffman, Erving. 1959. The Presentation of Self in Everyday Life. Garden City, N.Y.: Doubleday.

Gordon, Steven L. 1989. “Institutional and Compulsive Orientations in Selectively Appropriating Emotions to Self.” Pp. 115-135 in Sociology of Emotions: Original Essays and Research Papers. David Frans and E. Doyle McCarthy (eds.). Greenwich, Conn: JAI Press.

Greene, R. and J. Polivka. 1985. “The Meaning of Grandparents’ Day Cards: An Analysis of the Intergenerational Network.” Family Relations 34: 221-225.

Hallmark, Story The. 1996. “Hallmark History is the Story of Birth of an Industry.” http://www.hallmark.com/ourcompany_bin/corporate/hisbirth.asp.

Heubusch, Kevin. 1997. “Cards for Life’s Bummers.” American Demographics 19 (10): 32.

Hochschild, Arlie R. 1983. The Managed Heart. Berkeley: University of California Press.

Jackson, Stevi. 1993. “Even Sociologists Fall in Love: An Exploration of the Sociology of Emotions.” Sociology 27(2): 201-217.

Kansas City Star, 1996. “Hallmark, Microsoft Team up to Create “Social Expression Products”. Nando.net.

Komter, Aafke Elisabeth. 1996. “Reciprocity as a Principle of Exclusion: Gift-Giving in the Netherlands.” Sociology 30: 299-319.

Komter, Aafke Elisabeth and Wilma Vollebergh. 1997. “Gift Giving and the Emotional Significance to Family and Friends.” Journal of Marriage and Family 59 (3): 747-311.

Levi-Strauss, Claude. 1965. “The Principle of Reciprocity” in Lewis Coser and Bernard Rosenberg (eds.) Sociological Theory. New York: Macmillian.

Malinowski, B. 1922. Argonauts of the Western Pacific. London: Routledge.

Mauss, Marcel. 1989 [1923]. The Gift: The Form and Reason for Exchange in Archaic Societies. London: Routledge.

Michener, H.A., J. DeLamamater and S. Schwartz. 1991. Social Psychology. San Diego: Harcourt.

Miller, Daniel. 1993. Unwrapping Christmas. Oxford: Clarendon Press.

Rhodes,R. 1971. “Packaged Sentiment.” Harpers Magazine(December): 61-66.

Sinha, Anjana Miatra. 1995. “Greetings with Cards.” The Hindu. http//: www.webpage.com/hindu/index.

Sahlins, M. 1972. Stone age Economics. London: Tavistock.

Schwartz, Barry. 1967. “The Social Psychology of the Gift.” American Journal of Sociology 73: 1-11.

Wandycz, K. 1991. “Love Means Never Having to Say Anything.” Forbes. April. Pp. 88-89.

Woodyard, Chris. 1997. “Father’s Day Cards Evolve with Times.” USA Today June 12.

Wright, Susan E. 1986. Social Science Statistics. Newton, MA: Allyn and Bacon, Inc.

Voir enfin:

The Business of Valentine’s Day

Cleveland, Ohio (Winter 2007/2008) – Consumers are once again expected to show a lot of love this Valentine’s Day. According to the National Retail Federation, total spending this year is estimated to top $16.90 billion, with the average consumer spending nearly $120 on the holiday.

This year, as has been the recent trend, it won’t be romantic spending alone that makes the holiday so profitable for retailers. While the average consumer will focus a bulk of their spending on a romantic partner, family, friends, children’s classmates and teachers and co-workers will also account for some of the heartfelt gifting.

Here are some additional bits of information that the trend experts at American Greetings have uncovered this season:

* A guy thing: Men will once again be the top spenders this Valentine’s Day. The average male is expected to spend more than $156 on the holiday. Women won’t just be receiving however. The average female consumer will spend more than $85 as well.

* Love through the years: The top shoppers this season will be the key 25-34 year old demographic, who are expected to spend nearly $164 on average this Valentine’s Day. Not to be outdone, those 18-24 have increased their participation in the holiday over the past few years, spending more than $143 on Valentine’s Day related purchases. Once the most prolific shoppers in the category, the 45-54 year-old set still knows how to celebrate, spending nearly $108 each on the holiday.

* Tokens of affection: No matter the recipient, greeting cards are still the most popular way to say Happy Valentine’s Day. Among all consumers, greeting cards are the top gift (62.8 percent) with candy (48.4 percent), and flowers (36.7 percent) just behind. Approximately 190 million Valentine’s Day cards will be exchanged this year, not including classroom valentines, according to the Greeting Card Association.

* eValentines: One easy way to spread the love to a wider network of valentines is through the variety of e-cards available for the holiday. AmericanGreetings.com estimates than nearly 10 million e-cards will be sent this Valentine’s Day, with as many as 500,000 sent per hour during peak times via the American Greetings family of Web sites.

* Surprise in the card aisles: This Valentine’s Day, consumers have asked for more variety both in the cards for that special someone and other loved ones, as well as more options for the other special people in their lives.

To meet this need, American Greetings has a new line of valentines perfect for any relationship. One popular offering this year is a new program of 3 for $3 cards that have the shape and size of childhood valentines with fun designs and copy that are perfect for anyone. Other popular themes include non-traditional romantic designs, anti-Valentine’s Day greetings and cards for any stage of relationship, including options for those “just flirting” or newly dating.

Surprising art and copy highlight the non-traditional offerings available this season to meet consumer demand. Many couples have taken to exchanging a fun, offbeat greeting in addition to a more earnest heartfelt card.

* Hearts and flowers: These two icons are at the forefront of anyone’s mind when thinking about the holiday, and with good reason. According to the Society of American Florists, this year more than 189 million roses will be produced for Valentine’s Day. Not to be outdone, the National Confectioners Association notes that this season nearly eight billion conversation hearts will be produced, and more than 36 million heart-shaped boxes of chocolate are expected to be sold.

* Not all hugs and kisses: With more people waiting until later in life to marry, Valentine’s Day has become a day for singles to celebrate as well. While romantic get-togethers are a given, popular restaurants and clubs have seen an increase in business thanks to “singles nights” that take place on the most romantic day of the year as well. Small inexpensive items like gift cards are increasingly popular gifts for the holiday as people reach out to celebrate and show their appreciation for family, friends and colleagues on February 14 th.


Présidence Obama: La Confusion des genres (We live in an age of ideologically transgendered leaders)

12 octobre, 2009
Obama Nobelgender confusionUne personne multi-genre, dont le genre d’assignation est masculin, mais vivant socialement de manière équilibrée entre plusieurs genres, peut-elle être qualifiée d’hétérosexuelle si elle est exclusivement attirée par les femmes? Wikipedia
Ceci révèle parfaitement l’illusion qu’est Barack Obama. Avec ce prix, les élites mondiales poussent Obama, l’homme de paix, à ne pas envoyer plus de troupes en Afghanistan, à ne pas s’en prendre à l’Iran et son programme nucléaire et en somme à continuer à émasculer les Etats-Unis. Ce qu’ils aiment par dessus tout, c’est des Etats-Unis affaiblis et castrés et c’est leur manière de promouvoir ce concept. Rush Limbaugh

En ces temps étranges où un prix Nobel récompense un homme juste pour ses belles paroles ou le fait qu’il ne soit pas George Bush …

Et où le choix, pour les prochains JO, de la principale ville d’un pays émergent et 10e PIB mondial contre la ville natale de Capone, Daley et Qui-vous-savez est présenté comme la faute à George Bush

Alors qu’en dépit des pires dénonciations y compris de la part de son actuel président, le pays dudit Bush pendant 8 des 9 dernières années continue justement à truster tant les récompenses que les innovations dans les domaines qui comptent le plus pour une économie (10 Nobels sur 11 possibles cette année entre physique, chimie, médecine et économie) …

Et que comme vient de le confirmer après la Justice britannique le tout récent film de l’ancien journaliste du Financial Times ( “Not Evil, Just Wrong”, Phelim McAleer – merci Sylvain), les thèses du prédécesseur d’Obama pour le Nobel de la paix d’il y a deux ans (opposant américain lui aussi par hasard à Bush comme le Dhimmi Carter de 2002) ne valent guère plus que la célèbre réputation de bonimenteur de leur auteur …

Retour, avec la critique du dernier film de Michael Moore par l’éditorialiste du WSJ Daniel Henninger, sur ces non-leaders en mal d’identité idéologique qui nous servent de dirigeants et dont le premier président américain postracial et multiculturel est l’incarnation la plus parfaite …

Extraits:

Nous vivons dans un âge de leaders idéologiquement travestis. Le Français Nicolas Sarkozy ridiculise le rêve de désarmement” de M. Obama’ un jour et le lendemain appelle à la redéfinition du PIB en termes de bonheur. L’Allemande Angela Merkel fait un petit pas à droite ou un petit pas à gauche selon l’humeur du moment. Le Britannique Gordon Brown est sur le point de disparaître parmi un brouillard idéologique, pour être remplacé par le Conservateur brumeux David Cameron. Les Conservateurs américains ne peuvent citer un seul responsable politique à qui ils confieraient leurs idées.

Si M. Moore et sa galerie de victimes pleurantes y regardaient à deux fois, ils verraient que leur problème n’est pas le capitalisme mais la politique. Une fois élus, pratiquement tous les politiciens aux États-Unis ou en Europe occidentale joignent le Parti Pas beaucoup de grand chose, et cela inclut Barack Obama ou l’inclura bientôt.

Aux États-Unis, les politiques définissent le capitalisme comme le système dont l’activité économique est suffisante pour produire des contributions électorales. Mais cela assure la stagnation de revenu pour les masses de M. Moore.

Le problème le plus immédiat pour les États-Unis n’est pas que nous ayons trop de capitalisme, mais que nous n’en ayons pas assez.

Le rejet de Chicago par le Comité olympique a été perçu ici comme une histoire d’Obama de plus. Le véritable et moins gratifiant message est que du point de vue des membres du comité qui connaissent le monde, Chicago est un has-been. Rio est l’avenir.

La différence importante entre le “socialiste” Barack Obama et les Républicains est qu’il se contenterait d’une croissance annuelle de 2% (faut bien payer les rêveries vertes) et qu’eux pourraient obtenir 3%. Dans le monde de la Chine, de l’Inde et du Brésil qui croissent entre entre 5% et 9% annuels, il nous faut davantage. Pour moi, un futur président qui remettrait les États-Unis dans la course avec ces cracks-là pourrait même s’appeler communiste si ça lui fait plaisir.

Michael Moore’s ‘Socialist’ President
The most immediate problem facing the U.S. is not that we have too much capitalism, but that we don’t have enough of it.
Daniel Henninger
The Wall Street Journal
October 9, 2009

Barack Obama has an identity problem. When this column has suggested that Barack Obama is not a standard-brand socialist, some readers have attached nuclear warheads to their emails, which scream of course Obama is a socialist (you idiot).

The White House itself appears to be getting some of this same email, judging from Mr. Obama’s plaintive defense when insisting to George Stephanopoulos that his health-care tax isn’t a tax: “My critics say everything is a tax increase. My critics say that I’m taking over every sector of the economy.” Which if true, would be socialism.

Daniel Henninger discusses Michael Moore’s new film “Capitalism: A Love Story” and President Obama’s ideological confusion.

With friends like Michael Moore, Barack Obama doesn’t need imaginary enemies. Michael Moore’s “Capitalism: A Love Story” has opened and is doing poorly at the box office. Feeling sorry for the old Catholic socialist, I spent 12 after-tax dollars to see it.

Don’t expect “Capitalism” to make the White House theater.

The movie is largely a paean to plaintiffs lawyers and unions, who alas depend on evil capitalism for their incomes. Still, it’s been noted that “Capitalism” slams Democratic Sen. Chris Dodd for being one of the unseemliest friends of Angelo Mozilo, the former CEO of Countrywide Financial, the famous subprime toxic waste site.

In fact, Mr. Moore holds up to ridicule a Who’s Who of notable Democrats for selling out to the bankers: Tim Geithner, Larry Summers and Robert Rubin. At this point in Mr. Moore’s narrative, all hope is lost, sinking beneath satanic capitalism.

But something happened, the movie says, that no one saw coming. “Change is what’s happening.” We are introduced to the presidential candidacy of Barack Obama (whose post-election supervisory link to the unseemly Geithner and Summers goes unremarked).

Of all the issues raised in the two-year campaign, Mr. Moore picks one, the famous charge that will not die: “Obama is a socialist.”

Unlike the president, Mr. Moore doesn’t duck. “The more they called Obama a socialist,” he says, “the more he rose in the polls.”

Michael Moore is a progressive saint. If he believes Barack Obama is a socialist camouflaged inside a Brioni suit, so must many of his fellow progressives.

This matters because the president’s confused ideological identity has become an impediment to passing his agenda.

He says his health-care bill is not a Trojan horse for a Canadian-style single-payer system, but then feels forced to appear on five Sunday talk shows to prove otherwise; or he plants white-coated docs like plastic flamingos on the White House lawn.

On the first September anniversary of the end of Wall Street as we know it, Mr. Obama stood in the Federal Hall on Wall Street to say, “I’ve always been a strong believer in the power of the free market.” Only a therapist could explain why some people say, “I’ve always been . . .”

We live in an age of ideologically transgendered leaders. France’s Nicolas Sarkozy ridicules Mr. Obama’s “dream of disarmament” one day and the next calls for redefining GDP in terms of happiness. Germany’s Angela Merkel hops a little bit right or a little bit left as the moment requires. The U.K.’s Gordon Brown is about to disappear amid an ideological fog, to be replaced by the foggy Tory David Cameron. American conservatives can’t name one politician they would trust with their ideas.

Michael Moore’s “Capitalism,” however awful, should not be passed off as irrelevant. Beyond the agitprop lie individuals screaming at political and economic institutions that are manifestly bogged down.

Congress’s approval rating is dead in the water at 22%. California is being described as America’s first failed state. Voters in New Jersey, which may already be a failed state, must choose soon between the ineffectual Democratic Gov. Jon Corzine and his hapless GOP opponent Chris Christie.

If Mr. Moore and his gallery of weeping victims took a closer look, they’d see their problem is not capitalism but politics. Once elected, virtually all politicians in the U.S. or Western Europe join the Not Much of Anything Party, and that includes Barack Obama, or soon will.

In the U.S., both Republican and Democratic pols define capitalism as a system with economic activity sufficient to produce campaign contributions. But that ensures income stagnation for Mr. Moore’s masses.

The most immediate problem facing the U.S. is not that we have too much capitalism, but that we don’t have enough of it.

In a recent visit to the Journal’s offices, New Zealand Prime Minister John Key suggested Americans and Europeans don’t quite comprehend the enormous “wealth” rising in Asia. Add to that Brazil. This isn’t just fat cats but the wealth of billions rising on commerce—on crude, potent capitalism.

The Olympic Committee’s rejection of Chicago played here as yet another Obama story. The real, less entertaining message is that from where the well-traveled committee members sit, Chicago is a has-been. Rio is the future.

The important difference between the “socialist” Barack Obama and the Republicans is he’d settle for 2% annual growth (gotta pay for the green dreams) and they might get 3%. In a world of China, India and Brazil, growing at rates between 5% and 9%, we need more. A future president who puts the U.S. back in the race with these fast runners could call himself a communist for all I care.

Write to henninger@wsj.com

About Daniel Henninger

Daniel Henninger is deputy editor of The Wall Street Journal’s editorial page. Mr. Henninger joined Dow Jones in 1971 as a staff writer for the National Observer. He became an editorial-page writer for the Journal in 1977, arts editor in 1978 and editorial features editor in 1980. He was appointed assistant editor of the editorial page in 1983 and chief editorial writer and senior assistant editor in October 1986, with daily responsibility for the “Review & Outlook” columns. In November 1989 he became deputy editor of the editorial page.

Mr. Henninger was a finalist for a Pulitzer Prize in editorial writing in 1987 and 1996, and shared in the Journal’s Pulitzer Prize in 2002 for the paper’s coverage of the attacks on September 11. In 2004, he won the Eric Breindel Journalism Award for his “Wonder Land” column. He won the Gerald Loeb Award for commentary in 1985. In 1998 he received the Scripps Howard Foundation’s Walker Stone Award for editorial writing, for editorials on a range of issues, including the International Monetary Fund, presidential politics and cloning. He won the 1995 American Society of Newspaper Editors’ Distinguished Writing Award for editorial writing, and he was a finalist in that award in 1985, 1986 and 1993. A native of Cleveland, Mr. Henninger graduated from Georgetown University with a bachelor’s degree from the School of Foreign Service

Voir aussi:

10 Surprising Facts about American Health Care
NScott Atlas
National Center for Policy Analysis (NCPA)
March 24, 2009

Medical care in the United States is derided as miserable compared to health care systems in the rest of the developed world. Economists, government officials, insurers and academics alike are beating the drum for a far larger government rôle in health care. Much of the public assumes their arguments are sound because the calls for change are so ubiquitous and the topic so complex. However, before turning to government as the solution, some unheralded facts about America’s health care system should be considered.

Fact No. 1: Americans have better survival rates than Europeans for common cancers.[1] Breast cancer mortality is 52 percent higher in Germany than in the United States, and 88 percent higher in the United Kingdom. Prostate cancer mortality is 604 percent higher in the U.K. and 457 percent higher in Norway. The mortality rate for colorectal cancer among British men and women is about 40 percent higher.

Fact No. 2: Americans have lower cancer mortality rates than Canadians.[2] Breast cancer mortality is 9 percent higher, prostate cancer is 184 percent higher and colon cancer mortality among men is about 10 percent higher than in the United States.

Fact No. 3: Americans have better access to treatment for chronic diseases than patients in other developed countries.[3] Some 56 percent of Americans who could benefit are taking statins, which reduce cholesterol and protect against heart disease. By comparison, of those patients who could benefit from these drugs, only 36 percent of the Dutch, 29 percent of the Swiss, 26 percent of Germans, 23 percent of Britons and 17 percent of Italians receive them.

Fact No. 4: Americans have better access to preventive cancer screening than Canadians.[4] Take the proportion of the appropriate-age population groups who have received recommended tests for breast, cervical, prostate and colon cancer:

* Nine of 10 middle-aged American women (89 percent) have had a mammogram, compared to less than three-fourths of Canadians (72 percent).
* Nearly all American women (96 percent) have had a pap smear, compared to less than 90 percent of Canadians.
* More than half of American men (54 percent) have had a PSA test, compared to less than 1 in 6 Canadians (16 percent).
* Nearly one-third of Americans (30 percent) have had a colonoscopy, compared with less than 1 in 20 Canadians (5 percent).

Fact No. 5: Lower income Americans are in better health than comparable Canadians. Twice as many American seniors with below-median incomes self-report “excellent” health compared to Canadian seniors (11.7 percent versus 5.8 percent). Conversely, white Canadian young adults with below-median incomes are 20 percent more likely than lower income Americans to describe their health as “fair or poor.”[5]

Fact No. 6: Americans spend less time waiting for care than patients in Canada and the U.K. Canadian and British patients wait about twice as long – sometimes more than a year – to see a specialist, to have elective surgery like hip replacements or to get radiation treatment for cancer.[6] All told, 827,429 people are waiting for some type of procedure in Canada.[7] In England, nearly 1.8 million people are waiting for a hospital admission or outpatient treatment.[8]

Fact No. 7: People in countries with more government control of health care are highly dissatisfied and believe reform is needed. More than 70 percent of German, Canadian, Australian, New Zealand and British adults say their health system needs either “fundamental change” or “complete rebuilding.”[9]

Fact No. 8: Americans are more satisfied with the care they receive than Canadians. When asked about their own health care instead of the “health care system,” more than half of Americans (51.3 percent) are very satisfied with their health care services, compared to only 41.5 percent of Canadians; a lower proportion of Americans are dissatisfied (6.8 percent) than Canadians (8.5 percent).[10]

Fact No. 9: Americans have much better access to important new technologies like medical imaging than patients in Canada or the U.K. Maligned as a waste by economists and policymakers naïve to actual medical practice, an overwhelming majority of leading American physicians identified computerized tomography (CT) and magnetic resonance imaging (MRI) as the most important medical innovations for improving patient care during the previous decade.[11] [See the table.] The United States has 34 CT scanners per million Americans, compared to 12 in Canada and eight in Britain. The United States has nearly 27 MRI machines per million compared to about 6 per million in Canada and Britain.[12]

Fact No. 10: Americans are responsible for the vast majority of all health care innovations.[13] The top five U.S. hospitals conduct more clinical trials than all the hospitals in any other single developed country.[14] Since the mid-1970s, the Nobel Prize in medicine or physiology has gone to American residents more often than recipients from all other countries combined.[15] In only five of the past 34 years did a scientist living in America not win or share in the prize. Most important recent medical innovations were developed in the United States.[16] [See the table.]

Conclusion. Despite serious challenges, such as escalating costs and the uninsured, the U.S. health care system compares favorably to those in other developed countries.

Scott W. Atlas, M.D., is a senior fellow at the Hoover Institution and a professor at the Stanford University Medical Center. A version of this article appeared previously in the February 18, 2009, Washington Times.

[1] Concord Working Group, “Cancer survival in five continents: a worldwide population-based study,.S. abe at responsible for theountries, in s chnologies, ” Lancet Oncology, Vol. 9, No. 8, August 2008, pages 730 – 756; Arduino Verdecchia et al., “Recent Cancer Survival in Europe: A 2000-02 Period Analysis of EUROCARE-4 Data,” Lancet Oncology, Vol. 8, No. 9, September 2007, pages 784 – 796.

[2] U.S. Cancer Statistics, National Program of Cancer Registries, U.S. Centers for Disease Control; Canadian Cancer Society/National Cancer Institute of Canada; also see June O’Neill and Dave M. O’Neill, “Health Status, Health Care and Inequality: Canada vs. the U.S.,” National Bureau of Economic Research, Working Paper No. 13429, September 2007. Available at http://www.nber.org/papers/w13429.

[3] Oliver Schoffski (University of Erlangen-Nuremberg), “Diffusion of Medicines in Europe,” European Federation of Pharmaceutical Industries and Associations, 2002. Available at http://www.amchampc.org/showFile.asp?FID=126. See also Michael Tanner, “The Grass is Not Always Greener: A Look at National Health Care Systems around the World,” Cato Institute, Policy Analysis No. 613, March 18, 2008. Available at http://www.cato.org/pub_display.php?pub_id=9272.

[4] June O’Neill and Dave M. O’Neill, “Health Status, Health Care and Inequality: Canada vs. the U.S.”

[5] Ibid.

[6] Nadeem Esmail, Michael A. Walker with Margaret Bank, “Waiting Your Turn, (17th edition) Hospital Waiting Lists In Canada,” Fraser Institute, Critical Issues Bulletin 2007, Studies in Health Care Policy, August 2008; Nadeem Esmail and Dominika Wrona “Medical Technology in Canada,” Fraser Institute, August 21, 2008 ; Sharon Willcox et al., “Measuring and Reducing Waiting Times: A Cross-National Comparison Of Strategies,” Health Affairs, Vol. 26, No. 4, July/August 2007, pages 1,078-87; June O’Neill and Dave M. O’Neill, “Health Status, Health Care and Inequality: Canada vs. the U.S.”; M.V. Williams et al., “Radiotherapy Dose Fractionation, Access and Waiting Times in the Countries of the U.K.. in 2005,” Royal College of Radiologists, Clinical Oncology, Vol. 19, No. 5, June 2007, pages 273-286.

[7] Nadeem Esmail and Michael A. Walker with Margaret Bank, “Waiting Your Turn 17th Edition: Hospital Waiting Lists In Canada 2007.”

[8] “Hospital Waiting Times and List Statistics,” Department of Health, England. Available at http://www.dh.gov.uk/en/Publicationsandstatistics/Statistics/Performancedataandstatistics/HospitalWaitingTimesandListStatistics/index.htm?IdcService=GET_FILE&dID=186979&Rendition=Web.

[9] Cathy Schoen et al., “Toward Higher-Performance Health Systems: Adults’ Health Care Experiences In Seven Countries, 2007,” Health Affairs, Web Exclusive, Vol. 26, No. 6, October 31, 2007, pages w717-w734. Available at http://content.healthaffairs.org/cgi/reprint/26/6/w717.

[10] June O’Neill and Dave M. O’Neill, “Health Status, Health Care and Inequality: Canada vs. the U.S.”

[11] Victor R. Fuchs and Harold C. Sox Jr., “Physicians’ Views of the Relative Importance of 30 Medical Innovations,” Health Affairs, Vol. 20, No. 5, September /October 2001, pages 30-42. Available at http://content.healthaffairs.org/cgi/reprint/20/5/30.pdf.

[12] OECD Health Data 2008, Organization for Economic Cooperation and Development. Available at http://www.oecd.org/document/30/0,3343,en_2649_34631_12968734_1_1_1_37407,00.html.

[13] “The U.S. Health Care System as an Engine of Innovation,” Economic Report of the President (Washington, D.C.: Government Printing Office, 2004), 108th Congress, 2nd Session H. Doc. 108-145, February 2004, Chapter 10, pages 190-193, available at http://www.gpoaccess.gov/usbudget/fy05/pdf/2004_erp.pdf; Tyler Cowen, New York Times, Oct. 5, 2006; Tom Coburn, Joseph Antos and Grace-Marie Turner, “Competition: A Prescription for Health Care Transformation,” Heritage Foundation, Lecture No. 1030, April 2007; Thomas Boehm, “How can we explain the American dominance in biomedical research and development?” Journal of Medical Marketing, Vol. 5, No. 2, 2005, pages 158-66, U.S. Department of Health and Human Services, July 2002. Available at http://fraser.stlouisfed.org/publications/erp/page/8649/download/47455/8649_ERP.pdf .

[14] Nicholas D. Kristof, “Franklin Delano Obama,” New York Times, February 28, 2009. Available at http://www.nytimes.com/2009/03/01/opinion/01Kristof.html.

[15] The Nobel Prize Internet Archive. Available at http://almaz.com/nobel/medicine/medicine.html.

[16] “The U.S. Health Care System as an Engine of Innovation,” 2004 Economic Report of the President.

Voir enfin:

Al Gore’s First (and Probably Last) Q&A
A Nobel Prize winner takes a few questions.
John Fund
The Wall Street Journal
October 12, 2009

Before President Obama won his Nobel Peace Prize, the real signal that the Norwegian Nobel committee had become politicized was its 2007 prize to Al Gore, largely for his global warming film “An Inconvenient Truth.”

For a public figure, Mr. Gore has been strangely reluctant to answer questions or debate the more controversial parts of his work. But over the weekend, he deigned to take a few questions during a meeting of the Society of Environmental Journalists in Madison, Wisconsin.

Irish documentary filmmaker Phelim McAleer was in the line. A former Financial Times journalist, his new film, “Not Evil, Just Wrong,” is a direct refutation of Mr. Gore’s thesis and warns that rushing to judgment in combating climate change would threaten the world’s poor. When his turn came, Mr. McAleer asked Mr. Gore about a court case in Britain in which a parent had objected to “An Inconvenient Truth” being shown to British schoolchildren because it was largely propaganda, not science.

Mr. Gore swatted away the question by claiming the judge had found in favor of his film. He also briefly addressed one of the objections to his film by scoffing at claims that polar bears weren’t an endangered species. Mr. McAleer tried to follow up by pointing out that polar bear populations were increasing, but his microphone was quickly cut off. Organizers insisted that several other people were waiting with questions and they had to move on.

In fact, Mr. Gore didn’t answer Mr. McAleer’s question and was wrong on the facts. The British court found that An Inconvenient Truth “is a political film” riddled with scientific errors. The judge also held that requiring the film to be shown in schools would be a violation of law, unless accompanied by “guidance” pointing out its errors. The judge concluded that the claimant who objected to the film “substantially won this case by virtue of my finding that, but for the new guidance note, the film would have been distributed in breach of sections 406 and 407 of the 1996 Education Act.”

As for polar bears, Mr. McAleer was correct: Surveys show their numbers are increasing.

Mr. McAleer, whose film premiers this weekend, says he’s more disappointed in the environmental journalists who give Mr. Gore cover than in the former vice president. Mr. Gore is simply doing what any propagandist with a weak case would do — avoiding serious debate or exchange. To quote the late William F. Buckley, “There is a reason that baloney rejects the grinder.”


Culture: Pour ses 30 ans en France, McDonald’s s’offre Le Louvre (Starbucks was bad enough)

10 octobre, 2009
Starbucked Mona LisaMcMona lisa La ‘désacralisation’ du temple muséal attire, du reste, comme une nuée de mouches, les célèbres marchands dudit temple: que penser, par exemple, de l’éviction de la librairie-carterie RMN, exilée en un lieu moins stratégique de la galerie, par un Starbucks Coffee avec alibi de « café littéraire »? À quand l’installation d’un McDonald’s? Communiqué CFDT (2007)
Un McDo au Louvre: le monde s’insurge, la France reste muette? Le Post
Henri Loyrette, président du musée du Louvre, soucieux, lui, de l’image du plus beau musée du monde jusqu’à Abu Dhabi, n’avait qu’un mot à dire pour empêcher que des effluves de frites flottent jusque sous le nez de la Joconde. Il en a décidé autrement. Bernard Hasquenoph (Louvre pour tous, 27.09.2009)
Cette haute galerie en pierre de Bourgogne et en béton blanc – “le lieu unique d’une rencontre réussie entre culture, tourisme, histoire et shopping” clame la publicité – a été ouverte en 1993 et, pour ne pas nuire à l’image du musée, ne devait accueillir à l’origine que des boutiques de luxe ou à vocation culturelle.
Les marchands et les commentateurs n’ont pas à occuper avec tant d’insistance les abords du temple… on n’éveille pas la curiosité pour l’art à travers les cafétérias et une sous-culture de pacotille… Le Louvre est un palais ; on n’a pas à le faire précéder d’un mélange de drugstore et d’aéroport. Bruno Foucart (historien)
On notera que ceux qui faisaient la queue dans la galerie commerciale pour avoir accès au musée, plutôt que se précipiter dans les boutiques, n’avaient en tête que de voir les trésors exposés, choisissant d’emblée le temple plutôt que ses marchands. Virgin, par exemple, connut une fréquentation très moyenne. Sain réflexe de cette multitude curieuse de tout qui comptait bien s’en jeter plein les mirettes”. L’HUMANITÉ (jour de l’ouverture gratuite au public de la nouvelle aile Richelieu du Louvre, novembre 1993)

A l’heure où, grâce à nos amis progressistes norvégiens, il faut bien se frotter les yeux quand on lit sa presse du matin (non, vous n’êtes pas en 1938 ou sur le site satirique Onion) …

Même si la satisfaction reste grande d’avoir échappé au retour du cirque Bétancourt ou, pour les tyrans de la planète, à tous ces dissidents chinois qui attendront bien gentiment leur tour …

Nouvel exemple de cette pathétique incapacité de nos élites culturelles à la Polanski ou Mitterrand et de Hollywood à la Rive gauche à accepter la loi commune …

Avec cette non moins pathétique indignation de nos gardiens du temple devant le manque de réaction dans le 2e marché mondial de la restauration rapide face à l’annonce, en ce 30e anniversaire de l’arrivée de McDonald’s au pays de Bocuse et du Guide Michelin mais aussi après un long purgatoire de 15 ans de Disney au Louvre, de l’installation de leur prochain restaurant dans le saint des saints de la haute culture.

Ainsi ce communiqué de la CFDT, qui, à l’occasion de l’arrivée au Louvre de Starbucks (“le McDo du café“) il y a trois ans, s’inquiétait déjà de la “Disneylandisation” de la culture française et même (dans sa singulière préscience) de l’éventualité de l’arrivée de McDonald’s …

Après Atlanta, Abou Dhabi, et bientôt Shangaï, Saô Paulo…
Non à la “Disneylandisation” de la Culture!
CFDT-Culture
Paris, le 29 janvier 2007

L’ambition culturelle du moment du Ministre/VRP de la Culture, c’est de transformer les grands musées et les monuments historiques en parcs à thèmes. Il faut être lucide : le musée du Louvre est le « number one » de ces parcs à thèmes d’un nouveau genre : entre le parcours Joconde-
Milo-Samothrace, et celui du Da Vinci Code, il n’a rien a envier à son condisciple de Marne la Vallée/Chessy. D’ailleurs tout comme Disneyland Paris (12 millions de visiteurs annuels) le musée du Louvre reste le plus fréquenté du monde. II a accueilli 8,3 millions de visiteurs en 2006, contre 7,5 millions un an auparavant.

On est franchement passé à l’ère de l’industrie touristique culturelle (la CFDT-Culture dénonçait déjà cette dérive en janvier 2005) et il s’agit de satisfaire le client par des « produits » adaptés qui puissent générer des revenus considérables. Quant aux « petits » musées et autres monuments historiques, c’est au prétexte que ces lieux seraient autrement condamnés à disparaître que l’on justifie la politique de « mise en exploitation touristique » actuelle des lieux culturels.

La « touristification » de la culture pourrait passer pour une évolution éminement démocratique et anti-élitiste, permettant au plus grand nombre d’avoir accès au beau et à l’exceptionnel. Mais pourquoi a-t-on l’impression qu’un nivellement par le bas s’opère dans la sphère culturelle ? Parce que le résultat en est une réduction de l’institution culturelle à quelques œuvres emblématiques, iconisées, comme la Joconde, ou même à un unique symbole architectural: la pyramide, voire à ce simple label «Louvre» frauduleusement américanisé: «I LVuvre Atlanta™», comme le proclame sottement un Tshirt promotionnel à la distribution enlisée dans les sables d’une communication calamiteuse. La « désacralisation » du temple muséal attire, du reste, comme une nuée de mouches, les célèbres marchands dudit temple : que penser, par exemple, de l’éviction de la librairie-carterie RMN, exilée en un lieu moins stratégique de la galerie, par un Starbucks Coffee avec alibi de « café littéraire »? À quand l’installation d’un McDonald’s ? Mais le Louvre n’est pas le seul à avoir cette ambition « de la touristique de masse », Beaubourg (à Shangaï ?), Rodin (à Saô Paulo?), Versailles, Orsay, Branly… tous les grands musées sont entrés dans la course et ont les mêmes espoirs…

On est très loin de l’esprit de Malraux, de la richesse et de la diversité des missions primordiales du ministère de la Culture. Pourquoi s’étonner, alors, que l’opposition au projet d’Abou Dhabi rassemble à ce jour plus de 3 000 noms du monde de l’art, conservateurs, historiens d’art ou personnels de musées, français, mais aussi britanniques, russes, américains, brésiliens, etc. ?

Abou Dhabi : combat d’arrière-garde ?

De quoi s’agit-il ? De louer des œuvres sous franchise de la marque « Louvre™ » (pourquoi pas ? voir ci-dessus !), pour une vingtaine d’années, à l’émirat d’Abou Dhabi contre espèces sonnantes et trébuchantes. Un des arguments de l’administration ministérielle est de gagner, à travers cette franchisation et cette location, les moyens financiers de sauvegarde des collections et de fonctionnement des musées français.

Pour l’aspect contractuel entre les deux pays, on peut s’inquiéter du statut encore mal défini de l’antenne d’Abou Dhabi qui pourrait être régie par la loi islamique, comme l’est déjà la collection du prince du Qatar (poursuivi pour fraudes), confisquée parce que considérée comme bien de main morte.

Quant à la sauvegarde des collections, on sait ce qu’il en est de l’Hermitage, dépouillé de l’âme même de ses collections pour assurer les salaires de son personnel… Craignons que ce ruineux « mécénat » d’un nouveau genre ne tende à se substituer au budget de l’État ! Et ajoutons que nos éminents gouvernants et administrateurs, qui prennent ces décisions en catimini, sans la moindre concertation préalable, usurpent d’insupportable manière les prérogatives du peuple souverain détenteur de ce patrimoine, en en faisant commerce.

Il faut vigoureusement protester contre l’introduction du payant là où régnait la collaboration savante et la gratuité. Jusqu’à ce jour, en effet, les échanges entre institutions culturelles reposaient sur une saine entente autour de prêts gratuits — et réciproques — liés à un projet scientifique.

Les projets scientifiques dans le ” Louvre Atlanta ” ou même le ” Louvre Abou Dhabi ” ne vont-ils pas devenir rapidement l’alibi d’opérations purement commerciales ? Quant à nos impécunieux musées (puisqu’ils ont tant besoin de mécènes), craignons qu’ils ne puissent bientôt plus financer d’expositions si, au coût d’assurance et de transport des œuvres, s’ajoute le prix de leur location…

Location derrière laquelle pourraient bientôt se profiler des projets de vente… Qui n’a entendu dire que les réserves des musées regorgent d’oeuvres. Ces œuvres non exposées, à quoi servent-elles ? Ne coûtent-elles pas finalement trop cher en frais de conservation ou de restauration ? Ne sont-ce pas des chefs d’œuvre injustement soustraits à la contemplation du public-contribuable qui y a droit? Ne s’agit-il pas d’oeuvres secondaires dont l’État pourrait bien «faire l’économie»?…

Derrière ces propos contradictoires qui fleurissent en tous médias se manifeste la même méconnaissance de l’histoire de l’art et du rôle de conservation des musées qui, l’une et les autres, ne se limitent pas aux chefs d’œuvres. Ces propos dénotent aussi l’ignorance — feinte peut-être — de l’évolution du goût et, par conséquent, de la cote des œuvres sur le marché.

Faut-il rappeler ici le rachat à prix d’or d’œuvres précédemment ” bradées ” par certains musées de France ? Plus positivement, l’actuelle et très pertinente exposition ” Orangerie, 1934 : les peintres de la réalité ” met en exergue cette évolution en évoquant la redécouverte, qui ne date que de l’Entre-Deux-Guerres, d’un peintre aussi important que Georges de La Tour…

Mais il s’agit « de faire circuler des œuvres et d’entretenir un commerce intellectuel » avec tous les pays, sans exclusive, rétorquent les tenants du projet. Argument imparable ! Outre que les prêts entre musées se pratiquent depuis des décennies dans la plus grande clarté (cohérence intellectuelle du projet d’exposition, sécurité et protection des œuvres transportées, limitation de la durée des prêts), on voit mal ce que ces projets pharaoniques apportent de plus à la circulation des biens culturels ; on voit bien, par contre, les risques qu’ils leur feraient courir.

Pendant ce temps, quelle sera la déception, puis, peut-être, la désertion des touristes et des visiteurs du Louvre fatigués de contempler des cimaises mitées de petits cartons expliquant l’absence, pour raison commerciale, de l’œuvre attendue ?

Cette glissade des institutions museales vers la ” Disneylandisation ” est une étape supplémentaire du désengagement de l’État. D’aucuns y voient l’avènement d’une “nouvelle politique culturelle” française, mais le sujet, fondamental, ne saurait se passer d’un débat public, et de la large concertation dont ce ministère — et ce gouvernement — semblent décidément incapables.

La CFDT-Culture mettra tout en œuvre pour que le ministère renonce à « disneylandiser » la Culture pour en revenir à la réalité de ses missions : conservation, valorisation (qui n’est pas commercialisation!), mise à disposition du public.

Voir aussi:

McDonald’s entre au Louvre
Un fast-food va entrer dans le temple de la culture du pays de la « haute gastronomie ». Une « faute de goût » que dénoncent associations et presse internationale.
Benoit Hasse
Le Parisien
07.10.2009

Pour les puristes, c’est une nouvelle difficile à avaler. D’ici à la fin de l’année, McDonald’s va ouvrir un nouvel établissement parisien… au Louvre. La chaîne de restauration rapide dont l’image de marque est aussi éloignée de celle du Louvre que la statue du clown McDonald’s l’est de la « Vénus de Milo » ne s’installera évidemment pas dans la partie « muséale » du prestigieux site.

Le nouveau restaurant sera construit un peu plus loin, dans le Carrousel du Louvre, attenant au musée. Ce centre commercial souterrain (situé entre le parking des Tuileries et le hall d’entrée du Louvre sous la pyramide) accueille déjà de nombreuses enseignes grand public et plusieurs restaurants rapides. Le McDonald’s s’installera dans l’espace restauration du Carrousel, actuellement en pleine réfection, sur une terrasse qui surplombe le grand hall Charles-V bordé par les anciennes fortifications du Louvre. Cet espace est totalement distinct du musée.

« La première chose que les visiteurs verront, ce sera le M de McDo »

Il n’empêche. La prochaine installation du McDo choque tous les amoureux du Louvre. D’autant plus qu’un projet de réaménagement du Grand Louvre (lancé il y a deux ans par Christine Albanel) prévoit d’ici à 2017 la création d’une nouvelle entrée par le hall Charles-V qui sera réservée aux groupes. « Quand ce sera fait, la première chose que les visiteurs verront en entrant au Louvre, ce sera le M de McDo », grince un défenseur du musée en s’étonnant du manque de réaction des amoureux de l’art.

Dès lundi, un site Internet parisien (Louvre pour tous) a qualifié l’arrivée du McDo de « faute de goût ». Mais c’est dans la presse étrangère que les critiques ont été les plus « saignantes ». Le « Daily Telegraph » de Londres mais aussi des journaux italiens, norvégiens, russes, américains se sont étonnés de l’installation d’un fast-food dans le temple de la culture du pays de la haute gastronomie. « Aujourd’hui, McDonald’s. Et demain des magasins de fringues low-cost ? » au musée, interroge un expert cité par le « Daily Telegraph ».

Pour l’instant, dans la galerie du Carrousel, la nouvelle suscite moins d’émotion chez les visiteurs. « Il y a déjà plusieurs snacks dans cette galerie, commente un touriste attablé devant une assiette de frites. J’ai vu un Starbuck en bas. Alors pourquoi pas un McDo ? » « L’arrivée d’un fast-food n’est pas appréciée par les professionnels, complète une étudiante de l’Ecole du Louvre installée dans le Carrousel. Le plus surprenant dans ce projet, c’est qu’il y a déjà un McDo, sur la rue de Rivoli, à moins de 50 m d’ici. Pourquoi en rajouter un ? »

Hier, la direction du Louvre n’a fait aucun commentaire sur le sujet. « Le Carrousel est un espace totalement privé, sans rapport avec le musée. Le Louvre n’a pas à se prononcer sur les choix du gestionnaire », se contentait d’indiquer une porte-parole.

Voir également:

McDonald’s fête ses 30 ans an France, oubliée la malbouffe

Le Parisien
28.08.2009

Longtemps symbole de la malbouffe en France, McDonald’s, qui fête ses 30 ans dans l’Hexagone, a partiellement réussi à se débarrasser de sa mauvaise image, la filiale française devenant même l’une des plus rentables de l’enseigne américaine.

“Les Français viennent moins chez nous que dans d’autres pays, mais ils consomment beaucoup à chaque visite”, explique Eric Gravier, l’un des vice-présidents de la filiale française.

Le ticket de caisse moyen est le plus élevé au monde, à plus de 10 euros contre 3 aux Etats-Unis, ce qui fait de la France le deuxième pays le plus rentable derrière les Etats-Unis.

Cette performance devrait se vérifier cette année. Après avoir vu ses ventes progresser de plus de 11% en 2008 à 3,3 milliards d’euros, la filiale française table sur environ +10% en 2009.

McDonald’s revient de loin. Il y a une dizaine d’années, il était perçu par de nombreux Français comme le symbole de la malbouffe. En 1999, la Confédération Paysanne “démontait” un McDonald’s à Millau (Aveyron). En 2000, l’enseigne était la cible de plusieurs attentats en Bretagne, dont celui de Quévert, qui coûta la vie à une employée.

Dix ans après, McDo est passé de 400 à 1.200 établissements et accueille plus d’un million de consommateurs chaque jour dans ses restaurants.

“Ce pays n’a pas de tradition de fast-food et les barrières étaient difficiles à franchir. Nous nous sommes adaptés en développant des restaurants plus haut de gamme”, explique le PDG Jean-Pierre Petit.

Cette réussite s’explique aussi par d’intenses efforts de communication.

“José Bové et la crise de la vache folle nous ont bousculés. On s’est mis à communiquer sur notre entreprise, sur la nutrition, sur l’environnement”, souligne M. Gravier.

Les investissements en communication de McDo France ont représenté 4% du chiffre d’affaires, soit plus de 130 millions en 2008.

En 2001, en pleine tourmente, la filiale française joue la provocation en installant un stand au salon de l’agriculture. Elle innove quelques années plus tard en proposant des salades, des fruits frais et affiche le nombre de calories sur les produits.

McDo a beaucoup misé sur ces produits . “Ils ne représentent que 15 à 20% de nos ventes car l’essentiel se fait toujours sur des produits classiques mais ils sont très importants en terme d’image”, souligne M. Petit.

“McDo a été très précurseur sur cette question alors que beaucoup de leurs concurrents misaient encore sur le goût ou le plaisir”, explique Raphaël Berger, du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Credoc). “Cela a attiré la clientèle féminine”.

Aujourd’hui l’américain mise sur le développement durable en recyclant notamment une partie de ses huiles usagées.

Et, quitte à transgresser les règles du fast-food, il n’exclut pas le service à table “en test dans une dizaine d’établissements pour s’adapter notamment au vieillissement de la clientèle”, selon M. Petit.

L’absence de réels concurrents explique aussi le succès du modèle français. Burger King s’est retiré du marché en 1996 et Quick ne compte qu’un peu plus de 300 établissements. Quant à Starbucks, McDonald’s a lancé les hostilités en créant le concept du McCafé, actuellement présent dans une cinquantaine d’établissements.

La restauration française bon marché, comme les restaurants ouvriers, n’a pas su s’adapter, estime pour sa part José Bové: “alors que l’Italie défend sa pizza et l’Espagne ses tapas, elle n’a pas été capable d’évoluer et les politiques n’ont pas su la protéger”, regrette-t-il.

Voir enfin:

McDonald’s restaurants to open at the Louvre

It is a move which has managed to get both France’s art lovers and gastronomes choking on their Gitanes.
Henry Samuel in Paris
04 Oct 2009

Lovers of France’s two great symbols of cultural exception – its haute cuisine and fine art – are aghast at plans to open a McDonald’s restaurant and McCafé in the Louvre museum next month.

America’s fast food temple is celebrating its 30th anniversary in France with a coup -the opening of its 1,142nd Gallic outlet a few yards from the entrance to the country’s Mecca of high art and the world’s most visited museum.

Fries with the Colosseum?

The chain faces a groundswell of discontent among museum staff, many already unhappy about the Louvre lending its name and works to a multi-million pound museum project in Abu Dhabi.

“This is the last straw,” said one art historian working at the Louvre, who declined to be named. “This is the pinnacle of exhausting consumerism, deficient gastronomy and very unpleasant odours in the context of a museum,” he told the Daily Telegraph.

Didier Rykner, head of The Art Tribune website found the idea “shocking”.

“I’m not against eating in a museum but McDonald’s is hardly the height of gastronomy,” he said, adding that it was a worrying mixture of art and consumerism. “Today McDonald’s, tomorrow low-cost clothes shops,” he said.

McDonald’s confirmed that a restaurant will open next month. The Louvre confirmed it will be positioned in the underground approach to the Louvre, known as the Carrousel du Louvre.

The stonewalled gallery was opened in 1993, five years after the famous Louvre pyramid. The Carrousel’s initial remit stipulated that its “commercial activities will be regulated and restricted to cultural or tourist activities”.

The Louvre has the right to protest against boutiques it considers fail to meet such criteria. However, the museum told the Daily Telegraph it had agreed to a “quality” McCafé and a McDonald’s in place by the end of the year, which it said was “is in line with the museum’s image”.

“The Louvre welcomes the fact that the entirety of visitors and customers, French or foreign, can enjoy such a rich and varied restaurant offer, whether in the museum area or gallery,” the museum said in a statement.

The McDonald’s would represent the “American” segment ” of a new “food court”, and would be situated “among (other) world cuisines and coffee shops,” it wrote.

It added that the franchise owner “has taken the utmost care in ensuring the quality of the project, both in culinary and aesthetic terms”.

Louvre Pour Tous, a website whose aim is to “inform and defend” museum visitors, said: “Henri Loyrette, president of the Louvre museum just had to say one word to stop the whiff of French fries from wafting past the Mona Lisa’s nose. He chose otherwise.”

There was already an outcry last year when Starbucks opened a café perilously close to the Right bank museum’s entrance. Employees and art aficionados sent management a petition in protest; the café opened regardless but was asked to provide a cultural corner of brochures and catalogues as a placatory measure.

“Starbucks was bad enough but McDonald’s is worse,” said the Louvre art historian.

A new ticket hall is due to be built in the next three years by the site of the new McDonald’s to cope with the eight million annual visitors.

“Once this happens, the first thing visitors will likely see when they arrive are big golden arches,” he said.

Many in France view “McDo” as the Trojan horse of globalisation and the scourge of local produce and long lunches.

José Bové, the mustachioed anti-GM crusader shot to fame after bulldozing a McDonald’s in 1999 to protest against malbouffe (junk food).

However, even if there were a last-minute u-turn at the Louvre, statistics suggest the battle of Le Big Macs has already been lost. France has become McDonald’s biggest market in the world outside of the US, according to the chain. While business in traditional brasseries and bistros is in freefall, the fast food group opened 30 new outlets last year in France and welcomed 450 million customers – up 11 per cent on the previous year.


Affaire Mitterrand: Une affaire très française (In the protestant political cultures of the north Mitterrand would never have landed his job)

9 octobre, 2009
Fredo's bad lifeComme citoyen et comme ministre de la Culture et de la Communication, je ne veux pas qu’on traîne dans le caniveau des pirates ‘l’atmosphère, atmosphère’ d’Arletty, le “c’est dégueulasse” de Jean Seberg dans ‘A bout de souffle’, la biscotte de Michel Serreau dans ‘La cage aux folles’”, “L’Hymne à l’amour” d’Edith Piaf (…). Je refuse que l’on violente “La Javanaise” de Serge Gainsbourg. Frédéric Mitterrand
Ca fait partie de ce puritanisme général qui nous envahit (…) Frédéric Mitterrand
Il m’était arrivé plusieurs fois que certains gosses ouvrent ma braguette et commencent à me chatouiller. Je réagissais de manière différente selon les circonstances, mais leur désir me posait un problème. Je leur demandais : “Pourquoi ne jouez-vous pas ensemble, pourquoi m’avez-vous choisi, moi, et pas d’autres gosses?” Mais s’ils insistaient, je les caressais quand même”. Daniel Cohn-Bendit (Grand Bazar, 1975)
Puisque vous parlez d’ignominie, je pourrais moi aussi parler des ignominies que vous avez défendues en justifiant des actes vis-à-vis des enfants”. François Bayrou
Bayrou a été a été très, très loin. Je ne me sens pas appartenir à ce type ou cette race d’hommes politiques qui sont prêts à tout pour essayer de gratter une petite place sur l’échiquier. Benoît Hamon (RTL, juin 2009)
Quant à l’ouverture, Frédéric Mitterrand, la caractérise magnifiquement. J’avais trouvé son livre “la Mauvaise Vie” courageux et talentueux (…) Nicolas SarkozyJe ne vois pas où est le problème, je ne vois pas pourquoi quand on soulève une polémique aussi pathétique que celle-ci avec autant de retard, on devrait en tirer des conséquences aussi radicales. (Guaino porte parole de l’Elysée)

Quand on le lisait dans le corps du texte, cela n’a choqué personne. Il a été reconnu comme un vrai écrivain avec ce livre-là. Betty Nialet (éditrice du livre)

Si je n’avais pas écrit ce chapitre-là (…) j’aurai menti. Et le but de ce livre était de ne pas mentir. Frédéric Mitterrand

La profusion de jeunes garçons très attrayants et immédiatement disponibles me met dans un état de désir que je n’ai plus besoin de réfréner ou d’occulter. (…) Je n’ai pas d’autre compte à régler que d’aligner mes bahts, et je suis libre, absolument libre de jouer avec mon désir et de choisir. La morale occidentale, la culpabilité de toujours, la honte que je traîne volent en éclats ; et que le monde aille à sa perte, comme dirait l’autre. Frédéric Mitterrand (”La mauvaise vie”, 2005)

J’étais chaque fois avec des gens de mon âge ou de cinq ans de moins. (…) Que vienne me jeter la première pierre celui qui n’a pas commis ce genre d’erreur. Parmi tous les gens qui nous regardent ce soir, quel est celui qui n’aurait pas commis ce genre d’erreur au moins une seule fois ? (…) “Ce n’est ni un roman, ni des Mémoires. J’ai préféré laissé les choses dans le vague. C’est un récit, mais au fond, pour moi, c’est un tract : une manière de raconter une vie qui ressemble à la mienne, mais aussi à celles de beaucoup d’autres gens.
Frédéric Mitterrand

La rumeur, Frédéric Mitterrand, c’est qu’on dit ‘Frédéric Mitterrand, il aime les petits garçons. On dit, il est pédophile’. Franz-Olivier Giesbert

C’est pas vrai. Quand les gens disent les garçons, on imagine alors les petits garçons. Ça fait partie de ce puritanisme général qui nous envahit qui fait que l’on veut toujours noircir le tableau, ça n’a aucun rapport. (…) Evidemment, je cours le risque de ce genre d’amalgame. Je le cours d’autant plus facilement ce risque-là puisqu’il ne me concerne pas. (…) Il faudrait que les gens lisent le livre et ils se rendraient compte qu’en vérité c’est très clair. Frédéric Mitterrand (émission “Culture et dépendances”, le 6 avril 2005)

J’aurai raconté des histoires avec des filles, personne n’aurait rien remarqué.
Frédéric Mitterrand

En tant que ministre de la Culture, il s’illustre en prenant la défense d’un cinéaste accusé de viol sur mineure et il écrit un livre où il dit avoir profité du tourisme sexuel, je trouve ça a minima choquant (…) On ne peut pas prendre la défense d’un cinéaste violeur au motif que c’est de l’histoire ancienne et qu’il est un grand artiste et appartenir à un gouvernement impitoyable avec les Français dès lors qu’ils mordent le trait. (…) Au moment où la France s’est engagée avec la Thaïlande pour lutter contre ce fléau qu’est le tourisme sexuel, voilà un ministre du gouvernement qui explique qu’il est lui-même consommateur. Benoît Hamon (porte-parole du Parti socialiste)

On ne peut pas donner le sentiment qu’on protège les plus forts, les connus, les notables, alors qu’il y a les petits qui subissent la justice tous les jours. Ce sentiment qu’il y a deux justices est insupportable. Manuel Valls (député-maire PS)

Qu’est-ce qu’on peut dire aux délinquants sexuels quand Frédéric Mitterrand est encore ministre de la Culture? Marine Le Pen (vice-présidente du FN)

A ce propos d’ailleurs, nous n’avons rien contre les homosexuels à Rue98 mais nous aimerions savoir comment Frédéric Mitterrand a pu adopter trois enfants, alors qu’il est homosexuel et qu’il le revendique, à l’heure où l’on refuse toujours le droit d’adopter aux couples homosexuels ? Pourquoi cette différence de traitement? Rue 98

Dans l’idéal démocratique, l’homme politique doit être irréprochable, même si cette règle connaît des accommodements en France. Aux Etats-unis, Frédéric Mitterrand aurait déjà démissionné depuis longtemps. Arnaud Mercier (spécialiste de la communication politique)

C’est une affaire très française, ou en tout cas sud-européenne, parce que dans les cultures politiques protestantes du nord, Mitterrand, âgé de 62 ans, n’aurait jamais décroché son travail. Son autobiographie sulphureuse, publiée en 2005, l’aurait rendu impensable. (…) Si un ministre confessait avoir fréquenté des prostituées par le passé, peu de gens en France s’en offusquerait. C’est la suspicion de pédophilie qui fait toute la différence. (…) Sarkozy, qui a lu livre en juin [et] l’avait trouvé ” courageux et talentueux” (…) s’est conformé à une tradition bien française selon laquelle la vie privée des personnes publiques n’est généralement pas matière à discussion. Il aurait dû se douter, compte tenu de la médiatisation de sa vie sentimentale, que cette vieille règle qui protège les élites avait volé en éclats. Charles Bremmer (The Times)

Le perfide puritanisme anglo-saxon aurait-il encore frappé?

Après les viles attaques, sans parler en plein scandale Abou Ghraib de Didier Bourguet, contre Cohn-Bendit puis Garcia Marquez

Et Roman Polanski par l’Amérique qui fait peur

Retour, avec le correspondant du Times à Paris Charles Bremmer et au lendemain d’une pathétique tentative d’autojustification de Frédéric Mitterrand hier soir en direct sur TFI, sur cette “affaire très française” et le méchant retour de bâton dont a été victime le neveu de Tonton et actuel ministre de la Culture français.

Mais surtout sur l’important changement des mentalités qu’elle représente pour le pays de Gide et de Proust avec l’effondrement apparemment irrémédiable de la tradition bien française de la défense de la vie privée des personnes publiques.

Cette “vieille règle qui protégeait les élites” et permettait notamment à une caste de privilégiés de “partir à l’étranger assouvir leurs fantasmes ou de fuir la justice de leur pays au nom de l’art”

Sarkozy’s gay minister fights for survival
Charles Bremmer

The Polanski case may end up costing the job of Frédéric Mitterrand, the popular nephew of the late president who became Nicolas Sarkozy’s Culture Minister four months ago.

You may have heard that Frédo, as he is known, been hit by a nasty boomerang. His outspoken defence of Roman Polanski on the paedophile charges last week opened a boulevard for the far right National Front to recall the minister’s own past as a practitioner of gay sex tourism.

This is a very French, or at least southern European, affair because in the protestant political cultures of the north, Mitterrand, 62, would never have landed his job. His sulphurous autobiography, published in 2005, would have made it unthinkable.

Sarkozy appointed Mitterrand, a presenter of television arts programmes, knowing that his book, La Mauvaise Vie (The Bad Life), recounted his visits to brothels in Thailand where he said he paid for sex with boys. Sarkozy, who read the book in June, said this summer that he found it “brave and full of talent”. In nominating the new Culture Minister, he was following the French tradition that the private lives of public figures are not a matter for public discussion. He should have known from his own much-reported love life that the old rules that protect the elite are breaking down.

When Mitterrand took office, everyone (including us) mentioned his homosexuality and alluded to the critically admired memoir, but very few raised the details. These have blown up in Mitterrand’s face, thanks to Marine Le Pen, heiress to her father’s xenophobic Front National. She read out extracts on television on Monday night. “I got into the habit of paying for boys,” said one line. “The profusion of very attractive and immediately available boys put me in a state of desire that I no longer needed to restrain or hide.”

There is much more of this lurid stuff. Mitterrand himself calls it sordid. He writes, in Proustian style,of the exquisite pleasure of paying for sex. He refers to the Thai male prostitutes as garçons and sometimes gosses (kids). You could feel the embarrassment in the political world as Sarkozy administration and the mainstream opposition flinched from touching a cause launched by the unspeakable far right. The Socialists finally jumped in yesterday and condemned Mitterrand without calling for resignation. Today’s main newspapers could still only bring themselves to give the affair minor mention.

Mitterrand has tried to take the high ground, saying: “If the National Front drags me through the mud, it is an honour. If a leftwing MP drags me through the mud, he should be ashamed.” Sarkozy’s team have tried to divert attention to the Front and invoked the old private-life defence. Xavier Darcos, a senior minister, said this morning: “It is the private life of a man which is in question, not the minister.” Darcos also cited the literary defence — that an author’s words do not necessarily report reality. Sarkozy’s advisers are talking about gutter tactics by the Front and a vile smear campaign.

These arguments do not wash. You can feel the tide turning. Mitterrand, a troubled soul with a gentle style, insisted on television after the book’s publication that he never had anything to do with “little boys”. But the damage has been done. France now knows that the holder of one the most prestigious government posts is an avowed practitioner of gay sex tourism.

It is unfair that Mitterrand is being crucified over a four-year-old book. And if a minister confessed to spending time with prostitutes in the past, there would be little fuss in broad-minded France. It is the suspicion of paedophilia that makes the difference. The possible involvement of children, that ultimate crime of our times, suggests that Frédo may be heading for the political guillotine.

Mitterrand is going on the main tv news tonight to account for himself. He is an eloquent and familiar figure after three decades as a television favourite and he will benefit from sympathy. It is possible that he will save his skin. Sarkozy will be very reluctant to fire a star appointee in response to a National Front campaign — greatly amplified by the internet. But Mitterrand is now damaged goods and Sarko does not like that in his ministers.

Update: On TF1 television tonight, Mitterrand delivered an indignant but confusing defence. His memoirs were partly fictional, he said. He conceded that he had paid “boys” for sex in Thailand but insisted that they were all consenting adults. He abhorred sex tourism and was outraged by the notion that he was advocating paedophilia. Sarkozy had full confidence in him, and so on. The appearance was highly emotional but it has not cleared the air.

Posted by Charles Bremner on October 08, 2009 at 12:28 PM in Books, Current Affairs, Film, Life-style, Media, Politics

Voir aussi:

Polanski, Mitterrand, Minor Sex and Relativism.

Tim Marshall

October 08, 2009

The moral maze in which Roman Polanski’s defenders have lost themselves may claim the career of a French Cabinet minister.

He is Frederic Mitterrand, culture minister of France, nephew of the late President Mitterrand, and late night visitor of Thai brothels where he bought young boys for sex.

Polanski’s story is well known; he has sex with a 13 year old girl, flees America, hides from justice for 30 years, is arrested in Switzerland, faces extradition, whereupon his act of paedophilia is again defended by people whose logic appears to be that sex , plus a 13 year old, minus being a famous artist, equals ‘oh come on it was all a long time ago’.

Less well known are the antics of the Minister for Culture. In his 2005 autobiography, My Bad Life, the former TV presenter, intellectual and all round national treasure, describes in sweaty detail how he ‘got into the habit of paying for boys …The profusion of young, very attractive and immediately available boys put me in a state of desire that I no longer needed to restrain or hide’.

Indeed why hide when you can write about it – and then be appointed Minister of State in one of the world’s leading powers? That allows you to find the arrest of Polanski “absolutely horrifying”. Why he asked, should Polanski be arrested ‘over ancient history’.

This attitude was prevalent across the French intellectual elite. Normally silent on issues of say, obscure van drivers being arrested for old paedophile related offences, they closed ranks on Polanski. Most of those defending him fall back on the argument of Polanski’s artistic brilliance and the passage of time.

Even Bernard Kouchner, the Foreign Minister, a man with an impeccable history of standing up for the defenceless thought the arrest ’sinister’, arresting a man ‘of such talent, this is not nice at all’.

This is not an argument normally employed by the French elite for cases involving, say, Nazi war criminals, but their moral statue of limitations appears short for an ‘artistic genius’.

Hollywood led the field in incredible Polanski statements. Drugging and buggering a 13 year old girl was ‘an error of judgement’, and ‘a little mistake’. Whoopi Goldberg said it ‘wasn’t rape, rape’. But it was Mitterrand who was the first senior politician to weigh in.

What has changed is that Mitterrand has been called on his fatuous logic. Alas, it has taken a verbal barrage from the leader of the fascistic Front Nationale to bring calls for his resignation to national attention. With the intellectual dyke breached, some on the left are joining calls for Mitterrand to go.

Marine Le Pen, daughter of Jean Marie, was involved in a fierce debate on French television this week. With the
presenter and the panel of the great and the good shaking their brain heavy heads in dismay, she tore into Mitterrand. When they tried to silence her she read out extracts from the autobiography. “All these rituals of the market for youths, the slave market excited me enormously”.

How the slave remark fits with the French policy on combating the slave trade in the sex market is a conundrum for the man who, just three months ago, appointed Mitterrand to his post – President Sarkozy.

Mitterrand is the first openly gay, senior, French Cabinet minister and is part of Sarkozy’s ‘Rainbow Coalition’. His defence of his proclivity for Thai brothels is that his term ‘young boys’, and ‘youths’ did not mean the people he bought for sex were underage. He says homosexuals call all men ‘boys’. Vraiment?

Either way he has now defended a man accused of child rape, criticised the legal system of a friendly country, and written about buying young boys in the sex industry. And he’ s still in his job.

What lies behind this extraordinary state of events appears to be the French penchant, shared by artistic ‘intellectuals’ across the Western world, to believe that crimes committed by their peers, are somehow lesser than crimes committed by other less brilliant people.


ONU: Quand j’entends le mot culture, je sors mon Farouk! (UN: When I hear the word culture, I reach for my Farouk!)

24 mai, 2009
(The Office of War Information, 1943)Quand j’entends le mot culture, j’arme mon Browning! Thiemann (personnage de la pièce de 1933 du poète lauréat d’Hitler Hanns Johst sur le “martyr nazi” Albert Leo Schlageter exécuté pour sabotage dans la Ruhr par les Français en 1923)
S’ils disent la même chose que le Coran, ils sont inutiles; s’ils le contredisent, ils sont nuisibles; dans les deux cas, il faut les détruire. Calife Omar Al-Farouk (bâtisseur de la Mosquée du Rocher et brûleur de la Bibliothèque d’Alexandrie en 642)
J’ai dit: “Je brûlerai tous les livres israéliens moi-même, si jamais j’en trouvais un seul” ; c’était une hyperbole, une manière un peu populaire de dire qu’il n’y en a pas. Je suis sémite, comment serais-je antisémite? Farouk Hosni (ministre de la Culture égyptien)
Israël n’a jamais contribué à la civilisation à quelque époque que ce soit car il n’a jamais fait que s’approprier le bien des autres. Farouk Hosni (avril 2001)
La culture israélienne est une culture inhumaine; c’est une culture agressive, raciste, prétentieuse, qui se base sur un principe tout simple : voler ce qui ne lui appartient pas pour prétendre ensuite se l’approprier. Farouk Hosni (juin 2001)
Nous avons vécu avec nos mères qui nous ont élevés et éduqués tout en allant à l’université ou au travail sans hidjab. Pourquoi revenons-nous aujourd’hui en arrière? Des crimes se commettent aujourd’hui au nom du hidjab et du niqab. Le monde va de l’avant et nous ne progresserons pas tant que nous continuerons à penser de façon rétrograde et à aller écouter des fetwas de cheikhs à “trois millimes”. Farouk Hosni (novembre 2006)
Chaque année se tiennent en France des célébrations pour les “homosexuels” et il s’y rend pour célébrer avec eux. Ragab Helal Hemeida (député égyptien)
Je tends personnellement à croire que les porcs en vie aujourd’hui descendent de ces Juifs, et c’est pourquoi Allah nous en a interdit la consommation en ces termes: ‘Seront pour vous interdits [à la consommation] les charognes, le sang et la chair du porc [Coran 5:3].’ En outre, l’une des actions de Jésus quand il reviendra sur terre au Jour du Jugement sera de tuer tous les porcs, et c’est là la preuve qu’ils descendent des Juifs. Tous les porcs de la Terre seront détruits par Jésus au Jour du Jugement. Cheikh Ahmad Ali Othman (inspecteur des affaires relatives à la Dawa au ministère égyptien des cultes, extrait d’une fatwa demandant l’abattage des porcs, 9 mai 2009)
L’Organisation islamique pour l’Education, les Sciences et la Culture –ISESCO- a appelé tous les Etats membres à boycotter le Salon international du Livre à Paris dont l’invité d’honneur est Israël à l’occasion du 60e anniversaire de sa création. ISESCO (le 26 février 2008)
Plasticien ayant longtemps vécu à Rome et à Paris, cet homme, qui ne fait pas vraiment mystère d’une discrète homosexualité, cultive une image de progressiste ouvert à la modernité occidentale et luttant avec ténacité contre l’obscurantisme et le fanatisme religieux. Yves Gonzalez-Quijano
Il faut, sans délai, en appeler à la conscience de chacun pour éviter que l’Unesco ne tombe aux mains d’un homme qui, lorsqu’il entend le mot culture, répond par l’autodafé. Bernard-Henri Lévy, Claude Lanzmann et Elie Wiesel

A l’heure où le pays qui avait jadis recueilli la Sainte famille détruit aujourd’hui les églises, vitriole les jeunes chrétiennes et, profitant de la menace de l’épidémie de grippe porcine, appelle à détruire le seul moyen de subsistance d’une partie de sa population chrétienne

Appel à l’autodafé de livres israéliens, invitation de négationnistes à venir mettre en doute la Shoah à la télé, bloquage de l’ouverture d’un musée juif, interdiction de la présentation d’un film israélien au festival de cinéma du Caire, opposition à toute normalisation culturelle avec Israël 30 ans après les accords de Camp David …

Après la résolution “sionisme= racisme”, le pogrom symbolique de Durban, la Libye à la présidence de la commission des droits de l’homme (depuis 2003) et tout récemment une conférence sur le racisme présidée par la Lybie, l’Iran et Cuba et ouverte par le rayeur de cartes en personne …

Devinez qui l’ONU nous propose, avec le soutien des pays arabes et de l ‘Europe (dont l’Italie, l’Espagne et la France – date de clôture des candidatures le 30 mai prochain!), à l’un des postes de responsabilité culturelle les plus importants de la planète?

Comme nous le rappelions il y a un an et quelques rares personnalités françaises dans Le Monde il y a quelques jours, il ne s’agit rien de moins que l’inamovible ministre de la culture égyptien Farouk Hosni.

Qui depuis plus de 15 ans (entre – cherchez l’erreur ! – une courageuse condamnation du voile et une visite à nos fêtes sodomites?) multiplie les déclarations les plus littéralement incendiaires contre l’Etat avec lequel son propre pays a signé un traité de paix il y a maintenant 30 ans …

Unesco: la honte d’un naufrage annoncé

Bernard-Henri Lévy, Claude Lanzmann et Elie Wiesel
Le Monde
21.05.09

Qui a déclaré en avril 2001 : “Israël n’a jamais contribué à la civilisation à quelque époque que ce soit car il n’a jamais fait que s’approprier le bien des autres” – et a réitéré deux mois plus tard : “La culture israélienne est une culture inhumaine ; c’est une culture agressive, raciste, prétentieuse, qui se base sur un principe tout simple : voler ce qui ne lui appartient pas pour prétendre ensuite se l’approprier” ?

Qui a expliqué en 1997, et l’a répété ensuite sur tous les tons, qu’il était “l’ennemi acharné” de toute tentative de normalisation des rapports de son pays avec Israël ? Ou encore, en 2008, qui a répondu à un député du Parlement égyptien qui s’alarmait que des livres israéliens puissent être introduits à la bibliothèque d’Alexandrie : “Brûlons ces livres ; s’il s’en trouve, je les brûlerai moi-même devant vous” ?

Qui, en 2001, dans le journal Ruz Al-Yusuf, a dit qu’Israël était “aidé”, dans ses sombres menées, par “l’infiltration des juifs dans les médias internationaux” et par leur habileté diabolique à “répandre des mensonges” ? A qui devons-nous ces déclarations insensées, ce florilège de la haine, de la bêtise et du conspirationnisme le plus échevelé ?

INCENDIAIRE DES COEURS

A Farouk Hosni, ministre de la culture égyptien depuis plus de quinze ans et, à coup sûr, le prochain directeur général de l’Unesco si rien n’est fait avant le 30 mai, date de clôture des candidatures, pour arrêter sa marche irrésistible vers l’un des postes de responsabilité culturelle les plus importants de la planète.

Pire : les phrases que nous venons de citer ne sont que quelques-unes – et pas les plus nauséabondes – des innombrables déclarations de même teneur qui jalonnent la carrière de Farouk Hosni depuis une quinzaine d’années, et qui, par conséquent, le précèdent lorsqu’il prétend à un rôle culturel fédérateur à l’échelle du monde contemporain.

L’évidence est donc là : Farouk Hosni n’est pas digne de ce rôle ; Farouk Hosni est le contraire d’un homme de paix, de dialogue et de culture ; Farouk Hosni est un homme dangereux, un incendiaire des coeurs et des esprits ; il ne reste que très peu de temps pour éviter de commettre la faute majeure que serait l’élévation de Farouk Hosni à ce poste éminent entre tous.

Nous appelons donc la communauté internationale à s’épargner la honte que serait la désignation, déjà donnée pour quasiment acquise par l’intéressé lui-même, de Farouk Hosni au poste de directeur général de l’Unesco. Nous invitons tous les pays épris de liberté et de culture à prendre les initiatives qui s’imposent afin de conjurer cette menace et d’éviter à l’Unesco le naufrage que constituerait cette nomination.

Nous invitons le président égyptien lui-même, en souvenir de son compatriote Naguib Mahfouz, Prix Nobel de littérature, qui doit, à l’heure qu’il est, se retourner dans sa tombe, nous l’invitons, pour l’honneur de son pays et de la haute civilisation dont il est l’héritier, à prendre conscience de la situation, à désavouer de toute urgence son ministre et à retirer, en tout cas, sa candidature.

L’Unesco a, certes, commis d’autres fautes dans le passé – mais cette forfaiture-ci serait si énorme, si odieuse, si incompréhensible, ce serait une provocation si manifeste et si manifestement contraire aux idéaux proclamés de l’Organisation qu’elle ne s’en relèverait pas. Il n’y a pas une minute à perdre pour empêcher que soit commis l’irréparable.

Il faut, sans délai, en appeler à la conscience de chacun pour éviter que l’Unesco ne tombe aux mains d’un homme qui, lorsqu’il entend le mot culture, répond par l’autodafé.

Bernard-Henri Lévy, philosophe ;

Claude Lanzmann, cinéaste et directeur de la revue Les Temps modernes ;

Elie Wiesel, écrivain et Prix Nobel de la paix en 1986.


Antichristianisme: Cachez cette croix que je ne saurai voir (I like their symbol because it doesn’t have anybody nailed to it)

11 avril, 2009
Electric chair pieta (Paul Fryer, 2006) Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation… Donc j’ai dit: Voici, je viens. Psaume 40: 7-8
Ils ne l’ont ni tué ni crucifié (…) ce n’était qu’un faux semblant ! (…) mais Dieu l’a élevé vers Lui. Le Coran (4 : 157-158)
Pour l’islam (…) j’aime bien leur symbole, le croissant de lune, je le trouve beaucoup plus beau que la croix, peut-être parce qu’il n’a pas quelqu’un de cloué dessus. Pat Condell
L’islam m’est apparu beaucoup plus direct, simple et cohérent que le catholicisme. Sophie Guillemin
Je voulais que le choc provoqué nous fasse reprendre conscience du scandale de quelqu’un cloué sur une croix. Par habitude on n’éprouve plus de réelles émotions face à quelque chose de véritablement scandaleux, la crucifixion. Mgr Jean-Michel di Falco (évêque de Gap)
Mais, à bien y réfléchir, cette représentation est-elle pire que le symbole habituel du Christ sanguinolent sur une croix, les poignées transpercés par des clous, et le torse tranché par une lance ? Le Post
Mahomet s’est établi en tuant ; Jésus-Christ en faisant tuer les siens. Mahomet en défendant de lire ;Jésus-Christ en ordonnant de lire. Enfin cela est si contraire, que si Mahomet a pis la voie de réussir humainement, Jésus-Christ a pris celle de périr humainement. Et au lieu de conclure, que puisque Mahomet a réussi, Jésus-Christ a bien pu réussir ; il faut dire, que puisque Mahomet a réussi, le Christianisme devait périr, s’il n’eût été soutenu par une force toute divine. Pascal
L’Europe (l’Occident) n’est qu’un ensemble de dictatures pleines d’injustices ; l’humanité entière doit frapper d’une poigne de fer ces fauteurs de troubles si elle veut retrouver sa tranquillité. Si la civilisation islamique avait dirigé l’Occident, on ne serait plus contraint d’assister à ces agissements sauvages indignes même des animaux féroces.
La foi et la justice islamique exigent de ne pas laisser survivre, dans le monde musulman, les gouvernements anti-islamiques ou ceux qui ne se conforment pas entièrement aux lois islamiques. L’instauration d’un ordre politique laïque revient à entraver la progression de l’ordre islamique. Tout pouvoir laïque, quelle que soit la forme sous laquelle il se manifeste, est forcément un pouvoir athée, oeuvre de Satan ; il est de notre devoir de l’enrayer et de combattre ses effets. Le pouvoir “satanique” ne peut engendrer que la “corruption sur la terre”, le mal suprême qui doit être impitoyablement combattu et déraciné. Pour ce faire nous n’avons d’autre solution que de renverser tous les gouvernements qui ne reposent pas sur les purs principes islamiques, et sont donc corrompus et corrupteurs ; de démanteler les systèmes administratifs traîtres, pourris, tyranniques et injustes qui les servent. C’est non seulement notre devoir en Iran, mais c’est aussi le devoir de tous les musulmans du monde, dans tous les pays musulmans, de mener la Révolution Politique Islamique à la victoire finale.
La guerre sainte signifie la conquête des territoires non musulmans. Il se peut qu’elle soit déclarée après la formation d’un gouvernement islamique digne de ce nom, sous la direction de l’Imam ou sur son ordre. Il sera alors du devoir de tout homme majeur et valide de se porter volontaire dans cette guerre de conquête dont le but final est de faire régner la loi coranique d’un bout à l’autre de la Terre. Mais que le monde entier sache bien que la suprématie universelle de l’Islam diffère considérablement de l’hégémonie des autres conquérants. Il faut donc que le gouvernement islamique soit d’abord créé sous l’autorité de l’Imam afin qu’il puisse entreprendre cette conquête qui se distinguera des autres guerres de conquête injustes et tyranniques faisant abstraction des principes moraux et civilisateurs de l’Islam. Ayatollah Khomeiny
Dans la foi musulmane, il y a un aspect simple, brut, pratique qui a facilité sa diffusion et transformé la vie d’un grand nombre de peuples à l’état tribal en les ouvrant au monothéisme juif modifié par le christianisme. Mais il lui manque l’essentiel du christianisme : la croix. Comme le christianisme, l’islam réhabilite la victime innocente, mais il le fait de manière guerrière. La croix, c’est le contraire, c’est la fin des mythes violents et archaïques. René Girard
Pour restituer à la crucifixion sa puissance de scandale, il suffit de la filmer telle quelle, sans rien y ajouter, sans rien en retrancher. Mel Gibson a-t-il réalisé ce programme jusqu’au bout ? Pas complètement sans doute, mais il en a fait suffisamment pour épouvanter tous les conformismes. René Girard

Peut-on imaginer plus grand scandale que celui triple d’une religion dont la divinité non seulement s’incarne sous forme humaine mais se sacrifie elle-même?

En ces temps où l’athéisme et la critique bien-pensante du christianisme semblent retrouver une toute nouvelle vigueur…

Où tant de nos contemporains se tournent vers d’autres religions plus respectables comme la (littéralement) légendaire non-violence du boudhisme ou, pourcertains de nos sportifs ou actrices, l’islam lui-même qui a la décence de refuser la croix et la mort réelle du Christ (remplacé, selon le Coran on le sait, par une autre victime) …

Et où, comme l’avait montré il y a quelques années la polémique soulevée par le film de Mel Gibson ou cette semaine même le Christ sur chaise électrique du Britannique Paul Fryer exposé dans la cathédrale de Gap, certains chrétiens mêmes sont tentés de transformer leur églises en “sortes de clubs humanitaires” où “parler de Dieu paraît un peu impoli”…

Retour, en ce weekend pascal où les juifs célèbrent leur libération de l’esclavage égyptien …

Sur cette bien affreuse religion dont la notoire et maladive obsession pour la violence lui fait prendre pour emblème un instrument d’exécution et de torture

Et qui, comme le rappelle René Girard, s’obstine à révéler, derrière la “magnifique fourrure” extérieure de toute religion qui se respecte, la “peau sanglante” qui en est l’inévitable envers

Révélant ainsi l’inévitable violence qui est partie inhérente de notre condition humaine (la “pessah” ou “passover”, comme le dit bien l’anglais n’est-ce pas aussi l’ange de la mort qui épargne les maisons badigeonnées de sang et l’exode d’Egypte n’est-il pas en fait une expulsion?).

Mais aussi par conséquent l’inévitabilité du choix, pour la juguler, du sacrifice de l’autre (humain puis animal ou, via le système mosaïque puis judiciaire, l’humain hors la loi comme la femme adultère ou tout particulièrement pour l’islam, la guerre sainte contre les infidèles) ou de soi (comme la très christique bonne prostituée du jugement de Salomon prête à sacrifier son désir de mère pour sauver la vie de son enfant) …

Extraits:

Les Psaumes sont comme une fourrure magnifique de l’extérieur, mais qui, une fois retournée, laisse découvrir une peau sanglante. Ils sont typiques de la violence qui pèse sur l’homme et du recours que celui-ci trouve dans son Dieu.

” Nos modes intellectuelles ne veulent voir de la violence que dans les textes, mais d’où vient réellement la menace ? Aujourd’hui, nous vivons dans un monde dangereux où tous les mouvements de foule sont violents. Cette foule était déjà violente dans les Psaumes. Elle l’est dans le récit de Job. Elle demande à Job de se reconnaître coupable : c’est un vrai procès de Moscou qu’on lui fait. Procès prophétique. N’est-ce pas celui du Christ adulé par les foules, puis rejeté au moment de la Passion ? Ces récits annoncent la croix, la mort de la victime innocente, la victoire sur tous les mythes sacrificiels de l’Antiquité.

Ce qui me frappe dans l’histoire de l’islam, c’est la rapidité de sa diffusion. Il s’agit de la conquête militaire la plus extraordinaire de tous les temps. Les barbares s’étaient fondus dans les sociétés qu’ils avaient conquises, mais l’islam est resté tel qu’il était et a converti les populations des deux tiers de la Méditerranée. Ce n’est donc pas un mythe archaïque comme on aurait tendance à le croire. J’irais même jusqu’à dire que c’est une reprise – rationaliste à certains points de vue – de ce qui fait le christianisme, une sorte de protestantisme avant l’heure. Dans la foi musulmane, il y a un aspect simple, brut, pratique qui a facilité sa diffusion et transformé la vie d’un grand nombre de peuples à l’état tribal en les ouvrant au monothéisme juif modifié par le christianisme. Mais il lui manque l’essentiel du christianisme : la croix. Comme le christianisme, l’islam réhabilite la victime innocente, mais il le fait de manière guerrière. La croix, c’est le contraire, c’est la fin des mythes violents et archaïques.

” Est-ce si différent dans l’islam ? Ils contiennent aussi de formidables intuitions prophétiques sur le rapport entre la foule, les mythes, les victimes et le sacrifice. Dans la tradition musulmane, le bélier sacrifié à Abel est le même que celui qui a été envoyé par Dieu à Abraham pour qu’il épargne son fils. Parce qu’Abel sacrifie des béliers, il ne tue pas son frère. Parce que Caïn ne sacrifie pas d’animaux, il tue son frère. Autrement dit, l’animal sacrificiel évite le meurtre du frère et du fils. C’est-à-dire qu’il fournit un exutoire à la violence. Ainsi y a-t-il, chez Mahomet, des intuitions qui sont au niveau de certains des plus grands prophètes juifs, mais en même temps un souci d’antagonisme et de séparation du judaïsme et du christianisme qui peut rendre notre interprétation

« Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation…Donc j’ai dit : Voici, je viens ». Que signifie ce « donc » ? Il veut dire : « Tu n’a voulu ni sacrifice ni oblation » donc il n’y a plus de sacrifice et donc les hommes sont exposés à la violence et il n’y a plus que deux choix : soit on préfère subir la violence soit on cherche à l’infliger à autrui. Le Christ veut nous dire entre autres choses : il vaut mieux subir la violence (c’est le sacrifice de soi) que de l’infliger à autrui.

Oui, un sacrifice intérieur ou sacrifice de soi : « Voici que Je viens pour faire sa volonté ». Il faut faire référence à la bonne prostituée, dans le Jugement de Salomon que j’évoquais trop rapidement tout à l’heure : elle préfère lâcher l’enfant, elle donc est la vraie mère.

Je crois que le moment décisif en Occident est l’invention de l’hôpital. Les primitifs s’occupent de leurs propres morts. Ce qu’il y a de caractéristique dans l’hôpital c’est bien le fait de s’occuper de tout le monde. C’est l’hôtel-Dieu donc c’est la charité. Et c’est visiblement une invention du Moyen-Age.

Le vrai problème est celui de la vérité scientifique. Popper m’oppose toujours la « vérifiabilité ». Il m’assure que ma thèse n’est pas vérifiable. Je lui réponds que la thèse de l’évolution ne l’est pas non plus indubitablement. D’autre part, il y a toutes sortes de choses dont nous sommes certains. C’est la direction que je prends maintenant. C’est ce que l’on nomme en anglais le « common knowledge », le savoir commun. Aujourd’hui vous n’avez pas besoin d’expliquer que les sorcières ne sont pas coupables, malgré la chasse aux sorcières du 15ème siècle. Il s’agit là de « common knowledge » dans la mesure où personne ne vous réfutera car cela va de soi, cela est évident. La question est de savoir si ce « common knowledge » fait partie de la science. Je réponds : oui mais c’est une science tellement certaine qu’elle n’a pas à se démontrer, une science qui a trop de vérifications qui sont là possibles pour qu’il soit nécessaire d’en épuiser la liste.

L’idée selon laquelle on ne peut arriver au « certum » à partir des textes est une idée constamment démentie par l’existence du système judiciaire, du système de la preuve. La question est de savoir à partir de quel moment on est vraiment dans le « certum ». Dans l’anthropologie il n’y a pas de vérification immédiate puisque tout est indirect. Tout est lié à la multiplication des indices donc c’est bien une attitude scientifique. Le travail de l’ethnologue nécessite cette multiplication d’indices indirects.

Abel n’a pas envie de tuer son frère peut-être parce qu’il sacrifie des animaux et Caïn, c’est l’agriculteur. Et là, il n’y a pas de sacrifices d’animaux. Caïn n’a pas d’autre moyen d’expulser la violence que de tuer son frère. Il y a des textes tout à fait extraordinaires dans le Coran qui disent que l’animal envoyé par Dieu à Abraham pour épargner Isaac est le même animal qui est tué par Abel pour l’empêcher de tuer son frère.

Il y a deux grandes attitudes à mon avis dans l’histoire humaine, il y a celle de la mythologie qui s’efforce de dissimuler la violence, car, en dernière analyse, c’est sur la violence injuste que les communautés humaines reposent. (…) Cette attitude est trop universelle pour être condamnée. C’est l’attitude d’ailleurs des plus grands philosophes grecs et en particulier de Platon, qui condamne Homère et tous les poètes parce qu’ils se permettent de décrire dans leurs oeuvres les violences attribuées par les mythes aux dieux de la cité. Le grand philosophe voit dans cette audacieuse révélation une source de désordre, un péril majeur pour toute la société. Cette attitude est certainement l’attitude religieuse la plus répandue, la plus normale, la plus naturelle à l’homme et, de nos jours, elle est plus universelle que jamais, car les croyants modernisés, aussi bien les chrétiens que les juifs, l’ont au moins partiellement adoptée.

L’autre attitude est beaucoup plus rare et elle est même unique au monde. Elle est réservée tout entière aux grands moments de l’inspiration biblique et chrétienne. Elle consiste non pas à pudiquement dissimuler mais, au contraire, à révéler la violence dans toute son injustice et son mensonge, partout où il est possible de la repérer. C’est l’attitude du Livre de Job et c’est l’attitude des Evangiles. C’est la plus audacieuse des deux et, à mon avis, c’est la plus grande. C’est l’attitude qui nous a permis de découvrir l’innocence de la plupart des victimes que même les hommes les plus religieux, au cours de leur histoire, n’ont jamais cessé de massacrer et de persécuter. C’est là qu’est l’inspiration commune au judaïsme et au christianisme, et c’est la clef, il faut l’espérer, de leur réconciliation future. C’est la tendance héroïque à mettre la vérité au-dessus même de l’ordre social. C’est à cette aventure-là, il me semble, que le film de Mel Gibson s’efforce d’être fidèle.

Entretien avec René Girard
Laurent Linneuil – Abbé de Tanoüarn
Nouvelle revue CERTITUDES – n°16

On ne présente plus René Girard aux lecteurs de Certitudes. Cet anthropologue français vivant aux Etats-unis propose une extraordinaire grille de lecture des mythes archaïques, dont, selon lui, nous dépendons encore aujourd’hui et dont seul l’Evangile nous délivre efficacement. D’après lui, toute la culture humaine provient d’un meurtre primitif, dont il attribue le processus au diable. Nous avons eu la chance, Laurent Linneuil et moi, de pouvoir discuter à bâtons rompus durant deux heures, avec ce penseur original et profond… dont l’apport risque de révolutionner non seulement les sciences humaines mais la philosophie et même, vous le verrez, la théologie. Il s’est plié, avec une extraordinaire bonne grâce au feu roulant de nos questions… (GT)

Certitudes : René Girard, le fait d’avoir intitulé votre livre Les origines de la culture était-ce un souhait de réorienter le commentaire de votre œuvre vers un aspect méconnu, l’aspect fondateur de la violence ?

René Girard : Oui, l’aspect fondateur de la violence est mal compris, mal perçu. En anglais, on parle de titre programmatique c’est-à-dire un titre qui sert le public. Mais auparavant, j’ai toujours eu des titres plutôt « sensationnels », mais cela ne marche plus du tout…

C : Et donc pour ce livre, vous avez pris un titre moins scandaleux et plus classique qui symbolise l’ensemble de votre recherche. N’est-ce pas aussi une façon de répondre à l’une des accusations qui est souvent faite à votre pensée d’être exagérément pessimiste ?

R.G : Il s’agit ici d’un titre programmatique qui d’une certaine manière apparaît plus explicatif que les autres. Pour le fait qu’il symbolise l’ensemble de mon œuvre, on a déjà dit cela de mon dernier livre Je vois Satan tomber comme l’éclair … Mais « Je vois Satan tomber comme l’éclair » est une parole très ambiguë parce qu’où tombe-t-il ? Sur la terre…Et c’est le moment où justement il fait le plus de mal en tombant sur la terre. Il devient libre de faire ce qu’il veut ; c’est donc une parole souvent interprétée dans un sens apocalyptique. C’est l’annonce de la fin de Satan bien sûr mais non pas sa fin immédiate dans la mesure où il est libéré. Il y a aussi le symbolisme de la ligature – si j’ose dire – de Satan et de sa libération.

« Il cria : Mort ! – les poings tendus vers l’ombre vide. Ce mot plus tard fut homme et s’appela Caïn. Il tombait. » ( Victor Hugo) La Fin de Satan

C : Alors Satan est libéré quand il est dans les liens de la culture…

R.G : En effet. Est-ce que cela signifie que Satan n’est plus tenu ? Souvenez-vous du texte où il est dit que « c’est par Belzébuth que tu expulses le démon » et Jésus répond : « Si ce n’est pas par Belzébuth mais par Dieu que j’expulse le démon, etc. ». L’idée que « c’est par Belzébuth que tu expulses le démon » est très profonde : bien des interlocuteurs de Jésus affirment qu’il y a une expulsion du démon qui se fait par Satan. Il s’agit ici de l’expulsion de la culture. Mais dans le judaïsme de l’époque il se pratique des sacrifices ; comment celui-ci interprète-il ces sacrifices ? Je suis sûr qu’il y a des prophètes, très soupçonneux à l’égard de ces sacrifices, qui demandent à ce qu’ils cessent et disent que Dieu est contre tout cela. Et je pense que cet aspect a été minimisé.

C : Et c’est la raison pour laquelle vous dites dans Quand ces choses commenceront que Satan c’est l’ordre…

R.G : Satan, jusqu’à un certain point, c’est l’ordre culturel dans ce qu’il a de violent. Mais il faut se méfier : cela ne signifie pas que l’on peut condamner cet ordre parce que de toute façon le mouvement sacrificiel va vers toujours moins de violence. Et il est bien évident, s’il est vrai comme je le dis que la violence est en quelque sorte fatale dans l’humanité qui ne pourrait pas s’organiser s’il n’y avait pas de sacrifice, que les sacrifices sont nécessaires et acceptés par Dieu. On peut se référer à des paroles évangéliques telles que : « Si Dieu vous a permis de répudier votre femme… ». Dieu a fait des concessions dans le judaïsme classique qui ne sont plus là dans le christianisme dans la mesure où le principe sacrificiel est révélé.

C : A partir du moment où le meurtre fondateur débouche sur le sacrifice et que l’on s’éloigne du meurtre original le sacrifice tend à se transformer en rite, en institution de moins en moins violente ?

R.G : Le sacrifice s’institutionnalise par le changement de la victime – j’admire ce que dit Kierkegaard du sacrifice d’Abraham. Le sens principal est donc historique : c’est le passage du sacrifice humain au sacrifice animal qui représente un progrès immense et que le judaïsme est le seul à interpréter dans le sacrifice d’Isaac. Le seul à le symboliser dans une grande scène qui est une des premières scènes de l’Ancien Testament. Il ne faut pas oublier ce dont ce texte tient compte et dont la tradition n’a pas assez tenu compte : tout l’Ancien Testament se situe dans le contexte du sacrifice du premier né. Rattacher le christianisme au sacrifice du premier né est absurde, mais derrière le judaïsme se trouve ce qu’il y a dans toutes les civilisations moyen-orientales, en particulier chez les Phéniciens : le sacrifice des enfants. Lorsque Flaubert le représente dans Salambo, Sainte-Beuve avait bien tort de se moquer de lui parce que ce dont parle Flaubert est très réel. Les chercheurs ont découvert dans les cimetières de Carthage des tombes qui étaient des mélanges d’animaux à demi-brulés et d’enfants à la naissance à demi-brulés. Il a beaucoup été reproché à Flaubert la scène du dieu Moloch où les parents carthaginois jettent leurs enfants dans la fournaise. Or, les dernières recherches lui donnent raison contre Sainte-Beuve. En définitive, c’est le romancier qui a raison : cette scène est l’un des éléments les plus terrifiants et magnifiques de Salambo. La mode intellectuelle de ces dernières années selon laquelle la violence a été inventée par le monde occidental à l’époque du colonialisme est une véritable absurdité et les archéologues n’en ont pas tenu compte. Aux Etats-Unis, des programmes de recherche se mettent en place notamment sur les Mayas. Ces derniers ont souvent été considérés comme des « anti-Aztèques » : ils n’auraient pas pratiqué de sacrifices humains. Pourtant, dès que l’on fait la moindre fouille, on découvre des choses extraordinaires : chez les Mayas, il y a des kilomètres carrés de villes enfouies. C’est une population formidable avec de nombreux temples et les traces du sacrifice humain y sont partout : des crânes de petits-enfants mêlés à des crânes d’animaux.

C : Ce qui est assez surprenant dans votre relecture de la Bible c’est qu’en plaçant la violence au cœur des rapports humains comme vous le faites, on vous sent presque tentés de déplacer le péché originel d’Adam et Eve à Caïn et Abel…

R.G : C’est une très bonne observation. Les scènes d’Adam et Eve renvoient précisément au désir mimétique : Eve reçoit le désir du serpent et Adam le reçoit d’Eve et lorsque Dieu pose la question par la suite, on refait la même chaîne à l’envers. Adam dit « c’est elle » et Eve dit « C’est le serpent ». D’ailleurs, le serpent est vraiment le premier responsable puisqu’il est plus puni par Dieu que n’importe qui. Mais la première conséquence de cet acte c’est Caïn et Abel. Et le fait que l’un soit la cause de l’autre n’est pas très développé. Adam et Eve, c’est la rivalité mimétique, c’est le désir mimétique qui se communique de l’un à l’autre et par la suite, la guerre des frères ennemis et la fondation de la communauté. Ce qu’il y a de plus frappant dans l’histoire de Caïn et Abel c’est que le texte nous dit : la première société fut fondée par Caïn mais il n’est pas dit comment. En réalité, l’acte fondateur c’est le meurtre d’Abel. Est-ce clair pour les exégètes ? Je ne le crois pas.

C : Vous montrez en effet que c’est le meurtre qui fonde l’interdiction du meurtre…

R.G : Bien sûr. Il y a d’ailleurs un article de Josep Fornari qui porte sur ce que l’on appelait au XIX° siècle, le caïnisme. Des écrivains comme Nerval, de tradition ésotérique, se sont beaucoup intéressés à ce sujet dans lequel ils voyaient souvent un « diabolisme littéraire » mais en même temps quelque chose de très fécond. On ne sait jamais ce que c’est précisément parce que les critiques littéraires qui en parlent n’approfondissent jamais. Il y a des textes de Nerval qui font allusion au caïnisme, c’est-à-dire aux aspects ésotériques et noirs du romantisme dans le religieux. Des écrivains comme Joseph de Maistre y ont été sensibles. Ils ont influencé ensuite des penseurs comme René Guénon. Je n’appartiens pas, bien sûr, à ce courant, mais le terme de « caïnisme » m’intéresse parce que c’est l’idée d’insister sur le caractère meurtrier de l’homme. Nerval adorait l’ésotérisme, mais en même temps il ne menait pas trop loin ses recherches. Le caïnisme était chez lui plus poétique qu’érudit. Mais je m’interroge pour savoir à quoi cela correspond vraiment sur le plan de la pensée : quelle définition claire donner du caïnisme ?

C : L’exégèse classique, dans la lecture d’Adam et Eve, insiste sur le péché d’orgueil et vous déplacez cette lecture sur le plan du désir mimétique…

R.G : Il est facile de trouver les textes évangéliques sur le fait que Satan est meurtrier depuis le commencement : « Vous êtes du diable, votre père. Il était homicide dès le commencement » (St Jean, 8, 44). Dans ce chapitre 8 de Saint Jean qui donne à voir le début de la culture, il est donc dit : « Vous vous croyez les fils de Dieu, mais vous êtes très évidemment les fils de Satan puisque vous ne savez même pas de quoi il retourne. Vous vous croyez fils de Dieu dans une suite naturelle sans vous douter que vous restez dans le sacrifice. » Mais ces textes ne sont jamais vraiment lus. Que reproche saint Jean aux Juifs ? En quoi se distingue-t-il du judaïsme orthodoxe dans ce reproche… ? Voilà de vraies questions…

C : Il reproche aux Juifs de valoriser leur filiation établie…

R.G : Oui, sans voir leur propre violence, sans voir le péché originel d’une certaine façon. « Notre père, c’est Abraham. » Jésus leur dit : « Si vous étiez enfants d’Abraham, vous feriez les œuvres d’Abraham ». (St Jean, 8, 39). Or, c’est la vérité qui rend libre. Cela amène à montrer comment le péché originel, même s’il n’est pas question de le définir, est lié à la violence et au religieux tel qu’il est dans les religions archaïques ou dans le christianisme déformé par l’archaïsme dont il ne parvient pas à triompher totalement dans l’Histoire. Je me garderais bien de définir le péché originel.

C : Mais ce qui paraît très étonnant c’est le fait que dans la Bible on ne connaisse pas la raison pour laquelle Abel est préféré à Caïn…

R.G : Il y a peut-être, paradoxalement, une raison qui est visible dans l’islam. Abel est celui qui sacrifie des animaux et nous sommes au stade : Abel n’a pas envie de tuer son frère peut-être parce qu’il sacrifie des animaux et Caïn, c’est l’agriculteur. Et là, il n’y a pas de sacrifices d’animaux. Caïn n’a pas d’autre moyen d’expulser la violence que de tuer son frère. Il y a des textes tout à fait extraordinaires dans le Coran qui disent que l’animal envoyé par Dieu à Abraham pour épargner Isaac est le même animal qui est tué par Abel pour l’empêcher de tuer son frère. Cela est fascinant et montre que le Coran n’est pas insignifiant sur le plan biblique. C’est très métaphorique mais d’une puissance incomparable. Cela me frappe profondément. Vous avez des scènes très comparables dans l’Odyssée, ce qui est extraordinaire. Celles du Cyclope. Comment échappe-t-on au Cyclope ? En se mettant sous la bête. Et de la même manière qu’Isaac tâte la peau de son fils pour reconnaître, croit-il, Jacob alors qu’il y a une peau d’animal, le Cyclope tâte l’animal et voit qu’il n’y a pas l’homme qu’il cherche et qu’il voudrait tuer. Il apparaît donc que dans l’Odyssée l’animal sauve l’homme. D’une certaine manière, le troupeau de bêtes du Cyclope est ce qui sauve. On retrouve la même chose dans les Mille et une nuits, beaucoup plus tard, dans le monde de l’islam et cette partie de l’histoire du Cyclope disparaît, elle n’est plus nécessaire, elle ne joue plus un rôle. Mais dans l’Odyssée il y a une intuition sacrificielle tout-à-fait remarquable.

C : Vous avez dit que cet aspect dénonciateur du meurtre fondateur dans le discours de Jésus avait été assez mal compris – on y voit souvent de l’antisémitisme. Pour quelle raison l’avènement du christianisme, s’il a été si mal compris, n’a-t-il pas provoqué un déchaînement de la rivalité mimétique ?

R.G : On peut dire que cela aboutit à des déchaînements de rivalité mimétique, d’opposition de frères ennemis. La principale opposition de frères ennemis dans l’Histoire, c’est bien les juifs et les chrétiens. Mais le premier christianisme est dominé par l’Epître aux Romains qui dit : la faute des juifs est très réelle, mais elle est votre salut. N’allez surtout pas vous vanter vous chrétiens. Vous avez été greffés grâce à la faute des juifs. On voit l’idée que les chrétiens pourraient se révéler tout aussi indignes de la Révélation chrétienne que les juifs se sont révélés indignes de leur révélation. Je crois profondément que c’est là qu’il faut chercher le fondement de la théologie contemporaine. Le livre de Mgr Lustiger, La Promesse, est admirable notamment ce qu’il dit sur le massacre des Innocents et la Shoah. Il faut reconnaître que le christianisme n’a pas à se vanter. Les chrétiens héritent de Saint Paul et des Evangiles de la même façon que les Juifs héritaient de la Genèse et du Lévitique et de toute la Loi. Mais ils n’ont pas compris cela puisqu’ils ont continué à se battre et à mépriser les Juifs.

C : Ils ont continué à être dans l’ordre sacrificiel. Mais la Chrétienté n’est-elle pas alors une contradiction dans les termes ? Une société chrétienne est-elle possible ? Les chrétiens ne sont-ils pas toujours des contestataires de l’ordre et de Satan et donc des marginaux ?

R.G : Oui, ils ont recréé de l’ordre sacrificiel. Ce qui est historiquement fatal et je dirais même nécessaire. Un passage trop brusque aurait été impossible et impensable. Nous avons eu deux mille ans d’histoire et cela est fondamental. Mon travail a un rapport avec la théologie, mais il a aussi un rapport avec la science moderne en ceci qu’il historicise tout. Il montre que la religion doit être historicisée : elle fait des hommes des êtres qui restent toujours violents mais qui deviennent plus subtils, moins spectaculaires, moins proches de la bête et des formes sacrificielles comme le sacrifice humain. Il se pourrait qu’il y ait un christianisme historique qui soit une nécessité historique. Après deux mille ans de christianisme historique, il semble que nous soyons aujourd’hui à une période charnière – soit qui ouvre sur l’Apocalypse directement, soit qui nous prépare une période de compréhension plus grande et de trahison plus subtile du christianisme. Nous ne pouvons pas fermer l’histoire et nous n’en avons pas le droit.

C : L’Apocalypse pour vous, c’est la fin de l’histoire…

R.G : Oui, pour moi l’Apocalypse c’est la fin de l’histoire. J’ai une vision aussi traditionnelle que possible. L’Apocalypse, c’est l’arrivée du royaume de Dieu. Mais on peut penser qu’il y a des « petites ou des demi-apocalypses » ou des crises c’est-à-dire des périodes intermédiaires…

C : Et vous ne croyez pas à la post-histoire de Philippe Murray ?

R.G : Je l’apprécie beaucoup. Mais je suis sans doute un chrétien plus classique malgré mon historicisme. Il faut prendre très au sérieux les textes apocalyptiques. Nous ne savons pas si nous sommes à la fin du monde, mais nous sommes dans une période-charnière. Je pense que toutes les grandes expériences chrétiennes des époques-charnières sont inévitablement apocalyptiques dans la mesure où elles rencontrent l’incompréhension des hommes et le fait que cette incompréhension d’une certaine manière est toujours fatale. Je dis qu’elle est toujours fatale, mais en même temps elle ne l’est jamais parce que Dieu reprend toujours les choses et toujours pardonne.

C : Comment envisagez-vous la mondialisation du point de vue de votre système ? La mondialisation ne serait-elle pas une répétition de l’Apocalypse ou de la post-histoire ? La mondialisation n’est-ce pas d’abord Babel puisque l’on revient au début de la Genèse et puis l’Apocalypse du fait de la disparition des nations ?

R.G : Oui, il n’y a plus que des forces contraires qui transcendent toute distinction tribale, nationale…

C : Avec une sorte de mondialisation de l’ordre sans possibilité de nouveau recours à la béquille sacrificielle…

R.G : Le principe apocalyptique définit ce que vous avez dit. Dès qu’il y a non possibilité de recours ou même moindre recours, celui qui vit le christianisme d’une façon intense sent ceci. Donc, même s’il se trompe, il considère toujours la fin toute proche et l’expérience devient apocalyptique.

C : Et en même temps nous sommes dans une situation historique inédite où d’une part la béquille sacrificielle serait tombée, et d’autre part, on a supprimé toutes les barrières à la rivalité mimétique…

R.G : Je suis entièrement d’accord avec vous. Je me souviens d’un journal dans lequel il y avait deux articles juxtaposés. Le premier se moquait de l’Apocalypse d’une certaine façon ; le second était aussi apocalyptique que possible. Le contact de ces deux textes qui se faisaient face et qui dans le même temps se donnaient comme n’ayant aucun rapport l’un avec l’autre avait quelque chose de fascinant.

C : Dans votre essai Celui par qui le scandale arrive, on a l’impression que vous envisagez l’idée d’une société non sacrificielle qui pourrait être la plus violente possible dans une sorte d’égalitarisme qui produit le conflit plutôt qu’il ne l’alimente.

R.G : Nous sommes encore proches de cette période des grandes expositions internationales qui regardait de façon utopique la mondialisation comme l’Exposition de Londres – la « Fameuse » dont parle Dostoievski, les expositions de Paris… Plus on s’approche de la vraie mondialisation plus on s’aperçoit que la non-différence ce n’est pas du tout la paix parmi les hommes mais ce peut être la rivalité mimétique la plus extravagante. On était encore dans cette idée selon laquelle on vivait dans le même monde :o n n’est plus séparé par rien de ce qui séparait les hommes auparavant donc c’est forcément le paradis. Ce que voulait la Révolution française. Après la nuit du 4 août, plus de problème ! (rires).

C : Cela est vrai sur le plan mondial comme sur le plan interne des sociétés puisqu’il y existe pour les deux de l’égalitarisme qui masque les différences nécessaires.

R.G : L’Amérique connaît bien cela. Il est évident que la non-différence de classe ne tarit pas les rivalités mais les excite à mort avec tout ce qu’il y a de bon et de mortel dans ce phénomène.

« Mahomet s’est établi en tuant ; JÉSUS-CHRIST en faisant tuer les siens. Mahomet en défendant de lire ; JÉSUS-CHRIST en ordonnant de lire. Enfin cela est si contraire, que si Mahomet a pis la voie de réussir humainement, JÉSUS-CHRIST a pris celle de périr humainement. Et au lieu de conclure, que puisque Mahomet a réussi, JÉSUS-CHRIST a bien pu réussir ; il faut dire, que puisque Mahomet a réussi, le Christianisme devait périr, s’il n’eût été soutenu par une force toute divine » Pascal Pensées

C : On remarque un facteur inédit qui est celui de la confrontation de notre société avec une religion qui, elle, n’éprouve aucune répulsion pour la violence. Cette religion, c’est l’islam. Vous réfléchissez en outre beaucoup sur les Veda pour marquer ainsi le caractère universel de votre pensée et l’islam finalement y reste encore un peu marginal…

R.G : Ce sont là des circonstances tout à fait accidentelles. J’ai essayé de lire certaines traductions du Coran, mais elles sont assez rébarbatives. Le livre d’André Chouraqui, Le Coran, m’est un peu tombé des mains ! (rires). Sans le contact avec la langue arabe, la tache est difficile. Il y a deux importantes traductions du Coran : celle de Denise Masson et une plus ancienne rééditée récemment chez Payot : celle d’Edouard Montet. Les différences entre ces traductions sont énormes et l’on n’a pas les moyens d’arbitrer.

C : Les traductions de différentes sourates que donne Anne-Marie Delcambre dans son ouvrage L’islam des interdits montrent clairement comment il y a une légitimité de la violence dans l’Islam principalement dans l’affrontement avec les « Infidèles ». Il se pose ici un défi dont on ne voit pas très bien comment l’Occident peut y répondre…Mais on peut penser à l’idée d’une réforme de l’Islam, idée soutenue par des penseurs comme René Guénon et aujourd’hui par de nombreux musulmans comme Dalil Boubakeur …

R.G : L’Occident peut-il encore y répondre sur le plan spirituel ? Il y a une interprétation de ce qui se passe actuellement selon laquelle nous vivons les avatars de la modernisation de l’Islam. Cette thèse est peut-être vraie, mais quand est-ce que se réalisera cette réforme ? Combien d’années faudra-t-il attendre ?

C : Le problème est que cet Islam se détacherait probablement de ses sources idéologiques. Or le Coran semble difficilement transposable dans une autre perspective.

R.G : C’est toute la difficulté de l’interprétation. La question de la vocalisation est ici essentielle. L’arabe est une langue consonantique comme l’hébreu et si l’on vocalise en araméen, on trouve des traductions différentes. Je ne sais pas comment les spécialistes réagissent à cela. Mais il y a quelque chose d’intéressant dans le fait que la critique historique devienne d’un coup une espèce d’arme. Elle s’en ait pris au christianisme. Il y a donc un bon usage de la critique historique.

Le sens du sacrifice chrétien

C : Pouvez-vous développer les raisons profondes qui ont fait qu’après avoir récusé au terme de « sacrifice » tout usage chrétien, vous disiez dans votre dernier livre ne pas pouvoir vous en passer ? Il est donc important de conserver le terme « sacrifice » dans son usage chrétien en ayant conscience que c’est le contraire du sacrifice archaïque.

R.G : Il y a une histoire à ceci. C’est un théologien allemand, le Père Schweiger, qui m’a conduit à accepter le terme de sacrifice dans son sens chrétien. Je lui ai rendu service pour la rivalité mimétique mais l’utilisation chrétienne de cette notion et de l’idée d’une violence fondatrice nous sont venues ensembles et son ouvrage est paru au même moment que le mien. Donc sur certains points, il devrait être considéré comme le fondateur de la théorie au même titre que moi. Il a essayé pendant plusieurs années de convaincre les théologiens allemands. Les théologiens allemands sont fondamentalement divisés en deux groupes : l’un protestant, l’autre plus bavarois et catholique. Il a réussi à les intéresser à cette thèse et je me suis rendu à leur rassemblement cet été. C’est la première fois que ce groupe de théologiens m’invite à parler de mes thèses. Mais ils ne sont plus ce qu’ils étaient.

C : Vous voulez dire qu’ils n’ont plus la même puissance de travail ?

R.G : Les théologiens allemands dominaient la réflexion dans ce domaine. Et maintenant ce sont les théologiens américains qui dominent. Ils ont de grandes personnalités mais aussi des « farceurs » dont certains alimentent Prieur et Mordillat. Ce que je pense, – dans Des choses cachées depuis la fondation du monde j’essaye de créer une plage non sacrificielle – c’est qu’il y a deux types de sacrifice. Si l’on se fonde, par exemple, sur le jugement de Salomon, on distingue : le sacrifice de soi et le sacrifice de l’autre. Eprouver le désir de parler sans « sacrifice » c’est dire qu’il y a un lieu où l’on peut se situer qui est purement scientifique et qui est étranger à toutes les formes de sacrifice. Donc il y a une objectivité scientifique au sens traditionnel. Nier cette objectivité, c’est dire : « non pas du tout, on est toujours dans une forme de religieux ou dans une autre : il faut se sacrifier soi-même ». D’ailleurs, c’est le Père Schweiger qui énonce cette thèse selon laquelle il faut une conversion personnelle pour comprendre le désir mimétique. Une conversion qui n’est pas nécessairement chrétienne… En tout cas, il faut être capable de se reconnaître coupable de désir mimétique. Et cela, je crois, est essentiel.

C : Vous voulez dire que le sacrifice c’est la conversion, quelle qu’elle soit, chrétienne ou non…

R.G : Le passage du sacrifice de l’autre au sacrifice de soi, c’est la conversion. La preuve, dans les Evangiles, c’est le rapport extrêmement proche qui n’est pas souvent perçu entre la première conversion chrétienne qui est la reconversion de Pierre après son reniement et puis la conversion de Paul, marquée par la parole de Jésus « Pourquoi me persécutes-tu ? ». Quel que soit celui que l’on persécute c’est toujours Jésus que l’on persécute. L’absence de lieu non sacrificiel où l’on pourrait s’installer pour rédiger une science du religieux, qui n’aurait aucun rapport avec lui, est une utopie rationaliste. Autrement dit il n’y a que le religieux chrétien qui lise vraiment de façon scientifique le religieux non chrétien.

C : En défendant le sacrifice chrétien vous défendez le religieux chrétien contre l’idée d’un christianisme qui serait pure foi, sans religion ?

R.G : Oui, d’un christianisme sans religion, ce christianisme irréligieux que l’on voit très bien apparaître dans les attaques contre Mel Gibson qui sont en réalité des attaques contre la Passion elle-même. Des journalistes étaient présents à la sortie des premières séances du film à New-York. Et certains spectateurs disaient : « Mais nous avons changé tout cela, la Passion n’a plus la même importance qu’avant… ». C’était un révélateur prodigieux d’un certain courant dans le christianisme aujourd’hui. Il me semble que le débat sur Mel Gibson – en mettant entre parenthèses les mérites ou les démérites du film – était un débat sur l’importance de la Passion, sur la centralité de la Passion ou non.

C : Et en même temps ce film montrait bien ( par les reproches qui lui étaient faits d’être trop violent) à quel point vous avez raison en disant que le discours dénonciateur de la violence du Christ n’a pas été compris. Depuis le moment où vous avez commencé à écrire Des choses cachées depuis la fondation du monde, n’étiez-vous pas gênés par la crainte d’apparaître comme un apologiste de la religion chrétienne ?

R.G : Les personnes qui reprochent à Gibson cette violence sont celles qui d’habitude ne s’inquiètent absolument pas de la violence au cinéma ou bien en font quelque chose de bon : une victoire pour la liberté, pour la modernité. Le livre accepte un peu d’apparaître comme une apologie de la religion chrétienne. Il cherche ce lieu sacrificiel dont je n’avais pas conscience à l’époque. Cela c’est le Père Schweiger qui me l’a montré. Il y a des erreurs grossières comme l’attaque contre l’Epître aux Hébreux qui est ridicule. Il y a des éléments sur la Passion notamment dans l’Epître aux Hébreux qui me paraissent absolument essentiels par exemple l’usage qui est fait du psaume 40 : « Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation…Donc j’ai dit : Voici, je viens ». Que signifie ce « donc » ? Il veut dire : « Tu n’a voulu ni sacrifice ni oblation » donc il n’y a plus de sacrifice et donc les hommes sont exposés à la violence et il n’y a plus que deux choix : soit on préfère subir la violence soit on cherche à l’infliger à autrui. Le Christ veut nous dire entre autres choses : il vaut mieux subir la violence (c’est le sacrifice de soi) que de l’infliger à autrui. Si Dieu refuse le sacrifice, il est évident qu’il nous demande la non-violence qui empêchera l’Apocalypse.

C : Le Christ nous demande alors un sacrifice intérieur…

R.G : Oui, un sacrifice intérieur ou sacrifice de soi : « Voici que Je viens pour faire sa volonté ». Il faut faire référence à la bonne prostituée, dans le Jugement de Salomon que j’évoquais trop rapidement tout à l’heure : elle préfère lâcher l’enfant, elle donc est la vraie mère.

C : Vous allez jusqu’au bout d’une défense d’un christianisme augustinien finalement… L’amour don contre l’amour passion…

R.G : Augustin voit vraiment le christianisme et la mort du Christ comme l’essentiel de toute la culture. D’une certaine façon il associe Caïn et Abel et tous ces meurtres à la Passion ; il voit qu’il y a un rapport. A la fin de la Cité de Dieu, il y a des textes extraordinaires sur ce thème, mais qui me paraissent pourtant incomplets. Il y a à la fois le penseur chrétien très puissant et aussi un homme qui considère la civilisation antique de façon très inhabituelle aujourd’hui.

C : Dans Quand ces choses commenceront, livre d’entretien mené par Michel Tréguer, vous allez très loin et vous parlez de Saint Augustin en affirmant : « Tout ce que j’ai dit est dans Saint Augustin… ».

R.G : C’était une boutade de ma part mais j’y crois d’une certaine façon. On découvre dans son œuvre des éléments extraordinaires pour la définition du désir mimétique. Il y a cette formule – que je cite dans ce livre – des deux nourrissons lesquels sont déjà en pleine rivalité parce qu’ils rivalisent pour le sein de la nourrice. Cela est un peu mythique : ces deux nourrissons ne sont pas capables de comprendre que le sein de la nourrice peut s’épuiser. Mais il s’agit d’une image formidable du désir de toute l’humanité et du fait que la rivalité est présente dès l’origine. C’est ce que découvre aujourd’hui la science expérimentale : elle découvre qu’il y a imitation dès l’origine de l’humanité, dans son existence et son organisation. L’imitation est fondamentale dans les premiers mouvements réflexes de l’être humain.

C : A partir du moment où vous placez la violence au cœur de l’homme, vous n’êtes pas dans un univers irénique et hellénique.

R.G : On peut dire que cet univers irénique n’est là que partiellement chez Platon. Il a une inquiétude, une angoisse devant le mimétique. Derrida dit très justement que l’on ne peut pas systématiser le mimétique chez Platon. Il y a chez lui des contradictions qui sont insolubles. Il a ses inquiétudes devant le mimétique ou devant le fait que les hommes doivent l’éviter comme la peste. Ce qui est passionnant et absolument incompréhensible. Mais si vous regardez les interdits primitifs, les interdits mimétiques, ils sont là. Je crois que Platon est encore en contact avec des éléments du passé, qui sont présents chez les présocratiques mais qui ne le sont plus chez Aristote. Aristote est imitateur de Platon mais on a totalement changé de monde sur le plan culturel : l’alexandrin est ce qui est moderne par rapport à l’univers de la démocratie athénienne.

C : Par delà la violence des rapports humains et la rivalité mimétique n’y-a-t’il pas un désir naturel chez l’homme de vivre en société, paisiblement, en pantouflard ? Cela ne vous semble-t-il pas contradictoire avec votre thèse ?

R.G : Absolument pas. La théorie mimétique ne veut pas se présenter comme une philosophie qui ferait le tour de l’homme. Elle tend simplement à dire qu’il y a toujours assez de rivalité mimétique dans une société pour tout troubler et pour obliger à procéder à un sacrifice. Mais cela ne veut pas dire que tout le monde est coupable au même titre. Il est bien évident que dans notre société les gens sont très forts pour éviter la rivalité mimétique non seulement instinctivement mais très délibérément : il y a tout un art d’éviter la rivalité mimétique qui au fond est l’art de vivre ensemble. Et cela est absolument indispensable.

C : Dans votre dernier livre Les origines de la culture vous insistez beaucoup sur le darwinisme et volontairement vous proposez un épigraphe darwinien à chaque chapitre. Vous semblez en tirer l’idée d’un progrès fatal de l’homme…

R.G : C’est Pierpaolo Antonello qui a fait cela. Personnellement je voulais les enlever. Quant à la question du progrès, ce dernier n’est pas forcément fatal parce que les hommes y contribuent eux-mêmes. Je reconnais qu’il peut y avoir une régression. On peut penser que l’Islam est soutenu par le Coran mais quant aux islamistes « frénétiques » il est bien évident que le Coran n’a guère été interprété dans cette voie si ce n’est peut-être par la fameuse secte des assassins. Oui, il peut y avoir une régression.

C : Ce qui est très frappant, notamment dans Quand ces choses commenceront, au sein même de cette ambiance augustinienne pessimiste c’est votre optimisme foncier, votre idée qu’il y aura toujours un chemin vers le mieux. C’est sans doute la rivalité mimétique qui a pu égarer Augustin dans ses polémiques…

R.G : Mais c’est vrai aussi chez Augustin… Henri Marrou disait qu’il faudrait toujours renoncer à choisir le moment le plus polémique d’Augustin pour le définir en entier. Et si l’on regarde les textes sur la grâce qui ne sont pas dans la querelle avec Pélage, on peut se constituer un Augustin beaucoup plus modéré. La rivalité mimétique est une chose sans quoi il serait très difficile d’écrire. C’est elle qui soutient l’écrivain dans ses efforts. (rires)

La violence est au cœur de l’homme

C : Le christianisme continue à imprégner à contrecœur la société moderne. Vous êtes finalement proche de Chesterton qui parlait de « l’idée chrétienne devenue folle ». Vous affirmez que le message victimaire du christianisme imprègne la vie contemporaine et en même temps on a l’impression d’une perte complète de toute conscience de la violence. C’est très paradoxal.

R.G : Je crois qu’il y a un double mouvement. Il ne faut pas oublier qu’il y a aussi une société de la peur. Beaucoup de gens considèrent que la violence augmente dans notre univers. Les deux mouvements se chevauchent. Le catholicisme en France ou le « para-catholicisme » anglais de la première moitié du XX°siècle connaissent une espèce d’explosions de talents dans la période de l’entre-deux-guerres, que l’on ne retrouve plus aujourd’hui. Je sais que vous n’êtes pas tendres avec Maritain. Il y a des choses un peu plates dans son œuvre, mais il y a aussi des éléments absolument admirables. Des ouvrages comme Le songe de Descartes ou Les trois réformateurs sont marqués par une veine polémique qui disparaît par la suite parce qu’il est devenu presque trop officiel.

C : On constate un phénomène d’inconscience contemporaine vis-à-vis de la violence. Nos contemporains ont certes peur de la violence, mais ils en ont conscience comme une force extérieure notamment sous la forme du terrorisme. Il semble que nos contemporains aient totalement perdu le message chrétien qui enseigne que la violence est au cœur de l’homme, une violence qui nous menace et que l’on ne peut pas expulser de nous-mêmes.

R.G : Oui, on se sent toujours victime d’une violence autre. Il faudrait étudier le mimétisme sur le plan le plus fondamental qui est la réciprocité entre les hommes. Entre les animaux, il n’y a pas de réciprocité : même lorsqu’ils se battent, ils ne se regardent pas. Dans la première histoire du Livre de la jungle, les animaux ne peuvent pas soutenir le regard de Mowgli, l’enfant-loup. L’animal ne voit rien dans ses yeux qui ne retienne son regard. Ce n’est pas du tout le triomphe de l’homme sur l’animal malgré ce qu’en fait Kipling, conformément à une vision dix-neuvièmiste de l’humanisme triomphant. Dans ce livre toutes les histoires se terminent par des meurtres collectifs, derrière lesquels se cachent des mythes indiens très anciens. Ce qui m’interroge c’est cette réciprocité qui subsiste chez l’homme. Si vous avez un bon rapport avec quelqu’un, vous êtes dans la réciprocité, mais très vite la violence peut s’élever entre vous. Lorsque je vous tends la main et que vous ne la prenez pas, s’il n’y a pas réciprocité, immédiatement la main qui s’est offerte se retirera. C’est-à-dire qu’elle imitera la violence de l’autre. Le rapport de violence est un rapport de réciprocité tout comme le rapport donnant-donnant. Mais c’est un rapport de réciprocité très difficile à modifier dans le sens du retour à une bonne réciprocité. En revanche, rien n’est plus facile de passer de la bonne à la mauvaise réciprocité. Dès que les hommes ne se traitent pas bien mutuellement, ils ont l’impression que la violence vient de l’autre et, dans leur idée, eux ne font jamais que rendre à l’autre la même chose. C’est dire à l’autre : j’ai compris ce que tu veux me dire et je me conduis avec toi de semblable manière. Et pour être bien sûr que l’autre comprendra on surenchérit. L’autre va donc interpréter cela comme une agression. On peut très bien montrer ici qu’au niveau le plus élémentaire il y a toujours incompréhension de l’un par l’autre. L’escalade peut grimper sans que personne n’ait jamais conscience d’y contribuer lui-même.

C : Cependant on a vécu pendant cinquante ans sous une doctrine stratégique nucléaire qui prévoyait justement une escalade de violence…

R.G : Certainement. Mais dans ce cas précis il y a eu des gestes de prudence extraordinaires, puisque Kroutchev n’a pas maintenu à Cuba les bombes atomiques. Il y a, dans ce geste, quelque chose de décisif. Ce fut le seul moment effrayant pour les hommes d’Etat eux-mêmes. Aujourd’hui nous savons qu’il y a des pays qui essaient par tous les moyens de se procurer ces armes et nous savons aussi qu’ils sont bien décidés à les utiliser. On a donc encore franchi un pallier.

C : Une autre traduction de cette perversion des idées chrétiennes c’est le concept de victime. Dans notre société les victimes sont partout et cette surenchère victimaire est finalement devenue le moyen d’agresser l’autre. On se sert de ce que l’on sait de la personne pour dire : « je suis ta victime donc tu es un bourreau ».

R.G : Oui mais il faut aussi reconnaître que derrière cet abus du victimaire il y a un usage légitime. Nous sommes la seule société qui s’intéresse aux victimes en tranquillité. Et ça c’est une supériorité extraordinaire.

C : Vous le développiez bien dans Quand ces choses commenceront : la victimisation comme arme, comme violence…

R.G : Je crois que le moment décisif en Occident est l’invention de l’hôpital. Les primitifs s’occupent de leurs propres morts. Ce qu’il y a de caractéristique dans l’hôpital c’est bien le fait de s’occuper de tout le monde. C’est l’hôtel-Dieu donc c’est la charité. Et c’est visiblement une invention du Moyen-Age. Tout ce qu’il y a de bon dans notre société peut faire l’objet d’abus. Lorsque Voltaire a écrit Candide, il cherchait un contre-exemple, une société supérieure à l’Occident, mais il ne l’a pas trouvée. C’est la raison pour laquelle il s’est tourné vers cet Eldorado qui, en fait, n’existe pas. Il avait lui-même écrit des poèmes comme le Mondain – « Ah quel bon temps que ce siècle de fers ! ». Son idée principale est que la société moderne était la meilleure de toutes. C’était pour embêter les dames de son salon qui parlaient de Leibniz au lieu de parler de lui comme elles auraient dû le faire…(rires) Voltaire a une conscience de la rivalité mimétique tout à fait extraordinaire. Dans Candide, il y a ce personnage, Pococuranté, qui possède tout. Noble vénitien, il reçoit Candide et son serviteur Martin et méprise toutes ses richesses (chap. 25). Il a de nombreux tableaux, mais il ne les regarde plus. Par ailleurs, il affirme que les sots admirent tout dans l’œuvre d’un grand auteur ; lui, il n’aime que ce qui est à son usage. Lorsqu’ils prennent congé de ce Vénitien, Candide dit à son serviteur Martin : « voilà le plus heureux des hommes car il est au-dessus de tout ce qu’il possède ». Il veut paraître supérieur à toutes ses possessions et, au fond, il cultive une forme de désir.

C : Il y a un dernier thème que vous abordez, celui de la vérité, de la vérificabilité. Derrière ce thème de la vérité se cache celui de la figuralité : tout est figure du vrai…. Dans La voix méconnue du réel, vous proposez l’idée d’une vérité à laquelle on n’échappe pas, celle de la théorie mimétique, qui d’une certaine façon est au-dessus des preuves que l’on peut donner pour ou contre…

R.G : Le vrai problème est celui de la vérité scientifique. Popper m’oppose toujours la « vérifiabilité ». Il m’assure que ma thèse n’est pas vérifiable. Je lui réponds que la thèse de l’évolution ne l’est pas non plus indubitablement. D’autre part, il y a toutes sortes de choses dont nous sommes certains. C’est la direction que je prends maintenant. C’est ce que l’on nomme en anglais le « common knowledge », le savoir commun. Aujourd’hui vous n’avez pas besoin d’expliquer que les sorcières ne sont pas coupables, malgré la chasse aux sorcières du 15ème siècle. Il s’agit là de « common knowledge » dans la mesure où personne ne vous réfutera car cela va de soi, cela est évident. La question est de savoir si ce « common knowledge » fait partie de la science. Je réponds : oui mais c’est une science tellement certaine qu’elle n’a pas à se démontrer, une science qui a trop de vérifications qui sont là possibles pour qu’il soit nécessaire d’en épuiser la liste.

C : Notre revue s’appelle Certitudes : c’est un clin d’œil au penseur italien Vico, qui développe la théorie du « certum ». Le certum n’est pas le « verum ». Vico est d’une certaine manière, un anthropologue, il est passionné par la latinité dans toutes ses manifestations historiques. Votre éloquence fait penser à Vico. Le propos de Vico n’est pas philosophique. Sa théorie de la « science nouvelle » décrit une science qui est en opposition à celle de Descartes et en cela elle est nouvelle. Descartes, lui, prétendait au« verum » donc à une science de l’objet. Et vous dites : « Nous sommes toujours inclus dans la science fondamentale que nous développons donc ce n’est pas une vérité objective mais une vérité totale qui nous enveloppe… ».

R.G : L’idée selon laquelle on ne peut arriver au « certum » à partir des textes est une idée constamment démentie par l’existence du système judiciaire, du système de la preuve. La question est de savoir à partir de quel moment on est vraiment dans le « certum ». Dans l’anthropologie il n’y a pas de vérification immédiate puisque tout est indirect. Tout est lié à la multiplication des indices donc c’est bien une attitude scientifique. Le travail de l’ethnologue nécessite cette multiplication d’indices indirects.

C : Vous avez osé intituler l’un de vos livres : la voix méconnue du réel. Comment ce texte sur le réel et sur la vérité a-t-il été reçu ?

R.G : La voix méconnue du réel c’est le titre choisi par la traductrice. Je trouve cette traduction très bonne, mais certains la contestent. C’est tout le problème des traductions de l’anglais au français. C’est sur le mot « réel » que l’on conteste la traduction. La traduction devient impossible à cause des ressemblances entre les deux langues. C’est la question des « faux-amis ». Des termes traduits en apparence parfaitement n’ont pas de sens dans une langue, mais sont très compréhensibles dans l’autre.

C : Le fait d’avoir enseigné et publié aux Etats-Unis vous a-t-il donné une liberté de recherche et de pensée supplémentaire par rapport à ce qui se serait passé si vous étiez restés en France ? Le préjugé antireligieux était-il moins fort là-bas ?

R.G : C’est ma seule expérience anthropologique ! ( rires ). Non, le préjugé est exactement le même. Mais les proportions en chiffres sont différentes. Par exemple, l’Eglise « modernisée » a réussi à « décatholiciser » nombre de gens. Les catholiques rassemblent soixante-dix millions de personnes aux Etats-Unis. J’y suis arrivé avant le Concile et il y avait alors 75 % de pratiquants. Cela représentait beaucoup plus que toute l’Europe. Aujourd’hui on compte 30 % de pratiquants ce qui reste encore très supérieur à l’Europe. Les fondamentalistes ne sont pas les fous-furieux tels que les médias les montrent ici. Les traiter de « fondamentalistes » est d’ailleurs excessif. Ils sont attachés à l’éducation des enfants. Ils se méfient des cours de « sex education » qui ont lieu dans certaines écoles, ce qui est parfaitement légitime. Certes, les milieux les plus nationalistes récupèrent leurs votes, mais d’une certaine manière tous les partis ont une part de responsabilité. Les églises protestantes sont d’ailleurs dans un état de décomposition plus grand que l’Eglise catholique.

C : Justement, quelle est la situation des églises protestantes, des baptistes par exemple ?

R.G : Ce problème est assez complexe. Les baptistes ont toujours été un peu fondamentalistes. Il y a de nombreux pratiquants dans cette branche du protestantisme. Il y a ce qu’on appelle les « grandes dénominations » qui comprennent les épiscopaliens ( anglicans version internationale), les presbytériens d’origine écossaise et les méthodistes ainsi que les quakers. Beaucoup de ces Eglises notamment presbytériennes, souvent très rigoureuses ont connu une certaine évolution vers un relâchement de la Foi. Ainsi parler de Dieu aujourd’hui dans ces Eglises cela paraît un peu impoli…! ( rires ) Elles sont devenues des sortes de clubs humanitaires.

C : Vous dites avec une force extraordinaire que la religion est mère de tout…

R.G : Je pense qu’elle l’est. Ce qui fait la force du catholicisme américain ce sont les protestants qui se convertissent au catholicisme. Si vous leur dites que le catholicisme est en train lui aussi de se décomposer, ils vous répondent : « Oui, mais le catholicisme est la seule Eglise qui a une chance de survivre et de vivre. »

« Le débat sur le film de Mel Gibson est en réalité un débat sur la Passion elle-même »

C : Ils doivent être d’autant plus désolés de l’affadissement du catholicisme…Quelle a été, par exemple, la réaction de la hiérarchie catholique devant la Passion du Christ ?

R.G : De nombreux protestants ont affirmé sur plusieurs chaînes de télévision : « ce film montre à quel point nous avons supprimé toute imagerie ». Il y a donc eu parfois de très heureuses réactions de la part de protestants. Pour ce qui est de la hiérarchie catholique, une déclaration des évêques disait : « Nous n’avons pas d’avis ». Ils ont affirmé qu’ils ne jugeaient pas Mel Gibson, que son engagement était plutôt bon en soi mais que le film pouvait être très mal compris, comme un film justifiant la violence. Cela est vraiment faux. Le film ne justifie pas la violence. Aux Etats-Unis, nous avons une chaîne de télévision catholique qui s’appelle « The Eternal Word Television Network » (EWTN) : le réseau de télévision de la Parole éternelle. C’est magnifique ! (rires). C’est Mother Angelica qui en est la directrice. Ils disent la Messe, ils récitent le chapelet plusieurs fois par jour et les émissions culturelles sont souvent de qualité et ne sont pas la répétition interminable de celles diffusées par les autres médias.

C : En France, il y a la chaîne KTO lancée depuis trois ans. Elle s’apprêtait à défendre le film, mais, très liée à l’épiscopat, ce dernier lui a demandé de mettre un bémol dans ses analyses…

R.G : Une journaliste de KTO m’a interrogé. Je revenais à ce moment-là des Etats-Unis et j’étais donc un peu fatigué. J’ai compris tout de suite qu’elle souhaitait me lancer contre le film de Mel Gibson. Alors cela m’a réveillé ! (rires).

Voir aussi:

“Ce qui se joue aujourd’hui est une rivalité mimétique à l’échelle planétaire” René Girard
Propos recueillis par Henri Tincq
Le Monde
05.11.01.

René Girard , né le 25 décembre 1923 à Avignon, vit depuis 1947 aux Etats-Unis, où il a enseigné à l’université Stanford (Californie). Les attentats du 11 septembre l’ont laissé, d’abord, “engourdi”.Dans cet entretien au Monde, l’anthropologue essaie pour la première fois d’analyser un événement où il reconnaît ses propres thèses sur la rivalité mimétique et le sacrifice du bouc émissaire comme instrument de résolution des cycles de violence. Depuis trente ans, ses ouvrages ont été traduits dans le monde entier : La Violence et le Sacré (Grasset, 1972) ; Des choses cachées depuis la fondation du monde (Grasset, 1978) ; Je vois Satan tomber comme l’éclair (Grasset, 1999). Sa conviction chrétienne s’affermit au fil d’une œuvre dense qui peut se révéler une clé de lecture de la menace terroriste actuelle. Pour lui, la violence n’est pas d’abord politique ou biologique, mais mimétique. Dans un ouvrage qui vient de sortir en France chez Desclée de Brouwer – Celui par qui le scandale arrive (194 p., 19 euros , 124,63 F) –, René Girard revient sur sa conviction que la croix – la mort du Christ – annonce la victoire sur les mythes et régressions les plus archaïques.

http://www.homme-moderne.org/societe/anthropo/rgirard/011105.html

Le terrorisme est suscité par un désir exacerbé de convergence et de ressemblance avec l’Occident. L’islam fournit le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme. Son rapport mystique avec la mort nous le rend plus mystérieux encore.

“Votre théorie de la “rivalité mimétique” peut-elle s’appliquer à l’actuelle situation de crise internationale ?

– L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la “différence”, alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la “concurrence”, la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde “différent” du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette “différence” qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. Les rapports humains sont essentiellement des rapports d’imitation, de concurrence.

“Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.

– “Loin de se détourner de l’Occident, écrivez-vous dans votre dernier livre, ils ne peuvent pas s’empêcher de l’imiter, d’adopter ses valeurs sans se l’avouer et sont tout aussi dévorés que nous le sommes de la réussite individuelle et collective.” Faut-il comprendre que les “ennemis” de l’Occident font des Etats-Unis le modèle mimétique de leurs aspirations, au besoin en le tuant ?

– Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité.

– Mais les Américains auraient dû être les moins étonnés de ce qui s’est passé, puisqu’ils vivent en permanence ces rapports de concurrence.

– L’Amérique incarne en effet ces rapports mimétiques de concurrence. L’idéologie de la libre entreprise en fait la solution absolue. Efficace, mais explosive. Ces rapports de concurrence sont excellents si on en sort vainqueurs, mais si les vainqueurs sont toujours les mêmes, alors, un jour ou l’autre, les vaincus renversent la table du jeu. Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme. “Nous vous enterrerons”, disait Khrouchtchev aux Américains. Cela avait un côté bon enfant… Ben Laden, c’est plus inquiétant que le marxisme, où nous reconnaissions une conception du bonheur matériel, de la prospérité et un idéal de réussite pas si éloigné de ce qui se vit en Occident.

– Que pensez-vous de la fascination pour le sacrifice chez les kamikazes de l’islam ? Si le christianisme, c’est le sacrifice de la victime innocente, iriez-vous jusqu’à dire que l’islamisme est la permission du sacrifice et l’islam une religion sacrificielle, dans laquelle on retrouve aussi cette notion de “modèle” qui est au cœur de votre théorie mimétique ?

– L’islam entretient un rapport avec la mort qui me convainc davantage que cette religion n’a rien à voir avec les mythes archaïques. Un rapport avec la mort qui, d’un certain point de vue, est plus positif que celui que nous observons dans le christianisme. Je pense à l’agonie du Christ : “Mon Père, pourquoi m’as-tu abandonné ! (…) Que cette coupe s’éloigne de moi.” Le rapport mystique de l’islam avec la mort nous le rend plus mystérieux encore. Au début, les Américains prenaient ces islamistes kamikazes pour des “cowards” (poltrons), mais, très vite, ils ont changé d’appréciation. Le mystère de leur suicide épaississait le mystère de leur action terroriste.

” Oui, l’islam est une religion du sacrifice dans laquelle on retrouve aussi la théorie du mimétisme et du modèle. Les candidats au suicide ne manquaient déjà pas lorsque le terrorisme semblait échouer. Alors imaginez ce qui se passe aujourd’hui quand il a, si j’ose dire, réussi. Il est évident que dans le monde musulman, ces terroristes kamikazes incarnent des modèles de sainteté.

– Les martyrs de la foi au Christ sont aussi, disaient les Pères de l’Eglise, de la “semence” de chrétiens…

– Oui, mais dans le christianisme, le martyr ne meurt pas pour se faire copier. Le chrétien peut s’apitoyer sur lui, mais il n’envie pas sa mort. Il la redoute, même. Le martyr sera pour lui un modèle d’accompagnement, mais pas un modèle pour se jeter dans le feu avec lui. Dans l’islam, c’est différent. On meurt martyr pour se faire copier et manifester ainsi un projet de transformation politique du monde. Appliqué au début du XXIe siècle, un tel modèle me laisse pantois. Est-il propre à l’islam ? On fait souvent référence à la secte des hachachins au Moyen Age qui se tuaient après avoir donné la mort aux infidèles, mais je ne suis pas capable de comprendre ce geste, encore moins de l’analyser. Il faut seulement le constater.

– Iriez-vous jusqu’à dire que la figure dominante de l’islam est celle du combattant guerrier et que dans le christianisme c’est celle de la victime innocente, et que cette différence irréductible condamne toute tentative de compréhension entre ces deux monothéismes ?

– Ce qui me frappe dans l’histoire de l’islam, c’est la rapidité de sa diffusion. Il s’agit de la conquête militaire la plus extraordinaire de tous les temps. Les barbares s’étaient fondus dans les sociétés qu’ils avaient conquises, mais l’islam est resté tel qu’il était et a converti les populations des deux tiers de la Méditerranée. Ce n’est donc pas un mythe archaïque comme on aurait tendance à le croire. J’irais même jusqu’à dire que c’est une reprise – rationaliste à certains points de vue – de ce qui fait le christianisme, une sorte de protestantisme avant l’heure. Dans la foi musulmane, il y a un aspect simple, brut, pratique qui a facilité sa diffusion et transformé la vie d’un grand nombre de peuples à l’état tribal en les ouvrant au monothéisme juif modifié par le christianisme. Mais il lui manque l’essentiel du christianisme : la croix. Comme le christianisme, l’islam réhabilite la victime innocente, mais il le fait de manière guerrière. La croix, c’est le contraire, c’est la fin des mythes violents et archaïques.

– Mais les monothéismes ne sont-ils pas porteurs d’une violence structurelle, parce qu’ils ont fait naître une notion de Vérité unique, exclusive de toute articulation concurrente ?

– On peut toujours interpréter les monothéismes comme des archaïsmes sacrificiels, mais les textes ne prouvent pas qu’ils le sont. On dit que les Psaumes de la Bible sont violents, mais qui s’exprime dans les psaumes, sinon les victimes des violences des mythes : “Les taureaux de Balaam m’encerclent et vont me lyncher” ? Les Psaumes sont comme une fourrure magnifique de l’extérieur, mais qui, une fois retournée, laisse découvrir une peau sanglante. Ils sont typiques de la violence qui pèse sur l’homme et du recours que celui-ci trouve dans son Dieu.

” Nos modes intellectuelles ne veulent voir de la violence que dans les textes, mais d’où vient réellement la menace ? Aujourd’hui, nous vivons dans un monde dangereux où tous les mouvements de foule sont violents. Cette foule était déjà violente dans les Psaumes. Elle l’est dans le récit de Job. Elle demande à Job de se reconnaître coupable : c’est un vrai procès de Moscou qu’on lui fait. Procès prophétique. N’est-ce pas celui du Christ adulé par les foules, puis rejeté au moment de la Passion ? Ces récits annoncent la croix, la mort de la victime innocente, la victoire sur tous les mythes sacrificiels de l’Antiquité.

” Est-ce si différent dans l’islam ? Ils contiennent aussi de formidables intuitions prophétiques sur le rapport entre la foule, les mythes, les victimes et le sacrifice. Dans la tradition musulmane, le bélier sacrifié à Abel est le même que celui qui a été envoyé par Dieu à Abraham pour qu’il épargne son fils. Parce qu’Abel sacrifie des béliers, il ne tue pas son frère. Parce que Caïn ne sacrifie pas d’animaux, il tue son frère. Autrement dit, l’animal sacrificiel évite le meurtre du frère et du fils. C’est-à-dire qu’il fournit un exutoire à la violence. Ainsi y a-t-il, chez Mahomet, des intuitions qui sont au niveau de certains des plus grands prophètes juifs, mais en même temps un souci d’antagonisme et de séparation du judaïsme et du christianisme qui peut rendre notre interprétation négative.

– Vous insistez dans votre dernier livre sur l’autocritique occidentale, toujours présente à côté de l’ethnocentrisme. “Nous autres Occidentaux, écrivez-vous, sommes toujours simultanément nous-mêmes et notre propre ennemi.” Cette autocritique subsiste-t-elle après la destruction des tours ?

– Elle subsiste et elle est légitime pour repenser l’avenir, pour corriger par exemple cette idée d’un Locke ou d’un Adam Smith selon laquelle la libre concurrence serait toujours bonne et généreuse. C’est une idée absurde, et nous le savons depuis longtemps. Il est étonnant qu’après un échec aussi flagrant que celui du marxisme l’idéologie de la libre entreprise ne se montre pas davantage capable de mieux se défendre. Affirmer que “l’histoire est finie” parce que cette idéologie l’a emporté sur le collectivisme, c’est évidemment mensonger. Dans les pays occidentaux, l’écart des salaires s’accroît d’une manière considérable et on va vers des réactions explosives. Et je ne parle pas du tiers-monde. Ce qu’on attend de l’après-attentats, c’est bien sûr une idéologie renouvelée, plus raisonnable, du libéralisme et du progrès.”

Voir enfin:

Mel Gibson : une violence au service de la foi
Philosophe français enseignant aux Etats-Unis, René Girard a vu le
film de Mel Gibson pour “Le Figaro Magazine”. Il salue le travail du
cinéaste pour inscrire “la Passion du Christ” dans une tradition
esthétique et théologique.
Par René Girard, Jean-François Mongibeaux et Etienne de Montety
Le Figaro Magazine
27 mars 2004

Bien avant la sortie de son film aux Etats-Unis, Mel Gibson avait organisé pour les sommités journalistiques et religieuses des projections privées. S’il comptait s’assurer ainsi la bienveillance des gens en place, il a mal calculé son coup, ou peut-être a-t-il fait preuve, au contraire, d’un machiavélisme supérieur.

Les commentaires ont tout de suite suivi et, loin de louer le film ou même de rassurer le public, ce ne furent partout que vitupérations affolées et cris d’alarme angoissés au sujet des violences antisémites qui risquaient de se produire à la sortie des cinémas. Même le New Yorker, si fier de l’humour serein dont, en principe, il ne se départ jamais, a complètement perdu son sang-froid et très sérieusement accusé le film d’être plus semblable à la propagande nazie que toute autre production cinématographique depuis la Seconde Guerre mondiale.

Rien ne justifie ces accusations. Pour Mel Gibson, la mort du Christ est l’oeuvre de tous les hommes, à commencer par Gibson lui-même. Lorsque son film s’écarte un peu des sources évangéliques, ce qui arrive rarement, ce n’est pas pour noircir les Juifs mais pour souligner la pitié que Jésus inspire à certains d’entre eux, à un Simon de Cyrène par exemple, dont le rôle est augmenté, ou à une Véronique, la femme qui, selon une tradition ancienne, a offert à Jésus, pendant la montée au Golgotha, un linge sur lequel se sont imprimés les traits de son visage.

Plus les choses se calment, plus il devient clair, rétrospectivement, que ce film a déclenché dans les médias les plus influents du monde une véritable crise de nerfs qui a plus ou moins contaminé par la suite l’univers entier. Le public n’avait rien à voir à l’affaire puisqu’il n’avait pas vu le film. Il se demandait avec curiosité, forcément, ce qu’il pouvait bien y avoir dans cette Passion pour semer la panique dans un milieu pas facile en principe à effaroucher. La suite était facile à prévoir : au lieu des deux mille six cents écrans initialement prévus, ils furent plus de quatre mille à projeter The Passion of the Christ à partir du mercredi des Cendres, jour choisi, de toute évidence, pour son symbolisme pénitentiel.

Dès la sortie du film, la thèse de l’antisémitisme a perdu du terrain mais les adversaires du film se sont regroupés autour d’un second grief, la violence excessive qui, à les en croire, caractériserait ce film. Cette violence est grande, indubitablement, mais elle n’excède pas, il me semble, celle de bien d’autres films que les adversaires de Mel Gibson ne songent pas à dénoncer. Cette Passion a bouleversé, très provisoirement sans doute, l’échiquier des réactions médiatiques au sujet de la violence dans les spectacles. Tous ceux qui, d’habitude, s’accommodent très bien de celle-ci ou voient même dans ses progrès constants autant de victoires de la liberté sur la tyrannie, voilà qu’ils la dénoncent dans le film de Gibson avec une véhémence extraordinaire.

Tous ceux qui, au contraire, se font d’habitude un devoir de dénoncer la violence, sans obtenir jamais le moindre résultat, non seulement tolèrent ce même film mais fréquemment ils le vénèrent. Jamais on n’avait filmé avec un tel réalisme. Pour justifier leur attitude, les opposants empruntent à leurs adversaires habituels tous les arguments qui leur paraissent excessifs et même ridicules dans la bouche de ces derniers. Ils redoutent que cette Passion ne «désensibilise» les jeunes, ne fasse d’eux de véritables drogués de la violence, incapables d’apprécier les vrais raffinements de notre culture. On traite Mel Gibson de «pornographe» de la violence, alors qu’en réalité il est un des très rares metteurs en scène à ne pas systématiquement mêler de l’érotisme à la violence.

Certains critiques poussent l’imitation de leurs adversaires si loin qu’ils mêlent le religieux à leurs diatribes. Ils reprochent à ce film son «impiété», ils vont jusqu’à l’accuser, tenez-vous bien, d’être «blasphématoire». Cette Passion a provoqué, en somme, entre des adversaires qui se renvoient depuis toujours les mêmes arguments, un étonnant chassé-croisé. Cette double palinodie se déroule avec un naturel si parfait que l’ensemble a toute l’apparence d’un ballet classique, d’autant plus élégant qu’il n’a pas la moindre conscience de lui-même.

Quelle est la force invisible mais souveraine qui manipule tous ces critiques sans qu’ils s’en aperçoivent ? A mon avis, c’est la Passion elle-même. Si vous m’objectez qu’on a filmé celle-ci bien des fois dans le passé sans jamais provoquer ni l’indignation formidable ni l’admiration, aussi formidable sans doute mais plus secrète, qui déferlent aujourd’hui sur nous, je vous répondrai que jamais encore on n’avait filmé la Passion avec le réalisme implacable de Gibson.

C’est la saccharine hollywoodienne d’abord qui a dominé le cinéma religieux, avec des Jésus aux cheveux si blonds et aux yeux si bleus qu’il n’était pas question de les livrer aux outrages de la soldatesque romaine. Ces dernières années, il y a eu des Passions plus réalistes, mais moins efficaces encore, car agrémentées de fausses audaces postmodernistes, sexuelles de préférence, sur lesquelles les metteurs en scène comptaient pour pimenter un peu les Evangiles jugés par eux insuffisamment scandaleux. Ils ne voyaient pas qu’en sacrifiant à l’académisme de «la révolte» ils affadissaient la Passion, ils la banalisaient.

Pour restituer à la crucifixion sa puissance de scandale, il suffit de la filmer telle quelle, sans rien y ajouter, sans rien en retrancher. Mel Gibson a-t-il réalisé ce programme jusqu’au bout ? Pas complètement sans doute, mais il en a fait suffisamment pour épouvanter tous les conformismes. Le principal argument contre ce que je viens de dire consiste à accuser le film d’infidélité à l’esprit des Evangiles. Il est vrai que les Evangiles se contentent d’énumérer toutes les violences que subit le Christ, sans jamais les décrire de façon détaillée, sans jamais
faire voir la Passion «comme si on y était».

C’est parfaitement exact, mais tirer de la nudité et de la rapidité du texte évangélique un argument contre le réalisme de Mel Gibson, c’est escamoter l’histoire. C’est ne pas voir que, au premier siècle de notre ère, la description réaliste au sens moderne ne pouvait pas être pratiquée, car elle n’était pas encore inventée. L’impulsion première dans le développement du réalisme occidental vient très probablement de la Passion. Les Evangiles n’ont pas délibérément rejeté une possibilité qui n’existait pas à leur époque. Il est clair que, loin de fuir le réalisme, ils le recherchent, mais les ressources font défaut. Les récits de la Passion contiennent plus de détails concrets que toutes les oeuvres savantes de l’époque. Ils représentent un premier pas en avant vers le toujours plus de réalisme qui définit le dynamisme essentiel de notre culture dans ses époques de grande vitalité. Le premier moteur du réalisme, c’est le désir de nourrir la méditation religieuse qui est essentiellement une méditation sur la Passion du Christ.

En enseignant le mépris du réalisme et du réel lui-même, l’esthétique moderne a complètement faussé l’interprétation de l’art occidental. Elle a inventé, entre l’esthétique d’un côté, le technique et le scientifique de l’autre, une séparation qui n’a commencé à exister qu’avec le modernisme, lequel n’est peut-être qu’une appellation flatteuse de notre décadence. La volonté de faire vrai, de peindre les choses comme si on y était a toujours triomphé auparavant et, pendant des siècles, elle a produit des chefs-d’oeuvre dont Gibson dit qu’il s’est inspiré. Il mentionne lui-même, me dit-on, le Caravage. Il faut songer aussi à certains Christ romans, aux crucifixions espagnoles, à un Jérôme Bosch, à tous les Christ aux outrages…

Loin de mépriser la science et la technique, la grande peinture de la Renaissance et des siècles modernes met toutes les inventions nouvelles au service de sa volonté de réalisme. Loin de rejeter la perspective, le trompe-l’oeil, on accueille tout cela avec passion. Qu’on songe au Christ mort de Mantegna…

Pour comprendre ce qu’a voulu faire Mel Gibson, il me semble qu’il faut se libérer de tout les snobismes modernistes et postmodernistes et envisager le cinéma comme un prolongement et un dépassement du grand réalisme littéraire et pictural. Si les techniques contemporaines passent souvent pour incapables de transmettre l’émotion religieuse, c’est parce que jamais encore de grands artistes ne les ont transfigurées. Leur invention a coïncidé avec le premier effondrement de la spiritualité chrétienne depuis le début du christianisme.

Si les artistes de la Renaissance avaient disposé du cinéma, croit-on vraiment qu’ils l’auraient dédaigné ? C’est avec la tradition réaliste que Mel Gibson s’efforce de renouer. L’aventure tentée par lui consiste à utiliser à fond les ressources incomparables de la technique la plus réaliste qui fût jamais, le cinéma. Les risques sont à la mesure de l’ambition qui caractérise cette entreprise, inhabituelle aujourd’hui, mais fréquente dans le passé.

Si l’on entend réellement filmer la Passion et la crucifixion, il est bien évident qu’on ne peut pas se contenter de mentionner en quelques phrases les supplices subis par le Christ. Il faut les représenter. Dans la tragédie grecque, il était interdit de représenter la mort du héros directement, on écoutait un messager qui racontait ce qui venait de se passer. Au cinéma, il n’est plus possible d’éluder l’essentiel. Court-circuiter la flagellation ou la mise en croix, par exemple, ce serait reculer devant l’épreuve décisive. Il faut représenter ces choses épouvantables «comme si on y était». Faut-il s’indigner si le résultat ne ressemble guère à un tableau préraphaélite ?

Au-delà d’un certain nombre de coups, la flagellation romaine, c’était la mort certaine, un mode d’exécution comme les autres, en somme, au même titre que la crucifixion. Mel Gibson rappelle cela dans son film. La violence de sa flagellation est d’autant plus insoutenable qu’elle est admirablement filmée, ainsi que tout le reste de l’oeuvre d’ailleurs.

Mel Gibson se situe dans une certaine tradition mystique face à la Passion : «Quelle goutte de sang as-tu versée pour moi ?», etc. Il se fait un devoir de se représenter les souffrances du Christ aussi précisément que possible, pas du tout pour cultiver l’esprit de vengeance contre les Juifs ou les Romains, mais pour méditer sur notre propre culpabilité.

Cette attitude n’est pas la seule possible, bien sûr, face à la Passion. Et il y aura certainement un mauvais autant qu’un bon usage de son film, mais on ne peut pas condamner l’entreprise a priori, on ne peut pas l’accuser les yeux fermés de faire de la Passion autre chose qu’elle n’est. Jamais personne, dans l’histoire du christianisme, n’avait encore essayé de représenter la Passion telle que réellement elle a dû se dérouler.

Dans la salle où j’ai vu ce film, sa projection était précédée de trois ou quatre coming attractions remplies d’une violence littéralement imbécile, ricanante, pétrie d’insinuations sado-masochistes, dépourvue de tout intérêt non seulement religieux mais aussi narratif, esthétique ou simplement humain. Comment ceux qui consomment quotidiennement ces abominations, qui les commentent, qui en parlent à leurs amis, peuvent-ils s’indigner du film de Mel Gibson ? Voilà qui dépasse mon entendement.

Il faut donc commencer par absoudre le film du reproche absurde «d’aller trop loin», «d’exagérer à plaisir les souffrances du Christ». Comment pourrait-on exagérer les souffrances d’un homme qui doit subir, l’un après l’autre, les deux supplices les plus terribles inventés par la cruauté romaine?

Une fois reconnue la légitimité globale de l’entreprise, il est permis de regretter que Mel Gibson soit allé plus loin dans la violence que le texte évangélique ne l’exige. Il fait commencer les brutalités contre Jésus tout de suite après son arrestation, ce que les Evangiles ne suggèrent pas. Ne serait-ce que pour priver ses critiques d’un argument spécieux, le metteur en scène aurait mieux fait, je pense, de s’en tenir à l’indispensable. L’effet global serait tout aussi puissant et le film ne prêterait pas le flanc au reproche assez hypocrite de flatter le goût contemporain pour la violence.

D’où vient ce formidable pouvoir évocateur qu’a sur la plupart des hommes toute représentation de la Passion fidèle au texte évangélique ? Il y a tout un versant anthropologique de la description évangélique, je pense, qui n’est ni spécifiquement juif, ni spécifiquement romain, ni même spécifiquement chrétien et c’est la dimension collective de l’événement, c’est ce qui fait de lui, essentiellement, un phénomène de foule.

Une des choses que le Pilate de Mel Gibson dit à la foule ne figure pas dans les Evangiles mais me paraît fidèle à leur esprit : «Il y a cinq jours, vous désiriez faire de cet homme votre roi et maintenant vous voulez le tuer.» C’est une allusion à l’accueil triomphal fait à Jésus le dimanche précédent, le dimanche dit des Rameaux dans le calendrier liturgique. La foule qui fait un triomphe à Jésus ce dimanche-là est celle-là même qui hurlera à la mort cinq jours plus tard. Mel Gibson a raison, je pense, de souligner le revirement de cette foule, l’inconstance cruelle des foules, leur étrange versatilité. Toutes les foules du monde passent aisément d’un extrême à l’autre, de l’adulation passionnée à la détestation, à la destruction frénétique d’un seul et même individu. Il y a d’ailleurs un grand texte de la Bible qui ressemble beaucoup plus à la Passion évangélique qu’on ne le perçoit d’habitude, et c’est le Livre de Job. Après avoir été le chef de son peuple pendant de nombreuses années, Job est brutalement rejeté par ce même peuple qui le menace de mort par l’intermédiaire de trois porte-parole toujours désignés, assez cocassement, comme «les amis de Job».

Le propre d’une foule agitée, affolée, c’est de ne pas se calmer avant d’avoir assouvi son appétit de violence sur une victime dont l’identité le plus souvent ne lui importe guère. C’est ce que sait fort bien Pilate qui, en sa qualité d’administrateur, a de l’expérience en la matière. Le procurateur propose à la foule, pour commencer, de faire crucifier Barrabas à la place de Jésus. Devant l’échec de cette première manoeuvre très classique, à laquelle il recourt visiblement trop tard, Pilate fait flageller Jésus dans l’espoir de satisfaire aux moindres frais, si l’on peut dire, l’appétit de violence qui caractérise essentiellement ce type de foule.

Si Pilate procède ainsi, ce n’est pas parce qu’il est plus humain que les Juifs, ce n’est pas forcément non plus à cause de son épouse. L’explication la plus vraisemblable, c’est que, pour être bien noté à Rome qui se flatte de faire régner partout la pax romana, un fonctionnaire romain préférera toujours une exécution légale à une exécution imposée par la multitude.
D’un point de vue anthropologique, la Passion n’a rien de spécifiquement juif. C’est un phénomène de foule qui obéit aux mêmes lois que tous les phénomènes de foule. Une observation attentive en repère l’équivalent un peu partout dans les nombreux mythes fondateurs qui racontent la naissance des religions archaïques et antiques. Presque toutes les religions, je pense, s’enracinent dans des violences collectives analogues à celles que décrivent ou suggèrent non seulement les Evangiles et le Livre de Job mais aussi les chants du Serviteur souffrant dans le deuxième Isaïe, ainsi que de nombreux psaumes. Les chrétiens et les juifs pieux, bien à tort, ont toujours refusé de réfléchir à ces ressemblances entre leurs livres sacrés et les mythes. Une comparaison attentive révèle que, au-delà de ces ressemblances et grâce à elles on peut repérer entre le mythique d’un côté et, de l’autre, le judaïque et le chrétien une différence à la fois ténue et gigantesque qui rend le judéo-chrétien incomparable sous le rapport de la vérité la plus objective.

A la différence des mythes qui adoptent systématiquement le point de vue de la foule contre la victime, parce qu’ils sont conçus et racontés par les lyncheurs, et ils tiennent toujours, par conséquent, la victime pour coupable (l’incroyable combinaison de parricide et d’inceste dont OEdipe est accusé, par exemple), nos Ecritures à nous tous, les grands textes bibliques et chrétiens innocentent les victimes des mouvements de foules, et c’est bien ce que font les Evangiles dans le cas de Jésus.

C’est ce que montre Mel Gibson. Tandis que mythes répètent sans fin l’illusion meurtrière des foules persécutrices, toujours analogues à celles de la Passion, parce que cette illusion apaise la communauté et lui fournit l’idole autour de laquelle elle se rassemble, les plus grands textes bibliques, et finalement les Evangiles, révèlent le caractère essentiellement trompeur et criminel des phénomènes de foule sur lesquels reposent les mythologies du monde entier.

Il y a deux grandes attitudes à mon avis dans l’histoire humaine, il y a celle de la mythologie qui s’efforce de dissimuler la violence, car, en dernière analyse, c’est sur la violence injuste que les communautés humaines reposent. Et c’est ce que nous faisons tous si nous nous abandonnons à notre instinct. Nous essayons de recouvrir du manteau de Noé la nudité de la violence humaine. Et nous marchons à reculons s’il le faut, pour ne pas nous exposer, en regardant de trop près la violence, à sa puissance contagieuse.

Cette attitude est trop universelle pour être condamnée. C’est l’attitude d’ailleurs des plus grands philosophes grecs et en particulier de Platon, qui condamne Homère et tous les poètes parce qu’ils se permettent de décrire dans leurs oeuvres les violences attribuées par les mythes aux dieux de la cité. Le grand philosophe voit dans cette audacieuse révélation une source de désordre, un péril majeur pour toute la société.

Cette attitude est certainement l’attitude religieuse la plus répandue, la plus normale, la plus naturelle à l’homme et, de nos jours, elle est plus universelle que jamais, car les croyants modernisés, aussi bien les chrétiens que les juifs, l’ont au moins partiellement adoptée.

L’autre attitude est beaucoup plus rare et elle est même unique au monde. Elle est réservée tout entière aux grands moments de l’inspiration biblique et chrétienne. Elle consiste non pas à pudiquement dissimuler mais, au contraire, à révéler la violence dans toute son injustice et son mensonge, partout où il est possible de la repérer. C’est l’attitude du Livre de Job et c’est l’attitude des Evangiles. C’est la plus audacieuse des deux et, à mon avis, c’est la plus grande. C’est l’attitude qui nous a permis de découvrir l’innocence de la plupart des victimes que même les hommes les plus religieux, au cours de leur histoire, n’ont jamais cessé de massacrer et de persécuter. C’est là qu’est l’inspiration commune au judaïsme et au christianisme, et c’est la clef, il faut l’espérer, de leur réconciliation future. C’est la tendance héroïque à mettre la vérité au-dessus même de l’ordre social. C’est à cette aventure-là, il me semble, que le film de Mel Gibson s’efforce d’être fidèle.


Cinéma: Les beaufs vous remercient pour vos commentaires (Welcome to the Sticks vs. Bowling alone)

3 avril, 2009
Bergues belfryLes “beaufs” vous remercient pour vos commentaires. Ces donneurs de leçon, sûrement lecteurs de Télérama, aiment les films hongrois, sous-titrés polonais et dont la scène essentielle du film est un plan fixe sur un pot de fleur rouge…
Humour douteux. Bienvenue chez les Ch’tis ou comment faire une “comédie” d’une heure trente en jouant simplement sur les particularités de l’accent ch’ti et en recyclant des vieux sketchs de Dany Boon… Pitoyable tout comme le battage médiatique qui est réalisé autour…(…) il doit bien y avoir 17 millions de beaufs en France.
Le niveau culturel du français de base (Johnny, M. Sardou, C. Dion, Taxi, Luc Besson) est très bas d’où le succès de cette présumée daube. Commentaires (site FNAC)
Si j’entends une conversation à côté, je participe à la discussion. Chez nous, c’est naturel. A Paris, toute la table se retourne et me considère comme dingue. Dany Boon (entretien avec Christophe Carrière de L’Express).
Si la classe moyenne supérieure critique le succès des ch’tis avec tant de passion, c’est aussi que le film peut être interprété comme une satire sociale faite au nom de ces valeurs populaires contre les valeurs de la classe moyenne.
La satire sociale est un genre littéraire fréquent en France mais en général elle se fait au détriment de la classe populaire, du Roman de Renard aux Deschiens : il a fallu deux acteurs, certes intégrés à la classe moyenne puisqu’ils sont acteurs, mais suffisamment distants du fait de leur origine algérienne pour Kad Merad et kabyle par son père pour Dany Boom, pour assumer de se moquer de cette classe moyenne qui est devenue la leur. Quant à la classe moyenne, elle a dû trouver une explication au succès populaire du film par le biais du battage médiatique, sans comprendre cet aspect de revanche sociale. Philippe Cibois

“Image de la France complètement déconnectée des réalités sociales du monde actuel”, “réduite à un bureau de poste un peu spécial”, “mise en scène d’un prolétariat dévoué, mais pas très futé”, d”ans une région économiquement arriérée”, “gentillesse” , “passé fantasmé”, “catégorie futur prime-time de TF1″, “scénario et rythme indigents,” “nullité “, “pas du cinéma”, “pas d’hachélèmes pourrites, pas d’érémichtes, pas de misérapes, et même pas d’Front national, qui pourtant cartonne par ichi” (Canard enchainé),  “exemple de démagogie et de populisme”, ” signe du ‘déclin français’ et du “repli d’une certaine France sur son passé, déconnectée des réalités et difficultés sociales actuelles”, “conforme à l’imagerie dominante d’une région à la main-d’œuvre peu qualifiée et peuplée d’assistés sociaux”, “pessimisme social”, “prolétariat dévoué, mais pas très futé, dans une région économiquement arriérée”, “comédie ambiguë”, “latte les principaux poncifs anti-Nord”, “clichés”, “véhicule le misérabilisme “, “porte l’image d’archaïsme”, “les gens du Nord ne ressemblent pas aux héros de ce film (…) vu qu’ils sont arabes tous les deux (Le Pen)…

A lire sur l’excellent site La vie des idées …

L’éclairante analyse du sociologue Philippe Cibois des raisons du succès (largement populaire et plus provincial) mais aussi de la dénonciation si passionnée (par les classes éduquées et plus parisiennes – qui n’est pas sans rappeler la critique de l’autre succès populaire d’Amélie Poulain ou le racisme social implicite des Deschiens) du plus grand succès cinématographique depuis la guerre (20 millions d’entrées : plus fort que La Grande Vadrouille!), à savoir la première grande comédie régionaliste du nord de l’humoriste et régional de l’étape Dany Boon, “Bienvenue sur les Ch’tis”

Qui montre, à partir des commentaires en ligne du site de la FNAC et derrière la célébration d’une manière de vivre et des valeurs de la classe populaire (manière de vivre collective, rappelant l’ancienne interconnaissance villageoise ou des quartiers populaires, où priment la solidarité, le souci collectif de l’autre et le franc parler) …

La critique du mode de vie individualiste de la classe moyenne (petits arrivistes stupides et inefficaces, centrés sur leurs petits intérêts, ne tenant pas leur boisson mais aussi, selon le réalisateur lui-même, film “anti-bling-bling”) et donc la dimension de revanche sociale (et aussi, ajouterions-nous, régionale, contre le misérabilisme de “Germinal” ou “Ça commence aujourd’hui“).

Et, au-delà de la caricature de la “société liquide et sans repères” de “relations jetables”, “où chacun investit dans sa relation aux autres au gré de ses intérêts passagers” et à travers le salut et la conversion du bourgeois (au nom juif?: Abrams – par “le héros carillonneur qui scande la vie communale”) aux valeurs populaires de solidarité et de souci du groupe, la question du vivre ensemble et la “volonté de maintenir ledit groupe ouvert aux nouveaux arrivants” …

Bienvenue chez les Ch’tis : une satire sociale?
Philippe Cibois
La vie des idées
25-03-2009

Le sociologue Philippe Cibois revient sur le film Bienvenue sur les Ch’tis, en passant au crible les commentaires des internautes au moyen d’un logiciel d’analyse. Il apparaît que le succès s’en explique essentiellement par la célébration des valeurs de solidarités populaires.

Les catégories populaires sont transparentes en ce sens qu’elles sont hors du champ de visibilité de ceux qui scrutent le paysage social. Quand elles disent quelque chose, par leur vote par exemple en délaissant la gauche pour soutenir le candidat d’extrême droite comme au premier tour de 2002, ou pour dire non au référendum sur l’Europe de 2005, la surprise est totale [1]. Cette transparence continue aujourd’hui et le succès de Bienvenue chez les ch’tis en est une nouvelle version, d’autant plus désagréable qu’elle se fait au détriment de l’autre camp, dans le cadre d’un antagonisme de classe.

Sorti dans les salles en février 2008, Bienvenue chez les ch’tis dépassait le cap de vingt millions de spectateur en mai, devenant le film français le plus regardé depuis 1945. Pour rendre compte de ce succès, on utilisera uniquement (outre le film que l’on suppose connu) ce qui est facilement disponible : les statistiques publiées par Médiamétrie [2] qui comparent le public de ce film à un public moyen, et les 151 opinions laissées sur le site de la Fnac [3] à propos de ce film, opinions dont on ne sait pas si elles sont préalablement examinées par un modérateur mais dont la diversité est grande et dont le nombre est beaucoup plus important que pour d’autres films.

Les opinions Fnac

Chaque opinion Fnac est affectée du nombre d’étoiles donné au film : de cinq, le score le plus élevé à un, le plus bas. On peut coder aussi le mois où le jugement a été émis (de la sortie du film à la sortie du DVD), si le rédacteur est du Nord ou non, s’il indique son nom ou reste anonyme. Voici deux exemples (les plus récents au moment de l’enquête) :

* 5 étoiles, novembre, anonyme, pas du Nord : « c’est génial il est trop bien ce film, les gags sont marrant et les acteurs jouent super bien !!! J’adore Dany Boon et j’ai trouvé que ce film était super. » [4]
* 1 étoile, novembre, anonyme, pas du Nord : « Comprends pas. Film beauf par excellence, je ne m’explique pas les 20 millions d’entrées. En attendant, coup de chapeau aux médias pour la manipulation des masses ! Pathétique, lourd, pas drôle, les suppléments du DVD sont à la hauteur : jetez un œil à »retour dans ch’nord« , là vraiment on nous prend pour des crétins. »

La distribution des étoiles est la suivante :

Tableau

La concentration vers les extrêmes et autour de la valeur centrale fait recoder en trois valeurs : score défavorable (1 étoile), score intermédiaire (2 à 4), score favorable (3 étoiles).

Le croisement de ce nombre d’étoiles avec la date de rédaction du commentaire montre que les commentaires favorables sont liés à la sortie du film (PEM=54%) et les commentaires intermédiaires ou défavorables au moment de la sortie du DVD (PEM=26%).

Un commentaire où l’auteur n’est pas anonyme est lié à un bon score (PEM=57%) : l’internaute favorable s’implique personnellement. Un commentaire émanant du département du Nord a lui aussi un lien avec un bon score, mais le lien est beaucoup moins fort (PEM=32%) : les nordistes sont plutôt favorables mais ils ne sont pas les seuls.

Pour avoir une vision d’ensemble des commentaires, on croise le vocabulaire de fréquence supérieure à quatre avec les variables précédentes et on fait l’analyse factorielle de ce tableau lexical des questions [5]. Le premier plan factoriel répartit le vocabulaire autour des trois types de commentaires : favorables (catégorie 5 étoiles), type qui s’oppose selon le 2e facteur à défavorable (une étoile) ou intermédiaire (2 à 4 étoiles). On visualise ci-dessous le graphe Trideux des attractions des PEM significatifs les plus importants =>18% avec chacune des catégories d’étoiles.

On trouve à gauche le vocabulaire admiratif, les associations « pur bonheur » ou « pur moment de bonheur », « cela faisait longtemps que je n’avais autant ri », « bravo », « excellent », « génial », « on y passe un super moment », « film qui a du cœur », « on attend le DVD avec impatience », « super », etc.

L’opposition (une étoile) est radicale dans ses jugements : « tombé bien bas », « si bas », « à ce point descendu si bas », « des plus bas », « navet », « caricature », « du niveau des pires productions de… », « consternant », « nul ».

Le niveau intermédiaire (deux à quatre étoiles) cherche à nuancer, par exemple à propos du mot « personnage » : « J’ai mis 3 [étoiles] parce que, oui, les personnages sont attachants, mais c’est tout. Pas drôle, cliché, voire lourdingue (la scène au resto, au secours !!), je ne comprends pas toute l’effervescence autour de ce film ». Les jugements « faire rire faute de mieux » ou « bof », résument bien cette position : « Ce film est la plus grande supercherie de cette année (car c’est devenu le numéro 1 et il est bof) ,il y a une ou deux scène marrante, franchement je préfère regarder des films comme le diner de con, les anges gardiens etc., qui sont beaucoup mieux au niveau jeu d’acteur et scène drôles, je pense qu’il a eu du succès à cause du matraquage publicitaire, il faut voir le nombre d’extraits, d’affiches, et les invitations des acteurs aux émissions avant même la sortie du film, bref, à voir et à pas revoir ». On voit apparaître ici le thème explicatif du matraquage publicitaire : « quel battage pour pas grand-chose à voir » ; de l’effet de mode : « Bof. Tout le monde est allé voir le film…comme les moutons de Panurge ».

L’analyse de contenu rapide

On trouve sur la toile beaucoup de textes émanant d’individus, comme ceux des forums, des commentaires divers, des blogs, mais on y trouve aussi à profusion des textes de presse ou institutionnels. Il semble difficile de ne pas être accablé par cette masse de documents si on ne dispose pas d’une méthode de lecture rapide, ce que chacun pratique, mais aussi pour dépasser les premières impressions, d’une technique d’analyse de contenu rapide. La méthode utilisée ici dans le logiciel libre Trideux [6] consiste à partir des textes bruts où à chaque émetteur (un individu, une institution) est associé un paragraphe et où, en tête de chaque paragraphe on code (numériquement) les caractéristiques disponibles de cet émetteur. Les graphes proposés par le logiciel mettent en rapport les mots et les caractéristiques de ceux qui les ont émis en utilisant l’analyse factorielle et en visualisant les liens entre mots et caractéristiques. Ce type d’analyse permet de vérifier ou d’infirmer une lecture intuitive en précisant les régularités observées.

Comme la technique de l’analyse factorielle a souvent été utilisée par Pierre Bourdieu dans La distinction on peut y trouver des points communs mais la ressemblance est purement formelle car si on fait l’analyse de l’ensemble des pratiques culturelles, les oppositions sont toujours les mêmes [7] alors qu’en utilisant la technique présentée ici les résultats sont variés et dépendent bien du corpus utilisé.

Comme les commentaires s’étalent dans le temps, ils se répondent et tentent de se neutraliser : progressivement, ceux qui ont apprécié tentent de discréditer ceux qui n’ont pas apprécié, et réciproquement. On peut suivre la progression :

* avril : (les premiers commentaires sont du milieu du mois de mars) on observe une réponse critiquant les seulement trois commentaires négatifs (contre 26 positifs) : « 17 millions de spectateurs en un peu plus d’un mois, laissons les chiffres parler et oublions vite ceux qui osent mettre un 0 et parler de film médiocre » (10 avril).
La fin du mois d’avril voit la controverse se développer. Il y a 12 réactions positives mais 7 négatives comme celle-ci du 27 avril : « Humour douteux. Bienvenue chez les Ch’tis ou comment faire une »comédie« d’une heure trente en jouant simplement sur les particularités de l’accent ch’ti et en recyclant des vieux sketchs de Dany Boon… Pitoyable tout comme le battage médiatique qui est réalisé autour…(…) il doit bien avoir 17 millions de beaufs en France ».
* mai : cette réaction négative entraine le 2 mai la protestation suivante « Il serait correct de la Fnac de ne pas publier les propos d’un boubours qui traite 17 millions de français de beaufs. On à le droit d’aimer ou pas mais on respecte le goût des autres. Quand au soi-disant matraquage publicitaire de ce film, cela est très exagéré, il est loin d’avoir obtenu la même publicité qu’Astérix lors de sa sortie ».
Autre réaction proche (5 mai) : « Les »beaufs« vous remercient pour vos commentaires. Ces donneurs de leçon, sûrement lecteur de Télérama, aiment les films Hongrois, sous-titrés Polonais et dont la scène essentielle du film est un plan fixe sur un pot de fleur rouge… ».
* septembre : nouvelle attaque le 30 septembre contre ceux qui admirent le film : « Le niveau culturel du français de base (Johnny, M. Sardou, C. Dion, Taxi, Luc Besson) est très bas d’où le succès de cette présumée daube ».
Réponse le lendemain « retourne dans ta grotte avec tes commentaires à 2 balles. Tu dis ça car tu n’as rien compris au film ».
* octobre : « Ce film est génial. Ceux qui disent que ce film est nul et sans intérêt n’ont certainement aucun humour. Je suis allée le voir 2 fois au cinéma et la salle entière était morte de rire. Je suis contente que Dany Boon ait fait ce film, et autant d’entrées, ça claque le clapet à tous ceux qui ne savent pas apprécier un bon film tant qu’il n’y a pas de bagarres, de meurtres ou de sexe. VIVE LES CH’TIS. » (24 oct).
Le ton continue de monter à la fin de ce mois d’octobre : « ça faisait longtemps qu’un film français ne m’avait pas autant fait rire. Moi qui suis une sudiste j’en conclu que les parigos on des goûts de chiotte et un humour au ras des pâquerettes. Sur ce, bonne journée HEIN !!! » (29 oct) ; « Beaucoup de GRINCHEUX (comme toujours dès qu’il y a succès populaire !) » (30 oct).

Conflit d’interprétation

Si vous aimez le film disent donc les uns, c’est que vous vous êtes laissé prendre au battage publicitaire ou que vous êtes des incultes. Les « incultes » répondent que si vous ne l’aimez pas, c’est que vous êtes des intellos lecteurs de Télérama. Le ton acerbe employé montre bien qu’il y a un conflit d’interprétation.

Il faut donc voir si la nature du public, tel que repéré par Médiamétrie, permet d’éclairer la question : or, en comparant les ch’tis à la moyenne des films sortis de 2005 à 2008, Médiamétrie montre qu’il s’agit d’un public plus féminin, constitué d’occasionnels, de provinciaux, de CSP- (CSP « moins ») [8], et où sont sous-représentés, les CSP+, les jeunes, les étudiants, les spectateurs assidus, les habitants de Paris intra-muros.

Un public plus populaire (CSP-, âgé) a donc assuré le succès du film mais il reste à comprendre 1), ce qui a permis ce succès populaire et 2), pourquoi le conflit s’est exacerbé. 1) Ce film, voulu comme une caricature avec toutes les exagérations dues au genre, présente cependant une manière de vivre collective qui a des caractéristiques bien précises, explicitement revendiquées par l’auteur Dany Boon dans ses nombreux entretiens :

* un collectif social n’est pas centré sur lui-même mais est accueillant aux nouveaux membres : cette posture est montrée par l’accueil fait au nouveau directeur venant du sud et arrivant dans un logement de fonction sans meuble. Cette absence est immédiatement résolue par une collecte ;
* un collectif social se soucie de ses membres et a une attitude active à leur égard : dans le film chacun des deux héros s’attache à résoudre les problèmes de l’autre et y parvient ;
* le parler vrai est considéré, à l’intérieur du groupe, comme le moyen de parvenir à la résolution des problèmes : les deux couples des héros trouvent une issue à leur problème quand la vérité de chacun est proclamée.

Cette attitude, qui consiste à se sentir concerné par les autres, semble naturelle à Dany Boon, mais il voit bien qu’elle heurte davantage que les différences d’accent : « si j’entends une conversation à côté, je participe à la discussion. Chez nous, c’est naturel. A Paris, toute la table se retourne et me considère comme dingue » (entretien avec Christophe Carrière de L’Express). Une telle attitude est ressentie comme « populaire », traduisant l’ancienne interconnaissance villageoise ou celle des quartiers populaires, attitude abominable pour la classe moyenne supérieure qui ne la supporte pas.

2) Si la classe moyenne supérieure critique le succès des ch’tis avec tant de passion, c’est aussi que le film peut être interprété comme une satire sociale faite au nom de ces valeurs populaires contre les valeurs de la classe moyenne.
Le personnage joué par Kad Merad (qui représente, comme directeur, la classe moyenne) est présenté avec vraiment beaucoup de défauts : il est arriviste, prêt aux fraudes les plus graves mais s’y révèle stupide. Il est prêt à raconter les histoires les plus farfelues à sa femme qui est, elle, prête à croire à toutes les invraisemblances. Elle-même est présentée d’une manière si ridicule que beaucoup de spectateurs ont déclaré que l’actrice Zoé Félix, « jouait mal » parce qu’elle apparaissait comme particulièrement stupide, ce qui est difficilement supportable quand on apprécie une actrice : « on a souvent l’impression que les acteurs ne croient pas à ce qu’ils disent (principalement Zoé Félix d’ailleurs) » dit un commentaire Fnac. Zoé Félix ne jouait pas mal, elle jouait un personnage ridiculisé.
Face à ce couple de classe moyenne, centré sur ses petits intérêts, le personnage interprété par Dany Boon représente le symbole des valeurs de la classe populaire : il croit à la solidarité active et la met en œuvre dès l’arrivée du nouveau directeur.
Toute la dynamique du film réside dans la conversion du héros de classe moyenne qui apprend non seulement le parler local mais surtout les valeurs de la classe populaire : solidarité active, mais plus encore efficacité du « parler vrai ». En effet dans tous les milieux sociaux, la vie de couple est difficile et le film va nous montrer comment chacun des héros va résoudre les problèmes de couple de l’autre. Le directeur du bureau de poste aide le facteur à conquérir celle qu’il aime et inversement le facteur cherche à résoudre le problème de la femme du directeur en montant un spectacle d’horreur ouvrière.
Cette scène met précisément mal à l’aise le spectateur de classe moyenne parce que la satire s’y exerce à ses dépends, par la femme du directeur interposée : on se moque d’elle, d’une manière lourde, insistante, exagérée comme il le faut dans une charge. De même on se moque du directeur qui veut imposer les normes de classe moyenne vis-à-vis de l’alcoolisme et ne réussit qu’à se ridiculiser alors qu’en milieu populaire « on tient bien l’alcool ».
Cette interprétation en termes de satire sociale permet de comprendre le succès du film, fait par les gros bataillons de classe populaire qui à la fois y ont retrouvé leurs valeurs de solidarité et ont pu se moquer de cette classe moyenne qui les méprise alors que ce ne sont à leurs yeux que de petits arrivistes stupides et inefficaces. Les distributeurs du film n’ont pas oublié aujourd’hui ces « CSP- » puisque le film sort non seulement en DVD mais aussi en VHS, visant des milieux moins branchés.
La satire sociale est un genre littéraire fréquent en France mais en général elle se fait au détriment de la classe populaire, du Roman de Renard aux Deschiens : il a fallu deux acteurs, certes intégrés à la classe moyenne puisqu’ils sont acteurs, mais suffisamment distants du fait de leur origine algérienne pour Kad Merad et kabyle par son père pour Dany Boom, pour assumer de se moquer de cette classe moyenne qui est devenue la leur. Quant à la classe moyenne, elle a du trouver une explication au succès populaire du film par le biais du battage médiatique, sans comprendre cet aspect de revanche sociale.
Par exemple, des sociologues n’ont pas été tendres pour les ch’tis : l’un d’entre eux dans un entretien à la Chaîne parlementaire s’étonne du succès d’une image de la France complètement déconnectée des réalités sociales du monde actuel et réduite à un bureau de poste un peu spécial. Dans Le Monde, un autre considère que ce qui est mis en scène est « un prolétariat dévoué, mais pas très futé, dans une région économiquement arriérée ».

Ce qui est rejeté par les intellectuels est précisément ce qui a fait le succès du film, son enracinement dans la culture populaire, qualifiée de « gentillesse » par le critique cinématographique du Monde et considérée par lui comme « un passé fantasmé » alors que toute la satire réside dans le fait que c’est cette attitude populaire qui est efficace et que le héros bourgeois s’y convertit progressivement.
Une posture « politique » ?

Contre la solidarité populaire, les classes moyennes ont une pratique individualiste qui caractérisait déjà les élites sociales encore peu nombreuses d’avant la Révolution industrielle. À l’encontre des milieux populaires où les individus se percevaient autrefois interchangeables, avec un destin tracé d’avance et où la solidarité était inscrite dans la situation, les classes supérieures sont toujours composées d’individus dont chacun doit déterminer son destin particulier, sa « carrière », sa réussite individuelle. Dans une telle configuration, l’autonomie est nécessaire pour pouvoir s’ajuster aux hommes et aux événements, indépendamment des croyances et des opinions collectives, s’il en reste. De ce fait l’individualisme est une généralisation d’une situation historique ancienne du simple fait de l’accroissement de la classe moyenne et si les milieux populaires doivent aussi faire preuve d’autonomie individuelle et disposer de capacités d’adaptation, la solidarité y est encore perçue comme indispensable.

Ce qui oppose les comportements, c’est la posture finalement très « politique » que l’on choisit : il s’agit de reprendre ou non la posture antique de « concorde » dont Cicéron traçait déjà le programme, que les humanistes de la Renaissance ont redécouvert, que les cités états du moyen âge avaient à cœur de pratiquer dans leur visée « communale » (qui se trouvait déjà dans la fresque du Buon governo à Sienne) dont le beffroi des ch’tis est une trace forte car le héros carillonneur c’est celui qui scande la vie communale, dont Robert Putnam [9] a testé l’efficience actuelle dans l’Italie contemporaine et dont John Pocock [10] a pu dire que la Révolution américaine est son dernier grand acte. Cette conviction qu’il faut encourager l’action collective, pratiquer ce que les américains appellent l’empowerment est un choix voulu, une posture politique qui permet, par le biais des nécessités intrinsèques de l’action collective librement entreprise, de retrouver la logique de la confiance réciproque, du respect de soi par le travail bien fait, du respect des autres par l’attention qui leur est portée, du sens de la délibération collective, en un mot de la démocratie vivante. Dans Faire société [11] Jacques Donzelot montre bien qu’en milieu populaire dans les villes américaines, il est possible encore de mobiliser les forces d’un quartier pour lutter ensemble contre sa dégradation.

C’est le pari des ch’tis, et son succès manifeste qu’une telle posture est toujours vivante. La posture opposée, c’est celle d’une « société liquide », comme la décrit Zygmunt Bauman, où chacun investit dans sa relation aux autres au gré de ses intérêts passagers, ce qui rend la société fluide et sans repères et les relations « jetables ».

Se prendre en main collectivement n’est cependant pas une simple tradition des milieux populaires car le mouvement associatif par exemple est le fait de toutes les classes sociales. Le danger de l’interprétation intellectuelle et péjorative des ch’tis est de penser comme un résidu populaire la version effectivement populaire (et voulue caricaturale pour les besoins de la comédie) d’une attitude largement répandue et indispensable pour le survie de toute collectivité. Dans tout collectif, du couple au collectif plus large, le souci du groupe doit se traduire par une attitude active, par la volonté de faire ce qu’il faut pour que le groupe fonctionne et par la volonté de le maintenir ouvert aux nouveaux arrivants.

Documents joints

*
Les Ch’tis vus par un sociologue (PDF – 252.7 ko)
par Philippe Cibois

Notes

[1] Même si, comme le signale Jérôme Jaffré, le phénomène de la perte par la gauche des milieux populaires est antérieur à 2002 : Pascal Perrineau, Colette Ysmal (dir.), Le vote de tous les refus, Presses de Sciences Po, 2003.

[2] http://www.mediametrie.fr/

[3] http://www4.fnac.com/…

[4] Les orthographes ont été normalisées pour faciliter la lecture mais le style SMS (g trouvé pour j’ai trouvé) est présent dans quelques cas.

[5] Sur cette technique, cf. l’auteur 1989 « Éclairer le vocabulaire des questions ouvertes par les questions fermées : le tableau lexical des questions », Bulletin de méthodologie sociologique, n°26, p.12-23.

[6] Disponible sur le site http://pagesperso-orange.fr/cibois/Trideux.html

[7] Avec cette réserve soulignée par Bernard Lahire (La culture des individus, La découverte, 2004, p.132-141) que ce que présente l’analyse factorielle, ce sont des types-idéaux, des portraits robots, alors que des comptages précis montrent la grande variété des associations de pratiques, ce qui remet en cause l’aspect unidimensionnel de la distinction.

[8] Médiamétrie répartit les activités en CSP+ (en moyenne 2005-2008 34% / ch’tis 31%), CSP- (33% / 38%), retraités (11% / 14%), étudiants (18% / 11%) et autres inactifs (5% / 6%).

[9] Robert D. Putnam with Robert Leonardi and Raffaella Y. Nanetti, Making Democracy Work. Civic Traditions in Modern Italy, Princeton, New Jersey, Princeton University Press, 1993.

[10] Jon Pocock, Le Moment Machiavélien, Presses Universitaires de France, 1997 (édition originale 1975).

[11] Jacques Donzelot avec Catherine Mével et Anne Wyvekens, Faire société. La politique de la ville aux États-Unis et en France, Seuil, 2003.